Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1895

N° 1 : Octobre 1895

Post-Vatican II etude-privee
Version unique

1 ANNÉE N°1 OCTOBRE 1895

           ASSOCIATION CATHOLIQUE

                                         POUR

IR MON DE L'ÉRLANE ANLHEANE BULLETIN MENSUEL

Tu es Petras et super hane petram ædifieaho Ee- clesiam mea,

    Marie svt.        17,




                              SOMMAIRE

But de l'Œuvre. . . . . F. Portal. Association catholique pou Lettre Apostolique du Souve Anglais. Léon XII et la question anglicane. . . . . . . . . . F. Dalbus En Angleterr c des Catholiques anglais. Congrès de l'Église angl que de Cantor-

Le Pape d'après La nouvelle Supérieu: XXX. Prières pour l'Union des E

                            SIÈGE DE L'ŒUVRE
                  95,             RUE   DE    SÈVRES,              99
                                        PARIS

Toutes les communications doivent être adressées, au siège de l'Œuvre, 95, rue de Sèvres, Paris.

     ABONNEMENTS AU BULLETIN MENSUEL

France, un an.. Gfr. Etranger...... Sfr.

                  Le numéro : O fr. BO

Tout abonné, à moins qu'il ne soit pas catholique, est considéré comme membre de l'Association eulholique pour ln réunion de T Éj anglicane. 1 est dispensé d'ajouter au prix d'abonnement la cotisa- tion de 2 fr., que les membres de l'Assoriation doivent verser.

Nous recommandons à nos Associés de prier pour l'Union des Églises, plus particulièrement pendant ce mois d'octobre. Ils entre ront ainsi dans les désirs de N.S. Père le Pape, qui par sa dernière encyclique sur N.D. du Rosaire demande à tous les chrétiens de prier à cette intention.

                                   DE

L'UNION DES ÉGLISES L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE

             DISCOURS PRONONCÉ A BRISTOL
                          Le Là révrier 1805




            LE    VICOMTE                HALIFAX
                  MEMHRE DE   LA   CHAMBRE   DES   LORDS



  Traduit   par   M. L.     BRuner, et précédé d'une préface
                    PAR FERNAND DALBUS


    PARIS, LIBRAIRIE CHARLES POUSSIELGUE, RUE CASSETTE, 15.

e UNIVERSITY Of MICHIGA BUT DE L'ŒUVRE

Au mois de juin dernier, j'ai eu l'honneur d'écrire à Son Éminence le Cardinal Rampolla pour lui annoncer l'envoi du discours de Lord Halifax et l'entretenir du mouvement anglican auquel je me suis trouvé, par la force des circonstances, directement mêlé. Son Éminence a bien voulu répondre par la lettre suivante :

                                 Rév. Monsieur,

J'ai lu avec beaucoup de plaisir votre lettre du 17 de ce mois, et j'y ai vu le grand intérêt avec lequel vous conti- muezà vous occuper de la grande affaire de l'union de nos frères séparés avec l'Église catholique. L'opuscule dont vous m'avez transmis deux exemplaires et qui contient, outre la traduction française du discours de lord Ilalifax, votre article publié dans Le Monde, en est une nouvelle preuve. Je vous remercie de lexemplaire que vous m'avez offert, et je vous assure que j'ai remis bien volontiers l’autre au Saint-Père qui, en l'agréant, vous a donné de bon cœur la bénédiction apos- lolique. Le Saint-Père a manifesté en même temps qu'il vous verrait avec plaisir vous occuper plus directement encore de tout ce qui regarde cette grande affaire. Je suis, etc. M. Card. RawpozLa. Rome, 21 Juin 1895.

1 M. Portal, prêtre de la Mission, professeur de Ihéologie ax grand Séminaire de Cahors.

Cette lettre constitue pour moi le plus précieux des encou- ragements. Depuis quelquesannées déjà, toutes mes pensées convergent vers cette grande œuvre de l'union des Églises, en particulier vers l'œuvre de l'union de l’Église d'Angleterre avec l’Église romaine. Malheureusement ma charge de professeur de théo- logie au grand séminaire de Cahors ne me permettait pas jus- qu'ici de me consacrer à cette œuvre d'une façon exclusive. Désormais, avec la permission de mes supérieurs, je vais pouvoir donner à l’œuvre de l'union tout mon temps et toute mon énergie. =

Après en avoir conféré avec les hommes le mieux à mème de juger ce qu'il y aurait à faire, il a été décidé qu'une Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane serait fondée à Paris. Les bonnes volontés ne manquent certes pas dans l'Église de Dieu, grâce à l'éternelle el vivi- fiante action de l'Esprit divin dans les âmes. Le tout est de les réunir, d'unifier leurs forces et d'arriver ainsi à pro- duire de bons et solides résultats. C'est ce que nous voudrions faire par notre Association, en vue d'amener un rapproche- ment, une union complète, entre l'Église anglicane et l'Église romaine.

Nous voudrions unir les cœurs catholiques dans une prière persévérante, afin que l'Ile des saints revienne à sa mère. Nous voudrions aussidiriger les efforts d'un chacun contre les bar- rières odieuses, pour les faire crouler sous l’action combinée de la Vérité et de la Charité. Tel est le but. IL y a un an environ, mandé à Rome, j'eus le bonheur d'être reçu par Sa Sainteté, en une longue audience. Tous ceux qui approchent Léon XII savent quelle impression profonde laisse ce grand Pape. Ceux-là le savent surtout qui, par leur situation ou par les circonstances, sont amenés à entretenir le Saint-Père d’un de ces grands sujets intéressant plus directe- ment l'avenir de l'Eglise: la question sociale et l'union des Églises en particulier. Ils voient alors ce visage diaphane s’il- Juminer par un regard brillant de vive lumière et de vie in- tense. EL ils ne savent ce qu'ils doivent admirer le plus, ou la prudence consommée du diplomate de la vieille école, ou l'audace du véritable homme d'État, resté merveilleusement jeune, qualités humaines bien rarement unies ensemble, unies, développées, transformées en notre pape actuel par l'esprit de foi et la grâce céleste. Depuis trois quarts d'heure je jouissais de cet inoubliable spectacle, mon audience allait toucher à sa fin. « Ah! dit Léon XIII, s'il m'était donné de voir seulement l'aurore du beau jour qui amènera le grand peuple anglais à unité de la Foi, comme volontiers je chanterais mon‘ Nunc dimittis. C'est un peuple si puissant, et les Anglais sont si bons, si naturellement religieux.Bon courage! Un est venu ici même. dans cet appartement où vous êtes, me dire, à propos de = —

l'ürient, que l'union entre les Églises élait une utopie. Eh bien, non! ce ne peut pas être une utopie, parce que, au milieu de cette société bouleversée par les révolutions, l'idée reli- gieuse seule reste debout. » J'entends encore résonner à mes oreilles la voix de l’auguste Pontife, pleine d'énergie, d’in- défectible résolution et de conviction sainte... Certainement non! L'œuvre del'union, de l'union visible des cœurs croyant aux mèmies vérités et aimant le même Dieu ne peut être une utopie. Mais elle ne se réalisera pas sans de grands labeurs, sans de nombreuses prières. Et voilà pourquoi nous venons faire appel à toutes les bonnes volontés. Que des chré- liens nombreux, actifs, que les personnes pieuses, les com- munautés viennent à nous, et nous unirons nos efforts pour la plus sainte des œuvres. Trop heureux si, en travaillant utilement dans l'Église de Notre-Scigneur, nous pouvons apporter quelques joies au cœur du successeur de Pierre, de celui qui aura glorieusement inauguré la Restauration de l'Unité chrétienne dans le monde.

                                              F. Porrat,
                                         Pritre de la Mission.

27 septembre 1895.

       ASSOCIATION CATHOLIQUE
POUR LA RÉUNION DE L'ÉGLISE ANGLICA                         E

Les membres de l'Association se proposent de contribuer par la prière et par l'action à l'union des Églises, et en particulier à l'union de l'Église anglicane avec l'Église catholique, apostolique et romaine.

                     L Par la prière.

1° Les membres de l'Association sont invités à dire chaque jour quelques prières à l'intention de l'œuvre. 2 Ils sont invités à communier une fois par mois à la même à la messe mensuelle inténtionvet-à assister de l'œuvre dans les oùs elle pourra être établie. healité 3° Les prètres sont invités à prier tous les jours au saint autel el à dire quelquefois spécialement la messe. 4 Les personnes de communauté sont invitées à communier plus fréquemment. Il serait peut-être possible que dans les commu- nautés nombreuses il y eût tous les jours une ou plusieurs communions.

                             IP Par l'action.

4° Par la parole ou par la plume, sion peut utilement parler en ; publie ou écrire 2 Par la propagande, en répandant les imprimés recommandés par l'œuvre : prières, brochures, tracts, ete.; 3° Par des aumônes destinées à la diffusion du Bulletin et des diverses publications de l'Association.

Chaque membre de l'Association est tenu de verser une cotisation annuelle de 2 franes qui sera employée aux besoins de l'œuvre et and Tout en particulier à la propag e. abonn é du Bulletin est dispensé de verser cette coisation. Des formules de prières seront envoyées gratuitement à Loutes les personnes qui nous en feront la demande, Voir page 32 les prières conseillées aux membres de l'Association.

                 LETTRE APOSTOLIQUE


  DU SOUVERAIN PONTIFE LÉON XIII
                    AU PEUPLE           ANGLAIS



   Léon XIIT aux Anglais qui cherchent le royaume du Christ

      dans l'unité de la foi, salut et pair dans le Soigneur.

Nous voulons que l'illus nation anglaise reçoive aussi un gage de Notre très vive affection. IL y a quelque temps, dans une lettre adressée à tous les princes età tous les peuples, Nous Nous adressämes à celle nation en même lemps qu'à d'autres, mais nous désirions vivement le faire par une lettre spéciale. Ce désir élait nourri par la bienveillance que Nous avons toujours ressentie envers votre peuple, dont l'histoire de l'Église retrace les grandes actions dès les temps antiques. Nous étions davantage encore animé à agir ainsi par les fréquents entretiens que Nous avions eus avec vos compatriotes. Ceux-ci Nous avaient attesté les grands égards des Anglais envers Notre personne el, par-dessus tout, la soif ardente qu'ils ont de chercher la paix et le salut éternel par l'unité de la foi. Dieu Nous est témoin de la vivacité de l'espoir que Nous nourrissons de voir Nos efforts con- tribuer à favoriser et à faire aboutir celle grande œuvre: oblenir l'unité chrétienne en Angleterre, et Nous rendons grâces à Dieu, qui a prolongé Notre vie, de ce qu'il Nous a accordé le Lemps et la santé nécessaires pour cette entreprise. Mais puisque la confiance que Nous avons d'une heureuse issue, Nous l'appuyons par-dessus tout sur le merveilleux pouvoir de la grâce de Dieu, Nous avons, après un mûr examen, pris la résolu- lion d'inviter tous les Anglais qui se font gloire du nom chrétien à coopérer à la même œuvre, et Nous les exhortons à élever leur cœur à Dieu avec Nous, à mettre leur confiance en Lui et à Lui demander, en s'appliquant assidument à la sainte prière, le secours qui est nécessaire dans de si grandes circonstances. Notre affection et Notre sollicitude pour l'Angleterre ont pour exemples celles de Nos prédécesseurs el surtout de Grégoire le Grand.

Les services qu'il a rendus à la religion et à l'humanité en général, el spécialement à la nation anglaise, sont dignes des plus grands éloges. Réservé par l'appel de Dieu à un devoir encore plus élevé, il ne put entreprendre lui-même l'œuvre apostolique « de convertir

les Anglo-Saxons, comme il s'était proposé de le faire, landis qu'il était encore moine; mais son esprit demeura appliqué à ce projet. » Jess Dicre, Vie de saint Grégoire le Grand.) s'atlacha avec une ardeur el une constance admirables à accomplir celte lâche. En effet, parmi la famille monastique que, dans sa propre mai- son, il avait formée à l'étude de toutes les sciences el à une sainte vie, il choisit quelques religieux qu'il envoya sous la conduite de saint Augustin en Angleterre, pour être les messagers de la grâce, de la sagesse et de la civilisation près de ceux qui étaient encore ensevelis dans une malheureuse superstition. EL comme il ne comptait sur aucun secours humain, son espérance s'accroissait selles difficultés, jusqu’à ce qu'enfin il vit son œuvre pleinement muronnée de succès. um —

Lui-même écrivait à ce sujet avec l'accent d'une joie triomphante, en réponse à saint Augustin qui lui avait envoyé par lettre la nou-

velle de l’heureux résultat : « Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur la lerre aux hommes de bonne volonté! Gloire soit au Christ dont la mort nous donne la vie, dont la faiblesse nous rend forts, pour l'amour duquel nous cherchons en Bretagne des frères que nous ne connaissions pas et par la grâce duquel nous avons trouvé ceux que nous cherchions sans les connaître! Qui pourrait dire quelle joie a rempli les cœurs de tous les fidèles qui sont ici, lorsqu'ils ont appris que la race anglaise, par l'effet de la grâce du Dieu lout- puissant et par les travaux de Votre Fraternité, a élé éclairée de la lumière de notre sainte foi, les ténèbres de l'erreur ayant été dis- sipées, el que déjà, en pleine liberté d'esprit, elle foule aux pieds les idoles auxquelles elle était auparavant soumise par une crainte insensée, » Et, félicilant Ethelbert, roi de Kent, et Berthe, son épouse, une lettre pleine de bienveillance, de ce qu'ils avaient imité « l'une, Hélène, d'illustre mémoire, etl'autre, Constantin le pieux empereur, » il les fortifia ainsi que leur peuple par de salntaires avis. Et il ne cessa pas, pendant le reste de sa vie, d'entretenir et de développer leur foi par des instructions remplies de prudence. Ainsi, le christianisme que l'Église avait introduit en Bretagne, qu'elle y avait répandu et défendu dès les temps anciens (1), après avoir disparu pour longtemps, par suite de l'invasion des races étran- gères, fut à celte époque heureusement rétabli, sous les auspices de saint Grégoire. Nous avons voulu rappeler au commencement lous ces faits, non seulement parce qu'ils sont remarquables en eux-mêmes et glorieux pour l'Église du Christ, mais parce que le souvenir en sera certai- nement très agréable au peuple anglais, en faveur de qui ils ont été accomplis. Mais il importe beaucoup d'y songer, ces mêmes preuves d'affec- tion et de zèle qu'avait données saint Grégoire, se transmirent comme par hérilage aux Pontifes qui lui succédèrent et brillent de la même façon dans leur conduite. En effet, soit en désignant pour l'Angleterre de dignes pasteurs, soit en y envoyant d'excellents

(1) L'action de saint Célestin Ier fut très efficace contre l'hérésie pélagienne, comme le rapporte, dans sa chronique, saint Prosper d'Aquitaine, un écrivain de cette époque, qui fut ensuite secrétaire de saint Léon le Grand, « Agricola le Pélagien, fils de l'évêque pélagien Sévarianus, infesta les Eglises d'Angleterre des erreurs de son enseignement; mais sur les instances du diacre Palladius, le pape Célestin envoya Germanus, évêque d'Auxerre, comme son Vicaire, et ramena le peuple anglais à la foi catholique, ayant éloigné les hérétiques.» 9 —

maitres dans les sciences humaines et divines, soil en lui accordant l'appui de leur autorité et de leurs exhortations, ils accomplirent avec soin et avec générosilé lout ce qui était nécessaire pour affer- mir et faire fruclifier parmi vous cette Eglise renaissante. Et très vite ce soin fut récompensé : car en aueun cas peut-être la foi nouvellement apportée n'a pris racine plus profondément, et un si vifetsi ardent amour ne s'est manifesté envers le Siège du bienheureux Pierre. La race anglaise était à cette époque en ment attachée à ce centre de l'unité chrétienne qui a été divine- ment établi dans la personne des évêques de Rome, et durant le cours des siècles celte union persista au milieu d'une soumission très fidèle. C'est là un fait qui est prouvé par des monuments hislo riques si nombreux et si importants qu'on ne peut désirer de lémoi- woages plus solides. Mais dans les temps qui dévastèrent la catholicité en Europe au xvr siècle, l'Angleterre, elle aussi, subit de graves dommages pour une raison qui n'est pas inconnue. Elle fut d'abord malheureuse- iment séparée de la communion avec le Siège apostolique et ainsi privée de cette sainte foi dans laquelle, pendant de longs siècles, elle avait trouvé la joie et une grande liberté. Cefut une triste défection et Nos prédécesseurs, la déplorant dans leur ardent amour, firent tous les sages efforts qu'il leur fut possible de faire pour y mettre fin et pour atténuer les nombreux maux qui en résullaient. 11 serait long et il n'est pas nécessaire de rappeler en détail les preuves des soins zélés et sans cesse croissants qu'ils prirent dans ces circonstances. Mais ils apportèrent surtout à,cetle cause un appui très efi- eace en indiquant à plusieurs reprises la pratique des prières spéciales adressées a Dieu pour qu'il regarde avec compassion son Angleterre. A cette mission spéciale de charilé se dévouèrent surtout des hommes illustres par leur sainteté, en particulier saint Charles Bor- rumée el saint Philippe de Néri, et au dernier siècle ce Paul, fonda- teur de la Société de la Passion du Christ, qui, non pas sans une inspiration de Dieu, fit, est-il raconté, d'instantes supplications « près du lrône de la grâcedivine », et cela d'autant plus ardem- ment que les circonstances semblaient moins favorables à la réali- sation de ses espérances. Nous-même, longtemps avant d'être élevé au Pontificat suprème, Nous avons vivement senti l'importance de la sainte prière offerte pour celle cause, et Nous l'avons approuvéedu fonddu cœur. Et ce L2 — 10 —

souvenir nous est agréable: en effet, à l'époque où Nous étions nonce en Belgique, Nous fimes connaissance avec un Anghis. Ignace Spencer, qui était lui-même un très pieux disciple de saint Paul de la Croix. Il Nous exposa le projet qu'il avait déjà con mencé à réaliser, lui, Anglais, d'étendre une Soc fidèles dans le but de prier comme il convient pour le salut derelte nation (1). C'est à peine s'il est néc re de dire combien Nous enträmes ‘cordialement dans ce projet inspiré par la foi el par la charité, el combien Nous favorisames celle œuvre, prévoyant que la nation anglaise en lirerait d'importants avantages. Les fruits de la grâce divine obtenus par la prière des hommes vertueux s'étaient déjà manifestés clairement auparavant; cependant ils devinrent plus abondants à mesure que celle sainte Société se répandil davantage. Il arriva, en effet, qu'un grand nombre d'hommes, même d'un nom illustre, suivirent l'appel divin avec ardeur et piété, et cela souvent en s'exposant aux plus grands dommages temporels, qu'ils subirent généreusement. En outre, il y eut une attraction merveilleuse des cœurs vers la foi, et la pratique du catholicisme, qui vit croître envers lui le respect et l'estime du publie, et plus d'un préjugé, longtemps entretenu, eéda devant la force de la vérité. Considérant ces événements, Nous ne doutons pas que les suppli- cations humbles eLunies de tant de fidèles, adressées à Dieu, hâtent le lemps où sa miséricorde se manifestera davantage au peuple anglais, où « la parole de Dieu se propagera el sera glorifiée ». {Thess. 11, 1.) . Notre confiance s'affermit lorsque Nous considérons les mesures slatives et sociales qui, si elles ne tendent pas directement au but que Nous avons en vue, y visent au moins indirectement, en contribuant à assurer la dignitéde l'individu et en rendant eflicac: les lois de la justice et de la charité En effet, on donne en Angleterre une grande attention à la solu- tion de la question sociale, dont Nous avons traité avec beaucoup de soin dans nos Encycliques, el vous avez sagement fondé des Sociétés ayant pour but d'apporter un juste soulagement aux maux des ouvriers et du peuple et d'instruire eeur Ilest aussi très bon de vous voir travailler comme vous le failes,

(1) Dans ce but, il recommandait spécialement la Salutation Angélique et il obtint de l'Assemblée solennelle de son Ordre tenue à Rome en 1827, sur ce point, pour tous les membres de cet Ordre, une règle spéciale.

                      s                      ina PS
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avee vigueur el persévérance, pour réserver au peuple une éduca- lion religieuse, qui est la base la plus solide de l'instruction dela jemnesse, de l'intégrité de l'ordre domestique et civil; Nous vous louons encore du zèle el de l'énergie avec lesquels un si grand nombre d'hommess’appliquent à promulguer lesmesuresopportunes pour réprimer le vice dégradant de l'intempérance. Nous avons appris enfin avec joie quedes Sociélésse sont formées parmi les jeunes gens des classes supérieures pour conserver la pureté des mœurs et maintenir l'honneur dû à la femme. En effet, au sujet de la vertu chrétienne de continence, se répandent subti- lement, ce qui est très regrettable, desopinions pernicieuses, comme si l'on croyait qu'un homme n'est pas aussi étroitement lié par le préceple qu'une femme. D'ailleurs, des hommes sages sonl profon- dément effrayés avec raison par la diffusion du ralionalisme el du matérialisme, et Nous-même avons souvent élevé la voix pour condamner ces maux qui affaiblissent ou paralysent toute autorité, non seulement au point de vue religieux, mais encore dans la science et dans la pratique de la vie. Aussi ils agissent sagement, ceux qui embrassent sans crainte et proclament les droits de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi que leurs lois et leurs en- seignements sur lesquels reposent le royaume divin ici-bas. C'est de là seulement que dérivent toute force, loute sagesse el loute seurité, Les diverses et nombreuses manifestations de bienfaisance ainsi que les refuges pour celles dont la pudeur est en danger, les maisons de réforme et autres œuvres de’charité, tout ce que l'Église, comme une tendre mère, a établi et, dans tous les temps, a recom- mandé, tout cela prouve d'une façon évidente l'esprit qui vous anime el votre vertu. Nous ne pouvons omettre de mentionner d'une façon spéciale étroite observance publique des jours sacrés et l'esprit général de respect pour les Saintes Écritures, que vous professez. Qui ne connait la puissance et les ressources de la nation anglaise et l'influence

ivilisatrice qui, avec la diffusion de la liberté et de la civilisation, accompagne sa prospérité commerciale, même dans les régions les plus éloignées? Mais de la noblesse et de la multiplicité que pi sentent ces louables institutions, notre âme s'élève jusqu'à l'origine toute de puissance, jusqu'à l'éternelle source de tout bien, Dieu notre Père céleste très bienfaisant. Les travaux de l'homme, soit publics, soit privés, n'obliendront pas leur pleine efficacilé sans un appel à Dieu par la prière el sans l bénédiction. « Car, heureux est le peuple dont Dieu est le Sei- gueur. » (Ps. exLum, 15.) ==

   En effet, l'âme du chrétien doit être dans de telles dispositions

qu'il fasse reposer sa principale espérance dans ses entreprises sur le secours divin obtenu par la prière. Elle ajoute à nos actions un caractère de grandeur et de générosité surnaturel, un désir d'acqué- ir des mérites, et, comme aidé par un secours d'en haut, elle sé lève de plus en plus et nous apporte plus d'avantages. eu, en effet, en nous donnant le pouvoir de le prier, nous à accordé à la fois un grand honneur et un grand bienfait ; ce secours est à la portée de tous, facile à oblenir, et ne demeure vain pour aucun de eeux qui y font appel du fond du cœur. « La prière est notre arme eflieace, notre grand appui, notre richesse, notre port de refuge, notre place de sûreté. » (Cunvsosr. Hom. 30, in Gen.) Mais si celui qui prie avec piété la puissance divine peut attendre ce qui tend au bonheur de cette vie, il est évident que l'homme, appelé à une destinée éternelle, n'aura rien à désirer en ce qui concerne l'acquisition des biens excellents que le ChrisL a procurés à l'humanité « par le sacrement de son amour». Car celui que « Dieu a fait homme pour être notre sagesse, notre justice, notre sancli- fication et notre rédemption » (1"* aux Corinthiens, 1, 30), en outre de ce qu'il a enseigné, établi el accompli, nous a aussi donné, dans ce but, le précepte de la prière, et l'a confirmé avec une bonté incroyable. Ces vérités sont d'ailleurs connues de tous les chrétiens; mais beaucoup d'entre eux ne s'en souviennent pas et ne les appr pas comme ils le devraient. C'est pour celle raison que Nous insis- tons surtout sur la confiance qu'on doit avoir dans la prière, que Nous rappelons les paroles et le paternel amour du Christ Notre- meur. Ces paroles, en effet, sont très importantes et pleines de promesses : « Je vous le dis, demandez et vous recevrez, cherchez el vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira, car quiconque demande reçoit, et qui cherche trouve, et à celui qui frappe il sera ouvert. » (Luc. x1, 9 et 10.) Ces paroles mettent merveilleusement en lumière les desseins de la Providence de Dieu, à savoir que la prière soit l'expression de notre indigence et nous procure en même temps, d'une façon assu- rée, les secours dont nous avons besoin. Mais, afin que nos vœux soient acceptables et agréables à la ma- jesté du Père, le Fils nous ordonne de les unir au mérite de sa propre prière et de les exprimer en son nom : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera ; jusqu'ici vous n'avez rien demandé en 13—

mon nom : demandez el vous recevrez, alin que volre joie suit par- faite » (Joan. xv1, 23-24), et il confirme cet exemple par une cum- paraison avec l'affection agissante dont sont animés les parenls en- vers leurs enfants : « Si done, dit-il, élant méchants, vous savez dumer de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel donnera-L-il le bon espril à ceux qui le lui demandent. » (Luc. xt, 13.) El combien ne sont-ils pas abondants, les biens choisis contenus dans ce bon Esprit! Le plus grand de tous est celle force cachée dont le Christ parlait quand il disait : « Personne ne vient à moi, si mou Père, qui m'a envoyé, ne l'attire. » (Joan. vi, 44.) Il est impossible que des hommes appuyés sur cet enseignement ne se sentent pas allirés, el même en quelque sorte contraints à l'habitude salutaire de la prière. Avec quelle persévérance ne la pratiqueront.ils pas, avec quelle ferveur ne la poursuivront-ils pas, ayant devant les yeux l'exemple du Christ lui-même, qui, n'ayant rien à craindre et n'ayant besoin de rien, car il était Dieu, passait cependant toute la nuit en oraison (Luc. vi, 42), et offrait ses prières et ses supplications avec de grands cris et des larmes. El en agis- sant ainsi, il a voulu se montrer à son Père en suppliant, se souve- nant qu'il est notre Maitre, ainsi que l'a compris sagement le véné- rable Bède, celte gloire de votre nation. Mais rien ne mel en lumière si clairement le précepte et l'exemple de Notre-Seigneur en ce qui concerne la prière que son dernier dis- cours aux apôtres pendant ces Lristes moments qui précédèrent sa Passion, alors que, élevant les yeux vers ie ciel, il supplimt à plu- sieurs reprises Dieu, son Père, le priant et le conjurant, pour que ses disciples et ceux qui l'avaient suivi fussent très intimement unis dans la vérité, afin que cela soit pour le monde une preuve convaincante de la divine mission qu'il allait leur confier. Et, sur « point, c'est une considération bien douce que la ‘pensée de celle unité de foi et de volonté pour laquelle Notre Rédempteur el Maître priail avec larmes, dans cette supplication, unité qui, si “lle est toujours utile, même aux intérêts de l'État, soit dans la pairie, soit à l'étranger, est maintenant, plus que jamais, néces- saire, par suite des divisions et des confusions qui règnent à l'heure artuelle. Pour Notre part, averti par l'exemple du Christ et par lu conscience de Notre devoir, Nous n'avons rien laissé à désirer, Nous semble-t-il, par Notre vigilance, Nos exhortations, les mesures que Nous avons prises; Nous avons humblement prié Dieu et Nous le prions encore pour le retour des nations chrétiennes mainte- nant séparées de nous, à l'unité des premiers jours. ee

Nous avons plus d'une fois, en ces dernières années, exprimé clairement ce désir, et Nous avons résolu de consacrer de toute façon et avec ardeur Nos soins à en assurer la réalisation. Que Nous serions heureux si, devant bientôt rendre compte de Notre administration au Prince des Pasteurs, il nous était donné de lui présenter les fruits abondants de ces désirs qu’à son inspiration et sous sa conduite, Nous avons entrepris de réaliser. Pendant ces jours, Nos pensées se lournent avec beaucoup d'a mour et d'espoir vers le peuple anglais. Nous observons les preuves nombreuses et manifestes de l'action salutaire que la grâce divine y exerce sur les cœurs. Nous voyons combien pour beaucoup la multiplicité des dissensions religieuses qui divisent cette nation, sur les sujets les plus graves, est une cause de profonde douleur; combien d'autres aperçoivent clairement le besoin de quelque appui assuré contre l'invasion des erreurs modernes, qui ne con- cordent que trop avec les désirs de la nature déchue et de la raison dépravée; combien s'aceroit le nombre des hommes religieux el discrets qui travaillent avec beaucoup de sincérité à la réunion avec l'Église catholique. C'est à peine si Nous pouvons dire combien vivement ces faits el tant d’autres semblables animent en Nous l'amour du Christ, avec quelle ardeur Nous demandons une mesure plus abondante de la grâce de Dieu qui, répandue sur des esprits si bien disposés, puisse aboutir au fruit ardemment désiré, à savoir « que nous parvenions vous à l'unité d'une mème foi et d’une même connaissance du Fils de Dieu (Eph. 1v, 13), travaillant avec soin à conserver l'unité d'un même esprit par le lien de la paix comme nous avons tous été appelés à la même espérance : il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi et qu'un baptème ». (76, 3, 5.) Vous lous donc, qui êtes en Angleterre, quelle que soit la com- munauté où l'institution à laquelle vous appartenez, Nous vous invi- tons avec une profonde affection à poursuivre ce saint but de rame- ner l'union. Laissez-Nous vous exhorter, pour votre salut éternel et pour la gloire du nom chrétien, à adresser vos prières el vos vœux au Souverain Père céleste, et à ne pas cesser de le faire avec ardeur. Efforcez-vous de demander les secours nécessaires à ce Dieu qui est le dispensateur de toute lumière, et dont la très douce impul- sion nous guide vers lout ce qui est bien, afin qu'il vous soit donné de connaitre la vérité en toute sa plénitude et d'embrasser les vues de sa miséricorde avec une entière fidélilé. Invoquez à cette fin le nom glorieux et les mérites de Jésus-Christ, qui est « l'auteur et le — 15 —

 mmateur de notre foi (Héb., xn, 2), qui a aimé l'Église     jus-

qu'ë se livrer lui-même pour elle, afin de la sanctifier, et de se donner à lui-même une Église pleine de gloire ». (Eph., v, 25, 27.) S'il se présente quelques difficultés, elles ne sont pas de nature à arrêter Notre zèle apostolique ni à faire obstacle à Notre énergie. Sans doute les nombreux changements qui ont survenu et le temps lui-même ont permis aux divisions existantes de prendre de plus profondes racines. Mais est-ce là une raison pour abandonner toute espérance de réconciliation et de paix? Nullement, s'il plait à Dieu. En effet, nous ne devons pas juger les événements en nous plaçant seulement à un point de vue humain, mais nous devons plutôt con- sidérer la puissance et la miséricorde de Dieu. Dans les entreprises grandes el pénibles, pourvu qu'on s'y consacre avec une volonté ardente et adroite, Dieu se tient au côté de l'homme, et c'est préci- sément dans ces difficultés que l'action de la Providence brille avec le plus d'éclat. Il est une considération qui doit fortifier notre commune espé- rance. Le temps n'est pas très éloigné où treize siècles seront ac- complis depuis que la race anglaise accueillit ces hommes aposto- liques, envoyés, comme Nous l'avons dit au début, de Rome même, et où, rejetant le paganisme, elle consacra les prémices de sa foi à Jésus-Christ notre Dieu. C'est là, s’il en fut jamais, un événement mémorable et digne d'actions de grâces publiques, car il vous procura une multitude de biens et une grande gloire à travers les âges. Plaise à Dieu qué ce souvenir vous apporte surtout ce bienfait que les esprits droits se souviennent de la foi prêchée alors à vos ancêtres, la même qui est prèchée encore maintenant, car « Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui et il sera de même dans tous les siècles. » [(Heb. xu, 8), comme l'a proclamé saint Paul. Lui-même, avec beaucoup d'oppor- tunité, vous exhorte à vous souvenir « de ces premiers pasteurs qui vous ont prèché la parole de Dieu et, considérant quelle a été la fin de leur vie, à imiter leur foi». (Heb., 7.) Dans une si grande cause, Nous appelons d'abord à notre aide, comme Nos alliés, les catholiques d'Angleterre dont nous connais- sons la foi et la piété.

On ne saurait douler que, appréciant exactement la valeur et les effets de la sainte prière dont nous avons, en toute vérité, montré la vertu, ils s'efforceront, par tous les moyens, d'aider leurs com- patriotes et leurs frères en invoquant en leur faveur la divine clé- mence. Prier pour soi-même est un besoin, prier pour les autres esune inspiration d'amour fralernel, et il est évident que cetle A6

dernière prière obliendra        aux yeux de Dieu plus de faveur que celle
 ictée par la nécessité. Les premiers chrétiens adoptèrent certai-
nement celle pratique.         En particulier, pour ce qui concerne le don
de la foi, les premiers siècles       nous offrent un frappant exemple:
ainsi c'était la coutume de prier Dieu avec ardeur pour que les
parents, les amis, les princes et les compatriotes obtiennent le bien-
fait de la soumission
                    à la foi chrétienne. (Saint             AuGusrix,         De done
perser., Xxi, 63.)
  Sur ce point, il y a un autre sujet qui nous donne
                                                   de l'inquiétude.
Nous avons appris qu'en Angleterre il existe des hommes qui,                     élant
catholiques de nom, ne se montrent pas tels dans la pratique ; que.
dans vos grandes villes, beaucoup de gens ne connaissent pas                        les
éléments de la foi chrétienne, ne prient jamais Dieu et                     vivent dans
l'ignorance de sa justice et de sa miséricorde, En présence de celle
calamité, il faut prier      Dieu,
                                 et le prier
                                           avec instance, pour que, lui
qui peut seul le faire,       il nous indique les moyens de porter remède
à un tel mal, soutienne le courage et la force de ceux qui travaillent
avec ardeur à cette lâche ardue, et « envoie des ouvriers à sa m
son ». Tandis que nous insistons si vivement auprès de Nos fils                     sui
le devoir
       de la prière, Nous désirons en                 même temps les avertir
qu'ils ne doivent souffrir aucune omission en ce qui touche à la
grâce et aux fruits de cette prière et qu'ils doivent avoir loujours
présent à l'esprit le précepte de           l'apôtre Paul        aux      Corinthiens
                                                                                    :
« Ne donner aucune occasion de scandale ni aux Juifs, ni aux Gen-
 tils, ni à l'Église de Dieu. » (1° aux Corinthiens,            x, 32.)
   Car il est nécessaire que les dispositions de l'âme qui sout sur-
 tout nécesssaires             prière, soient      accompagnées des actions el
 des exemples qui           conviennent à la profession chrétienne. Ces
 exemples sont l'observation de la droiture et de la justice, de la
 pitié pour les pauvres, de la pénitence, de la paix et de la concorde
 dans vos propres maisons, du respect pour les loi                                 qui
 appuiera vos prières de la façon la plus excellente.
       La     miséricorde     divine est favorable aux demandes de ceux qui.
 en toute justice, accomplissent les préceptes du Christ,                    suivant si
 promesse: « Si vous demeurez en moi el si mes paroles demeurent
 en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez et cela vous
 sera accord!
       Aussi Nous vous exhortons maintenant à ce que, unissant volre
 prière
     à la Nôtre, vous demandiez ardemment à                        Dieu qu'il vous
accorde d'accueillir vos compatriotes etvos frères dans les liens de
 la parfaite charité.       En outre, il est profitable d'implorer le secours
 des    saints
            de Dieu. L'efficacité de leurs prières,               surtout dans une

x

              D Coogle                 UNIVERSITY OF MICHIGAN

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semblable cause, ressort de celle remarque frappanle de s Augustin au sujet de saint Etienne : « S'il n'avait pas ainsi pri l'Eglise n'aurait pas eu saint Paul. » Aussi, Nous invoquons avec ferveur saint Grégoire, que les Anglais ent loujours honoré comme l'apôtre de leur nation, saint Augustin, son disciple eL son messager; tous les autres saints de Dieu, dont les éclatantes vertus el les non moins remarquables actions ont valu à l'Angleterre le nom d'« lle mère des Saints » ; saint Pierre, prince des Apôtres, et saint Georges, ses patrons spéciaux, et par-dessus tout, la Sainte Mère de Dieu, que le Christ lui-même, du haut de ln Croix, a désignée pour être la Mère du genre humain, et à laquelle votre royaume fut consacré par vos ancêtres, sous ce glorieux litre : « l'apanage de Marie ». Tous, Nous les invoquons avec une pleine confiance, Nous leur demandons d’être Nos avocats devant le trône de Dieu, de sorte que, renouvelant votre gloire des anciens jours, il puisse « vous combler de paix et de joie dans votre foi, afin que votre espérance croisse de plus en plus par le vertu du Saint-Esprit ». (Rom. xv, 12.) Il faut prendre soin que les prières spéciales pour l'unité de la fui instituées déjà parmi vous, catholiques, et fixées à certains jours, sient récilées plus souvent avec une plus grande dévotion. En particulier, que le pieux exercice du Saint Rosaire de Marie, que Nous-même ayons si vivement recommandé, soit parmi vous en hon- neur: car cette prière renferme pour ainsi dire un abrégé de la doc- trine de l'Évangile, el a toujours été très salutaire pour les peuples. De plus, Nous voulons, par Notre propre volonté etautorité, ajou- ter une nouvelle indulgence àcelles qui ont élé accordées succes- sivement par Nos prédécesseurs. Nous accordons donc à tous ceux qui réciteront pieusement la prière jointe à cette lettre (1), même à veux qui ne sont pas Anglais, une indulgence de 300 jours, et, en outre, une indulgence plénière une fois le mois, moyennant l'observation des conditions ordinaires, à tous ceux qui l'auront récilée quotidiennement. Puisse-t-elle fortifier ces vœux et en assurer la réalisation, la prière divine du Christ en faveur de l'unité, cette prière qu'aujour- d'hui, célébrant le souvenir de sa très sainte Résurrection, Nous répétons avec la plus vive confiance: « Père Saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient une seule chose comme nous sommes un... Sanctifiez-les dans la vérité. Votre parole est vérité... Je ne prie pas pour eux seule-

1: Voir celle prière, page 32. er

ment, mais encore pour ceux qui duivent croire en moi par leur parole, afin qu'ils soient tous une seule chose, comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, el qu'ils soient de même une seule chose en nous... Je suis en eux el vous en moi, alin qu'ils soient consommés dans l'unité, et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, el que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé. » (Joan. xvu, 11, 14, 20, 21, 23.) Et maintenant, Nous demandons et Nous souhaitons toutes les bénédictions de Dieu pour le peuple entier de la Grande-Bretagne, et, du fond du cœur, Nous prions pour que ceux qui cherchent le royaume du Christ et le salut dans l'unité de la foi puissent voir la pleine réalisation de leurs désirs. Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 14 avril 1895, la dix-hui- tième année de Notre pontificat.

                                              LÉON XIII, PAPE.


         LÉON XII ET LA QUESTION ANGLICAN

Ces jours derniers(1), à peine remis des fatigues d'un voyage à Rome, j'ai lu le bel article que M. Ollé-Laprune a publié dans la Quinzaine, sous le titre de : Ce qu'on va chercher à Rome. E j'ai éprouvé la douce jouissance de voir traduites, en un magnifique langage, les impressions que j'avais ressenties par deux fois en bien peu de lemps, au mois de septembre d'abord, et tout dernièrement en mars el avril. « Convaineu que, dans le gouvernement de l'Eglise, il à pour « décider et pour agir des grâces d'état, le Pape ne se juge pas pour « ecla autorisé à l'indolence. Il recueille de toutes parts les infor- « mations, les avis ; il écoute, il observe, il médite: d'un mot, il travaille. Le mot lui plait, et volontiers on le répète autour de lui! «I faut travailler, » aime-til à dire, etle cardinal secrétaire d'Etat dit avec conviction et chaleur : « Travaillons, car notre Pape tra- « vaille. Travaillons comme lui et avec lui. » Au Vatican, la cou- fiance en Dieu et le labeur humain s'unissent. Le Pape, dans ses Encyeliques, insiste sur la nécessité d'implorer le secours divin dans toutes ses entreprises, el il ajoute qu'il faut employer les moyens humains propres à en assurer le succès... » a

(1) Cet article a paru dans le Monde   le 1e mai 1895.    Il   est signé du nom

que j'ai adopté en publiant un travait sur les Ordinations anglicanes. F.P. ESA

M. Ollé-Laprune n'a pas de peine à montrer, dans les actes de Léon XII, ce double élément du travail et de la prière. Le même Pape qui a écrit les encycliques sur la condition des ouvriers et sur la constitution des sociétés et des Elats, est aussi l’auteur d'ency- cliques sur le Rosaire et des prières après la messe, où saint Michel est si énergiquement conjuré de chasser Satan et la troupe des dé- mons. Notre auguste Pontife sait qu'en vertu des promesses divines, l'Eglise qui lui est confiée ne périra pas entre ses mains et traver- sera les siècles ; mais il sait aussi que, par l’habileté de la manœuvre, il peut éviter à la barque de Pierre bien des chocs, et que les grâces de Jésus calment les tempêtes. Voilà pourquoi notre Pape travaille et prie. Il m'a été donné de voir de mes yeux ee merveilleux et saint vieillard « travailler et prier», de l'entendre dire: « il faut travailler +{ prier » avec des accents de conviction, de foi, d'humilité, de con- fiance à jamais inoubliables.

C'était à propos de l'Eglise anglicane. Nos lecteurs n'ignorent pas les controverses qui ont surgi naguère relativement à cette Eglise. La question des Ordres à été reprise avec une nouvelle ardeur. Les théologiens français, par- lagés sur la solution, divisés, même quand ils concluaient d’une manière identique, sur les motifs à invoquer, ont été d'accord pour irailer avec charité etrespect leurs frères séparés. De plus, d'après eux tous, la pratique de l'Eglise romaine n'implique pas une solu- tion officielle définitive. Cele attitude a suscité, chez les anglicans, ua vif mouvement de sympathie, dont les différentes manifestations wat excité de sérieuses espérances. Il suflit d’une étincelle pour allumer un incendie, du déplacement d'un caillou pour entrainer une avalanche. Les témoignages de justice et de charité, simplement, loyalement donnés par le clergé de France, ont causé de grands «lets, à l'insu même de la plupart de ceux qui les donnaient. Pour se rendre compte de ce mouvement et en expliquer la force sudaine, il faut comprendre que la question des Ordres est intime- men liée à une autre question plus importante encore. Depuis long- temps, les meilleurs esprits se demandent si, vis-à-vis de l'Eglise anglicane, nous devons procéder exclusivement pardes conversions individuelles, ou nous adresser à l'ensemble de celle communion, à sa hiérarchie, si on doit exiger la soumission d'un chacun ou léndrewers une union de corps. La première ligne de conduite a ; la seconde n'a eu que derares défenseurs tiésuivie jusqu'à présent tés sans influence, malgré la haute position et la grande valeur — — 20

personnelle de certains d'entre eux. Aussi, beaucoup d'anglicans qui déplorent le schisme el veulent l'unité, mais qui, d'autre part, ne voudraient pour rien au monde renier leur passé, déserter leur Eglise el surtout regarder comme nuls les sacrements reçus dans son sein, ont loujours été attristés à la vue des sacrifices qu'on leur imposait. : Un grand nombre les a jugés inadn ibles et a attendu des Lemps meilleurs. Le clergé français a profondément ému toutes ces bonnes volon-

ce me semble, l'explication d'un mouvement dont la nouveauté et la force pourraient surprendre. Voilà aussi l'explication des colères, des polémiques acerbes et des agissements divers dont le but avoué ou secret tendait à briser le pont hardiment lancé par-dessus trois siècles de controverses, de malentendus et de préjugés. Cependant Léon XIII, pilote attentif à la moindre brise qui peut pousser la barque de Pierre, suivait avec le plus grand soin les nouvelles controverses. Fidèle à sa méthode, depuis huit mois sur- Lout, il a demandé des mémoires et des documents à des théologiens, à des savants, à différentes personnalités. Il a interrogé les plus grands comme les plus humbles, les catholiques comme les angli- cans. Il a travaillé, Et maintenant, avant de commencer une de ces œuvres devant lesquelles tout génie, tout 1 humain doit recon- naître son impuissance absolue, le Pape se tourne vers ceux que la nouvelle entreprise regarde particulièrement, vers les Anglais, et leur demande à tous des prières : « Vous lous done qui êtes en An- « gleterre, quelle que soit la communauté ou l'institution à laquelle « vous appartenez, Nous vous invitons avec une profonde affection « à poursuivre ce saint but de ramener l'union. Laissez-nous vous « exhorter, pour votre salut éternel et pour la gloire du nom chré- « tien, à adresser vos prières el vos vœux au Souverain Père céleste « et à ne pas cesser de le faire avec ardeur. » Léon XII s'adresse à tous, dans son apostolique charité il n'exclut personne ; il réclame les prières de Lous ceux qui croient au Christ, des dissidents et des ritualistes, des anglicans et des catholiques. Son appel est exprimé dans les termes les plus pieux, les plus touchants, qui voquent #1—

naturellement la douce figure du disciple bien-aimé. On croit entendre la voix du vieil apôtre: « Mes pelits enfants, aimez-vous les uns les autres. » Cet appel remuera l'âme de l'Angleterre restée si profondément chrétienne, et Léon XIII aura la consolation de recevoir la réponse que mérite une Lettre toute remplie de la divine charité. Alors d'autres actes suivront cet acte préliminaire. Ayons confiance. « S'il « se présente quelques difficultés, elles ne sont pas de nature à

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                EN ANGLETERRE

Depuis que la Lettre Ad Angles a paru, le mouvement en faveur de l'union ne fait que s'accroitre. La parole auguste de Léon XIII a donné une consistance et une direction à des aspirations généreuses, mais parfois un peu vagues, quis'élevaient instinctive- ment des cœurs chrétiens, parmi nos frères séparés comme parmi les catholiques. Nous, enfants de l'Église romaine, nous sommes assurés de travailler suivant les vues du Saint-Père en employant nos effortsà amener la réunion de l'Église anglicane à l'Église mère. Dans une œuvre si diflicile, au milieu des plus grandes diffcul- tés, il est bonde se sentir vraiment dans le sillonque trace la barque de Pierre. Les Anglais plus ou moins séparés de nous, n'ont pu s'empêcher, de leur côté, de ressentir une religieuse émotion en voyant le grand vieillard du Vatican s'adresser à eux après s'être adressé aux Églises orientales pour leur dire, à eux aussi, des paroles de paix et d'union. De tous, le Saint-Pèrea déjàobtenu l'union dans la prière. Aux derniers fêles de la Pentecôte, dans l'Église romaine comme dans l'Église anglicane, des prières sont monté vers l'Esprit d'amour, afin d'obtenir que les divisions, fruit de l'es- prit de haine, disparaissent de la chrétienté. 11 n'estpas possible que ces prières, continuées avec persévérance, n'obtiennent pas à la fin la réalisation complète du désir suprème de Notre-Seigneur Jésus- Christ : « Mon Père, qu'ils soient un comme nous sommes un. »

       LE CONGRÈS DES CATHOLIQUES ANGLAIS.

Le congrès annuel de la Cutholir Truth Society a eu lieu celle année à Bristol. Son Éminence le cardinal Vaughan, président,a prononcé un grand discourssur l'union. En voici quelques extraits: « Reconnaitre l'existence d'un besoin, c'est faire un premier pas vers l'adoption des moyens propres à y satisfaire. Les hommes qui sont contents d'un état de choses donné n’examinent jamais en eux- mèmes la manière de le modifier ou de l'améliorer. Aussi nous pouvons avec raison considérer comme un heureux augure ce fait, qu'enfin un certain nombre d'hommes ont cessé de regarder avec patience ou avec salisfaction les formes presque innombrables de croyance religieuse ou d'incroyance qui existentautour d'eux; qu'a contraire ils se tournent de tous côtés, cherchant un guide et avec — 23 —

l'espoir que quelque lumière pourra dissiper les ténèbres, leur montrer le chemin qui les conduira à la paix de l'esprit et à l'unité de la - Lepremierpas a été fail, et si aucun résultat bien déterminé n'est suure apparent, cela ne doit ni surprendre ni décourager ceux qui, durant l'année passée, ont essayé d'animer les hommes à considérer l'importance vitale de l'Union dans la Foi, en ce qui concerne à la fois leur propre salut éternel et l'honneur, la gloire du Divin Fon- dateur de la religion chrétienne. «C'est beaucoup déjà d'avoirconvaineu une partie du peuple anglais de celle vérité que, dans l'intérêt de leur âme et afin d'accomplir la volonté de Dieu, ses membres ont la grave obligation de prier pour échapper au péril de la désunion de la chrétienté et de rechercher l'unité de foi, c'est beaucoup d'avoir tourné les regards d'une partie iafuente de l'Église officielle vers Rome et le Pape, comme vers endroit d'où viendra le secours pour réunir les communions chré tiennes, comme vers le centre historique où convergent les espé- rauces de l'unité ; il y a dans ce fait une preuve évidente de larévo- lution merveilleuse accomplie en des esprits qui sincèrement cherchent à faire disparaitre les divisions religieuses de la chré- tienté occidentale. » Son Éminence passe ensuite à quelques explications personnelles el ajoute ces paroles bien dignes de son âme apostolique :

Wnir: aucun sacrifice ne nous semblerait Lrop grand. Faire celui de notre vie à une telle cause nous semblerait un inappréciable privilège, tant nous désirons le salut de nos concitoyens eu de nos frères. » L'éminent vraleur explique ensuite que la réunion ne peut se fire par des transactions sur des vérités. Il indique la place qu'oc- ape, d'après lui, dans la question, la controverse sur les Ordina- tions anglicanes et développe longuement les molifs qui militent «a faveur des conversions individuelles comme unique moyen d'u= _u—

nion. Cilons encore quelques passa, entrant plus particulié- rement dans le cadre de notre Bulletin: « Heureusement, les anglicans ont un grand nombre de dogmes communs avec nous, etj'ai lieu de croire que certaines différences de doctrine qui subsistent entre eux el nous, sont plus apparentes que réelles; d'autres ne sont que le résultat de malentendus qu'une explication plus complète dissiperait. Au reste, tant de progrès se sont réalisés dans ce sens depuis cinquante ans, que nous pouvons raisonnablement espérer de voir ces différences aller diminuant d'année en année, »

« Oui! c'est bien évident, la divine Providence dans ses desseins secrets prépare quelque chose pour l'Angleterre. Si nos yeux ne peuvent pénétrer ces secrets, nous devons nous en tenir au simple enseignement de notre sainte religion. Si mon influence ne peut s'étendre sur ceux qui sont en dehors du catholicisme, mon devoir m'oblige d'indiquer à chaque catholique la nécessité de prier foi, espérance et charité afin que Dieu daigne hâter le moment de sa visite et manifester plus abondamment sa miséricorde. Les mots me manquent pour exprimer ma conviction à cet égard; » je conjure et ceux qui m'entendent et ceux qui me liront, de rempl ce devoir de la prière privée et publique. Oui, prêtres eL laïques. familles et individus, enfants dans leurs écoles, vieillards et infirmes, malades et: mouranls, tous doivent s'unir dans ect apus- tolat de la prière pour hâter l'union. u Le Saint-Père a adresséaux Anglaisune lettreoûil recommande la prière à tous ceux qui désirent le salut dans l'unité de foi. On a critiqué cette lettre parce que, a-t-on dit, elle ne spécifiait pas les différences, elle ne marquait pas de concession, elle ne faisait pas accomplir un pas de plus à la question. Ceux qui formulent ces cri- tiques ne voient pas que le Vicaire de Jésus-Christ a parlé comme son Maître dans le sermon sur la montagne, et qu'en nous ordon- nant de persévérer dans la prière, il a fait faire le premier grand pas, le pas le plus fécond en résultats vers l'union de l'Angleterre avec le Siège apostolique. Ne vous contentez pas d'assister à la cérémonie et aux prières publiques pour la conversion de l'Angleterre qui ont lieu le second samedi de chaque mois dans toutes les églises d'Angleterre; ne vous contentez pas de dire la prière indiquée par le Saint-Père dans sa Letire auz Anglais, et qui en certains diocèses, est récitée après la ion, dans certaines familles est jointe à la prière du soir. _ 2% —

« Employezeette prière, employez-en d'autres, fréquemment en divers moments, ou priez, si vous voulez sans aucune formule, pour la conversion de l'Angleterre. Ce qu'il faut, c'est la prière d'âme et de cœur, la prière humble, fervente et constante. Enrôlez dans cet apostolat de la prière toute communauté religieuse d'hommes et de femmes, non seulement de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, mais de toute la chrétienté catholique, avec cette assurance que Dieu vous exaucera en son temps et que vous verrez la réalisation des paroles du Psalmiste : « II a abaissé son regard sur la prière de l'humble, il m'a pas rejeté sa demande, racontez-le à toute génération à » (Psœume 01.)

              CONGRÈS DE L'ÉGLISE ANGLICANE

Un congrès de l'Eglise anglicane doit se tenir à Norwick les 8, 9, 10et 44 octobre prochain, et s'annonce commedes plus importants. En voici le programme : 1# jour : Questions scolaires eL mesures à prendre pour la sauve- garde de l'instruction religieuse. — Missions à l'étranger. — L'im- moralité et le vol; comment y remédier. 2 jour: les Saintes Ecritures: nouvelles découvertes de textes sacrés. : — Le conflit entre In science et la f — Exposé de la situation financière de l'Église. -- Les rapports de l'Église et de l'État. 3 jour: L'Église nationale et la Réforme. Etude historique de la Réforme; son œuvre. — La situation de l'Église au pays de Galles. — Le rôle de la femme dans la société moderne. — L'Église et la démocratie: socialisme, collectivisme, coopéra- tion.

 Les difficultés pour arriver à l'unité de l'Église: 4° avec les

dissidents; 2° avec l'Église romaine etles Églises d'Orient. — L'Église et les classes agricoles. 4 jour: Questions de dévotion. — Le respect du dimanche. — L'Église et les pauvres.

               L'ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY

 L'archevêque de Cantorbéry, le Primat de l'Église anglicane, à
    lernièrement une lettre à propos de l'union.     D'après le Guar-

dim, un des journaux anglicans les plus autorisés, Su Grâce n'au- LU

                                         —      —
                                               26

 rait pas publié       celte lettre mofu proprio, il y aurait été poussé par
 certains évêques et quelques laïques influents.                  On le croit san
 peine à la leeture du document.
    La première        impression qui s'en dégage             n'est   vraiment pes
 bonne. Nous regretions, pour notre part, certaines phrases ambi-
 guës,     destinées peut-être à faire plaisir à des personnes bien difl-
 ciles à contenter, comme               nous regrettons aussi      les   phrases peu
 équitables lancées à la tête de cette «Église étrangère
                                                       » qui se trouve
 être la Rome de saint Grégoire et de Léon XIII.
     Nous ne craignons pas cependant               d'ajouter que      la lettre nes
 pas aussi    mauvaise       qu'on        le   croirait. Et   nous protestons lout
 d'abord contre les vues                d'intérêt personnel que       des journaux
 catholiques n'ont pas craint d'attribuer à l'archevêque. Sa Grâce
                                                                 a
 des sentiments chrétiens trop profonds pour qu'on se permette de
 pareilles attaques.    La vérité est que l'archevêque de Cantorbérs s
 trouve, par         siluation, dans de grands embarras vis-à-vis des diffé-
 rents partis de l'Église anglicane. 11 voudrait
                                              ne pas écarter davan-
 tage encore les plus éloignés, et ne pas créerde nouvelles divisions
 Il essaie de ne pas aller ni trop à droite ni trop
                                                 à gauche. Mais
 c'est là une manœuvre bien dangereuse :                 car, en voulant contenter
 tout le monde, il arrive bien souvent que l'on ne contente personne.
 Malgré tout, nous avons             confiance en la foi chrétienne de l'ar-
 chevèque de Cantorbéry.            Dans cette question de l'union, au moment
 décisif, le Primat de       l'Église    anglicane ne faillira pas à son devoir.



         LE PAPE D'APRÈS UN AUTEUR ANGLICAN ‘

     Il vient
            de paraitre en Angleterre un livre d'un grand intérêt, el
 que lous nos auleurs catholiques devraient connaitre. Le Rév.
 Everest, chanoine anglican, dans son ouvrage intitulé Le Pouroir ds
 clefs, aborde la question de la Primauté de Pierre et de ses succes-
 seurs. Il prouve, par l'Écriture et par l'histoire, que Pierre a reçu
 le pouvoir des clefs, et que les évêques de Rome sont, sous ce rap-
 port, ses héritiers et ses successeurs. En d'autres termes, il prouv
 que la Primauté des Papes est de droit divin. Nous nous proposons
 de donner ailleurs une étude complète de ce remarquable travail,
 avec les réserves qu'il comporte sur certains points. Aujourd'hui
                       à en tirer quelques extraits pour les lecteurs
 nous allons nous borner
 du Bulletin.

    (1) The Gift of the Keys, by the Rev. W. F. Everusr, — London, Rivington
 Percival, et Cie,




             #6o0gle                    UNSNO MINE À

— — 21

              : « Le but de l'auteur est
                                       de montrer quela position

de l'Église anglicane, par sa séparation actuelle d'avec Rome, est purement provisoire: nécessaire (?) à cause de certaines circons- lnces, elle doit prendre fin au moment précis où cela pourra être fail sans préjudice des justes prétentions, soit de la Papauté, soit de l'Épiscopat, divinement constitué dans l'Église de Dieu. » A la page 23 : «Comment saint Pierre confirma-t-ilsesfrères, on ne nous le dit pas; mais qu'il l'ait fait, nous pouvons le regarder comme certain. Et cela est important: car, si saint Pierre confirma ses frères vn vertu de son office de gardien des clefs, sans pourtant léser les prérogatives accordées aux autres apôtres, il s'ensuit que la dignité de chef visible de l'Église, gardien des clefs comme successeur de Pierre, est parfaitement compatible avec les prérogatives du reste de l'Épiscopat. » Enfin, à la page 144 et 412 : « Le 47 décembre 537, Justinien assistait à la dédicace de l'église Sainte-Sophie, qu'on venait d'achever; enthousiasmé de la magni- licence de ce temple, l'empereur, levant les mains au ciel, s'écriait:

Lplus large et la plus puissante organisation religieuse du monde. Lord Nacaulay l'appelle : une august superstition. Or, des supersti- ‘ns, même augustes, ont bien peu de chance de vivre dans un secle de critique comme le xix°; et pourtant, celte auguste supersti- a subsiste encore parmi nous, et pourtant, elle ne donne guère signes visibles de décrépitude. =

  Rome, impossible de le nier, est encore
                                      la mère féconde de grands

saints; impossible de s'inscrire en faux : c'est là, encore là, l'orga- tion la plus merveilleuse, et la discipline la plus parfaite qui puisse exister d'une société chrétienne; elle est encore caractérisée par cette vraie note de catholicité, l'âme, le génie el le pouvoir d'expansion. Le contraste entre l'Église romaine et les Églises orientales n'est en rien plus frappant que dans l'état de l'une et de l'autre: celle-là toujours ezpansive diffusive), celle-ci relativement [sfationnaire, (stagnant). Oui! Partout où se trouve la race humaine, aux somme bilaliers des montagnes, dans les déserts brûlants de l'Inde, chez les lépreux des iles du Pacifique, elle existe cette auguste superstition répandant l'Évangile et prète à braver le martyre, s'il était besoin, pour l'amour de la vérité évangélique. Tout cela est indéniable! Tout cela existe réellement sous nos yeux! Comment done l'expli- quer? Sûrement un esprit impartial dira qu'il est impossible de l'at- Lribuer aux moyens humains; mais où donc est le secret de cette vilalilé, de cette fécondité ? « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » L'insondable secret de cette merveille de dans l'impérissable durée de la parole de Jésus-Christ: « 7u es Pelrus, et tibi claves dabo.»

     LA NOUVELLE SUPÉRIEURE DU SACRÉ-CŒUR
                                        ‘?

  Le Chapitre des Dames du Sacré-Cœur, à Paris,               vient de procéder

à l'élection de la nouvelle supérieure générale. Cet événement int resse un grand nombre de familles de notre région, qui confient leurs enfants aux soins si éclairés, si pieux, si dévonés des reli- gieuses de celte si célèbre congrégation. La nouvelle supérieure générale est Madame Digby Boycott, d'origine et de nationalité anglaises. J'ai lu déjà, depuis que cette élection a eu lieu, plusieurs articles publiés par les journaux sur la nouvelle supérieure générale. Plu-

(4) Nous empruntons cet intéressant article à un journal de Toulouse, l'Express du Midi. Nos lecteurs, nous en sommes sûrs, liront avec plaisir cette iante notice, écrite par une personne des mieux renscignées. Nous nous per- mettrons cependant deux légères rectifications. La jeune Mabel devenue catho- lique, n'entra pas tout de suite au Sacré-Cœur. Elle resta quelque temps encore dans le monde et passa au moins une année à Paris. — Nommée vicaire géné- rale en Angleterre, elle présida à la fondation de cinq ou six maisons de sa com- munauté. Les Dames du Sacré-Cœur possèdent en Angleterre huit maisons. — 2% —

rs erreurs se sont glissées dans ces différentes notices. Qu’

soit permis à un vieil ami de les rectifier et de rétablir la vérité. La famille Digby Boycott, à laquelle appartient la sainte et véné- rable religieuse qui vient d'être appelée à un poste si plein de dignité, aussi de responsabilités redoutables, dans les temps cri- tiques que traversent en ce moment les congrégations religieuses, est une branche cadette de cette grande et historique famille à laquelle appartenait ce lord Digby, figure noble et touchante, ami dévoué et serviteur fidèle, quand même, de l'infortuné Charles 1, roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Mistress Digby Boycolt, née Boycolt, avait épousé un cadet de rette noble et grande race. C'est déjà dans un âge avancé qu'elle a Lien voulu m'admettre dans son intimité. J'ai pu alors apprécier le charme de son esprit, la profondeur de son savoir, l'élévation de ses idées, la sainteté de son âme et la grâce indicible de ses manières. Elle avait eu quatre enfants : Géraldine, depuis chanoinesse du chapitre de Sainte-Anne, en Bavière. Après avoir consacré tous les instants de sa vie à sa mère, après lui avoir fermé les yeux à Pau, ily a quelques années à peine, elle vit maintenant en Angleterre sous le titre de comtesse Géraldine Digby Boycolt; Mabel, celle qui vient d'être élevée à la suprème dignité qui lui confère de si redoutables devoirs; Éva, délicieuse et charmante enfant, à dix-sept ans enlevée à l'amour de tous les siens; Arthur Essex, enfin, capitaine de cavalerie dans l'armée anglai M Digby Boycott, élevée dans la religion anglicane, par- lageait celte croyance avec tous les siens. Elle avait fait son entrée

dns le monde le jour desa présentation au vieux roi Charles X, quelques mois à peine avant que ce prince, si français, ne prit, pour la troisième fois, le chemin de l'exil. Elle aimait à rappeler que cette présentation avait eu lieu en même temps que celle de Mademoiselle Sidonie de Castelbajue, dont les salons s'ouvrent encore, lous les soirs, à l'élite de la société française et étrangère de Pau. Après son mariage, célèbre par son esprit et sa beauté, M=* Digby avail pris place parmi ces proféssionnal beautix dont l'Angleterre “honore, qu'elle sait adorer, et ce n'est pas sans une pointe d'an- vienne et charmante coquetterie qu'elle aimait à montrer les keepseakes du temps, dans lesquels figurait son portrait, chanté parles plus célèbres poèles. Une santé un peu chancelante l'avail amenée, av son mari et — 30 —

ses enfants, dans le Midi de la France, et plusieurs personnes # rappellent encore le charme et la bonté de cette vraiment granit dame. Ce fut pendant un séjour de deux ou trois années, passéesÀ Montpellier, que la grâce la toucha et qu'elle se convertit à la reb gion catholique. Aussi bien son intelligence était-elle trop élevée à sa raison trop droite pour qu'elle pût conserver ses erreurs, alon qu'elle avait sous les yeux les splendeurs et qu'elle pouvait com prendre la logique de la seule et vraie religion. Ses filles, Géraldine et Éva, avaient suivi Mme Digby dans ses non velles convictions ; seule Mabel résistait et, de concert avec son pèn et son frère, blamait respectueusement sa mère d'avoir abandon! son antique croyance. de passe bien légèrement sur les dissentiments que devait fai naître, dans une famille si unie, une divergence aussi complél dans les con ieuses de ses différents membres. Un jour qu'invitée à un garden-party, Mabel se rendait à cell réunion joyeuse, la maitresse de la maison chez laquelle elle ali et qui était son amie, patronnesse d'une œuvre de charité, l'emment avec elle à l'église, où un sermon suivi de la bénédiction du Sai Sacrement devait appeler la charité des fidèles sur l'œuvre qu'ell protégeait. Pendant le sermon et les motets qui précèdent le salut, la jeunt Anglaise regardait avec indifférence, et peut-être avec mépris, ce cérémonies, qui lui paraissaient comme une idolâtrie. Mais voil qu'au moment où le saint Ostensoir, entre les mains du prêtre s'élevait entre la terre et le ciel pour laisser tomber sur les fidèlet proslernés la bénédiction et les grâces du Souverain Maitre di monde, comme poussée par une force surnaturelle, Mabel, elle à coup, au moment où la son aussi,avait courbé son front el, lout nelle sacrée annoncait que l'hostie reposait de nouveau sur l'autel elle se relevait, le visage et le regard enflammés, et s'adressantÀ son amie étonnée, anxieuse, elle s'écriait : « Je suis catholique, jt vois et je croi Et voilà qu'en rentrant dans sa famille, à la stupéfaction de So père, q yait ainsi lous les siens lui échapper, elle embrassail et sa mère et ses sœurs, leur criant: « Réjouissez-vous avec moi. suis catholique et rien ne nous sépare plus! » Quelques mois après elle abjurait et entrait au Sacré-Cœur, Pendant près de vingt ans, vicaire générale en Angleterre, elle a fondé plus de vingl maisons de son ordre et il y a à peine que ques années, dans celle magnifique maison de Rohampton où el

                    :                              Fe


             Gônsle
                            à   dré
                                        D
                                            Yortiabtre
                                              nan
                                                                          À
                                                                              ‘

— H —

   ait près de Londres, elle donnait à sa inère bien-aimée, appe-

lév à Paris par le Seigneur, la dernière et la suprême hospitalité, vù elle dort! Il y a quatre ans à peine, celui qui écrit ces lignes, sagenouillant sur cette tombe, priait, en se souvenant et en recon- waisant combien grands et impénétrables sont les desseins de Dieu. Vraiment cette famille semble prédestinée, et combien sont pro- funds les décrets de la Providence! Déjà M® Digby, dans le snrent de Marmoutiers, près de Tours, se dévouait à l'éducation de l'enfant qu'une terrible maladie venait torturer, la douce et délicieuse Éva, la dernière-née et l'ange blond de la famille, pour l'aracher enfin à la tendresse des siens. Déjà sur son lit de mort “sous le coup du suprême appel, elle attendait pour s'en aller larrivée de son frère, le seul encore qui n'eût pas embrassé la rigion catholique. Appelé auprès de ce lit de mort, il vbtient une irrmission, quitte son régiment et il arrive. Le voilà auprès de sa srur prête à rendre le dernier soupir. Elle le voit; aussitôt elle demande qu'on la laisse seule avec son frère; et là, sur le point de prendre son vol, elle le conjure et lui dit : « Il faut que vus me donniez votre parole de faire ce que je vais vous de- wander, Promettez-moi, Essex, non pas de vous convertir, cela 1 dit point se faire à la légère, mais de renirer en vous-même, et de bonne foi, sans parti pris, d'étudier sérieusement les deux religions: celle dans laquelle vous êtes encore et celle que je anis Dieu, dans ce moment suprême, de m'avoir permis d'em- Wasser, Puis, lorsque votre conviction sera faite, au nom de l'a- mur que j'ai pour vous, promettez-moi, quoi qu'il vous en coûte, Sbéir à votre conviction. Me donnez-vous votre parole, mon frère? -devous la donne sur ma foi, » répondit son frère. Contente de otte promesse, elle perdit la connaissance et la parole; puis, cane au moment suprême elle ouvrit une dernière fois les yeux, “a regard se porta sur son frère et son souîle murmura : ‘Bamember, Souviens-toi. » Ce fut tout et elle rendit l'âme. frère a tenu sa parole, et pendant un séjour que les siens lisient à Pau, il se mit entre les mains des PP. de Blacas et du Burgel, enfin convaincu, il embrassa la religion de sa mère et remplit le dernier vœu de la morte. Toute la famille de la nouvelle supérieure générale des dames du Sacré-Cœur est donc catholique, ajose le dire, bonne catholiqne. EU= Digby Boyeoü, qui me racontait ces détails que je crois rendre encore, ajoutait : « Ah! je sais bien à qui je dois toutes “ grâces, dont Dieu s'est plu à nous combler, moi et les miens. Autemps où la perséculion sévissait en Angleerre, furieuse et — 32 —

inlolérante contre les catholiques, la reine Élisabeth fit prendre
exécuter quarante jésuites anglais        qui préchaient et consolaient
les pauvres perséculés. Leurs tèles furent tranchées, leurs coms
furent tenaillés et leurs entrailles arrachées par             les mains      du
bourreau, leurs débris sanglants exposés sur les murailles d'York.
L'un de ces jésuites était un de mes grands-oncles maternels, «l
la-haut le martyr a demandé et obtenu que nous revenions
                                                       à la
foi pour laquelle il était mort. »

. Ces quaranle marlyrs, récemmenl, le Saint-Siège les a placis sur les autels comme protecteurs de l'Église d'Angleterre. La sainte et noble femme! Elle était fière de ces deux grands ancêtres : celui qui, lord et seigneur, s'était sacrifié pour son roi: celui qui, humble religieux, avait donné sa vie pour son Dieu. | M Digby, la nouvelle supérieure, est digne et de l'un et de l'autre. Que toutes les mères qui ont des filles à élever en soient bien convaincues. XXX.

           PRIÈRES POUR L'UNION DES ÉGLISES
        Trois fois Notre Père et Je vous             salue,     Marie

                                 Oraison.
 Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos apôtres : Je vous laisse

la paix, je vous laisse ma paix, n'ayez point égard mes péchés, mais äla foi de votre Église, et donnez-lui la paix et l'union dont vous voulez qu'elle jouisse. Vous qui, étant Dieu, vivez etrégnez dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Prière à la Très Sainte Vierge pour nos frères les Anglais. 0 bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, notre Reine et noire très douce Mère, tournez avec bienveillance vos regards vers l'An- gleterre qui est appelée votre « apanage, » lournez-les vers nous. qui avons en vous une vive confiance. C'esL par vous que nous a été donné le Christ Sauveur du monde. afin que notre espérance s'appuie sur lui. Il vous a donné & nous. afin que, par vous, cette même espérance s'accroisse. Priez done pour nous, Mère de douleurs, qui nous avez reçus comme vos fils, près de la’croix du Scigneur. Intercédez pour nos frères séparés, afin qu'ils soient uni nous dans le seul vrai troupeau au suprême Pasteur, le Vicaire de votre Fils sur la terre. Priez pour nous tous, Ô très douce Mère. afin que, par une foi féconde en bonnes œuvres, nous mérilions tous de contempler Dieu avec vous dans la céleste patrie, et de le louer dans tous les siècles. Amen!

                                       Le Gérant: Cuarces TREICHE-
            PARIS, — INPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE,        17.