Fisher Hall 343 - University of Notre Dame
Notre Dame,Indiana,46556
Mon Révérend Fère,
le 14 avril 1966
Vous m'avez adressé le texte du Pontifical révisé pour la
Consécration épiscopale et les ordinations sacerdotale et diaconale. C'est sans doute que vous souhaitez que je vous communique mes observations. Elles se réduisent à deux,d'ailleurs lieés. Dans l'ensemble, cette révision est une simplification et plus heureuse et un retour à une tradition plus ancienne significative dans sa sobriété.Je crains cependant qu'elle ne comporte une part d'archéologisme plus que discutable.
1°) La suppression de la prière consecratoire en forme
"eucharistique" se justifie sans doute par les formes les plus anciennes du pontifical proprement romain. Elle est évidemment, comme toutes les prières de ce genre,qui se trouvent actuellement dans les livres dits romains,un apport gallican. Maïs toute la question est de savoir si, sur ce point comme sur d'autres peut-être ,la tradition gallicane ancienne ne pouvait pas être plus proche des origines que la tradition romaine.Il est incon- testable en effet (le F.Audet entre autres,l'a remarquablement démontré) que, pour les premiers chrétiens,tout comme pour les djuifs,toute "bénédiction" ou"consécration" d'une personne ou d'un objet était toujours d'une forme "eucharistique" ,une "bénédiction" aûressée à Dieu le louant de ce qu'il avait fait ou voulait faire de l'être en question dans son plan de salut. Par consequent, retirer ce caract ère à la consécration épiscopale (ou à toute autre consécration du même genre), même si pour revenir à une forme plus purement romaine, aboutit à consommer l'oubli de ce fait fondamental; d'après la tradition biblique elle-même, c'est et ce n'est qu'en rappor- tant à Dieu,dans la louange de son dessin de salut,un être quelconque qu'on peut le "consacrer" dans un sens chrétien authentique. La question âu dialogue introductif est elle-même secondaire. Mais il faut ajouter que si, dans la tradi- tion gallicane, on a transfèré le dialogue lui-même de l' "eucharistie" aux autres prières consécratoires, c'est prècisément pour qu'on y sentait fortement cette communauté étroite qui relie toute consécration a la consecration eucharistique", au sens le plus fort.
2°) Cette obsession de ramener tout ce que l'on peut
à Hippolyte me semble une autre erreur, plus grave encore. Hippolyte était céfainement un archaïsant, mais, comme la plupart des archaisants, i1 componait plus ou moins bien l'antiquité qu'il voulait maintenir telle quelle et ne se rendait pas compte qu'il en avait sans doute bien moins l'esprit que les papes ses contemporains auxquels il s'op- posait (vraisemblablement ên matière liturgique comme pour tout le reste). Ce n'était que un “intégriste" avant la let tre, et c'est faire beaucoup trop d'honneur à cet anti-pape, particulièrement étroit et fanstique, que substituer 865 élucubrations à des texÿes qu'ont derrière eux l'usage âes siècles. Il est à craindre qu'une révision entrepbise sous de telles auspicess HSE Roins de vingt ans, la risée des savants, comme aujourd'hui les idèes d'un Dom Guèranger et de ses émules.
L. Dos En
{