Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1895

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Post-Vatican II etude-privee
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47 ANNÉE N°3 241 DÉCEMBRE 1895

               REVUE

ANGLO-ROMAINE - RECUEIL HEBDOMADAIRE

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            plina orientaliu:                              ]
          Nouvelle déclaration des évêques cathol
            d'Angleterre sur la question scolaire          [r



                     PARIS
    RÉDACTION      ET      ADMINISTRATION
                AT, RUE    CASSRTTE


                        1895




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PRIX DES ABOÏNEMENTS |‘ TARIF DES ANNONCES FRANCE , A LA PAGE: Un ax. Six mois TROIS MOIS.

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                                                rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans des articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

L'INTERMÉDIARE CATHOLIQUE DE BESANÇON & DE GENÈVE MAIBON DE CONFIANCE FONDÉE À BESANÇON EN'1884

MONTRES & PENDULES BNQUTERIE — JOAILLERIE — ORFÈVRERIE Aveo la seule Commission du Gros

Adresser les demandes en fabrique à Madame MARIE MARILLIER, 7, rue du Mont-Sainte-Marie, BESANÇON

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Quel que soit le point de vue auquel on l'envisage, on ne peut refu- ser à l'Église Anglicane le rôle important, considérable, qu'elle joue dans la question religieuse, voire même dans l'histoire de la Chré- tienté, Placée entre le Catholicisme et le Protestantisme, Rome la dé- clare protestante, alors que les Luthériens l'appellent papale. Cela rappelle la fable du « Bouclier ». De quel côté se trouve la vérité? 11 sous faudra envisager la question successivement aux deux points de vue pour arriver à une solution; ce qu'il y a de certain, c'est que ce

ne sont pas lecatholicisme et le protestantisme qui se rencontrent dans l'Église Anglicane, c’est l'esprit oriental et celtique qui se trouve en face de l'esprit saxon et romai L'étude approfondie des origines de notre Église nous révèle la surce orientale; mais elle passe par Marseille et l'Église celtique, avant de débarquer sur nos côtes, et cela à une époque très reculée, Du côté de l'organisation et dans quelques détails de la doctrine, mous ressemblons à Rome : car nousn'avons pu oublier et nous n'ou- blierons jamais que la lumière de la foi, presque éteinte dans l'An- gleterre vers la fin du v* siècle par l'invasion des Saxons, a été rillumée un siècle plus tard par la mission de saint Augustin, en- voyé du pape Grégoire.

“X.D.L, R.— Le très remarquable article que nous donnons aujourd'hui es dû à la plume d'un anglican, M. Spottiswoode, vice-président de la Chambre des Laiques de la province de Cantorbéry. La Chambre des Laiques, House of Lagmen, est une commission de hiques élue par les diocèses que l'archevêque de Cantorbéry rassemble sieurs fois chaque année pour traiter des affaires courantes. Toutefois ‘lle n'a point d'attributions législatives ou administratives, mais seulement consultative Ellea charge dev ler soigneusement sur les mesures touchant les itérta de l'Église qui peuvent être proposé au Parlement, et d'ailleurs leaucoup de membres de la Chambre des Laiques sont en même temps membres du Parlement. Le renouvellement de la Chambre des Laïques à lieuà chaque nouveau Parlement, les membres sortants sont réiligibles. Nous donnerons prochainement un article écrit par un catholique aughis intitulé : l'Eglise anglicane, vue du dehors. NUE ANGLOROMAUNE, — TL — 7

ae: UNIVERSITY OF MICHIGAN REVUE ANGLO-ROMAINE

                                Lil

Laissons de eôté les traditions anciennes qui nous donnent saint Paul comme premier apôtre, et aussi la charmante légende de saint Joseph d'Arimathie suivant laquelle il aurait débarqué avec quelques compagnons dans cette ile délicieuse d'Avalon, dans le çomté de So- merset, où, selon le poète, il ne tombe jamais de neige ni de grêle, el où il aurait planté cette aubépine qui bourgeonne chaque année le jour de Noël. Ce qu'il y a de certain, c'est que le Christianisme fut importé dans notre pays dèsles premiers siècles, et nous pouvons citer les noms des trois évêques britanniques qui assistèrent au Concile d'Arles en 314. Le Christianisme primitif, celique, reçut le choc de l'invasion saxonne à la fin du v* siècle; après quelque résistance, il battit en retraite et se réfugia dans les montagnes du pays de Galles. Toutefois il ne devait pas disparaitre, et nous le retrouvons plus tard, sôus les élendards de saint Colomban et de saint Aidan, reconquérant l'Écosse éLle grand royaume de Northumberland, dont la capitale était la cité d'York. Ce grand mouvement était déjà commencé quand le pape Gré- goire, en 597, envoya saint Augustin pour raviver la lumière de la foi. Il vint à Cantorbéry. La reine Berthe était déjà chrétienne; Augustin convertit le roi, sous les ordres duquel, comme cela se passait alors, toute la nation embrassa le Christianisme. Nommé archevèque, Au- gustin s'installa à Cantorbéry où il fixa le siège archiépiscopal autour duquel rayonna son action, très limitée d'ailleurs: car si elle se fit sentir dans le comté de Kent et les environs de Londres, le comté voisin de Sussex devait rester encore païen péndant l'espace d'un sièele Paulinus, compagnon de saint Augustin, s'établit, en 627, à York. Il y fut évèque pendant six ans; mais les païens renversèrent vite le frèle édifice qu'il y avait élevé et lorsque, plus tard, les chrétiens forcèrent de regagner le terrain perdu, c'est au moine Aidan qu'en appela le roi victorieux, saint Oswald, pour rétablir la suprématie de oix dans son royaume. Insulaire, monastique, comme tous les tiques, saint Aidan établit son trône épiscopal dans l'île de Lin- disfarne, et c’est à ses efforts el à ceux de ses moines qu'on dut la con- version définitive du nord de l'Angleterre. Nous avons assisté à la lutte du Christianisme des Bretons contre le nisme des Saxons; il lui restait encore une dernière lutteà En rentrant en Angleterre au vu siècle, les missionnaires ques, venant du nord, se trouvèrent en face des missionnaires ins qui venaient du sud. Ces deux courants àleur tour vinrent se heurter l'un contre l'autre. Raconter les péripéties de cette lutte nous conduirait trop loin; qu'il nous suflise de dire qu'après de lon-

                                   ginal from
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gues discussions ils arrivèrent enfin à une entente qui mit fin aux controverses qui les avaient jusque-là divisés, lout spécialement celles qui étaient relatives à la coutume de la tonsure et à la date des fêtes de Pâques. Rome triompha, l'esprit celtique s'impose, et les deux Églises fusionnèrent. De là sortirent les deux archevéchés qui devaient survivre jusqu'à nos jours, presque égaux en anciennelé comme en honneur :l'un, celui d'York, avec le titre officiel de Primat d'Angleterre, l'autre, celui de Cantorbéry, avec le litre de Primat de toute l'Angleterre. Le premier, œuvre de l'enthousiasme cellique, étendait son action sur le royaume du Nord; le second, élevé par l'énergie des missionnaires de Rome, dominait le royaume du Sud. Le Christianisme celtique pourrait s'enorgueillir, à juste titre, de l'esprit personnel et indépendant de sa religion; mais il lui manquait l'organisation solide qui la oujours fait la force de Rome, aussi bien de la Rome païenne que de la Rome chrétienne. La fusion vint com- bler cette lacune, en sorte qu'elle contribua pour une part à la consti- tution primitive de l'Église anglicane, si bien que l'on peut dire que l'esprit de saint Pierre el celui de saint Paul y président également. J'insiste sur ces détails qui sembleront sans importance, parce que je suis persuadé que c'est à celte double origine qu'est dà cet esprit de singularité dont l'Église anglicane a fait preuve depuis ses com- mencements, et non seulement durant les orages passagers de la Réforme. Deux sangs, deux courants se sont trouvés côte à côte de- puis saint Augustin, le Celtiqué et le Romain. Pour n'en citer qu'un exemple, la passion de lire l'Écriture Sainte dans la langue vulgaire, qui éclata si vivement au xv siècle, ne présentait rien de nouveau; en effet, le Vénérable Bède était mort dans son monastère de Jarrow, en 735, en dictant les derniers mots de sa traduction de l'Évangile selon saint Jean, et plus tard Wiclif, alors catholique, quoique très avancé dans ses idées politiques, produisait une version anglaise de toute la Bible d'après la Vulgate; Tyndal et ses successeurs ne firent que continuer l'œuvre de Bède et de Wiclif. On remarquera que ces traducteurs appartenaient à la race du nord d'Anglelerre, c'est-à-dire aux pays convertis par les missionnaires celtiques. Enfin, nous devons encore noter celte eurieuse observation, que la consoli- dation définitive de l'Église d'Angleterre fut faite per un envoyé du pape, Théodore le Grec, archevêque de Cantorbéry, 668, mais que, tout délégué qu'il fût par le successeur de saint Pierre, il venait de Tarse, ville natale de saint Paul.

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L'invasion normande augmenta beaucoup le pouvoir du Saint-Siège sur l'Église anglicane. Guillaume I*' (le Conquérant), après s'être em- 100 REVUE ANGLO-ROMAINE paré du trône d'Angleterre, avait obtenu la ratification de sa conquête par le pape ; aussi, se trouvait-il obligé de faire prévaloir l'influence de Rome. Malgré ce puissant appui, les luttes n’en continuaient pas moins, dans lesquelles le pouvoir temporel prenait parfois le dessus , Henri IL faisait assassiner saint Thomas de Cantorbéry, brisant pour le moment le pouvoir de l'Église, puis, bientôt après, il était flagellé par le Clergé de la métropole. IL était de tradition dans la Maison d'York de combattre l'Église, tandis que les rois Lancastriens la sou- tenaient, lout en cherchant, suivant la politique nationale, à res- treindre le pouvoir toujours croissant de la Papauté. Ce pouvoir, en effet, insensible à l'origine et d'un caractère presque fraternel (Ur- bain Il, écrivant à saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, l'appelait « Papa alterius orbis »), s'étendait et prenait peu à peu un caractère dominateur, non sans trouver une grande résistance dans la nation qui revendiquait ses anciennes libertés. Deux tendances aussi aceusées et de sens contraire devaient faci- lement amener un choe. Il eut lieu sous Henri VIII, et ce roi despote, dissolu et, à la fin de son règne, très cruel, qui aurait dà inspirer à tous la haine et le mépris, puisa quand même une certaine popula- rité dans le courage avec lequel il sut tenir Lête àla domination et aux exigences de Rome. La défense faite d'en appeler à Rome (1553), qu'on pouvait considérer comme la rupture détinilive de la cour d'Angleterre avec le pape, fut une mesure très populaire. Depuis de longues années, on supportait difficilement l'ingérence continuelle d'un pouvoir étranger dans les affaires du royaume. Les tergiversa- tions de Rome ausujet du divorce d'Henri VIII mirent le comble au mécontentement; on résolut d'en finir d'un coup, et, désormais, la politique anglaise fut soustraite à l'influence papale.

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Nous sommes arrivés à cette succession d'événements qui devait durer plus d'un siècle, et que l'on comprend généralement sous le litre de «Réforme» :titre exact, carce quieut lieu fut bien certainement une réforme de l'ancienne Église et non sa destruction. Ce point, je le sais, est très controversé ; je vais l'exposer en me plaçant au point de vue anglais. Lorsqu'Henri VIIL mourut (1547), rien n'était changé dans les offices; on disait la Messe en latin, comme autrefois; le nombre des fètes obligatoires seulement était diminué, et les monastères petits et grands avaient été supprimés, leursrevenus étant partagés, pour la plupart, entre le roi et ses courtisans. C'est en vain que Cranmer (archevêque de Cantorbéry, 1533) avait essayé d'en conserver quel- ques restes pour l'éducation des pauvres.

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A Henri VIIL succéda, comme l'on sait, son fils Édouard VI, enfant maladif de neuf ans; sous son règne, en 1549, fut publié le premier Book of Common Prayer and administration of the Sacraments and other Bite and Ceremonies of the Church, after the use of the Church of Engiund. En étudiant sérieusement ce livre, on s'aperçoit que rien n'était moins dans l'esprit de ses auteurs que de fonder une nouvelle Église. Trois ans plus tard (1532) paraissait le second livre d'Édouard il contenait des changements dans un sens plus réformateur; Cran- mer subit peut-être l'influence de son entourage et celle des réforma- leurs d'outre-mer; mais il est juste de dire que, ritualiste instruit, il Seorça dans les changements qu'il apporta au rituel de la Messe, de serapprocher des offices primitifs plutôt que de se conformer aux idées des réformateurs étrangers. Ceux-ci firent mauvais accueilà ce second livre, déclarèrent l'Église anglicane toujours enfoncée dans les lénèbres, parce qu'elle cherchait à se conformer aux modèles primi- li et non à ceux de Genève. L'effet de ces changements fut plus restreint et plus superficiel qu'on n'aurait pu le croire ;on continua à dire la Messe dans beaucoup d'églises, spécialement dans le Nord, pendant le règne d'Édouard VI, 1 dans beaucoup de paroisses ces changements passèrent par-dessus la tête de bien des gens simples qui vivaient loin de la Cour et de ses intrigues. Quelques mois après la publication de ce second livre, Édouard mourut (1553); sa sœur Marie lui succéda; elle rétablit l'ancien ré- gime de l'Église, chassa les évêques qui refusèrent de se conformer à ces changements, mais ne parvint pas à persuader à ses courtisans de rendre les grandes propriétés de l'Église qu'ils tenaient des faveurs de son père Henri VIII. A la mort de Marie (1558), sa sœur Élisabeth monta sur le trône, et le parti de la Réforme regagna peu à peu son pouvoir. On rétablit le Prayer Book avec quelques modifications dans un sens catholique. es modifications devaient durer un siècle : car ce ne fut que deux ans après la restauration de Charles I que le Prayer Book subit une autre revision (1662), cette fois aussi dans le sens catholique, et c'est ce livre qui est actuellement en usage. Qu'est-ce que le Prayer Book de l'Église anglicane ? C'est tout sim- plement le Bréviaire, le Missel, le Rituel et l'Ordinal. Si, en effet, nous remontons vers 4530, nous trouvons qu'à celte époque les heures #uïent récitées; les Matines et quelques-unes des Petites Heures, le matin; les Vépres et les Complies dans l'après-midi; elles don- aient aussi l'idée générale de deux offices, dont l'un, celui du matin, #aitlong, compliqué et contenait de nombreuses répétitions. Auxvr' siècle, un besoin de simplification et de réforme du Bré- aire s'imposait ; plusieurs membres du Clergé et des religieux s'y

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102 REVUE ANGLO-ROMAINE employèrent. La réforme la plus radicale fut le Bréviaire du cardinal Quignonez, qui jouissait de l'approbation du Pape, au moins pour la récitation privée. Une des singularités de ce bréviaire est la réci tation invariable du psautier, chaque semaine, sans les changements continuels pour les jours de fête qui caractérisent le bréviaire romain. La première idée de la Réforme anglicane vient de la; ce qui le prouve, c'est que la préface du premier Prayer Book fut tirée presque mot à mot de la préface du cardinal Quignonez, etqu'on la retrouve en grande partie encore dans le Prayer Book d'aujourd'hui. Je dois signaler une modification caractéristique apportée à l'office anglican. Dans le bréviaire de Quignonez, il y avait loujours aux Matines trois leçons, la première tirée de l'Ancien Testament, la deuxième, du Nouveau Testament, et la troisième, des vies ou des écrits des saints : le Prayer Book supprima cette dernière et retint les deux autres. Après les offices du matin et du soir, el correspondant au Missel, se trouvent dans le Prayer Book : 4° Les collectes, les Épitres et les Évangiles pour les dimanches et fêtes; les mêmes pour la plupart q avaient existé dans notre Église pendant six cents ans; 2° « The order d the administration of he Lord's Supper or Holy Communion ». Dans le premier Prayer Book, ce litre est suivi de ces mots : « Commonly eal- led lle Mass ». Ceux qui sont habitués au cérémonial de la Messe romaine trouve ront celui de l'Église anglicane sévère, même un peu froid. Je ne les blàme point, je m'associe à ces paroles amicales et charitables du Prayer Book: « Dans tout ce que nous avons fait, nous ne blâmons «aucune autre nation: nous ne prescrivons rien, excepté à la nôtre.» Qu'il me suffise de dire que le cérémonial de la Messe, tel que nous l'avons aujourd'hui, est le résultat d'un effort de bonne foi plus ou moins heureux. On s’efforça de ramener le rituel de la Sainte Eucha- ristie à ce qu'on croyait être la simplicité des temps apostoliques. Nous avons conservé, cependant, plus qu'on ne pense de l'ancien rituel; ainsi, le prêtre commence par le Pater noster el la collecte Deus eui omne cor patet, qui faisaient l'un et l'autre partie de la préparation du prêtre dans l'office de Sarum (Salisbury), puis on r6- cite le décalogue, comme c'était d'usage depuis des siècles dans l'É- glise anglicane, bien qu'il ne se trouve pas dans le Missel. Le Æyrie répété dix fois, une fois de plus que dans l'ancien office, sert de ré- pons aux dix commandements. Ce même Æyrie a conservé une parti eularité de l'ancien office anglican : on ajoute au Xyrie eleison quelques mots pour en faire une courte prière, comme c'était l'usage dans les offices des grandes fêtes. Suivent la Collecte, l'Épitre, l'Évangile, le Credo, le Sermon {s'ily en a un), l'Offertoire, la Prière pour l'Église, la Conféssion et l'Absolutioni, le Sursion corda avec la

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M . Séiss

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Préface et le Sanctuy, la Consécration avec la Communion du prêtre, et ite du peuple (il faut toujours qu'il y ait quelques communjants), etl'on finit par le Pater noster, l'Action de grâces, le Gloria in excelsis et la Bénédiction donnée par le prêtre ou par l'évêque. Comme on le voit, nous avons conservé l'essentiel, tout en supprimant la plupart des cérémonies accessoires. Plusieurs rites de la Messe Anglicane, qui différent de la Messe Romaine actuelle, se trouvaient dans l'Ancienne liturgie dite “ Gallicane ”, en usage autrefois en Angle- terre. Les livres de Sarum sont, dans leur ensemble, presque exclu- sivement “ Gallicans ".

                                 %


Une grande discussion a eu lieu au sujet du nombre des Sacrements:

yen a-til sept ou deux? L'Église romaine et les Églises orientales en comptent sept ; l'Église anglicane, seulement deux. Voilà, apparem- ment,un grand différend et qui cependant se réduit à une pure question de définition. L'expression de Sacrement a été réservée par l'Église Anglicane aux deux rites expressément mentionnés dans l'Évangile, suivant la distinction établie par beaucoup de Pères et d'anciens {héo- logiens. Ce sens.très strict donné par l'Église anglicane au mot : sacrement » ne lui permet d'en compter que deux, et, cependant, elle me se refuse pas complètement à admettre que, dans une acception pluslarge, on puisse étendre ce litre. Ainsi la Confirmation, le Mariage “les Ordres, sans être comptés comme sacrements, sont honorés comme tels; la Pénitence, c'est-à-dire la confession devant un prêtre, n'est pas obligatoire, mais elle est recommandée dans certains cas. Seule, l'Extrème-Onetion n'est pas en usage chez nous.

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Comme nous l'avons vu, l'Église anglicane établit une importante

distinetion entre les Sacrements; elle n'accorde ce titre qu'aux deux grands Sacrements de l'Évangile, sans nier toutefois l'eflicacité des autres; elle agit de même en ce qui concerne les Ordres : n'ayant lrouvé dans le Nouveau Testament que l'épiscopat, la prètrise et le disconat, ce sont les seuls qu'elle conserve. Un grand nombre de personnes, de ‘celles surtout qui vivent hors de l'Angleterre, ont pu croire que la Réforme avait rompu avec toutes les traditions de l'ancien régime et apporté en quelque sorte une religion, une Église toutes nouvelles. Il n'en est rien et, sans mous étendre trop longuement sur ce sujet, il me suflira de citer un passage de la Préface de l'Ordinal où nous trouverons la preuve pal-

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404 REVUE ANGLO-ROMAINE pable que l'intention de l'Église anglicane était bien de continuerles anciens Ordres. « 11 devient évident, pour ceux qui lisent avec atten- « tion les Saintes Écritures et les anciens auteurs, que dès le temps «des apôtres il y a eu dans l'Église ces ordres, c'est-à-dire les « évêques, les prêtres et les diacres. Aussi, afin que ces ordres soient « maintenus et respectés... etc. » Ainsi, l'intention de continuer les anciens ordres est lente, dans la formule employée pour les transmettre : « Accipe Spiritum Sanctum «in officium et opus Sacerdotis in Ecclesia Dei, per impositionem manuum « nostrarum jam tibi commissum. Quorum remiseris peccala remittuntur eis, «el quorum relinueris retenla sunt, ele. ete. » À la consécration d'un évêque, on se sert de la formule suivante : Accipe Spiritum Sanctum in « oficium et opus Episcopi in Ecclesia Dei, per imposilionem manuum nostra- rum jem tibi commissum : In nomine Patris, ele, el. » Il me sera permis d'ajouter qu'on peut constater la succession de nos évêques, malgré les destitutions qui eurent lieu pendant les terribles convulsions qui agitèrent l'Angleterre sous Édouard VI et la reine Marie. Cranmer futarchevèque de Cantorbery de 1533 jusqu'au 2 mars 1556, jour où il fut brûlé à Oxford. Le lendemain, Pole, qui était Cardinal depuis 1536, fut consacré Archevèque. La mort vint le frapper en 4558 et l'année suivante Parker lui succéda. Pour l'un des Évèques qui avaient pris part au sacre de Parker, Barlow, Évèque de Chi- chester, on a dit que nous ne possédions aucune preuve de sa con sécration. Qu'il suffise de remarquer à ce sujet, que pendant ces vingt-deux années (1536-1558) il y a plusieurs lacunes dans les registres, dans ceux des Archevêques Warham et Pole, aussi bien que dans ceux de Cranmer. Nous refusons d'admettre les ordres des Luthériens, des Réformés et ceux des autres sectes protestantes.

                               VI

Nous avons interrompu le résumé historique de la Réforme à l'é- poque de l'accession au trône d'Élisabeth, en 1558, parce qu'il nous a semblé nécessaire, pour faire comprendre quelle était alors la situation de l'Église anglicane, d'exposer les origines et la composi- tion du Prayer Book. Dans toutes les luttes, tant ecclésiastiques que civiles, les parlis opposés se groupent autour d'un signe de rallie- ment: ce sera l'Arche d'Aliance chez les Israëlites, l'Aigle chez les Romains, de nos jours le Drapeau; le signe de ralliement de l'Église anglicane depuis le seizième siècle ne fut autre que le Prayer Book. La reine Marie mourut le 17 novembre 1558, la veille de la mort de son cousin le Cardinal Pole, archevêque de Cantorbéry; sa sœur Éli- sabeth, quoique de religion catholique, était politiquement antipapale ;

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la conciliation religieuse était son mot d'ordre. Le commencement de son règne ne nous offre rien de particulier à signaler, si ce n'est que les réformateurs emprisonnés furent rendus à la liberté et que ceux qui avaient été exilés purent rentrer en Angleterre. Ils revinrent, mais non tels qu'ils étaient partis. Chassés de leur patrie par la politique cruelle et maladroite de Marie, durant les cinq années que dura leur exilils s'associèrent avec les Réformés de Suis: uxavaient rompu avee la foi et la discipline catholiques; de là l'origine du Puritanisme qui devait plus lard renverser l'Église. La reine cachait ses idées religieuses personnelles et, en présence de la situation nouvelle, elle se déclara ouvertement pour la Réforme, tout en laissant deviner son inclination à remettre les choses en l'état où elles se trouvaient à la mort de son père Henri VIII. Elle céda cependant à la nécessité politique et consentit à rétablir le second Prayer Book d'Édouard VI, mais après une revision dans le sens eatholique et en se réservant le pouvoir d'augmenter les cérémonies, c'est-à-dire de les restaurer peu à peu selon les circonstances. La politique fatale de sa sœur devait tout arrêter en mettant au cœur des réformateurs exilés une haine profonde contre tout ce qui touchait au catholicisme, puis les dangers politiques que courait la reine devaient L'entrainer elle-même peu à peu dans une autre voie. La rupture avec la cour de Rome remontait à 1533; mais les liens uels du Pape avec l'Église anglicane ne furent définitivement brisés qu'en 1570. Paul IV n'avait pas voulu reconnaître Élisabeth comme Reine; Pie 1V, son successeur, se montra plus conciliant. On retrouve dans les écrits contemporains la mention d'une lettre de Sa Sainteté ainsi libellée : « Carissimaæe in Christo filiæ Elisabethæ Regina Angliæ », dans laquelle il offrait de reconnaitre le Prayer Book à la condition que la reine donnât son adhésion à la papauté ; il était trop tard. Par la suite, les dissentiments entre Rome et l'Angleterre ne firent que s'envenimer. Nous ne suivrons pas les complications de la politique tortueuse de ce temps; il nous suflira de dire qu'en 1370, Pie V excommunia la « soi-disant » reine d'Angleterre, ce qui créa entre les deux Églises une barrière infranchissable, À cette époque eurent lieu les exécutions, plus politiques que religieuses, il faut le dire, qui souillèrent la dernière partie du règne d'Élisabeth. Les oscillalions que subissait l'Égl anglicane s'apaisèrent peu à peu; elle s'orienta comme autrefois vers la foi primitive, ayant pour base les saintes Écritures interprétées dans le sens que leur donnait à l'origine l'Église catholique et conformé- ment aux décrets des quutre premiers Conciles acuméniques. Ainsi au milieu des dangers, dans les temps les plus orageux, l'Église an- glicane n'ajamais abandonné la tradition etl'organisation primitives; c'est à cela qu'elle doit d'avoir conservé la foi catholique, landis que

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106 REVUE ANGLO-ROMAINE les sectes qui datent de laRéforme sont tombées dans l'arianisme où dans la négation absolue. Malgré le rétablissement de la discipline ecclésiastique, le purita- nismie gagnait toujours du terrain ; il en fut ainsi pendant cent ans, jusqu'à ce que, l'horizon s'assombrissant de plus en plus, l'orage finit par éclater en 1643, Le 40janvier de cette année, Laud, archevèque de Cantorbéry, fut décapité près de la Tour de Londres; le 24 août, le Prayer Book fut supprimé, et le 30 janvier de l'année suivante le roi Charles 1° fut décapité à Whitehall. Onze ans plus tard, la tempête de la persécution se dissipa; le Protecteur Cromwell mort, le « Commontreatlh » échappa aux mains débiles de son fils. Charles IL revint sur le trône et, les évêques survivants reprenant-leurs sièges, l'ancien régime recommença. : Depuis ce 1emps, l'Église anglicane a vécu sans olutions, n'ayant qu'un souci, celui de remplir noblement ses devoirs vis-à-vis de son peuple. Nous n'exposerons pas son histoire pendant ces deux derniers siècles, elle ne pourrait présenter d'intérêt qu'à la condi- tion d'entrer dans de longs développements qui sortiraient du cadre de cette étude. Nous nous contenterons de dire que, mettant à profit cette ère de tranquillité, elle s’est considérablement développée. Grâce à l'initiative privée, le nombre des évêques, qui était de cin- quante au commencement du xvr° siècle, s'élève aujourd'hui à deux cents évêques diocésains et à cinquante coadjuteurs ; le nombre des membres du clergé dépasse trente mille.

                               VII


  a sans doute remarqué, au       cours de     ce résumé historique,

combien grande et soutenue a été l'intervention du pouvoir civil dans les questions religieuses; quelque étrange que puisse nous paraître à la fin du xx° siècle une pareille immixtion, l'histoire nous la montre dans la vie de tous les peuples, et nous devons l'ac- cepter comme caractéristique des idées du moyen âge. Chose cu- rieuse, en Angleterre !elle n'a pas tout à fait cessé; aussi suis-je tenté de dire que, à un certain point de vue, l'Église anglicane est la plus «moyen àge » des Églises d'Europe. de me permettrai de citer à ce sujet, en les abrégeant un peu, quelques passages du livre écrit par le savant P. Gasquet sous le titre : « Edward VI and the Book of common Prayer ». « Au delà de l'idée qui re- « connaissait le roi comme « suprême », même dans les affaires de la «religion, la loi, comme expression de la volonté nationale, consacrée «par la sanction royale, paraissait, même à des personnes comme «les Evêques Gardiner et Tunstal, demander non seulement l'obéis- «sance extérieure, mais aussi celle de la conscience. Si outrée et

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L'ÉGLISE ANGLICANE VUE DU DEDANS 107

« déraisonnable que nous paraisse cette attitude d'esprit, elle exis- «tai dans ce temps-là et il faut toujours en tenir compte. Je ne dis «cela ni pour blâmer ni pour exeuser ceux qui ont agi d'une telle «hçon, mais pour expliquer des actions qui sans cela resteraient «tout à fait inexplicables. » D'ailleurs, pour nous, c'est une idée invétérée ; elle date, comme beaucoup d'autres de nos idées, des origines de notre race, c'est- dire du temps des Saxons, quand le roi et l'évêque siégeaient côte à cûle pour rendre la justice soit ecclésiastique, soi

                                    IX

J'ai dit que le but de l'Eglise anglicane était de remplir ses devoirs vis-à-vis de son peuple; quel est exactement ce peuple ? La race anglo-saxonne, celle race qui, resserrée et comme cantonnée airefois dans les Iles Britanniques, composée, à l'origine, de tous les éléments que les hasards des conquêtes y avaient amenés, les Ces, les Romains, les Saxons, les Danois et les Normands, devint par suite de la fusion de ces éléments divers une race unique, l'Anglo- Saxonne. Pendant dix siècles elle se maintint resserrée dans nos petites ile puis vers la fin du seizième elle déborda, allant peupler le continent que du Nord, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, et les îles desocéans Atlantique et Pacifique. De nos jours les colonies an- ghises se sont mullipliées et, même en dehors d'elles, la race anglo- sonne est aujourd'hui si universellement répandue en tous pays, quon peut dire que nulle part on ne se trouve loin d'un Anglais. Nous pourrions comparer l'Église anglieane à un arbre dont les branches s'étendent au loin ; planté dans les premiers siècles du Christianisme, devenu stérile au cinquième, greffé sur la souche ro- maine au septième, gravement secoué par l'orage du seizième, presque abattu au dix-septième, il a depuis cette époque poussé des rameaux qui s'étendent partout. L'œuvre de notre Église, surtout envers les autres grandes Églises de la chrétienté, est conservatrice, conciliatrice. Entre tous les mal- “alendus d'une chrétienté désunie, d'un monde égaré, prètez l'oreille ä a voix, vous l'entendrez toujours vous dire : « Rogate qu ad pacem nt Jerusalem. »

                                         George À. SPorriSwo0DE,
                               Vice-Président de la“ Chambre
                                                         des Li
                                     de la Province de Cantorbérs.




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L'ÉGLISE ROMAINE

EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE

Dans le dernier numéro de cetle Revue nous avons inséré, à la partie documentaire, la traduction de la réponse du Phanar de Constantinople et de quelques évêques qui gravitent autour de ce centre, à l'Encyclique de N. T. S. P. le Pape Léon XIII touchant l'union des Églises orientales à l'Église romaine. Cette réponse est à peu près ce que l'on pouvait attendre des évêques schismatiques grecs. Avec des entrailles toutes paternelles le Saint-Père avait ap- pelé à l'union avec Rome l'Église schismatique grecque, comme toutes les autres Églises dissidentes d'Orient. Les évêques qui se rattachent à Photius, répondent par un non possumus absolu au touchant appel du successeur de Pierre. Nous ne nous attarderons guère à discuter leurs intentions. Sont-ils dans la bonne ou la mau- vaise foi? C'est là le secret de Dieu. Cependant, comme ils s'effor- cent de motiver leur résolution de persister dans le schisme, nous avons le droit et le devoir d'examiner leurs raisons. Les motifs qu'ils allèguent pour légitimer leur attitude schisma- tique, ce sont les nombreuses divergences qui existent, pensent-ils, entre l'Église romaine et l'Église du Phanar. L'énumération de ces divergences nous engage à ouvrir un débat loyal, ne serait-ce que pour dissiper ‘certaines équivoques, qui règnent encore peut-être dans bon nombre d'esprits, et qui peuvent être une entrave à l'action pontificale. A vrai dire, ce travail ne sera pas tant une réponse qu'une étude attentive et impartiale des faits et des monuments du passé. Nous estimons que les longues discussions ne sont d'aucune efficacité avec de pareils contradicteurs. Ces discussions n'ont eu aucun résultat pratique dans le passé; elles n'en auraient pas davantage aujour- d'hui, Dès lors, ce qu'il y a de plus pratique, c'est de laisser la parole aux faits et aux témoignages autorisés des siècles chrétiens. C'est aussi ce que nous ferons. Nous passerons en revue les divers points de divergence entre les

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L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 109

deux Églises dans l'ordre même où ils sont énumérés dans l'Ency- clique patriarcale. Comme nous avons affaire à des évêques qui se déclarent les re- présentants légitimes de l'Église grecque, nous aurons à cœur d'appuyer, autant que possible, nos affirmations sur des autorités grecques. Ce procédé ne pourra que servir à donner plus de force à nos démonstrations, parce qu'on combattra l'ennemi avec ses propres armes.

         1.        —         L'Anomiox DU Filioque      AU    SYNPOLE

                                DE Nicée-CONSTANTINOPLE.

Nous rencontrons ici la première accusation. L'Église romaine atelle véritablement innové en ajoutant les mots Filioque au symbole de Nicée-Constantinople? Pas le moins du monde, quoi qu'en pensent les évêques signataires de la lettre synodale. Je conçois que l'on cherche à se soustraire à des preuves génantes; il m'en est pas moins vrai pourtant que le dogme de la procession du Saint-Esprit à la fois du Père et du Fils est une vérité divinement révélée, faisant partie du dépôt légué par Notre-Seigneur Jésus- Christ à son Église. Qu'on scrute les Écritures, comme disait le divin Maître, qu'on explore les divers monuments des Églises orien- les; on ÿ trouvera, pourvu qu'on veuille le reconnaitre, l'expres- sion non équivoque de ce dogme.

Ce dogme se trouve consigné dans les Écritures. La manière méme dont Jésus-Christ y parle de l'Esprit-Saint, ne laisse aucun doute à ce sujet. Qu'il nous suflise de mettre en lumière les idées fndamentales. Notre-Seigneur, parlant à ses apôtres, affirme expressément qu'il leur enverra le Saint-Esprit !; l'Esprit-Saint rez de ce qui est à Jésus-Christ ?, et l'annoncera aux Apôtres. Jésus-Christ donne aussi l'Esprit-Saint à ses Apôtres*. Enfin, d'une manière moins directe sans doute, le Sauveur affirme la même vérité quand il dit: «Tout ce que mon Père a, je l'ai aussi #, » Or, nous le demandons à tout esprit

de bonne foi, pourrait-on expliquer ces locutions en faisant abstrac- tion de la procession de la troisième Personne par rapport à la

Deuxième ? — Comment le divin Maitre aurait-il le pouvoir d'en- ver, de donner V'Esprit-Saint, si celui-ci ne procédait pas de Lui?

! Tléutu aëèv node Oui. (Jean, V7) 2 nt Ds 2 arf Ul Ub, v, 14)

110 REVUE ANGLO-ROMAINE

Et comment aussi Jésus-Christ pourrait-il dire qu'il a tout ce qu'a son Père s'il n'avait pas la spiration active du Saint-Esprit comme son Père, et que le Saint-Esprit zeevr de ce qui est à Lui, s'il ne le recevait pas par proression passive? Nous ne voyons, quant à nous, aucun moyen d'éluder ces conséquence Le grand saint Paul, celui qui fut ravi au Ciel, comme le répète l'Encyclique patriarcale, insinue assez explicitement la même doc- irine. 11 dit en effet : « Dieua envoyé l'Esprit de son Fils dans vos cœurs; c'est par Lui que vous eriez, Père !.» Nous le demandons de nouveau : Comment l'Esprit-Saint pourrait-il étre appelé l'Esprit du Fils s'il ne procédait pas de Lui?

Nous n'avons qu'à glaner dans la Patrologie grecque pour y cueillir une abondante moisson de textes en faveur du dogme que nous défendons. Saint Athanase, dans son troisième discours contre les Ariens, réfutant certains hérétiques, dit: «Le Fils n'est point participant de l'Esprit pour être par lui dans le Père : il ne reçoit pas le Saint- Esprit, mais plutôt eest lui qui le donne à tous. Ce n’est point l'Esprit qui unit le Verbe avee le Père, mais plutôt c'est l'Esprit qui reçoit du Verbe. Car le Verbe donne à l'Esprit, et tout ce qu'a le Saint-Esprit il l'a du Verbe ? ».— Dans sa quatrième épitre à Séra- pion, saint Athanase dit encore: «L'Esprit est l'Esprit du Fils, et il reçoit Lout du Fils *. » Enfin, il appelle le Fils la « source du Saint- Esprit# ». Saint Épiphane a des expressins tellement justes et précises qu'il serait difficile d'en trouver de meilleures chez les Pères et les théolo- giens latins. Il enseigne explicitement que le Saint-Esprit procède de l'un et de l'autre, c'est-à-dire du Père et du Fils 5. Saint Cyrille de Jérusalem, dans sa première catéchèse sur le Saint-Esprit, raisonne ainsi: « Le Père donne au Fils et le Fils donne au Saint-Esprit. Car ce n'est pas moi, c'est Jésus lui-même qui a dit: Tout m'a été donné par mon Père. El au sujet du Saint-Esprit, il dit : Qurnd il sera venu, lui, l'Esprit de vérité, il me glorifiera, parce

1 Etaérende à Oude rù Ivedue rod Vt05 aür00. (Aux Gal. 1v, 6.) 2 Où vaz Vox peréqury éerà roù Tvedgaros, Eva Ba toÿro aa dv vi argt yévmeat+ où apbémen der Fo Tleouz, AUX pAMe tte mât core yopnyet A2 6) tà Tveouz ep Tarpt se Aéyor cuvée, àDà pale 5 Îveoue rapà +00 Aéyou daube. Aürèe ae ro Iledpan Bidun, x dea Eye 55 Îlope, mapa +00 Aéyou Eye. (P. G. xxvi, col. 373 B.) 8 Toë l'a deu sè Tlvedus, nai magh 109 Vlod méves Géyeras © Dlveüue. (N° 2, P.G. xxvi, col. 810 A.) Ayiau Tlveduarog. êx r0ù Xoro, À saga augéripuv, de gnolx 6 Xguorès, 5 rapè 29 sgh magasin où éu Héerate (Ancorat, m9 63 P, Gui, col. 1918.)

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L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SGMISMATIQUE 411 qui reçoit de ce qui est à moi, el il vous l'annoncera *. 5 Î est aisé de voir que l'illustre Pontife de Jérusalem commente admirablement bien les paroles de Jésus-Christ, que nous avons nous-mêmes reproduites au cours de cet article. Dom Toutée, l'éditeur des œuvres de saint Cyrille de Jérusalem, a pu dire, avec raison, de ces paroles : Zueu- lala processionis. Spiritus Sancti ex Patre et Filio professio. Dans sa lettre dogmatique à Nestorius, lue el approuvée solénnel- lementà Éphèse, saint Cyrille d'Alexandrie estun Lémoin irrécusable du dogme de la procession du Saint-Esprit. L'idée et le mot y sont: L'Esprit, dit-il, n'est point étranger au Fils, puisqu'il est appelé l'Esprit de vérité. Or, Jésus-Christ est la vérité : aussi l'Esprit pro- cède de lui comme de Dieu le Père ?. Xous empruntons à saint Basile deux textes de la plus haute im- portance. Dans son livre sur le Saint-Esprit, l'évèque de Césarée Seprime ainsi : eLa naturelle bonté et la sainteté par nature et la royale dignité vient du Père, par le Fils unique, au Saint-Esprit ?. » Dans son livre II contre Eunomius le saint Docteur raisonne ai Qui done ignore qu'aucune opération du Fils n'est séparée du Père, ét que dans tout ce qui est au Fils il n'y a rien à quoi le Père soit étranger? Tout ce qui est à vous est à moi, Comment donc attribue- til(Eunomius) au Fils seul d'être le principe du Saint-Esprit { ?» dôturons cette longue série de citations de Pères grees en rappor= ut une comparaison du plus grand d'entre tous, de saint Jean Girysostome, de celui dont le patriarche Anthime prétend être le successeur. Le grand Docteur compare l'Esprit-Saint à une eau qui coule d'une source qui est le Père et le Fils, eL il conclut que c'est pour cela qu'il procède aussi du Père. Il laisse clairement entendre par là qu'il procède aussi du Fils *, Nous ne savons, en vérité, ce que peuvent répondre à lous ces inposants témoignages les signataires de la lettre synodale.

 Lorsque nous parcourons les documents conci aires, nous ren-

1 Ka Uarig pèv Sue Vi, xai Ve peraèdasts “A Tvedpan. Ace vég rs d'Inde y 6 que où Eyu” Téyes per rapebdôn Grè px uen. Kai rafl 5 ‘Arion Tlbeguaros us” "Os De burog, à Uvéopu fe Smfetag, ke %e fnng bn otre, Ge 6 Dautdres, va dvayyber Quiv.(Ne 24, P. xxx, col. 962-953.)

ra Tlarghee 2 M orne dre, ai 6 er géou éyiamude, aa 5à fard BElua, dx ar da sû Moeperoge, dr + Leua évfuer. (Lib. de Spir. Sanel. cap. vi, n° seu ob 15, B) À “Enr sn sûy mvtur Amor, Er oùlauia ivéprax 500 Ye05 rover dti 78 Usb a doré re dv soie cder ri Vi mépyov, à 00 [larpog Maple; FT Tag mel, rù da où êe" aoû çà où du * Ile où 500 Mbeduaros rhy airia à rt pémy xpowribuats (P. G. xxix, col. 652, À.) 4 tro nai be +05 Tlasgôs éropederat. (Vid. Potau, De Trinit. lib. VIIL)

                                                                      RSITY OF      MICHIGAN

112 REVUE ANGLO-ROMA

controns aussi des témoignages explicites en faveur de la procession du Saint-Esprit du Fils. Nous nous bornerons à rapporter trois do- cuments qui ont d'autant plus d'importance qu'ils furent approuvés par les deux Églises occidentale et orientale. Le premier est le célèbre Formulaire de foi qui fut envoyé au clergé par le pape Hormisdas (416), et plus tard par le pape Agapet. Ce formulaire, présenté de nouveau au vin® concile, fut signé par les évêques grecs. Or, dans ce Formulaire nous lisons ceci : «Il est no- toire que le propre du Père est d'engendrer le Fils, le propre du Fils de naïtre égal à son Père, le propre du Saint-Esprit de procéder du Père et du Fils par une seule nature de la Divinité!. » Le deuxième document est le décret d'Union porté au concile de Lyon, et qui fut souscrit par les Grecs et les Latins. Or, dans la défi- nilion du concile de Lyon nous lisons textuellement : « Nous croyons au Saint-Esprit qui procède du Père et du Fils #. » Enfin la définition du concile de Florence devait donner à la for- mule dogmatique sa rigueur définitive : « Nous définissons, disent les Pères de Florence, que le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils comme d'un seul principe et par une seule aspi- ration ?. » A ces documents autoritaires nous pourrions ajouter un autre ar- gument d'une très grande valeur, tiré des liturgies orientales. Mais nous craignons de dépasser outre mesure la longueur de ce premier arlicle, nous nous contenterons de renvoyer aux sources et aux réfé- rences. Ceux qui suivent ce débat avec quelque attention pourront contrôler par eux-mêmes l'exactitude de nos affirmations

              IL. — MANIÈRE D'ADMINISTRER LE BAPTÈME

Après toutes les explications qu'on a données à ce sujet, on est vraiment étonné de voir les représentantsofcielsde l'Église grecque

4 Notum est quia propriam est Pat is ut generaret Filium; proprium Fi ex Paire nasceretur æqual proprium Spiritus Sancti ut de Patre et Filio procederet sub una substantia D is. (Labb., Collect. Cone., t. 1V, col. 1551) 2 Ilrersdopes 8 vai à Tlweoua© Ex Tags Vod re bcropeuéquavon. (Ib. col. 903.) 5 Oponeven. Bee 7 Tlveoux so "Ayior dx +00 Targhe ea 100 VD dues dr aoû vhv ÉavroD cbiav, at 5à Gragrbv adrod alvat Éyetv dx v05 Marpèe Bu aaû 100 V'ioë sai LE dugoriqur ds nd ps àgye rai navale mpoGOle demogeieras. Gbüd., v. XI, col. 544.) 4 Ci. Rexauvor, Colleet. liturg. orient. Liturgia monophysita S. Jacobi. Xisti et Ibn. Vahib. Liturgia S. Clementis. — Baozn, The Nestorians, London (4882), 11, D; — n Ancient syriac documents relative to the earliest p. 83; Acta martyrit ty in Edessa, S. sini (London 1864); — G. Pwnurrs, The Doctrine of Addaï the Apostole (Lon- don 1816); — Boxe, Zeitschrift für catholisch theologie (Innsbruck, 1877), p. 308.

                               UNIVERSITY 0       UCHIGAN

nn. Séé

    L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 113

schismatique s'obstiner à faire, du mode de collation du baptème, une question dogmatique, capable de rendre toute Union impossible. L'Église romaine n'a cessé d'enseigner que c'est là une simple ques- ion de rite et de discipline, qui ne louche en rien à l'essence du sa- cement. Qu'on confère le baptême par immersion où par infusion, le resacramentel n'en sera pas moins valide dans les deux cas. L'an- tquité chrétienne nous met parfaitement à l'aise là-dessus. Pour sous convainere que ce double procédé d'administrer le baptême est légitime, nous n'avons qu'à consulter l'Écriture, et à voir quelle fut la pralique des premiers prédicateurs de l'Évangile. Or, un examen pu- rement superficiel nous prouve qu'à l'origine du christianisme on conférait indifféremment le baptême des deux manières. Choisissons leshits les plus saillants et en même temps les plus connus.

1° Par immersion. — À cet égard le baptème administré par l'apôtre

saint Philippe à l'eunuque de la reine Candace est un exemple tout ähittypique. L'apôtre et son néophyte descendent tous les deux dans

l'au et en sortent*. Impossible de se méprendre sur le mode de cette cérémonie. Le langage de l'historien des Actes laisse clairement en- tendre que l'eunuque de la reine de Candace fut baptisé par émmersion ; autrement on ne s'expliquerait nullement cette descente dans l'eau. Un texte de saint Paul nous achemine inévitablement à la même conclusion. L'apôtre des nations dit, en parlant aux chrétiens de

Colosses : « Vous êtes enseælis avec Jésus-Christ par le baptême?. » Ilya évidemment dans ces paroles une image el une comparaison. Le baptême du chrétien est comme une sépulture, et c'est par là qu'il ressemble à Jésus-Christ d'une manière toute spéciale. Or, qui ne voit que, pour que cette comparaison ait de la justesse et de l'à-

         est nécessaire de la rapporter au baplème par immersion?

Celui-ci en effet ressemble à une sépulture, parce que le néophyte est complètement plongé dans l'eau. La comparaison serait absolument inintelligible et discordante, si on voulait l'appliquer au baptême par infusion.

© Par infusion. — Les faitsne manquent pas pour établir la légi milé de ce mode de conférer le baptême. L’Écriture nous a conservé deux faits qui sont on ne peut plus démonstratifs. Au début de la prédication évangélique, il se produit, au berceau méme du christianisme, un fait miraculeux. Pierre, le chef du col- lège apostolique, prend la parole à Jérusalem devant une foule venue de toutes les contrées environnantes. À la suite de ce discours, ois mille personnes se convertissent. Pierre les baptise en un seul

*Kanéngm énéiegs em ugéregor ds e sà R up, G, 6, re 8 dvbémene êx 100 Jaures, x. à « (AC

  'Beragivies ade (°I909) dv 9 Barzlopars (11, 12).
    RANCE ANGLO-ROMAINE, — Te 1 — 8.




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414 REVUE ANGLO-ROMAINE

jour ‘. Or il aurait été extrêmement difficile, pour ne pas dire impos- sible, de bapliser trois mille personnes en un seul jour par immer- n. Je présume que l'opération eût eté un peu longue. D'autant plus que le fait se passe à Jérusalem, où la géographie ne place aucune rivière, Comment done Pierre s'y serait-il pris pour bapliser par im- mersion ces rois mille personnes? À moins qu'on ne dise qu'on les plongea dans la piscine probatique dont il est fait mention dans saint Jean?, ce qui n'est guère probable, parce que l'économie du récit semble indiquer que la chose se fit d'une manière assez expéditive. Les Actes nous racontent un autre fait très instructif. Saul se trouve à Philippes en Macédoine : là il est emprisonné. Un soudain trem- blement de terre épouvante la ville. Ce phénomène imprévu semble, comme toujours, ramener les esprits à de sérieuses réflexions. Le géôlier de saint Paul se convertit à la nouvelle religion que prèchait son prisonnier. En une seule nuit l'apôtre le baptise lui et sa famille». Le texte est précis. Remarquons bien que le fait se passe en pleine nuit et dans une maison, semble-t-il. Or, comment en pleine nuit, el dans une maison aurait-on pu avoir sous la main un local assez com- mode pour y conférer le baptème par immersion? Le récit dit assez de sa nature que Paul leur conféra le baptème par infusion. Nous savons également que dans la primitive Église, assez souvent, pour des raisons diverses, on conférait le baptème aux malades et même aux moribonds#. Or, il est évident que ç'eût été une cérémonie dangereuse, sinon mortelle, de plonger dans l'eau cette catégorie de personnes pour la réception du baptème. Ces quelques faits, pris presque au hasard dans les premiers temps du christianisme nous prouvent done combien l'Église grecque schis- matique a tort de vouloir faire de cette différence dans la manière de conférer le baptême une question capitale sur laquelle toute tran- sactionserait impossible. Qu'on se détrompe. 1 n'y alà rien qui inté- resse l'unité de la foi; dès lors, de part et d'autre, il n'y a aucun sacrificeà faire. Les deux modes de collation du baptême sont par- faitement permis. L'antiquité chrétienne nous y autorise pleinement. Par conséquent nous pouvons user de celle liberté.

                   IL. — LE PAIN EUCHARISTIQUE

L'encyclique patriarcale accuse de nouveau ici l'Église romaine d'avoir introduit une innovation en se servant du pain azyme dans

1 * Egarriobmenv. (Act. 1, 41.)1 24,2. 5 "Ébartiobn adrds ua où adred ävees. (KV 33.) 4 Cf. Saint Cyprien, let. 16, n° 12:

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L'ÉGUSE ROMAINE EX FACE DE L'ÉGLISE ÉRECQUE SCBISMATIQUE 418 le sacrement de l'eucharistie. Nous répondrons, nous autres aussi, une seconde fois, que les Grecs ont donné trop d'importance à cètte ergence. Ici encore nous ne sommes qu'en présence d'un simple te, qui n'altère en rien l'essence du sacrement eucharistique. Il n'y a donc pas à chercher un débat dogmatique qui pourrait compro< mettre l'intégrité et la pureté de la foi. L'emploi des deux pains, levé ou azyme, est licite et permis. Tels ont toujours été la doctrine authentique de l'Église romaine et l'enseignement unanime -de ses théologiens. Toutefois il ne suffit pas de donner celte assurancé # nos contradicteurs. Depuis longtemps les Grecs nous accusent unani- mement d'avoir innové sur ce point. Il faut les suivre sur ce terrain, abandonner, pour ainsi dire, le côté dogmatique de la question, qui semble définitivement écarté, et montrer qu'en employant le pain. azyme l'Église romaine n'a pas même introduit une simple innova- tion, quelque légère et indifférente qu'on la suppose. Sä pratique actuelle est, d'après toutes les inductions, conforme à la pratique primitive, de sorte que l'Église romaine aurait conservé le rite pri- dans toute sa pureté. ° Ici également nous nous arréterons surtout à un ait, mais qui est d'une importancecapitale, puisqu'il nous ramène àl'Instituteur même du sacrement eucharistique. Quel est le pain employé par Jésus- Christ dans la célébration de la dernière cène? Sans vouloir trop pré- juger de la valeur d'une opinion, et tout en reconnaissant que la question ne sera jamais résolue avec une pleine certitude, nous ré- pondons sans hésiter que tout porle à conclure que ce fut le pain azyme, le pain employé actuellement par l'Église romaine. Cette in- duction repose tout entière sur le jour même où le divin Mattre célébra la dernière cène. Il est assez prouvé que Notre-Seigneur célébra la dernière cène avec ses apôtres le jour du jeudi saint, le jour même où les Juifs eélébraient la Pâque, très probablement de- puis la sortie d'Égypte. On sait par ailleurs qu'en vertu d'une expresse, les Juifs n'employaient que le pain azyme dans la célébra- tiun de la Pâque. Les Évangiles synoptiques sont d'accord sur ce point'. Done Notre-Seigneur, se conformant à l'usage juif, a dû éga- lement employer le pain azyme dans l'institution de la sainte Eucha-

S'agit-il maintenant de prouver que l'emploi des deux pains est: légitime? Ici l'histoire semble être muette. Dans les origines chré- tiennes nous ne rencontrons rien qui vienne corroborer celie propo- sition. Heureusement dans le cours des siècles les documents ne manquent pas. Qu'il nous suffise, pour me pas trop insisler sur une question d'ordre secondaire, de rappeler le décret du concile de Flo-

1, T5 mpeg sôv Afépen, me re, (Mauh, xcvi, 47; Mae, uv, 1 3 Loc, xxu, 1) 416 REVUE ANGLO-ROMAINE

rence. Le concile définit formellement qu'on peut consacrer avec le pain azyme ou le pain levé ‘. À ce concile assistaient les Grecs qi n'opposèrent aucune résistance sérieuse à cette définition; bien plus ils l'approuvèrent. La même vérité fut également proclamée par la profession de foi présentée par Michel Paléologue à Grégoire X au deuxième concile de Lyon. Ici encore nous ne pouvons que faire de nouveau la même obser- ation. Il est puéril d'attacher tant d'importance à la question du pain dans la célébration de l'Eucharistie, et d'en faire un abime infran- chissable entre les deux Églises. 11 n'y a là à chercher aucun motif de séparation entre Rome et Constantinople. IL n'existe qu'un simple malentendu, et ce malentendu disparaîtra sans aucune difficulté le jour où l'on voudra aporter à l'œuvre de l'Union un peu de cette bonne volonté qui aplanit tout, et même un peu de cette loyauté chrétienne qui sait toujours trouver le moyen de délier les nœuds sans rien déchirer.

                  IV. La FORMULE DE LA CONSÉCRATION

Pour bien comprendre la signification du reproche que l'Église grecque adresse, sous ce rapport, à l'Église romaine, nous avons be- soin d'entrer dans quelques courtes explications. Pour l'ensemble des théologiens de l'Église romaine, les paroles strictement requises à la validité de la consécration eucharistique, — ce qu'on appelle en lan- gage de l'école la forme du sacrement, — sont les paroles mêmes dont se servit Jésus-Christ dans la dernière Cène: « Ceci est mon corps », pour le pain; et « Ceci est mon sang », ou « ceci estle calice de mon sang » ?, pour le vin. — Quant aux prières qui précèdent ou suivent la « prolation » des paroles de Jésus-Christ, on ne les regarde nulle- ment comme nécessaires à la validité du sacrement. Le célébrant grec, après avoir proféré les paroles de Jésus-Christ, ajoute une invocation à Dieu, par laquelle il le supplie « d'envoyer son Saint-Esprit sur les oblats, et de faire du pain le corps, et du vin le sangde Jésus-Christ, en changeant ces deuxéléments par son Saint- Esprit”. » Or, dep une certaine époque au moins, les Grecs regardent cette

  Defnimus.      in azymo sive fermentato pano triticeo corpus      Domini veraciter

confci. 2 Tobrh dore à op pod soûté domy so alu uoo. (Matt. xxvi, 26, 283 Mare, xiv. 22, 24, Lue, xx 19, 20. 3 de regrette beaucoup do ne pouvoir rapporter cette invocation en grec. Ms heureusement je n'ai pas de Missel grec sous la main en ce moment. C'est à cette invocation que fait allusion saint Basile quand il dit : Tà ou béuara él atelier soù Aprou ie Eyaguoelag ad “100 ormpion 5 oyiss, 5e rôv flo Erypâqux hty arahMlommer; Où vap Eh roÿcoue Bpxobpatas à "Amboroos à 55 Ebaytuer repvioon, A1 mal rpoléyoner al Éréqouer Esiga, aeyéds Éqovea Rp à pomper ri Lapin, be he àypégeu WdauDias ragada Gires. (Lib. de Spir. Sanet., eap. xxvu, N°66, P. G. axxn, col. 188, B)

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L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCRISMATIQUE 417

invocaliou comme absolument nécessaire à la validité de la consécra- Lion. Nous disons à dessein, depuis une certaine époque, car il est &iM- cile de savoir si, dès l'origine, ils professaient une telle doctrine. En tout cas les défenseurs les plus ardents et les plus célèbres de cette opinion furent Siméon de Thessalonique, Gabriel de Philadelphie et Marc d'Éphèse. L'encyclique patriarcale rappelle cette divergence et y voit égale- ment, pour l'union, un obstacle infranchissable. Que penser d'une telle manière de voir? Deux observations sufliront pour répondre à cette question : Premièrement au point de vue dogmatique, la question ne com- porte aucune dificulté. Sous ce rapport, nous nous hâtons de le dire, iln'ya rien qui puisse porter atteinte à l'intégrité de lafoi. Il ne s'agit encore ici que d'une question purement disciplinaire ; par conséquent chaque Église peut rester attachée à ses rites. L'Église romaine n’a Rmais fait de cette question un point dogmatique. Elle n'a jamais défini, à aucune époque, que l'opinion de la majorité des théologiens latins fût un article de foi, ni que l'opinion des Grecs fût hérétique. Elle a toujours laissé les théologiens discuter librement sur ce point. Une preuve flagrante de ceci c'est que, parmi les Latins eux-mêmes, deux auteurs embrassèrent le sentiment des Grecs. D'abord le P. Ca- tharin à l'époque du Concile de Trente ; plus tard le P. Le Brun de l'ratoire !. En second lieu, en nous plaçant strictement sur le terrain des opi- sions théologiques, nous avouerons pourtant que l'opinion des Latins 2 infiniment plus de probabilité que celle des Grecs. Quelles que soient les obscurités — et noussommes le premier àle reconnaître — qui planent sur la théologie sacramentaire, il semble Lulefois indiscutable que l'essence des rites sacramentels n’a pu être déterminée que par leur Instituteur. Or, on a beau parcourir tous les endroits de l'Évangile où il est question de l'institution de l'Eu- aristie, nulle part on ne constate que Jésus-Christ ait prononcé woation employée aujourd'hui par les Grecs. Nous entendions int Basile lui-même avouer tout à l'heure que cet usage repose sur une tradition non écrite.

Les Pères ne se sont jamais mépris sur le principe que nous venons d'énoncer. Ils ont toujours admis, — et il ne pouvait en

être autrement, car ils avaient sous les yeux les passages évangé- liques, — ils ont toujours admis, dis-je, que Jésus-Christ a consacré par les paroles que revendiquent les théologiens romains comme nécessaires et suffisantes. La théologie des Pères était ici subor- donnée à leur exégèse scripturaire.

j EsPlcation dittérale, historique et dogmatique des prières el des cérémonies messe, ù 18 REVUE ANGLO-ROMAINE,

= Recueillons quelques témoignages : saint Justin exploite une admirable comparaison; De même, dit-il, que, par le Verbe de Dieu, Jésus-Christ notre sauveur, s'étant incarné, ‘eut la chair et le sang pour notre salut, ainsi il en est de la nourriture consacrée par la prière de sa parole, nourriture par laquelle sont nourris, par un changement, notre sang et nos chairs.... Jésus, ayant pris du pain, Je consacra en disant: Faites ceci en mémoire de moi. Caci est mon ceci est mon sang‘. Saint lrénée parle de la sorte : Lorsque le calice ayant été corps...

mélangé, et le pain selon la parole
                                  de Dieu, alors se produit l'Eucha-
ristie, le corps du Christ, ete. ?,
     Saint Grégroire de Nysse                est encore plus explicite      : Immédiate.

ment, dit-il, le pain est changé au corps du Verbe, selon ce qui a été dit par le Verbe : Ceci est mon corps *. Nous pouvons ajouter aux témoignages précédents celui d'autres Pères, qui, commentant l'institution de l'Eucharistie, ne rapportent que les paroles de Jésus-Christ. Saint Jean Chrysostome ne tarit presque jamais sur ce sujet. Dans une homélie surtout il parle d'une manière on ne peut plus admirable du sujet qui nous occupe. Malheureusement les passages sont un peu trop longs, et force nous est de renoncer à les transcrire intégralement. Nous nous bornons à mettre au bas de la page, dans leur texte original, les phrases les plus expressives +. Nous ne saurions lerminer cette courte revue patristique sans citer le témoignage d'un des plus grands représentants de l'Église grecque, nous voulons parler de saint Jean Damascène. La grande lumière de l'Orient, parlant du mystère eucharistique, s'exprime ainsi : Ensuite, ayant rompu le pain, ille donnaà ses apôtres en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps, qui est rompu pour vous, pour la rémission des péchés. Prenant également le calice du vin el

     2 «Ov rpm     a    Aüves Me09 capuomomle ‘Insode Nguarhc, 8 Durhg fiv, vai

aépua, xx alu Url su juû Eryev cOrus aû my de” e0e Aëyou roÿ map ÿ cyan etant spagi, dE he alua ua oépues arà perafolis splgoreas han. a Troc Agrov, cbapuensävez elraïy* Toüro moutre ele tin dvépymois pou Tenez aôps ao2 so re alux pod. (p, 1, Ne 06, PO, ve, col. 428

     2 “Onôre où var uexpaubver rorhguer xaù 6 yeyeve Éprog, Erabégeras sv Abyer
      Oued ai véverat À                      a Xperso, e € À (dde, arUD. Ve capeu,
                                    lAéveu    peranootpuvec [fproc) nétus efpmeat dd 00
                                             (Orat. catech., cap. 31,
                                                                    P. G., xLv, col. 98, A.)
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L'ÉGLISE ROMAINS EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCMISMATIQUE 449

de l'eau, il les leur donna en disant : Buvez tous de ceci. Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, versé pour vous, pour la rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi. El un peu plus loin, le saint docteur revient sur la même idée : après avoir montré que Dieu, par une seule parole, créa l'ensemble des choses, il montre là même efficacité de la parole de Dieu dans le sacrement eucharis- tique. Dieu ajoute-t-il dit : Ceci est mon corps; et, Ceci est mon sang ; #4 Faites ceci en mémoire de moi. C'est pourquoi, par son préceple lout-puissant, ce sacrement se célébrera jusqu'à ce qu'il vienne. En résumé, nous avons beau explorer les œuvres des Pères grecs, nulle part nous ne rencontrons dans leur bouche l'expression de l'invocation, employée aujourd'hui par le célébrant grec, comme se rallachant à la partie formelle du sacrement eucharistique. Nous pouvons encore élargir le cadre de notre démonstration. À un moment les Grecs eux-mêmes ont convenu de cette vérité qu'ils ont mableureusement rejetée plus tard comme beaucoup d'autres. Sous ce rapport il est Irès instructif de remonter aux sources. Au concile de Florence, on interroges explicitement les représentants de l'Église grecque au sujet de la forme du sacrement de l'Eucharistie. Les Grecs convinrent avec les Latins que les paroles du Christ consti- lwaient seuls la forme de ce sacrement. Les actes du Concile sont là pour l'attester clairement. Il serait inutile de chercher àles éluder ou à fermer les yeux à la lumière. Toutes les tentatives qu'on a faites pour ébranler ces preuves concilisires, sont restées sans résullat el n'ont servi qu'à Lrahir d'autres soucis que ceux de l'amour de la vérité et de la paix. Ge Le savant Bessarion composa un ouvrage spécial sur la forme dû sacrement Eucharistique. Sur la question qui nous occupe, il soutient deux propositions. En premier lieu il déclare que la forme consiste uiquement dans les paroles de Jésus-Christ. En second lieu il confesse que, dans la liturgie grecque, les prières qui suivent n'ont que des fins purement mystiques. Cette déclaration, dans la bouche d'u homme comme Bessarion, célèbre à la fois et par ses vastes comaissances et par sa fidélité à accomplir le devoir, une fois qu'il eût reconnu la vérité, est du plus grand poids.

 Nous sommes donc suffisamment renseignés sur la teneur stricte

de la forme de la consécration. (4 suivre.) V. Enuom. 2 El adm Aprov, brablbou œÿrots Xéyu + Ad£ers, géyese, soûro po) dot: sd oûaas $ Eng bp Dépevor els Egucceépagriën . “Opoli 0 Lab aa 10 rorprov dE alu dim, pure cote Aéquv ln dE arab mme 0066 où ess ds, à maris Gabin, à delp baüv dmeuvbpever dde Speo épaprôr* 1oûro montre 4 niv vgmgrrme.n Eteer6 Ouéc * Toÿro pod don +à aûua * xal” Toÿro 100 dati cd a” sai* Tobro montre elc sv dphv évépymens : nl 55 mavrobuvdpue aire mpotét- PS 2e Dim, ven (De dort Lib, rv, au. 43, PO, serv. ol 4140, CHRONIQUE

Lettre de Monseigneur Grimardias, évêque de Cahors, à M. Portal.

Évêcué pe Canons

                                     Cahors, le 15 décembre 1895.

     Mon cher abbé,

de viens de lire le premier numéro de votre Revue anglo-romaine et je tiens à vous dire combien j'ai été heureux en le lisant. Vous entreprenez une grande œuvre, dont vous ne vous dissimulez pas les difficultés; mais elle entre dans les vues si élevées de notre glorieux Pontife, elle répond aux aspirations de toutes les âmes vraiment chrétiennes, qui sentent le besoin de s'unir pour résister aux attaques plus violentes et plus perfides que jamais des ennemis non seule- ment de l'Église catholique, mais de tout christianisme. Si votre œuvre estdirigée par une science sérieuse et sans parti pris, si vous y apportez un grand esprit de bonté et toute la tolérance permise, comme vous y invite l'éminent évêque de Rodez, elle ne peut pas ne pas être utile, et j'ai la confiance que Dieu vous bénira. Quel que soit du reste le résultat final, vous pourrez vous rendre le témoignage que vous avez mis au service d’une grande œuvre les facultés que Dieu vous a départies, c'est pour eela que je n'ai pas hésité à consentir à votre éloignement; mais je suis vos travaux avec un intérêt tout par- ticulier, et c'est de grand cœur que je les bénis en vousrenouvelant l'assurance de mon affection. + Pierre, évêque de Cahors.

Cette lettre nous a particulièrement touché, L'éminent prélat qui gouverne depuis près de trente-cinq ans le diocèse de Cahors, est un des doyens de l'épiscopat français. Sa grande expérience et la droiture de son jugement rendent ses conseils précieux. L'affection qu'il a bien voulu nous témoigner en différentes circonstances nous à toujours rendu très sensible à ses encouragements. Nous aimons surtout à entendre encore les uns et les autres, maintenant que nous sommes loin de ce cher Querey, d'où nous avons emporté de si bons souve- nirs. Que Sa Grandeur veuille bien nous permettre de lui exprimer publiquement tous nos sentiments de respectueuse gratitude. = Monseigneur Grimardias, comme Son Éminence le cardinal Bourret, insiste sur deux points : La Revue anglo-romaine, pour arriver à son but, doit avoir une véritable valeur scientifique, elle doit aussi apporter dans les discussions « la plus grande bonté et toute la tolérance permise ». Nous sommes heureux de joindre à ces conseils si autorisés et

                                 UNIVERSITY OF MICHIGAN

CHRONIQUE 4121 tout en harmonie avec nos désirs ceux d'un prêtre anglais. Voici quelques extraits de la lettre qu'il a bien voulu nous adresser : « J'aivu avec plaisir, dans un journal anglais, que vous avez fondé une revue, la Revue anglo-romaine, ayant pour but d'encourager l'œuvre de la réunion de l'Église anglicane avec le Siège apostolique. Cette réunion a été le but suprême de ma vie, d'abord comme anglican, el depuis vingt-cinq ans comme prêtre’catholique. Si vous me croyez capable de vous aider dans votre œuvre admirable, je ma mes absolu mel à votre disposition. Ce qui me mettra à même, peut-être, de vous aider, c'est que non seulement toutes mes sympathies sont avec ces bons anglicans, heureusement très nombreux, qui malgré leurs erreurs (souvent des malentendus) aiment sincèrement l'Église atholique, mais aussi parce que je garde précieusement des relions amicales avec ‘plusieurs clergymen et laïques, surtout avec mes anciens collègues de l'Englisch church Union. Je crois donc pouvoir dire que je connais à fond leurs doctrines, leurs manières de voir, les arguments et les difficultés de leur position. Trop de nos apologistes catholiques ne saisissent pas leurs points de vue, et à ause de cela frappent à côté, bien qu'ils se servent de bons argu- ments. Avant lout, je suis de votre avis, il faut écrire avec la plus grande bonté et la plus grande charité malgré les arguments étranges et parfois insultants de nos adversaires. «1 me semble essentiel de donner une grande liberté de parole aux anglicans. 11 faudrait accepter toute lettre courtoise dans la forme, bien que le langage soit bien souvent, je le crains, pénible au fond. Cest le seul moyen pour les catholiques français d'acquérir une consaissance parfaite de l'état des opinions religieuses chez les angli- «ans. 11 faut les laisser dire, les inviter même à dire tout ce qu'ils pensent. Le principal but des catholiques dans votre Revue devrait re d'expliquer, d'élacider les doctrines catholiques presque toujours mal comprises, et seulement en second lieu de démontrer l'erreur des doctrines contraires. Par cette délimitation, on fera de la bonne besogne et on évitera l'odfum £hsologieum qui en lout cas ne serait que du côté de nos adversaires. One fhéng at fime, ce sera toujours cela de gagné. » Nous avons prévenu les désirs de notre aimable correspondant. 11 s'en apercevra dès les premières pages de ce même numéro. Nous publierons prochainement des articles également dus à des angli- eans d'un savoir et d'une sincérité incontestables. Si nos lecteurs en lisant leurs articles sont parfois surpris de quelques expressions, ils voudront bien se souvenir que séparés de nos frères depuis trois cents ans, nous ne parlons plus la même langue, même pour exprimer des doctrines ou des opinions com- munes.

Instruits à fond des croyances, des opinions, des tendances de l'Église d'Angleterre, nos théologiens ne frapperont plus à côté, et par des explications loyales d'allure, solides comme doctrine, chari- tables dans la forme, ils montreront que les points qui nous divisent reposent, pour le plus grand nombre, sur des malentendus. S'il nous 122 RE ANGLO-ROMAINE

était permis de citer en exemple, dans la Æevue anÿlo-romaine, l'article de M. l'abbé Boudinhon sur le Pouvoir des clés, nous pour- rions prouver avec lettres à l'appui quel bien nos théologiens peuvent accomplir en unissant dans Jeurs travaux une véritable science et une grande charité. C'est la voie que nous indiquent également la raison et la foi. C'est la voie que nous marquent Léon XIII et nos évêques. Nous y entrerons.parce qu'au bout se trouvent la paix, l'union, la grandeur de l'Église, la gloire de Dieu.

Le Cardinal Melchers. — Une dépêche de Rome annonçait ces jours derniers la mort du Cardinal Melchers, ancien archevè- que de Cologne, l'une des premières victimes de la politique reli- gieuse de M. de Bismarck connue sous le nom de Æudturkampf. Condamné successivement à l'amende, puis à la prison, Mgr Mel- chers fit preuve dans ces diverses circonstances d'un courage et d'une dignité qui excitèrent l'admiration de ses adversaires eux-mêmes. Sommé de se constituer prisonnier, il déclara n'être prêt à céder qu'à la force, et en relisant ces jours derniers dans le Monde les détails de son arrestation, on ne pouvait s'empêcher de se reporter par la pensée à plus de six siècles en arrière, et de se rappeler cette arrestation mémorable d'une autre grande victime du pouvoir civil : Thomas Becket. Nous laissons la parole au Monde :

« Mgr Melchers, couvert de son manteau et le chapeau à la main, ouvrit la porte et les assistants pénétrèrentavec les fonctionnaires l'appartement. Très ému, l'archevêque embrassa l'évêque aire et le chanoine Reinärz, puis il dit à ses amis présents : Prions les uns pour les autres et pour le triomphe de l'Égl « Ensuite se tournant vers les fonctionnaires : « Je réitère ma pro- « testation, dit-il, et je ne céderai qu'à la force. » « Le président de police répondit qu'il constatait que Monseigneur « ne cédait qu'à la force et il le pria de lui épargner un acte pénible. « Ma conscience, reparlit l'archevêque, m'interdit de vous suivre de « mon gré; ce que j'ai fait, j'avais pour devoir de le faire, et je « n'assume en rien la responsabilité de ce qui se passe. » Sur quoi le « commissaire Klose prit à deux mains le bras de l'archevêque qui « s'écria d'une voix ferme et comme joyeuse : « Deo gratias! On « emploie la violence! » « El alors ce fut une scène qu'il est presque impossible de décrire. Au milieu se tenait l'archevêque, calme, résigné, avec l'assurance du devoir accompli ; à ses côtés le président de police en civil et le commissaire en uniforme. Prêtres et laïques agenouillés se pres- saient autour de leur pasteur, lui baisant la main, l'anneau et le manteau, Comme le commissaire demandait qu'on en finit, l'arche- vêque répondit qu'il avait bien le droit de prendre congé des siens. Puis tout le monde sortit. Dans le vestibule les serviteurs pleu- raient, L'archevêque les consola par des paroles tutes paternelles. Au dehors la foule acclama le confesseur de la foi. L'archevèque bénit l'assistance et monta ensuite dans la voiture qui le transporta

                                        UNIVERSITY OF MICHIGAN

CHRONIQUE . ° 423 « dans la prison où il demeura longtemps parmi l'honorable section « des strohflechter (tresseurs de nattes)! »

      Le Pape et les Arméniens. — Dans l'allocution qu'il a pro-
 noncée au consistoire du 29 décembre le Saint-Père a exprimé sa
 sympathie pour les souffrances des Arméniens. Il a rappelé que lui

aussi était intervenu, et non sans succès, en leur faveur. Ce langage ï élevé ne fait-il pas un contraste frappant avec les clameurs de ceux qui, trop nombreux, n'ont vu dans la question arménienne qu'un moÿyen de servir leur politique? : u Voici le pæssage de cette allocution relalif du Arméniens : 3 Vénérablés Frères,

.- Toute l'Europe, dans l'attente et dans l'inquiétude, a les veux tournés ‘vers les contrées orientales voisines désolées par des luttes intestines et de Jamentables événements. Spectacle, en effet, cruel et douloureux : des vil- lages et des villes baignés dans le sang, de vastes espaces ravagés, par le fer et par la flamme. Pendant que les princes se concertent et font les plus louables efforts pour obtenir que l'on mette fin aux désastres et que l'on garantisse la sécu- rité aux innocents, Nous n'avons pas négligé de travailler, autant qu'il est en Nous, pour cette très noble et très juste cause. En effet, avant même les dernières calamités, Nous Nous sommes employé de grand cœur en- faveur du peuple arménien, et Nous avons conseillé la concorde, la man- .suétude et l'équité, eu faisant appel à l'autorité du souverain. Nous avons constaté que ces conseils ont été loin de déplaire. Nous Nous proposons de continuer d'agir dans le même sens, car Nous désirons on ne peut plui vivement que, dans ce grand empire, la sécurité et toux les droits de cl un soient assurés et respectés. En atteudant, afin que, de Notre part | sistance nécessaire ne fit point défaut aux Arméniens dans l'affliction, Nous avons pris des mesures pour venir en aide aux pauvres qui en ont été le plus durement frappe Notre sollicitude envers les Arméniens est la preuve et le fruit de la profonde affection que Nous portons à toutes les nations de l'Orient; leur uer les moyens d'arriver au salut éternel qui sont en la posses- sion de l'Église catholique, c'est Notre volonté, vous le savez, et l'objet de Nos efforts. C'est pourquoi Nous avons entrepris de rappeler à l'union ceux qui différent de foi avec Nous et de Noux attacher plus étroitement ceux qui Nous sont unis, les aidant et les honorant du mieux possible. Dans cette intention et dans ce but, Nous avons écrit tout récemment une Lettre apostolique qui montre bien quels sont Nos sentiments à l'égard des Coptes. Comme Nous avions connaissance de leur piété et des progrès de la religion catholique en Égypte, Nous avons institué la Hié- rarchie dans le rite copie et rendu pour les Coptes la dignité patriarcale au siège d'Alexandrie illustré par l'évangéliste Mare, qui fut le fondateur et le pontife de cette Église.

      Le Saint-Père a terminé son discours en annonçant la création du
 Patriarcatcopte d'Alexandrie et la nomination de nouveaux cardinaux.

LIVRES ET REVUES

V. Enwont. De Leonrio Byzawrino et de ejus doctrina christologica. Paris, Firmin-Didot, 1895. In-8°, 1v-223 pp.

Le livre de M. Ermoni sur Léonce de Byzance m'est arrivé juste au moment où je lisais, dans une brochure allemande (Was heisst und zu welchem Ende studiert man Dogmengeschichte, par G. Krüger; Fribourg e B., 1895), que l'histoire des dogmes chrétiens et la con ception catholique du dogme étaient incompatibles, ce qui revient à que l'histoire est destructive du dogme et qu'il ne peut pas y avoir d'histoire du dogme pour le théologien catholique. Il ya, en effet, une manière de comprendre l'histoire des dogmes, comme il y a uné façon de comprendre la critique des Livres saints, qui est sub- versive de toute foi traditionnelle et, par conséquent, de toute for- mule dogmatique. Mais reste à savoir si c'est la seule manière et la bonne manière de comprendre l'histoire et la critique. Ce n'est pas la seule manière, car il peut exister et il existe une science de l tire, qui ne consiste pas à détruire son objet; et ce n'est pas la bonne manière, car l'histoire qui entend démontrer que les idées dont elle suit le développement ne sont pas vraies, n'est plus de l'histoire, mais du dogmatisme à rebours. La preuve que l'histoire des dogmes peut exister dans l'Église catholique, c'est qu'elle existe. M. Ermoni vient d'en écrire très scru- puleusement une partie importante. Sa monographie surla personne, lesécrits etla christologie de Léonce de Byzance est très étudiée, très solide, et c’est un chapitre de l’histoire du dogme christologique. Le raisonnement y occupe peut-être un peu trop de place. On s'aperçoit que M. Ermoni a longuement cultivé la philosophie scolastique et que le sens de l'histoire lui est venu plus tard, L'exposition aurait pu être moins aride, plus nourrie de faits et de textes. Je ne sais pourquoi il me semble que cette thèse, car il s'agit d'une thèse pour le doctorat en théologie, aurait eu meilleure tournure en français que dans le latin quelque peu barbare où nous devons la lire. La la plus remarquable de l'ouvrage est celle qui a pour objet la christologie de Léonce, 11 y a là des pages fort intéressantes sur la christologie avant le concile d'Éphèse et celle de ce concile, la christologie du concile de Chalcédoine et son rapport avec la lettre du pape Léon à Flavien, les idées de Léonce et ses arguments contre les monophysites. L'auteur ne se croit nullement obligé de retrouver chez tous les témoins de la tradition la même doctrine sans nuances distinctes. L'analyse de ces nuances, des tendances qui caractérisent telle ou telle école sertà expliquer l'origine de telle ou telle hérésie,

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LIVRES ET REVUES 125 la doctrine particulière de tel auteur ecclésiastique. Entreprendre celte analyse est déjà un grand mérite. On aurait pu, sur certains points, par exemple en ce qui regarde la christologie de saint Cyrille, la pousser plus avant, Mais il serait injuste d'exiger d'un premier travail la mesure de perfection que peut seule donner une longue expérience de l'histoire. L'ouvrage de M. Ermoni sur Léonce de Byzance n'est pas un testament, c'esl une promesse. — A. Loisv.

                     La REVUE DU CLERGÉ FRANÇAIS

 Leprotectorat de la France sur les chrétiens de l'empire ottoman.

M. Goyau, le jeune et sympathique savant si connu dans le monde satholique depuis l'apparition du volume sur le Vadiran, estaussi l'un des auteurs de l'ouvrage sur la France chrétienne dans l'histoire, dont nous avons eu occasion de parler dans notre dernier numéro et pour lequel M. Goyau a écrit une étude très remarquable sur le Protectorat dela France en Orient. Nous en empruntons quelques pages à l'excel- lente Revue du clergé français, qui a reçu communication de ce travail. La République française exerce un protectorat eflicace sur les catholi- ques du Levant. Quelle est la nature de ce fait ? correspond-il à un droit? + correspond, dans quelle mesure le fait a-t-il créé le droit? dans quelle mesure le droit a-t-il créé le fait? La question est intéressante en elle-même: et nous la soulevons d'autant plus volontiers que notre réponse aura quelque chose d'inédit : nous avons eu sous les yeux une circulaire confidentielle de la Propagande, de l'année 1888, qui ratifie, avec une excep- üomnelle vigueur, les prérogatives de la France en Orient. Gesta Dei per Francos! Cette devise fait sonner à nos oreilles certaines leurs du moyen âge, et présentement elle ressemble à un anachronisme. Mais elle a conservé une part de sa vertu, une part aussi de sa vérité; et l'on ne condescend pas à l'attrait d'un paradoxe, en affirmant qu'elle peut servir d'épigraphe à tout un rouleau de notre histoire, dont les premiers faullets farent remplis sous François Ie”, et les derniers sous la présidence de M. Carnot.

Ona prétendu parfois qu'en vertu de l'article 62 du traité de Berlin, la France serait déchue de cette exceptionnelle situation. La teneur primitive ea était celle-ci : « Le droit de protection officielle est reconnu aux agents

diplomatiques et consulaires des puissances en Turquie, tant à l'égard des Frsonnes susmentionnées (ecclésiastiques, pélerins, moines de toutes m4 linalités) que de leurs établissements religieux, de bienfaisance et autres dans les Lieux Saints et ailleurs, sauf les droits acquis à la France. » On amettait done, implicitement, que la France avait des droits acquis, ‘dans les Lieux Saints et ailleurs ». Uhérieurement, sur la demande même de M. Waddington, ces mots: Saufles droits acquis à la France », disparurent, et la réserve qu'ils noti- aient fut plus expressément formulée dans un second paragraphe de l'a fl ainsi conçu : « Les droits acquis à la, France sont expres: “ervès, etilest bien entendu qu'aucune atteinte ne saurait étre portée au dati quo dans les Lieux Saints.

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126 REVUE ‘ANGLO-ROMAINE

On prétendit plus tard, à la Consulta,. sous lé premier ministére de M. Crispi, qu'en vertu de ce second paragraphe les seuls droits de la Franee reconnus par le traité de Berlin sont les droits acquis aux Lieux Saints, et que les autres prérogatives dont nous jouissions antérieurement seraient désormais périmées. Ce commentaire est en premier lieu démenti par la rédaction primitive de l'article 62, qui reconnaissait nos droits« aux Lieux Saints et ailleurs » ; il ne tient aueun compte, en outre, des réserves qu'a vait formulées M. Waddington antérieurement même à la réunion du Con- grès, à avoir a que l'Égypte, Le Syrie et es Lieux Saints reueruient hors de discussion »,

Puisque notre droit de patronage ne devait pas être diseuté à Berlin, on ne saurait conclure, sans se moquer de nous, que le congrès de Berlin nous én eüt évincés. Malgré la dialectique subalpine, nous demeurons, par la vertu des traités et surtout par celle de l'histoire, les vicaires temporels du siège de Rome en Orient.

Ce diseret assaut, que livraient à notre protectorat des casuistes de chan- cellerie, méritait une représaille; dès le lendemain du traité de Berlin, notre gouvernement la chercha. « Vous vous prétendez les vicaires du Pape, pouvait-on nous objecter; mais où donc est votre investiture? C'est par la grâce d'Allah et du sultan que vous avez la tutelle des chrétiens d'Orient. » Il ÿ fallait ajouter la grâce de Dieu et du Saint-Siège aposto- lique; c'est ce qu'a fait la République. Dès 1878, M. de Gabriac obtint un ier témoignage des dispositions favorables de la Propagande, et c'est 4888 qu'une circulaire, beaucoup plus explicite, de la mème congréga- tion, attesta solennellement nos droits. La Propagande, depuis un demi-siècle, est devenue une sorte de puis- sance internationale. Immédiatement, directement, elle commande à tous les délégués apostoliques: elle reçoit leurs rapports fréquents, détaillés, et elle y répond. Ils ne doivent pas seulement au Pape l'adhésion dans la Foi, mais une ohéissance attentive dans le gouvernement de leurs Églises. Qu'ils obéissent toujours, même, cela ne suffit point; il faut encore qu'ils 1 souvent. Ainsi fortifiée et développée par la centralisation de ; la Propagande, sous le pontificat de Pie IX, reçut un mécanisme elle eut un secrétaire spécial pour les affaires du rite oriental. À « puissances du monde et au-dessus d'elles, cette immense organi- sation s'est lentement édifiée. Elle règle la conduite et détermine l'attitude des catholiques dans tous les pays de missions, c'est-à-dire dans les trois quarts de l'univers. IL n'est pas un État européen soucieux de sa propre expansion qui ne doive compter avec la Propagande. IL u'y a pas longtemps encore, les capitulations, les hattischerifs de Sa Hautesse, et les affectueux sentiments des chrétiens d'Orient, étaient re- gardés, par nos diplomates, comme des garanties suflisantes de notre in- fluence religieuse en Orient : reposant sur de tels fondements, elle leur inébranlable. Mais la papauté contemporaine est une grosse ce sur l'échiquier du monde; et les États ont besoin d'elle, plus encore qu'elle n'a besoin d'eux. Supposez la Propagande ordonnant aux chrétiens d'Europe établis en Orientde recourir, en cas de besoin, aux ambassadeurs où consuls représentant leurs diverses nationalités; immédiatement notre protectorat chancelle. Si les intéressés ne recourent pas à notre tutelle, et si le sultan leur reconnaît d'autres tuteurs que nous-mêmes, il nous de= meurera libre, à nous, d'invoquer platoniquement le droit ou la coutume;

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LIVRES ET REVUES 427

mais les maintenir envers et contre tous, cela ressemblerait à du donqui- chotisme. C'est un des grands mérites de la troisième République d'avoir conjuré ce péril. L'édifice de notre protectorat oriental fut construit avec une labo- rieuse lenteur; il fy à cinq ans seulement, M. Goblet étant ministre des alires étrangères, qu'il trouva son achèvement et reçut son couronne. ment. L'œuvre que commençait à Constantinople, en 1335, Jean, sire de HForét, ambassadeur du Roi Très Chrétien, fut terminée à Rome, en 4888, jar M. le comte Lefebvre de Béhaine, ambassadeur de la République fran: guise.

Le cardinal Simeoni était alors préfet de la Propagande, et la jeune lulietémoignait certaines ambitions, peu rassurantes pour notre influence. De bons apôtres, elle en pouvait fournir, qui mettraient leurs fonctions ucilles au service de la propagande religieuse, leur propagande reli- gieuse au service de l'influence italienne dans le Levant. M. Crispi, dans l'espèce, était tout disposé à ne point faire de l'anticléricalisme un article dexportation. IL est fort heureux, pour la Frauce, que l'Italie royale ap- paraisse aux yeux du Saint-Siège comme un État anticatholique par es- sue, envers lequel toute complaisance serait coupable. Issue de cette waviction, la circulaire Aspera rerum conditio, du 22 mai 1888, fut telle que la souhaitait la diplomatie de M. Carnot ; elle opposait aux manuu- ins italiennes une irrévocuble réponse. 11 ÿ a dans le Levant des mis sonvaires italiens; le circulaire ordonne à ceux-ci comme aux autres de « conduire envers les représentants du Quirinal de telle façon qu'ils ne juissent être soupçonnés de dispositions favorables ou de connivence à l'égard du nouvel ordre de choses existant à Rome; elle défend, en parti- culier, d'inviter les consuls italiens aux cérémonies religieuses, et de leur rendre des honneurs dans les églises s'ils y viennent d'eux-mêmes; elle ne termet aux délégués apostoliques d'accepter pour leurs écoles et pour leurs œuvres des subsides des consuls italiens que si ceux-ci ne réclament, en khange de ces subsides, aucun droit de surveillance ou de tutelle. « Car on sait, dit textuellement la circulaire, que depuis des siècles le protectorat de la nation française a été établi dans les pays d'Orient, et quil été confirmé par des traités conclus entre les gouvernements, Aussi Lun ue doit faire, à cet égard, absolument aucune innovation : la protec- ion de cette nation, partout où elle est en vigueur, doit être religieusement maintenue, et les missionnaires doivent en être informés, afin que, s'ils ut besoin d'aide, ils recourent aux consuls et autres agents de la nation fraise, De méme dans ces lieux de mission où le protectorat de la na- on autrichienne a été mis en vigueur, il faut le maintenir sans change- ment,

C'est done, à l'heure actuelle, un précepte de discipline, une obligation de conscience pour les délégués apostoliques en Orient, à quelque pays syparennent, de considérer nos consuls comme leurs protecteurs natu- re (sous réserve des droits qu'exerce l'Autriche en certains territoires dé- termiués, Albanie, Macédoine, Haute Égypte). Ces délégués apostoliques et leur fidéles pouvaient être soumis à deux statuts fort différents : ou bien Sie sous a tutelle exclusive de la France, comme les marchands, jadis, cmmerçaient exclusivement sous notre bannière; où bien se grouper, Suivant leurs nationalités, autour des différents consuls, comme les mar-

“hands, aujourd'hui, commercent chacun sous la bannière de leurs États

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128 REVUE ANGLO-ROMAINE respeetifs. Au moment même où lon contestait nos droits par de mali- cieuses interprétations du traité de Berlin, la Propagande les a reconnus; elle en impose la stricte observance à ses subordonnés ecclésiastiques ; et notre influence doit rester, dans l'avenir, ce qu'elle fut dans le passé. Tout délégué de la Propagande a deux patries dans les terres de Sa Hautesse : son pays d'origine, et une seconde patrie, désignée par la Sacrée Congré- gation : la France. C'est sur toute une région que notre protectorat est ra- tifié: plus les chrétientés s'y multiplieront, plus s'aceroitra notre clientèle ; la France à ce titre doit souhaiter une isglise conquérante, comme l'Église doit souhaiter une France respectée.

Résumons-nous. La France de saint Louis obtint la confiance des chrétiens. La France des Valois et des Bourbons obtint la confiance du Grand Turc. La France d'aujourd'hui obtint, pour cette double série de précédents, la ratification de la Propagande. A l'établissement de notre protectorat, trois Frances, fort dissemblables entre elles, ont collaboré. Dans ce commun labeur, l'histoire les à con- duites plus qu'elles n'ont conduit l'histoire. Volontiers le présent se Matte de s'opposer au passé; il s'enorgueillit de cette illusion, il s'en repait et il en souffre, il en vit et il en agonise; on fait le bilan : il se trouve que, si lencieusement, le passé s'est imposé au présent. Saint Louis survivait en François Is au moment même où celui-ci le démentait; ils survivent l'un et l'autre en notre France contemporaine, au moment même où elle les voudrait renier. Marteler des noms, désavouer des ancêtres, cela est pos- sible; mais pour supprimer entiérement les morts, il faudrait nous sup- primer nous-mêmes. A chacune des étapes de notre protectorat orik tal quelque chose est créé, mais rien n'est perdu. Et par-dessus les géné tions successives, qui font le geste de briser l'unité de notre histoire, il semble que veille un économe invisible, qui, pour leur profit et pour sa gloire, la maintient souverainement. Georges GOYAU.

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SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI

                               LEONIS

                       DIVINA      PROVIDENTIA


          PAPÆ XIII EPISTOLA APOSTOLICA



                   PRINGIPIBUS POPULISQUE      UNIVERSIS

         LEO PP. XIIL      SALUTEM ET         PAGEM IN DOMINO

Parclara gratulationis publieue testimonia, qu toto superiore anno, oh memoriam primordiorum episcopatus Nostri, undique accepimus, quæqu

“ximo tempore insignis Hispanorum pietas cumulavit, hune in primis attulere Nobis ketitiæ fructum, quod in illa similitudine concordiaque sohntatum eluxit Ecelesiæ unitas, ejusque cum Pontifice maximo_ mira cjunetio. Videbatur per eos dies orbis catholicus, quasi rerum ceterarum ist oblivio, in ædibus Vaticanis obtutum oculorum animique cogita- mem defxisse. Principum legationes, peregrinorum frequentia, plenaæ anis epistole, eærimoniæ sanctissimæ id aperte significabant, in

equio Apostolicæ Sedis cor unum esse omnium catholicorum et animam tam, Quæ res hoc etiam accidit jucundior et gratior, quia eum consiliis cæylisque Nostris admodum congruens. Siquidem gnari temporum et me mors offeii, in omni pontificatus Nostri eursu, hoc constanter_ specta- im, atque hoc, quantum docendo agendoque potuimus, conati sumus siligare Nobiseum arctius omnes gentes omnesque populos, atque “spieuo ponere vim pontificatus romani, salutarem in omues parties. Natiaas igitur et agimus et habemus gratias primum quidem benignitati time, eujus munere beneficioque id æétatis incolumes attigimus : deinde Si rincipibus, episcopis, elero, privatisque universis, quotquot_multi- di testficatione pietatis et ohsequii dedere operam ut personam ac di- &ütatem Nostram honore, Nosque privatim opportuno solatio aficerent.

Qumquam ad plenum solidumque solatium multum sañe defuit. Nam invripsas popularis letitiæ studiique significationes, obversabatur animo

mulitudo ingens, in illo gestientium catholicorum consensu aliena, partim vol exangelieæ sapientiæ est omnino expers, partim quod, licet christiano iitata nomini, a fide catholica dissidet. Qua re graviter commovebamur, commosemur : neque enim fas est sine intimo doloris sensu_cogitationem inendere in tautam generis bumani partem longe « Nobis, velut itinere dv, digredientem, — Jamvero, cum Dei omnipotentis vices in terris ge- RER ANGLO ROMANE, — TI — 9

                                                                  Original from
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130 REVUE ANGLO-ROMAINE ramus, qui vult omnes homines salvos fieri et ad agnitionem veritatis venire, cumque Nos et sera ætas et amara eurarum ad humanum urgeant exitum, visum est redemptoris magistrique nostri Jesu Christi in eo imitari exemplum, quod proxime ad cxlestia rediturus summis precibus a Deo Patre flagitavit, ut alumni sectatoresque sui et mente et animo unum fierent : Rogo.. ut omnes unum sint, sieut tu Pater in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint !. Quæ quidem precatio_obsecra- tioque divina quoniam non eos tantum complectitur qui tune in Jesum Christum crederent, sed etiam quotquot eredituri reliquo tempore essent, idcireo dat illa Nobis causam non ineptam aperiendi fidenter vota Nostra. conandique, quoad possumus, ut homines nullo generis locorumve diseri- mine, ad fidei divinæ unitatem vocentur atque incitentur universi. Urgente propositum caritate, quæ illue aceurrit celerius, uhi opitulandi necessitas major, primum quidem provolat animus ad gentes omnium mi- serrimas, quæ Evangelii lumen vel nullo modo acceperunt, velacceptum, incuria seu longinquitate, restinxerunt : proptercaque Deum ignorant, et = crus

   in summo errore versantur. Quoniam salus omis a Jesu Christo prof
   ciscitur, nec enim aliud nomen est sub eælo datum hominibus, in quo no
   oporteat salvos fieri ?, votorum Nostrorum hoc est maximum, posse sacro-
   sancto Jesu_nomine cunctas terrarum plagas celeriter imbui atque com-
   pleri. Qua in re munus efficere sibi demandatum a Deo Ecclesia quidem
   nullo tempore prætermisit. Quid enim undeviginti sæeula laboravit,             quid
   egit studio constantiaque majore, quam ut ad veritatem             atque instituta
   christiana gentes adduceret? Hodieque frequenter maria transmittunt, ad
   ultima loca progressuri, ex auctoritate Nostra præcones Evangeli : quoti-
   dieque a Deo contendimus ut multiplicare benigne velit sacrorum adm
   nistros, diguos munere apostolico, qui seilicet commoda sua et incolun
   tatem et vitam ipsam, si res postulaverit, pro Christi regno amplificando
   non dubitent devovere.
     Tu vero propera, humani         generis servator et parens Jesu Christe:
   exequi ne differas quod olim te dixisti facturum, ut cum exaltatus esse
   à terra, omnia traheres ad te ipsum. Ergo illabere aliquando, atque ostende
   te multitudini   infinitæ, beneficiorum maximorum, quæ cruore tuo_ pepe
   risti mortalibus, adhue expert : excita sedentes in tenebris et umbra mor-
   ts, ut radis illustrati sapientie virtutisque tue, in te et per te sint con
   summati in unum.
     Cujus quidem unitatis sacramentum cogitantibus, oceurrit Nobis univer-
   sitas populorum, quos ab erroribus diuturnis ad           evangelicam [sapientiam
   divina pietas jamdiu traduxit. Nihil profecto ad recordationem jucundius.
   neque   ad    ludem   providentissimi numinis præclarius veterum memoria
   temporum, cum fides divinitus accepta patrimonium commune atque indi-
   viduum vulgo habebatur : cum excultas humanitate gentes, locis, ingenio,
   moribus dissitas, licet alis de rebus sæpe dissiderent, dimicarent, nihilo-
   minus in 0, quod ad religianem pertinet, fides christiana universas conju+
   gabat. Ad hujus recordationem memoriæ, nimis ægre fert animus, quod




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ENCYCLIQUE PRÆCLARA 413

successu tatum, suspicionibus inimicitiisque commotis, magnas ac flo- rentes nationes de sinu Ecclesiæ romanæ male auspicate tempora abs- traxerint. Uteumque sit, Nos quidem gratia confisi misericordiaque omni- potentis Dei, qui novit unus opitulandi meturitates, et cujus in potestate st eo, quo vult, voluntates hominum flectere, ad eas ipsas nationes adjici- mous ahimum, easdemque caritate paterña hortamur atque obsecramus, ut redire, compositis dissidiis, velint ad unitatem. Ac primo peramanter respicimus ad Orientem, unde in orbem universum initio profecta salu. Videlicet rxpectatio desiderii Nostri jucundam spem inchoare jubet, non longe abfore ut redeant, unde discessere, fide avita gloriaque vetere illustres, Ecclesir orientales. Eo vel magis quod non ingenti discrimine sejunguntur : imo, si paucaexcipias, sic cetera consen- timus, ut in ipsis catholici nominis vindiciis non raro ex doctrina, ex more, ex ritibus, quibus orientales utuntur, testimonia atque argumenta proma- mus. Præcipuum dissidi caput, de romani Pontificis primatu. Verum rex- picient ad initia, videant quid majores senserint sui, quid proxima origi- nibus ætas tradiderit. Inde enimvero illud Christi divinum testimonium, Tu es Petrus et super hanc petram ædifcabo Ecclesiam meam, luculenter extat de Romanis Pontificibuscomprobatum. Atque in pontifieum numero lectos ex Oriente ipso non paucos prisca vidit ætas, imprimisque Anacletum, Eva ristum, Anicetum, Eleutherium, Agathonem, Zosimum : quorum plerisque contigit, ut universæ christiane reipublicæ administrationem sapienter sancteque gestam, profuso etiam sanguine consecrarent. — Plane liquet quo tempore, qua causa, quibus auctoribus infelix excitata discor- Ante illud tempus, quo tempore homo separavit quod Deus con- junxerat, sanctum erat apud omnes christiani orbis gentes Sedis_Aposto- licæ nomen, Romanoque Pontifici, ut heati Petri successori legitimo, ob eamque rem Jesu Christi in terris vicario, Oriens pariter atque Occidens consentientibus sententiis sine ulla dubitatione parebant. — Hanc ob cau- sam, si respiciatur ad initia dissidii, Photius ipse oratores de rebus suis Romam destinandos curavit : Nicolaus vero I Pontifex maximus Constan- tinopolim legatos suos, nullo contra dicente, ab Urbe misit, ut Tgnatii Pa- triarchæ causam diligenter investigarent, et Sedi Apostolicæ plenis ac vera- cibus referrent indiciis : ta ut tota rei gestæ historia primatum Romane quacum dissensus tum erumpebat, aperte confirmet, — Denique in Conciliis magnis tum Lugdunensi Il, tum Florentino, supremam Roma- norum Pontificum potestatem nemo ignorat, facili consensione et una omnes voce latinos græcosque ut dogma sanxisse. Ista quidem ob hanc rem consulto revocavimus, quia ad reconciliandam pacem velut invitamenta sunt : eo vel magis, quod hoc tempore perspicere in orientalibus videmur multo mitiorem erga cutholicos animum, imo pro- pensionem quamdam benevolentis voluntatis, Id nominatim non multo anto apparuit, cum scilicet nostris, pietatis causa in Orlentem advectis, egregia Humanitatis amicitieque præstita offcia vidimus. — Iaque os Nostrum patet ad vos, quotquot estis, græco aliove orientali ritu, Ecclesiæ catholicæ dis- cordes. Magnopere velimus, reputet unusquisque apud se illam Bessario nis ad patres vestros plenam amoris gravitatisque orationem : Quæ nobis relinquetur apud Deum responsio, quare a fratribus divisi fuerimus, quos ut 132 REVUE ANGLO-ROMAINE

uniret et ad unum ovile redigeret, ipse descendit de cælo, incarnatus et cruci- fizus est? quæ nostra defensio erit apud posteros nostros? non patiamur hæc, Patres optimi : non habeamus hanc sententiam, non ila mala nobis consulamus et nostris, — Quæ sint postulata Nostra, probe per se ipsa et coram Deo perpendite. Nulla quidem humana re, sed caritate divina, communisque salutis studio permoti, reconciliationem conjunetionemque cum Ecelesia romana suademus : conjunctionemque intelligimus plenam ac perfectam : talis enim esse nullo modo potest ea, quæ, nihil amplius inducat, quam certam aliquam dogmatum credendorum concordiam fraternæque caritatis commutationem. Vera conjunctio inter christianos est, quam auctor Ecclesiæ Jesus Christus instituit voluitque, in fidei et regiminis unitate consistens. Neque est eur dubitetis, quidquam propterea vel Nos vel suc- cessores Nostros jure vestro, de patriarchalibus privilegiis, de rituali cujusque Ecclesiæ consuetudine detracturos. Quippe hoc etiam fuit, idemque est perpetuo futurum in consilio disciplinaque Apostolicæ Sedis positum, propriis cujusque populi originibus moribusque ex æquo et bono non parce tribuere. — At vero redintegrata nobiscum communione, mirum profecto quanta Ecclesiis vestris dignitas quantum decus, divino munere, accedet. Sic igitur vestram ipsorum supplicationem Deus perbenigne audiat, Fac cessent schismata ecclesiarum 3, atque, Congrega dispersos et reduc errantes et conjunge sanctæ tuæ catholicæ et apostolicæ Ecclesiæ 4 : sic ad illam resti- tuamini unam sanctamque fidem, quam ultima vetustas nobis perinde vobisque coustantissime tradidit ; quaum patres ac majores vestri inviolate servarunt : quam ipsam splendore virtutum, magnitudine ingenii, excel lentia doctrinæ certatim illustravere Athanasius, Basilius, Gregorius zianzenus, Joannes Chrysostomus, uterque Cyrillus, aliique magni com- plures, quorum gloria ad utramque Ecclesiam verissime pertinet, tam- quam communis quæedam dignitatis læreditas. Vosque nominatim compellare hoc loco liceat, Slavorum gentes uui- versas, quarum claritudinem nominis complura rerum gestarum monu- ment testantur. Nostis quam egregie de Slavis meruerint sancti in fide patres Cyrillus et Methodius, quorum memoriam Nosmetipsi honore debito augendam aliquot ante annis curavimus, Eorum virtute et laboribus parta plerisque e genre vestro populis humanitas et salus. Quo factum ut Sla- voniam inter et romanos Pontifices pulcherrima vicissitudo_hinc bee ciorum, illine fidelissimæ pietatis diu extiterit. Quod si majores vestros misera temporum calamitas magnam partem a professione romana alie- navit, considerate quanti sit redire ad unitatem. Vos quoque Ecclesi pergit ad suum revocare complexum, salutis, prosperitatis, magnitudinis presidium multiplex præbitura. Caritate non minore ad populos respicimus, quos, recentiore memoria, insolita quedam rerum temporumque conversio ab Ecclesia romana se- junxit. Varis exactorum temporum casibus oblivione dimissis, cogi tionem supra humana omnia erigant, animoque veritatis et salutis unice

1 Ilabgos sà cyiauata tüv Emdretu (ln Liturg. S. Basiliÿ. 2 Toùx érropriqutvenx Émeuvéqaye, 10 memiavdmeus Éavéyaye, xl ovaber à via a0ù xabokenG va dmogsodeen Exonaia (Ib).

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ENCYCLIQUE PRECLARA 133

eupido, reputent apud se constitutam a Christo Ecclesiam. Quacum si ve- lint congregationes conferre suas, et quo loco in illis religio sit æstimare, facile dabunt, se quidem multis maximisque in rebus, primordiorum dblitos, ad nova errore vario defluxisse; neque diffitebuntur, ex eo velut patrimonio veritatis, quod novarum rerum anctores secum in secessione avexerant, nullam fere formulam fidei certam atque auctoritate præditam apud ipsos superesse. Immo vero illuc jam deventum, ut multi non ve- reantur fandamentum ipsum convellere, in quo religio tota et spes omnis mortalium unice nititur, quod est divina Jesu Christi Servatoris natura. Parier, quos antea novi veterisque Testamenti libros aflirmabant divino afluiu conseriptos, eis nune talem abnegant auctoritatem : quod sane, data euilibet potestate interpretandi sensu judicioque suo, omnino con- sequi érat necesse. — [line sua cujusque conscientia, sola dux et norma vite, qualibet alia rejecta agendi regula : hine pugnantes inter se opi- ones et secte multiplices, eædemque persæpe in naturalismi aut rationa- lismi placita abeuntes, Quocirea, desperato sententiarum consensu, jam conjunctionem prædicant et commendant fraternæ caritatis. Atque id sane ere : quandoquidem earitate mutua conjuncti esse universi debemus. Id enim maxime Jesus Christus præcepit, atque hanc voluit esse sectatorum suoruur notam, diligere inter se. Verum qui potest copulare animos per- fecta caritas, si concordes mentes non effecerit fides?— His de causis complures eorum de quibus loquimur, sano judicio, veritatisque studiosi, era salutis viam in Écclesia catholica quæsivere, cum plane intellige- rent néquaquam se posse cum Jesu Christo tanquam capite esse conjune- us, cujus non adiwrescerent corpori, quod est Ecclesia : nec sinceram Christ fem adipisci, eujus magisterium legitimum, Petro et successo- bus traditum, repudiarent. li videlicet in Ecclesia romana expressam were Ecclesiæe speciem aique imaginem dispexere, inditis ab auctore Deo soûs plane conspicuam : ideoque in ipsis numerantur multi, acri judicio acerrimoque ad antiquitatem exeutiendam ingenio, qui Ecclesiam romanæ ab Apostolis eontinuationem, dogmatum integritatem, disciplinæ constan- tam seripüis egregiis illustrarint. Igitur horum virorum proposito exemplo, compellat vos plus animus quam oratio, fratres nostri, qui tria jam sæcula sobiscum de fide christiana dissidetis, itemque vos, quotcumque deinceps quavis de causa seorsum a nobis ahistis, Occurramus omnes in unilatem Mdéiet agnitionis flit Dei !. Ad hanc unitatem, quæ nullo tempore Ecclesire atholicæ defuit, nec potest ulla ratione deesse, sinite ut vos invitemus, dextramque peramanter porrigamus. Vos Ecclesia, communis parens, jamdiu revocat ad se, vos eatholici universi fraterno desiderio expectant, ü sancte nobiscum colatis Deum, unius Evangelii, unius fidei, unius spei mufessione in caritate perfecta conjuneti. Ad plenum optatissimæ unitatis concentum, reliquum est ut ad eos, quotquot toto orbe sunt, transgrediatur oratio, quorum in salute diu evi- gilant euræ cogitationesque Nostræ : catholicos intelligamus, quos romanæ prufeseio fidei uti obedientes facit Apostolicæ Sedi, it tenet cum Jesu Christo conjunctos. Non ii quidem ad veram sanctamque unitatem cohor-

MEph., 19,13.

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134 REVUE ANGLO-ROMAINE

tandi, quippe eujus jam sunt, divina bonitate, eompotes : monendi tamen ne, 1 gravantibus undique periculis, summum Dei beneficium s0cordia atque ignavia corrumpant. — Hujus rei gratia, quæ Nosmetipsi gentibus catholicis vel universis vel singulis alias documenta dedimus, ex is cogi- tandi agendique normam opportune sumant : illudque imprimis velut summam sibi legem statuant, magisterio auctoritatique Ecclesiæ non an- guste, non diffidenter, sed toto animo et perlibente voluntate omnibus in rebus esse parendum. — Qua in re animum advertant, illud quam valde sit unitati christianæ perniciosum, quod germanam formam notionemque Ecclesiæ varius opinionum error passim obscuravit, delevit. Ea quippe, Dei conditoris voluntate ae jussu, societas est genere suo perfecta; cujus oficium ac munus est imbuere preceptis institutisque evangelicis genus humanum, tuendaque integritate morum et christianarum exercifatione virtutum, ad eam, quæ unicuique hominum proposita in cælis est, felici tatem adducere, Quoniamque societas est, uti diximus, perfecta, idcirco vim habet virtutemque vitæ, non extrinsecus haustam, sed consilio divino et suapte natura insitam : eademque de causa nativam habet legum feren- darum potestatem, in jisque ferendis rectum est eam subesse nemini itemque aliis in rebus, quæ sint juris sui, oportet esse liberam. Quæ tamen Jibertas non est ejusmodi, ut ullum det æmulationi invidiæque locum : non enim potentiam consectatur Ecclesia, neque ulla cupiditate sua impellitur, sed hoc vult, hoc expetit unice, tueri in hominibus officia virtutum, et hac ratione, bac via, sempiternæ corum saluti consulere, Ideoque facilitatem indulgentiamque maternam adhibere solet : imo etiam non rare contingit, ut plura temporibus civitatum tribuens, uti jure suo abstineat : quod sane pacta ipsa abunde testantur cum imperiis sæpe conventa. — Nihil magis ab ea alienum, quam rapere ad se quicquam de jure imperi : sed vicissim vereatur imperium necesse est jura Ecclesiæ, caveatque ne ullam ex partem ad se traducat. — Nunc vero, si res et facta spectentur, cujusmodi est temporum cursus? Ecclesiam videlicet suspectam habere, fastidire, odisse, invidiose criminari nimis multi consuevere: quodque multo gra- vius, id agunt omni ope et contentione, ut ditioni gubernatorum civitatis faciant servientem. Hinc sua ipsi et erepta bona, et deducta in angustum libertas : hine alumnorum sacri ordinis cireumjecta difficultatibus insti- tutio : perlatæ in Clerum singulari severitate leges : dissolutæ, prohibitæ, optima christiani nominis præsidia religiosorum sodalitates : brevi, rega- listarum præcepta aique acta acerbius renovata. Hoc quidem est vim afferre sanctissimis Ecelesiæ juribus : quod maxima gignit civitatibus mala, prop- terea quod cum divinis consiliis aperte pugnat. Princeps enim atque opifex mundi Deus, qui hominum congregationi et eivilem et sacram potestatem providentissime præposuit, distincts quidem permanere eas voluit, at vero sejunctas esse et confligere vetuit. Quin immo cum Dei ipsius voluntas, tum commune societatis humanæ bonum omnino postulat, ut potestas ci- vilis in regendo gubernandoque cum ecclesiastica conveniat. Hine sua et propria sunt imperio jura atque officia, sua item Ecclesiæ : sed alterum eum altera concordiæ vinelo colligatum esse necesse est. — ta sane futu- rum, ut Ecclesiæ imperiique necessitudines mutuæ ab illa sese expediant perturbatione, quæ mune est, non uno nomine improvida, bonisque omni-

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ENCYCLIQUE, PRACLARA 435

Lux permolesta : pariterque impetrabitur, ut non permixtis, neque dieso diatix utriuique rationibus, reddant cives quæ sunt Cæsaris, Cæsari, que sunt Dei, Deo. Simili modo magaum unitati discrimen ab ea hominum secte impendet, que Massonica nominatur, cujus funesta vis nationes præsertim catholicas jamdiu premit, Turbulentorum temporum nacta favorem, viribusque et opibus et successu insolescens, dominatum suum firmius constabilire, ltusque propagare summa ope contendit. Jamque ex latebra et insi in lucem erupit civitatum, atque in hac Urbe ipsa, catholici nominis prin- de, quasi Dei numen lacessitura consedit. Quod vero calamitosissimum ex, ubicumque vestigium posuit, ibi in omnes sese ordines in omniaque instituts reipublice infert, ai tandem summam arbitriumque obtineat. Cale- mitosissimum id quidem : ejus enim manifesta est quum opinionum pra- sitas tum consiliorum nequitia. Per speciem vindicandi juris bumani civi- Hisque societatis instaurande, christianum nomen hostiliter petit : traditam a Deo doetrinam repudiat; officia pietais, divina sacramenta, tales angustiores, temquam superstitiosa vituperat : de matrimonio, de fami de adolescentium inatitutione, de privata omni et publica discipline, chris- tnam formam detrahere nititur, omnemque humanæ et divinæ potestatis rverentiam ex animo evellere populorum. Præcipit vero colendem hamini exe naturem, atque hujus unius principiis wstimari ac dirigi veritatem, tonestatem, justitiam oportere. Quo pacto, uti perspicuum est, compellitur bomo ad mores fere vitæque consuetudinem ethnicorum, eamque multi Hicatis illecebris vitiosiorem. — Hac de re, quamquam alias a Nobis gra- Wsimeque est dictum, Apostolica tamen vigilantia monemur in idem ut ixsistamus, etiam atque etiam monentes, in tum præsenti periculo nullas eue cautiones tanias, quin suscipiendæ aint majores. Clemens prohibeat Deus nefarie eonsilia : sentiat tamen atque intelligat populus christianus, indigaissimum secte jugum excutiendum aliquando esse : excutiantque enixius, qui durius premuntur, Itali et Galli. Quibus armis, qua ratione id reelus possint, jam Nos ipai demonstravimus : neque victoria incerta 60 fidentibus ducs, cujus perstat divina vox : Ego vici mundum t. Utroque depulso periculo, restitutisque ad fidei unitatem imperiis et citibus, mirum quem efficax medicina malorum et quenta bonorum copie manaret. Præcipua libet attingere. Pertinet primum ad dignitatem ac munera Ecclesiæ : quæ quidem recep- ture esset honoris gradum debitum, atque iter suum et invidia vacuum et liberte munitum pergeret, administra evangelicæ veritatis et gratiæ; ilque singulari cum salute civitatum. Ea enim cum megistra sit et dux bominum generi a Deo data, conferre operam potest præcipue accommod: an maximis temporum conversionibus in commune bonum temperandis, ausis vel impeditissimis opportune dirimendis, recto justoque, quæ firmis- sima sunt fundementa reipublicæ, provehendo. Præclara deinde conjunctionis inter nationes accessio fleret, desideranda maxime hoc tempore, ad tetra bellorum discrimine præcavenda. — Ante vos hebemus Europæ tempora. Multos jam annos plus specie in pace ititur que re. Insidentibus suspicionibus mutuis, singule fere gentes Pergunt certatim instruere sese apparatu bellico. Improvide adolescentium Joann., xvr, 38. 4

136 REVUE ANGLO-ROMAINE tas procul parentum eonsilio magisterioque in pericula truditur vitæ mi lituris : validissima pubes ab agrorum cultura, a studiis optimis, a merca- turis, ab artificiis, ad arma traducitur. Hinc exhausta magois sumptibus æraria, attrit civitatum opes, afMicta fortuna privatorum : jamque ea, qua nune est, veluti procincta, pax diutius ferri non potest. Civilis homi- num conjunctionis talemne esse natura statum? Atqui hine evadere, et pacem veri nominis adipisci, nisi Jesu Christi beneñcio, non possumus. Et enim ad ambitionem, ad appetentiam alieni, ad æmulationem coh bendam, quæ sunt maximæ bellorum faces, christiana virtute impri- misque justitia, nihil est aptius : cujus ipsius virtutis munere tum jura gentium et religiones fwderum integra esse possunt, tum germanitatis vineula firmiter permanere, eo persuaso : Justitia elevat gentem 1. Pariter domi suppetet inde præsidium salutis publicæ multo certius ae validius, quam quod leges et arma præbent. Siquidem nemo non videt, in- gravescere quotidie pericula incolumitatis et tranquillitatis publicæ, eum | seditiosorum secte, quod crebra testatur facinorum atrocitas, in eversiones conspirent atque exeidia civitatum. Scilicet magna contentione agitatur ea duplex causa, quam socialem, quam politicam appellant. Utraque sane gra- vissima : atque utrique sapienter justeque dirimendæ, quamvis Jlaudabilia studia, temperamenta, experimenta sint in medio consulta, tamen nihil aliud tam opportunum fuerit, quam si passim animi ad conscientiam regu- lamque officii ex interiore fideï christianæ principio informentur, — De s0- ciali causa in hane sententiam a Nobis non multo ante data opera, tracta- tum est, sumptis ab Evangelio, itemque a naturali ratione principiis. — De causa politica, libertatis eum potestate conciliandæ gratia, quas multi notione confundunt et re intemperanter distrahunt, ex christiana philoso- phia vis derivari potest perutilis. Nam hoc posito, et omnium assensu ap- probato, quæeumque demum sit forma reipublicæ, auctoritatem esse a Deo, continuo ratio perspicit, legitimum esse in aliis jus imperandi, consenta- neum in als oflicium parendi, neque id dignitati contrarium, quia Deo verius quam homini paretur : a Deo autem judicium durissimum is qui præ>= sunt denuntiatum est, nisi personam ejus recte justeque gesserint. Libertas vero singulorum nemini potest esse suspecta et invisa, quia nocens nemini, in is que vera sunt, que recta, quæ cum publica tranquillitate conjuncta, versabitur, — Denique si illud spectetur quid possit populorum ac princi- pum parens et conciliatrix Eeclesia, ad utroxque juvandos auctoritate con- silioque suo nata, tum maxime apparebit quantum salutis communis inter- sit ut gentes universæ inducant animum idem de ide christiana sentire, idem profiteri. Ista quidem cogitantes ac toto animo concupiscentes, longe intuemur qualis esset rerum ordo in terris futurus, nec quidquam novimus conse- quentium bonorum eontemplatione jucundius. Fingi vix animo potest, quantus ubique gentium repente foret ad omnem excellentiam prosperita- temque eursus, constituta tranquillitate et otio, incitatis ad inçrementa lit- insuper auctisque christiano more, secundum præscripta Nostra, agricolarum, opificum, industriorum consociationibus,‘ quarum ope et vorax reprimatur usura, et utilium lahorum campus dilatetur.

Prov., x, 34.

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M. dus

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Quorum vis beneficiorum, humanarum atque exeultarum gentium nequa- quan cireumseripta finibus, longe lateque, velut abandantissimus amis, deflueret. Illud enim est considerandum, quod initio diximus, gentes mul- titudine infinitas plura jam sæcula et ætates præstolari, a quo lumen veri- tatis humanitatisque accipiant. Certe, quod pertinet ad sempiternam po- palorum salutem, æterne mentis consilia longissime sunt ah hominum in- telligentia remota : nihilominus si per varias terrarum plagas tam est adhuc iafelix superstitio diffusa, it non minima ex parte vitio dandum subortis de reigione dissidiis. Nam, quantum valet mortalis ratio ex rerum eventis existimare, hoc plane videtur Europæ munus assignatum a Deo, ut chris- tianam gentium humanitatem ad omnes terras sensim perferat. Cujus tanti operis initia progressusque, superiorum ætatum parta laboribus, ad lita incrementa properabant, cum repente discordia sæeulo Xv1 deflagravit. Discerpto disputationibus dissidiisque nomine christiano, extenuatis Euro- pæ per contentiones et bella viribus, funestam temporum vim sacræ expe- ditiones sensere. Insidentibus discordiæ causis, quid mirum si tam magna jar mortalium moribus inhumanis et vesanis ritibus implicita tenetur? Omnes igitur pari studio demus operam ut concordia vetus, eommunis boni causa, restituatur. Ejusmodi reconciliandæ concordiæ, pariterque benefi- dis christianæ sapientiæ late propagandis, opportuna maxime fluunt tem- jora, propterea quod humanæ fraternitatis sensa nunquam altius in animos Jervasere, neque ulla ætate visus homo sui similes, noscendi opitulandique usa, studiosius anquirere. Immensos terrarum marisque tractus celeritate incredibili eurrus et navigia transvehuntur ; quæ sane egregios usus afferunt, von ad commercia tantum modo euriositatemque ingeniosorum, sed etiam vi verbum Dei ab ortu solis ad occasum late disseminandum. Non sumus nescii, quam diuturni laboriosique negotit sit rerum ordo, quem restitutum optamus : nec fortasse deerunt, qui Nos arbitrentur nimiue indulgere spei, atque optanda magis, quam expectanda quærere. Sed Nos quidem spem omnem ae plane fiduciam collocamus in humani generis Ser- vatore Jesu Christo, probe memores, quæ olim et quanta per stultitiam Crucis et prædicationis ejus patrata sint, hujus mundi obstupescente et con Musa sspientia. — Principes vero et rectores civitatury nominatim rogamus, velint pro civili prudentia sua et fideli populorum cura consilia Nostra ex vertate æstimare, velint auctoritate et gratia fovere. Quesitorum fructuum

sil pars provenerit, non id minimi fuerit beneficii loco in tanta rerum omrium inclinatione, quando impatientia præsentium temporum cum for- nüdine jungitur faturorum. Extrema sæculi superioris fessam cladibus trepidamque perturbationibus Europa reliquere. Hæc, qui ad exitum properat ætas, quidni, versa vice, bumano generi hereditate transmittat auspieia concordiæ eum spe maxi- morum bonorum, que in unitate fidei christianæ continentur Adsit optatis votisque Nostris dives in misericordia Deus, cujus in potestate lempora sunt et momenta, benignissimeque implere maturet divinum illud desu Christi promissum, fiat unum ovile et unus pastor 1. {Datum Romæ ex Ædibus Vaticanis die xx Junii MDCGOxeIv, Pontificatus Nat decimoseptimo. LEO PP. XIII. dounn,, x, 16,

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sb. UNIVERSITY OF MICHIGAN SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI

   LEONIS          pivina      provipenria PAPÆ XIII

          Litieræ apostolicæ de disciplina Orientalium
                      conservanda et tuenda




                         LEO     EPISCOPUS

SERVUS SERVORUM DEI, AD PERPETUAN REI MEMORIAN

Orientalium dignitas Ecclesiarum, pervetustis rerum monumentis esque insignibus commendata, magnam habet toto christiano orbe venerationen et gloriam. Apud illas enim, inita benignissimo Dei consilio humana re demptionis primordia, celeriter ad ea properavere incrementa, ut laudes apostolatus et martyr, doctrinæ et sanctitatis primo honore foruerint, primam saluberrimorum fructuum letitiam ediderint. Ex illis autem per- ampla beneficiorum vis in ceteros late populos mire profluxit; quum beu- tissimus Petrus, princeps apostolici ordinis, multiplicem erroris vitiique pravitatem disjecturus, lumen veritatis divinæ, evangelium pacis, Christi libertatem in dominam gentium urbem eœlesti numine) intulit. — Al Eeclesiis Orientalibus Romana potissimum, ecclesiarum omnium caput, sane quantum honoris et caritatis inde a memoria apostolica tribuere con. suëvit et quam fideli obsequio vicissim letari:easdemque, per varia deinde atque acerba tempora, nequaquam ipsa destitit, providentia et benefactis, a jacturis erigere, devinctas retinere, revocare discordes. Neque ultimunm illud fuit vigilantiæ oficium, ut proprias eujusque orientalis gentis_consuetu- dines sacrorumque rationes, quas pro potestate et sapientin sua Jegitimas edixisset, integras in eis perpetuo custodiret ac tueretur: cujus rei doeu- mento multa sunt quæ Decessores Pontifices, eum primis Pius IX fel. rec. vel suis ipsi actis vel per sacrum Consilium christiano nomini propt- gando prudentissime censuerunt. — Non minore permoti Nos adductique studio, sub ipsa pontificatus initia, ad christianas Orientis nationes oculos peramanter convertimus. Maturavimus quidem conferre curas ad_earum allevandas necessitates, aliasque sumus deinceps occasiones nacti actuos® benevolentiæ testandæ : sed nihil profecto antiquius sanctiusque fuit neque

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CONSTITUTION & ORIENTALIUM DIGNITAR » 139 e4, quam animis cum Sede Apostolica obstrictis, adeo in eis ardorem exci- ure et fecunditatem fidei, ut ad majorum excellentiam et laudem exemplis renovatis nitantur. Jan licuit aliquot adjumenta Ecclesiis illis afferre, — Collegium bac ipsa in Urbe clericis Armeniis et Maronitis instituendis, itemque Philippo- pol et Hadrianopoli pro Bulgaris, condidimus; Athenis Leonianum con- dendum decrevimus; etiam seminario Sanctæ Annæ, quod Hisrosolymæ, dei Græci Melchitæ educendi causa, cœæptum est, majorem in modum favemus, In eo præterea sumus ut Syrorum numerum in alumnis Collegii Urbaniani augeamus : uique Athanasianum Græcorum ad pristinum resti- tuamus institutum, quod Gregorius XIII, munificusauctor, sapienter voluit, unde viri extiterunt clarissimi. Plura vero in hoc similique genere expe- ri Nos atque efficere posse, eo nunc vehementiore voluntate exoptamus, posiquam, aspirante Deo, consilium jamdiu meditatum perfecimus appel- land singulari epistola principes et populos universos ad felicem fidei di- vins unitatem. Nempe: inter christianas gentes calamitose divulsas, primo loco Orientales vocare, adhortari, obsecrare contendimus, quanta maxima Pouimus apostolica et paterne caritate. Inchoatam spem quotidie magis foveri perjucundum accidit nobis, certumque est, opus tam salutare enixius insistere; ut, quidquid ex Apostolicæ Sedis providentia expectari possit, admodum expleamus, quum submovendis simultatis vel suspicioni ais, tum optimis quibusque reconcilationis præsidiis admovendis. — Prestantissimum id esse existimamus, ad incolumitatem disci- Wine Orientalium propriæ, cui valde semper uribuimus, animum curasque adjicere. Qua in re jam Nos clericorum ephebeis earum gentium proxime conditis hanc etiam dedimus præscriptionem, dabimus eamdem condendis, ut maxima religione ritus colant et observent suos, in eisque cgnitionem usumque alumni capiant. Siquidem in rituum orientalium cotervatione plus inest quam eredi possit momenti. Augusta enim, qua

sara ea rituum genra nobilitantur, antiquitas, et præclaro est ornamento Ecelesiæ omni, et fidei catholicæ divinam unitatem affirmat. Inde enim- sn, dum sua præcipuis Orientis Ecclesis apostolica origo testatior constat, apparet simul et enitet earumdem cum Romana usque ab exordiis summa conjunetio. Neque aliud fortasse admirabilius est ad catholicitatis tolam in Ecclesia Dei illustrandam, quam singulare quod ei præbent obse- quium dispares cæremoniarum formæ nobilesque vetustatis linguæ ex ia Apostolorum et Patrum consuetudine nobiliores; fere ad imitationem chsequii lectissimi quod Christo, divino Ecclesiæ auctori, exhibitum est mscenti, quum Magi ex varis Orientis plagis devecti venerunt.... adorare am 1, — Quo loco illud apte cadit animadvertisse, quod sacri ritus, ta- mei per se instituti non sunt ad dogmatum catholicorum evincendam rilatem eadem tamen viva propemodum exprimunt splendideque decla- nat. Quapropter vera Christi Ecclesia, sicut magnopere studet ea custo- dire inviolata quæ, utpote divina, immutabilia accepit, ita usurpandis erumdem formis nonnunquam concedit novi aliquid vel indulget, in üs presertim quæ cum venerabili antiquitate conveniant. Hoc etiam modo et ds vitæ nunquam senesçentis proditur vis, et ipsa magnificentius Christi

Mat m,h, 12, 140 © REVUE ANGLO-ROMAINE sponsa excellit, quam sanctorum Patrum sapientia veluti adumbratam in effato agnovit Davidico : Astitit regina a dextris tuis in vestitu deaurato,cir- eumdata varielate... in fimbriis aureis, cireumamieta varietatibus 1. EE

      Quoniam igitur hæc rei liturgicæ disciplinæque orientalis jure probata
    varietas, præter ceteras laudes, in tantum decus         utilitatemque Ecclesiæ

AR

    convertitur, eo non minus pertineant muneris Nostri partes oportet, recte
    ut sit consultum, ne quid incommodi imprudenter obrepat ab occidenta-
    libus Evangelii administris, quos ad eas gentes Christi        caritas urgeat, —

EE SP

     Rata quidem permanent quæ in hoc Benedictus XIV, Decessor Nostr
    ilustris, sapienter provideque decrevit per Constitutionem Demandatan.
    in forma epistolæ, die datam XXIV decembris anno MDCCXLIIT, ad Pa-

Ph

    triarcham Antiochenum Græcorum Melchitarum omnesque ejusdem ritus
    Episcopos eidem Patriarchæ subjectos. Verum, ætatis decursu non brevi,
    novatis per ea loca rerum conditionibus, atque latinis Missionariis. Insti-
    tutisque ibidem multiplicatis, factum est ut peculiares quiædam Aposto-
    lica: Sedis euræ in eadem causa exposcerentur : quod certe peropportunun
    fore, crebra per hosee annos oceasione Nosmetipsi cognoveramus, et des-
    deria sequissima confirmaverant Venerabilium Fratrum in Oriente Pa-
    triarcharum, non semel ad Nos delata, Quo autem totius negotii apertius
    pateret summa, aptioresque providendi rationes_definirentur, _eosdem
    Patriarchas haud ita pridem in Urbem advocare placuit, quibuscum com
    municaremus consilia. Tum eos, una cum nonnullis           Dilectis Filiis Nostri
    S.R.E. Cardinalibus, coram ad deliberandum frequenti congressione
    habuimus. — lis autem rebus omnibus, quæ communiter propositæ eLagi-
    tatæ sunt, meditate perpensis, induximus animum certa quædam ejusdem
    Benedictinæ Constitutionis præseripta, congruenter novis earum gentium
    temporibus, explicatiora facere et ampliora. In quo præstando, hoc tam-
    quamprineipiumex ipsa deprompsimus, sacerdotes      nempe latinos e0 tantuui
    eonsilio ab Apostolica Sede in illas regiones mitti, ut sint Patriarchis et
    Episcopis in adjutorium et levamen ; cauto propterea ne utendo facultatibus
    sibi concessis, eorum jurisdictiont præjudicium inferant et numerum subdito-
    rum imminuant_ : ex quo perspicuumextat quibus legibus oficia eorumdem
    Latinorum ad Hierarchiam Orientalem sint temperanda.
      ltaque rerum capita quæ sequuntur visa sunt in Domino præscribenda
    et sancienda, ut facimus, Apostolica fultiauctoritate : jam nunc declarantes
    velle Nos atque edicere ut eadem Benedictina decreta, quæ de Græcis Mel-
    chitis primitus data sunt, fideles omnes cujusvis in Oriente ritus universe
    attingant.

      1. Missionarius quilibet latinus, e clero [sæculari vel regulari, qui orien-
    talem quempiam ad latinum ritum consilio auxiliove indueat, præter sus-
    pensionem a divinis qua ipso facto incurret, ceterasque pænas per eamdem
    Constitutionem Demandatam inflictas, officio_suo privetur et exeludatur.
    Que præscriptio ut certa etfrma consistat, exemplar ejus patere vulgatum
    apud Latinorum ecclesias jubemus.

      IL. Uni desit propri ritus     sacerdos ui Patriarcha orientalis mandet spi-


      F Ps xuve.




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CONSTITUTION « ORIENTALIUM DIGNITAS » in

fitalem suorum administrationem, ibi eorum curam suscipiat Parochus alieniritus qui easdem atque ipsi species, azymum vel fermentatum, ad cinsecrandum adhibeat; anteferatur qui eas adhibeat ritu orientali. — Fidelibus auteny sit facultas communicandi utrovis ritu, non eis tantum- modo lois ubi nulla ecclesia nec sacerdos sui proprii ritus habeatur, prout asaero Consilio christiano nomini propagando decretum est die XVIII au- sus anno MDCCCXCIIT, verum etiam ubi, propter longinquitatem eccle- sie sue, non eam possint, nisi cum gravi incommodo, adire : de quo Ordi- mari esto judicium. ldque fixum resideat, eum qui alieno ritu vel diu “ommunicaverit, non propterea censendum mutasse ritum, sed in ceteris olicis omnibus perseverare Parocho suo addictum.

  1. Sodalitates Religiosorum latinæ quæ juventuti instituendæ in Oriente dant opera, si quo in collegio alumnos ritu orientali non paucos nume- rent, sacerdotem ejusdem ritus, Patriarcha consulto, apud se habeant ipso- run commodo alumnorum, ad miss sacrificium, ad sacram synaxim, ad catechesim patria lingua impertiendam ritusque explicandos ; aut saltem

diehus dominicis ceterisque de præcepto occurrentibus festis talem sacer- item arcessant, ea officia præstiturum. Quam ob eausam eisdem Sodali- tibus quævis privilegia, etiam speciali mentione digna, quibus gaudeant, a alumni orientalis ritus, quamdiu in collegiis ipsarum degant, latinum

<quantur, adempta esse omnia edicimus : de ritualibus autem abstinentiis “rvandis moderatores cum religiosa æquitate videant. — Item alumnis externis prospiciatur : quos ad proprias ipsorum ecclesias seu curias mitiaut perduci oportebit, nisi videatur cos eum internis ad cjusdem ritus vlicia admittendos.

IV. Eadem præseripta transferenda sunt, quoad fieri possit, ad Religi srum Sodalitates, puellis educandis in asceteriis scholisque deditas. Quod “qua immutatio per tempora et_ res opportuna inciderit, ea non ante fiat

qum Patriarchæ consensus accesserit et venia Apostolicæ Sed

V. Nova, ritu latino, juventutis collegia vel domus Religiosorum utrius- ïissexus ne in posterum aperiantur, nisi Apostolica Sede rogata et con- eatiente.

VI. Presbyteris tm latinis tum orientalibus, neque in suis, neque in dei rtus ecclesiis, fas est quemquam absolvere a casibus qui suis cujus- ‘ue Ondinariis sint reser cultate ab eisdem permissa modvis privilegium, vel speciali mentione dignum, prorsus revocamus. VII. Orientalibus qui ritum latinum, etiamsi ex pontificio reseripto, sus- peint, revertere ad pristinum, Apostoliea Sede exorata, licebit,

VIIL. Mulieri latini ritus quæ viro nupserit ritus orientalis, æque ac malien orientali quæ nupserit latino, integrum erit ut ad ritum viri, ineun- vel durante matrimonio, transeat: matrimonio autem soluto, resu- med proprii ritus libera erit potestas.

IX. Quicumque orientalis, extra patriarchale territorium commorans, ab administratione sit cleri latini, ritui tamen suo permanebit adscriptus;

                                                                      riginal from
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142 REVUE ANGLO—ROMAINE jta ut, nihil diuturnitate aliave causa ulla suffragante, recidat in ditionem Patriarchæ simul ac in ejus territorium reveuerit.

X Nul , utriusvis sexus, Ordini vel Instituto religioso latini ritus, quem- quam orientalem inter sodales_suos fas erit cipere, qui proprii Ordinarii testimoniales litteras non ante exhibuerit.

XL Si qua ex dissidentibus communitas vel familia vel persona ad catho- licam unitatem venerit, conditione velut necessaria interposita amplectendi latini ritus, huic_ritui remaneat ea quidem ad tempus adstricta, in ejus tamen potestate sit ad nativum ritum catholicum aliquando redire. Si vero ejusmodi conditio non intercesserit, sed ideo_ ipsa communitas, familia, persona a latinis presbyteris administretur quia desint orientales, regre- diendum ipsi eritad ritum suum, statimut sacerdotis orientalis fuerit cop

XII. Matrimoniales et ecelesiasticæ quæeumque sint causæ, de quibus ad Apostolicam Sedem appellatio fiat, nequaquam Delegatis Apostolicis definiendæ, nisi aperte ea jusserit, committantur, sed ad sacrum Consilium christiano nomini propagando omnino deferantur.

XII. Patriarchæ Græco-Melchitæ jurisdictionem tribuimus in vosquoque fidelesejusdem ritus qui intra fines Turcici Imperii versantur.

Præter istas peculiares cautiones atque ex jure præscripta, maxime Nos tenet cura, quod supra attigimus, ut condantur opportunioribus in Oriente locis seminaria, collegia, instituta omne genus, eaque prorsus ad juvenes incolas ipso ritu patrio formandos in suorum auxilia. Hoc_ propositum, in quo dici vix potest quanta religioni inhæreat spes, studiose Nos aggredi prolixisque subsidiis provehere, affluente, ut confidimus, catholicorum ope, deliberatum habemus. Sacerdotum indigenarum operam, quippe et conve- nieutius impeusam et cupidius acceptam, multo futuram quam advenarum fructuosiorem, paulo fusius est a Nobis monstratum in encyclicis litteris quas dedimus superiore anno de collegis clericorum in Indiïs Orientalibus constituendis. — Ita porro sacræ juventutis institutioni semel consulto, profecto studiis rei theologicæ et biblicæ apud Orientales accrescet honos ; vigebit linguarum veterum eruditio æque ae in recentibus sollertia; doc- trinæ et litterarum census, quo Patres corum scriptoresque abundant, in commune bonum, largius proficiet : eo demum peroptato exitu, ut sacer- dotii catholici emergente doctrina integrique exempli laude prælucente, propensius ejusdem matris complexum fratres dissidentes requirant. Tum vero si ordines cleri animos, studia, actionem caritate vere fraterna s0 verint, certe, favente et ducente Dev, dies maturabitur auspicatissima, qua, occurrentibus omnibusinunitatem fidei et agnitionis Filit Dei, plene ex eo perfecteque totum corpus compactum, et connezum per omnem juncturam subministrationis, seeundum opérationem in mensuram uniuscujusque membri, augmentum corporis facit in ædificationem sui in caritate!. Ea nimirum glo- riari unice potest Christi vera esse Ecclesia, in qua aptissime cohæreat unum corpus et unus spéritus ?,

1 Ephs 19, 13, 16. DS

                                             Original from
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CONSTITUTION € ORIENTALIUM DIGNITAS » 443 Hæc universa et singule, quecumque sunt a Nobis decreta, minime du: bium quin Venerabiles Fratres Patriarchæ, Archiepiscopi, Episcopi quovis ientali ritu catholici, pro ea qua præstant tum in Cathedram Apostolicam et in Nos pietate, tum suarum sollicitudine Ecclesiarum, omni sint reve- rentia et obtemperatione euscepturi, idque sedulo effecturi ut eorumdem observantia, ab iis quorum interest, plene consequatur. — Copia vero fruc- tuum, quos inde augurari licet et jure optimo expectare, valde ex opera eorum proveniet qui gerunt personam Nostram per Orientem Christianum. Delegatis propterea Apostolicis commendatissimum volumus ut illarum gentium tradita a majoribus instituta honore debito vereantur: Patriarcha- rum auctoritatem quo par est obsequio colant, colendam curent; atque in offciorum cum eis permutatione, cousilium expleant Apostoli: Honore invi- cem prævenientes 1 ; Episcopis, clero et populo studiosum ac benevolentem animum probent; eumdem plane spiritum in se referentes, quo Joannes Apostolus agebatur, quum Apocalypsim dedit septem ecclestis qu& sunt in Asia inseripta salutatione : Gratia vobis et_paz ab eo qui est, et qui erat et qui venturus est ? : in omnique agendi ratione sese præstent 608, qui vere babeantur nuntii digni conciliatoresque sanctæ unitatis inter Orientales Ecclesias et Romanam, quæ centrum ejusdem est unitatix et caritatis. — Hæc ipsa similiter sentiant, similiter peragant, hortatu jussuque Nostro, sacerdotes latini quotquot in eisdem regionibus egregios labores obeunt ad sempiternam animorum salutem; religiose in obedientia Romani Pontifi- cis laborantibus, tunc vero dabit Deus ampla incrementa. Igitur quecumque his litteris decernimus, declaramus, sancimus, ab omibus ad quos pertinet inviolabiliter servari volumus ac mandamus, nec ea notari, in controversiam vocari, infringi posse, ex quavis, licet privile- ata causa, colore et nomine; sed plenarios et integros effectus suos haberc non obstantibus Apostolicis, etiam in generalibus ac provincialibus consiliis editis, constitutionibus, nec non quibusvis etiam confrmatione Apostolica vel quavis alia firmitate roboratis statuts, consuetudinibus ac præacriptio= nibus; quibus omnibus, perinde bac si de verbo ad verbum hisce litteris sert essent,ad præmissorum effectum, specialiter et expresse derogamus et derogatum esse volumus, ceterisque in contrarium facientibus quibuscumque. — Volumus autem et harum Litterarum exemplis etiam improesis, manuque Notarii subscriptis et per constitutum in ecclesiastica dignitate virum suo sigillo munitis, eadem habeatur fides que præxentibus hisce Litteris haberetur ostensis. Datum Rômæ apud 8. Petrum anno Incarnationis Dominicæ millesimo octingentesimo nonagesimo quarto pridie calendas decembres, Pontificatus Nostri decimo septimo. A. Canv. BIANCHI. — C. CarD. DE RUGGIERO. PRO-DATARIUS VISA De Cum I. DE AQUILA E VICECO MITIBUS. Loco ke Plumbi. Reg. in Secret. Brevium. 1. Cuenonr. 1 Rom, xt, 40. 2 Apoc.s1, d. NOUVELLE DÉCLARATION DES ÉVÈQUES CATHOLIQUES SUR LA QUESTION SCOLAIRE EN ANGLETERRE

Nous. Cardinal-Archevèque et Évèques catholiques d'Angleterre et de Galles, avons té amenès par ce qui a transpiré de la réception des représentants de l'Eglise d'Angleterre par le premier ministre et le prési- dent du Conseil, à ajouter à notre mémoire certaines déclarations qui nous semblent nécessaires pour définir la position de notre population catho- lique et pour défendre les revendications de nos écoles. La députation à laquelle il est fait allusion présenta un mémoire signé par les archevèques de Cantorbéry et d'York, déclarant qu'elle n'avait pas l'intention de demander au Gouvernement de dispenser l'Eglise des sacri- fices qu'elle avait faits et était prète à faire encore. Nous nous croyons obligés, en conséquence, à faire cette grave déclara- tion : Nous n'avons rien à objecter à ces charges extraordinaires, que, grâce à ses richesses considérables, vient s'imposer l'Eglise anglicane. Mais, si elle peut promettre chaque aunée plus de 609,000 livres pour le maintien de ses écoles, nous déclarons que les catholiques sont dans l'im- possibilité de s'engager à faire une semblable générosité: dans leur pau- vreté, ils doivent se contenter du droit commun, qui est celui de la justice et de l'équité pour tous, et ils demandent, en leur nom, du moins, que le même paiement soit fait par l'Etat pour l'enseignement séculier donné dans toutes les écoles publiques élémentaires d'Angleterre et de Galles. Pour bieu comprendre toutes les difficultés de la situation qui est faite aux catholiques, certains faits sont nécessaires à rappeler. L'Eglise catholique en Angleterre ne représente plus la classe riche du pays, mais principalement les pauvres. Voilà longtemps déjà qu'elle à perdu tous ses biens. Elle est composée maintenant en grande majorité de Pauvre peuple vivant du travail journalier et, dans unc proportion minime, de propriétaires ou de gens appartenant aux professions libérales. O'est avec leurs seules ressources privées ou leurs salaires dificilement gagnés que les catholiques ont à soutenir toutes les œuvres religieuses et charitables. L'éducation d'un clergé chaque jour plus nombreux, la construction d' coles, de chapelles, d'églises, la fondation d'institutions de toutes sortes autant de charges auxquelles les catholiques ont à subvenir, ct, pour y fu face, ils n'ont ni revenus, ni richessos acquises, mais seulemeut les sacri- fices constants d’une population pauvre mais généreuse. Nous suggérons que des mectings organisés par les amis des écoles libres soient tenus sur tous les points de l'Angleterre et que les résolu tions qui y seront prises soient présentées aux membres du Parlement, ainsi qu'au président du Conseil. Signé par tous les évêques catholiques d'Angleterre et de Galles, et par moi-même, HERBERT, cardinal VAUGHAN.

                           Le Direcleur-Gérant: FERNAND PORTAL.
            PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 7,