1= ANNÉE Nes 7 DÉCEMBRE 1895
REVUE
ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE
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LETTRE
DE SON ÉMINENCE LE CARDINAL BOURRET ÉVÊQUE DE RODEZ ET DE VABRES
À M. F. PORTAL
PRÈTRE DE LA MISSION
évèeue À DE RODEZ
er De vannes a Rodez, le 26 octobre 1895.
Mo eus Monsiecn Porta,
J'ai été l'un des premiers à remarquer votre savant travail
surles Ordinations anglicanes, et la lettre que je vous ai écrite à cette occasion a été l'un des actes qui ont, à l'origine de la nouvelle reprise de celle grande question, appelé l'attention sur elle. J'ai encore présent à l'esprit la réponse que vous fit lesavant et pieux évêque de Salisbury, auquel je suis bien aise derendre les compliments qu'il voulut bien m'adresser, quoique tturellement il ne pôt partager mon opinion sur cette déli- cate controverse. Depuis les choses ont marché, et, grâce aux divers travaux et aux diverses interventions qui sont survenues de part et d'autre, tant en France qu’en Angleterre, l'on peut espérer que des études loyales et sérieuses qui se sont faites et se fe- rat, le grand problème historique et liturgique qui vous œcupe s'éclaircira et amènera peut-être une solution conforme tous les désirs et à toutes les espérances. Un dit que c’est
déjà s'entendre que de se regarder, et l'on prétend qu’on n’est pas loin d'être tombé d'accord quand on a su charitablement s'écouter.
Jene puis donc qu'applaudir
à la pensée que vous m'expri-
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mez et au projet que vous avez formé, de vous réunir quel- ques-uns, pour prier beaucoup d'abord pour le retour de l'An- gleterre à l'unité, et pour explorer ensuite, dans une Revue spéciale, tous les côtés historiques de la question souveraine qui a trait à la validité des ordinations anglicanes. Mettez, cher monsieur, à ce que vous ferez et écrirez, vous et vos con- frères, la plus grande bonté, toute la tolérance permise, et tous les égards que l'on doit à une grande et noble nation, ainsi qu'à un clergé qui peut être dans l'erreur sur un point essentiel, mais qui n'en cherche pas moins, avec sincérité et persévérance, la vérité liturgique comme la vérité théologique. N'avons-nous pas vu, dans ces derniers temps les plus illustres de ses docteurs devenir à leur tour les chefs autorisés et consi- dérés de l'Église romaine, et ne pouvons-nous point espérer encore que de ses universités, de ses collèges, de ses chapitres, de ses décanats, la sérieuse et laborieuse nation anglaise nous enverra encore d'autres lumières et d’autres soutiens pour notre propre communion catholique? Allez donc les uns et les autres, avec les bénédictions de Dieu, à cette noble conquête des âmes par l'étude et la charité, et si ma propre bénédiction peut ajouter quelque encoura- gement à vos travaux, c'est de tout cœur que je vous la donne, en me disant votre très humble serviteur en Notre-Seigneur.
Enxesr, Canpinaz Bouener,
Évèque de Rodez et de Vabres.
É: P “2008 UNIVERSITY OF MICHIGAN ginal from POUR L'UNION
Nous fondons aujourd'hui la Revus anglo-romains afin de travailler selon nos forces à l'œuvre d'union qui s'accomplit dans la société chrétienne, et en particulier à l'union de l'Église anglicane avec l'É- glise catholique, apostolique et romaine. Par l'Association catholique pour la réunion de l'Église is nous demandons des prières. Par la Revue anglo-romaine nous meltons au service de la même idée le travail de nos théologiens et de nos savants. Les deux œuvres sont distinctes, mais elles concourent au même but. Toutes les deux sont nécessaires, si nous voulons ne pas nous contenter de vains désirs el travailler utilement, L'Union est dans l'air, a dit l'éminent archevêque d'York. Cela est srai. De tout côté on en parle, de tout côté on prie et on travaille pour faire cesser la séparation. Chacun se rappelle la belle lettre 44 Angbs, les lettres des évèques catholiques et des évêques anglicans pur demander des prières en faveur de l'union, les travaux du con- Frs catholique et du congrès anglican, les discours du cardinal Vau- ghan, de l'archevêque d'York, de lord Halifax. En dehors de ces manifestations autorisées, un œil tant soit peu observateur peut même wir une certaine union s'établir pratiquement entre les membres de cmmunions différentes. Les causes de nos divisions sont trop loin- tines, en effet, pour qu'il y ait la même animosité dans les partis. Beaucoup d'âmes chrétiennes les ignorent ou ne les comprennent phs. Nous participons tous, d'ailleurs, aux idées de tolérance et de liberté inconnues à nos pères et qui sont générales aujourd'hui. Prêtres et laïques sentent aussi la nécessité pour les fidèles du Christ des'unir contre les ennemis de notre Dieu. De ces causes et d'autres encore résulte un état d'esprit favorable à la réconciliation. Aux époques de discordes et d'anathèmes succède une période de transition. Des deux côtés on manifeste le désir de hisser le drapeau banc et d'entrer en pourparlers. Ces désirs supposent des disposi- tons pleinement conformes à nos communes croyances, bien diffé- rentes de celles qui poussaient des chrétiens à se combattre et à se 6 REVUE ANGLO-ROMAINE
repousser. Tout en entrant de bon cœur dans cette nouvelle direc- tion, nous n'avons pas à condamner ceux qui nous ont précédés. Chaque époque a son caractère propre, ses besoins particuliers, et, si on veut apprécier sainement l'Église, les hommes et les choses, il faut tenir compte de ces besoins particuliers el dece caractère qui disparaissent, Au xvr' siècle une réforme s'imposait, ceux que l'on a appelésles Réformateurs ont faitune révolution. Pour protester contre certaines pratiques extérieures, ils sont allésjusqu'à rejeter la plupart dessacrements; pour se soustraire à un pouvoir du pape qui découlait d'un état particulier de la société, ils ont supprimé le gouvernement central et suprême de l'Église; pour répudier les spéculations de la scolastique en décadence, ils ont fait tablerase, euxaussi, et rejeté la tradition et la règle nécessaire à l'interprétation de la sainte Écriture. Et leurs négations, leurs attaques se produisirent avec une audace et exaltation qui avaient d'autant plus de prise que les abus étaient réels et que le sentiment religieux de l'époque était profond. L'Église romaine se trouva dans la dure nécessité de frapper. Ce fut l'heure des cruels déchirements. Les âmes chrétiennes durent bien souf- frir. Aujourd'hui nous sommes plus heureux. Le concile de Trente a réformé bien des abus, Le temps a fait son œuvre partout. L'Église d'Angleterre voit tous les jours non seulement la théorie mais aussi la pratique sacramentelle, bien affaiblie dans son sein, reprendre vigueur, Elle ressent de plus en plus le besoin d'une autorité cen- irale, et partout on ditouvertement que Rome constitue ce centre. L'acceptation ou la tendance à accepter ces points, essentiels pour la vie chrétienne individuelle et la divine constitution de l'Église, permettent au Pape d'orienter la politique de l'Église en des voies différentes. Que les esprits inattentifs ne voient pas laune contradic- tion. Le pendule va de droite à gauche et de gauche à droite et pour- lant, immobile en son attache, il poursuit toujours le même but. Les anathèmes comme les avances amicales partent d'un même principe et vont à une même fin. Nous devons entrer dans le mouvement pacifique de notre époque et le seconder de toutes nos forces. Garder aujourd'hui l'attitude de combat serait criminel. Il està espérer que les manœuvres, s'il s' produisait dans ce sens, seraient aussi vaines que devaient l'être autrefois les tentatives de rapprochement. us devons y entrer sans illusion. Restaurer l'unité chrétienne ne sera pas l'œuvre d'un jour, et des déboires de plus d'une sorte atten- dent probablementles ouvriers qui seconsacrent à cette tâche difficile. En s'y dévouant ils doivent affermir leurs âmes, activer leur esprit de foi et ne placer leur espoir qu'en Dieu. Mais nous devons y entrer aussi avec confiance paree que, même en s'en rapportant au jugement
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dela sagesse humaine, le succès final paraît certain. La tentative actuelle se produit, en effet, sur des données qui conslituent une sérieuse base d'action. Il n'y a rien, dit le D'Pusey, dans la doctrine de l'Église anglicane de contraire au concile de Trente. C'est là certes une affirmation de la plus haute importance: Quant aux divines prérogatives du Pape, le récent discours de lord Halifax à Norwich et le livre du chanoine Everest attestent le salutaire travail qui s'opère chez nos frères séparés. Pour ce dogme essentiel, d'ail- leurs, nous acceptons, catholiques et anglicans, un rendez-vous commun, les temps primitifs, l'étude de l'histoire des premiers siècles. De plus, reconnaissons-le sans hésiter, ceux qui gouvernent l'Église d'Angleterre représentent un corps épiscopal d'un grand mérite, Les évêques de Salisbury, de Durham, d'Oxford, de Péterbo- rough, de Lincoln, de Winchester, les archevéques de Cantorbéry et d'York, pour ne citerquelesplus connus, s'imposent ou comme histo- riens, ou comme exégèles, ou comme hommes de gouvernement el d'administration épiscopale. Les ouvragesde plusieurs d’entre eux sont appréciés de tout le monde savant. Il y a parmi les évêques anglicans, c'est justice de le dire, des hommes de grande valeur, et je puis ajouter sans crainte d'être démenti, de grande foi. Eh bien, de pareils chefs ne peuvent recommencer toujours les fautes de leurs prédé- cesseurs. Ils ne peuvent pas vouloir maintenir dans l'Église un état de schisme en opposition évidente avec la volonté de Jésus-Christ. Ajoutez un mouvement sincère vers l'Unité qui se généralise de plus enplus dans le clergé et dans la partie la plus active et la plus in- fuente des fidèles de l'Église anglicane, et vous direz avec nous que lapossibilité de l'Union n'est pas un rêve d'âme pieuse mais la con- clusion logique d'une intelligence qui apprécie toute chose d'une ma- nière impartiale. Le succès final paraît donc certain. Les circons- lances et les bonnes volontés décideront de l'époque. Si nous nous inspirons docilement des grandes pensées de Léon XIIIe cette poli- tique large et à longue portée, note caractéristique de sonrègne, nous pouvons hâter l'heure qui nécessairement viendra. Pour un chrétien, pour un prêtre surtout, il n'est pas de plus noble but à poursuivre, on ne peut consacrer sa science et ses efforts à une plus belle cause. Admeltons cependant les prédictions des esprits chagrins ou pares- seux. Supposons que cette nouvelle tentative aura le sort des précé- dentes, et qu'elle échouera. Même dans cette hypothèse, à notre avis, notre devoir n'en serait pas moins de travailler à la faire réussir. En dehors des raisons générales, communes à tout disciple de Jésus qui ne veut pas qu'on éteigne la mèche encore fumante, à tout prêtre représentant du Bon Pasteur qui court après la brebis égarée, il est deux motifs particuliers capables de former notre conviction à cet égard. REVUE ANGLO-ROMAINE
Quand l'Église a dû frapper, théologiens et polémistes ont frappé à
leur tour, Leurs voix ont répété les anathèmes. Mais, s’il existe dans
la nature des échos renvoyant les paroles harmonieusement adou-
cies, il en est d'autres qui les renforcent au contraire et les renvoient
plus stridentes. Rarement les controversistes ontjoué le premier rôle.
Bien au contraire, ils se sont montrés parfois, dans le second, vio-
lents jusqu'à l'injustice.
Au sujet des ordres anglicans, par exemple, dont la validite est
d'ailleurs si discutable, n'est-il pas à regrelter que nos meilleurs
théologiens, pour la combattre, se soient appuyés, jusqu’en ces der-
niers temps, sur la fable Nag's Head, ou sur certain argument de
= Billuart? Ces procédés nous valent, de la part de nos adversaires, des reproches très durs. Notre ignorance est jugée inexcusable. Notre bonne foi est mise en doute, et nous devons avouer qu'en ce point les apparences noussont contraires. Théologiens el polémistes ont eu des lors, cela n'est pas surprenant quand on se rappelle que l'Église est servie par des hommes et non par des anges, mais cela nous parait indiseutable. S'ils ont eu des torts, ils doivent avoir à cœur de les réparer pour l'honneur de la cause qu'ils servent. Théologiens et savants doivent donc entrer dans le mouvement irénique et reprendre à nouveau l'étude des questions controversées. Suivant le conseil de S. Ém. le cardinal Bourret, ils mettront dans leurs écrits, « la plus grande bonté, toute la tolérance permise, et tous les égards que l'on doit à une grande et noble nation, ainsi qu'à un clergé qui peut être dans l'erreur sur un point essentiel, mais qui n'en cherche pas moins, avec sincérité et persévérance, la vérité liturgique comme la vérité théologique. » Les écrivains de la Revue Anglo-Romaine se feront un devoir en particulier de suivre ces précieux conseils. Ici surtout nous nous efforcerons d'être charitables, bons et loyaux. Tout en combattant, s'il y a lieu, nos frères séparés, lout en constatant, quand ille faudra leurs fautes, leurs erreurs, l'état défectueux de leur Église, nous reconnaitrons avec joie ce qu'il y a chez eux de bien, de vrai, d'édifiant. Nous entrerons en communication avec eux par tous les bons côtés comme par autant de points de contact. Peu à peu nous élargirons la surface de ees différents points et nous arriverons enfin à une adhérence parfaite des deux corps, à une union complète. C'est là notre espérance, mais encore une fois, si nous devions échouer, nous aurions du moins, par cette façon d'agir, accompli une réparation nécessaire, Voici le second motif. Les anglicans ont dit et répété bien des fois que la responsabilité de la séparation, en définitive, retombe sur nous. Inutile en ce moment de discuter cétte assertion. Laissons le passé et songeons à l'avenir. Suivant une expression très usitée aujourd'hui, nous sommes à un tournant de l'histoire. Des temps
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baise Googl
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POUR L'UNION 9
nouveaux s'annoncent pour la société et pour l'Église. Aux yeux des ouvriers du monde futur, destructeurs de tout ce qui exisle, l'Œuvre du Christ a fait son temps. Pour les chefs du socialisme comme pour les impies de toute sorte, les luttes contre les obstacles du jour sont des jeux d'enfant. La bataille, la grande bataille se livrera, au mo- ment suprême, contre l'Église, seule ennemie redoutable. 11 serait puéril de se dissimuler le danger, de vouloir se faire illusion sur la gravité des luttes à venir. Elles seront longues et violentes. Dès lors, avant que la campagne ne soit engagée à fond, il est de simple pru- dence de rassembler toutes les forces chrétiennes. Nous devons aller vers nos frères dans le Christ et leur dire : « Voulez-vous que nous marchions la main dans la main vers nos destinées futures? Voulez- vous que nous soyons unis comme autrefois, comme les premiers chrétiens, et qu'ensemble nous luttions pour Notre-Seigneur Jésus- Christ? Voulez-vous du moins essayer de chercher avec nous si, en notre âme et conscience, un accord est possible? » Nous remplirions ainsi notre devoir de chrétien prévoyant qui désire enrôler pour le bon combat le plus de soldats possible. El si nos avances amicales étaient repoussées, nous mettrions les anglicans dans l'impossibi- lité de redire contre nous leur accusation. Nous leur enlèverions l'arme dont ils se servent el nous rejetterions d'une manière évi- dente sur leur église la faute de la séparation. Plus tard, si l'éten- dard de Jésus-Christ est bien moins défendu par une armée peu nombreuse, chacun saurait à qui doit en incomber la responsa- bilité. Pour toutes ces raisons, les enfants de l'Église romaine, même eux qui ne partagent pas au sujet de l'Église anglicane nos convic- tions et nos espérances doivent favoriser notre mouvement. Les nombreuses sympathies que nous avons déjà trouvées dans le clergé français particulièrement, sont un gage assuré des sympathies à venir. Nos publicistes comme nos Lhéologiens et nos savants nous ont fait le plus chaleureux accueil. MM. Duchesne, Gasparri, Bou dinhon, Loisy, Klein, Chabot, F. Levé, Arthur Loth, Tavernier, etc., ont bien voulu nous promettre leur concours. À ces hommes, d'autres viendront se joindre de France et d'Angleterre, et la Revus Anglo-Ro- par se valeur scientifique comme par l'esprit de paix dont elle sera animée, fera quelque bien dans l'Église, en se consacrant à la grande œuvre de l'Union.
27 novembre 1895.
F. PORTAL,
Prêtre de la Mission.
LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT
À PROPOS D'UN LIVRE RÉCENT
C'est un essai lrèsremarquable que vientde publierle Rev. Everest, sous ce litre significatif : The Gift of the Keys, «la Dation des clefs » !. Outresahaute valeur théologique, ilemprunte aux circonstances mêmes une singulière importance. À dire vrai, sur l'état d'esprit des membres de la Haute Église d'Angleterre et sur le mouvement qui les rapproche dela foi catholique intégrale, je ne connais rien de plus suggestif que e traité, où un anglican établit de la façon la plus convaincante, la ssité d'un pouvoir central dans l'Église de Jésus Christ, et l'exis- ce de ce pouvoir aux mains du pêcheur de Galiléeauquel Notre gneur a confié la garde des clefs, aux mains des Papes, successeurs de Pierre dans cette charge suprême. C'est aller droit au cœur du problème; c'est aborder de front la principale diffculté qui sépare ise anglicane de l'Église romaine; c'est avancer sur ce point, sinon achever, la démonstration de ces remarquables parolesde l'ar- chevèque de Dublin, que M. Everest ne craint pas de placer en tête de son essai : « Il n'existe pas (entre les deux Églises) de différences insurmontables ; si seu'ement les membras de l'Église d'Angleterre voulaient être fidèles aux principes contenus dans leur Prayer Book, les divergences doctrinales, qui paraissent considérables, mais ne le sont point, disparaitraient bientôt ». (Dr Murray, Roman Catholic Arehbishop of Dublin.) Peut-être ces paroles pourraient-elles aussi justement s'appliquer aux dernières difficultés qui empêchent encore l'auteur de comprendre à la manière romaine le pouvoir des clefs et son exercice actuel par les successeurs de saint Pierre. M. Everest indique en ces termes le but qu'il se propose : « Dé- terminer la situation de l'Église anglicane, dans son état actuel de séparation d'avec Rome, comme purement provisoire; absolument «e par les circonstances, elle devra prendre fin dès l'instant où ce sera possible sans préjudice pour les justes prétentions de la
The Gift of the Keys
and other essays,
by the Ror.William Frederick Evenrsr,
B. A, Hon. Canon of S. Adwennain Teuro Cathedral, In-S%do xv-185 p. Lon- don, Rivington. Percival et Ce, 1895,
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OF MICHIGAN
LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT 41
Papauté d'une part, et, de l'autre, pour celles de l'épiscopat divine- ment établi et constitué. » Car il est bon de le dire dès maintenant, en mème lemps qu'il étudie la portée et l'existence du pouvoirdes clefs, M. Everest démontre que les droits et l'indépendance de l'épiscopat n'élaient pas atteints .par la primauté de saint Pierre et de ses suc- cesseurs, telle que nous le fait connaître l'Écriture, telle que nous la montrel'histoire des premiers siècles. Plus lard, les Papes auraient empiélé sur les droits légitimes de l'épiscopat; ils auraient fait de leur primauté une monarchie aux allures autocratiques; ils au- raient imposé la croyance qu'ils sont seuls la source de lout épis- copat. Cette seconde thèse, enchevétrée dans la première, rend un peu difficile la lecture de l'essai. Je la dégagerai pour l'étudier à part. Quant aux objections dogmatiques, c'est-à-dire aux additions ap- portées par les Papes aux vérités de foi, M. Everest en parle fort peu el mentionne à peine l'infaillibilité pontificale. Je n'y insisterai pas davantage. Je me contenterai de dire que, même sur ce point, des explications théologiques loyales et sans exagération seraient de na- lure à faire cesser bien des malentendus ; que les Pères de l'Église, les lhéologiens les plus célèbres, ont admis dans l'Église un déve- loppement dogmalique — je dis bien développement et non pas chan- gement — que ce développement ne pouvait et ne devait pas s'arrèler lorsque la Réforme eut détaché de la foi etde la communion romaine nt d'Églises et de fidèles, pas plus qu'il ne s'est arrêté au moment du schisme d'Orient ;enfin quel'infaillibité pontificale, bien comprise, ‘st elle-même la conséquence et le terme d'un développement dog- matique normal, et l'affirmalion, pour le « gardien des clefs », de cette même infaillibilité qui apparlient à tout l'épiscopat en union avec lui. Mais, avant d'examiner si cet épiscopat a vu diminuer les droits qu'il tient de sa divine origine, je veux me donner le plaisir de ré- sumer à grands traits l'essai de M. Everest sur le «, Don des clefs ».
Notre Seigneur a-t-il donné à son Église un chef visible? La né- cssilé, l'existence de ce chef visible, font-elles partie de La divine emstitution de l'Église? C'est sur laréponse aflirmative que reposent les prétentions de Rome ; il est possible, dit l'auteur, d'en faire la preuve par l'Écrilure et par des témoignages antérieurs à la sépara- lion des Églises; et l'Église anglicane reconnait ces vérilés, confor- mément à son article 30.
L'Écriture nous représente d'abord l'Église comme un royaume, un royaume visible, Notre Seigneur ne peut pas ne pas avoir donné à ce REVUE ANGLO-ROMAINE
royaume des lois, une organisation, un chef. Il l'a bâti, nous dit l'Écri- Lure, «sur le fondement des Apôtres et des prophètes, lui-même en demeurant la pierre angulaire ». Entre les douze pierres fondamen- tales de son royaume, Jésus Christ en a distingué une, il l'a marquée d'un signe spécial, il lui a donné ce nom même de pierre. À Lous ses Apôtres à la fois il confère des pouvoirs : «Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel... »; mais il dit à l'un d'entre eux ces autres paroles qui ne s'adressent qu'à lui seul : «Je te donnerai les clefs du royaume du ciel. » Sans doute ces paroles sont au futur, parce que Notre Seigneur était le chef visible de son Église, tant qu'il él sur la Lerre ; mais ses promesses ne pouvaient manquer d'avoir leur effet. Saint Pierre est établi le «gardien des clefs» ; il reçoit ainsi un pouvoir spécial, distinet de la commission générale de lier et de dé lier commune àlous les Apôtres, à Pierre comme aux autres; dis- tinct de la dernière commission, commune aussi aux douze, de remettre et de retenir les péchés. 11 ne s'agit, comme on a voulu le prétendre, ni du pouvoir de supprimer ou de maintenir certaines prescriptions de la loi mosaïque; ni d'ouvrir le ciel aux élus — c'est Notre Seigneur qui l'a ouvert; ni de donner accès dans le royaume de l'Église terrestre en y admettant les premiers baplisés — ceci n'est point un ministère particulier à saint Pierre; d'ailleurs si on veut par- ler des premières conversions du jour de la Pentecôte, saint Pierre y apparaît comme le chef du collège apostolique; si, dansces conver- sions, l'on veut voir l'exercice du pouvoir des clefs, on doit avouer que c'est le commencement de la réalisation de la promesse divine; ensuite, si l'on prétend qu'il s'agit des premiers gentils à admettre au baptême, on pourra rappeler la Cananéenne, admise, semble-t-il, dans l'Église par Notre Seigneur lui-même, et l'eunuque de la reine de Candace, baptisé par Philippe, probablement avant le centurion Cor neille. Ce sont là toutes interprétations sans valeur, suggérées par le désir d'échapper aux justes revendications de Rome. «Mais alors, quelle est donc la véritable portée, le sens, le but de la promesse faite à saint Pierre : Je fe donnerai les clés du royaume du rest répond: « Notre-Seigneur entendait que la garde des clefs ; aux mains de saint Pierre et de ses successeurs, fût, à tout moment, une source de force et de stabilité pour l'Église. Je dis aux mains de saint Pierre et de ses successeurs, » car si les livres du Nou- veau Testament ne nous montrent pas très clairement saint Pierre exerçant, je ne dis pas unecertaine autorité, maisune autorité suprême, il n'est pas moins vrai que Notre Seigneur lui a confié la mission spé ciale de fortifier ses frères : « Et Lu aliquando conversus, confirma fratres tuos ». Voilà déjà un premier exercice du pouvoir des clefs, particulier à saint Pierre. Comment le prince des Apôtres l'a-Lil exercé? Nous ne savons; mais il a dû l'exercer,« et cela est très impor
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LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT 43
tant. Car, si saint Pierre a fortifié ses frères en vertu de son office de gardien des clefs, et cela sens porter la moindre atteinte aux préroga- tives des autres Apôtres, il s'ensuit que l'existence d'un chef visible de l'Église, gardant les clefs comme suecesseur de saint Pierre, est parfaitement conciliable avec les libertés du reste de l'épiscopat. » L'examen attentif de la conduite et des paroles de Notre-Seigneur permet de voir clairement son intention d'établir dans son Église cette source permanente de force et de stabilité. On voit tout d'abord «que saint Pierre devait être unélément constitutif dans la fondation et la construction du royaume de Dieu — l'Église visible — et cela d'une manière distincte des autres Apôtres. » La première fois qu'il est pré- senté à Notre-Seigneur, celui-ci change son nom : désormais il ne s'appellera plus Simon, mais Céphas, Pierre. Quelles sont les proprié- tés de la pierre qui entre dans la construction d'un édifice? Elle est puissante, résistante, stable. Telles étaient les qualités de la pierre que Jésus Christ désignait spécialement pour son Église. Dira-t-on que ce changement de nom était simplement une allusion aux quali- tés naturelles de saint Pierre ? Certes, celui qui tremblait à la pre- mière annonce de la Passion (Marc. vin, 33), celui qui n'osait marcher surles eaux, après en avoir demandé l'ordre (Matt. x1v, 30), celui qui reniait par trois fois son divin Maitre, après les plus véhémentes protestations, celui-là n'avait guère l'âme solide comme la pierre, et Notre-Seigneur semble avoir choisi, selon son habitude, uce qui est faible selon le monde peur confondre ce qui est fort. » (7 Cor, 1, 21). Voyez ensuite avec quelle solennité agit Notre-Seigneur. Saint Pierre vient de lui rendre ce témoignage : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matt., xvi, 48) ; Jésus le proclame bienheureux de ce qu'il a connu cette vérité fondamentale par révélation du Père céleste ; puis le divin Maître lui fait à sontour une déclaration : « Et moi, je te dis que tu es Pierre » ; et la réalité correspondra à ce nom symbolique : «et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». « Et puisque l'édifice doit demeurer, tandis que saint Pierre était mortel, il est né- cessaire que la promesse des clefs ne lui fût pas absolument person- nelle, et qu'elle visêt en lui la série indéfectible de sessuccesseurs, qui hériteraient de lui le même don divin ». Que si telle est la véritable interprétation de ces paroles du Seigneur, sa pensée très claire était donc «qu'il y eût toujours dans l'Église un gardien des clefs, qui fù pour elle un élément de force, de stabilité, de durée ». Rien, dans cette scène solennelle, qui se prête aux interprétations minimistes de certains auteurs, comme la prétendue « primauté d'inauguralion his- torique ». Saint Pierre, confessant la divinité de Jésus Christ, a jeté les fondements de la foi ; en retour, Jésus Christ fait de lui la pierre fondamentale sur laquelle il construit son Église. (S. Aug. cité p. 30.) Après sa résurection, Notre Seigneur renouvelle, sous une autre 14 REVUE ANGLO-ROMAINE
forme, etla mission générale des Apôtres el la mission spéciale de saint Pierre, A tous il ordonne d'aller «prêcher l'Évangile à toute créæ- Lure » : à saint Pierre seul il confie, non seulement les agneaux, mais les brebis.
..
La thèse est aussi fortement établie par des considérations lirées
de la nature même des choses, puisque «la possession des clefs sym- bolise la suprématie et la primauté de rang ». La première chose à 1s un pays de mission, au dire d'un archevêque anglican, établir des centres puissants ; il fait remarquer que telle est la règle que Dieu semble s'être imposée dans toutes ses œuvres; loire nous montre que, dans les choses humaines, celle règle est tout aussi juste. Dans cette grande œuvre de Dieu, dans son royaume visible sur la terre, il doit nécessairement exister un centre puissant. El ne dites pas que c'est le Christ. Sans doute, de même que Dieu demeure le centre de toutes ses œuvres, Jésus-Christ reste le chef éternel de son Église ; mais il est invisible et il s'agit d'un centre risible pour son Église visible. Cette œuvre de Dieu, créée comme l'univers, par le Verbe, per Verbum, ferait-elle seule exception à la loi com mune? « C'estdone nous conformer à la conduite extérieure de Dieu dans toutes ses œuvres que de chercher dans l'Église visible un centre puissant. Nous comprenons aussitôt le dessein de Notre-Scigneur changeant dès le commencement le nom de Simon en un autre qui signifie force et durée, et lui confiant ensuite la garde des clefs de son royaume. »
L'histoire nous offre
à l'appui de cette conclusion des faits signi-
ficatifs. Tant qu'on reconnut ce centre visible, il fut pour l'Église une cause de force et de cohésion. Dès que les éléments du corps ccelé- Siastique cessèrent d'être sous cette influence, ils allèrent à l'aven- Lure, et ne furent bientôt plus que des êtres fragmentaires, plus ou moins héréliques et schismatiques. La conclusion de cette première partie #st formulée en ces termes par M Eve t: «A moins d'admettre que la promesse de Notre- Seigneur à saint Pierre fût dépourvue detoute signification adéquate; à moins que la dation des clefs, faite dans une circonstance très s leunelle, d'une manière très solennelle et très expresse, ne soit, autant que nous pouvons en juger, qu'un don sans but et sans utilité, don qui n'aurait eu aucun résultat proportionné ni au temps des Apôtres, ni depuis —, on est contraint d'avouer que c'est, à tout le moins, quelque chose qui correspond à une primauté visible, et que celle primauté devait être pour l'Église, dans les vues et l'intention de Notre Seigneur, une source de force et de stab
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Je serai plus bref sur la seconde partie, où l'auteur recherche « quel est le témoignage porté par l'Église, au cours de son histoire, sur l'argument en faveur de la primauté visible, et basé sur ces trois circonstances : le changement du nom de saint Pierre; la commis sion apostolique donnée à tous les douze ; la promesse faite à Pierre, et à Pierre seul, de la garde des clefs. » Pas plus que l'auteur, je n’étudierai le question de la venue de saint Pierre à Rome et de son épiscopat romain. Sans méconnaltre les difficultés historiques de la question, je pense, comme M. Everest, que la thèse théologique n'a pas à en souffrir. Est-il nécessaire, pour la transmission légitime du pouvoir des clefs, que nous fassions la preuve de l'épiscopat romain de saint Pierre à Rome ou de sa durée ? Est-il même nécessaire que saint Pierre ait été évêque de Rome? Il était Apôtre: ne sufit-il pas qu'il ait fondé l'Église ro- maine el y ait laissé, après lui, la garde des clefs? Et quand même on admettrait que saint Pierre n'est jamais venu à Rome, ne pouvait-il, loin de Rome, désigner et sacrer un évêque pour celle Église, el en faire son successeur pour le pouvoir des clefs ? Le point capital, c'est la succession dans la possession des clefs, non dans l'épis- cpat *. De quelque manière que saint Pierre y ait pourvu, la pro- messe divine recevait son accomplissement et il y avait, à Rome, un gardien des clefs. Nous savons bien peu de choses sur l'histoire des premiers papes; ce que nous savons nous les montre cependant comme se réclamant de la succession de saint Pierre, et, en cette qualité, exerçant une certaine autorité générale sur l'ensemble de l'Église. Saint Polycarpe vient à Rome s'entendre avec le pape Anicet sur la question de la Pâque. On connaît l'histoire de la discussion relative à l'observation pascale au temps du pape Viclor; on peut même taxer ce dernier d'excessive sévérité ; mais, si les évêques et saint Irénée, en parlicu- lier, le supplient de ne pas retrancher tant d'Églises de la «commune unité », ou inème semblent supposer qu'il va trop loin, aucun ne conteste son autorité et son droit de s'immiscer dans la question. Et à quel litre le faisait-il, sinon comme successeur de saint Pierre? car on ne peut supposer qu'il fit dériver ses droits de ce que sa ville épiscopale était le capitale de l'empire, de l'empire persécuteur! Saint lrénée, Tertullien, saint Cyprien, fournissent des lémoignages aussi éclatants. Étant donnée « cette primauté de rang et d'influence reconnue aux évêques de Rome, en tant que successeurs de saint Pierre, nous devons tout naturellement nous attendre à la voir, dans les limites 16 REVUE ANGLO-ROMAINE
Jivées par Notre-Seigneur* se développer et s'accroitre, suivant les exigences et les besoins de l'Église. Et c'est exactement ce que nous trouvons. » Non pas, poursuit M. Everest, «que nous ne trouvions davantage et bien davantage; ... mais, si l'on considère les éléments avec lesquels l'Église avait à compter, les tentations d'ambitions humaine auxquelles furent exposés les papes lorsque l'empire fut chrétien, c'est la merveille des merveilles que nous rencontrions des papes tels que saint Léon et saint Grégoire: hommes qui, sans être du monde, en étaient les maîtres ; vrais gardiens des clefs, prudents comme des serpents, forts et immuables comme des rochers. » L'auteur poursuit l'histoire de ce développement à travers les premiers siècles, et s'arrête longuement sur la célèbre controverse entre saint Cyprien et le pape saint Étienne, à propos de la réitération du baptème des hérétiques; il relève ce fait que saint Cyprien, malgré sa résistance, ne révoque jamais en doute l'autorité du Pape, et donne même des témoignages formels en sa faveur; il reconnait en de Cappadoce, que saint Étienne intervient dans le débat précisément parce qu'il estle successeur de saint Pierre. Je mentionne à la hâte, après l'auteur, les faits relatifs au pape Jules, au concile de Sardique et à l'appel de saint Athanase, ainsi que le témoignage de saint Jérôme. Dès le 1v° siècle, Rome est universellement regardée comme « siège apostolique » ; son autorité est admise sans contestation par l'Orient et l'Occident. C'est la réali- sation de la promesse du Seigneur; c'est aussi « ce qui nous permet de comprendre le dessein providentiel de Jésus-Christ en plaçant le gardien des clefs et le chef visible de l'Église dans la cité impériale ? ». Car, si la persécution avait été pour l'Église une force de cohésion, les circonstances où elle se trouva après la conversion de l'empire devaient plutôt tendre à la désagréger; et l'on vit bientôt combien était nécessaire un « centre puissant », un centre d'unité, pour sauvegarder l'intégrité de la foi, et empêcher que le royaume du Christ ne fût envahi par les royaumes de la terre. Le principe, une fois posé, est fécond en conséquences ; le pouvoir central se développe ; il échappe à la décadence de l'empire; il surmonte les prétentions du siège de Constantinopl reçoit un éclat nouveau de la haute valeur de papes comme saint Léon et saint Grégoire; il peut résister aux influences des pouvoirs terrestres. Notre-Scigneur pouvait seul avoir prévu, avec la conversion de l'empire, el comme une de ses conséquences, « la né d'un pouvoir puissant, destiné à guider et à contrôler l'Église et la rendre capable de traiter avec les empe- reurs chretiens ». Comme siège de ce pouvoir, aucun lieu au monde ne convenait mieux que Rome.
1 C'est l'auteur qui souligne. 3 C'est l'auteur qui souligne.
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En résumé, « l’histoire de l'Église, pendantles cinq ou six premiers siècles, s'accorde: avec l'Écriture pour nous enseigner que, lorsque Notre-Seigneur . promettait de confier à saint Pierre la garde des dlfs, il lui conférait une prérogative qui devait produire ses effets, ‘ non pas lant sur saint Pierre lui-même, qu'elle plaçait au-dessus des Apôtres ses collègues, que plus tard et à tout moment dans l'Église, à laquelle elle donnait, pour toujours, un chef ou un centre visible». N'est-ce pas enfin une nouvelle preuve historique de la même thèse que le laxisme dogmatique, le relàchement disciplinaire que l'auteur constate quelques pages plus loin? Et pour enrayer le mou- vement, suffira-t-il, sans plus, de reconnaitre, comme prouvée par l'Écriture et l'histoire, la nécessité d'un centre visible pour l'Église de Jésus-Christ?
il
Parallèlement à cette thèse sur l'existence et la nécessité du pouvoir des clefs considéré en lui-même, M. Everest poursuit l'examen théologique d’un autre aspect de la question. Ce pouvoir des clefs, cette primauté accordée par Jésus-Christ à saint Pierre, pour ses successeurs encore plus que pour lui-même, ne déroge pas aux droits de l'épiscopat, en qui revit et se perpétue le corps apostolique, L'interprétation du pouvoir des clefs, dans ce sens que le successeur de saint Pierre est l'unique source de tout épiscopat, n'est pas appuyée sur l'Écriture sainte et sur l'histoire de la primitive Église. « Autre chose, dit M. Everest, est de posséder, dans la ligne des successeurs de saint Pierre, la haute prérogalive d’être le chef visible de l'Église; autre chose de baser sur cette prérogative la prétention, pour ceux qui occupent le siège de Pierre, d'être l'unique source de l'épiscopat, en sorte que tout évêque tienne d'eux leur commission et leur juridiction. Ou, pour emprunter les paroles de M. Gore, autre chose est, pour les successeurs de saint Pierre, d'être quelque chose que ne sont pas les autres évêques, autre chose d'être pour les évêques, la source de ce qu'ils sont. » C'est un point important de désaccord entre l'Église romaine et l'Église anglicane, d'après l'arche- vèque Bramhall, de savoir « si l’évêque de Rome seul reçoit sa juri- diction immédiatement de Jésus Christ, et si tous les autres évêques l reçoivent par son intermédiaire ». La question est en effet de sou- veraine importance pour l'Église anglicane, comme pour toutes les communions séparées de Rome. Voici le résumé de l'argumentation de M. Everest. Notre Seigneur ne s'est pas contenté de donner à saint Pierre une commission spéciale, il a donné à tous ses apôtres, à saint Pierre REVUE ANOLO-ROMAINE, — T1. — 2.
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comme aux autres, une commission générale : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, ete » (Matt. xvmm, 18). Ce pou- voir est donné directement par Jésus Christ, et non par l'intermé- diaire de saint Pierre, qui ne devait que dans une autre circonstance s'entendre dire : «Tu gs Pierre, et sur celte pierre je bâtirai mon Église. » D'ou ce raisonnement de l'auteur (p. 39) : « Que si Notre Seigneur n'a confié les clefs qu'à saint Pierre et a cependant donné aux autres apôtres une commission distincte et spéciale, les droits et les libertés du corps peuvent exister en sûreté sous un chef visible, qui a la primauté de gouvernement. Ceci va directement, poursuit-ils contre l'argument romain, à savoir qu'élant donné un chef visible, l'entière sujétion du corps en découle nécessairement, » Notre-Sei- gneur, chef suprème de l'Église, ayant donné à ses apôtres une commission et une autorité indépendantes, il n'appartient pas au gardien des clefs de s'y immiscer. Le collège apostolique s'est per- pétué dans l'épiscopat. Jadis le lien de l'épiscopat, formant cercle autour de son centre, était universellement admis; il rassemblait l'Église en des conciles œcuméniques ou locaux, pour la solution des questions qui se rencontraient. Cette idée est demeurée très long- temps dass l'Église, et l'auteur rappelle, d'après l'Aistoire des Papes de Ranke, qu'au concile de Trente, « les évêques espagnols soute- naient que l'autorité épiscopale n'était pas une pure émanation de l'autorité papale, mais qu'elle tirait son origine immédiate de Dieu ». Depuis que ce lien de l'épiscopat est de moins en moins reconnu (dans les Églises dissidentes), les schismes modernes renferment tous plus où moins d'hérésie, et certaines vérités fondamentales sont abandonnées. D'autre part, il faut voir, d'après l'auteur, une punition de l'abus du pouvoir des clefs dans les schismes d'Orient et d'Occi- dent. Cette action indépendante de l'épiscopat, sans préjudice de l'auto rité centrale, nous la voyons exercée par saint Irénée et ses contem— porains dans l'affaire de la Pâque, par saint Cyprien ct ses collègues dans la question du baptême des hérétiques, et par d'autres évêques dans plusieurs autres circonstances. C'est saint Léon qui semble avoir donné le premier, à l'idée du pouvoir central, une expression qui lésait les droits de l'épiscopat, quand il disait, par exemple, que Notre- Seigneur avait voulu que « de Pierre, comme d'un chef, les dons divins fussent répandus par tout le corps ». Et cette idée successive- ment répétée eladmise par les papes, par les évêques, a donné lieu à la croyance romaine, à l'abus romain, en contradiction avec l'Écriture et l'histoire de l'Église dans l'antiquité, que le successeur de saint Pierre est lu seule source de Lout épiscopat. Aussi bien, pour remédier aux dangers qui menacent l'Église d'Angleterre, lant sous le rapport des croyances que de la discipline,
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M. Everest conseille de revenir à ce que Notre-Seigneur a fondé lui: même dansl'Évangile: un chef visible, néces àl'Église; un épis- copat qui, « non pas tant subordonné au chef visible qu'en union avec lui, gouverne, traile les affaires ct préserve l'unité du royaume de Jésus Christ ». Et plus loin: « Telle est, croyons-nous, la seule base sur laquelle il semble possible de reconstituer la chrétienté divisée. On a essayé de l'épiscopat aulieu de Pierre, et non en union avec lui, el la tentative a ouvertement échoué. » On ne peut se con- tenter de je ne sais quel épiscopat Aistorique; il faut l'épiscopat di nement constitué. Et telle est la is media proposée par l'auteur et déclarée par lui satisfaisante. Peut-être trouvera-t-on, non sans raison, que ces conclusions sont bien vagues, qu'elles courent le ris e aussi inefficaces qu'elles : sont vagues, enfin, qu'elles ne réalisent qu'une partie de ce programme que l'auteur lui-même a tiré de l'Évangile. Car enfin, s'il est certain que Notre-Seigneur a fondé l'épiscopat, s'il a donné un centre visible à cet épiscopal et à toute son Église en la personne de Pierre et de ses successeurs, il n'a pas entendu, sans doute, les séparer et les iso- ler l'un de l'autre. L'épiscopat, plutôt uni, je veux bien l'admettre un instant, que subordonné au pouvoir central, doit continuer ce qu'était le collège apostolique à l'égard de saint Pierre; quelle trace d'union avec la papauté dans la via media de M. Everest? Toutefois, mes observations porteront plutôt sur la thèse même de l'auteur et sur l'idée, à mon avis inexacle, qu'il se fait de la doctrine romaine par rapport à l'épiscopat et à ses relations avec l'autorité pontificale. Car, quoi qu'il en dise, le catholique romain n'est aucune- ment tenu de croire que le pape doive être ni même soit l'unique’ source de l'épiscupat et de la juridiction épiscopale; que si, de fait, la plupart des évèques catholiques reçoivent de lui sans intermédiaire, leur juridiction, cela ne constitue aucunement un point de dogme, mais seulement une pratique disciplinaire, introduite par les causes mêmes qui ont amené une centralisation plus complète autour du siège apostolique; enfin, ce qui est essentiel pour constituer, je ne dis pas absolument l'épiscopat, mais sa légitimité, ce qui fait vrai- ment des évêques les successeurs léyilimes des Apôtres, c'est l'union à l'Église et à son chef, c'est la communion avec le Saint-Siège. Lorsque Notre-Seigneur est monté au ciel, quelle autorité cons- tituée laissail-il à son Église? Il laissait le collège apostolique, dont saint Pierre faisait partie et dont il était le chef. Notre-Seigneur n'avait pas fait de son Église une monarchie absolue : d'autres que le chef avaient reçu de lui leurs pouvoirs ; il n'en avait pas fait non plus une pure vligarehie, dont les membres égaux auraient gouverné eu commun, dans une égalité parfaite. IL en à fait un mélange de l'une el de l'autre: les apôtres et leurs successeurs ont en leur 20 REVUE ANGLO-ROMAINE
propre nom la charge des Églises, ils ont le pouvoir personnel delier et de délier, de régir et de gouverner; ils prennent part aux défini tions conciliaires, ils sont les juges, les pasteurs, les pères de leur troupeau; leur autorité n'est pas une pure délégation de celle de saint Pierre et de ses successeurs. Mais, d'autre part, le collège apos- tolique, etl'épiscopat qui lui a succédé, a un chef divinement désigné, ainsi que M. Everest l'a si bien démontré.Ce chef visible du collège apostolique et de l'Église naissante, saint Pierre, aura lui-même des successeurs, auxquels il transmettra son pouvoir central, sa pri mauté, la garde des clefs qui lui est confiée; ils auront par consé- quent sur l'épiscopat et sur l’Église entière la même autorité que Saint Pierre avait reçue de Notre Seigneur sur le collège apostolique et sur l'Église naissante. C'est dans ce sens, et dans ce sens seule- rent, que l'organisation de l'Église est monarchique. Mais qui dit autorité centrale et primauté, dit évidemment que rien n’est soustrait à cette primauté, qu'elle doitexercer, ou du moins pouvoir exercer son influence jusqu'aux extrêmes limites de sa sphère : en d’autres termes, que le pouvoir des clefs s'étend à toute l’Église, à tout l'épiscopat. Et si ce pouvoir est réel, s'il est destiné à donner à l'Église entière la force, la stabilité nécessaires, comme le prouve si bien M. Everest; si ce n’est pas une primauté d'honneur, ni d'inauguration historique, il faut donc que ce soit une autorité efficace, en d'autres termes, une juridiction universelle sur l'Église, coexistant avec celle des évêques, sans cependant se confondre avec elle. Tel est le sens de la définition du concile du Vatican. D'où l'on peut aussitôt inférer que les membres de l'épis- copat qui ne reconnaissent pas le chef visible de l'Église, — j'entends qui ne reconnaissent pas sa juridiction sur l'Église et sur eux- mêmes, — ne sont pas à l'égard du successeur de Pierre, dans la situation où les apôtres se trouvaient, de par la volonté de Jésus Christ, à l'égard de saint Pierre Ils rompent cette unité, tant recommandée par le divin Maitre; ils s'excluent eux-mêmes du ber- cail, où ils ne veulent plus se soumettre à la houlette du seul pasteur. Voilà comment doit se poser la question; l'élément essentiel qui fait la légitimité de l'épiscopat, ce n’est pas la source immédiate de la juridiction, c'est la communion avec l'Église et le Siège Apostolique. Si j'avais à formuler sur ce point la doctrine catholique, je ne dirais pas que loute juridiction épiscopale doit dériver dupape, je dirais que le pape est le centre nécessaire de tout épiscopat légitime. Après cela, que la juridiction épiscopale proprement dite soit con- férée aux évêques par le pape ou par les représentants plus ou moins nombreux du corps épiscopal, successeur du collège apostolique; que la désignation des candidats soit faite par un corps électoral composé différemment au cours des siècles ou par la présentation des chefs
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d'État; que la confirmation en soit dévolue au métropolitain où réservée au pape, ce sont là des variations purement disciplinaires. Que l'évêque élu, nommé par le pape en consistoire ou investi par bref, reçoive sa juridiction directement de Dieu ou par l'intermédiaire du pape, c'est là une question librement débattue entre théologiens. Rappelons-nous comment se passaient jadis les choses, lorsqu'on voulait pourvoir à un vide dans l'épiscopat. Prenons, par exemple, la discipline du v siècle. Le pape avait dans sa mouvance immédiate les évèchés de l'Italie centrale et méridionale. Après la mort d'un évèque, le clergé et le peuple procédaient à l'élection de son succes- sur; l'élu, accompagné d’une députation des électeurs, se rendait à Rome; on remettait au pape le procès-verbal de l'élection; après une sorte d'examen et différentes formalités, la consécration, par le pape seul, se faisait le dimanche suivant; et tout était fini. L'épiscopat de «ss régions n'était pas organisé par provinces ecclésiastiques. Il en étit de même à Alexandrie, où l'évêque sacrait lui-même tous les évèques de l'Égypte, sans distinction de provinces. (Cf. can. 6 de Nicée.) Dans les autres pays, où était en vigueur le système métropolitain, le corps épiscopal, successeur du collège apostolique, était représenté par un certain nombre d'évêques de la province, à la tête desquels était régulièrement le métropolitain; ils devaient être au moins trois, dans certains pays davantage. Ils présidaient, contrôlaient et approu- aient l'élection faite par le clergé et le peuple, et presque aussitôt ils stcraient et intronisaient l'élu. (Cf. Duchesne, Origines du culle chrétien, p. 2 et suivantes.) À cette époque, si l'on ne peut dire que la juridic- ‘ion était conférée par le sacre, on doit reconnaître qu'elle l'était en méme temps. 11 semble bien qu'il en fût ainsi même pour le pape; nous voyons en effet, le pape Jean IV, élu, mais non sacré, signer une lettre aux évêques d'Écosse comme ne possédant encore que le pou- voir intérimaire !.
Bientôt, entre l'élection et le sacre, se place une autre formalité, la confirmation de l'élection. 11 ne s'agit pas encore de juridiction. Les papes ne recevaient la consécration pontificale qu'après en avoir reçu l'autorisation des empereurs de Constantinople ou, au nom de ces derniers, des exarques de Ravenne; les élections épiscopales étaient cnfrmées par le métropolitain, par un autre prélat supérieur, parle pape lui-même. On peut voir, dansle beau livre de M. Imbart de La Tour sur les Élections épiscopales dans l'Église de France, commentse sont multiplié ces recours au Saint Siège pour la confirmation des élec- ions d'évèques ; on y verra en particulier, que l'initiative dece mou-
! Jarri, 4e éd, n. 1582: « Hilarius archipresbyter, et servans locum sanctæ wdis apostolicæ, Joannes diaconus et in Dei nomine electus, item Joannes pri- micerius et serrans locum sanctæ sedis apostolicæ, et Joannes servus Dei, consi- Hiias ejusdem sedis apostolicæe.»
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22 REVUE ANGLO-ROMAINE vement n'est point due aux papes eux-mêmes, mais que l'on cher- chait, dans ce recours à une autorité lointaine et haut placée, une ga- rantie contre des élections mauvaises où douteuses, contre les mal- heurset les schismes qu'elles pouvaient entrainer, Celte formalité devait nécessairement amener la dislinetion entre la juridiction et la consécration, eLfaire ensuite donner l'une el l'autre par desactes dis- tincts. Cette pratique, rendue pre-que par les longues querelles des investilures, fut cemnplét sréser s pontifi portées par les papes d'Avignon ; plus tard, lesélections elles-mêmes sefirent de plus en plus rares, etdepuis déjà plusieurs siècles, qu'il o proposés s'agisse de candidats élus, les évêques d'une région, ou nommés par les pouvoirs ci la collation fait par la préconisation en consisloire où par bref. Toutefois ceci n’est pas une règle absolue el aujourd'hui encore, certaines élections et sacres des évêques de rites orientaux se font sans l'intervention directe de Rome #. Quoi qu'il en soit, ilest bien évident que ces mo- difications appartiennent à l'ordre disciplinaire; uile, on ne peut attribuer à l'Église romaine celte prétention que toute juridic- tion épiscopale ait pour source wrigue la papauté. Et quand même tous les évêques seraient à notre époque directement investis de la juridiction par le pape, on ne saurait en conclure qu'une chose : par suite du mouvement de centralisation qui n'a cessé de se produire dans l'Église, c'estle chef de l'épiscopat qui remplit seul aujourd'hui le rôle dévolu jadis à des représentants, plus où moins nombreux, du corps épiscopal. C'est une modification qui a pu se f. changer à la nature, à l'origine divine, aux droits légitim piscopat. Encore ne s'agit-il que des pouvo les pouvoirs d'ordre sont eonlérés comme auparavant, parla consé- cralion épiscopale, laquelle se l'ait régulièrement, ilest vrai,en vertu d’un mendatum apostolieum. Allons plus loin : même dans l'état de choses actuel, on peut libre- ment discuter entre catholiques si la juridiction est conférée aux évèques par le pape ou par Dieu, sur la désignation du pape. Il ne s'agit pas de savoir si le pouvoir épiscopal est une dé émanation du pouvoir pontifical; les évêques, je l'ai déjà fait remar- quer, sont, en leur propre nom, les pasteurs de leurs diocèses; le droil ecclésiastique les appelle pour cela ordinaires. IL n'est pas davantage question de savoir si un acte de T ilé compéte épiscopat ou pouvoir central, est nécessaire pour la coll juridiction; ceci est universellement admis. Mais la juridiction € copale est-elle conférée par cet acle de l'autorité à qui J
la constitution Reversurus, du 12 juillet 1867 titution Cum Ecclesiastieæ du 31 août 1869.
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en a donné le pouvoir, ou bien est-elle donnée directement par Dieu, à l'occasion et à la suite de celte désignation? Les opinions sont entiè- rement libres. Pour ne citer qu'un auteur, Benoît XIV dit à ce sujet (De Synoo, 4.À, cap. 1, n. 2) : « Quæstio est inter Tridentinos Patres summa contentione jamdiu exagilata, nec definita, de qua Cardinalis Pallavicinius in Aisloriu Concilis Trüdentini, Ub. XVII, c. xtv et lib. XXI, ext et xit, an Episcopiillam jurisdictionem) accipiant immediate à Christo, aut potius a summo Pontifice. Licet autem eorum opinio qui etiam hane potestatem immediate Christo oriri propugnant, validis fulciatur argumentis, nihilominus tamen et rationi et aucloritati con- formior videtur sententia opposita. Ratio siquidem monarchici regi- minis, quod Christus in sua Ecelesia constituit, videlur exposcere, ut totius Ecclesiæ jurisdictionis fons elorigo resideatin cjusdem Eccle- siæ visibili capite qui est romanus Pontifex, atque ab co profluat in cetera membra. » D'ailleurs la controverse demeure exactement la même, que la juridiction soit donnée directement par le Pape, ou par l'intermédiaire des patriarches, ou, comme autrefois, par l'organe d'une représentation plus où moins nombreuse de l M. Everest emploie à plusieurs reprises, l'expre indépendant. Le mot es équivoque, et je ne me suis pas bien rendu compte de l'acception qu'il a sous la plume de l'auteur. Veut-il dire seulement que l'épiscopat n'est pas une institution eecl créée par saint Pierre ou par ses successeurs, mais établie par Notre Seigneur lui-même ? Jusque-là tout catholique partagera son opinion. Entend-il que l'épiscopat n'est pas une délégation, une émanation pure et simple de la papauté et du pouvoir poutifical? Ici encore son langage est conforme à l'enseignement romain. Mais veut-il dire que l'épiscopat a été institué parNotre-Seigneur el peut exister légitime= ment sans dépendance à l'égard du successeur de saint Pierre, dont la qualité et les pouvoirs de chef visible de l'Église seraient ainsi réduits à un vain nom, à un inauis honoris litulus, à une primauté d'honneur? Alors il aurait contre lui, non seulement l'Écriture et la tradition ecclésiastique, mais encvre, je ne crains pas de le dire, sa propre argumentaliun. Le but que s'est proposé Notre-Seigneur, la force, l'unité, la stabilité dont l'institution du pouvoir central doit être la cause pour l'Église entière, supposent nécessairement chez les a gardiens des clefs » un pouvoir réel, une vraie juridiction. Que M. Everest poursuivre ses réflexions, il verra se vérifier jusqu'au bout la parole qu'il a écrite lui-même (p. 82) : « Nous sommes con- traints d'aller plus loin. Il n'est pas possible de s'arrèler jusqu'à ce qu'on arrive au Tu es Petrus, et tibi dabo claves. »
A. Bou: NON.
CHRONIQUE
Le sceau du monastère de Cantorbéry, reproduit sur la couverture de la Revue et que nous devons à la générosité de notre savant ami M. Georges Rohault de Fleury, représente un édifice gothique qui n'est autre que la célèbre abbaye. Ce sceau est attaché à une Charte de 135, et le British Museum en conserve une empreinte sous le n° 2.846. Le sujet central, dans une niche carrée avec quatre trèfles, repré- sente le baptême du roi Ethelbert par saint Augustin. — Au-dessus, dans une double niche, sous une riche arcature, sain Pierreassis sur un trône avec les clés el saint Paul avec l'épée. — De chaque coté, sous de petites ogives : à gauche, deux moines; à droite, un roi et un moine; au-dessus un ange descendu du ciel. _ ÿ lit l'inscription suivante % Sigil. monasterit boat. aplor. Petri et Pauli Srig. Augustin anglor. apli Cantüar. Sur le contre-sceau, saint Augustin assis sur un trône, sous une niche enrichie de feuillages gothiques, portant la mitre et le pallium, bénissant et tenant la croix; sur le champ Auyln, sur sa poitrinie-il porte un reliquaire; de chaque côté sont des évêques. On y lit cette légende : . Anglia g. Dominofui sociatur mers Hoc Auguslino debetur patris honore.
La réponse du Patriarche grec de Constantinople à 1a lettre de Léon XIII est, comme on pouvait le craindre, hostile à l'idée de réunion. Le Patriarche Anthimos reprend les principaux arguments de la thèse orthodoxe, subordonnant les questions de doctrine à de simples questions de ritüel et de discipline. ‘Enfin il déclare se considérer comme le seul chef légitime des Églises d'Orient, alors que, sans compter les communions chaque jour. plus nombreuses ‘qui recon- naissent la suprématie papale, la plupart des Églises schismatiques d'Orient ont adopté le litre significatif d'Églises autocéphales. : A Rome, par contre, les meilleures nouvelles ne cessent d'arrive et l'on conçoit de grandes espérances. La récente constitution apôs tolique sur l'Église copte servira puissamment à hâter le mouvement de retour.
Le Consistoire. — Dans le Consistoire secret du 29 novembre, S.S. le Pape Léon XII acréé cardinaux : Adolphe-Louis-Albert Perrau, évèque d'Autun, créé cardinal de la sainte Église romaine et réservé in petto l'an 1893, le 46 janvier, en
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CHRONIQUE 25 Consistoire; Sylvestre Sembratowiez, archevèque de Lemberg pour les Ruthènes;- François Satolli, archevéque titulaire de Lépante, délégüé apostolique aux États-Unis d'Amérique; Jean Häller, archevêque de Sahbourg; Antoine Marie Cascajares y Azara, archevêque de Vallado- lid; Jérôme-Maria Gotls, archevéqué titulaire de Petra, ancien inter- nonce apostolique au Brésil; Jean-Pierre ‘Boyer. archevêque de Bourges; Achils Manara, évêque d'Ancône et Umana; Salvalor Cassa- sa y Pagès, évêque d'Urgel. :
Les nouveaux cardinaux français. — Mor Perraud est né à
. Lyon le T février 4828. Il entra à l'école normale, dans la section des lettres, en 846. 11 y rencontra Weiss, Edmond About, Sarcey, Taine, etc... Agrégé et professeur d'histoire en 1850, il ne tarda pas à quitter TUniversité pour se faire prêtre. Il entra dans la congrégation de l'Oratoire. Docteur en théologie en 4865, il fut nommé professeur d'histoire ecclésiastique à la Sorbonne. Appelé à l'évêché d'Autun en janvier 4814, il fut préconisé le 4 mai et sacré à Paris le 29 juin. En 1882, il remplaça à l'Académie française Auguste Barbier, l'auteur des Jambes. Il est supérieur général de l'Oratoire. Mgr Perraud a publié des Études sur l'Irlande contemporaine, un ouvrage sur l'Oraboire de Francs aux xvn et xixt siècles, et de nom- breux discours, panégyriques, oraisons funèbres et études diverses, Mgr Boyer est né le 1 juillet 4827 à Paray-le-Monial. Ses études, commencées au petit sé: e de Semur, furent brillamment pour- suivies au grand séminaire d'Autun. Æ£n 4856, accompagnant ses parents qui retournaient dans le Midi, il fut incorporé au clergé provençal. Appelé comme secrétaire parti- “culier, près de Mgr Chalandon, archevêque d'Aix, M. l'abbé Boyer acquit de bonne heure la connaissance de l'administration diocé- saine. Successivement professeur au Grand Séminaire, doyen de la faculté de théologie d'Aix, Mgr Boyer fut nommé, en 1818, coadjuteur de Mgr Féron et préconisé évêque titulaire d' "Évarie. ‘L'année suivante, Mgr Boyer succédait à Mgr Féron sur le siège de Clermont, qu'il ne quilta qu'en 1893, sur les instances du Pape, pour aller diriger l'archidiocèse de Bourges. Le nouveau cardinal est l'auteur de plusieurs ouvrages de théo- dogie fort estimés.
La question des écoles en. Angleterre. — Le premier bill
imporlant sur la question scolaire date en Angleterre de 4870. Le soin de l'instruction primaire ayant été laissé jusque-là à l'initiative -privée,: chaque paroisse possédait d'ordinaire son école, mais appar- tenant à l'Église d'Angleterre; aubsi l'enseignement religieux quiy “était donné ne pouvait-il convenir ni aux, catholiques romains, ni aux dissidents dont le nombre s'accroissait tous les jours. Ceux-ci d'ailleurs n'avaient pes toujours les ressources suffisantes pour.la ‘fondation d'une école de leur propre confession; d'où il en résultait, .dans beaucoup de districts, une augmentation inquiétante du nombre es illettrés. , 26 REVUE ANGLO-ROMAINE Cet état de chose émut le Parlement, et en 1870 fut votée l'institu- tion de conseils (Zourd schouls), chargés d'établir des écoles officielles partout où la créalion en serait jugée nécessaire. De plus, l'État pro- clamait pour la première fois le triple principe de l'obligation, de la gratuité el de la laïcité de l'enseignement primaire. Mais, chez un peuple profondément religieux comme le peuple anglais, la laïcité absolue de l'instruction primaire devait bientôt être considérée comme impossible. Cest ce qui arriva; et dès 187, on décréla un compromis, d'après lequel l'instruction religieuse dans les écoles publiques — lout en gardant un caractère strictement non confessionnel — devait comprendre cependant l'enseignement des trois dogmes fondamentaux : existence de Dieu, divinité du Christ, et immortalité de l'âme, — avec lecture de la Bible, sans commen- taires. Cependant on conçoit que ce christianisme rudimentaire ne pouvait salisfaire ni les anglicans, ni les catholiques romains, ni même certains dissidents tels que les wesleyens, dont les différences de doctrine d'avec l'anglicanisme sont les moins considérables. Aussi, àcôté des écolesoficielles ou bord schools, subsistait-il des écoles libres où volunlary schools, dans lesquelles la majorité des enfants continuait à venir chercher un enseignement plus conforme aux croyances re gieuses de leurs parents. À Mais, landis que les écoles libres, réduites pour la plupart à vivre d'aumônes et de souscriptions volontaires, parvenaient difficilement à assurer la gratuité de l'instruction donnée à leurs élèves, les écoles officielles, par contre, ayant, au moyen des conseils scolaires, le pouvoir de lever des taxes presque sans contrôle, se livraient à Loutes sortes de dépenses extravagantes, dans le seul but de faire concur- rence aux écoles libres. Et de fait plusieursde celles-ci furent obligées d'abandonner la lutte et de fermer leurs portes. C'est alors que prit naissance, dans toute l'Angleterre, un grand mouvement d'opinion en faveur des écoles libres, mouvement qui, sans oublier les autres causes, n'aura pas été étranger au triomphe du parti conservateur, aux dernières élections. La majorité du nou- veau parlement est inconteslablement favorable aux écoles libres; reste à savoir dans quelle mesure celles-ci verront leurs espérances réalisé Dernièrement deux mémoires ont été présentés à lord Salisbury, sur la question : le premier signé par le cardinal Vaughan et le duc de Norfolk au nom de ‘tous les évêques catholiques d'Angleterre et de Galles; le second signé parles archevêques d'York et de Cantor- béry, au nom de l'épiscopat anglican et de l'Église d'Angleterre dans son ensemblé, Nous publions plus loin le premier de ces deux docu- ments; nous publierons le second dans notre prochain numéro. ILestà remarquer que, dans l'Église d'Angleterre, tout le monde n'est pas d'accord sur la conduite à tenir. Quelques-uns sont même ouvertement hostiles aux écoles libres que d'Hereford, nolam- ment, qui en politique, appartient au parti radical, à adressé au Times une lettre pour protester contre le projet de loi des archevêques, déclarant que : « donner la liberté aux romanistes et aux anglicans
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du parti ext-ème, ce serait aussi raisonnable que de faire cadeau d'un fusil aux Ku. des d'Arménie, dans le pieux espoir qu'ils ne s'en sersiront pas. » Je m'empresse d'ajouter que ces divisions sont forlsrares et que Sa Seigneurie est le seul des évêques anglicans qui ait ainsi protesté publiquement contre le bill des archevèques. C'était au contraire un imposant spectacle que celle députation de ces deux archevèques et de ces trente évèques de l'Église d'Anglelerre venant dernièrement trouver lord Salisbury et le due de Devonshire pour demander l'appui du gouvernement en faveur de leurs écoles. Ledue de De vonshire, en sa qualilé de président du conseil privé dont dépend le département de l'instruction publique, a répondu le premier aux de- mandes formulées par l'archevéque de Cantorbéry au nom de la dé- n. Sa réponse sèche et hautaine r'élait pas encourageante, et prononcé officiellement, le due. qui, par tempérament et ion, est demerré vieux arhig, à laissé voir qu'il n'était pas favorable aux écoles libres. lleuren emert, le marquis de Salisbury élait la. et avec sa bonhomie et sa finesse habituelles, est venu rac- commoder les choses. Il ne s'est pas prononcé catégoriquement, mais il a promis « de faire out ce qui était possible et de le faire le plus tôt possibie ». IL & affirmé que les revendications du clergé an- lican seraient prises en considération ainsi que celles des eatho- liques romains, bien qu'ils ne fussent pas représentés dars la dépu- Ulion. Ajoutons que cette dernière déclaration a soulevé de nom breux applaudissements ct marques d'approbation. H convient de faire remarquer d'ailleurs que plusieurs membres du clergé et des laïques anglicans appartenant à la haute Église auraient préféré que le bill des archevèques se plaçât davantage et plus ouvertement qu'il ne le fait sur le terrain de la liberté et de la justice pour ‘ous. Îls eus- sentaimé qu'on adoptàt d'une manière unanime le projet de loi des évêques catholiques qui pose la question dé principe z.vant d'entrer dans les détails. Parmi ceux qui dans l'Église d'Angleterre, profes- sentcette opinion, citons l'évêque de Chester et Lord Halifax. Qu'adviendra-t-il de ces divers projets? Le ministère serait exelu- sement composé de conservateurs qu'il n'y aurait aucun doute quant à leur réalisation ; mais il ne faul pas oublier que, dans la pré- sente administration unioniste, les purs #ries tels que lord Salisbury où M. Balfour sont obligés de leuir compte de l'opinion d'anciens ra- diaux comme M. Chamberlain, et qui plus est, de vieur wighs tels que le duc de Devonshire, demeuré le docirinaire intransigeant d'autrefois Cependant la question scolaire ayant joué un si grand rôle aux dernières élections, peut-être le due lui-même comprendra-t-il qu'il serait dangereux d'aller à l'encontre des vœux des électeurs. Nous le verrons bientôt et aurons l'occasion d'en reparler lors de la discussion du bill du Parlement. — Viviax.
Le cardinal Vaughan et la question scolaire. — Au moment où nouë metlons sous presse, le texte nous parvient d'une 2 REVUE ANGLO-ROMAINE
importante déclaration faite par le cardinal Vaughan sur la question scolaire, au sujet du mémoire des archevêques anglicans. Le car- dinal fait remarquer que les catholiques ne peuvent, sur {ous les points de ce difficile problème, faire cause commune avec les angli- cans, principalement en ce qui concerne notamment cette partie de la déclaration faite par les archevêques d'York et de Cantorbé savoir : « que l'Église d'Angleterre ne désirait pas se soustraire aux charges qu'elle a supportées dans le passé et aux sacrifices qu'elle a faits, car elle.est prête à continuer de les supporter. Les catholiques, ajoute le cardinal, ne possèdent pas de biens considérables comme l'Église d'Angleterre, et ne peuvent dès lors faire de semblables promesses. Dans leur pauvreté, ils doivent réclamer, pour eux comme pour tous, la justice et le droit commun, c'est-à-dire leur part légitime dans les subsides accordés aux écoles sur les fonds publics. Dans une réunion qui a eu lieu ces jours derniers sous les auspices de la Catholie social union, un catholique de marque, lord Russell of Killowen, le Lord chief justice d'Angleterre, a parlé dans le même sens. Les catholiques vont entreprendre une campagne aclive dans tout le royaume, jusqu'à ce que le gouvernement leur ait rendu justice sur ce point.
Le Lord recteur de l’Université de Saint-André. — C'est un catholique romain, le marquis de Bute, qui vient d'être élu recteur de la grande université écossaise de Saint-André. Sa conver- sion au catholicisme et son mariage avec l'honorable Gwendolen Mary-Anne Howard, de la famille du due de Norfolk, firent jadis sensation et servirent de thème à l'un des plus célèbres romans de Disraëli : Lothair. Beaucoup se souviennent de cet ouvrage. Lothair est un jeune pair d'Angleterre qui hésite entre le catholi- cisme, l'anglicanisme et la libre-pensée, représentés respectivement par trois femmes, miss Arundel, lady Corisandre et Théodora. Cette dernière meurt; miss Arundel entre au couvent; quant à lady Cori- sandre, l'auteur lui fait épouser Lothair, qui finalement reste anglican. Telle est la conclusion du roman, mais l'événement donna tort à la fiction, et deux ans plus tard Disraëli assistait en personne, à l'ora- Loire de Brompton, au mariage du vrai Lothair, devenu catholique avec la vraie miss Arundel.
” Alexandre III. — Nous publions plus loin un discours pro- noncé par M. Pobédonostzef, au mois d'avril dernier, en l'honneur d'Alexandre III. Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de mettre sous leurs yeux cet important document; l'âme russe s'y peint magistralement et avec une franchise qui mérite la plus sérieuse attention de l'Occident; on y peut aussi reconnaitre quel- ques-unes des raisons générales et profondes qui expliquent l'évolu- tion de la politique russe en ce dernier quart de siècle.
Nous devons la traduction de ce discours à notre excellent ami, M. W. J. Birkbeck.
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LE CANONISTE CONTEMPORAIN : Les ordinalions anglicanes,
PAR M. L'ABBÉ BOUDINHON.
M. l'abbé Boudinhon, notre éminent collaborateur, a publié dans le Canomists contemporain une nouvelle étude sur les ordinations angli= as !. Ce travail comptera parmi les meilleurs, et nous le recomman- dons instamment à tous ceux que préoeupe cette importante ques üon. En attendant que nous puissions en parler plus au lông, voici une œourle analyse et quelques extraits. Tout d'abord M. l'abbé Bondinhon rend un juste hommage à MY. Denny et Lacey, les savants auteurs de Hierachia anglicana*. «Une discussion loyale dit-il implique nécessairement le droit, pour chacune des deux parties, de faire entendre librementsa voix et de déve lopper ses arguments. Aussi, loin de blâmer les catholiques qui croi- raïent devoir se prononcer en faveur des ordres anglicans, faut-il, les: féliciter sincérement. À plus forte raison, ne saurait-on faire un re- proche aux anglicans d'intervenir dans le débat et de faire valoir les nisons hisloriques eL théologiques fevorables à jeurs ordres. C'est ee que viennent de faire les deux auteurs d'un livre remarquable : « De hierarchia anglicana, disserlatio apologetica ». MM. Ed. Denny etT. À. Lacey appartiennent tous deuxà l'Église établie, et font partie del'English Church Union, dont le nom même indique la noble fin que poursuivent ses membres, Le livre estun modèle de discussion œurtoise et approfondie, qui impose à l'adversaire le même sérieux dans les recherches et les preuves, les mêmes sentiments de modi ration et de loyauté. Sous ce dernier rapportj'espère n'avoir pes failli, du moins sciemment, et ce m'est un plaisir, autant qu'un devoir, de rendre pleine justice à la parfaite correction de la polémique de la « disserlatio apologetica ».
Puis l'auteur examine : 4° le fait historique de la consécration de Barlow et Parker, 2 le rite, 3° l'intention, 4° les décisions et la pra- tique de l'Église. 4° Le fait historique est admis comme cer 2 Pour se rendre compte si le rite anglican est suffisant, l'auteur, après s'être rangé à l'opinion d’aprèslaquelle l'oraisonet l'imposition des mains constituent la matière et la forme du sacrement de l'Ordre,a examiné si l'oraison de l'Ordinal doit ètre regardée comme suffisante. Dans ce but il compare les oraisons des différents rites admis par l'Église, puis il en déduit l'élément commun qui est considéré comme nécessaireet chercheenfin dansl'Ordinal cetélémentcommun.
! Oudin, rue de Mézières, 10, Paris. p}, ss diférents articles vont étro réunis en une brochure éditée par Lethielleux, ris. æ REVUE ANGLO-ROMAINE
Par cette méthode l'abbé Boudinhon arrive aux conclusions suivantes : « 4° il existe dans l'Ordinal, pour chacun des rois ordres-sacrements, une pri aux conditions requises, mais qui est trop éloignée de l'imposition des mains pour avoir avee celle-ciune union e;—® pour le diaconat, l'absence lotalede canon consécra- toire ne permet pas de conclure autrement qu'à la nullité; — 3° la prière « AlmightyGod », pourle presbytérat, ne contenant pas claire- ment la demande de la grâce divine pour les futurs prêtreset pour les fonctions deleur ordre, ne semble pas saisfaire aux conditions imposées, et par suile, le presbytéral ainsi conféré est douteux, sinon invalide: — 3° enfin la prière « Alwighty God », pour l'épis- copat, semble bien renfermer tous les éléments requis, et par suite l'épiscopat ainsi conféré, à ne considérer que le rite, peut bien être regardé comme valide. «Telles sont les réflexions qui m'ont amené à modifier partiellement mes conclusions d'il ÿ a un an; il m'a semblé que je devais en faire rt aux lecteurs du Cunoniste, non seulement parce que la question les ordinations anglicanes est toujours discutée, mais surtout parce elles peuvent jeter plus de lumière sur la théologie du sacrement le l'Ordre. Je n'ai pas modifié mon point de départ et ne rétrat ce que j'avais eru poux ncer sur L'illégitimité etl'invalidité des formules d'ordination dépourvues de l'autorité de l'Église: mais 1, je l'avoue, trop rapidement à l'insuflisance des for- mules anglicanes, ayant nn peu trop vile admis une différence subs- resel celles des formes catholiques. En réalité, le vague et la variété de celles-ci réduisent à peu de chose leurs léments communs, et dès lors, il est beaucoup plus facile que le rite anglican ait conservé ce que le rites catholiques ont d'essentiel, et, avec ces éléments essentiels, l'efficacité qu'ils possèdent dans l1 Église catholique. » 3 L'intention. < Quelle est la valeur d'un Ordinal rédigé, il faut bien le reconnaître par des hérétiques et sous l'inflner «ds frévecupations héréliques Felalivement au sarrince de In messe et au pouvoir de consacrer Ÿ Nous dev bord distinguer dans le rite des ordinations les parties essentielles, à savoir l'imposition des mains et l'oraison con- sécratoire, el les parties a estä-dire tout le reste. L'hé- résie exprimée dans les ssoires ne ettre la validité du rite, pu nent parce qu'il accessoires. Si, par exemple, les ans S'étai rer, dans le Poutifical romain, le si la supré- royale,les ordinations n'en seraient pas moins valides; et, de fait, personne, que je sache, n'a prélendu trouver dans cette for- mule de serment, tout hérétique qu'elle soit, une cause de nullité des ordres anglicans. Pour c ie devrait donc se manifester dans les formes essentiel ne alurs, l'hérésie peut exister de deux manières: l'1 lement exprimée et l'hérésie que j'appellerai par prétérition. Dans le premi ire si l'hé- résie était formellement exprimée, je n'hés s pas à regar entachées de nullité les prières où elle se rencontrerait : ce une différence essentielle d'av formes catholiques. Pour l'hérésie par préterm la ques! s délie ï auteurs de l'Ordinal, par suitede leurs préoccupations b avaient omis de mentionner une idée, une dogm
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la présence serait nécessaire dans les formes catholiques, il faudrait encore adopter la même conclusion, et pour le même motif. Mais, si omission porte sur des idées que Le rile catholique ne doit pas né- cessairement exprimer, ne pourra-t-on pas soutenir que l'hérésie est ici purement concomitante, el par suile sans effet sur l'efficacité es- sentielle de la formule de prière anglicane ? Ur, si les prières angli- eanes « Almighly God » sont hérétiques, elles le sont uniquement, il suffit de les lire pour s'en convainere, par prélérilion; encore est-ce là une sorte d'hérésie assez singulière. Les anteurs de l'Ordinal en ont évarlé soigneusement, dit-on, tout ce qui pouvait impliquer le caractère d'un sacrifice eucharistique el d'un sacerdoce sacrifiant. MM. Denay et Lacey ne l'admettent pas sans réserve, admettons-le pourtant. Ni l'une ni l'autre de ces idées ne se retrouve dans les an- ciennes formules romaines de consécralion des évêques ou d'ordina- on des prêtres; ni l'une ni l'autre ne doit nécessairement être exprimée par les prières catholiques. Une omission de celte nature modifie-t-elle la valeur d'une prière, en restreint-elle la portée et l'efficacité ? 11 est permis de le nier. Le sens et l'intention externe demeurent les mêmes, et de plus, comment une omission, même coupable, d'éléments non essentiels, pourrait-elle être nuisible ? Une omission est -chose négative; si ce qui est omis n'est pas requis, pourquoi ce qui reste deviendrait-il inefficace? « En résumé, les arguments tirés du défaut de l'intention de Barlow et des évêques anglicans contre la validité des vrdinations anglicanes ne sont valables que dans la mesure exacte où elles impliquent l'ob- jeclion principale, l'insuflisance du rite. »
En ce qui concerne les actes du Saint-Siège et la pratique de Eglise, l'auteur, après une remarquable étude des différents docu- ments en particulier de la Bulle de Paul IV, conclut ainsi :
«La pratique crée en faveur de la théorie qui la supporte une pré- somption, parfois très forte ; mais celle présomption peut céder à de puissants motifs en sens contraire ; il suit de laisser à la pratique son autorité acquise el ne pas s'imgérer à la modifier avant que l'au- trié compétente se soit prononcée. « Conformément à ces principes, on peut, ce me semble, formuler les conclusions suivantes relativement aux ordinations anglicanes: La pratique de l'Église est certainement opposée à leur validité, ce qui donne naissance à une puissante présomption dans ce sens; cette pratique a pour elle une autorité qui ne permet pas de la mo” difier tant que le Saint-Siège ne se sera pas prononcé. Mais, d'autre part, toutes les décisions relatives à ces ordres ayant un caractère exclusivement pratique, aucune d'elles ne faisant connaitre les rai- sons théologiques sur lesquelles elle esL fondée, on ne peut dire que la question théorique soit définitivement tranchée. L'allitude de la Curie romaine, qui laisse librement discuter le problème, est à son tour un indice pratique que ces conclusions ne sont pas téméraires. » Que ces extraits suflisent pour le moment. Nous ne pouvons finir toutefois sans présenter à l'auteur toutes nos félicitations non pas seulement pour la science théologique qu'il montre dans ce travail mais surtout pour la loyauté et la franchise dont il donne une peu commune. Après avoir soutenu, l'an passé, d'autres opi M. l'abbé Boudinhon n'a pas craint de reprendre son travail et d'ex- REVUE ANGLO-ROMAINE
primer des conclusions en partie différentes des premières. Le pro- cédé est assez rare, en particulier chez les théologiens, dit-on, pour mériter d'être signalé.
NINETEENTH CENTURY : « The rigidity
of Rome
».
PAR M. WiLFRiD WARD.
Dans le dernier numéro du Ninelenth Century, un écrivain catho lique bien connu, M. Wilfrid Ward, réfute les arguments du D Jes- sop tendant à démontrer le prétendu « exclusivisme » de l'Eglise romaine, M. Ward pense que les préventions et les malentendus qui existent entre les anglicans et les catholiques romains viennent surtout de ce qu'ils ont véeu totalement étrangers les uns aux autres pendant 300 ans. Si l'on veut arriver à s'entendre, il faudra se départir de ce ton d'âpreté et d'aigreur que l'on rencontre trop souvent dans la contro- verse : -
« A l'heure présente, dit M. Ward, une réunion en un seul corps entre Rome et tout nombre considérable d'Anglais n'est pas chose possible. Les divergences d'opinion et les malentendus sont trop. profonds et trop étendus... La base nécessaire pour un accord intellectuel n'existe en ce moment ni d'un côté ni de l'autre. « Si la longue durée de la séparation qui barre le chemin de la réunion était vraiment due à une insistance telle sur les points de désaccord que l'on ne s'apercevrait même plus qu'il ÿ eût des points d'accord, — ne pour- rait-on pas en arriver à changer peu à peu sa manière de faire, en insis- tant, par exemple, sur les points où l'accord existe jusqu'à ce qu'on en soit arrivé par là à une bonne foi mutuelle, qui permettrait alors de discuter les points sur lesquels on se trouve en désaccord ?. « La réunion immédiate ou bien la guerre ne sont pas les seules alterna- tives possibles. Un sentiment de fraternité envers ceux qui, comme nous, professent la foi chrétienne, une détermination bien arrêtée de travailler de concert avec eux lorque nous le pouvons et de préférer coopérer pour le bien au lieu de nous livrer à de vaines disputes dans un but égoiste, c'est là un programme sinon de réunion, du moins de rapprochement... « L'esprit de polémique substitue la chaleur à la lumière et rend tout rapprochement et toute assimilation pour ainsi dire impossible. La con- troverse ne peut porter aucun fruit, si elle veut cesser d'être un simple plaidoyer, à moins qu'elle ne se ressente d'un esprit de sympathie qui aurait servi à arrêter dés l'abord sur quels points l'on s'accordait et sur quels autres l'on se touvait différer. C'est alors, mais alors seulement, que nous pourrons espérer que la controverse ne servira plus seulement à satisfaire l'esprit de gens déjà convaincus, mais bien à établir des vérités siévidentes qu'elles commanderaient l'attention et la conviction de tous. »
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LEONIS PAPÆ XII
EPISTOLA APOSTOLICA
AD ANGLOS
LEO PP. XIII
Ad Anglos
regnum Christi in Fidei unitate quærentes
Salutèm et pacem in. Domino.
Amantissimæ voluntatis significationem sibi quoque a Nobis habeat gens Anglorum illustris. — Eam quidem allocuti communiter sumus, data non multo antehec epistola apostolica ad principes et populos universos serumtamem ut id propriis literis eficeremus, jam Nobis admodum in desi- derio resederat. Desiderium alebat ille quo semper fuimus animo propenso is nationem vestram, cujus res a vetustate præclaras christiani fasti loquuntur : eaque amplius movebant quæ non infrequenti cum popula- ribus vestris sermone acceperamus, tum de observantia Anglorum in Nos humanissime, tum præcipue de calescentibus istic animorum studis in eo, ut pacem sempiternamque salutem per fidei unitatem requirant. — Testis autem est Deus quam incensam foveamus spem, posse operam Nostram afferre aliquid ad summum christianæ unitatis negotium in Anglia Mendum et procurandum : Deoque, benignissimo conservatori vitæ, tabemus gratiam, qui, ut istud etiam contenderemus, hoc Nobis ætatis incolumitatisque concesserit. Quoniam vero optati exitus expectationem malle in re magis quam in admirabili gratie ejus virtute collocamus! in idipsum propteres appellare Anglos, quoiquot gloriantur christiano nomine, meditato consilio decrevimus. Atque eos invitamento et alloquio cohoriari aggredimur, ut pariter erigant ad Deum et intendant fduciam, opemquè ab illo, tantæ rei maxime necessariam, assiduitate sanctarum precum implorent. Caritti in vOs providentieque Nostræ fact Pontifium decessorum prelucent, in primis Gregorü Magni; cujus quidem insignia de religione ac de humanitate promerita, jure in gente vestra singulari quodam nomine collaudantur. Quum enim pro convertendis Anglis Sazonibus quemadmodum in monachatu proposuerat, assiduis cogitationum fluctibus urgeretur!, si spostolicos in eis labores præsens quidem obire, ad ampliora destinante Deo, non potuit mirum sane quo ille animo, qua constantia grande propo- situm institit perfciendumque curavit. Nam ex ipsa monachorum familia, quam domi suæ ad omnem doctrinam et sanctimoniam eximie formaverat, iluc delectam manum, beati Augustini ductu, alacer mittit, contra miseram superstitionem nuncios evangelicæ sapientiæ, gratie, mansuetu- dinis. Cœæpta porro sua nullis humanis subnixe præsidiis, et spem per diffcullates crescentem, plena tandem videt et cumulata. — Cujus eventum réi eidem Augustino per litteras nuncianti, triumphans ipse gaudio ea rescripsit : Gloria in ezcelsis Deo, et in terra paz hominibus bonæ voluntatis :
! Joan. Diac. in Vida ejus 1, 33.
AEVUR ANGLO-ROMAINE,
— T, I. — à
REVUE ANGLO-ROMAINE
gloria Christo.... cujus morte vivimus, cujus infrmitate roboramur, cujus amore in Britannia fratres quærimus quos ignorabamus, cujus_ munere quos nescientes quærebamus, invenimus. Quis autem narrare suffciat quanta hic Letitia in omnium corde fidelium fuerit ezorta, quod gens Anglorum, operante omnipotentis Dei gratia, et tua Fraternitate laborante, ezpulsis errorum tenebris, sanctæ fdei luce perfusa est : quod mente integerrima jam caleat idola, quibus prius vesano timore subjacebat 2? Idemque Ethelberto_regi Cantii et Berte reginæ gratulatus est epistolis perbenignis, quod altera ecordandæ memoriæ Helenam, alter Constantinum püissimum Imperatorem essent imitati 3; tum utrumque’et gentem saluberrimis monitis confirmavit, plenisque prudentiæ institutis provehere et augere reliqua vita non à la in Britanniæ finibus christianum nomen, temporibus priscis ab ipsa Ecclesia invectum, propagatum, vindicatumÀ, quod exterarum deinde oceu- patione gentium oppressum, longo intervallo defecerat, feliciter Gregorio : restitutum est. : principio revocare libuit, non ideo solum quia per se egregia sunt et Ecclesiæ Christi gloriosa, sed quia populo Anglorum, cujus gratia sunt gesta, certe erunt ad commemorandum pergrata. — At vero, quod magni interest reputare, eadem caritatis Gregorii instantiæque argumenta, trans- missa veluti hæreditate, in eis non dissimiliter apparent qui Pontifices successerunt. Sive enim dignis pastoribus designatis, sive datis humanæ ve disciplinæ et hortationis suppe- gentissime est ab illis abundeque præstitum quidquid resurgenti apud vos ecclesiæ ad firmamentum erat opus et ubertatem. Hujusmodi curis perbrevi sane tempore respondit exitus; nec enim usquam fortasse altius in animis recens fides insedit, neque acriores pietatis sensus erga beatissimi Petri Cathedram viguerunt. Cum quo christianæ unitatis centro, in romanis Episcopis divinitus constituto, jam tum summa Anglis conjunctio intercessit decursuque ætatum perstitit, fidelissimo obsequio, firma : id quod tam multis tamque nobilibus rerum monumentis consignatum est, nihil ut testatius fieri queat. Verum sæeulo sexto decimo, in illa religioni catholicæ asperrima per Æuropam tempestate, Anglia simul, neque ignota est causa, gravissimum vulnus accepit : que primum divulsa a communione Apostolieæ Sedis, dein ab ea fide sanctissima abducata est, quam complura jam sæcula, cum magno etiam libertatis emolumento, læta coluerat. Dissidium triste! quod decessores Nostri ex intima caritate deploraverunt, omnique providentiæ ratione conati sunt restinguere et profluentem inde malorum vim demi- nuere. Longum quidem est, neque est necessarium, seriem persequi earum rerum quæ ipsorum in hoc sedulam perpetuamque curam declarent. — Præsidium vero insigne et prævalidum abüs paratum est quoties pecu- liares indixerant preces eo. proposito ut Deus Angliam suam benignus respiceret, Cui eximio caritatis operi sese nonnulli majorem in modum dediderunt viri sanctitate illustres, nominatim Carolus Borromæus et Phi- lippus Nerius; maximeque superiore sæculo Paulus ille, auctor Sodalitatis
2 Epist, x, 28, al. 1x, 58. 3 Ib. x, 66, al. 1x, 603 xt, 29, al. 1x, 59. 4 In hoc valde egit sanctus Cælestinus I. adversus hæresim pelagianam Britannos infecerat. Qua de re sanctus Prosper Aquitanus, scriplor ejt
« Agricola us, Soveriani Reg piscopi ob flius, ecclesias Britanniæ siatis,idemque poses sancti Loonis Magni nolains, ic habel in so Gromieo+
insinuationg corrupit,Sed ad actionem Palladi diaconi papa
Gaestinus Germanum, antislodoroensem 0 um pice sua et det hareten, Beftannos ad cutbolicam dem ner PPS Se Pros Aquit. Opp., vol. I, pag. 596.)
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LEONIS PAPÆ XII — EPISTOLA APOSTOLICA AD ANGLOS 35
a Christi Passione, qui, non sine quodam cælesti afflatu, ut proditum est, ad thronum divinæ gratiæ supplicando instabat, eoque enixius, quo minus favere optatis tempora videbantur. — Nosmetipsi, multo etiam antea quam sd summum sacerdotium eveheremur, hoc idem religiosæ precationis offcium in eamdem causam impensum, et magni fecimus et valde proba- vimus; hujusque rei jucunda quedem subit animo recordatio. Quo enim tempore belgica in legatione versaremur, oblata Nobis consuetudine cum Ignatio Spencer, ejusdem Pauli sancti a Cruce alumno pientissimo, tunc nempe accepimus initum ab eo ipso, homine anglo, consilium de prop ganda certa piorum societate, rite ad Anglorum salutem comprecantium, (ad hoc precem ille precipue suadebat salutationem angelicam; impetra- vitque a Cœtu solemni Ordinis sui, Romwæ habito an. MDCCCLVII, singulare de ea re præceptum sodelibus omnibus ejusdem Ordinis.) Tale consilium, et fde et amore fraterno excellens, vix attinet dicere quanta Nos grat complexi simus quantaque studuerimus ope fovere, præcipientes cogita- tione largum inde utilitatis soletium anglicæ genti consecuturum. Fructus autem divinæ gratie ex bonorum precibus impetrati, non obscure quidem ante illud tempus provenerant; exinde tamen, sancto ejusmodi fœdere latius dimanante, majore copia extiterunt. Factum est enim ut complures, clarissimo etiam nomine, admonenti vocantique Deo pii volentes parue- rint; idque non raro per meximes privam jacturas, animo excelso.
existimationis et. reverentiæ, præjudicates naines delente veritatis. Quarum rerum progressionem considerantibus, sic Nobis persuasum est, beneñcio potissimum unanime supplicisque tam multorum ad Deum obsecrationis, maturari jam tempus quo benignitatis ejus erge nationem plius prodant, ut plane sermo Dei currat et clari- iduciamque adjuvant quedam ex humane civilique rerum, vestrarum temperatione momenta, que si minus proxime ad id quod propositum est conducunt, conducunt tamen, vel dignitatis humanæ tuenda honestate vel justitiæ caritatisque legibus dirigenc vos multa detur opera causæ, quam vocant socialem, dirimendæ, de qua consulto est & Nobis actum encycl sodalitin quoque habentur providenter condita ad æquam opificum plebisque levationem et disciplinem. Optimum similiter, quod tanta cum alacritate et frmitate contenditur, ut in populo maneat religiosa institutio quo nullum certe stabilius est educandæ soboli continendoque domestico et civili ordini fandementum. Est item in leude, multos diligenter studioseque in id incumbere ut potus intemperanti, indigne homine labes, tempestivis cautionibus comprimetur, Illud autem egregium, coalitas nobiliorum juvenuin societates, custodiendæ morum debit continentiæ, aique honori qui par est, in femines observando: am dolendum, opiniones de chrit- ana continentia serpere exitiales, quasi arbitrantium non tam restricte eo precepto teneri virum, quam femina teneatur. — Nec sine causa prudentes viri extimescunt rafionalismi et malerialismi pestes, a Nobismetipsis sæpius dampatas; querum contagioné quidquid usquem auctoritatis est in reli- gione, in studiis doctrine, in vitæ usu, tollitur funditus vel edmodum
documenta; his namque divinum in terris regaum consistit; hinc ompis
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potestas et sapientia et incolumitas derivatur. — Probeque indolem vestram virtutemque declarat multiplex béneficentiæ ratio; de languida senectute, de pueritia derelicta, de invaletudine perpetua, de inopia calamitosa, de periclitanti pudore, de vitiositate corrigenda, curæque aliæ similes, quas antiquitus Ecclesia mater studiose induxit nulloque tempore destitit commendare. Nec prætereunda est dierum sacrorum publice lata religio; neque ille reverentiæ habitus, quo in divinarum libros Litterarum animi fere ducuntur. — Potentia denique et opes_nationis britannicæ, humanitatis libertatisque benefñicia una cum commerciis in oras ultimas proferentis, cui non merito sunt spectatæ? Ex hoc tamen laudatarum rerum concursu et agitatione mens tollitur ad summum omnis efliciente principium fontemque jugem honorum omnium; ad Deum, beneficentissimum nobis e cælo patrem. Neque enim, nisi exorato et propitio Deo, illæ res vere sunt, uti oportet, privatim vel publice valituræ : quippe, Beatus populus, eujus Dominus Deus ejus $. Sic igitur animum christianus, homo affectum confrmatumque habere debet, ut rerum suarum spem reponat maxime et defigat in ope divina quam sibi paret orando : inde scilicet ft ut ejus actioni quiddam humano majus et generosius accedat, beneque merendi voluntas, veluti superno ardore incitata, multo se amplius atque. utilius eflundat. — Deus nimirum, data exorandi sui faeultate, permagno mortales et honore aflecit et beneficio; idque præsidium omnibus omnino promptum est nec operosum, nullique ex animo adhibenti recidit irritum : Magna arma sunt preces, magna secu- ritas, magnus thesaurus, magnus portus, tutissimus locus *. Quod si divinum numen religiose oranti ea licet expectare quæ ad prosperum hujus vitæ statum proficiant, perspicuum est nihil non ei sperandum, ad æternitatem vocato, de præstantissimorum adeptione bonorum, quæ humano generi Christus peperit sacramento misericordiæ suæ. Ipsemet, factus nobis sapientia a Deo et justitia et sanctificatio et redemptio 8, ad ea omnia quæ in id provi= dentissime docuit, constituit, effecit, salutaria orandi adjecit præcepta, eademque roboravit benignitate incredi Sunt ista quidem nemini christiano non cognita; tamen haud satis recoli a plerisque et adamari solent. Hoc Nobis dat causam ut orandi fiduciam vehementius excitemus, Christi Domini ipsius verba pater- namque caritatem renovantes. Illa nempe gravissima et promissis uberrima : Et ego dico vobis : Petite et dabitur vobis; quærite et invenietis; pulsate et aperietur vobis : omnis enim qui petit, accipit, et qui qæærit, invenit, et pulsanti aperietur® : quæ mirifice illustrant Dei providentis consilium, ut precatio sit et indigentiæ nostræ interpres et eorum quibus indigeamus trix. Quo vero majestati Patris vota nostra accepta grataque fiant, ea Filius cum suo ipsius deprecatoris merito et nomine omnino jubet nos conjungere et exhibere : Amen, amen dico vobis; si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis. Usque modo non petistis quidquam in nomine meo : petite et accipietis, ut gaudium vestrum sit plenum 10. Tum si) dine etiam benevolentiæ actuosæ, qua sunt animati parentes in liberos, rem confirmans : Sé vos, inquit, quum sitis mali, nostis bona data dare fliis vestris; quanto magis Pater vester de cælo dabit spiritum bonum petentibus se? Magna procul dubio lectissimorum munerum copia eo spiritu bono
4 Ps. cxum, 15. 7 Chrys. Hom. xxx, in Gen. 4. #1 Cor. 3 Luc. x, 19 Josnn. xn1, 23%.
Luc. 5, 13.
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LEONIS PAPÆ XIII — EPISTOLA APOSTOLICA AD ANGLOS 81 atque illa maxime inest arcana vis de qua Christus ipse Nemo potest venire ad me, nisi Pater qui misit me, frazerit am. Tali disciplina -instituti, fieri nequamquam. potest ut non invi totur, non impellantur animi ad salutarem di consuetudinem : nimium vero quantum in id et perseverantia insistent et exardescent pietate, ubi sese ad exempla Christi contulérint. Qui nihil timens, nulla re egens, quippe Deus, tamen erat pernoctans in orations ‘3, atque obtulit preces supplicationesque..... cum clamore valido et lacrimis : idque peragens la se Pairi ezhibere voluit precalorem ut meminisset se nostrum esse doctorem, prout ipse sapienter vidit, nationis vestræ ornamentum, venerabilis Beda 45. At Christi Domini præceptionem in hac re et exemplum nihil profecto keulentius comprobat quem supremus ille sermo quem, cruciatibus proximus necique, ad apostolos habuit. In ‘quo, sublatis in cælum oculis em sanctum etiem atque etiam compel- lvit, id rogans, id flagitans, ut arctissima inter alumnos sectato- resque suos conjunctio foret et permaneret in veritate; idque tamquam evidens argumentum legationis suæ divinæ in oculis gentium pates- ceret 15, Hoc loco gratissima enimvero obversatur cogitationi unites fidei et soluntatum, eujus gratia Redemptor et Magister noster in ea supplica- tione ingemebat : quam unitatem, rei quoque civili domi forisque peru- tilem, bee vel maxime tempora, dissociatis adeo perturbatisque animis, plane deposcunt. Quantum in Nobis fuit, nihil, admodum quod Christi ‘exemplum et conscientia officii admoneret, videmur prætermisisse vigi lando, hortando, providendo; Deoque imploratione supplicavimus humili et supplicamus, ut nationes de fide christiana dissentientes pristinam tandem repetant unitatem. Id proximo tempore non semel affirmateque signiarimus, neque uno consili modo acriores in idem curas conferre inttuimus. Quam vero feliciter Nobis beateque, si rationem pastorum principi instante jam tempore reddituris, id contingat ut de his votis, que ipso aspirante et ducente aggressi sumus perfcere, libamenta ei non exigua fructum afferamus! — Per hos autem dies magna cum benevo- lentia et spe habemus animum ad Anglorum gentem conversum; in qua imuemur crebriora et manifestiora indicia divine gratie, salutariter wimos permoventis. Satis enim apparet, ut quotidie offendat non paucos œmmunitatum .suarum in rebus maximis vel confusio vel repugnantia; w ali videant qua opus sit firmitate adversus novum variumque errorem, in prava naturæ et rationis placita abeuntem; ut augescat hominum munerus religiosiorum ac prudentiorum, qui conjunctioni cum Ecclesia ‘atbolica instaurandæ ex animo multumque studeant, Eloqui vix pos- sumus quam vehementer et hæc et similia plura caritatem Christi in Nobis acuant; quantique contentione uberioris a Deo gratiæ munera devocemus, quæ animis ita allectis infusa,in fructus exeant optatissimo Los videlicet fructus, ut occurramus omnes in unitatem fidei et agnitionis Rilû Dei (1, Solliciti servare unitatem spiritus in vinculo pacis : unum corpus dus spiritus, sicut vocati.estis in una spe vocationis vestræ; unus Dominus, ia fides, num baptisma 18.
M Joann. vr, 44. #3 Luc. vr, 42. M Hebr. v, T. In en. $. Joan. xvu, A. 1 Jouna. xvu, A HAT 38 REVUE ANGLO-ROMAINE Vos igitur omnes cujusvis communitatis vel instituti, quoteumque in Anglia estis ad hoc unitatis sanctæ propositum revocandi, sermo Noster peramanter appellat. Sinite obtestemur vos per sempiternam salutem perque gloriam christiani nominis, ut preces fundere atque vota summo Patri carlesti demisse impenseque facere ne renuatis. Ab ipso, omnis luminis largitore omnisque recte facti suavissimo impulsore, opportuna petere adjumenta contendite, ut liceat vobis doctrinæ ejus plene dispicere veritatem, ejusdemque misericordiæ consilia fidelissime amplecti, augusto nomine interposito et meritis Jesu Christi, in quem aspicere oportet auctorem fdei et_consummatorem #, quique dilezit Ecclesiam et seipsum tradidit pro ea, ut illam sanctificaret.... ut ezhiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam %. Diffcultates, si quæ sunt, non sunt tamen ejusmodi ut aut caritatem Nostram apostolicam omnino is retardari, aut voluntatem vestram deterreri oporteat. Esto, quod rerum conversionibus ae diuturnitate ipsa dissidium convaluerit : num idcirco reconciliationis pacisque remedia respuat omnia? Nequaquam ita, si Deo placet. Sunt eventus rerum, non provisione humana tantummodo, sed maxime virtute pietateque divina metiendi. In rebus enim magnis atque arduis, si modo sint sincero et bono animo suscepte, adest homini Deus, cujus providentia ab ipsis inceptorum diffcultatibus capit quo magnificentius eluceat. — Ad solatium communis spei haud longe abest ut sæculum condatur tertium decimum, postquam missos ex hac Urbe apostolicos viros, quod initio commemoratum est, gens anglica auspicato excepit, spretaque vana numinum religione, primitias fidei suæ Christo Deo consecravit. Res quidem, si qua unquam fuit, cele- bratione et gratis publice digna, quippe que vobis et magnam beneficiorum copiam et amplitudinem nominis per ætates adduxit. Tali autem ex recor- datione memoriæ utinam id præcipue bonum sequatur, ut studiosos recti animos cogitatio capiat et æstimatio justa de fide; quæ non alia majoribus illis vestris tradita est, non alia munc traditur. Nam Jesus Christus heri et hodie ipse et in sæeula, ut Paulus prædicavit apostolus#!; qui peropportune vos etiam hortaturut memores sitis patrum vestrorum, qui vobis locuti sunt verbum Dei; quorum intuentes exitum conversationis, imitamini fidem *. Socios adjutoresque in causa tanta catholicos Angliæ, quorum explora- ma est Nobis fides et pietas, præcipue advocamus. Qui sacræ preca- tionis dignitatem virtutemque frugiferam sedulo apud se perpendentes, nihil dubium quin certare velint ut inde suis omni ope succurrant, eisque et sibi demereantur Dei elementiam. Nam ut quis sua causa oret, cogit sane necessitas; utoret aliorum causa, studium hortatur fraternum : facile autem apparet plus quidem gratiæ habituram esse apud Deum precem, non quam transmittat necessitas, sed quam caritas fraternitatis commendet. Id certe christiani ab Ecclesiæ usque primordiis alacres præstiterunt. In eo potissimum quod attinet ad fidei donum, præclara sunt ad imitationem quæ antiquitas tradidit; quemadmodum illi cognatis, amicis, principibus, civibus suis inflammato studio postularent a Deo mentem obedientem in christianam fem %. — Conjuncta in re accedit aliud quod Nos habet sollicitos. Est enim compertum Nobis, non deesse istic qui nomen catho licum teneant ii quidem, re vero et professione non ita, ut æquum e+ probare eurent; maxime vero, in amplis primariisque urbibus, ingent
1 Hebr,, x, 2.
30 Eph. v, 25-27.
M Hebr, x, 8.
23 10,7.
33 S. Aug. De dono persev. xx, 63.
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numero esse homines qui religionis christianæ ne ulla quidem elementa hauserint, quique non modo nullum Deo adhibeant cultum, sed in cæca ignoratione justitiæ bonitatisque ejus versentur. In hac item calamitate orandus, exorandus est Deus : velit ille, qui potest unus, aptas curationi monstrare vias, velit eorum animos viresque sustinere qui in ea ipsa causa jam desudant, velit mittere operarios in messem suam. — Quod Nos depre- eandi officium quum in fils Nostris urgemus, eosdem pariter debemus velle admonitos, ut ne quid de se desiderari ullo modo sinant quod im, rationis fructum efficiat, habeantque propemodum sibi que Corin edixit Apostolus : Sine offensione estote Judæis et Gentibus et Ecclesiæ Dei, Nam, præter virtutes animi, quas ipsa precatio in primis postulat, eam comitentur necesse est actiones et exempla christianæ professioni consen- lnea. Integritatis exempla et justitiæ, miserationis in egenos et pænitentiæ, concordiæ domesticæ et verecundiæ legum, optimæ sunt orantium com- mendationes. Qui sancte colunt et perficiunt præcepta Christi, eorum scilicet votis divina liberalitas occurrit, secundum illud promissum : mamseritis in me et verba mea in vobis manserint, quodeumque volueritis
petetis, et flet vobis 3. — Id autem est, quod in præsentia, consociata Nobiscum prece, singulariter a Deo velitis hortamur, ut detur vobis cives concordes fratresque in complexum perfectæ caritatis excipere. Ad bec, Cælitum senctorum adjungere juvat deprecationem : cujus effcacitas quantum, hac præsertim in re, emineat, illud Augustini docet, de Stephano acute dictum : Si sanctus Stephanus sic non orassel, Ecclesia Pailum hodie non haberet M. ltaque suppliciter imploramus Gregorium, quem sue gentis salutare Apostolum Angli consueverunt : Augustinum, alumnum et legatum ejus, ceterosque, quorum admirabili virtute, admi- rbilibus factis, ista dilaudata est altrix Sanctorum insule : singularesque Patronos, Petrum Principem apostolorum et Georgium; ante omnes sanctissimam Dei Genitricem, quam humano generi Christus ipse e cruce reliquit atque attribuit matrem, cui regnum vestrum nobilissimo præconio, tamquam Dos Mariæ, inde a proavis est dedicatum. Eos cunctos magnis precibus adhibemus apud Deum suffragatores, ut renovatis temporum optimorum auspiciis, ipse repleat vos omni gaudio et pace in credendo, ut dundetis in spe et virtute Spiritus sancti 2. Peculiaria vero precum officia quæ jam, ad fidei unitatem, statis diebus modisque sunt apud catholicos instituta, ea curandum ut majore et frequentia et religione celebrentur. In primisque vigeat sancta marialis Rosarii consuetudo, a Nobismetipsis tantopere excitata : eo quidem veluti sunma evangelicæ doctrine perapte continetur, ab coque saluberrimæ in Populos utilitates perenni cursu fluxerunt. Hoc amplius, ad sacræ indul- gutiæ beneficia, quæ subinde a Decessoribus sunt in eodem genere concessa, unum quoddam adjicere placet sponte et auctoritate Nostra. Idest, qui rite precem recitaverint quam huic epistolæ subjicimus, indul- gentian singulis, etiam non anglis, dierum trecentorum tribuimus, ple- rriam præterea, semel in mense, recitantibus quotidie, consuetisque #rvatis conditionibus. Hæc omnia augeat expleatque divine obsecratio Christi de unitate: quam hodierna die per sacratissimum Resurrectionis ejus mysterium inmensa cum fiducia iteramus : Pater sancte, serva eos in nomine fuo, quos
HI Cor, x, 32. PEUR : Serm in nat. . S. Step va, h. n. 5. 4
Rom. xv, 13.
% Joann. xvn, 44, 47, 20, 94, 23. nd dise
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dedisti mihi; ut sint unum, sieut etnos.... Sanctifica 608 in veritate : sermo tuus veritas est... Non pro eis autem rogo lantum, sed et pro eis qui credituri sunt per verbum eorum in me, ut omnes unum sint,_ sicut tu Pater in me et ego | in Le, ut et ipsi mm nobis urum sint.... Ego in eis, et tu in me : ut sint consum= mati'in urum ; et cognoscat mundus quia tu me misisti, el dilexisti eos, sicut | et me dilexisti#. Jamvero universæ Britunnorum genti fausta a Deo omnia cupimus et exoptamus : summa vero precamur voluntate, ut quærentibus regnum Christi et in fidei unitate salutem vota plena eveniant. Datum Romæ apud Sanctum Petrum, die XIV aprilis anno MDGCCLXXKXV, Pontificatus Nostri decimo octavo.
LEO, PP. XIII
AD SANCTISSIMAM VIRGINEM PRO ANGLIS FRATRIBUS PRECATIO
O beata Virgo Manta, Mater Dei, Regina nostra et Mater dulcissima, benigne
oœulos tuos converte ad Angliam, quæ Dos tua vocatur, converte ad nos, qui magna in te fiducia confidimus. Per te datus est Christus Salvator mundi, in quo spes nostra consisteret; ab ipso autem tu data es nobis, per quam spes eadem augeretur. Eia igitur, ora pro nobis, quos, titi apud Crucem Domini ezcepisti filios, o perdolens Mater : intercede pro fratribus dissidentibus, ut nobiscum in unico vero Ovili adjungantur summo Pastori, Vicario in terris Filit tu, Pro omnibus deprecare, o Mater piüssima, ut per fidem, Lonis operibus fecundam, mereamur tecum omnes contemplari Deum in cælesti patria et collaudare per sæcula. Amen.
ALEXANDRE III
Discours prononcé à Saint-Pétersbourg devant Sa Majesté l'Empereur NicolasII, le 6/18 avril 1805, à une séance de la Sociéte d'histoire, dans le palais d'Anitchkoff, par Son Ezcellence Constantin P. Pobédonostzeff, Haut procu- reur du Très Saint Synode.
L'homme fait l'histoire ; mais il n'est pas moins vrai, et peut-être est-il
encore plus important de constater, que l'histoire fait l'homme. L'homme ne peut ni se connaître lui-même, ni se rendre intelligible autrement que par son histoire tout entière. L'esprit humain, dès le premier moment de son existence, se dirige par une marche constante et irrésistible vers l'expres- sion, vers lincarnation, dans l'action, de chaque faculté, de chaque pensée, de chaque sensation qu'il possède, et tout ce cycle d'événements et d'actions constitue la vie humaine. Dans ce sens la vie, en composant un tissu d'événements, liés les uns aux autres par un lien logique d'effet et de cause, est en même tempsun mystère de l'âme : il ÿ a dans la vie des événements qui, d'une manière fatale et mystérieuse, agissent sur l'âme sensible, et qui déterminent les aspirations, la volonté, le caractère et toute la destinée de l'homme. Mais l'homme est le fils de sa patrie, le produit de son peuple : os des os, et chair de la chair de ses ancêtres, qui eux-mêmes sont les fils du même peuple, et sa nature psychique et aussi la leur, avecses qualités dis- tinctives et ses défauts, avec ses tendances insconscientes qui cherchent un but voulu. Chaque peuple, comme chaque individu, a son histoire, son
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riseuu d'événements et d'actions dans lesquels l'âme du peuple s'efforce de s'incarner, Dans la science de l'histoire l'esprit investigateur, en recher- chant d'une manière critique les faits, les actions et les caractères, cher- che à déterminer leur authencité précise, et à saisir leurs liens mutuels et leur sens caché dans les destinées de la vie sociale et politique du peuple. Cest avec un intérêt profond, avec plaisir, avec étonnement que nous lisons les pages de ce livre, et nous sommes enchantés de ln finesse de son esprit critique, de l'habileté de l'artiste ; selon l'ancien dicton, l'histoire est l'situtrice des peuples, des citoyens et de ceux qui gouvernent, mais qui eatre eux ont profité de ses leçons? Qui, en composant un livre qui avait oceupé toute son attention, n'a pas éprouvé dans son âme le sentiment amerqu'il n'a fait que remettre en lumière dans ses pages l'histoire, vieille comme le monde, de l'orgueil humain, pleine d'égoisme, de violence et d'ignorance, un rouleau sur lequel étaient écrits ces mots : « pitié, lamen- ? » tation, douleur Dans un sens différent et plus profond, l'histoire du pays et du peuple forme l'homme, qui est le fils de son pays, s'il possède une âme sensible. Une telle âme apporte là 'étude de l’histoire la vivacité de ses sentiments, et alors chaque fait, chaque caractère historique s'accorde avec les croyances de l'ime, avec la capacité et l'étendue de l'intelligence, à tel point que sa vie syirituelle devient pour l'homme le texte auquel les chroniques de l'histoire servent de commentaires. Vus sous ce jour, les événements lui révèlent leur signification mystérieuse, et les chroniques mortes se raniment par la poisie de la vie spirituelle du peuple entier. Par contre, la science, en ana- lantles faits et les témoignages, n'y voit plus qu'une légende qui s'est formée dans l'imagination du peuple ; mais cela même acquiert l'importance d'un événement, se justifiant dans la vie et dans l’histoire, et devient une vérité pour l'esprit, quelle que soit l'analyse décomposante de l'historien érudit, parexemple, dans l'investigation des légendes de Wladimirle Grand, de Dmitri Donskoi, de Serge ou d'Alexandre Newski. Pour l'âme sensible cite manifestation, ce type restera toujours une constellation qui la réchauffe de ses rayons, et qui accomplit sa carrière au-dessus d'elle dans Le frmament céleste. C'est ainsi, selon moi, que s'est formée l'âme de notre Empereur d'impé- rissable mémoire, qui maintenant repose en Dieu, dont nous sommes au- junl'hui réunis pour célébrer la mémoire dans cette. Société, dont il fut ke fondateur. 11 n'y eut jamais d'âme plus sensible que la sienne, plus prità faire réponse à chaque appel où elle sentait vibrer la voix intime de sa patrie et de son peuple. Il grandissait auprès de son frère aîné, l'héritier du trône, sous son ombre, pour ainsi dire, nourrissant son âme de son amitié, et recevant de hi ses impressions, et _les goûts de son développement intellectuel et mon. C'était une époque où, dans la science, dans la littérature et dans la société, les esprits étaient en proie à une fermentation désordonnée; maisilse trouvait auprès du Tzésarévitch des hommes qui étaient capables datirer son attention sur les phénomènes de la vie russe, sur les trésors de l'esprit national dans l’histoire et dans la littérature de son pays. Tels “aient V. J. Bonslaefl et S. M. Soloviell £. C'est sous leur influence que se forma le goût des deux frères, et en même temps l'intérêt qu'ils prirent aux antiquités russes. Dans leurs voyages à travers la Russie le Tzésa- riteh, inspiré de jour en jour par le mouvement populaire qu'il
- M. Solovieff, l'auteur d'une histoire de la Russie, le père du philosophe Y.8. Soloviell, auteur de La Russie et l'Eglise universelle, etc. (W. J. B.) UNIVERSITY 0 ICHIGAN
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rencontrait partout, réussit à connaître son peuple, à le prendre en aflec- tion, et à suivre le cours de son histoire en contemplant les monu- ments de l'antiquité. Il sut comprendre et chérir le caractère intime et l'esprit (si chers à un cœur russe) de cette partie de l'Empire qui est essen- tiellement nationale. Son âme eroissait et se raffermissait sur son s0l natal dans l'atmosphère morale de sa vraie patrie, et dans ses lettres à son frère bien-aimé il lui transmettait ses impression: Alors arriva l'année 1865, qui apporta à la Russie un malheur épouvan- il plut à Dieu de lui enlever sa brillante espérance. Le Tzésarévitch Alexandrovitch mourut, et laissa les destinées prochaines de la Russie en héritage à son frère bien-aimé, après lui avoir légué tous les con- seils de sa jeune âme. Ce poids inattendu et imprévu pesa sur l'âme du nouveau Tzésaré vitel et il l'accepta avec humilité, comme un devoir quelui imposait la Pro dence; il l'accepta de tout son cœur et de toute son âme, et confia à Dieu sa destinée et celle de la Russie. Et maintenant que, selon la volonté divine, nous le regrettons, lui aussi, nous voyons, nous sentons comment cette foi se justifia jusqu'à la fin. Depuis ee jour jusqu'à son avènement au trône en 1884, il se développa en silence, n'imaginant, ne devinant en aucune manière cette heure ter- rible par laquelle le début de son règne devait être signalé. Ces années furent pour lui de véritables années d'éducation, et cette éducation s'ac- complissait dans l'esprit traditionel et historique du peuple et de l'Empire Même dans son enfance il aimait à lire les romans historiques de Zagosskin et de Lajetchnikof, et en lui, comme en plusieurs enfants russes, ce fut en lisant ces œuvres que le premier mouvement d'amour pour la patrie, et de fierté nationale se réveilla. Son intérêt à cette espèce de lec- ture il le conserva pendant sa jeunesse, et jusqu'à la fin de sa vie. Ses con- ec M. 8. M. Solovieff lui révélaient le sens intime de l’histoire mification de cette lutte que l'Empire, après avoir repris le territoire qui lui avait été arraché, soutenait contre les forces décentrali- santes en matière de gouvernement et de langue, qui s'y trouvaient. Il eut la bonne fortune de s'entretenir avec des Russes intelligents, et il t à les entendre parler du passé historique de la Russie et à prôter l'oreille à leurs jugements du point de vue russe sur les affaires et énements des temps modernes: ainsi croissait en lui ce sentiment dévoué des intérêts russes, qui, pendant les années de son règne, se mani- festa à nous dans la sagesse énergique d'un vrai homme d'Etat. Les monu- ments du passé historique de la Russie qu'il avait connus de ses propres yeux pendant ses voyages, eurent toujours pour lui un intérêt spécial, et il sentait avec finesse la beauté originale des lignes et des embellissements lesquels se distinguait le caractère de notre ancienne architecture ecclésiastique. Depuis ce temps il voulut examiner lui-même tous les plans de nouveaux édifices ecclésiastiques, et son œil distinguai j tesse tout à fait surprenante dans les parties diverses de qui blessait l'harmonie de l'ensemble, ou qui ne s’accordait pas avec son caractère fondamental. Dans son âme s'exprimait, sous son meilleur et son ttrayant aspect, ce type de l'homme de l'ancienne Moscovie, qui s'at- tire les sympathies de tous ceux qui ont le bonheur de faire sa connai sance. Dans les hommes et dans les institutions ce qui lui répugnait c'é- tait tout ce qui était artificiel, forcé ou boursouflé; l'homme simple, au contraire, quand il se trouvait près de lui, sentait sa parenté avec l'Empe- reur russe.
C'est dans la connaissance de soi-même que consiste toute la valeur de
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L'AME RUSSE 43
l'histoire, soit pour l'individu, soit pour une nation, soit pour la société en général. L'homme et la nation représentée par son gouvernement — l'un et l'autre se reconnaissent dans son histoire. Et l'histoire de cette reconnais- sance de soi-même parmi nous en Russie est des plus instructives. À cet égard il vaut bien la peine que l'on établisse une comparaison entre deux époques — le commencement et la fin du siècle actuel — le temps des empereurs Alexandre — Alexandre I** et Alexandre III. Alexandre I® timait aussi la Russie et son peuple; mais son éducation ne lui avait pas fourni les moyens d'apprendre l'histoire de son pays ou de son peuple..ll est né dans un temps où les gens du commun passaient sous le nom de « vile multitude », et où bien peu, parmi les classes élevées, distinguaient ches le peuple ce qu'il possédait de-mérite; dans un temps où la culture intellectuelle de l'Occident, transportée sur le-s0l russe, ne s'exprimait que dans les formes extérieures d'une existence qui nous était étrangère, et où d'en hant, on regardait l'Église elle-même comme si elle était une institu- tion indispensable pour le peuple, mais qui cédait en mérite au culte romain de l'Occident éclairé; sa raison et son cœur amenèrent tous deux irrrésis- tiblement le jeune Empereur au noble but — celui de gouverner pour le bien du peuple, d'établir l'ordre dans le chaos des institutions, de déraciner les abus, de dissoudre les liens vexatoires de la servitude et du préjugé. Mais l'idéal vers lequel il dirigeait ses aspirations et ses projets était, non pas en Russie, mais hors d'elle. Ayant reçu son éducation sous Laharpe, dans l'esprit des idées abstraites de la philosophie du xviti® siècle, il tirait de là son idéal abstrait, tandis que l'histoire russe, la réalité russe était cachée pour lui, et lui paraissait un champ libre, sur lequel on pouvait construire ce qu'on voulait. Entouré d'une pléiade de jeunes conseillers, de concert avec eux il se plongeait dans des visions, ne connaissant ni la mature de son peuple ni ses besoins, révant un gouvernement représentatif qi, disait-on, introduirait nécessairement l'intelligence et la vérité dans l'administration ignorant l'Église orthodoxe dans a signification populaire, songeant à mettre de niveau avec elle toutes les confessions religieuses a à ne pas faire de distinction entre les Églises et les sectes restauration de la Pologne, ne sachant rien de l'histoire, qui lui aurait dit que le royaume polonais signifie la servitude et la persécution de toute la ration russe. Depuis ce temps, jusqu'à l'avènement de l'Empereur Alexandre III, il ficoula plus d'un demi-siècle. Il est difficile d'énumérer tout ce qui fut accompli dans cet espace de temps, comment le sentiment de la nationalité, etpour ainsi dire, l'amour-propre historique des Russes s'accrut et 8e déve- loppa toujours, —etla période de beaucoup la plus importante de cet acc! tement se rattache justement au temps de l'éducation et de la jeunesse du Tzésarévitch Alexandre Alexandrovitch. On découvrit et on mit au jour te masse de monuments littéraires et autres qui ont éclairé l'histoire de La vie populaire ; de jeunes savants parurent, avec des vues indépendantes ser les institutions, les événements et les caractères; dans la littérature et dans la société il se réveilla un vif intérêt pour les monuments dus à l'nitiative créatrice du peuple — dans les byliny, dans la musique et dans l'architecture. À Moscou se rassemblait un groupe d'hommes instruits et cultivés, qu'inspirait l'idée que, pour faire des recherches fécondes dans le passé du pays et de la nation, il était indispensable que le peuple russe se reconnüt lui-même dans le principe essentiel de sa nationalité. Dans la société et dans la littérature ils réclamèrent hautement contre les relations fausséos de le vie russe et de ses besoins, contre l'ignorance contente de soi-même 44 REVUE ANGLO-ROMAINE
et l'indifférence pour tout ce qui touchait aux intérêts les plus essentiels de la Russie. C'étaient des hommes qui avaient découvert dans le passé de leur patrie la base idéale pour l'organisation de ses destinées à venir, et ils furent les premiers qui aient éclairei pour tout le monde, avec une connaissance complète, le lien indivisible qui relie la. nationalité russe l'Eglise Orthodoe. Mettant de côté les extravagances que peut produire cette doctrine, — il était indispensable de déclarer nettement ce principe, à cause des idées nébuleuses et confuses que fait naître le cosmopolitisme et le doctrinarisme libéral : voilà pourquoi l'activité de ce groupe eut une signification si importante dans l'histoire du développement intellectuel et social du peuple russe. Le jeune Héritier du trône, ayant heureusement, grâce à M. A. J. Touttchefl, pris connaissance de ce mouvement, en ayant compris la portée avec son eœur russe sisensible, si plein d'affection pour son peuple et son pays, ayant soif de la vérité et recherchant ar- demment ce qui devait le mieux convenir à sa patrie, ne pouvait s'empé- cher de lui accorder ses sympathies.
Cefutau milieu de tels phénomènes et d'aspirations si fécondes que grandit et fut élevé l'Empereur futur. En même temps croissait et se forti- fiait la confiance vive et dévouée que la nation reposait en lui, confiance qui se justifia pendant les 13 années de son règne. Pour la fermeté de l'administration il n’y a rien de plus important, rien de plus précieux que la confiance loyale de la nation dans celui qui la dirige, parce que tout se tient et se maintient par la confiance. N'importe ce qui arrivait, toutes les fois que surgissait dans la vie de l'empire quelque grave péripétie, tous savaient d'avance, avec une assurance parfaite, sur quelles questions son cœur russe devait forcément lui suggérer une réponse négative, et sur quelles autres elle lui indiquerait une réponse aflirmative. Tout le monde savait que, — soit du côté de la Pologne, soit sur quelque autre territoire limitrophe habité par une race d'origine étrangère — jamais il ne_consen- irait à sacrifierles intérêts russes, l'héritage que lui avait légué l'histoire. Tous savaient qu'il gardait, lui aussi et au même degré que son peuple, la même foi et le même amour pourla religion, et qu'il en comprenait toute l'importance sousle rapport de l'instructionet du progrès; — tout le monde savait enfin que, de concert avec là nation, il croyait à l'importance iné- branlable du pouvoir autocratique en Russie, et ne permettrait jamais que, sous le fantôme de la liberté, il ÿ entrât un mélange pernicieux de langues et d'opinions. Quand nous perdons un parent qui nous est cher, nous ne pensons pas à demander : Qu'est ce qu'il a fait. — nous sentons seulement ce qu'il a été et pour nous rien n'est plus précieux, ni plus touchant que son image vi- vante, avec toute l'atmosphère morale qui l'entourait ; tout ce qui nous venait de lui maintenait en nous cette harmonie de vie que nous avons perdue avec sa mort. Et maintenant qu'il n'est plus, la question se pré- sente d'elle-même : comment vivre sans lui? Voilà le sentiment qui fit tressaillir toute la nation russe, terrassée par la nouvelle que le Tzar Alexandre nous avait quittés. L'âme nationale se confondait avec son âme, et l'ayant perdu, se trouva toute déconcertée. Et ce sentiment vit jusqu'à présent. Si quelqu'un désire le saisir, le sentir et s'y unir, qu'il aille à la Cathédrale des Saint-Pierre et Saint-Paul, à ce tombeau arrosé de larmes : et il verra comme elle est remplie, et aujourd'hui et demain, solennellement, du matin jusqu'au soir, de prières silencieuses, par une foule infinie de monde se pressant autour de ce tombeau, et venue de tous les confins de la Russie.
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MÉMOIRE
SUR LA QUESTION DES ÉCOLES EN 1 NGLETERRE
MEMOIRE SUR LA QUESTION SCOLAIRE, adressé au Très Noble Marquis de Salisbury, Premier Ministre, par Son Eminence le Cardinal Vaughan et par Sa Grâce le duc de Norfolk; au nom du Comité catholique des Ecoles.
MyLonD,
Nous désirons exposer à Votre Seigneurie, en sa qualité de chef du Gouvernement de Sa Majesté, quels sont les convictions et les désirs qui animent un grand nombre d'hommes, parmi le peuple anglais et spéciale ment parmi les sujets catholiques de Sa Majesté, au nom desquels nous parons d’une manière oficielle.
- Nous désirons insister respectueusement près du Gouvernement, dans notre ferme espérance qu'il trouvera, dans un temps rapproché, uné ma ière d'assurer le triomphe du programme scolaire qu'un grand nombre des membres élus aux dermères élections se sont engagés à défendre au Par- lement. Nous faisons allusiou aux promesses formelles qui ont été deman- dées et consenties librement et par lesquelles un grand nombre de candi- dats s'engageaient, dans le cas où ils seraient élus, à promouvoir et à défendre toute mesure ayant pour objet de placer toutes les écoles publiques primaires d'Angleterre et de Galles sur un pied de parfaite égalité quant au payement de l'instruction donnée à l'intérieur de leurs murs. ncipal objet que nous ayons en vue et sur lequel nous insistions,
cest qu'il soit fait une revision complète de nos lois scolaires, telle que l'on puisse enfin établir un système national d'éducation publique élémentaire, qui soit également juste pour tous. IL devrait être tel : 1° que toutes les écoles élémentaires, satisfaisant au programme du département de l'ins- tuction publique, soient payées également sur les fonds publics, pour l'en- stignement laïque donné aux enfants; 2 que. l'on reconnaisse carrément le droit et le devoir qu'ont les parents d'avoir leurs enfants élevés dans les écoles de leur propre religion, sans encourir par là, comme c'est le cas aujourd'hui, un sureroit de charges pécuniaires. Nous considérons que les droits des parents dans ce qui concerne l'éducation religieuse de Jeurs en: fanis sont inaliénables et sacrés, et qu'aucun empiètement ne peut être fait par l'État sur ee terrain, sans violation des libertés humaines les plus pri- mordiales. Telle est, en somme et en substance, notre demande. . Nous ne’voulons pas de mesures palliatives; ce que nous demandons, Sestun remède eatégorique à la grande iniquité commise en Angleterre il
Ya 95 ans, iniquité dont les funestes effets se sont répandus sur tout le pays.
Îl est presque incroyable qu'une minorité énergique, dont le but avoué ‘si de supplanter les écoles volontaires par les écoles officielles, ait pu op- le système confessionnel pendant un quart de siècle, obligeant majoritéà implorer la clémence du vainqueur pour qu'il lui donne le imp de souferavant la destruction complète qui menace sos écoles. IL. Votre Seigneurie n'a pas oublié comment le Parlement, en 1870, ut en prétendant n'avoir que l'intention de suppléer aux écoles libres, bit des Conseils scolaires {school Boards) dont toutes les dépenses devaient être payées sur les fonds publics. Le principe reconnu alors était que l'édus
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46 REVUE ANGLO-ROMAINE cation publique élémentaire étant d'un intérêt national, les frais devaient ‘en être payés par l'Etat. Durant vingt-cinq ans on a mis à exécution ce pri tipe à l'entière satisfaction des partisans des écoles officielles Schools). Sommes-nous déraisonnables en demandant que les bienfaits de Se syslème qui à été jugé profitable aux seules écoles officielless soient aplqués de même à tous Les écoles publiques élémentaires? Et Qui plus est, ne pouvons-nous pas revendiquer au nom des été mentaires de justice l'apphication du système de payement par mon plus seulement à une classe favorisée de la population, mais à toutes écoles publiques satisfaisant aux conditions imposées par le Département de l'ins- iruction publique ? Mais dans l'état actuel des choses, on peut dire qu'une anomalie, une difformité s'est produite dans notre système d'éducation — une partie des écoles étant entièrement aux frais du Trésor publie, tandis que Fautre partie, qui cependant. travaille également à l'œuvre de l'éduca- tion, se voit réduite à vivre principalement d'aumônes. Ajoutez à cela qu'une âpre concurrence — conséquence d'ailleurs inévitable du système — s'est établie entre les écoles officielles, qui peuvent puiser indéfiniment dans le Trésor de l'État et les écoles libres qui sont obligées d'aller quêter de porte en porte l'aumône nécessaire pour assurer leur simple existence. otre Seigneurie et le Cabinet ne sont certainement pas sans savoir combien il est triste et pénible pour les catholiques — spécialement dans le nord de l'Angleterre — d'être obligés de passer souvent un temps consi- dérable tous les samedis et tous les dimanches de l'année à recueillir dans lesrues les sous destinés au soutien de leurs écoles, et cela de la part d'ou- vriers qui ont bien du mal à payer cette taxe supplémentaire prélevée sur leurs gagos. Nous devons ajouter que ces contributions volontaires ou au- imônes prennent un caractère d'incapacité qu'elles sont payées comme une amende qui serait imposée pour au ve ler les droits de la conscience. : é Une conséquence inévitable de ces différents modes de paiement pour le même service public, c'est que nos écoles sont souvent réduites à la misère, nos professqurs mal payés, 108 lüves-professeurs surchargés de travail ei toute notre installation inférieureà celle des écoles officielles; car les res- sources privées qui eussent pu être dépensées en améliorations ou en répa- ration des bâtiments sont entièrement absorbées pour faire face à dec dépenses qui eussent dû être supportées par l'État. En dépit de tout cela, le Livre bleu est là pour attester que les écoles catholiques ont surpassé dans les examens les écoles officielles, pour ce qui concerne les sujets élémen- taires de Linstruction primaire. Dans la partie supérieure du programme il est vrai de dire que nos écoles n'ont pas eu le même succès, mais la cause doit en être attribuée surtout à leur extrème pauvreté. Nous notons avec regret que l'opposition qu'a constamment rencontrée tout projet tendant à un égal paiement par l'Etat de toutes les écoles pu bliques élémentaires semble avoir été dictée, non par un noble souci de l'éducation des enfants qui fréquentent les écoles volontaires, non par le désir de sauvegarder la liberté et les droits des parents, non par le respect leurs convictions religieuses, mais par une détermination bien arrêtée supprimer peu à peu les écoles confessionnelles et de les remplacer par ‘les écoles officielles, qui, ne satisfaisant aux croyances d'aucune confession religieuse, sont par là même inacceptables pour la majorité de la popula- tion. La raison de cette hostilité doit-elle être eherchée dans des jalousies politiques ou dans une animosité contre la religion, où bien encore dans une sorte d'égoisme qui rend aveugle sur l'existence des droits d'au- trui? C'est ce dont nous n'avons pas à nous occuper. Mais nous pouvons poser eette question : Les enfants qui fréquentent les écoles confession nelles n'ont-ils pas tout aussi bien le droit d'attendre de l'Etat le paiement de leur éducation que ceux qui fréquentent les écoles officielles? Ne sont- ils pas tous égaux aux yeux de l'Etat? Ou bien est-ce là vraiment le cas, que les parents qui désirent que leurs enfants reçoivent une instruction ligieuse bien définie en sont réduits à voir leurs écoles flétries d'une marque d'infériorité qui se traduit par une diminution du paiement donné
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LA QUESTION DES ÉCOLES EN ANGLETERRE 41 & l'instruction séculière, et recevant ce nom injurieux d'écoles de charité, soutenues par contributions volontaires? De toutes ces inégalités et de commence à connaître, nous ne
détails concernant l'administration, direction, etc., détails qui entreraient nécessairement dans tout bill apportant une solution finale de la question mais on nous permetra de sigaaler les dispositions générales suivantes Les frais d'éducation dans les écoles nationales ouvertes à tous, gratui et obligatoires, doivent être intégralement supportées par l'Etat et ne peu- vent—sans commettre d'injustice envers ceux des enfants qui appartiennent à une communion religieuse distincte — être rejetés sur le compte des res- sources précaires de la charité. En plaçant les écoles confessionnelles sur une commune base na! de parfaite égalité avec les écoles officielles, on parviendrait à dissiper les craintes bien fondées que toute amélioration prescrite par le Département de l'Instruction publique ne veuille dire un nouvel appel à la charité du peuple. Une égalité de traitement laisserait le champ libre au zèle des Administrateurs comme à celui des professeurs, et cela au grand avantage de l'éducation. Nous n'ignorons pas qu'un remède national à l'inégeli présente, ai qu'une juste extension à tous des principes admis depui 810, entrainerait pour la nation une dépense considérable. Nous sommes prêts à supporternotre part de ces nouvelles charges publi- ques, car nous reconnaissons qu'il est contre l'esprit du jour de déclarer que les frais d'éducation de la majorité de la population doivent être suppor r laumône, andis que, pour le restant, ls sont à la charge du Trésor poblic. Nous avons confiance que, étant donné que le droit et la justice éxigent une dépense nationale, le Parlement se rendra compte qu'il n'y a d'autre moyen honorable d'y fire face qu'en levant des impôis et en payant ce qui est dà. lais, dans ces nouvelles dépenses à prévoir, il est possible de suggérer quelques économies. Si l'objection ayant cours prévalit, — objection s'ap- Puyant, pour repousser une augmentation considérable des taxes local sur ce ierrain que le hasard rend ces charges inégalement lourdes la population et suivant les lieux, alors que l'instruction publique est s tout une question nationale, — #i cette objection, disons-nous, prévalait, c'est alors qu'il faudrait mettre les dépenses scolaires à la charge du Trésor public. Mais, en classifiant les écoles et en modifiant le taux de l'impôt par tête suivant les besoins de chacune de ces classes, une économie pourrait être réalisée— étant donné que la dépense par tête est plus grande pour une école de seulement quarante enfants que pour celles qui en renferment six cents ou mille. IV. Nous ne désirons pas voir diminuer la quantité ou la qualité de l'éducation lalque réclamé par le peuple. Au contraire, nous désirons que chaque district, tout en dépendant du Département de l'instruction publique, ait le pouvoir de fixer le niveau de son enseignement. . Nous proposerions, en conséquence, que toutes les fois que les circon- #tances exigent des écoles officielles des dépenses plus élevées que la aub- vention accordée par le Trésor, le Conseil des Ecoles ait le pouvoir, dans chaque district, d'imposer une taxe locale supplémentaire, Nous sommes d'avis toute coûte faculté devrait être sujette à certaines restric Les conseils scolaires furent, à leur origine, appelés à faire face à des besoins pressants, et à cet effet furent investis d'un contrôle exceptionnel et illimité sur les ressources publiques. Ces besoins n'existant plus aujour- d'hui, la légitimité des pouvoirs extraordinaires accordés alors a également cessé. Nous suggérons donc que, dans la revision des lois scolaires qui d être entreprise par le Gouvernement, il soit inscrit certaines clauses pulent que désormais les dépenses des Conseils scolaires seront soumises än contrôle et à la direction des Conseils de comté. Les ressources de chaque comté ‘sont limitées, et leur distribution ne peut être faite d'une 48 REVUE ANGLO-ROMAINE manière équitable que par ceux qui ont à prévoir d'une manière générale les principaux besoins de la population, et non par des corps particuliers dont tout l'intérêt et l'enthousiasme se concentrent sur un seul objet. Nous croyons que le droit de contrôle accordé aux Conseils de Comité sur les taxes scolaires ainéi que l'ebolition du présent système de concur- rence injuste et inutile entre les écoles officielles et les écoles libres, elfec- tuerait une économie considérable, sans être préjudiciable à la cause de l'éducation. . . u Nous proposons en outre, que, toutes les fois qu'un Conseil scolaire aura, avec l'approbation du, Conseil de. Comté, levé des taxes supplémentaires, toutes les écoles publiques du District, ÿ compris les écoles libres, soient admises à y participer proportionnellement au nombre de leurs élèves et sous garantie eL conditions équitables, dont il serait convenu d'avance. De cette manière toute concurrence illégitime entre les écoles officielles et les écoles libres serait évitée, etle mème niveau d'instruction serait maintenu dans toutes les écoles publiques élémentaires du district. “V. — Quant la question de l'instruction religieuse, nous considérons ‘en dehors des quatre heures par jour exigées par le Code pour l'instruc- tion laïque, on devra s'en remettreau jugement des Conseils scolaires, dans les cas des écoles oficielles, et des conseï ls d'administration, dans le cas des écoles libres, du soin de ixerla nature de l'enseignement religieux à donner ur répondre aux intentions des parents qui ont des enfants dans ces iverses écoles. Mais dans aucune école publique élémentaire (officielle ou libre), on ne devra obliger un enfant à assisier au cours d'instruction religieuse contre le désir exprimé par ses parents ou tuteurs. Ék sur cet important sujet de l'éducation religieuse nous ferons remarquer frais qu'elle occasionnera seront, à l'avenir comme par le passé. à rge du Présor public, dans Le cas "des écoles officielles, Dans le cas oles libres, au contraire, ce seront surtout les dons volontaires qui subviendrontà ces dépenses, sans compter celles qui ont déjà été faites en terrains et. bâtiments et dont le total est estimé à environ 40 millions de livres (1 milliard de francs). VI. — Comme conclusion, nous nous hasarderons à soumettre cette gpinion au gouveraement de sa Majesté à savoir, que le Lemps est aujour. d'hui venu de régler d'une manière définitive et libérale notre système d'Education publique élémentaire. Et de même que nous insistons avec respect sur la nécessité de faire entièrement justice aux écoles libres, nous prions en même temps le gouvernement de Sa Majesté que toute mesure fendant à satisfaire aux vœux des grands corps non-conformistes, soit éga- lement prise en considération et transformée en texte de lois. Ce que nous désirons, c'est l'établissement d'un système national également juste et équitable pour tou: k Signé pour tous les évêques catholiques d'Angleterre et de Galles.
HERBERT, cardinal VAUGHAN.
NORFOLK,
Président du Comité catholique des Ecoles,
Le Direcleur-Gérant: FERNAND PORTAL.
PARIS, — IAPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,