Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1895

N° 2 : Novembre 1895

Post-Vatican II etude-privee
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1e ANNÉE N°2 NOVEMBRE 1895

   ASSOCIATION CATHOLIQUE

                 POUR

LA ÉLMON DE L'HBLNE ANEHICANE BULLETIN MENSUEL

         SIÈGE DE L'ŒUVRE

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L'UNION DES ÉGLISES L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE

             DISCOURS PRONONCÉ A BRISTOL

                      Le 14 révrien 1805


                               rar


          LE    VICOMTE               HALIFAX
                MEMHRE DE LA   CHAMBRE DES LORDS



  Traduit par M. L. Bruxer, et précédé d'une préface

                   PAR FERNAND DALBUS


    PARIS, LIBRAIRIE CHARLES POUSSIELGUE, RUE CASSETTE, 15.




                                      SITY OF M

ASSOCIATION CATHOLIQUE

                              por




  LA RÉUNION DE L'ÉGLISE ANGLICANE

n°2 1er novembre 1895

Sommaire: Prions. — Le Congrès de l'Église anglicane. — Discours de lord Halifax. — Discours de l'Archevèque d'York. — L'Arche- véque d'York et la Réunion. — Les catholiques anglais. — Le culte nt Jean l'Évangéliste,en Angleterre. — Chronique. — Notre

                         PRIONS

L'Église de Notre-Scigneur Jésus-Christ, depuis sa divine fondation, a couru bien des dangers. Des ennemis innombra- bles ont mis au service de leur haine satanique : la violence, le glaive, l'astuce, l'or, l'hypocrisie, l'orgueil. L'Eglise a continué sa marche à travers les siècles. Immor- telle, mais non pas invulnérable, elle a continué à remplir sa mission en laissant tout le long de la route le plus pur de son sang et des lambeaux de sa chair. L'histoire nous apprend, hélas! que les blessures les plus profondes lui ont été portées par ses propres fils, que ses ennemis les plus redoutables sont nés dans son sein, et que les dangers les plus grands lui ont été créés par ceux qui lui devaient une fidélité particulière. En ces moments de grands troubles, de luttes difficiles et parfois sanglantes, que faisaient les âmes pieuses? Au iv siècle, un schisme éclata dans l'Eglise d'Afrique, alors si prospère. Donat, évèque de Carthage, le soutint de son _éloquence et le favorisa par une réputation de vertu incontestée que ternissait malheureusement un incommensu- rable orgueil. Saint Augustin défendit la véritable doctrine et l'unité de l'Eglise avec tout son génie et son âme d'apôtre. Il ne put cependant empècher bien des évêques de passer au schisme. L'Eglise d'Afrique devint alors la proie des dissen- sions les plus violentes, qui en arrivèrent au point d'armer les uns contre les autres les disciples d'un même Dieu. L'illustre évêque d'Hippone écrivait à ce moment-là, dans un traité =

contre les Donatistes : « Tout ce qui se fait de bien dans l'Eglise et même par les pasteurs, se fait par les secrets gémis- sements de ces colombes innocentes qui sont répandues par toute la terre !. » Au xvr' siècle, l’affreuse tourmente du protestantisme, dont nous voyons encore les tristes effets, vint s'abattre sur la société chrétienne. Au xvr siècle, dans une petite ville d’Es- pagne, une femme qui devait être une des gloires les plus pures de cette époque, l'admirable sainte Thérèse, entreprit la réforme du Carmel. Elle voulut faire revivre l’ancienne fer- veur de cet ordre célèbre et lui inspirer l'amour de la solitude et de l'oraison, l'amour du travail et des jeûnes qui consti- tuaient son esprit particulier. Elle ÿ ajouta cependant un élément nouveau. Sous la direction de l'ardente réformatrice, le zèle de l’apostolat allait transformer le fond de cette exis- tence de recueillement et de prière, et tourner toutes les forces du Carmel renaissant à la conquête des âmes.

  « 0 mes sœurs en Jésus-Christ, disait la sainte à ses religieuses,

aidez-moi done à prier pour lant de pécheurs qui se perdent. Eh quoi! le monde est en feu. Les malheureux hérétiques voudraient, pour ainsi dire, condamner une seconde fois Notre-Seigneur, puis- qu'ils suscitent contre lui mille faux témoins et s'efforcent de ren- verser son Eglise. Et nous perdrions notre temps vous ima- ginez pas, mes sœurs, qu'il soit inulile d'être ainsi continuellement occupées à prier Dieu pour son Eglise. « Mes filles, voilà le but auquel vous devez rapporter vos désirs, vos pénitences, vos jeünes. Le jour où vous cesseriez de les consa_ crer à ce que je viens de vous dire, sachez que vous ne feriez pas ce que Notre-Seigneur attend de vous, et que vous ne rempliriez pas lafin pour laquelle il vous a réunies au Carmel ?. »

Au xvir siècle, l'Eglise de France courut, elle aussi, un grave péril. Elle alla bien près du schisme. Bossuet ouvrit T'Assemblée de 1682, d'ailleurs si tristement connue, par un sermon sur l'Unité de l'Eglise, qui restera comme un monu- ment d’éloquence et de doctrine, et aussi comme un acte de courage. Les accents de l'orateur éclatèrent en vrais coups de foudre sur cette assemblée très peu nombreuse, qui préten- dait représenter l'Eglise de France, et dont certains membres étaient beaucoup plus courtisans qu'évèques, beaucoup plus dévoués au Roi qu'au Pape : 1 De Bapt. contra Donatistas,L. HI, n° 22 et 23. 2 Vie de sainte Thérèse, d'après les Bollandistes, 1. 1, ch. xvi. 1—

« Qu'elle est grande, l'Église romaine soutenant toutesles Églises, « portant, dit un ancien pape, le fardeau de tous ceux qui souffrent », entretenant l'unité, confirmant la foi, liant et déliant les pécheurs, vuvrant et fermant le ciel! Qu'elle est grande, encore une fois, lors- que, pleine de l'autorité desaint Pierre, de tous les Apôtres, de tous les conciles, elle en exécute, avec autant de force que de discrétion, les salutaires effets! Sainte Église romaine, Mère des Eglises el Mère de tous les fidèles, Église choisie de Dieu pour unir ses enfants dans ls même foi et dans la même charité, nous tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles. Si je l'oublie, Église ro- maine, puissé-je m'oublier moi-même! Que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche, si tu n'es pas toujours la pre- mière dans mon souvenir, si je ne te mels pas au commencement de tous mes cantiques de réjouissance! »

Mais comme l’éloquence la plus grande ne peut rien ou bien peu de chose sur des cœurs adonnés aux intrigues et remplis d'ambition, Bossuel demande des prières: « Ames simples, âmes cachées aux yeux des hommes, et cachées principalement à vos propres yeux, mais qui connaissez Dieu el que Dieu connaît, âmes humbles, Ames innocentes que la grâce a désa- busées de Loutes les illusions du siècle, c'est vous dont je demande les prières ; en reconnaissance du don de Dieu, dont le sceau est en vous, priez sans reläche pour son Église; priez, fondez en larmes desant le Seigneur !... »

En ce moment où l'Église court les dangers que chacun connaît, Léon XII sollicite des prières pour l'union de tous les cœurs chrétiens en face d’ennemis communs. Nous le rappe- lons humblement à tous ceux qui aiment Notre-Seigneur, mais en particulier à ces âmes simples, à ces colombes inno- centes, à ces milliers de vierges consacrées à Dieu, à ces reli- gieux et à ces prêtres marqués du sceau divin, à toutes ces ämes d'élite qui, dans le monde ou dans le cloître, aiment l'Église, s’atiristent de ses peines, se réjouissent de ses joies et vivent de ses espérances. À toutes nous demandons une part de leurs jeûnes, de leurs prières, de leurs travaux, de leurs souffrances, de leurs larmes, pour le triomphe de l'Église, pour le rétablissement de l'unité de la foi dans le monde. Et il y a dans ces âmes tant de mérites, que si nous parvenions à organiser chez elles une véritable croisade, nous serions assuré du succès; car on peut bien dire d'elestoutes ce que sainte Thérèse disait deses filles : « Croyez, mon Père, comme je le crois moi-même, que ce qu’on eut en

Bossour, Sermon sur l'Unilé de l'Eglise. : — — 32

vue en fondant ces monastères commence à s'accomplir : c'était qu'on demandät sans cesse à Dieu de soutenir de sa main ceux qui défendent son honneur et s'immolent à son service, altendu que nous, pauvres femmes, ne sommes capables de rien. Quand je considère la perfection de ces reli- gieuses, quelque chose qu'elles obtiennent de Dieu, je ne m'en éton- nerai pas. » F.P.

         LE CONGRÈS DE L'ÉGLISE ANGLICANE

Le Congrès annuel de l'Église anglicane que nous avions annoncé dans notre précédent numéro s'est tenu à Norwich. Il nous est im- possible de donner un comple rendu, même très abrégé, de ses différents travaux : notre modeste Bulletin n'y suffirait pas. Citons seulement l'étude présentée par l'évêque de Péterborough et le sermon prèché par l'évêque de Salisbury sur l'histoire de l'Église d'Angleterre. A propos des Églises d'Orient, M. Birkbeck, qui connait à fond par- ticulièrement l'Église de Russie, a présenté un travail fort remarqué. Sur les découvertes faites en Égypte, en Chaldée, en Palestine et se rapportant à l'Écriture sainte, on a entendu des savants justement renommés, à la tête desquels se place le Rev. Archibald Henri Sayce. IL est intéressant de voir à que! degré les questions bibliques, même dans ce qu'elles ont de plus relevé, passionnent le public anglais.Etune comparaison peu avantageuse pour nous se présente spontanément à l'esprit. Nous aurions peut-être, nous catholiques français, en ce point-là comme en bien d'autres, plus d'un enseignement salutaire à tirer de l'étude de ce congrès, où les questions les plus importantes, lant au point de vue pratique qu'au point de vue théorique, ont été traitées par des hommes de grand mérite. Lesnombreux orateurs y ont dépensé fort peu de rhétorique, mais ils ont fourni, pour la plupart, des études sérieuses et savantes. Il est certain, en tout cas, que le congrés de Norwich atteste une puissante vitalité intellec- tuelle que nous ne connaissons guère. Sans nous attarder davan- tage, venons-en tout de suite au sujet qui nous intéresse plus spé- cialement. La veille de l'ouverture du Congrès, lord Halifax, le président de

1 Sainte Tuénèse, Lettre au Père Gratien, 1 CXXIV. En

L'Eaglish Chureh Union, réunit dans une assemblée parliculière les membres de l'Association présents à Norwich et prononça un dis- cours que nous croyons devoir donner en entier. Ce discours est surtout remarquable par la netteté des déclarations et par la préci- sion avec laquelle le principal obstacle doctrinal à la réunion est exposé. Le nœud de la difficulté se trouve en effet dans la reconnais- «nce des droits respectifs du Pape et des évêques. Le noble ora- leur exprime là-dessus son opinion avec une franchise et un courage dignes de tout éloge. En lisant ce discours, tous les catholiques éprouveront un senti- ment de reconnaissance envers l'infatigable promoteur de l'union pour ce nouveau service rendu à notre Œuvre et à la cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le Congrès a été ouvert par un discours du vénérable archevèque d'York. Nous en donnons de larges extraits. Que nos lecteurs veuil- lent bien se souvenir du milieu dans lequel le discours a été pro- mncé et de l'éminent personnage qui en est l'auteur : ils en com prendront ainsi toute l'importance. Sans doute, lorsque, dans des passages que nous ne donnons pas, l'orateur a parlé du Pape et de ses prérogatives, il a exprimé des opinions mal fondées en histoire et en théologie; mais, à notre avis, l'importance du dis- murs ne se trouve pas dans ces opinions que nous pouvons con sidérer comme personnelles. La véritable importance se trouve dans les paroles franchement pacifiques qui poussent tous les es- pris à rechercher l'union, dans la reconnaissance des faiblesses de l'Église anglicane, dans les justes témoignages rendus à Léon XII. Enfin, il se dégage pour ainsi dire de chaque phrase un accent de conviction et de piété qui réjouit toute âme chrétienne. Un tel discours marquera dans les annales de l'Église d'Angleterre. Ilsufit à lui seul pour justifier ceux qui croient qu'une entente entre l'Église romaine et l'Église anglicane est possible et sera réa- lsable dans un avenir plus rapproché qu'on ne le pense généra- lement. : Plus loin, nos lecteurs trouveront un article du Church Times, appréciant le discours de l'archevêque d'York. Nous en recomman- dons la lecture d'une manière toute spéciale. Le Church Times “sun des journaux anglicans les plus répandus.

Vers la fin du congrès, lord Halifax a pris la parole. Son appari- ln a été saluée par des applaudissements. L'orateur n'était pas sas savoir que le moment de la lutte était venu. Il n'en a pas moins repris les parties principales de son précédent discours, et Lit habilement, abrité derrière Le loyalisme du D* Pusey, il a répété EU

les paroles de cet homme universellement respecté, au sujet du con- cile de Trente. Il a redit la nécessité de travailler à l'union et le moyen d'y arriver par des explications, sans aucun compromis sur la doctrine. Il a de nouveau cité en exemple la Primauté de Pierre. Après lord Halifax, le doyen de Norwich s'est présenté. Lui aussi a été reçu par les applaudissements d'un parti. L'orateur na pas perdu son temps à entrer en matière par un exorde insinuant. Il a fait tout d'abord remarquer, au milieu des rires de l'audi- tire, que le sujet indiqué par le programme n'était pas l'union des Églises, mais plutôt les obstacles à l'union. Ettout de suite il a déclaré que, pour lui, le principal obstacle à l'union étaient les laïques qui se mélaient de ce qui ne les regardait pas. Lord Halifax, par exemple, en allant à Rome sans mandat, est un grand obstacle à l'union. Le vénérable doyen — laudator temporis acti — rappelle qu'autrefois, dans le vieux catéchisme de la vieille Église d'Angle- terre, il était enseigné aux fidèles d'être soumis aux évêques et aux prêtres. Et sur ce thème, il exécute plusieurs variations au milieu des rires et souvent des protestations violentes de l'audi- toire. Pour nous, sans être tout à fait de l'avis du doyen de Nor- wich, nous devons cependant avouer tout bas qu'un voyage de lord Halifax à Rome ne constitue pas tout notre idéal. Si l'éminent ora- teur, ferme sur les principes hiérarchiques, parvenait à décider un des chefs de l'Église anglicane, l'archevêque de Cantorbéry, exemple, à accomplir son voyage ad limina, il remplirait tous nos vœux... en sauvegardant les principes. LeR. Lacey et le R. Denny, entre autres, les deux auteurs de l'ouvrage si remarquable de Hierarchia anglicana, se chargent de répondre au terrible doyen. Le premier débute en disant qu'il avait ouï parler du sacerdotalisme, que jusqu'ici il n'avait jamais su ce ‘était, et qu'après avoir entendu le doyen de Norwich il le it. On apprend tous les jours quelque chose. Bref, il y a eu bataille. La salle était divisée, mais, d'après le Guardian, important journal anglican, les partisans de l'union étaient de beaucoup les plus nombreux, L'avantage est donc resté à lord Halifax. La jour- née a été vraiment bonne pour la cause de l'union.

                 DISCOURS DE LORD HALIFAX


Lorsque je me hasardai il y a un peu plus de neuf mois à vous

parler d'une question qui est la plus grande de toutes les ques à nos cœurs el qui, si l'on Lions, d'une question qui est si chére avec elle, fait paraître Les autres pense à lout ce qu'elle entrainerait _— — 35

bien petites — la question de la réunion de la chrétienté — per- sonne n'eût pu penser qu'elle oceuperait la place qu'elle occupe aujourd'hui. 11 y a quelques mois, bien que toujours présente à nos cœurs et jamais absente de nos prières, la question de la réunion de la chrétienté, du moins pour ce qui concerne le publie, demeu- rait semblable à un feu qui couve. Mais aujourd'hui ce feu s'est changé en une flamme éclatante dont la lumière est visible pour s, aussi bien en Amérique, en Australie, en Afrique ou aux u'en Angleterre et en Europe. lone pourrait le nier? C'est partout que la presse a Lémoigné de l'intérêt qu'excitait cette question; il n’est pas un diocèse en Angleterre dans lequel on ne l'ait discutée d'une manière inusitée jusque-là. Le chef de la communion romaine en Angleterre en a fait le sujet d'un discours dont Le caractère montre bien toute l'importance qu'il attache à ce sujet. Les diflérentes communions non conformistes, l'alliance évangé- lique, la conférence de Grindelwald, toutes ont montré quel intérêt elles apportent à la question. Et à ce propos, permettez-moi de men- lionner tout spécialement la généreuse et noble lettre du docteur Parker, de City-Temple. L'archevêque de Cantorbéry, à la demande de l'épiscopat anglais, a écrit sur ce sujet une lettre pastorale, dont l'importance et le poids — à la fois par ce qu'elle dit et parce qu'elle ne dit pas — se fait sentir davantage plus on la médite. Le chef de la chrétienté — le l’ape lui-même, Léon XII — à adressé au peuple anglais, à la fois aux fidèles de l'Église d'Angle- ferré el aux non-conformistes, une lettre conçue dans des termes qui ont touché tous les cœurs; dans cette lettre il exhorlait tous ceux qui se glorifient du titre de chrétiens à prier pour celte sainte unité pour laquelle le Chef suprême de l'Eglise pria lui-même la veille de sa Passion. Quelqu'un pourrait-il douter, en effet, que ce désir d'union ne vienne de Dieu lui-même? Le fait qu'il a permis que ce désir se fixät dans l'esprit d'un si grand nombre est en soi un gage de sa réalisation. EL parce que ce désir de l'union vient de Dieu, nous ne pouvons, ni être découragés par des blames, ni perdre espoir lorsque nous commettons des erreurs. Car les difficultés, les obstacles, les oppositions ne sont, si aus y regardons bien, que des raisons de plus pour nous donner ewrage. L'opposition est toujours un indice que nos adversaires mconnaissent notre force. Et, comme l'a écrit le D' Pusey, ne dvons-nous pas nous attendre à rencontrer des obstacles dans 2 = #7

une œuvre destinée à la gloire de Dieu, » qui ne tend à rien moins qu'à abaisser ces barrières qui ont durant huit siècles sépari l'Orient de l'Occident et depuis dépossédé la communion romain de presque toutes les nations leutoniques de la chrétienté. Ce n'est pas l'opposition, mais l'absence d'opposition que nous devons redouter. Ne supposez-vous pas que le grand ennemi des âmes es! irrité jusque dans les profondeurs de son être à la seule mention qui est faite de la réunion? N'imaginez-vous pas qu'il emploiers tout son pouvoir el Loutes ses ruses pour empêcher ce qui serait le plus grand de tous les désastres pour son royaume? N'imaginez- vous pas qu'il se transformer lui-même en un ange de lumière et qu'il excitera, s’il le peut, les hommes de bien à faire opposition, si par là il peut empêcher les armées de Dieu de s'unir pour ren- verser ses forteresses? Et ne pensez-vous pas que rien ne serait meilleur pour lui que si, dès le commencement de la bataille, il pouvait persuader aux soldats de la eroix que la lutte est trop difi- ile pour eux et l'ennemi trop puissant? Rien ne pourrait le satis- faire davantage que de voir la campagne finir avant même d'avoir commencé? Et cela parce que les uns diraient que la réunion est impossible tandis que les autres la considéreraient comme un vain rêve; parce que d’un côté des choses seraient dites qui créeraient des animosités et des mal entendus, etque de l'autre on désespérerait trop vite, et l'on n'aurait ni le courage ni la patience de continuer les efforts commencés, Est-ce done une raison pour déposer les armes parce que l'ennemi est à notre porte et que la bataille semble longue et difficile? N'est-ce pas au contraire une raison pour reprendre la lutte avec plus de courage? Le doute n'est pas possible, les obstacles ne sont rien. Que la bataille soit gagnée aujourd’hui ou demain, ce n'est pas notre affaire. Nous avonsà travailler à notre œuvre tant qu'il fera jour; le résultat est entre les mains de Dieu. Je suis certain qu'en disant ces choses je ne fais qu'exprimer vos propres sentiments, et je m'efforce, pour la réalisation de cette paix que nous avons tant à cœur, d'éclaircir certains malentendus qui, à en juger par ce qui s'est dit dernièrement, semblent exister quant à notre position et à notre but dans lout ce qui concerne celle œuvre de la réunion. L'on a dit, dans ces derniers temps, que nous espérions par- venir à la réunion de la chrétienté au moyen d'un compromis sur les questions de doctrine, et c'est avec justesse que l'on a répondu que si les questions de discipline demeuraient matière à revision, l'Eglise n'avait pas les mains libres pour loucher aux vérités révé- —31—

lées de la religion. Mais qui donc parmi nous a jamais envisagé l'union sur la base d'un compromis de doctrine? Nous répudions, aussi fortement que le cardinal Vaughan lui-même, la possibilité d'un semblable compromis; mais aussi nous croyons, comme d'ail leurs le cardinal paraît le croire lui-même — à en juger par em autre passage du discours auquel je fais allusion — nous croyons, dis-je, que quelques-unes des différences doctrinales qui nous s6- parent sont'plus apparentes que réelles et que les autres résultent de malentendus que de plus amples explications pourraient dis- siper.

Qu'est-ce à dire là, sinon répéler sous une autre forme ce qu'afir- mail, il y a longtemps, le D' Pusey, lorsqu'il disait qu'une grande partie des difficultés qui faisaient obstacle à la réunion venaient des préjugés; la masse du peuple anglais considère comme étant æa- tières de foi dans l'Eglise romaine des choses qui, dans biea des cas, ne sont pas matières de foi et qui dans d'autres cas sont dif rentes de ce qu’on croit. Il y a là une croûte épaisse de véritables préjugés qu’il faut bri- ser et qui peut l'être par l'exposé véridique des faits. Combien y a t-il de propositions qui sont articles de foi? combien y en at-il qui sonl seulement voisines de la foi? combien y en a-t-il enfin qui se sunt que des opinions? De même, — et c'est ce que je cite le plus volontiers, parce que c'est là une réponse à un point soulevé par de cardinal quand il se reporte à ces paroles de Bossuet : € À savoir que si la réunion peut seulement être réalisée par la mise en doute des questions résolues à Trente, l'on doit d'ores et déjà considérer la réunion comme impossible; » — de même, dis-je, est-ce de D Pusey qui déclare que ce n'est point sur une semblable base que nous cherchons à édifier la réunion. «. L'idée, dit-il, que le concile de Trente peut être légitimement interprété dans un sens acceptable pour nous et que nos articlesne contiennent rien, dans leur sens grammatical, de conti u Con- cile de Trente, celte idée demeure intacte et n'a jamais été répe- diée. » Ce n'espasun compromis qui est demandé, mais des expli- cations des deux côtés ; laissez-moi montrer par un simple exemple tout ce que l'on peut faire de cette manière sans sacrifice de prin- cipes d'aucun côté. de prends par exemple ce point que le cardinal nous dit être € de point capital, laclé de voûte de toute la question de la réunion » : ce que demande le cardinal, c'estle sens de celte expression : « la réu nion de la chrétienté », et il répond : « cela signifie un retour à l'u nité constitutive qui existait avant le morcellement de la chrétienté en Occident, au xvi‘ siècle. Jusqu'à cette époque toutes les nations chrétiennes d'Occident étaient réunies au Siège apostolique de Rome; c'était une unité constitutive, en un seul corps, unité de la tête el des membres. La réunion doit alors signifier un retour à l'unité visible qui d'autrefois, lorsqu'il n'y avait qu'un seul corps sous un chef visible. » « La clé de voûte de la question de la réunion de la chrétienté consiste dans l'admission des revendications de Rome, à savoirque le Pape est le chef de l'Eglise, en vertu d'un acte distinet de Notre- Seigneur Jésus-Christ, le divin fondateur de la religion chré- tienne. » Mais, comme l'a dernièrement si bien expliqué le chanoine Eve- restdans sonadmirable travail sur « la dation des clés », croire que Notre-Seigneur a prévu un chef visible pour son Eglise el que celte prérogative doit appartenir aux successeurs de saint Pierre, où bien croire avee le D' Düllinger que le soin de conduire l'Église t le devoir deveillerà l'observation des canons découlaient de la dation des clésfaite à saint Pierre, c'est là un premier point; mais s'appuyer sur cette prérogative pour revendiquer pour les successeurs de saint Pierre d'étre l'unique source de l'épiscopat, en sorte que chaque évêque tiendrait d'eux sa juridiction et ses pouvoirs, c'est là un second point tout différent, ou bien, pour mettre cela en évi dence d'une manière plus concise, dire, comme le fait M° Gore dans ses Roman claims, que les successeurs de saint Pierre sont quelque chose de plus que les évêques, n'équivaut pas à dire que les successeurs de saint Pierre sont par rapport aux autres évêques l'unique source de leurs pourvoi: A ce sujet, l'archevèque Bramh qui concerne la discipline et la jur ion intérieure, je ne connais entre l'Eglise de Rome et nous qu'un seul point qui soit matière à controverse : à savoir que l'évèque de Rome seul recevrait sa juri- diction immédiatement du Christ, etque les autres évêques liendraient leurs pouvoirs immédiats de l'évêque de Rome ». Et voici ce que dit Thorntitre : « J'admets pour lui (le Pape) un droit de prééminence sur tous les autres évêques, droit qui implique que c'est à lui tout d'abord que l'on doit en appeler dans les eas qui intéressent le gou- vernement de l'Eglise universelle; mais je lui refuse ce pouvoir infini dont rien ne peut établir lej bien fondé. » Mais, alors, quand le cardinal parle du pouvoir constitutionnel du Pape, quelle diver- gence d'opinions existe-Lil entre nous qui ne soit pas susceptible d'être expliquée ? Ge ne sont pas les. prétentions constitutionnelles du Pape à la

                                       SITY OF   MICHIGAN

tes

         on d'une primauté établie par Notre-Seigneur que        rejette

l'Église anglicane, mais l'extension de son pouvoir jusqu'à l'ab- sorption des droits indépendants des évêques, réduits ainsi à n'être plus que les représentants du Pape. Assurez-nous qu'il n'en est pasainsi, et, dans ce qui concerne la doctrine, dites-nous que la séparation du Pape d'avec l'Episcopat — que certains ont pensé dé- finie par le Concile de Vatican, en sorte que le Pape pourrait à sans l'épiscopat, -- dites-nous que cette doctrine ne fait pas partie intégrante des enseignements de l'Eglise romaine ou bien n’est pas revendiquée comme une conséquence nécessaire de la primauté conférée par le Christ, et alors vous aurez fait beaucoup pour l'établissement d'une doctrine que le eat al Vaughan nous a dé- clarée nécessaire pour la réunion; et cela, d'un côté, sans aucun compromis sur cet enseignement que le Papeest le chef de l'Eglise, en vertu d'un acte distinct de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de l'autre, sans aucun compromis des droits de l'épiscopat, droits dont l'origine n'est pas moins divine que ceux de la Papauté. Une semblable méthode peut être adoptée dans les autres cas qui nous divisent, mais ce serait trop long deles passer lous en revue ce soir. J'ai principalement touché l'un des points primordiaux, afin de montrer de quelle manière nous pouvons essayer d'aplanir les difficultés qui nous séparent. Laissez-moi ajouter enfin deux remarques loutes personnelles. La première, c'estque, si j'ai paru insinuer que le cardinal Vaughan était indifférent à la réunion ou capable de permettre à des consi- dérations personnelles d'influer sur son attitude vis-à-vis des dé- marches qui pourraient être faites pour en arriver à une entente entre l'Eglise d'Angleterre et Léon XIII, si l'on a pensé une pareille chose, c'est que l'on s'est complètement mépris sur ce que j'ai dit. Jesuis certain que le cardinal Vaughan n'a fait qu'exprimer la plus exacte vérité quand il a dit que, s'il était nécessaire,il sacrifie- rait volontiers sa propre vie pour amener l'Angleterre à faire d'hon- nétes el franches ouvertures au Saint-Siège. Nous lui avons seule- ment demandé — dans le eas où deux opinions étaient soutenables au point de vue historique — de reconnaitre l'existence de l’une et de l'autre, et, s'il était possible, d'admettre la plus favorable pour nous. Et cela, considérant qu'une généreuse indulgence de ce genre serait le moyen le plus capable — sauf toutefois celui de la prière — pour rétablir l'unité et la paix dans l'Eglise. L'on nous dit que la pensée « d'une réunion en un seul corps se nt tout à fait de la chair el du sang », que c'est là une propo- ion faite pour épargner à chacun les angoisses, les douleurs, les +

anxiétés de la soumission mdividuelle. Ce n’est ni le désir d'éviter des troubles ou des calamités qui dans bien des cas ne se présen- teraient pas, ni encore moins l'orgueil, je le pense humblement, qui nous éloigne de celte soumission que le cardinal considère ‘comme le seul moyen de restaurer l'unité dans l'Eglise, c'est fidélité de notre part à ce que nous croyons être la vérité et au dépôt qui nous a été confié, c'est le désir d'être fidèles au poste dont Dieu nous a remis la garde; c'est demeurer loyaux à la mis- sion que la Providence divine — comme l'a si bien dit l'arche- vêque de Cantorbéry — a tout spécialement donnée à la commu- ion anglicane. Nous avons beaucoup à gagner de Rome ; de même Rome n'a-t-elle pas aussi beaucoup à gagner de nous? Croyez-vous qu'elle n'ait rien perdu en ne conservant dans sa communion que les seules races latines? Le retour des races teutoniques et avec elles la vigueur et l'esprit d'indépendance de la race anglo- saxonne ne serait-ce pas pour elle un incommensurable bienfait? Et encore, lorsque l'archevêque de Cantorbéry parle de certaines dévotions répandues à l'étranger et qui ne datent pas même du moyen âge, ne touche-t-il pas là un point sur lequel, je l'imagine, beaucoup de catholiques romains sympathisent avec lui? N' blions pas que l'office divin, pour employer le terme consa- cré, n'est récité par les laïques nulle part, dans la chrétienté, d'une manière plus fréquente et avec plus de solennité que dans TÉglise d'Angleterre. Nous entendons dire quelquefois que dans more communion l'on manque de respect pour Notre-Dame! Nest-ce done rien que son propre cantique soit chanté chaque jour publiquement en Angleterre, chose que l'on chercherait en vain ailleurs? Mais c'est là une digression, el ce que je veux seulement vous rappeler en terminant, c'est que la réunion de la chrétienté demeure le but et comme le couronnement du mouvement d'Oxford et de la grande renaissance religieuse qui l'a suivi. Aucune Église me peut dire aux autres Églises : Je n'ai pas besoin de vous. Dieu a établi un seul royaume sur la terre et son intention n'était pas que ses membres professassent une doctrine différente ou ne partici- passent pas aux mêmes sacrements, Au contraire, il y a une seule foi, un seul Seigneur et un seul baptême. Nous sommes en ce La un point de jonction de deux routes. Et si nous ne nous sme du xvr siècle, le mouve- succès, en dépit des résultats qu'il a que de Cantorbéry et le cardinal Vaughan reconnaissent que des signes de lemps nouveaux se sont manifestés et que, selon les desseins secrels de la Providence, Ru —

quelque chose se prépare en Angleterre. Si, comme je le crois er- mement, une occasion nous est offerte pour la réunion de la chrétienté, nous devons travailler sans relâche à seconder les des- seins de la divine Providence, pour hâter le jour où, au lieu de nous défendre de nos propres frères comme aujourd'hui, nous pourrons nous unir lous en une armée solide pour combattre le mal et le péché, et porter la lumière du glorieux Êvangile de notre Dieu et Sauveur jusqu'aux extrémités de la terre.

DISCOURS DE L'ARCHEVÊQUE (ANGLICAN) D'YORK

De toute part nous n'entendons qu'un eri pour réclamer l'unité. Une voix, partie de Rome et inspirée par le même désir, s'est fait entendre à nous dans cette lettre mémorable que le Pape adressait naguère au peuple anglais. Sous bien des rapports celte lettre est remarquable, et dans un certain sens, elle est vraiment unique. D'un bout à l'autre c'est le même esprit d'amour paternel qui se fait sentir, attestant les continuels efforts d'un vénérable prélat pour amener les diverses branches de l'Église catholique dans la paix et l'unité, Une telle lettre sera bien aceucillie, quelle que soit sa

valeur actuelle au point de vue pratique ou quelles que puissent être ses conséquences dans l'avenir. La recevoir avec dédain ou sans ÿ répondre serait indigne d'un peuple chrétien. Et ce ne serait surtout pas assez de notre part que de répéter ce qui a été si sou vent dit et redit, à savoir que, dans les circonstances présentes, la

réunion est impossible; là-dessus sans doute il n'est personne qui s'aequiesce à cette opinion. Elle reçoit à la fois dans l'Église l'as- sentiment discret des hommes d'étude, et celui plus violent de la mullitude. Mais nous ne devons pas nous contenter d'un non possu- ma el encore moins d'un non volumus. Ce n'est pas assez que de Sasseoir silencieux les mains jointes, même si elles sont jointes- pour prier. Nous ne pouvons oublier que le vénérable prélat qui Ses ainsi adressé au peuple d'Angleterre est le Pontife et le chef

d'une des branches les plus anciennes et certainement les plus lars sement répandues parmi celles qui composent l'Église universelle; lechef d'une Église qui a produit des multitudes de saints et une dorieuse armée de martyrs; d’une Église qui nous a légué un vaste Wésor de théologie; d'une Église, enfin, envers laquelle dans le ses

siècles passés, au Lemps de notre faiblesse et de notre adversité, nous fûmes redevables d'un précieux et cordial secours. La lettre du Pape traite principalement de l'importance et du pouvoir de la prière, insistant auprès du peuple d'Angleterre sur l'obligation d'adresser à Dieu des supplications ardentes et conti- nuelles pour la restauration de l'unité. Ce sont là autant de points sur lesquels nous pouvons pleinement sympathiser. Nous pouvons assurerle vénérable prélat que nousaussi nous déplo- rons très profondément l'état de division de la chrétienté; que nous aussi nous désirons très ardemment la restauration de l'unité dans l'Église. Ce sera pour lui une source de joie que de savoir que l'Église d'Angleterre n'a jamais cessé d'en faire l'objet de ses sup- plications continuelles; que chaque jour et dans chaque paroisse nos prières sont offertes, suivant les propres paroles de la liturgie, « pour le bien et la prospérité de l'Église catholique, afin que tous ceux qui professent la foi chrétienne et se donnent le titre de chré- tiens parviennent enfin à la vérité et à une foi inébranlable dans Funité de l'esprit, dans la paix du cœur et dans la droiture de la vie ». Et il se réjouira encore davantage de savoir que semaine par semaine, et souvent jour par jour, s'élève de nos autels une suppli- cation vers le Dieu tout-puissant pour le prier « de faire régner dans l'Église universelle l'esprit de vérité, de concorde et d'unité »; et encore que non seulement quelques évêques isolés, mais bien tous les représentants de la communion anglicane réunis en assem- blée solennelle ont fixé des jours spéciaux pour supplier Dieu en commun qu'il hâte l'accomplissement des vœux exprimés par jgneur lui-même. Nous avons done pour ainsi dire devancé du Pontife romain, et nous nous réjouissons de trouver qu'au moins sur ce point « nous ne faisons qu'un avec lui ». D'autre part, aucun de ceux qui observent les signes des temps ne peuvent manquer de reconnaitre que dans ces quelques derniers de tous côtés, aussi bien en Angleterre qu'au dehors, des in- dices très remarquables se sont fait jour, qu'un intérêt toujours croissant s'attachait à cette question si considérable de la réunion et que le désir de voir enfin disparaitre le grand scandale de la chré- tienté se faisait sentir chaque jour davantage. De part et d'autre les esprits et les cœurs d'hommes intelligents et dévonés ont été ame- nés à chercher conférer ensemble d'une manière amicale, et ces conversations fraternelles n'auront pas été perdues. Elles ont ineon- testablement eu pour effet, du côté de Rome, de réveiller l'intérêt et de faire procéder à des enquêtes sur la situation occupée par l'Église d'Angleterre, Nous n'oublions pas qu plusieurs époques fs=

antérieures des efforts répétés ont été faits dans le même but; com. mencés au temps même de la Réforme, ils ont été maintes fois renouvelés. L'histoire de ces divers mouvements constitue l'un des chapitres les plus intéressants de l'histoire de l'Église dans les temps mo- dernes. De temps à autre, ilsemble que Dieu lui-même excite les cœurs d'hommes choisis par lui pour rappeler à la chrétienté le fatal danger du mal qui la consume et pour tendre une main secou- rable à ceux qui, d'un côté ou de l'autre, occupaient une position d'anlagonisme ou de méfiance. Il est vrai de dire qu'aucune de ces négociations n'a amené de résultat direct; mais le plus souvent leur insuccès est venu non d'une faiblesse inhérente à leur nature, mais plutôt de causes tout à fait étrangères. Le nom de ceux qui jouèrent le principal rôle dans ce divers mouvements suffit à attes- ler qu'ils ne furent pas entrepris à la légère, ou par des hommes incompétents. Et sans aucun doute ils atteignirent leur but en rap- pelant au souvenir de tous dans l'Église la prière de Notre-Seigneur lui-même et l'obligation qui existe de travailler à son accomplis- sement final. Mais c'est au delà de notre pouvoir que de prévoir de quelle ma- nière les paroles et promesses de Notre-Seigneur recevront leur accomplissement. ILest à peine possible de mettre en doute que Notre-Seigneur, dans sa prière comme dans ses promesses, n'ait pas eu en vue une unite organique, sous une forme ou sous l'autre; mais le champ est laissé libre aux diverses conceptions sur ce que sera cette unité. mn a dit d’une manière admirable que lorsque sonnera l'heure de k réconciliation entre Rome et l'Angleterre, ce ne sera pas nous qui irons à elle ni elle à nous, mais ce sera elle el nous qui irons à Dieu. 11 n'en reste pas moins que c'est là pour chacun de nous el pour nous tous un devoir pressant que de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour parvenir à ce but béni. Si nous ne voyons pas les résultats, nous aurons du moins préparé le chemin. Il n’est pas homme qui réfléchisse et qui puisse honnêtement penser que le présent état de la chrétienté soit conforme à la volonté du Christ; el personne ne peut se soustraire à l'obligation de travailler à le réformer « s'efforçant — avec zèle — de garder l'unité de l'esprit dans le lien de la paix ».

Il est une parole d'un éminent eatholique français que l'on ditesouvent: « C'est que si jamais les chrétiens doivent se rap- procher les uns des autres, ainsi que lout les invite à le faire, il — 4

semble que le mouvement doive partir de l'Église d'Angleterre. » Si jamais cette prédiction doit se réaliser, nous devons être prêts el armés pour bien remplir notre tâche. Nous sommes enclins à ou- blier, landis que nous eritiquons et condamnons les fautes el les erreurs des autres, que nous aussi pourrions bien ne pas être tout à fait sans défauts. Dans nos discussions et nos controverses avec d'autres commions religieuses, nous sommes tentés de croire que chez nous lout est vrai, tandis que chez elles tout est faux. . Le danger de notre position spéciale, c'est la complaisance en nous-mêmes et la persuasion intime que nous avons lout prévu et réglé pour jamais en fait de doctrine et de cérémonies, dans nos « 39 articles » et dans nos « actes d'uniformité ». Le temps n'est peut-être pas éloigné où il sera sage de notre part de réviser notre position, quant aux matières d'une importance secondaire, et cela nous devrons le faire, non par manque de foi ou par crainte, mais avec le désir ardent de parvenir au plus haut degré de per- fection chrétienne, dans les pensées et dans la vie, à notre époque.

Après lout, ceux qui eurent l'initialive de la Réforme et la firent triompher n'étaient pas infaillibles, et, au milieu des luttes et des tourments du seizième siècle, il est possible que quelquefois ils aient fait erreur et rejelé peut-être un peu lrop hâtivement une part du précieux chargement de la barque. Si nous voulons jamais occuper une place prééminente en devenant les promoteurs de la réunion de la Chrétienté, il faudra que nous ayons le courage de nous débarrasser de tout ce qui est étroit el exclusif sans motifs, soit dans nos eroyances, soit dans nos prati- ques religieuses; sans quoi nous sommes certains d'un insuccès. IL est possible que le présent mouvement ne produise aucun résultat immédiat, Mais il n'aura pas été stérile; il aura servi à rap- peler l'attention sur l'importante question qu'il agite et à ranimer notre zèle pour l'unit Un pape éminent du siècle dernier a déclaré que ses prédéees seurs sur le trône pontifical étaient responsables de la perte de l'An- gleterre. Nous pouvons avec raison espérer que le jour viendra où un autre Pape ‘aura la gloire et l'honneur de réconcilier ces deux grandes branches de l'Église catholique! Et à un autre point de vue, ilest absolument incontestable que toutes nos difficultés dans la solution du problème de l'édueati religieuse ont une même source dans ces divisions des chrétiens. N'estil pas permis de eroire qu'autour de nous il apparait des signes de temps meilleurs ? Au milieu des cris et des clameurs de 45—

lcontroverse religieuse, ne trouvons-nous pas que des paroles de paix se font entendre plus fréquemment et plus distinctement? N'y al pas plus d'espérancelieu d’avoirque l'on en arriveraaune recon- naissance mutelle des droits de chacun, reconnaissance de la mère parses enfants et des enfants par leurimère; que ceux-ci consentiront a lüïaccorder le rang et l'autorité qui lui est due, tandis qu'elle de sun côté leur rendra leur place à la maison ? Qu'y a-t-il donc que Dieu ne puisse nous accorder si nous travaillons à garder l'unité de l'esprit dans le lien de la paix ? Bénis soient les pacifiques ! Bénis smt-ils ceux qui. par la parole ou l'action, par un discours de bonne fhi comme par l'abnégation et le silence, travaillent à l'accomplis- sement des vœux de Notre-Seigneur! «Ils ne rougiront point devant hi, à l'heure du jugement, et ils entreront dans sa pai

   L'ARCHEVÊQUE D’YORK ET LA RÉUNION

           ( Church Times, 18 oct. 1895.
                                       )

Le sermon prêché par l'archevêque Maclagan dans la cathédrale de Norwich au service d'ouverture suffit à lui seul à rendre mémo rbleun Congrès qui, sous certains rapports, n'a pas atteint la moyenne d'intérêt qu'il excite d'ordinaire. Ce sermon est un de ceux qui méritent d'être lus et médités par tous ceux qui désirent Lréunion de la chrétienté. Il y a bien des années que ce que nous enyons être les vrais principes de l'Eglise d'Angleterre n'avait été

ifimé avec des vues aussi larges el aussi politiques par un prélat suglican; el quantäses résullals pratiques, l'on peutpresque assurer pepas même la lettre de Léon XIII nila publication du De ierarchia “ina, ve sont capables de faire plus pour la cause de la réunion. là claire et loyale affirmation de vérités positives que l'on y trouve sacermant la position de l'Eglise d'Angleterre, oppose un contraste

frappant aux déclarations négatives et faites à moitié cœur, ainsi quan affirmations circonstanciées que nous recevons d'ordinaire dk prélats anglicans. En voilà presque assez pour renvoyer nos lec- ‘eur au discours lui-même; mais il est quelquefois bon d'adopter à méthode opposée, de clouer les pièces fausses sur le comptoir de faire ressortir une affirmation de vrais principes à une époque ‘il mauvaise monnaie des faux principes ou des expédients sans Wincipesa cours d’une façon anormale. L va sans dire, bien entendu, que dans le langage de l'arche- Yéque il n'y a pas le moindre semblant de compromis quant à la = 46—

position de l'Eglise d'Angleterre. Le D° Maclagan est, on l'admet- tra, aussi fidèle anglican que qui que ce soit. La différence qui existe entre Sa Grâce et ses frères dans l'épiscopat qui ont déj parlé sur ce sujet, c'est qu'il a substitué des affirmations positivesà celles qui jusque-là avaient plutôt été négatives; et lorsqu'un homme d'une piété reconnue fait sur un point de doctrine une déclaration qui n'est plus seulement négative mais bien positive, il y a bien des chances pour que cet homme soit dans le vrai. Le D' Maclagan pro- clame aussi clairement qu'aucun de ses frères dans l'épiscopat le droit que revendique l'Eglise d'Angleterre de former partie inté- grante de la véritable Eglise de Dieu. Mais cela ne lui suffit pas. Îl voit qu'elle ne constitue pas l'Eglise tout entière et il a le courage del'admettre. En entendant certains évêques parler de réunion, on dirait vraiment qu'ils s'attendent à voir les catholiques romains. le Pape en tête, se joindre à l'Eglise d'Angleterre. C'est lout aussi étrange et futile que pour le cardinal Vaughan de croire que les membres de l'Eglise d'Angleterre ayant quelque connaissance des principes ecclésiastiques vont déserter leurs propres se soumettre à lui. D'autres alors, qui admettent cela, s'imaginent que les difficultés pour parvenir à la réunion sont si_ considérables qu'ils considèrent toute tentative dans ce sens comme absolument sans espoir etque c'est à peine s'ils osent prier à celte intention. L'archevèque Maclagan n’est pas de ceux-là. Il reconnait les diff- eultés et n'essaie nullement de les faire passer pour moins consi- dérables qu'elles ne le sont réellement; mais en même temps il nous rappelle que Notre-Seigneur pria pour la complète unité de son Eglise; en conséquence il croit qu'un jour ou l'autre, sous une forme ou sous l'autre, cette unité s'accomplira, et il contribue suivant ses moyens à la solution des difficultés. On ne peut pas dire que l'archevêque ait ajouté quelque chose de nouveau à la controverse; mais l'admission, par un si haut di- gnitaire de l'Église anglicane, de principes admis déjà par d'autres moins autorisés, marque, dans l'œuvre de la réunion, le commen- cement d'une ère nouvell Le premier de ces principes sur lequel nous voudrions appeler l'attention, c'est l'existence de la Papauté comme fait historique, que nous devons reconnaître, dans tous nos efforts loyaux vers le réunion. Nous avons assez souvent protesté, dans ces colonnes, contre une exagération illégitime du principe de centralisa- tion, mais l'histoire montre combien il est vain d'essayer de garder l'unité s'il n'y a un centre comme point de ralliement, et même s'il était possible d'établir pour la chrétienté d'Occident un centre d'u- — 41 —

nié autre quele Saint-Siège, il est diflicile de découvrir quels en seraient les avantages. Rome a élé durant une longue période le centre de l'unité, et il est difficile de voir quelle interprétation peut être donnée aux paroles de l'archevêque d'York, exprimant « l'es- poir qu'un jour viendra où un autre Pape aura la gloire et l'hon- neur de réconcilier ces deux grandes branches de l'Église catho- lique », sinon que lui, du moins, est désireux de voir Rome acceptée de nouveau comme le centre d'unité, à la condition toute- fois que la liberté de l'Église serait pleinement assurée. Un second principe admis par l'archevêque, et qui est la consé- quence du premier, c'est qu'il refuse d'admettre comme une con- clusion sur laquelle il n'y a plus à revenir, cette théorie que Rome ne changeant jamais, il est impossible qu'elle modifie ce qu'elle a une fois décrêté Nous pouvons espérer, et l'espérance est dans ce cas l'un des meilleurs moyens d'arriver au but, nous pouvons espérer que les revendications de Rome seront si bien expliquées et mo- difiées qu'elles pourront être généralement admises d'une manière honorable pour tous. En même temps que nous espérons un changement d'altitude de la part du Saint-Siège, nous devons admettre, à l'instar de l'arche- vêque, que l'Église d'Angleterre ne doit pas être éternellement liée aux expressions stéréotypées des opinions des réformaieurs anglais. Sur beaucoup de points, dit l'archevêque, nos différences sont plus apparentes que réelles et sont susceplibles d'être expliquées. Mais, bien entendu, l'explication etles modifications ne peuvent pas venir d'un seul côté. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que le Pape souscrive à nos formules telles qu'elles sont actuellement. Parmi les plus nobles paroles de l'archevèque — paroles qui mériteraient d'être écrites en lettres d'or et mieux encore gravées dans les cœurs de tous les fidèles de l'Église d'Angleterre — sont celles qui nous avertissent de nous garder de cel esprit de complaisañce en nous- mêmes, qui nous invite à considérer nos formules éomme l'expres- sion définitive des vérités de la religion. Suivant les paroles de l'archevêque : « Nous sommes disposés, tandis que nous critiquons . el condamnons les fautes et les erreurs des autres, nous sommes disposés à oublierque,nous aussi, pourrions bien, à toutprendre, ne pas être sans défaut ». Les réformateurs étaient des hommes fail- libles, « et dans la tourmente du xvr° siècle, ils peuvent quelquefois Sütre trompés dans leurs décisions et avoir peut-être rejeté un peu hätivement une partie des précieux chargements de la barque ». De même, « si nous voulons occuper une position prééminente — — 48

dans l'œuvre de la réunion de la Chrétienté, nous devrons avoir le courage de nous débarrasser de tout ce qui est étroit et exclusif sans motifs dans nos croyances ou nos pratiques, — sans quoi nous sommes sûrs d'échouer ». — De telles paroles sont autrement pro- pres à préparer la réunion qui nous lient tant à cœur, que celle idée insulaire qui se rencontre dans l'esprit de certains, à savoir que toute la Chrétienté doit devenir l'Église d'Angleterre avec l'arche- vèque de Cantorbéry comme nouveau centre d'unité, et avec l'obli- gation pour tous les chrétiens de souscrire aux trente-neuf articles. L'archevèque Maclagan reconnait évidemment ce fait: que la loyauté envers l'Église d'Angleterre comprend cette conviction que l'Église d'Angleterre est seulement une partie d'un plus large corps dont l'unité extérieure doit être l'objet de nos espérances et de nos efforts, tout comme son unité intérieure essentieile est un article de notre fe Comme conclusion, nous nous reportons à la première partie du sermon, lorsque l'archevêque déclare qu'en présence de tous les obstacles qui rendent la réunion immédiate impossible, nous ne devons pas nous contenter d'un nopossumus et encore moins d'un non volumus.» 1 est à craindre que ceux qui suscitent le plus d'obs- tacles n'aient pas réellement le désir de la réunion. Bien entendu, il n'y en aura que quelques-uns seulement à manifester leurs senti- ments avec la grossièrelé de cette petite bande tapageuse qui essaya de troubler le meeting de l'E. C. U. à Norwich, Mais il existe, nous en avons peur, trop d'anglicans qui, au fond de leur cœur, ne dési rent réellement pas la réunion, si pour cela il faut faire le sacrifice de cet esprit de complaisance en soi-même et d'infaillibilisme qui est la caractéristique d'un anglicanisme faussé, mais ayant trop lar- gement cours, ou bien encore s’il faut faire quelque concession non à Rome, mais à la vérité catholique. Ceux qui, comme Léon XIIL et l'archevêque Maclagan, ont vrai- ment le désir de la réunion, pourront avec satisfaction se rappeler notre proverbe : On fait ce que l'on veut. Si tout le peuple chrétien désire vraiment la paix et la vérité, nous pouvons être sûrs que Dieu l'y conduira. Les nobles paroles de l'archevêque d'York, qui le fe- ront considérer à bon droit comme un Zader dans tout ce mouve- ment, avant lous les autres prélats anglicans, ces paroles serviront à accroître les vœux de tous ces hommes vraiment catholiques qui désirent la paix de l'Église et à promouvoir par là la réunion de la chrétienté. 26e

          LES CATHOLIQUES ANGLAIS

Tandis que de toutes parts s'élève un cri vers l'unité, le mouve- ment catholique, loin de se ralentir, s'accélère tous les jours. Au mois de juin, a eu lieu la pose de la première pierre de la nouvelle cathédrale de Westminster, au milieu d'un concours immense de clergé et de peuple. C'était un spectacle imposant que celui de cette procession présidée par deux princes de l'Eglise, se déroulant ma- iestueusement à travers les rues de la grande cité avec toute la pompe du culte catholique, La nouvelle cathédrale, construite dans lestyle byzantin, possédera la plus large nef de l'Angleterre. En septembre, s’est produit un autre événement religieux qui auraune portéec onsidé-rable : la consécration du premier vienire apostolique du pays de Galles. C'est la reconnaissance par l'Église catholique de la nationalité galloise, et cette eréation d'un vicariat apostolique apparait comme un premier pas vers la constitution d'une future province ecclésiastique galloise, distincte de la pro- vince anglaise de Westminster. Ce mois-ci encore, le cardinal Vaughan ouvrait à Silvertown, dans les docks de Londres, une nouvelle école catholique qui comprend déjà 560 élèves. Il y a huit ans, il n'y avait ni prêtre ni église catholique dans ce quartier, l'un des plus pauvres de la capitale, Le maire et le conseil municipal, bien que n'étant pas catholiques, avaient tenu à honorer de leur présence la cérémo: v.

LE CULTE DE ST JEAN L' ANGÉLISTE EN ANGLETERRE

On lit dans le Monde :

Nous avons reçu d'un éminent ami, M. G. Rohault de Fleury, la lettre suivante, dont nous le remercions très vivement et que nos lecteurs nous sauront certainement gré de leur faire connaitre :

    Cher Monsieur,

Un de mes amis d'Angleterre m'envoie pour mes études sur les Siints de la Messe une statistique intéressante des églises de son pays dédiées à saint Jean l'évangéliste. Au moment où l'on s'occupe beaucoup du retour de nos frères séparés au vieux bercail, vous venserez peut-être à propos de la mettre sous les yeux des lecteurs du onde. — 50 —

Le culte de saint Jean l'évangéliste a été autrefois en'grand hon- neur en Angleterre, et il s'y est manifesté de bonne heure par des dédicaces d'églises faites sous son nom; on en a marqué un grand nombre, quoiqu'elles soient difficiles à établir pour le moyen âge, où le temps nous a dérobé une multitude de titres et où les documents nous font défaut. Nous avons pu néanmoins réunir 170 vocables antérieurs à Henri VIIL, À ce moment la dévotion tombe tout coup, et pendant les trois siècles si rapprochés de nous qui sont compris de 4530 à 1833, c'est-à-dire du commencement du schisme jusqu'au mouvement puséyste, on n'a découvertqu'une quarantaine de dédi- caces.

En 1833 le culte de saint Jean se relève lout à eoup, et pendant les soixante ans qui nous en séparent aujourd'hui nous comptons au moins 270 dédicaces d'églises au saint évangéliste. Remarque singulière : les années 1844, 1845, 1846, qui ont été témoins des tracts si éclatants et de la conversion de Newmann coïncident précisément avec les dédicaces les plus mulipliées. Seulement pour ces trois années nous en comptons 54. Après la sainte Vierge, qui possède encore plus d'églises, saint Jean l'évangéliste est le patron le plus populaire aujourd'hui en Angleterre, où il n'a pas moins de 300 églises. Ces chiffres me semblent significatifs, et marquent un mouve- mentreligieux extraordinaire. D'après cetle curieuse statistique, saint Jean, l'apôtre de la pureté et de l'amour, fut exilé au temps des désordres honteux et sangu maires de Henri VIII, et le voici aujourd'hui rappelé avec enthou- siasme par les Anglais qui se rapprochent de l'unité. On se rappelle la légende d'Édouard le Confesseur donnant si bague d'or à saint Jean, qui lui était apparu sous la figure d'un mendiant; quelque temps après, saint Jean apparait de nouveau à des pèlerins anglais égarés près de Jérusalem et leur rend l'an neau, leur disant qu'il va leur servir de guide en reconnaissance de ce bienfait. Ne pouvons-nous espérer que saint Jean guidera les Anglais égarés et les conduira à Rome, cette autre ville qu'ils cherchent en son nom? Voyez, cher monsieur, si ce petit tableau peut intéresser vos lec- teurs; je vous l'envoie à tout hasard comme une occasion de vous prouver ma vive el affectueuse sympathie. Veuillez en agréer l'expression et celle de mes sentiments out dévoués. G. ROMAULT DE FLEURY. = Hi —

                    CHRONIQUE

Remerciements. — Nous exprimons nos remerciements bien sincères à nos associés et à Lous ceux qui s'intéressent à l'OEuvre. Mercipourdes encouragements très précieux. Merci également pour les conseils qu'on a bien voulu nous donner ; nous en tiendrons comple dans les limites du possible. Nous devons un mot tout particulier de reconnaissance à notre excellente presse catholique : L'Univers, Le Monde, La Croir, La Vé- rilnous ont promis de suivre attentivement notre Œuvre et de la reommander à leurs lecteurs. Plusieurs Semaines Religieuses, entre autres celle de Paris, ont annoncé en termes très favorables notre Association. Le Bulletin est heureux de signaler ces témoi- æages de sympathie.

Propagande. — Nos associés doivent tous devenir des zéla- teur de l'Œuvre. Rien ne supplée à l'action directe et personnelle. Une leltre peut être mise au panier, mais on oppose difficilement refus à des instances verbales. Nous supplions chacun de nos amis de nous recruter des associés. Mais nous demandons en Iieulier, d'organiser cette croisade dont nous parlons dans tir premier article. Il serait facile, croyons-noust d'obtenir que ‘hasles communautés, dans les couvents, dans les séminaires, il y “ilau moins une communion par semaine à l'intention de l'Euvre, L'usage s'est déjà introduit dans quelques maisons, il s'a- giril de le généraliser. Les personnes pieuses, de leur côté, offri- rent des communions suivant leur ferveur, mais en tout cus ne “gesseraient jamais un mois. Allons! un peu de zèle, secouons ‘ele douce torpeur faite d'égoïsme et d'inertie et travaillons pour me Œuvre si belle! Nous serions très reconnaissants à nos zélateurs s'ils voulaient lien nous transmettre les noms des communautés où des prières ‘tds communions seraient établies régulièrement.

L'archevêque d'York. — Le très honorable et très révérend W.D. MactaGaw, D. D., D. C. L., archevêque d'York, est d'origine “saise. Il est né à Édimbourg en 1826, et a fait son éducation ts œue belle ville. Le futur archevêque se destina d'abord à karière des armes. Il servait aux Indes et avait déjà obtenu le fade de lieutenant, quand il se sentit appelé à l'état ecclésias- ‘que. 1l donna sa démission et entra comme étudiant au collège — 5 —

de Saint-Pierre à Cambridge. Il avait alors vingt-six ans. En 185%
conquit ses grades avec        distinction, fut ordonné diacre celle même
année, et prêtre l'année suivante.

  Le R.     Maclagan occupa successivement         la   charge d'assisin
curate (vicaire) dans plusieurs paroisses de Londres, de recteur di
la grande paroisse de Sainte-Marie, Newington, et de Sainte-Mari
Abbots, à Kensington, enfin de chapelain d'honneur de la Reine
Le jour de Saint-Jean-Baptiste, 1878, il fut sacré évêque de Lich
field; en 4894, il fat transféré à York.
  L'archevèque est une des belles figures de l'épiscopat anglicun
Bon, zélé, très pieux, il s'occupe activement de l'administration di
son diocèse. Sous les allures ecclésiastiques les plus correctes.  i
n'est pas difficile de retrouver encore des vestiges de sa pre
profession dans la démarche, comme aussi dans la droiture de
procédés, dans la justesse du coup d'œil, dans la netteté des dévi-
sions et aussi dans le courage que tout ehef doit avoir, et qui
possède à un haut degré. L'arckevêque d'York désire l'union de
toute son âme, et il professe pour Léon XIII la plus grande estint
et la plus profonde vénération.

  Lord Halifax d'après l'évêque catholique de Clifton
Bristol) ‘. — « La plupart d'entre vous se rappellent le trs
remarquable discours prononcé,
                             il y a quelques semaines, au met
ting de l'English Church Union à Bristol par son président lord Hali-
fax. Vous vous rappelez aussi les commentaires   que fit naitrece dis-
cours dans les partis les plus divers et les plus opposés.
  « Comme ce discours avait pour objet principal               la réunion
de l'Angleterre avec la sainte Église romaine, je               sens quil
ne serait    pas   respectueux pour le       noble et brillant     orateur
de le passer sous silence. Lord Halifax, par sa valeur person
nelle et par sa situation, n'est pas un homme ordinaire. Il n'est pas
davantage un dilettante s'amusant lui-même à imaginer d'ingé-
nieuses spéculations ou désirant arrêter l'attention par d'exén-
triques théories. Depuis sa jeunesse, il s'est fait remarquer par son
ardente piété et par son actif dévouement au service des pauvres.
Probablement il n'est pas de membre de l'association de Saint-Vin-
cent de Paul qui ait dépensé une plus grande somme de trail
personnel, en servant les malades et les mourants dans les taudis
les plus nauséabonds de la misère et de la maladie, que ce noble
représentant de l'aristocratie anglaise. Lord Halifax a conquis le
                                                                        l*
  1 Trois conférences sur la Réunion par l'évêque de Clifion, éditées par
Catholic Truth.

55 —

we speel de tous ceux qui l'ont approché, depuis les princes du sang wsqu'aux membres des dernières couches sociales. Il est de plus le yrisident de l'E. C. U., une association de l'Église d'Angleterre qui cumprend des milliers de représentants parmi le clergé anglican et les kiques, dont les membres professent les opinions de la Haute Église et s'efforcent, en nombre toujours croissant, de développer #1 de maintenir la doctrine sacramentelle et sacerdotale qui les 4 isingue de ceux qui se glorifient encore du nom de protestants. »

Le Church magazine de Bloemfontein (Afrique du Sud)

sæous apporte le mandement que l'évêque anglican de ce dio- mèse a écrit pour demander des prières en faveur de l'union des Eglises :

run

        Plai     Notre-Seigneur Jésus-Christ de 14         tous ceux qui par

leurs priéres et leurs œuvres travaillent pour la paix et l'unité de son Vraie.

Sa Grâce indique ensuite, comme prière particulière, l'Oraison

imeur Jésus-Christ qui avez dit à vos apôtres : Je vous laisse la pair, Rrws donne ma pair, etc.

               NOTRE ASSOCIATION ET LA PRESSE


La presse catholique quotidienne a bien voulu annoncer la fonda-

lwa de notre Association ainsi que la publication du premier numéro de notre bulletin mensuel; nous devons ajouter qu'elle l'a fait avee un empressement et une cordialité qui nous ont touché

profondément. L'appai que la presse catholique veut bien donner aux modestes “ris que nous dévouons à cette grande œuvre de l'Union des 5—

Églises, et tout spécialement à l'OEuvre de la Réunion de l'Éghs anglicane, nous est extrêmement précieux : car, en nous aidantà faire connaitre l'existence et le but de notre association, elle éteni parmi les âmes vraiment chrétiennes, grâce à la puissance de si publicité, le champ d'action de la prière, et, du même coup, suscite de tous côtés des coopérateurs pour l'œuvre de la Réunion, Nous nous proposons de noter successivement, et à l'occasion par des extraits, les articles que consacrent à notre Association les jour. naux catholiques qui veulent bien nous prêter leur généreux con cours.

Dans l'article suivant, du 5 octobre, l'Univers nous a donné, pur la plume de son éminent rédacteur, M. Eug. Tavernier, un témoi- gnage de sympathie dont nous connaissons toute la valeur.

Une Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane ++ fondée à Paris. Le Bulletin qui en est l'organe mensuel expose, dans ui article dû au R. P. Portal, le but de l'œuvre et les moyens adoptés. Après avoir cité la lettre d'approbation et d'encouragement que S. En. le cardinal Rampolla lui a adressée au sujet de la publication du discours de Lord Halifax (nous avons signalé le grand intérêt de cette brochure. le R. P. Portal trace en ces termes son programme... Le Bulletin, qui est imprimé avec soin, offre, en une trentaine de pages, une collection de documents variés. Naturellement celle-ci débute par lu Lettre apostolique du Saint-Pére aux Anglais. Vient ensuite us article intitulé Léon XIII et la question anglicane, qui expose en abrès l'état de la controverse; un compte rendu des congrès tenus par le catholiques anglais et par des anglicans; une série de citations emyrur tées à un écrivain anglican (le R. W. F. Everest, auteur du lv intitulé 7he Gift of the Keys) et qui reconnaissent que la Primanté ds Papes est de droit divin. Ces quelques détail indiquent l'intelligence avec laquelle la nouvelle publication est dirigée. On jugera aussi que l'œuvre fondée par le R. P. Portal propre à favoriser le résultat dont l'importance capitale a par le Souverain Pontife. Le chef a parlé; l'idée a été expos ensemble aux yeux du monde; le plan général est dessiné : c'est maintr- nant l'heure d'intervenir pour les hommes que leurs talents pécians. leurs relations et leurs travaux ont, préparés à cet apostolat. IL fau s'assurer le concours de tous les chrétiens qui prieut et qui agissent. ll aut done un lien entre toutes ces âmes éprises d'une pensée grandio*. L'Association catholique pour la réunion de l'Eglise anglicane fournira cette organisation. Nous aurons lieu d'en parler souvent.

                                               EUGÈNE TAVERNIER.

Le Monde, après avoir rappelé très amicalement la lettre de précieux el si haut encouragement que S. Em. le cardinal Rampolle a daigné nous adresser, a reproduit en entier le premier arlicle de notre bulletin mensuel sur le but de l'œuvre, ainsi que le règle- ment de notre association. =

Nous exprimons aussi à la Crois toute noire gratitude pour l'ar- ticle qu'elle a bien voulu nous consacrer, dans son supplément du 6-7 octobre :

 Nous saluons avec bonheur l'apparition d'une œuvre nouvelle dont le

viêge est fixé à Paris, 93, rue de Sévres, et nous appelons l'attention des tholiques français sur son but, son fonctionnement et les conditions faciles à remplir pour en faire partie. Il s'agit d'une associntion catho ligue qui a pour but de faciliter la réunion de l'Église anglicane à T'Église romaine. Nos lecteurs n'ont pas oublié la lettre si rermarquabl adrvssée. Je 44 avril dernier, à la nation anglaise par Sa Sainteié Léon XHIL. On retrouvera le texte français de cette lettre daus le bulletin me que nous avons sous les yeux, et dont les autres numéros paraitront désormais au siège de l'œuvre (4). L'appel si éloquent, si sordial et si plein de ménagement pour l'amour-propre anglais du Sou- win Pontife, a excité chez no» voisins d'outre-Manche la plus vive émotion aussi Bien parmi les catholiques que dans les différentes sectes protestantes séparées de l'Église officielle. ù Depuis plus d'un demi-siécle, ou, pour mieux dire, depuis l'époque où L plupart de nos évéques français, exilés par la grande Révolution, snierérent en Angleterre, un courant continu, intense, a rapproclt Télite du clergé anglican du catholicisme, Les évêques anglicans de Kalisbury, de Lincoln, les chanoines Little, Everest, lord Halifax, membre du Parlement, 'et bien d'autrex personnages, laïques et occlé- siastiques, ont manifesté à diverses reprises, dans leurs discours, leurs ouvrages ‘et par lours actes même, un désir sincère d'union. Nous ne rouvons que nous réjouir de pareils sentiments et favoriser ces teu- ‘lauees.

Le R. P. Portal, prêtre de la mission, naguère professeur dé théo- Ingie au grand séminaire de Cahors, après avoir pris l'avis des hommes ls mieux en état de juger ce qu'il y aurait à faire pour favoriser ce mouvement des protestants anglais vers le catholicisme, a fondé avec vux une Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane. Désormais débarrassé, par la permission de sex supérieurs, des occu- qations absorbantes du professorat. le R. P. Portal va consacrer tout son temps et toute son énergie d'apôtre à cette «uvre. Il a d'ailleurs reçu de lx part de 8, Em. le cardinal Hampalla es plus précieux encouragements

l'approbation formelle du Saint-Père. « Sa Sainteté a manifesté

<qu'Ëlle vous verrait avec plaisir vous occuper plus directement encore : de tout ce qui regarde cette grande affaire. » Telles sont les paroles aus flatteuses qu'encourageantes qui terminent la lettre alressée le juin dernier à l'auteur de l'Association, « A1 sécriait Léon XIII. « fans une audience particulière donnée au R. P. Portal,s'il m'était donné « de voir seulement l'aurore du beau jour qui aménera le grand peuple «anglais à l'unité de la foi, comme volontiers je chanterais le Nune

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