Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1895

1895-1896 - Revue Anglo-Romaine : recueil hebdomadaire - Tome I (complet). La totalité des numéros composant le Tome II rassemblés en un seul fichier PDF téléchargeable

Post-Vatican II etude-privee
Version unique

DE

L'UNION DES ÉGLISES L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE

               A        ER




       DISCOURS    PRONONCÉ 4               BRISTOL
                  LE F4 FévitEn 895

                            par



       LE VICOMTE HALIFAX
         MEMBRE   DE   LA   CHAMBRE   REX   LORDS

Traduit par M. LE. Rarxer, ot prérédé d'une préface

          PAR FERNAND              DALBUS




                       PARIS

   LIBRAIRIE CI. POUSSIELGUE
               RUE CASSETTE,           13


                            1895

LORD HALIFAX

LU?

VoŸ DE

L'UNION DES ÉGLISES L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE Ts Le :

       DISCOURS PRONONCÉ A           BRISTOL
                Le {4 révrier 1895

                       PAR



      LE    VICOMTE HALIFAX
         SEMBRE DE LA CHAMBRE DES    LORDS

Traduit par M. L. Bauver, et précédé d'une préface

           PAR FERNAND        DALBUS
                                     À
                       t




                    PARIS

  LIBRAIRIE CH. POUSSIELGUE
              RUE CASSETTE, 15

                      1895

PRÉFACE

En guise de préface, et pour faire connaître l'auteur du remarquable discours dont nous don- nons la traduction au public, nous sommes heureux d'emprunter un article paru dans Ze Monde sous la signature de Fernand Dalbus. Cet écrivain, on le sait, estebien à même de parler de Lord Halifax, avec qui il est intimement lié depuis plu- sieurs années. LORD HALIFAX

Durant le mois d'octobre 1889, mes supérieurs m'envoyèrent de Lisbonne à Funchal pour secourir les deux missionnaires chargés de l'hospice D. Maria Amelia, tombés malades tous les deux à la fois. Selon toute vraisemblanee je devais remplacer Yun d'entre eux dont l’état était désespéré; mais l'homme pro- pose et Dieu dispose, où mieux, suivant un joli proverbe de Fà- bas : Los escrere direilo por links torlas. Les deux aumôniers se remirent assez promplement et furent bientôt capables de reprendre leur travail. On décida néanmoins que je passerais tout l'hiver dans l'île enchanteresse pour essayer de guérir d’une façon coruplète une congestion pulmonaire déjà vieille, toujéurs récaleitrante. Je m'inclinai et je me fis un devoir dejouir doucement de cet incomparable climat, de cette chaude atmosphère si bonne aux poitrines endolories. L'hospice, ma nouvelle résidence, est une fondation vraiment royale due à la générosité de dona Maria Amelia, impératrice du Brésil. Cette auguste princesse, une Beauharnais, conduisit sa Bille. en 1852, dans l'ile Madère avec l'espoir de conjurer l'issue fatale d'une maladie de langueur. Elle eut, au contraire, en dépit de toutes ses tendresses, la douleur de la voir, irrémédiablement frappée, s'éteindre doucement. Comme souvenir de la chère morle, l'impératrice fonda un hospice destiné à recevoir exelu- sivement les malades de la poitrine nés à Madère et pauvres. Les plans de l'édifice et des jardins lui furent soumis; de Lisbonne, vlle veillait avec un soin jaloux à tous les détails et aux progrès de l'œuvre. Par sa volonté expresse, des sœurs de charité de Saint-Vincent de Paul furent chargées des malades, et des mis- sionnaires furent attachés à l'établissement: 8 LORD HALIFAX

Les étrangers de passage à Madère pour quelques heures, les

officiers des navires de guerre, à plus forte raison les malades et tes familles qui séjournent dans l'ile plusieurs mois ne man- quent jamais de visiter l'hospice et ses dépendances. Tous admi- rent la beauté de l'édifice et les magnifiques jardins artistement dessinés, plantés d'arbres inconnus à l'Europe. Is sont émer- veillés en arrivant sur la terrasse du magnifique panorama qui se déroule devant eux. Fnnchal, là-bas lout au bord de la mer, et dans la montagne s'ouvrant en demi-cercle, de nombreuses villas perdues au milieu d’une verdure perpétuelle et de mille fleurs qui se renouvellent sans cesse. En face la mer, la grande ner, dont l’immensité bleue est coupée, à gauche par les iles Desertas, un peu partout par les voiles blanches des barques légères et la noire fumée des steamers, Un malin, la Mère Sophie. la bonne supérieure, prévint MM. les aumôniers que, dans l'après-midi, deux étrangers de grande distinction, lord et lady Halifax, devaient lui faire visite. Elle les priait de vouloir bien l'aiderà faire les honneurs de l'éta- blissement. À l'heure dite, nous étions au rendez-vous : un charmant con- frère portugais dont je ne vous dirai pas le nom, parce que vous le prouonceriez trop mal ; M. Varet, un enfant de l'Auvergne — de la vraie — qui depuis trente ans évangélisait avec énergie le Portugal, el votre humble serviteur. Nous ne fimes grâce de rien à nos hôtes illustres. Ils durent entrer dans toutes les salles, suivre les belles allées de nos jar- dins et visiter en détail les écoles et l'orphelinat, deux nouvelles maisons créées par la charité publique et le zèle des sœurs. Ils s'exécutèrent d'ailleurs de la meilleure grâce du monde et paru- rent enchantés de tout ce qu'ils voyaient. Ils le dirent dans les termes les plus gracieux à la supérieure; mème, si j'ai bonne mémoire, ils le lui prouvèrent quelques jours après par l'envoi d'une abondante aumône. Avant de nous séparer, il ÿ eut un moment de conversation générale sur la terrasse. Lord Halifax profita de cette circons- tance plus favorable que l'enchevêtrement des corridors, l’ascen- sion des escaliers ou la brusque succession des salles pour nous dire quel intérêt il prenait aux choses de la religion. Il finit en me demandant « si je voudrais lui permettre de causer avec moi, de temps en temps, sur les questions religieuses », J'acceptai. LORB HALIFAX 9

comme on pense, avec empressement el aussitôt nons primes jour et heure. | De ma vie je n'oublierai cette première promenade que uons fimes ensemble du côté dn Caminho novo, tout à fait sur les bords de la mer, en suivant un capricieux sentier, Elle fut entièrement consacrée, où à peu près, à faire une reconnaissance en pays inconnu. Vous savez le plaisir d'aller à la découverte dans une àme avec laquelle on est en rapport pour la première fois... Sui- vant la tradition je laissai l'Anglais tirer le premier. H s'en acquitta avec une grande habileté et explora le terrain en éelai- reur incomparable. Mon tour vint ensuite. Je n'y mis pas la même souplesse, la même dextérité, mais je n'en eus pas moins la certitude que j'avais en face de moi ur homme d'une instrnc- tion très variée, très solide, doué d'une belle intelligence et sur- tout d'un grand cœur. Ce ïque anglican avait une Ame d'apôtre, toute pleine de l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, toute désireuse de procurer la gloire du Maitre. Nos longs entretiens, bénis et encouragés par le saint évêque de Funchal, Mgr Barreto, se renvuvelèrent souvent. Au moin une fois par semaine, nous parlions à travers la campagne, au hasard des chemins. En d'interminables eauseries, ou plutôt en de vraies conversations, nos àmes se déversaient l'une dans Fautre, pour s'unir étroitement. Histoire, littérature, théologie, spiritualité, nous parlions un peu de tout, mais tout nous rame- nait au centre, à Notre-Seigneur, à son Eglise, aux divisions malheureuses qui attristent la chrétienté, Ce dernier sujet était “otre thème favori. Je dirai peut-être un jour eomiment nous nous sommes déterminés à jeter dans le champ du Seigneur une semence de paix, el comment, par la grâce divine, cette semence a germé. Aujourd'hui, je désirerais vous présenter celui dont Te nom à paru bien des fois dans nos journaux depuis un certain temps. Fort connu en Angleterre, il l'est trop pen en France. Le très honorable Charles Wood, vicomte Halifax, est né le 7 juin 1839. Son père, homme d'État distingué, occupa succes- sivement les fonctions de chancelier de l'Échiquier, de premier lurd de l'amirauté, de secrétaire principal d'Etat pour les Indes. de président du conseil des Indes, et de lord « Privy Seal ». Sa mère, lady Jane Grey, était fille du « très noble et puissant prince » Charles comle Grey, premier ministre de la couronne seus Guillaume IV. 10 LORD HALIFAX

 Tous deux reposent aujourd'hui dans la petite église d'Hick-

leton, près du château qu'ils ont aimé. Notre futur vicomte fit son éducation à Elon et à Oxford, au collège de Christ-Church. Il avait dix-sept ans, lorsque la reine Victoria voulut bien le choisir pour accompagner le prince de Galles qui allait faire son premier voyage sur le continent. Plus lard il fut attaché à la Maison de l'hérilier de la couronne et garda sa charge jusqu'en 1870. Cette mème année, il épousa lady Agnès-Elisabeth Courtenay, lille du comte {Æarl) de Devon, de la famille des Courtenay venus en Angleterre sous Henri IE et dont la généalogie remonte jusqu'à Manerius, comte de Sens, mort en 836. En 1886, par la mert de son père, sir Charles Wood hérita du titre et devint membre de la Chambre des lords. J'omets à dessein quelques détails dont la précision toute mathémalique trahirait le digne élève de Cambridge qui a hien voulu me transmettre tous ces renseignements. Le vicomte Halifax, par sa situation, était à même d'entrer dans les plus brillantes earrières. La vie politique lui était ou- verte, il pouvait sans présomption aspirer aux postes les plus élevés et les remplir sans grands efforts, De bonne heure il x renonça. Un irrésistible attrait le poussait vers les questions religieuses. Son âme, naturellement et profondément chrétienne, se sentit divinement entraînée dans une Voie où, selon toutes les prévisions humaines, il y avait peu de gloire à cueillir, beau- coup d’ennuis à supporter, mais aussi beaucoup de bien à faire. Des temps nouveaux venaient de commencer pour l'Église d'Angleterre. Le célèbre mouvement d'Oxford passionnait tout le monde. Les germes catholiques paralysés par l'indifférence d'un grand nombre, la haine de quelques-uns, l'ignorance de beaucoup, se développaient au sein de l'Église anglicane. ll éfail naturel dès lors que les tendances vers l'unité religieuse prisseni une nouvelle force. L'écœurant spectacle des divisions produites en Angleterre par d'innombrables seetes devait néces- sairement l'augmenter. Lord Halifax se jeta avec générosité dans le mouvement. En 1867, à 98 ans, il devenait le président de l'English Churck Union. Cette société, comme son nom l'indique, a pour but d'amener l'unité dans l'Église d'Angleterre. Elle compte aujourd'hui LORD WHALIFAX 41

35,000 membres parmi lesquels trente évèques et plusieurs mil- liers de prêtres. Cette nombreuse association constitue dans l'Église anglicane une puissante avant-garde qui a fait sentir son action en plusieurs graves circonstances. Disciplinée, forte, dis- posant de grandes ressources, animée par un grand idéal, elle joue en Angleterre à peu près le même rôle que le Centre en Allemagne. il était impossible que toutes ces âmes qui ont un sentiment si vif de l'union se bornassent à en reconnaitre la nécessité, pour leur Église nationale. Elles devaient forcément en venir à dési- rer une autre union plus vaste et plus importante. Mais, avant de parler des efforts que fait le vicomte Halifax pour amener l'union de l'Église d'Angleterre avec Rome, je voudrais rappeler deux faits qui honorent d'une manière toute spéeiale la vie de ce gentilhomme et de ce chrétien, En 1870, trois mois après son mariage, lord Halifax aban- donna sa jeune femme et prit rang parini les ambulauciers qui suivaient nos malheureuses troupes. Le 4 septembre, il étail à Sedan. En 1880, à l'époque de l'expulsion de nos religieux, lord Halifax. au nom de l'English Church Union, écrivit à S. En. le cardinal Guibert pour « frotester au nom de la liberté... Nous ne pouvons pas nous taire, disait-il, en apprenant que les cou- vents sont violés, les chapelles profanées, et que des hommes éminents par leur piété et leurs bonnes œuvres sont jetés à lu rue... Nous sommes avec eux dans leur résistance pour la cause sacrée de ta liberté etde Ia religion ». Le cardinat Guibert fut vivement touché de cette démarche, d'autant plus vivement touché,commeil le ditlui-mème dans sa belle réponse, qu'elle venait de chrétiens dont les sentiments diffèrent des nôtres en plusieurs points. u Cesdivergences, ajoule-t-il, disparaitront avec le temps, et je soupire de tout mon cœur après le jour où il n'y aura plus qu'un troupeau et qu’un pasteur. En atlendant luttons tuus avec une égale ardeur pour la cause de la liberté religieuse, la première et la meilleure de toutes les libertés. » Le bon et judicieux cardinal avait reconnu dans la lettre de lord Halifax les accents d'une âme droite, loyale, vibrant à l'unisson de la sienne, souffrant de ce qui devait attrister les fidèles du Christ. 1l répondit par l'expression de ses plus sin- cères remerciements el la manifestation du désir tout apostolique De 42 LORD HALIFAX

 de voir des âmes, unies déjà dans la charité, s'unir aussi dans
 les liens visibles d’une même communion. Les deux lettres sont
 également honorables et pour l'archevèque de Paris et nour le
 président de l'Ænglish Church Union.
   Quand      nos journaux   français, au mois de février dernier,
 reproduisirent quelques extraits du fameux discours prononcé à
 Bristol par lord Halifax, il se manifesta un certain étonnement.
 Pour beaucoup, c'était une nouveauté d'entendre un         anglican
 exprimer sa vive sympathie à l'égard de Rome et un ardent désir
 d'union.
   ll est de fait que nous connaissons fort peu l'Église anglicane
 et surtout que nous ignorons à peu près complètement son état
 acluel. Nous en sommes encore aux temps d'Edouard VI ou
 d'Etisabeth, aux plus beanx jours de l'antipapisme. La surprise
 dès lors est toute naturelle, quand nous arrivent des paroles
 comme celles-ci,                         .
   « Autrefois, de même qu'il n’y avait qu'un Dieu, une      foi,    un
 baptème, une encharistie, de même il n’y avait qu'une        Eglise.
 En Occident, le monde regardait vers Rome comme versle grand
 Siège central autour duquel les différentes Églises nationales
 élaient groupées par la profession d'une même foi, par les liens
 extérieurs d’une autorité qui, les reliaM au centre, les nnissait
 entre elles... Dans l'intérêt de cette réunion que nous désirons si
 ardemment, faisons bon accueil à l'appel adressé, l'année der-
 nière, par Léon XIE, dans son     Eneyclique aux princes el        aux
 peuples.     Pouvons-nous   douler   qu'en   invoquant l'appui     des
 honunes de bonue volonté, dans ses efforts pour donner la paix
 à l'Eglise, le Pape ne parle pas au nom de Notre-Seigneur el
 maitre Jésus-Christ? Pouvons- nous hésiter à faire tout ce quiest
 eu notre pouvoir pour hâter un si heureux résultat? En atten-
 dant, de notre côté, le point essentiel sur lequel nous devons
 insister particulièrement à l'heure actuelle, c'est qu'il faut tra-
 vailler et prier pour là réunion, c'est qu'il se présente mainte-
 nant une occasion qui, une fois perdue, peut ne se représenter
 jamais. Xe craignons pas de le dire franchement, hautement :
 l'union avec Rome est possible, elle est     désirable. Déclarons-le
 sans détour: nous désirons la paix avec Rome de tout notre
 cœur,    »

      Lord Halifax, dans ce mème discours, montre que ces désirs
 d'union ne sont pas nouveaux dans l'Église d'Angleterre. Je n'ai

LORB HALIFAX 13

pas à le suivre dans cetle voie et je vais me borner à montrei qu'ils ne sont pas nouveaux chez l'illustre orateur. J'emprunte à un jouraal protestant qui connait bien la carrière de lord Halifax différents passages de ses discours où de ses écrits avec les références données par cé même journal : « ya un but par-dessus tous les autres vers lequel nous devons loujours tourner nos regards, daus l'espérance qu'à la fin il plaira à Dieu de nous permettre de voir les clartés de ce jour uaissant qui nous rendra l'union visible avec l’Église latine dont nous somines séparés depuis le XVI sièele, » — (Meeting — Church-Times, 14 mai 1880.
& Prions pour que l'union se fasse parmi nous et pour que l'unité visible avec les membres de l'Église d'Orientet d'Occident, mais surtout avec le grand Siège apostolique de l'Occident, avec la sainte Eglise romaine qui a tant fait pour la conservation de la vraie foi, se rétablisse, » , Times, 14 juin 4885. En 1886, le 27 mai, vingli-seplième anniversaire de l'Exylish Church Union, le président disait dans son discours: « Je désire insister sur ce que je disais l'aunée dernière : si une autorité centrale est bonne pour la communion anglicane, une autorilé centrale doit être bonne pour l'Eglise entière... L'Eglise d'Au- gleterre doit-elle rester acéphale el sans aueuv centre commun? Pouvons-nous rien concevoir de plus favorable à l'unité de l'Eglise qu'un tel centre pourvu toujours que le principe de cen- tralisalion suit accepté de manière à sauvegarder les droits de la juridiction locale? Certainement ceux qui reconnaissent la légi- mité d'un appel de l'archevèque de Cantorbery an conseil judi- ciaire n'ont pas à émetlre des scrupules pour un appel à un évêque chrétien. Ÿ a-t-il un chrétien instruit qui ne préférerail Léon XIII au Conseil privé? » D'après tous ces passages — et je pourrais en citer bien d'autres — lord Halifax a toujours désiré l'union avec l'Eglise romaine. Son discours, à ce point de vue, n'a surpris personne en Angleterre. Îl serait donc injuste de prétendre que de pareils sentiments n'ont été exprimés qu'à l’occasion de la controverse sur les Ordres et du mouvement doul elle a été la cause. Le but vrai, le but ultime de lout le mouvement, c'est l'union. Tout le reste peut être considéré comme un terrain favorable aux deux Églises pour s’aborder, ou pris comnie moyen d'arriver au but, mais l'union seule estia véritable fin. 44 LORD HALIFAX

 Lord Halifax veut passionnément cette union, le rève de sa

vie. H la veut franche, loyale, sans détours ni équivoques. Il la veut absolue, complète, telle qu'elle a été divinement établie par Notre-Seigneur Jésus-Christ. H la poursuit de toute son ar- deur, de toute son énergie, ne reculant devant aucune fatigue, n'épargnant aucuu sacrifice. Quand je le vois se donner avectant de générosité à une œuvre très belle sans doute, mais toute pleine de difficultés, à cette œuvre de paix qui soulève tant de luttes, je ine plais à espérer que Dieu récompensera, même dès ici-bas, cet intrépide ouvrier, en lui accordant de jouir du bien- fait de l'union à laquelle il aura tanttravaillé. Lorsqu'on a le bonheur de connaître le président de l'English Church Union, il est impossible de ne pas admirer comment Dieu sait préparer les instruments dont il veul se servir pour réaliser ses desseins, Elevé parmi des politiques de preurier ordre, lord Halifax a tout naturellement appris ce que sont les hommes et la manière de les conduire. En Angleterre surtout, au milieu des graniles luttes parlementaires et des luttes religieuses qui pas- sionnent le pays, on sail mener les vraies campagnes, agir sur l'esprit public, entrainer l'opinion. Pour ces rudes besognes, il faut des chefs, de vrais chefs, d'un esprit actif, délié, fertile en ressources, des chefs au coup d'œil sûr, à la main prompte, ca- pables de déjouer les ruses d'un adversaire et de conduire une bataille, loyaux dans l'emploi des armes mais tenaces dans la lutte. Les adversaires de lord Halifax ne sont pas à apprendre qu'il possède éminemment des qualités si précieuses. Pourtant loutes ces qualités ne sufliraient pas, et Dieu lui en a donné de plus rares encore. Une humilité vraie, profonde, lui permet d'exercer toute son influence dans un mouvement reli- gieux, sans froisser les autorités, prêtres et évèques. Sa loyauté absolue, son incontestable attachement à l'Église d'Angleterre lui rendent possible une visite au Pape, etilne vient à l'esprit de personne que cet anglican aux tendances romaines si pro- noncées puisse compromettre l'Église d'Angleterre ou trahir la confiance des siens. Entin l'amour de Notre-Seigneur Jésus- Christ donne à lord Haïifax une foi vive, une énergie indomp- table ; il lui donne aussi la générosité qui n'entend pas l’injure, l'indulgence faite d'oubli. En vérité, la grande œuvre de l'union ne pouvail pas avoir daus l'Église anglicane d'ouvrier plus digne d'elle. LORD HALIFAX 45

Ilest un passage de la Lettre aux Anglais qui a dû particuliè- rement toucher lord Halifax. ‘ « Pendant ces jours, nos pensées se tournent avec beaucoup d'amour et d'espoir vers le peuple anglais. Nous observons les preuves nombreuses et manifestes de l’action salutaire que la grâce divine y excerce sur leseœurs. Nous voyons combien pour beaucoup la multiplicité des dissensions religieuses qui divisent cette nation, sur les sujets les plus graves, est une cause de pro- fonde douleur; combien d'autres apercoivent clairement le be- soin de quelque appui assuré contre l'invasion des erreurs mo- dernes, qui ne concordent que trop avec les désirs de la nature déchue et de la raison dépravée : combien s'accroit le nombre des hommes religieux et discrets qui travaillent avec beaucoup de sincérité à la réunion avec l'Eglise cathotique! » Ces paroles sont la confirmation publique des encouragements que Léon XHI a donnés personnellement à lord Halifax. « Continuez, lui disait avec force le Souverain Pontife, continuez à travailler pour l'union et ne vous découragez pas. » Elles conslituent la meil- leure récompense el le meiileur dédommagement après les diffi- cultés, les peines el les aigreurs de la lutte. Ce jour-Rà, dans cette même audience, j'ai bien éprouvé une de mes meilleures joies. À peine élions-nous auprès du Souverain Pontife.... « Ah! l'abbé... » dit Léon XHIL et se tournant vers lord Halifax: « C'est un de vos grands amis, vous l'avez connu à Madère. » £t le Saint-Père a été bon, paternel pour lous, comme il n'est pas possible de l'être. Que j'ai aimé d'entendre Léon XHI rappeler le point de départ, un simple détail que je lui avais donné au mois de septembre dernier pour expliquer comment j'avais été conduit à m'occuper de l'Église anglicane. Madère! Nos premières relations datent de là-bas, et depuis, mon ami et sa famille veulent bien m'honorer de leur amitié et me considérer un pou comme un des leurs. Depuis, nous avons travaillé, lutté et prié pour la même cause. Je me plais à revenir sur ces prouniers jours et àärapprocher ces deux noms de Madère et de Rome. En descendant l'escalier du Vatican, mon esprit revoyait les lieux parcourus ensemble dans l'ile lointaine; il évoquait les figures de tous lesmembres de cette famille aimée. Tous ne sont pas là. Sur une pieuse el maternelle inspiration, Léon XIII les à bien tous bénis, mais ils n’ont pas eu tous comme Agnès, cette charmante enfant, le bouleur de ,

16 LORD HALIFAX

baiser la main du Saint-Père et de la sentir se reposer sur leur tête. L’ainée, Mary, erre sur un yacht avec une de ses tantes à travers la Méditerranée. Le malheureux Edouard est à Eton. Il en manque encore un autre... ce grand jeune homime pâle, parti pour le ciel avec ses vingt ans, trois mois après avoir quitté Madère. Mes chers amis, depuis le Calvaire, c'est le sang qui arrose l'Eglise. le sang de nos martyrs etaussi nos larmes, ce s4ug des ämes, suivant la belle parole de saint Augustin. Avons foi dans l’œuvre de Dieu, car potre humble semence a été arrosée comme Île veut Notre-Scigneur Jésus-Christ mort sur la Croix.

                                         Fernand DaALBts.




                                        Digitizëdby GOO8 IC

DE L'UNION DES ÉGLISES

        L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE



À           DISCOURS PRONONCÉ À BRISTOL LE 14 FÉVRIER 1895

    |                 Par le Vicomte HALIFAX
                        Membre de la Chambre des Lords,




           Par religion on entend les relations qui existent entre
         bieu et l'homme, et puisque Dieu est immuable en vertu
         de son essence, et l’homme par suile de sa création, le
         varaclére essentiel de ces relations est de loute nécessité
         également immuable; en d'autres Lermes, il ne peut y
         avoir qu'une seule vraie religion.
           Le christianisme est la révélation complète de celte
        religion. C'est la proclamation de la religion unique,

| sainte, universelle, tirant son autorilé de Dieu même, se donnant comme la vérité el revendiquant l’obéissance de tous les hommes, Le christianisme est lout cela, mais il 9

                                                                       ogle

18 DE L'UNION DES ÉGLISES

est encore plus que cela : il est le don d'une vie nouvelle et surnaturelle, de l'Esprit-Saint changeant la nature entière de ceux qui le reçoivent et constituant une diffé- rence aussi réelle et aussi durable entre les chrétiens et les autres hommes que celle qui sépare l'humanité elle- même des autres formes de la vie créée. En face de ce monde dont elle avait été tirée, se dressa alors cetle société d'hommes et de femmes dont les membres, mis en relations nouvelles entre eux et avec la divinité, reçu- rent dans leurs âmes les germes d’une vie nouvelle pour les cultiver ou les négliger. L'apparition de cette société, l'Église du Christ, est un fait aussi réel que n'importe quel fait d'expérience tangible. Comme corps vivant, comme société, comme royaume, l'Église eut les moyens de se perpétuer, des règles et des coutumes pour l'exer- cice de sa vie commune, une discipline et des chefs pour son gouvernement.

 Comme corps, elle fut dotée des moyens de grandir

et de s'accroître, — les sacrements — ; comme saciété elle eut ses règles et ses observances pour maintenir ses membres unis entre eux; comme royaume elle possédait sa discipline spirituelle et ses lois appliquées par ses chefs, l’épiscopat tout entier tenant du Christ Ini-mème son autorité et le pouvoir de la transmettre. Un seul corps, une seule foi, un seul épiscopat, le même par- tout en ses qualités essentielles, s'étendant sur tout le monde civilisé, utilisant l’organisation de l'empire ro- nain qui lui avait préparé la voie, et, sue la base de cette unité, construisant le grand édifice de là ebrétienté du inoyen âge, une des gloires de l'espèce humaine par ses théories, par son idéal et par ses aspirations : telle fut en elle-même et dans ses résultats l'Église catholique.

 ———            eee                        pl

+

         L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE         49




             UNITÉ DE LA      CIRÉTIENTÉ

Songez pour un moment au spectacle produit par une tele unité de religion, par une acceptation universelle de la théorie chrétienne de la vie, quand même la con- duite ne serait pas toujours en rapport avec cette théorie. Ce fut cette unité qui couvril l'Europe d'’églises, “omme celles de Westminster, d’York, de Durham et de Lincoln, et produisit dans les arts un développe- ment tel que le monde n’en avait jamais vu. Cette unité organisa tout le système social de la vie humaine, individuellement el collectivement, en prenant pour règle et pour base ces vérités divines proclamées par le christianisme et au moyen desquelles il avait trans- formé le monde. L'atmosphère de la foi chrétienne péné- trait Lout, rien ne pouvait lui échapper. C’élait un lien spirituel unissant les uns aux autres les hommes les plus divers et les plus éloignés, leur donnant des espérances communes, des aspirations communes, des principes de conduite communs. On pouvait voyager du nord au sud, de l'orient à l'occident : partout où il y avait une église, il y avait le même service divin, — service auquel chacun pouvait prendre sa part habituelle, — le même ministère de réconcikation, les mêmes vérités reconnues et proclamées, les mêmes moyens de grâce. Les hommes élaient en possession de règles et de principes pour guider leur existence. 11 ne leur venait pas à l'esprit de se demander si la vie valait la peine d’être vécue. L'auto- rité et l'inspiration de l’Écriture sainte, les faits relatés dus l'Évangile, les vérités résumées dans les Credo, linsignifiance de celle vie comparée à l'autre et la joie e +

30 DE L'UNION DES ÉGLISES

qui résulte d’une telle conviction, le jugement dernier et universel, la récompense des justes, la gloire des saints, la communion intime de tous les membres du corps du Christ, vivants et morts, avec le’Christ leur chef, et par lui entre eux, la communion dans les prières et dans les bonnes œuvres, les prières et la dévotion des uns profi- tant à tous par l'alchimie divine de l'amour : voilà l'hé- ritage commun de la chrétienté unie produisant cette unité de sentiments, cette impression de parenté, de confiance et d'amour que nous ressentons quand nous sommes mis en contact avec ceux que nous savons ae faire qu’un avec nous dans la possession du même Credo, des mêmes sacrements, du même amour pour Notre- Seigneur et Maitre, Jésus-Christ. Cette sensation d'unité, nous l'éprouvons chez nous seulement; on l’éprouvait partout alors, à l'étranger comme dans son pays; elle n'était limitée ni par la race ni par la nationalité. Une seule Église, et de celte Église, el de cette unité (je parle de l'Occident, que j'ai plus particulièrement en vue dans mon discours), Rome était le symbole et le centre. Rome fut non seulement le seul siège apostolique de l’Occi- dent, non seulement la gardienne des tombeaux des grands apôtres Pierre el Paul, non seulement elle fut glorifiée par la longue liste des martyrs qu'elle avait enfantés, par la distinction de ses évêques, par sa pri- maulé reconnue et les relations étroites qui l'unissaient à toute l'Église d'Occident; mais, en ce qui concerne l'Angleterre, Rome fut la source d'où nos ancêtres Saxons Lirèrent leur christianisme. On doit également la conversion de uos ancêtres Anglo-Saxons à un évèque de Rome, un des plus illustres parmi les papes. Saint Augustin fut le premier apôtre de l'Angleterre, et c'est L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 21

à saint Grégoire le Grand que nous devons sa mission vers ns rivages.

      RELATIONS DE CANTORBÉRY AVEC ROME

Cantorbéry était la fille de Rome. À Cantorbéry, l'église, en dehors des murs de la ville où reposaient les resles des rois de Kent et des archevêques, fut dédiée à saint Pierre et à saint Paul. Un autre pape, saint Vitalien, envoya à Cantorbéry saint Théodore, l'archevêque à qui on doit la parfaite organisation de l'Eglise d'Angleterre. Nos ancêtres anglo-saxons tournaient leurs regards vers Rome comme vers la résidence de l’évêque capable de donner secours et assistance, et dont le siège possédait une autorité reconnue par toutes les Églises d'Occident. S'ils pensaient à l’ancienne Église bretonne à laquelle ils succédèrent, ils se rappelaient uniquement que les mem- bres de cette Église avaient formellement refusé de s'unir avec leurs conquérants; ils savaient, ce qui, aujourd’hui, n’est pas douteux, que l’ancienne Église bretonne, comme celle de Gaule et d’Espagne, était elle- même la fille de Rome. H y a bien loin de tout cela à la cedtralisation qui se développa plus tard dans l'Église d'Occident, et les relations actuelles, créées par la cen- tralisation, n’impliquent pas, non plus, tout ce que cer- lains écrivains modernes, appartenant à l'Église de Rome, ont essayé d'y voir. Nous n'avons pas besoin d’in- sister sur ces deux points. D'autre part, lorsque, dans un but de controverse, certains d’entre nous veulent décou- vrir à l’Église anglaise une autre origine que celle de Rome ou prouver que l'Angleterre, depuis les temps les 22 , PE L'UNION DES ÉGLISES

plus reculés jusqu’au xvi°: siècle, ne fut pas unie avec Rome par les liens les plus étroits d’une unité exté- rieure et d'une foi commune, ceux qui connaissent l’histoire sont portés à douter’ ou de notre loyauté, ou, du moins, de la valeur de nos méthodes historiques. Telle était alors l'unité de l'Église de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et cette unité dura quinze cents ans. Pen- dant quinze cents ans, on pouvait parler de l'Église d’An- gleterre, de l'Église de France, de l'Église d'Italie ou de l'Église d'Espagne; mais, tout le monde le savait, cha- cune de ces Églises n’était qu’une partie d'un tout. De même qu'il n'y avait qu'un Dieu, une Foi, un Baptême, une Eucharistie, de même il n’y avait qu’une Église ; et, en Occident, tout le monde regardait vers Rome comme vers le grand siège central autour duquel les différentes églises nationales étaient groupées par la profession d'une même Foi, par les liens d’une autorité extérieure, qui, les reliant au centre, les unissait entre elles.

            RUPTURE DE L'UNITÉ — SES CAUSES

 Telle était cette unité ; puis, soudain, elle futrompue,

et l’on fit le premier pas vers cette révolution dans l’or- ganisation entière de l’Europe occidentale, révolution dont personne ne prévoyait l'effet, le voulait encore moins, mais qui à été si profonde, par rapport à cette question de l'unité, qu’elle a non seulement détruit l'unité de la chrétienté d'Occident, mais encore a rendu indifté- rents à ce malheur un grand nombre d'hommes prati- quants et dévots. Est-ce trop de dire que, depuis le xvi‘ siècle, la dissension semblait être la condition nor- male des fidèles du Christ? Vous demandez ce qui a , L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 23

produit un changement si important, ce qui l’a pro- voqué, ce qui l'a déterminé ? Discuter complètement les causes de cette révolution est évidemment impossible dans un discours, mais voici, ce me semble, ce que l'on peut en dire. Il y avait le paganisme à peine dissimulé de la Renaissance, La papauté était absorbée par la poli- tique de ses intérêts italiens et locaux plutôt que par le bien général de l'Église entière. 11 y avait aussi, à cette époque de transition, les spéculations engendrées par la diffusion des connaissances nouvelles. Il y avait les effets d'un savoir nouveau sur les croyances traditionnelles et sur la théologie scholastique, avant que les hommes aient eu le Lemps de faire l'épreuve de la valeur durable de ce savoir ou des fondements réels de ces croyances et de cette théologie. [1 y avait les abus de conduite qui défiguraient l'Église et faisaient paraître à priori la réforme somme désirable. Mais, par-dessus tout, il y avait le divorce prédominant de la religion et de la mo- rale, le trait vraiment caractéristique du xv° siècle. La contradiction entre les vérités professées et la conduite, alors comme maintenant, fut la mèreféconde du schisme, Les hommes voulaient être religieux sans être moraux. l’est là une vérité incontestable pour toute personne con- naissant un peu la littérature et l’histoire du xv‘sièele. Un récent écrivain de la Quarterly Review, dans un admirable article sur Érasme, a caractérisé ce trait du temps par l'expression : « A petrifaction of morals. » Pour expli- quer ma pensée, car le mal n’est borné ni à un temps nià une croyance, j'emprunterai une citation aux très intéressants Mémoires d'une Inconnue, publiés récem- ment, et dont le témoignage a d’autant plus de poids que l'auteur était elle-même une convertie del’incroyance + 24 DE L'UNION DES ÉGLISES

          au christianisme. L'écrivain, après avoir insisté sur la
          nécessité des pratiques religieuses habituelles qui, fait-
          elle remarquer, sont indispensables au maintien de la
          religion elle-même, continue en ces termes : « Quand les
          pratiques répétées deviennent l’objet de la croyance, au
          lieu de lui servir de moniteurs utiles, de signes exté-
          rieurs, Je dois avouer qu’elles sont mauvaises, perni-
          cieuses et seulement
                            les éteignoirs, les garde-fous de la
          conscience... I m'a bien fallu, en Italie, reconnaitre le
          danger des pratiques religieuses et l'abus qu’on en peut
          faire; elles y sont, pour le grand nombre, toute la religion
          à peu près et le premier devoir du croyant. Un vieux
          domestique fort dévot, qui me suivait toujours à l'église,

ms :

          n'aurait manqué la messe pour rien au monde, et ne

Er

          manquait jamais non plus à mettre dans sa poche la

CR ne

          moitié de la piastre que je lui faisais donner à la quête. »

Er

 «

               Le schisme du xvr° siècle fut dû en grande partie à
          cette révolte contre ce qui semblait être au x1"°, de la part
          des autorités de l'Église, un acquiescement au divorce
          entre la religion et la morale. Toute controverse théolo-
          gique mise de côté, les indulgences telles qu'on les prè-
          chait alors, étaient, sans aucun doute, en fait, ce que le
          cardinal Egidius n’hésitait pas à les appeler : « Un encou-
          ragement au péché et un danger pour les âmes. » Lorsque
          Bona, veuve de (Galeazzo Sforza, après le meurtre de son
          mari, put soumettre un cas aux théologiens de Paris pour
          savoir s’il était possible au Pape de donner rémission
          plénière des peines du Purgatoire à une personne morte
          sans repentir, et que l'on dépeignait ainsi: « Simonias
          fecit scandalosas et notorias, violavit virgines, aliorum
          uxores accepit, scelera infinita more tyrannorum perpe-
          iravit », etque les docteurs de Paris répondirent : Oui,
     e*

L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 25

pouvous-nous nous étonner que la conscience religieuse de l’Europe se révoltât, et que la sanction apparente de la part des autorités ecclésiastiques d’un tel divorce de la religion avec la morale, amenûât la catastrophe du schisme, et, avec lui, la dissolution de la chrétienté d'Occident? Les véritables causes du schisme pour l'Angleterre et l'Allemagne furent, non pas le despotisme sans principes de Henri VII et le besoin d’un héritier au trône qu'il ressentait en commun avec toute la nation, mais bien la difficulté de dégager le pouvoir papal des excroissances qui avaient grandi autour de lui jusqu’à le couvrir, et aussi l'aveuglement et les maladresses de la curie romaine qui, en Allemagne, avaient changé le réformateur inoffensif et nécessaire que Luther avait commencé d'être, en un rebelle inutile et malfaisant.

            RESPONSABILITÉ DU     SCHISME

Pour juger Les conséquences du schisme et en assigner les causes, l'essentiel, si nous voulons être impartiaux, est de faire la balance exacte et de se servir d'une juste mesure à l'égard des deux partis. À ce sujet, on doit se rappeler deux choses. Premièrement, les protestations faites au xvr siècle contre les abus, soit de doctrine, soit de morale, visaient : un système qui a cessé d'exister depuis longtemps. Après le Concile de Trente, ce svstème disparut peu à peu et silencieusement, comme il s'était formé. Les réclamations des Protestants furent dirigées, non contre les décrets formulés à Trente, mais contre l’état de choses antérieur, maintenant difficile à reproduire. Le Concile de Trente fut essentiellement un concile réfor- 26 PE L'UNION BES ÉGLISES

mateur ; le malheur est qu'il n'ait pas siégé plus tôt, ce dont la Papauté fut responsable, nous pouvons, ce me semble, le dire sans injustice. Si la réforme dans les chefs et les membres, considérée comme nécessaire par toute l'Europe, eût été entreprise plus tôt, avant d’être réellement imposée aux autorités de l'Église par la révo- lution, si les affaires religieuses avaient été séparées des considérations politiques, combien différente eût pu être l'histoire de la chrétienté d'Occident! Secondement, il faut se rappeler qu’une querelle avec la cour romaine, allant jusqu’à rompre les relations existant alors entre l’épiscopat et la papauté, n'impli- quait pas, nécessairement, une diminution du respect, traditionnel pour le Siège apostolique en tant que tel: Il est assez évident que mème sir Thomas More pou- vait s'exprimer par rapport aux relations du reste de l'Église avec Rome d’une manière qui, actuellement, sonne d’une façon étrange aux oreilles d’un biographe tel que le Père Bridgett, par exemple. Ce qui est vrai de More est encore plus vrai des évêques comme Gardiner, Tunstall et autres.

      UOURS DES ÉVÉNEMENTS EN        ANGLETERRE


 En considérant les causes du schisme en Angleterre,

si l’on veut être équitable, il faut donner à ces faits leur juste valeur, tout comme on doit prendre en consi- dération "les complications politiques des époques sui- vantes pour expliquer la continuation et l’histoire ulté- rieure de l'Église anglaise. Si un souverain, si un ecclésiastique méritaient la faveur du Pape, c'est Marie Tudor et le cardinal Pole. L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE ° 97

(Cependant, par une étrange ironie des circonstances, à l'époque-de leur mort, les relations de la reine et du car- dinal avec le Saint-Siège étaient tellement tendues que le cardinal fut privé de sa commission de légat, et la reine se vit forcée d'empêcher dans ses possessions l’en- trée d'une bulle du Pape. En outre, les persécutions exercées sous le règne de Marie, entreprises pour servir les intérêts supposés de l’ancien régime, et dans lesquelles la reine elle.même assuma une si lourde responsabilité, eurent, on n’en peut douter, une grande influence sur le cours des événements qui survinrent sous Élisabeth. Le parti protestant dut sa force, sous le règne suivant, à ces persécutions, de même que les difficultés de la position propre d’Élisabeth résultant de la contestation de sa kgitimité et des hési- lations de Philippe I, donnèrent à l’histoire ecclésias- lique de son règne le cours que l'on sait. Si Élisabeth avait été traitée par la cour de Rome comme Léon XIII a traité la République française de nos jours, l'histoire ecclésiastique d'Angleterre aurait été sûrement bien dif- férente; Élisabeth elle-même, comme l’atteste un témoin aussi mal disposé que M. Froude, fut très lente à fermer la porte à toute espérance de réconciliation avec Rome et s'atlacha à l’espoir d’une réunion sur un terrain commun, où l’on aurait pu convier tous les esprits modérés de l’Europe. Mais Paul IV, Pie V et Paul V n'étaient certes pas conciliants, à tel point que l'on attri- bue à Urbain VIIf cette parole: « Les papes, mes prédé- cesseurs, sont responsables de la perte de l'Angleterre. » Lorsque toute espérance d’accommodement ‘eut, pour l'heure, disparu, par suite de l'excommunicalion et de hdéposition d'Élisabeth, la difficulté de faire cesser le 28 DE L'UNION DES ÉGLISES

schisme s’accrut d'année en année. L'Église d'Angleterre semblait appartenir pour toujours au parti puritain, la plupart de ses sièges étaient occupés par des évêques dont la répugnance trop visible à l'égard de la doctrine et des pratiques catholiques était peu faite pour encou- rager ceux qui désiraient suivre les anciennes coutumes. Quel sentiment éprouverions-nous aujourd’hui si nous voyions nos églises et les services divins rédnits à la triste condition d'alors ? Et ce n’était pas un encourage- ment à la paix de voir ceux qui cessaient de fréquenter les églises dans lesquelles le seul service d'obligation divine étail abandonné ou célébré avec la plus grande irrévérence, exposés à la perte de leur vie et de leurs biens s'ils adoraient Dieu selon la vieille manière accou- tumée. Les complications politiques étaient sans doute, pour une large part, responsables de cet état de choses; mais le fait reste, et ses conséquences se font sentir de nos jours. Ne sommes-nous pas tous trop familiers avec les déclarations exagérées que l’on fait trop souvent des deux côtés, dans un but de parti, avec des notions histori- riques arrangées suivant les convenances, également fatales à la vérité et à la justice et adoptées pour trancher sommairement les difficultés d'histoire et de théologie? Comme cela simplifie la controverse centre Rome et ‘Église d'Angleterre de déclarer, d’un côté, que l'Église d'Angleterre tire son origine et ses ordres de la taverne À la Tête de cheval, et, de l’autre, que le Pape est l’Anté- christ et Rome l'Église apostate de l'Apocalypse, ivre du sang des saints! Des deux côtés, on a trop souvent re- cherché le moyen de réduire facilement un adversaire au silence plutôt que l’exacte vérité, les concessions à faire, et les justes moyens de rétablir la paix et la concorde. L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 29

Est-ce là une peinture exagérée ? Lisez, par exemple, ce qui a été dit contre l'Église romaine par des personnes autorisées, à propos de la soi-disant agression papale en Angleterre, à l’époque de la constitution de la hiérarchie romaine sous Pie IX. Je ne justifie pas cet acte, mais rien ne peut surpasser la violence de langage qu'il provoqua. Est-il vraisemblable qu’en pré- sence de nombreux faits de ce genre, avec le souvenir des lois pénales encore tout frais dans la mémoire, les membres de là communion romaine en Angleterre puis- sent avoir une idée favorable de l'Église anglicane et du clergé anglican qui, à une exception près, s’opposa à leur émancipalion? Ce fut une erreur pire qu’un crime, puisque, après une étude intelligente de la position angli- cane, ses membres et ceux de la communion romaine, séparés en apparence, appartenaient en réalité au même corps. Et actuellement encore, que peuvent penser les catholiques romains de cette insulte, — car c’en est une : — au milieu de toutes les différences d’opinions reli- gieuses, le catholique romain seul est exclu des charges de lord-chancelier et de lord-lieutenant d'Irlande ? D'autre part, en présence de l’atlilude des membres de la communion romaine en Angleterre, attitude qui a forcé un historien comme le docteur Lingard, catholique romain lui-même, à dire: « La seule raison, je le crains du moins, que l’on aït de nier la consécra- tion de Barlow, c’est que Barlow a consacré Parker », va-t-il lieu de s'étonner si les membres de l'Église an- glaise ont été amenés à être injustes envers leurs frères romains? 30 DE L'UNION DES ÉGLISES

                        RELATIONS DE L'ÉGLISE D'ANGLETERRE
                                AVEC      LES DISSIDENTS



                 Ce qui est vrai de l'Angleterre et de Rome           est vrai
            aussi, mutatis mutandis, de l'Église d'Angleterre et des
            dissidents. A qui la faute, si les dissidents sont si nom-
            breux en Angleterre ? Sans aucun doute, en grande partie
            au clergé anglican, dont la vie n’a pas été assez conforme
            aux grands devoirs de son ministère. Il y à eu trop de
            vie séculière, trop peu de sentiment des réalités de la vie
            spirituelle. Un grand nombre de membres du clergé an-
            glican nous a montré trop peu de surnaturel pour que
            nous puissions être surpris de l'existence et du dévelop-
            pement du non-cosformisme protestant. Avec la préten-
            tion de suivre les enseignements primitifs das la doc-
            trine et dans la pratique, la doctrine et la pratique primi-
            tives ont été obscurcies, et on nous a montré justement
            le contraire. Quel a été le résultat? L'Église d'Angleterre
            a élé trop souvent impuissante à retenir ses              propres
            enfants dans son sein.
                 Nous pouvons fournir toutes les excuses possibles : le
            simple fait de la prédominance des dissidents et de la
            multitude de sectes qui ont tant d'action sur nos conci-
            toyens, est, en lui-même, une condamnation du passé

er De

            et un avertissement pour l'avenir.
   Re




                 Je regarde cet avenir, et je vous demande de consi-
  qe vire




            dérer quels doivent être nos devoirs relativement à la

RAS

            grande question de la réunion par rapport : 1° aux non-
  2




            conformistes d'Angleterre; 2” à l'Église établie d'Écosse;

LUTTE

            3° à la communion romaine et au Saint-Siège.
   D




                 1° En ce qui concerne les non-conformistes, si nous




                            -




                                                      Digitized by Gooële
                                 e   ——          —   ———û

L'ÉGLISE ANGLICAXE ET L'ÉGLISE ROMAINE ‘ 31 sommes grandement responsables de leur séparation, pouvons-nous espérer les ramener sans la plus complète el la plus franche confession de nos fautes, sans l’aveu le plus sincère de la grande part qui nous incombe daus la responsabilité de leur éloignement, sans la reconnaissance la plus généreuse de l'œuvre qu'ils ont accomplie pour le Christ, ef sans la sympathie la plus aclive dans leurs difficultés ? Insister sur la nécessité des sacrements de l'Église, et ne pas inculquer dans l'esprit des hommes qu'ils sont les canaux de la grâce, les moyens de communication entre le Christ et nous, c'est conduire à les réjeter pour le motif que, comme tels, ils participent de la Loi plutôt que de l'Évangile. Permettre aux hommes d'ignorer les rela- lions existant entre l'Incarnation et les sacrements, c'est acquiescer à un christianisme mutilé. Pouvons-nous honnêtement déclarer que l'enseignement sur lequel saint Paul insiste en parlant du « Christ en nous, espoir de la gloire », ait toujours été exposé, dans ses relations avec le système sacramentel, de maniére à rendre la doc- trine de l'Église généralement intelligible? Le caractère de l'office ordinaire de l’Église anglicane a-t.il été de nature à satisfaire les besoins d’un cœur altéré de Dieu ? Je ne pousse pas plus loin le sujet; mais si le défaut d'un tel enseignement explique l'existence des dissidents, il indique aussi les moyens par lesquels on peut fes ra- mener. Ne nions pas le bon travail accompli par eux. Nous ne leur demandons pas de renoncer à une seule de leurs croyances; nous leur demandons seulement d'y ajouter. Nous leur disons, toute la Bible est remplie de ces vérités : Il est une Église avec une organisation divine, il est des sacrements pleins de vie, canaux de la 32 DE L'UNION DES ÉGLISES

grâce, points de contact, par la volonté divine, entre Dieu et nous. Croyez-nous, nous vous en supplions, Dieu lient en réserve pour vous des dons plus grands que vous ne supposiez. Jésus-Christ en vous, Jésus-Christ se donnant à vous dans le sacrement de son amour, est l'au- leur et le soutien de votre vie surnaturelle, la source de votre joie la plus vraie. Sans doute, la grâce de Dieu n'est pas enchainée aux sacrements, c’est là une grande vérité; mais, malgré tout, les sacrements sont les moyens de communication établis entre Dieu et nous. Vous pouvez, cerles, vous en approcher sans foi ; dans ce cas, ils ne vous profilteront en rien, ce sera plutôt le con- lraire; mais venez les recevoir avec foi, avec espérance et avec amour, et ils opéreront en vous de tels miracles de grâce que, quoique vous puissiez n'avoir pas cons- cience du fait sur le moment, quoique vous puissiez ne pas vous rendre compte de ce que vous êtes et de ce que vous devenez par la présence de Dieu en vous, le jour viendra où vos espérances seront réalisées au delà de vos désirs, car « vous vous présenterez à lui en état de jus- lice, el vous serez rassasiés de sa gloire ». (Ps. xvr, 15.) Il n'existe aucune cause de séparation entre l'Église el la grande masse des dissidents réellement religieux qui ne puisse êlre facilement écartée avec de la bonne volonté dans les deux partis et un loyal désir de la paix. Prions pour un tel dénouement, travaillons-y, prenons la réso- lution de n'épargner aucun effort, du moins de notre part, pour le faire passer dans l'ordre des faits accomplis. Les dissidents ne seront pas ramenés à l'Église par des véri- tés diminuées, mais par un exposé soigneusement exact de toute la vérilé sur la constitution de l'Église et de toutes les grâces dont elle dispose. L'ÉGLISE ANGLICANE. ET L'ÉGLISE ROMAINE 33.

           L'ÉGLISE ÉTABLIE D'ÉCOSSE

J'en viens à l’Église établie d'Écosse. Les raisons d’es- pérer ne sonf pas, je crois, généralement connues, et ce- pendant, à mon avis, on peut compter voir luire bientôt une aurore tout embellie des espérances de l’union. Üne personne qui connaît bien l’état de cette Église écrit : « On admettrait communément que, dans la religion pres- bytérienne, les formes du culte constiluent le côté faible, auquel le docteur Lee et les nombreux gens de bien qui ont marché sur ses traces ont cherché si sérieusement et avec tant de succès à porter remède. Ce défaut afait paître le désir de donner une part plus large aux litur- ges et aux observances catholiques. Le développement du libéralisme religieux, la tendance à faire de la religion une simple dépendance de la morale a eu pour résultat que beaucoup se sont rejetés avec plus d’ardeur sur l'histoire théolugique des Credo cagholiques. Dans leur propre enseignement et dans leur propre doctrine, ils ont mis en relief les éléments les plus catholiques de la confession de Westminster — principalement sa haute doctrine sacramentelle — et les ont sauvés de l'in- différence générale dans laquelle ils étaient tombés. Tout en adhérant loyalement au principe qui s'était emparé avec tant de force du sentiment écossais, l'acceptation de la religion par la nation, ils ont insisté sur ce fait que la base réelle constitutive d’une Église n’est ni l'Etablisse- ment ni le Presbytérianisme, mais une foi sincère, une administration fidèle des sacrements, et des ministres dû- ment ordonnés. Nous n’en pouvons douter, de tels désirs tiennent de l'Esprit de Dieu ; ils contiennent sûrement 3 34 DE L'UNION DES ÉGLISES

les possibilités d’une union, et ils expriment les prin- cipes à l’aide desquels une union vraie et durable de la chrétienté pourra se réaliser. Le fait d’une orga- nisation telle que la Scottish Church Society parle de lui-même, aussi bien que l’école de théologie si noble- ment représentée par le docteur Milligan, dont la mort est une perle qu'aucun de nous ne saurait assez déplo- rer. « L’analogie est sans doute imparfaite; mais il est impossible d'observer ce mouvement d'Écosse sans se rappeler les premiers jours du mouvement d'Oxford. Un homme ou un parti qui montre une fois un sentiment catholique doit désirer l’union catholique. » Que ce soit nous, par conséquent, qui favorisions le mouvement par tous les moyens en notre pouvoir, spécialement par une considération généreuse du point de vue des presbytériens et de l'Église établie. Les uns réclament pour cette Église la position histo- rique de l'Église réformée du pays. D'autres regardent cette branche écossaise, imparfaite il est vrai et mu- tilée, comme l'Église catholique du Christ. Nous tou- chons, vous le comprenez, à des difficultés de fait et d'histoire qu’il ne serait pas loyal d'ignorer. Mais, d’autre part, si on se souvient que l'Église d'Écosse au xvi° siècle était irrémédiablement corrompue, comme tout le monde le reconnaît; que le peuple écossais n'eut jamais, ou n’eut que trop tard la chance d'appartenir à une Église réformée, et pourtant catholique, sous une forme qu’il fût raisonnable de s’attendre à voir accep- ter; si on se rappelle aussi le grand ouvrage que l'Esprit de Dieu a accompli dans l’Église établie, la ferme et mâle piété de ses membres, le profond sentiment d'amour na- tional qui Fanime, la fidélité avec laquelle elle maintient

re coin+” D, LIU UL ES F L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE RONAINE 35

et proclame les vérités fondamentales de la foi chrétienne; si on se rappelle tout cela, dis-je, n'est-il pas de notre de- voir de témoigner à cette Église toute la sympathie dont nous sommes capables? Nous ne sommes pas chargés de jeter le blâme sur de longues années de fidèle et loyal dé- vouement sacerdotal au service de Notre-Seigneur, en faisant ressortir les motifs d'invalidité pour le passé, en les définissant, en y insistant; mais plutôt nous devons plai- der en faveur d’un arrangement qui ne puisse exciter aucune crainte pour l'avenir. Là où il y a une croyance sincère dans la nécessité d’un mandat divin, un senti- ment profond du caractère sacré des fonctions sacer- dotales exprimé dans le rile de l’imposition des mains; là où il y a une intention droite, ne sommes-nous pas fondés à croire que Dieu peut avoir de bien des façons suppléé au défaut d'ordre? Nous ne devons avoir ni la présomption de trop nous appuyer sur cette confiance, ni la crainte de l’'énoncer. Nous ne pouvons pas nous atten- dre à ce que les Presbytériens ne tirent le plus d'avantages possible des gages de la sanction divine dont ils ont joui ; nous pouvons seulement leur demander, pour la cause de leur propre principe, c’est-à-dire la croyance à un sa- cerdoce divinement conféré, — principe qui devait sau- vegarder l'unité de ce sacerdoce, — de ramener leurs ordres à la régularité et à la sécurité de la pratique uni- verselle de l'Église catholique du Christ. La possibilité d'en arriver à l'application est si évidente que je ne puis m'empêcher de citer ici un important passage d'une brochure intitulée : L'unité future de la chrétienté, publiée en 1857 par un membre de ja communion romaine, M. Ambrose de Lisle. Bien que le passage se rapporte directement à la 36 DE L'UNION DES ÉGLISES

   doctrine, nous pouvons aussi l'appliquer à notre sujet:
   «    Lorsqu'on envisage la réunion, il faut toujours se
   rappeler que l'important n’est pas d'examiner quelle a
   été la doctrine des communautés séparées, dans le passé,
   mais de voir si l’on peut en arriver à un accord de
   doctrine pour l'avenir. Si, après une investigation soi-
   gneuse, on trouvait possible, par la grâce de Dieu, de
   s’entendre pour signer un formulaire commun approuvé
   par les deux partis, il semblerait indifférent de s'engager
   dans la question de savoir combien considérables ou com-
   bien petits ont été les écarts antérieurs de ce type sur
   lequel on est d'accord.
                        Et je trouve dans les Règles pour la
   réunion ecclésiastique de tous les chrétiens ‘, élaborées
   par les plus doctes théologiens de l'empire allemand, en

ne

   1691, et publiées par l'autorité de l'empereur Léopold,
   les très   remarquables propositions suivantes, posées
   comme base de la conduite à tenir et découlant de l’idée

SOLS

   que je viens d'exprimer. Dans la Regula tertia, il est dit :
   « Ad hanc tamen non requiritur, imo subinde non expe-
   dit, neque licitum est alleri dissentienti parti veritates
   omnes manifestare et ab       ea petere ut errores omnes
   explicite saltem et expresse deponat. Imo, si hoc ab ullius
   partis ecclesiasticis ministris saltem pro hoc rerum slatu
   exigas et his apud plebem suam creditum in minimo
   diminuens, radicem totam reunionis evellis. » Et après
   d’autres considérations en faveur de son sujet, le théolo-
   gien continue en ces termes : « Quia imprimis, dum
   Ecclesia latina et Græca sese in conciliis Lugdunensi et
   Florentino reunierunt, id nunquam ita factum est ut epi-


     1. Regulæ circa Christianorum omnium Ecclesiasticam Reunionem,
   A. D., 1691 (Œuvres de Bossuet, vol. VII, p. 335).

JS

                                          Dig tréd by Ca 008 [e

PRE L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 37

scopi ullius partis errorem pristinum circa fidei doctri- nam expresse et publice confiterentur; sed sese in aliquo utrinque acceptabili sensu explicarunt ; talisque explicatio apud prudentes idem fuit ac honesta quœdam revocatio. » D'après ces règles formulées par les auteurs les plus graves, publiées sous une haute autorité, et, semble-t-il, avec le consentement du Saint-Siège lui-même, il est évident que dans le retourà une foi commune l'Église catholique reconnaît avec joie les vérités orthodoxes des communions séparées et considère la Profession défi- nitivement adoptée comme la meilleure renonciation à tout ce que les siècles écoulés, durant la séparation, peuvent contenir d’erroné et de défectueux. Tout ce que nous venons de dire à propos de nos rela- tions avec l’Église d'Écosse peut naturellement s’appli- quer à nos relations avec d’autres Églises. Pour l'Écosse, j'ajouterai simplement que le sujet est traité d’une façon tout à fait instructive dans un travail sur l'avenir de l'Église en Écosse par le Révérend Cosmo Gordon Lang. J'ai fait de considérables emprunts à cet écrit, tout à fait digne d'attention pour tous ceux qui s'intéressent à notre sujet. 1] n'est peut-être pas inutile de remarquer les des- seins de la Providence divine, qui permet en ce moment l'attaque dirigée contre la propriété de l'Église établie en Écosse et contre la propriété de l'Église dans le pays de Galles. La bataille commune que nous livrons ensemble contre le vol et le sacrilège dans les deux pays, me donne l'espoir, justifié, ce me semble, que l'union s’établira entre nous pour des questions d’une importance plus grande et plus vitale. 38 DE L'UNION DES ÉGLISES

                           RELATIONS      AVEC     ROME



      Je passe aux relations de l'Église d'Angleterre avec
    Rome. La beauté du spectacle que présenterait l'Église

LA

    d'Occident réunie une fois de plus, la disparition des
    schismes et la paix régnant de nouveau entre tous ses
    membres doivent faire désirer à tous le jour où l'Église
    d'Angleterre, notre propre Église, que nous aimons
    tant, sera unie de nouveau par des liens d’une com-
    munion visible avec le Saint-Siège et toutes les Églises
    de        l'Occident. Que ne donnerions-nous pas de pou-
    voir       faire   notre    confession    et   notre   communion à
    l'étranger comme nous le faisons chez nous! Qui peut en
    effet supporter la sensation d’être séparé ostensiblement
    de ceux avec lesquels, dans toutes les parties essentielles
    de la croyance et du sentiment chrétien, nous ne faisons
    qu’un? Et pourquoi ne verrions-nous pas le jour d’une
    si heureuse réconciliation? Ce ne fut jamais l'intention
    de l'Eglise d'Angleterre de se séparer de l'Eglise catho-
    lique, et rien ne peut lui faire désirer de rester dans son

On

    isolement actuel, de rendre impossible la reprise de ses

.

    anciennes relations avec Rome. Elle se regarde comme
    une partie de l’Eglise visible, éloignée plutôt que séparée
    du reste de la chrétienté catholique. Ses Articles affir-
    ment expressément « l'autorité de l'Église universelle

mes ee

    dans les controverses de foi et dans l'institution de rites

à Dome

    et de cérémonies ». Dans ses canons elle a donné à son

men

    clergé la véritable clef pour interpréter ses Articles en or-

L, EE 2

    donnant de les comprendre et de les expliquer seulement
    dans un sens conforme à la doctrine « des Pères catho-
    liques et des docteurs de l'Église indivise ». Quelques-




         |.                                        Digitized by Google

L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 39

uns de ses évêques et de sesthéologiens les plus éminents, formant une chaîne ininterrompue depuis la séparation du xvi° siècle, ont exprimé leur violent désir de voir la restauration de l'unité, et ils ont travaillé pour arriver à ce bienheureux résultat. Le désir de la réunion forme, on peut le dire, la note dominante des écrits d'hommes tels que les évêques Andrews, Montagu, l'archevêque Laud, l'archevêque Branbhall, Hammond, Thorndyke, etc, L'évêque Hammond considère l’unité « comme le plus noble don de Dieu, la grâce au-dessus de toute grâce, le devoir au-dessus de tout devoir, la plénitude de la joie céleste. » L’archevêque Bramhall écrit : « Qu'il me soit donné de voir la réunion de la chrétienté, et mon cœur s’inclinera à jamais devant le Père de Notre-Sei- gneur Jésus-Christ. » Jacques I“, dans un discours pro- noncé en 1603, reconnut le Pape comme patriarche de l'Occident et l’Église de Rome comme notre Église-mère : « Que lePape soit primus episcoporuminter episcopos, ou princeps episcoporum de la même manière que saint Pierre était princeps apostolorum. » Charles I*, selon ses propres paroles, aurait préféré perdre une de ses mains que de laisser se produire un schisme comme celui du xvr' siècle.

NÉGOCIATIONS POUR LA RÉUNION AUX XVII*ET XVII SIÈCLES

À la même époque, les dispositions de la part de Rome n'élaient pas moins amicales. Urbain VIII envoya en An- glelerre, en 1632, le Père Léander, bénédiclin anglais, et en 1634 le Père Panzani, oratorien d’Arezzo, avec mission de lui faire un rapport sur l'état de l'Église anglaise. Le rapport de Léander fut très favorable; d'après lui, l'union 40 DE L'UNION DES ÉGLISES

semblait possible si les points de controverse étaient dis- cutés dans une assemblée d’hommes modérés, sans in- tention ni désir de victoire, mais avec un sincère désir d'union chrétienne. Panzani, qui remplaça Léander et devint plus tard évêque de Mileto, rendit témoignage dans le même sens. Il ajoutait qu’un vif désir d’union existait parmi les laïques catholiques romains,comme par exemple le comte d’Arundel, aussi bien que parmi les évêques et le clergé anglicans. Dans sa dernière lettre au cardinal Barberini, qui s'était exprimé sur ce sujet avec vivacité, il dit que pour sa part ilest content de blanchir en faisant la grosse besogne dans cette affaire de l'union. Chose curieuse, et bien digne de remarque, parce qu’on trouve le même phénomène plus tard : l'attitude du clergé anglo- romain et des puritains constitue aux yeux de Panzani el des évêques anglais le grand obstacle à la réunion. « Si ce n’était ceux-là, dit-on des deux côtés, il y aurait tout lieu d'espérer que l'union pourrait aisément se pro- duire. » Les troubles de la Révolution et de la République, le règne de Jacques IT, dont l'expulsion du trône fut vue sans trop de regret par le Pape de l’époque, et les difficultés intérieures de la communion anglicane après la Révolu- tion interrompirent pour un temps tous ces projets. Plus tard, en 1717, ils furent repris de nouveau par Wake, archevêque de Cantorbéry, et les docteurs dela Sorbonne avec le concours du cardinal de Noailles, archevêque de Paris. D'après les correspondants des deux partis, les Églises n'étaient pas éloignées au point d’exclure tout espoir d'union, les différences doctrinales étant peu nombreuses et facilement susceptibles d'accord. « Les controverses

                                      po     CrOOgIES |

(] x L L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 41

entre nous, écrit Du Pin à l'archevêque Wake, peuvent facilement se régler si des deux côtés on n'entend que des théologiens de la meilleure bonne foi, si l'on évite de donner des ordres et si nous sommes conduits non par l'esprit de parti, mais par l’amour de la vérité. » « Toute h ville (de Paris), écrit, en 1719, de Beauveoir, un autre correspondant de Wake, retentit du bruit de l'union et beaucoup de personnes déclarent ouvertement qu’elles la désirent. » Les négociations durèrent quelque temps; elles furent définitivement contrecarrées par le fameux cardinal Dubois, peu favorable à un tel projet. Des négociations similaires sur lesquelles nous ne pou- vons que jeter un coup d’œil,avaient été primitivement en- treprises en Allemagne, avec l’assentiment d’Innocent XI, par Royas de Spinola. Celui-ci, créé cardinal et nommé définitivement évêque de Neustadt près de Vienne, avait refusé l'archevêché de Malines, afin de pouvoir se consacrer à l’œuvre de la réunion. Il avait plein pouvoir du pape et de l'empereur, et nourrit quelque temps l'espoir d’un succès assuré. Il vit enfin nettement, comme les autres, que les divergences venaient plutôt du manque réciproque de charité et de patience dans l’expli- cation des difficultés que d’aucune différence essentielle. llrédigea en vingt-cinq propositions les opinions des pro- lestants allemands. Elles furent approuvées « post gravis- simas consultationes » par le pape et les cardinaux. Cepen- dant les négociations échouèrent, « plus par l’action des princes que par celle des prêtres », comme le dit plustard l'évêque Doyle, évêque romain de Kildare et deLeighlin, en Ilande. L'influence de Louis XIV était contraire à l'uni- fication de l'Allemagne dans une foi commune, et cette lois encore comme dans la corresporidance entre Leibnitz l 42 DE L'UNION DES ÉGLISES d.

 et Bossuet,
         des canses accidentelles firent échouer
                                              des pro-
 jets qui auraient pu réussir. Leibnitz avait été prêt cepen-
 dant à concéder, de la part de ses coreligionnaires, une
 primauté d'ordre, de dignité et de direction sur l’Église
 universelle au Siège de Rome, et cela d’après le même
 principe qui avait d’abord été reconnu par Mélanchton,
 ami de Luther, à savoir la conservation de l'unité de
 croyance parmi les différentes nations. Cette idée ne de-
 vrait rencontrer aucune opposilion chez des Anglais.
 Nous devrions être les premiers à reconnaître la diffi-
 culté de maintenir réunie une communauté internatio-
 nale vaste comme le monde sans un chef commun. La
 communion anglicane trouve         un patriarcat naturel à
 Cantorbéry, nous le reconnaissons tous. Pourquoi une
 chrétienté réunie comprenant toutes         les diversités de
 races, de langages el de nationalités ne trouverait-elle
 pas le siège naturel aussi bien que traditionnel de sa pri-
 mauté dans le siège de Rome
                           ? Pour en revenir un instant
 à Leibnitz el à Bossuet, il est doux de se souvenir qu’au
 moment où tout espoir d'accord s’évanouissait, Leibnitz
 dans ses derniers mots déclare que « cependant la réunion
 se fera un jour, car c’est la volonté de Dieu ». Et Bossuet
 de son côté, dans une dernière lettre datée du 13 août
 1671, répond : « Ces choses pourront avoir lieu en effet,
 sinon maintenant, du moins plus tard. » Pour en revenir
 à notre pays, la dernière moitié du xvarr° siècle ne devait
 pas tout naturellement montrer beaucoup d'intérêt pour
 des aspirations de ce genre. On ne les vit plus reparaître
 qu'avec la question    de    l'émancipation catholique ro-
 maine.




      l                   |           Digitized by Go6g le

L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 43

   PROPOSITIONS DE RÉUNION À L'ÉPOQUE DE
     L'ÉMANCIPATION CATHOLIQUE ROMAINE

Dans une lettre adressée, en 1824, au père de lord Ripon actuel par l'évêque Doyle, évêque catholique ro- main de Kildare et de Leiglhin, dont j'ai déjà parlé, après un exposé de la situation politique de l'Irlande, l’évêque insiste sur ce point que l'union des Églises produirait un changement total et immédiat dans les disputes de ce pays. « L'union, dit-il, n’est pas aussi difficile que beau- coup peuvent le croire ; car d’après la discussion avec l'archevêque Wake, les points d'entente étaient nom- breux; ceux sur lesquels les partis hésitaient, en très petit nombre, et apparemment de moindre impor- tance. » L’effort tenté en ce moment pour la réunion, ajoute l'évêque, ne fut certes pas couronné de succès ; » mais la politique d'État doit en ètre rendue responsable et non pas les divergences de doctrine. Sur les prin- cipaux points à discuter, ajoute l’évêque, il n’y a pas de différence essentielle; la diversité d'opinions pro- vient de certaines formes de terminologie qui admet- tent des explications satisfaisantes. Elle provient aussi de l'ignorance et de malentendus faciles à dissiper. L'orgueil et le point d'honneur nous tiennent divisés sur beau- coup de sujets, et non l’amour de l'humilité, de la charité et de la véritéchrétienne. L’évêque cite ensuite les paroles de Shute Barrington, évêque de Durham. Après avoir insisté dans un mandement très remarquable sur la pos- sibilité de l'union, ce dernier disait: « Si seulement je pouvais vivre pour voir poser les bases d’une telle réunion, les dernières heures de ma longue vie en seraient 44 DE L'UNION DES ÉGLISES

illuminées et je pourrais partir avec le « Nune dimitiis »
de Siméon sur mes lèvres mourantes. » De telles paroles,
prononcées plus tard, quand le mouvement d'Oxford se
fut affirmé, auraient eu sans nul doute un effet bien plus
grand. En tout cas, elles produisirent une impression
considérable. M. Newenham, ecclésiastique du Glouces-
tershire, s’empara      de   la question;      il demanda   que
l'évêque Doyle et un des vicaires apostoliques anglais
nommassent dix théologiens dans le but de conférer avec
un nombre égal de membres du clergé, nommés par Jebb,
évêque anglican de Limeriek, et par Ryder, évêque de
Lichfield. Les notes de ce qui se passa dans une réunion
de catholiques romains ct d'anglicans qui se rendirent
auprès de l’évêque Doyle pour discuter la question, sont
pleines d'intérêt. D’après l’évêque, il ne devait pas y avoir
une grande difficulté à mettre d'accord les décisions doc-
trinales du Concile de Trente avec les Articles anglicans.
L’archevêque Murray, archevêque catholique romain de
Dublin, n’hésila pas à dire plus tard dans une lettre :
« Si les membres de l'Église d'Angleterre étaient fidèles
aux principes établis dans leur Prayer-Book, des diffé-
rences doctrinales qui paraissent très grandes, mais ne le
sont pas, seraient bientôt ‘écartées. » Dans une lettre
malheureusement épuisée du cardinal Wiseman à lord
Shrewsbury, on {rouve des sentiments analogues.



          PROPOSITIONS PLUS RÉCENTES DE RÉUNION


     « Il faut surtout donner des explications le plus pos-
sible, » disait le cardinal. Du côté anglican il est inutile
de mentionner les noms de l’évêque Forbes, de Brechin,
de l’évêque Hamilton, de Salisbury. Dans un mandement

sait . FÉ | “soi | L ! L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 45

à jamais célèbre, après avoir exprimé ses aspirations
vers l'unité, celui-ci concluait par ces mots dits à propos
du Pape : « Non ille cedet nobis, sed nos una cum illo
cedemus Deo. » L'évêque Gray, métropolitain de Cape-
town, déclarait qu'il fallait faire tous les sacrifices, sauf
celui de la vérité, pour la cause de l'union. Nommons
eafin le D' Pusey, le dernier mais non le moins célèbre
de tous. M. Ambrose de Lisle, laïque catholique romain,
le même qui, suivant l'expression de feu le Révérend
H. N. Oxenham, son ami et le mien, consacra pendant
toute sa vie son dévouement, ses talents, son énergie et
ses prières à l’œuvre de la réunion des Églises dans une
seule foi et un seul bercail, M. Ambrose de Lisle, dis-je,
n'hésitait pas à assurer « qu’il est impossible à tout ca-
tholique de lire ce que le D' Pusey a écrit sans acquérir
la conviction que l'Église d'Angleterre contient soit im-
plicitement soit explicitement
                            les grandes vérités essen-
tielles de la doctrine catholique. » — « Etsi jamais, ajoute-
Lil, par un effet de la Providence divine, les divisions qui
maintenant déchirent l'Église du Christ sonl apaisées,
ce glorieux résultat sera dû aux services et aux cflorts
du D° Pusey plus qu’à n'importe quel autre homme
vivant. » C’est un plaisir de rappeler de tels noms : car
nous devons en grande partie à M. Ambrose de Lisle et
à M. Oxenham la société qui a pour but de favoriser
l'union de la chrétienté. Cette société a beaucoup fait
pour entretenir l'idée de la réunion dans l'esprit des
ecclésiastiques anglais.




                                     =       =       Digg           OI [Le]
                                                          "
                                                              EL

                                         .       .
                                                      :                 .     4
                                     :           SE   d”- :                 A

46 DE L'UNION DES ÉGLISES

ASSOCIATION POUR FAVORISER L'UNITÉ DE LA CHRÉTIENTÉ

 Nous devons à cette association cet éloge : dans             les

moments favorables ou contraires, dans les jours de prospérilé comme dans les jours d’abattement, elle n'a jamais manqué de proclamer que la réunion de la chré- tienté est la seule conclusion légitime du mouvement d'Oxford, comme de tout vrai principe de l'Église. Grâce à Dieu, nous voyons des indices annonçant a réalisation de cette idée. Je pourrais citer comme preuve la confé- rence tenue à Berlin en 1854, dont un rapport a été publié par la presse pontificale. Les membres de la réunion appartenaient aux Églises grecque et latine et aux Églises protestantes. Après un sérieux examen de la question, ils conclurent à l'unanimité que la réunion de la chré- tienté était réalisable. Je pourrais citer la conférence de Bonn, en 1874-1875, relative à la réunion mais il n’est pas nécessaire d’insister. De toutes parts, on le voit, les hommes sont fatigués de leurs divisions religieuses et aspirent à une unité de croyance essentielle au bien-être de la Société civile, comme au maintien de la foi chré- tienne et à la prospérité de l'Église. L'Alliance évangé- lique elle-même, qu'est-elle, sinon un témoignage de ces aspirations ? Les conférences de Lucerne redisent la même chose. Toutes parlent de l'union et de la paix de l'Église. Les grandes assemblées de tous les évêques de la communion anglicane, tenues autour du siège primalial de Cantor- béry, que sont-elles sinon un témoignage du même désir des bienfaits d'une action unie, et du besoin d'un centre d'unité ecclésiastique dépassant les limites de toute nationalité?

     e:2     Z                      , Digitized : Google FA

                                         Le

L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 41

             LE CONCILE DU VATICAN

Sur ce point, je le sais, on fera une objection. Vous avez parlé de beaucoup de choses, dira-t-on, mais vous avez omis celle qui, relativement au projet de réunion, parait la plus importante de toutes. En parlant d’une réu- nion à laquelle doivent prendre part l'Angleterre et l'Orient, vous n’avez rien dit du Concile du Vatican et de son effet sur vos projets d'unité. Il ne m'appartient pas, dans les circonstances actuelles, et ce serait présomption de ma part de vouloir faire comprendre comment on peut résoudre les difficultés doctrinales et théologiques. Beaucoup d’autres questions, en dehors de celles que soulèvent les décrets du Concile du Vatican, devront être étudiées et discutées avant que la paix puisse être as- surée. Les explications peuvent beaucoup pour écarter de nombreux malentendus qui prévalent des deux côtés. Même pour le Concile du Vatican, il ne me semble pas impossible que des erreurs et des exagérations aient pu ètre commises au sujet de sa portée et de ses consé- quences. Avec le temps, il peut surgir des explications diminuant l'importance des difficultés qu'il paraît tout d'abord contenir. Les explications données avec l’appro- bation du Pape par l'évêque Fesler, secrétaire du Concile, n'étaient point de nature, cele est certain, à être approu- vées par quelques-uns de ceux qui avaient insisté pour obtenir la définition. Si, par infaillibilité, on entend seu- lement que le Pape est infaillible lorsqu'il agit comme chef de toute l'Église, et exprime l'opinion de l'Église sur le dépôt transmis par le Christ et ses apôtres après avoir pris tous les moyens légitimes et ordinaires pour recon- 48 DE L'UNION DES ÉGLISES

naître la vérité; si on admet que dans la détermination de cette vérité l’autorité et je témoignage des évêques, comme représentant leurs Églises respectives, doivent être essentiels, la difficulté d’un accord possible n’est pas, semble-t-il, aussi insurmontable qu'on l’a parfois représentée. Certainement, elle n’est pas de nature à rendre inutiles tous nos efforts pour trouver des termes de paix sur d’autres questions. En tout cas, jusqu'à preuve du contraire, nourrissons l'espoir que de telles explications pourront être admises.

         RÉCENTE ENCYCLIQUE     DE   LÉON XI


 En attendant, dans l'intérêt de cette réunion si ardem-

ment désirée, faisons bon accueil à l'appel adressé l’année dernière par Léon XII dans son encyclique aux princes et aux peuples. Pouvons-nous douter qu'en invo- quant l'appui des hommes de bonne volonté, dans ses efforts pour la paix de l’Église, le Pape ne parle au nom de notre Seigneur et Maître Jésus-Christ? Pouvons- nous hésiter à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour hâter un si heureux résultat ? Cousidérez l’état du monde. Pouvans-nous douter, en regardant autour de nous, combien est grand le besoin de cette union ? Nous sommes en présence de questions qui touchent au fonde- ment même de la vie religieuse, intellectuelle et sociale de l'humanité. Comment doit-on les envisager, sinon à la lumière de l'Évangile du Christ? Comment cet Évangile s'affirmera-t-il, si ceux à qui il est confié ne sont pas d’ac- cord entre eux ? Pouvons-nous refuser de faire tout notre possible pour trancher nos différends ? Il y a, je crois, un réel désir de le faire. L'homme d’État allemand, un catho-

;+ : £ Digitized by Codgle L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 49

lique romain mort aujourd'hui, von Radowitz, expri- mail, je crois, l’exacte vérité quand il disait : « Nous voyons clairement les-esprits des |, mmes se ranger sous deux bannières: l’une porte inscrit le nom du Christ, Fils de Dieu, tandis que, sous l'autre, sont groupés tous ceux pour lesquels ce nom est une folie et une honte. » Ne nous laissons pas tromper : « la crise, disait-on il ya cinquante ans environ, » et aujourd'hui celle vérité est plus évidente qu'alors, « la crise que le monde traverse, bien qu’elle fasse moins de bruit, enfonce plus profondé- ment que la Réforme. Les Réformateurs en général (je parle plutôt de l'Allemagne que de l'Angleterre) mettaient en doute l'autorité del'Église et lui substituaient l'autorité d'un livre. ls oubliaient qu’un livre a besoin d'un inter- prète, el qu’en l'absence d’un interprète capable de parler avec aulorilé, la vérité de l'Écriture est réduite aux ima- ginations d’un chacun. Nous voyons aujourd'hui le résul- lat. Les hommes sont tout prêts, si on les laisse libres, à mettre de côté les doctrines de la Bible qui ne leur plaisent pas : le fait de l'Incarnation, que Dieu naquit réellement dans une crèche et mourut sur une croix, la doctrine des sacrements, l'éternité des peines, l'inspira- lion des saintes Écritures. lis rendent justice au mérite littéraire de la Bible, à l'utilité de son instruction morale. Mais si on invoque son autorité pour une chose que rejette leur propre examen, on nous répond immédiate- ment : Impossible d'accorder une telle autorité à un livre, pas plus qu’à une Église ou à un sacerdoce. » De telles idées sont dans l'air, et leur portée, relative- ment à la question de la réunion, est évidente. ediiiiés

         50                   DE L'UNION DES ÉGLISES

àma

                         LA RÉUNION ET L'INCRÉDULITÉ

              La chrétienté ne peut lutter contre l’incroyance qu'en
         présentant un front compact aux assauts d'un ennemi

me

         commun. La réunion de la chrétienté, dit le professeur

me

         Goldwin Smith, dans ses conférences sur l’étude de l’his-
         toire, et il est difficile d’exagérer le poids d'un tel témoi-
         gnage, « la réunion de la chrétienté deviendra probable-

nr

         nent, à la fin, un projet réalisable. Ce sera rendre un
         plus grand service à l'humanité, au point de vue philoso-

Due

         phique et religieux, de contribuer pour la plus petite par!
         à l'accomplissement de cette unité que d’établir la dé-
         monstration la plus parfaite de la libre personnalité de
         l’homme. En ce moment, le rationalisme et les rèveries
         du fatalisme sont     réfutés avec peine; mais, au milieu
         des énergies ct des aspirations d’une chrétienté régénérée,
         elles disparaîtraient spontanément. » — « C'est loute
         l'Église du Christ, dit M. Guizot, qui, de nos jours, est
         l'objet des attaques dans ses principes fondamentaux. »
              Pouvons-nous douter de la vérité de ces paroles ou du
         devoir qu’elles nous imposent? Aussi longtemps que les
         divisions de la chrétienté fourniront un prétexte à l'in-
         erédulité et aux    perplexités du doute, nous aurons à
         lutter avec une infidélité agressive, avec un athéisme de
         fait, si ce n’est de nom, qui va en augmentant dans la
         population, avec un christianisme paralysé, et, dans ce
         xix* siècle de l'ère chrétienne,avec un monde païen.
              On nous dit que songer à la réunion est un rêve, un
         enthousiasme, bien beau sans doute, mais qui, pour cela,
         n'en est pas moins un rêve. Qui, c’est un enthousiasme,
         mais quelle grande œuvre pour Dieu fut jamais accomplie
         sans enthousiasme?




       LL)               mr                    Digitized by Google

L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 51

                   DIFFICULTÉS

Il y a des difficultés, dites-vous; oui, il y a des diffi- cullés immenses dans les deux Églises et partout ;mais la nécessité de l'homme est l'opportunité de Dieu. Dieu nous demande de faire notre possible afin de pouvoir à son tour couronner nos efforts. Le travail fait sur Ja terre, c'est lui-même qui le fait. Limilerons-nous donc sa toute- puissance par le défaut de notre volonté personnelle, par le refus de tenter ce qu’il ordonne si clairement? H est impossible, dites-vous, à l'Église romaine de revenir sur beaucoup de principes qu'elle a paru adopter. Je me sers pour répondre des expressions de l'évêque Hamilton, parlant du Pape : « Ille non cedet nobis, sed ille una cum nobis cedemus Deo. » Les difficultés, dites-vous encore, ne viennent pas seu- lement du côté romain, il y a les difficultés provenant de h condition actuelle de l'Église anglicane. Certainement, je devrais être le dernier à les ignorer. Nous les connais- sons tous trop bien. Nous nous devons, si nous sommes loyaux, d'admettre franchement que, quelles que puissent ètre les revendications théoriques de l'Église d’Angle- terre, malgré tout ce que l'on peut affirmer en faveur de “ position historique comme elle est exposée dans ses formulaires, il y a dans sa condilion actuelle beaucoup de choses capables de ralenlir l'ardeur de nos espérances. Pouvons-nous oublier le conflit des partis contenus dans communion? Des hommes aux opinions les plus rontradictoires sont élevés aux plus hautes dignités de l'Église; c’est un fait, pouvons-nous l'oublier? Pouvons- nous nier qu'il y ait eu, même parmi les évêques cet les ...%

        52                  DE L'UNION DES ÉGLISES
 A




        dignitaires de l'Église, des hommes affichant dos opinion:
        absolument inconciliables avec la Foi catholique, malgré
        tous nos efforts pour essayer de les expliquer ou de les

à

        atténuer? On ne peut ignorer de tels fails ni s'empècher
        d'y attacher l'importance qu’ils méritent. Rien ne saurai
 Lu,




        être plus malheureux que de les mettre de côté et de con-
        sidérer uniquement l’Église d'Angleterre sous son aspect
        théorique. Nous devons franchement admettre le manque
  DER




        d'unité parmi nous. Il v a une grande part de vérité, nous
        ne pouvons pas prétendre le contraire, dans cette objec-
        tion que, si les autorités romaines voulaient commencer
        demain les négociations pour la paix, il resterait à tenir
        compte des divisions de l'Église anglicane et de l'hostilité
        de nombreux représentants de la susceptibilité anglaise.
        IL y   a de la vérité, beaucoup de vérité dans tout cela,
        nous devons l’admettre si nous sommes francs; mais
        j'ajoute que si nous trouvons là des raisons pour être
        prudents, pour avoir soin de ne rien faire qui puisse
        mettre en péril la eause que nous nous efforçcons de faire
        avancer, si je vois là des raisons de faire tout ce qui est
        en notre pouvoir pour exciter l'opinion publique et pour
        uous efforcer, par tous les moyens dont nous disposons,
        de dissiper les préjugés et de réveiller un désir encore
        plus grand pour l'union, je ne vois pas là des raison:
        capables de faire abandonner tout espoir, commesil’unité
        ne pouvait jamais se réaliser. Les événements vont vite
        de nos jours : beaucoup de choses paraissant impossibles
        la veille   s’accomplissent le lendemain. De même qu'il
        n'est pas équitable de juger l'Église romaine d'après les
        superstitions ct les abus qui, à diverses époques, ont été
        tolérés par ses autorités et ont défiguré.sa communion,
        de mème il n’est pas équitable de blimer l’Église d'An-

ES L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 53

gleterre pour des opinions, pour un état de choses dia- mélralement opposés à sa profession et à ses formulaires autorisés. [1 y a eu déjà chez nous beaucoup d’améliora- lions, il y en aura encore davantage dans l'avenir. Il faut du temps pour éprouver la valeur des conclusions que l'on peut tirer de la condition d’une Église à un moment donné. Ce n’est pas l'Église d'Angleterre de notre temps, mais l'Église de tous les siècles et de tous les pays, qui à besoin d'indulgence en pareille matière. Tous ceux qui connaissent un peu l’histoire de l'Église d'Angleterre, en particulier pendant les soixante dernières années, ne peuvent douter que les difficultés auxquelles il a été fait allusion ne soient essentiellement temporaires et acciden- lelles, et qu’une opinion large et généreuse sur la position de l'Église d'Angleterre ne soit la vraie. Après tout, il y a dans les faits une logique que l’on ne peut ignorer; on l'a dit souvent, l'Église catholique seule peut produire une sœur de charité. La renaissance de la vie religieuse parmi les femmes dans le sein de l'Église d'Angleterre est un fait, et on doit en tenir compte. Des critiques très compétents et très distingués ont dit encore: « Le mou- vement d'Oxford, qui semblait avoir réussi dans la plu- part des buts à atteindre, a échoué dans ce qui était son principe le plus essentiel, la défense des droits spirituels de PÉglise d'Angleterre à l'égard du pouvoir civil. » Je réponds encore : En ce qui concerne la position de l'Égiise comme pouvoir spirituel capable de s'affirmer ct de maintenir sa doctrine et son rituel contre les empiè- tements de l'État, le contraste entre l'état de choses exis- tant à l’époque du jugement de Goram et à l'époque actuelle parle de lui-même. | 31 DE L'UNION DES ÉGLISES .

            RENAISSANCE    RELIGIEUSE   EN   ANGLETERRE
                                                        .



      Il peut être difficile, à ceux qui sont séparés de l'Église
 d'Angleterre, de bien comprendre toutes ces choses, de
 leur attribuer leur valeur propre et de connaître parfaite-
 ment notre position. Pour nous, nous            sommes     con-
 vaincu, et chaque année nouvelle affermit notre convie-
 tion, que la grande renaissance religieuse en Angleterre,
 commencée par Wesley, continuée par Siméon, reprise
 de nouveau par les grands chefs du mouvement d'Oxford,
 augmentée      encore aujourd’hui par la restauration du
 rituel catholique prescrit par le Common Prayer-Bok;
 nous     sommes convaincu      que la renaissance de la vie
 religieuse, la reprise des synodes diocésains el provin-
 ciaux, le maintien des droits spirituels de l'Église contre
 les intrusions de l'État, enfin Lous les autres signes in-
 nombrables de vitalité apparaissant de toutes parts, ne
 peuvent, dans les desseins du Dieu tout-puissant, avoir
 d’autres résultats que le retour de la communion entière
 des fidèles anglicans, chez rous, en Amérique, et dans
 nos missions répandues sur
                          la Lerre entière, à une réunion
 générale. Avec le cardinal Wiseman, nous croyons que
 l'Église nationale doit servir d’intermédiaire pour rendre
 à nos concitoyens la pleine possession et les privilèges de
 la foi catholique. Avec M. de Maistre, nous prévoyons un
 grand avenir pour l'Église d'Angleterre, comme devan
 être l'instrument dont Dieu se servira dans le rapproche-
 ment des Églises séparées et dans l'union des chrétiens
 en un seul corps. La réunion générale, voilà notre désir;
 quant à nous séparer individuellement de notre Église,
 c'est une idée qui ne nous vient même pas. Îl est essen-




                                        Em         FO

EN * L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 55

liel que les autorités de l'Église romaine le comprennent; car c’est la clé de la situation. 11 faut le reconnaitre, pour comprendre si quelques démarches peuvent en ce mo- ment être faites avec profit en vue du rétablissement de celle union que nous désirons avec tant d’ardeur.

     RÉCAPITULATION DE LA POSITION ANGLICANE

Laissez-moi résumer encore une fois notre position. Îlest essentiel qu'il n’y ait pas de méprise à ce sujet, Selon l'expression d’un écrivain récent dont la netteté ne laisse rien à désirer, « nous souhaitons l'union avec Rome; nous ne souhaitons rien tant, mais un tel désir de aotre part n'implique aucune incompatibilité avec notre obéissance sincère et loyale à la communion anglicane ». Nous sommes convaincu qu'il n’y a absolument rien J'essentiellement irréconciliable avec les doctrines de l'Église de Rome dans les documents autorisés de l'Église anglicane, à l'exception des gloses traditionnelles d’un protestantisme pratique. Nous sommes, il est vrai, les membres d’un corps qui n’est pas en communion avec le Saint-Siège; nous déplorons cette séparation, ct nous désirons faire notre possible pour combler le fossé qui nous divise. Ce n’est pas nous qui avons creusé ce fossé, el même nos ancèlres spirituels d'il y a trois cents ans n'en sont ni uniquement ni même principalement respon- sables. La tyrannie politique à l'intérieur, les revendica- lions injustifiées du pouvoir ecclésiastique à l'extérieur, aussi bien que la corruption réelle qui se trouvait un peu partout dans l’Église, nous forcèrent à cet isolement. lertes, nous le regrettons, mais nous ne pouvons faire que ce ne soit un fait accompli. La faute doit en être 56 BE L'UNION DES ÉGLISES e

rejetée aussi bien sur les autorilés de l'Église romaine que sur Îles nôtres. Nous sommes prêts à accepter notre part; il leur reste à accepter la leur. En ce qui concerne l'Église d'Angleterre, il n’y a pas eu de schisme dans le sens strict et historique du mot. Nous n'avons jamais renoncé à la communion avec Rome. I n’y a rien dans la doctrine posilive de l'Église d’Angle- terre qui implique le moins du monde l'existence ou l'idée du désir d’une telle séparation; au contraire, elle est expressément répudiée. Les prêtres’ qui ont reçu les ordres romains peuvent officier, les membres de l'Église romaine peuvent communier à nos aulels : nous désirons de tout cœur qu’il nous soit permis à l'étranger de faire notre confession au clergé romain et de recevoir de ses mains notre communion. Ce que nous ne pouvons, c’est faire un abandon quelconque de ce que nous savons être la vérité et la justice; par exemple, si on nous demande de reconnaître, non pas formellement, mais dans la pratique, que nous n'avons ni prêtres ni sacrements, la réponse est claire : notre épiscopat est, à tous égards, le descen- dant vrai et direct de la mission apostolique dans ce pays. Si on nous demande de renoncer à la communion avec l'Église d'Angleterre en donnant pour raison qu’elle est hérétique, nous répondrons : !! n’y a rien dans sa doctrine autorisée qui ne soit enseigné dans les chaires et dans les catéchismes de l'Église romaine elle-même; ce n’est pas par des prétentions comme celles-là, incom- patibles avecla fidélité à l'égard de notre communion el de notre épiscopat, que l'on fera se lever le jour où les deux communions n’en feront qu’une, à la joie infinie des cœurs chrétiens et, comme nous l’espérons, pour le bonheur de millions de nos semblables. L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 57

   POLITIQUES OUVERTES À L'ÉGLISE ROMAINE

il ya deux politiques ouvertes à l'Église romaine en cette matière ; il va d’abord la politique qui a pour seul but les conversions individuelles. Elle n'a aucun désir d'étudier avec un sentiment généreux l’Église d'Angle- lerre, mais, au contraire, elle est animéc du vif désir de nier tout fait, de contrevenir à toute déclaralion, de résis- ter à tout argument capable de fortifier sa position. Cette politique tend à rendre la position de l’Église anglicane aussi mauvaise que possible, au lieu de la rendre aussi bonne que possible. Nous en avons eu un échantillon dans lous les écrits et tous les discours, à peu d’excep- lions près, échangés naguère au sujet des ordres angli- cans. Peut-on dire que l’on a montré le désir d’inter- préter de la manière la plus favorable la position reven- diquée en cette affaire par notre Église ? N'est-il pas trop évident que l'on a, tour à tour, fait valoir toute espèce de raisons pour jeter le doute sur la succession anglicane et soulever de nouvelles difficuliés afin d'en empêcher la reconnaissance parl’Église romaine? Une telle politique peut, sans doute, avoir ses avantages dans la controverse du jour; elle peut faciliter les conversions individuelles; mais qu'à la longue elle tende mème à accroitre le sombre de ces conversions et anssi à favoriser les prin- cipes généraux sur lesquels s'appuie l'Église romaine, c'est une assertion dont on peut très bien douter.

Cetle politique fait d’abord naître le soupçon que les controversistes romains ne jugent pas de telles questions uniquement d’après leur valeur intrinsèque. Elle donne lieu de supposer que la position occupée par l'Eglise ro- 58 DE L'UNION DES ÉGLISES

maine en Angleterre relativement à l'Église anglicane, et que l’existence côte à côte de deux hiérarchies rivales, poussent à dépasser les bornes d’une critique calme ct impartiale des faits. u + En second lieu, la négation de la validité des ordres conférés par l’Église d'Angleterre et de ses sacrements est bien des fois un obstacle puissant qui empêche de se joindre à elle. Très sensibles aux scandales de chez nous, plusieurs se sentent puissamment attirés vers la comimu- nion romaine, mais une chose leur paraît impossible : c’est de nier les grâces spirituelles dont ils ont ressenti les effets pendant toute leur vie. Ils ne peuvent rien faire qui semble jeter un doute sur la validité des ordres ou des sacrements de l'Église anglicane. En troisième lieu, même à un point de vue romain, la cause du catholicisme en Angleterre et les conversions individuelles ne semblent pas être, d'une manière évi- dente, liées ensemble. Est-il permis de douter, à ceux qui connaissent l'Angleterre, que, si nos concitoyens doivent être reconquis à l'acceptation complète de cette religion catholique qu'ils professent dans les Credo, ce sera ou bien par l'action de l'Église nationale, ou pas du tout? L'influence de l'Église d'Angleterre augmente Lous les jours : le fait est admis par tout le monde. En dehors de l'immigration de la population irlandaise, l'accroisse- ment de la communion romaine en Angleterre esl faible; c’est là, je crois, l'exacte vérité. Si cela est vrai, le désir de l'Église romaine devrait être d'accueillir tout ce qui tend à constituer à la fois un rapprochement doctrinal et une unité organique entre elle et l'Église d'Angleterre. Elle devrait, dans cette direction, aller aussi loin que possible. Ceci nous conduit à l'autre politique qu'il est loisible à

             7                        Digi   , De      mme

L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 59

l'Église romaine d'adopter. Honnètement suivie, celle-ci pourrait, il nous est bien permis de le croire, produire les plus grands et les plus heureux résultats. C’est la politique de l'union générale dont nous voulons parler, Cette politique consiste à essayer d'oublier les contro- verses et, en considérant les différences qui séparent les diverses parties de la chrétienté, à prendre partout où cela est possible le point de vue le plus favorable de Ia position de l'adversaire. Elle consiste à tirer le meilleur parti de la situation actuelle des Églises, à admettre Loutes les excuses, toutes les explications qu’elles peuvent offrir; enfin, elle consiste à se réjouir de pouvoir rendre bonne une position qui avait semblé être douteuse. Des mem- bres individuels de l'Église romaine peuvent être con- traires à l'idée d’une réunion générale; mais, s'ils le sont, c’est en vertu d’une opinion individuelle, de pré- jugés ou du caprice. Le principe de la réunion générale est en harmonic avec la politique établie et la pratique traditionnelle de l'Église romaine.

ATTITUDE DU PAPE ACTUEL — LES ORDRES ANGLICANS

En tous cas, cette politique semble être en parfaite harmonie avec l’action récente de Léon XI. Le Pape actuel est, on n’en peut douter, disposé à prendre Îles mesures les plus larges et les plus généreuses, relative- ment à toutes ces questions. Si l’on en croit la rumeur publique, il est sincèrement désireux de rendre justice à l'Église anglicane. IL a pris un intérêt particulier aux questions soulevées dernièrement à propos des ordres anglais, au point d'exprimer sa satisfaction sur la manière dont la question des ordinations anglicanes a été traitée 60 DE L'UNION DES ÉGLISES

récemment par l'écrivain français qui signe : Fernand Dalbus. La discussion sympathique de cet auteur à beaucoup attiré l'attention, et chez nous et à l'étranger. On dit mème qu'un historien aussi distingué et aussi impartial el, en même Lemps, aussi favorable aux reven- dications de l'Église anglaise que l'abbé Duchesne, a élé invité à faire des recherches complètes sur la validité des ordres anglicans. Il est cerlain du moins, quelque vérité que ces rumeurs puissent contenir, que le Pape désire, par-dessus tout, faire les premiers pas pour l'œuvre de la réunion des Églises, et, au moyen d'une chrétienté unie, résoudre les difficultés poliliques, sociales et religieuses de l'époque. Sûrement, nous devons seconder de tels désirs par Lous nos efforts; sûrement, aucune période de l’histoire de la chrétienté ne présenta une occasion plus favorable à la réalisation de tels désirs. Les relations nouvelles de tous les peuples ont tendu à créer une juste apprécialion de Lout ce que chacun d'eux contient de bon. Les vieilles animosités, les vicilles jalousies, les vieux soupcons, les vieux préjugés, disparaissent, les vieilles barrières tombent. Il y a, de toutes parts, un désir loyal et sincère de chercher la vérité uniquement pour l'amour de la vérité. Il peut sembler hasardeux, de la parl d'un laïque comme moi, de suggérer une idée person- nelle sur une question aussi grave, et pourtant, ce me semble, si le Pape actuel inaugurait à l'égard de l’An- gleterre une telle politique en faisant des démarches pour une étude complète des ordres anglicans, il pour- rail amener une reprise de relations dont le résultat, sans aucun doute, ne serait autre que la réunion de la chré- tienté d'Occident. Bien sûr. la reconnaissance de la validité des ordres L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 61

                                                            me

conférés par l’Église anglaise n’amènerait pas, d’elle-

                                                            mme

mème, la réunion. 11 resterait encore d’autres graves

                                                            mme

difficultés. Cela produirait en fout cas l'heureux effet de mettre la communion anglicane dans la mème posi- lion à l'égard de l'Église romaine que celle qui est oc-

                                                            mul.
                                                            2

cupée par les grandes communions de l'Orient. Personne ne peut en douter, une telle reconnaissance, bien que par elle-même elle ne puisse pas faire l'union, serait un pas, etun grand pas vers l’unilé. Rien ne tend à maintenir l'irritation entre Rome et l'Angleterre autant que la négation absolue de la validité de nos ordres et de nos sacrements. Cette question écartée, résolue, l'ensemble des relations entre les deux Églises scrait sur un pied lout à.fait différent, et d’autres négociations devien- draient faciles à leur tour. Ce pas à franchir ne me parail pas impossible; je dis un pas, car il faudrait être fou pour supposer que nous pouvons espérer signer demain un concordat entre Lambeth et le Vatican. H faudra prendre une attitude nationale nouvelle par rapport aux autres communions de la chrétienté. Il faudra dissiper les malentendus et les préjugés de trois siècles; mais j'en

suis convaincu, personne ne peut faire autant que le l'ape lui-même en ce sens. Une ouverture faite de la part de Rome à l'Angleterre, comme je la concevrais, pourrait être à même de transformer l'allitude nationale Loul enlière par rapport à l'Église romaine el par rapport à notre réunion avec le Saint-Siège.

 DEVOIR ACTUEL RELATIVEMENT A         LA RÉUNION

En altendant, de notre côté, le point principal sur lequel nous avons à insister à l'heure actuelle, c'est qu'il 62 DE L'UNION DES ÉGLISES

faut travailler et prier pour la réunion, c’est qu’il s'offre maintenant une occasion qui, une fois perdue, peut ne jamais plus se représenter. Ne craignons pas de le dire franchement, l’union avec Rome est possible, elle est désirable. Déclarons-le sans détour, nous désirons la paix avec Rome de tout notre cœur. L'opinion publique ne sera jamais influencée si nous nous taisons; elle peut l'être seulement par ceux qui, sans aucune dissimulafion, auront le courage de dire leurs sentiments. Il est de l'intérêt de l'Église du Christ tout entière. de l'intérêt de l’ordre politique, de l'intérêt de l'espèce humaine, de faire disparaître les séparations qui divisent la famille du Christ. La cause est bonne, nous n'avons pas à en rougir; disons-le hautement, elle est notre cause à nous. Enfin, par-dessus tout, il nous faut saisir l'occasion de l'appel fait par le Pape dans son Encyclique, pour assurer Léon XIII que, nous du moins, nous lui sommes recon- naissants de ses efforts, et qu’il peut compter sur une réponse sympathique à tout appel qui serait adressé à l'Église d'Angleterre. Un chanoine de l'Église d'Angleterre, dans unc lettre adressée au Souverain Pontife alors régnant, se servit des expressions que je vais citer : « Saint-Père, écrivait-il, en vous, plus qu’en toul autre homme vivant, repose à cette heure l'espoir de paix et d'unité de la famille du Christ sur la terre. Le droit et la raison sont de votre côté, en entreprenant cette œuvre de réconci- liation, la miséricorde et la vérité se rencontrent pour vous applaudir et vous aider. Le flot et le courant de l'opinion publique, le progrès des événements dans le monde el les ardents désirs des vrais chrétiens sont tous avee vous; les cœurs de milliers de personnes si long- L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE 63

temps éloignées les unes des autres vous béniront pour avoir favorisé leur réunion dans la fraternité chrétienne. Le Sauveur, qui pria afin que ses disciples ne fissent qu'un avec lui, secondera vos efforts; sur vous s’étendra la bénédiction du Prince de la paix. »

          LETTRE   DU     CHANOINE   SELWYX

De qui sont ces paroles, me demanderez-vous ? Elles sont du chanoïne Selwyn, un évangéliste (membre de la basse Église), frère d'une des gloires de l’Église an- dlaise, de l’évêque de Lichfield, l'apôtre de la Nouvelle- félande, si célèbre par son zèle. Ces paroles, faisons-les nôtres. Peut-il rien y avoir, en effet, qui touche de plus près le cœur de Notre-Seigneur que la paix de son Église ? Peul-il rien y avoir d'aussi bon pour les hommes que l'intimité dans une mème communion ? Songez à ce que serait une chrétienté unie, à ce qu'elle pourrait faire pour k gloire et la satisfaction de Dieu, pour le bonheur de la race humaine, pour la défense de la vérité, pour la lutte “ontre le péché, pour la propagation de l'Évangile dans le monde, Renonçons à notre égoïsme, à notre monda- mit, à la joie misérable que nous donnent nos quelques intérêts personnels. Regardons vers le ciel, regardons vers l'avenir; réalisons la fraternité avec tous les hommes, l'unité avec le Christ. Supplions Notre-Sei: sneur Jésus-Christ de nous donner des cœurs pour aimer, de nous remplir du désir de la paix, de nous aider dans nos travaux pour l'union. Faisons tous nos efforts afin de changer l'eau de ce monde — ses divi- sions, ses jalousies, ses rivalités, ses luttes — dans Île in de l'Évangile, — cette paix, cette charité, cette unité 64 DE L'UNION DES ÉGLISES

de cœur et d'esprit qui sont la marque des fidèles du Christ. Meltons de côlé tout orgueil et tout sentiment personnel, Ne désirons rien autre chose que la vérité, el soyons préparés à faire tous les sacrifices pour la vérité. Par-dessus loul, soyons justes; reconnaissons no fautes, considérons que nous avons tous beaucoup à par- donner et que, malgré les difficultés de la réunion, il est une foi qui soulève les montagnes. Notre désir, ne l'oublions pas, est conforme à la volonté de Dieu; Ia perversilé humaine et les embûches de Salan seules empêchent sa réalisation. Si Dieu est avec nous, nous n'avons qu'à prendre la résolution de nous prêter à l'accomplissement de ses volontés, el il mettra sa toute puissance à nolre service. Si nous fatiguons ses oreilles de nos supplications unies, Lui qui ne demande qu'à être prié, il nous accordera l'accomplissement de nos désirs. EL, à son heure, il apaisera les divisions de la chrétienté, il rebâtira les murs de Jérusalem et rendra de nouveau à son peuple fidèle, dans toute sa plénitude, le plus grand etle meilleur des bienfaits : le bienfait de la paix.

 Paris. — F'. Levé, imprimeur de l'Archevéché, ruc Cassette, 47.

{re ANNÉE N°1 OCTOBRE 1895

            ASSOCIATION CATHOLIQUE

                              POUR

LA RÉUNION DE L'ÉGLISE ANGEGANE BULLETIN MENSUEL

Tu es Petrus et super Spiritus Kauetus posuit hanc petram ædificaho Ec- episcopos regere Écelesium ciosiam mcam, bei.

   MaATTH. svr 17.                                         Aer. xx. 23




                     SOMMANIRI

But de lŒuvre. 4 ee ee F. Portal. Association catholique pour la reunion de l'Eglise anglieane. Lettre Apostolique du Souverain Pontife Léon XTIT au peuple Anglais. Léon XIII et la question anglicane . . . . . . . . . . F. Dalbus. Eu Angleterre : Le congres des Catholiques anglais. — Congrès de l'Eglise anglicane, — l'Archevéque de Cantor- bérs. Le Pape d'après un auteur anglican. La nouvelle Supérieure du Sacré-Cœur... . .. . . XXX. Prières pour l'Union des Eglises,

                     SIÈGE DE L'ŒUVRE
              95,       RUE   DE   SÈVRES,      95
                              PARIS

Toutes les communications doivent être adressées, au siège de l'Œuvre, 95, rue de Sèvres, Paris.

     ABONNEMENTS AU BULLETIN MENSUEL

France, un an.. Gfr. Etranger...... 8 fr.

                 Le numéro : O fr. BO

Tout abonné, à moins qu’il ne soit pas catholique, est considéré comme membre de l'Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane. 11 est dispensé d'ajouter au prix d'abonnement la cotisa- tion de 2 fr., que les membres de l’Assoriation doivent verser.

Nous recommandons à nos Assooiés de prier pour l'Union des Églises, plus particulièrement pendant ce mois d'octobre. Ils entre- ront ainsi dans les désirs de N.S. Père le Pape, qui par sa dernière encyclique sur N.D. du Rosaire demande à tous les chrétiens de prier à oette intention.

L'UNION DES ÉGLISES L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE

             DISCOURS PRONONCÉ A BRISTOL
                        LE {4 FÉÊVRIER 1895


                                PAR


            LE   VICOMTE               HALIFAX
                 MEMBRE DE LA   CHAMBRE DEN   LORDS



  Traduit   par M. L.     BRUNET, et précédé d'une préface
                   PAR FERNAND DALBUS

    PARIS, LIBRAIRIE CHARLES POUSSIELGUE, AUE CASSETTE, 15.




             =    —                       Digitizeu uy   D OQSC

BUT DE L'ŒUVRE

Au mois de juin dernier, j'ai eu l'honneur d'écrire à Son Éminence le Cardinal Rampolla pour lui annoncer l’envoi du discours de Lord Halifax et l’entretenir du mouvement anglican auquel je me suis trouvé, par la force des circonstances, directement mêlé. Son Éminence a bien voulu répondre par la lettre suivante :

                                Rév. Monsercr,

J'ai lu avec beaucoup de plaisir votre lettre du 17 de ce mois, et j'y ai vu le grand intérêt avec lequel vous conti- nuezà vous occuper de la grande affaire de l’union de nos frères séparés avec l'Église catholique. L'opuseule dont vous m'avez transmis deux exemplaires et qui contient, outre la traduction française du discours de lord Halifax, votre article publié dans Le Monde, en est une nouvelle preuve. Je vous remercie de l’exemplaire que vous m'avez offert, et je vous assure que j'ai remis bien volontiers l’autre au Saint-Pèrequi, en l'agréant, vous a donné de bon cœur la bénédiction apos- lolique. Le Saint-Père a manifesté en même temps qu'il vous verrait avec plaisir vous occuper plus directement encore de tout ce qui regarde cette grande affaire. Je suis, etc. M. Card. RaurozLa. Rome, 2t Juin 1895.

A M. Portal, prétre de la Mission, professeur de théologie au grand Séminaire de Cahors.

Cette lettre constitue pour moi le plus précieux des encou- ragements. Depuis quelques années déjà, toutes mes pensées convergent vers cette grande œuvre de l'union des Églises, en particulier vers l'œuvre de l'union de l’Église d'Angleterre avec l'Église romaine. Malheureusement ma charge de professeur de théo- logie au grand séminaire de Cahors ne me permettait pas jus- qu'ici de me consacrer à cette œuvre d’une façon exclusive, Désormais, avec la permission de mes supérieurs, je vais pouvoir donner à l’œuvre de l'union tout mon temps et toute mon énergie. A—

Après en avoir conféré avec les hommes le mieux à même

de juger ce qu'il y aurait à faire, il a été décidé qu'une Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane serait fondée à Paris. Les bonnes volontés ne manquent cerles pas dans l'Église de Dieu, grâce à l’éternelle el vivi- fiante action de l'Esprit divin dans les âmes. Le tout est de les réunir, d'unifier leurs forces et d'arriver ainsi à pro- duire de bons et solides résultats. C’est ce que nous voudrions faire par notre Association, en vue d'amener un rapproche- ment, une union complète, entre r Église anglicane ct l’Église romaine.

  Nous voudrions unir les cœurs catholiques dans une prière

persévérante, afin que l’Ile des saints revienne à sa mère. Nous voudrions aussidiriger les efforts d'un chacun contre les bar- rières odieuses, pour les faire crouler sous l’action combinée de la Vérité et de la Charité. Tel est le but. Il y a un an environ, mandé à Rome, j’eus le bonheur d'être reçu par Sa Sainteté, en une longue audience. Tous ceux qui approchent Léon XIII savent quelle impression profonde laisse ce grand Pape. Ceux-là le savent surtout qui, par leur situation ou par les circonstances, sont amenés à entretenir le Saint-Père d’un de ces grands sujets intéressant plus directe- ment l'avenir de l’Eglise : la question sociale et l’union des Églises en particulier. Ils voient alors ce visage diaphane s’il- luminer par uû regard brillant de vive lumière et de vie in- tense. Et ils ne savent ce qu'ils doivent admirer le plus, ou la prudence consommée du diplomate de la vieille école, ou l'audace du véritable homme d’État, resté merveilleusement jeune, qualités humaines bien rarement uniesensemble, unies, développées, transformées en notre pape actuel par l’esprit de foi et la grâce céleste. Depuis trois quarts d'heure je jouissais de cel inoubliable spectacle, mon audience allait toucher à sa fin. « Ah! dit Léon XIII, s'il m'était donné de voir seulement l'aurore du beau jour qui amènera le grand peuple anglais à l'unité de la Foi, comme volontiers je chanterais mon ‘ Nunc dimittis. C’est un peuple si puissant, et les Anglais sont si bons, si naturellement religieux.Bon courage! On est venu ici même. dans cet appartement où vous êtes, me dire, à propos de

Je @ ra ; Diciizéd by So08

nn } _ ÿ —

l'Orient, que l'union entre les Églises était une utopie. Eh bien, non! ce ne peut pas être une utopie, parce que, au milieu de cette société bouleversée par les révolutions, l’idée reli- gieuse seule reste debout. » J'entends encore résonner à mes oreilles la voix de l’auguste Pontife, pleine d'énergie, d’in- défectible résolution et de conviction sainte... Certainement non! L'œuvre de l'union, de l'union visible des cœurs croyant aux mèmies vérités et aimant le même Dieu ne peut être une utopie. Mais elle ne se réalisera pas sans de grands labeurs, sans de nombreuses prières. Et voilà pourquoi nous venons faire appel à toutes les bonnes volontés. Que des chré- liens nombreux, actifs, que les personnes pieuses, les com- munautés viennent à nous, et nousunirons nos efforts pour la plus sainte des œuvres. Trop heureux si, en travaillant utilement dans l'Église de Notre-Scigneur, nous pouvons apporter quelques joies au cœur du successeur de Pierre, de celui qui aura glorieusement inauguré la Restauration de l'Unité chrétienne dans le monde.

                                                F. Porra,
                                            Prètre de la Mission.

27 septembre 1895.

        ASSOCIATION CATHOLIQUE
POUR LA RÉUNION DE                 L'ÉGLISE ANGLICANE

Les membres de l'Association se proposent de contribuer par la prière et par l’action à l'union des Églises, et en particulier à l'union de l'Église anglicane avec l'Église catholique, apostolique et roumaine.

                      L Par la prière.

1° Les membres de l'Association sont invités à dire chaque jour quelques prières à l'intention de l’œuvre.

Ils sont invités à communier uns fois par mois à la même mention et à assister à la messe mensuelle de l'œuvre dans Îles bealiés où elle pourra être établie.

                                       at. 23 À, + FOÀ
                                        =             DiDe
                                                        gitized
                                   =              :

— 6 —

          3° Les prêtres sont invités à prier tous les jours au saint autel et

ARS

        à dire quelquefois spécialement la messe.
          4 Les personnes de communauté sont invitées à communier
        plus fréquemment. Il serait peut-être possible que dans les commu-

On

        nautés nombreuses il y eût tous les jours une ou plusieurs

2 ae A

        communions.

N se

                                   IL Par l'action.

nes LATE

          4° Par la parole ou par la plume, sion peut utilement parler en
        public ou écrire;
          2° Par la propagande, en répandant les imprimés recommandés

Te

        par l’œuvre: prières, brochures, tracts, etc.;
          3° Par des aumônes destinées à la diffusion du Bulletin et des
   r2




        diverses publications de l'Association.



          Chaque membre del'Association est tenu de verser une cotisation
        annuelle de 2 francs qui sera employée aux besoins de l'œuvre et
        en particulier à la propagande. Tout abonné du Bulletin est dispensé
        de verser cetle cotisation.
          Des formules de prières seront envoyées gratuitement à toutes les
        personnes qui nous en feront la demande. Voir page 32 les prières
        conseillées aux membres de l'Association.




                             LETTRE APOSTOLIQUE

              DU SOUVERAIN PONTIFE LÉON XII
                               AU PEUPLE        ANGLAIS



              Léon XTIT aux Anglais qui cherchent le royaume du Christ
                  dans l'unité de la foi, salut et paix dans le Seigneur.

          Nous voulons que l’illustre nation anglaise reçoive aussi un gage
        de Notre très vive affection.
           Il y a quelque temps, dans une lettre adressée à tous les princes
        et à tous les peuples, Nous Nous adressâmes à cette nation en même




                                                      D tized by G008 te

be

     temps qu'äd'autres, mais nous désirions vivement le faire par une
     lettre spéciale. Ce désir était nourri par la bienveillance que Nous
     avons toujours ressentie envers votre peuple, dont l'histoire de
     l'Église retrace les grandes actions dès les temps antiques.
       Nous étions davantage encore animé à agir ainsi par les fréquents
     entretiens que Nous avions eus avec vos compatriotes. Ceux-ci Nous
     avaient attesté les grands égards des Anglais envers Notre personne
     et, par-dessus tout, la soif ardente qu’ils ont de chercher la paix et
     le salut éternel par l'unité de la foi. Dieu Nous est témoin de la
     vivacité de l'espoir que Nous nourrissons de voir Nos efforts con-
     tribuer
           à favoriser et à faire aboutir cette grande œuvre: obtenir
    l'unité chrélienne en Angleterre, et Nous rendons grâces à Dieu, qui
    a prolongé Notre vie, de ce qu'il Nous a accordé le temps et la santé
    nécessaires pour cette entreprise.
      Mais puisque la confiance que Nous avons d’une heureuse issue,
    Nous l'appuyons par-dessus tout sur le merveilleux pouvoir de la
    grâce de Dieu, Nous avons, après un mûr examen, pris la résolu-
    lion d'inviter tous les Anglais qui se font gloire du nom chrétien
    à coopérer
             à la même œuvre, et Nous les exhortons à élever leur
    cœur
       à Dieu avec Nous, à mettre leur confiance en Lui et à Lui
    demander, en s'appliquant assidument à la sainte prière, le secours
    qui est nécessaire dans de si grandes circonstances.
      Notre affection et Notre sollicitude pour l'Angleterre ont pour
    exemples celles     de Nos prédécesseurs et surtout de Grégoire le
    Grand.
      Les services qu'il a rendus
                                à la religion et à l'humanité en général,
    et spécialement
                  à la nation anglaise, sont dignes des plus grands
    éloges. Réservé par l'appel de Dieu à un devoir encore plus élevé,
    i ae put entreprendre lui-même l'œuvre apostolique « de convertir
    les Anglo-Saxons, comme il s'était proposé de le faire, tandis qu'il
    était encore moine; mais son esprit demeura appliqué à ce projet. »
    JEAx     Diacre,   Vie de saint   Grégoire le   Grand.)   s'atlacha avec
    une ardeur et une constance admirables à accomplir cette tâche.
    En effet, parmi la famille monastique que, dans sa propre mai-
    soa, il avait formée à l'étude de toutes les sciences et à une sainte
    vie, il choisit quelques religieux qu’il envoya sous la conduite de
    saint Augustin en Angleterre, pour être les messagers de la grâce,
    de la sagesse et de la civilisation près de ceux qui étaient encore
    ensevelis dans une       malheureuse superstition. Et     comme    il ne
    eomptait sur aucun secours humain, son espérance s'accroissait

| jusqu'à ce qu'enfin il vit son œuvre pleinement aneles difliculiés, | muomnée de succès.

                                                    - p             ie
                                                    .2  Digitized
                                                               PR:byL3OQ L

                                                     2.5         8

_ 8 —

Lui-même écrivait à ce sujet avec l'accent d’une joie triomphante, en réponse à saint Augustin qui lui avait envoyé par lettre la nou- velle de l’heureux résultat : « Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté! Gloire soit au Christ dont la mort nous donne la vie, dont la faiblesse nous rend forts, pour l'amour duquel nous cherchons en Bretagne des frères que nous ne connaissions pas et par la grâce duquel nous avons trouvé ceux que nous cherchions sans les connaître! Qui pourrait dire quelle joie a rempli les cœurs de tous les fidèles qui sont ici, lorsqu'ils ont appris que la race anglaise, par l'effet de la grâce du Dieu tout- puissant et par les travaux de Votre Fraternité, a été éclairée de la lumière de notre sainte foi, les ténèbres de l'erreur ayant été dis- sipées, et que déjà, en pleine liberté d'esprit, elle foule aux pieds les idoles auxquelles elle était auparavant soumise par une crainte insensée. » Et, félicitant Ethelbert, roi de Kent, et Berthe, son épouse, dans une lettre pleine de bienveillance, de ce qu'ils avaient imité « l’une, Hélène, d'illustre mémoire, etl'autre, Constantin le pieuxempereur,» il les fortifia ainsi que leur peuple par de salutaires avis. Et il ne cessa pas, pendant le reste de sa vie, d'entretenir et de développer leur foi par des instructions remplies de prudence. Ainsi, le christianisme que l'Église avait introduit en Bretagne, qu'elle y avait répandu et défendu dès les temps anciens (1), après avoir disparu pour longtemps, par suite de l'invasion des races étran- gères, fut à cette époque heureusement rétabli, sous les auspices de saint Grégoire. Nous avons voulu rappeler au commencement tous ces faits, non seulement parce qu'ils sont remarquables en eux-mêmes et glorieux pour l'Église du Christ, mais parce que le souvenir en sera certai- nement très agréable au peuple anglais, en faveur de qui ils ont été accomplis. Mais il importe beaucoup d'y songer, ces mêmes preuves d'affec- tion et de zèle qu'avait données saint Grégoire, se transmirent comme par héritage aux Pontifes qui lui succédèrent et brillent de la même façon dans leur conduite. En effet, soit en désignant pour l'Angleterre de dignes pasteurs, soit en y envoyant d'excellents

(4) L'action de saint Célestin Ier fut trés efficace contre l'hérésie pélagienne, comme le rapporte, dans sa chronique, saint Prosper d'Aquitaine, un écrivain de cette époque, qui fut ensuite secrétaire de saint Léon le Grand. « Agricola le Pélagien, fils de l’évéque pélagien Sévarianus, infesta les Eglises d'Angleterre des erreurs de son enseignement; mais sur les instances du diacre Palladius, le pape Célestin envoya Germanus, évèque d'Auxerre, comme son Vicaire, et ramena le peuple anglais à la foi catholique, ayant éloigné les hérétiques. » _ 9 —

maitres dans les sciences humaines et divines, soil en lui accordant l'appui de leur autorité et de leurs exhortations, ils accomplirent avec soin et avec générosilé tout ce qui était nécessaire pour affer- mir et faire fruelifier parmi vous cette Eglise renaissante. Et Lrès vite ce soin fut récompensé : car en aucun cas peut-être la foi nouvellement apportée n'a pris racine plus profondément, et un si vifetsi ardent amour ne s'est manifesté envers le Siège du bienheureux Pierre. La race anglaise était à cette époque entière- ment altachée à ce centre de l'unité chrétienne qui a été divine- ment établi dans la personne des évêques de Rome, et durant le “ours des siècles cette union persista au milieu d'une soumission très fidèle. C'est là un fait qui est prouvé par des monuments histo- riques si nombreux et si importants qu'on ne peut désirer de témoi- xoages plus solides. Mais dans les temps qui dévastèrent la catholicité en Europe au xvr* siècle, l'Angleterre, elle aussi, subit de graves dommages pour une raison qui n'est pas inconnue. Elle fut d'abord malheureusc- inent séparée de la communion avec le Siège apostolique et ainsi privée de cette sainte foi dans laquelle, pendant de longs siècles, elle avait trouvé la joie et une grande liberté. Ce fut une triste défection et Nos prédécesseurs, la déplorant dans leur ardent amour, firent Lous les sages efforts qu'il leur fut possible de faire pour y mettre fin el pour atténuer les nombreux maux qui en résubaient. 11 serait long et il n’est pas nécessaire de rappeler en détail Les preuves des soins zélés el sans cesse croissants qu'ils prirent dans ces circonstances. Mais ils apportèrent surtout à,celle eause un appui très efli- cace en indiquant à plusieurs reprises la pratique des prières spéciales adressées a Dieu pour qu'il regarde avec compassion son Angleterre. À cette mission spéciale de charité se dévouèrent surtout des hommes illustres par leur sainteté, en particulier saint Charles Bor- romée el saint Philippe de Néri, et au dernier siècle ce Paul, fonda- teur de la Société de la Passion du Christ, qui, non pas sans une inspiration de Dieu, fit, est-il raconté, d'instantes supplications « près du trône de la grâce divine », et cela d'autant plus ardem- ment que les circonstances semblaient moins favorables à la réali- sation de sesespérances. Nous-même, longtemps avant d'être élevé au Pontificat suprème, Nous avons vivement senti l'importance de la sainie prière offerte pour cette cause, et Nous l'avons approuvée du fonddu cœur. Et ce P — — 10

                 souvenir nous est agréable: en effet, à l'époque où Nous élivns
                 nonce     en   Belgique,      Nous fimes       connaissance   avec un Anglais,
                 Ignäce Spencer, qui était lui-même un très pieux disciple                   de saint
                 Paul de la Croix. Il Nous exposa le projet qu'il avait déjà com-
                 mencé à réaliser, lui,         Anglais,       d'étendre une   Société      de pieux
                 fidèles dans le but de prier comme it convient pour le salut decette
oj
  :              nalion (1).               .

.: Pa C'est à peine s’il est nécessaire de dire combien Nous enträmes ‘cordialement dans ce projel inspiré par la foi el par la charité, et combien Nous favorisèmes cette œuvre, prévoyant que la nation + , anglaise en Llirerait d'importants avantages. Les fruits de la 3 grâce divine obtenus par la prière des hommes vertueux s'étaient 4 déjà manifestés clairement auparavant; cependant ils devinrent plus abondants à inesure que cetle sainte Société se répandil L.

                 davantage.
                   Il arriva, en effet, qu'un grand nombre d'hommes, mème d'un
                 uom     illustre,    suivirent    l’appel divin avec      ardeur et         piété, et
                 cela souvent en s'exposant aux plus grands dommages temporels,
                 qu'ils subirent généreusement. En outre, il y eut une attraction
                 merveilleuse des cœurs vers la foi, et la pratique du catholicisme,
                 qui vit croître envers lui le respect ct l'estime du publie, et plus
                 d'un préjugé, longtemps entretenu, céda devant la force de la
                 vérité.
                   Considérant ces événements, Nous ne doutons pas que les suppli-
                 cations hurnbles etunies de tant de fidèles, adressées
                                                                      à Dieu, hàtent
                 le temps où sa miséricorde se mmanifestera davantage au peuple
                 anglais, où « la parole de Dieu se propagera ct sera glorifice ».
                 (Thess. 11, 1.)                           .
                   Notre confiance s’affermit lorsque Nous considérons les mesures
                 législatives et sociales qui, si elles ne tendent pas directement au
                 but que Nous avons en vue, y visent au moins                  indirectement, en
                 contribuant à assurer la dignité del’individu et en rendant eflieaces
                 les lois de la justice et de la charité.
                   En effet, on donne en Angleterre une grande attention à la solu-
                 tion de la question sociale, dont Nous avons traité avec beaucoup
                 de soin dans nos Encycliques, et vous avez sagement fondé des
                 Sociétés ayant pour but d'apporter un juste soulagement aux maux
                 des ouvriers et du peuple et d'instruire ceux-ci.
                   Il est aussi très bon de vous voir travailler comme vous le faites,

                   {4) Dans ce but, il recommandait spécialement la Salutation Angélique et il
                 obtint do l'Assemblée solennelle de son Ordre tenue à Rome en 1827, sur ce
                 point. pour tous les membres de cet Ordre, une régle spéciale.




            &                                                       ira   GOO0dle
        L.                                                           ,               ©
      be.

— 11 — s

avec vigueur et persévérance, pour réserver au peuple une éduca- ion religieuse, qui est la base la plus solide de l'instruction dela jeunesse, de l'intégrité de l'ordre domestique et civil; Nous vous louons encore du zèle et de l'énergie avec lesquels un si grand ombre d'hommess'appliquent à promulguer lesmesuresopportunes pour réprimer le vice dégradant de l’intempérance. Nous avons appris enfin avec joie quedes Sociétésse sont formées parmi les jeunes gens des classes supérieures pour conserver la pureté des mœurs et maintenir l'honneur dû à la femme. En effet, au sujet de la vertu chrétienne de continence, se répandent subti- lement, ce quiest très regrettable, des opinions pernicieuses, comme si l'on croyait qu'un homme n’est pas aussi étroitement lié par le précepte qu’une femme. D'ailleurs, des hommes sages sont profon- dément effrayés avec raison par la diffusion du rationalisme et du matérialisme, et Nous-même avons souvent élevé la voix pour condamner ces maux qui affaiblissent ou paralysent toute autorité, nou seulement au point de vue religieux, mais encore dans la science et dans la pratique de la vie. Aussi ils agissent sagement, ceux qui embrassent sans crainte et proclament les droits de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi que leurs lois et leurs en- seignements sur lesquels reposent le royaume divin ici-bas. C'est de là seulement que dérivent toute force, toute sagesse et toute seurité. Les diverses et nombreuses manifestations de bienfaisance ainsi que les refuges pour celles dont la pudeur esl en danger. les maisons de réforme et autres œuvres de‘charilé, lout ce que l'Église, comme une tendre mère, à élabli et, dans Lous les temps, a recom- mandé, tout cela prouve d'une façon évidente l'esprit qui vous anime el votre vertu. Nous ne pouvons omettre de mentionner d'une façon spéciale l'étroite observance publique des jours sacrés el l'esprit général de respect pour les Saintes Écritures, que vous professez. Qui ne connaît la puissance et les ressources de la nalion anglaise et l'influence ‘ivilisatrice qui, avec la diffusion de la liberté et de la civilisation. avompagne sa prospérilé commerciale, même dans les régions les plus éloignées? Mais de la noblesse et de la multiplicité que pré- senlent ces louables institutions, notre âme s'élève jusqu'à l'origine luule de puissance, jusqu'à l'éternelle source de tout bien, Dieu uatre Père céleste très bienfaisant. Les travaux de l'homme, soit publics, soit privés, n'obtiendront pas leur pleine efficacité sans un appel à Dieu par la prière el sans la bénédiction. « Car, heureux est le peuple dont Dieu est le Sei- gueur. » (Ps. cxLII, 15.)

                                                        <                + À


                                                       Dia af" 00818
                                                PEL.N
                                                       |    |                  d

— 142 —

En effet, l'âme du chrétien doit être dans de telle» dispositions qu'il fasse reposer sa principale espérance dans ses entreprises sur le secours divin obtenu par la prière. Elle ajoute à nos actions un caractère de grandeur et de générosité surnaturel, un désir d'acqué- rir des mérites, et, comme aidé par un secours d’en haut, elle sé lève de plus en plus et nous apporte plus d'avantages. Dieu, en effet, en nous donnant le pouvoir de le prier, nous a accordé à la fois un grand honneur et un grand bienfait; ce secours està la portée de tous, facile à obtenir, et ne demeure vain pour aucun de ceux qui y font appel du fond du cœur. « La prière est notre arme efficace, notre grand appui, notre richesse, notre port de refuge, notre place de sûreté. » (Curvysosr. Hom. 30, in (ren.) Mais si celui qui prie avec piété la puissance divine peut attendre ce qui tend au bonheur de cette vie, il est évident que l’homme, appelé à une destinée éternelle, n'aura rien à désirer en ce qui concerne l'acquisition des biens excellents que le Christ a procurés à l'humanité « par le sacrement de son amour ». Car celui que « Dieu a fait homme pour être notre sagesse, notre justice, notre sancli- fication et notre rédemption » (1"° aux Corinthiens, 1, 30), en outre de ce qu'il a enseigné, établi et accompli, nous a aussi donné, dans ce but, le précepte de la prière, et l'a confirmé avec une honté incroyable. Ces vérités sont d’ailleurs connues de tous les chrétiens; mais beaucoup d’entre eux ne s’en souviennent pas et ne les apprécient pas comme ils le devraient. C’est pour cette raison que Nous insis- tons surtout sur la confiance qu'on doit avoir dans la prière, que Nous rappelons les paroles et le paternel amour du Christ Notre- Seigneur. Ces paroles, en effet, sont très importantes et pleines de promesses : « Je vous le dis, demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira, car quiconque demande reçoit, et qui cherche trouve, et à celui qui frappe il sera ouvert. » (Luc. xi, 9 et 40.) Ces paroles mettent merveilleusement en lumière les desseins de la Providence de Dieu, à savoir que la prière soit l'expression de notre indigence el nous procure en même temps, d’une façon assu- rée, les secours dont nous avons besoin. Mais, afin que nos vœux soient acceptables et agréables à la ma- jesté du Père, le Fils nous ordonne de les unir au mérite de sa propre prière et de les exprimer en son nom : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera ; jusqu'ici vous n'avez rien demandé en

                                       Digitized by G M   4 :

43 —

mon nom: demandez el vous recevrez, afin que votre joie soit par- faite » (Joan. xvi, 23-24), et il confirme cet exemple par une com- paraison avec l'affection agissante dont sont animés les parents en- vers leurs enfants: « Si donc, dit-il, élant méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel donnera-t-il le bon espril à ceux qui le lui demandent. » (Luc. x1, 13.) Et combien ne sont-ils pas abondants, les biens choisis contenus dans ce bon Esprit! Le plus grand de tous est cette foree cachée dont le Christ parlait quand il disait : « Personne ne vient à moi, si mou Père, qui m'a envoyé, ne l'attire. » (Joan. vi, 44.) H est impossible que des hommes appuyés sur cet enseignement ne se sentent pas attirés, el même en quelque sorte contraints à l'habitude salutaire de la prière. Avec quelle persévérance ne la pratiqueront-ils pas, avec quelle ferveur ne la poursuivront-ils pas, ayant devant les yeux l'exemple du Christ lui-même, qui, n'ayant rien à craindre et n'ayant besoin de rien, car il était Dieu, passait cependant toute la nuit en oraison (Luc. vi, 42}, et offrait ses prières et ses supplications avec de grands cris et des larmes. Et en agis- sant ainsi, il a voulu se montrer à son Père en suppliant, se souve- nant qu'il est notre Maître, ainsi que l’a compris sagement le véné- rable Bède, cette gloire de votre nation. Mais rien ne met en lumière si clairement le précepte et l'exemple de Notre-Seigneur en ce qui concerne la prière que son dernier dis- “ours aux apôtres pendant ces tristes moments qui précédèrent sa Passion, alors que, élevant les yeux vers ie ciel, il suppliat à plu- Sieurs reprises Dieu, son Père, le priant et le conjurant, pour que ss disciples et ceux qui l'avaient suivi fussent très intimement uois dans la vérité, afin que cela soit pour le monde une preuve vonvaincante de la divine mission qu'il allait leur confier. Et, sur “ point, c'est une considération bien douce que la ‘pensée de celte unité de foi et de volonté pour laquelle Notre Rédempteur et Maitre priait avec larmes, dans cette supplication, unité qui, si lle est toujours utile, même aux intérêts de l'État, soit dans la pairie, soit à l'étranger, est maintenant, plus que jamais, néces- saire, par suite des divisions et des confusions qui règnent à l'heure ætuelle. Pour Notre part, averti par l'exemple du Christ et par la conscience de Notre devoir, Nous n'avons rien laissé à désirer, Nous semble-t-il, par Notre vigilance, Nos exhortations, les mesures que Nous avons prises; Nous avons humblement prié Dieu et Nous le prions encore pour le retour des nations chrétiennes mainte- sant séparées de nous, à l'unité des premiers jours. _ 14 —

Nous avons plus d'une fois, en ces dernières années, exprimé clairement ve désir, et Nous avons résolu de consacrer de toute façon et avec ardeur Nos soins à en assurer la réalisation. Que Nous serions heureux si, devant bientôt rendre compte de Notre administration au Prince des Pasteurs, il nous était donné de lui présenter les fruits abondants de ces désirs qu’à son inspiration et sous sa conduite, Nous avons entrepris de réaliser. Pendant ces jours, Nos pensées se lournent avec beaucoup d'a- mour et d'espoir vers le peuple anglais. Nous observons les preuves nombreuses et manifestes de l'action salutaire que la grâce divine y exerce sur les cœurs. Nous voyons combien pour beaucoup la multiplicité des dissensions religieuses qui divisent cette nation, sur les sujets les plus graves, est une cause de profonde douleur; combien d'autres aperçoivent clairement le besoin de quelque appui assuré contre l'invasion des erreurs modernes, qui ne con- cordent que trop avec les désirs de la nature déchue et de la raison dépravée; combien s'accroil le nombre des hommes religieux el discrets qui travaillent avec beaucoup de sincérité à la réunion avec l'Église catholique. C'est à peine si Nous pouvons dire combien vivement ces faits el tant d’autres semblables animent en Nous l'amour du Christ, avec quelle ardeur Nous demandons une mesure plus abondante de la grâce de Dieu qui, répandue sur des esprits si bien disposés, puisse aboutir au fruit ardemment désiré, à savoir « que nous parvenions tous à l'unité d'une mème foi et d'une même connaissance du Fils de Dieu (Eph. 1v, 13), travaillant avec soin à conserver l'unité d'un même esprit par le lien de la paix comme nous avons tous élé appelés à la mème espérance : il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi et qu'un baptème ». (7b., 3, 5.) Vous tous donc, qui êtes en Angleterre, quelle que soit la com- munauté ou l'institution à laquelle vous appartenez, Nous vous invi- tons avec une profonde affection à poursuivre ce saint but de rame- ner l'union. Laissez-Nous vous exhorter, pour votre salut éternel et pour la gloire du nom chrétien, à adresser vos prières et vos vœux au Souverain Père céleste, el à ne pas cesser de le faire avec ardeur. Efforcez-vous de demander les secours nécessaires à ce Dieu qui est le dispensaleur de loute lumière, et dont la très douce impul- sion nous guide vers lout ce qui est bien, afin qu'il vous soit donné de connaître la vérité en toute sa plénitude et d'embrasser les vues de sa miséricorde avec une entière fidélité. Invoquez à celte fin le nom glorieux et les mérites de Jésus-Christ, qui est « l'auteur et le — — 13

consommateur de notre foi (Héb., xn1, 2), qui a aimé l'Église jus- qu'a se livrer lui-même pour elle, afin de la sanctifier, et de se donner à lui-même une Église pleine de gloire ». (Eph., v, 25, 27.) S'il se présente quelques difficultés, elles ne sont pas de nature à arrêter Notre zèle apostolique ni à faire obstacle à Notre énergie. Sans doute les nombreux changements qui ont survenu et le temps lui-mème ont permis aux divisions existantes de prendre de plus profondes racines. Mais est-ce là une raison pour abandonner toute espérance de réconciliation et de paix? Nullement, s'il plait à Dieu. En effet, nous ne devons pas juger les événements en nous plaçant seulement à un point de vue humain, mais nous devons plutôt con- sidérer la puissance et la miséricorde de Dieu. Dans les entreprises grandes el pénibles, pourvu qu'on s'y consacre avec une volonté ardente et adroite, Dieu se tient au côté de l'homme, et c’est préci- sément dans ces difficultés que l'action de la Providence brille avec le plus d'éclat. Ïl est une considération qui doit fortifier notre commune espé- rance. Le temps n'est pas très éloigné où treize siècles seront ac- complis depuis que la race anglaise accueillit ces hommes aposto- liques, envoyés, comme Nous l'avons dit au début, de Rome même, et où, rejetant le paganisme, elle consacra les prémices de sa foi à Jésus-Christ notre Dieu. C'est là, s’il en fut jamais, un événement mémorable ei digne d'actions de grâces publiques, car il vous procura une multitude de biens et une grande gloire à travers les âges. Plaise à Dieu qué ce souvenir vous apporte surtout ce bienfait que les esprits droits se souviennent de la foi prêchée alors à vos ancètres, la même qui est prèchée encore maintenant, car « Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui et il sera de même dans tous les siècles. » [(Heb. xn, 8), comme l'a proclamé saint Paul. Lui-même, avec beaucoup d'oppor- lunité, vous exhorte à vous souvenir « de ces premiers pasteurs qui vous ont préché la parole de Dieu et, considérant quelle a été la fin de leur vie, à imiter leur foi». {Heh., 7.) Dans une si grande cause, Nous appelons d’abord à notre aide, comme Nos alliés, les catholiques d'Angleterre dont nous connais- sons la foi et la piété. On ne saurait douter que, appréciant exactement la valeur et les effets de la sainte prière dont nous avons, en toute vérité, montré la vertu, ils s'efforceront, par tous les moyens, d'aider leurs com- patriotes et leurs frères en invoquant en leur faveur la divine clé- mence. Prier pour soi-même est un besoin, prier pour les autres estune inspiration d'amour fraternel, et il est évident que cette — 46 —

 dernière prière obtiendra aux veux
                                  de Dieu plus de faveur que celle
 dictée par la nécessité. Les premiers chrétiens adoptèrent certai-
 nement cette pratique. En particulier, pour ce qui concerne le don
 de la foi, les premiers siècles nous offrent un frappant exemple:
 ainsi c'était la coutume de prier Dieu avec ardeur pour que les
 parents, les amis, les princes et les compatriotes obtiennent le bien-
 fait de la soumission à la foi chrétienne. (Saint AuGusrix,     De dons
 persev., XXII, 63.)                               .
   Sur ce point, il y a un autre sujet qui nous donne de l'inquiétude.
 Nous avons appris qu'en Angleterre il existe des hommes qui, élant
 catholiques de nom, ne se montrent pas tels dans la pratique; que.
 dans vos grandes villes, beaucoup de gens ne connaissent pas les
 éléments de la foi chrétienne, ne prient jamais Dieu et vivent dans
 l'ignorance de sa justice et de sa miséricorde. En présence de cette
 calamité, il faut prier Dieu, et le prier avec instance, pour que, lui
 qui peut seul le faire, il nous indique les moyens de porter remède
 à un tel mal, soutienne le courage et la force de ceux qui travaillent
 avec ardeur à cette tâche ardue, et « envoie des ouvriers à sa mois-
 son ». Tandis que nous insistons si vivement auprès de Nos fils sur
  le devoir de la prière, Nous désirons en      même temps les avertir
  qu'ils ne doivent souffrir aucune omission en ce qui touche à la
  grâce et aux fruits de cette prière et qu'ils doivent avoir toujours
  présent à l'esprit le précepte de l'apôtre Paul       aux Corinthiens
                                                                      :
  « Ne donner aucune occasion de scandale ni aux Juifs, ni aux Gen-
  tils, ni à l’Église de Dieu. » ({"° aux Corinthiens, x, 32.)
    Car il est nécessaire que les dispositions de l'âme qui sont sur-
  tout nécesssaires à la prière, soient accompagnées des actions el
  des exemples qui conviennent à la profession chrétienne. Ces
  exemples sont l'observation de la droiture el de la justice, de là
  pitié pour les pauvres, de la pénitence, de la paix et dela concorde
  dans vos propres maisons, du respect pour les lois; c’est là ce qui
  appuiera vos prières de la façon la plus excellente.
     La miséricorde divine est favorable aux demandes de ceux qui.
  en toule justice, accomplissent les préceptes du Christ, suivant Sa
  promesse: « Si vous demeurez en moi et si mes paroles demeurent
  en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez et cela vous
  sera accordé. »
     Aussi Nous vous exhortons maintenant à ce que, unissant voire
  prière à la Nôtre, vous demandiez ardemiment à Dieu qu'il vous
  accorde d'accueillir vos compatriotes et vos frères dans les liens de
  la parfaite charité. En outre, il est profitable d'implorer le secours
  des saints de Dieu. L'efficacité de leurs prières, surtout dans un°




                                               Digitized by LoogiE

ur

                                                                 j
    |
    _.

_— ET —

semblable cause, ressort de celle remarque frappante de saint Augustin au sujet de saint Etienne : « S'il n'avait pas ainsi prié, l'Eglise n'aurait pas eu saint Paul. » Aussi, Nous invoquons avecferveur saint Grégoire, que les Anglais ont toujours honoré comme l’apôtre de leur nation, saint Augustin, son disciple et son messager; tous les autres saints de Dieu, dont les “elatantes vertus elles non moins remarquables actions ont valu à l'Angleterre le nom d'« Île mère des Saints » ; saint Pierre, prince des Apôtres, et saint Georges, ses patrons spéciaux, et par-dessus tout, la Sainle Mère de Dieu, que le Christ lui-même, du haut de la Croix, a désignée pour être la Mère du genre humain, et à laquelle votre royaume fut consacré par vos ancêtres, sous ce glorieux titre : « l'apanage de Marie ». Tous, Nous les invoquons avec une pleine confiance, Nous leur demandons d'être Nos avocats devant le trône de Dieu, de sorte que, renouvelant votre gloire des anciens jours, il puisse « vous combler de paix et de joie dans votre foi, afin que votre espérance croisse de plus en plus par la vertu du Saint-Esprit ». (Roï., xv, 12.) il faut prendre soin que les prières spéciales pour l'unité de la fui instituées déjà parmi vous, catholiques, et fixées à certains jours, soient récilées plus souvent avec une plus grande dévotion. En partieulier, que le pieux exercice du Saint Rosaire de Marie, que Nous-méme avonssi vivement recommandé, soit parmi vous en hon- eur: car cette prière renferme pour ainsi dire un abrégé de la doc- frine de l'Évangile, el a toujours été très saluluire pour les peuples. Be plus, Nous voulons, par Notre propre volonté etautorité, ajou- ter une nouvelle indulgence à celles qui ont été accordées succes- sivement par Nos prédécesseurs. Nous accordons donc à tous ceux qui réciteront pieusement la prière jointe à cette lettre {1), mème à eux qui ne sont pas Anglais, une indulgence de 300 jours, el, er outre, une induigence plénière une fois le mois, moyennant l'observation des conditions ordinaires, à tous ceux qui l'auront récitée quotidiennement. Puisse-t-elle fortifier ces vœux et en assurer la réalisation, la prière divine du Christ en faveur de l'unité, cette prière qu'aujour- d'hui, célébrant le souvenir de sa très sainte Résurrection, Nous répétons avec la plus vive confiance: « Père Saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient une seule chose comme nous sommes un... Sancelifiez-les dans la vérité. Votre parole est vérité... Je ne prie pas pour eux seule-

4: Foir celle prière, page 92. — — 18

ment, mais encore pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole, afin qu'ils soient tons une seule chose, comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, el qu'ils soient de même une seule chose en nous... Je suis en eux et vous en moi, alin qu'ils soient consommés dans l'unité, el que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, el que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé. » (Joan, xvnr, 11, 14, 20, 21, 23.) Et maintenant, Nous demandons et Nous souhailons loutes les bénédictions de Dieu pour le peuple entier de la Grande-Bretagne, et, du fond du cœur, Nous prions pour que ceux qui cherchent le royaume du Christ et le salut dans l'unité de la foi puissent voir la pleine réalisalion de leurs désirs. Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 14 avril 4895, La dix-hui- lième année de Notre pontifical.

                                               LÉON XIII, PAPE,


          LÉON XIII ET LA QUESTION ANGLICANE

  Ces jours derniers(1), à peine remis des faligues d'un voyage à

Rome, j'ai lu le bel article que M. Ollé-Laprune a publié dans la Quinzaine, sous le litre de : Ce qu'on va rhercher à Rome. El j'ai éprouvé la douce jouissance de voir traduites, en un magnifique langage, les impressions que j'avais ressenties par deux fois en bien peu de lemps, au mois de septembre d'abord, et lout dernièrement en mars el avril. « Convaineu que, dans le gouvernement de l'Eglise, il a pour =:

  décider et pour agir des grâces d'élal, le Pape ne se juge pas pour
  cela autorisé à l'indolence. Il recucille de Loutes parts les infor-

mations, les avis; il écoute, il observe, il médile : d'un mot, il na2

« travaille. Le mot lui plait, et volontiers on le répète autour de lui! « I] faut travailler, » aime-t-il à dire, et le cardinal secrétaire d'Elal dit avec conviction et chaleur : « Travaillons, car notre Pape tra- « vaille. Travaillons comme lui et avec lui, » Au Vatican, la con- « fiance en Dieu et le labeur humain s'unissent. Le Pape, dans ses « Encycliques, insiste sur la nécessité d'implorer le secours divin « dans toutes ses entreprises, et il ajoute qu'il faut employer les moyens humains propres à en assurer le succès. »

  (1) Cet article a paru dans le Monde   le 1er mai 1895.   Il   est signé du nom

que j'ai adopté en publiant un travail sur les Ordinalions anglicanes. F. P. — 149 —

M. Ollé-Laprune n’a pas de peine à montrer, dans les actes de Léon XIII, ce double élément du travail et de la prière. Le même Pape qui a écrit les encycliques sur la condition des ouvriers et sur la constitution des sociétés et des Etats, est aussi l’auteur d’ency- cliques sur le Rosaire et des prières après la messe, où saint Michel est si énergiquement conjuré de chasser Satan et la troupe des dé- mons. Notre auguste Pontife sait qu’en vertu des promesses divines, l'Eglise qui lui est confiée ne périra pas entre ses mains et traver- sera les siècles ; mais il sait aussi que, par l'habileté de la manœuvre, il peut éviter à la barque de Pierre bien des chocs, et que les grâces de Jésus calment les tempêtes. Voilà pourquoi notre Pape travaille et prie. 1] m'a été donné de voir de mes yeux ce merveilleux et saint vieillard « travailler et prier », de l'entendre dire: « il faut travailler el prier » avec des accents de conviction, de foi, d'humilité, de con- fance à jamais inoubliables.

C'était 8 propos de l'Eglise anglicane. Nos lecteurs n'ignorent pas les controverses qui ont surgi naguère relativement à cette Eglise. La question des Ordres a été reprise avec une nouvelle ardeur. Lesthéologiens français, par- lagés sur la solution, divisés, même quand ils concluaient d'une manière identique, sur les motifs à invoquer, ont été d'accord pour trailer avec charité et respect leurs frères séparés. De plus, d'après eux tous, la pratique de l'Eglise romaine n'implique pas une solu- tion officielle définitive. Cette attitude a suscité, chez les anglicans, ua vif mouvement de sympathie, dont les différentes manifestations ont excité de sérieuses espérances. I1 suffit d’une étincelle pour allumer un incendie, du déplacement d’un caillou pour entrainer une avalanche. Les témoignages dejustice et de charité, simplement, loyalement donnés par le clergé de France, ont causé de grands effets, à l'insu même de la plupart de ceux qui les donnaient. Pour se rendre compte de ce mouvement et en expliquer la force udaine, il faut comprendre que la question des Ordres est intime- ment liée à une autre question plus importante encore. Depuis long- temps, les meilleurs esprits se demandent si, vis-à-vis de l'Eglise anglicane, nous devons procéder exclusivement par des conversions üdividuelles, ou nous adresser à l’ensemble de cette communion, à sa hiérarchie, si on doit exiger la soumission d’un chacun ou tendre vers une union de corps. La première ligne de conduite a tlésuivie jusqu'à présent; la seconde n'a eu que derares défenseurs nalés Sans influence, malgré la haute position el la grande valeur

                                                                 =”


                                                      Digitized ÿ Goo
                                                                    7.


                                                PANT

_ A —

personnelle de certains d'entre eux, Aussi, beaucoup d'anglicans qui déplorent le schisme et veulent l'unité, mais qui, d'autre part, ne voudraient pour rien au monde renier leur passé, déserter leur Eglise el surtout regarder comme nuls les sacrements reçus dans son sein, on! loujours été altristés à la vue des sacrifices qu'on leur imposait. 3 Un grand nombre les a jugés inadmissibles et a attendu des lemps meilleurs. Le clergé français a profondément ému loutes ces bonnes volon-

ce me semble, l'explication d'un mouvement dont la nouveauté et la force pourraient surprendre. Voilà aussi l'explication des colères, des polémiques acerbes et des agissements divers dont le but avoué ou secret tendait à briser le pont hardiment lancé par-dessus trois siècles de controverses, de malentendus et de préjugés. Cependant Léon XI, pilote attentif à la moindre brise qui peut pousser la barque de Pierre, suivait avec le plus grand soin les nouvelles controverses. Fidèle à sa méthode, depuis huit mois sur- tout, il a demandé des mémoires et des documents à des théologiens, à des savants, à différentes personnalités. Il a interrogé les plus grands comme les plus humbles, les catholiques comme les angli- cans. Il a travaillé. Et maintenant, avant de commencer une de ces œuvres devant lesquelles tout génie, tout travail humain doit recon- naître son impuissance absolue, le Pape se tourne vers ceux que lt nouvelle entreprise regarde particulièrement, vers les Anglais, el leur demande à tous des prières : « Vous lous donc qui êtes en An- « gleterre, quelle que soit la communauté ou l'institution à laquelle « vous appartenez, Nous vous invitons avec une profonde affeclion « à poursuivre ce saint but de ramener l'union. Laissez-nous vous « exhorter, pour votre salut éternel et pour la gloire du nom chré- « tien, à adresser vos prières el vos vœux au Souverain Père céleste « et à ne pas cesser de le faire avec ardeur. » Léon XIIT s'adresse à tous, dans son apostolique charité il n'exclut personne; il réclame les prières de lous ceux qui croient au Christ, des dissidents et des ritualistes, des anglicans et des catholiques. Son appel est exprimé dans les termes les plus pieux, les plus touchants, qui évoquent _— 1 —

raturellement la douce figure du disciple bien-aimé. On croit entendre la voix du vieil apôtre : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. » Cet appel remuera l'âme de l'Angleterre restée si profondément chrétienne, et Léon X{II aura la consolation de recevoir la réponse que mérite une Lettre toute remplie de la divine charité. Alors d’autres actes suivronl cet acte préliminaire. Ayons confiance. « S'il « se présente quelques difficultés, elles ne sont pas de nature à . arréler notre zèle apostolique, ni à faire obstacle à notre énergie. « Sans doute, les nombreux changements qui ont survenu et le « temps lui-même ont permis aux divisions existantes de prendre « de plus profondes racines. Mais est-ce là une raison pour aban- «+ douner toute espérance de réconciliation et de paix? Nullement, « s'il plait à Dieu. » Oui, ayons confiance en Jésus-Christ qui a porté la paix aux hommes de bonne volonté. Ayons eonfiance comme notre augusle vhef, Comme lui, travaillons et prions.

Pour finir, j emprunterai encore les dernières lignes de cet article à M. Ollé-Laprune : « Quel qu'il soit comme individu, le Pape inspire le respect. C'est

19 EN ANGLETERRE

Depuis que la Lettre Ad Angles a paru, le mouvement en faveur de l'union ne fait que s'accroitre, La parole auguste de Léon XI] a donné une consistance et une direction à des aspirations généreuses, mais parfois un peu vagues, quis'élevaientinstinctive- ment des cœurs chrétiens, parmi nos frères séparés comme parmi les catholiques. Nous, enfants de l'Église romaine, nous sommes assurés de travailler suivant les vues du Saint-Père en employani nos effortsà amener la réunion de l'Église anglicane à l'Église mère. Dans une œuvre sidiflicile, au milieu des plusgrandes difficui- tés, il est bon de se sentir vraiment dans le sillonque trace la barque de Pierre. Les Anglais plus ou moins séparés de nous, n'ont pu s’empécher, de leur côté, de ressentir une religieuse émotion en voyant le grand vieillard du Vatican s'adresser à eux après s'être adressé aux Églises orientales pour leur dire, à eux aussi, des paroles de paix et d'union. De tous, le Saint-Père a déjà obtenu l'union dans la prière. Aux derniers fêtes de la Pentecôte, dans l'Église romaine comme dans l'Église anglicane, des prières sont montées vers l'Esprit d'amour, afin d'obtenir que les divisions, fruit de j'es- prit de haine, disparaissentde la chrétienté. Il n'estpas possible que ces prières, continuées avec persévérance, n'obtiennent pas à la fin la réalisation complète du désir suprème de Notre-Seigneur Jésus- Christ : « Mon Père, qu'ils soient un comme nous sommes un. » .

       LE CONGRÈS DES CATHOLIQUES ANGLAIS.

Le congrès annuel de la Cutholir Truth Society a eu lieu cette année à Bristol. Son Éminence le cardinal Vaughan, président, a prononcé un grand discourssur l'union. En voici quelques extraits: « Reconnaitre l'existence d'un besoin, c'est faire un premier pas vers l'adoption des moyens propres à y satisfaire. Les hommes qui sont contents d’un état de choses donné n’examinent jamais en eux- mêmes la manière de le modifier ou de l'améliorer. Aussi nous pouvons avec raison considérer comme un heureux augure ce fait, qu'enfin un certain nombre d'hommes ont cessé de regarder avec patience ou avec satisfaction les formes presque innombrables de croyance religieuse ou d'incroyance qui existentautour d'eux; qu'a contraire ils se Lournent de tous côtés, cherchant un guide et ave _ 23 —

l'espoir que quelque lumière pourra dissiper les ténèbres, leur montrer le chemin qui les conduira à la paix de l'esprit et à l'unité de la foi. «+ Le premierpas a êlé fait, et si aucun résultatbien déterminé n'est -neure apparent, cela ne doit ni surprendre ni décourager ceux qui, durant l'aunée passée, ont essayé d'animer les hommes à considérer l'importance vitale de l’Union dans la Foi, en ce qui concerne à la fois leur propre salut éternel et l'honneur, la gloire du Divin Fon- dateur de la religion chrétienne. «C'est beaucoup déjà d'avoirconvaincu une partie du peupleanglais de celle vérité que, dans l'intérêt de leur &ne et afin d'accomplir lu volonté de Dieu, ses membres ont la grave obligation de prier pour #chapper au péril de la désunion de la chrétienté et de rechercher l'unité de foi, c’est beaucoup d’avoir tourné les regards d’une partie influente de l’Église officielle vers Rome et le Pape, comme vers l'endroit d'où viendra le secours pour réunir les communions chré- lieanes, comme vers le centre historique où convergent les espé- rauces de l'unité ; il y a dans ce fait une preuve évidente de larévo- lution merveilleuse accomplie en des esprits qui sincèrement cherchent à faire disparaitre les divisions religieuses de la chré- lienlé occidentale. » Son Éminence passe ensuite à quelques explications personnelles et ajoute ces paroles bien dignes de son âme apostolique : « J'avoue ne pas comprendre ce qu’on veut dire en déclarant que, dans le cas de la réunion avec Rome, la situation du clergé eatho- lique anglais, des évèques et de l'archevèque de Westminster de- viendrait impossible. Si l'on veut dire que ce résultat exigerait ou demanderait de nous des sacrifices, l'effacement mème, je n'hésite pas à dire que nous accepterions tout avec joie. Non! certainement, personne d'entre nous, obéissarit à je ne sais quelles vagues ter- ruurs, ne voudrait dessiner une politique d'opposition à des ouver- tures loyales faites au Saint-Siège. Cette union nous tient fort à “eur, nous ÿ avons travaillé toujours. Nous avons prié pour l'ob- tenir: aucun sacrifice ne nous semblerait trop grand. Faire celui de notre vie à une telle cause nous semblerait un inappréciable privilège, tant nous désirons le salut de nos concitoyens et de nos frères. » L'éminent orateur explique ensuite que la réunion ne peul se faire par des transactions sur des vérités. I indique la place qu'oc- supe, d'après lui, dans la question, la controverse sur les Ordina- tions anglicanes et développe longuement les motifs qui militent en faveur des conversions individuelles comine unique moyen d'u- —_ 24 —

nion. Citons encore quelques passages entrant plus particulie- rement dans le cadre de notre Bulletin: « Heureusement, les anglicans ont un grand nombre de dogmes communs avec nous, el j'ai lieu de croire que certaines différences de doctrine qui subsistent entre eux el nous, sont plus apparentes que réelles; d'autres ne sont que le résultat de malentendus qu'une explication plus complète dissiperait. Au reste, tant de progrès se sont réalisés dans ce sens depuis cinquante ans, que nous pouvons raisonnablement espérer de voir ces différences aller diminuant d'année en année. »

« Qui! c'est bien évident, la divine Providence dans ses desseins secrets prépare quelque chose pour l'Angleterre. Si nos veux ne peuvent pénétrer ces secrets, nous devons nous en tenir au simple enseignement de notre sainte religion. Si mon influence ne peut s'étendre sur ceux qui sont en dehors du catholicisme, mon devair m'oblige d'indiquer à chaque catholique la nécessité de prier avec foi, espérance et charité afin que Dieu daigne hâter le moment de sa visite et manifester plus abondamment sa miséricorde. Les mots me manquent pour exprimer ma conviction à cet égard; mais je conjure et ceux qui m’entendent el ceux qui me liront, de remptir ce devoir de la prière privée et publique. Oui, prêtres et laïques, familles et individus, enfants dans leurs écoles, vieillards et infirmes, malades et mourants, tous doivent s'unir dans cet apos- tolat de la prière pour hâter l'union. « Le Saint-Père a adresséaux Anglaisune lettreoüil recommande la prière à tous ceux qui désirent le salut dans l'unité de foi. On a critiqué cette lettre parce que, a-t-on dit, elle ne spécifiait pas les différences, elle ne marquait pas de concession, elle ne faisait pas accomplir un pas de plus à la question. Ceux qui formulent ces cri- tiques ne voient pas que le Vicaire de Jésus-Christ a parlé comme son Maître dans le sermon sur la montagne, et qu'en nous ordon- nant de persévérer dans la prière, il a fait faire le premier grand pas, le pas le plus fécond en résultats vers l'union de l'Angleterre avec le Siège apostolique. « Ne vous contentez pas d'assister à la cérémonie et aux prières publiques pour la conversion de l'Angleterre qui ont lieu le second samedi de chaque mois dans toutes les églises d'Angleterre; ne vous contentez pas de dire la prière indiquée par le Saint-Père dans sa Letire aux Anglais, et qui en certains diocèses, est récitée après la bénédiction, dans certaines familles est jointe à la prière du soir. 2—

« Employez cette prière, emplovez-en d’autres, fréquemment en divers moments, ou priez, si vous voulez sans aueune formule, pour la conversion de l'Angleterre. Ce qu'il faut, c'est la prière d'âme et de cœur, la prière humble, fervente el constante. Enrôlez dans cet apostolat de la prière toute communauté religieuse d'hommes et de femmes, non seulement de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, mais de toute la chrétienté catholique, avec celte assurance que Dieu vous exaucera en son temps et que vous verrez la réalisation des paroles du Psalmiste: « I a abaissé son regard sur la prière de l’humbie, il n'a pas rejeté sa demande, racontez-le à toute génération à venir. » {Psaume ci.)

           CONGRÈS DE L'ÉGLISE ANGLICANE

Un congrès de l’Église anglicane doit se tenir à Norwick les 8, 9, 49 et 44 octobre prochain, et s'annonce commedes plus importants. Ex voici le programme: i* jour : Questions scolaires et mesures à prendre pour la sauve- garde de l'instruction religieuse. — Missions à l'étranger. — L'im- moralité et le vol; comment y remédier.

jour: les Saintes Ecritures: nouvelles découvertes de textes sacrés. — Le conflit entre la science et la foi. — Exposé de la situation financière de l'Église. -- Les rapports de l'Église et de l'État. 3 jour: L'Église nationale et la Réforme. Etude historique de la Réforme; son œuvre. — La situation de l'Église au pays de Galles. — Le rôle de la femme dans la société moderne. — L'Église et la démocratie: socialisme, collectivisme, coopéra- tion. — Les difficultés pour arriver à l'unité de l'Église: 4° avec les dissidents; 2° avec l'Église romaine etles Églises d'Orient. — L'Église et les classes agricoles. 4 jour: Questions de dévotion. — Le respect du dimanche. — L'Église et les pauvres.

            L'ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY

l'archevêque de Cantorbéry, le Primat de l'Église anglicane, a écrit dernièrement une lettre à propos de l'union. D'après le Guar- din, un des journaux anglicans les plus autorisés, Sa Grâce n'’au- — 26 —

rait pas publié cette lettre mofu proprio, il ÿ aurait été poussé par certains évêques el quelques laïques influents. On le croit sans peine à la lecture du document. La première impression qui s'en dégage n'est vraiment pas bonne. Nous regretitons, pour notre part, certaines phrases ambi- guës, destinées peut-être à faire plaisir à des personnes bien difi- ciles à contenter, comme nous regreltons aussi les phrases peu équitables lancées à la tête de cette «Église étrangère » qui se trouve être la Rome de saint Grégoire et de Léon XIII. Nous ne craignons pas cependant d'ajouter que la lettre n'est pas aussi mauvaise qu'on le croirait. Et nous prolestons tout d'abord contre les vues d'intérêt personnel que des journaux catholiques n'ont pas craint d'attribuer à l'archevêque. Sa Grâcea des sentiments chrétiens trop profonds pour qu'on se permette de pareilles attaques. La vérité est que l'archevêque de Cantorbéry & trouve, par situation, dans de grands embarras vis-à-vis des difé- rents partis de l'Église anglicane. Il voudrait ne pas écarter davan- tage encore les plus éloignés, et ne pas créer de nouvelles divisions. Il essaie de ne pas aller ni trop à droite ni trop à gauche. Mais c'est là une manwæuvre bien dangereuse: car, en voulant contenter tout le monde, il arrive bien souvent que l'on ne contente personne. Malgré tout, nous avons confiance en la foi chrétienne de l'ar- chevêque de Cantorbéry. Dans cette. question de l'union, au moment décisif, le Primat de l'Église anglicane ne faillira pas à son devoir.

    LE PAPE D'APRÈS UN AUTEUR ANGLICAN (”

ll vient de paraître en Angleterre un livre d’un grand intérêt, et que tous nos auteurs catholiques devraient connaître. Le Rév. Everest, chanoine anglican, dans son ouvrage intitulé le Powroir de clefs, aborde la question de la Primauté de Pierre et de ses succes- seurs. Î]l prouve, par l’Écriture et par l'histoire, que Pierre a reçu le pouvoir des clefs, et que les évêques de Rome sont, sous ce räp- port, ses hériliers et ses successeurs. En d’autres termes, il prouve que la Primauté des Papes est de droit divin. Nous nous proposons de donner ailleurs une étude complète de ce remarquable travail, avec les réserves qu'il comporte sur certains points. Aujourd'hui nous allons nous borner à entirer quelques extraits pour les lecleurs du Bulletin.

(1) The Gift of the Keys, by the Rev. W.F. Everest. — London, Rivingto® Percival, et Cie,

                                         Digitized by Google

7 mu

De la préface : « Le but de l'auteur est de montrer quela position de l'Église anglicane, par sa séparation actuelle d'avec Rome, est purement provisoire: nécessaire (?) à cause de certaines circons- lances, elle doit prendre fin au moment précis où cela pourra être faii sans préjudice des justes prétentions, soit de la Papauté, soit de l'Épiscopat, divinement constitué dans l'Église de Dieu. » A la page 23 : « Comment saint Pierre confirma-t-ilsesfrères, onne sous le dit pas; mais qu'il l'ait fait, nous pouvons le regarder comme certain. Et cela est important: car, si saint Pierre confirma ses frères +0 vertu de son office de gardien des clefs, sans pourtant léser les prérogatives accordées aux autres apôtres, il s'ensuit que la dignité «le chef visible de l'Église, gardien des clefs comme successeur de Pierre, est parfaitement compatible avec les prérogatives du reste de l'Épiscopat. » Enfin, à la page 111 et 442 : « Le 17 décembre 537, Justinien assistait à la dédicace de l'église Sainte-Sophie, qu’on venait d'achever; enthousiasmé de la magni- licence de ce temple, l'empereur, levant les mains au ciel, s'écriait:

Rome, impossible de le nier, est encore la mère féconde de grands saints; impossible de s'inscrire en faux : c'est Ià, encore là, l’orga- nisätion la plus merveilleuse, et la discipline la plus parfaite qui puisse exister d’une société chrétienne: elle est encore caractérisée par cette vraie note de catholicité, l'âme, le génie et le pouvoir d'expansion. Le contraste entre l'Église romaine et les Églises orientales n'est enrien plus frappant que dans l’état de l’une et de l’autre: celle-là toujours ezpansive .diffusivei, celle-ci relativement lsfafionnaire, (stagnani|. Oui! Partout où se trouve la race humaine, aux sommets inhos- bitaliers des montagnes, dans les déserts brülants de l'Inde, chez les lépreux des iles du Pacifique, elle existe cette axguste superstition répandant l'Évangile et prête à braver le martyre, s'il était besoin, pour l'amour de la vérité évangélique. Tout cela est indéniable! Tout cela existe réellement sous nos veux! Comment donc l’expli- quer? Sôrement un esprit impartial dira qu’il est impossible de l'at- tribuer aux moyens humains; mais où donc est le secret de cette vitalité, de cette fécondité? « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » L'insondable secret de cette merveille réside dans l’impérissable durée de la parole de Jésus-Christ: « Tu es Petrus, et tibi claves dabo.»

   LA NOUVELLE SUPÉRIEURE DU SACRÉ-CŒUR
                                      ‘"

Le Chapitre des Dames du Sacré-Cœur, à Paris, vient de procéder à l'élection de la nouvelle supérieure générale. Cet événement inté- resse un grand nombre de familles de notre région, qui confient leurs enfants aux soins si éclairés, si pieux, si dévoués des reli- gieuses de cette si célèbre congrégation. La nouvelle supérieure générale est Madame Dighby Boycott, d'origine et de nationalité anglaises. J'ai lu déjà, depuis que cette élection a eu lieu, plusieurs articles publiés par les journaux sur la nouvelle supérieure générale. Plu-

(4) Nous empruntons cet intéressant article à un journal de Toulouse, l'Express du Midi. Nos lecteurs, nous en sommes sûrs, liront avec plaisir cette édifiante notice, écrite par une personno des mieux renscignées. Nous nous per- auettrons cependant deux légères rectifications. La jeune Mabel devenue catho- lique, n’entra pas tout de suite au Sacré-Cœur. Elle resta quelque temps encore dans le monde et passa au moins une année à Paris. — Nommée vicaire géné- rale en Angleterre, elle présida à la fondation de cinq ou six maisons de sa com- munautè. Tes Dames du Sacrè-Cœur possèdent en Angleterre huit maisons.

                                = ES= |
                               De           2   _
                                      ras Google |

_— 29 —

sieurs erreurs se sont glissées dans ces différentes notices. Qu'il soit permis à un vieil ami de les rectifier et de rétablir la vérité. La famille Digby Boycott, à laquelle appartient la sainte et véné- rable religieuse qui vient d'être appelée à un poste si plein de dignité, aussi de responsabilités redoutables, dans les temps cri- tiques que traversent en ce monient les congrégations religieuses, est une branche cadette de cette grande et historique famille à laquelle appartenait ce lord Digby, figure noble et touchante, ami dévoué et serviteur fidèle, quand mê&ine, de l'infortuné Charles E°, roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Mistress Digby Boycott, née Boycott, avait épousé un cadet de cette noble et grande race. C'est déjà dans un âge avancé qu'elle à bien voulu nradmettre dans son intimité. J'ai pu alors apprécier le charme de son esprit, la profondeur de son savoir, l'élévation de ses idées, la sainteté de son âme et la grâce indicible de ses manières. Elle avait eu quatre enfants: Géraldine, depuis ehanoinesse du chapitre de Sainte-Anne, en Bavière. Après avoir consacré tous les instants de sa vie à sa mère, après lui avoir fermé les yeux à Pau, ily a quelques années à peine, elle vit maintenant en Angleterre sous le titre de comtesse Géraldine Digby Boycott; Mabel, celle qui vient d'être élevée à la suprème dignité qui lui confère de si redoutables devoirs: Éva, délicieuse et charmante enfant, à dix-sept ans enlevée à l'amour de tous les siens; Arthur Essex, enfin, capitaine de cavalerie dans l'armée anglaise; M®° Digby Boycott, élevée dans la religion anglicane, par- lageait cette croyance avec tous les siens. Elle avait fait son entrée ‘ans le monde le jour de.sa présentation au vieux roi Charles X, quelques mois à peine avant que ce prince, si français, ne prit, pour la troisième fois, le chemin de l'exil. Elle aimait à rappeler que cette présentation avait eu lieu en méme temps que celle de Mademoiselle Sidonie de Castelbajuc, dont les salons s'ouvrent encore, tous les soirs, à l'élite de la société française el étrangère de Pau. Après son mariage, célèbre par son esprit et sa beaulé, M®° Digby avait pris place parmi ces professionnal beautix dont l'Anglelerre s'honore, qu’elle sait adorer, et ce n’est pas sans une pointe d'an- ‘icone et charmante coquetterie qu'elle aimait à montrer les kvepseakes du temps, dans lesquels figurait son portrait, chanté par les plus célèbres poètes. Une santé un peu chancelante l'avait amenée, avec son mari el — 30 — ses enfants, dans le Midi de la France, et plusieurs personnes 4 rappellent encore le charme et ta bonté de cette vraiment grandi dame. Ce fut pendant un séjour de deux ou trois années, passéesà Montpellier, que la grâce la toucha et qu'elle se convertit à la reli gion catholique. Aussi bien son intelligence était-elle trop élevée el sa raison trop droite pour qu'elle pût conserver ses erreurs, alon qu'elle avait sous les yeux les splendeurs et qu’elle pouvait com prendre la logique de la seule et vraie religion. Ses filles, Géraldine et Éva, avaient suivi M Digby dans ses now velles convictions; seule Mabel résistait et, de concert avec son pèn et son frère, blâmait respectueusement sa mère d’avoir abandon son antique croyance. Je passe bien légèrement sur les dissentiments que devait fai naître, dans une famille si unie, une divergenee aussi complk dans les convictions religieuses de ses différents membres. Un jour qu'invitée à un garden-party, Mabel se rendait à cetli réunion joyeuse, la maîtresse de la maison chez laquelle elle allai et qui était son amie, patronnesse d’une œuvre de charité, Femment avec elle à l'église, où un sermon suivi de la bénédiction du Saul- Sacrement devait appeler la charité des fidèles sur l'œuvre qu'elk protégeait. Pendant le sermon et les motets qui précèdent le salut, la jeunt Anglaise regardait avec indifférence, et peut-être avec mépris, ti cérémonies, qui lui paraissaient comme une idolâtrie. Mais voil qu'au moment où le saint Ostensoir, entre les mains du prétre s'élevait entre la terre et le ciel pour laisser tomber sur les fidèle prosternés la bénédiction et les grâces du Souverain Maitre di monde, comme poussée par une force surnaturelle, Mabel, elle aussi, avait courbé son front et, tout à coup, au moment où la son nelle sacrée annoncait que l'hostie reposait de nouveau sur l'autel elle se relevait, le visage et le regard enflammés, et s'adressant à son amie étonnée, anxieuse, elle s'écriait : « Je suis catholique, jé vois el je crois! » Et voilà qu'en rentrant dans sa famille, à la stupéfaction de s0f père, qui voyait ainsi tous les siens lui échapper, elle embrassail et sa mère et ses sœurs, leur criant: « Réjouissez-vous avec moi, ke suis catholique et rien ne nous sépare plus! » Quelques mois après elle abjurait et entrait au Sacré-Cœur. Pendant près de vingt ans, vicaire générale en Angleterre, elle a fondé plus de vingt maisons de son ordreet il y a à peine quel- ques années, dans cette magnifique maison de Rohampton où elle

                                      Digitized by Google

_ 41 —

résidait près de Londres, eile donnait à sa mère bien-aimée, appe- lée à Paris par le Seigneur, la dernière et la suprême hospitalité, où elle dort! Il y a quatre ans à peine, celui qui écrit ces lignes, “agenouillant sur cette tombe, priait, en se souvenant et en recon- paissant combien grands et impénétrables sont les desseins de Dieu. Vraiment cette famille semble prédestinée, et combien sont pro- fouds les décrets de la Providence! Déjà M"* Digby, dans le onvent de Marmoutiers, près de Tours, se dévouait à l'éducation de l'enfant qu'une terrible maladie venait torturer, la douce et délicieuse Éva, la dernière-née et l'ange blond de la famille, pour l'arracher enfin à la tendresse des siens. Déjà sur son lit de mort et sous le coup du suprème appel, elle attendait pour s'en aller lsrrivée de son frère, le seul encore qui n'eùt pas embrassé la rcligion catholique. Appelé auprès de ce lit de mort, il obtient une jrnission, quitte son régiment et il arrive. Le voilà auprès de sa eur prête à rendre le dernier soupir. Elle le voit: aussitôt elle demande qu'on la laisse seule avec son frère; et là, sur le point & prendre son vol, elle le conjure et lui dit : « Il faut que vus me donniez votre parole de faire ce que je vais vous de- wander. Promettez-moi, Essex, non pas de vous convertir, cela ve dyit point se faire à la légère, mais de renirer en vous-même, ti de bonne foi, sans parti pris, d'étudier sérieusement les deux religions: celle dans laquelle vous êtes encore et celle que je benis Dieu, dans ce moment suprême, de m'avoir permis d'em- brasser, Puis, lorsque votre conviction sera faite, au nom de l'a- our que j'ai puur vous, promettez-moi, quoi qu'il vous en coûte,

Jsbéir à votre conviction. Me donnez-vous votre parole, mon frère?

« Bemember, Souviens-toi. » Ce fut tout et elle rendit l'âme. Ce frère a tenu sa parole, et pendant un séjour que les siens Hiaientà Pau, il se mit entre les mains des PP. de Blacas et du bwrget, enfin convaincu, il embrassa la religion de sa mère et tplitle dernier vœu de la morte. Toute la famille de la nouvelle spérieure générale des dames du Sacré-Cœur est donc catholique, <jase le dire, bonne catholiqne. EtM=e Digby Boycott, qui me racontait ces détails que je crois nendre encore, ajoutait : « Ah! je sais bien à qui je dois toutes ‘ts grâces, dont Dieu s'est plu à nous combler, moi etles miens. Aülemps où la persécution sévissait en Angleterre, furieuse et _ 7 !

inlolérante contre les catholiques, la reine Élisabeth fit prendre «t exécuter quarante jésuites anglais qui prêchaient et consolaient. les pauvres persécutés. Leurs tèles furent tranchées, leurs corp furent tenaillés et leurs entrailles arrachées par les mains du. bourreau, leurs débris sanglants exposés sur les murailles d'York. L'un de ces jésuites était un de mes grands-oncles maternels, «l là-haut le martyr a demandé et obtenu que nous revenions à k foi pour laquelle il était mort. » | . Ces quaranie martyrs, récemment, le Saint-Siège les a placés) sur les autels comme protecteurs de l'Église d'Angleterre. La sainte et noble femme! Elle était fière de ces deux grands ancêtres : celui qui, lord et seigneur, s'était sacrifié pour son roi:, celui qui, humble religieux, avait donné sa vie pour son Dieu. . Me: Digby, la nouvelle supérieure, est digne et de l'un et & l'autre. Que toutes les mères qui ont des filles à élever en soien, bien convaincues. XXX.

        PRIÈRES POUR L'UNION DES ÉGLISES
     Trois fois Notre    Père    ef Je vous   salue,   Marie

                            Oraison.

Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit à vos apôtres : Je vous laisse à mes péchés, mais lä paix, je vous laisse ma paix, n'ayez point égard à la foi de votre Église, et donnez-lui la paix et l'union dont vous voulez qu'elle jouisse, Vous qui, étant Dieu, vivez etrégnez dans toux les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Prière à la Très Sainte Vierge pour nos frères les Anglais. O bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, notre Reine et notre très douce Mère, tournez avec bienveillance vos regards vers l'An- gleterre qui est appelée votre « apanage, » tournez-les vers nous, qui avons en vous une vive confiance. C'est par vous que nous a élé donné le Christ Sauveur du monde. afin que notre espérance s'appuie sur lui. Il vous a donné à nous. afin que, par vous, cette mèênie espérance s'accroisse. Priez done pour nous, à Mère de douleurs, qui nous avez reçus comme vos fils, près de la croix du Seigneur. Intercédez pour nos frères séparés, afin qu'ils soient unis avtt nous dans le seul vrai troupeau au suprême Pasteur, le Vicaire de votre Fils sur la terre. Priez pour nous tous, à très douce Mère. afin que, par une foi féconde en bonnes œuvres, nous mérition* tous de contempler Dieu avec vous dans la céleste patrie, et de le louer dans tous les siècles. Amen !

                                  Le Gérant: Cuanrres TREICUE-
        PARIS. — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.

Le ANNÉE N° 2 NOVEMBRE 1895

        ASSOCIATION CATHOLIQUE

                                POUR




                                                                               ame

L ÉUNION DE LÉALINE ANLIEANE

                                                                               eme
                  BULLETIN           MENSUEL

T2 «s Pewus et super Spiritus Sanctus posuit ‘ax petram ædificabo Ec- opiscopos regere Ecclesiam ram méam, Dei. Marru. xv1, 17 ACT, XX, 2%

                   SIÈGE DE L'ŒUVRE

             95,          RuE   DE   SÈVRES,      95

                                PARIS

Toutes les communications doivent être adressées, au siège de lPŒuvre, à M. Fernand Portal, 95, rue de Sèvres, Paris.

    ABONNEMENTS AU BULLETIN MENSUEL

France, un an.. Gfr. Etranger...... 8 fr.

               Le numéro : O fr. BO

Tout abonné, à moins qu'il ne soit pas catholique, est considéré eomme membre de l'Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane. 11 est dispensé d’ajouter au prix d'abonnement la cotisa- tion de 2 fr., que les membres de l'Association doivent verser.

L'UNION DES ÉGLISES L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉCLISE ROMAINE ++

             DISCOURS PRONONCÉ A BRISTOL

                      LE 14 FÉVRIER 1895


                               PAR


          LE    VICOMTE              HALIFAX
                MEMBRE DE LA   CHAMBRE DES   LORDS



  Traduit par M. L. BRUNET, et précédé d’une préface
                   PAR FERNAND DALBUS


    PARIS, LIBRAIRIE CHARLES POUSSIELGUE, AUE CASSETTE, 15.




                                                                  #.

ASSOCIATION CATHOLIQUE

                           POUR




  LA RÉUNION DE L'ÉGLISE ANGLICANE

N°2 1er novembre 1895

Sommaire: Prions. — Le Congrès de l'Église anglicane. — Discours de lord Halifax. — Discours de l'Archevèque d'York. — L'Arche- véque d'York et la Réunion. — Les catholiques anglais. — Le culte de Saint Jean l'Evangéliste, en Angleterre. — Chronique. — Notre Association et la Presse.

                       PRIONS

L'Église de Notre-Seigneur Jésus-Christ, depuis sa divine fondation, a couru bien des dangers. Des ennemis innombra- bles ont mis au service de leur haine satanique : la violence, le glaive, l'astuce, l’or, l'hypocrisie, l’orgueil. L'Eglise a continué sa marche à travers les siècles. Immor- telle, mais non pas invulnérable, elle a continué à remplir sa mission en laissant tout le long de la route le plus pur de son sang et des lambeaux de sa chair. L'histoire nous apprend, hélas! que les blessures les plus profondes lui ont été portées par ses propres fils, que ses ennemis les plus redoutables sont nés dans son sein, et que les dangers les plus grands lui ont été créés par ceux qui lui devaient une fidélité particulière. En ces moments de grands troubles, de luttes difficiles et parfois sanglantes, que faisaient les âmes pieuses? Au 1v* siècle, un schisme éclata dans l'Eglise d'Afrique, alors si prospère. Donat, évèque de Carthage, le soutint de son éloquence et le favorisa par une réputation de vertu incontestée que ternissait malheureusement un incommensu- rable orgueil. Saint Augustin défendit la véritable doctrine et l'unité de l'Eglise avec tout son génie et son âme d’apôtre. Il ne put cependant empècher bien des évèques de passer au schisme. L'Eglise d'Afrique devint alors la proie des dissen- sions les plus violentes, qui en arrivèrent au point d'armer les uns contre les autres les disciples d'un même Dieu. L'illustre évèque d'Hippone écrivait à ce moment-là, dans un traité — 30 —

contre les Donatistes : « Tout ce qui se fait de bien dans l'Eglise et même par les pasteurs, se fait par les secrets gémis- sements de ces colombes innocentes qui sont répandues par toute la terre ‘.» Au xvr' siècle, l’affreuse tourmente du protestantisme, dont nous voyons encore les tristes effets, vint s’abattre sur la société chrétienne. Au xvi° siècle, dans une petite ville d’Es- pagne, une femme qui devait être une des gloires les plus pures de cette époque, l’admirable sainte Thérèse, entreprit la réforme du Carmel. Elle voulut faire revivre l’ancienne fer- veur de cet ordre célèbre et lui inspirer l’amour de la solitude et de l’oraison, l’amour du travail et des jeûnes qui consti- tuaient son esprit particulier. Elle y ajouta cependant un élément nouveau. Sous la direction de l’ardente réformatrice, le zèle de l’apostolat allait transformer le fond de cette exis- tence de recueillement et de prière, et tourner toutes les forces du Carmel renaissant à la conquête des âmes.

  « O mes sœurs en Jésus-Christ, disait la sainte à ses religieuses,

aidez-moi donc à prier pour tant de pécheurs qui se perdent... Eh quoi! le monde est en feu. Les malheureux hérétiques voudraient, pour ainsi dire, condamner une seconde fois Notre-Seigneur, puis- qu'ils suscitent contre lui mille faux témoins et s'efforcent de ren- verser son Eglise. Et nous perdrions notre temps! Ne vous ima- ginez pas, mes sœurs, qu'il soit inutile d'être ainsi continuellement occupées à prier Dieu pour son Eglise. « Mes filles, voilà le but auquel vous devez rapporter vos désirs, vos pénitences, vos jeùnes. Le jour où vous cesseriez de les consa- crer à ce que je viens de vous dire, sachez que vous ne feriez pas ce que Notre-Seigneur attend de vous, et que vous ne rempliriez pas la fin pour laquelle il vous « réunies au Carmel ?. »

Au xvu* siècle, l'Eglise de France courut, elle aussi, un grave péril. Elle alla bien près du schisme. Bossuet ouvrit l'Assemblée de 4682, d’ailleurs si tristement connue, par un sermon sur l'Unité de l'Eglise, qui restera comme un monu- ment d’éloquence et de doctrine, et aussi comme un acte de courage. Les accents de l’orateur éclatèrent en vrais coups de foudre sur cette assemblée très peu nombreuse, qui préten- dait représenter l'Eglise de France, et dont certains membres étaient beaucoup plus courtisans qu’évèques, beaucoup plus dévoués au Roi qu’au Pape :

1 De Bapt. contra Donatislas, 1. I, n° 22 et 23. 2 Vie de sainte Thérèse, d'après les Bollandistes, t, 1, ch, xv1. DR

« Qu'elle est grande, l’Église romaine soutenant toutesles Églises, « portant, dit un ancien pape, le fardeau de tous ceux qui souffrent», entretenant l'unité, confirmant la foi, liant et déliant les pécheurs, ouvrant et fermant le ciel! Qu'elle est grande, encôre une fois, lors- que, pleine de l'autorité de saint Pierre, de tous les Apôtres, de tous les conciles, elle en exécute, avec autant de force que de discrétion, les salutaires effets !..... Sainte Église romaine, Mère des Eglises et Mère de tous les fidèles, Église choisie de Dieu pour unirses enfants dans ls même foi et dans ja même charité, nous tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles. Si je t'oublie, Église ro- maine, puissé-je m'oublier moi-même! Que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche, si tu n'es pas toujours la pre- mière dans mon souvenir, $i je ne te mets pas au commencement de tous mes cantiques de réjouissance! »

Mais comme l’éloquence la plus grande ne peut rien ou bien peu de chose sur des cœurs adonnés aux intrigues et remplis d'ambition, Bossuet demande des prières : « Ames simples, âmes cachées aux yeux des hommes, et cachées principalement à vos propres yeux, mais qui connaissez Dieu et que Dieu connaît, âmes humbles, âmes innocentes que la grâce a désa- busées de toutes les illusions du siècle, c’est vous dont je demande les prières; en reconnaissance du don de Dieu, dont le sceau est en vous, priez sans relâche pour son Église; priez, fondez en larmes devant le Seigneur ‘.., »

En ce moment où l’Église court les dangers que chacun connaît, Léon XIIT sollicite des prières pour l'union de tous les cœurs chrétiens en face d’ennemis communs. Nous le rappe- lons humblement à tous ceux qui aiment Notre-Seigneur, mais en particulier à ces âmes simples, à ces colombes inno- centes, à ces milliers de vierges consacrées à Dieu, à ces reli- gieux et à ces prêtres marqués du sceau divin, à toutes ces âmes d'élite qui, dans le monde ou dans le cloître, aiment l'Église, s’attristent de ses peines, se réjouissent de ses joies et vivent de ses espérances. À toutes nous demandons une part de leurs jeûines, de leurs prières, de leurs travaux, de leurs souffrances, de leurs larmes, pour le triomphe de l’Église, pour le rétablissement de l’unité de la foi dans le monde. Et il y a dans ces âmes tant de mérites, que si nous parvenions à organiser chez elles une véritable croisade, nous serions assuré du succès; car on peut bien dire d'elles toutes ce que sainte Thérèse disait deses filles : « Croyez, mon Père, comme je le crois moi-même, que ce qu’on eut en ’

! Bossusr, Sermon sur l'Unité de l'Eglise. . — 32 —

vue en fondant ces monastères commence à s'accomplir : c'était qu'on demandât sans cesse à Dieu de soutenir de sa main ceux qui défendent son honneur et s’immolent à son service, attendu que nous, pauvres femmes, ne sommes capables de rien. Quand je considère la perfection de ces reli- gieuses, quelque chose qu'elles obtiennent de Dieu, je ne m'en éton- nerai pas'. » F.P.

       LE CONGRÈS DE L'ÉGLISE ANGLICANE

Le Congrès annuel de l’Église anglicane que nousavions annoncé dans notre précédent numéro s’est tenu à Norwich. Il nous est im- possible de donner un compte rendu. même très abrégé, de ses différents travaux : notre modeste Bulletin n'y suffirait pas. Citons seulement l'étude présentée par l'évêque de Péterborough et le sermon prêché par l'évêque de Salisbury sur l'histoire de l'Église d'Angleterre. A propos des Églises d'Orient, M. Birkbeck, qui connaît à fond par- ticulièrement l'Église de Russie, a présenté un travail fort remarqué. Sur les découvertes faites en Égypte, en Chaldée, en Palestine et se rapportant à l'Écriture sainte, on a entendu des savants justement renommés, à la tête desquels se place le Rev. Archibald Henri Sayce. Il est intéressant de voir à que! degré les questions bibliques, même dans ce qu’elles ont de plus relevé, passionnent le public anglais. Et une comparaison peu avantageuse pour nous se présente spontanément à l'esprit. Nous aurions peul-être, nous catholiques français, en ce point-là comme en bien d’autres, plus d’un enseignement salutaire à tirer de l'étude de ce congrès, où les questions les plus importantes, tant au point de vue pratique qu'au point de vue théorique, ont été traitées par des hommes de grand mérite. Les nombreux orateurs y ont dépensé fort peu de rhétorique, mais ils ont fourni, pour la plupart, des études sérieuses et savantes. Il est certain, en tout cas, que le congrés de Norwich attesie une puissante vitalité intellec- tuelle que nous ne connaissons guère. Sans nous attarder davan- tage, venons-en tout de suite au sujet qui nous intéresse plus spé- cialement. La veille de l'ouverture du Congrès, lord Halifax, le président de

1! Sainte Tnèrese, Letlre au Père Gratien, 1, CXXIV, _ — 33

l'English Church Union, réunit dans une assemblée particulière les membres de l'Association présents à Norwich et prononça un dis- cours que nous croyons devoir donner en entier. Ce discours est surtout remarquable par la netteté des déclarations et par la préci- sion avec laquelle le principal obstacle doctrinal à la réunion est exposé. Le nœud de la difficulté se trouve en effet dans la reconnais- sance des droits respectifs du Pape et des évêques. Le noble ora- leur exprime là-dessus son opinion avec une franchise et un courage dignes de tout éloge. En lisant ce discours, tous les catholiques éprouveront un senti- ment de reconnaissance envers l’infatigable promoteur de l'union pour ce nouveau service rendu à notre Œuvre et à la cause de otre-Seigneur Jésus-Christ. Le Congrès a été ouvert par un discours du vénérable archevêque d'York. Nous en donnons de larges extraits. Que nos lecteurs veuil- lent bien se souvenir du milieu dans lequel le discours a été pro- noncé et de l’éminent personnage qui en est l’auteur : ils en com- prendront ainsi toute l'importance. Sans doute, lorsque, dans des passages que nous ne donnons pas, l’orateur a parlé du Pape et de ses prérogatives, il a exprimé des opinions mal fondées en histoire et en théologie; mais, à notre avis, l'importance du dis- ruurs ne se trouve pas dans ces opinions que.nous pouvons Con- sidérer comme personnelles. La véritable importance se trouve dans les paroles franchement pacifiques qui poussent tous les es- prits à rechercher l'union, dans la reconnaissance des faiblesses de l'Église anglicane, dans les justes témoignages rendus à Léon XIE. Enfin, il se dégage pour ainsi dire de chaque phrase un accent de conviction et de piété qui réjouit toute âme chrétienne. Un tel discours marquera dans les annales de l'Église d'Angleterre. Isuflità lui seul pour justifier ceux qui croient qu'une entente entre l'Église romaine et l'Église anglicane est possible et sera réa- lisable dans un avenir plus rapproché qu'on ne le pense généra- lement. Plus loin, nos lecteurs trouveront un article du Church Times, appréciant le discours de l'archevêque d'York. Nous en recomman- duus la lecture d'une manière loute spéciale. Le Church Times +sl un des journaux anglicans les plus répandus.

Vers la fin du congrès, lord Halifax a pris la parole. Son appari- lun a été saluée par des applaudissements. L'orateur n'élait pas

“us savoir que le moment de la lutte était venu. Il n'en à pas moins repris les parties principales de son précédent discours, el

tort habilement, abrité derrière le loyalisme du D° Pusey, il a répété — Ji — UE

   les paroles de cet homme universellement respecté, au sujet du con-

D

   cile de Trente. 1l a redit la nécessité de travailler à l’union et le
   moyen d'y arriver par des explications, sans aucun compromis sur
   la doctrine. Il a de nouveau cité en exemple la Primauté de Pierre.
       Après lord Halifax, le doyen de Norwich s’est présenté. Lui aussi
   a   élé   reçu par les       applaudissements d'un parti. L'orateur n'a
   pas perdu son temps à entrer en malière par un exorde insinuant.
   Il a fait   tout d'abord remarquer, au milieu des rires de l’audi-
   toire, que le sujet indiqué par le programme n'était pas l’union des
   Églises, mais plutôt les obstacles
                                    à l'union. Et tout de suite il a déclaré
   que, pour lui, le principal obstacle à l’union étaient les             laïques
   qui se mélaient de ce qui ne les regardait pas. Lord Halifax, par
   exemple, en allant à Rome sans mandat, est un grand obstacle à
   l'union. Le vénérable doyen — laudator temporis acti — rappelle
   qu'autrefois, dans le vieux catéchisme de la vieille Église d’Angle-
   terre, il était enseigné aux fidèles d'être soumis aux évêques et
   aux prêtres. Et sur ce thème, il exécute plusieurs variations au
   milieu des rires et souvent des protestations violentes de l'audi-
   toire. Pour nous, sans être tout
                                 à fait de l'avis du doyen de Nor-
   wich, nous devons cependant avouer tout bas qu'un voyage de lord
   Halifax à Rome ne constitue pas tout notre idéal. Si l'éminent ora-
   teur, ferme sur les principes hiérarchiques, parvenait à décider
   un des chefs de l'Église anglicane, l'archevêque de Cantorbéry,
   exemple, à accomplir son voyage ad limina, il remplirait tous nos
   VŒœuX..... en sauvegardant les principes.
     LeR. Lacey et le R. Denny, entre autres, les deux auteurs de
   l'ouvrage si remarquable de Hierarchia anglicana, se chargent de
   répondre au terrible doyen. Le premier débute en disant qu'il avait
   ouï parler du sacerdotalisme, que jusqu'ici il n'avait jamais su ce

me

   que c'était, et qu'après avoir entendu le doyen de Norwich il le

the

   savait, On apprend tous les jours quelque chose. Bref, il y a eu
   bataille. La salle était divisée, mais, d’après le Guardian, important

te

   journal anglican, les partisans de l'union étaient de beaucoup les
   plus nombreux. L'avantage est donc resté à lord Halifax. La jour-
   née a été vraiment boune pour la cause de l’union.


                      DISCOURS DE LORD HALIFAX

       Lorsque je me hasardai il y a un peu plus de neuf mois à vous
   parler d'une question qui est la plus grande de toutes les ques-
   tions, d’une question qui est si chére à nos cœurs et qui, si l'on
   pense à tout ce qu’elle entraînerait avec elle, fait paraître les autres




       U                    ;                      Digitized by Goo8 le

— — 35

 bien petites — la question de la réunion de la chrétienté — per-
 sonne n'eùt pu penser qu'elle occuperait la place qu'elle occupe
 aujourd'hui. Il y a quelques mois, bien que toujours présente à nos
 cœurs et jamais absente de nos prières, la quéstion de la réunion
 de la chrétienté, du moins pour ce qui concerne le public, deineu-
 rait semblable à un feu qui couve.      Mais aujourd’hui ce feu s’est
 changé en une flamme éclatante dont la lumière est visible pour
 tous, aussi bien en Amérique, en        Australie, en Afrique ou aux
 Indes, qu'en Angleterre et en Europe.
   Qui donc pourrait le nier? C’est partout que la presse a témoigné
 de    l'intérét qu'excitait cette question; il n’est pas un diocèse en
 Angleterre dans lequel on ne l’ait discutée d'une manière inusitée
 jusque-là.
      Le chef de la communion romaine en Angleterre en afait le sujet.
 d'un discours dont le caractère montre bien toute l'importance qu'il
 attache à ce sujet.
      Les différentes communions non conformistes, l'alliance évangé-
  lique, la conférence de Grindelwald, toutes ont montré quel intérêt
  elles apportent à la question. Et à ce propos, permettez-moi de men-
  livaner tout spécialement la généreuse et noble      lettre du docteur

ne

   Parker, de City-Temple.                        .
       L'archevèque de Cantorbéry, à la demande de l’épiscopat anglais,
  a écril sur ce sujet une lettre   pastorale, dont   l'importance   et le
  poids — à la fois par ce qu’elle dit et parce qu'elle ne dit pas — se
  fait sentir davantage plus on la médite.
      Le chef de la chrétienté — le J'ape lui-même, Léon XHI — a
  adressé au peuple anglais, à la fois aux fidèles de l'Église d'Angle-
  terre et aux non-conformistes, une lettre conçue dans des termes
  qui ont louché tous les cœurs; dans cette lettre il exhortait tous
  “eux qui se glorifient du titre de chrétiens à prier pour cette sainte
  unité pour laquelle le Chef suprême de l'Eglise pria lui-mème la
  veille de sa Passion. Quelqu'un pourrait-il douter, en effet, que ce
  désir d'union ne vienne de Dieu lui-même?
       Le fait qu'il a permis que ce désir se fixät dans l'esprit d'un si
   grand nombre est en soi un gage de sa réalisation. Et parce que ce
   désir de l'union vient de Dieu, nous ne pouvons, ni être découragés
   par des blàmes, ni perdre espoir lorsque nous commettons des
   erreurs. Car les difficultés, les obstacles, les oppositions ne sont, si
   œus y regardons bien, que des raisons de plus pour nous donner
   eurage. L'opposition est toujours un indice que nos adversaires
   rconnaissent notre force. Et, comme l’a écrit le D' Pusey, ne
   devons-nous pas nous attendre à rencontrer des obstacles dans
                                                                     2




                                         St d          _                 me



                                              ,             sr},      COQ

                                        + CR LT 2) oil Un
                                                            À

— 36 —

une œuvre destinéeà la gloire de Dieu, » qui ne tend à rien moins qu'à abaisser ces barrières qui ont durant huit siècles séparé l'Orient de l'Occident et depuis dépossédé la communion romaine de presque toutes les nations teutoniques de la chrétienté. Ce n'esl pas l'opposition, mais l’absence d'opposition que nous devons redouter. Ne supposez-vous pas que le grand ennemi des âmes est irrité jusque dans les profondeurs de son être à la seule mention qui est faite de la réunion? N'imaginez-vous pas qu’il emploiera tout son pouvoir et toutes ses ruses pour empêcher ce qui serai le plus grand de tous les désastres pour son royaume? N'imaginez- vous pas qu'il se transformera lui-même en un ange de lumière et qu'il excitera, s’il le peut, les hommes de bien à faire opposition, si par là il peut empêcher les armées de Dieu de s'unir pour ren-

DE LE

lées de la religion. Mais qui donc parmi nous a jamais envisagé l'union sur la base d’un compromis de doctrine? Nous répudions, aussi fortement que le cardinal Vaughan lui-même, la possibilsté d'un semblable compromis; mais aussi nous croyons, comme d'a leurs le cardinal parait le croire lui-même — à en juger par sn autre passage du discours auquel je fais allusion -— nous croyoæs, dis-je, que quelques-unes des différences doctrinales qui nous sé- parent sont'plus apparentes que réelles et que les autres résultent de malentendus que de plus amples explications pourraient &is- siper. Qu'est-ce à dire là, sinon répéter sous une autre forme ce qu'afir- mait, il y a longtemps, le D° Pusev, lorsqu'il disait qu'une grande partie des difficultés qui faisaient obstacle à la réunion venaient des préjugés; la masse du peuple anglais considère comme étant 2s- tières de foi dans l'Eglise romaine des choses qui, dans bien des vas, ne sont pas matières de foi et qui dans d'autres cas sont difé- rentes de ce qu’on croit. il y a là une croûte épaisse de véritables préjugés qu'il faut bn- ser et qui peut l'être par l'exposé véridique des faits. Combien y a t-il de propositions qui sont articles de foi? combien y en a-t-il qæi sont seulenrent voisines de la foi? combien y en a-t-il enfin qui ne sunt que des opinions? De mème, — et c'est ce que je cite le plus volontiers, parce que c’est là une réponse à un point soulevé par de cardinal quand il se reporte à ces paroles de Bossuet : « À savoir que si la réunion peut seulement être réalisée par la mise en doute des questions résolues à Trente, l’on doit d'ores et déjà considérer la réunion comme impossible; » — de même, dis-je, est-ce le D" Pusey qui déclare que ce n'est point sur une semblable base que nous cherchons à édifier la réunion. « L'idée, dit-il, que le concile de Trente peut être légitimement interprété dans un sens acceptable pour nous et que nos articlesne contiennent rien, dans leur sens grammatical, de contraire au Con- cile de Trente, cette idée demeure intacte et n’a jamais été répæ- diée.» Ce n’estpasun compromis qui est demandé, mais des expk- cations des deux côtés; laissez-moi montrer par un simple exemple tout ce que l’on peut faire de cette manière sans sacrifice de prin- cipes d'aucun côté. Je prends par exemple ce point que le cardinal nous dit être € de point capital, laclé de voûte de toute la question de la réunion » : œ que demande le cardinal, c'estle sens de cette expression : « la réu nion de la chrétienté », et il répond : « cela signifie un retour à l’u nité constitutive qui existait avant le morcellement de la chrétienté — 38 —

en Occident, au xvi‘ siècle. Jusqu’à cette époque toutes les nations chrétiennes d'Occident étaient réunies au Siège apostolique de Rome; c'était une unité constitutive, en un seul corps, unité de la tête el des membres. La réunion doit alors signifier un retour à l'unité visible qui d'autrefois, lorsqu'il n’y avait qu’un seul corps sous un chef visible. » . « La clé de voûte de la question de la réunion de la chrétienté consiste dans l'admission des revendications de Rome, à savoir que le Pape est le chef de l'Eglise, en vertu d'un acte distinct de Notre- Seigneur Jésus-Christ, le divin fondateur de la religion chré- tienne. » . Mais, comme l'a dernièrement si bien expliqué le chanoine Eve- restdans son admirable travail sur « la dation des clés », croire que Notre-Seigneur a prévu un chef visible pour son Eglise et que celte prérogative doit appartenir aux successeurs de saint Pierre, vu bien croire avec le D' Déllinger que le soin de conduire l'Église èt le devoir de veiller à l'observation des canons découlaient de la dation des clésfaite à saint Pierre, c'est là un premier point; mais s’appuyer sur cette prérogative pour revendiquer pour les successeurs de saint Pierre d’être l'unique source de l’épiscopat, en sorte que chaque évêque tiendrait d'eux sa juridiction et ses pouvoirs, c'est là un second point tout différent, ou bien, pour mettre cela en évi- dence d'une manière plus concise, dire, comme le fait M° Gore dans ses Roman claims, que les successeurs de saint Pierre sont quelque chose de plus que les évèques, n’équivaut pas à dire que les successeurs de saint Pierre sont par rapport aux autres évêques l'unique source de leurs pouvoirs. A ce sujet, l'archevèque Bramhall s'exprime ainsi : « Pour ce qui concerne la discipline et la juridiction intérieure, je ne connais entre l'Eglise de Rome et nous qu'un seul point qui soit matière à controverse : à savoir que l'évêque de Rome seul recevrait sa juri- diction immédiatement du Christ,etque les autres évêques tiendraient leurs pouvoirs immédiats de l’évêque de Rome ». Et voici ce que dit Thorntitre : « J'admets pour lui (le Pape) un droit de prééminence sur tous les autres évêques, droit qui implique que c’est à lui tout d'abord que l’on doit en appeler dans les cas qui intéressent le gou- vernement de l'Eglise universelle; mais je lui refuse ce pouvoir infini dont rien ne peut établir le} bien fondé. » Mais, alors, quand le cardinal parle du pouvoir constitutionnel du Pape, quelle diver- gence d'opinions existe-t-il entre nous qui ne soit pas susceptible d'être expliquée ? Ce ne sont pas les prélentions conslitutionnelles du Pape à la — 39 —

possession d’une primauté établie par Notre-Seigneur que rejette l'Église anglicane, mais l'extension de son pouvoir jusqu'à l’ab- sorption des droits indépendants des évêques, réduits ainsi à n'être plus que les représentants du Pape. Assurez-nous qu'il n’en est pas ainsi, et, dans ce qui concerne la doctrine, dites-nous que la séparation du Pape d'avec l'Episcopat — que certains ont pensé dé- finie par le Concile de Vatican, en sorte que le Pape pourrait agir sans l'épiscopat, -- dites-nous que cette doctrine ne fait pas partie intégrante des enseignements de l'Eglise romaine ou bien n'est pas revendiquée comme une conséquence nécessaire de la primauté conférée par le Christ, et alors vous aurez fait beaucoup pour l'établissement d’une doctrine que le cardinal Vaughan nous a dé- clarée nécessaire pour la réunion; et cela, d'un côté, sans aucun compromis sur cet enseignement que le Papeest le chef de l'Eglise, en vertu d’un acte distinct de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de l'antre, sans aucun compromis des droits de l’épiscopat, droits dont l’origine n'est pas moins divine que ceux de la Papauté. Une semblable méthode peut être adoptée dans les autres cas qui nous divisent, maïs ce serait trop long deles passer tous en revue ce soir. J'ai principalement touché l’un des points primordiaux, afin de montrer de quelle manière nous pouvons essayer d’aplanir les difficultés qui nous séparent. Laissez-moi ajouter enfiu deux remarques toutes personnelles. La première, c’estque, si j’ai paru insinuer que le cardinal Vaughan était indifférent à la réunion ou capable de permettre à des consi- dérations persounelles d’influer sur son attitude vis-à-vis des dé- marches qui pourraient être faites pour en arriver à une entente entre l'Eglise d'Angleterre et Léon XIII, si l'on a pensé une pareille chose, c’est que l’on s’est complètement mépris sur ce que j'ai dit. Jesuis certain que le cardinal Vaughan n'a fait qu'exprimer la plus exacte vérité quand il a dit que, s'il était nécessaire, il sacrifie- rait volontiers sa propre vie pour amener l'Angleterre à faire d'hon- nêtes et franches ouvertures au Saint-Siège. Nous lui avons seule- ment demandé — dans le cas où deux opinions étaient soutenables au point de vue historique — de recounaitre l'existence de l’une et de l’autre, et, s’il était possible, d'admettre la plus favorable pour nous. Et cela, considérant qu’une généreuse indulgence de ce genre serait le moyen le plus capable — sauf toutefois celui de la prière — pour rétablir l’unité et la paix dans l'Eglise. L'on nous dit que la pensée « d’une réunion en un seul corps se ressent tout à fait de la chair et du sang », que c'est là une propo- sition faite pour épargner à chacun les angoisses, les douleurs, les

                                                                         wi]

— — 40

amxiétés de la soumission individuelle. Ce n'est ni le désir d'éviter des troubles ou des calamités qui dans bien des cas ne se présen- teraient pas, ni encore moins l'orgueil, je le pense humblement, qai nous éloigne de cette soumission que le cardinal considère comme le seul moyen de restaurer l’unité dans l'Eglise, c’est fidélité de notre part à ce que nous croyons être la vérité et au dépôt qui nous a été confié, c'est le désir d'être fidèles au poste dont Dieu nous a remis la garde; c'est demeurer loyaux à la mis- sion que la Providence divine — comme l’a si bien dit l'arche- véque de Cantorbéry — a tout spécialement donnée à la commu- mion anglicane. Nous avons beaucoup à gagner de Rome ; de même Rome n’a-t-elle pas aussi beaucoup à gagner de nous? Croyez-vous qu’elle n’ait rien perdu en ne conservant dans sa communion que Les seules races latines? Le retour des races teutoniques et avec eBes la vigueur et l'esprit d'indépendance de la race anglo- saxonne ne serait-ce pas pour elle un incommensurable bienfait? Ei encore, lorsque l'archevêque de Cantorbéry parle de certaines dévotions répandues à l'étranger et qui ne datent pas même du moyen âge, ne touche-t-il pas là un point sur lequel, je l'imagine, beaucoup de catholiques romains sympathisent avec lui? N'ou- birons pas que l'office divin, pour employer le terme consa- cré, n'est récité par les laïques nulle part, dans la chrétienté, d'une manière plus fréquente et avec plus de solennité que dans TÉglise d'Angleterre. Nous entendons dire quelquefois que dans motre communion l’on manque de respect pour Notre-Dame! N'est-ce donc rien que son propre eantique soit chanté chaque jour publiquement en Angleterre, chose que l’on chercherait en vain ailleurs? Mais c'est là une digression, et ce que je veux seulement vous rappeler en terminant, c'est que la réunion de la chrétienté demeure le but et comme le couronnement du mouvement d'Oxford & de la grande renaissance religieuse qui l'a suivi. Aucune Église se peut dire aux autres Églises : Je n'ai pas besoin de vous. Dieu a établi un seul royaume sur la terre et son intention n'était pas que ses membres professassent une doclrine différente ou ne partiei- passent pas aux mêmes sacrements, Au contraire, il y a une seule foi, un seul Seigneur et un seul baptême. Nous sommes en ce moment à un point de jonction de deux roules. EL si nous ne nous efforçons pas de faire cesser le schisme du xvr° siècle, le mouve- ment d'Oxford aura été un insuccès, en dépit des résultats qu'il a déjà produits, A la fois l'archevêque de Cantorbéry et le cardinal Vaughan reconnaissent que des signes de temps nouveaux se sont manifeslés el que, selon les desseins secrels de la Providence, — Hi —

quelque chose se prépare en Angleterre. Si, comme je le crois er- mement, une occasion nous est offerte pour la réunion de la chrétienté, nous devons travailler sans relâche à seconder les des- seins de la divine Providence, pour hâter le jour où, au lieu de nous défendre de nos propres frères comme aujourd’hui, nous pourrons nous unir tous en une armée solide pour combattre le mal et le péché, et porter la lumière du glorieux Évangile de notre Dieu et Sauveur jusqu'aux extrémités de la terre.

DISCOURS DE L'ARCHEVÊQUE (ANGLICAN) D'YORK

De loute part nous n'entendons qu'un cri pour réclamer l'unité, Une voix, partie de Rome et inspirée par le même désir, s'est fail eulendre à nous dans cette lettre mémorable que le Pape adressait naguère au peuple anglais. Sous bien des rapports celte lettre est remarquable, et dans un certain sens, elle est vraiment unique. D'un bout à l'autre c'est le même esprit d'amour paternel qui se fait salir, attestant les continuels efforts d'un vénérable prélat pour amener les diverses branches de l'Église catholique dans la paix et l'unité, Une telle lettre sera bien accueillie, quelle que soit sa valeur actuelle au point de vue pratique ou quelles que puissent être ses conséquences dans l'avenir. La recevoir avec dédain ou sans y répondre serait indigne d'un peuple chrétien, Et ce ne serait surtout pas assez de notre part que de répéter ce qui a été si sou vent dit et redit, à savoir que, dans les circonstances présentes, la réunion est impossible; là-dessus sans doute il n'est personne qui n'acquiesce à cette opinion. Elle reçoit à la fois dans l'Église l'as- seuliment discret des hommes d'étude, et celui plus violent de la mullitude, Mais nous ne devons pas nous contenter d'un non possu- mus el encore moins d'un non volumus. Ce n'est pas assez que de s'asseoir silencieux les mains jointes, même si elles sont jointes- pour prier. Nous ne pouvons oublier que le vénérable prélat qui Sest ainsi adressé au peuple d'Angleterre est le Pontife et le chef d'une des branches les plus anciennes et certainement les plus lars gement répandues parmi celles qui composent l'Église universelle; k chef d'une Église qui a produit des multitudes de saints et une dorieuse armée de martyrs; d'une Église qui nous a légué un vaste trésor de théologie; d'une Église, enfin, envers laquelle dans le — 49 —

siècles passés, au temps de notre faiblesse et de notre adversité, nous fûmes redevables d’un précieux et tordial secours. La lettre du Pape traite principalement de l'importance et du pouvoir de la prière, insistant auprès du peuple d'Angleterre sur l'obligation d'adresser à Dieu des supplications ardentes et conti- nuelles pour la restauration de l'unité. Ce sont là autant de points sur lesquels nous pouvons pleinement sympathiser. Nous pouvons assurer le vénérable prélatque nousaussi nous déplo- rons très profondément l'état de division de la chrétienté; que nous aussi nons désirons très ardemment la restauration de l'unité dans FÉglise. Ce sera pour lui une source de joie que de savoir que l'Église d'Angleterre n’a jamais cessé d'en faire l'objet de ses sup- plications continuelles; que chaque jour et dans chaque paroisse nos prières sont offertes, suivant les propres paroles de la liturgie, « pour le bien et la prospérité de l'Église catholique, afin que tous ceux qui professent la foi chrétienne et se donnent le titre de chré- tiens parviennent enfin à la vérité et à une foi inébranlable dans l'unité de l'esprit, dans la paix du cœur et dans la droiture de la vie ». Et il se réjouira encore davantage de savoir que semaine par semaine, et souvent jour par jour, s'élève de nos autels une suppli- cation vers le Dieu tout-puissant pour le prier « de faire régner dans l'Église universelle l'esprit de vérité, de concorde et d'unité »; et encore que non seulement quelques évêques isolés, mais bien tous les représentants de la communion anglicane réunis en assem- blée solennelle ont fixé des jours spéciaux pour supplier Dieu en commun qu'il hâte l'accomplissement des vœux exprimés par Notre-Seigneur lui-même. Nous avons donc pour ainsi dire devancé Le désir du Pontife romain, et nous nous réjouissons de trouver qu'au moins sur ce point « nous ne faisons qu'un avec lui ». . . D'autre part, aucun de ceux qui observent les signes des temps pe peuvent manquer de reconnaitre que dans ces quelques derniers mois, de tous côtés, aussi bien en Angleterre qu'au dehors, des in- dices très remarquables se sont fait jour, qu’un intérêt toujours croissant s’attachait à cette question si considérable de la réunion et que le désir de voir enfin disparaître le grand scandale de la chré- tienté se faisait sentir chaque jour davantage. De part et d’autre les esprits et les cœurs d'hommes intelligents et dévoués onl élé ame- nés à chercher à conférer ensemble d'une manière amicale, el ces conversalions fralernelles n'auront pas été perdues. Elles ont incon- testablement eu pour effet, du côté de Rome, de réveiller l'intérêt et de faire procéder à des enquêtes sur la situation occupée par l'Église d'Angleterre. Nous n'oublions pas qu'à plusieurs époques — 43 —

antérieures des efforts répétés ont été faits dans le même but; com- mencés au temps même de la Réforme, ils ont été maintes fois renouvelés. L'histoire de ces divers mouvements constitue l’un des chapitres les plus intéressants de l’histoire de l'Église dans les temps mo- dernes. De temps à autre, il semble que Dieu lui-même excite les cœurs d'hommes choisis par lui pour rappeler à la chrétienté le fatal danger du mal qui la consume et pour tendre une main secou- rable à ceux qui, d'un côté ou de l'autre, occupaient une position d'antagonisme ou de méfiance. Il est vrai de dire qu'aucune de ces négociations n’a amené de résultat direct; mais le plus souvent leur insuccès est venu non d’une faiblesse inhérente à leur nature, mais plutôt de causes tout à fait étrangères. Le nom de ceux qui jouèrent le principal rôle dans ces divers mouvements suffit à attes- ter qu’ils ne furent pas entrepris à la légère, ou par des hommes incompétents. Et sans aucun doute ils atteignirent leur but en rap- pelant au souvenir de tous dans l'Église la prière de Notre-Seigneur lui-même et l'obligation qui existe de travailler à son accomplis- sement final. Mais c'est au delà de notre pouvoir que de prévoir de quelle ma- nière les paroles et promesses de Notre-Seigneur recevront leur accomplissement. Il'est à peine possible de mettre en doute que Notre-Seigneur, dans sa prière comme dans ses promesses, n’ait pas eu en vue une unite organique, sous une forme ou sous l'autre; mais le champ est laissé libre aux diverses conceptions sur ce que sera cette unité. L'on a dit d’une manière admirable que lorsque sonnera l'heure de : la réconciliation entre Rome et l'Angleterre, ce ne sera pas nous qui irons à elle ni elle à nous, mais ce sera elle et nous qui irons à Dieu. 11 n’en reste pas moins que c'est là pour chacun de nous et pour nous tous un devoir pressant que de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour parvenir à ce but béni. Si nous ne voyons pas les résultats, nous aurons du moins préparé le chemin. Il n’est pas homme qui réfléchisse et qui puisse honnêtement penser que le présent état de la chrétienté soit conforme à la volonté du Christ; el personne ne peut se soustraire à l'obligation de travailler à le réformer « s’efforçant — avec zèle — de garder l'unité de l'esprit dans le lien de la paix ». . . . ee

Il est une parole d’un éminent catholique francais que l’on dilesouvent: « C'est que si jamais les chrétiens doivent se rap- procher les uns des autres, ainsi que tout les invilé à le faire, il — A4

semble que le mouvement doive partir de l'Église d'Angleterre. » Si jamais cette prédiction doit se réaliser, nous devons être prêls el armés pour bien remplir notre tâche. Nous sommes enclins à ou- blier, tandis que nous critiquons et condamnons les fautes et les erreurs des autres, que nous aussi pourrions bien ne pas être tout à fait sans défauts. Dans nos discussions et nos controverses avec d’autres commions religieuses, nous sommes tentés decroire que chez nous tout est vrai, tandis que chez elles tout est faux. . Le danger de notre position spéciale, c'est la complaisance en nous-mêmes et la persuasion intime que nous avons tout prévu et réglé pour jamais en fait de doctrine et de cérémonies, dans nos « 39 articles » et dans nos « actes d'’uniformité ». Le temps n’est peut-être pas éloigné où il sera sage de notre part de reviser notre position, quant aux matières d’une importance secondaire, et cela nous devrons le faire, non par manque de foi ou par crainte, mais avec le désir ardent de parvenir au plus haut degré de per- fection chrétienne, dans les pensées et dans la vie, à notre époque.

Après tout, ceux qui eurent l'initiative de la Réforme et la firent triompher n'étaient pas infaillibles, et, au milieu des luttes et des tourments du seizième siècle, il est possible que quelquefois ils aient fait erreur et rejeté peut-être un peu trop hâtivement une part du précieux chargement de la barque. Si nous voulons jamais occuper une place prééminente en devenant les promoteurs de la réunion de la Chrétienté, il faudra que nous ayons le courage de nous débarrasser de tout ce qui est étroit et "exclusif sans motifs, soit dans nos croyances, soit dans nos prati- ques religieuses; sans quoi nous sommes certains d’un insuccès. Il est possible que le présent mouvement ne produise aucun résultat immédiat. Mais il n'aura pas été stérile; il aura servi à rap- peler l'attention sur l’importante question qu'il agite et à ranimer notre zèle pour l'unité. Un pape éminent du siècle dernier a déclaré que ses prédéces- seurs sur le trône pontifical étaient responsables de la perte de l’An- gleterre. Nous pouvons avec raison espérer que le jour viendra où un autre Pape ‘aura la gloire et l'honneur de réconcilier ces deux grandes branches de l'Église catholique! . Et à un autre point de vue, il est absolument incontestable que toutes nos difficultés dans la solution du problème de l'éducation religieuse ont une même source dans ces divisions des chrétiens. N'est-il pas permis de croire qu’autour de nous il apparaît des signes de temps meilleurs ? Au milieu des cris et des clameurs de

             = — —-             x             Digitized by Google

— — 45

la controverse religieuse, ne trouvons-nous pas que des paroles de paix se font entendre plus fréquemment et plus distinctement ? N'y at-il pas plus d'espérancelieu d'avoirque l’on en arriveraèune recon- naissance mutelle des droits de chacun, reconnaissance de la mère per ses enfants et des enfants par leurmère; que ceux-ci consentiront a lui accorder le rang et l'autorité qui lui est due, tandis qu’elle de son côté leur rendra leur place à la maison ? Qu’'y a-t-il donc que Bieu ne puisse nous accorder si nous travaillons à garder l'unité de l'esprit dans le lien de la paix ? Bénis soient les pacifiques ! Bénis sont-ils ceux qui. par la parole ou l'action, par un discours de bonne foi comme par l’abnégation et le silence, travaillent à l'accomplis- sement des vœux de Notre-Seigneur! «Ils ne rougiront point devant lui, à l'heure du jugement, et ils entrerent dans sa paix. »

   L'ARCHEVÊQUE D’YORK ET LA RÉUNION

           ( Church Times, 18 oct. 1895.)

Le sermon préché par l'archevêque Maclagan dans la cathédrale de Xorwich au service d'ouverture suffit à lui seul à rendre mémo- raleun Congrès qui, sous certains rapports, n’a pas atteint la movenne d'intérêt qu'il excite d'ordinaire. Ce sermon esi un de ceux qui méritent d'être lus et médités par tous ceux qui désirent k réunion de la chrétienté. H y a bien des années que ce que nous cmvons être les vrais principes de l'Eglise d'Angleterre n'avait été alfirmé avec des vues aussi larges et aussi politiques par un prélat anglican; et quantàses résultats pratiques, l’on peutpresque assurer 4iepas même la letire de Léon XIIT nila publication du De Hierarchia “ylkana, ne sont capables de faire plus pour la cause de la réunion. La chaire et loyale affirmation de vérités positives que l’on y trouve ernant la position de l'Eglise d'Angleterre, oppose un contraste frappant aux déclarations négatives et faites à moitié cœur, ainsi qu'aux affirmations circonstanciées que nous recevons d'ordinaire des prélats anglicans. En voilà presque assez pour renvoyer nos lec- leurs an discours lui-même; mais il est quelquefois bon d'adopter 2 méthode opposée, de clouer les pièces fausses sur le comptoir 4 de faire ressortir une affirmation de vrais principes à une époque “ilà mauvaise monnaie des faux principes ou des expédients sans Principes a cours d’une façon anormale. Ï va sans dire, bien entendu, que dans le langage de l'arche- a pas le moindre semblant de compromis quant à la vêque il nv — 46 —

position de l'Eglise d'Angleterre. Le D° Maclagan est, on l'admet- tra, aussi fidèle anglican que qui que ce soit. La différence qui existe entre Sa Grâce et ses frères dans l'épiscopat qui ont déjà parlé sur ce sujet, c'est qu'il a substitué des affirmations positivesà celles quijusque-là avaientptutôt été négatives; et lorsqu'un homme d’une piété reconnue fait sur un point de doctrine une déclaration qui n’est plus seulement négative mais bien positive, il y a bien des chances pour que cet homme soit dans le vrai. Le D' Maclagan pro- clame aussi clairement qu'aucun de ses frères dans l'épiscopat le droit que revendique l'Eglise d'Angleterre de former partie inté- grante de la véritable Eglise de Dieu. Mais cela ne lui suffit pas. Il voit qu’elle ne constitue pas l'Eglise tout entière et il a le courage del’admettre. En entendant certains évêques parler de réunion. on dirait vraiment qu'ils s’attendent à voir les catholiques romains. le Pape en tête, se joindre à l'Eglise d'Angleterre. C'est tout aussi étrange et futile que pour le cardinal Vaughan de croire que les membres de l'Eglise d'Angleterre ayant quelque connaissance des principes ecclésiastiques vont déserter leurs propres évèques pour se soumettre à lui. D'autres alors, qui admettent cela, s’imaginen! que les difficultés pour parvenir à la réunion sont si considérables qu'ils considèrent toute tentative dans ce sens comme absolument sans espoir etque c’est à peine s'ils osent prier à cette intention. L'archevèque Maclagan n’est pas de ceux-là, Il reconnait les diffi- cultés et n'essaie nullement de les faire passer pour moins consi- dérables qu'elles ne le sont réellement; mais en même temps il nous rappelle que Notre-Seigneur pria pour la complète unité de son Eglise; en conséquence il croit qu'un jour ou l’autre, sous une forme ou sous l’autre, cette unité s'accomplira, et il contribue suivant ses moyens à la solution des difficultés. On ne peut pas dire que l'archevêque ait ajouté quelque chose de nouveau à la controverse; mais l'admission, par un si haut di- gnitaire de l'Église anglicane, de principes admis déjà par d’autres moins autorisés, marque, dans l'œuvre de la réunion, le commen- cement d'une ère nouvelle. Le premier de ces principes sur lequel nous voudrions appeler l'attention, c’est l'existence de la Papauté comme fait historique, que nous devons reconnaître, dans tous nos efforts loyaux vers la réunion. Nous avons assez souvent protesté, dans ces colonnes, contre une exagération illégitime du principe de centralisa- lion, mais l'histoire montre combien il est vain d'essayer de garder l'unité s'il n'y a un centre comme point de ralliement, et même s’il était possible d'établir pour la chrélienté d'Occident un centre d'u- DE À

nité autre que le Saint-Siège, il est difficile de découvrir quels en seraient les avantages. Rome a été durant une longue période le centre de l'unité, et il est difficile de voir quelle interprétation peut être donnée aux paroles de l’archevêque d'York, exprimant « les-

et condamnons les fautes et les erreurs des autres, nous sommes disposés à oublierque, nous aussi, pourrions bien, à toutprendre, ne pas être sans défaut ». Les réformateurs étaient des hommes fail- libles, « et dans la tourmente du xv1° siècle, ils peuvent quelquefois Sêtre trompés dans leurs décisions et avoir peut-être rejeté un peu hâtivement une partie des précieux chargements de la barque ». De mème, « si nous voulons occuper une position prééminente — 48 —

dans l’œuvre de la réunion de la Chrétienté, nous devrons avoir le courage de nous débarrasser de tout ce qui est étroit et exclusif sans motifs dans nos croyances ou nos pratiques, — sans quoi nous sommes sûrs d’échouer ». — De telles paroles sont autrement pro- pres à préparer la réunion qui nous tient tant à cœur, que celte idée insulaire qui se rencontre dans l’esprit de certains, à savoir que toute la Chrétienté doit devenir l’Église d'Angleterre avec l’arche- vêque de Cantorbéry comme nouveau centre d'unité, et avec l'obli- gation pour tous les chrétiens de souscrire aux trente-neuf articles. L'archevêque Maclagan reconnaît évidemment ce fait: que la loyauté envers l'Église d'Angleterre comprend cette conviction que l'Église d'Angleterre est seulement une partie d’un plus large corps dont l’unité extérieure doit être l’objet de nos espérances et de nos efforts, tout comme son unité intérieure essentieile est un article de notre foi. Comme conclusion, nous nous reportons à la première partie du sermon, lorsque l'archevêque déclare qu’en présence de tous les obstacles qui rendent la réunion inunédiate impossible, nous ne devons pas nous contenter d'un no» possumus et encore moins d'un non volumus.» 11 est à craindre que ceux qui suscitent le plus d'obs- tacles n'aient pas réellement le désir de la réunion. Bien entendu, il n’y en aura que quelques-uns seulement à manifester leurs senti- ments avec la grossièrelé de cette petite bande tapageuse qui essaya de troubler le meeting de l'E. C. U. à Norwich. Mais il existe, nous en avons peur, trop d'anglicans qui, au fond de leur cœur, ne dési- rent réellement pas la réunion, si pour cela il faut faire le sacrifice de cet esprit de complaisance en soi-même et d'’infaillibilisme qui est la caractéristique d’un anglicanisme faussé, mais ayant trop lar- gement cours, ou bien encore s’il faut faire quelque concession non à Rome, mais à la vérité catholique. Ceux qui, comme Léon XIII et l'archevêque Maclagan, ont vrai- ment le désir de la réunion, pourront avec satisfaction se rappeler notre proverbe : On fait ce que l’on veut. Si tout le peuple chrétien désire vraiment la paix et la vérité, nous pouvons être sûrs que Dieu l'y conduira. Les nobles paroles de l'archevêque d’York, qui le fe- ront considérer à bon droit comme un Zeader dans tout ce mouve- ment, avant tous les autres prélats anglicans, ces paroles serviront à accroître les vœux de tous ces hommes vraiment catholiques qui désirent la paix de l'Église et à promouvoir par là la réunion de la chrétienté. — 49 —

          LES CATHOLIQUES ANGLAIS

Tandis que de toutes parts s'élève un cri vers l'unité, le mouve- ment catholique, loin de se ralentir, s'accélère tous les jours. Au mois de juin, a eu lieu la pose de la première pierre de la nouvelle cathédrale de Westminster, au milieu d’un concours immense de clergé et de peuple. C'était un spectacle imposant que celui de cette procession présidée par deux princes de l'Eglise, se déroulant ma- jestueusement à travers les rues de la grande cité avec toute la pompe du culle catholique. La nouvelle cathédrale, construite dans le style byzantin, possédera la plus large nef del’Angleterre. En septembre, s'est produit un autre événement religieux qui aura une portéec onsidé-rable : la consécralion du premier vicaire apostolique du pays de Galles. C’est la reconnaissance par l'Église catholique de la nationalité galloise, et cette eréation d'un vicariat apostolique apparaît comme un premier pas vers la constitution d'une future province ecclésiastique galloise, distincte de la pro- vince anglaise de Westminster. Ce mois-ci encore, le cardinal Vaughan ouvrait à Silvertown, dans les docks de Londres, une nouvelle école catholique qui comprend déjà 560 élèves. Il y a huit ans, il n’y avait ni prêtre ni église eatholique dans ce quartier, l’un des plus pauvres de la capitale. Le maire et le conseil municipal, bien que n'étant pas catholiques, avaient tenu à honorer de leur présence la cérémonie. V.

LE CULTE DE ST JEAN L'ÉVANGÉLISTE EN ANGLETERRE

On lit dans le Monde :

Nous avons reçu d’un éminent ami, M. G. Rohault de Fleury, la lettre suivante, dont nous le remercions très vivement et que nos lecteurs nous sauront certainement gré de leur faire connaître :

    Cher Monsieur,

Un de mes amis d'Angleterre m'envoie pour mes études sur les Saints de la Messe une statistique intéressante des églises de son pays dédiées à saint Jean l’évangéliste. Au moment où l’on s'occupe beaucoup du retour de nos frères séparés au vieux bercail, vous penserez peut-être à propos de la mettre sous les yeux des lecteurs du Monde.

                                       »            Digtiat by Go0
                                                      Le!
                                 d 28% ;. dd A FT

— 3% —

Le culte de saint Jean l’évangéliste a été autrefois en grand hon- neur en Angleterre, et il s’y est manifesté de bonne heure par des dédicaces d’églises faites sous son nom; on en a marqué un grand nombre, quoiqu'’elles soient difficiles à établir pour le moyen âge, où le temps nous a dérobé une multitude de titres et où les documents nous font défaut. Nous avons pu néanmoins réunir 470 vocables antérieurs à Henri VIII. À ce moment la dévotion tombe tout àcoup, et pendant les trois siècles si rapprochés de nous qui sont compris de 1530 à 1833, c'est-à-dire du commencement du schisme jusqu'au mouvement puséyste, on n'a découvertqu’une quarantaine de dédi- caces.

En 1833 le culte de saint Jean se relève tout à coup, et pendant les soixante ans qui nous en séparent aujourd’hui nous comptons au moins 270 dédicaces d'églises au saint évangéliste. Remarque singulière : les années 1844, 1845, 1846, qui ont été témoins des tracts si éclatants et de la conversion de Newmann coïncident précisément avec les dédicaces les plus multipliées. Seulement pour ces trois années nous en comptons 54. Après la sainte Vierge, qui possède encore plus d’églises, saint Jean l'évangéliste est le patron le plus populaire aujourd'hui en Angleterre, où il n’a pas moins de 500 églises. Ces chiffres me semblent significatifs, et marquent un mouve- mentreligieux extraordinaire. D'après cette curieuse statistique, saint Jean, l’apôtre de la pureté et de l'amour, fut exilé au temps des désordres honteux et sangui- naires de Henri VIII, et le voici aujourd’hui rappelé avec enthou- siasme par les Anglais qui se rapprochent de l'unité. On se rappelle la légende d'Édouard le Confesseur donnant sa bague d’or à saint Jean, qui lui était apparu sous la figure d’un mendiant; quelque temps après, saint Jean apparait de nouveau à des pèlerins anglais égarés près de Jérusalem et leur rend l'an- neau, leur disant qu’il va leur servir de guide en reconnaissance de ce bienfait. Ne pouvons-nous espérer que saint Jean guidera les Anglais égarés et les conduira à Rome, cette autre ville qu'ils cherchent en son nom? Voyez, cher monsieur, si ce petit tableau peut intéresser vos lec- teurs ; je vous l'envoie à tout hasard comme une occasion de vous prouver ma vive et affectueuse sympathie. Veuillez en agréer l'expression et celle de mes sentiments tout dévoués. G. RouaAULT DE FLEURY.

                                          Digitized by Google

—...— SA —

                    CHRONIQUE

Remerciements. — Nous exprimons nos remerciements bien sincères à nos associés et à tous ceux qui s'intéressent à l'OŒuvre. Mercipourdes encouragements très précieux. Merci également pour les conseils qu'on a bien voulu nous donner ; nousen tiendrons «omple dans les limites du possible. Nous devons un mot tout particulier de reconnaissance à notre excellente presse catholique : L'Univers, Le Monde, La Croër, La Vé- ri aous ont promis de suivre attentivement notre Œuvre et de la recommander à leurs lecteurs. Plusieurs Semaines Religieuses, entre autres celle de Paris, ont annoncé en termes très favorables notre Association. Le Bulletin est heureux de signaler ces témoi- ages de sympathie.

Propagande. — Nos associés doivent tous devenir des zéla- teurs de l'Œuvre. Rien ne supplée à l’action directe et personnelle. Une lettre peut être mise au panier, mais on oppose difficilement un refus à des instances verbales, Nous supplions chacun de nos amis de nous recruter des associés. Mais nous demandons en Rriculier, d'organiser cette croisade dont nous parlons dans autre premier article. Il serait facile, croyons-nous‘ d'obtenir que dans les communautés, dans les couvents, dans les séminaires, il ÿ “ll au moins une communion par semaine à l'intention de lEuvre. L'usage s'est déjà introduit dans quelques maisons, il s'a- irait de le généraliser. Les personnes pieuses, de leur côté, offri- tient des communions suivant leur ferveur, mais en tout cas ne dépasseraient jamais un mois. Allons! un peu de zèle, secouons ele douce torpeur faite d'égoïsme et d'inertie et travaillons pour ue Œuvre si belle! Nous serions très reconnaissants à nos zélateurs s'ils voulaient lien nous transmettre les noms des communautés où des prières <tdes communions seraient établies régulièrement.

Larchevêque d’York. — Le très honorable et très révérend W. D. Mactacan, D. D., D. C. L., archevêque d’York, est d'origine “ssaise, Il est né à Édimbourg en 1826, et a fait son éducation dos cœtle belle ville. Le futur archevêque se destina d’abord à kearière des armes. Il servait aux Indes et avait déjà obtenu le rade de lieutenant, quand il se sentit appelé à l’état ecclésias- hque. 1! donna sa démission et entra comme étudiant au collège — — 89

          de Saint-Pierre à Cambridge. Il avait alors vingt-six ans. En 1856
          conquit ses grades avec distinction, fut ordonné diacre celte ménx
          année, et prêtre l’année suivante.
               Le R.   Maclagan occupa successivement          la   charge d'assistan
          curate (vicaire) dans plusieurs paroisses de Londres, de recteur di
          la grande paroisse de Sainte-Marie, Newington, et de Sainte-Mari
          Abbots, à Kensington, enfin de chapelain d'honneur de la Reine
          Le jour de Saint-Jean-Baptiste, 1878, il fut sacré évêque de Lich
          field; en 1894, il fut transféré à York.
               L'archevèque est une des belles figures de l’épiscopat anglican
          Bon, zélé, très pieux, il s'occupe activement de l'administration &
          son diocèse. Sous les allures ecclésiastiques les plus correctes.
          n’est pas difficile de retrouver encore des vestiges de sa première
          profession dans la démarche, comme aussi dans la droiture de:
          procédés, dans la justesse du coup d'œil, dans la netteté des dévi:
          sions et aussi dans le courage que tout chef doit avoir, et qui
          possède à un haut degré. L'arctevèque d'York désire l'union dt
          toute son âme, et il professe pour Léon XIII la plus grande estime
          et la plus profonde vénération.

            Lord Halifax d'après l'évêque catholique de Cliftor
          (Bristol) ‘. — « La plupart d'entre vous se rappellent le très
          remarquable discours prononcé, il y a quelques semaines, au mtt-
          ting del’English Church Union à Bristol par son président lord Hali-
          fax. Vous vous rappelez aussi les commentaires que fit naîtrecedis
          cours dans les partis les plus divers et les plus opposés.
               « Cumme ce discours avait        pour objet principal la réunion
          de     l'Angleterre avec la sainte Église romaine, je             sens quil
          ne serait       respectueux pour le noble et brillant orateur
                        pas
          de le passer sous silence. Lord Halifax, par sa valeur person-
          nelle et par sa situation, n’est pas un homme ordinaire. 1 n'est pas
          davantage un dikettante s'amusant lui-même à imaginer d'ingé-
          nieuses spéculations ou désirant arrêter l'attention par d'excen-
          triques théories. Depuis sa jeunesse, il s’est fait remarquer par Son
          ardente piété et par son actif dévouement au service des pauvres.
          Probablement il n'est pas de membre de l'association de Saint-Vin-
          cent de Paul qui ait dépensé une plus grande somme de travail
          personnel, en servant les malades et les mourants dans les tandis
          les plus nauséabonds de la misère et de la maladie, que ce noble
          représentant de l'aristocratie anglaise. Lord Halifax a conquis le
            ! Trois conférences sur la Réunion par l’évêque de Clifion, éditées par l®
          Catholic Truth.

D. Ben RS

                                                      Digitized by Google

_— 53 —

re Spett de tous ceux qui l'ont approché, depuis les princes du sang \wsqu'aux membres des dernières couches sociales. 1l est de plus le vrésident de l'E. C. U., une association de l'Église d'Angleterre qui romprend des milliers de représentants parmi le clergé anglican et les ques, dont les membres professent les opinions de la Haute Église et s'efforcent, en nombre toujours croissant, de développer Ætde maintenir la “doctrine sacramentelle et sacerdotale qui les d islingue de ceux qui se glorifient encore du nom de protestants. »

Le     Church magazine      de    Bloemfontein         (Afrique du        Sud)

mous apporte le mandement que l’évêque anglican de ce dio- cèse a écrit pour demander des prières en faveur del’union des Églises:

but. En vous demandant, mes frères, de prendre part à cette œuvre us désirons vous exposer clairement ce pourquoi nous réclamons vos preres........ Nous demandons instamment à nos Révérends frères du clergé de ce dtocse de choisir le dimanche 8 septembre comme jour de prière pour auon.

     .... Plaise à Notre-Seigneur Jésus-Christ de hénir tous ceux qui par

kurs prières et leurs œuvres travaillent pour la paix et l'unité de son : Église. »

a Grâce indique ensuite, comme prière particulière, l'Oraison :

Semeur Jésus-Christ qui avez dit à vos apôtres : Je vous laisse la paiz, kr donne ma pair, elc.

               NOTRE ASSOCIATION ET LA PRESSE


La presse catholique quotidienne a bien voulu annoncer la fonda-

twa de notre Association ainsi que la publication du premier “iméro de notre bulletin mensuel; nous devons ajouter qu'elle l'a fait avec un empressement et une cordialité qui nous ont touché profondément. L'appui que la presse catholique veut bien donner aux modestes “forts que nous dévouons à cette grande œuvre de l'Union des

                                                                 Digiti de, Googjel
                                                            MA
                                                            de tn                z

— 34 —

Églises, et tout spécialement à l'Œuvre de la Réunion de l'Églix anglicane, nous est extrémement précieux : car, en nous aïdantà faire connaître l'existence et le but de notre association, elle étend parmi les âmes vraiment chrétiennes, grâce à la puissance de « publicité, le champ d'action de la prière, et, du même coup, suscite de tous côtés des coopérateurs pour l’œuvre de la Réunion. Nous nous proposons de noter successivement, et à l'occasion par des extraits, les articles que consacrent à notre Association les jour. naux catholiques qui veulent bien nous prêter leur généreux con- cours.

Dans l’article suivant, du 5 octobre, l'Univers nous a donné, par la plume de son éminent rédacteur, M. Eug. Tavernier, un témoi- gnage de sympathie dont nous connaissons toute la valeur.

Une Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane est fondée à Paris. Le Bulletin qui en est l'organe mensuel expose, dans un article dû au R. P. Portal, le but de l'œuvre et les moyens adoptés. Après avoir cité la lettre d'approbation et d'encouragement que S. En. le cardinal Rampolla lui a adressée au sujet de la publication du diseuurs de Lord [lalifax (nous avons signalé le grand intérêt de cette brochure:. le R. P. Portal trace en ces termes son programme... Le Bulletin, qui est imprimé avec soin, offre, en une trentaine de pages, une collection de documents variés. Naturellement celle-ci débute par la Lettre apostolique du Saint-Pére aux Anglais. Vient ensuite ui article intitulé Léon XIII et la question anglisane, qui expose en abrôyr l'état de la controverse; un compte rendu des congrès tenus par le catholiques anglais et par des anglicans; une série de citations emprun- tées à un écrivain auglican (le R. W. F. Everest, auteur du livre intitulé The Gift of the Keys) et qui reconnaissent que la Primauté des Papes est de droit divin. Ces quelques détails indiquent l'intelligence avec laquelle la nouvelle publication est dirigée. . On jugera aussi que l'wuvre fondée par le R. P. Portal est vraiment propre à favoriser le résultat dont l'importance capitale a été signaler par le Souverain Pontife. Le chef a dus Ca l'idée a été exposée dans son ensemble aux yeux du monde; le plan général est dessiné : c'est mainté nant l'heure d'intervenir pour les hommes que leurs talents spéciaux. leurs relations et leurs travaux ont préparés à cet apostolat. 1 faut s'assurer Je concours de tous les chrétiens qui grient et qui agissent. Îl aut donc un lien entre toutes ces âmes éprises d'une pensée grandiose. la réunion de l'Eglise anglicane fournira cett* L'Association catholique pour organisation. Nous aurons lieu d'en parler souvent.

                                              EUGÈNE TAVERNIER.

Le Monde, après avoir rappelé très amicalement la lettre de si précieux et si haut encouragement que S. Em. le cardinal Rampolla a daigné nous adresser, a reproduit en entier le premier article de notre bulletin mensuel sur le but de l'œuvre, ainsi que le règle ment de notre associalion. mm EE

 Nous exprimons aussi à la (Croix toute notre gratitude pour l'ar-

ticle qu'elle a bien voulu nous consacrer, dans son supplément du 6-7 octobre :

Nous saluons avec honheur l'apparition d'une œuvre nouvelle dout le tige est fixé à Paris, 95, rue de Sévres, et nous appelons l'attention des catholiques français sur son but, son fonctionnement et les conditions faciles à remplir pour en faire partie. 11 s'agit d’une association catho- ligue qui a pour but de faciliter la réunion de FÉglise anglicane à l'Église romaine, Nos lecteur n'ont pas oublié la lettre si remarquable adressée, Je 44 avril dernier, à la uation anglaise par Sa Naintete Leon XIIT. On retrouvera le texte francais de cette lettre dans le bulletin mensuel que nous avons sous les veux, et dont les autres numéros paraitront désormais au siège de l'œuvre (4]. L'appel si éloquent, si cordial et si plein de ménagement pour l'amour-propre anglais du Sou- \erain Pontife, a excité chez nos voisins d'outre-Manche la plus vive emotion aussi bien parmi les catholiques que daus les différentes sectes protestantes séparées de l'Église ofBcielle. Depuis plus d'un demi-siècle, ou, pour mieux dire, depuis l'époque où k: plupart de nos évéques français, exilés par ki grande Révolution, “imgrérent en Angleterre, un courant continu, intense, a rapproché l'élite du clergé anglican du catholicisme. Les évêques anglicans de Salisbury, de Lincoln, les chanoines Little, Everest, lord Halifax, membre du Parlement, et bien d'autres personnages, laiques et ecclé- siastiques, ont manifesté à diverses reprises, dans leurs discours, leurs ouvrages et par leurs actes même, un désir sincère d'union. Nous ne pouvons que nous réjouir de pareils sentiments et favoriser ces ten- tianers,

Le R. P. Portal, prêtre de la mission, naguère profeskeur dé théo- logis au grand séminaire de Cahors, après avoir pris l'avis des hommes rs mieux en état de juger ce qu'il y aurait à faire pour favoriser ce mouvement des protestants anglais vers le catholicisme, a fondé avec eux une Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane. Désormais débarrassé, par la permission de ses supérieurs, des occu- ttions absorbantes du professorat, le R. P. Portal va consacrer tout son temps et toute son énergie d'apôtre à cette œuvre. Il a d'ailleurs reçu de la part de $, Em. le cardinal Rampolla les plus précieux encouragements et l'approbation formelle du Saint-Père. « Sa Sainteté a manifesté & qu lle vous verrait avec plaisir vous occuper plus directement encore « de tout ce qui regarde cette grande affaire. » Telles sont les paroles aussi flatteuses qu'encourageantes qui terminent la lettre adressée Le % juin dernier àl'auteur de l’Association. « Ah! s’écriait Léon XII, « dans une audience particulière donnée au R. P. Portal, s'il m'était donné « de voir seulement l'aurore du beau jour qui amènera le grand peuple “anglais à l'unité de la foi, comme volontiers je chanterais le Nune

as sans de grands labeurs, sans de ferventes prières, sans de non Éreuses vicissitudes. Trop de préjugés, déjà séculaires; trop d'intéri.. trop de passions s'opposeront à un retour, surtout à un retour en ma de la nation anglaise à l’Église romaine. Mais ce ne sont pas la ie motifs suffisants pour se décourager ni abandonner les premieres tenta tives déjà décisives qui ont été faites des deux eûtés par de haut: sersonnalités. L'Association espère approcher du but poursuivi, et hàtr| a réalisation de ses espérances. He propose trois moyens : 1° prière privée et publique de ses membres; 2° l’action en propageant Évres, tracts, brochures recommandés par l'œuvre, par la parole et jar: la plume, si les membres peuvent utilement parler en public et écrire. 3 enfin. les aumônes destinées à la diffusion du Bulletin et des divers: publications de l'Association. La cotisation annuelle nécessaire pour îtr' membre de l'Association est fixée à2 francs; mais les abonnés au Bulletin | sont dispensés par le fait de cette cotisation. |

                                                                            l
                                  *

                                +*s                                         l
                                                                            |

Nous relevons en outre, parmi les documents contenus dans ce | premier Bulletin, un compte rendu sommaire du Congrès catholique | anglais réuni à Bristol, sous la présidence de S. Em. le cardinal Vaughan. ; qui a prononcé un discours fort remarquable sur l’Union. Après. vient un court aperçu du programme des questions qui seront agitées dans br: Congrès de l'Eglise auglicane qui sera tenu à Norwich. Les séame-! dureront quatre jours, du 8 au 12 octobre, ct promettent d'être fort int ressantes, si l'on en juge par la variété et l'importance des sujets qui seront soumis aux discussions des congressistes. On y traitera en part- culier, le troisième jour, des diflicultés qui s'opposent à la réunion dr l'Église anglicane, 1° avec les dissidents, 2° avec l’Église romaine et les Eglises d'Orient. Signalons encore une courte notice sur la circulaire de 1 ‘archevèqur anglican de Cantorbéry à ses coreligionnaires, à propos de la lettre de Léon XIH, et une étude remarquable du chauoinei anglican | R. Everest, sur la priniauté de saint l’ierre, et enfin pour terminer compte rendu, nous recommandons la lecture d'une notice biographique des plus intéressantes sur la R. Mère Digby Brcott, naguère élue su rieure générale des Dames du Sacré-Cœur. La conversion au catholi- cisme de cette vénérable supérieure et des membres de son illustm. famille est racontée par un ami qui ne nous dévoile pas son nom, mais dont les renseignements sont puisés aux sources les plus authentiques. Nous ne craignons pas d’encourir les reproches de nos lecteurs en es engageant à lire ce premier Bulletin d'un bout à l'autre et nous terniinons par cette exhortation : Entrez dans l'Association au plus vite,et, si Vos ressources le permettent, abonnez-vous au Bulletin.

Nous continuerons, dans nos prochains bulletins, celte revue de la presse.

                                      Le Gérant : CuARLEs TREICIE.


         PARIS. — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,




                                                             >

## F. LEVÉ IMPRIMEUR DE L'ARCHEVECHÉ ET DE L'INSTITUT CATHOLIQUE 17, rue Cassette, 17, Paris

IMPRESSIONS IMPRESSIONS DE LUXE DE BROCHURES

 ET DE BIBLIOPHILES                 THÈSES,      CATALOGUES

MEUES SCIENTIFIQUES JOURNAUX LANGUES ETRANGÈRES QUOTIDIENS ET ILLUSTRÈS

           CATALOGUE
                              DES

MODÈLES OFFICIELS DES LIVRES SUR LA

  COMPTABILITÉ DES FABRIQUES

N= des LLCCR PRIX NY 1. — BUDGET DE LA FABRIQUE ordinaire et extraordinaire, la feuille.,................................... » 30 V ®, — BUDGET SUPPLÉMENTAIRE, la feuille. ............. »°12 \ 3. — LIVRE D'ENREGISTREMENT BES DROITS DES CRÉANCIERS. de 16 pages, broché ....................., .... » 60 de 32 pages, 1/2 reliure....................... 1 60 de 60 pages, id. ........,............. 2 25 de 100 pages, id. _..... .... ........... 3 » V4, — LIVRE DES MANDATS DÉLIVRÉS, mêmes conditions que pour de n° 3, S. — JOURNAL À SOUCHE DES RECETTES DES FABRIQUES, mêmes conditions que pour le n° 3. G, — LIVRE - JOURNAL DE CAISSE, maémes conditions que pour le n° 3. 7. — LIVRE DE DÉTAIL DES RECETTES ET DES DÉPENSES. de 36 pages, brobhé",. scsi mes as 5138 1 » de 96 pages, 1/2 reliure....,.......,.,.,..,... 3 » de 180 pages, OMR ESS PP LE 3 75 de 300 pages, (FOR PNR EE PERL PE TR # 50 8. — ÉTAT DE RÉPARTITION DES SOMMES ENCAISSÉES POUR LES y

         SERVICES RELIGIEUX (convois ou mariages),
                                                la file, » 10

(7 9. — COMPTE ADMINISTRATIF ...,......sesueuuuus » 15 Y 10, — COMPTES DE GESTION....,....4... eus » 30 Nes à Modèles No LE, — DéLISÉRATION ou CONSEIL DE FABRIQUE POUR LE RÈGLEMENT GES RECETTES ET DÉPENSES, la feuille. ......... » 06 Ne 4%. — ÉTAT DES PROPRIÉTÉS FONCIÈRES, RENTES, etc,, lafile, » 90 N° 4. — MANDATS DE PAIEMENT. de 16 mandats, broché...,........ és... ess. » 60 de 30 mandats, 1/2 reliure..,............ sooses 2 de 50 mandats, id. .......... éssseseecsee 3 » de 100 mandats, id. ...................... 3 90 N° LA, — MANDATS DE FOURNITURES. de 16 mandats, broché.............. eserossesse 0 DÔ de 30 mandats, 1/2 reliure.......,.............. 4 » de 50 mandats, id. ..............,...... 1 25 de 100 mandats, id, és srersesesssenseee t 60 N°2O1,— BORDEREAU SOMMAIRE DES RECETTES ET DÉPENSES EFFECTUÉES PENDANT LE MDIS...................., la feuille 0.04 N°O®,— BOROEREAU RÉCAPITULATIF DES PIÈCES GÉNÉRALES PADOUITES À L'APPUI DES COMPTES ........,,..... la feuille 0,10 N°203.-— PAOCÉS-VERBAL DE CLOTURE DES LIVAES ET DE VÉRIFICATION DE LA CAISSE........................ la feuille 0.07 DÉCRET DU 27 MARS 1893 ET INSTRUCTION MINISTÉRIELLE DU 15 GÉCEMBRE 1893 sur la comptabilité des fabri- ques...... Dessscreresene ere tes secs » 2

On trouve également à l’Imprimerie F. Levé, tous les impri- més concernant l'administration des paroisses. ‘Demander le catalogue)

    SOCIÉTÉ DE PROPAGANDE CATHOLIQUE ET SOCIALE
            PARIS. — 47, Rue Cassette. — PARIS

                    HENRI LASSERRE

I. — Notre-Dame de Lourdes. II. — Episodes Miraculeux de Notre-Dame de Lourdes. IX. — Bernadette (Sœur Marie Bernard). ° Trois splendides volumes, grand in-8°, de 500 pages chacun, illustrés à chaque page d'encadrements artistiques variés: scènes. ortraits, vues à voi d'oiseau, paysages, ornements divers, et d'une beîle chromolitho-

M re volume broché. . . . . . . . fameuses. 6 fr. Chaque volume relié (belle reliure, genre anglais, avec figure, fers spé- ciaux et tranche dorée). . . , . . . . . . . . ,. . ,, .. ... 8 tr. Les trois volumes reliés, ‘réunis ensemble dans un solide étui.. , ® fr. L'ABBÉ NAUDET Mes Souvenirs. — Un volume iu-48 de 400 pages...... 8 fr. 5 Notre Œuvre sociale. — Une brochure grand in8°.. 4fr. » La Démocratie chrétienne. — Discours prononcé à Liège. ,...,,.,....,,,,..,,.... eossssssee ......... Ofr, &

                       L'ABBÉ FESCH

Jeanne d'Arc et le Mois de Mai. — Volume in-18 de 324 pages, avec couverture illustrée de Léo Laponte.... 3 fr. 50 (Pour tous ces ouvrages le port est à la charge de l'acheteur.) {4e ANNÉE . No 7 DÉCEMBRE 1895

                                       REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE ? , J ——__——— Î 1 # \

                                                                                        A                                      _
                                                                                    fT                A                |
                                                                                                  n       La       L   +

                                                                                {                     ,

\

Tu es Petrus, et sw Spiritus Sanctus pn- per banc petram suit opiscopos re- ædificabo Ecclesiam gere Ecclesiam Doi. meam ... et tibi dabo claves ...... ACT. XX. 23. Marrh. xvi. 15-19.

                                       SOMMAIRE :
                                                                                                      PAGPS

                          Lettre de S. Em. le C'ardinal Hourret............                                3
 F. Portaz....            Pour l'Union...................,..............                                   5
 A. Boupinnox.            Le pouvoir des clés et l'épiscopat...............                               10
                          Chronique........,,......,,..................                                   24
                          Livres ct Revues..............................                                  29
 Documents...             Leonis Papæ XIII épistola apostolica ad Anglas.                                 33
                          Alexandre IN. Discours de M. l’obédonostzelt...                                 40
                          Mémoire sur la question des écoles en Angleterre...                             45




                                            PARIS
                                                C               D                   à

       REDACTION                           ET           ADMINISTRATION
                                      47, RUE           CASSETTE


                                                1895


                                                        s
                                                                           *                 3

                           Le                                             +                       «        *                       -
        .                                                           x           .                                          à   e


              é.                  L                 .       *       cr    La Ne

Librairie CH. POUSSIELGUE, rue Cassette, 45, Paris.

    PRINCIPALES PUBLICATIONS DE L'ANNÉE 1895




                                                        1n-Bo écu, avec notes.      3 fr.


      ABBÉ RIBET                                         ABBÉ VIGNOT

LA MYSTIQUE DIVINE | LA VIE POUR LES AUTRES Distinguée Conférences failes des controfaçons diaboliques et des analogies humaines. dans la Chapelle de l'Ecole Féneion à Paris Tomes I-IL. 2 vol. in-8° écu.. 10 fr. Tome HI. In-8° carré ....... B fr. äs Édition. In-42...... - Sfr. 50

                               ME MÉRIC                                        .
     Dorteur en philosophie el lettres, Docteur en théologie et droit canon

HISTOIRE DE M. ÉMERY ET DE L'ÉGLISE DE FRANCE PENDANT LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE 5° édition augmentée de documents inédits. 2 vol. in-12, portrait. 5 fr.

                                          :                ABBÉ PIAT

PS COMTE DE MUN Professeur à l'Institut catholique de Paris

        Toues IV-V.

Discours el Ecrits divers (1886-1894) 2vol.in-8°,{5fr.—2voLin-12...8fr.

     Me   BOUGAUD                                   DOCTEUR COTELLE
       Evêque do Lavai                        Lauréat de l'institut { Acad. des Scionces}
                                                              3   —

JÉSUS - CHRIST SAINT FRANÇOIS D’ASSISE ÉTUDE MÉDICALE Joli volume 32 encadré. 1 fr. 25 In-12........,..,..,,... 4 fr. 59

LA PRATIQUE DU RATIO STUDIORUM POUR LES COLLÈGES Par le Ki. P. PASSARD, &. J. Nouvelle édition. En-80,,...... PNR EETET EEE 3 fr. 50

DE L'UNIOR DES ÉGLISES: L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE. Discours prononcé à Bristol Le 14 février 4895, par Le vicomte Hxztrax,membre de la chambre des lords. Traduit par M.L.Bauxer et précédé d'une préface par Fernand Dazgus. In-8°......... 4 fr. MOIS OE SAINT ANTOINE DE PADOUE. Les Treize Mardis. Triduum, par Mme Hexni Couocer. In-16 raisin, avec gravure ,........,.,. 4 fr. 50 CANTIQUES ET HYMNES en l'honneur de saint Antoine de Padoue, publiés sous la direction des Pères Faaxciscains RécoLLers. 19 ©. — Le cent, net... 1 fr. essor sses sets REVUE

ANGLO-ROMAINE

                     RECUEIL    HEBDOMADAIRE



                                TOME I                        /

Tu es Petrus, ct su- Spiritus Sanctus ‘po- por hanc pctram suit episcopos re- ædificabo Ecclosiam gcre Ecclosiam Dei. meam ... ot tibi ACT. xx. 28. dabo claves ...

Marrs. XVI. 18-19.

                                PARIS             |
        RÉDACTION              ET     ADMINISTRATION.
                          17, RUE CASSETTE


                                    1895
                                                                         ——

=

                                  IE
                              #        Ca'rs
                                           +




                        £°:
                    #
                s




                                           LETTRE

DE SON ÉMINENCE LE CARDINAL BOURRET ÉVÊQUE DE RODEZ ET DE _VABRES

                                  A      M. F. PORTAL

                                  PRÈTRE       DE   LA   MISSION

ÉVÊÉCHÉ t BK RODEZ

ÊT DE VADRES _ Rodez, le 26 oclobre 1895.

            Mox caen Monsieur Porras,


 J'ai été l’un des premiers à remarquer votre savant travail

sur les Ordinations anglicanes, et la lettre que je vous ai écrite à cette occasion a été l'un des actes qui ont, à l’origine de la nouvelle reprise de cette grande question, appelé l'attention sur elle. J'ai encore présent à l'esprit la réponse que vous fit lesavant et pieux évêque de Salisbury, auquel je suis bien aise de rendre les compliments qu’il voulut bien m'adresser, quoique naturellement il ne pût partager mon opinion sur cette déli- tate controverse.

 Depuis les choses ont marché, et, grâce aux divers travaux

et aux diverses interventions qui sont survenues de part et d'autre, tant en France qu’en Angleterre, l'on peut espérer que des études loyales et sérieuses qui se sont faites et se fe- ront, le grand problème historique et liturgique qui vous wcupe s'éclaircira et amènera peut-être une solution conforme à tous les désirs et à toutes les espérances. On dit que c’est déjà s'entendre que de se regarder, et l’on prétend qu’on n’est pas loin d’être tombé d'accord quand on a su charitablement sécouter. Je ne puis donc qu’applaudir à la pensée que vous m'expri- “ REVUE ANGLO-ROMAINE

mez el au projet que vous avez formé, de vous réunir quel- ques-uns, pour prier beaucoup d’abord pour le retour de l'An- gleterre à l’unité, et pour explorer ensuite, dans une Revue spéciale, tous les côtés historiques de la question souveraine qui a trait à la validité des ordinations anglicanes. Mettez, cher monsieur, à ce que vous ferez et écrirez, vous et vos con- frères, la plus grande bonté, toute la tolérance permise, et tous les égards que l’on doit à une grande et noble nation, ainsi qu’à un clergé qui peut ètre dans l'erreur sur un point essentiel, mais qui n'en cherche pas moins, avec sincérité et persévérance, la vérité liturgique comme la vérité théologique. N'avons-nous pas vu, dans ces derniers temps les plus illustres de ses docteurs devenir à leur tour les chefs autorisés et consi- dérés de l'Église romaine, ct ne pouvons-nous point espérer encore que de ses universités, de ses collèges, de ses chapitres, de ses décanats, la sérieuse et laborieuse nation anglaise nous enverra encore d’autres lumières et d’autres soutiens pour notre propre communion catholique ? Allez donc les uns et les autres, avec les bénédictions de Dicu, à cette noble conquète des âmes par l'étude et la charité, et si ma propre bénédiction peut ajouter quelque encoura- gement à vos travaux, c'est de tout cœur que je vous la donne, en me disant votre très humble serviteur en Notre-Seigneur.

                                   Erxesr, Canpixaz BourRer,
                                    Évèquo de Rodez ct do Vabres.

POUR L'UNION

Nous fondons aujourd’hui la Revu anglo-romains afin de travailler selon nos forces à l’œuvre d'union qui s’accomplit dans la société chrétienne, et en particulier à l'union de l'Église anglicane avec l'É- glise catholique, apostolique et romaine. Par l'Association catholique pour la réunion de l'Église anglicane nous demandons des prières. Par la Revue angle-romaine nous mettons au service de la même idée le travail de nos théologiens et de nos savants, Les deux œuvres sont distinctes, mais elles concourent au même but. Toutes les deux sont nécessaires, si nous voulons ne pas nous contenter de vains désirs el travailler utilement. L'Union est dans l'air, a dit l'éminent archevêque d'York. Cela est srai, De tout côté on en parle, de tout côté on prie et on travaille pour faire cesser la séparation. Chacun se rappelle la belle lettre Ad Angles, les lettres des évêques catholiques et des évêques anglicans peur demander des prières en faveur de l'union, les travaux du con- grès catholique et du congrès anglican, les discours du cardinal Vau- ghao, de l'archevêque d'York, de lord Halifax. En dehors de ces manifestations autorisées, un œil tant soit peuobservateur peut même voir une certaine union s'établir pratiquement entre les membres de communions différentes. Les causes de nos divisions sont trop loin- taines, en effet, pour qu'il y ait la même animosité dans les partis. Beaucoup d'âmes chrétiennes les ignorent ou ne les comprennent plus. Nous participons tous, d’ailleurs, aux idées de tolérance et de liberté inconnues à nos pères et qui sont générales aujourd'hui. Prêtres et laïques sentent aussi la nécessité pour les fidèles du Christ de s'unir contre les ennemis de notre Dieu. De ces causes et d'autres tacore résulte un état d'esprit favorable à la réconciliation. Aux époques de discordes et d'anathèmes succède une période de transition. Des deux côtés on manifeste le désir de hisser le drapeau blanc et d'entrer en pourparlers. Ces désirs supposent des disposi- tions pleinement conformes à nos communes croyances, bien diffé- rentes de celles qui poussaient des chrétiens à se combaitre et à se 6 REVUE ANGLO-ROMAINE

repousser. Tout en entrant de bon cœwr dans cette nouvelle direc- tion, nous n'avons pas à condamner ceux qui nous ont précédés. Chaque époque a son caractère propre, ses besoins particuliers, et, si on veut apprécier sainement l'Église, les hommes et les choses, il faut tenir compte de ces besoins particukeës et de ce caractère qui disparaissent. Au xv1' siècle une réforme s'imposait, ceux que l'on a appelés les Réformateurs ont fait une révolution. Pour protester contre certaines pratiques extérieures, ils sont allés jusqu'àrejeter la plupart dessacrements; pour se soustraire à un pouvoir du pape qui découlait d'un état particulier de la société, ils ont supprimé le gouvernement central et suprême de l'Église; pour répudier les spéculations de la scolastique en décadence, ils ont fait table rase, euxaussi, et rejeté la tradilion et la règle nécessaire à l'interprétation de la sainte Écriture. Et leurs négations, leurs attaques se produisirent avec une audace et une exaltation qui avaient d'autant plus de prise que les abus étaient réels et que le sentiment religieux de l'époqueétait profond. L'Église romaine se trouva dans la dure nécessité de frapper. Ce fut l'heure des cruels déchirements. Les âmes chrétiennes durent bien souf- frir. Aujourd'hui nous sommes plus heureux. Le concile de Trente a réformé bien des abus. Le temps a fait son œuvre partout. L'Église d'Angleterre voit tous les jours non seulement la théorie mais aussi l1 pratique sacramentelle, bien affaiblie dans son sein, reprendre vigueur, Elle ressent de plus en plus le besoin d'une autorité cen- irale, et partout on ditouvertement que Rome constitue ce centre. L'acceptation ou la tendance à accepter ces points, essentiels pour la vie chrétienne individuelle et la divine constitution de l'Église, permettent au Pape d'orienter la politique de l’Église en des voies différentes. Que les esprits inattentifs ne voient pas läune contradic- tion, Le pendule va de droite à gauche et de gauche à droite et pour- lant, immobile en son attache, il poursuit toujours le même but. Les analhèmes comme les avances amicales partent d'un même principe el vont à une même fin.

Nous devons entrer dans le mouvement pacifique de notre époque

et le seconder de tuutes nos forces. Garder aujourd'hui l'attitude de combat serait criminel. Il est à espérer que les manœuvres, s'il s'en produisait dans ce sens, seraient aussi vaines que devaient l'être autrefois les tentatives de rapprochement. Nous devons y entrersans illusion. Restaurer l'unité chrétienne ne sera pas l’œuvre d’un jour, et des déboires de plus d'une sorte atten- dent probablementles ouvriers qui seconsacrent à cette tâche difficile. En s'y dévouant ils doivent affermir leurs âmes, activer leur esprit de foi et ne placer leur espoir qu'en Dieu. Mais nous devons y entrer aussi avec confiance parce que, même en s’enrapportant au jugement POUR L'UNION 7

de la sagesse humaine, le succès final paraît certain. La Lentative actuelle se produil, en effet, sur des données qui constituent une sérieuse base d’action. Il n’y a rien, dit le D° Pusey, dans la doctrine de l'Église anglicane de contraire au concile de Trente. C'est là certes une affirmation de la plus haute importance: Quant aux divines prérogatives du Pape, le récent discours de lord Halifax à Norwich et le livre du chanoine Everest attestent le salutaire travail qui s'opère chez nos frères séparés. Pour ce dogme essentiel, d’ail- leurs, nous acceptons, catholiques et anglicans, un rendez-vous commun, les temps primitifs, l'étude de l'histoire des premiers siècles. De plus, reconnaissons-le sans hésiter, ceux qui gouvernent l'Église d'Angleterre représentent un corps épiscopal d'un grand mérite. Les évêques de Salisbury, de Durham, d'Oxford, de Péterbo- rough, de Lincoln, de Winchester, les archevèques de Cantorbéry et d'York, pour ne citerquelesplus connus, s'imposent ou commehisto- riens, ou comme exégètes, ou comme hommes de gouvernement et d'administration épiscopale. Les ouvragesdeplusieurs d’entre eux sont appréciés de tout le monde savant. Il y a parmi les évêques anglicans, c'est justice de le dire, des hommes de grande valeur, et je puis ajouter sans crainte d'être démenti, de grande foi. Eh bien, de pareils chefs ne peuvent recommencer toujours les fautes de leurs prédé- cesseurs. Ils ne peuvent pas vouloir maintenir dans l'Église un état de schisme en opposition évidente avec la volonté de Jésus-Christ. Ajoutez un mouvement sincère vers l'Unité qui se généralise de plus en plus dans le clergé et dans la partie la plus active et la plus in- fente des fidèles de l'Église anglicane, et vous direz avec nous que la possibilité de l’Union n’est pas un rêve d'âme pieuse mais la con- clusion logique d'une intelligence qui apprécie toute chose d'une ma- nière impartiale. Le succès final paraît donc certain. Les circons- tances et les bonnes volontés décideront de l’époque. Si nous nons inspirons docilement des grandes pensées de Léon XIII,de cette poli- tique large et à longue portée, nole caractéristique de son règne, nous pouvons hâter l'heure qui nécessairement viendra. Pour un chrétien, pour un prêtre surtout, il n'est pas de plus noble but à poursuivre, on ne peut consacrer sa science et ses efforts à une plus belle cause.

Admettons cependant les prédictions des esprits chagrins ou pares- seux. Supposons que cette nouvelle tentative aura le sort des précé- dentes, et qu'elle échouera. Même dans cette hypothèse, à notre avis, notre devoir n’en serait pas moins de travailler à la faire réussir. En dehors des raisons générales, communes à tout disciple de Jésus qui ne veut pas qu'on éteigne la mèche encore fumante, à tout prêtre représentant du Bon Pasteur qui court après la brebis égarée, il est deux motifs particuliers capables de former notre conviction à cet égard. 8 REVUE ANGLO-ROMAINE

Quand l'Église a dû frapper, théologiens et polémistes ont frappé
                                                                à

leur tour, Leurs voix ont répété les anathèmes. Mais, s'il existe dans la nature des échos renvoyant les paroles harmonieusement adou- cies, il en est d'autres qui les renforcent au contraire et les renvoient plus stridentes, Rarement les controversistes ontjoué le premier rôle. Bien au contraire, ils se sont montrés parfois, dans le second, vio- lents jusqu'à l'injustice. Au sujet des ordres anglicans, par exemple, dont la validile est d'ailleurs si discutable, n'est-il pas à regretter que nos meilleurs théologiens, pour la combattre, se soient appuyés, jusqu'en ces der- niers Lemps, sur la fable Nag's Head, ou sur certain argument de Billuart? Ces procédés nous valent, de la part de nos adversaires, des reproches très durs. Notre ignorance est jugée inexcusable. Notre bonne foi est mise en doute, et nous devons avouer qu'en ce point les apparences nous sont contraires. Théologiens et polémistes ont eu des lorts, cela n'est pas surprenant quand on se rappelle que l'Église est servie par des hommes et non par des anges, mais cela nous parait indisculable. S'ils ont eu des torts, ils doivent avoir à cœur de les réparer pour l'honneur de la cause qu’ils servent. Théologiens et savants doivent donc entrer dans le mouvement irénique et reprendre à nouveau l'élude des questions controversées. Suivant le conseil de S. Ém. le cardinal Bourret, ils mettront dans leurs écrits, « la plus grande bonté, loule la tolérance permise, et tous les égards que l'on doit à une grande et noble nation, ainsi qu’à un clergé qui peut être dans l'erreur sur un point essentiel, mais qui n’en cherche pas moins, avec sincérité et persévérance, la vérité liturgique comme la vérilé théologique. » Les écrivains de la Revue Anglo-Romaine se feront un devoir en particulier de suivre ces précieux conseils. Ici surtout nous nous efforcerons d’être charitables, bons et loyaux. Tout en combattant, s'il y a lieu, nos frères séparés, tout en constatant, quand il le faudra leurs fautes, leurs erreurs, l’état défectueux de leur Église, nous reconnaitrons avec joie ce qu’il y a chez eux de bien, de vrai, d'édifiant. Nous entrerons en communication avec eux par tous les bons côtés comme par autant de points de contact. Peu à peu nous élargirons la surface de ees différents points et nous arriverons enfin à une adhérence parfaite des deux corps, à une union complète. C'est là nolre espérance, mais encore une fois, si nous devions échouer, nous aurions du moins, par cette façon d'agir, accompli une réparation nécessaire,

Voici le second motif. Les anglicans ont dit et répété bien des fois

que la responsabilité de la séparation, en définitive, retombe sur nous. Inutile en ce moment de discuter cêtte assertion. Laissons le passé et songeons à l'avenir. Suivant une expression très usitée aujourd’hui, nous sommes à un tournant de l’histoire. Des temps POUR L'UNION 9

nouveaux s'annoncent pour la société et pour l'Église. Aux yeux des ouvriers du monde futur, destructeurs de tout ce qui existe, l'Œuvre du Christ a fait son temps. Pour les chefs du socialisme comme pour les impies de toute sorte, les luttes contre les obstacles du jour sont des jeux d'enfant. La bataille, la grande bataille se livrera, au mo- ment suprême, contre l'Église, seule ennemie redoutable. Il serait puéril de se dissimuler le danger, de vouloir se faire illusion sur la gravité des luttes à venir. Elles seront longues et violentes. Dès lors, avant que la campagne ne soit engagée à fond, il est de simple pru- dence de rassembler toutes les forces chrétiennes. Nous devons aller vers nos frères dans le Christ etleur dire : « Voulez-vous que nous marchions la main dans la main vers nos destinées futures? Voulez- vous que nous soyons unis comme autrefois, comme les premiers chrétiens, et qu'ensemble nous luttions pour Notre-Seigneur Jésus- Christ? Voulez-vous du moins essayer de chercher avec nous si, en notre Ame et conscience, un accord est possible? » Nous remplirions ainsi notre devoir de chrétien prévoyant qui désire enrôler pour le bon combat le plus de soldats possible. Êt si nos avances amicales étaient repoussées, nous mettrions les anglicans dans l'impossibi- lité de redire contre nous leur accusation. Nous leur enlèverions l'arme dont ils se servent et nous rejetterions d’une manière évi- dente sur leur église la faute de Ia séparation. Plus tard, si l’éten- dard de Jésus-Christ est bien moins défendu par une armée peu nombreuse, chacun saurait à qui doit en incomber la responsa- bilité. Pour toutes ces raisons, les enfants de l'Église romaine, même ceux qui ne partagent pas au sujet de l'Église anglicane nos convic- tions et nos espérances doivent favoriser notre mouvement. Les nombreuses sympathies que nous avons déjà trouvées dans le clergé français particulièrement, sont un gage assuré des sympathies à venir. Nos publicistes comme nos théologiens et nos savants nous ont fait le plus chaleureux accueil. MM. Duchesne, Gasparri, Bou- dinhon, Loisy, Klein, Chabot, F. Levé, Arthur Loth, Tavernier, etc., ont bien voulu nous promettre leur concours. À ces hommes, d’autres viendront se joindre de France et d'Angleterre, et la Revues Anglo-Ro- maine, par sa valeur scientifique comme par l'esprit de paix dont elle sera animée, fera quelque bien dans l'Église, en se consacrant à la grande œuvre de l’Union.

   27 novembre 1895.

                                                  F. PORTAL,

                                            Prêtre de la Mission.

LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT

               A PROPOS D'UN LIVRE RÉCENT

C'est un essai trèsremarquable que vient de publierle Rev. Everest, sous ce titre significatif : The Gift of the Keys, « la Dation des clefs » !. Outre sa haute valeur théologique, ilemprunte aux circonstancesmêmes

une singulière importance. A dire vrai, sur l'état d'esprit des membres de la Haute Église d'Angleterre et sur le mouvement qui les rapproche de la foi catholique intégrale, je ne connais rien de plus suggestif que ve lraité, où un angjlican établit de la façon la plus convaincante, la nécessité d'un pouvoir central dans l'Église de Jésus Christ, et l'exis- tence de ce pouvoir aux mains du pêcheur de Galiléeauquel Notre- Seigneur a confié la garde des clefs, aux mains des Papes, successeurs de Pierre dans cette charge suprême. C'est aller droit au cœur du problème; c'est aborder de front la principale difficulté qui sépare l'Église anglicane de l’Église romaine; c'est avancer sur ce point, sinon achever, la démonstration de ces remarquables parolesde l’ar- chevèque de Dublin, que M. Everest ne craint pas de placer en tête ‘de son essai : « Il n'existe pas (entre les deux Églises) de différences insurmontables; si seulement les membras de l'Église d'Angleterre voulaient être fidèles aux principes contenus dans leur Prayer Book, los divergences doctrinales, qui paraissent considérables, mais ne le sont point, disparaîtraient bientôt ». (Dr Murray, Roman Catholic \rchbishop of Dublin.) Peut-être ces paroles pourraient-elles aussi justement s'appliquer aux dernières difficultés qui empêchent encore l'auteur de comprendre à la manière romaine le pouvoir des clefs et son exercice actuel par les successeurs de saint Pierre. M. Everest indique en ces termes le but qu'il se propose : « Dé- lvrminer la situation de l'Église anglicane, dans son état actuel de séparation d'avec Rome, comme purement provisoire; absolument névessitée par les circonstances, elle devra prendre fin dès l'instant oùve sera possible sans préjudice pour les justes prétentions de la

| The Gift of the Keys and other essays, by the Rov. William Frederick Éveresr, [ A., Hon. Canon of S. Adwenna in Truro Cathedral. In-8°de xv-185 p. Lon- don, Rivington. Percival et Co, 1895. LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT 41

Papauté d'une part, et, de l’autre, pour celles de l'épiscopat divine- ment établi et constitué. » Car il est bon de le dire dès maintenant, en même lemps qu'il étudie la portée et l'existence du pouvoirdes clefs, X. Everest démontre que les droits et l'indépendance de l'épiscopat n'étaient pas atteints -par la primauté de saint Pierre et de ses suc- cesseurs, telle que nous la fait connaître l'Écriture, telle que nous la montre l'histoire des premiers siècles. Plus tard, les Papes auraient empiété sur les droits légitimes de l'épiscopat ; ils auraient fait de leur primauté une monarchie aux allures autocratiques; ils au- raient imposé là croyance qu'ils sont seuls la source de tout épis- copat. Cette seconde thèse, enchevêtrée dans la première, rend un peu difficile la lecture de l'essai. Je la dégagerai pour l'étudier à part. Quant aux objections dogmatiques, c'est-à-dire aux additions ap- portées par les Papes aux vérités de foi, M. Everest en parle fort peu el mentionne à peine l'infaillibilité pontificale. Je n'y insisterai pas davantage. Je me contenterai de dire que, même sur ce point, des explications théologiques loyales et sans exagération seraient de na- ture à faire cesser bien des malentendus ; que les Pères de l'Église, les théologiens les plus célèbres, ont admis dans l'Église un déve- loppement dogmatique — je dis bien développement et nôn pas chan- gement — que ce développement ne pouvait etne devait pas s'arrêter lorsque la Réforme eut détaché de la foi etde la communion romaine lant d'Églises et de fidèles, pas plus qu'il ne s’est arrêté au moment du schisme d'Orient ; enfin que l’infaillibité pontificale, bien comprise, est elle-même Ja conséquence et le terme d'un développement dog- matique normal, et l'affirmation, pour le « gardien des clefs », de cetle même infaillibilité qui appartient à tout l'épiscopat en union avec lui. Mais, avant d'examiner si cet épiscopat a vu diminuer les droits qu'il lient de sa divine origine, je veux me donner le plaisir de ré- semer à grands traits l'essai de M. Everest sur le « Don des clefs ».

                               I

Notre Seigneur a-t-il donné à son Église un chef visible? La né cessité, l'existence de ce chef visible, font-elles partie de la divine constitution de l'Église? C'est sur laréponse affirmative que reposent les prétentions de Rome ; il est possible, dit l'auteur, d'en faire la preuve par l'Écriture el par des témoignages antérieurs à la sépara- tion des Églises; et l'Église anglicane reconnait ces vérités, confor- mément à son article 30.

L'Écriture nous représente d'abord l'Église comme un royaume, un royaume #sthle, Notre Seigneur ne peut pas ne pas avoir donné à ce REVUE ANGLO-ROMAINE

royaume des lois, une organisation, un chef. 11 l’a bâti, nous dit l'Écri- ture, «sur le fondement des Apôtres et des prophètes, lui-même en demeurant la pierre angulaire ». Entre les douze pierres fondamen- tales de son royaume, Jésus Christ en a distingué une, il l’a marquée d'un signe spécial, il lui a donné ce nom même de pierre. À tous ses Apôlres à la fois il confère des pouvoirs : «Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. »; mais il dit à l’un d’entre eux ces autres paroles qui ne s'adressent qu’à lui seul : «Je te donnerai les clefs du royaume du ciel.» Sans doute ces paroles sont au futur, parce que Notre Seigneur était le chef visible de son Église, tant qu'il était sur la Lerre; mais ses promesses ne pouvaient manquer d’avoir leur effet. Saint Pierre est établi le «gardien des clefs»; il reçoit ainsi un pouvoir spécial, distinct de la commission générale de lier et de dé- lier commune à tous les Apôtres, à Pierre comme aux autres; dis- linet de la dernière commission, commune aussi aux douze, de remettre el de retenir les péchés. 11 ne s'agit, comme on a voulu le prétendre, ni du pouvoir de supprimer ou de maintenir certaines prescriptions de la loi mosaïque; ni d'ouvrir le ciel aux élus — c’est Notre Seigneur qui l’a ouvert; ni de donner accès dans le royaume de l'Église terrestre en y admettant les premiers baptisés — ceci n'est point un ministère particulier à saint Pierre; d’ailleurs si on veut par- ler des premières conversions du jour de la Pentecôte, saint Pierre y apparaît comme le chef du collège apostolique; si, dansces conver- sions, l'on veut voir l'exercice du pouvoir des clefs, on doit avouer que c’est le commencement de la réalisation de la promesse divine; ensuite, si l'on prétend qu'il s'agit des premiers gentils à admettre au baptême, on pourra rappeler la Cananéenne, admise, semble-t-il, dans l'Église par Notre Seigneur lui-même, et l’eunuque de la reine de Candace, baptisé par Philippe, probablement avant le centurion Cor- neille. Ce sont là toutes interprétations sans valeur, suggérées par le désir d'échapper aux justes revendications de Rome. « Mais alors, quelle est donc la véritable portée, le sens, le but de la promesse faile à saint Pierre : Je {es donnerai les clefs du royaume du ciel? » — M. Everest répond : «Notre-Scigneur entendait que la garde des clefs, aux mains de saint Pierre et de ses successeurs, fût, à tout moment, une source de force et de stabilité pour l'Église. Je dis aux mains de saint Pierre et de ses successeurs, » car si les livres du Nou- veau Testament ne nous montrent pas très clairement saint Pierre exerçant, je ne dis pas unecertaine autorité, maisune autorité suprême, il n'est pas moins vrai que Notre Seigneur lui a confié la mission spé- ciale de fortilier ses frères : « Et tu aliquando conversus, confirma fratres Luos ». Voilà déjà un premier exercice du pouvoir des clefs, particulier à saint Pierre. Comment le prince des Apôtres l'a-t-il exercé? Nous ne savons; mais il a dù l’exercer,«et cela est très impor- LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT 43

tant. Car, si saint Pierre a fortifié ses frères en vertu de son office de gardien des clefs, et cela sans porter la moindre atteinte aux préroga- tives des autres Apôtres, il s'ensuit que l'existence d'un chef visible de l'Église, gardant les clefs comme successeur de saint Pierre, est parfaitement conciliable avec les libertés du reste de l'épiscopat. » L'examen attentif de la conduite et des paroles de Notre-Seigneur permet de voirclairement son intention d'établir dans son Église cette source permanente de force et de stabilité. On voit tout d'abord «que saint Pierre devait étre unélément constitutif dans la fondation et la construction du royaume de Dieu — l'Église visible — et cela d'une manière distincte des autres Apôtres. » La première fois qu'il est pré- senté à Notre-Seigneur, celui-ci change son nom : désormais il ne s'appellera plus Simon, mais Céphas, Pierre. Quelles sont les proprié- tés de la pierre qui entre dans la construction d'un édifice? Elle est puissante, résistante, stable. Teiles étaient les qualités de la pierre que Jésus Christ désignait spécialement pour son Église. Dira-t-on que ce changement de nom était simplement une allusion aux quali- tés naturelles de saint Pierre ? Certes, celui qui tremblait à la pre- mière annonce de la Passion {äfarc., vur, 33), celui qui n'osait marcher sur les eaux, après en avoir demandé l'ordre {Maft., x1v, 30), celui qui reniait par trois fois son divin Maitre, après les plus véhémentes protestations, celui-là n'avait guère l'âme solide comme la pierre, et Notre-Seigneur semble avoir choisi, selon son habitude, «ce qui est faible selon le monde peur confondre ce qui est fort. » (Z Uor., 1, 27). Voyez ensuite avec quelle solennité agit Notre-Seigneur. Saint Pierre vient de lui rendre ce témoignage: « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant » {Matt., xvi, 48) ; Jésus le proclame bienheureux de ce qu'il a connu cette vérité fondamentale par révélation du Père céleste ; puis le divin Maître lui faità sontour une déclaration : « Et moi, je te dis que tu es Pierre » ; et la réalité correspondra à ce nom symbolique : «et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». « Et puisque l'édifice doit demeurer, tandis que saint Pierre était mortel, il est né- cessaire que la promesse des clefs ne lui fût pas absolument person- nelle, et qu'elle visât en lui la série indéfectible de sessuccesseurs, qui hériteraient de lui le même don divin ». Que si telle est la véritable interprétation de ces paroles du Seigneur, sa pensée très claire était donc «qu’il y eût toujours dans l'Église un gardien des clefs, qui füù pour elle un élément de force, de stabilité, de durée ». Rien, dans cette scène solennelle, qui se prête aux interprétations minimistes de certains auteurs, comme la prétendue « primauté d'inauguration his- torique ». Saint Pierre, confessant la divinité de Jésus Christ, a jeté les fondements de la foi ; en retour, Jésus Christ fait de lui la pierre fondamentale sur laquelle il construit son Église. (S. Aug. cité p. 80.) Après sa résurection, Notre Seigneur renouvelle, sous une autre 14 REVUE ANGLO-ROMAINE

lorme, el la mission générale des Apôtres et la mission spéciale de saint Pierre. Atous il ordonne d'aller «prècher l'Évangile à toute créa- lure » ; à saint Pierre seul il confie, non seulement les agneaux, mais les brebis

 La thèse est aussi fortement établie par        des considérations tirées

dé la nature même des choses, puisque «la possession des clefs sÿm- bolise la suprématie et la primauté de rang ». La première chose à faire dans un pays de mission, au dire d'un archevêque anglican, c'est d'y élablir des centres puissants ; il fait remarquer que telle est la règle que Dieu semble s'être imposée dans toutes ses œuvres; Fhis- loire nous montre que, dans les choses humaines, cette règle est tout aussi juste, Dans cette grande œuvre de Dieu, dans son royaume visible sur la terre, il doit nécessairement exister un centre puissant. EL ne dites pas que c'est le Christ. Sans doute, de même que Dieu demeure le centre de toutes ses œuvres, Jésus-Christ reste le chef élernel de son Église ; mais il est iavisible et il s'agit d'un centre visible pour son Église visible. Cette œuvre de Dieu, créée comme l'univers, par le Verbe, per Verbum, ferait-elle seule exception à la loi com- mune? « C'estdone nous conformer à la conduite extérieure de Dieu dans loutes ses œuvres que de chercher dans l'Église visibleun centre puissant, Nous comprenons aussitôt le dessein de Notre-Scigneur changeant dès le commencement le nom de Simon en un autre qui

signilie force et durée, et lui confiant ensuite la garde des elefs de son FOYaurmie. »

 L'histoire nous offre
                     à l'appui de cette conclusion des faits signi-

licatifs. Tant qu'on reconnut ce centre visible, il fut pour l'Église une cause de l'orce et de cohésion. Dès que les éléments du corps ecclé- siastique cessèrent d'être sous cette influence, ils allèrent à l'aven- Lure, et ne furent bientôt plus que des êtres fragmentaires, plus ou moins héréliques et schismatiques. La conclusion de cette première partie est formulée en ces termes par M. Everest: & À moins d'admettre que la promesse de Notre- Seignour à saint Pierre fûl dépourvue de toute signification adéquate; à moins que la dation des clefs, faite dans une circonstance très so- lounelle, d'une manière très solennelle et très expresse, ne soit, aulant que nous pouvons en juger, qu'un don sans but et sans utilité, — un don quin'aurait eu aucun résultat proportionné ni au temps des \pôlres, ni depuis —, on est contraint d’avouer que c'est, à tout le moins, quelque chose qui correspond à une primauté visible, el que celle primauté devait être pour l'Église, dans les vues et l'intention de Notre Seigneur, une source de force et de stabilité. » LE POUVOIR DES GLÉS ET L'ÉPISCOPAT 415

                                   *

                               +       +

de serai plus bref sur la seconde partie, où l'auteur recherche « quel est le témoignage porté par l'Église, au cours de son hisioire, sur l'argument en faveur de la primauté visible, et basé sur ces trois circonstances : le changement du nom de saint Pierre; la commis- sion apostolique donnée à tous les douze; la promesse faite à Pierre, el à Pierre seul, de la garde des clefs. » Pas plus que l'auteur, je n'étudierai la question de ia venue de saint Pierre à Rome et de son épiscopat romain. Sans méconnaftre les difficultés historiques de la question, je pense, comme M. Everest, que la thèse théologique n’a pas à en souffrir. Est-il nécessaire, pour la transmission légitime du pouvoir des clefs, que nous fassions la preuve de l’épiscopat romain de saint Pierre à Rome ou de sa durée ? Est-il même nécessaire que saint Pierre ait été évêque de Rome? Il était Apôtre: ne suffit-il pas qu'il ait fondé l'Église ro- maine et y ait laissé, après lui, la garde des clefs? Et quand même on admettrait que saint Pierre n'est jamais venu à Rome, ne pouvait-il, loin de Rome, désigner et sacrer un évêque pour cette Église, et en faire son successeur pour le pouvoir des clefs ? Le point capital, c'est la succession dans la possession des clefs, non dans l'épis- copat Ÿ. De quelque manière que saint Pierre y ait pourvu, la pro- messe divine recevait son accomplissement et il y avait, à Rome, un gardien des clefs. Nous savons bien peu de choses sur l’histoire des premiers papes: ce que nous savons nous les montre cependant comme se réclamant de la succession de saint Pierre, et, en cette qualité, exerçant une certaine autorité générale sur l’ensemble de l'Église. Saint Polycarpe vient à Rome s'entendre avec le pape Anicet sur la question de la Pâque. On connaît l'histoire de la discussion relative à l'observation pascale au temps du pape Vicior; on peut même taxer ce dernier d'excessive sévérité ; mais, si les évêques et saint Irénée, en particu- lier, le supplient de ne pas retrancher tant d'Églises de la «commune unité », ou inème semblent supposer qu'il va trop loin, aucun ne conteste son autorité et son droit de s’immiscer dans la question. Et à quel titre le faisait-il, sinon comme successeur de saint Pierre? car on ne peut supposer qu'il fit dériver ses droits de ce que sa ville épiscopale était la capitale de l'empire, de léempire persécuteur ! Saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien, fournissent des témoignages aussi éclatants. Étant donnée « cette primauté de rang et d'influence reconnue aux évèques de Rome, en tant que successeurs de saint Pierre, nous devons tout naturellement nous attendre à la voir, dans les limiles 16 REVUE ANGLO-ROMAINE

fixées par Notre-Seigneur! se développer et s'accroître, suivant les exigences et les besoins de l'Église. Et c'est exactement ce que nous trouvons. » Non pas, poursuit M. Everest, «que nous ne trouvions davantage et bien davantage; ... mais, si l'on considère les éléments avec lesquels l'Église avait à compter, les tentations d'ambitions humaine auxquelles furent exposés les papes lorsque l'empire fut chrétien, c’est la merveille des merveilles que nous rencontrions des papes tels que saint Léon et saint Grégoire : hommes qui, sans être du monde, en étaient les maîtres ; vrais gardiens des clefs, prudents comme des serpents, forts et immuables comme des rochers. » L'auteur poursuit l'histoire de ce développement à travers les premiers siècles, et s'arrête longuement sur la célèbre controverse entre saint Cyprien et le pape saint Étienne, à propos de la réitération du baptême des hérétiques ; il relève ce fait que saint Cyprien, malgré sa résistance, ne révoque jamais en doute l'autorité du Pape, et donne même des témoignages formels en sa faveur; il reconnait expressément, ainsi que Firmilien de Cappadoce, que saint Étienne intervient dans le débat précisément parce qu’il estle successeur de saint Pierre. Je mentionne à la hâte, après l’auteur, les faits relatifs au pape Jules, au concile de Sardique et à l'appel de saint Athanase, ainsi que le témoignage de saint Jérôme. Dès le iv° siècle, Rome est universellement regardée comme « siège apostolique » ; son autorité est admise sans contestation par l'Orient et l'Occident. C'est la réali- sation de la promesse du Seigneur; c'est aussi « ce qui nous permel de comprendre le dessein providentiel de Jésus-Christ en plaçant le gardien des clefs et le chef visible de l'Église dans la cité impériale ® ». Car, si la persécution avait été pour l'Église une force de cohésion, les circonstances où elle se trouva après la conversion de l'empire devaient plutôt tendre à la désagréger; et l’on vit bientôt combien élait nécessaire un « centre puissant », un centre d'unité, pour sauvegarder l'intégrité de la foi, et empêcher que le royaume du Christ ne fût envahi par les royaumes de la terre. Le principe, une fois posé, est fécund en conséquences; le pouvoircentral se développe; il échappe à la décadence de l’empire ; il surmonte les prétentions du siège de Constantinople; il reçoit un éclat nouveau de la haute valeur de papes comme saint Léon et saint Grégoire ; il peut résister aux influences des pouvoirs terrestres. Notre-Seigneur pouvait seul avoir prévu, avec la conversion de l'empire, et comme une de ses conséquences, « la nécessité d’un pouvoir puissant, destiné à guider et à contrôler l'Église et la rendre capable de traiter avec les empe- reurs chretiens ». Comme siège de ce pouvoir, aucun lieu au monde ne convenait mieux que Rome.

1 C'est l'auteur qui souligne. 4 C'est l'auteur qui souligne. LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT 47

En résumé, « l’histoire de l'Église, pendantes cinq ou six premiers siècles, s'accorde: avec l'Écriture pour nous enseigner que, lorsque Notre-Seigneur, promettait de confier à saint Pierre la garde des clefs, il lui conférait une prérogative qui devait produire ses effets, aon pas lant sur saint Pierre lui-même, qu’elle plaçait au-dessus des Apôtres ses collègues, que plus tard et à tout moment dans l'Église, à laquelle elle donnait, pour toujours, un chef ou un centre visible». N'est-ce pas enfin une nouvelle preuve historique de la même thèse que le laxisme dogmatique, le relâchement disciplinaire que l'auteur constate quelques pages plus loin? Et pour enrayer le mou- vement, suffira-t-il, sans plus, de reconnaître, comme prouvée par l'Écriture et l’ histoire; la nécessité d'un centre visible pour l'Église de Jésus-Christ ?

                                 Il

Parallèlement à cette thèse sur l'existence et la nécessité du pouvoir des clefs considéré en lui-même, M. Everest poursuit l'examen théologique d’un autre aspect de la question. Ce pouvoir des clefs, cette primauté accordée par Jésus-Christ à saint Pierre, pour ses successeurs encore plus que pour lui-même, ne déroge pas aux droits de l’épiscopat, en qui revit et se perpétue le corps apostolique, L'interprétation du pouvoir des clefs, dans ce sens que le successeur de saint Pierre est l’unique source de tout épiscopat, n’est pas appuyée sur l'Écriture sainte et sur l’histoire de la primitive Église. « Autre chose, dit M. Everest, est de posséder, dans la ligne des successeurs de saint Pierre, la haute prérogative d'être le chef visible de l'Église; autre chose de baser sur cette prérogative. la prétention, pour ceux qui occupent le siège de Pierre, d'être l’unique source de l'épiscopat, en sorte que tout évêque tienne d'eux leur commission et leur juridiction. Ou, pour emprunter les paroles de M. Gore, autre chose est, pour les successeurs de saint Pierre, d'être quelque chose que ne sont pas les autres évêques, autre chose d'être pour les évêques, la source de ce qu'ils sont. » C'est un point important de désaccord entre l’Église romaine et l'Église anglicane, d'après l’arche- vèque Bramhall, de savoir « si l’évêque de Rome seul reçoit sa juri- diction immédiatement de Jésus Christ,'et si tous les autres évêques l reçoivent par son intermédiaire ».-La question est en effet de sou- veraine importance pour l'Église anglicane, comme pour toutes les communions séparées de Rome. Voici le résumé de l'argumentation de M. Everest. ° oo. Notre Seigneur ne s’est pas contenté de donner à saint Pierre une commission spéciale, il a donné à tous ses apôtres, à saint Pierre REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. 1. — 2, 48 REVUE ANGLO-ROMAINE

comme aux autres, une commission générale : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, ete » (fatt. xvmr, 48). Ce pou- voir est donné directement par Jésus Christ, et non par l’intermé- diaire de saint Pierre, qui ne devait que dans une autre circonstance s'entendre dire : « Tu gs Picrre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » D'ou ce raisonnement de l'auteur (p. 39) : « Que si Notre Seigneur n'a confié les clefs qu’à saint Pierre et a cependant donné aux autres apôtres une commission distincte et spéciale, les droits et les libertés du corps peuvent exister en sûreté sous un ehef visible, qui a la primauté de gouvernement. Ceci va directement, poursuit-ils contre l'argument romain, à savoir qu'étant donné un chef visible, l'entière sujétion du corps en découle nécessairement. » Notre-Sei- gneur, chef suprême de l'Église, ayant donné à ses apôtres une commission et une autorité indépendantes, il n'appartient pas au gardien des clefs de s’y immiscer. Le collège apostolique s'est per- pétué dans l’épiscopat. Jadis le lien de l'épiscopat, formant cercle autour de son centre, était universellement admis; il rassemblait l'Église en des conciles œcuméniques ou locaux, pour la solution des questions qui se rencontraient. Cette idée est demeurée très long- temps dans l'Église, et l’auteur rappelle, d'après l'Histoire des Papes de Ranke, qu'au concile de Trente, « les évêques espagnols soute- naient que l'autorité épiscopale n'était pas une pure émanation de l'autorité papale, mais qu’elle tirait son origine immédiate de Dieu ». Depuis que ce lien de l'épiscopat est de moins en moins reconnu (dans les Églises dissidentes), les schismes modernes renferment tous plus ou moins d’hérésie, et certaines vérités fondamentales sont abandonnées. D'autre part, il faut voir, d’après l'auteur, une punition de l'abus du pouvoir des clefs dans les schismes d'Orient et d'Occi- dent. Cette action indépendante de l’épiscopat, sans préjudice de l'auto- rité centrale, nous la voyons exercée par saint Irénée et ses contem- porains dans l'affaire de la Pàque, par saint Cyprien et ses collègues dans la question du baptême des hérétiques, et par d'autres évêques dans plusieurs autres circonstances. C'est saint Léon qui semble avoir donné le premier, à l'idée du pouvoir central, une expression qui lésait les droits de l’épiscopat, quand il disait, par exemple, que Notre- Seigneur avait voulu que « de Pierre, comme d'un chef, les dons divins fussent répandus par tout le corps ». Et cette idée successive menl répétée et admise par les papes, par les évèques, a donné lieu à la croyance romaine, à l'abus romain, en contradiction avec l'Écriture et l'histoire de l'Église dans l'antiquité, que le successeur de saint Pierre est la seule source de tout épiscopat. Aussi bien, pour remédier aux dangers qui menacent l'Église d'Angleterre, tant sous le rapport des croyances que de la discipline, LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT 49.

M. Everest conseille de revenir à ce que Notre-Seigneur a fondé lui- même dans l'Évangile: un chef visible, nécessaire à l'Église; un épis- eopat qui, « non pas tant subordonné au chef visible qu'en union avec lui, gouverne, traile les affaires et préserve l'unité du royaume de Jésus Christ », Et plus loin : « Telle est, eroyons-nous, la seule base sur laquelle il semble possible de reconstituer la chrétienté divisée. On a essayé de l'épiscopat aulieu de Pierre, et non en union avec lui, et la tentative a ouvertement échoué. » On ne peut se con- tenter de je ne sais quel épiscopat historique; il faut l'épiscopat divi- nement constilué. Et telle est la #iz media proposée par l’auteur et déclarée par lui satisfaisante. Peut-être trouvera-t-on, non sans raison, que ces conclusions sont bien vagues, qu'elles courent le risque d'être aussi inefficaces qu'elles - sont vagurs,enfiu, qu'elles ne réalisent qu'une partie de ce programme que l'auteur lui-même a tiré de l'Évangile. Car enfin, s’il est certain que Notre-Seigneur a fondé l'épiscopat, s’il a donné un centre visible à cet épiscopat et à toute son Église en la personne de Pierre et de ses successeurs, il n'a pas entendu, sans doute, les séparer et les iso- ler l’un de l’autre. L’épiscopat, plutôt uni, je veux bien l’admettre un instant, que subordonné au pouvoir ceutral, doit continuer ce qu'était le collège apostolique à l'égard de saint Pierre; quelle trace d'union avec la papauté dans la six media de M. Everest? Toutefois, mes observations porteront plutôt sur la thèse même de l’auteur et sur l’idée, à mon avis inexacte, qu'il se fait de la doctrine romaine par rapport à l'épiscopat et à ses relations avec l'autorité pontificale. Car, quoi qu'il en dise, le catholique romain n'est aucune- ment tenu de croire que le pape doive être ni même soit l'unique source de l'épiscopat et de la juridiction épiscopale; que si, de fait, la plupart des évèques catholiques reçoivent de lui sans intermédiaire, leur juridiction, cela ne constitue aucunement un point de dogme, mais seulement une pratique disciplinaire, introduite par les causes mêmes qui ont amené une centralisation plus complète autour du siège apostolique; enfin, ce qui est essentiel pour constituer, je ne dis pas absolument l'épiscopat, mais sa légilimité, ce qui fait vrai- ment des évêques les successeurs légilimes des Apôtres, c'est l'union à l'Église et à son chef, c'est la communion avec le Saint-Siège. Lorsque Notre-Seigneur est monté au ciel, quelle autorité cons- tituée laissait-il à son Église? Il laissait le collège apostolique, dont saint Pierre faisait partie et dont il était le chef. Notre-Seigneur n'avait pas fait de son Église une monarchie absolue : d'autres que le chef avaient reçu de lui leurs pouvoirs; il n’en avait pas fait non plus une pure oligarchie, dont les membres égaux auraient gouverné en commun, dans une égalité parfaite. Il eu a fuit un mélange de l'uncet de l'autre: les apôtres et leurs successeurs ont en leur 20 REVUE ANGLO-ROMAINE

propre nom la charge des Églises, ils ont le pouvoir personnel delier et de délier, de régir et de gouverner; ils prennent part aux défini-. tions conciliaires, ils sont les juges, les pasteurs, les pères de leur, troupeau; leur autorité n’est pas une pure délégation de celle de saint Pierre et de ses successeurs. Mais, d'autre part, le collège apos- tolique, etl'épiscopat qui lui a succédé, a un chef divinement désigné, ainsi que M. Everest l'a si bien démontré.Ce chef visible du collège, apostolique et de l'Église naissante, saint Pierre, aura lui-même des successeurs, auxquels il transmettra son pouvoir central, sa pri- mauté, la garde des clefs qui lui est confiée; ils auront par consé-. quent sur l'épiscopat et sur l’Église entière la même autorité que, saint Pierre avait reçue de Notre Seigneur sur le collège apostolique et sur l'Église naissante. C'est dans ce sens, et dans ce sens seule- rent, que l’organisation de l'Église est monarchique. Mais qui dit autorité centrale et primauté, dit évidemment que rien n’est soustrait à cette primauté, qu’elle doitexercer, ou du moins pouvoir exercer son influence jusqu'aux extrêmes limites de sa sphère : en d’autres termes, que le pouvoir des clefs s'étend à toute l'Église, à tout l'épiscopat. Et si ce pouvoir est réel, s'il est destiné à donner à l’Église entière la force, la stabilité nécessaires, comme le prouve si bien M. Everest; si ce n‘est pas une primauté d'honneur, ni d’inauguration historique, il faut donc que ce soit une autorité efficace, en d'autres termes, une juridiction universelle sur l'Église, coexistant avec celle des évêques, sans cependant se confondre avec elle. Tel est le sens de la définition du concile du Vatican, D'où l’on peut aussitôt inférer que les membres de l’épis- copat qui ne reconnaissent pas le chef visible de l'Église, — j'entends qui ne reconnaissent pas sa juridiction sur l’Église et sur eux- mêmes, — ne sont pas à l'égard du successeur de Pierre, dans la situation où les apôtres se trouvaient, de par la volonté de Jésus Christ, à l'égard de saint Pierre Ils rompent cette unité, tant recommandée par le divin Maître ; ils s’excluent eux-mêmes du ber- cail, où ils ne veulent plus se soumettre à la houlette du seul pasteur. Voilà comment doit se poser la question; l'élément essentiel qui fait la légitimité de l’épiscopat, ce n’est pas la source immédiate de la juridiction, c'est la communion avec l'Église et le Siège Apostolique. Si j'avais à formuler sur ce point la doctrine catholique, je ne dirais pas que toute juridiction épiscopale doit dériver du pape, je dirais que le pape est le centre nécessaire de tout épiscopat légilime. Après cela, que la juridiction épiscopale proprement dite soit con- férée aux évêques par le pape ou par les représentants plus ou moins nombreux du corps épiscopal, successeur du collège apostolique; que la désignation des candidats soit faite par un corps électoral composé différemment au cours des siècles ou par la présentation des chefs LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT ‘24

d'État; que la confirmation en soit dévolue au métropolitain ou réservée au pape, ce sont là des variations purement disciplinaires. Que l'évêque élu, nommé par le pape en consistoire ou investi par bref, reçoive sa juridiction directement de Dieu ou par l'intermédiaire du pape, c’est là une question librement débattue entre théologiens. ” Rappelons-nous comment se passaient jadis les choses, lorsqu'on voulait pourvoir à un vide dans l’épiscopat. Prenons, par exemple, la discipline du v° siècle. Le pape avait dans sa mouvance immédiate les évèchés de l'Italie centrale et méridionale. Après la mort d'un évêque, le clergé et le peuple procédaient à l'élection de son succes- sur; l'élu, accompagné d’une députation des électeurs, se rendait à Rome; on remettait au pape le procès-verbal de l'élection; après une sorte d'examen et différentes formalités, la consécration, par le pape seul, se faisait le dimanche suivant; et tout était fini. L'épiscopat de ces régions n'était pas .organisé par provinces ecclésiastiques. Il en était de même à Alexandrie, où l'évêque sacrait lui-même tous les évêques de l'Égypte, sans distinction de provinces. (Cf. can. 6 de Nicée.) Daus les autres pays, où était en vigueur le système métropolitain, le corps épiscopal, successeur du collège apostolique, était représenté par un certain nombre d’évêques de la province, à la tête desquels était régulièrement le métropolitain; ils devaient être au moins trois, dans certains pays davantage. Ils présidaient, contrôlaient et approu- vaient l'élection faite par le clergé et le peuple, et presque aussitôt ils sacraient et intronisaient l'élu. (Cf. Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 21et suivantes.) A cette époque, si l’on ne peut dire que la juridic- tion était conférée par le sacre, on doit reconnaître qu'elle l'était en même temps. 1 semble bien qu'il en fût ainsi même pour le pape; nous voyons en effet, le pape Jean IV, élu, mais non sacré, signer une lettre aux évêques d'Écosse comme ne possédant encore que le pou- voir intérimaire |. Bientôt, entre l'élection et le sacre, se place une autre formalité, la confirmation de l'élection. Il ne s’agit pas encore de juridiction. Les papes ne recevaient la consécration pontificale qu'après en avoir reçu l'autorisation des empereurs de Constantinople ou, au nom de ces derniers, des exarques de Ravenne; les élections épiscopales étaient confirmées par le métropolitain, par un autre prélat supérieur, parle pape lui-même. On peut voir, dansle beau livre de M. Imbart de La Tour sur les Élections épiscopales dans l'Église de France, commentse sont multipliés ces recours au Saint Siège pour la confirmation des élec- üions d'évèques ; on y. verra en particulier, que l'initiative dece mou-

1 Jarré, dre éd., n. 1582: « Hilarius archipresbyter, et servans locum sanctæ s#dis apostolicæ, ‘Joannes diaconus et in Dei nomine electus, item Joannes pri- micerius et servans locum sanctæ sedis apostolicæ, et Joannes servus Dei, consi- larius ejusdom sedis apostolicæ, » 22 REVUE ANGLO-ROMAINE

vement n'est point due aux papes eux-mêmes, mais que l'on cher- chait, dans ce recours à une autorité lointaine et haut placée, une ga- ranlie contre des élections mauvaises ou douteuses, contre les mal- heurset les schismes qu'elles pouvaient entrainer. Cette formalité devait nécessairement amener la distinetion entre la juridiction et la consécration, et faire ensuite donner l’uur el l'autre par desactes dis- tincts. Cette pratique, rendue pre-:que nécessaire par les longues querelles des investitures, fut complétée par lesréserves pontiticales portées par les papes d’Avignou; plus tard, lesélections elles-mêmes se firent de plus en plus rares, etdepuis déjà plusieurs siècles, qu'il s'agisse de candidats élus, ou proposés par les évêques d'une région, ou nommés par les pouvoirs civils, la collation de la juridicticn se fail par la préconisation en consistoire ou par bref. Toutefois ceci n'est pas une règle absolue et aujourd'hui encore, certaines élections et sacres des évêques de rites orientaux se font sans l'intervention directe de Rome ‘. Quoi qu'il en soit, il est bien évident que ces mo- difications appartiennent à l'ordre disciplinaire; par suite, on ne peut attribuer à l'Église romaine cette prétention que toute juridic- tion épiscopale ait pour source zuigue la papauté. Et quand même tous les évêques seraient à notre époque directement investis de la juridiction par le pape, on ne saurait en conclure qu'une chose : par suile du mouvement de centralisation qui n'a cessé de se produire dans l'Église, c’estle chef de l'épiscopat qui remplit seul aujourd'hui le rôle dévolu jadis à des représentants, plus où moins nombreux, du corps épiscopal. C’est une modification qui a pu se faire sans rien changer à la nature, à l'origine divine, aux droits légitimes de l’é- piscopal. Encore ne s'agit-il que des pouvoirs juridictionnels, car les pouvoirs d'ordre sont conférés comme auparavant, par la consé- cralion épiscopale, laquelle se fait rgulièrement, ilest vrai,en vertu d’un mandatuin apostolicum. Allons plus loin : même dans l'état de choses actuel, on peut libre- ment discuter entre catholiques si la juridiction est conférée aux évêques par le pape ou par Dieu, sur la désignation du pape. I ne s'agit pas de savoir si le pouvoir épiscopal est une délégation, une émanalion du pouvoir pontifical; les évèques, je L'ai déjà fait remar- quer, sont, en leur propre nom, les pasteurs de leurs diocèses; le droit ecclésiastique les appelle pour cela ordinaires. IL n'est pas davantage question de savoir si un acte de l’antorité compétente, épiscopat ou pouvoir central, est nécessaire pour la collation de la juridiction; ceci est universellement admis. Mais la juridiction épis- copale est-elle conférée par cet acte de l'autorité à qui Jésus-Christ

4 La pratique ancienne n'a été modifiée pour l'Église arménienne unie, que par la constitution Reversurus, du 12 juillet 1867; pour les Chaldéons, par la Cons- titution Cum Ecclesiaslicæ du 31 août 1869. ST

              LE POUVOIR DES CLÉS ET L'ÉPISCOPAT                     23

en a donné le pouvoir, ou bien est-elle donnée directement par Dieu, à l'occasion et à la suite de cette désignation? Les opinions sont entiè- rement libres. Pour ne citer qu'un auteur, Benoît XIV dit à ce sujet (De Synodo, 4. X, cap. 1v, n. 2) : « Quæstio est inter Tridentinos Patres summa coutentione jamdiu exagitata, nec definita, de qua Cardinalis Pallavicinius in Hisloriu Concilis T'rédentini, hb. X NUE, c. xiv et 6. XXI, e. x1 et Xi, an Episcopiillam ‘jurisdictionem) accipiant immediate a Christo, aut potius a summo Pontifice. Licet antem corum opinio qui etiam hance potestatem immediate Christo oriri propugnant, validis fulciatur argumentis, nihilotminus tamen et rationi et auctoritati con formior videtur sententia opposita. Ratio siquidem monarchici regi- minis, quod Christus in sua Ecelesia constituit, videtur exposcere, ut totius Ecclesiæ jurisdictionis fons et origo resideat in ejusdem Eccle- siæ visibili capite qui est romanus Pontifex, atque ab co profluat in cetera membra. » D'ailleurs la controverse demeure exactement la même, que la juridiction soit donnée directement par le Pape, ou par l'intermédiaire des patriarches, ou, comme autrefois, par l'organe d'une représentation plus ou moins nombreuse de l’épiscopat. M. Everest emploie à plusieurs reprises, l'expression d'épiscopat indépendant. Le mot est équivoque, et je ne me suis pas bien rendu compte de l'acception qu'il a sous la plume de l'auteur. Veut-il dire seulement que l'épiscopat n'est pas une institulion ecclésiastique, créée par saiut Pierre ou par ses successeurs, mais élablie par Notre Seigneur lui-même ? Jusque-là tont catholique partagera son opinion. Entend-il que l'épiscopat n'est pas une délégation, une émanation pure ctsimple de la papauté et du pouvoir poutifieal? Ici encore son langage cst conforme à l’enseignement romain. Mais veut-il dire que l’épiscopat a été institué par Notre-Seigneur et peut exister légitime- ment sans dépendance à l'égard du successeur de saint Pierre, dont la qualité et les pouvoirs de chef visible de l'Église seraient ainsi réduits à un vain nom, à un énanis honoris fitulus, à une primauté d'honneur? Alors il aurait contre lui, non seulement l’Écriture et la tradition ceclésiastique, mais encore, je ne erains pas de le dire, sa propre argumentation. Le but que s'est proposé Notre-Seiygneur, la force, l'unité, la stabilité dont l'institution du pouvoir central doit être la cause pour l'Église entière, supposent nécessairement chez les a gardiens des clefs » ‘un pouvoir réel, une vraie juridiction. Que M. Everest poursuivre ses réflexions, il verra se vérifier jusqu’au bout la parole qu'il a écrite lui-même (p. 82; : « Nous sommes con- traints d'aller plus loin. Il n'est pas possible de s'arrêter jusqu'à ce qu'on arrive au Tu es Petrus, et fibs dabo elaves. »

                                                 À. Boupixuon.

CHRONIQUE

Le sceau du monastère de Cantorbéry, reproduit sur la couverture de la Revue et que nous devons à la générosité de notre savant ami M. Georges Rohault de Fleury, représente un édifice gothique qui n’est autre que la célèbre abbaye. Ce sceau est attaché à une Charte de 1351, et le British Museum en conserve une empreinte sous le n° 2.846. Le sujet central, dans une niche carrée avec quatre trèfles, repré- sente le baptême du roi Ethelbert .par saint Augustin. — Au-dessus, dans une double niche, sous une riche arcature, saint Pierre assis sur un trône avec les clés et saint Paul avec.l'épée. — De chaque coté, sous de petites ogives: à gauche, deux moines; à droite, ua roi et un moine; au-dessus un ange descendu du ciel. On y lit l'inscription suivante: / k Sigill. monasterit beat. aplor.-Petri et Pauli Sig. AMIE anglor. apli Cantüar. Sur le contre-sceau, saint Augustin assis sur un trône, sous une niche enrichie de feuillages gothiques, portant la mitre et le pallium, bénissant et tenant la croix; sur le champ Awg#n, sur sa poitrine-il porte un reliquaire; de ‘chaque côté sont des évêques. On y lit cette légende : - "+

            . Anglia g. Dominofidei sociatur amore
             Hoc Augustino debetur patris honore.

La réponse du Patriarche. grec de Constantinople à la lettre de Léon XIII est, comme on pouvait le craindre, hostile à l'idée de réunion. res Le Patriarche Anthimos Pprend les principaux arguments de la thèse orthodoxe; subordonnant les. questions de doctrine à de simples questions de rituel ‘et de discipline. ‘Enfin il déclare se considérer comme le seul chef légitime des Églises d'Orient, alors que, sans compter les communions chaque jour, plus nombreuses qui recon- naissent la suprématie papale, la plupart des Églises schismatiques d'Orient ont adopté le titre significatif d' Églises autocéphales. ; A Rome, par contre, lesmeilleures nouvelles ne cessent d'arriver, et l’on conçoit de grandes espérances. La récente constitution apos- tolique sur l'Église copte servira puissamment à hâter le mouvement de retour.

4 Consistoire.— Dans le Consistoire secret du 29 Hovembrs, À Aolphes Louis. Albert Perraud, évêque d’Autun, créé cardinal de la . S. le Pape Léon XIII a créé cardinaux :

sainte Église romaine et réservé in petto l'an 4893, le 46 janvier, en CHRONIQUE 25

Consistoire ;| Sylvestre Sembratotwicez, archevêque de Lemberg pour les Ruthènes; - François Satolli, archevêque titulaire de Lépante, délégué apostolique aux États-Unis d'Amérique; Jean Häller, archevêque de Salzbourg; Antoine- Marie Cascajares y Azara, archevêque de Vallado- lid; J'érême-Marie Gotis, archevéque titulaire de Petra, ancien inter- sonce apostolique au Brésil; ‘Jean-Pierre ‘Boyer, archevêque de Bourges; Achale Manara, évèque d’ Ancône et Umana; Salvalor Cassa- nas y Pagès, évèque d’ Urgel. . 1 Les nouveaux cardinaux français. — Myr Perraud est né à . Lyon le 7 février 4828. Il entra à l'école normale, dans la section des lettres, en 4846. !1 y rencontra Weiss, Edmond About, Sarcey, Taine, ete. Agrégé et professeur d'histoire en 1850, il ne tarda pas à quitter TUniversité pour se faire prêtre. Il entra dans la congrégation de l'Oratoire. Docteur en théologie en 1865, il fut nommé professeur d'histoire ecclésiastique à la Sorbonne. Appelé à l'évêché d'Autun en janvier 1874, il fut préconisé le 4 mai et sacré à Paris le 29 juin. En 1882, il remplaça à l’Académie française Auguste Barbier, l’auteur des Tambes. ll est supérieur général de l'Oratoire. Mgr Perraud a publié des Études sur l'Irlande contemporaine, un ouvrage sur l'Oraloire de France aux xvnr et xix* siècles, et de nom- breux discours, panégyriques, oraisons funèbres et études diverses. Mgr Boyer est né le 21 juillet 4827 à Paray-le-Monial. Ses études, commencées au petit séminaire de Semur, furent brillamment pour- suivies au grand séminaire d’Autun. £n 1836, accompagnant ses parents qui retournaient dans le Midi, il fut incorporé au clergé provençal. Appelé comme secrétaire parti- “culier, près de Mgr Chalandon, archevêque d'Aix, M. l'abbé Boyer acquit de bonne heure la connaissance de l'administration diocé- Saine.

Successivement professeur au Grand Séminaire, doyen de la faculté de théologie d'Aix, Mgr Boyer fut nommé, en 1818, coadjuteur de Mgr Féron et préconisé évêque titulaire d”Éverie. L'année suivante, Mgr Boyer succédait à Mgr Féron sur le siège de Clermont, qu'il ne quitta qu'en 4892, sur les instances du Pape, pour ‘aller diriger l'archidiocèse de Bourges. Le nouveau cardinal est l'auteur de plusieurs ouvrages de théo- Logie fort estimés.

. La question des écoles en Angleterre. —Le premier bill important sur le question scolaire date en Angleterre de 18170, Le soin de l'instruction primaire ayant été laissé jusque-là à l'initiative -privée,: chaque paroisse possédait d'ordinaire son école, mais appar- tenant à l'Église d'Angleterre; aussi l'enseignement religieux qui y “tait donné ne pouvait-il convenir ni aux. catholiques romains, ni aux dissidents dont le nombre s'accroissait tous les jours. Ceux-ci d'ailleurs n'avaient pas toujours les ressources suffisantes pour la ‘fondation d'une école de leur propre confession; d'où il en résultait, ans beaucoup de districts, une augmentation inquiétante du nombre des illettrés. | , 26 REVUE ANGLO*ROMAINE

 Cet état de chose émut le Parlement, et en 1870 fut votée l'institu-

tion de conseils (Board schools), chargés d'établir des écoles officielles parlout où la création en serait jugée nécessaire. De plus, l'État pro- clamait pour la première fois le triple principe de l'obligation, de la gratuité et de la laïcité de l’enseignement primaire. #08 chez un peuple profondément religieux comme le peuple anglais, la laïcité absolue de l'instruction primaire devait bientôt ètre considérée comme impossible. Cest ce qui arriva; et dès 1874, on décréta un compromis, d'après lequel l'instruction ‘religieuse dans les écoles publiques — tout en gardant un caractère strictement non confessionnel — devait comprendre cependant l'enseignement des trois dogmes fondamentaux : existence de Dieu, divinité du Christ, et immortalité de l’âme, — avec lecture de la Bible, sans commen- laires. Cependant on conçoit que ce christianisme rudimentaire ne pouvait salisfaire ni les anglicans, ni les catholiques romains, ni même certains dissidents tels que les wesleyens, dont les différences de doctrine d'avec l'anglicanisme sont les moins considérables. Aussi, à côté des écoles oîMicielles ou tourd schools, subsistait-il des écoles libres ou voluntary schools, dans lesquelles la majorité des enfants continuait à venir chercher un enseignement plus conforme aux croyances reli- gicuses de leurs parents. Mais, tandis que les écoles libres, réduites pour la plupart à vivre d' aumônes et de souscriptions volontaires, parvenaient difficilement à assurer la gratuité de l'instruction donnée à leurs élèves, les écoles officielles, par contre, ayant, au moyen des conseils scolaires, le pouvoir de lever des taxes presque sans contrôle, se livraient à toutes sorles de dépenses extrayagantes, dans le seul but de faire concur- rence aux écoles libres. Et de fait plusieurs de celles-ci furent obligées d'abandonner la lutte et de fermer leurs portes. C'est alors que prit naissance, dans toute l'Angleterre, un grand mouvement d'opinion en faveur des écoles libres, mouvement qui, sans oublier les autres causes, n'aura pas êté étranger au triomphe du parti conservateur, aux dernières éleclions. La majorité du nou- veau parlement est inconteslablement favorable aux écoles libres; reste à savoir dans quelle mesure celles-ci verront leurs espérances réalisées. Dernièrement deux mémoires ont été présentés à lord Salisbury, sur la question : le premier signé par le cardinal Vaughan et le due de Norfolk au nom de ‘tous les évêques catholiques d'Angleterre et de Galles; le second signé par les archevèques d'York ct de Cantor- béry, au nom de l'épiscopat anglicau et de l’Église d'Angleterre dans son ensemblé. Nous publions plus loin le premier de ces deux docu- ments; nous publierons le second dans notre prochain numéro. Il està remarquer que, dans l'Église d'Angleterre, tout le monde n'est pas d'accord sur la condufle à tenir. Quelques-uns sont même ouvertement hostiles aux écoles libres : l'évèque d'Hereford, notam- ment, qui en politique, appartient au parti radical, a adressé au Times une lettre pour pratester contre le projet de loi des archevêques, déclarant que : « donner la liberté aux romanistes et aux anglicans CHRONIQUE 27

du parti extrême, ce serait aussi raisonnable que de faire cadeau d'un fusil aux Ku: des d'Arméuie, dans le pieux cspoir qu'ils ne s’en sersiront pas. » Je m'empresse d'ajouter que ces divisions sont forts rares ct que Sa Seigneurie est le seul des évêques anglicans qui ait ainsi protesté publiquement contre le bill des archevèques. C'était au contraire un imposant spectacle que cette députation de ces deux archevèques et de ces trente évêques de l'Église d'Angleterre venant dernièrement trouver lord Salisbury et le duc de Devonshire pour demander l'appui du gouvernement en faveur de leurs écoles. Leduc de De- sonshire, en sa qualilé de président du conseil privé dont dépend le département de l'instruction publique, a répondu le premier aux de- maodes formulées par l'archevèque de Cantorbéry au nom de la dé. putation. Sa réponse sèche et hautaine n'élait pas encourageante, et sans s'être rrononcé officiellement, Le duc. qui, par tempérament et par tradition, est demevré 2ieux kig, à laissé voir qu'il n'était pas favorable aux écoles libres. Heurou .emert, le marquis de Salisbury était à..et avec sa bonhomie et sa fincsse habituelles, est veuu rac- commuouer les choses. Il ne s'rst pas prononcé catégoriquement, mais il a promis «de faire teut ce qui était possible et de le faire le plus tt possibie ». 11 a affirié que les revendications du clergé an- gtican scraicnt prises en considération ainsi que celles des catho- liques romains, bien qu'ils ne fussent pas représentés dar:s la dépu- labion. Ajoutons que cette dernière déclaration a soulevé de nom- breux applaudissements et marques d'approbation. H convient de faire remarquer d'ailleurs que plusieurs membres du elergé et des laïques anglicans appartenant à la haute Église auraient préféré que le bill des archevèques se placât davantage et plus ouveriement qu’il ne le fait sur le terrain dela liberté ot de la justice pour ‘ous. Ils eus- sent aimé qu'on adoptât d'une manière unanime le prujet de loi des évêques catholiques qui pose la question de principe «vant d'entrer dans les détails. Parmi ceux qui dans l'Église d'Angicterre, profes- sentcette opinion, citons l'èvèque de Chester et Lord Halifax. Qu'adviendra-t-il de ces divers prajels? Le ministère serait exclu- sivement composé de conservateurs qu'il n'y aurait aucun doute quant à leur réalisation ; mais il ne faut pas oublier que, dans la pré- sente administration unioniste, les purs fories tels que lord Salisbury où M. Balfour sont obligés de tenir compte de l'opinion d'anciens ra- dicaux comme M. Chamberlain, et quiplus est, de véeur wighs tels que le duc de Devonsbhire, demeuré le docirinaire intransigeant d'autrefois. : Cependant la question scolaire ayant joué un si grand rôle aux dernières élections, peut-être le due lui-même comprendra-t-il qu'il serait dangereux d'aller à l'encontre des vœux des électeurs. Nous le verrons bientôt et aurons l'occasion d'en reparler lors de la dsenssion du bill du Parlement. — Viviax.

Le cardinal Vaughan et la question scolaire. — Au moment où nous mettons sous presse, le texte nous parvient d'une % REVUE ANGLO-ROMAINE

importante déclaration faite par le cardinal Vaughan sur la question scolaire, au sujet du mémoire des archevêques anglicans. Le car- dinal fait remarquer que les catholiques ne peuvent, sur tous les points de ce difficile problème, faire cause commune avec les angli- cans, principalement en ce qui concerne notamment cette partie de la déclaration faite par les archevêques d'York et de Cantorbéry, à savoir: « que l’Église d'Angleterre ne désirait pas se soustraire aux charges qu'elle a supportées dans le passé et aux sacrifices qu’elle a faits, car elle.est prête à continuer de les supporter. Les ‘catholiques, ajoute le cardinal, ne possèdent pas de biens considérables comme l'Église d'Angleterre, et ne peuvent dès lors faire de semblables promesses. Dans leur pauvreté, ils doivent réclamer, pour eux comme pour tous, la justice et le droit commun, c'est-à-dire leur part légitime dans les subsides accordés aux écoles sur les fonds publics. Dans une réunion qui a eu lieu ces jours derniers sous les auspices de la Catholic social union, un catholique de marque, lord Russell of Killowen, le Lord chiefjustice d'Angleterre, a parlé dans le même sens. Les catholiques vont entreprendre une campagne active dans tout le royaume, jusqu'à ce que le gouvernement leur ait rendu justice sur ce point.

Le Lord recteur de l’Université de Saint-André. — C'est un catholique romain, le marquis de Bute, qui vient d’être élu recteur de la grande université écossaise de Saint-André. Sa conver- sion au catholicisme et son mariage avec l’honorable Gwendolen Mary-Anne Howard, de la famille du duc de Norfolk, firent jadis sensation et servirent de thème à l’un des plus célèbres romans de Disraëli: Lothair. Beaucoup se souviennent de cet ouvrage. Lothair est un jeune pair d'Angleterre qui hésite entre le catholi- cisme, l’anglicanisme:et la libre-pensée, représentés respectivement par trois femmes, miss Arundel, lady Corisandre et Théodora. Cette dernière meurt; miss Arundel entre au couvent; quant à lady Cori- sandre, l'auteur lui fait épouser Lothair, qui finalement reste anglican. Telle est la conclusion du roman, mais l'événement donna tort à la fiction, et deux ans plus tard Disraëli assistait en personne, à l'ora- loire de Brompton, au mariage du vrai Lothair, devenu catholique avec la vraie miss Arundel.

Alexandre III. — Nous publions plus loin un discours pro- noncé par M. Pobédonostzeff, au mois d'avril dernier, cn l’honneur d'Alexandre IE. Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de mettre sous leurs yeux cet important document; l'âme russe s'y peint magistralement et avec une franchise qui mérite la plus sérieuse attention de l'Occident; on y peut aussi reconnaitre quel- ques-unes des raisons générales et profondes qui expliquent l'évolu- Lion de la politique russe en ce dernier quart de siècle.

M. l'abbé Boudinhon, notre éminent collaborateur, a publié dans le Canoniste contemporain une nouvelle étude sur les ordinalions angh- cmes 1, Ce travail comptera parmi les meilleurs, et nous le recomman- dons instamment à tous ceux que préocupe cette importante ques- tion. En aitendant que nous puissions en parler plus au long, voici une courle analyse et quelques extraits. . Tout d'abord M. l'abbé Bondinhon rend un juste hommage à MM. Denny et Lacey, les savants auteurs de Hierachuia anglhicana*. , « Une discussion loyale dit-il implique nécessairement le droit, pour chacune des deux parties, de faire entendre librementsa voix et de dévé- lopper ses arguments. Aussi, loin de blâmer les catholiques qui croi- raient devoir se prononcer en faveur des ordres anglicans, faut-il les- féliciter sincérement. A plus forte raison, ne saurait-0n faire un re- proche aux anglicans d'intervenir dans le débat et de faire valoir les raisons historiques et théologiques favorables à leurs ordres. C’est ce que viennent de faire les deux auteurs d’un livre remarquable : « De hierarchia anglicana, dissertatio apologetica ». MM. Ed. Denny etT. A. Lacey appartiennent tous deuxà l'Église établie, etfont partie de l'English Church Union, dont le nom même indique la noble fin que poursuivent ses membres. Le livre est un modèle de discussion courtoise et approfondie, qui impose à l'adversaire le même sérieux dans les recherches et les preuves, les mêmes sentiments de modé- ration et de loyauté. Sous ce dernier rapportj'espère n'avoir pas failli; du moins sciemment, et ce m'est un plaisir, autant qu'un devoir, de. rendre pleine justice à la parfaite correction de la polémique de la « dissertatio apologetica ».

Puis l’auteur examine : 4° le fait historique de la consécration de Barlow et Parker, 2° le rite, 3° l'intention, 4° les décisions et la pra- tique de l'Église. . 1° Le fait historique est admis comme certain. Un ? Pour se rendre compte si le rite anglican est suffisant, l'auteur, après s'être rangé à l'opinion d’aprèslaquelle l’oraisonet l'imposition des mains constituent la matière et la forme du sacrement de l'Ordre, a examiné si l’oraison de l'Ordinal doit être regardée comme suffisante. Dans ce but il compare les oraisons des différents rites admis par l'Église, puis il en déduit l'élément commun qui est considéré tomme nécessaireet chercheenfin dansl’Ordinal cetélémentcommun.

‘ Oudin, rue de Mézières, 10, Paris. | 3 Ces différents articles vont étre réunis en une brochure éditée par Lethislleux, avis. . » REVUE ANGLO-ROMAINE Par cette méthode l’abbé Boudinhon arrive aux conclusions suivantes : «4° il existe dans l'Ordinal, pour chacun des trois ordres-sacrements, une prière qui satisfait aux conditions requises, mais quiest trop éloignée de l'imposition des mains pour avoir avee celle-ciune union morale; — 2 pour le diaconat, l'absence lotale de canon consécra- toire ne permet pas de conclure autrement qu'à la nullité; — 3 la prière « AlmightyGod », pourle preshytérat, ne contenant pas claire- ment la demande de la grâce divine pour les futurs prêtres et pour les fonctions deleur ordre, ne semble pas satisfaire aux conditions imposées, et par suile, le presbytérat ainsi conféré est douteux, sinon invalide: — 3° enfin la prière « Alwighty God », pour l'épis- copat, semble bien renfermer tous les éléments requis, et par suile l'épiscopat ainsi conféré, à ne considérer que le rite, peut bien être regardé comme valide. «Telles sont les réflexions qui m'ontamené à modifier partiellement mes conclusions d'il ÿ à un an; il m'a semblé que je devais en faire part aux lecteurs du Cunoniste, non seulement parce que la question des ordinations anglicanes est toujours discutée, mais surtout parce u'elles peuvent jeter plus de lumière sur la théologie du sacrement e l'Ordre. Je n'ai pas modifié mon point de départ et ne rétracte pas ce que j'avais cru pouvoir avancer sur l'illégitimité etl'invalidité des formules d'ordination dépourvues de l'autorité de l'Église; mais j'avais conclu, je l'avoué, trop rapidement à l'insuffisance des for- mules anglicanes, ayant un peu trop vile admis ure différence subs- tantielle entre ces prières et celles des formes catholiques. En réalité, le vague et la variété de celles-ci réduisent à peu de chose leurs élé- léments communs, et dès lors, il est beaucoup plus facile que le rite anglican ait conservé ce que le rites catholiques ont d’essentiel, et, avec ces éléments essentiels, l’efticacilé qu'ils possèdent dans l'Église catholique. » 3° L’intention. « Quelle est la valeur d'un Ordinal rédigé, il faut bien le reconnaitre par des hérétiques et sous l'influence de préoccupations hérétiques relativement au sacrifice de la messe et au pouvoir de consacrer ? « Nous devons d'abord distinguer dans le rite des ordinations les parties essentielles, à savoir l'imposition des mains et l’oraison con- sécraloire, et les parties accessoires, c'est ire tout le reste. L'hé- résie exprimée dans les cérémonies accessoires ne saurait guère compromettre la validité du rite, précisément parce qu'il s'agit de cérémonies accessoires. Si, par exemple, les anglicans s'étaient con- tentés d'insérer, dans le Poutifical romain, le serment de la supré- malie royale, les ordinations n'en seraient pas moins valides; et, de fait, personne, que je sache, n'a prétendu trouver dans cette for- mule de serment, tout hérélique qu'elle soil, une cause de nullité des ordres anglicans. Pour cela l'hérésic devrait done se manifester dans les formes essentielles. Mais mème alors, l'hérésie peut exister de deux manières : l'hérésie formellement exprimée et l'hérésie que j'appellerai par prétérition. Dans le premier cas, c'est-à-dire si l'hé- résie était formellement exprimée, je n'hésilerais pas à regarder comme entachées de nullité les prières où elle se rencontrerait : ce serail là une différence essentielle d'avec les formes catholiques. Pour l'hérésie par prétermission, la question est plus délicate. Si les auteurs de FOrdinal, par suile de leurs préoccupations hérétiques, avaient omis de mentionner une idée, une vérilé dogmatique dont CR

                      LIVRES ET REVUES                           31

la présence serait nécessaire dans les formes catholiques, il faudrait encore adopter la même conclusion, et pour le même motif. Mais, si omission porte sur des idées que le rite catholique ne doit pas né- cessairement exprimer, ne pourra-t-on pas soutenir que l'hérésie est ici purement concomitante, et par suite sans effet sur l'efficacité es- sentielle de la formule de prière anglicane ? Or, si les prières angli- canes « Almighty God » sont hérétiques, elles le sont uniquement, il suffit de les lire pour s'en convainere, par prétérition ; encore est-ce là une sorte d'hérésie assez singulitre. Les auteurs de l'Ordinal en ont éearté soigneusement, dit-on, tout ce qui pouvait impliquer le caractère d'un sacrifice eucharistique et d’un sacerdoce sacrifiant. MM. Denny et Lacey ne l'admettent pas sans réserve, admettons-le pourtant. Ni l'une ni l'autre de ces idées ne se retrouve dans les an- ciennes formules ronaines de eonséeralion des évêques ou d'ordina- tion des prêtres ; ni l'une ni l'autre ne doit nécessairement être exprimée par les prières catholiques. Une omission de ectte nature moditie-t-elle la valeur d'une prière, en restreint-elle la portée et l'efficacité ? 11 est permis de le nier. Le sens et l'intention externe demeurent les mêmes, et de plus, comment une omission, même coupable, d'éléments non essentiels, pourrait-elle être nuisible ? Une: omission est-chose négative; si ce qui est omis n’est pas requis, pourquoi ce qui reste deviendrait-il inefficace? « En résumé, les arguments tirés du défaut de l'intention de Bariow et des évèques anglicans contre la validité des urdinations anglicanes ne sont valables que dans la mesure exacte où elles impliquent l'ob- jection principale, l'insuffisance du rite. »

En ce qui concerne les actes du Saint-Siège et la pratique de l'Eglise, l'auteur, après une remarquable étude des différents docu- ments en particulier de la Bulle de Paul IV, conclut ainsi : a La pratique erée en faveur dela théorie qui la supporte une pré- somption, parfois très forte ; mais celte présomption peut céder à de puissants motifs en sens contraire ; il suffit de laisser à la pratique son auturité acquise et ne pas s'imgérer à la modifler avant que l’au- : torité compétente se soit prononcée. « Conformément à ces principes, on peut, ce me semble, formuler les conelusions suivantes relativement aux ordinations anglieanes: La pratique de l'Église est certainement opposée à leur validité, ce qui donne naissance à une puissante présomption dans ce sens ; cette pratique a pour elle une auturité qui ne permet pas de la mo- difier tant que le Saint-Siège ne se sera pas prononcé. Mais, d'autre part, toutes les décisions relatives à ces ordres ayant un caractère exclusivement pratique, aucune d'elles ne faisant connuitre les rai- sons théologiques sur lesquelles elle est fondée, on ne peut dire que la question théorique soit définitivement tranchée. L'altitude de la Curie romaine, qui laisse librement discuter le problème, est à son tour un indice pratique que ces conclusions ne sont pas téméraires. » Que ces extraits suffisent pour le moment. Nous ne pouvons finir toutefois sans présenter à l'auteur toutes nos félicitations non pas seulement pour là science théologique qu’il montre dans ce travail mais surtout pour la loyauté et la franchise dont il donne une preuve peu commune. Après avoir soutenu, l'an passé, d’autres opinions, M. l'abbé Boudinhon n'a pas craint de reprendre son travail et d’ex- RE

32                         REVUE ANGLO-ROMAINE

primer des conclusions en partie différentes des premières. Le pro-
cédé est assez rare, en particulier chez les théologiens, dit-on, pour
mériter d'être signalé.

              NINETEENTH CENTURY : « The rigidity of Rome ».

' PAR M. WILFRID WARD.

     Dans le dernier numéro du WNinelenth Century, un écrivain catho-
lique bien connu, M. Wilfrid Ward, réfute les arguments du D' Jes-
sop tendant à démontrer le prétendu « exclusivisme » de l'Eglise
romaine,                                                                           .
     M. Ward pense que les préventions et les malentendus qui existent
entre les anglicans et les catholiques romains viennent surtout de ce
qu'ils ont vécu totalement étrangers les uns aux autres pendant 300
ans. Si l'on veut arriver à s'entendre, il faudra se départir de ce ton
d'âpreté et d’'aigreur que l'on rencontre trop souvent dans la contro-
verse    :



  « À l'heure présente, dit M. Ward, une réunion en un seul corps entre
Rome et tout nombre considérable d'Anglais n’est pas chose possible. Les
divergences d'opinion et les malentendus sont trop profonds et trop
étendus... La base nécessaire pour un accord intellectuel n'existe en ce
moment ni d'un côté ni de l’autre.
 « Si la longue durée de la séparation qui barre le chemin de la réunion
était vraiment due à une   insistance telle sur les points de désaccord que
l'on nes ‘apercevrait même plus qu'il y eût des points d'accord, — ne pour-
rait-0n pas en arriver
                     à changer peu à peu sa manière de faire, en insis-
tant, par exemple, sur les points où l'accord existe jusqu'à ce qu'on en soit
arrivé par làà une bonne foi mutuelle, qui permettrait alors de discuter les
points sur lesquels on se trouve en désaccord?
   « La réunion immédiate ou bien la guerre ne sont pas les seules alterna-
tives possibles. Un sentiment de fraternité envers ceux qui, comme nous,
professent la foi chrétienne, une détermination bien arrêtée de travailler
de concert avec eux lorque nous le pouvons et de préférer coopérer pour le
bien au lieu de nous livrer à de vaines disputes dans un but égoiste, c'est
là un programme sinon de réunion, du moins de rapprochement.
   « L'esprit de polémique substitue la chaleur à la lumière et rend tout
rapprochement et toute assimilation pour ainsi dire impossible. La con-
troverse ne peut porter aucun    fruit,   si elle veut cesser d'être un simple
plaidoyer, à moins qu’elle ne se ressente d’un esprit de sympathie qui
aurait servi à arrêter dès l'abord sur quels points l’on.s’accordait et sur
quels autres l’on se touvait différer. C’est alors, mais alors seulement, que
nous    pourrons espérer que   la controverse ne    servira plus   seulement   à
satisfaire l'esprit de gens déjà convaincus, mais bien à établir des vérités
si évidentes qu’elles commanderaient l'attention et la conviction de tous. »

LEONIS PAPÆ XIII EPISTOLA APOSTOLICA AD ANGLOS

                       LEO       PP. XIII              °
                             Ad Anglos
          regnum Christi in Fidei unitale quærentes
                  Salutèm el pacem in Domino.

Amantissimæ voluntatis significationem sibi quoque a Nobis habeat gens Anglorum illustris. — Eam quidem allocuti communiter sumus, data non multo antehac epistola apostolica ad principes et populos universos : verumtamem ut id propriis litteris eMiceremus, jam Nobis admodum in desi- derio resederat. Desiderium alebat ille quo semper fuimus animo propenso à nationem vestram, cujus res a vetustate præclaras christjani fasti loquentur : eaque amplius movebant quæ non infrequenti cum popula- ribus vestris sermone acceperamus, tum de observantia Anglorum in Nos humanissima, tum præcipue de calescentibus istic animorum studiis in eo, ut pacem sempiternamque salutem per fidei unitatem requirant. — Testis autem est Deus quam incensam foveamus spem,.posse operam Nostram afferre aliquid ad summum christianæ unitatis negotium in Anglia tundum et procurandum : Deoque, benignissimo conservatori vitæ, babemus gratiam, qui, ut istud etiam contenderemus, hoc Nobis ætatis incolumitatisque concesserit. Quoniam vero optati exitus expectationem nullain re magis quam in admirabili gratiæ ejus virtute collocamus, in idpsum propterea appellare Anglos, quotquot gloriantur christiano xomine, meditato consilio decrevimus. Atque eos invitamento et alloquio cohortari aggredimur, ut pariter erigant ad Deum et intendant fiduciam, opemque ab ïllo, tantæ rei maxime necessariam, assiduitate sanctarum precum implorent. Caritati in vos providentiæque Nostræ facta Pontificum decessorum prælucent, in primis Gregorii Magni; cujus quideminsignia de religione ac de humanitate promerita, jure in gente vestra singulari quodam nomins coliaudantur. Quum enim pro convertendis Anglis Saxonibus quemadmodum in monachatu proposuerat, assiduis cogitationum fluctibus urgeretur!, si apostolicos in eis labores præsens quidem obire, ad ampliora destinante Deo, non potuit mirum sane quo ille animo, qua constantia grande propo- situm institit perficiendumque curavit. Nam ex ipsa monachorum familia, quam domi suæ ad omnem doctrinam et sanctimoniam eximie formaverat, iluc delectam manum, beati Augustini ductu, alacer mittit, contra miseram superstitionem nuncios evangelicæ sapientiæ, gratiæ, mansuetu- dinis. Cœpta porro sua nullis humanis subnixa præsidiis, et spem per difficultates crescentem, plena tandem videt et cumulata. — Cujus eventum rei eidem Augustino per litteras nuncianti, triumphans ipse gaudic ea rescripsit : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonæ voluntatis :

! Joan. Diac. in Vila ejus 1, 33.

REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. I.     — 3

| es. nd DS nn. ‘

  34                               RÉVUE ANGLO-ROMAINE
  gloria Christo.... cujus morte vivimus, cujus infirmitate roboramur, cujus
  amore in Britannia fratres quærimus quos ignorabamus, cujus munere quos
  nescientes quærebamus, invenimus. Quis aulem narrare sufficiat quanta hic
  lætitia in omnium corde fidelium fuerit exorta, quod gens Anglorum, operante
  omnipotentis Dei gralia, et tua Fraternitate laborante, expulsis errorum
  tenebris, sanctæ fidei luce perfusa est : quod mente integerrima jam caleat
  idola,   quibus prius vesano timore subjacebat 3? Idemque        Ethelberto       regi
  Cantii et Bertæ reginæ gratulatus est epistolis perbenignis, quod altera
   ecordandæ memoriæ Helenam, alter Constantinum piissimum Imperatorem
  essent imitati 3; tum utrumque’et gentem saluberrimis monitis confirmavit,
  plenisque prudentiæ institutis provehere et augere reliqua vita non desiit.
  Ita in Britanniæ finibus christianum nomen, temporibus priscis ab ipsa.
  Ecclesia invectum, propagatum, vindicatum
                                          4, quod exterarum deinde occu-
  patione gentium oppressum, longo intervallo defecerat, feliciter Gregorio
  auspice restitutum est.
     Hæc principio revocare libuit, non ideo solum quia per se egregia sunt
  et Ecclesiæ Christi gloriosa, sed quia populo Anglorum, cujus gratia sunt
  gesta, certe erunt ad commemorandum pergrata. — At vero, quod magni
  interest reputare, eadem caritatis Gregorii instantiæque argumenta, trans-
  missa veluti hæreditate, in eis non dissimiliter apparent qui Pontifices
  successerunt. Sive enim dignis pastoribus designatis, sive datis humanæ
  divinwque doctrinæ magistris optimis, sive disciplinæ et hortationis suppe-
  ditatis auxiliis, diligentissime est ab illis abundeque præstitum quidquid
  resurgenti apud vos ecclesiæ ad firmamentum erat opus et ubertatem.
  Hujusmodi curis perbrevi sane tempore respondit exitus; nec enim
  usquam fortasse altius in animis recens fides insedit, neque acriores
  pietatis sensus erga beatissimi Petri Cathedram viguerunt. Cum quo
  christianæ unitatis centro, in romanis Episcopis divinitus constituto, jam
  tum summa Anglis conjunctio intercessit decursuque ætatum perstitit,
  fidelissimo obsequio, firma : id quod tam multis tamque nobilibus rerum
  monumentis consignatum est, nihil ut testatius fieri queat.
     Verum sæculo sexto decimo, in illa religioni catholicæ asperrima per
  Europam tempestate, Anglia simul, neque ignota est causa, gravissimum
  vulnus accepit : quæ primum divulsa a communione Apostolicæ Sedis,
  dein ab ea fide sanctissima abducata est, quam complura jam sæcula, cum
  magno etiam libertatis emolumento, læta coluerat. Dissidium triste! quod
  decessores Nostri ex intima caritate deploraverunt, omnique providentiæ
  ratione conati sunt restinguere et profluentem inde malorum vim demi-
  nuere. Longum quidem est, neque est necessarium, seriem persequi earum
  rerum quæ ipsorum in hoe sedulam perpetuamque curam declarent. —
  Prwsidium vero insigne et prævalidum ab ïis paratum est quoties pecu-
  liares indixerunt preces eo. proposito ut Deus Angliam suam benignus
  respiceret. Cui eximio caritatis operi sese nonnulli majorem in modum
  dediderunt viri sanctitate illustres, nominatim Carolus Borromæus et Phi-
  lippus Nerius; maximeque superiore sæculo Paulus ille, auctor Sodalitatis

    2 Epis!. x1, 28, al. 1x, 58.
    3 Jb, x1, 66, al. 1x, 60; xt, 29, al. 1x, 59.
    4 In hoc valde egit sanctus Cælestinus I. adversus hæresim pelagianam quæ
  Britannos infecerat. Qua de re sanctus Prosper Aquitanus, scriptor ejusdem
  ætatis, idemque postea sancti Leonis Magni notarius, sic habet in suo Chronico :
  « Agricola pelagianus, Severiani pelagisni episcopi filins, ecclesias Britanniæ
  dogmatis sui insinuatione corrupit.     Sed ad actionem   Palladii diaconi,       papa
  Cælestinus Germanum, antissiodoroensem eiscopum vice sua mittit, et deturbatis
  hæreticis, Britannos ad catholicam fidem      git. (Migne, Bibl. PP. S. Prosp.
  Aquit, Opp., vol. I, pag. 594.)

LEONIS PAPÆ XIII —— EPISTOLA APOSTOLICA AD ANGLOS 35

a Cbristi Passione, qui, non sine quodam cælesti afflatu, ut proditum est, ad thronum divinæ gratiæ supplicando instabat, eoque enixius, quo minus favere optatis tempora videbantur. — Nosmetipsi, multo etiam antea quam ad summum sacerdotium eveheremur, hoc idem religiosæ precationis officium in eamdem causam impensum, et magni fecimus et valde proba- vimus; hujusque rei jucunda quædam subit animo recordatio. Quo enim tempore belgica in legatione versaremur, oblata Nobis consuetudine cum Ignatio Spencer, ejusdem Pauli sancti a Cruce slumno pientissimo, tunc nempe accepimus initum ab ec ipso, homine anglo, consilium de propa- ganda certa piorum societate, rite ad Anglorum salutem comprecantium. {Ad hoc precem ille præcipuë suadebat salutationem angelicam ; impetra- vitque a Cætu solemni Ordinis sui, Romæ babito an. MDCCCLvII, singulare de ea re præcteptum sodalibus omnibus ejusdem Ordinis.) Tale consilium, et fie et amore fraterno excellens, vix attinet dicere quanta Nos gratia complexi simus quantaque studuerimus ope fovere, præcipientes cogita- tione largum inde utilitatis solatium anglicæ genti consecuturum. Fructus autem divinæ gratiæ ex bonorum precibus impetrati, non obscure quidem ante illud tempus provenerant; exinde tamen, sancto ejusmodi fœædere latius dimanante, majore copia extiterunt. Factum est enim ut complurss, clarissimo etiam nomine, admonenti vocantique Deo pii volentes parue- rint; idque non raro per maximas privatim jacturas, animo excelso, Præterea mira quædam commota est passim inclinatio animorum erga fidem et instituts catholica; ut ad hœæc accessio non minima facta sit existimationis et. reverentiæ, præjudicatas opiniones delente studio veritatis. Querum rerum progressionem considerantibus, sic Nobis persuasum est, beneficio potissimum unanimæ supplicisque tam multorum ad Deum obsecrationis, maturari jam tempus quo benignitatis ejus erga nationem vestram consilin se amplius prodant, ut plane sermo Dei curraf et clari- fcctur 5 — Fiduciamque adjuvant quædam ex humana civilique rerum, vestrarum temperatione momenta, quæ si minus proxime ad id quod propositum est conducunt, conducunt tamen, vel dignitatis humanæ tuenda honestats vel justitiæ caritatisque legibus dirigendis. — Sane apud vos multa datur opera causæ, quam vocant socialem, dirimendæ, de qua consulto est a Nobis ipsis actum encyclicis litteris : sodalitia quoque babentur providenter condits ad æquam opificum plebisque levationem et disciplinam. Optimum similiter, quod tanta cum alacritate et firmitate contenditur, ut in populo maneat religiosa institutio quo nullum certe stabilius est educandæ soboli continendoque domestico et civili ordini fundamentum. Est item in laude, multos diligenter studioseque in id incumbere ut potus intemperantia, indigna homine labes, tempestivis cautionibus comprimatur. Iilud autem egregium, coalitas nobiliorum juvenum societates, custodiendæ morum debitæ continentiæ, atque honori qui par est, in feminas observando : nam dolendum, opiniones de chris- tiana continentia serpere exitiales, quasi arbitrantium non tam restricte eo præcepto teneri virum, quam femine teneatur. — Nec sine causa prudentes viri extimescunt rafionalismi et materialismi pestes, a Nobismetipsis sæpius damnatas; quarum contagioné quidquid usquam auctoritatis est in reli- gione, in studiis doctrinæ, in vitæ usu, tollitur funditus vel admodum infirmatur. Quam ob rem illi præclare consulunt qui non timide complec- tuntur atque etiam asserunt summe Dei et Cbristi ejus jura, leges, documenta; his namque divinum in terris regnum consistit; hinc omnis

5 11 Thess. mt, . 36 REVUE ANGLO-ROMAINE

potestas et sapientia et incolumitas derivatur. — Probeque indolem vestram virtutemque declarat multiplex beneficentiæ ratio; de languida* senectute, de pueritia derelicta, de invaletudine perpetua, de inopia calamitosa, de periclitanti pudore, de vitiositate corrigenda, curæque aliæ: similes, quas antiquitus Ecclesia mater studiose induxit nulloque tempore- destitit commendare. Nec prætereunda est dierum sacrorum publice inviolata religio; neque ille reverentiæ habitus, quo in divinarum libros. Littertrum animi fere ducuntur. — Potentia denique et opes nationis britannicæ, humanitatis libertatisque beneficia una cum commerciis in oras ultimas proferentis, cui non merito sunt spectatæ? Ex hoc tamen laudatarum rerum concursu et agitatione mens tollitur ad summum omnis efficientiæ principium fontemque jugem bonorum omnium; ad Deum, beneficentissimum nobis e cælo patrem. Neque enim, nisi exorato et propitio Deo, illæ res vere sunt, uti oportet, privatim vel publice valituræ : quippe, Beatus populus, cujus Dominus Deus ejus 6. Sic igitur animum christianus, homo affectum confirmatumque habere debet, ut rerum suarum spem reponat maxime et defigat in ope divina quam sibi paret orando : inde scilicet fit ut ejus actioni quiddam humano majus et generosius accedat, beneque merendi voluntas, veluti superno ardore incitata, multo se amplius atque.utilius cffundat. — Deus nimirum, data exorandi sui facultate, permagno mortales et honore affecit et beneficio; idque præsidium omnibus omnino promptum est nec operosum, nullique ex animo adhibenti recidit irritum : Magna arma sunt preces, magna secu- ritas, magnus thesaurus, magnus portus, tulissimus locus ?. Quod si divinum numen religiose oranti ea licet expectare quæ ad prosperum hujus vitæ statum proficiant, perspicuum est nihil non ei sperandum, ad æternitatem vocato, de præstantissimorum adeptioce bonorum, quæ humano generi Christus peperit sacramento misericordiæ suæ. Ipsemet, factus nobis sapientia a Deo.et justilia et sanctificalio et redemptio &, ad ea omnia quæ in id provi- dentissime docuit, constituit, effecit, salutaria orandi adjecit præcepta, eademque roboravit benignitate incredibili. Sunt ista quidem nemini christiano non cognita; tamen haud satis recoli a plerisque et adamari solent. Hoc Nobis dat causam ut orandi fiduciam vehementius excitemus, Christi Domini ipsius verba pater- namque caritatem renovantes. Illa nempe gravissima et promissis uberrima: Et ego dico vobis : Petite et dabitur vobis; quæritle et invenietis; pulsate et aperietur vobis : omnis enim qui petit, accipil, et qui gæærit, invenit,: et pulsanti aperietur® : quæ mirifice illustrant Dei providentis consilium, ut precatio sit et indigentiæ nostræ interpres et eorum quibus indigeamus certa conciliatrix. Quo vero majestati Patris vota nostra accepta grataque fiant, ea Filius cum suo ipsius deprecatoris merito et nomine omnino jubet nos conjungere et exhibere : Amen, amen dico vobis; si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis. Usque modo non petistis quidquam in nomine meo : petite et accipietis, ut gaudium vestrum sit plenum ". Tum similitu- dine etiam benevolentiæ actuosæ, qua sunt animati parentes in liberos, rem confirmans : Si vos, inquit, quum sitis mali, nostis bona data dare filiis vestris; quanto magis Pater vester de cælo dabit spiritum bonum petentibus se? Magna procul dubio lectissimorum munerum copia eo spiritu bono

€ Ps. cxzun, 15. . 7 Chrys. Hom. xxx, in Gen. 4.

10 Joann. xvi, 23-24. #1 Luc. x1, 13. LEONIS PAPÆ XII — EPISTOLA APOSTOLICA AD ANGLOS 87 continetur; atque illa maxime inest arcana vis de qua Christus ipse commonuit : Nemo potest venire ad me, nisi Pater qui misif me, frarerit em V3. Tali disciplina ‘instituti, fieri nequamquam. potest ut non invi- tentur, non impellantur animi ad salutarem orandi consuetudinem : nimium vero quantum in id et perseverantia insistént et exardescent pietate, ubi sese ad exempla Cbristi contulérint. Qui nihil timens, nulla re egens, quippe Deus, tamen erat pernoctans in oratione #3, atque obtulit preces supplicationesque........ cum clamore valido el lacrimis 4 : iâque peragens Îa se Patri exhibere voluit precatorem ut meminisset se nostrum esse doclorem, prout ipse sapienter vidit, nationis vestræ ornamentum, venerabilis Beda 45. At Christi Domini præceptionem in hac re et exemplum nihil profecto luculentius comprobat quam supremus ille sermo quem, cruciatibus proximus necique, ad apostolos habuïit. ‘In ‘quo, sublatis in cælum oculis spirante pectore caritatem, Patrem sanctum etiam atque etiam compel- lavit, id rogans, id flagitans, ut arctissima inter alumnos sectato- resque suos conjunctio foret et permaneret in veritate; idque tamquam evidens argamentum legationis suæ divinæ in oculis gentium pates- ceret 15, Hoc loco gratissima enimvero obversatur cogitationi unitas fidei et voluntatum, cujus gratia Redemptor et Magister noster in ea supplica- tione ingemebat : quam unitatem, rei quoque civil domi forisque peru- tilem, hæe vel maxime tempora, dissociatis adeo perturbatisque animis, plane deposcunt. Quantum in Nobis fuit, nihil, admodum quod Christi exemplum et conscientia officii admoneret, videmur prætermisisse vigi- lando, hortando, providendo; Deoque imploratione supplicavimus humili et supplicamus, ut nationes de fide christiana dissentientes pristinam tandem repetant unitatem. Id proximo tempore non semel affirmateque significavimus, neque uno consilii modo acriores in idem curas conferre isstituimus. Quam vero feliciter Nobis beateque, si rationem pastorum principi instante jam tempore reddituris, id contingat ut de his votis, quæ ipso aspirante et ducente aggressi sumus perfcere, libamenta ei non exigua fructum afferamus! — Per hos autem dies magna cum benevo- lentia et spe habemus animum ad Anglorum gentem conversum; in qua intuemur crebriora et manifestiora indicia divinæ gratiæ, salutariter animos permoventis. Satis enim apparet, ut quotidie offendat non paucos œmmunitatum -suarum in rebus maximis vel confusio vel repugnantia; ut ali videant qua opus sit firmitate adversus novum variumque errorem, ln prava naturæ et rationis placita abeuntem; ut augeseat hominum numerus religiosiorum ac prudentiorum, qui conjunctioni cum Ecclesia catholica instaurandæ ex animo multumque studeant. Kloqui vix pos- Fumus quam vehementer et hæc et similia plura caritatem Christi in Nobis acuant; quantaque contentione uberioris a Deo gratiæ munera devocemus, quæ animis ita affectis infusa, in fructus exeant optatissimos. Bos videlicet fructus, ut occurramus omnes in unitalem fidei et agnitionis Fil Dei 1, Solliciti servare unitatem spiritus in vinculo pacis : unum corpus ttinus spiritus, siout vocati.estis in una spe vocationis vestræ; unus Dominus, #na fides, unum baptisma 18.

Joann. vi, 44.

#3 Luc. vi, 42. #4 Hebre. v, 1. 55 Ja ev. S. Joann. xvu, 24. #6 Joann. xvit, 24.

Eph. iv, 18.

58 16. 3-5. 38 REVUE ANGLO-ROMAINE

Vos igitur omnes cujusvis communitatis vel instituti, quotcumque in Anglia estis ad hoc unitatis sanctæ propositum revocandi, sermo Noster peramanter appellat. Sirite obtestemur vos per sempiternam salutem perque gloriam christiani nominis, ut preces fundere atque vota summo Patri cælesti demisse impenseque facere ne renuatis. Ab ipso, omnis luminis largitore omnisqué recte facti suavissimo impulsore, opportuna petere adjumenta contendite, ut liceat vobis doctrinæ ejus plene dispicere veritatem, ejusdemque misericordiæ consilia fidelissime amplecti, augusto nomine interposito et meritis Jesu Christi, in quem aspicere oportet auctorem fidei et consummatürem , quique dilexit Ecclesiam et seipsum tradidit pro ea, ut illam sanctificaret....... ut exhiberet ipse sibi gloriosam Ecelesiam *. Difficultates, si quæ sunt, non sunt tamen ejusmodi ut aut caritatem Nostram apostolicam omninoiis retardari, aut voluntatem vestram deterreri oporteat. Esto, quod rerum conversionibus ac diuturnitate ipsa dissidium convaluerit : num idcirco reconciliationis pacisque remedia respuat omnia? Nequaquam ïita, si Deo placet. Sunt eventus rerum, non provisione humana tantummodo, sed maxime virtute pietateque divina metiendi. In rebus enim magnis atque arduis, si modo sint sincero et bono animo susceptæ, adest homini Deus, cujus providentia ab ipsis inceptorum difficultatibus capit quo magnificentius eluceat. — Ad solatium communis spei haud longe abest ut sæculum condatur tertium decimum, postquam missos ex hac Urbe apostolicos viros, quod initio commemoratum est, gens anglica auspicato excepit, spretaque vana numinum religione, primitias fidei suæ Christo Deo consecravit. Res quidem, si qua unquam fuit, cele- bratione et gratiis publice digna, quippe quæ vobis et magnam beneficiorum copiam et amplitudinem nominis per ætates adduxit. Tali autem ex recor- datione memoriæ utinam id præcipue bonum sequatur, ut studiosos recti animos cogitatio capiat et æstimatio justa de fide; quæ non alia majoribus illis vestris tradita est, non alia nunc traditur. Nam Jesus Christus heri et hodie ipse et in sæcula, ut Paulus prædicavit apostolus ?!; qui peropportune vos etiam hortatur ut memores sitis patrum vestrorum, qui vobis locuti sunt verbum Dei; quorum intuentes exitum conversationis, imitamini fidem 1. Socios adjutoresque in causa tanta catholicos Angliæ, quorum explora- tissima est Nobis fides et pietas, præcipue advocamus. Qui sacræ preca- tionis dignitatem virtutemque frugiferam sedulo apud se perpendentes, nihil dubium quin certare velint ut inde suis omni ope succurrant, eisque et sibi demereantur Dei clementiam. Nam ut quis sua causa oret, cogit sane necessitas; ut oret aliorum causa, studium hortatur fraternum : facile autem apparet plus quidem gratiæ habituram esse apud Deum precem, non quam transmittat necessitas, sed quam caritas fraternitatis commendet. Id certe christiani ab Ecclesiæ usque primordiis alacres præstiterunt. In eo potissimum quod attinet ad fidei donum, præclara sunt ad imitationem quæ antiquitas tradidit; quemadmodum illi cognatis, amicis, principibus, civibus suis inflammato studio postularent a Deo mentem obedientem in christianam fidem #3. — Conjuncta in re accedit aliud quod Nos habet sollicitos. Est enim compertum Nobis, non deesse istic qui nomen catho- licum teneant ji quidem, re vero et professione non ita, ut æquum est, probare curent; maxime vero, in amplis primariisque urbibus, ingenti

 19 Hebr., xu, 2,
 20 Eph. y, 25-27.
 #1 Hebr. xt, 8.
 22 Jb. 7.
 23 S. Aug. De dono persev. xxni, 63.

LEONIS PAPÆ XIII — EPISTOLA APOSTOLICA AD ANGLOS 39

xumero esse homines qui religionis christianæ ne ulla quidem elementa bauserint, quique non modo nullum Deco adhibeant cultum, sed in cæca ignoratione justitiæ bonitatisque ejus versentur. In hac item calamitate orandus, excrandus est Deus : velit ille, qui potest unus, aptas curationi monstrare vias, velit eorum animos viresque sustinere qui in ea ipsa causa jem desudant, velit mütere operarios in messem suam. — Quod Nos depre- eandi officium quum in filiis Nostris urgemus, eosdem pariter debemus velle admonitos, ut ne quid de se desiderari ullo modo sinant quod impe- trationis frucium efficiat, habeantque propemodum sibi quæ Corinthiis edixit Apostolus : Sine offensione estote Judæis et Gentbus et Ecclesiæ Dei ?4, Nam, præter virtutes animi, quas ipsa precatio in primis postulat, eam comitentur necesse est actiones et exempla christianæ professioni consen- tanea. Integritatis exempla et justitiæ, miserationis in egenos et pœnitentiæ, concordiæ domesticæ et verecundiæ legam, optimæ sunt orantium com- mendationes. Qui sancte colunt et perficiunt præcepta Christi, eorum scilicet votis divina liberelitas occurrit, secundum illud promissum :Si mumnserilisin me et verba mea in vobis manserint, quodcumque volueritis pelelis, et flet vobis #. — Id autem est, quod in præsentia, consociata Nobiscum prece, singulariter a Deo velitis hortamur, ut detur vobis cives concordes fratresque in complexum perfectæ caritatis excipere. Ad hæc, Cælitum sanctorum adjungere juvat deprecationem : cujus eficacitas quantum, hac præsertim in re, emineat, illud Augustini docet de Stephano acute dictum : Si sanctus Stephanus sic non orasse, Ecclesia Paulum hodie non haberet %. ]taque suppliciter imploramus Gregorium, quem suæ gentis salutare Apostolum Angli consueverunt : Augustinum, alumnum et legatum ejus, ceterosque, quorum admirabili virtute, admi- rabilibus factis, ista dilaudata est altrix Sanctorum insula : singularesque Batronos, Petrum Principem apostolorum et Georgium; ante omnes sanctissimam Dei Genitricem, quam hurmano generi Christus ipse e cruce reliquit atque attribuit matrem, cui regnum vestrum nobilissimo præconio, tamquam Dos Mariæ, inde a proavis est dedicatum. Eos cunctos magnis Precibus adhibemus apud Deum suffragatores, ut renovatis temporum Optimorum auspiciis, ipse repleat vos omni gaudio et pace in credendo, ut bundetis in spe et virtute Spiritus sancti %. Peculiaria vero precum officia quæ jam, ad fidei unitatem, statis diebus modisque sunt apud catholicos instituta, ea curandum ut majore et frequentia et religione celebrentur. In primisque vigeat sancta marialis Rosarii consuetudo, a Nobismetipsis tantopere excitata : eo quidem veluti summa evangelicæ doctrinæ perapte continetur, ab coque saluberrimæ in populos utilitates perenni cursu fluxerunt. Hoc amplius, ad sacræ indul- gntis beneficia, quæ subinde a Decessoribus sunt in eodem genere Concessa, unum quoddam adjicere placet sponte et auctoritate Nostra. Îd est, qui rite precem recitaverint quam huic epistolæ subjicimus, indul- &ntiam singulis, etiam non anglis, dierum trecentorum tribuimus, ple- ariam præterea, semel in mense, recitantibus quotidie, consuetisque wrvatis conditionibus. Hæc omnia augeat expleatque divina obsecratio Christi de unitate : quem hodierna die per sacratissimum Resurrectionis ejus mysterium iumensa cum fiducia iteramus : Pater sancte, serva.eos in nomine {uo, quos

3 1 Cor. x, 32. % Joan. xv, 1. %# Serm. in nat. S. Steph. vi, n. 5. & A7 Rom. xv, 43. 2 Joann. xva, 44, 17, 20, 24, 23. 40 . REVUE ANGLO-ROMAINE dedisti mihi; ut sint unum, sicut et nos... Sanctifica eos in verilale : sermo tuus veritas est... Non pro eis autem rogo tantum, sed et pro eis qui credituri sunt per verbum eorum in me, ut omnes unum sint, sicut tu Pater in me et ego in te, ut et ipsiin nobis unum sint.. Ego in eis, et tu in me : ut sint consum- mati in unum ; et cognoscat mundus quia tu me misisti, et dilexisti eos, sicut et me dileæisti38, . Jamvero universæ Britannorum genti fausta a Deo omnia cupimus et exoptamus : summa vero precamur voluntate, ut quærentibus regnum Christi et in fidei unitate salutem vota plena eveniant. Datum Romæ apud Sanctum Petrum, die xiv aprilis anno MDCCCLXXXXV, Pontificatus Nostri decimo octavo.

                               LEO, PP. XIII
 AD SANCTISSIMAM VIRGINEM PRO ANGLIS FRATRIBUS PRECATIO

O beata Virgo MARIA, Mater Dei, Regina nostra et Mater dulcissima, benigne oculos tuos converte ad Angliam, quæ DOS tua vocatur, converte ad nos, qui magna in te fiducia confidimus. Per te datus est Christus Salvator mundi, in quo spes nostra consisteret; ab ipso aulem.tu data es nobis, per quam spes eadem augeretur. Eïa igitur, ora pro nobis, quos, tibi apud Crucem Domini excepisti flios, o perdolens Mater : intercede pro fratribus dissidentibus, ut nobiscum in unico vero Ovili adjungantur summo Pastori, Vicario in terris Filii tui, Pro omnibus deprecare, o Mater piissima, ut per fidem, bonis operibus fecundam, mereamur tecum omnes contemplari Deum in cælesti patria et collaudare per sæcula. Amen.

                          ALEXANDRE III

Discours prononcé à Saint-Pétersbourg devant Sa Majesté l'Empereur Nicolasil, le 6/18 avril 1595, à une séance de la Sociéte d'histoire, dans le palais d'Anütchkoff, par Son Excellence Constantin P. Pobédonostzeff, Haut procu- reur du Très Saint Synode.

L'homme fait l’histoire ; mais il n’est pas moins vrai, et peut-être est-il encore plus important de constater, que l’histoire fait l’homme. L'homme ne peut ni se connaitre lui-même, ni se rendre intelligible autrement que par son histoire tout entière. L'esprit humain, dès le premier moment de son existence, se dirige par une marche constante et irrésistible vers l'expres- sion, vers l'incarnation, dans l'action, de chaque faculté, de chaque pensée, de chaque sensation qu'il possède, et tout ce cycle d'événements et d'actions constitue la vie humaine. Dans ce sens la vie, en composant un tissu d'événements, liés les uns aux autres par un lien logique d'effet et de cause, est en même tempsun mystère de l'âme : ily a dans la vie des événements qui, d'une manière fatale et mystérieuse, agissent sur l'âme sensible, et qui déterminent les aspirations, la volonté, le caractère et toute la destinée de l’homme. Mais l'homme est le fils de sa patrie, le produit de son peuple : os des os, et chair de la chair de ses ancêtres, qui eux-mêmes sont les fils du même peuple, et sa nature psychique et aussi la leur, avecses qualités dis- tinctives et ses défauts, avec ses tendances insconscientes qui cherchent un but voulu. Chaque peuple, comme chaque individu, a son histoire, son L'AME RUSSE M

réseau d'événements et d’actions dans lesquels l'âme du peuple s'efforce de s'incarner. Dans la science de l’histoire l'esprit investigâteur, en recher- chant d'une manière critique les faits, les actions etles caractères, cher- cheà déterminer leur authencité précise, et à saisir leurs liens mutuels et leur sens caché dans les destinées de la vie sociale et politique du peuple. C’est avec un intérêt profond, avec plaisir, avec étonnement que nous lisons les pages de ce livre, et nous sommes enchantés de la finesse de son esprit critique, de l’habileté de l'artiste; selon l’ancien dicton, l’histoire est l'institutrice des peuples, des citoyens et de ceux qui gouvernent, mais qui entre eux ont profité de ses leçons? Qui, en composant un livre qui avait occupé toute son attention, n’a pas éprouvé dans son âme le sentiment amerqu'il n'a-fait que remettre en lumière dans ses pages l'histoire, vieille comme le monde, de l’orgueil humain, pleine d’égoisme, de violence et d'ignorance, un rouleau sur lequel étaient écrits ces mots : « pitié, lamen- tation, douleur ? » Dans un sens différent et plus profond, l’histoire du pays et du peuple forme l'homme, qui est le fils de son pays, s’il possède une âme sensible. Une telle âme apporte à l'étude de l’histoire la vivacité de ses sentiments, el alors chaque fait, chaque caractère historique s'accorde avec les croyances de l'âme, avec la capacité et l'étendue de l'intelligence, à tel point que sa vie spirituelle devient pour l’homme le texte auquel les chroniques de l’histoire servent de commentaires. Vus sous ce jour, les événements lui révèlent leur signification mystérieuse, et les chroniques mortes se raniment par la poésie de la vie spirituelle du peuple entier. Par contre, la science, en ana- Ivsant les faits et les témoignages, n’y voit plus qu'une légende qui s'est formée dans l'imagination du peuple ; mais cela même acquiert l'importance d'un événement, se justifiant dans la vie et dans l'histoire, et devient une vérité pour l’esprit, quelle que soit l’analyse décomposante de l'historien érudit, parexemple, dans l’investigation des légendes de Wladimirle Grand, de Dmitri Donskoi, de Serge ou d'Alexandre Newski. Pour l'âme sensible cette manifestation, ce type restera toujours une constellation qui la réchauffe de ses rayons, et qui accomplit sa carrière au-dessus d'elle dans le frmament céleste. C'est ainsi, selon moi, que s'est formée l'âme de notre Empereur d'impé- rissable mémoire, qui maintenant repose en Dieu, dont nous sommes au- jourd'hui réunis pour célébrer la mémoire dans cette Société, dont il fut le fondateur. Il n’y eut jamais d'âme plus sensible que la sienne, plus prète à faire réponse à chaque appel où elle sentait vibrer la voix intime de sa patrie et de son peuple. Il grandissait auprès de son frère aïné, l'héritier du trône, sous son ombre, pour ainsi dire, nourrissant son âme de son amitié, et recevant de hi ses impressions, et les goûts de son développement intellectuel et moral. C'était une époque où, dans la science, dans la littérature et dans la société, les esprits étaient en proie à une fermentation désordonnée ; maisilse trouvait auprès du Tzésarévitch des hommes qui étaient capables d'attirer son attention sur les phénomènes de la vie russe, sur les trésors de l'esprit national dans l’histoire et dans la littérature de son pays. Tels étaient V. J. Bonslaeff et S. M. Solovieff 1. C’est sous leur influence que se forma le goût des deux frères, et en même temps l'intérêt qu'ils prirent aux antiquités russes. Dans leurs voyages à travers la Russie le Tzésa- tévitch, inspiré de jour en jour par le mouvement populaire qu'il

18, M. Solovieff, l’auteur d'une histoire de la Russie, le père du philosophe V. 8. Solovieff, auteur de La Russie et l'Eglise universelle, etc. (W. J. B.) RU PE

  42                          REVUE ANGLO-ROMAINE

  rencontrait partout, réussit à connaitre son peuple, à le prendre en aflec-
  tion, et à suivre le cours de son histoire en contemplant les monu-
  ments de l'antiquité. Il sut comprendre et chérir le caractère intime et
  l'esprit (si chersà un cœur russe) de cette partie de l'Empire qui est essen-
  tiellement nationale. Son âme croissait et se raffermissait sur son s0l
  natal dans l'atmosphère morale de sa vraie patrie, et dans ses lettres à son
  frère bien-aimé il lui transmettait ses impressions.
     Alors arriva l'année 1865, qui apporta à la Russie un malheur épouvan-
  table, il plut à Dieu de lui enlever sa brillante espérance. Le Tzésarévitch
  Nicolas Alexandrovitch mourut, et laissa les destinées prochaines de la
  Russie en héritage à son frère bien-aimé, après lui avoir légué tous les con-
  seils de sa jeune âme.
     Ce poids inattendu et imprévu pesa sur l'âme du nouveau Tzésarévitch,
  et il l'accepta avec humilité, comme un devoir que lui imposait la Provi-
  dence; il l’accepta de tout son cœur et de toute son âme, et confia à Dieu
  sa destinée et celle de la Russie. Et maintenant que, selon la volonté
  divine, nous le regrettons, lui aussi, nous voyons, nous sentons comment
  cette foi se justifia jusqu’à la fin.
     Depuis ce jour jusqu’à son avènement au trône en 1881, il se développa
  en silence, n’imaginant, ne devinant en aucune manière cette heure ter-
  rible par laquelle le début de son règne devait être signalé. Ces années
  furent pour lui de véritables années d'éducation, et cette éducation s'ac-
  complissait dans l'esprit traditionel et historique du peuple et de l'Empire
  russes, Même dans son enfance il aimait à lire les romans historiques de
  Zagosskin et de Lajetchnikoff, et en lui, comme en plusieurs enfants russes,
  ce fut en lisant ces œuvres que le premier mouvement d'amour pour la
  patrie, et de fierté nationale se réveilla. Son intérêt à cette espèce de lec-
  ture il le conserva pendant sa jeunesse, et jusqu'à la fin de sa vie. Ses con-
  versations avec M. S. M. Solovieff lui révélaient   le sens intime de l’histoire
  russe et la signification de cette lutte que l'Empire, après avoir repris le
  territoire qui lui avait été arraché, soutenait contre les forces décentrali-
  santes en matière de gouvernement et de langue, qui s’y trouvaient. Il
  eut la bonne     fortune de s’entretenir avec des Russes intelligents, et il
  aimait à les entendre parler du passé historique de la Russie et à
  prêter l'oreille à leurs jugements du point de vue russe sur les affaires et
  les événements des temps modernes : ainsi croissait en lui ce sentiment
  dévoué des intérêts russes, qui, pendant les années de son règne, se mani-
  festa à nous dans la sagesse énergique d'un vrai homme d'Etat. Les monu-
  ments du passé historique de la Russie qu'il. avait connus de ses propres
  yeux pendant ses voyages, eurent toujours pour lui un intérêt spécial, et il
  sentait avec finesse la beauté originale des lignes et des embellissements
  par lesquels se distinguait le caractère de notre ancienne architecture
  ecclésiastique. Depuis ce temps il voulut examiner lui-même tous les plans
  de nouveaux édifices ecclésiastiques, et son œil distinguait avec une jus-
  tesse tout à fait surprenante dans les parties diverses de l'édifice tout ce
  qui blessait l'harmonie de l’ensemble, ou qui ne s’accordait pas avec son
  caractère fondamental. Dans son âme s’exprimait, sous son meilleur et son
  plus attrayant aspect, ce type de l'homme de l'ancienne Moscovie, qui s’at-
  tire les sympathies de tous ceux qui ont le bonheur de faire sa connais-
  sance, Dans les hommes et dans les institutions ce qui lui répugnait c’é*
  tait tout ce qui était artificiel, forcé ou boursouflé; l'homme simple, au
  contraire, quand il se trouvait près de lui, sentait sa parenté avec l'Empe-
  reur russe.

      C'est dans la connaissance de soi-même que consiste toute la valeur de

L'AME RUSSE 43

Fhistoire, soit pour l'individu, soit pour une nation, soit pour la société en général. L'homme et la nation représentée par son gouvernement — l'un et l'autre se reconnaissent dans son histoire. Et l’histoire de cette reconnais- sance de soi-même parmi nous en Russie est des plus instructives. À cet égard il vaut bien la peine que l'on établisse une comparaison entre deux époques — le commencement et la fin du siècle actuel — le temps des empereurs Alexandre — Alexandre I et Alexandre III. Alexandre Ï+r aimait aussi la Russie et son peuple; mais son éducation ne lui avait pas fourni les moyens d'apprendre l'histoire de son pays ou de son peuple. est né dans un temps où les gens du commen passaient sous le nom de « vile multitude », et où bien peu, parmi les classes élevées, distinguaient thes le peuple ce qu'il possédait de-mérite; dans un temps où la culture intellectuelle de l'Occident, transportée sur le‘sol russe, ne s’exprimaitque dans les formes extérieures d’une existence qui nous était étrangère, et où d'en hant, on regardait l'Église elle-même comme si elle était une institu- tion indispensable pour le peuple, maïs qui cédait en mérite au culte romain de l'Occident éclairé; sa raison et son cœur amenérent tous deux irrrésis- tiblement le jeune Empereur au noble but — celui de gouverner pour le bien du peuple, d'établir l'ordre dans le chaos des institutions, de déraciner les abus, de dissoudre les liens vexatoires de la servitude et du préjugé. Mais l'idéal vers lequel il dirigeait ses aspirations et ses projets était, non pas en Russie, mais hors d'elle. Avant reçu son éducation sous Laharpe, dans l'esprit des idées abstraites de la philosophie du xvur siècle, il tirait de là son idéal abstrait, tandis que l'histoire russe, la réalité russe était cachée pour lui, et lui paraissait un champ libre, sur lequel on pouvait construire ce qu'on voulait. Entouré d'une pléiade de jeunes conseillers, de concert avec eux il se plongeait dans des visions, ne connaissant ni la nature de son peuple ni ses besoins, révant un gouvernement représentatif qui, disait-on, introduirait nécessairement l'intelligence et la vérité dans l'administration ;ignoraut l'Église orthodoxe dans sa signification populaire, tongeant à mettre de niveau avec elle toutes les confessions religieuses &tà ne pas faire de distinction entre les Églises et les sectes; révant la : restauration de la Pologne, ne sachant rien de l'histoire, qui lui aurait dit que le royaume polonais signifie la servitude et la persécution de toute la nation russe. Depuis ce temps, jusqu'à l'avènement de l'Empereur Alexandre IIE, il s'écoula plus d’un demi-siècle. I] est difficile d'énumérer tout ce qui fut &ccompli dans cet espace de temps, comment le sentiment de la nationalité, et pour ainsi dire, l'amour-propre historique des Russes s'accrut et se déve- loppe toujours, —etla périodede beaucoup la plus importante de cet accrois- tement se rattache justement au temps de l'éducation et de la jeunesse du Trésarévitch Alexandre Alexandrovitch. On découvrit et on mit au jour te masse de monuments littéraires et autres qui ont éclairé l'histoire de la vie populaire ; de jeunes savants parurent, avec des vues indépendantes sr les institutions, les événements et les caractères: dans la littérature et dans la société il se réveilla un vif intérêt pour les monuments dus à l'initiative créatrice du peuple — dans les byliny, dans la musique et dans l'architecture. À Moscou se rassemblait un groupe d'hommes instruits et cultivés, qu'inspirait l'idée que, pour faire des recherches fécondes dans le passé du pays et de la nation, il était indispensable que le peuple russe sereconnüt lui-méme dans le principe essentiel de sa nationalité. Dans la société et dans la littérature ils réclamèrent hautement contre les relations faussées de la vie russe et de ses besoins, contre l'ignorance contente de soi-même A4 REVUE ANGLO-ROMAINE

et l'indifférence pour tout ce qui touchait aux intérèts les plus essentiels de la Russie. C'étaient des hommes qui avaient découvert dans le passé de leur patrie la base idéale pour l’organisation de ses destinées à venir, et ils furent les premiers qui aient éclairci pour tout le monde, avec une connaissance complète, le lien indivisible qui relie la. nationalité russe à l'Eglise Orthodoxe. Mettant de côté les extravagances que peut produire cette doctrine, — il était indispensable de déclarer nettement ce principe, à cause des idées nébuleuses et confuses que fait naître le cosmopolitisme et le doctrinarisme libéral : voilà pourquoi l’activité de ce groupe eut une signification si importante dans l’histoire du développement intellectuel et social du peuple russe. Le jeune Héritier du trône, ayant heureusement, grâce à M. A. J. Touttcheff, pris connaissance de ce mouvement, en ayant compris la portée avec son cœur russe sisensible, si plein d'affection pour son peuple et son pays, ayant soif de la vérité et recherchant ar- demment ce qui devait le mieux convenir à sa patrie, ne pouvait s'empé- cher de lui accorder ses sympathies. Ce futau milieu de tels phénomènes et d'aspirations si fécondes que grandit et fut élevé l'Empereur futur. En même temps croissait et se forti- fiait la confiance vive et dévouée que la nation reposait en lui, confiance qui se justifia pendant les 43 années de son règne. Pour la fermeté de l'administration il n’y a rien de plus important, rien de plus précieux que la confiance loyale de la nation dans celui qui la dirige, parce que tout se tient et se maintient par la confiance. N'importe ce qui arrivait, toutes les fois que surgissait dans la vie de l'empire quelque grave péripétie, tous savaient d'avance, avec une assurance parfaite, sur quelles questions son cœur russe devait forcément lui suggérer une réponse négative, et sur quelles autres elle lui indiquerait une réponse aflirmative. Tout le monde savait que, — soit du côté de la Pologne, soit sur quelque autre territoire limitrophe habité par une race d'origine étrangère — jamais il ne consen- tirait à sacrifier les intérêts russes, l'héritage que lui avait légué l’histoire. Tous savaient qu'il gardait, lui aussi et au même degré que son peuple, la même foi et le même amour pourla religion, et qu'il en comprenait toute l'importance sousle rapportde l'instruction et du progrès; — tout le monde savait enfin que, de concert avec là nation, il croyait à l'importance iné- branlable du pouvoir autocratique en Russie, et ne permettrait jamais que, sous le fantôme de la liberté, il y entrât un mélange pernicieux de langues et d'opinions. Quand nous perdons un parent qui nous est cher, nous ne pensons pas à demander: Qu'est ce qu’il a fait. — nous sentons seulement ce qu'il a été et pour nous rien n’est plus précieux, ni plus touchant que son image vi- vante, avec toute l'atmosphère morale qui l'entourait; tout ce qui nous venait de lui maintenait en nous cette harmonie de vie que nous avons perdue avec sa mort. Et maintenant qu'il n'est plus, la question se pré- sente d'elle-même : comment vivre sans lui? Voilà le sentiment qui fit tressaillir toute la nation russe, terrassée par la nouvelle que le Tzar Alexandre nous avait quittés. L'âme nationale se confondait avec son âme, et l'ayant perdu, se trouva toute déconcertée.. Et ce sentiment vit jusqu’à présent. Si quelqu'un désire le saisir, le sentir et s’y unir, qu'il aille à la Cathédrale des Saint-Pierre et Saint-Paul, à ce tombeau arrosé de larmes : et il verra comme elle est remplie, et aujourd’hui et demain, solennellement, du matin jusqu'au soir, de prières silencieuses, par une foule infinie de monde se pressant autour de ce tombeau, et venue de tous les confins de la Russie. MÉMOIRE

   SUR LA QUESTION DES ÉCOLES EN ANGLETERRE

MEMOIRE SUR LA QUESTION SCOLAIRE, adressé au Très Noble Marquis de Salisbury, Premier Ministre, par Son Eminence le Cardinal Vaughan et par Sa Grâce le duc de Norfolk; au nom du Comité catholique des Ecoles.

      MYLORD,

Nous désirons exposer à Votre Seigneurie, en sa qualité de chef du Gouvernement de Sa Majesté, quels sont les convictions et les désirs gi animent un grand nombre d'hommes, parmi le peuple anglais et spéciale- ment parmi les sujets catholiques de Sa Majesté, au nom desquels nous parlons d’une manière officielle. _ I. Nous désirons insister respectueusement près du Gouvernement, dans notre ferme espérance qu'il trouvera, dans un temps rapproché, une ma- nière d'assurer le triomphe du programme scolaire qu'un grand nombre des membres élus aux dernières élections se sont engagés à défendre au Par- lement. Nous faisons allusion aux promesses formelles qui ont été deman- dées et consenties librement et par lesquelles un grand nombre de candi- dats s'engageaient, dans le cas où ils seraient élus, à promouvoir et à défendre toute mesure ayant pour objet de placer toutes les écoles publiques primaires d'Angleterre et de Galles sur un pied de parfaite égalité quant au payement de l'instruction donnée à l’intérieur de leurs murs. Le principal objet que nous ayons en vue et sur lequel nous insistions, c'est qu'il soit fait une revision complète de nos lois scolaires, telle que l’on puisse enfin établir un système national d'éducation publique élémentaire, qui soit également juste pour tous. Il devrait être tel : 4° que toutes les écoles élémentaires, satisfaisant au programme du département de l'ins- traction publique, soient payées également sur les fonds publics, pour l'en- pement laïque donné aux enfants; 2 que.l’on reconnaisse carrément le droit et le devoir qu'ont les parents d’avoir leurs enfants élevés dans les écoles de leur propre religion, sans encourir par là, comme c'est le cas aujourd'hui, un surcroît de charges pécuniaires. Nous considérons que les droits des parents dans ce qui concerne l'éducation religieuse de Jeurs en- fants sont inaliénables et sacrés, et qu'aucun empiètement ne peut être fait par l'État sur ce terrain, sans violation des libertés humaines les plus pri- mordiales. Telle est, en somme et en substance, notre demande. ‘ Nous ne voulons pas de mesures palliatives; ce que nous demandons, C'est un remède catégorique à la grande iniquité commise en Angleterre il Ya 25 ans, iniquité dont les funestes effets se sont répandus sur tout le

 Î est presque incroyable qu’une minorité énergique, dont le but avoué

pays.

tt de supplanter les écoles volontaires par les écoles officielles, ait pu op- primer ainsi le système confessionnel pendant un quart de siècle, obligeant a majorité à implorer la clémence du vainqueur pour qu'il lui donne le Ne de souffler avant la destruction complète qui menace ses écoles. IL Votre Seigneurie n’a pas oublié comment le Parlement, en 1870, tout en prétendant n'avoir que l'intention de suppléer aux écoles libres, établit des Conseils scolaires (schoo! Boards) dont toutes les dépenses devaient être payées sur les fonds publics. Le principe reconnu alors.était que l’édus 46 REVUE ANGLO-ROMAINE

cation publique élémentaire étant d’un intérêt national, les frais devaient en être payés par l'Etat. D'arant vingt-cinq ans on a mis à exécution ce prin- cipe à l'entière satisfaction des s des écoles oflicielles (Board schools). Sommes-nous déraisonnables en demandant que les bienfaits de ce système qui a été jugé profitable aux seules écoles officielless soient appliqués de même à toutes les écoles publiques élémentaires? it qui plus est,ne pouvons-nous pas revendiquer au nom des prinçipes élé- mentaires de justice Rneton du système de payement par non plus seulement à une classe favorisée de la population, mais à toutes écoles publiques satisfaisant aux conditions imposées par le Département de l'ins- truction publique ? Mais dans l’état actuel des choses, on peut dire qu’une anomalie, une difformité s'est produite dans notre système d'éducation — une partie des écoles étant entièrement aux frais du Trésor public, tandis que l'autre partie, qui cependant travaille également à l'œuvre de l'éduca- tion, se voit réduite à vivre principalement d'auménes. Ajoutez à cela qu’une äâpre concurrence — conséquence d'ailleurs inévitable du système — s’est établie entre les écoles officielles, qui peuvent puiser indéfiniment dans ke Trésor de l’État et les écoles libres qui sont obligées d'aller quêter de porte en porte l’aumône nécessaire pour assurer leur simple existence. Votre Seigneurie et le Cabinet ne sont certainement pas sans savoir combien il est triste et pénible pour les catholiques — spécialement dans le nord de l'Angleterre — d’être obligés de passer souvent un temps consi- dérable tous les samedis et tous les dimanches de l’année à recueillir dans les rues les sous destinés au soutien de leurs écoles, et cela de la part d’ou- vriers qui ont bien du mal à payer cette taxe supplémentaire prélevée sur leurs gages. Nous devons ajouter que ces contributions volontaires ou au- mônes prennent un caractère d'incapacité civile, et qu’elles sont payées comme une amende qui serait imposée pour sauvegarder les droits de la conscience. Une conséquence inévitable de ces différents modes de paiement pour le même service public, c’est que nos écoles sont souvent réduites à la misère, nos professeurs mal payés, nos élèves-professeurs surchargés de travail et toute notre installation inférieure à celle des écoles officielles; car les res- sources privées qui eussent pu être dépensées en améliorations ou en répa- ration des bâtiments sont entièrement absorbées sen faire face à des dépenses qui eussent dû être supportées par l'État. En dépit de tout cela, le Livre bleu est là pour attester que les écoles catholiques ont surpassé dans les examens les écoles officielles, pour ce qui concerne les sujets élémen- taires de l instruction primaire. Dans la partie supérieure du programme il est vrai de dire que nos écoles n'ont pas eu le méme succes, mais la cause doit en être attribuée surtout à leur extrème pauvreté. Nous notons avec regret que l'opposition qu'a constamment rencontrée tout projet tendant à un éga paiement par l'Etat de toutes les écoles pu- bliques élémentaires semble avoir été dictée, non par un noble souci de l'éducation des enfants qui fréquentent les écoles volontaires, non par le ‘désir de sauvegarder la liberté et les droits des parents, non par le respect ‘de leurs convictions religieuses, mais par une détermination bien arrètée de supprimer peu à peu les écoles confessionnelles et de les remplacer par des écoles officielles, qui, ne satisfaisant aux croyances d'aucune confession religieuse, sont par là même inacceptables pour la majorité de la popula- tion. La raison de cette hostilité doit-elle ètre cherchée dans des jalousies politiques ou dans une animosité contre la religion, ou bien encore dans une sorte d'égoisme qui rend aveugle sur l'existence des droits d'au- trui? C'est ce dont nous n'avons pas à nous occuper. Mais nous pouvons poser cette question : Les enfants qui fréquentent les écoles confession- nelles n'ont-ils pas tout aussi bien le droit d'attendre de l'Etat le paiement de leur éducation que ceux qui fréquentent les écoles officielles? Ne sont- ils pas tous égaux aux yeux de l'Etat? Ou bien est-ce là vraiment le cas, que les parents qui désirent que leurs enfants reçoivent une instruction religieuse bien définie en sont réduits à voir leurs écoles flétries d'une marque d’infériorité qui se traduit par une diminution du paiement donné LA QUESTION DES ÉCOLES EN ANGLETERRE 41 & l'instruction séculière, et recevant ce nom injurieux d'écoles de charité, soutenues par contributions volontaires? De toutes ces inégalités et de toutes ces misères que le peuple anglais commence à connaitre, nous ne dirons plus rien. HI. Nous n'avons pas besoin de surcharger ce mémoire d'une foule de détails concernant l'administration, direction, etc., détails qui entreraient nécessairement dans tout bill apportant une solution finale de la question; mais on nous germeutra de signaler les dispositions générales suivantes : Les frais d'éducation dans les écoles nationales ouvertes à tous, gratuites et obligatoires, doivent être intégralement supportées par l'Etat et ne peu- vent— sans commettre d'injustice envers ceux des enfants qui appartiennent 4 une communion religieuse distincte — être rejetés sur le compte des res- sources précaires de la charité. En plaçant les écoles confessionnelles sur une commune base nationale de parfaite égalité avec les écoles officielles, on parviendrait à dissiper les traintes bien fondées que toute amélioration prescrite par le Département . de l'Instruction publique ne veuille dire un nouvel appel à la charité du peuple. Une égalité de traitement laisserait le champ libre au zèle des administrateurs comme à celui des professeurs, et cela au grand avantage de l'éducation. ‘ Nous n’ignorons pas qu'un remède national à l'inégalité présente, ainsi qu'une juste extension à tous des principes admis depuis 1870, entraïnerait pour la nation une dépense considérable. Nous sommes préts à supporter notre part de ces nouvelles charges publi. ques, car nous reconnaissons qu’il est contre l'esprit du jour de déclarer que les frais d'éducation de la majorité de la population doivent être suppor- tés par l’aumône, tandis que, pour le restaat, ils sont à la charge du Trésor public. Nous avons confiance que, étant donné que le droit et la justice exigent une dépense nationale, le Parlement se rendra compte qu'i n'ya d'autre moyen honorable d'y faire face qu’en levant des impôts et en payant ce qui est dù. ais, dans ces nouvelles dépenses à prévoir, il est possible de suggérer quelques économies. Si l'objection ayant cours prévalait, — objection s’ap- Puyant, pour repousser une augmentation considérable des taxes locales, sur ce terrain que le hasard rend ces charges inégalement lourdes suivant la population et suivant les lieux, alors que l'instruction publique est sur- tout une question nationale, — si cette objection, disons-nous, prévalait, c'est alors qu'il faudrait mettre les dépenses scolaires à la charge du Trésor public. Mais, en classifiant les écoles et en modifiant le taux de l’impôt par tête suivant les besoins de chacune de ces classes, une économie pourrait être réalisée — étant donné que la dépense par tête est plus grande pour une école de seulement quarante enfants que pour celles qui en renferment six cents ou mille. . IV. Nous ne désirons pas voir diminuer la quantité ou la qualité de l'éducation laïque réelamée par le peuple. Au contraire, nous désirons que chaque district, tout en dépendant du Département de l'Instruction publique, ait le pouvoir de fixer le niveau de son enseignement. . Nous proposerions, en conséquence, que toutes les fois que les circon- stances exigent des écoles officielles des dépenses plus élevées que la sub. vention accordée par le Trésor, le Conseil des Ecoles ait le pouvoir, dans Chaque district, d'imposer une taxe locale supplémentaire, Nous sommes d'avis toutefois que cette faculté devrait être sujette à certaines restrictions. Les conseils scolaires furent, à leur origine, appelés à faire face à des besoins pressants, et à cet effet furent investis d’un contrôle exceptionnel et illimité sur les ressources publiques. Ces besoins n'existant plus aujour- d'hui, la légitimité des pouvoirs extraordinaires accordés alors a également cessé. Nous suggérons donc que, dans la revision des lois scolaires qui doit être entreprise par le Gouvernement, il soit inscrit certaines clauses sti- pulant que désormais les dépenses des Conseils scolaires seront soumises au contrôle et à la direction des Conseils de comté. Les ressources de chaque comté sont limitées, et leur distribution ne peut étre faite d'une 48 REVUE ANGLO-ROMAINE manière équitable que par ceux qui ont à prévoir d'une manière générale les principaux besoins de la population, et non par des corps particuliers dont tout l'intérêt et l'enthousiasme 8e concentrent sur un seul objet. Nous croyons que le éroit de contrôle accordé aux Conseils de Comité sur les taxes scolaires ainsi que l'abolition du présent système de concur- rence injuste et inutile entre les écoles officielles et les écoles libres, effec- tuerait une économie considérable, sans être préjudiciable à la cause de l'éducation. | Nous proposons en outre, que, toutes les fois qu'un Conseil scolaire aura, avec l'approbation du Conseil de Comté, levé des taxes supplémentaires, toutes les écoles publiques du District, y compris les écoles libres, soient admises à y participer proportionnellement au nombre de leurs élèves et sous garantie et conditions équitables, dont 11 serait convenu d'avance. De cette manière toute concurrence illégitime entre les écoles officielles et les écoles libres serait évitée, et le même niveau d'instruction serait maintenu dans toutes les écoles publiques élémentaires du district. V. — Quant àla question de l'instruction religieuse, nous considérons ‘en dehors des quatre heures par jour exigées par le Code pour l'instruc- tion laïque, on devra s'en remettre au jugement des Conscits scolaires, dans les cas des écoles oficielles, et des conseils d'administration,dans le cas des écoles libres, du soin de fixer la nature de l’enseignement religieux à donner our répondre aux intentions des parents qui ont des enfants dans ces iverses écoles. Mais dans aucune école publique élémentaire {officielle ou libre), on ne devra obliger un enfant à assister au cours d'instruction religieuse contre le désir exprimé g“ ses parents Ou tuteurs. Et sur cet important sujet de l'éducation religieuse nous ferons remarquer que les frais qu'elle occasionnera seront, à l'avenir comme par le passé, à la charge du Trésor public, dans le cas des écoles officielles. Dans le cas des écoles libres, au contraire, ce seront surtout les dons volontaires qui subviendront à ces dépenses, sans compter celles qui ont déjà été faites en terrains et bâtiments et dont le total est estimé à environ #9 millions de livres {t milliard de francs). ‘ VI. — Comme conclusion, nous nous hasarderons à soumettre cette opinion au gouvernement de sa Majesté à savoir, que le temps est aujour- d hui venu de régler d'une manière définitive et libérale notre système d'Education publique élémentaire. Et de même que nous insistons avec respect sur ja nécessité de faire entièrement justice aux écoles libres, nous prions en même temps le gouvernement de Sa Majesté que toute mesure tendant à satisfaire aux vœux des grands corps non-conformistes, soit éga- lement prise en considération et transformée en texte de lois. Ce que nous désirons, c'est l'établissement d'un système national également juste et équitable pour tous. . Signé pour tous les évêques catholiques d'Angleterre et de Galles.

                                        HERBERT, cardinal VAUGHAN.

             NORFOEIX,.

Président du Comité catholique des Ecoles.

                          Le Directeur-Gérant : FEnNAND PORTAL.

           PARIS. = JMPRIMERIE F, LEYÉ, RUE CASSEITE, 17.

ir. ANNÉE . N°2 14 DÉCEMBRE 1895.

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tues Petrus, et su- Spiritus Sanctus po- per hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecclesiam gore Ecclesiam Dei. meam ... ot tibi * Acr. xx. 98. dabo claves

Matra xvi. 18-19,

                                  SOMMAIRE :
                                                                              PAGES

A. Lomy...... La Confession de Pierre et la promesse de Jésus. 49 Dr J. Fnancx.. Les limites de notre science.................... 59 Chronique................................e.. 74 Livres et Revues............... mesessssnssssee LD Documents. ... Lettre Encyclique du Patriarche grec de Constan- tinople ........,.,...........s...seo.s.ssese 81 Leonis Papæ XIII litteræ apostolicæ de Patriar- chatu Alexandrino Coptorum................. 93 Mémoire sur la question des écoles en Angleterre. . 95

                                      PARIS

      RÉDACTION                     ET      ADMINISTRATION
                                17, RUE CASSETTE

                                         1895

PRIX DES ABONNEMENTS | TARIF DES ANNONCES

            FRANCE                                             À LA PAGE:

UN AN ous ous. 20 fr SIX. MOIS ................ 44 fr, | La page................. 30 fr TROJS MOIS ............... 6 fr. | La 4/2 page............ 20 fr ——— Le 4/4 page. ........... 10 fr

         ÉTRANGER                              '              A LA LIGNE :

Ux AN essse 25 fr. Sur 4/2 colonne : la ligne. 1 fr. SEX MOIS........... sous 43 fr. TRoïIS MOIS...,.,..,...... 7 fr. TT Les annonces sont ues FRaNcE.... 0 fr. 75 | aux bureaux de la Revus 17 LE NUMÉRO ÉrRancer.. 4 fr. » | rue Oassette, Paris !

L'INTERMÉDIAIRE CATHOLIQUE DE BESANÇON & DE GENÈVE MAISON DE CONFIANCE FONDÉE A BESANCON EN 1844

MONTRES & PENDULES BIJOUTERIE — JOAILLERIE — ORFÉVRERIE Avea la senle Commission du Gros

Adresser les demandes en fabrique à Madame MARIE MARILLIER, 7, rue du Mont-Sainte-Marie, BESANÇON

      DÉPOT A PARIS, 76, RUE DE RENNES

              Catalogue franco. — Photographies franco. ‘


                                               PRÈÊTRE recevrait jeunes anglais à

P ROF E SSEUR Lecons particu- licencié ès lettres la campagne près Paris, Lières de latin, .grec, littérature st philo- Pour apprendre le francais. Excellentes sophie, spécialement recommandé. S'a- références, S'adresser MB. aux bureaur drésser G, À. aux bureaux de la Revue, de la Revue.

      tions d'institutrice dans plusieurs LECON S jeune homme
      N. 40 ans, ayant rempli les fonc-        |      À

MI d'anglais habitant Pa- offertes par un

‘grandes maisons, demande place d’institu- ris, mais ayant longtemps résidé en Angle trice, de gouvernante ou de dame de compa- terre, en échange de iecons d'allemand. — gnie- Excellentes références. S'adresser aux Références sérieuses exigées de part et d'au- ureaux de la Revue, . tre.S'adresser H. D. aux bureaux de ia Revue.

D AM E S trôs honorables, la mère et la PROFESSEUR £a d'anglais, 2 ayant fille, habitant entre le Troca- déro et le bois de Boulogne prendraient ondres, désire lecons à domicile. dames pensionnaires. Confort et prix mo cellentes références. É'adresser V. aux bu- Ex-

S.                          ‘                  resux de la Revue.

LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS (Matth. xvI1, 13-23)

IL est peu de pages dans les Évangiles qui aient fourni matière à autant de discussions que celle où se lit, en saint Matthieu, cette . double déclaration : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. — Tu es Pierre, et sur celte pierre je bâtirai mon Église. » Si les diverses confessions chrétiennes s'accordent aisément sur le sens qu'il faut donner aux paroles de Pierre, elles sont loin de s'entendre sur celui qu'on doit attribuer à la réponse de Jésus. L'interprétation catho- lique de cette réponse a été contestée par les dissidents. L’authenti- cité même du texte qui la contient a fini par être mise en question. Nous n'avons pas l'intention d’entrer ici dans le détail de ces contro- verses, mais le désir d’y apporter, s'il est possible, un peu de lumière en éludiant le texte évangélique en lui-même, puis dans la tradition chrétienne, afin de pouvoir ensuite établir, d'un point de vue à la fois scientifique et théologique, l'autorité de l'interprétation catholique et les défauts des explications qu’on a voulu lui opposer. Voici d'abord le texte évangélique, avec les récits parallèles de saint Marc et de saint Luc touchant la confession de Pierre.

{Marc vs, 27-28). Et (Matth. xvi,13-16). Et {Luc 1x, 18-20). Or, Jésus s’en alla avec ses Jésus, étant allé aux comme il était à prier, disciples vers les villa- environs de Césarée de les disciples se trou- ges (qui sont aux envi- Philippe,interrogeases vaient avec lui, et il les rons}) de Césarée de disciples, disant : « Qui interrogea en disant : Philippe,et,en chemin, les hommes disent-ils « Qui les gens disent- il interrogea ses disci- qu'est le Fils de l’hom- ils que je suis? » Et ils ples, leur disant: « Qui me? » Et ils dirent : répondirent en disant : les hommes disent-ils « Les uns : Jean-Bap- « Jean-Baptiste. Et que je suis? » Et ils lui tiste. D’autres : Elie. d'autres : Elie. D’au- dirent : « Jean-Bap- Et d'autres encore ; tres encore : Un des tiste. Et d'autres : Élie. Jérémie, ou l’un des prophètes anciens res- D'autres encore : Un prophètes. » Il leur dit: suscité. » Et il leur des prophètes. » Et il « Et vous, qui dites- dit : « Et vous, qui di- leur demanda : « Et vous que je suis? » Et tes-vous que je suis? » vous, qui dites-vous Simon-Pierre, prenant Et Pierre, prenant la que je suis? » Pierre, la parole, dit : « Tu es parole, dit : « Le Christ prenant la parole, lui le Christ, le Fils du de Dieu. » dit: «Tu es le Christ. » Dieu vivant. »

(Matth. xvr, 17-19). Et Jésus, prenant la parole, lui dit : « Heureux es-tu, Simon Bar-lona, parce que ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont

     REVUX ANGLO-ROMAINE. — T. 1.    —À

50 REVUE ANGLO-ROMAINE révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux! Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église; et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. »

{Mare vin, 29-33). Et (Matth. xvI, 20-23). (Luc 1x, 21-22). Et il il leur défendit sévère- Alors, il défendit à ses leur recommanda sévè- ment de parler (ainsi) disciples de dire à per- rement de ne dire cela de lui à personne. sonne qu'il était le à personne, ajoutant Et il commença à Christ. que le Fils de l’homme leur enseigner que le Alors, Jésus com- devait beaucoup souf- Fils de l'homme devait menca à découvrir à frir, et être rejeté par beaucoup souffrir, et ses disciples qu'ildevait les anciens, les chefs être rejeté par les an- aller à Jérusalem et des prètres et les scri- ciens, les chefs des pré- souffrir beaucoup de la bes, et être mis à mort, tres et les scribes, et part des anciens, des et ressusciter le troi- être mis à mort, et res- chefs des prêtres et des sième jour. susciter après trois scribes, et étre mis à jours. Et il disait cela mort, et ressusciter le ouvertement. troisième jour. Et Pierre, le prenant Et Pierre, le prenant à part, se mit à le ré- à part, se mit à le ré- primander. Mais lui,s’é- primander, disant : « À tant retourné et voyant Dieu ne plaise, Sei- ses disciples, répri- gneur! cela ne t'arri- manda Pierre et dit: vera pas!» Mais lui, « Retire-toi de moi, se retournant, dit à Satan! car tu n’as pas Pierre : « Retire-toi de le goût des choses de moi, Satan ! car tu n'as Dieu, mais des choses pas le goût des choses humaines. » de Dieu, mais des cho- ses humaines. »

Un passage réellement parallèle, et qui contient aussi la confes- sion de Pierre, mais dans un autre cadre historique, se rencontre dans le quatrième Évangile. Après le discours sur le pain de vie, dont plusieurs avaient été scandalisés, Jésus dit aux Douze (Jean vi, 67-71) : « Vous aussi, voulez-vous partir? » Simon-Pierre lui ré- pondit: « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle; et nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » Jésus leur répondit: « Ne vous ai-je pas choisi douze? Et l'un de vous est un démon. » Or, il parlait de Juda, fils de Simon l’Iscariole; car c'était lui qui devait le trahir, bien qu'il fût l'un des Douze, » Dans les Synoptiques, Jésus fait, au nord de la Galilée, le voyage que suivra son départ pour Jérusalem, d'où il ne doit pas revenir. Durant cette dernière période de son ministère, le Sauveur semble se donner tout entier à l'instruction de ces disciples. Il profite d'un moment où il est libre du côté de la foule, pour s’enquérir de leurs dispositions à son égard et rectifier ce qu'il y a encore de trop maté- LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 51

riel dans leur façon de comprendre l'avènement du royaume de Dieu et le rôle du Messie. Tout en marchant dans la campagne, illeur pose une question: « Qui dit-on que je suis? » Celte question n’est faite, évidemment, que pour amener la suivante : « Et vous, qu’en dites-vous? » La forme un peu singulière que revêt la première question dans saint Matthieu a, pour cette raison même, chance d'être primitive : « Qu'est-ce les hommes disent du Fils de homme?» Vu le fréquent usage que Jésus fait de cette locution .: « Fils de l'homme », pour se désigner lui-même, on ne peut pas dire que l'énoncé de la première question fournisse la réponse qu’il faudra faire à la seconde. La portée de ce titre messianique n'était pas très bien comprise par les disciples. Pour eux, la question de Jésus : « Qu'est-ce que les hommes disent du Fils de l’homme? » ne signifie pas : « Qu'est-ce que les hommes disent de moi, le Messie? » mais simplement: « Qu'est-ce que les hommes disent de moi? » c'est à-dire qu'elle correspond à l’énoncé qui se trouve dans saint Marc et dans saint Luc. 11 s'agit donc de faire bien entendre aux disciples, que le titre de « Fils de l’homme ‘ »,f sous lequel Jésus se désigne ordinairement, équivaut, en réalité, au titre beaucoup |plus solennel et plus expressif de « Fils de Dieu ». Les disciples répètent diverses opinions qui avaient cours au sujet de Jésus : c'étaient des suppositions lancées au hasard, non des jugements réfléchis de personnes qui auraient sérieusement apprécié le Sauveur et son œuvre. Toutes ces opinions ont déjà été signa- lées par les évangélistes dans une autre circonstance, lorsque le létrarque Hérode Antipas entend . parler des miracles de Jésus Marc vi, 1446; Matth. xiv, 4-2; Luc 1x, 1-9). Il est probable que saint Mare les reproduit ici parce que sa relation est supportée par un docu- ment antérieur, peut-être le récit plus développé où le rédacteur du premier Évangile a trouvé la réponse du Sauveur à la confession de Pierre, récit qui était celui de l'Évangile hébreu écrit par l'apôtre Matthieu. Les uns disaient que Jésus était Jean-Baptiste ressuscité, qui faisait des miracles. On ne voit pas que Jesn ait fait aucun miraclé de son vivant; mais il avait produit une grande impression sur la foule, et les circonstances dramatignes de sa mort contri- buaient à exciter l'imagination populaire. Il n’y a pas lieu d’alléguer contre la possibilité même d’une assimilation entre le Sauveur et Jean-Baptiste le fait qu’ils ont été contemporains. Le grand éclat de la prédication galiléenne ne se produit qu'après l’emprisonnement el mème la mort du Précurseur. D'ailleurs, le peuple ignorant et cré- dule n'y regarde pas de si près dans ses conjectures. D’autres di- saient que Jésus pourrait bien être Élie. Ceux-là voyaient en lui le

précurseur du Messie, parce qu'ils n'attribuaient pas ce rôle à Jean- Baptiste. D'autres, enfin, pensaient à quelque prophète ancien qui serait ressucité. Le premier Évangile mentionne expressément Hérémie, au nom duquel s'étaient rattachées les plus merveilleuses légendes. On racontait, par exemple, qu’il avait caché l'arche dans une caverne du mont Nebo, lors de la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor {Il Mach. n, 1-12; Cf. xv, 13-16. Rien ce plus naturel que de lui prêter un grand rôle dans la consommation des choses et l'avènement du royaume céleste. Jésus ne s'arrête pas à combattre cesopinionsextravagantes, qu’il sait n'être point partagées par ses disciples. 1l leur demande ce qu'ils pensent eux-mêmes; et Pierre, au nom de tous, répond: « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Tel est le texte complet de la réponse dans le premier Evangile, qui reproduit sans doute plus littéralement que saint Marc etsaint Luc les paroles de Pierre dans l'Evangile hébreu. Le Père céleste, le seul Dieu véritable et vivant, a donné à son Fils la mission de salut qu'il accomplit sur la terre. Jésus est le Fils de Dieu à un titre particulier que ne possède aucun homme, au- cun juste, aucun prophète. Il serait superflu de vouloir définir avec plus de netteté ce qu'était, à ce moment, dans la pensée de Pierre, la notion de cette filiation divine. Saint Marc et saint Luc s’en tiennent au sens général de la déclaration: « Tu esle Christ », ou « le Christ de Dieu ». De même saint Jean: « Tu es le saint de Dieu. » C'est que saint Jean, supposé qu'il rapporte la même parole, la modifie peut-être pour l’approprier davantage à ses lecteurs, et qu'il a souci de rappeler, après la confession de Pierre, la trahison de Juda; tandis que saint Marc et saint Luc onten pensée la leçon qui va suivre Ces deux évangélistes ne songent pas seulement à mettre en relief la foi de Pierre ; ils ne sont guère moins préoccupés de montrer les. préjugés dont les disciples étaient encore imbus, et que l'annonce de la passion a eu pour objet de dissiper. Les disciples croient que Jésus est le Messie : ils ont maintenant à apprendre comment ce Messie opérera le salut du monde. Dans saint Matthieu, au contraire, la confession du prince des Apôtres, a une importance capitale, parce qu'elle amène une décla- ration de Jésus touchant l'organisation future de son Église avec Pierre pour fondement et pour chef. La confession de Pierre, pour saint Marc et saint Luc, marque la fin d’une période et le com- mencement d'une autre, dans la formation à laquelle Jésus a voulu soumettre les disciples qu'il avait choisis. Parles miracles dontillesa rendus témoins, par les instructions qu'il leur a données, illesa ame- nés à voir en lui le Messie: c'est le résultat dont témoigne la confes- sion de Pierre. Désormais le Sauveur tâchera de leur faire com- prendre une vérité qui, au premier abord, les étonnera, à savoir, LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 53

Ja part nécessaire de la souffrance et de la mort dans l'avènement du royaume de Dieu : c’est le but dernier de tous ses entretiens avec eux jusqu'au soir du jeudi saint. Bien plus grande est la portée de la confession de Pierre dans saint Matthieu, puisqu'elle est, avant tout, l'occasion que prend Jésus pour mettre le sceau à la constitu- tion essentielle deson Église, en désignant celui qui.en sera le con- ducteur, et en proclamant solennellement les pouvoirs quecelte qua- lité doit lui-conférer. Le nom donné à Pierre, « Simon Bar-lona », c'est-à-dire « Simon fils de lona » atteste encore dans notre Évangile grec, par le main- tien de la formule araméenne Bar-lona, qu'il provient de l'Évangile primitif. Jésus, dansun moment si important, appelle Pierre de son nom propre Simon, et de son nom complet qui, selon l'usage vorien- tal, comprend le nom du père, « Simon fils de Iona ». Il le félicite de la grâce qui lui a été faite par Dieu, de reconnaître le Messie que le Père céleste à envoyé. « La chair et le sang » signifient l'homme en général, qui ne saurait, par les seules forces de sa nature, alleindre à la compréhension des vérités salutaires. Ce n’est point par ce qu'il a entendu dire, ce n’est pas même par les prodiges qu'il a vus el par le travail de sa raison, que le fils de Iona est arrivé à la foi en Jésus Messie: c'est par la grâce du Pére qui est auxcieux, et par l'influence de la lumière qui lui a été donnée d’en haut. Et de même que le Père céleste a fait cette grâce à Simon, Jésus, le Fils de Dieu, lui déclare quelle est la destination providentielle des dons qui lui ont été dé- partis, en vue de quelle mission sublime ils lui ont été attribués : « Quant à moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cetle pierre je bâtirai mon Église. » Le défaut d'harmonie que le changementde genre introduit dans le jeu de mots en grec et en latin (Petrus, petra), n'existait pas dans la langue originale, où le mot kéfa demeurait invariable, comme Pierre en français. Simon a bien mérité le nom de Pierre par la fermeté de la foi qu’il vient de manifester. Pierre il est, Pierre il

sera, car c'est sur lui que reposera comme sur un fondement iné- branlable tout l'édifice de l’Église. Il n’est vraiment pas nécessaire de prouver en ce moment que les paroles de Jésus s'adressent à Simon fils de lona, qui devient la piegre fondamentale de l'Église, non pas à tous ceux qui pourraient avoir la même foi que lui, ou à lui-même pour autant qu'il gardera la foi dont ses paroles viennent de rendre témoignage. Jésus parle à Pierre, à Pierre dont la foi sub- sistera et supportera la foi de l'Église. Les distinctions subtiles sont écartées par la claire simplicité du discours. Sans doute, le fonde- ment divin de l'Église est Jésus lui-même; mais, Jésus quittant ce monde, Pierre demeure le fondement visible de l'Église visible. Sans doute aussi, les autres apôtres et tous les fidèles sont des pierres de 54 REVUE ANGLO-ROMAINE

l'édifice sacré; mais la pierre principale d'où dépend la solidité de toute la maison de Dieu est celle que le Sauveur a établie, Simon- Pierre.

Que si l’on accorde à Simon cette qualité de pierre fondamentale qui lui est décernée par Jésus, on ne peut pas plus la refuser à ses successeurs, qu'on ne peut contester aux évêques l'héritage du droit apostolique. La pierre fondamentale doit durer autant que l'édifice, l'un ne pouvant se passer de l’autre, Pierre existant pour l'Église et l'Église sabsistant par Pierre. Dans l’instant où Jésus parle, il ne peut être question que de Simon-Pierre, parce que l'horizon de l'ave- nir ne se déchire pas dans ses lointaines profondeurs, et que la pers- peclive paraît se confondre avec les limites de la génération pré- sente. Mais il faut bien que Pierre dure autant que l'Église. C'est pourquoi nous les voyons encore aujourd’hui tous les deux : ils sont inséparablement unis jusqu’à la consommation des temps. Le mot « Église » ne se rencontre qu’en deux endroits de l'Évan- gile: ici et dans un autre passage de saint Mathieu {xvir, 17). On allègue vainement cette circonstance contre l'authenticité des paroles que Jésus adresse à Simon-Pierre. Le mot Église (ëxXAnsia) n’a pas été employé par le Sauveur, qui parlait araméen; il représente un terme équivalent, dont l’idée, au point de l’histoire où nous conduit la confession de Pierre, n’a rien de surprenant, puisque Jésus, renon- çant à agir sur le peuple indocile, s'applique à la formation d'un petit groupe de disciples qui devront continuer son œuvre après qu'il les aura quittés, et réunir autour d'eux les âmes disposées à recevoir l'Évangile. Qu'est ce plan, sinon l’idée de l’Église? Et le seul nom de Pierre, que nous savons avoir été donné à Simon pour mar- quer la place qui doit lui revenir dans l’œuvre de Jésus, ne contient- il pas déjà en lui-même toute la signification que le Sauveur vient de développer ? L'Église aura la solidité qui convient à unédifice bâti par la main de Dieu. Les portes de l'enfer ne l’emporteront passur elle. Quelques interprèles modernes voicnt là une simple comparaison. L'enfer serait conçu comme un château fort dont les portes ne peuvent être brisées et nelaissent pas sortir ceux qui les ont une fois franchies. Les portes de l'enfer ne l’emportleraient pas sur l'Église parce que l'Église est plus inébranlable encore que les portes du ténébreux séjour. Mais l’idée d'un succès qui doit échapper à la puissance de l'enfer semble clairement impliquée dans les paroles du divin Maître. Les portes de l'enfer, c’est-à-dire la puissance de la mort, triomphent de tout ce qui est humain; elles se referment surtous les hommes et sur tous les empires du monde ; jamais pourtant elles ne se refer- meront sur l'Église, parce que l'Église de Jésus ne meurt pas. L'en- fer ne doit pas désigner ici, au moins directement, ni le démon, ni LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 55

l'erreur, mais le royaume de la Mort, comme c’est l'ordinaire dans l'Ancien Testament. L'Église vivra toujours: c'est pourquoi les portes de l’enfer ne laretiendront jamais captive sous leurs éternels ver- rous.

La fonction de Simon, figurée d’abord par la pierre fondamen- tale d’un édifice, l'est ensuite par lesclefs, insigne du majordome ou intendant d'un palais (ef. Zs. xxir1, 22). Dans l’Apocalypse (ur, 7), c'est Jésus lui-même qui porte la clef de David, parce qu'il a seul le pouvoir d'ouvrir et de fermer. Mais il y a tieu de faire pour les clefs la même distinction que pour le fondement de l'Église. Pierre exer- cera visiblement sur la terre, au nom et par la volonté du Maître invisible, le pouvoir des clefs. Il le possédera seulement quand ” Jésus aura quitté ce monde. Le Sauveur ne fait ici que le lui pro- mettre : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. » Le pouvoir d'ouvrir et de fermer, pour autant qu'il appartient au majordone, représente symboliquement l'autorité dont il est revètu, et dont l'acte le plus apparent est de surveiller, d'accorder ou de refuser l'ac- cès de la demeure royale. Aussi bien n'épuise-t-on pas toute la signi- fication des clefs si l’on y voit seulement le pouvoir {d'admettre dans l'Église tous ceux qui veulent y entrer, et d'en exclure les indignes, ou bien la garde du trésor ecclésiastique, doctrine et sacrements, ou bien la prédication de l'Évangile par laquelle Pierre devra conduire les âmes à Dieu. Le pouvoir des clefs n'est pas exclusivement telle ou telle de ces attributions; il les comprend et les domine tontes. À ce pouvoir suprême est rattaché celui de lier et de délier avec l’autorité de Dieu, en sorte que tout ce que Pierre liera 6u déliera sur la terre soit lié ou délié dans le ciel. Lier et délier signifie, en langage rabbinique, la même chose que défendre et permettre, À propos des décisions émises par les docteurs dans l'interprétation de la Loi. Une explication plus large est réclamée par le contexte du passage évangélique. Le pouvoir de lier et de délier est, au fond, le même que celui de fermer et d'ouvrir : c'est le souverain pouvoir de gouvernement, comprenant au plus haut degré le droit d’ordonner et de défendre, d'enseigner et de régir, de juger et d'absoudre ou de condamner. Pierre, interprète de la foi, dépositaire de l'autorité di- vine a pleine puissance pour tout régler dans la maison de Dieu, pour enseigner infailliblement toute l'Église, exercer sur elle une pleine juridiction, déterminer souverainement les conditions dans lesquelles on remettra ou retiendra les péchés. Tout cela est contenu virtuellement dans la parole que Jésus a dite à Simon Bar Jena. La promesse de Jésus à Pierre ne se rencontre pas dans saint Mare ni dans saint Luc. Il n’entrait pas dans leur plan d'exposer en détail ce que Jésus avait fait pour l’organisation de son Église, et le seul nom de Pierre, qu'ils ont soin de mettre en évidence, avee la qualité 56 REVUE ANGLO-ROMAINE

de prince des apôtres, rappelait suffisamment à leurs lecteurs tout ce que contiennent les paroles rapportées par saint Mathieu. Les deux évangélistes semblent vouloir montrer dans leur récit le degré d'insiruction où sont parvenus les apôtres, et plus encore peut-être ce qui leur reste à apprendre que ce qu'ils savent déjà. Le premier Évangile insiste sur ce qui est acquis, la croyance ferme à Jésus Fils de Dieu. Son récit, plus développé, doit être aussi le plus ancien, celui qui reproduit le plus complètement la physionomie historique de la scène où nousvoyons représentée au vif la fondation de l'Église. On ne saurait trop insister sur ce fait, que la tradition apostolique mettail la confession de Pierre en rapport avec sa prérogative de prince des apôtres et de chef des croyants. Dans sa forme actuelle, la relation du premier Évangile a quelque chose d’un peu décousu. Lorsqu'on la compare à celle de saint Marc et qu’on arrive à la con- clusion : « Alors il défendit à ses disciples de dire à personne qu'il était le Christ », puis à la réprimande énergique adressée par Jésus à celui-là même qu'il vient de louer et de placer si haut, la promesse faile à Pierre semblerait presque un élément surajouté au récit de saint Marc. La défense faite aux disciples est én rapport avec la con- fession de Pierre, non avec la promesse, et l’on dirait que celle-ci est oubliée lout de suite. Pur effet de perspective, qui vient probable- ment de ce que le rédacteur de notre Évangile grec a été influencé par le second Évangile, et qu'il a inséré dans le cadre que lui four- nissait saint Mare, le tableau qu'il trouvait dans l'Évangile primitif. Nous ne savons pas si la confession de Pierre et la réprimande qu'il a encourue, maintenant rapprochées dans saint Marc pour la raison didactique signalée plus haut, ont eu lieu réellement le mème jour. Rien ne prouve qu'il en ait été ainsi. L'objectiun qu'on tire de ce que Pierre n'a guère pu être félicité pour sa foi et proclamé chef de l'Église, quelques minutes avant d'être appelé Satan, n’est fondée que sur des apparences, sur un fait littéraire qu'on est trop pressé peut-être d'interpréter comme un fait historique. La promesse et la réprimande ne s’excluent pas mutuellement: ce qui étonne dans le récit du premier Évangile, et ce qui paraït peu vraisemblable dans la réalité, c'est la succession immédiate de l'une à l'autre. Mais la forme même du récit de la confession dans l'Évangile primitif donne à penser que cette succession n'a pas été immédiate. La confession de Pierre était racontée dans l'Évangile hébreu pour faire valoir ses prérogalives. La réprimande a été reliée à la confession par saint Marc dans une intention tout autre; elle a été omise par saint Luc afin de ménager les disciples. Si l’on veut bien entendre et la con- fession et la réprimande, il faut les prendre en elles-mêmes et ne pas attacher trop d'importance à un rapport chronologique dont le lexte des Évangiles ne semble pas affirmer autrement la rigueur. LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS #7

Jésus défend à ses disciples de dire qu'il est le Messie. La raison de cette défense est toujours la même : le nom de Messie éveille dans les esprits certaines idées que Jésus ne veut pas encourager. Les disciples eux-mêmes n'en sont pas tout à fait exempts. Avant d'an- noncer que leur Maître est le Messie promis par les prophètes, ils ont besoin de savoir quelle est sa vraie mission et en quel sens, en quelle manière, par quels moyens il doit sauver Israël et l'humanité. Jésus va donc les prémunir contre les illusions courantes du temps et du milieu où leur vocation les avait pris. C'est pourquoi, dès que leur foi en lui s'est affermie, « il commence à leur enseigner que le Fils de l'homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, être mis à mort et ressusciter après trois jours ». Cette phrase ne peut être qu'un résumé de ce que le Sauveur a dit, soit dans la circonstance particulière visée par les évangélistes, soit en d'autres occasions. Jésus veut donner à ses dis- ciples, touchant l'accomplissement prochain de son œuvre messia- nique, une idée toute différente de celles dont leur imagination s'était nourrie jusqu'alors. Hs révaient encore, comme les autres, d'un Messie puissant et glorieux qui n'aurait qu'à se montrer pour voir le monde à ses pieds, chef reconnu d'Israël, régnant avec Israël sur toutes les nations de la terre, pour le bonheur des justes et la contusion des méchants. Une grande espérance est toujours une grande force. Mais celle-là avait besoin d'être épurée pour servir aux desseins de la Providence. Jésus ne la combattra pas directement, mais il annonce à ses disciples ce qui doit lui arriver, à lui, le Messie. Il souffrira beaucoup : rien de ces hommages que Juifs et Gentils étaient censés devoir rendre sur la terre à l'envoyé de Dieu. H sera rejeté par les chefs de la nation juive: rien de cette intronisation où l'on se figurait l'héritier de David acclamé par tous les enfants de Jacob. Il sera mis à mort: au lieu de la couronne et des splendeurs royales, le supplice des criminels. Telle est la première partie du programme. La seconde est plus consolante, mais on dirait une porte ouverte sur l'inconnu : après sa mort, Jésus ressuscitera. Sans doute ilressuscitera dans la gloire; mais combien ce règne d'un Messie ressuscité après sa mort devra peu ressembler à ce qu'on avait pensé! Dès l'abord et jusqu’après l'événement, les disciples, soit parce que l'annonce des douleurs absorbait leur attention et déconcertait toutes eurs prévisions, soit parce que l'annonce de la résurrection, s'appli-- quant au Messie, disait peu de chose à leur esprit, ne s'attachèrent pas à l'espoir que Jésus avait eu soin de placer au Lerme des sacri- fices. Ce qu'ils comprirent nettement, c’est que Jésus voulait aller à Jérusalem et qu'il s'attendait à y mourir. Tel était l'avenir de ce Messie auquel eux-mêmes avaient livré leur propre destinée en lui donnant leur foi. 58 REVUE ANGLO-ROMAINE

 L’exactitude substantielle des paroles qui sont attribuées au Sau-

veur est garantie par l'impression que les disciples en reçurent. Le mot de Jésus à Pierre: « Retire-toi de moi, Satan! » est authentique entre tous, et la circonstance où il a été prononcé n’est pas douteuse. Le Maitre avail'parlé de sa passion et de sa mort prochaine. Pierre, mû par un sentiment d'affection sincère et dont la vivacité même a quelque chose de touchant, essaie de lui remontrer combien de tels propos sont inconsidérés, invraisemblables, et qu'il faudrait en- prévenir l'effet s'ils avaient chance de s’accomplir. Le disciple avait tiré Jésus à part, afin de lui faire ces observations. Jésus, pour que nul ne se flatte de lui voir abandonner la voie tracée devant lui par le Père céleste, repousse hautement et devant tous, comme une sug- gestion diabolique, le conseil vulgaire qu’on a osé lui donner. La parole : « Retire-toi, Satan! » éveille le souvenir du récit de la ten- tation (Watth. 1v, 10). C'est que Pierre, lui aussi, avec les idées qu'il garde encore d'un Messie puissant selon le monde, semble promettre ou souhaiter à Jésus les royaumes de la terre avec toute leur splen- deur. Mais qu'est-ce que cela vaut aux yeux de Dieu ? Simon a donc repris le rôle de Satan. Il juge humainement des choses divines. Il lui faudra encore bien des leçons, une terrible épreuve, une lourde chute, pour qu'il soit véritablement Pierre et qu’il soit en mesure d'exercer les hautes fonctions où Dieu l'appelle. Mais qui ne le com- prendrait el ne reconnaîtrait dans son fait cette opposition du divin et de l'humain que proclament les paroles de Jésus? Simon Bar Zona parle comme un homme ; il ne sait pas encore assez que le salut du monde estune œuvre morale et que, pour accomplir cette œuvre ou y collaborer, il faut d'abord renoncer à soi-même et à tout intérêt propre.

Telle est l'explication sommaire, littérale et historique de la con- fession de Pierre et de la promesse de Jésus. Nous étudierons plus tard, et plus longuement, le commentaire donné à l’une et à l'autre par la tradition chrétienne.

                                                 A. Loisy.

LES LIMITES DE NOTRE SCIENCE

Il n'est pas besoin d'être un observateur bien perspicace, pour reconnaître aujourd'hui, chez les philosophes et les penseurs des grandes nations scientifiques, une préoccupation que chaque jour rend plus obsédante. Le XIX* siècle est, par excellence, le siècle de la science, le siècle des grandes découvertes, des grandes applications et des grands enthousiasmes scientifiques. Toutes les découvertes annoncées sont-elles bien des conquêtes définitives? Toutes les appli- calions ont-elles été bienfaisantes? Les enthousiagmes les plus sin- cères ont-ils toujours été justifiés ? Ce sont les questions qu'on a récemment agitées en France avec passion, avec trop de passion peut-être. Des choses excellentes ont été dites, d'autre constestables, et, en tous les cas, quelques-unes des meilleures avec maladresse. À la nouvelle que la Science aurait «per- du son prestige, » quelques-uns se sont précipités à son secours, avec un empressement plus bruyant que désintéressé; d'autres ont applaudi, et ont applaudi d'autant plus qu'ils comprenaient moins. Vraiment on s'est pris à regretter que «la Science» n'ait pu elle- même, à la façon de «la Patrie» et de « la Loi » des prosopopées an- tiques, prendre la parole en personne et répondre aux reproches qu'on lui a faits. De la sorte elle aurait pu dire quels engagements elle avait signés, et si elle avait souscrit d'avance à toutes les promesses faites en son nom. J'imagine qu'elle n'eût pas été très émue de s'entendre déclarer en faillite, et qu'elle eùt témoigné seulement une surprise un peu méfiante à se voir défendue avec tant d'ardeur par nombre de gens avec qui elle ne se savait point en relations très suivies ; et peut-être eût-elle repris à son compte le mot immortel de Bersot sur certains hommes politiques pleins d'amitié pour l'Université : « Mé- fous-nous; on nous aime contre quelqu'un. » Ïl nous semble qu'il ne sera pas sans intérêt d'exposer ici dans quel esprit,la même question, et au même moment, a été agitée en Angleterre. Une telle comparaison entre l'attitude du monde anglo- saxon et l'attitude du monde latin devant les problèmes contempo- 60 REVUE ANGLO-ROMAINE

rains de philosophie scientifique ne saurait manquer d'être instruc- tive. M. W. de Fonvielle a eu l'heureuse pensée de nous donner une traduction française du discours de lord Salisbury sur «les limites actuelles de notre science’. » Il y a deux mois, M. Faye présentait cette traduction à l'Académie des Sciences, en insistant sur son haut inté- rêt. À l'occasion de ce discours, je voudrais présenter ici quelques réflexions.

 Lord Salisbury, premier Ministre d'Angleterre, présidait le 8 août

1894, à Oxford, la séance d’inauguration du soixante-quatrième meeting de la British Association for the advancement of Science. L'Association britannique pour l'avancement des sciences fut fondée en 1831. Jamais institution n'a mieux mérité son nom; elle a joué un rôle important dans le progrès des sciences dans le Royaume-Uni, au cours de notre siècle. Elle tient chaque année, au mois d'août, un congrès, dans une ville qui a été indiquée l’année précédente, et ces congrès sont le rendez-vous de tout ce que l'Angleterre compte d'hommes éminents dans les diverses sciences. Dans chacune des sections : astronomie, physique, chimie, biologie, etc., un savant éminent lit un « report », qui lui a été confié par la section, sur l'état actuel de nos connaissances sur un point particulier Quelques-uns de ces rapports sont des chefs-d'œuvre d’exposition claire et com- plète, et dispensent totalement de recourir aux œuvres originales antérieures. C'est l'Association britannique qui se préoccupa la pre- mière de l'unification el de la détermination des étalons de mesures électriques, il y a de cela quelque trente ans. Les assises de l'Association se sont tenues quatre fois à Oxford, en 1832, en 1847, en 1860 el en 1894. L’intéressante préface dont le traducteur a fait précéder le discours de lord Salisbury, contient des détails instructifs sur ces quatre congrès; cette préface n'était point inutile pour comprendre les allusions que contient le discours de lord Salisbury. L'Université d'Oxford représente l’orthodoxie anglicane : l'Associa- lion britannique, l'esprit de recherche scientifique. Entre les deux institutions, les relations ont été, par instants, assez tendues. l'Uni- versilé el l'Association, c'esl, en Angleterre, la foi et la science; et l'his-

 1 Les limiles actuelles de notre science, par le marquis de Salisbury, premier

Ministre d'Angleterre, traduit avec l'autorisation de l’auteur, par M. W. de Fon- vielle (Paris, Gauthier-Villars), LES LIMITES DE NOTRE SCIENCE | 6i toire des malentendus entre les deux institutions, c'est l’histoire des malentendus entre la foi et la science, avec le caractère particulier qu'ils ont affecté en Angleterre. Lord Salisbury rappelle, avec autant d'esprit que de discrétion, en quelles occasions se sont manifestées ces préventions réciproques. Il cite ce que disaient, après la première réunion de l'Association à Oxford, l'illustre Pusey et son ami M. Keble. « Les docteurs d'Oxford, dit le docteur Keble, ont cédé tristement à l'esprit du temps enrece- vant comme ils l'ont fait ce poi pourri de philosophes. » «Il est amusant, —- ajoute lord Salisbury, — après plus de soixante ans, de noter les noms des philosophes dont les distinctions académiques ont si doulou- reusement touché l’aimable esprit de M. Keble : ils s'appelaient Brown, Brewster, Faraday et Dalton. Quand nous nous rappelons le caractère séduisant et serein du talent de M. Keble, et que nous songeons qu'il était probablement :à cette date l’homme de l'Université qui avait la plus grande influence sur l'esprit de ses collègues, nous pouvons mesurer le chemin que nous avons fait depuis cette séance, et la rapidité avec laquelle les trajectoires de ces deux astres intellectuels, l'Université et l’Association, ont convergé en s’approchant l’un de l'autre. » : C'est en 1860, à la troisième réunion de l'association à Oxford, que se produisit le choc le plus violent. Il eut lieu à l’occasion du darwi- nisme. Le révérend Samuel Wilberforce, évêque d'Oxford, attaqua avec vigueur le darwinisme, ou plus exactement, comme l'a dit Huxley, l’un des partisans les plus intransigeants de la doctrine de Yévolution, il discuta la question de « ce qui se trouve dessous le darwinisme ». C’est peut-être à la violence du choc de 1860 qu'est dû le fait qu'on resta depuis lors à distance respectueuse, et que l'Uni- ” versité et l'Association ont mis trente-quatre ans à se rencontrer de nouveau.

lei lord Salisbury émet un avis dont nous lui laissons la respon- sabilité, mais qui se rapproche beaucoup d'une idée que nous avons nous-même souvent énoncée. Assurément « des divergences pro- fondes sur les questions religieuses » ont pu être une des causes de ces vives controverses entre hommes de foi et hommes de science; mais il y a autre chose. Il y a eu une période de crise, qui était abso- lument inévitable, au moment où la Science du moyen âge, la science ausens que donnait à ce mot l'université d'Oxford, c’est-à-dire la science fondée surtout sur la réflexion, la science dans laquelle « le microscope de l'étudiant était tourné en dedans » — lorsque cette stience a vu se dresser à côté d'elle, exigeant aussi sa place au soleil, la science nouvelle, la science d'observation et d'expérimentation. Aujourd'hui le confit est calmé, parce que «€ la science antique ne tonteste plus la part qui revient dans l'éducation à Ia science nou- REVUE ANGLO-ROMAINE

velle »; et il y a progrès dans l’esprit public du monde savant, en ce sens qu'il y a, d'une part, bien peu de savants, quel que soit leur credo, pour soutenir que les livres sacrés ont été composés pour nous apprendre la géologie, et qu'il y a, d'autre part, bien peu de savants pour s'imaginer « que leur creuset ou leur microscope peut les aider à pénétrer les mystères planant sur la nature et la destinée de l’âme humaine ». . . Ce que je trouve particulièrement intéressant dans l’exposé de lord Salisbury, c'est cette idée, sinon énoncée explicitement, du moins impliquée dans ce qu'il dit et comme dominant sa pensée, à savoir que dans le conflit entre l'Association et l’Université — entre la Science et la Foi — il y a eu une période de crise, que cette crise n’est pas quelque chose d'accidentel, qu'elle ne pouvait pas être écartée; et d'autre part qu'on peut la considérer comme terminée. Il ne pouvait pas ne pas y avoir lutte au moment où la « science inouvelle » venait réclamer, à côté de la « science ancienne », droit de cité: et le conflit portait, au fond, bien moins sur les résultats de la science expéri- mentale que sur une question de méthode : faire reconnaître le droit de l'expérimentation, telle que l'ont pratiquée Galilée et Pascal, à ajouter des nolions nouvelles à l'esprit humain, et à contribuer à sa formalion et à sa culture, est un résultat qui ne pouvait pas être ob- tenu sans résistance. Une fois le résultat acquis, reconnu par tous, par les théologiens protestants, anglicans ou catholiques, aussi bien que par les savants, il peut surgir entre théologiens et savants des malentendus passagers, qu'exploiteront soigneusement des gens qui en vivent; il n'y aura plus de conflit violent comme il y en a eu une fois, au moment de la crise nécessaire. Dans le monde latin, la crise s'est produite à propos de Galilée. Dans le monde anglo-saxon, où semblait s'être maintenue plus intacte, religieusement conservée dans certains centres tels que l’Université d'Oxford, la tradition in- tellectuelle du moyen âge, la crise s’est produite deux siècles et demi plus lard, à propos de Darwin. On a pu voir en notre siècle certains membres de lahiérarchie an- glicane s'alarmer de découvertes et s'élever contre des hypothèses scientifiques, avec une vivacité et parfois une absence de mesure qu'il nous est arrivé de rencontrer chez certains membres du clergé fran- çais. Nous assistons aujourd’hui àla contre-partie : et nous entendons l'un des croyants les plus autorisés de l'Église d'Angleterre exposer les conditions nécessaires pour éviter désormais tout conflit entre la science el la foi, et les énoncer avec la précision et tout à la fois la largeur d'esprit auxquelles nous ont habitués depuis bien des an- nées déjà les apologistes catholiques les plus marquants. LES LIMITES DE NOTRE SCIENCE 63

                                  ll

L'objet principal de l’adresse de lord Salisbury n'est point de dé- montrer le droit à la foi. Il laissera son neveu, qui est en même temps l’un de ses ministres, M. Arthur Balfour, établir dans un ou- vrage retentissant « les fondements de la croyance », éhe foundahons of Belief *. A l'Association Britannique, il s’adresse à un auditoire de savants, et s'il a dû rappeler le souvenir de conflits maintenant apai- sés, il veut s'attacher surtout à montrer, par trois exemples précis, gnelles sont« les limites actuelles de notre science ». La discussion est nettement circonscrite. Sans doute l'orateur lais- sera entendre qu'on a exagéré l'importance des progrès accomplis en ce siècle « en disant que les chercheurs ont ouvert les secrets de la na- fure » ; mais cette conclusion, il l’indiquera sans y insister, et il se gardera soigneusement de toute généralisation inconsidérée. Quant aux applications de la science, il n’hésite pas à déclarer, à propos des découvertes de Pasteur et de Lister, « qu'il est difficile de porter trop haut les services qu'ils ont rendus en répandant le bien- être et en diminuant les souffrances de l'humanité ». ‘ Nous avons toujours pensé que lorsqu'on discute de l'utilité plus où moins grande des applications de la Science, on risque de com- meltre une confusion, On ne distingue pas assez ce que j'appellerai les applications bienfaisantes, et les applications proprement indus- irielles. L’exemple des découvertes de Pasteur et de Lister suffit pour indiquer ce qu'il faut ranger dans le groupe des applications bienfai- santes : celles-là, il n’est pas contestable qu'elles ne soient, d'une façon absolue, un bien. C'estsurtout aux applications industrielles que pensent les écrivains qui accusent la Science d'avoir indirectement abouti à rendre plus misérable la condition du prolétariat, et d’avoir creusé plus profondle fossé qui sépare les diverses classes de la société. Nous n'avons garde de méconnaître les maux qu’a entraînés le développement du machi- risme, Nous croyons pourtant qu'on a tort de rendre la science res- ponsable d’inconvénients qui tiennent à une insuffisance d'organisa- Bon sociale : il nous semble que la découverte d'une matière ou d’une énergie nouvelle, la captation d’une force naturelle par l'homme, est toujours un événement qui doit réjouir le chrétien; on doit y voir une

! On lire avec fruit sur ce livre ün article de M. le marquis de Nadaillac :

Foi et Science », dans le Correspondant du 10 juin 1895.

64 REVUE ANGLO-ROMAINE.

obéissance au commandement divin : « Tu domineras la nature; » on doit y voir l'effort de l'homme pour reconquérir sur la nature cette suprématie dont le Créateur lui a fait un devoir; cette reconquête, depuis le péché originel, est lente et pénible; raison de plus de se réjouir chaque fois que l'homme la pousse plus loin. On nous permettra de ne pas quitter ce sujet sans citer, une fois de plus, quelques passages trop peu connus de l’Encyclique de Léon XI! sur Christophe Colomb. « L'Église, sans doute, réserve des honneurs particuliers, et les plus grands, aux hommes qui ont été les plus éminents dans le genre de vertus qui se rapporte au salut éternel des âmes; mais elle ne méprise pas pour cela, et ne tient pas en médiocre estime les qualités d'un autre ordre; elle a eu, au contraire, pour principe constant de prodiguer ses encouragements et ses honneurs à ceux qui ont bien mérilé de la société civile et dont les services assurent à leur nom l'immortalité.... La renommée humaine, reconnaissante des bienfaits, célèbre et célébrera toujours, et à bon droit, la mémoire de ceux qui ont reculé les limites de la science et de la civilisation, et qui ont accru, par là, le bien-être général". » Qu'on relise en entier cette Encyclique?; et qu'on y remarque sur- tout l'esprit qui l'anime, et, si je puis dire le fon sur lequel il y est parlé de la science et des découvertes scientifiques. Avec le Souverain Pontife, — comme avec le Premier Ministre du Royaume-Uni, — nous croyons donc qu’on aurait tort d'élever des contestations et des chicanes sur l'importance et les bienfaits des grandes applications scientiliques. Ce dont il s’agit ici, c’est de savoir si l'on ne s’est pas fait illusion quand on a cru que la science allait, du jour au lendemain, nous « ouvrir les secrets de la nature; » c'est de savoir jusqu'où l’on a reculé « ces limites de la science ».

                                     ul                    ‘


 « Je vous demande la permission d'attirer votre attention sur les

incertitudes dans lesquelles nous nous trouvons vis-à-vis de trois ou quatre questions physiques, choisies parmi les plus sérieuses de toutes celles que notre siècle s'efforce de résoudre. » C'est en ces termes que lord Salisbury annonce son intention de

1 Quorum memoriam fama hominum, beneficiorum memor, jure prædicat, præ- dicabit, propterea quod scientiarum atque humanitatis propagavere fines, com- munemque prosperitatem auxere. 2 Qu'on la lise dans le lerte latin : certaines traductions françaises que j'ai sous les yeux rendent très mal quelques nuances, d’un intérèt essentiel sinon pour le sens général, du moins pour le {on. LES LIMITES DE NOTRE SCIENCE 65

montrer que, sur trois questions en particulier, malgré les découvertes merveilleuses des savants qui en ont fait une étude spéciale, « les frontières de notre science restent ce qu'elles étaient il y a un grand nombre de siècles, » Deux de ces trois questions intéressent le physicien et le chimiste, la troisième intéresse le biologiste. La première est relative à « l'origine et à la nature des éléments chimiques ». Pourquoi soixante et quelques corps simples? et pour- quoi se groupent-ils en familles, dont les membres présentent entre eux d'étroites analogies? Au commencement du siècle, après les découvertes de Dallon, on pensa que les divers atomes simples pour- raient bien être Lous formés d'une seule malière, que chaque élément était formé d'altomes d'hydrogène, groupés suivant un mode qui variait de l'un à l'autre. L'analyse spectrale nous a permis de recon- naître l'existence des éléments chimiques que nous connaissons, dans le soleil et dans les étoiles. La classification des éléments en familles a mis un peu d'ordre dans cetle foule de corps isolés, et Mendeleeff a pu établir entre ces familles une analogie singulière d'organisation, qui se traduit par une variation parallèle de pro- priélés quand on passe, dans chacune des diverses familles, d'un de ses membres à un membre placé plus loin : cette classification à élé si féconde qu'elle a permis d'annoncer à l'avance l'existence de corps nouveaux, destinés à occuper, dans certaines familles, des places encore vides; et l'expérience est venue justifier les prévisions des théoriciens, Quel est le résullat obtenu? Voici que nous avons cru surprendre les relations réelles de parenté entre les divers corps simples, et que le soupçon de ces relations nous a conduits à des découvertes réelles qui ont dépassé toute espérance; voici que, d'autre part, nous avons, dans l'analyse spectrale, un moyen incomparable de fre, à distance, l'analyse chimique de mondes qui commencent et de mondes qui finissent, et que, pour observer la genèse des divers éléments simples, on nous met entre les mains un instrument dont la puissance dépasse toute prévision : et voici qu'avec ces décou- verles et ces progrès nous n'avons pas fail avancer d'un pas une ques- lion, dont l'éclaircissement définitif semblait, il y a un demi-siècle, devoir être une affaire de quelques années. Peut-on transformer un des corps simples en un autre ? avons- nous démontré l'absurdilé de ce rêve de la transmutation des éle- ments? Doit-on voir dans les divers atomes élémentaires — suivant la belle parole de John Herschel, citée par Maxwell comme conclusion de sa Theory of Heat, — autant « d'articles manufacturés, » sortis tels qu'ils sont aujourd'hui de la main du Créateur? Autant de points sur lesquels nous ne sommes pas beaucoup plus avancés que les alchi- Iuistes,

 REVUE ANGLO-ROMAINE, — T, 1.   — 5.

66 REVUE ANGLO-ROMAINE

                               IV


 La seconde question est    relative à « la   nature de l’éther ».

L'«éther, » c'est-à-dire le milieu, dont les ondulations constituent la lumière, a eu « pendant plus de deux générations, pour principale, sinon pour seule fonction de fournir un sujet au verbe actif orduler ». Les admirables découvertes de Maxwell et de Hertz, qui ont établi une relation inattendue entre l'électricité et la lumière, ont laissé sub- sister, toujours aussi profond, le mystère qui plane sur la nature de l'éther. La constitution qu'il faut lui supposer, pour qu'il puisse trans- mettre ces vibrations dont il est le siège, semble même en contradic- lion avec les lois dela mécanique rationnelle. Lord Kelvin (sir W. Thomson) a imaginé récemment une hypothèse qui permettrait à l'éther ce genre d’ondulations extraordinaires « sans outrager les lois connues des mouvements vibratoires ». Mais cette « réconcilia- tion de l'éther et de la mécanique rationnelle doit-elle être considérée comme unesolution permanente du problème, ou simplement comme ce que les diplomates appellent un modus vivendi? » Peut-être, en déclarant ici les propriétés de l’éther « incompré- hensibles », lord Salisbury attache-t-il au mot « comprendre » la signification un peu particulière que lui donnent parfois les physi- ciens anglais : « Il me semble, dit sir W. Thomson dans sa Dynamique moléculaire, que le vrai sens de la question : « Comprenons-nous ou ne compre- « nons-nous pas un sujet particulier en physique ? » est : « Pouvons- nous faire un modèle « mécanique correspondant? » Je ne suis jamais satisfait, tant que je n'ai pas pu faire un modèle mécanique de l'objet; si je puis faire un modèle mécanique, je comprends; tant que je ne puis pas faire un modèle mécanique, je ne comprends pas. »

 En ce sens du mot comprendre, il est bien vrai que nous ne compre-

nons guère l'éther à l’heure actuelle; et il est bien possible que nous ne le comprenions jamais. L'idéal de la physique a été, pendant toute la première moitié de notre siècle, de donner, de tous les phénomènes physiques, des théories mécaniques, de montrer que tous se ramènent en réalité à des mouvements. C'élait la conviction de Descarte. Et depuis lors, cette idée s’est montrée si féconde qu'elle a pu paraître un inslant définitivement élablie par les découvertes qu’elle a sus- citées. Depuis quelques années déjà, une réaction s’est produite : on a mis en relief l'insuffisance de la « théorie mécanique de la cha- leur », el non pas même seulement l'insuffisance, mais le vice fonda- LES LIMITES DE NOTRE SCIENCE 67

mental inhérent à tout essai de théorie mécanique : à savoir, que l'idée mème de faire de la chaleur un mode du mouvement satisfai- sant aux lois ordinaires de la mécanique, apparaît comme difficiie- ment conciliabie avec le principe de Carnot. L'un des maîtres de ka science allemande, le professeur Ostwald, proclamait, ily a quel- ques jours, « la déroute de l'atomisme contemporain», ou,pour mieux diré, li banqueroute de ce « mécanisme », auquel on peut, suivant ini, donner le nom de « malérialisme physique. » Ces conclusions sont-elles décourageantes? Nous ne le pensons pas. En montrant que la chaleur est quelque chose d'autre que le mouvement, que la physique est irréductible à la mécanique pure, on fait faire, au contraire, aux idées scientifiques un progrès vers la vérité, analogue au progrès qu'a réalisé Pasteur quand il a établi, contre les partisans de la génération spontanée, que le vi était quelque chose de différent et de nouveau par rapport aux phéno- mènes physicochimiques et qu'ainsi la biologie ne se réduisait pas purement etsimplement & la chimie. Autant il est imprudent d'établir entre les diverses branches de la science des barrières artificielles; autant il est dangereux de poser en principe absolu le « Natura non facit sallus », et de faire des efforts prodigieux pour dissimuler les barrières réelles que nous offre la nature, Certains matérialistes, à l'imagination hardie et à la généralisation facile, ne veulent voir, entre les phénomènes que nous présente la conscience morale de l'homme, et le mouvement qu'étudie la mécanique que des diffé rences de degrés. Les expériences de Pasteur les tiennent, jusqu'à preuve du contraire, arrêtés au passage qui est entre la chimie et la biologie. Ils s'étaient habitués jusqu'ici à considérer du moinscomme très aisé le passage entre la mécanique pure et la physique. Hs n'étaient d’ailleurs pas les seuls : il nous snuvient d’avoir entendu X. Raoul Pictet terminer par une déclaration hautement spiritna- liste une conférence toute imprégnée d’une conception mécaniste de la chimie. À ces savants ou à ces philosophes il ne sera pas superflu de signaler l'opinion bien tranchée et nettement négative d'un homme tel que Wilhelm Ostwald, et aussi les doutes exprimés far les savants anglais, dont lord Salisbury s’est fait l'interprète, sur la possibilité de fonder jamais sur la mécanique une explication satis- laisante de la nature de l’éther.

                                V

De la physique et de la chimie, si nous arrivons à la biologie, nous ‘oyons encore une science qui à fait en notre siècle des progrès mer- 68 REVUE ANGLO-ROMAÏNE

veilleux. Dans quelle mesure ces progrès donnent-ils « espoir de pénétrer au centre du grand mystère » de la vie? « Certainement l'événement le plus important dans les annales scientifiques des cinquante dernières années, est la publication de l'ouvrage de M. Darwin qui parut en 1839, sur l'origine de l'espèce ». Qu'a produit le mouvement d'idées dont cette publication a été le point de départ? Deux résultats principaux : d’abord il a renouvelé la zoologie et la botanique; avant Darwin, « l'étude de la nature avait une tendance à n'être que statistique; depuis ses travaux, elle est devenue surtout zistorigue. » En second lieu, il a « certainement détruit la doctrine de limmutabilité de l'espèce; » et l'on trouverait aujourd'hui peu de naturalistes « se refusant de reconnaitre que des animaux offrant des différences plus saillantes que celles qui séparent des individus d'espèces distinctes, descendent pourtant d’un ancètre commun. » : :

 On ne saurait accuser l'orateur qui rend une justice aussi éclatante

à l'œuvre de Darwin, d’avoir un parti pris de dénigrement. Et'après son discours, Huxley a pu le remercier de ce qu’il avait dit de Darwin et s'associer à la proposition du vote of fhanks dont lord Kelvin avait pris l'initiative. . La critique adressée à ceux qui prennent pour des vérités démon- trées les conjectures les plus audacieuses n'en aura que plus d'auto- rité. Lord Salisbury s'attache à mettre en lumière l'une des objec- tions les plus graves qu'on ait faites aux évolutionnistes qui font descendre l'homme de la méduse primitive. Pour opérer une pareille suite de transformations, il leur faut un temps prodigieux; pour que la loi du calcul des probabilités, qui joue dans la sélection naturelle le même rôle que l'éleveur dans la sélection artificielle, puisse faire sortir une espèce nouvelle de deux êtres ayant reçu accidentellement une mème variation avantageuse, et pour que cette modification pro- gressive de l'espèce arrive à conduire de la méduse primitive à l'homme, il faut des centaines et des centaines de millions d'années : les zoologistes « ont commis des débauches de prodigalité dans la manière dont ils ont ajouté des zéros à la droite des chiffres indi- quant en nombres la longueur de la vie de la planète ». Par malheur, les physiciens ne sont pas d'accord avec eux. Lord Kelvin, puis Tait, ont observé que l'on peut calculer à quelle époque la terre, qui se refroidit constamment avait une température de 30° de plus qu'au- jourd'hui. A cette époque, la vie y était certainement impossible : or ces physiciens ont établi que la terre avait cette température à une époque qui n’est cerlainement pas ancienne de cent millions d'années. En attendant que biologistes et physiciens se soient mis d'accord, on peut « rendre un verdict de non prouvé sur les conclusions les plus larges que l'École darwinienne ait pu soulever ». LES LIMITES DE NOTRE SCIENCE 69

La fin du discours serait à citer en entier. Avec infiniment d'esprit, l'orateur s'empare d'une phrase de Weissmann, pour railler les phi- losophes qui « préfèrent croire ce qu'ils ne peuvent démontrer en détail, ce qu'ils ne peuvent concevoir en gros, plutôt que de se rendre coupables d'hérésie en admettant un principe aussi ridicule que l'intervention d'un pouvoir régulateur », Weissmann avait déclaré, ea effet, qu'il faut accepter la sélection naturelle, non point qu'elle puisse être démontrée en détail, ni comprise en gros, mais « parce qu'il n'est pas possible de concevoir qu'il y ait un autre moyen de rendre comple de l'adaptation des organismes, sans invoquer l'existence d'un plan présoncu de la nature. » Aux applaudissements de son audi- boire, lord Salisbury déclare qu'à Oxford on ne considère point l'idée d'un « ordre voulu régnant dans la naîre » comme une idée tellement ridicule qu'on puisse fonder sur son absurdité, un raison- nement par réduction à l'absurde; et il termine par ces paroles emprun- lées, à lord Kelvin : « J'ai toujours senti que l'hypothèse de la sélection naturelle ne donne pas la vraie théorie de l'évolution, s'il est exact qu'il faille rechercher l'évolution dans la biologie. L'existence d’un plan a été trop souvent perdue de vue dans nos récentes spéculations zoolo- giques.

 Des preuves éclatantes d'une aclion intelligente, d’un dessein bien-

veillant, sont multipliées autour de nous, et si jamais des doutes métaphysiques nous écartent temporairement de ces idées, elles reviennent avec une force irrésistible; elles nous montrent la nature soumise à une volonté libre. Elles nous apprennent que toules les choses vivantes dépendent d’un Créateur et d'un Maître élernel. »

                                VI



 Le discours dont nous venons de donner une analyse a été pro-

nonté, ne l'oublions pas, devant une assemblée de savants; etil a été prononcé par un homme dont la carrière, prodigieusement active, est très loin d'être une carrière scientifique. Les occupations de lord Salisbury ne l'ont pas empèché pourtant de s'intéresser vivement aux sciences; et chose bien plus rare, elles ne l'ont empêché de les élu- dier assez profondément pour pouvoir en parler avec compétence. On peut discuter ses tendances philosophiques, et l’on ne s’en est pas fail faute. Mais on ne peut, dans son discours, ni relever une erreur de fait, ni même citer une ligne qui accuse une connaissance un peu incomplète ou superficielle de la question précise dont il parle, 70 REVUE ANGLO-ROMAINE Je crois qu'on peut reconnaître, sans encourir le reproche de se dénigrer soi-même et de dénigrer son pays, qu’en France il est bien rare de rencontrer au même degré ces qualités de compétence et de pleine intelligence de son sujet, chez les personnes qui, sans être des savants, parlent et écrivent sur la science. Peut-être la différence tient-elle à ce qu’en France on s'adresse moins à une élite qu'au « grand public »; et qu'envers des auditeurs ou des lecteurs moins attentifs et moins bons juges, on se croit tenu à moins d'obligations. Il me souvient qu'au Congrès scientifique des catholiques, tenu à Bruxelles, en septembre 48954, M. Duhem reprocha vivement à cer- lains mélaphysiciens de ne pas parler avec assez de circonspection des questions scientifiques. Il leur recommanda d'éviter les sujets

CHRONIQUE

The catholic social union.— Dans notre dernier numéro, nous avons seulement parlé de la seconde partie du discours prononcé : par lord Russell of Killowen, le grand juge d'Angleterre, au meeting : dela Cufholu soeuil union. Mais, à côté de la question scolaire qui, aæluellement, présente pour lescatholiques anglais un intérêt plus immédiat, il y a le grand problème social qui, en Angleterre comm ailleurs, prévecupe tous les esprits. À Londres, comme on le sait, les quartiers pauvres sont situés à l'est de la cité, les quartiers riches à l'ouest. Le contraste est saisis- sant, plus peut-être que dans aucune autre capitale. Ce sont deux mondes distincts qui vivent côte à côte sans jamais se méler, s'igno-. rant mutuellement, pas assez malheureusement pour ne point se mépriser ou se haïr. Établir des rapports entre ces deux mondes, tel est le but de la Catholic social union. C'est à l'Ouest d'aller vers l'Est, et de faire péné- trer un peu de soleil, ce soleil de }a charité, dans les repaires déso- lés de Wapping ou de Whitechapel. Dans cette œuvre d'union sociale, les catholiques doivent marcher de l'avant. C’est ce qu'a rappelé le grand juge d'Angleterre, et inu- tile de le dire, sa parole atrouvé un écho sympathique dans l'audi- loire chrétien qui l’écoutait. | | Le cardinal Persico. — Une dépêche de Rome nous annonçait, ces jours derniers, la mort de S. E. le cardinal Ignazio Persico, préfet de la Sacrée-Congrégation des Indulgences et des Saintes Reliques. Sile regretté cardinal était relativement peu connu en France, il n'en était pas de même en Angleterre, où les circonstances qui accom- Pégnèrent sa mission en Irlande, en 1887, sont encore présentes au Souvenir de tous. On en était alors au plus fort du fonctionnement de ce système connu sous le nom de plan de campagne et qui, sous le couvert d'une lutte pour la liberté et l'indépendance nationales, autorisait les pires excès. Le boycoltage, les rixes sanglantes, les assassinats même éaientà l'ordre du jour, et vis-à-vis de ces crimes renouvelés, des membres du clergé irlandais avaient trop souvent fait preuve d’une coupable indulgence. En Angleterre, des catholiques éminents, le duc de Norfolk notamment, avaient supplié le Pape d'intervenir et de Prononcer une condamnation formelle d’un système qui avait de i regrettables conséquences. C'est alors que le Saint-Père résolut d'envoyer sur les lieux un homme choisi par lui, étranger aux querelles nationales qui divisent l'Angleterre et l'Irlande, et qui, dès lors, aurait qualité pour procéder à une enquête impartiale sur la situation du pays. Cette mission fut confiée à Mgr Persico, alors archevêque titulaire de Damiette. . L'envoyé du Pape visita les divers districts où des troubles avaient éclaté, et il acquit bientôt la conviction que les actes de violence re- 72 REVUE ANGLO-ROMAINE

prochés aux partisans du plan de campagne n'étaient malheureuse- ment que trop réels. Ce fut en vain qu'un grand nombre de kome rulers anglais, conduits par le marquis de Ripon, intervinrent auprès de l'archevêque de Damiette, ct s'efforcèrent d’atténuer les impres- sions résultadt de son enquête. Mgr Persico demeura inflexible, et son rapport sur la situalion de l'Irlande fut suivi d’une condamnation formelle du plan de campagne, en avril 1888.

 La question des ‘écoles au Manitoba. — L'on se rappelle

encore le conflit que souleva l’année dernière la fermeture des écoles catholiques de la province de Manitoba, conflit qui réveilla toutes les vicilles querelles entre catholiques et protestants et faillit même dégénérer en une véritable guerre de religion. Il y a environ vingt-cinq ans que le Manitoba entra dans la Confé- dération canadienne. A cette époque les catholiques étaient en grande majorité, et, ne se doutant pas que les droits de leurs écoles pussent un jour être contestés, ils négligèrent de faire insérer dans les statuts de la Confédération aucun article en leur faveur. Mais, au bout de quelques années, la population catholique, par suite de l'immigration des protestants venus des différents points de la Confédération, ne tarda pas à devenir une minorité — minorité imporlante à coup sûr, mais impuissante dès lors à faire prévaloir ses droits. — Sur ces entrefaites, le pouvoir se trouva tomber aux mains d'un gouvernement ultra-protestant, dont un des premiers actes fut la suppression des écoles catholiques et de la liberté d’ensei- gnement. Par contre l'instruction religieuse donnée dans les écoles officielles était purement protestante, et cependant les parents catholiques étaient dans l'obligation d'y envoyer leurs enfants. La question se posa donc de savoir si oui ou non l'acte du gouver- nement protestant était conforme à la Constitution. Les catholiques en appelèrent à la cour suprême du Manitoba, puis à la cour suprême du Canada; mais les jugements rendus par ces diver- ses cours furent contradictoires, et pendant ce temps les deux partis s'irritaient, les vieilles haines se réveillaient, les passions s’enveni- maient et les désordres les plus sérieux étaient à craindre. C'est alors que les catholiques se décidèrent à traverser l'Atlan- tique et à aller porter leur cause à Londres devant le Conseil privé, tribunal souverain de l'Empire britannique. Le jugement rendu au mois de février dernier par le Conseil privé, — jugement donnant plein pouvoir au conseil fédéral de la Confédération pour rapporter l'acte inique du gouvernement de la province de Manitoba — causa un grand soulagement à toutes les consciences vraiment libérales. Toutefois cette décision n'avait encore produit jusqu'ici aucun résultat appréciable. Mais ces jours derniers, M. Thomas Greenway, premier ministre du Manitoba, vient de faire, à Winnipeg, une déclaration qui fait entrer la question dans une phase nouvelle. Il a dit que, comme les catholiques n’accepteraient aucun compromis et ne se déclareraient CHRONIQUE 73 pas satisfaits à moins de se voir rendre le droit d’avoir des écoles séparées, ce à quoi ne consentirait jamais la majorité de la législature provinciale, cette dernière n'a pas à s'occuper davantage de la ques- tion.La solution est donc entre les mains du gouvernement fédéral: or celui-ci a déclaré que, si la province ne rendait pas justice aux catholiques, il présenterait an Parlement de la Confédération une loi réparatrice les réintégrant dans leurs droits. Il est probable qu'il déposera et fera discuter cette loi au cours de la prochaine session du Parlement fédéral. D'après une dépêche du Times, on exigerait seulement des catholiques que leurs écoles soient aussi bonnes que les écoles publiques, ce qui serait attesté par un examen annuel des élèves. H y a lieu de se féliciter d’une semblable décision, et tout permet dès lors d’entrevoir dans un avenir prochain une solution équitable de la question. La remise de la barrette aux nouveaux cardinaux français. — La cérémonie de l'imposition de la barrelte aux deux nouveaux cardinaux, Mgr Perraud, évêque d’Autun, et Mgr Boyer, archevêque de Bourges, a eu lieu mercredi matin à l'Elysée. Les deux cardinaux accompagnés de leurs ablégats et de leurs garde-nobles ont été reçus au bas du perron de l'Elysée avec le céré- monial accoutumé, puis introduils dans le grand salon doré où se trouvaient le Président de la République et les ministres. Les ablé- ‘gals ont chacun prononcé un discours en latin,auquelM. Félix Faure a répondu en leur souhaitant la bienvenue. Après l'arrivée du Nonce apostolique, le cortègedes cardinaux s’est rendu à la chapelle de l'Elysée où il a été rejoint peu après par le cortège présidentiel. La messe basse a été dite par M. l'abbé Hertzog, curé de la Made- line. Après la messe, le Président de la République a mis suivant l'usage la barrette sur la tête des deux cardinaux. Puis le cortège s’est rendu dans le salon des fêtes. Le Président de la République s’est assis, ayant à sa droite le président du conseil et les ministres, àsa gauche le Nonce apostolique, derrière lui ses mai- sons militaire etcivile. Les deux cardinaux ont alors été introduits etont prononcé les dis- cours d'usage. M. Félix Faure leur a répondu en les félicitant de leur élévation à la pourpre romaine. Puis un déjeuner de 33 couverts a réuni à la table du Président de la République les cardinaux, le nonce apostolique, les ablégats et les ministres.

Erratum. — Par suite d'une erreur typographique, nous avons aunoncé, dans notre dernier. numéro, que la brochure de M. l’abhé Boudinhon sur Ze4 ordinations anglicanes était éditée chez Oudin, rue de Mézières, et que le De Hierarchia anglicana se trouvait ‘chez Lethielleux, rue Cassette. C’est le contraire qu'il faut lire. La brochure de M. l'abbé Boudinhon se trouve chez Lethielleux, 10, rue Cassette, etle De Hierarchia anglicana, chez Oudin, rue de Mézières, 20. Es

                   LIVRES ET REVUES

                       LE BULLETIN CRUIQUE

Sous letitre: The primitive sainte and the see of Rome, le Rev. F. W. Puller, religieux anglican de la Société de Saint-Jean l’Evangéliste, Cowley, Oxford, a publié un volume qui a soulevé de vives polé- miques en Angleterre. L'abbé Duchesne intervient à son tour dans le Bulletin critique du 25 novembre. Et s’il le fait avec l’incontestable autorité que lui donne sa connaissance approfondie des premiers siècles de l'Eglise, c’esten même temps avec une très grande cour- toisie, à l'égard d'un adversaire dont on peut combattre les idées, mais dont on aime à reconnaitre la sincérité et la science. Nous ne pouvons pas reproduire en entier l'article de M.l'abbé Duchesne, mais nous en donnonstoute la première partie. Cet ouvrage est dùà la plume de l’un des membres les plus respectables de l'Église anglicane; il se recommande par une érudition ecclésiastique des plus solides. On me dit qu'il a eu beaucoup de succès en Angleterre dans les cercles de la haute Eglise, et je ne m'en étonne pas. On ne s’étonnera pas nou plus que j'aie beaucoup de réserves à faire tant sur la thèse sou- tenue par l’auteur que sur la façon dont it la défend. La thèse c’est que le siège apostolique de Rome n'a, iure divino, aucune primauté de juridiction ; la démonstration, pour l'ensemble du moins, c’est que les anciens saints ont témoigné par leur attitude que cette primauté leur était inconnue; beaucoup d’entre eux ont vécu et sont morts en dehors de la commun romaine. L'auteur se tenant de préférence sur le terrain des faits historiques, c'est aussi sur ce terrain que je présenterai les observations suivantes. Commençons par la thèse. Si elle était prononcée par un théologien quelconque, je serais peut-être obligé d'approfondir ce que c’est que la primauté de juridiction, comme distincte de la primauté d'honneur, et de définir ce qu'il convient d'entendre par droit ecclésiastique. Mais le P. Pul- ler appartient à l'Église anglicane, à une Église qui reconnaît comme de droit divin la juridiction épiscopale. Dès lors et sans scruter le fond des choses, on peut procéder par comparaison. Les mêmes preuves qui sont alléguées pour l’épiscopat peuvent l'être pour la juridiction supérieure de l'Église romaine. Je vais plus loin, les titres de celle-ci sont, à certains égards, supérieurs à ceux de l'autre. De l'épiscopat, en effet, j'entends l'épiscopat unitaire, monarchique — il ne faut pas chercher, dans le Nouveau-Testament, des traces absolument claires et convaincantes. Il y est bien question d'évèques, au pluriel, pour des localités déterminées: mais la fonction exercée sous ce nom, nous ne la constatons qu'en faisant réagir les témoignages postérieurs sur la teneur des textes primitifs. L'exégèse est ici indispensable, Je ne dis pas cela pour ébranler l'institution et je donnerais au besoin l'explication de ce silence, si c'était ici le lieu. Mais le fait est là et je le constate. Quant à la magistrature supérieure du successeur de saint Pierre, elle peut se réclamer et se réclame en effet non d’allusions quelconques dans les lettres apostoliques, mais de textes évangéliques d'une gravitéexcep- tionnelle, ceux où Notre-Seigneur lui-même recommande à ses fidèles le soin de l'unité et ceux où saint Pierreest désigné par lui pour être la pierrre angulaire de l'Église future. Je sais bien que l’on incidente sur ces textes, LIVRES ET REVUES rh)

que l'on distingue entre diverses sortes d'unité que l'on signale deux exé- gèses du Tu es Petrus et super hanc Petram ædificabo Kcclesiam meam. Beau- coup de Pères, nous dit-on, ont entendu « cette Pierre» soit de la foi de l'apôtre, soit du Christ lui-même. Mais ces Pères, pour une raison ou pour une autre, sont ici en dehors du véritable sens, du sens littéral. Nous n'avons pas à nous inquiéter de savoir quelle exhortation religieuse ou mo- rale nous pourrions tirer, en les suivant, de ces paroles évangéliques, nous ne devons leur demander que leur signification naturelle. Elle n’est pas obscure. Combinez maintenant le Tu es Petrus avec la recommandation de l'unité: considérez que ces paroles du Seigneur n'ont pas été dites pour un moment, mais qu'elles sont une loi perpétuelle, en voilà assez. Là où sera la succession de Pierre, là sera, non pas toute l'Église, mais son centre d'unité et de direction. L'institution épiscopale n'a pas de documents aussi imposants. Venons maintenant à l'histoire, Je reprocherais au P. Puller, non pas d'avoir dissimulé certains faits, mais de les avoir classés, et même quel- quefois interprétés, d’une manière imparfaite. En ce qui regarde les insti- tutions, il faut considérer que les crises qu'elles subissent, les oppositions qu'elles rencontrent, font toujours beaucoup plus de bruit que leur fonc- tionnement régulier. J'aurais voulu que l'auteur mit en plein relief la situa- tion unique, transcendante, de l'Église romaine dans l'ensemble des chré- tientés jusqu'au 1v* siècle, situation attestée, directement ou indirectement, par beaucoup de faits ou de textes. Il a passé très légèrement sur ce point, qui est l'essentiel, et s’est étendu, au contraire, sur les deux conflits relatifs à la Pâque et à la réconciliation des hérétiques. Ces querelles révèlent, sur des points de discipline, une opposition locale à l'usage romain. En est-il résulté une subversion de l'unité ecclésiastique ? Nullement. Dans le pre- mier cas, l'usage romain, en dépit d’une protestation momentanée prévalut bientôt sur l'usage asiatique. Dans le second, le saint siège ayant changé de titulaire, suspendit pour un temps ses réclamations. El n'est pas douteux que, dans un cas comme dans l'autre, la tradition était pour lui, car sa pra- tique finit par rallier tout le monde. Que dans le feu de la controverse, l'attachement à ses vues propres ait inspiré à tel ou tel personnage ecclé- siastique des propos excessifs, cela n'a rien de surprenant. Il convient d'attribuer peu d'importance aux expressions et aux explications produites en temps calme, comme on en trouve abondamment dans saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien et autres. Du reste la physionomie même de ces conflits est propre à montrer à quel degré, dès ces temps reculés, l'Église romaine avait conscience de son autorité supérieure.

                             LA QUINZAINE.

Dans la Quinzaine du 1° décembre, nous trouvons des pages bien remarquables écrites par M. Ollé-Laprune sur La Vie indllectuelle du catholicisme en France au x1X° siècle !. Nous aurons occasion de revenir sur ce travail en parlant de l'ou-

Ces pages sont détachées du livre : La France chrétienne dans l'histoire, spien- dide ouvrage auquel ont collaboré le cardinal Perraud, Mgr d'Hulst, MM. Du- chesne, Léon Gautier, Marius Sepet, Lecoy de la Marche, marquis da Beaucourt, Wallon, R. P. Baudrillart, Etienne Lamy, prince Emmanuel de Broglie, René Doumic, R. P. Largent, otc. L'introduction est signée du cardinal Langénieux, L'ourrage va paraitre chez Firmin-Didot. 76 REVUE ANGLO-ROMAINE

vrage dont il fait partie. Aujourd'hui, nous donnerons seulement quelques extraits concernant Lamennais, Dupanloup et Louis Veuil- lot. Ces passages suffiront pour que nos lecteurs apprécient l'impar- tialité, la justesse de vue et la chrétienne philosophie de l'éminent auteur, .. Lamennais maudit les princes et se tourne vers « les peuples ». Nou- veauté étrange, bien faite pour étonner ses contemporains. Le grand adver- saire de la Révolution semble s’allier à la Révolution méme pour faire triompher |” Église. Il sépare ce que l'opinion était habituéeà unir, la cause des rois et celle de Dieu. Il place dans la liberté sa confiance. Que la Pa- pauté se mette à la tête de ce mouvement nouveau si conforme à l'aspira- tion des « peuples », elle reconquerra le monde qui lui échappe, et l'Église renouvelée redeviendra la maitresse des sociétés renouvelées. Instaurare omnia în Christo. Dans les dernières années du xix° siéele, n'est-ce pas la même ambition que nous portons dans le cœur? Lamennais était donc un précurseur? Pourquoi, en 1832, at-il été frappé, alors qu'en 1895 nous avons le Pape pour nous, ou plutôt que c'est le Pape qui marche devant nous? car lau- dace, maintenant, est du côté de Rome. Mauvaise facon de;juger des choses. Rome condamna parce que c'était faux. Le Pape actuel n'a pas repris, il ne continue pas la politique religieuse de Lamennais : car elle était pleine d'erreurs: mais l' Église ayant exterminé ces erreurs, le germe a pu éclore, et le voilà qui s'épanouit sous le vivifiant soleil de Rome. Lamennajs était un génie impérieux et intempérant, Pour les idées qui s'emparaient de son esprit, il ne pouvait souffrir le moindre obstacle, le moindre arrêt. JI voulait qu'elles dominassent partout et tout de suite, comme il en était lui-même dominé. Rome v trouvant à redire, il rompit avec Rome, et s’il eût pu briser Rome, il l'eût brisée. C'est lui qu'il brisa.. ... Lamennais est mort, en 1854, dans un triste isolement. L'Eglise, au- jourd'hni, dans cette dernière partie du xix* siècle, attire, groupe autour d'elle, dirige un très grand nombre d'hommes soucieux des-intérêts popu- laires, préoccupés des questions sociales, anis de la démocratie. Elle est en train de redevenir la maîtresse « des peuples ». Lamennais avait entrevu de grandes choses, et son regard avait été ébloui. La parole de Rome qui rappelait les vérités par lui méconnues, avait produit sur lui un effet fou- droyant, et l'orgueil de sa pensée l'avait rendu impuissant à en discerner la divine justesse, à en saisir la divine opportunité. Pourtant, ce qu'il y avait de noble, de généreux, d'heureusement fécond, de vrai dans sa pen- sée, « l'âme de vérité », mélée à ses erreurs, a pu demander grâce pour Jui.

Dupanloup travaillait à rapprocher l'Église et le monde moderne. Veuil- lot, à les séparer. L'un et l’autre avaient raison et l’un et l’autre se trom- paient. Dupanloup avait raison de dire au siècle : « Vous nous parlez de progrès, de civilisation, comme si nous étions des barbares et ne savions pas un mot de tout cela : maïs ces mots sublimes que vous dénaturez, c'est nous qui vous les avons appris, qui en avons donné le vrai sens, et, mieux encore, la réalité sincère. » Il comptait, parmi ces grandes choses, le « libé- ralisme ». Il avait raison encore, puisqu'il s'appliquait à le prendre « en un sens parfaitement chrétien », Mais, dans la pratique quotidienne et comme dans l'entrainement des idées et des mots, il ne se gardait pas toujours assez lui-même, et il semblait favoriser ce que le libéralisme contient si vite d’er- reur et de péril. Là est son tort. Et c'est l'honneur de Veuillot d'avoir tou- LIVRES ET REVUES 77

jours su discerner, d'avoir toujours combattu et ce péril et cette erreur. C'est son honneur d’avoir ainsi aidé au complet triomphe de la doctrine ro- maine.

Mais Veuillot, à son tour, eut un tort. 11 hérissa la vérité pour la mieux défendre. Il la fit terrible, froissante, contrariante à plaisir. Il lui arriva de l'outrer et d'en déformer presque les divines proportious, au moins par l'expression impropre et faite pour frapper. De l'infaillibilité pontificale, aux approches du Concile, ne contribua-t-il pas, sans ÿ penscr, à fausser un peu l’idée, et n’en donna-t-il pas, à beaucoup de gens, inattentifs. je le veux bien, une sorte d'horreur que la définition conciliaire si précise réussit à peine à dissiper. Il créa ainsi, autour de la vérité, des fantômes qui, en faisant peur, éloi- gnaient d'elle. 11 choqua tant d'idées où il ne discernait pas la part de la vé- rité qui y était, tant d'hommes dont il ne vit pas les bonnes et généreuses intentions, qu'il fit beaucoup de mal à beaucoup d'âmes. En même temps qu'il faisait passer l'Eglise pour l'ennemie de tout ce qui passionne ce siécle, il donnait à croire que le catholicisme est sans entrailles. A force d’exalter la vérité, il semblait oublierla charité. Apparence trom- peuse, je le sais, et, quand nous le lisons maintenant, loin des luttes qui enflammèrent son zèle, nous ne commettons pas la méprise de l'imaginer sans charité chrétienne, sans tendresse humaine, ou sans intelligence de son temps, non plus d’ailleurs que nous ne supportons un seul instant que Dupanloup soit suspecté dans sa foi et dans sa piété. Mais, si les ardeurs de l bataille excusent bien des choses, nous ne pouvons pourtant pas ne pas reprocher à Veuillot tant d'acharnement contre ses adversaires, tant d'in- sistance, dans l'exposé de la vérité, à montrer trop souvent presque seuls les côtés par où elle blesse le siècle, de même que nous ne pouvons pas ne pas reprocher à l’évèque d'Orléans des emportements aussi et, dans l'exposé des idées qui lui étaient chères, cette espèce d'inexactitnde ou d'exagération libérale qui en fait parfois le danger et la faiblesse. À distance, les deux adversaires apparaissent unis par un commun amour de l'Église, et c’est bien cela qui est la vérité : l'un et l’autre, dévoués à l'idée catholique et combattant pour elle, en ont préparé le triomphe, Du- panloup, vigoureux ennemi de toute erreur philosophique ou autre, mais montrant surtout par où l'idée catholique peut conquérir le monde, Veuillot rappelant surtout comment, pour le conquérir, elle doit ne laisser appro- cher d'elle-même rien qui vienne de ce qui dans le siècle est mauvais ou suspect.

C'est une chose admirable que de voir l'Église depuis 1832 condamner le libéralisme doctrinal : Grégoire XVI et Pie IX au milieu de la lutte et au scandale presque de beaucoup de catholiques étrangement trouhlés : Léon XIII, dans la sérénité croissante, et finalement aux applaudissements de ceux mêmes que son exposition dogmatique convainct de défaillance ou d'excès. C'est sous cette lumière que se livre le combat. N'oublions pas que Dupanloup, jeune, avait accueilli, avec des transport de joie, l'encyclique Mirari vos, qu'il a expliqué le Syllabus, et qu'après avoir salué avec admira- tion les Lettres pastorales du cardinal Pecci sur la civilisation, il a salué avec la méme admiration les premières encycliques de Léon XIII. N'oublions pas que les écrivains du Correspondant auraient pu tous répéter ces paroles d'Ozanam : « Je suis passionné pour les conquêtes légitimes de l'esprit mo- derne; j'ai aimé la liberté et je l'ai servie; mais soyons sûrs que l'ortho- doxie est le nerf, la force de la religion ». Néanmoins, s’il est vrai aussi que le catholicisme, dit libéral, tout en voulant ne pas aller aux abimes, se 78 REVUE ANGLO-ROMAINE

plüt trop souvent sur la route qui y conduit, et qu'il fit même quelques faux pus, jusqu'où n'eût-il pas glissé un jour avec des hommes moins scrupu- leux, plus imbus de politique que de foi, si, pendant que Rome veillait, Louis Veuillot n’eüt pas secoué l'opinion? Et, d'un autre côté, où en serions-nous, si l'on eût laissé « la tactique in- téressée de nos adversaires ou la maladroite exagération de quelques-uns de nus frères, créer un antagonisme facile entre la liberté et la justice, d’une part, et l'Église catholique de l'autre? » Il fallait montrer que l'on insulte l'Eglise quand on lui conseille de se réconcilier avec la civilisation, car la civilisation, dans tout ce qu’elle a de noble, de généreux, d'élevé, c'est nous qui l'avons. Ainsi parlait en Sorbonne, il y a plus de vingt ans, le P. Adolphe Perraud, professeur à la Faculté de théologie. J'aime à répéter ces paroles en termi- nant un récit où j'ai essayé de faire saisir nn mémorable combat d'idées, de peindre les principaux héros et de montrer ce qui, dans chacun des deux camps, a été fait pour l’Église.

NOTES ET SOUVENIRS POUR SERVIR A L'HISTOIRE DU PARTI ROYALISTE, 1872-4873, par le marquis DE DREux-BRezÉ. 3° édition, accompa- guée de réponses et pièces justificatives. 4 vol. in-8° avec portrait du Comte de Chambord. Paris, Perrin.

LA CAMPAGNE MONARCHIQUE D'OCTOBRE 4873, par CHARLES CHESNELONG. 4 vol. in-8°, Paris, Plon.

Des deux ouvrages dont nous venons de transcrire les titres, le premier à provoqué le second; nous devons en savoir gré à M. le murquis de Dreux-Brezé. C'est, en effet, par suite de la publication de son livre que M. Chesnelong s'est résolu à détacher des sou- veuirs de sa carrière parlementaire, écrits depuis plusieurs années, el à publier plus tôt qu'il n'avait dessein de le faire, le récit de la vanpagne monarchique d'octobre 1873. Par la publication de ses Wofes et Souvenirs, M. de Dreux-Brezé semble n'avoir voulu tout d’abord qu'écarter de la mémoire du comte de Chambord le reproche, invraisemblable autant qu'outra- gvint et injuste, de n'avoir pas voulu régner. Mais par la force des choses, il a été amené à entreprendre de décharger le prince de la responsabilité d'avoir fait échouer la restauration de la monarchie, pour en faire peser tout le poids sur l'Assemblée nationale et sur ceux de ses membres qui furent plus particulièrement: mélés à cette tenta- live inémorable. M. Chesnelong a donc pensé, et à bon droit, qu'il uvail le devoir de bien établir, et au besoin de rétablir l'exacte vérité des l'uits; l'honneur de l’Assemblée nationale, le sien même, en raison du srand rôle qui lui fut assigné en cette occasion, l'y exhortaient forlument. On est d’ailleurs heureux de constater qu’en se donnant celle lâche, M. Chesnelong l'a accomplie en dehors de toute préoccu- palion polémique ; son livre sur La Campagne monarchique d'octobre 1813 escivant tout une page d'histoire, et comme il l'appelle lui-même : un le noigrage. ürice donc à M. Chesnelong, nous avons enfin le'récit d'ensemble vl'ininutieusement exact des négociations de l’Assemblée nationale LÉ =

                       LIVRES ET REVUES                            19

avec le comte de Chambord en octobre 1873, récit absolument consciencieux et loyal, écrit avec un talent remarquable, et per le témoin le plus autorisé des faits. Un tel livre ne saurait s’analyser en quelques lignes, d’ailleurs les événements sont encore trop présents à toutes les mémoires pour qu'il soit besoin de les rappeler. Pour notre part, nous avons retrouvé dans cette narration si fidèle et si vivante d’un des plus émouvants et des plus étranges épi- sodes de notre histoire contemporaine, toute l’image de ce svlennel moment, moment aujourd'hui plus éloigné des générations nouvelles par les idées et les sentiments que par les années. Ce qui reste acquis et irrécusable pour tout lecteur impartial, c’est que dans cette négociation si difficile à suivre, dans cette crise si malaisée à tra- verser et si cruellement dénouée, M. Chesnelong a fait preuve d'une rare élévation de sentiments, d'une délicatesse de conduite et d’une sagacité patriotique qui l’honorent grandement. Comme il a voulu en même temps défendre contre des préventions aveugles et des reproches injustes la mémoire de l’Assemblée nationale, en un mot, faire, dans ce récit, une œuvre de vérilé et de justice, on y reconnait l'accent ému d'une âme profondément sincère, généreuse, et avant tout soucieuse de l'honneur. Ajoutons que ceux qui ont entendu le grand orateur catholique au Parlement et dans nos Congrès le retrouveront chez l'écrivain, avec ce don de la parole éloquente qui fait de M. Chesnelong le type accompli de l'orateur, selon la défini- tion classique. Maintenant, comme il faut aussi réserver les droits de la critique, on peut reprocher peut-être à l'auteur de La Campagne monarchique un certain excès d'optimisme dans quelques appréciations et jusque dans les portraits, du reste remarquablement tracés, des hommes politiques qu'il rencontre au cours de son récit. Vis-à-vis même du noble prince dont il nous fait une si belle et si exacte, mais si idéale peinture, il nous semble qu'il abdique un peu trop ee droit de juger que la mort et le temps autorisaient, et que mieux que personne il saurait exercer Sans manquer à aucune convenance ni à aucun respect. M. Chesnelong nous parait avoir été plus hardi à dire la vérité au prince vivant, qu'il ne l'est vis-à-vis du prince défunt. — Pour le remarquer en passant, c'est un reproche, ou si l'on veut une constatation que l'on n'a pas souvent l’occasion de faire.

Les Notes el Souvensrs de M. le marquis de Dreux-Brézé n'offrent ni le même intérêt ni le méme genre de mérite, comme d'ailleurs le titre de l'ouvrage l'indique avec une délicate modestie. C'est en effet un recueil de notes et de documents plutôt qu'un livre, mais ces notes sont dignes d'attention. Complétées dans une troisième édition avec là préoccupation de répondre, non pas précisément au livre de M, Chesnelong, mais à l’impression produite par sa lecture, elles peuvent fournir une utile contribution à l'examen critique de cet épisode étrange, vraiment fait pour étonner, même entre toutes les aventures politiques qui remplissent nos annales. 80 REVUE ANGLO-ROMAINE

M. de Dreux-Brézé, comme nous l'avons dit, s'est déterminé à publier ses Votes et Souvenirs dans un sentiment de pieux respect pour la mémoire du prince qu'il a si fidèlement servi, et afin de le venger, une fois pour toutes, du reproche couramment répandu, quoique injuste, de n'avoir pas voulu régner, c'est-à-dire de s'être dérobé par égoïsme à un évident et grand devoir. Le reproche ne tient pas debout et n'a jamais rien signifié aux yeux de ceux qui ont étudié le comte de Chambord, ses actes et sa correspondance. Mais il est de fait qu'à l'étranger, dans les mi- lieux où l'on a gardé le sens des choses contingentes et des réalités de la politique, aussi bien que dans une grande partie du public français, la conduite du comte de Chambord, durant les années 1871- 1872-1873, el surtout en 1873, est restée à peu près inintelligible, ou tout au moins très exposée aux fausses interprétations. La difficulté que l'on éprouve communément à comprendre la conduite du comte de Chambord, tient 8 ce que l'on en cherche l'ex- plication dans les raisons de la politique, dans les intrigues des par- tis, dans lel ou tel incident parlementaire ou de presse, enfin dans cette terrible question du drapeau, tandis qu'il faudrait chercher cette explication dans les raisons et les causes qui ont fait de la ques- tion du drapeau l'obstacle invincible auquel pendant trois ans se sont heurtés et sur lequel ont fini par se briser tous les efforts de la majo- rité monarchique de l'Assemblée nationale. Or ce problème est un problème de psychologie individuelle et collective, non-de politique, et pour pouvoir le résoudre, il importe beaucoup plus de se rendre compte de l’élat d'âme du comte de Chambord et d’une notable portion des catholiques contemporains, que des multiples incidents auxquels on s'arrête d'ordinaire, Comme conclusion, on peut se demander si M. le marquis de Dreux-Brézé, qui a provoqué cette réviviscence des souvenirs d'octobre 1873, a réussi, comme il en avait l'intention, à servir et à faire honorer davantage la mémoire du comte de Chambord, on en peut douter. Pour le plus grand nombre des royalistes mêmes, les motifs de la conduite du prince deviennent de moins en moins com- préhensibles, à mesure que l'on s'éloigne de ce temps-là, que se refroidissent les passions ardentes qui animaient alors les partis, et dissipent les nuages de la métaphysique politique du moment. trospectives el subtiles discussions, les menus souvenirs sont de faibles barrières contre le sentiment qui gagne du terrain de plus en plus, nous le répétons, parmi les royalistes et qui sera le jugement de l'histoire : c'est que le salut de la France, au demeurant, et toutes choses pesées, valait bien le sacrifice d’un drapeau, si cher et si glo- rieux qu'il fût, d'autant plus qué ce drapeau, sous une forme ou sous une autre, pouvait êlre conservé, pourvu qu’il ne fût pas exclusif du drapeau tricolore, — F, L. LETTRE ENCYCLIQUE ET SYNODALE DU PATRIARCHE GREC (Schismatique) DE

                  CONSTANTINOPLE
     EX RÉPONSE À LA LETTRE APOSTOLIQUE PRÆCLARA
            DE N. T. S. P. LE Pare LÉON XIIL

Traduite du Grec, d'après le texte publié dans le Néologos du 12 Octobre 1895.

                        Par   V.    ERMONI
                        Prêtre de la Mission.

ENCYCLIQUE Patriarcale et LETTRE Synodale aux Très Sacrés et Très pieuz Frères en J.-C. les Métropolitatns et Évêques et à leur Saint et Sacré Clergé et à tout le pieux etorthodoze Peuple du Très Saint Apos- blique et Patriarcal siège de Constantinople.

                                    .« Souvenez-vous des Chefs de votre
                                    Eglise qui vous ont préché la parole de
                                   Dieu et, considérant quelle a été la fin de
                                   leur vie, imitez leur foi.
                                     « Jésus-Christ était hier; il est aujour-
                                   d'hui et il sera dans tous les siècles. »
                                           (Aux Hébreux, xut, 7-8.)

!, — Toute âme pieuse et orthodoxe, sincèrement dévorée du zèle de la gloire de Dieu, est profondément contristée et saisie d'une grande douleur en voyant que l'ennemi de ce qui est beau, homicide dès le commencement, poussé par la jalousie du salut de l'homme, ne cesse de semer partout toute #pèce d'ivraie dans le champ du Seigneur, pour sutfoquer le froment. De la et de bien loin, s’est élevée dans l'Eglise de Dieu, une ivraie hérétique, laquelle a nui très souvent et nuit encore au salut du genre humain par le Christ et qui, semblable à un germe pourri et à un membre corrompu, est, à Juste titre, retranchée du corps sain de l'Eglise orthodoxe catholique de Jésus-Christ. Dans ces derniers temps, le malin esprit a détaché del'Eglise ohodoxe du Christ des peuples entiers de l'Occident, en inspirant aux Eviques de Rome des pensées d'une orgueilleuse jactance qui a engendré diverses innovations illégitimes et opposées à l'Evangile. Non contents de tela,les Papes de Rome, actuellement régnants, se sont efforcés, de toutes ls manières, d’entrainer dans leurs erreurs l'Eglise catholique du Christ "1 Orient, inébranlablement assise sur la traditionnelle orthodoxie de la Füi, poursuivant des unions selon leur caprice et sans examen. 2 — C'est ainsi que le Très heureux Pape de Rome, Léon XIII, actuel- lement régnant, à l'occasion de son Jubilé Episcopal, a publié, dans le mois

! Nous publierons très prochainement une étude et une réfutation de cette lttre, | REVUE ANGLO-ROMAINE, — T, 1. — 6, 82 REVUE ANGLO-ROMAINE

de juillet de l’année du salut qui vient de s'écouler, une lettre Encyclique exhortant vivement les Princes et les Peuples de l'Univers, par laquelle il appelle aussi, en même temps, l’orthodoxe, catholique et apostolique Eglise de Jésus-Christ établie au milieu de nous, à l'union avec le siège Pontifical, estimant que cette union doit uniquement se faire en le recon- naissant comme suprême Pontife et comme le plus haut Chef spirituel et temporel de l'Eglise catholique et comme représentant seul Jésus-Christ sur la terre et dans la dispensation de toute grâce. 3.— Tout cœur chrétien doit sans doute être animé du désir de l'union des kglises; mais principalement toute l'Eglise œcuménique orthodoxe remplie du véritable esprit de piété et tendant à la divine fin pour laquelle l'Homme-Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ'a établi son Eglise, désire ardemment l'union des Eglises dans une même règle de foi et sur le fou- dement de l’apostolique et traditionnelle doctrine dont Jésus-Christ est la pierre angulaire!{. C'est ainsi que, dans les prières journalières, qu'elle adresse publiquement au Seigneur, elle intercède pour la réunion des dispersés et pour le retour des égarés dans la droite voie de la vérité qui, seule, conduit à Celui qui est la vie de tous, le Fils unique et le verbe de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ ?. D'accord sur ce désir sacré, l’Église orthodoxe du Christ, établie au milieu de nous, est toujours prête à iccueillir toute proposition d'Union, à la seule condition que l’Evêque de Rome supprime, une fois pour toutes, des innovations de toute espèce opposées à l'Evangile qui se sont produites dans son Eglise et ont amené la funeste séparation des Eglises d'Orient et d'Occident, et qu'il revienne au fondement des sept saints Conciles œcuméniques, lesquels réunis en l'esprit saint de toutes les saintes Eglises de Dieu, et convoqués afin de porter un jugement ferme sur la saine doctrine de la foi contre les héré- tiques, ont une autorité universelle et perpétuelle dans l'Eglise du Christ. 'ela, notre Eglise n’a cessé de l’euseigner, par ses écrits et ses lettres vncycliques, à l'Eglise pontificale, exprimant sagement et nettement que tunt que l'Eglise du Pape persiste dans ses innovations et que l'Eglise orthodoxe demeure dans les traditions divines et apostoliques et dans les “latuts des neuf premiers siècles du Christianisme, pendant lesquels les Eglises d'Occident professaient les mêmes doctrines et étaient unies aux Eglises d'Orient, toute parole relative à l'union sera vaine et inutile. C'est pour cela que nous avons gardé le silence jusqu’à ce jour et nous avons ‘édaigné de nous occuper de l’Encyclique pontificale dont il s'agit, jugeant inutile de parler aux oreilles de ceux qui n’entendent pas. Mais, depuis un an, l'Eglise du Pape, désertant la voie de la persuasion et de la discussion. à la stupéfaction et à l'inquiétude de tous, a commencé à scandaliser les sentiments des simples chrétiens orthodoxes par l'entremise d'astucieux ouvriers qui se changent en Apôtres du Christ3, envoyant en Orient des clercs sous l'habit et le voile de Ministres orthodoxes et machinant bien d'autres moyens de fourberie, afin de parvenir à ses fins de prosélytisme: c'est pourquoi, par devoir sacré, nous envoyons cette patriarcale et syno- dale Encyclique pour sauvegarder la foi orthodoxe et la piété, « sachant que la garde des vrais canons est dévolue à tout esprit qui en est soucieux, mais principalement à ceux qui ont été chargés de diriger avec prévoyance les affaires des autresi. » #. — Le désir sacré et intime de la sainte, catholique, orthodoxe et

1 Aux Ephés., 11, 20. 2 Saint Jean, xtv, 6. 3 Ad Cor. xt, 12. 4 Photius, lettre 111 8 40. LETTRE ENCYCLIQUE ET SYNODALE DU PATRIARCHE GREC 83

apostolique Eglise du Christ est, comme il a été dit, l'union des Eglises schismatiques avec elle dans uue même règle de Foi; mais sans cette union dans la Foi, l'union désirée des Eglises devient impossible. Ceci étant, nous ne savons pas, en vérité, comment le bienheureux Pape Léon XIII, bien que reconnaissant, lui aussi, cette vérité, tombe toutefois dans une évidente contradiction avec lui-même, déclarant, d'un côté, que la veritable union consiste dans l'unité de la Foi et, de l’autre, que chaque Eglise, même après l'union, peut garder ses Décrets dogmatiques et canoniques quand même ils seraisnt différents de ceux de l'Eglise papale, comme Sa Béatitude l'a déclaré dans sa dernière Encyclique du 30 novembre 1894. {1 y a contradiction manifeste, lorsque dans une même . et sainte Eglise, l'un croit que l'Esprit-Saint procède du Père et l'autre qu'il procède du Père et du Fils à la fois; que l'un confère le baptème par aspersion, et l'autre baptise par une triple immersion dans l'eau; que l'un emploie le pain levé dans le mystère de la sainte Eucharistie et l’autre le pain azyme; que l’un communie le peuple même avec le calice et l'autre seulement avec le pain sacré et d’autres choses de ce genre. Qu'indique une pareille contradiction : de la vérération pour les vérités évangéliques de la sainte Eglise du Christ et leur frauduleux obscurcissement, et leur recon- naissance, où quelque autre chose; nous ne saurions le dire. $. — Quoi qu'il en soit, pour réaliser le pieux désir de voir s'accomplir l’anion des Eglises, il est, avant tout, nécessaire de s'entendre sur un principe commun et une base fixe. Ce sûr principe et cette base ne peuvent être que la doctrine de l'Evangile et des sept Conciles œcuméniques. Or, en nous référant à cette doctrine qui fut commune aux Eglises d'Orient et d'Occident jusqu’à leur séparation, nous découvrirons, avec le désir sincère de connaitre la vérité, ce que croyait alors, réunie en un seul corps, l'Eglise de Jésus-Christ, établie en Orient et en Occident, une sainte, catholique, apostolique, orthodoxe, et ce que nous devons considérer comme pur et immuable. Tout ce qui a été ajouté ou retranché dans la suite des temps, chacun regardera comme convenable, sacré et inexorable, s'il cherche sincèrement la gloire de Dieu plus que la sienne propre, de le corriger en esprit de piété, estimant que, s'il demeure orgueilleusement dans l’altération de la vérité, il aura un lourd compte 4 rendre devant Fincorruptible tribunal du Christ. En disant cela, nous estimons que les différences qui rggardent la forme des cérémonies sacrées, les ornements sacerdotaux et autres choses de ce genre, qui sont aujourd'hui aussi variés qu'autrefois, ne blessent pas le moins du monde la substance et l'unité de Ja Foi, tandis qu'il en est autrement de ces différences substantielles qui ont été introduites dans les Dogmes de la Foi venant de Dieu et dans le gouvernement des Eglises établi par Dieu. Pour ces différences, ce qui est condamné n'est pas de foi, ditle Sacré Photius lui-même, pas plus que le renversement du commun et catholique décret, chacun conservant des mœurs et des coutumes diverses; tout homme droit conviendra qu'il n'est permis, ni à ceux qui les gardent de les violer, ni à ceux qui ne les ont pas reçus de les eufreindre 1, 6. — Or, dans l'intérêt de la fin sacrée de l'Union, l'Eglise orientale, orthodoxe et catholique, est prête à embrasser de toute son âme, si, par hasard, elle l’a altéré ou ne le possède pas, tout ce que, avant le 1x° siècle, professaient unanimement l'Eglise orientale et l'Eglise occidentale; que si les Occidentaux démontrent, d'après la doctrine des saints Pères et den saints Conciles œcuméniques, que, avant le rx* siècle, l'Eglise romaine,

{ Photius. Letires 1°, R 6. #4 REVUE ANGLO-ROMAINE

etablie en Occident, alors orthodoxe, reconnaissait le symbole de la Foi avec l'addition Filioque, ou qu'elle employait le pain azyme, ou qu'elle professait la doctrine relutive au feu du Purgatoire et qu'elle admettait le baptême par aspersion au lieu du baptème par immersion, la Conception Immaculée de la Vierge, le pouvoir temporel ou l'affranchissement de l'E- vèque de Rome, nous u’avous rien à dire. Que si le contraire est claire- ment démontré, comme le professent même les amis de la vérité d'entre les Latins : à savoir que l'Eglise orientale, orthodoxe et catholique du Christ conserve les dogmes de la tradition primitive, lesquels étaient alors commu- nément professés en Orient et en Occident et que l'Eglise occidentale a altérés par plusieurs innovations, alors il sera clair, même aux enfants, que la voie la plus naturelle pour arriver à l'Union, c'est le retour de l'Eglise occidentale aux dogmes primitifs et au régime ancien. C'est pourquoi la Foi ne change jamais, ni avec le temps, ni par les circonstances; mais elle demeure partout et toujours la même : « parce que vous êtes un seul corps et un seul esprit, comme vous avez été appelés dans une même espérance de votre vocation. Un seul Seigneur, une seule Foi, un seul baptème. Un seul Dieu et Pére de tous qui est sur toutes choses et par toutes choses et en vous tous Î. » 7. — Or, l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique des sept Conciles wæcuméniques croyait et enseignait, conformément aux paroles évangéliques, que l'Esprit-Saint procède du Père; mais, en Occident, déjà dès le 1x° siècle, le sacré Symbole de la Foi, rédigé et sanctionné par les Conciles œæcumé- niques, commença à s'altérer et on vit se répandre l'idée que l'Esprit-Saint procède aussi du Fils. Or, sans mauvaise intention, sans doute, le Pape Léon XIIL, ignore profondément que son prédécesseur orthodoxe, son homo- nyme Léon IL, l'an 809, proscrivit, en Synode, cette addition anti-évangé- lique et illicite : « Filioque », et inscrivit le Symbole sacré, simple et sans aucune addition, des premier et deuxième Conciles œcuméniques, écrivant sur les exemplaires primitifs, en grec et en latin : « Moi, Léon, j'ai ajouté “ ces mots par amour et pour la sauvegarde de la Foi orthodoxe » (Hæc Leo posui amore et cautela fidei orthodoxæ) ?. |

1 Aux Éphés., 1v, 4-5. 3 Voir Anastase, ps et bibliothécaire de Rome, Vita Leonis III, dans les Vies des Papes. Le sacré Photius rappelant cette action flétrissante pour les hétéro- doxes, du pape orthodoxe de Kome, Léon III, dans sa célèbre letire au Métropoli- tain d’Aquilée, raisonne ainsi qu'il suit : Et même (pour passer sous silence ceux qui l'ont précédé) Léon, le Pontife de Rome, soit l'ancien, soit le nouveau Léon venu après lui, professant les mêmes doctrines, que l'Eglise catholique et apostolique, se sont prévalus des saints Pon- fes qui les ont précédés et des Décrets apostoliques. L'un, en effet, gagna beaucoup d’applaudissements au quatrième saint Concile œcuménique, par l’en- tremise des saints hommes envoyés pour le représenter et par sa propre lettre par laquelle furent condamnés Nestorius et Eutychès et par male il proclama, selon la définition des Conciles tenus avant lui, que le Saint-Ésprit procède du Père, mais non du Fils. Léon, le suivant, semblable à l'autre quant à la Foi et quant au nom, fit de mème. Lui aussi, zélé partisan de la piété, afin que jamais, ‘aucune manière, le pur enseignement de notre piété ne fût altéré par une langue barbare, il ordonna aux Occidentaux de louer et de confesser la Sainte Trinité en langue grecque. Il ne se contenta pas des paroles et des ordonnances; il fit écrire sur des boucliers, en forme de stèles, qu’il mit sous les yeux de tous, les faisant exposer aux portes de l'Eglise, afin qu'il fût aisé à chacun d'apprendre la piété inaltérée et qu’il ne fût jenais possible de corrompre la piété de nous autres chré- tiens par de secrètes altérations et de nouvelles expressions et d'introduire. en dehors du Père, une seconde cause, à savoir le Fils, du Saint Esprit procédant du Père de la même manière que le Fils engendré. Et non seulement ces deux hommes, mais encore une foule innombrable d'autres ont conservé immuable la piété, de sorte que l’Eglise ne manque pas de témoins occidentaux (Photius, lettre 5, EP. LETTRE ENCYCLIQUE ET SYNODALE DU PATRIARCHE GREC 85

Il ignore aussi, de bonne foi, que, dés le x° siècle ou au commencement du xi°. ce fut a Rome même que fut ajoutée au Symbole sacré de la Foi celte addition anti-évangélique et illicite et que l'Eglise romaine persiste dans ses innovations et que, ne voulant pas revenir aux Décrets des Con- cils œcuméniques, elle est pleinement responsable devant l'Eglise du Christ, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, laquelle conserve ferme- ment ce qui vient des Pères et, en tout, garde intact le dépôt traditionnel de la foi, se conformant à la prescription de l'Apôtre : « Conserve le beau dépôt, par le Saint-Esprit qui habite en nous, évitant les profanes nou- veautés des mots et les contradictions d'une fausse science. Plusieurs, en faisant profession de cette science vaine, se sont égarés loin de la foi ». 8. — L'Eglise une, sainte, catholique et apostolique des sept Conciles æcuméniques baptisait par le moyen de trois immersions dans l’eau; le Pape Pélage appelle : « disposition du Seigneur » cette triple immersion et durant le xr° siècle, le baptême par trois immersions était en vigueur en Occident; les témoins éclatants de ce Rit sont les Baptistères conservés dans les plus anciens Temples d'Italie; mais, dans les temps postérieurs, l'aspersion et l’ablution, opposées à la tradition, se sont introduites dans l'Eglise papale, laquelle persévère toujours dans son innovation, élargissant ainsi l'abime creusé sous elle. Quant à nous autres Orthodoxes, demeurant fidèles dans la tradition apostolique et la pratique de l'Eglise des sept Con- ciles œcuméniques nous combattons appuyés sur le commun patrimoine du traditionnel trésor de la sainte Foi. 9. — L'Eglise une, sainte, catholique et apostolique des sept Conciles wcuméniques selon l'exemple de Notre Sauveur, depuis plus de mille ans, soit en Orient, soit en Occident, célébrait la divine Eucharistie avec du pain levé, comme le témoignent même les amis de la vérité d'entre les Théolo- gens papistes; or, l'Eglise papale innova dès le xi° siècle et introduisit le pain azyme dans le mystère de la divine Eucharistie. 10. — L'Eglise une, sainte, catholique et apostolique des sept Conciles æcuméniques admettait que les précieuses oblations sont consacrées après la prière de l'in vocation au Saint-Esprit par la bénédiction du prêtre, comme l'attestent les anciens Rituels de Rome et des Gaules; dans la suite l'Eglise papalea innové même sur ce point, retenant, de sa propreinitiative, que la consécration des précieux oblats se fait en prononçant les paroles du Sei- gueur : « Prenez et mangez, ceci est mon corps, » et: « Buvez tous de ceci; tar ceci est MON sang ?. » .— L'Eglise une, sainte, catholique et apostolique des sept Conciles ‘cuméniques, conformément au précepte du Seigneur : « Buvez tous de eæci3», donnait à tous les fidèles, dans la sainte Communion, méme le Calice «cré; or, l'Eglise papale, à partir du 1x° siècle, innova sur ce point, privant ls laïques du sacré Calice contre l'ordre du Seigneur et la pratique univer- *lle de la primitive Eglise, ainsi que contre l'enseignement de plusieurs d'entre les anciens évêques de Rome. . 42. — L'Eglise . une, sainte, catholique et apostglique des sept con- iles œcuméniques, s'appuyant sur la doctrine inspirée de l’Ecriture Sainte 8t sur la tradition apostolique, prie et invoque la miséricorde de Dieu pour le pardon et le repos de ceux qui sont morts dans le Seigneur *. Or, l'Egise papale, dès le xri° siècle, et dans la suite, le pape seul statuant en *0n nom, comme ayant seul tous les pouvoirs, innova beaucoup touchant

! Un ad Timot., 1, 14 et I" ad Timot., vr, 20-24, © Matth., xxvi, 26, 27.

le feu du purgatoire, la surabondance des vertus des saints et leur distri- bution à ceux qui en avaient besoin et bien d'autres choses, annonçant en méme temps, que la récompense finale due aux justes aura lieu avant la résurrection et le jugement général. 13. — L'Eglise une, sainte, catholique et apostolique des sept Conciles æcuméniques, déclare chaste et sans souillure, l'Incarnation du Fils unique et Verbe de Dieu faite par l'opération du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. — Or l'Eglise papale a innové de nouveau, il y a quarante ans, en définissant le dogme de l’Immaculée-Conception de la mère de Dieu, Marie toujours vierge, dogme qui était inconnu à la primitive Eglise. 14, — Sa Béatitude ayant donc laissé de côté ces notables et essentielles différences touchant la foi, qui existent entre les deux Eglises et qui se sont produites en Occident, comme il a été dit, présente dans son Encyclique, comme cause principale et unique de la divergence, la question des préro- gatives du Pontife romain et nous renvoie aux sources pour y trouver ce que pensaient nos ancêtres et ce que nous a transmis le premier âge du Christianisme. Or, nous en référant aux Pères et aux Conciles œcumé- niques des neuf premiers siècles, nous demeurons convaincus que jamais l'évêque de Rome ne fut regardé comme la suprême autorité et la tête visible de l'Eglise, et que chaque évêque est la tête et le chef de son Eglise particulière avec l'unique condition d’être soumis aux prescriptions et aux définitions de l'Eglise universelle qui sont seuls inviolables. Cette règle n'excepte nullement l’évêque de Rome comme le fait voir l'histoire ecclésiastique. Quant au Chef éternel et à la tête immortelle de l'Eglise, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ seul, parce qu'il est : « la tète du corps de l'Eglise ! », lequel dit à ses divins disciples et apôtres, sur le point de monter aux cieux : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation ces siècles ?, » Dans la sainte Ecriture, l’apôtre Pierre, que les papistes se représentent à dessein comme le fondateur de l'Eglise romaine et son premier évêque, s'appuyant pour cela sur les livres apo- cryphes du deuxième siècle, les « Pseudo-Clémentines », discute d'égal à égal dans le concile apostolique de Jérusalem, et est repris amérement par l'apôtre Paul comme il apparaît de l'épitre aux Galates 5. Quant au passage de l’évangile auquel renvoie le Pontife de Rome : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise 4 », il est notoire aux papistes eux-mêmes que, durant les premiers siècles de l'Eglise, la tradi- tion, aussi bien que les divins et sacrés Pères interprétaient, tout à fait différemment et dans un sens orthodoxe, la pierre fondamentale et iné- branlable sur laquelle le Seigneur bâtit son Eglise, contre laquelle les portes de l'Enfer ne prévaudront jamais; ils interprétaient d'une manière métaphorique la sainte confession de Pierre, relative au Seigneur : « Il est le Christ, le Fils du Dieu vivant 5 ». Sur cette confession et sur cette foi repose inébranlablement la salutaire prédication des apôtres et de leurs successeurs. Voilà pourquoi l’apôtre Paul qui avait été ravi jusqu’au ciel, interprétant cet oracle, l'explique divinemeut en disant : « Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, comme un sage architecte, j'ai posé le fon- dement; un autre bâtira; personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé qui est Jésus-Christ. » 5 Dans une autre pensée, il appelle fondement de l'édifice des fidèles dans

1 Coloss. 1, 18. 3 Matth. xxvut, 20, 3 ]I, 11. 4 Matth. xxvi, 18. 6 Matth. xvr, 16, LETTRE ENCYCLIQUE ET SYNODALE D{ PATRIARCHE GREC 87

le Christ ou des membres du corps du Christ qui est l'Eglise (Col. I, 24), méme tous les apôtres et les prophètes, écrivant aux Ephésiens : « Vous n'êtes plus des étrangers et des hôtes, mais vous êtes les concitoyens et les familiers de Dieu, établis comme vous l'étes sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ étant la pierre angulaire #, » La doctrine inspirée des apôtres touchant le fondement et le chef de l'Eglise de Dieu étant telle, ceux qui ont hérité de vive voix des traditions apostoliques, les Pères sacrés n'ont pu avoir, ni concevoir l'idée de la suprématie de l'apôtre Pierre et des évêques de Rome, ni donner au passage de l'Evangile en question une autre interprétation, complètement inconnue de l'Eglise, hormis la vraie et orthoaoxe; conséquemment ils n’ont pas pu davantage se représenter ledogme nouveau des suréminentes prérogatives de l’évêque de Rome comme successeur de Pierre, ni de la fondation de l'Eglise de Rome par Pierre dont le ministère apostolique à Rome est complètement inconnu à l’histoire; mais c'est l’apôtre des nations, Paul ravi au ciel, qui l'a fondée par le moyen de ses disciples, dont d'ailleurs, le ministère apos- tolique à Rome eat évident. 45. — Les saints Pères, honorant l'évêque de Rome uniquement comme l’évêque de la principale ville de l'empire, lui donnèrent les marques hono- rifiques de la suprématie, le considérant simplement comme occupant le premier rang, c'est-à-dire comme le premier parmi ses égaux, Ces hon- neurs, ils les décernèrent plus tard au patriarche de Constantinople, lorsque cette ville devint la capitale de l'empire romain, ainsi qu'en fait foi le vingt-huitième canon du quatrième concile œcuménique tenu à Chalcédoine. I! dit, entre autres choses, ce qui suit : « Nous autres aussi, nous définissons et nous décrétons les mêmes choses touchant les privi- lèges de la très sainte Eglise de Constantinople, la nouvelle Rome, et de l’ancienne Rome; en raison de l'exercice de son pouvoir, les Pères lui ont, à juste titre, décerné des honneurs et dans ce même but, les 450 évêques du concile ont accordé les mémes honneurs au très saint Siége de la nou- velle Rome. » D’après ce canon, il est manifeste que l'évêque de Rome est légal de celui de Constantinople et de ceux des autres Eglises; mais, dans aucun Canon, ni chez aucun Pêre,on ne trouve quelque allusion indiquant que l’évêque de Rome seul, soit le Chef de l'Eglise catholique et le Juge infaillible des autres évêques des diverses Eglises indépendantes et autocé- phales, en tant que successeur de l’apôtre Pierre et représentant de Jésus- Christ sur la terre. . 46. — Chaque Eglise particulière, soit en Orient, soit en Occident, étant aufocéphale, jouissait de cette indépendance et de cette autonomie durant les temps des sept Conciles œcuméniques * de même queles évêques des Eglises autocéphales d'Orient; de même aussi ceux d'Afrique, d'Es- pagne, de la Grande-Bretagne, des Gaules, de la Germanie, gouvernaient chacun les affaires de son Eglise par leurs synodes locaux particuliers, sans aucune intervention de l'évêque de Rome lequel, de son côté, se soumettait et obéissait aux Décrets conciliaires®, Dans les grandes et importantes questions qui avaient besoin de l'autorité universelle, on convoquait un

4 Is ad Cor. m, 40-44. ? Eph. u, 49-20. 3 Voir le recueil de la Vérité ecclésiastique. Qu'on se reporte aux deux canons apostoliques, suivants : « 1] faut que l’évêque de chaque peuple sacho qu'il est le premier parmi eux, qu'il doit se considérer comme la tête, et ses actes doivent être subordonnés à cette opinion. Chacun doit faire ce qui regarde uniquement son diocèse st les localités qui en dépendent, mais que nul ne fasse quoi que ce soit sans le consentement de tous. Ainsi, il y auras une communauté d'idées et Dion sera loué par le Seigneur dans l'Esprit Saint : le Père et le Fils et le Saint- 88 REVUE ANGLO-ROMAINE

Concile œcuménique qui était et est encore le Juge Suprême dans l'Eglise catholique. C’est ainsi qu'était gouvernée l'Eglise anciennement; quant aux évêques, ils étaient indépendants les uns des autres et complè- tement libres dans leurs circonscriptions respectives, n'obéissant qu'aux prescriptions conciliaires et, dans les conciles, ils étaient égaux. Aucun d'eux n’exerçait un gouvernement monarchique sur l'Eglise universelle. Si parfois, certains évêques de Rome, amis de la gloire, usurpèrent la suréminente dignité d’un pouvoir souverain inconnu dans l'Eglise, ils en furent repris et réprimandés. Il y a donc une grande et manifeste erreur dans cej que soutient Léon XIII, lorsqu'il dit, dans son Encyclique, que, antérieurement à l’époque de Photius, le nom du Siège romain était saint chez tous les peuples de l'univers catholique, que l'Orient, aussi bien que l'Occident, était soumis, sans aucune contestation, au Pontife romain, comme au successeur légitime de l'apôtre Pierre et, conséquemment, au représentant de Jésus-Christ sur la terre. 17.— Durant les neuf siècles des Conciles œcuméniques, l'Eglise ortho- doxe orientale ;ne reconnut jamais la suprématie de dignité des évêques de Romeet, par suite, ne leur futjamais soumise, comme en fait clairement foi l'Histoire ecclésiastique. L'indépendance de l'Orient vis-à-vis de l'Occident ressort très nettement de ces quelques paroles graves du grand Basile écri- vant au saint évêque de Samosate, Eusèbe: « Les esprits orgueilleux « quand on les honore, deviennent encore plus areogants. Si Dieu «“ nous est propice, de quel autre secours avons nous besoin? Bi, au «“ contraire, la colère de Dieu nous est réservée, de quel secours nous sera «“ la fierté occidentale? Pour ce qui est de la vérité, ni ils nela connaissent, “ ni ne s'efforcent de l’apprendre. Embrassant de fausses opinions, ils «“ font ce qui arriva autrefois pour Marcel. »! Quant à l'indépendance de cette Eglise de Constantinople, elle fut défendu au 1x° siècle par Photius, patriarche de Constantinople, qui dévoila et mit en lumière la décadence du régime ecclésiastique en Occident, dont préserva l'Orient orthodoxe. D'abord, il dénonça, par des moyens pacifiques, l'imminence du {danger; mais l'évêque de Rome, Nicolas Je, per ses importunes intrusions en Orient, au mépris des saints Canons, et par sa tentative de vouloir soumettre à son pouvoir l'Eglise de Constantinople, doit être regardé comme l’auteur et la cause des premiers indices de la néfaste dissension des Eglises. Les premiers germes de cette prétendue dignité suréminente du papisme, jetés dans les PSEUDO-CLÉMENTINES, furent habi- lement exploités, à l'époque de Nicolas Ier, dans les prescriptions dites : PSEUDO-ISIDORIENNES, lesquelles ne sont qu’une contrefaçon d'ordonnances royales fausses et fabriquées et de lettres d'anciens évêques de Rome. C’est cette collection PSEUDO-ISIDORIENNE qui publia à dessein, en opposition avec la vraie histoire ecclésiastique et avec la constitution de l'Eglise, que l'antiquité chrétienne avait reconnu aux évêques de Rome un pouvoir illi- mité sur l'Eglise universelle. 18. — C'est avec tristesse d'âme que nous rappelons ces choses, déplo- rant surtout qoe l’Église papale, tout en reconnaissant la fausseté de ces constitutions, sur lesquelles reposent ses prétendues suréminentes préro-

Esprit. »(Canons 34 du premier Concile œcuménique, canon 6 du deuxième Concile œcuménique, canon 2? et 3 du troisième, canon 8 du quatrième, canon 39 du neuvième synode d'Antioche). « Que l’évêque ne se permette pas, en dehors de sa circonscription, de faire des ordinations dans les villes et les bourgs qui ne lui sont pas soumis. Que si, au mépris du consentement de ceux qui gouvernent ces villes ou ces bourgs, il se permet de le faire, qu'il soit déposé, lui et ceux qu'il aura ordonnés n». 1 Lettre 239, P. C. xxxn, 893, B. N. du traducteur. dé

    LETTRE ENCYCLIQUE ET SYNODALE DU PATRIARCHE GREC                    89

gatives, non seulement refuse de revenir aux Canons et aux définitions des Conciles æeuméniques, mais encore, à la fin du présent xix° siècle, élar- gissant l'abime déjà ouvert, en est venue à déclarer infaillible l'évêque de Rome, à l'étonnement de l'Univers catholique. L'Eglise orientale, ortho- doxe et catholique de Jésus-Christ, en dehors du Fils et Verbe de Dieu fait homme, ne reconnait aucun chef infaillible sur la terre; Pierre, l'apôtre lui-même, dont le Papese croit le successeur, renia trois fois le Seigneur, et fut repris deux fois par l'apôtre, comme ne marchant pas droitement dans la vérité de l'Evangile !. Plus tard, le pape Libère souscrivit une pnfession de foi arienne, Le pape Zozime, également au ve siècle, approuva une profession de foi hérétique, laquelle niait la faute de nos premiers parents; au vi siècle, Vigile fut condamné comme hétérodoxe par le v* Concile; Honorius, étant tombé dans l'hérésie des Monothélites, fut condamné, au vi* siècle, comme hérétique, par le vi® Concile æœcuménique, et les papes suivants approuvèrent et sanctionnérent cette condamnation. 19. Les peuples de l'Occident, progressivement, et instruits par le com- merce des lettres, ayant devant les veux ces faits et d'autres semblables, commencèrent à dénoncer ces innovations et à demander, comme il arriva aux Conciles de Constance et de Bâle, le retour au régime ecclésiastique des premiers siècles, dans lequel, grâce à Dieu, ont persévéré et persévé- reront toujours les Eglises orthodoxes de l'Orient et du Nord, lesquelles, seules, formaient déjà l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique du Christ qui est la colonne et le fondement de la vérité. Au xvi° siècle, les doctes théologiens gallicans agirent de même, et au xvn, les évêques alle- mands. Dans ce siècle de science et de critique, en 1870, la conscience chrétienne se réveilla unanimement dans la personne des illustres prêtres #t théologiens de l'Allemagne, à cause du dogme nouveau de l'infaillibilité des papes défini par le Concile du Vatican. Ce réveil eut pour conséquence les communautés schismatiques et fidèles des vieux catholiques qui ont désavoué les pratiques du Papisme et se sont constituées entièrement indé- pendantes à son égard. 20. — C'est donc en vain que l'évêque de Rome nous renvoie aux sources pour que nous cherchions ce que pensaient nos ancêtres et ce que nous à transmis le premier âge du Christianisme. Dans ces sources, nous trouvons, nous autres, orthodoxes, les anciennes institutions transmises par la tradi- tion divine que nous avons conservées soigneusement jusqu'à ce jour; mais tulle part, nous ne voyons les innovations engendrées en Occident dans les temps postérieurs de vaine fierté et qui, adoptées par l'Eglise papale, se sont conservées jusqu'à ce jour, L'Eglise orientale orthodoxe se glorifie done, à juste titre, dans le Seigneur, d'être l'Eglise des sept Conciles æcu- méniques des neuf premiers siècles du Christianisme et, par conséquent, l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique du Christ : « Colonne et fon- dement de la vérité, » Au contraire, l'Eglise actuelle romaine est l'Eglise des innovations, de la falsification des Pères de l'Eglise, d'une fausse inter- prétation de l'Ecriture Sainteet des définitions des Conciles. C'est donc avec raison et avec justice qu'elle a été excommuniée et sera excommuniée tant qu'elle demeurera dans son erreur: « La guerre, dit saint Grégoire de « Nazianze, est préférable à une paix qui sépare de Dieu. » Er %.— Telles sont, pour nous résumer, les importantes et volontaires in- novations de l'Eglise papale touchant la foi et le régime de l'Eglise, innova- tions que l'Encyclique pontificale, comme il est manifeste, passe à dessein

1 Galat, u, 2. 218 ad Tim., 11, 15. 90 REVUE ANGLO=ROMA INE sous silence. Ces innovations, portant sur les points essentiels de la foi et de la constitution de l'Eglise, étant ouvertement opposées à l'état de l'Église des neuf premiers siècles, rendent impossible l'union des Eglises. Tout cœur pieux et orthodoxe est rempli d'une douleurinexprimable, en voyant l'Eglise papale demeurer dédaigneuse dans ses innovations et ne tendant pas le moins du monde au but sacré de l'union par le rejet de ces hérétiques inno- vations et le retour à l'état primitif de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique du Christ dont elle-même était autrefois une partie. 22. — Mais, dira quelqu'un, sur quels point écrit le Pontife romain, en s'adressant aux illustres peuples Slaves? Personne n'a jamais nié que, par la vertu et les travaux apostoliques des saints Cyrille et Méthode, de nom- breuses populations slaves méritèrent la grâce du salut. Toutefois, l'his- toire atteste que, à l’époque du grand Photius, ces Grecs, apôtres des Slaves, pauvres amis de ce divin Père furent partis de Thessalonique, envoyés pour la conversion des Slaves, non par Rome, mais de Constan- tinople. Ils avaient été formés dans le Monastère de Saint-Polychrone. Les affirmations du Pontife romain ne sont donc nullement fondées, quand il dit, dans son Encyclique, qu'il s'établit de bons et mutuels rapports entre les populations Slaveset les Pontifes romains. C'est pourquoi, bien que Sa Béatitude l’ignore, l’histoire atteste explicitement que les saints apôtres des Slaves, dont il est question, eurent à supporter, dans leurs travaux, bien des contradictions de la part des évèques de Rome, à cause des me- sures qu'ils prirent et de leur résistance; ils furent encore plus cruellement persécutés, soit par les évêques papistes francs, soit par les habitants paiens de ces régions. D'autre part, Sa Béatitude sait parfaitement que, après la mort du Bienheureux Méthode, deux cents de ses disciples, et des plus dis- tingués, après de longues luttes contre les Pontifes Romains, furent chassés de la Moravie. refoulés par la force armée au delà des frontières, forcés d'émigrer eu Bulgarie et ailleurs, et qu'après l'expulsion du Clergé slave, qui était fort instruit, on rejeta entiérement la Liturgie orientale et l'usage de la langue slave; dans:la ‘suite des temps, toute trace d'orthodoxie dis- parut de ces éparchies. Ces faits s’accomplirent au su des évêques de Rome d'une manière qui ne fut nullement honorable pour le caractère sacré de la dignité épiscopale. Cependant, sorties intactes de toutes ces épreuves par la Grâce divine, les Eglises slaves orthodoxes et leurs filles chéries de l'O- rient orthodoxe, particulièrement la grande et célèbre Eglise de Russie divinement conservée, conservent et conserveront jusqu'à la fin des siècles, l'orthodoxie de la foi, donnant d'éclatants témoignages de la liberté dans le Christ. C’est donc en vain que l'Encyclique papale annonce aux Eglises slaves de beaux jours et de grandes choses, car, par la bienveillance du Dieu très bon, elles possèdent déjà ces biens et d'autres semblables, demeu- rant fermement dans l'orthodoxie des ancëtres et s'en glorifiant dans le Christ. 23. — Les faits étant tels et irréfragablement attestés par l'histoire, soucieux de notre devoir, nous adressons la parole aux peuples de l'Occident qui, dévoyés de bonne foi, par ignorance de la vraie et incorruptible histoire ecclésiastique, suivent les innovations anti-évangéliques et illé- gitimes du Papisme, entraînés et marchant loin de l’Église une, sainte, catholique et apostolique orthodoxe du Christ, laquelle est l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la Vérité!, dans laquelle brillèrent par la piété et l’orthodoxie de la Foi, leurs glorieux ancêtres et pères, qui demeurèrent, pendant neuf siècles, ses membres fidèles et honorables,

 ‘ js Ad Tim., an, 45.

LETTRE ENCYCLIQUE ET SYNODALE DU PATRIARCHE GREC y suivant sincérement, en s'appuyant sur eux, les décrets des Conciles œæcuméniques, nouvellement convoqués. 24. — Peuples des nations de l'Occident, amis du Christ, d'un côté, nous nous réjouissons, en voyant que vous avez le zèle du Christ, guidés comme vous l'êtes, par la sainte doctrine que, sans la foi au Christ, il est impos- sible de plaire à Dieu: mais, d'un autre côté, il est évident, pour tout esprit bien pensant, que la salutaire Foi au Christ doit être saine de tout point et conforme à la Sainte Écriture, ainsi qu'aux traditions apostoliques sur lesquelles repose la doctrine des saints Péres et des sept saints Conciles æcuméniques divinement convoqués. Outre cela, il est manifeste que l'Eglise catholique de Dieu, conservant dans son sein, comme un dépôt divin, cette Foi, gage du salut, pure, inaltérée, intacte, comme elle a été transmise par les Saints Pères, s'est développée spirituellement et s'est dessinée pendant le cours des neuf premiers siècles; elle est toujours une et non pas multiple et variant avec le cours des temps, car les Vérités évangéliques ne sont susceptibles, ni de changement, ni de progrès avec le temps, comme le sont les théories philosophiques, parce que : « Jésus- Christ était hier; il est aujourd'hui et il sera dans tous ler siècles. . D'où saint Vincent, nourri du lait de la piété traditionnelle, dans le sacré monastère de Lérins, en Gaule, florissant au milieu du v* siécle, caractérise d’une manière très sage et orthodoxe la vraie catholicité de la Foi et de l'Eglise, lorsqu'il dit : « Dans l'Eglise catholique, il faut surtout avoir soin d'adopter ce qui a été cru partout. toujours et par tous. Cela est vraiment et proprement catholique, comme le sens du mot et la raison l'indiquent, qui embrasse tout et s'étend à l'universalité. Il en sera ainsi, pourvu que nous suivions l’universalité, l'antiquité et le consentement de tous !. » Or,comme ila été dit, dans l'Eglise occidentale, à partir du x* siècle, le Papisme a introduit diverses doctrines, hérétiques, étrangères et, ainsi, cette Eglise s'est séparée et éloignée de la vraie et orthodoxe Eglise du Christ. Quelle n'est pas pour vous, la nécessité de retourner aux anciennes et inaltérées doctrines de l'Eglise afin d'obtenir le salut que nous cherchons dans le Christ, vous le comprendrez facilement ki vous vous mettez devant les yeux l’exhortation de lApôtre Paul, ravi dans le Ciel, aux Thessalo- niciens : « C'est pourquoi, Mes Frères, soyez fermes et retenez les traditions dans lesquelles vous avez été instruits, soit de vive voix, soit par notre lettre. « Et encore, que n'écrit-il pas, le mémedivin apôtrea ux Galates? » Je suis étonné que vous passiez si vite de celui qui vous a appelés dans la grâce du Christ à un autre Evangile. Ce n'est pas, certes, qu'il y en ait un autre; mais’il y a des hommes qui vous troublent et qui veulent renverser l'Evangile de Jésus-Christ %. Mais détournez-vous de ces renversements de la vérité évangélique : Ceux qui se conduisent ainsi ne servent pas Notre- Seigneur Jésus-Christ mais leur ventre et, par des paroles douces et flatteuses, ils séduisent les âmes simples t; » et retournez dans le sein de l'Eglise de Dieu, une, sainte, catholique et apostolique, laquelle se compose de l'ensemble des saintes Eglises de Dieu particulières qui, semblables à

11, 6, 7 2 Hebr. xu, 8. 3 Comment. cap, VII, VII, XIV. « Ân ipsa item catholica Écciesia magnopere curandum est ut teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est. Hoc est enim vere proprie- que Catholicum, quod ipsa vis nominis ratioque declarat, quod et omnis fere upiversaliter coraprehendit. Sed hoc fiet si sequimur universalitatem, antiquitatem, consensionem. »

SERVUS SERVORUM EI AD PERPETUAM REL MEMORIAM

Christ Domini, Redemptoris humani generis, auctoris conservutorisque Ecclesiæ, assidue Nos et caritatem divinam intueri et salutare provehere x me pro muneris Nostri sanctitate contendimus. Gratiamque ei debemus plurimam atque ex animo profitemur, quod Nobis in eas incumbentibus euras quæ ad nomen catholicum sive inferendum reducendumve in populos sive stabiliendum in illis augendumque attinerent, suisipse auspiciis regret ve ope tam benignus adfuerit. Cui etiam acceptum singulari modo referimus, quasdam biennio proximo oblatas esse temporum matu- ritates, quibus instituta catholici nominis incrementa licuerit Nobis studio impensiore atque opera persequi. Providentiæ autem rationes quas in eam rem adhibere visum est, datis præsertim qua universe qua singillatim epistolis apostolicis, haud vacuæ sane fructu, divina fovente gratia, cesse- runt: atque adeo Nos eumdem insistentes cursum lætiorem quotidie voto- rum eventum fidenti cogitatione prospicimus. — Nunc inter ceteras natio- nem atque ecelesiam Coptorum complectimur peramanter, destinatumque habemus pecularia quædam in eius bonum et ornamentum ex apostolica potestate decernere. Coptiam gentem paucis ante mensibus allocuti sumus epistola propria, et vetera ecclesixæ Alexandrini® monumenta commemorando excitavimus idque duplici consilio, ut nimirum ex benevolentia atque hortatione Nostra uum catholici confirmarentur in coniunctione et fide erga Apostolicam Sedem, tum vero dissidentes ad eamdem cuniunctionem invitarentur quir- rendam et renovandam. Utraque ex parte fuit Nobis quod caperemus con- ceptæ spei solatium. Catholici in primis, ut æquum erat, maximum Nobis obsequium ac pietatem in morem filiorum testati sunt, iidem præterea grati quod episcopum e gente sua, Vicarii apostolici munere, secun- dum vota dedissemus, Venerahilem fratrem Cyrillum, titulo Cæwsaræ Paneadis. Quin etiam suæ voluntatis apertius declarandiëe causà, id propositum susceperunt ut publicam ad Nos mitterent legatio- mem : quo nihil certe poterat neque ipsis honestius esse neque Nobis iucundius, — Septembri igitur mense coram fuit legatio Coptorum, ex variis nationis ordinibus, ipso Venerabili Fratre præeunte, delecta.... Ab ea perlibentes cognovimus prieclare aflirmatum quo studio, qua reve- rentia, qua optemperatione erga hanc beatissimi Petri Cathedram, nomine etiam suorum civium, affecti essent : permovitque intimos paternæ cari- latis sensus, qua ipsi fiducia suis item rebus ac dissidentium fratrum expos- cerent a Nobis et expectarent ampliora præsidia. Atque illud præcipuum fore significaverunt, magnisque et humillimis precibus flagitarunt, si decreto auctoritatis Nostræ Hierarchia catholica et Patriarchalis dignitas apud Lier instaurata resurgeret. — Æquam afferri et non inopportu- nam postulationem plus una persuasit causa. Constat enim rei catholicæ progressus non exiguos quotidie per Ægyptum haberi; clericos et sacer- dotés nativos, quod plurimum interest, numero aug scholas iuventutis similiaque rect institutionis subsidia multiplicari; vigere acrius in ani- mis religionis amorem et cultum, atque fructus consentaneos largius pro- venire, In quo alacrem cleri operam valde quidem iuvant et sustinent monnullæ Religiosorum Famili : ac sua debetur laus Fransciscalibus, qui iam diu per ea loca elaborant, suaque debetur Alumnis Societatis lesu et Missionalibus Ludgdunensibus, quos Nosmetipsi auxilio submittendos curayvimus. — Iamvero si Hierarchia in eis vel partim renovetur certique ræficiantur pastores, ex maiore ipsa atque expeditiore vigilandi providen- Es facultate, multiplex profecto utilitas in clerum ac populum dimana- bit. Patriarchalis porro dignitas optime valiture est, tum amplitudine sua 94 REVUE ANGLO-ROMAINE

ad decus ecclesiæ Coptæ catholicæ in opione relevandum, tum ingenita vi ad vincula fidei et fraternitatis in omni natione obstringenda. — Nox autem re tota meditate perpensa eademque deliberata cum Consilio seu Commissions Cardinalium S. R. E., quam ad reconciliationem dissidentium cum Ecclesia foveddam iussimus Nobis adesse, ei ipsi Coptorum postula- tioni obsecundare censuimus. Itaque ad maiorem divini Nominis gloriam, ad fidei sanctæ et communio- nis catholicæ incrementum, Nos ex certa scientia motuque proprio ac de plenitudine apostolicæ potestatis, Patriarchatum Alexandrinum catholicum restituimus et pro Coptis constituimus; eique ac singulis qui ipsum obteu- turi sint, honores omnes, privilegia, prærogativas, nomina, omnemque po testatem tribuimus, eadem ratione qua generatim ea nunc a Patriarchis orientalibus rite exercetur : qua super re peculiaria præscripta ab Aposto- lica auctoritate tempore et loco impertientur. Sedi autem patriarchali sedes He opales duas, in præsens, decernimus suffraganeas; alteram in urbe Hermopoli maiore, vulgo Minieh, alteram Thebis seu Diospoli magna, ad urbem Luksor : ita ut Patriarchatus tribus interea diocesibus constet, vide- licet patriarchali Alexandrina, Hermopolitana, Thebana : integro tamen Nobis et successoribus Nostris pleno ac privativo iure sedes alias vel ar- chiepiscopales vel episcopales excitandi, easque pro necessitate vel utili- tate Ecclesiæ immutandi. Alexandrinum Coptorum Patriarchatuin ita constitutum, eatenus patere qua patet proregnum seu Kediatvus Ægypti proprie dictæ ac provinciæ orædicationissancti Marci,statuimus atque sancimus.—Limitesautem singu- arum diæcesium quas supra diximus, hoc modo definire placet. Patriarcha- lis Alexandrina Ægyptum inferiorem et urbem Cairum complectitur. Ad aquilonem habet mare Internum seu Mediterraneum; ad orientem, cana- lem Suesii ; ad austrum, latitudinis borealis gradum trigesimum ; ad occasum, Tripolitanam Othomanici imperii provinciam. — Diæcesis Her- mopolitana in Ægyptum mediam profertur. Ad septentrionem finitima est diæcesi patriarcchali; ad meridiem, continetur circulo fere medio inter gradus vigesinium septimum et vigesinum octavum latitudinis borealis, ubi scillicet locus iacet Sacci-t-moussé ad Nilum flumen, qui pariter locus in ditione esto eiusdem diœæcesis; ad occidentem habet desertum Libycum. — DiwcesisThebana, in JÆgyptum superiorem porrecta, circumscribitur ad aquilonem Hermo litanä ; ad orientem, sinu Arabico: ad austrum., vigesimo secundo gradu latitudinis borealis; ad occasum, deserto Libyco. Designationis primæ tum Patriarchæ tum suffraganeorum Apostoliciv huic Sedi ius reservamus. Interim, quoadusque ea designatio fiat, manda- mus ut catholicorum coptici ritus, quotquot tota Ægypto versantur, penes eumdem Venerabilem Fratrem Cyrillum, nomine et auctoritate apostolica, adimninistratio permaneat. . . . Ita posse Nos de Patriarchatu Alexandrino pro Coptis restituendo pro- videre, vehementer lætamur in Domiuo, eoque magis quia ejus recordatio ceclesiæ tam grata accidit quam quæ gratissima. Nam propterea quod eam Marcus, beatissimi Petri discipulus etinterpres, auspicato constituit sancte- que gubernavit, arctior quædam et præclarior necessitudo exorta est. quam alias commemoravimus, ipsam inter et Romanam ecclesiam: cujus potissimum conjunctionis beneficio extitit illa pernobilis, floruitque diu et splendore virtutum et. doctrinæ excellentia. Quare Nobis est oplatissimuin ut dissentientes Copti Hierarchiam catholicam ex veritate coram Deo considerent, eam nimirum quæ ob communionem cum Cathedra Principis Apostolorum et successoribus ejus, sola potest ecclesiam a Marco conditam legitime referre, solaque heres est memoriæ omnis quæ- cumque Patriarchatui Alexandrino a priscis illis majoribus est fideliter tradita. Ex eo fiat, id quod rectus ipsorum animus et divinæ gratiæ beni- gnitas sperare admodum jubent, ut dimissis tandem compositisque dissi- dis quæ consecutæ intulere ætates, ad unitatem redire velint Romanæ ecclesiæ, quæ permagno eos desiderio caritatis expectat. Has litteras Nostras et quæcumque in ipsis habentur nullo unquam tempore de subreptionis aut obreptionis vitio sive intentionis Nostræ aliove LA QUESTION DES ÉCOLES EN ANGLETERRE 95 uovis defectu notari vel impugnari posse, et semper validas ac firmas ore, suosque effectus in omnibus obtinere atque ab omnibus cujusvis preeminentiæ inviolabiliter observari débere decernimus. Non obstantibus Apostolicis atque in synodalibus, provincialibus, universalibus Conciliis editis generahibus vel specialibus sanctionibus, ceterisque contrariis qui- buscumque, peculiari etiam mentione dignis; quibus omnibus, quatenus opus sit, amplissime derogamus : irritumque et inane decernimus si secus super his, à quoquam quavis auctoritate suenter vel ignoranter contigerit attentari. Volumus autem ut harum litterarum exenplis etiam impressis, manu tamen Notarii subscriptis et per constitutum in ecclesiastica dignitate virum sigillo munitis, eadem habeatur fides quæ Nostræ voluntatis signi- ficationi his præsentibus ostensis haheretur. . Datum Romæ apud Sanctum Petrum anno Incarnationis Dominicæ millesimo octingentesimo nonagesimo quinto, sexto Calendas Decembres, Pontificatus Nostri anno decimo octavo, A. Carnp. BRANCHI, PRO-DATARUS. C. Carp. DE RVGGIERO. Visa DE Cvria I. DE. AQVILA E VICECOMITIBYS Loco % Plumbi Reg. in Secret. Brevium 1. CYveNoNI.

                                MÉMOIRE
 SUR LA QUESTION DES ÉCOLES EN ANGLETERRE

MÉMOIRE SUR LA QUESTION SCOLAIRE, présenté au Gouvernement de Sa Majesté par Leurs Grâces les archevéques de Cantorbéry et d'York, au nom du « Comité des archevéques », Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire d'exposer en détail les besoins des écoles libres qui viennent revendiquer une augmentation de secours de la part du Trésor public. Leurs besoins et leurs revendications sont connus 2 la fois du Gouvernement et du pays, et sont généralement admis. De même, nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de rappeler combien nous avons souci de conserver le caractère qu’a toujours eu l’enseignement primaire dans ce pays. L'Eglise a fait, dans le passé, de grands sacrifices pour son amélioration ; elle en fera encore dans l’avenir. Nous ne desirons pas aujourd'hui demander au Gouvernement de venir nous relever de ces charges, que nous avons toujours supportées et PAU T rer encore. Mais nous pensons aider le Gouvernement de Sa Majesté dans sa tâche, en ce moment où il s'occupe de la question de l'instruction primaire, en venant lui exposer brièvement quels sont, selon nous, les principes qui doivent régir tout système national d'enseignement public, et vers quel but devra tendre tout nouveau Bill sur la législation scolaire. Nous y join- drons un aperçu des principales mesures que nous pensons les plus propres à atteindre ce but. I Principes qui doivent régir tout système national d'enseignement public primaire 1° Le maintien du caractère religieux de l'instruction donnée dans les eos publiques en Angleterre, caractère qui a toujours prévalu à travers Istoire. ? Pour assurer le maintien de ce caractère religieux, la conservation des rapports qui existent entre les écoles ou collèges avec les corps religieux qui les ont fondés, est nécessaire. 9û REVUE ANGLO—ROMAINE

3° Les parents ont le droit de déterminer le caractère de l'instruction religieuse qu'ils désirent voir donner à leurs enfants. 4° Ce droit doit être sauvegardé à la fois pour les enfants dont les parents appartiennent à l'Eglise (étatie) et qui sont obligés de fréquenter les écoles oficielles comme pour les enfants dont les parents sont non-conformistes et qui sont obligés de fréquenter les écoles de l'Eglise. 5° C’est à bon droit que les écoles confessionnelles prétendent qu'aucun collège ou école ne peut être disqualifié d'une participation aux subsides du Trésor public, en raison des opinions religieuses que professent ses maitres ou maitresses. ô Le système ‘de la variété dans le fonctionnement des écoles est d'une haute valeur au point de vue des progrès de l'éducation, étant donné, d'ailleurs, que le niveau d'enseignement de toutes les écoles recevant assis- tance du Trésor public, est contrôlé par les examens publics et les rapports qui en sont faits. Il Aperçu des mesures que nous recommandons.

4° L'abolition du tarif de 17 s. b. d., ainsi que des autres limitations apportées par l'article 107, comme pesant inconsidérément sur les écoles qui sont le moins en état de supporter ces charges. 2 L'exemption d'impôts pour tous les bâtiments destinés à l’enseigne- ment public primaire. 3° Uue augmentation des subsides accordés par le Trésor public, aug- mentation sufisante pour faire face aux nouvelles dépenses que nécessite l'instruction primaire dans tout le pays, et répartie de telle sorte qu'elle prévienne toute compétition nuisible entre les écoles officielles et les écoles ibres. Bien qu'en somme nous pensions qu'il serait préférable que les subsides fussent accordés par l'Echiquier impérial plutôt que par le moyen de taxes locales, nous reconnaissons combien la question est complexe et difficile, et sommes prêts d'une manière générale à soutenir toute proposition éma- nant du Gouvernement de Sa Majesté, ayant pour objet d'accorder les se- cours nécessaires aux écoles libres. 4 Une répartition plus équitable des subsides, de telle sorte qu les écoles pauvres en reçoivent une part proportionnelle à celle que recoivent les écoles riches. üe La révision des arrêtés des conseils scolaires par quelque autorité supérieure, . 6° Des facilités accordées aux écoles libres pour se grouper en fédéra- tions. 7° Que les cours, les classes et autres institutions créées par les Con- seils scolaires sur les fonds publics, soient ouverts aux professeurs et élèves des écoles libres comme à ceux des écoles officielles et dans les mêmes conditions, 8° Que toutes les facilités soient accordées en vue d'assurer un ensei- gne ment religieux séparé à ceux des enfants qui fréquentent les écoles libres ou les écoles ollicielles et dont les parents font une demande à cette fin, en s'inspirant ainsi du Bill de 1866 sur les Ecoles industrielles. 9° Que le département de l’Iustruction publique ait toute liberté pour accorder un secours annuel à toutes les écoles dont le niveau d'ensei- gnement n'est pas jugé suffisant, étant donné d’ailleurs que les croyan ces religieuses des parents seront prises en considération. 10° Ces diverses modifications devront être inscrites dans un Acte du Parlement. Signé : Epw., Cantuar. WILLELM, Ebor.

                           Le Directeur-Gérant: FERNAND PORTAL.
             PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,

Ca E nt depee sv OT ‘DIE cr

ire ANNÉE N°3 : 21 DÉCEMBRE 1895

                            REVUE

ANGLO-ROMAINE __ RECUEIL HEBDOMADAIRE

                                                              Spiritus Sanctus      po-

Tu es Petrus, et su- - suit episoopos re- hano petram ædifoabo Ecolesiam gore Ecclesiam Doi. mesm ... et tibi dabo claves ACT. xx. 28.

Mars. xvr. 48-19.

                             80                 °                          ?Aass

G. A. Srorriswoons... L'Église Anglicane vue du dedans.......... V. Eamoni............ L'Église romaine en face de l'Église grecque gchismatique ..............+.e...e..se.. 108 Chronique ..........-e.ss.e..s...s.sseese 420 | Livres et revues ...........s.e.sessese.e 124 DocumanTs....... Leonis Papæ XIII epistola apostolica princi- 129 pibus populisque universis............... Leonis Papæ XIII litteræ apostolicæ de disci- plina orientalium........................ 138 Nouvelle daclgration des évêques catholiques d'Angleterre sur la question scolaire... ta

                                  PARIS

          RÉDACTION             ET                   .
                                        ADMINISTRATION
                             17, RUE CASSRTT&

                                     1893

PRIX DES ABOŸNÉMENTS © “TARIF DES ANNONCES

           FRANCE                    FE                   À LA PAGE:

Un Añ.................. 20 fr. SIX MOIS ,............... 44 fr. La ‘page............ ....... 30fr La 4/2 page............ 20fr Trois mois..............., fr. Le 4/4 page............. 40 fr

     ÉTRANGER                                          : À LA LIGNE:

UN AN...,.............. 25 fr Sur 41/2 colonne: la ligne.. dâfr SIX MOIS................. 43 fr. TRoïS MOIS.....,........ . Tfr. Les annonces sont reçues / FRANCE... . 0 fr. 50 LE NUMÉRO Î ÉTRANGER... dfr. » rue Cassette, Paris. aux bureaux de la Revus 17

Les opinions émises dans des articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

L'IATERMÉDIAIRE CATHOLIQUE DE BESANÇON & DE GENÈVE MAISON DE CONFIANCE FONDÉE A BESANCON EN 1884

MONTRES & PENDULES BIJOUTERIE — JOAILLERIE — ORFÉVRERIE ‘Avec la seule Commission du Gros

Adresser les demandes en fabrique à Madame MARIE MARILLIER, 7, rue du Mont-Sainte-Marie, BESANÇON . DÉPOT A PARIS, 76, RUE DE RENNES

             Catalogne franco. — Photographies franco.
                                                                                          _

PROF ESSEUR Leçons particu- PRÊTRE la campagne prés Paris, licencié ès lettres recevrait jeunes anglais à

lières de latin, grec, littérature et philo- pour apprendre le français. Erxcellentos sophie, spécialement recommandé. S'a- références. S'adresser M, B. aux bureaux dresser G. À. aux bureaux de la Revue. de la Revue.

      tions d'institutrice dans plusieurs LECON              jeune homme habitant Pa
ISS N. 40 ans, ayant rempli les fonc-             à          d'anglais   offertes par ur

M grandes maisons, demande place d’institu- ris, niais Ayant longtemps résidé en Angle- trice, de gouvernante ou de damo de compa- terte, en échange de lecons d’allemand. — gaie. Excellentes références. S’adresser aux Références sérieuses exigées de partet d'au- bureaux de la Revue. . ire.S'adresser H. D. aux bureaux de la Revue.

DAME trés honorables, la mère et la PROFESSEUR ingtmps na d'anglais, ayant fille, habitant entre le Troca- déro et le bois de Boulogne prendraient -à Londres, désire lecons & domicile. Ex- dames pensionnaires. Confort et prix mo <ellentes références, S’adresser V, aux bu- rés. Yeaux de la Revue. L'ÉGLISE ANGLICANE VUE DU DEDANS *

                                   1

Quel que soit le point de vue auquel on l'envisage, on ne peut refu- ser à l'Église Anglicane le rôle important, considérable, qu’elle joue dans la question religieuse, voire même dans l'histoire de la Chré- lienté. Placée entre le Catholicisme et le Protestantisme, Rome la dé- clare protestante, alors que les Luthériens l'appellent papale. Cela rappelle la fable du « Bouclier ». De quel côté se trouve la vérité? Il nous faudra envisager la question successivement aux deux points de vue pour arriver à une solution; ce qu'il y a de certain, c’est que ce ne sont pas le catholicisme el le protestantisme qui se rencontrent dans l'Église Anglicane, c’est l'esprit oriental et celtique qui se trouve en face de l'esprit saxon et romain. L'étude approfondie des origines de notre Église nous révèle la source orientale; mais elle passe par Marseille et l'Église celtique, avant de débarquer sur nos côtes, et cela à une époque très reculée. Du côté de l'organisation et dans quelques détails de la doctrine, nous ressemblons à Rome : car nous n'avons pu oublier et nous n’ou- blierons jamais que la lumière de la foi, presque éteinte dans l'An- glelerre vers la fin du v* siècle par l'invasion des Saxons, a été rallumée un siècle plus tard par la mission de saint Augustin, en- voyé du pape Grégoire.

‘X.D.L, R.— Le très remarquable article que nous donnons aujourd'hui sst dû à la plume d'un anglican, M. Spottiswoude, vice-président de la Chambre des Laïques de la province de Cantorbéry. La Chambre des Laïques, House of Lagmen, est une commission de liques élue par les diocèses que l’archevêque de Cantorbéry rassemble Husieurs fois chaque année pour traiter des affaires courantes. Toutefois ‘le n'a point d’attributions législatives ou administratives, mais seulement cousultatives. Ellea charge de veiller soigneusement sur les mesures touchant les lütérèts de l'Église qui peuvent être proposées au Parlement, et d’ailleurs Waueoup de membres de la Chambre des Laïques sont en même temps embres du Parlement. Le renouvellement de La Chambre des Laiques à Leu à chaque nouveau Parlement, les membres sortants sont rééligibles. Nous donnerons prochainement un article écrit par un catholique auglais intitulé : l'Eglise anglicane, vue du dehors.

  NEVUE ANGLO=ROMAINE, — T. Le   — 1

REVUE ANGLO-ROMAINE

                                 Il

Laissons de côté les traditions anciennes qui nous donnent saint Paul comme premier apôtre, et aussi la charmante légende de saint Joseph d'Arimathie suivant laquelle il aurait débarqué avec quelques compagnons dans cette ile délicieuse d'Avalon, dans le çomté de So- merset, où, selon le poète, il ne tombe jamais de neige ni de grêle, et vù il aurait planté cette aubépine qui bourgeonne chaque année le jour de Noël. Ce qu'il y a de certain, c'est que le Christianisme fut importé dans notre pays dès les premiers siècles, et nous pouvons citer les noms des trois évêques britanniques qui assistèrent au Concile d'Arles en 314. Le Christianisme primitif, celtique, reçut le choc de l'invasion saxonne à la fin du v* siècle; après quelque résistance, il battit en retraile et se réfugia dans les montagnes du pays de Galles. Toutefois il ne devait pas disparaître, et nous le retrouvons plus tard, sous les élendards de saint Colomban et de saint Aidan, reconquérant l'Écosse el le grand royaume de Northumberland, dont la capitale était la cité d'York, Ce grand mouvement était déjà commencé quand le pape Gré- goire, en 597, envoya saint Augustin pour raviver la lumière de la foi. Il vint à Cantorbéry. La reine Berthe était déjà chrétienne; Augustin convertit le roi, sous les ordres duquel, comme cela se passait alors, toute la nation embrassa le Christianisme. Nommé archevêque, Au- gustin s'installa à Cantorbéry où il fixa le siège archiépiscopal autour duquel rayonna son action, très limitée d’ailleurs: car si elle se fl senlir dans le comté de Kent et les environs de Londres, le comté voisin de Sussex devait resler encore païen pendant l'espace d'un siècle. Paulinus, compagnon de saint Augustin, s'établit, en 627, à York. Il y fut évêque pendant six ans; mais les païens renversèrent vite le frèle édifice qu'il y avait élevé et lorsque, plus tard, les chrétiens s'ef- forcèrent de regagner le terrain perdu, c'est au moine Aidan qu'en appela le roi victorieux, saint Oswald, pour rétablir la suprématie de lu Croix daus son royaume. insulaire, monastique, comme tous les Celliques, saint Aïdan établit son trône épiscopal dans l'ile de Lin- disfarne, et c’est à ses efforts età ceux de ses moines qu'on dut la con- version définitive du nord de l'Angleterre. Nous avons assisté à la lutte du Christianisme des Bretons contre le paganisme des Saxons; il lui restait encore une dernière lutte à soutenir, En rentrant en Angleterre au vn° siècle, les missionnaires celliques, venant du nord, se trouvèrent en face des missionnaires romains qui venaient du sud. Ces deux courants àleur tour vinrent se heurter l’un contre l’autre. Raconter les péripéties de cette lutte nous conduirait trop loin; qu’il nous suflise de dire qu'après de lon- Es

               L'ÉGLISE ANGLIGANE VUE DU. DEDANS                 99

gues discussions ils arrivèrent enfin à une entente qui mit fin aux controverses qui les avaient jusque-là divisés, tout spécialement celles qui étaient relatives à la coutume de la tonsure et à la date des fêtes de Pâques. Rome triompha, l'esprit celtique s'imposa, et les deux Églises fusionnèrent. De là sortirent les deux archevêchés qui devaient survivre jusqu'à nos jours, presque égaux en ancienneté comme en honneur :l’un, celui d'York,avec le titre officiel de Primat d'Angleterre, l'autre, celui de Cantorbéry, avec le titre de Primat de toute l'Angleterre. Le premier, œuvre de l'enthousiasme celtique, étendait son action sur le royaume du Nord; le second, élevé par l'énergie des missionnaires de Rome, dominait le royaume du Sud. Le Christianisme celtique pourrait s'enorgueillir, à juste titre, de l'esprit personnel et indépendant de sa religion; mais il lui manquait l'organisation solide qui a toujours fait la force de Rome, aussi bien de la Rome païenne que de la Rome chrétienne. La fusion vint com- bler cette lacune, en sorte qu’elle contribua pour une part à la consti- tution primitive de l'Église anglicane, si bien que l’on peut dire que l'esprit de saint Pierre et celui de saint Paul ÿ président également. J'insiste sur ces détails qui semhleront sans importance, parce que je suis persuadé que c'est à cette double origine qu'est dù cet esprit de singularité dont l'Église anglicane a fait preuve depuis ses com- mencements, et non seulement durant les orages passagers de la Réforme. Deux sangs, deux courants se sont trouvés eûte à côte de- puis saint Augustin, le Celtiqué et le Romain. Pour n'en citer qu'un exemple, la passion de lire l'Écriture Sainte dans la langue vulgaire, qui éclata si vivement au xvr siècle, ne présentait rien de nouveau; en effet, le Vénérable Bède était mort dans son monastère de Jarrow, en 735, en dictam les derniers mots de sa traduction de l'Évangile selon saint Jean, et plus tard Wiclif, alors catholique, quoique très avancé dans ses idées politiques, produisait une version anglaise de toute la Bible d'après la Vulgate: Tyndal et ses successeurs ne firent que continuer l'œuvre de Bède et de Wiclif. On remarquera que ces traducteurs apparténaient à la race du nord d'Angleterre, c'est-à-dire aux pays convertis par les missionnaires celtiques. Enfin, nous devons encore noter cette curieuse observation, que la consoli- dation définitive de l'Église d'Angleterre fut faite par un envoyé du pape, Théodore le Grec, archevêque de Cantorbéry, 668, mais que, tout délégué qu'il füt par le successeur de saint Pierre, il venait de Tarse, ville natale de saint Paul.

                                 HI

L'invasion normande augmenta beaucoup le pouvoir du Saint-Siège sur l'Église anglicane. Guillaume [°° ile Conquérant), après s'être em- 100 . REVUE ANGLO-ROMAINE paré du trône d'Angleterre, avait obtenu la ratification de sa conquête par le pape; aussi, se trouvait-il obligé de faire prévaloir l'influence de Rome. Malgré ce puissant appui, les luttes n’en continuaient pas moins, dans lesquelles le pouvoir temporel prenait parfois le dessus , Henri II faisait assassiner saint Thomas de Cantorbéry, brisant pour le moment le pouvoir de l'Église, puis, bientôt après, il était flagellé par le Clergé de la métropole. Il était de tradition dans la Maison d'York de combattre l'Église, tandis que les rois Lancastriens la sou- tenaient, tout en cherchant, suivant la politique nationale, à res- treindre le pouvoir toujours croissant de la Papauté. Ce pouvoir, en effet, insensible à l’origine et d'un caractère presque fraternel {Ur- bain Il, écrivant à saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, l'appelait « Papa alterius orbis »), s’étendait et prenait peu à peu un caractère dominateur, non sans trouver une grande résistance dans la nation qui revendiquait ses anciennes libertés. Deux tendances aussi accusées et de sens contraire devaient faci- lement amener un choc. Il eut lieu sous Henri VIII, et ce roi despote, dissolu et, à la fin de son règne, très cruel, qui aurait dù inspirer à tous la haine et le mépris, puisa quand même une certaine popula- rité dans le courage avec lequel il sut tenir tête àla dominationet aux exigences de Rome. La défense faite d'en appeler à Rome (1553), qu'on pouvait considérer comme la rupture détinitive de la cour d'Angleterre avec le pape, fut une mesure très populaire. Depuis de longues années, on supportait difficilement l'ingérence continuelle d'un pouvoir étranger dans les affaires du royaume. Les tergiversa- tions de Rome au sujet du divorce d'Henri VIII mirent le comble au mécontentement; on résolut d’en finir d’un coup, et, désormais, la politique anglaise fut soustraite à l'influence papale.

                                IV

Nous sommes arrivés à cette succession d'événements qui devait durer plus d'un siècle, et que l’on comprend généralement sous le titre de «Réforme » : litre exact, carce qui eut lieu fut bien certainement une réforme de l’ancienne Église et non sa destruction. Ce point, je le sais, est très controversé ; je vais l'exposer en me plaçant au point de vueanglais. Lorsqu'Henri VIII mourut (1547), rien n’était changé dans les offices; on disait la Messe en latin, comme autrefois; le nombre des fètes obligatoires seulement était diminué, et les monastères petits et grands avaient été su pprimés, leursrevenus étant partagés, pour la plupart, entre le roi et ses courtisans. C’est en vain que Cranmer (archevêque de Cantorbéry, 1533) avait essayé d’en conserver quel- ques restes pour l’éducation des pauvres. L'ÉGLISE ANGLICANE VUE DU DEDANS 101

A Henri VIII succéda, comme l'on sait, son fils Édouard VI, enfant maladif de neuf ans; sous son règne, en 1549, fut publié le premier Bock of Common Prayer and administration of the Sacraments and other Rites and Ceremonies of the Church, after the use of the Church of Engiund. En étudiant sérieusement ce livre, on s'aperçoit que rien n'était moins dans l'esprit de ses auteurs que de fonder une nouvelle Église. Trois ans plus tard (1552) paraissait le second livre d'Édouard VI; il contenait des changements dans un sens plus réformateur; Cran- mer subit peut-être l'influence de son entourage et celle des réforma- leurs d'outre-mer; mais il est juste de dire que, rilualiste instruit, il s'efforça dans les changements qu'il apporta au rituel de la Messe, de se rapprocher des offices primitifs plutôt que de se conformer aux idées des réformateurs étrangers. Ceux-ci firent mauvais accueil à ce second livre, déclarèrent l'Église anglicane toujours enfoncée dans les ténèbres, parce qu’elle cherchait à se conformer aux modèles primi- üifs et non à ceux de Genève. L'effet de ces changements fut plus restreint et plus superficiel qu'on n'aurait pu le croire ; on continua à dire la Messe dans beaucoup d'églises, spécialement dans le Nord, pendant le règne d'Édouard VI, el dans beaucoup de paroisses ces changements passèrent par-dessus la tête de bien des gens simples qui vivaient loin de la Cour et de ses intrigues. Quelques mois après la publication de ce second livre, Édouard mourut (1553); sa sœur Marie lui succéda; elle rétablit l'ancien ré- gime de l'Église, chassa les évêques qui refusèrent de se conformer à ces changements, mais ne parvint pas à persuader à ses courlisans de rendre les grandes propriétés de l'Église qu'ils tenaient des faveurs de son père Henri VII. A la mort de Marie (1558), sa sœur Élisabeth monta sur le trône, et le parti de la Réforme regagna peu à peu son pouvoir. On rétablit le Prayer Book avec quelques modifications dans un sens catholique. Ces modifications devaient durer un siècle : car ce ne fut que deux ans après la restauration de Charles II que le Prayer Book subit une autre revision (4662), cette fois aussi dans le sens catholique, et c'est te livre qui est actuellement en usage. Qu'est-ce que le Prayer Book de l'Église anglicane? C'est tout sim- plement le Bréviaire, le Missel, le Rituel et l'Ordinal. Si, en effet, nous remontons vers 1530, nous trouvons qu'à celte époque les heures “aient récitées; les Matines et quelques-unes des Petites Heures, le matin; les Vêpres et les Complies dans l'après-midi; elles don- taient aussi l'idée générale de deux offices, dont l'un, celui du matin, élait long, compliqué et contenait de nombreuses répétitions. Au xvr‘ siècle, un besoin de simplification et de réforme du Bré- viaire s'imposait; plusieurs membres du Clergé et des religieux s'y 102 REVUE ANGLO-ROMAINE

employèrent. La réforme la plus radicale fut le Bréviaire du cardinal Quignonez, qui.jouissait de l'approbation du Pape, au moins pour la récitation privée. Une des singularités de ce bréviaire est la réci- tation invariable du psautier, chaque semaine, sans les changements continuels pour les jours de fête qui caractérisent le bréviaire romain. La première idée de la Réforme anglicane vient de là; ce qui le prouve, c’est que la préface du premier Prayer Book futtirée presque mot à mot de la préface du cardinal Quignonez, et qu'on la retrouveen grande partie encore dans le Prayer Book d'aujourd'hui. Je dois signaler une modification caractéristique apportée à l'office anglican. Dans le bréviaire de Quignonez, il y avait toujours aux Matines trois lecons, la première tirée de l'Ancien Testament, la deuxième, du Nouveau Testament, et la troisième, des vies ou des écrits des saints : le Prayer Bvok supprima cette dernière et retint les deux autres.

Après les offices du matin et du soir, et correspondant au Missel, se trouvent dans le Prayer Book : 4° Les collectes, les Épitres et les Évangiles pour les dimanches et fêtes; les mêmes pour la plupart qui avaient existé dans notre Église pendant six cents ans; 2° « The order of the administration of the Lord's Supper or Holy Communion ». Dans le premier Prayer Book, ce titre est suivi de ces mots : « Commonly cal- led the Mass ». Ceux qui sont habitués au cérémonial de la Messe romaine trouve- ront celui de l'Église anglicane sévère, même un peu froid. Je ne les blâme point, je m’associe à ces paroles amicales et charitables du Prayer Book: « Dans tout ce que nous avons fait, nous ne blämons «aucune autre nation: nous ne prescrivons rien, excepté à la nôtre. » Qu'il me suffise de dire que le cérémonial de la Messe, tel que nous l'avons aujourd’hui, est le résultat d’un effort de bonne foi plus ou moins heureux. On s’efforça de ramener le rituel de la Sainte Eucha- rislie à ce qu’on croyait être la simplicité des temps apostoliques. Nous avons conservé, cependant, plus qu’on ne pense de l'ancien rituel; ainsi, le prêtre commence par le Pater nosler et la collecte Deus cui omne cor patet, qui faisaient l’un et l’autre partie de la préparation du prètre dans l'office de Sarum (Salisbury), puis on ré- cite le décalogue, comme c'était d'usage depuis des siècles dans l’É- glise anglicane, bien qu’il ne se trouve pas dans le Missel. Le Kyrie répété dix fois, une fois de plus que dans l’ancien office; sert de ré- pons aux dix commandements. Ce même Kyrie a conservé une parti- cularité de l’ancien office anglican : on ajoute au Xyrie eleison quelques mots pour en faire une courte prière, comme c'était l'usage dans les offices des grandes fêtes. Suivent la Collecte, l'Épitre, l'Évangile, le Credo, le Sermon {s'il y en a un), l'Offertoire, la Prière pour l'Église, la Conféssion et l’Absolution, le Sursum corda avec la L'ÉGLISE ANGLICANE VUE DU DEDANS 103

Préface et le Sanctus, la Consécration avec la Communion du prêtre, et ensuite du peuple (il faut toujours qu'ily ait quelques communiants), etl'on finit par le Pater noster, l'Action de grâces, le Gloria in excelsis et la Bénédiction donnée par le prêtre ou par l'évêque. Comme on le voit, nous avons conservé l'essentiel, tout en supprimant la plupart des cérémonies accessoires. Plusieurs rites de la Messe Anglicane, qui diffèrent de la Messe Romaine actuelle, se trouvaient dans l'Ancienne liturgie dite ‘* Gallicane ”, en usage autrefois en Angle- terre. Les livres de Sarum sont, dans leur ensemble, presque exclu- sivement ‘‘ Gallicans ”.

                                V

Une grande discussion a eu lieu au sujet du nombre des Sacrements: y en a-t-il sept ou deux? L'Église romaine et les Églises orientales en comptent sept; l'Église anglicane, seulement deux. Voilà, apparem- ment,un grand différend et qui cependant se réduit à une pure question de définition. L'expression de Sacrement a été réservée par l'Église Anglicane aux deux rites expressément mentionnés dans l'Évangile, suivant la distinction établie par beaucoup de Pères et d'anciens théo- lgiens. Ce sens.très strict donné par l'Église anglicane au mot sacrement » ne lui permet d'en compter que deux, et, cependant, elle ne se refuse pas complètement à admettre que, dans une acception plus large, on puisse étendre ce titre. Ainsi la Confirmation, le Mariage et les Ordres, sans êlre comptés comme sacrements, sont honorés comme tels; la Pénitence, c’est-à-dire la confession devant un prêtre, n'est pas obligatoire, mais elle est recommandée dans certains cas. Seule, l'Extrème-Onclion n’est pas en usage chez nous.

                               VI

Comme nous l'avons vu, l’Église anglicane établit une importante distinction entre les Sacrements : elle n’accorde ce titre qu'aux deux grands Sacrements de l'Évangile, sans nier toutefois l'efficacité des autres; elle agit de même en ce qui concerne les Ordres : n'ayant trouvé dans le Nouveau Testament que l'épiscopat, la prétrise et le diaconat, ce sont les seuls qu'elle conserve. Un grand nombre de personnes, de ‘celles surtout qui vivent hors de l'Angleterre, ont pu croire que la Réforme avait rompu avec toutes les traditions de l’ancien régime et apporté en quelque sorle une religion, une Église toutes nouvelles. Il n’en est rien et, sans ious étendre trop longuement sur ce sujet, il me suffira de citer un passage de la Préface de l'Ordinal où nous trouverons la preuve pal- 104 REVUE ANGLO-ROMAINE

pable que l'intention de l'Église anglicane était bien de continuerles anciens Ordres. « Il devient évident, pour ceux qui lisent avec atten- « tion les Saintes Écritures et les anciens auteurs, que dès le temps « des apôtres il y a eu dans l'Église ces ordres, c'est-à-dire les « évtques, les prêtres et les diacres. Aussi, afin que ces ordres soient « maintenus et respectés, etc. » Ainsi, l'intention de continuer les anciens ordres est évidente, dans la formule employée pour les transmettre : « Accipe Spiritum Sanctum « on officium et opus Sacerdolis in Ecclesia Dei, per impositionem manuum « nostrarum jum libi commissum. Quorum remiseris peccata remitluntur eis, « el quorum relinueris retenla sunt, etc., etc. » À la consécration d'un évêque, on se sert de la formule suivante : Accips Spiritum Sanctum in « officium et opus Episcopi in Ecclesia Dei, per imposilionem manuum nosira- rum jam tibi commissum: In nomine Patris, etc., elc. » Il me sera permis d'ajouter qu’on peut constater la succession: de nos évêques, malgré les destitutions qui eurent lieu pendant les terribles convulsions qui agitèrent l'Angleterre sous Édouard VI et la reine Marie. Cranmer fut archevêque de Cantorbery de 1533 jusqu'au 21 mars 1556, jour où il fut brûlé à Oxford. Le lendemain, Pole, qui était Cardinal depuis 1536, fut consacré Archevêque. La mort vint le frapper en 1558 et l'année suivante Parker lui succéda. Pour l’un des Évèques qui avaient pris part au sacre de Parker, Barlow, Évêque de Chi- chester, on a dit que nous ne pos$édions aucune preuve de sa con- sécration. Qu'il suffise de remarquer à ce sujet, que pendant ces vingt-deux années (1536-1558) il y a plusieurs lacunes dans les registres, dans ceux des Archevèques Warham et Pole, aussi bien que dans ceux de Cranmer. Nous refusons d'admettre les ordres des Luthériens, des Réformés el ceux des autres sectes protestantes.

                                VI

Nous avons interrompu le résumé historique de la Réforme àl'é- poque de l'accession au trône d'Élisabeth, en 4558, parce qu'il nous a semblé nécessaire, pour faire comprendre quelle était alors la situation de l'Église anglicane, d'exposer les origines et la composi- tion du Prayer Bcok. Dans toutes les luttes, tant ecclésiastiques que civiles, les partis opposés se groupent autour d'un signe de rallie- ment: ce sera l'Arche d'Aliance chez les Israélites, l’Aigle chez les Romains, de nos jours le Drapeau; le signe de ralliement de l'Église anglicane depuis le seizième siècle ne fut autre que le Prayer Book. La reine Marie mourut le 17 novembre 1558, la veille de la mort de son cousin le Cardinal Pole, archevêque de Cantorbéry; sa sœur Éli- sabeth, quoique de religion catholique, était politiquement anlipapale ; L'ÉGLISE ANGLICANE TUE DU DEDANS 105 la conciliation religieuse était son mot d'ordre. Le commencement de son règne ne nous offre rien de particulier à signaler, si ce n’est que les réformateurs emprisonnés furent rendus à la liberté et que ceux qui avaient été exilés purent rentrer en Angleterre. Ils revinrent, mais non tels qu'ils étaient partis. Chassés de leur patrie par la politique cruelle et maladroite de Marie, durant les cinq années que dura leur exilils s’associèrent avec les Réformés de Suisse,qui eux avaientrompu avec la foi et la discipline catholiques; de là l'origine du Puritanisme qui devait plus tard renverser l'Église. | La reine cachait ses idées religieuses personnelles et, en présence de la situation nouvelle, elle se déclara ouvertement pour la Réforme, tout en laissant deviner son inclination à remettre les choses en l’état où elles se trouvaient à la mort de son père Henri VIII. Elle céda cependant à la nécessité politique et consentit à rétablir le second Prayer Book d'Édouard VI, mais après une revision dans le sens eatholique et en se réservant le pouvoir d'augmenter les cérémonies, c'est-à-dire de les restaurer peu à peu selon les circonstances. La politique fatale de sa sœur devait tout arrêter en mettant au cœur des réformateurs exilés une haine profonde contre tout ce quitouchait au catholicisme, puis les dangers politiques que courait la reine devaient l'entraîner elle-même peu à peu dans une autre voie. La rupture avec la cour de Rome remontait à 1533; mais les liens spirituels du Pape avec l'Église anglicane ne furent définitivement brisés qu'en 4570. Paul IV n’avait'pas voulu reconnaître Élisabeth comme Reine; Pie IV, son successeur, se montra plus conciliant. On retrouve dans les écrits contemporains la mention d'une lettre de Sa Sainteté ainsi libellée : « Carissimæ in Christo filiæ Elisabethæ Reginæ Angliæ », dans laquelle il offrait de reconnaître le Prayer Book à la condition que la reine donnât son adhésion à la papauté ; il était trop tard. Par la suite, les dissentiments entre Rome et l'Angleterre ne firent que s’envenimer. Nous ne suivrons pas les complications de la politique tortueuse de ce temps; il nous suffira de dire qu’en 1570, Pie V excommunia la « soi-disant » reine d'Angleterre, ce qui créa entre les deux Églises une barrière infranchissable. A cette époque eurent lieu les exécutions, plus politiques que religieuses, il faut le dire, qui souillèrent la dernière partie du règne d'Élisabeth. Les oscillations que subissait l'Église anglicane s’apaisèrent peu à peu; elle s’orienta comme autrefois vers la foi primitive, ayant pour base les saintes Écritures interprétées dans le sens que leur donnait à l’origine l'Église catholique et conformé- ment aux décrets des quatre premiers Conciles œcuméniques. Ainsi au milieu des dangers, dans les temps les plus orageux, l'Église an- glicane n’ajamais abandonné la tradition etl'organisation primitives ; c'est à cela qu’elle doit d'avoir conservé la foi catholique, tandis que 106 REVUE ANGLO-ROMAINE

les seeles qui datent de laRéforme sont:tombées dans l'arianisme ou dans la négation absolue. Malgré le rétablissement de la discipline ecclésiastique, le purita- nisme gagnait toujours du terrain ; il en fut ainsi pendant cent ans, jusqu'à ce que, l'horizon s’assombrissant de plus en plus, l'orage finit par éclater en 464$. Le 40 janvier de cette année, Laud, archevêque de Cantorbéry, fut décapité près de la Tour de Londres; le 24 août, le Prayer Book fut supprimé, et le 30 janvier de l’année suivante le roi Charles 1°" fut décapité à Whitehall. Onze ans plus tard, la tempête de la persécution se dissipa; le Protecteur Cromwell mort, le « Commonweallh » échappa aux mains débiles de son fils. Charles Il revint sur le trône et, les évêques survivants reprenant-leurs sièges, l'ancien régime recommencs. h Depuis ce vemps, l’Église anglicane a vécu sans révolutions, n'ayant qu'un souci, celui de remplir noblement ses devoirs vis-à-vis de son peuple. Nous n’exposerons pas son histoire pendant ces deux derniers siècles, elle ne pourrait présenter d'intérêt qu’à la condi- tion d'entrer dans de longs développements qui sortiraient du cadre de cette étude. Nous nous contenterons de dire que, mettant à profit cette ère de tranquillité, elle s’est considérablement développée. Grâce à l'initiative privée, le nombre des évêques, qui était de cin- quante au commencement du xvi° siècle, s'élève aujourd'hui à deux cents évèques diocésains et à cinquante coadjuteurs ; le nombre des membres du clergé dépasse trente mille.

                                 VIII


 On a sans doute remarqué, au      cours de   ce résumé historique,

combien grande et soutenue a été l'intervention du pouvoir civil dans les questions religieuses; quelque étrange que puisse nous paraitre à la fin du xix° siècle une pareille immixtion, l’histoire nous la montre dans la vie de tous les peuples, et nous devons l’ac- cepter comme caractéristique des idées du moyen âge. Chose cu- rieuse, en Angleterre ! elle n’a pas tout à fait cessé; aussi suis-je tenté de dire que, à un certain point de vue, l’Église anglicane est la plus « moyen âge » des Églises d'Europe. Je me permettrai de citer à ce sujet, en les abrégeant un peu, quelques passages du livre écrit par le savant P. Gasquet sous le titre : « Edward VI and the Book of common Prayer ». « Au delà del’idée qui re- « connaissait le roi comme « suprême », même dans les affaires de la «religion, la loi, comme expression de la volonté nationale, consacrée « par la sanction royale, paraissait, même à des personnes comme « les Evèques Gardiner et Tunstal, demander non seulement l'abéis- « sance extérieure, mais aussi celle de la conscience. Si outrée et L'ÉGLISE ANGLICANE VUE DU DEDANS ses. 407

« déraisonnable que nous paraisse cette attitude d'esprit, elle exis- « tail dans ce Lemps-là et il faut toujours en tenir compte. Je ne dis “cela ni pour blâmer ni pour excuser ceux qui ont agi d'une telle « façon, mais pour expliquer des actions qui sans cela resteraient « toutà fait inexplicables, » D'ailleurs, pour nous, c’est une idée invétérée ; elle date, comme beaucoup d'autres de nos idées, des origines de "notre race, c'est-à- dire du lemps des Saxons, quand le roi et l’évêque siégeaient côte à côle pour rendre la justice soit ecclésiastique, soit civile.

                                  IX

J'ai dit que le but de l'Eglise anglicane était de remplir ses devoirs vis-à-vis de son peuple; quel est exactement ce peuple ? La race anglo-saxonne, cette race qui, resserrée et comme cantonnée autrefois dans les Iles Britanniques, composée, à l’origine, de tous les éléments que les hasards des conquêtes y avaient amenés, les Celles, les Romains, les Saxons, les Danois et les Normands, devint par suite de la fusion de ces éléments divers une race unique, l' Anglo- Saxonne. Pendant dix siècles elle se maintint resserrée dans nos petitesiles; puis vers la fin du seizième elle déborda, allant peupler le continent de l'Amérique du Nord, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, et les îles des océans Atlantique et Pacifique. De nos jours les colonies an- glaises se sont mullipliées et, même en dehors d'elles, la race anglo- saxonne est aujourd’hui si universellement répandue en tous pays, qu'on peut dire que nulle part on ne se trouve loin d’un Anglais. Nous pourrions comparer l'Église anglicane à un arbre dont les branches s'étendent au loin ; planté dans les premiers siècles du Christianisme, devenu stérile au cinquième, greffé sur la souche ro- maine au septième, gravement secoué par l'orage du seizième, presque abattu au dix-septième, il a depuis cette époque poussé des rameaux qui s'étendent partout. L'œuvre de notre Église, surtout envers les autres grandes Églises de la chrétienté, est conservatrice, conciliatrice. Entre tous les mal- entendus d'une chrétienté désunie, d'un monde égaré, prêtez l'oreille ä sa voix, vous l'entendrez toujours vous dire : « Rogate quie ad pacem ni Jerusalem. » ; ' :

                                    George A. SPOTTISWOODE,
                             Vice-Président de la ‘* Chambre des Laïques
                                   de la Province de Cantorhéry.

L'ÉGLISE ROMAINE

EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE

Dans le dernier numéro de cetle Revue nous avons inséré, à la partie documentaire, la traduction de la réponse du Phanar de Constantinople et de quelques évêques qui gravitent autour de ce centre, à l'Encyclique de N. T. S. P. le Pape Léon XIII touchant l'union des Églises orientales à l'Église romaine. Celle réponse est à peu près ce que l'on pouvait attendre des évêques schismatiques grecs. Avec des entrailles toutes paternelles le Saint-Père avait ap- pelé à l'union avec Rome l'Église schismatique grecque, comme toutes les autres Églises dissidentes d'Orient. Les évêques qui se rattachent à Photius, répondent par un non possumus absolu au touchant appel du successeur de Pierre. Nous ne nous attarderons guère à discuter leurs intentions. Sont-ils dans la bonne ou la mau- vaise foi? C'est là le secret de Dieu. Cependant, comme ils s'effor- cent de motiver leur résolution de persister dans le schisme, nous avons le droit et le devoir d'examiner leurs raisons. Les motifs qu'ils allèguent pour légitimer leur attitude schisma- tique, ce sont les nombreuses divergences qui existent, pensent-ils, entre l'Église romaine et l'Église du Phanar. L'énumération de ces divergences nous engage à ouvrir un débat loyal, ne serait-ce que pour dissiper ‘certaines équivoques, qui règnent encore peut-être dans bon nombre d'esprits, et qui peuvent être une entrave à l'action pontificale. À vrai dire, ce travail ne sera pas tant une réponse qu'une étude altentive et impartiale des faits et des monuments du passé. Nous estimons que les longues discussions ne sont d'aucune efficacité avec de pareils contradicteurs. Ces discussions n'ont eu aucun résultat pratique dans le passé; elles n'en auraient pas davantage aujour- d'hui, Dès lors, ce qu'il y a de plus pratique, c'est de laisser la parole aux fails et aux témoignages autorisés des siècles chrétiens. C'est aussi ce que nous ferons. Nous passerons en revue les divers points de divergence entre les a...

 L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 109

deux Églises dans l'ordre même où ils sont énumérés dans l'Ency- clique patriarcale. Comme nous avons affaire à des évêques qui se déclarent les re- présentants légitimes de l'Église grecque, nous aurons à cœur d'appuyer, autant que possible, nos affirmations sur des autorités grecques. Ce procédé ne pourra que servir à donner plus de force à nos démonstrations, parce qu'on combattra l'ennemi avec ses propres armes.

           EL —   L'AnniTioN pu Æilioque           AU   SYMBOLE

                     DE NICÉE-CONSTANTINOPLE.

Nous rencontrons ici la première accusalion. L'Église romaine at-elle véritablement innové en ajoutant les mots Filioque au symbole de Nicée-Constantinople? Pas le moins du monde, quoi qu'en pensent les évêques signataires de la lettre synodale. Je conçois que l'on cherche à se soustraire à des preuves gênantes ; il en est pas moins vrai pourtant que le dogme de la procession du Saint-Esprit à la fois du Père et du Fils est une vérité divinement révélée, faisant partie du dépôt légué par Notre-Seigneur Jésus- Christ à son Église. Qu'on scrute les Écritures, comme disait le divin Maitre, qu'on explore les divers monuments des Églises orien- lales; on y trouvera, pourvu qu'on veuille le reconnaitre, l'expres- Sion non équivoque de ce dogme.

Ce dogme se trouve consigné dans les Écritures. La manière même dont Jésus-Christ y parle de l'Esprit-Saint, ne laisse aucun doute à ce sujet. Qu'il nous suffise de mettre en lumière les idées fondamentales. Notre-Seigneur, parlant à ses apôtres, affirme expressément qu'il leur enverra le Saint-Esprit‘; l'Esprit-Saint recevra de ce qui est à Jésus-Christ ?, et l'annoncera aux Apôtres. Jésus-Christ donne aussi l'Esprit-Saint à ses Apôtres *. Enfin, d’une manière moins directe sans doute, le Sauveur affirme la même vérilé quand il dit: «Tout ce que mon Père a, je l'ai aussi *. » Or, nous le demandons à tout esprit de bonne foi, pourrait-on expliquer ces locutions en faisant abstrac- lion de la procession de la troisième Personne par rapport à la Deuxième ? — Comment le divin Maitre aurait-il le pouvoir d'en- coyer, de donner l'Esprit-Saint, si celui-ci ne procédait pas de Lui?

F Late 4 RS Ex (bid., v, 14.) 1 Ilé rÿ . (Jean, xvt, 1.

% Añbere Ilvsopa "Ayrov. (bid., xx, 22.) lévez ox Eyes 6 Ilarñp, dé éoruv. (bid., xvr, 15.) 110 . ‘ . REVUE ANGLO-ROMAINE

El comment aussi Jésus-Christ pourrait-il dire qu'il a tout ce qu'a son Père s'il n'avait pas la sptration active du Saint-Esprit comme son Père, et que le Saint-Esprit recevra de ce qui est à Lui, s’il ne le recevait pas par proression passive?Nous ne Yoyons, quant à nous, aucun moyen d’éluder ces conséquences. Le grand saint Paul, celui qui fut ravi au Ciel, comme le répète l'Encyclique patriareale, iinsinue assez explicitement la même doc- trine, 11 dit en effet: « Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans vos cœurs; c'est par Lui que vous criez, Père !. » Nous le demandons de nouveau : Comment l’Esprit-Saint pourrait-il être appelé l'Esprit du Fils s'il ne pracédait pas de Lui?

                                    +

                                   LE]




 Nous   n'avons qu'à glaner      dans la Patrologie grecque pour             y

cueillir une abondante moisson de textes en faveur du dogme que nous défendons. Saint Athanase, dans son troisième discours contre les Ariens, réfutant certains hérétiques, dit: «Le Fils n'est point participant de l'Esprit pour être par lui dans le Père : il ne reçoit pas le Saint- Esprit, mais plutôt c'est lui qui le donne à tous. Ce n’est point l'Esprit qui unit le Verbe avec le Père, mais plutôt c’est l'Esprit qui reçoit du Verbe. Car le Verbe donne à l'Esprit, el tout ce qu'a le Saint-Esprit il l'a du Verbe ? ». — Dans sa quatrième épitre à Séra- pion, saint Athanase dit encore : «L'Esprit est l'Esprit du Fils, et il reçoil tout du Fils *. » Enfin, il appelle le Fils la « source du Saint- Espril * » Saint Épiphane a des expressiôns tellement justes et précises qu'il serait difficile d'en trouver de meilleures chez les Pères et les théolo- giens latins. 1] enseigne explicitement que le Saint-Esprit procède de l'un et de l'autre, c'est-à-dire du Père et du Fils 5. Saint Cyrille de Jérusalem, dans sa première catéchèse sur le Saint-Esprit, raisonne ainsi: «Le Père donne au Fils et le Fils donne au Saint-Esprit. Car ce n'est pas moi, c'est Jésus lui-même qui a dit : Tout m'a été donné par mon Père. El au sujet du Saint-Esprit, il dit: Quend il sera venu, lui, l'Esprit de vérité, il me ylorifiera, parce

|'MEuméorerey à Geo vo Ilvedpu toù l'loù aÿrod. (Aux Gal. 1v, 6.) 2 OÙ yas os petéquv éott rod [lveiuaros, [va dia roûro xat dv +0 Ilarpi yévnra * oÙêE hapbavev dort ro Ilveëua, &GXX päadloy Toïs näot roûro yopnyet * xal où Tô Tlueoux r@ Tarpi roy .\6yoy ouvénres, &AXà u&xioy rô [lveïua napx toü A\éyou daubäves. Adrds yap To Ilvebpar didwotr, xai üou Eye td Ilveïux, napa toù Adyou Eyet. (P. G. xxvi, col. 373 B.) 3 Toù l'ioo Eatt rè [veëpa, xot napa voù Y'ioù ndvra Béyerar 10 Iveëpa. (No 2, P,G, xxvi, col. 850 A.) 1 Tv rmv toù ‘Ayiou Iivebuatos.

Kai r Lveëpa ëx rod NpioroD, h napx auporepuv, de gnalv 6 Xpiarôs, 6 napa

ml es Éxnopevetai, «ai oÙtos Ex toù éuoù Afÿeta. (Ancorat. n°67; P. G. xLinr, co 7 B.) L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE Al qu'il reçoit de ce qui est à moi, et il vous l'annoncere *. » Ïl est aisé de voir que l'illustre Pontife de Jérusalem commente admirablement bien les paroles de Jésus-Christ, que nous avons nous-mêmes reproduites au cours de cet article. Dom Toulée, l'éditeur des œuvres de saint Cyrille de Jérusalem, a pu dire, avec raison, de ‘ces paroles : Lucu- lent processionis Spiritus Sancti er Patre et Fiio professio. Dans sa lettre dogmatique à Nestorius, lue et approuvée solénnel- lement à Éphèse, saint Cyrille d' Alexandrie est un témoin irrécusable du dogme de la procession du Saint-Esprit. L'idée et le mot y sont: L'Esprit, dit-il, n'est point étranger au Fils, puisqu'il est appelé l'Esprit de vérité. Or, Jésus-Christ est la vérité :‘aussi l'Esprit pro- cède de lui comme de Dieu le Père ?. Nous empruntons à saint Basile deux textes de la plus haute im- porlance. Dans son livre sur le Saint-Esprit, l’évêque de Césarée s'exprime ainsi : eLa naturelle bonté et la sainteté par nature et le royale dignité vient du Père, par le Fils unique, au Saint-Esprit ?. » Dans son livre II contre Eunomius le saint Docteur raisonne ainsi : Qui donc ignore qu'aucune opération du Fils n’est séparée du Père, el que dans tout ce qui est au Fils il n'y a rien à quoi le Père soit élranger? Tout ce qui est à vous est à moi. Comment donc attribue- til (Eunomius) au Fils seul d'être le principe du Saint-Esprit * ?» Clôturons cette longue série de cilations de Pères grecs en rappor- laut une comparaison du plus grand d'entre tous, de saint Jean Chrysostome, de celui dont le patriarche Anthime prétend être le successeur. Le grand Docteur compare l'Esprit-Saint à une eau qui coule d'une source qui est le Père el le Fils, et il conclut que c'est pour cela qu'il procède aussi du Père. Il laisse clairement entendre par là qu'il procède aussi du Fils ® Nous ne savons, en vérité, ce que peuvent répondre à tous ces imposants témoignages les signataires de la lettre synodale.

Lorsque nous parcourons les documents conciliaires, nous ren-

{Ka Uarne uèv Glôwarv V'ig, nai V'Idç peraôlèmarv ‘Ayio Ilvetuart. Arès Yép ire4 ‘Ingoës6 LÉywy oùx yo” Téva por rapeëëlin Ünd roù Ilerpoç uoë. Kai nepi 7 ‘Aylou Hveiuaros Réyes” TOray 9e éxeïvos, to Tvpo hs SAmbeiae, %e Te Ds ... Eéivog Euè Goëdaer, Gr: x toû 6 êuo0 daufäve, xx àvayyédkes div. (N° 24, P. sa col. 952-953.) ? AD’ oùv écet (Ivesua) où% SMétptov Y'iod* [vecu yap aXneias évopdatat, ai an nrrûe Afesa, xt Tlvedua rpozsirar map adro0, xafanep auéderxat Ëx roù Oeod 221 [lurpôs. #FU guoten ayatétns, xai 6 nur g0œv &ytaauès, xaÙ rd Bacuimèv &tluua, ëx ILatpdg, 24 où Movoyevods, êrt + Ilveoux ver. (Lib. de Spir. Sanct. cap. xvur, n° 47, F G- xx, col. 153, B.) L'Exsive de réne <@v mévrwv En 0; ôre oÙüeuia évépyeta Toü Yroû anorerurinévn ati TA Targès, oùdè êori tt àv vote oùot 7 Vi Érépyov, à roù Ilarpès Hi RoTpiwras ; Rüna Ya, ravi, ra du où bot" ua va où ua* Ils oùv où Ilvedparos Thy airiav 15 Mary Rév Rpootibiat; (P. G. xxix, col. 652, A.) * At voÿ0 mai &x roù Iarpôs éxropeerar. (Vid. Potau, De Trinit. lib. VIII.) 112 REVUE ANGLO-ROMAINE

controns aussi des témoignages explicites en faveur de la procession du Saint-Esprit du Fils. Nous nous bornerons à rapporter trois du- cuments qui ont d'autant plus d’importance qu’ils furent approuvés par les deux Églises occidentale et orientale. Le premier est le célèbre Formulaire de foi qui fut envoyé au clergé par le pape Hormisdas (416), et plus tard par le pape Agapet. Ce formulaire, présenté de nouveau au vin* concile, fut signé par les évêques grecs. Or, dans ce Formulaire nous lisons ceci : «Il est no- toire que le propre du Père est d'engendrer le Fils, le propre du Fils de naïitre égal à son Père, le propre du Saint-Esprit de procéder du Père et du Fils par une seule nature de la Divinité. » Le deuxième document est le décret d'Union porté au concile de Lyon, el qui fut souscrit par les Grecs et les Latins. Or, dans la défi- nition du concile de Lyon nous lisons textuellement : « Nous croyons au Saint-Esprit qui procède du Père et du Fils ?. » Enfin la définition du concile de Florence devait donner à la for- mule dogmatique sa rigueur définitive : « Nous définissons, disent les Pères de Florence, que le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils comme d’un seul principe et par une seule aspi- ration . » À ces documents autoritaires nous pourrions ajouter un autre ar- gument d’une très grande valeur, tiré des liturgies orientales. Mais nous craignons de dépasser outre mesure Ja longueur de ce premier article, nous nous contenterons de renvoyer aux sources et aux réfé- rences, Ceux qui suivent ce débat avec quelque attention pourront contrôler par eux-mêmes l'exactitude de nos affirmations

             Î1. — MANIÈRE D'ADNINISTRER LE BAPTÈME

Après loutes les explications qu'on a données à ce sujet, on est vraiment étonné de voir les représentantsofficiels de l'Église grecque

1 Notum est quia propriam est Patris ut generaret Filium; proprium Filii, ut ex Paire nasceretur æqualis; proprium Spiritus Sancti ut de Patre et Filio procederet sub una substantia Deitatis. (Labb., Collect. Conc., t. 1V, col. 4551.) ? Iliorsdopev GE xai ro Flveïua ro "Ayrov...... dx Iarpos Yioù re éxxopevépaevov. (Ib. col. 903.)

3 ‘Opijousv..... Gt 1ù Tlveüpa ro °Ayiov x roû Flatpèç xal tob Yloù diBlwç dois aa rhy Éaurod oÙaiav, at td Ümaprixèv aÙtoÿ sivar Éyerv êx toù [lotpôs Eux xai roù V'ioù mal à auporipuv &ôiws ds ànd miéç apyñic xai povadixnc np260Àfc éxmopeÿsras. (bid., t. XITL, col. 514.) 4 CE Renaupor, Collect. liturg. orient. Liturgia monophysita S. Jacobi, Xisti et Ibn. Vahib. Lilurgia S. Clementis. — Bavoer, The Nestorians, London (1852), 11, 19; — CurerTon, in Ancient syriac documents relative Lo the eartiest establishment of christianity in Edessa, p. 43; Acta martyrii S. Sarbelli Edes- sini (London 1864); — G. Pmiriprs, The Doctrine of Addaï the Apostole (Lon- don 1876); — BickeLe, Zeitschrift für catholisch theologie (Innsbruck, 1877), p. 303. L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCIHISMATIQUE 413

schismatique s’obsliner à faire, du mode de collation du baptème, une question dogmatique, capable de rendre toute Union impossible. L'Église romaine n'a cessé d'enseigner que c'est là une simple ques- tion de rite et de discipline, qui ne touche en rien à l'essence du sa- crement. Qu'on confère le baptême par immersion ou par infusion, le rilesacramentel n'en sera pas moins valide dans les deux cas. L’an- liquité chrétienne nous met parfaitement à l'aise là-dessus. Pour sous convaincre que ce double procédé d'administrer le baptême est légitime, nous n'avons qu'à consulter l'Écriture, et à voir quelle futla pratique des premiers prédicateurs de l'Évangile. Or, un examen pu- rement superficiel nous prouve qu'à l'origine du christianisme on conférait indifféremment le baptême des deux manières. Choisissons lesfaits les plus saillants et en même temps les plus connus.

1° Par immersion. — À cet égard le baptème administré par l’apôtre sait Philippe à l'eunuque de la reine Candace est un exemple tout à fait lypique. L'apôtre et son néophyte descendent tous les deux dans l'eau et en sortent'. Impossible de se méprendre sur le mode de cette cérémonie. Le langage de l'historien des Actes laisse clairement en- lendre que l'eunuque de la reine de Candace fut baptisé par immersion; autrement on ne s'expliquerait nullement cette descente dans l'eau. Un texte de saint Paul nous achemine inévitablement à la même conclusion, L'apôtre des nations dit, en parlant aux chrétiens de

Colosses : « Vous êles ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême. » Il y a évidemment dans ces paroles une image et une comparaison. Le baptème du chrétien est comme une sépulture, et c’est par là qu'il ressemble à Jésus-Christ d'une manière toute spéciale. Or, qui ne voit que, pour que cette comparaison ait de la justesse et de l'à-

propos, il est nécessaire de la rapporter au baptême par immersion ? Celui-ci en effet ressemble à une sépulture, parce que le néophyte est complètement plongé dans l'eau. La comparaison serait absolument inintelligible et discordante, si on voulait l'appliquer au baptême par infusion. . ® Par infusion. — Les faitsne manquent pas pour établir la légiti- milé de ce mode de conférer le baptème. L'Écriture nous a conservé deux faits qui sont on ne peut plus démonstralifs. Au début de la prédication évangélique, il se produit, au berceau même du christianisme, un fait miraculeux. Pierre, le chef du col- lège apostolique, prend la parole à Jérusalem devant une foule venue de loutes les contrées environnantes. À la suite de ce discours, rois mille personnes se convertissent. Pierre les baptise en un seul

' Vestérouy augéregor si; rù Côwp, et, üre dt avÉénauv êx ro5 VBavos, x. 5. À: (Act vin, 38-39.)

? Duagivess adrp (’Inood) v rù Banriouer (11, 12).
     HEVUE ANGLO-ROMAINE. —   T. 1.   —   8.

114 ‘ REVUE ANGLG-ROMAINE

jour !, Or il aurait été extrêmement difficile, pour ne pas dire impos- sible, de baptiser trois mille personnes en un seul jour par immer- sion. Je présume que l'opération eût eté un peu longue. D'autantplus que le fait se passe à Jérusalem, où la géographie ne place aucune rivière. Comment donc Pierre s'y serait-il pris pour bapliser par im- mersion ces trois mille personnes? À moins qu'on ne dise qu’on les plongea dans la piscine probatique dont il est fait mention dans saint Jean?, ce qui n’est guère probable, parce que l'économie du récit semble indiquer que la chose se fit d'une manière assez expédilive. Les Acles nous racontent un autre fait très instructif. Saul se trouve à Philippes en Macédoine : là il est emprisonné. Un soudain trem- blement de terre épouvante la ville. Ce phénomène imprévu semble, comme toujours, ramener les esprits à de sérieuses réflexions. Le géôlier de saint Paul se convertit à la nouvelle religion que préchait son prisonnier. En une seule nuit l’apôtrele baptise lui el sa famille ?. Le texte est précis. Remarquons bien que le fait se passe en pleine nuit et dans une maison, semble-t-il. Or, comment en pleine nuit, et dans une maison aurait-on pu avoir sous la main un local assez com- mode pour y conférer le baptème par inymersion? Le récit dit assez de sa nature que Paul leur conféra le baptème par infusion. Nous savons également que dans la primitive Église, assez souvent, pour des raisons diverses, on conférait le baptème aux malades et même aux moribonds*. Or, il est évident que ç’eût été une cérémonie dangereuse, sinon mortelle, de plonger dans l’eau cette catégorie de personnes pour la réception du baptènre. Ces quelques faits, pris presque au hasard dans les premiers temps du christianisme nous prouvent donc combien l'Église grecque schis- matique a tort de vouloir faire de cette différence dans la manière de conférer le baptême une question capitale sur laquelle toute tran- saction serait impossible. Qu'on se détrompe. Il n’y alà rien qui inté- resse l'unité de la foi; dès lors, de part et d'autre, il n’y a aucun sacrifice à faire. Les deux modes de collation du baptême sont par- faitement permis. L'antiquité chrétienne nous y autorise pleinement. Par conséquent nous pouvons user de celte liberté.

                   III. — LE PAIN EUCHARISTIQUE

L'encyclique patriarcale accuse de nouveau ici l'Église romaine d'avoir introduit une innovation en se servant du pain azyme dans

|" Ebanricneav. (At, ut, 41.) 3 8 y, à

3 PEGartiaôn adroç xat où avros navres. (xv1, 33.) ‘“ Cf. Saint Cyprien, lett. 16, n° 12: L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 113 le sacrement de l'eucharistie. Nous répondrons, nous autres aussi, une seconde fois, que les Grecs ont donné trop d'importance à cètte divergence. Ici encore nous ne sommes qu'en présence d'un simple rite, qui n'altère en rien l'essence du sacrement eucharistique. Il n’y æ donc pas à chercher un débat dogmatique qui pourrait compro< mettre l'intégrité et la pureté de la foi. L'emploi des deux pains; levé on azyme, est licite et permis. Tels ont toujours été là doctrine authentique de l'Église romaine et l'enseignement unanime ‘de ses théologiens. Toutefois il ne suffit pas de donner cette assurance & nos contradicteurs. Depuis longtemps les Grecs nous accusent unani- mement d'avoir innové sur ce point, Il faut les suivre sur ce terrain abandonner, pour ainsi dire, le côté dogmatique de la question, qui semble définitivement écarté, et montrer qu'en employant le pain. azyme l'Église romaine n'a pas même introduit une simple innova- tion, quelque légère et indifférente qu'on la suppose. Sa pratique actuelle est, d’après toutes les inductions, conforme à la pratique primitive, de sorte que l'Église romaine aurait conservé le rite pri- mitif dans toute sa pureté. ‘ Ici également nous nous arréterons surtout à un fait, mais qui est d'une importance capitale, puisqu'il nous ramène à l’instituteur même du sacrement eucharistique. Quel est le pain employé par Jésus- Christ dans la célébration de la dernière cène? Sans vouloir trop pré- juger de la valeur d’une opinion, et toul en reconnaissant que la question ne sera jamais résolue avec une pleine certitude, nous ré- pondons sans hésiter que tout porte à conclure que ce fut le pain azyme, le pain employé actuellement par l'Église romaine. Cette in- duction repose tout entière sur le jour même où le divin Maître célébra la dernière cène. 1! est assez prouvé que Notre-Seigneur célébra la dernière cène avec ses apôtres le jour du jeudi saint, le jour même où les Juifs eélébraient la Pâque, très probablement de- puis la sortie d'Égypte. On sait par ailleurs qu'en vertu d'une loi expresse, les Juifs n'employaient que le pain azyme dans la célébre- tion de la Pâque. Les Évangiles synoptiques sont d'accord sur ce point’. Done Notre-Seigneur, se conformant à l'usage juif, a dù éga- lement employer le pain azyme dans l'institution de la sainte Eucha- ristie. , . : eo. S'agit-il maintenant de prouver que l'emploi des deux pains est: légitime ? Ici l'histoire semble être muette. Bans les origines chré- tiennes nous ne rencontrons rien qui vienne corroborer celte propo- sition. Heureusement dans le cours des siècles les documents ne manquent pas. Qu'il nous suffise, pour ne pas trop insister sur une question d’ordre secondaire, de rappeler le décret du concile de Flo

1, Ti, &rpota rov aGüpoy, x. r.X, (Maub. xxvi, 47; Marc, x1v, 12; Loc, xxu, 7.) 116 REVUE ANGLO-ROMAINE

rence. Le concile définit formellement qu’on peut consacrer avec le pain azyme ou le pain levé ‘. À ce concile assistaient les Grecs qui n'opposèrent aucune résistance sérieuse à cette définition; bien plus ils l'approuvèrent. La même vérité fut également proclamée par la profession de foi présentée par Michel Paléologue à Grégoire X au deuxième concile de Lyon. Ici encore nous ne pouvons que faire de nouveau la même obser- vation. Il est puéril d’attacher tant d'importance à la question du pain dans la célébration de l’'Eucharistie, et d’en faire un abîme infran- chissable entre les deux Églises. 11 n’y a là à chercher aucun motif de séparation entre Rome et Constantinople. Il n'existe qu’un simple malentendu, et ce malentendu disparaîtra sans aucune difficulté le jour où l'on voudra aporter à l’œuvre de l'Union un peu de cette bonne volonté qui aplanit tout, et même un peu de cette loyauté chrétienne qui sait toujours trouver le moyen de délier les nœuds sans rien déchirer.

               IV. LA FORMULE DE LA CONSÉCRATION

Pour bien comprendre la signification du reproche que l'Église grecque adresse, sous ce rapport, à l’Église romaine, nous avons be- soin d'entrer dans quelques courtes explications. Pour l’ensemble des théologiens de l'Église romaine, les paroles strictement requises à la validité de la consécration eucharistique, — ce qu'on appelle en lan- gage de l'école la forms du sacrement, — sont les paroles mêmes dont se servit Jésus-Christ dans la dernière Cène : « Ceci est mon Corps », pour le pain; et « Ceci est mon sang », ou « ceci est le calice de mon sang » , pour le vin. — Quant aux prières qui précèdent ou suivent la « prolation » des paroles de Jésus-Christ, on ne les regarde nulle- ment comme nécessaires à la validité du sacrement. Le célébrant grec, après avoir proféré les paroles de Jésus-Christ, ajoute une invocalion à Dieu, par laquelle il le supplie « d'envoyer son Saint-Esprit sur les oblats, et de faire du pain le corps, et du vin le RE 4 Jésus-Christ,en changeant ces deuxéléments par son Saint- Esprit. Or, FRS une certaine époque au moins, les Grecs regardent cette 1 Definimus....... in azymo sive fermentato pane triticeo corpus Domini veraciter confici. : : - 2 Toûré Éaruw td aœua où... toëté éotiv To aîpa pot. (Matt. xxvi, 26, 28; Marc, x1v. 22, 24, Luc, xxur, 19, 20.) 3 Je regrette beaucoup. de ne pouvoir rapporter cette invocation en grec. Mal- heureusement je n'ai pas de Missel grec sous la main en ce moment. C'est à cette invocation que fait allusion saint Basile quand il dit: Ta The dre- DUC bipara ir ñ avabeiter rod Aprou the Edxagiotiac xx “voù normpiou she edhoyias, üv aylus Éprpépuc hui xaraloumev; OÙ yap BA Tobcou apxoËpala,dv à ’Anôatoloc à tù Eÿayyéov irepvicin, aka mal rpohéyopev xal énoéyousy Etspa, de peyaany Épovra mpùc rà puorhptov erv laybv, x tñç aypägou Gbaouadhiac rapañz- ébvres. (Lib. de Spir. Sanct., cap. xxvu,' N° 66, P. G. axxn, col. 188, B.) L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 447 invocatiou comme absolument nécessaire à la validité de la consécra- tion. Nous disons à dessein, deputs une certaine époque, car il est diffi- cile de savoir si, dès l’origine, ils professaient une telle doctrine. En tout cas les défenseurs les plus ardents et les plus célèbres de cette opinion furent Siméon de Thessalonique, Gabriel de Philadelphie et Marc d'Éphèse. L'encyclique patriarcale rappelle cette divergence et y voit égale- ment, pour l'union, un obstacle infranchissable. Que penser d'une telle manière de voir? : Deux observations suffiront pour répondre à cette question : Premièrement au point de vue dogmatique, la question ne com- porte aucune difficulté. Sous ce rapport, nous nous hâtons de le dire, il n'ya rien qui puisse porter atteinte à l'intégrité de la foi. Il ne s'agit encore ici que d’une question purement disciplinaire; par conséquent chaque Église peut rester attachée à ses rites. L'Église romaine n’a jamais fait de cette question un point dogmatique. Elle n'a jamais défini, à aucune époque, que l'opinion de la majorité des théologiens latins fût un article de foi, ni que l'opinion des Grecs fût hérétique. Elle a toujours laissé les théologiens discuter librement sur ce point. Une preuve flagrante de ceci c'est que, parmi les Latins eux-mêmes, deux auteurs embrassèrent le sentiment des Grecs. D'abord le P. Ca- tharin à l’époque du Concile de Trente; plus tard le P. Le Brun de l'Oratoire !. En second lieu, en nous plaçant'strictement sur le terrain des opi- aions théologiques, nous avouerons pourtant quel’opinion des Latins a infiniment plus de probabilité que celle des Grecs. Quelles que soient les obscurités -— et nous sommes le premier àle reconnaître — qui planent sur la théologie sacramentaire, il semble toutefois indiscutable que l'essence des rites sacramentels n’a pu être déterminée que par leur Instituteur. Or, on a beau parcourir tous les endroits de l'Évangile où il est question de l'institution de l'Eu- tharistie, nulle part on ne constate que Jésus-Christ ait prononcé linvocation employée aujourd'hui par les Grecs. Nous entendions saint Basile lui-même avouer tout à l’heure que cet usage repose sur une tradition non écrite.

Les Pères ne se sont jamais mépris sur le principe que nous venons d'énoncer. lls ont toujours admis, — et il ne pouvait en être autrement, cer ils avaient sous les yeux les passages évangé- liques, — ils ont toujours admis, dis-je, que Jésus-Christ a consacré par les paroles que revendiquent les théologiens romains comme nécessaires et suffisantes. La théologie des Pères était ici subor- donnée à leur exégèse scripturaire.

! Explication littérale, historique et dogmatique des prières p et des cérémonies messe, ÿ = 4

118 REVUE ANGLO-ROMAINE

  Recueillons quelques témoignages : saint Justin exploile une

admirable comparaison; De même, dit-il,,que, par le Verbe de Dieu, Jésus-Christ notre sauveur, s'étant inca: “eut la chair et le sang pour notre salut, ainsi il en est de la nourriture consacrée par le prière de sa parole, nourriture par laquelle sont nourris, par un changement, notre sang et nos chairs..... Jésus, ayant pris du pain, le consacra en disant : Failes ceci en mémoire de moi, Ceci est mor corps... ceci est mon sang '. Fe Saint Irénée parle de la sorte : Lorsque le calice, ayant été mélangé, et le pain selon /a parole de Dieu, alors se produit l’Eucha- ristie, le corps du Christ, etc. ?. Saint Grégroire de Nysse est encore plus explicite: Immédiate ment, dit-il, le pain est changé au corps du Verbe, selon ce qui a été dit par le Verbe : Ceci esl mon corps *. Nous pouvons ajouter aux témoignages précédents celui d'autres Pères, qui, commentant l'institution de l'Eucharistie, ne rapporten que les paroles de Jésus-Christ. Saint Jean Chrysostome ne taril presque jamais sur ce sujel. Dans une homélie surtout il parle d'une manière on ne peut plus admirable du sujet qui nous occupe. Malheureusement les passages sont un peu trop longs, et force nous est de renoncer à les transcrire intégralement. Nous nous bornons à meltre au bas de la page, dans leur texte original, les phrases les plus expressives *. Nous ne saurions lerminer cette courte revue patristique sans citer le témoignage d'un des plus grands représentants de l'Église grecque, nous voulons parler de saint Jean Damascène. La grande lumière de l'Orient, parlant du mystère eucharistique, s'exprime ainsi : Ensuite, ayant rompu le pain, ille donna à ses apôtres en disant : Prenez, mangez, ceci esl mon corps, qui est rompu pour vous, pour la rémission des péchés. Prenant également le calice du vin et

 1 *Oy rpémoy dx               Aôyou Meo0 mapuomomfels ’Inooës Npiothe, 6 Durnp         fuüv, xai

cäpra, «at aiua Ÿ cuornplas uv Éayev, oÛtws nat Tv 1° ebyñç AGyou ru map’ rod ebyapurrnletons rpoghv, ÉE fe alpa nat cépuec xar peraBoidv tpépovrat fav. Dabôvia l'naoëv| Xprov, ebyapommodvra elretv * Toÿro moteïre elç tv àvépvnaiv pou‘ Touriort rh aux u09... robré ét: œlua po. (4p. 1e. No 66, P. G. vr, col. 498 C, 429 A.) ° ? ‘Onôre où nai su xexpauévoy morhptov na 6 yeyove äpros, émibégerat rov Aëyor 709 (eoÿ ua Viverar À edyapiotia coua Xpiovod, x. +. À. (Ado. Hær. lib. V, cap. u, No 3, P. G. vu, col, 1125 B.) ds mé; th aioua +0ù AGyoy peranowÿpevos [äproc] xdfws eïpnrat bn To) Ayo, ru Touré Éart ro cœux (Orat. catech., cap. 31, P. G., xLv, col. 98, A.)

dort +ù aüua pod 70 Ünèg Uuüv xupevov 8lç Speo apapriov.... Kal niv rè ROTApLOV, Réyuv” Todré êar: pa u09, +0 Ünèp nov éxyuvépevov cl Gpeoiv apapriüv.... Toërh pou érri rd cüua, gra 70 ro nul perapévOpite Ta npoxtipeva ... *H quvñ aÿrm, ämaËë } vry toénetav êv taïc *Exxinolaic énelvou UÉypt axuepos nai uéypr th mapouoias, tv buciav émmpriauévnv épyéteros. (Hom. I. De prod. ‘luda Nn, ? G. xuix L— col, 380.) L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 419

de l'eau, il les leur donna en disant : Buvez tous de ceci. Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, versé pour vous, pour la émission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi. Et un peu plus bin, le saint docteur revient sur la même idée : après avoir montré que Dieu, par une seule parole, créa l'ensemble des choses, il montre la même efficacité de la parole de Dieu dans le sacrement eucharis- lique. Dieu ajoute-t-il dit : Ceci est mon corps; et, Ceci est mon sang ; el, Faites ceci en mémoire de moi. C’est pourquoi, par son précepte tout-puissant, ce sacrement se célébrera jusqu’à ce qu'il vienne!. En résumé, nous avons beau explorer les œuvres des Pères grecs, nulle part nous ne rencontrons dans leur bouche l'expression de l'invocation, employée aujourd'hui par le célébrant grec, comme se rallachant à la partie formelle du sacrement eucharistique. Nous pouvons encore élargir le cadre de notre démonstration. À un moment les Grecs eux-mêmes ont convenu de cette vérité qu’ils ont mahleureusement rejetée plus tard comme beaucoup d’autres. Sous ce rapport il est très instructif de remonter aux sources. Au concile de Florence, on interrogea explicitement les représentants de l'Église grecque au sujet de la forme du sacrement de l'Eucharistie. Les Grecs convinrent avec les Latins que les paroles du Christ consti- tuaient seuls la forme de ce sacrement. Les actes du Concile sont là pour l'attester clairement. Il serait inutile de chercher à les éluder ou à fermer les yeux à la lumière. Toutes les tentatives qu'on a faites pour ébranler ces preuves conciligres, sont restées sans résultat et n'ont servi qu'à trahir d'autres soucis que ceux de l'amour de la vérilé et de la paix. pe Le savant Bessarion composa un ouvrage spécial sur la forme du sacrement Eucharistique. Sur la question qui nous occupe, il soutient deux propositions. En premier lieu it déclare que la forme consiste uniquement dans les paroles de Jésus-Christ. En second lieu il confesse que, dans la liturgie grecque, les prières qui suivent n’ont que des fins purement mystiques. Cette déclaration, dans la bouche d'un homme comme Bessarion, célèbre à la fois et par ses vastes ‘onnaissances et par sa fidélité à accomplir le devoir, une fois qu'il tât reconnu la vérité, est du plus grand poids. Nous sommes donc suffisamment renseignés sur la teneur stricte de la forme de la consécration. . (4 suivre.) V. Ermonr. 1 Etre made prov, EmeblBou abtoïc MÉyeev * AdBers, péyere, roüro uoD Eat rù ape, À alo po aôpevey els Epeors épapris . “Ouoloc BE LaBiuv vai rè norrprov ét olvou tai ülaroc, patidexe aûrotc Aéyov* Îlisrs £E œdroD névrec® Tobré où dort tè alu, rè Se auvhs Gabiuene, td dr OuGN éxyuvbpevos els Seau Auapnèv” roûro more el lgir évépvnarv....... Elrrev 6 Oeôc* Toëro poë dort vd oûua * xab” Tobro po0 or: +ù ain? ant + Tobro sotaïre elc rhv Éphv évéuynar * xal rà mavroluvépu adtoù npooréy- rite & Dôn, vivere. (De Fid. orth, Lib. 1v, cap. 13, P, G. xcrv. col. 1140, à) . Toi. CHRONIQUE Lettre de Monseigneur Grimardias, évêque de Cahors, à M. Portal.

Évècné DE CAuoRs

                                          Cahors, le 15 décembre 1895.
     Mon cher abbé,

Je viens de lire le premier numéro de votre Revue anglo-romaine et je tiens à vous dire combien j'ai été heureux en le lisant. Vous entreprenez une grande œuvre, dont vous ne vous dissimulez pas les difficultés; mais elle entre dans les vues si élevées de notre glorieux Pontife, elle répond aux aspirations de toutes les âmes vraiment chrétiennes, qui sentent le besoin de s'unir pour résister aux attaques plus violentes et plus perfides que jamais des ennemis non seule- ment de l'Église catholique, mais de tout christianisme. Si votre œuvre est dirigée par une science sérieuse et sans parti pris, si vous y apportez un grand esprit de bonté et toute la tolérance permise, comme vous y invite l'éminent évêque de Rodez, elle ne peut pas ne pas être utile, et jai la confiance que Dieu vous bénira. Quel que soit du reste le résultat final, vous pourrez vous rendre le témoignage que vous avez mis au service d’une grande œuvre les facultés que Dieu vous à départies, c’est pour eele que je n'ai pas hésité à consentir à votre éloignement; mais je suis vostravaux avec un intérêt tout par- ticulier, et c’est de grand cœur que je les bénis en vousrenouvelant l'assurance de mon affection. + PIERRE, évêque de Cahors. *

                              *       +

Cette lettre nous a particulièrement touché. L'éminent prélat qui gouverne depuis près de trente-cinq ans le diocèse de Cahors, est un des doyens de l’épiscopat français. Sa grande expérience et la droiture de son jugement rendent ses conseils précieux. L'affection qu'il a bien voulu nous témoigner en différentes circonstances nous a toujours rendu très sensible à ses encouragements. Nous aimons surtout à entendre encore les uns et les autres, maintenant que nous sommes loin de ce cher Quercy, d’où nous avons emporté de si bons souve- nirs. Que Sa Grandeur veuille bien nous permettre de lui exprimer publiquement tous nos sentiments de respectueuse gratitude.

tout en harmonie avec nos désirs ceux d’un prêtre anglais. Voici quelques extraits de la lettre qu'il a bien voulu nous adresser : « J'aivu avec plaisir, dans un journal anglais, que vous avez fondé une revue, la Revue anglo-romaine, ayant pour but d'encourager l’œuvre de la réunion de l'Église anglicane avec le Siège apostolique. Cette réunion aété le but suprême de ma vie, d’abord comme anglican, et depuis vingt-cinq ans comme prêtre catholique. Si vous me croyez capable de vous aider dans votre œuvre admirable, je me mets absolu- mentà votre disposition. .... Ce qui me mettra à même, peut-être, de vous aider, c'est que non seulement toutes mes sympathies sont avec ces bons anglicans, heureusement très nombreux, qui malgré leurs erreurs (souvent des malentendus) aiment sincèrement l'Église catholique, mais aussi parce que je garde précieusement des relations amicales avec plusieurs clergymen et laïques, surtout avec mes anciens collègues de l’Ænglisch church Union. Je crois donc pouvoir dire que je connais à fond leurs doctrines, leurs manières de voir, les arguments et les difficultés de leur position. Trop de nos apologistes catholiques ne saisissent pas leurs points de vue, et à cause de cela frappent à côté, bien qu'ils se servent de bons argu- ments. Avant tout, je suis de votre avis, il faut écrire avec la plus grande bonté et la plus grande charité malgré les arguments étranges et parfois insultants de nos adversaires. | « 1 me semble essentiel de donner'une grande liberté de parole aux anglicans. Il faudrait accepter toute lettre courtoise dans la forme, bien que le langage soit bien souvent, je le crains, pénible au fond. C'est le seul moyen pour les catholiques français d'acquérir une connaissance parfaite de l’état des opinions religieuses chez les angli- eans. 11 faut les laisser dire, les inviter même à dire tout ce qu'ils pensent. Le principal but des catholiques dans votre Revue devrait être d'expliquer, d'élucider les doctrines catholiques presque toujours mal comprises, et seulement en second lieu de démontrer l'erreur des doctrines contraires. Par cette délimitation, on fera de la bonne besogne et on évitera l'odium fhsologicum qui en tout cas ne serait que du côté de nos adversaires. One thing at lime, ce sera toujours cela de gagné. » Nous avons prévenu les désirs de notre aimable correspondant. Il s'en apercevra dès les premières pages de ce même numéro. Nous publierons prochainement des articles également dus à des angli- cans d’un savoir et d’une sincérité incontestables. Si nos lecteurs en lisant leurs articles sont parfois surpris de quelques expressions, ils voudront bien se souvenir que séparés de nos frères depuis trois cents ans, nous ne parlons plus la même langue, même pour exprimer des doctrines ou des opinions com- munes.

Instruits à fond des croyances, des opinions, des tendances de l'Église d'Angleterre, nos théologiens ne frapperont plus à côté, et par des explications loyales d'allure, solides comme doctrine, chari- tables dans la forme, ils montreront que les points qui nous divisent reposent, pour le plus grand nombre, sur des malentendus. S'il nous 122 REVUE ANGLO-ROMAINE

était permis de citer en exemple, dans la Revue anglo-romaine, l'article de M. l'abbé Boudinhon sur le Pouvoir des clés, nous pour- rions prouver avec lettres à l'appui quel bien nos théologiens peuvent accomplir en unissant dass leurs travaux une véritable science et une grande charité. C'est la voie que nous indiquent également la raison et la foi. C'est la voie que nous marquent Léon XIII et nos évêques. Nous y entrerons.parce qu'au bout se trouvent la paix, l'union, la grandeur de l'Église, la gloire de Dieu.

  Le Cardinal Melchers.
                      — Une dépêche de Rome annonçait

ces jours derniers la mort du Cardinal Melchers, ancien archevé- que de Cologne, l'une des premières victimes de la politique reli- gieuse de M. de Bismarck connue sous le nom de Kulturkampf. Condamné successivement à l'amende, puis à la prison, Mgr Mel- chers fit preuve dans ces diverses circonstances d'un courage et d'une dignité qui excitèrent l'admiration de ses adversaires eux-mêmes. Sommé de se constituer prisonnier, il déclara n'être prêt à céder qu'à la force, et en relisant ces jours derniers dans le Honde les détails de son arrestation, on ne pouvait s’empècher de se reporter par la pensée à plus de six siècles en arrière, et de se rappeler cette arrestation mémorable d'une autre grande victime du pouvoir civil : Thomas Becket. Nous laissons la parole au onde :

  « Mgr Melchers, couvert de son manteau et le chapeau à la main,
  ouvrit la porte et les assistants pénétrèrent avec les fonctionnaires
  dans l'appartement. Très ému, l'archevêque embrassa l'évêque
  auxiliaire et le chanoine Reinärz, puis il dit  à ses amis présents :
  Prions les uns pour les autres et pour le triomphe de l'Église. »
  Ensuite se tournant vers les fonctionnaires : « Je réitère ma pro-

ESA

  teslation, dit-il, et je ne céderai qu’à la force. »
  « Le président de police répondit qu’il constatait que Monseigneur
  ne cédait qu'à la force et il le pria de lui épargner un acte pénible.
  Ma conscience, repartit l'archevêque, m'interdit de vous suivre de

LA

  mon gré; ce que j'ai fait, j'avais pour devoir de le faire, et je
  n'assume en rien la responsabilité de ce qui se passe. » Sur quoi le

DE

  commissaire Klose prit à deux mains le bras de l'archevêque qui

RON

  s'écria d’une voix ferme et comme joyeuse       : « Deo gratias! On
  emploie la violence! »
  « El alors ce fut une scène qu'il est presque impossible de décrire.
  Au milieu se tenait l'archevêque, calme, résigné, avec l'assurance
  du devoir accompli; à ses côtés le président de police en civil et le
  commissaire en uniforme. Prêtres et laïques agenouillés se pres-

« saient autour de leur pasteur, lui baisant la main, l’anneau et le manteau. Comme le commissaire demandait qu'on en finit, l'arche- véque répondit qu'il avait bien le droit de prendre congé des siens. Puis tout le monde sortit. Dans le vestibule les serviteurs pleu- raient. L'archevêque les consola par des paroles trutes paternelles. Au dehors la foule acclama le confesseur de la foi. L'archevêque « bénit l'assistance et monta ensuite dans la voiture qui le transporta Ti DT UT CHRONIQUE a « dans la prison où il demeura longtemps parmi l'honorable section « des strohflechter [tresseurs de naîtes)! »

Le Pape et les Arméniens. — Dans l'allocution qu'il a pro- noncée au consistoire du 29 décembre le Saint-Père a exprimé sa sympathie pour les souffrances des Arméniens. Il a rappelé que lui aussi était intervenu, et non sans succès, en leur faveur. Ce langage Si élevé ne fait-il pas un contraste frappant avec les clameurs de ceux qui, trop nombreux, n'ont vu dans la question arménienne qu'un moyen de servir leur politique? Voici le passage de cette allocution relatif ux Arméniens : Vénérablés Fières, .- Toute l'Europe, dans l'attente et dans l'inquiétude, a les weux tournés vers les contrées orientales voisines désolées par des luttes intestines et de lamentables événements. Spectacle, en effet, cruel et douloureux : des vil- lages et des villes baignés dans le sang, de vastes espaces ravagés par le fer et par la flamme. | Pendant que les princes se concertent et font les plus louables efforts pour obtenir que l’on mette fin aux désastres et que l'on garautisse la sécu- “rité aux innocents, Nous n'avons pas négligé de travailler, autant qu'il est -en Nous, pour cette très noble et très juste cause. En effet, avant même les dernières calamités, Nous Nous sommes employé de grand cœur en- faveur du peuple arménien, et Nous avons conseillé la concorde, la man- .suétude et l'équité, en faisant appel 4 l'autorité du souverain. Nous avons constaté que ces conseils ont été loin de déplaire. Nous Nous proposons de continuer d'agir dans le même sens, car Nous désirons on ne peut plus “vivement que, dans ce grand empire, la sécurité et tous les droits de cha- cun soient assurés et respectés. En attendant, afin que, de Notre part l'as- sistance nécessaire ne fit point défaut aux Arméniens dans l'affliction, Nous avons pris des mesures pour venir en aide aux pauvres qui en ont été le -plus durement frappés. Notre soilicitude envers les Arméniens est la preuve et le fruit de la profonde affection que Nous portons à tontes les nations de l'Orient; leur communiquer les moyens d'arriver au salut éternel qui sont en la posses- sion de l” Église catholique, c’est Notre volonté, vous le savez, et Yobjet de Nos efforts. C'est pourquoi Nous avons entrepris de rappelerà l’union ceux qui différent de foi avec Nous et de Nous attacher plus étroitement ceux qui Nous sont unis, les aidant et les honorant du mieux possible. Dans cette intentionet dans ce but, Nous avons écrit tout récemment une Lettre apostolique qui montre bien quels sont Nos sentiments à l'égard des Coptes. Comme Nous avions connaissance de leur piété et des progrès de la religion catholique en Egypte, Nous avons institué la Hié- rarchie dans le rite copte et rendu pour les Coptes la dignité patriarcale au siège d'Alexandrie illustré par l'évangéliste Mare, qui fut le fondateur et le pontife de cette Eglise.

Le Saint-Père a terminé son discours en annonçant la création du Patriarcatcopte d'Alexandrie et la nomination de nouveaux cardinaux, LIVRES ET REVUES

V. Ermont. De LeonrTio ByzanriNo et de ejus doctrina christologica. Paris, Firmin-Didot, 1895. In-8°, 1v-223 pp.

Le livre de M. Ermoni sur Léonce de Byzance m'est arrivé juste au moment où je lisais, dans une brochure allemande (Was heisst und zu welchem Ente studiert man Dogmengeschichte, par G. Krüger; Fribourg e B., 1895), que l'histoire des dogmes chrétiens et la con- ception catholique du dogme étaient incompatibles, ce qui revient à dire que l’histoire est destructive du dogme et qu'il ne peut pas y avoir d'histoire du dogme pour le théologien catholique. Il ya, en effet, une manière de comprendre l’histoire des dogmes, comme il y a uné façon de comprendre la critique des Livres saints, qui est sub- versive de toute foi traditionnelle et, par conséquent, de toute for- mule dogmatique. Mais reste à savoir si c'est la seule manière et la bonne manière de comprendre l'histoire et la critique. Ce n’est pas la seule manière, car il peut exister et il existe une science de l’his- loire, qui ne consiste pas à détruire son objet; et ce n’est pas la bonne manière, car l'histoire qui entend démontrer que les idées dont elle suit le développemeñt ne sont pas vraies, n'est plus de l'histoire, mais du dogmatisme à rebours. La preuve que l’histoire des dogmes peut exister dans l'Église catholique, c'est qu'elle existe. M. Ermoni vient d’en écrire très scru- puleusement une partie importante. Sa monographie surla personne, les écrits etla christologie de Léonce de Byzance est très étudiée, très solide, et c’est un chapitre de l’histoire du dogme christologique. Le raisonnement y occupe peut-être un peu trop de place. On s'aperçoit que M. Ermoni a longuement cultivé la philosophie scolastique et que le sens de l'histoire lui est venu plus tard. L'exposition aurait pu être moins aride, plus nourrie de faits et de textes. Je ne sais pourquoi il me semble que cette thèse, car il s’agit d’une thèse pour le doctorat en théologie, aurait eu meilleure tournure en français que dans le latin quelque peu barbare où nous devons la lire. La partie la plus remarquable de l'ouvrage est celle qui a pour objet la christologie de Léonce. Il y a là des pages fort intéressantes sur la christologie avant le concile d'Éphèse et celle de ce concile, la christologie du concile de Chalcédoine et son rapport avec la lettre du pape Léon à Flavien, les idées de Léonce et ses arguments contre les monophysites. L'auteur ne se croit nullement obligé de retrouver chez tous les témoins de la tradition la même doctrine sans nuances distinctes. L'analyse de ces nuances, des tendances qui caractérisent telle ou telle école sert à expliquer l’origine de telle ou telle hérésie, LIVRES ET REVUES 125 la doctrine particulière de tel auteur ecclésiastique. Entreprendre celte analyse est déjà un grand mérite. On aurait pu, sur certains points, par exemple en ce qui regarde la christologie de saint Cyrille, la pousser plus avant. Mais il serait injuste d'exiger d'un premier travail la mesure de perfection que peut seule donner une longue expérience de l’histoire. L'ouvrage de M. Ermoni sur Léonce de Byzance n'est pas un testament, c’esl une promesse. — A. Loisy.

                  La REVUE Du CLERGÉ FRANÇAIS

Leprotectorat de la France sur les chrétiens de l'empire oltoman. M. Goyau, le jeune et sympathique savant si connu dans le monde catholique depuis l’apparition du volume sur le Vatican, estaussi l'un desauteurs de l'ouvrage sur l France chrétienne dans l'histoire, dont aous avons eu occasion de parler dans notre dernier numéro et pour lequel M. Goyau a écrit une étude très remarquable sur le Protectorat de la France en Orient. Nous en empruntons quelques pages à l'excel- lente Revue du clergé français, qui a reçu communication de ce travail. La République française exerce un protectorat efficace sur les catholi- ques du Levant. Quelle est la nature de ce fait? correspond-il à un droit? et, s'il y correspond, dans quelle mesure le fait a-t-il créé le droit? dans quelle mesure le droit a-t-il créé le fait? La question est intéressante en elle-même: et nous la soulevons d'autant plus volontiers que notre réponse aura quelque chose d’inédit : nous avons eu sous les yeux une circulaire confidentielle de la Propagande, de l'année 1888, qui ratifie, avec une excep- üonnelle vigueur, les prérogatives de lg France en Orient. Gesta Dei per Francos! Cette devise fait sonner à nos oreilles certaines heures du moyen âge, et présentement elle ressemble à un anachronisme. Mais elle a conservé une part de sa vertu, une part aussi de sa vérité; et l'on ne condescend pas à l'attrait d'un paradoxe, en affirmant qu'elle peut servir d'épigraphe à tout un rouleau de notre histoire, dont les premiers feuillets furent remplis sous François Ie, et les derniers sous la présidence de M. Carnot.

                                  +
                                 +

On a prétendu parfois qu'en vertu de l'article 62 du traité de Berlin, la France serait déchue de cette exceptionnelle situation. La teneur primitive en était celle-ci : « Le droit de protection officielle est reconnu aux agents diplomatiques et consulaires des puissances en Turquie, tant à l'égard des personnes susmentionnées (ecclésiastiques, pèlerins, moines de toutes na- tonalités) que de leurs établissements religieux, de bienfaisance et autres dans les Lieux Saints et ailleurs, sauf les droits acquis à la France. » On tdmettait donc, implicitement, que la France avait des droits acquis, «dans les Lieux Saints et ailleurs ». | Uitérieurement, sur la demande mème de M. Waddington, ces mots :

Srvés, etil est bien entendu qu'aucune atteinte ne saurait Être portée au alu quo dans les Lieux Saints. | 126 REVUE ‘ANGLO-ROMATNE On prétendit plus tard, à la Consulta,. sous le premier ministére de M. Crispi, qu'en vertu de ce second paragraphe les seuls droits de la Frante . reconnus par le traité de Berlin sont les droits acquis aux Lieux Saints, et que les autres prérogatives dont nous jouissions antérieurement seraient désormais périmées. Ce commentaire est en premier lieu démenti par la. rédaction primitive de l'article 62, qui reconnaissait nos droits « aux Lieux Saints et ailleurs »; il ne tient aucun compte, en outre, des réserves qu'a- vait formulées M. Waddington antérieurement méme à la réunion du Con- grès, à savoir « que l'Égypte, la Syrie et les Lieux Saints resteraient hors de discussion », Puisque notre droit de patronage ne devait pas être discuté à Berlin, on ne saurait conclure, sans se moquer de nous, que le congrès de Berlin nous én eût évincés. Malgré la dialectique subalpine, nous demeurons, par la vertu des traités et surtout par celle de l’histoire, les vicaires temporels du siége de Rome en Orient,

                                   *

                                  *

Ce discret assaut, que livraient à notre protectorat des casuistes de chan- cellerie, méritait une représaille; dès le lendemain du traité de Berlin, notre gouvernement la chercha. « Vous vous prétendez les vicaires du Pape. pouvait-on nous objecter; mais où donc est votre investiture? C'est par la grâce d'Allah et du sultan que vous avez la tutelle des chrétiens d'Orient. » Il y fallait ajouter la grâce de Dieu et du Saint-Siège aposto-' lique; c'est ce qu'a fait la République. Dès 1878, M. de Gabriac obtint un premier témoignage des dispositions favorables de la Propagande, et c’est‘ en 1888 qu'une circulaire, beaucoup plus explicite, de la même congréga- tion, attesta solennellement nos droits. La Propagande, depuis un demi-siècle, est devenue une sorte de puis- sance internationale. Immédiatement, ‘directement, elle commande à tous les délégués Apostoliques : elle recoit leurs rapports fréquents, détaillés, et elle y répond. Ils ne doivent pas seulement au Pape l'adhésion dans la foi, mais une ohéissance attentive dans le gouvernement de leurs Églises. Qu'ils obéissent toujours, même, cela ne suffit point; il faut encore qu’ils consultent souvent. Ainsi fortifiée et développée par la centralisation de l'Église, la Propagande, sous le pontificat de Pie IX, reçut un mécanisme- nouveau; elle eut un secrétaire spécial pour les affaires du rite oriental. A coté des puissances du monde et au-dessus d'elles, cette immense organi- sation s'est lentement édifiée. Elle règle la conduite et détermine l'attitude des catholiques dans tous les pays de missions, c’est-à-dire dans les trois quarts de l'univers. 11 n'est pas un État européen soucieux de sa propre expansion qui ne doive compter avec la Propagande. Il n'y a pas longtemps encore, les capitulations, les hattischerifs de Sa” Hautesse, et les affectueux sentiments des chrétiens d'Orient, étaient re- gardés, par nos diplomates, comme des garanties suflisantes de notre in- flueuce religieuse en Orient : reposant sur de tels fondements, elle leur‘ paraissait inébranlable. Mais la papauté contemporaine est une grosse pièce sur l'éc ‘hiquier du monde; et les Etats ont besoin d’elle, plus encore’ qu'elle n'a besoin d'eux. Supposez la Propagande ordonnant aux chrétiens d'Europe établis en Orient de recourir, en cas de besoin, aux ambassadeurs’ ou consuls représentant leurs diverses nationalités; immédiatement notre protectorat chancelle. Si les intéressés ne recourent pas à notre tutelle, et: si le sultan leur reconnaît d'autres tuteurs que nous-mêmes, il nous de- meurera libre, à nous, d’invoquer platoniquement le droit ou la coutume; LIVRES ET REVUES, 127 mais les maintenir envers.et contre tous, cela ressemblerait à du donqui- chottisme, C'est un des grands mérites de la troisième République d’avoir conjuré ce péril. L'édifice de notre protectorat oriental fut construit avec une labo- rieuse lenteur; il fy a cinq ans seulement, M. Goblet étant ministre des affaires étrangères, qu'il trouva son achèvement et recut son çouronne: ment. L'œuvre que commençait à Constantinople, en 1535, Jean, sire de la Forèt, ambassadeur du Roi Très Chrétien, fut terminée à Rome, en 1888, par M. le comte Lefebvre de Béhaine, ambassadeur de la République fran- çaise.

                                 1.

Le cardinal Simeoni était alors préfet de la Propagande, et la jeune Italie témoignait certaines ambitions, peu rassurantes pour notre influence. De bons apôtres, elle en pouvait fournir, qui mettraient leurs fonctions vficielles au service de la propagande religieuse, leur propagande reli- zieuse au service de l'influence italienne dans le Levant. M. Crispi, dans l'espèce, était tout disposé à ne point faire de l’anticléricalisme un article d'exportation. Il est fort heureux, pour la France, que l'Italie royale ap- paraisse aux yeux du Saint-Siège comme un État anticatholique par es- suce, envers lequel toute complaisance serait coupable. Issue de cette “oaviction, la circulaire Aspera rerum condilio, du 22 mai 1888, fut telle que la souhaitait la diplomatie de M. Carnot; elle opposait aux manwu- vres italiennes une irrévocable réponse. 11 y a dans le Levant des mis- sionnaires italiens; la circulaire ordonne à ceux-ci comme aux autres de &æ conduire envers les représentants du Quirinal de telle façon qu'ils ne puissent être soupçonnés de dispositions favorables ou de connivence à l'égard du nouvel ordre de choses existant à Rome; elle défend, en parti- culier, d'inviter les consuls italiens aux cérémonies religieuses, et de leur reudre des honneurs dans les églises s'ils y viennent d'eux-mêmes; elle ne permet aux délégués apostoliques d'accepter pour leurs écoles et pour leurs œuvres des subsides des consuls italiens que si ceux-ci né réclament, en échange de ces subsides, aucun droit de surveillance ou de tutelle. « Car on sait, dit textuellement la circulaire, que depuis des siècles le protectorat de la nation française a été établi dans les pays d'Orient, et qu'il a été confirmé par des traités conclus entre les gouvernements, Aussi l'on ne doit faire, à cet égard, absolument aucune innovation : la protec- tion de cette nation, partout où elle est en vigueur, doit être religieusement maintenue, et les missionnaires doivent en être informés, afin que, s'ils ont besoin “d'aide, ils recourent aux consuls et autres agents de la nation francaise. De même dans ces lieux de mission où le protectorat de la na- tion autrichienne a été mis en vigueur, il faut le maintenir sans change- ment.

C'est donc,à l’heure actuelle, un précepte de discipline, une obligation de conscience pour les délégués apostoliques en Orient, à quelque pays appartiennent, de considérer nos consuls comme leurs protecteurs natu- rels (sous réserve des droits qu’exerce l'Autriche en certains territoires dé- terminés, Albanie, Macédoine, Haute Égypte). Ces délégués apostoliques et leurs fidèles pouvaient être soumis à deux statuts fort différents: ou bien Vivre sous la tutelle exclusive de la France, comme les marchands, jadis, tommercaient exclusivement sous notre bannière ; ou bien se grouper, suivant leurs nationalités, autour des différents consuls, comme les mar- chands, aujourd'hui, commercent chacun sous la bannière de leurs États

                                                   .

128 REVUE ANGLO-ROMAINE

respeetifs. Au moment mème où l’on contestait nos droits par de mali- cieuses interprétations du traité de Berlin, la Propagande les a reconnus; elle en impose la stricte observance à ses subordonnés ecclésiastiques; et notre influence doit rester, dans l'avenir, ce qu’elle fut dans le passé. Tout délégué de la Propagande a deux patries dans les terres de Sa Hautesse : son pays d'origine, et une seconde patrie, désignée par la Sacrée Congré- gation : la France. C’est sur toute une région que notre protectorat est ra- üfié : plus les chrétientés s’y multiplieront, plus s’accroitra notre clientèle; la France à ce titre doit souhaiter une xglise conquérante, comme l'Eglise doit souhaiter une France respectée.

Résumons-nous, La France de saint Louis obtint la confiance des chrétiens. La France des Valois et des Bourbons obtint la confiance du Grand Turc. . La France d'aujourd'hui obtint, pour cette double série de précédents, la ratification de la Propagande. A l'établissement de notre protectorat, trois Frances, fort dissemblables entre elles, ont collaboré. Dans ce commun labeur, l'histoire les a con- duites plus qu'elles n’ont conduit l’histoire. Volontiers le présent se flatte de s'opposer au passé; il s’enorgueillit de cette illusion, il s’en repait et il en soullre, il en vit et il en agonise; on fait le bilan : il se trouve que, si- lencieusement, le passé s'est imposé au présent. Saint Louis survivait en François I®° au moment même où celui-ci le démentait; ils survivent l’un et l’autre en notre France contemporaine, au moment même où elle les voudrait renier, Marteler des noms, désavouer des ancêtres, cela est pos- sible; mais pour supprimer entièrement les morts, il faudrait nous sup- primer nous-mêmes, À chacune des étapes de notre protectorat oriental quelque chose est créé, mais rien n'est perdu. Et par-dessus les généra- tions successives, qui font le geste de briser l'unité de notre histoire, il semble que veille un économe invisible, qui, pour leur profit et pour sa gloire, la maintient souverainement. Georges GOYAU. SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI

                             LEONIS

                     DIVINA        PROVIDENTIA


       PAPÆ XII1 EPISTOLA APOSTOLICA



                 PRINCIPIBUS POPULISQUE UNIVERSIS

       LEO PP. XII        SALUTEM ET          PACEM IN DOMINO

Prwelara gratulationis public testimonia, quæ toto superiore anno, oh memoriim primordiorum episcopatus Nostri, undique accepimus, quæque boximo tempore insignis Hispanorum pietas eumulavit, hunc in primis aiulere Nobis letitiæ fructum, quod in illa similitudine concordiaque ‘oluntatum eluxit Ecclesiæ unitas, ejusque cum Pontifice maximo mira cnjunctio. Videbatur per eos dies orbis catholieus, quasi rerum ceterarum cpisset oblivio, in ædibus Vaticanis obtutum oculorum animique cogita- lionem defixisse. Principum legationes, peregrinorum frequentia, plenæ inoris epistoke, cærimoniæ sanctissimæ id aperte significabant, in vsequio Apostolicæ Sedis cor unum esse omnium catholicorum et animam ma. Qu res hoc etiam accidit jucundior et gratior, quia cum consiliis “æplisque Nostris admodum congruens. Siquidem gnari temporum et me- mors ofieit, in omni poutificatus Nostri eursu, hoc constanter specta- Himus, atque hoc, quantum docendo agendoque potuimus, conati sumus,

“lhgare Nobiscum arctius omnes gentes omnesque populos, atque in ronspieuo ponere vim pontificatus romani, salutarem in omnes partes. \aximas igitur et agimus et habermus gratias primum quidem benignitati be, eujus munere beneficioque id ætatis incolumes attigimns : deinde ‘ns principibus, episcopis, clero, privatisque universis, quotquot multi- Ilici testificatione pietatis et obsequii dedere operam ut personam ac di- £itatem Nostram honore, Nosque privatim opportuno solatio afficerent. Quamquam ad plenum solidumque solatium multum sañe defuit, Nam Mr ipsas popularis ketitie studiique significationes, obversabatur animo mulitudo ingens, in illo gestientium catholicorum consensu aliena, partim

nod evangelicæ sapientiæ est omnino expers, partim quod, licet christiano iiliata nomini, a fide catholica dissidet. Qua re graviter commovebamur, ommovemur : neque enim fas est sine intimo doloris sensu cogitationem Hiendere in tautam generis humani partem longe a Nobis, velut itinere devio, digredientem. — Jamvero, cum Dei omnipotentis vices in terris ge- RRYUR ANGLO ROMAINE, — T, 1. — 9

                                                                                  Google 8

130 REVUE ANGLO-ROMAINE

ramus, qui vult omnes homines salvos fieri et ad agnitionem veritati venire, cumque Nos et sera ætas et amara curarum ad humanum urgean exitum, visum est redemptoris magistrique nostri Jesu Christi ine imitari exemplum, quod proxime ad cælestia rediturus summi precibus a Deo Patre flagitavit, ut alumni sectatoresque sui et ment et animo unum fierent : Rogo.. ut omnes unum sint, sicut tu Pater in me et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint 1. Quæ quidem precatio obsecra tioque divina quoniam non eos tantum complectitur qui tunc in Jesur Christum crederent, sed etiam quotquot credituri reliquo tempore essen idcirco dat illa Nobis causam non ineptam aperiendi fidenter vota Nostr: conandique, quoad possumus, ut homines nullo generis locorumve discri mine, ad fidei divinæ unitatem vocentur atque incitentur universi. Urgente propositum caritate, quæ illuc accurrit celerius, ubi opituland necessitas major, primum quidem provolat animus ad gentes omnium mi serrimas, quæ Évangelii lumeu vel nullo modo aceeperunt, velacceptur incuria seu longinquitate, restinxerunt : proptereaque Deum ignorant, € in summo errore versantur. Quoniam salus omnis a Jesu Christo prof ciscitur, nec enim aliud nomen est sub cælo datum hominibus, in quo no oporteat salvos fieri 3, votorum Nostrorum hoc est maximum, posse sacro xancto Jesu nomine eunctas terrarum plagas celeriter imbui atque com pleri. Que in re munus efficere sibi demandatum a Deo Ecclesia quider nullo tempore prætermisit. Quid enim undeviginti sæcula laboravit, quid egit studio constantiaque majore, quam ut ad veritatem atque institut christiana gentes adduceret? Hodieque frequenter maria transmittunt, à ultima loca progressuri, ex auctoritate Nostra præcones Evangelii : quot dieque a Deo contendimus ut multiplicare benigne velit sacrorum adm nistros, dignos munere apostolico, qui seilicet commoda sua et incolumi tatem et vitam ipsam, si res postulaverit, pro Christi regno amplificand non dubitent devovere. Tu vero propera, humani generis servator et parens Jesu Christe exequi ne differas quod olim te dixisti facturum, ut cum exaltatus esse à terra, omnia traheres ad te ipsum. Ergo illabere aliquando, atque ostend te multitudini infinitæ, beneficiorum maximorum, quæ cruore tue pept risti mortalibus, adhuc experti : excita sedentes in tenebris et umbra mor tis, ut radiis illustrati sapientiæ virtutisque tuæ, in te et per te sint con sumimali in unum. Cujus quidem unitatis sacramentum cogitantibus, occurrit Nobis univer sitas populorum, quos ab erroribus diuturnis ad evangelicam fsapientian divina pietas jamdiu traduxit. Nihil profecto ad recordationem jucundius neque ad laudem providentissimi numinis præclarius veterum memori: temporum, cum fides divinitus accepta patrimonium commune atque indi viduum vulgo habebatur : cum excultas humanitate gentes, locis, ingenio moribus dissitas, licet aliis de rebus sæpe dissiderent, dimicarent, nihilo minus in eo, quod ad religianem pertinet, fides christiana universas conju gabat. Ad hujus recordationem memoriæ, nimis ægre fert animus, quu

! Joan., xvu, 20-21. 4 Act.,t. 1v, 12. ENCYCLIQUE PRÆCLARÀ 431

successu ætatum, suspicionibus inimicitiisque commotis, magnas ac flo- rentes nationes de sinu Ecclesiæ romanæ male auspicata tempora abs- traxerint. Utcumque sit, Nos quidem gratia confisi misericordiaque omni- potentis Dei, qui novit unus opitulandi maturitates, et cujus in potestate est 0, quo vult, voluntates hominum flectere, ad eas ipsas nationes adjici- mous ahimum, easdemque caritate paterha hortamur atque obsecramus, ut redire, compositis dissidiis, velint ad unitatem. Ac primo peramanter respicimus ad Orientem, unde in orbem universum initio profecta salus. Videlicet expectatio desiderii Nostri jucundam spem inchoare jubet, non longe abfore ut redeant, unde discessere, fide avita gloriaque vetere illustres, Ecclesiæ orientales, Eco vel magis quod non ingenti discrimine sejunguntur: imo, si paucuæexcipias, sic cetera consen- timus, ut in ipsis catholici nominis vindiciis non raro ex doctrina, ex more, ex ritibus, quibus orientales utuntur, testimonia atque argumenta proma- mus. Præcipuum dissidii caput, de romani Pontificis primatu. Verum res. piciant ad initia, videant quid inajores senserint sui, quid proxima origi- nibus ætas tradiderit. Inde enimvero illud Christi divinum testimonium, Tu es Peirus et super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam, luculenter extat de Romanis Pontificibus comprobatum. Atque in pontificum numero lectos ex Oriente ipso non paucos prisca vidit ætas, imprimisque Anacletum, Eva- ristum, Anicetum, Eleutherium, Agathonem, Zosimum: quorum plerisque contigit, ut universæ christianæ reipublicæ administrationem sapienter sancteque gestam, profuso etiam sanguine consecrarent. — Plane liquet quo tempore, qua causa, quibus auctoribus infelix excitata discor- dia. Ante illud tempus, quo tempore homo separavit quod Deus con- junxerat, sanctum erat apud omnes christiani orbis gentes Sedis Aposto- licæ nomen, Romanoque Pontifici. ut heati Petri successori legitimo, ob eamque rem Jesu Christi in terris vicario, Oriens pariter atque Occidens consentientibus sententiis sine ulla dubitatione parebant. — Hanc ob cau- sam, si respiciatur ad initia dissidii, Photius ipse oratores de rebus suis Romam destinandos curavit : Nicolaus vero I Pontifex maximus Constan- tinopolim legatos suos, nullo contra dicente, ab Urbe misit, ut Ignatii Pa. triarchæ causam diligenter investigarent, et Sedi Apostolicæ plenis ac vera. cibus referrent indiciis : ita ut tota rei gestæ historia primatum Romanæ Sedis, quacum dissensus tum erumpebat, aperte confirmet. — Denique in Conciliis magnis tum Lugdunensi If, tum Florentino, supremam Roma- norum Pontificum potestatem nemo ignorat, facili consensione et una omunes voce latinos græcosque ut dogma sanxisse. Ista quidem ob hanc rem consulto revocavimus, quia ad reconciliandam pacem velut invitamenta sunt : eo vel magis, quod hoc tempore perspicere in orientalibus videmur multo mitiorem erga catholicos animum, imo pro- pensionem quamdam benevolentis voluntatis, Id nominatim non multo ante apparuit, cum scilicet nostris, pietatis causa in Orientem advectis, egregia humanitatis amicitiæque præstita officia vidimus.— Itaque os Nostrum patet ad vos, quotquot estis, græco aliove orientali ritu, Ecclesiæ catholicæ dis- cordes. Magnopere velimus, reputet unusquisque apud seillam Bessario- nis ad patres vestros plenam amoris gravitatisque ofationemn : Quæ nobis relinquetur apud Deum responsio, quare a fratribus divisi fuerimus, quos ut 132 REVUE ANGLO-ROMAINE

uniret et ad unum ovile redigeret, ipse descendit de cælo, incarnatus et cruci- fizus est? quæ nostra defensio erit apud posteros nostros? non patiamur hæc, Patres oplimi : non habeamus hanc sententiam, non ila mala nobis consulamus et nostris, — Quæ sint postulata Nostra, probe per se ipsa et coram Deo perpendite. Nulla quidem humana re, sed caritate divina, communisque salutis studio permoti, reconciliationem conjunctionemque cum Ecclesia romaua suademus : conjunctionemque intelligimus plenam ac perfectam : talis enim esse nullo modo potest ea, quæ, nihil amplius inducat, quam certam aliquam dogmatum credendorum concordiam fraternæque caritatis commutationem. Vera conjunctio inter christianos est, quam auctor Ecclesiæ Jesus Christus instituit voluitque, in fidei et regiminis unitate consistens. Neque est cur dubitetis, quidquam propterea vel Nos vel suc- cessores Nostros de jure vestro, de patriarchalibus privilegiis, de rituali cujusque Ecclesiæ consuetudine detracturos. Quippe hoc etiam fuit, idemque est perpetuo futurum in consilio disciplinaque Apostolicæ Sedis positum, propriis cujusque populi originibus moribusque ex æquo et bono non parce tribuere. — At vero redintegrata nobiscum communione, mirum profecto quanta Ecclesiis vestris dignitas quantum decus, divino munere, accedet. Sic igitur vestram ipsorum supplicationem Deus perbenigne audiat, Fac cessent schismata ecclesiarum ?, atque, Congrega dispersos et reduc errantes et conjunge sanctæ tuæ catholicæ et apostolicæ Ecclesiæ % : sic ad illam resti- tuamini unam sanctamque fidem, quam ultima vetustas nobis perinde vobisque constantissime tradidit; quam patres ac majores vestri inviolate servarunt : quam ipsam splendore virtutum, magnitudiue ingenii, excel- lentia doctrinæ certatim illustravere Athanasius, Basilius, Gregorius Na- zianzenus, Joaunes Chrysostomus, uterque Cyrillus, aliique magni com- plures, quorum gloria ad utramque cclesiam vcrissime pertinet, tam- quam communis quædam diguitatis hæreditas. Vosque nominatim compellare hoc loco liceat, Slavorum gentes uui- versas, quarum claritudinem nominis complura rerum gestarum monu- menta testantur. Nostis quam egregie de Slavis meruerint sancti in fide patres Cyrillus et Methodius, quorum memoriam Nosmetipsi honore debito augeudam aliquot ante annis curavimus. Eorum virtute et laboribus parta plerisque e genere vestro populis humanitas et salus. Quo factum ut Sla- vouiam inter et romanos Pontifices pulcherrima vicissitudo hinc benef- ciorum, illinc fidelissimæ pietatis diu extiterit. Quod «si majores vestros misera temporum calamitas magnam partem a professione romana alie- navit, considerate quanti sit redire ad uuitatem. Vos quoque Ecclesia pergit ad suum revocare complexum, salutis, prosperitatis, magnitudinis præsidium multiplex præbitura. Caritate non minore ad populos respicimus, quos, recentiore memoria, insolita quidam rerum temporumque conversio ab Ecclesia romana se- junxit. Variis exactorum temporum casibus oblivione dimissis, cogita- tionem supra humana omnia erigant, animoque veritatis et salutis unice

| [adcoy +à cyiouara rav éxxanoiwv (In Liturg. S. Basilii). 2 Toùs Écuopmiouévous Émiouvéyaye, Tob; memhavévrous Énavéyaye, at aüvagoy ty &yia cou aokrÿ xai àmootouxÿ ‘Exxnala (Ib.). ..

                         ENCYCLIQUE PRÆCLARA                                  133

eupido, reputent apud se constitutam a Christo Ecclesiam, Quacum si ve- lint congregationes conferre suas, et quo loco in illis religio sit æstimare, facile dabunt, se quidem multis maximisque in rebus, primordiorum oblitos, ad nova errore vario defluxisse; neque diffitebuntur, ex eo velut patrimonio veritatis, quod novarum rerum auctores secum in secessione avexerant, nullam fere formulam fidei certam atque auctoritate præditam spud ipsos superesse, Immo vero illuc jam deventum, ut multi non ve- reantur fundamentum ipsum convellere, in quo religio tota et spes omnis mortalium unice nititur, quod est divina Jesu Christi Servatoris natura. Pariter, quos antea novi veterisque Testamenti libros afirmabant divino aflatu conscriptos, eis nunc talem abnegant auctoritatem : quod sane, data cuilibet potestate interpretandi sensu judicioque suo, omnino con- sequi erat necesse. — [inc sua cujusque conscientia, sola dux et norma vitæ, qualibet alia rejecta agendi regula : hine pugnantes inter se opi- niones et sectæ multiplices, eædemque persæpe in naturalismi aut rationa- lismi placita abeuntes, Quocirca, desperato sententiarum consensu, jam cujunctionem prædicant et commendant fraternæ caritatis. Atque id sane vers: quandoquidem caritate mutua conjuneti esse universi debemus. Id enim maxime Jesus Christus præcepit, atque hanc voluit esse sectatorum suoruu notam, diligere inter se. Verum qui potest copulare animos per- fecta caritas, si concordes mentes non effecerit fides? — His de causis complures eorum de quibus loquimur, sano judicio, veritatisque studiosi, certam salutis viam in Ecclesia catholica quæsivere, cum plane intellige- rent nequaquam se posse cum Jesu Christo tanquam capite esse conjunc- los, cujus non adhærescerent corpori, quod est Ecclesia : nec sinceram Christi fidem adipisei, cujus magisterium legitimum, Petro et successo- obus traditum, repudiarent. Ii videlicet in Ecclesia romana- expressam veræ Ecclesiæ speciem atque imaginem dispexere, inditis ab auctore Deo sois plane conspicuam : ideoque in ipsis numerantur multi, acri judicio acerrimoque ad antiquitatem excutiendam ingenio, qui Ecclesiam romanw ab Apostolis continuationem, dogmatum integritatem, disciplinæ constan- tam seriptis egregiis illustrarint. Igitur horum virorum proposito exemplo, compellat vos plus animus quam oratio, fratres nostri, qui tria jam sæcula nobiscum de fide christiana dissidetis, itemque vos, quotcumque deinceps quais de causa seorsum a nobis abiistis. Occurramus omnes in unilatem fdei et agnitionis filii Dei. Ad hane unitatem, quæ nullo tempore Ecclesiæ catholicæ defuit, nec potest ulla ratione deesse, sinite ut vos invitemus, dextramque peramanter porrigamus. Vos Ecclesia, communis parens, jundiu revocat ad se, vos catholici universi fraterno desiderio expectant, üt sancte nobiscum colatis Deum, unius Evangelii, unius fidei, unius spei professione in caritate perfecta conjuncti. Ad plenum optatissimæ unitatis concentum, reliquum est ut ad eos, uotquot toto orbe sunt, transgrediatur oratio, quorum in salute diu evi- gant curæ cogitationesque Nostræ : catholicos intelligamus, quos romanæ professio fidei uti obedientes facit Apostolicæ Sedi, ita tenet cum dJesu Christ conjunctos. Non üi quidem ad veram sanctamque unitatem cohor-

VEph., 1v, 13.

                                                              Distizecty     GOOQIE  Le

134 REVUE ANGLO-ROMAINE

tandi quippe cujus jam sunt, divina bonitate, compotes : monendi tamen ue, 1! gravantibus undique periculis, summum Dei beneficium socordia atque ignavia corrumpant. — Hujus rei gratia, quæ Nosmetipsi gentibus catholicis vel universis vel singulis alias documenta dedimus, ex iis cogi- tandi agendique normam opportune sumant : illudque imprimis velut summam sibi legem statuant, magisterio auctoritatique Ecclesiæ non an- guste, non diffidenter, sed toto animo et perlibente voluntate omnibus in rebus esse parendum. — Qua in re animum advertant, illud quam valde sit unitati christianæ perniciosum, quod germanam formam notionemque Ecclesiæ varius opinionum error passim obscuravit, delevit. Ea quippe, Dei conditoris voluntate ac jussu, societas est genere suo perfecta; cujus officium ac munus est imbuere præceptis institutisque evangelicis genus humanum, tuendaque integritate morum et christianarum exercitatione virtutum, ad eam, quæ unicuique hominum proposita in cælis est, felici- tatem adducere. Quoniamque societas est, uti diximus, perfecta, idcirco vim habet virtutemque vitæ, non extrinsecus haustam, sed consilio divino et suapte natura insitam : eademque de causa nativam habet legum feren- darum potestatem, in iisque ferendis rectum est eam subesse nemini : itemque aliis in rebus, quæ sint juris sui, oportet esse liberam. Quæ tamen libertas non est ejusmodi, ut ullum det æmulationi invidiæque locum : non enim potentiam consectatur Écclesia, neque ulla cupiditate sua impellitur, sed hoc vult, hoc expetit unice, tueri in hominibus offcia virtutum, et hac ratione, hac via, sempiternæ eorum saluti consulere., Ideoque facilitatem indulgentiamque maternam adhibere solet : imo etiam non rare contingit, ut plura temporibus civitatum tribuens, uti jure suo abstineat : quod sane pacta ipsa abunde testantur cum imperiüs sæpe conventa. — Nihil magis ub ea alienum, quam rapere ad se quicquam de jure imperii : sed vicissim vereatur imperium necesse est jura Ecclesiæ, caveatque ne ullam ex üis partem ad se traducat. — Nunc vero, si res et facta spectentur, cujusmodi est temporum cursus? Écclesiam videlicet suspectam habere, fastidire. odisse, invidiose criminari nimis multi consuevere : quodque multo gra- vius, id agunt omni ope et contentione, ut-ditioni gubernatorum civitatis faciant servientem. Hinc sua ipsi et erepta bona, et deducta in angustum libertas : hinc alumnorum sacri ordinis circumjecta difficultatibus insti- tutio : perlatæ in Clerum singulari severitate leges: dissolutæ, prohibitæ, optima christiani nominis præsidia religiosorum sodalitates : brevi, rega- listarum præcepta atque acta acerbius renovata. Hoc quidem est vim afferre sanctissimis Ecclesiæ juribus : quod maxima gignit civitatibus mala, prop- terea quod cum divinis consiliis aperte pugnat. Princeps enim atque opifex mundi Deus, qui hominum congregationi et civilem et sacram potestatem providentissime præposuit, distinctas quidem permanere eas voluit, at vero sejunctas esse et confligere vetuit. Quin immo cum Dei ipsius voluntas, tum commune societatis humanæ bonum omnino postulat, ut potestas ci- vilis in regendo gubernandoque cum ecclesiastica conveniat. Hinc sua et propria sunt imperio jura atque oflicia, sua item Ecclesiæ : sed alterum cum altera concordiæ vinclo colligatum esse necesse est. — Jta sane futu- rum, ut Ecclesiæ imperiique necessitudines mutuæ ab illa sese expediant perturbatione, quæ nunc est, non uno nomine improvida, bonisque omni- ENCYCLIQUE PRÆCLARA 435

bux permolesta: pariterque imypetrabitur, ut non permixtis, neque disso sais utriusque rationibus, reddant cives quæ sunt Cæsaris, Cæsari, quæ sunt Dei, Deo. Simili modo magnum unitati diserimen ab ea hominum secta impendet, que Massonica nominatur, cujus funesta vis nationes præsertim catholicas jemdiu premit. Furbulentorum temporum nacta favorem, viribusque et opibus et successu insolescens, dominatum suum firmius constabilire, lhtiusque propagare summa ope contendit. Jamque ex latebra et insidiis ia lucem erupit civitatum, atque in hac Urbe ipsa, catholici nominis prin- cipe, quasi Lei numen lacessitura consedit. Quod vero calamitosissimum est, ubicumque vestigium posuit, ibi in omnes sese ordines in omniaque insütuta reipublicæ infert, si tandem summam arbitriumque obtineat. Cala. mitosissimum id quidem : ejus enim manifesta est qüum opinionum prse- sitas tum consiliorum nequitia. Per speciem vindicandi juris humani civi- lisque societatis instaurandæ, christianum nomen hostiliter petit : traditam a Deo doctrinam repudiat; officia pietatis, divina sacramenta, tales res augustiores, tamquam superstitiosa vituperat : de matrimonio, de familia, de adolescentium institutione, de privata omni et publica disciplina, chris- tianam formam detrahere nititur, omnemque humauæ et divinæ potestatis reverentiam ex animo evellere populorum. Præcipit vero colendam hamini esse naturam, atque hujus unius principiis æstimari ac dirigi veritatem, honestatem, justitiam oportere. Quo pacto, uti perspicuum est, compellitur homo ad mores fere vitæque consuetudinem ethnicorum, eamque muiti- plicatis illecebris vitiosiorem. — Hac de re, quamquam alias a Nobis gra- vissimeque est dictum, Apostolica tamen vigilantia monemur in idem ut insistamus, etiam atque etiam monentes, in tam præsenti periculo nullas esse cautiones tantas, quin suscipiendæ sint majores. Clemens prohibeat Deus nefaria eonsilia : sentiat tamen atque intelligat populus christianus, indignissimum sectæ jugum excutiendum aliquando esse: excutiantque enixius, qui durius premuntur, Itali et Galli. Quibus armis, qua ratione id rectius possint, jam Nos ipsi demonstravimus : neque victoria incerta eo fidentibus duce, eujus perstat divina vox : Ego vici mundum 1. Utroque depulso periculo, restitutisque ad fidei unitatem imperüs et cvitatibus, mirum quam eflicax medicina malorum et quanta boncrum copia manaret. Præcipua libet attingere. Pertinet primum ad dignitatem ac munera Ecclesiæ : quæ quidem recep- tura esset honoris gradum debitum, atque iter suum et invidia vacuum et libertate munitum pergeret, administra evangelicæ veritatis et gratiæ; ique singulari cum salute civitatum. £a enim cum magistra sit et dux bominum generi a Deo data, conferre cperam potest præcipus accommoda- tam maximis temporum conversionibus in commune bonum temperandis, tausis vel impeditissimise opportune dirimendis, recto justoque, quæfirmis- sima sunt fundamenta reipublicæ, provehendo. Præclara deinde conjunctionis inter nationes accessio fieret, desideranda maxime hoc tempore, ad tetra bellorum discrimine præcavenda. — Ante oculos habemus Europæ tempora. Multos jam annos plus specie in pace vvitur quam re. Insidentibus suspicionibus mutuis, singulæ fere gentes pergunt certatim instruere sese apparatu bellico. Improvida adolescentium 1 Joann., zvr, 33. de

136 REVUE ANGLO-ROMAINE

&ætas procul parentum consilio magisterioque in pericula truditur vitæ mi- litaris : validissima pubes ab agrorum cultura, a studiis optimis, a merca- turis, ab artificiis, ad arma traducitur. Hinc exhausta magnis sumptibus æraria, attritæ civitatum opes, afflicta fortuna privatorum : jamque ea, quæ nunc est, veluti procincta, pax diutius ferri non potest. Civilis homi- num conjunctionis talemne esse natura statum? Atqui hinc evadere, et pacem veri nominis adipisci, nisi Jesu Christi beneficio, non possumus. Et enim ad ambitionem, ad appetentiam alieni, ad æmulationem cohi- bendam, quæ sunt maximæ bellorum faces, christiana virtute impri- misque justitia, nihil est aptius : cujus ipsius virtutis munere tum jura gentium et religiones fœderum integra esse possunt, tum germanitatis vincula firmiter permanere, eo persuaso : Justitia elevat gentem !. Pariter domi suppetet inde præsidium salutis publicæ multo certius ac validius, quam quod leges et arma præbent. Siquidem nemo non videt, in- gravescere quotidie pericula incolumitatis et tranquillitatis publicæ, cum seditiosorum sectiæ, quod crebra testatur facinorum atrocitas, in eversiones conspirent atque excidia civitatum. Scilicet magna contentione agitatur ea duplex causa, quam socialem, quam politicam appellant. Utraque sane gra- vissima : atque utrique sapienter justeque dirimendæ, quamvis laudabilia studia, temperamenta, experimenta sint in medio consulta, tamen nihil aliud tam opportunum fuerit, quam si passim animi ad conscientiam regu- lamque oflicii ex interiore fidei christianæ principio informentur. — De so- ciali causa in hanc sententiam a Nobis non multo ante data opera, tracta- tum est, sumptis ab Evangelio, itemque a naturali ratione principiis. — De causa politica, libertatis cum potestate conciliandæ gratia, quas multi notione confundunt et re intemperanter distrahunt, ex christiana philoso- phia vis derivari potest perutilis. Nam hoc posito, et omnium assensu ap- probato, quæcumque demum sit forma reipublicæ, auctoritatem esse a Deo, continuo ratio perspicit, legitimum esse in aliis jus imperandi, consenta- neum in alüs officium parendi, neque id dignitati contrarium, quia Deo verius quam homini paretur : a Deo autem judicium durissimum iis qui præ- sunt denuntiatum est, nisi personam ejus recte justeque gesserint. Libertas vero singulorum nemini potest esse suspecta et invisa, quia nocens nemini, in iis quæ vera sunt, quæ recta, quæ cum publica tranquillitate conjuncta, versabitur, — Denique si illud spectetur quid possit populorum ac princi- pum parens et conciliatrix Ecclesia, ad utrosque juvandos auctoritate con- silioque suo nata, tum inaxime apparebit quantum salutis communis inter- sit ut gentes universæ inducant animum idem de fide christiana sentire, idem profiteri. Ista quidem cogitantes ac toto animo concupiscentes, longe intuemur qualis esset rerum ordo in terris futurus, nec quidquam novimus conse- quentium bonorum contemplatione jucundius. Fingi vix animo potest, quantus ubique gentium repente foret ad omnem excellentiam prosperita- temque cursus, constituta tranquillitate et otio, incitatis ad incrementa lit- teris, conditis insuper auctisque christiano more, secundum præscripta Nostra, agricolarum, opificum, industriorumconsociationibus, ‘quarum ope et vorax reprimatur usura, et utilium lahorum campus dilatetur.

1 Prov., x, 34. ENCYCLIQUE PRÆCLARA 137

Quorum vis benefciorum, humanarum atque excultarum gentium nequa- quan cireumscripta finibus, longe lateque, velut abundantissimus amnis, deflueret. Illud enim est considerandum, quod initio diximus, gentes mul- titudine infinitas plura jam sicula et ætates præstolari, a quo lumen veri- tatis humanitatisque accipiant. Certe, quod pertinet ad sempiternam po- pulorum salutem, æternæ mentis consilia longissime sunt ab hominum in- telligentia remota : nihilominus si per varias terrarum plagas tam est adhuc iafelix superstitio diffusa, it non minima ex parte vitio dandum subortis de religione dissidiüis. Nam, quantum valet mortalis ratio ex rerum eventis existimare, hoc plane videtur Europæ munus assignatum a Deo, ut chris- tanam gentium humanitatem ad omnes terras sensim perferat.Cujus tanti operis initia progressusque, superiorum ætatum parta laboribus, ad leta incrementa properabant, cum repente discordia sæculo Xvt deflagravit. Discerpto disputationibus dissidiisque nomine christiano, extenuatis Euro- pe per contentiones et bella viribus, funestam temporum vim sacræ expe- ditiones sensere. Insidentibus discordiæ causis, quid mirum si tam magna pars mortalium moribus inhumanis et vesanis ritibus implicita tenetur ? Omnes igitur pari studio demus operam ut concordia vetus, communis boni causa, resüituatur. Ejusmodi reconciliandæ concordiæ, pariterque benel- cüs christianæ sapientiæ late propagandis, opportuna maxime fluunt tem- pora, propterea quod human&æ fraternitatis sensa nunquam altius in animos pervasere, neque ulla ætate visus homo sui similes, noscendi opitulandique causa, studiosius anquirere, Immensos terrarum marisque tractus celeritate incredibili currus et navigia transvehuntur ; que sane egregios usus af'erunt, von ad commercia tantum modo curiositatemque ingeniosorum, sed etiam ad verbum Dei ab ortu solis ad occasum late disseminandum. Non sumus nescii, quam diuturni laboriosique negotii sit rerum ordo, quen restitutum optamus : nec fortasse deerunt, qui Nos arbitrentur nimiwæ indulgere speï, atque optanda magis, quam expectanda quærere. Sed Nos quidem spem omnem ac plane fiduciam collocamus in humani generis Ser- vatore Jesu Christo, probe memores, quæ olim et quanta per stultitiam Cmcis et prædicationis ejus patrata sint, kujus mundi obstupescente et con- fusa sapientia. — Principes vero et rectores civitatum nominatim rogamus, velint pro civili prudentia sua et fideli populorum eura consilia Nostra ex veritate æstimare, velint auctoritate et gratia fovere. Quæsitorum fructuum sivel pars provenerit, non id minimi fuerit beneficii loco in tanta rerum omnium inclinatione, quando impatientia præsentium temporum cum for- midine jungitur futurorum. Extrema sæculi superioris fessam cladibus trepidamque perturbationibus Europam reliquere. Hæc, qu ad exitum properat ætas, quidni, versa vice, humano generi hereditate transmittat auspicia concordiæ cum spe maxi- morum bonorum, quæ in unitate fidei christianæ continentur ? Adsit optatis votisque Nostris dives in misericordia Deus, cujus in potestate lempora sunt et momenta, benignissimeque implere maturet divinum illud deu Christi promissum, fiat unum ovile etunus pastor 1. Datum Romæ ex Ædibus Vaticanis die xx Junii MDCCCXCIV, Pontificatus Nosui decimoseptimo. LEO PP. XHI. Uounn., x, 16,

                                                                     Goog e   Le

SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI

  LEONIS          pivina       PprovipentiA PAP
                                              Æ XIIl

         Litleræ apostolicæ de disciplina Orientalium
                      conservanda et tuenda




                         LEO     EPISCOPUS

SERVUS SERVORUM DEI, AD PERPETUAM REI MEMORIAN

Orientalium dignitas Ecclesiarum, pervetustis rerum monumentis e1squ insignibus commendata, magnam habet toto christiano orbe venerationer et gloriam. Apud illas enim, inita benignissimo Dei consilio humanæ r demptionis primordia, celeriter ad ea properavere incrementa, ut laudi apostolatuset martyrii, doctrinæ et sanctitatis primo honore floruerin primam saluberrimorum fructuum Iætitiam ediderint. Ex illis autem pe ampla beneficiorum vis in ceteros late populos mire profluxit; quum be tissimus Petrus, princeps apostolici ordinis, multiplicem erroris vitiiqt pravitatem disjecturus, lumen veritatis divinæ, evangelium pacis, Chris libertatem in dominam gentium urbem cœlesti numine; intulit. — : Ecclesiis Orientalibus Romana potissimum, ecclesiarum omnium capu sane quantum honoris et caritatis inde a memoria apostolica tribuere coi suevit et quam fideli obsequio vicissim lætari:easdemque, per varia dein atque acerba tempora, nequaquam ipsa destitit, providentia et benefactis, jacturis erigere, devinctas retinere, revocare discordes. Neque ultimum illl fuit vigilantie oflicium, ut proprias cujusque orientalis gentis consuett dines sacrorumque rationes, quas pro potestate et sapientia sua legitin: edixisset, integras in eis perpetuo custodiret ac tueretur: cujus rei doct mento multa sunt quæ Decessores Pontifices, cum primis Pius IX fel. rec vel suis ipsi actis vel per sacrum Consiliium christiano nomini propé gando prudentissime censuerunt. — Non minore permoti Nos adductiqt studio, sub ipsa pontificatus initia, ad christianas Orientis nationes ocul peramanter convertimus. Maturavimus quidem conferre curas ad earu allevandas necessitates, aliasque sumus deinceps occasiones nacti actuos benevolentiæ testandæ : sed nihil profecto antiquius sanctiusque fuit neqt LÉ LL

              CONSTITUTION « ORIENTALIUM DIGNITAS 3                               439

sst, quam animis cum Sede Apostolica obstrictis, adeo in eis ardorem exci- tre et fecunditatem fidei, ut ad majorum excellentiam et laudem exemplis renovatis nitantur. Jam licuit aliquot adjumenta Ecclesiis illis afferre, — Collegium hac ipsa in Urbe clericis Armeniis et Maronitis instituendis, itemque Philippo- poli et Hadrianopoli pro Bulgaris, condidimus; Athenis Leonianum con- dendum decrevimus; etiam seminario Sanctæ Anna, quod Hierosolymæ, cleri Græci Melchitæ educendi causa, cœptum est, majorem in modum fayemus. In eo præterea sumus ut Syrorum numerum ir alumnis Collegit Urbaniani augeamus: utque Athanasianum Græcorum ad pristinum resti. tuamus institutum, quod Gregorius XIII, munificusauctor, sapienter voluit, unde viri extiterunt clarissimi. Plura vero in hoc similique genere expe- rin Nos atque efficere posse, eo nune vehementiore voluntate exoptamus, postquam, aspirante Deo, consilium jamdiu meditatum perfecimus appel- landi singulari epistola principes et popules universos ad felicem fidei di- vinæ unitatem. Nempe inter christianas gentes calamitose divulsas, primo loco Orientales vocare, adhortari, obsecrare contendimus, quanta maxime potuimus apostolica et paterna caritate. Inchoatam spem quotidie magis foveri perjucundum accidit nobis, certumque est, opus tam salutare enixius insistere; ut, quidquid ex Apostolicæ Sedis providentia expectari possit, admodum expleamus, quum submovendis simultatis vel suspicionis cansis, tum optimis quibusque reconcilationis præsidiis admovendis. — Præstantissimum id esse existimamus, ad incolumitatem disci- fine Orientalium propriæ, cui valde semper tribuimus, animum curasque adjicere. Qua in re jam Nos clericorum ephebeis earum gentium proxime conditis hanc etiam dedimus præscriptionem, dabimus eamdem sondendis, ut maxima religione ritus colant et observent suos, in eisque cognitionem usumque alumni capiant. Siquidem in rituum orientalium <onservatione plus inest quam credi possit momenti. Augusta enim, qua varia ea rituum genra nobilitantur, antiquitas, et præclaro est ornamento Ecclesiæ omni, et fidei catholicæ divinam unitatem affrmat. Inde enim- vero, dum sua præcipuis Orientis Ecclesiis apostolica origo testatior constat, apparet simul et enitet earumdem cum Romana nsque ab exordiis fumma conjunctio. Neque aliud fortasse admirabilius est ad catholicitatis notam in Ecclesia Dei illustrandam, quam singulare quo ei præbent obse- quium dispares eæremoniarum formæ nobilesque vetustatis linguæ ex ipsa Apostolorum et Patrum consuetudine nobiliores; fere ad imitationem ‘bsequii lectissimi quod Christo, divino Ecclesiæ auctori, exhibitum est Bascenti, quum Magi ex variis Orientis plagis devecti venerunt..... adorare eu 1, — Quo loco illud apte cadit animadvertisse, quod sacri ritus, ta- metsi per se instituti non sunt ad dogmatum catholicorum evincendam veritatem eadem tamen viva propemodum exprimunt splendideque decla- fant. Quapropter vera Christi Ecclesia, sicut magnopere studet ea custo- dre inviclata quæ, utpote divina, immutabilia accepit, ita usurpandis éramdem formis nonnunquam concedit novi aliquid vel indulget, in is præsertim quæ cum venerabili antiquitate conveniant. Hoc etiam modo et éjus vitæ nunquam senesçentis proditur vis, et ipsa magnificentius Christi

‘Mat. LA 3-2,

140 REVUE ANGLO-ROMAINE sponsa excellit, quam sanctorum Patrum sapientia veluti adumbratam effato agnovit Davidico : Astitit regina a dextris tuis in vestitu deauralo, ci cumdata varietate... in fimbriis aureis, circumamicta varietatibus . Quoniam igitur hæc rei liturgicæ disciplinæque orientalis jure proba varietas, præter ceteras laudes, in tantum decus utilitatemque Ecclesi convertitur, eo non minus pertineant muneris Nostri partes oportet, rec ut sit consultum, ne quid incommodi imprudenter obrepat ab occident libus Evangelii administris, quos ad eas gentes Christi caritas urgeat. - Rata quidem permanent quæ in hoc Benedictus XIV, Decessor Nost illustris, sapienter provideque decrevit per Constitutionem Demandata in forma epistolæ, die datam XXIV decembris anno MDCCXLIHT, ad P triarcham Antiochenum Græcorum Melchitarum omnesque ejusdem rit Episcopos eidem Patriarchæ subjectos. Verum, ætatis decursu non bre: novatis per ea loca rerum conditionibus, atque latinis Missionariis Ins tutisque ibidem multiplicatis, factum est ut peculiares quædam Apost licæ Sedis curæ in eadem causa exposcerentur : quod certe peropportunu fore, crebra per hosce annos occasione Nosmetipsi cognoveramus, et de: deria æquissima confirmaverant Venerabilium Fratrum in Oriente P triarcharum, non semel ad Nos delata, Quo autem totius negotii aperti pateret summa, aptioresque providendi rationes definirentur, eosde Patriarchas haud ita pridem in Urbem advocare placuit, quibuseum co: municaremus consilia. Tum eos, una cum nonnullis Dilectis Filiis Nosti S.R. E. Cardinalibus, coram ad deliberandum frequenti congressio: babuimus. — lis autem rebus omnibus, quæ communiter propositæ el ag tatæ sunt, meditate perpensis, induximus animum certa quædam ejusde Benedictinæ Constitutionis præscripta, congruenter novis earum gentiu temporibus, explicatiora facere et ampliora. In quo præstando, hoc tan quam principium ex ipsa deprompsimus, sacerdotes nempelatinos eo tantu consilio ab Apostolica Sede in illas regiones mitti, ut sint Patriarchis Episcopis in adjutorium et levamen ; cauto propterea ne utendo facultatih sibi concessis, eorum jurisdictioni præjudicium inferant et numerum subdil rum imminuant : ex quo perspicuumextat quibus legibus officia eorumdre Latinorum ad Hierarchiam Orientalem sint temperanda. Itaque rerum capita quæ sequuntur visa sunt in Domino præscriben et sancienda, ut facimus, Apostolica fultiauctoritate : jam nunc declarant velle Nos atque edicere ut eadem Benedictina decreta, quæ de Græcis Me chitis primitus data sunt, fideles omnes cujusvis in Oriente ritus univer attingant.

I. Missionarius quilibet latinus, e clero [sæculari vel regulari, qui orie talem quempiam ad latinum ritum consilio auxiliove inducat, præter st pensionem a divinis quam ipso facto incurret, ceterasque pœnas per eamde Constitutionem Demandatam inflictas, officio suo privetur et excludat: Quæ præscriptio ut certa etfirma consistat, exemplar ejus patere vulgatu apud Latinorum ecclesias jubemus.

I. Ubi desit proprii ritus sacerdos cui Patriarcha orientalis mandet s]

Ps. xLvi.

                                               Google
                                                      [e

CONSTITUTION « ORIENTALIUM DIGNITAS » 141 riiualem suorum administrationem, ibi eofum curam suscipiat Parochus alieni ritus qui easdem utque ipsi species, azymum vel fermentatum, ad ronsecrandum adhibeat; anteferatur qui eas adhibeat ritu oriental, — Fidelibus autem sit facultas communicandi utrovis ritu, non eis tantum- modo locis ubi nulla ecclesiu nec sacerdos Sui proprii ritus habeatur, prout asacro Consilio christiano nomini propagando decretum est die XVIII au- gusti anno MDCCCXCIHI, verum etiam ubi, propter longinquitatem eccle- she su, non eam possint, nisi cum gravi incommodo, adire : de quo Ordi- mani esto judicium. Idque fixum resideat, eum qui alieno ritu vel diu, “ommunicaverit, non propterea censendum mutasse ritum, sed in ceteris oficiis omnibus perseverare Parocho suo addictum.

I. Sodalitates Religiosorum latinæ quæjuventuti instituendæ in Oriente dant operam, si quo in collegio alumnos ritu orientali non paucos nume- rat, sacerdotem ejusdem ritus, Patriarcha consulto, apud se habeant ipso- nm commodo alumnorum, ad missæ sacrificium, ad sacram synaxim, ad catechesim patria lingua impertiendam ritusque explicandos ; aut saltem diehus dominicis ceterisque de præcepto occurrentibus festis talem sacer- lotem arcessant, ea officia præstiturum. Quam ob causam eisdem Sodali- ltibus quævis privilegia, etiam speciali mentione digna, quibus gaudeant, ut alumni orientalis ritus, quamdiu in collegiis ipsarum degant, latinum “quautur, adempta esse omnia edicimus : de ritualibus autem abstinentiis “randis moderatores cum religiosa wquitate videant. — Item alumnis rxernis prospiciatur: quos ad proprias ipsorum ecclesias seu curias re- miti au perduci oportebit, nisi videatur cos eum internis ad cjusdem ritus ullicia admittendos.

IV, Eadem præscripta transferenda sunt, quoad fieri possit, ad Religio- sum Sodalitates, puellis educandis in asceteriis scholisque deditas. Quod S qua immutatio per tempora et res opportuna inciderit, ea non ante fiat quan Patriarchæ consensus accesserit et venia Apostolicæ Sedis.

V. Nova, ritu latino, juventutis collegia vel domus Religiosorum utrius- “ssexus ne in posterum aperiantur, nisi Apostolica Sede rogata et con- “atiente,

VI, Presbyteris tum latinis tum orientalibus, neque in suis, neque in dlieni ritus ecclesiis, fas est quemquam absolvere a casibus qui suis cujus- que Ordinariis sint reservati, nisi facultate ab eisdem permissa : qua in re quodvis privilegium, vel speciali mentione dignum, prorsus revocamus.

VIL Orientalibus qui ritum latinum, etiamsi ex pontifcio rescripto, sus- “peint, revertere ad pristinum, Apostolica Sede exorata, licebit.

VUE. Mulieri latini ritus quæ viro nupserit ritus orientalis, wque ac madlieri orientali quæ nupserit latino, integrum erit ut ad ritum viri, ineun- del durante matrimonio, transeat: matrimonio autem soluto, resu- meudi propri ritus libera erit potestas.

IX. Quicumque orientalis, extra patriarchale territorium commorans, Ab administratione sit cleri latini, ritui tamen suo permanebit adscriptus;

                                                                Daiizssb   GOOQIe
                                                                              Le

142 REVUE ANGLO—-ROMAINE

ita ut, nihil diuturnitate aliave causa ulla suffragante, recidat in ditionem Patriarchæ simul ac in ejus territorium revenerit.

X. Nulli, utriusvis sexus, Ordini vel Instituto religioso latini ritus, quem- quam orientalem inter sodales suos fas erit recipere, qui proprii Ordinarii testimoniales litteras non ante exhibuerit.

XI. Si qua ex dissidentibus communitas vel familia vel persona ad catho- licam unitatem venerit, conditione velut necessaria interposita amplectendi latini ritus, huic ritui remaneat ea quidem ad tempus adstricta, in ejus tamen potestate sit ad nativum ritum catholicum aliquando redire. Si vero ejusmodi conditio non intercesserit, sed ideo ipsa communitas, familia, persona a latinis presbyteris administretur quia desint orientales, regre- diendum ipsi erit ad ritum suum, statimut sacerdotis orientalis fuerit copia.

XII. Matrimoniales et ecclesiasticæ quæcumque sint causæ, de quibus ad Apostolicam Sedem appellatio fiat, nequaquam Delegatis Apostolicis definiendi, nisi aperte ea jusserit, committantur, sed ad sacrum Consilium christiano nomini propagando omnino deferantur.

XIII. Patriarchæ Græco-Melchitæ jurisdictionem tribuimus in vosquoque fideles ejusdem ritus qui intra fines Turcici Emperii versantur.

Priter istas peculiares cautiones atque ex jure præscripta, maxime Nos tenet cura, quod supra attigimus, ut condantur opportunioribus in Oriente locis seminaria, collegia, instituta omne genus, eaque prorsus ad juvenes incolasipso ritu patrio formandosin suorum aüxilia. Hoc propositum, in quo dici vix potest quanta religioni inhæreat spes, studiose Nos aggredi prolixisque subsidiis provehere, affluente, ut confidimus, catholicorum ope, deliberatum habemus. Sacerdotum indigenarum operam, quippe et conve- nientius impensam et cupidius acceptam, multo futuram quam advenarum fructuosiorem, paulo fusius est a Nobis monstratum in encyclicis litteris quas dedimus superiore anno de collegiis clericorum in Indiis Orientalibus constituendis. — Ita porro sacræ juventutis institutioni semel consulto, profecto studiis rei theologicæ et biblicæ apud Orientales accrescet honos: vigebit linguarum veterum eruditio æque ac in recentibus sollertia; doc- trini et litterarum census, quo Patres corum scriptoresque abundant, in commune bonum, largius proficiet : eo demum peroptato exitu, ut sacer- dotii catholici emergente doctrina integrique exempli laude prælucente, propensius ejusdem matris complexum fratres dissidentes requirant. Tum vero si ordiues cleri animos, studia, actionem caritate vere fraterna socia- verint, certe, favente et ducente Deo, dies maturabitur auspicatissima, qua, occurrentibus omnibus in unilatem fidei et agnitionis Filii Dei, plene ex eo perfecteque totum corpus compactum, et connezum per omnem juncturam subministrationis, secundum operationem in mensuram uniuscujusque membri, augmentum corporis facit in ædificationem sui in caritatet. Ea nimirum glo- riari unice potest Christi vera esse Ecclesia, in qua aptissime cohæreat unum corpus et unus spiritus 2.

LEph., 1v, 19, 16. 2 1b., 4. CONSTITUTION € ORIENTALIUM DIGNITAS 3 443

Hæc universa et singula, quæcumque sunt a Nobis decreta, minime du- bium quin Venerabiles Fratres Patriarchæ, Archiepiscopi, Episcopi quovis orientali ritu catholici, pro ea qua præstant tum in Cathedram Apostolicam et in Nos pietate, tum suarum sollicitudine Ecelesiarum, omni sint reve- rentia et obtemperatione suscepturi, idque sedulo effecturi ut eorumdem observantia, ab iis quorum interest, plena cansequatur, — Copia vero fruc- tuum, quos inde augurari licet et jure optimo expectare, valde ex opera eorum proveniet qui geruntpersonam Nostram per Orientem Cbristianum. Delegatis propterea Apostolicis commendatissimum volumus ut illarum gentium tradita a majoribus instituta honore debito vereantur : Patriarcha- rum auctoritatem quo parest obsequio colant, colendam curent; atque in officiorum cum eis permutatione, consilium expleant Apostoli: Honore invi- cem prævenientes : ; Episcopis, clero et populo studiosum ac benevolentem animum probent; eumdem plane spiritum in se referentes, quo Joannes Apostolus agebatur, quum Apocalypsim dedit sepiem ecelesiis quæ suntin Asia inscripta salutatione : Gratia vobis et pax ab eo qui est, ef qui erat et qui venturus est ? : in omnique agendi ratione sese præstent e0s, qui vere habeantur nuntii digni conciliatoresque sanctæ unitatis inter Orientales Ecclesias et Romanam, quæ centrum ejusdem est unitatis et caritatis. — Hæc ipsa similiter sentiant, similiter peragant, hortatu jussuque Nostro, sacerdotes latini quotquot in eisdem regionibus egregios labores obeunt ad sempiternam animorum salutem; religiose in obedientia Romani Pontifi- cis laborantibus, tunc vero dabit Deus ampla incrementa. Igitur quæecumque his litteris decernimus, declaramus, sancimus, ab omnibus ad quos pertinet inviolabiliter servari volumus ac mandamus, nec ea notari, in controversiam vocari, infringi posse, ex quavis, licet privile- giata causa, colore et nomine; sed plenarios et integros effectus suos habere non obstantibus Apostolicis, etiam in generalibus ac provincialibus consiliis editis, constitutionibus, nec non quibusvis etiam confirmatione Apostolica vel quavis alia firmitate roboratis statutis, consuetudinibus ac prwscriptio- aibus; quibus omnibus, perinde hac si de verbo ad verbum hisce literie inserta essent, ad præmissorum effectum, specialiter et expresse derogamus et derogatum esse volumus, ceterisque in contrarium facientibus quibuscutnque. — Volumus autem et harum Litterarum exemplis etiam impressis, manuque Notarii subscriptis et per constitutum in ecclesiastica dignitate virum suo sigillo munitis, eadem habeatur fides quæ præsentibus hisce Litteris haberetur ostensis. Datum Romæ apud S. Petrum anno Incarnationis Dominicæ millesimo octingentesimo nonagesimo quarto pridie calendas.decembres, Pontificatus Nostri decimo septimo. À. CanD. BIANCHI. — C. Carb. DE RUGGIERO. Pno-DATARIUS VISA Dé Cukia I. DE AQUILA E VICECO MITIBUS. Loco %% Plumbi. Reg. in Secret. Brevium. L. CUGNONI.

1 Rom., xx, 16, 3 Apoc., t, 4. NOUVELLE DÉCLARATION DES ÉVÈQUES CATHOLIQUES SUR LA QUESTION SCOLAIRE EN ANGLETERRE.

    Nous, Cardinal-Archevèque et Évêques catholiques d'Angleterre et
  de Gaïiles, avons été amenés par ce qui a transpiré de la réception des
  représentants de l'Eglise d'Angleterre par le premier ministre et le prési-
  dent du Conseil, à ajouter à notre mémoire certaines déclarations qui nous
  semblent nécessaires pour définir la position de notre population catha-
  lique et pour défendre les revendications de nos écoles.
     La députation à laquelle il est fait allusion présenta un mémoire signé
  par les archevèques de Cantorbéry et d'York, déclarant qu'elle n'avait pas
  l'intention de demander au Gouvernement de dispenser l'Eglise des sacri-
  fices qu'elle avait faits et était prète à faire encore.
     Nous nous croyons obligés, en conséquence, à faire cette grave déclara-
  tion :
     Nous n'avons rien à objecter à ces charges extraordinaires, que, grâce à
  ses richesses considérables, vient s'imposer l'Eglise anglicane.
    Mais, si elle peut promettre chaque année plus de 600,000 livres pour le
  maintien de ses écoles, nous déclarons que les catholiques sont dans l'im-
  possibilité de s'engager à faire une semblable générosité : dans leur pau-
  vreté, ils doivent se contenter du droit commun, qui est celui de la justice
  et de l'équité pour tous, et ils demandent, en leur nom, du moins, que le
  même paiement soit fait par l'Etat pour l'enseignement séculier donné dans
  toutes les écoles publiques élémentaires d'Angleterre et de Galles.
     Pour bien comprendre toutes les difficultés de la situation qui est faite
  aux catholiques, certains faits sont nécessaires à rappeler.
    L'Eglise catholique en Angleterre ne représente plus la classe riche du
  pays, maïs principalement les pauvres.      Voilà longtemps déjà qu'elle à
  perdu tous ses biens. Elle est coniposée maintenant en grande majorité de
  pauvre peuple vivant du travail journalier et, dans une proportion minime,
  de propriétaires ou de gens appartenant aux professions libérales. C’est avec
  leurs seules ressources privées ou leurs salaires difficilement gagnés que les
  catholiques ont à soutenir toutes les œuvres religieuses et charitables.
     L'éducation d'un clergé chaque jour plus nombreux, la construction d'é-
  coles, de chapelles, d'églises, la fondation d'institutions de toutes sortes,
  autant de charges auxquelles les catholiques ont à subvenir, et, pour   y faire
  face, ils n'ont ni revenus, ni richesses acquises, mais seulement les sacri-
  fices constants d’une population pauvre mais généreuse.
     Nous suggérons que des meetings organisés par les amis des écoles
  libres soient tenus sur tous les points de l'Angleterre et que les résolu-
  tions qui y seront prises soient présentées aux membres du Parlement,
  ainsi qu'au président du Conseil.
    Sigué par tous les évêques catholiques d'Angleterre et de Galles,          et
  par moi-même,
                                            IIERBERT, cardinal VAUGHAN.

                                Le Direcleur-Gérant: KERNAND PonTaL.
                 PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 47,

Le] D ARS

Ê

Are ANNÉE N°4 28 DÉCEMBRE 4895.

                                REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu es Petrus, et su                                            Spiritus Sanctus po-
 per    banc   petram                                            suit episcopos re-
 ædificabo Ecclesiam                                             gcro Ecclesiara Dei.


 dabo clayes ®. ni                                                      AcT. xx. 28.
 MaTrH. XVI. 18-40.




                                 SOMMAIRE :
                                                                             PAGSS


Dr A.   FERRAND...        L'homme et l’Anthropologie................          145-
   V.   Ermoni......      L'Eglise romaine cn face de l'Eglise grecque
                            schismatique .... .................., so.         153
                          Chronique..... ...........................          114
        DocumenT....      Ritus Ordinationum Anglicanus............           177




                                     PARIS

           RÉDACTION               ET     ADMINISTRATION
                                17, RUE CASSETTE


                                        1895

TARIF DES ANNONCES

               FRANCE                                        À LA PAGE:

Un AN.................. 20 fr. La page....... essssse..e 30 Six mors ................ Ad fr. La 4/2 page............ 20 TROIS MOIS .............. 6 fr. Le 4/4 page............. 10 | ÊTRANGER Lt : À LA LIGNE : Ux aN....:............1 25 fr Sur 4/2 colonne: la ligne. 1 Six Mois................. 48 fr. TRots MoIS..........,.... 7 fr. Les annonces sont rec France... Ofr. #0 aux bureaux de la Revue LE NUMÉRO ÉTRANGER.. fr. » rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans des articles signés n'engagent que responsabilité des auteurs.

L'INTERMÉDIAIRE CATHOLIQUE DE BESANÇON & DE GENE MAISON DE CONFIANCE FONDÉE À BESANÇON EN 1884

MONTRES & PENDULE BIJOUTERIE — JOAILLERIE — ORFÈVRERIE Avec la seule Commission du Gros

Adresser les demandes en fabrique à Madame MARIE MARILLI 7, rue du Mont-Sainte-Marie, BESANÇON . DÉPOT A PARIS, 76, RUE DE RENNES

                   Catalogue franco. — Photographies franco.

                      R Hcencié ès lettres

PROFESSEU Lecons particu- LEC ON jeuns homme habitant Y d'anglais offertes par

lières de latin, grec, littérature et philo- ris, mais ayant longtemps résidé en An sophie, spécialement recommandé, S'a- terre, en échange de leçons d'alleman: dresser G. A. aux bureaux de la Hevte. Références sérieuses exigées de partetc tre.S'adresser H. D. sur büreaux dela Re I N. #6 ans, ayant rempli les fonc- M SS tions d'institutrice dans plusieurs PROFESSEUR iongiemps r d'anglais, 2 grandes inaisons, demande place d'institu- trice, de gouvernante ou de dame de compa- à Londres, désire leçons à domicile. gaie. Excellentes références. S'adresser aux cellentes références. S'adresser V. aux burcaux de la Revue, reaux de la Revue.

                                                                        sus « 1
                                                                             de Sciences
              fille, habitant entre le Troçca- PROFESSEUR
          S   très honorables, la mère et la

DAME relles. Préparations aux baccalaurés! déro et le bois de Boulogne prendraient au premier examen du doctorat en dames pensionnaires. Confort et prix mo- cine. Spécialement recommandé. S’a dérés. ser M G , aux bureaux de la Revue. P ÊT E recevrait jeunes anglais à inet R LA R la campaunc prés Paris, UN JEUNE HOMME ‘“: U IN

pour apprendre Je francuis. Excellentes guë, ‘désire emploi de secrétaire. Vos références. S'adresscr M. H, aux burcaus rait N'adresser M. FE aux Bureaux d de la Hevue. Revue. Hautcs référonces. L'HOMME ET L’ANTHROPOLOGIE À PROPOS D'UN LIVRE RÉCENT

La plupart des auteurs qui se sont proposé l'étude de l'homme, peuvent se classer, à vrai dire, en deux catégories distinctes : Les uns, portant des données générales, ont surtout pris à parti les considérations philosophiques dont cette étude peut être Focca- sion. Ils ont étudié l'homme à un point de vue élevé sans doute, mais plus spéculatif que pratique. Lisez les ouvrages de M# de la Bouillerie : vous trouverez dans son « Traité de l'homme », un exposé dogmatique inspiré par la plus pure doctrine thomiste, sur la nature de l’homme, sur son âme, sur ses facultés et sur sa fin, avec les considérations les plus élevées sur les principes métaphysiques et physiques qui régissent les êtres ea général et en particulier les êtres vivants. It en est de même du savant ouvrage du R,. P. Liberatore, sur le composé humain, ouvrage destiné tout entier à établir et à prouver l'unité substantielle de ce cumposé. Ces savants philosophes se tiennent à une hauteur de doctrine où l'on s'émerveille de les voir planer avec aisance; mais on se prend parfois à regretter qu'ils descendent si difficilement de leur empyrée, à ce point que la psychologie y est à peine effleurée, que la morale n’y est indiquée que de loin et qu'aucune part n'est faite, dans ces livres, à l'organisation physique de l’homme. Je ne parle pas des études plus spéciales, fort multipliées dans ces derniers temps, qui se sont proposé surtout la recherche de ee qu'ont pu être les caractères de l’homme primitif, ou encore la place qu'il convient aujourd’hui d'attribuer à l’hommme dans la nature au aom de la science, Je ne dirai rien non plus de ceux qui, comme Ernest Hello, par exemple, ont écrit sur l'homme des pages magni- fiques, mais où l'on chercherait vainement une étude méthodique et formant un tout, sur l’un quelconque ou sur l'ensemble des carac- tères de l'Humanité. À côté de ces ouvrages philosophiques, nous avons les traités d'anthropotogie proprement dits, qui ont au contraire circonserit leur besogne aux données les moins spirituelles de l'humanité, à celles qui relèvent exclusivement du domaine de l'observation sen- sible. Pour la plupart de ces auteurs, l'anthropologie c'est l'Histoire REVUR ANGLO-ROMAINE, — T. Il. — 10 146 REVUE ANGLO-ROMAINE naturellede l'homme, laquelle, d'après eux, ne comporte rien de plus ou presque rien de plus, que l'histoire naturelle des animaux. C'est encore la biologie du genre humuin (Broca), c'est-à-dire l'étude des fone- lions vitales, soit dans l'être humain considéré isolément, soit dans les rapports de l'homme avec les autres êtres vivants. C'est, comme on le voit, le contre-pied de la conception philoso- phique : celle-ci daignait à peine s'abaisser jusqu'aux données de la psychologie; les anthropologistes, au contraire, dédaignent de s'éle- ver jusqu'à elle : sauf quelques exceptions, parmi lesquelles je noterai l'anthropologie de Frédaull. La science de l'homme se trouve ainsi et demeure scindée en deux terriloires, comme deux nations hostiles qui, dans la erainte de se rencontrer sur une frontière commune, préfèrent reconnailre une zone neutre sur laquelle l'une et l'autre s'interdit d'entrer. Des tentatives de rapprochement se sont cependant produites; quelques hommes supérieurs ont senti lout à la fois le besoin de ce rapprochement et les magnifiques conséquences qu'il pourrait pro— duire. Le P. Gratry, pour ne citer que lui, s'y élit appliqué comme à une œuvre sainte, avec la générosité de son cœur et avec l'élévation de son espril. L'école naturaliste anglaise à fait aussi dans ce sens quelques avances.

Et l'œuvre de Saint-Georges Mivart ‘ me parait être toul à fait inspirée par le même sentiment et animée du même esprit. La struc- ture du corps est le substratum sur lequel repose son livre, comme elle est celui sur lequel repose la connaissance de la vie : une certaine connaissance du corps est nécessaire, dit-il, pour arriver à une pleine connaissance de l'esprit. Et c'est après avoir résumé à grands traits les éléments de la constitution matérielle de l'orga- nisme, qu'il passe à l'analyse de ses fonctions élémentaires et des modes de l'activité corporelle, pour s'élever ensuite aux facullés mentales. Il montre, mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici peut-être, quelle hiérarchie il convient d'établir entre ces facultés mentales. L'étude du langage lui sert de transition pour atteindre les hautes intuitions du vrai, du beau et du bien, ainsi que l'étude de la volonté qui complèle cet ensemble. Ce philosophe est done en même Lemps un savant de premier

1 Par St-Georges Mivart, professeur ordinaire à la faculté de philosophie et lettres à l'Université de Louvain, membre de la Société royale d'Angleterre, vice- président de la Société zoologique de Londres. Traduit de l'anglais, avec l'autorisation de l'auteur par M. J. Segond, élève de l'Ecole normale supérieure, sous la direction de M. E. Segond, professeur hono- raire de philosophie au collège Stanislas. 1 vol. in-12, 390 pages. Paris Lethielleux,

                                                                        100Q

L'HOMME ET L'ANTIROPOLOGIE 447

ordre, chose rare, comme Île remarque le professeur de philosophie, M. E. Segond, qui présente aux lecteurs français ce volume, traduit pour eux par M. J. Segond. « Avec son ferme bon sens, il maintient énergiquement, contre le scepticisme de l'école empirique, les vérités fondamentales qui sont le patrimoine commun de tous les esprits ; sa philosophie est également éloignée des deux systèmes qui ont séduit beaucoup de penseurs de ce siècle : le pur mécanisme et l'idéalisme. On le comprend aisément, c’est de ce côté que devait aller de lui-même, en suivant sa pente, un naturalisle qui, comme Arislole, se place plus volontiers, pour envisager l'Univers, au sein du monde vivant, saus oublier d’ailleurs que la vie a des formes et es degrés multiples, que la vie physique n'en est que la forme la plus grossière et le degré le plus infime et qu'il en faut chercher le type suprème dans la vie de l'esprit. » « On sera frappé, ajouta-t-il, de la largeur de vues avec laquelle il rapproche et concilie les doctrines les plus opposées dans l'unité d'une conception qui tient compte de tous les éléments et de tous les aspects de la réalité, »

                                C2

                               LE]

Et, en eflet, ce ne serait qu'un travail ilinsoire, celui qui rappro- cherait les diverses sphères de la vie, en se fondant sur de simples analogies, tirées d'une observation superficielle. C'est au contraire une étude solide et féconde, celle qui établit ces analogies sur une analyse sévère des éléments essentiels de ces diverses sphères, et qui, dans la hiérarchie de ces éléments superposés, nous montre l'harmonie qui les rattache les uns aux autres et, en même temps qu'elle justifie leur distinetion, met en évidence leur unité. C'est ce qui résulte par exemple de la distinction poursuivie par l'auteur, avec une remarquable méthode, entre les facultés mentales inférieures et les facultés mentales supérieures. Parmiles premières sont étudiées la sensation pure, qu'il distingue de la perception intellectuelle, les images mentales qu'il sépare de l'idée pure, la mémoire sensible, l'appétit sensible, la connaissance sensible, l'attention et la volition de mème ordre qu'il sépare des mêmes facultés considérées dans la sphère intellectuelle; et jusqu'à la conscience sensible, qu'il sépare de la conscience intellectnelle et qu'il propose d'appeler du nom nouveau de ronsentience, pour éviter de la confondre avee la conscience raisonnée. Celle-ci est en effet la seule qui implique jugement et raisonnement intellectuel, facultés dont relèvent non seulement l'idée pure, mais les opérations de réflexion, d’abstraction, de généralisation, ‘éléments nécessaires du jugement. | Sans doute, on ne peut nier qu’il ne s'opère dans l’ordre sensible # 148 REVUE ANGLO-ROMAINE

des associalions et des analyses d'où peuvent résulter certains universaux et certaines abstractions de l'ordre sensible; et ces sentiments peuvent s'associer de manière à diriger notre con- senlience d'une manière tout automatique; mais si nos idées sont des appréhensions de qualités objectives groupées autour d'une unité objective, lorsqu'elles sont tirées du sentiment, ce qui est le cas le plus ordinaire, elles sont, lorsqu'elles passent à l'état d'idées intellectuelles, transformées par l'intelligence, qui leur fait perdre cette objectivité et les transforme en idées pures. On a objecté à cette distinction que la seule différence qui sépare- rail l'idée intellectuelle de l'idée sensible tiendrait à ce que nous nous servons mentalement des mots dans le cas où il y a idée, et que nous ne nous en servons pas dans le cas où il y a sentiment. Mais. ainsi que le remarque Mivart, cette objection ne peut se soutenir, parce que les perceptions etles idéesintellectuelles précèdent en nous l'usage des mots; il est donc impossible qu'elles en viennent. L'idée sensible correspond à une image dont le svsième nerveux cérébral fournit le lieu, sinon le substratum, et le mot se forme cor- respondant à celte image; tandis que l’idée intellectuelle ne répond pas à une semblable représentation ; le mot qui Ja traduit se forme sans qu'on trouve dans sa genèse l'intervention d'uneforme sensible, quelle qu'elle soit. Et lorsque nous cherchons à nous représenter une image de celle idée, l'image se dérobe pour ainsi dire à nos efforts; il nous faul sortir du domaine de l'idée générale et rentrer dans l'ordre concret, pour reconnaitre à cette forme une couleur ou un con- tour quelconque. Comme exemple topique de la différence qui sépare l'idée sen- sible de l'idée intellectuelle, l'auteur cite l’idée de suceession, l'idée de mouvement et surtout l’idée d’être, le plus universel de tous les universaux, la plus abstraite de toutes les abstractions, une véritable perception intellectuelle, une interprétation naturelle, spontanée et inconsciente des signes sensibles par une faculté spéciale de notre intelligence, et que les sens à eux tout seuls seraient absolument impuissants à nous donner,que nous concevons cependant ct que nous nommons de son nom. Eten effet, tandis que la vie sensible comporte Lout un ensemble d'appareils organiques, la vie intellec- tuelle n'en comporte aucun; l'intelligence n'a pas d'organe. La mettre en doute, c'estse condamner au scepticisme, « cette paralysie de l'esprit. »

                                    *
                                   CRE

de me suis arrêté à ce sujet parce que c'est un des plus intéres- sants, sans contestation, de ceux que comporte l’étude de l'homme ; et la facon dont il est traité dans le livre de Mivart n’est pas moins L'HOMME ET L'ANTIIROPOLOGIE 149

originale qu’elle est nettement exposée. J'ajouterai que c'est aussi une des plus fécondes en conséquences : en effet, si les opérations de l'ordre intellectuel ne diffèrent pas des opérations de l'ordre sen- sible, la supériorité de l'homme peut bien encore s'affirmer par un degré plus élevé dans la perfection de ces opérations, mais ce n'est plus qu'une différence de degré qui le sépare de l'animalité; et je n'ai pas besoin de montrer quelles présomptions on en peut déduire en faveur des doctrines matérialistes, avec ou sans l'appoint du trans- formisme. Si au contraire il ya, non pas une simple différence de degré entre les opérations sensibles, mais une différence radicale et de nature, le règne humain trouve dans cette distinction une preuve magnifique et solide. Une preuve solide, parce que c'est toute une classe nouvelle d'aptitudes qui apparaissent au haut de la hiérarchie des êlres; etune preuve magnifique, parce que eette conception com- plète l'harmonieux ensemble qui, au premier échelon dela vie, pro- duit l’unité de l'être vivant, par les facuités de réception etd'activité nutritives, — à un degré plus élevé, se manifeste par la vie sensible qui est l'apanage de l'animalité, — et en haut de l'échelle nous donne la vie intellectuelle qui est la vie de l'honime.

                                     *
                                 +       +

I n'est pas jusqu'au langage qui ne se retrouve avec des formes diverses dans les deux sphères de la vie animale et de la vie intellec- tuelle. Il y a donc un langage émotionnel et un langage intellectuel : c’est une distinction à laquelle j'ai consacré ailleurs toute une étude. Le langage émotionnel ne traduit que l'émotion et n'implique en ” aucune façon l'existence de l'idée : c’est le geste, c'est la mimique, ou bien c’est le cri, ou même c’est le mot, mais le mot répété par imi- tation, comme le babil de l'idiot ou du perroquet. Ce langage ne tra- duit que l'émotion et ne provoque que l'émotion: une émotion irrai- sonnée et souvent irraisonnable. Le geste est son mode d'expres- sion le mieux approprié, celui qui le traduit avec le plus de puis- sance, parce qu’il met dans son expression un .plus grand nombre d'éléments expressifs. Le eri, l'interjection y ajoutent beaucoup sans doute, mais à la condition que le ton et le geste soient bien d'accord avec eux; sans quoi l'effet est bizarre, incohérent, comique même, et n’a rien d'intelligent, à proprement parler. Le mot déterminé, qu'il soit articulé, ou formulé en caractères gra- phiques, la phrase surtout, constituent au contraire le langage intel- lectuel. Et si le mot n’est pas l'instrument nécessaire de la pensée, il en est du moins l'auxiliaire puissant, sinon indispensable, Mivart donne un exemple topique de la différence qui sépare ces deux langages : Supposons, dit-il, que deux hommes se tiennent sous 450 REVUE ANGLO-ROMAINE

un chêne el que cet arbre soudain fasse mine de tomber. Ils fuiront aussitôt en poussant des cris d'alarme; leurs cris et leurs gestes éveilleront des sentiments de crainte et de sympathie chez les per- sonnes qui, se trouvant à quelque distance, pourront cependant les voir et les entendre : ce n’est jusqu'ici qu’un langage émotionnel qui traduit leurs sentiments et éveille des sentiments corrélatifs chez ceux qui en sont les témoins. Mais, s'ils viennent à s'écrier : « Ce chène tombe, ou est sur le point de tomber », ils formulent une idée intellectuelle : car ils ont nommé le chêne, c'est-à-dire un nom qui convient non seulement au chène sous lequel ils se trouvent, mais à toute une espèce, à une classe entière de choses; le mot implique une unité de nature ou d'espèce qui appartient à un nombre indéfini d'individus. De plus, l’adijectif déterminatif « ce » désigne, dans cette classe entière des chènes, l’idée d'une unité absolument individuelle qui ne peul se présenter nulle part ailleurs qu'en elle-même. Enfin, Le mot « est » désigne la plus remarquable, la plus importante, et la plus abstraite de toutes les idées abstraites, l’idée d’ « être » qui est au fond de tout acte, quel qu'il soit, el sans laquelle rien ne se peut concevoir. Et quant à la locution « sur le point de tomber », c'est bien une autre abstraction, puisque c'est une qualité on manière d'être qui ne se peut saisir que par les mots qui l’expriment. C'est ainsi que l'étude du langage, comme du reste celle de la mémoire, de l’attention, de la connaissance et de la volonté, pour- suivie dans les deux sphères de la vie sensible et de la vie intellec- tuelle, montre que ces diverses opérations se retrouvent dans l’une et l'autre de ces deux sphères, avec des caractères communs et des formes distinctes, qui trahissent tout à la fois la dualité de leur prin- cipe el l'unité de leur sujet. La même analyse se retrouve dans l'étude de la volonté ou plutôt de l’action, qui comporte de même une double série de faits, l'une conslituée par la série des actes automatiques, l’autre par la série des actes librement voulus ou consentis.

                               nn

  Nos gros traités d'anthropologie ont trouvé un ingénieux moyen

d'élever quelque peu le champ de leurs investigations : ayant épuisé les données qui concernent l'homme pris en particulier, ils se sont allaqués aux collectivités. lis ont passé en revue les groupes natu- rels qu'offre à l'étude l’histoire naturelle de l’homme; après avoir éludié l'homme dans l'évolution qui lui est propre, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, ils ont pris à parti la famille. Puis ce sont les groupes ethniques auxquels ils ont consacré de gros chapilres, bourrés de chiffres statistiques. Et ils se sont émerveillés des lueurs que leurs conclusions reflétaient sur les questions de morale et d'es- L'UOMME ET L'ANTHROPOLOGIE 151

thétique. Sans doute, cette façon de procéder élargit considérable- ment le champ de la science et donne à ses conclusions un aspect de généralisation qni n'est pas sans grandeur. M. Mivart n'a eu garde de le méconnaitre, et Le dernier chapitre de son livre touche à ces grands problèmes que soulève plus qu'il ne les résout l'observation de l'humanité. Les questions relatives à l'an- tiquité de l'homme, à son unité organique, aux intuitions qu'il pos- sède du vrai, du beau et du bien, la morale qui en découle, le senti- menti religieux qui s’y trouve implicitement compris, tout cela donne à la science de l'anthropologie comme une façon de couronnement qu'on ne saurait nier. Mais on ne saurait nier non plus que toutes ces données réunies ne constituent pas un édifice complet. Toutcequ'on en peut retirer ressemble bien à un germe qui pourra devenir quelque chose de grand et niême de fécond ; mais on a conscience en mème temps qu'il y inanque quelque chose encore ; sans quoi le monument manque de caractère, sans quoi le germé demeure stérile, Le doute plane au milieu des conclusions les plus élevées; l'incertitude perce à travers les formules: la vapeur ne saurait nous conduire au ciel, et le télégraphe ne peut nous apporter des dépèches de l'au-delà. Que dis-je ? les faits d'observation les plus simples sont l'objet de discussions interminables et d'interprétations divergentes. Les réa- lités sont prises pour des apparences, les apparences pour des réa- lités et l'esprit humain doit faire les plus grands efforts, il doit s'accrocher désespérément à l'ancre du bon sens, s’il ne veut être entrainé à la dérive, à la merci des théories et des systèmes. Dans cette déroute menaçante de toutes nos forces vives, les har- monies qui se montrent dans l'étude des diverses séries des phéno- mènes naturels semblent être au contraire une forte et bienfaisante présomption en faveur des éléments que l'analyse découvre en eux. Ceux que l'observation physique reconnait et démontre deviennent ainsi une sérieuse raison de croire à ceux que la conscience ne nous révèle que confusément peut-être et que la raison ne suffit pas tou- jours à établir sans conteste. C’est en ce sens que les résultats de cette analyse ont une grande portée el que leur étude peut produire les meilleurs fruits.

Le mouvement scientifique actuel, je parle de la haute science, s'effectue, il faut le reconnaitre, dans cette direction. L'observation, en étendant loujours plus loin son domaine l'a enrichi d’une masse considérable de faits nouveaux; elle les a enregistrés avec soin. Mais elle commence à s'étonner de ce qu'une moisson si abondante, féconde sans doute pour tout ce qui touche aux applications utiles 152 REVUE ANGLO-ROMAINE

de la science, ne le soit pas de même pour la satisfaction des grands problèmes qui lourmentent l'esprit humain et le tourmenteront tant qu'il n'aura pas abdiqué ses plus hautes et ses plus légitimes aspi- rations. Eh quoi ! se dit-on, nous vivons à la vapeur, l'espace et le temps sont pour ainsi dire vaincus par les procédés scientifiques; mais ni l'espace, nile temps ne nous ont rien appris el sur nos origines el sur nos fins dernières ; et Je catéchisme, là-dessus, nous en dit plus long que les plus gros traités et que tous les livres de science pris ensemble. Mais que les sciences, au contraire, cessent d'évoluer dans le cercle particulier qui leur est propre, qu'elles ne craignent pas de s’emprun- ler mutuellement les données qui se correspondent, et de ces rela- lions appréciées avec sagesse et avec bonne foi, on pourra tirer les plus fécondes déductions. La vie dans les êtres les plus simples comporte trois genres d'opéralion qui se retrouvent dans ses sphères les plus élevées. La cellule absorbe les éléments qu'elle trouve dans le milieu qui l'en- toure; elle choisit parmi eux ceux qui sont à sa convenance et les assimile; elle rejette, au contraire, ceux qui ne sauraient lui con- venir et ceux qu'elle a usés dans ce mouvement de perpétuel échange, La vie sensible possède à son tour ces trois opérations élémentaires. L'animal est impressionné par les agents qui lui viennent du milieu qui l'entoure et même de son propre milieu; il s'adaple à celte impression par la sensation et il réagit en con- séquence, soil pour -la provoquer à nouveau, soit pour l'écarter, selon que celle-ci l'offense ou le charme. La vie intellectuelle a de méme ses trois opérations essentielles: le sentiment moral est la première, l'assimilation intellectuelle est la seconde, la détermina- lion volontaire la complète. Et tandis que la vie inférieure est toule nutrilive, la vie animale toute sensible, la vie humaine toute intel- lectuelle, nous concevons, au delà de cette dernière, une vie qui esl acle pur el qui n'est autre que la vie divine.

                                    *

                                   “+

Telles sont ces grandes synthèses qui non seulement peuvent donner à notre esprit la substance qu'il réclame et l'aliment qui lui convient, El quand la science, cessant de dédaigner ces nobles aspi- ralions, ne craint pas de s'élever ainsi par la combinaison des diverses branches du savoir, jusqu'au-dessus d'elle-même, elle arrive jusqu'à loucher du doigt la solution de ces grands problèmes que lui propose la foi, et elle nous apparaît brillante et belle de toute la splendeur du vrai. : A. FERRAND. L'ÉGLISE ROMAINE

EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE

                             (Suite.)




            V. — LA COMMUXION SOUS UNE SEULE ESPÈCE.

Nous voici en présence d'une nouvelle matière à discussion. La letire patriarcale et synodale nous reproche d'avoir rompu avec la tradition primitive et d'avoir innové, en remplaçant, pour les laïques, la communion sous les deux espèces par la communion sous une seule espèce. Sommes-nous véritablement dans l'erreur en donnant aux laïques la communion sous une seule espèce”? Certainement non. Dès le début, nous sonimes obligé d'en revenir à la même réponse. Qu'y pouvons-nous? Le lecteur se faliguera peut-être d'entendre répéter toujours la même chose. Mais nous ne sommes pas maitre de notre discussion. L'ordre nous en est imposé par le document érmianant du Phanar. Puisque les théologiens grecs ont perpéluellement confondu deux questions d'ordre absolument dis- tinct, puisqu'ils paraissent avoir à cœur de continuer à confondre le 4logme avec les rites, nous ne pouvons pas, de notre côté, ne pas les rappeler toujours à cette élémentaire mais fondamentale distinetion, Redisons-le donc : La question de la communion sous une ou deux espèces n'est pas du ressort du dogme : c'est une question qui se rattache directement aux matières rituelles et à la discipline ecclé- siastique. Elle constitue donc un domaine sur lequel on peut avoir des manières d'agir diverses et garder une entière liberté sans briser le moins du monde l'unité de la foi. Les deux usages ne contiennent rien d'illicile et encere moins d'erroné. L'Église grecque peut conser- ver religieusement sa pratique; l'Église romaine peut en faire autant de son côté; et néanmoins elles peuvent avoir entre elles le lien de la concorde et de l’union la plus étroite. Mais les théologiens du Phanar prétendent que nous autres, romains, nous sommes dans l'erreur, que nous avons déserté les traditions apostoliques et introduit des usages absolument nouveaux et inconnus aux siècles passés. Cette accusation nous touche sensi- blement; nous sommes obligé de la relever : nous ne pouvons pas 154 REVUE ANGLO-ROMAINE

            la laisser passer sans uné calme protestation, ou, à lout le moin
            sans un examen consciencieux,
              Non, répondrons-nous aux insinualions de la lettre patriareal
            Notre pratique est aussi ancienne que le christianisme lui-mêm
            L'histoire est là pour en faire foi. Nous n'avons qu'à explorer |
            plus anciens documents du christianisme, et ils témoigneront inélu
            lablement que la communion, sous une seule espèce, était employ
            dans les Lemps les plus reculés.
              Adressons-nous tout         d'abord au Divin        Instituteur de la sain
            Eucharistie. Dans cet admirable chapitre vi de saint Jean, où Jésu
            Christ parle longuement de          son dessein d'instituer le sacreme
            eucharistique, il en dessine les magnifiques effets et les préciet
            fruits. Or, que voyons-nous? Jésus-Christ promet également la +
            éternelle à ceux qui ne mangent que son pain, sa chair, comme à ce:

SE re FO TENE

            qui, à la fois, mangent son corps el boivent son sang. Dans de
            versels, les promesses de la vie éternelle ne sont faites qu'à ceux q
            mangent son corps'.         Dans deux autres, au         contraire, il fail |
            mêmes promesses à ceux qui mangent son corps el boivent son sa
            tout à la fois ?,
              Les Actes des apôtres nous déclarent la même chose. En no
            décrivant le genre de vie des premiers fidèles, ils nous disent expri
            sément que      les premiers     fidèles persévéraient dans la communie
            tion de la fraction du pain et les prières #, On voit qu'il n'est nulleme
            fait mention du sang. Ils employaient done une seule espèce. Qu'

non

            ne se méprenne pas sur la valeur de ce Lexte. Il s'agit ici évidemme
            de la célébration des agapes, et la plupart des commentateurs voie
            dans ce pain, non un pain ordinaire, mais le pain mème euchari
            tique. Les termes sont absolument identiques à ceux qu'emplo

EE

            Jésus-Christ,
              Et saint Paul ne laisse-t-il pas entendre la même chose quand
            dit aux Corinthiens : Quiconque aura mangé indignement ce pai
            ou aura bu indignement le calice du Seigneur, sera coupable du cor
            et du sang du Seigneur
                                 *. Pourquoi l'emploi de cette particule disjo
            tive ou, si ce n'est pour indiquer qu'on pouvait prendre séparéme
            l'une ou l'autre des deux espèces
                                            ?
    a




              La pratique des premiers siècles du Chrislianisme nous conduil

Te

            aûr0d rù alua, oùx Éyire Swnv dv Exucots. (Ÿ. 54.) — ‘O spcyuv pos tnv cäpra :
            rivov Loù ro aigue Eyet Sonvaloviov. (ÿ. 55.)
               3 Th xowvwviz nai 7h xhdaet ToD Gprou ai raic rpossuyaïs. (Il, 42).
              1 "Os äv écbin rôv äprov à nivn rù rorhpuoy 109 Kupiou vaËlws, Évoyos Eotat :
            güparos xx aluaros «09 Kupiou. (Is ad Cor. xt, 27.)




                                                           1 Google

L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCRHISMATIQUE 453 1° La communion des infirmes. Assez souvent on communiait les infirmes; et ce qu'il y a de plus étonnant c'est qu'on leur portait chez eux le saint Viatique absolument comme aujourd'hui, avec cette différence pourtant qu'aujourd'hui c'est le prêtre seul qui est chargé de ce ministère, tandis qu'aux premiers siècles un simple fidèle pouvait en être chargé. Or, quand on portait la communion aux infirmes, on ne leur porlait que le corps. Eusèbe rapporte un fait tout à fait singulier. Il raconte que le moine Sérapion, sur le point de mourir, communia avec une parcelle d’hostie que lui avait apportée un jeune homme; après quoi il rendit le dernier soupir !. 2 La communion des enfants. Dans les premiers siècles on commu- niait les enfants à n'importe quel âge. On n'avait pas encore fixé, comme de nos jours, un àge pour la première communion. Toute- fois les enfants ne communiaient que sous une seule espèce. On employait ordinairement le sang afin d'éviter tout accident qui aurait pu arriver si l'on donnait le corps à de tout jeunes enfants, qui ne s'accommodent que très difficilement d'une nourriture solide. Cette pratique nous est attestée par saint Cyprien?. L'Église de Constanti- nople a connu, elle aussi, cette pratique.

3° La messe des présanctifiès. Cet usage est surtout propre aux Grecs. Les prêtres grecs, durant le carême, excepté les jours du samedi et du dimanche, et le jour de ia fête de l'Annonciation, ne consacrent pas la sainte Eucharislie, mais conservem le pain consacré dans un sacrifice précédent, et l'offrent de nouveau avec les prières de la « Messe. Le prètre se communie lui-même et communie les assistants

Mais qui ne voit pas que ces prières sont inutiles et presque déri- soires s'il n'existe pas de purgatoire? S'il n'existe, dans l’autre vie, que deux termes extrèmes, immuables et éternels, le ciel et l'enfer, à quoi bon prier pour les morts, puisqu'il n’y a plus rien à faire pour eux? Leur sort est irrévocablement fixé. Les suffrages que l'on fait pour les morts supposent un lieu intermédiaire dont il est possible d'abréger la durée et les souffrances. Au fond, nous avons mis la main sur le grand fait qui a peut-être contribué plus que n'importe quelle idée à infiltrer, dans le courant des vérilés dogmatiques et dans l'esprit des fidèles, la eroyance au feu du purgatoire. Ce fait, dont on trouve les traces dans les Écritures et dans les plus anciens monuments, c’est l’intercession pour les

| Platon, métropolitain de Moscou, consulté par un Anglais sur ce dogme, répon- dit: Purgalorium ut crudum el recens, non sine suspicione lucri ercogilatum commentum respuimus. L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 157

morts. La doctrine du purgatoire sedégage de ce fait avec une force irrésistible. Vous priez? — Donc, vous supposez que les morts peu- vent être soulagés. Vous croyez que les morts peuvent être soulagés? — Donc vous professez qu'il y a un lieu où le pardon et la réconcilia- tion sont encore possibles, où possible aussi est l'amélioration de l'état de vos défunts, Voilà le pivot de la démonstration. Or, l'Église grecque prie-t-elle, comme nous, pour les morts ? Oui : nous l'avons entendu tout à i'heure de la bouche des signataires de la lettre synodale, Nous allons le démontrer par quelques documents autoritaires. Le ratéchisme délaillé, très employé en Russie, pose ectte question : Quelle remarque nous resle-t-il à faire relativement aux âmes de ceux qui sont morts dans la foi, mais dont le repentir n'a pas eu le temps de porter le fruit? Rép. Que pour leur obtenir une résurrection bienheureuse les prières de ceux qui sont encore sur la terre peuvent être d'un grand secours, surtout lorsqu'elles sont jointes au sacrifice non sanglant de la messe, et à des œuvres de bienfaisance accomplies avec foi en mémoire des trépassés. Les patriarches d'Orient, dans leur Epitre au saint synode, s'expri- ment d'une manière plus frappante encore : « Elles {les Ames mortes en état de péché, sans avoir produit des fruits de pénitence) seront effectivement délivrées de leur prison par la bonté souveraine. en vertu des prières des prêtres et des aumônes que leurs praches font pour les soulager. Grande est surtout l'efficacité du sacrifice non sanglant, que chacun fait offrir en particulier pour les siens, et que FÉglise catholique et apostolique offre chaque jour pour tous les morts ensemble. Cependant nous ignorons le jour de leur délivrance ; nous savons et nous croyons qu'elle aura lieu avant la résurrection et le jugement général. Mais quand cela arrivera-L-il? C'est pour nous un mystère {. Après cela, je me demande sérieusement comment les chefs et les fidèles de l'Église grecque schismatique peuvent harmoniser leur conduite pratique avec leur foi. D'une main, ils ébranlent l'existence du purgatoire; de l'autre, ils la rétablissent. Par la foi, ils rejettent le purgatoire : par leur culte et leur liturgie ils l'aflirment. On dirait vraiment qu'ils ont voulu transporter dans la théologie l'antinowic kantiste entre la raison spéculative et la raison pratique.

              VIL. — L'ÉTAT DES AMES APRÈS LA MORT.

On connaîtsur ce point l'invariable doctrine de l'Église romaine.

1 Synodus Hierosol.,tom. VI, décret xvni. 458 REVUE ANGLO-ROMAINE

Sur ce point capital qui touche aux destinées humaines, la doctrine de l'Église devait être fixe et précise; elle ne pouvait pas rester dans le vague, l'incertitude, ni se plier à d’incessantes fluctuations. Immédiatement après la mort et le jugement particulier, nous enseigne l'Église romaine, les âmes des justes sont admises à la vision béatifique, et les âmes qui meurent en état de péché mortel, sont plon- gées dans l'abime des peines éternelles. Pour ces deux catégories d'âmes, la décision du Souverain Juge n’est donc pas différée. L'Église grecque au contraire, du moins dans les temps modernes, enseigne que le sort de ceux qui sortent de ce monde en état de justice parfaite ou péché mortel, n'est pas fixé immédiatement après le jugement particulier, mais que la récompense pour les premiers et le châti- ment pour les seconds, seront différés jusqu'au jugement général. Nous avons dit que l'Église grecque, au moins dans les temps mo- dernes, professe cette doctrine, car il paraît bien que, dans les temps anciens, cette même doctrine lui était inconnue. Et maintenant, aurons-nous besoin, sera-t-il mème utile d’entre- prendre la réfulation de cette doctrine par des documenis positifs”? Nous ne le croyons pas. Ce serait presque une œuvre superflue. Nous devrions, selon la méthode que nous nous sommes imposée, entre- prendre un voyage d'exploration à travers les œuvres des Pères grecs, pour en recueillir de nombreux témoignages en faveur de la doctrine de l'Église romaine. Heureusement que ce travail de syn- thèse patristique a été déjà fait, et mieux fait que ce que nous pour- rions faire nous-mêmes. Nous serions donc obligé de répéter ce qu'on a déjà dit, et cè que tout le monde peut constater personnelle- ment. Nous nous contenterons donc de renvoyer les évêques de l'Église grecque schismatique aux ouvrages que nous citons ici au bas de la page, s'ils veulent savoir ce que pensèrent leurs ancètres sur ce sujet. Ils pourront peut-être se convaincre qu'ils étaient aussi romains que nous-mêmes, el que la nouvelle doctrine n'a pas de racines dans le passé de leur Église !,

VIII, — L'IMMACULÉE CONCEPTION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE-MARIE.

 En   entendant les signataires de        la lettre synodale du Phanar

reprocher à l'Église romaine d’avoir introduit une innovation en définissant le dogme de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu, nous nous demandions sérieusement si nous n’étions pas le jouet de la plus grande illusion. Comment croire, en effet, que les évêques grecs osent contester ce grand privilège de la mère du Sauveur,

! Cf. Joan. PLüsIADENUS. Apologia pro quinque capilibus synodi florentinæ, in Patrol. græc. (Migne), CLIX, col. 1283, et ss. — Nizes, Kalendarium manuale, II, 25 et ss. . Se -

L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCDISMATIQUE 459

quand on sait que, nulle part au monde, on n'a autant de vénération et de dévotion pour la sainte Vierge que dans les pays orientaux? Est-il possible, nous disions-nous, que des évèques grecs s'élèvent contre cette définition de l'Église romaine, faite dans les circonstances les plus opportunes, lorsque la plus brillante mariologie, que nous puissions construire, nous sommes obligé de l'extraire des écrits des Pères grecs? Et surlout comment peut-il se faire, pensions-nous, qu'un patriarche de Constantinople fasse à l'Église romaine un tort d'avoir sanctionné, par une solennelle définition dogmatique, le plus grand privilège de Marie, quand, dans toute la littérature chrétienne, on ne rencontre pas un seul auteur qui ait aussi bien parlé de Marie qu'un autre patriarche de Constantinople, saint Germain? Telles étaient les réflexions qui se présentaient tout naturellement à notre esprit, quand nous lisions ce passage de l'encyclique palriar- cale. Mais nous nous sommes aussitôt souvenu que l'erreur a sa logique fatale aussi bien que la vérité. Quand on a commencé à glisser sur la pente de l'erreur, on marche, on marche toujours, sans savoir où l'on s'arrêtera, pouSsé par la force irrésistible des idées. Au moment où nous avons songé à défendre ce grand privilège de la mère du Rédempteur, nous avons éprouvé un véritable serrement de cœur. En même temps, nous avons ressenti une espèce d'affais- sement moral à la pensée de la lourde tâche qu'il nous faudrait entre- prendre. Comment, en effet, oser entreprendre dans une Revue la démons- tration de l’Inimaculée Conception de la très sainte Vierge, par les écrits des Pères grecs? Mais un volume toutentier ne suffirait pas à ce travail. J'ai donc renoncé à m'étendre longuement sur cette ques- tion, et à donner à ce sujet tous les développements qu'il comiporte- rait. Pour cela, il nous faudrait parcourir les œuvres de presque tous les Pères grecs, el notamment de saint Épiphane, de saint Cyrille d'Alexandrie, de saint Jean Chrysoslume, de saint Germain de Cons- tantinople. Nous ferons donc uniquement quelques réflexions générales. On sait quel est le nom populaire que l’on donne dans l'Église grecque à la sainte Vierge. On ne l'appelle que la Toute-Suinte. Or, comment pourrait-on l'appeler, la Toufe-Sainte, si elle avait élé souillée par le péché? Je serais curieux de savoir quel est le sens que les évêques, qui dépendent du Phanar, attachent à ce titre de Toute-Sainte. Oublie-t-on dans l'Église grecque que, dans l'Église latine, il sem- ble y avoir une certaine pénurie d'écrits consacrés à la louange de la mère de Dieu ? — Notre Bréviaire mariste est obligé de s'alimenter en grande partie à la patrologie grecque. Dans les offices de la 1 Tlavayiæ. 460 REVUE ANGLO-ROMAINE

sainte Vierge, bon nombre de leçons et des plus suaves, sont lirées des écrils des Pères grecs, et surtout des écrits de saint Germain de Conslanlinople. Que si les auteurs de la lettre synodale feignent d'ignorer les grandes louanges que leurs ancètres ont données à la sainte Vierge, nous pouvons leur mettre sous les yeux quelques références ‘. Non, non, il faut savoir choisir. On peut nier l'immaculée Concep- lion de la Très sainte Vierge, quand on soutient avec Nestorius que Marie n'a pas engendré un Dieu. On peut aussi nier l'Immaculée Conception de la Très sainte Vierge,quand on enseigne que celui qu'elle a engen- dré n'était pas Dieu. La logique au moins en sortirait saine et sauve. Mais, quand on professe, comme l'Église du Phanar, ces deux dogmes, à savoir, que Matie est vraiment la Mère de Dieu contre Neslorius, et que le Christ, qu’elle a engendré, était vrai Dieu contre Arius, il est impossible d'échapper à celte conclusion : donc elle a élé conçue sans péché. Si l’on y échappe pratiquement, ce n'esi qu’en eu prenaut un peu trop à son aise avec les droits de la logique.

            VIII.   LA PRIMAUTÉ DES ÉVÈQUES DE ROME.

Nous louchons à présent au point le plus brülant de la contro- verse entre les deux Églises, et, pour généraliser, entre l'Église romaine el loutes les Églises schismatiques, où qu'elles se trouvent, et de quelque nom qu'elles s'appellent. C'est ici la vraie pierre de louche, Que l’on y réfléchisse bien. A proprement parler, nous dirons que c'est l'unique point de controverse, qui maintienne la sépara- lion. Il est évident en effet que, dès le jour où les Églises schisma- liques reconnaitront la primauté des évêques de Rome et consen- liront à se soumettre à son suprème magistère, elles embrasseront par là même tous les enseignements qui parlent de cette chaire infaillible, et qui sont la caracléristique de l'Église latine. Elles rejetteront conséquemment les points qui leur sont propres et ren- treront dans la parfaite union, en adhérant intégralement à la doc- trine de l'Église qui a à sa tête l'évêque de Rome. Nous avons besoin de nous arrèter sur ce point plus longueinent que sur les autres. Nous ne prétendons pas épuiser la matière, ni, moins encore, dire des choses absolument nouvelles. Notre tâche consistera à recueillir, dans l'histoire de l'Église catholique, les principales preuves qui démontrent péremptoirement la primauté des Pontifes romains. |

1 Cf. St ErtPHANE, Sermon à la louange de Marie; St GERMaIN, Homélie sur la présentation de la Mère de Dieu; Taraise, Homélie sur la présentalion de la Mère de Dieu. Ps ‘ ‘

 L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 161

                     ÿ 1° LA THÈSE DE LA PRIMAUTÉ.,


      À. — Conduile des sept premiers ronciles æcuméniques.

Tous ceux qui ont lu, ne serait-ce que légèrement, le document émanant du Phanar, ont été probablement comme nous frappés de linsistance que mettent ses signataires à se réclamer des sept premiers conciles æcuméniques, el en mème temps des invites qu'ils font directement ou indirectement à l'Église romaine de revenir à leur doctrine. I semble donc, à les entendre, que le septième concile æcuménique a mis le dernier sceau à l'orthodoxie, et, qu'à partir de cette époque, l'Église romaine s'est engagée dans les voies de l'erreur. Par conséquent, les sept premiers conciles œcuméniques doivent étre la règle absolue de foi. Je n’ai aucune intention de m'arrèler à discuter cette théorie. J'aborde nn autre point de vue, et je dis : Eh bien, voyons comment se sont comportés les sept pre- fiers conciles tetinéniques à l'endroit des évêques de Rome. Îs nous fourniront la plus éclatante démonstration de leur primauté. Faisons une remarque préalable, qui s'applique à une règle géné- rale de conduite, et qui est un solide appui pour les droits de la Papauté. Les historiens grecs Socrate et Sozonmène affirment qu'en Orient,au v* siècle,on ne pouvait tenir aucun concile sans l'au- torisation du Pape; autrement ces conciles auraient été regardés comme nuls !,

ler Concile ccuménique (Nicée, 325). Que voyons-nous à ce concile? “+

H fat présidé par les légats du Pape, Osius de Cordoue, et deux prêtres romains, Vincent et Viton. Leurs signatures figurent en tête des autres. De plus une lettre du Pape Félix If nous autorise à con- clure que les décrets de Nicée furent confirmés par le Pontife ro- main à, |

He Concile œouménique (Constantinople 381). Notons un fait signifi- catif louchant ce concile. Cette assemblée se composait de 150 évèques orientaux. Un de ses canons accordait une préséance d'honneur au patriarche de Constantinople. Le Pape approuva tous les autres canons et rejeta celui-là.

NS Concile œcuménique (Ephèse, 431). Deux incidents méritent d'être notés. Le Pape Célestin, qui avait déjà condainné les erreurs de Nestorius sur le rapport de saint Cyrille d'Alexandrie, écrit aux Pères d'Ephèse et eur enjoint d'exécuter sa sentence Ÿ. Par suite de

1 SocraTE, H. E., H, 2; — Sozouëne, H. E,, I, 7. 2 Lan, col, con. IV, col. 1126.

Quamobrem nostræ sedis auctoritate adscita nostr aque vice et lococum potes

tate usus ejusmodi non absque exquisita severitato senteniam execqueris. (Episl. Cœlest, ad. Cyrillum),

 REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. ï. — 41,

162 REVUE ANGLO-ROMAINE

cetle lettre le concile ne fait qu’exécuter la sentence du Pape :.

IV° Concile wcuménique (Chalcédoine, 451). Jamais il n'y eut de manifestation plus spontanée et plus imposante en faveur du Pontife romain. On se rappelle qu'après la lecture de la lettre dogmatique de saint Léon à saint Flavien, les Pères s'écrièrent, transportés d'en- thousiasme, « Petrus per Leonem locutus est ». Ce concile essaya de reprendre le canon du concile de Constantinople qui reconnaissait une préséance de dignité au patriarche de Constantinople. Le Pape le cassa ?.

V® Concile œcuménique iConstantinople, 680:. Les Pères adhérent à la lettre d'Agathon à l'Empereur et déclarent que l'Église romaine n'a jamais alléré la foi *.

VIS Concile -æcuménique iNicéc, 181). Les Pères de ce concile adhèrent à la lettre du Pape Adrien sur le culte des images, laquelle affirme d'une façon explicite la primauté du Pontife romain.

VII: Concile œcuménique \Constantinople, 869). Ce concile ap- prouva, après lecture, la lettre du patriarche Ignace au Pape Nicu- las 1°, lettre qui enseignait l'institution divine de la primauté de l’évêque de Rome. On voit donc par là que les patriarches de Cons- lantinople proclamèrent mème la primauté de Nicolas I<", de celui à qui la lettre synodale du Phanar rapporte les premières causes du schisme.

                             B. — Les faits.

Déjà, dès la fin du 1° siècle, an 93, l'hérésie trouble l'Église nais- sante, Coriathe surtout est le point de mire de ses efforts. Cette illustre Église est dans l'agitation. Le Pape saint Clément, par une lettre, intervient avec autorité pour rétablir la paix. A l'occasion de la controverse, soulevée par les Quartodécimans, il se produisit un autre fait très démonstratif. Le Pape saint Victor, qui occupait alors la chaire de Pierre, pour mettre fin à la contro- verse, ordonna la convocation de conciles dans toutes les métropoles de l'Orient et de l'Occident. Tous les métropolitains de ces Églises obéissent ponctuellement aux ordres de l’évêque de Rome. Par con-

| Coacti per sacros canones et cpistolam sanctissimi Patris nostri et comminis- 1 Cœlestini romans Ecclesisæ episcopsi, lacrymis subinde perfusi, ad lugubrem hanc contra eum sententiam necessario venimus. (Acr. 1). : Jrritum mitlimus et per auctoritatem Beati Petri apostoli generali prorsus definitione cassamus. 3 Hwc apostolica Ecclesia (Petri) numquam 2 via veritatis in qualibet crroris parte defixa est; eujus auctoritatemn utpote apostolorum omnium principis semper omnis catholica Christi Ecclesia et universales Synodi fideliter amplectentes in cunclis seculæ sunt. L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 163

séquent on tint plusieurs conciles. Tous décidèrent ce qu'avait décidé le Pape Victor. Un seul fit exception: celui qui fut présidé par Poly- crate, évêque d'Éphèse !. En plein troisième siècie (263), Denis, patriarche d'Alexandrie, accusé d’hérésie, où du moins, d’avoir tenu un langage, qui n'était pas suffisamment précis, recourt immédiatement à Rome, soumet au Pape sa cause, et demande son avis, tout en déclarant qu’il n’a osé rien faire jusqu'à ce que le Pape ait prononcé !. Athanase, le grand patriarche d'Alexandrie, l'homme peut-être le plus éminent de l’Église orientale, persécuté et déposé de son siège par les intrigues des Ariens, se rend à Rome pour exposer et plaider sa cause auprès du Pape Jules. Le Pape l'absout ainsi que d'autres évèques perséculés, et rend chacun à son Église *. A Athanase se rattache un autre fait. Les parlisans d’Eusèbe avaient, par écrit, calomnié saint Athanase. Le Pape Jules ordonne à Athanase et à ses accusaleurs de se rendre à Rome. Athanase obéit, mais ses accusateurs ne voulurent pas se rendre à Rome, parce qu'ils prévoyaient que leurs calomnies seraient dévoilées *. Les païens eux-mêmes reconnaissaient la suprématie de l'évêque de Rome. Paul de Samosate évèque d’Antioche, ayant été déposé, eut us successeur; comme il ne voulait pas quitier la maison épiscopale, -on porta l'affaire devant l'Empereur Aurélien, païen. Celui-ci répon- dit que la maison épiscopale serait donnée à celui des deux qui se- rait reconnu, comme évêque légitime, par l'évêque de Rome . Le grand saint Jean Chrysosiome, perséeuté par l'impératrice Eudoxie, à cause du zèle qu'il avait déployé dans son ministère apos- tolique, se voit puni de l'exil. H éerit au Pape innocent [, et le sup- plie de prendre sa défense contre ses persécuteurs. Nous ne pouvons pas résister au désir de citer quelques-unes de ses paroles. Mgr An- thime, qui se croit le successeur de l'incomparable patriarche, par l'intermédiaire de Photius et de Michel Cérulaire, pourra y trouver malière à sérieuses réflexions. Les choses iniques, dit-il, ne doivent pas seulement être déplorées, mais aussi corrigées. Je prie done voire charité de gémir avec nous et de faire en sorte que ees maux prennent fin $. Le sain! patriarche continue : Je vous conjure d'é- crire que tout ce qui à été fait avec tant d’iniquité par une seule des

? Lab. Col. conc. t. 1, col. 596-597. Voir aussi Eusèbe. H. E. v, 23. ? Eusébe, H. E., vu, 9. 3 Cf. Socrate, H. E., 11, 2; Sozomène, H. E., 1x, 1. 4 Cf. Théodoret, H. E., 11, 4.

CI. Ensèbe, H. E., 1, 24.

6 2Eneôn....... où Donveiv Lévov ta xaxûs yvépeva, GAÂà xai Gtophabv Êer, rapaxat, shv duecépar yénnr Éravactivar, xol auvalyñout, «al névrx Rorfot, Date oThvar <admyn Tà xaxé. (P. G. Li-1ur, col. 532, No 2.) 164 HEVUE ANGLO-ROMAINE

parlies, en notre absence, quand nous ne refusions pas le jugement, n'a aucune force !, Dans une seconde lettre, remerciant le Pape de ses efforts pour remettre les choses à leur place, il s'exprime ainsi : S'il eût dépendu de votre piété, lout eût été corrigé, la lie des maux et les scandales eussent élé supprimés, les Églises eussent joui de la paix et d'une tranquillité parfaite ; Lout eùt été prospère, les lois méprisées et les vonstilutions des Pères violées eussent élé vengées*. Entin, dans cette même lettre, il jelle ce eri suprème : Nous supplions de nouveau votre vigilance de déployer d'autant plus de zèle que la tempète est plus grande *. Nous serions bien aise de savoir ce que pense Ms Anthime de la conduile et des paroles de celui qui occupa si brillamment le siège de Constantinople, dans des temps plus agités sans doute au point de vue des événements humains, mais plus heureux pour l'Église de Jésus-Christ. IL y verrail probablement qu'à eetle époque Constantinople n'osail pas se dresser en face de Rome, ni se mettre sur un pied d'égalité avec elle. Continuons la série des faits. Saint Cyrille d'Alexandrie ne nt pas une autre conduite. Quand l'hérésie de Nestorius éclata, saint Cyrille ne prit aucune décision avant d'en avoir référé à l'évèque de Rome. 11 écrivit donc au Pape saint Célestin pour lui dénoncer les erreurs de Nestorius. Il le sup- plie d'intervenir et de donner ses instructions. Il se sert, dans sa lettre, d'une expression tout à fait frappante : il prie le Pape de donner son sentiment pour servir de rèyle, de norme à suivre *. Au vi siècle, des évêques grecs s'adressent au Pape Symmaque, à propos du schisme d'Acace. 5, | Le diacre Rusticus nous rapporte que le Pape Hormisdas envoya. par des légats, un formulaire en Orient, dont nous avons déjà dit un mot, et que ce formulaire fut souscrit par environ 2.300 évêques. à la tête desquels se trouvait Jean, patriarche de Constantinople. Le divin Pholius lui-même a reconnu, par sa conduite, La supré- malie de l'évèque de Rome. En trois circonstances, lintrus eut recours au Pape. Premièrement, du vivant d’Ignace, patriarehe de

l'PErioceda: mapaniilnre (al, napaxalü) Tà pèv oÛtw apavôps YEyEvnuÉvz anbveuw ho, nat dx puis poipag, xat où rapairrioamévev xpiaiv, unëepiar Eyetr, toy. (Ibid. col. 534, No 4.) 2 Kai rh pèv ele env eUhdBera fuov Thv bperépav, Ty Tpoofixouauv B16pBewatv ET- gev Sravr: ai 6 gopurbs Tv LaxGv Kai Ta oxévôaka dviprrat, wat al *Exxdroiat , auouv LA DEuxS yanvre xal névra xata pobv gÉpetat, xat xatap£0- QUE Eebtxñinans vhuor nai Ueouot Ilatépuv napababévrec. (bid., col. 533-03 1 Atd vai rAparaknIpEs Yuav Div éppékeav, xai dnaë, xat Bic at moïdduts, 07% %, Lan, soroûtw mhelova ÉmôsiEaodar Thv onovdnv. (Jbid.} dont rh 802

Lab. Col. conc., t. IV. col. 1304,

   L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 165

Constantinople, il écrit au Pape pour faire légilimer son intrusion ; au Pape également il envoie une profession de foi pour obtenir sa communion; enfin, après la mort d'Ignace, il s'adresse encore an Pape pourle prier de vouloir le reconnaitre comme légitime patriarche de Constantinople. Pour clore cette série de faits historiques, nous rappellerons qu'en 1277 le Pape Clément IV envoya en Orient une profession de foi qui fut souscrite par 21 mélropolitains el plusieurs archevèques grecs.

Voilà les faits dans leur crudité. Ils sont inscrits dans les fastes des Églises grecques, et notamment de l'Église de Constantinople: Nous laissons le soin de tirer la conelusion à ceux qui suivent tant soit peu cette loyale enquête.

                          €, — Les lémoignayes.

Cest ici que nous pourrions écrire un chapitre d'une longueur démesurée, tant sont nombreux les lextes qu'il serait facile de recueillir dans les œuvres des Pères grecs. Malheureusement nous sommes obligé de nous résumer pour deux raisons. Premièrement, beaucoup de textes sont connus de tout le monde : certains sont méme classiques, comme celui de saint Irénée ; en les reproduisant done ici, nous n'apprendrions rien de nouveau. En second lieu, l'espace nous manque pour donner à ce sujel de longs déve- lippements. Rappelons cependant nne idée générale, Lorsqu'on entend les Pères grecs parler du Souverain Ponlife, on esl, pour ainsi dire, Pmerveillé, et l'on constate avec plaisir qu'ils dépiésent même les Pères latins, par cette seule raison qu'ils en parlent en des Lermes plus emphatiques. C'est, par exemple, Théodoret qui s'adresse au Pape comme à un tribunal droit et juste !. C'est le môûme Théodorel qui prie le Pape d'user de son pouvoir apostolique“. C'est Origène qui se rend à Rome pour visiter la première des Églises3. Le siège le Rome possède la suprémalie à plus d'un titre! Enfin, au x siècle, ‘est l'archevéque de Thessaloniqué appelant le Pape le Pasteur des msleurs*, expression admirable où semble s'être concentrée loute lurlhodoxie grecque. Nous ne pouvons, ce pendant, ne pas relater en particulier les lemoignages de certains Pères, parce que les Grees les ont loujours représentés coinme hostilesà la suprémalie pontificale, el, par con-

Mai 70 Ôphhs bpioy 201 Gino ÉmAOULÉVE APUTPLOV, ke Fe de 17 AroG To txÿ, Aecanlas foin, 4.7. he w Bpyaratérnv “Pupaiwy ’Exxinaiav. (Eustbe, H, E., vi, 36). iv fyemoviay &x roxkä. (Théodoret.) *Moure rover.

                                                                 Die GoOgle      Le

166 REVUE ANGLO—ROMAINE

séquent, s'en servent, même à l'heure actuelle, pour soutenir leurs doctrines, D'abord, le grand saint Basile. Écrivant à saint Athanase, pa- triarche d'Alexandrie, il le conjure de s'adresser à l'évêque de Rome pour mellre fin aux maux qui désolent son Église ‘. Dans une autre lettre adressée au Pape Damase, il est bien plus explicite encore. Il le supplie de porter remède aux maux qui afiligent les Églises d'O- rient ?. - - Saint Épiphane consacre aux récits évangéliques presque toute sa discussion sur l'hérésie 31. En parlant de saint Pierre, il dit que Jésus-Christ le choisit pour être le chef de ses disciples *. Ce texte est un coup direct porté au Phanar, où l'on soutient, s’il faut en jugér par l’encyclique, l'indépendance absolue des évèques, et con- séquemment le système épiscopalien en grande faveur auprès de certaines fractions du protestantisme. Saint Maxime, pour lequel on a tant de vénération dans l'Église grecque, dans sa lettre à Pierre, dit que si Pyrrhus prétend n'être pas hérétique, il n’a qu'à se disculper devant l'Église romaine, qui a la primauté sur toutes les Églises de l'univers {.

                  D. — Le droit canonique des Grecs.

Les canonistes grecs ont été contraints de reconnaître la supré- malie des évêques de Rome sur l'Église universelle. Nous citerons quelques témoignages. Balsamon, hostile aux prérogatives des Papes, cite le texte de la prétendue donation de Constantin au Pape Sylvestre. Dans ce docu- ment nous lisons, entre autres, ces paroles : « Nous avons jugé’à propos de transférer notre empire en Orient et d’y fonder une ville de nolre nom, par la raison que là où le Roi des cieux a établi le siège principal et le chef de la religion chrétienne, il est injuste que le roi lerresire ait aucune puissance *.» Sans doute, ces paroles, historiquement parlant sont fausses, puisque la donation de Cons-

L PExreubév tivas Ex t%ç nd ot ’Exxdrnsias ävôpas Buvarods Ev TA dytatvouon &tBaxo” nahiz mobs tods xatx Tv OUoiv mtoxénous; biñynou adtots tas xataoyoïoas Hu œougopés" Unélou rpémov avribews. (Epist. 66, P. G., xxxut, col. 424 D. — 425 A. 2 Toÿrov pixy rposeBoxhoapev oi Tir tAç bustépac edondhayyvias Enioxehiv ” xai Étuyayuynorr huäç &el ro napdôotov ts duerépas ayémnç v tp mapellbvs: pôve. (lbid., col, 433 C D.) 3 'E£sl£Earo [’inooûs] rov Ilérpov apynyèv elvar rüv adrob palnrév. (P. G., xLt, col. 921 B.) 1 Frustra solummodo loquitur, qui mihi similes suadendos putat. et non satis- facit et implorat sanctissimæ Romanorum Ecclesiæ Beatissimum Papam, id est apostolicam sedem, quæ ab ipso incarnato Dei Vorbo, sed ct omnibus sanctis synodis, secundum sacros canones et terminos, universarum, quæ in toto torrarum orbe sunt, sanctarum Dei Ecclesiarum, in omnibus et per omnia percepit et habet imperium, auctoritatem et potestatem ligandi et solvendi (P. G., xci, col. 144 c.). 5 In Photium, tit. vin, De Parochis, p. 85-89. L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 167

lantin est apocryphe. N'importe, Balsamon croit cette donation au- thentique; il en adopte les expressions et les fail siennes. Le même Ralsamon démontre également, par les canons du con- cile de Sardique, que le Pape est le dernier juge auquel on puisse appeler dans les causes ecclésiastiques, el que de lui il est impos- sible d'en appeler à un autre !. Le corps du droit canonique grec et les commentaires de Zonari sur les canons des conciles contiennent la lettre, dont nous avons déjà parlé, de l'archevèque de Thessalonique au Pape Adrien, où le Pape est appelé Pasteur des pasteurs.

                         E. —       La liturgie grecque.

Il y a des choses ravissantes, relatives aux prérogalives des ivèques de Rome, dans la liturgie grecque. Nous ferons principale- ment nos emprunts aux livres liturgiques employés en Russie. Dans l'office du Pape saint Clément on lit :« Après la mort de siint Pierre el de ses deux successeurs, Clément tint sagement à Rome le gouvernail de la barque, qui est l'Église de Jésus-Christ ?. » Das une hymne dédiée au même saint Clément, on dit aussi : « Mar- Wir de Jésus-Christ, disciple de Pierre, tu imitas ses vertus divines, elte montras ainsi le véritable héritier de son trône *. »

L'Église grecque dit au Pape saint Silvestre : « Tu es le chef du sacré Concile; tu as illustré le trône du Prince des apôtres *; divin chef des saints évêques, tu as confirmé la doctrine divine, tu as fermé la bouche impie des hérétiques 5 ». A saint Léon : « Quel nom te donnerai-je aujourd'hui? Te nom- merai-je le héraut merveilleux et le ferme appui de la vérité, le vé- nérable chef du suprême Concile, le successeur au trône de saint Pierre, l'héritier.de l'invincible Pierre et le successeur de son em- pire 5». À saint Martin : « Tu honoras le trône divin de Pierre, et c'est en maintenant l'Église sur cette pierre inébranlable que tu as illustré

lon nom *; très glorieux maître de toute doctrine orthodoxe, organe véridique des préceptes sacrés $, autour duquel se réunirent tout le Sacerdoce et toute l'orthodoxie, pour anathématiser l’hérésie ?. »

l Ibid, p. 224, 822, 854.

(2% novembre, hymne VIII. *2 janvier, hymne Ile. 518 février, hymne VIIIe. k 1$ avril, hymne Ville : 10 avril, Stichirii: hymne Ville, l'rolog., 14 avril. 168 REVUE ANGLO-ROMAINE

Dans la légende de saint Grégoire If, on introduil un ange qui| parle ainsi : « Dieu t'a appelé pour que tu sois l’évêque souverain son Église, et le successeur de Pierre, prince des apôtres !, » Dans un recueil de sermons et d'épitres des Pères de l'Églis adopté pour l'usage de l'Église russe *, se trouve la lettre du Pa Grégoire I écrivant à Léon l'Isaurien au sujet du culte des images « C'est pourquoi nous, qui sommes revêtu de la puissance et de souveraineté de saint Pierre, nous vous défendons, etc. » Dans le même recueil, saint Théodore Studite parle ainsi au Pa Léon HI: « A loi, pasteur suprême de l'Église qui est sous le ci aide-nous dans le dernier des dangers; remplis la place de Jésu Christ. Tends-nous une main protectrice pour assister notre Égli de Constantinople : monire-loi le successeur du premier Pontife ton nom. Il sévit contre l'hérésie d'Eulychès; sévis à ton lour conl celles des iconoclastes *. Prête l'oreille à nos prières, 6 toi, chef prince de l'apostolat, choisi de Dieu même pour étre le pasteur( troupeau parlant; car tu es réellement Pierre, puisque tu occupes que tu fais briller le siège de Pierre. C'est à loi que Jésus-Chris! dit : Confirme tes frères. Voici done le temps et le lieu d'exercer ! droits: aide-nous, puisque Dieu l'en a donné le pouvoir, car c'e pour cela que Lu es le prince de tous #, » Voilà, dirons-nous maintenant au Patriarcat de Constantinopl voilà en quels termes enthousiastes parle des Pontifes romains liturgie de cette grande et célèbre Eglise de Russie, dont vous vo plaisez à évoquer le souvenir dans votre lettre synodale.

                          $ 2° LES OBJECTIONS

Nous rencontrons dans l’encyclique patriarcale une foule d'obje lions contre la suprématie des évêques de Rome; il ven a de lou espèce; le plus grand nombre est emprunté à l'histoire et à l'Écritu sainte. Hélas! ces objections n'ont pas même le mérite d'être no velles : elles sont loutes d'importation allemande, et trainent dept longtemps dans les livres qui sortent des universités allemandes( dans les chaires qui alimentent chaque jour ces mêmes université N'importe, notre devoir est de les reprendre l'une après l'autre d'en montrer la faiblesse, ou du moins l'arbitraire et le manque( solidité. Première objection. — Les paroles de Jésus-Christ à Pierre: « Tu Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enf

112 mars.

PR

 L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE 169

ne prévaudront point contre elle ! »,les Pères les ont en général entendues mélaphoriquement: ils n'yont pas attaché un sens réel, Réponse. — En premier lieu cette affirmation est fausse. C'est lout le contraire qui a eu lieu. Les Pères ont pris ces paroles dans un sens réel et litéral. Lisez les homélistes grecs, notamment saint Jean Chrysostome, et vous verrez comme ils ont développé ce passage de l'Évangile. S'ils avaient pris ces paroles mélaphoriquement, com- ment auraient-ils pu regarder Pierre comme le prince, le chef des apôtres, comment auraient-ils pu lui donner ces litres pompeux que nous rencontrons dans leurs écrit + Cette objection est, en second lieu, bien plus dangereuse à un autre point de vue. Elle ne tend pas seulement à ébranler les droils des Ponlifes romains, elle supprime aussi les prérogatives de Pierre lui-même. Si les promesses de Jésus-Christ n'ont qu'un sens méla- phorique, il s'ensuit nécessairement que le Sauveur n'a institué aucun chef dans son Église et que Pierre aurait été sur un pied d'absolue égalité avec les autres apôtres. Or, qui pourra jamais con- cevoir que Jésus-Christ ait établi une société sans lui donner un chef? Cette supposilion ne supporte pas l'examen. Au fond nous sommes, jusqu'à un certain point, bien aise de cette ubjection. Le sort des Pontifes romains est tellement lié à celui de Pierre, que, pour atteindre les uns, il faut s'en prendre à l'autre, et que l'on ne peut saper les droits des Papes, sans saper au préalable ceux de Pierre lui-même. 2 Objection. — Pierre est tombé et a renié trois fois son maitre. Riponse. — Sans doute Pierre est tombé; mais est-ce que les fautes personnelles sont impardonnables”? Raison de plus, dirons-nous au Phanar, raison de plus qui nous montre les grandes prérogatives de Pierre. Au fond, parmi les douze apôtres, après Judas, c'est Pierre qui commet la plus grande faute à l'égard de son Maitre. Or, com- ment se fait-il que, malgré cette chute lamentable, le Sauveur ait fit à Pierre de si magnifiques promesses, s'il n'avait en vue la ralisalion d'un grand dessein ? On sent dans les promesses de Jésus- Christ à son disciple prévaricateur, on sent, dis-je, qu'il se prépare quelque chose de grand. 3" Objertion. — Saint Paul a repris saint Pierre, comme il ressort de lépitre aux Galates ?, et déclare expressément que Pierre était repréhensible. * Réponse. — Cette objection est aussi vieille que le Chrisiianisme li-même, Combien de fois n’y a-t-on pas répondu ? Dans cette contro- verse où saint Paul est d'un avis opposé à celui de saint Pierre, et lui résiste, il ne s'agissait nullement d'une question dogmatique,

! Matt., xvi, 18. FIL 41.

                                                                      Digitized      t Google
                                                                                          Ce

470 REVUE ANGLO-ROMAINE

capable d'engager la responsabilité et l'infaillibilité du chef de l'Église; il n'y avaitlà qu'une question relative à des rites, sur laquelle la diversité des opinions est possible et même permise. Et encore remarquez qu'on n’engageait pas même sur ce sujet une discussion à fond, capable d'élever la question à la hauteur d'un principe immuable et irréformable. On diseutait uniquement sur l'opportunité de l'observance temporaire des rites mosaïques. Du resle, pourquoi le Phanar, en rappelant cet acte de résistance de Paul à l'endroit de Pierre, oublie-t-il de nous rappeler aussi l'autre démarche du mème saint Paul, qui est consignée dans la même épilre aux Galates ? Saint Paul nous déclare‘ qu'après sa conversion, il se rendit à Jérusalem pour voir Pierre, et demeura quinze jours auprès de lui. Pourquoi cet empressement à aller voir Pierre, si celui-ci n’était qu'un simple apôtre comme les autres, et s'il n'était investi, dans la pensée de saint Paul, d'aucune dignité le plaçant au- dessus des autres apôtres ? L'encyclique du Phanar aurait pu nous dire un petit mot là-dessus. 4 Objertion. — Pierre n’est jamais allé à Rome. Par conséquent les évèques de Rome ne sont pas ses successeurs, et dès lors leurs pré- tendues prérogatives s’écroulent avec le fondement même sur lequel ils avaient voulu les asseoir. Réponse. — Nous connaissons cette objection qui a été lancée à grand fracas par des auteurs protestants. Après de longues discus- sions, les auteurs rationalistes eux-mêmes, qui ont à cœur le soin de leur réputation scientifique, ne contestent plus le voyage de saint Pierre à Rome. Je ne prétends pas qu'il n'y ait sur ce point quelques difficultés historiques. Mais comment espérer n'en pas trouver dans les origines d’une aussi vase institution que celle du christianisme? Nous ne nous attarderons donc pasàréfuter la thèse du Phanar. Puisque l'encyclique patriarcale s’est inspirée d'idées allemandes, nous nous bornerons à lui rappeler qu'à l'heure actuelle les plus célèbres représentants de l'érudition allemande, même dans le camp rationa- liste, admettent le séjour et la mort de saint Pierre à Rome. Qu'il me suflise seulement de citer Hilgenfeld et Harnack, le plus grand théo- logien positif de l'Allemagne contemporaine. | 3° wbjertion. — Les droits de la Papauté reposent sur le roman théologique des Pseudo-Clémentines, et sur les Pseudo-Tsuloriennes. Réponse. — Eh, non! Messeigneurs : les droits de la Papauté repo- sent sur l'Évangile lui-même. Vous en appelez aux Pseudo-C'lèmentines. Nous voyons clairement par là que vous avez subi l'influence de M. Lipsius ? et de l'école historique de Tubingue. Au point de vue des documents purement historiques, les droits des pontifes romains

11,18. ? Uber dus Primat Petri. (Munster 1820.) L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCIISMATIQUE 171

sont nettement aflirmés dans la lettre du pape saint Clément aux Corinthiens. L'authencité de cette lettre, longtemps discutée, est aujourd'hui absolument établie. EL ce n'est pas nous qui l'avons délinilivement démontrée : c'est un patriarche de Constantinople, Mgr Philarète, par la découverte d'un manuscrit de celte leltre'. Quant aux Pseudo-Isidoriennes, elles n'ont fait qu'attester des droits qui s'exercaient journellement. ; 6° objection. — Les premiers Pères de l'Église décernent aux pon- lifes romains certains honneurs, el ont pour eux certains égards, parce que, par la force des circonstances, les pontifes romains étaient les évèques de la capitale de l'empire. Réponse. — C'est une erreur, Messeigneurs. Lorsque les Pères de l'Église proclament hautement les prérogatives des Papes, jamais ils ue font allusion à la condition politique de leur ville épiscopale, mais ils s'appuient constamment sur ce qu'ils sont les successeurs de Pierre, Quand saint Athanase, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Chrysostome en appellent à Jules, à Célestin, à Innocent, ils ne leur disent pas : « Nous recourons à vous parce que vous êtes évêques de la capitale de l'empire », mais, « nous remettons notre cause entre vos mains, parce que vous êtes les représentants de Jésus-Christ et les successeurs de Pierre, parce qu'à vous ont élé confiées les clefs du royaume des cieux. » Tabjection. — Keaucoup de papes ont erré dans la foi, entre au- tres, Libère, Zosime, Vigile, Honorius. Réponse. — Aucun de ces cas allégués par la lettre patriarcale implique une chute el une erreur dans la foi. Ce sont des actes de hiblesse, d'imprudence, soil: pas un n'est un acte d'hérésie, Repre- nons l'un après l'autre ces exemples. Le pape Libère souserivit, il est vrai, la troisième formule de Siemiumn #, Mais cette formule lui fut imposée comme condition de son retour à Rome. On exerça donc à son égard une violence morale. Cependant, en souscrivant la formule de Sirmium, Libère sacriliait les termes dont on s'était servi à Nicée, mais il ne s'écartait nulle- ment de la foi nicéenne. La preuve, c'est qu'il faisail suivre sa signa- ture d'une déclaration frappant d'excommunication quiconque ne confesserail pas que le Fils et le Père sont parfaitement égaux en

loutes choses, même dans leur substance, Le pape Zosime se trompa uniquement sur un fail personnel. Induit en erreur par des professions de foi qu'on lui envoyait de lous côtés, il déclara Pélage et Célestin innocents. Il faut avoir une

! Voir sur ce sujet l'étude de M. l'abbé Duchosne dans la Jtevue du monde ca- tholique, t. XXX, n° 153. (1871.) .* Cf. Armaxase, Hislor. Arian., 41; Apol. cont. Arian., 89; Hiraire, Cont. Const. imp, 1, Jérôme, Chron. an., 2369, Pæaizosrorce, IV, 3; Sozouène, H.E., IV, 15 172 REVUE ANGLO-ROMAINE

bien faible idée de l'infaillibilité pontificale pour voir son interven- lion dans un jugement portant sur des personnes au sujet desquelles on avait répandy à profusion de fausses professions de foi. Le Pape Vigile avait été un intrigant, étant simple diacre. II pro- mit à l'impératrice Théodora d'implanter l’hérésie monophysite à Rome, s'il étail élu Pape. Mais une fois devenu Pape, il manqua à ses promesses, el on ne put jamais l'amener à se déclarer en faveur du monophysisme. Par son /udiratum il condamna les Trois-Chapitres. Mais les Trois-Chapitres étaient effectivement condamnables puis- qu'ils contenaient des erreurs !. Honorius pécha par négligence, et c’est ce qu'on lui reproche dans les documents ofliciels *; mais, à aucun titre, il ne saurait être con- sidéré comme partisan du monothélisme. En effet, — 1. 11 déduit ses conclusions comme Sergius, du principe dé l'union hypostatique des deux nalures divine et humaine dans le Christ; mais iln'en tire jamais, comme le patriarche de Constantinople, cette conséquence qu'il n'y a dans le Sauveur qu'une seule énergie ct une seule volonté. — 2, Honorius emploie une fois l'expression una veluntus en l'approu- vant: mais il ressort de l'explication qui l'accompagne qu'il entend ce lerme non dans le sens physique, comme s'il n'y avait en Jésus- Christ qu'une seule puissance de vouloir mais dans le sens moral : comme en Jésus la volonté huniaine n'est pas corrompue et marche toujours d'accord avec sa volonté divine, il y a toujours en lui, au sens d'Honorius, volonté unique, sans qu'il y ait pour cela unique faculté de vouloir, La doctrine monothélite d'une seule énergie dans Jésus-Christ n'est pas davantage celle d'Honorius. Dans sa seconde lettre à Sergius, il déclare que les deux natures exercent dans l'u- nique personne du Christ, sans confusion, leurs opérations propres. Le jugement des Pères de Constantinople est donc trop sévère com- paré à la faute d'Honorius. Le Pape Léon 1 est plus juste envers Honorius dans sa lettre à Constantin Pogonat ? 8° Objection. — Le docnment du Phanar termine par une dernière objection. Il rappelle, qu'à la suite du concile du Vatieun, la cons- cience chrélienne se réveilla avec les théologiens allemands et donna naissance à l'Église des vieux catholiques. Réponse. — Non. messeigneurs, à l'époque du concile du Vatican, la conscience chrétienne n'élait pas avec ces quelques orgucilleux, à la tête desquels marchait Düllinger, qui ne voulurentpas s'ineliner devant

1 Voir l'abbé Duchesne, Vigile et Pélage. klude sur l'histoire de l'Église ro- maine au milieu du vi siècle. (Extrait de la Revue des questions histeriques, 4er octobre 1884.) ‘

les solennelles définitions de l'Église enseignante. La conscience chrétienne, en Allemagne, puisqu'il est question d'elle, était avec cette phalange d'évèques, qui firent généreusement leur devoir au concile, et qui surent le faire aussi quelque temps après, quand la main per- sécutrice de Bismark voulut s'abattre sur l'Église. La conscience chrétienne, elle étail aussi avec ces admirables catholiques, qui sont restés inébranlablement attachés à la foi de l'Église romaine, qu'ils ont su défendre, dans toutes les circonstances criliques, avec un indomptable dévouement.

Arrivé au terme de cette étude finissons, nous aussi, par deux courtes observalions. Le Phanar, dans son encyelique, nous reproche d'ignorer la vraie histoire ecclésiastique. Hélas! Monseigneur, il est fort à eraindre que dans l'Église, dont vous êtes le chef, on ne l'ignore encore plus que chez les Latins. Permettez-moi de dire aussi à Votre Béatitude: Continuez à envoyer vos eleres étudier dans les universités rationalistes alle mandes, et je vous prédis qu'on ne leur inspirera pas seulement de Fhorreur pour les Pontifes romains, maîs qu’on leur infusera aussi l'oubli des traditions de vos Églises et de vos gloires nationales. Ils finiront par oublier qu'il + a eu dans votre Église des hommes qui s'appelaient Cyrille, Athanase, Basile, Grégoire, Chrvsostôme, et ne conserveront plus que la mémoire de Photius et de Michel Céru- laire.

                                                   V. Ermoxi.

CHRONIQUE

Le Souverain Pontife a reçu à l’occasion de la fête de Noël les vœux du Sacré-Collège, des évêques et des prélats présents à Rome. S Le le cardinal Monaco La Valetta a prononcé une allocution. N.T.S. P. le Pape, dans sa réponse, a parlé de la prière, disant qu'il faut espérer en l'efficacité de celle-ci pour triompher des diffi- cultés des temps et réaliser une parfaite union dans l'Église: et à cetle occasion le Saint Père rappelle qu'il a traité plus à fond « ce « grave sujet de la prière dans la Lettre apostolique adressée à la « noble nation anglaise ». On annonce en outre la publication prochaine d’une nouvelle Encyclique sur l'union des Églises, La Semaine religieuse de Montpellier consacre à notre œuvrel'article suivant: LA RÉUNION DE L'ÉGLISE ANGLICANE A L'ÉGLISE RONAINE Il y x quelques mois, le Souverain Pontife Léon XIII adressait à nos frères séparés d'Angleterre un pressant appel à l'unité que Notre Seigneur a voulue comme la pierre angulaire de son Église. Cet appel a trouvé de nombreuses bonnes volontés dans l'Église anglicane et ils ne sont pas rares, parmi les laïques, les membres du clergé et méme les prélats de cotte Église, ceux qui, de leurs vœux et de leurs prières, appellent avec nous le jour où,.dans le monde entier, il n'y aura qu'un seul pasteur, qu'un seul troupeau. Une ussociation de priéres vient d'être formée à cette intention. Tous, fidèles et prêtres sont invités à en faire partie. Myr l'Évêque, à qui les choses d'Angleterre sont toujours intéressantes. a daigné bhénir et recommander cette Association. Déjà au Syuode qui termina la retraite pastorale, Sa Grandeur avait engagé les membres de son clergé à s'unir aux eflorts ct aux prières qui se font pour obtenir ce désirable résultat de la réunion de la grande nation anglaise à l'Eglise romaine, Elle se félicitait de ce que la Providence avait voulu se servir d'un prêtre originaire du diocèse de Montpellier et ancien éleve du Petit- Séminaire, pour préparer les voies à eette grande œuvre. M. Portal, dont le souvenir est certainement bien vivant au cœur de tous ceux qui l'ont eu pour condisciple au Petit-Séminaire, a eu l'heureuse et honue fortune de rencontrer et de connaitre intimement Lord Halifax, une de ces belles et nobles âmes cherchant le royaume de Dieu, en vérité eLen simplicité, fonciérement pieuses, souffrant de l'état d'isolement où se trouve l'Église anglicane, séparée de Rome, d'où lui vint jadis la lumiere de la foi. Lord Halifax, dont la considération est fort grande dans l'Église aglicane, et M. Portal, se demandérent si le inoment ne serait pas venu dans les desseins de la Providence de reprendre à nouveau les efforts pour amener l'unité entre l'Angleterre et Rome. Is le pensèrent; le Souverain Poutife héuit leur zèle et leurs travaux; plusieurs prélats anglieans les assurérent de leur sympathie. De là, cette campagne pacifique et toute de charité qui, par les discours dans les congrès, par les brochures, les tra- vaux théologiques et historiques, par une revue spéciale anglo-romaine, s'eforce de dissiper les préjugés, de rapprocher les cœurs en éclairant les esprits, de nous faire mieux conuaitre à nos frères d'Angleterre et de nous CHRONIQUE 475

reuscigoer plus exactement sur leur doctrine et leur vie religieuse. La priere étant, avant toutes choses, le meilleur moyen, ne pouvait être ueglisée en pareille circonstance. Tel est le but de l'Association dont nous avons donné plus laut les conditions. Sous la direction de M. Portal, l'Association publie un Bulletin mensuel fort intéressant sur le mouvement actuel de l'Église anglicane vers Rome. Nous espérons que tous, prêtres et fidèles, se feront un devoir de faire vognaitre l'Association et son Bulletin, heureux de travailler ainsi à l'agran- dissemeut du royaume de Dieu, à la prospérité et à l'honneur de la Sainte Eglise de Jésus-Christ.

Le Catholic Times, dans son numéro du 13 décembre 1895, annonce en ces termes la Revue anylo-romaine.

L'abbé Portai, prêtre de la Mission, dont le nom est bien connu dans ce pays par la publication de son travail : Les ordinalions anglt- ranes, à commencé à Paris (17, rue Cassette) un recueil hebdoma- daire intitulé: Revue Anglo-romaine dont l’objet est de rapprocher les Églises anglicane et catholique et de préparer les voies pour la FeHniOn.

Le premier numéro a paru samedi dernier. La Revue qui a très bonne apparence porte sur sa couverturé un seau représentant l'ancienne abbaye de Cantorbéry. Elle débute par une lettre du Cardinal Bourret, évêque de Rodez « de Vabres, qui conseille « toute la bonté et loute la tolérance permise ». L'abbé Portal déclare que son projet a été reçu avec la plus chaude ssmpathie par des publicistes français, des théologiens, des savants, el qu'un grand nombre d'écrivains tels que MM. Duchesne, Gasparri, Boudinhon, Loisy, Klein, Chabot, F. Levé, Arthur Loth et Tavernier, snt promis leur collaboration. Ce serait plus que grossier de la part des catholiques anglais de ne pas bien accueillir une publication de te genre, L'éditeur a là à sa portée le moyen de rendre de précieux services à la cause de l'union. Une libre discussion sur les sujets rontroversés entre l'Établissement anglican et l'Église catholique 2e peut manquer d'exercer une heureuse influence. Mais il y a deux points sur lesquels les idées de l'abbé Portal et de ses collaborateurs devront être claires. Premièrement, la conversion de l'Angleterre, ainsi que l'ont #econnu ceux qui y ont consacré leur vie, n’est pas l'œuvre d'un jour ‘ii d'une année. Et secondernent, en traitant certaines questions déli- fales louchant l’histoire de l'Église en Angleterre, le droit canon et la théologie, il est tout spécialement requis de la part d'étrangers, qu'ils soient modérés, modestes et circonspects, leurs sources d'informations étant limitées et leur position ès empéchant de saisir “xactement le sentiment national des catholiques. Admettre des “hoses injustifiables ne pourrait que nuire à la cause qu'ils ont le désir de servir. . Le ton des articles dans le premier numéro de la Revue Anglo- remains est absolument tel qu'on pouvait le souhaiter: cependant ous ne pouvons pas admettre des affirmations comme celle-ci, à “avoir que nos meilleurs théologiens ont fait beaucoup de tort à la ‘ause, en insistant jusqu'à ces derniers temps sur la véracité de la fable de la tète de cheval » ou sur certain argument de Billuart. ru hé 176 REVUE ANGLO-ROMAINE

Nous remercions cordialement le Catholic Times de sa courtoisi du sympathique intérêt qu'il nous témoigne. La Revue Anglo-Romu s'eflorcera d'agir avec toute la prudence et loute la modéral nécessaires, méritant ainsi d'être favorablement reçue par tout ch tien sincère, catholique ou anglican, Le Catholic Times peut en assuré.

Le Guardian, dans son dernier numéro, annonce en ler bienveillants, l'apparition de la Revue anglo-romaine : Ce qui donne le plus de valeur à cette revue, dit-il, et ce quilar significative, c'est le ton qu'elle a adopté. Elle est empreinte d'un vérit. esprit de charité et de courtoisie, Les méthodes irritantes vont être ab données dans la controverse: la ligne de conduite à suivre est tracée px cardinal Bourret : « Mettez, dit-il, à ce que vous ferez et écrivez la plus grande bonté, ti la tolérance permise, et tous les égards que l'on doit à une grande et ni nation, ainsi qu'à un clergé qui peut être dans l'erreur sur un j essentiel, mais qui n'en cherche pas moins avec sincéi 4 persévéri la vérité liturgique comme la vérité théologique. » : A cet esprit se joint une généreuse appréciation de l'Église anglais: en particulier, de son épiscopat qui contient : « des hommes de gra valeur et de grande foi »: une disposition sincère à reconnaitre les err passées qui seront démontrées telles — disposition d'ailleurs, qui s'est mauifestée par le changement d'attitude de M. Boudinhon dans son tra sur nos ordinations — et enfin par un désir ardent de voir les deux Egl enfin réunies et combattant côte à côte contre les ennemis de la chrétie Ces divers points sont pleinement mis en évidence dans la préfac l'éditeur qui se fait remarquer par un profond sentiment d'espéra chrétienne et même de certitude quant au succès final. Ces motifs d'esp sont les suivants : à 1° l'affirmation du D' Pusey qu'il n'y a rien « la doctrine anglicane de contraire au Concile de Trente; 2% le n vement qui se manifeste en Angleterre en faveur de l'admission sons forme quelconque de l'autorité papale; 3° l'appel que l'on fait de pa d'autre à l'histoire des temps primitifs, et 4°, enfin, le caractère persoi des évêques anglais qui ne peuvent pas désirer nous faire rester dan: état de schisme opposé à la volonté de Notre-Seigneur. Ces amicales et charitables avances doivent être trés cordialen accueilhes, et il est de notre devoir d'aller au devant d'elles à moitié che et animés du même esprit. Notre confrère conclut en rappelant que les difficultés sont n: breuses et que. dans l'œuvre de la réunion, le chemin qui resl parcourir est encore considérable,

                                     Digitized by Google

LC

                                 RITUS


           ORDINATIONUM ANGLICANUS!

Primus ordinationum ritus Anglicanus in Hingua vernacula scriptus anno 1550 prodiit, sub titulo The forme and maner of makyng and consecra- tyng cf Archebishoppes, Bishoppes, Priestes and Deacons, Liher a Ricardo Grafton typographo rogio excusus est « Mense Martii A. MDXLIX., » iuxta veterem computationem, anuo in festivitate Annunciationis B. V. M. inci- piente.

Mox vergente anno 1582 ritus denuo castigatus est, qui tamen post Paucos menses Maria reguum excipiente antiquabatur, donec anno {°59 episcopi absque auctoritate parliamenti, utin capitibus primo et tertio huius operis ostendimus, eum in usum instauraverunt. Hoc igitur auno Liber typis denuo mandatus est, excudentibus Ricardo Jugge et Johanne Cawood typographis regis. Ritum iuxta hanc cditionem hic imprimeudum cura- vimus, ea tamen lege, ut textum lectionum, litaniw, atque hymni Veni Creator, omiserimus. Versionem Latinam adiunximus, quam ex Libra Precum Publicarium a viris doctissimis Willemo Bright et Petro Goläsmith Medd Latine reddito, ipsis benignissime annuentihus, maxima ex parte desumpsimus.

Porro in margine quædam disposuimus, tum que in libro anni 1550 contenta, tum quæ anno 1662 mutata sunt, cum tandem ritus in eam for- man redactus estquæ adhuc servatur. Mutatioues autem qux verba tantum

respiciunt negleximus, 1n verbis Anglicis dispositionem ltterarum hodie üusitatam reddimus.

! Emprunté à l'ouvrage de MM. Denny et Lacey : De; Hierarchia Anglicana. Oudin, rue de Méziéres, 10.

RRAVUE ANOLO-ROBMAINE. — T. 1.   — 12.

178 HEVUE ANGLO-ROMAINÉ

                           THE FORM

AND MANNER OF MAKING AND CONSECRATINU

      Biskups, PRIESTS, AND DEACOXNS. ANXO DOMINI 1559.



                             The Preface

It is evident unto all men, diligently reading holy Scripture, and ancient authors, that from the Apostles’ time there hath been these orders of Ministers in Christ's Church : Bishops, Priests, and Deacons : which offices where ever- more had in Such reverent estimation, that no man, by his own private autho- rily, might presume to execute any of them, except he u'ere first called, tried. examined, and known to have such qualities as were requisite for the same; and also by public prayer, wilh imposition of hands, approved and admitted thereunto. And therefore to the intent these orders should Le continued, and reverently used and estemed in this Church of England : il is requisile, that no man (not being at this present Bishop, Priest, nor Deacon) shall execute any of them, except he be called, tried, examined, and admitted, according to the form hereafter following ‘. And none shall be admitted a Deacon, except he be 22 ® years of age at the least. And every man, which is to be admittcd a Priest, shall be full 25 years old. And every man, which is to be conse- crated a Bishop, shall be fully thirty years of age. And the Bishop, knowing, either by himself or by sufficient testimony, any person to be a man of virtuous conversation, and without crime, and afler examination and trial, finding him learned in the Latin tongue, and sufficiently instructed in holy Scripture, may, upon a Sunday or holy day. in the face of the Church, admit him a Deacon, in such maner and form, as hereafter followeth.

        THE FORM AND MANNER UF URDERING OF DEACONS.

First, when the day apointed by the Bishop is come there shall be an exhor- tation, declaring the duty and office of such as come to be admitted Ministers, how necessary such orders are in the chureh of Christ and aiso how the people ought to esteem them in their vocation. After the exhortation ended, the archdcacon, vr his deputy. shall present such as come to Bishop to be admilted, saying these words.

Reverend father in God, I present unto you these persons present, to be admitted Deacons.

| 1662, or luth had formerly Episcopal Consecralion, or Ordination. 2 1669, Twenty-three. . RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 479

                                    ORDO

      ET RITUS FACIENDI ET CONSECRANDI

    EPISCOPOS, PRESBYTEROS ET DIACONOS. ANNG DOMINI 1559




                                    Prafatio

Manifestum est omnibus sacram Srripturam et veteres auctores diligenter perlegentibus, exrxtitixe in Ecclesin Christi er Apostolorum temporibus hosce Alinistrorum ordines, Episcopos, Presbyteros, et Diaconos. Quæ quidem munera ila magni semper æstimabantur ut nemo proprie auctoritate ullo eorum fungi æuderel, nisi qui jam vocalus essel, probalus, examinatus, el eidem sustinendo par esse Satis cognitus; el præterea per preces publicas cum impositione manuum ad id approbalus el admissus. Igitur, quo isti ordines in Ecclesia Anglicana conserrari possint, et rrverenlia debila usurpari el æstimari, san- citum est ut nemo (nondum Episcopus, Fresbyter, Diaconusve ezxsislens) ullum eorum exsequatur nisi qui Secundum rilum sequentem vocatus, probatus, exa- minatus et admissus fuerit 1, Nuilus autem ad Diaconatus ordinem ante vice- simum primum * ælalis suæ annum admitlalur. Et quisque in Presbyteratum ordinandus annum vicesimum quarlum; quisque autem in Episcopatum conse- crandus tricesimum complerisse debet. Episcopus, cum vel ipse vel ex suffcrcnie testimonio certo sciat aliquem honeste rivere, el vitii expertem esse, ef past rxamen et probationem in latina lingua doctum et in Sacra Scriptura sujh- cienter erudiltum esse invenerit, potest eum in Dominica vel festo die in facie Ecclesiæ secundum ritum et ordinem sequentem in Diteonalum promotere.

               ORDO ET      INTUS   AN FACIENDOS DIACONUS

Primum, die ab Episcopo conslituto, flat erhortatio, qua populus doceetur quid sil munus et officium assumendorum in Ministerium; quam necessarii in Eeclesia Christi sint isti ordines; et quanti eos in officio rorum æstimare debeat populus. Finita echortatione Archidiaconus, aut drleyatus ejux, cos qui ad Episcopum admitlendi venerint hisce verbis præsentet :

Reverende in Deo Pater, presente tibi husce prwsentes in Diacunatum assumendos.

4662, «ut qui consécraliunem vel ordinulioném episcopalem jam unteu sasceperil. 2 1662, cicesinumn lerliem, 180 REVUE ANGLO-ROMAINE

                                 The   Bishop.

Tuke heed that the persons whom ye present unto us, be apt and meet, for their learning and godly conversation, to exercise their ministry duly, to the honour of God, and edifying of his church. The Archdeacon shall answer.

I have inquired of them, and also examined them, and think them so to be.

And then the Bisopkh shall say unto the people. Brethren, if there be any of you, who knoweth any impediment, or no- table crime, in any of these persons presented to he ordered Deacons, for the which he ought not to ‘he admitted to the same, let him came forth in the name of God, and shew what the crime or impediment is, And if any great crime or impediment be objected, the Bishop shall surcease [rom ordering that person, until such time as the parly accused shall try him self clear of that crime. Then the Bishop, commending such as shall be found meet to be ordered to the prayers of the congregation, with the Clerks and people present, shall say or sing the Litany as followeth, with the prayers.

                          The Litany and Suffrages,

O (rod the Father, of heaven : have mercy upon us miserable sin- ners, etc,

lwith this special suffrage. That it may please thee to bless these men, and send thy grace upon them, that they may dulvy execute the Office now to be committed unto them, to the edifying of thy Church, and to thy honour, praise and glory; Wese beseech the, ete.) Then shall be said also his that followeth. Almighty God, which by thy divine providence hast appointed diverse orders of ministers in the church : and didst inspire thine holy Apostles to choose unto this order of Deacons the first martyr S. Stephen, with other : mercifully behold these thy servants, now called to the like oflice and udministration : replenish them so with the truth of thy doctrine, and innoceney of life, that both by word and good example they may faithfully serve thee in this office, to the glory of thy name, and profit of the congre- gation, through the merits of our Saviour Jesu Christ : who liveth and reignet with thee, and the Holy Ghost, now and ever. Amen. Then shall be sung or said the Communion of the day, saving the Epistle shall be raad out of Timotkhe, as followeth :

  Likewise must the Ministers. received up in glory.
  Or else this out of the sixth of the Acts.

            Then the twelve called... obedient unto the faith.

And before the Gospel, the Bishop, sitting in a chair, shall cause the Oath of the Queen's supremacy, and against the power and authority of all foreign polentates, to be ministered unto every of them that are to be ordered.

                     The Oath of the Queen’s sovereignty.

LA. B. do utierly festify and declare in my conscience that the queen's highness is the only supreme governour of this realm, and of all other RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 481

                             Episcopus :

Vide ut ei quos nobis præsentas apti sint et digni, pro scientia et morum pietate, qui ministerium suum rite exsequantur, ad honorem Dei et ædili- cationem Ecclesiæ ejus.

                      Respondeat Archidiaconus :

Inquisitione de eis habita, et examine facto, aptos et dignos esse cos existimo.

Deinde Episcopus populum alloquatur : Fratres, si quis vestrum scit ulluu impedimentum aut notabile crimien, quod prohibet ne aliquis horum jam ad Diaconatus ordinem suscipiendum præsentatorum ad id officium promovratur, pro Deo exeat, et crimen aut impedimenturm, quidquid sit, declaret. Si autem aliquod grave crimen aut impedimentum obiciatur, Episcopus differat ordinationem accusati, donec criminis illius erpers esse visus fuerit. Deinde Episcopus, eos qui ordinatione digni visi fuerint congregationis pre- cibus commendans, cum Clero et populo præsente Litaniam eum oralionibus, prout sequitur, dicat vel cantet.

                        Lilania cum suffragiis.

Pater de cœlis Deus, Miserere nobis, etc. {cum hoc suffragio proprio, Utistos benedicere et super eos gratiam tuam effundere digneris; qua- tenus Officium eis conferendum rite exsequantur, in ædiGcationem Ecclesiæ tuæ, et ad honorem, laudem et gloriam tuam: Te rogamus, audi nos.] Deinde dicatur sequens Oratio.

Omnipotens Deus, qui divina providentia tua varios ministrorum ordines in Écclesia constituisti, et sanctos Apostolos tuos inspiratione tua docuisti in Diaconorum ordinem S. Stephanum protomartyrem cum aliis eligere; respice propitius hos famulos tuos, in idem officium et ministerium jam vocatos; et eos doctrinæ tuæ veritate et vitæ innocentia ita adimple, ut tam ore quam bono exemplo tibi in hoc officio fideliter deserviant, ad goriam nominis tui, atque ad commodum congregationis; per merila Salvatoris nostri Jesu Christi, qui teeum vivit et regnat, in unitate Spi- ritus Sancti, nunc et in omnia sæcula sæculorum. Amen. Deinde cantetur aut dicatur officium Communionis de tempore, excepto quod Epistola ex Timotheo legatur, prout sequitur:

Diaconos similiter pudicos... assumptum est in gloria.

                       Aut hæce e sexla Actuum :

Convocantes autem duodecim.., obedichat fidei, Et ante Evangelium, Episcopus, in faldistorio sedens, juramentum de regia supremilate, contra omnium rectorum extraneorum potestatem el auctoritatem, uricuique ordinandorum præstandum curel.

                 Juramentum de regia supremitate :

Ego À. B. testor et ex mea conscientia affirmo regiam majestatem solam hujus regni omuiumque aliarum regionum suæ ditioni subjectarum 182 REVUE ANGLO-ROMAINE

highness'dominions and couutries, as Well in all spiritual or ecelesiastical things or causes, as temporal: and that no foreign prince, person, prelate, state, or potentate, hath or ought to have any jurisdietion, power, superio- rity. pre-eminence or authority ecelesiasticalor spiritual within this realm : and therefore I do utterly renounce and forsake all foreign juridictions. powers, superiorities and authorities, and do promise that from henceforth 1 shall bear faith and true allegiance to the Queen's highness, herheirs and lawful successors, and to my power shall assist and defend all jurisdietions privileges, pre-eminences( and authorities granted or helonging to the Queen's highness, her heirs and successors, or united and annexed to the imperial crown of this realm, so help me Goa, andthe contents of this book. Then shall the Bishop eramine every one of them that are lo be ordered, in the presence of the people, after this manner following. Do you trust that vou are inwardly moved hy the Holy Ghost to take upon you this office and ministration, to serve God. for the promoting of his glory. and the edifying of his people? Ansiver. I trust so. The Bishop.

Do ve think that ve trulv he called. according to the will of our Lord Jesus Christ, and the due order of this realm, to the ministry of the Church? Ausrer, T'think so. The Bishop.

Do ye unfeignodly believe all the Canonical seriptures of the old and new Testament ? Answer. I do believe, The Bishop.

Will you diligentiy read the same unto the people assembledin the chureh, where vou shall be appointed to serve? Ansier. 1 Will.

                              The Bishop.

It pertaineth to the office of à Deacon in the church where he shall be appointed, to assist the Priest in divine service, and specially when be ministereth the holy communion and to help him in distribution theroof. and to read holy scriptures and Homilies in the congregation and 10 instruct the youth in the Catechism, to Baptize and to preach, ifhe be admitted thereto by the Bishop. And furthermore, it is his office. where provision is so made, to search for the sick, poor, and impotent people of the parish, and to intimate their estates, names, and places where they dwell, to the curate, that by his exhortation they may be relieved by the parish. or other convenient alms: will vou do this gladly and willingiy? Answer. L wil so do by the help of God.

                              The Bishop.

Will You apply all your diligence to frame and fashion your own lives. and the lives of all your family, according to the doctrine of Christ, and to make both yourselves and them, as much as in vou lieth wholesome examples of the flock of Christ? Answer, [will so do, the Lord being my helper. RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 483

subernationem supremam. Lun int rebus et causis spirituaibus ecclesiasti- cisve quiun in temporalibus, habere; nulli extraneo principi, personæ, præelato. civitati, aut rectori jurisdictionem, potestatem, superioritatei, primatum aut auctoritatem quamcumque ecclesiastieam seu spiritualem intra hoc. regnum esse vel esse dehere; quapropter ego annes jurisdi- stiones, potestates, superioritates et auctoritates extrancas totaliter abre- auncio, et promitio me fidelitatem et veram obedientiam regiæ majestati, bæredibus ejus et successoribus jure constitutis, præstiturum, et omnes jurisdictiones, privilegia, primatus et auctoritates regiæ majcstati, hære- dibus ejus et successoribus datas et pertinentes, ant imperio hujus regni unitas et annexas, pro viribus defensurunm, et eisdem suhventurum esse. Îta me adjuvet Deus, et quæ in hoc libro continentur. Deinde Episcopus singulos ordinandos coram populo modo sequenti eæa- mine : ‘

Confiditis vos a Spiritu Sanceto interius adductos esse, ut hoc officium et ministerium suscipialis, que Deo servialis ad gloriam ejus promo- veadam et populum ædificauduim ? Resp. Ita confidu. Episcopus,

Putatis vos ad Ecclesie miaisterium secundum voluntatem Domini nostri Jesu Christi et disciplinam in hoc regno constitutam, revera voeatos esse? Resp. Ita puto. Episcopus.

Creditis sincere omnes scripturas canonicas veteris et novi Testa- menti? Resp. Credo. Episcopus.

Vultis eas ad populum iu ecclesia in qua ad ministrandum constituti fueritis congregatum diligenter legere? Resp. Volo. Episcopus.

Diaconum oportet, in ecciesia in qua constitutus fuerit, Sacerdoti servi um divinum peragenli, et præcipue sacram commnunionem celebranti assistere, et in eadein impertienda operam prwbere, et Sacras Scripturas, et Homilias in cougregatione legere; juventutem Catechismo erudire; baptizare et prædicare, si ad id ab Episcopo admissus fuerit. Præterea oportet eum, ubi ita constitutum fuerit, ægrolos pauperes et infirmos intra parochiam habitantes exquirere, et eorum conditiones nomina et domicilia parocho indicare, ut per hortationes ejus parochianorun aut aliorum eleemosvnis convenienter refciantur, Vultis hæc facere libenter et alacriter? Resp. Hoc, cum Dei auxilio, facere volo.

                              Episcopus.

Vultis ad hoc omnem operam conferre, ut vestri ipsorum et familiarum vestrarum mores secundum doctrinam Christi conformetis, et tam vos quam eas, quod ex vobis erit, exemplaria gregi Christi salutaria red- datis? Resp, Hoc, Doniino adjuvante, facere volo. ar 1

184 REVUE ANGLO-ROMAINE The Bishop.

Will vou reverently obey your ordinary, and other chief Ministers of the chureh, and them to whom the government and charge is committed over vou, following with a glad mind and will their godly admonitions? Answer. 1 will thus endeavour my self, the Lord being my helper. Then the Bishop, laying his hands severally upon the head of every of them, shall say, . Take thou authority to execute the oflice of a Deacon in the chureh of God committed unto thec : in the name of the Father, the Son, and the Holy Ghost. Amen. Then shall the Bishop deliver to every one of them the new Testament, saying. Take [thou authority to read the gospel in the church of God, and to preach the same, if thou be thereunto ordinarily commanded !. Then one of them appointed by the Bishop ? shall read the gospel of that day. Then shall the Bishop proceded to the Communion, and all that be ordered shall tarry and receive the holy Communion the same day with the Bishop. The Communion ended, after the last Collect, and immediately before bene- diction, shall be said this Collect following. Almightr God giver of all good things, which of thy great goodness hast vouchsafed to accept and take these thy servants unto the office of Deacons in thy church : make them we beseech thee (O0 Lord) to be modest, humble. and constant in their ministration, to have a ready will to observe all spi- ritual discipline, that they having always the testimony of a good cons- cience, and continuing ever stable, and strong in thy Son Christ, may su well use them selves in this inferior oflice, that they may be found worthy 10 be called unto the higher ministries in thy church, through the same thy Son our Saviour Christ : to whom be glory and honour, world without end. Amen. And here it must be sheved unto the Deacon, that the must continue in that office of a Deacon the space ofa whole year atthe least (except for reasonable causes it Le otherwise seen to his ordinary) to the intent he may Le perfect, and well expert in the things appertaining to the Ecclesiastical administration : in execulting wkhereofif he be found faithful and diligent, he may be admitted by his Diocesan to ther order of Priesthood.

                 THE FORM OF ORDERING PRIESTS.

When the exhortation is ended then shall follow the Communion. And for the Epistle shall be read out of the twenty Chapter of the Acts of the Apostles, as followeth : From Mileto Paul sent... 10 give, tlian to receive. Or else this third Chapter of the first Epistle to Timothe. This is a true saying.. received up in glory. After this shall be read for the gospel a piece of the last Chapter of Matheu, as followeth. Jesus came and spakc... the end of the world. Ur else this that followeth out of the tenth chapter of John. Verily, verily, 1 say... one fold, and one shepherd. Or else this of the æx. Chapter of John. The same day at nigt.. they are retained. When the Gospel is ended, then shall be said or sung.

1 1662, licensed by the Bishop himself. ? 1550, putling on a lunicle. RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 185

                                   Episropus.

Valtis Ordinario vestra, et aliis superioribus ecelesie Ministris, quibus eura vestri regimenque committetur, reverenter obedire, piis corum moni- tionibas omoi mentis et voluntatis alacritate ohtemperantes? Resp. Ad hoc dabo operam, adjuvante Domino. Deinde Episcopus, super capita singulorum manus imponens, dicat, Aceipe potestatem exsequendi officium Diaconi in Ecclesia Dei tibi com- missum; in nomine Patris, et Fili, et Spiritus Sancti. Amen, Deinde Episcopus singulis Novum Testamentum tradat. dicens, Accipe potestatem legendi evangelium in Ecelesia Dei, idque etiam pric- dicandi, st übi Loc ordinate mandatum fuerit Deinde unus er eis, ab Episcopo designatus ?, evangelium de tempore legat, Deinde Episcopus ad Communionem procedat, et omnes ordinati mancant, et sacram Communionem eodem die cum Episcopo percipiant. Communione perfecta, post ultimam Orationem, et immediate ante benedi- clionem dicatur hæc sequens Oratio.

Omaipotens Deus, omnium bonorum dator, qui pro magna honitate tua hos famulos tuos ad officium Diaconatus in Ecclesia tua assamere et suscipere dignatus es : Fac 60s, quiesumus Domine, modestos esse, humiles, in ininisterio constantes, ét promptos ad spirilualis observantiam disciplinæ : ut semper bonum consciente testimonium prieferentes, in Christo Filio tuo firmi et stubiles perseverents et in hoc inferiori gradu am bene se gerant, ut digni inveniantur qui ad potiora in Écelesia tua ministeria vocentur:; per eumdem Filium tuum Salvatorem nostrum Chnstum, eui sit gloria et honor per omnia sweula swculorum, Amen.

Hic autem indicandum est Diacono, quod oportebit eum in Diaconatu per anum integrum (nisi ob causam sufficientem aliter Ordinario visum fuerit) prrmanere; quatenus in omnibus, quæ ad ministeriu ecclesiastica pertinent, perfectus sit et satis exercitatus : in quibus exsequendis si fidelis el diligens inventus fuerit, ad ordinwm Presbyteratus ab Episcopo proprio admitti polerit,

                RITUS AD ORDIN.         NDOS    PRESBYTEROS

Finilu exhortatione, sequatur Communio. Pro Epistola ex capite vicesimo Actuum Apostolorum hæc legantur :

À Mileto autem mittens... magis dare quam accipere. Aut hoc tertium caput Epistolæ ad Timotheum primæ: Fidelis sermo.. assumptum est in ghoria. Postea pro Evangelio legatur pars ullimi capitis Matthæi, prout sequitur: El accedens Jesus locutus.. ad consummationem sæculi. Aut quod sequitur e decimo capite Johannis :

Amen, amen, dico vobis... unum ovile, et unus pastor. Aut hoc e capite vicesimo Johannis :

Cum ergo sero esset.... retenta sunt. Finito Evangelio deinde dicatur aut cantetur:

! 1662, si ad hoc ab ipso Episcopo facultatem susceperis. +550, dalmalica indutus,

                                                                               (
                                                                                   LI3OORIC
                                                                                           O

186 REVUE ANGLO-RONAINE

Come, Holy Ghost, ete,

ind then the Archdeacon shull present unto the Bishop all them that shal receive {he order of Priesthood that day. The Arehdearon saying.

Reverend father in God, 1 present unto you these persons present, 10 be admitted to the Order of Priesthood.

Cum interrogatione et responsione, ut in Ordine Diaconutus. And then the Bishop shall say to the people. food people, these be they whom we purpose, God willing, to receive this day unto the holy office of Priesthood. For after due examination, we find not the contrary but that they be lawfully called to their function and ministry, and that they be persons meet for the same : but vet if there be any of you which knoweth any impediment, or notable crime in any of them, for the which he ought not to be received into this holv ministry: uow in the name of God declare the saine.

And if any great crime or impediment be objected, etc. Ut supra in Ordine Diaconatus usque ad finem Litanie cum hac Collecta.

Almighty God, giver of all good things, which by thy Holy Spirit hast appointed diverse orders of Ministersinthy church, mercifully behold these thy servants, now called to the office of Priesthood, and repieuish them so with the truth of thy doctrine, and innocency oflife, that both by word, and good example, the may faithfully serve thee in this office, to the glory of thy name, and profit of thy congregation, through the merits of our Saviour Jesu Christ: who liveth and reigneth with thee, and the Holy Ghost, world without end. Amen.

Then the Bishop shall minister unto every une of them the onth concerning he Queen's supremacy, as it is set out in the order of Deacons. And that done, he shall say unto them which are appointed to receive the said Office, as here- after folioweth.

You have heard, brethren, as well in your private examination, as in the exhortation, and in the holy lessons taken out of the Gospel, and of the writings of the Apostles, of what dignity, and of how great importance this ofice is (wWhereunto ye be called). And now we exhort you, in the name of our Lord Jesus Christ, to have in remembrance, into how high a dignitv, and to how chargeable an office ve be called, that is to say, to be the mes- sengers, the watchmen, the Pastors, and the stewards of the Lord: to teach, to premonish, to feed, and provide for the Lord’s family : to seek for Christ's sheep that be dispersed abroad, and for his children which be in the midst of this naughty world, to be saved through Christ for ever. Have always therefore printed in your remembrance, how great a treasure is commited to your charge : for they be the sheep of Christ, which be bought with his death, and for whom he shed his blood. The church and congregation whom you must serve, is his spouse and his body. And if it shall chance the same church or any member thereof to take any hurt or hinderance, by reason of your negligence, ye know the greatness of the fault, and also of the horrible punishment which will ensue. Wherefore consider with vourselves the end of your ministry, towards the children of God, towards the spouse and body of Christ, and see that you never cease your labour, your care and diligence, until vou have done all that lieth in you, according

1 1662, cantatur post examen. ? 1662, Hœc tota sectio aliquot tantum verbis in rubrica mutatis ante missam inchoutam adhibetur. RITUS ORDINATIONUM ANGLICANTS 187

Veui Creator, ete. | Deinde Archidiaconus omnes qui illo die Presbyteratus ordinem suscepturi sunt, Episcopo præsentel, Arrhidiacono dicente : Reverende in Deo later, præsento tibi hosce prwsentes in Ordinem Preshyteratus assumendos. Cum interrogalione el responsione, ut in Ordine Diaconatus. Deinde Episcopus populum alloquatur : Adsunt, dilectissimi, quos in sacrum Sucerdotii officium, Deo volente, hodie assumere statuimus. Nam post debitum examen factum nibil aohis comypertum est, nisi quod in munus illud et ministerium legitime vocautur, et digni sunt qui id suscipiant : sed tamen, si quis vestrum seit ullum impedimentum aut notubile erimeu, quod prohibet ne aliquis horum in hoc sacrum ininisterium assumatur, nunc pro Deo idem declaret. Si autem aliquod grave crimen aut impedimentum obicialur. etc. ut supra in Ordine Diaconatus usque ad finem Litaniæ eum hac collecta :

Omnipotens Deus, omnium bonorum dator, qui per Spiritum Sanctum tuum varios Ministrorum ordines in Ecclesia constituisti : Respice propi- tius hos famulos tuos, in officium Sacerdotii jam vocatos : et eus doctrinæ tue veritate et vitæ innocentia ita adhnple, ut tam ore quam bono exemplo tibi in hoc oflicio fideliter deserviant, ad gloriam tui nominis, et ad com- imodum congregationis tuæ; per merita Salvatoris nostri Jesu Christi, qui teeum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti, per omnia sæcula sæcu- lorum. Amen. Deinde Episcopus unicuique eorum juramentum de regia supremnitate, ul in ordine Diaconatus exhibelur, præstet. Quo finito, Ordinandos verbis sequentibus alloquatur :

Audivistis, fratres, tam in privato vestri examine, quam in exhorta- tione et in sacris lectionibus ex Evangelie et seriptis Apostolorum desumptis, quanta sit dignitas, quanta gravitas istius muneris ad quan vocamini, Nunc autem iterum hortamur vos, in Nomine Domini nostri desu Christi, ut dignitatis ad quam vocamini exeelleutiam, curæ et oflicit onus, in memoria habeatis. Domini enim eritis nuntii, speculatores, Pastores et dispensatores. Vestri erit familian Dormini docere, monere, pascere, curare; Christi etiam oves dispersas, et Hios ejus in medio mun- danmæe pravitatis habitantes requirere, quatenus per Christum salutem æternani consequantur. $Sit ergo vestræ semper meimuori& impressuin, quantus sit thesaurus vohis commissus. Sunt enim oves Christi, quax morte sua acquisivit, et pro quibus sanguinem suum effudit. Ecclesia et congregatio cui servituri estis Sponsa ejus est et corpus. Et si quando eidem ecclesiæ, aut cui ejus membro, damni aliquid aut impedimenti negligentin vestra attulerit, delicti ejusmodi gravitatem satis nostis, et pœnam quæ id insecutura est horribilem. Quemobrem vobis conside- randum est, quid spectet ministerium vestrum quoad filios Deï,et sponsam atque corpus Cbristi. Imo videte ne quid laboris, curæ, et diligentiæ omit- tatis, donec omnem operam pro viribus, sicut vos oportet, dederitis, quo omnes qui Curæ vestræ aut sint aut fucrint commissi, ad eam in Dei fide

4 1662, cantatur pust examon. 188 REVUE ANGLO-ROMAINE

to your bounden duty, to bring all such as are, or shall be commited to vour charge, unto that agreement in faith, and knowledge of God, and to that ripeness and perfectnese of age in Christ, that there be no place left among you, either for error in religion, or for viciousness in life. Then forasmuch as your office is both of so great excelleney, and of s0 great difliculty, ye see with how great care and study ye ought to applr vour selves, as well that you may shew vourselves kind to that Lord, wha hath placed you in so high a dignitv, as also to beware that neither you vour selves offend, neither he occasion thatother offend. Howbeit, ye can nothave a mind and a will thereto of vour selves, for that power and ability is given of God alone. Therefore ye see how ve ought and have nerd earnestlr pray for his Holy Spirit. And seeing that vou can not by any other means compass the doing of so weighty a Work pertaining to the salvation of mani but with doctrine and exhortation taken out of holy Scripture, and with a life agreeable unto the same: ye perceive how studious ve ought to bein reading and in learniug the Scriptures, and in framing the manners, both of your selves, and of them that specially pertain unto you, according to the rule of the same Scriptures. And for this self same cause, ye see how you ought to forsake and set aside {as much as you may} all worldly eares and studies. We have good hope. that vou have well weighed and pondered these things with vour selves long before this time, and that you have clearly determined, hy God's grace to give your selves wholly to this vocation, whereunto it hath pleased God to call you, so that (as much as lieth in vou you apply vour selves wholly to this one thing, and draw all your cares and studies this way and to this end : and that you will continually prar for the heavenly assistance of the Holy Ghost from God the Father, by the mediation of our only mediator and Saviour Jesus Christ, that hy daily res- ding and weighing of the Scripture ye may wax riper and stronger in your miuistry; and that ve may so endeavour vour selves from time to time t0 sanctify the lives of you aud yours, and to fashion them after the rule and doctrine uf Christ: and that ve may be wholesome and Godly examples and patterns for tlie rest of the congregation to follow. And that this present congregation of Christ here assembled may also understand your minds and wills in these things : and that this your promise shall more move you to do your duties, ve shall answer plainly to these things, which ve, in the uame of the congregation, shall demand of you, touching the same. Do vou think in vour heart that you be truly called according to the will of our Lord Jesus Christ, and the order of this Church of England, to the ministry of Priesthood? Answer. 1 think it. The Bishop.

Be you persuaded that the holÿ Scriptures contain sufficiently ali doc- trine required of necessity for eternal salvation, through faith in Jesus Christ : And are you determined with the said scriptures to instruct the people committed to your charge, and to teach nothing {as required of ne- cessity to eternal salvation) but that you shall be persuaded may be con- cluded and proved by the scripture? Answer. | am so persuaded, and have so determined by God's grace.

                             The Bishop.

Will you then give your taithful diligence always, so to minister the doctrine and Sacraments, and the discipline of Christ, as the Lord hath RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 189

et cognitione unitatem, et eam ætatis in Christo perfectam maturitatem perducatis, quæ nec erroribus in religione, nec in moribus pravitati, ullum apud vos relinquat locum. Cum igitur officii vestri tanta sit excellentia, tanta difficultas, videtis quantum studii et operæ a vobis adhibendum sit, ut et Domino qui vos in tam alto dignitatis gradu collocavit, gratos vos exlibeatis, et eaveatis ne ille per vos, nec vobis auctoribus per alios, offendatur. Cum tamen ex vobismetipsis id propositum eamque voluntatem hahere uon'valetis (a Deo enim sole datur id posse)}, debetis, quod et ipsa necessitas requirit, Sanctum Dei Spiritum studiosius postulare. Pripterca, cum non alia ratione tantum opus, ad hominumn salutem pertinens, perficere valeatis, nisi doctrina et hortationibus ex Sacra Scriptura desumptis, et ratione quæ cis congruat vivendi, videtis quam diligenter vohis legendæ «int et ediscendæ Scripturæ, et mores tam vestri ipsorum quam eorum qui ad vos proxime pertineant, ad Scripturarum normam conformandi : quam necessario etiam, hanc eamdem ob causam, oporteat vos studia et sollicitu- dines, quæ de mundo sunt, quantum in vobis erit, prorsus deponere. Magnam profecto spem habemus, vos jamdudura hæc omuia satis animo perpendisse, et certo statuisse vos totos, favente Deo, huic muneri dedi- care, ad quod Deus vos vocare dignatus est : adeo ut, quantum ex vohis erit, ad hoc solum omnem diligentiam adhibere velitis, in hoc omnes curas, omuia studia conferre; el a Deo Patre, per Mediatorem Jesum Christum, unicum nostrum Salvatorem, cœleste Sancti Spiritus auxilium indesinenter petere : quatenus, maturitatem in ministerio et vigorem per quotidianam Scripturarum lectionem et meditationem consecuti, ita enita- mini vestras vestrorumque etiam atque etiam purificare vitas, et ad nognam doctrinamque Christi conformare, ut vestræ pietatis exemplo imitationem plebs acquirat salutarem. Jam vero, quatenus Christi populus hic congregatus quid in hac re sentiatis, quid velitis, intelligat, et promissio jam a vobis facienda ad præstandum officitrn vestrum eflicacius vos adducat, ad quivstiones quas de his in nomine congregationis vobis proponemus, diserte a vabis est respondendum. Creditis in corde vos vere vocari, secundum voluntatem Domini nostri Jesu Christi, et consuetudinem hujus Écclesiæ Anglieanæ, ad ministerium Presbyteratus? Resp, Credo.

                              Episcopus.

Persuasum est vobis, in Scripturis sacris suflicienter contineri omnem doctrinam, ad æternam per fidenr in Jesu Christo salutem necessario suscipiendam? Et decrevistis ea quæ ex eisdem Scripturis intelligitis plebem vestræ curæ commissam docere, et nihil tradere tanquam ad salutem æternam necessarium, nisi de quo vobis persuasum fuerit, per Scripturas concludi et probari posse? Resp. Ita mihi persuasum est, et ita gratia Dei decrevi.

                              Episcopus.

Vuitis igitur diligentiam semper fideliter adhibere in Christi doctrina, Sacramentis, et disciplina ita administrandis, sieut Dominus præcepit, et 190 REVUE ANGLO-RONAINE commanded, and as this realm hath received the same, according to the commandments of God, sa that you may teach the people committed to vour cure aud charge with all diligence to keep and observe the same? Answer. 1 Will so do, by the help of the Lord. The Bishop.

Mall vou be ready with all faithful diligence to banish and drive away all vrroneous and strange doctrines, contrary to God's word, and to use both publie and private mouitions and exhortations, as well to the sick, as to the whole within your cures, as need shall require and occasion be given? Answer. 1 will, the Lord heing my helper. The Bishop. Will vou be diligent in prayers, and in reading of the holy scriptures, and in such studies as help to the knowledge of the same, laying aside the study of the world and the flesh? Answer. 1 will endeavour my self so to do, the Lord being my helper. The Bishop.

Will vou be diligent to frame and fashion your own self and your family according to the doctrine of Christ, and to make both your self and them tas much as in vou lieth) wWholesome examples and spectacles to the flock of Christ? . Ansirer. Lil apply myself, the Lord being my helper. The Bishop.

Mill vou muintaiu and set forwards (as much as lietlr in you) quietuess, pence, aud love among all Christian people; and specially among them that are, or shall be, committed to your charge? ' Answer. T Will so do, the Lord being my helper.

                              The Bishop.

Will you reverently obey your Ordinary, and other chief ministers, unta whom the government and charge is committed over vou, following with a glad mind and will their godly admonitions, and submitting your self to their godly judgments? ‘ Answer. 1 will so do, the Lord being my helper. Then shall the Bishop say. Almighty God, who hath given vou this will to do all these things, grant also unto you strength and power to perform the same, that he may ac- complish his work, which he bath begun in you, until the time he shalt come at the latter day, to judge the quick and the dead.

After the vongregation shall be lesired, secret in their prayers, to make humble supplivations to God for the foresaid things : for the which prayers there shall be a certain space kept in silence !.

That done. the Bishop shall pray in this wise.

                            Let   us pray.

Almighty God aud heavenly Father, which of thine infinite love and goodness towards us hast given to us thy onlv and most dear beloved Son Jesus Christ, 10 be our redeemer and author of everlasting life : who, after be had made perfect our redemption by his death, and was ascended into heaven, sent abroad into the world his Apostles, Prophets, Evangeliete,

1 1662, Hoc loco canlatur Hymnus Feui Creator. ——

                    RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS                                        191

Loc regnum eadem suscepit, secundum mandats Dei : quatenus populum cure vestræ vommissum doceatis eadem omni diligentia observare? Resp. Volo hoc facere, cum Domini auxilio.

                                      Episcopus.                                 '

l'aruti erilis amovere atque depellere, omni fidelitate et diligentia, unes falsas et alienas doctrinas, verbo Dei contrarias; et Lam wgrotuntes quun bene valentes, intra parochias vestras habitantes, si quando res postulet, aut occasio data sit, monitionibus et publicis et privatis adhortari? Resp. Ad hoc, adjuvante Domino, paratus ero.

                                      Episcopus.

Vultis instare orationi, et lectioni sacrarum Scripturarum, eisque stu- diis quæ cognitioni earum inserviunt, studio mundi caruisque seposito? Resp, Ad hoc, adjuvante Domino, adhibebo diligentiam. &

                                      Episcopus.

Valtis operam dare ut vosmetipsos et familias vestras secundum Christi doctrinam conformetis,et quod ex vobis erit,exemplaria gregi Christi salu- laria reddere ? Resp. Ad hoc, adjuvante Domino, operam daho.

                                      Episcopus.

Vultis, quantum ex vobis erit, inter omnés Christianos, eosque priveipue Ni cure vestræ sint aut fuerint commissi, tranquillitatem, pacem, et cha nlatem conservare ct promovere ? Resp, Volo, adjuvante Domino. Episropus.

Vultis Ordinario vestro, et aliis superioribus Ecclesie ministris, quibus tura vestri regimenque committetur, reverenter obedire, piis eorum moni- üonibus omni mentis et voluntatis alacritate obtemperantes, vosque piis *orum judiciis submittentes ? Resp, Volo, adjuvante Domino.

                              Deinde Episeopus dicat :

Omnipotens Deus, de cujus munere venit ut hæc omnia facere velitis, Virtutem etiam ad ea exsequenda vobis concedat, ut opus suum quod in “bis cæpit perficiat, donec novissimo die advenerit ad judicandum vivos et mortuos.

Deinde rogandus est populus,‘ut hæc omnia secreto orationibus suis a Deo fuppliciter exposcat. Quod ut faciat, per aliquantum temporis sileatur !,

11662, Hoc loco cantatur Hymnus Veni Creator.

                             Posteu sic oret Episcopus:

              .                        Oremus.

Omuipotens Deus, Pater cwlestis, qui ex infinita tua Caritate et honitate tra nos dedisti nobis unicum et dilectissimum Filium tuum Jesum Christum, ut sit Redemptor noster, et auctor vitæ sempiternæ; qui post rdemptionem nostram morte sua perfectam, et ascensionem suani in “els, dimisit in mundum Apostolus suos, Prophetas, Evangelistas. 192 REVUE ANGLO-ROMAINE

Doctors, and Pastors, by wliose labour and ministry he gathered together
a great flock in all the parts of the world, to set forth the eternal praise of
thy hoiy name : for these sa great benefits af thy eternal goodness, and
for that thou hast vouchsafed to call these thy servants here present to
the same office and ministry of the salvation of mankind, we render unto
thec mast hearty thanks, we worship and praise thee, and we humbly be-
seech thoe by the same thy Son, to grant unto all of us, which either here
or else where call upor thy name, that we may shew our selves thankful
to thee for these and ali other thy benefits, and that we may daily increase
and go forwards in the knowledge and faith of thee, and thy Son, by the
Holy Spirit; so that as well by these thy ministers, us by them to Whom
they shall be appointed ministers, thy hoÏy name may be always glonfied.
and thy blessed kingdom enlarged, through the same thy Son our Lord
Jesus Christ: which liveth and reigneth with thee, in the unitv of the
same Holy Spirit. world without end. Amen.
  Wen this prayer is done, the Bishop with the Priests present shall lay their
hands severally upon the head of overy one fhut receiveth orders ; Lhe receivers
humbiy Eneeling upon their knees, and the Bishop saying.
  Receive the Holy Ghost t : whose sins thou dost forgive, thev are for-
given; and whose sins thon dost retain, they are rétained : and be thou a
faithfui dispenser of the word of God, and of his holv Sacraments: In the
name ofthe Father, aud of the Son, and of the Holy Ghost. Amen.
  The Bishop shall deliver Lo every one of them the Biblein his hand, saying
                                                                           ?.
                                                                           à
  Take thou authority to preach the word of God, amd to minister the holx
sacraments in this congregation, where thou shalt be so appninted.
   When this is done, the congregation shall sing the Creed, and also they shail
go to the Communion, which all they thutf receive orders shall take together,
and remain in the same place where the hands more laid upon them, until such
time us they have rereived the Communion.
   The Communion being done. after the last Collect, and immediately before
the benediction, shall be said this Collect.
  Most merciful Father, we bescech thee so to send upon these thy ser-
vants thx heuveniv blessing, that they may be clad about with all justice,
aud that thy word shoken hy their mouthe may have such success, that it
may never be spoken in vañr. Grant alko that We may have grace to hear,
and receive the same as thÿ most holv word, and tlle mean of our salva-
tion, that in all our words and deeds we may seek thy glory, and the in-
crease of thy kingdorm, through Jesus Christ our Lord. Amen.
  And if the Orders of a Deucon and Priesthood Le given both upon one day :
then shall all things at the holy Communion be used as they are appointed al
the ordering of Priests. Saving that for the Epistle, the whole third Chapter of
the first to Timothe shall be read as it is set out before in the order of Priest.
And immediately after the Epistle, the Deacons shall be ordered. And it shail
suffice the Litany Lo Le said once |.
  11662, Receive the Holy Ghost, for the Office and Work of  a Priest in the
Church of God, now committed unto thee by the imposition of our hands.
  2 1550, The Bishop shall deliver lo every one of them the Bible in {he one hand,
and the Chalice or Cup with the Bread, in the othe> and, and say.

= 1 4862, Haec plenius et accuratius esplanantur.

          {A suivre.)

                               Le Directeur-Gérant: VERNAND PorTaL.
               PARIS, — JMPRIMERIE F, LEVÉ. RUE CASSETTE, 17.

tre ANNÉE N°5 À JANVIER 1896

                             REVUE

ANGLO-ROMAINE 4

                     RECUEIL HEBDOMADAIRE ,                                          4

                                                                                           f

Tu es Petrus, et su- Spiritus Sanctus po- per banc petram suit €episcopos re- ædifcabo Ecolesiam gcre Ecclesiara Doi. mean ... et tihi ACT. XX. 24, dabo claves ...

Matra. xwi. ÎK-tt,

                              SOMMAIRE :
                                                                             PAGE*

Rav. T.A Lacer....... L'imposition des mains dans les consécra- 7. tions épiscopales .........,...,.. Sossss.s 193

Marc Gaia...           De la peinture au moven-äige — 1. Les pein-
                         tures de la cathédrale de Cahors...,.,...            2{{
                       Chronique ..... on           sossvosssonsouse          222

                       Livres et Revues .............. corosersssis           223
           DocumgnTs   Ritus Ordinationum Anglicanus. — Ritus
                         catholici..... ensssssesesessssese esseneres         225




                                    PARIS

        RÉDACTION                  ET     ADMINISTRATION
                             17, RUE CASSETTE

                                        1895

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES FRANCE A LA PAGE : UN AN............... « 20 fr La page................ . 30 fr. SIX MOIS ........ vus ai fr. TROIS MOIS ............... 6 fr. La 4/2 page ...... FT... 20 fr Le 1/4 page. ............ 10 fr. ÉTRANGER A LA LIGNE UN AN............,.... 25 fr ‘ Sur 4/2 colonne: la ligne.. tfr. SIX MOIS................. 43 fr. TRoïIS Mo1S.....,......... 7 fr. Les annonces sont reçues _n | Fraxce....... Ofr. 50 aux bureaux de la Revues 17, LE NUMÉRO ÉTRANGER. 4 fr. ». rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que Ja responsabilité des auteurs. /

L'IATERMÉDIAIRE CATHOLIQUE DE BESANÇON & DE RENTE MAISON DE CONFIANCE FONDÉE À BESANCON EN 1884

MONTRES & PENDULES BIJOUTERIE — JOAILLERIE — ORFÈVRERIE Avec Ia seule Commission du Gros

Adresser les demandes en fabrique à Madame MARJE MARILLIER. 7, rue du Mont-Sainte-Marie, BESANÇON DÉPOT A PARIS, 3, PLACE SAINT-SULPICE

             i        Catalogue franco. — Photographies                        franco.

                                   licencié às lettres

PROFESSEUR Lecons partieu- LEn CONS L d'anglais offertes par un jeune homme habitant Pa- lières de latin, grec, littérature et philo- ris, mäais avant longtemps résidé en Angle- sophie, spécialement recommandé. N'a terre, en échange de lecons d'allemand. — dresser G. À. aux bureaux de la Hevue. Références sérieuses etigées de partet d'an- tre. S'adresser H. D. aux bureaux de la Retæ

MISS :tions d'institutriée dans lusiours N. 4% ans, avant rempli les fonc- d'anglais, ayant grandes maisons, demande place d’institu- PR OFE SSE UR longtomps résidé trice, de gouvernante ou de dame de compa- à Londres, désire lecons à domicile, Ex- gnic. Excellentes références. S'adresser aux cellentes références. S'adresser V. aux bu bureaux de la Revue. reaux de Ja Rervne.

                                                             PROFE SSEU                  de Sciences phy-

DAMES trés honorables, la mère et la 400 signes et natu- fille, habitant entre Ie Tl'raca- roles. Préparations aux baccalauréats et déro et je boïs de Boulaxne prendraicnt au premier examen du doctorat en méde- dames pensionnaires. Confort CL priX mo- cine. Spécialement recommandé. S'adres- dérés. ser M G , aux bureaux de la Rebpue. PRÊTRE recevrait jeunes anglais à

pour apprendre CU lu campagne Le francais. prés Paris, Exccllentes UN JEUNE HOMME “és” distin— gu*, désire emploi de secrétaire. Vorage- références. S'adresser M, B. aux bureaux rait S'adresser M. I. aur Bureaux de la de la fievie. Revue. Hautes références. L'IMPOSITION DES MAINS

DANS LA CONSÉCRATION DES ÉVÈQUES

Travuil Lu à l'Ecole de Théologie de Cambridge le lundi4 nov. 1895

            par le re. T, A. Lacey. M. A. Oron.

Je me propose de vous présenter, pour les comparer ensemble, quelques-unes des diverses formes qui ont été en usage dans là con- sécration des évêques. Je ne soulèverai aucune question louchant l'origine du sacerdoce chrétien; je le prendrai tel que nous le trou- vons finalement développé dans la pratique de l'Église. Mais, pour le but que je me propose, il ne sera pas possible non plus de remonter jusqu'à l'époque où, pour la première fois, ce développement fut alleint. En réalité, nous n'avons pas de preuves évidentes que la forme de l'ordination telle qu'on la pratique actuellement soit anté- rieure au vi° siècle. Mais un rite datant de celte époque, rite ayant atteint alors son développement complet, rite bien établi et n'ayant subi ni dans la matière ni dans la forme aucun changement récent, nn tel rite nous sera venu à coup sûr et pratiquement, sans aucune modification appréciable, d'une époque bien antérieure, Cependant, il ne serait pas sage, en l'absence de loute preuve évidente, de lui attribuer une haute antiquité. Beaucoup de prudence est également requise lorsqu'on attribue couramment un semblable caractère d'antiquité aux rites des Églises orientales séparées, Quelques-uns de ces rites, qui sont identiques avec ceux que l'on trouve dans les livres d'oflice de l'Église orthodoxe, sont quelquefois considérés comme étant nécessairement antérieurs à la séparation des Églises, ce qui nous reporterait ainsi au moins au y siècle. Cette conclusion repose sur cette opinion que, dans aucune circons- lance et à aucun degré, les Églises orientales n'auraient consenti à faire d'emprunts mutuels; et cette opinion a son fondement dans l'histoire des églises d'Orient ainsi que dans cet antagouisme obstiné qui a prévalu durant le cours des siècles. Pendant les six premiers siècles de l'ère chrétienne, les rites de l'Église étaient dans leur période de formation, mais nous ne pou- REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. L — 13, 194 REVUE ANGLO-ROMAINE vons pas remonter beaucoup au delà des formes contenues dans les livres primitifs qui sont parvenus jusqu'à nous. Les divers rituels et liturgies n'étaient alors ni comparés ni édités, ils ne soulevaient aucun commentaire; aussi avons-nous seulement les copies qui ont survécu de livres d'office alors en usage et c'est là- dessus que nous désirons nous baser. Il y a une importante exception à cette règle générale. Les huit livres des Constitutions apostoliques contiennent une courte description des ordinations pour les différents degrés du ministère sacré et une prière appropriée qui doit être dite. Dans sa forme existante, on ne peut pas dire que notre rituel an- glican soit original ; il a été édité avec une pensée littéraire et probable- ment dans un but de controverse. Mais ce dont personne, je pense, n’a jamais douté, c'est qu'il représente généralement avec exactitude les cérémonies et les rites d’une époque primitive mais indéterminée. A quelle époque et à quelle partie de l’Église ces rites se ratta- chent-ils? La complète diversité des rites actuellement en usage nous défend de supposer qu'il y eut à Porigine un rituel presque uniforme pour toute l'Église, rituel que les Constitutions apostoliques seraient censées représenter. Le seul rite existant qui renferme une prière analogue à celle qui est rapportée dans les Cons/itutions est le rite en usage chez les Coptes. Est-ce là l’ancienne coutume d'Alexandrie et est-ce de là que l’auteur des Conshitutiôns a liré ses matériaux ? On peut considérer comme établi que cet auteur était grecsyrien et vivait au 1v° siècle. Il est assez difficile de comprendre pourquoi il aurait plutôt choisi Alexandrie. En réalité, l'œuvre qu'il avait à faire devait le conduire à regarder un peu de divers côtés. Son intention était de faire passer son travail comme l'original écrit par saint Clément de Rome, Il avait certainement en main, ainsi que le remarque Lightfoot le travail original de saint Clément lui-même. L'attribution des Conslilutions apostoliques à saint Clément, dit Lightfoot, peut venir de quelque tradition véridique qui le représentait comme ayant pris part à la formation du rituel de l'Église’. Mais de quelle Église ? De l'Église romaine. Désirant faire passer son travail pour celui de saint Clément, l’auteur y eût incorporé autant que possible les formules en usage dans l'Église romaine. Les formules de bénédiction dont on se sert actuellement à Rome pour conférer les ordres n'étaient pas impossibles à trouver, et lors- que l’auteur les donne catégoriquement comme une tradition venue des apôtres et reprise par saint Clément, il est difficile de supposer que ce soit d'autres formules que celles-là ?.

1 Lightfoot, Saint Clément of Rome, p. 210.

Je commencerai donc par les Constitutions apostoliques. Je ne trouvé aucun autre document d'une authenticité bien établie et qui soit antérieur au 1v° siècle. A partir de cetle époque, les documents commencent à être nombreux. J'indiquerai ce que vaut le riluel des Constitutions; quant aux autres, je m'en liendrai aux formes actuellement en usage, et comme j'ai plutôt en vue de faire une comparaison que de soulever un point d'histoire, je ne me senlirai pas obligé d'observer de près l'ordre chronologique. Suivant les Constitutions, après que l'assentiment du peuple tou- chant la dignité de l'élu, a été obtenu, un des premiers évêques (eïç rüv séruv éminérwy) accompagné de deux autres, et se tenant prés de l'autel, récite une formule de bénédiction, tandis que les diacres liennent le livre des Évangiles au-dessus de la tête de celui qui va être ordonné (xd yeporove: v). De cette formule ou prière qui, telle qu'elle existe dans le texte reçu des Constitutions, est assez connue, on peut trouver dans certains livres une autre rédaction sous une forme plus courte *. Cette seconde rédaction peut indiquer ou que la prière télé rédigée à nouveau par le même auteur, ou au contraire que cest la source première à laquelle l'auteur des Constitulions serait venu puiser. Dans les deux cas, l'existence de cette double rédaction inplique ce fait indubitable, c'est qu'à l'époque où les ouvrages de süol Clément furent, pour la première fois, divulgués, les prières publiques de l'Église n'étaient pas encore fixées. Les principaux points élaient sans doute établis par la tradition, mais tout le reste élail sujet à changements. Quant à la teneur de celte prière, j'aurai ëen parler plus loin.

J'observe ici, tout d'abord, l'imposition des Évangiles par les dires. Dans tous les autres rituels connus de l'Église, et à part deux ueplions significatives, le livre des Évangiles, si toutefois l'on en fit usage, est Lenu au-dessus de la tête de l'élu par les évêques cnsécrateurs eux-mêmes. Je note en second lieu qu'il n'est fail seune mention de l'imposition des mains. Est-ce là un fait acciden- te!? Je pense que cette manière de voir ne peut être que difficilement ‘mise. Dans les autres ordinations décrites dans les Constitutions, telle cérémonie est expressément ordonnée. Pourquoi, dans le cas

Arabe). Mais ces canons représentent, suivant l'opinion généralement admise un document romain original, d'une époque primitive. Je dois à M. Brightman l'information suivante : Le texte grec de cette seconde rédaction est reproduit par Lagarde, dans l'ouvrage intitulé Hippolyti Romani quæ feruntur omnia Græce (Lips. el Lond. 1858). Ce texte est contenu dans les, Aurdéerç tv &ylwv ’Anocthdlwy Ga ‘Irnoïÿrou bp: 13-89. Une traduction d’une version éthiopienne de la même prière est donnée dans Ludolfos, ad suum Historiam æthiopicam Commentarius Francfort, 1691, parmi © Slatuta Apostolorum, pp. 314-328. Un autre texte grec est donné par Achelis, Ve Canones Hippolyti, dans l'ouvrage de Gebbard et Harnach, Texte und Unler- ‘wMungen, V1, 4, p.42. C'est de ce texte quo j'ai fait des extraits plus haut. 196 REVUE ANGLO-ROMAINE

qui nous occupe, l'aurait-on passée sous silence? Plus loin, on va jusqu'à décrire la position même du consécrateur. Il devra se tenir debout près de l'autel (rknsio 55 Ouctacripiou), mais aucune mention n'est faile de la position de l'élu qui va être consacré. Nous avons en plus — en dehors des deux exceptions auxquelles j'ai fait allusion — un autre contraste saisissant dans la consécration des Papes de Rome et d'Alexandrie. Puis j'examinerai l'ancien rite romain, que nous arrivons à bien connaître en lisant attentivement l'Ordo romanus et le Sacramentaire grégorien. Il semble pleinement élabli que tous les évêques des sièges suburbicaires étaient consacrés par le Pontife romain seul, ce qui constitue une exceplion remarquable à l'usage admis partout ailleurs. Dans ces consécrations, on n'employait pas le livre des Évangiles. La consécration avait lieu le dimanche, l'examen solen- nel ayant été subi par l'élu la veille de la cérémonie. Après l'Épilre, l'archidiacre, assisté des sous-diacres et des acolytes, introduisail l'élu et le Pontife, annonçant et confirmant son élection, disail : « Oremus pro eodem vira ut Deus et Dominus Noster Jesus Christus tribuat ei cathedram episcopalem ad regendam Ecclesiam suam et plebem uni- versam. » Puis suivait le Xyrie eleison. Alors le Pontife, posant sa main sur la tête de l'élu, récilait Lout d'abord la collecte « Propitinre Domine », puis la longue bénédiction « Deus honorum omnium » qui a survécu avec quelque modification dans le Pontifical romain en usage aujourd'hui, Cette prière terminée, le baiser de paix était donné et la Messe continuait. Le nouvel évêque, en recevant la communion, recevait aussi une certaine quantilé d'espèces consacrées qu'il devait garder pour communier durant quarante jours. Telle était la consécration d'un évêque à Rome, par le Pape. Mais quand le Ponlife romain était lui-même consacré, le rile était consi- dérablement modifié. Aucune cérémonie de présentation de l'élu à un supérieur qui l'aurait reçu, n'était faite. Le futur Pontife venait près de l'autel, accompagné de tout l'ensemble du clergé et, après s'être prosterné en prière, il était conduit par les évêques présents et placé entre l'autel et le trône. Cette cérémonie, bien entendu, avait lieu dans l'abside. Alors tandis que les diacres‘ tenaient au-dessus de sû tête le livre des Évangiles, un premier évêque, s'approchait, récitail une prière ets'en allait. Un second répétait la méine cérémonie. Enfin un troisième s’approchait et le consacrait. Nous pouvons difficilement penser que cette cérémonie signifiât autre chose que la récitation de lk prière consécratoire qui, d’après les livres arrivés jusqu’à nous’, était le Deus honorum omnium avec une modification vers la £n, appropriée à la prééminence toute spéciale du Pape. Alors le

1 Mabillon, VIII-IX. 3 Il'est fait mention de ceci dans le Liber diurnus, L'IMPOSITION DES MAINS 197

Pontife nouvellement consacré commençait lui-même la messe el donnait la communion à tous ceux qui étaient présents. Personne nue manquera d'être frappé de la ressemblance de ce rile avec celui des Constitutions. Aucune mention n'est faite de l'imposition des mains; les diacres imposent les Évangiles; la position qu'occupent les évèques consécrateurs paraïîl être semblable. Avons-nous alors dans les Constitutions une représentation du rile romain tel qu'il était en usage dans la consécration du Pape? L'imposition des mains n'avail-elle pas lieu alors dans la consécration du Pontife romain? C'est là un intéressant problème. Il ÿ a une difliculté dans l'essai d'assimilation des deux rites, c'est la différence lolale des prières employées. Je vais m'arrêter brièvement sur ce point. Comme comparaison, je me servirai du rite d'Alexandrie que nous retrouvons presque intact encore aujourd'hui chez les Coptes. Dans la forme actuelle de la consécration du patriarche, telle qu’elle est décrite par Renaudot et Denzinger, la bénédiction qui, ainsi que je l'ai fait ressortir, se rapproche beaucoup de celle des Constitutions, est, pour ainsi dire, enfouie au milieu d'une série de prières, de leçons, de canons, avec l'imposition des mains souvent répélée. Le Livre des Évangiles est par trois fois élevé au-dessus de sa lète, immédiatement avant la bénédiction. D'après une autre description de la cérémonie, le Patriarche, une fois consacré, lit dans l'Évangile de saint Jean le passage contenant ces mots : «Je suis le Bon Pasteur », el ces paroles étant trois fois répétées, le doyen des évêques présents pose à chaque fois le livre dés Évangiles sur la tête du nouveau unsacré. Les divers récits que nous avons de ces cérémonies sont ès confus et il est probable que certains détails compliqués sont d'urigine récente. Mais l'Église Copte d'Alexandrie conserve encore une autre ancienne coutume. Le Patriarche seul est consacré avec l'imposition des Évangiles; tous les autres évêques sont consacrés par ke Pairiarche avec imposition des mains seulement. C'est là un point qui rappelle l'usage romain, une circonstance qui n'est nullement surprenante, si l'on considère les étroites relations qui ünissaient les deux Églises jusqu'aux jours néfastes de Dioscurus, si lon se souvient du parallèle déjà établi entre elles par les Pères du Concile de Nicée. Mais il existe destraces en Égypte d'une ressem- blance encore plus significative avec le rite romain. Certains canons tuples, dont l'antiquité ne saurait être mise en doute, parlent lout

d'abord de la consécration des évêques par l'imposition des mains, et ensuite, traitant de la Consécration du Patriarche, ils ordonnent que les diacres tiennent au-dessus de sa tête le livre

des Évangiles, tandis qu'aucune mention n'est faite de l'imposition 198 REVUE ANGLO-ROMAINE

des mains!. Cela revient à dire que ces canons coptes indiquent une
coutume répondant exactement à l'ancien cérémonial romain et au
rituel des Constitutions.
   Considérons maintenant les usages des autres Églises. Les rites
romains furent, pendant plusieurs siècles,                 locaux et particuliers.
Dans la plus grande partie de l'Église d'Occident, on trouve comme
ayant prévalu des rites divers et variant dans certains détails secon-
daires, inais suffisamment semblables cependant pour pouvoir être
groupés par les ritualistes sous le nom générique de « gallicans ». À
ce groupe appartiennent les règles pour les ordinations que l'en
attribua longtemps au quatrième Concile de Carthage et qui sont
encore quelquefois cités sous le nom de canons pseudo-carthagi-
nois?.
   Nous y trouvons un examen approfondi de l'évêque élu contenant

d pour ainsi dire les germes du Credo d'Athanase et une référence à certaines opinions qui se propagèrent dans le sud de la Gaule, vers la première partie du vi° siècle. Vient ensuite une courte indication : Episropus cm ordinatur, duo Episcopi ponant et teneant Evangeliorum codicem supra capul et cervicem ejus, el uno supra eum fundente benedicticnem reliqui omnes Episcopi qui adsunt manibus suis caput jus tangant. Nous trouvons là un cérémonial donnant une fonction à remplir à tous les évêques présents. Deux tiennent le livre, un troisième récile les prières de la bénédiction, les autres imposent les mains, et je ne vois pas pourquoi nous n’aurions pas le droit de tenir pour certain que la chose se passait ainsi. Quant aux paroles de la bénédiction, nous devons nous reporter aux Sacramentaires. Mais aucun livre connu ne donne un rite purement gaillican pour les ordinations. Le plus vieux est le Missale Francorum que Morinus prit comme ayant été écrit pour l'Église de Poitiers vers le milieu du vi siècle.

  1 Tattam, les Conslilulions apostoliques et les Canons des apôtres in Copli., pp. 32,
$ 29, et 114 8 39. On los trouvera également dans Lagarde :
   A)Canones Ecclessiaslici, xxx1, 1, 2 Ægypliaca, p. 248. L’évèque sera ordonné
suivant la parolc que nous avons dite auparavant, ayant été choisi parmi la mul-
titude ct étant exempt de toute faute. Quand cet homme est nommé et qu'il plait
au peuple. Les prêtres cet les diacres se réunissent le jour du Seigneur, avec
le consontement de tous les évêques; lorsque ceux-ci ont posé leurs mains
sur l'élu, les prêtres aussi se tenant debout et près de lui, tous alors devront rester
silencieux et prier dans leur cœur que le Saint-Esprit descende sur lui. Et un des
évèques étant choisi, tous se tenant debout, celui-ci devra posor ses        mains sur
celui qui va être fait évêque et prier sur lui.
  B) Ibid. LXIV, 6, ægypliaca, p. 214. Et un des principaux évêques prendra avec
lui deux autres évèques; tous les évèques se tenant debout près de l'autel, priant
en silence avec les prêtres, tous les diacres aussi tenant les saints Évangiles
ouverts au-dessus de la tête de celui qui doit être ordonné; ot l'Évèque pricra
Dieu sur lui.
  Je suis redevable de la vérification ct do la traduction de ces canons,à
                                                                         M Forbes
Robinson do Christ's College Cambridge.
  2 Rapporté par Duchesne, Origines, et Gasparri De sacror ord. comme Sfatula
Ecclesiæ antiqua.

L'IMPOSITION DES MAINS 199

De plus récents critiques le placent à la fin du vu. Il n'est pas d'ailleurs sans quelque mélange des formes romaines, mais le degré en est difficile à déterminer. Nous y trouvons tout d'abord une Erhortatio ad populum dans laquelle la vacance du siège et la nomina- liun d'un nouvel évèque sont annoncées el où le peuple est invité à exprimer son assentiment en répondant : Dignus est. Viennent ensuite deux collectes, l'une étant le Propiliare Domine déjà mentionnée comme existant dans le rite romain, tandis que l'autre £raudi, Domine, Supplicum preces, elc., a passé avec quelques modifications dans le Pontifical romain moderne. Ces collectes sont suivies d'une prière appelée.(o/lectio qui est une sorle d'eremus prolongé, el que ceux qui étaient si fréquents dans la liturgie gallicane et qui sont représentés dans les services du Ven- drédi Saint du Missel romain. Nous avons alors, sous le titre Conse- ceatio, la prière Deus honorum omnium, elle qu'elle existe dans le Sacramentaire grégorien mais avec un long passage en plus. Ce pas- sage commence ainsi : Sinl speciosi munere tuo pedes eorum* ad evanye- lnndum parem. Que dirons-nous de celte addition? Elle s'enchaïne si en avec le reste de la prière que nous pouvons difficilement la

regarder comme une intercalation. On la trouve dans le Sacramentaire gélasien bien qu'elle ne soit pas dans le grégorien. Dans les derniers livres, d'origine gallicane, tantôt elle est présente el lantôt absente. Fut-elle incorporée par hasard dans les livres ro- mains eux-mêmes et a-t-elle ainsi survécu dans le Pontifical moderne ? Allons nous conclure que la plus longue des deux rédactions est l'ori- kinale et que la plus courte, tirée du Sacramentaire grégorien, en est l'a- brégé? Duchesne* incline vers cette conelusion,considérantque la plus longue rédaction est la forme romaine primitive. Je reviendrai brièvement sur ce point dans un but spécial. Il n'est pas dans mon sujet de tracer l'adoption graduelle du rituel romain dans les Églises gallicanes. Le Sacramentaire grégorien fut envoyé par le pape Hadrien dans le but de compléter le premier. Mais il est à remarquer que le rite romain, à mesure qu'il se répan- lait au delà des Alpes, adoptait certaines formes gallicanes, princi- palement dans les cérémonies de l'ordination, Il en résulla une fusion des deux rites, mais il est difficile de déterminer quand ommença cette fusion et quelles parties du Pontifical romain doivent être considérées finalement comme ayant une origine gal- licane.

! Le pluriel se retrouve partout comme s'il s'agissait de la consécration de Plusieurs évêques en même temps, ce qui indiquerait, ainsi que le remarque Duchesne (Origines, p. 364), un usage romain plutôt que gallican.

est celle prière el d'où est-elle dérivée?On la trouve, uniquement que je sache dans les livres suivants : le Missel de Robert de Jumièges: le Coder Retoli qui fut écrit pour l'abbaye de Corbie au x° siècle: un livre écrit pour l'abbaye du Bec imprimé par Martène avec son ordo XT; un autre écrit pour Tarantaise qui est l'erdo XVII de Mürtène el qui se trouve dans le Missel de Leofric *. Généralement celte prière suit le Deus honorum omnium et est intitulée simplement alia super episropum. / Ainsi intitulée, elle peut êlre soit une prière addilionnelle, soil, comme je l'ai appelée après Morin, une (onsecratio ad libitum. Le Missel de Leofric laisse celle question sans la résoudre. Le Pater Sancte y apparait comme la Consecratio, et le Deus honorum, vienl ensuite comme Alia Conserratio. Quelle est l'origine de celte C'onsecratio ad libitum? Les livres dans laquelle on la trouve appartiennent lous au rite romain. Le Missel de Leofric dans lequel elle occupe la première place est sous d'autres aspects un exemple d'une purelé remarquable du Sacramentaire grégorien. Que fait là cette prière comme alternalive avec le Deus honorum omnium ? Tout en réfléchissant sur le sens de cette prière, je fus frappé par une cerlaine ressemblance qui existe entre certains de ses termes et ceux qui sont employés dans les Consécrations épiscopales selon les C'onstitutions apostoliques. C'est dans la première partie que les diverses prières consécra- loires d'un usage connu dans l'Église diffèrent le plus apparemment; la partie où se trouve la demande du secours de la grâce, bien que variant dans l'expression, est cependant toujours établie sur le même modèle. Mais, dans ces deux prières que je compare en ce moment, le commencement est basé chez l'une et chez l'autre sur les mêmes principes. Toutes les deux commencent par une allusion à la création, Le texte grec des Constilutions contient un long préambule sur le

1 Appendix, ij. ? Le Missel de Robert se trouve à la Bibliothèque publique de Rouen. Les ordinations en ont été séparées et imprimées par Morin et Marténe. Le livre tout entier sera bientôt publié par la Société Henry Bradshaw. Les ordinations du Codex Ratoldi sont données par Morin. Le Missel de Leofric, écrit par Leofric évêque d'Eseter (1048-1092), a été édité par M. F.-E, Warrar ct publié à Oxford en 1888,

                                                      (CC
                                                      L3OORIL
                                                                 le)

ss.

                        L'IMPOSITION DES MAINS                               201

Dieu incréé, source de loules choses et qui cependant, d'après la plus courte version est seulement représenté par ces mots € qui connait toutes choses avant leur origine ». Le texte latin se reporte à la promesse faite à Abraham, comme fondement de l'Église, de jouir de la compagnie des saints. Le texte grec parle de la race sainte qui est sortie d'Abraham. L'un et l'autre représentent les lois données à l'Église comme for- mant partie intégränte de sa constitution ! dans la demande du secours.

Qu'avons-nous là? Des ressemblances et des coïncidences qui, si elles ne sont pas nombreuses, sont du moins significatives, étant donné qu'elles se trouvent dans ces deux prières tandis qu'on en chercherait en vain dans toute autre formule employée pour la consécration des évêques, Comment expliquerons-nous cette ressem- blance entre l'ouvrage d'un grec syrien du quatrième siècle et certains rituels latins du dixième. J'uffre l'explication suivante. J'ai déjà mentionné quelques-unes des raisons qu'il y a de considérer les ordinations clémentines rumme représentant l'usage de l'Église romaine, la principale difti- tullé étant toutefois la différence qui existe entre les formules de bénédiction. À mon avis, la prière Pater sancte omnipotens Deus est la ronseratio originale du pur rite romain, survivant dans quelques livres, à côté du Deus honorum. Quant à la dernière prière, je pense qu'elle fut introduite postérieurement, ayant été empruntée, comme lant d'autres, au rite gallican, L'hypothèse que le Deus honorum est d'origine gallicane résoudra

! Je mettrai ici les deux textes en vis-à-vis. Le latin est tiré du Missel de Leofric. Le grec est celui de la courte version selon Achelis.

"0 ès vai marp 109 Kupiou fuir Pater sancte, omnipotens Deus, Qui rond Xpnorod, 6 acte tüv olerppüv per Dominum nostrum Jesum Christum ai deb, nâons Rapaxhfoens, d Êv DYrots ab initio cuncta formasti, et postmodum eromiby val +ù ranerva Épopiov, 6 yivuia- in fine temporum, secundum pollicita- mn tx nâvra Rpiv yevéoswg, où Ô BoÙg tionem quam Abraham Patriarcha nos- Üporx Exdnaias Gta Léyou yéprrés cou, ter acceperat, Ecclesiam quoque sanc- À roonpians rè dr” Gpyñe Yévos Glxatov torum congregatione fundasti, ordinatis 'Abpaay, épyovras nai lepets xara- rebus per quas legibus a te datis, dis- crhaas, th te hyiaaué oov Là AaTaERIoY ciplinæ religio regeretur; præsta, etc. deroigynron, 6 né narabolhs xbayou Cocions êv ol hperiaw GoExoÜnvas wat V0 Énbqee 4 7. Le

Je fais remarquer que le mot èpous qui paraît avoir gêné certains traducteurs tt expliqué par les mots legibus a Le datis du texte latin, de la grâce qui estindiquée ensuite; je noterai une simple coïncidence de mots, mais elle est saisissante. A même endroit et se correspondant exactement dans les deux textes le grec: sogaive ch ayixv cou ropivay, le latin, pas cere oves tuas, c'est là une manière de rappeler la mission confiée à saint Pierre que je ne trouve nulle part ailleurs si ce n’est dans ces deux prières et dans le rite copte.

                                                                            (
                                                                            GOO

202 REVUE ANGLO-ROMAINE

la difficulté émanant de sa double rédaction dont j'ai parlé plus haut. Si, avec Duchesne, nous supposons que la plus longue version est la formé romaine originale, comment expliquerons-nous sa rédaction dans les sacramentaires léoniens et grégoriens? Nous devrons alors conclure que les Églises gallicanes des sixième et septième siècles ayant adopté la formule romaine la conservèrent dans son intégrité avec plus de soin que l'Église romaine elle-même, et que l'Église romaine, ayant perdu une partie intégrante de son propre sacramen- taire pour la consécration des évêques, le retrouva intact au-delà des Alpes. Supposez, au contraire, que la prière soit d’origine gallicane el il n'y aura plus aucune difficulté. Le rite romain l’aura empruntée, tout d'abord sous sa forme abrégée, puis dans son entier. Est-il difficile de concevoir l’Église romaine empruntant ainsi à l'Église gallicane? Mais pour les ordres mineurs, y compris le sous-diaconat, toute la forme de l'ordination — rites et cérémonies — futtransférée du rite gallican au rite romain, remplaçant ainsi l'ancien usage romain. C'est peut-être plus surprenant, mais cependant pas impos- sible à supposer, que de faire remonter à une semblable origine les formules employées pour les ordres sacrés ‘. Nous ne devons pas considérer comme une difficulté l'absence de la prière Pater sancte de la grande majorité des livres romains. A part le Sacramentaire léonien que les Ballerini ont démontré n'être qu'une simple compilation privée et d’une autorité contestable, tous sont imprégnés d'éléments étrangers et sont d’une époque compa- rativement récente. Le Sacramentaire que l’on appelle gélasien est saturé d'éléments gallicans. Le Sacramentaire Grégorien du Pape Hadrien appartient à la fin même du huitième siècle. A cette époque le Deus honorum était incontestablement la véritable forme de consé- cration dans l'Église romaine. Je considère le Pater sancte comme datant d’une époque bien antérieure, du temps de saint Grégoire, au moins. Comment alors expliquerons-nous qu'il ait survécu dans des livres du dixième et du onzième siècle? Je rappelerai ce fait, c'est que le rite romain avait déjà fait une incursion par delà les monts avant la décadence définitive du rite gallican. La mission de saint Augustin de Cantorbéry l’eût certainement introduit en Angle- terre et, étant données les circonstances de la conversion de ce pays, il doit, en fait, avoir introduit certains éléments gallicans du type irlandais; cependant le triomphe des usages romains sous Wilfrid et Théodore était si complet que le rite de l'Église d'Angleterre se caractérisa comme entièrement romain. Partie d'Angleterre. la mission de saint Boniface et de ses compagnons répandit un esprit

1 Ici je traite seulement de l'épiscopat, mais si mon hypothèse est correcte, nous devrons trouver aussi bien dans les Conslilulions apostoliques les bénédictions romaines originales pour la prétrise et le diaconat. L'IMPOSITION DES MAINS 203

romain très prononcé dans la Gaule orientale. Aussi la plupart des livres qui contiennent le Pater sanele ont-ils quelque connexion avec l'Angleterre. Le missel de Robert de Jumièges fut écrit à Win- chester. Le Codex Raloldi fut probablement écrit en Angleterre. L'abbaye du Bec avait des relations étroites avec l'Angleterre. Le Missel de Léofric fut écrit dans la Lorraine orientale, alors que les traditions de saint Boniface élaient dominantes. Et, en m'aventurant plus loin daus le domaine des suppositions, j'émettrai cette idée que le Sacra- menlaire romain contenant la prière Pater sancle fut importé en Angleterre au temps de la conversion de ce pays par saint Augustin, alors que partout ailleurs au nord des Alpes, le rite gallican était encore florissant; je dirai encore qu'à l'époque suivante, quand commença la diffusion du rite romain, la prière gallicane Deus hono- rum s'y introduisit et qu'enfin les autres Églises qui avaient reçu l'ancien rite le conservèrent avec un soin jaloux, pour un temps du moins el pour s'en servir ad libitum. Je vais maintenant rétablir mon hypothèse : je suppose tout d'abord que la forme qui existe dans les Constitutions apostoliques représente dans ses grandes lignes laconsecratio de l'Église romaine alors qu'elle élail encore mal définie, peut-être pource motif que le grec était encore le langage liturgique; je suppose en outre que la prière Pater sale représente la forme adoptée au temps de saint Grégoire, el je suppose enfin que la prière gallicane Deus honorum y a été substiluée dans la suite.

Je me suis écarté bien Join de mon sujet mais dans le but de forti- ler l'identification que j'avais faite du rite des Constitulions avec celui de l'Église romaine. Je jelterai maintenant un coup d'œil rapide sur les rites orientaux. Chez les Grecs la consécration des évêques a peu ou point changé, depuisle v° siècle au moins. Elle est si exactement semblable dans le rite slavonique que, ainsi que j'en fus informé il y a quelques jours par le chapelain de l'ambassade de Russie, les évêques grecs #lrusses peuvent prendre part simultanément à la cérémonie, en officiant chacun dans leur propre langue. La consécration prend place après le Trisagion, avant la lecture de l'Épitre. La première cérémonie est celle qui est la plus caractéristique du rite grec et de plusieurs autres rites orientaux. Le métropolitain ou l'évêque qui préside reçoit du chartophyle, ou de l'archidiacre, un mémoire qu'il lit à haute voix, annonçant officielle ment la promotion de l'élu dans les termes suivants: « Par les suf- frages et le consentement des évêques chéris de Dieu et des saints prêtres, la divine grâce qui fortifie toujours ce qui est faible et

comble ce qui manque choisit le très religieux prêtre N... pour être 204 REVUE ANGLO-ROMAINE

évêque de la ville de X... protégée de Dieu. En conséquence ‘prions pour Jui afin que la grâce du très Saint Esprit descende sur lui. » Le Kôgez hérsev est alors chanté trois fois. L'évêque qui préside place le Livre des Évangiles sur la tête et les épaules de l'élu et fait trois fois le signe de la croix. Alors, posant sa main sur lui, il réciteles prières dela bénédiction qui sont au nombre de deux, séparées par une suite de Ztaxowi. Pendant que cette cérémonie s'accomplit, Lous les autres évèques présents touchent le livre. Nous avons là l'imposition des mains par le principal consécraleur seul. Les autres peuvent dif- ficilement être considérés comme imposant les mains. Mais ils se mettent eux-mêmes en union avec la cérémonie par le moyen des Évangiles. Les monophysiles syriens font usage d'un cérémonial très sem- blable à celui des Grecs, bien que les prières qui l'accompagnent soient entièrement différentes. Tous les évêques présents tiennent le Livre des Évangiles ouverl au-dessus de la tête de l'élu, tandis que le Patriarche impose les mains par dessous du Livre !. Le rite nesto- rien, bien qu'il descende d'une même origine, d'Antioche, renferme une formule entièrement différente qui a ceci de particulier, qu'elle mentionne, parmi les pouvoirs de l'épiscopat, l'imposition des mains pour la guérison des malades, déluil qui témoigne d'une haute anti- quité. Ce rite, parmi ses prescriplions, en contient une digne d'être notée, à savoir que celui qui va être ordonné doit se tenir debout près de l'autel, selon l'ordre auquel il appartient, le presbytérat ou le dia- conal, Après une suile considérable de prières et de canons, le Livre des Évangiles est placé sur son dos par l'évêque qui préside. Alors est lue, apparemment dans le livre ainsi placé, une leçon de sainl Matthieu xv1, contenant la confession de saint Pierre, el une autre de saint Jean, xx1, contenant l'accusation de saint Pierre (ou le discours à saint Pierre, ou la charge confiée à saint Pierre). Pendant ce temps, tous les autres évêques présents imposent leurs mains no sur la têle mais de chaque côté de l'élu, celui-ci élant prosterné. Alors le consécrateur pose sa main droite sur la tête de l'élu, étend sa main gauche et récile la prière de bénédiction ?, Je jellerai maintenant un coup d'œil sur les développements pos- térieurs du rite latin. Les additions purement extérieures qui y onl été faites : l'onclion, l'anneau et la crosse, les ornements spéciaux et qui paraissent pour la plus part avoir pris naissance dans l'Église d'Angleterre, ne méritent pas d'arrêter notre attention. Les seuls changements importants datant du moyen âge sont l'addition de Accipe Spiritum sanctum et de la tradilion des Évangiles à la fin du ser-

1 Morin, p. 412 4 Morin, pp: 338 et 299. L'IMPOSITION DES MAINS 205

vice, avec ces paroles: Accipe Evanyelium, ete. Celte dernière cérémonie mérile seulement que l'on s'y arrêle en passant, et son intérêt vient de cette opinion scolastique formulée par Eugène IV dans le decret ad Armenos, à savoir que, dans toute ordination, il doit y avoir quelque fraditio instrumentorum qui élait la cérémonie essentielle ou la matiere du sacrement de l'ordre. Il y eut un petit nombre d'écrivains qui s’aventurèrent à trouver, dans cette remise des Évan- giles à l'évêque nouvellement consacré, la vraie nature de l'ordi- vation épiscopale. L'autre addition qui fut faite a plus d'impor- tance. Elle fut Lirée sans doute de la mission confiée aux apôtres par Notre-Seigneur et fut probablement introduite comme une cérémonie additionnelle ou ornementale rappelant l'institution du ministère sacré. L'Accipe Spiritum Sanctum fut inséré entre les deux collectes qui précèdent le Deus honorum omnium el fut ainsi associé à l'imposition des Évangiles sur la tête de celui que l'on consacre. Mais une fois que cette cérémonie eut été ainsi introduite,un grand nombre de théologiens scolastiques, affirmant qu'une formule sacra- mentelle devait être toujours indicative ou impéralive, considérèrent l'Accipe Spiritum comme la forme essentielle de l'ordination épiscopale. L'imposition des mains étant communément prise comme la matière du sacrement, et les doctrines courantes demandant une relation immédiate entre la matière et la forme, une modification s'ensuivit dans les cérémonies. Les évêques imposèrent les mains non plus comme autrefois au Deus honorum omnium, mais à l'Accipe Spiritum

suitum et l'ancienne prière de consécration fut dite désormais les mains étendues. L'opinion que l'Accipe Spiritum sanctum, bien que d'introduction si récente, élait devenue la forme véritable de la consé- cralion, prévalut jusqu'à une époque toute récente, et elle est encore soutenue par un grand nombre de théologiens. Les réformateurs de l'Ordinal anglais partageaient certainement cette manière de voir. Ils conservèrent les deux additions faites au moyen âge, rattachèrent l'imposition des mains aux paroles : Recevez le Saint-Esprit, les ren- forçant encore par l'addition qui y ful faite de ces paroles de saint Paul à Timothée : « Rappelez-vous de faire revivre le don qui vous a ilé donné par l'imposition des mains », et ils réduisirent l'ancienne prière de la consécration à sa plus simple expression. Si maintenant nous adoptons celle opinion qui gagne actuellement du terrain parmi les théologiens, à savoir que la formule essentielle de l'ordination doit consister dans une prière, que dirons-nous des rites romain et anglican, tels qu'ils existent aujourd'hui? Une diff- culté a été soulevée sur ce terrain que dans l'un comme dans l'au- tre, l'imposition des mains n'accompagne pas les prières, mais la formule impérative. On répond généralement à cela qu'il y a une union morale suffisante entre la prière et l'imposition des mains. Je 206 REVUE ANGLO-ROMAINE

pense que personne ne trouvera rien à redire à cette opinion. Les auteurs de cette réponse la soutiennent peut-être même trop timide- ment. Ils s'appuient sur la relation qui existe entre les deux parties du rite. Il serait, je pense, plus satisfaisant d'insister sur l'unité morale du rite compris dans son entier. Tout s’y tient en effet d’un bout à l'autre. Il tend à un but défini; bien que chacune de ses parties puisse être isolée, il conserve cependant son unité. Il contient ces deux points essentiels : une prière appropriée et l'imposition des mains ; aussi, quand bien même elles seraient séparées par la récita- tion de tout l’office, le rite ne renferme pas moins dans son unité tout ce qui est nécessaire à la validité d'une ordination. Il est même douteux que la formule de la bénédiction doive nécessairement être prononcée par celui-là même qui impose les mains. Les théologiens scolastiques insistent généralement sur ce point au nom de leur théorie de la matière et de Ia forme; mais Morin leur demande à dessein d’où ils font découler leur axiome que le même individu doit poser à la fois la matière et la forme du Sacrement. On ne trouve rien de semblable ni dans les Écritures, ni dans la Tradition. Dans les canons pseudo-carthaginois du moins, il semble qu'il y ait une séparation des fonctions. Un seul évèque récite les prières tan- dis que les autres imposent les mains. Dans le rite grec, tandis que le principal consécrateur seul récite la prière, il fait allusion à l'im- position des mains par les autres évêques comme ayant son effet dans le sacrement — àà vâs yeipés Enou 103 Guast' wtoï xat rüv cuuxa- pérrwv heuroupyüv wat ouvertoxom@v. Nous sommes ramenés à ce seul principe fondamental, à savoir que le rite doit contenir l& priere et l'imposition des mains. Mais il reste un doute que nous avons déjà indiqué et une nouvelle question se pose. Pouvons-nous maintenir l'absolue nécessité de l'imposition des mains au sens strict du mot, c'est-à-dire signifiant un contact corporel ? Je ne soulèverai aucune difficulté étymologique sur les mots yerpotovlaet ys1p00esta. Je considérerai seulement l'évidence qui ressort de l'usage actuel. Mais tout d'abord je me reporteraià une parole de saint Augustin : « quid aliud est manuum impositio quam oratio super hominem. » | Il semble que saint Augustin ne considérait pas l’imposifio manuum au sens strict du mot, mais comme un terme général indi- quant toute bénédiction ou prière conférant la charge paslorale. Duchesne tire de là que toutes les fois que nous lrouvons dans un livre de rituel le titre orutio super aliquem, qui s’y rencontre d'ailleurs souvent, nous sommes obligés d'admettre qu'actuellement cette prière doit être accompagnée de l'imposition des mains. Maisde dire

1 Morin, De sacr. ordin. p. 3, Exercit. U, L IL, $ IV. L'IMPOSITION DES MAINS 207

que l'imposition des mains n'est rien de plus qu'une orafio super lominem n'est pas du tout la même chose quede dire que l'imposition des mains doit accompagner d'une manière invariable l'orafio super hominem. La du moins nous avons une parole qui sembleaffirmer bien que d'une manière peu précise, que l'imposition matérielledes mains telle qu'elle a lieu aujourd’hui n’est pas nécessaire au sacrement. Que trouvons-nous sur ce point dans la pratique de l'Église ? Je rappellerai ce que j'ai dit touchant la consécration des papes de Rome et d'Alexandrie, ou du moins les points principaux. Dans les consfitutions apostoliques qui probablement représentent l'usage romain, nous trouvons la consécration de l'Évêque ayant lieu au moyen du livre des Évangiles tenu au dessus de sa tête par des diacres. Dans toutes les autres ordinations, l'imposition des mains est expressément mentionnée. En conséquence il semble que l'imposition des Évangiles doive être considérée comme représentant l'imposition des mains ‘. À Rome et à Alexandrie, nous trouvons que tous lesévèques subor- donnés (suffragants) étaient consacrés par le Pape avec l'imposition des mains, et que le Pape lui-même était consacré avec l’imposilion des Évangiles par les diacres, aucune mention n'étant faite de l'im- position des mains. Là encore il semble que l'imposition des Évangiles ait été expressément substituée à l’imposition des mains. | Plus tard, en dehors des provinces romaine et égyptienne nous trouvons tous les évêques consacrés par l'imposition à fois des mains et des Évangiles, cette double imposition élant expressément men- tionnée. ‘ Sur ces faits, j'établis l'hypothèse suivante : La forme originale de k consécration était l'imposition des mains accompagnée d'une prière, À une époque donnée, antérieure au Concile de Nicée, les fvéques de Rome et d'Alexandrie, et seulement dans le cas de leur propre consécration, substituèrent à l'imposition des mains, l'impo- sition des Évangiles. Pendant le v* siècle, cette nouvelle cérémonie ul adoptée d’une manière générale dans les autres parties de l'Église avec cette circonstance qu’elle ne fut pas substituée à l’impo- silion des mains, mais qu’elle y fut ajoutée. Pouvons-nous arriver à justifier cette hypothèse ? Pouvons-nous donner des preuves rationnelles de ce développement que je viens de Suggérer. Tout d’abord, il est évident que la cérémonie de l'imposi-

! On devra observer que les canons arabes d'Hippolyte ordonnent expressément l'imposition dés mains, mais ne parlont pas de l'imposition ‘ des Évangiles. Voir Achelis uf supra p.40. Dés lors, si les canons d'Hippolyte sont vraiment lori- gival des Conslitutions, le changement de cérémonie que l'on trouve dans çes dernières devient plus significatif. — ‘ ‘ 208 REVUE ANGLO-ROMAINE

Lion des Évangiles n'est pas une institution des premiers temps de l'Église, tandis que l'imposition des mains fut incontestablement praliquée au temps même des Apôtres'. Cette imposition des mains était une sorte de bénédiction et « sans aucune contradiction celui qui est moins est béni par celui qui est plus ». Tout candidat à un des ordres du ministère sacré était ainsi ordonné par son supérieur. Mais par qui alors un évèque devait-il être consacré? La seule autorité supérieure à celle d’un seul évêque était celle de tout l'épis- copat. C'est ainsi, disait-on, que Mathias fut élevé à l’Apostolat par le corps des Apôtres. Mais il était impossible de réunir l'épiscopat tout entier pour consacrer chaque évêque en particulier. C’est pourquoi le corps de l’épiscupat fut représenté par les évêques voisins. C'est là, d'après l'opinion à la fois des théologiens orientaux et occiden- taux, l'origine primitive de cette règle de l'Église de beaucoup antérieure à l'institution des métropolitains qui prescrit l'assis- tance de trois ou au moins de deux évêques à chaque consécra- tion. Le nouvel évêque était consacré alors par une autorité supé- rieure, avec l'imposition des mains. Mais les papes de Rome et d'Alexandrie n'eussent certainement voulu reconnaitre aucun supé- rieur sur terre, ou bien, s'ils eussent admis la supériorité de l'épis- copat dans son entier, ils ne se fussent certainement pas soumis à une assemblée composée d’évêques de leur propre circonscription. Ils étaient, en effet, supérieurs à toute assemblée de cette sorte. C'est en raison de cette supériorité que le Pontife romain, seul et sans co-consécrateurs, ordonnait les évêques des sièges suburbicaires. Il agissait seul, comme représentant en sa seule personne tout l'épis- copat. Le pape d'Alexandrie jouissait probablement du même privi- lège ainsi qu'il semble ressortir du sixième canon de Nicée. Il n’est pas nécessaire de s’enquérir ici des causes et des bases de cette supériorité. Pour le but que nous poursuivons aujourd’hui, il suffil que cette supériorité ait été revendiquée et qu'on y ait acquiescé. Mais, si le Pape n'avait pas de supérieur, par qui eût-il pu être béni? Personne ne pouvait lui imposer les mains. C'est donc pour cette raison, selon moi, qu'il n'était pas consacré par l'imposition des mains. | Et pourquoi subsuituait-on alors à l'imposition des mains celle des Évangiles? Je répondrai à cette question en rappelant ce qui fut fait à Éphèse et à Chalcéduine. À ces deux conciles et probablement à d'autres également, le Livre des Évangiles fut placé sur une sorte de trône, comme représentant le Christ lui-même présidant son Église. Le Livre, en conséquence, est le symbole de la présence du divin Chef de l'Église au milieu des siens, et une ordination épiscopale avet im-

1 Nixozski, in De Hierarchid anglicana, n. 3. — Ducarsne, Origin., p. 363. és.

                   L'IMPOSITION DES MAINS                       209

position des Évangiles peut être considérée comme une ordination par le Christ lui-même. C'est pour cette raison, je crois, que les Papes de Rome et d'Alexandrie se faisaient ainsi consacrer. Je pense que nous pouvons ainsi expliquer l'introduction de celle nou- , velle cérémonie et son application à l'exclusion de toute autre, au Pape lui-même. Il reste à expliquer maintenant comment elle se répandit dans les autres parties de l'Église, non pour remplacer l'imposition des mains, mais comme cérémonie addilionnelle. J'attribuerai au pre- mier abord ce fail au sentiment de jalousie vis-à-vis de Rome, qui prévalul sans aucun doute aux 1v° et v* siècles dans plusieurs Églises ne dépendant pas directement du siège apostolique. On trouve la nouvelle cérémonie d'un usage général parmi les Église du rite gal- lican,à partir du commencement du vi siècle. Mais le rite gallican élait par excellence le rite de l'Église de Milan, et Duchesne a donné d'excellentes raisons pour que l'on altribue sa grande extension et un grand nombre de ses traits les plus caractéristiques à l'énergie d'Auxentius. Mais Auxentius durant tout le cours de son épiscopat fut en rivalité aiguë avec Rome. Sous saint Ambroise, la rivalité, Lout en étant plus amicale, fut presque aussi vive, Lesmêmes causes qui faisaiententrer le siège de Constantinopleen compétition avecsonainé, celui de Rome, se retrouvaient à Milan devenue la cilé impériale de l'Occident. Il n'était pas possible à ces deux sièges, devenus célèbres depuis peu, de revendiquer les privilèges apostoliques du siège de saint Pierre; mais il était possible du moins de ternir l'éclat de «es privilèges en répandant dans toute l'Église l'usage des céré- monies qui en étaient le symbole. Ce fut ainsi que la cérémonie de l'imposition des Évangiles fut introduite dans les consécrations épiscopales à la fois en Orientet en Occident. L'Egypte et les sièges suburbicaires furent les seuls qui ne le pratiquèrent point. Mais les évêques qui étaient consacrés avec l'imposition des Évangiles, L'avaient pas lesmêmes raisons que les Papesdedécliner l'imposition des mains et de plus on ne devait pas s'attendre à ce qu'ils fussent laissés libres de s'en dispenser. C'est ainsi que, dans les consécrations épiscopales, l'imposition des Évangiles aurait été ajoutée à la céré- monie de l'imposition des mains. J'ai exposé et défendu cette hypothèse, el en raison de son intérêt historique, et aussi parce que si les arguments dont je me suis servi sont véridiques, nous ne pouvons pas affirmer que l'imposition des mains telle qu'elle a lieu actuellement soit absolument essentielle à la validité d'une ordination épiscopale. Imposition des mains devient alors synonyme de bénédiction solennelle et d'ailleurs la première de ces cérémonies est absolument naturelle en même temps qu'elle apparaît comme la plus ancienne qui ait accompagné la bénédiction. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. 1. — 14. 210 REVUE ANGLO-ROMAINE

Mais la pratique de l'Église nous fera admettre que toute autre céré- monie appropriée peut être substituée par l'autorité de l'Église à l'imposition des mains. En conséquence je conclus par cette courte définition, à savoir que: la consécration épiscopale consiste dans la récitation d’une prière de bénédiction accompagnée de l'imposition des mains, ou de loute autre cérémonie appropriée, qui aura été réglée par l'autorité de l'Église. T.-A. LACEY. Magdinley Vicsrage, Cambridge.

N. D. L. R. — Le Rév. T.A. Lacey, l’un des auteurs de la De Hicrarchia englicana, est un des théologiens les plus distingués de l'église anglicane. La Revue Anglo-Romaine espère hien donner assez souvent des travaux de ce savant distingué. DE LA PEINTURE AU MOYEN AGE

L — LES PEINTURES DE LA CATHÉDRALE DE CAHORS

Il n'y a pas bien longtemps encore, il était entendu que la peinture représentative des sujels n'avait pas existé, ouà peu près, en France, comme expression d'art digne de ce nom, de la fin du x siècle jusqu'au milieu du xv°. Avant, il y avait eu la peinture byzantine; après, la Renaissance ou ses précurseurs. Cette dernière époque était considérée comme l'aurore de la peinture moderne. Depuis — le cou- raul archéologique aidant — on a élé amené à une plus juste appré- dalion des productions d'une époque durant laquelle l'architecture él la sculpture atteignirent une perfection inouïe et connue de tous, l'était pourtant bien naturel de supposer que deux arts comme la sculpture et l'architecture devaient exercer une influence de milieu sur la peinture. Je me propose de démontrer que la conception moderne de la pein- lure date de ces époques longtemps méconnues, la Renaissance ayant «lé une période de l'évolution suivie et non son point initial. Je le ferai, pour les lecteurs de la Revue Anylo-Romaine, en quelques études des peintures anciennes, présentées dans leur cadre spécial; les lec- kurs ÿ trouveront des points de repère à l'aide desquels ils pourront lablir comme une trajectoire de la marche suivie, d'une manière plus tangible que par de simples digressions. Je commence aujour- dhui par un spécimen très important des premières années du ww siècle ou des dernières années du xm° représentant bien — à mon sens — les tendances « artielles » de leur époque; ce spécimen, j'ai eu le grand avantage de pouvoir l'étudier de très près et pen- dant un temps assez long pour être à même de bien le connaitre. Qu'il me soit permis, avant de commencer, de rappeler en quelques mots les conditions générales de la peinture architecturale aux époques qui ont précédé la nôtre, depuis la formation de la France actuelle, : Comme un foyer qui s'éteint, l'Art antique avait lentement, et à intervalles irréguliers, jeté quelques lueurs dans les Gaules. Les tglises et les palais — constructions hybrides peu en rapport avec celles que ce mot évoque de nos jours — étaient ornés de peinture, dans le goût gallo-romain. Charlemagne avait essayé une Renais- 212 REVUE ANGLO-ROMAINE

sance antique. La civilisation romaine venait de finir, mais son pres- tige était encore intact. Les efforts du puissant empereur furent sans résultat appréciable, après sa mort le mouvement avorta tout à fait. Lorsque les artistes pratiquant l'art byzantin vinrent d’ltalie, leur art, cependant si parfait en lui-même, ne prit pas de profondes ra- cines dans notre sol, malgré la supériorité de leurs productions, for- mulées en une technique savante et précieuse ; mais il servit comme de fumure seulement à la plante nouvelle qui allait surgir en France; à la fin du x1r° siècle. A l'avènement de la nouvelle architecture un esprit lout nouveau anima les arts qui se développent à ses côtés, la sculpture et la peinture. Leur esthétique changea aussi de direction. D'ailleurs la composition de la peinture architecturale comprenait l'ornementation autant que les sujets. La spécialisation moderne, pro- duit de l'utilitarisme, a établi une ligne de démarcation profonde entre les deux manières de produire des harmonies expressives, seul but à atteindre, c'est là une aberration déplorable à tous les points de vue. Mais ceci pourrait faire l’objet d'une étude particulière sur la peinture monumentale, je laisse donc ces considérations et j'entre tout de suite dans mon sujet. *

                                s

La cathédrale de Cahors, considérée.dans son ensemble, appartient à cette variété d'architecture romane caractérisée par la couverture en coupole sur pendentifs, c'est-à-dire au style roman byzantin qui a été fort en honneur pendant près de deux siècles, le x1° et le xr', dans une partie du sud-ouest de la France. L'église était primitivement couverte par trois coupoles : celle correspondant à l'entrée ou coupole Ouest, la coupole centrale ou coupole Nord et à l'extrémité opposée à la première, la coupole Est au-dessus du maïître-autel. Vers la fin du xm' siècle, cette dernière menaçait ruine à la suile — semble-t-il — d'un tremblement de terre qui venait d'avoir lieu. Sa reconstruction fut résolue. L'évèque Raymond de Cornil, occupant alors le siège épiscopal, 1985, créa une caisse destinée à subvenir aux frais. La moitié de la première année des divers bénéfices vacants fut dévolue àl'ali- mentlalion de cette caisse; de plus, sur l'instance de ce prélat, le pape Nicolas IV accorda des indulgences à tous ceux qui feraient un don pour les travaux de la cathédrale. Ce fut le point de départ d'une nouvelle ère de travaux dont le cercle dépassa même la cathédrale, car le fameux pont Valentré fut commencé avec ces mèmes ressources par l'évêque Raymond Panchel, ou Panchelli (Raymond Il} qui exécutait un projet déjà conçu par un de ses prédécesseurs, Barthélemy de Roux, 1250-1273. RS

                      LA MEINTURE AU MOYEN AGE                               243

La coupole fut démolie et, à sa place, on éleva l'abside actuelle volée en arèle sur plan polygonal!. C'est pendant cette période d'activité que furent faites les peintures des coupoles, celles dont on voit encore les traces dans différentes parlies de la cathédrale et celles de l'abside et de la nef dont les vesliges ont été remplacés de nos jours par des réfections. Plusieurs le ces réfections ont été faites d'après les peintures anciennes et elles les rappellent dans leur disposition et leur coloration. Les évêques dont les noms suivent furent les insligateurs de ces embellissements : Raymond de Cornil ou Raymond I°° nommé en 13; Sicard de Montaigu; Raymond Panchel ou Panchelli, ou Raymond IL; Hugues Géraud ou Hugo Géraldi dont les commen- ements furent si brillants et qui mourut par la main du bour- reau, brûlé vif à Avignon; enfin Guillaume Labroue, ou Labroa, rarent du pape cardurcien Jean XXII et Quercynois lui-même. Cet que dut s'intéresser grandement aux travaux de la cathédrale ualgré son absence continuelle et un séjour constant à Avignon. D'après le style et les costumes, c'est à lui qu'il faudrait attribuer les “intures de l'abside aujourd'hui refaites. Les successeurs de Guillaume de Labroue, jusqu'à Jean de Castel- tu, 1420-1450, furent exclusivement occupés par leur lutte contre à domination anglaise. Il n’est nullement question de travaux durant

vur épiscopal. Pendant les xvr et xviu® siècles, la réaction contre l'art dit srthique avait alteint son apogée. On était arrivé à un Lerrible exelu- Sirisme en matière de peinture surtout, la paroi nue était préférée à pressions esthétiques auxquelles on n'élait plus sensible, et qui saient barbares. Sous prétexte de propreté, — sans plus de dure la cause était ainsi jugée, — le badigeon banal était mpitoyablement passé sur les peintures anciennes; ne les goûtant jus, il était plus facile de les supprimer que de chercher à les onprendre. Néme en constatant la scission qui s'était faite entre l'idéal ancien ‘lenouveau, on se demande par quelle aberration intellectuelle, et

D'après l'ingénieuse et très ralionnelle théorie de M. Ed. Corroyer, architecte, éteur général des Édifices diocésains (voir l'Architecture romane et l'Archi- lure gothique, deux volumes de la Bibliothèque de l'Enseignement des Beaux- ‘ns, maison Quantin, éditeur; ouvrages qu'il suffit de lire pour avoir des idées ues sur notre architecture nationale), c'est dans la coupole sur pendentifs que ave le germe de la voûte d'arète, principe constructif essentiel de l'archi- * dite gothique, et qui la ceractérise, Quoi qu'il en soit, si vers la fin du Tr siècle, à Cahors, on eut l'idée de reconstruire la coupole dans son ancienne lame, comme ila été dit, on a dû en reconnaitre bien vite l'impossibilité. Com- “uraiton pu trouver un maitre d'uvre et des ouvriers capables d'entre- ire cette besogne alors que le mode nouveau avait pris l'extension exclusive qu'on sait? 214 REVUE ANGLO-ROMAINE

même sentimentale, l'unité blanche par trop simple, par trop facile, par Lrop vide, a pu être préférée à l'aspect d'anciennes peintures. En dehors de leur signification, en la supposant incomprise, celles-ci sont évidemment plus agréables à l'œil par la variété de leurs tons, cet amusement oculaire, sorte d'intérêt instinctif qu'offrent de simples marbrures. Mais la facilité et le nombre sont les vertus propres de ces sortes de pratiques à la portée de tons comme com- préhension et comme exécution, et elles possèdent par là une force immense dont l'infériorité favorise la tyrannie. Les peintures de la cathédrale furent donc couvertes de badigeon. Cinq ou six couches avaient été passées sur celles de la coupole owst lorsqu'elles furent découvertes en 1890, à l'occasion d'une réparation constructive. Un « décroûtement » sommaire ayant été opéré, on put avoir une idée de l’ensemble, il était complet à quelques fragments près; la conservation de cette peinture fut résolue‘. Il n’est pas inutile d'ouvrir ici une parenthèse qui nous permettra une explication du terme « conservation » relativement à celui de « restauration » plus généralement employé, autrefois, en cas semblable. Le mouvement archéologique qui a produit une véritable renais- sance de notre art national — si improprement appelé Gothique — a été servi dès son commencement par des hommes de haute valeur?, 1] se créa alors une école gothique et, mal inévitable, des formules. En peinture, on à été souvent porté à considérer un certain maniérisme, caractéristique d’une époque, pour la représentation exclusive et complète de cette époque ; souvent la grimace a été prise pour l'expression normale, parce qu'on avait plus particulièrement étudié les verrières, dans la technique desquelles l’exagération a été une nécessité. Or, quand est venue la fièvre des restaurations, qui 4

l « Après un premier travail suffisant pour donner une idée exacte de la dispo- sition générale do cette décoration ancienne, M. Deménieux, architecte diocésain. ayant signalé le fait à l’administration supérieure, M. Corroyer, inspecteur général des Édifices diocésains, fut délégué pour l'examen de la découverte. A la suitedu rapport qu'il fit à ce sujet, M. Marc Gaïda, artiste peintre décorateur, fut chargé: 1" de rclever les peintures, c’est-à-dire d'en faire des dossins exacts et en cou- leurs et 2° do procéder à leur conservation par une suite d'opérations compliquées dans le détail desquellos nous n’entrerons pas ici. Ce travail a cu pour résultat de montrer, dans son authenticité, lo superbe spécimen de l'art pictural des xIu* et x1ve siècles que possède la Cathédrale de Cahors. » (Notes sur les ancicnnos peintures de la cathédrale do Cahors, pour servirà l'intelligence des dessins exposés au Salon des Champs- Élysées, section d'archi tecture, par Marc Gaïda, Cahors 1892).

en dessins. LA PEINTURE AU MOYEN AGE 215

été la conséquence de la juste appréciation de nos richesses en art du moyen âge, dans un zèle peu raisonné, on n'a pas hésité à détruire des vestiges qui auraient pu être conservés. Après en avoir pris un calque avec indications des tons — relevé trop sommaire — on se croyait assuré de pouvoir les reproduire puisqu'on en possédait la formule, La réfection faite était généralement louée; les points de comparaison n'existant plus, le morceau neuf était jugé parfait. Bien des restaurations ont été ainsi comprises. Cependant, à mesure qu'on a été à même d'étudicr plus profondé- ment les peintures anciennes, on s'est aperçu qu'à travers un mode général, celui de leur temps, les artistes y ont montré leur person- ralité, de valeur plus ou moins grande, comme on peul le présumer. On y a vu, pour un même temps, la pratique de plusieurs techniques et on y a constaté le courant esthétique qu'elles ont suivi. Ces cons- lalations ont établi ici encore la loi commune de l'évolution, et banni la formule. En conséquence la manière de procéder à l'égard des restaurations a été changée. Aujourd’hui, lorsqu'on découvre un de ces restes de l'art ancien, témoin authentique d'une manière d’être disparue, frag- ment d'histoire de la civilisation plus authentique que toutes les histoires écrites, si la conservation est résolue, en application d'un principe dont la logique aurait dû s'imposer plus lôt, rien n'est détruit, et on se livre à une suite d'opérations demandant du savoir el de la conscience pour être menées à bien. Généralement, l'ancienne peinture a été trouvée sous le badigeon. Celui-ci enlevé, il faut faire disparaitre la leinte grise qui la voile et rendre appréciables à l'œil les anciens vestiges, el comme traits, et comme coloration. On n'arrive aux réfections véritables qu'avec la plus extrème prudence. Dans les parties irrémédiablement détruites, äseule fin de ne pas nuire à l'intelligence du sujet représenté et à l'unité d'aspect, l'artiste doit suppléer ce qui manque. Ainsi a-t-on été conduit à l'emploi du terme de « Conservation », le sens de celui de « restauration » ayant été oblitéré par une pra- lique défectueuse. Revenons à notre sujet. La coupole Ouest a, environ, cinquante mètres de pourtour à sa base; sa courbe n'est pas engendrée par un arc de cercle, c'est une sorle d'ovoïde.

La décoration de cette vaste paroi a dù être un problème à résoudre pour les artistes du temps. Ils ne pouvaient la considérer comme indivise, ni la diviser en entier horizontalement : c'eût été en dehors du courant esthétique dans lequel ils se trouvaient, el ce courant

à élé l'un des plus forts qui aient jamais existé. Voici l'économie décorative adoptée : il a été créé une partie circulaire centrale

Supérieure, de trois mètres de diamètre. Autour de celle-ci se déroule 216 REVUE ANGLO-ROMAINE

une frise annulaire de deux mètres de hauteur, appuyée à sa base sur une bande horizontale quatrilobée, d'environ vingt centimètres. Immédiatement au-dessous, la disposition change, les divisions deviennent longitudinales. La voûte est partagée en huit secteurs, tronqués à leur partie supérieure par la rencontre de la frise annu- laire ou en couronne, ils sont déterminés par de larges litres mon- tantes qui n’ont pas moins d'un mètre à la base de la coupole, et qui laissent huit grands panneaux. En résumé, une partie supérieure, relativement petite, coupée horizontalement, et la plus grande partie de la coupole ayant ses divisions dans le sens de la hauteur. La partie supérieure, le disque et la frise, sont dévolus à la repré- sentation du martyre de saint Étienne. Dans le disque, une seule figure, celle du saint, à genoux‘, priant pour ses bourreaux au moment de sa mort. Il vient d’être atteint au front par une pierre, d’autres sont sur ses vêtements. La figure est un peu plus grande que nature, elle se détache sur un fond d'étoiles nimbées formant diagramme. Dans la frise annulaire qui entoure cette première partie décora- tive, on vait les scènes très animées d'un jugement, de la lapidation et un épisode qui s’y rattache. Les personnages ainsi que les acces- soires, arbres, outils, terrains, se détachent sur un fond clair couvert de rinceaux jaunâtres, relevés, çà et là, de petits fleuronsrouge clair; le touttrès doux et peu perceptible à distance. Ces rinceaux ne touchent pas aux figures et aux autres éléments de la représentation qui sont entourés d’un liséré vide, de seize millimètres environ, bordé d'un léger filet de même ton que les rinceaux. Cette partie supérieure centrale de la coupole raconte le martyre du saint patron de la cathédrale. On peut y voir une illustration de l’une de ces pièces dramatiqueset religieuses, de quelque « mystère », fort en vogue à l'époque de la peinture et dans la région où le culte de saint Étienne a été particulièrement populaire. On ÿ remarque les personnalités morales mises habituellement en jeu dans ces sortes de drames, el tout ce monde, selon l’usage, est en costume du temps :le juge est un jeune seigneur suzerain, il est assis sur un trône, l'épée nue dans la dextre, écoutant attentivement mais d'un air sévère, deux assesseurs, hommes nobles, dont l’un semble charger et l'autre dé- fendre l'accusé. Le juge n’est autre que Saul — plus tard saint Paul — dont le zèle pour l'ancienne loi contre la foi nouvelleallait jusqu’à la persécution. Le peintre a mis les habits des témoins au pied du trône. Il exprime ainsi très heureusement la fonction de mandataire de la Loi que Saul

 1 Ils lapidaient donc Étienne qui priait et disait : « Seigneur Jésus, recevez

mon esprit ». Et s'étant mis à genoux, il cria d’une voix forte : Seigneur, ne leur imputez point ce péché. Actes, VII, 59. LA PEINTURE AU MOYEN AGE 247

remplit au supplice du premier martyr !. Puis, à droite et à gauche, des gens qui bèchent le terrain rocailleux pour se procurer des pierres. Plus loin, à droite, un épisode à deux personnages, deux seigneurs, reconnaissables à leur costume et à leur épée: l'un à mine basse et cruelle, dans une attitude sinueuse, féline, présente une pierre à l'autre qui la refuse. L'attitude de ce dernier est en contraste frappant avec celle du premier, sa physionomie est noble, droite, empreinte de tristesse ; il faudrait peut-être y voir Barnabé qui fut voudisciple de Saul auprès de Gamaliel et qui devint, un apôtre, de la foi nouvelle; ce genre d'adaptation était bien dans la tournure d'es- pri du moment. Puis viennent les lapidaleurs dont aucun n'est per- sonnage noble, et un garde armé d'une lance. En tout quatorze figures sullisant bien à représenter une action dans un senssymbolique, carles faits illustrés sont d'ordre général, et éternel dans l'humanité. L'épi- sodedes deux seigneurs, dont l'un invite l'autre à une action qu'il sait être mauvaise, c'est la méchanceté lâche et cruelle s'exerçcant gratui- lement, par impulsion propre et avec tous ses moyens: il n'est pas possible de s'y tromper, cet homme, par son profil et par son atti- lude, ditqu'il serait heureux de frapper la victime, non seulement par luimaisencore par un être dont il met la valeur morale au-dessus de la sienne, et il sc livre à un véritable travail pour arriver au résul- lat malfaisant qu'il voudrait atteindre. Dans le jugement, Saul, c'est l'esprit d'erreur, l'aveuglement, sévis- santdansles sphèresintellectuelles supérieures comme dansles milieux nenieurs figurés par les lapidateurs. Ceux-ci représentent bien la force supide du nombre, c'est la foule capable des meilleures et des pires actions, Parmi ces lanceurs de pierre les expressions de visage comme ls allitudes sont diverses, et on y remarque plus de physionomies müves ou sottes que de figures véritablement féroces. Une d'elles, cependant, est bien caractérislique, c'est un bomme qui jette, à deux mains, une grosse pierre ; il exprime parfaitement la brutalité bes- lale, L'artiste lui a donné un costume particulier, celui du Juif lu Moyen âge. Eu se plaçant au point de vue de la technique décoralive, la pein- lure n'est pas moins remarquable : la disposition par laquelle le disque central se rattache directement à la frise annulaire, d'échelle el de tonalité différentes, dans un même sujet, est une de ces heu- tuses trouvailles qui dépassent la valeur des combinaisons ingé- nieuses.

A noter également le procédé employé pour mettre les figures de la frise dans une sorte d'atmosphère, le liséré vide qui les isole d'un fond ouvragé et vibrant.

! Etes témoins déposérent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul ‘Actes, VII. 57). 218 REVUE ANGLO-ROMAINE

La partie de la coupole succédant à celle que nous venons de voir est de beaucoup la plus grande et sa division, nous l'avons déjà dit, est longitudinale. La tonalité en est, aussi, bien différente. Les litres sépuratives sont à bordure comme godronnée, leur fond est brun rouge, riche et chaud, chargé d’élégants rinceaux en ceps de vigne avec des raisins. Le gris, jaune, vert jaune, vert bleu et vertfroidsont la coloration de l'ornement qui se détachent sur Ie fond rouge. Toutes ces litres sont semblables entre elles, mais aucune n'est pareille à une autre.

Les panneaux en secteurs tronqués déterminés par les litres sont occupés par des édicules sur bases, avec gables à meneaux de division principale géminée, à pinacles latéraux, dans Je style de la fin du xin° siècle, ou du commencement du xIv°, mais avant leurs rampants. ornés de crochets d'une forme assez particulière qui, pourrait, de prime abord, les faire croire du xv° siècle. Cette architecture, blanche, à filets noirs la dessinant, occupe toute la partie supérieure du panneau et laisse de chaque côté un triangle vide. Ces triangles sont décorés par une coupe de pierre à double filet et à fleurons rou- geûlres sur fond jaunâtre. Les édicules ont près de dix mètres de häuleur, de leur base à leur fleuron de gable; ils abritent chacun une figure de prophète, de 4 m. 50 de hauteur environ, dont les pieds reposent sur un animal symbolique. Chacun de ces personnages tient une banderole où son nom se trouve inscrit en beaux carat- tères du xm° siècle. Le fond de chaque édicule, de chaque figure, est alternativement brun rouge et orangé, et à semis de gros inotifs en quatrilobes nimbés jaunâtres. Toutes ces figures sont drapées avec grand art, leur Lonalité est brillante et chaude, elle est wbtenue par diverses variétes de rougeet de gris plus ou moins bleus ou verdätres, des jaunes et l'orangé avec le gris blanc de l'architecture et des banderoles . Voici les noms des personnages, tous qualifiés « pro- phèle » sur leur banderole : Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Daniel, David, Esdras, Habacuc, Jonas‘. Leurs costumes, selon l'usage du temps dans la peinture des saints personnages, est un peu conventionnel el beaucoup en représentation de la manière de se vétir des doctes rersonnages de l'époque. Isaïe a sous ses pieds une chèvre, ou un bouc. Dans les bestiaires contemporains des peintures, ces animaux, qui aiment à gravir les hauteurs, symbolisent les méditations célestes, la suprême sagesse, l'éloquence sacrée et sublime, les vues élevées. Or, Isaïe peut être con- sidéré comme le premier et le plus grand des prophètes; sa prophé- tie commence par le mot : « Visio ».

| Peut-être pourrait-on trouver la raison du choix dos prophètes dans ces re- proches adressés aux Juifs par saint Etienne: « Lequel des Prophètes vos Pères n'ont-ils pas persécuté®? Ils ont tué ceux qui prédisaient l’avénement du Juste, que vous venez, vous, de trahir et de mettre à mort» (Acies, VII, 52). LA PEINTURE AU MOYEN AGE 219

Jérémie, qui fut jeté dans une fosse de boue est la figure de la prophétie que les Juifs rejetèrent en la méconnaissant. L'animal fan- lastique qui est sous ses pieds, à deux extrémités caudales et à tête anthropoïde, peut être assimilé à une « mandicore » des bestiaires ; habitant les parties inférieures de la lerre et ne pouvant s'en déla- cher, il peut être pris pour un symbole de l'erreur et du « lacum » ou losse de boue, Il est à remarquer que, jusqu'au xvr'siècle, parti- culièrement dans les représentations ésotériques du xvr, les puis- sances souterraines malfaisantes sont représentées par des animaux à face à peu près humaine et à désinence en queue ou queues de ser- pent.

Ézéchiel a un chien sous ses pieds. Le chien, gardien du troupeau esl le symbole des prélats et des prédicateurs gardant le troupeau du Christ. Ézéchiel, « dont le Seigneur ouvrit la bouche » (Ézéch. xxxIn) après la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor, est le type de la prédication chrétienne qui se répandil dans le monde après la des- truction définitive de la ville sainte par Titus et Adrien. Daniel fit mourir le dragon que les Babyloniens adoraient comme un Dieu (Daniel chap. xvr, 22). Un dragon vaincu est sous ses pieds et symbolise la défaite de l'Esprit du mal.

David a le lion représentatif de la Tribu de Juda: « Voici que le lion de la tribu de Juda, le fils de David a vaincu. » (Apoc. v, 5.) Esdras a sous ses pieds un dragon à tôle relevée. Le nom d'Esdras signifie : « Aide. » Aide dans la lutte contre le mal, toujours person- nifié par le dragon. Esdras fut le restaurateur du peuple juif après la caplivité de Babylone; il est le Lype du secours divin dans le combat conlinuel contre l'Esprit du Mal. Habacuc a,lui aussi, un lion sous les pieds. Très anciennement il S'est établi une confusion entre le prophète de ce nom et un autre Habaene qui portait la nourriture à Daniel dans la fosse aux lions. Nul doute que le symbole représenté ne résulte de cette erreur rec- lifiée depuis.

Le peintre fait encore reposer Jonas sur un lion. Jonas est consi- déré comme une figure de la Résurrection de N.-S. Jésus-Christ.

poque des peintures, la lionne mettait bas ses pelits mort-nés, mais trois jours après, le lion leur donnait la vie en soufllant dessus; pour telle particularité, qui était dans la croyance générale et n'élail pas, d'ailleurs, plus étrange que bien d'autres de cette époque très fantai- sisle en histoire naturelle, le lion était un symbole de la Résurrection de Notre-Scigneur. Le lion symbolisait aussi: « la voix puissante des prophètes qui 220 REVUE ANGLO-ROMAINE rugit contre les pécheurs ». Jonas prophétisa contre Ninive : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite. » Ces significations doivent être prises seulement pour les peintures dont nous nous occupons, chacun sait qu'elles ont varié avec le temps et les auteurs qui ont employé ces sortes de symboles; nous en avons de nombreux exemples. A la coupole, les figures des prophètes ne se trouvent pas dans l'ordre dans lequel nous venons de ies passer en revue. Voici com- ment ellessont réellement placées en partant d'Isaïe qui est à la droite de l'axe du vaissenu en regardant dans la direction du maltre-autel: . Isaïe, Ezéchiel, Habacuc, Esdras, Jonas, Daniel, David, Jérémie. L'aspect général de la voùle est clair et chaud avec parties très intenses, les litres montantes, les figures des prophètes, par exemple. Les « dessous » y ont été systématiquement employés pour obtenir un maximum d'éclat dans les tons rouges el bruns, rouges notamment. Ainsi une couche de mine orange était d'abord passée en assiette. Sur cette couche on posait, en épaisseur variable, un autre ton, soit un brun rouge, et celui-ci participaittinalement de l'éclatsous-jacent; ainsi opérait-on pour d'autres tons et pour oblenir des effets ana- logues. Cette manière de procéder avait, comme on le voit, des points de ressemblance avec l'aquarelle, telle que nous la pratiquons. Ces peintures ne sont pas des fresques, leur gluten n'est pas rési- neux, la cire ou l'huile n'y ont pas été employées; elles ont été faites, croyons-nous, soit à la caséine, soit à l'œuf, plus probablement à l'œuf. L'artiste n’a pas procédé par à-plats; au contraire, le modelé a été recherché, mais en évitant les grandes parties sombres pour laisser à la paroi sa valeur architecturale. La direction unique de la lumière n'y existant pas, le résultat obtenu se rapprocherait d'une manière inattendue des recherches modernes d'éclairage diffus, si ce n'était l'emploi systématique du trait noir, pour exprimer le dessin, qui se trouvait dans le tréfond de la technique du moyen àge et est très accusé ici. Ce « redessiné » avait de grands avantages, — on y revient aujour- d'hui dans tout une classe de productions artistiques visant la syn- thèse — de plus il appartenait alors aux moyens employés. La pein- ture byzantine qui avait été la grande institutrice des artistes de l'époque en avait fait son plus grand moyen. L'idéat de cette pein- ture était tout artificiel, spiritualiste, mais très étroit, et quoique les tendances nouvelles fussent en réaction avec elle, sur la plu- part des points, on ne pouvait songer à se priver de ses pro- cédés. L'esprit d'observation directe, — l'espril naturaliste, comme on a dit depuis — poussait à l'élude d'après nature, on étudiait comme ou pouvait, par morceaux et par le trait mais LA PEINTURE AU MOYEN AGE 221

un éludiait réellement, Nous avons sous les yeux, en écrivant ceci, une reproduction des « Casseurs de pierre » de Courbet et un calque de l'un des ramasseurs de pierre de la frise annulaire: si, par la pensée, on met un trait noir pour déterminer le dessin de la main qui lient la bèche (qu instrument analogue) du personnage de la pein- lure moderne, ou qu'on diminue le redessiné de la main qui lient un instrument semblable dans la peioture ancienne, il s'établit un rapprochement singulier dans les deux productions sur le terrain commun d'une observation très précise. Le dessin dé la fin du xnr siècle ne peut avoir été fait que d'après nature; on peul en dire aulant de beaucoup d'autres morceaux. D'ailleurs, la délinéation ne fut écartée que peu à peu, et ce fut en suite naturelle de l'évolution, déjà commencée, qu'on est arrivé à la conception moderne de la peinture. Dans l’ensemble dé la coupole, les scènes du martyre représentent, plutôt que les grandes figures de prophètes, la nouvelle école; les mains et les tèles des prophètes, les mainssurtout, sont faites d'après les formules byzantines. En terminant nous devons répondre à une demande qui nous a été souvent faite: En dehors de leur rareté, de leur côté curieux, ces sorles de peintures anciennes ont-elles un réel mérite ?.. La réponse peut étre aisément déduite de tout ce qui précède. Ces échantillons anciens sont des témoins irrécusables, des points de repère pour l'intelligence de milieux qui se dérobent à nous, là-dessus tout le monde peut être d'accord ; quant àleur valeur comme produits d'art, endehors des différences àétablirentre chaque morceau, lous n'ayant pas élé faits par desartistes de même capacité, il faut, pours'en rendre compte, se rappeler les conditions générales de l'œuvre d'art. Une production n'est bien appréciée de tous que lorsqu'elle se trouve en accord avec les sentiments de tous; lorsqu'elle peut réveiller des lendances latentes, faire entrevoir un idéal qui était voilé, ètre une sorte de réalisation d'arrière-rêve confus si cet idéal estquelque peu complexe, la production est œuvre d'art de haute valeur. Les moyens employés, on en conviendra, ne peuvent pas entrer en première ligne dans l'appréciation. Or que reproche-t-onaux artistes du moyen âge ? Qu'ils n'ont pas peint à la facon des Lebrun, que leur métier n'est pas compliqué comme le nôtre ; au fond pointautre chose. En vérité ce n'est pas assez raisonnable; ilserait plusjuste d'apprécier leurs grandes qualités, qui sont essentielles, en faisant uneffort pour se dégager de notre milieu et se reporter dans le leur, seule manière de les juger sérieusement: on ne peut faire un reproche àdes artistes du XHE et du XIV: siècle de ne pas avoir travaillé pour le publie du XIX°, ils ne pouvaient y penser. Marc Gaïpa. CHRONIQUE ROME

    De commissione pontificia ad reconciliatitonem
            dissidentium cum ecclesia fovendam
                           LEO    PP. XII
                           MOTV   PROPRIO

Oplatissimæ in una fide reconciliationis earum gentium, quæ a romana Ecclesia matre non uno tempore uec una de causa secesse- runt, nova quodammode Nos ponere initia et plena caritatis admovere invilamenta, jan inde ab apestolica cpistola Preclara, studiose con- tendimus, — Ad rem quidem eam sumus aggressi, quæ, ut alias monuimus, diuturni sit laboriosique operis, eademque utilitatis non ita proxime eventuræ. At vero,.præter summam divinæ opis fiduciam qua maxime sustentamar, -optima quæque sunt Nobis adjumenta in id quæsita; in primisque visum est pro gravitate et amplitudine causæ opportunum, aliquot ex Dilectis Filiis Nostris S. R. E. Cardi- nalibus in communionem consiliorum adseiscere. Tales reapse insti- lulas apud Nos congressiones, principio ad rationes ecclesiarum orientalium spectare voluimus; placuitque propterea advocare et audire præsentes Venerabiles quoque Fratres, earumdem nationum vario ritu Patriarchas. Ita factum feliciter, ut quædem rerum capita sint a Nobis, edità haud multo ante constitutione Orrentalium dignitas ecclesiarum, definita et decreta : quæ, tametsi per se ad veterem catholicorum legitimam per Orientem disciplinam conservandam tuendamque propius pertinent, æque tamen unitati allis in gentibus redintegrandæ posse conducere manifestum est. — Jlamvero hunc Nos primum reputantes initarum congressionum fructum, eisque conlinuandis probe intelligentes quantum præsidii ad ceteras etiam proposilorum partes jure liceat expectari, idcirco induximus animum illud providere ut huiusmodi institutum certiore quodam paeto cer- lâäque constantia, quamdiu ipsa postlulaverit res, permaneat vigeatque secundum vota perutile. laque sententiam Nostram litteris hisce tradentes, peculiare esse ac slabile Consilium, sive, uti loquuntur, Commissionem decernimus atque edicimus, proprio munere et cura deditam reconciliationi dissi- dentium fovendæ. Ea constabit ex nonnullis S. R. E. Cardinalibus, quos Pontifex nominatim designet, quibus ipse præsit, quique coram eo statos habeant conventus. Primosque ex instituto nominamus :

MiEciSLAVM LEDOCNOWSKI BEXEDICTVM MARIAM LANGÉNIEUX MaARIANVM RAMPOLLA DEL TINDARO VINCENTIVM VANNVTELLI ALOISIVM GALIMBERTI HERIBERTVM VAVGNAN loSEPHV MARIAM CRANNIELLO CAMILLVM MAZZELLA. LIVRES ET REVUES 223

Erunt præterea, ul sacris in Consiliis urbanis assolet, convenienti aumero Consullores, ilem a Pontifice designandi : in quibus pari loco ii habebuntur quos Patriarchæ catholici orientales, tamquam legatos suos in Urbe consistentes, singuli singulos, destinaverint, Consultorum sit, doctrinam suam, prudentiam, rerum usum naviter conferre cognoscendis instruendisque ecausis quæ in deliberationem Pontilieis et Cardinalium, quos supra diximus, deferantur : deferet autem ille ex Consultoribus, cui Pontifex mandaverit ejusdem Com- missionis esse ab actis; cui propterea licebit eis ipsis pontificiis congressionibus ex oflicio interesse. Hæc vero consilia et decrela, quorum exitum auspiciis providen- lssimi Dei præcipue commendamus, rala firmaque consistere auclô- rilale Nostra volumus et jubemus. Dalum Romæ apud Sanctum Petrum die xIX martii anno MpcCcve, Puntilicatus Nostri decimo octavo. LEO PP. XHI. — Il est d'usage à Rome, pendant l'octave de l'Épiphanie, de faire célébrer en l'église Sant’ Andrea della Valle, des foncfions suivant les différents rites catholiques. Le soir, un sermon est donné dans une des principales langues de lEurope, Les deux orateurs français devaient être, celte année, Mgr Bouvier, évêque de Tarantaise, et M. l'abbé Duchesne. On avail mèue demandé à l'éminent directeur de l'École française de parler sur l'Union des Églises. Malheureusement, l'abbé Duchesne a souffert, ‘es lemps derniers, d'une indisposilion assez grave, qui l’a em- péché d'accepter une si honorable invitation. Tous les amis de la Revue Anylo-Romaine, en particulier, le regret- leront vivement.

Décorations. — Dans la liste des décorations parue à l'occasion du premier de l'an, nous avons remarqué lesnoms : de Mgr Williez, le vénéré évèque d'Arras; de l'abbé Armand David, prêtre de la Mis- sou, correspondant de l'académie des Sciences; de M. Germain, curé

de Saint-Baudile, à Nimes; de Mme Manise, en religion sœur Saint- Rémi, attachée à l'hospice mixte de Reims.

                    LIVRES ET REVUES

DGONNAIRE GREC-FRANÇAIS DES NOMS LITURGIQUES en usage dans l'Église grecque, par Léon Clugnet, licencié ès lettres, Paris, Alphonse Picard, 1895. In-8°, X-186 pp. Ce livre répond à un besoin réel de la société chrétienne dans nos Pays occidentaux. En général dans l'Église latine, — et c'est là une 294 LIVRES ET REVUES

négligence que je ne puis, pour ma part, m'empêcher de blämer, — nous nous intéressons trop peu aux Églises orientales. Nous devrions pourtant nous rappeler que le christianisme nous vient d'Orient et qu'en Orient aussi il a connu autrefois des époques d’une incompa- rable splendeur. — Pour ce qui regarde spécialement la liturgie grecque, il est une’'autre raison qui devrait nous porter à nous en occuper davantage : c'est que, dans notre liturgie latine, nous avons conservé pas mal de termes grecs, dont les fidèles devraient com- prendre la signification. Prenons un exemple familier. Nous faisons un usage très fréquent du mot Dozologis, notamment dans les grandes fêtes. Cependant combien y a-t-il de fidèles, même assez instruits, qui seraient très embarrassés pour donner l’exacte signification de ce mot ? M. Léon Clugnet a eu donc une excellente inspiration en voulant nous initier à la connaissance des termes si nombreux de cette belle liturgie grecque. Son cadre est,à ma connaissance, assez bien rempli. Son livre se lit avec aisance, je dirai même, avec un certain plaisir, et accuse de sérieuses recherches. Je ne pourrais du reste mieux faire connaître la marche de l'auteur qu'en citant un exemple. Je l'emprunle au temps que nous traversons: nous sommes dans la huitaine de Noël. Or voici ce que je lis par rapport à cette fèle: l'éwnoic, eu,à (class. génération, naissance). 4° "H Xproroëï l'évmas, la naissance du Christ, dont la fête est célébrée le 25 décembre. On dit aussi tœ Xprorebyewa. Cette fête est appelée également [ésyz, ou mieux puxgëv Mdcya, par opposition à la grande solennité de la résurrection, ’Avästaste, ou de Pâques, proprement dit, ‘’Ayrsv [acya. — Nariviras Domi, Wafivilé de Notre-Seiyneur, Noël. — 20 ‘H l'évvroiç te Beotéxeu, la naissance de la Mère de Dieu, dont la fête est célébrée le 8 septembre. — Nariviras B. M. V. Nativité de la Sainte Vierge. — 3° "H Téyrquie 120 rpodpépou xai Baxriorod ’lwdves, la Naissance du Précurseur. On en fête l'anniversaire, le 24 juin. — Nariviras S. JoANNIS BAPTISTÆ, Vafivilé de saint Jean-Baptiste. Au lieu de yéwraç on emploie souvent l’un des mots yevéAtov, yevédua, yevésisv et Yevécta (page 29). - L'auteur me permettra-t-il de lui adresser quelques légères cri- tiques ? Je ne sais pas si M. Léon Clugnet a une idée très claire de la science liturgique. En tout cas, il semble que, de ce côté, sescon- naissances soient, je me garderai bien de dire fausses, mais inexactes. Ainsi, rien que sur le titre de son livre, je relève deux inexactitudes. Pourquoi mettre Dictionnaire des Noms liturgiques, quand il y a beau- coup de mots qui ne sont pas des noms ? Si M. Léon Clugnet fait une seconde édition de son livre, je lui conseillerais de mettre Dihon- uaire des TERMES liturgiques etc. L'autre inexactitude est peut-être plus grande. L'auteur paraît se faire une idée trop large de la liturgie. Voilà pourquoi il insère dans son Dictionnaire un certain nombre de mots qui n’appartiennent pas strictement à la liturgie. Ex. colonne (Ki&v,terme d'architecture), dignité, ("AEwwuz, terme de Auérarchie), légut ('ESxpyes, terme de fonctions). Mais ce ne sont là que des imperfections de détail qu'il dépend de l'auteur de faire disparaitre, quand il le voudra. Son livre a une grande valeur. Il ne tient qu à lui d'en faire un livre parfait.

                                                      V. ERuont.

RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 225

Doctores, et Pastores : per quorum laborem et ministerium in omvi regione mundi magnum gregem côllegit, quo Nominis sancti tui laus æterna celebraretur : Pro his tantis æternæ tuæ bonitatis beneficiis, et propterea quod hos præsentes famulos tuos vocare dignatus es ad idem oficium et ministerium in salutem humani generis institutum, gratias tibl ex animo referimus, laudanus et adoramus te : suppliciter rogantes per eundem Filium tuum, ut omuibus aut hic aut alibi nomen tuum invo- cantibus tribuas gratum tibi animum pro his et ecteris beneficiis tuis exhibere, et in cognitione et fide tui et Filii tui per Spiritum Sanctum quotidie crescere et proficere : adeo ut tam per bos ministros tuos, quam per eos super quos constituti fuerint ministri, sanctum Nomen tuum in æternum glorificetur, et amplificetur benedictum regnum tuum; per eundem Filium tuumn Jesum Christum Dominum nostrum, qui tecum vivit et reguat jt uuitate ejusdem Spiritus Sancti, per omnia sæecula sæcu- lorum. Amen.

Hac cratione perfecta, Episcopus cum Presbyleris qui præsentes sunt manus imponal super capita singulorum ordinandorum; suscipientibus hurmiliter yenuflezis, Episcopo æœutem dicente :

Accipe Spiritum Sanctum ! : quorum remiseris peccata, remittuntur els; et quorum retinueris, relenta sunt : esto etiam fidelis verbi Dei, et sanctorum ejus Sacramentorum dispensator : In nominé Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

Episcopus unicuique eorum tradat in manus Biblia, dicens?. Accipe potestatem prædicandi verbum Dei, et administrandi *ancta Sacramenta in ista congregatione, in qua fueris ad hoc constitutus. Quibus peräctis populus Credo centet, et eæinde ad Communionem per- gatur, quam omnes qui ordinantur simul percipere debent, et in eodem loco. in quo manus sibi imposilæ sunt permanere, donec perceperint Commu- nionem.

Peracta Communione, post ultimam Orationem, et immediate ante bene- dictionem, recitetur kæc Oratio.

Super hos famulos tuos, quæsumus, Pater misericors, cælestem tuam rffunde benedictionem : ut omni justitia induantur, et verbum tuum per ipsorum ora prædicatunr tum bene succedat, ut nunquam frustra profc- ratur., Nobis etiam, rogamus, eam gratian tribue, ut idem sanctissimum verbum tuum pro instrumento salutis nostræ audiamus et amplectamur, quatenus in omnibus dictis operibusque nostris gloriam tuam quæramus, ot regni tui augmentum, per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

Si autem uno eodemque die Diaconatus et Presbyteratus conferantur, omnia ad sacram Communionem fiant sicut in ordinatione Presbyterorum habentur, Excepto quod pro Epixtola tertium caput primæ ad Timotheum totum legalur, sicut in ritu de Presbyteris adhibetur, Post Epistolam statim Biaconi'ordinentur. Et sufficiat ut Litania semel tantum dicutur 3,

11662, Accipe Spiritum Sanctum in Officium et Opus Sacerdotis in Ecclesia Dei, per imposilionem manuum nostrarum jam tibi commissum. .* 4580, Episcopus unicuique eorum fradat in alleram mantum Bibliu, in alterum f'alicem cum Pane, dicens.

5662, Hiwc plenius et accuralius explanantur.

 REVUE ANCLO-ROMAINE. — TL — Là

226 REVUE ANGLO-ROMAINE

     THE FORM OF CONSECRATING OF AN ARCHBISHOP, OR BISHOP.
                          At the Communion.
                              The Epistle.

This is a true saving... suare of the evil speaker. Thu Gospel. Jesus said to Simon... Feed my sheep. tr else out of the tenth chanter of John, as before in the order of Priest. After the Gospel und Creed ended, first the elected Bishop! shall be presented by tro Bishops ? unto the Archbishop of thal provinee, or to some other Bishop appointed by his commission 3. The Bishops that present him saying. Most reverend father in God, We present unto vou this godiy and well learned man, to be consecrated Bishop. Then shall the Archbishop demand the Queen's mandate for the consecration. and cause it to be read. And the oath touching the knowledge of the Queen's supremary shall be ministered to the person elected, as it is set out inthe trder of Deacons. And then shall be ministercd also the oath of due obediener unto the Archbishop, as followeth. The Oatk of due Obcdience to the Archbishop. In the name of God, Amen. I N, chosen Bishop of the Church and see of N. do profess and promise all due reverence amd obedience ta the Areh- bishop, and to the Metropolitical Church of N. and to their suceessors : s0 help me God through Jesus Christ. This oath shall not be made at the consecration of an Archbishop. Then the Archbishop shall more the rongregation present (o pray : sayiny thus unto them. Brethren, it is writteu in the Gospel of saint Luke, that our Saviour Christ continued the whole night in prayer, or ever that he did choose and send forth his .xii. Apostles. Itis written also in the Acts of the Apostles. that the Disciples which were at Antioch did fast and pray, or ever they laid hands upon, or sent forth Paul and Barnabas. Let us therefore, follon- iug the example of our Saviour Christ and his Apostles, first fall to prayer. or that we admit and seud forth this person presented unto us to the work whereunto we trust the Holy Ghost hath called him. And then shall be said the Litany, as afore in the order of Deacons. And after this place : That it may please thee to illuminate all Bishops, ete. Àe shall say. That it may please thee to bless this our brother eleeted, and to send by grace upon him. that he may duly execute the office Where unto he is called; to the edifving of thy Church, and to the honour, praise, and glory of thy name. Answer. We bescech thee 10 hear us, good Lord. Concluding the Litany in the end with this prayer. Almighty God, giver of all good things, which by thy Holy Spirit has appointed diverse orders of ministers in thy Church, mercifully bebold this thy servant, now called 16 the work and ministry of a Bishop. and reple- nish him so with the truth of thy doctrine and innocency of life, that both hy word and deed he may faithfully serve thee in this office, to the glorr of thy name. and profit of thy congregation : Through the merits of our Saviour Jesu Christ : who liveth and reigneth with thee and the Holy Ghost, world without end. Amen. 11550, having upon him a Surplice and a Cope. 1662 (vesled with his rochel). 2% 1550, (being also in Surplices and Copes, and having their Pastoral Staves in their hands). | 3% 1662, fhe Archbishop sitling in his chair near the Holy Table. RITUS OHDINATIONUM ANGLIGANCS 227 RITUS AD CONSECRANDUM ARCHIEPISCOPUM AUT EPISCOPUM

                                          Ad l'ommunionen.
                                              Epistola.
 Fielis sermo : in laqueum diaholi.
                                            Evangelium,
 Dit Simoni Petro..... Pasce oves meas.

@ilur, Christi Salvatoris et Apostolorunt exemplum sequentes, prius ad “ationem nos conferamus, quam hunc virum nobis presentatum assu- manus, et ad opus illud emittamus, ad quod ipsum a Spiritu Sancto “ratum esse confidimus,

Deinde dicatur Litania. sicut supra in ordinatione Diaconorum. Post hæc autem verba : Ut omues Episcopes, etc., dicatur : à Cthune fratrem nostrum electum benedicere digneris, et super eum 2atiam tuam mittere, ut munus ad quod vocatur rite sustiueat; atl ædifi- ranonem Ecelesiæw tue, et ad honorem, laudem, et gloriam Nominis ut

Resp. Te rogamus, audi nos. Im fine Litaniæ dicatur hæc sequens Oratio: Ommpotens Deus, omnium bonorum dator, qui per Spiritun Sauctum um varios ministrorum ordines in Ecelesia tua constituisti : Respice rpitius hunc famulum tuum, ad opus et ministerium Episcopale nur “atum: et eum doctrine tuæ veritate et vitæ innocentia ita adimple. ut opere quam ore tibi in hoc officio fideliter deserviat ad gloriam tui Nominis, et ad -commodum congregationis tuæ; per merita Sulvatoris nostri Jesus Christi, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti, er omnia sweula sweulorum, Amen, Ü50, Superpellicio el capa indutum. 1662, rochelo indutum.

Then the Archbishop sitting in a.chair, shall say Uhis 10° im hat 5 consecrated. Brother, forismueh as holy scripture amd the old Canons commai that we should not be hasty in laying on hands, and almittingof person 10 thé government of the. eongregation of Christ, Whielh he puréhased with no less price than the effusion of his own Hloud 4 that Ludiit you 10 this admnistration whereunto ye are called, 1 will mine in certain articles, to the end the congi ion present have a triul and beur witness, how yÿe be minded to ve Your $ thé church of God. : Are you pérsuaded that you be truly called 10 this ministration}a ding to the will of our Lord Jesus Christ, and the order of this realmi Answer. Lim so persuaded. The Archbishop. sou persuadéd that thé holy scriptures contain suMiéienthyul “of necessity for eternul salvation, through the fafthht Aud are you determined, With the same holy seriptüress tot the people committed to your charge, and 10 tache or mainteie not required of necessity Lo eternal sulvatiou, but that vou shall he pers may be concluded and proved by the same? Answer. Lan so persuaded and determined by God's grace,

                               The Avchbishop.

Will you then faithfully exercise your self in the said holy Serip and call upon God by prayer for the true understanding of the Same, ÿe may be able by them to teach and exhort with wholesom dot and ro withstand and convince the gainsayer? Answer, 1 will so do, by the help of God. The Archbishop. Be you reudy with all faithful diligence to banish and drivaaways roneous and strange doctrine contrary to God's word, and -hothril and opeuly to call upon and encourage other t0 the same? Answer. I am ready, the Lord being my helper.

                               The Archbishop.

Will you deny all ungodliness and worldly lusts, and tive sol righteously, and Godly in {his world, that you may shewt yonrselis things an example of good works unto other, that the -adversartn ashamed, having nothing to lay against you? Answer, T will so do, the Lord being my helpér:

                                The Archbishop.

Will you maintain and set forward (as muchus shall hein you} ness, peace and love, among all wen; and such as bé unquiet, disoh aud criminous within your diocese, correet and punish according authority as ye have by God's word, and as to you shull be comi the ordinance of this realm ? Answer. 1 Kill so do, by the help of God!

14669, The

 il you: be   fuithfal in ordaining, sendi

Answer. L'will do so by the help of God.

                                             : Google

RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 229

Deinde Archiepiscopus. in faldistoris sedens consecrandum alloquatur, dicens : Fraier, quoniam Sacra Scriptura el antiqui Canones præcipiunt, ne uen cito manuum imposilione admittamus ad regendam congregationem Christi, quaur nou alio pretio uisi proprio sanguine effuso acquisivit, priusquam te ad hoc ministerium, ad quod vocaris, admittam, examinaho & ia quibusdam articulis, ut probatione habita populüs testari possit, qua- lier velis in Ecclesia Dei conversari. Persuasum est tihi, te ad hoc ministerium vere vocari, secundum volun- tam Domini nostri Jesu Christi, et disciplinam in hoc regno consti- tutam ? Resp. Ita mihi persuasum est.

                                Archiepiscopus.

Persuasum est tibi,in Scripturis sacris suflicienter contineri omuem doctrigam, ad æternam per fidem in Jesu Christo salutem necessario susci- pieodam? Et decrevisti en quæ ex eisdem sacris Scripturis intelligis, plebem tuæ curæ commissam docere, et nibil tradere, nihil affirmare, änquam ad salutem æternam necessarium, nisi de quo tibi persuasum fuerit per easdem concludi et probari posse? Resp. Gratia Dei ita mihi persuasum est, et ita decrevi.

                                Archiepiscopus.

Vis igitur teipsum in eisdem sacris Scripturis fideliter exercere, et Deum *\érare ut eas recte valeus intelligere : quatenus per eas potens sis docere el exhortari in doctrina sana, et ris qui contradicunt resistere eosque srguere? Resp. Volo hoc facere, cum Dei auxilio.

                                Archiepiscopus.

Paratus es amovere atque depellere, omni fidelitate et diligentia,omnem falsam et alienam doctrinam, verbo Dei contrariam; et alios ad id facendum tam privatim quam publice adhortari et incitare? Resp, Ad hoc, adjuvante Domino, paratus sum.

                                Archiepiscopus,

Vis abnegare omnem impietatem et sæcularia desideria, et sobrie, juste, #l pie vivere in hoc sæculo; quatenus in omnibus teipsum aliis præbeis semplum bonorum operum, ut is qui ex adversu est vereatur, nil babens malum dicere de te? kesp. Volo hoc facere, adjuvante Domino.

                                Arehiepiscopus.

Vis, quantum #x te erit, inter omnes tranquillitatem, caritatem, atque Lacem conservare et promovere; et eos qui intra Diœcesim tuam sedi- lose, contumaciter, et nefarie se gesserint, ea potestate corrigere et buuire, quam ex Dei verbo habes, quieque per hujus regni leges tibi com- mittetur? :

Rap, Volo hoc facere, eum Dei auxilio f,

"1662, Archiepiscopus. Vis fidelis esse in ordinando et mittendo alios, eisque manus imponendu? Besp. Volo hoc facere, cum Dei auxilio.

                                                                                            ooqlk
                                                                                       L1O0O8Q

310 REVUE ANGLO-ROMAINE The Archbishôp.

Will vou shew your self gentle, and be mereifuil for OhrisPs st poor and nel people, and 10 all strangers desfiveite GP help? Ansirer, LL so shew my self by God'< help. The Archbishop.

Almighty God our heaveuly Father, who hath given you x good we do all these things, grant also uoto you strength and power tt the same : that he accomplishiug in you the good work whieh begun, ve may be found perfect and irreprehensible at thumntièr through Jesu Olrist our Lord, Amen. Then shall be sung or said. Come Holy Ghost, ele. as it is setout in Che! of Priests |, That ended, the Archbishop shall say. Lord hear our prayer. Answer, And let our.cry come unto the, Let us praÿ

Almighiy God, and most merciful Father, which of thy infinite gout hast given to us thy only and most dear belveod Son Jésus Olirist, | our redéemer und author of evérlasting Dife : who, after that he had” perfect our redemption by his death, and was ascended into heavensp dowa his gifs abundantly upon m making some Apostles, some phets, some Evangelists, some Pustors, and Doetots, 16 the edifyin making perfect of grégation : grant, we bescech thôe, 40 servant such grace, that he may evermore be ready 10 spreud alros Gospel and glad tidings of reconcilement to God, and to use the ail given uuto him, not to destroy, but to save; not 10 hurt, but 10 he} that he us a wise and faithful servant, gr to thy family meat fi season, may at the last day be reve in 10 joy, through Jésu Cris Lord: Who with thee, and the Holy Ghost, liveth and roigneth "ont world without end. Amen,

Then the Archbishop and Bishops present shall lay their hands uporoth of the elected Bishop, the Arehbishôp sayinÿ. Taka the Holy 1. and remember that thou stir up thé gra of whiéh is in t y imposition of bunds : for God hatli not givenu spirit of fear, but of power, love. ande soberness {, Then the Archbishop shall deliver him the Bible, saying ®, Give heed unto ‘reading, exhortation aod doctrioe, M'hink-npon things contained in this book : be diligent in them, that Une Gui coming hereby may be manifest anto all men. Fake héed onto

À 1662, Then shall the Hishop elect put on the rest of Lhe vest ofithe Ep habit: and kneeling down, Veni Crentor Spiritus, shallbe auñg or aid ave the Arehbishop beginning, and the Bishop, with others that are present followelh. the Holy Ghost, for the Office and Work of à Hishof Church of God, now committed unto ihee by the Imposition of ourhands Name of the Father, and of the Son, and ofthe Holy Ghost. Amen.Andren that thou stir up the grace of God which is given {heo by this fmposiion, hands : for God hath not given us the spirit of fear, butof power, andilone soberness, 1860, Then {he Archbishop shall lay the Biblenpon Vis neck, sayinqe

                                      5        GOOGIE

                                                  D

RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 231

                             Archiepiscopus.

Vis pauperibus et indigentibus et omnibus peregrinis auxilio dextitutis, te propter Chiristum affahilem at mixericordem præstare? Resp. Volo ita me priestare, eum Dei auxilio.

                              Archiepiscopus.

Umnipotens Deus, Pater noster cælestis, de cujus munere venit ut hiwc cwnia facere velis, virtutam etiam ad ea exsequenda tibi concedat: ut, ipso in te bonum opus quod cœpit perficiente, in novissimo die perfeetus et irreprehensibilis inveniaris; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

Beinde cantetur aut dicatur Veui Creator, etc., sicut in ordinatione Pres- byterorum exhibetur i.

                     Quo finito, dicat Archiepiscopus :

Domine, exaudi orationem nostram, Resp. Et clamor noster ad te veniat,

                                 Oremus.

Omnipotens Deux, Puter misericors, qui ex infinita honitate tua dedisti unieum et dilectissimum Filium tuum Jesum Christum, ut sit Redemptor noster, et auctor vitæ sempiternæ : qui post redemptionem nostram morte sua perfectam, et ascensionem suam in cœlos, dona sua super homines abundanter effudit, faciens quosdam Apostolos, quosdam autem Prophetas, alios vero Evangelistas, alios autem Pastores et Doctorex, ad iædificationem et consummationem congregationis suæ : Da, quæsumus, eam gratiam huie famulo tuo, qua semper paratus sit ad evangelizandum bona tua, ad prædicandum reconciliationem : et potestate quan: tribuis non in destru- ctionem, sed in salutem, nou ad injuriam, sed ad auxilium utatur : qua- tenus, ut fidelis servus et prudens, familiæ tuæ dans cibum in tempore opportuno, in gaudium tandem suscipiatur; per Jesum Christum Dominum nostrum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per uninia sæcula sæculorum. Amen.

Tunc Archirpiscopus el Episcopi qui adsunt super caput Klecti manus impo- nant, dicente Archiepiscopo :

Accipe Spiritum Sanctum, at memento ut resuscites gratiam Dei, quæ in te est per impoxitionent manuum : non enim dedit nabis Deus <piritum timoris, sed virtutis, et dilectionis, et sobrietatis ?.

Déinde tradat Archiepiscopus ei Biblia, dicens 3 : Attende lectioni, exhortationi, et doctrinæ, Meditare ea quæ in hoc Hbro continentur : in his esto, ut profectus tuus manifesius sit omnibus.

11662, Deinde assumat Episcopus electus celera vestimenlia Episcopalia; el super eum genuflezum canlelur aut dicaiur Veni Creator Spiritus : incipiente Archiepiscopo, Episcopis aulem, aliisque qui adsunt, per alternos versus respon- dentibus, prout sequitur. . 54662, Accipe Spiritum Sanctum in Officium et Opus Episcopi in Ecclesia Dei, per impositionem manuum nostrarum jam tibi commissum : In Nomine Patris, ot Fil, et Spiritus Sancti. Amen, Et memento ut resuscites gratiam Dei, quæ tibi datur per hanc impositionem manuum nostrarum : non enim dedit nobis Deus spiritam timoris, sed virtutis, et dilectionis, et sobrietatis. % 4550, Deinde Archiepiscopus Biblia super cervicem ejus ponal, dicens: OX

9232 REVUE ANGLO-ROMAINE

and unto teaching, and be diligent in doing them : for by doing this thou shalt save 1h+ self, and them that hear thee !. Be to the flock of Christ a shepherd, not a wolf: feed them, devour them not : hold up the weak, heal ihe sick, bind together the broken, bring again the outcasts, seek the lost. Be so merciful, that you be not too remiss : s0 minister discipline, that you forget not mercy : that when the chief Shepherd shall come, ye may receive the immarcescible crown of glory, through Jesus Christ our Lord. Amen,

Then the Archbishop shall proceed to the communion, with whôm the new consecrated Bishop with other shall also communicate. And the last Collect, immediately before the benediction, shall be said this prayer.

Most merciful Father, we heseech thee to send down upon this thy ser- vant thy heavenly blessing, and 50 endue him with thy Holy Spirit, that he, preaching thy word. may not only be earnest to reprove, beseech, and rebuke with all patience and doctrine, but also may be to such as believe an wholesome example, in word, in conversation, in love, in faith, in chas- tity, and purity : that faithfully fulfilling his course, at the latter day he may receive the crown of righteousness, laid up by the Lord the righteous judge : who liveth hand reigneth, one God with the Father and the Holy Ghost, world without end. Amen.

1 1550, through Jesus Christ our Lord. Then shall the Archbishop put inlo his hand the Pastoral Staff, saying : Be to the Rock, etc. RITUS ORDINATIONUM ANGLICANUS 233

Attende tibi, et doctrinæ : insta in illis : hoc enim faciens, 81 leipsum salvum facies et e0s qui te audiunt!, Esto gregi Christi pastor, non lupus : pasce eum, noli devorare. Quod iutirmum est, cousolida: quod ægrotum, santa; quod confractum, alliga ; quodabjectum est, reduce; quod periit, require. Ita misericors sis, ut non sis remissior : ita disciplinam exhibeas, ut mise- ricordiæ non obliviscaris : quatenus, cum venerit Princeps pastorum, per- cipias inimarcescibilem gloriæ coronam: per Jesum Christum PDominum nostrum, Amen.

Deinde Archiepiscopus ad Communionem pergat, cum quo Episcopus jam vonsecratus una cum aliis communicare debet. Et pro ultima Oratione, imme- diate ante benedictionem hæc dicatur : c

Super hune famulum tuum, quæsumus, Pater misericors, cœlesteim tuam effunde benedictionem; et eum Sancto Spiritu tuo ita adorna, ut verbum tuum prædicans, non solum studeat arguere, obsecrare, increpare in omni patientia et doctrina, sedexemplum sit saluture lidelium, in verbo, in conversatione, in charitate, in fide, in castitate et in purilate; quatenus cursum suum fideliter consummans, accipiat in die novissimo coronam justitiæ, a Domino justo judice repositam : qui cum Patre vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

11550, per Jesum Christum Dominum nostrum. Deinde Archiepiscupus ei in manum fradat Baculum Pastorale, dicens : Esto gregi, etc. - :

ns ET n :

          234                                   REVUE ANGLO-ROMAINE

                    PRIÈRES EMPLOYÉES OU APPROUVÉES PAR L'ÉGLISE
                                     COMME FORMES D'ORDINA'TFION
                                                               1
                                                          I
                                    FORMES DE      L'ORDINATION DES DIACRES.
                                          I. Ancienne liturgie Romaine ?.
                   Adesto quesumus, omnipotens            Deus, honorum dator, ordinum                   distri-
          butor officiorumque dispositor; quiin te manens innovas                            omnia, et cuncta
          disponens per Verbum, Virtutem, Sapientiamque tuam, Jesum Christum.
          Fillum            tuum, Daminum       nostrum, sempiterna providentia                   præparas et
          singulis quibusque temporibus aptanda dispensas; Cujns corpus, Ecclesiam
          tuam, cœlestium             gratiarum varietate     distinctam,                suorumque connexam
          distinctione membrorum, per legem totius mirabilem compagis unitam, in
          üugmentum templi tui crescere dilatarique largiris, sacri muneris servi-
          tutemtrinis gradibus ministrorum, nomine tuo militare constituens: electis
          abinitio Levi filiis qui mysticis operationibus domus tuæ fidelibus excu-
          biis       permanentes, hæreditatem benedictionis æternæ sorte perpetua possi-
          derent.       Super hos quoque famulos tuos, quæsumus, Domine, placatus
          intende, quos tuis sacris altaribus servituros in officium diaconii, suppliciter
          dedicamus. Et nos quidem, tanquam         homines, divini sensus et summa-
          rationis ignari, horum vitam, quantum possumus, æstimamus.                                  Te autem
          Domine, quæ nobis sunt ignota non transeunt, te occulta non fallunt. Tu
          cognitor peccatorum, tu serutator es animarum, tu veraciter in eis cœleste
          potes adhibere judicium              et vel   indignis   donare quæ poscimus. Emitte in
          e0s, Domine, quæsumus, Spiritum sauctum, quo
                                                     in opus ministerii fideliter
          exsequendi munere septiformi tuæ gratiæ rohorentur. Abundet in eis totius
          forma virtutis, auctoritas modesta, pudor                constans, innocentiæ puritas et
          spiritualis observantia disciplinæ. fn inoribus corum præcepta tua fulgeant,
          ut sut castitatis exemplo imitationem               sanctæ plebis acquirant, et bonum
          conscientiæ testimonium præferentes in Christo firmi et stabiles perseve-
          rent, dignisque successibus de inferiori gradu per gratiam tuani capere
          potiora           meréantur.

                                         I. Ancienne liturgie      Gallicane 3.
                   Domine sancte, spei, fidei,      gratiæ et      profectuum              munerator, qui     in
          cœlestibus et terrenis angelorum ministeriis                       ubique dispositis per omnia
          elementa voluntatis            tuæ   defendis   affectum, hunc quoque famulum tuum
          illum        speciali dignare     inlustrare    aspectu,           ut   tuis    obsequiis   expeditus
          sanctis altaribus minister purus adcrescat. et indulgentia purior, eorum
          gradu quos Apostoli tui in septenario numero, heato Stephano duce ac
          præëvio, Sancto Spiritu auctore, elegerunt, dignus existat et virtutibus uni-
          versis quibus servire tibi oportet instructus compleat.

                                               III. Liturgie Grecque À.
                   Dornine Deus noster, qui in præscientia tua, super destinatos ab imper-
          serutabili virtute tua ut ministri fiant et illibatis mysteriis tuis deserviant.
          Sancti tut Spiritus copiam effundis; ipse, Domine, et hunc quem tibia me
          promover complacuit in diaconi ministerium in omni honestate fidei saera-


               |    l'anonisle contemporain, septembre-octobre 1895.
                   Cette prière est tirée du Sacramentarium Leonianum. Elle se trouve aussi mot
          à   1n0     dans le Pontifical romain.
                    Celte    prière est tirée du Sacramenlarium (ielasianum et du Missale Franco-
              um. Dans le Pontifical romain. elle se trouve à la fin de l'ordination diaconale.
                Il y a deux oraisons dans lu liturgie grecque : l'une ct l'autre peuvent être
          regardées comme suffisantes. L’opinion commune fait consister la matière de lor-
          ‘lination diaconale grecque dans une première imposition des mains et la forme
          dans les paroles qui l’accompagnent : Divina gralia quæ semnper infirma cural

REFUS CATHOLIUI 235

mentum in pura conscientia tenentem conserva; egratiam vero Stephane protoinartyri tuo in opus ministerii hujus à te prinuin vocato concesram largire, et gradum 4 bonitate tua sibi priwstitum secundum heneplacitum tuuu: administrare pre: reete namque ministrantes gradum sibi honum acquirunt; et perfectunt ostende servo tuo, Quia tuuim est regnum et vir- tus et gloria, Patris et Filii et Spiritus Sancti, nunc et semper et in secula sæculorum. Amen. Deus, Salvator noster, qui incorrupta tua voce ministerii legem Apostolis auis sanxisti et protomartyrem Stephanum ejusmodi renunciasti, pri- mumque teiprum diaconi opus adhnplentem prwdicasti, sicut in Évangelio tuo seriplum est : SE quis vull in vobis prior fieri, eslo minister vester; 1pse, PDomine, servum tuum hunc, que diaconi ministerium subire voluisti, sancti et vivifici tui Spiritus adventu. omni fide et charitate et virtute et sanctificatione adimple. Non enkn in manuum mearum impositione, sed in abundantium miserationum tuarum visitatione, gratin te dignus exhi- betur : ut et hic omni peccato alienus factus, ineulpate tihi astet, et sin- ceram promissionis tuæ mercedem reportet. Tu enim°es Dens noster et tibi gloriam referimus, Patri, et Filio, et Sancto Spiritui, nunc et semper et in sæcula sæculorum. ‘ IV. Liturgie Copte . Dominater Domine Deus omnipotens, verus, verax in repromissionibus tuis, dives in omnibus invocantibus te, exaudi nos, rogammus te : illumina faciem tuam super servum tuum N... qui promovetur ad diaconatum per suffragrum et judicium corum qui eum in medium duxerunt; imple eum Spiritu Sancto et sapientia et virtute, quemadmodum implevisti Stapha- aum Protodiaconum et Protomartvrem, similem passionibus Christi tui. Orna eum gratia tua, constitue eum ministrum altaris tui sancti, ut iminis- tret secundum heneplacitum tuum in officium diaconi, quod ipsi commis- sum est, sine opprobrio et peceate, ut dignus evadat gradu altiore. Non enim data est gratia per impositionem manuun: nostrarum, qui utique peceatores sumus, sed per visitationem misericordiarum tuarum uberum conceduntur quæ ei conveniunt. Me quoque purifica ab immunditiis omnibns ab omnibus peccatis alienis, lihera me ab is quæ meu ipsius sunt, per mediationen unigeniti tui Filii Domini nostri et Dei nostri et Salvatoris nostri, Jesu Christi, per que, ete. V. Liturgie Maronite ?. Deus qui ædificas Ecclesiam tuam illamque fundas, qui auges et imples defectus ipsius per manus sanctoruim tuorum, qui in omnibus generatiu- nibus ad illius gubernationem ordinati fuere; tu, Domine, in hac hora aspice servum tuum et demitte in eum gratian Spiritus tui Sancti, reple et ea quæ desunt adimplel, promovet NX. piissimum subcdiaconum in diaconum : oremus pro eo ul venial super eum gralia Sanctissimi Spirilus. 1] n’est pas proba- ble que ces paroles soient la forme de l'ordination diaconale : alles ne sont que le décret d'élection, qui correspond à celui du Pontifical romain: Auriliante, te, De méme pour le presbytérat et l’épiscopat, Monin, p. 3, exercit, Il, cap. nr, 1 Denzincer, Biülur Orientalium, If, p. 7. — Les Monophysites de Syrie emploient la même forme que les Maronites. Denzinger (op. cif.) en donne deux textes presque semblables, l'un d'après Assemani (p. 69, l’autre d'aprés Renaudot {p. 85). Il en ost de même pour la prétrise. 3 Denzxcer, op. ril., Ïl, p- 133. Cette liturgie est particuliérement riche en priéres, accompagnées de l'imposition des mains, et dont chacune pourrait à bon droit paraître suffisante pour l'ordination. Toutefois les rubriques et céré- monies accessoires qui précédent ia prière : Deus qui ædificas, supposent claire- ment que ls diacre n’est pas encore ordonné, tandis que les rubriques suivantes indiquent non moins évidemment que la gaie essentielle de l’ordination est accomplie. Il est permis de penser que POrdinal maronite aura recu des accrois- sements successifs empruntés aux liturgies voisines. 236 REVUE ANGLO-ROMAINE

eum tua fide, charitate, virtute et sanctitate et quemadmodum gratiam dedisti Stephano, quem primum voeasti ad hoc ministerium, ita concede ut super hune quoque servum tuum veniat auxilium de cœlo : non enim per impositionem manuum nostrarum peccatricium, sed per operationem uberum tuarum misericordiarum datur gratia iis qui illa digni sunt. Idcirco rogamus et obsecramus te, libera nos à participatione peceatorum alie- norum, quia tu es qui retribuis unicuique homini secundum opera sua. Tribue itaque nobis, Domine, ut nihil agamus inordinate, sed concede uobis scientiam ad eligendum eos qui idonei sunt, et ut admoveamus illos altari tuo sancto, ut irreprehensibiliter ministerium suum expleant ad pro- fectum et incrementum populi tui, neque sint offendiculum Ecclesiæ tuæ. et ipsi liberentur a reatu æterno, nos autem evadamus retributionem timendam eorum qui peccantin altaria tua. Et conversus ad allure extollit vocem suam ac dicit : Ut puro corde stantes coram altari tuo sancto inve- niamus misericordiam una cum hoc servo tuo in die justæ retributionis. quia Deus misericors et henignus es, tibique eonvenit gloria, et honor, «t potestas, etc. VI. Liturgie Nestorienne !. Domine Deus, fortis, omnipotens, sanctus et gloriosus, qui servas pac- tum et gratiam, et veritatem timentibus eum, et custodientibus mandata ipsius; Tu, qui dedisti per gratiam tuam cognitionem veritatis omnibus hominibus in manifestatione Filii tui unigeniti, Domini nostri Jesu Christi, quæ in carne facta est; et elegisti Ecclesiam tuam sanctam, et constituisti in ea prophetas et apostolos et sacerdotes et doctores in consummatione sanctorum, ac posuisti in ea etiam diaconos puros «d iministerium myste- riorum tuorum gloriosorum et sanctorum: et quemadmodum elegisti Ste- phanum et socios ejus, ita nunc quoque, Domine, secundum misericordiam tuam da servis tuis istir gratiant Spiritus Sancti, ut sint diaconi electi in Ecclesia tua sancta, et ministrent altari tuo puro cum corde mundo et conscientia bona; et splendeant in operibus justitiæ ad ministerium myste- riorum tuorum vivificorum et divinorum, ac mereantur accipere a te bona clestia in die retributionis pro ministerio hoc puro et sancto, quo miuis- trant coram te, per gratiam et miserationes Unigeniti tui, eui et tibi. el Spiritui Sancto, gloriam, honorem, confessionem et adorationem referamus, uunc, etc.

                    VII. Liturgie Arménienne ?.

..... Domine Deus fortis et glorificate ab omnibus, magnæ et tremendæ voluntatis tuæ famuli fiunt creaturæ cœælestes et terrestres prompta obe- dientia: magis etiam intellectuales et rationales, dispositi tua voluntate ad ministerium Ecclesiæ tuæ perficiunt magno cum gaudio mandata tua. Gra- tias agimus tibi, qui in omnibus fortis es et non indigens, qui tua cle- mentia respexisti genus humanum et elegisti tibi EÉcclesiam a nobis. templum habitationis sanctissimæ gloriosæ Trinitatis tuæ, et disposuisti in ea diaconos ad ministerium sanctæ Ecclesiæ tuæ. Deprecamur te. Domine, ac petimus a bonitate tua, respice oculo propitio de præparati habitatione tua super hune famulum tuum, qui ordinatus est nunc ad minis- terium Ecclesiæ tuæ sanctæ. Constantem conserva eum in vocatione ad quam vocatus est. Remove eum ab omnibus rebus malis. Corrobora eum in unuibus operibus bonis, et adauge in eo caritatem et fidem. Da ei vir- tutem et gratiam sancti Stephani, protomartyris tui et primi diaconi, ut repletus Spiritu tuo Sancto permaneat immaculatus in ministerio mensæ luæ sanctæ. Incensando moribus bene olentibus et bonis operibus in sancta

! DENZINUER, 0p. cit, p. 231. 2? Ex DenziNGrR, op. cil., p. 288. Fe, + ‘ U J à 1 : î : n

                                              RITYS CATHOLICI                          937

tua Ecclesia, Iætificet seipsum et omnes vicinos et remotos, et dignus effi-" ciatur tempore convenienti adipisci magnum gradum presbyteratus, per gratiam et clementiam Domini nostri Jesu Christ, qui invilavit nos ad suum regnum et gloriam. Et tihi Patri omnipotenti et Filio tuo unigenito et Saneto Spiritui tuo vero gloria, potestas, etc. VIII. Liturgie des Constitutions Apostoliques 1. Deus omnipotens, qui verax es, qui non mentiris, qui divitias tuas effundis in omnes qui te invocant in veritate, qui terribilis in consiliis, qui sapiens cogitatione, qui validus et magnus, exaudi orationem nostram, et auribus percipe preces noxtras, Domine, et ostende faciem tuam super hunc servum tuum electum tibi in ministerium, et imple eum Sbpiritu Sancto et virtute, sicut implevisti Stephanum Protomartyrem et imita- torem passiouum Christi tui; et concede ei, ut ministerio sibi conimisso, ad voluntatem tuam constanter extra querelam et crimen tdministrato, majore deinceps gradu dignus habeatur, per mediatorem Christum et uni- genitum Filium tuum, eum quo tibi gloria, honor et veneratio, nunc et semper, et in sæcula sæculorum. Amen. HI FORMES DE L'ORBINATION DES PRÊTRES. k. Ancienne liturgie Homaïine ?. Dome suncte, Pater omuipotens, æterne Deus, honorum emuium et omnium dignitatum quæ tihi militant, distributor, per que proficiunt universa, per quem cuncta firinantur, amplificatis semper in melius naturæ rationabilis incrementis per ordinem congrua ratione dispositum; unde sacerdotales gradus et officia levitarum sacranientis mysticis instituta ere- verunt, ut cum Pontifices sumimes regendis populis præfecisses, ad ecrum socielatis et operis adjumentum sequentis ordinis viros et secundæ digni- tatiseligeres. Sic in éremo per septuaginta virorum prudentum mentes Moysi spiriturn propagasti, quibus ille adjutoribus usus in populo, innumeras mul. titudines facile gubernavit. Sic in Eleazaro et Ithamar, filiis Aaron, pateruæ blenitudinis abandantiam transfudisti, ut ad hostias salutares et frequen- tioris officii sacramenta sufficeret meritum 3 sucerdotum. Hac providentia, Domine, Apostolis Filii tui doctores fidei comites addidisti, quibus illi orbem totum secundis prædicatoribus impleveruut. Quapropter infirmitati quoque nostræ, Domine, quæsumus, he adjumenta largire, qui quanto magis fra- giliores suraus, tanto his pluribus indigemus. Da, quæsumus, Pater, in hos famulos tuos presbvterii dignitatem. Innova in visceribus eorum spiritum sanctitatis. Acceptum 4 te, Deus, secundi meriti munus obtineant, censu- ramque morum exemplo suæ conversationis insinuent. Sint probi coopera- tores ordinis nostri. Eluceatin eis totius forma justitiæ, ut bonam rationem dispensationis sibi creditæ reddituri, æteruæ beatitudinis præimia eonse- quantur. Per, etc. Il. Ancienne liturgie Gallicane #. Santificationun omaniun auctor, cujus Vera consecratio, cujus plena benedictio est : Tu, Domine, super hos famulos tuos, quos presbvterii honore dedicamus, manum tuæ benedictionis his infunde : ut gravitate actuum, et censura vivendi probent se esse seniores, his instituti disci- plinis, quas Tito et Timotheo Paulus exposuit : ut in lege tua die ac nocte, Omnipotens, meditautes, quod elegerint et credant; quod crediderint. { Morin, De sacr. ordin., p. 28. . ? Cette prière est tirée du Sacramentarium Leonianum. Elle so trouve aussi daus le Pontificai romain. 3 Pontificale, rectiun : minislerium. { Voyez le même traité, p. 360, 367. Cette prière est tirée du Sacrumenturium tielusianum et du Missale Francorum. Elle est également dans le Pontifical romain. 238 REVUE ANGLO-ROMAINE

doceant: quod docuerint, imitentur : justitiam, constantiam. misericor- diam. fortitudinem in se ostendant, et exemplo prohent, admonitione con- firment : ut purum atque immaculatum miuisterii tui donum custodiant: et per obsequium plebis tuæ [panem et vinum in] corpus et sanguinem Filii tui immaculata benedictione transforment : et inviolabili charitate in virum perfectum, in mensuram ætatis plenitudinis Christi, in die justitiæ iwternæ judicii, constantia fconscientia] pura, fide plena, Spiritu Sancto pleni persotvant. Per, etc. III. Liturgie Grecque !. Deus principio et fine carens, omni ereatura antiquior. qui preshyteri appellatione dignos in gradu isto veritalis tue verbum sanctificare habits decorasti; ipse omnium Dominue, istum quem tibi a me promoveri com- placuit, in conversatione inculpata et fide indeticiente ingentem etiam banc gratiam Saneti tui Spiritus recipere complaceat, et perfectum servum tuum in omnibus tibi placentem, concesso sibi a præsciente tua virtute magrio hoc sacerdotali honore, digne conversaturum renuntia. Quia tua est potentia,et tuum est regnum et virtus et gloria, Patris, et Filii,et Sancti Spiritus, nunc et semper et in sæcula sæculorum. Deus in virtute magnus, intellectu investigalibis et mirabilis in cousiliis super flios hominum, ipse, Domine, etiam et istum quem tibi presbyteri gradum subire complacuit, dono Sancti tui Spiritus adimple, ut inculpate Saneto Que altari assistere dignus fiat, regni tui evangelium annuntiare. veritatis tuæ verbum sanctificare, dona et hostias spirituales tibi offerre populumque tuum per lavacrum regenerationis innovare. ut ct ipse in secundo magni Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi Filii tui unigeniti adventu vecurrens, rect& adiministrationis, proprii nimirum sihi ordinis. in multitudine bonitatis tuæ mercedem accipiat. Quia benedictum et glori- licatum est venerandum et magnificun: nomen tuum.

                                   IV. Liturgie Maronite ?. .
 Deus magne et admirabilis, per dona et miracula gloriosa qua operaris

et lacis, quorum non est nummerus, qui es magnus virtute et magnus apiontia, stupendus in mirabilibus et magnus ac gloriosus in rebus stu- penis, qui occultorum es cognitor et cordis ac renum serutator, atque hominum cogitationum penetrator; tu etiam nune, Domine Deus, qui nosti vceulta et manifesta hujus servi tui et omnia quæ fecit et facit in conspectu tuo, item et nostra occulta, quoniam omanium vitam in men- surin posuisti; tu, inquam, Domine Deus, qui in omnibus geuerationibus elegisti tibi sanctos et perfectos ac facientes hona eosque constituisti in ministerium tuæ divinitatis et altaris tui sancti, modo ergo, Domine Deus. elige eum per gratian et promove per misericordiam tuam hunce tuum servrin N., qui propter multam tuam beniguitatem ac donum divinæ tux gratin præsentatus est hodie ex ordine diaconorum ad gradum altum et nbliinem preshyterorum. Tu, Domine, concede ei mores honos et pra-

slintes, ut stet coram te sine macula et ininistret coram altari tuo sine reatu; concede etin ii ut dignus fiat, qui nitide ministerium exhibeat tu9 sanelo evangelio et honoret thronum tuum sanctum ibique offerat sucri- licix perfecta et dona spiritualia atque renuvet populum fidelem per lava- erum spirituale regenerationis sancti baptismatis; omnibus opera lucis ostendat; et dignurm ipsum redde, Domine, ut quiecumque facit, recte et congrue peragat, Écclesiam sanctam præclaris suis operibus ornet, hona operetur et justitiam exerceat per donum hoc sanctæ manus impositionis quum ate accepit, ut custodiat Yerbum tuum evangelicum, et glorificetur ! le: encore noustrouvons deux oraisons. Toutes les deux sontune forme suffisante. DENZINGER, 0p. cit., p. 153. — Méme observation que pour le diaconat RITUS CATHOLICI 239

omen tuum sanctum in cœæla et in terra, et ita, Duoimine, in ecclesia sancta, quæ commissa est servo tuo N., cuique seipsaum is devovit et ad nomen ejus presbvter ordinatur; et præsta illi ut cum gaudi6 tibi obviam procedat in magno die adventus tui gloriosi cum angelis tuis in ordine præclaro presbyterorum recipiatque a te mercedem œconomatus cum lucro talenti, quod negotiatus est per miserationes tuas perpetuas. Quoniam Deus misericors es, etc. V. Liturgie Copte . Dominator Domine Deus omnipotens, qui creasti omnia per Verbum tuum cowternum, providens omaibus per temetipsum secundim heue- placitum tuum, qui respicis omni tempore super Écelesiam tuam sanctam. faciens eam crescere et eox qui sunt antistites in ea (faciens eos} angeri, et dans virtutem eis ut lahorent verbo et opere : respice super servuim tuum N..., qui promovetur ad presbyteratum secundum suffragium et judicium eorum qui eum in medium duxerunt; imple eum Spiritu Saucto et gratiu timentem ante facien tuam, ut præsit et regat populum in corde puro,quem- admodum respexisti super populum tuuin queni elegisti, et miandasti servo tuo Movsi, ut eligat sibi preshyteros eos quos tu replevisti Spiritu Sancto non manufacto (increato}, qui a te procedit. Diaconus dicit : Orate ! Sacerdos [Episcopus prosequitur} : Ita, Domine, exaudi nos, quæsurmus Le, et custodi in nobis eliam Spiritum Sanctum gratiæ tu non mauufactum {mcreatum): eoncede ei Spiritum sapientiæ tuæ, ut sit plenus virtutibus salutaribus et verbo doctrinæ, ut erudiat populum tuum in mansuetudine et serviat tibi in sanctitate ot mente pura et anima Candida, ut perfieciat opera sacerdotii super populum tüuwm, qui pro debito prodent ntiseriam suam ei, ut regeneret e0s per regenerationcm lavacri. Me vero etiim müuuda ab omnibus peecatis alienis, et libera me ab ïis qui ipsius sunt, per mediationem unigeniti Fil tui Domini nostri et Dej nôstri et Salvatoris uostri Jesu Christi, per quem, etc. VI. Liturgie Nestorienne ?, Domine Deus fortis omnipoteus, factor cæli et terræ, et omuium, qua ineis sunt ; qui elegisti Ecclesiam tuam sanctam, et constituisti in ea Pro- phetas, Apostolos, Doctores, Sacerdotes ad consummationem sanctorum, etad opus ministerii, et in ædificationem corporis ecclesiastici; Tu ergo, Deus magne virtutum, rex omnium sæculorum, respice etiam nune in hos servos tuos, et elige illos electione sancta per inhabitationem Spiritus Sancti, et daillis in aperitione oris sui sermonem veritatis, et elige illos ad sacerdo- tium, Domine Deus fortis, ut ponunt manus suas super infirmos et curen- tur; et corde puro, conscientiaque bona inserviant altari tuo sancto, ofle- rentes tibi ohlatioues orationum, et sacrificia confessionum in Ecclesia tua sancta, el virtute doni tui ministrent, ae sanctificeut sinum propitiantem in generationer mysticam eorum, qui a gratia tua vocantur ad participatio- nem adoptionis Éliorum dominationis tu : operibus quoque justitüv ornent filios Bcclesiæ sanctæ catholicæ ad laudem nominis tui suncti: et sit eis fiducia in sæculo novo pro miuisterio hoc pure, quod coram te præstant. stentque confidenter coram tremendo majestatis tuæ solio, per gratiam et misericordiam Unigeniti tui, cui et tibi et Spiritui Naneto gloriam, hono- rem, confessionem et adorationem referamus. Nunc, ete.

                  VII. Liturgie Arménienne 5.

Domine Deus omuipotens, piiesime, providentissime, creator omniunm 1 DenzinNGER, op. cif., p. 21, ? Deszxoer, 0p, cit, n. 936, 5 DexzinGen, op, cit. p. 08, 240 REVUE ANGLO-ROMAINE creaturarum, visibilium et invisibilium, tu habitas in terribili et inaccessi- bili luce et abyssi profunditatum apertw sunt coram oculis tuis. Te cir- cumstant exercitus cœlestes, Angeli, Archangeli, Potestates, Principatus, Throni, Dominationes, Seraphim et Chérubim omnesque incorporeæ vir- tutes, et epinicio hymno semper te glorificant. Tu, Domine, virtutom omanium, in omnibus fortis et non indigens, clementissima voluntate tua misertus humiliationis generis humani, segregasti tibi ab omnibus homi- nibus populum peculiarem, Ecclesiam tuam sanctam, quam corpus et mem- bra tua nominasti, et constit n ea sacerdotes pascere populum tuum. Exaudi, Domine, et nune vocem deprecationum nostrarum, et quem ele- gisti et ad presbyteratum recepisti famulum hunc tuum N., nunc ordina- tum, immobilem conserva in hoc sacerdotio ad quod vocatus est. Concede ei cor rectum ut diligenter observet omnia mandata tua ; diligat te ex tota mente sua : incedat inculpute in viis justitiæ puro corde et sincera fide; abundet in bonis operibus, juxta voluntatem tuum rectissimam; stet con- stanter et immaculate in sacerdotio coram te in eatholica Ecclesia, wditicatus et coufirmatus super petram fidei Apostolorum et Prophetarum; seminabit enim vivilicam et orthodoxam fidem apostolicæ Ecclesiæ in omuibus se audientibus. Concede ii gratiam apostolicam ad fugandos et repellendos omnes languores exitiales et spiritus immundos ab homiuibus, imponente eo manus, et invocanté omnipoteus nomen tuum super eos. Dignus sit vo- care Spiritum Sauctum de cælis ad spiritualem vitam regeneratorum, inno- vais cos sacro lavacro, quo consequentur magnam gratiam adoptionis tuæ, et fiant bwredes regni cœælorum templumque Spiritus Sancti, baptizati cum fide. Peragat terribile et sanctum sacramentum corporis sanguinisque Do- mini et Salvatoris nostri Jesu Christi in remissionem culparum digne com- municatarum: quin et omne officium sacerdotii sui integre et sancte adimpleat, et sit glorificator sanctissimæ Trinitatis, et præminm eum beatis Apostolis recipiat in vita æterna, duplici honore dignus effectus. Per gra- tiam et misericordiam Domini nostri et Salvatoris Jesus Christi, qui invi- tavit nos et vocavit ad suum regnum et gloriam ; cum quo te Patrem omni- poteutem, una cum vivifico et emundante Spiritu Sancto, decet gloria, potestas, ete.

             VIT, Liturgie des Constitutions Apostoliques 1.

Domine omnipotens Deus noster, qui cuncta per Christum condidisti, et universa per ipsum providentia,ut cuique naturæ convenit, curas : qui enim potest varia eficere, hic etiam potest variis modis providere. Propter hoc enim immortalibus quidem sola conservatione prospicis: mortalibus autem successione ; animæ, studio legum; corpori, expletione indigentiæ. Ipse igitur et nunc respice Ecclesiam tuam sanctam, eamque auge, et eos qui in ca præesunt, multiplica, Da illis virtutem ut verbo et opere ad ædifica- liouem populi tui laborent. Ipse etiam nunc respice super hunc famulum tuum suffragio et judicio totius Cleri ordini Presbyterorum ascriptum: et imple eum spiritu gratiæ et consilit ad opitulandum populo tuo, ad eum- que corde mundo gubernandum ; sicut respexisti populum tuum electum, et sicut Moysi jussisti Seniores eligere quos spiritu implevisti, Idem nunc. Domine, priesta, servans in nobis spiritum gratiæ tuæ non deficientem, ut plenus operationibus ad sanandum aptis, sermone ad docendum idoneo, vopulom tuum mansuete erudiat, serviatque tibi sincere, ac mente pura. animoque libenti, ae pro populo tuo sacra rite et sine vitio operetur ; per Clristum tuum, cum quo tibi gloria, honor, cultus, et Sancto Spiritui in sæeula. Amen. 1 Morin, op. cil., p.20.

                                Le Direcleur-Gérant : FERNAND PorraL.
              PARIS,     IMPRIMERIE F   LEVÉ, NUE CASSETTE.       17.




                                                      Digitized   by Google
                                                                        €

{re ANNÉE N° 6 A1 JANVIER 1896

                               REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Ta es Petrus, ot su- Spiritus Sanctus po- per haoc petram suit opiscopos ro- ædifcabo Ecclesian gcro Ecclosiam Doi meam ,,. Ot tibi dabo claves ... ACT. xx. #8. MarTrH. XVI. 18-19,

                               SOMMAIRE :
                              .                                .     De        PAUsS

      Lora........      La Prière pour les morts    dans l’antiquité
                          chrétienne ....................,.........             2H

Eure Beuriter.... Pourquoi li France est-elle restée catholique au xvi9 siècle... ....,.,...sssssssssss..s 255 AusTiN RicnanpsoN. Un prêtre anglican (portrait) .............. 258

                        Chronique................,................         "265
                        Livres et Revues ......... esnerseressrosese            268
         Documents      Ritus catholici. — Instrumenta ad Legatio-
                          ncm Poli pertinentia ....................            273



                                  © PARIS
       RÉDACTION                  ET     ADMINISTRATION
                             17, RUE CASSETTE


                                       1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

           FRANCE             ‘                                  A    LA PAGE:

UN AN.................. 20 fr. La page................. 30 fr. SIX MOIS ........,........ 44 fr. 6 fr. La 1/2 page... ...... 20 fr. Trois Mots ....,..... ... Le 4/4 page. .............. . 10 fr.

        ÉTRANGER
                                                                 À LA LIGNE :

UN AN.................. 25 fr Sur 4/2 colonne: la ligne.. 1 fr. SIX MOIS................. 43 fr. TROIS MOIS ............... 7 fr. Les annonces sont reçues

LE NUMÉRO | ÉTRANGER. 4 fr. France... 0 fr. 50 » aux bureaux de la Revue 17. rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articies signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

     MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
           Jeanne terrassant la Franc-Maçonnerie

A l'heure présente, un pou partout, mais seulement son étendard où brilent les surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l'extrémité de prises: l'armée de Dicu et de la religion, la hampe, elle frappe et traverse la dra- et la franc-maconnerie. yon représentant la Franc-Maconneric, Le Le Souverain Pontife a dénoncé le danger monstre est revêtu dos insignes maçonni- qui menace la sociélé rivile, en même temps ques; dans sa rage impieil renverse le ca- que le caractère criminel de lu secte, sex lice et l’hostie, et il exhale son cri de rage; projelset ses artifices. | Ni Dieu ni Maitre. Le cheval se cabre au— l'invite les chrétiens à combatire ct à dessus des Saints Mystères profanés; et repousser lPennemi, non pas avec des ar- Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en nes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre: De par le Roi en pleine lumière et bien ouvertement. du Ciel! On a voulu répondre à la voix du Pape. On a su, avec un art parfait, renlermer par une médaille que chacun porterail dans les limites étroites d'une médaille comme un signe de sa foi ctde sa soumis- fout ce drame religieux et patriotique. sion. C'est un petit chef-d'œuvre de dessin et de Cette médaille qui est une véritable cœu- gravure. . vre d'art, réunit l'amour de PEglise et Nous tenons cette médaille en argent à la l’amour dé la France sous les traits du disposition de nos lecteurs. Jeanne d’Arc terrassant li Franc-Maconnc- I suflit d'adresser, en mandat-poste. rie. autant do fois 4 fr. 25% que l'on désire re- Tout le monde connait l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. grand Maître interdisant aux loués d’accep- Par unité, ajouter @ fr. 50 en sus pour {er la fête nationale de Jeanne 14 bonne la recommandation à la paste, Française,. et l'opposition que la secte Par quantité de 4 donraine et au-dessus, continue de faire à la Pucelle et à «on et pour les localités desservies par ke che- triomphe. min de for, en raison de la valeur déclare. C'est de 1 que vient l'idée ou le dessin compigr un minimum de deux franes de la médaille, pour le parler lemballaue. Jeanne à cheval, armée du secours de; Envover les letires etinandats à M. Pad. Dicu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ninistrateur de la Hevue, 43, rue Cassette.

   EUR Lccons partien-
                      licencié és lettres      DAME               très honorables, la mère et lu

PROFESSgrec, littérature et philo | MAD fille, habitant entre le Traca- lières de latin, :déro et le bois de Boulogne, prendraient sophie, spécialement recommandé. N'a- darues pensionnaires. Confort ct prix mo dresser G. À. aux bureaux de }a Rerne. dérés, LA PRIÈRE POUR LES MORTS DANS L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE

Le culte des morts est aussi ancien que l'humanité, Partout il atteste, sous diverses formes, la croyance commune en la survivance de l'âme et en la vie future. Il ne serait même pas difficile de relrou- ver, dans les différents riles funéraires des peuples, l'idée d'une intercession des vivants pour les morts, Toutefois, le peuple juif était seul, avant le christianisme, à invoquer directement Dieu en faveur de ses défunts. La Bible témoigne de la coutume d'Israël. Le Livre saint déclare que « c'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés »!, Ce pieux usage a passé dans l'Église catholique. Il est vrai qu'on ne trouve mentionnée en aucun des livres cano- niques du Nouveau Testament, ni dans aucune des œuvres authen- tiques des Pères du premier siècle, la prière pour les morts, Mais la tradition supplée à ce silence, Dans l'Église elle est d'une autorilé égale à celle des écrits évangéliques; elle est l'expression de la doctrine chrétienne, aussi bien que la parole conservée dans les Livres Saints. « Lors même, dit saint Augustin, que nous ne trouverions dans l'Écriture aucune parole relative à la prière pour les morts, nous devrions tenir grand compte de la coutume établie par l'autorité de l'Église universelle : c'est elle, en effet, qui a placé la recommanda- lion des défunts parmi les prières que le prêtre offre à Dieu pendant le sacrifice de l'autel.* » Comme le constate le grand évêque d'Hippone, et avant lui Tertullien*, parmi les saintes pratiques dont l'origine remonte aux temps de la primitive Église, figure la coutume d'offrir pour les morts le sacrifice eucharistique. De temps immémo- rial, l’antiquité chrétienne a demandé à Dieu pour eux « le rafrai- chissement, la lumière et la paix », suivant la formule même consa- crée par la liturgie romaine de la messe. Toutes les liturgies, le texte des conslitutions apostoliques, # dix

Y 11 Macch, xu1, 43. ? De cura pro morluis, $ 3. 3 De monog., c. x; De cor. milil., c.1r, 4 VIII, 41 et 42, REVUE ANGLO-ROMAINE, — T, I, — 16,

Me.- 242 REVUE ANGLO-ROMAINE

passages des écrils des Pères des 1°, rm° et 1v° siècles montrent que l'Église tout enlière avait coutume de prier pour les morts, d'offrir à leur intention le saint sacrifice de la messe. Les témoignages authentiques de cette pieuse et salutaire coutume se sont tellement multipliés avec les découvertes archéologiques modernes, qu'il devient impossible aujourd’hui de la mettre en doute sans contester les documents originaux eux-mêmes qui l’attestent. Les plus importants, ce sont les inscriptions chrétiennes, latines et grecques, recuellies à Rome et dans toutes les parties de l’ancien monde romain. Ce que les Pères des premiers siècles, Tertullien, saint Cyprien, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Ambroise, saint Augustin, affirment dans leurs écrits, les épitaphes des tombeaux chrétiens nous le montrent en pralique. Plus de cinquante textes lapidaires des pre- miers âges provenant de l'Italie, de la Syrie, de l'Égypte, del'Afrique, des Gaules, de l'Espagne, de la Germanie, témoignent que, dans toutes les chrétientés primitives, on priait pour les morts et qu’on les invoquail aussi. [ls confirment ce que disait saint Paulin de Nole au commencement du 11° siècle : « L'Église universelle a coutume de prier pour les défunts » *, Un grand nombre de ces textes sont connus et ont été cités çà et là ?. Il ne sera pas sans intérêt d’en rappeler les principaux et de les grouper ici pour en faire ressortir l’enseignement.

Dans les inscriptions funéraires, l’intercession pour les morts se présente sous différentes formes, Tantôt, ce sont les défunts qui, du fond de leurtombeau, se recom- mandent eux-mêmes aux prières des vivants : il en est ainsi dans les inscriptions suivantes de provenance romaine :

                  OMNS QVI. INTRATIS

                IN HANC AVLAM DEI

                ORATIONE ORATE PR. ME

                PECCATORE

Vous tous qui entrez dans la lemple de Dieu, intercédez dans vos prières pour moi, pécheur.

                              ROGO VOS ONNS QVI HINC
                TRANSITIS ORAE PRO ME ©

Je vous supplie, vous lous qui passez ici, priez pour moi.

1 CLS. Aug. de cura pro morluis $ 3. « Universa pro defunctis Ecclesia suppli- care consuevit. » .

En particulier, par M. Tourret, Étude épigraphique sur un (railé de saint

Augustin, dans Revue archéologique, Mars-Mai'1878. PR" LA PRIÈRE POUR LES MORTS DANS L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE 243 .... ROGO VOS HOM

                                 NES QVI LEGITIS HORATE PRO                     -

                                 ME PECCATORE...... !

de vous supplie, vous tous qui lisez reci, priez pour moi, pécheur.

Taulôt les parents, les amis, qui ont élevé le Lombeau et fait gra- er l'épilaphe, sollicitent eux-mêmes les prières des fidèles en faveur de leurs chers défunts. Un des plus remarquables exemples de ce genre est celui que four- ait l'inscription du lombeau de la chrélienne Lucifera de Rome, dont son mari fait le plus touchant éloge. On y lit :

  Me      à     +   à   ee   +     +    v   +   +    +   +   MERVIT TITVLVM
 INSCRIBI VT QVISQVIS DE FRATRIBVS LEGERIT ROGET DEV

  YT SANCTO ET INNOCENTE SPIRITO AD DEVM SVSGIPIATVR
                                                   ?

... Elle a mérité que cette épitaphe fut gravée à su mémoire, afin que chacun des frères qui la lira prie Dieu pour qu'elle soit reçue avec une âme sainte et innocente dans le sein de Dieu.

On ne saurait voir exprimer plus nettement que dans cette antique tpiaphe, d'une authenticité certaine, le souvenir des morts, le soin de prier pour eux. L'Espagne chrélienne nous fait lire cette vieille inscription qu'on croirait moderne, ‘tant elle ressemble aux pieuses formules dont on se sert encore aujourd'hui pour recommander les morts aux prières des chrétiens :

              OBTESTOR VOS OMNES QVI HAEC LEC-

              TVRI ESTIS VT PRO REQVIE ILLIVS ORARE)]
                                                    [NON DESINETIS*

Je vous supplie, vous tous qui lisez ceci, de ne pas manquer de prier pour von repos.

Cest la même formule perpétuée dans une inscriplion du midi de là France :

              ..... ORATE HOMS PRO ANIMA TRASEMIRI

Priez tous pour l'âme de Trasemère.

D'autrefois, la prière des parents ou amis s'adresse directement à

! Jacorivs, De Bonusæ et Mennæ lilulo, p. 14. = Moraront, Nov. {es vet. inscripl., p. mouzir, n° 11.

de. 244 REVUE ANGLO-ROMAINE

Dieu. Sous ce rapport, l'épigraphie fournit des invocations analogues à celles de la liturgie. Une inscription d'Italie conservée dans la basilique de saint Ambroise, à Milan, contient les mots suivants :

                              +     +    +   +    +   OMNIPOTENS

              DEVS TE DEPRECOR          VT   PARADISVM LVCIS POS

              SIT VIDERE.    «      «   +    .!

Dieu lout-puissant, je vous supplie qu'elle puisse voir le paradis de Lumière.

C’est la prière d’un mari à Dieu pour sa femme. Parfois, le défunt implore lui-même la miséricorde de Dieu, avec l'espoir que les fidèles qui passeront devant sa tombe feront pour lui la même prière :

              KE (Kupæ) MNHZHOTEI TOY AOY
              AOY ZOY AIGEPIKOY 2

Seigneur, souvenez-vous de votre Elhéricus.

Telle est encore la formule très fréquente :

              KYPIOE MNHZ6H THZ KOIMHZEQZ XQY :

Ou celle-ci :

              ZQZI O 6EOZ THN YYXHN YMON :.

On invoquait aussi les saints et les martyrs pour les morts :

         SANCTE LAVRENTI SVSCEPTA (M) (h) ABETO
               ANIMA (m ejus)°

Saint Laurent, recevez son âme.

                MARTYRES    SANCT       IN   MENTE     BA

                VITE MARIA (m)‘

Saints Martyrs pensez à Marte.

On élevait des monuments en leur honneur pour se les rendre favo-

1 ALLEGRANzA, De Sepulcris christianis, p. 36. 2 Corpus. inscr. græc., n° 8618. 3 Ibid., 9461. 4 Ibid., 9845. 5 Moumsen, Inecr. regni Neapolit. 6136.

Corp. inscript. latin. V, n° 1636.

ns dif

     LA PRIÈRE POUR LES MORTS DANS L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE                   245

rables après la mort, comme le montre l'inscription suivante de Ravenne qui existe à la fois en latin et en grec :

            sco IOANNI. THEODORVS CONSTANTINA
            IMPOSVERVNT PRO QVIETE ANIMAE?

Théodore et Constantine ont élevé ce monument à saint Jean pour le repos de leur âme.

Les invocations aux martyrs et aux saints abondent dans les inscrip- tions funéraires. Les Calacombes fournissent maints exemples comme ceux-ci :

               SANTE SVSTE IN MENTE HABEAS

               IN HORATIONES AVRELIV (M) REPENTINY (M)

Saint Sirle souvenez-vous dans vos prières d'Aurelius Repentinus.

                     MARCIANVM SVCCESSVM SEVERVM

                    SPIRITA SANCTA IN MENTE HAVETE

                    ET OMNES FRARES NOSTROS

Ames saintes, souvenéz-vous de Marcien, de Successus, de Sévère et de tous nos frères *.

Si les fidèles désiraient {ant être inhumés auprès de la tombe des martyrs et des saints, c'est qu'ils avaient confiance en leur inter- cession après la vie. Les monuments épigraphiques fournissent de nombreux témoi- gages de confiance dans l'intercession des saints pour les morts comme pour les vivants. En résumé, il serait facile de relever dans les recueils épigraphi- ques un grand nombre d'inscription analogues aux précédentes, qui altestent l'usage universel d'invoquer Dieu pour les morts.

 On objectera, il est vrai, que ces textes ne remontent peut-être pas

au delà du 1v* siècle; or, à cette époque, bien avant Luther et Calvin, l'hérétique Aérius protestait déjà contre Ja coutume en vigueur de son temps. D'après saint Épiphane, il prétendait que la prière pour les morts, aussi bien que l’invocation des élus, était une nouveauté des temps postérieurs aux apôtres. Son témoignage en atteste évidem- ment l'existence à son époque; mais il ne suflit pas à convaincre ceux qui nient, depuis lui, que la pratique de la prière pour les morts soit d'institution apostolique. C'est déjà, pourtant, un sérieux argument contre l'objection d'Aé- rius que de constater de son temps l’universalité d'un usage qu'il

 1 Munaront, MMCXLVIN-IX, n°17 et 4.
 De Rossi, Rom, Sotterr, 11, p. 17, 18, 382, 383, 385, 386.

246 REVUE ANGLO-ROMAINE

prétendait être d'invention humaine. Car, comment expliquer que la Syrie et l'Égypte, Rome et l'Afrique, l'Espagne et la Gaule, l'Occident comme l'Orient, eussent dès lors adopté simultanément une pratique qui n'aurait point eu sa source dans la tradition ? Comment rendre compte de ces nombreux textes épigraphiques de tous pays, qui attestent que c'était déjà une habitude établie partout d'intercéder en faveur des défunts, d'offrir le saint sacrifice de la messe, de faire des prières et des aumônes pour le salut de leur âme? Mais on peut remonter sûrement plus haut que l’époque d° Aérius et retrouver des témoignages semblables dans les siècles antérieurs. Il y a une classe d'inscriptions funéraires, très communes dans les catacombes de Rome et ailleurs, qui par leur brièveté et leur caractère simple, décèlent une haute antiquité. Ce sont les acclamations et les vœux des chrétiens pour ceux qui ont quitté cette vie etauxquels on souhaite le bonheur éternel. Telles sont les formules, latines et grec- ques, VIVAS, VIVAS IN DEO. ZHZH, ZHYAIZ, ZHZ EN 8EQ, avec leurs variantes, VIVAS CVM SANCTIS, INTER SANCTOS, VIVE ou en latin populaire, VIBE IN AETERNO. Quel est au juste, l’âge de ces inscriptions sépulcrales ? Il y en a une qui peut servir à dater approximativement les autres. Un très beau marbre, gravé l’an 268, sous le consulat de Paternus, offre cetle acclamation en latin grossier :

                         VIBAS INTER SANCTIS À

Les vingt autres épitaphes catacombaires qui font lire des souhaits ou prières analogues, doivent être rapportées à une époque voisine. On peut rapprocher de ces pieuses acclamations des expressions de

de l'âme du défunt en Dieu. Quelle qu’en soit la teneur, le vœu ainsi déposé sur la tombe d’un frère décédé est une prière, dans sa forme antique et simple. Il témoigne incontestablement de l'usage chrétien. L’épitaphe d’une néophyte romaine, du nom de Stralonice, exhumée du cimetière de Saturnin, mentionne ainsi son ensevelisse- ment par son mari :

              ET    DEPOSVI EAM IN MARTYRIO           PRECATVS

                                                     [cv PACE !

L'idée de la prière est formellement exprimée dans cette locution incorrecte PRECATVS CYM PACE, qu'il faut traduire avec Lupi, par PRE- CATVS LLI PACEM.

Cette paix demandée par le mari pour sa femme, c'est la paix en Dieu, la paix éternelle dans l’autre vie, De là cette expression si touchante de NATYS IN PACE, employée dans l’épitaphe ci-dessous, pour indiquer le jour de la mort, qui était celui de la naissance à la paix bienheureuse :

                   PARENTES FILIO   MERCVRIO         FECE

                 RVNT QUI   VIXIT   ANN.   V.   ET    MESES   VIII

                 NATVS IN PACE QVINTY IDVS FEBRY. ?

Les parents de Mercurius ont élevé ce monument a leur fils, qui a vécu cing ans et hust mois. Il est né dans la paix le cinquième des ides de février.

La formule si fréquente dans les inscriptions chrétiennes des pre- miers âges, RECESSIT IN PACE, OU PRAECESSIT IN PACE, Où simplement IN PACE, à la suite du nom du défunt ?, avec cette variante postérieure IN SOMNO PACIS, fait évidemment allusion à la prière qui accompagnait les funérailles chrétiennes et par laquelle on demandait à Dieu pour le défunt la paix. Quelle qu’en soit l’origine, soit qu’elle ait été empruntée au Eanon de la messe : « Memento etiam, Domine, famulorum famularum que tua- rum,qui nos præcesserunt cum signo fidei el dormiunt in somno pacis», soit qu'elle ait fourni, au contraire, le modèle de la prière définitivement consacrée pour le emento des morts, cette formule antique et géné- rale atteste un usage uniforme de prier à l’origine. C'est la conclusion de M. Edmond Le Blant, qui s'exprime ainsi à propos de la locution QVAE PRECESSIT IN PACE, gravée sur une épi- laphe de Trèves, et de celte autre IN somno Pacis : « Retrouvée à la fois, en Gaule, en Afrique et sur divers points de l'Italie, cette double trace de la formule liturgique me -paraît témoigner de l'existence

4 Lupi, Dissert., ad Severæ epilaph., p. 35. 3 Mar. Acta S. Vicl., p. 88. 3 On la trouve partout. Le cimetière gallo-romain de Saint-Eloi en a fourni deux exemples. Le Blant, 1, 209 et 218. 248 REVUE ANGLO-ROMAINE d'un texte de prière unique et arrêté, adopté dans tout le monde chrétien dès les premiers siècles de l'Église #. » Il faut, en effet, le faire remonter à la première antiquité, car l'expression PRECESSIT NOS IN PACE se rencontre déjà sur un marbre d'Afrique gravé en 403’; l'autre formule, DORMIT IN SOMNO PACTS, tirée des Constitutions apostoliques , paraît également dans une inscription des catacombes de Rome, encore antérieure à celle-ci 4, Plusieurs des inscriptions qui contiennent l’une ou l’autre, quoique non datées, peuvent certainement être rapportées aux nr° et rv° siècles, Celle de Trèves mentionnée plus haut est relative à la femme d’un fonctionnaire du palais, Bonifacius, qualifié de À vBSTE SACRA, c'est à-dire préposé au vestiaire impérial. Les empereurs ayant cessé de résider à Trèves à la fin du 1v siècle, l'épitaphe de Maura est cerlai- nement antérieure, comme le fait observer M. Le Blant, à cette époque.

A côté de ces pieuses supplications, contenant des souhaits ou des espérances pour les défunts, et que leur caractère ou leur date per- met d'attribuer à l’époque primitive du christianisme, se placent des inscriptions d’une antiquité aussi haute, rédigées en forme de prière expresse pour les morts. On connaît depuis longtemps la suivante quiremonte, sans contre- dil, aux premiers siècles :

                       KALEMERE      DEVS   REFRI

                        GERET SPIRITVM TVVH

            VNA CVM (spiritu) SORORIS TVAE HILARAE ,

« .... Que Dieu rafratchisse ton âme avec l'âme de ta sœur Hilara. »

En voici une autre semblable, provenant aussi des’catacombes, que l'on s'accorde à regarder comme appartenant au n° siècle de l'ère chrélienne :

   DEVS OMNIPOTENS REFRIGERET SPIRITVM TVVM 7.

« Que le Dieu tout puissant donne à ton âme le rafralchissement. »

Cette autre, plus précieuse encore, récemment exhumée du cime- tière de Priscille à Rome, n’est pas moins ancienne :

\ Inscr. Chrét. de la Gaule, 1, 385. ? Revue archéol. t, IV, p. 662. 3 VI, 11. 4 Le BLanr. Inscr. chrét., I, n° 442. 5 O0. c. I, pp. 382-383, 6 Lupi. o. c., p.137 et pl. XVII. 7 AzLarD, Rome souterraine, p. 119. : LA PRIÈRE POUR LES MORTS DANS L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE 249

                         POSVIT IPERECHIVS

   .                      COLVGI ALBINVLE

                         BENEMERENTI   SIC

                        VT SPIRITVM TVVM DE

                           VS REFRIGERET !

« Iperechius a élevé ce monument à loi Albinula, sa très digne épouse, afin que Dieu rafratchisse ton me. »

Le mot refrigerium, refrigerare figure maintes fois dans les épi- laphes des premiers chrétiens. Dans le langage de l'épigraphie chré- tienne, comme dans celui de la liturgie, il estemployé pour exprimer le soulagement et le bonheur des âmes qui ont obtenu la béatitude éternelle au sein de Dieu. Sous la forme où il se présemte dans les deux inscriptions précédentes et dans les autres semblables, il implique l'idée de suffrages pour les Ames des défunts. Cette idée est formellement exprimée dans la seconde, puisqu'il y est dit que la pierre fut posée pour que Dieu accordât « le rafrai- chissement » à l'âme d'Albinula. L'inscription du cimetière de Priscille se rapproche naturellement de cette autre inscription des catacombes citée plus haut, où se lisent æs mots: Ué quisquis de fralribus legeril roget Deum ut sancio el inno- téns apirilu a Dec suscimiatur. Le sens de l'une et de l’autre se dégage chirement. Elles signifient toutes deux qu'elles ont été mises sur le tombeau pour solliciter des fidèles qui les lisaient, aussi bien que de ceux qui les ont fait graver, une prière dans le but d'obtenir le rafratchissement de l’âme du défunt. Il est impossible de se méprendre sur la signification primitive du mot re/rigertum pour désigner la félicité du ciel, si l'on rapproche des inscriptions qui le contiennent un document célèbre de l'antiquité chrétienne. Les actes de sainte Perpétue rapportent une vision dans laquelle la sainte martyre vit apparaître son frère Dinocrate jouissant du réfnigerium dans le jardin mystique, et d'où elle conclut que ce frère aimé était parvenu à la jouissance du bonheur éternel. On ne eut douler que les deux idées du refrigerium et de la béatitude céleste ne se correspondent ici. Comme les expression lux et paz, employées à la fois dans le Sacra- mentaire gélasien et dans les inscriptions sépulcrales des Catacombes, pour indiquer le ciel ou le bonheur éternel, que l'on souhaite ou que lon demande à Dieu pour les défunts, le mot refrigerium appartient à là langue liturgique et aussi à la langue dogmatique primitives. remonte plus haut encore avec son sens chrétien de repos et de félicité dans l'autre vie. On lit, en effet, dans !le Livre de la Sagesse: T'Y, le Monileur de Rome, 11juin 1893, REVUE ANGLO-ROMAINE

« Justus si morte præoccupatus fueril, in REFRIGERIO eri£. »! C'est le même mot, la même idée. |

De même qu’on priait pour les morts, on les invoquait aussi. Les fidèles de la terre imploraient les suffrages de leurs frères décédés qu'ils se plaisaient à voir au sein de Dieu. Nombre d'inscriptions constalent ce pieux usage. Il en est parmi elles qui remontent aussi à une époque antérieure à Aérius, Selon toute apparence, l'inscription suivante, récemment décou- verte, apparlient, comme le croit M. de Rossi, au commencement du 1v° siècle ; ATTICE

                              DORMI IN PACE

                           DE TVA INCOLVMITATE

                         SECVRVS ET PRO NOSTRIS

                        PECCATIS   PETE     SOLLICITVS?

Alticus, dors en paix, assuré de lon salut, et prie avec sollicitude pour nos péchés.

On voit ici les parents d’Atticus implorer de leur enfant défunt, qu'ils supposent en possession de la béatitude éternelle, son inter- cession pour obtenir le pardon de leurs fautes. Comme pendant à ce touchant témoignage de piété paternelle, on peut citer cette inscription d'un fils unique orphelin qui réclame les prières de son père :

                    PRO HYNC VNVM ORAS SYBOLEM

                  QVEM SVPERSTITEM RE {li) QVISTI*

« Prie pour cet unique rejeton que tu as laissé survivant. »

Et celle-ci encore qui nous montre probablement des parents invoquant leur fils défunt :

                        GENTIANYS FIDELIS QVI VIX

                    IT ANNIS XXI MENSS VII DIES

                  XVI ET IN ORATIONIS TVIS

                   ROGES PRO NOBIS QVIA SCIMVS TE IN CHRISTO*

Genliunus, fidèle, qui a vécu XXI ans, VIII mois, XVIjours. Et dans tes prières, intercède pour nous, car nous te savons dans le Christ.

Un autre chrétien formule cette demande :

1 Lib. Sapient., Sap. & : Le Moniteur de Rome, Mai, 1893. 5 Manini. Inscr. Alb., p. 189. ‘ 4 Ib, p. 37, LA PRIÈRE POUR LES MORTS DANS L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE 2541

                       ORO SCIO NAMQVE BEATAM
                                            }

Priez pour moi, car je vous sais bienheureuse.

                        PETE HRO FILUS TVIS?

Priez pour vos fils, Disent des fils à leur père.

                     PETE PRO CELSINVM CONIVGEM*

Prie pour Celsinus lon époux,

Dil un mari à sa femme. La plus précieuse peut-être de cette classe d'inscription est une charmante épitaphe grecque du cimetière de Sainte-Agnès, qui n’a pas été jugée postérieure au commencement du IIF° siècle : « Denys, enfant innocent, repose ic1 avec les saints. « Souvenez-vous de nous dans vos prières et du graveur el de l'écrivain. » À

Cette réciprocité de la prière entre les vivants et les morts, attestée par des documents aussi anciens, montre que, dans la primitive Église, le dogme de la communion des saints était entendu comme comportant un échange de mérites et de suffrages entre les fidèles de la terre et les chrétiens passés dans l’autre vie,

Il faut mettre à part, en raison de leur importance et de leur âge, deux inscriptions, des plus célèbres aujourd’hui, qui toutes deux offrent l'expression de l'antique croyance de l'Église en l'efficacité de la prière pour les morts, La première est la fameuse inscription d'Autun sur l'I8x%; elle contient, après de pieuses effusions du chrétien Pectorius sur l'ali- ment mystérieux du divin Poisson qu’il va recevoir, la double prière que voici :

         ES [830 à un] mp, ce Aurdboue, g@c tù Gavévrwv
         'Acyavète nd] rép, T6 up xeyapiouéve Buuÿ
         Ebv pe [ntpt vhuxepf, obv t'olxe] loroty Euolotv
         TH fuevec év 86En] uvñceo Textopiou ®.

    Que ma mère, je vous en supplie, ait le bonheur de
               contempler la lumière des morts!
    Aschanduès, père bien-aimé de mon cœur,
    Avec vous, mère très douce, el tous mes proches
    Établis dans la gloire, souvenez-vous de Pectorius.

Plusieurs mots effacés de Finscriplion donnentlieu à des conjec- 3 Maninr, Aroali ll, p. 266. 3 Opsricus, Sylloge, p. 262. 3 Ibid, p. 263. 4 Mancui. Monumenli, p. 104, 5 Au Séminaire d’Autun, FT

252 REVUE ANGLO-ROMAINE

tures différentes; mais, à travers les divergences de restitution, le sens général est clair et certain. { Pectorius assiste aux divins mystères qui se célèbrent, selon l'usage primitif, dans la chapelle du cimetière où reposent ses parents, ou peut-être même dans un mausolée de famille. Dans ses mainsil tient l'aliment divin, le mystérieux Poisson qu'il s'apprête à manger. Avant de le porter à ses lèvres, il lui adresse une ardente prière pour ses parents défunts, dont les corps sont là : pour sa mère, d’abord, nou- vellement déposée dans le tombeau, et à l’occasion de laquelle se célébrait probablement le sacrifice eucharistique mentionné dans l'épigraphe : « Que ma mère, je vous en supplie, ait le bonheur de contempler la lumière des morts! » ou, d'après une autre version, « Que ma mère repose heureusement, je t'en supplie, Lumière des morts! » | Cette « Lumière des morts », appelée lumière d’en haut, dans une inscription française de Vaison : BONIS POSITIS IN LVCE SUPERNA ?, C'est Dieu, c'est Jésus-Christ, lumière du monde, c’est le séjour de la gloire et de la félicité éternelles. Après avoir prié pour sa mère, Pectorius se souvient de son père, mort depuis plus longtemps, de tous les membres de sa famille, pour lesquels il a prié aussi durant le saint sacrifice, et il leur demande, à leur tour, du sein de la béatitude éternelle, de se souvenir de lui. L'inscription d'Autun, que les critiques les plus autorisés ont attribuée au second ou au troisième siècle, ne saurait être reportée plus bas que la première moitié du quatrième. Cette dernière épi- laphe est donc un témoin irrécusable de la foi des chrétiens aux pre- miers âges de l'Église. Elle atteste le double usage de la prière pour les morts et de l’invocation des élus dans la primitive Église : À ce témoignage s’en ajoute un autre plus précieux encore, et de découverte toute récente, celui de l’épitaphe de saint Abercius, évêque d’Hiéropolis en Phrygie, au commencement du n° siècle. Ce marbre funéraire, que M. de Rossi a appelé « la reine des inscrip- tions chrétiennes », et qui a passé au musée du Vatican par la muni- ficence du sultan Abdul-Hamid, est l'inscription composée par le saint évêque lui-même pour être gravée sur son tombeau après sa mort. Abercius y rapporte qu'il a visité Rome, la cité reine, puis la Syrie el le pays au delà de l’Euphrate, qu'il a trouvé partout la foi et des confrères, et partout, sous la figure de l’’Ixôvg divin, la nourriture céleste du pain et du vin eucharistique. Il termine ainsi son épitaphe, intelligible seulement pour les initiés des mystères chrétiens :

1 On peut conjecturer, avec M. l'abbé Davin, qu’il y avait le nom de la mère à la place de l’épithète yAuxspn, restituée par conjecture, ? Le BLanc, I, 13, LA PRIÈRE POUR LES MORTS DANS L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE 233

           Taÿra rapeotis efxov Abéprios Gôe ypaghvar
           Efôouhrootov Eros not Beltepor Fyov &AN0GS
           Taÿ0” 5 vov etEarto drèp ’AGepulou näç E ouvwèés 1

« J'ai fait écrire ceci, moi Abercius, de mon vivant, étant âgé de soirante-douze ans. Que tout confrère dans la foi, qui a l'intelligence de ces choses, pris pour Abercius. »

Saint Abercius vivait au commencement du n° siècle de l'ère chré- lienne, L'inscription composée par lui pour sa sépulture, se rattache dnc aux dernières années de saint Jean l’évangéliste. Ce vieillard de soixante-douze ans, ce contemporain des premiers disciples des apôtres, qui demande à ses frères dans la foi de prier pour lui après sa mort, est le témoin le plus sûr de la tradition apos- tolique. Et ce n’est point là un témoignage isolé ou simplement local. Abercius, après avoir visité Rome, l'Italie, la Grèce, l’Asie Mineure, la Syrie, la Mésopotamie, atteste la foi commune de toutes tes chré- lientés naissanies. En lui, on entend la primitive Église. Après cela, il n’y a plus qu'à conclure. Toute cette série de textes lapidaires, qui remontent du iv° siècle au commencement du 1, prouvent que, dès les premiers temps on priait pour les morts, et que l’on croyait au Purgatoire. Devant des témoignages d'une si haute antiquité, il faudrait res- treindre à l’espace de quelques années, entre l'âge proprement apos- tolique et les premières années du 11° siècle, le temps de l'invention de la prière pour les défunts. Autant dire que les deux dogmes du Purgaloire et de la Communion des saints auraient été fabriqués sous les yeux des apôtres. Mais qui ne voit l'impossibilité flagrante d'une telle supposition? Un dogme qui remonte au temps des apôtres est un dogme d'institution apostolique. L'inscription d'Abe- ricus nous reporte, au plus tard, à la seconde génératlon chrétienne. A cette époque on a pu créer des hérésies en dehors de l'Eglise; on n'a pas pu inventer, au sein de l'Eglise, des croyances et des pratiques qui eussent été en contradiction avec l’enseignement apostolique. Cette vénérable inscription n’est pas elle-même le premier monu- ment de la foi chrétienne. L'expression Æefrigerium qui a passé du lexte héhraïque de la Bible dans la langue liturgique primitive de l'Eglise relie l’antiquité chrétienne à l'antiquité judaïque. Et ainsi l'on peut dire que la tradition est ininterrompue entre l'Ancien et le Nouveau Testament; la croyance au bonheur céleste, à l'efficacité de la prière pour les morts s’est perpétuée de l'un à l'autre, avec les mêmes idées, les mêmes mots. C’est la même foi, la même piété.

! Au musée du Vatican. 254 REVUE ANGLO-ROMAINE

La réforme protestante du xvi* siècle s'est donnée comine un retour à la foi orthodoxe des quatre premiers siècles. Les chrétiens qui s'y rallachent sont donc obligés d'admettre les croyances et les pratiques en usage à cette époque. I! résulte incontestablement des documents de l’épigraphie chrétienne, antérieurs à l’hérétique Aérius, que le purgatoire, la communion des saints, la prière pour les morts, l'invo- calion des élus, font partie de ces croyances et de ces pratiques pri- mitives, L'Église anglicane doit admettre aujourd'hui ce qu'admettait l'Église catholique romaine des premiers siècles. C'est en ce sens qu’il faut entendre l’article XXII de ces fameux « Trente-neuf articles » qui contiennent sa profession de foi : « La doctrine de Rome.touchant le Purgatoire, les indulgences, la vénération et l’adoration tant des images que des reliques et sembla- blement l’invocation des saints, est une chose folle, de vaine invention et qui n’est fondée sur aucune autorité de l’Écriture, mais plutôt est contraire à le parole de Dieu. » En ce qui concerne le Purgatoire et, par conséquent, la prière pour les morts, de même que l'invocation des saints et des élus, ce que réprouve ce XXII: article, ce ne peut être le dogme et l'usage primitifs, tels que l'Église catholique romaine les a retenus, mais seulement les croyances contraires à ce dogme, les pratiques abusives, les opi- nions erronées de certains écrivains, comme celles qui suppose- raient un Purgatoire dans lequel notre état serait changé et où le jugement de Dieu serait révoqué. ° Or, la doctrine de l'Église de Rome ou de l'Église catholique sur le Purgatoire, telle qu'elle est enseignée par les docteurs autorisés, telle qu’elle a été établie par le Concile de Trente, ne renferme stric- tement comme articles de foi que ces deux points : premièrement, qu'il existe un état de purification temporaire pour les âmes des justes défunts, qui n’ont pas suffisamment expié leurs fautes en ce monde; secondement, que les prières, les suffrages de l'Église et des fidèles vivants leur sont utiles. Rome n’a point et n'a jamais eu d'autre doctrine que celle-là. La doctrine condamnée par le XXII° article, ne peut être la sienne, pas plus qu'elle n'est celle de l'Église grecque : c'en est une autre, c'est une doctrine faussement supposée ou prise chez des écrivains sans autorité. Rien ne s'oppose donc à ce que l'Église anglicane s’entende sur ce point avec l'Église romaine, qui n’a pas réellement d'autre croyance ni d'autre pratique touchant le Purgatoire, que celles que les monu- ments de l’épigraphie chrétienne, aussi bien que les textes des Pères des premiers siècles, nous prouvent être de tradition apostolique.

                                                Arthur Loru.

POURQUOI LA FRANCE EST-ELLE RESTÉE CATHOLIQUE AU XVI* SIÈCLE ?

      PAR LE R. P. ALFRED BAUDRILLARD, DE L'ORATOIRE
                                                   !

Au début de cette année scolaire, le R. P. Alfred Baudrillart, de lOratoire de France, a soutenu, devant la facullé de Théologie de Thstitut catholique de Paris, une thèse de doctorat dont le sujet est de nature à intéresser vivement les lecteurs de la Revue anglo-romaine. Le problème dont il cherche la solution dans ce travail est le suivant : Pourquoi la France est-elle restée catholique au xvi° siècle? Pour- quoi le protestantisme a-t-il été vaincu dans notre pays, alors que tanl d'autres nationsfabandonnaient leur foi traditionnelle, pour suivre les doctrines d’un novateur, Luther, Zwingle ou Calvin? La seule réponse à cette question est « l'énoncé d'un fait qui ressort avec évidence des documents contemporains : la France est restée catholique par ce qu'elle l’a voulu. Le maintien! de la vraie religion fut chez nous l’œuvre et le triomphe de la volonté nationale, «Tandis que partout ailleurs en Europe, la masse du peuple se hissa vaincre et reçut par indifférence, par surprise ou par force, la Kformation de la main avide et brutale de ses chefs, la masse du peuple français ne se laissa ni séduire ni dompter. Elle défendit sa fi contre tout ennemi, par tout moyen, et l’imposa même à son roi. » Le protestantisme apparait à l'historien, dit le P. Baudrillart, &mme la résultante d’un triple courant : le courant religieux et mys- tique qui entraîne tous ceux qu'offusquent les désordres du clergé et qui n'espèrent plus le salut de l'Église elle-même; le courant intel- lectuel qui aboutira plus tard à la négation de toute vérité révélée, mais qui, pour l'instant, ramène à l'étude directe de l'Écriture; enfin k courant national, fait de défiance et de haine contre Rome. @ triple courant existait en France. Chez nous aussi, pour de bonnes raisons, on voulait la réforme religieuse. En France, plus encore qu'en Allemagne, les tendances réformatrices avaient. pour Parlisans les humanistes. Enfin l'Église gallicane, presque autant que le pouvoir civil, tenait à ses franchises nationales. I! yavait donc des éléments favorables à la réforme et, de fait, il y eul de très bonne heure des protestants. Les premiers furent des hommes généreux qui, « saisis de dégoût au spectacle des œuvres de l'homme, adoptèrent avec passion le dogme de la justification par Cette thèse a ëté reproduite dans le livre qui a pour titre : La France chré- lienne à travers l'Histoire. (A vol. gr. in-80. Paris, Didot.) Liv, VII, ch. 1, p.348-378. 256 REVUE ANGLO-ROMAINE la foi scale ». S'ils se trompèrent, ils n’en méritent pas moins notre respect « parce que l'intérêt n’eut point de part à leur résolution et notre pitié, parce qu'ils ont souffert ». Il n’en est pas de même des grands seigneurs, à peu près entièrement étrangers au sentiment religieux, et qui ne voyaient dans le protestantisme qu'un prétexte à s'emparer des biens du clergé. En somme, les protestants furent toujours en France une mino- rité peu considérable. Calvin présentait sa doctrine sous une forme qui ne pouvait la rendre populaire. Elle apparaissait comme la néga- tion de la liberté humaine et de la bonté divine. La logique de l'esprit français ne lui permettait pas de rester à mi-chemin. Le libre examen ne pouvait qu'aboutir au rationalisme. D'autre part, si la France, n'avait pas pour le Saint-Siège tout l'attachement désirable, elle le croyait nécessaire à l’Église. De plus, le Concordat de François I‘ avait donné à la royauté tous les droits qu’elle pouvait désirer et l'ambition de certains prélats n'avait que faire d’un schisme. Quant à l’immense majorité de la population, elle avait la même manière de concevoir les formes extérieures du culte que le reste des peuples de race latine. D'instinct, la France sentit dans le protestan- tisme l’adversaire de son génie national. Aussi, dès qu'elle eut com- pris que les doctrines de Calvin aboutissaient « à une révolution religieuse » à la rupture totale avec la tradition, elle se reprit, rassembla ses forces et se leva presque tout entière pour sauvegarder sa foi. La lutte fut cependant longue et douloureuse. La royaulé était indigne et incapable de défendre une noble cause. Après la mort d'Henri II surtout, les souverains n’eurent plus une ligne de conduite suivie. Une Italienne dénuée de scrupules gouverna le royaume par l'intrigue et, au besoin, par le crime. Maintes fois, Catherine de Mé- dicis fut sur le point de se jeter dans les bras des protestants, et le massacre dela Saint-Barthélemy n'eut pas même pour excuse le fana- tisme religieux. L'avènement d'Henri de Bourbon sembla assurer à tout jamais le triomphe des réformés. Les catholiques avaient-ils du moins des chefs? Il faut constater que non. Beaucoup d’évêques vivaient en grands seigneurs, très négligents de leurs devoirs de pasteurs. Ils hésitaient entre l'intérêt de l'Église et la fidélité monarchique. Les Parlements qui, à l'origine, avaient poursuivi avec ardeur l’hérésie, s'étaient lassés de lutter. En présence d’une pareille désorganisetion des forces catholiques, on comprend comment, malgré leur petit nombre, les réformés ont pu espérer qu'ils deviendraient les maîtres. Les catholiques ne reprirent avantage que du jour où, eux aussi, ils se constituèrent en parti. Le clergé séculier et plus encore les Jésuites et les Capucins comprirent qu'il fallait soulever l'opinion. A l'exemple des prédicateurs protestants, ils allèrent par les villes et les villages, excitant les catholiques à défendre vigoureusement leur foi. Leur vie exemplaire donna crédit à leur parole et le zèle de la nalion se réveilla. Qu'il y eût çà et là des excès dans ces discours POURQUOI LA FRANCE EST-ELLF RESTÉE CATHOLIQUE AU XVI° SIÈCLE 257

passionnés, on ne saurail en disconvenir, mais le résultat fut, dans
son ensemble, excellent. Des catholiques formèrent des Unions «pour
défendre l'honneur de Dieu et de la Sainte Église », et ces unions,
en se rapprochant, constituèrent la Ligue.
 On vit alors un singulier revirementdansles doctrines. Les protes-
tants, quasi républicains sous Henri 11 et sous Charles IX, se                firent
les champions du droit divin et du pouvoir absolu,
                                                et les catholiques
reprirent les doctrines que les protestants laissaient tomber. Ils pro-
clamèrent hautement que la coutume traditionnelle du royaume exi-
geail que le roi fût catholique, et que l’opposition religieuse entre le
peuple et l'héritier du trône autorisait le transfert de la couronne.
Aux siècle, l'Angleterre a appliqué cette règle etlesécrivains pro-
lants n'y ont pas trouvé à redire. À moins d’avoir deux poids etdeux
mesures, ils doivent reconnaitre que la Ligue était dans son                droit en
agissant de même.

. On sait comment se termina la lutte. Paris, qui faisait alors l'ad- miration des étrangers par sa charité et sa piété, soutint vaillamment les assauts de l’armée royale. « Les gentilshommes qui entouraient le roi de Navarre ne s’expliquaient pas, dit le P. Baudrillart, qu'une troupe de portefaix, de manouvriers, de goujats et de femmelettes, savisät de leur tenir tête ». Cette troupe méprisée, ridiculisée par ls bourgeois fatigués qui écrivirent la Satire ménippée, n'en força pas moins le roi à céder. Henri IV s'inclina devant la volonté nationale. Il se fit instruire elabjura solennellement le calvinisme. Cette conversion était-elle sincère, élait-ce l'acte intéressé d’un homme qui préfère la couronne à sa foi? Il est difficile de répondre à cette question avec une absolue ærlitude. Le P. Baudrillart pense que, chez Henri IV, « le sentiment ulional avait réveillé le sentiment catholique comme il avait ranimé le sentiment monarchique chez les ligueurs ». Cependant le Saint- Siège n'ouvrit définitivement au roila porte de l'Eglise qu'après qu'il eut donné de sérieux gages de sa sincérité. Telle est, dans ses grandes lignes, la thèse du P. Baudrillart. Ainsi que l’a démontré la soutenance publique, ces quelques pages sont les conclusions d'une étude approfondie des documents origi- naux. Il n'est pas une des assertions qu’elles renferment qui ne puisse êtreappuyée de textes nombreux. Aussi croyons-nous que l'auteur rendrait un véritable service en publiant à part cette disser- lation el en y ajoutant des références qui mettraient le lecteur à mème de se rendre mie ux compte dela valeur excellent travail, historique de cet

                                                        Emile BEURLIER.




      NEVUE    ANGLO-ROMAINE. — T. I.
                                        — 17.

UN PRÊTRE ANGLICAN‘ (PORTRAIT)

Afin d'arriver au noble but que se propose la Revue Anglo-Romaine. il faut travailler d'abord à l'union des cœurs. Mais, pour exciter en nous une affection plus tendre à l'égard de nos frères séparés, iles nécessaire de mieux les connaître. Avec une connaissance plus intime viendra l'époque des explications mutuelles: les malentendus £es-* seront, et plus tôt qu'on ne pense : c'est là du moins ma conviction. De part et d'autre on sera élonné de voir combien il est petit, le ter- rain qui reste à franchir. Sous l'inspiration de ces sentiments je me suis proposé, dans l'in- térêt surtout des lecteurs français, de donner le portrait d’un homme qui constitue un type des plusremarquables parmi les prêtres anglicans du parti « High Church ». Je ne puis avoir la prétention de peinüre des hommes exceptionnels comme le D'Pusey, M. Keble oule D° Lid- don : non, mon but est plus humble, et je le crois plus utile. Le sujet de cette petite étude est, grâce à Dieu, le type d'une classe nom- breuse; j'ai tout raison de croire que, d'année en année, la quantité des « clergymen » aussi pieux, aussi charitables, aussi studieux que lui va en augmentant. J’en ai connu plusieurs, j'avais donc l'em- barras du choix, mais un sentiment de délicatesse, que mes lecteurs comprendront facilement, m'a fait choisir un homme qui n'est plus de ce monde, bien que sa mémoire reste toujours chère à ses amis, et soit bien vivante. M. Le Geyt, le clergyman en question, avait, lorsque je fis s connaissance, une quarantaine d'années. Dans sa jeunesse il avait élé officier. Il était marié, et il avait eu un enfant, une fille, avant d'entrer dans les Ordres. Si je rappelle ce fait c'est parce que mon ami était favorable au célibat ecclésiastique, et j'ai toute raison de croire qu'à partir de son ordination il pratiquait ce qu'il préchail. Il avait le diplôme de M.A. (Magister Artium) du collège de la Made- leine de l'Université d'Oxford. II avait été l'élève et l'ami du Prési- dent, le D' Routh, cet homme extraordinaire, qui vécut jusqu'à cent ans et dont la science de l'antiquité chrétienne était remarquable. Il élait aussi l'ami intime du D' Pusey, du D' Liddon et de toutes les sommités du parti High Church. C'est même à lui que je dois d’avoir

  1. 11 va sans dire qu'en ms servant du mot « prêtre » je ne veux en aucune m8” nière toucher À la question dos Ordres anglicans, je no me sers que d’un être usuel dans le parti « High Church », qu'il soit légitime ou non. UX PRÊTRE ANGLICAN 259

été introduit auprès de ces messieurs. Lorsque je fis sa connaissance, il était déjà recteur de l'église de Saint-Mathias à Stoke Newington, un faubourg de Londres, un des postes les plus avancés de l'armée du « High Church movement ». Les catholiques francais parlent souvent de la richesse de l'Église élablie. Il y a certes du vrai dans ces dires. Les revenus annuels des Évèques varient entre 375,000 et 450,000 fr. 11 y à de simples curés avant un revenu de 50,000 fr., mais ces chiffres sont une exception par rapport à l'ensemble du clergé. Hest pourtant vrai que, comparaison faite avec les pauvres béné- fices du clergé français, même les plus petites places de curé et de vicaire paraissent riches. Il faut cependant se souvenir que la plu- part des clergymen sont mariés et ont de nombreuses familles. De plus qu'étant ordinairement des « gentlemen », ils tâchent de vivre comme tels. En tout cas, je puis l’assurer, le clergé du parti High Church jouit bien peu de ces richesses. Presque tous ses membres, comme mor ami M. Le Geyt, dépendent absolument de la générosité de leurs fidèles. Ainsi la belle église de Saint-Mathias ne devait rien à la libéralité de l'État, rien aux biens de l'Église établie. Elle fut bâtie par la générosité de bienfaiteurs privés. La cure n'avait aucune fondation. Toutes les places à l’église {the sittings) étaient libres, et tous Les frais du culte, l'entretien du clergé et des écoles, étaient couverts par des tollectes faites pendant les offices et les dons privés. M. Le Geyt, comme tous les clergymen du parti High Church, considérait comme une doctrine fondamentale que l'aumône est une partie essentielle de la religion chrétienne, que tous les fidèles sont tenus, chacun d'après ses moyens, de contribuer aux besoins du culte, et, qu'une bénédiction spéciale est accordée à ces aumônes données publique- ment pendant les offices.

Nestce pas là une doctrine vraie et admirable? Si elle était acceptée partout, si elle était la règle maintenant, comme elle l'était dans l'Église primitive, comme elle l'est aujourd'hui dans la catho- lique Irlande, ne fournirait-elle pas la clef d'un des plus grands problèmes de notre temps ? Ne rendrait-elle pas partout l'Église indé- pendante du pouvoir civil ? La France est la plus généreuse de toutes les nations catholiques, et ne peut-on pas dire que si, en France, tous les catholiques faisaient leur devoir, l'Église n'aurait guère à redouter la menace inique de la suppression du budget des cultes? Dans l'église de Saint-Mathias, comme du reste dans toutes les églises ritualistes, les hommes sont d'un côté et les femmes de l'autre, suivant l'ancien usage; mais toules les classes de la société sont mélangées, les messieurs sont assis à côté des ouvriers, les dames à côté des plus humbles servantes. Chacun prend la place qu'il veut ( first come, first served ). À Saint-Mathias les offices se faisaient selon le mode le plus rap- proché de l'Église romaine. Les ministres portaient les ornements tatholiques, de forme gothique. La célébration de la communion 260 REVUE ANGLO-ROMAINE

avait tout l'extérieur de la messe. L’aûtel était orné de cierges et de fleurs, l’encens brülait comme chez nous. Il n'est pas dans mon intention de décrire ces offices, les lecteurs peuvent en voir de pareils, s’ils visitent n'importe quelle église ritualiste en Angleterre. Ils doivent seulement s'assurer qu'ils visi- tent une église ritualiste, car dans les autres églises du culte établi les ornements ne sont pas les mêmes et les cérémonies ne se font pas de la même manière. Le clergyman ne porte qu’un surplis avec une écharpe noire autour du cou, ressemblant de loin à une étole, mais ‘plus large. M. Le Geyt était un curé modèle et dévoué. Il passait plusieurs heures chaque jour à donner l'instruction religieuse dans ses écoles à visiter les pauvres et les malades, et à d’autres bonnes œuvres. Il élail aussi zélé que le sont nos prêtres pour visiter les moribonds à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. C’était aussi un homme d'étude. Tous les jours, sauf cas d’empêchement majeur, il donnait plusieurs heures au travail. Il regrettait vivement le peu de connais- sances théologiques qu'on donne dans les Universités anglicanes, et il se mellait de tout cœur à racheter le temps perdu. Il étudiait en grande partie nos auteurs Gury et Ballerini pour la morale; son au- teur dogmatique favori était Franzelin. C'est par des conversations tenues avec lui en Angleterre et pen- dant des voyages sur le Continent que j'ai appris à connaître ses opinions théologiques. D'abord, voici quelles étaient ses idées sur la « position anglicane ». La réforme, qu'il appelait toujours « the Deformation », était jugée par lui comme un châtiment permis par Dieu, en punition des péchés de l'Église d'Angleterre : sa trop grande richesse et son esprit mondain. Il ne pouvait admettre que Cranmer et ses disciples eussent eu en vue une véritable réforme, telle que les catholiques vertueux, les Morus, les Fisher, les Saint-Charles, la désiraient; au contraire, la « réforme » n’a fait qu'augmenter les abus. Il soutenait que, malgré les abus réels, l'Église d'alors faisait bien plus pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes que n’a fait depuis l'Église réformée. Ce n'était pas, disait-il, les abus de la vieille Église qui excilaient la colère et les convoitises de Henry VIII, de Cranmer et d’Élisabeth, mais au contraire ses vertus, son indépendance du pouvoir civil et sa volonté inébranlable d'être à elle seule le juge suprême dans toutes les questions doctrinales et ecclésiastiques. Pour lui la séparation était un malheur et un péché tenant de la nature du schisme, bien que selon lui ce schisme ne supprimät point toute vie surnaturelle dans l’Église anglicane. Comme M. le chanoine Everest, Lord Halifax, M. Allies (lorsqu'il était encore anglican), et tant d’autres, il considérait la primauté des successeurs de saint Pierre comme une institution divine, voulue par Notre- Seigneur pour assurer l'unité visible de son Église, cette primauté étant, d'après lui, essentielle au bien de l'Église, sans être essen- tielle à son existence. Il croyait. avoir découvert dans l'histoire UN PRÈTRE ANGLICAN ‘ 261

ecclésiastique des exemples d'Églises séparées pendant un certain temps de la communion du centre de l'Unité, et qui cependant res- laient tout le temps de leur séparation des parties de l'Église catho- lique. L'Église grecque ainsi que l'Église anglicane se trouvaient, d’après lui, dans cette position. Ce n'est pas le moment de réfuter cette doctrine, j'écris une simple biographie, À cause de cette conviction, il se croyait obligé, en conscience, de rester attaché à l'Église anglicane. D'après lui encore, l'Église anglicane n'était pas formellement hérétique, malgré le langage regrettable de plusieurs des trenie- neuf articles et de certaines parties du Prayer Book. Il croyait avec Newman {alors encore anglican) que les trente-neuf articles, pris dans leur sens grammatical, par conséquent sans chicane, étaient susceptibles d'un sens catholique et ne contredisaient pas un seul article de foi défini de l'Église romaine. Il avouait, comme du reste le font tous les « High churchmens, que le ton des articles révaltait ses sentiments de piété et de révérence, mais il s'excusait de les avoir signés par la raison suivante : Le parti protestant avait fabriqué ces articles contre le parti catholique et, si ces derniers avaient suivi l'exemple de tous les évêques sous Élisabeth, sauf Kitchin, c'était le triomphe du pro- testantisme et la destruction de l'Église à courte échéance. Mais, par la grâce de Dieu et toujours d'après lui, par une intervention spéciale de la Providence, ces articles étaient composés de façon à pouvoir recevoir un sens orthodoxe. Refuser de les signer, c'était faire le jeu des adversaires {play into the enemies hand) tandis que les accepter sans blesser la conscience, c'était tourner les armes de Fennemi contre lui-même (turn the tables on them). La Providence semblait avoir béni cet acte de soumission, ajoutait M. le Geyt, puisque actuellement le parti « High Church » gagnait de jour en jour, et bientôt il serait possible d'abroger ou de modifier les articles, les « forty stripes save one », les quarante coups moins un, comme on les appelle. Encore une fois je ne prétends pas justifier une conduite que per- sonnellement je n'ai pas cru pouvoir suivre, J'expose uniquement les motifs qui ont déterminé celle de M. Le Geyt. J'ai dit que, M. Le Geyt était studieux. Après la théologie, son étude favorite était l'histoire. Son désir était toujours d'aller à la recherche des documents contemporains, car il n'avait qu'une piètre opinion des historiens modernes, qui ont presque toujours en vue, ‘dans leurs écrits, un but autre que la vérité historique. Il n'avait aucune sympathie avec ses coreligionnaires qui niaient l'union, tant en fait de dogme qu’en fait de discipline, de l'ancienne Eglise de l'Angleterre avec Rome. « Sans doute, nous étions romains, » disait- il, « et c'était notre gloire. Quoi de plus romain que l'ancienne pro- vince romaine qu'on appelaitla Grande-Bretagne, jusqu'au V° siècle? Quoi de plus romain que ces missionnaires celtes et irlandais, les disciples de saint Patrice, l'envoyé du Pape en Irlande ? Quoi de plus 262 REVUE ANGLO-ROMAINE romain que celte admirable Eglise saxonne, l'Eglise de saint Boni- face et de saint Wilfrid? Et enfin, quoi de plus romain que l’Angle- terre sous les Plantagenets, à tel point qu'Édouard Iil, un des plus grands de nos rois, rappelle, dans une de ses lettres au Pape, le dé- vouement remarquable au Saint-Siège qui avait, de tout temps, en Angleterre, distingué l'Église et l’État ? » J'admirais surtout chez mon ami sa loyauté, la facilité avec la- quelle il admettait son erreur en matière historique, dès qu’on lui avail donné des preuves en sens contraire. Voici un exemple qui me frappa beaucoup et qui m'assura de sa parfaite bonne foi. 1}! me dit un jour : «Je m'étonne toujours que les catholiques romains accu- sent le « Book ofcommon prayer» d’être rempli d’hérésies. Comment, à leur point de vue, peuvent-ils considérer comme hérétique un livre que le chef suprême de leur Eglise avait offert d'autoriser? — Quel Pape a jamais fait offre pareille, lui demandai-je étonné à mon tour, — C'était, me répondit-il, Pie 1V dans un bref adressé à la reine Elisabeth. » Je lui demandai une référence pour une assertion aussi étrange. F me dit lavoir lue dans un discours du célèbre juge anglais Lord Coke, discours fait aux assises tenues à Norwich, l'an 1606, 11 me montra le discours rapporté dans plusieurs livres d'apo- logistes anglicans. Comme mon ami, en fait d'histoire, je n'aime que les sources, les documents; le lendemain, je me rends au « British Museum » où mon ami le D' Garnett était alors bibliothé- caire en chef. Avant de chercher les œuvres de Lord Coke, je con- sulte un livre bien connu, le « Biographia Britannica », éd. 1748, afin de connaitre les meilleures éditions des œuvres du savant juriscon- sulle. Jugez de mon étonnement de trouver sous la rubrique « Coke », que le discours en question était une pièce fausse, composée par un certain Pricket et rejetée avec indignation par Lord Coke. Dans la préface de son livre, il parle de ce faussaire avec le plus grand mépris, et ajoute qu'il n'y avait pas une seule phrase dans tout ce faux discours conforme au discours véritable. « There is no one periode therein expressed in that sort an sense that I delivered it. » Voici le titre du livre en question, dans le français juridique de l'époque. « La sept part des reports Sr Edw Coke Chivaler, chief Justice del Common Banke.. Publiés en le size an del tres haut et tres illustre Jacques Roy Dengl. Fret Irel, et de Escoce le 42. Le foun- laine de tout Pietie et Justice et la vie de la ley... Printed for the So- cielie of Stationers 1629. » J’ai copié le titre mot par mot. Il n'existe qu’une seule lettre à la reine Elisabeth attribuée à Pie IV. Est-elle authentique? Je l’ignore, je n’ai jamais pu trouver le manuscrit. Le litre de cette lettre fut cité dans le numéro de la « Revue Anglo-Romaine » du 21 décembre. « Carissimæ in Christo filiæ Elisabeth, Reginæ Angliæ ». Elle se trouve reproduite dans l’histoire de Camden. London, Ed. 1674, dans celle de Fuller citée par Dodd, éd. 1839. Or cette lettre, qui est un appel touchant à la reine de retourner à l'Unité catholique, ne contient pas un seul mot du LÉ

                       UN PRÊTRE ANGLICAN                           263

« Prayer Book », ni de l'offre en question. M. Le Geyt était entière- ment convaincu par ces preuves, mais il voulut donner d’autres preuves de sa bonne foi: il écrivit à plusieurs de ses amis qui avaient reproduit cette fausse pièce, entre autres au célèbre D" Littiedale, Celui-ci, tout en acceptant le démenti qu’il reconnut dans le « Church-Times », ne jugea pas à propos de corriger, même les der- nières éditions de son livre « Plain Reasons ». M. Le Geyt était un partisan convaincu de la réunion en corps de l'Église anglicane avec le Saint-Siège (Corporate Reunion). C'était alors, comme aujourd'hui, l'habitude de la presse anglaise catho- lique de rejeter cette idée comme impossible et absurde, et de soute- nir que le seul moyen de convertir l'Angleterre était de procéder par des conversions individuelles. M. Le Geyt me dit souvent : « Pour- quoi la réunion en corps serait-elle impossible? Ab esse ad posse valet consequentia. » Le fait de la réunion des Eglises orientales au centre de l'unité après des siècles de séparation tout en conservant des différences très grandes en matière de discipline avec le rit romain, est une preuve que « Corporate Reunion » est tout au. moins possible, Voici le plan qu’il aurait voulu préconiser. Efforçcons-nous, disait- il, de faire connaître parmi nous plus parfaitement les doctrines ca- tholiques, surtout quant à la question de la primauté; travaillons à faire sentir les exagérations que les ennemis de l'unité ont ajoutées à la vérité, afin de la rendre odieuse, démontrons que la primauté, telle qu’elle est comprise par la théologie catholique, est loin de blesser en quoi que ce soit les droits des évêques, qu'au contraire, les évêques n’ont nulle part la puissance et l'indépendance dont ils jouissent dans la Communion rornaine, et démontrons surtout que cette primauté est nécessaire, et d'institution divine. Bientôt, croyait-il, une forte opinion publique en faveur de l'unité serait formée. Alors, pour Rome, le moment favorable d'agir serait venu. Supposons, disait-il, quelque Pape doué d’un génie extraordinaire, un Léon XIII, un saint Grégoire ie Grand, serait-il impossible à un pareil Pontife, « a born king of men », de faire un appel à la convocation des évèques anglicans ? Sur la question du dogme, M. Le Geyt comprenait bien l'impossibi- lité d’une concession, « in necessariis unilas »; mais, d’après lui, cette unité essentielle existait déjà « in radice », nos différences n'étaient que des malentendus; en dehors du dogme, le Saint-Siège n'était-il pas libre de tolérer et même d'approuver d'importantes différences en matière de discipline et de travailler ainsi à la forma- tion d’une Eglise Uniate anglicane? D'après lui la race anglo-saxonne avait un caractère aussi parti- culier que celui des nations orientales et slavoniques, qui serait la justification de l'existence d’un rite à part. Cette tolérance pourrait s'étendre jusqu'à l'existence d'une liturgie en langue vulgaire, un clergé marié, la communion sous les deux espèces et une plus grande autonomie de gouvernement. En tout cas la tolérance d'une pareille 264 REVUE ANGLO-ROMAINE

Église Uniate pourrait se justifier, ne fût-ce qu’à titre provisoire, afin d'atteindre sûrement un but aussi important que la réunion. L'expé- rience du temps prouverait bien si cet essai devrait devenir définitifou rester provisoire. Si, après quelques années, les membres de l’Église Uniate abandonnaient volontairement leurs particularités pour se conformer de plein gré aux usages du rite romain, l'essai cesserait d'être nécessaire, il n'aurait été qu’une transition. Si au contraire l'expérience venait à démontrer que ces particularités répondaient à cerlaines tendances innées dans la race, le Saint-Siège pourrait peul- être se décider à les étendre à toutes les Églises d’origine anglo- saxonne dans le monde entier. Voilà en quelques mots le caractère et les opinions de ce digne el sympathique clergyman. Il est mort comme ila vécu sans se croire lenu à se soumettre entièrement au Pape. Ce fut pour moi un sujet de grande douleur, comme pendant sa vie son éloignement de l'Église de Rome avait été pour moi une cause de tristesse. Du reste M. Le Geyt était le plus tolérant des hommes. Il n’en voulait pas aux prêtres catholiques pour leur zèle à faire des prosélytes. «A votre point de vue, » me disait-il, « vous êtes tenus de le faire, à votre place j'en ferais autant, seulement, croyez-moi, par cet unique moyen des conversions. individuelles, vous n’arriverez jamais à la conversion de l'Angleterre. » En lerminant ce mémoire je tiens à faire deux restrictions : 4° je suis loin de partager toutes les opinions de M. Le Geyt. J'ai rap- porté ses opinions et non les miennes; 2° ce serait tromper mes lecteurs français de les induire à croire que tous les ministres du parti High Church pensent comme M. Le Geyt. Il yen a encore beaucoup, hélas! de l’école anti romaine. « Plain Reasons», l'attaque la plus dan- gereuse qui existe contre l’Église catholique romaine, est l'œuvre du D' Littledale, un ultra-ritualiste, mais il est aussi vrai de dire que la nuance charitable et unioniste tend de jour en jour à prendre le dessus. Prions donc le Dieu de paix et d'unité qu'au jour marqué par sa Providence pour l’action conciliatrice du Saint-Siège, nous puis- sions trouver chez nos chers frères anglicans, non seulement des prêtres mais surlout des évêques aussi pieux, aussi savants, et aussi charitables que mon cher et regretté ami M. Le Geyt. Fiat! fiat!

                                      AUSTIN RICHARDSON, Prêtre
  Lubbeck, près Louvain (Belgique).

CHRONIQUE

Le Catholic Times du 3 janvier consacre de nouveau à notre œuvre les quelques lignes suivantes : En reproduisant notre notice sur la Revue qu'il vient de publier pour amener le triomphe de la Réunion, l'abbé Portal, nous remercie de nos vœux amicaux, et déclare que nous pouvons étre certains qu'il s'effor- cera de garder toute la modération et la circonspection que nous lui avons conseillée. Maintenant que plusieurs numéros de la Revue ont paru, nous sommes heureux d’attester qu'il s'est constamment inspiré de cet esprit. Sans doute, dans une notice nécrologique sur le cardinal Persico, il fit ies plus irritantes imputations contre le clergé et le peuple irlandais, imputations d’ailleurs sans fondement; mais, en dehors de cela — et il faut y voir selon toute probabilité la conséquence d'informations de source tery dont il ne s'est pas pleinement défié — le ton qu'il a adopté et les assertions qu'il a faites méritent les plus grands éloges. La Revue anglo- romaine est éditée avec un soin judicieux et une singulière compétence. En reconnaissance de la valeur de son œuvre, l'abbé Portal a recu de divers côtés d'importants témoignages. Mgr Grimardias, le vénérable évèque de Cahors, s'est joint au cardinal de Rodez en lui exprimant de tout cœur sou approbation; un prêtre anglais, converti, adresse à la nou- velle publication les vœux de succès les plus enthousiastes; et du côté des Anglicaus, le Guardian lui fait un sincère et cordial accueil. . . . . -

                                  -                                     “

Nous avons tenu à reproduire cette sympathique appréciation, car, si tous les encouragements qui nous arrivent de différents côtés nous sont précieux, nous avons en particulière estime ceux qui nous vien- nent des catholiques anglais. Dans la belle lettre Ad Angles, Léon XIII, après avoir parlé à tous les Anglais le plus magnifique langage surT union, s'adresse spécia- lement aux catholiques de ce pays, leur disant : « Dans une si grande cause, Nous appelons d’abord à notre aide, comme nos alliés, les catholiques d'Angleterre dont Nous connais- sons la foi et la piété. » Placés tout près de nos frères séparés, leur action pacifique peut, en effet, exercer une influence plus forte et plus directe. Et cette influence serait d'autant plus efficace que tout homme impartial devrait reconnaitre plus de mérite aux catholiques anglais si longtemps persécutés. Nous, catholiques français, nous mettons au service de Léon XIII et de tous les catholiques la science de nos théologiens et de nos savants, et notre belle langue, si répandue partout. Quand l'Église catholique, a dit un homme éminent, parlera an- glais el français, elle sera la maitresse du monde. Quand les idées chrétiennes d'union seront exprimées en anglais et en français, l'union sera bien près de se faire. Que tous en soient profondément convaincus, Anglais et Français, catholiques et anglicans. —F. P.

Les études ecclésiastiques. — S. Em. le cardinal Bourret public unelettre circulaire qui porte à la connaissance du clergé de Rodez le résul- tat des examens desjeunes prétres pour l'année 4895 et donnant la liste des di- 266 REVUE ANGLO—ROMAINE

vers grades obtenus pendant la mêmeannée dans les universités catholiques et les universités de l'Etat. Cette circulaire contient des indications et des recommandations importantes, qui témoignent du zèle éclairé avec lequel Son Éminence veille au progrès des hautes études parmi les ecclésiastiques: Rodez, le 8 décembre, en la fête de l'Immaculée-Conception de la sainte Vierge.

      Messieurs et chers Coopérateurs,

La session annuelle des examens de nos jeunes prèlres s'est tenue à Rodez dans la troisième semaine de septembre, avant le commen- cement de la retraite ecclésiastique, que beaucoup des examinés devaient suivre. Quelques jours plus tard, c'est-à-dire la seconde semaine d'octobre, la session s'est terminée à Vabres pour ceux qui sont voisins de notre second évèêché. 182 jeunes prêtres ont pris part à ces examens et comme toujours l’ordre et la fidélité à se rendre ont été parfaits. L'épreuve écrite consislait, cette année, em un sermon que nous avons pris soin de choisir dans la grande dogmatique de saint Paul. Nous avons imposé aux concurrents une division uniforme, pour que chacun ne püt se perdre ou se divertir à son gré dans une exposition fantaisiste, ou rattacher le sujet à un thème par lui préparé à l'avance. Les examinateurs ont dû vérifier si ce point important, qui justifiait de l'originalité de l'épreuve, avait été bien observé, et il en est un bon nombre, en effet, qui ont rigoureusement et heureusement suivi le programme. Quelques-uns, cependant, s'en sont écartés, même parfois assez notablement, et il n'a pas été difficile de découvrir, par-ci, par-là, des morceaux retenus de mémoire et empruntés à d'anciens sermons, ou à des allocutions que l'on avait déjà prononcées. Somme toute, cette épreuve a élé satisfaisante dans sa généralité: sauf la forme, peut-être, qui s’est montrée assez souvent défectueuse, par suile de la nécessité de l'improviser en partie et de faire son travail assez hâtivement. AR! que nous devons tous, professeurs de séminaire et séminaristes, appuyer sur la formation oratoire beaucoup trop en souffrance vrai- ment dans le clergé! Ne uous lassons pas de le dire : il faut arriver au simple et au naturel dans le ton, soutenir sa voix saus cris et sans élancements mal amenés, être vraiment passionné et ému pour inté- resser et émouvoir les autres. L'épreuve orale avait cette année une importance particulière, en raison de la matière et des difficultés spéciales qu’elle représentait. C'est l'année des résumés historiques des diverses parties de la science ecclésiastique que l’on a déjà étudiées les années précédentes. C'est le côté de l’érudition, ce que j'appelle parfois l'année allemande. On y viendra aussi, car c'est forcé, à ces études historiques de notre Cursus ecclestasticus des séminaires, et l’on finira, si l’on veut ëtre complet et intéressant, par faire marcher l'explication positive du dogme et de la morale tout aussi bien que l'exposition de la sainte Écriture et des autres parties des sciences sacrées avec l’histoire de leur développement dans le monde. Je dis plus: on ne les comprendra CHRONIQUE 267

bien, les unes et les autres, qu'en les trailant de cette manière, car le déroulement progressif des choses apporte presque toujours avec li la raison des erreurs qui les ont déparées ou des illumiuations qui les ont éclairées. Le programme de cétte année n’est pas fait pour les esprits sans étendue et pour les bibliothèques sans livres. Les matières histo- riques et critiques ne s’improvisent pas. Tous cenx qui u’avaient consulté que quelques notices insuffisantes ou quelques abrégés de circonstance, n’ont pu naturellement témoigner ni d’un grand savoir ni d'une grande connaissance de ces matières qui ne supportent ni ls faux développements de l'esprit ni les inventions de l'imagination. Par contre, il en est plusieurs qui ont vraiment fait preuve d’une “rudition et d’un travail remarquables. Les Revues, nombreuses aujourd'hui sur les diverses branches de la science ecclésiastique, avaient passé par leurs mains. Ils avaient su trouver et se procurer les ouvrages nécessaires; aussi ont-ils étonné leurs examinateurs et ublenu les notes les plus élevées de notre échelle de gradation. Conti- nuez, mes chers amis, dans celte voie : elle est la bonne, elle est la sérieuse, elle est celle qui forme des prêtres instruits et vertueux. Nous voulons, à ce propos, vous recommander l'Æistoire de l'Église du docteur Kraus, professeur d'histoire ecclésiastique à l’Université de Fribourg, traduite en français par deux savants prêtres de l'Ora- Wire. Les trois volumes qui la composent sont d’une érudition vrai- ment prodigieuse. Toutes les découvertes modernes y sonl indiquées; les faits brièvement et très sûrement exposés; les écrivains de chaque époque appréciés et analysés. Avec cet ouvrage on répondra très compétemment aux questions de l'examen et des conférences ecclé- siastiques. L'année prochaine, on reprendra le commencement du programme, el l'épreuve écrite sera une composition dogmatique, tirée de la première partie de la Somme de saint Thomas,

La mème lettre contient les indications suivantes sur le recrutement du dergé dans le diocèse de Rodez :

Le cours entré en philosophie en 1890 est celui qui sera ordonné, celte année, à la Trinité. 1° 39 élèves se sont présentés cette année-là au grand séminaire. ? 3 sont décédés; quelques autres se sont retirés après la retraite de probation, ou ont renoncé à l’état ecclésiastique, et ne se sont point engagés dans les ordres sacrés. 3° 9 se sont incorporés dans d’autres diocèses et 7 sont allés dans diverses congrégations.

39 restent encore pour le service du diocèse.

En tout 55 prêtres.

Le nouveau poète lauréat d'Angleterre.— C'est un catholi- queromain, M. Alfred Austin, qui vient d'étreélevé au poste très honora- ble et très envié de poète-lauréat d'Angleterre, poste demeuré vacant depuis plus de trois ans par la mort de lord Tennyson. Il y avait deux 268 REVUE ANGLO-ROMAINE

siècles que le poèteofficiel de l'Angleterre n'avait été un catholique. C'était au temps de la Restauration : Charles Il, avant de mourir, s'était réconcilié avec l'Église romaine, et Dryden, qui était alors le poète-lauréat; suivit peu après l’ exemple de son maitre. Pour revenir à M. Alfred Austin, rappelons qu'il fut élevé à Slon- yhurst et à Oscott, puis suivit les cours de l’Université de Londres et fit quelque temps partie du barreau londonnien. Mais ses goûts l'entraînaient vers la carrière littéraire : à dix-huit ans, il écrivait son premier poème, et à vingt et un son premier roman. Ses principales œuvres poétiques sont : 4 Tragédie humaine, l Age d'or,-et son grand drame Savonarole. M. Austin a également collahoré à plusieurs revues et journaux. Il fut notamment le correspondant du Standard durant le Concile du Vatican et la guerre franco-allemande. En 1893, il fonda la National review; en politique, il apparlient au parli conservateur.

                    LIVRES ET REVUES


                            LA   QUINZAINE :

Sous le titre: Catholiques el romains, l'abbé Ducnesnr, publie une très solide et très spirituelle réfutation de l’encyclique du pa- triarche Anthime dans la Quinzaine du 1" janvier. En voici quelques extraits : Permettez-moi d'abord de me plaindre du ton général de l'encyclique patriarcale et synodale. Ses auteurs, le patriarche ‘Anthime et les douze évèques de son synode, avaient à répondre à une exhortation des plus pa- ternelles. Il est impossible de concevoir un langage plus doux, plus ami- cal, que celui de la lettre Præclara. Lie Saint-Père y avait mis tout son cœur, je dirais presque qu'il n'y avait mis que son cœur. Aucune expression blessante, pas un mot de reproche, pas un grief articulé avec cette préci- sion qui ne se sépare pas aisément de l’aigreur. Qu'a-t-on trouvé à lui dire? — Des injures, dès les premières lignes. On s'est empressé de déclarer que « le diable a inspiré aux évèques de Rome « des sentiments d'orgueil intolérable, d'où sont nées nombre d'innova- « tions. impies, contraires à l'Évangile ». Un peuplus loin, on lui reproche de réclamer non seulement la suprématie spirituelle, mais encore la supré- matie temporelle {!!!) sur l'Eglise entière, de se poser en unique représen- tant du Christ sur la terre, en dispensateur de toutes les grâces. Non seu- lement on refuse de se laisser étreindre dans les bras qu'il tend, mais on lui fait sentir qu'il a interverti les rôles et que, s’il désire vraiment l'union il doit d’abord rétracter tout ce que lui et ses prédécesseurs ont introduil de nouveautés dans la tradition. Cette rétractation, c 'est l'Église une, sainte catholique et apostolique des sept conciles œcuméniques qui l’impose et la réclame ; c'est elle qui en trace le programme, en termes d'une sèche et dure solennité....e Chacun des articles est rédigé dans le formulaire suivant : L'Église des sept synodes æcuméniques, une, sainte, catholique et apostolique croit et professe que. L Église papique, au contraire, etc. Parlons d’abord de cette formule. On nous reproche d'avoir ajouté un LIVRES ET REVUES 269

mot au symbole; mais je constate que l'on ajoute ici une cinquième note caractéristique aux quatre par lesquelles le symbole définit la vraie Église. L'Église n'est pas seulement une, sainte, catholique et apostolique : elle est encore l'Église des sept synodes æcuméniques. Pourquoi cette qualifi- cation? YŸ a-t-il quelque part dans l'Évangile ou dans l'Apocalypse une prescription en vertu de laquelle l'Église future pourrait ou devrait se qua- Bfier ainsi? Le septième concile œcuménique a-t-il fermé la porte der- rière lui, prohibé toute autre assemblée similaire, prescrit de s'en tenir à lui, de se dénommer d’après lui? Non, n'est-ce pas? Veut-on dire que l'Église romaine ne reconnait pas les sept conciles ou que l'iglise grecque ait des droits particuliers sur eux? Ah! c’est bien le cas d'employer le style de saint Paul : « Ils sont israélites, moi aussi; en- « fants d'Abraham, moi aussi; serviteurs du Christ, moi plus qu'eux ». Ces conciles sont à nous comme à eux, plus qu'à eux... Je vois bien qu'ils ont été tenus cn Orient, que ce sont des empereurs résidant en Orient ou y régnant qui en ont procuré la réunion. Mais, dans la plupart des cas, ils ne représentent autre chose qu'un succès de l'orthodoxie romaine remporté sur l'hérésie orientale, ou, pour parler plus charitablement, qu'un remède apporté par l'Église latine à sa sœur grecque infectée de quelque maladie doctrinale. , Faisons le compte. Arius a été condamné à Nicée. Était-ce un Latin? Non, c'était un prêtre d'Alexandrie. Qui a pris sa défense, avant le concile et depuis? Entre tous, Eusébe, évêque de Nicomédie, puis de Constanti- nople. Deux des signataires de l'eucyclique patriarcale doivent se recon- naïtre successeurs de cet Eusèbe. Où le concile de Nicée a-t-il trouvé ses partisans, ses défenseurs les plus nombreux et les plus solides? En Egvpte et en Occident. — D'où vient le fameux terme d’omoousies, qui a servi de tessère à l’orthodoxie nicéenne? De Rome, très vraisemblable- ment À. Pourquoi s'est tenu le deuxième concile œeuménique? Pour faire pré- valoir la foi de Nicée, sans cesse combattue en Orient pendant plus d'un demi-siècle. Qui l'a convoqué ? L'empereur Théodose, un Latin, lequel déclare ne connaitre d'autre foi que celle qui fut préchée aux Romains par l'apêtre Pierre et qu'enseignent, à Rome, le pape Damase, à Alexandrie, l'évêque Pierre, successeur d'Athanase ?. — Quels ont été les hérétiques condamnés à ce concile? Eudoxe et Macédonius, de Constantinople; Apol- linaire, de Laodicée, en Syrie; Eunomius, Aétius et autres membres du clergé grec. Pas un Latin ne figure parmi eux. : Contre qui s’est tenu le troisième concile œcuménique, celui d'Éphèse ? Contre Nestorius, patriarche de Constantinople, quatrième prédécesseur bérétique de Sa Béatitude Anthime. Eutychès, moine de Constantinople, et Dioscore, patriarche d'Alexan- drie, ont, par leurs excès de doctrine ou de juridiction, provoqué la réu- nion du quatrième concile, celui de Chalcédoine. Qu'a fait ce concile? Hi a déposé Dioscore et puni ses complices, sous la direction effective des légats du Pape, en vertu des ordres apportés par ceux-ci. Il a, de plus, rédigé une profession de foi où se trouve la fameuse expression in duabus naturis. D'où est venu ce terme dogmatique, cette nouvelle tessère d'orthodoxie ?

! Voir là-dessus Harnacx, Dogmengeschichte, t. II, p. 228, note.

D'Orient ? Non : la plupart des membres du concile y répuguaient. Elle venait de Rome: elle figuré comme chose essentielle dans l'exposition de loi adressée par le pape Léon au patriarche Flavien, c'est-à-dire dans une piéce dont l'ecthèse de Chalcédoine n’est qu’une rédaction grecque. Le cinquième concile marque, il est vrai, une victoire temporaire rem- portée sur le pape Vigile par l'empereur Justinien et l'épiscopat grec. Du reste, aucun point de doctrine n'y fut mis en débat. Il s'agissait de savoir si la condamnation de certains livres était ou non opportune. Le paye Vigile était pour l’inopportunité, le concile pour l'opportunité. Vigile se rallia au décret de condamnation, pour le bien de la paix. Mais la preuve qu'il avait raison, c'est que cette condamnation, mal comprise en Occident, Y causa des troubles sérieux et de longs schismes f, Au sixième vcoucile, quelle figure font les légats romains? Ils arrivent ivec des lettres du Pape où la doctrine orthodoxe est exposée et ineulpée contre l'hérésie monothélite, Celle-ci a prévalu depuis plus de quarante ans dans tous les patriareats d'Orient, sauf celui de Jérusalem. Au moment dr

concile et dans cette assemblée, elle est représentée ouvertement par le patriarche d’Antioche, hypocritement par celui de Constantinople. Ce der- er, voyant les légats romains soutenus par l'Empereur, se décida à passer de leur côté. Dans la condamnation finale, outre le patriarche d'Antioche et quelques autres monothélites de Constantinople, on voit figurer plusieurs ioms d'anciens patriarches, dont quatre de Constantinople. Il est vrai qu'on y trouve aussi celui du pape Honorius, qui avait eu Le tort, tout à “it au début de l'affaire, de se laisser mener par le patriarche Serge, et d'écrire, sous son inspiration, des lettres inprudentes sur lesquelles son clergé et ses successeurs se hâtérent de revenir. Et le septième concile, celui des images ! En 754, l'épiscopat grec. tou- ours docile à la direction de la cour, condamnait dans une assemblée presque plénière ? le culte des images, proscrit du reste par le gouverment. depuis une vingtaine d'années, À Rome, depuis le méine temps, on main- tenait le culte des images, non sans souffrir persécution. Enfin ce culte triomplia — pas cependant pour toujours — au concile œcuménique de Constantinople (787). De tout ceci il résulte, semble-t-il, que, s'il y a un lieu au monde où l'on peut se réclamer des sept conciles œcuméniques, c'est Rome; que, s'ily a un lieu au monde où leur souvenir peut éveiller des idées sombres, c'est le patriarcat de Constantinople. Comptez avec moi les patriarches dont la inémoire a été condamnée dans ces conciles, ou qui se sont montrés ouver- lement les adversaires de leurs décisions. Eusèbe, — Macédonius, — Eudoxe, — Démophile, — Nestorius, — \cace, — Timothée, — Anthime, — Serge, — Pyrrhus, — Paul, — Pierre. — Jean VI,— Anastase, — Antoine. — Constantin, — Nicétas, — Théodote, — Jean VII. . Dix-neuf patriarches hérétiques, et cela dans une période de cinq cents aus seulement. Encore n'ai-je mentionné ici que les sommités du genre, es hérétiques notoires. La liste s’allongerait singulièrement s’il fallait y ‘louner place aux patriarches à qui l'on peut reprocher des hésitations, des fautes de conduite, comme celles dont on fait trophée contre les papes Libère, Vigile, Honorius.

  1. J'ai traité longuement de cette question dans mon mémoire intitulé Vigile el l'élage (Revue des questions historiques, octobre 1884). *, 11 y out au concile iconoclasie trois cent trente-six évêques. Eu égard aut limites de l'empire, à cette époque, ce chiffre représente beaucoup plus que ls majorité des sièges occupés. LIVRES ET REVUES 274

Mais, me dira-t-on, s'il est vrai que, pour l’ensemble” les sept premiers cunciles œcuméniques représentent une orthodoxie défendue contre nous par l'Eglise romaine, au moins pouvons-nous dire que cette orthodoxie, nous l'avons maintenue, tandis que l'Église romaine l'a ahandonnée ou cerrompue. — Abandonnée? En quoi? Quel est le dogme défini dans ces conciles que l'Eglise romaine ait répudié depuis? Quelle ext la formule ttblie par eux qui ne figure expressément dans ses professions de foi? Corrompue ?.. Ici se placent les revendications énumérées ci-dessus, le Filioque, le baptème par infusion, les azymes, ete. On devrait bicu nous montrer dans les anciens conceiles un décret, un canon, un mot, qui repré- sente une prolibition relative à l'un queleonque de ces points. Quel est le cecile œcuménique où l’on a réglé la procession du Saint-Esprit, le mode d'administration du baptème, l'efficacité de telle ou telle partie de la liturgie eucharistique, le choix entre le pain levé et le pain azyme, les conditions d l'expiation d'outre-tombe, le rapport entre la loi du péché originel et la situation spéciale de la Vierge-Mère ? Mais, en précisant, nous aurions ajouté. — Et vous? — En niant nos précisions, en les traitant, non seulement comme choxes douteuses, mais cwmme des erreurs, ne précisez-vous pas autant que nous, ne dogmalisez- ous pas tout comme nous ?..... Venons maintenant aux deux points de dogme sur lesquels on noux fait des cbjeetions. - « L'Eglise des sept conciles «cuméniques, sainte, catholique, ete, «ui- want l'enseignement inspiré de la sainte Éeriture et la tradition apostolique, pre et invoque la miséricorde de Dieu pour en obtenir pardon et repos aux mes des fidèles endormis dans le Seigneur; mais l'Égllse papique, depuis k x siècle, a inventé et entassé dans la personne du Pape, comme unique dispensateur, une foule de nouveautés sur le feu du purgatoire, sur les mérites surabondants des justes et leur distribution à ceux qui en wañquent, et ainsi de suite, promettant aussi aux justes une entière reompense avant la résurrection générale et le dernier jugement. » ki, Sa Béatitude impute à l'Eglise romaine beaucoup de choses dont elle ne saurait accepter là responsabilité. En ce qui regarde le purgatoire et les indulgences, la doctriue de l'Eglise romaine doit être cherchée dans les deux décrets annexés à la vingt-cinquième session du concile de Trente. Ces décrets mentionnent et proscrivent beaucoup d'abus, beaueoup d'excès de langage et de pratique. Il serait sans doute à désirer que ces sages rserves eussent été mieux appliquées; je ne crains pas de dire que, dans te domaine, il y aurait encore à réformer. Il n'est pas toujours facile d'avoir raison de l'indiscrète curiosité des théologiens et de l'indiscrète dévotion des âmes pieuses, N'ayant pas qualité pour dire ce qu'il convien- drait de faire contre tel ou tel abus, je puis au moins {et ici je dois} mettre ‘a lumière la différence qu'il y a entre l'enseignement officiel de l'Eglise et les systèmes ou fantaisies qui remplissent les petits livres de piété ou qui se faufilent, quoique toujours comme opinions privées, dans les ou- vrages de théologie. L'Eglise enseigne « qu'il v a un purgatoire et que les

quelques comptes à régler avec elle. C’est exactement la catégorie classée dans le purgatoire par le décret du concile de Trente. Ces âmes doivent se trouver quelque part; cependant, quand il s’agit de purs esprits, l'idée de lieu ne peut être introduite qu'avec beaucoup de réserve. Le purgatoire peut aussi bien être considéré comme un état que comme un lieu. Quant uu feu du purgatoire, il n'en est pas question dans le décret du concile de Trente ; jamais l'Eglise n'a canonisé ce détail. Du reste, les auteurs qui parlent ici de feu ne sauraient être pris au pied de la lettre. On ne concoit guère ce que le feu ordinaire, matériel, pourrait faire à de purs esprits. Les poètes, depuis Homère jusqu'a Dante, savent beaucoup de choses sur l'autre monde; leurs imaginations, comme celles des artistes, des orateurs. des philosophes eux-mêmes, peuvent avoir leur utilité pour fixer les idées et les faire mieux entrer dans certaines têtes. Toutefois, même avec les simples, le concile de Trente défend d'user de ces procédés d'enseigne- ment. Il prescrit « d'éviter, dans les sermons prêchés au populaire, les « questions difficiles et subtiles, dépourvues d'intérêt pour l'édification et « Ja piété »; il interdit à qui que ce soit d'écrire ou de disserter sur les points incertains ou contestables. Quant aux pratiques où ne sont intéres- sées que li vaine curiosité, la passion du gain, la superstition, il les recommande spécialement à la sévérité des évèques. Ilest trop clair que ces sages prescriptions sont souvent violées. J'ai entendu, pour ma part, plus d'un sermon où elles étaient mises en oubli. Ceux qui sont chargés d'appliquer le décret du concile de Trente auraient fort à faire devaient châtier tous les excès de langage que se permet- tent dés prédicateurs imprudents. Mais ces intempérances ne sont pas un mal spécial à l'Eglise latine. Je ne pense pas que Sa Béatitude Anthime consentit à faire siens tous les propos qui se tiennent dans les chaires de « l'Eglise des sept conciles œcuméniques » ou qui circulent dans les pelits écrits destinés au populaire grec. Ce que je viens de dire du purgatoire, on peut le dire aussi des indul- gences. Le concile de Trente, dans son décret, consacre quelques mots seulement à la doctrine officielle, qu ‘il ramène à deux points obligatoires: l'utilité des indulgences, le droit qu'a l'Eglise de les coucéder. Le reste du décret n'est qu'une longue protestation contre les exagérations et les abus qui se sont produits à ce propos.

RÉPERTOIRE DES SOURCES HISTORIQUES DU MOYEN-AGE. — Topo-biblio- graphie — Angleterre — par M. le chanoine Ulysse Chevalier. Nous n'avons pas à faire l'éloge des travaux de M. Ulysse Chevalier; ils sont connus de tous les amis de la science, et tous les chercheurs les apprécient grandement. Signalons d'une façon toute particulière à nos lecteurs, le sixième fascicule : Angleterre. Le mot {opo-bibliogra phie n'a été adopté « que faute d'un terme plus compréhensif pour désigner tout ce qui n'est pas personnage ». Voici la table de ce fascicule :

Académies — Archéologie — Bibliographie — Bibliothèques — Conciles — Conquête — Constitution — Détails — Droit — Économie — Eglise — Généralités — Géographie — Hagiographie — Héraldique — Imprime- rie — Littérature — Liturgie — Numismatique — Périodiques — Rela- tions — Sigillographie — Sources — Anglo- Normands — Anglo-Sazons — Archéologie — Concile — Détails — Droit — Église — Généralités — Lit- térature — Liturgie — Sources. PRIÈRES EMPLOYÉÉS OU APPROUVÉES PAR L'ÉGLISE COMME FORMES D'ORDINATION

                                   (Suite)



                                     III

              FORMES DE LA CONSÉCRATION ÉPISCOPALE.


                     I. Ancienne liturgie Romaïne 1.

Deus honorum omnium, Deus omnium dignitatum, quæ gloriæ tuæ sacra- üs famulantur ordinibus, Deus, qui Moysen famulum tuum, secreti fami- laris affatu, inter cetera cœlestis documenta culturæ, de habitu quoque indumenti sacerdotalis instituens, electum Aaron mystico amictu vestiri inter sacra jussisti, ut intelligentiæ sensum de exemplis priorum caperet secutura posteritas : ne eruditio doctrinæ tuæ ulli deesset ætati ; cumet apud veteres reverentiam ipsa significationum species obtineret, et apud uos certiora essent experimenta rerum quam #ænigmata figurarum. Illius wamque sacerdotii anterioris habitus nostræ mentis ornatus est, et pontifi- falem gloriam non jam nobis honorcommendat vestium,sedsplendoranima- rum ; quia et illa quæ tunc carnalibus blandiebantur obtutibus, ea potius que in ipsis erant intelligenda poscebant. Et idcirco his famulis tuis, quos ad summi sacerdotii ministerium delegisti, hanc, quæsumus, Domine, gra- tam largiaris, ut quidquid illa velamina in fulgore auri, in nitore gemma- rum, in multimodi operis varietate signabant, hoc in horum motibus acti- busque clarescat. Comple in sacerdotibus tuis mysterii tui summam, et ornamentis totius glorificationis instructos, cœælestis unguenti fluore sanc- tica. Hoc, Domine, copiose in eorum caput influat ; hoc in oris subjecta decurrat; hoc in totius corporis extrema descendat; ut tui Spiritus virtus et interiora horum repleat, et exteriora circumtegat. Abundet in his constan- tia fidei, puritas dilectionis, sinceritas pacis. Tribuas eis cathedram episco- palem ad regendam Écclesiam tuam et plebem universam. Sis eis auctori- las, sis eis potestas, sis eis firmitas. Multiplices super cos benedictionem ét gratiam tuam, ut ad exorandam semper misericordiam {uam, Luo munere idoneï, tua gratia possint esse devoti. Per, etc.

                      IT. Ancienne liturgie Gallicane.

[Il est très difficile de dire quelle était la forme de la consécration épisco: pale dans l'ancienne liturgie Gallicane. Je ne puis donner que le passage intercalé à la prière romaine, comme il se trouve dans le Missale Francorum

“tensuite dans le Pontifical romain. Prohablement il est d'origine galli*

‘Cette prière est tirée du Sacramentarium Leonianum, dans lo Missale Francorum ony a inséré un long passago probablement d'origine gallicane et le Pontifical romain a pris le tout du Missale Fran corum. REVUE ANULO-ROM AINE. — T. 1. — 18. 274 REVUE ANGLO-ROMAINE

cane; probablement il faisait partie de la forme de la liturgie gallicane: mais certainement il n'est pas la forme entière. Voyez le même traité, p. 369.1. Deus honorum omnium........ sinceritas pacis. Sint speciosi munere tua pedes horum ad evangelizandam pacem, ad evangelizandum hona tua. Da eis, Domine, ministerium reconciliationis in verbo et in factis, et in virtute signorum et prodigiorum. Sit sermo eorum et prædicatio, non in persuasi- bilibus humana sapientiæ verbis, sed in ostensione spiritus et virtutis. Da eis, Domine, claves regni cœlorum ; utantur nec glorientur potestate quam tribuex, in ædificationem, non in destructionem. Quodeumque ligaverint super terram sit ligatum et in ctælis. Quorum detinuerint peccata, detenta sint, et quorum remiserint, tu remittas. Qui benedixerit eis, sit benedictus. qui maledixerit eis, maledictionibus repleatur. Sint servi fideles et pru- dentes, quos constituastu, Domine, super familiam tuam, ut dentillis cibum in tempore necessario, ut exhibeant omnem hominem perfectum. Sint sollicitudine impigri; siut spiritu ferventes; oderint superbiam; diligant veritatem; nec eam unquam deserant aut lassitudine aut timore superati. Non ponant lucem tenebras, nec tenebras lucem. Non dicantmalum bonum, nee bonum malum. 8int sapientibus et insipientibus debitores; et fructum de profectu omnium consequautur. Tribuas eis, etc.

                       IT. Liturgie Grecque !.

Dominator, Domine Deus noster, qui per celeberrimum Apostolum Pau- lum graduum et ordinum seriem ad subserviendum et ministrandum vene- randis et illibatis mysteriis tuis, in sancto altari tuo constitutis prims Apostolis, secundo Prophetis, tertio Doctoribus, sanxisti; ipse omnium Do- mine, hunc etiam suffragiis electum et evangelicum jugum dignitatemque pontificale subire dignum hahitum, per meam peccatoris et stantium ministrorum et coepiscoporum manum, adventu et virtute et gratia Sancti tui Spiritus corrobora, sicut sanctos Apostolos et Prophetas corroborasti, sicut reges unxisti, sicut pontifices sanctificasti; et irreprehensum ejus pontificatum ostende: et omni honestate illum exornans, sanctum illum renuncia; ut quæ populi saluti expediunt, postulet, et a te exaudiri dignum fiat. Quia sanctificatum est nomen tuum, et glorificatum est regnum.. Domine Deus noster, qui humaua natura deitatis tuæ præsentiam nulla- tenus ferente, tua dispensatione doctores simili nobiscum ratione passibiles thronum tuum obtinentes, hostiam et ohlationem pro cuncto populs tno sacrificaturos constituisti; tu, Domine, etiam hunc pontificalis gratiæ dis- pensatorem renunciatum, tui veri pastoris imitatorem, animam pro tuis ovibus ponentem, cæcorum ducem, in tenebris lucem, insipientium præ- ceptorem, infantium doctorem, in mundo luminare effice; ut animas sibi creditas reparans tribunali tuo inconfuse in præsenti vita astet, et magnam mercedem pro evangelii tui præwdicatione decertaturis a te præparatam reportet. Tuum enm est misereri et salvare, Deus.

                            IV. Liturgie Copte *.

Dominator Domine Deus omnipotens, Pater Domini nostri et Dei nostni ‘et Salvatoris nostri Jesu Christi, une sole ingenite, sine principio, nullum regem habens super te, qui es semperet es ante sæcula, infinite et sole altissime, sole sapiens, sole bone, invisibilisin natura tua, principit expert

£ Comme pour les ordres précédents, nous trouvons ici deux oraisons. 2 DenrixGur, op. cit. p,23. RE

                            HYUS CATHULICI                                    275

et apud quem est scientia incomprehensibilisetinconparabilis, cognoscens occulta, cognoscens omnia antequam fiant, qui es in altissimis et respicis humiles, qui dedisti statuta ecclesiastica per unigenitum Filium tuum Do- minum nostrum Jesum Christum ; qui constituisti sacerdotes ab initio, ut adsisterent populo iuo; qui non reliquisti locum tuum sanctum sine minis- terio; qui complacuisti tibi glorificari in tis quos elegisti: tu iterum nunc infunde virtutem Spiritus tui hegemonici, quem donasti Apostolis sanctis tuis in nomine tuo. Da igitur hanc eamdem gratiam super servum tuum N., quem elegistiin episcopum, ut pasceret gregem tuum sanctum, et ut ti esset in ministrum irreprehensibilem, orans ante benignitatem tuam die ac nocte, congregans numerum salvandorum, offereñs tibi dona in sanctis ecclesiis. Ita, Pater omnipotens, per Christuni tuum da ei unitatem Spiritus Sancti tui, ut sit ipsi potestas dimittendi peccata secundum nianda- um unigeniti tui Filii Jesu Christi Domini nostri, constituendi cleros sæcundum mandatum ejus ad sanctuarium, et solvendi vincula omnia eccle- siastica, faciendi domos novas oratiouis, et sanctificandi altaria; et placeat üibi in mansuetudine et corde humili, offerens tibi ir innocentia et irrepre- heusibilitate sacrificium sanctum incruentum, mysterium hujus Testa- menti novi, in odorem suavitatis. un Dignare, Domice, implere eum donis salutaribus et verbo scientiæ, ut sit ductor cæcorum in via, et lumen eorum qui in tenebris sunt, ut erudiat indoctos, sit illuminator in mundo, dispensans verbum veritatis, imitans pastorem veruim, ponentem animain sua pro Ovibus suis ut hoc modo dirigat animas sibi commissas, et ipse quoque sit paratus ad facien- dum secundum voluntaten: tuain sanctäm, ut inveniat rationem standi +Pcure ante tribunal treineudum, actipiens magnam mercedem quam pa- rasti ls qui certaveruntin præwdicatione Evangelii. Me autem etiam purifica ab omnibus peccatis alieuis, et lihera me ab iis quæ mea ipsius sunt, per mediationem unigeniti tui Fil Domini nostri et Salvatoris nostri Jesu Uhristi cum que, cte.

               IV bis. Liturgie des Syriens Jacobites.

{Les Syriens Jacobites ont aussi, d'après Renaudot (ap. Denzinger, op. ci, p. 97), une formule de consécration épiscopale très remarquable: hien que relativement courte, c’est celle qui renferme l'énumération la plus complète des fonctions épiscopales. Aussi ai-je cru bieu faire de {a repro- duire.] Deus qui omnia fecisti per potentiam tua, et fundasti orbetn per voluu- tem Unigeniti tui, qui largitus es nobis intelligentiam veritatis, quique matifestasti nobis Spiritum tuum beniguum, Spiritum Sanctum principa- lem; qui dilectum Filium tuum Verbumdesum Christum Domiuum gloriw dedisti pastorem et sanatorem animariun nostrarum; quique per sangui- em ejus pretiosum constituisti Ecclesiam tuam, omuemque ordinem sacerdotalem in ea instituisti: dedistique nobis qui uos dirigerent ad pla- cendum tibi percognitionem uominis Christi tui;illa vero multiplicata est et glorificata per orbem universum : tu mitte super servum tuum istum Spiritum tuum Sanctum et principalem, eo fine ut pascat et administret Écclesiam tuam, quæ ejus fidei commendata est; sacerdotes constituat, diaconos ungat: consecret altaria et ecclesias: domibus benedicat: voca- tiones ad opus {ecclesiasticum) faciat: sanet et judicet; salvet et liberct: slvat, liget, exuat et segreget; omnem denique potestatem sanetorum tuorum da illi, eam scilicet quam dedisti Apostolis unigeniti Filii tui, ut sit pontifex gloriosus cum honore Moysis, in gradu Aaron, in virtute discipulorum tuorum; in operibus Jacobi saneti tui, in solio patriar- 316 REVUE ANGLO—-ROMAINE

charum; ut stabiliatur et confirmetur populus tuus, oves hæreditatis tuæ, per istum verbum tuuin. Da illi sapientiam et intelligentiam, ut doceat voluntatem majestatis tuæ; ut agnoscat peccata, sciatque regulam justitiæ et judicia; res difficiles solvendimodum inveniatet dissolvat omnia vincula iniquitatis. Quia tu es dator bonorum, largitor scientiarum maximarum doncrumque divinorum, tihique gloriam referimus Patri, Filio, et Spiruui sancto, etc. . V. Liturgie Maronite !. Deus deorum et Dominus dominantium, qui sedes super currum glorir tue in altissimis, et voluntas tua in infimis abyssis perficitur, qui conjuo- xisti ad honorem ministerii tui cœtus ardentes flammæ mirabiles aspecti- bus et similitudinibus stupendos etconstituistimundos lucis innumerabiles et agmiua spiritus indefinita, quæ sanctificationes proferunt et laudes mittunt atque glorificationes attollunt tibi, Domine, ad locum in que taber- naculum tuum commoratur, et quia multæw tuæ insunt miserationes, terre- nos quoque infirmos et humiles effecisti participes glorificationis majestatis tuæ et ministerii divinitatis tuæ, et ex his constituisti Prophetas et deinde Apostolos, post hos doctores et patratores virtutum, ut participes essent ministerii nagnitudinis tuæ et conjuncti cœtibus lucis et mysteriis divini- tatis tuæ. Et nos etiam infirmi et peccatores servi tui, qui suscepimus gra- dum sacerdotii sublimissihni, cum digni non essemus ut calcaremus limen tui sancti templi, supplices tibi fundimus preces teque rogamus per ora- tiones Deiparæ Mari, ut inclines clementiam divinitatis tuæ ad nos, et acceptes hoc ministerium et chirotomiam hanc, quæ facta est super servum tuum istum per paupertatem nostram. Eia, Domine, esto nobis rector die ac nocte et omnibus momentis et liberator ac redemptor a fraudihus adversarii, concede tibi sit placens in omnibus moribussuis, neque declinet ad dexteram neque ad sinistram a via tua, qu& ad vitam indefectibilem ducit; nullo pacto contristet Spiritum tuum sanctum; verum gratia tua. Domine, stabiliatur et confirmetur, et consummet cursum agonis sui pis ac juste cunctis diebus vitæ sux, atque etiam in novissimo die adventus tui terribilis et tremendi lætus tibi occurrat, portans lampades lucis opera sua bonaet ingrediatur tecum ad accuhitum canatque gloriam nomini tuo venerabili. .... Benedictus es, Domine Deus, qui es super omnia, qui variis donis exornas filios hominum et exaltas Ecclesiam tuam sanctam, quam übi elegisti ex populo in Testamento primo et antiquo septuaginta senum et implevisti eos spiritu prophetiæ, et per hoc novum Testamentum Christi tui posuisti, Domine, in Ecclesia tua sancta primum Apostolos, et post hoc Prophetas. deinde Doctores et rectores et episcopos; qui implerent ministe- riumn altaris tui sancti. Etiam nunc, Domine Deus. perfice nobiscum gra- tiam tuam, tuutuque donum et cum servo tuo hoc N. episcopo, et concede ei, Domine Deus, cum impositione manus ista, quam hodie a te suscipit. ilapsum Spiritus Sancti, dignumque illum præsta qui misericordiam a tr obtineat. et sacerdotio fungatur offeratque tibi sacrificia pura cum votis rt primitiis ac thura bona et odoramenta suavia quæ placeant voluntati tuæ et satisfaciant divinitati tuw. Concedeetiam ill, Domine, gratiam verbi et eloquentiam in scientia, ut reprehendat, corripiat et inerepet omnes illos qui a cognitione veritatis aberrarunt: sit visitator pupillorum, sustentator viduarum, reductor errantium; provideat egenis, consoletur advenas, Cus- todiat mandata tua divina, adimpleat leges tuas apostolicas et adhæreat tibi tuæque voluntati cunctis diebus vit suæ in conspectu tuo ea omnia

1 Dexancen, op. cit. p. 196. Mème observation que pour ke diaconat. RITUS CATHOLICI 277

faciens et exsequens quæ congrua sunt et justa; atque per tuas miseratio- nes æternas dignos nos redde qui lketemur et exultemus cum eo in regno tuo cælesti per orationes et supplicationes Genitricis Iucis et omnium facientium voluntatem tuum.

                         VI. Liturgie Nestorienne 1.

Deus magne, qui a sæculo occultorum cognitor, ille, qui creavit omnia virtute verbi sui; et tenet ac regit omnia nutu placido voluntatis suæ : qui omni tempore præstat nobis multo plura, quam petimus et cogitamus, secundum virtutem suam magnam, quæ perficitur in nobis; lle, qui sanguine pretioso D. N. J. Christi possedisti Ecclesiam tuam sanctam, et constituistiin ea Prophetas,et Apostolos et Doctores et Sacerdotes, quorum manibus multiplicaretur scientia veritatis, quam Filius tuus unigenitus dedit generi hominum; Tu, Domine, etiam nunc illumina faciem tuam super hunc servum tuum, et elige eum electione sancta per Spiritus Sancti uactionem, ut sit tibi sacerdos perfectus, qui æmuletur summum pontificem veritatis, qui animam suam posuit pro nobis; et confirme eum per Spiritum Sanctum in ministerio hoc sancto, ad quod ascendit. Tu, Pater sancte et ludabilis, da ill, ut visitet greges tuos cum rectitudine cordis sui, cum lingua ejus prædicet verbum rectum veritatis, ut sit lumen iis, qui in tene- bris sedent, et correptor insipientium, et doctor puerorum. Et indue eum, Pomine, virtute ex alto, ut liget et soivat in cœlo, et in terra : et per manus ejus impositionem curentur infirmi, fiantque per eum virtutes 1n nomine luo sancto ad lauder divinitatis tuæ : et faciat virtute doni tui presbyteros, et diaconos, et diaconissas, et hypodiaconos, et lectores in ministeriurh Ecclesiæ tuæ sanctæ secundum voluntatem divinitatis tuæ : et congreget, paseat et augeat populum tuum, et oves gregis tui, perficiatque animas sbi creditas in omni timore Dei et castitate : stetque confidenter coram tribunali tuo tremendo, dignusque fiat mercedem ïillam recipere, quæ promissa est œconomis diligentibus, gratia et miserationibus unigeniti Filii tui, eui et tibi et Spiritui Sancto laus, honor, confessio et adoratio. +

                         VII. Liturgie Arménienne.

[Denzinger ne reproduit pas ineztenso les cérémonies de la consécration épiscopale d’après cette liturgie; il se contente d'en donner une sorte de résumé. Voici ce qui se rapporte à la prière consécratoire, L. cit., p. 361.] Patriarcha etiam alta voce dicit : Divina et cœlestis gratia, que semper swpplet indigentiam sancti ministerii apostolicæ Ecclesiæ, vocat hunc N. ex tacerdotio ad episcopatum in sanctæ Ecclesiæ ministerium juxta lestificationem sd ipsius totiusque populi. Ego impono manus ; omnes orate, ut dignus hie fiat gradum episcopalus sui immaculatum cuslodire in sanctuario Dei. Hic fit longissima oratio ad divioum Redemptorem, ut super hunc tovellum episcopum mittere dignetur sanctum et divinissioum Spiritum ilum, quo pleni fuerunt sancti Apostoli, ut ipso confortatus possit sustinere mue pondus sui gradus, prædicare inconcusse orthodoxam doctrinam. tonvincens incredulos, catechizans catechumenos, in vera fide et virtute sibiliens fideles, reducens ad pœnitentiam peccatores; consilium bonum prebens lis qui dubii sunt, confortans afflictos, sanans infirmos, se vene- rabilem exhibens omnibus prudentis, canitate, mansuetudine, patientia, Oratione, castitate, etc.

! Dennxoer, op. cil., p. 243. 278 REVUE ANGLO-ROMAINE

            VIII. Liturgie des Constitutions Apostoliques !

Here Domine Deus omnipotens, qui solus es ingenitus, et non subjectus nuilius regis imperio : qui semper es, et ante scula existis : qui nullius unquam rei indiges : qui nullam tui causam aut ortum hahere potes; qui solus es verus, et sapiens, qui solus altissimus; qui natura es invisibilis: cujns cognitio non habet ullan originem; qui solus es bonus, et cum ne- mine conferri potes; qui omnia nosti antequam fiant; cui occulta sunt cogrita ; ad quem accedi non potest; qui non potes habere Dominum; Deus et Pater unigeniti Filii tui, Dei et Salvatoris nostri; Effector omnium per ipsum, Providens et Procurator; Pater miserationum, et Deus totius consolationis: qui in ailtis habitas, et humilia respicis. Tu es qui dedisti leges Ecclesiæ per adventum Christi tui in carne, testante Paracleto per Apostolos tuos, et per nos qui gratir tua adsumus Episcopi; qui a prineipio Sacerdotes providisti, qui populo tuo pressent : in primis Abel, Seth, Enos et Enoch; Noe, Melchisedech, et Job; qui declarasti Abraham et reliquos Patriarchas cum fidelibus famulis Moyse et Araon, Eleazaro et Phinees : qui ex ipsis instituisti Principes et Sacerdotes in tabernacul testimonii; qui elegisti Samuelem in Sacerdotem et Prophetam ; quisanttua- rium tuum non reliquisti siueministerio; quicomplacuisti in iis quos elegisti ad te glorificandum: ipse etiam nunc intercessione Christi tui per nos infunde virtutent Spiritus tui principalis, qui adilecto Filio tuo Jesu Christo winistratur, quem. te volente, qui es :æternus Deus, donavit sanctis Apos tolis tuis. Da in nomine tuo, cognitor cordis Deus, huie famulo tuo quem ad Episcopatum elegisti, ut pascat sanctum gregem tuum, atque ut Pon- tificatu tibi sancte fungatur et sine reprehensione, ministrans die acnocte: ut propitiando vultum tuum, congreget numerum eorum qui salvandi sunt, et offerat Libi dona Ecclesie tuæ sanctæ. Da ipsi, Domine omnipotens, per Christum tuum participationem Spiritus Sancti, ut habeat potestatem remittendi peccata secundum mapdatum tuum; item dandi cleros, uttu jussisti, ac solvendi omne vinculum secundum potestatem quam Apostolis dedisti, placendique tibi in mansuetudine, et corde mundo, offerendo tibi sine culpa semper, et sine crimine sacrificium mundum et incruenium, quod per Christum constituisti mysterium novi Testamenti, in odorem suavitatis per sauctum Filium tuumdesum Christum, Deum et Salvatorem uostrum; per quem tibi gloria, honor et veneratio in Sancto Spiritu nunt ot semper, et in siecula sæculoruin.

1 Mouix, op. cil., p. 19. INSTRUMENTA AD POLI LEGATIONEM PERTINENTIA 279

INSTRUMENTA AD POLI LEGATIONEM PERTINENTIA.




                   Breve de Facuitatibus Legatinis.

  {Wilkins, vol. iv. p. 91; cf. Burnet, ed. Pocock, voi. vi. p.   322.)
               (Œuvres de M. Emery, Migne, p. 1530.)

Jourus papa III. — Dilecte fili noster, salutem et apostolicam benedic- tionem. Dudum cum charissima in Cbristo filia nostra Maria, Angliæ tunc princeps, regina declarata fuisset, et speraretur regnum Angliæ, quod sæva trannide ab unione sanctæ ecclesiæ catholicæ separatum fuerat, ad ovile gregis Domini, et eiusdem ecclesiæ unionem, ipsa Maria primum regnante, redire posse : Nos te præstanti virtute, singulari pietate, ac multa doctrina iosignem, ad eandem Mariam reginam, et universum Angliæ regnum, de fratum nostrorum consilio et unanimi consensu, nostrum et apostolicæ sedis legatum de latere destinavimus ; tibique inter cætera, omnes et sin- gulos utriusque sexus, tam laicas quam ecclesiasticas, seculares, et quo- rumvis ordinum regulares personas, in quibusvis etiam sacris ordinibus constitutas, cuiuscunque status, gradus, conditionis et qualitatis extite- rt: ac quacunque ecclesiastica etiam episcopali, archiepiscopali, et patriarchali, aut mundana, etiam marchionali, ducali, aut regia dignitate prefulgerent, etiamsi capitulum, collegium, universitas, seu communitas forent, quarumcunque hæresium aut novarum sectarum professores, aut in eis culpabiles vel suspectas, ac credentes, receptatores et fautores eorum, etiamsi relapsæ fuissent, eorum errorem cognoscentes et de illis dolentes, ac ad orthodoxam fidem recipi humiliter postulantes, cognita in ëis vera et non ficta aut simulata pœnitentia, ab omnibus et singulis per es perpetratis (hæreses et ab eadem fide apostasias, blasphemias, et alios quoscunque errores etiam sub generali sermone non venientes sapientibus) Pccatis, criminibus, excessibus et delictis, necnon excommunicationum, suspensionum, interdictorum, et aliis ecclesiasticis ac temporalibus, etiam “rporis afflictivis, et capitalibus sententiis, censuris et pœnis in eos, præ- Missorum Occasione, a iure vel ab honiine latis vel promulgatis, etiamsi in ei viginti et plus annis insorduissent, et eorum absolutio nobis et aposto- lies sedi, et per literas in die cœnæ Domini legi consuetas reservata exis- leret, in utroque conscientiæ videlicet et contentioso foro, plenarie absol- Yendi et liberandi, ac aliorum Christifidelium consortio aggregandi : necnon tum eis super irregularitate per eos præmissorum occasione, etiam quia aie ligati missas et alia divina officia, etiam contra ritus et ceremonias ab éeclesia eatenus probatas et usitatas celebrassent, aut illis alias se miscuis- sn, contracta; necnon bigamia per eosdem ecclesiasticos, seculares vel regulares, vere aut ficte, seu alias qualitercunque incursa (etiamsi ex eo quod clerici in sacris constituti cum viduis vel aliis corruptis matrimonium “Btraxissent prætenderetur), reiectis et expulsis tamen prius uxoribus sic

e facto copulatis : quodque bigamia et irregularitate, ae aliis præmissis 20 obstantibus, in eorum ordinibus, dummodo ante eorum Japsum in 280 REVUE ANGLO—ROMAINE hæresin huiusmodi rite et legitime promoti fuissent, etiam in altaris minis- teriu ministrare, ac quæcunque et qualitercunque etiam curata beneficia secularia vel regularia, ut prius, dummodc super eis alteri ius quæsitum non existeret, retinere; et non promoti ad omnes etiam sacros et presbvteratus ordines ab eorum ordinariis, si digni et idonei reperti fuissent, promoveri, ac beneficia ecclesiastica, si eis alias canonice conferrentur, recipere et retinere valerent, dispensandi et indulgendi; ac omnem infamiæ et inhabi- litatis maculam sive notam, ex præmissis quomodolibet insurgentem, penitus et omnino abolendi, necnon ad pristinos honores, dignitates, famam, et patriam, et bona etiam confscata, in pristinumque, et eum in quo ante præmissa quomodolibet erant, statum restituendi, reponendi, rt redintegrandi; ac eis, dummodo corde contriti eorum errata et excessus alicui per eos eligendo catholico confessori sacramentaliter confiterentur, ac pœænitentiam salutarem eis per ipsum Confessorem propterea iniungen- dam omnino adimplerent, omnem publicam confessionem, abiurationem, renunciationem, et pœnitentiam iure debitam, arbitrio tuo moderandi vel in totum remittendi : Necnon communitates et universitates, ac singulares personas quas- cunque, a quibusvis illicitis pactionibus et conventionibus per eos cum dominis aberrantibus, seu in eorum favorem quomodolibet initis, et es præstitis iurameutis et homagiis, illorumque omnium observatione, et si quem eatenus occasione corum incurrissent periurii reatum, etiam absol- vendi et iuramenta ipsa relaxandi. Âc quoscunque regulares et religiosos, etiam in hæresin huiusmodi, ut præfertur, lapsos, extra eorum regularia loca absque dictæ sedis licentia vagantes, ab apostasiæ reatu et excommu- nicationis, aliisque censuris ac pœnis ecclesiasticis, per eos prorterea etiam iuxta suorum ordinum instituta incursis, pariter absolvendi: ac cum eis ut alicui beneficio ecclesiastico curato de illud obtinentis consensu. etiam in habitu clerici secularis, habitum suum regularem sub honesta toga presbyteri secularis deferendo, deservire, et extra eadem regularia loca remanere libere et licite possint, dispensandi : Necnou quibusvis personis, etiam ecclesiasticis, ut quadragesimalibus et aliis anni temporibus et diebus, quibus usus ovorum et carnium est de iure prohibitus, butyro, et caseo, et aliis lacticiniis, ac dictis ovis et car- nibus, de utriusque seu alterius spiritualis, qui catholicus existeret, medici consilio, aut si locorum et personarum qualitate inspecta ex defectu pis- cium aut olei, vel indispositione personarum earundem, seu alia causa legitima, id tibi faciendum videretur, ut tuo arbitrio uti et vesci possint, indulgendi et concedendi : Necnon per te in præteritis duntaxat casibus, aliquos clericos seculares, tautum presbyteros, diaconos, aut subdiaconos, qui matrimonium cum aliquibus virginibus, vel corruptis secularibus, etiam mulieribus, de facto eatenus contraxissent, considerata aliqua ipsorum singulari qualitate, et cognita eorum vera ad Christi fidem conversione, ac aliis circumstantis ac moôdificationibus tuo tantum arbitrio adbibendis, ex quibus aliis præ- sertim ciericis in sacris ordinibus huiusmodi constitutis, quibus non licet uxores habere, scandalum omnino non generetur; citra tamen altaris ac alia sacerdotum ininisteria, et titulos beneficiorum ecclesinsticorum, at omai ipsorum ordinum exercitio sublato, ab excommunicationis sententia, et aliis reatibus propterea incursis, iniuncta inde eis etiam tuo arhitrio pœnitentia salutari, absolvendi, ac cum eis, dummodo alter eorum supersies remaneref, de cætero sine spe coniugii, quod inter se matrimonium legi- time contrahere, et in eo, postquam contractum foret, licite remanere possent, prolem exinde legitimam decernendo, misericorditer dispensandi: INSTRUMENTA AD POLI LEGATIONEM PERTINENTIA 281

ac quæcumque benificia ecclesiastica, tam secularia quam regularia, et quæ per rectores catholicos possidebantur, de ipsorum tamen rectorum catholicorum consensu, seu absque eorum præiudicio, cuicunque alteri beneficio ecclesiastico oh eius fructus tenuitatem, aut hospitali jam erecto vel erigendo, seu studio universali, vel scholis literariis, uniendi, anuec- tendi, et incorporandi, aut fructus, reditus, et proventus, seu bonorum beneficiorum dividendi, separandi et dismembrandi, ac eorum sic divi- sorum, separatorum, et dismembratorum partem aliis beneficiis seu hospi- talibus, vel studiis aut scholis, seu piis usibus similiter arbitrio tuc per- petuo applicandi et appropriandi : ac cum possessoribus honorum eccle- siasticorum (restitutis prius, si tibi expedire videretur, immobilibus per eos indebite detentis) super fructibus male perceptis, ac honis mobilihus consumptis, concordandi et transigendi, ac eos desuper liberandi et quie- tandi : ac quicquid concordiis et transactionibus huiusmodi proveniret in ecclesiæ cuius essent bona, vel in studiorum universalium aut scholarum huiusmodi, seu alios pios usus, convertendi, omniaque et singula alia, quæ in præmissis et circa ea quomodolibet necessaria et opportuna esse cognosceres, faciendi, dicendi, gerendi et exercendi : Necnon catholicos locorum ordinarios, aut alias personas Deum timentes, fide insignes, et literarum scientia præditas, ac gravitate morum cons- picuas, et ætate veneranda, de quarum prohitate et circumspectione ac charitatis zelo plena fiducia conspici posset, ad premissa omnia, cum simuii vel limitata potestate {absolntione et dispensatione clericorum circa connubia, ac unione beneficiorum, seu eorum fructuum et bonorum sepa- ratione et applicatione, ac concordia cum possessoribus bonorum eccle- siesticorum et eorurm liberatorum, duntaxat exceptis) substituendi et sub- delegandi : ac diversas alias facultates per diversas alias nostras tam sub plumbo quam in forma brevis confectas literas, concessimus, prout inillis plenius continetur. ‘ Verum cum tu ad partes Flandriæ, ex quibus brevissima ad regnum transfretatio existit, te contuleris, ac ex certis rationibus nobis notis inibi aliquamdiu subsistere habeas, ac a nonnulis nimium forsan scrupolosis, hæsitetur, an tu in partibus huiusmodi subsistens, prædictis ac aliis tibi concessis facultatibus uti, ac in eodem regno locorum ordinarios aut alias personas, ut præmittitur, qualificatas, quæ facultatibus per te iuxta dictarum literarum continentiam pro tempore concessis utantur, alias iuxta earundem literarum tenorem substituere et delagare possis : Nos causam tuæ subsistentiæ it eisdem partibus approbantes, et singularum literarum prædictarum tenores præsentihus pro sufficienter expressis ac de verbo ad verbum insertis habentes, circumspectioni tuæ quod quamdiu in eisdem partibus de Hicentia nostra moram traxeris, legatione tua prædicta durante, etiam extra ipsum regnum existens, omnibus et singulis præ- dictis et quibusvis aliis tibi concessis, et quæ per præsentes tibi conce- duntur, facultatibus, etiam erga quoscunque archiepiscopos, episcopos, ac abbates, aliosque ecclesiarum tam secularium quam quorumvis ordinum regularium, necnon monasteriorum et aliorum regularium locorum præ- latos, non secus ac erga alios inferiores clericos, uti possis; necnon erga alias personas in singulis literis prædictis quovismodo nominatas, ad te pro tempore recurrentes vel mittentes, etiam circa ordines quos nunquam aut male susceperunt, et munus consecrationis quod eis ab aliis episcopis vel archiepiscopis etiam hæreticis et schismaticis, aut alias minus rite et non servata forma ecclesiæ consueta, impensum fuit, etiamsi ordines et munus hujiusmodi etiam circa altaris ministerium temere executi sint, per te ipsum vel alios, ad id a te pro tempore deputatos, libere uti; ac in 282 REVUE ANGLO-ROMAINE

eodem regno tot quot tibi videbuntur locorum ordinarios, vel-alias per- sonas, ut præmittitur, qualificatas, quæ facultatibus per te eis pro tempore concessis (citra tamen eas quæ solum tibi, ut præfertur, concessæ exis- tunt), etiam te in partibus Flandriæ huiusmodi subsistente, libere utantur, et eas exerceant et exequantur, alias iuxta ipsarum literarum continentiam ac tenorem substituere et subdelagare : Necnon de personis quorumcunque episcoporum vel archiepiscoporum, qui metropolitanam aut alias cathedrales ecclesias de manu laicorum étiam schismaticorum, et præsertim qui de Henrici regis et Edwardi eius nati receperunt, et eorum regimini et administrationi se ingesserunt, et eorum fructus, reditus et proventus etiam longissimo tempore tanquam veri archiepiscopi aut episcopi temere et de facto usurpando, etiamsiin hæresin, ut præfertur, inciderint, seu antea hæretici fuerint, postquam per te unitati Santæ Matris Ecclesiæ restituti extiterint, tuque eos reha- bilitandos esse censueris, si tibi alias digni et idonei videbuntur, eisdem metropolitanis et aliis cathedralibus ecclesiis denuo, necnon quibusvis als cathedralibus etiam metropolitanis ecclesiis per obitum vel priva- tionem illarum præsulum, seu alias quovismodo pro tempore vacantibus, de personis idoneis, pro quibus ipsa Maria regina iuxta consuetudines ipsius regni tibi supplicarent, auctoritate nostra providere, ipsasque personas eisdem ecclesiis in episcopos aut archiepiscopos præficere : ac cum eis qui ecclesias cathedrales et metropolitanas de manu laicorum etiam schismaticorum, ut præfertur, receperunt, quod eisdem seu als, ad quas eas alias rite transferri contigerit, cathedralibus etiam metropo- litanis ecclesiis, in episcopos vel archiepiscopos præesse, ipsasque eccle- sias in spiritualibus et temporalibus regere et gubernare, ac munere con- secrationis eis hactenus impenso uti; vel si ullud eis nondum impensum extiterit, ab episcopis vel archiepiscopis catholicis per te nominendis suscipere libere et licite possint : necnon cum quibusvis per te, ut præ- mittitur, pro tempore absolutis et rehabilitatis, ut eorum erroribus et excessibus præteritis non obstantibus quibustis cathedralibus etiam metropolitanis ecclesiis in episcopos et archiepiscopos præfici et præesse, illasque in eisdem s«piritualibus et temporalibus regere et gubernare, ac ad quoscunque etiam sacros et presbyteratus ordines promoveri, et in? illis aut per eos iam licet minus rite susceptis ordinibus etiam in altaris ministerio ministrare, necnon munus consecrationis suscipere, et illo uti libere et licite valeant, dispensare etiam libere et licite possis, plenam et liberam apostolicam auctoritatem per præsentes concedimus facultatem et potestatem : non obstantibus constitutionibus et ordinationibus aposto- licis, ae omnibus illis quæ in singulis literis præteritis voluimus non obstare, cæterisque contrariis quibuscunque. Datum Romæ apud sanctum Petrum sub annulo piscatoris die 8 Martii 4654, pontificatus nostri anno 5.

                                    HN


                          Dispensatio Generalis.

    (E Statuto 1 et 2 Philippi et Marite, c. 8. Gibson, Codex, p. 41.)

Reginaldus miseratione divina Sanctæ Mariæ in Cosmodin, sanctæ Ro- manæ Ecclesiæ Diaconus, Cardinalis Polus nuncupatus, ad Serenissimos Philippum et Mariam, Angliæ Reges, fidei defensores, et universum Anglie regnum, sanctissimi Domini nostri Papæ, et sedis Apostolicæ de latere INSTRUMENTA AD POLE LEGATIONEM PERTINENTIA 983

legatus, eisdem Serenisaimis Philippo et Mariæ Regihus ralutem in Domino sempiternam. Cum supremum Concilium istius Regni, Parliamentum auncupatum, Maiestatibus vestris per suos supplices libellos exposuisset, quod perniciosissimo schismate in hoc regno alias vigente, quod nunc Dei misericordia, et Maiestatum vestrarum pietate extinctum est authoritate ipsius Parliamenti, nonnulli Épiscopatus divisi, et ex his aliquæ inferiores Écclesiæ in Cathedrales erectæ, et scholæ atque hospitalia fundata, nec son plurimæ dispensationes et beneficiorum"provisiones factæ fuerunt, ac multæ personæ quibus persuasum fuerat, iuris canonici disporitiones hoc ia regno amplius locum non habere, inter ke in gradibus consanguinitatis vel aflinitatis de iure prohibitis, et aliis impedimientis Canonicis sil obstantibus, matrimonia per verba de prwsenti contraxerunt, et multi actus iudiciarii, et processus, tam iu priinis quam ulterioribus instantiis super rebus spiritualibus et Écclesiasticis coram Judicibus tam Ordinariis quam Delegatis, qui authoritate laicali procedebant, habiti et servati, ac super eis etium sontentiæ latæ, et promulgatiæ fuerunt, et bona Ecclesiastica per diversas eiusdem regni personas occupata, et apprehensa fuerunt : Quæ quidem licet ex sacrorum Canonum institutis irrita deelarari possent, tamen si ad alium statum, quam in quo nunc sunt, revocarentur, publica pax et quies universi regni turbaretur, et maxima confusio oriretur, priesertim si dictorum bonorum possessores molestarentur; et propterea Maiestatibus vestris humiliter supplicuverint, ut apud nos intercedere dignentur, ut præmissarum rerum firmitaii, et stabilitati, et simul huius regni quieti, et tranquillitati, de benignitate Apostolica providere velimus; Cumque Épiscopi quoque deinde, ac reliquus provinciæ Cantuariensis Clerus tutum fere corpus Ecclesiasticorum regni reprwsentans, ad quos hæc bonorum Ecelesiasticorum causa maxime pertinet, exposuerint, quod hæc bona ad ius Ecclesticorum revocare non possunt, quin pax universalis, et quies huius regni turbetur, et causa fidei atque unitatis Ecclesiw, iam toto omnium consensu hoc in regno introducta, in maximum periculum sdducatur: et propterea ipsi quoque supplicaverint, ut apud nos inter- cedere velint, ut in his bonis Ecclesiasticis possessoribus relaxandis restricti et difficiles esse nollemus:; Maiestates autem vestræ, ad quas maxime spectat providere, ut regnum isparum potestati, regimini, ét Curæ commissurm, in pace et tranquillitate conservetur, his supplicationibus et postulatis cognitis et mature Consideratis, iudicaverint ea omnia, et maxime illa quæ in bonorum Ecclesiasticorum causa petuntur, pro causa fidei, et pro pace publica, per nos debere fine ulla dilatione concedi, et quemadmodum rogatæ fuerunt, apud nos intercedere dignatæ fuerint, prout in supplicationibus per idem supremum Concilium et Épiscopos ac Clerum prifatum Maiestatibus vestris porrectis, atque libello interces- sionis per easdem Maiestates vestras nobis simul cum alüs supplicatio- aibus exhibito, latius apparet. Idcirco, nos qui ad Maïiestates vestras et hoc nobilissimum vestrum Regnum, a Sanctissimo Domino nostro Julio Papa tertio, ipsius et sedis Apostolicæ de latere legati missi sumus, ut regaum istud, quod iam diu ab Ecclesiæ Catholicæ unitate separatum fuerat, Deo et Ecclesiæ Christi, eiusque in terris Vicario reconciliaremus, et ut ea omnia quæ ad pacem et tranquillitatem huius regni pertinerent, omni studio procuraremus, postquam Dei benignitate, et Maiestatum restrarum pietale, per authoritatem eiusdem Sanctissimi Domini nostri Papæ, cuius vices hic sustinemus, reconciliatio iam facta est, ut paci et tranquillitati regni præfati consulamus : Atque ut unitas Ecclesiæ ex qua salus animar’ pretioso Christi sanguine redemptarum dependet, hoc in regno iam introducta, corroboretur, et salva permaneat; cum utriusque 284 ‘ * REVUE ANGLO-ROMAINE L]

rei stabilitatem in eo maxime consistere, si horum Ecclesiasticorum bo- norum possessoribus molestia nulla inferatur quo minus ea teneant, tot el tam gravia testimonia nobis fidem faciant, et Mfaiestatum vestrarum intercessin@juæ pro unit. Ecclesiæ, et sedis Apostolicæ authoritate hoc in regno idfauranda, tam studiose, et tam pie elaborarunt, eam quam par est a@horitatem, apud nos habeat, et ut universum hoc regnum sedis Apostolicæ maternam vere indulgentiam, et charitatem erga se agnosc’ et re ipsa experiatur; Quoscunque ad quos infra scripta pertinent, a quibusvis excommunication’ suspension’ et interdictis, aliisque Ecclesias- ticis sententiis, censuris et pœnis a iure vel ab homine quavis occasione vel causa latis, si quibus quomodolibet innodati existunt, ad effectum præsentium duntaxat consequendum, barum serie absolventes et abso- lutos fore censentes, authoritate Apostolica, per litteras sanctissimi Domini nostri Dom. Julii Papæ tertii nobis concessa, et qua fungimur in hac parte, tenore præsentium dispensamus, Quod omnes et singulæ Ca- thedralium Ecclesiarum erectiones, hospitalium et scholarum fundationes tempore præterit schismatis, licet de facto et nulliter attentatæ, in eo statu in quo nunc sunt, perpetuo firmæ et stabiles permaneant, illisque Apostolicæ firmitatis robur adiicimus, ita ut non ea authoritate, qua prius, sed ea quam nunc eis tribuimus factæ ab omnibus censeantur. Et cum omnibus et singulis personis regni prædicti quæ in aliquo consan- guinitatis vel aflinitatis gradu etiam multiplici vel cognationis spiritualis seu publicæ honest’ iustitia impedimento de iure positivo introductis, et in quibus Sanctissim. Domin. noster Papa dispensare consuevit, matrimonia scienter vel ignoranter de facto contraxerint; ut aliquo impedimentorum præmissorum non obstante, in eorum matrimon. sit contractis, libere et licite remanere, seu illa de novo contrahere possint, misericorditer in Dom. dispensamus, prolem susceptam, suscipiendan, legitimam decernentes; ita tamen ut qui scienter et maliciose contraxe- rint, a sententia excommnnication’ et ab incestus seu sacrilegii reatu. absolution' a suo Ordinario vel Curato, quibus id faciendi facultatem concedimus, obtineant : Ac omnes Ecclesiasticas, seculares, seu quo- rumvis ordinum regulares personas quæ aliquas impetrationes, dispensa- tiones, concessiones, gratias et indulta, tam ordines quam benefcis Scclesiastica, seu alias spiritual’ materias, prætensa authoritate Supremi- tatis Ecclesiæ Anglicanæ, licet nulliter et de facto obtinuerint, et ad cor reversæ Ecclesiæ unitati restitutæ fuerint, in suis.ordinib’ et benefc’ per nos ipsos, seu a nobis ad id deputatos, misericorditer recipiemus, prout iam multæ receptæ fuerunt, secumque super his opportune in domino dispensabimus. Ac omnes process’ in quibusvis instantiis coram quibusvis Judicibus tam ordinar’ quam delegatis etiam laicis super mater’ spiri- tualibus habitos et formatos, et sententias super eis latas, licet nulliter et de facto, quo ad nullitatem ex defectu iurisdict’ præf’ tantum insur- gentem, sanamus, illosque et illas authoritate Apostolica confirmamus : Ac quibusvis huius regni personis ad quarum manus bona Ecclesiastica ex quocunque contractu seu titulo oneroso vel lucrativo iam devenerint, illaque tenuerint, seu etiam teneant, omnes, et quoscunque fructus ex eiusdem bonis, licet indebite perceptos, in totum remittimus et relaxamus : Volentes ac decernentes, quod dictorum bonorum Ecclesiasticorum tam mobilium quam immobilium possessores præf’ non possint in præsenti nec in posterum, seu per conciliorum generalium vel provincialum dis- positiones, seu decretales Romanorum Pontificum Epistolas, seu aliam quamcunque censuram Ecclesiasticam, in dictis bonis, seu eorundem possessione molestari, inquietari vel perturbari, nec eis aliquæ censuræ INSTRUMENTA AD POLI LEGATIONEM PERTINENTIA 285

vel pœnæ Ecclesiasticæ propter huiusmodi detentionem, seu non restitu- tionem irrogari vel infligi; et sic per quoscunque Judices, et auditores, sublata eis quavis aliter iudicandi et interpretandi facult’ et authorit’ iudicari et definiri debere, et quicquid secus attemptari contigerit, irritum et inane fore decernimus, non obstantibus præmissis defectibus, et quibusvis Apostolicis, ac in provincialihus, et synodalibus conciliis editis, specialibus vel generalibus, constitutionibus et ordinationibus, cæterisque contrariis quibuscunque. Admonemus tamen, cum divisio Episcopatuum et erectio Cathedralium Ecclesiarum sint de maicribus causis, quæ summo Pontifici sunt reservatæ, recurrendum esse ad suam sanctitatem, , et ab ea suppliciter postulandum, ut hæc coufirmare, seu de novo facere digretur. Et licet omnes res mobiles Ecclesiarum indistincte eis qui eas tement, relaxaverimus, eos tamen admonitos esse volumus, ut ante oculos habentes divini iudicii severitatem contra Belthasarem Regem Babylouis, qui vasa sacra non a se, sed a patre e templo ahlata in prophanos usus convertit, ea propriis KÉcclesiis si extant, vel aliis restituant. Hortantes etiam, et per viscera misericordiæ Jesu Christi obtestantes eos omnes quos hæc res tangit, ut salutis suæ non omnino immemores, hoc saltem etliciant, ut ex bonis Ecclesiasticis, maxime iis quæ ratione parsonatuum et vicariatuum populi ministrorum sustentationi fuerint specialiter desti- nata, seu aliis Cathedralibus, et aliis quæ nune extant, inferioribus Écciesiis curam animarum exercentibus, ita provideatur, ut earum pas- : tores, parsonæ et vicarii, commode et honeste iuxta earum qualitatem et statum sustentari possint, et curam animarum laudabiliter exercere, et oera incumbentia congrue supportare. Datum Lambeth. prope Lon- disum, Wintonien. Dioces. Anno Nativitt Dom. MDLIV. Nono Cal. Januarii, Pontif. Sanctiss. in Christo patris, et Domini nostri, Domini Jubi, divina providentia, Fapæ tertii, anno quinto. Reginaldus Cardinalis Polus Legatus.

                                 III

                     Facultates pro Episcopis.

                {Burnet, ed. Pocock, vol. vi. p. 361.)

Reginaldus, miseratione divina Sanctæ Mariæ in Cosmedin sanctæ Romanæ ecclesiæ diaconus cardinalis Polus nuncupatus, sanctissini domini nostri papæ, et sedis apostolicæ, ad serenissimos Philippum et Mariam, Angliæ reges, et universum Angliæ regnum, de latere legatus; venerabili, ac nobis in Christo dilecto, episcopo Norwicensi, seu eius in spiritualihur Vicario generali salutem in Domino sempiternam. Cam sanctissimus in Christo pater dominus noster, dominus Julius divina providentia papa tertius, inter alias facultates pro huius regni omniumque personarum in eo existentium sanctæ ecclesiæ catholicæ reconciliatione facienda necessarias nobis in nostra hac legatione concessas hance specia- liter indulserit, ut quoscunque in hæresium et schismatis errores Japsos ab eis et a quibuscunque censuris et pœnis propterea incursis absolvere, et cum eis super irregularitate præmissorum occasione contracta dispensare, et alia multa ad hæc necessaria seu quomodolibet opportuna facere; et hoc idem munus catholicis locorum ordinariis et aliis personis Deum timen- tibus, fide insignibus et literarum scientia præditis, demandare possimus; pront in eius literis tam sub plumho quam in forma hrevis expeditis plenius 286 REVUE ANGLO-ROMAINE

continetur, Cumque Dei benignitate et serenissimoruin regum pietate regnum hoc universaliter, et omnes domini spirituales et temporales, aliæque person communitatum, in eo quo proxime celebratui et parlia- mento congregatæ singulariter primo, et deinde universum corpus cleri provinciæ Cantuariensis, et omnes fere personæ singula dictum corpus repræsentantes, coram nohis existentes, aliæque pleræque fuerint sanctæ ecclesiæ catholicæ per nos ipsos reconciliatæ: speremusque fore ut omhes aliæ quæ reconciliatæ adhuc non sunt reconciliari debeant; difficileque et potius impossibile sit, ut tam nuinerosa multitudo per nos ipsos reconci- lietur; Ideo vices nostras, in hoc, locorum ordinariis et aliis personis ut supra qualificatis delegandas duximus. Circumspectioni igitur vestræ, de cuius probitate et charitatis zelo plenai in Domino fiduciam obtinemus, auctoritate apostolica nobis per literas eiusdem sanctissimi domini nostr papæ concessa, et per nos vobis nunc impensa, omnes et singulas utriusque sexus, tam laicas quam ecclesiasticas, seculares et quorumvis ordinum regulares vestræ civitatis et diocesis personas, in quibusvis etiam sacris ordinibus constitutas, cuiuscumque status et qualitatis existant, etiam x capitulum, collegium, universitas, seu communitas fuerit, quarumvis bære- sium aut novarum sectarum professores aut in eis culpabiles vel suspectas. ac credentes receptatores et fautores ecrum, suos errores agnoscentes, ac de illis dolentes, et ad orthodoxam fidem recipi humiliter postulantes, cognita in ipsis vera et non ficta aut simulata pœnitentia, ab omnibus et singulis hæresium, schismatis, et ab orthodoxa fide apostasiarum et blas- phemiarum et aliorum quorumcunque similium errorum etiam sub generali sermone nou venientium peccatis, criminibus, excessibus et delicis, {de quibus tamen iam inquisiti vel accusati seu condemnati non fuerint) et qui- busvis excommunicationis, suspensionis et interdictorum, et aliis eccle- siasticis et temporalibus censuris et pænis, in eas præmissorum et infra- scriptorum occasione a iure vel ab homine latis vel promulgatis, etiam si in eis pluribus annis insorduerint, et earum absolutio dictæ sedi etiam per literaes in cœna Domini legi consuetas reservata existat, in utroque cons- cientiæ scilicet et contentioso foro, eos vero qui iam inquisiti vel accusati aut condemnati fuerint, ut præfertur, ad cor revertentes in foro conscientir tantum plenarie absolvendi et liberandi : Neenon cum eis super irregula- ritate par eos præmissorum occasione contracta, etiam quia sic ligati missas et alia divina officia, etiam contra ritus et ceremonias hactenux probatas et usitatas, celebraverint, aut illis alias se immiscuerint, contracta: quodque irrigularitate et aliis præmissis non obstantibus in suis ordinibus. etiam ab hæreticis et schismaticis episcopis etiam minus rite, dummode in eorum collatione ecclesiæ forma et intentio sit servata, per eos susceptis. etin eorum susceptione etiamsi luramentum contra papatum Romanun: præstiterint, etiam in altaris ministerio ministrare, ac quæcunque quot- cunque et qualiacunque etiam curata, invicem tamen se compatientia, beneficia secularia vel regularia {dignitatibus in collegiatis ecclesii- principalibus et in cathedralibus etiam metropolitanis post pontificalem maioribus exceptis), etiam a schismaticis episcopis seu aliis collatoribus etiam laicalis potestatis prætextu habita, auctoritate apostolica retinere, dummodo alteri ius quæsitum non sit, et non promoti ad omnes etiam sacros et preshiteratus ordines a suis ordinariis, si digni et idonei reperti fuerint, rite et legitime promoveri, ac beneficia ecclesiastica etiam curata. si eis alias canonice conferantur, recipere et retinere valeant, qualitate temporis, ministrorum defectu, et ecclesitæ necessitatibus utilitatibusque ita poscentibus, dispensandi et indulgendi, ac omunem inhahilitatis et infamiæ maculam sive notam ex præmissis quomedolihet insurgentem penitus INSTRUMENTA AD POLE LEGATIONEM .PERTINENTIA 287 et omnino abolendi : Necnon in pristinum, et eum in quo ante præmissa quomodolibet erant, statum, ita ut omnibus et singulis gratiis, privilegiis, favoribus et indultis, quibus cæteri Christi fideles gaudent, et gaudere quomodolibet possunt, uti et gaudere valeant in omnibus et per omnia, perinde ac si a fide catholica in aliquo nunquam defecissent, restituendi et reponendi et redintegrandi, ac eis (dummodo corde contriti sua errata et excessus circumspectioni vestræ seu alicui alteri per eos eligendo catho- Hco confessori sacramentaliter confiteantur, ac pœænitentian] salutarein eis pro præmissis iniungendaem omnino adimpleant}, omnem publicam confes- sionem, abiurationem, renunciationem et pœnitentiam iure debitas arbitrio vestro moderandi vel in totum remittendi : Necnon quoscunque regulares et religiosos, extra eorum regularia loca absque sedis apostolicæ licentia errantes, ab apostasiæ reatu et excommunicationis aliisque censuris et pœænis ecclesiasticis per eos propterea etiam iuxta suorum ordinum insti- tuta incursis, iniuncta eis pro modo culpæ pænitentia salutari, pariter absolvendi : et super quacunque irregularitate propterea per eos contracta, ac cum eis ut alicui curato beneficio de illud obtinentis consensu, etiam in habitu clerici secularis, habitum suum regularem su} honesta toga presbi- teri secularis deferentes, deservire, et extra eadem loca regularia remanerc ad beneplacitum nostrum libere et licite possint, eadem auctoritate apos- tolica, ob defectum ministrorum et alias prædictas causas, dispensandi : Ac quoscunque qui in sacris ordinibus constituti matrimonia etiam: cum viduis et corruptis mulieribus de facto contraxerint, postquam mulieres sic copulatas reiecerint, illisque abiuraverint, ab huiusmodi excessibus et excommunicationis sententia, imposita eis pra modo culpæ pœænitentia salutari, in forma Ecclesiæ consueta absolveudi : Ac cum eis, postquam pœænitentiam peregerint et continenter ac laudabiliter vivere cogniti fuerint, super bigamia propterea per eos contracta, ita ut ea non obstante in qui- busvis susceptis et suscipiendis ordinibus etiam in altaris ministerio minis- trare, ac alicui beneficio ecclesiastico, de illud obtinentis consensu, deser- vire, et extra tamen diocesim in qua fuit copulatus, eisdem de causis dispensaudi ; Necnon parochialium ecclesiarum tuæ diocesis rectores sive curatos, de quorum fide, probitate, circumspectione ac charitatis zelo plena fiducia conspici possit, ad quarumcunque utriusque sexus suæ parochiæ personarum laicarum tantum absolutionem, et ecclesiæ catholicæ reconci- lationem, ut præfertur, auctoritate apostolica faciendam : Et si qui ex curatis prædictis ad id idonei non fuerint, in eorum defectum alias idoneas et sufficientes personas qui eorum vices suppleant nominandi et deputandi, quas sic per eas nominatas et deputatas in locum nostrum in premissis absolutionibus et reconciliationibus substituimus, eisque vices nostras subdelegamus, plenam et liberam auctoritate apostolica nobis ut præmit- titur concessa tenore præsentium concedimus facultatem, vosque in præ- missis omnibus in nostrum locum substituimus, præmissis ac regula de insordescentibus et ordinationibus apostolicis et omnibus illis, quæ in literis prædictis sanctitas sua voluit non obstare, contrariis non obstan- tibus quibuscunque, præsentibus in præteritis casibus locum habentibus, et ad beneplacitum nostrum duraturis. Dat' Lambehith prope Londinum Wintoniensis diocesis anno a nativitate Domini millesimo quingentesimo quinquagesimo quinto, quarto calendas Februarii pontificatus sunctissimi in Christo patris et domini nostri domini Julii divina providentia papie tertii anno quinto. Reg. Cari!s Polus, leg. M. Antouius faita, secr. 288 REVUE ANGLO-ROMAINE

                           BULLE DE PAUL IV

Dès le début de son pontificat, Paul IV, successeur de Jules III, s’empressa de confirmer par la Bulle du 19 juin 1555 tous les pou- voirs du Légat et de ratifier lous ses actes. Relativement aux ordres, il approuve ce qui avait été fait, mais il y ajoute une clause nouvelle: Lila tamen ut qui ad ordines tum sacros quam non sacros ab alio quam epi- scopo aut archiepiscopo rite ac recle ordinato promoti fuerint, eosdem ordi- nes ab eodem Ordinario de noxo percipere teneantur nec interim in sisdem ordinibus ministrent. Naturellement on demandaau Saint-Siège quels étaient ces évêques rite ac recte ordinati, et le Pape, désirant hæsilalionem hujusmodi tollere et serenilati consrientiæ eorum qui, schismate prædicto durante, ad ordines promoti fuerunt......... consulere, répondit, par un Bref du 30 octobre de la même année, que les évèques rite et recte ordinati étaient les évêques ordinatiin forma Écclesiæ. Nous donnerons ce Bref dans notre prochain numéro.

Voici la partie de cette Bulle qui se rapporte aux ordres: Nos iudicantes reductionem regni hujusmodi a qua tot aniniarum pretiosissimo Domini nostri Jesu Christi sanguine redemptarum salus dependet ac ipsius regni in confessione vere fidei et unitate catholice ecclesiae pacem et tranquillitatem nullis ter- renarum reruni aflectibus perturbari debere, premissis omnibus cum nonnullis ex eisdem fratribus nostris ipsius Romane Ecclesie Cardinalibus propositis et diligenter discussis habitaque desuper deliberatione matura, singula dispensationes, decreta adiectionem, sanationem, remissionem, relaxationem et voluntatem Reginaldi Cardi- nalis et Legati hujusmodi ac prout illa concernunt omnia et singula per eumdem Reginaldum Cardinalem et Legatum in premissis gesta et facta ac in eisdem litteris contenta, ita tamen ut qui ad ordines tam sacros quam non sacros ab alio quam episcopo aut archiepiscopo rite et recte ordinato promoti fuerunt, eosdem ordines ab eorum Ordinario de novo suscipere teneantur nec interim in eisdem ordinibus ministrent, prefata auctoritate apostolica ex certa scientia approbamus et confirmamus et illis plenum et perpetuum inviolabilis firmitatis robur adjicimus, supplentes omnes et singulos juris et facti defectus, si qui forsan intervenerint in eisdem, eaque oinnia valida et efficacia fore suosque plenarios effectus sortiri debere decernimus. Et nihilo- minus pro potiori cautela cum his omnibus cum quibus idem Reginaldus Cardinalis et Legatus, ut prefertur, dispensavit modo et forma predictis, itatamen utad ordines predic- tosab alio quam episcopo aut archiepiscopo,ut prefertur, ordinato promoti, crdines ipsos, ut premittitur, de novo suscipere teneantur, etinterim, ut prefertur, non ministrent, eadem apostolica auctoritate de specialis dono gratie de novo dispensamus ac ea omnia que prefatus Reginaldus Cardinalis et Legatus decrevit, decernimus, necnonomnibus his quibus ipse robur apostolice firmitatis adiecit, nos quoque robur ipsum adiicimus, ac processus ct sententias quos et quas ipse, ut prefertur, sanavit, modo et forma pre- missis sanamus fructusque ex eisdem bonisecclesiasticis, ut prefertur, perceptis, prout per ipsum Reginaldum Cardinalem et Legatum remissi et relaxati fuerunt personis que Îlos perceperunt, remittimus et relaxamus. Ac demum ea omnia que idem Reginal- dus Cardinalis et Legatus in eisdem litteris voluit nos quoque volumus ac per eum, ut prefertur, admonitos admonemus, aliasque et alia agimus et facimus que et prout ipse in prefatis litteris egisse et fecisse dignoscitur. .

                               Le Directeur-Gérant: VERNAND PORTAL.
             PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.

:

1e ANNÉE : X°7 . 48 JANVIER 1896

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu es Petrus, ct su- Spiritus Sanctus po- per hanc petram suit episcopos ro- ædificabo Écciesiam gere Écclosiam Doi. meam ... et tibi dabo claves ACT. zx. 3. MaTTH. XVI. 18-19.

                                 SOMMAIRE :,
                                                                                  PAUES

. W.H. Hurron.... William Laud, archevêque de Cantorbéry. 289 Right Rev. W.B. Hornsr.... La Mission anglaise des Universités dans l'Afrique Centrale.................... 303 D.Cmoisnarv.. Apercu historique de la restauration du Plaïn-Chant grégorien...... esse 307 Chronique ...........1..,..... ses 316 à s ssssoreresessessesssse 318 s Documenrs. sel de Leofric. — Do- cuments divers relatifs aux ordinations anglicanes. — Congé d'élire. — Lettre de S. Sainteté Léon XIII à S. Em. le car- dinal Parocchi (archéologie chrétivnne). 321

                                    PARIS
        RÉDACTION                 ET      ADMINISTRATION
                                17, RUE CASSETTE


                                        1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES FRANCE À LA PAGE: “UN AN... Q0fr SiX Mois ........ esse ai fr. La page............. sers 30 fr. TROISMOIS ....:.......... 6 fr. La 4/2 page............ 20 fr Le 1/4 page....... ses. 10 fr

         ÉTRANGER                                          A LA LIGNE:

UN 4N.................. 25 fr Sur 4/2 colonne: laligne.. ffr. SIX MOIS... ........... .... 43 fr. TROIS MOIS. .............. 7 fr.

                                               Les annonces sont reçues

LE NUMÉRO France... Ofr. 50 aux bureaux de la Revue 17. ÉTRANGER... dfr. » rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

     MÉDAILLE DE                           JEANNE D'ARC
            Jeanne terrassant 1na Franc-Maçonnerie

À l'heure présente, un peu partout, mais seulement son étendard où brillent kes surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l'extrémité dr prises: l'armée de Dieu et de 14 religion, la hampe, elle frappe st traverse le dr:- ot la franc-maçonnerie. gon représentant la Franc-Maconnerie. Le Le Souverain Pantife a dénoncé le danger monstre est revêtu des insignes maçonni- qui menace la sociélé civile, en mème temps ques; dans sa rage impieil renverse le ca- quo le caractère criminel de la secte, ses lice et l’hostie, et il exbale son cri de rage: projelsel ses arlifices. Nt Dieu ni Maître. Le cheval se cabre au- IP invite les chrétiens à combattre ot à dessus des Saints Mystères profanés: et repousser l'ennemi, non pas avec des ar- Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en mes dissimulées au dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre: De par le Ro: en pleine lumière et bien ouvertement. du Ciel! On a voulu répondre à la voix du Pape, On a su, avec un art parfait, renfermer par une médaille que chacun porterait dans les limites étroites d'une médulle comme un signe de sa foi at de sa soumis- tout ce drame religieux et patriotique. sion. . C'est un petit chef-d'œuvre de dessin et ür Cette médaille qui est une véritable œu- gravure. vre d’art, réunit l'amour de PEglise ct Nous tenons ceite médaille en argent à }: l'amour de la France sous les traits de disposition de nos lecteurs. Jeanne d’Âre terrassant la Frane-Maconne- if suffit d'adresser, en mandat-post. rie. autant de fois 4 fr. 2% que l'on désire rv- Tout ie monde connait l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. grand Maître interdisant aux loges d'accop- Par unité, ajouter © fr. 80 en sus prur ter la fête nationale de Jeanne la honne la recommandation ‘à la poste, Française, et l'opposition que la secte Par quantité de 4 douzaine et au-dessus. continue de faire à la Pucelie ot à son et pour les localités desservies par le ch triomphe. min de fer, en raison de la valeur déclaré. C'est de là que vient lidéc ou le dessin compter un minimum de deux francs de la médaille. pour le port ct l'emballage, Jeanne à cheval, armée du secours de Envoyer les lettres ot mandats à M. l'ut Dicu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministrateur de la Revae, 417, rue Casscttr. WILLIAM LAUD ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY

C'est avec le plus grand plaisir que j'accepte, à la demande cour- bise et fraternelle du directeur de la Revue Anglo-Romaine, d'écrire quelques mots sur le grand prélat anglais du xvu® siècle.' Bien qu'il y ait quelques points dans sa vie elses opinions de na- lüre à déplaire à nos frères de l'Église romaine, ilen estd'autresqu'ils admireront, je le sais; el ils seront du moins tout préparés, après avoir lu cette étude, à étudier son rôle particulier etle jour qu'il projette sur l'histoire de l'Église anglaise. William Laud naquit le 7 octobre 1573. Îl fut exécuté le 10 janvier

1 Nous avons cru qu'une étude sur Laud intéressorait particulièrement nos lec- teurs francais. Cet archevéque, en eflet, esi une des personnalités les plus remar- qubles de l'Eglise anglicane; il a contribué plus que tout autre à refouler le courant calviniste qui l’envahissait; il a lutté pour la conservation de la doctrine sacramentelle et contribué puissamment à la restauration des cérémonies et du clte. Laud a été un des plus illustres représentants des idées religieuses d'Henry VIII et un des adversaires les plus vigoureux des idées religienses qui out dominé sous Edouard VI. Mais, comme le dit l’éminent auteur de l'article, «il est des points de nature à déplaire aux catholiques » dans cet homme par ailleurs si digne de notre intérêt. Sa controverse contre les théologiens romains l'amène à soutenir des thèses que nous ne saurions admettre. Nous avons pensé cependant qu'il était nécessaire de les connaître, non pas seulement à cause de lntérêt rétrospectif qu’elles présentent, mais parce que beaucoup d'anglicans les professent encore. Nous nous contenterons de faire à ce sujet trois courtes remarques :

{° Au sujet de l'infaillibilité personnelle du Souverain-Pontife, rejetée par Laud, rejetée à cotte même époque par un certain nombre de théologiens catho- liques, nous devrions nous souvenir, dans l'Eglise anglicane comme dans l'Eglise romaine, que derrière ce mot se cachent bien des malentendus. 2° L'intolérance de l'Eglise romaine a sauvé, au Concile de Trente, le dépôt de la tradition, 11 est d'ailleurs curieux de voir Laud accuser Rome d'intolérance, lui qui, certes, n’a guëre été tolérant envers les auteurs de ces mêmes doctrines condamnées par le Concile de Trente. 3 Au sujet de plusieurs Eglises également véritables, également légitimes, il ÿ aurait bien à D Que les Eglises, séparées de l'Eglise-Mère, puissent conserver les sacrements 1 posséder une certaine juridiction, cela n'est pas douteux, Mais qu'elles puissent être légitimement séparées et que le troupeau du Sauveur ainsi divisé en plusieurs parües soit la réalisation de la volonté de Jésus-Christ : unum ovile el unus paslor, Voilà qui est inadmissible, — F. P.

 REVUE ANGLO-ROMAINE, — T. 1, — 19.




                                                                                            Google

290 REVUE ANGLO-ROMAINE

  1. Son éducation commença à l'époque où les Anglais étaient le

plus opposés à la cour de Rome et à l'Espagne. L'offre du Saint- Père d'accepter le « Livre de prières anglais », si elle avait abouti, aurait pu faire cesser la grande rupture. L'excommunication et la déposition d'Élisabeth firent passer le conflit sur le terrain politique et rendirent le différend irrémédiable. L'Armada augmenta l'opposition entre l'Angleterre etles puissances catholiques du Continent. Ce fut au milieu de ce sentiment national passionné que Laud reçut son éducatiun. Il s'éleva lentement aux plus hautes fonctions. 11 devint président de son collège de Saint Jean-Baptiste, à Oxford; puis successivement doyen de Gloucester, évêque de Saïint-David, évêque de Bath et Wells, évèque de Londres, et enfin, en 1633, archevèque de Cantor- béry. Comme ami de Buckingham et de Strafford, il se trouva en rapports intimes avec le roi Charles Il‘, devint son confesseur, el exerça une grande influence sur sa politique religieuse. Dans l'opi- nion populaire, il fut aussi identifié avec les mesures arbitraires de Charles à l'égard de ses Parlements, et, quand les. presbytériens arrivèrent au pouvoir, il fut d'abord emprisonné, puis dévapilé, parce que ceux-ci le regardaient comme leur adversaire dans l'Église et dans l'État. Telle fut, en quelques mots, sa vie. Ses actions ct ses ouvrages montrent que son but principal fut de débarrasser l'Angleterre du calvinisme. Personnellement, il essaya de donner entièrementcomme base à son enseignement, la Bible, les Pères, et les traditions angli- canes, interprétant ces dernières par les autres. Il s'attacha à mettre fin à l’irrévérence, au désordre et aux négli- gences dans le service divin.

  1. — En ce qui concerne les ornements sacerdotaux, Laud se servil de ceux qui avaient été gardés depuis la Réforme dans les chapelles royales et ailleurs. IT. — 11 fixa les autels dans les églises, disant que « l’autel'estla plus grande des places où Dieu se tient sur terre... car c’est là : « Ho est corpus meum », et que la sainte Table est « appelée autel », dans le sens que l'Église primitive lui donnait en l’appelant autel, el dans aucun autre. Telles sont sans doute ses mesures pratiques les plus importantes. Il soutint avec force que l'Église anglaise était une branche véritable de la sainte Eglise catholique du Christ, parce qu'elle avait conservé le ministère apostolique, les docteurs et les sacrements. Laud soutintquel'Eglise romaineetl'Église anglaise faisaient toutes deux partie de la sainte Eglise de Dieu. Ainsi il condamnait toujours l'emploi de termes irrespectueux envers le Saint-Père. « Je n'ai jamais approuvé, et je ne puis approuver le langage grossier dans la contro- WILLIAM LAUD 291

verse, » Mais il croyait que, puisqu'il y avait une Eglise véritable en Angleterre, avec un ministère apostolique et une hiérarchie d’évêques jure divino, de prêtres et de diacres, aucun Anglais ne devait déser- ter cette Eglise, pendant qu'elle était séparée du Saint-Siège, en se soumettant individuellement à l’obéissance romaine. Tout ceci, je le dis en manière d'introduction; mais je puis mieux faire connaitre, je crois, les opinions de l’archevèque qu’en montrant l position qu'il occupa dans sa controverse contre ceux qui n'appar- tenaient pas à l'Eglise d'Angleterre. Que la controverse s'attaque aux mystères intimes de la religion, que l'homme puisse discuter des profondes réalités existant entre son âme et Dieu, c’est une misérable condition du monde tel que nous le connaissons. Cela donne une arme toute préte aux adversaires, aux hommes de mauvaise vie et aux hommes d’une croyance mal raisonnée. Et c'est un reproche que les chrétiens doivent endurer, même s'ils ne le méritent pas. Aucune raillerie n’est plus aisée que celle qui porte contre l” « odium theologirum», et nous ne pouvons pas facilement guérir la morsure des allusions méprisantes de Gibbon contre les disputes des « insectes théologiques ». Et en vérité, pour nous-mèmes, si nous prétendons juger avec jus- lice et impartialité, et comme des hommes pour lesquels la religion du Christ est la seule chose qui éclaire et glorifie la vie, il ne peut yavoir qu’une perpétuelle condamnation franche et absolue de la controverse telle que nous la voyons pratiquée dans le passé, el telle que nous la voyons trop souvent en usage aujourd'hui. Aucune sphère de l’action humaine n'a besoin plus clairement d'être soumise à. la règle du Christ que la sphère de la controverse. Aussi longtemps que les hommes croiront à l'existence d’une vérité vilale ; aussi longtemps qu'ils reconnaftront qu’une croyance ferme etsoigneusement raisonnée, basée sur des fondements solides, est une nécessité pour tout homme appelé à penser et à prier ; aussi longtemps en somme que les hommes reconnaitront qu'il ya une vérité ou une science, et que cette vérité ou cette science doivent ètre l'objet d'une recherche constante : aussi longtemps la contro- verse subsistera. Notre divin Maître lui-même ne put l’éviter et il nous laissa, comme toujours, des principes parfaits et constants qui doivent nous guider lorsque nous aussi nous voulons établir notre enseignement et notre croyance par la discussion. Affirmer absolu- ment sans crainte la vérité, telle que nous la connaissons; dénoncer

sévèrement tout ce qui ressemble au manque de réalité dans les arguments, à la feinte,au subterfuge; — stigmatiser ceux qui « sup- priment la vérité injustement », — se saisir avec promptitude du ter- rain et des armes de l'adversaire ; discuter avec lui, et cela selon ses propres principes, d’après les vérités qui frappent son esprit: 292 REVUE ANGLO-ROMAINE

voilà, je suppose, quelques-unes des leçons que nous relirons des controverses du Christ. Nous apprenons aussi, j'ose le croire, que les exemples familiers el l'ironie ne sont pas incompatibles avec la dignité ou la douceur, avec le respect instinctif pour la sainteté et la beauté de la Vérité divine. Si nous devonsdiseuter, discutons d'après l'esprit du Christ. En parlant du grand prélat anglais du xvn' siècle, il est impossible de ne pas étudier son rôle dans la controverse en général et dans les controverses de son temps. Laud n'’étail pas un controversiste à proprement parler. Il est des hommes faits « pour lulter ardemment en faveur de la Foi », el d'autres dont la vocation (d'une beauté plus manifeste) consiste à « se dévouer pour les âmes des individus ». Laud fut appelé à la fois, en partie, à ces deux rôles. Mais il ne se donna entièrement à aucun des deux. Nous ne connaissons pas beaucoup ce qu'il fil comme prêtre de paroisse. Quant à la controverse proprement dite, c'est-à- dire la controverse par les livres, nous savons qu'il s'en occupa seule- ment par hasard. Il ne s'enferma pas comme un savant dans son cabinet de travail, afin d'écrire un grand livre qui renverserail son adversaire : il fut appelé tout d'un coup, dans des occasions pres- santes et presque inaltenduës, à affirmer en public les opinions qu'il soutenail, et cela comme champion de l'Église à laquelle il apparte- nait. Ses ouvrages de controverse ne sont qu'au nombre de trois: 1° Un rapport de la Conférence entre W. Laud, alors évêque de Saint-David, et Alaster Fisher le Jésuite; 2 Une réponse au discours de Lord Saye et Sele touchant la Liturgie; 3° Une réponse au discours de Lord Saye et Sele sur le projet de loi ayant rapport au pouvoir des évèques dans les affaires civiles. Il y a naturellement quelques autres sujets de controverse dans ses ouvrages. Le discours sur Prynne, Barton et Bastwich, par exemple, contient quelques courtes réponses à leurs attaques contre la hiérarchie dans l'Église; mais les trois ouvrages que j'ai cités sont les seuls que l'on peut vraiment appeler des ouvrages de conlro- verse. Encore sont-ils des ouvrages de « circonstance » ; Laud élait administrateur : s'il élail appelé tout à coup à répondre à quelques adversaires, il répondait el s'en retournait à ses affaires. Il est juste de dire, je crois, que-ce n'était pas un eontroversiste; mais puisqu'il ne put éviter la controverse, il est nécessaire, pour bien apprécier son talent el son œuvre, de discuter la position qu'il prenait et les méthodes par lesquelles il la soutenait. Il vaut mieux, je pense, commencer par parler brièvement de ses deux réponses aux attaques des Puritains. Lord Saye et Sele était un gentilhomme obstiné et excentrique, WILLIAM LAUD 293

possédant cette étrange et inexplicable confiance dans son propre jugement, et ce mépris ignorant pour les opinions et la naissance des autres que l'on trouve d'une façon si caractéristique chez les pairs de la Réforme. Les deux discours de ce grand seigneur auxquels Laud jugea convenable de répondre, furent composés après que l'Archevèque fut mis en prison, et lorsqu'il élait incapable de répli- quer lui-même à la séance de la Chambre des Lords; il y avait dans celle atlaque une bassesse particulière, puisque celui qui en était l'objet allait probablement être condamné à mort. Le premier discours concernant la Liturgie élait divisé en trois parlies : 1° une narralion méprisante de l'origine et de la vie de Laud; Ÿ un plaidoyer en faveur des cérémonies, improvisées plutôt qu'écrites, dans le culte public; 3° une défense pour lui et pour ses amis qu'on accusait de « séparatisme ». Au premier article, l'archevêque fit une réponse très digne : et à la vérité, ce sujet ne nous préoccupe guère. La « naissance » de l'archevêque ne condamne ni ne justifie sa théologie. Aux deux autres articles il était plus nécessaire de répondre, et cette partie n'est pas sans intérêt pour nous, Anglais, à cause de l'altilude des dissidents de nos jours. La discussion des Puritains portait sur ceci: que dans le culte, les Sacrements administrés, les prières devraient être l'expression de l'inspiration du prêtre. La réponse de Laud est une réponse en faveur du droit qu'a l'Église d'établir des formes fixes de prière. Les apôtres avaient certainement le pouvoir, et ilss’'en servirent, d'établir une doctrine, et ils employèrent une forme d'ordination, par l'impo- sition des mains et quelques paroles. Et vraiment « on ne peut nier que l'Église ait eu et ait encore le pouvoir d'établir une forme fixe de prière, ou n'importe quelle chose de ce genre ». Lord Saye et Sele disait que l'usage des prières établies faisait prècher les hommes misérablement. Ona donné, à plusieurs époques, beaucoup de raisons pour expliquer les mauvais sermôns. Cette rai- son de Lord Saye était bien étrange dans une Église de grands pré- dicateurs et de formes établies, et Laud n'eut pas de peine à en prouver l'absurdité. Mais, «est-ce que les évêques n'emploieraient-pas mieux leur temps à faire des prières à eux qu'à répéter celles des autres? » Laud répond aussi à cela, et se résume en disant: « La question n'est pas de savoir si une prière négligemment préparée ou une prière bien préparée et offerte à Dieu négligemment et sans dévotion (comme c'est le cas trop souvent, Dieu en ait pitié!) vaut mieux que d'autres prières bien composées et dévotement pro-

noncées; — mais simplement si une prière bien préparée (telle que la Liturgie de l'Église d'Angleterre en offre un exemple) est rendue mauvaise rien que parce qu'on l'impose, de façon que l'office lui- ét TU"

294 REVUE ANGLO-ROMAINE même ne devrait pas étre exaucé. » C'était à la vérité une lutte étrange dans laquelle Lord Saye s'était engagé, en soutenant que des formes légitimes en elles-mêmes, dès qu'ellés avaient été imposées par l'autorité publique, devaient être rejetées par la conscience indivi- duelle, ° La question de « séparatisme » nous amène encore plus définiti- vement parmi les controverses d'aujourd'hui. Lord Saye et Sele émettait cette asserlion, qui nous est maintenant familière, à savoir que : par adhérence à l'Église Universelle ou Catholique on ne vou- lait pas dire autre chose que l'attachement aux principaux articles de la foi chrétienne, qu'il n’y avait de schisme qu'en les rejetant, et que chaque Église et chaque congrégation pouvait faire comme elle l'enlendait en matière d'administration, de liturgie, de culte. Deux séries d'arguments peuvent être relevées comme réponse à ceci :

1° L'autorité sur chaque conscience est légitime ; % L'impossibilité pratique de ditférer de l'Église comme adminis- tralion et comme culte sans se séparer aussi de la foi. Ces deux arguments, Laud les fait fortement ressortir. Il est absurde de nier que vous vous séparez quand l'histoire et les témoi- gnages des yeux et des oreilles des hommes sont contre vous. « J'imagine humblement qu’il est certain que celui, quel qu'il soit, qui ne veut pas s’unir en une prière publique avec l'Église nationale qui sert Dieu comme elle le doit, est un « sécessionniste ». Mais l'Église d'Angleterre telle que la loi l'a établie, sert Dieu comme elle le doit; c’est pourquoi, My Lord, en s’abstenant de se joindre aux prières qu’elle prescrit, on est un sécessionniste ». Voilà une réponse logique et complète. Il faut permettre à ceux qui sont restés attachés à une société religieuse de l'histoire, de défi- nir ce qu'ils veulent dire par séparation. Or, les hommes d'Église considéraient Lord Saye et son école comme des séparatistes, Il était aussi très facile de montrer que les Brownistes et les Indé- pendants s'étaient en beaucoup de points éloignés de la foi, qu'en fait tous les Anabaptistes et les Brownistes déclaraient l'Église d'Angle- terre antichrétienne. C'était là une bonne occasion pour condamner sévérement le Calvinisme. « Presque tous disent que Dieu de toute éternité condamne la plus grande partie de l'humanité au feu éter- nel, sans regarder du tout leurs péchés. Cette opinion-là, toute mon âme l'abhorre : car elle fait de Dieu, le Dieu de bonté, le tyran le plus féroce et le moins raisonnable du monde. La question n'est pas ici de savoir ce que Dieu pourrait faire par un acte de pouvoir absolu, s’il voulait agir ainsi avec la créature qu'il a créée de rien, mais ce qu'il a fail, et ce qui s'accorde le mieux avec sa sagesse, sa justice et sa bonté, » WILLIAM LAUD 295

Laud savait au moins aller jusqu’au fond des choses, et dans cetle réponse il démontre clairement que l'attaque des Puritains se résu- mail ainsi : Le gouvernement de l'Église est antichrétien, et l'Église se trompe dans ses principes fondamentaux. Le second discours de Lord Saye auquel Laud répondit, fut sa harangue contre les évêques à propos du projet de loi ayant pour but de les empêcher de prendre part aux délibérations de la Chambre des Lords. La réponse de l'archevèque fut une défense du Ministère sacerdotal par l'histoire. L. 1l esquissa l’histoire du clergé dans l'Ancien Testament, montrant la sanction divine dont il était revêtu etsa succession ininterrompue, et marqua la place du clergé dans les affaires temporelles. « Rien d'aussi ancien ne peut être prouvé aussi clairement que ce fait, que 4.000 ans auparavant, et sous la Loi, les prétres, surtout les princi- paux prêtres, s'occupèrent vraiment des affaires temporelles et aidèrent à les administrer. » IE. 11 discuta l'influence de l'Ancien Testament sur les coutumes chrétiennes. HL. It défendit l’ordre historique de l’épiscopat. « C’est la tradition constante et universelle de toute l'Église du Christ, » ce qui est la plus grande autorité après les Écritures, que les évêques sont les successeurs des apôlres et des prêtres faits à l'image des soixante-dix disciples. IV. Il expliqua et justifia par l’histéire le droit qu'ont les évêques de siéger à la Chambre des Lords et l'avantage qu'en retire la nation. Certaines phrases malignes doivent avoir porté coup. « Les évêques d'Angleterre, dit-il, ont été considérés, et avec raison, comme des hommes graves et expérimentés, et beaucoup plus dignes de voter au Parlement et de faire des lois que beaucoup de jeunes gens qui sont dans les deux Chambres... Ayant fait leurs premières études, avant d'aborder la théologie, comme ïls peuvent et doivent le faire, ils seraient bien incapabless'ils ne connaissaient pas aussi bien les règles du gouvernement que la plupart des nobles, dont toute la jeunesse se passe à chasser le faucon ou le renard, et à d'autres choses encore. » Puis l'archevêque arrive à une défense générale de la part que prennent les membres du ctergé aux affaires civiles, — démonsira- tion sensée et modérée de la sagesse qu'il y a à reconnaitre leur part dans la vie commune. En histaire, à vrai dire, Laud était plus que l'égal de ses adversaires. La Constitution anglaise reconnait (pour un temps plus long qu'elle ne le fait pour tout autre pouvoir, hormis celui de la couronne) le droit qu'ont les évêques de siéger dans la principale assemblée de la nation. : Ces discussions sont fastidieuses (pensons-nous très naturellement aujourd'hui}, cependant elles ne sont pas sans importance encore à 296 REVUE ANGLO-ROMAINE notre époque. Une chose en particulier bien digne de remarque, en dehors de celle insistance sur les détails ennuyeux qui rendent les controverses du xvi° siècle si intolérables au goût moderne, est de voir Laud s'arranger toujours de manière: 4° à s'emparer du véritable point en litige, et 2° à élever Ja discussion au niveau le plus élevé. Les deux discours de Lord Saye contre la liturgie et contre le pouvoir politique du clergé donnaient à l'archevèque l'occa- sion de montrer, dans un langage clair et modéré, qu'une forme déterminée de culte est plus raisonnable, plus historique et plus respectueuse que les effusions improvisées, et de plus que la raison, l'histoire et le sens commun permettent au clergé {dont pourtant le pouvoir spirituel ne vient que de Dieu seul) d'agir comme ses frères, justement, honorablement, et non comme des partisans, dans la politique de son pays. La controverse dans laquelle Laud s’engagea contre les Purilains était, sans aucun doute, plus aiguë en ce qui regardait la vie pratique; mais ses ouvrages imprimés montrent clairement quel était vérila- blement le point de discorde. L'Église d'Angleterre se séparerait-elle de son histoire et subirait-elle une nouvelle réforme, à l'exemple des Protestants étrangers? A cette question Laud, par ses écrits et par ses actes, l'aida à répondre catégoriquement: Non. Les deux brochures dans lesquelles sa réponse à l'attaque des Puritains est résumée sont d’un intérêt touchant. Elles furent écrites par le vieillard dans la Tour de Londres, alors que, faible et malade, il sentait sa vie en danger. C’est une protestation en faveur de ce qu'il croyait être la vérité, protestation formuléealors que d'au- tres, qui eussent pu parler et courir moins de danger, se taisaient. Elles montrèrent du moins le courage indomptable de l’homme et sa profonde sincérité. L'administration ecclésiastique n'était pas pour lui quelque chose venant s'ajouter à la foi primitive, mais sa véri- table et éloquente expression, et aucune crainte ne pouvait le déterminer à taire ce qu'il regardait comme vrai. Quoique ces brochures soient intéressantes, la renommée de Laud comme champion de l'Église d'Angleterre dans les écrits de contro- verse repose surtout sur la part qu'il prit à la lutte contre Rome. Aucun écrivain de son siècle n'était aussi célèbre sur ce terrain. L'Église d'Angleterre accueillit son livre comme l'expression la plus claire de ses principes qui ait jamais été énoncée. Le clergé et les gens du monde le lurent et le relurent; la littérature contemporaine est pleine d'allusions à cet ouvrage. Le roi, comme on sait, l'analysa lui-même, et, dans sa dernière et touchante entrevue avec ses enfants, il le leur donna, avec le « Gouvernement Ecclésiastique » de Hooker et les sermons d’Andrew. Ces trois livres sont vraiment les types parfaits de l'expression : . WILLIAM LAUD 297

choisie du meilleur côté de la théologie anglaise, patiente, honnête, savante, claire et pieuse. L'entretien de Laud avec Fisher fut, comme beaucoup de contro- verses de ce temps, occasionné par un cas de conscience pressant et personnel. La comtesse de Buckingham, la mère du brillant Georges Villiers, avait été probablement déjà convertie au catholicisme par un nommé Percy ou Fisher, Jésuite fort célèbre. La femme de son fils avait suivi son exemple, et le duc lui-même semblait perdu pour l'Église d'Angleterre. Des entretiens commencèrent, suivant le désir de Buckingham ou l'ordre du roi, entrele D' Francis White, recteur de Saint-Pierre-Cornhill, et Fisher. Après deux réunions, le roi désira que Laud, alors évêque de Saint-David, prit part à la discussion. Fisher imprima son compte rendu de l'entretien, White aussi, el Laud fut enfin obligé d'agir de même. Réplique et riposte sui- virent, et lout à coup en 1639 — dix-sept ans après que l'entretien avait eu lieu — Laud se trouva forcé de publier un rapport complet des événements. La forme adoptée rend le livre ennuyeux pour les lec- leurs modernes. Phrase par phrase, le livre de Fisher est repris, disséqué et réfuté. Une telle méthode a l'avantage d'être complète, mais ne peut éviter la monotonie. {l est difficile de rassembler et d'introduire les arguments. Je dois cependant parler un peu du contenu de ce fameux livre avant de rechercher les principes d'après lesquels Laud conduisit celle controverse, sans nul doute la plus célèbre qu'il ait soutenue. Les points autour desquels s'engagea la bataille furent surtout : 1° La succession apostolique comme garantie de l'infaillibilité de la foi dans l'Église : Fisher affirmait que ceci ne pouvait se trouver qu'à Rome ; % L'affirmalion que « l'Église romaine » seule, et loutes celles qui participent à sa foi, ont la véritable foi infaillible, nécessaire au salut; 3 L'assertion que la foi n'a jamais été changée par l'Église de Rome. Le point essenliel était ce que l'on entendait par infaillibilité de l'Église. La question différait beaucoup de la lutte avec les Puritains. Les deux partis admettaient qu'il y a une Église visible et ininter- rompue, mais le sens de son infaillibilité était discuté. D'abord il y avait l'opinion de Fisher disant que les Pères avaient reconnu l'Église romaine infaillible, Ici ce n'était guère qu'une ques- lion de traduction. Saint Cyprien, saint Jérôme et saint Grégoire de Nazianze, saint Cyrille et Rufin, que voulaient-ils tous dire dans quelques-uns des passages cités? La réponse de Laud était que: _ part ils n'ont reconnu l'infaillibilité personnelle du Pontife de ome,

Laud examine ensuile la situation de l'Église grecque comme 298 REVUE ANGLO-ROMAINE témoignant d'une façon permanente eontre cette prétention exclusive de Rome. « Elle a toujours été en substance une Église véritable jus- qu'à cette époque. » La controverse ÆFiliogus est menée avec une clarté et une justesse rares. « Il est évident que plusieurs Hommes de grand savoir ont élé d'avis que. & Filio el per Filium dans le sens de l'Église grecque, n’a jamaisété qu’une question « a modo loguendi, par , manière de parler, et en conséquence nullement fondamentale ». « Vous, dit-il à son adversaire jésuite, vous refusez de faire d'eux une Église {comme'le fait Bellarmin},et vous leur ôtez le salut, qui ne saurait être obtenu hors de l'Église; mais, quant à moi, je n'ose pas agir ainsi. Et Rome à ce point de vue devrait être plus indulgente, quand ce ne serait que parce qu'elle a elle-même ajouté au (redo cet article. Filioque. Et d'ailleurs il est dur d'ajouter et d'anatliématiser aussi. Ce ne devrait pas âtre si « facile de condamner un homme quant aux bases de la foi, encore moins une Église; surtout une Église aussi considérable et aussi vaste que l'Église grecque, spécia- lement s’il s'agit de lui enlever le nom d'Église. Les portes du Ciel n'étaient pas si aisément fermées aux multitudes, quand saint Pierre en portait les clefs à sa ceinture ». Dès lors une discussion s’éleva sur ce qu'étaient vraiment les fon- dements de la Foi. Laud répondit: « les Articles du Credo. » Ceci amena naturellement à discuter la liberté que l’Église tolère. Ici l'Angleterre, dit Laud, reste hardiment libre et tolérante, tandis que Rome est plus sévère. « Elle reste bien en deçà de l'austérité de l’Église romaine, dont les anathèmes ne s'étendentpas seulement aux 39 articles, mais à beau- coup d'autres (plus de 400 en ce qui concerne le dogme) — dans bien des cas même fort éloignés des principes fondamentaux; quoique, at grand tourment de la conscience humaine, ils doivent tous être déclarés fondamentaux, si l'Église les a une fois reconnus tels: tandis que l'Église d'Angleterre n'a jamais déclaré aucun de ses articles fon- damental, car c’est lout autre chose de dire : « Aucun n'est supers titieux ou erroné: »— ou bien, « Tous sont fondamentaux, et dans chaque partie, dans la croyance de chaque homme. » En outre, l'Église d'Angleterre ne fait la loi qu’à ses propres enfants, et par ces articles ne fait qu'assurer la concorde dans son sein, au sujet de ces doctrines de vérité. Mais l'Église de Rome impose sévèrement sa doc- trine à l’univers entier, sous peine de damnalion. Les articles de l’Église d'Angleterre prétendent être tous fondés sur la Sainte Écriture, les articles négatifs n'étant que la réfutation des doctrines différemment fondées. Mais comment, dit le Jésuite, savez-vous que l'Écriture est l'Écriture? Laud ne répondra pas: « simplement par la tradition de l'Église », mais plutôt : 4° par le témoignage unanime et constant de l'Église; 2 par la lumière et le WILLIAM LAUD 299

témoignage intérieurs que l’Écriture se fournit à elle-même; 3° par le témoignage du Saint-Esprit dans l’âme humaine; 4° par la raison natu-. relle en ce qui regarde les Livres-Saints. Tout cela réuni nous donne une prenve qui peut se recommander à tout chercheur sérieux et con- vaincu. La raison n'est à la vérité que la forteresse, non l’esclave de la religion. « Car quoique je place les mystères de la foi au-dessus de la raison, et c'est là la place qui leur convient. je ne voudrais pas cependant qu'on pût croire qu'ils contredisent la raison ou ses prin- cipes. Non certainement; car la raison par sa propre lumnière peut vair combien les principes de la religion sont profondément vrais; mais, malgré toutes ses lumières, elle ne parviendra jamais à les trouver faux. » Cette question de: l'évidence de l'Écriture est discutée à fond : Hooker est cité et défendu; la tradition est examinée, et les préten- lions de l'Église romaine sont toutes pesées; cependant Laud soutient son opinion que la suprématie de la Bible repose sur des preuves accumulées et non séparées. « La clef qui ouvre aux hommes les Écritures, c’est-à-dire leur fait connaître qu’elles sont la parole de Dieu, c'est la tradition; mais, quand une fois ils sont entrés, ils entendent Jésus-Christ lui-même qui parle sans intermédiaire aux fidèles: ses brebis non seulement enfendent, mais connaïssent sa voix. » l y a peut-être peu de passages dans son ouvrage où Laud soit plus clair, plus tranchant qu'il l'est ici, La foi et la raison n’ont peut-être jamais eu leurs droits plus clairement revendiqués et leurs limites plus clairement reconnues. La concision du langage est le juste sym- bole de l'exactitude et de la concentration de la pensée. « Bien que l'évidence de ces vérités surnaturelles, enseignée par la théologie, n’apparaisse pas d’une façon aussi manifeste que celle des vérités naturelles, elles sont cependant en elles-mêmes beaucoup plus sûres et plus infaillibles. Car elles viennent directement de Dieu, telle sagesse éternelle qui, étant le fondement de la nôtre, doit devancer la nôtre infiniment, à la fois dans sa nature et dans sa per- fection, « Celui qui enseigne la science aux hommes ne saura-t-il pas? » «Etc'est pourquoi, bien que nous ne puissions pas atteindre l’ordre de leurs déductions, ni même les apercevoir, nous donnons notre assentiment aussi pleinement et aussi fermement (non seulement aux articles de foi, mais à toutes les choses qui en découlent justement)

que pour les principes les plus évidents de la raison naturelle. Cet assentiment s'appelle la Foi; et « la foi traitant des choses invisibles » perdrait son honneur, et même son existence, si elle trouvait pour S'élablir des fondements suffisants dans la raison naturelle. Car la foi ts un acte et de volonté et de jugement; et la volonté fait donner au

ktgemententière approbation à ce dontelle ne voit pas l'évidence. Non 8300 REVUE -ANGLO-ROMAINE pas qu'il n'y enait des preuves abondantes, mais parce que la base de ces preuves est cachée à nos yeux et enveloppée dans la sagesse nor révélée de Dieu, Dieu parle Christayant résolu d'amener les hommes à leur dernière félicité par la foi et non par le savoir, de telle sorte que les plus faibles parmi les hommes puissent arriver aisément à la félicité. » Les miracles, affirme-t-il clairement, même ceux de Notre-Sei- gneur et des Apôtres, ne sont pas en eux-mêmes « des preuves évi- dentes »..... Et ainsi la discussion se continua jusqu’à ce que la duchesse de Buckingham elle-même entama la question dont tout dépendait : l'évèque accordait-il à l'Église romaine d’être la véritable Église (p. 142;? A ceci il répond en développant les principaux points sur lesquels il basait sa position de prêtre anglais, et qu'il répéta dans son histoire écrite à la Tour, comme étant les seules raisons pouvant justifier la séparation de l'Église d'Angleterre d'avec l'Église de Rome. Il était devenu nécessaire pour l'Église d'Angleterre de se réformer. Elle le fit sans quitter la foi catholique, une fois pour toutes révéléeaux Saints. Elle ne quitta pas non plus l’unilé essentielle dont cette foi est le lien, ni la discipline, ni le ministère apostolique qui la pré- serve. Donc Rome est bien une Église véritable, mais pas la seule. L'Église d'Angleterre en est une aussi. Il y eut des erreurs commises par les réformateurs, mais l’œuvre de réformation est d'ailleurs reconnue très difficile. Et cependant l'essence a été préservée, el les Anglais ne protestent que contre ce qu'ils croient être les erreurs de la Communion romaine. Le Jésuite d'autre part reprend la prétention d'infaillibilité basée sur le roc de Pierre, et Laud nie que le roc ait été la personne de Pierre, et affirme que c'était sa foi. Ainsi les Anglais ne se sont pas séparés de « l'Église générale », mais de l'Église de Rome, et « même en cela les Protestants n'ont pas abandonné l'Église de Rome dans son essence, mais dans ses erreurs; non pas dans les choses qui constituent une Église, mais seulement dans les abus et les corrup- tions qui en amènent la dissolution ». Et qui doit être juge? Un concile général, c’est la demande de Laud et celle de toute l'Église d'Angleterre depuis la Réforme, Et quand on ne peut avoir cela, nous nous rejetons sur les Saintes Écritures. L'Église, en général, ne peut se tromper dans un point essentiel, ayant la présence perpétuelle du Christ. Puis il en arrive aux erreurs dont il fut témoin dans l'Église romaine de son temps, touchant l'enseignement populaire sur la « transsubstantiation », la communion sous une espèce, l'invocation des Saints, l'adoration desimages, erreurs toutesde discipline, et que l'on ne trouve point dans l’enseignement reconnu de l’Église romaine. WILLIAM LAUD 304

A mesure que le débat se resserre, le Jésuite quitte les détails, qui sont difficiles à défendre, pour arriver à une affirmation générale qui en impose aux timides. « Vous admettez, dit-il, en effet, que nous pouvons être sauvés : n'êtes-vous pas plus en sûrelé avec nous qui nions que le salut existe dans votre Église? » — « Cela ne vaut rien, reprend Laud : à ce compte, vous devriez accepler la doctrine anglicane de l'Eucharislie, car vous ne faites qu'ajouter la manière de celle présence que nous reconnaissons être réelle. Car nous admet- lons le salut des catholiques romains en tant qu'individus, non pas comme membres de la communion romaine, c'est-à-dire en tant qu'ils ont le même Credo et reconnaissent le Christ lui-même comme fondateur, » Etainsi nous retournons, une dernière fois, à la confiance que l’on peut accorder à l'Église d'Angleterre. « Croire aux Écritures, et aux professions de foi appelées Credos, y croire comme y croyait l'an- cienne Église primitive, admettre les quatre grands Conciles généraux, croire à lous les points du dogme généralement reconnus comme essentiels dans l'Église du Christ, est une foi qui, adoptée dans la vie et dans la mort, doit donner le salut. » Puis vient une claire affirmation que l'Église d'Angleterre a vrai- ment les doctrines catholiques du Baptème, de la Présence réelle, et du Sacrifice dans l'Eucharistie. « Dans ce sacrement béni, dit-il, celui qui le reçoit dignement, reçoit spirituellement, par sa foi, le réel el véritable corps et le sang du Christ, ainsi que tous les bienfaits de sa passion. » Mais il ne restreint pas la présence, quoiqu'il res- treigne les bienfaits, à ceux qui communient dignement. La présence corporelle (dans le sens-de charnelle) est par lui niée plusieurs fois : mais il est loin de nier la réalité objective. Il cite avec approbation la déclaration de Ridley qui dit que les catholiques romains et lui Saccordent sur ce point que « le corps véritable et réel de Jésus- Christ existe dans le Sacrement, ce même corps qui naquit de la Vierge Marie, qui monta au ciel, qui es assis à la droite de Dieu le Père, et qui viendra juger les vivants et les morts : nous différons seulement in modo. Nous reconnaissons que tout cela est dans le Sacrement, mais nous nous séparons quant à la manière dônt il y est. »

El de même pour la doctrine du Sacrifice.« Avec l'Eucharistie nous offrons à Dieu trois sacrifices : l’un par le prêtre seulement, C'est le sacrifice commémoratif de la mort du Christ; un autre, par le prêtre et les fidèles réunis, c'est le sacrifice de louange et d'actions de krdce; le Lroisième par chaque homme en particulier et pour lui seul, c'est le sacrifice qu'il fait de son corps et de son âme pour servir Dieu lou le reste de sa vie. » Et encore: « L'autel est la place où Dieu se

lrouve, et le Sacrement rappelle et représente (c'est-à-dire présente va FT ots

302 . REVUE ANGLO=ROMAINE

de nouveau, en sonvenir) le grand sacrifice offerl par le Chris lui-même. » Telles sont les opinions de Laud, et telle est sa réponse. Ce fut une affirmation remarquable et courageuse, extravsdinairement hardie, claire, inflexible et vivante, et une façon nette de poser la véritable discussion entre l'Angleterre et Rome. C'est dans les termes dans lesquels il l'a traitée, que la controverse (aussi longtemps qu'elle durera, et jusqu'à ce que Dieu nous donne l'union, en son heure choisie) devra être poursuivie. Laud ne fut pas seul : il fut véritable. ment le représentant de l'Église d'Angleterre. Des noms comme Andrewes, son précurseur en controverse, et auquel, on ne peut en douter, il dut quelque chose de sa force, — comme Jérémie Taylor, et Hamnond, par leurs rapports intinies avec l'Archevêque, montrent la sympathie qui existait entre son caractère et tout ce qui fut bon dans la théologie anglaise de son époque. Son opinion bien connue, sa ferme croyance à l'Église anglicane, à son Livre de prières et à son administration historique, sa connais- sance des Pères et des conciles, réagirent sur l'Église dans laquelleil était si en vue. Ainsi, quelle que fât son influence directe sur la contro- verse, son influence indirecte sur la pensée affecta profondément l'Église d'Angleterre. Il vit clairement qu'aux hommes de son temps se présentait un choix important entre une nouvelle réforme et l'attachement au passé historique. Les Puritains, nous ne devons pas l'oublier, ne se contentaient pas de rester dans les anciennes voies ; ils étaient déterminés à avancer et à modeler l'Église angli- cane sur Genève. C'est cela que Laud, par la controverse et l'influence de sa vie et de ses upinions, a empêché, et c'est pour cela que nous l'honorons, 1l fut, dit M. Gladstone, le plus tolérant des archevèques depuis la Réforme, et même il fut l'homme qui empécha l'Église d'Angleterre d’être liée dans les entraves de fer d’un système de doctrines calvinistes et violentes.

                                             W. H. Hurron.

LA MISSION ANGLAISE DES UNIVERSITÉS

             DANS    L'AFRIQUE CENTRALE

On a dit que l'Église d'Angleterre est la seule communion chré- tienne qui ne possède pas de missionnaires. On veut dire par là que l'Église d'Angleterre n'a pas de politique extérieure, pas de plan bien arrété de propagande par les missions dans les colonies et dépen- dances de la Couronne britannique, ainsi que vis-à-vis de ces masses * considérables d'êtres humains qui vivent en dehors du protectorat britannique. Au premier abord, c'est là un pointqui, pour un étranger peu habitué à notre manque de méthode et de centralisation, appa- raitra comme une tache dans la vie religieuse de notre Église et comme un obstacie à ses prétentions à la catholicité. Mais l'Angleterre est habituée à laisser une grande quantité du travail à faire à l'énergie, à l'enthousiasme et à l'initiative des indi- vidus qui se chargent de le faire en son nom. C'est ainsi que nos cou- sies d'Amérique nous font remarquer ce fait que l'Empire Britannique napas de Constitution ; du moins cette constitution n'a-t-elle jamais été écrite. Les merubres du Parlement à la fois dans la Chambre des Lords et dans celle des Communes ne sont pas payés. Il en est de mème pour les Juges de Paix, les Conseillers des Comtés, les Conseil- lers des villes et ceux des paroisses, ainsi que pour les membres des Bureaux scolaires et locaux. Les maires des cités et des villes sont officiers honoraires de l'État, autrement dit sine honorario. Aussi bien au temporel qu'au spirituel, notre tendance est de laisser le plus possible à l'initiative individuelle, Et l'autorité intervient aussi peu que possible et seulement autant qu'elle peut être utile et efficace. Les Missions Étrangères de l'Église d'Angleterre ne font point exception à cette règle, qui découle de l'essence même de l'esprit anglais. Il y a eu beaucoup de liberté et d'élasticité; peut-être, sinon à coup sûr, beaucoup d'erreurs; et en fait aucune intervention de ls part de l'Église en tant que corps. L'œuvre cependant n'a pas été négligée, les membres du clergé et les laïques ont formé des asso- ciations libres qui travaillent au nom de l'Église et pour elle. La plus ancienne et la plus respectée de ces associations est la «Société pour la Propagation de l'Évangile »{S. P.G.). Elle aà sa dispo- 304 REVUE ANGLO-ROMAINE

sition chaque année une somme provenant exclusivement de dons et souscriptions volontaires et s’élevant à environ 470.000 livres (4.280.000 fr.). La Church Missionary Society (CG. M.S.), recueille encore davantage : 200.000 livres (3 millions). En dehors de ces deux grandes associations, il ÿ en a un nombre considérable d'autres moins importantes qu'il serait trop long d’énumérer ici. Bientôt chaque évêque dans un diocèse de mission à son comité en Angleterre chargé de recueillir les fonds qui lui permettront de mener son œuvre à bonne fin. L'auteur de ce travail a eu d'étroites relations avec deux de ces associations, « la Mission d'Oxford à Calcutta, et « la Mission des Universités dans l'Afrique Centrale ». Nous nous occuperons plus particulièrement de la dernière. La « Mission des Universités » doit son origine à l'initiative du grand explorateur écossais David Livingstone. EH pénétra au centrede l'Afrique et vit de près les horreurs de la traite des esclaves que font les Arabes sur les marchés voisins des grandes mers intérieures, les laes Nyansa et Tanganyika. Qu'allait-il faire pour améliorer le sort de ces malheureuses peu- plades que les Arabes poussaient tontinuellement à se faire la guerre afin que l’on püt, au moyen des prisonniers, approvisionner d'esclaves le marché de Zanzibar?

David Livingstone pensa en lui-même qu'aucune puissance humaine ne pourrait arrèter ce fatal mouvement qui amenait si rapi- dement la dépopulation de l'Afrique centrale. Il sentit également que la secte chrétienne à laquelle il appartenait (les Presbytériens) n'était pas de taille à engager la lutte. Aussi s’adressa-t-il aux universités anglaises de Cambridge et d'Oxford. Il était d'ailleurs bien assuré que, s’il parvenait à toucher les cœurs des jeunes professeurs etétu- diants des universités, il gagnerait rapidement, grâce à leur propa- gande, la sympathie et les prières de toute la communion anglicane, et pourrait en toute sécurité léguer aux soins de l'Église l'œuvre sacrée qu'il avait entreprise. Il ne se trompait pas dans ses conjet- tures. On ne manqua pas de volontaires prêts à sacrifier leur vie pour une cause qui était alors considérée comme une entreprise chimé- rique. Mackenzie se fit consacrer évêque afin de pouvoir diriger celte nouvelle croisade d'après les enseignements de l'Église, C'est ainsi qu'avec plusieurs prêtres et un laïque il partit pour l'Afrique centrale dans l’année 1860. Hélas! ils ne purent parvenir an but de leur voyage. La route qui conduit au lac Nvanza était alors peu connut, et, au bout de quelques mois, l'évêque Mackenzie avait péri avec la plupart de ses compagnons. J'ai près de moi, en ce moment où j'éris, une feuille que j'ai ramassée moi-même sur la tombe de mes sainis prédécesseurs, au confluent du Nuo et du Shire, us. Sd

LA MISSION ANGLAISE DES UNIVERSITÉS DANS L'AFRIQUE CENTRALE 305 C'étaient de tristes nouvelles qui étaient rapportées en Anglelerre — l'échec et la mort des courageux pionniers de la mission. Depuis 35 ans l'Église est habituée à attendre ainsi à chaque courrier sa part de tristesse et de deuil, bien que, grâce à Dieu, elle ne reçoive plus d'échecs. Cependant l'enthousiasme et le dévouement dont Livings- lone fat le premier promoteur ne se sunt jamais ralentis et, bien que « l'histoire de la mission — pour employer l'expression de mon cor- respondantau N'yasaland—paraisse faite de mortselnon de vies»,pour un qui tombe, deux se présentent aussitôt pour prendre sa place; et en ce moment le siège de Likona, petile mission au centre du lac \yanza et qui donne son nom au diocèse, attend un nouvel évêque, — le dernier consacré à la cathédrale de Saint-Paul, le 29 juin de celle année, étant déjà tombé victime de son zèle et de son dévouement. Il venait de revenir comme évêque, mais faisait depuis longtemps partie de la mission et avait passé 19 années de sa vie au centre de l'Afrique. Les apôtres de la « Mission des Universiléss appartiennent à l'un et l'autre sexe comme à toutes les conditions sociales. On y trouve des hommes et des femmes qui ont tout quitté pour la cause du Christ. Un y trouve non seulement, en grand nombre, des prêtres et dessœurs de charité, mais des ouvriers, des artisans, des maîtres d'école, bref des hommes qui ont abandonné un travail lucratif pour mettre leur bras et leur expérience au service des intérêts de Dieu. Ils ne reçoi- vent aucun salaire, mais vivent de la vie commune, el Lous, prêtres et lïques, gentilshommes et ouvriers, s'assemblent autour d'une même table pour prendre leur nourriture. Les femmes également sont nom- breuses. Tous, hommes et femmes, s'engagent à demeurer dans le célibat, tant qu'ils feront partie de la mission. De même qu'ils sont venus librement, de même ils sont libres de s'en aller, Mais il est rare qu'ils profitent de cette liberté, à moins que ce ne soit pour des rai- sons de santé les rendant incapables de travailler plus longtemps à l'œuvre commune. Lesrelations de la « Mission des Universités» avec lesautres missions sont satisfaisantes, comme on peut s’y attendre, étant donné l'esprit des unes et des autres. C'est ainsi que les rapports sont excellents, je crois, avec les missions romaines, qui travaillent à côté d'elle. Mes lecleurs d'ailleurs peuvent s'en enquérir eux-mêmes. Mais ce dont je suis personnellement sûr, c'est que le dernier évêque de Zanzibar “lait en Lermes parfaits d'amitié avec les « Pères noirs » ainsi nom- rés dans le pays pour les distinguer des « Pères blancs », avec les- quels nous sommes surtoul en contact au Nyasaland, J'eus moi-même

! Depuis quatre ans ct demi que j'ai quitté le Nyasaland, il ÿ a eu 21 morts Parmi mes successeurs.

 REVUE ANGLO-ROMAINE, — T, 1,   = 20.

‘306 REVUE ANGLO-ROMAINE le plaisir d'accomplir un voyage de six semaines, de Nyanza à Zar- zibar, en compagnie du Père d'Echaptois qui, sije ne me trompe, -est aujourd'hui évêque romain de Zanzibar. Notre intimilé se changea en amitié et je n’oublierai jamais les soins dévoués qu'il prodiguaë un jeune Anglais dont j'avais charge. Ces occasions d'amabililé et de courtoisie, si l’on sail en profiter. tendent à aplanir chaque jour davantage les obstacles qui séparent l'une de l'autre les communions romaine et anglicane. Elles amènent à un accord mutuel; et bien souvent, là où les arguments ont échoué, ‘le cœur triomphe. | Si Notre-Seigneur 8 prié pour l'union de tous les chrétiens et pour que le monde sache que son Père l'a envoyé, nous aussi nous devons joindre notre prière à la sienne,et si nous voulons vraiment prouver que Dieu a envoyé au monde son Fils unique, le but de tous nos efforts devra être l'unité.

                                          Wicrrip B. Honxey,
                                        ancien éréque du Nyasaland.

APERÇU HISTORIQUE

                               SUR



 LA RESTAURATION DU            PLAIN-CHANT GRÉGORIEN

L'Église de Jésus-Christ s'est toujours sérieusement occupée de la question du Chant liturgique. Saint Paul écrivant aux Éphésiens leur recommande de s'édifier mutuellement per les chants des hymnes et des cantiques :Eph. v, 49. Aux temps apostoliques, lorsque les premiers fidèles se réunissaient dans les cénacles ou dans les basiliques, on chantait des psaumes à diverses heures de la journée, en particulier avant et après l'oblation du Corps et du Sang du Sauveur. Il est bien probable que les mélo- dies sur lesquelles on exécutait les paroles liturgiques, avaient été empruntées en grande partie à la synagogue, peut-être aussi aux cérémonies du culte païen. De même qu’on ne craignail pas de prendre quelquefois un temple païen pour en faire une église chré- lienne, de mème aussi est-il possible que les chants composés par- les païens pour honorer leurs fausses divinités soient parfois devenus des chants chrétiens. Pour le moment, on est réduit à des. conjectures sur ces premières origines des mélodies chrétiennes. Le trésor des chants religieux s'augmenta graduellement, et bientôt il devint nécessaire de régler cette partie de la Liturgie. Plusieurs. papes s’en occupèrent et introduisirent successivement l'usage bien rglé de l'Introït, du Graduel, du Kyrie et des autres parties de l'office. Le pape qui semble avoir participé davantage à ce travail de Compilation et de réglementation, est celui-là même qu'on pourrait appeler l'apôtre de l'Angleterre, saint Grégoire le Grand : cel homme incomparable, comme le nomme l'Église, que toutes les parties de h chrétienté révèrent, à quelque communion qu’elles appartiennent. En 599, saint Grégoire est désigné d'une façon toute miraculeuse Pour oecuper la Chaire de saint Pierre. Son pontificat fut un des plus féconds à tous les points de vue. Lors des fêtes du centenaire de son flévation au Pontificat, le sacré collège adressa à Léon XIIL un magnifique discours, où l'on comparait l’œuvre immense. du Pape 308 REVUE ANGLO-ROMAINE saint Grégoire à celle qu'a entreprise et sibien menée jusqu'à ce jour le Pontife sage et éclairé qui gouverne le troupeau du Christ. Au milieu des travaux si importants de son Pontificat, Grégoire, que la postérilé a surnommé le Grand, ne crut pas s’abaisser en s'occupant des questions liturgiques et tout spécialement de la ques- tion du chant. Il recueillit les mélodies qui: étaient en usage dans l'Église, les corrigea, les établit définitivement sur des règles savantes et pleines de bon goût, qu'on n'a bien éomprises que de nos jours. Il fixa son travail sur de précieux manuscrits, conservés long- temps comme des reliques insignes. La tradition nous représente le pieux Pontife recevant ses inspirations de l'Esprit-Saint lui-même, et dictant à son secrétairg les cantilènes qu'il semblait puiser au ciel. L'autographe de saint Grégoire a été conservé pendant plusieurs siècles, et c'est sur lui qu'on a fait, avec un soin religieux, de nom- breuses copies que nous possédons encore aujourd'hui. Ces copies étaient envoyées par les papes, avec des chantres romains pour les interpréter, dans toutes les nations chrétiennes. Saint Grégoire, en envoyant le saint abbé Augustin avec quarante moines pour conver- tir l'Anglelerre au christianisme, lui rappelle dans ses instructions qu'il doit conserver avec soin le chant de l'Église, et le faire connaitre dans le pays qu'il va évangéliser : Sub ecclestaslica regula sunt tenend, ut bonis moribus vivant et canendis psalmis invigilent. L'apôtre de l'Angleterre s'acquitta fidèlement de sa mission, et l'histoire nous rapporte qu'un grand nombre de prélais mirent un soin jaloux à con- server la tradition grégorienne. Un des successeurs de saint Grégoire, le pape Vitalien, envoya en 669 l'abbé Hadrien et Théodore, qui allait devenir évêque de. Cantorbéry, pour rappeler les principes du chant liturgique. Saint Benoît Biscop, ayant fait son pèlerinage ad limina, revint en Angleterre avec le chantre romain Jean, abbé de Saint-Martin; celui-ci instruisit les moines de Cantorbéry et beau- coup d'autres accourus de toutes parts pour apprendre le chant de l'Église romaine : Ordinem ritumque canendi ac: legendi viva voce slo- cendo, ditle vérérable Bède. Saint Wilfrid d'York introduisit vers le même Lemps le‘chant romain dans le monastère de Ripon. Le deuxième concile de Cloveshoe,. en 747, prit de sérieuses mesures au sujet du chant egælésiastique, et contribua. puissamment à répandre; dans tous les rômbreux monastères de l'Ile des Saints, la” pratique des pieuses cantilènes de saint Grégoire. À la fin da vr° siècle, saint Colomban; parti de la Grande-Bretagne, vint en Suisse avec son disciple saint Gall; une célèbre. abbaye pril depuis le nôm de ce disciple. Au vur* siècle, le pape Hadrien envoya, en Gaule et en Germanie, deux chantres, Pierre et Romanus, qui apportaient de nouvelles copies de l’antiphonaire grégorien. Romanus fut providentiellement retenu à Saint-Gall et fonda dans APERÇC HISTORIQUE SUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT GRÉGORIEN 309

ce monastère une école de chant qui eut un immense renom dans tout le moyen âge. Nous avons heureusement conservé un grand nombre de précieux manuscrits de cette école, dont quelques-uns datent du 1x° el du x* siècle; ils renferment très certainement le vrai chant de saint Grégoire. Depuis saint Grégoire jusqu'au xu° siècle, le trésor des mélodies liturgiques se compléta. De pieux moines de Saint-Gall, Ratpert, Tutilo, Notker, composèrent des mélodies saintes, surtout des Kyrie el des Séquences. Le vénérable Bède laissa un certain nombre d'hymnes. Alcuin, moine et diacre de l'église d'York, composa des ouvrages appréciés sur le plain-chant. Citons encore, parmi les compositeurs de cette époque, le ro. Robert le Pieux, le pape saint Léon IX, le moine Guy d’Arezzo, Herman Contract, auteur du Save regina, saint Bernard, saint Duns- lan, qui, après un ravissement, composail le Kyrie Rez Splendens. Mais, après le xu° siècle, les composilions deviennent très rares, la science du plain-chant se perd, surtout par l'introduction du déchant et de la musique polyphone. À la Renaissance, les secrets de l'art grégorien étaient complète- ment ignorés; c'est ce qui explique les étranges compositions en plain-chant que nous a léguées cette triste époque. Il suffit de parcourir les morceaux attribués à Palestrina lui-même pour voir où étail lombée la science du chant grégorien, C'est le x1x° siècle qui a l'honneur d'avoir remis en lumière et fait comprendre les grandes œuvres des âges de foi. On est revenu des préjugés répandus contre les œuvres du moyen âge, et on se sent disposé à admirer, avec sincérité et loyauté, le vrai et le beau sans parti pris, là où ils se trouvent, de quelque époque qu'ils puissent ître, quels qu’en soient l'auteur et la nationalité. On se mit à fouiller les poudreux manuscrits que le moyen âge nous avait légués par centaines; mais les débuts furent très laborieux ; on pénétrait dans une contrée inconnue, que de malheureux devan- ciers avaient pris soin de bouleverser pour mieux égarer les explo- raleurs. Quelques-uns de ces nouveaux Stanley de la Science mou- rurent victimes de leur dévouement, sans avoir pu contempler cette lèrre de promission, objet de leurs vœux les plus ardents. D'autres, après bien des années de labeur, se découragèrent, et conclurent de leur insuccès à l'impossibilité d'une restauration du chant grégorien. Parmi les savants dont les travaux ont servi à restaurer le plain- chant dans sa pureté primitive, citons : MM. Raillard, Bonhomme, Gontier, Nisard, le R. P. Lambillotte, les membres de la Commission témo-cambraisienne et d'autres. Tous ces pieux et consciencieux qui a duré jusqu'en savants ont travaillé dans la période d'exploration, 1880; mais cette période est terminée, la période de solution est 340 REVUE ANGLO-ROMAINE

ouverte. L'ärt grégorien est retrouvé, on n'a plus qu'à résoudre des questions de détail d’une importance relativement secondaire. Ceux qui ont le plus puissamment contribué à ressusciter le chant de saint Grégoire, sont, tout le monde le sait, les Bénédictins de Solesmes, L'ensemble de leurs travaux sur la paléographie musicale a le cachet, la marque des grandes œuvres que Dieu inspire etbénit: elle en aura le succès, la perpétuité et l'immutabilité. Les préventions contre lesquelles leurs efforts viennent encore se heurter dans quelques endroits, tomberont devant l'évidence, et l'unité la plus consolante pour toute âme chrétienne se fera dans la’ vérité. Is apportent du reste, dans la controverse avec léurs adversaires, uue courtoisie, un calme, une charité chrétienne, quiles garantissent des illusions etles dégagent de tout préjugé. Si, en cette matière, comme en beaucoup d'autres, on savait se pénétrer du même esprit de vraie charité, sans faiblesse, mais aussi sans entétement et sans prévention, tout le monde arriverait bien vite à une entente, au moins sur les grands principes de la science grégorienne. Essayons d'esquisser à grands traits un historique du retour aux traditions grégoriennes, oubliées depuis plusieurs siècles et reprises dans ces derniers temps. Au xvi‘ siècle, un vrai besoin de réforme se faisait sentir, tout le monde en convient; des abus s'étaient introduits un peu partout; les sciences et les arts eux-mêmes s'en ressentaient. Malheureusement la transformation, au lieu d'être faite posément, avec raison, avec mesure, fut hâtée et précipitée par des hommes, souvent animés de nobles sentiments, qui recherchaient le vrai, le beau et le bien, mais qui n’eurent pas la patience d'attendre l’heuré de Dieu. En ce qui concerne l'art grégorien, on se trouvait, au xvr* siècle, en face d'ouvrages souvent mutilés, dont on avait perdu le sens. On se trouvait devant les monuments d'une langue qu'on ne savait méme pas balbutier. Les nombreux documents transmis par le moyen âge, défigurés par les copistes, horriblement massacrés par les exécutants, parurent indignes du culte de Dieu, Et de fait, tels qu'on les interpré- tait, il était impossible d'en supporter le maintien dans les offices de l'Église. Alors on se mit à refaire le chant liturgique; on inventa donc une théorie nouvelle, on détacha des mélodies anciennes quelques débris informes, que l'on souda comme on put; on en fit ces œuvres si pauvres et si lamentables qu'on appela le plain-chant ecclésiastique. Les œuvres parues pendant le xvi, le xvu‘ el le xvir siècle, et au début du xix°, ressemblent à ces premiers temples construits par les chrétiens, et formés d'un assemblage de colonnes de tous les modules, de tous les styles, réunies par des arcs aux formes les plus variées, donnant accès à des galeries sans symétrie. à la liturgie romaine éveilla : Vers 1850, le mouvement de retour ; APERÇU HISTORIQUE SUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT GRÉGORIEN 311

l'attention des musicistes sur le chant de saint Grégoire. Il se forma bute une école de chrétiens pieux et savants, qui voulurent remonter aux anciennes traditions, dont on avait fait table rase depuis des siècles. Ils comprirent que les éloges donnés par les artistes et les saints au chant de l’Église, ne pouvaient convenir aux mélodies insipides qu'ils entendaient résonner dans nos églises. On appliqua alors la méthode vraiment scientifique, qui consiste à remonter aux sources authentiques el à les étudier elles-mêmes sans parti pris. Le moyen âge nous avait laissé des trailés sur le chant grégorien, mais surtout des centaines de manuscrits gisaient dans la poussière, au fond des bibliothèques de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, etc. À ces livres, si appréciés aux âges de foi, on voulut rendre les honneurs qu'ils méritaient. Parmi les premiers et les plus savants plainchantistes qui s'occu- pèrent de ces travaux gigantesques, nous dovons citer la Commis- sion spéciale nommée par NN. SS. de Reims et de Cambrai. Comme on désirait un résultat assez prompt, les membres de cette Commis- sion durent hâter leur travail. Ils donnèrent l'édition rémo-cambrai- sienne, qui reproduisait à peu près le chant grégorien dans son inté- grié. Mais ce travail était encore sur plusieurs points bien imparfait, el il devait l'être, vu les circonstances dans lesquelles il parut. Les wants qui firent cette réédition des mélodies de saint Grégoire, n'eurent ni le temps ni loute la science indispensables pour faire une œuvre achevée. Ils l’avouèrent, du reste, dans un Mémoire qu'ils publièrent quelque temps après, au sujet de l'édition qu'ils venaient de donner. | Une circonstance mémorable avait aidé puissamment les membres de la Commission dans leur travail. Quelques années avant, un musi- ciste distingué, M. Danjou, avait découvert dans la bibliothèque de Montpellier un manuscrit du x1° ou du xn° siècle, qui donnait, en deux langues musicales, un grand nombre de morceaux du répertoire gré- gorien. Ce qui arrêtait dans l'interprétation des manuscrits précieux des 1x°, x°, xi* siècles, c'est qu'ils étaient écrits avec des caractères hiéroglyphiques dont on avait perdu le sens. Le manuscrit de Mont- Pellier donnait la clef de l'interprétation de centaines d’autres docu- ments, qu’on possédait sans les comprendre. Il était, en effet, écrit

avec ces mêmes signes, mais avec une traduction des mélodies dans l langue alphabétique, que l’on connaissait. La Commission rémo- tambraisienne se contenta presque de reproduire le {manuscrit bilingue de Montpellier, sansse servir assez largement d’autres docu- ments, surtout des plus anciens, qui donnaient une version plusexacte, Les travaux de la Commission donnèrent lieu à d'ardentes contro- verses. Pourtant cette édition qu'elle publiait, répondant à peu près au désir universel d’une restauration du chant grégorien dans sa

                                                           À

312 REVUE ANGLO-ROMAINE

pureté primitive, eut une vogue immense et fat répandus et à l'étranger. Vers le même temps, parurenl les éditions de Digne eldi billotte, elles rééditions desœuvres du xvri° el'du xvn* siècle” M ouvrages ne prétendaient donner que des mélodies refondues peu conformes aux principes grégoriens; elles furent moïns tées, surtout dans le monde savant, Avec l'édition rémo-cambraisienne, un premier pas était fait retour aux traditions grégoriennes; mais il restait encore bem faire, surtout pour déterminer les lois du rythme plainchantistes, tels que Nisard, Raillard, Lambillotte et d'autr tinuèrent leurs recherches avec plus où moins de suecès.w entrefaites, Dom Guérunger songea à une réimpression, d indispensable pour ses monastères, du Graduel et de PAntipl monastiques. Écoutons le docte bénédictin D. Pothier no l'histoire des études qu'il dut entreprendre sur le chant gré et qui aboutirent à son splendide ouvrage desmélodies grégoi et aux autres travaux qui ont suivi : « D, Guéranger ne pens que l'on pût réimprimer, sans une revision sérieuse veb\s: études préalables, les livres qu'avaient légués les xvn* et xvmi c'est pourquoi il confia à deux de ses religieux le soin d'entrep auparavant les recherches nécessaires, Ces recherches failes manuscrits les plus anciens et contrôlés sur de plus modernes tirent à celle conclusion : c'est que lous les morceaux du Rép grégorien ont été conservés intégralement, très souvent n9 note et groupe par groupe, dans les manuserits antéric xvr siècle, el qu'ils se trouvent même jusque dans les im comme étaient les livres en usage, par exemple, à Lyon, au ailleurs, avant la révolution liturgique des deux derniers, Cette confirmation d'un fait déja constalé par plusieurs etmi culièrement en lumière par M. l'abbé Bonhomme, dans ses Z d'une véritable restauration du chant grégorien, ne laissait aueut sur le parti à prendre : faire revivre la tradition grégorient pour la note que pour l'exécution. Pour cela il fallait aussi co l'écriture également traditionnelle ; celle-ci, par la mettet laquelle sont groupés les sons, permet de phraser le chante donner cette allure facile et naturelle si propre à l'expressi fois douce et animée d'une louange et d'une prière, qui, 60: louange divine et la prière liturgique, doivent sortir sans comme spontanément de l'abondance du cœur. Un mémoire rédigé en ce sens et présenté par les humbles fils et discif D. Guéranger à leur vénéré père et maitre, qui l'approuvaentiér ainsi que le résultat noté des recherches entreprises par ses0i sous sa direction, »

                                       Google

APERÇU HISTORIQUE SUR LA RESTAURATION D) PLAIN-CHANT GRÉGORIEN 313

Ce mémoire est devenu l'ouvrage des Mélodies yrégoriennes, qui parut vers 1880; il fut suivi, trois ans après, du Liber gradualis qui reproduit en notation des x1v° et xv* siècles les mélodies de saint Grégoire dans toute leur pureté primilive. C'est à peu près la même suite de notes que dans l'édition donnée par la Commission rémo-cambraisienne, mais le groupement des notes est reproduit tel que le donnent des cenlaines de manuscrits. Ce travail dooné par D. Pothier est donc la réalisation’ pleine et entière des vœux formulés, en 1850, par les plain- chautistes pour le retour intégral au chant de saint Grégoire. Depuis l'apparition de ces œuvres, vraiment dignes de savants chrétiens et dévoués aux œuvres de l'Église, on a publié un certain sombre de nouveaux ouvrages qui confirment et complètent les découvertes de D. Pothier. Signalons les ouvrages du Père Lhou- meau, du chanoine Cartaud, de l'abbé Coornaert, d'Edgar Tinel, des Péres Dom Kienle et Dom Janssens, du chanoine Bonuzzi et d'autres dont les revues musicales nous font connaître le zèle et le bon goût pour la restauration du chant ecclésiastique. De nombreuses revues se publient en France et à l'étranger et permettent aux plainchan- tistes de se lenir parfaitement au courant du mouvement de retour aux traditions anciennes, el aussi des découvertes que l'on fait dans la science grégorienne. Citons en particulier la Revue du chant grégo- rien de Grenoble, la Tribune de Saint-Gervais de Paris, la Musica sacra de Gand, la Musisa sarra de Milan, etc. Mais parmi les ouvrages que les Mélodies grégoriennes ont inspirés, el qui ont fixé définitivement les théories qu'elles font revivre, il faut donner la première place à la Paléographie musicale, qui, sous la haute direction de D. Pothier, est rédigée par le Père D. Mocquereau avec le concours de ses confrères de Solesmes. Cette savante publi- «alion trimestrielle n'est que le développement des Wélodies grégo- rénnes. Elle vient de plus prouver, avec une évidence éclatante, la parfaite authenticité du Ziber gradualis. Elle comprend deux parties : Une étude approfondie sur les prin- cipes constitutifs du chant grégorien, et en second lieu la reproduc- tion phototypique d'un grand nombre de manuscrits. L'étude des principes nous révèle la haute science qui a présidé à la composition des cantilènes sacrées. On s'était imaginé que ces gens du moyen âge, d'une époque encore barbare, avaient fait presque sans règles leurs compositions musicales. Mais on comprend aujourd'hui, grâce aux dernières études publiées dans la Paléographie musicale, que saint Grégoire et les pieux compositeurs qui l'ont suivi, se sont guidés sur des principes très précis el très savants, Chose remarquable, la majeure partie des règles qu'ils ont appliquées sont les mêmes que celles qu'on suivait du rv° au vu siècle dans la composition du style oratoire rythmé. C'est là une preuve intrinsèque très savante de 314 REVUE ANGLO-ROMAINE

l'authenticité des mélodies telles que nous les donnent les ouvrages bénédictins. Les découvertes réalisées par D. Pothier et ses disciples ont attiré l'attention du monde savant, en particulier des menrbres de ls Société constituée à Londres sous le nom de The plainsong and Hedie- val music Society. Quelques-uns de ses membres vinrent à Solesmes consulter les pieux savants, qui se mettent, si charitablement et si humblement, à la disposition de tous ceux qui veulent les consulter et se renseigner sur leurs travaux. Ces savants anglais comprirent que le chant grégorien mérite une étude sérieuse et approfondie; aussi sesont-ils mis à éditer une paléographie qui contient, elle aussi, la reproduction des manuscrits anciens et une étude sur le plain- chant. La Société a publié ainsi tout un graduel de Salisbury du xur siècle. La Revue du chant grégorien de Grenoble donnait, en décembre 1893, des détails très intéressants sur le chant grégorien en Angleterre, et rappelait avec quel soin et quel zèle on sait tenir les chœurs dans les cathédrales du rite anglican. _ La restauration du chant grégorien dans toute sa pureté n'est pas restée à l'élat de pure théorie, réservée à un groupe restreint de saŸants. Les ouvrages de D. Pothier se sont répandus partout, on a voulu entendre et exécuter les vraies mélodies de saint Grégoire dans leur texte intégral et d'après les principes d'exécution qui seul font comprendre les beautés de ces pieuses cantilènes. À Rome la schola du séminaire du Vatican, sous l’habile direction du Père de Santi, a exécuté, à la grande satisfaction de Léon XIE, les vraies mélc- dies grégoriennes; le séminaire français, depuis les célèbres fêtes de 1890 pour le centenaire de saint Grégoire, continue à interpréter avec succès le Liber gradualis. Un grand nombre de séminaires et de communautés sont entrés dans la même voie. La réforme ne peut commencer par la campagne, il faut que les maîtres se forment. Dans les endroits où l’on n'a pu encore se servir de tous les ouvrages bénédictins, on utilise au moins le F'ariæ preces, recueil de beaux chants anciens pour les saluts, ou encore le Xyriale, renfermant les Kyrie, gloria, etc., dont les airs si chantants et si bien rythmés peuvent être très facilement appris par le peuple. Si l'on n'a pu encore partout (bien qu’on l'ait réalisé déjà dans beaucoup de loca- lités) mettre entre les mains de tous les chantres le Liber gradualis, on s'efforce au moins de faire interpréter les diverses éditions de chants selon les vrais principes d'exécution. Plusieurs ouvrages ont été publiés à ce sujet: M. Edgar Tinel a fait un travail pour l'inter- prétation du chant de Malines; M. Coornaert, pour celui du diocèse de Bruges; le chanoine Cartaud a publié une petite brochure pour l'interprétation de toutes les éditions modernes; un prêtre de la Mis- APERÇU HISTORIQUE SUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT GRÉGORIEN 315

sion a publié une étude du chant grégorien pour l'édition si répandue de Reims et Cambrai. Ainsi de toutes parts c'est un concert de plus en plus unanime pour reconnaître la vérité et la beauté des décou- verles réalisées en science grégorienne. Fasse le ciel qu'un jour tout le monde ouvre les yeux et se laisse convaincre à l'évidence du vrai et du beau! Il y à de grands obstacles; un des principaux, nous le signalions au début, c’est le manque de bonne foi et de charité entre les controversistes. Cherchons donc purement et simplement le vrai, el alors pourra se réaliser une heureuse unité dans la vérilé.

                                               D. CuoisNaRp,
                                             Prètre de la Mission.

EnhaTa. — Quelques erreurs se sont glissées dans l’article du R. P. La- vey : L'nposition des mains dans les consécrations épiscopales (N° 5). La plupart auront été corrigées par nos lecteurs eux-mêmes; nous tenons ‘pendant à signaler les suivantes : Page 1494, ligne 14, au lieu de : notre rituel anglican, lire : ce rituel; ee 195, ligne 3, au lieu de : antérieur au IVe siècle, lire : antérieur au l'Esiècle: Page 200, note 2, au lieu de : écrit par Léofric, lire : écrit pour Léofric, CHRONIQUE

État présent de l'Église catholique en Angleterre. L'Annuatre catholique pour 4896, publié sous les auspices du Car- dinai Vaughan, donne d'intéressants détails sur l'état présent de la religion catholique dans l'empire britannique. Parmi les 66 Cardinaux du Sacré-Collège, on en compte 4 de langue anglaise. 11 y a, en Angleterre et dans le pays de Galles, 17 Evèques {y compris le vicaire apostolique de Galles); il yena autres en Ecosse. Le nombre des prêtres, en Grande-Bretagne, est de 3014; ils desservent 1789 églises, chapelles et missions. Parmi ces prêtres, 2090 sont séculiers et 924 appartiennent au clergé régu- lier. En outre, il y a, en Angleterre, un Archevéque et deux Evêques in parlibus. La religion catholique romaine est professée par 41 pairs d'Angle- terre, d'Ecosse et d'Irlande, par 53 baronnets, 45 conseillers privés, 3 membres anglais et 67 membres irlandais du Parlement. La population catholique du Royaume-Uni comprend environ 5 millions et demi de fidèles, — dont 1,500,000 pour l'Angleterre et le pays de Galles, 365,000 pour l'Ecosse, 3,500,000 pour l'Irlande. En y ajoutant le Canada, l'Australie, les Indes et les autres colonies et possessions anglaises, la population catholique de l empire britan- nique s'élève au total de 10,230,000.

Le Guardian, dans son dernier numéro, consacre à notre wuvrel'ar- ticle suivant :

Maintenant que plusieurs numéros de la Revue angla-ramaine ont paru, nous pouvons formuler une opinion sur son succès et sur son but, et nous sommes heureux de constater que son contenu remplit à la foisles promesses de l'éditeur et nos propres espérances. Nous pouvons prédire un avenir important à la Revue comme trait d'union entre les Eglises gallicane et anglicane et inoyen d'arriver à mieuxse comprendre de part et d'autre, Il est probable que, grâce à son extrême impartialité, elle atteindra ce résultat. Elle a déjà publié un utile exposé de la situation de notre Eglise, dù à la plume d'un laïque anglais (7 Eglise anglicane vue du dedans, par M. G. A. Spokis- woode) et donne maintenant une traduction de notre Ordinal. Dans sa partie documentaire elle renferme, entre autres, la réponse du Patriarche grec de Constantinople et des autres évêques orthodoxes à l’Encyclique du Pape Preæclaræ du 20 juin 1894. Cette partie docu- mentaire de la Reyus parait devoir rendre les plus grands services en répandant des connaissances et des informations précises. Notre confrère anglican termine par une étude approfondie sur l'article de M. Ermoni: l'Eglise romaine en face de l'Eglise grecque. schismatique. CHRONIQUE 317

Situation religieuse de Berlin. Nous lisons dans le Monde : Berlin, d'après le recensement du $ décembre 1895, compte au delà de 1,600,000 habitants. Dans ce chiffre, les catholiques figurent pour un peu plus de 200,000. Bien souvent les prêtres catholiques ont poussé leur cri d'alarme en faveur de milliers de leurs paroissiens exposés à perdre la foi dans la capitale. L’insuffisance des églises, le manque de prêtres, la modicité des ressources, leur créent une situa- lion parfois désespérante. Durant les dernières années, de grands efforls ont été tentés pour multiplier les sanctuaires et permettre aux fidèles de se grouper. Le ministère catholique constitue à Berlin une vraie mission, mission plus importante en elle-même que toutes les stations fondées en Afrique au prix de tant de sang et d'argent. La situation religieuse protestante laisse encore beaucoup plus à désirer. Ici c'est un vrai retour vers le paganisme. Quelques chiffres en fourniront une preuve irréfragable. Durant l'année 1894, il y eut à Berlin 42,809 naissances; 32,085 de mariages exclusivement pro- testants, 5,354 de mariages mixtes, 5,370 naissances illégitimes, de mères protestantes. Sur les 32,085 enfants de mariages protestants, 29,194 furent baptisés; sur les 5,334 de mariages mixtes, il y eut 2,643 baptêmes; sur les 5,370 enfants illégitimes, 3,729 furent portés au temple. Ce qui fait pour l'année 4894 : 7,246 enfants non baptisés. Inutile de relever le fait; il indique assez par lui-même la situation religieuse d’un grand nombre de familles. La statistique des mariages jette un jour plus sombre encore sur cette situation. La somme totale des mariages civils montait, à Berlin, pour l’année 1894, à 15,569, dont 12,801 entre protestants, et 2,688 mariages mixtes. Sur ce chiffre, il n’y eut que 9,337 qui deman- dèrent la bénédiction religieuse; 8511 des mariages protestants, 826 des mariages mixtes. Pour 6,232 unions, on se contente sim- plement du mariage civil. C’est donc au delà du tiers restant en dehors de l'influence religieuse. La portée sociale d’un tel fait est incalculable. Si on y ajoutait encore les chiffres que fournit la statis- tique du divorce, les résultats seraient encore plus effrayants. — H. CErrY.

Les Frères des Écoles chrétiennes en Orient. — L'Orient aété divisé parles Frères des Ecoles chrétiennes en cinq délégations : celles d'Egypte, de Palestine, de Syrie, de l'Asie-Mineure et de Cons- tantinople. La. délégation d'Egypte comprend les établissements. d'Alexandrie (6 écoles et 30 classes, 962 élèves au 31 décembre 1892 et 4150 en 4894); du Caire (4 écoles, 15 classes, 974 élèves en 1892, et 1055 en 1895); ceux de Mansourah, Port-Saïd, Port-Tewfik, Ramleh et Tanta, comprenant ensemble 9 écoles et 40 classes, 787 élèves en 1892 et 1003 en 1894. La délégation de Palestine a sous sa juridiction les villes de Caïffa, Jaffa, Jérusalem, Nazareth, dans lesquelles les Frères ont établi cinq écoles, subdivisées en 20 classes: 660 élèves suivaient les cours au de 31 décembre 1893 et à la fin de 1894 ils avaient augmenté de plus 280, soit 30 0/0. | J18 REVUE ANGLO-ROMAINE ‘

En Syrie, 4 écoles, établies à Beyrouth, à Latakieh, à Tripoli-ville et Tripoli-marine, ont vu le nombre de leurs élèves s'élever en deux ans de 408 à 655, soit une augmentation de plus de 35 0/0. Les écoles de Smyrne et l'école de Rhodes —- ceile-ci de fondation très récente est due à la générosité du consul de France — ont éga- lement prospéré dans ce court laps de temps; le nombre de leurs élèves était de 806 au 1°"janvier dernier. La délégation de Constantinople est, après celle d'Egypte, celle qui possède le plus grand nombre d’ écoles et celle dont l'augmenta- tion a été la plus notable au point de vue des élèves. Les 1971 enfants répartis dans les onze établissements de Constantinople, avec ses faubourgs Galata, Panealdi, Péra, Péra-Taxim, d'Angora, d'Erzeroun, de Saionique, de Trébizonde, sont devenus 2300 au commencement de l’année courante. En résumé, dans l'espace de deux ans, le nombre des élèves qui en Orient ont suivi l’enseignement des Frères est monté de 649% à 7843.

                   LIVRES ET REVUES

REVUE DU CLERGÉ FRANS:IS : La violation du dimanche en France. Tel patron vous soutiendra avec acharnement qu’il ne peut pas, absoiu- ment pas, laisser tomber ses feux le dimanche : remarquez qu'on ne dit pas les éteindre ; on demande seulement de les baisser, tout en les entrete- nant au moyen d'une équipe restreinte dont le roulement serait facile à établir. Non, c'est entendu, il est impossible de laisser tomber méme le feu d’un seul four. Mais après ‘tout l'homme n'est pas fait pour l'industrie, c'est l'industrie qui est faite pour l'homme ! . Mais en Angleterre, mais en Allemagne, on se repose le dimanche et l'industrie est aussi prospère qu'en France ! — Mais, méme en France, il y a des fabriques, voire même des verreries considérables, qui chôment le dimanche et qui font d'aussi bonnes affaires que n'importe qui: je puis même vous en citer plusieurs aux portes de Paris.

Rien n'y fait : quand la pièce de cent sous est en jeu, ou qu’on la croit en jeu, les choses les plus simples se compliquent, et l'on est prèt à ar- river aux extrémités les plus extraordinaires. Un soir je vis arriver à la sacristie un employé portant un uniforme connu; le malheureux était en nage et suppliait qu ‘on inscrivit ses bans de mariage malgré l'heure. Trois semaines après, un samedi, vers dix heures, il revint courant toujours ; son patron lui donnait quatre heures pour se confesser et # marier, et lui accordait en plus congé le lendemain dimanche. à partir de midi!...mais par faveur exceptionnelle. Franchement, si c'est pour aboutir à celte débauche de liberté que lou- LIVRES ET REVUES 319

vrier français a fait la Révolution, on peut avouer que le jeu n'en valait pas la chandelle. . Contre ce mal qu'a-t-on fait en France? Rien ou presque rien ; c'est un courant immense à remonter, et il est tellement fort qu'il décourage les bonnes volontés individuelles, — Une ligue s’est formée sous l'inspiration de M. Léon Say et n'a peut-être pas bien su encadrer les bonnes volontés qui venaient 4 elles. Je me souviens avoir porté le nom et les cotisations de plus de cent membres chez M. de V--, un grand commerçant de la rive droite, délégué pour les recevoir ; et j'ai eu toutes les peines du monde à les faire accepter: on n'avait absolu- ment pas l'air de savoir ce que je venais faire. ‘ C'est pourtant à cette ligue que l’on doit en grande partie la fermeture de la petite vitesse le dimanche à partir de midi. C'était toujours autant de gagné; maïs il aurait fallu poursuivre, pétitionner, provoquer un mou- vement, une poussée d'opinion; or l'énergie, l'ardeur persévérante ont évidemment manqué. Quelques ligues, mais alors tout à fait catholiques, se sont formées en province, Je signale ici l'effort tenté à Cherbourg par M. Leroux, curé- archiprètre de Sainte-Trinité, vaillamment secondé par un comité de Dames. Ce comité visita à Cherbourg et dans les environs plus de 70 ateliers. Sur ce nombre cinq avaient le parti pris absolu de continuer le travail du dimanche malgré toutes les observations possibles ; — quinze à vingt maitresses ouvrières affirmèrent ne pas ouvrir leur atelier le dimanche et s'en trouver bien. Plus de quarante ont avoué travailler le dimanche presque toute l'année. Le rapport de ces dames écrit dans un style simple -et ému serait à citer tout entier. « En les informant du but de notre visite nous craignions d'être recues avec une grande froideur, suite naturelle de la différence entre nos idées et leurs habitudes connues; aussi, grande a été notre surprise.en recevant de ces dames un accueil trés cordial, qui nous a encouragées dans notre mis- sion un peu difficile. Tout en reconnaissant ce que leur travail a de fâcheux, elles en ont toutes, d’un commun accord! rejeté la faute sur... la clientèle: « C’est elle la coupable, c'est à elle qu'il faut s'adresser, » ont-elles dit. « On « nous apporte des toilettes le vendredi, le samedi même, pour le dimanche: « si nous refusons, on nous fait des reproches, on menace de nous quitter «et personne ou presque personne ne nous parle du dimanche. » « Quelques-unes nous ont fait des aveux d'un genre différent : « Je vois « bien, a dit l’une d'elles, cela ne m’avance guère de travailler le dimanche; « ce jour-là, je nourris en partie mes ouvrières pour les dédommager ; le « bénéfice n’est pas grand et je suis si fatiguée par les veilles qu'un jour de « repos me ferait beaucoup de bien; puis mes enfants sont abandonnés, je

saver et, sans crainte d'être démenties par la Providence, nous lui avons pronus un sort plus heureux. En échange de nos encouragements, nous avons reçu de bonnes promesses; plusieurs ont manifesté le désir d'un arrangement entre elles; mais. un certain nombre craignent trop de n'être pas 1ssez soutenues dans cette réforme par leur clientèle. « Vous êtes trop peu nombreuses de votre avis! » disent-elles. En effet la clientèle s'élève au has mot à 45,000 personnes. » Alors, ces chrétiennes énergiques se mirent en campagne et firent un appel à la clientèle, c'est-à-dire à toutes les dames de la ville : Il ne s'agit pus, disaient-elles, de forcer à aller à l'église ceux et celles qui ne veulent pas y aller, mais de ne pas empêcher celles qui désirent y venir. Ou litune propagande en règle; on obtint que des ouvrières missent, pour condition de leur apprentissage, qu'elles ne viendraient jamais le di- manche, et, petit à petit, des résultats très consolants apparurent. À quel point cela se propagera-t-il?... C'est le secret de Dieu. Mais dans notre France administrative et routinière les résultats seront toujours précaires, tant ue le mouvement ne partira pas des autorités constituées; et comme on confond à dessein le repos du dimanche et la sanctification du di- manche, une bonne initiative du gouvernement n'est pas à espérer d'ici longtemps. Dans ces conditions, c'est aux pärticuiiers à semer la bonne semence, à faire l'impossible pour empécher la prescription de s'établir, et à souligner sans vesse devant le peuple tout ce qu'il y a d’inhumain et d'antipatriotique ans la violation préméditée du dimanche imposée aux ouvriers. Je sais telle localité où une seule personne a réussi à faire s'entendre les cornmerçants entre eux pour fermer tous à midi — et ils en sont enchan- tés: le facteur a vu sa tournée de deux heures supprimée le dimanche, grice au consentement des principaux industriels de l’endroit. Cette per- soune continue sa campagne, et si, dans chaque localité un peu impor- late, se trouvait quelqu'un qui voulüt limiter sans se décourager: si l'on presentait la chose sous son vrai jour, c’est-à-dire comme une motion pro- lectrice de la classe ouvrière, on pourrait créer en sa faveur un redoutable mouvement d'opinion qui forcerait peut-être le gouvernement à s'en occuper. Verrons-nous cela? Les cartes sont tellement mélées, les orientations politiques sont tellement éphémères, que l’on peut tout craindre sans beau- coup espérer.— L'abbé EDMOND LOUTIL.

   Douuin Review £arly catholic Winew upon anglican orders. —(Pre-

miers témoignages catholiques sur les ordres anglicans.)

    Lu controverse sur les ordres anglicans        qui semblait épuisée

s’est réveillée en ces derniers temps avec une regain de vigueur el sl cntrée dans une phase nouvelle, à la fois au point de vue théolo- #ique et historique. Dans ce travail je me “confinerai à une étude purernent historique et à une affirmation des faits. Quelle fut l'at- tilude des théologiens catholiques vis-à-vis des ordres anglicans, pendant le demi-siècle qui suivit l'établissement de la hiérarchie d'Elizabeth ?.» \u nombre de ces théologiens nous relevons les noms de Restell, Dorian, Heskius, Harpsfeld, Allen, Harding, Campion, Stapleton, Brislow, Dury, Riston, Constance, Rainolds, Kellison, Smith." PRIÈRE TIRÉE DU MISSEL DE LEOFRIC'

Pater sancte, omnipotens Deus, qui per Dominum nostrum Jesum Christum ab initio cuncta formasti, et postmodum in fine temporum scundum pollicitationem quam Abraham patriarcha noster acce- perat, Ecclesiam quoque sanctorum congregatione fundasli, ordinatis rebus per quas legibus a te datis disciplinæ religio regeretur ; presta ut hic famulus tuus sit ministeriis cunctisque fideliter gestis sfficiis dignus, ut antiquitus instituta possit sacramentorum mysteria celebrare. Per te in summum ad quod assumitur sacerdolium conse- cretur. Sit super eundem benedictio tua, licet manu nostra sit. Præcipe, Domine, huic pascere oves luas, ac tribue ut commissi gre- gs eustodia sollicitus pastor invigilet. Spiritus huic sanctus tuus tælestium charismatum divisor adsistat, ut sicut ille electus gentium doctor. instituit sit justitia non indignus, benegnitate pollens, hospi- lalitate diffusus; servet in exhortationibus alacritatem, in persecu- fionibus fidem, in caritate patientiam, in veritate constantiam, in hære- sibus ac vitiis omnibus odium scial; in æmulationibus nesciat ; in judiciis gratiosum esse non sinas, et tamen gratum esse concedas. Postremo omnia a te largiter discat quæ salubriter tuos docet. Sacer- detium ipsum opus esse existimet, non dignitatem. Proficiant ei honoris augmenta, etiam ad incrementa meritorum, ut per hæc sicut apud n6s nunc adsiseitur in sacerdotium, ita apud te postea adscis- ralur in regnum. Per, etc.

archiepiscopi schismatici fuerint, et ecclesias quibus præfuerint, de maou quondam Henrici VIII et Edwardi VI prætensorum Angliæ Regum receperint, caracterem ordinum eis eollatorum recepisse, executione ipsorum ordinum caruisse et propterea lam Nostram quam præfati Reginaldi Cardinalis et Legati dispensalionem eiscon- ressam, eos ad exemtionem [executionem] ordinum hujusmodi ita ut in eiset absque eo quod juxta literarum Nostrarum prædictarunt tenorem ordines ipsos a suo Ordinario de novo suscipiant, libere miaistrare possint, plene habilitasse; sicque ab omnibus censeri et per quoscuimque quavis auctoritate fungentes judicari debere; ac si seeus super his a quodain quavis auctoritate scienter vel ignoranter rentigerit attentari, irritum el inane decernimus:; non obstantibus premissis ac constitutionibus el ordinationibus apostolicis ceterisque tontrariis quibuscumque. Dat. Romæ apud S. Mareun, eic., die XXX Octobris 1835, anno primo Po[ntificatus|.

DÉCRET DE LA CONGRÉGATION DE SAINT-OFFICE SUR LES ORDINATIONS ANGLICANES (1704)

« Beatissime Pater, « Joannes Clemiens Gordon, Secotus nuper Romæ ad fidem conver- sus, ad pedes Sanctitatis Vestræ humillime provolutus, exponit que- madmodum Episcopatus gradum in patvia obtinueril, ritu hæretico- rum uieunque consecratus. Cum: autem hujusmodi consecrationem apinetur esse nullam, ob rationem huic supplici Libello annexam, et summnopere desideret ex suo gradu dubio ac suspenso ad certum slatum ecclesiasticum adscribi, Deoque et Ecctesiæ Catholicæw inser- vire; ideo. « Supplicat reverenter Orator,ut Sanctitas Vestra declararc digne- lur, hujusmodi ordinationem esse illegitimam et nullam; atque secum, ut ordines sacros catholico rilu suscipere queat, dispensare. Fi Deus, etc. . « Motivum, ob quod Anglicanorum heterodoxorum ordinationes arbitratur orator, cum plurima ceatholicorum, imo et heterodoxorum parte, nullo modo validas dici posse : a Utenim validæ dici possent, non dubie duntaxat, verum certo consfare oporteret, apud praætensos Episcopos Anglos residere veruni Episcopatus characterem; legitimai illos accepisse ab KEcclesia Ca= tholica per successionem aliquam ordinationein, consecrationemque etdenique ab illis pseudo-Episcopis adhibitam fuisse ac etiamnum adhiberi essentialem in eorum consecrationibus formam, materiam, intentionemque. Etenim, si quidex tribushisce, nimirumcharactere, legitima consecratione, formaque aut intentione desit, consecratio- sem dici nullam et invalidam cum Theologis omnibus fateri necesse est, 324 REVUE ANGLO-ROMAINE

doctissimi (utpote lumine veritatis convicti) nullam apud se ordinan- di potestatem esse, quæ ab Ecclesia HRoniano-Catholica derivata in eos non sit. Id contfitetur ingenue Bridgesius Pseudo-episcopus Oxo- niensis in Defensione Regiminis, ete., p. 278. Ecce ejus verba:« fi « fratres nostri Papistæ tantum Laicos esse velint, erimus nos, tt « omnes Ministri meri quoque Laici. Nam qui nos ordinavit Minis- « tros, nisi qui de eorum Ministerio fuerunt ! Nisi forsan a populo « Ministros fieri velint. » Quod ultimum negat ministellus ille. At non est illi assentiendum pro illa parte, quod ministerium a Catho- licis sut præ se fert) habuerint, cum: nullam successive ordinationis rationem afferat, Hac auleim sublata, nulla alia conseerationis apud hæreticos illos extantvestigia, præter ministerium a populo vel prin- cipe laico probat. « Ftaque, si nulla legitima ordinatio consecratioque sacerdotalis aut episcopalis ir illos manarit ab orthodoxis Romano-Catholicis Episcopis; igituret nullum characterem nullamque habentin se con- secralionem; atque adeo hanc in alios pequeunt valide conferre. Sed ne solis haciinre {quod hujus dubii caput estivideatur Uratorhæ- reticorum assertionibus inniti, invaliditalem consecrationum his ar- gumentis ex histori& depromptis invicte probat. « Constat, nullum Episcopum Catholicumin schismate et veræ fidei abjuratione Anglicana ad partes transiisse hæreticorum, præler unum Antonium, Kitchin nomine, Épiscopum Landafflensem, doctrina et scientia inter cæteros infinnm, qui tamen nefando muneriordinandi a Regina Elizabetha depulatus, tantum abfuit ut id exequeretur, ut cæcum se adeoque iniposito muneriimparem simularit, facinusque detestatus, nullisminis ad id unquamadduci potuerit (ita Hardingus in Confutatione Apologetica, part.2, c. À, Idipsum Stous Chronologista Anglus subinde agnovit, etsi suis in id Annalibus inserere, metu re- ghninis, non sit ausus, uti Lestatur nobilis vir D. Constabilis in ma- nuscripto proprio, pag. 43. « Agebat quoque sub idtemporis in Turri Londinensi Archiepis- copusquidam Hibernus, quein proposita libertate et præmiis hære- tici deprecabantur, ut misertus orbitatis suæ Ecclesiæ Ministres ordinaret. at vir bonus, inquit Sanderus, de Shismate, pag. AW, « nullo modo addueci poluit ut hæreticis sacras manus imponeret, vel « alieno peccato communicaret ». Cum aufem hæretici sua in spe cecidisse viderent, inito consilioin Tabernam ad Caput Equiin platea Cheapside Londini, condicto die conveniunt, anno 4839, el quid ageu- dum statuunt. At tandem tumultuario opere ex præsentibus (aderant enim plures) Joannem Scorium apostatam religiosum, haud Episu- puni, deligunt, qui ordinationis speciem perageret. Is legerat ex Re- formatis Tunii cujusdam librum seeundum de Ecclesia, cap. 4, impo- sitionem ia Ecclesia manuum nibhil aliud olim fuisse, quam “dextre in dexteram, amicitiæ ergo, injectionem. Jubet itaque adstantes in genua procumbere : et apprehensa cujusdam Parkeri Haïci dexira: « Eia », inquit, « Domine Episcope Cantuariensis, surge. » DÉCRET DE LA CONGRÉGATION DU SAINT-OFFICE, 4704 323

« Pari modo aliquot ex iis qui aderant, hoc rituordinavit. Ita acci-* disse testatus est oculalus testis Thomas Keal, Professor linguæ He- braicæ Oxonii, cuidam sno amico Herbelei, cum uterque religionis causa exul ex patria in Relgio degeret, Prodiit quidem anno 14613, hoc est 54 annis post prædictum factum, liber Londini editus, cujus- dam Formalistæ Angli, Francisci Masoni nomine: is prætendit, se in Archivo quodam invenisse Episcoporum successionem, a Catholicis ordinatorum. Sed ab omnibus exploditur, quia nimirum sui dicti aullam probationem affert. Itaque illos constat nullam ab Ecclesia vera accepisse ordinationem validam, adeoque nec characterem ulium ac proinde eorum ordinationes esse invalidas et nullas. « Adde, quod licel per successionem legitimam, aliquam hæretieus quispiain ordinationem consecrationemque episcopalem accepisset ‘quod tamen nulle argumento probalur, etiamnum eorum ordinatio- nes invalidæ dicendæ essent ob defectuim materiæ, formæ et inten- tionis debiltæ. Nuïlla enim materia utuntur, nisi forte traditione Bibliorum, nulla forma tegitima; imo formam Catholicorum abjecére el commutavèére in hanc:« Accipe potestatem prædicandi verbum Dei, et administrandi sancta ejus sacramenta: » quæ essentialiter differt a formis orthodoxis. Deinde, quæ'intentio ab fllis formari poterit, qui negeant, Christuin, aut primam Écclesiam ullum incruen- tu instituisse Sacrificium'! Sublato autem Sacrificio, tollitur Sacer- dos, sublato Sacerdote, tollitur Episcopus, sublato alterutro,« tolli- tur », ut ait S. Hicron., Dial. contre Luciferianos, « Ecclesia, Fides et Evengelium ». « Denique constans semper in Anglia fuit praxis, ut si quis hære- ticorum Ministrorum ad gremium revertatur Écclesiæ, Bæcularis ins- tar habeatur. Unde si ligatus sit matrimonio, in eoden perimaneat; sin Liber et ad statum ecclesiasticum transire velit, aliorum catholi- corum more ordinetur, vel, si libuerit, uxorem ducat. Brgo etc. « Feria 8 die 17 Aprilis 1104 in Congregatione generali S. R, et universalis Inquisitionis, habita in Palatio Apostolicoapud S. Petrum coram Sanctissimo D. N. D. Clemente Divina Providentia Papa XI ac Eminenlissimis et Reverendissimis Dominis S$. R. Ecclesiæ Cardina. libus in tota Repub |. Christiana contra hæreticam pravitatem generalibus Inquisitoribus, a S. Sede Apostolica specialiler depu- tatis. « Lecto supradielomemuriali, Sanctissimus D. N. Papa prædictus, audilis votis evrumdem Emninentissimorum, decrevit quod prædictus doannes Ulemens Gordon Orator ex integra ad omnes Ordines, etiam Sacros et Presbyteratus promoveatur, et quatenus non fuerit sacra- tuento Contirmationis muuitus, confirmetur. « Joseph Bartholus, S. R. et universalis Inquisitionis Notarius.

                                     « Loeus +sigill, »

326 REVLE ANGLO-ROMAINE

           DE FABULA CAUPONARIA"

Anno salutis 1604, post consecrationem Parkeri xiv annis,primum spargi rumor cœptus est de fictis consecrationibus episcoporum, quæ in caupona ad Caput Equinum {the Nag's Head) habitæ fuisse ferebantur. Auctor fuit Johannes Holywood falio nomine Christo- pherus a Sacrobosco) qui primus in libro De Investigalione veræ él visibilis Christi Ecclesie, Antwerpiæ edito, Parkeri consecralionen, quoad factum historicum, impugnare ausus est. Omnes enim qui anlehac hierarchiam ‘Anglicanam insectati erant, eius consecralio- uem vere quidem, sed illicite aut invalide confectam esse censuerunt. Hi lamen, qui clerum Anglicanum acerbissime detractare cuperent, si quid de eis quæ in diversorio perridicula accidisse feruntur novis- sent, Parkero consecrationem Lambethanam præ se ferenti menda- cium optimo iure obiecissent. Hæc animadvertit Lingard (Birm. Cath. Mag. vol. +. pp. 712, 718), qui testatur se perlegisse Hardingi l'onfutation et Detretion, Stapletoni Counterblast et Promptuarium Ca- tholicum, Bristovi Wotives, et Sanderi Historium, qui omnes ne in mentionem quidem consecrationis pulalivæ in diversorio habitæ inciderint. Quinimo ante fabulam ab Holÿwood anno 4604 vulgatam nihil huiusmodi conceptum fuisse ex hisce patel : — 4° Kellison, qui in suo Eramine Novæ Reformationis anno 1616 cons- cripto eadem fere quæ Holywood mentitus erat profert (p. 166), nihil de his rebus in libro suo Survey of the Ne Religion anno 4603 edito fabulatur.

Bristow in libro Wotives to the Catholir Fuith annis 1574 et 1589 vulgato, consecralionem huiusmodi ficticiam, ut monct Lingard, plane ignorat; in versione autem Latina eiusdem libri (eui titulus Antihæreticæ Motivæe) a quodam Worthinglon anno 1608 factu, verba quiedam quæ eo spectare videntur intersita sunt (pp. 266-277), unde Le Quien ea tanquam ex ipso Bristovo, sub anno 1567, derivat. Ex his vero primordiis fabula vires acquisivit eundo, et cum eis additamentis communiter relata est quæ in Fitzsimonis Britanomacht Ministrorum (Ducaci, 4644) atque in libro Champnæi de Vocation Ministrorwn iLutetiæ 1618) fusius elaborantur. Chempnæus hær narrat, p. 497 : — « Initio regni Elizabethæ, depositis et in custodiam coniectis Catholiris Episcopis, ut infra videbimus, alii creandi et illis sufficiendi erant. Qui fuerunt ad illam dignitatem nominati, el electi, ex condicto in quodam hospitio (cui insigne erat Caput man- nuli in vico dicto Cheapside) Londini convenerunt. Illue etiam invita- tus venit Landavensis Episcopus, multa senectute iam decrepilus.

1 Cf. De Hierarchia anglicana, Appendix XIV. DE FABULA CAUPONARIA 827

vir simplex et meticulosus. Ab ipso expectabant ordinationem novi candidati. Quod Bonerus Episcopus Lorulinensis in carcere religionis ergo constitutus, subolfaciens, minatus est Landavensi excommuni- cationem, si eos crdinaret: quo nuncio territus, et tactus etiarn . fertassis intrinsecus conscientiæ stimulis ille pedem rettulit, et oculornm infirmitatem causatus, manus eis imponere recusavil. Expectantes ergo isti spe sua frustrati, se illusos interpretantes, senem, quem antea honore et reverentia non mediocri prosequeban- tur, opprobriis lacessere cœperunt quidam inter illos dicentes : Helirus isle senez erxislimal no+ ÆEpiscopos non fore, nisi liniti et oleo delibuli fuerimus: tam Episcopum senem, quam f#tholicum consecra- tionis ritum ludibrio habentes. Consecratore tamen frustrati, novum coguntur quærere consilium, et ad Scoretm apostatam monachum ‘qui sub Eduardo sexto absque ulla consecratione, ut statim videbi- mus, Épiscopatum invaserat) ut ab eo ordinarentur, recurrunt. Iste qui cum habitu religioso conscientiam omnem exuerat, rem cito peregit, hac usus cæremonia. Hllis omnibus ante ipsum genua flectentibus, unicuique illorum Biblia super caput imponens, dixit, Acripe potestatem verbum Dei sincere prædicandi. El sic surrexerunt omnes Episcopi. »

Fitzsimon vero ip. 320: ita iocatur : « Agebat sub id temporis in Turri Londinensi Archiepiscopus quidam Jbernus, ad quem #oposita liberlale ac privmiis, supplices confngiebant, ut is orbitatem Ecclesiæ Anglicanæ cui Miuistri essent pernecessarii, misertus, ordinationem peragerel. Sea vir bonus [inquit Sanderus}) nullo modo adduci potuit ut hærelicis surras manus imponeret, vel ulieno peccalo communicaret. Non habeo compertum f{citra probabililatem coniecturæ) an hic idem fuerit ter illustris martyr (reveus, Armacanus Primas.. Tot autem modis properantis ambilus frustra tentatis, cum nullum aliud occur- reret remmedium, ipsi inter se candidati condicto die in Taberna, ad Caput Manuli, seu Equi, in Cheapsid, platea Londini præcipua,con- veniunt, anno 4389. Non fuit quærendum tempium tali Taberna magis idoneum Reformatæ ordinationi : quæ ventri et ingluviei patefaelura erat arbitrarium aditum, el onnia ieiuniorum iura paulo post violatura.. Ex omuibus igitur Johanne Scorium Apostatam Religiosum deligunt, ut a votifrago (seu digno totius stemmalis protogene) auspicatior esset exvotata consecratio. Narrat Junius ‘sed reformata fide) impositionem in Ecclesia nianuum nihil aliud olim fuisse, quam familiarem dextræ in dextram, amicitiæ ergo, iniectionem. Ad hane sententiam respiciens Scorius iubet omnes procumbere in genua: deinde Parkeri prensa manu, ait: Eia, D. episcope Cantuariensis, surge. Iterum pari modo Grindallo : Eia, D. episcope Londinensis, surge. Itidem Horno : Eia, D. episcope Win- toniensis, surge. Dein Sandesio: Eia, D. episcope Worcestrensis, surge, et sic de cæteris. »

Huiusmodi ineptias, nullo adhibito documento, ex mero auditu omnes tradiderunt. In testimonium asciscunt quemdam Thomam Neal, e famulis, quod dicit Champnuæs, Bonneri, a quo missus est 328 REVUE ANGLO-ROMAINE

ad Landavensem « ut eum sub pœna excommunicationis prohiberet, a sacrilega illa consecratione desistere, et insuper ut videret quid ibi tandem fieret. » Hic vero annos ante fabulam vulgatam quattuor- decim mortuus ne verbum quidem de hac re scriptum reliquit. Alqui si vera de tali re in usum posterorum tradere poluisset, vir eruditus ac rerum peritus historiam istiusmodi auribus tantum committere nequaquam voluisset !. Proinde si consecratio scenica in diversorio habita Nealo Bonneri capellano, quem testem oculatum præ se ferunt fabulatores, inno- luisset, ille quidem in actione Bonneri contra Hornum per testi- monium facti tum causam domini sui obtinere, cum Hornum ex episcopatu iure neque ecclesiastico nec civili occupato eiicere potuisset. Nihil huiusmodi. Bonneri enim causidici non modo de lali re, quæ iuramenti ab Horno dati reiectionem sane defendisset, silebant, sed etiam ea proferebant argumenta quæ præsumerent et Parkerum et Hornum iuxta ritum Edwardinum fuisse consecratos. Neque in minorem errorem de personis consecratis inciderunt auctores fabulæ. Nonnullos enim referunt qui post aliquot annos promoti sunt ; neque de his inter se consentiunt. Wadsworth ? ten- tatam in diversorio consecrationem referens concedit Parkerum Lambethæ ut in Registro memoratur consecratum esse ; Champnæus asserit in diversorio consecratos fuisse omnes qui in sedes eo lem- pore vacantes suffecti sint, quorum xiv, præter ipsum Parkerum nominat (p. 532); auctor præfati ad Parsoni Discussion of the Answer of M. Barlowe, omisso Parkero, Sandum Hornum Grindallum Juel- lum aliosque nominat; Fitzsimon Parkerum Grindallum Hornum Sandum ceterosque memorat ; Kellison primorum sub Eliabella pseudo-episcoporum in genere tantum mentionem facit. Eidem scripto- res de materia et forma consecrationis ficticiæ diversa referunt. Champnæus asserit Scoræum sacra biblia super capita imposuisse cum verbis Acripe potestatem verbum Dei sincere prædicandi; Fitzsimon vero dicit eum cuiusvis manu tantum prensa verbis usum esse Eu, D. episcope Cantuariensis, surge, et similibus. Le Quien autem (Y4- lité etc. vol. i. p. 485) cum fabulæ fidem hac discordia penitus abolitam esse sensisset, narrationes horum scriptorum discrepantes in unum redigere conatus est, hoc scilicet modo : — primo Champnæi textum omissis tantum verbis « ef sic surrexzerunt omnes episcopi » totum trans- tulit, cui cum ea quæ Fitzsimon narrat addidisset, statim pergit his verbis uti: « Hæc historia, qualem modo rettuli, in libro Antonü Champnæi, doctoris Sorbonici, de vocations Ministrorum, cap. 14. p. 497 reperitur »; quibus verbis efficit ut historia una et continua esse videatur, quam ex dissonis eiusdem ficti narrationibus eon- flarit. Cum externis quoque rebus absurdissime dimicat fabella. Nam-

  1. De Thoma Neal vide Wood, Athenæ Oxonienses, vol. 1. pp. 576-8.

  2. In litteris ad W. Bedell ex Hispania datis 4° Aprilis, 1645, quæ anno 1624 vulgatæ sunt sub titulo Copies of certain letters between James Wadsworth and W', Bedell, 5 HMS Me...

                   DE FABULA CAUPONARIA                           329
    

que, nt graviora omittamus quæ in capite nostro primo diges- simus. 1° Scory, quem novo prodigio a propriis liberis procreatum, id est ab eis quos illico sacraverat consecratum Holywood et Fitzsimon asserunt, iam pridem die 30° Augusti, 4551 in episcopum Roffensem vonsecratus erat.

Nihil eo tempore obstabat quominus consecratores idonei ascis- cerentur; nam præter illos qui in regio mandato nominati Parke- rum reipsa consecraverunt, plurimi episcopi Hiberniei præsto erant, qui omnes, duobus tantum exceptis, conformali (ut aiebant) sedes suas Elizabetha regnante retinebant. Inter hos Hugo Curwen, Ar- chiepiscopus Dubliniensis, qui adhuc regnante Maria consecratus, in sedem vero Oxoniensem anno 1567 translatus est, familiare cum Parkero commercium epistolarum habuit. (Strype, Parker, bk. t ch. ix.) 3 Nullus erat Archiepiscopus Hibernicus id temporis in Anglia carcere detentus. Ricardus autem Creagh, quem Fitzsimon (p. 320) nominat, ne titulum quidem Ecclesiæ Armachanæ anle festum S$. Patricii anno 1564 recepit, neque ante hunc annum — scilicet quin- tum post consecrationem fabulosam — in carcerem deiectus est. Pita Ric. Creagh. p. 32.) His autem vel absurdiora fingunt qui narrant Parkerum celeros- que electos. diversorium in locum consecrationis præ metu Bonneri aut urgente aliqua necessitate elegisse, siquidem non modo Ecclesiæ Cathedrales et parochiales totius fere Angliæ capellæque palatiorum penes eos fuerunt, sed etiam intra muros Londinii quædam loca ad iurisdictionem Ecclesiæ Cantuariensis immediate pertinentia atque ab omni iurisdictione episcopi Londiniensis exempta exsliterunt, quo, si comminationes Bonneri iam regia potestate extrusi, quod minime credendum, formidassent, contugere potuissent. Quine Liam ex his iurisdictionibus immediatis erat Ecclesia B. Mariæ de Arcubus in vico Cheapsule, ipsi vicina diversorio ad Caput Equinum. Le Quien quidem (Wullité etc., vol. 1. p. 218), tanta absurditate perculsus, pro taupona magnam quandam domum, sacello præditam, supposuit, auctorem referens Kellisonum ex indice operis contra Sutcliffe, ubi legitur « English Bishops consecratal in the Chapel of the Nags Head Tavern, 31 B. » Quam si evolveris paginam Kellisonum iocantem invenies, et dicentem tabernam tali ronsecrationi dignam sutis esse Er- cesiam.

Hæc denique ad caesos occidendos afferimus. Hethe et Bonner ceterique episcopi extrusi litteras ad reginam die 4° Decembris 1559 Scripserunt. Quid de hac scenica et sacrilega consecratione dixerunt? Nihil sane. Eidem ad Parkerum litteras postmodum scripserunt, quibus ille die 26 Martii 1560, partibus eorum epistolae ordinatim dispositis, fusius respondit (Strype . c.). Quid de hacre? Nihilsane. Ilisne nondum innotuerat? Atqui unus ex eis capellanum suum, qui teslis reioculalus foret, ad locum misisse fertur. Ergo el illi, si qui alii, totam rem necessario comperissent; nec credibile est eos tantam oc- 330 REVUE ANGLO-ROMAINE

casionem adversariurum evincendorum omisisse, quippe qui reierta jurisdictione pontificia episcopos tali modo instituere praesumerent, ut orbis terrarum Christiani contemptum ineluctabilem sibi allaturi forent. Nihil ïlli de hac re dixerunt. Quippe nondum inventa est fa- bula. Hanc vero fabulam, tam propriis ineptiis quam rationibus extrin- secus adhibitis iamdudum explosam, nonnulli etiamnunc ad crdins- tiones Anglicanas obruendas produeunt. Inter hos Kenrick in opere multis manibus versato, The Validity of Anglican Ordinations examine, can non quiderm pro vera ipse tuetur, sed lectoribus commendai, leaiter iadicat, contra incursiones criticorum curiose defendit. id quidem miramur. Sed multo magis deplorandum nobis videtur quod nuperrime, 1893, vir doctissimus P. Gasparri in Trartatu Cano- nico de Sacra Ordinatione, sententiam contra valorem Ordinationum Anglicanarum ex his nugis historicis reportaverit. Cum enim inter reordinationem eonditionalem atque absolutam distinxerit in. 718. ita pergit: « Haec absoluta reordinatio fit cum ministris Anglica- nis. Nani consecraiio episcoporum Anglicanorum est nulla ob suhs- tantialem defectum {n.1111 in nota); semel vero admissa invaliditaie consecrationis episcoporum Anglicanorum, patet omnes ordinationes Anglicanasirritas esse. » Item cum Sacram Cong. S. O. in casu Abss- sinorum Ordinationem presbyteralem cum solis verbis Arcipe Spiréin Sanrtum neque valere declarasse neque in nullitatem reiecisse do- cuerit (n. 1058,) « Ceterum », inquit, « nullitasordinationum Angl- canarum ex alio fonte fluit (n. 1144 in nota) ». Ad eunden fontem remittimur, Et qualem? Audi notan citatam. « Ex dictis apparet nullim esse consecrationem episcopalem Anglicanorum, et conse- quenter nullas quuque esse alias eorundent ordinationes. Nan Mathaeus Parker a quo reliqui episcopi Anglicani originem haben, fuit una cum aliis tribus consecratus per impositionem super caput sacrorum bibliorum cum verbis : Accipile potestatem braedicandi verbun Dei in sua puritate. Vide Perrone, De Ordine, n. 137, not. 4.» Häec certe fabulam cauponariin sapiunt. Ad Perronium autem missi convertimur. Hoc iudice ordinationes Anglicanae invalidae ces- sentur, non quia ab episcopis haereticis et schismaticis conferuntur, sed tum ob defectum snecessionis episcoporum, tum ob vitiatam es- sentialiter formam. Quomodo autem defectum successionis probat? Audi. « Tradunt enim scriptores coaevi Matthaeum Parkerum, a qu reliqui episcopi Anglicani haeretici originem trahunt, fuisse Londini in diversorio a J. Scoraeo episcopu Roffensi inauguratum, una eum tribus aliis absque legilima materia ac forma. Siquidem Scoraeus. super eorum capila impositis sacris bibliis, haec verba tantun adiecit : « Accipite potestatem praedicandi verbum Dei in sua puri- tate. » Per annos plurimus factum istud ab oculatis testibus traditum pro certo habitum est, quin ullus reclamaverit. Poslea tamen Pro- testantes eidem opposuerunt Acta Lambethana, eruta, ut affirmabant. ex archivio ipso palatii cpiscopalis Lambethensis, quaeexhibent Par- keri aliorumque ordinationem solemniter factam esse in sacello ejns- LÉ FABULA CAUPONARIA 331

deu palatii a Guil. Barlowio electo episcopo Gestriensi 11), 47 dec. 1559. Prodierunt autem primo eiusmodi Acta post medium seculum, nempe an. 1843. Hinc tanquam supposititia aut saltem suspecta ca- tholiciscriptoresea nou immerito traduxerunt. Haec disceptatio finem suum attigisse videbaiur, donec his annis denuo mota est, ex occa- sione qua doctor Lingard pugnavit pro veritate Actorum Lambetha- norum, adversus quem insurrexit Thomas Hodgson. Protestatus ta- men est Lingard non propterea propugnare voluisse valorem Angli- canarum ordinationum. Cf, The Catholic Magazine, vol. 6, febr. 1835, n. 40, pag. 70. » En habes abbreviatam fabulain iuxta recensionem quam Le Quien e pluribus fontibus derivatam composuit. Formam et materiam Champnaeus; numerum promotorum Fitzsimon praebuit. Unde autem ii sertpfores coneri? E libro Talboti credimus eos prodiise, qui affir- at historiam a sapientibus narratam ac pro certa creditam inde ab anno 1559 fuisse {2}. Quos autem huiusmodi sapientes refert? Nempe fabulatores post annum 1604 florentes. Parsonum ex mero errore ad- dit (p. 211i; nam praefationem Fitzherberti ad opera Parsoni post eius mortem anno 1613 scriptam citat. Hi sunt Perronii scripéores roxeri. Contra pulat nostrates solo Registri testimonio adversus fabu- latores usos esse. Nihilne in hac parte legerat? Putat, ni fallimur, Lingerdum à Thoma Hodgson rationibus obrutum esse. Quaenam vero huius argumenta? Crambe repetila; loci detriti; somnia dissi- pala; Âcer est farrago tibelli. Omnia quue Lingard iam superiore aeno deiecerai, scriptor imprudens denuo aedificare conatus est. Non has nugas ille animadvertit: hic vero non victor sed potius neglectuseva- sit,

                        DE ELECTIONTBUS

Plebem laicalen: episcoporuni suorum electioni antiquitus suftra- gari solitam fuisse constat ex scriptis S. Cypriani, qui su/fragium po- pui (Ep. lix) et suffragium plebis (Ep. Ixviii) memorat. Postmodum in quibusdam regionibus ad Principes ius eligendi gradatim transiit, tuius rei causa fuit maxima ex parte auctoritas in republica quae Praelatis in dies increscebat. In Anglia a principio Saxonici imperii electiones penes Regem et Archiepiscopum fuisse videntur ; mox a se- natu, seu sifan, S. Wilfridumn, S. Ceaddam aliosque electos fuisse

  1. Sic pro Cicestrensi scripsit post Hardouinum, qui mira quadam perversitate contra veritatem Registri Lambethani invectus est, quia scilicet Barlow ibidem Cicestrensis electus nancupatur. Nescimus quomodonam Hardouin in hunc erro- san iderit, quo potissimum fretus omnia Regisira more suo falsitatis in- Simulat,
  2. Ithath been constantly related and credited by wise mon as a certain truth tver since the vear 4559. Talbot, Nulliéy of the Prelatick Clergy, p. 15. 332 REVUE ANGLO-ROMAINE

notum est (Bright, Æarly English Ch. Hist., p. 443;, in quo senain Praelati clerum universum repraesentabant. S. Dunstani opera effec- tum est ut a concilio Wintonenai ius eligendi Capitulis Ecclesiarom Cathedralium confiemarelur (Lingard, Anglo-Saron Church, ii, p. 972) sed vestigia eiusmodi electionis pauca admodum exstant, atque ir praxi haud multo post ingravescebat sub rege Canuto eiusque sucees- soribus consuetudo promovendi episcopos ex solo regio mandats eum investitura per annulum et baculum. S. Edwardus Confessor episcopos per Cartam Regiam nulla adhibita electione nominare solebat, Willel. mus Conquestator eadem consuetudine usus episcopatus aliasque praelaturas totius regni Normannis suis donabat.

Regnante Henrico }, cum S. Anselmus contra énresfifurem per annulam et baculum, in conciliis Barensi (A. D. 1097) et Romano (A. D. 4099) ipso assistente daumnatam, stronue dimicasset, utrimque

                                                                         See

tandem aliquid concessum est; quo pacto quilibet in episcopatum

                                                                         nu

promotus feodalitatem atque Lomagium, tanquam munera civilia, pro

                                                                         RE

restitutione temporalium facere debebat; annulum vero et baculum,

                                                                         te

utpote qui iurisdictionis spirilualis insignia forent, a rege donari pru-

                                                                         mn

hibitum est (Lingard, History of England, vol. ii. p. 9, ed 6). Hine evenit adumbratio quaedam iuris electionis canonicae a capitulis vin-

                                                                         PER

dicati atque interdum sub regia ditione exerciti {Stubbs, Constifutic- nal History, vol. iti, p. 303, ed. 4). Stephanus excepto regna iuri ca-

                                                                         mme

nonicae promotionis expressius annuit, quo regnante clerus non sine Successu contendit ut ius suum teneret. Henricus If et Ricardus! formam electionis stricte coarctatam tuebantur {Stubbs, 7. e.).

                                                                         osctne

Johannes tandem, ut cleri favorem contra proceres laicos sibi con- ciliaret, cartam pro libera electione dedit(Lingard, Æistoryof England.

                                                                         One

vol. ii, p. 1471), quam per Magnam Cartam postea, A. D. 1215, confir- mavit. Quae tamen libertas in ius litigandi potissimum exiit. Henri- cus IT neque auctoritate digna nec prospero eventu electiones capi- tulares dirigereconetus est; raro electi sunt candidatiab eo nominati: Papa magnam appellationum messem fecit (Stubbs, op. cit. p. 345: Quibus appellationibus effectum est ut Pontifices Romani per modum providendi promotiones ad episcopatus multas sibi arrogarent{Lin- gard, ap. eit. iii, 128), quo facto tanta totius regni indignatio exarsit, ut abusus tollendi causa statutum contra provisores regnante Edwardo 11 iatum fuerit (25 Edw. IL. cap. 6). Nimirum per iura regni tantus auctoritatis pontificiae abusus nunquam loleratns fuerat: imo exjuris consultorum sententia communissima « omnes episcopatus antiquitus fuere beneficia donativaregni, quae scilicet princéps, nulla habita elee- tione, immediate conferebat. Id communiter asseruerunt et Sr Æl- ward Coke et Justiciarii Regni in Libres annulibus annorum sexli et septimi decimi Edwardi II (A. D. 4332 et 134ä) » {Lord Selborne, 4 defence of he Church of England against Disestablislunent, p. 18, ed. 3:. Attamen pontifex per Litteras Buliatas, quae ad consecrandum epis- copum necessariae factae erant, electianibus saltem indirecte magna cum auctoritate interfuit. Tandem regnante Henrico VIIT. per statutunt de Annatibus non reddendis (25 Hen. VI], cap. 20} prohibitum est ne ben.

                         DE ELECTIONIBUS |                          333

quis huiusmodi Litteras Bullatas e curia Romana obtineret. Eodem statuto modus antiquus eligendi per licentiam regiam cum Litterie missiris quibuscontineretur nomen personae eligendae datam expresse coptinuatus est, quo factum est ut eiusmodi Litterae missivae tum primum lege scriptasancirentur ‘Dixon, History ofthe Churchof Englarwul vol. i, p. 184 in nota).

Le Courayer ostendit Reges Franeiae eodem fere privilegio olim usos esse. Namque capitulum sede vacante petebat a rege licentiam eligendi, qua data cum commendatione cuiusdam qui eligeretur, vix semel contra regiam voluntatem ituin est. Denique de electione cer- tior factus rex ad Metropolitanum, ut Electum consecraret, litteras expedire solitus est, quibus Electi promoticnem, non obstante iure capitularis electionis, sipi ipsi constantertribuebat. Nimirum omnes ubicunque rcges electiones episcoporum in praxisibi arrogasse docet, verbis doctissimi viri Sismondi citatis, « Postquam in Gallia, vel in aliis gentibus pulsis Romanis, exorti sunt reges, feeut episcoporum apud omnes dignitas eximia ut sua interesse principes ducerent, illos nisi arbitratu et voluntate sua non creari » (Défense, Preuves, Art. xxiii). Eadem tradit Van Espen (P. i, Tit. xiïi, cap. 8). « Licet saeculo 13 electiones episcoporum ad capitula cathedralia fuerint devolutae, atque iater alios S. Ludovicus Galliarum Rex in sua Sanctione Prag- mauica anno 1268 decrevisset, {em Ecrlesix Cathedrales et aliae Regni nostri liberas electiones et earum effertum integraliter habrant; nequaquam tamen hae electiones sine licentia ac inspectione Principis perage- bantur.... Siveautenm electioni faciendae consensum Principis exspec- lare deberent Capitula, sive electionis factae approbationem, semper tamen natum erat contingere ut nonalius eligeretur, ut admitteretur, nisi quem Princeps cupiebal.. Facile eis erat sua auctoritate aut precibus interpositis a capitulis impetrare ut illum in episcopumeli- gerent, quem Principes desiderabant. Porro cum viderent per reser- vationes Pontificias Praelatorum nominationes ad Curiam Romanam devolutas. omni conatu studioque illis reservationibus sese oppo suerunt, atque canonicas electionesrestitui volucrunt, suamque quam in his iampridem habuerunt auctoritatem reduci. » Et paulo post addit haec : « Principes nostri, cum ad episcopatum aliquem nomi- nant praefantur se id faccre vigore Regaliae, Indulti Apostolici, seu quovis alio ture sibi competente. » Huiusmodi igiturinterpellatio omnibus fere Principibus Christianis communis fuit; neque aliam potestatem sibiarrogarunt reges An- gliae, quam quae et aliis annuente Ecclesia competebat. 334 REVUK ANGLe&-ROMAINE

                      CONGÉ D'ÉLIRE !

Congé d'élire accordé par Henri IIT au chapitre d'Here- ford, le 28 avril 1219.

Licencia eliyendi. Rex capitulo Heref” salutem. Venerunt ad nos transmissi nobis ex parte vestra cum litteris vrs- tris viri discreti Th. Decanus eeclesie vestre H. Archidiaconus Salop. et magister N. de Wuluruneham!l’ concanonici vestri nunciantes nobis decessum H. bone‘bone repecled and struck aout) imeinorie qui vobis pastor prefuit et petentes licenciam eligendi pastoren alium sibi et vobis concedi. Quorum peticioni condescendentes concedinus vobislicenciam eligendi vobi pastorein idoneum regno nostro utile et nobis fidelem, saivo in omnibus iure regie dignitatis,

Comparaison du congé d'élire accordéau chapitre de Wells en 1275, avec celui qui fut adressé au même chapitre en 1894. -

Rex dilectis sibi in Christo De- Victoria, by the Grace of God, cano et Capitula Wellensi salu- of the United Kingdom of Great tem. Britain and Ireland Queen, De- fender of the Faith, to our trusty and well-beloved the Dean ani Chapter of our cathedral ehurh of Wells, Greeting. Accedentes ad nos dilecti nobis Supplication having been hum- Henricus de Monteforti et Magis- bly made to us on your pal. ter Robertus de Brandon, cum that whereastheaforesaid church literis Capituli vestri patentibus, is now void and destitute of {he nobis humiliter ex parle vestra Right Rev. Father in God Dectar supplicarunt, ut cum Ecclesia solace ofa Pastor by the deall vestra Wellensis el ecclesia Ba- ofthe Arthur Charles Hervey,cont- thoniensis sint per decessuni monly called Lord Arthur Charles bone memorie Wilhelmi nuper Hervey, late Bishop of Bath art episcopi vestri pastoris solacio Wlls, we would be graciousl destitute, vobis et Priori et Cun- pleased to grant you our funda- ventui Bathoniensi alium eligen- torial leave and licence to eletl diepiscopumlicenciam concedere another Bishop and pastor ofthe dignaremur. said see, Nos igitur vestris in hac parte We being favourably inclined

1 Ces trois documonts sont tirés d'un mémoire intitulé: « On the threc was! canonical election », by L. Wyckham Legg. CONGÉ D'ÉLIRE 335

 precibus favorabiliter inclinati,     to your prayers in       this behalf,
 licenciam illam vobis et ipsis        have   thought   fit,   by virlue    of
 duximus concedendam.                  these presents, to grant you such
                                       leave and licence.
    Mandantes quatinus vos una            Requiring and commanding
 cum ipsis talem vobis eligatis   in   you, by the faith and allegiance
 episcopum et pastorem, qui Deo        by wich you stand bound lo us.
 devatus regimini     ecclesiarum      that you elect such a person for
 predictarum necessarius nobis-        your Bishop and pastor as may be
 que el regno nostro utilis et fide-   devoted to God and useful and
 lis existat.                          faithful to us and our Kingdom.
   In cuius, ele.                         In witness whereof we have
                                       caused     these our    lelters   lo be
                                       made patent.
  Teste Rege apud Oveston X\.           Witness ourself at Westmins-
 die Decembris.                        ter, the    twentyÿ-fourth day of
                                       August in the     fifty-cighth year
                                       of our reign. In warrant          under
                                       te Queen's sign manual.

                                                      Muir MACKENZIE.

ee

    Victoria, par la grâce de Dieu, reine du royaume uni de Grande-
 Bretagne et d'Irlande, protectrice de la foi, à nos fidèles el très chers
 le doyen et chapitre de notre église cathédrale de Wells, Salul.
   Ayant reçu vos humbles supplications — l’église susnommée étant
 vacante et privée de son pasteur, par la mort du Très Révérend Père
 en Dieu, le D° Charles Arthur Hervey, communément appelé Lord
 Charles Arthur Hervey, dernier évêque de Bath et Wells
                                                      — qu'il nous
 soit gracieux et agréable de vous accorder permission et congé d'élire
 un nouvel évèque et pasteur dudit siège ;
   Etant favorablement disposée à écouter vos prières, nous avons

ne

 jugé à propos de vous accorder, par ces présentes, perinission el congé
 à ces fins.
    Vous recommandant et ordonnant, conformément à la lidélilé et à
 l'obéissance que vous nous devez, d’élire, pour ètre votre évêque et
 pasteur, un homme dévoué à Dieu, qui puisse être utile et fidèle à
 notre personne et à notre royaume.
   Nous avons ordonné, en conséquence,
                                   que ces lettres soient rendues
 patentes.
   Fait à Westminster, le 24 du mois d'août, en l'an 58 de notre
 règne.

   Contre-signé sous la propre signature de la reine.

                                                      MuotR MACkEN/IE,

LETTRE DES. SAINTETÉ LÉON XIII À S. ÉM. LE CARDINAL PAROCCHI

     Pour assurer la continuation de la ROMA     SOTTERANEA

A M. le cardinal Lucide-Marie Parocchi, président de la commission d'arrhéologie sacrée.

      Monsieur le cardinal.

Parmi les nombreuses raisons qui rendirenlextrémement grave, à tousles hommes studieux des antiquités sacrées, la mort de l'éminent archéologue Jean-Baptiste De Rossi, ce ne fut certes pas la moindre, celle de l’inachèvement de son œuvre si appréciée de la Roma sotte- ranen.

Cette œuvre, entreprise el poursuivie sous les auspices et grâce à la munificence de Notre prédécesseur Pie IX, d'heureuse mémoire, fut l'objet de l'universelle admiration, aussi bien pour la lumière qu'elle apportait à l'histoire des antiquités chréliennes que pour les nouveaux arguments dont elle confirmait les dogmes et la tradition catholiques. Pour Nous, qui n'avons pas moins prodigué que Notre prédécesseur la protection pontilicale à De Rossi el qui en avons hautement apprécié les mériles, Nous avons regretté plus que personne l'interruplion de ses doctes recherches. Ç'a toujours été, partant, Notre vif désir que son travail, si utile à la religion et à l'histoire, eût la continuation qu'en attendent tous les érudits. EL maintenant, voulant satisfaire ce commun désir, Nous Nous adressons à vous, monsieur le cardinal, en votre qualité de prési- dent de la commission d'archéologie sacrée, et, par votre moyen, c'est à cellecommission elle-même que Nous confions celte difficile et honorable entreprise, Nous le faisons d'autant plus volontiers que Nous savons qu'il ne manque pas, parmi les membres de la commis- sion, de ceux qui se sont formés aux études d'archéologie chrétienne sous la direction de De Rossi lui-même et qui en ont appris, avec les méthodes de recherches, la profondeur de vues, toujours unie à l'esprit intimement religieux. — Nous ayons confiance que la com- mission, heureuse du mandat dont Nous l'honorons, saura répondre à Nos désirs, assurée que Notre faveur ne lui manquera pas. — Et dans cette confiance, monsieur le cardinal, Nous vous accordons de tout cœur la bénédiction apostolique. Du Vatican, le 31 décembre 1895. LEUN XII, PAPE.

                       Le Directeur-Gérant: FERNAND Portal.

         PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,

{re ANNÉE | N°8 28 JANVIER 41896

                                  REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu es Petrus, et sn- Spiritus Sanctus po- per hanc potram suit episcopos ro- ædificabo Ecclesiam gero Ecclosiam Doi. meam ... et tibi dabo claves ACT. XX. 28.

MaATTH. XVI, 18-19.

                                  SOMMAIRE :
                                                                                    PAGES

Lorp Hazirax.... Autorité ct Juridiction. — Lettre au Church Times. 338 W. Ucazécon... Observations d'un théologien anglican ..... ouosoree "339 A. Bowupixson ,. Primauté, schisme et juridiction............... .. 348 Chronique. ......................................, 358 Livres et Revues...........,...... ssosssse couvses J61 Documents... Ordinations dos Abyssins. — Tabula consecrationis W. Laud. — Registre de Parker...........so. 369

                                      PARIS
        RÉDACTION                   ET     ADMINISTRATION
                                 A7, RUE CASSETTE


                                         1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

            FRANCE                                          A LA PAGE
                                                                    :

UN AN cu 20 fr. La page................. 30 fr. SIX MOIS ,.......,....... at fr. La 4/2 page ............ 20 fr. TROIS MOIS ............... 6 fr. Le 1/4 page. ............ 40 fr

                                                            A LA LIGNE
                                                                     :
;        ÉTRANGER

UN 4N.................. 25 fr. Sur 4/2 colonne: la ligne. 1fr. SIX MOIS......... Lesroue 43 fr. TROIS MOIS........,...... 7 fr. Lies. annonces sont reçues FRANCE... O fr. 50 aux bureaux de la Revue 17, LE NUMÉRO ÉTRANGER. . Lfr. » rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteure.

ORDINATIONS ANGLICANES FERNAND DALBUS mt 2e ÉDITION D—

        4 Brochure grand in-8°. — Paris, Delhomme et Briguet.

 CINTERMÉDIAIRE CATHOLIQUE DE BESANÇON & DE GENÈVE
                     MAISON DE CONFIANCE FONDÉE À BESANÇON EN 1684


            MONTRES ET PENDULES
       BIJOUTERIE           —   JOAILLERIE             —    ORFÈVRERIE
                        Avec la seule Commission dn Gros

Adresser los demandes en fabriquo à Mino MARIE MARILLER, 7, rue du Mont-Sainte-Marie {Bosançon, DÉPOT A PARIS: 8, PLACE SAINT-SULPICE Catalogue franco. — Photographies franco

                                                   à        A recerrait jeunes anglais à

PROFESSEU Lecons particu- PRÊTRE la campagne près Paris, licencié és lettres

liéres de latin, grec, ‘littérature et philo- pour apprendre le français, Excellentes sophie, spécialement. recommandé. S'a- références, S'adresser M.B. aux bureaux dresser G. À: aux bureaux de la Revue. de la Revue.

PROFE SSEU siques et natu- de Sciences phy- LE( CON d'anglais offertes par un jeune bomme habitant Pa- relles. Préparations aux baccalauréats et ris, mais ayant longtemps résidé en An le- au premier examen du doctorat en mède- terre, en échange de lecons d'allemand. cine. Spécialement recommandé. S’adres- Références sérieuses exigées de partet d’au- ser M. G , aux bureaux de la Revue, tre.S'’adresser H. D. aux bureaux de la Reue.

          fille, habitant entre le Troca-- PROFESSEUR longtemps ra

DA & très honorables, la mère et la d'anglais, ME cellentes références. S’adresser V. aux de déro et le bois de Boulogne, prendraient à Londres, désire lecons à domicile. dames pensionnaires. Confort et prix mo- dérés. reaux de la Revue. AUTORITÉ ET JURIDICTION

  LETTRE DE LORD HALIFAX AU DIRECTEUR DU Church Times!
                     (n° du 13 décembre 1895)

Monsieur, une lettre de mon ami M. Greenwood publiée dans vos colonnes, il y a une quinzaine de jours, ainsi que d'autres lettres parues depuis, semblent exiger de moi quelques mots d'explication, bien que les expressions peu exactes dont lui et les autres se servent, quand ils parlent de la primauté du Saint-Siège, rendent diflicile de répondre sans entrer dans une discussion complète, ou bien sans éluder le point capital. Le terme équivoque primauté, voilà la difficulté. M. Greenwood semble bien l'avoir : senti car, pour amener l'objec- lion qu'il fait à ma théorie de la possession par le Pape d'une pri- mauté jure divine, il éprouve le besoin de donner une définition à lui de cette primauté et des conséquences qu'il lui attribue. Ce n'est pas ainsi que je comprends ces choses; ce n'était pas non plus la manière de voir de Sir Thomas More, du moins à certain moment, ni celle d'évêques, comme Warham, Gardiner, Tunstall ou des ecclé- Siastiques anglais qui ont rejeté au xvr siècle la juridiction d'appel de Rome. L'opinion de M. Greenwood est en opposition directe avec l'atli- lude des évêques espagnols au concile de Trente, et, bien qu'il puisse l'appuyer sur une école de théologiens de l'Église romaine, je ne pense pas que les conséquences qu'il juge à propos de rattacher à une primauté jure divino soient nécessairement contenues dans l'ensei-

gnément officiel et explicite de l'Église romaine elle-même. Je m'explique. Le mot primauté, tel qu'il est employé dans la ter- minologie de l’organisation ecclésiastique, se rapporte simplement à un rang d'honneur. Les archevèques d'Arles, de Tolède et d'Armagh, en lant que primals des Gaules, d'Espagne ou d'Irlande, ont seule- ment une sorte de préséance sur les autres métropolitains de ces

| Au sujet de la présente lettre de lord Halifax, un théologien anglican, qui signe Ucalégon, nous a adressé quelques observations fort intéressantes que l’on lrouvera plus loin. M. l'abbé Boudinhon a bien voulu à son tour nous commu- niquer quelques remarques sur la lettre de lord Halifax et sur l’article d’Ucalégon. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. 1, — 22. 338 REVUE ANGLO-ROMAINE

contrées, Ce mot, déjà en usage, a été plus tard employé pour exprimer les prérogatives du Siège romain, prérogatives qui sont cependant d'un autre ordre. L’équivoque ainsi produite n’a pas été sans consé- quences. Une primauté du Saint-Siège sur le monde entier, si elle était de mémenature que celle de Tolède sur l'Espagne, ne serait guère niée par personne; mais le terme est assez vaste pour pouvoir signi- fier bien davantage : son élasticité fait que, d’un côté, il se prête àdes empiétements et, de l'autre, au rejet des justes revendications de Rome. Pour éviter l’un et l'autre écueil, il est nécessaire d'insister sur la distinction entre auctoritas et polestas, que méconnaissent entiè- rement M. Greenwood etles autres. Auctorifas s'associe bien avecpri- mauté, dans le sens propre de ce mot, pofes{as avec juridiction. En réalité, la juridiction est essentiellement l'usage db la potestas. L'Aucto- rilas est clairement contenue dans la mission confiée à saint Pierre: « Fortifie tes frères », mission distincte du don dejuridiction ou potestas. La plénitude de la potestas appartient à tous les évêques, collectivement el individuellement, suivant la célèbre parole de saint Cyprien : Episco- patus unus cujus in solidum pars ab omnibus lenetur; la seule pofestas supérieure à celle d'un seul évêque est celle des évêques pris collec- tivement, en totalité ou en partie. Et de même que les évêques d’une province pris collectivement ont certainement commis une portion de leur potestas collective au Métropolitain, commission confirmée par la loi ecclésiastique, si bien que le Métropolitain exerce ainsi une juridiction limitée sur chacun de ses suffragants, de même il est évi- dent que tout l'Épiscopat catholique pourrait commettre au Pape une juridiction similaire sur tous les évêques. Une telle juridiction, tou- tefois, serait de droit ecclésiastique. D'autre part, il est manifeste qu'entre les évêques il ÿ aura bien des degrés différents d’auctoritas, soit en raison de leur science et de leur sainteté, soit à cause de la dignité de leurs sièges; cependant reste encore à prouver que l'Église d'Angleterre aurait refusé, par un acte officiel ou dans l'un de ses formulaires distinctifs, de reconnaître à l'évêque qui occupe le Saint-Siège, une primauté d'autorité ex jure divino. Si donc il est nécessaire de faire une réponse à M. Greenwood et autres correspondants, je leur dirai : Le mot Primauté n'implique pas à proprement parler juridiction, mais honneur. Non pas qu’on veuille dire que l'évêque qui occupe le Saint-Siège n’a rien de plus qu'une primauté d'honneur. Sa primauté implique une autorité {auctoritas, en tant que distincte de pofestes, plus grande que celle de n'importe quel autre évèque, une autorité qui se manifeste par l'envoi de lettres directives aux évèques dans les différentes parties de l’Église. Si c'est là ce qu'on désignerait comme primauté de juridiction, les membres de l'Église anglaise pourraient contester la stricte exactitude de l'expression; mais, comme membres AUTORITÉ ET JURIDICTION 339

loyaux de cette Église, ils.ne seraient pas obligés de faire d’autre ebjection. Certains trouveront sans doute que cette réponse accorde trop, d'autres qu'elle accorde trop peu; mais l’ensemble de l’histoire ecclé- siastique est un fait qu'on ne peut méconnaitre. Si, d’une part, les pré- tentions de la Papauté ont été exagérées, de l’autre, elles n’ont cer- lainement pas toujours reçu l'accueil auquel elles avaient droit. Si, dès les premiers siècles, on reconnait aux évêques de Rome, en tantque successeurs de saint Pierre et représentants du Prince des apôtres, le droit d'intervenir partout où les besoins de l'Église l'exi- geaient, il n’en est pas moins vrai que les Églises particulières et les divers évêques ne se sont jamais cru, pour cela, interdit de résister, l'occasion donnée, à des empiétements de la part du Pontife Romain, et l'on ne supposait pas que l'interruption de la communion visible avec le siège de Rome, qui résulta plus d'une fois d'une telle résis- tance, dût aussitôt tarir toutes les sources de la vie spirituelle. Concilier les justes réclamations du Pape avec celles des Églises nationales est le problème du temps présent. La solution de ce pro- blème, dans l'intérêt du'chef aussi bien que des membres, est, je crois, la grande œuvre à laquelle Dieu nous appelle tous. Combien grandes sont lesdifficultés qu'elle rencontre, personne ne le sait mieux que moi. de dirai seulement qu'on ne commencera vraiment à les surmonter que lorsque les ecclésiastiques anglais, dans l'ensemble, auront appris à être plus rigoureux et plus exacts dans leur théologie, à ne plus traiterà la légère les principes les plus graves, à ne pas trier et choisir uniquement ce qui sert leur manière de voir dans le domaine de l'histoire, de la doctrine et de la morale, et, par-dessus tout, à se rapprocher d’abord eux-mêmes de la pratique et de l’enseignement primitifs, avant de se croire autorisés à juger les autres et à con- damner tous ceux qui ne pensent pas comme eux.

                                                   HALIFAX.
                             79, Eaton-Square, S. W., 9 décembre 1895.

P, 8. — J'ai écrit un peu longuement, car je n’ai pas l'intention d'entrer dans de nouvelles discussions à ce sujet.

          OBSERVATIONS D'UN THÉOLOGIEN ANGLICAN

Plusieurs journaux anglais viennent de publier une lettre vrai- ment remarquable de Lord Halifax. Elle semble avoir pour but de présenter la primauté romaine sous une forme qui puisse être accep- table à l'opinion anglicane. Réussira-t-il? C'est une question sur laquelle je ne me hasarderai pas à formuler une opinion. Sa 340 REVUE ANGLO-ROMAINE

manière de voir est-elle réellement fondée? C'est une autre question qui réclame de la part des catholiques un sérieux examen. Lord Halifax prétend que le mot primauté n'implique à proprement parler aucune juridiction. Les primats des différents pays sont sim- plement des évêques ou archevèques d'un rang supérieur dans ces contrées. Mais la primauté du Saint-Siège signifie certainement plus que cela. Quoi donc alors? Lord Halifax croit pouvoir l’expli- quer en distinguant entre aucforitas et potestas. La distinction est fon- dée, bien connue des auteurs, quoiqu'on ne la rencontre pas chezles Pères de l'Église. La pofestas implique naturellement la possession de la juridiction dans toute l’accephon de ce mot. Auctoritas est un mot beaucoup plus vague, qu’il est difficile d'expliquer et dangereux de traduire en un autre langage. Quand on étudie le fonctionnement des anciennes institutions romaines, l’auctoritas semble être le régu- lateur. La pofestas est conférée aux différents magistrats; mais, dans l'exercice de leurs pouvoirs, ceux-ci sont soumis à l'influence de à religion, des citoyens de marque et du Sénat. Cette influence est l'auctoritas : elle appartient aux pontifes, au ir pietate gravis et sur- tout à l'assemblée des Pères. Elle ne leur est conférée ni par une loi positive ni par le consentement formel du peuple: elle apparait comme une sorte de phénomène naturel, elle agit comme une loi naturelle. La mépriser ou s’y opposer n’est pas une illégalilé, c'est une impiété. | Cette idée, Lord Halifax voudrait la transporter dans la sphère du gouvernement ecclésiastique. 11 observe quel'auctoritas des différents évêques varie beaucoup, suivant la piété ou la science de chacun, et aussi suivant la dignité de leur siège. 11 semble conclure delà que le Saint-Siège étant incomparablement supérieur en dignité à tous les autres, on peut justement lui reconnaitre une priniauté d'auclorias, et l'Église anglicane n’a jamais refusé, dit-il, de reconnaître celte primauté comme élanter jure divino. Je ne vois pas très clairement comment il arrive à la regarder comme conférée ex jure divino. Mais je suppose qu'il la rattache aux privilèges accordés à saint Pierre, puisqu'il cite ces paroles: Fortifie les frères, comme indiquant la pos- session par le Pape de l'influence dont il parle. Par conséquent, suivant Lord Halifax, le Pape possède dans l'Église catholique une influence régulatrice du même genre que | celle qu'exerçait le Sénat dans l'État romain. Quant au mode d'exer- | cice qu'il lui attribue, il en parle très clairement : « Cette primaulé implique une autorité lauctoritas en tant que distincte de pofes/as) plus grande que celle d'aucun autre évêque et qui se manifeste par | l'envoi de lettres directives aux évêques dans les diverses parties de l'Église. » Le droit du Pape à intervenir par le moyen de telles lettres a 6lé reconnu depuis les premiers temps : Lord Halifax l'admet; mais, AUTORITÉ ET JURIDICTION 3M

sion méconnaît ceslettres, si l'auctoritlas du Pape est méprisée, que s'ensuivra-t-il ? Les évêques à qui elles sont adressées sont-ils libres de les ignorer ? Lord Halifax répond, en y mettant toutefois quelques réserves, qu'ils le sont. « Par la reconnaissance de cette prétention ‘du Pape), les évêques pris individuellement ne se sont jamais cru interdit de résister, l’occasion donnée, à des empiélements de la part du Pontife romain. » L'histoire mentionne, en effet, des exemples nombreux d'une pareille résistance. Il n'est pas également certain qu'il s’agit alors d’empiétements abusifs ni que, dans ces occasions, la résistance s'imposät. Et même dans le cas où elle étaitle moins fondée, lorsque l’évèque qui résistait était indubitablement dans son tort, comme saint Cyprien dans la question du baptème, cette opposition peut n'avoir élé qu'une erreur de jugement et ne mériter qu'un verdict mitigé. Mais la question intéressante n'est pas de savoir jusqu'à quel point les évêques qui résistèrent ainsi étaient coupables ou léméraires; elle a plutôt trait aux conséquences de leur opposition par rap- port à leur situation ecclésiastique. Il est évident qu'un simple acte de résistance ou de désobéissance ne pouvait produire de lui- même un tel effet, mais certaines conséquences pouvaient s'ensuivre, el c'est une de celles-là qu’envisage Lord Halifax. « On ne suppo- sait pas que l'interruption de la communion visible avec le Siège de Rome, qui résulta plus d’une fois d’une telle résistance, dût aussitôt larir toutes les sources de la vie spirituelle. »

Cette phrase est bien vague. Je fais abstraction de la question d'exactitude historique, et je suppose les faits élablis. Mais interrup- lion de la communion visible est une expression élastique. Elle peut S'élendre depuis un simple frottement portant sur les relations exté- rieures, tel qu'il eut lieu entre saint Cyprien et saint Étienne, tel qu'il s produisit pendant quelques années, au siècle dernier, entre les évêques portugais et le Saint-Siège, jusqu'au schisme plus ou moins complet. Et cependant on suppose que les conséquences en question ue se produisent pas aussitôt. Mais alors, quelle aggravalion, quelle continuation de l’offense première pourra causer celle slérilité spiri- luelle? Enfin que signifient ces paroles : « Tarir toutes les sources de vic spirituelle? » Personne n’a jamais prétendu qu'un acte schisma- lique, quelque odieux qu’il fût, pouvait priver un évêque du pouvoir de conférer les sacrements. Ce n’est donc pas à cela qu'on fait allu- Sion. Je crois plutôt que Lord Halifax veut parler de la perte de la juri- diclion. lei nous pouvons, ce me semble, saisir toute la portée de sa lettre. Bien des anglicans deviennent très impressionnables sur ce point. Les lettres auxquelles celle du noble Lord est une réponse, Soccupaient toutes de la question de juridiction. Les auteurs com- battaient sur ce point l'idée de la primauté romaine. Car, si celle 342 REVUE ANGLO-ROMAINE

idée était exacte, les évêques anglicans devraient tirer leur juridiction de celle du Pape, ce qu'ils ne font évidemment pas; ou bien, s'ils pouvaient la recevoir d’une autre source, le Pape pourrait les en priver, et l’on doit présumer qu'il l'aura fait. C’est pour dissiper cette crainte que Lord Halifax veut prouver que la caractéristique de la primauté n’est pas la polestas, mais l’auctoritas. La conclusion est que les évêques (lisez : les évêques anglicans), en méconnaisant l'autorité directrice des Papes, ne perdent pas leur juridiction. Son argumen- talion, si nous en pouvons juger par les réponses publiées dans le Church Times, semble avoir satisfait ceux à qui elle s’adressait. On a donc essayé de donner à l’idée de la primauté romaine une forme qui puisse cadrer avec la situation des anglicans et avec leurs pra- tiques. Jusqu'à quel point y a-t-on réussi ? On laisse de côté, comme il est facile de le voir, toute la juridiction papale proprement. dite. Sans doute, Lord Halifax ne la méconnait pas, mais il la sépare de la primauté, il regarde l'origine et la nature de la juridiction comme une question à part. Une telle séparation serait impossible en pratique : car quelle que soit la juridiction qu'on reconnait à la papauté, ilest évident qu’elle sera inévitablement mise en œuvre pour appuyer l'autorité directive qu’on lui suppose; mais, en théorie du moins, ces deux idées peuvent être considérées sépa- rément. Cette séparation pourra néanmoins conduire à des erreurs, si l'on ne se fait pas d’abord une idée exacte de la théorie la plus commune parmi les anglicans sur la juridiction. On ne saurait supposer qu'ils demeurent dans le vague sur ce point; que s'ils ne s'accordent pas parfaitement, la question n'est débattue entre eux que sur un seul point. Pour tous, l'épiscopat lui-même est la seule source de juridiction; mais ils expliquent différemment la manière dont elle est conférée. A la fin du xvi° siècle, Whitgift, archevêque de Gantorbéry, formula l'opinion que tous les évêques reçoivent leur juridiction immédiatement de Dieu. Eile leur serait conférée par l'opération du Saint-Esprit dans l'acte de leur consécration. C'élail se rapprocher beaucoup de l'attitude prise parles Espagnols au Con- cile de Trente, mentionnée par Lord Halifax dans la lettre dont nous parlons. Cette opinion obtint beaucoup de faveur parmi les écrivains anglicans en général et fut énergiquement défendue par les Trac- rians vers le milieu de ce siècle. Mais on pouvait lui faire plusieurs objections, dont la plus évidente est qu’elle n’explique pas la locali- sation de la juridiction sur les diocèses et les paroisses. Elle semblail plutôt conduire à une juridiction œcuménique comme celle du collège apostolique. Pour résoudre cette difficulté, le D' Pusey, dans un livre bien connu !, proposa une nouvelle théorie : la juridiction est en

 1 Brochure intitulés « The church of England leaves her children free to whom

la open their griefs ». Oxford, Parker, 1850. AUTORITE ET JURIDICTION 343

effet universelle de sa nature, mais l'exercice en est restreint, par la loiecclésiastique, entre certaines limites, et cette restriction est imposée en même Lemps que la juridiction est conférée, parce que chaque évèque est consacré pour un siège particulier. Ainsi la juri- diction se rattache par sa nature à la dignité épiscopale, par son exercice au siège. Une autre théorie qui a gagné du terrain pendant la seconde moitié de notre siècle, voit la source de la juridiction, pour chaque évêque en particulier, dans un acte formel de dévolution émané de l'épiscopat existant. Cet acte est séparable de la consécration : c’est cette acceptation formelle de l'élu, dont on peut retrouver les traces confuses dans les différentes manières usitées dès l'antiquité pour le choix des évêques et qui, dans la jurisprudence ecclésiastique du moyen âge encore soigneusement observée dans l'Église anglicane, devint la confirmation canonique de l'élection. Cette théorie semble mieux que l'autre cadrer avec la procédure actuelle de l'Église angli- vane, d'après laquelle 1a juridiction est conférée même avant la consécration, aux évêques élus et confirmés, comme aussi avec l'usage très répandu maintenant de consacrer des évêques titulaires qui, relativement aux pouvoirs d'ordre, remplissent les fonctions de coadjuteurs, mais ne reçoivent ni n'exercent aucune sorte de juri- diction, si ce n'est parfois par commission de leur propre Ordinaire. Elle est aussi en rapport avec l'extrême importance que les angli- cans attachent au système provincial et métropolitain, C’est sur lui, en effet, que repose toute l'organisation de l'Église anglicane. Le sen- timent de l'anglicanisme peut être national, mais son organisation est provinciale. Les deux provinces de Cantorbéry et d'York sont absolument indépendantes l'une de l’autre. Partout où s'étend l'Église anglicane, dans les colonies anglaises, ou ailleurs, sauf aux États- Unis, le système provincial est une force vive. Dans l'Afrique du Sud, dans l'Amérique du Nord, en Australie, dans la Nouvelle-Zélande, les évêques et leur métropolitain gardent jalousement leur indépen- dance, ils regardent même avec quelque défiance l'influence prépon- dérante, — car on retrouve ici l'eucforilas — de l'archevêque de Can- torbéry, primat de toute l'Angleterre. Sous l'empire de cette préoccupation, les écrivains anglicans, sur- tout les historiens, insistent peut-être jusqu'à l'exagération sur l'ins- titution des provinces. Souvent ils glissent sur le développement lent et pénible de leur système en Occident, n’accordant aucune importance à ce fait que son introduction y futl'œuvre des Papes, que toutes les métropoles de l'Occident font remonter leur origine à une décision papale ; bien plus, ils y voient un exercice salutaire de l'influence papale insistant pour faire accepter une organisation qui dérive natu-. rellement de la constitution de l'épiscopat. Car le système pro- 344 REVUE ANGLO-ROMAINE

vincial est dû, suivant eux, à une sorte de loi naturelle; aussi leur semble-t-il avoir une efficacité presque divine. C’est une sorte de représentation du pouvoir collectif de l'épiscopat. Pour citer une fois de plus Lord Halifax, « la seule polestas supérieure à celle d'un évêque isolé est celle de la collectivité des évêques, totale ou par- tielle. » On conçoit ce pouvoir collectif ou juridiction, comme confié, du moins en parlie, au métropolitain, et de cette concession tacite ou expresse, il lire toute la supériorité qu'il possède. Une telle délégation étant nécessaire pour l’action pratique de l'épiscopat collectif, on doit la regarder comme une évolution naturelle de la mission primilive des apôtres. Appuyés sur celte conception excessive du système provincial, les anglicans sont naturellement amenés à faire dériver toute juridic- tion spirituelle de l'acte par lequel les évêques d'une mème province contirment l'élection d'un évêque faite par le métropo- litain qui les représente. Bien plus : ils voient en cela le terme du développement de la hiérarchie. Ils admettront difficilement, par exemple, que le Pape puisse avoir une juridiction supé- rieure à celle d'un métropolitain; en tout cas, elle devra être de même nature, c'est-à-dire dériver semblablement d'une com- mission lacite ou expresse de l’épiscopat entier, en définitive, d'une juridiction de jure ecclesiastico. D'ailleurs, ils trouvent dans le Synode provincial une plénitude de pouvoir à peu près illimitée. En matière de foi, le concile provincial peut porter des définitions, c'est à peine s'il est lié par les décrets des sept — certains diraient des quatre conciles œcuméniques. C'est ainsi qu'ils justifient les nouveautés en matière de foi contenues dans les trente-neuf articles. En matière de discipline, il n'y a même plus cette limite. Le concile provincial peut faire n'importe quelle innovation, même en ce qui concerne les coutumes universelles de l'Église; par conséquent, si elle pouvait se soumettre à unejuridiction, comme celle de la Papauté, elle pourrait tout aussi bien s'y soustraire. Cet aperçu des opinions anglicanes sur la juridiction m'a entrainé un peu loin de mon sujet direct. Mais cela me permettra de formuler plus clairement la question que je propose, à laquelle d'ailleurs je n’essaierai pas de donner une réponse précise. L'auctoritas suppo- sée de la primauté romaine est-elle compatible avec cette théorie? Si on admet que cette autorité ait pour objet la surintendance générale et la direction des actes de l’Épiscopat, il est évident que lout évêque qui la méconnaîtrait ou y résisterait, encourrait une grave responsabilité. Si on la fait remonter à une source divine, si elle est l'exercice de cette autorité donnée par Jésus-Christ à saint Pierre par ces paroles : « Fortifie tes frères » ; alors la résistance — sauf le cas où l'on pourrait démontrer un véritable abus de pouvoir AUTORITÉ ET JURIDICTION 345

— serait un péché. Mais jusque-là il n’y a rien qui implique néces- sairement la perte de la juridiction. Un évèque, ou tout autre per- sonne investie d'une juridiction ecclésiastique, peut commettre un péché grave, vivre d’une façon scandaleuse, sans être pour cela déchu de sa juridiction. Alors, dira-t-on, le Saint-Siège userait de son pou- voir et déposerait ou excommunierait les évêques récalcitrants. Mais nous avons dit que nous meltions à part la question de la juridiction papale; bien plus, dans l'hypothèse que nous considérons, une pro- vince pourrait se soustraire à cette juridiction. Pour serrer de plus près la question, supposons que le Saint-Siège n'use pas aussitôt de son pouvoir, qne s’ensuivra-t-il? Tout au plus une interruption de communion entre les évêques de la province récalcitrante et le Pape. Quelle en sera la conséquence? Dans l'examen de cette question, il faut faire abstraction des préoc- cupations basées sur la discipline actuelle de l'Église latine, difficulté de renouveler les indults, impossibilité de recourir au Saint-Siège pour les cas réservés, etc., etc. Bref nous devons essayer de nous pla- cer dans la situation où se trouvaient les catholiques des temps passés, par exemple au x° siècle. Quelle sera donc dans cette hypo- thèse la conséquence d'une interruption de communion avec le Saint- Siège? M. Boudinhon, si je comprends bien une de ses remarques dans le premier numéro de celte revue, répondrait que les évêques ainsi séparés de la communion du Saint-Siège ne pourraient pas exercer kgitimement leur juridiction. Mais jusqu'où s'étend la portée de celte remarque ? Conserveraient-ils leur juridiction à un degré quelconque? Voici un exemple concret tiré de l'histoire ecclésiastique. La grande controverse relative au baptème des hérétiques se poursuit, Denys

d'Alexandrie, écrivant au Pape saint Xyste, parle en ces termes des actes de son prédécesseur saint Étienne : « Il écrivit au sujet d'Hélé- « nus, de Firmilien et de ceux de Cilicie, de Cappadoce, de Galalie “el des peuples voisins, qu'il ne communiquerait pas avec eux, « parce que, disait-il, ils rebaptisent les hérétiques‘. » lei c'était le Pape qui rejetait expressément la communion avec les évêques de l'Asie Mineure. Peut-on dire que lout l'exercice des pou- wirs de la juridiction de ces derniers devint pour cela nul et sans effet ? Je sais bien qu’au mr° siècle on ne distinguail pas encore bien lairement le pouvoir d'ordre et le pouvoir de juridiction; mais, si nous considérons aujourd'hui leur position à la lumière d'une analyse

plus parfaite, que devrons-nous penser de leur silualion? Voici un autre cas dans lequel la pratique actuelle de l'Église peut nous donner quelque lumière. Les évêques des Grecs non unis et

autres Orientaux, étant donné que leur refus de communion avec

*Eusebius, Hist. Eccl., VII, 5. . OR es RS

346 REVUE ANGLO-ROMAINE

Rome est coupable et contraire au Christianisme, sont-ils pour cela déchus de tout pouvoir de juridiction? Par exemple, les dispenses qu'ils accordent, ont-elles une valeur quelconque? Et, chose plus importante, les absolutions que reçoivent leurs sujets de bonne foi sont-elles sans effet par suite du défaut de juridiction? Lorsque des membres de ces Églises se réconcilient à l'Église romaine, leurs mariages contractés avec les dispenses données par des évêques grecs, les absolutions que leur ont données des prêtres dépendant de ces évêques, tout cela est-il regardé de fait comme invalide ? Beaucoup d’autres questions de même nature se présentent à l'esprit. L'interruption de la communion ne se produit pas toujours de la même manière, et le rétablissement de la communion ne se fait pas toujours d'une façon identique. On peut rappeler le cas des Irlandais au vi siècle, sans communication d'aucune sorte avec Rome, différant de l'Église Romaine pour certaines observances auxquelles on attribuait alors une importance exagérée; ils furent mis en contact avec les envoyés de Rome par la conversion de l'Angleterre; ils résistèrent à l'enseignement des missionnaires, ils résistèrent même à la direction expresse de Rome; finalement, ils revinrent à l'obéissance. Quel fut le changement réel produit dans la situation des évêques northumbriens lorsque le génie et les fatigues de saint Wilfrid les eurent réconciliés à l'Église romaine? Ainsi donc on v'’attribue pas toujours la mème signification à toute résistance à l'autorité du successeur de saint Pierre; et peut-être ne faut-il pas toujours interpréter la soumission dans le même sens. Puisons encore une fois à la source de l’histoire ecclésiastique. Denys d'Alexandrie consultait saint Xyste sur l'attitude qu'il devait prendre à l'égard d'un hérétique converti qui demandait à être rebaptisé. « Mon frère », lui écrit-il, « j'ai vraiment besoin d'un avis « et je viens demander votre opinion, car il m'est arrivé une chose « étrange et j'ai peur de me tromper ‘. » Il demande donc une direction au Saint-Siège. Mais jusqu'à quel point se croyait-il tenu de suivre la direction qu'il pourrait recevoir? La communion actuelle avec le Saint-Siège est nécessaire pour l'exercice légitime de toute juridiction. Et cependant nous trouvons dans la loi du Conclave cette étonnante disposition qui permet à tous les cardinaux, même ezcommunis, de prendre part à l'élection du Souverain Pontife *, Existe-il un exercice de la juridiction plus élevé que celui-ci? Les votes de cardinaux excommuniés pourraient légitimement donner à l'Église son premier pasteur. Il ne suffit pas de dire, pour supprimer la difficulté, que cette exception est prévue dans une disposition spéciale de la loi positive: car alors il s'ensui-

 1 Eusebius, Hisé. Eccl., VII 9.
 # Lucius Lector, Le Conclave, pp. 120, 131.

AUTORITÉ ET JURIDICTION 347 vrait que la perte d'un état, qui peut ainsi disparaître grâce à une loi positive, est elle-même l'effet d'une loi positive : ce qui nous conduirait rapidement à cette conclusion, que tous les rapports de l'épiscopat avec la papauté sont une création de la loi positive, en sorle que la primauté serait de jure ecclesinstico. La question que nous envisageons est une de celles qui touchent à l'essence constitutive de l'épiscopat. J'ai indiqué quelques questions auxquelles je ne propose aucune réponse. Elles m'ont été suggérées par la lecture attentive de la lettre de Lord Halifax. Ce sont des questions qu'il faut nécessaire- ment étudier si l’on veut éclaircir le véritable sens de la Primauté pour la salisfaction et la réconciliation des anglicans. Ceux-ci se demandent avec une anxiété croissante si la primauté romaine est le point central de la foi et de la vie chrétiennes auquel ils peuvent, eux aussi, avoir à se rallier. Ils désirent savoir ce qu'est réellement la primauté et ce qu’elle comprend nécessairement. La réconciliation parait encore bien lointaine; il y a encore beaucoup à faire, bien des préjugés à détruire, bien de fausses idées à redresser avant qu'elle ne devienne possible. Mais il nous faudrait, en même temps, une étude approfondie sur la primauté, afin que nous puissions comprendre ce qu'elle signifie réellement, non seulement pour ceux qui vivent sous la discipline actuelle de l'Église latine, mais aussi en vue de l’union totale de la chrétienté.

                                                  UCALÉGON.

’ ù - f

  PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION

Ce n'est pas en quelques lignes, pas même en quelques pages, que l'on peut étudier sérieusement les nombreuses et délicates questions soulevées par la lettre de Lord Halifax ; il faudrait de mème un long traité pour épuiser les problèmes que pose comme à plaisir l'écrivain distingué qui signe UcALÉGoN. Sans doute, ce dernier fait de la théorie de Lord Halifax, sur l'auctoritas et la polestas, une critique aussi fondée que pénétrante, et cela diminue d'autant ma tâche. D'ailleurs, j'ai eu moi-même l'occasion d'aborder, dans l'article sur le pouvoir des clés el l'épisropat, les principales deces questions. Il me sera plus facile d'être bref, sans rien omettre d'important. En définitive, il n’est question, dans ces deux articles, que d'une seule chose : la juridiction. Juridiction du Pape; est-elle un élément essentiel de la primauté? — juridiction des évêques; existe-t-elle sans la communion actuelle avec le Saint-Siège ? Et c'est à bon droit que les anglicans se préoccupent anxieusement de l'une et de l'autre forme du problème. De la solution dépend en grande partie leur situation à l'égard de l'Église romaine. C’est un point qu'il ne sera pas inulile de mettre en lumière pour les catholiques français, nos lecteurs. : Nous nous sommes habitués, en France (il faut en dire autant des autres pays catholiques), à désigner sous l'appellation commune de « protestants » lous ceux qui ne sont pas catholiques. Ce mot ne s'applique pas absolument aux chrétiens de l'Église anglicane, ou, s'il peut leur convenir sous certains rapports, il doit prendre à leur égard un tout autre sens que pour les luthériens et les calvinistes. Quoi qu'il en soit, l'Église d'Angleterre cherche à justifier sa position ecclésiastique par une théorie qu'il importe de bien comprendre, si l'on veut se rendre un compte exact de la controverse générale, el, en particulier, des arguments développés par Lord Halifax aussi bien que par Ucalégon. Les membres de la Haute-Église, sinon tous les anglicans. se représentent la véritable Église de Jésus-Christ comme une société composée de plusieurs communions, toutes légitimes. Ce sont: l'Église romaine, l'Église orthodoxe, enfin l'Église anglicane. PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 349

Membres de la grande famille chrétienne, leurs adeptes peuvent légitimement revendiquer le nom de catholiques ; de fait, les membres de la Haute-Église se désignent couramment ainsi, réservant pour nous le nom de Romains. Ils ne peuvent se refuser à reconnaitre à l'évèque de Rome, au successeur de saint Pierre, une situation exceptionnelle, une certaine primauté, attestée par les Évangiles, et surabondamment prouvée par l’histoire ecclésiastique. Si cette pri- mauté, un peu vague et indécise, ne comporte pas nécessairement une vraie juridiction sur l'Église entière; si, pour réaliser les pro- messes évangéliques et donner satisfaction aux enseignements de l'histoire, il suffit d'admettre une primauté d'honneur, ou, comme le veut Lord Halifax, d'aurtoritas, distincte de la pofestas; si, enfin, la juridiction du Pape, qu'il faut bien reconnaître comme un fait existant, trouve son explication dans d’autres causes que la volonté de Jésus-Christ, et si, par suite, elle est susceptible de variations et de modifications, tant pour son objet que pour son exercice, la situation de l'Église anglicane est aussitôt légitime, ou du moins soutenable. Que si les anglicans se regardent comme membres de la véritable Église catholique, ils ne sauraient se considérer, par rapport à l'Église romaine, comme hérétiques ni schismatiques. Laissons, pour le moment, la question d'hérésie. Quant au schisme, ils le réduiraient volontiers aux proportions d’une interruption de la communion visible avec le Saint-Siège et l'Église romaine, comme celles que rapporte Ucalégon, d'après l'histoire ecclésiastique. De telles inter- ruptions ne seraient pas un obstacle à l'existence et à la lransmission de la juridiction ecclésiastique; par suite, les évêques anglicans pos- séderaient une juridiction véritable, et la siluation de l'Église d’An- gleterre serait encore consolidée sur ce point. Telles sont les con- clusions logiques des deux articles que l’on vient de lire : il faut les apprécier sommairement.

                                LA

                               +

me semble que Lord Halifax a pris, dans sa lettre, une position qu'il lui sera peut-être très difficile de maintenir. Le mot primauté, dit-il, n'implique pas nécessairement l’idée de juridiction. Étymo- logiquement, c'est incontestable : primauté signifie seulement le privilège ou la situation de qui est premier, et l'on peut être pre- mier de bien des manières. Dans l'Afrique chrétienne, au 1v° siècle, le doyen d'âge de l'épiscopat de chaque province, sauf la Proconsu- lire, s'appelait primas : l’évêque de Carthage, vrai primat, dont l'autorité incontestée s’exerçait sur tout l'épiscopat de l'Afrique romaine, n'avait d'autre nom officiel que celui d’évêque de Carthage. Aussi bien ne s'agit-il pas de mots, mais de choses ; on ne résout pas. la question en la remettant; or la question est celle-ci: Quel que 350 REVUE ANGLO-ROMAINE

soit le sens étymologique du mot primauté, quelle que soit la nature de la primauté exercée, autrefois ou aujourd’hui, par les évèques de certains sièges, que signifie et que comporte la primauté du Pape? À cette question précise, Lord Halifax répond que l'on peut consi- dérer dans la primauté papale deux choses: l'autorité directrice (auctoritas), et le pouvoir proprement dit (pofestas), en d’autres termes la juridiction. De celle-ci on fait pour le moment abstraction: c'est une question à part. De la première on accorde qu'elle est plus qu'un privilège honorifique, bien plus, qu'elle est de droit divin. Ce qu'on accorde est exact; est-ce suffisant? Les paroles de l'Évangile, les faits attestés par l’hisloire y trouvent-ils une explication satisfai- sante ? ‘ En premier lieu, on pourrait se refuser à suivre l’auteur sur le terrain qu'il s’est choisi et exciper contre la manière dont il pose le problème. Est-il possible, en parlant de la primauté du Pape, de faire abstraction de la juridiction ? C'est précisément là le nœud de la question. Lorsque j'aurai admis, et il faut bien l'admettre, l’exis- tence de cette primauté de direction conférée au Pape de droit divin, la difficulté sera simplement déplacée ; il restera à se demander si le Pape ne possède pas, en outre, une primauté de juridiction; ou encore, puisque l’on admet l'existence d’une certaine juridiction, si elle n'a pas sa source dans la primauté de droit divin. De fait, les deux aspects de la question sont étroitement liés, non seulement en pratique, comme le fait remarquer Ucalégon, mais aussi en théorie. Car l'observation de ce dernier est parfaitement juste: il serait bien difficile d’étayer sur des textes des Pères de l'Eglise et des an- ciens écrivains ecclésiastiques, la distinction entre auctoritas et poles- tas, qu'on lapplique.au pouvoir du Pape ou à celui des évêques. J'ajoute qu'il serait plus difficile encore de l’établir sur l’enseigne- ment et sur les actes des évêques de Rome. De quelque nature que soit leur intervention dans les affaires de l'Église, qu'ils donnent une direction ou un ordre, un conseil ou une décision ; qu'ils confirment une sentence ou qu'ils se réservent l'examen de certaines causes, ils s'appuient sur le mème pouvoir, ils invoquent le même privilège d'origine divine, ils agissent toujours en qualité de successeurs de saint Pierre, sans qu’on puisse distinguer dans leurs paroles l'exer- cice de deux primautés diverses, ni même deux aspects bien tran- chés de la même primauté. Tout comme les papes, les théologiens catholiques invoquent uni- formément, à l’appui de leur enseignement sur la primauté pontifi- cale, tous les textes bien connus de l'Évangile. Après avoir établi l'origine divine et l'existence de la primauté, ils en examinent les aspects divers et les multiples applications ; mais, pour eux tous, il n'y a qu'une seule primauté. PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 351 Si donc les textes de l'Évangile obligent à admettre camme de droit divin la primauté de direction (auctoritas), il est.bien difficile de ne pas reconnaître la même origine à la primauté de juridiction, à moins de nier celle-ci. Mais, pour la nier, il faut méconnaître le des- sein et le but de Notre-Seigneur instituant un pouvoir central dans son Église, c'est-à-dire que l'on aura bien de la peine à sauvegarder cette primauté directive admise précédemment, et admise comme établie de droit divin. Je pourrais refaire ici l'argumentation de M. Everest pour démon- trer que la primauté symbolisée par la garde des clefs, confiées par Jésus-Christ à saint Pierre et à ses successeurs, implique un véritable pouvoir de gouvernement et d'administration; que ce pouvoir ne saurait être suffisant, qu'il ne répondrait pas aux intentions de Notre-Seigneur, s’il n'était que directif ; il faut donc qu'il soit aussi juridictionnel, sous peine de demeurer, sinon inutile, du moins insuffisant et inefficace. Je renvoie à l'essai sur 24 ation des clefs. J'ajoute cependant une dernière observation. On connaît les textes évangéliques sur lesquels la théologie romaine fait reposer le privi- lège unique de saint Pierre et de ses successeurs : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, » etc. Mais je remarque que ce dernier texte est absolument semblable à celui sur lequel on s'appuie de préférence pour conclure à l'institution divine de l'épiscopat: « Tout ce que vous lierez sur la terre, etc. » Mais si ces dernières paroles, adressées à Pierre aussi bien qu'à ses collègues dans l’apostolat, suffisent aux anglicans pour admettre l'épiscopat de droit divin et l juridiction de droit divin dans l’épiscopat, comment se refuser à interpréter de la mème manière les paroles semblables dites au prigce des apôlres? Comment se refuser à y voir une disposition du droit divin, le don exprès d’une véritable juridiction ? Telles sont les réflexions que m'a suggérées la théorie de la pri- mauté d’auctoritas, distincte de la juridiction ; telles sont les raisons qui me permettent de dire qu'elle est difficile à maintenir. — Je passe sans transition à la question que l'auteur du second article a greffée sur celle-là, je veux dire la permanence de la juridiction épiscopale malgré la cessation de communion visible avec le Saint- Siège.

                               LE]

li je n'aurai guère qu’à reprendre et à développer quelques-unes des idées formulées dans mon précédent article, en particulier ce que j'ai dit sur la légitimité de la juridiction épiscopale. Il importe de bien préciser les termes de la difficulté saulevée par Ucalégon. 352 REVUE ANGLO=ROMAINE

Supposons admise, dit-il, la primauté d'awctoritas du pontife romain; supposons que cetle primauté s'exerce légitimement, suivanl les pa- roles de Lord Halifax, « par l'envoi de lettres directives aux évêques dans les différentes parties de l'Église ». Et, bien que cette direction soit obligatoire pour les évêques, supposons que tel évêque ou lel groupe d'évèques ne s’y soumetle pas, y résiste même ouvertemenl. Quelles seront les conséquences de cette attitude pour la situation ecclésiastique des évêques récalcitrants? Perdront-ils leur juridie- tion el à quel moment ? Cet épiscopat, qui ne sera plus en commu- nion avec le Saint-Siège, conservera-t-il ses pouvoirs? Pourra--il les transmettre, c'est-à-dire se recruter par l'adjonction valable de nouveaux évêques? Qu'en sera-t-il en particulier, si nous supposons une organisation ecclésiastique où l'épiscopat de chaque province se recrute lui-même sans recourir à l'intervention personnelle du Pape? Telle est la question que l'auteur pose sans y répondre. J'ajoute qu'elle ne serait guère modifiée, même en admettant la primauté de juridiction du Pape, si l'on reconnait à l'épiscopat local le droit de se recruter, comme cela s'est pratiqué pendant de longs siècles. IL est d'abord bien évident que des froissements plus ou moins graves entre le Pape et certains évêques ne rompent pas l'unilé ecclésiastique, ne constituent pas un schisme. Des divergences de vues théoriques et d'observances pratiques peuvent se maintenir pendant un temps plus ou moinslongsans que les évêques opposants se refusent à reconnaitre la suprémalie papale, ce qui est pourtant requis pour constituer un schisme. Dans ce cas, l'interruption de la communion visible entre ces évêques el le Saint-Siège n'a pas néces- sairement la portée d'une exclusion de l'Église, de l'anathème solen- nel. Je ne puis admettre, par exemple, que saint Cyprien ait été schismatique, ait été exclu ou se soit regardé comme exclu de l'Église. J'en dirai aulant de certaines autres interruplions momen- tanées de la communion ecclésiastique attestées par l'histoire. Dis- cuter avec un supérieur, résister même à son autorité, ce n'est pas loujours ni du premier coup nier son autorité ni s'y soustraire !. Si donc l'unité ecclésiastique n'est pas rompue, s'il n'y a pas schisme formel, si les évêques sont demeurés dans l'unique et véritable Église, ils ont gardé tous leurs pouvoirs, et il n'ya pas lieu de se poser de queslion sur le maintien ou la perte de leur juridiction. Lorsque la résistance aura cessé, lorsque l'accord sera fait, lorsque les évêques opposants auront fait acte de soumission, la communion sera rétablie, et les choses reprendront leur cours normal sans qu'il soit besoin de rendre à ces évêques unejuridiction que rien n'avait

1 Cf. Suanez, De fide, disp. IX, sect, I, n. 13-16. PRIMAUTÉ, SCRISME ET JURIDICTION 4

pu leur faire perdre. Il est même possible que la communion soit rétablie avant qu'on soit arrivé à une uniformité parfaite. Nous savons, par exemple, que la persécution interrompit la discussion surle baptême des hérétiques; la communion fut bien vile rétablie entre Rome et Carthage ; et cependant la pratiqueafricaine de rebap- tiser les hérétiques ne fut définitivement abandonnée par l'Église d'Afrique qu'au concile d'Arles de 314. Et ni saint Sylvestre au con- cile d'Arles, ni les successeurs de saint Étienne ou de saint Syxte ne & sont préoccupés, que nous sachions, de rendre à saint Cyprien et aux évèques rebaptisants une juridiction que personne ne supposait perdue. Maïs la rupture peut aussi être un schisme; certains évêques, avec des fidèles plus ou moins nombreux, peuventse séparer de l'Église, refuser de reconnaître l'autorité au siège apostolique, et former une société distincte. Nous: en avons des exemples faciles à étudier dans l'antiquité; par exemple, au temps de saint Cyprien, les Novatiens ; plus lard, en Afrique encore,les Donatistes. Sur les uns et lesautres, sur les derniers surtout, les documents abondent. Nous savons quelles luttes violentes le Donatisme a suscitées dans toute l'Afrique chrétienne, au prix de quels travaux, dequelssacrifices, desévèques tumme Aurélius de Carthage, comme saint Augnstin, avaient réussi à éleindre presque entièrement le schisme, lorsque l'invasion des Vandales vint rouvrir pour ce malheureux pays l'ère des persécutions. Mais pour les Donatistes comme pour les Novatiens, comme pour les schismatiques d'aujourd'hui, le retour dans l'Église supposait et sup- pose une réconciliation expresse, Qu'était donc la juridiction chez les schismatiques d'autrefois ? qu'est-elle encore chez les schismatiques d'aujourd'hui, comme les orthodoxes d'Orient ‘? Ont-ils perdu, par le fait du schisme, toute autorité spirituelle? L'Église ’et le Pape, au nom de l'Église, leur vnt-ils retiré la juridiction? Que faut-il penser de leur administra- lions, de leurs élections épiscopales, de leurs mariages, de leurs absolutions sacramentelles? Et, à supposer que les anglicans Yeuillent faire à leur Église l'application de ces questions, que pen- ser de la juridiction des évêques anglicans? D'ailleurs, pourquoi ne Pas parler clairement? L'auteur de larticle précédent nous dit en propres termes l'anxiété où ces difficultés jettent les anglicans jaioux de trouver dans leur Église une vraie juridiction: « Si cette idée élait exacte, dit-il (à savoir l’idée de la primauté de juridiction du Pape;, les évêques anglicans devraient tirer leur juridiction de celle du Pape, ce qu’ils ne font évidemment pas; ou bien, s'ils pouvaient ! Aujourd'hui il est pratiquement impossible de concevoir un schismo formel fans hérésie ; cependant, pour plus de clarté, je discutorai uniquement l’hypo- thèse du schisme pur. ° REVUE ANGLO=ROMAINE, — T, I. — 23. 354 REVUE ANGLO-ROMAINE

la recevoir d’une autre source, le Pape pourrait les en priver, 4 l’on doit présumer qu'il l'aura fait. » Jose dire que la difficulté sub- siste, même en faisant abstraction de la primauté de juridiction el en admettant seulement la primauté de direction. Si Notre-Seigneur n’a fondé qu’une seule Église, s’il l'a voulue unie dans la commu- nion à une même foi, aux mêmes sacrements, à une même charité; s’il a placé au centre de cette Église un évêque, successeur de Pierre, chargé, en vertu de son auctorilas supérieure, d'intervenir pour « eon- _firmer ses frères » dans la foi etl'unité, il est bien permis de se demander ce que pourra devenir le pouvoir des évêques, — je ne dis pas qui auront résisté à telle direction venue de Rome ou l'ai- ront discutée, — mais se seront délibérément et totalement sous- traits à cette souveraine direction. Seront-ils encore dans la véritable Église? et, s'ils n’y sont pas, quelle juridiction pourra être la leur? En parlant ainsi, je ne fais aucune différence directe et essentielle entre les deux modes qui ont été successivement en usage pour le recrutement du corps épiscopal. Que les évêques d'une province ecclésiastique pourvoient à eux seuls aux sièges devenus vacanis, comme cela se faisait dans l'antiquité, ou que chaque évêque doive recevoir du Pape sa nomination par préconisation en consistoire où autrement, comme cela se pratique de nos jours, il en résulters cer- lainement des conséquences importantes; le schisme, par exemple. sera plus aisément constaté et formel: mais, en définitive, la cause essentielle demeurera identiquement la même. La situation irrégu- lière, anti-ecclésiastique de l’épiscopat schismatique aura pour effet de vicier, je ne dis pas absolument l'existence, mais la légitimité de sa juridiction. En d’autres termes, il n’est pas nécessaire de recôurir à la primauté de juridiction du Pape pour expliquer le schisme et le condamner; il suffit d'admettre la nécessité de l'unité de l'Église, unité dont la caractéristique est le groupement de toutes les commu- nautés chrétiennes en une seule société spirituelle, au centre de laquelle est placé le siège de Pierre, Voilà pourquoi, dans mon étude sur «le pouvoir des clefs et l'épis- copat », j'ai tenu à apprécier la juridiction des évêques, non d'après sa source immédiate, non pas même d'après son existence, mais d'après sa légitimité. Je ne pense pas, et je n'aurais pas affirmé qu'il n'existe aucune juridiction, sauf celle que le Pape confère: il m'a semblé plus exact de dire « que le Pape est le centre nécessaire de tout épiscopat légitime », par suite, de toute juridiction épiscopale légitime. Qu'est-ce, en effet, que la juridiction, abstraction faite de sa légiti- mité? C’est, au sens le plus large, le pouvoir de gouverner, d'admi- nistrer, de juger, de diriger, de punir. Il ne peut y avoir de société sans gouvernement, sans autorité, sans que certaines personnes, PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 355

quel que soit pour l'instant le mode employé pour les désigner, soient élevées au-dessus des autres, sans qu'il s’y trouve des supé- rieurs et des inférieurs; autrement il n’y aurait pas de société. De plus, dans toute société l'autorité, sans pour cela changer de nature, pourra s'exercer de bien des manières; par exemple, le pouvoir supréme, quel qu'il soit, pourra d'abord n'intervenir qu'en des cir- cogstances assez rares et indéterminées; plus tard, son intervention deviendra plus fréquente et les affaires qu'il se réservera seront clairement spécifiées; enfin il pourra rétrocéder aux magistrats inférieurs certaines des attributions qu'il avait centralisées. Pas plus qu’une autre, la société spiriluelle établie par Jésus-Christ parmi les hommes ne peut exister et atteindre sa fin sans organisa- tion et sans pouvoir de gouvernement. L'autorité, dans l'Église, s'appelle juridiction. L'Église ayant pour fondateur l'Homme-Dieu, poursuivant une fin surnaturelle, son autorité doit venir d'en haut plus encore que celle des sociétés temporelles; sa juridiction sera donc d'origine divine, de droit divin. Mais l'exercice de cette même juridiction sera soumis aux conditions de la nature humaine, puis- qu'après tout elle a des hommes pour sujets. Aussi, sans cesser d'être divine, la juridiction ecclésiastique pourra-t-elle subir, dans son exercice, d'importantes variations. Les relations entre l'épisco- patetle pouvoir central seront plus ou moins fréquentes, plus ou moins détaillées; pourvu que l'unité nécessaire soit sauvegardée, tout sera dans l'ordre et toute la juridiction épiscopale sera légitime.

Mais supposons qu'une partie plus ou moins notable de la société ecclésiastique se sépare pour former un corps nouveau, sans commu- nion avec le reste de l'Église. Les évêques schismatiques cesseront- ils d'avoir une certaine juridiction? Évidemment non. A moins de prétendre que les Églises schismatiques ne sont rien, il faut bien reconnaitre, au moins comme un fait, leur organisation, leur division ea diocèses et provinces ecclésiastiques, leur vie chrétienne, parfois intense; ce sont des sociétés auxquelles on peut reprocher leur altitude à l'égard du Saint-Siège ; mais ce sont des sociétés, ce qu'elles ne Seraient pas si elles n’avaient aucune autorité ni personne pour la détenir. Bref, elles ont une juridiction, puisqu'elles ont un gouver- wement et une vie sociale organisée. k

Mais cette juridiction, qu'il faut bien admettre comme un fait, que faul-elle aux yeux de l'Église dont le schisme a séparé ces groupes plus où moins nombreux? Je réponds sans hésiter que la situation irrégulière, contraire à l'unité chrétienne, dans laquelle s’est placée la société schismatique ne peut pas ne pas affecter la légitimité de Sun pouvoir, de sa juridiction, L'Église, ne pouvant reconnaître les tommunions schismatiques, ne peut davantage accorder une valeur légitime à leur juridiction, à leurs actes administratifs, disciplinaires 356 REVUE ANGLO—-ROMAINE

ou autres. Elle les rejette et les tient pour émanés d'une autorité incompétente. Est-ce à dire qu'elle les regarde tous comme non existants, comme viciés par une nullité radicale et inguérissable? Je crois pouvoir dire que non. Elle ne peut pas faire entièrement abs- traction des faits. Pour prouver cette assertion, que plusieurs catho- liques trouveront peut-être excessive ou même fausse, je ne puis invoquer directement des théologiens ou des canonistes de notre école. Aucun, que je sache, n'envisage formellement la question du point de vue où la présente controverse m'a fait placer. Pour eux, ils considèrent le schisme 17 fieri; ils se demandent si l’évêque ou tel autre dignitaire ecclésiastique qui devient schismatique perd aussitôl sa juridiction, c'est-à-dire l'autorité dont il jouissait comme prélat catholique ; il est clair que, s’il tombe seul dans le schisme, son trou- peau restant fidèle, il ne saurait guère se maintenir longtemps dans une situation fausse et insoutenable. Cependant nos auteurs tiennent pour plus probable que la juridiction ne leur est enlevée que par un acte du législateur suprême, bien qu'ils ajoutent que cette privation est prévue par le droit ecclésiastique‘. Que pensent-ils du pouvoir qui existe dans les communions séparées? Il ne m'a pas été possible de le découvrir. Mais il me semble que ma conclusion peut aisément se justifier. Supposons qu'une province entière d’un grand État se sépare des autres et proclame son indépendance. Elle conservera, en seséparant, ses divisions territoriales, administratives, militaires, elc.; elle gardera ses tribunaux, ses juges, ses magistrats, elc. Elle ne sera pas sans autorité, etsi cette autorité, sous ses différentes formes, s'appelait juridiction, nous devrions dire que cette nouvelle sociélé, démembrée de l'ancienne, possède une réelle juridiction. Mais, aux yeux de l'État menacé de perdre une province, aux yeux de son chef, quelle sera la valeur de cette nouvelle autorité ? Dira-t-on qu'elle n'existe aucunement? Elle existe, sans doute, mais elle est illégi- time, et le roi fera même appel aux armes pour réduire à l'obéis- sance la partie de snn royaume révoltée. Supposons qu'après un certain nombre d'années, il soit victorieux et que la province fasse retour à la couronne. Le roi tiendra-L-il pour nuls et non existants tous les actes de gouvernement et d'administration, tous les juge- ments, toules les nominations de fonctionnaires, qui ont eu lieu pendant ce schisme national? Pas le moins du monde : il cassera seu- lement ce qui était contraire à l'unité nationale, réclamera de tous le serment de fidélité et légitimera tout le reste. Sans doute, ce sera celle ratification qui en assurera la valeur; mais on ne peut légiti- mer ni régulariser ce qui n’existe pas; ce qui démontre tout à la fois,

1 Cf. Suarez, Cle.; card. ALirius, De inconslantia in fide, c. x, et les réfé- rences qu’ils donnent. PRIMAUTÉ, SCIISME ET JURIDICTION 351

etqu'il y avait une autorité, puisqu'on en reconnait certains actes, et que cette autorité n'était pas régulière, puisqu'il fallait en légi- timer les actes. - Cette comparaison cloche en plus d'un point. Car s’il n’y a aucune loi supérieure qui limite le nombre des sociétés temporelles, il n'existe, de droit divin, qu’une seule société spirituelle; en sorte que l'illégalité d’une séparation territoriale pourra disparaitre lorsque le territoire séparé sera reconnu indépendant; au lieu que le schisme demeurera toujours illégitime, parce qu'il sera toujours opposé à l'unité divine de l'Église. Et que telle soit bien la pensée intime de l'Église romaine sur les sociétés chrétiennes séparées de leur centre et sur l'existence de leur juridiction, bien qu'illégitime, j'en vois la preuve certaine dans sa conduite à l'égard des communautés qui reviennent à l'unité. Il n'est pas nécessaire d'aller bien loin chercher un exemple. Que l'on relise seulement les documents relatifs & la légation du cardinal Pole pour la réconciliation de l'Église d'Angleterre sous le règne de la reine Marie. Si, pour le passé, certaines choses sont modifiées et rétractées, il s'en faut de beaucoup que tout soit déclaré sans valeur. Au con- traire, la plupart des actes qui requièrent une juridiction sont sim- plement ratifiés et validés. On a, pendant le schisme, érigé des sièges épiscopaux et des cathédrales, ils seront maintenus; on a fondé des hôpitaux et. des écoles, on les conservera; des mariages ont été télébrés malgré l'existence d’empêchements de droit commun, ils sont revalidés; toutes les sentences des tribunaux sont confirmées; toutes les nominations aux bénéfices ratifiées; il n’est fait exception que pour les actes qu'une telle sanatio ne saurait atteindre, à savoir teux qui sont viciés par une cause de nullité intrinsèque, et ceux qui échappent à l’action de la juridiction ecclésiastique, comme les ordres; aussi les ecclésiastiques validement ordonnés sont-ils sim- plement autorisés à exercer à nouveau leurs ordres, tandis que les autres doivent être préalablement ordonnés. Je rappelle encore une fois que je fais abstration, dans cette étude, de l’hérésie et de ses conséquences pour l’état des Églises et leur retour à la foi. Ces éclaircissements suffiront, je l'espère, à répondre aux questions soulevées par Ucalégon:; rien de plus facile que d’en faire l'application à juridiction, quelle qu'elle soit, des évêques anglicans.

                                               À. BoupiNxon

PR Le D

                       CHRONIQUE

Prières publiques pour l'ouverture de la session par- lementaire. — Dimanche malin, à neuf heures, a eu lieu à Notre- Dame de Paris la célébration de la messe prescrite par le cardinal Richard à l'occasion de la reprise des travaux parlementaires. Un grand nombre de sénateurs et de députés y assisteront.

S. Em. le cardinal Meignan, archevéque de Tours, a été trouvé mort dans son lit, le lundi matin 20 janvier. Cette mort inattendue sera vivement ressentie par toute l'Église de France, déjà si cruellement éprouvée depuis quelque temps. Le cardinal Meignan est né à Denazé (Mayenne) le 41 avril 1847. Il fil ses études classiques et théologiques à Angers, où il fut ordonné prêtre le 13 juin 1840. Il fut professeur au collège de Tessé, fondé au Mans par Mgr Bouvier. Les qualités de son enseignement le firent remarquer et il fut choisi comme directeur du petit séminaire de Notre-Dame des Champs à Paris. Il remplit successivement les fonctions d’aumônier de la maison de la Légion d'honneur à Saint- Denis, de vicaire à Saint-Joseph, à Saint-André, à Sainte-Clotilde, où il resta cinq ans, de 1837 à 1862. Nommé alors professeur d'Écrilure Sainte à la Sorbonne, il devint bientôt, en 1863, vicaire général de Paris. Dès l'année suivante, en 1864, l'abbé Meignan était nommé, par un décret en date du 47 décembre, évêque de Châlons. Préconisé le 27 mars 1865, il fut sacré le 1° mai suivant, transféré au siège d'Arras le 20 septembre 1882 et promu à l'archevêché de Tours le 25 mars 4884. Léon XIII le créa cardinal-prêtre du titre de la Trinité- du-Mont, dans le Consistoire du 19 janvier 1893. S. Em. le cardinal Meignan ne s’est pas moins fait remarquer par ses sentiments de conciliation que par ses qualités d'écrivain el d'érudit. On lui doit plusieurs ouvrages appréciés, notamment les Prophélies messianiques (1838), les Deux premiers livres des Rois ‘1818, David roi, psalmiste, prophète (4889), M. Renan réfuté par les rationalistes allemands (1863), les Évangiles et la critique au XIX° siècle (1864), la Crise protestante en Angleterre et en France (1864), le Monde et l'homme primitif selon la Bible (1869), Instructions aux familles chrétiennes (1815), Léon XIII pacificateur (1886), Salomon, son règne, ses écrits (1890), le Christ et l'Ancien Testament (1892); enfin, l'Ancien Testament dans 511 rapports avec le Nouveau et la critique moderne, de Moïse à David, dont nous faisions récemment l'éloge. La mort du cardinal Meignan porte à huit le nombre des arche- vêchés et évèchés vacants. CHRONIQUE 359

M. Bryce et la Réunion de la Chrétienté. — Dans une

réunion tenue ces jours derniers à Aberdey et à laquelle assistaient plus de 3.000 personnes, M. Bryce, ancien ministre des travaux publics dansle cabinet Rosebery et historien distingué {citons parmi ses ouvrages l'Histoire du Saint-Empire romain et la Constitution des Etats-Unis) a prononcé un important discours sur la réunion de la Chrétienté. Selon lui, l'esprit de tolérance qui s’est manifesté dans ce siècle permettra d'atteindre ce but. « Nous avons fini par reconnaître, dit-il, que l’erreur spéculative peut coexister avec la perfection morale, de même que l'orthodoxie spéculative coexiste souvent avec de sérieuses fautes morales. » Puis, passant à la situation religieuse de l'Angleterre, il constate les progrès faits par l'esprit de tolérance depuis cinquante ans. Il rap- pelle ces grands noms deNewmannetde Manning, également respectés de tous, protestants, catholiques et anglicans. « On ne saurait, dit-il, désespérer de la réunion; mais, si elle doit se faire, ce ne sera ni par la conversion des protestants au catholi- cisme romain, ni par celle des catholiques au protestantisme, mais par une révolution complète dans l’ordre intellectuel, révolution qui rendra à la fois catholiques et protestants différents de ce qu’ils sont aujourd'hui et créera pour ainsi dire un nouveau type de christia- nisme. »

Le Guardian, l'un des organes les plus importants de l'Eglise d'Angleterre a fêté son jubilé ces jours derniers. 11 compta parmi ces premiers collaborateurs le cardinal Manning, alors archidiacre de Chi- chester. Comme le fait remarquer le 7ublet peu de journaux ont montré autant d'esprit de justice et de modération dans la contro- verse. Nous avons eu nous-mème l'occasion de constater déjà la courtoisie de notre confrère anglican. Nous nous associons cordiale. ment aux félicitations et aux vœux de ses amis.

Le Vénérable curé d'Ars. — L'une des premièresséances de la Congrégation des Rites, pendantla nouvelle année, va être consacrée à l’une des causes de Béatification qui intéressent le plus vivement la France. Ii s'agira de l'examen et du vote en deuxième instance sur l'héroïcité des vertus du Vénérable Jean-Baptiste Vianney, curé d’Ars. Cette séance, qui porte le titre de préparatoire et qui est fixée au 28 janvier, sera suivie en dernière instance de la séance générale à tenir devant le Souverain Pontife, et après laquelle seulement pourra étre rendu le décret sur l’héroïcité des vertus.

Les écoles des Frères Maristes en Orient. — Les Frères Maristes viennent de fonder deux nouvelles écoles françaises en Orient: une à Makri-Keui, près de Constantinople; l’autre à Sam- soun, en Arménie. La Ils possédaient déjà une école française à Scutari. " Les trois écoles de Scutari, Makri-Keui et Samsoun comptent dans leur ensemble douze professeurs.

conne È

360 REVUE ANGLO-ROMAINE

Les Frères Maristes sont, en outre, atiachés comme auxiliaires au collège Saint-Benoît, de Constantinople, et à celui d'Antoura (Syrie}, qui sont dirigés"par les prêtres de la Mission.

Les Trappistes à Madagascar. — La lettre suivante a élé adressée par M. Laroche, résident de France à Tananarive, au R. P. abbé de la Trappe de Staouéli :

     Monsieur l'abbé,

Ancien préfet d'Alger,j'ai gardé le vifsouvenir des religieux de la Trappe; j'ai vu de mes yeuxles exemples qu” ils donnent, leur travail, le magnifique domaine qu’ils ont créé, les sympathies que, par leur hospitalité, par leurs bienfaits, ils savent s’attirer de la part de tous les gens qui ont été en contact’ avec eux. Chargé de la grande mission de fonder à Madagascar la colonisa- tion française, je souhaite des alliés d'élite comme les Trappistes pour conduire à bonne fin cette mission. Seriez-vous disposé à envoyer quelques-uns de vos Pères dans notre ile lointaine? Je suis prêt, quant à moi, à leur attribuer telle concession de terre qu'ils voudront, — à leur chercher ce qu'il y a de mieux et à le leur offrir, — à leur garantir ensuite, cela va de soi, une sécurité absolue comme à les autoriser à compter sur la plus affectueuse et particu- lière protection du résident général. Nous leur assurerions, tout d’abord, la gratuité du transport depuis l'Europe jusqu'à leur établissement projeté à Madagascar. Les Trappistes rendraient à la nouvelle colonie, à la civilisation, un service signalé, et coopéreraient au premier rang à la conquête moraleet pacifique d'un pays dont nous ne sommes encore que les conquérants militaires. J'espère recevoir une réponse favorable. — Et, dans cette attente, je vous prie d'agréer, monsieur l'abbé, l'expression de ma haute considération. Le résident général, Hippolyte LAROCBE.

Les progrès du catholicisme en Danemark ressortent de cefait, qu'en 1860 il n’y avait pas plus de 800catholiques, avec 5prètres et 2 églises, dans tout le royaume ; aujourd'hui leur nombre s'élève à 6,000, chiffre rond, et les écoles catholiques sont fréquentées par plus de 1.000 enfants; le nombre des églises et des chapelles s'est élevé à 18, el l'on commencera sous peu la construction de deux nouvelles églises. Les prêtres sont maintenant au nombre de 30, dont 15 jésuites, el dans les couvents il y a 470 religieuses qui s'occupent de l'enseigne- ment ou des soins à donner aux inalades. LIVRES ET REVUES 361

Un monument à Louis Vouillot. —On annonce qu'un monu- ment rendant hommage à l'œuvre de Louis Veuillot va être élevé à la Basilique du Sacré-Cœur, suivant ie désir exprimé par de nom- breux catholiques au lendemain de la mort de l’illustre défenseur de l'Eglise. La proposition en avait été faite alors à S. Ém. le cardinal Guibert, qui l'approuva, disant qu'il « s'associait de tout cœur aux éclatants et très justes hommages rendus à Louis Veuillot ». L'exé- cution du monument, qui sera placé dans la chapelle de Saint-Benoit- Labre, est confiée à M. Fagel, grand prix de Rome. On peut croire que l’œuvre sera digne du modèle.

                   LIVRES ET REVUES

ÉTUDES RELIGIEUSES, PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIRES

Nous trouvons dans le n° des Études du 15 janvier, un travail inté- ressant sur ls mouvement’ vers l'union religieuse en Angleterre. Nous en détachons les passages suivants où l'auteur, le R. P. ToURNEnIZE, étudie la propagande des catholiques et des anglicans en faveur de l'union et les derniers débats sur les ordinations anglicanes.

Les catholiques poursuivent leur pacifique croisade en vue de l'union, toujours ardemment souhaitée par Notre Saint Père Léon XIII. Depuis plusieurs mois, ils organisent dans les principaux centres des conférences où sont débattus les sujets qui divisent les deux communions. La primauté de saint Pierre et de ses successeurs, le culte de la sainte Vierge et des saints, la prière pour les morts, tels sont les principaux points discutés. Voici, d'ordinaire, la marche de ces conférences. L'orateur, dont la thèse a été annoncée plusieurs jours avant la réunion, et dont l'auditoire est mêlé d'anglicans et de catholiques, développe d'abord ses preuves tout à son aise, visant surtout à étre clair, intéressant et persuasif. De son mieux, il s’abstient de toute attaque directe, violente surtout, contre les dissidents. Ceux-ci, quand la démonstration est achevée, sont invités à proposer leurs doutes et leurs objections, par écrit d'abord, et de vive voix vers la fin de la séance. Parfois, l'orateur traverse alors des moments critiques ; mais en controversiste bien avisé, soucieux avant tout du résultat pratique, il a fait placer près de lui des assesseurs, prêtres et laïques, qui l’aideront à se tirer des difficultés imprévues. . Près de cinquante mille anglicans ont ainsi entendu exposer, pour la première fois, les principaux dogmes sur lesquels ils sont en désaccord avec les catholiques. De là, on ne saurait conclure à leur future conver- sion; mais, ce qui n'est pas à dédaigner, les objections dont beaucoup étaient armés s’usent et tombent peu à peu; des préjugés qui, depuis des . siècles, ont pesé sur la masse du peuple, se dissipent; et l'atmosphère de 362 REVUE ANGLO-ROMAINE "

l’anglicanisme, longtemps impénétrable, s'ouvre par degrés au rayonne- ment de l’enseignement catholique. On aurait tort de se représenter ces réunions comme une sorte de con- grès de religions. En France, du moins, un congrès général des religions apparait aux personnages les plus autorisés por leur caractère et leur : situation dans l'Eglise, comme un événement gros de périls. Quel avan- tage en espérer? Est-ce de voir admises par toutes les confessions reli- gieuses la foi en l'existence de Dieu et la croyance en la survivance de l'âme ? Mais à quel prix cette constatation, si toutefois on y arrivait, serait- elle obtenue ? En mettant, extérieurement du moins, au méme niveau la Révélation dont l'Eglise catholique a la garde et les superstitions paienner ou musulmanes; en détrônant notre foi du rang suprême que non seule- ment de droit, mais en fait, elle occupe chez la plupart des Français, accé- lérant ainsi dans notre pays les progrès de l'indifférentisme religieux. Nous avons hâte de le dire, les associations qui poursuivent l'union de l'Eglise anglicane avec l'Eglise romaine n'impliquent du côté des cathol- ques aucun compromis. Léon XIIX, qui n’approuverait certes pas le Con- grès des religions projeté par l'abbé Charbonnel 1, encourage, au contraire. en Angleterre comme en Amérique, les réunions où l'on travaille à ra- mener les dissidents au centre de l'unité. Plus près de nous, un prêtre de la Mission, M. l’abbé Portal, était naguère félicité par le cardinal Ram- polla d'avoir songé à fonder une association et un Bulletin spécial pour promouvoir la réconciliation de l'Eglise anglicane. Nous savons qu'en Angleterre surtout, des personnes incomplètement renseignées opposent, sur ces questione, la tactique de Léon XII à celle de Pie IX ; elles prétendent que le premier approuve ce que le second ceu- surait en 1865. À cette date, il est vrai, « l'association formée pour pro- mouvoir l'union de la chrétienté (A. P. U. C.) fut condamnée par un décret du Saint-Office et interdite aux catholiques » ;: maïs, pourquoi? parce que les catholiques, du moment qu'ils entraient dans cette association, 5 plaçaïient sous la direction des anglicans et souscrivaient implicitement, au moins, à ces deux principes hérétiques qui lui servaient de base: « L'Eglise du:Christ a cessé d’être visible; et les trois communions chrétiennes, romaine cotholique, grecque schismatique e} anglicane, bien que séparées l'une de l’autre, ont un égal titre à revendiquer le nom de catholiquei.» Ce ne sont pas les associations mixtes où se confondent des croyauets et des rites opposés que préconise Léon XIII, non plus que Pie IX. Ibénit seulement les réunions catholiques, bien qu'il voie avec plaisir se former, parallèlement aux précédentes, des associations anglicanes, qui tendent, elles aussi, au rapprochement des deux Eglises. Ainsi, de part et d'autre, sans péril pour le dogme catholique, on travaille à l'union par la prière, les conférences et une large diffusion de journaux et de « tracts ». De loin en loin, chaque parti a ses assemblées plus extraordinaires ou congrès; il est rare qu'on n’y parle pas des avantages de la « réconciliation », des obsta- cles qui s'y opposent et des conditions qui permettraient de la réaliser: et le lendemain, l'écho de ces discussions retentissant dans toute l'Angleterre enfonce plus avant dans l'âme du peuple la question qui est à l’ordre dufour. La presse catholique anglaise a relevé en des termes, parfois un peu sévères, d'autres faits inexacts avancés par lord Halifax, et qui n'avaient

? Voir dans Ja chronique des Efudes, 15 décembre 1895, la lettro de Léon Xfilà Mgr Satolli. :

d’ailleurs-rien de bien déplaisant pour l'Eglise romaine !. On a remarqué que son récit des tentatives d'union au dix-septième et au dix-huitième siécle est d'un optimiste, dont au reste nul catholique ne conteste la bonne foi. On tombe d'accord avec lui que, sous Charles Ier, de hauts person- pages anglicans comme Montagu, évêque de Chichester et Goodman, évêque de Gloucester, souhaitaient de voir l'Angleterre réconciliée avec Rome. Mais on fait observer que si l'entreprise échoua, ce ne fut point par le mauvais vouloir du clergé catholique anglais; en réalité, c'est Rome qui jugea inacceptables les conditions proposées. Les négociations ne furent pourtant rompues que le jour où les puritains triomphèrent des cavaliers et firent tomber, avec le trône, la tête de l'infortuné Charles Ier. — Quant au projet de conciliation débattu de 1747 à 1749 sous le patronage du cardinal de Noailles, entre le janoéniste Ellies Dupin et Wake, arche- vêque de Cantorbéry, c'était beaucoup moins, comme le fait remarquer le P. Rivington, une tentative d'union à l'Eglise romaine qu'une conspiration contre la suprématie du Pape; car, tout en le plaçant à la tête des trois Eglises romaine, grecque et anglicane, on ne lui laissait qu'un vain titre d'honneur. . . . 0 . . . . + . . , - . . . « . . . . . .

C'est encore une opinion prédominante parmi les catholiques anglais que la validité des ordinations anglicanes, fût-elle reconnue, l'union à l'Eglise romaine n'en serait pas plus avancée. Aussi persévèrent-ils, sans inquiétude, dans leur ancienne conviction. Le R. P. Sidney Smith, qui vient de publier à part les articles insérés, il y a quelques mots, daus le Month, déclare qu'il attend, plein de confiance, le jugement de Rome et qu'il espère n'avoir point à se déjuger?. Et voici, en résumé, les motifs pour lesquels il maintient sa décision contre les ordres conférés dans l'Église anglicane. L'ordinal fabriqué, de leur autorité privée, par les réformateurs anglais du xvi* siècle, diffère très notablement de ceux qui étaient en vigueur depuis longtemps dans l'Église catholique, surtout en Occident; et cela seul sufBrait à nous faire douter de sa valeur. De plus, il est assez vraisem- biable que l'Église ait reçu du Christ le pouvoir de déterminer dans ses derniers traits (in individuo) ce qui est de l'essence de l’ordination presby- térale et épiscopale; et, dans ce cas, les rebelles qui mutilent ses rites même les plus anciens, qui altérent, par leurs suppressions ou leurs chan- gements, le sens qu'elle avait principalement en vue, risquent fort d'enle- ver à un ordinal, ainsi transformé, son ancienne efficacité. D'après une autre hypothèse, l'Église ne peut modifier les conditions qui, à un moment donné, ont suffi pour la validité des ordres sacrés, conditions qui auraient été arrêtées par le Christ ou les apôtres à l'origine du christianisme; nous croyons que, même en nous plaçant à ce point de vue, nous pouvons déduire de l'examen des anciens monuments liturgiques et de la nature du sacrement de l'Ordre une règle que nous formulerons ainsi : Comme semble l'exiger la nature de la grâce et des pouvoirs transmis par l'ordina- tion, il a été d'un usage constant, dans l’ancienne Église catholique, d'exprimer, implicitement au moins, la fonction principale du sacerdoce : celle de sacrifier ou d'ordonner des prétres sacrificateurs. Or, les anglicans ont éliminé de leur ordinal et de tout leur culte chacun des rites, chacune

 1 Cf. Angican Fallacies, ouvrage cité.
 3 Anglican Fallacies, chapter VI.

3 Reasons for rejecling Anglican Orders, by the Rev. Sydney Smith, S. 3. — London, Catholic Truth Society. In-16 do 150 p. Prix : 4 fr. 25. 364 REVUE ANGLO-ROMAINE

des expressions qui figuraient le saint sacrifice de nos autels. En bonne foi, que penseraient aujourd’hui les ministres de la Haute Eglise des ordi- nations faites par trois de leurs évêques, qui auraient, hier, modifié et mutilé de nouveau, dans un sens calviniste, l'ordinal légué par Cranmer? Cette raison, qui, d’ailleurs, n'est pas la seule développée par le P. Smith, parait, selon nous, la meilleure!! Sa force n'a point échappé aux théologiens catholiques, qui, en Angleterre, en Italie et en Allemagne, ont traité cette délicate question#, et ce n'est pas, croyons-nous, l'un des moindres motifs qui ont déterminé l'Eglise catholique à ne pas reconnaitre pratiquement les ordres anglicans. Sur ce dernier point, les prescriptions venues de Rome n'ont jamais varié. ‘ On discute beaucoup, depuis quelques mois, sur la bulle et le bref de Paul IV, récemment découverts par Dom Gasquet dans les archives du Vatican. Dans ces pièces. adressées au cardinal Polus, son légat. au temps de Marie Tudor, le Pape déclare « invalides » « les ordres qui n'ont pus été conférés par des évèques consacrés selon la forme de l'Église ». Comme ce dernier terme désigne, sans aucun doute, les formules et les rites essentiels prescrits dans l’Eghxe catholique, on est en droit de con- olure que la transmission des ordres anglicans est arrêtée dans sa source. Paul IV, il est vrai, ne condamne pas, au moins expressément, le rite anglican de l’ordination presbytérale; il dit même, dans le bref explicatif de la bulle, que les ordres reçus des évêques consacrés selon la forme de l'Eglise, sont valides. Mais on ne saurait voir dans ces paroles une appro- bation du rite employé chez les anglicans pour l'ordination des prètres. d'autant qu'il différe plus encore que le rite de l'ordination épiscopale des prières et des cérémonies correspondantes dans le pontifical romain. Paul IV ne vise ici que l'une des conditions requises dans l'ordination. Il est vraisemblable que les autres, en ce qui touche à l'intention du consé- crateur et au rite qu’il emploie, étaient ou sous-entendues ou réglées pré- cédemment, Ce qui nous confirme dans cette idée, c'est une lettre du car- dinal Polus, écrite le 10 février 1356, trois mois seulement après la réception du bret apostolique, et dans laquelle il ne regarde comme valides que les ordinations faites d’après la forme usitée dans l'Église}. De tous ces débats qui menacent de se poursuivre fort longtemps encore dans la presse religieuse anglaise, nous sommes en droit de tirer cette conclusion : La plus extrême concession que puissent espérer les anglicans, c'est d'obtenir, qu’en entrant dans l'Église catholique ils soient ordonnés, non plus absolument, mais seulement sous condition; ce qui dénoterait un simple doute sur la valeur das ordinations, et non la certitude morale de de leur nullité. — F. TOURNEBIZE.

                                        *
                                        LE

Dans le même numéro des Études le R. P. Bremond a publié ua intéressant portrait du D° Pusey, duquel nous détachons les passages suivants:

! On nous permettra de rappeler deux articles publiés dans les Études sur ce sujet, en mars et avril 1893. ? Quelques théologiens ou canonistes français se séparent, à divers degrés, dt l'opinion commune. % The Tablet, october 5, 1895, p. 541. — Cf. Reformalio Angliæ ex decrelis, £.card. Poli. Romæ MDLXII. LIVRES ET REVUES 365

                             Le D" Pusex!

Tout le monde connait le nom de Pusey. Dans beaucoup de souvenirs d'enfants, ce nom est resté comme celui d'un célébre vieillard anglican, sympathique à l'Eglise romaine, et qui sûrement devait se convertir avant de mourir. Il attend, il attend, disait-on, il a quelques derniers doutes à résoudre, mais il va venir à nous et sa conversion entrainera la moitié de l'Église anglicane... Hélas, il n'est pas venu, il est mort dans l'hérésie, et on escompte encore chez les anglicans le prestige de sa longue et sainte vie.

Le chanoine Liddon, disciple préféré de Pusey, avait commencé à écrire l'histoire de son maitre, et il est mort à la besogne après dix ans de travail. Deux autres clergymen d'Oxford ont repris l'œuvre interrompue et la mène- ront, j'espère, à bonne fin. Nous avons déjà trois gros volumes, lourds de toute facon. Le quatrième va paraitre bientôt et achèvera l'édifice. À de pareilles proportions, en comprend qu'il ait fallu quinze ans pour élever ce monument, réclamé et attendu avec une pieuse impatience par les nom- breux fidèles du D Pusey. Voilà plus de quinze ans qu'il est mort! N'est-ce pas bien tard poui parler encore de lui? Oui, ce serait peine perdu si l'on n'avait d'autre but que de rechercher curieusement les souvenirs de sa vie; mais n'est-il pas intéressant d'essayer de résoudre le problème qu'éveille le spectacle de cette existence manquée? Cet homme que nous avions cru si près de Rome, quel spécieux argument ou quelle secrète faiblesse l'ont-ils arrêté sur le seuil de la vérité? Quand ses moilleurs amis passaient les uns après les autres à l'église romaine, comment lui s'est-il acharné à son impossible. rêve d’infuser une nouvelle séve à la branche séparée du tronc ?..

Faisons rapidement le tour de la vieille Université dont le D° Pusey n'est presque jamais sorti pendant les soixante dernières années de sa vie. Dans cette ville du passé chaque pierre a son histoire ; je doute pourtant qu'aucun des souvenirs d'Oxford égaleen intérêt ceux qui nous parlent, à chaque pas, de Puser et de Newman. Voici le collège de la Trinité. Là, vers 1820, le fils d'un banquier de Londres se préparait aux grades académiques, fuyait les parties fines des étudiants, faisait connaissance, dans Gibbon, avec les Pères de l'uglise et se reposait d'Hérodote et de Thucydide en lisant les romans de Walter Scott. Vaici la chapelle aux colonnes torses, où le jeune homme écoutait avidement la musique de la Bible anglaise, et récitait, sans éprouver le moindre doute sur la divinité de son Église, les formuies du Prayer-Book. Voici le large hall où, perdu dans la foule des étudiants, Newman prenait ses repas. Quand il regardait les portraits pendus à la muraille, qui lui eût dit qu’il devait figurer un jour, en costume de cardinal et à la place d'hon- neur, dans cette galerie des gloires de Trinity?

Life of Édouard Bouverie Pusey, by H. S. Liâdon, late canon of « St Pauls »,

...— Edited by the RR. Jahnston et Wilson, Londres, Longmans, 3 vol., 1893-1894. 366 REVUE ANGLO-ROMAINE

Au même moment, Edouard Bouverie Pusey, d'u an plus âgé que Newman, achevait ses études au collège de Christ-Church. Les deux étu- diants ne sont pas encere en relations, ils se rencontreront bientôt à Oriel, où tous deux obtiendront, presque en même temps, une place d'agrégé. Oriel! collège modeste et sans apparence, et qui pourtant va voir naïtre et grandirle Mouvement d'Oxford! Oriel, où vont s'aimer et s'unir les plus brillantes et les plus généreuses natures que la vieille ville universitaire ait jamais connues, Keble et Pusey, Froude et Newman! Le plus âgé de cet admirable groupe venait de publier un petit livre de poésies religieuses : L'Année chrétienne, qui tranchait sur le formalisme vide et froid de la littérature anglicane et faisait jaillir des sources vives de dévotion, de chaque ligne du Prayer-Book. Newman, Fronde et Puser, sous le charme de cette âme et de ce livre, se mettent, au milieu de ceue jeunesse frivole, à amhitionner la sainteté : ils travaillent à l'acquérir, ils s’examinent, ils se jugent, ils se condaimnent, ils se transforment. Vienne l'heure — et elle va sonner — où leur sglise, menacée au dehors par les exigences de l'État et au dedans par la contagion libérale, se verra près de la ruine. ces quatre hommes seront prèts à se lever pour la défendre: il: travailleront, de toutes les forces de leur jeune enthousiasme, à-ressusciter cette Église mourante de richesses, de vie commode et de bien-être, en essayant de lui rendre la ferveur des premiers temps. Or, c'est Oriel qui a vu éclore ces beaux rèves, c'est dans Oriel que les premiers fracts ont été écrits, c'est là que Keble a formé Newman, et que Newman a élevé ses nombreux disciples. Si Froude n’était pas morts jeune, si Keble et Pusey ne s'étaient pas arrêtés en chemin, Oriel ferait naturellement penser à ce collège de l'aneienne Sorbonne où la Providence avait réuni une poignée d'âmes d'élite autour d'Ignace de Lovola. Entre Oriel et Christ-Church, cette église couverte de lierre, basse et massive avec sa tour carrée, C'est Sainte-Marie. Les plus beaux sermons anglais ont été prononcés dans la chaire de cette église. C'est là que New- man, curé de Saint-Marx’s, enthousiasmera bientôt la jeune Université. La route n'est pas longue d'Oriel à Christ-Church, du collège de Newman aux appartements que Pusev occupa lorsqu'il fut nommé professeur d'hé- breu. Que de fois ils ont fait ce chemin pour se rendre l’un chez l'autre! Que de fois ils l'ont parcouru côte à côte dans ces dix années de leurinti- mité, depuis la belle espérance et l'ardeur de leurs débuts d’apostolat jus qu'au jour où les deux amis, prévoyant la séparation suprême, n’eurent plus le courage de se parier. Le royal professeur d'hébreu est, de droit, chanoine de Christ-Church. la cathédrale d'Oxford. Les maisons des chanoïnes, à côté les unes des autres, forment un immense rectangle, dont la ligne austère ne manque pas de majesté. La maison que Pusey vint habiter, lorsqu'il fut nommé pro- fesseur d’hébreu, est à un des coins de ce rectangle. Je voudrais vous intro- duire dans cette maison que les anglicans regardaient comme un sanc- tuaire, vous montrer cette chambre de travail, cette table basse, cet autel pour la cène quotidienne, et entre deux chandeliers cette image de la sainte Face, devant laquelle il.s'est agenouillé tant de fois. Mais ces souvenirs, ces reliques, ne sont plusà Christ-Church : il a fallu faire place nette pour installer le successeur de Pusey. Tout a été trans- porté à Pusey-House, sorte de presbytère à quelques pas de la résidence des jésuites, où quelques clergymen se sont réunis pour garder la mémoire du maître et continuer à Oxford son apostolat. C'est là qu'il faut aller pour se faire une idée de la dévôtion profonde qui entoure ce saint angli- can. On a placé ce beau tableau de la sainte Face au-dessus de l'autel LIVRES ET REVUES 367

d'une modeste chapelle, à peu de distance d’un autre tableau qui repré- sente Pusey sur son lit de mort. Comme je quittais cette chapelle, l'ai- mable clergyman qui m'avait introduit à l’usey-House me montra une photographie qui représentait la chambre de Pusey, et me fit remarquer, parmi les rares tableaux de cette chambre, te portrait de Newman. Newman et Pusey ! Pusey et Newman! ces deux noms reviennent sans cesse aux lèvres, quand où se promène dans les rues d'Oxford, Tout parle de leur amitié, tout évoque la pensée de leurs relations si douloureusement : brisées. Étudions l'origine de ces relations plus tard si intimes, et l'une des meilleures, l'une des seules joies de la vie de Pusey.

                                  H

Newrnan fut longtemps un dex admirateurs enthousiastes de Pusey avant de devenir son ami. Une naissance et des manières de gentilhomme, une réputation déjà très répandue de vie austère et fervente, une précoce éru- dition augmentée pendant deux longs séjours en Allemagne, tout contri- buait à donner un réel prestige au futur chanoine de Christ-Church. Quoi- qu'ayant à Oriel la même position que lui, Newman, timide, presque négligé dans ses manières, incapable de se faire valoir au dehors, très réservé et défiant de lui-même, mit beaucoup de temps à entrer dans la farniliarité de son collègue et, même après sa liaison avec lui, il était loin de le regarder comme un égal. « Je l'avais surnommé & péyas, raconte-t-il; son érudition, son activité prodigieuse, son dévouement à la religion me subjuguaient. » Aussi lorsque, pour réveiller l'idée religieuse dans les cons- ciences assoupies, Newman commença, avec l’aide de ses meilleurs amis, à écrire et à répandre les tracts, il n'avait pas osé compter, pour cette œuvre, sur le concours de Pusey. Quelle apparence qu'un homme, déjà considéré dans Oxford, sinon par son âge, du moins par sa situation et son caractère, allèt se compromettre en donnant son nom à une bande de volontaires et en consentant à mener avec eux une guerre de partisans. Car c'était bien de cela qu'il s'agissait. Ces jeunes gens s'étaient jetés dans la mélée sans aucune mission. Leurs chefs naturels, les évêques, avaient, depuis longtemps, perdu l'habitude du combat, et, sans inquiétude en face du danger pressant, ils n'avaient pas même songé à chercher des défenseurs. Eux alors, les jeunes, s'étaient levés à la voix d'un curé de campagne et d’un agrégé de trente ans: ils en avaient appelé à leurs frères dans le sacerdoce, comme ils disaient; ils leur avaient remis en mémoire leurs droits et leurs devoirs, et l'impulsion avait été si puissante et si vibrante que de tous les côtés on avait répondu. Les étudiants portaient les tracts de presbytère en presbytère, et ces courtes feuilles, animées d'une passion communicative, allumaient partout l'incendie, Tout ce qui avait encore un peu de foi et de cœur relevait la tête: on se prenait à espérer pour cette Eglise trop confortable des jours d’héroïsme et de sainteté. Ce plan de campagne simple et liardi avait eu, sans doute, l'approbation de Pusey; mais le savant chanoine restait encore en dehors du mouvement. Au bout de deux ans, gagné par cette contagion de dévouement, il consentit 368 REVUE ANGLO-ROMAINE

généreusement à faire davantage, il entra résolument dans la bataille en signant un {ract sur le baptème et en commencant avec Newman à publier la Bibliothèque des Pères. Certes, ce n'était pas là une recrue vulgaire. «1l donna du même coup, raconte encore Newman, une position et un nom. Il avait une grande influence due à ses convictions solides, aux munificences de ses aumônes, à son titre de professeur, à ses alliances de famille, à ses rapports familiers avec les autorités universitaires. » Sur le conseil de Pusey, on résolut d'agrandir les tracts, de remplacer par de véritables livres ces petits fascicules qui jusqu'alors n'étaient pas plus lourds que nos journaux. Le grave professeur aurait eu trop de peine à plier son esprit à cette alerte besogne et d'ailleurs les petites feuilles avaient, pour ainsi dire, ouvert un chemin à des ouvrages plus complets. Maintenant que les deux amis travaillent définitivement côte à côte, je voudrais les suivre de plus près, et entrer dans le secret de leur intimité. On verra bientôt que cette curiosité n’est pas inutile et que, en la satisfai- sant, nous préparons des éléments de réponse au problème que nous nous sommes proposé d'élucider. LA CONGRÉGATION DU SAINT-OFFICE ET

LES ORDINATIONS SCHISMATIQUES DES ABYSSINS

La Collectio Lacensis, 1. IL, col. 503, reproduit, d'aprés le P. Philippe de Carboneano, une réponse du Saint-Office relative à des ordinations assez étranges faites par l'archevèque schismatique des Abyssins. « De ordina- tionibus Æthiopicis nostra ætate in Anglia multum disputatum est. Locum es Ph. de Carboneano, qui harum disputationum ansa fuit, primum dabi- mus, deihde responsum $. Officii addemus ». La citation de Ph. de Carbo- neano se trouve dans les additions à la théologie morale du P. Antoine, édition de Milan, 1835, Il, p. 424, édition d'Avignon, 1818, t. V. p. 409. D'après Gasparri, Tract. can. de sacra Ordin., t. IT, n. 1057, ce texte se trouverait aussi en appendice au traité de l'ordre dans la Théologie morale du P. Concina. Nous empruntons ces documents au Canoniste contemporain, qui a publié sur cette matière une très intéressante étude de l'abbé Bou- dinhon.

Ex dubiis proposilis sac, Congr. à fr. Josepho de Hierusalem, ord. min. strict. observ. præf. missionum in Æthiopa, constat Archiepis- copum illius nationis non solere ordines conferre, nisi dum octo aut decem mille ordinandi sint ex diversis partibus congregati; eos vero ita ordinare solere : Dispositis per ecciesiam ordinandis, Archiepis- copus per eam celeriter discurrendo, manus imponendo singulis pres- bvteris, dicit : « Accipe Spiritum sancium »; diaconis vero non mapus, sed crucem patriarchalem super caput imponit. Ad hæc Supremæ Inquisitionis consultores, 40 Aprilis 1704, ita responderunt : « Ordinatio presbyteri cum: manuum impositione et formæ prola- tione, prout in dubio, est valida : sed diaconi ordinatio cum simplici crucis patriarchalis impositione omnino invalida est: quo vero ad praxim admittendi presbyteros et diaconos ad exercitium suorum ordinum, postquam catholicam fidem susceperint, sequentia obser- vanda sunt : « Si sacerdos absolute dicat se ordinatum fuisse cum manuum impositione et verborum prolatione, et nihil aliud obstet, poterit missionarius, postquam cum illo super irregularitate dispensaverit, eumque ab excommunicatione absolverit, eumdem ad exercitium suorum ordinum admittere juxta ritum apprubatum et expurgatum in quo fuerit ordinatus. « Si vero idem sacerdos ingenue fateatur se non recordari de mate-

 REVUE ANGLO-ROMAINE, = 7. L = 24,

s t

370 ‘ REVUE ANGLO-ROMAINE ria et forma suæ ordinationis, vel de una-aut altera dubitare, non potest admitti ad exercitium suorum ordinum, donec sub conditione fuerit rcordinatus. « Tandem si absolute asserat vel manuum impositionem, vel for- mæ prolationem, sive ulramque omissam fuisse, reordinandus eril absolute antequam ad exercitium suorum ordinum admittatur. « Quia vero quilibet sacerdos, etiam valide ad sacerdotium ordi- matus, fuit invalide ad diaconatum promotus, ideirco, ut possit suos ordines excrcere, debet, si Sanctissimo placuerit facultatem [GasParrr: corrige : facultas} dispensandi missionariis impertiri, cum illo tanquam per saltum ordinato ac jam suspenso propter subsequens suorum ordinnm exercitium super irregularitate dispensari el ab officio [Gas- PARRI : ade, ipse debet] cessare, quousque per Episcopum catholicum

vero sanelam Supremam Congregalionem sive explicite, sive impli- cite, deelarasse ad validitatem ordinis presbyleralus suflicere ma- muum impositionem cum his dumtaxal verbis: « Accipe Spiritum sanctum. » Post hæe, cum me jam muneris inei partes implevisse sciam, superest ut eo, quo par est, obsequio, Eminentiæ Vestræ manus humillime deosculer. Eninentiæ Vestræ Humillimus et devotissimus servus.

                                             C. Card. Parrit.
                                       Romæ, die 30 Aprilis 1875,

Domino Cardinuli Archiepisropo Weslmonasteriensi.

Un doute se posa alors sur la valeur de la réponse de 1704. Et cepen- dant le document est hien authentique. Il est reproduit pour une bonne part, à savoir les phrases : « Si sacerdos ».. jusqu'à « admittatur » inelu- sivement, et comme une sorte de décret général, dans la Collectanea de la Propagande, publiée à Rome en 4893 et dont toutes les piè sont dé- clhrées authentiques (n. 1170 avec la date du 9 avril 1704). Le compilateur, discrètement interrogé au sujet de ce document, en a positivement affirmé l'authenticité. Mais il y a plus encore : la Congrégation du Saint-Ofice l'a communiqué elle-même au Vieaire Apostolique d'Abyssinie, en 1860. Le chanoine Estcourt avait écrit à ce sujet à Mgr Bel, qui lui répondit par la leure suivante, à laquelle était jointe la décision de 1860, que je reproduis pareillement, d'après l'ouvrage « De Ilierarchia Anglicanas, App. VI, p. %5. La version latine qui est en note est de M. l'abbé Boudinhon.

Ludovicus Petrus Joannes Bel, Episcopus Agathopolitanus et Vi- tarius Apostolicus Abyssinæ, Reverendo Domino Edgari Estcourt, Sacerdoti ac Canonico Diæcesis Birminghamiensis in Anglia, Salu- lem et Benedictionem in Christo Jesu Domino Nostro. Magnam animi jucunditatem attulit nobis Litlera tua mensis Junii, à qua audivimus tua studia ac tuum zelum pro gloria Dei atque Ec- dlesiæ; tuas quæstiones quas accepimus tantum die decima quarta bujus mensis, maximi momenti invenimus pro Ecclesia et fide catho- lica per omnes regiones Britannicas; quapropter statim ad quæsita respondere cupientes, exemplum ritus cum versione latina, sicut, deficiente nobis ecclesiæ Æthiopicæ Pontificali, in aliislibris legitur, sine mora tibi mandamus. Tua Reverenlia non ignorat apud Mono- Physitas in Abyssinia, in sacris Ordinibus conferendis, theoriam a praxi longe dissimilem esse, præsertim in nostris temporibus, sicut palet ex dubiis S. C. Inquisitionis in anno 1704, alque iterum in sono 1860 submissis; hodierna praxis lacrimabilisesl: theoria, sicut Mortua littera, in antiquioribus libris inveniiur. Nos autem, sive pro baptismo neophytorum, sive pro Ordine ilerandis, cum omni obe- dentia, S. C. de Propaganda Fide recentiores regulas et decisiones nostris Prædecessoribus traditas sequimur et semper observabimus. Ex domo nostra insulæ Massouah die 24 Novembris 1867.

                                                      L. P. BEL.




                                                                         Google

372 REVUE ANGLO-ROMAINE

                 Responsum S. Officii die 9 maxi 1860.

Nell'anno 4860 due preti monofisiti dimandarono d’abiurare i loro errori ed essere ricevuti nella Chiesa. Questa istanza diede occasione a far delle ricerche sul modo prattico di eui si servono i Modofisiti nella collazione dei Sacramenti. E tra gli altri sorsero dubbi assai gravi sulla validitadelle loro ordinazioni. Il fondamnento di tali dubbi e il seguente : Due disordini hanno luogo nel conferir che essi fanno gli ordini sacri. I primo e che spesso ordinano de’ soggetti riluttan- di a questo, sicchè la loro promozione è violenta,; l'altro che l'ordi- nante non impone le manisull'ordinando, ma solamente una croce d'argento che egli tienc pel manico o asta inferior. Piùi Monofsiti credono l’essenza dell'ordinazione consista nell'insuflazione che fa lordinantce nell'atto che dice: « Accipe Spiritum sanctuni ». Perciè volendo degradare alcuno, ritirano da lui l'insuflazione, sebbene di questa insuflazione non si faccia menzione nelrituale. Dietro queste riflessioni il Vic. Apostolico pei Copti proponeva circa l’ordinazione de’ Monofisili i segguenti dubbi, sotto i numeri 2, 8, 4,5. 2. La collazione degli ordini sacri de’ Monofisiti esposta sopraà assolutamente nulla, sia per la collazione forzata, sia pel defetto dell'imposizione delle mani, oppure à assolutamente dubbia? 3. Deve perciô reiterarsi sotto condizione 0 assolutamente? 4. Gli ordinati in sacris nella guisa suddetta, possono perô pret- dere moglie, e restar laici, oppure ci non lice? 8. Che cosa si deve far riguardo e quei preti che, ordinati dai Mo- nofisiti nella guisa suddetta, hanno sostenuto l'ufficio di parrochi per molti anni dopo l’abiura, senza essere riordinati, ne assoluta- mente, ne sotto condizione? À questi dubbi la $. C. del S. O. rispose il 9 Maggio 4860 nella maniera che segue ! :

1 Versio latina. — Anno 1865, duo presbyteri monophysitæ petierunt pro abjn- ratione errorum et receptionoin Ecclesiam. Quorum instantia cecasionem præbuit investigationibus circa modum practicum-quo utuntur Monophysitæ in conferen- dis Sacramentis. Gravissima, inter cetera, oxorta sunt dubia de ipsorum ordina- tionum validitate. Horum autem dubiorum fundamentum est sequens:Duo contra regulam occurruntin modo quo sacros ordines conferant. Quorum prius estquoi frequenter ordinent personas contra huc reluctantes, undeipsarum promotio est violenta;alterum autem, quod crdinans super ordinandos non imponat manas, sed tantum crucem argenteam, quam ipse hasta aut inferiori parte manu tenéi. Amplius: Monophysitæ credunt essentiam ordinationis consistere in insufflations quam facit ordinans eo ipso actu quo dicit: « Accipe Spiritum sanctum. » Unde dum volunt aliquem degradare, insufllationem abipso relrahunt, etsi insuflatio- nis hujusmodi mentio nulla occurrat in rituali. Hisce præhabitis animadversioni- bus, Vicarius Apostolicus pro Coptis circa Monophysitarum ordinationes sequen- tia proponebat dubia, sub numeris 2, 8, 4, 5: 2. An sacrorum ordinum coilatio a Monophysitis facta, prout supra exponitur, sit absolute nulla, tum obcollationem coactam, tum ob defectum impositionis manuum, an vero absolute dubia? 3. An idcirco debeat reiterari sub conditione vel absolute? 4. An ordinati in sacris juxta prædictum modum possint idec uxorem ducers tt inter laicos remansre, an vero id non liceat? 8 Quid agendum circa illos presbyteros qui, a Monophysitis supradicto modo

             #

LES ORDINATIONS SCHISMATIQUES DES ABYSSINS 373

Ad 2% : Quoad primam partem hujus postulati, juxta ea quæ tradit Innocentius HE, cap, Mayeris, ille qui nunquam consentit, sed etiam in actu ordinationis penitus contradicit, nec rem nec characterem suscipit Sacramenti. Quod vero spectat ad secundam partem ejusdem postulati, juxta exposita, ordinationem esse invalidam, et detur res. ponsio hujus $. C. Supremæ Inquisitionis fer. iv 9 Apirilis 4704. Ad 3% : Provisum in secundo, et quatenus ordinatio repeti debeat, fat secretissime. Ad 4%" : Quatenus legitime constet de invaliditate ordinalionis, a quovis clericali onere soluti censeantur. Si vero ordinationes fuerint dubiæ, recurret in casibus particularibus. Ad 5"® : Circa valorem ordinationis cujuscumque ex hisce parochis, jam provisum in præcedentibus; parochianos vero eorum curæ concreditos non esse inquietandos et relinquendos esse in bona fide,

Risoluzione della S. C. del S. O. data feria 1v 9 Apr. 4104, ed accen- nala nella risoluzione data « Mons. Vic. Apostolico de' C'opti nella feria 1v 9 Haggio 1860. . Nel l'Etiopica essendo necessità che gli ordinandi si portino da parti anche rimote alla Città nella quale risiede l'Arcivescovo scisma- tico per essere ordinati, e questi non facendo l'ordinazione, se non quando si sono congregati otio o dieci mila ordinandi nella città sud- detta di sua residenza, percid gli avviene tal volta ordinaretre o quat- tro o più mila al giorno. Facendosi schierare nella chiesa gli ordi- nandi al secerdozio, nel passare avanti di loro frettolosamente impone a ciascuno le mani sul capo, dicendo : « Accipe Spiritum sanctum »; e agli ordinandi al diaconato impone simplicemente la croce patriar- cale sul capo dei medesimi; e perchè per la gran moîtitudine e confu- sione, e per la fretta nel caminare, succede che l'Arcivescovo ad alcuni non impone le mani, ed ad altri non proferisce le parole della forma, e non pochi ancora sono passati senza l'una ej'altra; e percid se cerca se i sacerdoti e diaconi in tal modo e forma ordinati, sanio validamente ordinati, e conseguentemente se uno di questi sacerdoti fatto caltolico possa e debba essere ammesso allesercizio de’ suoi ordini, e come in quéste circostanze debba regolarsi il Missionario®.

ordinati, parochorum officium sustinuerunt per multos ‘annos post abjurationem, quin sub conditione aut absolute reordinati fuerint? Quibus dubiisS. C. S. Officii die 9 Maii 1860 reposuit prout sequitur: { Versio latina. — Resolutio S. €. S. Officii data feria IV 9 Aprilis 104, alle- gata in resolulione dala ad Rmum Vicarium Aposlolieum pro Coplis feria IV S Maïi 1860. Cum in Æthiopia debeant ordinandi e partibus etiam dissitis se conferre ad civitatem in qua residet Archiepiscopus schismaticus ad recipiendam ordinationem; cumque hic ordines non conferat nisi quando convencrint octo vel decem millia ordinandorum in civitate prædicta in qua residet, contingit proinde ipsurn quan- doque tria vel quatuor millia ordinandorum vel amplius, una die ordinare. Dispo- sitis per ecclesiam ordinandis ad sacerdotium, archicpisconus, transiens celcriter ante eos, singulis manus imponit super caput dicens : « Accipe Spiritum sanc- tum »; ordinandis autem ad diaconatum simpliciter imponit crucem patriarchalem super ipsorum caput. At ob nimiam multitudinem et confusionem, el transeuntis festinationem, accidit ut Archiepiscopus quibusdam manus non imponat, quibus- 374 REVUE ANGLO-ROMAINE

Resolutio. Ordinatio presbyteri cum manuum impositione et forme prolatione, prout in dubio, est valida, sed diaconi ordinatio cum simplici crucis patriarchalis impositionc, omnino invalida est. Quo vero ad praxim admitiendi presbyteros et diaconos ad exereitium suorum ordinum præterquam' catholicam fidem susceperunt, sequentia observanda sunt : Si sacerdos absolute dicat se erdinatum esse cum manuum impo- silione ac verborum prolationce, et nihil aliud obstet, poterit missio- narius, postquam cum illo super irregularitate dispensaverit, eumque ab excommunicatione absolverit, eum ad exercitium suorum ordinum admittere, juxta ritum approbatum et expurgatum in quo fuit ordi- natus. Si vero is sacerdos ingenue fateatur se non recordari de materia et forma suæ ordinationis, vel de una aut altera dubitare, non potest admitti ad exercitium suorum ordinum, donec sub conditione fuerit ordinatus. Tandem si absolute asserat vel manuum impositionem vel formæ prolationem sive utramque omissam fuisse, reordinandus est absolute antequam ad exercitium suorum ordinum admittatur. Quia vero quibibet sacerdos, etsi valide ad sacerdotium, fuit inva- lide ad diacomatum promotus, idcirco, ut possit suos ordines exer- cere, debet, si SSmo placuerit, facultatem missionariis impertiri, cum illo tanquam per saltum ordinato ac etiam supensio propter subse- quens sacrorum ordinum exercitium, super irregularitale dispensan, donec et quousque per Episcopum Catholieum ad diaconatus ordinem valide promoveatur. Si aggiunse poi nella risoluzione del 9 Maggio 1860. Dovrà darsi una dichiarazione istruttiva della riposta, al 5° postu- lalo, in cui è detto non doversi inquietar, e potersi lasciare in buona fede coloro chehanno ricevuto i Sacramenti dai parrochi la cui ordi- nazione presbiterale sia dubbiao certamente invalida. In tale istru- zione dovrà avverlirsi quel Vicario che, se i fedeli da cui tretiasi sono in buona fede sulla mancanza di podestà dei loro parrochi, debe bono lasciarsi nella loro buona fede anche in ordine alle confessione sacramentali ed all'assoluzione che hanno ricevuta da essi, giacchè l'ignoranza invincibile circa il defetto di podestà nel confessore sup pone che siansi avvicinati alla s. Comunione senza la coscienza del peccato mortale, e che abbiano integrato moralmente le loro confes- sioni anteriori colle pesteriori che avran fatte presso qualche vero sacerdote approvato. Che se poi questi fedeli, non fossero in buona fede, sarà somma cura del Vic. Apostolico d’indurli con ogni cautela a ripeter le loro confessioni nulle. In oltre dovra significarglisi che

dam autem non proferat verba formæ, non paucis tandem absque utroque pre termissis; itaque quæritur num sacerdotes et diaconi, juxta modum et forman hujusmodi ordinati, sint valide ordinati, et consequenter, num aliquis ex bi presbyteris catholicus eflectus, possit et debeat ad exercitium suorum ordiaum admitti, et quomodo hiscein circumstantiis se gerere debeat Missionarius. 1 Forse deve leggersi, in vecc di « præterquam », « postquam » (Nota del Mins- lante). [Forsan legendum est, loco « præterquam », « postquam » (Nota æma- nuensis)}. En offet, lo texte du P. de Çarboneano porte « postquam ». TABULA CONSECRATIONIS WILLELMT LAUD 375

la Santità di N.S, si è degnala provvedere col tesoro della Chiesa agli obblighi di Messe non soddisfalti da tali parrochi per non esscre veri sacerdoti; che perè il S. Padre ingiunge loro l'obbigo, tosto che sar uno validamente ordinali, di celebrare almeno una messa in compenso delle tante che avranno invalidamente applicalo !.

             RarrAELE Monaco LavaLerra, Assessore dél SO.




      TABULA CONSECRATIONIS WILLELMI LAUD.

Hic in Tabula reposuimus nomina episcoporum a quibus Willelmus Laud, Archiepiscopus Cantuariensis, slirpem suam spirilualem ha- buit, quo facilius appareat eum non modo a Parkero ejusque conse- craloribus characterem episcopalem derivasse; sed etiam (4°) a Marco Antonio de Dominis, qui in sedem Siniensem in Dalmatia consecratus, deinde in Spalalensem translatus, aliquot annos regnante JacoboI in Anglia profugus demorabatur, et decanalum Windesorensem obli- nuit; et (2) ab episcopis Hibernicis qui per Hugonem Curwen, Ar- chiepiscopum Dubliniensem, ab Edmundo Bonner, Thoma Thirlby, et Mauritio Griffin, tempore Mariae Reginae consecratum, antiquam suc- cessionem Anglicana in alia quoque linea continuarunt,. Omnia quae de episcopis Anglicamis hic narrantur Æegistro Sarro Anglicano eruditissimi dom. Willelmi Stubbs, in Universitate Oxo- niensi olim Historiae Modernae Professoris, nune autem Oxoniensis episcopi, desumpsimus. De consecrationibus episcoporum Hibernicorum consuluimus Cot- lon : Fasti Ecclesiae Hibernicue. N. B. Nomina quae allera vice apparent lilteris Italicis sine ulla personae descriptione exprimuntur, Nomina eorum quorum stemmala non ulterius sequemur lilteris uncialibus exprimuntur.

! Versio latina. — Præterea in resolutione 9 maïi 4860 additum est : Danda erit instructio ad declarandam responsionem ad quintum postulatum, in qua dicitur non inquietandos esse et in bona fide relinqui posse eos qui sacra- menta receperunt ab is parochis quorum presbyteralis ordinatio sit dubia aut certe invalida. In qua instructione commonendus erit iste Vicarius quod, si fideles Ii, de quibus agitur, versentur in bona fide circa defectum potestatis suorum Parochorum, relinquendi sint in sua bona fide etiam in ordine ad sacramentales confessiones et ad absolutionem a talibus parochis acceptam; ignorantia enim invincibilis circa defectum potestatis in confessario supponit eos ad sacram commu- mionem accessisso absque conscientia peccati mortalis, eosque suas anteriores tonfessiones moraliter conjunxisse cum posterioribus quas apud aliquem verum sicerdotem approbatum peregerint. Quod si tamem fideles hujusmodi in bona fide 200 fusrint, summa cura erit Vicarii Aposlolici eos cautissime adducendi ad repe— lendas confessiones nulliter peractas. Præterea ipsi notum fiat Sanctitatem Suam thesauro Ecclesiæ providere dignatam esse obligationibus missurum quibus parochi hujusmodi non satisfecerunt, eo quod non essent veri sacerdotes; ipsis vero SSmum onus imponere, Statim ac valide ordinati fuerint, unam saltem missam celebrandi in compensationem tot missarum quas invalide applicaverint.

                                                                          Google
                                                                             [e

376 REVUE A NGLO-ROMAINE

                                             I


                                        G.   Abott,  Cantuar.
                                         cs in Licefelden. 3/Ric. Bancroft, vide Il
                                         Dec. 1609 ; trs in Lanc. Andrewes
                                         Londin.        1610,   in|Ric. Neile, vide II
                                         Cant. 1611; q.c.



                                    Marcus ANTONIUS DE
                                    Douinis,   Spalaten.
               Goorgius Monteigne. cs in Sinien. in Dal-
                Londinien.   cs  in  matia, 1600; trs in
                Lincolnien. 14 Déc. Spalaten. 1602
                4617; trs in Lon-                        Geo. Abbott
                dinion. 1621; quem Joh. King, Londini-!Ric. Neile
                consecravorunt            en. cs 8 Sept. 1641 sjAogid. Tomson, vide
                                          quemconsecrarunt | 1
               JoBANNES THORNBo-                                    Joh. Buckeridge
                 RouGxH,  Vigornien.
                                                                    Ric. Bancroft
                                                     in Cic ,|4 Re Vaughan,Hard
                 cs in Limericen. in!
                 Hibernia, 1593 ; trs;
                 in Vigornien. 1616
                                          Elien. cs Andrewes
                                         Lancelot.                          videll
                                                                         vide V
                                          tren. 3 Nov. 1605 10h. Jegon,Raris,
                                          trs in Élien, 1609 :J Thomas        vide
                                          quemconsecrarunt (il) Barlow, vide VI
               Nicolaus      Felton,

WillelmusLaud, Elien. cs in Bristo- cs in Mene- lien. 14 Déc. 1617; - Geo. Abbolt . vien, Epum 18 trs in Elien, 1619; John. Buckeride, Rof-Woh. Bridges, videlV Nov, 1621;trs quem consecrarunt fen. cs 9 Jun. 1611 ;SLanc. Andrewes in Bathonen. quem consacrarunt ‘{Jac. Montagu, videlV 1626, in Lon- 1Ric. Neile dinien, 41628, in sedem Me- trop. Cantua- Job. Overall, Licerer.} 660. Aboil rien. 1633. den. cs 3 Ap. 1614; vs Motagu Eum conse- quemconsecrarunt (pie Neile craverunt

               Georgius     Carleton, Geo. Abbott
                Cicestren, cs in Lan-\/oh. King.
                daven. 12 Juil. 1618:;<Joh. Buckeridge
                trs in Cicestren.1619; Joh. Overull.
                quem consecrarunt        Georgius Monteigne


                                                                     Geo. Abolt
                                         ge gra                      Christopher Hamp-
               Johannes
                                         Jok. Bucheridge    ton, vide VIl
                             Howson, Thomas Morton, Li- Joh. King
                Oxonien. cs 9 Mai cefelden. cs in Ces-    :Joh. Buckeridge
                 1619; q. cscrunt                          oh. Overall                   de
                                      trien. 7 Jul. 1616;
                                             trs in Licefelden. ALEx. Fons O
                                             1619; q.    cscrunt      1611


                                         Geo. Abott
                                         Joh. King
                                         Joh. Buckeridge
                Theopbhilus        Field, Ricardius    Milburno./ Geo. Abbolt
                 Landaven, cs 10 Oct.        Mencvien. cs 9 Jul.\Joh. king
                 1619; q. cscrunt            1615; q.     cscrunt    {Lanc. Andreues
                                          Groruius Dowxnam,/Joh. Buckeridge
                                             Derren.    in Hiber-\Joh. Overall
                                             nia; cs. 1616

TABULA CONSECRATIONIS WILLELMI LAUD 371

                                        Il

                                                                     Marrmagus     PaAEr-
                                                                    , Ker, Cantuarien. cs
                                                                      47 Dec. 1559
                                                                      Wizcezmus BanLow,
                                                                       cs  in  Mencevien.
                                       Edmundus Grindal,} 1536: trs in Batho
                                        Cantuarien. cs inf men. 1348, in Cices-
                                                           tron. 1359
                                             Re
                                        porn PE De. JouanNEs Scory, cs
                                        cen, 45170, in Cant.|         18. Roffen. 30 Aug.
                                        1575 ;q. csrunt               1551; trs in Cices-
                                             ,                        tren. 4552, in Here-
                                                                       forden. 1559
                                                                      JOoRANNES       Hover-
                                                                    | KYX Bedforden.      es
                                                                     \ 9 Dec. 1531.



             pétann                                      Eduinus Sandys, vide
              Vigorn. 24esAp.15
                           , Whi71;,   nsnien. €sq. c. 24o
                                te aLondi
                                 n. | Mart. 1511;p            “ai
                trs” in Cantuarie
                 14583; q. cscrunt                                  Joh. Piers
                                                                    (éme Gr Parker
                                                               in Edm. Grindai
                                        tobprts mr: F5) lhomas Young, vide
                                       Robertus H

                                        1564;
                                         561;     q. à.   cscrunt
                                                                        .
                                                                      Thom as     Bentham,

                                                                       vide X



                                       Ricardus Curteis, Ci- at parer,
                                        cestren. cs 25         MaiéRobertus Horn
                                        15705 q. csrunt               |Eäm, Gheast, vide X

                 Johan nes Young, roro Aylmer
                                        Edmundus Grindal

Ricardus Ban- croft, Cantau- Fr o Job. Piers, Sarisbu- rien. cx in } fen. cs 16 Mai. on | rien.cs in Roffen. 15)Edm. Grindal Londinien. 8/ quemconsecrarunt Ap. 4516; trs in Sa-'Éduinus Sandye Mai. 1591; trs risb. 4577; q. c. |Robertus Horn in Cantuarien. 1604. Eum con- secraverunt Joh. Whitgif! Joh. Young Antonius Rudd, Me-\Ric. Fletcher, Vigor- Joh. Whitgift nevien. €s 9 Jun. nien.cs in Bristolien|Joh. Aylmer 1593; q. cscrunt À 14 Dec. 1589; tra in Joh. Young m, Vigorn. 1593; quem)Job. Bullinghavide consecraverunt XI]

                          Vaughan,
                 Bangoren. cstrs Lo.
                Ricardus
                                         Whilgift
                 Aug. 1596;      incAic. Fletcher
                 Cicestren. 1397,     inJoh. Young
                 Lond.   1604; q.c.



                 Antonius Watson, fre ah                               Joh. peer
                                        Joh. Whitgift



                  1596, q. 08
                  cesien    cscrunt    éornien. Bilson,
                               A AME-|Thomas     cs 13 Jun.
                                                             Day, vide XIL
                                                        Vi Vi,         Ric. Vaughan
                                         4596;       q.   cscrunt

378 REVUE ANGLO-ROMAINE

                                               HI

Rue cile.| Thomas Ris, Lon\Tobias Matthew, Du era we 1. (Ric. Bancroft Ric. Bancro,

ot. Den. %| dinien. cs in Gloces-\ nelmen. cs 13 Ap. mb Eee, 4595; q. eserunt ( in unelm, 21 Jul. inct. 1608; trs Lierelden. tren. 17 Mart. 4604; trs in Lond. 4607; 1589; Lrs in Ebors- 1610.Eum con- cen. 1595; > uem consecrarunt ; ; secraverunt |j4ne. Andrewes Ant. Watson et ak

                                                IV


                  Geo. Abbott                 (Joh. Whitgift
                  Johannes       Brid es, (ic. Bancroft
                   Oxonien. cs 12      Feb./Tob. Matthew
                   1604; q. cscrunt           Joh. Young

Aegidius Tom-| (Ant. Watson son, Gloces-

fi famegn ne peursverunt dm nl ji ac. Montagu, Batho Henricus $ (ie 1fonOverton,A, Cotton, Sa-!Willmus nen. cs 17 Ap. 1608;| risburien. cs 12 Nov.f vide XI quem cscrunt 1598; q. cscrunt (Anton. Walson

                  Ric. Neile                  Will. Barlow, Roffen,

                                              Lance. Andrewes


                                                cestren. D Sa
                                              Henricus P.
                                                                       Ravis
                                                                   Glo-{     Aic. Bancroft

                                                                 Will. Barlor,
                                              \ 4607; q. escrunt
                                                                             Lane, Andrewes.




                     4                                                          VI

Johannes Jegon, { Joh. Whitgift Willelmus Barlow, { Rie. Banero/l Norvicen. cs 20 } Ric. Bancroft Roffen. cs 30 Jun. } Ric. Vaugha Feb. 1603, Eum } John. Young 4605. Eum conse- } Ant. Walso! consecraverunt Ant, Watson craverunt Thomas Rav

                                               VII


                  Thomas Jones, Du-
                   blinien.
                         cs in Meden.{ Adam Loftus, Dubli-
                  in Hibernia, 1684 ; mien.csin Armachen. Rue Cuwsx, 4
                  trs     in    Dublinien.{     1562;   trs   in   Dubli-)     blinien.       cs 8 °°?
      : q. escrunt

me girl 1605 nien. 1967; q.c. } 1555 ; trs in Oxonitle « JGsonGius Monrao-lel alii 1567; sur su L MerY, Meden, uem consecravertfit Lou JWizzezuus Pizs- DMUNDUS BOXN SNGURE worrTx, Kildaren. Londiniensis cs 11 Sept, 1604 Tuomas Tan Jomannes Rien Eliensis Aladen. cs 12 Jan. Mauernius G 1612 Fix, Roffensis, TABULA CONSECRATIONIS WILLELMI LAUD 379

                                 Vi

           Ediunus Sandys, cs in Vigor. / Malthaeus Parker
           nien. 91 Dec. 1559; trs in } Willelmus Barlow
           Londinien. 1578, in Eboracen. } Joh. Scory
           15717, Eum consecraverunt         Joh. Hodgekyn


                                 IX

Thomas Young, es in Mono. | MePath LL 1 vien. 21 en. 1560. Eum con- | Ricardus Cox, Ellen. cs 21 | Joh. Scory secrarun Dec. 1559 ; q. cscrunt Joh. Hodgekyn

                                  X

: Mait. Parker Thomas Bentham, cs in Lice- | Nicolaus Builingham, Lin- felden. et Edmundus Gheast, colnien. cs 21 Jan. 1566; Matt. Parker cs in Roffen. 24 Mart. 1560 uem consecraverunt : Eos consecraverunt Jhannes Juell, Sarisburien Kdm. Grindal cs 21 Jan. 1560; q. c. Jon. Hodgekyn

                                  XI

Willelmus Overton, Licefelden. cs 18 Eamundue Grindal Sept. 1580. Eum consecrarerunt Jok. Foung

                                 XI

Johannes Bullingham, Glocestren. cs 3 ÆEdmundus Grindal Sept. 4584. Eum consecraverunt Joh. Ayimer Joh. Young

                                 XI


                                       Rie. Flatehes
                                       Jok. Whitgift

Willmus Day, Wintonen. cs 25 Jan. 1596. Eum consecraverunt Joh. Young DE REGISTRO PARKERANO.

                      L Descriptio Critica.

Registrum Parkeri duobus voluminibus continetur, quorum ia priore, paginas 411 amplectente, plurima de variis negotiis acta mi- nutius memorantur. În folio primo describuntur coloribus aptis insi- gnia heraldica archiepiscopi ; in secundo adhibetur litteris Gothicis titulus totius voluminis, qui his verbis exponitur: — « Registrum Reusrendissimi in Christo Patris et D'ni D'ni Matthei Par- ker, in Archie’pum Cantuarien. per Decanu. et Cap'flm. Ecclias Cath, et Metropolitice À Pi Cantuarien. p'dict. vigore et auc'te Licentie Regieeis in hac p'le fact., primo die Atensis Augusti anno D'ni millesimo quingentesime quinquagesimo nono electi, ac p’. reuerendos p'res D'nos Will'um Barloie nup. Bathon. et Wellen. E'pum,nu'c electum Cicestren., Joh'em Scory dudu. Cicestren. E’pum,nu'e Electu. Hereforden., Milone Coverdale quo'da. Eron. E'pum; et Joh'em Hodgeskyn E‘pum suffraganeu. Bedforden., vigore L'ra- ru. Commissionalu. Regiaru. Paten. eis directaru nonoïÏdie mensis !Dece bris tuncproz. sequen. confirmati, neeno, p'. ip'os Reuerendos P'resauc'le p'dite decimo septimo die eiusdem me’sis Dece'bris co'secrati, Anthonio Huse armi- gero tune Reg rario Primario dicti Reuerendissimi P'ris. » In ima pagina, haec verba alia manu accesserunt : — « Primo die mensis Jun ano D'ri 1560 praefutue Anthonius Huss moriem obtit, cu auccessit Johannes Incent in officio Reg'rariatus praedit. Dictus Reuerendissimus Matltheus Parker Archie'pus Cantuarien, zvir. die mensis Mais anno D'ni 1515 in aurora, apud Lambehith mortem obül et diem suum clausit eztrem. » Exinde sequuntur documenta de ipsius Parkeri confirmatione ac consecratione redacta, quae foliis 3—414 continentur. Ha se habent:— (4) ACTA HABITA ET FACTA IN NEGOCIO CONFIRMAC'O'IS ELEC-fionis venerabilis et eximi virimag'ri Matthes Parker Sacre Theologie professork in Archie’pum Cantuarten. electi etc. : a Franciseo Clerke, notario publico, propter absentiam Antonii Huse registrarii digesta; quibus per ms- dum narrationis fusius explanatur derninos commissionarios in Ecclesia parochiali Beatae Mariae de Arcubus sedentes, facfa trina prublica prae- conizations omnium ae singulorum oppositorum ad foras ecclesia, et nullo eorum comparente, nec uliguid in hac parte opponents, post alia omnia ax antique consuetudine Ecclesiae facta, tandem tulisse et promulgasse sententiom diffinitivam confirmationis; postremo autem decrevisse ip'um Reuerendissimu. d'nm. electum et confirmatum consecrandum tt benedicendu’ fore, cum aliis eiusmodi quae in usu fuerunt. (2) Deinde verbatim referuntur instrumenta sequentia. (a) Z're patentes de assensu regio election: adhibit. (b) Procuratoriu. Decans et Cup'£ li Cantur quo ostensum est decanum et canonicos Ecclesiae Cathedralis capitulariter congregatos, de #u- DE REGISTRO PARKERANO 381

nimiassensu el consensu suo, qualtuor viros procuratores nominasse ad omnia expedienda, quae iure necessaria essent, ut electio rata fieret. {c) Procur. dicti d'ni electi, sc. Parkeri. (d) Cifatio contra oppositores etc., sexto die Decembris 1559 edita et promulgata, qua omnes ar singuli, {si qui essent) qus contra dictam electionem, seu formam eiusdem, personamve eleclam, dicere, vel opponere volwrint, evocali et citati fuerunt, ut nono die ejusdem mensis coram commissioneriis comparerent. (e) Prima schetula lecta contra opnositores, quos lime et perempiorie cilatos'sepius pi* preconizatos, diug; et sufficienter erpectatos, el nullo modo comparenles. (f) Summaria petitio Decani et Capituli ad iv episcopos commissio- narios, in duodecim articulos digesta, quibus ostensum est sedem archiepiscopalem per obifum bone memorie d'ni Raginaldi Cardinalis Pole nucupali ultimi Archie' pi Cuntuarien. nuper vacasse; decanum vero et capitulum capitulariter congregatos e{plenu. Cap llm facientes servatis primitus per eos de iure et d'ce Etel'ie ronsueludine servandis, unanimiter el concorditer nullo eorum contradirente ad electionem futuri Archiepis- copi per viam seu forma. compromtssi processisse; Matthaeum Parker hoc modo electum acceptunret approbatum fuisse; electionem coram clero et populo in ecclesia Metropolitica debito more publicatam et declaratam fuisse:; omnia denique quae in hujusmodi electione usi- tata forent rite ac legitime facta esse; quapropter petitum est ut electio cum effectu confirmaretur, etc. (&) Processus eleclionis a Johanne Incent notario publico accuratis- sime ac minutissime digestus, ex quo liquet omnia facta esse tuzér elechonis vurta morem prefterili lemporis ac stalula el laudabiles consue- tudines Ecel'ie pred'ce hactenus ab antique in en parte usitat. el observat. {h) {nstrumentu. super consensu D'né electi. (i) Depositiones testiu., Johannis Baker et Willelmi Tolwyn, de eis quæ in summaria pelitione memorata erant. (k) Sc’da schedula contra oppositores, pœnam contumaciæ contra oppo- sitores non comparentes eisdem fere verbis ac prima schedula decer- nens,

(1) Juramentu, de agnosceul, suprema. p'tatem Regia. quo fidem suam reginæ obstrinxerat Électus. Anglice scriptum est. (m) S’x’ia Diffinitiva confirmationis. (3) RITUUM ET CEREMONIARUM ORDO IN CONSECRATIONE REUER-8/issimi D'ni Matthei Parker, Archie'pi Cantur. in Capella infra Manerium suu. de Lambehith die d'nico viz. decimo seplimo die mensis Decembris, anno D’ni mill'imo quingen® quinquagesimo nono. Ritus cum omnibus et minutis circumstantiis accurate describitur. Forma consecrationis ipsis verbis quibus prolala est Anglice refertur. (4) Mandatu. directu. Archino Canluarien. ad inthronizand, dictu. d'nm Archie’pum, datum Londini ultimo die Decembris 4539, quo Archidiaconus, ad quem id munus ex antiqua consuetudine perti- nebat, iussus estinducere, investire, installare et inthronizare Archie- 382 REVUE ANGLO-ROMAINE piscopum iam pleno iure consecratum. Nom. quattuor episcoporim consecrantium datum est. (5) Aliud mandatu. factu. p. dicti. Archidiaconu. ad effectu. p'ävtu., nempe ad inthronizandum Parkerum, quod cum ipse adesse nequiret per commissionem faciendum curavit. Hoc datum est primo die Januarii, anno D’ni fuxta compulationom Eccl'iæ Anglicanæ 1559, scilicel iuxta computationem hodiernam 1360. (6) Procuratoriu. d'ni Archi’ pi ad petend. et oblinend. intronizations’. Talia se habent acta de ipsius Parkeri promotione. E priore volu- mine kegistri quod restat in hos titulos dividitur : (i) Confirmationes ef consecrationes episcoporum usque ad Edmundum Freake, Roffensem (3 et 9 Martii, 4572) inclusive, foltis 42 a — 1450. Acta vero de Edmundo Freake inferius fo/#is 213 B — 214 6, loco hic deficiente, adimplentur. (üi) Znductiones, etc. ab Archiepiscopo per totam provinciam sedibus vacantibus intra annos 1559 — 4572 factæ; foil. 445 a — f142. (iii) Commissiones sub eisdem annis datæ, quibuscum ordinationes memorantur (4°) usque ad 28 Mai, 1568 Antonio Huse primario regis- trario. fol. 217 a — 221 a; et (2°) inde ab 2 Junii 1560, Johanne Incent hoc munere fungente, foll. 224 b — 299 b. (iv) Visifationes, foll. 301 — 339 a. (v) Inductiones in propria Archiepiscopi diœcesi sub eisdem annis factæ, foll. 340 a -— A1 à. N altero volumine sub eisdem quinque titulis acta memorantur usque ad Parkeri mortem. Accedit et Registrum Sedis vacantis usque dum Grindal in primatum promotus fuerit. Volumina ab initio integre fuisse, neque ex foliis post mortem Archiepiscopi religatis (id quod constat de Cranmeri Registro}) compo- sita, liquet ex eis quæ de actis consecrationis Edmundi Freake supe- rius rettulimus. Hanc Registri descriptionem a viro doctissimo A. W. Haddan accu- ratissime elaboratam ex annotationibus eius in Bramhall (Works, ed. 4844, vol. iii. p. 173) desumpsimus !. Idem post annos viginti quinque de huius Registri falsandi accusatione his fere verbis disseruit (Apes- tohcat. Succession, pp. 498-9): « Falsarius eo præstigiarum pervenisse videtur, ut intra annos 1604-43 plurima documenta serie inter se connexa, per multas ambages ibimet atque omni notitiæ rerum ad amussim congruentia, primum quidem Énxerit, deinde in propria tabularia Cantuariæ, Lambethæ, Londini, Cantabrigiæ, Tiguri, quo- rum ne unum quidem administrarit, nonnulla prorsus ignorarit, atque in archiva episcopalia et capitularia totius Angliæ, omnibus insciis introduxerit; quæ omnia tam exquisita arte perfecerit, ut figmenta quæ Parkeri Registro alia alibi inseruit non modo cum ceteris actis ibidem relatis perinde ac si genuina fuissent cohærere,

4 Notandum est itranscripto horum actorum in Op. Bramhall a.n. 161761 excuso plurimos typographorum errores irrepsisse, quos in editions anni 1844, gun. in manibus habuimus, redactor doctissimus A. W. Haddan corrigendos Curavit. DE REGISTRO PARKERANO 383

sed etiam (quod mirabilius) cum alia multitudine documentorum, que ne inspicere quidem potuisset, sigillatim convenire docuerit. » Porro amovetur suspicio quin hæc acta de ipso Parkero digesta volumini quo continentur pro veris supposita fuerlht; namque, ut docet idem Haddan in Bramhall (Le. cit.), totum integrum esse liquet ex hisce inter alia argumentis :

  1. Quod istinc referendæ dicentur minutiæ rerum in duodecim consecrationibus sequentibus gestarum, quarum ultimo fol. 80 4 memoralur; (2) Quod scripta sunt eodem chirographo ea quæ immediate sequuntur; altera manu accesserunt in margine lituli instrumentorum ques supra cilavimus; et fertia manu tum aliquot verba (decem ad plus) corrigenda notantur, tum paragraphi de mortibus Antonni Huse ipsiusque Parkeri (swpr. n. 288) scripli fuerunt); (3) Quod paginatio continua adhibetur. Nihil tandem esse fatetur Lingard, quod suspicionem falsandi com- probet, « Indagator peritissimus neque in ipsus actis neque in cha- racteribus litterarum neque in colore atramenti vestigium impos- luræ vel minutissimum invenire poluit» (Mist. Eng. vol. vi. pp. 328-9). « An vero credere possumus auctorem huius documenti [sc. actorum de Parkeri consecratione|, si adulterinum sit, narrationis Lam pro- lixæ fusæque periculo se commissurum fuisse, cum præsertim per breve quoddam de tempore et loco et ministris consecrationis memo- randum proposilo suo suflicere potuisset? Nescire vix potuit præ linea unaquaque citra necessitatem addita fore ut falsum faciltius detegeretur. Quid amplius? Nempe laborem difficiliorem susceperat quam ut documentum simpliciter adulterinum fingeret, quippe, cum seribæ qui celera acta ante quinquaginta annos redegis- sel! chirographum accuratius imitari deberet cuius si litteris vel modico charactere discrepantes litteras adhibuisset, fraudem suam ipse prodidisset. Attamen res ita se habet; acta consecrationis eodem chirographo ac cetero, necnon atramento eiusdem coloris facturæque conscripta sunt. Contuleris omnia, nullo discrimine notata invenies. Ecqua testimonia his ampliora intrinsecus adhiberi vel concipi pote- runt? » Idem in The Birmingham Cath. May. vol. v, pp. 174-5).

                   IL. ZEraminatio Objectionum.
    

Veritatem Registri tam certis argumentis fulcilam adversarii ta- men impugnarunt, qui librum adulterinum esse ex eo ratiocinabant quod doctoribus ex sua parte testimonia de Parkeri consecratione rogitantibus nunquam prolatus fuisset (Bramhall, vol. üii. p. 90), Huic cavillationi sufficiet ut verba Lingardi opponamus : — ‘* Curnam auclores protestantes Registrum regnante Elizabetha lestificari de- buerunt, quo tempore controversia (velim lectores hoc animadver- lant) nondum de facto sed potius de valore consecrationis Parkeri agi-

! Contra eos disputat qui Registrum a Masono post annum 4612 falsatum füsse suspicabantur, 384 REVUE ANGLO-ROMAINE tabatur? Huic vero quaestioni Registrum nibhil facit. At regnante Jacobo, postquam rumor de ordinatione in diversorio facta inter Catholicos sparsus iam typis vulgatus erat, protestantes ad Regis- trum naturaliter recurrebant ut demonstrarent quonam modo conse- cratio confecta fuisset ” (The Birmingham Cath. Mag. vol. v. p. 1, Ideoque Fitzherberto contra Registrum a Masono prolatum gran- dem exceptionem tantisper obtentum iri reclamante donve aliquot eruditis, prudentibus, sinceris Catholicis ostenderetur, qui eodem suis oculis pelustralo et rite perpenso, de eiusdem verilute et vuliditate sententiam et testimonium ferrent , Georgius Abbot Archiepiscopus Cantuariensis, ,, cum haec apud Fitzherbertum perlegisset, ut eius volo salisfaceret, illico (qua est aequitate) istos viros pontificios accersendos curavit, nempe Ma- gistrum Collintonum, quem eo tempore nonnulli archipresbyterum indigitabant, Magistrum Laithwait, et Magistrum Faircloth, Jesuitas, et Magistrum Leakum, sacerdotem secularem ”’; et coram quattuor cpiscopis, die 12° Mai, 1614, ipsum Registrum in medium produxit, atque, ‘ ut oculis diligenter perlustrarent, admonuit. ” Illi vero co- dice quantum libuit spectato contrectatoque ‘ ac volumine, charac- tere, argumento ceterisque rebus omnibus accurate ac sedulo per- peusis, tandem aliquando de libri veritate et validitate ferunt tesli- monium, fatentes sibi quidem videri codicem omni exceptione maio- rem ” (Mason, Vindic. ii. 18, p. #15) ?, Hos tamer, in carcere id lem- poris detentos, postmodum rogantes ‘ut copia illis fieret praefalum codicem liberius aique diligentius inspiciendi, ” repulsam passos fuisse Lestalur Champnaeus (de Vocat. Ministr. c. X1v. p. 527). Qualem vero repulsam ? Nempe ‘ librum illum, de rebus huiusmodi unicum instrumentum, ut appellamus, authenticum, rogarunt et postularunt non modo inspiciendum denuo, sed secum deporlandum et privalis scriniis manibusque credendum. Aperte candideque responsum est 4 reverendissimo Archiepiscopo : Adirent pro arbitrio ipsum in pro- pinquo chartophylacum, sive domum, in qua huiusmodi autographa asservantur: ibi licere illis, inspectante custode instrumentorum, monumenta inspicere, penilusque perscrutari : libros aulem ipsos sede sua dimoveri, ac privatorum eliam oplime affectoram manibus arbitrioque permitti, nefas. ” Haec Masonus (op. cit. p. M7), his in margine addilis; ‘ Huic ipsorum petitioni hoc modo iam tum a se responsum probe meminit, ae hodie coram testibus fide diggnis reco- lit dignissimus integerrimusque Dominus Archiepiscopus. ” Porro notatu dignum est haec testimonia adhuc vivente Archiepiscopo, id quod Le Quien negare voluit, anno 1625 id lucem prodiisse. Abbot enim diem supremum 4%" Augusti 4633, obiit. (À suivre.)

1 Fitcherbert; Appendix, n, 43. Cit, a Maesono in Vindiciis Eccl. Angl. üü. 18, p. 415. 4? Conferre licet Godvin, de Præsulibus Angl., p. 353.

                            Le Direcleur-Gérant: FERNAND Portal.
            PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,




                                                                   ne.

1r ANNÉE : N°9 4 FÉVRIER 41896

                                        REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu es Petrus, et su- Spiritus Sanctus po- per hane petram suit episcopos re- ædificabo Ecclesiam gore Ecclosiam Doi. meam ... et tibi dabo claves .... ACT. xx. ?8, MaTru. XVI. 18-19.

                                        SOMMAIRE :
            .
                                                                                             PAGRH



        F. PORTAL .....               Des Conférencos entre catholiques et anxli-
                                        cans : Lettre de S Em. le cardinal
                                        Rampolla, Discours de Lord Halifax......              385

Rav. F.-W. PuLzer..... Les Ordinations anglicanes et le Sacrifice de la messe..... nes . 395 Chronique. — Correspondance.............. 45 Docuwexrs. Registre de Parker. Lottre de S.S. Léon XIII aux évêques et aux catboliques de Hol- lande ....................... prsessssssss ALT

                                            PARIS
        RÉDACTION                        ET      ADMINISTRATION
                                      17, RUE CASSETTE

                                              1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

           FRANCE                                          A LA PAGE:

UR AN... ... 20 fr.. ra @................. 40 fr SIX MOIS .,...... sense ai fr. /2 page............ . 20 fr TROIS MOIS ............... 6 fr. Le 4/4 page............. 10fr

                                                           A LA LIGNE :
         ÉTRANGER

UN AN.................. 25 fr Sur 1/2 colonne: la ligne.. 1fr, SIX MOIS........,........ 43 fr. TROIS MOIS............,.. Tfr, Les annonces sont reques FRance.... Ofr. 50 aux bureaux de la Revue 17, LE NUMÉRO ÉTRANGER.. 4 fr. » rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que {a responsabilité des auteurs.

ORDINATIONS| ANGLICANES PAR

                     FERNAND                   DALBUS
                               mt 2e ÉDITION »—

        4 Brochure grand in-8°. — Paris, Delhomme et Briguet.

  L'INTERMÉDIAIRE CATHOLIQUE                DE    BESANÇON &:DE GENÈVE
                    MAISON DE CONFIANCE PONDÉR A BESANÇOX EN 1884


            MONTRES ET PENDULES
       BIJOUTERIE          —   JOAILLERIE             —    ORFÉVRERIE
                       Avec la seule Commission du Gros

Adresser les demandes en fabrique à Mmo MARIE MARILLER, 7, rue du Mont-Sainte-Marie (Besançon DÉPOT A PARIS: 3, PLACE SAINT-SULPICE Catalogue franco. — Photographies franco

                                                  h          recovrait jeunes anglaisà
      E SSEUR Lecons particu- PRÈTRE la campagne prés Paris,
                      licencié és lettres

PROF lières de latin, grec, littérature et phiio- pour apprendre le francais. Excellentes sophie, spécialement recommandé. S'a- références. S'adresser M. B. aux bureaux dresser G. À. aux bureaux de la Revue. de la Revue,

PROFESSEUR siques et natu- LECON de Sciences phy- d'anglais offertes par un , jeune homme habitant Pa- relles, Préparations aux baccalauréats et ris, mais ayant longtemps résidé on Angle- au premier examen du doctorat en méde- terre, en échange de lecons d'allemand — cine. Spécialement recommandé. S’adres- Références sérieuses exigées de partet d'au- ser M. G , aux bureaux de la Revue. tre.S'adresser H. D. aux bureaux de la Revue.

          fille, habitant entre le Troca- PROFESSEUR longtemps

DA ES trés honorables, la mère stla M déro et le bois de Boulogne, prendraient ngéemps résidé re à Londres, désire lecons à domicile. Ex- dames pensionnaires. Confort et prix mo- cellentes références. S’adresser V. aux bu- dérés. rcaux de la Revue. EC

DES CONFÉRENCES ENTRE CATHOLIQUES ET ANGLICANS

                  DISCOURS   DE LORD   HALIFAX


          LETTRE DE S. ÉM. LE CARDINAL RAMPOLLA

Lord Halifax poursuit sa généreuse campagne en faveur de l'union. Dans un meeting de l'English Church Union, tenu ces jours derniers à l’Hôtel de Ville de Hackney, l'illustre promo- teur du mouvement, après avoir parlé des différents sujets inscrits au programme, aborde de nouveau la question qui lui tient tant à cœur. En quelques mots pleins de foi, il secoue les nonchalances, les indécisions, et pousse les siens à sortir de la période des discours et des bons désirs pour passer dans celle des actes. x L'union ne saurait se faire sans des conférences prépara- toires, de mème qu'un traité n’est jamais conclu sans des négo- ciations parfois bien longues. C'est à ces conférences que le noble orateur pousse aujourd'hui les membres de son Eglise. 11 le fait en termes excellents, bien capables de toucher un cœur chrétien, et de nature à faire comprendre aux chefs de la com- munion anglicane que, dans le gouvernement spirituel comme dans le gouvernement politique, la profonde sagesse veut que l’on profite de toutes les occasions favorables. Si les évêques anglicans se décidaient à entrer dans cette voie, on est sûr d'avance de l'accueil qui leur serait fait. J'ajoute même que les désirs de Rome auraient prévenu leur démarche. Pour justifier cette assertion, après avoir donné le discours de Lord Halifax, je reproduirai le texte complet d’une lettre que S. Ém. le cardinal Rampolla voulut bien m'adresser au mois de septembre 1894, en la faisant précéder, pour sa plus parfaite intelligence, de la conclusion de mon travail sur les Ordina- tions anglicanes, qu'elle vise particulièrement. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. I. — 25.

must 386 - REVUE ANGLO-ROMAINE

. Extrait du discours de Lord Halifax,prononcé à Hackney.

Û . . . - . - . - . . . . Ê . . » - . . .

« Ïl y a enfin, a continué Sa Seigneurie, le grand sujet de la réu-

nion de la chrétienté sur lequel je vous demanderai la permission de dire quelques mots avant de terminer. La véritable question que nous ayons à nous poser est celle-ci: Désirons-nous réellement la paix, faisons-nous tous nos efforts pour y parvenir, si éloigné que cela puisse paraître, et du moins la préparons-nous dès maintenant? Quelle est notre attitude vis-à-vis de cette vision de la paix qui fut toujours présente à l'esprit des prophètes et qui fut la solennelle et suprême recommandation de Notre Maitre. Parmi les dernières pa- roles qui tombèrent des lèvres du doyen Church, le grand doyen de Saint-Paul, le plus parfait représentant et la fleur de tout le mouve- ment d'Oxford, on cite celui-ci : « Si quelque chose est certain, c'est qu’un tempérament qui désire, qui aime et qui honore la paix, cons- titue l'essence même du caractère chrétien. Il est vrai que non seule- mentle monde, mais l'Église elle-même paraissent ne pas avoir répondu aux espérances des apôtres et persistlé dans des voies d'où le Prince de la Paix était venu nous tirer; mais bien que Dieu puisse permettre que ses desseins soient entravés par la malice de l’homme, il n’en demeure pas moins vrai que la religion du Christ est une reli- gion de paix. » Nous enrendons-nous suffisamment compte ? Consi- dérons-nous assez ce que nous pouvons faire pour promouvoir la paix, ou bien sommes-nous si absorbés par nos affaires personnelles, si at- tentifs à ce quinous concerne, si aveuglés par notre propremanièrede voir, si indifférents et si indulgents envers nos propres fautes, si exi- geants vis-à-vis des erreurs et des fautes des autres, en un mot, avons- nous si peu d'amour pour N.-$S. et pour les âmes, que nous sayons pleinement satisfaits de continuer ainsi notre route séparément et remettant toute pensée et tout espoir de réunion à un avenir éloi- gné,qui pourrait se réaliser au Ciel, mais qui n'aurait aucune chance de se réaliser sur la Terre. Ce n'est pas ainsi que Dieu nous avait donné sa Paix. Il n’est pas vrai qu'il nous l'ait promise seulement pour le Ciel et non pour la Terre. Il a voulu nous la donner pour le Temps comme pour l'Éternité. N'essaierons-nous pas de hâter l'ac- complissement de sa volonté? Pourquoi ne pas nous affranchir d’habitudes prises et toutes de convention ? où trouverions-nous une plus noble et meilleure inspiration? Celui auquel personne ne contes- tera du moins ce titre de premier évêque de la chrétienté à adressé DES CONFÉRENCES ENTRE CATBOLIQUES ET -ANGLICANS 387

au peuple anglais une lettre qui, d’un bout à l’autre, n’est qu'une exhortation à prier pour la paix. Que lé plus sincère désir de Léon XII soit l’accomplissement de cette paix, qu'il soit préparé à prendre les mesures les plus hardies etles plus généreuses pour en hâter la venue, c'est ce dont personne ne peut douter; inaïis il a depuis longtemps dépassé le nombre d'années de vie généralement accordées aux hommes et, humainement parlant, ses jours sont désormais comptés; c’est pourquoi, si une réponse doit être faite à son appel, il faudra se hâter. Nous rendons-nous suffisamment compte combien grande est l’occasion qui survient? Peut-être une semblable occasion ne se représentera jamais, du moins pendant notre vie. On a dit que la Lettre n'avait pas été adressée aux évêques anglais. Sans doute ; mais elle est adressée au peuple anglais dont les évêques sont les pasteurs. Si vraiment on désire la paix, faut-il s'arrêter à des formalités ? « Ne sommes-nous pas à une époque où il faille oublier de sem blables bagatelles? Et n'est-ce pas le devoir des évêques anglais, oubliant tout, sauf les maux qui résultent de nos malheureuses divi- sions, ne se souvenant que de la perte des âmes qui en est la consé- quence, de leur ardent désir de voir fa chrétienté à nouveau réunie et considérant enfin qu'une occasion se présente de faire quelque chose pour la réalisation de cette paix qui, d'autre part, leur a été offerte, n'est-ce pas leur devoir, dis-je, que d'adresser eux-mêmes une lettre à Léon XIII ? « Pensons seulement quel serait, dans les circonstances présentes, l'effet d'une semblable lettre où ils déclareraient que, eux aussi, déplo- rent avec lui du fond de leur cœur les misérables divisions qui sépa- rent la chrétienté en plusieurs camps hostiles; qu'il n'y a rien qu’ils ne soient prêts à faire, sauf toutefois de sacrifier la vérité, pour pro- mouvoir la réunion de la chrétienté,'et qu'enfin ils répondraient avec reconnaissance à toute invitation qui leur serait adressée de considé- rer, en commun avec des théologiens nommés par le Pape.les points de divergence qui séparent l'Angleterre du reste de la chrétienté d'Occident, dans l'espoir qu'avec la grâce de Dieu on trouverait un moyen de conciliation, et que, par de semblables conférences,on pré- parerait les voies pour l'éventualité d'une paix réelle? Une semblable démarche ne serait-elle pas vraiment chrétienne? Ne serait-elle pas inspirée par l'Esprit de paix et d'amour? Quels incalculables bienfaits ne produirait-elle pas pour tous les enfants de Dieu? En tous cas, quel mal pourrait en résulter? Le Concile du Vatican n'a été qu'ajourné. Pourquoi le dernier acte de Léon XII ne serait-il pas de rassembler ce concile, y conviant les évêques orientaux comme ceux de la Communion anglicane dans le but d’aplanir les difficultés et d'éclairer les divers points qui divisent le monde chrétien? Comment 388 REVUE ANGLO-ROMAINE

d'ailleurs, y parviendraif-on si ceux qui sont séparés refusent la discussion? Vous diles que c'est là un rêve trop beau pour être réali- sable. Mais pourquoi serait-ce un rêve? Et pourquoi irréalisable? C'est un de ces rèves qui se réalisent. Et tout ce qui s’est produit en ces derniers temps sèmble avoir préparé les voies. La discussion sur la validité des ordres anglicans n'est qu'un préliminaire. Et {out serait possible si nous avions seulement la foi. Ah! prions Dieu qu'il nous donne un plus grand amour, une plus grande foi et un plus sincère désir de la paix. Ayons toujours devant les yeux cet idéal d’une chrétientée unie, et faisons en sorte que nous n'ayons jamais la honte, la confusion, le remords, d'apprendre, quand il serait trop tard, que cet idéal ‘eût pu être réalisé si, par notre manque de foi, nous n'avions contrecarré les miséricordieux desseins de Dieu, si nous avions eu des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et enfin des âmes si attentives aux manifestations de la Providence qu'elles eussent dû reconnaitre que son heure était venue! »

Les ordinations anglicanes, par Fernand Dalbus (Portal).

                              CONCLUSION

Le 6 juillet 1439, en présence de Jean Paléclogue, empereur d'Orient, du patriarche de Constantinople, du métropolitain de Mos- cou et de nombreux évêques accourus de l'Orient; en présence des évêques d'Occident qui avaient répondu à l'appel du chef de l'Église, Eugène IV, le successeur de Pierre prononça, dans la cathédrale de Florence, le décret d'union des Églises grecque et latine : Lalentur ræli et exullet terra : sublatus est enim de medio paries, qui occidentalem orientt- lemque dividebat Ecclesiam... Gaudeat et mater Ecelesia qu filios suos har- tenus inricem dissidentes, jam videt in unitatem pacemque rediisse... A l'occasion de notre étude sur les ordres anglicans, nous avons relu ce décret. Et notre âme, au lieu de cette joie que ressentirentles Pères du concile de Florence, n'a pu se défendre d'un profond senti- ment de tristesse; car, nous le savons tous, ce jour plein de bonheur, plus riche encore d’espérances, n'eut pas de lendemain. L'Orient releva bientôt la muraille abattue. Vinrent ensuite les novateurs du xvi° siècle qui brisèrent l'unité religieuse de l'Occident et ravirent à l'Église romaine de grandes nations et de puissantes races. De ces sectes, de ces communions diverses, les unes s'émiel- tent à travers les siècles et vont à l’impiélé, comme vont au précipite DES CONFÉRENCES ENTRE CATHOLIQUES ET ANGLICANS 389

les blocs détachés de la montagne et à l'humus les feuilles jaunies ; d’autres, ayant gardé au cœur la vie sacramentelle, luttent contre les parasites qui les rongent, mais ne possèdent pas la surabondance de sève, la luxuriante végétation, aux mille fleurs blanches et pures, aux fruits empourprés, effets merveilleux de la vie divine possédée dans toute sa plénitude. L'Église de Jésus-Christ a perdu, par ces divisions criminelles, une partie de sa puissance civilisatrice, de cette influence dans le monde, dont elle aurait besoin, plus que jamais, pour achever la conquête des peuples, et garder ses vieilles positions en pays chrétiens. . . H semble pourtant que nous n’en sommes plus aux époques des guerres fratricides. Au milieu des attaques dirigées contre Notre- Seigneur Jésus-Christ, les disciples du Sauveur sentent instinctive- ment le besoin de se rapprocher pour se soutenir dans la lutte supréme qui s'engagera entre les croyants et les impies. L'Église, elle aussi, participe au vaste travail d’unification qui s'opère dans le monde et on voit, de toute part, les signes avant-coureurs d’une paix reli- gieuse prochaine. Déjà Mgr Strossmayer a pudire que l'uniondel'Église grecque et latine serail l'œuvre du xx° siècle. En Angleterre les pré- jugés tombent, l'Église établie affirme son indépendance du pouvoir civil, et le mouvement d'Oxford se continue avec une intensité exira- ordinaire dans l’intérieur de l'Église anglicane. Cette Église, pour le moins frottée de protestantisme, se nettoie vigoureusenient elle-même et, par un progrès continu depuis soixante ans, revient à la pureté de la doctrine. Le terme fatal, ou plutôt, providentiel de celte évolution est Rome. Les protestants le prévoient avec terreur, beaucoup d'an- glicans le désirent, tous les catholiques, vraiment dignes de ce nom, le souhaitent. Mais quand sonnera l'heure bénie de l'union? A quel moment l'Angleterre prendra-t-elle sa place — unc des meilleures — dans le concert de l'unité catholique? Dieu seul le sait; il nous semble à nous que l'Église grecque ne devancera pas de beaucoup l’Église anglicane, si elle la devance. Nous devons, par nos prières et nos œuvres, hâter le jour etle momentqui donneront à tous les chrétiens la joie éprouvée par les évêques réunis dans la cathédrale de Florence. Mais, sûrement, la question des Ordres se posera au jour des pre- mières négociations; elle devra être résolue soit avant, soit immédia- tement après la question doctrinale. Et, si elle doit être nécessaire- ment lraitée, il vaut inieux, selon nous, la traiter avant, en vertu de te principe élémentaire de diplomatie que lorsque deux parties adverses veulent négocier, on doit rechercher, non pas ce qui divise, mais ce qui unit, non pas les oppositions, mais les points de contact. Pour engager les discussions, il faut chercher un terrain commun sur lequel chacune des parties puisse mettre le pied sans aliéner-ses 390 REVUE ANGLO-ROMAINE

prétendus droits. Or, la question des Ordres nous parait constituer un terrain excessivement favorable pour engager des négociations sans toucher aux questions irritantes. L'Église anglicane croit avoir des ordres réels, l'Église romaine agit comme si elle n'en avait pas. Cette conduite est dictée par la pru- dence et non par ia passion. Mais si les anglicans ont une si grande confiance dans la validité de leurs ordinations, pourquoi ne pasoffrir d'en faire la preuve? Ils n'ont pas de droit de se confiner dans leur dignité d'insulaires et de se contenter d'affirmer la réalité de leur hiérarchie. Qu'ils le’veuillent où non, Rome est leur centre, à Rome se trouve leur chef. Nous ne voulons pas en appeler au concile de Florence, encore moins au concile du Vatican, mais il nous sera bien permis d'invoquer l'autorité d'un anglican, M. Cobb!:« Nous croyons tous que Rome est notre Église mère, que son évêque est le Patriarche de l'Occident... Nous tenons d'elle notre vie spirituelle; la chaire primatiale de saint Augustin n’est qu'un fragment du Siège aposto- lique de saint Grégoire. Il ne nous est pas permis de lui refuser notre amour filial, sous prétexte qu'elle a pu provoquer la colère de sa fille... Avons-nous jamais daigné, en tant qu'Église, indiquer par un acte quelconque que nous reconnaissions cette primauté d'hon- neur que fout le monde avoue avoir été attribuée au Siège de Rome par les canons des quatre premiers conciles? Avons-nous jamais témoigné à celui qui occupe ce siège les égards dus au Patriarche d'Occident, je dirais presque à un simple évêque chrétien? Évidem- ment non. » Si tous les anglicans sincères et instruits doivent admettre une telle doctrine, la conclusion logique est que la question des Ordres doit être soumise au Patriarche de l'Occident et portée à Rome. Le jour où les évêques anglicans feront une telle démarche, ils prouveront à la face de toute l'Église que leur désir d'union est sincère. Et ce jour- là, Rome les recevra comme les mères ont coutume de recevoir leurs enfants. Nous l’affirmons, parce que nous connaissons le cœur de notre Mère l'Église, et aussi parce que nous pouvons apporter une parole bien autorisée. Mgr Cecconi, archevêque de Florence, l'éminent historien du Concile du Vatican, dit: « Tous les catholiques, et, je ne crains pas de l'af- firmer, le Saint-Siège lui-même, seraient très heureux de voir entamer une sérieuse et loyale discussion sur une matière où M. Cobb montre tant d'assurance; ce serait là un avantage précieux pour la science historique, et, ce qui vaut mieux, pour le salut des âmes, car on met- trait fin à une discussion historico-dogmatique ouverte il y a plus de

{ A few words on reunion and tbe coming Council at Rome. — Cité par Mgr Cecconi : Hisloire du Concile du Vatican, t. 1, L. IX, ch. nu. DES CONFÉRENCES ENTRE CATHOLIQUES ET ANGLICANS 391 trois siècles. Alors tout anglican de bonne foi, tout ministre de ce culte, ne tarderaient pas à prendre une détermination, non pas con- forme à l'opinion de ceux qui pensent comme M. Cobb, mais de tout point d'accord avec la vérité, Que les anglicans produisent donc « les preuves authentiques {documentary evidence), plus que suffisantes pour faire casser le verdict traditionnel rendu contre la validité de leurs ordinations !. » Les évêques anglicans seraient donc assurés d'être parfaitement accueillis à Rome, s'ils tentaient cette démarche de tous points fort honorable pour eux. En auront-ils le courage? Dieu le veuille! Encore un mot. Mgr William Stubbs, l'évêque anglican d'Oxford, disait il y a quelques mois : « Une seule chose manque à nos Ordres, aux yeux des catholiques romains, l'approbation papale; avec cette approbation, tous les autres défauts seraient suppléés et sans elle rien ne saurait être complet... » Et il ajoute : « Pas un des contro- versistes qui attaquent la validité de nos ordinations par toute espèce d’objections et de querelles n'accepterait la démonstration, quand même on létablirait par de nombreux arguments ?. » Sa Grâce nous permettra-t-elle de luidire le plus respectueuse- ment possible, qu'elleest tout à fait injuste dans ses appréciations? Le moindre de nos élèves en théologie sait que l'approbation papale ne touche en rien au caractère conféré par le micistre du sacrement de l'Ordre. Quant aux controversistes dont il est parlé, nous n'en con. naissons aucun de cette nature. Nous connaissons, au contraire, un assez grand nombre de prêtres romains qui ne demandent qu'à être éclairés, leurs sympathies étant acquises d'avance à tout ce qui pourra favoriser l'union. Ces prêtres, nous pouvons l'affirmer, sont décidés à mettre en œuvre tous les moyens qui mèneront au bul désiré; ils souhaitent de toute leur âme que les évêques anglicans, de leur côté, tentent sans hésitetion une démarche un peu dure à l’amour-propre, peut-être, mais qui les grandirä aux yeux de la pos- térité; ils souhaitent encore vivement de les voir renoncer un jour d'un cœur joyeux à une indépendance très chère, mais opposée à la parfaite constitution de l'Église établie par Notre-Seigneur Jésus- Christ, notre Maître et notre Dieu à tous.

                                                1 Novembre 1893.

Lettre de S. Em. le cardinal Rampolla à M. Portal, prêtre de la Mission, professeur au grand sémiñaire de Cahors (auteur des Ordinations an- glicanes!.

                                    Rome, 19 septembre 18%,



     Révérend monsieur,

Vous avez été bien aimable de penser à m'offrir l'opuscule sur les ordinations anglicanes paru depuis peu'sous le nom de Fernand Dalbus,et vous avez rendu votre don d'autant plus agréable que vous l'avez accompagné de nouvelles fort intéressantes relativement à la culture théologique el aux dispositions actuelles des membres les plus remarquables de l'Église anglicane, lesquels, comme vous le dites, en faisant des vœux pour l'union soupirent avec impatience après le jour où. tous ceux qui croient à la rédemption seront unis comme des frères dans une seule communion. Je suis heureux de vous dire que, malgré les graves occupations de ma charge, j'ai parcouru avec beaucoup d'intérêt ce travail, dont on a beaucoup parlé. Et je dois avouer que j'ai ressenti un grand plaisir à voir une question si délicate traitée avec une sereine impar- tialité de jugement et dans un esprit uniquement porté à faire res- plendir la vérité dans la charité. Tout en m'abstenant d'entrer dans la question elle-même, il ne m'est pas possible de ne pas approuver la conclusion de l’auteur, puisqu'elle est entièrement conforme aux sentiments exprimés il va peu de temps par le Saint-Père dans sa lettre apostolique adressée aux princes et aux peuples de l'univers. Dalbus croit que le mouvement intellectuel commencé à Oxford, et qui va se développant dans la communion anglicane parmi des hommes d’un esprit élevé, très érudits daus la science des antiquités chrétiennes et chercheurs loyaux du vrai, fera disparaître enfin les vieux préjugés, et, les ombres élant dissipées, ramènera à l'unité visible de l'Eglise de Jésus-Christ la fille de Rome, la noble race des Anglais, que Grégoire le Grand initia par le baptême à la vie chré- tienne et politique. Par là, le peuple anglais deviendrait complète- ment digne des hauts destins que la Providence lui réserve. Aucun doute ne peut s'élever sur l'accueil affectueux que cette nation trouverait auprès de son antique mère et maîtresse, si cet DES CONFÉRENCES ENTRE CATHOLIQUES ET ANGLICANS 393

heureux retour se produisait; car rien ne saurait égaler l’ardeur avec laquelle le Souverain Pontife qui gouverne aujourd’hui l'Eglise de Dieu, désire rétablir la paix et l'unité dans la grande famille chré- lienne, et réunir comme en un seul faisceau toutes les forces du chris- lianisme, pour les opposer efficacement au torrent d'impiélé el de corruption qui déborde aujourd'hui de toute part. Certainement, Sa Sainteté n’épargnerait ni travail, ni sollicitude, ni effort pour apla- air le chemin, pour apporter, où cela serait nécessaire, la lumière, et fortilier les volontés qui, tout en aimant le bien qu'elles connaissent, ne sauraient pas encore se résoudre à l’embrasser. Un échange amical d'idées et une étude plus soignée et plus appro- fondie des anciennes croyances et pratiques du culte serait on ne peut plus utile pour préparer la voie à cette union désirée. Tout cela de- vrait se faire sans aucun mélange d'amertume et de récrimination ou de préoccupation d'intérêt terrestre, se tenant dans une sphère où l'on respirerait uniquement l'esprit d’humilité et de charité chrétienne avec un sincère désir de paixet d’ardent amour pour l’œuvre immor- telle de l'Amour d’un Dieu qui pria pour que les siens fussent tous une seule chose en lui et n’hésila pas à cimenter cette union de tout son, sang.

Que les membres de la communion anglicane aient la conviction, vive et profonde, comme elle doit l'être, que l'unité de l'Église est la volonté expresse de Jésus-Christ, que les divisions et la variété des croyances religieuses sont l’origine d'unétat de choses qui répugne à la raison et déplait à Dieu, et que ceux qui coucourent à maintenir un pareil état de choses se rendent coupables devant Dieu el devant la société du plus grand bien dont ils la privent, et l'espérance du re- tour de l'Angleterre au centre unique de l'unité ne sera point vaine. « Une nation, comme dit Bossuet, une nation si savante, ne demeurera pas longtemps dans cet éblouissement : le respect qu'elle conserve pour les Pères, et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité la ramèneront à la doctrine des premiers siècles. Je ne puis croire qu’elle persiste dans la haine qu’elle a conçue contre la Chaire de Pierre, d’où elle a reçu le christianisme. » Dieu veuille que ces paroles d’un homme illustre aient été préphéliques! Et on pourrait y ajouter maintenant, après deux siècles que, ci- toyens d’un pays libre, les Anglais ne peuvent pas ne pas désirer que le règne de la justice, de l'ordre et de la paix soit rétabli dans tout l'univers, et tel est justement le vœu très ardent du Souverain Pontife Léon XIII. Puisse ce vœu, accueilli avec ferveur et secondé avec sincérité, montrer l'aurore d'une renaissance reli- gieuse générale, dont la société moderne a un si grand besoin, et metlre la nation anglaise à la tête de ce salutaire retour du monde à la vie chrétienne. 394 REVUE ANGLO-ROMAINE

Recevez, révérend monsieur, mes remerciements pour voir gracieux envoi de la brochure, avec l'assurance de mon estime distinguée,

                                      M. CaRDINAL RAMPOLLA.

Cette lettre me fut donnée à Rome même, où j'avais été ap- pelé, le 19 septembre 4894. Je ne la publiai pas alors, bien que j'y fusse autorisé, pour des raisons personnelles,et plus tard pour ces mêmes raisons je n’en ai publié qu’une partie. Ces raisons n'existent plus aujourd’hui. Il n’est pas besoin de faire remarquer l'importance de cette lettre. Je tiens cependant à signalerla phrase suivante à l'at- tention des lecteurs: « Un échange amical d'idées, et une étude plus soignée et plus approfondie der anciennes croyances et pratiques du culteserait on ne peut plus utile pour préparer la voie à cette union désirée. Tout cela devrait se faire sans aucun mélange d'amertume et de récrimination, ou de préocupation d'intérêt terrestre, se tenant dans une sphère où l'on respirerait uniquement l'esprit de paix et d'ardent amour pour l'œuvreimmortelle de l'Amour d'un Dieu qu pria pour que les siens fussent tous une seule chose en lui et n'hi- sita pas à cimenter cette union de tout son sang. Cet échange amicald’idées, en d’autres termes, ces conférences faites dans un esprit chrétien et sur les bases antiques de nos croyances auront lieu quand les autorités de l’Église anglicane voudront bien y consentir.

                                                   F. Ponraz.

. .

           LES ORDINATIONS ANGLICANES

              ET LE SACRIFICE DE LA MESSE




Quelques théologiens ont essayé de démontrer la nullité des ordi-

nations anglicanes en s'appuyant sur les modifications apportées au Prayer-Book en ce quitouche au sacrifice de la Messe. Leur argu- mentation peut, je crois, se résumer ainsi : Un sacrement est nul si le ministre a l'intention positive d'exclure un effet nécessaire de ce sacrement. Or, pour les ordinations anglicanes, le ministre a, ou du moinsila eu, dans le principe, l'intention positive d’exclure un effet nécessaire : le pouvoir de sacrifier. | Donc les ordinations anglicanes sont nulles.

La majeure est certaine, disent-ils, parce qu’elle implique une con- tradiction dans l'intention du ministre : un oui et un non qui se neutra- lisent. Poser une cause, c’est vouloir ses effets nécessaires: ne pas vouloir les effets nécessaires, c'est ne pas vouloir la cause. Mais vou- loir une causeet ne pas vouloir un effet nécessaire de cette cause, dans le même acte, c'est poser une contradiction qui annule l'acte. Dans le mariage, par exemple, si les contractants ont, avec l'inten- tion de se marier, l'intention formelle positive de ne pas contracter un mariage indissoluble, le mariage est nul. La mineure se prouve par les modifications apportées au Prayer- Book. Dans l’ordinal tout ce qui se rapporte au sacrifice de la messe : la porrection des instruments, etc., est supprimé. Le premier lrayer- Book portait : La Cène du Seigneur et la Sainte Communion communé- ment appelée la Messe. Le second, celui qui est en discussion, a remplacé ce titre par celui-ci : Ordre pour l'administration de la Cène du Seigneur ou Sainte Communion. Le mot « Messe » est supprimé; on supprime également l'autel : Lorsqu'on célébrera la Sainte Cène, la Table sera dans la Nef de l'Eglise, ou dans le chœur. Ces preuves et d'autres qu'il serait facile de trouver dans l'Ordre pour l'administration de la Cène du Sei- gneur ou Sainte Communion établissent la mineure. Tous ces faits prouvent l'intention de ne pas vouloir un effet nécessaire du sacre- ment de l'Ordre, qui est de faire des prêtres doués du pouvoir de 396 REVUE ANGLO-RONAINE sacrifier. Ils suffisent du moins pour permettre de présumer au for externe cette intention. De là, si, comme dans le cas rapporté par le cardinal Vaughan ‘, l'intention du consécrateur d'exclure un effet nécessaire du sacrement de l'Ordre est clairement manifestée, l'ordi- nation est nulle; si l'intention n'est pas clairement manifestée, on est en droit de la présumer à cause des modifications apportées au livre officiel de l’Église d'Angleterre, et dans ce cas les ordinations angli- canes sont au moins douteuses.

l me semble avoir donné l'objection dans toute sa force, je vais essayer d'y répondre en reprenant chaque partie de l'argument.

                                        I

  Un sacrement est nul si le ministre « l'intention positive d'erclure un

effet nécessaire de ce sacrement. Voyons ce que vaut cette majeure. Citons d’abord un des maîtres modernes de la Théologie : le car- dinal Franzelin. Dans son Traité de Sucramentis in genere (Thesis vu, pp. 227, 298, edit. 1873}, il cite la phrase suivante du pape lono- cent IV: « Non est necesse quod baplizans sciat quid sit Ecclesia, quid bap- tismus, vel unde sit, nec quod gerat in mente facere quod facit Erclesa: imo, si contrarium gereret in mente, scilicet non facere quod facit Ecclesia, sed tamen facit, quia formam servat, nihilominus baptizatus est, dummodo baplizare intendat, » Puis, le Cardinal continue en ces termes : « Ex his patet aliud doctrinæ caput necessarium ad mullas difi- cultates removendas. Quando scilicet ipse efectus actionis sacramet- talis a Christo elevatus est ad rationem sacramenti, ut sacramentum est Eucharistia et legitimus contractus matrimonialis, minister intendens hunc effectum, licet nesrial esse sacramentum vel etiamsi nolit ui sit sacramentum, non potest impedire rationem sacramenti. Sie qui vu consecrare Eucharistiam, simulque habeat intentionem expressañ ut Eucharistia a se consecrata non sil sacrumentum, vel ut per const- crationem, quam supponitur velle, non fiat sacrificium, hac sua per- versa intentione nec rationem sacramenti, nec sacrificii impedit. Pariter sponsi baptizati, qui volunt verum înire rontractum matrime- nialem (servatis conditionibus necessariis ad valorem contractusi, €6 L'« Un ami m'a assuré, il y a quelque temps, que, lorsqu'il fut ordonné comm anglican, l'évêque préluda à l'ordination par cot avertissement: « Maintenañl faites attention à ceci, monsieur, que je ne vais pas vous ordonner pour être U5 prêtre sacriflant. » L'avertissement pouvait étre inusité, mais l'intention et ls doc- trine qui y étaient contenues n’étaient-elles pas communes? Et n'y a-t-il pas aujou” is d'hui des prélats anglicans qui déclareraient solennellement qu'en ordonnant n'ont pas l'intention de faire des prètres sacrifiants? » (Lettre du card. Vaughan à M. [.-D. Howel.) LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 997

ipso efficiunt sacramentum etiamsi expresse vellent rationem sacramenti exludere. Ratio horum est, quia ab intentione ministri pendet quidem suam actionem, institutam a Christo ad effectionem Sacramenti, ponere mere materialiter, ita ut nullum habeat effectum, puta si proferens verba nolit consecrare, et proferentes verba aut signa consensus, nolint consentire in matrimonium; at si adsit inlentio sufliciens ad producendum effertum Eucharistiæ aut matrimonii, effeclus positus érdependenter a guavis ministri voluniale habet necessario eas omnes rationes et pro- prielates, quæ ei sunt ex Christi institutione insitæ. » Un trait historique montrera la signification el la force de l'asser- tion de Franzelin, et je crois que nous pourrions diflicilement en citer un meilleur que celui des évêques anglais à l'époque de la Réformation. Pour que l’on en comprenne bien le sens, il est néces- aire de rappeler que l'Église d'Angleterre, dans les deux ordinaux d'Édouard VI, a marqué dans quelle intention ses rites d'ordination ont été composés et autorisés. Voici ja préface qui est d’ailleurs la même dans les deux ordinaux : « Menifestum est omnibus, sacram Scripturam el veleres auctores diligenter perlegentibus, extitisse in Ecclesia Christi ex Aposlolorum temporibus hosce Ministrorum ordines, Episcopos, Presbyleros et Diaconos. Quæ quidem munera ita magni semper æslimabantur ut nemo propria auctoritate ullo eorum fungi auderet, nisi qui jam vocatus esset, probatus, examinatus, el eidem suslinendo par esse satis cognitus; et præterea per preces publicas cum imposilione manuum ad id approbatus et admissus. Igilur, quo isli ordines in Eccesia Angiicana conservari possint, et reverentia debita usurpari el æstimari, sancitum est ut nemo (nondum Episropus, Presbyter, Diaconusve eristens) ullum eorum exsequatur nisi qui secundum ritum sequentem vocatus, probatus, examinatus et admissus fuerit. » Dans cette préface, l'Église indique clairement qu'elle ne se pro- pose pas de faire revivre un sacerdoce conforme à la sainte Écriture et qui aurait pris fin depuis longtemps. Elle se propose de continuer un sacerdoce qui a commencé au lemps même des apôtres, qui a foujours été conservé dans l'Église el qui étail alors en usage en Angleterre. Ceux qui étaient évèques, prêtres ou diacres à celle époque, n'eurent pas besoin d'être ordonnés de nouveau. L'intention

de l'Église en en ordonnant d'autres, suivant le rile nouveau, fut d'admettre ceux qu'elle ordonnait aux différents ordres tels qu'ils erislaient alors, afin que les ordres pussent êlre ronlinuës. Cette

préface prouve d’une manière évidente que l'intention générale de l'Église d'Angleterre exprimée ainsi ofliciellement ne dif- fère pas de l'intention de l'Église romaine. Il sera juste dès lors de raisonner pour ses ministres comme raisonne Franzelin. 1l ne dépendra pas d’un évêque anglican, ou romain, d'empêcher les effets 398 REVUE ANGLO-ROMAINE

d’une cause qu'il veut premièrement. Ces effets ne dépendent pas de sa volonté, mais de celle de Notre-Seigneur. Ils sont, d'ailleurs, vir- tuellement contenus dans l'intention de vouloir la cause !. On peut cependant faire une hypothèse d'après laquelle la majeure pourrait être discutable. Si les ordres étaient conférés avec l'in tention d’exclure tout pouvoir de sacrifier au point que le ministre, tout en gardant le rite supposé valide,ne voudrait pas donner l'ordre si ce sacrement renfermait le pouvoir de sacrifier, dans ce cas chimé- rique il pourrait y avoir controverse. Franzelin admettrait que le sacrement n'est pas conféré. (Tract. de Sacram. in genere, p. 228.) Mais il a soin d'ajouter : « Generatim loquendo talis exclusio efficax sacra- menti non potest locum habere nisi ex reflexa, obstinata et rarissime in animis humanis occurrente malitia. (Cf. Suarez, disp. XIII, sect. 2; de Lugo, disp. VIII, sect. 8). » [l y aurait controverse, disons-nous, parce qu'il faudrait se demander jusqu'à quel point un prêtre agissant officiellement et se servant d'un rite exprimant une intention peut, par son intention privée, détruire cette intention générale etofficielle. Je crois inutile de m'arrêter davantage sur ce point, parce qu'il me semble avoir établi que la majeure ne peut être admise dans son sens naturel et envisagée selon la conduite ordinaire des hommes. Quant à l'hypothèse particulière, admettant qu'elle soit sujetteà controverse, je nie qu’un fait quelconque puisse permettre de l'éta- blir pour les évêques anglicans anciens ou modernes. En toul cas l'onus probandirevient à nos adversaires. Cette preuve n'a jamais élé faite. J'en viens tout de suite à la mineure, dont j'espère démontrer la complète fausseté. ‘

                                   I

Or,pour les ordinations anglicanes, le ministre a, ou du moins a eu, dans le principe, l'intention positive d'exclure un effet nécessaire : le pouvoir da sacrifier. Telle est la mineure. | Avant d'entrer dans la discussion sur les opinions et les inten- tions des évêques anglais du xvi° siècle qui furent les chefs de la Ré- forme, je désirerais appeler l'attention sur les faits et principes sui- vants : ° Je ne cherche pas présentement à prouver que Cranmer et les autres réformateurs professaient des opinions saines ou même tolé- rables sur lesacrifice eucharistique. Je me propose seulement de dé- montrer qu'il n'y a pas lieu desupposer :4° qu'ils eurent cette inten-

1 Il est important de noter que l’argument que je viens d'exposer est bon non seulement pour les évêques anglicans modernes, mais aussi pour Cranmer et Bar low et les autres évêques réformateurs du xvit siècle. LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 399

tion bien arrétée de refuser à ceux qu'ils ordonnèrent le pouvoir de sacrifier, et ® que leur intention ne fut pas de ne pasles ordonner si, en les ordonnant, ils devaient nécessairement leur conférer le pou- voir de sacrifier, leur désir ayant été dans ce cas de rendre non valide l'ordination dont ils accomplissaient extérieurement le rite. % En considérant les opinions des réformateurs anglais surlaques- lion du sacrifice, on doit se rappeler queles définitions du Concile de Trente touchant cette question ne furent pas autorisées, ni promul- guées avant la 22° session du Concile, qui se tint le 17 septembre 1562, environ trois ans après la consécration de l'archevêque Parker et plus de neuf ans après la mort d'Edouard VI. Lescatholiques romains, je le pense, admettront qu'avant les définitions du Concile il était per- mis d'avoir sur la question du sacrifice des opinions qui après la pro- mulgation des définitions eussent été regardées comme défendues. 3° Afin de bien interpréter à leur juste valeur le langage et les actes de Cranmer et de ses disciples, il est absolument nécessaire de pren- dre en considération qu'à cette époque, des opinions erronées et exagérées sur la question du sacrifice avaient cours un peu partout en Europe, et particulièrement en Angleterre. 4 Si nous voulons arriver à une conclusion équitable et véridique sur l'intention de l'Église d'Angleterre et sur la signification de ses formules liturgiques et dogmatiques, il est absolument nécessaire d'établir une distinction entre ce que Cranmer et ses disciples firent ou enseignèrent en tant qu'évêques de leurs propres diocèses et ce qu'ils firent et enseignèrentlorsque, réunis en synode, ou de toute autre manière, ils parlèrent et agirent avec les autres évêques comme des législateurs et des docteurs dont les décisions engageaient à la lois toute l’Église d'Angleterre. 1l n’est pas nécessaire je pense, d'expliquer le premier etle second point. En conséquence je passerai aussitôt au troisième. | Au sujet des opinions erronées sur la doctrine du sacrifice, qui avaient cours en Europe et spécialement en Angleterre avant et pen- dant la Réforme, il est nécessaire, je crois,de faire des citations assez nombreuses. Vasquez dit ! : « Notat igitur Catharinus ? in eodem opuseulo superius citato (De verilate incruenti sacrificü) : S Prümum igilur, duo esse genera peccatorum expianda per sacerdotium, et sacrificium : alterum est originalis pec- tali, et eorum, quæ cum eo conjuncta sunt : et hæc vocat ipse peccata,

l'Vasquez, Comment. in terl. part. S. Thom... 3, quæst. 83, art. 1, ch. 1v, disp. 221, édit. Anvers, 4644, t. III, p. 528. ? Catharin naquit à Sienne en 1487, entra chez les Dominicains en 1521 et se dis- tingua au concile de Trente. 1l occupa l’évèché de Minori en 1547, l'archevéché de Conza en 1554 et mourut on 1553 au moment où il se rendait à Rome poury être nommé cardinal. 400 REVUE ANGLO-ROMAINE quæ erant sub priori testamento nempe sub veteri, juxta modum lo- quendi Pauli ad Hebræos, 1x. Alterum vero peccatorum quæ post Baptismum committuntur, et hæc vocat ipse peccala quæ sub novo Testamento admittuntur; et pro quovis genere suum assignat sacrifi- cium : quia putat fore ut sine suo peculiari sacrificio Sacramenta pro quovis illo genere peccatorum expiando non consisterent, sicut aitin $ Cu m ergo peccata. Pro peccato itaque originali, et aliis cum eo con- junctis, quæ ipse vocat peccata sub priori testamento, assignat Chris tum, et Sacramentum Baptismi quod virtute illius sacrificii ea remit- tat : et quia hæc omnia reputantur {inquit) unum peccatum ratione unius originalis, a quo oriuntur, et cum quo conjuncta sunt, ideo pro illorum remissione satis fuit una ipsius oblatio, quæ nunquam esset repetenda. Atque hoc modo explicat Paulum ad Hebræos, x, cum ait : Una enim oblatione consummatit in sempiternum sancti ficates : ubi reddit causam, obquam antiquasacrificia in dies repeterentur, sacri- ficium autem crucissemel tantum fuerit oblatum. At vero pro peccalis commissis post Baptismum pro quibus inquit, non relinqui hostiam Christi cruentam quod voluntarie committantur, juxta illud ad Hebræos, x, voluntarieenim paccantibus nobis post acceptam noliliam verita- dis jam non relinquilurpro peccatis hestia, nempe ut ipse intelligit, cruenta, quæ iterum repetatur, assignat sacrificium incruentum Missæ, quoë ideo asserit, quotidie repeti, et iterari: quia offertur pro peccatis, quæ jam sub novo testamento committuntur; nam cum hæc, inquit, plura sint neque ab uno originali derivata, sed singula per se consi- derentur, quodlibet etiam suam expialionem sacrificii postulat, at proinde sacrificium incruentum repetendum est pro his peccatis, quæ sub novo testamento committuntur, quocirca in $ Denique ronsideran- dum, addit, ad expiationem horum peccatorum non applicari nobis cruentum Christi sacrificium sed incruentum per sacramentum Pæni- tentiæ. » | Voiei un passage qu'on a attribué souvent à saint Thomas et souvent aussi à Albert le Grand : « Secunda causa institutionis hujus sacra- menti est Sacrificium altaris, contra quandam quotidianam delie- torum nostrorum rapinam. Ut sicut corpus Domini semel oblslum est in cruce pro debito originali; sic offeratur jugiter pro nostris quotidianis delictis inaltari, et habeat in hoc Ecclesia munus ad pla- candum sibi Deum super omnia legis sacramenta vel sacrificia pre- tiosum et acceptum *. » Au mois d'août 1338 ce passage fut cité dans wn document présenté à Henri VIIl par les ambassadeurs envoyés à la cour d'Angleterre par les princes protestants de l'Allemagne. Dans ce document le passage est attribué à saint Thomas ?.

1 Acsert LE GRAND, Serm. de Sacram. Euch.,t. XII, p. 250. Xdit, Lugd. 3 Voir Collier, Ecct. Hist. vol, IV, p. 415, éd. 1840. Mi

   LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE               401

Je citerai maintenant un autre passage de Vasquez, dans lequel il sous montre un autre aspect de la doctrine populaire pré-tridentine. I dit: — « Recentiores nonnulli asserte docuerunt per Sacramentum Eucharistiæ quatenus est sacrificium Patri oblatum, non solum veniale, sed etiam mortale peccatum eorum, pro quibus offertur, juxta ipsorum dispositionem ex opere operato, sicut per Sacramen- tum pœnitentiæ, deleri, nempe ita ut ad hunc effectum in eo,pro quo ofertur, sola attritio sufficiat, et virtute sacrificit, sicut Sacramenti, absque alio effectu voluntatis gratia remissionis peccatorum semper proxime conferatur !. » C'était la doctrine populaire pré-tridentine qui affigeait tellement les évêques et lesthéologiens de l'Église anglicane au xvi° siècle. Même Gardiner, évêque de Winchester et chef de ce que l'on appelait alors le parti de l'Ofd lemrning, le vieux savoir, la vieille doctrine, déplorait l'enseignement populaire sur ce sujet. Le savant historien Dixon donne en ces termes un abrégé du fa- meux sermon de l'évêque Gardiner prêché le jour de la fête de saint Pierre, 4548: « Gardiner était d'accord avec le Parlement en retenant la messe et en prescrivant la réception du Saint-Sacrement sous les deux espèces. Définissant la messe comme un sacrifice commandé à deux fins, c'est-à-dire: 1° Fortifier les âmes par le souvenir de la Passion de J.-C., et ® recommander à Dieu les fidèles trépassés, il ajouta que toutes idées supplémentaires sur la messe étaient des abus qui devaient être supprimés. Il approuvait conséquemment Ia dissulution des« chantries»,sil'on en abusait en se servantde la messe comme satisfaction pour le péché, c'est-à dire pour effacer le péché et conduire les hommes au paradis : car, lorsqu'on ajoutuil à la messe une idée de satisfaction ou d’une rédemption nouvelle, on donnait à ce sacrifice un autre but que celui pour lequel il fut institué ?. » Deux ans après l'évêque Gardiner écrivit un livre intitulé Une erplication et une asserlion de la véritable foi catholique, tourhant le saint Sacrement de l'autel: et dans ce livre on trouve le passage suivant, — « Le sacrifice quotidien, dans ce qui concerne l'action du prêtre, ne peut être appelé satisfaction; à vrai dire ce mot ne parait pas bien en place icr, quoique l'on puisse le conserver en lui donnant une signification spéciale ; je trouve donc que ce mot devrait être plutôt distinctement expliqué que captieusement et calomnieusement perverti, et que l'expression suivante soit plutôt employée : Que l’immola- lion de Jésus-Christ une fois accomplie sur l'autel de la croix est l'unique sacrifice de satisfaction pour Ja réadmission de l'humanité à la faveur de Dieu. Et je n'ai pas lu que le sacrifice quotidien du Corps très précieux du Christ puisse être appelé une satisfaction.

1Vasquez, Op. cit., disp. 298, t. IL, p. 598.

Dixox, History of the Church of England, vol. 1, pp. 263, 264.

  REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. 1. — 26,

402 REVUE ANGLO-ROMAINE Enfin l'idée que l'homme puisse oser, par une action quelconque, tenter de satisfaire Dieu par voie de compensation est un blasphème insensé !. » À ce livre de Gardiner, Cranmer écrivit une réponse; el en parlant du passage cité tout à l'heure, il dit: — « Si vous n'avez pas entendu parler de messes de satisfaction, il paraît que vous connais- sez très peu les scolastiques. Æf cependant sl n'y a pas si longlemps que vous auriez pu en entendre parler foules les fois qu'on préchait le indulgences. Mais, puisque vous ignorez ces choses, lisez le livre du docteur Smith sur le sacrifice de la messe, et vos oreilles et vos yeux seront également remplis de ces blasphèmes insensés que vous avez en une phrase totalement rejetés ?. » Les mots soulignés démontrent, je pense, que la doctrine populaire pré-tridentine, qui répugnait avec justice à Gardiner même, était prêchée constamment au peuple, surtout quand il s’agissait de trafiquer des indulgences. Il faut noter que Latimer, évêque de Worcester, prèchant, le 9 juin 1536, à l'ouverture de la convocation {ou Synode provincial} de la province de Cantorbéry composée des évêques, des abbés, des doyens, des archidiacres, et des procurateurs, soit des chapitres des cathédrales, soit du clergé des paroisses, employa ce langage: « Mes Frères... examinez bien cette question. Nos évêques el abbés, prélats et curés, ont-ils été, oui ou non, jusqu'ici des pasteurs fidèles à leurs devoirs envers leurs ouailles ? — Réfléchissez si le plus grand nombre est ce qu'il devrait être! — Allez, allez, dites-moi d'après la direction de votre conscience, n'a-t-on pas vu ceux qui, méprisant le trésor du Seigneur comme métal inférieur, et non espèce courante, frappèrent à leur guise une autre monnaie. ou bien se servirent de celle qui avait été nouvellement frappée par d'autres ;.... quelquefois même déclamant les idées des hommes à la place de la parole de Dieu! prêchant en même temps au peuple que la rédemption accomplie par la mort du Christ ne doit profiter qu'à ceux qu sont morts antérieurement à son Incarnation; et que conséquemment ls pardon des péchés et la rédemption achetée avec de l'argent, et inventée par les hommes, est la seule efficace, et non la rédemption qui nous a élé procurèe par le Christ ®. » Ce sermon fut préché en latin, après la messe du Saint-Esprit. ll aurait été impossible pour l’évèque d'adresser de telles parolesà un tel auditoire, si elles n'avaient pas été vraies. Évidemment, la doc- trine contraire était bien connue en Angleterre. Et il est impossible de supposer que Latimer et le Synode auquel il s’adressait profes- saient la doctrine prolestante à l'égard de la sainte Eucharistie. Ce \

1 Voyez CRANMER, On the Lord's Supper, edit. Parker Soc., p. 361.
? CRANMER, Op. cit., p. 362.
5 LarTIMER, Sermons, cdit. Parker Soc., p. 36.

LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 403

Synode au contraire publia une série de dix articles, dans lesquels on trouve ce qui suit: (1) « Sous la forme el la figure de pain et de vin, que nous voyons et apercevons présentement par nos sens, est véritablement, substan- tiellement, et actuellement contenu et compris le véritablement identique Corps et Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui naquit de la Vierge Marie et souffrit sur la Croix pour notre Rédemption; et que sous la même forme de pain et de vin le véritable Corps et Sang du Christ est corporellement, véritablement, et en substance présenté, el il est reçu de tous ceux qui communient®. » (11) « Il est selon le véritable ordre de la charité qu'un chrétien prie pour les âmes des trépassés et les confie dans ses prières à la miséricorde de Dieu, et aussi qu'il fasse prier pour eux, dans des messes et des obsèques, et qu'il donne l’aumône à d’autres pour obtenir leurs prières, afin que ces âmes puissent être secourues et délivrées d'une partie de leurs tourments ?, » Latimer prit part à la rédaction de ces articles et les signa lors- qu'ils furent rédigés. Les articles furent également signés par les deux archevèques, quinze évêques, vingt-neuf abbés et onze prieurs, ainsi que par les doyens, les archidiacres et les représen- tants du bas clergé. Ces articles contiennent évidemment la vraie doctrine catholique; et l'on devrait attacher une grande importance à la déclaration de l’évêque Latimer dans le sermon qu'il précha à l'ouverture du Synode. Il est clairement démontré dans ce sermon et prouvé ailleurs, comme je l'ai dit, qu'une doctrine monstrueuse touchant le Sacrifice Eucharistique avait été populairement répandue en Angleterre durant la première partie du xvi* siècle. Le trente et unième article De Unira Christi oblalionein cruce perfecta fut rédigé exprès pour répudier cette doctrine. Dans cet article, premièrement adopté en 1553 et placé parmi les quarante-deux articles publiés cette année, et plus tard sous la reine Élisabeth replacé parmi les trente-neuf articles qui furent autorisés par les convocations des deux provinces, en 1562, l'Église anglicane parle ainsi : — « Oblatio Christi semel facla, per- fecta est redemptio, propitiatio et satisfactio pro omnibus peecalis totius mundi, tam originalibus quam actualibus; neque præter illam unicam est ulla alia pro peccatis expiatio : UNDE missarum sacrificia, quibus vulgo dicebatur sacerdotem offerre Christum in remissionem pœnæ, aul culpæ, pro vivis et defunctis, blasphema figmenta sunt, et prrniciosæ imposluræ. » Il est parfaitement évident que le rédacteur de cet article avait en

 t Burner, History of the Reformalion, edit, Pocock, vol. IV, p. 280.
 2 Burner, Op. cil., p. 285.

404 REVUE ANGLO-ROMAINE

vue les thèses exposées dans la Confession d'Augsbourg: etla consi dération de ces thèses fortifie l'opinion que je veux avancer, sur la signification de cet article. — Dans la Confession d'Augsbourg, nuus lisons ce qui suit : — « Accessit opinio, quæ auxit privatas missas in infinitum videlicet quod Christus suà Passione satisfeceril pro pec- cato originis, et instituerit Missam in quà fieret oblatio pro quati- dianis delictis mortalibus et venialibus. Hinc manavit publica opinio quod Missa sit opus delens peccata vivorum et morluorum ex opere operato...... De his opinionibus nostri admonuerunt, quod dissentiant a Scripturis Sanctis et lædant gloriam Passionis Christi. Nam Passio Christi fuit oblatio et satisfactio non solum pro culpà originis sed etiam pro omnibus reliquis peccatis. » Nil'article ni la Confession d'Augsbourg n'avaient été rédigés pour engager ceux qui souscrivaient à ces formulaires, à une répudiation quelronque de l'usage primitif et catholique d'offrir le Saint Sacrifice pour les vivants et les morts, avec l'intention d'implorer pour eux miséricorde de Dieu, et de leur procurer, par voie de supplication. de telles bénédictions et consolations qui pourraient leur être salutaires. Mais l'article et la Confession avaient également pour but de répudier la doctrine monstrueuse, déjà si répandue el soutenue par les théologiens et les prédicateurs, qui faisait du sacrifice de la Messe une rédemption nouvelle, parallèle à la rédemption accon- plie par Notre-Seigneur sur la Croix, et effectuant ex opere operafe la rémission de la coulpe et de la peine en faveur de ceux pour lesquels ce sacrifice était offert. Dans l'apologie de la Confession d'Augsbourx citée par Bossuet, on trouve l'interprétation suivante : — « Quantà ce qu’on nous objecte de l’oblation pour les morts, praliquée par les Pères, nous avouons qu'ils ont prié pour les morts, et nous n'empé- chons pas qu'on le fasse; mais nous n’approuvons pas l'applica- tion de la Cène de Notre-Seigneur pour les morts, en vertu de l'action er opere vperato}, » — En considérant les paroles du XXXI° article. il est nécessaire d'appuyer spécialement sur l'emploi du mot « EXDE». qui lie ensemble les deux parties de l'article. L'article ne fait que rejeter telle explication du Sacrifice de la Messe qui serail en désar- cord avec le « perfecta redemptio, propitiatio et salisfactio pr" omnibus peccatis totius mundi, tam originalibus quam actualibus ». accomplie par N.-S. sur la Croix. Les opinions erronées dont ces citations atteslent l'existente ‘peuvent se résumer à deux points principaux : 4 Certains croyaient que le sacrifice de la Croix rachète du péché originel ainsi que des fautes commises au temps de l'Ancien Testa-

4 Bossuer, Histoire des Variations, lv. III, chap. 11v., Uuvres, édit. Ver- sailles, 1816, tome XIX, pp. 201, 202. ° LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 405

ment, tandis que le Sacrifice de la Messe rachète des péchés commis après le baptême. 2° Certains autres croyaient que si le Sacrifice de la Messe était offert pour une personne baptisée, vivant en état de péché mortel, mais aussi d'attrition, le Sacrifice procurait et communiquait à cette personne la grâce du pardon et de la justification, si bien qu'elle n'avait plus besoin de l'absolution dans le Sacrement de pénitence. Quelques réflexions sur chacun de ces deux poinlis. 4° On a discuté dernièrement le texte de Catharin cité par Vasquez. Faut-il lui attribuer les opinions erronées que je viens d'exposer sous mon premier chef? À propos de cette discussion, je désirerais appeler l'attention sur ce fait que Melchior Cano, qui était contem- porain de Catharin et mourut alors que Vasquez avait seulement neuf ans, se trouve être d'accord avec ce dernier dans l'exposé qu'il fait de la doctrine de Catharin. Voici ce que dit Melchior Cano : « Ex quo Ambrosii Catharini deliratio patet, peccata ante baptismum admissa per crucis sacrificium remitti, post baptismum vero omnia per sacrificium allaris !. » Cependant, dans ce même traité, Catharin s'exprime ainsi : « Hoc ergo sacrificium novum et incruentum suam habet efficaciam ab illo cruento, cujus commemoratio sit. Nam ut hoc esset, per iilud oblentum est, sicut diximus. » ‘ Par conséquent, sous un certain rapport, Melthior Cano et Vas- quez n'ont pas donné un exposé exact de la doctrine de Catharin. Sans doute, il admit dans un certain sens que le Sacrifice dela messe et le Sacrifice de la Croix sont pour ainsi dire parallèles. Il pense que te Sacrifice de la Croix est la source immédiate de la vertu du sacre- ment de Baptème, tandis que le Sacrifice de la messe et non le Sacri- fice de la Croix est la source immédiate de la vertu du Sacrement de Pénitence. Mais il faut observer qu'il fait du Sacrifice de la Croix le premier fondement du Sacrifice de la messe. Le chanoine Moÿyes, le premier, mit en évidence que l'exposé fait par Vasquez de la doctrine de Catharin n'était pas absolument exact 2. Ma propre étude m'amène à soutenir les affirmations du chanoine Moyes sur ce point. Peut-être, si j'avais le temps et l'espace, pourrais-je montrer que néanmoins on aurait le droit de faire appel à l'enseignement de Catharin en confirmation de l'opinion que la doctrine erronée résu- mée au 4° avait cours au xvi° siècle; mais comme ce témoignage pour- rait se discuter, je l'écarte. Toutefois celui du sermon communé- ment attribué à Albert le Grand doit être maintenu.

1 De Locis Theologicis, lib. XIL;cap. x1. — Theologiæ cursus completus, tom. I, col. 851. Comparez aussi avec Suarez, in fertiam parlem S. Thomæ disp. LXXIX; sect.Î S. 2, opp., tom, XXI, p. 709 ed. Paris, 4861. 3 Car, De veritale, ete. col. 470. Voir aussi col. 150. L’exemplaire de Lambeth appartient à une édition publiée à Rome en avril 1552, par Ant. Bladus. 406 REVUE ANGLO-ROMAINE A propos de ce passage qui se trouve en têle d’un recueil de trente-deux sermons sur lEucharistie, l'abbé Vacant, professeur au grand séminaire de Nancy, à récemment écrit ce qui suit : « Le premier discours contient une erreur théologique considé- rable, savoir que Jésus-Christ s’est offert sur la Croix pour le péché originel et qu'il s'offre à la messe pour les péchés actuels, erreur absolument opposée à la doctrine d’Albert le Grand, mais attribuée plus tard à Catharinus par Vasquez »:!. Dans la note d’où j'ai extrait ce passage, M. Vacant démontre très bien que lestrente-deux sèrmons nesont cerlainement pas d'Albert le Grand ou quesi, originairement. ils furent écrits par lui, ils ont subi en tous cas desaltérations considé- rables. « La théorie d'Albert le Grand, dit-il, sur le sacrifice de la messe est fort caractéristique, et elle se retrouve bien marquée et bien homogène dans les trois ouvrages authentiques que nous avons cités en tête de cet article; or il n’en existe aucune trace dans les discours sur l'Eucharistie, où c'était pourtant l'occasion de l'exploi- ler, car elle se prète bien aux développements oratoires ?.» M. Va- cant montre en outre que les sermons ne sont pas de saint Thomas d'Aquin, et je mentionne ce fait parce qu’au xvi° siècle, comme je l'ai déjà fait remarquer, ces sermons étaient très communément attribués à saint Thomas. M. Vacant donne les raisons qu'il. y a de penser que, dans leur forme actuelle, ces sermons datent du xv° siècle et sont probable- ment postérieurs au Concile de Constance. Si ces sermous ne sont pas d'Albert le Grand, l’argument du chanoine Moyes *, au moyen duquel il se persuade que le passage cité ne veut pas dire réellement ce qu'il dit en fait, tombe de lui-même. Évidemment dans ce passage on rencontre la doctrine faussement attribuée à Catha- rin par Vasquez. Nous ne savons pas quel en est l'auteur, mais celui-ci, en tous cas, ne peut pas manquer d’avoir eu une grande influence aux xv° et xvr siècles, puisque les sermons dans lesquels il se trouve sont attribués soit à Albert le Grand, soit à saint Thomas et sont insérés encore aujourd'hui dans le plus grand nombre des édi- tions des ouvrages de ces deux docteurs. La confession d’Augsbourg. le sermon de l'évêque Latimer préeché devant la convocation de Can- torbéry en 1536, le sermon de l'évêque Gardiner prêché le jouride Saint- Pierre en 1548 attestent que les opinions erronées renfermées dans le passage cité plus haut s'étaient répandues au loin. Le deuxième et le trente et unième de nos Trente-neuf articles font l’un et l'autre allusion à ces opinions erronées et les répudient également. Tous

! Hist. de la Conception du Sacrifice de la messe dans l'Eglise latine,parJ.-M.-

A. Vacant, p. #1. 1894. 2 Voir le Tablet des 18 et 25 mai 1893, pp. 164-166 et 804-805. 3 Voir le Tablet du 25 mai 1895, pp. 805-806.

                                                                          abus

LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 407

les catholiques instruits doivent certainement admettre que cette doc- trine, bien qu’enseignée sous le patronnage de grands noms comme saint Thomas et Albert le Grand, doit être absolument rejelée par l'Église: C'est avec raison que le chanoine Moyes ! parle de cette théorie comme d’une « détestable doctrine », d’une « infâme hérésie », Les évêques de l'Église d'Angleterre furent dans la nécessité de prendre des mesures exceptionnelles pour extirper cette théorie, Quant à savoir si les mesures employées furent bonnes et prudentes, c'est une autre affaire; mais personne ne les condamnera pour s'être opposés de tout leur pouvoir à une doctrine qui corrompait la foi catholique sur le point peut-être le plus essentiel. 2° Je passerai maintenant au second point que j'ai résumé plus haut?, Vasquez s’est exprimé ainsi: « Recentiores nonnulli APERTE DOCUERUNT per Sacramentum Eucha- ristiæ quatenus est sacrificium Patri oblatum, non solum veniale, sed etiam mortale peccatum eorum, {pro quibus offertur, juxta ipsorum dispositionem ez opere operato, sicut per sacramentum pœnitentiæ, deleri, nempe ita ut ad hunc effectum in eo, pro quo offertur, sola attritio sufficiat, et virtute sacrificii, sicut Sacramenti, absque alio effectu voluntatis gratia remissionis peccatorum semper proxime con- feratur. » Vasquez dit plus loin que les écrivains qui « enseignaient ouverte- ment » cette doctrine avaient coutume de citer à son appui un passage de saint Thomas (in 4, distinct. 12; quæst. 2, artic. n, ad quartum). J'ai la conviction qu'ils avaient mal compris saint Thomas. Cepen- dant ils revendiquaient en outre comme partisans de leur manière de voir : Gabriel Biel, Albert Pighius, Franciscus Turrianus, Canisius et Gasparus Cassalius. 11 est bon d'observer que Suarez * nie qu'aucun de ces écrivains ail été réellement coupable d’avoir professé une si détestable erreur. J'espère que ce qu'il dit en leur faveur est vrai. n'en demeure pas moins certain que cette doctrine fut enseignée par de recentiores nonnulli. Nous avons sur ce point le témoignage de Vasquez et de même celui de Suarez, car ce dernier, parlant des effets du sacrifice de l'Eucharistie s'exprime en ces termes : « Inter quos effectus, primus ac præcipuus esse potest primæ gra- tiæ infusio, et remissio mortalis culpæ; de quo variæ fuerunt hac nostra ælate sententiæ. Prima est, hoc sacrificium immediate per se, ratione rei

! L'argument du chanoine Moyes peut so résumer ainsi, à savoir qu’Albert le Grand ayant enseigné dans plusieurs de ses écrits que la rémission des péchés Commis après le baptème a sa source première dans le sacrifice de la Croix, il faut lire la même chose dans le passage que j'ai extrait du premier des 32 sermons qui lui sont attribués. M. Vacant ayant démontré maintenant d’une manière évi* dente que ces sermons ne sont pas d'Albert le Grand, l’argument du chanoine Moyes tombe de lui-même. © Voir le Tablet du 25 mars 1895, pp. 806-807. 3 Suarez, In lert. partem, disp. LXXIX, sect. nr. 408 . REVUE ANGLO-ROMAINE

oblatæ, conferre primam gratiam et remissionem culpæ mortalis ex opare éperato. » Ici Suarez nous dit que parmi les diverses opinions qui avaient cours en son temps au sujet de l'effet du sacrifice, la première est cette erreur même que nous considérons #. D'ailleurs il pensa qu'il était à propos de ne pas consacrer moins de neuf pages aux divers arguments dont il se sert pour réfuter cette opinion. Nous avons encore un plus ancien témoin de l'existence de cette fausse doctrine dans la personne de Melchior Cano. Ils'exprime ainsi : « Vis sacrificii in peccaio remittendo quæritur, crlpraene remillal, an pænas; an utrasque potius et culpas et pœnas. De qua re tres video sen- tentias ferri, quarum nullam probo. Unam ut oblatio sacra culpas elam mortales remiltere possit atque adeo gratiam conferre. » 11 mentionne ensuite deux autres opinions qu’il désapprouve et il consacre près de cinq colonnes à la réfutation de l'erreur qu'il avait mentionnée en premier lieu et dont nous nous occupons en ce moment. Pour moi je n'ai pas de doute sur ce point, à savoir que, notre trente et unième article déclarant que les : « Missarum sacrificia guibus vulgo dicebatur sacerdotem offerre Christum in remissionem pœn aut culpæ, pro vivis et defunctis, blasphema figmenta sunt, et perni- ciosæ imposturæ », a été conçu avec l'intention de condamner la misérable erreur dont nous venons de parier, que j'ai résumée au para- graphe second, et dont l'existence est prouvée par le témoignage d'un grand nombre d'auteurs et spécialement de ces trois illustres théolo- giens, Vasquez, Suarez et Melchior Cano. Et de même n’ai-je aucun doute que les auteurs du trente et unième article, en écrivant ces mots : — « Oblatio Christi semel facta perfecta est redemptio, propi- tiatio et satisfactio pro omnibus peccatis totius mundi, fem originalilus quam actualibus; neque præter illam unicam est ullaalia pro peccatis expiatio », avaient l'intention de saper par la base « l’infâme hérésies qui avait été propagée sous le patronage de noms respectés comme ceux d'Albert le Grand et de saint Thomas. Je crois avoir démontré maintenant combien fâcheuses étaient les erreurs qui avaient cours au xvi° siècle touchant le sacrifice de la Sainte Eucharistie; el je dis que l'existence de ces erreurs doit être prise en considération si l'on veut juger équitablement les

4 Suarez. Op. cit. disp. LXXIX, sect. ur. n. jer; opp. tom. XXI, p. 720, édit Paris, 1861. Ïl y a lieu aussi do citer les paroles du cardinal Cajetan. On verra ainsi combien les erreurs de ce genre étaient répandues. Dans son onvragt Quæst. el Quodl. Ven. 1531. De Celebr Miss. Quæst n, tom IL, fol.36, Cajetan dit: « In hoc videtur communis muliorum error quod putant hoc sacrificium ex s0l0 opere operato habere certum meritum vel certam satisfactionem quæ applicatu huic, vel illi. » Voir aussi le plan d'un article de Missd privatd, rédigé apparemment paris professeurs de théologie anglais et. allemands assemblés à Londres en 1538. Cranmer, Remains and Lelters, p. 481. Edit. Paker soc.) COR

   LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE              409

actes et les paroles de Cranmer et de ses collègues et apprécier à leur juste valeur les formulaires liturgiques et dogmaliques qui furent autorisés par l'Église d'Angleterre au temps de la Réforme.

                                    III

Au point où nous en sommes, il semble bien à propos de consi- dérer quelle était la doctrine des réformateurs anglais sur le sacri- fice de l'Eucharistie. Ont-ils rejeté totalement l'idée d’un sacri- fice dans l'Eucharistie ? A cette question je donne sans hésiter une réponse négalive. En 1551, l'année qui suivit la publication du premier Ordinal d'Edouard Vi, Cranmer, probablement occupé à cette époque à préparer le second Ordinal, écrivit ce qui suit dans sa réponse à la préface de Smith : « La controverse ne porte pas sur le la Sainte Communion, il y a sacrifice ou non point de savoir si, dans (car à ce sujet le D" Smith et moi sommes d'accord avec le Concile d’Ephèse), mais s’il y a sacrifice propifitoire ou non, et si le prêtre seul accomplit ledil sacrifice; et ce sont là les points sur lesquels nous différons. Et moi je dis de même, et autant que le dit le Concile, qu'il y a sacrifices; mais quant à dire que ce sacrifice est pro- pitiatoire pour la rémission des péchés, ou que le prêtre seul offre ce sacrifice, c’est ce que ni le Concile ni moi n'avons jamais soutenu, mais le D'Smith l'a ajouté et tiré de son cerveau frivole !. » On doit remarquer que ce fut en 1550 que les autels furent renver- sés; aussi devient-il évident, d'après le passage que nous venons de citer, que lerenversement des autels, du moins dansl'esprit de Cran- mer, n'était pas dirigé contre l'idée de sacrifice prise dans un sens général, mais contre cette idée particulière d'un sacrifice proynftafoire dans le sens qu'attachait Cranmer à cette expression. Nous verrons tout de suite quel était le sens de ce mot. Mais premièrement il faut observer que dans sa réponse à Gardiner qui fut aussi écrite en 1554, Cranmer tient un langage en grande partie semblable : « Quant à Denis, lrénée, Tertullien etious vos autres auteurs, je leur ai répondu dans le treizième chapitre de mon dernier livre. Et qu'avez-vous besoin d'entamer une discussion sur ce point qui n'est pas controversé et que j'affirms dans tout mon dernier livre? Le point dont il s'agit, c'est celui du sacrifice propitialoire; elvous discutez sur le sacrifice d'une manière générales. »

.? CRanMEn, On fhe Lord's Supper, p.369, edit. Parker Soc. 4 CRanxmær, On the Lord's Supper, p. 351 ; edit. Parkor soc. A10 REVUE ANGLO-ROMAINE

Ici, l'explication exacte donnée par Cranmer de la manière dont il nie que le sacrifice de l'Eucharistie soit propitiatoire. 1! dit dans sa réponse à Gardiner: « En défendant l'erreur papiste qui fait du sacrifice offert chaque jour par le prètre [dans la messe un sacrifice propitiatoire, vous faites du mot propifiatin un usage autrement étendu que n’en faisaient les apôtres quandils trailaient cette question. Je déclare nettement, d'après saint Paul et saint Jean, que le Christ par sa mort est la seule propitiation de nos faules. D'après les Ecritures, j'appelle propitiatoire un sacrifice qui calme l'indignation de Dieu envers nous, qui nous obtient le par- don pour tous nos péchés et qui est notre rachat et notre rédemption de la damnalion éternelle. » Cranmer dil ensuite que Gardiner interprète faussement le mot « propiliatoire » pour défendre « le sacrifice propitiatoire des prêtres dans la messe d'après lequel ils pourraient remeltre les péchés el racheter les âmes du purgatoire. * » On peut mettre en évidence la différence entre Cranmer et Gardiner dans l'emploi qu'ils font du mot propilintoire, en citant un passage du célèbre traité de Véron De requla fidei Catholicæ, traité qui reçut l'approbation officielle du clergé de France. Véron s'exprime ainsi: « Longe abestut sacrificium missæ sit propitiatorium sicut sacrifirium crucis. Nam istud meritorium fuit redemptionis, seu remissionis peccatorum et graliarum omnium, quæ nobis conferuntur, et omne merilum Chrisli in eo fuit consummatum, ef hoc sensu fuit propitiatorium; illud vero esse voluit Christus, veluti instrumentum, inquit bene Vasquet, disp. 229, cap. 2, quo meritum passionis suæ nobis applicaretur. » Quelques lignes plus loin, Véron dit encore: « Non nisi per impe- tralionem hoc conferre, et proinde non nisi per impetrationem et mediate esse propitiatorium docet bene Vasquez, disp. 228, cap. 2 et 3 » ?. Ilest évident que ce que Cranmer refusait d'admettre dans le sacrifice de la messe, c'est qu'il était propitiatoire dans le sens de « merilorium remissionis peccatorum », doctrine qui est exactement celle contenue dans le passage communément atiribué à Albert le Grand. Tandis que Gardiner' affirma que le sacrifice de la messe était propi- liatoire dans le sens de mediate propitiatorium, ou en d’autres termes qu'il réclamait de Dieu l'application des mérites de la passion du Christ. Or Cranmer ne nia jamais que la messe fût propitiatoire dans ce dernier sens. Gardiner, dans le livre auquel s'adressait la réponse de Crannier. avait cité la discussion de Pierre Lombard sur cette question desavoir

1 CraNMER, On the Lord's Supper, p. 361 ; ed. Parker soc. 2 Vérow, De regula fidei Ca‘holicæ; cap. 1, $1k; Migne, Theol. Curs. compl. 1; 1396, : LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 411

si ce que le prêtre fait à l'autel est à proprement parler un sacrifice. Pierre Lombard, d’après la citation de Gardiner s'exprime ainsi : « Post hoc quæritur, si quod gerit sacerdos proprie dicatur sacri- ficium vel immolatio, et si Christus quotidie immolelur, vel semel tantum immolatus sit. Ad hoc breviter dici potest, illud quod offer- tur et consecratur a sacerdote, vocari sacrificium et oblationem, quia memoria esl et repriesentatio veri sacrificii el sanctæ immolationis factæ in ara crucis; et semel Christus mortuus in cruce est, ibique immo- lalus est in semetipso, quotidie autem immolalur in sacramento, quia in sacramento recordatio fit illius, quod factum estsemel,etc. !.» Cranmer dans sa réponse à Gardiner fait bon accueil à ce passage de Pierre Lombard, comme représentant en somme sa manière de voir: « Comment est-il possible, dit-il, d'exposer plus clairement que ne l'a fait Lombard la différence qu'il y a entre le vrai sacrifice du Christ, fait sur l'autel de la Croix, qui fut la propitialion du péché, et le sacrifice accompli dans le sacrement? Car le premier il l'appelle « le vrai sacrifice », le second, seulement une commémoration ou une représentation du premier ». Puis, après avoir poursuivi la discus- sion de ce passage, il s'exprime ainsi : « Maintenant j'ai rendu ce point évident, à savoir que Pierre Lombard ne contredit en rien ce que j'ai dit du sacrifice, mais qu'il confirme pleinement ma doctrine, aussi bien celle du sacrifice propitiatoire fait par le Christ seul, que celle du sacrifice commémoratif el en actions de grâce fait par les prètres et le peuple. » J'espère avoir maintenant prouvé clairement que Cranmer ne niait aucunement que l’Eucharistie fût un sacrifice. Toujours el toujours il admet cette vérité. Ce qu'il niait, c'est que l'Eucharistie fûl un sa- crifice dans le même sens que la mort de Notre-Seigneur sur la croix en estun,ou que ce sacrifice de la messe fûl propitialoire au même sens que l’est la mort de Notre-Seigneur sur la Croix. Certains objecteront peut-être que Cranmer parle du Sacrifice de la Messe comme offert par le peuple aussi bien que par le prêtre; mais Cranmer n’enseigne nulle part, autant que je le sache, que le peuple offre le sacrifice sans le prêtre ou séparément de lui. Quant à ce fait que Cranmer accorde au peuple une certaine participation à l'action du sacrifice, il n’est pas probable que ce point le rende suspect aux catholiques romains. Le Canon de la messe, tel qu'on le trouve dans le Missel romain, ne fait-il pas de même ? : « Memento, Domine, famu- 1 Cramer. On the Lord's Supper, p. 357, ed. Parker soc.; cf. Perrt Lomparpt. lb. IV Sententiarum, distinct. XII,$ 7. Patrol. lat, tom. CXCII, col. 866. Je pense moi-mème quel'assertion de Pierre Lombard est insuffisante. 11 semble oublier l’action sacrificatoire du Christ au Ciel, et l'action sacrificatoire corres- pondante, à la fois du Christ et de l'Eglise, dans le Sacrifice de l'Eucharistie. Et malgré cela, Pierre Lombard n'a jamais été considéré comme hérétique sur la doctrine du sacrifice de l'Eucharistie. et Cranmer doit jouir du méme traitement, caril tombe d'accord avec le Maître des Sentences sur ce point. Tor

A12 REVUE ANGLO-ROMAINE

lorum famularumque tuarum N. ei N., el omnium circumstan- tium......... pro quibus tibi offerimus, vel qui tébi offerunt hoc sucrificium lawdis, pro se, suisque omntbus, pro redemptione animarum suarum, » ele. De même, dans une partie antérieure de la messe, le Prêtre dit: « — Orate, fratres, ut meum ac vestrun sacrificium acceptabile fiatapud Deum Patrem omnipotentem. » Dé même trouve-t-on dans saint Cyprien: « Quando in unum cum fratribus convenimus ef sacrificit divina cum Dei sacerdote celebramus, verecundiæ el disciplinæ memores esse debemus !. » Et pour prendre un exemple dans le moyen âge, Guerrie d’Igniac, l'ami et le disciple de saint Bernard, s'exprime ainsi : « Neque enim credere debemus quod soli sacerdoti supra- dictæ virtutes sint necessariæ, quasi solus consecret, et sacrificet corpus Christi. Von solus sacrificat, non solus consecrat, sed lotus cenren- fus fidelium qui astat, cum illo consecrat, cum illo sacrificat * » On pourrait multiplier ad infinitum ces sortes de citations. Maïs il est suffisant de citer les paroles de Suarez : « De fidelibus autem concors est Catholi- corum sentenlia, eos esse posse offerentes in hoc sacrificio $. » On devra observer qu'il est enjoint par les rubriques à la fois dans le premier et dans le second Preyer-Book d'Édouard VI que, dans le Sacrement de l'Eucharistie, la prière de consécration doil être dite par le prêtre. De plus, dans l'un et l’autre Ordinal d'Édouard VI, l'évêque, en rappelant à l'ordinand quelles sont les obligations atta- chées à l'office de diacre, fait une distinction marquée entre le baptême et l'Eucharistie. Au sujet du baptème, l'évêque dit : « Il appartient à la charge du diacre de baptiser et de prècher si l'évêque le lui commande » {ou « s’il y est admis par l’évêque », d'après le second Ordinal), tandis que, pour ce qui concerne l'Eucharislie, l'évêque s'exprime ainsi: « Il appartient à la charge du diacre d'assister le Prêtre. quand il administre la sainte Communion et de l'aider dans cette fonction. » Il est clair que, pour l'Eucharistie, le diacre est seulement autorisé à assister le prêtre dans l’administra- tion de ce Sacrement, tandis qu'il lui est permis, dans certaines cir- constances, d'être le seul ou le principal officiant dans l'administration du baptême. En somme, je ne pense pas qu'aucune objection sérieuse puisse étre soulevée contre la doctrine de Cranmer, pour avoir dans cer- lains passages uni le peuple au prêtre en parlant de l'oblation du sacrifice. Je pense que les opinions de Cranmer peuvent être considérées comme un spécimen exact des opinions que soutenaigent alors les membres les plus influents du parti de la Réforme. Cependant, pour

1 Samnr Cyrr, De dominica oratione, cap. 1v. Opp. tom. 1, p. 269; edit. Hartel. 3 Gueraicr lantac, de Purif. B Mariæ Serm. v, $ 16, Patrol, Lat, cuxxxv, 81. 3 Suarez in {ertiam partem disp. Lxxvn, sect. III. Opp. XXI, p. 696, édit. 1861. LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 443 que les bases sur lesquelles j'appuierai ma conclusion ne soient pas trop étroites, je citerai deux ou trois passages de Ridley qui fut, sans aucun doute, le plus influent des évêques de la Réforme après Cranmer. Dans la discussion publique qu'il soutint à Oxford six mois avant d'être brûlé, Ridley, après avoir cité divers passages de l'Épîitre aux Hébreux, en faveur de la doctrine qui considère la mort de Notre-Seigneur sur la croix comme le seul sacrifice propitiatoire et expiatoire, s'exprima ainsi: « Je sais que l'on évite ces deux passages au moyen de deux expédients subtils dont l'un est la dis- tinction que l'on fait entre le sacrifice sanglant et le sacrifice non san- lant, comme si le sacrifice non sanglant que nous avons dans l'Église était autre chose qu'un sacrifice de louange et d'actions de grâces, une commémoration, un symbole extérieur et sacramentel de ce seul sacrifice sanglant, offert une fois pour toutes sur le Calvaire ‘. » lei Ridley dit clairement que nous avons un sacrifice non sanglant dans l'Église, qu'il ne considère pas comme un sacrifice propitiatoire au sens strict du mot, mais comme un sacrifctum laudis el yratiarum actionis et aussi une commemoralio et une repræsentatie du sacrifice de la Croix. ‘ Sans aucun doute Ridley affirme ainsi deux grandes vérités qui sont admises partous les catholiques. Au Canon de lamesse d'après Le Missel romain, l'Eucharistie est appelée sccrificium laudis; j'ai déjà cité ce passage. Et Benoît XIV dit en propres termes : « Sacrificium Miss latreuticum est et eucharisticum, id est, Sacrifirium laudis et yratia- rum actionis pro acceptis beneficiis?. » Et de mème nous trouvons dans saint Thomas : « Celebratio auteni hujus sacramenti, sicut supra dictum est, imago quædam est repraæsentativa passionis Christi, qua est vera ejus immolatio. Et ideo celebratio hujus sacramenti dieitur Christi immolatio. Unde Anibrosius ! ? Chrysostomus; dicit {sup. epist. ad Heb. sup. illud cap. x. « Umbram enim», ete.) : — « In Christo semel oblata est hostia, ad salutem sempiternam potens; quid ergo nos? nonne per singulos dies offerimus”? sed ad recordalionem mortis eus. » Par là, saint Thomas enseigne que le Sacrifice de la Messe est un sy mbole représentatif de la Passion, offert « ad recordationem mortis ejus ». C'est là, sans aucun doute, ce que veut dire l'évêque Ridley quand il décrit « le sacrifice non sanglant que nous avons dans l'Église » comme une commémoration, un symbole extérieur et sacramentel de ce seul sacrifice sanglant, offert une fois pour toutes sur le Calvaire. Dans la même discussion, on demanda à Ridley : « Que réponürez- 1 Rinræv’s Works, pp. 210, 2114; ed. Parker soc.

vous à ce Concile où il est dit que le prêtre offre un sacrifice non sanglant du corps du Christ? » 11 répondit : « Je pense que le Concile a bien parlé, si on sait bien le comprendre. » Son interlocuteur reprit: « Mais le sacrifice offert par le prêtre esl un sacrifice non sanglant. » Ridley répondit : « On l'appelle sacrifice non sanglant, et il est offert d'une certaine manière, sous forme de mystère et comme un symbole du sacrifice sanglant ; et celui-là ne ment pas qui dit que le Christ est réellement offert‘. » Je pense qu'il eston ne peut plus clair que Cranmer et Ridiey croyaient réellement que dans la Sainte Eucharistie il y avait un sacrilice offert à Dieu. Il est vrai que ce furent eux, principalement parmi les évêques, qui poussèrent à la réforme de la liturgie, réforme qui retranchait certaines expressions sacrificatoires de la liturgie touchant l'Eucharistie, ainsi que la porrection des instru- ments avec les paroles qui l'accompagnaient pour l'ordination des prêtres. Il est vrai aussi qu’en 4550 ils étaient. partisans de la substitution des tables aux autels. Mais ils semblent y avoir été poussés par cette idée que les termes sacrificatoires, bien que capables d'une juste explication, amenaient le peuple d'Angleterre à la notion d'une pro- pitialion et d'un sacrifice indépendants pouvant prendre rang à côté du sacrilice el de la propitiation de la Croix, de telle sorte que l'Eucharistie était considérée comme un sacrifice absolu et non comme un sacrifice relatif, comme un sacrifice apportant une nou- velle rémission de nosfautes plutôt que tirant ses mérites de la rédemplion qui nous a été value par la mort du Christ. Et sans aucun doute leurs craintes n'étaient pas sans fondement et étaient autre chose que de vaines illusions. Il n'est pas douteux non plus que l'erreur qu'ils combattaient étail une détestable hérésie. Cependant il est difficile de mettre en doute que Cranmer et Ridley se permirent d'assumer une attitude exagérée et furent très mal avisés dans plusieurs des mesures importantes qu'ils prirent alors. La vérité cependant m'oblige d'aller plus loin. Je ne pense pas qu'en 1550 Cranmer et Ridley croyaient à la vraie doctrine de la présente | réelle du corps et du sang de Notre-Seigneur dans la Sainte Eucha- rislie. F.-W. PULDER,

      (A suivre.)

Rinuev's Works, p. 230,ed. Parker soc. CHRONIQUE

Le Rev. F.-W. Puller, l'auteur du très remarquable travail : Les ordinafions anylicanes et le sacrifice de la Messe, dont nous commen- çons aujourd'hui la publication, appartient à la communauté angli- cane de Saint-Jean l'Évangéliste (Mission house, Cowley Saint-John, Oxford). Cette communauté se voue aux missions étrangères et à la prédication des retraites et des missions paroissiales. Le Rév. W. Puller est maitre des novices de la communauté. Il est très connu en Angleterre comme prédicateur, comme savant et comme apologiste de son Église. Il est l’auteur de l'ouvrage The primitive saints and the ea of Rome Cf. Revue Anglo-Romaine, p. T4).

Les Trappistes à Madagascar. — Le Père Louis de Gonzague, abbé de la Trappe de Staouëli, n'a pris encore aucune décision relativement à la lettre qu'il a reçue de M. Laroche, résident général à Madagascar, et que nous avons signalée. Il a transmis cette lettre à l'abbé de Sept-Fonds, qui a sous sa direction tous les établissements trappistes de France et d'Algérie. It est probable que ce dernier, à sou tour, enà référera au Père procureur de F'ordre de la Trappe, à Rome. On voit que la solution de cette question qui semble alarmer grandement le monde radical ne parait pas prochaine.

Le Chant des femmes dans les églises. — Parmi les extraits des règlements et statuts du diocèse de Paris mentionnés dans l'Ordo pour 1896, page XIV, nous relevons le suivant : « Chant des femmes dans les églises. — D'après les règlements et l'usage constant du diocèse, conformes aux décisions répélées de la Sacrée Congrégation des Rites, il est interdit aux femmes de chanter dans les églises, soit en solo, soit avee le chœur de chant ou mai- trise ; cette règle est commune à tous les offices liturgiques ets'étend aux messes des mariages et des convois; toutefois, sont admis, pour les exercices du mois de Marie et à titre d'exception, les chœurs composés de jeunes filles de la confrérie de la Sainte Vierge.

Correspondance : 4x Directeur de la Revue anglo-romaine. Monsieur, je vous demanderai la permission d'ajouter un seul mot de commentaire à l'article de M. Boudinhon, Primauté, Schisme et J'uridiclion. Cet article renferme une appréciation du point de vue anglican qu'il est rare de trouver en dehors de chez nous, et cepen- Û

416 REVUE ANGLO-ROMAINE

dant je ne crois pas que l'auteur ait saisi pleinement le point de vue auquel nous nous plaçons. « Les anglicans, dit-il, se représentent la véritable Église de Jésus-Christ comme une société composée de plusieurs communions toutes légitimes. Ce sont: l'Église romaine, l'Église orthodoxe et enfin l'Église anglicane. » Si cela veut dire que les anglicans considèrent l'Église de Jésus- Christ commeétanten fait divisée par de regrettables malentendus, au point que ses diverses parties ne soient pas en parfaite communion entre elles, la remarque de M. Boudinhon est juste. C'est exactement la théorie anglicane, que l'on exprime quelquefois brièvement, en parlant de frois communions, ou de frois branches. Mais, si M. Rou- dinhon suppose que les anglicans considèrent ces trois communions comme constituant trois parties distinctes de l'Église et concourantà sa formation par une sorte d'union fédérale, il se trompe complète- ment sur notre manière de voir. Je ne dirai pas qu'il soit impossible de trouver, chez certains de nos écrivains, des expressions parais- sant impliquer celte idée : car il arrive souvent qu'on soit dominé par des mots d’'un-usage courant au lieu de contrôler, comme on le devrait, leur signification; c'est ainsi que ceux qui parlent de frois communions peuvent tomber facilement dans quelque inexactitude de langage et mème de pensée; cela surtout chez des gens peu ferrée sur la logique comme nous le sommes en Angleterre. Mais j'oserai dire qu'il n'y a pas d’anglican instruit qui se serve des lermes Église romaine, Église anglicane, Elise grecque dans un sens autre qu'un sens géographique, ou qui considère les Églises ainsi désignées comme autre chose que trois parties d'une seule communion, celle de l'Église catholique, bien que la parfaite communion entre elles suit présentement suspendue. J'insiste sur ce point, peut-être sans néces- sité, parce que, si j'ai bien compris ce qu'a dit M. Boudinhon, ilcom- parerait cette distinction en « communions » au schisme entre les Novatiens et les Donatisles par exemple et les catholiques. Mais les Novatiens et les Donatistes n'étaient pas au point de vue géogra- phique séparés du reste de l'Église. Novatius était un intrus schis- matique sur le siège de Rome légitimement occupé par Cornelius. La position de Donat à Carthage vis-à-vis de Cæcilien était à peu près analogué. Chacun d'eux fonda une nouvelle communion séparée du reste de l'Église, en rivalité avec elle,et revendiquant la suprématie sur tout le peuple chrétien. Mais le terme Æylise anglicane est une expression purement géographique qui n'a d'autre signification que de vouloir dire qu'une partie de l’Église dans son état d'isolement s'est développée avec un earactère, une manière d'envisager les choses et des procédés d'action qui lui sont propres. Je suis, Monsieur, etc.

                                                  UCALÉGON.

DE REGISTRO PARKEHANO M7

Cum lamen fidem huius recognitionis quidam ex adversariis de- treclare voluerint, haud otiosum erit Lingardum ilerum citare; quo iudice, vel ea, quae illi reçortarunt, ad veritatem Regislri vindican- dam planius eveniunt. ‘ Rev. P. Laithwaile nihil aliud affirmare po- luit quam quod sententiam certam ferre nequieral. AL si lalia res- pondit is cui contra documentum, quod lanti sua interessel adulle- rinum evincere, opinio praeiudicatissima foret, pro cerlo habemus nibil in eo fuisse quod suspiciones ingerere seu falsarii operam indi- care posset ” (Birm. Cath. Mag. v. T1). Verumenimvero a disputatoribus hodiernis communiler concessum est nec Masonum neque alium quempiam eodem lempore florentem Registrum falsare potuisse. Atlamen quo fidem ei etiamnune avel- lat, quidaun ex eis dubium novum insinuarunt utrum ipse Liber, qui exstat, acta authentica ac contemporanea conlineal. Estcourt np. cit. p. 101 segq.) ** cireumstantias quasdarn grandem suspicionem ei inferentes ” adducit. Has cércumstantins proinde aestimabimus. {a) Ac primo quidem obiicit act minulius exarata (‘its extreme minuteness ”). Quorsum haec? Plane in volis erat prae rerum diseri- mine ea quae gerebantur exactius memorare. Parkerum et confra- tres suos omnia quae necessaria essent adhiberi, idque factum omnibus innotescere voluisse liquido apparetex verbis statuti 8 Eliz. cap. 1, quibus explanatur universa ad elerliones ronfirmaliones ronsecra- tiones spectantia tam exquisita diligentia, sinon e.rquisiliore, ac unquam an- tea, fuisse peracta, prout archiva regum priorum tenporibus algue ipsius Elisabethae tempore composila luculentius testorentur atque ostenderent ‘. Quid mirum igitur, si Parker acta suac promolionis solito exactius et fusius digerenda curavit? ‘b) Item ostendit duo exstare documenta, cum exlante Registro parum convenientia, quae lamen ex originali Registro lranscripla fuisse dicantur; haec suntt in Chartophylacio Publico (7e State Paper Office? et? apud Collegium Corporis Christi Cantabrigiense e dono ipsius Parkeri asservata. Atqui neutrum horum e Registro transeripli titulum prae se fert. Primum quidem prolusionem fuisse verisimile est, quae Willelms Cecil, secretario regio, euius inter carlas reperta est, examinanda commissa fucrit, antequam in ipso Registro finaliter redi- gerelur. Ille quidem de modo procedendi, ul supra :n. 11 rellulimus, cum Parkero discussioneminierat, ideoque nalum eral eum in consi- lium vocari quo cautius et exactius processus el factum in Regisiris iuxta normam legalem describerentur. laqué si qua verborum varie- late documentum istiusmodi ab exstante Registro dissideat, nullum prorsus dubiumi exinde adoriiur quin hoc siloriginale atque authen- licum. Alterum vero nec transcriptum est nec nisi in aliquol minuliis verborum rem gestam minime attingentibus cum Regislro discrepat.

14 Eserything requisite and material for that purpose, hath been made and done as perfectly, and with as groat care and diligence rather more, as ever the like was done before her Majesties’ time, as the Records of her Majesties said Fathers and Brothers time, and also of her own time, will mure plainly testify and declare ” (8 Eliz. c.1, » 2 and. fin.).

Üt exemplum adducamus, formam conseecratoriam cum impositione menuum impensam Latine refert, Accipe Spiritum Sanctum, ele. Quod autem Estcourt {p. 403) putat hoc pro Registro originali scriptum fuisse, nemo inspectione faeta credere poterit. In folio enim perga- meno lato, quod nulli volumini aptari posset, ad instar Instrumenti formalis redactum est, et post consecrationem descriptam sequitur immediate Commissio pro Waltero Haddon ad praesidendum Curiae Praerogativae. Huius causa statim post consecrationem {nam W. Had- don islam commissionem mense Decembri 1559 recepit, vide n. 29. nstrumentum redactum fuisse, postmodum vero pernes Coilegium tanquam consecrationis memoriale a Parkero depositum putamus. (CF. n. 22 supra.) In eadem capsa continetur et aliud instrumentum de Parkeri Inthronisatione.

{e) Exinde notat in exstante Registro a norma usitata insigniter variatum esse. In actis consecrationum tam Henrici VIII quam Edwardi VI tempore factarum, constanter memoratur quod aut Archiepiscopus aut alius ab eo constitutus principalis consecrator Electo munus consecrationts tmpendebat eumque benedirit; quae formula in aclis consecrationum ab ipso Parkero factarum rursus exhibetur. Àt in actis propriae Parkeri consecrationis nullubi invenitur. Cur haec omissa? Estcourt opinionem insinuat hoc post Bonneri actionem in Curia Regia contra Hornum ‘de qua n. 44 de industria factum esse quominus apparcret Barlovum partes principalis consecratoris gessisse. At vero ecquid inde proventurum crat? In ista actione non de ‘solo Barlovo agebatur. Obiectum erat nullos ex episcopis.fqui regnante Elizabctha consecrationibus interfuerant, legitime promw- tos fuisse, Cuinam igitur bono foret Parkero, si uno consecratore illegitimo celato quattuor illegitimos consecratores prae se ferret” Restat ut veram huins omissionis causam paucis absolvamus. Et primo quidem necessario sequebatur ex eo quod, nullo archiepiscopo sedem metropoliticam in Anglia id temporis oceupante, quattuor episcopi iuxta statutum 25 Henri VIIL e. 20 (supr. n. 40;, ad conse- crandum Parkerum nominati sunt, quibus aequo iure aninistrantibus nemo prorsus erat qui singulariter munus consecrationis impendere. Quocireca neque in actis cautissime digeslis huiusmodi verba repc- riuetur. Deinde notandum est hunc modum procedendi alternatum nunquam antea adhibitum fuisse; nuuquam' enim post latum statu- tum defccerat archiepiscopus qui vel per se vel per delegatum munus consecrationis impenderel. Quapropter minime mirandum est nullum huiusmodi omissionis exemplum aliunde afferri posse. Cortra in Registro memorautur passim in plurali episcopi guibus munus const crandiArchiepiscopi delegabatur, vel qui eius ronsecrations inservirent, vel qui eum consecraverant. Denique consecratores ipsi in mandalo suo ad inthronizandum his verbis usi sunt : —** Munus consecrationts tmpet- dimus. ”

(4) Denique documentum adducit, e MSS. Foxiis in Museo Britan- nico asservatis {Harleian ASS. M9, fol. 449), quod acta consecratio- nis in Registro extantia, cum ab eis dissonum videatur, potius sur- DE REGISTRO PARKERANO 419

reptitia esse quam originalia demonstrare praetendit. Quid ergo inter haec documenta discrepantiae? Hoc potissimum, quod in Foxio haec verba leguntur; — ‘* Qui quidem consecralor et assislentes manibus archie- piscopo imposttis direrunt Anglice, Tuke Holy Ghost, elc., caeleraque omnia descripta per quemdam hbellum edilum pro consecralione episcoporum aucto- rilate per parliamentum anne V et VI Ediwardi VI exercuerunt; ” in Registro autem; — ‘ posé oraliones el suffragia quaedam iusla formam libré auctortiate parliamenti edili apud deum habita Cicestrensis, Herefor- densis, suffrayaneus Bedfvrdensis, et Milo Coverdallus manibus archiepis- copo imposifis direrunt Anglice viz. Take the hollis gost, ele. "”. Foxium igitur cum Registro ita diserepat ut (4; Barlovum coneecralorem, alios assislentes perhibeat, et (2) ritum in consecrando usurpatum Edtar- dinum fuisse plane declaret. His innixus auctor demonstrare conatur ! Foxium ex authentico Registro transcriplum esse, . Registrum autom illud, flagrantibus et aclione Bonneri et aliis oppugnatorum convitiis, aut totum aut saltem ex parte fuisse renovatum, adulteratis his locis qui vel Barlovum principalem consecratorem fuisse osten- derent, vel fontem unde ritus derivatus esset expressius quam pru- dentius indicarent (7. c. p. 408;. Quibus perpensis, de Barlovo quid respondendum sit iam antea explicavimus. De ritu autem quaeren- dum est quidnam Bonner aliique obiecerint. Nempe id solum ut ritus adhibitus legum auctoritate careret. Hoc Estcourt concedit (2. r. p- 401). At quidem nullus consecrandi ritus reformatus eis lemporibus auctoritate parliamenti sancitus erat. Quorsuni igitur spectasset omis- sio verborum quae nomen Edwardi referrent? Nihil inde proventurum erat. Quod restat, Foxium et Registrum de summa rerum optime inter se congruunt, — scilicet quattuor episcopos omnes et materiam et formam consecrationis posuisse, cum non modo manus impone- rent sed etiam verba simul una pronuntiarent. Porro Foxium #rans- cripti titulum nusquam sibi vindicat. Titulo quidem omnino caret, nisi quod Strype in capite scripserit ‘ The Conserration of Bp Boner, Abp Parker, el.” Verisimile est scriptorem ex Registro facta desump- sisse, quac pro suo arbitrio denuo redigeret, Barlovum, qui parties principales evidenter gessisset, consscratorem, alios assislentes more solito nuncupasse, et libruni, quem usurpatum fuisse nosset, expres- sius insignisse ‘.

1 Forsitan hasc quoque de Estcourti argumento’aecedere Iubebit. Cum in Foxio primum referantur extracta quaedam e Registro de Bonneri promotione, opinio- nem insinuat hoc fuisse instrumentum ad Horni defensionem paratum, quo accu- satio Bonneri in ipsum actorem reiceretur, quippe qui et ipse a quattuor episco- pis iuxte 25 Hen. VIII, c. 20 non esset consecratus, sed a tribus tantum, medianti- bus littoris Cranmeri commissionalibus. At ista clansula statuti non niisi ad archie. piscopum consecrandum spectat. Bonner non érat archiepiscopus. Ergo haec clan- sula eius casum nequaquam attigit. De episcopo autem confirmando et conse- crando statutum expresse providebat ut Litterae patentes ‘* Archiepiscopo et Metropolitano eiusdem Provinciae infra quam sedes pracfati episcopatus vacaret, si modo sedes Metropolitica ab archiepiscopo occuparetur, sin minus alii cuilibet Archiepiscopo intra hoc regnum vel alias sub regis ditione sedem occupanti diri- gerentur ; ” quibus receptis Archiepiscopo licnit commissionem ad consecrandum tribus episcopis iure metropolitico emittére, id quod in praxi communiter $ebat. 420 REVUE AXGLU-ROMAINE

          Talia de Registro frustra cavillantur oppugnatores. Quae ut sum-
        marie dirimantur, animadvertendum est acta quae foliis 3—4{{ de
       ‘ Parkeri proniotione exstant eodem chirographe ac Registra Cranmeri
         et Cardinalis Poli seripta esse !. Cranmero autem et Polo primarius
         registrarius erat Antonius Huse, qui et Parkero usquedum vivebal
       itidem inserviens, siglas sui nominis {* 4. 7.” registris et Cranmeri
       et Parkeri aliquotiens appusuit. Unde liquide apparet Antonium Huse
       cadem manu, aut sua aut scribae cuiusdam officialis, haec omnia
       scribenda curavisse. Atqui Antonius Huse mortem obiit die 4° Juni,
       4560. Ergo acta consecrationis Parkeri in Registro extantia antr
       illum diem jam tum digesta crant. Quid amplius? Paragraphus de

TOR

       morte Antonii Huse Registro additus in loco ad imiam paginam vacuu

TRE

       altera veltertia manu, ut supra {n. 292) memoravimus, insertus es.
       Ergo textum actorum iam antea completum fuisse liquet.

PTT TOR

          His claris atque apertis argumentis adversae parles quid habent

De

       obiciendum”? Estcourt, Williams, et quidum ex antiquioribus Cleru-

ES Due

       philus Alethes? animadverterunt in Titulo Registri, quem superius
       {n. 287) rettulimus, verba de Antonio Huse ‘* fuxc Registrario Prima-
       rio”; quocirca Registrum illo adhuc vivente redactum fuisse noluni.
       At registrum Custodum Spiritualitatis, sede per mortem Card. Pol

TURN

       vacante, eodem ‘* Antonio Huse une Registrario principali, ”üt
       patet per titulum quem supra (n. 29) perlegere licuit, accommoda-
       tum est. Hoc autem authenticum et contemporaneum, id quod nemo
       negare conatus est, a mense Novembri anni 1558 incipit; a die 8° De-
       cembris 1559 cessat. Num ergo Antonius Huse iam tum vita defunc-
       tus erat? Imo usque ad 4"® Junii 1560 superstes fuit. Ergo ex his
       verbis usitatis nullum de veritate Registri dubiuin insinuari pu-
       test.
         Omnibus ita perpensis pro teslatissimo habemus Registrum quod
       exstat, neque totum neque in parte falsatum vel adulteralum, post
       ipsas res gestas quae memorantur, citra semestre redactum et scrip-
       tum fuisse. Sane contemporanea Lestimonia.


                                    IL. Ercerpta e registre.


         Hue accedent excerpla quaedam e Registro quae ad argumeniüm
       nosirumi in capite primo exaralum maxime spectant. Ac primo dabi-

       lta testatur Sanderus (De schismale Anglicano, 1. iii, p. 348) neminem regnanté
       Henrico VII episcopum fuisse agnitum nisi a tribus episcopis assentiente Metro
       politano consecratus fuisset. Imo constat antistites ad minus decem, suffraganeos
       quinque, per commissiones a Craninero datas post latum statuium adhuc regnante
       Henrico fuisse promotos. (Stubbs, Registrum Sacrum Anglicanum, pp. 15—88.i
       Itaque cum nihil huiusmodi Bonnero obici potuerit, Escourti argumentum eva
       nescit.
         1 Vide litteras certificatorias Bibliothecarit Lambothani et historici eminentis-
       simi Joh. Ric. Green, qui archieniscopo a libris honorarius erat, die 5° Navembris
       1869 datas, et typis editas in Lee, Validity of lhe Holy Orders, etc., p. 4.
         2 Estcourt, op. cit, p. 408; Williams, Letters on Anglican Orders, p. 84; Clero-
       philus Âlethes, Kemarks upon F. le Courayers Book. etc., p.425.

DE REGISTRO PARKERANO 421

mus Processum electionis (cf. n. 115), deinde Liferas patentes de Par- kero confirmando, quas nn. 14—15 tractavimus, postremo autem ea quac de ipsa Consecratione narrantur,

                                À,

                       Proressus electionts.

EXCELLENTISSIME SERENISSIME, et Inuictissime jin Xpo. Prin- cipi, et d'ne n're, d’ne Elizabethe Dci gr'a Anglie, ffrancie, et Hiber- nie Regine, fidei defens. elc., Vestri humiles et deuoti Subditi Ni- cholaus Wotton vtriusq; luris Doctor, decanus eccl'ie cath. et Metro- politice Xpi. Cantuarien., ‘et eiusdem eccl'ie Capt'im., omnimodas ob'iam, fidem, et Subiectionem, gra'm perpetuam et felicitatem in eo per quem reges regnant et principes dominantur. AD vestre Serenissime Regie Maiestatis Noticia. deducimus et deduci volumus per p'ntes Q'd vacante nuper Side Archie’pali Cantuarien. predict. per obitum bone memorie R'®° in Xpo. p'ris et d’ni, d'ni Reginaldi Pole Cardinalis, vltimi et immediati Archiepresulis et pastoris eius- dem, Nos decanus et Cap't’im. antedict. habita prius L’nia v're excel- lentissime Maiestatis, ne eadem eccl'ia cath'is et Metropolitica per sua. diutina. vacationem grauia pateretur Incommoda, ad electionem futuri Archie’pi et pastoris ciusdem procedere volenies, vicesimo secundo die mensis Julij vltimi preterit. in domo n’ra Cap't'lari eccl'ie memorate cap{lariter congregati et Cap’t'im. ib’m facientes diem Martis viz. primu. Diem p’ntis mensis Augusti, ac hor. nona. et deci- mam ante meridiem eiusdem diei, ac domu. Cap't'larem predict. cum Continuatione et prorogatione Dierum et hor. extunc sequen. et Locorum {si oporteat} in ea parte fiend, nobismetip'is tune ib’m p'atibus, et alijs eiusdem eccl'ie Canonicis et prebendarijs absentibus lus, voces, aut Interesse in electione futuri Archie’pi eccl'ie memo- rate habentibus seu habere pretendentibus ad eleetionem futuri Archie'pi et pastoris prefate eccl'ie (diuina fauenfe Clementia) cele- brand. pro Termino et Loco competen. prefiximus et assignauimus, Ad quos quidem diem hor. et domu, Cap’t'larem an’dict. omnes el sing’los Canonicos pred'ee eccl'ie lus, voces, aut Interesse in h'm'oi electione et electionis negocio habentes in Spccie, ceterosq; omnes alios et sing'los (Si qui essent) qui de Iure seu Consuetudine in hac parle lus et interesse habere pretenderent in genere, ad procedend. et procedi vidend, nabiseuin in eodem electionis negocio, ac in omni bus et sing'lis Actis vsq; ad finalem expedic'o'em eiusdem, iuxta morem antiquu. et laudabile. Consuetudine. #ccl'ie pred’ee in hac parte ab Antiquo visitat. et inconcusse observat. l'time et peremp- torie, citandos, et euocandos, et monendos fore decreuimus, et in ea parle l'ras Citatorias fieri in forma efficaci valida, et assueta, fecimus, Nec non p'tatem et Mandatum dil'co nobis in Xpo. Nicholao Simpson in ea parte commisimus, Cum intimatione, Quod siue ip'i sic citati in h'mo’i electionis negocio die hor. et Loco pred’eis comparuerinl 492 REVUE ANGLO-ROMAINE

  siue non, Nos nihilominus in eoderm negocio procederemus et pruce-
  dere intenderemus, ip'orum citatorum ab'ia siue Contumacia in
  alique non obstan. QUO quidem die Martis viz. primo die mensis
  Augusti adueniente, inter horas prius assignatas, Nos decanus et
  Cap't'im. an’dict. {Campana ad Cap't'im. celebrand. primitus pulsata”
  domum Cap't’larem eccl'ie cath'is pred’ce ingressi et Cap't'im. ibm
  celebrantes, in Dilecti nobis in Xpo. Iohannis Incent Nolarij pu” ac
  Testium inferius no'ïatorum p'ntijs, L’niam v're Serenissime Regie
  Mat® supradict., Necnon l’ras Citatorias de quibus supra fit Mentio,
  vnacu. Certificatorio super executione earundem per Nicholan.
  Simpson Mandatarium n'rum an'd'eum, coram nobis tunc et ibm
  introductas et exhibitas pu‘ perlegi fecimns, Quarum quidem L'nie,
  l'rarum Citatoriarum, et Certificatorij Tenores de verbo ad verbum
  sequuntur et sunt tales, — ELIZABETH Dei gr'a Anglie, ffrancie, et
  Hibernie Regina, ffidei Defens. etc. Delectis nobis in Xpo. Decanc et
  Cap't’lo ecel'ie Metropolitice Cantuar. Salutem. Et parte v'ra nobis esl
  humil’r Supplicatum, Vt cum eccl'ia predicta, per mortem natura-
  lem Reuerendissimi in Xpo. patris et d'ni, d’ni Reginaldi Pole, Gar-
  dinalis vltimi Archie'pi eiusdem iam vacat, et pastoris sit Solatic
  destituta, alium vobis eligend. in Archiepum et pastorem, L'niam
  n’ram fundatoriam, vobis concedere dignaremur, Nos precibus vris
  in bac parte fauorabil’r inclinati, L'niam illam vobis duximus conce-
  dend., Rogantes, Q'd talem vobis eligatis in Archie’pum et pastorem
  qui deo deuotus nobisq: et Regno n’ro vtilis et fidelis existat. In
  cuius Rei Testimonium has l'ras [n'ras] fieri fecimus patentes, Tesle
  meip'a apud Westm. decimo octauo die lulij, Anno Regni n'ri primo.
  NICHOLAUS WOTTON viriusq; luris Doctor, decanus eccl'ie cath'is
  et Metropolitice Xpi. Cant. et eiusdem eccl'ie Cap’t’Im., Dilecto nobis
  in Xpo. Nicholao Simpson cl'ico Sal'tm. Cum Sedes Archie’palis
  Cantur. predict. per obitum Reuerendissimi in Xpo. p’ris et d'ni,
  d’ni Reginaldi Pole Cardinalis vitimi Archie’pi ciusdem iam vacat, et
  Archiepresulis siue Pastoris Solatio destituta existit, Nos decanns €
  Cap'tim. predict. in Domo Cap't'lari eccl’ie anted’ce die subscripl.
  atq; ad effectum infrascriptum, {L'nia Regia primitus habits et
  obtenta) Cap't'lariter congregati ct Cap't'lm facien., ne Archie'patus
  predict. sue vacationis diutius deploraret Incommoda, nobismedpis
  pro tunc p’ntibus, Ac omnibus alijs Canonicis eiusdem eccl'ie tunt
  absentibus, lus et voces in electione futuri Archie’pi eiusdem ecd'it
  habentibus, diem Martis viz. primum Diem prox. sequentis Mensis
  Augusti ac hor. nonam et decimam ante meridiem eiusdem diei, tt
  domum Cap’t’larem predict. cum Continuatione et prorogatione die-
  rum et horarum extunc sequen. {Si oporteat) in ca parte fienda, äd
  electionem futuri Archic’pi prefate eccl'ie (deo fauente} celebrand.
  pro Termino et Loco competen. prefiximus et assignauimus, Necnuñ
  ad diem, hor. et locum predict. omnes et sing los ip'ius eccl'ie catb'is
  et Metropolitice Xpi. Cantuar. Canonicos et prebendarios tam pates
  quam ab’entes lus et voces in h'mo’i electione et electionis negocis
  b'entes, ad faciend. exercend. et expediend. omnia et Sing'la qu

= ram DE REGISTRO PARKERANO 493

cirea electionem h’mo'i in ea parte n’cc'ria fuerint, seu de Ture aut Consuetudine ecel'ie pred'ce vel huius incliti Regni Anglie Statutis qu'mo lt requisita, vsq; ad finalem eiusdem negotij expedic'o’em inclusiue, per Citation, l'ras siue Schedulus in Stallis Prebendarum suar, juxta morem preteriti Temporis ac Statuta et laudabiles Con- suetudines eccl'ie pred’ce hactenus ab antiquo in ea parte vsitat. et vbservat. afligend., et ibm dimittend. peremptorie citandos et mo- aendos fore decreuimus lusticia mediante, Tibi ig'r committimus et mandamus Tenore p'nlium, Quatenus ciles seu eitari facias peremp- torie omnes et Sing'los prefate eccl'ie catl'is et Metvopolitice Xpi. Gant. Canonicos prebendatos in Stallis corum in Choro eiusdem eccl'ie (Citation. l'ris et Schedulis in ip'is Stallis puce affixis et ibm dimissis) Quas nos etiam Tenore p'ntium sic citamus, Q'd compareant el euru. Quilibet compareat, coram nobis pred'co primo die mensis Augusti, in Domo Cap'llari pred'ca, et inter hor. nonam et decima. ante meridiem eiusdem Diei, cum Continuatione et prorogatione Dierum et horarum extunc Sequentinm (Si oporteat) in ea parte fiend. in prefate elcctionis negocio, et in sing’ lis Actis eiusdern, vsq; ad finalem d’ei Negocij expedic'o’em inclusiue fiend., l'tiime proces- sur. et proeedi visur. Ceteraq; omnia et sing'la alia factur. subitur. et auditur, que h’mo'i electionis negocij Natura et Qualitas, de se exigunt etrequirunt, Intimando nihilominus citatis pred'cis omnibus et Sing'lis harum Serie, Q'd siue ip'i iuxta effectum Citationis h'mo’i die, hor. et loco pred’cis nobiscum comparuerint siue non, Nos ta- men eisdem die hor. et loco in dict. electionis negocio, vsq; ad fina- lem expedic'o’em eiusdem inclusiue procedemus, prout de Jure et Consuetudine fuerit, procedend., eorum sic citatorum absentijs siue Coniumacijs in aliquo non obstan. Et quid in premissis feceritis, Nos dietis die hor. et loco debite certificare cures vnacu. p'ntibus. Bat, in Domo n'ra Cap't'luri vicesimo seeundo die mensis lulij Anno d'ni Mill'imo, Quingen°, Quinquagesimo Nono. VENERABILIBUS et eximijs viris mag'’ris Nicholeo Wotton utriusq; luris Doclori, decano ectlie calh’ et Metropolitice Xpi. Cantuarien. et eiusdem eccl'ie Captlo, Vester humilis et deuotus, Nicholaus Simpson el’icus, vester ad infrascripta Mandatarius rite et l'timedeputalus, omni'odas Reueren. et ob'iam. cum obsequij exhibitione, tantis viris debit. Mandatum v'rum Reucrendum p'ntibus annex. xxij° die mensis Iulij vitimi preteriti humil'r. recepi exequend., Cuius auc'te et vigore, d'co xxij' die Iulij per affixionem d'ei v'ri Mandati in Stallo v'ri pre- fati d'ni decani infra Chorum eiusdern eccl'ie cath'is et Metropolitice, atq; per affixionem Citationum Schedularu. in sing'lis Stallis Cano- nicoram et prebendariorum d’ce eccl'ie iuxta vim, forma. et effectum Mandati v'ri Citatorij h’mo'i pu‘ affixarum, et ibm dimissarum omRes et sing'los Canonicos Prebendas in d'ea eccl'ia oblinentes, in electione futuri Archie'pi eiusdemn eccl'ie, lus, voces, et Interesse lentes, aut habere pretendentes pemptorie citari feci, Q'd compare- rent et eorum Quilibet compareret coram vobis, die, hor. et Loco in Mandato V ro Reuerendo predicto specificatis vnacum Continuatione 424 REVUE ANGLO-ROMAINE

et prorogalione dierum et horaru. (Si oporleat) extunc sequen., vo- biseum une et ib'in in h'mo'i electione et electionis regocio iuxta Juris exigentiamn et d'ce ecclie cath’is Consuetudines processur. et procedi visur. vsq: ad finalem expeditionem eiusd. inclusine, Vlte- riusq; factur. in ea parte qnod Tenor et eff eus d'ci v'ri Mandati de se exigunt et requirunt, Intimando insuper, et intimari feci, eisdem sic citatis, Q'd siue ip'i dictis die, hor. et loco vobiscum comparue- rint siue non, Vos nihilominus eisdem die, hor. et loco cum Conti- nuatione, et prorogalione dierum et horaru. h’mo'i, extune sequen., iuxla luris Exigentian et preteriti Temporis Obseruantia. in h'mo'i electionis negocio procedere intendiltis, ip’orum Citatorum Contuma- cia ab'iaq; siue Negligentia in aliquo non obstan. Et sic Mandat. v'rum pred'euin in forma mihi demandata, debite exequi feci et cau- saui. No’i'a vero el cogno'ia pred'corum Canonicorum {vt premit- tilur) citatorum inferius deseribuntur, In ecuius Rei Testimonium Sigillum venerabilis viri Officialis d’ni Areh'ni Cant. p ntibus apponi proeuraui. Et nos Officialis autediclus ad Sp’ialem Rogatum d'ei Cer- tificantis Sigillu, n’rum h’mo’i p'ntibus apposuimus: dat. quoad Sigiili Appensionem primo die mensis Augusti Anno d'ni Millimo Quingen?, Quinquagesimo, Nono. Mr. Ich'es Milles, Mr. Arthurus Sentleger, Mr, Hugo Turnebull, Mr. Richardus ffawcet, Mr. Rad'us Jackson, Mr. Robertus Collins, Mr. loh’es Knight, Mr. Will'mus Dar- rell, Mr. Thomas Wood, Mr. Nicholaus Harpesfeld, M. Iok'es Butler. QUIBUS omnibns et Sing'lis premissis sic gestis et lexpeditis, omni- busq; et Sing’'lis pred'ce eecl'ie Canonicis, lus et voces in h'mg' electione et electionis negocio habentibus seu habere pretendentibus l'time et peremptoric ad eosdem diem, hor. et Locum citatis ad foras d'ee Domus Cap'tlaris pu preconizatis Comparentibus p'sonal'r vna nobiseum d'co decano, mag'ris loh'e Milles, Arthuro Senlleger, Willmo Darrell, et Ioh'e Butler, prefate ecel'ie cath. et Metropolitice Xpi. Cantuar. Canonicis et Prebendarijs Nos decanus et Cap'tlm, antedict. sic cap't'lariter congregat. preno’ïatum Ioh'em Incent Nota- rium publicum in Actorum Scribam electionis pred'ce assumpsimus, Necnon mag’rum Ioh'em Armerar cl'icum et Gilbertum Hide gener. in Testes eiusdem electionis negocij et agendorum in eodem p'so- nal'rtunc pales elegimus, et eos rogauimus nobiscum ib’mremanere. Et mox Nos Nicholaus Wotton decanus an'dict. de Consensu d’eorum Canonicoru. et Prebendariorum predict. tune p'ntium in h’mo'i elec- tionis negocio proccdentes, omnes et sing'los alios Canonicos et Prebendarios, ad eosdem Diem, hor. et locu. citatos, pu‘ alta vore ut supra preconizatos, diu expectatos, et nuilo modo comparentes pronunciauimus Contnmaces, et in pena. Contumaciaru. suarum h'mo'i, ad viteriora ‘in d’co electionis negôcio procedend, fore de- creuirnus, eormm ab'ia sine Contumacia in aliquo non obstante — in Scriptis per nos sub l'mo’i verborum tenore lectis. IN DEI NOTE AMEN Nos Nichulaus Wotton vtriusq; luris Doctor, decanus eccl'ie cath’is et Metropolitice Xpi. Cantuaricn. de vnanimi Assensu et Con- sensu Cap't'li eiusdem cccl'ie omnes et sing'los Canonicos et Pre. DE REGISTRO PARKERANO A9%

bendarios eccl’ie memorate ad hos diem et locum ad procedend. in negocio electionis futuri Archie’pi et pastoris eccl'ie cath. predicte iuxta morem preteriti Temporis in eadem eccl'ia vsitat. et observat., l'ime et peremptorie citatos, pu°* preconizatos diu viz. in hor.locum et Tempus rite assignat. expectatos, et nullo modo comparentes pro- nunciamus Contumaces, et in pena. Contumaciarum suarum h’mo'’i et eorum cuiuslibet decernimus Jus et p’atem procedend, in h’mo’i electionis negocio ad alios Canonicos comparentes spectare et perti- nere, et ad viteriora in eodem electionis negocio procedend. fore iporum citatorum et non Comparentium ab'ia siue Contumacia in aliquo non obstante. HIJS EXPEDITIS Nos Nicholaus Wotton decanus antedictus de consimilibus consensu, assensui, et voluntate eorundem Canonicorum et Prebenderiorum tunc p'ntium, quasdam Monitionem el protesiationem in Scriptis simul redact. et concept. fecimus et pu* legebamus tune et ib'm sub h'mo’i sequitur verborum tenore. IN DEI NO'TE AMEN Nos Nicholaus Wotton vtriusq; luris doctor, decanus eccl'ie cath. et Metropolitice Xpi. Cantuarien. vice n'ra, ac vice et no’ï'e omniu. et Sing'lorum Canonicorum et Confratrvm n'ro- ru hic jam p’ntium monemus omnes et Sing’los Suspensos, exco’i- calos, et interdictos (Si qui forsan inter nos hic iam sint) qui de lure seu Consuetudine aut quauis alia occasione, seu causa, in p’nti elec- tionis negocio interesse non debent, Q'd de hac domo Cap't'lari sta- lim iam recedant, ac nos et alios de p’nti Capt'lo, ad quos lus et p'tas eligendi pertinet libere eligere permittant, protestando o’ibus via modo et Iuris forma melioribus et efficacioribus quibus melius et efficatius possumus et debemus no'i’e n’ro ac vice et noie o’ium et singlorum Canonicorum, Prebendariorum, et confratrum n'rorum predict. hic iam p’ntium, Q’d non est n’ra nec eorum voluntas tales admittere lang; lus, voces, et Interesse in h’mo'i electione habentes, aut procedere vel eligere cum eisdem, Immo volumus et volunt qu'd voces Taliu. (Si que postmodu. reperiantur) quod absit, in h’mo'i electione interuenisse, nulli preslent auxiliu., nec afferant alicui nocumentum, Sed prorsus pro non receptis, et non habitis nullisq; el inualidis penitus et omnino habeantur et censeantur, Canonicos vero omnes p’ntes pro pleno Capt'lo eccl'ie pred’ce habendos et cen- sendos fore debere pronu’ciamus et declaramus in hiis Scriptis. CONSEQUENTER vero declarat. pu* per nos Nicholau. Wotton an- ted'eum decanu. Capt'lo (Quia propter diuersas etc.) Expositisq; per nos Tribus modis electionis, Cunctisq; Canonicis tunc p’ntibus pu* percontatis, secundu. quem modu. siue quam viam fillarum trium in d’co Cap'’t'lo (Quia propter diuersas etc.) comprehensarum in h'mo'i electionis negocio procedere voluerint, Nos decanus et Cap l'Im. an’dict. de et super forma electionis h’mo’i, ac per quam viam siue forma. fuerit nobis procedend. ad electionem futuri Archie’pi eccl'ie cath’is et Metropolitice Xpi. Cantuarien. predict. diligenter tractauimus, et tandem nobis decano et Canonicis antedict. (t preferlur) tunc ib'm p'ntibus, et Cap'tim. in ea parte facien. visum est et placuit nobis decano, ac omnibus et sing’lis suprad'cis, 426 REVUE ANGLO-ROMAINE

nullo n’rum discrepante seu contradicente per viam seu formam Compromissi in h'mo’i electionis negocio procedere, ac tunc et ibm in Venerabilem virum mag'rum Nicholau. Wotton decanu. anted'eum sub certis expressatis Legibus et Conditionibus, Ha q'd d'eus Com- promissarius priusq’ ; e domo Cap’t'lari predict. recederet, et ante. quam Cap't'Im. k’mo'’i soluerctur, vaum virum idoneum in Archie- pum et pastorem eccl'ie memorate eligeret compromisimus, Promit- tentes nos bona fide illum acceptatur. in n'rum et d'ce ecclie Archiepum, quem ip'e Compromissarius sub modo et forma preno- ” tatis duxerit eligend. et prouidend. HIISQ; in hunc modum dispositis prefatus mag'r Nicholaus Wotton Compromissarius anted'cus, Onus Compromissi h'mo'i in Se acceptans, Vota sua in Venerabilem virum mag'rum Mattheum Parker Sacre Theologie Professorem iuxta et secundu. p'tatem sibi in hac parte factam ct concessam ac Compr- missionem pred'cam direxit, Ip'umque in Archie’pum et pastorem eiusdem eccl'ie elegit, et eccl'ie pred'ce de eodem prouidebat, prout in Schedula Tenorem et forma. Compromissi electionis et prouisionis predict. contin., per eundem mag'rum Nicholau. Wotton pu” lect. (Cuius tenor de verbo in verbum sequitur) dilucidius continetur. IX DEI NOTE AMEN. Cum vacante nuper Sede Archie’pali Cantuar. per obitum bone memorie Reuerendissimi in Xpo. p'ris D'ni Reginaldi Pole Cardinalis vitimi Archic'pi et pastoris eiusdem vocatis et l'time premonitis ad elcctionem futuri Archiepresulis d'ce Sedis omnibus el Sing'lis, qui de lure vel Consuetudine d’ce eccl'ie ad electionem h'mo’i fuerint euocandi ac omnibus qui debuerint aut potuerinl h’mo'i elcctionis negocio commode interesse, in Domo Cap't'lari an- tefacte eccl'ie, Termino ad d'cem electionem celebrand. prefixo el assignato, p'ntibus et cap'tlariter congregatis, placuerit Decano, omnibusq; et Sing’lis eiusdem eccl'ie Cap'tli nemine contradicente vel discrepante, per via. seu formam Compromissi, de futuro Sedis predict. Archie’po prouidere, ac mihi Nicholao Wotton eccl'ie cath's et Metropolitice Xpi. Cantuar. predicte decano, lus et vocem in h'moi electionis negocio habenti, Compromissario in hac parte special r el l'time electo plenam et liberam dederint et concesserint, p'talem. auc'tem, et mandetu. Speciale die isto antequam ab hac dome Cap't'lari recederem, ac recederent, et Cap‘t'lo durante, p'sona. habi- lem et idoneam in Archiepum et pasturem d'ce eccl'ie et eidem prouidendi prout ex Tenore dicti Compromissi manifeste liquet el apparet: Ego Nicholaus Wotton Decanus an’d’eus, Onus compre missi h’mo'i acceptans in venerabilem virum mag'rum Mattheum Parker, Sacre Theologie professorem vota mea dirigens, virum vlique prouidum et discretum, l’raram Scientia, vita, et moribus merito commendatu., liberu. et de l’timo m’rimonio procreatum, atq; in etate ltima et ordine Sacerdotali constitutu, in Sp'ualibus et Tem- poralibus plurimu. cireumspectum, scientem, volentei et valenten, Iura et Libertates d'ce eccl'ie tueri, et defendere, vice mei, viceq; Loco, et no'i'e, totius Cap {li eiusdem eccl'ie, pred’eum venerabilem virum, mag’rum Mattheu. Parker permissorum meritorum suorum DE REGISTRO PARKERANO . 427

intuitu in Archie’pum et pastorum eiusdem eccl'ie cah'is et Metropo- litice Xpi. Cantuar., infra Tempus mihi ad hoc datu. et assignatum eligo in communi, et eidem eccl’ie prouideo de eodem in hiïs Scrip- tis: DEINDE Nos decanus, et Cap't'lm. antedict. prefatam electionem et p’sonam electam, vtpote rite factam, et celebratam objuijs vinis amplexantes, ac eam, ratam., gratam, et firma. habentes, eundem marg'rum Mattheu. Parker, electumin Archie’bum et pastorem pre- fate eccl'ie, quatenus in nobis fuit, aut est acceptauimus, et electio- nem h’mo'i approbauimus. CONSEQUENTER vero, Nos decanus et Capt'Im. antedict., prefato mag'ro Will'mo Darrell p’tatem dedimus et concessimus, electionem n'ram h'mo’i et p'sona. electam, Clero et populo paia. publicand. declarand. et manifestand. prout moris est, atq; in Similibus de vsu laudabili fieri assolet. POSTREMO vero Nos decanus et Cap't’Im. antedict. domu. n'ram Cap't'larem antedict. egrediéntes, et Chorum eccl'ie memorateintrantes, hymnu, Te deum laudamus, in Sermone Anglico per ministros Chori solemniter decan- tari fecimus, Quo p'acto, prefatus mag’r Will'mus Darrel iuxta p'la- tem sibi elargitam ministris eiusdem eccl'ie ac plebi tune coadunate electionem n’ram h'mo'i el p’sona. electam verbo tenus publicauit, et denunciauit, ac delarauit. QUE O'TA et sing'la Nos decanus et Cap’t’Im. an’dict. pro officij n’ri debito v’re Serenissime maiestati sub Serie in hoc processu inserta, duximus significand., Eidem maï v're humil'r et obnixe supplicantes, Quatenus electioni n’re h'mo'i sic (ut premittitur) facle, et celebrate, Consensu. et assensu. v'ros regios adhibere, et eandem confirmari facere et mandare dignetur vra excellentissima maiestas. Vt (deo optimo maximo Bonorum s'ium Largitore fauente et opitulante) d'eus electus et confirmatus nobis preesse valeat, vtiliter pariter et prodesse. Ac nos sub eo et eius Regimine bono possumus deo in d'ca eccl'ia militare. ET VT de premissoru. verilate, v're Clementissime Maiestati abunde constare possit, Nos Decanus et Cap’t’im. an'dict. p’ntem Electionis n’re pro- cessum, Signo, Nomine, et Cognomine ac Subscriptione Notarij pu“ subscripti signari et subseribi, n’riq; Sigilli co'is appensione, iussi- mus et fecimus communiri. Act, in Domo n’ra Capt'lari predict. primo die mensis Augusti, Anno d'ni Mill'ino, Quingen‘, Quinqua- gesimo, Nono.

                               B.


      Litterae Patentes de assensu regio electiont adhibito.

ELIZABETH Dei g'ra Anglie ffrancie et Hibernie Regina, fidei defensor etc. Reuerendis in Xpo. p’ribus Anthonio Landaven. e’po Will'mo Barle quondam Bathon. e'po nunc Cicestren. electo, Ioanni Scory quondam Cicestren. e’po, nunc electo Hereforden., Miloni Cover- dale quondam Exon. e’po, Iohanni Bedforden, lohanniThetforden. e’pis Suffraganeis, Ioh'i Bale Osseren. e’po Sal'tm. Cum vacante nuper Sede 428 REVUE ANGLO—ROMAINE

Archie'pali Cantuar. per mortem naturalem d’ni Reginaldi Pole Car- dinalis vltimi el Immediati Archiepi et pastoris eiusdem, ad humilem petic'o'em Decani et Cap'tli eccl'ie n're cath’is et Metropolitice Xpi. Cantuarien., eisdem per l’ras n'ras patentes L'niam concesserimus, alium sibi eligend. in Archie’pum et pastorem Sedis pred'ce, Âc ijdem decanus et Cap't'lm. vigore [et] obtent. l'nie n're predæe, dil'em. nobis in Xpo. mag'rum Mattheum Parker Sacre Theologie Profeesorem sibi et eccl'ie pred’ce elegerunt in Archie’pum et pas- torem, proul per l’ras suas patentes Sigillo eorum communi sigillat. nobis inde directas plenius liquet et apparet, Nos electionemillam acceptantes, eidem Electioni Regiu. n’rum Assensu. adhibuimus pariler et fauorem Et hoc vobis Tenore p'ntium significamus, Rogantes ac in fide et dilectione quibus nobis tenemini firmiter pre- cipiendo mandantes, Quatenus vos aut ad iminus Quatuor vrum eundem Matltheum Parker in Archie pum et pastorem eccl'ie cath'is et Metropolilice Xpi. Cantuar. predicte (sicut prefertur) electum, electionemg; pred'cam confirmare, et eundem mag'rum Mattheum Parker in Archie’pum et pastorem eccl'ie pred’ce consecrare, Celeraq: omnia et singula peragcre que v'ro in hac parte incunibunt Officio Pastorali, iuxta formam Statutorum in ea parte editorum et proui- sorum velitis cum effectu. Supptentes nihilominus Suprema aucte n'ra Regia ex mero motu et certa Scientia n'ris Si quid aut in hijs que iuxta Mandatum n'rum pred’euin per vos fient, aut in vobis aut vrum aliquo, Conditione, Statu, facultate, v'ris, ad Premissa p'ficiend. desit, aut deerit, eorum que per Statuta huius Regni n'ri, aut per Leges eccl'iaslicas in hac parte requiruntur, aut n'ec'ria sunt, Temporis Ratione et rerum necessitate id postulante Ix cuius Rei Testimonium has l’ras n’ras fieri fecimus patentes. T. meip'a apud Westm. sext Die Decembris Anno Regni n’ri Secundo. Ha. Cordell. —

[Wee whose names be heare subscribid, thinke in our J'udgementes, at by this Commission in this forme pennid as well the Quenes Maï° may lr- fully auctorize the p'sons within namid to theffecte specified as the sail p'sons maye exercise lhe acte of confirminge and consecratinge in the same lo them committid. Will'am Maye, Henry Harvey, Robert Weston, Thomas Yale, Ediurd Leedes, Nicholas Bullinghan.]

                                   C.

RITUUM ET CEREMONTARUM ORDO IN CONSEtrations Rew- rendissimi D'ni Mallhei Parker, Archie'pi Cantur. in Capella infra Maue- rium suu. de Lambekith die d'rico viz. decimo Septimo Die mensis decembris, Anno D'ni Mill'imo, Quingen°, Quinquagesimo, Nono.

PRINCIPIO Sacellu. Tapetibus ad orientem adornabatur, solu, vero panno rubro insternebatur, Mensa quog; sacris peragendis n'cc’ria, Tapeto puluinariq; ornala, ad Orientem sita erat. DE REGISTRO PARKERANO 429

QUATUOR preterea Cathedre, quatuor e'pis quibus Munus Conse- crandi Archie’pi delegabatur ad Austrum Orientalis Sacelli partis erant posite. SCAMNU. preterea Tapeto, pulvinaribusq; instratum, Oui e’pigeni- bus flexis inniterentur, ante cathedras ponebatur. - PARI quog; modo Cathedra, Scamnu’q; Tapeto, pulvinariq; or- uatu. Arehie’po, ad borealem Orientalis eiusdem Sacelli partis pla- gant posita erant. AIS REBUS ita ordine suo instruetis, Mane circiter quintam aut Sextam, per Occidentalem portam ingreditur Sacellu, Archie'pus, toga Talari Coccinea, Caputioqg; indutus, quatuor precedentibus funalibus, et quatuor comitatus c'pis, qui eius Consecrationiinser- virent. viz. will'mo Barloe quondam Bathon. et wellen. e'po, nunc electo Cicestren., loh'e Scory quonda. Cicestren. e’po, nunc Here- forden. electo, Milone Coverdale quondam Exon. e’po, et Iuhanne Bedforden. Suffraganeo, Qui omnes postq'; Sedes sibi paratas ordine singuli suo occupassent, preces continuo Matutine per Andrea. Peerson Archic'pi Capellanum clara voce recitabantur, Quibus ‘peractis loh’'es Scory de quo supra diximus, Suggestum conscendit, atq : inde assumpto sibiin Thema Seniores ergo qui in vobis sun£ obsecro ronsenior, etc. non ineleganter concionabatur. FINITA Concione, egrediuntur simul Archie'pus, reliquiq quatuor c’pi Sacellu., se ad Sacram Communione. paraturi; neq; Mora confes- tim per Borealem portan ad hune modum vestiti redeunt, Archie'pus ninurum Linteo superpelliceo (quod vocant inducbatur, Cicestren. clectus Capa Serica ad Sacra peragenda paratus viebatur, Cui minis- trabant, operamq; suam prebebant, duo Archie’pi Capellani viz. Nicholaus Bullingh'm Lincoln. Et Edmundus Gest Cantuarien. res- pectiue Archini, capis Sericis simil'r vestiti, Hereforden. electus et Bedforden. Suffraganeus Linteis superpelliceis induebantur. MILO vero Coverdallus non nisi Toga Lanea Talari vtebatur. ATQ ; huncin modum vestiti et instructi ad Co’ionem celebrandam perrexerunt, Archie'po genibus flexis ad infimu. Sacelli gradu. sedente. FFINITO tandem Evangelio, Hereforden. electus, Bedforden. Suf- fraganeus, et Milo Coverdale (de quibus supra) Archie’pum coram Cicestren. electo, apud Mensam in Cathedra sedente hijs verbis ad- duxerunt, Reuerunde in deo pater, hunc viruni piu. pariter atq; doc- tum, Tibi offerimus atq; p’ntamus, ut Archie'pus consecretur, postq'; hee dixisset, proferebatur illico Regium diploma siue Mandatum pro Consecratione Archie’ pi”, Quo per D. Thomam Yale Legum dueto- rem perlecto, Sacramentu. de regio primatu siue Syprema eius auc’te tuenda, iuxta Staluta primo Anno Regni Serenissime Regine n're Elizabethe edita et promulgata, ab eodem Archie’poexigebatur,quod cum ille solemniter Tactis corporal'r sacris Evangelijs conceptis ver- bis prestilisset, Cicestren. Electus populu. ad orationem hortatus, ad Letanias decantandas choro r’ondente se accinxit, Quibus finitis post Questiones aliquot Archie'po per Cicestren. electum proposilas. et 430 REVUE ANGLO-ROMAINE

post Orationes et Suffragia quedam iuxta formam libri auc'te parlia- menti editi apud deum habita. Cicestren., Hereforden., Suffraganeus Bedforden. et Milo Coverdallus Manibus Archie’po impositis dixerunt Anglice viz. ‘ Take the hollie gost, and remember that thou slirre upp the grace of god, which ys in the by Imposicon of handes, for god hath not giuen us the Spirite of feare, But of Power, and Lovr, and Sobernes, ” Hijs dictis, Biblia Sacra illi in Manibus tradiderunt. h'mo'i apud eum verba h’entes, ‘ Gyve hede unto the readinge, exhortacon, and Doctrine, thinke uppon thes thinges, conteyned in thys Booke, be diligent in them that the increase comminge therbye may be manifest unto all men; Take hede unto thy self, and unto thy Teachinge, and be diligent in Doinge them for by doinge thys. thou shalt saue thy self, and them that hearthee through Jesus Xpe, our Lord. ” Postq'; hec dixissent, ad reliqua Communionis solemnia pergit Cicestren., nullu. Archie'po tradens pastorale bacculum, cum quo co'icabant Archie’pus, et quatuor illi epi supra no’i'ati, cum alijs etiam nonnullis. FFINITIS tandem peractisq; Sacris egreditur per Borealem Orien- talis Sacelli partis porta. Archie’pus, quatuor illis comitatus epis qui eum consecraucerant, et confestim eisdem ip'is stipatus e'pis per candem reuertitur portam, albo e’pali Superpelliceo, Crimeragq ; (ut vocant) ex nigro Serico indutus, circa collu. vero Collare quoddam ex preciosis pellibus Sabellinis (vulgo Sables vocant) consutu, gesta- bat. Pari quoq; modo Cicestren. et Hereforden. suis E‘palibus amic- tibus, Superpelliceo et Crimera, vterq; induebatur. Coverdallus vero et Bedforden. Suffraganeus togis solum modo ialaribus vtebantur. Pergens deinde Occidentalem portam versus, Archie’pus. Thome Doyle Iconimo, Joanni Baker, Thesaurario, et Joh’i March Computo. rotulario, Sing'lis sing'los albos dedit Bacculos, hoc sez modo eos muneribus et Officijs suis ornans. HIS itaq; hunc ad modum ordine suo {vt iam ante d'eum est peractis, per Occidetalem portam Sacellu. egreditur Archie'pus gene- rosioribus quibusq; Sanguine ex eius familia eum preceden. reliquis vero eum à Tergo Sequentibus. ACTA, geslaq; hec erant omnia et Sing'la in p'ntia Reuerendort. in Xpo. patrum, Edmundi Grindall London e’pi electi, Richard Cockes Elien. electi, Edwini Sandes Wigorn. electi, Anthonii Huse Armigeri principalis et primarii Reg'rarii d'ei Archie’pi, Thome Argall armigeri Reg'rarii Curie Prerogative Cantur., Thome Willett et Joh'is Incent notariorum publicoru., et aliorum nonnullorum. Lettre aux évêques et aux catholiques de Hoïilande, à l'oc- casion de la consécration d’up nouvel archevêque schis- matique d'Utrecht.

VENERABILIBUS FRATRIBUS Pertro Maritx AncuiEriscopo ULrRAIEC- TENSI EJUSQUE SUFFRAGANEIS ET DILECTIS Filiis CATROLICIS UNIVERSIS IN HOLLANDIA COMMORAXTIBUS.

                         LEO PP. XII



    Venerabiles Fratreset Dilecti Fülii, Salutem et Anostolicum
               ’          Benedictionem.

Dolentes equidem animo, sed Apostolico munere impulsi, hasce ad vos litteras mittendascensuimus, in gravissima causa, de qua vos- met, ut æquum est, Nobiscum deploratis. Nimis etenim nostis quem- admodum istic, superiore anno, in locum pseudo-archiepiscopi Jan- senistæ, Joannis Heykamp, misere in schismate suo demortui, a capitulo æque schismatico, die xxut februarii, electus sit Gerardus quidam Gul, e gremio canonicus, isque præterea, die xX1 maii, per manus Gasparis Rinkel, pseudo-episcopi, consecrationem episcopa- lem sacrilego aisu susceperit. Utraque Nos de re idem capitulum idemque ita electusconsecratusque episcopuscertiores fecerunt, datis literis in quibus cum simulatione obsequii despectus certabat, — Tum Nobis qui faclo opus esset et conscientia oflicii et Decessorum acta monebant. Attamen pro ea quæ urgebat animum caritate paterna, re tota aliquamdiu prolata, devios homines benignitate divinæ, quæ ad pœnitentiam adducit, enixe commendavimus, siforte cordibus tacti ovile male desertum requirerent. Id Nobis, qui Christi Pastoris boni fungimur vice, erat maxime optatum, spesque affuige- bat animo, id ipsum fore in præcipuis gratissimisque pietatis mune- ribus quæ Nobis, annum episcopatus quinquagesimum jamjam cele- braturis, lætitiæ sanctæ coronam augeret : ob eamdemque causam quædam etiam apud illosofficia visum est interponere. — Nunc vero, quandoquidem sese illi Nobis insanabiles præbuerunt, vocem Nos- tram et Dei audire obfirmatis animis renuerunt, Spiritui sancto ingrale contumaciterque restiterunt, resisiunt, nihil jam rati sumus cuncilandum, quominus quæ in istiusmodi crimina sacris Canonum legibus præscripta sancitaque sunt, ea Nos secundum Decessorum exempla, restricte observaremus, et qua pollemus a Deo potestate edictis pænis præstaremus ; quo fieret etiam ut rite per Nos et domi- 432 REVUE ANGLO-ROMAINE

nici gregis incolumitati et Ecclesiæ catholicæ dignitati foret con. sultum. Itaque electionem Gerardi Gul in archiepiscopum Ultrajectensem a pseudo-canonicis Ultrajectensibus actam, Nos illegilimam, nefa- riam, irritam, prorsus nullam, Aposlolica auctoritate declaramus, camque rescindimus, delemus, abrogamus; item ejusdem episeopa- lem consecralionem illieilam, illegitimam. sacrilegam, contra sacra- rum legum sanctionem factam declaramus, rejicimus, detestamur. Quapropter eumdem Gerardum Gul, archiepiscopum ila eleclum et consecralum eosdemque canonicos eleclores, parilerque eum ipsum Gasparem Rinkel, qui partes egit consecratoris, atque una quotquol operam suam utrilibet isti execrabili facto commodarunt, quotquot præterea illis adhæserunt, opemque vel consensum vel consilium præstilerunt, eos omnes et singulosexcommunicamus, anathemati- zamus, atque ab Ecclesiæ communione segregatos et prorsus schis- malicos habendos et eyitandos esse constiluimus, edicimus, pronun- liamus. Idem porro Gerardus Gul omnino sciat graviterque animadvertat sibi jam, nisi novis se pœnis obligatum velit, üis omnibus fungendis esse interdictum quæ sunt jurisdictionis et ordinis : ita ul ipsi sit usquequaque nefas tum quemquam ad animarum curam et sacra- mentorum administralionem, quovis etiam necessilatis prælextu, constituere et depulare, tum chrisma sacrum conficere, sacramenta confirmalioniset ordinis administrare el alia qucumque agere vel ad jurisdictionem, qua omnino caret, vél ad episcopalem ordinem, quem licite exercerenequaquam potest, quomodocumque spectanlia. Hæc omnia, Venerabiles Fratres et dilecti Filii, eo vos animoacci- pile quo Nosmetipsi denuntiamus, cum summa nimirum et lanlo- rum criminum delestalione el sacrarum legum reverenlia: alque cæcitatem reorum et duritiam Nobiscum vehementer commiserali, preces conjungite apud misericordiam divinam ad pœnitentiæ spiri- lum eis implorandum, dum lempus est. Vos autem qui materno in sinu Ecclesiæ catholicæ omni fidelitate conquiescitis, quique hic Apostolieæ Sedi obsequium et amorem vestrum egregie probalis. crescite usque in proposito saneto, multiplicatisque fidei et justiti fructibus, dolores matris affectu pio sarcire contendite. Ejus rei gra- tia el in pignus peculiaris benevolentiæ Nostræ, Apostolicam bene- dictionem vobis omnibus peramanter in Domino impertimus. Dalum Rom apud S. Petrum die xxvin Februarii moccexenr, Pon- tificatus Nostri anno decimo sexto.

                                               LEO PP, XNI




                        Le Directeur-Gérant: Fernand Ponral.

          PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ,   RUE CASSETTE,   17,




                                                   Google

                                                               . +

4r* ANNÉE N° 40 8 FÉVRIER 1896

                                  . REVUE

ANGLO-ROMAINE ,

                              RECUEIL    HEBDOMADAIRE




                                                                                                      enente


                                                                                                                  LS
                                                                                            .



                                                                                                s




                                                                                                      mnrmemmes
                                                         Er

                                                         ©
                                                         Lea

Ta es Potrus, et sy- Spiritus Sanctus po- FN LME

per hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecclesiam gore Ecclosiam Dei. monm ... ot tibi dabo claves ... ACT. xx. 88. Marra. xvr. 18-19. *

                                    SOMMAIRE :
                                                                                        PAGSS

Rev. F.-W. Porrer..... Les Ordinations anglicanes et le Sacrifice de, la messo......... ......... _..... 433 C.-S. H........... Le Calendrier anglican .................... 452 Chronique................................ .. A5& - ‘ Livres et Rovues........... enesssescsssses 460 Docuuexrs. Lettre de S.S. Léon XIII à S. Em. le cardinal Langénieux. — Lettre du Patriarche chal- déen aux Nestoriens..................... 465

                        |               PARIS
          RÉDACTION                   ET      ADMINISTRATION
                                   17, RUE CASSETTE


                                           1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

            FRANCE                                           À    LA PAGE:

UN AN.................. 20 fr. La page possssssecosssse 30 fr SIX MOIS ,....... sosseres ai fr. La 1/2 page ...... cu. 20 fr. TROIS MOIS ........,...... 6 fr. Le 4/4 page............. 10f

                                                             A LA LIGNE :
          ÉTRANGER

Ux 4N.................. 25 fr Sur 4/2 colonne: la ligne. ffr. SIX MOIS,............,.., 43 fr. Tao Mois..,............ 7 fr, Les annonces sont reçues © LE NUMÉRO France.... O0 fr. 50 aux bureaux de 1a Revue 17, ÉTRANGER.. A fr. » rue Cassette, Paris.

Lés opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

ORDINATIONS ANGLICANES FERNAND DALBUS ...—...t 29 ÉDITION »—

        4 Brochure grand in-8°. — Paris,            Delhomme et Briguet.



                  REVUE THOMISTE
   Aëministration : 222, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris

La Revue Thomiste est rédigée par des Pères Dominicains, avec la collaboration de plusieurs savants de France et de l'Etranger. Elle parait tous les deux mois, par livraisons d'au moins 128 payes grandin-8e, et forme chaque année un volume d'environ 800 pages. Les abonnements sont annuels: ils sont payables d'avance et datent du mois de mars dc chaque année.

                                                  à              recevrait jeunes anglaisà
           SEUR Lecons particu- PRÈTRE la campagne près      Paris,
                      licencié és lettres

PROFES francais, Excellentes lières de latin, grec, littérature et philo- pour apprendre Je sophie, spécialement recommandé. S’a- références. S'adresser M. B. aux bureaur dresser G. À. aux bureaux du la Revue. de la Revue.

             EUT siques el natu- LEC N jeune homme habilant Pa-
                        de Sciences phy-          10    QG       d'anglais offertes par un

PROFESS relles. Préparations aux baccalauréats et ris, mais ayant longiemps résidé en Angle- au premier examen du doctorat en méde- terre, en échange de lecans d'allemand — cine. Spécialement recommandé. S'adres- Références sérieuses exigées de partetd'au- ser M. G , aux burcaux de la Itevue. tre.S'adresser H. D. aux bureaux de la Revue.

DAMES fille, habitant entre le Troca- PROFESSEUR Ex. trés honorables, la mère et la d'anglais, ayant

déro et le bois de Boulogne, prendraient à Londres, désire lecons à domicile. Er- dames pensionnaires. Confort £ prix mo- cellentes références. S'adresser V, aux bu- dérés. reaux de la Revue. L

        LES ORDINATIONS ANGLICANES

               "ET LE SACRIFICE DE LA MESSE

                                 (Suite.)

Un très estimé et très savant théologien, feu M. T.-W. Perry, écrivit, il y a plus de trente ans, un livre très travaillé pour prouver que Cranmer et Ridley soutinrent jusqu'au jour de leur mort la vraic doctrine de la Présence réelle. Je serais ravi de pouvoir être convaincu que la manière de voir de M. Perry est juste, mais son livre ne me convainc pas. Je pense que Cranmer et Ridley soutenaient ce que l'on peut appeler une doctrine d'une présence virtuelle du corps et du sang de Notre-Seigneur, et je pense qu'ils attribuaient cette pré- sence virtuelle à laquelle ils croyaient, à l'effet de la consécration !; mais, bien qu'ils considérassent leur enseignement comme d'accord avec la doctrine des saints Pères, en réalité ils en étaient bien éloignés. Bien entendu, la substitution de la doctrine de la présence virtuelle à celle de la présence réelle et substantielle du corps et du sang de Notre-Seigneur doit nécessairement amener à modifier aussi le mode d'interprétation de la doctrine du sacrifice. Ca peut en ce cas se servir des mêmes expressions que les Pères à l'égard du sacrifice; en réalité, on ne partage pas leur manière de voir sur tous les points et on ne souscril pas à leur doctrine dans lous les détails. Il est vrai qu’il ne faut pas non plus, au sujet du sacrifice, exa- gérer les effets de semblables divergences dans l'enseignement. L'É- glise n'avait tranché la question par aucune décision faisant autorité; et, dans les temps primitifs, on peul citer des cas de différences d'o- pinions considérables.La doctrine que l'on trouve, surle sujet de l'Eu-

1 C’est ainsi que Cranmer parlant du pain et du vin de l'Eucharistie, dit : « D'une manière spéciale on peut les appeler saints et consacrés lorsqu'ils sont séparés pour ce saint usage par les propres paroles du Christ, paroles qu'il prononçca à cette intention disant, du pain: « Ceci est mon corps » et du vin : « Ceci est mon sang »; si bien que les auteurs considèrent que le pain et le vin, avant que ces paroles ne soient prononcées, ne sont que du pain et du vin ordi- naires, tandis qu'après, ces mêmes espèces sont du pain et du vin consacrés et saints. Voir Cranmer, On the Lord's Supper, p. 11717, ed. Parker soc. Com- parer aussi Ridley, Works, pp. 214-215. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. I. — 28, 434 REVUE ANGLO-ROMAINE

charistie, dans les écrits de Facundus d’Hermiana peut difficilement être considérée commes'accordant avec celle de saint Chrysostome. ne serait pas facile d'établir une harmonie complète entre la doctrine de Paschasius Radbertus et celle de l'archevêque Ælfric de Cantorbéry (993-1006). Et même dans la communion latine, depuis le Concile de Trente, les explications du Sacrifice de la Messe données par le Cardinal de Lugo ou le Cardinal Cienfuegos diffèrent d'une manière marquée de celles données par Vasquez,ettouscestroisauteurs profes- sent sur le sujet des opinions qui contrastent absolument avec celle de Thomassin. Cependant, pour en revenir aux réformateurs anglais, je pense que tout le monde doit admettre que Cranmer et Ridley pre- fessaient qu'il y a un sacrifice dans l'Eucharistie, et ils ne permet- taient à personne de consacrer l'Eucharistie sans avoir reçu l'ordi- nation presbytérale : il s'ensuit dès lors que, lorsqu'ils imposaient à quelqu'un, par l’ordination, la charge, le don et l'état du preshytérat, ils devaient forcément avoir l'intention de lui conférer un certain pouvoir sacrificiel, Les écrits de ces deux théologiens me paraissent s'opposer entière- ment à l'idée suggérée dans la mineure, à savoir que des hommes tels que Cranmer et Ridley avaient l'intention positive d'exclure des dons de l'ordination tout pouvoir de sacrifier. Il est encore moins possible de supposer qu'ils ont délibérément essayé de rendre nulles les ordinations qu'ils faisaient, en ayant l'intention secrète de ne pas ordonner s'il devait s’ensuivre qu'en ordonnant ils eussent conféré le pouvoir de sacrifier à ceux qui étaient faits prêtres. Une telle supposition dépasse tellement les bornes de la vraisemblance qu'elle ne demande pas une plus longue réfutation. Je voudrais maintenant démontrer que les théologiens de l’Église d'Angleterre ont toujours admis un sacrifice dans la Sainte Eucharistie. La croyance que la Sainte Eucharistie est dans un certain sens un sacrifice a toujours été l'enseignement reconnu des théologiens de l'Église d'Angleterre après la Réforme. Ainsi, treize ans après que le second Prayer-Book d'Édouard VI eut été autorisé, l'évêque Jewell de Salisbury cite en latin les paroles de saint Chrysostome : « Offerimus quidem, sed ad recordationem facientes mortis ejus.......... Hoc sacrificium exemplar illius est... Hoc quod nos facimus in commemorationem fit ejus quod factum est... Id ipsum semper offerimus; magis autem recor- dationem sacrificii operamur! »; et l’évêque Jewell ajoute : « C'est ainsi que nous offrons le Christ, c'est-à-dire un symbole, une commé- moration, un souvenir de la mort du Christ. Cette sorte de sacrifice

1 'Ilpoapépouey uèv, aväpwmaiy notodmevot 05 bavétou adrot...... Toro Eurivme TUxos éeri....., tobro els évépynoiv yiyvetet tob vére yevouévou..... tv œdrvy di molobpev pädov Ëb àvauvnorw ipyakéwBa Suciac. S. Chrysost. in Ep. ad Hebr. Hom, xvn, 8 3, Opp. tom. XI, pp. 168, 169; ed. Ben., Vonet., 4741. LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 435

n'a jamais été niée!. » Le livre de l’évêque Jewell fut publié en 4565. Vingt ans plus tard, en 4585, Bilson, principal du Collège de Win- chester, puis évéque, d’abord de Worcester, ensuite de Winchester, répliquant à un adversaire catholique romain, s'exprime ainsi : « Les Pères sont tous d'accord pour donner, non pas à votre messe privée qu'ils n'ont jamais connue, mais à la Cène de Notre-Seigneur le nom de sacrifice, ca que nous admeitons les uns el les autres volontiers el enseignons ouvertement *, » Sept ans plus tard, en 1592, le grand et saint Lancelot Andrewes, alors prébendaire de Saint-Paul, ensuile évêque de Chichester, d’Ely et entin de Winchester, prononçait un sermon fameux sur « Le culte des imaginations ». Son texte était tiré des paroles de saint Luc (Actes, 11, 42), « Et ils persévèrent dans la doctrine des apôtres, et dans Jleur communion, et dans la fraction du pain et dans les prières. » Après avoir parlé de certaines fausses no- tions ou imaginations touchant « la doctrine des apôtres » et tou- chant leur « communion », il en vient aux « imaginations » touchant « la fraction du pain ». À ce sujet il élève tout d’abord quelques objec- tionscontrela coutume de l'Égliseromaine qui permet de dire la messe sans qu'il y ait descommuniants. Il combat également cette doctrine qu'après laconsécration il nereste que les accidents du pain. Il ajoute alors: « Les imaginations qui sont les leurs étant telles, nous avons aussi les nôtres. Car beaucoup parmi nous s'imaginent qu'il y a seulement un sacrement dans cet acte et /rouvent étrange l'iée d'un sacrifice; landis que nous ne nous en servons pas seulement comme d’une nourriture spirituelle, ce que c'est d'ailleurs aussi, mais en- core comme un moyen de renouveler un cvenant, une alliance, avec Dieu par la vertu de ce sacrifice ainsi que parie le Psalmiste ?. C'est ce que nous enseigne notre Sauveur le Christ dans l'institution du Sacrement, ainsi que nous le rapporte saint Luc * au chapitre xxne, verset 2, et l'Apôtre * au xt chapitre des Hébreux, ver- set 10. Ef les anciens écrivains n'emploient pas moins le mot de sacrifice que celui de sacrement, le mot d'autel que celui de table, le mot d'offrir que celui de manger; mais ils emploient dans chaque cas indiffé- remment les deux mots, pour montrer qu'il y a là les deux actions. » Puis, Andrewes attaque la doctrine erronée des puritains qui supposaient que, dans l'Eucharistie, il n'y a pas de sacrifice.

1 Jewaiz. Reply Lo Harding's answer, p. 129, ed, Parker soc. 3 Bisson, The true difference between Christian subjection and Unchristian rebellion, p. 688, édit. 1585. Oxford. 3 Ici Andrewes fait allusion au‘Psaume XLIX fin vulg.} 5. — « Congregate illi sanctos ejus, qui ordinant festamentum [in LXX, Buafxnv, anglice, covenanf] super sacrificia. » 4 Luc XXII, 26 — « Hic est calix novum testamentum in sanguine meo .» 5 Hebr. XIII, 10. — « Habemus altare, » $ ANDREWES, Sermons, t. V, p. 66-67, Oxford 1843. 436 REVUE ANGLO-ROMAINE

À une période plus avancée de sa vie, dans les notes qu'il prépa- rait pour sa réponse au xvui® chapitre de l'ouvrage du cardinal Du Perron, intitulé : Réplique d la response du Sérénissime Roy de la Grande-Bretagne, l'évêque Andrewes s'exprime ainsi : « L'Æucharistia Jut toujours et actuellement est considérée par nous à la fois comme un sacrement et comme un sacrifice . » Un peu plus loin il dit encore: « Si nous nous entendons sur la question du sacrifice, il n’y aura au- cune différence au sujet de l'autel ?, » . En 1606, quatorze ans après le sermon d'Andrewes sur le Crdie des imaginations, le savant Richard Field, alors chanoine de Windsor et qui devint doyen de Gloucester, publia son grand ouvrage Of fe Church, Dans l'appendice du troisième livre, parlant de la sainte Eucharistie, il dit :« Par le nom de sacrifice, on entend le sacrifice du corps du Chrisl, Dans cette matière, nous devons considérer, pre- mièrement la chose offerte et secondement la manière de l'offrir. La chose qui est offerte est le corps du Christ, qui est un éternel et per- pétuel sacrifice de propitiation, en ce qu'il fut offert une fois par la mort sur la croix et possède une force et une efficacité qui ne cesse- ront pas. Quant à la manière d'offrir le corps et le sang du Christ, nous devons considérer qu'il y a une double manière d'offrir une chose à Dieu. « Premièrement on peut offrir, comme font les hommes, quand ils donnent quelque chose qui leur appartient à Dieu, en déclarant qu'ils n’en seront pas plus longtemps possesseurs, mais que cette chose va devenir la propriété de Dieu et qu'il pourra en disposer comme bon lui semblera. « Secondement, on peut dire qu'un homme offre une chose à Dieu quand il la lui présente, la place devant ses yeux et l'offre à sa vue. pour amener Dieu à faire quelque chose à cause de ce qu'il lui pré- sente ainsi et lui offre: c'est de la sorte que chaque jour, au ciel, le Chris! s'offre lui-même et son corps crucifié une fois sur le Calvaire, intercédant ainsi pour nous; ne le donnant pas à vrai dire à la manière d'un don ou d'un présent, car il s'est donné lui-même à Dieu une fois pour toutes, et demeure en sa sainte possession pour toujours; ni sous forme de sacrifice *, car il est mort une fois pour le péché et est

1 Anprewes, Minor Works, p. 19, éd. Oxford, 1854. ? Op. cit. p. 20. 3 Thomassin emploie le mot sacrifice d’une manière plus vraie et plus con- forme aux Ecritures en l'appliquant non seulement à la mort de Notre-Seigneur sur la croix, mais encore au ministère sacerdotal qu'il exerco infra velamen. (Cf. Thomassin, De verbe Incarn., Lib. X, cap. x1, Dogmat. theolog., tom I, p. 683. — « Nobis hic extra ct infra expcctantibus Pontifex noster intus sacrificet, intus Deum propitiet». Cependant Feild se sert aussi du mot sacrifice pour parier de ce que Notre-Scigneur fait pour nous au cicl. Sans aucun doute, dans co passage, il veut dire qu'il ns a pas de nouvelle effusion do sang, tout comme dans Gelasius Cyzicus nous lisons que dans l'Eucharistie Notre-Seigneur est &féruc dx rüv clô£wv Guéuevov. (CF. Coleti Concilia, II, 241, éd. 1128.) LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 437

monté aux cieux.pour ne plus jamais mourir ; mais en ce sens qu’il se montre aux yeux de Dieu son Père, lui représentant son sacrifice et l’offrant à sa vue afin d'obtenir grâce et pardon pour nous. Æf de celte manière nous aussi l'ofrons chaque jour sur l'autel en ce que, com- mémorant sa mort et représentant sous une forme sensible les souffrances aiguës qu'il endura dans son corps sur la croix, nous offrons celui qui fut une fois crucifié et offert en victime pour nous Sur la croix, nous l'offrons avec toutes ses souffrances aux regards du Tout-Puissant afin qu'il ait le spectacle en gracieuse considéra- tion! » C'est là un passage admirable et qui eût certainement réjoui le cœur de Thomassin en venant renforcer les points essentiels de la thèse qu'ila mise en évidence avec tant de science et de piété, je veux parler de la thèse qu’il à ainsi énoncée: «Eucharistiæ sacrificium idem est quod cœli ?. » Ces citations suffisent pour établir que les théologiens de l'Église d'Angleterre ont été habitués à soutenir qu'il y a un sens très vrai dans lequel la Sainte Eucharistie est un sacrifice. Et s’ils ont professé cette doctrine sous Édouard VI et Élisabeth, ils ont certainement continué à la professer depuis. | J'ai déjà admis plus haut que dans la dernière partie du règne d'Édouard VI, Cranmer et Ridley, du moins en ce qui concerne leur opinion personnelle, substituèrent l'idée d’une présence virtuelle du Corps et du Sang de Notre-Seigneur à la vraie doctrine de la présence réelle et substantielle. Sans aucun doute, quelques-uns des autres évêques partagèrent leur opinion; mais il est impossible de supposer que tout l'épiscopat anglais tomba dans cette erreur doctrinale. Quelques-uns des évêques qui continuèrent d'occuper leurs sièges pendant le règne d'Édouard VI furent autorisés à y rester par la reine Marie et ses conseillers, Parmi ces évêques se trouvaient Thiriby de Norwich, Aldrich de Carlisle, King. d'Oxford, Salcot de Salisbury, Chambers de Peterborough, Wharion de Saint-Asaph et plusieurs autres?. Thirlby fut transféré en 1554 par la reine Marie au siège d’Ely et envoyé en 1535 comme ambassadeur de la reine à la Cour de

1 Faso, Ofthe Church, Append., to vook 111, vol. 11, pp. 61, 62, édit. 1849. 2 Tuomassints, Dogmat theolog. de Incarnat. Verbi, lib. X, cap. xxv. Com- parer aussi lib. X, cap. x1. 3 Dom Gasquet (Édouard VI and the Book of Common Prayer, p. T) dit au sujet d'une liste de onre évèques parmi lesquels se trouvent Thirlby, King et Chambers :« Il ne semble pas qu’il y en ait un seul parmi eux que l'on puisse vraiment chusser parmi les partisans d'un changement dans la religion. »...... À Ja page 72, parlant de quatre évêques parmi lesquels Aldrich Salcot et Wharton, Dom Gasquet dit qu'ils appartenaient au parti qui suivait la ligne de conduite de Tunstail de Durham, tandis qu’une autre portion de l’épiscopat suivait le parti de Cranmer. Chacun sait que Tunstall était fortement opposé à toute innovation. Le chanoine Dixon (History of the Church of England, LX, 459), en énumérant les « chefs de la vieille école », mentionne en premiére ligne Tunstall, Aldrich et Thiriby. 7 438 REVUE ANGLO-ROMAINE

Rome, où il servit aussi d'agent au Cardinal Pole. Si quelqu'un en présence de tels faits affirme encore que deux ans auparavant Thirlby rejetait la doctrine de la présence réelle, il lui reste la tâche de prou- ver son assertion. Il s'ensuit que, mème si on accordait que Cranmer et Ridley, à cause de leur doctrine de la présence virtuelle, n'avaient pas l'in- tention de conférer un vrai sacerdotium avec le pouvoir d'offrir le Saint Sacrifice au sens catholique, il y avait encore des évêques qui ne suivaient pas le Primat dans son erreur et dont l'intention en ordonnant doit être admise par tous comme suffisante. Je fais cette observation seulement à l'intention de ceux qui peuvent y attacher quelque importance : car quant à moi je tiens pour absolument cer- tain que les ordinations faites par Cranmer et Ridley ne peuvent pas être attaquées pour défaut d'intention de la part du ministre. Ayant discuté les opinions sur la Sainte Eucharistie professées individuellement et sous leur responsabilité personnelle par les prélats de la Réforme, je vais considérer maintenant la question de savoir si dans ses formulaires autorisés, soit liturgiques, soit dogma- tiques, l'Église d'Angleterre, au temps de la Réforme, s'est engagée dans une négation de la doctrine catholique sur le Sacrifice de l'Eucharistie; et bien que, strictement parlant, il ne soit pas néces- saire de discuter la question ullérieure de la doctrine de la Présence réelle et substantielle, cependant, ad majorem cautelam, j'examinerai si, à l’époque à laquelle nous nous reportons, il y eut une nége- tion officielle de la présence réelle. Je considérerai premièrement les formulaires dogmatiques visant les Articles de religion; et, en deuxième lieu, les formulaires liturgiques visant les deux Prayer-Book, les deux Ordinaux d'Édouard VI et les changements peu nombreux, mais importants, faits dans le Prayr- Book sous le règne d'Élisabeth. Tous ceux qui ont étudié l'histoire ecclésiastique de l'Angleterre, savent que les articles de religion tels qu’ils furent publiés originai- rement, étaient au nombre de quarante-deux, et que Cranmer en fut le principal auteur. On a très communément supposé que sous leur forme primitive ils furent sanctionnés en Synode par la convocation de Cantorbéry, pendant la session du Synode tenu en mars 1553, quatre mois avant la mort du roi Édouard VI. Des éditions de ces articles furent publiées en mai 1553 et on y trouve le titre suivant: « Articuli de quibus in ultima Synodo Londinensi A. D. 4552, ad tollendam opinionum dissensionem, et consensum veræ religionis firmandum, inter episcopos et alios eruditos atque pios viros convene- rat. — Regia similiter authoritate promulgati, A. D. MDLIII. » Cependant, il a été démontré d'une manière concluante que te

1 En vieux style la date se trouverait ètre mars 4552, PT

  LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE                   439

titre était un titre mensonger, qui fut placé en tête des copies impri- mées des articles par le conseil royal qui administrait alors les aBaires du royaume au nom d'Édouard VI, encore enfant. . Burnet remarque avéc justesse que les articles portaient « un titre trompeur afin d'en imposer au vulgaire ignorant! ». On peut trouver la preuve complète que les quarante-deux articles ne furent jamais sanctionnés par la Convocation dans l'ouvrage du chanoine Dixon, History of the Church of England, vol. IL, pp. 513-547. Cranmer, lui-même, se plaignit au Conseil du titre imposé. Le 49 juin 4553, le roi publia un édit ordonnant que le clergé des treize paroisses de Londres qui étaient exemptes de la juridiction de l’évêque de Londres et dépendaient de l'archevêque de Cantorbéry devaient comparaître devant leur Ordinaire, à Lambeth ?, dans un délai de quatre jours, pour y signer les quarante-deux articles qui avaient été sanclionnés par l’État, mais non par l'Église. Cranmer déclara plus tard qu’en faisant exécuter cet édit il n’usa de contrainte envers personne; mais, comme le dit le chanoine Dixon : « la contrainte était là, quoique à l'arrière-plan *. » Et sans aucun doute on avait l'intention d'obliger tout le clergé d'Angleterre à souscrire aux articles. Mais l’homme propose et Dieu dispose. Dix-sept jouts après la publication de l'édit royal, le 6 juillet 4553, Édouard VI mourut, Quatre semaines plus tard, le 3 du mois d'août, Marie fit son entrée solennelle à Londres. Pourquoi ai-je rapporté tous ces détails? Parce que je vois dans cette suite d'événements la main de Dieu protégeant l'Église d'Angle- terre contre l'infection de funestes erreurs. Le vingt-neuvième des quarante-deux articles contenait une négation catégorique de la pré- sence réelle. En voici les termes : « Quum naturæ humanæ veritas requirat, ut unius ejusdemque hominis corpus in multis locis simul esse non possit, sed in uno aliquo et definito loco esse oporteat, idcirco Christi corpus in multis et diversis locis eodem tempore præsens esse non potest. Et quoniam, ut tradunt Sacræ Litteræ, Chris- ts in cœlum fuit sublatus, et ibi usque ad finem sæculi est perman-

1 Boangr, Reformation, vol. 1, p. 310, ed. Pocock, 1866. 3 Burner (Reformation, vol. VI, pp. 298, 304, ed. Pocock) reproduit un mandat adressé par lo roi Édouard VI à j'évêque de Norwich, par loquel il lui ordonne et lui conseille de souscrire aux quarante-deux articles et de faire en sorte qu'il 7 soit souscrit par tous ceux qui officient ou préchent dans les limites de son dio- cèse. Do semblables mandats furent sans aucun doute envoyés à tous les évêques. A Norwich un petit nombre de prêtres seulement y souscrivit, pas plus de cin- quante environ. Nous n’avons aucune preuvo que l'évêque y souacrivit à Norwich; de même dans les autres diocèses, sauf à Londres. Il est possible que le diocèse de Norwich ait été choisi en premier : parce que, quoique l'évêque appartint au parti de la vieille école, le diocèse dans son ensemble était connu comme forte- ment inféodé au parti de la Réforme. (Voir Dixon, History of the Church of England,IV, 18, 19.) 3 Dixon, History of the Church of England, mn, 531. A40 - REVUE ANGLO-ROMAINE surus, non debet quisquam fidelium carnis ejus et sanguinis realem et corporalem, ut loquuntur, præsentiam in Eucharistia vel credere vel profiteri ‘. » C'est pour nous un grand sujet de gratitude envers Dieu de ce qu'une semblable déclaration n'ait jamais été approuvée en Synode par l'Église d'Angleterre et de ce qu'à l'exception de quelques prêtres à Londres et à Norwich, les prêtres anglais, du moins à notre connaissance, n'aient jamais été invités à y souscrire, mème à titre individuel. La mort d'Édouard VI survenue à temps et l'avènement de Marie mirent un terme à des mesures qui eussent pu compromettre le sort de l'Église d'Angleterre. Après l'avènement d'Élisabeth, les articles furent introduits devant la Convocation et approuvés en 1563, et à nouveau en 1571, mais non sans que certaines modifications y eussent été introduites. Leur nombre fut réduit, si bien que, dans la rédaction définitive, il n'en resta plus que trente-neuf. Mais une importance toute spéciale s'attache à cette remarque que le paragraphe entier contenant la répudiation de la doctrine de la présence réelle fut supprimé à la fois en 4563 eten 1574, et qu'il n'a jamais été rétabli depuis, tandis qu'on Île remplaça par un autre paragraphe n'impliquant pas la négation de la présence réelle. Ce nouveau paragraphe, ou du moins sa première partie, semble avoir été rédigée par l'évêque Geste, de Rochester. En voici le texte : « Corpus Christi datur, accipitur et manducatur in cœna, tantum cœlesti et spirituali ratione. Medium autem quo Corpus Christi accipitur, et manducatur in cœna fides est? Chacun peut voir quel changement considérable fut accompli dans la doctrine par cette modification. Bossuet parlant de ce changement s'exprime ainsi : « On varie manifestement sur la présence réelle ; » et il ajoute: « Ainsi l’article XXIX de la confession d'Édouard, où elle {la présence réelle} était condamnée, fut fort changé : on y ôta tout ce qui montrait la présence réelle impossible, et contraire à la séance de Jésus-Christ dans les cieux. » — « Toute cette forte explics- tion, dit M. Burnet, fut effacée dans l'original avec du vermillon.» L'historien remarque avec soin qu'on peut encore la lire : mais cela même est un témoignage contre la doctrine qu’on efface. « On voulait qu'on la pôt lire encore, afin qu'il restât une preuve que c'était préci- sément celle-là qu'on avait voulu retrancher*, » Bossuet cite ensuite le nouveau paragraphe, et le commente ainsi : — « La première partie de l’article [il eût dû dire paragraphe] est très véritable, en prenant

1 CarpweL, Synodalia. 3 I] est bon de faire remarquer qu'en raison des modifications apportées dans la numérotation des articles, le vingt-huitième des articles d'Élisabeth correspond au vingt-neuviéme de ceux d'Édouard. 3 Hisl. des Varialions, lib. X, cap. V, Œuvres, tome XX, P- 1; éd. Versaillos. 4 Loc. cit. cap. VI, pp. 9, 40. LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 441

Ja manière spirituelle [spirituali ratione] pour une manière au-dessus des sens et de la nature, comme la prennent les catholiques et les luthériens; et la seconde n'est pas moins certaine, en prenant la réception pour la réception utile, et au sens que saint Jean disait en parlant de Jésus-Christ, que les siens ne le reçurent pas, encore qu'it fût au monde en personne au milieu d'eux ; c’est-à-dire qu'ils nereçurent ni sa doctrine ni sa grâce !. » Le certificat d'orthodoxie de Bossuet dans une question de cette sorte serait, je suppose, considéré comme suffisant. Cependant j'ajouterai quelques autres autorités à l'appui de ces deux passages de l’article qui pourraient soulever des doutes. a) L'article dit : « Corpus Christi datur, accipitur, et manducalur in Cœna, tantum cœlesti ef spiriluali ratione. » Au sujet de cette décla- ration, on peut citer saint Thomas (Sum. Theol,, Ill, 1xxv), qui parle du Corps du Christ comme étant présent « spiritualiter, id est invisibili modo et virtute spiritus. » Il y a aussi cet autre passage de saint Thomas (Summa philosoph., contra gent., IV, 68) dans lequel, parlant des paroles de Notre-Seigneur « Verba quæ ergo locutus sum vobis spiritus et vita sunt?, » il dit : « Non enim per hoc dedit intelligere quod vera caro sua in hoc sacramento manducanda fidelibus non traderetur, sed quia non traditur manducanda carna- liter, ut scilicet sicut alii cibi carnaies, in propria specie dilacerata sumerelur, sed quia guodam spirifuali modo sumitur præter consuetudi- nem aliorum ciborum carnalium. » De même nous trouvons dans saint Bernard (Zn festo S. Martini Episc. serm. & 40) : « quod videli- cet usque hodie eadem caro nobis, sed spirifualiter utique, non carna- ler, exhibeatur.... Adest enim nobis etiam nunc carnis ipsius vera substantia, haud dubium sane quin in sacramento 3. » bi L'article dit encore : « Medium aulem quo corpus accipitur, et manducatur in cœna, fides est. » Ici permettez-moi de citer le grand oratorien Thomassin. Il s'exprime ainsi: « Non illibenter acquies- cimus sanctis Patribus, Christi carnem verissimam non edi nisi fide et charitate spiritali. Qua enim Verbi caro est, qua corpus Justitiæ et Sapientiæ increatæ, qua vehiculum totius sanctitatis et plenitudinis Dei caro ista, ufigue non edilur nistfide eb charitate spirituah..... Etsi in dentes et in os inseritur, non tamen cœlestis Panis, hoc est, Verbum Dei nisi credendo manducatur : non etiam vehiculum ipsum, seu caro Christi vera, ut Caro Verbi vectrixque totius sanctitatis nisi credendo manducatur.... Fide creditur, habetur, manducatur Caro ipsa Verbs Dei; sed a fideli tantum, non a catechumeno. Credit catechumenus, nec

1 Loe, cif, ? Joan. VI, 64. $ P. L. CLXXXI, 495. 44 REVUE ANGLO-ROMAINE

fide manducat Christum : credit fidelis et manducat : quia fides in sacramento, non eztra, carnem Christi manducal !. » J'espère avoir démontré d'une manière satisfaisante combien notre Article est conforme avec la doctrine de la présence réelle et substantielle; mais j'ai encore à citer un autre passage qui serre de plus près la discussion et qui prouve d’une manière incontestable que la rédaction du nouveau paragraphe fut très soigneusement faite avec l'intention expresse d'éviter toute contradiction entre les aflrma- tions contenues dans l’article et la doctrine de la Présence réelle, L'évèque Geste, de Rochester, qui, ainsi que je l'ai déjà mentionné, était l’auteur du nouveau paragraphe ou du moins de la première phrase, écrivit en date du 22 décembre 1566 à Sir William Cecil, principal secrétaire d'État de la reine Élizabeth, une lettre où se trouve le passage suivant : « Je suppose que vous avez appris com- bien l’évêque de Gloucester [l'évêque Cheney] a été peiné de la place donnée à l’adverbe only dans cet article : « Le corps du Christ est donné, pris et mangé dans la Cène seulement d'une manière céleste et spirituelle », parce que selon lui, ce mot only retranche- rait la présence du corps du Christ dans le Sacrement; et il me pris en particulier de me ranger à son avis sur ce point, et hier, en mon absence, il me prit à partie plus directement comme étant d'accord avec lui sur cette matière; tandis que dans notre conversation en particulier je lui expliquai clairement que l'adverbe only dans l'article précité n’excluait pas l’idée de la présence du Christ dans le Sacrement, mais seulement la manière sensible de le recevoir. Car, ainsi que je le lui ai dit, bien qu’il prit le corps du Christ dans sa main, le reçüt dans sa bouche, et cela corporellement, naturelle- ment, réellement, substantiellement comme disent les docteurs, cepen- dant, malgré cela, il ne le voyait pas, ne le sentait pas, ne le goülait pas. Et en conséquence je lui ai annoncé que je parlerais contre lui sur ce point, d'autant plus que l’article était de ma propre rédaction. Et cependant, nonobstant tout cela, je ne désavouerai rien de ce que j'ai dit en faveur de la Présence. Et tel fut en somme notre entretien ‘. » Il est évident que l’évêque Geste, le rédacteur du nouveau para- graphe inséré dans le 28 article, croyait lui-même à la Présence réelle, et il prit grand soin que le paragraphe ne contredit en aucune m3- nière sa croyance personnelle 3,

1 Tromassin, De Incarnat. Verb., lib. X, cap. 30, 8$ 49, 43, 534. n. (Theolog. Dogm. tom. I, pp. 745, 746; édit, 1730).

L'original de la lettre de l'évêque Geste se trouve au bureau des papiers d'Etat.

Orig. Domestic. Elizabeth, vol. XLI, n° 54. 3 Bossuet, avec sa perspicacité ordinaire, a vu trés clairement que l'Eglise d'An- gleterre n'a pas été souillée par la négation de la Présence réelle. Dans son Hü- toire des variations (iv. XIV, chap. cxxu, Œuvres, XX, 422), il dit trés justement: « Un Anglais, bon Protestant, sans blesser sa religion 6t sa conscience, peut croire que le Corps et le Sang de Jésus-Christ sont réellement et substantielle- D cé

    LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE                   443

De tout cela, il résulte que les changements faits au 98° article sous le règne d'Élizabeth au moment de la première approbation officielle et synodale de nos Articles, furent rédigés de manière à préserver l'Église anglicane de la contamination d'une funeste erreur sur le sujet de la Présence, qui assurément l’eût profondément aiteinte si elle eût autorisé et promulgué les Articles tels que les avait laissés Cranmer. Je le répète : Ne devons-nous pas reconnaître que la main de Dieu nous protégeait? Quant au 31° article qui traite de la doctrine du sacrifice, aucun chan- gement n'y fut apporté sous le règne d'Élizabeth et au point de vue théologique aucune modification n'était nécessaire. Eu égard aux controverses des temps derniers, il eût certes été préférable que l'article affirmât d'une manière plus explicite que l'Église d'Angle- terre continuait de maintenir la doctrine du sacrifice eucharistique, telle qu’elle est enseignée par les Pères. Mais on n'eut jamais l’inten- tion de faire des articles une somms fhéologique. La plupart traïtaient des controverses et des erreurs ayant cours à cette époque. Et, pour l'Eucharistie, ainsi que le dit Cranmer à Gardiner quand celui-ci se mit à entasser des preuves qu'il y a un sacrifice dans l’Eucharistie : « Ce point... n'est pas controversé »; et d'une manière semblable Jewel disait en 4565, parlant de la doctrine de saint Chrysostome sur le Sacrifice : « Cette sorte de sacrifice n'a jamais été niée »; et, dans la génération suivante, l'évêque Andrewes pouvait dire hardi- ment au cardinal Du Perron: « L'Eucharistie a toujours été etest encore considérée à la fois par nous comme un sacrement et comme un sacrifice. » En conséquence tout ce que voulurent faire les théologiens anglais du xvi* siècle, en rédigeant et plus tard en approuvant en synode le 31° article, fut de répudier certaines erreurs courantes! sur la doctrine du sacrifice, et dont l'une était, d'après l’avis du chanoine Moyes, une « infâme hérésie ». ment présents dans le pain et dans le vin aussitôt après la consécration. Si les Lathériens en croyaient autant, il est certain qu'ils l’adoreraient. Aussi les Anglais ny apportent-ils aucun obstacle dans leur Test : et comme ils recoivont l'Eucha- ristieÀ genoux, rien ne les empêche d'y reconnaître ni d'y adorer Jésus-Christ présent dans le méme esprit que nous faisons. » À cette citation je n'ajouterai nen, excepté d'expliquer : {° que le Tesf était un serment imposé aux membres de la Chambre des Communes et à une quantité d'autres personnes tenant des charges de la Couronne. Ceux qui prêtaient le serment du Tesf abjuraient la doc- Wine suivant laquelle il ne reste que les apparences du pain et du vin aprés ia consécration. La loi du Tesf a ôté on vigueur de 1673 jusqu’à 1829; 20 l'Eglise d’An- gleterre ne se sert jamais dans ses documents officiels du terme Prolestant, quand elle parle d'elle-même ou de sa foi ou de sa religion. En ces occasions elle se sert au contraire du terme Catholique. ! Bossuet, qui avait le grand don de voir les choses comme elles sont, s’est bien aperçu que l'Eglise d'Angleterre n'a jamais répudié la doctrine catholique du sacrifice de la messe. Dans son Hisioire des variations fliv. XIX, chap. cxxn, Œuvres, XX, 495), il dit avec une exactitude admirable: « Les Anglais sont trop Yorsés dans l'antiquité pour ne pas savoir que de tout temps, dans les saints mys- téres et dans la célébration de l’Eucharistie, on a offert à Dieu les mères pré- AA REVUE ANGLO-ROMAINE

. Mais bien qu'aucun changement ne fût introduit dans la rédaction du 34° article, cependant on doit se rappeler que pendant que Cranmer et Ridley professaient seulement la doctrine de la présence virtuelle dans l'Eucharistie, des évêques tels que Geste et Cheney au temps d'Élizabeth croyaient à la présence réelle et substantielle: et il est évident que cette opinion dut nécessairement avoir une influence considérable sur leur manière d'interpréter la doctrine du sacrifice. Même scus le règne d'Édouard VI, le roi étant mort avant que l'on eût pu obliger le clergé de souscrire aux 42 articles, il y eut sans aucun doute un nombre considérable d'évêques et de prêtres qui ne se soumirent jamais à la doctrine des novateurs et qui professèrent de tout temps la vraie doctrine dela présénce réelle, et la vraie doctrine du sacrifice. de passe maintenant des formulaires dogmatiques aux formulaires liturgiques; et, ici encore, je répète ce que j'ai déjà dit plusieurs fois. Je ne cherche en aucune manière à prouver que tout ce qui fut fait alors fut bien fait ou sagement fait. Je me borne à considérer s'il est tant soit peu possible de supposer que les changements liturgiques faits au xvi° siècle ont entraîné l'Église d'Angleterre à une négation de la doctrine catholique du sacrifice, ou sont la preuve.d’une déter- minalion bien arrétée de ne pas faire des prêtres si on trouvait que la grâce du presbytérat entrainait avec lui le don du-sacerdoce avec le pouvoir d'offrir le sacrifice. Considérons tout d'abord le premier Prayer-Book d'Édouard VI et commençons par fixer nos esprits sur la partie centrale du canon ou prière de consécration dans la liturgie eucharistique : « O Dieu, Père céleste, qui, par un effet de votre tendre miséricorde, nous avez donné Jésus-Christ votre fils unique afin qu'il souffrit sur la croix pour notre rédemption; qui, par le moyen . de son unique oblation une fois offerte, a accompli un complet, par- fait et suffisant sacrifice, oblation, et satisfaction pour les péchés du monde entier; et a institué et nous a prescrit dans son saint Évar- gile de célébrer perpétuellement jusqu'à son retour le mémorial de

sents qu'on a ensuite distribués aux peuples, et qu'on les lui a offerts autant pour les morts que pour les vivants. Les anciennes liturgies, qui contiennent la forme de cette oblation, tant cn Orient qu’en Occident, sont entre les mains de tout le monde, et les Anglais n'ont eu garde de les accuser ni de superstition, ni d'idolé- trie. 11 y a donc une manière d'offrir à Dieu, pour les vivants et pour les morts,le sacrifice de l’Eucharistie, que l'Eglise anglicane protestante ne trouve ni idoläue ni superstitieuse; et s'ils rejettent la messe romaine, c’est en supposant qu'elle est différente de celle des anciens, » Ici je ferai seulement cette remarque que l'Eglise d'Angleterre n’a jamais condamné la messe romaine. Au contraire, depuis l'année 4549 jusqu'au temps présent, l'Eglise anglicane dans une des préfaces du FPrayer- Bock n'a pas cessé de dire: « Nous ne prétendons point condamner par là [c'esté dire par l'autorisation des offices du Prayer-Book les autres nations, ni rien pres crire à qui que ce soit qu'à notre peuple. » Voilà notre principe général, et en l'espéce nous n'avons jamais condamné Ia messe romaine, mais seulement des sxagérations vulgaires « quibus pulgo dicebatur », etc. LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 445

sa mort précieuse: exaucez-nous, à Père miséricordieux, nous vous en supplions, et par votre Saint-Esprit, et par votre parole, daignez bé % nir et sanc = tifier vos dons, ces créatures de pain et dè vin, afin qu'ils puissent devenir pour nous le corps et le sang de votre très cher Fils Jésus-Christ: Qui, la nuit où il fut Hvré, prit le pain et, quand il l’eut béni et rendu grâces, le rompit et le donna à ses dis- ciples disant: Prenez et mangez : Ceci est Mon Corps qui est donné pour vous : Faites ceci en mémoire de moi. Pareillement aussi, après souper, il prit le calice et, ayant rendu grâces, il le leur donna, disant : Buvez-en tous; car ceci est Mon Sang, du Nouveau Testament, qui est répandu pour vous et pour plusieurs pour la rémission des péchés: Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. C'est pourquoi, Ô Seigneur et Père céleste, selon l'institution de votre très cher Fils notre Sauveur Jésus-Christ, nous, vos humbles serviteurs, célébrons et faisons ici, devant votre divine majesté, avec ces saints dons, le mémorial que votre Fils à voulu que nous fassions : ayant en souvenir sa sainte Passion, sa puissante Résurrection et sa glorieuse Ascension, vous rendant de tout cœur des remerciements, pour les innombrables bienfaits qui nous ont été procurés par Lui, désirant entièrement que votre bonté paternelle daigne accepter ce sacrifice de louange et d'action de grâces, vous suppliant très hum- blement de faire que par les mérites et la mort de votre Fils Jésus- Christ et par la foi dans son sang, nous et toute votre Église puis- sions obtenir la rémission de nos péchés et tous les autres bienfaits de sa passion. Et ici nous vous offrons et nous vous présentons, d Seigneur, nous-mêmes, nos âmes et nos corps comme hostie vivante, . sainte et raisonnable : vous suppliant humblement que tous ceux, quels qu'ils soient, qui participeront à cette sainte communion puis- sent recevoir dignement le très précieux corps et sang de votre Fils Jésus-Christ, et être remplis de votre grâce et de votre céleste béné- dielion et ne faire qu'un avec votre Fils Jésus-Christ afin qu'il habite tn eux et eux en lui. Et, bien que nous ne soyons pas dignes, à cause de la multitude de nos péchés, de vous offrir aucun sacrifice, cependant nous vous supplions d'accepter ce devoir et ce service que nous vous rendons, et de faire que nos prières et nos supplica- tions soient portées par le ministère de vos saints anges dans votre saint Tabernacle et sous les yeux de votre divine Majesté; ne consi- dérant pas nos mérites, mais pardonnant nos offenses par le Christ Notre-Seigneur; par qui et avec qui dans l'unité du Saint-Esprit tout honneur et gloire, à Père Tout-Puissant, vous soient éternellement rendus, Amen. »

Avant de commenter cette prière de consécration, il sera peut-être bon de citer deux ou trois courts passages tirés également de ce-pre- mier Prayer-Book d'Édouard VI qui. impliquent une croyance à la 446 REVU£ ANGLO-ROMAINE présence réelle du Corps et du Sang de Notre-Seigneur. Dans une rubrique, à la fin du service, des règles sont tracées au sujet du pain azyme dont l’on doit se servir à l'autel: et on y trouve une in- dication portant que chaque pain doit être rompu. Voici cette rubri- que: « Et chacun des pains devra être divisé en deux parties au moins, où en un plus grand nombre, si le ministre le juge à propos. et ces parties devront être distribuées. Et l'on ne doit pas pen- ser receyoir moins dans une partie que dans le tout, mais dans chaque partie on reçoit le corps entier de notre Sauveur Jésus- Christ, » Il semble que cette rubrique exprime d’une manière trés exacte la doctrine de saint Thomas dans la séquence que l'Église Romaine chante à la messe de la Fête-Diéu :

                   Fracto demum sacramento,
                   Ne vacilles, scd memento
                   Tantum esse sub fragmento,
                        Quantum toto tegitur.
                   Nulla rei fit scissura,
                   Signi tantum fit fractura :
                   Quæ nec status, nec statura
                        Signati minuitur,
                              (Missale Romanum, in Fest. Corp. Christ.)

De même, dans l'exhortation qui doit, dans certains cas, suivre le sermon, el qui, lorsqu'on la récite, doit précéder l’offertoire, le célé- brant est tenu de rappeler au peuple que notre Sauveur Jésus-Christ « a laissé dans ces saints mystères comme un gage de son amour el comme un continuel souvenir de cet amour, son propre corps sacré et son précieux sang, afin que nous puissions nous en rassasier spiri- tuellement pour nous réconforter et nous consoler à jamais ». Puis au point central de la prière consécratoire le prêtre doit réciter cette prière: « Exaucez-nous, à Père miséricordieux, nous vous er supplions, ef par votre Saint-Esprit el par votre parole daigae bé % nir el sancvk tifier vos dons, ces créatures da pain el da min, afin qu'ils puissent devenir pour nous le Corps et le Sang de votre très cher Fils Jésus-Christ. » Ici l'on a presque exactement les mêmes mots que dans le Canon du Missel romain « u{ nobis Corpus et Sanquis fiat dilectissims Fili tuè Domint nostri Jesu Christi. » Enfin dans la prière qui précède immédiatement la Communion du prêtre et des fidèles, le prêtre doit dire à Dieu : « Accordez-nous don Ô Seigneur béni, de manger tellement la chair de votre cher Fils Jésus-Christ et de boire tellement son sang dans ces sainls mystères, que nous puissions continuellement habiter en Lui et Lui en nous, que nos corps coupables puissent être purifiés par Son Corps et nos âmes par Son très Précieur Sang. » Il est possible que des gens à l'esprit subtil et ingénieux trouvent LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 447

moyen de donner une explication anti-catholique à ces passages; mais j'affirme que, dans leur sens naturel et évident, ils contiennent la doctrine de la Présence réelle. Et comme la grande majorité du peuple anglais croyait à la Présence réelle à l'époque où ce service commença à être mis en usage, c'est-à-dire en juin 1549, ces pa- roles furent certainement au début interprétées dans leur sens clair et évident. Et, autant que je sache, il n'y a rien qu’on peut citeren opposition. Il n'y a pas un seul passage dans la liturgie enseignant que le Corps de Notre-Seigneur n'est pas présent dans la Sainte Eucharistie. Maintenant, ne perdant pas de vue ce point acquis, considérons la doctrine sur la question du sacrifice contenue dans le Canon du premier livre d'Édouard VI que j'ai cité plus haut. Nous fixons naturellement notre attention sur cette partie du Canon qui suit immédiatement les paroles de la consécration du pain et du calice et qui correspond à la prière Unde et Memores du Canon romain. Voici ce passage que nous avons déjà cité plus haut : « C'est pourquoi, 6 Seigneur et Père Cèleste, selon l'institution de votre très cher Fils, notre Sauveur Jésus-Christ, nous, vos humbles serviteurs, célébrons etfai- sons îes devant votre divine majesté avec ces saints dons le mémorial que votre Filsa voulu que nous fassions: Ayant en souvenir sa sainte Passion, sa puissante Résurrection et sa glorieuse Ascension, vous rendant de tout cœur des remerciements pour les innombrables bienfaits qui nous ont été procurés par Lui, désirant entièrement que votre bonté paternelle daigne accepter ce sacrifice de louange et d'action de grèce. » Ici, le prêtre que l’on suppose évidemment avoir présentes à l'esprit les paroles de Notre-Seigneur : « Hoc facite in mearn com- memorationem », célèbre, et avec les saints dons, — c'est-à-dire, comme nous l'avons vu, avec le Corps et le Sang de Notre-Seigneur, présents sous les espèces du pain et du vin. fait à la face de Dieu le mémorial que le Christ a voulu que son Église fasse, faisant men- lion en outre et remerciant Dieu des divers mystères de la Rédemp- tion et des fruits qui en ont découlé; et le prêtre appelle ce mémo- rial qui est fait avec le Corps et ie Sang du Seigneur et qui esl accompagné d'actions de grâces, — le prêtre, dis-je, l'appelle « Votre Sacrifice de louange et d'action de grâces », exactement de mème que dans le Canon romain le sacrifice eucharistique est appelé « hoc racrificium laudis », el que, comme nous l'avons vu, Benoît XIV dit que le Sacrifice de la Messe est un «sacrificium laudis et gratiarum actionis. » Sûrement nous avons là, non seulement l'essence du sacrifice eucharistique, mais nous le voyons exprimé en termes clairs et précis. Bien entendu, comme je l’ai déjà démontré d'après Franzelin, où il y à consécration valide, il doit y avoir sacrifice; mais ici nous n'avons pas seulement la réalité du sacrifice, mais .... te... «til ns

448 REVUE ANGLO-ROMAINE

l'expression écrite de la croyance de l'Église. Non seulement l'É- glise sacrifie, mais elle & conscience qu'elle le fait. Il est vrai que vous ne trouvez là rien qui puisse se rapporter aux théories de Suarez, ou de Lessius, ou de de Lugo, ou de Cienfuegos, sur une transformation sacrificatoire, une immolation que la victime aurait à subir; mais nous ne trouvons de même rien de semblable dans le Canon romain, et, comme on le sait, ces théories furent rejetées par Vasquez aux xvi* et xvur* siècles et par Schanz dans notre temps!. Je puis difficilement supposer que l'on pourrait découvrir quel- qu'un prêt à imaginer que toute cette action et doctrine sacrificielles, que nous trouvons dans la première liturgie d'Édouard VI, perdraient leur signification, si pour une raison ou autre, les termes de mess et d'aufel avaient été réjetés ou du moins passés sous silence. Mais en fait ces termes ne furent ni rejetés, ni passés sous silence. Voici le titre du service Eucharistique tel que nous le trouvons dans le premier Prayer-Book d'Édouard VI : « La Cène du Seigneur et la Sainte Communion, communément appelées l4 Messe »; et dans les rubriques de ce livre, le mot Aufel est employé sept fois, et l'expres- sion « Table » ou plutôt « Table du Seigneur » est seulement employée deux fois, ainsi qu'une autre expression similaire « Planche {board' de Dieu »,* que l’on rencontre également deux fois. Autant que la première liturgie d'Edouard VI est en cause, l'Église d'Angleterre ne peut être accusée en aucune façon « d’avoir sup- primé la messe ». Elle a conservé d'une manière évidente et le nom et la chose. Le Service étant tel qu'il était, nous ne pouvons pas nous étonner de ce qu'il ait été accepté par les chefs de la vieille école. Tunstail, Bonner, Aldrich, Heath, Day, Skip, Thirlby et les autres consentirent volontiers à se servir du nouveau livre et s’en servirent effective- ment. Gardiner était encore en prison, mais il signa un document attestant que le nouveau Prayer-Bosk était un très chrétien et très saint livre, que tous les évèques ct pasteurs d'Angleterre le pouvaient approuver, et que lui-même recommanderait dans ses sermons el entretiens qu'il fût observé ? ». L'observance de la loi ordonnant de se servir du nouveau Prager Book devait commencer le dimanche de la Pentecôte 1349, et ce livre 1 Voir l'ouvrage de Schanz : Die Lehre von den Heiligen Sacramenten.

Gods board, « planche de Dieu, » est une vieille expression anglaise du

moyen âge, signifiant soit l'autel, sait le Sacrement de l'autel. On la rencontre dans une ancienno exhortation avant la communion, trouvée dans un manusni du xv® siècle, actuellement au British Museum {Voir Scudamore : Nolilia Euchar. p. 543, ed. 4816. $ Burner, His(ory of the Reformalion, vol. Il, p. 262, éd. Pocock. Dans son ouvrage, Erplication and assertion of (he true catholic Faith, {ouching the Blessed sacrament of the altar, Gardiner déclare que « la vraie doctrine sur ce saint mystère était bien exprimée dans le Livre des prières publiques. n Voir Cranmer, on {he Lord’s Supper, éd. Parker Soc., p. 92. LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 449

demeura le seul Prayer-Book légal jusqu’au jour de la Toussaint de l'année 1552, quand l'usage du second . Prayer-Book d'Edouard VI devint obligatoire; à l’époque où le premier Prayer-Book était prescrit, fut publié et approuvé le premier Ordinal d'Édouard VI, qui paraît avoir été en usaged’une manière légale depuis le 4% avril 4550 jus- qu'au 4° novembre 1532. Je considérerai maintenant si les évêques de l'Église d'Angleterre. en acceptant le premier Ordinal d'Édouard et en s’en servant, doivent être présumés dans le for externe avoir eu formellement l'intention d'exclure, des effets de leurs ordinations, toute transmission du pou- voir de sacrifier. Il est évident que — comme le premier ordinal d'Edouard VI est contemporain de la première liturgie d'Edouard VI et que le prêtre qui célébrait la Sainte Eucharistie selon les rites de la première liturgie offrait sans aucun doute, ainsi que nous l'avons vu, un sacrifice véritable — il s’ensuit nécessai- rement que les prêtres ordonnés suivant le premier Ordinal, étaient ordonnés pour offrir un sacrifice: car à leur ordination ils promettaient « d'administrer les sacrements.. comme ce royaume les avait reçus », et la première liturgie d'Edouard Vlétaitla méthode d'administrer le sacrement de l'Eucharistie tel que ce royaume l'avait reçue à cette époque‘. De plus, en Angleterre, comme ailleurs, on a toujours ordonné pendant la messe. La cérémonie de l'ordina- tion fait corps pour ainsi dire avec la cérémonie de la messe. Et s’il est juste de dire que l'Ordinal ne renferme rien qui soit une . L ù négation du sacrifice Eucharistique tout en le passant sous silence, ilest juste aussi. de dire que la cérémonie liturgique de la com- A .

munion affirme souvent le pouvoir de sacrifier. Il serait donc tout à fait inexact de déduire du silence de l'Ordinal queles évêques consé- crateurs avaient l'intention positive d'exclure, des effets de leurs ordi- nations, la transmission du pouvoir de sacrifier. En outre, la fausseté d'une semblable déduction est prouvée par le caractère même des évêques qui se servirent de l’Ordinal. Qui croira que Tunstall, Aldrich, Skip, Thiribyetlesautres avaient l'intention positive d'exclure de leurs ordinations le pouvoir de sacrifier? Nous savons qu'ils croyaient à te pouvoir et on doit présumer qu'ils avaient l'intention de le con- férer aux autres. Si nous considérons le cas des évêques réformateurs, Cranmer, Ridley et leurs disciples, nous arrivons au même résultat. Nous savons qu’ils professèrent toujours que l’Eucharistie est dans un cer- lain sens un sacrifice, Nous savons aussi qu'ils ne permettaient pas

Examinez la 5° question pour l'examen des candidats au diaconat, telle qu’on la trouve dans le premier Ordinal d’Edouard VI. Dans cette question, l’adminis- tration de la sainte communion est distinguée de sa distribution, Par « celui qui administre » on entend le célébrant, REVUE ANGLO-ROMAINE. == Te I, = 29, A50 REVUE ANGLO-ROMAINE aux diacres et aux laïques de célébrer l'Eucharistie. Ils réservaient cette fonction aux prêtres. En conséquence, quand ils ordonnsient un prêtre, ils avaient l'intention de lui conférer le pouvoir de eélé- brer un rite, qui, duns leur opinion, était un sacrifice. Le fait est que l’on savait parfaitement en Angleterre au xvl'siècle que la porrection des instruments et les paroles qui accompagnent cette cérémonie : « Accipe potestatem offerre sacrificium Deo » ne sont qu'une addition faite tardivement aux rites de l'ordination. C'est un point clairement prouvé par un document publié par Burnet dansk collection des documents qui sert d’appendice à son Histoire. Voici le titre tel qu'on le trouve en tête du document: « Les décisions de plusieurs évêques et théologiens sur certaines questions concernant les sacrements. » La date de ce document paraît étre 1540. On ; trouve les réponses de l'archevêque Lee, d’York, ainsi que des évêques Bonner, Heath, Aldrich et de plusieurs autres. La douzième question demande : « Si, dans le Nouveau Testament la consécra- tion est exigée pour un évêque ou un prêtre. » La plupart des évêques saisissent cette occasion pour parler des caractères essentiels de l’ordination. Et sur ce point ils ne manquent jamais de faire allusion à l'imposition des mains et à la prière. Un seul, Heath, parle de l’onction avec le saintchrême, mais il établit une distinction entre l'onction et l'imposition des mains, De la dernière, dit-il, il est parlé dans l’Écriture, tandis que la cérémonie de l'onction est seulement rapportée par les « vieux auteurs ». En tous cas, pas la moindre allusion n’est faite par les évêques et théologiens à la porrection des instruments avec les paroles qui l’accompagnent'. Bien entendu, en 1540, les anciens Pontificaux et les anciens Missels étaient d’un usage courant, et le silence au sujet de la porrection des instruments n'était donc pas dù à un désir d’excuser l’nsuffisance du rite qu'ils employaient. De même il n'était pas dû à une aversion pour la det- trine du sacrifice de l'Eucharistie, car les évêques que j'ai cités étaient tous de chauds défenseurs de cette doctrine. Il me semble évident qu'ils considéraient comme certain ce fait que la porrectios des instruments est une addition assez moderne, et que, si elle faisait partie de la cérémonie de l'ordination dans les Pontificaux du moyen âge,elle n'a jamais appartenu à son essence. Il s’ensuivrail presque nécessairement que, lorsque les services d’ordination furent traduits et simpliflés, les compilateurs du nouvel ordinal étaient désireux d'abolir l'usage, ou du moins de supprimer la prédominante d'une cérémonie dont l’origine remontait au moyen âge et non aux temps primitifs, et qui avait donné naissance à une doctrine absolu- ment fausse sur le point constituant l'essence même de l'ordination

1 Voir Burnet, History of lhe reformation, vol. IV, pp. Æ1T8-481-478-584, éd. Pocock. : + ” LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 451

des prêtres. Supprimer ou du moins modifier profondément cette cérémonie devait être nécessairement un des premiers actes des réformateurs. Je ne nierai pas que Cranmer n'ait aussi été content de repousser au second plan la doctrine du sacrifice. Il ne se trom- pait pas, je crois, quand il pensait que, dans la masse du peuple anglais, le caractère de sacrifice avait presque absorbé tous les autres aspects de la Sainte Eucharistie; et cette exagération dans un sens tendait malheureusement à créer chezles réformateurs une réac- tion exagérée en sens contraire. Je vais bientôt considérer plus à fond cet aspect de la situation. Il suffit de dire pour le moment que l'omission des paroles : « Accipe potestatem offerre sacrificium Deco » ne peut être considérée comme nécessitant la présomplion que les évêques, soit du parti de la réforme, soit du parti de la « vieille école », avaient l'intention d’exclure de leurs ordinations la trans- mission du pouvoir de sacrifier.

                                               F.-W. PULLER,


 (A suivre.)                                               _

7 |

                LE CALENDRIER ANGLICAN




  La plupart de nos lecteurs français seraient peut-être bien surpris,
s'ils ouvraient le Prayer-Book, d'y trouver dèsles premières pages les
tables suivantes :



                    TABLE DE TOUTES LES FÊTES

       qui doivent s'observer dans F Eglise anglicans pendant l'année.



  Tous les dimanches de l'année ;


  Les fêtes de :


  La Circoncision de NoTRE-SEI-           Saint Jacques, apôtre,
    GNEUR JÉSUS-CHRIST.                   Saint Barthélems.
  L'Epiphanie.                            Saint Matthieu, évangéliste et
   La Conversion de saint Paul,             apôtre.
    apôtre.                               Saint Michel et tous les anges.
  La Purification de la Bienheu-          Saint Luc, évangéliste.
    reuse Vierge.                         Saint Simon et saint Jude, api-
  Saint Mathias, apôtre.                    tres.
  L'Annonciation de la Bienheu-           La Toussaint.
reuse Vierge.                             Saint André, apôtre.
  Saint Marc, évangéliste.                Saint Thomas, apôtre.
  Saint Philippe et saint Jacques,        La Naissance de Notre-Seigneur
    apôtres.                              Saint Etienne, martyr.
  L'Ascension de Notre-Seigneur           Saint Jean, évangéliste.
    Jésus-Christ.                         Les Saints Innocents.
  Saint Barnabe.                          Le lundi et le mardi de la se-
  La Naissance de      sain! Jean-           maine de Pâques.
    Baptite.                              Le lundi et Le mardi de la se-
  Saint Pierre, apôtre.                     maine de la Pentecôte.

* LE CALENDRIER ANGLICAN 453

                       TABLE DES VIGILES

                 JEUNES OU JOURS D'ABSTINENCE.

              qui doivent s'observer pendant l'année. .


  Les vigiles ou veilles de :

La Naissance de Notre-Seigneur. Saint Jean-Baptiste. La Purification de la Bienheu- Saint Pierre. reuse Vierge Marie, Saint Jacques. L'Annonciation de la Bienheu- Saint Barthélemi. reuse Vierge Marie. Saint Maithieu. Pâques. Saint Simon et saint Jude. L’Ascension. Saint André. La Pentecôte. Saint Thomas. Saint Matthias. La Toussaint.

Si quelqu'une de ces fêtes se rencontre le lundi, la vigile ou le jour de jeûne se fera le samedis et nonle dimanche.

                Les jours dejeëne ou d'abstinence.

1° Les quarante jours de Carême. 3 Les jours de jeûne des Quatre-Temps qui sont le mercredi, le ven- dradi etle samedi après.

  Le premier dimanche de Carême.
  La fête de la Pentecôte.
  Le 14 de septembre.
  Le 43 de décembre.

3° Les trois jours des Rogations, qui sont le lundi, le mardi, et le mercredi avant l’Ascension de Notre-Seigneur. #Tous les vendredis de l’année excepté le Jour de Noël. L'année liturgique commence par le temps de l'Avent. Voici com- ment elle est divisée et quel est l’ordre des fêtes : Les quatre dimanches de l'Avent, le jour de Noël, Saint-Étienne, Saint-Jean l'Evangéliste, les Innocents, le dimanche après le jour de Noël, la Circoncision du Christ, l'Épiphanie, les six dimanches après l'Epiphañie, la Septuagésime, la Sexagésime, la Quinquagésime, le Premierjour de Carêéme,communémentappelé lemercredi des Cendres, les quatre premiers dimanches de Carème, le 5 dimanche de Caréme, ledimancheavant Pâques, lelundi, le mardi, le mercredi, le jeudi avant Pâques, le vendredisaint, la veille de Pâques, le jour de Pâques, lelundi, nt LL

454% REVUE ANGLO—ROMAINE le mardi de la semaine de Pâques, lespremier, deuxième, troisième, quatrième, cinquième dimanches après Pâques, le jour del’Ascension, le dimanche après l'Ascension, le dimanche de la Pentecôte, le lundi, le mardi de la Pentecôte, le dimanche de ja Trinité, les vingt-cinq dimanches après la Trinité, Saint-André, Saint-Thomas apôtres, con- version de saint Paul, Présentation du Christ au Temple, communé- ment appelée la Purification de la Vierge Marie, Saint-Matthias, An- nonciation de la Bienheureuse Vierge Marie, Saint-Marc, Saint- Phitippe et Saint-Jacques, Saint Barnabé, Saint Jean-Baptiste, Saint Pierre, Saint-Jacques, Saint-Barthélemi, Saint-Matthieu, Saint-Michel cttous les Anges, Saint-Luc l'Evangéliste, Saint-Simon et Saint-Jude apôtres, Toussaint. Toutes ces fêtes ont un office dans le Prayer-Book, elles sont com- munément désignées sous le nom de Rad-leller, ce qui peut ètre interprété dans le sens que nous attachons au nom .de fêtes ma- jeures. Mais outre ces fêtes, il en est d’autres qui n'ont pas d'office dans le Prayer-Boak et qui se trouvent inscrites dans le calendrier en Black-letter *, fêtes mineures. Ce sont les suivantes : La Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, sa Nativité et sa isitation; l’Invention de la Croix: l'Exaltation de la Sainte Croix; la fête du Saint Nom de Jésus; la Transfiguration de Notre-Seigneur; sainte Marie-Madeleine; saint Jean-Porte-Latine: saint Pierre aux Liens; la Décollation de saint Jean-Baptiste; sainte Anne; saint De- nys; des martyrs : Vincent, Fabien, Agnès, Cécile; des Papes : Clé- ment, Silvestre, Grégoire; des Pères de l'Église: Jérômeet Augustin, des ascètes : saint Benoît. On y trouve également plusieurs évêques français : saint Hilaire, saint Rémi, saint Brice et saint Martin ; enfin des rois martyrs, des soldats, des évêques anglais, des confesseurs. Un acte du Parlement de 1552 (Edouard, xi1, c. 3) ordonne quetous les dimanches et certains jours de fêtes soient observés par l'absti- nence de toute œuvre servile et par l'assistance aux offices de l'Église; le méme acte impose également l'obligation de jeèner la veille de certaines fêtes, et ce qui est à noter, c'est que cet acte fut rédigé l'an- née même où l'esprit protestant atteignit son summum dans l'Église d'Angleterre. Depuis cette époque, le calendrier a subi plusieurs revisions, imais les changements qui y ont été introduits n'ont au- cune importance, L'oMice des fêtes majeures se compose de la collecte, de l'Épitre et de l'Évangile. C'est l'intention évidente de l’Église d'Angleterre que la Sainte Communion soit célébrée au moins tous les dimanches et

1 Ces noms de Red-letter, Black-lelter qui signifientiettres rouges, lettres noires. viennent de cc que dans le premier calendrier les principales fêtes étaient écrites cn lettres rouges, les autres en lettres noires. L'usage s'en est généralisé à ce point que pour désigner un jour heureux dans uno famille, on dit que c'est un Red letter Day. . LE CALENDRIER ANGLICAN 455

les jours de fêtes majeures. Les ministres n’ont pas le droit de s'en dispenser et ceux qui le font, sauf raisons graves, doivent se deman- der si en agissant de la sorte ils apportent dans le service divin « cette diligence fidèle » qu'ils ont juré solennellement d'y apporter, au jour de leur ordination. | Outre le « propre » de l'office de ia Communion, les jours de fêtes majeures ont leur place dans les offices quotidiens du matin et du soir: « Mattins and Evensong » qui aux termes du Prayer-Book sont obligatoires. Le Credo de saint Athanase se chante en langue vulgaire cerisins jours de fêtes majeures. L'usage de ce symbole comme can- tique est une particularité liturgique très ancienne dans l'Église d'Angleterre. C’est ainsi qu'avant la Réforme on le chantait tous les jours (en latin) à l'office de Prime. S'il est vrai que les membres de la Haute Église sont à peu près les seuls à remplir toutes les obligations prescrites par le Prayer- Book pour les jours de fêtes majeures, la plupart des ministres, néan- moins, se font un devoir d'observer les fêtes d'une manière ou de l'autre, soit par la célébration de la Sainte Communion, soit par la récitation des Mains et Evensong, soit par des cantiques et un ser- mor. Ces jours-là, dans les églises ritualistes, les communions sont plus nombreuses, et la célébration de l'office est souvent accompa- gnée de chants et de processions. À l’époque des grandes solennités un grand nombre de fidèles vont à confesse. Le Prayer-Book prescrit à tous de communier au moins trois fois l'an et la Communion pas- cale est de rigueur. Le Jour de Pâques occupe dans l'Eglise angli- cane la place qui lui est due; pour tous, c’est « la reine des fêtes, le jour des jours », et, bien qu'un très grand nombre manquent à leur principal devoir en s’abstenant de communier, il n’est pas de fidèles qui n’assistent ce jour-là à quelque office de l'Eglise établie: même parmi les dissidents, beaucoup tiennent à aller, pour Pâques, à l'église » paroissiale, plutôt qu'à la « chapelle » de leur secte. La Toussaint et la Nativité de saint Jean-Baptiste sont des fêtes très populaires ainsi que celles de saint Michel et des saints Anges, Bien que le calendrier ne fasse mention ni de la Fête-Dieu, ni de l'Assomption, ni du Jour des Morts, on les célèbre cependant dans beaucoup d'églises ritualistes et à peu près de la même manière que nous, On déplore depuis longtemps que l’Ascension de Notre-Sei- gneur n’occupe pas la place d'honneur qui lui est due, et un grand mouvement s'organise pour revenir à l’ancienne pratique sur ce point. Les offices de la Sainte Trinité dans le Prayer-Book sont em- preints d’une grande beauté, et il est juste de reconnaître que quels ‘ Que puissent être par aïlleurs les défauts de l'Eglise anglicane, sa doctrine sur la Sainte Trinité est d'une orthodoxie irréprochable. Parmi les fêtes mineures, la plus populaire est sans contredit la 456 “REVUE ANGLO-ROMAINE | Saint-Martin (Martin-Mass}: mais il faut avouer que bien souventelle donne lieu à des réjouissances d’un caractère peu édifiant. On remarquera l'omission dans le calendrier de la fête de saint Thomas de Cantorbéry. Les ritualistes ne tiennent d'ailleurs pas compte de cette omission et célèbrent comme il convient la mé- moire du grand défenseur de la Papauté. Çà et 1à des sanctuaires sont élevés à sa mémoire, etàa Oxford même, une communauté de femmes s’est organisé sous son patronage. Ïl ÿ a en outre un grand nombre d’Anglicans qui célèbrent les mois de Marie et du Sacré-Cœur. Cette tendance, sans doute, est loin d’être universelle, mais elle va se généralisant d'année en année, etilya là des signes d’une transformation de l'esprit public qu'il est imper- tant de noter. ‘ I n’est pas étonnant que, chez un peuple aussi religieux que le peuple anglais, les jours de jeûne et d'abstinence soient vbservés d'une manière très satisfaisante. Le Prayer-Book ordonne la pratique du jeûne ou de l’abstinence, tous les vendredis, les jours de vigiles, de Quatre-Temps, les jours des Rogations, ainsi que pendant le

deces traits qui indiquent combien l'Église d'Angleterre se sépara avec peine des coutumes catholiques ; elle respecte encore les vestiges d'un passé où elle se glorifiait d'être catholique, et là où la raison #raittentée de ne voir qu'un manque de logique,une inconséquence, le cœur reconnattra un témoignage de respect, presque de regret. l'imposition des cendres! a été remplacée dans le rituel par un. ofice particulier qui est intitulé : « Dénonciation de la colère et des jugements de Dieu contre les pécheurs. » Et il est à regretter que le clergé ritualiste se dispense trop souvent de cette cérémonie qui élait destinée à suppléer aux offices supprimés de l’ancienne liturgie. Quant aux Rogations et Quatre-Temps, tandis que les premières 2e sont observées que chez les ritualistes, les Quatre-Temps le sont partout, méme en ce qui concerne le jeûne. Mais, comme on le voit, ce sont les ritualistes qui se rapprochent le plus de l'idéal catholique que propose le Prayer-Book, et malgré son imperfection, l'abservation des fêtes du calendrier dans l'Église d'Angleterre aura eu, pour le maintien du sentiment religieux dans la nation, les plus heureuses conséquences.

                                                         C.-S. H.

! On conserve encore pour la veille du jour des Cendres le nom de Shrove Tues- day, mardi de la confession. CHRONIQUE

Les Missions Étrangères. — Le R. P. Armbruster, supérieur du séminaire des Missions Etrangères, est décédé à Bièvre, le 26 janvier, dans sa 54 année. Le vénérable supérieur avait quitté Paris lundi 20 janvier, pour se rendre au séminaire de l’Immaculée- Conception, à Bièvre, succursale de la maison mère; c'est là qu'il a été frappé d'une attaque d’apoplexie à laquelle il a succombé di- manche. : Né à Langres en 1842, le P. Armbruster fut au nombre des apôtres qui, groupés autour de Mgr Petitjean, parvinrent, au prix de mille dangers, à faire revivre l'Église du Japon. Rappelé en France en 1874, il fut successivement professeur et directeur au séminaire des Missions Etrangères à Paris, et supérieur du séminaire de Bièvre; au mois de juillet 4895, il succédait comme supérieur général à M. Delpech, démissionnaire pour raison de santé.

Le baptême duprince Boris. — Voicile texte de la proclama- tion adressée par le prince Ferdinand à la nation bulgare :

Je déclare à mon peuple bien-simé que, en exécution de la pro- messe donnée aux représentants de la nation du haut du trône, j'ai fait tous les efforts possibles, j'ailutté de toutes mes forces pour apia- nir les difficultés qui s’élevaient contre la satisfaction de l'ardent désir de la nation tout entière, le passage de l'héritier du trône au sein de l'Église nationale. Après avoir accompli mon devoir de respect envers tous ceux dont dépendait l'aplanissement de ces difficultés, et après avoir vu s’éva- nouir mes espérances, n'ayant pas trouvé là où je l'attendais la sage compréhension de ce qu'exige la Bulgarie, j'ai, fidèle au serment donné à mon peuple bien-aimé, résolu de ma propre initiative de franchir tous les obstacles et d'offrir sur l'autei de la patrie le plus immense et le plus lourd des sacrifices. d'annonce donc à tous les Bulgares que, le 2 février de l'année courante, fête de la Purification, la sainte confirmation sera conférée à l'héritier du trône, Boris, prince de Tirnovo, d’après le rite de l'Église nationale orthodoxe. Que le Roi des rois bénisse cette résolution et protège à jamais notre Patrie et notre Maison! Donné dans notre capitale de Sofia, le 29 Janvier de l'an de grâce 1846. De notre règne le %. FERDINAND.

L'avenir du Catholicisme en Danemark. — Les circons- tances qui ont accompagné la récente conversion d'un pasteur pro- testant en Danemark, montrent quels progrès ferait l’Église catho- lique en ce pays, s’il était possible d'y envoyer plus de missionnaires CBRONIQUE 459

et d'y multiplier les prédications. Nous empruntons le récit de cette conversion aux Missions catholiques. « Un pasteur de l'Église réformée, M. Jensen, qui, parson zèle ct sa piété, jouissait parmi les siens d’une excellente réputation, s’est converti au catholicisme. Pour embrasser la vérité qui s'est fait jour dans son esprit, il n'a pas hésité à sacrifier les revenus d'une cure bien rétribuée, Pour vivre et faire vivre sa famille, il a dù meitre la main à la charrue et se faire humble paysan. « Une conversion dans de telles circonstances ne pouvait manquer de faire sensation. Sur la demande de Mgr von Euch, vicaire aposto- lique du Danemark, il est venu donner des conférencesà Copenhague. S'inspirant de la magnifique lettre du Souverain Pontife au peuple anglais, il a parlé de la réunion de tous les chrétiens dans le sein de l'Église catholique. Sa modestie, son amabilité, son calme en face des attaques de ses anciens amis, la conviction qui se dégage de toutes ses paroles ont forcé l'attention et commandé le respect. « À Odensée, chef-lieu de l'ile de Fionie, il a tenu plusieurs confé- rences avec le même succès. C'est alors que ses anciens paroissiens qui sont voisins de Odensée, l'ont eux-mêmes prié de venir traiter devant eux le même sujet. Ils ne lui ont point retiré l'estime et l’af- fection qu'ils lui avaient vouées pendant qu'il était leur pasteur. Il a donc répondu à leurs désirs, et ils en ont élé si contents qu'ils l'ont supplié de revenir. . « C'est vraiment là une chose inouïe, qui n'est guère possible qu'en Danemark, où règne la plus grande liberté religieuse. Remarquez que la plupart des journaux danois consacrent à ces conférences de longs et sympathiques articles. »

Correspondance : Au Directeur de la Revue anglo-romaine. Cher Monsieur, je regrette que quelques paroles de mon article Primauté, schisme et juridiction, aient pu faire penser à Ucalégon que j'attribuais aux Anglicans l'idée d'une seule Église chrétienne formée par la fédération de plusieurs communions distinctes, spécialement de trois Églises: Romaine Anglicane et Orientale. Telle n'était pas ma pensée, et j'aurai moi-même été « dominé par des mots d'un usage courant ». L'opinion que j'attribue aux anglicans n'est autre que celle-là même que Ulcalégon expose en ces termes : « Une seule communion, celle de l'Église catholique », dont les Églises Romaine, Anglicane et Grecque « ne sont autre chose que trois parties, bien que la parfaite conimunion entre elles soit présentement suspendue ». Mais c’est précisément cette manière de voir que je critique et dont j'ai voulu prouver l'inexactitude. Non pas, sans doute, en disant que, par le seul fait de la rupture de communion avec l'Église romaine, loute juridiction cesse d'exister dans les communions séparées, mais en montrant que leur juridiction. quelle qu'elle soit d'ailleurs, est aiteinte par l’illégalité de leur situation à l'égard de la seule véritable Église de Jésus-Christ. Aussi bien est-ce sous ce rapport, et sous ce rapport seulement, que j'ai comparé l'Église anglicane avec les schismes des Novatiens et des Donatistes. Il ne m'en coûte pas de 460 REVUE ANGLO-ROMAINE

reconnaître que les «ommunions Novatienne et Donatiste coexistaient géographiquement avec la communion catholique à Rome et à Carthage; j'admets tout aussi volontiers que « le terme Æylise anglicane est une expression purement géographique qui n'a d'autre signification que de vouloir dire qu'une partie de l'Église, dans son état d'isolement, s'est développée avec un caractère, une manière d'envisager les choses et des procédés d'action qui lui sont propres »; mais ce que je ne puis admettre {et je crois en avoir fourni les preuves). c'est que cet « état d'isolement » d'une partie de l'Église chrétienne soit légitime, ou que cette partie de l'Eglise ait toutes les notes caractéristiques propres à la véritable Eglise de Jésus-Christ. Agréez, etc. — À. BouDINHON.

                    LIVRES ET REVUES


                 Revue CaTnoLiQue DES REVUES :

DE LA DÉIFICATION DU PAPE PAR LES CATHOLIQUES, d'après les évêques anglicans ‘, par M. L’anBé Boupinuon

Vraiment, je n’en croyais pas mes yeux, et tous les catholiques éprouve- ront la même surprise, en lisant les passages qui vont suivre d'une lettre pastorale {Visitation Address) de l'évêque anglican de Worcester, en date du 23 octobre dernier. Sa Seigneurie se prononce contre le mouvement sympathique à Rome et à l'Union des Eglises qui $'est dessiné plus claire- ment en Angleterre à la suite de la lettre apostolique ad Anglos, et dont le mérite revient, pour une large part, à lord Halifax et à ses amis. L'évèque de Worcester pense que le noble lord se fait illusion; que le Pape ne fera pas la moindre concession doctrinale; et, entre autres points sur lesquels l'Eglise anglicane ne pourra jamais transiger, il demande « si la Déifica- tion du Pape est moins révoltante (outrageous) qu'autrefois »; puis il ajoute : « Parallèlement au culte honteux de la Vierge dans l'Église de Rome, est l'honneur divin rendu au Pape. On l’a adoré sur l'autel, solen- nellement proclamé le vicaire du Christ, le Gouverneur du monde, le Sei- .gueur des Seigneurs, le tout-puissant vice-général de Dieu, Dieu sur la terre, notre Seigneur Dieu. L'organe officiel du Pape & affirmé que, « lors- « qu'il pense, c’est Dieu qui pense en lui, et qu'il est pour les Chrétienstout « ce que serait Jésus-Christ lui-mème s'il était sur la terre ». Cet hom- mage blasphématoire n'a pas été repoussé par Pie IX; il n’a jamais été condamné par Léon XIII ». Ce langage, qui nous parait à nous, romains, aussi monstrueux qu'à l'évéque de Worcester, nous produit l'effet d'une odieuse calomnie; et cependant, telle a été la diffusion de ces idées étranges parmi les anglicans. même religieux et intelligents, que cette assertion oficielle ne suppose pas la mauvaise foi chez son auteur; il a lui-même loyalement fait connaitre

1 The Month, n° 379; article du Rer. Srpner F. Surru. LIVRES ET REVUES 46i

à uu catholique, qui les lui avait demandées, les autorités sur lesquelles il s'appuie; et l'auteur de l'article du Month a eu cette correspondance entre les mains. Ce sont des textes, depuis longtemps connus, choïsis parmi les déductions un peu trop naïives ou hyperboliques des canonistes du moyen âge; nous les énumérerons plus loin; c'est, en outre, une lettre haineuse de l'évêque vieux-catholique Reinkens, en réponse à l’encyclique Etsi multa luctuosa, par laquelle Pie IX avait lancé nominative l'excommunication contre lui et son consécrateur. On hésite à transcrire les assertions calom- nieuses et blasphématoires accumulées dans cette seconde lettre pastorale. I] le faut pourtant. C'était là, dit Reinkens, l' « idole » du Vatican contre laquelle Montalembert mourant nous mettaiten garde. Pourquoi le Vatican n'a-t-il jamais répondu aux accusations de Dupanioup et de Gratry, que la déification du Pape demeure impunie? Le Pape n'a-t-il jamais entendu dire que l'Oratorien Faber a écrit un livre surla dévotion au Pape, assurant que « sans elle personne ne peut se sauver, puisque c’est une condition indis- pensable de la sainteté chrétienne »? N'a-t-il jamais entendu parler des paroles mensongères des fanatiques religieux en Angleterre et en France, accueillies avec éloges par le soi-disant clergé de l'Église, paroles qui l'exaltent lui, Pape, comme la troisième Incarnation de la Divinité? N'a-t-il jamais su que, pendant le concile du Vatican, un évêque, à Rome même, précha cette doctrine idolâtrique au peuple du haut de la chaire? Pie IX ne sait-il pas que ces fanatiques, ces « prêtres pieux », ce « clergé régulier », préchent et écrivent que le Pape peut dire : « Je suis le Saint-Esprit », « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », « Je suis l'Eucharistie »! N'a-t-il jamais su qu'à l'hymne de None, on a mis « Pius » à la place de « Deus «, et qu'on l'a appelé, en empruntant les paroles de l'hyme au Saint- Esprit, « le Père des Pauvres et le Dispensateur de la Grâce » ? Est-ce que Dupanloup n'a pas démontré cela publiquement, et avec citations à l'appui, dans son Avertissement à Louis Veuillot du 21 novembre 1869? L'organe officiel du Pape, la Civiltà Cattolica, n’a-t-il pas proclamé qu’il était posses- seur des charismata, et soutenu que, « lorsqu'il pense, c’est Dieu qui pense en lui », qu'il e est pour les Chrétiens tout ce que serait pour eux Jésus- Christ, s’il était demeuré sur la terre »? Et pourtant, quand Pie IX a-t-il déchiré ses vêtements, comme Paul et Barnabé à Lystra, en entendant ce langage idolâtrique; s'est-il jeté aux pieds du peuple en s'écriant: « Que faites-vous? Moi aussi je suis mortel comme vous? (Act., xvi}. Quand Pie 1X a-t-il tenté de punir ce culte idolâtrique de sa personne ? » Si l’on peut ouvrir une discussion avec l'évêque de Worcester, n’est-ce pas faire à Reinkens un honneur immérité que d'entreprendre la réfuta- ton de cette page où la mauvaise foi le dispute à l’absurdité ? Quiconque a suivi la polémique, parfois regrettable, à laquelle a donné lieu le concile du Vatican, sait fort bien que ni Montalembert, ni Mgr Dupanioup, ni le P. Gratry, n'attribuaient à leurs adversaires l'invraisemblable sottise de déifier le Pape. Que certains correspondants de l'Univers d'alors aient employé des expressions parfois déplacées, ou empreintes d’une certaine exagération, sur lesquelles cependant les catholiques ne:se méprenaient aucunement; que Mgr Dupanloup ait eu raison de mettre en garde contre elles M. Veuillot et l'Univers; que le P. Gratry ait insisté auprès de Mgr Déchamps pour qu'on évitât d'apporter dans le débat des textes apo- cryphes; nous l’avouons sans peine, mais rien autre chose. Et qui donc a jamais dit même parmi les « fanatiques religieux » dont parle Reinkens, que le Pape est une troisième Incarnation de la Divinité? Qui a jamais sou- tenu que le Pape pouvait dire de lui-même : « Je suis le Saint-Esprit »; « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie »; et encore moins : « Je suis l'Éucha- 462 REVUE ANGLO-ROMAINE

ristie »? Quel évêque a jamais fait entendre, du haut de la chaire chi.
tienne, des paroles idolâtriques; ou si ses expressions ont laissé à désirer
{ce que j'ignore, mais on peut le supposer), quel est le catholique qui ne les
ait pas aussitôt réduites à leur véritable valeur? Encore avons-nous le droit,
cn présence de telles assertions, d'exiger des preuves, des références, et de
constater que le D" Reinkens n’en apporte aucune.
   Et est du moins deux de ses affirmations qu'il est possible de contrôler.

puisqu'il nomme le P. Faber ct la Civilfa Catiolica, cette dernière avec le titre, que personne ne lui reconnait, d'être l'organe oficiel du Pape. Le livre du P. Faber existe; on peut voir ce qu'il dit de la dévotion (disons inieux en français : du dévouement) au Pape, comme moyen nécessaire de salut. En tout cas, il ne s'agit aucunement de culte. L'excellent Pére, auteur de tant d'œuvres ascétiques, envisage la présence de Notre-Seigneur sur la terre; il se dit que c'aurait été pour nows une immmense joie spiri- tuelle de pärtager sa vie, comme le firent les apôtres, d'écouter ses ensei- g#nements, de subvenir à sa pauvreté, de se placer sous sa direction. Puis il remarque que le divin Maitre a suppléé à son absence ecrporelle et satis- fait notre pieux désir de trois manières : il nous à laissé, dans l'Eucha- ristie, sa présence réelle, bien que sacramentelle; sa présence dans les pauvres ( « J'étais nu et vous m'avez vétu, etc. »:; enfin sa présence dans ceux qui nous instruisent en son nom, ses ministres et surtout le Pape (« Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles »}, De honne foi, où est ici la « déification » du Pape? Et, parce que nous vénérons Notre-Sei- sneur dans les pauvres, est-ce que nous les déifions, et sommes-nous ido- lâtres en les secourant et en les servant par amour pour Dieu! Quant à la nécessité pour le salut d'être dévoué au Pape, elle s'impose à tous ceux qui croient que le Pape est le vicaire et le représentant de Jésus-Christ sur ls terre, à qui nous devons en cette qualifé obéissance et respect, suivant la parole du Maitre : « Qui vous écoute m'écoute ». Y at-il Là de quoi justifier les expressions d'un journal anglais qui annonce : « Les dernières modes de la dévotion et de la doctrine. sur la présence réelle du Christ dans le Pape? » Quant à la Civilta Cattolica, on pourrait en vérifier les paroles exactes. si on fournissait l'indication, et surtout voir quel sens leur donne le contexte: quoi fqu’il en soit, il est bien évident qu'il s'agit ici de l'infaillibilité ponti- ticale et de l’assistance du Saint-Esprit, qui eu est la cause et la garantie. Aucun catholique n’en conclut que le Pape s'identifie avec [e Saint-Esprit. pas plus qu'il ne s'agit d'identification, mais d'assistance, dans les paroles de Notre-Seigneur: « Quand vous serez conduits devant les gouverueur et devant les rois, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous parlerez. ni de ce que vous direz; car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père qui parle en vous » (Matt., x, 18-20.) Enfin le D Reinkens signale comme une abomination deux adaptations qui ne sont que des fautes de goût et n’ont pas la moindre saveur idoli- trique. En tout cas, leurs auteurs seuls en sont responsables. Le premier disait à Pie IX : Rerum Pius tenax vigor Immotus in te permanens, Da verba vitæ, quie regant . ÂAgnos, oves ct sæculum.

 Un aumônier d'orphelinat lui disait à son tour :-
                    Pater Pauperum,
                    Dator munerum,
                    Emitte cœlitus
                    Lucis tus radium,

LIVRES ET REVUES 4653

Que voulez-vous? Ils n'avaient pas su mieux trouver en faitde compli- ments. Revenons à l'évêque de Worcester, et voyons Îles autres indices de « déification » du Pape qui ne sont pas tirés de la lettre pastorale du D: Reinkens. Commençons par la fin. On appelle le Pape, dit-il, « le Sei- gneur Dieu Pape », J'aurais mis la main au feu que le renseignement est isexact. Il existe cependant, mais voici de quelle manière, À la fin du Corpus Juris, parmiles Eztravagantes de Jean XXII, se trouve au chapitre IV une constitution de ce pape sur la pauvreté. La glose de ce chapitre, sub fmem, contient cette phrase de Zenzelinus : « Credere Dominum Deum Nostrum Papam... non posse statuere prout statuit, hæreticum censere- tur ».Il est clair que le mot Deum est de trop; un copiste ou un prote l'aura intercalé par inadvertance, par suite de l'habitude d'écrire fréquem- ment Dominum Deum. Il parait que cette lecon existe dans l'édition romaine de Grégoire XIII (1582); je ne puis vérifier; mais l'édition que j'ai sous les yeux (Venise, 1667} porte seulement « Dominum Nostrum Papam », tout comme les manuscrits de Zenzelinus. On voit ce que vaut la preuve. J'omets un autre argument, à peu près de la même force, tiré d'un passage du décret de Gratien (dist. 86, can. 7), puisqu'il n’en est pas question dans la lettre de l'évêque de Worcester. « On proclame le Pape Vicaire du Christ, Gouverneur du monde, Sei- gneur des Seigneurs, tout-puissant Vice-général de Dieu ». Ces titres ne sont pas pour effaroucher un chrétien; en tout cas, ils ne semblent pas « déifier » le Pape, pour peu qu'on les interprète d'après l'usage courant. D'ailleurs le premier seul est officiel. Bien des personnes tiennent la place de Dieu et du Christ sur la terre, suivant la puissance qu'elles ont recue d’en haut. Le pape représente Notre. Seigneur pour toute son Église: il en est le vicaire; l'expression, qui pour- rait s'étendre aux évêques, que l'on a couramment appliquée jadis aux empereurs, lui est maintenant réservée par l'usage; mais n'est-il pas écrit : « Vous êtes des Dieux? Et saint Pierre ne dit-il pas que les chrétiens sont « divinæ consortes naturæ »? La juridiction du Pape étant universelle, on peut légitimement l'appeler « Gouverneur spirituel du monde »; mais je ne sais si cette appellation lui a jamais été déférée officiellement. J'en dirai tout autant de la suivante. « Seigneur des Seigneurs »; un enfant des catéchismes ne s'y mépren- drait pas. Quant à la dernière « tout-puissant vice-général de Dieu » je ne la connais pas sous cette forme. Mais elle existe sous une forme à peine différente; les anciens canonistes disaient couramment du Pape qu'il est le « vicaire général de Dieu », c'est-à-dire le représentant le plus élevé de la divinité sur la terre; qu'il n'y a pas d'appel du Pape à Dieu, pas plus que du vicaire général à l'évêque. D'où la maxime : « Deus et Papa factunt unum consistorium ». Le mot « tout-puissant » ne se trouve pas rapproché de celui de vicaire général: le serait-il, qu'il n'en faudrait rien conclure, sinon que le pouvoir spirituel du Pape n’estsoumis a aucun autre sur la terre et n’a pas d’autres limites que celles que Notre-Seigneur et la nature des choses lui assignent. Et de combien de monarques n'a-t-on pas dit qu'ils étaient tout-puissants, sans prétendre les faire participer à l'omni- potence divine ! Au reste, nous ne faisons aucune difficulté de reconnaître que les théolo- giens et les canonistes ont cherché à exprimer par les paroles les plus fortes le pouvoir suprème : ils l'appellent « cæleste arbitrium »; ils disent qu'il s'étend à tout, jusqu'à changer la nature des choses (juridiques), jusqu'à faire exister (légalement) ce qui n'existait pas, et autres expressions que RL

AG4 REVUE ANGLO-ROMAINE

l'on peut voir dans la glose du Corpus Juris (Decret. , lib. I. tit. vix, €. 3, v° Veri Dei vicem). C'est ainsi encore que la glose (Clement. Proœm., v* Papa), songeant plutôt sans doute à faire de l’eprit qu'à énoncer une proposition de foi catholique, disait en s'adressant au pape: « Nec Deus es nec homo, sed neuter es inter utrumque ». On trouve encore : « Alter Deus in terris» « terrenus Deus ». Tout cela nous l’accordons; mais nous demandons à notre tour deux choses : d’abord que l'on veuille bien se souvenir que l'édi- tion officielle de Grégoire XIII dit à propos de ces gloses qu’elles sont con- cues en termes figurés (verbis impropriis), bien qu'elles aient, si on les entend bien, un sens véritable et exact; ensuite, que, pour savoir ce que nous pensons du Pape et de ses privilèges, on recoure aux définitions ofi- cielles, voire à celles du concile du Vatican. « Le pape a été adoré sur l'autel »; dernier reproche que nous ayons à relever dans l'Address de l'évêque de Worcester. C'est évidemment une allusion à la cérémonie qui termine le conclave, le fait est exact; mais il faut n'y point ajouter de circonstances qui en changent la signification! et, à le prendre tel qu'il est, il faut l'interpréter suivant le sens qu'y attachent le cérémonial et ceux qui y prennent part. Il est bien vrai que pour la se- conde adoration, le pape nouvellement élu s'assied aur l’autel de la chapelle Sixtine ; pour la troisième, sur l'autel de-la Basilique de Saint-Pierre. Mais lé Saint-Sacrement ne se trouve ni à l'un ni à l'autre de ces autels. Et si l'on cherche la signification de ce rite en apparence un peu étrange, on la trouvera sans peine ; loin d'y voir un manque de respect à l'égard de l'au- tel, et une sorte de profanation, il faut y saisir un symbole très caractéris- tique d'union et de succession apostolique. Rappelons-nous que l'évèque est intronisé en prenant possesion d'un siège; de plus que la seconde ade- ration n'est qu'une anticipation de la troisième. Souvent, pendant la sainte liturgie, le prêtre baise l'autel avant de saluer le peuple, comme pour y puiser le salut ét la paix qu'il donne à l'assemblée. Au jour solennel où un nouveau successeur de saint Pierre reçoit sa suprême dignité, c'est sur l'autel, élevé au-dessus du corps du prince des Apôtres, qu'il vient puiser, en quelque sorte, la continuation de son autorité er même temps qu'il prend possession; c’est là, visiblement uni avec son premier prédécesseur. qu'il recoit les premiers hommages de ses électeurs qui, naguère ses égaux. sont maintenant ses sujets devant Dieu, sans cesser cependant d'être ses frères dans l'épiscopat. Après cela, ai-je besoin encore de rappeler que ls mot adoration est pris ici dans son ancien sens très large, et ne comporte ui culte direct ui indirect, mais seulement hommage et vénération reli- gieuse rendue à Dieu en la personne de son représentant? Le Month, en terminant, rend hommage à l'honorabilité et à la loyauté de l'évêque de Worcester, à qui l'on ne saurait adresser d'autre reproche que d'avoir accordé trop facilement sa confiance à certains auteurs qui, sur te point, ne la méritaient pas. Peut-on espérer que cet obstacle à l'Union sera à jamais écarté de toute polémique loyale et courtoise? Ah! plût à Dieu que toutes les difficultés fussent aussi faciles à dissiper! LETTRE DE SA SAINTETÉ LÉON XII A S. ÉM. LE CARDINAL LANGÉNIEUX

    Notre Cher Fils,

C'est un noble dessein que celui dont vous avez pris l'initiative, de convier la France entière à célébrer solennellement, cette année, après quatorze siècles, l'anniversaire du baptême de Clovis, roi des Francs Saliens. Aussi Nous accueillons avec une particulière satis- faction le désir que vous Nous avez exprimé, de Nous associer à celte sainte et patriotique entreprise en accordant à votre pays, que Nous aimons, la faveur unique d’un Jubilé national. On peut dire, en effet, que ce baptème du royaume des Francs et, assurément, les conséquences historiques de cet événement mémorable ont été de la plus haute importance, non seulement pour le peuple nouveau qui naissait à la foi du Christ, mais pour la chrétienté elle-même, puisque cette noble nation devait mériter, par sa fidélité et ses émi- nenis bienfaits, d’être appelée la fille aînée de l'Église. Et d'ailleurs, Notre Cher Fils, comment pourrions-Nous demeurer étranger aux fêtes que vous allez célébrer à Reims, autour du tom- beau du saint archevêque Remi, votre insigne prédécesseur, Nous qui n'avons cessé de donner à la France des témoignages réitérés, persévérants, de Notre affection paternelle; comment ne serions- Nous pas touché, en songeant aux desseins adorables de la bonté el de la providence de Dieu sur une nation tant de fois choisie comme un puissant instrument pour la défense de l'Église et la dilatation du règne de Jésus-Christ? — Ces desseins dont Nous voyons clairement les premiers actes et la première réalisation dans la conversion pro- digieuse de Clovis, doivent aussi faire tressaillir toute l'Église de France, pendant les solennités qui se préparent et auxquelles votre aèle éclairé, Notre Cher Fils, saura donner un lustre digne des faits qu'elles rappelleront, digne aussi de la cité qui en fut le principal théâtre, et qui vit, dans sa magnifique cathédrale, tant de princes implorant, pour bien gouverner, les bénédictions d’en haut. Mais afin que de telles solennités apportent à votre très noble nation ces fruits de salut que Nous lui souhaitons vivement, il est absolument nécessaire qu'elle comprenne et apprécie le bienfait dont elle célèbre le souvenir, c'est-à-dire sa régéhération dans le Christ, sa naissance à la foi. Un tel bienfait, incomparable en lui- REVUE ANGLO-ROMAINE,. — T. I. = 30. Fi.

466 REVUE ANGLO-ROMAINE

même comme principe de vie et de fécondité dans l’ordre dela grâce, est mémorable aussi, nul ne peut le méconnaître, par les résultats précieux de grandeur morale, de prospérité civile, d'entreprises glo- rieuses qui toujours en découlèrent pour la France; on en retrouve le témoignage dans les temps mêmes où lu nation vit surgir pour la religion des jours d’adversité et de deuil. Car, si elle céda parfois à de déplorables entrainements, toujours, après avoir souffert, elle sut réagir contre le mal et puiser dans sa foi de nouvelles énergies pour se relever de ses épreuves et reprendre la mission apostolique qui lui a été confiée par la Providence. | Nous sommes persuadé que l’épiscopat français, continuateur de la mission de saint Remi, héritier de son zèle sacerdotal, de sa cha- rité expansive, de sa grâce dans le maniement des esprits et des cœurs, saura de plus en plus faire apprécier au peuple l'étendue d'un tel bienfait, et défendre la foi catholique contre les attaques de ceux qui voudraient détruire la civilisation. Aussi, Nous appropriant la parole et l’exhortation du Prince des Apôtres, du même cœur que lui el avec la même effusion apostolique, Nous disons à Nos Très Chers Fils de France: « Béni soit le Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ qui vous a régénérés dans la vive espérance... d’un héritage incorruptible, sans tache, incapable de se flétrir... Espérez donc dans la grâce qui vous est offerte par la révélation de Jésus-Christ... Qui- conque croira en lui ne sera pas confondu... » Oui, Notre Cher Fils, Nous prions le Dieu tout-puissant et miséri- cordieux, dans toute la véhémence de Notre tendresse paternelle, qu'il donne à la France d’être une nation sainte, immuablement fidèle à son génie, à ses chrétiennes destinées; que la foi de ses aïeux — une foi pleine, active, militante — grandisse dans ce nable peuple; qu’elle reconquière les masses qui s’agitent aujourd’hui dans les ténèbres de l’incrédulité et qui, déçues, découragées par mille erreurs, s'affaissent dans l’ombre de la mort. Levez-vous et le Chris vous illuminera. Que tous les fils de la patrie française, de plus en plus dociles à écouter Nos conseils, s'unissent dans la vérité, dans la justice, dans le respect mutuel et dans la charité fraternelle, comme les enfants d'un même Père; qu'ils se persuadent que l'oubli des principes qui ont fait leur grandeur, les conduirait infailliblement à-la décadence, et que l'abandon d’une religion qui est leur force les laisserait sans défense contre les ennemis de la propriété, de la famille, de la société. Qu'ils se rallient donc pour lutter ensemble contre les périls qui les menacent, et que le cri de la Loi salique s'échappe de leur poitrine plus puissant que jamais : Vive le Christ qui aime les Francs! Au déclin de ce siècle et à l'aurore de celui qui s'annonce, en ces temps difficiles qui mettenten mouvement tous les peuples et tous les éléments du corps social, en cet âge où les âmes agitées, inquiètes, semblent altérées de justice, — de cette justice que Notre-Seigneurseul peul verser à flots, — il faut que le baptême de Clovis et de ses guer- riers se renouvelle en esprit et reproduise, à quatorze siècles de # un. RS

                LETTRE DE SA SAINTETÉ LÉON XII                  A67

distance, les fruits merveilleux d'autrefois : l'union sociale sous un pouvoir sage, respecté, et la fidélité sincère envers l'Eglise catho- lique. — Cette union des Français, vous le savez, Notre Cher Fils, à été l'objet constant de Notre sollicitude, et Nous l’appelons encore aujourd'hui avec une croissante ardeur. En vérité, quelle occasion pourrait être plus favorable et sainte pour ménager et augmenter entre eux l'union d'esprit, de volonté, d'action dans la poursuite du bien commun, que la commémoration solennelle de l'événement fortuné qui fut pour la France le principe du salnt et la source de tant de gloire? En altendant, Notre Cher Fils, les catholiques doivent se reprendre el s'aflirmer comme des fils de lumière, d'autant plus intrépides et plus prudents qu'ils voient une puissance ténébreuse mettre plus de persistance à ruiner autour d'eux tout ce qu'il y a de bienfaisant et de sacré; s'imposer au respect de tous par la force invincible de l'unité; prendre avec clairvoyance et courage, conformément à la doctrine exposée dans Nos Encycliques, l'initiative de tous les vrais progrès sociaux; se montrer les défenseurs patients et les conseillers éclairés des faibles et des déshérités; se tenir enfin au premier rang, pari ceux qui ont l'intention loyale, à quelque degré que ce soit, de concourir à faire régner partout, contre les ennemis de tout ordre, les éternels principes de la justice et de la civilisation chrétienne. Puisse le Seigneur exaucer Nos espérances pendant l'extraordinaire Jubilé national que Nous allons accorder, et durant lequel Nos prières se mélant aux vôtres et à celles de tout le peuple chrétien de France, le ciel s'ouvrira pour laisser tomber sur vous et sur votre palrie entière les plus larges effusions de l'Esprit de Dieu ! C'est dans cette confiance que Nous accordons à vous, Notre Cher Fils, aux évêques de France, au clergé, aux fidèles et à tous ceux qui participeront à vos fêtes, Notre Bénédiction apostolique. Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de l'Épiphanie, le 6 janvier de l'année 1896, de Notre pontificat la dix-huitième.

                                  LÉON XIII, PAPE.

LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS mms

                    (Traduites du Syriaque

          par A. J.-B. Chabot, dacieur on théolagie.)




                         AVANT-PROPOS

Après diverses tentatives de réunion, plus ou moins fruclueuses el plus ou moins durables, au temps des papes Benoît XI, Eugène IV, Jules 11, Pie IV, Innocent IX, Clément VIII, Paul V, une partie asset notable de l'Église nestorienne finit par demeurer fermement attachée au siège de Rome. Le pape Innocent XI (1676-1689) établit à Diar- békir (l’antique Amida) un patriarcat pour ces nestoriens unis qui prirent le nom de Chaldéens. En 4830, Pie VIllen transporta le titre à Babylone. D'après le Gerarchta Caitslica, le patriarche de Babylone pour les Chaldéens a soussa juridiction onze archevèques ou évêques, une centaine de prêtres et environ 400.000 fidèles, Il gonverne immédiatement le diocèse de Mossoul, où il a une résidence. Le titulaire de ce patriarcat est aujourd’hui Mgr Georges Ebd-JésusV Kahhyath, prélat aussi distingué par sa science que par son zèle. Aussitôt après avoir reçu la lettre de Léon XIE Orienéalium dignsias Ecclesiarum, il songeaà la faire connaître aux Nestoriens, qui sont aujourd’hui encore au nombre d'environ 200.000, et habitent les mon- tagnes du Kurdistan, principalement aux environs d'Ourmiah. Ïl en fit donc une traduction syriaque et la répandit parmi le peuple de ces contrées. Joignant lui-même ses exhortalions les plus pressantes à la parole du Souverain Pontife, il fit précéder sa traduction d'un tou- chant appel à l'union, par la Lettre que nous publions ici. Cette lettre est un précieux document théologique; car, comme 08 le verra, c’est une démonstration des principaux dogmes de la foi, appuyée uniquement sur le témoignage d'écrivains nestoriens, appar- tenant à une Église séparée de l’Église romaine depuis plus de quatorze siècles, et dont la parole, par conséquent, ne saurait être LETTRES DU PATRIARCIE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 469

suspecte aux yeux de ceux qui sont éloignés de l’Église catholique. Elle fait le plus grand honneur à l'érudition et à la science de son auteur, et nous ne saurions trop remercier Sa Béatitude Mgr Khayyath de nous en avoir adressé un exemplaire. Nous en donnons la tra- duction aussi littérale que possible. Nous n'avons rien voulu retran- cher ni modifier, et nous avons volontiers sacrifié l'élégance à la fidélité, efin de conserver autant que faire 8e pouvait le caractère original de ce mandement. : Pour bien saisir l'importance de ce document, il faut se rappeler que les Américains ont fondé à Ourmiah une mission qu’on appelle protestante, et qui n'a pas eu jusqu'à présent beaucoup de succès. Le patriarche nestorien Mar Siméon {ou Schimoun !, selon la pronon- ciation orientale) écrivait, dès l’origine, au sujet de cette mission : « Pendant que nous vivions à part dans nos montagnes du Tiyari, dans une paix tranquille, des personnes vinrent d'Amérique il y & trois ans, et se présentèreht à nous comme les vrais chrétiens, Quand nous connûmes leurs idées, nous trouvâmes qu'elles étaient pleines d'erreurs et nous les avons repoussées. » Lessentiments de Mar Schimoun, le patriarche actuel des Nestorlehs, sontdifférents, grâce surtout au prestige de l'ot américain ; aussi est-il devenul'objet du mépris de ses évêques et de ses fidèles, quicontinuent à regarder la mission avec assez d'indifférence. Cependant, si cette propagande n'obtient presque aucun succès positif, elle contribue de la manière la plus fâcheuse à entretenir les préjugés de ces peuples contre l'Église romaine, et c'est pout celà qu'en communiquant aux Nestoriens l'invitation du Pape à l'union, Mgr Khayyath a cru devoir insistet sur le principal obstacle à cette union si désirable. Poussant la condestendance jusqu’ä son suprême degré, il a fait porter au pa- triarche nestotien, Mar Schimoun, par un prêtre spécialement délé- gué pour cela, un exemplaire de son manderent, accompagné d'une lettre personnelle. Sa Béatitude ayant eu l'obligeance de nous com- muniquer des copies manuscrites tant de sa lettre que de la réponse de Mar Schimoun, nous donnerons aussi la tradnction de ces deux documents à la suite de celle de le lettre pastorale, et nous les livre- rons à l'appréciation de nos lecteurs en nous abstenant de tout com- mentaire?,

                                                   D: 3. B, Cnaor.

? Lettre de Mar Schimouon (prédécesseur du patriarche actuel) à l’archorèque de Caniorbéry, citée par Muxanr, Les Yésidis, Paris, 1892, p. 44. . ? Nons avons cru nécessaire d'ajouter quelques notes historiques pour faire con- tftte d'un mot À nos lecteurs occidontaux les principaux personnages dont le om se rencontre dans la lottre de Mgr Khayyath, 470 REVUE ANGLO-ROMAINE

                                1

LETTRE CATHOLIQUE DE M5" GEORGES EBn-JÉSUS V, PATRIARCHEDE Basr- LONE DES SYRIENS ORIENTAUX OU CHALDÉENS, AUX FRÈRES SYRIEYS APPELÉS NESTORIENS, SUIVIED'UNE TRADUCTION SYRIAQUE DE LA LETTRE APOSTOLIQUE DE NOTRK PÈRE LE BIRNBEUREUX LÉoON XIIL, PAPE, sov- VERAIN PONTIFÉ,SUR LA CONSERVATION DES RITES ET DE LA DISCIPLINE DES ORIENTAUX.

De la résidence patriarcale de Babylone des Chaldéens, salut, bénédi- tion et souhaits d'amour en Notre-Seigneur Jésus-Christ aux chers et honorésfrères de notre nation el de notre race appelés Nestoriens.

Il est notoire que, par la lumière et la rectitude de l'intelligence dont Dieu, — que ses miséricordes soient adorées! -— a honoré le genre humain, chacun de nous peut, avec le secours d’en haut, dis- tinguer la vérité du mensonge et discerner son véritable bien du mal. C'est pourquoi si vous méditez et concluez avec rectitude et sans préjugés, vous verrez que vous devez et qu'il vous convient d’abord d'abandonner vos anciennes opinions, le schisme, la division, l'atta- chement à un parti pernicieux, pour vous unir avec les fils de votre nation dans la liturgie et les rites ecclésiastiques qui ont été trans- mis par les Pères; ensuite de devenir les membres de ce grand corps de l'Eglise catholique, dans laquelle il est nécessaire que vous soyez pour acquérir la vie {éternelle}. Et voicique Nous-même noussommes vivement pressé de vous inviter à cette union, de même que le frère invite son frère, le presse d'entrer dans la maison paternelle et de ne pas rester séparé, isolé, dans la nécessité de recourir à des étrangers, — dont ilne recevra rien autrechose que des dommages, des ruines, des humiliations, des pertes, — en lui disant: « Pourquoi, d mon frère, péris-tu, restes-tu dans l'indigence et dansle besoin, demeures- tu dans ton isolement, dépouillé et privé des biens et des délices de la vie, tandis que moi je me réjouis ici dans toute leur excellence, et que des mercenaires ont ici, dans la maison de mon père, du pais en abondance ? » Il est donc évident, à frères, que vous devez ins- tamment rechercher la vérité et l'embrasser, examiner quelle est la véritable Eglise et vous unir à ses enfants. Et Nous aussi, nous devons fraternellement vous appeler, vous exhorter, vous adjurer par le nom du Seigneur de toutes choses, Notre Sauveur Jésus-Christ, de nous écouter ou plutôt de prêter l'oreille à la voix de celui que l'on doit par-dessus tout écouter, à la voix de l’évêque de la grande Rome, qui occupe le siège du bienheureux Pierre et qu'on appelle Pape, c'est-à-dire Père. Il est en vérité « le Pape », autre- ment dit le Père suprême, le premier des patriarches et leur chef, le gouverneur de toute l'Eglise catholique: car il tient la place du chef des Apôtres, Simon-Pierre.

                                                            tieà

LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 471

Nous vousexhortons aussi à vous unir avec nous, non seulement à cause de la nécessité de cette union, pour que votre Eglise ne demeure pas séparée et isolée, sans participation avec le grand corps dont la tête est le successeur de Simon-Pierre, puisqu'il n'y a qu'une seule Eglise et que la vôtre n’est pas cette Eglise catholique que vous et nous confessons sincèrement dans la règle de foi lorsque nous di- sons: « Elen uns Eglise, etc. » ; mais (nous vous y exhortons) aussi pour d’autres motifs, c’est-à-dire afin que vous veilliezà la conserva tion des traditions anciennes de vos Pères qui sont les nôtres, qui se trouvent dans nos livres, dans les nôtres comme dans les vôtres ; — afin que notre nation et notre race conserve ces rites et ces tradi- tions et s'illustre par eux; — afin que nous soyons les enfants libres de nos Pères, sans honte en face des nations qui nous environnent, {etnon pas) comme si nous n'avions ni race ni famille dans le monde. | On sait, et il est certain que le Protestantisme s'efforce de dé- truire peu à peu ces traditions et ces rites ; de sorte que ceux qui y étaient attachés finissent par renoncer à toute profession de foi ou se font gloire de tenir un simulacre de profession de foi mensongère factice, nouvelle, quine repose aucunementsurun fondement solide, et deviennent semblables aux autres Protestants de l'univers qui changent librement leur profession de foi et leur culte; ils ne pos- sèdent aucun lien véritable, et peu à peu tournentà l'apostasie et au sadducéisme. Outre cela, il est notoire que les Protestants ont varié et continuent de varier, qu'ils sont divisés en centaines de sectes et d'Eglises qui ne sont pas d'accord les unes avec les autres, qui sont séparées les unes des autres, qui se haïssent mutuellement, qui ne veulent pas s'unir, en sorte que s'accomplit parmi eux ce que dit l'apôtre Paul ! : « Ce sont des enfants flottants, qui se laissent em- « porter à tous les vents des opinions trompeuses des hommes qui « sont habiles à les entrainer dans l'erreur », car leur édifice n’est pas établi sur le fondement posé par Notre-Seigneur. Vous conviendrait-il, vous siérait-il, Ô frères, d’adhérer à ceux qui sont privés de toute profession de foi, qui méprisent toute autorité, qui sont divisés dans leurs propres pasteurs, et ne sont jamais cons- tants avec eux-mêmes; à ceux qui se sont révoltés autrefois contre l'Eglise catholique, contre les conciles et les synodes œcuméniques, contre celui qui est leur patriarche, c'est-à-dire le Pontife de Rome, contre leurs premiers évêques canoniques qu'ils ont persécutés, chassés, pour établir sur eux comme chef et guide spirituel un roi temporel; (à ceux) qui ont repoussé toute autorité et se sont fait un nom nouveau — car en vérité on n'avaitjamais entendu parler d'eux dans les temps passés jusqu'au seizième siècle, au temps de Luther et de Henri, roi d'Angleterre; — plutôt que d’adhérer au grand pon- tife qui occupe par une succession ininterrompue lé siège de Simon- Pierre, vicaire du Christ Notre-Seigneur, qui est le pasteur et le guide de l'Eglise répandue dans toutes les parties de laterre habitée

3 Ephes., 1v, 14 472 REVUE ANGLO-ROMAINE

par des peuples de toute nation, de toute race, de toute langue, unis sous l'autorité de sa paternité dans une même foi ; à celui qui a sous son obéissance el sous l'obéissance des évêques ses frères, d'innom- brables prêtres par le monde entier; {à celui) dont l'autorité pater- nelle fait briller dans tout l'univers des écoles, des monastères, toutes sortes d'excellentes disciplines et de bonnes œuvres qui vivifient les pays et les hommes soit par les ecclésiastiques séculiers qui sont dans les villes et lés campagneset dontle nombre est incalculable, soit par les diverses missions, soit par les ecclésiastiques réguliers répandant avec eux dans tout le monde la chasteté et la suave odeur de toutes les vertus, soit par les vierges qui dounent leur vie, leur fortune, leur jeunesse pour le bien commun en instruisant, en soi- gnant les malades, en élevant les enfantsavec une pureté etun amour qui frappent l'esprit d’étonnement? L'Eglise catholique compte plus de 360 millions de fidèles dans tous les royaumes du monde, non seulement dans notre Orient dont la majeure partie est encore ensevelie dans les ténèbres du schisme et de l'ignorance, et dont le sort est plus malheureux que celui des autres contrées de la terre, mais suriout dans des pays et des royaumes illustres comme la France, l'Autriche, la Hongrie, l'Alle- magne, l'Espagne, l'Italie, l’'Empire-uni de la Bretagne, c’est-à-dire l'Angleterre, la Belgique, la Suisse, le Portugal, les Etals ottomans d'Europe, dans beaucoup de provinces del'Empire russe, en Afrique, au Japon, en Chine, au Thibet, dans l’inde, danstoute l'Amérique du Sud et de laplus grande partie de Amérique du Nord, en Australie, au Chili, et dans les autres royaumes que nous ne désignons pas nom- mément pour ne pas allonger ce discours. N'est-il donc pas vraiment le pontife que célèbre votre estimable docteur Elias de Pherûz-Schs- pôr *, dans ses fameuses Ceniuries (Disc. VI, ch. r)en disant: « Le « Christ, pierre véritable, était sur le point de disparaitre dans les « cieux, quand il établit son vicaire sur la terre, et l'appela pierre de l'édifice. Il choisit et établit sur la terre, tuteur des Eglises, le vénérable Simon Bar Jona, le fondement de la foi. Il l’appela du surnom de Péerre, parce qu'il n’y avait personne qui s'appelait RRR

  Pierre, et qu'il devait être le fondement et la tête de l'édifice de

FE

  l'Eglise. 11 ne l’appela pas Sauveur parce qu'il y avaitdes sauveurs

À

  dans le monde, ni Christ parce qu'il y avait des christs en Judée’,

A

  et que le Fils de Dieu, devant les faire disparaître, ne devail pas
  faire disparaitre Pierre avec eux. »

ER

  ll est donc manifeste     que la puissance de Simon- Pierre demeure et

persévère dans toute l'Église catholique du Christ, dans les succes- 1 Célèbre écrivain nestorien qui florissait vers l'an 922. On a de lui une apologie, des lettres, des homélies, st trois volumes de discours métriques partagés réguliè- rement en chapitres de esnt vers, d'où leur nom de Centuries. Il est aussi appelé Elias de Anbar et cité plus bas sous ce nom. 4 Littéralomont: il ne l'appele pas Jésus... ni oint.— Le nom de Jésus était en effet porté par plusieurs personnes; et chez les juifs, les rois et les prophètes étaiont oinls. LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 473

seurs de Simon-Pierre, dans le siège établi par lui dans la grande Rome, inébranlable jusqu’à la fin du monde. C'est donc Pierre lui-même qui siège aujourd'hui dans la personne de Léon XIII, héritier de son trône, chargé du soin des Églises dans toutes les nations de l'Univers où le nom du Christ est invoqué. El pourtant, beaucoup d'entre elles sont devenues étrangères à ce troti- peau enique des brebis du Christ: elles se sont séparées elles-mêmes de celui qui a seul reçu la charge pastorale de tout le troupeau, comme dit Élias de Pherôz-Schâpôr : « Il gouverne ses trois sortes « de brebis raisonnables, les brebis-mères, les béliers, les agneaux, « selon le précepte du Pasteur éternel, et ainsi, par la foi, il réunit «a tous les peuples er un seul peuple. » Le Pierre de notre époque, lui aussi, vous appelle et vous exhorte, 6 frères et fils bien-aimés, à l'unité de la foi, de l'adhésion et de la communion spirituelle. J1 n'y a en effet qu'un Seigneur, qu'un bap- tème, qu'une seule Église catholique. Voici que non seulement il s'occupe de vous comme des autres peuples des divers rites orien- laux, et prescrit rigoureusement la conservalion et l'observation de vos rites et de vos traditions transmises par les Apôtres et les Pères de l'Orient, mais plus particulièrement et spécialement, d'une manière précise etrigoureuse il ordonnait, écrivait, et signiflait à ce patriarcat que, quand vous voudriez, avec l’aide du Seigneur, vous unir à ceux de votre race et de votre nation dans un fraternel consentement d'amour et de communion, tous vos rites, vos jeûnes, vos fêtes et les autres coutumes en usage chez vous, vous soient laissés, pour que vous en usiez librement, sans trouble ni inquiétude, à perpétuité; à l'exception seulement de ce qui serait contraire à la vérité de la foi, à la pureté des mœurs et & la conservation de l'orthodoxie. Voici donc ce grand homme, le successeur de Pierre, le vicaire de Notre-Seigneur et son intendant, le pontife de toute l'illustre et sublime Église catholique, qui vous appelle aujourd'hui par notre inter- médiaire, et surtout dans cette lettre remarquable dont nous vous offrons la traduction, afin que vous la lisiez, que vous en méditiez les sentences et les paroles d'espérance, d'amour et de vérité. C’est lui qui s'adresse & vous spécialement, à bien-aimés frères orientaux qu'on appelle nestoriens! C'est lui qui vous dit: « Écoutez-moi; venez & moi! Chez nous vous trouverez l'accroissement de votre vie, la rénovation de vos forces qui sont sur le point de défaïllir; car l'Église catholique n’est pas l’ennemie de vos Pères, ni de leurs ensei- gnements, mais elle est d'accord avec eux, elle accepte leurs tradi- tions et leurs canons, et ne falt pas comme les Protestants qui les rejeltent et s'efforcent de détruire vos rites et les sacrements de notre religion, ses fondements apostoliques qui sont communs à nous et à VOUS. »

Méditez cette démonstration composée avec des extraits de nos Pères eux-mêmes. 474 REVUE ANGLO-ROMAINE |

                                                I

          Les Protestants pensent et imaginent que le gouvernement de
    l'Église n’a pas été donné à Pierre par le Christ. Cependant, nous et
    les Pères qui sont en honneur auprès de vous, nous disons que cer-
    tainement le B. Pierre est le chef de toute l'Église. On connait ce
    passage des Pères du concile de Nicée qui disent dans le Il° canon !:
   «.La volonté du concile. œcuménique est qu'il y ait quatre patriar-
   « cats dans tout l’univers... et que celui de Rome soit le premier!
   « selon l'ordre des apôtres, qu’ils ont sanctionné dans leurs canons. :
   — Ebd-Jésus de Nisibe * dit dans sa Collection de canons (part. ll,
   liv. 9): « À la grande Rome a été attribué le siège du patriarcat         à
   « cause des deux colonnes qui sont placées en elle; je veux dire :

mers

   « Pierre, le chef des Apôtres, et Paul, le Docteur des nations; et elle
   est le premier siège et la tête des patriarches.... » Et dans la section ,
   sur le pouvoir du patriarche, il dit : « De même que le patriarche peut
   « faire tout ce qu'il juge convenable sur ceux qui sont soumis à &
   «. juridiction; de même le patriarche de Rome al'autorité sur tous
   « les patriarches, comme le B. Pierre [l’avait} sur l'universalité [des
   « Apôtres];
           car celui de Rome tient la place de Pierre dans toute
   « l'Église, et celui qui agit contre ces choses a été voué à l’anathème
   « par le concile œcuménique. » Et le docteur Narsaï 4, dans son Du-
   cours sur les Evangélistes et la Pentecôte, dit: « Le chef des Apôtres
      pêcha la capitale et l'emprisonna dans les citadelles de la foi. Le
      pêcheur de poissons sortit premièrement pour pêcher les nations;
   RS




      il jeta son filet et pécha la mère des villes. Le chef des disciples
     obtint en partage la mère des villes, et, avec sa tête, fixa en elle les
      sources de la foi. Là il mourut avec joie, et fit régner la paix au
     milieu du conseil de ses collègues. »
   ERA




      Et Timothée Ie 5, dans sa Lettre à Maranzka, évêque de N'inive, dit:
   « Rome conserve le premier rang et la primauté, à cause de l’apôtre
   « Pierre. »

                                               H

     Les Protestants prétendent qu'il est possible que l'Eglise erre, et
   que, pour cela, le chrétien n'est pas tenu d'obéir à son enseignement.

     1 Les citations sont faites selon la version syriaque des canons du Concile.
   L’ordre n'est pas toujours identique aux versions occidentales.
     8 Littéralement : Le grand.                  .               °
    # Un des plus savants et des plus féconds écrivains du Nestorianisme. Ï} mourut
   métropolitain de Nisibe et d'Arménie en 1318. Nous possédons presque tous ses
   ouvrages. Une version latine de sa Collection de canons a été publiée par le card.
   Maï (Script. vel. nova Coll. t. X).
         4 Narsaï de Ma’ altaya est appelé par les Nestoriens la Harpe de PEsprit-Saïsl;
   il s’est rendu célébre par ses Commentaires sur l'Écriture Sainte et surtout par
   ses compositions poétiques qui roulent sur divers sujets. Il mourut à Nisibe dés ie
   commencement du sixième siècle.
      5 Le patriarche Timothée ler gouverna l'Eglise nestorienne de 780 à 823. lis
   laissé un grand nombre d'ouvrages, et nous avons de lui une collection fort intt-
   ressante d'environ 2309 lettres,

LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 415

Au contraire, les Nestoriens, aussi bien que nous, croient qu'il est impossible que l'Eglise erre, parce qu'elle est bâtie sur Pierre et qu'elle a reçu de Jésus-Christ, son fondateur, l'assurance et la pro- messe de l’infaillibilité jusqu’à la fin du monde. Nos livres de prières canoniques assurent cela en beaucoup d’en- droits. On lit dans le Houdra ! : « L'Eglise a reçu du Père, du Fils et « de l'Esprit la force et l'autorité; les efforts de la multitude de « tous ses ennemis ne l’ébranleront point; parce qu'elle est bâtie sur « la pierre et sur le fondement de la foi de Simon-Pierre, ni les « flots ni les tempêtes ne l’ébranleront.. — Tu as promis à Pierre, « à Seigneur, au fondateur * de l'Eglise, que les portes de l'Enfer ne

  1. C'est le successeur immédiat du célèbre Jabalaha III dont nous avons publié la rie et la lettre dé soumission au Pape, dans notre Histoire de Mar Jabalaha III tl du moine Rabhan Cauma, ambassadeur en Occident du roi Argoun et du patriarche, avec deux appendices sur les relations du roi Argoun et du patriarche neslorien avec le Pape et les princes occidentaux (Paris, Leroux, 4895; in-80, pp. 278), ‘ RL EEE

476 © REVUE ANGLO-ROMAINE

enseigne la nécessité d’un sacerdoce pour l'administration des sacre- ments, et, comme vous, elle le distribue en plusieurs degrés hiérar- chiques. Le docteur Narsaï, la langue de l'Orient, dit dans son Discours sur le Baplème et les Sarrements : « Venez, approchez-vous « du prêtre, le sel de la terre, et voyez comment il assaisonne les « hommes avec les choses spirituelles, O -prètre ! qui remplis sur « terre les fonctions spirituelles, les esprits célestes n'ont pas le « pouvoir de t'imiter! Les prêtres de l'Église ont reçu un pouvoir « sublime et profond. Îls commandent aux cieux et à la terre. Ils « sont les médiateurs entre Dieu et l’homme. Par leurs paroles, ils « chassent le péché de parmi les hommes. La clé des miséricordes « divines est déposée entre leurs mains. Ils distribuent comme ils « veulent la vie aux hommes, La puissance donnée à l'Eglise repose « entre les mains de ses prêtres pour qu'ils puissent vaincre, parson « moyen, la puissance des honimes pervers. Sa Sainteté s'est cons- « truit un sanctuaire dans lequel se sanctifient les saints, jusqu'à ce « qu’ils entrent dans le Saint des Saints qui est placé là-haut. Elle « s’est choisi des prêtres qui y servent saintement et offrent, au lieu « des sacrifices (antiques), le sacrifice mystique de son Fils. » — Et Mar Timothée Il (part. 1, sur la dignité du Sacerdoce) dit: « Le Christ « par ces paroles: Toute chose m'a été donnée par mon Père, veut « dire : J'ai reçu du Père toute cette grande et ineffable puissance « que j'ai communiquée au sacerdoce, qui peut faire ce qu'il fait lui- « même dans les cieux. Et, parce que les hommes sont encote mor- « tels, sujets aux passions et aux défüillances, ila appris à quelques- uüns d’entre eux l'art de la médecine {mmortelle, c’est-à-dire, à « ceux qui détiennent le sacerdoce, l’art de guétir les douleurs cor- « porelles et spirituelles par des remèdes invisibles. » Mar Ephrem a composé de nombreux « Discours sur la Virginik dans l’un desquels il dit: « Parmi tous les saints, gloire au Saint « qui à fait briller la virginité parmi les nations. » — Et encore: « Pourquoi donc le corps persécute-t-il la Virginité qui est descen- « due dans nos régions, et a établi son siège parmi nous ? Si quel- « qu’un la chasse et détruit son nid, comme il lui est impossible de « le reconstruire, cet oiseau céleste gagne d'une aile rapide les « régions élevées; car il ne peut avoir qu'un nid, et, s'il l’abandonne, « c’est pour toujours. Thamar, qui n'avait point gardé sa virginité, « déchira ses vêtements quand elle vit qu'elle avait perdu cette perle « précieuse, et qu'au lieu de cet ornement elle en avait un autre :car a il est impossible, quand il a été volé, de le recouvret. O Virginité: « chacun peut te perdre facilement: on ne peut te conserver qu'avet « l'aide du Tout-Puissant. » — Et dans un de ses Discours aur les . Rogations il dit: « Voici qu'il élève les vierges dans les cieux, au « rang de la virginité. » Elias de Anbar ‘ dit (Disc. IN, sect. IV, part. 1): « Le corps ne peut vivre sans nourriture ni vêtement ; mais il peut vivre dans le pureté sans le mariage. »

{ Cf, page 472, n. I. LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 477

Chez nous et chez vous, on estime les monastères d'hommes et de femmes et la virginité des évêques, des métropolitains et des patriarches. Les Orientaux abservent soigneusement les jeûnes selon latradition de leurs Pères, et selon le cycle annuel sanctionné par leurs conciles. I n'est pas nécessaire de démontrer cette coutume des Orientaux par des témoignages; car elle est claire comme le soleil, et, si nous voulions faire l'éloge du jeûne, que les protestants méprisent, nous ferions comme un homme qui dirait à son voisin : « Viens, je vais te montrer le jour et le soleil. »

                                     -V

Les protestants nient que l'Eucharistie soit un vrai sacrifice. Ils l'appellent Cène, et disent que c'est le simple souvenir du sacrifice de la Croix. Or, nos Apôtres et les Docteurs de notre Église orientale ont cru que l'Eucharistie est un vrai sacrifice. Cela est clairement attesté per les paroles qui se trouvent dans la première messe attribuée aux Apôtres, ainsi que dans la seconde et la troisième ‘. On dit en effet : « ... L'offrande vivante et raisonnable du premier d'entre nous, le

Dans les Missals des Syriens, il n’y a qu’un petit nombre de messes ou litur- ges, à peu prés comme dans la Commun de notre Missel romain. Ces mossos sont désignées par le nom de leur auteur. Ainsi, quand on dit le messe de saint Jacques, desaint Basile, cela ne veut pas dire la messe qui se célébre le jour de la fôte do saint Jacques ou de saint Basile, mais bien celle qui a été composés par ces saints. La mèsse des Anôtres est celle de Mar Maris et de Mar Addai. (Voir la note de la p. 419}; la seconde et la troisième sont celles qui portent les noms de Théo- dore de Mopsneste et de Nestorius dans les Missels nestoriens, Ces noms ont été supprimés dans le missel chaldéen. 3 Partie de l'office qui équivaut à peu près aux nocéurnes du Bréviaire romain, 478 REVUE ANGLO-ROMAINE « dans le calice; il donne le pain et il dit que c'est le corps du Christ- « Roi; il fait boire le vin, comme étantle sang du-Messie. Nous croyons « que le pain et le vin sont le corps etle sang. C’est une vérité indu- bitable, et pour celui qui le donne et pour ceux qui le reçoivent. » Timothée II dit, dans son livre Sur /es sacrements (part. VI) : « Le : prophète Ézéchiel dit, à propos de Sadoc, que Dieu a établi pour le « ministère sacré, lorsqu'il réprouva les anciens prêtres et s’en choi- « sit de nouveaux à leur place : Ils feront mon service et offrironten “ ma présence la graisse et le sang‘. Ceux-ci offrent à Dieu le corps « et le sang, dans le pain et le vin, selon l’ordre de Melchisédek. »

                                     VI

Les protestants nient que le pain et le vin soient réellement chan- gés, par la parole de Notre-Seigneur et l'opération du Saint-Esprit, au corps et au sang du Christ. Ils disent que c'est seulement un signe et une figure. — Nos Pères, au contraire, enseignent de nouveau que lé pain et le vin sont changés réellement au corps et au sang de Notre- Seigneur par la vertu des paroles dominicales et par l'opération de l'Esprit-Saint. Notre assertion est distinctement confirmée par l'office liturgique de notre Église orientale, tant dans la liturgie des Apôtres que dans la seconde et la troisième. Il nous suffira de citer les paroles de cette dernière dans laquelle on dit: « Seigneur, que ‘ la grâce de l'Esprit-Saint vienne faire de ce pain et de ce calice le « corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Change-les, sanc- tifie-les toi-même par l'opération du Saint-Esprit. » Le docteur Narsaï dit dans son Discours sur le Baplême et les Sacrt- ments : « Considérez attentivement le pain et le vin qui sont sur l'au- tel, que la vertu de l'Esprit change au corps et au sang. Vovez avec vos sens extérieurs ce qui parait, et représentez-vous dans les mouvements intérieurs de vos esprits, ce qui est caché. » Et plus loin : « Ils affirment que le corps du Roi, etc. » (V. ci-dessus).

                                     VII


    Les protestants nient que les prêtres aient reçu le pouvoir de
remettre les péchés des pénitents. Nous, comme vos Pères, nous
admettons ce pouvoir.
    Ebd-Jésus de Nisibe dit,dans son livre de la Perle (part.IV, sect.Vil}:
«   Le   genre    humain est sujet    à    l'erreur, fortement   enclin   au
« péché et éprouvé par toute sorte d'infirmités spirituelles. À
« cause de cela, le sacerdoce a reçu un remède pour le guérir : Les
  péchés seront remis à celui à qui vous les remettrez.. C'est pour-
  quoi, quand les fidèles souftrent de quelque infirmité spirituelle à
  cause de la faiblesse de la nature humaine qui ne peut prospérer en

    1 Éréchiel, xrv, 15.




                                                                     -   se   a

LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 179

« toute chose, ils doivent avoir recours à la médecine chrélienne et « manifester leurs maladies aux médecins spirituels, afin que, par « l'absolution et les canons pénitentiels, ils recouvrent la santé de

‘ Mar Maris, disciple de l’apôtre saint Thomas, évangélisa avec son compagnon, saint Adée ou Aggée, la région d'Edesse. Ses Acies ont été publiés avec une tra- duction latine par M8? Abbeloos (Bruxelles, 1885). “480 REVUE ANGLO-ROMAINE écrit: « C'est pourquoi de maintes manières ils peignaient la ressem- LA blance et l’image vraiment adorable de Notre-Seigneur, d'après « les indications d'un des fidèles, qui, étant allé à Gésarée de Philippe, avait vu là l’image de notre Sauveur, le Christ incarné, La femme #&

             dontilest dit dans l'Évangile qu'elle souffrait d'une perte de sang

À

             depuis douze ans!, vit un jour à sa porte, au-dessus d'une grosse
             pierre, une statue de cuivre; elle fléchit les genoux et étendit la
             main vers cette image. Or, voici qu'une autre statue de cuivre
             représentant un homme vêtu d'une tunique, se tenait  à l'opposé et
             tendit elle-même la main vers la femme. Cette représentation était
             celle de notre Sauveur, d’après le témoignage de tout le monde.
             Ceux qui étaient aidés du secours de Notre-Seigneur peignaient
             son image avec des couleurs excellentes en divers lieux, et ces
             images existent encore aujourd’hui. »

ARRREARSESERS

             Dans l’Éloge du patriarche Mar Denha I*, mort en l'an 4984 (de

l'ère chrétienne), il y a un témoignage remarquable qui montre comment les images et les peintures étaient honorées et conservées dans les églises, et de quelle utilité elles sont. On y dit?: « Ii fit construire une très belle église dans la citadelle d’Arbèle, et à cause de cela il eut beaucoup à souffrir de la part de gens éhontés. Il dépensa pour cette église de l'or et de l'argent sans mesure, il l'orna de décorations et de peintures au delà de toute expression. « 11 y fit peindre la vie de Notre-Seigneur tout entière, afin que les sourds la voient et marchent dans la route aplanie qu'il leur a tracée. » L'illustre docteur Ebd-Jésus de Nisibe? dans sa Collection des canons synodiques (part. V, chap. x1), ajoute après beaucoup d’autres choses: Si l'image de la Croix est dans l’église, arrêtez-vous devant et ado- rez-la. Or, la primitive Église, celle d’Antioche, la seconde en dignité, ne prétend certes pas qu'il faut adorer le hais, l'or ou quelque chose de matériel, mais bien le Christ lui-même qui fut attaché &'la croix dans Jérusalem. C'est ce qu'atteste Paul, l'apôtre céleste, quand ii dit : Loin de moi toute gloire si ce n'est dans R crucifixion, c'est-à-dire dans la croix de Notre-Seigneur Jésus- Christt. Ils étaient poussés à honorer le bois et l’image de la cru- cifixion parles miracles etles prodiges qui s'opéraient par leur intermédiaire. »

                                                                          (A suivre).


             F'Euc., vin, 43.
             2 Cet Éloge de Mar Denha, composé par un moine nestorien du nom de Jean, :
êté publié par nous dans le Journal ariatique (janvier-février 4895),
             3 Célèbre patriarche nestorien qui gouverna cotte Église de Pan 538 à l'an 552.
             4 Galat., va, 14.



                                          Le Direcieur-Gérant: FERNAND PORTAL.

                            PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,

fe ANNÉE AS N° * 45 FÉVRIER 189%

ANGLOROMAINE + +4

                      ‘RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu es Petrus, et au Spiritus Sanctus po- per hanc petram suit episcopos re- ædifcabo Ecclesiam gore Ecclesiam Dei. meam ... et tibi dabo claves Act. xx. 88. - Matra. XVI. 18-10.

                             SOMMAIRE :
                                                                                Paazs

   Mon Gasparri....        De la valeur des Ordinations anglicanes.....            481

Rav. F.-W. PurLer..... Les Ordinations anglicanes et le Sacrifice de Ja messe,..,....,.,,.............sesse 494 Chronique.............................se 508 Livres et Rovues........................., 510 Docuwexrs. Lettre du Patriarche Chaldéen aux Nestoriens. — Lettres apostoliques de S.S. Léon XII!, accordant un jubilé extraordinaire à la France...........,.,....ses.sssssre "13

                  ;             PARIS
      RÉDACTION               ET         ADMINISTRATION
                           17, RUE CASSETTE

                                   1896

PRIX DES ABONNEMENTS |. TARIF DES ANNONCES FRANCE À LA PAGE: UN ANeucoouic.s....s. 20 fr.| La page................ . 301. SIX MOIS ........ sossouee A fr. | La 1 page ......... .... 20f. TROIS MOIS ........-...... 6 fr. | Le 4/4 page............. 40 fr. ÉTRANGER 7, À LA LIGNE : UN ANcvccieeuceeccseces 25 fr. | Sur 4/2 colonne: la ligne. fr. SIX MOIS., secoue 413 fr. ee TROIS MOIS. .............. 7 fr. | Les annonces sont reques France....:. Ofr. 50 ! aux bureaux de la Revues, LE NUMÉRO Érrancer.. 4 fr. » ! 17, rue Oassette, Paris. Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que /a responsabllité des auteurs. ;

ALFRED MAME et FILS, Éditeurs

              LITURGIE                   ROMAINE
                    ÉDITIONS FRANÇAISES
     En vente chez tous les libraires et chez les éditeurs, à Tours.
               Misses. — BRÉviaines. —— DIURNAUXx, etc.
   Textes revus et approuvés par la Sainte Congrégation des Rites.

BREVIARUM ROMANUM. Nouvelle édition in-12%, en # vo- , lumes, mesurant 48*X10, imprimée en NOIR et ROUGE sur papier INDIEN, très mince, opaque el très solide (chaque volume ne pése, relié, que 500 grammes et ne mesure que ? centimèêtres d'épaisseur). Texte encadré d'un filet rouge. Chaque volume est orné d'une gravure’sur acier.

   SOUS PRESSE. — POUR PARAITRE À PAQUES 1898

               NOUVEAU                 BREVIAIRE

En deux volumes in-16, mesurant 16X10, tiré en noir et rouge ser papier indien teinté, spécialement fabriqué, très mince et très solide sans être transparent. Chacun des volumes, d'environ 1700 pages, ne pèse, relié, que HO grammes et ne mesure que . & centimètres d'épaisseur. Les caractères, gravés sur nos indications. sont nets, gras, très lisibles et très élégants. Un encadrement rouge, de nombreuses frises, des lettrines d'un goût sévère, ornent le texte sans le surchager.

Nota. — MM. les Ecclésiastiques nous sauront gré surtout d’avoir évité le plus possible les renvais et de leur présenter ainsi des bréviaires véri- tablement pratiques. .

                RITUALE ROMANUM

Un volume in-16, mesurant 16X140. Edition avec chant, ôrnée d'un filet rouge et d’un grand nombre de vigneites, imprimée en noir et rouge. Un catalogue spécial des publications liturgiques, avec feuilles spécimens des différentes éditions, est envoyé sur demande affranchie adressée à MM, À. MAME ct Fils, éditeurs, à Tours, À Paris, 18 rue des Saints-Pêres. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES

                              I

   PRÉCIS BISTORIQUES NÉCESSAIRES POUR BIEN DÉTERMINER
                   L'ÉTAT DE LA QUESTION
  1. La question de lu validité ou de la nullité des ordinations angli- canes est aujourd’hui posée, et aucun de ceux qui suivent le mouve- ment des idées ne peut la laisser sans examen et sans réponse. Quant à moi, je devais, pour une raison toute particulière, à cette belle et intéressante question une étude sérieuse. Dans mon traité De sucra ordinations, j'avais à ce sujet suivi, les yeux fermés, contre mon habitude, l’enseignement donné dans les écoles de Rome; j'avais admis la fable de l’ordination à la Wag's Head (n. 7), et par suite, j'avais conclu à la nullité évidente de toutes les ordinations angli- canes. Quand la brochure de M. Dalbus, Les ordinations anglicanes, 1894, a réveillé la controverse, j'ai vite reconnu que l’histoire de la Najs Head n'était qu’une légende, et que le sujet était autrement difficile et important. Je me propose en ce moment de l’examiner, et je commence par préciser l’état de la question.

  2. Le schisme d'Angleterre date du printemps de 1534. Mais Henri VIIL, auteur de cette déplorable rupture, ne voulut pas, durant tout son règne, aller au delà du simple schisme. Par conséquent, jusqu'à sa mort (28 janvier 1547) les livres liturgiques en usage en Angleterre ne subirent aucune modification, et les ordinations diaco- nales, presbytérales, épiscopales, furent faites par les évêques schis- matiques d’après les anciens rites catholiques.

  3. À Henri VIII succéda, en 1847, son fils Édouard VI, enfant de neuf ans, soumis à une régence. Peu de temps après l'avènement d'Édouard VI au trône, fut nommée, par ordre du Parlement, une commission chargée de composer en langue vulgaire un livre conte- nant les prières communes du matin et du soir, la liturgie etles rites pour l'administration des sacrements. La partie de ce livre qui se rapporte aux rites des ordinations, appelée Ordinal, parut en 1550. REVUR ANGLO-ROMAINE. — T. 1. — 31, 482 REVUE ANGLO-ROMAINE

À partir donc de cette époque, les ordinations diaconales, presbyté- rales, épiscopales {l'Ordinal supprimait les autres degrés de la hié- rarchie d'ordre) furent faites par les évêques schismatiques anglais, d’après les rites de l'Ordinal d'Édouard VI de 1550; avant cette époque, même sous Édouard VI, elles avaient été faites d'après les rites catholiques.

  1. En 1552, ce premier Ordinal d'Édouard VI fut expurgé de nou- veau. Le seul changement important concerne le presbvytérat : la porrection des instruments, c'est-à-dire du calice et du pain, fut supprimée. Le nouvel Ordinal était en usage dès la Toussaint de

  2. Un seul évèque fut sacré, sous Édouard VI, d’après les rites de cet Ordinal; ce fut John Harley, évèque d'Hereford, sacré le 26 mai 1553 par Cranmer, avec l'assistance de Ridley et d’Aldrich, évéque de Carlisle. Il est plus que probable que des ordinations diaconales et presbytérales furent aussi faites, suivant les rites de cet Ordinal, sous Édouard VI, avant l'avènement de la reine Marie.

  3. Édouard eut pour successeur Marie, sa sœur légilime, qui régna de 1553 à 4558. La reine était catholique : elle voulut rame- ner l'Angleterre à l'union avec l'Église romaine. Elle supprima l'Ordinal d'Édouard VI, et remit en vigueur l'ancien rite catholique pour les ordinations, avec tous les degrés de hiérarchie d'ordre. Pour remédier au mal déjà fait et pourvoir à l'avenir, le pape Julestil nomma le cardinal Pole son légat en Angleterre, avec des pouvoirs très étendus. Naturellement toutes les ordinalions sous le règne de Marie furent faites d'après les rites catholiques.

  4. À Marie succéda Élisabeth, fille d'Henri VIII et d'Anne de Bolen, qui régna de 1558 à la fin de l'année 4603. Élisabeth, arrivée au trône, arracha de nouveau l'Angleterre au centre de l'unité, etla rejeta dans le schisme. Marie était morte le 15 novembre 1558, et, au mois de février 1559, le Parlement convoqué remit en vigueur le Prayer-Book d'Édouard VI, avec l'Ordinal de 1552. Ce livre devint alors une seconde fois le livre liturgique officiel de l’Église angli- cane.

  5. Le siège de Cantorbéry devint vacant à la mort du cardinal Pole, qui ne survéeut que quelques heures à la reine Marie. Élisabeth voulut nommer un homme de son ehoix et porta ses vues sur Mathieu Parker, qui avait été son précepteur et le chapelain de sa mère. Il fut sacré le 17 décembre 1559; suivant quels rites? lei se place la fameuse légende de la A'ag's Head. D'après cette légende, les candi-

1 Msrie entra à Londres le 3 août 1553; le 14 septembre, elle fit mottre âh Tour de Londres Cranmer, archevèque schismatique de Cantorbéry; le à octobre eut lieu la cérémonie du couronnement: DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 483

dats à l'épiscopat de la nouvelle Église se seraient réunis dans une taverne qui avait pour enseigne une lête de cheval {Nag's Head) ; el là ils auraient été sacrés d'une manière aussisommaire qu'originale. Hs étaient à genoux. L'évèque Scory auraïît mis la Bible ouverte sur la tête de chacun en disant : Reçois le pouvoir de prêcher sincèrement la parole de Dieu; et ensuite, prenant l'élu par la main, aurait ajouté : Lève-loi, évêque de Londres, etc. Or, parmi ces candidats, ainsi sacrés, aurait été Parker, archevêque de Cantorbéry. Aujourd'hui personne ne croit plus à cette légende qui, dépourvue de toute probabilité, est et doit ètre absolument abandonnée. La vérité historique est que Parker fut sacré par quatre évêques : Barlow, évêque de Chichester; Miles Coverdale, ancien évèque d’Exeter; John Scory, ancien évêque de Chichester; John Hodgkins, coadjuteur de Bedford, ce dernier sacré, en 1537, d'après l'ancien rite catholique. Le principal consé- crateur fut Barlow : la consécration fut faite d’après les rites de lOrdinal. Pourtant il y eut une particularité, que font remarquer les auteurs de la Disserlatio apologetica de Hierarchia Anglicana, n. 17! : car, landis que, ordinairement, le seul archevêque consécrateur impose les mains sur la tête du candidat, en disant : Accipe Sptritum Sanctum, elc., dans la consécration de Parker au contraire, comme il n'y avait pas d'archevèque, les évêques présents imposèrent tous les quatre les mains et prononcèrent la formule : Accipe Spirilum Sane- tum, etc. Parker, une fois sacré évêque, sacra à son tour plusieurs autres évêques norimés par la Reine, de sorte qu'il doit être consi- déré comme la source principale du clergé anglican, bien que l'on ne puisse pas dire qu'il en est la source unique.

  1. Enfin, en 1662, c'est-à-dire presque un siècle après, sous le règne de Charles EH, on fit à l'Ordinal d’autres modifications, dont quelques-unes sont importantes. D'après l'Ordinal d'Édouard VI, l'évêque, dans l'ordinalion presbytérale, imposant les mains sur le candidat, disait : Arripe Spiritum Sanctum. Quorum remiseris peccata, remiltunlur eis, et quorum relinueris, relenta sunt : esto otiam fidelts verbi Dei et sanctorum efus sacramentorum dispensator. In nomine Patris, et Filis, et Spiritus Sancti. En 1662, cette formule fut allongée de la manière suivante : Accipe Spiritum Sanclum in officium et opus sacerdotis in Eccle- sta Dei, per imposilionem manuum nostrarum jam tibi commissum. Quo- rum, elc. Dans la consécration épiscopale, d'après l’Ordinal, l'évêque, imposant les mains sur le candidat, disait : Acripe Smrilum Sanctum.

: De Hierarchia Anglicana Dissertatio apologelica, auctoribus Edwardo Denny A. M.,elT. À. Lacey, A. M. Lomdini, 1895. Dans cette dissertation en faveur des ordres anglicans, la discussion est menée avec une grande vigueur et, en même temps, avec une courtoisie que beaucoup de catholiques feraient bien d'imitor. Tous ceux qui s'intéressent à cette question ne peuvent se dispenser de lire cette apologie des ordinations anglicanes. LL

484 REVUE ANGLO-ROMAINE Et memèento ul resuscites gratiam Dei quæ in le est per impositionem manuun : non enim dedit nobis Deus spiritum timoris, sed' virtutis et dilectionts st sobrietatis. En 1662, cette formule a été ainsi modifiée : Accipe Spari- lum Sanclum in officium et opus episcopi sn Bcclesia Dei per impositionsn manuum nostrarum jam libi commissusm: in nomine Patris, et Fu, et Spi- ritus Sancti. Amen. Eï memento ul resusciles gratiam Dei quæ tibi dar per hanc imposilionem manuum nostrarum : non enim, etc.

9, Tels sont les principaux faits de l’histoire des ordinationsangii- canes. Or, les ordinations faites d’après les rites catholiques sous Henri VIIL et sous Édouard VI, antérieurement à l'Ordinal, ont été toujours regardées comme certainement valides. Les ordinations faites suivant les rites de l'Ordinal de 1550 furent contestées; mais elles ne font pas l'objet de cette étude. On ne doit également tenir aucun compte des modifications apportées à l'Ordinal en 4662. La question est donc uniquement de savoir si les ordinations anglicanes faites par des évêques anglicans d’après l'Ordinal de 1532 doivent être considérées ou comme certainement nulles, ou comme certaine- ment valides, ou comme douteuses.

  1. Je ferai une dernière remarque avant d'aborder le sujet. Si le baptème des anglicans était nul, ou s'il avait été nul à une époque quelconque de leur histoire, leurs ordinations seraient aussi évidem- ment nulles, et il serait parfaitement inutile, en pratique, de discuter sur la consécration épiscopale de Barlow, sur l'intention du ministre anglican, sur la suffisance ou l'insuffisance des rites de l'Ordinal. Dans ce travail je fais abstraction de cette cause indirecte de nullité; je suppose que le baptême des anglicans est valide et qu'il a toujours été valide; et c'est en partant de cette hypothèse que je me demande si leurs ordres le sont également.

                                  H
    

SI LA QUESTION THÉORIQUE EST ENCORE LIBRE POUR LES CATHOLIQUES

1 Voir le texte de l'Ordinal anglican, p. 471. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES' 485

clairs et tellement péremptoires que la libre discussion ne soit plus permise à un catholique. L'attitude que garde de nos jours le Saint-Siège dans cette controverse ne le prouve-t-elle pas abondam- ment?

  1. Pour bien comprendre les documents que nous allons dis- cuter, il est de toute nécessité de remarquer qu'à l'avènement de la reine Marie il y avait, parmi les anglicans, quatre calégories de personnes dans les ordres : 1° ceux qui, étant catholiques, avaient été ordonnés par des évêques catholiques suivant des rites catholiques et qui, ensuite, avaient passé au schisme sous Henri VII ou Edouard VI; 2° ceux qui, étant schismatiques, avaient été ordonnés par des évêques schismatiques suivant des rites catho- liques antérieurement à l'Ordinal de 1530 {n°* 2, 3); 3° ceux qui, étant schismatiques, avaient été ordonnés par des évêques schisma- tiques d'aprés les rites de l'Ordinal de 1550 {n° 3) ; 4° enfin, ceux qui, étant schismatiques, avaient été ordonnés par des évèques schisma- tiques suivant les rites de l’Ordinal de 1552 (n° 4). Les ordinations des personnes qui appartenaient aux deux premières catégories n'élaient pas contestées (n° 9); il n'en était pas de même des ordinations des autres.

13.Dansses lettres adressées aux évéquesdu royaume,le4 mars 1554, la reine Marie donnait les instructions suivantes : « Item eos qui « hactenus ad ordines quoscumque juxlt novum ordinandi modum « promoti fuerint, cum non vere ordinati sint, episcopus diæcesanus, « si quos alias idoneos et aptos compererit, ea quæ deerant sup- « plendo, ad ministerium exequendum pro arbitrio admittat. » La aullité des ordinations anglicanes d'après l'Ordinal de 4550 et de 1552 parait clairement indiquée. Quoi qu'il en soit, une ordonnance de la reine Marie ne saurait trancher une haute controverse théo- logique.

1£. Jules II, par des lettres successives, donna à son Légat les pouvoirs qui lui étaient nécessaires pour la réconciliation de l'Église d'Angleterre: ces pouvoirs sont, en partie, consignés dans la Bulle du8 mars 4554 au Cardinal Pole. D'après cette Bulle, le Cardinal légat pouvait, malgré toutes sortes d'irrégularités, censures-et autres peines encourues, autoriser ceux qui avaient été ordonnés à exercer le ministère sacré, dummodo ante eorum lapsum in hæresim hujusmodi rie el legitime promoti et ordinati fuissent. I semblerait donc que le Cardinal légat ne pouvait autoriser que ceux qui appartenaient à la première catégorie, qui anle eorum lapsum in hæresim hujusinodi rile et legitime promoli et ordinali fussent. Cependant, cette restriction ne

Prouve pas que le Pape regardât comme nulles toutes les ordina- 486 REVUE ANGLO-ROMAINE tions anglicanes faites par les évêques schismatiques, même suivant les rites catholiques, le refus de dispense pouvant être motivé par d'autres raisons. D'autre part, Jules IT, dans cette Bulle, coupant court à des doutes soulevés, dit que le Cardinal légat peut exercer tous ses pouvoirs aussi bien en Flandre qu’en Angleterre; qu'en Flandre, il peut les exercer « .... nec non erga alias personas in singulis literis præ- « dictis {les lettres précédemment adressées au Cardinal), quo- « vismodo nominatas. ad te pro tempore recurrentes vel mittentes, « ehiam circa ordines quos nunquam aut male susceperunt el munus « consecrationis quod eis ab aliis episcopis vel archiemiscopis etiam hæretins «vel schismaticis, aut alias minus rite et non servala forma Ecclesix « consuela, impensum fuit. »... Les anglicans' et les catholiques partisans de la validité des ordinations anglicanes citent aver complaisance ces paroles comme favorables à leur thèse. Tout en reconnaissant que ces paroles sont loin d’être claires, je crois pour- tant que l'interprétation qui leur est donnée n'est pas absolument rigoureuse. En effet, il est permis de les entendre d'autres dispenses, sans aller jusqu'à la reconnaissance et à l'acceptalion des ordinations faites après le schisme, suivant les rites de l’Ordinal. Il est vrai que le Pape ajoute un peu plus loin que le Cardinal légat aura le droit de conserver sur leurs sièges ou de transférer ail- leurs, après en avoir reçu l’abjuration, les archevèques et évèques hérétiques ou schismatiques, qui pourront alors munere consecraltionts eis haclenus impenso uli, vel si ilud eis nondum impensum ertiterit {les archevèques ou évêques simplement élus, non encore sacrés! ab episcopis vel archiepiscopis catholicis per le nominandis suscipere libere el licite; qu'il aura aussi le droit de permettre in licet minus rile sus- ceptis ordinibus etiam in altaris ministerio ministrare. Mais rien n'em- pêche de rapporter ces paroles aux ordinations faites avant ou après le schisme, suivant les rites des anciens pontiticaux catholiques, malgré quelque défaut accidentel. La validité, pas plus que la nullité des ordinations anglicanes, n'est donc pas clairement affirmée par Jules II dans sa Bulle du 8 mars 1554. | 15. Pour rendre plus facile aux égarés le retour à l'unité catho- lique, le Cardinal usa largement des pouvoirs qu'il venait de recevoir: il les subdélégua même à d’autres évêques. Dans sa lettre, adressée le 29 janvier 1535 à l’évêque de Norwich, en Angleterre, il l’autorise à dispenser de toute sorte d'irrégularités et à permettre l'exercice des ordres reçus etiam ab hæreticis et srhismaticis episropis eliam minus rile, dummouo in eorum collatione Ecclesite forma et intentio sil servala.

1 De Hierarchia Anglicana, p. 223 et suiv, ? Voir p. 219. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 487 Évidemment il dépasse les limites de la restriction de Jules I : il faut donc supposer qu'il avait reçu des pouvoirs plus étendus. Les anglicans et les partisans de la validité de leurs ordinations pensent que les paroles : efiam ab hærelicis et schismaticis episcopis chiam minus rite, comprennent toutes les ordinations anglicanes, même celles faites suivant les règles de l’Ordinal, et que l'expression : dummodo in eorum collations Ecclesie forma et intentio sil servata est une clause générale pour le cas où la forme valide et l'intention nécessaire n'auraient pas été observées. Il me parait plus probable que les paroles : efium ab hærelicis el schismaticis eynscopis eliam minus rile, ne visent que les ordinations faites par des évêques schismatiques, d'après les rites anciens; sous Henri VIII et Édouard VI avant 4550, etque le dummodo in sorum collations Ecelesiæ forma et intentio sil servata, vise et réserve les ordinations faites suivant les rites nouveaux de l'Ordinal, de 1530 à 4552. Cependant, j'admets que cetie réserve ne prouve pas que le Cardinal regardât ces ordinations comme nulles; d'autres raisons, par exemple la difficulté de la queslion, peut-être encore indécise ou insuffisamment élucidée, seraient plus que suffi- santes pour justifier cette réserve. 11 faut entendre dans le même sens et avec les mêmes restrictions les paroles du Cardinal, dans la lettre qu'il écrivait quelques jours auparavant, le 24 décembre 1554, au roi Philippe et à la reine Marie : « Omnes ecclesiasticas, sæcu- «“ lares seu quorumvis ordinum regulares personas, quæ aliquas « impetrationes, dispensationes, concessiones, gratias et indulta, « tam ordines quam beneficia ecclesiastica seu alias spirituales « materias, prætensa auctoritate supremitalis Ecclesiæ Anglicanæ, « licet nulliter et de facto obtinuerint, et ad cor reversæ Ecclesiæ «unitati reslitutæ fuerint, in suis ordinibus et beneficiis per nos « ipsos seu a nobis ad id deputatos, misericorditer recipiemus, prout «jam multæ receptæ fuerunt, secumque super his opportune in « Domino dispensabimus: »

  1. Dès le début de son pontificat, Paul IV, successeur de Jules III, s'empressa de confirmer, par la Bulle du 19 juin 4355, tous les pou- voirs du Légat et de ratifier tous ses actes. Relativement aux ordres, il approuve ce qui avait été fait, mais il y ajuute une clause nouvelle: Îla tamen ut qui ad ordines tam sacros quam non sacros ab alio quam épisropo aut archiepiscopo rite ac recte ordinato promoti fuerint, eosdem ordi- nes ab eodem Ordinario de novo percipere leneantur nec interim in tisdem srdinibus ministrent*. Naturellement, on demanda au Saint-Siège quels étaient ces évêques rile ac recte ordinati, et le Pape, désirant hæsifationem hujusmodi tollere el serenitati conscientiæ sorum qui, schismate priviticte durante, ad ordines

{Voir p. 288. 488 ‘ REVUE ANGLO-ROMAINE promos fuerint.... consulere, répondit, par un Bref du 30 octobre de la même année, que les évêques rife ef recte ordinali étaient les évêques ordinati in forma Etclesiæ!. La forma Ecclesiæ doit signifier les rites catholiques par opposition aux rites non catholiques, y compris les rites de l'Ordinal de 4550 et de 1552. Inutile de remarquer que, d’après cette réponse de Paul IV, toutes les ordinations anglicanes seraient aujourd'hui nulles, les épisco- pales aussi bien que les diaconales et les presbytérales

  1. Cette réponse ne laisse pas que de présenter de graves diffi- cultés. En effet, les mots rifs ef recte de la Bulle, aussi bien que les mots explicatifs i# forma Ecclesiæ du Bref, ne portent que sur l’évèque ou archevêque ministre de l'ordination. La réponse donc du Pape revient à la suivante : Ceux qui ont été ordonnés ab alio quam ab episcopo rile et recte, c'est-à-dire {a forma Ercclesiæ promoto. doivent être réordonnés; ceux, au contraire, qui ont été ordonnés ab episcopa rie et recte, c'est-à-dire in forma Ecclesiæ promoto, peuvent être reçus par simple dispense. D'après cette réponse, les diacres et les prêtres ordonnés suivant les rites de l’Ordinal de 4550 ou même de 1%?, par un évêque hérétique ou schismatique, sacré d’après les rites catholiques (évêque apostat où sacré dans le schisme antérieure- ment à l'Ordinal}, seraient validement ordonnés. Par conséquent, Paul IV reconnaîtrait chez le ministre l'intention nécessaire à la validité de l’ordination ; il reconnaîtrait, en outre, la suffisance

des rites de l'Ordinal de 1550 et 1552 en ce qui concerne le diaconat et la prétrise ; il ne nierait que la suffisance des rites de l'Ordinal en ce qui concerne l’épiscopat. Ni les adversaires, ni les défenseurs de la validité des ordres anglicans ne voudront certaine- ment accepter toutes ces conclusions, qui pourtant semblent décou- ler rigoureusement du texte de la Bulle et du Bref ?. Je crois donc que, sans manquer de respect à la réponse de Paul EV, or peutls considérer comme une règle pratique du moment, dont les raisons nous échappent, qui n'implique pas une décision définitive et irré- vocable de la question.

  1. Après la Bulle et le Bref explicatif de Paul IV, rien d'étonnant

4 Voir p. 322. % Sices conclusions reproduisent exactement la pensée du Pape, la Bulle tt le Bref do Paul IV scraient, en somme, plutôt favorables que contraires aux ordi- nations anglicanes. Cette proposition peut paraître paradoxale; et pourtant elle est exacle. En effet, la nullité absolue de toutes les ordinations anglicanes ts bien la conclusion finale de la Buile et du Bref de Paul IV; mais si vous admeties chez l'évêque anglican, ministre Ge l'ordination, l'intention nécessaire, si vous admettez la suffisance du rite de l'Ordinal en co qui concerne le diaconat etle pres bytérat, malgré les modifications introduites, il vous sera absolument impos sible de justifier par des raisons théologiques sérieuses l'insuffisance du rite dé l'épiscopat. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 489

que toutes les ordinations anglicanes aient été regardées en Angle- terre comme certainement nulles. Gordon, dont il sera question tout à l'heure, disait que, dans sa requête à la S. C. du Saint-Üffice : « Denique constans semper in Angliu fuit praxis ut si quis hæretico- « rum ministrorum ad gremium reverlatur Ecclesiæ, sæcularis inslar « habeatur. Unde si ligatus sitmatrimonio, in eodem permaneat; sin « liber et ad statum ecclesiasticum transire velit, aliorum catholico- € rum more ordinetur, vel, si libuerit, uxorem ducat. » Le P. Sidney Smith a suffisamment établi qu'aucun ministre anglican, converti au catholicisme, n'a été reçu purement et simplement et qu'aucune réordination des clercs anglicans n'a été conditionnelle, au moins après Élisabeth.

  1. Plus tard, la S. C. du Saint-Office s'est aussi prononcée pour la nullité certaine de toutes les ordinations anglicanes. La première décision rapportée par les auteurs est celle de la /eria V,, die 17 aprilis 1704, approuvée par Clément XI. Gordon, évêque anglican de Glas- cow en Écosse, avait suivi le malheureux Jacques IL, roi d'Angleterre, qui était venu se réfugier en France; et, après plusieurs conférences avec l'Évèque de Meaux, l'immortel Bossuel, il se convertit au catho-

hcisme. Gordon se rendit à Rome, et demanda à la S. C. du Saint- Office de déclarer sans valeur ses ordinations et sa consécration et de l’autoriser à recevoir les ordres d'après les rites catholiques. La S. C. répondit: « Quod prædictus Joannes Clemens Gordon orator « ex integro ad omnes ordines etiam sacros et presbyleratus promo- « veatur et quatenus non fuerit sacramento confirmationis munitus, « confirmetur!. » Le Cardinal Patrizi, dans sa lettre du 3 avril 1873, écrite au nom de laS. C., relativement aux ordinations diaconales et presbytérales Coptes en Abyssinie, et que j'ai rapportée dans mon Zractatus cano- nicus de sacra ordinatione, n. 1058, réprouve aussi assez clairement toutes les ordinations anglicanes en général. Pourtant ces réponses et cette jurisprudence des Congrégations Romaines ne sont pas sans réplique. En eflet, parmi les raisons invo- quées en faveur de la nullité dans le décret du 17 avril 1704, la prin- cipale (quod hujus dubi caput est) est la fameuse histoire de Nag's Head (n° 7), racontée même avec des variantes et d'autres erreurs manifestes : Constat nullum.......... invalidas et nullus. Or, cette légende, aujourd'hui abandonnée, enlève toute autorité à la décision, ou au moins la rend douteuse. D'ailleurs la jurisprudence subséquente de la Sacrée Congrégation a été peut-être fixée par cette même décision et par la Bulle et le Bref de Paul IV.

1 Voir p. 323. 490 REVUE ANGLO-ROMAINE

  1. Ainsi donc la pratique et les décisions du Saint-Siège contraires à la validité des ordinations anglicanes, tout en pesant d'un grand poids dans la balance du théologien, ne semblent pas trancher k question. Les catholiques peuvent la discuter librement et, sans crainte d'encourir aucun reproche de témérité, ils peuvent même se prononcer, à leurs risques et périls, pour la validité. Il est néan- moins évident que tous doiventrespecter la jurisprudence actuelle de l'Église et accepter d'avance la décision du Saint-Siège, si jamais il lui plaisait de se prononcer d'une manière définitive à ce sujet*.

                                  II
    
    
    
     SI BARLOW, PRINCIPAL CONSÉCRATEUR DE PARKER (NX. 7),
    
                     ÉTAIT RÉELLEMENT ÉVÈQUE
    
  2. Cette question, au premier abord toute particulière, peut avoir une portée générale dans le sujet qui nous occupe. Elle touche, en effet, à la consécration de Parker, source principale de l'épiscopat anglican *. Or, à mon humble avis, la consécration épiscopale de Barlow doit être considérée comme un fait historique certain.

  3. En effet : 1° William Barlow, prêtre et moine Augustinien, fut élu évêque de Saint-Asaph, le 16 janvier 1536, sous Henri VIII, et transféré, le 10 avril de la même année, au siège de Saint-David. I prit possession de son siège, et il est impossible de trouver la moin- dre trace de la plus légère protestation de la part du chapitre. Peu après il se fâche avec son chapitre, à propos de l'usage qui, dans

{ On peut se demander si le mouvement vers l'unité qui grâce à Dieu, croit tous les jours en Angleterre, scrait favorisé ou bion ralenti par une déclaration pontificale hypothétique de la validité des ordinations anglicanes. Les uns disent qu'il en serait favorisé; les autres, qu’il en serait au contraire ralenti; peut-être los uns etles autres ont-ils raison, car il arrive souvent dans ce monde que ls même chose attire les uns et éloigne les autres. Mais, si cette considération, sain- tement opportuniste et utilitaire, pouvait déterminer le Saint-Siège à se pronon- cer ou à se taire, olle ne saurait avoir aucune influence sur la solution théologique de la question.

Si Barlow n'était pas évéque, il faudrait pour soutenir la validité de la con-

sécration de Parker prouver que tous les évêques consécrateurs imposérent les mains, en disant tous ensemble: Accipe Spiritum Sanclum, elc., et que co rite est suffisant, Dans co cas la consécration de Parker, méme si Barlow n'était pas évèque, aurait été valide de la part des autres évêques consécrateurs et de Jobn Hodgkins, en particulier. Mais, nous le verrons plus loin, la suffisance des paroles: Accipe Spérilum Sanctum, comme forme, est bien plus contestable que la suffisance des prières prononcées par le seul Barlow: par conséquent la situation des par- tisans de la validité des ordres anglicans, qui déjà n'est pas si commode, on serait aggravéo. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 491

cette Église, attribuait à l'Évêque la place de doyen, et nous ne voyons pas que, dans le chaleur de la discussion, le chapitre ait reproché à Barlow de n'avoir pas été sacré. Nous devons donc en conclure que le chapitre était persuadé de sa consécration, soit parce que Barlow, dès le commencement, lui en présenta les preuves authentiques, soit parce que le fait était notoire. 2° Barlow, en sa qualité d'évêéque, obtint une place à la Chambre des Lords et siégea avant beaucoup d’évèques évidemment sacrés. Or, même en admettant que les portes de la Chambre Haute fussent ouvertes aux évêques seulement élus et confirmés et non encore sacrés, il est certain cependant que ceux- ci siégeaient après les évêques sacrés. Par conséquent Barlow, quand il se présenta au Parlement, dut faire la preuve de sa consécration. 3° Barlow prit part à la consécration de plusieurs autres évêques, outre Parker, par exemple de Skip, évêque de Hereford, en 1539; de Bulkeley, évêque de Bangor en 1542, etc. Certainement ces évêques et Parker lui-même, jaloux de la régularité de leur consécration, ne l'auraient ni invité ni admis, pas plus que les évêques assistants ne s’y seraient prêtés, s'ils avaient su que Barlow n'était pas sacré, ou s'ils avaient seulement douté de sa consécration : d'autant plus que les lois d'État défendaient sous les peines les plus graves, comme la célèbre loi Præmunire, cette immixion d'un évêque non sacré. 4° Bar- low fut destitué en 1554 sous le règne de la reine Marie, parce qu'il s'était marié, et il s'en alla en Allemagne. Il fut rappelé par la reine Élisabeth et nommé évêque de Chichester. Barlow fut donc un des chefs de l’anglicanisme ; et il eut naturellement de violents adver- saires, surtout sous le règne de Marie. Personne n'a affirmé qu’il n’était pas sacré; personne n'a révoqué en doute sa consécration. Hi y a mieux encore : son neveu, auteur de la brochure Speculum Pro- testantismi, catholique fervent et grand adversaire de son oncle, affirme qu'il fut sacré évèque de Saint-David. #° Barlow fit partie de divers synodes provinciaux : il y délibérait avec d'autres évêques, passait avant d'autres évèques certainement sacrés sans qu'il y ait trace d’aucune réclamation. Et il est à remarquer que, parmi ces évèques, il y en avait qui défendaient ardemment contre Barlow les doctrines catholiques, et pourtant ils gardaient le silence sur la non- consécration de Barlow. Ni Henri VII, ni Élisabeth, ni l'opinion publique ne l'auraient accepté ou toléré comme évêque, si on avait su qu’il lui manquait la consécration épiscopale ou si on avait seule- ment eu le moindre doute à ce sujet. Comment croire surtout que, dans ce cas, Élisabeth, qui voulait un épiscopat à elle, l'aurait choisi pour sacrer Parker? La reine Marie dans différents actes, parlant de Barlow, l'appelle aussi episropus sans faire aucune mention de sa non- , consécration. | 492 REVUE ANGLO-ROMAINE

  1. Ces observations, et bien d'autres semblables qu'il serait facile d'accumuler, prouvent évidemment que Barlow, de son temps, fut considéré comme évêque par tout le monde, par son chapitre el par le Parlement, par les catholiques et par les protestants, par les fidèles et par le clergé, par les rois et par les reines. Le premier qui éleva un doute fut Champnay, en 1616, c’est-à-dire quarante ans après la mort de Barlow. Si, en réalité, celui-ci ne fut jamais sacré, il faudrait dire qu'il s'était fait passer pour sacré, avait fabriqué les actes de sa consécration et avait réussi à tromper tout le monde, quarante ans même après sa mort. Pour admettre cette énorme fourberie et cetie bévue générale, il faudrait avoir des preuves claires, péremptoires. Or, celles qu'on apporte sont loin d’avoir cette valeur, si tant est qu’elles en aient une. |

  2. En premier lieu, on fait observer que le jour de la conséers- tion de Barlow est ignoré. Le fait est exact; mais que prouve-t-il? Rien absolument. Ceux, en effet, qui ont étudié les actes de Barlow, même parmi les catholiques, admettent qu'il y eut un espace de quinze jours environ durant lequel il a pu recevoir la consécration, à savoir, la seconde moitié de juin 4536 !. Il n’est pas probable, ajoute-t-on, que Barlow, persuadé que, pour être évêque, il suffisait de la nomination royale, à défaut même de la consécration, ait demandé à être sacré; etil n'est pas non plus probable que Henri VUE, partageant les mêmes idées, l'ait forcé à recevoir la consécration. La réponse est facile. Barlow savait aussi que la consécration lui était nécessaire pour avancer dans la hiérarchie, et que personne, même parmi ses coreligionnaires, ne l'aurait accepté sans la consécration. Îl n'est pas vraisemblable que, plutôt que de se faire sacrer, il ait préféré recourir à la simulation et au mensonge, s'exposant, par sur- croit, aux peines très graves de la loi Præmunire. Cranmer aussi avait les mêmes opinions, et pourtant il fut certainement sacré. Si cette opinion n’empêcha pas Barlow de sacrer toute sa vie d'autres évêques, pourquoi l’aurait-elle poussé à négliger ou à refuser de recevoir lui-même la consécration épiscopale, qui lui était indis- pensable? Il n'est, de plus, nullement prouvé que Henri VII parts- geät les mêmes idées sur l’inutilité de la consécration épiscopale; en tout cas, il est absolument certain qu'en pratique il l’exigeait. Enfin, on dit que le registre des consécrations de Cranmer ne porte aucune mention de la consécration de Barlow, que nul procès-verbal, nulle relation n'en a été dressée. Ce silence a été au fond le seul motif, l'unique raison qui a fait douter de la réalité du fait de la consécra- tion de Barlow. Cependant cet argument négatif, sans arriver à détruire les preuves contraires, aurait une certaine valeur si Bariow 1 Esrcourr. The question of anglican crdinalions discussed, cité par Dom Bède Camm, dans la Revue Bénédicline, décembre 1894. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES À93

était le seul dont le procès-verbal de consécration fût absent du registre. Mais il se trouve que d’autres évêques, certainement sacrés, reconnus par tout le monde comme tels, sont dans le même cas. Du temps de Warham et de Cranmer les registres furent assez mal Lenus, et on peut constater que sous l’épiscopat du premier, de 1503 à 1533, six relalions, sous l’épiscopat du second, de 1533 à 1553, neuf rela- tions manquent sur un total de quarante-deux consécrations !. Lin- gard, History of England, dit donc avec raison : « Tout-ce que l'on peut |

 objecter contre Barlow, c’est que la relation de sa consécration ne
 se trouve pas dans le registre; mais il en est de même pour beau-
 coup d’autres évêques, en particulier pour Gardiner. Personne,
 cependant, ne doute de la consécration de ces évêques. Pourquoi
 douter de la consécration de Barlow et accepter celle de Gardiner
                                                                 ?
 La seule raison, je le crains du moins, est que Gardiner n'a pas

EE

 consacré Parker, tandis que Barlow l’a consacré. »

8

 2. Cette question     de la consécration de Barlow   est largement

traitée dans la Dissertatio apologetica de Hierarchia Anglicana, cap. IT. J'ai lu avec attention fes raisons pour et contre, et j'avoue qu'aucun doute n’est resté dans mon esprit. Et comme Barlow fut sacré sous le règne de Henri VIIL, il n’est pas permis de douter de la validité de sa consécration (n. 9). Le fait de la consécration des autresévèques d'après les rites catholiques ou d’après les rites de l'Ordinal n’est pas con- testé; par conséquent les ordinations anglicanes ne peuvent êlre nulles que par défaut d'intention du ministre ou par insuffisance du rile. Je parlerai successivement de ces deux objections dans les para- graphes suivants.

 1 Dausus, Les ordinations anglicanes, page 17.




   fA suivre.)                                     P. GASPARRI.

LES ORDINATIONS ANGLICANES

                 ET LE SACRIFICE DE LA MESSE


                                (Suite et fin.)

Avant de passer du premier Zrayer-Book et du premier ordinal d'Edouard VI au second Prayer-Book et au second ordinal du même roi, il sera bon de dire un mot du fait de la destruction des autels. Il me semble bien peu conforme à l'histoire de supposer que, parce que les autels de pierre furent détruits et remplacés par des tables de bois dans la plupart des églises d'Angleterre, il s'ensuit que les évêques anglais, en ordonnant des prêtres, avaient positivement l'intention d'exelure de leurs ordinations tout pouvoir de sacrifice. H serait utile, avant d'entrer dans l'histoire de cette destruction et de cette substitution, de remonter aux teinps primitifs et de considérer quelle était la pratique de l’Église primitive en ce qui concerne les autels et les tables. Considérons tout d'abord de quels malériaux étaient faits dans les lemps primitifs les tables ou autels chrétiens. Le savant bénédictin Dom Martène s'exprime ainsi : « Communis omnium virorum docto- rum ac venerandæ antiquitatis studiosorum fert opinio, primis Ec- clesiæ temporibus altaria fuisse lignea. Sane Christum Dominum is vulgari ac lignea mensa primum omnium se ipsum Patri in sacrificium peracta legali cœna, obtulisse, quasi pro certo haberi debet, saltem id vero omnino simile est. Christi exemplum imitatos fuisse aposto- los persuadel et nascentis Ecclesiæ simplicitas et necessilas altarium propter instantes persecutiones transferendorum ! ». Dom Sala. dans ses notes sur le grand ouvrage du Cardinal Bona, Res Hifurgicæ, après avoir cité en substance ce passage de Martène, continue : « Idque satis indicant altare ligneum antiquum, quod eliamnum asservater Romæ in Basilica Lateranensi, in quo divus Petrus, ac reliqui Pon- tifices usque ad Sülvestrum sacrificasse dicuntur, et aliud..... in Kccle- sia S. Pudentianæ *». Si nous devons en croire ce qui est affirmé dans le Bréviaire romain, ce même autel de bois fut placé par saint

: Manrène, De antiquis Ecclesiæ rilibus, Hb. I, cap. nt, art. vi, tom.k col. 304,êd. 1136.

Boxa, Rerum lilurg., lib, I, cap. xx, $ 1, not. 3; tom. 11, p.66, éd. Sala, 1749.

LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 495

Silvestre dans la Basilique de Latran, et ce fut une règle tracée par lui que dans l'avenir personne n'’offrirait le Saint Sacrifice sur cet autel, à l'exception du Pape lui-même !. Saint Athanase, décrivant le pillage de la « Grande Eglise » à Alexandrie, le 43 juin 356, dit que les pillards ariens et païens « s'emparèrent des sièges, du trône & de la table, car elle était en bois. et que, les portant dehors, il les brülè- rent devant l'Eglise ?». Le fait que la « table » était de bois est le plus remarquable, parce que la « Grande Eglise » était la plus belle d'Alexandrie, et avait été bâtie aux frais de l'Empereur ÿ. Saint Au- gustin, ayant occasion de parler de l'autel sur lequeiles Saintes Huiles sont consacrées, emploie le terme lignum f. Evidemment il présume que l'autel serait nécessairement ou du moins selon toute probabilité en bois. Dans l'Eglise d'Orient des autels de bois sont fréquemment en usage, aujourd'hui encore À. En Angleterre il yeut des autels de bois jusque vers le onzième siècle, ainsi que nous l'apprend la vie de saint Wulstan de Worcester, par Guillaume de Malmesbury, qui s'exprime ainsi : « Erant tune temporis altaria lignea jam inde a priscis diebus in Anglia ‘. » Les expressions d'autel et de fable sont l'une et l’autre communes dans lestemps primitifs. Saint Paul parle de « la table du Seigneur * ». Les liturgies grecques emploient presque invariablement le mot fable et non le mot aufel; et les Pères grecs des 1v° et v* siècles paraissent employer plus souvent le mot fable que le mot autel. Cependant le mot audel fut le terme courant dans toute l'Église 8 pendant les trois premiers siècles el il demeura en Occident. Mais il faut avouer que même en Occident on trouve aussi le mot fable. Saint Augustin, parlant à un communiant qui va s'approcher de l'autel, s'exprime

Brev. rom., in fest. Dedic. Basil. SS Salvatoris, nov. 9, Lectio vi. Je ne pense pas que les lecons du Bréviaire pour cette fête soient tirées d’un document de grande autorité historique, mais elles servent du moins à montrer quelle était la tradition du moyen âge au sujet de la construction des autels dans l’Église pri- mitive. 3 S Arnan., Hist. arian., $ 56 : Opp. tom. I, p. 298; ed. Ben., Patav., 4711- Voici le texte grec des mots soulignés: xai rv rpametav, Euhivn ap nv. 3 On pourrait démontrer que dans la dernière partie du 1v° siècle on se servait en certains pays d’autels de pierre. Peut-être mémole passage tiré de S. Athanase implique-til leur existence. #S. Auausrin, De Baplism. contr. Donal., lib. V;, cap. xx, 8 28; Opp. ed.Be- ned., IX, 1454. — Voir aussi S. Auausr. Ep. cLxxxv &d Bonif. Com., $ 21, Opp., ed. Bon. IL, 654; et S. Oprar, De Schism. Donalise. vi, 1, P,L, x15 1065, Cf, Nexace, General introduction to thehislory of the Eastern Church, vol. I, p. {84.

Cependant saint Denys d'Alexandrie, écrivant en 258 au pape saint Xsstus II,

de Rome, parle d'un communiant « se tenant debout à la table », (Cf Euseb., Histoire ecclésiastique, VII, 9). 496 REVUE ANGLO-ROMAINE

ainsi : « Accedens ad mensam Domini tui!.» Et dans un autre passage saint Augustin dit : « Hujus rei sacramentum... alicubi quotidie, alicubi certis intervallis dierum in Dominica mensa præparatur et de mensa Dominica sumitur ?. » J'espère que tous les gens d'un esprit équitable nous accorderont que, selon la coutume catholique, on est également dans son droit, qu'on se serve du mot autel, ou qu'on se serve du mot fable ; et, sous le rapport de la matière employée, on s'appuie sur des usages faisant également autorité, que l’on se serve de pierre où de bois ; tout en admettant que pendant les premiers siècles le bois était plus commu- nément employé. Peut-être me répondra-t-on que, même en accordant ces divers points, il peut se présenter certaines circonstances où l'emploi du bois ou de la pierre ne saurait rester indifférent. On peut dire par exemple que si, à une certaine époque, une théorie se fait jour dans l'Église, hostile à la doctrine du sacrifice eucharistique, il peut alors être désirable que les autorités de l’Église attachent une importance toute spéciale au mot aufel. Je suis absolument prêt à admettre ce principe ; seulement je réclame que l’on admette de même qu'il peut se trouver des circonstances justifiant les autorités de l'Église d'a- voir attaché une importance spéciale au mot fable. Cxteris paribus, les deux termes sont égaux, mais les circonstances peuvent faire préfé- rer l'un ou l'autre. Je vais maintenant poser cette question : Ne se présentait-il pas,ai xvi° siècle, certaines circonstances pouvant justifier ou tout au moins excuser d'attacher une importance toute spéciale au mot fable et au groupe d'idées qui se rattachent communément à l'emploi de ce terme? Nous reconnaissons tous que la sainte Eucharistie n'est pas seule- ment un sacrifice, mais encore un sacrement. C'est un banquet sacré dans lequel le corps et le sang de Notre-Seigneur sont donnés aux fidèles afin que leur union avec Notre-Seigneur soit entretenue el augmentée, afin que leurs âmes soient rafraichies et forlifiées, et afin qu'à la fois leurs corps et leurs 4mes soient gardés pour la vie éternelle. Je pense aussi que chacun s’accordera à reconnaître que dans la primitive Église la communion fréquente était de règle aussi bien pour les laïques que pour le clergé. Dans beaucoup d’endroits les laïques communiaient chaque semaine ou même presque chaque jour. Je ne m'arrêterai pas sur ce point, parce que je pense qu'on ne me le contestera pas.

1 Saixr Auausrin, Sermon XAI, $ 5. Opp. tom. V, pars I, col. 143. Kd. Ben.

Quand nous passons de celte époque primitive au moyen âge et plus spécialement au xvi° siècle, nous trouvons que celte sainte pralique de la communion fréquente est tombée en complète désuétude. Un très bon exposé de cet état de choses est donné par le Père Dalgairns, de l'oratoire de Brompton, dans son livre intitulé : « The holy Commu- nion: its Philosophy, Theology and Practice. d Il démontre que du milieu du 1ix° siècle jusqu'au milieu du xvr, au moins, la pratique de la Communion fréquente étail, sauf quelques exceptions, totalement inconnue en Occident. Parlant spécialement de ce pays, il dit qu'en Angleterre, au moyen âge, « les dimanches se passaient et même les fêtes de saint Michel, de la Toussaint et de Noël, sans qu'il y eût une seule communion dans nombre de pa- roisses !; les autels étaient abandonnés jusqu'au jour de Pâques ». Il continue ainsi : « Alexandre de Hales nous rapporte qu'au commen- cement du x siècle, la perversité des hommes est telle que c'est à peine s'ils peuvent communier une fois l'an, ainsi qu'ils sont Lenus de le faire ! » Duns Scot témoigne également de la même rareté des commu- sions à son époque *. Même à Rome, dans la seconde moitié du xvi' siècle, Cacciaguerra, le compagnon de saint Philippe de Néri, nous rapporte que l'état de choses est tel que c'est une opinion couramment admise que l'Église a défendu de communier plus d'une fois par an ?. D'un autre côté, landis que lescommunions sont devenues si rares, le nombre des messes s'est multiplié. Dans les premiers siècles de l'Eglise, une seule messe par jour était célébrée dans chaque église. Mais plus lard, à la fin du moyen âge, cette règle n'était plus obser- vée el élait tombée en désuétude. Le nombre des autels dans chaque église étail considérable et le nombre de messes pouvant être dites à chaque autel n’était pas limité, Écoutons plutôt ce que dit à ce sujet un pénitencier de Jean XXII, le franciscain Alvarus Pelagius *: « Notre église, dit-il, est pleine et trop pleine d'autels, de messes et de sacri- lies, el avec cela, parmi ceux qui offrent les sacrifices, pleine d'homi- cides, de sacrilèges, d'impuretés, de simonies el autres crimes, d'excommunications et d'irrégularités autant que c’est possible...

! 11 serait peut-être plus exact de dire : « Dans toutes ou presque toutes les églises paroïssiales. » ?Darcatnxs, Holy Communion, p. 226, 227, éd, 1868. ? Cacciaovegra, Tratlala della S. Communione, lib.1, cap, xu; cité par Dal- vairns, Holy Communion, p. 236. ‘Auvarcs PeLaGius, était un évêque portugais du xive siècle, Il étaitce qu'on x appelé plus tard un ultramontain prononcé. Funk (Histoire de l'Eglise, üi, 59) dit de lni qu'on le voit « dans le De Planctu Ecclesiæ reconnaitre au siège romain la plénitude de tout pouvoir, proclamer le pape monarque suprème de l'Occident et faire de l'empereur un simple vassal ». RRVUE ANGLO-ROMAINE, — T. 1, — 32, .

498 REVUE ANGLO-ROMAINE

Car en ces jours, tant de messes sont dites dans l'espoir d'un gais quelconque, ou bien par habitude, ou par complaisance, ou encore pour cacher des crimes, ou pour se justifier soi-même que, à la fois. parmi les prêtres et parmi le peuple, il est maintenant fait peu de cas du Corps sacré de Notre-Seigneur............ C'est pour cette raison que saint François voulait que ses frères dans chaque lieu se contentassent d'une seule messe, prévoyant que ceux-ci voudraient plus tard se justifier eux-mêmes au moyen de messes et n'en feraient bientôt plus qu’une matière à gain, ainsi que cela se voit de nos jours... [Chap. 27}. Et maintenant, par suite de la coutume ou plutôt de la cor- ruption, c'est devenu une habitude invétérée qu'une messe soit achetée et vendue moyennant 3 ou 4 deniers ou mème un sou, par une population aveugle et par un clergé corrompu et simoniaque !. » N'est-il pas évident qu'avec une telle multiplicité de messes chaque jour et la réception de la sainte Communion une fois par an seule- ment, à Pâques, pour la grande majorité des laïques, il s'ensuivait qu'on ne voyait plus qu'un des aspects de la Sainte Eucharistie. Selon l'institution de Notre-Seigneur, te Sacrifice et le banquet forment deux éléments co-ordonnés d'un même tout?; mais au lieu de cela, l'Eucha- ristie était considérée presque exclusivement comme un Sacri- fice dans lequel le prêtre seul communiait au nom du peuple. Si nous ajoutons à cela les erreurs qui avaient cours touchant le Sacrifice de la Messe, d'après lesquelles ce sacrifice remettait les péchés mortels er opere operato et devenait le fondement de l'expiation des péchés commis après le Baptènie, tandis que te Sacrifice de la Croix rachetait seule- ment du péché originel — nous pourrons mieux comprendre com- ment il se produisit que les évêques anglais furent amenés à em- ployer de préférence le mot fuble, laissant celui d'autsl au second plan. Les opinions erronées qui prévalaient alors se font clairement jour dans les réclamations des insurgés de Devonshire, en 1549. Aussitôt après que l’on eut commencé à se servir du premier Prayer- Book au mois de juin de cette année, une formidable rébellion fut organisée dans l’ouest du pays : 40,000 rebelles prirent les armes et adressèrent leurs réclamations au roi et au Conseil. On y trouve entre autres: « Laissez-nous avoir la Messe en latin, célébrée par le prêtre seul san que les autres communtent.... ainsi que le Sacrement délivré au peuple une seule fois par an à Pâques, et sous une seule espèce ?, » Il semble que ce soit après cette rébellion que Cranmer ait com- mencé à sanctionner la substitution de tables de bois aux autels de

1 Azvarus Pecao, de Plänctu Eccl. 1,5, fol. L4,cofl. 3, à, et tt 27, fol. 65, coli. ed. Venet., 1560. 3 Cette assertion n'implique pas la négation du droit des fidèles d'assister à !s messe sans communier.

Dixon, History of the reformalion, I, 5. 6.

LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 499 pierre !. I] savait fort bien que les tables de bois avaient été fré- quemment en usage au temps de la primitive Église. 11 ne lui sembla pas que c'était rompre avec la pratique catholique. Il pensait que les idées qui se rattachent au sacrifice el à l'autel avaient été exagérées, tandis que celles qui se rattachent au banquet et à la table étaient presque tombées dans l'oubli, et il eut dès lors le désir de remonter le courant. Je n'essaie pas de démontrer que les moyens qu'il em- ploya étaient sages; j'essaie seulement de mettre en évidence quelle fut au fond son intention. IE semble que les faits se soient passés dans l'ordre suivant. L'évêque Rugg, de Norwich, démissionna le 34 janvier 1550, et pen- dant la vacance du siège le diocèse fut administré par Cranmer en sa qualité de métropolitain. Bien que la vacance ne fût que de deux mois, Cranmer entreprit de faire la visite du diocèse, et par ordre de ses visiteurs la plupart des autels furent renversés, et des tables leur furent subslituées ?. En juin, Ridley, le nouvel évêque de Londres, fit enlever les autels des églises de son diocèse. 11 adressä à tous les curés, gardiens et autres officiers de l'Eglise une circulaire les exhor- tant à ériger une table dans leur église et à supprimer toutes les tables ou autels latéraux. En novembre, le Conseil royal adressa à chaque évêque une ordonnance lui enjoignant de substituer les tables aux autels dans chaque église. Ces ordonnances: étaient signées par les membres du Conseil, dont sept étaient laïques et deux évêques : Cranmer et Goodrich d'Ely, Lord Haut-Chancelier. L'ordre de détruire les autels fut un acte émanant de l'autorité royale dans lequel l'Eglise n'eut aucune part, bien que, sans doute, il reçut la sanction de Cranmer qui occupail le siège primatial de Cantorbéry. En même temps que les ordonnances, le Conseil envoya aux évêques un rapport contenant certaines considérations sur le changement imposé. On a désigné Ridley comme en étant l’auteur; mais, ainsi que le fait remarquer Dom Gasquet, il semble que cette assertion n'est pas fondée 5%. Ce rapportne saurait être considéré à aucun degré comme un document dont l'Église d'Angleterre serait responsable. H émana du Conseil royal, et nous ne savons pas comment il fut reçu par les évêques. Sans doute, nous savons que les ordres du 1 Hest vrai que quelques autels avaient été détruits dans certains diocèses dès 1548, mais il semble que ces premiers cas de destruction soient dus à initiative des autorités locales à qui était confiée la garde des églises. Nous ne voyons pas que les évèques aient donné leur approbation à ces actes avant la visite du diocèse de Norwich par Cranmer. % Voir aussi l'ouvrage de Dom Gasquet : Edward VI and lhe Book of Common Prayer, p. 256. Dom Gasquet dit {p. 255) que la vacance du siège de Norwich dura une année. Si cette assertion est exacte, ma chronologie devra étre corrigée. J'ai suivi les indications de Mgr Stubbs, évêque actuel d'Oxford, dont tout le monde connait la compétence (Voir Stubbs, Regis{rum Sucrum Anglicanum . 17). ‘ ? 3 GasqoceT, Op. cif., p. 266, note 2. 500 REVUE ANGLO-ROMAINE Conseil furent obéis, quant à leur point principal, la substitution des tables aux autels ; — mais chaque évêque exposa-t-il publiquementles divers chefs d’argument que l'on trouve dans les « Considérations », c'est ce que nous ignorons. Je dis cela, non parce que je doute que le document en question ne puisse être parfaitement interprété dans un sens qui le rende tout à fait inoffensif, mais parce que je ne désire pas allonger indéfiniment cet article en commentant des assertions, dont l'Eglise n'est pas responsable, et que nous n'avons aucune rai- son de considérer comme ayant été adoptées par la grande majorité des évêques !. Un intérêt spécial s'attache cependant à la seconde des six raisons où « considérations ». Elle prétend répondre à une objection qu'elle énonce ainsi: « Le Livre des Prières publiques{c'est-à-dire le premier Prayÿer-Bock d'Edouard VI) fait mention d'un autel. H s'ensuit qu'il n’est pas légal de supprimer ce que ce livre autorise. » A cette objec- tion, les « Considérations » font la réponse suivante : « Le Livre des ‘Prières publiques appelle l'objet sur lequel la Cène du Seigneur est administrée, indifféremment une table, un autel, ou la planche (board) du Seigneur, sans donner aucune prescription quant à k forme, que ce soit celle d’une table ou d’un autel; de sorte que le Prayer-Book appelle la Table du Seigneur table et autel, quelle qu'en soit la forme ? ». 1} y a beaucoup de bon sens dans ce raisonnement. La forme de table etla forme d’autel portent toutes les deux une autorité catholique, et on pouvait se servir de l’une ou de l'autre sans manquer, le moins du monde, de loyauté au Prayer- Book, en cons- truisant ce qui dans le Prayer-Book était appelé tantôt par un nom et tantôt par l’autre. Ensuite, la « Considération » justifie l'emploi des deux termes par des raisons vraies, mais n’expriment pas l'entière vérité. En voilà assez, croyons-nous, sur un document n’émanant d'ailleurs que du pouvoir civil. Un seul évêque refusa d'accepter le changement, ce fut Day de Chichester. On le mit à cause de cela en prison, et plus tard on le

1 11 semble à propos de faire remarquer ici quelle est la responsabilité de l'Eglise vis-à-vis des plus importants documents ecclésiastiques du règne d’Edouard VI. Apparemment, aucun des Prayers-Books d'Édouard VI ne fut soumis à l'approbs- tion dela Convocation, et la sanction donnée en Synode leur fait défaut. Îls farent approuvés par le Parlement, mais, bien entendu, le Parlement ne pourait les approuver quant au spirituel. L'Église en devint responsable, parce que les évêques les acceptèrent et en rendirent l'usage obligatoire dans leurs diocèses. Ceci s’accordait d'ailleurs avec la coutume du moyen âge. Les livres liturgiques de Sarum, York et Hereford ne furent jamais approuvés en Synode. Leur autorité dans chaque diocèse découlait de la sanction de l’évêque. Nous avons déjà vu que los 42 articles ne furent jamais approuvés en Synode, ni d'ailleurs acceptés par l'Episcopat et le Clergé dans leur ensemble. Notre Prayer-Book actnel et nos ar- ges tels que nous les avons aujourd'hui, ont été pleinement sanctionnés en Synode. 8 Voir Ridley's Works, p. 322, 323, ed. Parker soc.

                                                                           mn

LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 501

déposa de son évêché, antant du moins que cela dépendait du pou- voir civil. Le changementaccompli, l'usage de la première liturgie d'Edouard continua. On offrait le Sacrifice comme jadis selon le rit contenu dans un office, qui était « communément appelé la Messe » ; et la répé- tition assez fréquente dans les rubriques du mot « autel » indiquait que nul changement n'avait été opéré en fait de doctrine. La majo- rité des évêques conservaient leur croyance en la présence réelle, et en la véritable doctrine catholique du Sacrifice, Quelques-uns ne croyaient qu’à une présence virtuelle, cependant ils ne cessaient pas de faire profession de leur croyance qu'il y a un sens selon lequel l'Eucharistie est véritablement un Sacrifice. Il n’y a pas la moindre raison de penser qu'aucun de ces évêques en conférant l'Ordination ait eu l'intention positive d’exclure la transmission du pouvoir sacri- ficiel. Au mois de novembre 4552, deux ans après la destruction des autels,lesecond livre d’Edouard fut imposé par l’autorité du parlement et par l’action des évêques, et son usage dura pendant huit ou neuf mois. Après la mort d'Edouard, quand Marie monta sur le trône, les anciens livres liturgiques furent repris. Malheureusement il faut avouer que le second livre, comparé avec le premier, montre un affaibfissement incontestable par rapport à la clarté de la doctrine et à lanetteté d'expressions de l'usage liturgique. Le langage employé dans les prières et dans les rubriques et la construction de l'office ne rendent plus un témoignage à la doctrine de la Présence réelle, et à celle du sacrifice eucharistique, aussi clair qu'auparavant. Il n’est pas nécessaire de constater minutieusement tous ces changements, puisque ni dans le détail ni dans l’ensemble ils n'aboutissent à une négation de la vérité catholique. Bien que la manière dont cette vérité esténoncée soit moins claire, tout ce qui est essentiel est retenu, de sorte qu'il y a une consécration valide, et par

conséquent une vraie présence du corps et du sang de Notre-Sei- pneur, et un vrai sacrifice. Afin de prouver cette affirmation il suffira de citer la formule de la consécration telle qu’elle existe dans le second Prayer-Book. Après l'invocation du Père, qui est presque identique avec celle que nous trouvons dans le premierlivre, la prière continue ainsi : « Exaucez-nous, à Père miséricordieux, nous vous en Supplions, et faites qu’en recevant vos créatures ici présentes, ce pain

et ce vin, selon la sainte institution de votre Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ, en commémoration de sa mortet de sa passion, nous Soyons participants de son très précieux Corps et de son Sang : [le même Notre-Seigneur Jésus-Christ] qui, la nuit même qu'il fut trahi prit du pain, et, ayant rendu grâces, il le rompit, et le donna à ses disciples disant : Prenez, mangez; ceci est mon corps qui est donné 302 REVUE ANGLO-ROMAINE pour vous. Pareillement aussi après le souper, il prit le calice; et ayant rendu grâces, il le leur donna, disant : Buvez en tous, car cer est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, lequel est répandu pour vous, et pour un grand nombre pour la rémission des péchés. Toutes les fois que vous le boirez, faites ceci en mémoire de moi. » Aucun théologien catholique, je pense, ne niera que cette formule soit suffisante pour garantir une valide consécration. Or, si la consé- cration est valide, le corps et le sang de Notre-Seigneur sont réelie- ment présents, et il s'ensuit que, par la consécration et par la Pré- sence qui en résulte, le sacrifice de la nouvelle alliance est offertà Dieu. Un office, dont la prière consécratoire que nous venons de citer. forme le point central est essentiellement la messe. Pendant plus de trois ans, quand le premier livre d'Edouard était en usage, l'office anglais qui se disait à l'autel, était intitulé dans le Prayer-Bock s la messe ». Pendant les derniers huit ou neuf mois du règne d'Edouard ce mot « messe » ne se trouvait pas dans le Prayer-Book, mais la chose elle-même y restait. Il n'y avait pas une différence essentielle entre les deux offices, et ce faitétait reconnu dansl'Acte du Parlement qui portait l'autorisation royale du second livre. En parlant du pre- mier livre cet acte dit : « Pour les prières publiques et pour l'admi- nistration des Sacrements il a été publié dans la langue maternelle, par l'autorité du Parlement, un très pieux Ordre, afin qu'il soit observé dans l'Eglise d'Angleterre. [Cet Ordre est} en accord aver l'Ecriture sainte et l'Eglise primitive. Il est très consolant aux honnêtes gens qui désirent vivre chrétiennement.et il est profitable au bien-être de ce royaume. » Ensuite, l’Acte donnela raison pour laquelle on substitue le second livre au premier : « Puisque, par la maladresse des ministres et des auteurs de ma- lentendus, plutôt que par de plus dignes raisons,plusieurs doutes ont été soulevés sur la manière de rendre le susdit Ordre du service divin dans l'Eglise; pour cette cause, ainsi que pour expliquer ps clairement le susdit Ordre de service, et afin de le perfectionner dans certains passages, où il est nécessaire de rendre les prières tt la manière de faire l'Office plus dévotes, et plus propres à exciter le peuple chrétien au vrai culte de Dieu »... pour toutes ces raisans le roi a commandé que le premier livre « soit fidèlement et pieust- ment relu, expliqué et perfectionné », et par l'autorité des lords añd commons « il a commandé que ce livre ainsi expliqué et perfectionné soit annexé et joint à ce statut. » Cette citation nous montre trs clairement que l'autorité qui établissait le second livre approuvait fortement le premier, et qu'elle n'avait aucune intention de faire un changement essentiel dans la doctrine ou dans le culte. Quoique le mot « autel » ne se trouve pas dans le second livre,ilnY LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 303

a pas de raison de croire que les évêques réformateurs aient changé en rien leur doctrine. Ils enscignaient, au temps du premier livre, que l'Eucharistie est en quelque sens un sacrifice, et que la Sainte Table est en quelque sens un autel, et ils ont continué à en- seigner ces doctrines tant qu'ils vivaient. Parexemple, Ridley(quand il fut examiné pour la dérnière fois à Oxford, 3 sept. 1555, seize jours avant sa mort) dit à un de ses juges, l'évêque White, de Lincoln : « Votre Seigneurie n’ignore pas que ce mot Af#re dans l’Ecriture signifie autant l'autel où les Juifs.offraient leurs holocaustes que la table de la Cène du Seigneur ‘. » Plus d'un an auparavant, lorsqu'on discutait à Oxford (48 avril, 1554), Latimer en parlant de la Sainte Table disait: « Elle peut être appelée un autel, et c'est ainsi que l'ap- pellent en maints passages les docteurs ?. » Mais, outre les évêques réformateurs, il ÿ en avait d'autres qui, comme nous l'avons déjà vu, ne favorisaient en rien les changements. Tels furent Aldrich *, Thiriby, Salcot, King, Chambers et Wharton. Pourtant ils acceptèrent le second livre d'Édouard et s’en servirent dans leur ministère. Ils durent souvent offrir le Saint Sacrifice selon le second rite d'Édouard, et il est très probable que quelques-uns d'entre eux ont fait des ordinations selon le rite du second Ordinal d'Édouard. Peut-être même en firent-ils tous, à l'un ou l’autre des Quatre-Temps qui survinrent entre novembre 4552 {date de l'imposi- tion légale du livre nouveau), et le 6 juillet 1553 (date de la mort d'Édouard VI). Nous n'avons pas de raison de penser qu’ils ont renoncé à la croyance en la présence réelle et au sacrifice de l'Eucharistie. En moins de quatorze mois, après qu'ils ont commencé à se servir du second livre d'Édouard, ces mêmes évêques disent la messe selon les anciens rites latins d'York et de Salisbury (Sarum.) Ils gardent leurs évêchés durant le règne de Marie, et le cardinal Pole, en sa qualité de légat de Jules III, les réhabilite et les confirme. Aldrich de Carlisle nous fournit un exemple de ces évêques. Au commencement de l'année 4548, le Conseil d'Édouard avait proposé à dix-sept des

Ritxv’s Works, p.200. Ed. Parker Soc. $ Lariwer’s Remains, p. 216. Ed. Parker Soc. % Avant que le second livre d'Edouard fit imposé, novembre 1552, le pouvoir civil avait déposé de leurs sièges les évêques Bonner et Gardiner sur accusation d'avoir désobéi au roi et pour contumace. On leur avait commandé de prêcher des Sermons dans lesquels ils déclareraient qu’il faut obéir aux mandats du roi, même Pendant sa minorité. Les évêques, disait-on, avaient refusé d’obéir à cette injonc- lon, L'évêque Heath, après avoir promis de se servir de lOrdinal de 1559, quand il aurait été imposé par la loi, refusa d’y apposer sa signature, de crainte de RarGuer ainsi qu’il approuvait la substitution de ce rituel au Pontifical. Pour cette raison, ui aussi, il fut déposé par le pouvoir civil. J'ai déjà parlé de la déposition a l'érèque Day. Tunstail avait été civilement déposé sur une accusation de tra- son, ‘504 REVUE ANGLO-ROMAINE

-Évèques certaines questions touchant à la doctrine de la messe, et le document qui contient les réponses des évêques nous reste encore. Celles d'Aldrichs'accordent entièrement avec la doctrine des scolas- tiques, et Dom Gasquet fait remarquer combien elles sont « complètes et précises ! ». L'évêque de. Carlisle était, à coup sôr, un théologien érudit, Au mois de janvier 1855,un an et demiaprès la mort d'Édouard on le voit membre d'une commission dont Gardiner était président, et qui condamnait au feu quelques-uns des réformateurs pour les opinions hérétiques sur la doctrine de la sainte Eucharistie. Îl ya, me semble-t-il, une certitude morale que tout le temps de san épisco- pat Aldrich croyait à le présence réelle. Cependant, quoique dans le Parlement, il ait fait opposition au « Bill » qui devait établir le second Livre, il l'accepta quand sa légalité fut proclamée. Le 26 mai 1353, il prit part au sacre de Harley pour le siège de Hereford, et à cette occasion l'office de la consécration se fit selon le second Ordivai d'Édouard, et la Sainte Eucharistie fut célébrée selon le rite du second Prayer-Book d'Édouard ?. On peut faire mention ici de Day de Chichester, qui, comme mous l'avons déjà vu, fut déposé de son évéché au mois d'octobre 1551. Il avait préché contre la substitution des tables à la place des autels ce qui l’amena devant le Conseil d'Édouard; on l'emprisonna, et ensuite le pouvoir séculier commanda sa déposition *. Cependant, au commencement du règne de Marie, ce champion de l’ancien savoir, cet enthousiaste prêt à souffrir pour ses opinions, ne fait point de difficulté de prêcher le sermon à la célébration de l’Eucharislie selon le rite du second livre d'Édouard aux obsèques de ce monarque. Trois semaines plus tard, Marie remettait l'évêque Day sur son siège de Chichester. Il paraît évident que les évêques de l’ancien savoir, pour tant que les changements liturgiques leur déplaisent, n'ont aucun scrupule sur la validité des nouveaux rites. 1 n'est pas nécessaire de discuter spécialement le second Ordinai d'Édouard. 1! n'est guère différent du premier. Seulement dans l'ordination des prêtres, la porrection du calice avec le pain est omise, et dans le sacre des Évêques, celle de la crosse. En somme, je ne vois pas comment on peut dire que le consente- ment de la part des Évèques anglais de se servir du second livre d'Édouard, fait présumer qu'ilsavaient l'intention actuelle et positive d'exclure de leurs ordinations la transmission du pouvoir sacrificiel.

 t Edward VI and the Book of Common Prayer, p.81.
 3 L'évéque Aldrich mourut le 5 mars 1558, Dans la relation officielle de l'insti-

tution de son successeur Ogiethorpe, par Paul IV, {on fait mention que l’église de Carlisle était vacante « per obitum bonæ memoriæ Roberti lAldrich] extra Romana curiam defuncti (voir Mariere Bradys, Episcopal succession, vol E, pp. 404-105). © 8-Drxon, Æislory, VII, 203-206, 393, 324. ; 4 Dixon, History, LV, 11-12. LES ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 503

Il me semble que, pour les raisons que j'ai exposées fort au long dens ce travail, ni le premier livre d'Édouard, ni l'Ordinal, ni le second livre, ni la substitution de « tables » pour « autels » ne doivent faire supposer, au for extérieur, que les Évêques anglais, au temps d'Édouard, avaient l'intention positive d'exclure de leurs Ordi- nations tout pouvoir de sacrifier. Je crois donc pouvoir nier complè- tement la mineure de l'argument que je combats. À fortiori, ce me semble, je puis rejeter l'hypothèse d'après laquelle les changements liturgiques de l’époque d'Édouard et la substitution de « tables » aux « autels » font supposer que les Évêques anglais du xvr° siècle aient eu l'intention de ne pas conférer les Ordres si la transmission du pouvoir sacrificiel était un résultat nécessaire de l'acte de l'Ordi- nation. Impossible de croire qu'ils aient désiré invalider l'Ordination qu'ils conféraient extérieurement, si par cet acte ils transmettaienl le pouvoir du sacrifice. Une prétention aussi extraordinaire deman- derait en effet, chez tous, ce que le cardinal Franzelin appelle « obstinata et rarissime in 4nimis humanis occurrens malitia ». Je pourrais finir ici, ca mon but me parait pleinement atteint; mais je désire ajouter encore quelques mots sur l'histoire ultérieure des formulaires liturgiques de l'Angleterre. Si on veut bien juger l'Église anglaise au xix* siècle, ce sont les formules les plus récentes qu'on doit étudier. Lareine Marie mourut le 17 novembre}{558, et Élisabeth lui succéda. L'usage des rituels latins qu'on avait rétabli durant le règne de Marie continua jusqu'à la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste 1559. Ce jour-là l'autorité du Parlement restaura le Prayer-Book anglais el l'usage -des rituels latins fut interdit. On reprit le second livre d'Édouard, mais avec quelques changements importants. J'en ferai l'énumération. {a) Le premier livre d'Édouard prescrivait les mots que le Prêtre devait dire à chaque communiant en lui administrant le Saint Sacre- ment. En lui donnant la Sainte Hoslie il disait : « Que le Corps de « Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui fut donné pour vous, conserve « votre corps et votre âme à la vie éternelle, » EL puis, en lui ten- dant le Saint Calice : « Que le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, « qui fut versé pour vous, conserve votre corps el votre âme à la vie « éternelle. » Dans le second livre d'Édouard on retrancha cette pieuse formule, si primitive et catholique de ton, et on y substitua la suivante : « Prenez; mangez ceci en mémoire que le Christ a souffert «“ pour vous, et nourrissez-vous de Lui dans votre cœur par la foi, « avec des actions de grâce. » Et pour l'administration du calice : « Prenez; buvez ceci en mémoire que le Christ versa son Sang pour on « vous, et soyez reconnaissant. » Dans le Prayer-Book d'Élisabeth, reprit la première formule en la plaçant au commencement de la 506 REVUE ANGLO-ROMAINE

seconde, et c'est ainsi qu'elle nous reste aujourd'hui, Il est facile de comprendre que la récitation depuis trois siècles de ces mots au moment suprême de la communion a été très efficace pour conser- ver dans le cœur des fidèles la croyance en la Présence réelle.

« vêtement propre à ce ministère, c'est-à-dire une aube blanche, non « garnie, avec un vêtement ! ou avec une chape. » La rubrique pres- crivait ensuite que les Prêtres assistants, ou les diacres portasseni « de même les ornements propres à leur ministère, c'est-à-dire des « aubes avec des tuniques ». Dans le second livre cette rubrique fui amise, et on substitua une autre rubrique bien différente. La voici: « Ii faut observer que le Ministre, quand ilcélèbre la Communion et dans les autres fonctions de son ministère, ne doit porter ni aube, ni vêtement, ni chaps; mais, si le ministre est archevêque ou évèque, il aura et il portera un rochet; et s’il est Prêtre ou Diacre, il portera seu- lement un surplis. Or, dans le livre d'Élisabeth, on revint à la rubrique du premier livre d'Édouard. On gagnait beaucoup par ce changement. L'usage des vêtements ‘propres à l'Eucharistie, tels que l'aube et la chasuble, témoigne, dans une manière qui se fait comprendre des fidèles, que la doctrine eucharistique du Prager- Book d’Élisabeth est essentiellement identique avec celle des Missels latins antérieurs à la réforme."D'ailleurs, cet usage rend témoignage au caractère mystérieux de la Sainte Eucharistie et à la place supé- rieure que son office occupe dans toutes les cérémonies de l'Église. Malheureusement, le courant puritain, très fort au temps d'Élisabeth, était un obstacle considérable à l'exécution de la rubrique. Cepen- dant, la présence de cette rubrique dans le Prayer-Rook était un fait d'une grande valeur. La rubrique fut soigneusement conservée à ls dernière revision du Prayer-Book en 1662, et aujourd’hui on la trouve exécutée au pied de la lettre dans beaucoup de diocèses et de paroisses et le nombre va toujours en croissant. {c) La rubrique noire « the black rubric », à la fin de l'Office de la Communion, ne se trouve pas dans le livre d'Élisabeth. Elle avait été insérée au dernier moment dans le second livre d'Édouard, unique- ment sur l'autorité du roi. On l’inséra de nouveau en 4662, mais ls formule en est tellement modifiée que cette rubrique est rendue sans danger pour la foi ?. D'autres changements se firent dans le livre d'Élisabeth, mais ils sont sans valeur doctrinale, Les trois que je vous aï fait remsr-

! « Un vétement » signifiait dans la langue anglaise, au moyen âge, la chasuble avec l'étole et le manipule.

Sur la rubrique noire, consulter Les Ordinalions Anglicanes, par Fermi

Dacsus, pp. 25, 96. LÊS ORDINATIONS ANGLICANES ET LE SACRIFICE DE LA MESSE 507

quer sont très importants. Ils touchent tous à la doctrine de la Sainte Eucharistie, et on doit les étudier en rapport avec le changement qui se fiten même temps dans le vingt-huitième des trente-neufarticles. Comme nous l'avons vu, l'Église anglicane n’a jamais rejeté la présence réelle ni le sacrifice de l’Eucharistie; quoique son témoignage à la vérilé de ces doctrines se soit plus ou moins obseurci vers la fin du règne d'Édouard. Or, par les changements qui se firent dans le livre d'Élisabeth, la netteté de l'orthodoxie eommença à se rétablir. Cette tendance se fait encore remarquer sous Jacques I° par une addition qu'on fit au catéchisme, relativement aux sacrements du Baptème et de la Sainte Eucharistie. La marche de l'amélioration s’accentua plus tard par plusieurs changements qu’on fit à la dernière revision du Prayer Book en 1662. Je ne donnerai pas ici les détails de ces changements, mais j'ai cru bien faire de vous indiquer que le second livre d'Édouard représente la crise la plus protestante que l'Église anglicane a jamais subie en fait de pratique liturgique. Cette crise ne dura pas plus de treize mois * : d’ailleurs, il ne faut pas du tout penser qu'elle représente la condition actuelle de l'Église d'Angleterre.

Dans cette étude, nous n’avons pas eu à développer nos opinions personnelles sur le Sacrifice de la Messe. Nous le ferons peut-être un jour si nos occupations nous le permettent et si la Revue Anglo-Romaine veui bien nous continuer sa gracieuse hospitalité. Pour le moment, il nous suffira de dire, que si, avec l'Église catholique, nous admet- tons dans la Messe l'existence d’un vrai sacrifice, nous ne nous croyons pas tenu de suivre, quant au mode dont ce sacrifice est offert, les opinions de Cienfuegos, de De Lugo et d'autres théologiens romains. Nous admettons, au contraire, sur ce point, les opinions bien connues de Thomassin et de Bossuet.

                                                F.-W. PULLER.

! C'est-à-dire depuis le 1er novembre 1552 jusqu'au 20 décembre 1553, quand l'usage de l’Office anglais fut interdit par une proclamation de Marie. .

                        CHRONIQUE

Institut catholique de Paris. — Pour associer le public chré- tien à l'œuvre de haut enseignement qu'il poursuit, l'Institut catho- lique continue, cette année, les Cours et les Conférences libres, inau- gurés l'an passé dans son nouvel amphithéâtre, rue d’Assas, 19 : la première série a commencé le lundi 40 février, à 4 h. 1/2, et conti- nuera les jeudis, samedis et lundis, à la même heure, etles mercredis à 5 heures. Nous signalons spécialement la conférence de M. l'abbé Ke, maitre de conférences à l'École des Lettres : « Anglians et Romains: les données actuelles du problème religieux en Angleterreet la néces- sité de la réunion. » Cette conférence aura lieu le samedi 7 mars.

Aix.—Mgrl'Archevéque d'Aix, en autorisant M. l’Archiprêtre d'Ar- les à faire imprimer, à l'occasion du XIIT* centenaire du sacre de saint Augustin de Cantorbéry dans la primatiale d'Arles, une prière et des invoeations spéciales, a adressé à M. l'Archiprêtre, au sujet de la glo- ritication de ce souvenir qu’il appelle « uneœuvre très catholique, très patriotique, très provençale », la lettre suivante :

                                         Aix, le 48 janvier 1896.

      MON CHER ARCRIPRÈTRE,

Je bénis de nouveau et de tout cœur votre pieux projet de célébrer le treizième centenaire du sacre da saint Augustin, apôtre de l'Angleterre, dans la Primatiale d'Arles. Vous avez là une pensée lumineuse de foi, d'espérance et de charité. La foi prêchée par saint Augustin n’a pas changé : nous avons les mêmes espérances et nous aimons du même amour nos frères en Dieu d'au delà la Manche; nous demandons qu'ils soient un,ut unum ai, comme nous-mêmes nous sommes ur avec Jésus-Christ, leur maitre et le nôtre. C'est le désir du Pape, c’est le désir du bon sens et de l'évidence; il ne peut y avoir qu'un Dieu, il ne peut y avoir qu'une seule croyance. Nous Français, nous Méridionaux, nous avons reçu les premières bénédictions du premier évêque d'Angleterre, qui a été sacré chez nous, dans la Primatiale d'Arles, par les mains d'un de mes plus saints et de mes plus illustres prédécesseurs. Entre le consécrateur et le consacré il se forme des liens indissolubles comme entre le père et le fils. La nation qui consacrait, c'était notre vieille Gaule dans la per- CHRONIQUE 809 sonne de saint Virgile: la nation qui était consacrée, c'était la Grande- Bretagne, dans la personne de saint Augustin. Ah! elle fut bien con- sacrée, puisqu'elle devint l'Zle des Saints. Rappeler ces souvenirs, les raviver dans la mémoire des peuples par des fêtes solennelles, par un monument en l'honneur de saint Augustin, l’Apôtre de l’Ile grande et puissante, c’est continuer la pré- dication de l'Évangile, c’est travailler à ne faire de toutes les nations qu’un seul bercail et un'seulpasteur. Bien à vous, mon cher Archiprêtre,avec mes plus affectueuses salu- tations. + XAvIER, Archevêque d'Aix, Arles et Embrun.

Le repos du dimanche pour les journaux en Alle- magne. — Il y a quelque temps, a eu lieu à Berlin une assemblée de l’union des éditeurs de presque tous les journaux allemands. L'on y a discuté vivement la question du repos dominical à observer dans les imprüneries de ces journaux. Une résolution a été votée tendant à demander à tous les gouver- nements fédérés d'adopter une mesure uniforme assurant au person- nel des journaux le repos complet depuis le dimanche six heures du matin au lundi matin six heures. Ainsi seulement le repos serait assuré pour tout le monde. Si on permettait la reprise du travail dès six heures du soir le di- manche, l'on devrait s'attendre à une grande surcharge de besogne pour la nuit du dimanche au lundi. Le bienfait du repos serait ainsi perdu. Cette pétition concorde assez bien avec les vues du gouvernement inpérial dans cette question ; elle pourrait donc bien être favorable- ment accueillie.

Le baptême du prince Boris. — L'Osservatore romano vient de publier Ja note suivante, au sujet du prince de Bulgarie :

« Nos lecteurs auront remarqué, et beaucoup, nous le savons, l'ont relevé, la réserve et le silence que nous avons toujours gardés au sujet de la soi-disant conversion du petit prince Boris à l’église schis- malique grecque. « Nous nous sommes toujours tus, à ce sujet parce que nous avons toujours espéré qu’un pareil scandale ne serait pas donné. « Nous l’espérions d'autant plus qu'il était à notre connaissance, d'une façon certaine, que le Saint-Père était arrivé, on peut le dire, à l'extrême limite de sa paternelle condescendance, en faisant savoir qu'il aurait accordé le passage du rite latin au rite grec bulgare catholique. « Maïs, à ce qu'il parait,cela même n’a pas suffi. C'est pourquoi il ne nous reste qu'à déplorer vivement la conduite d’un père et d'un prince qui inflige à l'Eglise où il est né une pareille offense, qui cause au Souverain Pontife une si vive douleur et qui donne à son peuple et à tout le monde catholique un scandale non seulement rare, mais unique. » LIVRES ET REVUES

LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE, par le P. RAGEY, Mariste, ouvrage honoré d'une lettre de S. E. le cardinal VAuouan. (Lecoffre, Paris.)

Sous peu, dans notre prochain numéro probablement, nous don- nerons un-long compte rendu de cet-ouvrage. En attendant nous le recommandons avec instance à tous ceux qui s'intéressent aux choses religieuses anglaises. Nous nous bornerons aujourd'hui à en extraire un très curieux épisode fort bien raconté :

Le dimanche 26 mai 895, à huit heures du soir, une quarantaine d'étu- diants d'Oxford, membres de l'association pour l'Union de la chrétienté, se réunissaient au collège de Christ Church, qui est sans contredit le plus religieux, le plus traditionnel et le plus aristocratique de la vieille Univer- sité. On avait intentionnellement choisi cette date à cause de la fête de saint Augustin de Cantorbéry, l'apôtre envoyé aux Anglais par le pape saint Grégoire le Grand. L'ordre du jour portait qu'un rapport serait fait sur la lettre de Léon XIIT par l'étudiant chez qui lou se réunissait. ‘ M. N. D. Campbell, petit-fils du duc d'Argyll, et, par alliance, petit-neveu de la rrine. À ce moment se trouvait à Oxford M. l'abbé Félix Klein, le distingué professeur à l'Université catholique de Paris, dont les ouvrages bien connus en France commencent à l'être aussi en Angleterre, où il compte d’ailleurs de nomhreuses relations. M. Campbell l'ayant rencontré chez un professeur de Christ Church, l'avant-veille de R réunion, l'invitaär assister et à y prendre le parole. L'abbé Klein, qui justement est allé plusieurs fois en Angleterre pour ÿ étudier le mouvement religicux {, accepta sans hésitation. Le meeting s'ouvrit par la lecture d'une lettre envoyée le jour même par lord Hahfax, et dans laquelle le président de l'English Chvrch Union Society exprimait tout son regret de ne pouvoir se trouver en une telle circonstance au milieu de ses jeunes amis. M. Campbell exposa ensuite, dans un sub- tantiel rapport qui occupa bien trois quarts d'heure, les sentiments paf lesqueis il convenait que l'Église d'Angleterre répondit au langage du Saint-Père. Des éloges sans réserve y étaient accordés à cette démarche vraiment apostolique, et le jeune orateur provoquait les marques d'une complète adhésion en exprimant l'espoir de voir abolie au plus tôt «l'œuvre funeste de Henri VII ». Après lui un autre étudiant, lord Fitzharris, futur duc de Northumberland, s’efforca de montrer, sur un ton plutôt humo- ristique, combien l’Union était désirable pour la paix des âmes. Il dit, en riant, qu’il luien coûtait un peu de blämer, comme l'avait fait M. Campbell, les vols faits aux monastères du temps d'Henri VIII, attendu qu'une bonne part de ses biens de famille devait venir de là; mais qu'eniin il ne pouvait s'empêcher de regretter le temps où l'on ne voyait

1 Au moment où paraît cette publication, on annonce des conférences ds M. l'abbé Kjein sur le même sujet à l'Institut catholique de Paris. LIVRES ET REVUES 511

comme aujourd'hui, Nosseigneurs les Evêques occupés à marier leurs filles. Lord Oxmantown, qui présidait, prononca à son tour quelques mots, et en termes fort aimables donna la parole au prêtre catholique. M. l'abbé Klein, commentant une pensée exprimée par lord Halifax à la réunion de Bristol !, montre que la Réunion, si difficile qu'elle soit encore, doit néanmoins être poursuivie avec une absolue confiance, parce que Dieu ne peut manquer de la faire aboutir, tant elle est nécessaire à tous, et à l'Eglise Romaine et à l'Eglise d'Angleterre. Après avoir déclaré que nous avons besoin de la grande race anglo-saxonne pour achever de répandre l'Evangile dans le monde et pour accomplir dans toute son étendue l'œuvre de Notre-Seigneur, il commenca, non sans une pointe d'inquiétude, à expliquer combien, à leur tour, les anglicans ont besoin de nous pour garder l'unité religieuse, De chaleureux applaudissements vinrent immé- diatement le rassurer, et de toutes les idées qui furent émises ce soir-là, aucune ne provoqua autant de marques d'adhésion. Bien que la réunion n'eût rien de solennel, étant tenue dans un salon d'étudiant, l'émotion devint peu à peutrès vive, et, en terminant son aHocution, l'abbé Klein put demander à ses auditeurs, comme souvenir et aussi comme présage, de réciter avec luile symbole des Apôtres. Un jeune clergyman anglican appuya cette demande, et ajoutu qu'il convenait de faire la récitation en latin. 1] en profita pour exprimer des vœux très ardents en faveur de l'Union e* pour prononcer textuellement cette déclaration significative: « Il n'y a personne ici qui, s'il eût vécu au temps de la Réformation, ne #’'y fût opposé de toutes ses forces.» D’ami- cales explications furent encore échangées, et l'on ne se sépara qu'après avoir récité ensemble le Credo. A quoi M, l'abbé Klein devait-il ce succès, modeste sans doute, mais significatif et encourageant? Assurément à ses qualités personnelles et aussi, cela est certain, à sa qualité de Français 2. Mais il le devait par- dessus tout à ce qu'il s'était fait l'écho de la grande voix « venue de Rome ». La voix - venue de Rome » a remué et remue encore l'Angleterre pro- testante: n'est-ce pas une preuve que cette voix s'est fait entendre à l'heure marquée par la Providence?

Eurvritmie Er Harmonie, par S. Ém. LE CARDINAL PERRAUD.

La remarquable étude que $. Em. le cardinal lerraud vient de faire paraitre sous le titre de Eurythmie et Harmonie élève vers les plus hauts sommets de la philosophie la question de la musique religieuse, et, sous un jour nouveau, nous en fait voir la grandeur, en l'assimilant à la morale: « Le sage est un musicien et la vertu une harmonie. »

1 There are numerous difficulties on each and every side; but man's necessity is God’s opportunity.

C’est un fait d'expérience que les anglicans s'entendent plus vite et plus faci-

lement surle terrain religieux avec les catholiques français qu'avec les catholiques d’aucune autre nation. Peut-être cela tient-il à ce qu'ils savent que la France catholique s'intéresse plus qu'aucune nation à leur union à l'Eglise catholique romaine. 3 Paris, Tequi éditeur. CURE

  1.                   REVUE ANGLO-ROMAINE
    

Commentant ce texte de Platon : Toute la vie de l'homme a desoin de rythme et d'harmonie, l'éminent cardinal évêque nous décrit d’abord en termes magnifiques l'état de la musique chez les Grecs et parmi le peuple d'Israël. Puis, après un résumé historique de la part faite à la musique dans les premiers siècles du christianisme, l’auteur aborde l'œuvre de saint Gré- goire. Le nom de chant grégorien rappelle à tous la sollicitude de ce grand Pape pour recueillir les anciennes mélodies de l'Eglise, pour les assujettir aux règles de l’harmonie et les disposer selon les exigences de l'office divin. . « 11 donna lui-même dans son Antiphonaire le recueil des chants anciens et nouveaux; il composa le texte et la musique de plusieurs hymnes que l'Eglise chante encore de nos jours. » Ces quelques lignes, empruntées par Mgr Perraud à M. de Montalembert,réfutent victorieusement les assertions erronées de quelques musicographes, qui, égarés par une érudition incom- plète, cherchent aujourd'hui à amoindrir l’œuvre du grand pontife. Mgr Perraud donne ensuite la définition du mot grec eurythmie. Devenu français par l'autorité du Dictionnaire de l’Académie, il exprime ce quise fait en cadence, suivant les règles, avec la parfaite exactitude et convenance des mouvements et des proportions. « L'’eurythmie! n'est-ce pas bien au-dessus des imitations nécessairement incomplètes que nous pouvons en essayer, un des caractères essentiels du gouvernement de Dieu et de son action sur le monde ? « N'est-il pas dit de la Sagesse éternelle qu'elle a tout disposé avec mesure, nombre, pondération, c'est-à-dire conformément aux lois d'une souveraine eurythmie? Si la morale se ramène au principe que les anciens avaient déjà énoncé, et qui a été repris et sanctionné par l'Evangile, à savoir que l'homme doit faire tout son possible pour ressembler à Dieu, n'est-ce pas en accomplissant les obligations de la justice, que nous reproduirons, dans nos vies, l'eurythmie à laquelle obéit tout l'univers? » J'abrège à regret les citations de cet intéressant parallèle entre l'eurvth- me et la justice pour donner un extrait des conclusions très élevées de l'auteur. « La joie suprème de la vision directe de la Beauté infinie est annoncée d’une facon très explicite par l'Evangile et par les écrits apostoliques. « Il en est de mème du plaisir très esthétique et très délicat dont la musique nous donne sur la terre un pressentiment et un avant-goût. Le bonheur du ciel, ce sera d'abord la perfection de l'eurythmie ; tout en règle en ordre, en mesure; toute justice parfaitement accomplie; tout mérite récompensé dans les proportions les plus exactes ; tout rapport hiérarchique à jamais fixé entre Dieu et ses créatures d'après la très équitable appré- ciation de leurs services et de leurs vertus. . « A la perfection de l'eurythmie s’ajoutera celle de l'harmonie, c'est-à- dire de la pleine et définitive consommation de l’unité dans la charité. » Ainsi qu'on le voit par cette rapide analyse, l'ouvrage de Mgr Perraud ne traite pas la question technique si peu documentée — et peut-être In$0- luble — de la musique grecque. | C'est une page de Platon que l’auteur a fécondée de son génie chrétien; nul ne pouvait le faire avec plus d'autorité et d'éloquence que l'éminent évêque d'Autun. — G. DE BoïsJOSLIN. LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS

                     (Traduites du      Syriaque

           par M. J.-B. Chabot, docteur en théologie.)

                             (Suite et fin)

Si Dieu lui-même, — gloire à lui! — a peint la ressemblance de son Fils au moment où il sortit du sein de sa Mère bénie, dans cellu étoile miraculeuse qu'il envoya dans le firmament pour servir de guide aux Mages, ainsi que l’atteste le patriarche Mar Aba le Grand, et ensuite Isaac Schabdanaya, en parlant de l'étoile qui apparul aux Mages, comment peut-on blämer l'Église d'agir de même et d'expo- ser des images saintes aux yeux de ses fidèles, soit dans les temples soit dans les maisons, pour leur mémoire, leur honneur et leur utilité? — Si l'Église d'Orient a coutume, depuis l'origine, de peindre des images au milieu de l'Évangise, pourquoi blâmer l’Église de Rome de faire de même çà et là, et surtout dans les temples, alors que vos pères faisaient la même chose dans leurs églises ? Narsaï, dans son Homélie sur l'Unité de personne, dit : « Les images du « martyr) brillent dans le sanctuaire, et l'image de sa gloire au-des- « sus de l'autel du sacrifice. » — Hassan Bar Bahloul atteste dans son Lerique* que dans touts les églises d'Orient, même dans celles qui, de son temps, étaient appelées nestoriennes, se trouvaient «les images de Notre-Seigneur et des saints. Ainsi, il dit au ?Aruka ‘= autel): « De même que nous peignons l’image de Notre Dame « Marie ou d'autres images. Grégoire Bar Hébreus? rapporte ceci dans sa Chronique profane au sujet du célèbre médecin nestorien Honaïn ?, qui mourut en l'an S71 de notre ère): « Honaïn était en inimitié avec Israël de Tiphur *. Il

! Bar Babloul est le plus important des lexicographes syriens. Son ouvrage os publié par M. R. Duval (Paris, Imprimerie nationale, 4 vol. in-40, 4895). II vivait à la fin du x° sièclo.

Autro médecin célèbre de ce temps.

 REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, 1, — 33.

514 REVUE ANGLO-ROMAINE

«      l'accusa devant le khalife en disant : Israël adore dans sa maison
« a    ün simulacre et une idole. Il n'est chrétien que de nom. Le khalife
«      envoya (ses officiers) à la maison d'Israël, ils s’en emparèrent, *
«      trouvèrent l'image de la Mère de Dieu et l'apportèrent au khalife.
« Honaïin dit : Voilà l'idole dont j'ai parlé. Israël reprit: Si c'est une
« idole crache dessus. Honain ne rougit pas de cracher sur l'image.
« Le khalife fit alors venir Théodose, patriarche des Nestoriens, et

« lui demanda si cette image était admise ou non; et, si elle était « admise, comment on pouvait cracher dessus? Le patriarche répon- dit : Ce n’est pas une idole, mais l'image de la Mère de Dieu, Notre- AR

       Seigneur. Le Chrétien qui la néprise mérite d'être anathématise.

SR

       Sur l'ordre du khalife, le patriarche anathématisa et excommunia
       Honain. »                             |

RES

                                            IX

Les Protestants murmurent qu'il est inutile et illicite de prier pour les morts afin qu'ils reçoivent le pardon des restes de leurs fautes qui se trouvent en eux après leur mort. — Or, nos Pères comme les vôtres, proclament hautement dans les prières communes qui sont faites dans les églises, l'utilité et le secours que procurent aux défunts les prières et les sacrifices faits pour eux. On dit dans la liturgie des Apôtres : « .... Et pour tous les défunts « séparés etsortis d'au milieu de nous » — Dans la seconde liturgie. on dit : « ... Et pour tous les enfants de la sainte Église catholique qui sont sortis de ce monde dans la vraie foi, afin que par ta grâce, Sei- ES

« gneur! tu effaces les fautes et les défauts qu'ils ont commis devant « toi en ce monde, dans leur corps mortel et leur âme instable. » Dans la prière du vendredi des trépassés ‘, il est dit : « Seigneur! efface les fautes de tes serviteurs qui ont erré, qui ont péché, qui A

« ont irrité ton nom par leurs œuvres. Dans ta bonté, aie pitié RAR

« d'eux. » — Et dans la proclamation® de ce même jour, on dit: « Christ, qui glorifias et honoras la mémoire de ceux qui craignen! « ton nom, pardonne leurs fautes dans l'abondance de tes miséri- A

{ cordes. Christ, pardonne aux défunts, absous leurs errements. « réunis-les aux troupes de ceux qui ont été fidèles à ton nom etont A Z

« gardé les commandements. » — C’est assez pour confirmer cette doctrine de la célèbre antienne pour les trépassés: « Bénissez le « Christ qui nous a appris à célébrer dans l'Église, par la prière et « les aumônes, la mémoire de eeux qui sont morts confiants en s « divinité, afin qu'ils obtiennent le pardon de leurs fautes. » — Et dans la proclamation du carème, on dit: « Prions, en mémoire de n0$ « pères et de nos frères, les vrais fidèles qui sont morts et sont sortis « de ce monde dans la vraie foi et la confession orthodoxe, afin qu ‘ « les délivre, leur pardonne leurs fautes et leurs transgression, el 1 Dans la liturgie syriaque, presque tous les vendredis de l’année ont un offct spécial: on a ainsi le vendredi des martyre, le vendredi des docteurs, ete.

« les rende dignes de se réjouir avec lesjustes et les saints qui ont “ accompli sa volonté. » Le grand Mar Ephrem dit dans son Testament !: « Secourez-moi « par les prières, les psaumes, les sacrifices, et après cela, faites de « moi, mes frères, une commémoraison; car les défunts sont « secourus par les prières des frères... Et si ceux de la maison de « Mathathias? ont obtenu le pardon de ceux qui tombèrent dans le

“ trépassés, par leurs saints sacrifices et les prières de leur bouche, » — Timothée 11 dit dans son Livre des sept sarrements de V Église (part. IV, ch. 1) : « Enfin, nous disons que l'âme qui est séparée du corps est « aidée par les prières et les oblations. Car tant que l'âme est unie » aux forces corporelles, celle qui est plus faible peut subir son « action; c’est ainsi que l'âme de Simon, prince des Apôtres, fit sur « l'âme et le corps d'Ananias et de Schapira?, et ainsi encore que, « d'après le Livre du Paradis‘, à l'aide de la prière, certaines âmes “ sont passées d’un lieu dans un autre, par le secours des pécheurs, « c'est-à-dire des supplices aux délices. C'est pourquoi l'âme de celui « qui prie étant plus puissante que celle qui est séparée du corps,

«“ gloire. » Et Georges d’Arbèle® dit dans sa Distinction de l'office (sect. VII, ch. vi: « Quand nous faisons mémoire de la passion, de la mort, de « la résurrection, nous obtenons le pardon des péchés du défunt. « [Les Pères], en effet, disent que l'âme du défunt est soulagée «“ quand on fait sa mémoire. C'est pour cela même qu'est instituée « la commémoraison pour les défunts, afin que ceux pour qui on la “ fait reçoivent le pardon deleurs fautes; et eux-mêmes, à leur tour, « prient pour les péchés de celui qui la fait. » Et Ebd-Jésus de Nisibe dit (traité 1V, sect. n) : « Quant aux obla- «tions, aux commémoraisons, aux offrandes, aux aumônes que font “ les fidèles pour les défunts, selon les canons apostoliques, elles « obtiennent sans aucun doute le soulagement de leurs âmes et le “ pardon de leurs péchés. »

                                    x

Les Protestants rejettent la Communion entre les saints et les

anges. Ils disent qu’il ne convient pasde les prier, ni d’honorer leurs

! Le document connu sous le nom de Testament de saint Éphrem n'est pas authentique. [1 est cependant fort ancien et son témoignage n'en a pas moins de valeur au point de vue doctrinal. ? C£. II Mach, xu.

sont pleins de témoignages qui la justifient. Dans la prière du soir du mercredi, nous prions en disant: « Sous les ailes de tes prières, « à chaste Marie! nous nous réfugions en tout temps; étends-les «“ Loujours sur nous. Que par elles nous trouvions au jour dujuge- “ ment grâce et miséricorde. » — Dans l'hymne xin° on dit : « Que « la prière, à notre père, soit pour nous un mur élevé et un lieu de « refuge; que ta prière soit une arme cachée, que ta prière soit une « ancre; que ta prière soit un glaive entre nos mains; que ta prière « soit un casque pour notre tête; que ta prière soit un bouclier; que « La prière soit un protecteur; que ta prière soil pour nous un encen- “ soir de réconciliation; que ta prière nous obtienne le pardon du « Christ-Roi, notre Sauveur. » Il n’est pas nécessaire de multiplier les témoignages du Cycle et du Trésor * : car ils sont familiers à chacun et connus de tout le monde. Elias de Anbar dit dans son livre de la Discipline (Traité IV, part. IT; sect. 79): « Nous trouvons du secours dans les saints?, « quand ils prient Dieu avec amour et miséricorde pour les péni- « lents. Les pécheurs eux-mêmes peuvent obtenir le pardon, s'ils «“ font pénitence dans la souffrance et les larmes. Les saints nous « secourent et pendant la vie et après la vie: pendant la vie parla « prière; après la mort par le moyen des anges. Quand nous invo- « quons les saints, ils nous envoient les anges, et trouvent là un « secours, des prières, des supplications pour les pécheurs qui les « invoquent. Ne soyez pas surpris, auditeurs! que les anges prient. « Ils implorent dans leur prière la miséricorde pour celui qui les « invoque avec amour. » Quant au culte rendu par nos pères aux ossements, aux .châsses, aux tombeaux des saints, il nous suffit de rapporter le témoignage de Narsaï, qui dit dans son Disrours sur l'Unité de Personne: « Prètre, « demande miséricorde pour le monde, toi qui détiens un secours « parle moyen de tes reliques! Voici que sa poussière est un trésor « pour lon indigence. » Voici encore le témoignage de Timothée Il dans son livre sur les sept sacrements de D Église. [| dit: « Nous avons hérilé des châsses et des « lombeaux des saints que nous vénérons®. » Voici celui de Ebd-Jésus de Nisibe dans sa Collection 5 (part. IV, sect, 12) : « Le synode œcuménique a voulu que les ossements de « ceux qui ont été couronnés pour le Christ dans le martyre de la « vraie foi fussent placés dans les églises et les monastères, pour

1 Partie du Bréviaire syrien qui répond au Commun des Saints dans le nôtre. ? Parties du Bréviaire syrien qui répondent à peu près au fropre des Sainisel au Propre du Temps de nos Bréviaires latins. 3 Litiéralement : Nous son-mes bénis par eux. 1 Voir une des notes précédentes. 5 C'est le mème ouvrage appelé plus haut Centuries. LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 517

s procurer du secours à ceux qui en ont besoin. » 1l a un chapitre spécial sur l'honneur dû aux martyrs et à leurs ossements et sur la célébration de leur fête, et, au chapitre x11 de sa Collection de Canons, il dit: « Celui qui ne les honore pas est le compagnonet le complice de « ceux qui renient le Christ et méprisent les saints. »

Le point capital de l'erreur des Protestants, celui dont ils s'enor- gueillissent sottement et dont ils sont fiers, alors que précisément ils se condamnent eux-mêmes par là, c'est qu'ils admettent les Livres Saints en les proclamant la seule règle de la foi. Or, ces Livres Saints les condamnent eux-mêmes. Premièrement, parce qu'ils murmurent contre ces Livres el rejettent en beaucoup de points la doctrine qui s'y trouve contenue, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut. Secondement, parce qu'ils pervertissent la parole divine par leurs inlerprétations nouvelles, et qu'ils méprisent les vraies interpréla- tions que les saints Pères ont transmises depuis la tradition aposto- lique que les Protestants, par un orgueil satanique, prétendent eux- mêmes posséder. Troisièmement, parce qu'ils retranchent, rejettent et méprisent certaines parties des Livres Saints. En cela, ils méprisent audacieu- sement 2 parole de Dieu, la divine Écriture inspirée par l'Espril- Saint. — L'Église de Dieu a, de tout temps, admis et compté au nombre des Livres Saints : l’Ecclésiastique, la Sagesse, les Macha- bées, etc. Or les Protestants les ont rejelés, méprisés, retranchés du canon des Livres Saints. Quelle stupidité! Et ils ne rougissent pas, mais au contraire ils se glorifient; ils disent qu'ils honorent la sainte Écriture et qu'ils n'edmettent qu'elle! Et c'est en cela précisémenl que leur mensonge est manifeste.

Et maintenant que vous connaissez ces choses, frères bien-aimés, comment pourrez-vous écouter ces séducteurs, ces ravisseurs des âmes, de nos gloires et des vôtres, ces menteurs ? Échangerez-vous le précieux or pur de la foi apostolique de vos Pères et de nos Pères, que l'Église de Rome et le successeur de Pierre, vicaire du Christ, vous invite à consolider, à affermir, à conserver, pour la boue du mensonge de ces disciples de Luther qui, à cause de ses débauches, de ses œuvres détestables, de sa révolte, a été chassé de l'Église de Rome et de toute l'Église catholique? Vous voyez par les saints Pères, par les traditions apostoliques qui sont les vôtres el les nôtres, qu'il est digne d’anathème et de mépris, lui et ses dis- ciples trompeurs qui viennent à vous sous l'apparence de la charité et sous l'aspect d'agneaux, mais qui ne sont au dedans que des hommes méprisables et des loups ravisseurs. Ce qui parait constituer une différence entre nous et vous dans | dogme, c'est que nous, nous confessons que le Christ Notre-Seigneur subsiste en une seule personne divine et que la Bienheureuse Marie n'est pas seulement Mère du Christ, mais qu’elle doit être appelée el qu'elle est Mère de Dieu. Or cela est venu, comme il arrive souvent, 518 REVUE ANGLO-ROMAINE

d'une mésintelligence de mots et d'une confusion de la foi catholique avec l'erreur des Jacobites ‘ qui fait Dieu passible. Nous comme vous, el vous comme nous, tous ensemble nous con- fessons que Jésus-Christ est un; que son hypostase et sa personne est nécessairement une; que cette hypostase est nécessairement divine et non humaine, parce que cette hypostase divine l'emporte en excellence et qu'elle soutient la nature humaine. L’hypostase divine, en effet, dans le Christ, soutient la nature humaine. S'il y avait en lui deux hypostases, alors le Christ-homme ne serait pas nommé vraiment Dieu; et l'adoration ne conviendrait pas à la personne humaine, et toutes ses actions seraient humaines et non divines. La personne n'est pas la nature ou essence. Dans le Christ, il y a deux natures, la nature divine et la nature humaine. Marie sa mère n'a pas enfanté la nature divine, mais la nature humaine seulement. Cependant elle est digne d’être appelée la Mère de Dieu, c’est-à-dire de Dieu le Verbe, la seconde personne, le Fils qui a revêtu la nature humaine et s'est faithomme. C'est-à-dire que, quand il a pris un corps et s’est uni personnellement à l'humaails parfaite dans sa nature, il a été enfanté par elle, de même que tout homme, bien que quant à son corps seulement, est enfanté par sa mère. — Chacun est appelé intégralement le fils de sa mère, bien que sa mère n'ait point eu part à la formation de son âme. Mais, parce que le corps, qui est uni à l'âme pour constituer une seule personne. a été enfanté par elle, on lui attribue la maternité de l'homme tout entier. Et s'il en est ainsi dans les choses humaines, à combien plus forte raison dans les choses divines qui dépassent l'intelligence et sont hors de comparaison. Cependant on se sert des premières pour exposer et faire comprendre [les secondes]. Loin de nous la pensée de faire passible Dieu qui est impassible et immortel. Cependant celui qui a souffert et qui est mort, c'est-à- dire le Christ, est Dieu, à cause de sa personne divine; mais on ne dit pas qu'il a souffert ni qu'il est mort dans sa nature divine, loin de là, mais dans sa nature humaine. Comme les Jacobites disent qu'il n'y à qu’une seule nature dans le Christ, et que c'est la nature divine, ils sont justement blämés êt considérés comme faisant Dieu passible, puisqu'ils ne distinguent point la nature divine de la nature humaine. Nous qui les distin- guons, nous sommes dans la vérité et dans l'orthodoxie. Levez-vous donc! Débarrassez-vous du poids aceablant de ligmr rance, Ô frères bien-aimés! Comprenez qu'il n'est pas possible que votre petite Église soit l'Église catholique du Christ. Éloignez-vous de l'erreur et des séducteurs qui sont éloignés de l'Église. Venez courageusement à Pierre, source de vie, héraut de charité et de vérité pour tous les fidèles du Christ. Près de lui vous trouverez la vie qui s'anémie en vous et est sur le point de dispa- raître; un mur qui vous garantira des loups; la vertu divine qui voi

1 Syriens Monophysites, ainsi appelés du nom de Jacques Barradée, leu auteur, LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 519

enrichira de ses dons spirituels comme les autres affranchis du Christ, vous fera croître, vous fortifiera contre les ravisseurs et les ennemis de votre bien; l'honneur et la gloire de votre noble nation en ce monde et dans les générations futures de vos descendants; enfin la vie éternelle. Ainsi soit-il! Nous ne croyons pas nécessaire de parler de la gloire de cette région orientale, ou de notre liturgie qui vient des Apôtres, pour ne pas paraitre vouloir nous glorifier de choses qui ne sont pas nôtres ou qui sont inutiles. L'Apôtre dit en effet: « Que celui qui se glo- crifie, se glorifie dans le Seigneur ‘ » et: « Que chacun examine son « œuvre, et ainsi il se glorifiera en lui-même et non dans les autres. « Chacun, en effet, portera son fardeau . » Cependant, il nous serait permis de nous glorifier et de persévérer dans cette glorification, à nous enfants des premiers Pères qui sont venus nous apporter, avec le christianisme, cette liturgie particulière vrnée de privilèges que n'ont point les autres. C'est la liturgie mène du Seigneur que l'on emploie dans cette Eglise pour la célé- bration des mystères. Le rite de la messe que nous avons reçu porte le nom et vient des Apôtres ; et le rite de beaucoup d'autres céré- monies porte le nom des Pères qui sont venus dans les siècles sui- vants, Ils nous les ont transmis dans la langue de nos Pères qui est celle que parlaient leChrist et les Apôtres, c'est-à-dire, sans conteste, notre langue syriaque ou chaldéenne. Notre liturgie est la première, celle d'où sont sorties et dérivées toutes les autres. C'est dans cette liturgie que les Apôtres ont consacré dans la première église, dans le cénacle de Jérusalem. Sa simplicité même confirme cette assertion. Dans toutes les liturgies il y a des mots grecs, comme par exemple Kyrie eleison, qui prouvent qu'eiles sont dérivées de la liturgie grecque. Dans la nôtre, il n'y à aucun mot grec, parce qu’elle fut réglée avant les liturgies grecques, et il n'y en a point d’antérieure à elle, car c’est celle méme de Jérusalem qui fut apportée de là chez nous par les bienheureux Apôtres Mar Thomas, Mar Adée, Mar Maris, nos évangélisateurs. Si quelqu'un considère les temps antérieurs au christianisme et la noblesse de notre race, là encore nous pouvons nous glorifier. Abra- ham est sorti de notre race, et ie Christ Notre-Seigneur est sorti d'Abraham selon la chair. Avant toutes les nations du monde nous avons cru dans le Christ et nous l’avons adoré, nous lui avons offert des présents dans la personne des Mages, qui appartenaient incon- testablement à notre race. Continuons donc, fils bien-aimés et véné- rables frères, à nous glorifier en considérant la noblesse tout à la fois temporelle et spirituelle de notre nation, mais surtout conser- vons soigneusement cette noblesse par notre persévérance, notre

VI Cor., 1, 34, 3 Gal., vi, 4-5. 3 Selon la tradition constante des Églisos orientales, Papôtre saint Thomas, 56 rendant aux Indes, où il mourut, précha d'abord à Édosse et dans les environs de cette ville, puis il laissa dans ces contrées ses deux disciples Addée et Maris, qui continuérent d’évangéliser ce pays et en sont considérés comme les Apôtres, 520 REVUE ANGLO-RONAINE

cfflorescence dans la foi orthodoxe et les œuvres solides qui plaisent à Dieu, afin qu'il approuve les motifs de notre orgueil et nous fasse prospérer. C'est lui qui a disposé et réglé toute chose dans l'Eglise. afin que chacun travaille selon son rang et sa position pour plaire en tout à Notre-Seigneur, au Maître que nous confessons, au Chris Jésus, avec pureté et zèle, sans vaine gloire, sans envie ni jalousie. dans là mesure des moyens que Dieu nous a départis. « Ce n'est pas « celui qui se glorifie lui-même qui est glorifié, mais celui que Dieu « glorifie 1. » « Que le Dieu de paix réduise promptement Satan sous vos pieds et que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen !

« Donné à Mossoul, dans la résidence patriarcale de Babylone des Chaldéens, le 24 avril, en la fête de saint George, l'année 1893, de notre patriarcat la première. » + Georges Enn-Jésus V, Patriarche de Babylone des Chaldéens.

(Suit la traduclion syriaque de la letire apostolique Orientalium dignitss Ecclesiarum.)

                                 II

      A NOTRE FRÈRE RÉVÉRENDISSIME, MONSEIGNEUR SIMÉON,
                 CATHOLICOS, PATRIARCHE DE L'ORIENT.

  Georges Ebd-Jésus V, catholicos, patriarche de Babylone, salue
       Votre Excellence dans la charité de Notre-Seigneur.

Bien que jusqu'à présent, par suite des circonstances, il n'y ait point eu échange de lettres entre nous, cependant, 6 très vertueux [prélat]}, l'amour et l'estime que nous nourrissons pour vous ne se sont point diminués ; ils vont, au contraire, en croissant en mêm® temps que notre vieillesse à tous deux. Pourquoi, en effet, 6 excel- lent frère, ne nous chéririons-nous pas mutuellement, nous qui nous trouvons placés en qualité de pasteurs [à la tête} de ce cher peuple, si noble par sa race et par sa renommée ? de ce peuple qui, depuis le commencement du christianisme, a enduré d'une manière admi- rable tant d'angoisses, de supplices, de persécutions de tous genres, pendant l'espace des siècles, à travers les vicissitudes des empires de la terre, pour le nom et l'amour du Christ, le Roi éternel? Cest sur celui-ci qu'est basé fortement l’espoir que nous avons, à révéret- dissime frère, qu’il empèchera et fera cesser, par la vertu de s grâce, les intrigues qui ont été l'obstacle à l'union de charité et de fraternité par laquelle, nous l’espérons, « sera renouvelée la jeunesse de votre vie comme celle de l'aigle », et sera exalté le nom de LIT Cor., x, 18.

notre nation, en croissant dans le bonheur et la gloire que possèdent plus ou moins les autres nations chrétiennes tant au point de vue spirituel qu’au point de vue matériel. Faisons donc des prières pour que cette bonne occasion ne nous échappe pas, avant que nous soyons surpris par le jour terrible, — qui n'est pas éloigné, —— dans lequel chacun devra rendre un compte exact de toutes ses actions ; « car il est effroyable de tomber entre les mains du Dieu vivant !, » En ce qui concerne notre faiblesse, nous sommes prêt à faire tout ce que vous souhaitez et tout ce qu'il est possible de faire convena- blement et canoniquement en vue de cette désirable union ; et ül nous est bien agréable d’imiter saint Paul, qui désirait être anathème pour ses frères et ses proches selon la chair et la race ?, Le désir de Notre Très Saint-Père, successeur de saint Pierre, à ce sujet, ne vous avait-il pas déjà été manifesté antérieurement, à vous, en particulier, d’une manière très claire et très précise ? Or, mainte- nant, par cette Lettre qu'il a publiée et que vous recevez, savoir, la « Lettre apostolique sur la conservation des rites orientaux », il se prononce de nouveau, d'une manière générale, très fortement en faveur des rites et des disciplines de notre Eglise et de nos Pères, qui : sont si anciens et si glorieux, y défendant de la manière la plus absolue tout changement, toute suppression, toute négligence de la part de qui que ce soit. Quel peut donc être maintenant l'obstacle, quel motif peut désor- mais raisonnablement s'opposer à cette union si désirée ? Serait-ce parce qu'on doit accepter le Pape de Rome pour le suc- cesseur de Simon-Pierre et lui obéir comme au Père et Chef de toute l'Église, appeler l'Église de Rome Mère de toutes les Églises, ad- mettre que d'elle doivent sortir les sentences judiciaires et les déci- sions pour le reste des Églises ? — Observez que vos Pères et les nôtres, dans toutes leurs glorieuses générations, dans les premières, dans les moyennes, dans les dernières, n'ont cessé de professer per- péluellement et constamment cette traditionnelle croyance apos- tolique. Narsaï écrit: « Le prince des disciples obtint en partage la mère des villes » (c'est-à-dire la métropole du monde) « et il y fixa, comme dans la tête, les yeux de la foi. Or, si Rome est le siège assigné à Pierre par le Saint-Esprit, si elle est devenue par conséquent la princesse des Églises comme elle était la princesse de toutes les cités et si, dans cette tête 5, saint Pierre a fixé les veux, c'est-à-dire toute la lumière de la foi, qui doutera, après cela, que toutes les Églises ne soient obligées de lui obéir ; que d'elle ne doive dériver la lumière qui éclairera leur obscurité; que, par conséquent, il ne peut exister, sans les yeux fixés à Rome, aucune lumière pour le corps visible du Christ qui est son Église ? !Hébr., x, 31.

— Telle est la doctrine de Narsaï, la Harpe de l'Esprit-Saint, la Langue de l'Orient ‘. Cette même tradition apostolique, basée sur les paroles de Notre- Seigneur à saint Pierre, a été transmise à tous les autres siècles. Nous voyons, entre autres, Elias , « évêque d’Ahebar (ou Pôrnz- Schâpor), la proclamer très explicitement quand il écrit ainsi ?: «il «fle Christ] a constitué en terre son successeur, en l'appelant la «pierre de l'édifice ;il a choisi et placé sur la terre un procureur pour « les Eglises: c'est Simon, le vénérable Bar Jona, le fondement de « la Foi.» Donc, Simon Pierre, selon la doctrine de ces Orientaux est : 4° le successeur de Jésus-Christ ; — % la pierre sur laquelle est bâtie son Église ; — 3° le procureur général, c'est-à-dire le directeur et le ré- gulateur non pas seulement de l'Église de Rome, mais aussi de toutes les autres: — 4° la base de la Foi. Et par conséquent, là où n'est pas Pierre, là le christianisine n'a pas de base, les Églises n'ont point de directeur, le Christ n'a point de représentant dans le monde. Si done Pierre est le vicaire de Jésus-Christ, il s'ensuit qu'on lui doit nécessairement honneur et obéissance comme à Jésus-Christ lui- même. Si les adversaires répliquent que ce privilège avait été accordéà saint Pierre personnellement, et non point à ses -successeurs, notre Élias leur répond lui-même, en enseignant que ce Pierre, choisi par Jésus-Christ pour son vicaire, devait durer jusqu'à la fin, ayant reçu une autorité qui devait persévérer à jamais. [l continue en effet de la sorte son poème : « Le Christ ne Fa pas appelé de son nom Sauveur « parce qu'il y eut des sauveurs dans le monde, et qu'il ne voulait « pas abolir l'autorité de Bar-Jona comme il a aboli l'autorité de « ceux-là; il ne l'a pas non plus appelé Christ {oint), parce qu'il f « avait eu des christs en Judée et que le Fils de Dieu, devant les faire « disparaître, ne voulait pas faire disparaitre Pierre avec eux. » — Peut-on parler plus clairement pour démontrer la continuation et la perpétuité de la juridiction de Bar-Jona, et par là mème, de ss successeurs, des héritiers de sa chaire et de sa charge, qui sont les patriarches de Rome ? Il est évident, en outre, que le but etl’intention de l'éternel Auteur de cette institution exigeaient logiquement que la primauté de saint Pierre ne fût pas limitée à sa personne seulement, mais qu'elle passät nécessairement à ses successeurs. En effet: 1° cette primauté est donnée en vuede l'Eglise; orl'Eglis doit durer jusqu'à la consommation des siècles; donc cette primauté doit aussi persévérer avec elle. -— 2 Jésus-Christ a donné cette primauté spécialement et expressément pour les temps qui devaient succéder à l'époque apostolique ; car, au temps des Apôtres, il n'était 1 Ce sont les titres que les Nestoriens donnent à ce docteur (+ v. 505) dont les compositions poétiques et religieuses forment les morceaux les plus saillants de leur office liturgique. : Célèbre écrivain nestorien du dixième siècle. 3 Littéralement » quand il chante » ; il s'agit d’une composition poétique. LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 523

nullement besoin de la juridiction de saint Pierre, tous les Apôlres ayant été également inspirés par le Saint-Esprit et doués de l’infail- libilité. Il'est donc démontré que la primauté dont Notre-Seigneur avail investi saint Pierre devait persévérer constamment dans ses succes- seurs.

Nous tenons à conclure surce point par les paroles des synodes æcuméniques allégués par Ebd-Jésus de Nisibe ‘ etElias, archevêque de Damas ?, dans leurs Collections synodales, où nous lisons: « Que « le Patriarche de Rome ait autorité sur tous les patriarches, comme « le bienheureux Pierre l'avait sur toute l’universalité; parce que « celui de Rome garde le poste de Pierre dans toute l'Eglise, confor- « mémentau précepteque les Apôtresont décrété dansleurs canons; « ainsi, si une province ordonne son patriarche, qu'il ne lui soil « licite de faire quoi que ce soit dans son siège avant de faire hom- « mage au patriarche de Rome en demandant sa bénédiction. El « quiconque transgresse ces canons, le concile œcuménique le con- « damne à l’anathème. » — C'est ainsi qu'il est écrit dans la Co/lee- lion des canons des deux docteurs susdits. Puisqu'il en est ainsi, venez donc, à notre frère, embrassons-nous avec un pur amour, ayant tous les deux pitié du dernier reste de ce troupeau d'Orientaux, afin qu'il ne se perde plus au milieu des loups féroces qui, sous un nom factice et menteur de paix évangélique el sous prétexte d'instruction *, s'efforcent de faire disparaitre les tradi- tions de nos Pères et avec elles notre nom, notre peuple, notre nalio- nalité d’entre les nations de l'univers. Or, lisez attentivement, Ô notre frère, la lettre que nous vous offrons amicalement et que nous avons adressée à vos fils et frères, nos fils, nos compatriotes séparés de nous #, (lisez) aussi la lettre de notre Très Saint Père le pape Léon, que nous avons traduite de la langue latine dans notre noble langue araméenne; et jugez, et décidez avec votre bon sens s’il est juste de différer et de retarder l’œuvre de Funion que le ciel et la terre attendent, dont les anges et les hommes se réjouiront à cause du relèvementde notre Jérusalem, de ce peuple tombé depuis longtemps dans l'isolement et les ténèbres, fatigué, ac- cablé, séparé du corps vivant du Christ. Allons donc vivre et demeurer ensemble en paix et en joie avec les frères de ce peuple dans les tabernacles de Jacob! On dira parmi les nations que le Seigneur a fait de grandes choses pour ceux-ci. « Le « Seigneur a fait de grandes choses pour nous et nous somunts « inondés de jouissances #. » Quant à nous, Ô notre cher frère, nous sommes prêt à être avec vous le second dans le patriarcat; pour qu'alors, en toute union et

accord de charité, chacun de nous, comme dit saint Pierre !, « selon « le don qu'il a reçu de Dieu, rende aux autres comme étantle fidèle « dispensateur des grâces du Christ qui prennent toutes les formes, « (étant) appelé à partager sa gloire, qui sera un jour manifestée, et « à paitre le troupeau de Dieu qui lui a été confié, non en dominant « sur l'héritage du Seigneur, mais en devenant le modèle du trou- « peau par une vertu sincère. » Et « lorsque le Prince des pasleurs « paraîtra, nous obtiendrons une couronne de gloire qui ne se « flétrira jamais; afin que Dieu soit glorifié par Jésus-Christ Notre- « Seigneur, à qui appartient la gloire et l'empire dans les siècles des « siècles. » Amen.

Donné à Mossoul, dans la résidence du Patriarcat des Chaldéens, le 29 mai 1895.

                              GEORGES EpBp-JÉsus V KuAYYATH,
                            patriarche de Babylone pour les Chaldéens.




                                    III

À NOTRE VÉNÉRABLE ET UONORABLE FRÈRE MAR EBb-JËSUS, PATRIARCES

     DE LA BABYLONIE INFÉRIEURE : Salut en Notre-Seigneur.

Après [avoir reçu] le salut pour ta marque d'affection, sache Ta Fraternité que ta missive sous forme de lettre nous est parvenue le 43 du mois de juin. Quant aux choses qui y sont marquées, pour nous, nous n'avons ni projet ni dessein sur ce point et nous n'y son- geons en aucune façon. En effet, environ quatre cents ans après l'ascension de notre Sauveur dans les cieux, les Églises furent sépa- rées les unes des autres, comme l'expose longuement Mar Ebd-Jésus, métropolitain de Nisibe et d'Arménie ? dans son Histoire ecclésiastique, [chapitre] de la division des confessions. Or, depuis ce temps-là jus qu'à nos jours, l'Eglise d'Orient a conservé, sans modification el sans changement, tels que les Apôtres et ses Docteurs les lui ont ensei- gnés, ses rites et ses canons. Cela est certain d'après les livres de nos pères orthodoxes ? qui sont aussi les vôtres. Tu parles d'une secte nuisible, d'un schisme ancien! C'est vous autres qui y êtes tombés. — Quelle est la secte nuisible ? C'est celle qui modifie la parole des Apôtres. — Pour nous, nous garderons jusqu'à la fin la parole des Apôtres, fondement de l'Église orientale. Comme dit l’apôtre Paul : a Si quelqu'un, même un ange du ciel, « vient vous prêcher autre chose que ce que nous avons préché, « qu’il soit anathème {Galat., 1). » Tu parles d'union ! Mais depuis le temps où deux Pères furent sus pendus au bois, l’un en Orient et l'autre en Occident, à la porte

LI Petr,, 1v, 10. ? Voir une des notes précédentes, 8 C'est-à-dire nesloriens. LETTRES DU PATRIARCHE CHALDÉEN AUX NESTORIENS 525

d'Antioche, l'Église du premier siège de l'Orient, l'unité de l'Orient dure jusqu'aujourd'hui, directement par elle-même, et sans confu- sion À; et ceux qui sont sortis [de cette union] ressemblent ? à l'enfant prodigue qui mangea les siliques des pourceaux. S'il y a des gens qui s'entêtent dans ces choses, qu'ils lisent les livres et qu’ils comprennent. Quant aux biens et aux possessions mondaines et diaboliques, ceux qui les recherchent sont [des hommes) charnels. Pour nous, nous nous en tenons à la parole de Notre Suu- veur : « N’acquérez ni or, ni argent, ni autre chose, mais faites-vous « un trésor dans le ciel, où la teigne ne pénètre pas (si) et où les « voleurs ne rongent point (sc). » | Tout ce qu'a dit Notre-Seigneur de l'Église, cela ne se rapporte pas à ses pierres ni à ses édifices, mais bien à celle qui n'a pas perverli la promesse qu'il lui a faite. Que cela, dit en peu de mots, suflise à ta sagesse, et porte-toi bien dans le Seigneur. Écrit dans l'Eglise du siège de l'Orient, le 45 juin 1898.

                                                  + SIMÉON,
                                  Par la gräce divine, patriarche de l'Orient.

Le peuple nestorien même, je l'ai dit, voit d'un mauvais œil les rapports de son patriarche avec:les missionnaires américains: car il n'ignore pas que Mar Siméon a vendu à ceux-ci sa liberté au prix de l'or. Les évêques se voient avec déplaisir sous la domination de ces étrangers, et l’un d'eux, Mar Serguis (Serge), évêque de Ghilu, fit remettre à M® Khayyath, par le messager mème qui remportail la réponse de Mar Siméon, un billet dont voici la traduction littérale :

« Moi, Mar Sergius, évêque de Ghilu, j'ai vu la lettre que tu as envoyée : et je suis dans la stupéfaction. Mar Siméon ne pense rien de cela. Mais moi et ceux de notre nätion qui étaient présents, nous avons ressenti un grand froid à cause du blâme que contient {sa réponse, qui certes n’est point véridique, mais de pure imagination.

                                                   « + SERGUIS,
                                      Par la grâco divine, évèque de Ghilu. »

! Nous traduisons littéralement la phrase, et nous devons avouer que nous ne comprenons pas bicn les allusions de l’auteur, qui ne sont probablement pas plus spirituelles que la suite de sa lettre. À on juger par l'incorrection de son style, Mar Siméon ne connaît guère sa propre languc-que par l'usage. 4 C'est-à-dire les Chaldéens ou Nestoriens revenus à l’unité catholique. LETTRES APOSTOLIQUES DE N. T.S. P. LE PAPE LÉON XI Accordant un Julnlé extraordinaire à la France

                       LÉON XIII, PAPE

      À flous les fidèles de France qui ces Lettres verront
                 Salut et Bénédiction apostolique.

Vers la fin de la présente année, le jour mème de la Nativité de Notre-Seigneur, la France catholique se prépare à célébrer, dans la joie et l'espérance, l’anniversaire d'un grand événement. Quatorze siècles, en effet, se sont écoulés depuis que le roi des Francs, Clovis, cédant aux inspirations de la divine Providence, abjure le vain culte des faux dieux, embrassa la foi chrétienne, et fut purifié et régénéré dans l’eau sainte du baptême. Grande et solennelle fut cette cérémonie, accomplie dans l'église inétropolitaine de Reims, alors qu'imitant le roi des Francs, ses deux sœurs et trois mille guerriers reçurent la même grâce des maïns du saint pontife Remi. Bientôt, moins par sa valeur guerrière et son génie politique que par le secours du Christ, Clovis subjuguait la Gaule presque tout entière, et en réunissait les diverses provinces en un corps de nation. Sous l'influence civilisatrice du christianisme, on vit alors ce nou- veau royaume grandir promptement, s'élever à un haut degré de puissance et bien mériter de l'Eglise. C'est dans ce baptème mémorable de Clovis que la France a été elle-mëme comme baptisée; c'est de là que date le commencement de sa grandeur et de sa gloire à travers les siècles. C'est donc à bon droit que, sous la vive et puissante impulsion de Notre cher fs, Benoît-Marie Langénieux, archevêque de Reims, des solennités extraordinaires se préparent pour célébrer la mémoire d'un si heu- reux événement. Certes, si tant de nobles institutions célèbrent avec bonheur le jour qui rappelle leur origine et leurs commencements, est-il rien de plus juste, rien de plus digne d'une nation que de fêter, à travers les siècles, l’année et le jour où elle est née à la foi chrétienne pour entrer en participation de l’héritage céleste? Naguère, dans une première Lettre, Nous avons brièvement rap- pelé le souvenir de ce mémorable événement; le caractère et la grandeur de ce bienfait, tous les avantages et la gloire qui en étaient résultés pour la nation française. LETTRES APOSTOLIQUES DE N. T. S. P, LE PAPE LÉON XII ‘27

A ces pensées Nous avons joint de pieuses et apostoliques exhortations que Nous inspiraient la plus tendre charité et l'espoir qu'il en sortirait un grand bien. Certes, il sera bon, non moins qus glorieux, de voir la Francé catholique s’ébranler tout entière. rl porler ses regards et toutes ses aspirations, aussi bien vers ce Bapi- tistère béni de Reims, auguste berceau de la religion. que vers l'il- lustre tombeau de Remi, d'où cet admirable Maitre et Pasteur semibli encore prêcher la paix ct l'éfernelle vie. De pieux pèlerinages à ces lieux sacrés, des missions partoil multipliées pour la sanctification des âmes, des aumônes répandurs avec une miséricordieuse profusion, de solennelles actions de grâces, rendues au Christ-Dieu, l’auteur très bon de la prospéril: publique, ces œuvres et d’autres semblables contribueront puissuni- ment à célébrer, comme il convient, ce glorieux et illustre cenli- naire; elles aideront à recueillir les fruits précieux qu’il est permis d'en espérer. Ce résultat sera obtenu, Nous n’en doutons point, si tous ceux qui. en France, se font gloire du nom de catholiques, se souviennent «les exemples de leurs aïeux, si surtout ils font revivre en eux leur fai vive, cette foi solide inspiratrice des grandes choses, qui les tenail si étroitement unis au Siège du Bienheureux Pierre; si enfin, brûlanl de marcher sur leurs traces, ils renouvellent avec une généreuse énergie et ratifient avec une religion profonde les saintes promess:'s de leur baptême. Pour Nous, qui désirons, autant qu'il est en Notre pouvuir, rehausser l’éclat de ces solennités et en augmenter les fruits pour les âmes, il Nous plait dans le Seigneur d'ouvrir extraordinairemeril le trésor des sacrées indulgences. C'est pourquoi, par la miséricoril du Dieu tout-puissant, appuyé sur l'autorité des Bienheureux Print des Apôtres, Nous accordons, en forme de Jubilé, une Indulgenc+ plénière, et la rémission de leurs péchés à tous les fidèles de Franc qui accompliront les œuvres suivantes, conditions de cette précieu-1 faveur : « D'abord, ils devront visiter deux fois deux églises de la ville où de la localité qu'ils habitent; ces églises seront désignées par l. ordinaires respectifs: s'il n’y a qu’une église dans la ville ou dans la localité, ils la visiteront quatre fois. Dans ces visites, ils prieroil quelque temps pour la liberté et le triomphe de Notre Mère la Sainl: ise, pour la paix et l'union du peuple chrétien, pour la conversiuii des pécheurs, et aussi selon Nos intentions. « En second lieu, ils devront faire une bonne confession de leur: péchés et recevoir le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie. « Enfin, ils feront,,selon leurs moyens, quelque aumône aux Pauvres ou à une œuvre pie. « Pour le temps pendant lequel cette indulgence pourra ëlr gagnée, Nous statuons qu’il s’étendra, pour toute la France, du pr mier dimanche du carême à la fête de la Nativité de Notre-Seigneu) de telle sorte que, pendant cet espace de temps, trois semaines coii- 528 REVUE ANGLO-ROMAINE

tinues soient déterminées par chaque ordinaire, pour accomplir les conditions ci-dessus indiquées et gagner l'induigence en forme de jubilé. | « D'autre part, maïs pour la ville de Reims seulement, Nous ac- cordons que la même indulgence puisse y être gagnée aux mêmes conditions, pendant tout l'espace de temps qui s'écoulera depuis le dimanche de la Résurrection jusqu'à la fête de Tous les Saints. « En outre, Nous concédons, aux conditions accoutumées, une indulgence plénière à tous et à chacun de ceux qui assisteront avec religion à la rénovation des promesses du baptême qui doit être faite publiquement dans toutes les églises de France, le jour de la Nativité de Notre-Seigneur. « Nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur, que toutes ces indulgences puissent être appliquées par voie de suffrage. aux âmes qui ont quitté celte vie, unies à Dieu par la charité. « Nous donnons aussi aux confesseurs le pouvoir de dispenser de la communion les enfants qui n'y ont pas encore été admis. « Enfin, Nous concédons à tous les confesseurs légitimement approuvés, pour tout le temps désigné, et en faveur de ceux qui ont l'intention de gagner le Jubilé, tous les pouvoirs que Nous avons accordés par les Lettres apostoliques Pontifices marimi, du 15 fé- vrier 4879, exceptant tout ce qui est excepté dans ces mèmes Lettres. « Nous voulons qu'à tous les exemplaires de ces lettres même imprimés, pourvu qu'ils soient signés d'un notaire et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, la mème foi soit ajoutée qu'on accorderait à la significalion de Notre volonté faite par la production des Présentes.

« Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le VIEI* jour de janvier de l'année MDCCCLXXXX VI, de Notre pontificat la dix-huitième. »

                                         C. Card. pe Rueérero.




                       Le Directeur-Gérant: FEnnanD Porta,

         PARIS, -— IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 7,

{re ANNÉE N° 42 22 FÉVRIER 1896

                            REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

    p

Tu cs Petres, et su- Spiritus Sanctus po-

per hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecolesiam gore Ecclesiarn Dei. meam ... et tibi dabo claves ... ACT. xx. 18. Matra. xXvI. 18-19.

                             SOMMAIRE :
                                       .                                      PAGES
       Man Gaspanri....     De la valeur des Ordinations anglicanes....           529
                            Chronique..............................s..            558
                            Livres et Revues........... sosie                     559
               Docuwexrs.   M. Khomiakoff et l’Église orthodoxe. — Le
                              Cardinal Vaughan et la « Vie du Cardinal




                                 PARIS
        RÉDACTION              ET ADMINISTRATION
                            17, RUE CASSETTE


                                    1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

                FRANCE                     |                         A LA PAGE:

UN AN...                               20 fr.             La page... doses .                 40fr
SIX MOIS ........,.......              44 fr.             La 4/2 page ...... ......          20fr.
TRo!s MOIS ...............              6 fr.             Le 4/4 page.............           40 fr.

                                                             |       À LA LIGNE :
             ÊTRANGER
UN 4AN..............                           fr         Sur 4/2 colonne: laligne..          Afr.
SIX MOIS.............,...              43 fr.
TROIS MOIS...............               7 fr.
                                                            Les annonces sont reçues
         MÉR        FRANCE.... O fr. 50                   aux bureaux          de       la Revue,
LE NUMERO           ÉTRANGER.. 4 fr. »                    17, rue Cassette, Paris.

  Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que {a
                    responsabilité des auteurs.




   L'UNION DES ÉGLISES
           L'ÉGLISE ANGLICANE ET L'ÉGLISE ROMAINE
                         DISCOURS PRONONCÉ A BRISTOL
    à                           .     Le 44 FÉvRIER 1895

                                                    PAR


                       LE VICOMTE HALIFAX
                           MEMBRE DE LA CHAMBRE DES LORDS



          Traduit par M.            L. Brunet,            et précédé d'une préface

                              PAR FERNAND DALBUS                                    |
             PARIS, LIBRAIRIE CHARLES POUSSIELGUE, RUE CASSETTE, 15
                                                                 h    recevrait jeunes anglaisà
                                                      PRETRE la campagne près Paris
PROFESSEUR licencié ès lettres
                           Leçons   particu-
lières de latin, grec, littérature et philo-          pour apprendre le français. Excellentes
sophie, spécialement recommandé. S'a-                 références. S'adresser M. B. aux      bureaur
dresser G. À. aux bureaux de la Revue.                de la Revue.



                                                      LECON           jeune bomme habitant Pa-
PROFESSEUR de Sciences phy-                                      \     d'anglais offertes par un
                           giques     et   natu-
relles. Préparations aux baccalauréats et ris, mais ayant longtemps résidé en Angle-
au premier examen du doctorat en méde- terre, en échange de lecons d'allemand —
cine. Spéciatement recommandé. S'adres- Références sérieuses exigées de partet d'au-
ser M. G , aux bureaux de la Revue.       tre.S'adresser H. D. aux bureaux de la Rerue.



                                                             FESSEUR longtemps résidéEs-

: DAME très honorablos, la mère et la d'anglais, syant fille, habitant entre lo Troca- déro et le bois de Boulogne, prendraient PRO à Londres, désire lecons à domicile. dames pensionnaires. Confort et prix mo- cellentes références. S’adresser V. aux bu- dérés, reaux de la Revue. . DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES (Suite et fin.)

                              IV


   SI LES ORDINATIONS ANGLICANES SONT NULLES OU DOUTEUSES

              PAR DÉFAUT D'INTENTION DU MINISTRE
  1. 11 n’est pas besoin de rappeler que, pour la validité des sacre- ments en général et de l’ordination en particulier, une des condi- lions nécessaires est l'intention du ministre, l'infentio saltem faciendi quod facit Etclesia. Telle est la doctrine catholique définie par le con- cile de Trente dans le canon II de la session VII : « Siquis dixerit « in ministris, dum sacramenta conficiunt, non requiri intentionem € saltem faciendi quod facit Ecclesia, anathema sit. » En outre, c’est une doctrine théologiquement certaine que, pour la validité du sacre- ment, l'intention intérieure du ministre est nécessaire; l'intention purement externe ne suflirait pas. Si donc il était prouvé que les évèques anglicans, en faisant les ordinations, n'ont pas eu cette intention, ou bien qu'ils ne l'ont pas eue à un moment quelconque de l'histoire du schisme anglais, il s'ensuivrait évidemment que leurs ordinations ne sont qu’apparentes. Les catholiques qui contestent la validité des ordinations anglicanes insistent principalement sur ce défaut d'intention. Dom Bède Camm, dans la Revue Bénédictine, décembre 1894, va jusqu'à dire que la question de la nullité ou de la validité des ordinations anglicanes serait aujourd'hui réduite à ce seul point de l'intention du ministre. S. Em. le cardinal Vaughan, dans sa lettre du 2 octobre 1894 à M. I. D. Howel, insiste aussi presque exclusivement sur ce point. :

  2. Je dois maintenant examiner si ce défaut d'intention est réel- lement prouvé au for externe. Je commence par donner les argu- ments en faveur de l'intention; je passerai ensuite aux arguments contraires.

  3. Les évêques anglicans, disent les partisans de la validité des ordinations anglicanes, en conférant les ordres, veulent faire de REVUE ANGLO-ROMAINE. = T, L = 34, - 530 REVUE ANGLO-ROMAINE vrais diacres, de vrais prêtres, de vrais évêques. Si cette intention générale des évêques anglicans avait besoin d'être prouvée, elle résulterait évidemment de l'Ordinal lui-même. En effet, nous lisons dans la préface mise en tête de l'Ordinal : « Manifestum est omnibus « Sacram Scripturam et veteres auctores diligenter perlegentibus « extitisse in Ecclesia Christi ex Apostolorum teruporibus hosce « ministrorum Ordines, episcopos, presbyteros et diaconos. Que « quidem munera ia magni semper æstimabantur ut nemo propria < auctoritate ullo eorum fungi auderet, nisi qui jam vocatus esset, ES probaius, examinatus et eidem ‘sustinendo par esse satis cognitus; # = « et præterea per preces publicas cum impositione manuum ad ïüd « approbatus et admissus. [gitur, gus is4 ordines in Ecclesia Anglicana « conservant possint, el reverenha debila usurparti el æstimari, sancitum est ut « nemo (nondum Episcopus, Presbyter, Diaconusve existens) ullum eorum exsequatur, nisi qui secundum ritum sequentem vocatus, probatus, us # « examinatus et admissus fuerit. » Les prières et les cérémonies qui se trouvent dans l'Ordinal pour chaque ordination contiennent les mêmes idées. Ainsi, par exemple, pour la consécration épiscopale l'archevêque commence par réciter une prière, dans laquelle il dit: Tribue, quesumus, eam gratiam omnibus episcopis, Ecclesiæ tu pasto- ribus, etc.; ensuite on lit les passages des divines Écritures qui se rapportent aux évêques; enfin les deux évêques assistants présentent à l'archevêque le candidat, en disent : Reserendissime in Deo Pat. præsentamus fibi hunc pium doclumque v'irum ut in episcopum ordinetur # consecretur, etc. Il s'agit donc dans l’Ordinal de faire des diacres, des prêtres, des évêques, comme l'ont voulu le Rédempteur, les Apôtres, l'Église primitive, comme les avait eus jusqu'alors l'Église d'Angle- terre; et puisque les évèques anglicans, en faisant les ordinations. se servent précisément des rites de l'Ordinal, nous devons en conclure, jusqu'à preuve du contraire, qu'en faisant les ordinations ils ont la même intention. Or cette intention est certainement suffisante pour

. .. la validité des ordinations, puisqu'elle équivaut à l'infenho sallem faciends quod facit Ecclessa.

du 29. À cet argument, qu'on pourrait appeler intrinsèque, vient s'en joindre un autre tiré de certains documents que j'ai cités dans le paragraphe II de cette étude. Ainsi, par exemple, la reine Marie dil qu’on doit regarder comme nulles les ordinations faites juxta novum ordinandi modum, c'est-t-dire d'après l'Ordinal de 1530 et de 155? (n. 43). Par conséquent sont valides les ordinations faites par les évêques schismatiques ou hérétiques suivant les rites catholiques avant l’Ordinal; et après l'Ordinsl, ces ordinations sont nulles à cause de l'insuffisance du rite plutôt que par le défaut d'intention. Sans doute, le Cardinal Pole semble réserver la question de l'inten- tion (n. 45), mais Paul IV ne fait dériver la nullité de }'épiscopat que DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 531

de l'insuffisance du rite : non in forma Ecclesiæ : il semble bien admettre la validité des ordres conférés par un évêque sacré in forma Ecclesie, quoique schismatique et hérétique autant que les autres; il reconnaît donc l'intention nécessaire chez l’évêque, ministre des consécrations et des ordinations {(n. 47).

  1. Tels sont les arguments en faveur de l'intention du ministre des ordinations anglicanes. Ils s'appliquent, on le voit, aussi bien à Barlow, principal consécrateur de Parker, qu'aux autres évêques auglicans conférant les ordres d’après les rites de leur Ordinal. Il ne serait pas loyal de contester la gravité de ces arguments. Nous devons maintenant examiner les arguments contraires et nous ver- rons que si plusieurs, inspirés par la polémique, sont sans valeur, cependant ils ne sont pas tous à dédaigner.

  2. L'évêque anglican, disent les partisans de la nullité des ordi- nations anglicanes, pour conférer les ordres, se sert d’un Ordinal fait par des hérétiques avec des intentions hérétiques, et bien dif- férent des Pontificaux catholiques : cela indique bien qu’il n'entend pas faire ce que fait l'Église catholique dans l’ordination. Ainsi rai- sonne le pape Zacharie dans le canon Retulerunt, dist. 4, De consecra- tions, dans le décret de Gratien. On avait rapporté au Pape qu'un prêtre, ne sachant pas la langue latine, corrompait la forme du bap- tème de la manière suivante : Zn nomine Patria et Filia et Spirita sancta, et que saint Boniface, l'apôtre de la Germanie, avait ordonné que tous ceux qui avaient été baptisés de cette manière fussent baptisés de nouveau. Le pape écrivit à ce sujet à saint Boniface et il lui dit : « Sed, sanctissime frater , si ille qui baptizavit, non errorem introdu-

« cens aut hæresim, sed pro sola ignorantia humanæ locutionis «infringendo linguam, ut supra fati sumus, baptizans dixisset, non “possumus consentire ut denuo baptizentur. » Le Pape reconnait donc que le baptême est nul, si la forme est modifiée ad errorem indu- cendum aut hæresim, le changement étant alors un indice clair de l'intention du ministre de ne pas faire ce que fait l'Église. Ainsi raisonne saint Thomas in 3 p., q. 60, a. 8: se demandant s’il est permis d'ajouter ou de supprimer quelque chose dans la forme des sacrements, il répond : « Si quis intendat per hujusmodi addi- ttionem vel diminutionem alium ritum inducere qui non sit ab « Ecclesia receptus, non videtur perfici sacramentum, quia non « videtur quod intendat facere id quod facit Ecclesia. » Ainsi raison- nent également d’autres auteurs des plus illustres; parmi lesquels De Lugo, De sacramentis in genere, disp. 41, n. 146, in fine, et d'Anni- bale, Summula Theologie Moralis, vol. III, $ 241, not. 21, 3° edit. : « Quod autem quidam docent sacramentum non valere si minister « immutaverit aliquid accidentaliter ut novum ritum vel errorem in- 532 REVUE ANGLO=ROMAINE « troducat, sic accipiendum est, quia non creditur habere intentio- « nem faciendi quod facit Ecclesia... Quæstio igitur in præesun- « ptionem recidit et facti non juris est. » Dans notre cas l'Ordinal ne fut-il pas composé précisément ad inducendum novum ritum el erroren aut hæresim ?

  1. Le raisonnnement est certainement spécieux, mais il ne me paraît nullement concluant. Il faut remarquer d'abord que ce rai- sonnement ne vise pas seulement les ordinations anglicanes; il est général pour tous les sacrements administrés suivant un rite diffé- rent du rite catholique. Il faut remarquer ensuite que celui qui administre un sacrement avec un rite différent du rite catholique, n'a certainement pas l'intention de faire ce que fait l'Église catho- lique au sens matériel des mots, c'est-à-dire d'observer exactement tous les rites de l'Église catholique. Mais ceci n’est pas nécessaire pour la validité du sacrement : il suffit, en ce qui concerne l'intention qu'il ait l'intention de faire par son rite ce que fait l'Église catho- lique par le sien, quoique différent. La question est donc celle-ci: Si le sacrement est administré suivant un rite différent du rite catho- lique, est-ce une raison suffisante pour conclure, au for externe, que le ministre n’a pas eu l'intention de faire ce que fait l'Église catho- lique ?

  2. Dans toutes les questions de la théologie révélée, mais surtout dans celles relatives aux sacrements, matière toute positive, laissant de côté les théories & priori, nous devons nous inspirer uniquement de la doctrine et de la pratique de l’Église, fidèle gardienne de la volonté du Christ dans l'institution des sacrements. Quelle est done ici la doctrine et la pratique de l'Église?

  3. Plusieurs sectes non catholiques (hérétiques ou schismatiques ont conservé le baptême; mais, tout en le donnant avec la matièreel la forme néccssaires, elles ont certainement varié dans d'autres rites non essentiels, supprimant les uns, en ajoutant d’autres, toujours dans une pensée hérétique ‘. Quand la question de la validité ou de la nullité de ces baptêmes a été discutée, l'Église ne s'est jamais préoccupée que d'une chose, c'est-à-dire si la matière et la forme étaient exactement observées; dans le cas affirmatif, elle s'est tou- jours prononcée pour la validité, sans tenir aucun compte des autres différences; dans le cas négatif, elle s’est toujours prononcée pourla nullité à cause de l'insuffisance du rite et non pas à cause du défani

À « Si quis dixerit receptos et approbatos catholicæ Ecclesiæ ritus in sotemni « sacramentorum administratione adhiberi consuetos aut contemni aut sine pef- « cato a ministris suo libito omitti aut in novos alios per quemeunque Ecclesiarum « pastorem mutari possé, anathema sit.» Concile de Trente, sess. VII, can. x. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 533

d'intention. Cela pourrait être prouvé par de nombreux exemples : comme il s’agit d’une chose certaine, il me suffira de rappeler la réponse de la S. C. du Saint-Office citée au n° 40 de cette étude ; et les déclarationsde la même Congrégation approuvées par Pie VIII le 17 novembre 1830 : « 1° Quoad hæreticos quorum sectæ ritualia « præscribunt collationem baptismi absque necessario usu materiæ «et formæ essentialis, debet examinari casus particularis. 2° Quoad « alios qui juxta eorum ritualia baptizant valide, validum censendum « est baptisma. » De même pour les ordinations : le Saint-Siège a déclaré valides les ordinations de plusieurs sectes hérétiques ou schismatiques, qui avaient sans doute supprimé ou modifié bien des rites catholiques et en avaient introduit de nouveaux dans une pensée hérétique, tout en conservant cependant la matière et la forme essentielles.

  1. Cette conduite constante de l'Église n'est pas en contradiction avec les autorités qui ont été citées plus haut. En effet la suppres- sion ou le changement de quelque rite catholique dans l’adminis- tration d'un sacrement constitue au for externe une présomption que le ministre n’a pas l'inéentio faciendi quod facit Ecclesia. Saint Thomas n'a pas voulu dire autre chose, et c’est ainsi que l'ont compris ses commentateurs, parmi lesquels cependant quelques-uns semblent pousser trop loin cette présomption. Mais cette présomption doit céder à d’autres présomptions plus fortes qui prouvent chez le mi- nistre l'intention de faire par son rite ce que fait l’Église par le sien.

Telle est, par exemple, l'observation de la matière et de la forme nécessaires. « Si materiam et formam adhibeant, dit, en parlant des hérétiques, le Cardinal Petra dans son commentaire de la deuxième constitution de Grégoire XI, n° 40, « præsumendum est habere inten- « tionem baptizandi; alias non baptizarent; quod etiam satis est ut « baptisma collatum a Calvinistis sit validum, quamwvis ipsi nullam cefficaciam baptismo tribuant. » Voilà pourquoi l’Église, dans ce cas se prononce toujours, au for externe, pour la validité du sacrement, malgré les autres changements dans le rite. Si même la matière et la forme nécessaires ne sont pas conservées, il peut y avoir d’autres preuves de l’intention du ministre ; mais, dans ce cas, il est inutile de discuter sur l'intention du ministre, le sacrement étant nul rafione rilus. C'est le cas des paroles : in nomine Patria et Filia et Spirita Sancta dans la réponse du Pape Zacharie. S'il ne s’agit pas d'un simple défaut de prononciation, si le changement a été fait exprès, ad errorem infroducendum el hæresim, cette forme, dans son sens grammatical, signifle que le baptême est conféré au nom de trois femmes; par conséquent elle est insuffisante, méme si le ministre voulait faire, en employant cette forme, ce que l'Église fait en se servant de la sienne. 534 REVUE ANGLO-ROMAINE

  1. Les partisans de la nullité des ordinations anglicanes allèguent, pour prouver le défaut d'intention nécessaire, un autre argument. Les évêques anglicans, disent-ils, sont les ministres, les représer- tants de l'Église anglicane. Or l'Église anglicane n’admet point la présence réelle, ou du moins le sacrifice de la messe, le sacrement de l’ordre, le caractère sacramentel. Par conséquent nous devons inférer que les évêques anglicans n’admettent pas non plus ces vérités. Et comme notre intention est déterminée par nos croyances, nous devons en conclure que les évêques anglicans, en conférant les ordres, n'ont pas l'intention de conférer le pouvoir d'ordonner, le pouvoir de consacrer, le pouvoir d'offrir le sacrifice et de servir à l'autel comme diacre ; ils n’ont pas l'intention de faire un sacrement, d'imprimer le caractère sacramentel, c'est-à-dire qu'ils n’ont pas l'inéenhio saltem faciendi quod facit Ecclesia. Cet argument a une force

toute particulière pour Barlow, qui, lui, n’admettait certainement pas ces vérités.

  1. Il n’est pas facile de dire quelle est actuellement au juste et quelle a été dans le passé la doctrine de l'Église anglicane relative- ment à la présence réelle de Jésus-Christ sous les espèces sacramen- telles, au sacrifice de la messe, au sacrement de l'ordre, au caractère et à la grâce sacramentelle : points pourtant capitaux de la doctrine religieuse. Pour ne parler que du saint sacrifice de ka messe, de nos jours plusieurs anglicans l’admettent comme dogme de l'Église an- glicane, et expliquent d'une manière plus ou moins heureuse les ob- jections tendant à prouver que leur Église a enseigné autrefois le contraire. D'autres le nient, comme le fait observer le Cardinal Vaughan dans la lettre que je cite (Appendice Il, prétendant égale- ment suivre en cela la doctrine de l'Église anglicane. Si nous remon- tons à l'origine du schisme, il ne paraît pas douteux qu'à la fin du règne d'Édouard VI et sous celui d'Élisabeth telle était en réalité ls doctrine de l'Église anglicane ou du plus grand nombre de ses évèques. En effet l’article XXXI° de la confession anglicane dit ex- pressément: « Oblatio Christi semel facta, perfecta est redemptio. « propitiatio et satisfactio pro omnibus peccatis totius mundi tam « originalibus quam actualibus. Neque, præter hanc unicam, est ulla « pro peccatis expiatio : unde missarum sacrificia quibus vulgo dice- | DE LA VALREUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 535

;ÿ _« batur sacerdotem offerre Christum in remissionem pœnæ aut culpæ | « pro vivis et defunctis, blasphema figmenta sunt, et perniciosæ im- « posturæ. » Cet article fut adopté en 1552 et inscrit parmi les 42 ar- ticles autorisés ; supprimé par la reine Marie, il fut rétabli par Élisabeth et prit place parmi les 39. Comme commentaire de cet article, la messe fut supprimée, remplacée par la cérémonie de com- munion, les autels furent détruits, remplacés par une table; toute idée de sacrifice fut éliminée du culte et en particulier des rites de l'ordination. Les auteurs de la Dissertalio apologetica de Hierarchia An- glicana, n. 189 sequ., prétendent que l’article XXXI° visait des erreurs contraires au sacrifice de la messe !. Soit ; mais dans cette réaction les anglicans, au moins plusieurs, ne sont-ils pas allés trop loin ? Le sens obvie de l'article et les faits qui l'ont accompagné ou suivi semblent bien l'indiquer. Voyons maintenant dans quelle mesure ces hérésies vicient l'intention du ministre.

    39. D'abord, tout le monde admet que, en général, l'hérésie et le
 schisme du ministre n’entrainent pas nécessairement la nullité de
 l'ordination, pas plus que des autres sacrements; par conséquent,
 ils ne supposent pas le défaut d'intention. Ainsi, l'Église catholique
 a reconnu comme valides beaucoup d’ordinations faites par des héré-
 tiques ou par des schismatiques, par exemple les ordinations nesto-
 riennes, monophysites, etc. Cette doctrine est certaine; elle a été
 définie, au moins en ce qui regarde le baptême, par le Concile de
 Trente et par celui de Florence, et il est inutile d'y insister. En est-il
 de même pour l’hérésie contraire à l’essence de l'ordination
                                                            ? L'héré-
 sie qui nie quelque vérité essentielle du sacrement de l'Ordre, par
 exemple, ne vicie-t-elle pas fatalement par là l'intention générale
 faciendi quod facit Ecclesia, l'intention de faire de vrais diacres, de vrais
 prêtres, de vrais évêques? On le voit, la question, loin d’être particu-
 lière au sacrement de l'Ordre, s'applique, au contraire, à tous les sa-
 crements. Demandons, dans cette question aussi, la lumière à la doc-
 trine et à la pratique de l’Église.

   40. Un Vicaire Apostolique exposa à la Sactée Congrégation du
 Saint-Office le doute suivant : « In quibusdam locis nonnulli (hære-
 « tici) baptizant cum materia et forma debitis applicatis, sed erpresse
 « monent baptizandos ne credant baptismum habere ullum effectum
                                                               in anima :
 « dicunt enim ipsum esse signum mere externum aggregationis illo-
 « rum sectæ. Itaque illi sæpe catholicos in derisum vertunt circa
 « eorum fidem de effectibus baptismi quam vocant quidem supersti-
 « tiosam. Quæritur : 4° Utrum baptismus ab illis hæreticis adminis-
 « tratus sit dubius propter defectum intentionis faciendi quod voluil

   Voir aussi à ce sujet une étude du Rév. Puller dans la Revue Anglo Romaine,
 pages 395-433-494.

836 REVUE ANGLO-ROMAINE

« Christus, si expresse declaratum fuerit a ministro, antequam bap- « tizet, baptismum nullum habere effectum in animam; 2° Utrum « dubius sit baptismus sic collatus si prædicta declaratio non ex- « presse facta fuerit immediate antequam baptismus conferretur, sed « illa sæpe pronuntiata fuerit a ministro et illa doctrina aperte præ- « dicetur in illa secta. » La question, on en conviendre, ne saurait être plus précise pour notre cas : il s’agit des protestants qui nient tout effet intérieur du baptèéme, la grâce, comme le caractère sacra- mentel; ils ne se contentent pas de précher en public cette doctrine, mais quelquefois ils la répètent même immédiatement avant l'admi- nistration du baptême. La Sacrée Congrégation du Saint-Offce répon- dit, le 48 décembre 1872: € Ad 1": Negative, quia, non obstante « errore quoad effectus baptismi, non excluditur intentio faciendi « quod facit Ecclesia. Ad 2"; Provisum in primo ».

  1. De même, un juif qui se marie avec la persuasion que le lien matrimonial est rompu par le Hbellum repudsi, se marie-t-il valide- ment? Innocent IT dans le chap. 4, De consanguinilals et affinitale, et dans le chap. 7, De divortits, répond par l'affirmative. Valide estéga- lement le mariage de ceux qui croient que le lien matrimonial vient à cesser en cas d'adultère; ou bien que le mariage n’est pas un sacrement; où bien que la polygamie est permise, etc. Plusieurs de ces cas, en effet, ont été souvent soumis au jugement du Saint- Siège, qui s’est toujours prononcé pour la validité du mariage!. Benoit XIV, De Synodo, lib. XHII, cap. xxu, n. %, enseigne la même doctrine au sujet des mariages des calvinistes qui n’admettent pas l'in-

dissolubilité du lien matrimonial : « Ex his plane consequitur matri- « monium inter virum et fæminam contractum quo tempore ambo « Calvinianæ sectæ adhærebant, validum firmumque censendum esse, « tametsi cum ceteris ejusdem hæresis sectatoribus faiso opinati « fuerint matrimonium, etiam quoad vinculum, adulterio intorce- « dente, dissolvi, etc. »

  1. Ainsi donc, d’après la doctrine et la pratique de l'Église, l'hé- résie, méme contraire à l'essence du sacrement, n'exclut pas néces- sairement l'intendio faciendi quodfacit Ecclesia. Et la raison en est très simple. L'intention est un acte de la volonté. Cet acte de la volonté faciendi quod facit Ecclesia peut exister seul dans l'âme au moment de l'administration du sacrement; si, par exemple, le ministre à ce mo- ment ne pense pas du tout à ses hérésies. Dans ce cas, pourquoi cet acte de la volonté serait-il vicié par les opinions hérétiques ? Il peut,

en ouire, exister en même temps que l'hérésie, sans qu’il soit affecté par celle-ci; si, par exemple, le ministre en donnant le baptéme veut

1 Voyez mon Tractatus canonicus de matrimonio, n. 192. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 537

faire quod facit Ecclesia, tout en pensant que le baptème n’a que des eflets extérieurs. Dans ce cas non plus, l'acte de la volonté n’est pas vicié par l'hérésie, Benoît XIV, à la suite des paroles que nous venons de rapporter, ajoute : « Siquidem credendum est eos generali volun- « tate contrahere voluisse matrimonium validum juxta Christi legem « ideoque etiam adulterii causa non dissolvendum. Privatus enim « error nec anteponi debet nec præjudicium afferre potest generali, « quam diximus, voluntati ex qua contracti matrimonii validitas et « perpetuitas pendet. » En d’autres termes, dans ce cas l'acte de la volontéfaciendi quod facit Ecclesie dirige seul l'administration du sacre- ment : l'hérésie, simplement concomitante, ne l’affecte pas : elle est une erreur, mais elle n’est pas l'intention du ministre. Enfin si l'acte de la volonté faciendi quod facit Ecclesia était, dans l'âme du ministre, positivement, affecté par la doctrine hérétique contraire à la substance du sacrement; par exemple, si le ministre disait dans son esprit en donnant le baptéme : Je veux faire ce quefait l'Église, maïs je ne veux ni conférer la grâce nt imprimer le caractère; ou bien en faisant le mariage : Je veuxfaire ce que fait l'Église, mais je ne veux pas faire un sacrement, je neveuz pas contracter un lien indissoluble, etc; dans ce cas l’inéentiofaciends quod facit Ecclesia en réalité, n’existerait pas, et le sacrement serait aul. En effet qui ne voit que les deux actes de la volonté : Je veux... tuis je ne veux pas..., sont contraires st s'excluent mutuellement? Benoît XIV, Z. c., explique longuement cette doctrine par rapport au mariage; elle est générale pour tous les sacrements {.

  1. Appliquons maintenant ces théories générales aux ordinations anglicanes: nous devrons conclure que les hérésies des évêques auglicans contraires au sacrifice de la messe, à la présence réelle, au sacrement de l'Ordre, etc., n'excluent pas nécessairement l'inéentie faciendi quod facit Ecclesia, l'intention de faire de vrais diacres, de vrais prêtres, de vrais évêques, par conséquent n'entrafnent pas nécessairement la nullité des ordinations, du chef de l'intention du ministre, Pour arriver à prouver le défaut d'intention nécessaire et par là la nullité des ordinations, il faudrait prouver que les évêques snglicans, en conférant les ordres, restreignentpositivement leur inten- ion par leurs doctrines hérétiques, disant, par exemple : Je l'ordonne Prêlre, maïs je ne veux te donner aucun pouvoir de consacrer. Cette limita-

tion ou condition ne découle pas nécessairement de l'hérésie : elle ne se présume pas et doit être prouvée pour le for externe. Ces

preuves existent-elles?

! Voyez mon Traclatus canonicus de matrimonio, n. 192; et mon Tractalus ca- nonicus de sacra ordinalione, n. 962 seq. Il faut lire, à ce sujet, De Lugo, De sa- cramentis in genere, disp. VIII, sect. VIII ; par contre on ns peut accepter que sous résôrre la doctrine de Franzelin, De sacramentis in genere, Lhesi XVII, qui n'est Pas bien conforme à de nombreuses décisions du Saint-Siège. 338 REVUE ANGLO-ROMAINE 44. Son Éminence le cardinal Vaughan, dans sa lettre que j'ai sou- vent citée, dit: « Un- ami m'a assuré, il y a quelque temps, que « lorsqu'il fut ordonné comme anglican, l'évêque préluda à l'ordi- « nation par cet avertissement : Maintenant failes attention à ceci, mon- « sieur, quaje ns vais pas vous ordonner pour être un prêtre sacrifiant. »

  1. Cet avertissement indiquait-il une simple erreur concomitante. comme dans le cas semblable, relatif au baptème, soumis à la Sacrée Congrégation du Saint-Office {n. 40)? Ou bien exprimait-il une vraie condition, une vraie limitation d'intention : Je veux l’ordonner prêtre, mais Je n'entends te conférer aucun pouvoir de sacrifier? Dans le donie

nous devrions présumer plutôt la simple erreur que la condition, Quoi qu'il en soit, s'il s'agissait d'une vraie condition, l’ordination devrait être considérée comme nulle’. Mais le cas ne peut être qu'isolé; par conséquent il ne doit pas être pris en considération dans une discussion générale; quelquefois des faits semblables son! arrivés même dans les ordinations catholiques *.

  1. Son Éminence poursuit : « L'avertissement pouvait être inusité, « mais l'intention et la doctrine qui y étaient contenues, n'étaieni- «elles pas communes? N'y a-t-il pas aujourd'hui des prélats angli- « cans qui déclareraient solennellement qu'en ordonnant ils n'ont « pas l'intention de faire des prêtres sacrifiants? n

  2. Qu'il y ait d'autres prélats anglicans capables de faire la même déclaration, c’est bien possible; mais cela ne prouve pas l'insuff- sance de leur intention : car cela ne prouve pas qu'ils aient fait, en réalité, cette restriction dans leur esprit. En d'autres termes, ils le déclareraient, mais l'ont-ils déclaré? le déclarent-ils? S'ils y pensaient où s'ils étaicnt interrogés, les protestants aussi déclareraient qu'en bapti- sant, ils n’entendent nullement donner la grâce et le caractère; les protestants, les juifs, les grecs, les païens déclareraient qu'en se ma- riant ils n’entendent nullement contracter un lien indissoluble, et malgré cela, leur baptême et leur mariage sont parfaitement valides. Cette volonté hypothétique ou interprétative, comme l'appelle l'école. existerait, mais en réalité n'exis{e pas; par conséquent, on ne doit en tenir aucun compte.

  3. Cependant, l’éminent archevêque de Westminster ajoute des réflexions qui sont autrement importantes dans la question qui nous occupe. Avoir soigneusement éliminé, dit-il en substance, de l'Ordi- nal tout ce qui se rapporte au sacrifice, avoir détruit les autels. remplacés par une table, avoir supprimé la messe, remplacée par là présente cérémonie de communion, voilà des faits qui doivent faire 1 De Lugo, De sacram. Eucharislisæ, disp. XIX, n° 103.

Voyez mon Tractatus canonicus de sacra ordinatione, n° 916.

DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 539

présumer, chez les évêques anglicans, l'intention positive de ne conférer, par les rites de l'ordination, aucun pouvoir de sacrifier. C'est là le point précis de la controverse en ce qui concerne l'inten- tion du ministre des ordinations anglicanes : il reste à voir si cette présomption est justifiée au for externe par les faits indiqués.

  1. Je conviens que cette présomption n'est pas absolue. On peut, en effet, répondre que ces faits, au moins en partie, sont antérieurs à la reine Marie; et pourtant ni la reine ni surtout Paul IV ne dou- tèrent de la validité des ordinations anglicanes à cause du défaut d'intention (n. 28}. Ensuite cette présomption n'existe pas pour les évêques qui ordonnèrent, tout en restant étrangers à ces sacrilèges. Elle ne semble même pas exister pour les évêques qui furent les auteurs de ces sacrilèges; car de ce qu'un évêque, dans le courant de l'été 1552, élimina de l’Ordinal toute idée de sacrifice, comment conclure qu'au moment des ordinations qu'il fit l'année suivante, il pensa positivement à exclure tout pouvoir de sacrifier? Ces réponses sont sérieuses, surtout la première à laquelle je ne troùve pas de réplique satisfaisante; mais elles ne dissipent pas tout doute et toute inquiétude. Je fais une hypothèse : des réforma- teurs, dans un pays, après avoir éliminé du Rituel romain les céré- moies et les prières qui rappellent l'indissolubilité du lien matri- monial, préchent avec violence, par les écrits et par la parole, contre l'indissolubilité du mariage, et, pendant ces faits, un de ces réfor- mateurs vient à se marier d'après le Rituel expurgé. Serait-il témé- raire de supposer chez lui, au moment de se marier, l'intention positive d’exclure l’indissolubilité, et par conséquent de regarder, au for externe, son union comme suspecte? De même dans notre cas. I est trop naturel que les évêques auteurs de ces sacrilèges, ou par- tisans fervents des mêmes idées, Barlow par exemple, au moment où ils menaient la campagne contre le sacrifice, il est trop naturel, dis-je, qu’en faisant les ordinations, ils aient eu la volonté positive, actuelle ou virtuelle, de ne conférer aucun pouvoir de sacrifier. De là, à mon humble avis, une ombre s'étend sur toutes les ordinations auglicanes. |

  2. Cette ombre devient plus épaisse encore en ce qui concerne le diaconat et le presbytérat, si nous consultons l'Ordinal. L'évêque pose au futur diacre plusieurs questions, dont voici la cinquième: « Diaconum oportet in ecclesia in qua constitutus fuerit, sacerdoti «“ servitium divinum peragenti et præcipue sacram communionem « celebranti assistere... » Le mintsterium allaris au saint sacrifice de la Messe qui est la fonction principale et essentielle du diaconat, n'est-il pas tacitement exclu ? De même l’évèque demande aux futurs Prêtres : « Vultis igitur diligentiam semper fideliter adhibere in 540 REVUE ANGLO-ROMAINE

« Christi doctrina, sacramentis, et disciplina ita administrandis, « sicut Dominus præcepit et hoc regnum eadem suscepit, secundum « mandata Deï...? » Or, je le répète, il me semble peu contestable que l'Église anglicane, ou au moins une bonne partie de ses évêques. surtout dans les premiers temps, ait nié au moins l’Eucharistie, en tant que sacrifice. Les rites donc eux-mêmes du diaconat et du pres- bytérat semblent en quelque sorte exclure tout pouvoir relatif ax sacrifice; et il est à présumer que les évêques, surtout les évêques ennemis du sacrifice, auront conformé et conforment leur intention à cette exclusion, mème si elle n'était pas absolue.

                                      Ai

  81 LE RITE DE L'ORDINAL PEUT ÊTRE CONSIDÉRÉ COMME SUFFISANT

#1. Plusieurs catholiques qui, de nos jours, contestent la validité des ordinations anglicanes, insistent un peu sur la non-consécration de Barlow, beaucoup sur le défaut d'intention, et ils semblent recon- naître comme suffisant le rite des ordinations d'après l'Ordinal (n. 26). Ils se trompent doublement. À mon humble avis, les ordina- tions anglicanes du côté de la consécration de Barlow sont invuiné- rables, et du côté du rite elles ne présentent pas toute garantie de validité. Il s'agit maintenant de savoir si, dans les rites de l'Ordinai, on trouve la vraie malière et la vraie forme des trois ordinations.

  1. Pour répondre à cette question, il faut d'abord rechercher quelle est la vraie matière et la vraie forme des trois ordinations. C'est ici surtout que nous devons prendre pour unique guide la doc- trine et la pratique de l'Église, si nous voulons nous retrouver dans le labyrinthe des opinions théologiques, comme un enfant qui, dans un chemin obscur, tient la main de sa mère de peur de s'égarer'. 1 Le P. Morin dans la préface de son ouvrage, De sacris Ecclesiæ ordinationi- bus, raconte qu’étant allé à Rome en 1639, il prit part aux travaux d'une congré gation de théologiens que le Pape Urbain VIII avait formée pour examiner l'Eucologe des Grecs, Lo P. Morin s'apercut bien vite que les théologiens ns# servaient dans cet examen que des principes a priori, recus dans l'école; ils igne- raient complètement la discipline et les langues orientales: st les ordisations des évêques, des prêtres et des autres ministres de l'Église grecque couraient grand risque d’être déclarées nulles. Il se servit, lui, de principes plus faciles et plus sûrs: il soutint que les ordinations schismatiques grecques étaient valides, part® que l’Église romaine les a reconnues comme telles, et parce que le rite emplort est antérieur au schisme. En effet, les ordinations furent déciarées valides. Du reste, les scolastiques n'ont pas suivi d'autre règle : aussi pieux que savants, il conformaient leurs opinions théologiques à la discipline connue de l'Église. les modifiaient suivant le progrès de l’érudition ecclésiastique, et nul doute que plu- sieurs théories sur la matière ot la forme des ordinations auraient dispara de l'école, s'ils araient ou sous lex yeux, comme nous les avons, toutes les liturgie orientales et occidentules, anciennes et modernes, DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 544

  2. Le concile de Trente dans sa session VII, can. I, a défini que Jésus-Christ est l'auteur de tous les sacrements de la loi nouvelle; et dans sa session X XIII, can. VI, il a défini, en particulier, que le Sauveur a institué les trois premières ordinations : « Si quis dixerit « in Ecclesia Catholica non esse hierarchiam divina ordinatione ins- « titutam, quæ constat ex episcopis, presbyteris et ministris, ana- « thema sit. » En outre, une opinion théologiquement certaine sou- tient que cette institution divine des sacrements, en général, et des trois premières ordinations, fut immediata et non mediala par l'inter- médiaire de l'Église à qui Jésus-Christ en aurait donné le pouvoir. Or, si Jésus-Christ a institué les trois premières ordinations, il a dû aussi en instituer les éléments essentiels, c’est-à-dire la matière et la forme. Dans quelle mesure l'a-t-il fait? Les théologiens ne sont pas bien d'accord là-dessus.

  3. D'après les uns, surtout dans le temps passé, le Sauveur n'aurait institué les éléments essentiels des trois ordinations que d'une manière fort générale, laissant à son Église la détermination spéci- fique et individuelle avec pouvoir d'y ajouter d'autres rites acciden- tels; en d’autres termes, il aurait dit à peu près : 21 y aura l'épiscopai, la prêtrise, le diaconat, conférés par un signe extérieur et des paroles que l'Église déterminera. C'est à l'Église donc, d'après cette opinion, de déterminer le signe extérieur; par exemple, elle pourra établir que ce signe sera l'imposition des mains, ou bien la porrection des ins- truments, ou bien les deux ensemble; que dans un pays ce sera l'imposition des mains, dans un autre la porrection des instruments ; que dans le même pays, ce sera d’abord l'imposition des mains, ensuite la porrection des instruments. A l'Église aussi de déterminer les paroles qui doivent accompagner le signeextérieur; parexemple, elle pourra établir que ces paroles seront déprécatives ou bien impé- ratives : Accipe; que dans un pays elles seront déprécalives, dans un autre impératives; dans le même pays, qu'elles seront d'abord déprécatives, ensuite impératives. Mais ce droit de déterminer le rite appartient-il au pouvoir central? Appartient-il aussi aux évêques hérétiques ou schismatiques validement consacrés? L'Église, en déterminant un rite pour l'Orient, un autre pour l'Occident, peut- elle établir que le rite oriental soit insuffisant en Occident, etvie versa? En changeant de rite dans le même pays, peut-elle établir que Vancien rile, qui était valable jusqu'alors pour l'ordination, soit désormais insuffisan?t Peut-elle établir que le rite soit insuffisant, s'il est employé par un ministre hérétique, schismatique, pécheur public? Voilà autant de questions auxquelles ces auteurs sont loin de donner la même réponse. Enfin, remarquons que plusieurs pensent que Jésus-Christ lui-même a institué l'imposition des 542 REVUE ANGLO-ROMAINE

mains comme matière des trois ordinations, laissant plein pouvoir et pleine liberté à l'Église quant à la forme seulement.

  1. Toutes ces théories ont été formées après coup. Ces auteurs commencèrent par admettre, comme certain, que la matière de ces ordinations, d'après le Pontifical romain, consiste dans la porrec- tion des instruments, la forme dans les paroles impératives. Comme, dans l'Eglise orientale, la matière est l’imposition des mains, la forme, une prière, aussi bien que dans l'Église latine, au moins pen- dant les douze premiers siècles, ils ont inventé, pour expliquer cette différence et ce changementies théories qui viennent d'être exposées, et qui n'ont pas d'autre base. Le procédé serait logique si leur opi- nion, au sujet de la matière et de la forme de ces ordinations d'après le Pontifical romain, était certaine.

  2. Le progrès de l'érudition ecclésiastique a fait naître une autre théorie, qui, fondée sur l'Écriture et la pratique de l’Église, est la plus communément reçue par les érudits de nos jours et la plus probable. D'après cette théorie, Jésus-Christ a institué, comme matière des trois ordinations, l'imposition des mains et, comme forme, une prière. En effet, nous lisons dans les Act. chap. VI, v. 6, que les apôtres, en ordonnant les premiers diacres oranles imposueruni as manus, ils les ordonnèrent par l'imposition des mains et une prière. De même pour l'ordination épiscopale de saint Barnsbé, Act., chap. XTIT, v. 3. L'imposition des mains, comme élément principal des ordinations, revient d'autres fois encore dans l'Écriture; par exemple, saint Paul dans sa deuxième lettre à Timothée, chap. Z, v. 16, lui dit : Admoneo te ut resuscites gratiam Dei que est in le per imposilio- nem manuum mearum. L'Église, à l'exemple des Apôtres, a conféré les trois ordres de la même manière, c'est-à-dire par l'imposition des mains et une prière. Ainsi l'Église orientale, depuis le commence- ment jusqu’à nos jours, n’a pas d’autres rites, pour les trois ordina- tions'. Dans l’Église latine, jusqu’au xnr° siècle, la liturgie romaine et la liturgie gallicane, qui se partageaient à peu près l'Occident, n'avaient pas d’autres rites essentiels pour les trois ordinations. Î! est bien vrai que, dans la suite, l’Église d'Occident a introduit la porrection des instruments et les formules impératives; mais il n'est pas prouvé et il n’est pas probable qu'elle les ait introduites commet éléments essentiels des ordinations, voulant que les ordres soient désormais conférés par les rites nouveaux, et non par les anciens. ll 1 Dos théologiens dans l'embarras, voulant à tout prix trouver dans la liturgit orientale la porrection des instruments, ont eu recours à des explications fantair sistes. « Quidam ali volunt, » dit Billuart, De sacramentis in communi, disi- Î art. V, « etiam apud Graecos intervenire porrectionem instrumentorum, si 20% « per contactum physicum, sallem per contactum moralem, medianta scilicti a Altari cui ordinandi procumbunt. » (?17) DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 543

est à remarquer, en effet, que le Pontifical Romain a conservé soi- gneusement et réuni ensemble tous les rites anciens de la liturgie romaine et de la liturgie gallicane. Ainsi, par exemple, dans l’ordi- nation diaconale, après les préliminaires de l'ordination, l'évêque lit la prière en forme de préface : Per omnia sæcula........ Domine sancte Paler omnipotens, ælerne Deus, honorum dator ordinumque distributor, etc., au milieu de laquelle il impose les mains au candidat en disant : Accipe Spirilum Sanctum ad robur el ad resislendum diabolo et tenlationibus gus. In nomine Domini; et puis viennent les autres rites parmi les- quels la porrection du livre des Évangiles et la formule : Accipe potes- latem, etc. Or, dans la liturgie romaine, l’ordination diaconale se fai- sait par l'imposition des mains et cette même prière en forme de préface, sans les mots : Accive Spiritum Sanctum, etc., ajoutés plus tard'. De même dans l'ordination presbytérale l'évêque commence par imposer les mains avec les prêtres, il dit l'invitatoire : Oremus, fratres charissimi, la prière ÆEraudi nos et la prière en forme de préface : Per omnia sæcula...... Domine sancle, Paler omnipotens, xterne Deus, konorum auctor, etc. ; viennent énsuite les autres rites parmi lesquels k porrection des instruments avec la formule : Accige potestatem offerre sacrifictum, elc., et la dernière imposition des mains avec la formule : Accipe Spiritum Sanclum : quorum remiseris peccata, etc. Or, dans la liturgie romaine, l’ordination presbytérale se faisait par l'imposition des mains et la même prière en forme de préface qui était la conse- cratio, c'est-à-dire la forme. Pour conclure que l’ordre diaconal et l'ordre presbytéral sont aujourd'hui conférés par les rites plus récents, il faudrait dire que l'Église a positivement enlevé aux anciens leur force consécratoire pour la reporter sur les nouveaux. A qui fera-t-on croire cela? Dans la consécration épiscopale d’après le Pon- lifical Romain, les préliminaires achevés, l'évêque consécrateur impose les mains avec les évêques assistants, en disant : Accipe Spirs- fum Sanctum; il dit la prière Propitire, la prière en forme de préface : Per omnia sæcula..... Domine sancte, Paler omnipotens, æterne Deus, honor omnium dignitatum, etc, et puis le reste. La liturgie romaine faisait la consécration épiscopale parl'imposition des mains sans les paroles: Accipe Spiritum Sanctum, introduites postérieurement, et une partie de la même prière en forme de préface?. Mais rien ne nous oblige de

‘Le P, Morin, De sacris ordinalionibus, Exercil. IX, cap. II, explique très bien pourquoi ces paroles furent introduites. À cet endroit la prière romaine invoque deprecatorio modo l'Esprit-Saint sur l'ordinand : Emifle in eis, quæsumus, Domine, Spiritum Sanctum, etc. Comme à cette époque l’École soutenait que la forme devait être impérative, pour tenir compte de cette opinion, on ajouta ces paroles qui expriment la même chose imperativo modo; et afin que l'union morale fût plus évidente, on interrompit le canon consécratoire pour y placer l'imposition des mains. ? La prière en forme de préface du Pontifical Romain est la consecratio de la iturgie romaine : seulement on y a intercalé les mots : Siné speciosi.... omnium Pi sc

ÿ44 REVUE ANGLO-ROMAINE dire, avec l'opinion pourtant commune, que le caractère épiscopal! est aujourd'hui imprimé par les paroles : Accipe Spéritum Sanctun, plutôt que par l'ancienne consecrahio de la liturgie romaine. Ainsi donc la pratique de l'Église, après l’Écriture Sainte, semble indiquer que réellemér :. Sauveur lui-même constitua, comme matière des trois ordinatio s, l'imposition des mains; comme forme, une prière. Au moins cétle théorie paraît bien probeble, elle évite une foule de difficultés ardues et, quant à moi, j'y souscris pleinement.

  1. De cette théorie il résulte que la forme impérative : Accige paies- tatem, Accipe Spiritum Sanctum, n'est pas suffisante pour la validité de l'ordination; car elle ne saurait être une prière proprement dite. Les scolastiques en grand nombre, appuyés sur des raisons @ prior, ne connaissant pas bien la discipline de l'Église orientale et la discipline de l'Église occidentale dans les douze premiers siècles, tenaient pour certain que ia forme des ordinalions ne pouvait être qu'impérative. Nugnez cité par Morin, De sacris Etclesiæ ordinationibus, pars III, cap. IT, n. 1, va jusqu'à dire : ÆMoc ad fidem pertinere et contrarium esse hæresim manifestam. Le progrès de l’érudition ecclésiastique a changé la face des choses : aujourd'hui il est absolument certain que la forme des ordinations peut être déprécative, puisque l'Église s'est servie et se sertencore des formes déprécatives, et, d’après la théorie que nous venons d'exposer, il semble bien que la forme des ordina- tions ne puisse être que déprécative.

  2. Cependant le Sauveur n’a certainement pas voulu que toute prière fût une forme suffisante pour l'ordination; par exemple, qu oserait dire valide l’ordination diaconale, presbytérale, épiscopale, faite par l'imposition des mains et la récitation du Pafer ? Pour con- naître la volonté du Sauveur sur ce point, nous n'avons d'autres moyens que la pratique de l'Église; les raisonnements @ priorià ce Sujet n'ont aucune valeur. On devra tenir pour suffisantes les prières que l’Église a employées ou approuvées comme formes des ordina- tions; car l'Église, gardienne fidèle des volontés de son divin fonda- teur, ne saurait se tromper. Toutes ces formes employées ou approt- vées par l'Église sont réunies pages 234 et suivantes, et je les recom- mande à la lecture attentive de ceux qui suivent cette discussion ‘. Par la même raison, on devra regarder comme suffisante une prière nouvelle conforme quoad subslantiam aux prières employées ou appron vées par l'Église. Ce qui est particulier à telle ou telle prière seule-

consequantur, tirés du Missale Francorum. Peut-être les mots intercalés faisaïont- ils partie de la consecratio de la liturgie gallicane pure; mais ce n'est pas bien sûr. 1 M. Boudinhon, professeur à l'Institut catholique de Paris, a publié, dans le Canoniste Contemporain, septembro-octobre 1895, une étude des plus intéres- santes sur ces prières-formes. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES | 545

ment, et ne se trouve pas dans toutes les prières employées ou approu- vées par l'Église, n'est évidemment pas indispensable. Ainsi l'invo- cation du Saint-Esprit sur l’ordinand revient très souvent, mais pas toujours; par exemple, dans la forme maronite pour le presbytérat, le Saint-Esprit n'est pas nonimé du tout, et, de à bien d'autres, il est nommé indirectement ou simplement à la fin, de «8 la conclusion de la prière. Par conséquent une prière sans l'invotstion du Saint- Esprit peut être une forme suffisante pour l'ordinalion. De mème l'énumération des pouvoirs conférés par l'ordination ne se trouve pas dans toules les prières; par exemple, la forme romaine pour l'épis- copat ne dit rien des pouvoirs épiscopaux; la forme copte et la forme romaine pour le presbytérat ne disent rien du pouvoir de consacrer et de sacrifier, etc. Nous devons donc également en con- clure, contrairement à l'opinion assez répandue, que la mention

                                                                                            FA

des pouvoirs conférés, mêine des principaux, n’est pas nécessaire

                                                                                          DCS

dans une prière, pour qu'elle soit une forme suffisante de l'ordi-

                                                                                                VE

nation. Au contraire, tout ce qui se trouve dans toutes les prières

                                                                                                VE

employées ou approuvées par l'Église est nécessaire : il est bien vrai

                                                                                                ONE
                                                                                      ,

qu'à la rigueur un élément commun peut être accidentel, mais enfin la présomption est qu’il soit essentiel, et la prière où il manquerait

                                                                                                PEN

serait une forme au moins douteuse. Or {outes les prières employées

                                                                                                PE

ou approuvées par l'Église : 4° sont des prières relatives à l'ordina- tion; 2 appellent sur l'ordinand la miséricorde de Dieu, les

                                                                                                 pars

grâces qui lui sont nécessaires dans son nouvel état; 3° nomment

                                                                                                 a

d'une manière ou d’une autre l'ordination dont il s’agit. M. Bou-

                                                                                                 ê

dinhon, dans sou remarquable article que je viens de citer, dit avec

                                                                                                 us

raisun: « En résumé, toutes les formules « catholiques d'ordina- « tion sont construites d'après un type uniforme, et l'on pourrait, « sans trop d’invraisemblance, dégager de la variété de ces prières « une forme d’ordination générale et commune que je me permets « de traduire ainsi : Deus qui... respice propitius super hunc femulum « luum quem: ad diaconalum (respeclive : presbyleratum, vel episco- « palum, Seu summum sacerdolium) vocare dignalus es; da ei gratiam « fuam ul munera hujus ordinis digne et utiliter «adimplere valeat. » Telle doit donc être, comme minimum, la prière pour servir de forme suffisante de l'ordination.

  1. Telles sont les deux théories qui aujourd'hui se partagent l'école, sur la matière et la forme des trois ordinalions. Cependant les défenseurs de la première, aussi bien que les partisans de la seconde, admettent la nécessité non pas de la simultanéité *, mais de

L'opinion de Cajetan qui cxigeait la simultanéité, au moins partielle, entre la matière et la forme, n’est pas probable, Voyez saint Alphonse, Theol. Mor., üb., VI,n. q; De Lugo, Repp. Mor., lib. I, dub. 33.

REVUE ANGLO-ROMAINE. = T, Je —— 35,

546 REVUE ANGLO—ROMAINE

l'union morale entre la matière et la forme pour la validité du sacre- ment. En quoi consiste-t-elle, cette union morale?

  1. Les théologiens, en plus grand nombre, affirment que, dans les sacrements du baptême, de la confirmation, de l'extréme-onction et de l'ordre, la matière doit être rapprochée de la forme de sorle que l'intervalle suffisant pour réciter un Pater mettrait-en danger la validité du sacrement *. Cette doctrine, en ce qui concerne le sacre- ment de l'ordre, ne peut pas être acceptée sans observations. Il n'est pas logique {au moins si on admet la seconde théorie, plus probable, de mettre sur le même pied le sacrement de l'ordre et les trois autres sacrements; car, dans les trois autres sacrements, la forme, expri- mant l'action qui est la matière prochaine {ego fe baptizo, etc.) ne serait pas vraie sans une union morale très étroite; tandis que, dans l'ordination, la prière-forme n'exprimant pas l'imposition des mains. un plus grand intervalle ne présente pas la même difficulté. Dans l’ancienne liturgie romaine, entre l'imposition des mains de l'évêque et la consecratie, c'est-à-dire la forme des ordinations, il y avait une oraison simple #.

  2. Le Cardinal de Lugo, De Sacramentis in genere, disp. IT, sect. V. n. 99, prétend que, pour avoir l'union morale entre la matière et la forme de l'ordination, il suffit que les deux se trouvent dans la même action liturgique. Ayant enseigné que, à son avis, la matière totale du presbytérat consiste dans l'imposition des mains et dans la por- rection des instruments, et la forme dans les paroles qui accom- pagnent la porrection des instruments, il ajoute : « Neque obstat pri- « mam manus impositionem fieri absque prolatione formæ alque « adeo non posse tunc apponi tanquam materiam, nam materia debet « esse simul cum forma; hoc, inquam, non obstat quia non ita distat «“ manus impositio a formæ prolatione quæ postea subsequitur, nf « non censeantur habere propinquitatem moralem suffcientem: « neque enim debet esse coexistentia physica, ut constat in diaconis « quibus dicitur forma omnibus simul et postea successive tangunt « librum (?}, quare si ordinarentur simul centum diaconi, procul « dubio esset magna distantia physica inter prolationem formæ €l « contactum libri respectu ultimi, sed tamen est sufficiens præsentis « moralis, gwia eadem actio moraliter continuatur absque interruption « morali, Sic etiam postquam imponuntur manus sacerdotibus usque « adilla verba : Accipe potestatem, etc., eadem actio moralis conli- « nuatur, ungendo illos et præparando ut magis congrue recipiant « gratiam Sancti Spiritus. Postea vero explicatur magis materisel

1 Voyez saint Alphonse, De Sacramentlis in genere, n. 8; Billuart, De Sat menlis in communi, disp. 1, art. 1v, et bien d'autres. 3 Duchesne, Origines du culte chrélien, p.342 et puiv. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 547

« apponitur alia pars ejusdem materiæ simul cum forma; quare dis- « tantia illa, quæcumque illa sit, non tam est inter materiam et « formam quam inter partem et partem materiæ, quas certe non « oportet sibi invicem coexistere physice, ut videmus in Sacramento « pœnitentiæ in quo confessio et actus doloris longo plerumque tem- € poris intervallo dissident; in matrimonio autem consensus et verba « unius conjugis quanto tempore possent distare a consensu et verbis « alterius? Sufficit ergo moralis unio quæ pensanda est ex natura et « qualitate actionis; quare cum de creando sacerdote agitur,ftota illa « actio quibus ei insignia, vestes, instrumenta et alia solemniter

est facile princeps parmi les théologiens, ensuite et surlout à cause de l’auiorité de la Sacrée Congrégation du Concile qui l'a

                                                                              aneLa

reconnue comme telle. Benoît XIV, De Synodo diæcesana, Ub. VIII, rap. X, examine le cas d'un jeune candidat à la prétrise qui, après

                                                                               a

avoir reçu les impositions des mains avec les prières relatives, ne se Ts présenta pas à la porrection des instruments. La Sacrée Congrégation, | voulant lenir compte de l'opinion de De Lugo, jugea qu'il fallait 5 répéter sub conditione non seulement la porrection des instruments et la dernière imposition des mains, mais l'ordination tout entière. « Quia autem nonnulli non infimi theologi, dit Benoît XIV, L c., « n. 43, dixerunt impositionem manuum, præambulam porrectioni « instrumentorum, simul cum hac in unam coalescere materiam, « qua una cum verbis ab Episcopo instrumenta exhibenle prolatis, « prima confertur sacerdotalis potestatis pars, conficiendi nimirum corpus Christi, idcirco Sacra Congregatio, scite animadvertens Æ

« præviam illam manuum impositionem jamdiu antea peraclam non &

posse moraliter conjungi cum traditione instrumentorum quæ post-

« modum fieret, ut etiam hujus opinionis in re tanti momenti ratio- nem aliquam haberet, totam ordinationem sub conditione iteran- E L3

 dam rescripsit. »

LS

  1. Du reste, que la forme suive ou précède la matière, peu” importe pour la validité du sacrement. Des auleurs, il est vrai, on 548 REVUE ANGLO-ROMAINE

prétendu que la forme doit accompagner ou suivre la matière, jamais la précéder : car, disaient-ils, la forme ne saurait déterminer ia matière qui n'existe pas encore. Cette raison est plus spécieuse que solide, En effet, pour que la forme puisse déterminer la matière, il sufäit qu'il y ait union morale; et s’il était vrai que la forme qui pré- cède ne peut jamais déterminer la matière qui n'existe pas encore, il serait également vrai que la forme qui suil, ne peut pas délerminer la matière qui n’existe plus. La forme donc devrait être toujours et nécessairement concomitante : ce qui est faux. C'est pour cela que l'ordination était certainement valide dans l'ancienne liturgie romaine, bien que, entre l'imposition des imains et la consecratw, ii y eût une entière oraison; de mème, le baptême serait aussi cerlaine- ment valide si l’eau n'arrivait à toucher la tête de l'enfant que la forme achevée. Dans l’un comme dans l’autre cas, à cause de l'union morale, la forme détermine la matière.

  1. Ces principes posés, il est temps maintenant de revenir à l'Ür- dinal anglican et d'examiner si, dans ses rites, il contient la vraie matière et la vraie forme suffisantes pour les trois ordinations.

  2. Les adversaires de la suffisance de ses rites font d'abord une observation générale. Les rites de l'ordination, disent-ils, ne peuvent pas être suflisants, s'ils he sont pas déterminés par l'autorité légitime ecclésiastique. Le Pape Innocent IV, ou plutôt le canoniste Sinibaldo Fieschi, dans le titre De sacramentis non iterandis, du livre I‘ des Dé- crétales de Grégoire IX, dit à ce sujet: « De ritu Apostolorum inveni- « tur in epistola ad Tilum, alias Timotheum, quod manus impoue- « bant ordinandis et quod orationem fundebaut super eos, alian « autem formam non invenimus ab eis servatam. Unde credimus « quod nisi essent formæ postea inventæ, sufficerel ordinatori dicere: « Sis sacerdos, vel alia æquipollentia verba. Sed subsequentibus « temporibus formas quæ servantur, Ecclesia ordinavit; et sunttan- « tæ necessitatis dictæ formæ, quod si, iis non servalis, aliquis & fuerit ordinatus, supplendum est quod omissum est, et si formæ « servantur, character infigitur animæ. » Et la raison en est très simple : la détermination des rites est un acte de juridiction ecclé- siastique qui ne saurait appartenir aux laïques, aux hérétiques, aux schismatiques. Les rites donc de l'Ordinal anglican, ayant été constitués par le pouvoir laïque, d’après l'avis d'évêèques et autres conseillers hérétiques ou schismatiques, ne peuvent pas être suti- sants, indépendamment même de leur valeur'intrinsèque.

  3. Les anglicans répondent que les rites de l'Ordinal ont été constitués par l'autorité ecclésiastique anglicane et confirmés seule- ment par le pouvoir laïque. Je ne crois pas nécessaire de discuter ce DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 549

point historique : l'autorité ecclésiastique anglicane étant hérétique ou schismatique, la difficulté reste à peu près la même. J'insiste plutôt sur la majeure du syilogisme. Le P. Le Courayer, dans le chapitre X de sa Dissertation sur la validité des ordinations des Anglais*, soutient que, dans quelques sectes schismatiques orientales, la forme de l’ordination, reconnue suflisante par l'Église, a été com- posée après le schisme. Si cela était exact, l'observation ci-dessus tomberait immédiatement. Mais le P. Le Quien, dans le chapitre Il de son ouvrage : Vullilé des ordinations anglicanes, répond que l'origine postérieure au schisme de ces formes n'est pas prouvée." El, en effet, les arguments du P. Le Courayer sont plutôt des indices que des arguments. Moi aussi, j'ai entrepris cette recherche, extrêmement difficile, mais, faute de moyens nécessaires, j'ai dû l’abandonner. Î y aurait une autre recherche, bien plus facile à ceux qui sont à Rome, et qui mènerait au même résultat. Les Congrégations Romaiïnes, quand elles examinent la valeur de la forme de l’ordination d'une secte hérétique ou schismatique, se préoccupent-elles de l'origine historique de la forme? Pur exemplé, quand la S. C. du Saint- Office, en 1704, déclara suffisante la forme copte, a-t-elle d’abord recherché et bien établi que la forme était antérieure au schisme ? Je ne le crois pas, et cela ne me paraît pas probable. Or, si les Congrégations Romaines se contentent d'examiner la forme en elle-même, c’est un argument évident pour conclure que la forme peut être suffisante, bien que composée par des hérétiques ou schis= matiques. En outre, l'observation n’a pas de raison d'être dans la seconde théorie ; car, si Jésus-Christ a déterminé lui-même la matière etla forme des ordinations non seulement in genere, mais in specie, dans l'imposition des mains et une prière relative, il est évident que, l'institution divine respectée, les rites sont toujours suffisants, quoi-

! Cet ouvrage et l'autre du même auteur, Défense de la dissertation sur la vali- dité des ordinations des Anglais, furent condamnés par Benoît XIII à cause de plusieurs propositions incidentes sur le sacerdoce ct sur le sacrifice : la question de la validité des ordres anglicans était réservés. Acclamé par les anglicans, le P. Le Courayer s’opiniâtra dans ses idées; il glissa de plus en plus dans le protes- tantisme et il finit socinien. Le P. Le Quien, dominicain, lui répondit par des ou- vragés qui ne manquent pas de mérite : Nullité des ordinations anglicanes. — La méme nullilé de nouveau démontrée. Le P. Hardouin, S. J., lui répondit aussi par les ouvrages : La disserlalion du P. Le Courayer sur la succession des évêques an- glais et sur la validité de leurs ordinalions réfutée. — La défense des ordinations anglicanes réfutée. Le P. Hardouin, ignorant la discipline ecciésiastique en dehors du Pontifical romain, n'était pas préparé pour iraiter pareil sujet. C'est lui qui, convaincu que la porrection des instrumentsen Occident et limposition des mains 2 Orient sont également d'institution divine, a imaginé une double institution divine : une conflée à saint Pierre pour l'Occident, l'autre confiée à saint Paul pour l'Orient. Et comme la liturgie de l'Église d'Occident, pendant les douze pre- miers siècles, venait déranger cette belle combinaison, il nie tout simplement l'authenticité des documents qui contiennent cette liturgio. 550 REVUE ANGLO—ROMAINE

que introduits par des évêques hérétiques ou schismatiques ou par des laïques. L'objection n'a sa raison d'être que dans la première théorie ; et, en effet, si on admet cette théorie, la raison sur laquelle s'appuie cette observation est sérieuse. Or,j'ai déjà dit quela seconde théorie est la meilleure. Enfin, il est une remarque qui nous mettra facilement d'accord. Si les rites de l'ordination, introduits par des laïques ou par des évêques hérétiques ou schismatiques, sont con- formes quoad subslantiam aux rites employés ou approuvés par l'Église, on peut dire, en toute vérité, que ces rites, malgré ceux qui les ont introduits, ont été institués par l'Église elle-même; par consé- quent, ils seront suflisants. Si, au contraire, ces rites ne sont pas conformes quoad subslantiam aux rites employés ou approuvés par l'Église, j’accorde volontiers qu'ils ne sont pas suffisants.

  1. Les rites de l’Ordinal anglican, a priori, peuvent donc être suf- fisants; mais le sont-ils, en réalité? Paul IV a regardé le rite de l'Or- dinal pour l'épiscopat comme insuffisant, etil semble avoir approuvé le rite pour le diaconat et le presbyterat. Nous devons maintenant en examiner le mérite intrinsèque, en commençant par l’ordination dia- conale!.

  2. Sur la matière el la forme du diaconat, d'après le Pontifical romain, il y a d’abord trois opinions qui relèvent de la premiére théorie. Les uns pensent que la matière est l'imposition des mains; les paroles : Accipe Spiritum Sanctum ad robur et ad resistendum diabob et lentationsbus ejus. In nomine Domins, sont la forme. Les autres font consister la matière dans la porrection du livre des Évangiles, et la forme dans les paroles qui l’accompagnent: Accipe polestatem legendi Evangelium in Ecclesia Dei tam pro vivis quem pro defunctis. In nomine Domini. Enfin, plusieurs, réunissant les deux opinions, font consister la matière totale dans la porreclion du livre des Évangiles et dans l'imposition des mains; la forme totale dans les deux formules *. Les Congrégations Romaines ont toujours regardé comme probables les deux premières opinions, bien qu'en pratique on doive s'en Lenirà la troisième, qui est la plus sûre. Or, l'Ordinal contient le même rite de la porrection du livre des Évangiles accompagnée des mêmes paroles avec une différence insignifiante : Accipa potestatem legend Evangelium in Ecelesia Dei idque etiam prædicandi, si bi hoc ordinale man- datum fuerit. Par conséquent, la suffisance de ce rile de l'Ordinal pour l’ordination diaconale est probable, d'après la jurisprudence desCongrégations Romaines.Je ne partage aucune des trois opinions;

1 Les anglicans font consister la matière et la forme de leur ordination diaco- nale dans les deux rites ensemble : l'imposition des mains et les paroles: Accipé potestalem erequendi, etc., et la porrection du livre des Evangiles et les paroles: Accipe poleslalem legendi, etc.

Voyez mon Tractalus canonicus de sacra ordinalione, n° 1046 sequ.

DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 551

mais ce n’est pas à moi de méconnaitre la probabilité, au moins extrinsèque, de la seconde, reconnue par de si hautes autorités.

  1. Cependant, nous ne devons pas oublier que la seconde théorie, qui est la plus probable, fait consister en vertu de l'institution divine la matière des ordinations dans l'imposition des mains, la forme dans une prière relative qui, dans l'ordination diaconale du Pontifical ro- main, est l’ancienne consecratio de la liturgie romaine (n° 56). Or, l'Or- dinal anglican contient le rite de l'imposition des mains; et, à part la formule impérative qui l'accompagne et qui n'est pas une prière proprement dite : Accipe potestatem erequendi officium diaconi in Ecclesia Dei tibi commissum : In nomine Patris et Filis et Spiritus Sancti, il con- lient aussi deux prières semblables quoad substantiam aux prières employées ou approuvées par l'Église : l'une est presque au com- mencement : Omnipotens Deus, qui divina, etc., l'autre à la fin: Om- nipotens Deus, omnium bonorum dator, etc. Il est vrai que ces deux prières sont bien éloignées de l'imposition des mains; mais, malgré cet intervalle, l'union morale entre chacune d'elles et l'imposition des mains est probable, d’après l'opinion de De Lugo (n° 62). Par conséquent, le rite de la première prière et de l'imposition des mains, ou, si on préfère, de l'imposition des mains et de la seconde prière, peut être aussi regardé comme probablement suffisant.

  2. Ainsi donc, la suffisance des rites de l'Ordinal pour le diaconat est probable; mais rien de plus. À cela il faut ajouter la probabi- lité de nullité qui vient du ministre. Nous verrons, en effet, que l'épiscopat anglican n’est pas exempt de toute critique; de là, toutes les ordinations anglicanes chancellent rafione ministri.

  3. Je passe à l’ordination presbytérale anglicane. D'abord, dans mon traité canonique De sarra ordinatione, n° AU4 sequ., j'ai rapporté les nombreuses opinions des théologiens relativement à la matière et à la forme de l’ordination presbytérale du Pontifical romain. Les Congrégations Romaines les regardent toutes comme probables en pratique, prescrivant, en cas d’omission, la réordination en consé- quence pour assurer la validité de l'ordination; bien que plus proba- blement, la matière ne consiste que dans l'imposition des mains et la forme dans la préface, comme dans l’ancienne liturgie romaine ‘n° 56). Si donc, d’après la jurisprudence des Congrégations Ro- maines, est probable en pratique l'opinion qui fait consister la matière et la forme de l’ordination presbytérale en Occident dans la

! De même dans le Pontifical romain, outre la préface, ily a la dernière prière de l'ordination diaconale : Domine sancte, etc., qui, en elle-même, estune forma suffisante, puisqu'elle était la consecralio de l’ordination diaconale de la liturgie gallicane. 55% REVUE ANGLO-ROMAINE

perrection des instruments {le calice et le pain) avec les paroles: Accipe potestatem offerre sacnifirèum, etc. !, il s'ensuit que les rites de l'Ordinal de 4582, quels qu'ils soient, ne contenant pas cette céré- monie, doivent être regardés, en pratique, comme probablement insuffisants.

  1. Si maintenant nous passons en revue les rites de l'Ordinai, je n'hésiterai pas à déclarer absolument insuffisant le rite de la por- rection de la Bible avecles paroles : Affende lections, etc. Du reste, les Anglicans eux-mêmes ne semblent considérer ce rite que comme ac- cidentel?.

  2. La probabilité de la suffisance du rite de l'imposition des mains avec les paroles : Aeripe Spiritum Sanctum, etc. indépen- damment de la prière précédente, est aussi fort problématique, les paroles : Arccine Spiritum Sanctum, ete., n'étant pas une priére, comme l'exige la seconde théorie, plus probable. Mème dans la pre- mière théorie, pour dire que les paroles: Accige Spiritum Sanctum,ete.. sont une forme suffisante, il faudrait prouver que le Sauveur a laissé plein pouvoir de déterminer la forme de l'ordination, sinon à des laïques, du moins à tout évêque catholique et même hérétique ou

schismatique; ce qui est encore plus contestable (n° 54). El quon ne dise pas que ces paroles, se trouvant aussi dans le Pontifical romain. ont une origine catholique ; car, dans le Pontifical romain, elles ne sont pas pour la collation du pouvoir de consacrer et de sacrifier *.

  1. Il me reste à examiner si le rite de l'imposition des mains et

? Cf. Benoît XIV, De synodo, Lib. VIII, cap. X,n. 1; et mon Trac{alus canont- cus de sacra ordinatione, n. 1083. ? Les anglicans, faisant tous consister la matière de leur ordination presbytérale dans l'imposition des mains, ne sont pas d'accord sur la forme. D'après les ans, la forme consiste dans la prière : Omnipolens Deus, qui précède limposition des mains, avec ou sans les paroles: Accipe Spirilum Sanclum, etc., qui l'accompagnent. Le premier qui a suggéré cette idée aux anglicans semble avoir êté le P. Le Cou- rayer dans sa Dissertalion sur la validilé des ordinations des Anglais. Les angli- cans, même les rédacteurs de l'Ordinal, n’y avaient pas pensé. D'après les autres la forme consiste dans les seules paroles : Accipe Spiritum Sanctum. Telle fut sans doute l'opinion des compilatcurs de l'Ordinal : ils croyaient que ces paroles étaient la forme, et c'est pour cela qu'ils les conservérent. Logiquement, la porrection de la Bibie avec la formule : Accipe poleslalem prædicandi, etc, ne saurait ètre con- sidérée, pas même par les anglicans, comme élément essentiel de l'ordination. En effet, le pouvoir de remettre et retenir les péchés est consé être donné par

vvir de consacrer déja donné, ou bien les deux pouvoirs sont donnés ensemble : par conséquent, rien d’essentiel ne reste pour la porrection de la Bible et sa fot- mule. 8 Les anglicans prétendaient, non sans quelque apparence de raison, confirmer la suffisance de leur rite par la réponse de la S. C. du Saint-Office donnés en 4704 relativement aux ordinations coptes en Abyssinie; réponse qui semblait reconnaitre comme valide l'ordination presbytérale faite par l'imposition des DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 553

une des prières de l'Ordinal est suffisant. Je reconnais l'imposition des mains comme matière suffisante; la question ne concerne donc que la prière. D'abord la prière : Omnipotens Deus, Pater cœlestis, avec ou sans les paroles : Arcips Spirilum Sanctum, etc., est-elle une Forme suffisante? Est-elle semblable quoad substantiam aux prières em- ployées ou approuvées par l'Église, comme formes d'ordination ? Contient-elle ce minimum qui se retrouve dans toutes ces prières- formes et dont j'ai parlé plus haut {n. 58}? Elle est sans doute rela- tive à l’ordination. Mais elle n’est pas une prière pour l'ordinand, une prière qui appelle sur lni, de la miséricorde de Dieu, les grâces qui lui sont nécessaires. C'est plutôt une formule d'actions de grâces, avec une prière à la fin pour tout le monde : Suppliciler rogantes per eumdem Filium tuum ut omnibus aut hic aut alibi nomen luum invoran- tibus...... ile ut tam per hos ministros tuos quam per eos super quos conatt- tuli fuerint...... En outre, l'ordre presbytéral n'est pas indiqué; car ‘les paroles : Apostolos tuos, Prophetas, Evangelistas, Doctares et Pastores ne comprennent pas seulement les prêtres; par conséquent, Îles paroles : ad idem offiium el ministerium in salutem hkumani generis insti- tutum, n’expriment pas exclusivement l’ordre presbytéral. Cette prière donc est loin d'être une forme certainement suffisante. La prière aussi: Super hos fumulas lues, laisse quelque peu à désirer, ne portant aucune mention de l'ordre presbytéral dont il s'agit. Par contre la prière : Oimnipolens Deus omnium bonoruni est semblable quoud subslantiam aux prières employées ou approuvées par l'Église, et son union morale (probablei avec l'imposition des mains (n. 62) rend le rite probablement suffisant.

  1. La suffisance done des rites de l'Ordinal pour le presbvtérat comme pour le diaconat, n’est que probable. On ne doit pas oublier, en outre, que, sur l'ordination presbytérale, aussi bien que sur les autres ordinations anglicanes, se rellète du côté de l'épiscopat un certain doute rations ministri (n. 70).

  2. J'arrive à la consécration épiscopale anglicane. Une question se présente d'abord à l'esprit : l'épiscopat peut-il être valide sans le

mains et les seules paroles : Accipe Spiritum Sanclum. Voyez cette réponse dans mon traité De sacra ordinatione, n. 1057. Cependant, le cardinal Patrizi, secré- taire du Saint-Office, a déclaré dans sa lettre officielle du 30 avril 1875, que j'ai rapportée dans le mème traité, n. 4058, que telle n'avait pas été la pensée de la S. C. Il semblait mémo insinuer que le décret de 1704 n’était pas authentique; il avait été cependant communiqué d’oflice en 4860 au vicaire apostolique pour les Coptes, Mgr Bel. Sur cette difficile question, voir l'étude de M. Boudinhon, Ordi- nalions schismaliques coptes et ordinutions anglicanes, dans ie Canoniste contem- porain, avril et mai 1895. 1 Dans le Pontifical romain, la prière: Deus sanclifivationum omnium auclor, en dehors de la préface, est également, en elle-même, une forme suffisante, ayant été la consecralio de la liturgie gallicane. 554 REVUE ANGLO-ROMAINE

presbytérat préalable? Pour ne pas trop charger la discussion, je ne traiterai pas ici «x professo de cette helle controverse; j'en ai parlé assez longuement dans un article publié dans le Canoniste contempo- rein, février 1895. L'opinion probable, et même plus probable théologiquement et historiquement, on en conviendra à la lecture de cet article, est que l’épiscopat peut être valide, même sans la pré- trise reçue préalablement. Mais je ne puis pas contester la probabi- lité, au moins extrinsèque, de l’autre opinion, plus commune depuis le xi° siècle et dont, en pratique, il faut certainement tenir compte, quand il s’agit de la validité de la consécration épiscopale. Puisque donc le presbytérat anglican n’est pas au-dessus de toute critique, l'épiscopat aussi par là même ne présente pas toutes les garanties de validité.

.11. Quant au rite de l'Ordinal en lui-même, la porrection de la Bible avec les paroles : Aélende lectioni, ne saurait être un rite sufli- sant pour la validité de l’ordination. Les Anglicans eux-mêmes ne le considèrent pas comme la matière et la forme de leur consécration épiscopale. Les paroles : Atfende lections sont plutôt une exhortation à bien faire*.

  1. Le rite de l'imposition des mains avec les paroles : Accipe Spini- lum Sanctum, etc., est plus sérieux. L'’imposition des mains est, sans aucun doute, matière suffisante; reste la forme. L'opinion communs parmi les théologiens catholiques fait consister la forme de la consé- cration épiscopale, d'après le Pontificalromain, dansles seules paroles: Accipe Spiritum Sanctum, qui accompagnent l'imposition des mains de l’évêque consécrateur et des évêques assistants. Ceux qui partagent celte opinion doivent admettre que la forme de l'Ordinal pour la consécration épiscopale est suffisante; car la forme : Accine Spirilum Sanctum ne peut pas perdre sa force consécratoire à cause des paroles qui la suivent dans l'Ordinal : et memento, etc. Cependant, il faut bien reconnaître que, aujourd'hui, la théorie qui a la faveur des érudits est plutôl là seconde ({n. 56), qui exige, d’après le droit divin lui- même, une prière comme forme de toute ordination; et, pour la con- sécration épiscopale du Pontifical romain, elle fait consister la forme dans la préface qui est la consecratio de la liturgie romaine avec les

1 Pour l'épiscopat, comme pour le presbytérat {n. 72, nota 2), les anglicans, en faisant tous consister la matière de la consécration épiscopale dans l'imposition des mains, ne sont pas d'accord sur la forme. D'après les uns, elle consiste dans la prière : Omnipotens Deus, qui précède l'imposition des mains avecles paroles: Accipe Spirilum Sanctum, etc. qui l’'accompagnent; d'aprés les autres, elle con- siste dans les seules paroles: Accipe Spiritum Sanctum, etc. Billuart, qui fait consister la forme de l'épiscopat anglican dans la prière: Omninolens Deus, qui précède immédiatement le Veni Creator, n'avait pas lu l’Ordinal. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 535

mots : Sin aperiosi.. ronsequantur, en plus. Par conséquent, la suf- fisance de cetle forme pour la consécration épiscopale anglicane, qui devrait être adinise, d'après l'opinion commune des théologiens catholiques, n'est pas certaine; l'insuffisance même est plus probable.

  1. Voyons si les prières qui se trouvent dans l'Ordinal présentent plus de garanties. La prière : Omnipoïens Deus, Pater müericors, qui précède immédiatement l'imposition des mains, avec ou sans les paroles : Accipe Spiritum Sanctum, etc., est bien plus conforme, il faut l'avouer, aux prières employées ou approuvées par l'Église comme forme d'ordination que la prière pour le presbytérat : Omnipotens Deus, Pater cælestis (n. 74). Elle est relative à l’ordinalion, elle est une prière pour l'ordinami. On a remarqué avec raison que les phrases mêmes, un peu abrégées, de cette prière sont empruntées à la préface

du Pontifical romain dans sa partie intercalée d'origine gallicane:

    PONTIFICAL ROMAIN                                ORDINAL

Sint speciosi munere tuo pedes Da, quæsumus, eam gratiam huic horum ad evangelizandum pacem, famulo tuo qua semper paratus sit ad evangelizandum bona tua. Da eis, ad evangelizandum bona tua, ad præ- Domine, ministerium reconciliatio- dicandam reconciliationem ; et potes- nis in verbo et in factis et in virtute tate quam tribuis, non in destruc- signorum et prodigiorum. Sit sermo tionem, sed in salutem, non ad inju- eorum et prædicatio non in persua- riam, sed ad auxilium utatur; qua- sibilibus humanæ sapientiæ ver- tenus ut fidelis servus et prudens bis, sed in oxtensione spiritus et vir- familiæ tua dans eibum in tempore tutis.... Sint servi fideleset prudentes opportuno,ingaudium sempiternum quos constituis tu, Domine, super tandem suscipiatur, familiam tuam, ut dent illis cibum in tempore necessario, ut exibeant omnem hominem perfectum. Sint sollicitudine impigri..... Sint sapien- tibus-et insipientibus debitores et fructum de profectu omnium conse- quantur.

11 n'y a qu'une observation à faire, mais il y en a une : cette prière ne contient aucune mention de l’épiscopat. On répond qu’elle est assez déterminée à l'épiscopat par l'intention du ministre et le reste de la cérémonie. Ainsi, par exemple, les théologiens catholiques qui pré- tendent que les paroles vagues: Acripe Spiritum Sanctum, sont la forme de l'épiscopat, disent qu'elles sont déterminées à l'épiscopat par l'in- tention du ministre et le reste de la cérémonie. De même dans le mariage, les signes ou les mots qui expriment le consentement, ne sont-ils pas déterminés au contrat matrimonial par l'intention du conjointet l'ensemble de la cérémonie ? Il faut répéter la même chose, 356 REVUE ANGLO-RONAINE

toute proportion gardée, de la forme de la confirmation, de l'extrème- onction et du baptème. Loin de moi la pensée de contester la gravité de ces réponses; mais, après tout, je ne puis pas m'empêcher de ré- péter que voilà un élément contenu dans toutes les prières-formes qui manque dans la prière de l'Ordinal; et, quand il s'agit de la validité des sacrements, surtout de la validité de l'épiscopat et du presbytérat, nous devons suivre l'opinion, non seulement fufwrem, mais fufissimam. D'ailleurs, dans une matière positive comme celle des sacrements, l'exemple d’un sacrement n’est pas un argument pé- remptoire. La prière : Super hune famulum tuum, n'est guère meit- leure; car elle, non plus, ne fait aucune mention de l'épiscopat. Par contre, la prière : Omnnipotens Deus, omnium bonorum dalor, esl sem- blable quoad substantiam aux prières employées ou approuvées par l'Église et, unie moralement à l'imposition des mains, d'après l'opi- nion probable du cardinal De Lugo {(n.62), rend la consécration épis copale anglicane probablement valide.

                                     VI




                                CONCLUSION
  1. Dans le cours de cette étude, je crois avoir établi d'abord que la consécration épiscopale de Barlow peut ëélre considérée comme historiquement certaine; ensuite, que le défaut d'intention est pro- bable au for externe sans étre certain; enfin, que l'insuffisance aussi des rites de l'Ordinal n'est que probable, à des titres et à des degrés différents pour les trois ordinations. La conclusion qui semble découler de ces principes, est que les ordinations anglicanes doivent être regardées comme douteuses. Or, d'après la jurispru- dence pratique des Congrégations Romaines, en matière de sacre- ments en général et d'ordination en particulier, l'ordination certai- nement valide ne doit être répétée ni absolute ni sub conditine'; l'ordination certainement nulle doit être répétée absolute; l'ordination

1 Inutilo de discuter en ce moment sur la discipline de l'Eglise à ce sujet dans le temps passé: aujourd’hui, la jurisprudence est cerlaine. Cependant, même dans une ordination valide, un rite important, quoique accidentel, omis ou mal fait, doit étre quelquefois répété. Voyez mon traité De sacra ordinatione, n. 1001. DE LA VALEUR DES ORDINATIONS ANGLICANES 557

douteuse doit être répétée sub conditione. Appliquant cette jurispru- dence à notre sujet, il s'ensuit que les ordinations anglicanes ne peuvent pas être acceptées purement et simplement : elles doivent être répétées, mais il y aurait peut-être lieu, à mon humble avis, de modifier la pratique suivie jusqu'à présent et de ne réordonner que sub conditione les ministres anglicans qui reviennent à l'Église catho- lique.

  1. Son Eminence le cardinal Vaughan, dans sa icttre du 2 oc- tobre 1894 que j'ai plusieurs fois citée, ajoute avec raison : « De cette « question des ordres ne dépend pas la solution de l'affaire. Mème s’il « était prouvé que les anglicans, comme les donatistes, ont des ordres « valides et mème si ces ordres étaient reconnus par le Saint-Siège, « d'après les paroles de saint Augustin, cela ne leur servirait de rien « en dehors de l'unité de l'Eglise. » La charité chrétienne nous oblige de faciliter et de hâter le retour de la grande nation anglaise à l’unité catholique, d'abord par la courtoisie de nos discussions, inspirée du respect que l'on doit à la vertu, à la science et à la bonne foi, et surtout par nos prières, Piaf unum ovile et unus pastor. Amen.

                                                 P. GASPARRI.
    

CHRONIQUE

La Church House, ou «maison commune de l'Eglise d'An- gleterre,» vient d’être ouverte à Londres en présence du duc et de la duchesse d'York, des archevêques-primats de Cantorbéry et d'York, du lord Grand Chancelier et de tous les hauts dignitaires de l'Église et de l’État. L'idée de l'érection d’une maison commune pour l'Église d'Angle- lerre remonte à Sir Robert Philimore, mais ne fut mise à exécution qu’en 1887, lors du Jubilé de la Reine, sur la proposition de l'évêque de Carlisle. La Church House sera désormais le lieu où se réuniront les con- vocations et les Synodes, où se débattront les grands intéréts de l'Église nationale, bref la maison de l'Église sera le centre des affaires ecclésiastiques, comme le Parlement est le centre des affaires politiques et nationales. C'est là une heureuse innovation malheureusement irréalisable en France : car l'Église de France,qui cependant n’est pas « établie », est loin de jouir vis-à-vis du pouvoir civil de la même indépendance que l'Église officielle d'Angleterre. Que nos évêques français s'avisent de se réunir en assemblées pu- bliques et ils se verront bientôt cités comme d'abus devant le Conseil d'Etat!

Le duc de Norfolk, premier duc et pair du Royaume-Uni, élu maire de Sheffield, à assisté officiellement pour la première fois depuis la Réforme à la messe catholique, entouré de tous les con- seillers municipaux de la ville, La veille, quand le nouveau magistrat a paru dans une voiture de gala, pour la cérémonie d'investiture, la foule enthousiasmé le saluait par des cris et des hourrahs! Toutes les cloches de l’église ont sonné à grandes volées. Les protestants eux-mêmes se pressaient de lous côtés pourrendre hommage au premier maire catholique de Sheffield. Les Trappistes. — La Civilta catholica publie une excellente étude sur les Trappistes. On sait que les Trappistes réunis en chapitre géné- ral à Rome ont proclamé l'union de toutes leurs congrégations sous un même général, et ont modifié d’une manière uniforme leurs cons- titutions. D’après une statistique exacte publiée par la Cérila, les Trappistes ont actuellement #7 monastères avec 3,225 religieux. Sur ces monastères on en compte 22 en France, 1 en Alsace-Lorraine, 2en Espagne, 5 en Belgique, 4 en Hollande, À en Angieterre, 2en Irlande, 2 en Italie, 3 en Autriche, 2 en Allemagne. Pour l'Asie, il en a 4 en Palestine, 1 en Syrie et 1 en Chine; pour Afriqueon er compte 3, qui sont situés en Algérie, à Natal et au Congo; en Amé- rique : 2 aux États-Unis, 4 dans la Nouvelle-Écosse, 2 au Canada; pour l'Océanie : 4 en Australie. Les religieuses Trappistines sont au nombre de 940, réparties en 45 monastères, dont 43 en France, 4 en Alsace, 1 en Italie. LIVRES ET REVUES

Russia AND TUE ENGLISH CRURCE DURING THE LAST FIFTY YEARS, volume, containing a correspondence between’ M. R. William Palmer, Fellow of Magdalen College, Oxford, and M. Khomiakoff, in the years 4844-1854. Edited by W. J. Birkbeck, M. À. F. S. À. Mag- dalen College Oxford. — Published for the Eastern church association. — Rivington, Percival and C°, London, 1895.

On doit vivement remercier M. Birkbeck de la publication de l'ouvrage dont nous venons de transcrire le titre : c'est le début d'une série qui promet d’être extrêmement intéressante, et déjà ce premier volume est d'une lecture aussi attachante qu'instructive. Nous pou- vons ajouter qu'il l’est particulièrement pour notre clergé français, qui, la plupart du temps, n’a guère occasion d'entendre parler, sinon d'une façon générale et vague, des démarches et des efforts tentés en Angleterre, depuis une cinquautaine d'années, pour l'union de l'Église anglicane avec l'Église gréco-russe. Vers 1840, un membre de l'Église anglicane, éminent par sa piété, son savoir et ses travaux, et l’un des membres les plus notables du mouvement d'Oxford, M. W. Palmer, fiten Russie plusieurs voyages; il y était poussé par les inquiétudes de sa foi et les recherches de sa raison au sujet de la véritable Église. Quelques années plus tard, une circonstance particulière mit M. Palmer en relations avec un écrivain russe, M. Khomiakoff, publiciste savant et théologien laïque, s’adon- nant avec ardeur à l'étude des questions religieuses. [is échangèrent de longues lettres au sujet de l’Union de l'Église anglicane avec l'Église russe, et c'est cette correspondance que M.Birkbeck a retrouvée en grande partie, qu'il a rasseinblée patiemment et classée, et dont il nous donne une édition très soignée dans le volume dont nous nous occupons.

L'introduction et les notes qui accompagnent cette correspondance l'éclairent très utilement et ajoutent à son intérêt. Cependant, prêchant pour notre saint, nous penserions volontiers que le savant éditeur aurait pu se montrer moins avare de ces notes loujours si précises et si judicieuses; peut-être aurait-il pu saisir cette occasion de nous faire participer plus amplement à la connaissance approfondie et familière qu'il possède de l’état présent des Églises de l'Europe orientale,et particulièrement de l'Église russe. Mais peut- être ce vœu trouvera-t-il satisfaction dans les volumes qui doivent suivre celui-ci, puisqu'il s'agit, comme nous l'avons dit, d’une série d'ouvrages consacrés à l’histoire des rapports de l'Église anglicane avec la Russie. Le volume que nous avons sous les yeux, ne comprend que dix- huit lettres: six de M. Palmer, douze de M. Khomiakoff; elles ont été écrites entre les années 1844 et 1834; on voit par là qu'elles se suivent à d'assez longs intervalles. A les lire, on les voudrait plus nombreuses, tant est grand l'intérêt de cet échange d'idées, de sen- 560 REVUE ANGLO-ROMAINE

timents el de vues entre deux esprits éminents, entre deux âmes également passionnées pour la vérilé religieuse et tout occupées de sa recherche ou de sa démonstration. Les dernières lettres nous an- noncent le départ de M. Palmer pour Rome ; il ne tarda guère, en effet, (en 188%) à rentrer dans la communion de l'Église catholique. Une profession de foi de M. Paliner, une lettre de lui au Haut pre- cureur du Saini-Synode de Russie, et un essai de M. Khomiakoff. sur l'Eglise, terminent le volume. L'introduction mise en tête de cetle correspondance par M. lirk- beck s'applique surtout à nous faire connaître M. Khomiakoff: elle raconte sa vie et ses travaux, et de cette notice se dégage un inléres- sant portrait de l'écrivain et de l'apologiste russe. En revanche, de M.Palmer, l'introduction ne ditrien;elle se contente de renvoyer àdes publications antérieures, jugeant, à bon droit évidemment, M. Palmer assez connu des lecteurs anglais. Nous croyons cependant que M.Birk- beck aurait dû songer un peu aux lecteurs du continent auxquels une notice même sommaire sur M. Palmer eût été agréable et utile. Nous ne pouvons pas aujourd'hui anaivser ici cette correspon- dance, mais peut-être aurons-nous l'occasion d'y revenir, et d'ail- leurs, le livre est de ceux auxquels il est bon de s'adresser direr- tement. Toutefois, il nous a semblé qu'un résumé fidèle des idées de Khomiakoff sur les caractères de la véritable Église, sur la con- ception qu'il s'est faite de l’Église catholique, et en général, sur ses vues d'Européen oriental louchant l'Occident, pourrait avoir de l'intérèt pour les lecteurs de cette Revue, et comme il se trouve que ce résumé a été fait, avec une compétence particulière, par un dis- ciple de M. Khomiakoff, M. Georges Samarin, el que M. Birkbeck a eu la bonne inspiration de l'insérer dans son introduction, nous le reproduisons à notre tour: on le trouvera plus loin, à sa place. parmi les documents. Ce résumé peut avoir pour nous, en effet, une valeur documer- taire, altendu,paraïît-il, que lesidées de Khomiakoff se sont répanduss dans les milieux les plus intellectuels, clergé et laïques, d'une façon surprenante, et qu'elles se trouvent ainsi faire partie intégrante de ce mouvement nalional, de celte évolution, à la fois historique, rel- gieuse et politique, qui transforme profondément la Russie contem- poraine. Cette évolution-là, qui pointe déjà dans la correspondante de Khomiakoff, mériterait certes d'être étudiée attentivement, aus! bien par les politiques que par les théologiens et les apologistes ta- tholiques: car loin de rapprocher la Russie de nous, comme on le croit trop communément, en raison de certains faits ou de cerlaines apparences, elle tend au contraire à la soustraire, autant que pos- sible, aux influences occidentales, en opposant aux principes les plus caractéristiques de la civilisation moderne de l'Occident une concef- tion très particulière du développement de la vie nationale russe, de l'avenir et de la mission de la Russie dans le monde. Cette concep- tion est, en un sens, très grandiose, mais l'absolutisme, à la fois politique et religieux, en est la clef de voûte, —F, L. M. KHOMIAKOFF ET L'ÉGLISE ORTHODOXE FAR

                     GEORGES        SAMARIN

D'après l'idée que nous nous en faisons d'ordinaire, l'Église est une institution, — institution, il est vrai, d’un genre tout spécial et même unique, puisqu'elle est divine, — mais institution quand même. Cette conception a le défaut de toutes nos définitions et notions courantes sur les questions religieuses. Bien qu'elle ne contienne en soirien de contraire à la vérité, elle est cependant inexacte. Elle rabaisse l’idée de l'Église à un niveau trop bas et trop vulgaire, et en conséquence l’idée elle-même devient vulgaire, pour avoir été asso- ciéeà un groupe de phénomènes avec lesquels, quelle que puisse

                                                                         vie

être la ressemblance extérieure, ellen'a absolument rien de commun. Une institution, nous savons ce que signifie ce mot, et concevoir

                                                                         ain
                                                                         db ist

l'Eglise comme une institution, par analogie avec d'autres institu- tions, c'est assez facile en vérité, ou plutôt trop facile. Il y à un volume que nous appelons «le Code criminel » : il y en a un autre que nous appelons « Sainte Écriture » ; la loi a son fondement et sa

                                                                         RS

forme : l'Église, ses traditions et ses rites; il y a une cour criminelle

                                                                        eh àa

où le Code est appliqué, interprété, mis en vigueur : de même aux yeux de certains, l'Église semble-t-elle agir d'une manière ana-

                                                                         Éxr

logue, car c'est elle qui, guidée par les Écritures, proclame la doc- a 25à trine, l’applique, résout les points douteux, juge et décide. Dans un cas nous avons des vérités relatives, c'est-à-dire la loi, accompagnée des magistrats et des hommes de loi de toutes sortes qui sontchargés de l'interpréter et de l'appliquer; dans l'autre nous avons des vérités absolues, et là bien entendu il y a une différence; : mais, après tout, c'est une forme de vérité, renfermée comme l'autre dans un livre ou contenue dans certaines expressions verbales, ayant aussi des officiers chargés de l'administrer, c'est-à-dire le clergé. Maintenant, il est vrai, à coup sûr, que l'Église a une doctrine qui lui est propre et que ce point constitue un de ses caractères indélé- biles: ilest vrai également que, la considérant à un autre point de vue, c'est-à-dire au point de vue historique, c'est comme institution — institution d’un genre tout spécial — qu'elle se trouve en contact avec d'autres institutions. Cependant l'Église n'est ni une doctrine, ni un système, ni une institution. Elle est un organisme vivant, orga- nisme de vérité et d'amour, ou plutôt elle est vérilé el amour, et c'est là fout son organisme. De cette définition découle, comme une conséquence naturelle, REVUE ANGLO-ROMAINE, — T. I. — 36. 562 REVUE ANGLO-ROMAINE

l'attitude de l'Église vis‘à-vis de l'erreur sous quelque forme qu'elle se présente. Elle se comporte vis-à-vis de l'erreur précisément de la même manière que tout organisme vis-à-vis de quelque chose quilui est hostile, qui est incompatible avec sa propre nature. Elle sépare l'erreur d'elle-même, la rejette.la repousse, et, par ce fait même d'éta- blir une ligne de séparation entre elle et l'erreur, elle se définit elle- même, définissant ainsi la vérité; mais elle ne condescend pas à dis- cuter avec l'erreur; elle ne la réfute, ni ne la définit, ni ne l'explique. La controverse et la réfutation, l'explication et la définition des erreurs sont l'affaire, non de l'Église elle-même, mais des théologiens. C'est le rôle de la science ecclésiastique, en d'autres termes, de k théologie. Les hérésies de l'Orient donnèrent naissance à une école ortho- doxe de théologie qui eut pour tâche d'établir en un système dedor- trines s’harmonisant l’enseignement de l'Église sur l'essence de Dieu. la Trinité et le Dieu fait homme; et le cycle de ce magnifique déve- loppement de la pensée humaine. éclairée par la grâce d'en haut. fut entièrement parcouru avant que Rome ne se fût séparée de l'Eglise. Peu de temps après ce dernier événement des changements se pro- duisirent dans les destinées historiques de l'Orient; sa science et ses vues éclairées diminuèrent, et il s'ensuivit que l’école orthodoxe des théologiens s'appauvrit nécessairement des productions de l'esprit. Pendant ce temps, le courant ratfonaliste, que le schisme romain avait admis dans l'Église, donna naissance en Occident à de nouvelles questions théologiques dont l'Orient orthodoxe n'eut pas connais- sance et ce fleuve grossissant se sépara en deux courants qui finirent par donner naissance à deux systèmes opposés de doctrine, le Lati- nisme etle Protestantisme. Tous ces mouvements furent dus à des causes locales et exclusive- ment romano-germaniques. La tradition catholique n°y joua que le rôle d'élément passif; elle fut graduellement transformée, mutilée et ajustée aux idées et aux aspirations de ces pays; et, dans son ensemble, depuis Nicolas I* jusqu’au Concile de Trente et depuis Luther et Calvin jusqu'à Schleiermacher et Néander, ce mouvemest intellectuel demeura entièrement en dehors de l'Église qui n'y prit aucune part. Et il n'eùt pu en être autrement. L'Église resta ce qu'elle avait été auparavant. La lampe qui lui avait été confiée n'avait pas cessé de bràler et la lumière n’en était pas obscurcie. Mais les assauts que lui livra l'Occident, les formidables efforts de la propa- gande occidentale, ses tentatives tout d'abord de réfuter la lradi- tion catholique, que l'Église orientale possédait et possède encore. puis de s'y faire des amis et d'entrer en accommodement avec elle. nécessitèrent l'entrée en scène d’une école orthodoxe de théologiens qui furent dès lors lancés dans la controverse et obligés d'adopter une attitude vis-à-vis soit du Latinisme, soit du Protestantisme. Et quelle fut cette attitude de nos théologiens? On peut la définir ainsi : {/s parèrent les coups; en d'autres termes, ils adoptèrent ut position essentiellement défensive et, dès lors, leur mode d'action el M. KHOMIAKOFF ET L'ÉGLISE ORTHODOXE 563

leurs procédés se trouvèrent subordonnés à ceux de leurs adver- saires. Ils prirent en considération les questions que les Latins et les Protestanis leur posèrent, et les acceptèrent sous cette même forme que leur avait donnée la controverse en Occident, sans même suspecter que l'erreur se trouvât non seulement dans les conclusions, mais aussi jusque dans la manière dont ces questions élaient posées, à vrai dire peut-être pius encore dans la manière que dans les conclusions. En conséquence, involontairement, inconsciemment et sans en prévoir les conséquences, notre école théologique quitta la terre ferme de l'Église et s'égara à travers ces fondrières, ces pièges et ces terrains minés où les théologiens occidentaux cherchaient depuis longtemps déjà à l'entraîner. Et, en avançant toujours plus avant, ils se trouvèrent pris entre deux feux et obligés, presque par nécessité, de se servir d'armes depuis longtemps préparées et mises au point par les diverses confessions de l'Occident dans leurs luttes domestiques et meurtrières. Le résullat inévitable fut tout naturellement que, s'étant mêlés de plus en plus aux contradictions latines et protestantes, les théolo- giens orthodoxes finirent par se diviser en deux sections. lis for- mèrent deux écoles: l'une exclusivement anti-latine, l'autre exclu- sivement anti-protestante; mais l'école orthodoxe, au sens strict du mot, cessa d'exister. Bien entendu, il est à peine besoin de le dire, ils furent malheureux dans la lutte : sans doute beaucoup de zèle, de science et de persévérance furent déployés et même quelques succès individuels furent remportés, principalement par la mise à décou- vert des fraudes, des dissimulations et des tromperies de toutes sortes des Latins. Quant au résultat final, l'orthodoxie, bien entendu, ne fut pas atteinte; mais nous n’en devons aucuns remerciements à nos théologiens, et nous sommes obligés d'admettre que la contro- verse fut conduite par eux d’après des principes qui n'étaient rien moins que bons. L'erreur qu'ils firent dès le début, en se laissant entraîner sur un sol étranger, eut trois conséquences inévitables. Premièrement, l'école anti-latine laissa pénétrer chez elle un germe protestant, et l'école anti-protestante un germe latin; secondement, et comme résultat de ce premier point, chaque succès remporté par l'une ou l'autre des deux écoles dans sa lutte contre sa rivale, eut toujours pour effet d'affaiblir l’autre école et de fournir de nouvelles armes à l'ennemi commun contre lequel l'une et l'autre, somme toute, combat- taient; et troisièmemenñt enfin, et c’est là le point le plus important de tous, —- /e rationalisme de l'Occident s'infiltra dans la théologie orthodoxe et s'y cristallisa, sous une forme scientifique, au milieu des dogmes de La foi — avec une méthode de preuves, d'explications, de déduc- tions. Pour ceux de nos lecteurs qui ne sont pas spécialement au courant de la question, nous prendrons quelques exemples et les mettrons sous une forme que tous pourront comprendre. « Quelle est la plus importante et laquelle des deux sert de fonde- ment à l'autre : l'Écriture ou la ‘lradition? » 564 REVUE ANGLO-ROMAINE

. C'est ainsi que la théologie occidentale pose la question. Et d'ait- leurs sur la manière de la poser, Latins et Protestants ne font qu'un; c'est sous cette forme qu'ils la présentent à notre examen. Nos théo- logiens, au lieu de repousser une question ainsi posée et de faire ressortir la déraison qu'il y a à opposer l'un à l’autre deux phéno- mènes dont l'un n'a pas de signification sans l’autre et qui tous les deux font partie intégrante de l'organisme vivant de l'Église, nos théologiens, dis-je, acceptent l'étude de la question telle qu'elle est présentée, et c'est sur ce terrain qu'ils se lancent dans ia discussion. Contre quelque Martin Chemnitz ou tout autre, un théologien ortho- doxe de l’école anti-protestante entre en scène et répond : « C'est de la Tradition que les Écritures reçoivent leur définition de vérité révélée, de révélation : par conséquent, c’est de la Tradition qu'elles reçoivent leur autorité. De plus les Écritures en elles-mêmes ne sont pas complètes : elles sont obscures et difficiles à comprendre; elles deviennent souvent matière à hérésies, et partant, prises isolément, non seulement elles sont insuffisantes, mais même dangereuses. » Un Jésuite entend cela. Il vient à la rescousse du théologien ortho- doxe, le félicite de sa victoire sur le protestant et lui insinue à l'oreille : « Vous avez parfaitement raison, mais vous n'avez pas poussé votre argument jusqu’à ses conséquences logiques; il vous reste encore un dernier pas, peu considérable d'ailleurs, à franchir: enlevez les Écritures aux laïques dans leur ensemble. » Mais, en même temps, un théologien orthodoxe de l'école anti- papale entre en scène et dit : « Vous avez absolument tort : les Écri- tures contiennent par elles-mêmes des preuves à la fois intrinsèques et extrinsèques de leur divine origine; l'Écriture est le fondement de la vérité; c'est elle qui commande la Tradition et non la Tradition qui commande l’Écriture; les Écritures furent données à tousles chrétiens pour que tous pussent les lire; elles sont complètes par elles-mêmes, et il n'est pas nécessaire d'y ajouter quelque chose, car tout ce qui ne s’y trouve pas en termes précis etexplicites peut en être déduit par la logique et un raisonnement sain; et enfin dans toutes les questions touchant le salut, elles sont claires et parfaitement intelligibles pour celui qui les étudie de bonne foi » — « Excellent! dit le Protestant; c'est bien cela; la Bible comme objet; la raison individuelle et la bonne foi de chacun comme sujet : rien de plus n'est denrandé. » Voici une autre question : « Par quoi un homme est-il justifié? Par la foi seule ou par la foi plus certaines œuvres de satisfaction? » C'est ainsi que laquestion est posée dans le mondelatino-protestant, et notre théologien orthodoxe la répète sans s’apercevoir que le seul fait de poser une semblable question indique une confusion entre la foi et les croyances dont on n'est pas responsable, entre les œuvres dans le sens d'une manifestation de la foi et les œuvres signifiant des actes visibles et tangibles. Une nouvelle discussion commence donc. : Le Jésuite se précipite chez le théologien orthodoxe de l'école anti-protestante, et entre en conservation avec lui, à peu près dans 1 ee.

            M. KHOMIAKOFF ET L'ÉGLISE ORTHODOXE                   565

les termes suivants : « Bien entendu vous détestez les sophismes des Luthériens quand ils affirment que les œuvres ne sont pas néces- saires et qu'un homme peut être sauvé par la foi seule?» — « Certes, nous les détestons. n — « C'est-à-dire qu’en plus de ja foi les œuvres sont aussi nécessaires ? » — « Oui, bien certainement. » — « Et il s'ensuit qu'il est impossible d’être sauvé sans les œuvres, que les œuvres ont un pouvoir de justification ? » — « A coup sûr, elles en ont un. » — « Mais alors, supposez le cas d’un homme qui, en raison de sa foi, s'est repenti et à reçu l'absolution, mais est mort sans être parvenu à accomplir des œuvres de satisfaction: que devient cet homme? Pour ceux qui se trouvent dans son cas, nous avons le pur- galoire, mais, vous, qu'avez-vous ? » — « Nous, réplique notre théo- logien orthodoxe, après avoir disserté un peu sur la question, nous avons quelque chose de semblable : des souffrances. » — « Tout à fait cela; c'est-à-dire le lieu existe, nous différons seulement quant au nom à lui donner. Et comme dans le purgatoire les hommes ne peuvent plus accomplir d'œuvres de satisfaction, alors que c'est pré- cisément ce dont ils ont besoin, nous les leur prétons sur les trésors que l'Église possède de bonnes œuvres et de mérites qui nous ont été légués par les saints comme un fonds de réserve. Mais comment cela se passe-il chez vous? » Le théologien orthodoxe commence à se trou- ver confus etrépond en baissant la voix : « Nous avons aussi le même genre de capital, c'est-à-dire les mérites des œuvres de surérogation. » Mais il est ressaisi par le Jésuite qui lui réplique : « Comment se fait- il alors que vous rejetez les indulgences et leur vente ? Car après tout n'y a là qu'un acte de transfert. Nous mettons notre capital en cir- culation tandis que vous l'enfouissez sous terre. Est-ce juste de votre part? »

Juste en même temps, à l’autre extrémité de l'arène théologique s'éléve une semblable discussion. Un savant pasteur protestant est en train de poser des questions à un de nos théologiens orthodoxes de l’école anti-latine : « Bien entendu, dit-il, vous rejetez cette absur- dité des papistes, attribuant aux œuvres des hommes une significa- tion méritoire aux yeux de Dieu et un pouvoir de justification ? » — «Certes, nous la repoussons. » — « Et vous savez que les hommes sont sauvés par la foi et la foi seule, sans qu'il soit besoin d’autre chose? » — « Parfaitement. » — « Alors, soyez assez bon pour m'expliquer les raisons que vous avez de conserver chez vous diverses pénilences, ce que vous appelez des conseils de perfection et enfin la vie monas- tique! Quel est l'usage de tout cela et quel profit en attendez-vous? De plus, je vous demanderai de me prouver qu'il est nécessaire de recourir à l'intercession des sainls. Qu'en avez-vous donc besoin? on bien serait-ce que vous n'auriez pas confiance dans le pouvoir de rédemption de la foi pour chaque individu ? » Le théologien orthodoxe tout pensif va chercher ses auteurs et fouille tous ses textes sans y trouver les preuves et réponses nécessaires. Son contradicteur ne tarde pas à s'en apercevoir, et, le pressant davantage, lui demande : « Prier, n'est-ce pas? veut naturellement dire : demander quelque 366 REVUE ANGLO-ROMAINE !

chose à Dieu avec l'espoir de l'obtenir? » — « C'est vrai. » — « Eton peut seulement prier lorsqu'on s'attend à recevoir quelque chose en retour? » — « C'est encore vrai. »— « Et il n'y a pas d'état intermédiaire entre l'enfer et le ciel, entre la damnation et le salnt, car Le purga- toire, n'est-ce pas, n’est autre chose qu'une fable inventée par les papistes, et il est à peine nécessaire de dire que vous ne l'acceplez pas?»—« Très bien.» —«Mais alors pourquoi gaspillez-vous vos prières en pure perte en priant pour les morts? De deux choses l'une : ou i vous êtes papistes, ou vous êtes en retard sur votre époque; vous n'êtes pas encore aussi avancés dans votre développement religieux que nous autres protestants. » Finalement, un Jésuite uitra-moderne ! se présente et se Lournant versie théologien orthodoxe anti-protestant lequestionne de nouveau: « Assurément, vous n'êtes pas d'accord avec ces maudits protestants pour croire qu'un individu isolé, avec un livre entre ses mains, mais vivani en dehors du sein de l'Église, est capable de découvrir de lui- même la vérité et le chemin du salut? » — € Certainement non, nous croyons qu'il n'y a point de salut possible hors de l'Église, qui seule est sainte et infaillible. » — « Parfait; mais, s'il en est ainsi, le pre- mier soin de chaque homme doit étre, non de se séparer de l'Église, mais de ne faire qu'un avec elle en toute chose tant par la foi que par les actes ? » — « Certainement. n — « Mais alors, comme vous le savez, les sophismes et les flatteries ont trop souvent réussi dans l'Église et, sous un masque ecclésiastique, égaré les fidèles. » — « Oui, nous le savons. » « Et cela ne montre-t-il pas la nécessité d'un signe extérieur et tangible, grâce auquel chaque homme pourra distinguer sûrement l'Église infaillible? » — « Oui, cela est nécessaire, » réplique le théolo- gien orthodoxe, sans se douter où l'on veut l’'amener. « Mais, reprend le Jésuite, cela nous l'avons dans la personne du Pape, et vous autres qu'avez-vous à sa place? » — « Pour nous, la pleine manifestation de l'Église comme organe et dépositaire de la foi infaillible réside dans le Concile œcuménique. » — « Oui, sans doute; nous aussi nous reconnaissons l'autorité du Concile æcuménique, mais pourriez vous m'expliquer comment un Concile œcuménique peut être dis- tingué d'un Concile purement local? par quel signe visible? Pour quoi ne pas reconnaitre, par exemple, le Concile de Florence comme œcuménique ? Et ne me dites pas que vous admettez seulement un Concile comme œcuménique quand l'Église dans son entier y reconnait sa voix et sa foi : c’est-à-dire l'inspiration de l'Esprit-Saint, car c'est justement là le problème qui est posé, à savoir quelle est la vraie Église et où elle se trouve. » Le théologien orthodoxe anti-protestant se trouve ne plus savoir quoi répondre et le Jésuite lui dit en guise d'adieu : € Il y a beaucoup de bon chez vous, vous el nous marchons sur la méme route, mais nous en sommes arrivés à un point que vous n'avez pas encore atteint. L'un el l'auire sommes d'accord pour reconnaître la nécessité d'un signe extérieur

Ceci fut écrit en 1867.

M. KHOMIAKOFF ET L'ÉGLISE ORTHODOXE 367

de la vérité ou, en d'autres termes, #n signe de ce qui est et de ce quin'est pas D Église; mais vous, vous en cherchez un sans pouvoir le trouver, tandis que nous, nous en avons un — le Pape ; c'est la différence qu'il y a entre nous. Vous aussi êtes papistes par essence ; mais vous ne suivez pas jusqu'au bout les conséquences de vos principes. » Ce fut d'une manière analogue à celle-ci que se tinrent pendant près de deux siècles les controverses entre nos deux écoles ortho- doxes et les Confessions d'Occident. Comme on devait s'y attendre, elles donnaient lieu, en outre, à de constantes controverses entre les deux écoles elles-mêmes. Comme ouvrages exprimant de la manière la plus complète et la plus exacte les doctrines de l'une et l'autre école, il suffit de citer la Théologie latine de Théophane Procovich, pour le parti anti-latin; et le Roc de la Foi d'Étienne Javorski, pour le parti anti-protestant. Tous les écrits qui furent publiés dans la suite se rattachent à l'un ou à l'autre de ces deux ouvrages fonda- mentaux et n'en sont que de pâles reflets. Rappelons-le, nous par- lons en ce moment de nos théologiens et non de l'Église elle-même: la forteresse supporta l'assaut et n’en fut pas ébranlée. Mais, si elle résista, ce fut parce qu'elle était l'Église de Dieu et qu'il était impos- sible qu'elle tombät:; mais en tant que la défense est en cuuse, il est impossible de ne pas admettre qu'elle fut faible et insuffisante. Ceux qui assistèrent au conflit en qualité de spectateurs (et ce fut l'attitude de toute notre société cultivée, à part quelques rares excep- tions) jugèrent de la justice de la cause d’après la manière dont elle était défendue, et ils demeurèrent perplexes. Le doute s'empara de l'esprit de beaucoup, tandis qu'un pius grand nombre encore pas- saient à l'ennemi, les uns se réfugiant dans le mysticisme, les autres dans le Papisme — ceux-là naturellement plus nombreux, le calme qu'ils cherchaient étant de cette façon plus facilement trouvé. Ceux qui se trouvaient tout à fait impartiaux, c'est-à-dire qui s'imaginaient qu'ayant quitté l'une des rives sans avoir atteint l’autre, ils avaient acquis le droit de juger l'Église du haut de leur superbe indifféren- tisme religieux, — ceux-là en arrivèrent à cette opinion que l'ortho- doxie n'était autre chose qu'un système démodé, un terrain que, conformément aux lois du progrès qui s'étaient manifestées dans cet Occident si en avant sur nous, viendraient conquérir deux systèmes de tendances opposées, le Latinisme et le Protestantisme, systèmes résultant d'un Christianisme plus développé, devant se partager el englober peu à peu toute l’orthodoxie. D'autres disaient que le Latinisme et le Protestantisme, étant deux pôles contraires s'excluant l'un l'autre, ne sauraient être le terme final de l’évolution de la doctrine chrétienne; que l'un et l’autre prendraient également fin pour faire place non à l'orthodoxie, celle- ci ayant déjà fait son temps, mais à quelque forme nouvelle de reli- gion embrassant l'humanité d'un point de vue supérieur. Le papisme, l'éclectisme, le mysticisme — ces trois systèmes étaient sérieuse- ment discutés parmi nous et trouvaient des adhérents, tandis qu'ils ne rencontraient pour ainsi dire pas de résistance de la part de 568 REVUE ANGLO-ROMAINE l'Église. Il est évident que notre école de théologie n'avait pas de matériaux suffisants à fournir pour lutter d'une manière efficace. Elle continus ses polémiquessur ce terrain miné d'avance que nous avons décrit, sans changer aucunement de tactique; en un mot, elle setint exclusivement sur la défensive. Mais défendre ne veut pasdire repousser, et encore moins gagner la victoire; dans le domaine dela pensée surtout, on ne peut regarder comme vaincu que ce quia fina- lement été admis et défini comme une erreur. Et notre école ortho- doxe de théologie n’était pas en situation de définir le Latinisme ou le Protestantisme,parce qu'en se départissant de son propre point davue orthodoze, elle s'était divisée en deux partis qui, l’un et l’autre, s'étaient opposés soit au Latinisme, soit au Protestantisme, mais sans se placer au-dessus d'eux. Ce fut KhomiakoË qui le premier étudia le Latinisme et le Protes- tantisme en les considérant au point de vue de l'Église, c'est-à-dire d'en haut, et c’est la raison pour laquelle il fut capable de les définir. Nous avons déjà dit que les théologiens étrangers furent troublés par ses brochures. Ils sentirent qu'il s'y trouvait quelque chose qu'ils n'avaient jamais rencontré dans leurs controverses avec l'Orthodoxie — quelque chose d’imprévu et de nouveau pour eux. Selon toute apparence ils furent quelquefois incapables de se rendre un compte exact de ce qu'était ce nouvel élément introduit dans la controverse, mais nous, du moins, le savons. Ils avaient enfin entendu la voix d'un théologien n’appartenant ni à l’école anti-protestante, ni à l'école anti-latine, mais à l’école orthodoxe. Et s'étant pour la première fois rencontrés avec l'Orthodoxie,surle terrain dela science ecclésiastique, ils commencèrent à se rendre compte d’une manière assez confuse que, jusqu'ici, leurs controverses avec l'Église n'avaient roulé que sur certains malentendus, que leurs éternelles discussions qui paraissaient presque terminées, ne faisaient réellement que commencer et sur un terrain lout nouveau; car eux, les protestants et les papistes, qui jusqu'alors avaient joué le rôle d'accusateurs. allaient devenir les accusés, allaient avoir à répondre et à se justi- fier à leur tour. La manière dont Khomiakoff dirigea son entreprise ne fut pas moins saisissante parsa nouveauté. Jusqu'à cetle époque, nos savantes dis- cussions théologiques s'étaient perdues par particularisme. Chacune des assertions et des déductions de nos adversaires était analysée et réfutée séparément. Nous opposions lexte à texte, témoignage à té moignage, et nous nous lancions réciproquement à la tête des preuves tirées de l'Ecriture, de la Tradition, ou déduites du raisonnement. Quand nous parvenions à l'emporter, le résultat était que la proposi- tion de nos adversaires demeurait sans preuves, que quelquefois mème elle était démontrée contraire aux Ecritures, fausse par consé- quent, el devait être rejetée; mais c'était tout. Sans doute c'était suf- fisant pour réfuter l'erreur sous la forme sous laquelle elle nous était présentée; mais il est évident que ce n'était paslà tout ce qu'on attea- dait. Les questions comment, pourquoi et de quelles sources s'était M. KAOMIAKOFF ET L'ÉGLISE ORTHODOXE 569

élevée et répandue l'erreur, demeuraient encore sans réponse. Ces questions n'avaient jamais été résolues, ni même effleurées par nos théologiens, et il en résultait que quelquefois, après avoir réfuté une erreur sous une forme donnée {dogme ou décision), ils ne la recon- naissaient plus quand elle se présentait sous une autre forme. Kho- miakoff employa une méthode bien différente. Passant des manifes- tations de chaque erreur à ses origines et à ses causes, il en établit pour ainsi dire la généalogie, puis ramena toutes les erreurs à leur point de départ commun, faisant ainsi ressortir dans toute sa pro- fondeur l'inconsistance de chacune. Ce n’est rien moins qu’extirper l'erreur par les racines. Si nous pénétrons dans les écrits théologiques de Khomiakoff et passons de son système au contenu de ses ouvrages, nous y trouvons une nouvelle caractéristique. Au premier abord on croirait avoir affaire à des controverses; mais, en réalité, la polémique n'y occupe que la seconde place, et même c’est à peine si l'on y trouverait trace de polémiques au sens strict du mot, c'est-à-dire en tant que réfuta- tions d’un caractère purement négatif, Dans ses controverses il est impossible de séparer le côté négatif du côté positif, c'est-à-dire de son explication de l'enseignement de l'orthodoxie, et cela parce qu'il en avait fait un tout indissoluble. On chercherait en vain dans ses œuvres un seul argument emprunté aux protestants pour s’en servir contre les latins ou aux latins pour combattre les protestants, et cela parce que chacune de ses démonstrations n’est pas par essence une proposition négative, mais affirmative, bien qu’elle soit établie dans un but de controverse. Quand un homme se trouve placé dans le brouillard, il se rend compte seulement du manque de lumière; mais, quant à savoir d'où est venu le brouillard, quelle est son étendue, où se trouve le soleil : c'est ce qu'il ignore. Au contraire, quand le ciel est clair et le soleil brillant, le moindre nuage qui passe ressort sur le bleu du ciel comme un objet opposé à la lumière. Khomiakoff vint éclaircir la région de lumière, c'est-à-dire l'atmos- Phère de l’Église, et il s’ensuivit que la fausse doctrine apparut sous forme d’une négation de la vérité comme un nuage sombre sur l'azurdu ciel. Les contours de la fausse doctrine se révélèrent évidents et bien définis. Nous parlons de fausse doctrine au singulier et non au plu- riel, quoique nous embrassions sous ce terme à la fois le Latinisme et le Protestantisme; mais, dorénavant, ces deux confessions ne cons- tilueront plus pour nous qu'une seule forme d'erreur; leur unité intrinsèque ne peut être aperçue qu'en se plaçant au point de vue de l'Église et c'est précisément cela que Khomiakoff mit le premier en évidence. Avant lui, nos théologiens considéraient toujours le Lati- nisme et le Protestantisme comme deux contraires, s'excluant l'un l'autre. Et cela parce qu’en Occident le sentiment religieux est irré- vocablement divisé en deux, ayant perdu la notion même de l’Église, c'est-à-dire de ce centre dont les deux confessions dont nous avons 570 REVUE ANGLO-ROMAINE

parlé se séparèrent sous l'influence de l'esprit romain et de l'esprit germanique. Autrefois, nous avions ce spectacle de deux formes de Christianisme clairement définies en Occident, l'Orthodoxie se pl çant au milieu d'elles, mais pour ainsi dire tirée en sens inverse at point de départ des deux systèmes; mais aujourd hui nous avons en présence, d'un côté l'Église, autrement dit le vivant organisme de vérité, fondée sur l'amour mutuel, et de l'autre, en dehors de l'Église, la science et la logique dénuées de toute base morale, c'est-à-dire le Rationalisme. Celui-ci se présente sous deux aspects : d'un côté la raison s'arrêtent à un fantôme de vérité et sacrifiant sa liberté à un principe d'autorité purement extérieure : c'est le Latinisme; et de l'autre, la raison essayant de trouver une vérité toute faile pour chacun et sacrifiant l'unité à la sincérité subjective et personnelle: c’est le Protestantisme. LE CARDINAL VAUGHAN

     ET    LA     «VIE     DU     CARDINAL          MANNINGt!



                       [Cuvrage de M. PURCELL,
             Membre de l'Aradèmie romaine des Lettres]




La publication de cette Vie est presque un crime. Quantité de

cttres, qui atteignent la réputation de personnes vivantes ou décé- dées, viennent d’être ainsi jetées dans la rue, au scandale, à la dou- leur, et à l'indignation de parents et d'amis saus nombre. Ces lettres re furent jamais écrites, elles ne furent jamais conservées pour être un jour publiées. Il est mème impossible d'en lire le plus grand nombre et de porter sur elles un jugement convenable, tant que n'auront pas été publiées en mème temps les circonstances qui les éclairent et qui sont maintenant oubliées: celles par exemple qui con- cernent Mgr Georges Talbot. Qui ne comprend maintenant qu'il y a quelque chose de beaucoup plus grave qu’une simple indiscrétion, dans le fait de publier des lettres échangées entre amis intimes, se communiquant mutuellement leurs impressions et leurs désirs sur des sujets d’une extrême délicatesse; surtout, si l'on considère que ces lettres, jaillies de l'inspiration du moment, n'avaient aussi en vue que les circonstances du moment et ne furent jamais écrites pour tomber sous les yeux du public; à plus forte raison surtout pour entrer dans la composition d'une biographie sérieuse? Mais pourquoi ces lettres furent-elles conservées? Quelques-unes, probablement, furent gardées par excès de précaution, sans pourtant mériter cet honneur; d’autres furent mises de côté et conservées comme une réserve secrète de documents pouvant être utilisés à un mornent donné, en toute prudence et discrétion, pour le service de la vérité ou de la charité. Si toute correspondance intime et privée doit être ” entretenue avec cette préoccupalion : que la lettre une fois écrite sera peu après jetée aux quatre vents du ciel, c'est bien, il n’y a rien, plus rien à redire à la biographie qui nous occupe; mais un tel change- ment dans nos mœurs n'arriverait-il pas à bouleverser le com- merce intime de l'amitié et à lui faire parler un langage plein de sécheresse et de pédantisme.

 Article paru dans le « Nineteenth Century » de Février 1896.

- col LS ss,

                                                        °   Re       ë

572 REVUE ANGLO-ROMAINE

Le cardinal Manning disait à un ami en parlant de son journal : « Vous êtes le seul qui ayez lu ces pages. » Après de telles paroles personne ne me fera croire que ce grand prélat ait voulu que ce même journal füt imprimé intégralement et livré aux libraires dans les quatre ans qui suivraient sa mort. Ce qu'il y a écrit est trop intime, trop secret, trop personnel. Il est rare en effet qu'il y ait quelque utilité à confier au public ces analyses psychologiques où l’âme s'exa- mine et s’accuse elle-même; pas plus qu'on n'oserait, par une indis crétion cependant moins grave, exhiber aux lecteurs le travail inté- rieur de la nutrition. On dit alors trop ou trop peu; la vérité des mémoires n’est pas absolue, mais relative : le sens en échappera tou- jours à la curiosité du vulgaire. Que le cardinal Manning ait voulu que son journal, soigneusement expurgé par lui, füt mis sous les yeux de son biographe, on ne peut en douter. Ge dernier devait en effet puiser dans cette lecture une règle sûre dans ses jugements et dans ses appréciations de conduite; elle devait le mettre en état de pénétrer l'âme du personnage dont il avait à dépeindre principalement la carrière publique. Mais ses combats spirituels, ses confessions, le journal de ses impressions personnelles, ses critiques, ses jugements sur les personnes et les actes adminis- tratifs dont plusieurs, en voie d'exécution, attendaient encore leur solution définitive, ses lettres privées et personnelles, ses notes dans lesquelles sont relatées les fautes d'autrui réelles ou imaginaires ou les matières contentieuses les plus délicates; qu'il ait voulu, au moment de prendre pied sur le rivage éternel, que tous ces docu- menis mélés ensemble fussent rejetés derrière lui sur la mer ora- geuse qu'il venait de traverser : voilà ce qui est simplement inconce- vable. C'est cependant ce qui a été fait; comme si le grand cardinai avait voulu que l'heure de son entrée dans le repos devint un signal pour troubler la paix de ses frères, rouvrir des plaies qu'il avait tâché lui-même de cicatriser et réveiller des controverses dont seuls le bon sens, un esprit généreux et élevé peuvent nous garantir. On a accusé le cardinal de duplicité et de dissimulation. Il est vrai qu'ilne livraitpas le fond de sa pensée au premier venu. Y était-il obligé ? Il lui arrivait d'entrer volontiers en communication symps- thique avec sesvisiteurs, de discuter un côté de la médaille avec l'un. avec un autre le côté opposé, quelquefois peut-être en ayant l’air de se contredire — contradiction cependant plus apparente que réelle. Ceux qui ont bien connu le cardinal savent qu'il y avait deux as- pects différents dans son caractère : d'un côté une grande prudence et une grande réserve, quand il parlait ou écrivait pour le public: le sentiment élevé qu'il avait de sa responsabilité lui inspirait cette sage modération de langage; d’un autre, beaucoup de laisser-aller el d'enjouement dans la conversation quand il se sentait à l'aise avec des amis qui avaient toute sa confiance. L'hyperbole, l'épi- gramme, le paradoxe, atténués par une pointe d'humour, de sÿmpa- thie ou d'indignation en harmonie avec le sujet du moment, tout cela pénétrait non seulement sa conversation de chaque jour, mais LE CARDINAL VAUGHAN 573

encore une foule de ses notes et de ses mémoires dans lesqueis il recueillait ses impressions pendant les dernières années de sa vie. Ces notes, je le sais certainement, ne furent jamais destinées à l'im- pression, pas plus. que les lettres privées où se trouvaient {racés quelques portraits de mœurs. 1l les rédigeait per summa camta, quand le travail de la composition lui coûtait trop d'efforts. C’étaient des mémoires destinés à ceux qui, plus tard, par office, auraient à con- sulter ses opinions. Quelques-uns d'entre eux me furent lus, un jour que je l’'engegeais à consigner par écrit les résultats de son expé- rience qu'il jugerait utiles pour son successeur. Mais de toutes les lettres qui viennent d’être publiées, c'est à peine si deux ou trois vinrent à ma connaissance. De son journal, je ne lus jamais une seule ligne, tant il était ré- servé sur ces matières, même avec ceux qui jouissaient de sa plus intime familiarité. Il eût mieux aimé, j'en suis convaincu avoir la main droite coupée, que dis-je ? il eùt préféré être frappé de mort plutôt que de voir les documents qui remplissent aujourd'hui les deux volumes de sa bio- graphie livrés ainsi à la publicité. À mesure que se fin approchait, on le voyail devenir de plus en plus sensible et délicat pour éviter de faire de la peine. Sur ce point on ne peut rien trouver qui exprime mieux sa pensée etles senti- ments de son cœur que ces paroles enregistrées par le phonographe comme son dernier message, et destinées à être publiées quand il aurait cessé de vivre : « J'espère que pas un mot de moi écrit ou parlé ne portera préjudice à qui que ce soit après ma mort ». Voilà les paroles qui auraient dû étre écrites comme devise en tête de sa biographie, si l'auteur l’avaitécrite avec le souci de respecter la pensée et les intentions de son héros. Je ne suis guère en état de parler du premier volume : quant au second, j'ai le devoir de dire que je ne trouve aucune ressemblance dans le portrait qui y est tracé de Manning, avec lequel j'ai été en rapports continuels pendant quarante ans, si j’excepte les deux années que je passai en Amérique occupé à recueillir des aumônes pour les missions étrangères. J'y tronve la narration faslidieuse d'épisodes pénibles, de différends survenus entre honnéles gens et mêmes saintesgens, tels qu’on en a vu depuis les temps apostoliques, tels qu'on en verra jusqu'à la fin du monde; et tout cela a élé ampli- fé au point de devenir le fond même et la substance du livre, mais j'y relrouve à peine indiqué le beau elaimable développement de son caractère, l'éclat et la beauté de sa vie pastorale et spirituelle. Nous voyons, il est vrai, çà et là, quelques passages où le héros est hau- tement et sagement apprécié, mais ils ne sauraient racheter les jugements hostiles et injustes du prétendu « sincère ami ». Le manque de proportion des parties, les lacunes dans la construction ont rendu l'œuvre difforme. Par l'incapacité où il s’est lrouvé de comprendre celte belle vie, de s'élever jusqu’à son niveau, d'en bien saisir les fils conducteurs, le biographe à réussi à en faire un véritable libelle. dr A ut - off ll

                                                                «             ci

574 REVUE ANGLO-RONAINE

Une grave injustice est ainsi commise contre la mémoire du mort, pendant que les survivants, encore affligés de sa perte, souffrent cruellement du contre-coup de cesinjures, De tous les hommes que j'ai connus, personne plus que Manning ne me parut plus possédé par la tendance continuelle vers tout ce qu'il y a de plus élevé, de plus noble et de plus pur. C'était en lui un élan passionné et constant vers le vrai et le bien, et cela sans effort, parce que cette passion fortifiée par l'habitude était devenue l'inclination naturelle de sa vie. Il ne vivait que pour Dieu et pour le salut des âmes. Tout autre but, toute autre tendance tombait dans cet arrière-fond de défauts, d'imperfections et d'erreurs de jugement dont ne sont pas exempts même les plus nobles types de notre humanité. Dans une lettre du second volume, on me fait dire que je trouvais insupportable la rigueur protestante de Manning et que je me sépa- rai de lui à Lyon. L'incident vrai est assez comique. En 1852, je retournai à Rome en compagnie des PP. Manning, Lockhart et Whitty. J'étais alors un jeune homme de vingt ans, inexpérimenté et d'humeur inquiète, et sans doute ma compagnie devait êlre une pénible épreuve pour Ce converti, roide et solennel, ce parson, comme je l’appelais alors, qui cherchait doucement, mais, hélas! je crains bien, sans aucun succès, à me tenir en règle. Arrivé à Lyon, je dis au Père Whitty : « Je ne puis supporter plus longtemps ce vieux ministre, venez, allons droit devant nous et laissons-les nous suivre d'aussi loin qu'ils voudront. » Ainsi fut fait. Que de fois, pen- dant le cours de nos longues années d'intimité, le souvenir de cette boutade et d’autres aventures du même genre, nous a égayés, le cardinal et moi. Il n'y à pas de doute: je le trouvais alors roide et gourmé, mais dur, jamais. Le cardinal Manning n'était pas seule- - ment un des plus nobles esprits que j'aie jamais rencontrés, il était encore, grâce à la contrainte qu'il savait imposer à ses sentiments naturels, un des plus doux et des plus condescendants. Il était aussi doué d'un cœur très affectueux et très charitable. J'ajouterai encore que je trouvai toujours en lui l'homme le plus généreux et le plus patient. Il y avait entre lui et moi une liarmonie parfaile de juge- ment et de désirs; cependant, sur quelques points, nous étions d'un avis différent. 11 lui arrivait alors facilement de caractériser ces divergences de vue avec le style spirituel et caustique qui lui était familier; mais il savait cependant les supporter sans que jamais notre mutuelle amitié en fût refroidie. Jamais il ne cessa d’étre pour moi le plus tendre des pères. ‘Je puis dire maintenant publiquement ce que j'ai souvent répété en particulier. La haute estime que j'ai du cardinsai Manning est basée sur l'expérience d'une amitié de quarante ans: je dois excepter cependant les toutes dernières années de sa vie, qui ne peuvent donner l'idée exacte et parfaite de son caracière. On dit ordinaire- ment qu’il y a une faculté que l'extrême vieillesse n'épargne point. Elle peul faire grâce aux sens corporels, à l'intelligence, à la mémoire, LE CARDINAL VAUGHAN 575

mais rarement elle épargne cette balance délicate de nos facultés qui s'appelle le jugement. À la dernière et très courte période de la longue vie du cardinal, la décadence sénile s'était fait sentir. Continuellement fermé dans sa chambre, privé de l'air frais et de l'exercice qui avaient toujours été nécessaires à sa santé, respirant de longs jours une atmosphère non renouvelée, hors d'état de prendre assez de nourriture pour réparer ses forces, ce vieillard octogénaire sentait la nature fléchir sous le poids de l'âge. La tête était aussi active, sinon aussi forte que jamais, le cœur affectueux et compatissant pour toutes les formes de misère physique ou morale, n'avait rien perdu de son ardeur d'autrefois. C'était encore l'impulsion de cette charité et de cette compassion qui dirigeaient toutes ses pensées. Mais, si les facultés et les penchants de l'âme augmentaient de rigueur, le jugement, la faculté pratique qui leur sert de contrôle, avait subi la loi commune de notre pauvre nature mortelle. Pendant ces années de réclusion forcée, bien qu'il supportât sa faiblesse physique et sa surdité avec la plus louchante résignation, il était semblable à un vieux lion enfermé dans sa cage et incapable de se mouvoir; c'est que, à travers les barrières de sa prison, il ne percevait que d'une manière indistincte les paroles et les scènes lointaines au milieu desquelles il avait dépensé toute l'activité et toutes les sympathies de sa longue carrière. Son isolement du monde extérieur, la passion qu'il avait de rendre service aux autres, passion qui lui était inspirée par son amour de Dieu et des âmes, redou- blaient son irritabilité, parce que, d'un côté, il sentail sa propre impuissance, et que de l'autre, dans les diverses questions qu'il méditail sans cesse intérieurement, il ne lui semblait voir autour de lui que des vues étroites, de la petitesse d'esprit el de l'égoïsme. La nature humaine, d'une manière ou d'une autre, finit toujours par succomber. Une de ses parentes qui venait de lui rondre visite dans sa chambre de reclus, disait en sortant de chez lui: « Que je vou- drais le mener voir les magasins de Regent-Street! » Elle comprenait ce qui lui manquait : les distractions de la vie réelle. Mais il était prisonnier, cette vie réelle était finie pour lui et il allait mourir. Maintenant, sans mettre en doute ce fait certain, que M. Purcell a reçu du cardinal des documents concernant une partie de sa vie, sans entrer dans une question qui regarde les exécuteurs testamen- taires, je puis redire ici ce que j'ai si souvent répété pendant les der- nières années du cardinal Manning. C'est un acte téméraire de vou- loir écrire de suite la vie complète et détaillée d'un grand homme qui a joué un si grand rôle dans notre siècle : il faut attendre que la distance du temps permette de l’examiner avec calme dans son ensemble et de lui donner ses vraies proportions. et de pouvoir écrire sans crainte de blesser les sentiments des amis personnels et des survivants. Ce fut cette considération qui engagea le cardinal Manning, comme exécuteur testamentaire, à retarder au delà de vingt-six ans la publication de la vie de son éminent prédécesseur. 576 REVUE ANGLO-ROMAINE

IL est à regreller que, pour sa propre mémoire, on n'ail pas leon compte d'une considération semblable. | En terminant, qu'il me soit permis de dire, avec un respect par- fait pour les intentions et les efforts de M. Purcell, qu'il est impos- sible à mon jugement de reconnaitre dans la vie qu'il a publiée un portrait vrai et authentique du grand cardinal. Il n'y a plus mainte- nant qu'un seul espoir de voir un jour une vie de Manning écrite avec justice et impartlialité, capable d'apporter quelque consolation à tant d'âmes blessées auxquelles le livre de M. Purcell a causé une si pénible surprise: c'est que les héritiers du cardinal qui possèdent encore une grande masse de documents, voudront bien charger quelque écrivain compétent, s'il s'en trouve, de préparer une bio- graphie sérieuse et sagement documentée de celui dont la vie catho- lique est encore à écrire.

                                         Cardinal Vaucuax.




                        Le Direcleur-Gerant: FERNAND Portal.

          PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,




                                                 Google
                                                           Le

1" ANNÉE N° 43 29 FÉVRIER 1896

                                REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

                                                     es lsEE
                                                     ra

Tu es Petrus, et su- Spiritus Sanctus po- per hanc petram suit episcopos re- ædiñcaho Ecciosiam gcre Écciesiara Doi. moam ... et tibi ACT. XX. 23. dabo claves ...

MaTTH. XVI. 18-19.

                         ‘       SOMMAIRE :
                                                                                    PAGss

     x*                  Les Ordinations anglicanos à propos d'une bro-

. churc.............. uns. sesosenssesssses . 571

AusaTis Ricaanpsox ... Une visite au Dr Pusey........... sossssssorsss 593 Chronique......... nonsssssssressssee snsroosnes 601 Livres et Revues........... so. soussossoree 60: Docuwexts... Considerationes modestæ ot pacificæ controver- siarum de Eucharistia ..,.......... émsssvosse 609

                                     PARIS
       RÉDACTION                  ET      ADMINISTRATION
                               17, RUE    CASSETTE


                                       43896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

          FRANCE                                       A LA PAGE:

UN AN......... secsecee. 20fr. | La page.............. ... fr. SIX MOIS .eenere comes. 44 fr. | La 4/2 page ............ 20 tr. TROIS MOIS ....... doeuseee 6 fr. | Le 4/4 page... ses. 40 fr. ÉTRANGER À LA LIGNE :

UN AN......... ue. . 95 fr. | Sur 4/2 colonne: laligne.. fr. Srx Mois................. 43 fr. TROIS MOIS............... T fr. Les annonces sont reçues . France... Ofr. 50 | aux bureaux de la Revue. LE NUMÉRO Érrancer.. 1 fr. » | 17, rue Oassette, Paris. Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

ALFRED MAME et FILS, Éditeurs

            LITURGIE                       ROMAINE

                      ÉDITIONS FRANÇAISES
     -En vente chez tous les libraires ct chez les éditeurs, à Tours.
                 Missecs. — BRéviaines. — Diunnaux, etc.
   , Textes revus et approuvés par la Sacrée Congrégation des Rites.

BREVIARUM ROMANUM, Nouvelle édition in-42, en 4 vo- lumes, mesurant 18X10, imprimée en NOIR et ROUGE sur papier INDIEN, très mince, opaque et très solide (chaque volume ne pèse, relié, que 500 grammes et ne mesure que 2 centimètres d'épaisseur). Texte encadré d'un filet rouge. Chaque volume est orné d’unegrarure sur acier.

    SOUS PRESSE. — POUR PARAITRE A PAQUES 1896

         NOUVEAU                        BREVIAIRE

En deux volumes fin-16, mesurant 16X10, tiré en noir et rouge sur papier Indien teinté, spécialement fabriqué, très mince et très solide sans être transparent. Chacun des volumes, d'environ 1700 pages, ne pèse, relié, que &MO grammes et ne mesure que 3 cent. d'épaisseur. Les caractères, gravés sur nos indications, sont nets, gras, très lisibles et très élégants. Un encadrement rouge, de nombreuses frises, des lettrines d'un goût sévère, orneut le texte sans le surchager. Nota.— MM. les Ecclésiasliques nous sauront gré surtout d’avoir évité le plus pos- sible les renvois et de Leur présenter ainsi des bréviaires véritablement pratiques.

            RITUALE ROMANUM

Un volume in-16, mesurant 16X 10. Edition avec chant, ornée d'un fil! rouge et d'un grand nombre de vignettes, imprimée en noir et rouge. Un catalogue spécial des publications liturgiques, avec feuilles spécimens des ditiérentes cditions. est #nvoyé surdemande atfranchie adressée à MM. A. MAME et Fils, éditeurs, à Tours, ou à Paris, 78 rue des Saints-Péres. OR PS D L Te ET tas RES

      LES ORDINATIONS ANGLICANES

              À   PROPOS      D'UNE      BROCHURE

£. J'ai pris un très vif intérêt à lire le travail de Mgr Gasparri, professeur de droit canon à l'Institut catholique de Paris, au sujet « de la valeur des Ordinations anglicanes »: travail donné par la Revue Anglo-Romaine dans les deux numéros précédents, el presque en même temps publié à part avec de précieux appendices. C'est plaisir de voir avec quelle pénétration et quelle compétence l'auteur traite les points controversés, plaçant d’ailleurs la question sous un jour tout nouveau et l’acheminant ainsi, on peut l’espérer, vers la solution définitive. Très vigoureuses dans le fond, ses attaques contre la validité des Ordinations anglicanes revêtent, dans la forme, cette parfaile courloisie qui devrait accompagner toute discussion scienti- fique, rendant impossible aux adversaires de se plaindre de quoi que ce soit, si ce n’est de la faiblesse de leur cause,

  1. Toutefdis, Mgr Gasparri me permettra de n'être pas d'accord avec lui sur tous les points et d'ajouter ici quelques observations sur cette controverse qui, très intéressante en elle-même, passionne aujourd’hui.les esprits.

                                CE
    
  2. Et d'abord, le savant auteur du travail que j’examine semble disposé à donner à la Bulle et au Bref de Paul IV du 49 juin et du 30 octobre 1555, cette interprétation: que le Pape y reconnaitrait « la suffisance des rites de l'Ordinal de 1550 et de 1552, en ce qui con- cerne le diaconat et la prêtrise », et qu'il la nierait seulement « en ce qui concerne l'épiscopat ! ». Une si large interprétation est-elle bien exacte?

  3. En donvant je Bref en question, Paul IV ne voulait que préciser la signification et la portée de quelques mots difficiles à bien entendre qui se lisaient dans la Bulle publiée précédemment. Établissant les

1 Gasrasri, pp. 15, 43, Revue Anglo-Aomaine, 15 février 1896, p. 488, 550. RBVUR ANGLO-ROMAINE, — T, I — 81. 578 REVUE ANGLO-ROMAINE

règles d'après lesquelles les ordinations des prêtres et des diacres devaient être tenues pour nulles ou pour valides, le Pape avait dit: « Qui ad ordines tam sacros quai n0n sacres ab alio quam ab Episcope, « aut Archiepiscopo rile el recte ordinato promotifuissent, eosdem ordines « ab eorum Ordinario de novo ,suscipere tenerentur. » Comme on le voit, ce rescrit parle formellement des ordres mineurs; or, les ordres mineurs n'étaient reconnus ni par l'Ordinal ni par l'Église anglicane. EH est donc difficile de déterminer le vrai sens de la question, du dubium que Paul IV se proposait de résoudre par son second Bref. À s’en tenir au texte de ce document, on inclinerait à supposer que cer- lains évêques, d’abord ordonnés d'après l'Ordinal, revenus ensuite à l'unité, avaient cru pouvoir conférer les ordres en suivant, bien entendu, les prescriptions du rituel catholique. La réponse du Pape viserait donc uniquement la personne du ministre de l'ordre: elle aurait pour seul but de déterminer quels évêques pourraient va- lidement conférer ce sacrement et de fournir, par là même, un moyen de distinguer si les ordinations faites par eux étaient nulles ou valides. Que dit, en effet, le Pape? « Eostantum Episcopos et Archiepiscopos, « qui non in forma Ecclesiæ ordinati et consecrati fuerunt rite et « recte ordinatos dici non posse, et propterea personsas ab eis ad or- « dines promotas ordines non recepisse. » Cette interprétation me semble confirmée par la suite du texte du Bref : « Alios vero quibus « Ordines hujusmodi etiam collati fuerunt ab Episcopis et Archie- piscopisin forma Ecclesiæ ordinatis et consecratis licet ipsi Episcopi

et Archiepiscopi schismatiei fuerint et ecclesias quibus præfuerint

« de manu quondam Henri VIII et Eduardi VI prætensurum « Angliæ regum receperint, caracterem Ordinum eis collatorum « recepisse. » Or, comme le dit Mgr Gasparri, pendant le règne d'Henri VIII, « les livres liturgiques en usage en Angleterre « ne subirent aucune modification, et les ordinations diaconales, « presbytérales, épiscopales, furent faites par les évêques schis- « matiques d’après les anciens rites catholiques‘.» Que l'on veuille bien aussi remarquer l'expression que le Pape emploie et sur laquelle il semble insister d'une manière toute spéciale : eos « dantum.... qui non in forma Ecclesiæ ordinati et consecrati fue- « runt. » Cette insistance même ne donne-t-elle pas lieu de soup- çonner que des doutes avaient surgi.à propos aussi des ordinations conférées par ceux des évêques qui avaient été sacrés d'après le rite catholique, mais qui, depuis, étaient passés au schisme? D'ailleurs, rien que de très vraisemblable dans la supposition dont il s'agit. Les erreurs des Hussites el des Wicleffistes n'avaient-elles pas pu se renouveler ? Ce qui expliquerait cette seconde clause du Bref: « Licet

? Gaspani, op. cit. p. 5 ; Revue Anglo-Romaine,p. 481.

LES ORDINATIONS ANGLICANES A PROPOS D'UNE BROCHURE 879 « ipsi Episcopi et Archiepiscopi schismatici fuerint. » N'avait-on pas pu, comme on le fait aujourd’hui, mettre en question, dans le mi- nistre, l'intentio faciendi quod facit Ecclesia? Que d’autres raisons encore, qui maintenant nous échappent, pouvaient donner naissance à l'incertitude des esprits!

  1. Le Pape donc, en répondant qu'il suffisait à la validité des ordres d’avoir été conférés par un évêque sacré d’après les rites ca- tholiques, n'avait en vue qu’un côté de la question : il ne visait que la question du ministre et prétendait seulement dire quels évêques avaient le pouvoir de conférer les ordres validement. S’il en est ainsi, on ne saurait rien inférer de la Bulle et du Bref de Paul IV en faveur de la validité du diaconat et du sacerdoce conférés d'après les riles de l'Ordinal. Tout ce que l’on peut dire, c’est que, au moins direc- lement, le Pape ne se prononce ni pour ni contre la validilé de ces vrdinations. ‘

6, Du reste, cette question n’est plus aujourd’hui qu’une question d'école et de pure théorie: car, s’il est vrai que l’on soit en droit d'af- firmer, d'après la Bulle et le Bref de Paul IV, que toutes les consé- craliens épiscopales faites selon l'Ordinal sont invalides, il s'ensuit nécessairement que, « ratione defectus ex parte ministri », toutes les vrdinalions à la prêtrise et au diaconat reçues par les Anglicans son! aulles depuis trois siècles.

  1. J'aurais aussi des réserves à faire avant d'admettre comme légi- lime l'application faite par Mgr Gasparri à divers cas particuliers!, des règles, d’ailleurs justes et sages, qu'il a posées au préalable Pour décider dans quelles circonstances l'intention du ministre intéresse la validité des sacrements. Mais j'ai hâte de venir à la partie

principale de son ouvrage, et d'examiner comment il répond à cette queslion capitale: « Le rite de l'Ordinal peut-il être considéré comme « suffisant? » Je le dis tout de suite, lesujet est magistralement traité par Mgr Gasparri. J'aurais souhaité seulement qu'il développät avec plus d’ampleur ce qui regarde l’ordination à l'Épiscopat; là est, en effet, le nœud de la difficulté, le point capital d’où dépend tout le reste. On me permettra donc de présenter ici quelques Courtes considérations que je crois de nature à jeter un peu plus de lumière sur le débat,

! Gasparni, op. cit., pp. 34 et 32; Revue Anglo-Romaine, p. 530 suiv. 580 REVUE ANGLO-ROMAINE

           8. Je rappeilerai d'abord, avec Mgr Gasparri, certaines théories
         relatives à la matière       et à la    forme    des sacrements, qu'il avait
         déjà plus longuement exposées dans son savant traité « de SacraOrdi-
         natione », à savoir:         Que   les trois premiers         ordres   (épiscopat,
         prétrise, diaconat), comme d’ailleurs tous les sacrements, ont été
         institués immédiatement par Jésus-Christ, et non pas par l'intermé-
         diaire de l'Église! ; et que pour les trois premiers ordres, comme
         pour tous les sacrements, la désignation de                 la matière et de la
         forme a été faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ, non pas d'une
         manière générale, mais d’une manière spécifique et individuelle « in
         specie infima seu atoma », comme parle Benoit XIV.

ci LT

           8. Cette théorie réunit les suffrages de tous les hommes compé-

is

À tents, ainsi que ie constate à bon droit Mgr Gasparri?. J'ajouterai =

L

à même qu'elle est aujourd'hui la seule qu'on puisse regarder comme vraie; aussi, est-ce à elle que je me tiendrai exclusivement au cours de ces réflexions. J'admets donc avec elle que Jésus-Christ, en instituant les trois ordres, leur a donné pour matière l'imposition des mains et, pour forme, une prières.

           40. Avant d'aller plus avant, il me semble important
                                                             de m'appesan-
         tir sur cet élément des rites sacramentels qu’on appelle la forme. Par-
         courons les livres rituels, tant de l'Église latine que des communions
         orientales: nous y trouverons que, pour fous les sacrements, excepté
         peut-être le mariage, la forme consiste en certaines formules qui
         ont pour but, soit de produire un changement dans le sujet, comme
         il arrive dans l’Eucharistie, soit de donner à tel rite, à tel acle
         que l'on accomplit, une signification            particulière     qu'on appelle
         sacramentelle. Ainsi l’on peut avoir, de se plonger dans l'eau, des
         raisons diverses : raison de santé, de propreté, que sais-je encore  ?
         Mais, dès que l'on prononce la formule : Ægo ts baptizo avec l'in-
         tentio faciendi quod facit Ecclesia, l'ablution, l'immersion, qui, par
         elles-mêmes, étaient indéterminées, reçoivent une détermination
         spéciale   à constituer le sacrement du Baptême.               Pareillement, on
         voit dans les Saintes Écritures l'imposition des mains employéeà
         plusieurs usages : quelquefois pour bénir®, d'autres fois pour rendre
         la santé ou la vie‘, parfois enfin pour donner un pouvoir sacré”. Mais
         lorsque, en même temps qu'il impose les mains, le ministre compé-


          # Gaspari, p. 35 et suiv. ; Revue Anglo-Romaïine, p. 540 suiv.
          3 Bzæworr XIV, De Synodo Diæces. lib. 8, cap. 10, ne 10.
          3 Gasparki, p. 37; Revue Anglo-Romaine, p.444.
          4 Id. Ibid.
          # Matth, 19, 13.
          $ Maith., 9, 18.; Marc., 5. 23; 46. 19 ; Luc., &. 40, etc.
          7 Act., 6. 6; 13, 3, etc.

Lt os He nl

        LES ORDINATIONS ANGLICANES À PROPOS D'UXE BROCHURE                  581

tent prononce certaines formules suffisamment explicites, cette imposilion des mains est déterminée à devenir un des éléments constitutifs de l'ordre. Je m'empresse d'ajouter que, selon la tra- dition de l'Église, les formes diverses des divers sacrements, pour avoir été instituées par Notre-Seigneur Jésus-Christ, 47 specie æoma, ne l'ont pas été, quant aux mots eux-mêmes, comme s'il s'a- gissait de formules magiques, mais seulement quantum ad sensum. Autrement, pour consacrer les espèces eucharistiques, il faudrait se servir des mêmes mots de la langue syro-chaldaïque dontle Sauveur s’est servi à la Cène. En outre, on le sait, saint Matthieu et saint Marc prêtent à Notre-Seigneur, en celte circonstance à jamais mémorable, des paroles un peu différentes de celles que saint Luc et saint Paul lui mettaient sur les lèvres, surtout pour ce qui concerne la consé- cralion du vin. On doit donc entendre cette détermination spécifique des formes sacramentelles faite par Jésus-Christ, comme l'Église l’a de tout temps entendue, quantum ad sensum. En conséquence, pour qu'une forme contribue, pour sa part, à constituer un sacrement valide, il suffit, mais il faut qu'elle exprime le sens que Notre-Sei- gneur a voulu exprimer, qu'elle ait ce que les théologiens appellent la signification sacramentelle.

  1. Sans doute, cette signification sacramentelle peut se trouver et, de fait, se trouve en harmonie avec la signification propre et natu- relle que les mots avaient auparavant et qu'ils gardent encore ; par

exemple, les paroles: Æ7o fe baptizo, signifient l’ablution, et cette ablution du corps signifie la purification de l’âme!. Il n'en reste pas moins vrai que les paroles qui sont la forme des sacrements n'ont réellement la signification sacramentelle que quafenus sunt in risu et fide Ecclesiæ. De lui-même, et en dehors du sens liturgique que lui ont donné la science et la foi de l'Église, quel sens a, par exemple, le mot bapliser dans la langue française? Il n’a vraiment d'autre signi- fication que sa signification sacramentelle. Toutefois, quoique celui qui administre le Baptème ne sache pas qu'en l’administrant il em- ploie un verbe grec, et que ce verbe grec veut dire immerger, le Sacrement ainsi administré n'en sera pas moins valide; car, bien que le mot baptiser n'ait, par lui-même, aucun sens en français, il en a un trés net et très déterminé dans l’Église*. A le bien prendre, dans la bouche d'un ignorant, cette formule : Je fe baptise, revient équivalemment, et à peu près uniquement à celle-ci : accomplis sur loi le rite que, dans l'Église catholique, on nomme Baptême.

1 Sr Auousrim, Ep. 98, ad Bonifac, n° 9. 3 C'est ce que saint Augustin a exprimé par ces paroles: « Unde ista tanta virtus que ut corpus tangat et cor abluat, nisi faciente verbo, non quia dicifur, sed quia credilur? » Sr Auausrin, Tractat. in Johan, 80, n° 3. D LR RE LEE

582 REVUE ANGLO-ROMAINE

  1. Aussi, lorsqu'il arrive qu'un changement a élé introduit dans la forme par celui qui administrait un sacrement, sur quoi les théolo- giens se basent-ils pour décider de la validité ou de l’invalidité du sacrement ainsi altéré ? Ils examinent de près le changement survenu. Ce changement n'intéressait-il que le côté accidentel de la forme, et le sensus entendu par l’Église est-il demeuré le même malgré toul? On tiendra le sacrement pour valide. Au contraire, l'altération a-t-elle atteint les éléments essentiels de la forme qui, dès lors, n’a plus éx- primé le sens entendu par l’Église? On regardera le sacrement comme invalidement administré. Ainsi, pour ne pas sortir du Baptème, les théologiens le jugent valide, quoique le ministre, au lieu du mot baptize ait employé les mots abluo, mergot. Maïs qu’au lieu de dire: Ego te baptizo in nomine Patris et Filii ef Spiritus Sancti, un ministre trop savant dise : Ægo fa baptizo in nomine Geniloris et Geniti el Spirati, quoi- que, au fond, le sens reste le même, le Baptème sera douteux, sinon invalide; et cela parce que « Trinitas personarum non explicatur vo- « cibus quibus a fidelibus omnibus debet et potest apprehendii ».

  2. Voilà pourquoi je ne saurais avoir pour péremploire la réponse à cette grosse objection contre la valeur des ordinations anglicanes qui se tire de l'insuffisance de la forme prescrite par l'Ordinal pour la consécration des évêques. Est-il vrai, en effet, que tout indéter- minée qu'elle soit en elle-même, puisqu'elle ne fait aucunement mention de l’ordre épiscopal, cette prière, ou, si l'on veut, cette forme prescrite par l'Ordinal se trouve suffisamment déterminée par l'in- tention du ministre et par tout l’ensemble de la cérémonie? Mais ici revient le dilemme: ou la forme établie par Jésus-Christ a été pro- noncée, et alors la consécration épiscopale est valide; ou cette forme n’a pas été prononcée, et alors elle ne saurait être suppléée ni par l'intention du ministre, ni par le reste de la cérémonie.

  3. Un exemple fera mieux comprendre ma pensée. Dans le ma- riage, ce qui constitue la forme du sacrement, ce sont les mots, les signes, quels qu’ils soient, qui expriment le consentement des époux. Voici maintenant un cortège nuptial qui fait son entrée à l’église; les flancés s'agenouillent devant l'autel; le curé leur pose la question

1 Sr Azru. Lis. Theolog. Moral. de Baptismo, cap. 1; dub. 2, n° 108. 3 Sr Acpm. Lara. loc. cit. et n° 109 et seq. Les docteurs anglais Scott et Richard de Middleton disent même nettement que, dans ce cas, le Baptémo serait invalide; tel est aussi l'avis d'Alexandre de Halès; et voici La raison qu'il en donne : « Pater et Filius et Spiritus Sanctus sunt nomine personarum ; sed Geni- tor et Genitus et Flamen sunt nomins notionum et propter hoc quia in fide uni- versalis Ecclesiæ est Trinilas Personarum, de notionibus autem non ita est nisi apud utentes fidem et rationem fidei additam ideo non est dicendum : In nomine Genitoris, etc. » Summ. Theol, part. #&, quæst, 8, memb, 3, art. 3, & 3. Ed. Romeæ, 1515, p. 78, col. 3, LES ORDINATIONS ANGLICANES À PROPOS D'UNE BROCHURE 583

habituelle. S'ils ne répondent pas par le « Oui » sacramentel qui, au fond, ne fait que répéter, en abrégé et sous forme d’affirmation, la phrase que le prêtre à prononcée sous forme interrogative; s'ils ne déclarent pas au moins par un signe équivalent: le fiancé, qu’il prend la fiancée pour son épouse; la fiancée, qu’elle prend le fiancé pour son époux, le mariage est nul, et l'intention des ministres, la solennité de la cérémonie auront beau s'ajouter à ce rite incomplet, le Sacrement n'en demeure pas moins invalide.

45, Il en est de même pour le cas qui nous occupe. Si la forme de l'Ordinal est vraiment insuffisante par elle-même, elle restera insuffi- sante, quelle que soit l'intention du ministre, et si significatif d’ail- leurs que puisse être Le rite. En deux mots : ou bien à la matière æce- dit verbum, qui constitue la forme, et alors jif sacramentum; ou bien à la matière s'ajoute un verbum insuffisant et alors non fit sacramentum.

  1. Ces principes établis, j'aborde de front la question à résoudre : Les consécrations épiscopales faites d'après l'Ordinal sont-elles valides ou invalides? Comme le fait très judicieusement observer Mgr Gasparri?, « dans toutes les questions de la théologie révélée, « mais surtout dans celles relatives aux sacrements, matière toute « positive, laissant de côté les théories a priori, nous devons nous « inspirer uniquement de la doctrine et de la pratique de l'É- « glise, fidèle gardienne de la volonté du Christ dans l'institution « des Sacrements.»n D'après cette règle, pour déterminer sûrement quels sont les rites sacramentels vraiment institués par Jésus-Christ, et, dans l'espèce, quelle est la forme que Jésus-Christ a prescrite pour la consécration épiscopale, pour décider en conséquence si telle ou telle consécration épiscopale est valide ou non, il faut consulter la tradition et la pratique de l'Église, et, quand il s’agit d'une forme nouvelle, comme c'est le cas pour les ordinations anglicanes, il faut la rapprocher de ses vénérables ainées et voir si elle leur ressemble, au moins guoad subslantiam.

  2. D'après cette même règle, il est très exact de dire que ce qui est spécial à tel ou tel livre rituel, ce qui appartient en propre à telle ou telle forme, ne peut pas être regardé comme essentiel à la validité d'un sacrement. C'est ainsi qu'on ne devra pas regarder comme nulle une ordination faite d'après l'un de cesrituels autorisés, quand bien même cette consécration ne comprendrait pas tous les rites ordonnés par d’autres sacramentaires. Et, de fait, les ordinations conférées d'après les liturgies orientales ont toujours été tenues pour valides même par l'Église latine, quoique la porrection des instru-

? GasParmti, pag. 26, 35, 41; Revue Anglo-Romaine, pag. 532, 540. 584 | REVUE ANGLO=ROMAINE

ments n'y intervienne en aucune façon!.Si, au contraire, telle forme ou même telle partie de forme se trouve infailliblement prescrite dans tous les rituels autorisés, pareille uniformité prouve péremp- toirement, à mon humble avis, que l'Église l'a toujours regardée comme essentielle à la validité du sacrement et qu'elle ne la conser- vait avec un soin si jaloux que parce qu'elle y voyait le sceau de l'institution divine ?.

  1. Or, en parcourant les livres rituels, soit de l'Église latine, soit des diverses communions orientales, on constate, comme l'affirme à bon droit Mgr Gasparri ?, que tous donnent aux trois ordres {diaco- nat, prétrise, épiscopal) une prière comme forme sacramentelle {. Mgr Gasparri observe de plus que, «toutes les prières relatives à « l'ordination employées ou approuvées par l'Église: 1° sont des « prières relatives à l'ordination; 2° appellent sur l'ordinand, de « la miséricorde de Dieu, les grâces qui lui seront nécessaires dans « son nouvel état; 3° nomment d'une manière ou d'une autre l'ohdina- « fon dont 5l s'agit. » Je souligne ’ces derniers mots que je com- menterai brièvement, en me restreignant d'ailleurs à ce qui concerne la consécration épiscopale.

  2. En examinant de près les diverses prières que les liturgies approuvées prescrivent comme formes sacramentelles de la consécra- tion épiscopale, on voit que toules, sans exception, désignent for- mellement l'ordre qu’elles servent à conférer, le plus élevé de la hiérar-

chie, et que l’on nomme épiscopat.

  1. En effet, je lis dans l'ancienne liturgie romaine et gallicane conservée dans notre Pontifical romain$: « Tribuas eis cathedram « episcopalem ad regendam Ecclesiam tuam et plebem universam.» Dans la liturgie grecque : « Hunc etiam suffragiis electum et evan- « gelicum jugum dignitstemque pontificalem subire dignum ha- « bitum, per meam peccatoris, et siantium ministrorum, manum,
1 Benoir XIV, De Synod. Diæc., lib. 8, cap. {, n. 7.
2? C’est d'ailleurs la règle que posait déjà saint Augnstin : « Quod universa

tenet Ecclesia non Conciliis institutum, sed semper retentum est, nonnisi aucto- ritate apostolica traditum rectissime creditur. » ° 3 Gasrannr, pag. 37 et suiv.; Revue Anglo-Romaïne, pag. 542. # « Tunc quurr jejunassent et orassent, imposuissentque illis manus, dimiserunt illos. » Act. 13, 3 d’après le texte grec. — Sr Léon, Ep. 9 ad Dioscorum Alexand. . Cap. À : « Jejunantes et orantes imposuerunt eis manus. V. Act., 6, 6. 5 Mer Gasparri a eu l'excellente idés de réunir toutes ces prières dans l’Appen- dice ITT de sa brochuro tirée à part. 8 « Cum omnia, quæ habentur in Antiquis Ritualibus, perseverent intacts, ac. sancte et integre etiam nunc peragantur... » Bunorr, XIV, de Synedo Diæc.,lib. 8, cap. 40, n°410,

                                                                         une.

LES ORDINATIONS ANGLICANES À PROPOS D'UNE BROCHURE 585

« adventu et virtute et gratia Sancti tui Spiritus corrobora... Tu, « Domine, etiam hunc pontificalis gratiæ dispensatorem renun- « ciatum tui, veri pastoris, imitatorem.. effice. » Dans la liturgie cople: « Tu iterum nunc infunde virtutem Spiritus tui hegemonici, « quem donasti Apostolis sanctis tais in nomine tuo. Da igitur hanc « eamdem gratiam super servum tuum N., quem elegisli episcopum « ut pasceret gregem tuum sanctum. » Dans la liturgie des Syriens jacobites : « Tu mitte super servum tuum istum Spiritum tuum sanc- « tumet principalem, eo fine ut pascat et administret Ecciesiam tuam “ quæ ejus fidei commendata est, sacerdotes constituat, diaconos LL uagal..... omnem denique potestatem ds illi. ut sit pontifex glorio- « sus. » Dans la liturgie maronite : « Domine Deus, qui posuisti, Domine, in Ecclesia tua sancta, primum Apostolos, et post hos =

« Prophetas, deinde Doctores et Rectores Episcopos, qui implerent « mipisterium altaris tui sancti, etiam nunc Domine Deus, perfice « nobiscum gratiam tuam, tuumque donum et cum servo tuo hoc N. « episcopo, et concede ei, Domine, cum impositione manus ista, quam « hodie a te suscepit, illapsum Spiritus Sancti, dignumque illum « præsta, qui misericordiam a te obtineat, et sacerdotio tungatur, « offeratque tibi sacrificia pura, etc. » Dans la liturgie nestorienne : « Tu Domine etiam nunc illumina faciem tuam super hunc servum « tuum, et elige eum... ut sittibi sacerdos perfectus, qui æmuletur « summum Pontificem veritatis, qui animam suam posuil pro nobis; et confirma eum per Spiritum Sanctum in, ministerio hoc sancto a

« ad quod adscendit. Tu, Pater sancte et laudabilis, da illi ut visitet « greges suos cum rectitudine cordis pii.. et faciat virtute doni tui « presbyteros et diaconos, et diaconissas.... et hypodiaconos, et lec- « tores in ministerium Ecciesiæ tuæ sanctæ secundum voluntatem « divinitatis tuæ; et congreget, pascat et augeat populum tuum, et « oves gregis tui... » Dans la liturgie arménienne, d’après le résumé qu'en a donné Denzinger : « Divina et cælestis gratia, quæ semper « supplet indigentiam Sancti Ministerii Apostolicæ Ecclesiæ, vocat « hune N. ex sacerdotio ad Episcopatum ad sanctæ Ecclesiæ minis- « terium juxta testificationem sui ipsius, totiusque populi. Ego im- « pono manus; omnes orate ut dignus hic fiat gradum episcopatus sui « immaculatum custodire in sanctuario Dei. » Dans la liturgie des Constitutions apostoliques : « Da in nomine tuo, cognitor cordis Deus, “ huic famulo tuo quem ad Episcopatum elegisti, ut pascat sanctum « gregem tuum, atque ut Pontificatu tibi sancte fungatur et sine « reprehensione... »

 21. Il demeure donc acquis que, dans toutes les liturgies approu-

vées, les formes employées pour conférer la consécration épiscopale, si variées, si diverses soient-elles, désignent tou.es nettement l'ordre 586 REYUE ANGLO-ROMAINE conféré. Le sensus de toutes ces formes, de toutes ces prières équi- vaut à celui-ci: Seigneur, de cel élu, failes un évêque. Cette désignation donc de l'ordre conféré doit être regardée comme partie essentielle de la consécration épiscopale: en d’autres termes, pour la validité de la consécration épiscopale, comme de tous les autres sacre- ments, il est nécessaire que la forme exprime ce qui se confère, cequi 8e fait.

  22. Consultez maintenant lOrdinal anglican. Il dit :
  « Omnipotens Deus, Pater misericors, qui, ex infinita bonitate tua,

« dedisti unicum et dilectissimum Filium tuum, Jesum Christum, ut sit redempter noster, et auctor vitæ sempiternæ : qui post Re- #&

  demptionem nostram morte sua perfectam et ascensionem suam

&R

  in    cælos, bona   sua super homines abundanter effudit, faciens

8

  quosdam Apostolos, quosdam autem Prophetas, alios vero Evange-

CG]

« listas, alios autem Pastores et Doctores, ad ædificationem et con- « summationem congregationis suæ : Da, quæsumus, eam grabiam hui « famulo luo, qua semper paratus sil ad evangelisandum bona tua, ad præ- « dicandam reconciliationem: el potestale quam tribuis non in destructionen, « sed ad aurilium utatur; quatenus, ut fidelis servus et prudens, fami- « liæ tuæ dans cibum in tempore opportuno, in gaudium tandem sus- « cipiatur per Jesum Christum Dominum nostrum... « Tunc Archiepiscopus et Episcopi qui adsunt super caput Electi « manus imponunt, dicente Archiepiscopo : « Accipe Spiritum Sanclum, et memento ul resuscites graliam Dai, quæ « in le est per impositionem manuum : non enim dedil nobis Deus spritum « timoris sed viriu lis, et dilechonis, el sobrictatis. » L’oraison Omnipotens Deus, Pater misericors qui correspond à k forme des autres liturgies pour la consécration épiscopale, contient- elle la moindre désignation, même implicite, de la dignité épiscopale? Ce qui y est dit, ne peut-il s'appliquer aussi bien à l'office du prêtre ou du diacre qu'à celui de l'évêque ? Et ne vous semble-t-il pas voir percer dans ce texte un parti pris d'écarter délibérément toule allu- sion à l’épiscopat ? Il faut done conclure que, si c’est l'oraison en ques tion qui constitue, chez les Anglicans, la forme de la consécralion épiscopale, la consécration épiscopale, chez les Anglicans, est invalide

  1. Que penser maintenant de cette autre prière beaucoup plus significative qui précède dans l'Ordinal l'oraison que je viens d'exa- miner : « Omnipotens Deus, omnium bonorum dator, qui per Spiritum « Sanctumtuum veriosministrorum ordinesin Ecclesia Lua conslituisti, « respice propitius hunce famulum tuum ad opus et ministerium Epis- « copale nunc vocalum, et eum, elc. » Je reconnais volontiers, avec Ms Gasparri, que cette prière serait « certainement suflisante »; LES ORDINATIONS ANGLICANES À PROPOS D’UNE BROCHURE 587

mais j'ajoute qu'elle est trop éloignée de l'imposition des mains faite par le consécrateur : elle n’est pas moralement unie avec la matière pour constituer le sacrement.

%4. À cette assertion, M Gasparri ‘ oppose la haute autorité du Cardinal de Lugo, à laquelle il reconnaît une vraie probabilité.L'il- lustre Cardinal ayant enseigné que, à son avis, l'imposition des mains est, aveé la porrection des instruments, matière partielle de la prêtrise, et que la forme consiste dans les paroles qui accompagnent la porrection des instruments, doit expliquer comment l'imposition des mains peut demeurer matière partielle, quoiqu'elle s'accomplisse longtemps avant que la forme soit prononcée. Il le fait en ces termes : « Nec obstat primam manus impo- « sitionem fieri absque prolatione formæ, atque adeo non posse tunc « apponi tanquem materiam, nam materia debet esse simul cum € forma, hoc, inquam, non obstat, quia non ita distat manus imposi- « tio a formæ prolatione, quæ postea subsequitur, ut non censeantur « habere propinquitatem moralem sufficientem; neque enim debet “ esse coexistentia physica, ut constat in diaconis... Sic etiam post- « quam imponuntur manus sacerdotibus, usque ad illa verba accipe « polestatem, etc., eadem actio moralis continuatur ungendo illos, et € præparando, ut magis congrue recipiant gratjam Sancti Spiritus. « Postea vero explicatur magis materia, etexponitur alia pars ejusdem « materiæ, simul cum forma : quare distantia illa, quæcumque illa « sit, non tam est inter materiam et formam; quam inter partem « et partem materiæ quas certe non oportet coexistere physice..

1 Gasparri, pag. ki, Revue Anglo-Romaine, pag. 511. ? De Loao, De Sacrament. in genere. Disp. 2, sect. 5, n° 93 ot seq. 3 Benoïr XIV, De Synodo Diœces. lib. 3, cap. 10, n° 13. 588 REVUE ANGLO-ROMAINE

des théologiens modernes, qui exigent que, dans la collation des ordres, la forme et la matière soient simultanées ou, tout au moins, immédiatement successives. Quant à l'autorité de la Congré- gation du Concile, elle ne prouve pas en faveur de l'opinion de de Lugo; car, personne ne l'ignore, la pratique constante, le style,

soit d'ailleurs sa valeur ou sa faiblesse, ne saurait servir d'appui ‘aux consécrations épiscopales anglicanes. En effet, le Cardinal de Lugo suppose que l'imposition des mains est, avec la porrection des instruments, matière véritable, bien que partielle, de la prétrise, -ayant pour forme les paroles prononcées par l'évêque consécrateur au moment de la porrection des instruments. Dans ce syslème, l’évêque consécrateur, soit lorsqu'il impose les mains, soit lorsqu'il fait toucher les vases sacrés en prononçant les paroles qui accom- pagnent ce rite, entend appliquer successivement les deux parties de la même matière du sacrement. Au contraire, l'oraison Omnipolens Deus, omnium bonorum dator, contenue dans l'Ordinal, n’est pas prononcée par l'évêque consécrateur comme forme soit totale, soit partielle du sacrement, Car, après même que cette prière a été récitée, il faut, pour obéir aux prescriptions de l'Ordinal, que l'archevèque, «in « faldistorio sedens, consecrandum alloquatur, dicens : « Frater, quoniam Sacra Scriptura et antiqui canones ‘præcipiunt ne quem cito manuum impositione admittamus ad regendam con- À

  gregationem Christi, quam non alio pretio nisi proprio sanguine

RO

  acquisivit, priusquam te ad hoc ministerium ad quod vocaris admittan,

RO

  examinabo te in quibusdam articulis, ut, probatione habita, popu-
  lus testari possit, qualiter velis in Ecclesia Dei conversari.

SR

  « Persuasum est bi, le ad hoc minislerium vere vocari..... ? »
  Et ici se place l'examen de l'élu, cérémonie dont l’Ordinal a em-

prunté l’idée au Pontifical romuin et aux anciens sacramentaires. D'où il suit évidemment que les Anglicans eux-mêmes ne peuvent voir dans la prière Omnipolens Deus, omnium bonorum dabor, la forme

  1 Benorr X1V, loc. cit., ne 13.

FE

     LES ORDINATIONS ANGLICANES À PROPOS D'UNE BROCHURE                589

sacramentelle de la consécration épiscopale, mais seulement un pré- lude, une prière préambulaire qui, somme toute, demeure en dehors de !a confection même du Sacrement.

  1. Tout ce qui précède me donne, il me semble, le droil de con- clure que Mgr Gasparri n'est pas bien fondé à dire que l'oraison en question pourrait être regardée, d’après l'opinion du Cardinal de Lugo, comme une forme probablement suffisante.

  2. En parcourant la série des rites de la consécration épiscopale anglicane, je n'ai pu m'empêcher de penser à ces prodigues qui,

à force de multiplier les dépenses superflues, finissent par manquer du nécessaire, Ceux qui ont rédigé l'Ordinal ont conservé le superflu, tout en dissipant le nécessaire. Ils n’ont oublié aucun préliminaire : cest d’abord la présentation de l'élu, puis son serment; puis, c'est l'archevêque qui adresse au peuple une allocution appropriée à la circonstance, et qui fait ensuite sur l'élu une prière, tandis qu’on chante ou qu'on récite les litanies; puis c’est l’oraison Omnipotens Deus, omnium bonorum dalor, dont je viens de parler. Tout à coup, au moment décisif, voilà que l'Ordinal se dérobe; pas un mot pour désigner l'ordre conféré. On a fait tous les préparatifs du mariage, les deux époux sont au pied de l'autel: tout à l'heure, et de cent éloquentes façons, ils s’exprimaient mutuellement leur affection mutuelle, et maintenant que l'instant est venu de prononcer le Oui définitif, ils s’enferment l'un et l’autre dans le mutisme le plus obstiné...

  1. 11 me reste à examiner la formule : Aceipve Spirilum Sanctum et memento, etc. Ainsi que le disent les savants auteurs de la dissertation de Æierarchia Anglicana!, il semble que ce soit cette formule même qui, dans la pensée des rédacteurs de l’Ordinal, constituait la forme de la consécratiôn épiscopale dont ils prétendaient réformer le rite. Nous nous trouvons donc ici en présence d'un changement important de la forme ancienne, puisqu'à cette forme ancienne a été substituée une forme nouvelle qu'aucune des liturgies auto- risées n’a fournie. De la prière Omnivolens Deus, Pater misericors, on pouvait dire encore qu'elle est un résumé, mutilé sans douts dans telle ou telle partie essentielle, mais néanmoins reconnais- sable, de la prière qui se lit dans le Pontifical romain: cette fois, nous avons devant nous une forme entièrement nouvelle. Or, les théologiens s'accordent à admettre que la substance, c'est-à-dire lk matière et la forme des sacrements sont d'institution divine, et qu'il n'est pas au pouvoir de l’Église de les changer, sous peine de nuflité?. |

De Hierarchia Anglicana, no {40. ? Benorr XIV, De Synodo Diæces., lib. 8., cap. 40, n° 10. 590 REVUE ANGLO-ROMAINE 30. Dira-t-on que, de cette forme nouvelle, introduite dans l'Ordi- nal, aux formes anciennes, les différences ne sontqu'accidentelles ? qu’elles n’atteignent aucunement le sensus essentiel? Un examen de quelques instants suffira, ce me semble, à établir le contraire.

  1. Et d’abord, les mots Acripe Spirifum Sanclum sont, dans la fur- mule tout entière, les seuls- à qui l’on puisse reconnaître les appa- rences d'une forme sacramentelle; car les paroles qui suivent ren- ferment simplement une exhortation adressée à l'élu pour l’engager à remplir fidèlement les devoirs de sa charge. Or, ces mots: Ari Sptritum Sanctum offrent un sens absolument indéterminé : Qu'ex- priment-ils ? Une simple invocation du Saint-Esprit. Et quand même on voudrait à tout prix qu'ils signifiassent la collation d’un ordre, quel serait cet ordre? Le diaconat? la prêtrise? l'épiscopat ?

  2. Objection redoutable qui a été pressentie par les auteurs de la Dissertation De Hisrarchia Anglicana et à laquelle ils tentent d'échapper par une double réponse: « His omnibus perpensis, disent-ils d'abord, « totus ritus ad consecrationem episcopi ordinariam, quæ in Eccle- « sia catholica semper fuit, respicere videtur; id quod plane determi- « nat formam : Accipe Spirilum Sanctum, ad imprimendum characle- « rem episcopalem.'»

  3. Mais, on le voit du premier coup d'œil, cette réponse se base sur une véritable interversion des rôles. Elle veut qu'il appartienne au rite de déterminer la forme à telle ou telle signification saeramen- telle, tandis qu'au contraire c’est la forme qui doit déferminer le rite. Dans notre cas l'imposition des mains, nous l'avons vu, est employée dans les Saintes Écritures à des usages différents; elle est en elle- même indéterminée; c'est donc la forme qui doit la déterminer à signifier la collation du caractère épiscopal,

  4. Ils répondent ensuite que le sens de la formule: Accine Spiribun Sanctum se trouve déterminé aussi par les paroles qui la suivent et qui sont les mêmes que saint Paul adressait jadis à l'évêque Timothée‘ et

ils ajoutent: « Verba quibus Apostolus Timothei promotionem descrip- « seral, nil nisi gradum episcopalem indicare potuerunt*. » Que si un doute restait encore, il devrait disparaitre devant la constatation de ce fait que les Évêques anglicans « eo tempore Paraphrasim Eras- « mi in summo honore habebant, quam anglice redditam in omni « Ecclesia parochiali, ita ut ab omnibus perlegeretur, ponendam « anno 1547 instituerant. Hæc igitur Sacrarum Scripturarum inter- « pretatio summa auctoritate Ecclesiæ anglicanæ, quo tempore noi

1 De Hierarchia Anglicana, n° 116. 2 XI Timoth. 1, 6, 7. 3 De Hierarchia Anglicana, n° 140. LES ORDINATIONS ANGLICANES A PROPOS D'UNE BROCHURE 591

« ritus comparabantur, sancita.est. Erasmus autem verba sacri tex- « tus, quæ formæ consecratoriæ accesserunt, ita interpretatur : « Donum Dei quod per impositionem manuum mearum episcopus « ordinatus accepisti, suscites tua industria vigilantiaque, fortique et « infracto animo peragas tibi delegatum munus. » Hac recepta inter- x pretatione manifestum est auctores novi ritus hæc verba sensu « prædicto intellexisse, et per ea gradum episcopalem collatum indi- « care voluisse.”» Ex dictis apparet formam consecratoriam in ritu « anglicano adhibitam verbis in ipsa prolatione additis liquido « determinatam esse. »

  1. Mais cette réponse aussi me paraît loin d'être péremptoire. En effet, d'après ses auteurs, la forme de l'épiscopat ne signifierait pas par elle-même la collation de l'ordre épiscopal: elle n’emprunte- rait cette signification qu'à un texte de l’Écriture interprété par Érasme; par conséquent, elle signifierait la collation de l'ordre épis- copal non point directement et ex sese, pour parler comme l'École, mais veluli ex consequenti, c'est-à-dire par l'intermédiaire d’un texte de l'Écriture. Or, outre que ce serait admetire, en matière de sacre- ments, une nouveauté qu'aucune analogie ne justifie, on aurait le droit de conclure contre la validité du sacrement conféré ayec cette forme, par la même raison qui conduisait Alexandre de Hales à nier la validité du baptême administré sous la forme in nomine gemtoris, geniti, etc. : « Unde », écrivait le grand docteur, « quando in diver- « sis linguis baptizatur, oportet quod in omnibus eadem sit signifi- « catio (nominum formæ) quantum ad significatum ex impositione :

«“ non quod idem quod hic significatur ex impositione ibi detur « intelligi ex consequenti'. »

  1. Et puis, est-il vraiment si certain que les rédacteurs de l'Ordinai aient, eux aussi, adopté comme seule exacte l'interprétation d'Érasme et que, par le mot gratia du texte de saint Paul, ils aient réellement entendu l'ordre épiscopal? Car, on le sait, les Protestants et les Schismatiques donnent plutôt au mot gratia le sens de dons, de grâces gratis datæ, comme sont la prophétie, le don des langues, etc.; à moins que par ce mot ils ne comprennent simple- ment, comme Rosenmüller, « fortitudo animi, quæ cernitur tapénolæ « quadam in professione christianæ doctrinæ, in tolerandis propter « eam adversis ignaviamque et metum contennit?, »

  2. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner qu'en 1662 les Anglicans eux-mêmes aient jugé nécessaire ou du moins utile de joindre à la forme : Accipe Spiritum Sanctum, ces quelques paroles : « in offictum

1 AcgxanD. HaLens, loc. cit, 7 RosexMULLER, in b. l. Rs.

592 REVUE ANGLO-ROMAINE et opus Episcopi in Ecclesia Dei, per impositionem manuum nostrarum jam tibi commissum, etc. » Ainsi complétée, la forme offrait, pour la validité du sacrement. des probabilités beaucoup plus sérieuses : car, somme toute, on pouvait dire qu'elle conservait le sensus ancien, et si celle forme est impérative, tandis que dans toutes les liturgies nous trouvons la forme déprécative, on pouvait croire que cette différence probable- ment n'entraine pas la nullité du sacrement, l'Église ayant reconnu comme valides des sacrements administrés sous l'une et l'autre de ces deux formes. Mais on ne doit pas oublier que, lorsque cette addi- tion à été introduite dans l'Ordinal, juste un siècle s'était écoulé pendant lequel les consécrations s'étaient faites d’après le texte insuffisant de l'édition originale; el, par suite, la succession des Évêques validement consacrés élait interrompue depuis longtemps.

  1. Les doctes auteurs de la Dissertation De Hierarchia Anglicana, le. affirment que l'insertion en question ne fut faite que « cavillationum « Puritanorum evertendarum causa, qui teste Nealo... distinctio- « nem inter episcopum et presbyterum evellere ex eo conati sunt, « quod verbis cum impositione manuum prolatis gradus minime « distinguerentur. » Je ne veux pas contester le fait. Je remarque seulement que l'objection des Puritains était bien forte et que, s'il eût été simplement question de vaines chicanes, de querelles d'Als- mand, les chefs de l'Église anglicane ne se fussent assurément pas laissé entraîner à changer la forme qui leur était prescrite pour les ordinations épiscopales. Leur manière d'agir en si grave matière équivaut à un aveu :ils ont enfin reconnu que la forme de l'Ordinal était insuffisante, et ils l'ont alors complétée. Malheureusement il était trop tard.

  2. Par tout ce qui précède, je suis amené à conclure que les ordinations anglicanes sont invalides par défaut de forme et que, par suite, depuis trois siècles le sacerdoce est éteint chez nos frères séparés. C'est une conclusion fâcheuse, s'il est vrai que reconnaitre la validité des ordinations anglicanes pouvait faciliter cette réunion en une seule Église que souhaitent si vivement de part et d'autre tous les hommes de bonne volonté.

                                                   LE Si
    

UNE VISITE AU D° PUSEY

Au milieu de l’admirable réaction vers les doctrines catholiques

qui s'opère dans le sein de l’Église anglicane, il sera toujours un nom digne de la place d'honneur : c'est le nom de Pusey. Jamais homme ne désira moins que lui d'être considéré comme chef de parti. Sans l'ombre d'ambition, d'une humilité et d'une simplicité remarquables, il se montrait bien souvent étonné du bruit que l'on faisait autour de sa personne. Le monde protestant donnait le nom de « Puseyistes » (Puseyites) aux membres de la nouvelle École anglo-catholique , et ce nom ils le gardent encore aujourd’hui. Il était donné par dérision, par haine; mais, je dois l’avouer, je n'ai jamais ressenti la moindre honte de m'avouer Puseyiste pendant que j'etais anglican. ’ . C'est parce que je me rappelle avec respect et avec affection cette douce et belle figure, c'est parce que je reconnais tout ce qu'il a fait pour avancer la sainte cause de la réunion que je crois intéresser les lecteurs de la Revue anglo-romaine en rappelant le souvenir d'une visite et d’un entretien que j'eus avec lui il y a plus de trente ans. La chose la plus remarquable dans le D° Pusey c’est que, chef d'École malgré lui, il n’a jamais été dépassé par ses.disciples. Je veux dire que tout ce que son système avait de vrai s'est trouvé en lui à sa plus haute expression. Dans la manifestation extérieure, dans les rites et les cérémonies, ses disciples d'aujour d’hui peuvent se rapprocher davantage de nous; mais, dans la fermeté aveclaquelle il lenait certaines doctrines catholiques, par l'affection et le respect qu'il portait à l'Église romaine et l’ardent désir qu'il avait de voir l'aurore de la Réunion des Églises, aucun de ses disciples ne l'a dépassé. J'irais même plus loin, sans la crainte de déplaire à nos chers frères anglicans d'aujourd'hui ; du reste « comparisons are odious ». Voici l'origine de ma visite. Accompagné de mon ami, M. Le Geyt, dont j'ai déjà parlé à vos lecteurs, j'avais été l'hôte d’un ami com- mun, M. François-Alexis Detrie, un catholique belge, demeurant à Bruxelles. Peu de temps après, nous nous trouvâmes, M. Detrie et REVUE ANGLO-ROMAINE, — T, I, — 38. 394 REVUE ANGLO-ROMAINE

moi, chez M. Le Geyt à Stoke-Newington, et celui-ci nous proposa une visite à Oxford, d'abord pour voir cette belle ville universitaire. et ensuite pour nous présenter à plusieurs chefs du « High Church movement ». Je ne vous parlerai aujourd'hui que de notre entretien avec le D' Pusey; mais, comme M. Detrie prit une large part à cet entretien, il mérite bien que je vous le fasse connaitre en quelques lignes. M. Detrie était un de ces hommes que l'Église catholique seule peut produire : un théologien formé, non par l'étude ni par les écoles, mais par le milieu, par les traditions catholiques formant pour ainsi dire l'atmosphère de sa vie. Né de parents simples appartenant à la pelite bourgeoisie, il était sorti d'une de ces familles qui font la force et la gloire de la Belgique. Vieilles familles dont le seul orgueil consiste à rappeler une longue

connaissance des rites sacrés et de leur signification, peu de laïques et pas beaucoup de prètres l’auraient dépassé. Le hasard provi- dentiel qui me soumit à l'influence de cet homme de bien détermins mon sort pour toute la vie, et c'est un bonheur pour moi de pouvoir, par ces quelques mots, honorer une fois de plus la mémoire d'un père spirituel. Puisse-t-il, du haut du ciel, continuer àveiller sur son fils et continuer aussi à prier pour cette sainte cause de k réunion de l’Église anglicane, pour laquelle il fit tant d'efforts pen- dant sa vie! Longtemps avant d'avoir mis le pied en Angleterre. avant même d’avoir jamais adressé la parole à un Anglais, la Con- version de l'ile des Saints était le sujet de ses prières quotidiennes. Accompagnés donc de M. Le Geÿt et d’un « fellow » d’un collège. homme savant dont le nom m'échappe, nous allâmes, M. Detrie et moi, visiter le D' Pusey dans ses appartements au magnifique collège de Christ Church. Nous y trouvâmes le célèbre D Liddon, plus tard chanoine de la cathédrale de Saint-Paul à Londres, le Lacordaire englican. UNE VISITE AU D' PUSEY 5935

Le D' Pusey ne ressemblait pas aux prêtres anglicans d'aujour- d'hui, avec leurs soutanelles et collets à la romaine. On aurait dit un vieux clergyman de la vieille école, tel que je les ai connus dans mon enfance. I} portait un habit noir, gilet largement ouvert, collet monté et cravate blanche. Son large front, tout l'ensemble de sa figure vous donnaient l’idée d’un érudit, d'un homme d'étude; mais la bonté de son regard, la douceur, poussée jusqu'à l'humilité, de son abord, mettaient tout de suite à l'aise. Sa courtoisie et ses manières étaient charmantes: c'était un honime d'origine noble, et allié à plu- sieurs familles de la haute noblesse. Mon ami, M. Détrie, était du même type, avec cette même politesse du dernier siècle, et c'étaitun plaisir de voir ces deux beaux vieillards échanger ces marques exté- rieures de considération et de respect qui, chez eux du moins, n'étaient que le reflet de leurs cœurs chrétiens. de pris des notes sur cette visite, et, bien que je ne prétende pas rappeler les termes mêmes de la conversation, je puis garantir le sens de tout ce que je vais rapporter. Le D' Pusey commença par exprimer son plaisir de pouvoir sentretenir avec un catholique convaincu, étranger à l’Angleterre, mais bien disposé à l'égard de la Réunion des Églises. M. Detrie, avec autant de franchise que d’humilité, pria le Docteur de bien com- prendre qu'il n'avait ni mission ni autorité, qu'il élait simple laïque et que toute sa force consistait dans la connaissanece de son caté- chisme. — « Mais tout est la, ion cher Monsieur, » dit le D' Pusey qui parlait fort bien le français; « du reste votre catéchisme de Malines que j'ai ici, est un petit chef-d'œuvre, c'est un epifoms de la théologie (il parlait du grand catéchisme de Malines). Hélas! nous n'avons rien de pareil. Peu d’anglicans connaissent leur religion, et les quelques catéchismes privés que des prêtres bien intentionnés ont composés récemment, n'ont aucune autorité. » Le docteur con- linua. « Il y a sans doute des différences très graves entre nos deux Églises; cependant j'ai la conviction qu'aucun formulaire, ayant autorité de parler au nom de l’Église anglicane, ne nie un seul article de foi défini de l'Église romaine; ainsi tout ce qui est dogme dans les Canons du Concile de Trente peut se concilier avec les Trente- neuf articles de notre Église. Je suis convaincu, moi, que ce qui nous sépare ce sont certaines opinions, très répandues dans les deux Communions, qui sont, en effet, irréconciliables; mais, si ces opinions e sont pas des articles de foi, elles ne devraient pas former unis barrière insurmontable à la Réunion. Ce qu'on craint le plus chez hous, c’est que vous ne vous tiendrez pas aux dogmes actuels et que, &raduellement, ces opinions ne soient définies comme des articles de foi. » «Maïs, cher Docteur, répondit M. Detriv, quelle idée avez-vous

                                                                          pet

596 REVUE ANGLO-ROMAINE

donc de l'Église de Dieu? Des opinions ne peuvent jamais devenir des dogmes. L'Église ne peut jamais proposer à ses enfants que des dogmes révélés par Dieu et contenus dans le dépôt de la foi, qui ne peut jamais recevoir d'accroissement. Vous voulez peut-être parler du dogme de l'Immaculée Conception de ia Très Sainte Vierge (c'était quelques années avant le Concile du Vatican}; mais c'est un dogme clairement contenu dans la Révélation, qui suit évidemment de la doctrine même des saints Pères. C'est la néyution de cette doctrine qui est moderne, et cette négation fut le fruit des malentendus, et de ka manière incorrecle dans laquelleelle fut énoncée par plusieurs pieux auteurs. La définition de 1854 n'étant pas entièrement favorable à une École, si elle définit en quel sens Marie est immaculée, elle condamne aussi des erreurs, des exagérations. C’esttoujours ainsi. Une doctrine se trouve dans le dépôt de la foi, personne ne la nie, les théologiens peut-être n’en parlent pas; tout à coup on la nie, d’autres la défen- dent, mais souvent avec certaines exagérations, de nouveaux mots sont inventés pour la circonstance. À un ceriain temps, l'Église croit le moment venu de parler, elle définit exactement la nature du dogine révélé, donne souvent tort aux uns et aux autres quant aux détails, accepte certains mots qu’elle juge mieux exprimer sa pensée, leur donne un sens fixe, et les canonise en quelque sorte. Après cela, ces mots sont sacrés, on ne peut les rejeter sans hérésie, parce qu'ils sont définitivement choisis pour exprimer la doctrine de l'Église. » Ces paroles semblaient plaire au D" Pusey, qui écoutait attentive- ment, et, inclinant plusieurs fois la tête en signe d’assentiment, il dit seulement : « Oui, si l'Égliseétait unie, visiblement unie, comme autre- fots, qui oserait résister à ses jugements? Certes il faut parfois déf- nir et donner de nouveaux mots à des dogmes anciens; mais l'Église seule est infaillible. » M. Detrie jugea qu'il valait mieux ne pas conti- nuer sur ce point de l'infaillibilité de l'Église. Le docteur expliqua alors ce qu'il croyait touchant la primauté de droit divin de saint Pierre et de ses successeurs. C'était à peu près la doctrine de M. Le Geyt, que j'ai donnée dans mon étude précé- dente, c'est-à-dire que cette Primauté existe, que l'objet de son ins- titution fut de créer un centre de l'Unité, qu'elle était nécessaire au « bene esse », mais non pas à l’ « esse » de l'Église, que du reste, si elle était nettement limitée et expliquée telle qu'elle se trouve dans les livres des meilleurs théologiens catholiques, on trouverait bien moyen de s'entendre, d'autant plus que les vrais anglicans (il vou- lait parler du parti High Church) désiraient ardemment un centre d'Unité reconnu partout, comme signe de ralliement à l'armée du Christ dans sa lutte contre le Monde et le Démon. Le D' Pusey admettait parfaitement que saint Pierre fut le premier évêque de Rome et, avec saint Paul, le fondateur de celte Église; il UNE VISITE AU D' PUSEY 597

ajouta que telle fut la doctrine de tous les théologiens les plus répu- tés parmi les anglicans, dont il cita plusieurs noms; il fit remarquer surtout à M. Detrie ces paroles si claireset si nettes du célèbre arche- vèque Bramhall : « That St Peter had a fixed chair at Antioch, and after at Rome, is whatno man who giveth any credit to the ancient Fathers and councils and historiographers of the church can either deny or will doubt of » (Works. p. 628. Oxford, édition}. Il aurait certainement rejeté avec mépris l'absurde théorie que l’origine de la prétention des Papes d’être les successeurs de saint Pierre était cette compilation hérétique et apocryphe, « Les Fausses Clémentines », qui ae furent connues à Rome qu'à la fin du second siècle, et peut-être bien plus tard encore. Le D° Pusey cita, entre autres preuves, la liste des évêques de Rome recueillie par Hégésippus, vers l'an 456, liste qu'Eusèbe avait entre ses mains et qui fut sans aucun doute l'autorité sur laquelle il se bâsa pour mettre saint Pierre à latôte de sa liste des Pontifes romains. Il y a trente ans « les Fausses Clémentines » étaient une arme favo- rite de l’école de Tubingue contre le christianisme; mais jusqu'alors kDr Littledaie n'avait pas encore commencéà se servir des armesdes incrédules pour attaquer l'Église romaine. D'ailleurs le D° Pusey avait en horreur les Rationalistes allemands. C'était un conservateur, et je suis heureux de penser qu'il n’a jamais eu la tristesse de voir certains de ses disciples attaquer l'authenticité, et même la véracité de ces divines Écritures qu'il avait défendues toute sa vie avec tant de zèle. Ces attaques ont jeté un voile d'amertume et de tristesse sur les dernières années de l'illustre D' Liddon, présenta cetentretien, et qui fut le continuateur autorisé du D' Pusey, dont il était le dis- ciple privilégié. Le D' Pusey parla alors de ce qu'il appelle la grande « crux » de la Communion romaine.—« Ne croyez pas, » disait-il, «que je nie la Communion des saints. J'admets parfaitement bien la légitimité de leur invocation, si elle est limitée par tout ce que couvre logique- ment le « ora pro nobis ». Vu nos principes et notre appel à l'anti- quité età la doctrine de l'Église avant la division de l'Orient et de l'Occident, il nous est impossible de la rejeter, si nous voulons être les enfants de la même Église que les Basile, les Chrysostome, les Jérôme et les Auguslin. Je vais plus loin et je dis que, si nous voulons avoir notre part des mérites des martyrs enterrés dans les Cala- tombes, où l’on trouve des prières adressées aux Saints, nous ne Pouvons pas nier qu'il soit permis de demander avec instance et avec application, les prières des saints qui règnent déjà avec Jésus- Christ au ciel. Mais vous allez trop loin. Vous dépassez de beaucoup, dans la pratique, le dogme tel qu'il se trouve défini dans vos Conciles ft même dans vos catéchismes.» Là-dessus le D' Pusey cherche des 398 REVUE ANGLO-ROMAIXE

passages dans les livres de plusieurs auteurs catholiques fort estimés et fort populaires, tels que saint Alphonse, Grignon de Montfort, et d’autres, M. Detrie comprit fort bien Fobjection, quoique, comme il me le dit plus tard, jamais une pareille difficulté ne s’'étail présentée à son esprit, tellement le catholique, bien instruit dans sa religion, distingue entre le langage dogmatique et le langage de l'affection pieuse. Voici à peu près sa réponse : « Tenez, Monsieur Île Docteur, j'avoue que plusieurs des expressions que vous venez de me lire ne peuvent pas être reçues au pied de la lettre, mais franchement, est-ce que votre belle langue anglaise ne possède que la signification littérale et scien- tifique des mots? Je ne la connais pas assez pour répondre, mais je n'ose pas le penser, car elle serait contraire, nonseulement à l'expé- rience de toutes les langues, mais même à la nature humaine. En effet, dans les langues anciennes el modernes, le langage des affec- tions est tout autre que le langage des sciences; or la théologie est une science, la prière est l'élévation du cœur. « Il est vrai, que nous autres catholiques, dans l'élan de la prière, nous ne songions pas à peser nos mots; mais Ce qui nous sauve, c'est que nous avons une connaissance exacte de notre religion, de notre catéchisme. Tout catholique comprend si bien la distance infinie qui sépare le Créateur de la créature qu'il lui est impossible, même par la pensée, de confondre les attributs des deux. Pardannez- moi, si je me trompe; mais j'ai souvent pensé que ce n'est pas nous autres catholiques qui avons une idée trop élevée de la Sainte Vierge et des saints, mais les protestants qui ont une idée trop peu relevée de Dieu : notre divin Sauveur n'est pour eux que ce que Marie esl pour nous, la plus grande et Ia plus parfaite des créatures. » Le D Pusey répondit que cela était vrai de certains protestants et d'anglicans ayant des tendances protestantes. Il ajouta qu'il était convaincu que pour des hommes tels que M. Detrie, le danger n'exis- tait pas; « mais le pauvre peuple, Monsieur, considérez le peuple el son ignorance. » « Monsieur le Docteur, dit M. Detrie, croyez-moi, le peuple est moins ignorant qu'on ne le pense, En Belgique, le pauvre peuple, k paysan, l’honnéte ouvrier connait três bien sa religion, son caté- chisme, surtout s’il sort d’une famille catholique. Le pauvre ne sait pas beaucoup de choses, maïs sa religion et les choses qui touchent à sa profession, il les sait mieux que d’autres. Les vrais ignorants en matière religieuse, ce sont les mondains qui ont été élevés dans un milieu frivole, sans éducation religieuse solide, et qui se contentent d'une conformité extérieure aux pratiques de la religion; pour de telles personnes, la poésie et la ferveur de ces saints auteurs que vous m'avez cités peuvent être nuisibles, et la superstition prendre UNE VISITE AU D° PUSEY 599

la place de la piété; mais le mal n'est pas la faute de l’Église, et le remède est dans une instruction chrétienne sérieuse. » « Pourtant, voyez ceci, » dit le D° Pusey, en cherchant un vieux livre de sermons en espagnol. Il eut la bonté de nous traduire un passage. J'oublie le nom de l’auteur et la nature précise du passage; mais, pour autant que mes souvenirs sont exacts, le prédicateur semblait dire que la Sainte Vierge était en quelque sorte présente dans la Sainte Hostie avec son divin Fils, Je n’oublierai jamais l'expression d'horreur de mon brave ami: « Mais, Monsieur le Docteur, s’écria-t-il, si un prédicateur quelconque venait dire des choses pareilles dans un pays catholique, tous les fidèles se lèveraient de leurs places, boucheraient leurs oreilles et s'enfuiraient de l'Église. Il serait dénoncé à l’évêque, et serait tout de suite condamné. Tenez, je ne connais rien de ce livre, mais soyez sûr qu'il a été condamné à Rome, j’oserais y mettre ma tête. » M. Detrie, dont l'instinet catholique parlait, avait parfaitement rai- son, Le sermon en question, œuvre d'un moine espagnol qui avait perdu la raison, a été condamné à Rome et le cardinal Newman en a donné les preuves à son vieil ami le D' Pusey. On parla ensuite de la divine Eucharistie. La doctrine du docteur ne différait en rien de la doctrine catholique. Il admettait parfaite- ment la définition du Concile de Trente qu'il trouvait admirable tout en regrettant un peu le mot transsubstantiotion qu'il admettait cepen- dant parce qu'il en trouvait l'équivalent dans la théologie de l'Église grecque. Il soutenait que la transsubstantiation condamnée par les Trente-neuf articles n'était pas celle définie par le Concile de Trente, mais bien une erreur populaire. Du reste, d'après mes souvenirs, tous ceux qu'on appelait alors Puseyistes, tenaient sur ce mystère ado- rable la mème doctrine que nous. Quant à moi, en me soümettant à l'Église catholique, je n’ai pas eu à changer un iota de ma croyance à ce sujet; telle était également la foi de tout mon entourage. Je sais bien que depuis ily a eu une triste reculade chez plusieurs; mais jai des raisons pour espérer que beaucoup de High Churchmen gardent encore la même foi que le vénérable D' Pusey. Je suis certain qu'il aurait rejeté avec horreur la nouvelle théorie d’une présence transi- toire dans Îe Saint Sacrement qui rendrait douteuse la présence réelle sous les Saintes Espèces conservées dans le tabernacle où exposées dans l'ostensoir {voir le Church Times, 48 janvier). J'ignore s'il célébra jamais lui-même le Salut, mais il était maitre presque absolu dans plusieurs communautés de sœurs anglicanes (Sisterhoods) où l'on pratiquait cette cérémonie. Je crois même qu'il donna certaines indications à mon ami, M. Nugee, qui célébrait le Salut dans sa cha- pelle privée, sous mes yeux. J'ai d’autres notes encore sur cette visite; mais je crois en avoir dit 600 REVUE ANGLO-ROMAINE assez pour donner à voslecteurs une idée juste de cette haute el sympa- thique personnalité. À mon avis, jamais homme n’a approché si près que lui de la vérité dans la Communion anglicane, et, si tout le parti High Church était aujourd'hui dans les dispositions de son vénérable et regretté chef, on serait plus près de la réunion des Églises qu'on ne l’est aujourd’hui. En terminant, laissez-moi vous donner l'appréciation du D" Pusey sur la conversion de Newman, son plus cher ami, dont il fut navréàa cause du dommage qu'une pareille perte faisait souffrir au « High Church Movement » qu'il regardait, lui,comme un e second Pentecost». Voici en quels termes il parla dans une lettre écrite en 4845 : «El (Newman) est parti comme faisant un simple acte de devoir, sans aucune vue égoïste, se plaçant tout simplement entre les mains de Dieu. Tels sont les hommes dont Dieu se sert. Pour moi, il ne me semble pas tant nous avoir quiltés que d'avoir été transporté dans une autre portion de la vigne où toute l'énergie de son esprit puissant peut trouver un emploi, ce qui n’eût pas eu lieu ici. » He has gone, as a simple act of duty, with no view to himself, placing himself entirely in God's hands. And such are they whom God employs. He seems then to me not so much gone from us, as transplanted into another part of the Vineyard, where the full ener- gies of his powerful mind can be employed, which here they were not. (History of the Tractarian Movemeni. Dolman, London 1856, p. 443.) | Puisse le Dieu de toute bonté et de toute miséricorde, qui juge plutôl les intentions que les actes, avoir pitié de son âme el le récom- penser dans l’éternilé de tout ce qu'il a fait pour moi et pour tant d'autres!

                                       Austin RICHARDSON.



   Lubbeck, près Louvain (Beigique.)

LR a

                       CHRONIQUE



 Les « convocations » de l'Église d'Angleterre. — Ainsi

qu'elle le fait plusieurs fois chaque année, l'Église d'Angleterre vient de se réunir en convocations, assemblées synodales dans lesquelles sont débattus les grands intérêts religieux du pays. Ces Convocations sont au nombre de deux, l'une pour la Province d'York, l'autre pour celle de Cantorbéry, el sont composées chacune de deux Chambres. La Chambre haute comprend les évêques réunis sous la présidence de l’archevèque. La Chambre basse se compose des doyens des chapitres, des archidiacres et de pracureurs élus. Ces derniers sont nommés soit par les chapitres, soit par le clergé des paroisses: chaque chapitre a droit à un député; quant aux procureurs du clergé, ils sont élus à raison de deux par diocèse dans la Province de Cantorbéry et de deux par archidiaconé dans la Province d'York. Parmi les sujets traités dans la Convocation d'York, pendant cette session, nous relevons une intéressante discussion sur l'attitude à prendre dans l'Église anglicane vis-à-vis de la crémation, usage qui tend à se répandre de plus en plus en Angleterre. Plusieurs des véné- rables membres de la Convocation ont fait remarquer que cette cou- tume paraît, au premier abord, opposée au sentiment chrétien, mais aussi qu'il n’y a en réalité, dans la doctrine chrétienne, rien qui s’y oppose. La question à résoudre c'est donc celle du rite à employer; et afin de ne pas en laisser le choix à la fantaisie de chaque clergyman, il a été proposé que les évêques seuls seraient juges en pareille matière; toutefois aucune décision n’a été prise, et une commission seulement a été nommée pour étudier la question. Dans les deux convocations le sujet qui a été le plus vivement débattu, c'est celui de la réforme du Prayer-Book et plus spécialement de la partie concernant les rubriques. Le Prayer-Book est un livre officiel, approuvé tant par le Parlement que par les Synodes ecclé- siastiques, et ne pouvant en conséquence être modifié qu'avec le concours et l’autorisation du Parlement. Mais comment une assem- blée composée d'éléments religieux aussi hétérogènes que l'est le Parlement britannique aurait-elle qualité pour discuter des questions de liturgie, de droit canon, de dogme même? Ce qui était possible au temps d'Élisabeth ne l'est plus aujourd'hui. Et d’aitleurs le Parle- ment a déjà bien assez d’affaires à régler; aussi le plus souvent les projets de loi ecclésiastiques restent-ils à l’état de projets. Mais alors, disent les uns, le problème est bien simple; ilne s'agit que d'affranchir l'Église du pouvoir eivil : il faut la désétablir. Jamais, répondent les autres. Et cependant, comme il faut une solution, les gens d'esprit modéré se font entendre à leur tour et proposent une transaction. 602 Le. REVUE .ANGLO-ROMAINE Tout bill ecclésiastique, disent-ils, sera déposé comme par le passé sur le Bureau de la Chambre des Lords et de celle des Communes. Mais, au bout de trois mois, s’il n’a pas été discuté, il pourra être enregistré par le Conseil Privé et acquérir par là force de loi. Cette proposition de l’évêque de Winchester a été acceptée en principe par les deux convoeations; mais reste à savoir si le Parlement, autre- ment dit le pouvoir civil, consentira à aliéner ainsi une partie des attributions ecclésiastiques que la Constitution lui confère, et il est à craindre que les doctes théologiens de la Chambre des Communesne consentent jamais à abandonner des prérogatives dont cependant ils usent si pou! — Vivian.

Madagascar. — M Crouzet, de la Congrégation de la Mission, dite des Lazaristes, s'est embarqué le mercredi 95 février pour Mads- gascar avec plusieurs membres de la même congrégation. M5' Crouzet va prendre possession du vicariat apostolique récem- ment créé sous le nom Madagascar-Sud. Nous sommes heureux d'offrir toutes nos félicitations aux zélés missionnaires qui vont faire revivre là-bas les glorieuses traditions des enfants de saint Vincent de Paul. On sait les nobles efforts de ce saint pour évangéliser la grande ile : on sait aussi l'abnégation héroïque, la mort courageuse des missionnaires qui allèrent y mou- rir les uns après les autres, dans l'isolement et l'abandon. Ils ont semé dans la douleur pour l'Église et pour la France; nous souhai- tons aux nouveaux missionnaires de récolter pour l’Église et la France une moisson abondante. M Jacques Crouzet est né à Lansargues (Hérault), en 4849; à entra dans la Congrégation de la Mission en 1868. Envoyé en Orient quelques mois après son ordination, il fut nommé vicaire apostolique en Abyssinie en 4888. L'année dernière, M# Crouzet fut brutalement chassé de cette province avec tous ses confrères par le générai Beratieri,

Correspondance. — Monsieur, dans mon travail sur les Ordina- tions anglicanes et le Sacrifice de la messe, j'ai cité /p. 400) un passage attribué communément, mais à tort, à Albert le Grand. J'ai montré que la doctrine enseignée dans ce passage était la même que la doc- trine attribuée faussement à Catharin par Vasquez et Melchior Cano, et j'ai dit (p. 406) que l'abbé Vacant, professeur au grand séminaire de Nancy, avait reconnu lui aussi cette identité de doctrine. Enfn. (p. 407) j'ai apporté le témoignage du chanoine Moyes, qualifiant cette doctrine « d’infâme hérésie ». Dans une lettre très courtoise, le chanoine Moyes m’exprime la crainte que mes paroles n'aient fait croire aux lecteurs de la Rerw qu’il reconnaissait lui aussi cette identité de doctrine. C’est pourquoi je tiens à déclarer qu’en citant le chanoine Moyes je n’ai voulu qu'une chose : apporter son témoignage, d’après lequel la doctrine imputée à Catharin doit être qualifiée « d’infâme hérésie », — Receyez, etc, — F.-W. PULLER, LIVRES ET REVUES

                                  LA QUINZAINE.

     M. l'abbé Duchesne continue, dans la Quinzaine, son intéressante

étude : Cufholiques et Romains. Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur cn donner un long extrait :

Saint Irénée écrivait son grand traité contre les hérésies peu aprés le régne de Marc-Aurèle (180), Opposant aux gnostiques Îa tradition des grandes Eglises, il commence par citer l'enseignement de celle de Smyrne, qui, par saint Polycarpe, remontait à l'apôtre Jean; puis il continue : « Mais comme il serait trop long d'énumérer ici les séries de toutes les églises, il me suffit d'indiquer la tradition apostolique, la prédication ve- 2 à à

     nue jusqu'à nous par la succession épiscopale dans l'Eglise de Rome
     grande et ancienne entre toutes !, connue de tous, fondée à Rome par les
     deux glorieux apôtres Paul et Pierre. Cette tradition suffit à confondre

RS

     tous ceux qui, d'une facon ou de l'autre, par complaisance en eux-mêmes,
     par vaine gloire, aveuglement, esprit faux, sont en dehors de la vérité.

AR

     En effet, la prééminence supérieure de cette Eglise est telle, que néces-
     sairement, toute église   — j'entends tout fidéle de quelque pays qu'il soit—
     s'accorde avec elle, toute Eglise où — en quelque pays qu'elle soif —s'est

RAR

     conservée sans interruption la tradition apostolique®. »
L4

e

     Il est difficile de trouver une expression plus nette :
     1° De Punité doctrinale dans l'Eglise universelle    ;
     2° De l'importance souveraine, unique, de l'Eglise romaine comme témoin,

gardienne et organe de la tradition apostolique; 3° De sa prééminence supérieure dans l'ensemble des chrétientés. Du reste, il suffit de jeter un coup d'œil sur l’état de l'Eglise vers la fin du re siècle pour voir combien est juste l'impression qui nous transmet le saint évèque de Lyon. Où sont les grandes métropoles qui, plus tard, occu- pérent une place si éminente dans la hiérarchie religieuse? Jérusalem n'a qu'un tout petit troupeau de chrétiens grecs, colons venus des villes hellé- niques de Palestine, sans lien avec la primitive communauté où vécurent les apôtres. De Byzance, il est inutile de parler : tout porte à croire qu'elle n'avait pas encore d'évéque, Alexandrie en avait un, et sa série épiscopale remonte au siècle apostolique; mais, au temps de saint Jrénée, elle n'était guëre connue que pour sa fécondité en hérésies gnostiques. Antioche avait un peu plus de relief, grace aux souveuirs du Nouveau Testament et à celui de son très ancien évêque, le célèbre martyr Ignace. Des successeurs de celui-ci on serait embarrassé de dire quelque chose. Si Théophile d'Antioche avait déjà écrit ses livres apologétiques, si le Pédagogue et autres ouvrages de Clément circulaient déjà parmi les lettrés alexandrins, c'est à peine si l'encre en était sèche. Et cette littérature n’a vraiment rien qui la caracté- rise comme expression de ja tradition hiérarchique : on chrétien quelconque aurait pu écrire cela n'importe où. Il faut attendre les évêques Démétrius d'Alexandrie et Sérapion d’Antioche, c’est-à-dire le temps des Sévère, pour voir apparaître les deux grandes métropoles ecclésiastiques. I] n'y avait. en somme, qu'une seule situation comparable, au point de vue traditionnel, à celle de Rome : c'est celle de l'Asie proprement dite, t'Marimæ el anliquissimæ, 2 Irénée, Ill, 3, 604 REVUE ANGLO-ROMAINE du pays qui conservait les imposants souvenirs de saint Jean, de saint Phi- lippe, de Polycarps, da Papias, de Thraséas, de Méliton et de tant d'autres illustrations chrétiennes. Saint {rénée s'inspire d'un sentiment très juste des relations ecclésiastiques, en citant la tradition de ces Eglises à côté de celle de Rome. Mais celle-ci avait alors, même sur les illustres chrétientés d’Asie, une prééminence spéciale dont témoignent les faits suivants. Saint Irénée a bien raison de dire que l'Église de Rome est « connue de tous ». C'est merveille, en effet, d'y voir affluer, pendant tout le rre siècle, les visiteurs des pays les plus divers. Les uns sont des chrétiens sincères, qui entendent rester dans la foi traditionnelle, et qui font le voyage de Rome pour s'édifier à cet égard. Saint Justin y vient de la Palestine grecque ; Hégésippe, de la Palestine syriaque; Tatien, de l'Assyrie; Abercius Mar- cellus, de la Phrygie. L’Asie surtout fournit un remarquable contingent de voyageurs, dont les uns passent, les autres s'établissent. Saint Polycarpe, âgé de plus de quatre-vingts ans, n'hésite pas à s'y transporter de Smyrne, pour tâcher d’arranger l'affaire de la Pâque, depuis longtemps pendante entre l'Eglise romaine et celles d'Asie. Après lui, il faut citer Rhodon, Iré- née lui-même, le futur évêque de Lyon. A la génération suivante, Origène entreprend le voyage de Rome, uniquement par désir de [« voir cette très ancienne Eglise ». En Afrique, Tertullien se montre constamment préoccupé de l'Eglise romaine, soit qu'il s'autorise d'elle contre les hérésies gnos- tiques, soit que, devenu montaniste et rigoriste, il la poursuive de ses diatribes. De la chrétienté de Carthage, déjà si importante, il ne paraît pas s'inquiéter beaucoup; le centre d'autorité et de direction catholique est pour lui à Rome, et non en Afrique, Les hérétiques ne sont pas moins nombreux. Eux aussi sont attirés par l'importance de la communauté romaine, où ils espèrent recruter des dis- ciples. Certains d’entre eux vont plus loin: ils ont formé le dessein de mettre la main sur la direction de l'Eglise elle-même : cela est altesté de Marcion, peut-être aussi de Valentin. Marcion venait du Pont, Valentin. de l'Egypte, d'où, sous l’épiscopat d’Anicet, on vit encore arriver une célé- brité hérétique, Marcellina, doctoresse de la secte carpocratienne. LeSyrien Cerdon y avait fait séjour avant Marcion lui-même. Tous ces semeurs d'ivraie parvinrent, il est vrai, à séduire quelques têtes faibles; mais ils se heurtérent à la vigilance des chefs de l'Eglise, qu'ils essayaient en vain de tromper par de fausses protestations ou des conversions simulées. Il est clair qu'ils tenaient à se maintenir à Rome et à exploiter pour le succès de leurs entreprises l'influence de ce grand centre chrétien. Au temps de saint Iré- née, un docteur gnostique, Florinus, sut assez dissimuler pour qu'on lui dennât une place dans le collège presbytéral. Ceux-ci sont des gnostiques. À la fin du 11° siècle, on voit arriver d'autres notabilités hérétiques. La doctrine qui sera plus tard condamnée dans la personne de Paul de Samosate et de Photin fait éclat pour la première fois à Rome, par les soins de Théodote de Byzance. Vers le même temps, Praxéas et Epigone, venus d'Asie, y ouvrent une école de théologie moda- liste, de cette théologie à laquelle est resté attaché le nom de Sabellius. Les Montanistes s’y firent également voir; un peu plus tard, ce furent les EJka- saites de Syrie, représentés par un certain Alcibiade. Il semble que l'Orient ne pût enfanter une hérésie sans éprouver u«ussitôt le besoin de la produire sur le théâtre de Rome. C'était lui assurer une prompte et éclatante condamnation : Valentin,

1 Ce Théodote est le plus ancien chrétien byzantin dont on ait connaissance. LIVRES ET REVUES 605

Cerdon, Marcion, furent exclus de l'Eglise à Rome, aussitôt qu'ils se furent fait connaître; il en est de même de Théodote le Byzantin, de Sabellius et de bien d’autres. Les Montanistes de Phrygie essayérent longtemps de tirer à eux l'auto- rité de l'Eglise romaine. Dans leur pays, ils avaient rencontré de bonne heure une assez vive opposition; leurs prophéties, leurs austérités, sédui- saient bien des gens. De Lyon, les martyrs de 177 intervinrent en leur faveur auprès du pape Eleuthère. Une dizaine d'années plus tard, saint Irénée les ménage extrêmement dans son traité sur les hérésies. Dans le milieu romain, toujours si traditionnel, on hésitait à prendre parti contre le prophétie et le Paraclet. L'affaire traïna jusqu'au commencement du ie siècle. Un dernier effort des agents montanistes parut d'abord, dit Ter- tullien, entrainer l'approbation du pape Zéphyrin. On alléguait, pour le dé- cider, des documents émanés de ses prédécesseurs, auctoritates præcessorum ejusi. Mais Zéphyrin se reprit à temps; au lieu de soutenir le mouvement montaniste, il le condamna. ‘ De cette histoire, dont les détails demeurent obscurs, il résulte cepen- dant que cette agitation phrygienne eut son contre-coup à Rome: que les chefs du mouvement, bien que répudiés par beaucoup d'évéques de leur pays, ne se crurent pas compromis sans ressource : que des pièces écrites {auciorilates) au nom de l'évêque de Rome réclamèrent d'abord pour eux uns certaine tolérance; puis, le caractère de la nouvelle prophétie s'étant mieux fait connaître, une condamnation très nette lui vint de la même au- torité qui, jusque-là, avait tenu une attitude plus réservée. Du reste, si la condamnation se fit attendre, il faut remarquer que, dès l'origine du mouvement, dès l’épiscopat d'Eleuthère, l'Eglise romaine avait été saisie. À 8es débuts, le montanisme n'était qu'une affaire locale, inté- ressant seulement les églises de Phrygie et d'Asie, Si les martyrs de Lyon ven inquiètent en 477, c'est que plusieurs des membres importants de leur Eglise sont précisément des Asiates ou des Phrygiens. Même au temps où Tertullien écrivait contre Praxéas, la question, au moins pour le pape, n'avait encore qu’un caractère puremement asiatique. Elle se traitait par lettres envoyées loin de Rome, en Asie et en Phrygiei. En procédant ainsi, les papes intervenaient dans un débat qui ne con- cernait pas directement leur propre Église. C'est une répétition de l'affaire de Corinthe, en 97. Et ce n'est pas la seule. Combien est instructive la querelle pascale du temps du pape Victor (189-198 environ}! Deux usages sont en conflit : celui de Rome, suivi à peu près partout, fixe la Pâque chrétienne au dimancheaprès la Pâque juive; celui de la province d'Asie accepte la Pâque juive comme jour de la fête chrétienne. Les Asiatiques se réclament des plus grandes autorités, des apôtres Jean et Philippe, de leurs disciples, Papias, Polycarpe, de prophètes, de martyrs célèbres. Leurs églises sont fameuses dans toute la chrétienté, leur tradition est universellement con- sidérée. Rome, cependant, ne cède pas. Elle aussi a sa tradition, qui s'est précisément manifestée par ses conflits avec l'usage d'Asie, et cela depuis le temps de Trajan et d'Hadrien. C’est en vain que le vénérable Polycarpe est venu jusqu'à Rome pour arranger cette affaire: il n'a pas convaincu le Pape Anicet. Sous le successeur de celui-ci, Soter, les relations sont même devenues moins amicales. Victor se décide à trancher la question, et, tout d'abord, il la soumet à l'appréciation des autres Églises A sa de- 'TanruzLien, Adv. Praxeam, 1. 3? TexruiLoen, doc. cit. 606 REVUE ANGLO-ROMAINE

mande, les étèques s'assemblent dans tous les pays de l'empire et même au delà. Ils prennent connaissance du litige et envoient à Rome le résul- tat de leurs délibérations. Tous ces conciles, sauf celui d'Asie, sont fav rables à l'usage romain. Ceci est déjà significatif; on voit comhien il était difficile, même à des églises comme celles de saint Jean, de fuire coneur- rence à la tradition romaine. À la fin du ne siècle, l'usage pascal de Rome était accepté presque partout. Mais ce qu'il y a de plus important dans la première phrase de la que- relle, c’est la convocation des conciles. Tous se sont teous sur l'invitation du pape Victor, même celui d'Asie. Polycrate évêque d'Éphèse, qui écrit au nom de ce concile ‘ et en soutient l'opinion avec la plus grande sinré. rité, reconnait expressément que, s'il a réuni ses collègues, c'est sur Ka demande venue de Rome. Voit-on quelque chose de ce genre pour une autre Église ? Où est l'évéque d’Antioche, d'Éphèse, d'Alexandrie, qui ait eu inème l'idée de convoquer ainsi l'épiscopat tout entier, de puis la Gaule jusqu'au Pont, à l’'Osroène et à la Palestine? Cette seule initiative du pape Vietor, initiative suivie d'effet, suffirait à montrer combion était évidente, eu ces temps anciens, la situation exceptionnelle, l'autorité œcuménique de l'Église romaine. Mais poursuivons le récit. Les Asiatiques résistent ; ils protestent qu'ils ae démordront pas de leur tradition. Victor procède alors contre eux par voie d'excommunication : il les retranche de l'union commune. shs xoivñç Évéous: c'est l'expression d'Eusèbe. Il a donc conscience que lui, chef de l'Église romaine, dispose de l'universelle communion, qu'il est en son pouvoir, non seulement d'interrompre ses relations avec un groupe ecclésiastique, mais de mettre ce groupe au ban de l'Église entière. Comment veut-on que nous parlions, si l’on nous interdit de désigner par le nom de chef de l'Église le dépositaire d'une pareille autorité ? Saint Irénée, il est vrai, et d'autres évêques avec lui jugèrent excessive la sévérité du pape Victor et le lui firent savoir. On a tiré de là un argu- ment contre l'autorité du siège romain, comme si l'Église romaine était inaccessible aux conseils, comme si, même de nos jours,le pape n'était pas toujours prèt à accueillir les observations de ses frères dans l'épisco- pat. Il est possible que Victor ait, en effet, dépassé la mesure équitable: je dis cela avec réserve, car nous n'avons sur cette affaire que des ren- seignements bien incomplets; il nous manque, en particulier, les pièces émanant du pape. Quoi qu'il en soit, que Victor ait accepté d'une manière ou de l'autre les critiques de certains évêques, un point est désormais ac- quis, c'est que les Asiatiques abandonnèrent leur usage, et non pas à la suite du concile de Nieée, comme on le répète encore souvent, mais bieu longtemps auparavant. La querelle pascale tranchée à Nicée concernait les Eglises d'Antioche et d'Alexandrie. Dès le commencement du 1v° siècle les tenants du vieil usage d'Asie sont représentés, dans leur propre pay. par une petite secte schismatique, et non par l'épiscopat légitime. Celui-ci est en parfait accord, au point de vue de la date de Pâques, avec Rome et Alexandrie 3. Dans quelque mesure qu'elles aient été maintenues ou appl- quées, les rigueurs du pape Victor avaient été suivies de la soumission der Asiatiques.

 Mais ce n'est pas seulement à ce qui se passait chez elle que l'Eglise de
 1 Eusävue, Histoire ecclésiastique, V, 24.

J'ai traité longuement de ceite affaire dans la Revue der questions historiques.

Juillet 4880. LIVRES ET REVUES 607

Rome appliquait son intérêt. Origène, on le sait, eut de graves difficultés avec l'évêque d'Alexandrie, Démétrius ; il n'y avait entre eux que des que- relles de discipline. Bien que les hardiesses étranges de son enseignement aient suscité beaucoup d'opposition après sa mort, que quelques-uns les aient déjà remarquées de son vivant, on ne voit pas qu'aucune autorité ecclésiastique d'Orient lui ait demandé des comptes au sujet de sa doctrine, Mais, vers la fin de sa carrière, il se vit obligé de se justifier devant le pape Fabien, et de rétracter certains propos {. Origène n'était qu'un théologien très en vue, trés influent. Son disciple, son ancien collaborateur, l'évêque d'Alexandrie Denys, est, lui, un chef d'EÉglise, et d'Eglise fort importante. Faut-il rappeler ici comment, s'inspi- rant par trop des doctrines du maitre, entrainé par l'ardeur de sa contro- verse contre les Sabelliens, il en vint à exprimer, sur le Verbe divin, des idées tellement subordinatiennes, que les Ariens ont pu se vanter de l'avoir eu pour ancêtre ? Ses propos, ses écrits, ayant été accusés à Rome par des fidèles de son Eglise, le pape Denys écrivit cette lettre si grave, si éloquente, dont saint Athanase nous a conservé un long fragment, et qui est un des documents les plus précieux de la théologie chrétienne antérieurement au concile de Nicée. Avec beaucoup de modération dans la forme, l'évêque d'Alexandrie s'y voit rappelé à la tradition orthodoxe sur la divine Trinité; il lui est même demandé de ne pas répudier l'emploi du terme consubston- tiel, déjà introduit dans l'usage, au moins à Rome, bien qu'il ne dût devenir classique qu'au siècle suivant. Outre cette longue admonition, dans laquelle, je pense, il n'était pas nommé, Denys d'Alexandrie recut de Rome une invitation à s'expliquer sur ce dont on l’accusait. Il s’expliqua, rectifia son langage, mit son enseignement d'accord avec la tradition, et mérita ainsi d'être défendu par saint Athanase contre les revendications des Ariens 2. Cette intervention autorisée de l'Eglise romaine dans les affaires doc- trinales de celle d'Alexandrie n’altéra en rien les excellentes relations des deux métropoles. Avant cet incident comme après, au temps des persécu- tions de Dèce et de Valérien, au milieu du long siège de Bruchion, pen- dant les crises soulevées par le schisme de Novatien et la controverse baptismale, nous ne cessons de trouver Denys en rapports épistolaires avec les divers papes qui occupèrent alors le siège de saint Pierre, et même avec des membres de leur clergé#. L'Eglise alexandrine est tout aussi mélée que celle de Carthage au monde ecclésiastique romain, Denys est vraiment un second Cyprien; encore se montre-t-il plus conciliant que celui-ci, plus prompt à céder aux exhortations qu'on lui adresse. Ainsi toutes les Eglises du monde entier, depuis l'Arabie, l'Osroëène, la Cappadoce, jusqu'aux extrémités de l'Occident, sentaient en toutes choses, dans la foi, dans la discipline, dans le gouvernement, dans le rituel, dans les œuvres de charité, l'incessante action de l'Eglise romaine. Elle était par. tout connue, comme dit saint Irénée, partout présente, partout respectée, partout suivie dans sa direction. En face d'elle nulle concurrence, nulle rivalité. Personne n'a l'idée de se mettre sur le méme pied qu'elle. Plus tard il y aura des patriarcats et autres primaties locales. C'est à peine si, dans le cours du 1° siècle, on en voit se dessiner les premiers linéaments, plus ou moins vagues. Au-dessus de ces organismes en voie de formation,

1 Eusèue, Histoire ecclésiastique, VI, 36; saint Jérôme, ép. 84; Rufin, in Hiero- nymum, I, 44. % Saint ATHANASE, De decrelis Nicænæ synodi, c, xxv1; De senlentia Dionysii, 3 Sur quarante-sept lettres ou traités que l'on sait avoir été écrits par lui, dix buït environ sont à quelque adresse romaine. ° 608 REVUE ANGLO-ROMAINE comme au-dessus de l'ensemble des églises isolées, s'élève l'Eglise romaine dans sa majesté souveraine, l'Eglise romaine représentée par ses évêques, dont la longue série se rattache aux deux coryphées du chœur apostolique. qui se sent, qui se dit, qui est considérée par tout le monde! comme le centre et l'organe de l'unité. Sa situation est si évidente qu'elle frappe les yeux des païens eux-mêmes, pourvu qu'ils aient arrêté leur attention sur l'organisation des chrétiens. Ceci, les empereurs sont plus à même de le faire que les autres; c'est mème pour eux une nécessité de gouvernement. En 272, l'empereur Aur- lien se trouve inopinément appelé à trancher une grande querelle qui divise les chrétiens d'Antioche. L’évèque de cette ville, Paul de Samosate, s’est mis, par sa doctrine et sa conduite, dans le cas d'être destitué. Lasen- tence a été proclamée dans un grand concile tenu par les évèques voisins et communiquée aux chefs des Eglises de Rome et d'Alexandrie. Mais Paul se rit de sa condamuation; il continue à occuper la maison épiscopale, d’où le nouvel évéque s'efforce de l'évincer. Le litige est soumis à l'empe- reur. C’est un cas bien nouveau pour un prince païen. Entre les deux évèques, qui tous deux disent avoir le droit pout eux, pour lequel va-t-il se décider? « 1] trancha la question, nous dit Eusébe, de la façon la plus « sensée, en ordonnant de remettre la maison épiscopale à ceux qui rece- « vaient, au sujet de la doctrine, les lettres des évêques d’Italie et de k « ville de Rome®?.» Un siècle plus tard, Théodose n'agissait pas autre- ment lorsqu'il déclarait ne considérer comme légitimes évêques que ceux qui seraient en communion avec Damase de Rome et Pierre d'Alexanérie.

1 11 n’est pas jusqu'à la lointaine Edesse qui ne sentit son influence et ne chercbät & se rattacher à elle. Le pape Victor fit convoquer le concile d'Osroëne, vers 1$5. D'après la tradition édessénienns, Palout, le premier évêque après les deux fonds- teurs Addaï et Aggaï, aurait té ordonné par Sérapion, évêque d’Antioche, lequel aurait reçu lui même la consécration de Zéphyrin, évêque de Rome, successeur de saint Pierre. Doctrina Addaï, à la fin; cf. Cureton, Ancient Syriac documents. pp. 4i ot 63. 3 Evusèes, Ilisloire ecclésiastique, VII, 31. L'empereur considérait comme évi- dent qu'entre les évêques d’Italie et celui de Rome il n’y avait pas de dissenti- ment à prévoir; autrement il aurait précisé davantage. CONSIDERATIONES MODESTZÆ ET PACIFICÆ

                  CONTROVERSIARUM

                                  DE

JUSTIFICATIONE, PURGATORIO, INVOCATIONE SANCTORUM,

        CHRISTO MEDIATORE, ET              EUCHARISTIA




                          AVANT-PROPOS

Nous croyons qu'il sera intéressant pour nos lecteurs de connaitre les opinions d'anciens théologiens de l'Eglise d'Angleterre sur les divers sujets traités dans la Revue. C'est ainsi que nous commençons aujourd'hui la publication d’un ouvrage intitulé: Considerationes modestæ et pacificæ controversiarum de Justificatione, Purgatorio, Invocatione Sanciorum, Christo Mediatore, et Eucharistia, par Guillaume Forbes, évêque d'Édimbourg, mort en 1634. Nous donnerons d’abord le traité de Eucharistia, qui se rapporte d'une manière plus immédiate aux travaux parus dernièrement dans la Revue en le faisant précéder de la vie de l’auteur d'après son biographe Sydserf, évêque de Galloway et plus tard de Orkney, telle qu'elle se trouve dans l'édition Parker, Oxford, 1856.

                 VITÆ AUTHORIS ÉLENCHUS

Gulielmus Forbesius, SS. T. Doctor, Episcopus primus Edinbur- gensis, parentibus honestis fuit; Patre Tho. Forbesio, cive Aberdo- nensi, modestià et morum probitate nullis non probato, et genere nalalitio ex illustri Forbesiorum familiä, melioris notæ civibus con- sociato et conjuncto; et matre Janet Cargillä sorore germanë Jacobi Cargilli Abredonensis medicinæ Doctoris celeberrimi : unde viget adhuc, semperque vigebit grata parentum Forbesii memoria, et vitæ ipsorum innocentià teslata, at majore Prolis virtute condecorata. REVUE ANGLO-ROMAINE. == T. I. — 39. 619 REVUE ANGLO-ROMAINE

Natus est Abredoniæ, quæ civitas est in septentrionali Scoliæ plagà sita, almæ Academiæ et dignitatis Episcopalis sedes eximia; que olim Athenæ Caledoniæ, et studiorum iilic generalium gloria nuncu- pabatur. Hic natus, hic edoctus et educatus Forbesius, hic virtutis semina jecit, quæ progressu temporis in gloriosam messem evase- runt. Duodecimum vix egressus annum, cüm primüm in Scholà Grem- maticæ, linguæ Latinæ et Græcæ magnam sibi notitiam comparässet, felicissimi ingenii magis magisque excolendi gratià, ad Collegium Marischallenum sese recepit, et in matriculam Almæ Academiæ Abre- donensis se dedit. Ubi quum totum quadriennium non minus feli- citer, quam obstinatè, studiis philosophicis operam dedisset, tandem emenso Philosophiæ curriculo ad Magistri in Artibus gradum est evectus; el viro clarissimo Gilberto Grayo, Gymnasiarchæ, plurimüm ob singularem modestiam, et in studendo indefessam diligentiam charus, ad professionem Logicæ in eodem Collegio est adscitus; et illic in docendo Logicam Aristotelis, quam tum à Remi calumniis for- titer vindicabat, summä cum laude et auditorum profeclu quatuor posuit annos. Ubi autem decurso hunc in modum primæ adolescentiæ stadio, aliquantum adolevit, viginti natus annos, ad ulteriorem scientiæ per- fectionem et rerum éuxatplav comparandam anhelans, peregrinatio- nem in exteras regiones suscepit. Atque ubi Dantiscum primüm cum populeribus suis appulisset, ipsis ei nequidquam suadentibus, ut rélietis literarum studiis mercaturæ rem faceret, Prussiæ et Poloniæ magné parte peragratàä, propositi tenax, in Germaniam tandem, à majus operæ pretium in studiis faciendum contendit; compertum habens ibi maximè florere Theologica studia, quibus præ aliis ipse impensiùs delectabatur. Jamque Germeniam ingressus, celeberrimas Academias, præsertim Juliam [et] Heydelburgensem invisit, instruc- tissimas Bibliothecas perlustrat, scripta Patrum diligenter evolil, Scholasticorum operosa volumina scrutatur, et, ne eruditionis Theo- logicæ apicem præteriret, sanctæ linguæ Hebraicæ vehementissimam dedit operam; adeo ut in illius peritià Judæum quemvis æquare vide- retur. Et ex his seminibus fæcundo solo satis, et cœlo benigno nutritis prodeunte ocius generosà messe, omnium Doctorum {quibus inno- tuit} encomiis, præconiis, clarissimus Philosophus, eximius Theo- logus, et trium linguarum peritissimus celebratur. Hic permolss famé Academiæ Lugdunensis, multis et magnis Orthodoxæ Religionis luminibus coruscantis, relictà Germaniàä (in qua quatuor transegit annos) plenus eruditionis et laudis, in Belgium commigravit. Cumque Lugdunum Batavorum Academiæ sedem attigisset, ecce fama jactatur (nam diu illic inter academicos latere non potuit) doctissimum Sco- tum inter illos clam versari, cujus modestia se suasque dotes palam ostentare non patiebatur. Illico accitus ab Academiæ Proceribus venit, et Scaligerum, Grotium, Vossium, Heynsium, Hommium, Jachæum, magni nominis philosophum, cognatum et compatriotam, aliosque literarum et literatorum Coryphæos convenit, notitiam amicitiamque VITA AUTRORIS 611

cum illis contraxit, et variis collaquiis et amicis disputationibus, bine inde exercitis, eandem promovit et adauxit. Paucos post menses ipsis valedicit, et discedenti, frequens ibi Academiæ Senatus, amplum ii incredibilis facundiæ, prompti et expediti ingenii, et multifariæ eruditionis testimonium dedit. In Galliam deinde et Italiam peregrinationem cogitabat, quam tamen præ valetudine adversä qu4 tenue et infirmum corpus {(magnæ animæ malum hospitium distinebatur,) aggredi non ausus, in Angliam transfretandi consilium capit, et intra paucos dies, velis ventisque secundis usus, nobilis Londini allabitur oris. Et ut lux è longinquo hominibus se videndam præbet, sic delata ad illustris- simam Oxoniæ Academiam, Europæ lucidissimum sidus, omnibus eruditionis avielis, fama singularis doctrinæ suæ, et in sanctâ linguà peritiæ incomparabilis, ab Oxoniensis Achademiæ Præsulibus ad pro- fessionem linguæ Hebrææ.liberali proposito præmio invitatur. Sed invalescente febre triduanä non illic diu subsistere sustinuit. Nam consultis Medicis Regis, præsertim Craggio compatriotâ, Serenissimi Regis Jacobi ‘augustæ memoriæ) Archiatro, in patriam ad nativum aera hauriendum, redire suadetur et impellitur. Tandem post quin- quennalem peregrinationis ambitum, in Scotiam revertitur, et natale solum Abredoniæ [ubi primos edidit vagitus) revisit. Redux autem {bono cum Deo) factus quäm clero gratus, quäm amicis charus, quèm omnibus expectatus advenit! Consul, Senatusque Abredonensis, omnibus humanitatis officiis complectuntur, et juxta Bonæ Concor- diæ pristinam consuetudinem, ad testandum tam eximio viro, con- civis filio, feliciter reduci benevolentiam, Municipem creant, et jus municipale diplomate, urbis insignibus et sigillo munito, consignant et confirmant. Hic paucos commoratus dies, juxta medicorum de natali aeris beneficio præsagium, meliusculè se habere incipit; et sic Deus illi prospexit, ut paulatim viribus corporis refectis, et vi morbi defervescente, ad Ecclesiæ Alfordensis ministerium (in illà diœcesi haud ignobile) à Patrono Comite Forbesio Principe Gentili sollicita- retur. Cui vocationi moram gessit, et Ministri munere paucos illic annos defunctus est.

Verüm ingenium tam excelsum, eruditionem Lam profundam, pie- latem tam sublimem, in rusticang latere villà, voluntate Dei non per- missum iri tandem aliquando exitus comprobavit. Nam eloquentiæ in concionando famâ percrebrescente {erat enim Orator non tantèm velox et vehemens, sed mellitus et patheticus) non solùm aures demulcentis, sed corda ferientis et multüm flectentis, postulatis Abre- donensium invitatus, et calculis cleri incitatus, ad Verbi Divini præ- conium Abredoniæ suscipiendum inducitur. Ubi magno cum populi gaudio, magno auditorum fructu,'animarum compendio, ipsius inde- fessa diligentia illic Evangelium prædicavit, Sacramenta adminis- travit, rudes in fide instituit, flagitiosos à scelere ad meliorem vitæ rationem traduxit, errores et hæreses convulsit, veritatem falla- cisrum involucris constrictam expedivit, et, ut summalim dicam, omnia sacri Ministerii et Religionis purioris officia percoluit. 612 REVUE ANGLO-ROMAINE

Serenissimus Rex Jacobus, ejus nominis Scotorum sextus, Magnæ Britanniæ et Hiberniæ primus, cujus beata memoria apud omnes adhuc fervet, Scotiam, antiquam Patriam, magno invisendi desideris captus, cum magnâ pompé et magnificentià Regiä, Edenburgensi, Lithgov. Sterlin. Falcolan. magnificis palatiis (quæ olim Regum $co- torum, et Regiæ prolis erant habitacula) perlustratis, tandem Andrea- polim, Primatis Scotiæ et illustris Universitalis sedem, attigit; qus selectum clericorum conventum indixit, ut de arduis Scoticanæ Ecclesiæ negotiis cuni illis consultaret. Inter alia, consultuni et con- ventum est, de dignitatibus Scholasticis fquæ obsoletæ, et temporis præscriptione ferè emortuæ) recuperandis, et ad pristinam vitam et vigorem reducendis. Privilegia jactabant Academiæ, sed non usur- pabant, aut sallem usurpare non audebant. Proinde authoritate regià et unanimi cleri consensu, quod statutum est, facto confir- mant; et Regis mandato Jo. Junius SS. Theol. Doctor, Regius Sacel- lanus, Scotus, vir pius et doctus, promotionis muneri designatur. Pos- tridie aut nudiustertius oratione doctà et ornat4 prævià, Hovæun, Brussium, Lyadesium, Forbesium nostrum, Strangium, etc., virus omni laude majores, libro, pileo, annulo, Theologici Doctoratüs orna- mentis donavit, amplexuque fraterno in societatem Theologiean recepit, et SS. Theologiæ Doctores, creavit. Exinde Theologiæ Doctor, sed afflictà nonnihil valetudine domum reversus, consueto more, verbi ministerio incumbit, nec segnestit, donec fragile corpus tot laboribus et sudoribus impar, et in dies gravi concionandi munere magis magisque attritum, fatiscere et oneri sut- cumbere cogitur. Sed Senatus populusque Abredonensis, municipis sui et pastoris dignissimi, cum adversä valetudine conflictantis, et in deterius vergentis, vicem et conditionem graviter dolens et deflens. quæ remedia ejus vitæ prolectandæ, et ipsius angelico contuberaie fruendi, conquiri possunt, excogitant. Tandem Collegii Marischallani Præfecturam tunc vacantem, provinciam leviorem et magis honora- riam, ejus præsenti infirmitati (quæ à concionandi munere laxa- mentum postulat) leniendæ, maximè idoneum pharmacum judicant, et in hanc sententiam omnes conspirant. Nullà mor4, impetratoà Comite Mareschallo, Collegii fundatore et patrono diplomate, Col-. legii Marischallani Præfectus seu Gymnasiarcha constituitur. Han Provinciam seriis votis commendatam non detrectans, et mirà dexte- ritate et sollicitudine procurans, Gymnasiarcham meritissimum et Scholæ Philosophiæ moderatorem insignem se monstravit. Et ne Col- legii legibus fundatis deesset, quibus cautum est, ut Gymnasiarcha ad aperienda fidei mysteria et reconditos divini verbi thesauros ses applicet, et Hebrææ linguæ cognitionem propaget, binas singulis septimanis prælectiones theologicas habuit, et ternà vice juventuti. quæ in spem Ecclesiarum educabalur, Hebrææ linguæ perdiscendæ compendiariam viam proponit et docet; adeo ut studiosos, qui sacris _initiati, aut sacræ scientiæ consecrandi erant, diatribus suis, recon- dità literaturâ plenissimis, ad altiora munia Ecclesiastica idoneos præstiterit, et ut incautam juventutem, adversus multiplices hostiu® VITA AUTHORIS 613

veritatis strophas instrueret et præmuniret, nullum Iaborem subter- fugerit. Jam ad Gymnasiarchatum alius accedit Scholastieus honos, et ab Episcopo Abredonensi et Senatu Academico, ad ejus profundam eru- ditionem obstupescente, Decanus facultatis Theologicæ designatur, ut candidatorum examini præsit, respondentium patrocinium susci- piat, et ad gradus Promotor promotionis munus exequatur. Mox hoc munere defunctus ad Rectoris magnifici dignitatem quà nulla post Cancellariatum {qui Episcopi sedis peculiare privilegium est; sublimior, evehitur. Cui officio cum omni laude et omnium gra- tià defunctus est, ut nulli tunc temporis in Academià vixere, qui ope et præsidio Forbesii, non se aliquid doctrinæ ad benè et rectè sen- tiendum, vel exemplum ad piè et honestè vivendum adeptos esse faterentur. Unum restat nobile industriæ et præfecturæ monumentum prædi- candum, quod si tacerent homiues, mœænia, ligna, tecta loquerentur, Collegii ædificium (quod olim Franciscanorum hospitium erat) palatii . iomorem quadrilaterum, præter unum latus (quod honestus quidam civis Abredonensis instauravit) ferè lapsum et ad rudera revocatum, postliminio excitavit, splendori pristino majori restituit, et librariâ. eleganti (quam et extruxit et post alios instruxit) fabricam exornawvit. Postea fanum Francisei (quo nihil magnificentius in illé urbe visitur) ex lapide polito et quadrato constructum, semidirutum, bubonibus, birundinibus, aliisque cœli volucribus, ad nidificandum patens, eleemosynis undique conquisitus, et hilariter collatis, reparandum et vitreis fenestris collustrandum curavit. Hic Gymnasiarcha duos præfuit annos omni laude et memorià dignissimus, natus ad Collegii ornatum et commodum, tandem rebus sic ad mentem et sanitatem compositis, Abredoniæ ubi primüm hausit lucem (bono cum Deo) expirare decrevit. Nunc summatim reliqua pars vitæ est percurrenda, quæ variis casibus et fortunæ vicibus fuit exposita, Cives Edenburgenses elo- quentis et pii Pastoris cupidi (qualem maximè desiderabant) omnes unanimi consensu Forbesium cogitant, compellant, et nullum non movent lapidem ut ipso potiantur, et animarum curæ Edenburgi admoveant. Sed Forbesii molestam interpellationem ægrè ferens, tandem recollectä mente gratias quäm potuit maximas Edenburgen- sibus agit, quôd illum tali dignarentur honore, et jussit excusatum habeant, quippe qui fragilis ætatis reliquias nativæ sedi destinarit et devoverit. Ubi rumor ad Abredonenses permanavit, hi fremere, obstrepere, et Edinburgensibus indignari, et ut ab incæpto desistant, obnixè rogare. Sed frustrà tam hi quam ille reluctantur. Nam Sena- ts supremi, et Synodi Provincialis edicto cautum est, ut provinciam pastoralem Edenburgi non amplius detrectet, sed hilariter amplec- latur. Jam nullä mora {eùm morosum et difficilem se præbere, et potestati tam Ecclesiasticæ quam Politicæ reniti nefas) itineri se accingit, et multis hinc inde lacrymis fusis populo Abredonensi bene- dixit, valedixit, et intra paucos dies magnâ comitante caterva Eden- 614 REVUE ANGLO-ROMAINE

burgum Scotiæ Metropolin, ingreditur, et summo cum populi con- cursu et applausu recipitur, et pastorali officio inauguratur. Sed {Deus bone) quäm repentè Pastoris et gregis diversa mens, quàäm dispar opinio, circa disciplinam Ecclesiæ et Ecclesiastici regiminis formam. Edenburgenses Genevensii disciplinæ zelatæ, Episcopo- mastiges, et Presbyterorum iccriuiac acerrimi propugnatores, For- besii sanam doctrinam de Episcoporum primalu, multis convitiis in- cessere, ipsumque Pontificiæ professionis reum insimulare non verebantur. Ille contra modestè et solidè in concionibus ad Clerum et Populum, Primatum Episcopalem, verbi divini auctoritate, praxi Apostolicà, et primitivæ Ecclesiæ consuetudine niti, et non ab liuma- no instituto ortum habere demonstrabat. Quum autem tot exantlatos labores populo isti infrugiferos, et velut semen in agro sterili satam, aullos fructus proferre, insuper tenue et macilentum corpus urbis fumo involutum periclitari animadverteret, statuit (communicatis optimis et intimis amicis consiliis) sese hoc jugo pastorali expcdire, et Abredoniæ (ubi prius) animarum curæ incumbere. Quäm primüm hoc ejus propositun: Abredonensibus compertum, illico gaudio sum- mo perfusi Procuratores liberali viatico instructos, Edinburgum dele- gant, ut municipem suum Forbesium Abredoniam reducant : quo ‘cm salvus et mediocri valetudine suffultus rediisset, Cierus gratu- latur, populus exultat, faustis acclamationibus omnes excipiunt. Sed emersit non multos post annos nova occasio, Forbesium à charissimo grege avocandi, quæ ipsius immaturam acceleravit mortem.

Carolus ejus nominis primus, Rex Britanniæ, de anno 1633 Lon-

dino egressus cum magno apparatu et splendido comitatu omnis generis Aulicorum, et cum selectà et gravi turbà Patrum Spiritua- lium, Episcoporum, Sacellanorum, et aliorum Sacerdotum Scotiæ Edinburgum proficiscitur, ut avità Regni Scotiæ coronuà insignirelur, et sacro oleo Rex Scotiæ inungeretur. Repentè accitus Forbesius, . cum suis symmistis, cultissimi ingenii et sanctissimi genii viris, ut Regem perpolitis suis concionibus, et seriis precibus clero expecta- tum et gratum pronuncient. Adsunt; ipse vice primâ ut statutum est, ad concionem coram Rege habendam se sistit; ubi demandatum sibi pensum, tant4 doctrinà, tant efficacià exsolvit, ut eximiam suæ Angelicæ doctrinæ et facundiæ venerationem ipsi exhibuerunt Rex, et omnium ordinum auditores. Dum hoc accedit ad doctrinæ et facundiæ laudes, quod non solüm memorià pollebat tenacissima ‘de quo vulgé dictum, quod ignoraret, quid sit oblivisci) sed etiam judi- cio sublimato, quo rerum coutroversarum pondera et momenta acu- tissimè expendebat et trutinabat, Rex Carolus Ecclesiæ nutritius Pater, et Religionis Orthodoxæ industrius propagator, ad compes- cendam luem Presbyteralem, quæ diu Australem Ecclesiæ Scoticanæ partem afflixit, et ad regimen Episcopale promovendum, Episcopa- tum Edinburgenum (perenne suæ pietatis monumentum) fundavit, amplis reditibus locupletavit, ædibus spatiosis et speciosis, cum hor- tis, pomariis, pascuis, Basilicæ Regiæ et Fano Sanctæ Crucis fiui- timis dotavit, et nihil omisit, quod ubivis terrarum, à quovis Funda- YITA AUTHORIS 615

tore, ad dignitatem Episcopalem amplificandam fieri consuetum est. Cùm Rex discedens, ab Archiepiscopo Andreapolitano, Scotiæ Pri- mate, consuleretur, querm huic Episcopatui virum idoneum præficere instituerit, respondil Rex : Quem nisi Forbesium, celsiore {ut nosti) dignitatis gradu dignum? proinde hunce accerse, et juxta Canones Ecclesiasticos, Episcopum Edinburgenum consecra et renuntia. Archiepiscopus literis ad Forbesium scriptis horum omnium cer- tiorem facit, qui paul) post authoritate regi4, annitentibus Præsuli- bus, communibus Cleri suffragiis, secundüm priscos Canones Epis- copus Edenburgensis consecratus et renunciatus est. Sed hic quèm subita mutatio! dum Episcopus Forbesius mulia præclara parat, egregia molitur, paci et reformationi diæceseos suæ apprimè neces- saria; ecce graviori corripitur morbo, et mens præscia futuri augu- rata est, instare sibi ultimum ævi terminum : proinde tant cum tranquillitate mentis sese ad mortem componebat, ac si in alieno versaretur foro, mox se recipiens in lectum. primum animæ saluti prospiciens, sacram Eucharistiam jextremum viæ viaticum) sibi administrandum curavit, quam sincerâ peccatorum confessione et sacerdotali absolutione percepit : deinde ne corpori curando deesset, medicos consulendos accersit, qui quantum per artém et industriam fieri potuit, in dies vi morbi invalescenti obnitebantur : sed frustrà, quum indomita mali pertinacia ipsi quoque arti opprobrium faceret. Tandem Calendis Aprilis anno 1634, cùm Episcopatum tres tantüm menses tenuisset, et vitam annos 49, de præsidio et statione vitæ ab Imperatore summo evocatus, animam exhalavit, et quidem placidis- simo fine mitissimoque, qualem antiquitas obvenire maximis sæpè et sanctissimis viris observavit. Corpus, animæ hospitium, honorificè sepultum est, in Templo Cathedrali, Edinburgi, versus orientem, et compositum tumulo prope locum Alltaris illic olim siti. Pauca scripsit: scire enim maluit quäm scribere, et hoc dicterinm scripturienti cuidam, et ei magnos labores ostentanti, lepidè sed solidè usurpavit : Lege plura, et scribe pauciora. Opus hsc posthu- mum, quod jam in lucem prodit, est pacati ingenii et moderati animi ingens specimen et indicium : in quo tanquam alter Cassander et Catholicus moderator, rigidas et austeras utriusque, tam Reformatæ quäm Pontifieiæ partis, opiniones in quibusdam Religionis contro- versiis componere, saltem mitigare, satagit. Quanti moderationem fecerit, ostendens dicto illo frequenter ab ipso usurpato, Si plures fuissent Cassandri et Wicelii, non opus fuisset Luthero aut Calvin. Scripsit etiam elaboratas et nervosas animadversiones in 4 Bellar- mini tomos in tribus voluminibus Editionis Parisiensis emissos, et eruditis notis suâ manu exaratis, margines omnes, infrà, suprà, et à latere, in utrâque pagin& tria volumina percurrens, replevit : Quas Robert. Baronius, S. T. D. et Professor ei succedaneus, vir in omni Scholasticà Theologiä et omni literaturà versatissimus, tanti fecit, ut omnibus contra Bellarminum scriptis prætulerit, et nisi, proh dolor! immaturà morte præventus fuisset, prælo subjicere et publici juris 616 REVUE ANGLO-ROMAINE

facere proposuerit. Jacueruntque in ejus Musæo post obitum disjectæ Schedæ plures eruditissimæ, quibus Theologicæ Controversiæ non parum potuerunt illustrari; licèt illas nobis inexpectata Authoris mors, magno rei literariæ dispendio, hactenus inviderit. Sic vixit, sic mortuus est Episcopus Forbesius, — vir verè Aposto- licus, Antiquitatis Catholicæ callentissimus, qui nulli Primorum ab ævo Apostolico, doctrinâ, sanctitate, humilitate, temperantià, modes- tià, gravitate, orationis et jejunii publici et privati frequentià, bono- rum operum praxi, industrià pauperum curâ, clinicorum crebrà visitatione et consolatione, et omnifarià virtute Christianà, erat secundus, Cujus beatam memoriam, nullum tempus delebit, nulla vetustas obliterabit.

CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ

                  HODIERNÆ        GRAVISSIMÆ


                                  DE



             SACRAMENTO            EUCHARISTIÆ


                            LIBER 1

IN QUO DE REALI CHRISTI IN SACROSANCTA EUCHARISTIA PRÆSENTIA ET PAR- TICIPATIONE, AC DE MOBG UTRIUSQUE BREVITER TRACTATUR.

                              Cab.     I   :


               De rebus hiscé generaliter disseritur
  1. Nihil in hoc tristi Religionis dissidio magis dolendum, quam hoc SS. Eucharistiæ Sacramento, ideo peculiariter a Christo Domino instituto, ut per id arctius ei incorporemur, et ab eo vitam continuo tenore hauriamus, mutuâque charitate inter nos sub uno capite Christo eo tenacius conglutinemur; Salanam tamen, humani generis hostem atrocissimum, sua improbitate ac audacia, et quam pluni- mos Ecclesiæ doctores ac ministros ex guhovexla xat otAapyia, id est, contendendi ac dominandi libidine, muitis jam retro sæculis, atque hoc nostro quam maximè, ad contentiones et factiones alendas abu- sos, et adhuc indies abuti. Faxit misericors Deus in Christo cum Spiritu Sancto, ut, omni contentione sublatà, citra veritatis credit necessariæ jacturam, in hac materi4, ut et in aliis omnibus, concor- LIB. 1 DE EUCHARISTIA 617

dibus animis iterum omnes Christiani coalescant. Sed de re jam pro- positâ dicamus. 2. Sententia Zuinglii, quam Theologi Tigurini mordicùs retinue- runt, Christum scilicet, contemplatione tantüm fidei esse in Eucha- ristiâ præsentem; Nullum hic miraculo locum dandum esse, cüm sciamus qué ratione Christus cœnæ suæ adsit, nimirum Spiritu vivi- ficante, spiritualiter et efficaciter : unionem sacramentalem in signi- ficatione totam consistere, &c. .” minimè probanda est: quum Seri- pturis et communi Patrum omnium sententiæ apertissimè adversetur, quemadmodum millies ab aliis demonstratum est. Hanc tamen sententiam Zuinglii, rejectà ill4 Calvini de quâ jam dicemus, apud Lugdunenses in Gallià, Lodovicus Alamannus, Italus, acriter defendit. {Vide inter epistolas Bezæ Epistolam 5 ad eundem hac ipsà de re scriptam}, et nuper qui in Fœderato Belgio vocantur Remonstrantes, in Apologiä pro Confessione suâ. Apertè enim ibi profitentur, sed gravissimè errantes, se ‘ Zuinglii ” (quem ‘‘ opti- mum hujus ceremoniæ doctorem ” ineptè, ne quid gravius dicam, appellant) ‘ sententiam sequi, ut simplicissimam, et ad idolola- triam omnem evitandam in hac materiâ imprimis necessariam, ” et quæ à Calvino illiusque sequacibus dicuntur de communione in Cœnà cum physicà corporis et saenguinis Christi substantiä, non modÿ ironicè, ‘ incomprehensibilia et ineffabilia illa mysteria ” voeant, ‘ quæ humana seu curiositas, seu superstitio in hoc tam sim- plice, tam plano, et à nulio non ingenio facilè perceptibili ritu finxit potiès quàm repperit, ” sed etiam, ‘ manifestam in se continere [tum vanitaiem] tum absurditatem, ” et, ‘ ex isto fonte emanavisse, hodie- que adhuc fluere ingentem illam idololatriam, quà major concipi vix potest, &c. ? audacter asseverant. Sed qui sic abjectè de hoc augustissimo Sacramento sentiunt, ut hi aliique hodierni Novatores, eos non mirum nihilin eo reperire, quod mirentur. Longè aliter pii Patres senserunt et scripserunt, qui gptxtèv hoc pushptov, tremendum mysterium, appellare consueti, nunquam sine sacro et religioso horrore de re tantà cogitari voluerunt : quia seilicet firmissimè crediderunt, qui dignè hæc mysteria corporis et sanguinis Christi sumit, illum verè et realiter corpus et sanguinem Christi in se, sed modo quodam spirituali, miraculoso et impercep- tibili, sumere, ut postea dicemus.

  1. Sententia Joh. Calvini ist Zuinglianâ multo sanior et tolerabi- lior est. Archiepiscopus Spalatensis ?: ‘ Anita, ” inquit, ‘ à Magistro Cal- vino Reformati sentirent, diu dubitavi, et volui, dum hæc impri- menda parabam, planè sententiam Calvini agnoscere. Atque hæc quæ sequatur dicta in ejus opusculis reperi. In tractatu de Cœnà Domini: ‘ Blasphemia est negare in Cœnà Domini offerri veram

{ Vide Rodolph. Hospin. Tigurinum, Historiæ Sacramentariæ parte alters, P. 181, 462.

Christi communicalionem ;.. pani et vino corporis et sanguinis no- men attribuitur, quod sint veluti instrumenta, quibus Dominus Jesus Christus nobis ea distribuit :. panis non est figura nuda et simplex, sed veritati suæ et substantiæ conjuncta :.. panis meritô dicitur corpus, cùm id non modù repræsentet, verüm etiam nabis offerat;... Intelligimus, Christum nobis in Cœnâ veram propriamque corporis et sanguinis sui substantiam donare;... panis in hoc conse- cratus est, ut repræsentet et exhibeat nobis corpus Domini... Zuin- glius et Œcolampadius debuerunt adjungere, ita signa esse, ut nihilo- minus verilas cum eis conjuncta sit : et testari debuissent, se non eo tendere, ut veram communionem obscurarent, quam nobis hoc sacramento Dominus in corpore et sanguine exhibet: Lutherus pro- pterea incensus est in eos, quia volebat Sacramentum efficax, &c... Fatemur omnes, nos cùm juxta Domini institutum, fide sacramentam recipimus, substantiæ corporis et sanguinis Domini verè fieri partici- pes. Quomodo id fiat, alii aliis meliüs definire, et clariüs explicare possunt... Ne vis sacrosancti hujus mysterii imminuatur, cogitare debemus, id fieri occultâ etmirabili Dei virtute, &c.’ sic ille, ” inquit Spalatensis.

  1. Hæc Calvini dicta Archiepiscopus Spalatensis‘ ad pacem et con- cordiam inter partes conciliandam sufficere existimat: ‘* Omnes, ” inquit, ‘* et Pontificii et Lutheri et Calvini discreti sectatores in eu convenimus, nobis in eo verum ac reale Christi corpus verè et reali- ter exhiberi. Cur ergo in hoc non sistimus omnes, &e. ” Hanc tamen, ‘ ingenuam, ‘ut appellat, ‘* Calvini confessionem, ” et Spalatensis, Joh. Barnesius in suo Catholico-Romano pacifico, ver- batim ex Spalatensi transcribens, sibi non probari profitetur, ut que consubstantiationi maximè faveat, sicut infrà dicemus. ‘‘ Interim,” inquit, ‘* cum bonâ veniä et Calvini et Spalatensis non est additio ad sensum apertum verborum Christi {ut fibi docent locis citatis
    dicere corpus Christi esse in Eucharistiä, cum substantiä panis per- manentis, aut transeuntis. » Sed de hac re inferiüs.

  2. Quèm religiosè, reverenter, et Patrum stylo convenienter etiam alibi in scriptis suis de hoc augustissimo mysterio loqui videtur idem Calvinus * : ‘ Nihil ”, inquit, ‘‘ restat, nisi ut in ejus mysterii admirationem prorumpam, cui nec mens planè cogitando, nec lingua explicando par esse potest: ” et? : Etsi autem incredibile videtur in tantà locorum distantiâ penetrare ad nos Christi carnem, ut nobis sit in cibum ; meminerimus quantum supra sensus omnes nostrosemineat arcana Spiritôs Sancti virtus, et quam stuitum sit, ejus immensitaten modo nostro veille metiri. Quod ergo mens nostra non comprehendil, concipiat fides, Spiritum verè unire quæ locis disjuncta sunt; ” el‘: ‘* Porro, ” inquit, ‘‘ de modo si quis me interrogat, fateri non pude-

4 Loco citat n.8, 2 4 Instit, c. 17 87. 38 10. 4 832. LIB, I DE EUCHARISTIA 6419

bit, sublimius esse arcanum, quàm ut vel meo ingenio comprehendi, vel enarrari verbis quaet.”’ Similiter Beza ‘; ‘ Sed nihilominus, ” inquit, ‘‘ fatemur, incomprehensibile esse mysterium Dei, quofit, ut quod est, et manet in cœlis. et non alibi, nobis qui nunc in terrä su- mus, et non alibi, verè communicetur, &c. ” et?;° Quo fit uttolahæc actio valdè propriè puorhpies vocetur. ” Improbat etiam idem Calvinus? seutentian Zuinglii, qui manducationem corporis et bibitionem san- guinis Christi, nihil aliud esse dicit, quäm in Christum credere : “ Sunt, ” inquit, ‘‘ qui manducare Christicarnem, et sanguinem ejus bibere uno verbo definiunt; nihil esse aliud, quäm in ipsum Christum credere ; sed mihi expressius quiddam ac sublimius videtur voluisse docere Christusin'præclaré illà concione, ubi carnis suæ manducatio- nem nobis commendat; nempe verâ sui participatione nos vivificare ; quam manducandi etiam ac bibendi verbis ideo designavit, ne quam ab ipso vitam percipimus, simplici cognitione percipi quispiam puta- ret, &c. ” plura in eandem sententiani ex eodem scriptore adferri possunt.

  1. Sed, quod cum bon venià Calvini et sectatorum illius dictum esto, Calvini sententia et doctrina super hac re, maximè incerta et dubia atque-‘lubrica multis viris doctissimis semper visa est? et ab undè id à plurimis cùm Romanensibus tum Lutheranis Theologis est demonstratum; quos adi, si libet. Sola illa consensio mutua in re sacramentariâ Ministrorum Tigurinæ Ecclesiæ et Joh. Calvini dili- genter perpensa istud lucidissimè osteudit. Vir fuit atque etiamnum est apud multos Protestantes magni quidem nominis, ut et meriti. Sed nemo doctorum in verba illius jurare addictus est. ‘‘ Tanti est et esse debet, ” ut utar verbis doctissimi Episcopi Eliensis ‘‘ quanti rationes, quas affert pro se, nec pluris; ” et ut idem rursus* : ‘ Tam non Calvinum quäm neque Papam sequimur, ubi à Patrum vestigiis hic vel ille discedit. ” Dum nunc his, nunc illis gratificari studuit, haud pauca malè sibi cohærentia scripsit.

  2. Tutissima et rectissima videtur illorum Protestantium aælio- rumque sententia, qui corpus et sanguinem Christi verè, realiter, et substantialiter in Eucharistià adesse et sumi existimant, imo firmis- simè eredunt, sed modo humano ingenio incomprehensibili, ac multo magis inexorabili, soli Deo noto, et in Scripturis nobis non revelato; non quidem corporali, et per oralem sumptionem, sed neque etiam solo intellectu, ac purà putà fide, sed aliâ ratione, soli Deo, ut dictum est, cognitA, illiusque omnipotentiæ reliuquendä.

  3. Philippus Melancthonus, postquam illi Lutheri sententia, quam diu defenderat, displicuisset, in epistolà ad Vitum Theodorum, etc. de negotio cœnæ sic scribit : * ‘‘ Ego, ne longiüs recederem à vete-

1 De re sacrament. qu.4. 4 infra. 4 Loco quo supra; Instit. 4 c. 17,85. $ In Tortura torti, p. 309 5 In Resp. ad Card. Bell. Apol, c. 7, p. 162. 8 Vide KR. Hosp. 1. supra cit. p. 169 [a}, ete. 620 REVUE ANGLO-ROMAINE

ribus, posui in usu sacramentalem præsentiam, et dixi : datis his rebus Christum verè adesse, et efficacem esse. Id profeeto satis est. Nec addidi inclusionem, aut conjunctionem talem, quà affigeretur té pre rà cœue, aut ferruminaretur aut misceretur....... ? ‘* Ego vero, etsi, ut dixi, realem pono’” præsentiam, ‘ tamen non pono inclu- sionem seu ferruminationem, sed sacramentalem, hoc est, ut signis positis adsit Christus verè efficax; quid requiris amplius ? ete.” et: Quid de verbis cœnæ senserint ecclesiastici scriptores, ex dictis eorum apparet. Paulus inquit, ‘ Panis est communicatio corporis Christi, etc.’ Itaque datis his rebus, pane ec vino, in cœnâ Domini, exhibentur nobis corpus et sanguis Christi, et Christus verè adesi Sacramento suo, et efficax est in nobis, sicut Hilarius inquit: * ‘ Quæ sumpta et hausta faciunt, ut Christus sit in nobis, et nos in Christo.” Mirum profecto et ingens pignus est summi erga nos amoris, summæ misericordiæ, quod hac ipsà cœnâ testatum vult, quod seipsum nobis impertial, quod nos sibi adjungat tanquam membra, ut sciamus, nos ab eo diligi, respici, servari, ete.” ?” #, 9. Caspar Cruciger, Theologus Witebergensis, et Melanchthonis intimus, qui etiam tractatui Concordiæ Witebergensis interfuit, in literis ad eundem Vitum Theodorum hæc scripsit, ut legere est apud Hospinianum; 5 ‘ Ego quantum possum, dispulationibus illis ” (lege locum) ‘‘ interim sepositis, sequor, quod existimo tulissimum: veram adeoque cuwpattxhv rapousiæv esse in usu Eucharistiæ, quam verba Cœnæ et Paulus omnino videntur ponere, et verba Nicæni Con- cilii planè testantur. Sed ut præsentiam omnino ponendam esse senlic, ita de modo rapousias non disputo. Puto hoc simplicitati fidei suff- cere, credere, quod verè adsit Christus, et ejus corpus et sanguis verè exhibeantur utentibus, ete, ”

  1. Videantur et diligenter perpendantur Retractatio M. Buceri de Cœn& Domini, quam suis Enarrationibus in quatuor Evangelistas inseruit, © {adi editionem Hervagianam *) et ejusdem Scripta Angli- cana; “Historia de concordiâ circanegotium Eucharisticum inter Lutherum, et superioris Germaniæ Theologos anno 1536 Witem- bergæ init4; * Censura M. Buceri de Tribus propositionibus à P. Mar- tyre Oxonii ad disputandum propositis anno 4549, ubi secundam pro- positionem Martyris : ‘ Corpus et sanguis Christi non est carnaliter aut corporaliter in pane et vino : nec, wi alii dicunt, sub speciebus panis et vini;” sic expressam optabat:° Corpus Christi non conti- netur localiter in pane et vino : nec iis rebus affixum aut adjunctum

1'{p. 170 a). % In locis commun. anno 38 Witemb., etc. 3 {8 de Trin. €. 44]. 4 Y. Hospin. 274. & Quo loco supra, p. 171. | 8 {in c. 26 Matt. v. 26, p. 182 ed. Steph. 1553]. +? P, 484, 8 P. 642 et seq. 9 In Scriptis Anglic., p. 648 at seq. LIB. | DE EUCHARISTIA 621

est ullà mundi ratione; et 3iæ. ‘ Corpus et sanguis Christi uniuntur pani et vino sacramentaliter; ” voluisse subjici : ‘ ila ut, credentibus Cbristus hic verè exhibeatur, fide tamen, nullo vel sensu, vel rationc hujus sæculi intuendus :” legatur etiam epistola ejusdem ad P. Mar- lyrem eidem Censuræ præfixa. Buceri Delinitio plenior $. Eucha- ristiæ cum explicatione suâ, ad petitionem D. Petri Alexandri Atre- batensis !. Defensio doctrinæ Christianæ contra Rob. Episcopum Abrincensem. ? Idem contra Tigurinos defendit, ‘* Christum in Cœnâ præsentem esse, præsentiæ vero modum inexplicabilem, et proinde omnipotentiæ divinæ committendum esse. ” % Epistola Buceri ad Johannem à Lasco de re sacramentarià, quam legere est in Epistolis selectioribus illustrium et clarorum virorum, etc. Lugd. Batav. excus. anno 41647 $. Sibi tamen non semper satis constare videtur Bucerus, ut neque etiam rectè dubitare, qui vel ubi cælum illud sit, in quod Christum ascendisse credimus. Vide Confessionem Buceri de S. Eucharistià, Argenlinæ in Scholâ publicè dictatam 5, 41. Caspar Hedio Th. D. et Concionator Argent., Buceri collega, de Pace Ecclesiæ Catholicæ : % ‘‘ De Eucharistiæ dissidio, quod fortè in spongiam cadet propèdiem, optimum videretur consilium, quando- quidem Evangelistæ et Paulus de Eucharistiâ circumcisè meminerunt, veriti nimirum ne quid de tanto mysterio secus dicerent, quàäm oportet; optimum videretur, si fidelis et prudens verbi minister, videns plerosque sic tractare Theologiam, ut incidant in Matæolo- giam, et ipse paucis et circumcisè et verbis Evangelistarum et $. Patrum de pane et poculo illo mystico loquatur. In hoc mihi qui, dis- sidium hoc semper deflevi et pejus angue odi, Phocionis Atheniensis sententia placuit, qui dum alii solliciti essent, ut quäm plurima dicant, quo videantur diserti; illi diversa cura erat, nimirum utquæ “ad rem faciebant verbis quäm paucissimis complecteretur. Errat qui Paulo ac Evangelistis prudentior esse vult : deploratè errat cui pudor est in consilio, qui errorem etiam intellectum vult defendere; et in summà, de rebus divinis disserere periculosissimum est, taceo deli- nire velle. Confessio de cœnä Domini est, quod Christus, ut in ultimä cœænä, ita etiam hodie, discipulis suis et credentibus, quaudo juxta verba Chrisii, ‘ Accipite, edite, Hoc est corpus meum, etc, ” cœnam servant, in hoc sacramento suum verum corpus et sanguinem verè ad manducandum et bibendum dat, in cibum animarum vitæ æternæ, ut ipsi in Christo, et Christus in nobis manere possit. ” Hæc ille. 42. Theologi Witembergenses, Melanchihoni studiosissimi tune

1 Script. Anglic., p. 551, etc. 2 [lbid.], p. 643 et seq. 3 Vide Hospin. ubi supra, p. 162. & Centur. 4 Epist. & [p. 12). .

Script. Anglic., p.100 et seq. vide etiam p. 697 et seq. {De Sacra Domini cœna

et duabus in Christo naturis concordia]. 4 Apud Goldastum. 622 REVUE ANGLO-ROMAINE

temporis sectatores, in Conventu Dresdensi ‘et Consensu in eo facto; ‘ Firmiter credimus, præsentiam veri corporis et sanguinis Christi in cœnû, etc. et paulo post: ‘* Vitamus etiam peregrina, et ad insti- tutionem cœnæ nihil pertinentia certamina, quæ ipse quoque Lutherus tandem præcidit, ete. De sacramento cotporis et sanguinis Christi punquam docuimus, neque adhuc docemus, quod Christus è cælo, vel de dexträ Patris descendat vel ascendat, visibiliter aut invisibi- liter : Sed firmiter retinemus articulos fidei, ‘ Ascendit in cœlos, sedet ad dexteram Patris, etc.” el ompipotentiæ Dei relinquimuns, quomodo corpus et sanguis Christi exhibeantur nobis, etc.” Vide hic etiam Hospiniani Hisioriæ Sacramentariæ parlem alte- ram : ?‘‘ Qualis autem, ” inquiunt Witebergenses et Lipsenses Theo- logi, etc. ‘* sitexhibitionis et præsentiæ modus cm sit reverà imper- vestigabilis, inquirere et pervestigare nolumus, sed affirmanti et verè exhibenti, veraci et omnipotenti Domino reverenter credimus.” Joachimus Camerarius, vir doctissimus et Melanchthonis amantis- simus : 3‘ roëré dort 1ù alua, nimirum tè êv +@ romplw; vescentibus ipsis distribuit Jesus præsentibus panem corpus suum, poculum ia quo esset sanguis ipsius, sive, quemadmodum Chrysostomus, ‘ im ro dnd the mhevpäs beücav. Sunt autern hæc ejusmodi, quæ non intelli- guntur ab ull& humanâ sapientiä extra Ecclesiam Christi, et soli reli- giosæ fidelique pietati nota; nec profanis disputationibus ad caplum bumanum quasi enucleanda, ut religionis sanctitas conservelur, et rerum arcanarum, quæ Græci pusthotæ, et Latini Sacramenta appel- laverunt. ” 5‘ Cüm autem hæcinstitutionis sunt et ämonxà, non debet &XAnyopla aut rôxoc, neque roéres, inque verborum significatione, id est, êtavoias syfua quæri. Sed id intelligi simpliciter et religios fidei assensione comprehendi oportet, quod dicitur. ” Ubi non est intelli- gendus omnem simpliciter tropum excludere, nam neque Lutherani rigidiores tropum aliquem in verbis cœnæ inesse negant; sed hujus- modi tropum, quo vera et realis præsentia, atque exhibitio corporis etsanguinis Domini cum elemenfis sanctificatis excluditur et elu- ditur : fuit enim Camerarius tenacissimus doctrinæ MelanchLhonis, ut omnibus doctis constat. 43, Ut multos alios Germanos silentio prætereamus, Legati Wor- matiam missi ab ecclesiis reformatis Gallicis anno 1557, eic.,f hanc de cœnâ confessionem Lutheranis exhibuerunt : ‘ Fatemur, in cœnà Domini, non omnia modo Christi beneficia, sed ipsam etiam Fil Bominis substantiam, ipsam, inquam, veram carnem, ete. et verum illum sanguinem, quem fudit pro nobis, non significari duntaxat, aut symbolicè, typicè vel figuratè, tanquam absentis memoriam pro- poni, sed verè ac certè repræsentari, exhiberi, et applicanda offerri;

: Vide R. Hospin. de origine ed. progressu libri concordiæ cap. 3, p. %. 2 Pag. 292 [al. $ In notis suis in N. T. inc. 28 Matth. [v. 26, p. 46]. 4{H, 2%4inl ad. Cor., p.213 A}. 5 In [ Cor. 14, p. 49 [p. 63]. $ Vide Hospin. ubi supra in Hist. Sacram, p. 251 {b]. LIB. 1 DE EUCHARISTIA 623

adjunctis symbolis minimè nudis, sed quæ, quod ad Deum ipsum aitinet promittentem et oferentem, semper rem ipsam verè ac certo conjunctam habeant, sive fidelibus sive infidelibus proponantur. Jam vero modum illam, quo res ipsa, id est, verum corpus et verus sanguis Domini cum symbolis copulatur, dicimus esse symbolicum sive sacramentalem. Sacramentalem autem modum vocamus, non qui sit figurativus duntaxat, sed qui verè et certo sub specie rerum visibilium repræsentet, quod Deus cum symbolis exhibet et offert; nempe quod paulo antè diximus, verum corpus et sanguinem Christi; ut appareat, nos ipsius corporis et sanguinis Christi præsentiam in cœnà retinere et defendere. Et si quid nobis cam verè piis et doctis fratribus controversiæ est, non de re ipsä, sed præsentiæ modo dun- taxat, qui soli Deo cognitus est et à nobis creditur, disceptari, etc. ” paulo post : ‘“ Modum, quo res ipsa verè ac certo nobis communi- catur, non facimus naturalem, aut localem copulationem imagi- nemur, etc., aut crassam illam ac diabolicam transsubstantiationem, non denique crassam quandam commixtionem substantiæ Christi cum nostrà; sed spiritualem modum esse dicimus, id est, qui incom- prehensibili Spirits Dei virtute nitatur, quem nobis in hoc suo verbo patefecit, ‘ Hoc est corpus meum, etc. ” “ Huic confessioni, ” inquit Hospinianus !, ‘ Farellus, Beza, Carmelus, et Budæus, legati sub- scripserunt, idque eo titulo, quod in Galliä, Helvetià et Sabaudià ad istum modum de cœnâ Dominicà doceatur et credatur. ” Displicuit confessio hæc Bezæ et collegarum Tigurinis quos diversum ab illà æntire lippis et tonsoribus notum erat, ut haud obscurè fatetur ipse Beza. Nam cùm ei illud objecisset Claudius de Sainctes in Examine Caivini et Bezanæ doctrinæ de cœnû Domini, Beza in primà suà Apo- logiä ad eundem Ciaudium respondet, quod ‘‘ si Fidei nomen addi- um fuisset, rectiüs factum esset, neque Farelli neque mea fides unquam apud illos ” (Tigurinos scilicet) ‘‘ in dubium venit. Optâssent lantüm pleniùs illa fuisse à nobis perscripta. Hoc sicuti par erat, mihi et communibus amicis” (Calvinum intelligit) ‘‘ significarunt, quod vererentur, ne qui nostro illo scripto abuterentur.” Hæcille, quem profecto nihil erat quod puderet aut pæniteret confessionis istius : sed tamen non satis bon fide in Gallià, Helvetiâ et Sabaudiä ad istum modum de cœnà Domini doceri et credi affirmavit vir doc- tissimus.

  1. Episcopus Ekiensis : ? ‘* Quod Cardinalem non latet, nisi volen- tem et ultro, dixit Christus : Hoc est corpus méum; non, hoc modo hoc est corpus meum. Nobis autem vobiscum de objecto convenit; de modo, lis omnis est. De, Hoc est, fide firma tenemus, quod sit : De, Hoe modo est (nempe transsubstantiato in corpus pane) de modo, quo fiat ut sit; Per, sive In, sive Con, sive Sub, sive Trans, nullum inibi verbum est. Et quia verbum nullum, merito à fide ablegamus procul;

! Loco cit. *]n Resp. ad Card. Bellarm. Apolog. c. 1, p. 44. 624 REVUE ANGLO=-ROMAINE

inter scita Scholæ forasse; inter fidei articulos non ponimus. Quud dixisse olim fertur Durandus, neutiquam nobis dispfcet: ‘ Verbum au- dimus, motum sentimus, modum nescimus, præsentiam eredimus ;” præsentiam (inquam) credimus nec minus quàm vos, veram. De mode præsentiæ nil temerè definimus; addo, nec anxiè inquirimus; non magis quàm, in baptismo nostro, quomodo abluat nos sanguis Christi : non magis quäm in Christi incarnatione, quomodo uaturæ divinæ humana in eandem hypostasin uniatur. Inter mysteria duci- nus (et quidem mysterium est Eucharistia ipsa) cujus. quod reli- quurn est, debet igne absumi, id est, ul eleganter imprimis Patres, fide adorari, non ratione discuti. ” Hæc ille; vide etiame jusdem con- ciones !,

  1. Is. Casaubonus in Responsione ad Epistolam Cardinalis Per- ronii, citato et descriplo integro illo Episcopi Eliensis loco ex libro contra Bellarminum ?, affirmat, ‘ hanc esse fidem Regis et Ecclesiæ Anglicanæ super illà re;” et: * ‘* Legimus, ” inquit, ‘ in Evangeliis, Doininum nostrum, cùm hoc sacramentum instituebat, panem sump- sisse et [dixisse : ‘ Hoc est corpus meum;’ quomodo panis corpus suum esset, ne verbulo quidem uno explicuisse legimus. Quod legit Ecclesia Anglicana, hoc piè credit; quod non legit, pari pietate non inquirit. Mysterium istud magnum esse, humano ingenio incompre- hensibile, ac multo magis inenarrabile, fatetur et docet, etc. ” Vide authorem ipsum. _

1 Pages 9,16, 22, 43, 52, 19, 118, 157, 454. ? p. 51. 3 p. 48.

                                                      (À suivre.)




                            Le Directeur-Gérant: FERNAND PorTaL.

            PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, AUE CASSETTE, 17.

{re ANNÉE | N° 14 1 MARS 1896

                             REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu cs Petrus, et su- Spiritos Sanctus po- per hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecclosiam gore Ecclesiam Doi. meam ... et tibi dabo clavos ACT. xx. 33. Matt. xvr. 18-19.

                                SOMMAIRE :
                                                                                PAGBA

    J.-B. CouiBraux..      Abouna-Salama....................,.,.....              625

Rev. T.-A. Lacey....... La doctrine de Nicolas Ridley sur l'Eu- charistie ......................,....o..... 637 Chronique. — Correspondance.............. 618 Livres et Revues...............,........... 652 Documexts.. Considerationcs modeste et pacificæ contro- versiarum de Eucharistia .................. 653

                                  PARIS
        RÉDACTION               ET     ADMINISTRATION
                             {7, RUE CASSETTE

                                     1896

*

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

           FRANCE                                      À LA PAGE:

UN AN.................. 00 fr. La page................. S3Ofr. SiX MOIS ................ AÂ fr. La 41/2 page.....,...... 20fr. TROIS MOIS .........:..... 6 fr, Le 4/4 page............. 10.

                                                       À LA LIGNE
                                                                :
         ÉTRANGER

UN AN................. . 25 fr. Sur 4/2 colonne: la ligne. fr. Six Mois....,..:.......... 48 fr. TROIS MOIS. ...,..... ..... fr. Les annonces sont reçues LE NUMÉRO France... 0 fr. 50 aux bureaux de la Revue. ÉTRANGER. dfr. » 17, rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

     MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
            Jeanne terrassant la Franc-Maconnerie

À l'heure présente, un peu partout, mais seulement son étendard où brillent Les surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l'extrémité de prises: l’armée de Dieu et de la religion, la hampe, elle frappe et traverse le dr:- et la franc-maconnerie. gon représentant la Franc-Maconnerie. Le Le Souverain Pontife a dénoncé le danger monstre est revélu des insignes macenni- qui menace la société civile, en même temps ucs; dans sa rage impieil renverse le ca- quo Le caractère criminel de la secte, ses lice et l'hostie, et il exhale son cri de rage; projelset ses arlifices. Ni Dieu ni Maître. Le cheval se cabre au- l'invite les chrétiens à combattre et à dessus des Saints Mystères profanès : et repousser l'ennemi, non pas avec des ar- Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en mes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre : De par le: Rui en pleine lumière et bien ouvertement, du Ciei! On à voulu répondre à Ja voix du Pape, On a su, avec un art parfait, renfermer par une médaïlle que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaiile comme un signe de sa foi ct de sa soumis- tout ce drame religieux et patriotique. sion. C'est un petit chef-d'œuvre de dessin et de Cette médaille qui est une véritable œu- gravure. sro d'art, réunit F'emour de l'Église ct Nous tenons cette médaïlle en argent à la l'amour de la France sous Îles traits de disposition de nos lecteurs. Jeunne d'Arc terrassant la Franc-Maçconne- 1Ï suffit d'adresser, en mandat-poste. rie. autant de fois 4 fr. 2& que l'on désire r&- Tout le monde eonnaît l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. grand Maitre interdisant aux loges d’accep- Par unité, ajouter 6 fr. 80 en sus pour ter la fétce nationale do Jeanne la bonne la recommandation à la poste. Française, et l'opposition quo Îa secte Par quantité de 4 douzaine et au-desse:, continue de faire à la Pucelle et à son et pour les localités desservies par le che triomphe. min ds fer, en raison de la valeur déclarre. C'est do là que vient l'idée ou le dessin compter un minimom de deux francs de la médaille. pour le port et l'emballage. Jeanne à cheval, armée du secours de Envoyer les lettres et mandats à M. l'aë. Dieu, ne porte ni casque ni épéc; clle tient ministrateur de la Revue, 117, rue Casseite. ABOUNA-SALAMA

PRÉLIMINAIRE : SYSTÈME HIÉRARCHIQUE DE L'ÉGLISE ABYSSINIENNE.

L'Éthiopie, évangélisée par saint Frumence au 1v° siècle, n'eut jamais d'épiscopat indigène et ne constitua qu'une province ecclé- siastique ou un simple diocèse, dépendant, comme tous ceux de la haute Égypte et de la Nubie, de l'Église patriarcale d'Alexandrie. Ses évêques furent toujours étrangers au pays, venus d'Égypte pour la plupart, mais aussi de Grèce ‘, notamment aux vi° et vn: siècles, Dans la suite, en vertu d’une convention passée entre le patriarche Benjamin et le khalife Omer, ce fut une règle établie que l'Église d'Abyssinie recevrait du siège d'Alexandrie son premier pasteur : un canon consacra même cette coutume. Il est difficile de se faire une idée des maux qu'engendra cet asservissement, soit par la domina- tion tyrannique du schisme copte, soit par celle des autorités musul- manes. L'histoire de cette Église d'ailleurs fait foi, tant des intrigues ecclésiastiques et politiques occasionnées par la nomination de l'évêque d’Abyssinie, que de l'ignorance, des abus de pouvoiret de la mauvaise conduite des sujets envoyés d'Alexandrie comme métro- politains. Conscients d’ailleurs des inconvénients et des dangers de cet état de choses, les Abyssins cherchèrent à en diminuer le plus possible les funestes effets, et c'est ce sentiment qui donna naissance à l'institution, unique à l'Éthiopie, d’un pouvoir indigène devant faire contrepoids à celui de l’évèque étranger. À côté de l’Aboun, envoyé d'Alexandrie, siégera, en effet, — à partir de la restauration de la monarchie légi- time au xur° siècle, — l'Elchéghié, investi par le roi, la noblesse et le clergé, d'une sorte de toute puissance administrative sur l'Église; tan- dis que ce dernier gouvernera, il ne restera plus à l’Aboun d'autres

1 Les neuf saints byzantins, « réformateurs de la foi », envoyés d'Alexandrie par ordre de l'empereur Justin st sur la demande du roi d'Éthiopie, Al-Amiéda. 3 Abba Libanos qui fonda dans le Soraé le monastére fameux qui porte son aom : Debré Libanos, REVUE ANGLO*ROMAINE. == Te I, — 40. 626 REVUE ANGLO-ROMAINE

prérogatives que celles inhérentes à son caractère épiscopal, comme de conférer les ordres où bien encore de fulminer, dans le but d'effrayer le peuple, de continuelles sentences d’excommunication. D'après un concordat passé entre Abba-Téclé-Haymanot, le restau- rateur de la monarchie, et les autorités civiles, l'Église reçut le tiers des terres du royaume. D'après cette loi organique le clergé de chaque paroisse eut droit aux tiers des biens communaux, et, de même que {e roi prélevait, par ses préfets, une redevance sur les terres de la com- mune, l'Etchéghié en préleva une sur celles de la paroisse. L'Etchéghié eut donc pleins pouvoirs quant à l'administration des biens d'Église comme quant à la direction du personnel : investi d'une telle puissance, il devait forcément étre amené à empiéter sur le domaine spirituel, censé réservé au pontife; et de fait, il le lui dis- putera dans la suite, avec plus ou moins de succès suivant les hommes et les époques, mais d’une manière invariable et constante, si bien qu'il ne tardera pas à avoir le pas sur l'évêque aux yeux du peuple. Ant. d’Abbadie le définit ainsi : « Chef régulier du clergé d'Éthio- pie, grand maïtre des moines. {Il réside à Gondar et doit étre à la fois moine et prêtre !. »\ Sa résidence à Gondar est officielle au mème titre que celle du roi et de l'Aboun. Lorsque le roi s’absente de la capitale pour un certain temps, il est toujours accompagné des deux représentants de l’autorité ecclésiastique. De droit, sa juridiction atteint plus directement le clergé régulier; mais, en fait, elle ne s'étend pas moins au clergé séculier, — du moins telle qu’elle existe aujourd'hui et telle que je l'ai entendu définir par l'Etchégié Théophilos en personne. H faut voir dans ce système la clef de beaucoup d'événements, de révolutions même, qui, autrement, resteraient inexpliqués. Celle coexistence des deux chefs religieux devient, en effet, l'occasion d’incessantes jalousies, de débats, de plaintes, bref d'une foule d'in- trigues qui finissent par donner naissance à des conflits et jusqu'à des luttes sanglantes. Les exemples en sont nombreux dans l'histoire d'Abyssinie et celle de l’'Abouna-Salama dont nous allons nous otcu- per en est une illustration frappante. Tout le vice de ce système demeure dans la loi canonique de Ben- jamin; el si un indigène, l’Etchégié lui-même, était éligible à l'épisco- pat, réunissant en lui les deux pouvoirs, les difficultés cesseraient aussitôt, Ce bienfait. l'Église catholique romaine l'apportera à l'Éthio- pie.

Après avoir exposé les grandes lignes du système, étudions main- tenant son applicalion dans l'histoire d'Abouna-Salama-Kessatié- Berhan, qui est celle de presque tous les évêques d'Éthiopie.

1 D'ABBaDie : Dicl, frenc-amacinn., col. 58 C. ABOUNA-SALAMA 627

                    ÉLECTION DE SALAMA (1844).


      Envoi d'une ambassade en Égypte pour obtenir un évêque.

Après la mort de l’Abouna‘ Kerlos, mort empoisonné, en 1838, l'Église d’Éthiopie demeura treize ans environ sans pasteur. Oubié, devenu roi du Tigré et visant à étendre sa domination surJ'Abyssinie entière el à prendre le nom, sinon de Wégous ?, au moins de Ras ‘ ou maire du palais*, ne négligeait aucun moyen pouvant l'aider à parve- sir à ses fins. Connaissant mieux que personne quelle est dans ce pays, l'influence d'un évêque, tant'à cause de son prestige que par la terreur qu'inspire son pouvoir d’excommunication, il résolut d'en faire venir un d'Égypte, qui fût entre ses mains un instrument docile pour la réalisation de ses desseins. Un pasteur étant d'ail- leurs également réclamé par toutes les provinces de l’Empire, il s'entendit avec les maîtres de l’'Amhara ei du Chos et promulgua un édit ordonnant de recueillir la somme d’argent nécessaire à l'achat du personnage. L'impôt fixé fut d’un thaler par paire de bœufs et produisit 5.000 thalers suivant les uns, 8.000suivant d'autres. Une dé- putation d'une trentaine de membres fut choisie par les différents princes, mais les principaux délégués furent pris dans l'entourage du « Roi des Rois, » c’est-à-dire de la cour de Gondar. Hs partirent d’Adoua le 24 janvier 4841, guidés par un mission- paire catholique, Justin de Jacobis, qui, bien que résidant depuis peu de temps dans le pays, s'y était déjà conquis l'estime générale. Celui-ci fut pour eux une sauvegarde contre les vexations des Arabes et du gouvernement égyptien que les Abyssins redoutent non sans raison. Lors de leur arrivée au Caire, le 30 avril, la peste y sévissait et il leur fut très difficile de trouver un logement. M. de Jacobis finit par en découvrir un dans le quartier qu'ils désiraient, c'est-à-dire dans le voisinage du patriarcat copte. Le patriarche Abba-Pietros, informé de leur arrivée, mit aussitôt tout en œuvre pour les soustraire à l'in-

4 Vocatif du mot abon père, st qui a passé en usage pour signifier abbé. On le joint au nom d'un moine, d'un prieur ou d’un évêque. 2 Roi, Négoussé-Neghest : « roi des rois ouempereur.» 3 Tête, chef, capitaine, général on chef, cumulant les pouvoirs militaires et civils. {Nous sommes dans la période oligarchique, où le Roi des Rois ost en tutelle sous un mairo du palais; c'était alors le ras Ali, . 5 Thaler de Marie-Thérèse, le seul ayant cours en Éthiopie. 628 REVUE ANGLO-ROMAINE fluence de leur guide dont il redoutait les conseils. Voyons d'abord l'accueil qu'il fit à l'ambassade.

              Accueil et négociations de l'ambassnie.

« Le deuxième jonr après notre arrivée, éerit un des secrétaires, le debtéra? Haylou, nous allämes chez le patriarche copte qui, pour nous recevoir avec plus d'honneur se plaça entre deux évêques : sa politesse consista à nous présenter des chibouques pour fumer. » Le patriarche avait évidemment l'intention de flatter la députatian; mais l'offre du tabac ne fut pas acceptée. De plus, le patriarche fut vive- ment froissé de ne pas voir offrir lasomme d'argentqui,selon l'usage, accompagne toujours la présentation des lellres des princes abyssins demandant un évêque. Il vit là l'influence de M. de Jacobis et présuma que ce dernier avait conseillé aux membres de l'ambassade de se refuser à l'achat d'un pasteur dans l'espoir de leur en faire accepter un de sa propre com- munion. Aussi voulut-il savoir à quoi s’en tenir. « Il nous demanda avec qui « nous étions venus, continue Haylou. Avec l'Abouna Jacob, répor- « dimes-nous. — Eh! bien allez prendre vos vêtements, je vous don- « nerai une bonne maison.—Ailors nous répondimes de nouveau: Notre « maitre et seigneur Oubié nous a donné pour nous guider l'Abouna- « Jacob, et il lui a dit de faire ce qu'il jugera à propos. L'Abouna- « Jacob nous a donné une maison et nous l'avons acceptée. — Le « patriarche se mit alors en colère et nous dit que, jusqu’à cette « époque les Abyssins étaient venus loger chez lui ef qu'il n'élait pas « convenable que nous restassions chez un Kuropéen. — Nous retournämes « chez nous, et le quatrième jour il nous fit dire que, si nous étions « venus pour avoir un aboun, il fallait lui donner l'argent. L'Allaka- « Hapté-Sellassié qui élait le principal des envoyés d'Oubié, sans en « rien dire à F'Abouna Jacob, donna au Patriarche 4000 thalers. Ce « fut alors que le Patriarche nous dit: Gardez-vous bien de prendre « les avis du prètre catholique, d'entrer dans sa maison, d'y habiter: «autrement je vous excommunie tous. » Entourés d’intrigues et commençant à s'apercevoir de la vénalité du patriarche qu'ils avaient été habitués à vénérer comme un père, les ambassadeurs se trouvaient tout désorientés. On s'efforça de les gagner de mille manières. Pour leur plaire, on les ordonnait prètres et diacres, et, quand les flaiteries ne suffisaient pas, on avait recours à l’excommunication.

1 Lettré: ABOUNA=SALAMA 629

        Choix el sacre du jeune Andreyas comme évêque
                    sous le nom d'Abba-Salama.

Ce fut lors du choix d'un sujet que l’on vit apparaitre un nouvel élément d’'intrigues. Les méthodisies anglais établis en Égyple jouissaient à cette époque de toutes les faveurs du patriarche dont ils avaient obtenu l'autorisa- tion et le concours pour fonder une école protestante placée sous son patronage. Désireux de créer des écoles dans le reste de l'Égypte et en Abyssinie, ils désignèrent comme candidat, un jeune clerc nommé Andreyas sorti de l'école méthodiste. Fier de l'estime de ses maîtres et tout à la joie de son élection, « Abba Andreyas s’empressa, raconte le secrétaire Haylou, de nous « faire une visite et il se présenta à nous portant un mouchoir blanc « rempli d'eau de Cologne, qu'il s’amusait à approcher de notre nez « pour nous en faire sentir l'odeur. Quel est cet homme, deman- « dèrent nos gens ? — C'estl’homme qui doit être votre évêque, nous « répliqua-t-on, Abba Andreyas, en sortant nous dit : Ne l’oubliez pas, « je dois être votre évêque. — Nous nous rendimesde nouveau chez le « patriarche qui nous présenta Andreyas, en disant: Voilà celui que « j'ai choisi pour être votre évêque, il a la science et les vertus néces- « saires. — Mais il est trop jeune, c'est un imberbe, s'écrièrent les « députés décontenancés. Comment un adolescent de cet âge peut-il « être investi de la dignité épiscopale? O père vénéré, dit l’Allaka- « Hapté-Sellassié en s'adressant à Abba Piétros, vous savez qu'il y a « beaucoup de controverses et de querelles dans notre pays, entre les « trois partis doctrinaires qui le divisent. Afin de les maîtriser, nous a vous conjurons de nous donner un vieillard qui inspire le respect « et se recommande par sa sagesse et sa vertu, tel enfin que le « réclament nos besoins. -—- À quoi le patriarche répondit:1l est vrai, « je ne le connais pas personnellement, mais j'ai confiance en ceux « qui ont fait choix delui.—Les députés se retirèrent désolés de cette u élection. Andreyas les suivit leur disant : Mes frères, pourquoi me « rejetez-vous ? Quel inconvénient avez-vous trouvé en moi? Vous « dites que je suis trop jeune, mais avez-vous oublié les paroles de « David : De tous mes frères j'étais le plus petit dans la maison de « mon père; cependant Dieu m'a oint de l’huile sainte. — Néanmoins « ils répétaient: Ce n'est qu’un jeune et fol enfant. Quelques-uns « engagèrent l’Allaka à retourner chez le patriarche faire hardiment « réclamation. Il s'y rendit en effet le lendemain et dit : O père « vénéré, veuillez ne pas procéder ainsi à l’élection de notre évêque; « mais suivez les antiques usages de nos pères et apôtres, c'est-à-dire « faites venir trois moines et écrivez leurs noms pour être déposés sur « l'autel durant sept jours; alors, après le saint sacrifice, l’on tirera 630 REVUE ANGLO-ROMAINE

« au sort un des trois noms, et celui dont le nom sortira le premier « sera l'élu. » Le patriarche feignit d’acquiescer pour le moment à « cette supplique; il fit écrire le nom d’Andreyas avec deux autres et « les déposa dans l'urne ». Mais le prédicant Lider, maître d'Andreyas, en fut bientôt informé. I! courut chez le patriarche le suppliant d’agréer son élève et de l’imposer aux ambassadeurs; le patriarche hésitait encore, mais 20.000 thalers gracieusement offerts firent tomber ses derniers scru- pules {. Il fallut se servir des mêmes moyens pour vaincre les résistances de ceux des membres de la mission que l’on jugeait capables de se laisser gagner à prix d'argent. Le patriarche manda donc les ambas- sadeurs, et, en dépit de la promesse faite à l’Allaka, il leur annonça que décidément il considérait le choix d'Andreyas comme le plus avanta- geux et qu'il prenait sur lui la responsabilité de la conduite du futur évèque : « Oui, qu’elle retombe sur vous seul qui n'avez pas tenu compte de ma juste requête, » repartit l’Allaka. Abba-Ghebré- Michaël qui accompagnait l'Allaka alla mème plus loin : « Hier, dit-il, vous nous avez avoué que vous ne connaissiez pas ce jeune moine: comment donc avez-vous pu acquérir en une nuit des renseignemenis si sùrs et si complets ? » Mais, devant les menaces du patriarche, les chefs de l'ambassade durent à leur tour se soumettre. Andreyascherchait d'ailleurs à se gagner la sympathie des membres de la mission, et il y parvint si bien que ce fut l'Allaka lui-même qui supplia Abba-Ghebré-Michaël de se joindre à ses collègues pour as- sister à la cérémonie du sacre qui eut lieu le dimanche 16 Ghenbaot :33 mai 4841). Andreyas reçut le nom d'Abba-Salama en souvenir du premier apôtre de l'Abyssinie, saint Frumence, à qui la reconnaissance popu- laire avait décerné le titre d'Abba-Salama-Kessatié, Berhan « le Père pacifique, » « l'Illuminateur ». Les témoins du sacre purent se rendre compte du mensonge par lequel on entretient la crédule population d’Abyssinie dans la croyance que le Saint-Esprit, au moment du sacre, descend visible- ment sur la lête de l'élu *, Et c'est ainsi que fut consacré le successeur de saint Frumence, à l'âge d'environ 24 ans. ‘

                 Discussions théologiques au patriarcat.

Le troisième jour après le sacre, les députés, désireux de demander des renseignements dogmatiques, entamèrent des discussions sur les points débattus dans les écoles abyssiniennes. Le patriarche leur

t Hist. Mise. Ch. 42. — Cfr. Debtera Haylou. Mgr de Jacobis, p. 62 L'Hist. Miss. C. 12. ABOUNA-SALAMA 631

remit un manuscrit éthiopien et leur dit : « C'est avec votre évêque qu'il faut discuter à présent »; mais, à diverses questions, Abouna- Salama ne sut que répondre, etil fallut que le patriarche l’excusàt sur son ignorance de la langue éthiopienne. La principale discussion porta sur ces paroles de Notre-Seigneur : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Le patriarche déclara tout d'abord que sa croyance était « ouside- kb», c'est-à-dire que le Fils comme Dieu est l'onction du Fils comme homme {c'est la croyance qui est très répandue dans le Tigré); et il ajouta : « Vous pourrez conserver vos anciennes croyances jus- qu’à l’époque où l’Abouna-Salama commencera à parler votre langue, et alors vous accepterez la croyance que le Fils comme Dieu est l’onc- tion du Fils comme homme ‘. » Le terme fixé pour la nécessité d’ad- mettre cette profession de foi fut trois années après l'entrée de Salama en Abyssinie. Soit en Abyssinie, soit en Égypte, métropolitains et patriarches coptes ont toujours hésité à se prononcer entre les diverses écoles qui divisent les théologiens de l'Église abyssinienne. Comme nous venons de le voir, le patriarche Piétros soutint tout d'abord la doctrine « ouelde-keb » ; il alla jusqu’à prétendre que telle était la croyance des autres Églises, orientales, arméniennes, grecques, et même protestantes. Puis, forcé de se rendre à l'évidence des textes, il fit cet aveu aux ambassadeurs: « Nous croyons, il est vrai, comme l'universalité des chrétiens, que le Christ a reçu l'onc- tion du Saint-Esprit. Mais nous avons répondu de la sorte, à cause d'une lettre venue de votre pays, où l'on nous assure que toute divi- sion disparaîtra, si nous défendons aux maitres des écoles abyssi- niennes d'enseigner l'onction du Christ par le Saint-Esprit, et si nous imposons la profession de foi qui affirme que le Fils de Dieu est lui-même son onction. » Et de fait, cette lettre était signée de trois docteurs abyssins, Abba-Kissou, le debtéra Piétros de l'Église « Ghimdja-bièt* » de Gondar, et l’Allaka Amdé-Mensout#. « C'est pourquoi, continua le patriarche, j'ai alors mandé à Abba Kerlos de publier l'ordonnance qui impose cette profession de foi, et je l'ai renouvelée à Abba-Salama. » Les députés furent décontenancés en entendant de telles révéla- tions qui devenaient une preuve évidente des intrigues dont était victime l'Église d'Éthiopie. Abba-Ghebré-Michaël que cet aveu du patriarche rendait plus fort pria Abba-Pietros (le patriarche) de mander à Salama de surseoir à la

1 Deprers HaxzLou. Mgr de Jacobis, pp. 62-63. ? Hisl Mies, C. 13, 3 Ghimdja-bièt: « La Maison de soie rouge ». 4 Amde mensout, «le rempart de la ruine ». LR ar

632 REVUE ANGLO-ROMAINE

promulgation de cette ordonnance. Il en obtint même le retrait absolu avec une profession de foi contradictoire. Le patriarche fit écrire et lui remit une lettre qui enjoignit à l'Abouna-Salama « la croyance aux deux générations du Christ, à son onction par le Saint-Esprit, à l'exclusion des opinions dont l'une affirme l'onction du Christ par lui-même et l'autre enseigne que, par l'onction, il devient fils adop- tif et non fils naturel. » Nous verrons les querelles que ces décisions contradictoires du patriarche soulèveront bientôt dans l'Église d'Éthiopie.

          Nouvelles méfiances ot intrigues du patriacat copie.

Aux termes des conditions stipulées entre Oubié et M. de Jacobis, les députés avaient ordre de visiter Jérusalem et Rome, et de remettre au pape Grégoire XVI des lettres de ce prince. Mais les successeurs de Dioscore, héritiers de sa haine pour l’Église latine, virent dans ces projets un péril menaçant pour l'Église d'Abyssinie. Menaces, injures, calomnies, rien ne fut négligé pour les faire renoncer à leurs desseins. « Nous sommes sûrs, disait le patriarche, que de Rome vous reviendrez catholiques‘ », et il leur déclara qu'il leur défendait ce voyage, sous les peines les plus terribles de l'excommunication. I leur enjoignit, en outre, de retourner au plus tôt dans leur pass, sans visiter les Lieux-Saints. Les députés se retirèrent indignés de cette double défense. Ce que voyant le patriarche se résolut à céder sur un point et accorda l'autorisation d'aller à Jérusalem sous la conduite de leur guide. « Faites la paix, nous dit-il, avec l’'Abouna Jacob et allez chez lui. » — Quelle contradiction répondimes-nous! un jour vous nous empêchez d'entrer chez lui sous peine d'excommunicalion et un autre jour vous nous dites d'aller chez lui! — Alors il finit par nous dire : « Faites comme vous voudrez. » Après avoir fait jurer à l’Abouna Salama et aux eunuques qui accompagnaient la mission de rester en Égypte jusqu’à leur retour, les députés et leur suite se mirent en route pour Alexandrie au mois de juin 1841,

             Voyages de l'Abouna-Salama vers l'Abyssinie.

Mais, une fois partis, les députés nese souvinrent plus des menaces du patriarche, et moitié curiosité, moitié désir d'exécuter les ordres d'Oubié, ils se mirent en route pour Rome. Pendant ce temps, les intrigues recommençaient au palais patriar-

L Mer pe Jacomis, p- 58.

cal. Coptes et méthodistes tombèrent d'accord pour reconnaitre la nécessité d'envoyer Salama en Abvyssinie avant le retour de la mis- sion : il fallait profiter de leur absence pour se gagner les bonnes grâces d'Oubié, L'Aboun et les eunuques se mirent donc en route et pénétrèrent en Abyssinie au mois de novembre 1841. Débarqués à Massaouah, ils firent annoncer leur arrivée à Oubié qui se trouvait alors dans l'Agamié. Ce prince fut enchanté de cette nou- velle et donna des ordres pour qu'on les reçüt avec de grands hon- aeurs. Il comptait, en effet, se servir de Salama et de l'influence considérable qu'il aurait comme évêque, dans la guerre qu'il prépa- rait contre le ras Ali avec l'espoir de prendre lui-même le titre de ras, maire du palais, ou mème celui de négous, roi. L’allégresse ne fut pas moindre dans toute l’Abyssinie. Le pays envisagea sa venue comine l'avènement d'une ère de paix et de pros- périté publique; dans l'Église surtout, où le manque de prètres se faisait sentir, on accueillit avec joie un prélat pouvant conférer les saints ordres. On lui fit donc une réception magnifique. Le jeune pontife se prélassait dans son orgueil; mais, quand il vit des multitudes de clercs accourus pour recevoir l'ordination, il fut effrayé du travail qu'il allait avoir à faire. De tradition, l'évèque profitait de son voyage au milieu des populations pour ordonner les prêtres el les diacres. Ne pouvant s'y soustraire, Abba-Salama abrégea du moins la besogne, et d'un geste il bénit tous les aspirants aux divers ordres leur disant :* « Je vous confère les ordres que vous me demandez. » C'était une coutume établie et consacrée par les siècles en Abyssinie, que les ordinations se conféraient par une seule céré- monie, en masse, sur des centaines d'ordinands à la fois, par un seul geste et une seule paroie de l’évèque, de lembrasure d'une fenêtre, ou le plus souvent de ces sortes de balcons construits à l'entrée des églises d'Abyssinie, au-dessus de l'hôtellerie des pauvres et des étrangers, et qui servaient de salles de garde aü clergé chargé de la surveillance de l’église. Les ordinations ainsi admintstrées par Salama, auraient dù régu- lièrement se faire selon le rite et dans la langue copte de l'Église d'Alexandrie. Comme il a été dit plus haut, jamais l'Abyssinie n'a eu d'évêque indigène; et, de saint Frumence à notre Abba-Salama, tous ses évèques sont venus d'Alexandrie ou même quelques-uns de Cons- tantinople. Naturel:ement ils conservèrent leur rite propre. D'où il suit que le rite éthiopien ne possède, dans sa liturgie, rien de ce qui appartient à l'office pontifical, mais seulement les cérémonies ou L Hisl, Miss., c. 13, 634 REVUE ANGLO-ROMAINE les sacrements qui sont accomplis par les prêtres ; les livres litur- giques, composés en langue éthiopienne, Gheez en font foi, Au scandale de cette administration des sacremements s’ajoutait celui de la vénalité simoniaque, car, suivant l'usage, les ordinands avaient à payer des honoraires sous forme de redevances ainsi fixées: pour la prétrise, deux amoites où morceaux de sel ayant un poids légal et dont on se sert comme monnaie; pour le diaconat, une amolie et pour la charge curiale quatre amolies; autant pourla con- sécration de la pierre d'autel. Lorsque l’aspirant parait {rop peu formé aux diverses cérémonies de la liturgie, il obtient dispense moyennant une redevance plus forte, fixée par les examinateurs. Au cours de son voyage, d'autres scandales éclatèrent. C'est ainsi qu’à Debré-Damo,le clergé, ayant tenté de s'approcher de Salama pour lui parler, fut reçu à coups de bâtons assenés par l’un des eunuques, et cela sous les yeux des foules accourues pour saluer leur nouvel évêque. Abba-Salama entra dans le Tigré en novembre 4841 et alla s'ins- taller dans la demeure où était mort l’Abouna-Kerlos à Add-Abieto, appelé plus tard Add-Abount, près d’Adoua. I! alla dès les premiers jours célébrer les saints mystères dans la principale église d'Adoua. Beaucoup de monde s’y rendit par curio- sité et aussi dans le désir de recevoir la sainte communion de sa main. Mais il ne la donna lui-même qu’à ceux qui étaient à l'intérieur du sanctuaire, c'est-à-dire aux prêtres et aux diacres. Ce fut un autre prêtre égyptien qui la distribua au peuple et celui-ci en fut mortifié, Ce même jour, Salama jeta l'interdit sur la seconde église de la ville parce qu'un prêtre catholique nommé Sapeto y avait célébré k messe quelques années auparavant (4838)°. Le 21 Hêdar il alla présider la fête patronale d'Aksoum pour ÿ faire les ordinations (36 novembre) *. La foule était si nombreuse que, l'église étant trop petite, Salama résolut de faire la cérémonie sur la place publique. Et s'étant rendu au point le plus élevé de la place, il commanda aux ordinands de tenir la bouche grande ouverte pour recevoir le Saint-Esprit qu'il allait leur infuser en soufflant lui-même sur la masse. C'est ainsi qu'il se jouait des choses saintes et de la religion du peuplet,

1 L'antique Fremona des Jésuites portugais sur la rivière de Maï-Gogoua. $ Hist. Miss., c. 13: Sapeto, p. 103. 3 Cette fête est celle de la dédicace de l'Eglise d’Aksoum à Notre-Dame de Sion. Cette église est celle de l'ancien titre du métropolitain et remonterait à saint- Frumence, sous les deux rois frères Abraha et Afsebaha. Pour les rais d'Abyssinie elle est la basilique de leur sacre, comme celle de Saint-Remi 4 Reims l'était pour les rois de France, 4 Cette pratique sacrilège dura jusqu'à sa mort et le plus souvent c'était ainsi qu'il faisait les ordinations pour s'éviter la peine d'accomplir les cérémonies ABOUNA-SALAMA 635 Peu de temps après, Oubié déclara la guerre au ras Aliet se mit en marche contre lui. Parti de l'Agamié, il passa à Adoua pour se rencontrer avec l’Aboun et se l’adjoindre dans l’expédition qu'il entreprenait. À partir de ce jour, la présence et les actes de l’évêque auront un poids considérable dans les événements politiques de l'empire.

                                       Il


       SALAMA SOUS LA DOMINATION D'OUBIÉ (1841-4855).


    Balaille de Debrê-Tabor. — Prouesses du jeune prélai,
        Défaite et capture d'Oubié et de T Abouna-Salama.

Une inimitié profonde et jalouse régnait entre le Dedjaz Oubié et le ras Ali. L'arrivée du nouveau pasteur, loin d'apaiser le conflit, ne servit qu'à l’envenimer. Salama se prêta ou plutôt dut se prêter aux desseins ambitieux d'Oubié, s'attacher à sa fortune et le suivre dans sa lutte contre son rival. L'Aboun avait bien essayé d'obtenir en échange certains avantages, tels que le droit de souveraineté sur les biens de l'Église, droit qui constitue le privilège de l'Etchéghié. Mais le fler Oubié lui répondit: « Tu ne diffères de nos autres esclaves que par le prix énorme qu'il m'a fallu payer pour t'avoir. » Il fallut donc marcher, et, tandis que le Dedjaz match incendiait et pillait les vil- lages, l'Aboun excommuniait ceux qui osaient se ranger sous l'éten- dard de l'ennemi !. Il alla même jusqu'à participer à l'enlèvement de l'épouse du ras Ali, Hiroute, fille d'Oubié, que celui-ci avait promise depuis à son allié, Goschou, Dedjaz match du Godjam. L'épouse du ras Ali s'était réfugiée dans l'église de Mahdéré- Mariam ?, et les prêtres de ce sanctuaire menaçaient d’excommunica- tion ceux qui oseraient toucher à celle qui était venue leur demander asile. Mais l'Aboun leva les excommunications, et Hiroute ayant été enlevée, il alla même jusqu’à bénir son union adultère avec le Dedjaz Goschou. | Cet enlèvement ranima le courage des soldats d’Ali, tout d'abord terrorisés par la présence de l'Aboun dans les rangs de l’armée ennemie, et dès lors ils ne songèrent plus qu'à se venger. Contre l'attente générale, la victoire fut à eux (février 1842) : Oubié, l'évêque,

prescrites par la liturgie. Il envoyait ainsi son souffle enfermé dans des outres pour servir aux ordinations dans les provinces reculées de l'empire, On ouvrait loutre et on répandait l'esprit sur les ordinands,

et le fantôme de roi Johannès III tombèrent en leur pouvoir, Goschou s’échappa laissant sa nouvelle épouse, et ce sera le signal de repré- sailles qui mettront bientôt & feu et à sang tout le Godjam, Ali fit grâce à l’Aboun qui alla occuper son siège de Gondar. On tourna en dérision son titre d'Illuminateur, de Pacificaleur, et le clergé introduisait dans les cantiques sacrés des versets dans le genre de celui-ci : « L'Égyptien n'est pas venu apporter la paixà la terre, mais le glaive », ou encore : « Son nom est l’flluminateur et il nous plonge dans les ténèbres. » Quelque temps après, Oubié s'étant réconcilié avec Al, revint dans le Tigré et Salama l’y suivit.

     Opposition de Salama à la mission catholique (1842-1845).
 La mission catholique en Abyssinie date du 3 mars 1838. On a vu

quel respect et quelle confiance son fondateur sut inspirer aux chefs du pays et comment il fut choisi par Oubié pour accompagner les ambassadeurs en Égypte. Qubié ne put récompenser comme il l'avait promis ce service de M. de Jacobis; et il aura de plus en plus les mains liées par l'Aboun qui avait juré la perte dn missionnaire catholique. Toutefois, après les revers de l'armée d'Oubié et la capture de Salama, celui-ci se montra de rapports plus faciles. La population d'Adoua fit à M. de Jacobis l'accueil le plus empressé lors de son retour de Rome. Les ambassadeurs d'Oubié ne tarissaient pas d'éloges sur la personne de leur guide, et d’admiration pour tout ce qu’ils avaient vu à Rome. L'Aboun n’osa pas aller à l'encontre du sentiment populaire. Mais ces succès de M. de Jacohis amenèrent des conversions nom- breuses et éclatantes, et l’'Aboun craignit d'être tout à fait supplanté dans l'esprit de la population et des notables. À Gondar même, au palais, on parlait ouvertement de se débar- rasser de sa personne et de faire venir un évêque catholique !, c'était le comble. Dès lors la guerre est déclarée, guerre sans trêve ni merri, qui ne devait cesser qu'avec la mort de Salama. « Mais il s'est tellement dégradé par sa mauvaise conduite, rap- porte Mgr de Jacobis, que l'arme la plus puissante qu'il avait contre nous aux yeux de ses sectaires, l'excommunication, est entièrement paralysée entre ses mains; sa présence mème fait tant de bien à la mission qu’un voyageur français, M. d’Abbadie, m'écrivait dernière- ment de Gondar qu'il considérait la présence de l’Aboun comme le plus puissant moyen employé par la divine Providence pour le succès de la mission catholique. » (À suivre.) J.-B. CouLBEAUx. t Cfr. Mer px Jacouls, pp. 132, 433.

« (A short declaration on the Lord's Supger, par Nicolas Ridley, évêque de Londres, réimprimée, avec introduction, notes et appen- dices, ainsi qu'avec une vic de l'auteur servant de préface; par Æ. C. G. Aoule D. D., directeur de Ridley Hall elancien membre de Trinity College, Cambridge. » — Londres, Seeley et C° 1895 en 810. pp. XVI — 314).

La plus intéressante figure de la Réforme en Angleterre est sans contredit celle de Ridley. Il partage avec Hooper, Latimer et quel- ques autres une réputation de zèle intègre et désintéressé. Sa science profonde, sa force de caractère, ses qualités de dialecticien firent de Eui un leader de ses contemporains. On cite cette parole prononcée par un de ses juges lors de son procès : « Latimers’appuyait sur Cranmer, Cranmer sur Ridley et Ridley sur l'originalité de son propre esprit. » Et ce qui, peut-être, le fit encore davantage apprécier par les hommes de la génération suivante, ce fut l'énergie avec laquelle îl s'était opposé au pillage de l'Église et à la ruine des collèges par les laïques de la Réforme, et aussi la simplicité et la dignité avec laquelle il marcha au supplice lorsqu'il fut brûlé par ordre de la reine Marie, à Oxford. Son nom a loujours été cher à l'Église d'Angleterre, princi- palement à ceux qui s'attachent à l'esprit ct aux idécs de la Réforme. Avec une juste intuition des choses, ils en ont fait leur principal héros. Un hôtel pour les étudiants en théologie, dernièrement érigé à Cambridge, a reçu son nom. Le Directeur de la Ridley Hall, le D' Moule, vient de rééditer un court travail de Ridley sur la doctrine de l'Eucharistie. Il y a ajouté une notice biographique de l'auteur, une consciencieuse biographie, et plusieurs pages de notesexplicatives et d'appendices. Le traité ori- ginal fut écrit en prison, probablement vers la fin de l’année 1554. B fut imprimé pour la première fois en 4555, et une traduction latine, très exagérée comme ton, en fut faite l'année suivante à Genève. Nous ne chercherons pas à critiquer le travil du D' Moule. Son 638 REVUE ANGLO-ROMAINE

ton est celui de l'admiration sincère. Mais il est homme de la plus parfaite loyauté et incapable de supprimer ou de défigurer la vérité. Il a rassemblé, comme documents, à peu près tout ce qu'on pouvait demander pour une parfaite compréhension du texte de l'auteur et pour une juste appréciation de son argumentation. Et certes beau- coup des documents ainsi réunis montrent Ridley sous un jour bien moins favorable que ne le fait la déclaration elle-même. Il était avant tout controverdiste à une époque de controverse, et où trop souvent les moyens de controverse dégénéraient en attaques personnelles et en grossièretés brutales. Il ne fut pas exempt des défauts de son époqueet quelques extraits de ses autres écrits, ainsi que descomptes rendus des discussions du temps, donnés par le D° Moule, font une pénible impression. Je ne veux pas dire que la Courts déclaration soit en elle-même complètement exempte de semblables défauts. Mais, comparativement, elle est empreinte d’un ton de réserve et de cour- toisie qui peut-être est dû, jusqu'à un certain point, aux circons- lances dans lesquelles cette déclaration fut écrite. C'était la dernière que faisait Ridley,et on conçoit qu'il l'ait faite avec le sentiment d'une grave responsabilité, Ce n'était point une affirmation lancée dans la chaleur de la discussion, mais une déclaration faite avec soin, de ses dernières conclusions. En même temps il ne s'y trouvait pas le moindre semblant de compromis. Ridley d’ailleurs n’était pas l'hoinme des compromis, et de plus, à l'époque où il écrivit sa déclaration, il n'avait pas un seul instant la pensée d'amener ses adversaires à la conciliation, soit par le fond, soit par la forme de sa discussion. H s'était fait à l’idée de mourir. Son seul souci à cette époque, c'était de faire une déclaration complétant sa doctrine, de s'assurer qu'elle pourrait être emportée à l'étranger et publiée après sa mort. Nous avons donc devant nous ses convictions mûries et définitives. Et quelles sont-elles? Tout d'abord, il repousse les opinions des ana- baptistes et des extrèmes « qui faisaient du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, pas autre chose qu'un vain symbole, ne repré- sentant pas davantage le Christ que la branche de lierre ! ne repré- sente le vin dans une taverne, ou qu’un vil individu richement habillé ne représente un roi ou un prince dans une pièce ». Au sujet de la fausseté de cette doctrine il s'exprime ainsi : « Il n’y a pas de con- troverse sur ce point dans l'Église d'Angleterre, entre ceux qui sont instruits: mais tous s'accordent, qu'ils soient de la vieille ou de la nouvelle école, — où pour parler ouvertement et se servir des appel- lations qu’un grand nombre se donnent d'une manière si odieuse — qu'ils soient protestants ou papistes, pharisiens ou évangélistes. » Ensuite il énumère les cinq points actuellement controversés : « S'il

1 Autrefois c'était en Angloterre le signe qui désignait une auberge. LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIE 639

ya transsubstantiation du pain, ou non; s'il y a, ou non, présence corporelle et charnelle de la propre substance du Christ; si l’adora- tion {due seulement à Dieu) doit être faite, ou non, quand il s'agit du Sacrement; si ie Corps du Christ est offert en fait au Père Céleste par le prêtre — ou non; et enfin si l’homme en état de péché reçoit le corps naturel du Christ, ou non. » Toutefois ces cinq questions peu- vent selon lui se résumer à une seule dont elles dépendent toutes, à. savoir « quelle est la matière du sacrement : si c'est la substance naturelle du pain, ou la substance naturelle du propre corps du Christ. » . I est évident qu'il n’emploie pas là les expressions techniques de la théologie. H est clair que, par matière, il n'entend pas dire materia sacramenti ; il paraît employer ce mot dans le sens de substance et lui donne l'épithète de nafurelle d'une manière qui obscurcit singulièrement, si elle ne vicie pas complètement, la signification légitime du mot. Mais laissons de côté, pour le moment ces ambiguïtés de lan- gage, il indique assez clairement quelle était la question criti- que à son époque, et il la tranche pour lui-même sans aucune hésitation. Pour serrer le cas de plus près, il se prononce contre la desifio de la substance du pain. Car ce fut là la question critique posée à Ridley el à ses amis ; cette question fut leur dernière épreuve et leur réponse négative causa leur condamnation. L'emploi d'une formule prescrite comme moyen de juger d’une hérésie présente de grands avantages. Cette formule devient un point de ralliement pour l’orthodoxie. Elle sert à conserver intacte la défi- nition de la foi, à la protéger jusqu'à un certain point contre des sophismes changeant continuellement d'aspect. Mais cette méthode présente aussi en elle-même certains dangers qui ont été exposées avec une implacable logique et une amère ironie par Pascal, dans la discussion sur le pouvoir prochain. Il est difficile d'imaginer une for- mule qui ne soit pas susceptible d’être mal interprétée. Même le mot Époouslos, avait été employé dans un sens hérétique, avant que les Pères de Nicée n'en eussent fait le criterium contre Arius. Un pro- jet plus subtil provient du changement qui s'opère peu à peu dans la signification des mots de toute langue vivante. On peut en arriver ainsi à employer dans un sens absolument erroné une formule qui, à un moment donné, exprimait la vérité avec exactitude. En donnant au mot personnalité le sens cartésien, la moitié des définitions du Quicumque deviennent des hérésies manifestes. Ridley fut-il une victime de cette évolution du sens des mots? Il fut condamné pour avoir nié la transsubstantiation; mais la niait-il dans le sens où l'Église l'a affirmée ou bien seulement dans un sens 640 REVUE ANGLO-ROMAINE nouveau, propre à lui-même et à son époque? Il y a deux manières, me semble-t-il, d'examiner cette question : ou nous pouvons com- parer à sa doctrine négative sur le Saint Sacrement, son enseigne- ment positif sur le même sujet, ou bien nous pouvons analyser les principes sur lesquels il base sa négation. Le D' Moule, dans son quatrième appendice, a réuni un certain nombre de déclarations faites par Ridley, sur la doctrine de l'Eucha- ristie. J'en rapporte ici quelques-unes : « Concernant la chose extérieure, c'est du pain véritable. Mais, en vertu du pouvoir de Dieu, c’est le Corps véritable qui est administré. » « J'accorde que le pain soit converti et changé en la chair du Christ; mais non par transsubstantiation, mais par une conversion et un changement sacramentels. » « Le sang du Christ se trouve en vérité dans le calice mais non par la présence réelle !, mais par la grâce et sous la forme d’un sacrement. » Le sacrifice « est appelé non san- glant et est offert d'une certaine manière et sous forme de mystère, et comme une représentation de ce sacrifice sanglant, et celui-là ne ment pas qui dit que le Christ est offert ». « Nous le regardons par l'intuition de la foi, présent par la grâce et se trouvant sur la Table d'une manière spirituelle, et nous adorons Celui qui siège en haut.» « À lu fois vous et moi sommes d'accord sur ce point, à savoir que le véritable et naturel corps et sang du Christ existe dans le Sacrement, ce corps même qui est né de la Vierge Marie, etc.; seulement nous différons in mode, à savoir au sujet du mode el de la manière [de sa présence.] » « Le corps et le sang naturels du Christ existent vraiment et réellement dans le sacrement de l'autel. » À ces citations, on peut ajouter une des réponses qu'il fit lors de son dernier procès, Weslon lui demanda : « Vous dites que le Christ ne donna pas son corps, mais un symbole de son corps. » Ridley répondit : « Je ne dis pas cela. de dis qu'il donna vraiment son propre corps, mais il le donna sousunc forme récile, effective et spirituelle. » Et voici encore une autre déclaration qui paraît avoir échappé au D° Moule : « Les hommes en état de péché mangent le vrai, véritable ct naturel corps du Christ sous forme sacramentelle, mais pas davantage; tandis que ceux qui sont en état de grâce le mangent à la fois sacramentellement et spi- rituellement. » I est bon d'observer que presque toutes ces citations ont un con- texte immédiat qui ajoute à la négation. Elles ne doivent pas être lues sans ce contexte, mais les négations ne doivent pas davantage être lues sans les atténuations qu’elles contiennent. Cela n'est pas beaucoup, en vérité. Presque tous les termes employés ici sont sus- ceptibles de plus d'une interprétation. Ils sont, certes, incompatibles

1 L'expression est obscure, Pour le sens dans lequel il emplois ici le mot réili. voir au-dessous, p. 642, LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIE 641

avec la théorie par laquelle le Sacrement est un simple signe d’affir- mation d'une grâce conférée autrement. Ils excluent encore cette notion d'un signe destiné à confirmer une grâce accordée au mème instant. Ils aboutissent en somme à ceci : qua, par un changement d'état quelconque, le véritable et naturel corps du Chrisl'xmtrouve réellement dans le Sacrement, de telle sorte que même les pérheurs le reçoivent, et que l'on peut dire que le Christ est offert. C'est une pauvre et vague affirmation de la doctrine de l'Église, avec une omission importante :celle de toute mention de substance. C'est là, cependant, une simple omission. n'y a rien, dans lu partie positive de la doctrine de Ridley, qui soit directement incompatible avec la transsubstantiation, si ce n'est cependant que « la chuse extérieure », dans le premier des extraits précités, est prise pour la substance. Sauf cette seule exception dou- teuse, nous n'avons rien irouvé qui fût capable d'expliquer le sens dans lequel Ridley comprenait et rejetait l’enseignement des écoles. H nous reste à voir si nous serons mieux éclairés par l'examen des principes sur lesquels il base sa négation.

À ce sujet, il sera intéressant de noter l'histoire de ses opinions. Là encore nous pouvons suivre le D' Moule avec confiance. La cir- constance la plus significative, c'est qu'il ne semble pas avoir été ätteint par l’enseignement des réformateurs allemands, à cette époque. Il reçut ses degrés universitaires à Cambridge en 4522. Dans les années qui suivirent, il y en avait certains à l'Université qui à coup sûr sympathisaient avec Luther, « mais, dit le D' Moule, je ne vois pas le moindre indice que Ridley fût de ce nombre pendant la preniière période de sa vie à Cambridge ». En 4527, il visita Louvain ét la Sorbonne, v étudiant pendant deux ans. Le D° Moule essaie de faire cette supposition qu'il a pu avoir été témoin du procès et de l'exécution de Berquin el que ce fait a pu l'émouvoir, mais il admet qu'aucun des écrits de Ridley n'autorise à le supposer. La contro- verse sacramentelle divisait terriblement les réformateurs suisses et les réformateurs saxons, et c’est en vain que le parti de Souabe s'efforçait de parvenir à l'union. Les contre-coups de la querelle se tirent sentir en Angleterre, mais Ridley ne fut pas atteint. Cramner, dont il était le conseiller écouté en matière de théologie, ne pouvait souffrir que l’on touchât à la doctrine de l'Eucharisiie. En 4537, bien qu'il sympathisät alors pleinement avec les réformateurs allemands sur nombre de points, il écrivit à Joachim Vadian de Saint-Gall, pro- lestant contre toute innovation en ce qui coucerne le Sacrement. Enfin, en l'année 4545, Ridley ayant lu le livre de Rahamnus (alors généralement appelé Berhami}: Je corporeet sanguine Domini, fitla décla- ration suivante : « Ce Berham, dit-il, est le premier qui m'ait tiré par l'oreille et fait sortir de l'erreur commune dans l'Église romaine REVUE ANOLO-ROMAINE, == T, I, 41, 642 REVUE ANGLO-ROMAINE

et qui m'ait amené à faire sur ce point des recherches à la fois plus diligentes et plus exactes dans les Écritures et les ouvrages des anciens Pères. » De ce livre vivement discuté, le D' Moule donne un compte rendu complet, se rangeant à cette opinion qu'il fut écrit en réponse à Pas- chasius Radbertus, et que l’enseignement de Paschasius élait iden- tique à celui des derniers scholastiques. Ce n'est pas ici le lieu de dis- cuter la véritable position que doit occuper Rahamnus dans l'histoire du dogme; ce qui nous concerne seulement d'une manière directe, c'est l'usage qu’en fit Ridley, et ce fait que Ridley pensait comme lui en la matière, ainsi que le D° Moule en est certain. Mais ceci mérite d'être noté, que la croyance de Ridley à la transsubstantiation fut troublée, non par les attaques qui depuis quelque temps avaient été dirigées contre l'ancien enseignement de l'Église, mais par un traité qui précéda de près de quatre siècles la mise en formule de la doc- trine en question. Naturellement, un tel traité n'était pas conçu dans les termes de f’école, et en conséquence nous ne devrons pas être étonnés que Ridley, en renonçant sous une telle influence à l'ensei- gnement de l'école, se soit servi des termes techniques de la théo- logie avec un certain manque de précision. Cette considération sera bonne à retenir quand nous en viendrons à examiner les arguments dontil se sert. D'ailleurs il n’est pas vague dans ses négations. Sison enseignement positif est incertain, sa po- lémique, d’autre part, est consistante. Ce qu'il nie, c’est qu'il y ait un changement de la composition matérielle du pain en tant que corps formé d'éléments divers. C'est le but et le terme de toute son argu- mentation. Si l'on accorde qu'il y ait changement de la substance du pain en la substance du Christ, « on doit accorder aussi, dit-il, qu'il y a présence charnelle et corporelle du Corps du Christ». Cependant. je n'insisterai pas trop sur ce passage, attendu que les mots rharnelle et corporelle peuvent être interprétés dans un sens orthodoxe. Je passe ainsi cette remarque qu'il se sert continuellement de l'expression substance nalurelle, et je note cette curieuse assertion : « la substauce naturelle du pain est la subséance matérielle du Sacrement ». J'observe ensuite l'insistance avec laquelle il emploie perpétuellement le mot véritable, parlant de pain véritable et de corps vérilable. À première vue, il peut sembler que ce soit là le verum corpus de l'école. Ridley, ce- pendant, se sert de ce mot comme antithèse de figuré, et il montre pleinement le sens qu'il y attache par l'usage qu'il fait d'un passage dans lequel saint Augustin parle de la inanducation du Corps du Christ comme d'une expression figurée ‘. Manger le Corps, au vrai et

4 Si flagitium aut facinus videatur jubere, aut utilitatem aut beneflcientiam vitare, figurata est. Nisi manducaveritis, inquit, carnem Filii hominis, et sanguine bibe ris, non habebhitis vitam in vobis. Facinus vel flagitiom videtur jubere: fgura est LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIE 643 véritable sens et signification de cette expression, serait, argumente- t-il, « une chose non convenable et impie », et, en conséquence, ces mots « doivent être entendus au sens spirituel et figuré, ainsi que saint Augustin les interprète avec science et piété ». D'autre part, Ridley a reconnu ailleurs, ainsi que je l'ai montré, que dans le Sacre- ment il y a le véritable Corps du Christ et non un simple symbole. Mais, dans ce passage, il est clair que par le Corps véritable il entend, comme d’ailleurs saint Augustin, le Corps dans sa constitution maté- rielle, visible et tangible. Si un doute quelconque était possible sur ce point, il serait dissipé par l'observation de ce fait, que c'est précisément là le sens que Rabamnus attache à cette expression. Le but principal de son ou- vrage est de montrer que le Corps du Christ est présent dans le Sa- crement, non in teritale, mais fnfigura; et par verilas, il veut dire, ainsi que le fait observer bien candidement le D' Moule, ce qui peut être connu par les sens. Je conclus que ce que niait Ridley, c'était un changement matériel qui eût eu forcément des conséquences visibles et tangibles. Mais on peut se demander pourquoi il eût été impatient de nier une sem- blable opinion Qui a jamais affirmé quelque chose d'aussi mons- trueux? Je réponds que Ridley lui-même considérait certainement que ce point, cette idée même, mais ce point seulement, était logi- quement renfermé dans la doctrine de l'Église. Il en était si entière- ment convaincu, qu'il n'eut pas la patience d'écouter des explications. Gardiner, dans son livre sur le Sacrement, avait montré que, d’après la doctrine de l'Église, la nature jsansible du pain demeure dans l'Eu- charistie avec toutes ses propriétés naturelles !. Cette claire et intelligible déclaration, Ridley la caractérise de hon- teuse manière de se dérober : « Ce qu'il y a, dit-il, de contradiction et de fausseté dans cette réponse, un individu sans instruction peut le percevoir aisément. N'est-ce pas là une contradiction flagrante que d'accorder que la nature du pain reste encore telle que le pain puisse être vu, touché et goûté, et de dire en même temps qu'il n'y a plus de substance corporelle pour éviter l'absurdité de l'impanation du Christ? » Ainsi donc, dans l'esprit de Ridlev, la substance corporelle ne pouvait être distinguée de la nafure sensible. Une citation de plus ren-

ergo, præcipiens passioni Dominicæ communicandum, et suaviler atque utiliter recondendum in memoria quod pro nobis caro Éjus cructifixa et vulnerata sit, (De Doctrina Chrisliana, üj, 16.) Ridley cite le passage en anglais. Lo D° Moule en donne l'original dans ses notes, comme d'ailleurs toutes les citations qui se trou- vent dans le texte. 4 Répondant à une objection (objieitur 201) tirée de Chrysostomo ad Cæsarim, il dit: « Atque ideo notat (Chrysostomus) in Eucharistia naturam panis manere, quod et Écclesia fatotur hactenus, ut videatur, palpetur, gustetur, et corrumpatur juxta naturce proprietatem. » 644 ° REVUE ANGLO-ROMAINE

dra tout doute impossible sur ce point. Il est en train de diseuter l'interprétation de Gardiner d’un passage d'Origène. Voici comment s'exprime Gardiner : « Sed ut demus ita esse, malere nomine intel- lexit quod est visibileet palpabile*.» Voici maintenant la traduction qu'eu fait Ridley : « Mais accordons qu'Origène parlait de la Cène du Sei- gneur et que, par la #afière de la Cène, était entendue la substance ma- férielle du pain et du vin. » L'identification est complète. Par suks- tance matérielle, il entend quo est visilile et palpabile. C'est donr de cette substance corporelle ou matérisile qu'il nie le changement. H ne faut pas supposer que Ridley argumentait ainsi principak- ment contre celte vaine fantaisie qui a été appelée fransaccidentation. H avait une trop grande connaissance des catégories pour cela. Com- ment appellerons-nous alors cette fiction contre laquelle il dirigeait cette polémique”? L'usage qu'il fait de Théodoret nous aidera à y don- ner un nom. Il cite deux passages dans lesquels Théodoret parie de la guotç du pain comme demeurant sans èlre changée ?. ]1 semble que ce soient là des arguments décisifs et irréfutables contre la doctrine qu'il combattait. H est clair alors quelle était cette doctrine. Il Fap- pelle Transeubstantiation : c'élait, en réalité, si nous pouvons forger re iot, HMelaphysiosts. C'était dans ce sens qu'il avait compris les débni- nitions de l'Église et l’enseignement de l'Ecole. I ne suggère nulle part que ce füt la lecture de Rahamaus qui le poussa à interpréter différemment les doctrines dans lesquelles il avait été élevé, de telle sorte qu'il ne pouvait les professer plus longtemps. Ilne prétend nulle part, comme l'ont fait beaucoup d'hérétiques, qu'il ne change pas d'opinion et qu'il conserve son ancienne croyance. Mais il déclare qu'il a découvert que les définitions de l'Église étaient incom- patibles avec ses opinivns. Sa déclaration, d’ailleurs, est formelle: Rahamanus l'a tiré personnellement de l'erreur. La doctrine qu'il atta- quait avait bien été sienne autrefois. Cette circonstance a une très grande signification. Ridley n'était pas un homme sans instruction se révoltant tout d'un coup contreles dogmes de l'Église. Il avait étudié pendant de longues annéesà Cambridge, à Louvain ou à Paris. Et il avait embrassé, sans aueun

‘ L’expression d'Origène est : # Gr roë &prou. In Matth. Bom. XI. 4 O$ rhv gai perabasv (Théadoret : Ed. Schultze, vol. IV, p. 26. oùèé ra: era vèv éyaapèv rà puorinà aûuBodd, The olxsias tiaratat gÜoeuwç* pévet yap ëi Les rpotépas oÙoia xat TO CXAUTOG xai to sifous, nai par Éott xai &xté, LE npéçrepos hv. Ib. p. 126. On verra que, dans le second passage, Théodoret pie dr mème qu'il y ait un changement d'oùoix, négation dont on avait tiré, avec pius ’apparence de raison, un argument contre la doctrine de la Franssubstantiation Quelques-uns des adversaires de Ridley essayérent de le prendre en défaut sur l'exégèse. Un d'eux, nommé Moremaÿ, voulait traduire oüaia par « swbalance uéti- itentelle ». Ridley lui rit au nez plaisemment, Le contexte indique clairement que. dans ce cas, Théodoret ne se servait pas le moins du monde du mot aünia dans le sens des catégories. . LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIF 645

doute, cette doctrine que j'ai appelée Melaphystosis. Il n’y a pas le moindre molif de douter de sa loyauté! Il ne considéra pas dans cette doctrine l'instrument d'attaque qu'il pouvait en retirer contre l'Église, IH ne chercha pas à accentuer sans besoin les différences qui existaient entre lui et ses adversaires, Les circonstances font qu'une pareille idée est tout à fait impossible à admettre. I! développe sa doctrine jusqu'à ses extrêmes conséquences, sous le poids de laccusation d'hérésie portée contre lui. Un homme accusé d’hérésie, qui sent sa propre vie en danger, peut discuter sur des pointes d’aiguille, et cela en toute bonne foi et sincérité; mais il le fera, certes, dans le but d'amoindrir les différences entre lui et ses adversaires, et non de les augmenter. En fait, Ridlev, lors de son interrogatoire, tenta sincè- rernent de s’accorder avec ses adversaires autant qu'il lui était pos- sible. Et, certainement, il ne dénatura pas la doctrine de l'Église afin de prouver qu'elle était fausse: c'eût été quelque chose d'incompa- tible avec cette recherche austère de la vérité qu'il poursuivit obsti- nément, mais il comprit la définition de Latran dans un sens tel qu'il ne put pas l’admettre. LH n'était pas semblable à ces protestants d'aujourd'hui qui inter- prètent de travers une phraséologie qui ne leur est pas familière, fl avait été élevé dans le sein de l'Église, son intelligence avait été nourrie de la doctrine de l'École. 11 parait impossible d'éviter cette conclusion : c'est que cette opinion qu'il professa si longtemps et qu'ensuite il attaque si violemment, devait être très répandue à son époque. Et ce n'élait pas simplement une erreur vulgaire, car elle avait envahi les foyers mêmes du savoir; toutefois elle était Join d'être générale. Même Gardiner, qui était plus homme d'État que théologien ainsi que nous l'avons vu, s'en était constamment défendu ; mais il était possible que Ridley, en toute loyauté, la regardät comme « la commune erreur de l'Église romaine ». It pensait de plus, et là fl se trompait, que cette doctrine avait envahi jusqu’au magis- lerium de l'Église. Je pense que j'ai montré que l'erreur de Ridley était due à une ambiguïté dans le sens du mot substance. 11 est difficile, pour quel- qu'un qui n'est pas familier avec le langage anglais, de comprendre jusqu'où vont ces variations dans le sens de ce mot. Un tailleur vous conseîllera de choisir un drap ayant plus de awbstance. Il veut dire : plus épais. L'Anglais du type moyen vous dira qu'il aime un déjeuner substantiel. 1] veut dire : nourrissant et solide. C'est là le sens popu- laire du mot. La subsfance d’une chose n'est pas autre que la disposi- tion sensible de ses parties solides. Elle peut être placée sous le microscope, analysée dans le laboratoire, disséquée au moyen du scapel. Est-il étonnant qu’un Anglais du type moyen regarde la trans- substantiation comme une chimère et une folie, ou peut-être comme DR, tn Co 2:

646 REVUE ANGLO-ROMAINE

une pure invention de théologiens intéressés ? Si, par chance, on le persuade que le mot peut avoir quelque autre signification métaphy- sique cachée, il s’en va consulter Locke, qui est pour lui la source de toute philosophie. H apprend alors à sa grande stupéfaction que la substance est une sorte de substratum caché sous les apparences sen- sibles des choses, subs/ratum dont nous n'avons et ne pouvons avoir aucune notion. En désespoir de cause, il continue ses recherches jus qu'à Hume, et, là. il apprend que nous n'avons aucune raison de penser qu'un tel subsiratum existe. La substance dans ce sens est une pure invention de métaphysiciens embarrassés. Mais alors, trouvant que cela signifie suppression de toute réalité, notre Anglais devient soupçonneux et, se tournant du cûté de l'école écossaise des philo- sophes du sens commun, il reçoit d'Hamilton l'assurance que les phé- nomènes sont réels et sont en fait les seules choses réelles, tandis que la substance est surtout une relation supposée d'un phénomène. Xe sachant les catégories, il est pleinement satisfait de ce raisonnement. et désormais il dénoncer la doctrine de la transsubstantiation impar- tialement comme une contradiction grossière et matérialiste et en même temps comme une subtilité des métaphysiciens, dépourvue de toute signification. Les idées courantes des Anglais sur ce sujet découlent générale- ment de la doctrine de Ridley. L'étrange théorie de Luther ne pt jamais triompher en Angleterre. Le virtualisnie de Calvin, bien qu'il ait rencontré quelques partisans distingués, n’a intéressé que les éru- dits. Le symbolisme de l'école de Zurich, qui trouvait de chauds défes- seurs dans le personnel des exilés qui renlrèrent en Angleterre à l'avènement d'Élisabeth, a été plus en évidence et à certaines époques a failli prévaloir; mais, dans l’ensemble, les Anglais qui ont nié la transsubstantiation l'ont fait en s'appuyant sur les opinions professéés par Ridley et pour les mêmes raisons que lui. Son enseignement négatifa eu une grande influence sur la forme des 39 articles de rli- gion; son enseignement positif apparait surtout dans le catéchisme. Deux questions restent à considérer. La première est celle-ci: Comment quelqu'un, possédant une intelligence ordinaire, pouvait-l professer l'opinion que Ridley attaquait? Cela était seulement possibis si l'on supposail que le changement dans la nature sensible du pain était miraculeusement caché. D'après cette hypothèse, les espècrs sacramentelles ne seraient qu'un vain fantôme. Elles étaient un voile cachant la chose sensible, c’est-à-dire le corps du Christ présent dans sa constitution naturelle. C'est dans ce sens que Ridley combat l'idée d'un corps vivant el mobile présent sous les apparences du pain et du vin. Ce sur quoi il insiste, c'est sur la réalité des formes extérieures. En un mot, il maintenait ce sur quoi nous sommes tous d'accord : là LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIE 647

réalité des espères. C'est là aussi, bien qu'indirectement exprimée, la thèse de Rahamnus, el c'est fui qui a inspiré à Ridley cetle idée. La doctrine qu'il avait autrefois professée avail nié cette réalité, néga- tion qu'il considéra comme inséparablement liée à la doctrine dela transsubstantiation. C'est à cause de cette opinion que les articles de 1552, rédigés sous l'influence de Ridley, déclarèrent que la doc-

CHRONIQUE

Lord Halifax a passé dernièrement quelques jours à Paris. Sa Seigneurie a bien voulu accepter l'hospitalité qui lui a été offerte à maison mère de la Congrégation de la Mission.

Nos articles. — Nous publierons prochainement une réponse de Mgr Gasparri à l'article qui a paru dans notre dernier numéro sur les Ordinations anglicanes, Nous donnons aujourd'hui sur un évèque abyssin un travail rédigé d'après des documents inédits et qui ne manquera pas d'intéresser nos lecteurs. Ce travail est dû à M. Couibeaux, de la Congrégation de la Mission, longtemps missionnaire en Abyssinie. Voici, à ce propos, un extrait d'un article que l'Univers à consacré au général Bal- dissera : « Quelques mois plus tard, le général Baldissera fut nommé gou- verneur de la colonie. En arrivant à Massaouah, il trouva l'armée italienne dans une situation critique. Les chefs insurgés venaient de lui infliger plusieurs échecs; et Debeb, cousin germain du négus Jean, avait surpris une colonne italienne, massacré les quatre officiers qui la commandaient. « Le général Baldissera organisa une expédition avec le concours du colonel di Maïo, prit possession du triangle formé par Keren, Asmara et Saganchiti, mais il ne put obtenir de Debeb la remise des cadavres des quatre officiers italiens massacrés. « Au moment où il était arrivé à Massaouah, la surexcitation des Italiens était des plus vives contre les missionnaires fraucais auxquels ils attribuaient toutes leurs défaites. Ils étaient allés jusqu'à mettre à prix la tête d'un lazariste, le Père Coulbeaux, qui dut se cacher. « Se voyant dans l'impossibilité d'obtenir par la force ou par persuasion les cadavres des officiers italiens, le général Baldissera se décida à s'adresser à Mgr Crouzet, vicaire apostolique, pour lui demander d'user de son influence auprès de Debeb et d'obtenir du ehef insurgé la reinise des cadavres. « À cet effet, le gouverneur délégua auprès de Sa Grandeur un side de camp. « — Pour remplir ce devoir de charité chrétienne et d'humanité, « répondit Mgr Crouzet,vous pouvez être assuré que mes confrères ne « reculeront devant aucun sacrifice. » « Ce fut précisément le P. Coulbeaux qui fut chargé de cette mis- sion dangereuse. Il s'en acquitta avec tant de zèle que, huil jours après, Debeb lui fil remise des quatre cadavres. CHRONIQUE 649

« Le P. Coutbeaux, au milieu de difficultés sans nombre, fit trans- porter les restes des officiers italiens à la mission d’Akrom, où il les fit envelopper de linceuls et ensevelir provisoirement. « Quelques mois plus turd, le général Baldissera envoya une colonne légère chercher à Akrom les cadavres et fit dire un service solennel à Massaouah. A l'issue de la cérémonie, il se dirigea vers le P. Coul- beaux et le remercia chaleureusement devant tout le monde. « C'est donc, en même temps qu'un officier énergique, un homme loyal. »

Une lettre du cardinal Rampolla. — Notre distingué col- laborateur M. V. Ermoni, prêtre de la Mission, ayant envoyé un exemplaire de sa brochure l'Église romaine en face de l'Éylise grecque schismatique, à S. Em. le cardinal Rampolla, en le priant de le déposer aux pieds du Saint-Père comme un hommage de sa piété filiale, a reçu la lettre suivante :

       « Très honoré Monsieur,

« Secondant volontiers le désir que vous m'avez exprimé dans votre lettre du 20 du mois courant. j'ai porté à la connaissance du Saint-Père le travail que vous avez publié au sujet de la réunion des Églises dissidentes, Sa Sainteté a daigné agréer cet hommage et, en mème temps qu'Elle vous en remercie, vous envoie de tout cœur la bénédiction apostolique. « En vous faisant cette communication et en vous présentant mes propres remerciements pour l'exemplaire du mème travail dont vous m'avez favorisé, j'aime à me déclarer, avec les sentiments de l'estime la plus distinguée, « Votre très affectionné dans le Seigneur,

                                    « M. card. RAMPOLLA. »

Rome, 28 février 1896. »

Vitalité de l'Église catholique. — Dans un article de la Revue américaine le Cufholic World Magazine, M. Morgan fait ressortir la vitalité de l’Église catholique dans ce dernier siècle. Nous ne le sui- vrons que dans ses observations sur les pays qui ne sont point catholiques. Dans les pays protestants, l'Église catholique a gagné du terrain quelquefois lentement, mais toujours sûrement. 11 y a 96 ans, la population eatholique de l'Allemagne du Nord se montait à 6 mil- ions; aujourd'hui elle en comprend 13. En 1889, la Suisse catho- lique comprenait environ le tiers de la population totale; maintenant, au moins les deux cinquièmes. En 1837, il n’y avaiten Danemark que trois missionnaires et 300 catholiques, sans école ni chapelle. En 4892, on y voit déjà un vicaire apostolique, 39 prélres et 4.000 ca- tholiques. Pendant les 30 dernières années, en Norwège et en Suède, le nombre des catholiques s'est élevé de 440 à 2.400. En Hollande, les catholiques, qui étaient au nombre de 350.000 au com- ot |

659 REVUE ANGLO-ROMAINE

mencement de ce siècle, dépassent maintenant 4 million. Mais cest dans In Grande-Bretagne que l'accroissement est le plus sensible. En 41800, l'Angleterre et l'Écosse ne eomprenaient ensemble que 120.000 catholiques avec 63 prêtres et 6 vicaires apostoliques. Aujourd'hui, elle a un cardinal-archevêque, 2 archevèques, 48 évèques, 3.009 prêtres et 2 millions de catholiques. De ce côlé-ci de l'Atlantique, on peut se rendre compte du déve- loppement de l'Église catholique par ce fait qu'en 4800 les missions réunies du Canada et des États-Unis ne comptaient que 400.000 ca- tholiques; tandis qu'aujourd'hui, dans le Canada seul, il y en à 2.100.000 et dans les États-Unis environ 43 millions. Les progrès de l'Église catholique sont encore plus surprenants en Asie, en Afrique et en Océanie. Dans les Indes, en 41830, il n'y avait environ que 473.000 catholiques; maintenant, il y en a 1.700.000. En Chine, mal- gré la persécution, la destruction des écoles et des églises et la dis- persion des fidèles, il y a maintenant 38 évêques, 1.000 prètres el près de 600.000 catholiques, Dans les autres pays infidèles, les catholiques ont augmenté à proportion.

Les écoles libres. Quelques chiffres. — M. Thureau-Dangin a présenté un rapport à l'assemblée générale de l'Œuvre du Bien- heureux de la Salle, tenue à l'archevéché de Paris, le 24 janvier der- nier. Quelques chiffres de ce rapport ont un intérêt capital; nous tenons à les signaler. En 4886-1887, le nombre des enfants dans les écoles primaires de toute sorte était de 6.267.889. En 1891-1892, il était tombé à 6.153.150: soit une diminution de 414.439 écoliers. En observant que, depuis 4886, on s’est appliqué à faire entrer les enfants dans les écoles avant six ans et à les y conserver apres treize ans, et en s'attachant, pour les deux années, aux seuls enfanis d'âge scolaire entre six et treize ans, on trouve un déchet plus notable : en 1886-1887, 4.703.063 enfants; en 1891-1892, 4.386.573: soit une diminution de 116.499 élèves. | D'où vient cette diminution? Examinons séparément l'enseigne- ment public et l'enseignement libre. Enseignement public : de 188: 1892, diminution de 264.930 élèves. Enseignement libre : de 1887 à 1892. accroissement de 121.905 élèves. . Ces chiffres sont trop éloquents pour que nous voulions ÿ rien ajouter.

Correspondance. — M. le chanoine Everest a adressé à Lord

Halifax la lettre suivante que Sa Seigneurie a bien voulu nous con- muniquer :

        My Lord,

  « Sije me permets d'écrire à Votre Seigneurie, c'est pour VOU

exprimer mon inaltérable reconnaissance de ce que vous avez fait el faites encore pour la cause de la Réunion. Mais, My Lord, ne vous CHRONIQUE 651

serait-il pas possible de faire un pas de plus et de donner une forme et une expression aux pensées qui peut-être se tiennent cachées der- ‘ rière vos paroles? En d'autres termes, ne vous serait-il pas possible d'indiquer quelle concession nous serions préparés à faire à Rome, en nous basant sur la Sainte Écriture et sur le témoignage de l'antiquité primitive, dans le but de préparer les voies pour de futures négocia- tions en vue de la Réunion? « Votre Seigneurie faisait ressortir avec vérité dans son dernier discours quel avantage ce serait si, comme résultat d'une reconnais- sance tacite de nos ordres, nous pouvions être admis à la Sainte Eucharistie, lorsque nous voyageons dans des pays catholiques romains.

« Mais,My Lord,n'y a-t-il pas une raison beaueonp plus importante et plus considérable par ses conséquences, de désirer et de prier pour la reconnaissance de la validité de nos ordres? Et n'aurait-ce pas été ur conseil de l'Esprit-Saintau Saint-Père, eoemme ayant reçu la charge de la vigne, de ne pas nier formellement nos Ordres, parce qu'une serublable négation nous fermerail les portes d’un Concile général le jour où il sera dans Jes desseins de Ja Divine Providence qu'un tel Concile se réunisse? Eten vérité, quand je vois la pression exercée sur Léon XIII pour le faire rejeter nos ordinalions, je considère qu'il veut nous laisser ouvertes les portes du Coneile général qui devra s’assenibler tôt ou tard pour considérer l'état de la chrétienté. Et cela me rassure au delà de toute expression de voir en cela un nouveau pas vers la réalisation de la promesse de Nolre-Seigneur, Ma croyance dans une réalisation plus complète de cette promesse, telle que nous ne l'avons pas connue depuis la Réforme, est le motif qui m'a fait écrire et publier ce petitlivre, que je prie très humblement Votre Seigneurie de bien vouloir accepter, (a élé l'occupation de ma vieil- lesse : j'ai actuellement près de quatre-vingts ans, et ma seule prière el l'unique désir de mon éœur, c’est qu'il puisse aider, ne vous fit-il avancer que d'un pas, à nous ramener à l'unité basée sur le « Roc imprenable ». « Que Dieu vons guide dans voire difficile entreprise, qu'il vous dispense la sagesse d'en haut. C'est la plus ardente prière de votre humble et fidèle serviteur. — W.F. EveREsT. » LIVRES ET REVUES

                            LE CORRESPONDAXT

Reine au Avignon. Les responsabilités de la France dans le grand srhisme d'Occident, d'après un livre récent, par M. DE LANZAC DE LABORIE.

La longue scission qui désola l'Eglise catholique vers la fin du moyen âge soulève de délicats prohlémes moraux rt juridiques, souvent agités depuis cinq siècles, presque toujours résolus jusqu'ici par des considéra- tions de sentiment ou de parti. Pour les historiens allemands ou italiens, la France est la grande coupable, qui, plutôt que de se résigner au retour des papes à liome, préféra favoriser les prétentions d'un ambitieux qu'elle pensait tenir dans sa dépendance. Chez nous, les opinions et les points de vue ont varié avec les époques. L’amour-propre national a longtemps fait proclamer la légitimité de l'obédieuce d'Avignon, suivie jadis par le clergé de France à l'instigation de Charles V et de Charles VI; le motif déterminant du vieil historien Mézerai était l'impossibilité de tenir « nos rois pour schismatiques et pour fauteurs du schisme », argument qui fait plus d'honneur à ses principes monarchiques qu'à sa sagacité critique. Il y a trente ou quarante ans, on s'est inspiré de considérations différentes, mais également étrangères à la vraie science historique : les écrivains s'en déclaraient pour l'une ou l'autre obédience, selon leurs idées sur la poli- tique religieuse non pas méme du quatorzième mais du dix-neuvième siècle. C'e procédé s'appliquait d'ailleurs à toute l'histoire ecclésiastique : c'était le temps, par exemple, où on croyait manifester son adhésion au Syllabus en soutenant (que le lecteur nous passe deux barbarismes consacrés par l’usage)l’apostolicité des chrétientés gallo-romaineset l'aréopagitisme de saint Denis. Si une rancuniére gallophobie inspire encore trop d'érudits d'outre-Rhin et d'outre-monts, le culte de la vérité pour elle-mëme a recouvré ses droits parmi nous, grâce surtout aux encouragements et à la lihérale décision de Léou XIII, qui a ouvert l'accès des Archives vaticanes à tous les explora- teurs. La question du grand schisme en particulier vient d'être approfondie en dehors de tout parti pris par un savant jeune encore, mais à qui ses précédents travaux ont déjà valu d’enviables distinctions et un crédit plus enviable. Pour louer l'originalité des recherches de M. Noël Valois, nour faire ressortir l'importance des pièces qu'il a découvertes tant à Rome qu'à Paris, à Milan, à Marseille, à Cambrai, it faudrait la compétence et le savoir d'un érudit. Nous pouvons attester du moinsqu'il a le don, précieux chez un historien, de faire revivre les hommes à travers les documents, de démèéler ce qu'ils ont pensé derrière ce qu'ils ont dit ; nous pouvons tenter aussi de résumer l’impression produite par ses deux premiers volumes sur

1 La France et le grand schisme d'Occident, par Noël Varors :t. let Il, Paris. Picard, 1896, xxx-407 et 490 pages in-8°. LIVRES ET REVUES 653

un lecteur peu familier avee cette période, mais séduit par l'importance du sujet et l'intérêt du récit. Disons tout de suite qu'on ÿ chercherait en vain une conclusion absolue, tranchée: M. Valois n'est point de res écrivains qui, traitant l'histoire à la inaniëre d'un tableau du Jugement dernier, classent délibérément chaque personnage à droite où à gauche, parmi les élus ou les réprouvés. Sa science méme l'a conduit à ne point prodiguer les condamnations ou les apologies trop sommaires: sur le fond du débat, il ne serait pas éloigné de s'associerà l'humble et tauchante réflexion d’un auteur du xvre siècle : « De savoir qui a meilleure raison, il est trop diffi- cile aux hommes, et Dieu seul le connait. » Lorsqu'après l'attentat d'Anagni et la mort de Boniface VIIT, Clément V avait transporté le siège de la papauté à Avignon, sous l'ouéreuse tutelle de Philippe le Bel, on prétend que lex cardinaux italiens dépaysés murmu- raient en se morfondant sous le mistral :

                             .Ivenio renlosa
                             Curn venlo fastidiosa,
                             Sine venlo venenosa !

Quelque soixanteans plus tard, les dispositions du Sacré Collège avaient bien changé. En grande majorité Francais de nationalité ou de langue tout au moins, possesseurs de somptueux châteaux sur les bords du Rhône ri de la Durance, c'està Rome que [es cardinaux se considéraient comme en exil, c'est Rome dont le séjour leur semblait maussade où malsain. À défaut de la bise, l’'émeute v' soufflait alors fréquemment en tempête, multipliant les pillages, les incendies, les meurtres : les cardinaux pouvaient croire de très bonne foi qu'en demeurant à Avignon avec leur chef, non seulemeut ils préservaient leurs personnes et leurs biens, mais ils mettaient la tiare elle-mème à l'abri de ces hideuses violences, de ces lamentahles intrusions qui avaient, à diverses reprises, souillé la période du haut moyen âge. ls avaient suivi à contre-cœur Grégoire XI, venu à Rome sur le pres- sant appel de sainte Catherine de Sienne. Quand ce pape eut succoimbé, leur première pensée fut, à n'en pas douter, d'élire l'un d'entre eux qui leur ferait reprendre à bref délai le chemin d'Avignon. Malheureusement pour eux, ces intentions furent aussitôt devinées par le menu peuple de Roine : la vanité des Romains s'accordait avec le souci de leurs intérêts matériels pour leur faire désirer le retour définitif du Saint-Siège auprés du tombeau des Apôtres. Il leur parut qu'un pape fran- cais céderait tôt ou tard à la nostalgie des rives du Rliône et que, pour eux, la seule garantie sérieuse serait l'élection d'un Italien. À peine cette idée était-elle répandue duns les esprits que les manifestations se succédaient pour peser sur le vote du Sacré Collège: avec la mobilité des foules méri- dionales, on passait insensiblement des supplications aux menaces: tel cardinal était ahordé par un groupe qui se lamentait d'une voix dolente : « Voilà bien soixante-huit ans que cette cité est veuve !» Puis, le ton se haussant petit à petit :« Depuis la mort du pape Boniface, la France xe gorge de l'or romain. Notre tour est venu, à présent nous voulons nous gorger de l'or franeais! »A d'autres, on donnait nettemeut à entendre qu'il x allait de leur vie, si l'attente populaire était décue. Loin de mettre un terme à ces démonstrations, la réunion du conclave ne fit qu'en aviver l'énergie. Les cardinaux, pour traverser la place Saint- Pierre, durent se fraver un passage au milieu d'une fonlr impatiente, sup- pliante, grondante, s'exaltant de ses propres vociférations. Une fois le con clave commencé, les bandes se dispersérent jar la ville, dans lintoution uon déguisée de mettre à sac les palais des cardinaux mal notés. Les chofs 634 REVUE ANGLO-ROMAINE

de quartiers ou notables bourgeois, soit qu'ils partageassent les vœux de leurs concitoyens, soit qu'ils craignissent d'avoir à pâtir d'un ‘déchaine- ment révolutionnaire, faisaient passer aux prélats des conseils de pru- dence. Après une nuit fort agitée, l'animation reprit de plus belle, le tor- sin retentit de toutes parts; la clôture du conclave fut mal respectée, et un des évêques préposés à la garde des cardinaux leur fit savoir qu'its allaient être sûrement massacrés s'ils ne se hâtaient d'élire un Italien. Parmi les membres du Sacré Collège, un seul, le cardinal Orsini. parait avoir fait preuve de courage et de présence d'esprit; Romain de naissance, il savait comme on parle à ses compatriotes et leur adressa, sans succés d'ailleurs, des objurgations familièrement pathétiques : « Nous voici réunis pour l'élection d'un pape : ne dirait-on pas qu'il s’agit d'élire un maitre de cabarets? Vous allez allumer dans Rome un feu quine s’éteindra qu'après avoir tout consumé. » Ses collègues furent moins maîtres d'eux-mêmes: Francais pour la plupart, ils cédèrent au moins francais des sentiments, comme l’un d'eux en faisait le naïf et cynique aveu. Après une courte délibération où leur pusillanimité se para des prétextes usités en pareil cas, inutilité de la résistance, dangers que cour. rait l'Eglise si, à la vacance du Saint-Siège, s'ajoutait l'extermipation du Sacré Collège, ils firent savoir au peuple que son vœu serait exaucé. Mais, à la presque unanimité, ils voulurent remplir loyalement la pro- messe ainsi extorquée. La proposition d'un simulacre d'élection, mise en avant par Orsini, n'eut pas le moindre succès. Après avoir écarté les quelques cardinaux italiens, les uns en raison de leur âge, les autres parce qu'ils étaient sujets d'Etats ennemis du Saint-Siége on résolut de choisir en dehors du Sacré Collège et, sauf celle de l’intraitable Orsini qui persis- tait à ne pas vouloir participer dans ces conditions à une élection sérieuse, toutes les voix se réunirent sur le nom de Barthélemy Prignano, arche- vèque de Bari. C'était un prélat estimé, qui avait occupé des emplois de confiance à la cour pontificale; abstraction faite des mouvements popu- laires qui l'avaient indirectement dicté, le choix ne paraissait rien avoir que de plausible et naturel. Aussi, dans les preiniers temps qui suivirent le couronnement de Prignano sous le nom d'Urbain VI, l'attitude des cardinaux, rentrés en possession de leur pleine indépendance, témoigna que la validité de son autorité n'était point douteuse à leurs yeux. Le schisme n’eût sans doute jamais éclaté, si le nouveau Pape n'avait bientôt révélé des défauts de caractère qu'on ne lui soupconnait point. Animé d'un louable zèle pour la réforme de l'Église, il dédaignait les ménagements et sommait impérieusement, nominativement, les cardinaux d'avoir à changer leur train de vie. Impatient de la moindre contradiction. il entrait en fureur pour des motifs futiles, accablait de menaces, d'ou- trages méme, ceux qui lui avaient donné la tiare, faisait peser sur tout son entourage un capricieux et blessant despotisme. En historien psychologue, M. Valois inontre finement comment ke mécontentement des cardinaux réveilla dans leur âme, au sujet de la régu- larité de l'élection, des scrupules qui sans cela seraient restés indéfini- ment assoupis, et comment, de bonne foi en somme, ils en vinrent à s# demander si le pontife qui les molestait avait qualité pour leur comman- der. Cet état d'esprit fut aggravé par les réflexions de ceux d'entre leurs collègues qui, absents de Rome lors de la mort de Grégoire XI, ne se gênaient point pour critiquer une détermination à laquelle ils étaient de- meurés étrangers. Le plus influent de ceux-là était Jean de La Grange, né tr LE

                             LIVRES ET   REVUES                          655

évéque d'Amiens et homme de confiance du roi Charles V. Dès qu'il con- vut l'élection, ses lettres raillèrent la timidité dont le conclave uvait fait preuve. 11 fit pourtant, lors de son arrivéeà Rome, acte d'hommage à Urbain VI; mais, bientôt en butte à l’une de ces sorties véhémentes dont le Pape était prodigue, il se permit une réplique irrespectueuse et établit dans son palais le centre du mouvement d'opposition. On parla d'abord de la nécessité de régulariser l'élection; puis l'idée d’un concile général fut mise en avant. En vain, quelques esprits modé- rés, désireux d'épargner un grand scandale à l'Eglise, s'employèrent à négocier un accommodement dont on ne se souciait ni d'un côté ni de l'autre. Les cardinaux, quittant Rome, se réunirent à Anagni, el ensuite à Fondi, dans le royaume de Naples. C'est là que, tenant pour non ave- nue une élection déjà vieille de plus de cinq mois, ils donnèrent leurs voix à l’un d'entre eux, Robert de Genève, qui prit immédiatement le nom de Clément VII et ne tarda point à gagner Avignon. Le schisme était consommé. Le lumineux récit de M. Valois, qui éclaire les moindres détails, nous laisse étrangement perplexes sur le point de savoir de quel côté était le bon droit. Dans ces sortes de scissious, le corps électoral se divise d'ordi- naire entre deux prétendants : ici, c'est ce même collège qui a donné suc- cessivement aux deux compétiteurs la presque unanimité de ses suffrages. Après avoir paru considérer Urhain VI comme leur légitime ehef et sou- vérain, les cardinaux, même les Italiens, déclarent que leur vote a été vicié par la crainte. S'ils ne sont pour la plupart ni des saints ni des héros, tous du moins ont l'horreur du parjure et le sentiment de leur res- pousabilité devant Dieu. On doit croire, avec M. Valois, que leur convic- tion intime a varié, qu'ils ont été sincères en reconnaissant Urbain VI, sincères aussi plus tard en contestant son autorité. Mais à quels moments se sont-ils trompès ? Ce serait un médiocre moyen de trancher le débat juridique que de comparer la valeur morale dés deux élus ; même à ce point de vue d'ail- leurs, nos préférences ont quelque peine à se fixer. Nous avons dit qu'Ur- bain VI démentit les espérances qu'avait pu faire concevoir son passé; sur le trône pontifical, il se montra hautain, violent, cruel même parfois: il fit mettre à la torture des cardinaux créés par lui. La mort même ne désar- mait point ses rancunes; après la fin tragique de Jeanne de Naples, cet étrange vicaire du Bon Pasteur n’hésitait point à parler dans une bulle de « la reine de damnée mémoire », regina damnatæ memoriæ. Par contre, la vie antérieure de Robert de Genève était souillée d'une tache sanglante : légat pontifical dans les Romagnes insurgées, il avait, sans plus de seru- pules qu'un condottiere laïque, fait ou laissé égorger par ses mercenaires la population de Césène; mais si Clément VIT prodigua les concessions et les complaisances aux priuces qui s'étaient rangés dans son parti, on ne peut, pendant son pontificat, relever contre lui aucune faute de conduite de quelque gravité. L'issue ultérieure de la contestation ne saurait nous aider à trancher la question qui nous préoccupe. Loin de consacrer la légitimité d’une desdeux obédiences, c'est un double désistement que reclamèrent, qu'imposèrent les conciles de Pise et de Constance, c'est à une nouvelle élection qu'on demanda le chef de l’uuité reconquise. Enfin (et c'est peut-être par là que nous aurions dû commencer), l'Eglise cathokique, plus libérale et plus réservée que ne le croient la généralité de ses adversaires et un certain nombre de ses enfants, s'est toujours abste- uue de porter un jugement sur les droits respectifs d'Urbain VI et de Clé- 8356 HÉVUE ANGLO-ROMAINE ment VII. Sans se contenter d'admettre que parmi leurs partisans la bons foi avait pu être égale, elle a solennellement proclamé Îa sainteté de cer- tains tenants de l'une et l'autre ohédience. Elle n'a pas seulement cauonis les âmes simples, poursuivant à l'écart des querelles théologiques leur rève de perfection supraterrestre : Bernardin de Sienne, par exemple. disciple du sublime pauvre d'Assise; Pierre de Luxembourg, mür à dix- huit ans pour le ciel, précurseur des Louis de Gonzague et des Stanisia Kostka; ou bien encore (Colette, la réformatrice des Clarisses. Parmi le saints reconnus et honorés par l'Église, il en est qui sont ardemment inter- venus dans la lutte. On sait avec quelle sévérité Catherine de Nienne ju- goait la seconde élection et la conduite des cardinaux; dans le camp ad- verse, le Dominicain Vincent Ferrier, officiellement chargé de soutenir la cause du Pape d'Avignon dans le royaume de Valence, s'acquitta de sa tâche avec le plus grand zèle : notre Biblicthèque nationale canserve ut traité encore manuscrit, où il combat vigoureusement les prétentions de celui qu'il n'appelle jamais que Barthélemy, et fait mème une obligation aux princes chrétiens de l'expulser de Rome par la force. En effet, ceux entre quil'impartiale postérité hésite à se prononcer aujour- d'hui, ceux dont elle reconnait égalenient les bonnes intentions, animésde vonvietions énergiques et de passions ardentes, faisaient rudement assaut ile griefs, d'insultes et d'anathèmex. Les eurieux pourront trouver dans k livre de M. Valois des spécimens caractéristiques de ces polémiques, où à viclence des mœurs contemporaines haussait encore Le diapason habituel des disputes ecclésiastiques. Comme il v avait deux Papes et deux collèges de cardinaux, il y avail dans plusieurs diocèses deux évêques se traitant mutuellement de schisinatiques et d‘intrus. Les grands ordres religieux se divisérent presque tous: entre le supérieur général urbanisteet le supérieur général clémentin, la guerre était déclarée, Quelques vivaces racines que la foi chrétienne eût alors dans les âmes, beaucoup furent incapables de résister à l’épreuve d'un tel scandale; en présence de tant d'excés de lan- gage et de conduite, des esprits inquiets coneurent des doutes non point “seulement surla légitimité des droits de Clément ou d'Urbain, mais sur k sainteté mème de l'institution ecclésiastique. C'est le temps où, sous pré- texte de réforme, on cominence à préconiser un complet bouleversement de l'organisation religieuse : « Les deux Papes se disputent le pouvoir comme deux chiens se disputeraient un os... D'après leurs bulles infime et en opposition mutuelle, tout hahitant de la chrétienté serait tenu de ver- ser le sang de son frère. » Le branle est donné, et le mouvement ne s'arré- tera plus désormais: celui qui justifiait en ces termes l'amoindrissement ou la suppressiou de lu papauté était un ecclésiastique anglais, recteur de Féglise de Lutterworth : il se nommait Jean de Wvclif. DOCUMENTS

CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ

                      HODIERNÆ         GRAVISSIMÆ

                                       DE



               SACRAMENTO                   EUCHARISTIÆ

                                 LIBER          1

IN QUO DE REALI CHRISTI IN SACROSANCTA EUCHARISTIA PREÆESENTIA ET PAR- TICIPATIONE, AC DE MODO UTRIUSQUE BREVITER TRACTATUR.

                                  Cap.      I

                   De rebus hisre yeneraliler disseritur.


                                   (Suite)
  1. J. Ep. Roffensis; ‘ Bernardi, ” inquit. ‘* sententia hæc est : ‘ Quod videlicet usque hodie, eadem earo nobis, sed spiritualiter, utique non carnaliter exhibetur. ’ Huie consona est per omnia doc- trina Ecclesiæ Anglicanæ, quæ * corpus et sanguinem Christi in Con Domini, verè et realiter exhiberi, et fide recipi asseril, modum autem spiritualem, et proinde ineffabilem et incognitum lradit," el à quæs- tione rept 120 tpérov sive de môdo prwsentiæ abslinendum esse docet ibidem ex Cyrillo *et Theophylacto; # verba Durandi Speculatoris supra F citata et versus illos salis notos probal : Corpore de Christi lis est, de sanguine lis est. ‘“ Deque modo lis est, non habitura modum,. ” Citat etiam verba Hardingi in responsione ad art. Episcopi Juelli ‘hac in re sententiæ Tigurinorum et P. Martyris addictissimi) De reali præsentià: ‘ ® Modum præsentiæ juxta omnes Catholicos verum el

! De Potestate Papæ in rebus temporalibus, etc. contra Card. Bell. In prwf. ad lectorem. ?]n Catechismo nuper aucto. 3 In Joan. 1. 4 c. 13 [immo c. 2 (error est Buckeridgii) t. 4, p. 358]. 4 In Joan. 6 [t. 1 594 EJ. 5 [P. 379]. 6 Art. 5 sect. ult. [apud Juellum, p. 19 ed, Lat.]. REVUE ANGLO-ROMAINE. = T, I. == 42. 658 REVUE ANGLO-ROMAINE

realem, sed longè sublimiorem et excellentiorem, supernaturalen, supersubstantialem. ïinvisibilem, inenarrabilem, hujus sacramenti proprium, non tantüm spiritualem, et tamen spiritualem ” esse; verbe. “ modum præsentiæ talem esse, qualem Deus unus novit: ” Pontificios tantim repreheudit, qui modum hunc definiunt. ‘ per viam scilicet transsubstantiationis, quem ignorent antiqui !. ” 47. Consentit R. Montacutius ?.

  1. Doctissimus Hookerus 2. Hyperaspistes ipsius Wilielmus Covellus . Theophilus Fieldus, episcopus Landavensis, in libello, quem Pars- sceven paschæ inscripsit, Hookeri sententiam magnoperé laudat ÿ. Bilsonus. Episcopus Wintoniensis ® ad Apologiam Jesuitæ parte !. ubi de Eucharistià tractat. Christoph. Suttonus in libello de hoc sacramento conscripto penë toto; maximè cap. 10 edit. Londini anno 1622, quod caput tun Latinè, tum Anglicè scriptum restat de hac controversiä lectu apprimè dignum. Nuperrimè Georg. Singus in suâ defensione Jac. Usheri Archiepis- copi Armachani * disertè affirmat, ‘ neminem latere, quod multi in Ecclesià Anglicanà præsentiam Christi in sacramento confileaniur, licèt modum non assignent, ”

  2. Archiepiscopus Spalatensis, ut constat, hanc sententiam pro- lixè tuetur; * ** Hic, ” inquit, ‘‘ est tam atrocis et periculosæ dissen- sionis facillimus modus sopiendæ : ut omnes veritatem corporis Christi in sumendà Eucharistià exhiberi uno ore fateamur: et cirea modum quo fiat hæc exhibitio, quippe ineffabilem et inexplicabilem, nobis omnibus silentium perpetuum indicamns : et ex hac dissen- sione schismata coalita extinguamus. ” Hæcille. Vide etiam eundem contra errores Fr. Suarez ?.

  3. Legatur etiam Petri Picherelli, viri longè doctissimi et mode- ratissimi, Expositio verborum cœnæ, et Dissertatio de Missà, &c."

  4. Author ctiam Diallactici de Veritale Corporis Christi in Eucha- ristiâ, plurihus contendit, el ex Seripturis ac Patribus ostendit"

1 {Back. ibid.].

In Antidiatrib. contra Bulengerum, Diatriba 43, p. 443 et contra Anonymum

Controv. Abbrer. [A gagg. for an oldgoose, ote.] Art. 35 fp. 952] et in Appel. ad Cæsarem contra Purit. parte 2 cap. 30 Ip. 289]. 3 De Politia Eccles. $ 61. 4 [A just and temperate Defence of the five books of Ecclesiastical Policie} Art. 47 de Transsubstantiatione contra Puritanos. 5 P. 413 et seq. 5 {The true Difference hetween Christian Subjection, etc, p. 560]. f Parte 1. anno 1632, excus. p. 12. 8 5 de Rep. Ecel. €. 6 et lib, 7, co. 11, n. Tet n,8.

Cap. 2,

19 [inter Opusc. Theol.] it {P. 2 [bseq.] LIB. 1 DE EUCCHARISTIA 639

‘ Eucharistiam non solüm figuram esse corporis Dominici, sed eliam veritatem ejusdem, naturam atque substantiam in se comprehen- dere; ” licèt ‘* quæ de ” ‘ discrimine inter illud corpus Christi, quod in sacramento distribuitur, et id quod de Virgine Marià assumptum, in cœlos ascendit, &c. ’*** Bertramum sequutus. disserit. facilè ali- quos offendant, ” (ut Cassandri verbis utar?. :* quibus, ex verbis Christi persuasum est, et quidem verè, non aliud corpus in sacra- mento fidelibus dari, quäm quod à Christo pro fidelium salute in mortem traditnm fui. Quamvis autem. ” inquit. * hic distinclione aliquà opus sit; malim tamen illam ad modum præsentiæ et exhibi- tionis. quam ad ipsam rem subjectam. hoe est. corpus Chrisli adhi- beri, &c. ”’ Diallacticon hoc extatin fine Voluminis secundi Tracta- tionunr Theologicarum Bezæ. Author hujus libri fuit J. Ponetus. Episcopus Wintoniensis Anglus, et * non alio consilio seriplus et editus est. quàm ut dissidentes Lutheranos et Zuinglianos in gratiam reduceret. * Vide Hospinianum ?.

  1. Sed quia sententia hæc non sat rectè intelligitur neque expli- catur à multis, qui eandem sequi videntur, ac proinde concordia inter dissidentes impeditur, paulo distinetiüs hac de re. quàm multi alii consueverunt, dicamus.

  2. Multi hanc veram et realem præsentian corporis et sanguinis Christi in Eucharistià, et utriusque communicationem, ne oralem et vorporalem aliquam admittere et asserere videanlur. spirilualiler tantüm et per fidem utramque effici et perfici aflirmant. Ecclesiæ Anglicanæ fidem sie exprimit Casaubonus :* ‘* Ecclesiæ Anglicanæ, ut rem omnem brevi compendio complectar. in Cwnà Domini realiter participem se fieri credit corporis et sanguinis Chrisli, ut Patres Græci dicunt, et quod Bellarminus ipse fatetur. spirilualiter. Per fidem enim Christum apprehendunt et manducant, &c. ” Eadem Ecelesia in exhibitione panis mystici, hæc verba Ministro præscribil dicenda : ‘* Corpus Domini, &c. accipe. et ede hoc in recordationem mortis Christi pro te. et temet illo ale in corde luo per fidem cum gratiarum actione. ” Vide etiam alios.

  3. Spiritualiter profecto corpus Christi in Eucharistià exhiberi et accipi nonnulli Veterum disertè dixerunt. Athanasius* : *‘ Quot hominibus corpus ejus suffecisset ad cibum, ut universi mundi alimonia fieret? Sed propterea ascensionis suæ in ewlum mentionem fecit, ut eos à corporali intellectu abstraheret, ac deinde carnem suam (de quà locutus eral) cibum à supernis celes- tem. etspiritualem alimoniam xairveupatuenv tpogñv ah ipso donandam

 IVerba hæc ex Hospin. descripta sunt.]
In lib. Epist. 3 epist. [p. 1084.]
 Loco quo supra pag. 245 [b] 246.

‘In Resp. ad Epist. Card. Perr. loco quo supra ;p. 51.] 5 Inillud Evangelii. Quicunque dixerit, etc. [Ep. 4 ad Serup, $ 19, t. 1, 710.) 660 REVUE ANGLO-ROMAINE

intelligerent. ‘ Quæ enim locutus sum vobis. ‘ inquit‘. ‘ spirilus et vita sunt : * quod perinde est, ac si diceret : * Corpus meum quo ostenditur et datur pro mundo, in cibum dabitur. ut spiritualiler irveupaixGe) unicuique tribuatur, et fiat singulis tutamen præservalio- que ad resurrectionem vitæ æternæ. ” Hæc sive ille, sive aliquis alius scriptor vetus. Macarius* : ‘* [lo tempore magnates, justi, reges et prophelæ nove- rant. venturum esse Redempiorem; at passurum esse. crucifigen- dum. &c. non norant, &c. neque ascendit in eorum cor baplisma futurun ignis ac Spiritôs Sancti; item: in Ecclesià oferendum esse panem el vinum, autitypon carnis ejus et sanguinis, sumentesque de pane visibili. spiritualiter ‘zvevuattx@ç) carnem Domini esuros, &c.”. Bernardus* affirmai. in sacramento exhiberi nobis veram carnis substantiam. sed spirilualiter, non carnaliter, ut ipse Bellarminus fateri cogitur!, licèt inquit: ‘ Non videatur hæc vox ” {spiritualiter multum frequentanda, quia periculum esset, ne traheretur ab adversariis, non tam ad modun: quäm ad ipsam naturam signifi- candam. ” Sed illud, Spiritualiter. neque Romanenses ipsi rectè explicant, adesse scilicet Christuni in Eucharistià, non carnaliter, ‘* non corpo- raliter, id est eo modo quo suapte naturâ existunt corpora. nec sen- sibiliter, nec mobililer, &e, Sed spiritualiter, id est. modo existendi spirituum, cüm Christus totus sit in qualibet parte : ”’$ adesse tamen per transsubstantiationem, ita ‘ ut motis speciebus verë moveatur Corpus Christi, quamvis per accidens : quomodo anima nostra verè

mortis et passionis); ‘‘ differt tamen plurimum; non in effectu, quia ‘ut vidimus in Hilarioi per fidem incarnationis assequimur et animæ salutem et corpori immurtalitatem, et in Eucharistià idem : sed in modo operandi; in Eucharistiä enim, préter fidem, quæ est neces- saria, et quâ per solum intellectum unimur carni Christi, quæ est objectum nostræ fidei, ponimus conjunctionem quandam spiritualem veræ et realis carnis Christi cum anim et corpore etiam nostro, quam melius vocare non possumus, quàm sacramentalem, hoc est, quæ per viam comestionis fiat; ut dum panem sacrum comedimus, simul cum pane, non viâ corporali, sed alià soli Deo not, quam spi- ritualem vocamus, quia certum est non posse esse corporalem; eam vero fatemur cum Patribus esse ineffabilem, inexplicabilem, inexqui- sitam ” ‘ut Cyrillus vocat, ‘ hoc est, non inquirendam, nec indagan- dam. sed solà fide credendam [hoc enim illud est, quod Cyrillus vocabat inexquisitum, videlicet, quomodo per comestionem corpo- ralem panis} nobis exhibeatur ipsum verum corpus Christi, &e. ” et pauls pôst : ‘* EL hic unio realis, sacramentalis, in modo longè diversa à salû unione fidei, omnes machinas, omnia argumenta, omnia commenta Perronii demolitur, et vera Patrum sensa à reali præsentià [hoc est corporali, reddit compertissima; ” et ‘* Fateor, in hac suà declaratione Cyrillum loqui de reali, et non de purä intel- lectuali, de illà videlicet quam jam explicavi, in quà& Christi humani- tas realiter et non relativè duntaxat divinitati eonjuncta mirabiliter editur et realiter, modo tamen aliquo spirituali non corporali; ” et iterum3 : ‘ Quod ait Cyrillus, nos corpori Christi corporaliter uniri; significat certè, ubi de Eucharistiô est sermo objeclivè, quia corpus ipsum verum nobis exhibetur, el corpore ipso noslro nos verum Christi corpus recipere, non solà et purâ fide per intellectum solum, ita ut Christus nobis uniatur tanquam objectum fidei nostræ potentia intellectivæ, sed verè el propriè etiam corpore ipsum corpus Christi recipiamus, non tamen per os et trajectionem in stomachum, sed alio modo nobis ignoto, et penilüs miraculoso atque abdito, quo in comestione ipsà et concoctione panis et vini verum Christi corpus nostro etiaut corpori communicetur. Et in hoc fatebatur Cyrillus, corpus nostrum et non nudam fidem Christi corpus apprehendere, modum tamen quo id fiat nos non comprehendere; et fidem quidem nostram solam id ita esse comprehendere, sed quomodo in particu- lari id fiat, ne fidei quidem nosiræ esse revelatum. Itaque nos cor- poraliter Christi corpori in Eucharistiæ sumptione uniri, potest habere duplicem sensum : alter est, corpus ipsum Christi materiale per os nostrum, in stomachum nostrum trajici: alter ver, nos nostro corpore etiam, et non solo intellectu et spiritu, si dignè accedamus, verum Christi corpus recipere, non per os et stomachum, sed alià vi& soli Deo notà, quam ideo spirilualem vocamus. Primum illud

LD

                            LIB. 1 DE EUCHARISTIA                     564

tione locit, ‘ Patres nostri eandem escam spiritualem manducai runt, &c. ‘, id est {ut ait ille?) Hebræi fideles eandem escam spiri- tualem comederunt? quam nos {licet Chrysostomus*, Theophylactus : et alii multo rectiùs verba illa intelligant de escâ eâdem inter omnr+ Hebræos, tum bonos tum malos, non autem nobiscum; nihil aliui| inde conficitur, quàäm eandem Judæorum et Christianorum escan fuisse quoad significationem, non autem quoad rei significatæ pra- sentiam et exhibitionem. ‘ Aliud est Pascha, ” inquit Augustinus”'. ‘* quod Judæi de ove celebrant, aliud quod nos in corpore et su- guine Domini accipimus. ” et : ‘ Idem, ” inquit, ” in mysterio cibus et potus, illorum et noster; sed significatioue idem, non specie; qui: idem ipse Christus illis in petrà figuratus, nobis in carne manifvs- tatus. ” Haud absurdè igitur dicitur, agnum paschalem, manni petram, &c. fuisse sacramenti Eucharistiæ typos et figuras, quii quod illa typicè significabant et figurabant, hoc non tantüm significul et figurat, sed re ipsà etiam exhibet, sed bonis et fidelibus tantün: ut infrà dicemus; licèt panis mysticus nec substantialiter sit ipsun:- met Christi corpus, neque etiam corporaliter idem in se, &c. con- lineat.

  1. Perperam etiam asseritur, non aliter in sacramento ess: Christi corpus quàäm inesse in verbi pr#dicatione et auditu: alqui: res easdem esse, Christum in baptismo induere et ipsius carnemi à sauguinem in cænà sumere. Christum illiusque cœælestia beneficia pe: verbum, Baptismum et alia Sacramenta {de quibus alias, Deo propi- tio, dicemus) atque per fidem maximè ex parte nosträ, modo viva sil ea, nobis à Deo exhiberi et à nobis accipi certissimum est : Sed non minus certum est, per manducationem mysticam corporis Domini «| potum ejus sanguinis in Eucharistiä nos multo efficaciüs et pleniüs, sublimiüs et augustiüs, strictiùs et arctiùs corpori et sanguini Chris!i uniri et incorporari quam per illa. ‘‘ Quam ob causam hoc sacr:- mentum dicitur per excellentiam Communio; ” ut rectè anuotat 1: Casaubonus? ‘‘ quia ” scilicet ‘ hunc modum ” per manducationeii mysticam ‘* Christus instituit longè efficacissimum perficiendæ uniu- ais ” el conjunctionis ‘‘ quàäm arctissimæ inter sese et membra sui itemque membrorum ipsorum inter se. ” In cœnâ enim per admirabilem virtutem Spiritùs Sancti, invisibi- liter substantiæ corporis [et Sanguinis] Christi communicamus, cuju- participes effcimur, haud secüs ac si visibiliter carnem et sanguinen ejus ederemus et biberemus. In baptismo lavacrum est, sed hic ali- mentum. Baptismus ingressus est in Ecelesiam : Cœæna, nutrimentun:

1 I] Cor. 10. ? In Ps. 11 et tract. 26 in Joan. 8 {H. 23 in[ ad Cor.] 4 In loc. 8 2c. Lit. Petil. c. 37 [$ 87, p. 246 AJ. 6 In Peal. 17, 82 p. 816 F]. 7 Exerc. 16, p. 508, 509. 664 REVUE ANGLO-ROMAINE

in Ecclesià ct conservatio. ‘‘ Baptismus est salus; Sacramentum cor- poris Christi vita, ” ut ait Augustinus!; vide P. Picherellum": et ‘ ad” mysticam ‘ te manducationem verum Christi corpus, non tar- tm animæ sed etiam ‘ corpori nostro, spiritualiter tameu, hoc est, non corporaliter, exhibetur; et sanè alio ae diverso, nobisque propic- quiori modo, licèt occulto, quäm per solam fidem : ” ut rectè Archie- piscopus Spalatensis?. ‘ Et licèt Johannes capite 6. de esu sacra- menti non agat, &c. ‘” inquit P. Picherellus*, ‘* tamen de eâdem carnis Christi manducatione spirituali, mysticâque cum Christo con- junctione, — illic certè per fidem de eonjunctionis initio; in Sacra- mento autem conjunctionis majore propinquitate, augmento, contir- matione, et stricliore arctioreque vinculo, — loquitur. ” Et fides quà propriè Christi caro in Eucharistià spirilualiter, hoc est, incorporaliter, manducatur, non est éa sola, ut quidam dicunt, qu& Christus pro peccatis nostris crucifixus et mortuus creditur: ea enim fides præsupponitur quidem et prærequiritur sacramentali manducalioni, sed non est ejus propria; sed ea fides est, qué credi- tur verbo Christi dicentis : ‘ Hoc est corpus meum, &e. * Credere enim, Christum ibi esse præsentem, etiam carne vivilicatrice, et desiderare cam sumere, nimirum hoc est spivitualiter et rectè eani manducare ‘in Eucharistià : unde Augustinus: ‘{ Quid paras dentem et ventrem” crede et manducasti, &c. ” ut doctiores norunt el notant.

  1. Denique gravissimè erratur, quando ‘ Christum non esse rea- liter in Eucharistià, hisce ratiuneulis urgelur : * Christus est in cælo, loco circumscriptus. &e. igilur non est reipsà vel realiter in Eucharistià, ” Nemo enim sante mentis Christum ë cœlo vel de dex- tr Pairis descendere visibiliter aut invisibililer, ut ‘ in cœnà vel signis lacaliter adsit, * existimat : Fideles omnes unanimi conseusu et uno ore prôfitentur, se tirmiter retinere articulos fidei :* Ascendil in cœlos, sedet ad dexteram Patris, * et modum hujus præsentiæ credcre se non esse naturalem, corporalem, carnalem, localem per se, &c. Sed absque ullà cœlorum desertione, et + supernaturalem; vide Scripta Buceri Anglicaf. Nimis tamen audacter quamplurimi, multis retro sæculis, atque imprimis hoc nostro rixosissimo: nimis inquam audacter, imo plus satis crassè et materialiter de præsentiæ modo loquuti sunt, hodieque loquuntur, quem nos infinitæ Dei sapientiæ et poientiæ omnino relinquenduam censemus. De cæteris quæ de orali, etiam indignorum manducatione corporis Domini dicenda restant. supersedemus scribere donec de transsubs- tantiatione et consubsiantiatione paucis disseruerimus.

    4 de pecc. mer. et remiss. ce. 24[$34 t. 10 19 E]. CE)

    Do.Missa p-+ 208 ct 210. Ubi supra {5 de Rep. EÉcel. c. 6, $ 151, n. 27}, p. 231. PCR

P. 193,

8 T, 95 super Joannem. 6 P. 548, etc,

                                                                       D

LIB. { DE EUCHARISTIA 665

                                 CAP. Il


         In quo de Transsubstantiationis possibililate agitur.
  1. Quod ad Transsubstantiationem attinet admodum periculosè et nimis audacter negaut multi Proteslantes, Deuin posse panem substanlialiterin corpus Domini convertere. Mulla la enim potest Deus

ormnipotens facere supra captum omnium hominum, ini et angelo- rum. Id quidem quod implieat contradictionem non posse lieri, con- cedunt vmnes; sed quia in particulari nemini evidenter constal, quæ sit uniuscujusque rei essentia ac proinde quid implicet, et quid aon implicet contradiclionem, magnæ profecte temeritalis est prop- ler cæcæ menlis nosiræ imbeeillitalem, Deo limites præscribere, et præfractè negare omnipulentiä su illum hoc vel illud facere posse. Placet nobis judicium Theologorum Wiltebergensium in Confes- sione suà anno 4552 Concilio Tridentino propositä cup. de Eucha- ristià?. * Credimus, ‘” inquiuni, ‘‘ omnipotentiam Dei tantam esse, ut possit in Eucharistià substantiam panis et vini vel annihilare, vel in corpus ct sanguinem Christi mulare. Sed quod Deus hanc suam absolutam omnipoteuliam in Eucharistià exercent, non videtur esse certo verbo Dei traditum, et apparet Veteri Ecclesitæ fuisse ignotum. ” Hæc illi, modestè satis. Consentit Andr. Fricius?.

  1. Zuinglius et OEcolampadius aliquoties, ut constal, concesserunt Luthero el illius sequucibus, ac proinde et Romanensibus, ui qui idem non minere contentione urgent in transsubstantiatione suâ defendendâ, quàam illi in consubstantiatione suâ, Deuin quidem hoc posse efficere, ut unum corpus sit in diversis locis; sed quod idem in Eucharistià fieret, et quod Deus id fieri vellet, id vero sibi pro- bari postularunt. Utinam hic pedem fixissent, nec ullerius progressi fuissent discipuli! In Colloquio Malbrunnensi* Jacobo Andreæ Lutherano objicienti, Calvinistas ‘‘ negare, Christi corpus cœlesti modo pluribus in locis esse posse, ‘” ita respondet Zach. Ursinus, Theologus Heidelburgen- sis, ‘* Non negamus, eum ex Dei omnipotentiâ pluribus in locis esse posse; hoc in controversiam non venit; sed, an hoc velle Christum, ex verbo ejus probari possit. Itaque hoc te velle existimavimus, Christi corpus non lantüm posse, sed etiam reipsä oporlere in S. Cœnà præsens esse. &c. ?”* Idem Ursinusÿ; ‘ Conabaris etiam ostendere, ” (alloquitur Jaco-

1 Vide Harmon. Confess, ? [De Rep. Emend.j lib. 4 de Eccl., c. 16, p. 295. 3 Actione oct. 4 Vide Ursini {Opp. etc. t. 2] p. 155. 5 Actione cad., p. 453. 666 BEVUE ANGLO-RONAINE

bum Andræam) ‘* elevari el imminui à nobis omnipotentiam Bei. cm dicamus, Deum non posse facere, ut corpus in pluribus sit locis. aut ut Christi corpus per lapidem penetret : De quo responsum eat non semel, nunquam quæsitum esse aut disputatum, an possit Deus hoc aut illud efficere; sed hoc tantüm, an ita velit, &e. ” Quäm veré hæc ultima dicta sunt, judicet Lector æquus. Sæpe enim Matth. Martinius contra Mentzerum esserit, posse qui- dem Deum, sed non veille. &c.

  1. P. Martyr, in Disputatione de Eucharistià cum Romanensibus habità Oxonii 1349, illis concessit, per miraculum Cbristi corpus per aliud corpus solidum fortè penetrare potuisse, atque sic duo corpora simul in eodem locu fuisse, licèt negaret, propterea unum corpus in pluribus locis simul esse posse. Utrumque tamen istud plurimis Phi- losophis et Theologis doctissimis in naturà æquè absurdum et impos- Sibile, et Deo tamen possibile esse videtur. Verba P. Martvris hic adscribam., Quum Morganus Theologus Romanæ partis locum objecisset Chrysostomi' de penetratione cor- poris Christi ad discipulos januis clausis, respondit P. Martyr!: Chrysostomus, ” inquit, ascribit corpori Christi, levitatem et tenui- tatem tantam, ut januis clausis ingredi potuerit, et crassitudinem tantam aufert, quanta potuit impedire illum ingressum. non tames omnem. ” Subjecit continuo Morganus, ‘ Corpus Christi intravit clausis foribus, crassitudine non impediente, ut dicis; ergo tunc erant duo corpora in uno loco. ” Martyr; ‘* Ad hæe, ” inquil, ‘* due respondeo : primum quod Sacræ Literæ nobis narrant hoc miracu- lum, ideo facilè illis creditur. Verùm quod corpus Christi substan- tialiter præsens sit in multis locis nusquam docent, &c. Allerum, quod assero est : In ill penetratione corporis Christi ad discipulos. vi divinitalis potuisse quantitatem parietis ita cedere, ut duo corpora non fuerint simul eodem loco. Et memini Tertullianum (quia soletis etiam adducere corpus Christi egressum ex utero Virginis clauso: in [libro] de Carnis Resurrectione* seribere, Christum nascendo valvam matris aperuisse. Quod etiam Cyprianus* affirmat; et Hieronymus scribit, Christum de utero Virginis cruentum egressum esse. Sun! qui existimant, Chrislum egressum uterum Virginis integrum omaine et clausum. Ut ergo non omnes idem sentiunt quoad hoc; ita ergu duplicem tibi dedi responsionem; Unam, quà penetrationem istam concedo per miraculum, non tamen ita, ut corpus Christi omuem quantitatem penetrando amiserit; à simili aulem, non concedo, cor- pus Christi esse in multis locis, quia hoc non tradit Scriptura, sed secs ostendit. Altera responsio est, vi divinitatis cessisse fores, ul uliqui dicunt apertum Virginis uterum, &c. ” et: * Deinde Palres

In c. 20 Joan. H. 86. ? Pag. 189. 3 {? c. 23 de Carne Christi.] 4 In expos. Symboli, .

qui banc penetrationem sic affirmant, non habuerunt fortè pro tam absurdo in natur&, duo corpora esse simul in eodem loco, quam uaum corpus esse simul in multis locis. ” Hæc ille. Idem contra Gar- dinerum :‘ Mihi ” inquit, ‘‘ dubium non est, vi diviné, partes ostii ” ‘per quod scilicet Christus ad discipulos ingressus est) *‘ et lapidis ” ‘Hopumenti scilicet, vide locum) ‘‘ cedere potuisse, donec transiret Démini corpus, atque post illud obsequium rursus fuisse conjunc- las, &c. Sed vos fingitis, mansisse lapidis et ligni soliditatem, atque ea salvâ neque cedente, corpus Christi transiisse. Cur suam potius non relinquitis corpori Christi soliditatem, cui lapis et lignum ad momentum eesserit? profecto, quod à me dicitur, et facilius est, et longè verisimilius. Si cui tamen videretur vestræ imaginalioni assen tiri, (quod mihi non videtur,) posset adhuc rixam movere, an tantun- dem absurdi habeant. Due corpora simul in eodem loco esse, et uaum idemque corpus, præsertim humanum, per mulia {oca diffundi. Vos, scio, dicetis paria hæc esse. Quid si ille negarit? dixeritque, hie tolli atque aboleri naturam humani corporis, ibi vero servari? Quibus, obsecro, rationibus illum à suâ sententià dimovebitis; ” hæc ille.

  1. Rod. Hospinianus :? ‘‘ Subito disparere, super aquas amnbulare, cæteraque ejusmodi veritatem corporeæ substantiæ non tollunt, neque etiam per corpus solidum penetrare; quia sunt duntaxat rapaquolxà el Ürepgumxà; sed pluribus simul locis esse totum, &c.

omnia hæc sunt verè dyriguerxà, unique Deitali quadrant. ” Vide Authorem, P. Martvri addictissimum.

  1. Bened. Aretius, Theologus Bernensis :? “ An vero clausis relie- tis foribus sit ingressus Chrislus incertum est, ” inquit. ‘* Fieri potest ut apertæ sint spontè ad Christi præsentiam; tamen Theophy- lactust el Chrysostomus et Cyrillus sic accipiunt, quasi divinitatis hine argumentum eluceat. Vide Cyrillum® et Theophylactumf. Quæ sententia nihil habet absurdi, si ad majestatem solius Chrisli refe- ratur. Nam quà potentiâ supra aquas ambulavit, eâdem fores vel aperire vel transire potuit, ut Deo nihil illi invium sit, &c. ” Sic ile. Joh. Camerarius, vir præstantissimus :7 Jam sub noctem advenit Jesus, nihil obstantibus aut impedientibus clansis foribus ædium, ut mirabilem accessionem illam fuisse indicetur. ” vide illius notas in Novum Testamentum.

  2. Th. Bilsonus, Anglus, Episcopus Wintoniensis‘, de perpetué B. Moriæ virginitate disserens, sententiam Augustini in Enchiridio ad

IP. A7 [potius 21f.] In lib. de formula concordiæ [Concordia Discors etc : pp. 33 b. 3 {Com. in N.T.] in Joan. 29. 19. 4 {in c. 20 Joan. t. I. 763 À.] 5 42 in Joan. c. 83 {t. 4, p. 4090 DE.] 6 Ja hunc locum. T Inc. 20 Joh. [v.48.|

De Christiana subjectione etc. [The true diflerence between Christian subjec-

tion} parte 4, p. 373, edit. in 8. 668 ‘ REVUE ANGLO-ROMAINE

   Laurentium,! ‘* Quod si vel per nastentem corrumperetur ejus inte-
   gritas, jam non ille de Virgine nasceretur. &c, ” probare videtur,
   quod scilicet B. Virgo non minus post partum, quäm illius concep-

A PS

   tionem, virgo permauserit, id est, non solüm {ut multi alii Protes-
   lantes explicant: sine cognitione + viri, sed, absque omni omuine
   corporis læsione; et huic sententiæ Augustini firmandæ multa alia
   ex Augustini operibus ibidem adducit. Vide locum.
      1. Similiter scribit Lancel. Andreas, Episcopns nuper Wintonien-
   sis, in concione super? ‘ Ecce Virgo concipiet ; ‘*et* aflirmat, ante

En

   revolulum per Augelum monumenti lapidem, Christum redivivum
   exlisse ; licèt de lapidis penetratione nihil disertè dicat.

     8. Audialur hic etiæn, si libet, lector benevole, Joan. Casus, Anglus,

OT

   Philosophus et in medicinà Doctor Oxoniensis :* ‘ Non tamen hic”
   inquit, ‘ nego, qain divinà potentià hoc fieri possit, ut unum numers
   corpus in pluribus shinul existat locis: cm constet divinà virtule cor-
   porum pencetrationem fieri posse, qu manifestè probat, duo corpora

2

   esse posse in uno loco. Quare pari modo non minus possibile est, per
   eandem virtutenr unum corpus in locis pluribus contineri. De privri
   parte nemo Christianorum philosophorum dubitat, qui credit, Chris-
   tum illæso Virginis utero natuin, clause sepulchro resurrexisse, ite-
    rurm ad discipulos obseratis foribus fuisse ingressum, et denique ad
   “Patrem ascendentem cœlum penetrasse. De alterà ver parte quis
    litigare debet, si placeat divinæ majestati potentein virlutis manum
    Petro porrigere, ut super aquam inambulel? et D. Ambrosio, ut in
     eodem instanti divinis rebus Mediolani assistere et Turonæ exequiis
    D. Martini præsens, interesse dicatur : si Antonino (viro fide non
    indigno) sic narranti credamus$. Neque est quod hine concludas
   contradictionem in Dec. Quæ enim potest esse in infinilo contradie-
   tio, quantumvis hominem in belluam aut statuam salis vertat?
                                                              At
   dices, esse contradictionem naturæ, quam ul ancillam sub umbri
   alarum fovel. Non est, tum quoniam iflam ut servam suæ vol'inlati et
   patentiæ subjectam fecit: tum quoniam illius naturam non immobilem
   sed flexibilem mutabilemque fecit. Addo etiam, quod hoc concesse.
   non tainen sequelur contradictio quia uaturà unius vel alterius con-
   tra legem naturæ concussâ aut mutatà, universalis natura eodem
   motu labcfactata non concidit. Hoc ergo imperium in multis sihi
   reservat Deus, ut mortales videntes mirabilia Dei, et Deum esse, et
   mirabilem in suis operibus existere semper agnoscerent. ” et paule
   post? ; ‘ Interim moneo curiosos sophistas istius ætatis, in quà ‘heu:
   nimis multi Athei esse contendunt , ne in rebus sacris, divinæ polen-
   tiæ, mirisque et occultis miraculis naturæ, nimium increduli persis-

     ? Cap. 34.
     2 C.8 Isaixæ, v. 14.
     3 P. 74 circa finem.
     41, p. 576.
     & In comment. in 8 1. Physic. Arist, 1. 4 c. 3, p. 523 [p. 481].
     5 V. Anton. 2, p. S. 10 cap. 114.
     7 {P. 432.|

LIB. I DE EUCHARISTIA 669

tant. Incredulitas enim in mysteriis Dei infidelitatis filia est, spu- riosque infinitos nomine Christianos gignit. Si rationem ergo non videas, &c. ne statim exelames (ut soles) ‘ Hæc fabula est, fieri non potest; Imo, sine contradictione Deus efficere non potest, nt unum idemque corpus numero in duobus simul subsistat locis, aut duo in uno. ” Qui enim omnia ex nihilo finxit efficere potest, ut corpus elauso sepulchro (non per Angelos, ut ais, remoto lapide surgat : ut clauso ostio, (non cedente, ut somnias}) ad discipulos intret. Quo concesso, cur spasmo et paralysi illius jam dextram laborare dicis, ut h&æc non possit? Nam quamvis tecum consentiam, quod raro hæc faciat, dissentio tamen si doceas, quod omnino non possit. ” Hæe omnia ille, quem cum opere mirificè laudant plurimi tum Theologi, tum etiam Mediei et philosophi Oxonienses, ut videre est in operis initio. Viri moderationem commende. Sæpe etiam est aliter valdè opportuna locutus.

  1. Christum Luc. 2 93, et à quibusdam etiam Patribus (vide hic Maïdonatum in locum Lucæ nunc indicatum) Christum nascendo imatris ulerum aperuisse dicitur : sed quo sensu videantur Inter- pretes. Quäm reciè autem dicta illa explicent, nos quibus brevilas hic maximè placet nihil dicemus impræsentiarum. Certè complures ex Patribus h&æc duo ut miracula, Christi scilicet nativitatem, seu ingres- sum io mundum per clausum matris uterum, et ingressum ad disci- pulos januis clausis sæpe conjungere solent; in utroque ‘ totam rationem facti esse potentiam facientis, ” ut loquitur Augustinus *, affirmantes. Videantuc lie alii hisce de rebus fusè disserentes. Sed, ut dieanius quod res est, nrhil hic certi et tanquam de fide, statui potest: ignorantiam nostram humiliter agnoscamus omnes in plurimis quæ à Deo facta leguntur, quæque eliam non raro hodie fieri cernuntur; potentiam divinam admirari discamus, et caveamus ne propter nostri pectoris angustias quicquam absolutæ Dei potentiæ qui operatur suprà quam petimus aut intelligimus ? detrahamus aut derogemus.

  2. De modo quo Christus in cœlum assumptus est, placet modestia Gulielmi Estii, qui * sic scribit; ‘ Curiosiüs nonnulli serutantur, an Christo ascendente divisi fuerint cœli, an vero sine divisione eos penetraverit, quomodo clausis januis ingressus fucrat ad discipulos. Arbitror dicendum, Christum pertransivisse cœlos æthereos, ec modo quo nunc est in summo cœlo; et quomodo omnes beati cum gloriosis suis corporibus illic versaturi sunt. Sed quo id modo fiat”? Nihil certi : Crediderim tamen cœælestia corpora cessura sanctorum corporibus, eo modo quo nostris hic corporibus aer cedit. Nam per- petuam illie dimensionum penetrationem ponere, minus habet rationis. ” Hæc ille, qui etiam de B. Virginis partu disserens *, sic

lin Ep. 3 ad Volus. [nunc Ep. 137$ 8, t. 2]. ? C. 3 ad Ephes. 8 In annot. Jin præcip. ac diffic. SS loca] in €. ult. Marci, v. 49 [p. 527]. € Annot. in c. 2 Luc. v. 23 [p. 536]. 679 REVUE ANGLO-ROMAINE

loquitur. ‘‘ Vel dici potest, secundüm multos Catholicos doctores, uterum Virginis nulle modo fuisse apertum, sed miraculo quodam supernaturali, sic Christum prodiisre utero clauso, sicut prodiit elause sepulchro, el sicut ingressus est ad discipulos januis clausis; vel, secundüm Hieronymum et alies qaosdam, dici potest, per naturalem meaium exiisse fœtum sine ullà materni corporis violatione, qualis sit in aliis matribus, quæ proinde magno eum dolore pariunt, maximé in primo partu. Itaque sicut in primo statu fuisset partus naturalis, per meatus naturales, sine detrimento maternæ integritatis: ita dici potest, et in illà matre id accidisse, eni soli contigit sine corruptione concipere. Nam elin primo stalu conceptus et partus sine virginitatis detrimento fuisset, quia corruptio est ex pecealo. ” Hæc ille.

  1. Accidentia etiam per divinam omnipotentiam extra omne sub- jecitum posse existere, putavit David Gorlæus Ultrajectinus in suis Exercitationibus Philosophicis : ! ‘ Quin et extitisse, ” ait, ‘* videri deduci ex historiä creationis. Dicitur namque lucem esse conditam. Hæc erat, ” inquit, ‘* accidens, non aliqua substantia lucida. Appel- lavit enini lucem Deus diem, lenebras noctem. At dies non est sub- stantia aliqua Incida, sed lamen productum, quod est accidens. Lax hæc in nullo erat subjecto. Quodnam quæso fuisset illud? An aer? Sed ille die secundo demum producebatur. An terra? Sed hæc est corpus opacum. An aqua ? Sed hæc erat terræ permixta. Taceo, quod aqua illuminata dies vocari nequeat. An cœlum primo die conditum? Sed illud est Empyreum. In eo vero non fuit hæe lux, quia in eo non fuit dies, non fuit nox. Lux vero dies vocabatur. Fuit ergo accidens extra subjectum, ete. ” Sic ile, qui tamen, ut ab aliis Rigidiorum quorundam Protestantium placitis non penitüs abhorruisse illum videas *, contendit, non posse unum corpus esse in duobus locis, 8t nec duo corpora in uno loco, etc. Ratio hæc de prima luce ab omnibus ferè Romanensibus huic sen- tentiæ probandeæ affertur, in candem sententiam citato etiam Basilio?, et Joan. Damasceno *. Vide Bellarminum * aliosque ferè omnes. Sed supra hac re placet magis judicium Bened. Pererii: $ t‘ Si Basilins, ” inquit, “ ut præ se fert, sensit, lucem quæ est accidens, ab omni materià separatam, esse à Deo primo die ereatam, maximum pro- fecto inducit miraculum, et nunquam alias factum præterquam is unico Eucharistiæ sacramento. In primà vero rerum effectione ad miracula non est confugiendum. Quod si Basilius existimavit, primam illam lucem fuisse factam in aliquâ materiä, quæ postea soli sil adjecta, vel ex qnâ sol formatus fuerit, idem sentit Beda et Gregorius Nazianzenus in oratione de Novo die Dominic. ‘ Sic ille.

? Exercit. 5, $ 2, p. 93.

Exerc. 40 De loco, 81, p. 212.

5 H. 2 de Opere sex dierum, et rursus H 6 [8 2, 3, t. Ï]. #2 de Fide Orthodoxa, c. 1.

 3 de Euch. c. ult. $ Resp. Falsum esse.

Ê] In c. 1 Gen. v. 3 [n. 75]. LIB. } BE EUCHARISTIA 671

Audiamus etiam Estium ‘: ‘ Probabilissimum,"” inquit, ‘* videtur, per illam lucem intelligi, vel corpus aliquod lucidum, vel potius ip- sam qualitatem lucis, magnà cæli parte diffusam : Quæ quidem lucida cæli pars, demde fuerit instar inateriæ, ex quà postea in partes dis- iributa, ac veluti in igneos globos condensata, Sol, Luna cæteræque stellæ face fnerunt, &e.” Sic lle.

  1. Christoph. Sheiblerus, Lutheranus? : ‘* Pontificii quidem,” in- quit, ‘ dicunt, divinà virtute posse accidens à substantià separari, sieut aiunt factum esse in Eucharistià; in quâ post consecralionem ‘dicunt esse quantitatem, et figuram, et saporem, et colorem, &c. pa- anis, ablatà substantià panis. Sed hæc sententia efficaciter refutatur ex Scriplurà, quæ post consecrationem etiam nominat panem, neque ulla est necessitas hic à literä recedendi. Nunc autem non definimus an alioquin divinà virtute possint accidentia exira subjectum subsis- tere.” Sicille. do. Juellus, Episcopus Sarisburiensis, vir quidem doctissimus, sed Tigurinis, vir quidem doctissimus, sed Tigurinis el P. Martyri in con- troversià Sacramentarià nimiùm addictus, ut suprà monui, in Repli- catione ad Hardingi responsionem, &e. Art. 40, ‘* De accidentibus sine subjecto®: ” ‘ Novimus, ” inquit,‘* Deum omnipotentem esse, el posse non solum accidentia sustinere ” {sine subjecto scilicet), ‘ sed et mortuos postquam computruerunt, ad vitam revocare. Sed ut Ter- tullianus * ait; ‘ Non quia omnia potest facere, ideo credenduni est, illum fecisse; sed, an fecerit, requirendum."””" Sic ille. Similiter Arthurus Lakesius, Bathonensis et Wellensis Episcopus ÿ affirmat, ‘‘ Romanenses in argumento Transsubstantiationis multum de possibili divin4 potentia disserere, quuni Protestantes solüm de possibili secundüm voluntatem divinam loquantur.” Vide locum. Certè, haud pauca firmiter credimus omnes, quæ, si ratio humana consulatur, non ininus impossibilia esse, el contradictionem mani- festam implicare videntur, quäm ipsa Transsubstantiatio, de quibus legesis alios, qui hæc fusiüs pertractant. Dogma de resurrectione eorundem numero corporum, ut alia ruit- tamus, post Origenistas et hujus sæculi Anabaptistas, hodie etiam Remonstrantes tot non minus difficilibus quäm curiosis ineptisque quæstionibus, quæ aptæ natæ sunt, fidem et veritatem totius Articuli de Resurrectione mortuorum planë suspectam reddere ac dubiam, obnoxium esse videtur; ut aflirmare non vereantur, ‘ de eo se nihil certi definire posse, sed unicuique fsuum judicium relinquere Hibe- rum, donec summus Arbiter quæstionem decidat. Nimiam horum lominum hae in re, ut et in aliis multis audaciam

? Annot. in præcip. et diff. SS loca. Annot. in c. 1 Gen. v. 3, ? Introd. Log. e. 6 p. 302, 303. 3 In fine.

C. Praxeam fc. 10:.

3 In concione super €. 14. Marci, v. 35, 36 ip. 3) p. 147. 6 Vide Resp. ad Specimen Calumniarem, cte., (p. 420b), 121 et Apolog,, etc., c. 19, etc. ' 672 REVUE ANGLO-ROMAINE

in dubium vocandi ea, quæ ab omnibus orthodoxis semper credita sunt, el quidem Scripluris clarissimè suffragantibus, probare non possumus; discant tamen hinc omnes, si Paganam infidelilatem, vel etiam Scepticam èzsynv, Pyrrhoniam hæsilalionem el Theologiam Problematicam, ul appellant, devitare velint, maturè capistrum las- civiæ ralionis nostre injicere, et sub fidei obsequium, in is quæ elaré sunt in Scripturis tradita, humiliter captivare ; in aliis etiam, quæ non adeo clarè nobis patefacta sunt, infinitam tamen Dei potentiam non nimis coarctare et restringere ad communem naluræ cursum et ralionis nostræ captum. ‘ Interest enim et nostræ pielatis el Dei im- mensitalis, ea sentire, quæ senlire non possumus: senlire quidem in ipso per ipsum, quæ per nos senlire nequeamus. Nunquam satis fue- rit homini felicis ingenii, cogitare omnia magnifica, ingentia, im- mensa de ineffabili omnipotentià Dei. Nam quotusquisque nostrüm ignorat inscitiam sua ? Quam tum demum cum verà sapientiä com- mutabit : ubi non invitus ac vero lubens, fatebilur se nihil scire, ut præclarè inquil J. C. Scaliger*.

1 Exoteric. Exercit. 363, $ 9, p. 112.

                                                  (A suivre)




                            Le Direcleur-Gérant: FERNAND Ponraz.

           PARIS, — INPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETIE, 13.




                                                 Google
                                                     [e

dre ANNÉE N° 15 14 MARS 1896

                                REVUE                              ©"

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu os Potrus, et su- Spiritus Sanctus po- per hanc petram suit opiscopos re- ædificabo Ecolosiam gero Ecclosiara Dei. meam ... ot tibi dabo claves ... AcT. ax. #3, MATTH. XVI. 5-1.

                                 SOMMAIRE :
                                                                                    rAGss

3.-B. CouzBeaux .... Abouna-Salanta .......................,...,.... 6133 V. ERMONI........ L'Église Romaine en face de l'Église grecque schis- matique. — Une réponse.........,........... 697 Chronique. ................,...e..se.s.sssvsoee 703 Docuuex?s.... Considerationes modesta: et pacificæ de Eucharistia, 705

                                     PARIS
        RÉDACTION                  ET      ADMINISTRATION
                                17, RUE CASSRTTE

                                        4896

ABOUNA-SALAMA

                             {Suite et fin.)




   Patronage accordé par Suläma aux missionnaires prolestants
                            en Abyssinie.

L'activité fiévreuse que les pasteurs méthodistes avaient déployée au palais patriarcal du Caire ne se ralentit pas après le premier succès remporté. Îl restait à en recueillir les fruits et ils suivirent leur ancien pupille dans son vaste diocèse d'Abyssinie. Grâce à Salama, Isenberg auparavant expulsé par Oubié put rentrer dans le pays avec un autre missionnaire méthodiste, nommé Krapf, ei se réinslaller triomphalement dans la maison qu'il avait bâtie à Adoua (1842-1843): Oubié lui en donna l'autorisation et le fit savoir aux chefs de la ville d'Adoua. L'Allaka Kidanëé-Mariam ‘, curé-doyen de l'Église Medhaniè-Alem? et, à ce titre, maitre du grand quartier qui forme cette paroisse et comprend la partie la plus considérable de la ville, reçut le porteur de l'ordre d'Oubié autorisant la réoc- cupation par Isenberg et les siens de l’ancienne maison de la Société biblique, située au-dessous de l'Église. Aussitôt, il sonna le tocsin, et, ayant rassemblé le clergé, s'en aila processionnellement sur la place du Marché suivi d'une foule considérable et précédé de la Croix et de l’image de la Vierge. Après que le messager d'Oubié eut lu l'ordre de son maitre, l'Ailaka se tourna vers Isenberg et lui demanda s'il était chrétien. Sur la réponse afflirmative de ce dernier, il lui dit: « Eh! bien, si tu es chrétien, donne-nous-en la preuve. Prosterne-loi devant la Croix et devant l'image de la Mère de Dieu. » « Qu'est-ce que cette croix pour que je la vénère ? répliqua impu- demment Isenberg. Qu'est-ce aussi que Marie? Si elle fut mère de Dieu, elle n'en est pas môins une simple femme de mon pays. » Cet audacieux blasphème souleva l'indignation de la popuiation,

1 « Alliance de Marie.» Il jouissait d’une puissance égale à celle de l'Allaku Hapté-Sellassié. IL était favorable au catholicisme et quasi converti.

« Sauvour du monde. »

 REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. 1, — 43.

bus. = 674 REVUE ANGLO-ROMAINE

outragée dans sa foi et dans sa dévotion à la Sainte Vierge. Le clergé, d'une seule voix, lui répondit par une senlence d’excommunieation contre lui et contre quiconque aurait des relations avec lui, paree qu'il n'était qu'un suppôt de Satan. Oubié, instruit de ce scandale, entra dans une colère terrible et Isenberg fut de nouveau expulsé. Un scandale du même genre éclata à Débaroua dans le Hamassien: le pasteur du lieu dut également partir et il alla rejoindre Isenberg à Massaouah. Plus tard, les missionnaires méthodistes rentrèrent dans le Choa et y subirent de nouveaux échecs. Malgré cela ils ne se décourage- ront pas et continueront de répandre leurs Bibles partout, et avec elles Le nom et l'influence à l'Angleterre.

Salama fauteur de troubles religieux. Son bannissement (1843-1845).

Les trois écoles rivales qui divisaient les théologiens de l'Église d'Abyssinie se disputaient le patronage du nouvel évêque. Salama avait recu l'ordre du patriarche d'enseigner la doctrine de oueide- keb; mais il ne l’imposa pas d'une manière absolue durant les trois premières années de son épiscopat, conférant indifféremment les ordres aux sujets des diverses écoles. Cette manière d'agir mécon- tenta les partisans de l'owelde-keb, qui avaient eu toutes les faveurs du prédécesseur de Salama, Abba Kerlos, et il en résulta une sourde opposition entre les ouelde-keb et les kébut, opposition qui devait bientôt éclater au dehors. Ce qui mit le feu aux poudres, ce fut le retour des députés envoyés à Rome et à Jérusalem, porteurs d'une lettre du patriarche de Jéru- salem à l’Abouna Salama, dans laquelle le patriarche définissait cer- tains points de doctrine pour être enseignés dans toutes les écoles. La nouvelle de cette précieuse lettre qu'Abba Ghebré-Michaël apportait avec lui, avait précédé le retour de ce dernier à la cour par les récits des témoins qui avaient accompagné Salama; aussi les gens du parti ouekle-keb, les plus directement atteints par la nou- velle profession de foi, résolureut-ils d'arrêter le mal dans son prir- cipe, fût-ce au prix de la vie du moine porteur de la missive. Celui-ci. prévenu lors de son arrivée à Massaouah de ce qui se tramait contre lui, dul se séparer du reste de la mission et prendre des chemins détournés. Une fois arrivé à Gondar, il fit part de celte lettre aux docteurs € aux prêtres; elle fut diversement accueillie par les uns et les autres suivant qu'elle se rapprochait ou s'éloignait de leur opinion persur- nelle. Mais la colère de l’Aboun fut si grande qu'il voulut faire mettre en prison le moine qui l'avait apportée. Quant à Abba Ghebré-Michaël. il n'échappa aux fers qu’en restant enfermé chez l'Etchéghié, jusqu'à ABOUNA-SALAMA 675

ce que celui-ci eût procuré une rencuntre avec l'évêque dans une assemblée synodale où la lettre serait lue publiquement. Mais l'Abour redoutait l'éclat d'une semblable réunion. Une pro- mulgation si solennelle de la lettre du Patriarche lui eût lié les mains, alors qu'il espérait dominer les diverses écoles. Il réussit à faire entrer dans ses vues le faible Allaka Haplé-Sellassié, pour lequel Abba Ghebré-Michaël avait beaucoup de déférence. L'Allaka vint un jour iaviter ce dernier à se rendre avec lui à l'évêché, où se trouvait réunie une nombreuse assistance tant de prêtres que de laïques; il était done inutile de convoquer une assemblée synodale pour donner lec- ture de la profession de foi du patriarche. Et pour plus de sécurité, Antoine d'Abbadie serait présent et traduirait le document. Sans aucun doute Hapté-Sellassié y allait avec droiture et il trompa inconsciemment son ami comme il l'avait été lui-même par l'Aboun. En eflet, quand l'assemblée fut réunie, on présenta la lettre à l'Aboun; celui-ci en prit connaissance; mais, au lieu de la lire tout . haut, illa garda pour lui et l'assistance ne sut pas ce qu’elle conte- nait. . Abba Ghébré-Michaël reprocha à l’Aboun son improbité flagrante, sa désobéissance à l'autorité patriarcale, lui déclarant que cette con- duite autorisait le clergé éthiopien à ne plus le considérer comme métropolitain et à ne plus lui obéir. Pour toute réponse, Salama fit souffleter Ghébré-Michaël et le fit mettre aux fers. Puis, apprenant qu'il était le précepteur de l'Atsié Johannès et très en faveur auprès de Ithiéghié Ménène, il le renvoya : « Loin de moi, maudit, excommunié ! » lui dit-il. À quoi Ghébré- Michaël répliqua: « Ne t'ai-Je pas dit tout à l'heure que du moment que iu as mécunnu la lettre du Patriarche, tu n'as plus de juridic- tion sur nous? Comment peux-tu danc m'excommunier? » Dès lors la guerre fut déclarée entre l'Aboun et l’école des Tsegga- Lidÿ?. Le roi Sahlé-Sellassié * ayant envoyé vers lui l'Allaka Asserate t pour être ordonné diacre, le Puntife refusa d'abord en disant : « Je n’ordonne que ceux qui sont en communion avec moi.» Mais bientôt, craignant de s'attirer des difficultés à cause de la haute réputation du candidat comme théologien et de sa faveur auprès du roi du Ghoa, il consentit à lordonner. Grande fut ia déception d’Asserate quand, à peine rentré dans son pays, la nouvelle lui parvint que l’Aboun avait déclaré ne pas avoir

1 « Sa Majesté. » ? « Fils de la Grâce » ou « Fils adoptif ». 3 « Miséricorde de la Trinité. » 4 «Il l’a liée » par cet enfant. — Nom que donne la mère à son enfant, en ex- primant sa première impression après sa délivrance {usage biblique). Ce nom n'empéche pas l’imposition d'un autre au baptème. Ils sont employés simultané- ment comme noin et surnom. 676 REVUE ANGLO-ROMAINE

prononcé à son ordination la formule de bénédiction, mais bien celle de malédiction contenue dans le psaume CVIIL Il reprit la route de Gondar, accompagné d'Oueldé-Sellassié ‘, savant docteur et maitre d’Abba Ghebré-Michaël, ainsi que de nombreux prêtres de son pays. ILétait, en outre, porteur de lettres adressées àal'Etcheghié. à l'Ithiéghié et à tous les grands de la Cour impériale. L'Ithiéghié partageait alors avec Atsié Johannès l'exercice du pouvoir royal, qui paraissait se borner d'ailleurs à l'administration de la capitale et à la direction aula haute surveillance des partis religieux. Mais à cette époque l'Ithiéghié était la propre mère duras Ali; elle était sûre de l'appui de son fils et sa puissance était dès lors considé- rable. Sur la plainte présentée par Asserate et les envoyés du i roiHit Sahlé-Sellassié, la reine cata l'Aboun à son tribuual ; mais celui-rtoi. * répondre : « Vieille folle, il ne convient pas que je sois jugé par huit La reine lui répliqua : « Eselave trop cher acheté au prix de mille thalers, viens en hâte répond re aux accusa tions portée s conire toi, » Elle n'eut pas le dernier mot, car l'évêqu e riposta : « C'est parce que je vaux beauco up que j'ai coûté si cher; mais toi, lu ne trouveras personne qui veuille donner de toi seulement trentele clergé thalers. Jamais je ne comparaîtrai devant Loi. » L'Etchéghié et tout prirent parti pour la Reine. Sur ses entrefuites le ras Ali, alors occupé à réprimer une rébellion qui avait éclaté dans le Godjam, rit la main sur une lettre adressée par l'Évèque à Gochou* Berou ‘et dans laquelle Salama déconseillait ce dernier de se soumettre. Aussitôt Ali envoya l'ordre d'expulser l'Aboun du royaunre et de le renvoyer en Égyple. L'expulsion fut difficile ; on se battit aux abords de l'évêché; mais,, Salama au bruit des décharges de mousqueterie tirées par les gensdedes'empa la reine envoya les généraux et les troupes avec ordre rer de l'évêque par la force. Celui-ci fit aussitôt cesser le feu et se cunsli-le tua prisonnier; il traversa la ville, injuriant et excommuniant:tout on lui monde, et fut enfermé dans la tour du château royal. Comme d'épine s, offrait une image à baiser représ entant le Christ couron né il la jeta à terre, en s'écriant : « C'est une image romaine!» Grâce à l'intervention de sa première victime, Abba Ghebré -Michañl, il fut soustrait aux mauv ais traite ment s que plusie urs voulaient ii faire subir et put partir sain et sauf. fit signi- 11 alla demander asile et secours à Oubié; mais celui-ci luid'obten fier de prend re une autre route. C'est en vain qu’il essaya ir une audience: Oubié refusa de le recevoir, prétexlant qu'il était malade.

  1 « Fils de la Trinité. »
  £ Gochou, « son bouclier » au père et à la mère.
  8 Rerou, « son argent».

ABOUNA-SALAMA 677

Alors l'évêque se retira dans la maison qu'on lui avait permis d'occuper à Mathétialo, jusqu'à l'achèvement de celle qu'il faisait construire à Add’Aboun.

          Le Métropolitain durant son exil (Â845-18A7).

Le fougueux évêque, condamné à rester inactif, n'eut plus désor- mais d'autre pensée que celle de s'enrichir, 1] avait plus que per- sonne l'esprit de négoce etl'amour du luxe : aussi sa fortune devint- elle considérable. Ses principales sources de richesse élaient : 4° les impôts écrasants qu'il prélevail sur ses terres; 2° les taxes simo- niaques qu'il exigeait des aspirants aux ordres sacrés, ainsi que la venie des dispenses et des grâces de l’ordre spirituel; 4 enfin diverses sortes de trañe, y compris la traite des esclaves. Plusieurs scandales éclatèrent. Le P. Félicissime, capucin, ayant expédié à ses missionnaires une certaine somme d’argent, l'Aboun attira chez lui le porteur de l'argent et le dépouilia. Mais bientôt après, Salama ayant envoyé en Égypte, sous la conduite de son parent Hadgi-Kier, une caravane comprenant neuf esclaves et vinglt-trois mules chargées de kousso, le P. Félicissime les fit saisir pour obte- nir restitution des divers objets volés par l'Aboun. L'affaire fut portée devant le divan à Massaouakh et jusqu'au tribunal d'Oubié ; l'éclat donné à celte affaire-:ne servit qu'à mettre davantage en lumière la bonne foi des missionnaires catholiques et la maihonnèteté de l'Aboun. Toutefois, Oubié ne l'expulsa pas à l'instar des princes de l'Amhara et du Choa. Pour lui l'Aboun était un instrument politique et, malgré sa défaite de Débré-Tabor ‘il n'avait pas perdu l'espoir de régner un jour en maître sur toute l’Abyssinie. Salama le comprit et solidarisa sa cause avec celle de l’ambitienx roi du Tigré. Celui-ci ayant repris les hostilités contre le ras Ali, l'Aboun, à force d'intrigues, détacha du parti du ras plusieurs vassaux de ce dernier qui se coalisèrent contre lui. {ls durent préter entre les mains de l’'Aboun serment de fidélité à Oubié, sous sanction d'excommunication en cas de parjure. Salama expédia par ailleurs un messager vers Gochou, le maitre du Godjam, et son fils Bérou pour les presser de inettre au pillage la ville de Gondar, cela encore sous peine d'excommunication. Bref, il ne négligea aucune menace pouvant provoquer un sentiment général contre Ali. C'est encore aux instigations de l'Aboun qu'est due la révolte du gendre même du ras, le jeune et ambitieux Cassa, qui va bientôt appa- raitre au premier plan sur la scène politique de l’Abyssinie (1846).

Ÿ« Mont-Thabor » 678 REVUE ANGLO-ROMAINE

Après quelques mois d'une guerre d'escarmouches où aucun des deux partis ne fut victorieux ni vaincu, l'étoile d’Oubié parut pälir tout à coup : son frère Merso! venait d’être défait, ses troupes étaient décimées par la famine et par le froid; un jeune prince tigréen, neveu du ras Oueldé-Sellassié, Balgheda-Areya, prenait parti contre lui et entrainait à la révolte nombre de mécontents; bref, Oubié voyait une fois de plus la fortune se tourner contre lui, Salama aussitôt n'hésite pas; il se sépare du vaincu, délie tous les sujets d'Oubié du serment de fidélité et les somme, sous peine d'ex- communication, de passer sous les drapeaux d'Areva.

  Guerre d'intrigues entre Salama et Oubié.      Mœurs libertines
                       de l'Aboun (1847-1848).

Oubié conclut la paix avec Ali, mais non avec l'Aboun. Celui-ci cependant poursuivait ses intrigues et envoyait des messagers à Liben, fils d'Amed, chef Galla, vassal du ras Ali, pour organiser une révolte générale contre ses deux adversaires, désormais unis, les rois du Tigré et de l'Amhara. Mais ceux-ci devaient passer sur les terres d'Ali et craignaient d'être arrêtés. « Si vous êtes arrêtés, leur dit le rusé Aboun, déclarez que vous êtes des envoyés d'Oubié et non de moi. » Ceux-ci,ayant été effectivement arrêtés en roule, firent ce que Salama leur avait ordonné. Grande fut alors la colère d'Al contre Oubié, qu'il accusait de trahison. Mais les deux officiers qu'Oubié avait envoyés à son rival après leur réconciliation et comme gage de leur bonne amitié protestèrent énergiquement au nom de leur maître, affirmant que dans la circonstance il ne pouvait être que victime lui-même de quelque infâme trahison. Sur leur de- mande, on mit les messagers à la question et ceux-ci finirent par tout avouer. Ce qu'apprenant, Oubié résolut d'en finir avec Salama et de faire ce que depuis longtemps avait fait Ali, c’est-à-dire de chasser l'Aboun de ses États. Des bruits infamants s’élaient répandus sur la moralité du person- nage; mais, étant donnée la dépravation profonde du peuple abyssin qui le rend très blasé, on n'y altachait que peu d'importance, lors- qu'un scandale public éclats. L'Abounr comptait parmi ses maïtresses la femme d'un de ses serviteurs qu’il avait exprès chargé d'une mis- sion loin de la capitale. Il se croyait tranquille lorsque son messager revint et découvrit l'adultère. Celui-ci voulut tout d'abord intenterun procès à son maître devant le Dedjazmatch Oubié, mais l'Aboun parvint à le gagner à prix d'argent. Toutefois ces incidents avaient fait du bruit. Salama résolut de se 1 « Son oubli » d’une perte précédente. 4 Hist. Miss., c. 18. ABOUNA-SALAMA 679

débarrasser d’un rival importun et il le fit mettre aux fers et enfer- mer dans sa prison de Djenda (1855). L'Aboun cependant n'ignorait pas qu'Oubié avait formé le dessein de le chasser de ses États. Il s'enfuit done de son château d’Add- Abiéto et se réfugia dans l'asile inviolable d'Aksoum. Les portes sacrées du temple n'arrêtèrent pas la colère d'Oubié et il somma les gardiens du sancluaire de lui livrer le criminel, traitre à la fois à l'Église et à l'État. Toutefois Salama trouva encore le moyen de s'échapper et se réfugia au couvent de Debré-Damo. Malgré ces scandales, le prestige que lui donnait son caractère religieux aux yeux des populations le fit accueillir avec enthousiasme par le gouverueur de Debrè-Damo et de Seriro, et, pour garder l’Aboun, il se révolta contre Oubié. Aussitôt Salama de déclarer ce prince déchu du trône et d'investir le gouverneur de la royauté, lui en promettant la prise de possession effective pour la fête de la Croix (27 sept. 1848), date qu'il prédisait comme devant être celle de la mort d'Oubié. Le malheur fut que ses prédictions ne se réalisèrent pas.

  Persécution de Salama contre la mission catholique (1846-1854).

Oubié, reconnaissant des services rendus par M. de Jacobis lors de l'envoi de l'ambassade au Caire, avait constamment protégé le missionnaire catholique et son œuvre: grâce à son appui, une nou- velle mission avait été fondée à Gouala en plus de celle qui existait déjà à Adoua. Le jeune Aboun se rendait compte de ces progrès et ne savait comment les arrêter. Pour lui, le catholicisme c'était l'ennemi, et jusque-là, au milieu de sa vie agitée, il n’avait pas eu le temps de lui Évrer une bataille définitive, Mais un événement survint qui fit éclater sa colère et lui mit au cœur le désir d'en finir avec son ennemi. Ge fut la venue d'un évèque catholique en Abyssinie. Jusque-là il voyait sans doute en M. de Jacobis un ennemi redoutable, mais isolé, tandis qu'un évêque, un consécrateur de prètres, c'était un ravisseur de la seule autorité qui lui restât.... A tout prix il fallait l'empêcher de s'établir sur le sol abyssin. C'était à La fin d'octobre 4846. Me" Massaia venait de joindre M. de Jacobis, et était chargé par Grégoire XVI de conférer à ce dernier la consécration épiscopale. Quant à lui, il ne devait pas rester en Abyssinie comme le craignait Salama, mais passer vers les pays Galla'. L’Aboun demanda aussitôt des soldats aux princes de l’Agamié, alors révoltés contre la domination d'Oubié; ceux-ci mirentla mis- sion au pillage; mais fort heureusement M. de Jacobis avait été pré-

1 Hisl. Mios., c. 18. 680 REVUE ANGLO-ROMAINE venu à temps et tout le personnel avait fui quand les émissaires de l'Aboun arrivèrent. Salama cependant ne se tint pas pour battu. Il lança tout d'abord un déerel général d'excommunication contre les missionnaires et tous ceux qui auraient quelque rapport avec eux. En vertu de ce décret, il était défendu « à tout Abyssin de leur donner à boire ou à manger, ou de les recevoir dans sa maison ». H ne s’en tint pas là et ne recula pas devant la mesure extrème de l'interdit général jeté sur toutes les églises du pays. La privalion des sacrements el surtout de la sépulture religieuse devait avoir pour effet de soulever les populations et par ce soulèvement il espérait ramener Oubié à ses pieds. Ce prince cependant ne s'était jamais départi de la conduite qu'il avait toujours tenue à l'égard de M. de Jacobis et de la mission catholique. Alors, non content des censures générales qui alteignaient le prince comme tout le monde, Salsma fit promuiguer en juin 1847, sur le marché d'Adoua, une ordonnance spéciale contre Oubié ainsi qu'une nouvelle excommunication qui interdisait aux officiers et aux troupes comme à tous les autres sujets de rendre ohéissance à Oubit qu'il dénonçait et réprouvait comme « ami et protecteur des mis- sionnaires francs ». Oubié résista pendant trois mois, mais devant les plaintes et les murmnres des populations privées des sacrements il finit par céder. Foulant aux pieds ses derniers scrupules, il bannit le missionnaire catholique pour se rapprocher de lAboun!' (1848. Mais, au fond. il garda toujours la même affection et la même estime pour M. de Jacobis. Celui-ci cependant dut s'exiler à Massaouah. Ceux qui en Abyssinie restèrent fidèles à l'Église romaine furent en butte aux continuelles perséeutions de l'Aboun. Grâce à l'apos- tasie d'un catholique, Salama put s'emparer des vases sacrés et les profaner. De plus, il fit promulguer un édit qui interdisait à tous les catho- liques restés fidèles l'accès du marché de Choumézana, où ils avaient coutume de venir faire leurs provisions; à son instigation. Alitiéna fut livré au pillage par le chef de l'Agami, et dans cette journée plusieurs catholiques périrent et deux prêtres furent faits prisonniers (48583). Ces actes de persécution et de ravage étaient accomplis à l'insü d'Oubié, et à l'appel fait à la justice de ce prince les missionnaires furent délivrés*,

Hist. Miss., ibid. 3 Mgr de Jacobis, pp. 316, 319. D: a

                          ABOUNA-SALAMA                     .        681


                                TI

                SALAMA SOUS L'EMPTRE DE THÉODOROS

L'Aboun Salama se rallie à l'aventurier Cassa!. Grâce à lui, rentre triomphalement dans son palais à Gondar.

Un soldat de fortune nommé Cassa, entré au service d’Ali, gagna si bien la confiance du ras que celui-ci lui donna la main de sa tille. Mais ce n'était pas assez pour satisfaire son ambition et bientôt il devint le rival, puis le vainqueur de son maitre et beau-père. La victoire d'Aïtchal {juin 1853) fut pour Cassa un lriomphe écla- tant. Dès lors, il se crut assez au-dessus des autres maitres de l'Éthiopie et même du Dedjaz Oubié pour pouvoir leur dicter ses lois. Sans aucun ménagement, il adressa au prince tigréen un ultima- tum parlequel ille sommait de lui payer le tribut de vassalité dû au « Fainéant roi des rois», Johannès IIL. assis sur le «trône de David». En même temps, le nouveau dictateur réclamait le retour du métropolitain sur son siège de Gondar. Cetle seconde condition était chez Cassa, comme nous l'avons vu chez Oubié, une habileté poli- tique. En dépit de l'inconduite du préiat, le nouveau maître de l'Abyssinie tenait à s'allier un si puissant féliche aux veux des popu- Btions. | De son côté, Salama, chassé par le ras Ali, mal accueilli par le Dedjaz Oubié, s'empressa de se rallier à la fortune de l'aventurier. I lui envoya même tant de bénédictions par ses messagers que celui-ci crut que c'était à ces prières de l'Aboun qu'il était redevable de ses éclatants triomphes. « Dans sa crédulité superstilieuse, écrit M. de Jacobis, il a la simplicité de eroire qu'il doit ses succès, au moins en partie, à la sainteté de Salama : car tel est le prestige inconcevable exercé par ce Copte qui n'est ni protestant, nieutychéen, ni mahométan, mais un peu des trois, qu'il a complètement et coupa- blement tourné ces pauvres têtes abyssines, à ce point qu'on lui attribue de la meilleure foi du monde le pouvoir habituel de faire des miracles : c'est en quelque sorte comme un petit Dieu qu'on adore comme autrefois les idoles, et qui, aussi peu scrupuleux qu'elles, laisse, lui aussi, croupir ses adorateurs dans les ténèbres de l'ignorance et la fange du vice. » "La sommation que reçut Oubié d’avoir à livrer l'Aboun le boule- versa; au premier abord, sa fierté se révolta : il répondit à son rival que Salama ne sortirait pas de ses États. Mais, à cette époque, Oubié sentait son pouvoir déjà si affaibli, qu'il finit par se résoudre à faire ce que lui commandait son vainqueur.

1 Une fois devenu empereur, Cassa prit le nom de Théodoros. 682 - REVUE ANGLO-ROMAINE

Et même avant de laisser partir l'Aboun pour l’Amhara, il voulut se réconcilier publiquenient avec lui. En revanche, Salama satisfait promit à Oubié de faire tout ce qui était en son pouvoir pour mainte- nir la paix entre lui et Cassa, et même à excommunier ce dernier au cas où il tenterail de violer le pacte conclu. Trois cents thalers avaient triomphé des habiles hésitations de l'Aboun. Il fut convenu en outre, par un système de concessions mutuelles, que, d'une part, Salama accéderait à la promulgation de la profes- sion de foi officielle qu'avait adoptée Oubié et qui imposait la croyance aux deux générations du Christ età son onction par le Saint- Esprit; — et que, d'autre part, Oubié lanccrait un nouvel édit d’'ex- pulsion contre les missionnaires catholiques et de persécution contre leurs adeptes indigènes. Ces concessions ne devaient pas sauver Oubié. Salama commença par violer les conventions en déclarant au clergé du Tigré qui l'inter- rogeait au sujet du décret dogmatique rendu par ce prince : « Ce n’est qu'un décret temporaire, dit-il; il sera bientôt retiré et changé.» Congédié par Oubié dans le mois de Ghenbot (mai 4854, il retourna en vainqueur vers Gondar. Il était accompagné de Hapté-Sellassié, chargé par son maitre de porter au nouveau souverain la redevance exigée.

Cassa se trouvait alors dans le Godjam. La nouvelle de l'arrivée du métropolilain mit le comble à ses vœux, et il envoya des urdres au clergé des quarante églises dela capitale pour que F’Aboun fût reçu avec les plus grands honneurs. La réception eut lieu sur les bords de l'Angareb : le nombreux per- sonnel du clergé se partagea en deux corps, et, selon l'école à laquelle ils appartenaient, ils entonnèrent des chants différents où perçaient la joie des uns et la déception des autres. Leclergé de Debré-Berhän', secrètement d'accord avec Salama sur la question dogmatique, répé- tait ce refrain : « Vive Salama né pour être notre défenseur contre la maison de Ja- cob!» Parce langage, d’ailleurs assez peu compréhensible, ils faisaient allusion aux travaux apostoliques de M. de Jacobis, dont Salama avait juré la perte comme aussi aux partisans de l'Ecole Tsegga-Lüÿ, qu'ils désignaient sans raison et par mépris sous le surnom de «ro- mains ».

Le clergé de Baëla?, de son côté, célébrait Salama « maitre de la foi, qui entrait au palais royal, le front marqué du sceau de l'Esprit Saint! » L'’ironie de leur allusion visait l'abandon que l'Aboun avait fait de sa première profession de foi.

1 Église de la « lumière ». 3 Église « de la Présentation ». ABOUNA-SALAMA 683

Enfin, les femmes réwnies sur la place publique, ainsi qu'il est d'usage dans ces réceptions officielles, chantaient à leur tour ce re- frain pour célébrer l'embonpoint de l'austère prélat : « O ma sœur, combien engraisse la nourriture du kousso! » Car c’est ainsi que l’on abuse le vulgaire imbécile en le maintenant dans cette croyance que l'Aboun ne vit que de kousso, sans jamais toucher à aucun autre mets. Ce fut ainsi, au bruit des chants et au son des trompeites, que Salama rentra dans ce palais de Gondar d’où il avait été ignominieu- sement chassé huit ans auparavant. Un nuage, cependant, vint ternir, pour l’Aboun, l'éclat de ces fêtes. IL apprit, en effet, que son implacable ennemi, M. de Jacobis, s'était installé à Gondar et y vivait sans être inquiété. Aussitôt il mit tout en œuvre, n'épargnant ni menaces ni intrigues pour obtenir des chefs civils et ecclésiastiques de la ville l'expulsion du missionnaire catholique. Mais il ne devait y parvenir qu'après sa rencontre avec le nouveau maitre de l'Empire. Celui-ci, en effet, après avoir consenti à l'établissement de M. Ja- cobis à Gondar et même s'être fait son protecteur, ‘ne répondit pas Lout d'abord au gré de l'Aboun aux messages que celui-ci lui adres- sait pour obtenir le renvoi des missionnaires. 1l modéra ce beau zèle par une réponse évasive : « Un peu de patience, à notre père; avec le temps, nous viendrons à bout de tout. Attendez seulement que mon pouvoir soit assis sur des bases plus solides. »

               Pacte conclu entre Cassa el Salama.

Il tardait à l’'Aboun de s’aboucher avec le nouveau maître de l'Abys- sinie centrale qui, dans l'esprit des populations, allait bientôt le de- venir de l'Ethiopie tout entière. Aussi, sans attendre la venue de Cassa dans la capitale, Salama s'empressa-t-il d'aller le trouver à Amba Tchiara. Il y reçut l'accueil le plus chaleureux et le plus flatteur, et en revanche couvrit Cassa de ses plus abondantes bénédictions. Et cependant, même au cours de ce voyage, où plus que jamais une tenue convenable était nécessaire, les bandes de pillards qui le suivaient ravagèrent tout partout où elles passèrent. Les paysans, victimes de ces déprédations, couru- rent en appeler à la justice du roi; mais leurs réclamations furent inutiles, car comment le prince eût-il osé condamner l’Aboun qui te- nait toujours suspendues sur sa tête les foudres de l'exconmmunica- tion ? Dès que Cassa apprit l'arrivée du prélat, il se rendit au-devant de lui entouré de tous ses officiers. L'ayant aperçu, il descendit de che- val et se prosterna devant l'auguste et saint personnage majestueuse- 684 REVUE ANGLO-ROMAINE

ment assis sur sa mule; puis il lui fit escorte jusqu’à l'entrée du camp où il lui offrit une tente, des armes à fen et une mule splendide- ment enharnachée. Mais Cassa entendait bien que toutes ses flalteries lui servissent à quelque chose. Aussi, quand il vit l’Aboun satisfait de tant d'adula- tions, il lui dit: « O mon père, je ferai tout pour vous, pourvu que vous ne me refusiez pas l'Empire. » Si vraiment Salama avait voulu tenir la promesse faite à Oubié, le moment élait opportun ; mais il ne jugea pas prudent de le faire, se réservant plutôt de demander une grâce dont l'obtention lui tenait particulièrement à cœur : l'expulsion de M. de Jacobis et la destrue- tion dela mission catholique. De partet d'autre, on tomba d'accord : restait seulement à réaliser la première des deux conditions : le triomphe de Cassa. Dans l'esprit du peuple abyssinien, le « Roi des Rois » devait ap- partenir à la dynastie « Salomonienne »: mais sa déchéance était alors si complète, son pouvoir si avili par le régime des rois fainéants. que Cassa n'eut besoin que d’un peu d'audace pour supplanter l'inu- tile Atsié-Johannès qui siégeait sur le « lit de David» au fond du Vieux-Ghemh!.Ce pas une fois franchi, Cassa n'avait plus qu'à réor- ganiser la nrachine gouvernementale. Et dans cette œuvre, il ne pouvait avoir d'auxiliaire plus puissant que l'Aboun, la profession de foi officielle que fait tout nouveau sou- verain lors de son avènement étant en réalilé tout son progrannne. Le docteur supréme de l'Église éthiopienne décréta et Cassa pro- mulgua la profession de foi suivante : « Quiconque ne confessera pas que le Christ même selon son humanité est Dieu, et par elle ala même science que le Père et le Saint-Esprit, je le diminuerai en haut de la tête et en bas des pieds. » Pour appliquer sa décision dogmatique, l'Aboun défendit, en outre. aux aspirants à la prétrise, sous peine d'excommunication, d'affirmer que le Christ s'est offert en victime ou hostie à son Père, et qu'il renouvelle ce sacrifice réellement et en vérité dans la célébration du mystère eucharistique * On trouvera ià des traces de l'éducation protestante que Salama avait reçue au Caire.

Violences de Salama.— Ses procélès d'intimidation. — Tyrannie de Cassa. — Soumission du clergé.

La promulgation solennelle de cet édit, appelé édit de l'union, jeta la consternation dans toutes les églises et écoles de l'Amhara. Les officiers de Cassa, préposés au gouvernement des diverses pro-

t Château, palais royal de Gondar. ? Hist Miss., ch. 26. ABOUNA-SALAMA ° 685

vinces, reçurent de lui l'ordre de convoquer tout le clergé de leurs pays respectifs, pour comparaître devant l'Aboun, aussitôt après son retour à Gondar. Deux officiers spéciaux, connus pour leur nalure violente, furent envoyés à la capitale, dans le but exprès de forcer le nombreux et puissant clergé des quarante églises de la ville à se rendre à cette convocation. Devant la force, tous durent se soumettre. Les partisans de l'École Tsegga- Lulj, alors la plus nombreuse et la plus inîluente de toules et que la nouvelle proclamation avait surtout atteinte, déléguèrent leurs théologiens vers l'Aboun pour l'interroger sur son étrange symbole. Les députés commencèrent par des protestations exagérées, comme c'est la coutume chez les Orientaux : « Veuillez nous instruire, nous éclairer, à Seigneur, Ô notre Père, que faut-il croire? Exposez-uous votre symbole et nous croirons. » L’Aboun sans défiance répéta la fameuse formule, mais les députés de se voiler la face, de se boucher les oreilles etde s'écrier : « Hérésie, hérésie! » ‘ Puis, reprenant le ton suppliant, l'un des orateurs désignés, l'Allaka Téclé-Stéphanos!, lui adressa cette question: « Les Saints Livres disent au sujet de Notre-Seigneur Jésus-Christ: Tu es prètre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. Or, le sacerdoce de Melchi- sédech ressert-il de la nature ou de la grâce? » L'Aboun s'étant con- tenté d'une réponse évasive, son interlocuteur posa de nouveau la question. Alors Salama se mit à réfléchir. Il ne savait que répondre et toute l’assemblée faisait silence. La situation devenait gènante, lorsqu'à bout d'expédients, le pontife s'écria : « Excommunié soit quiconque soutiendra que le Christ est prêtre selon l'ordre de Mel- chisédech » ! C'était le comble de l'impudence ! Un deuxième délégué s'avance à son tour; c'était Lozié Ghebrou, un des maitres clercs de l’Église de Baâta : « Admis qu'ilest Dieu selon son humanité, dit-il, en quelle nature alors est mort le Christ. » À quoi Salama répondit : « Commencez par admettre ma croyance, et je vous l'enseignerai », accompagnant ces paroles de formidables menaces d'excommunication ?. C'était l'interdit jeté sur toutes les églises dans le cas où le clergé ne se rangerait pas à son opinion, Quelques-uns seulement osèrent résister et virent fermer leurs églises. De plus, Cassa, étant rentré dans la capitale, donna ordre à tout le clergé réfractaire de compa- raitre devant lui et devant l’Aboun sur la grande place que domine le palais impérial. Alors, toute la ville étant réunie, proclamation fut renouvelée de l’édit doctrinal; « puis on vit l'intrépide Salama,

1 « Plante de Saint-Etienne. » % Hist. Miss., ch. 21. 686 REVUE ANGLO-ROMAINE

« debout, le pied ferme, la tête haute, le regard assuré, étendre « solennellement la main et, en dépit de son aventure publique et « toute fraiche encore avec les Tsegga-Lidi, donner à la foule stu- « péfaite le signal et l'exemple de l’apostasie par la profession de foi « la plus vigoureuse qui se puisse faire : « Oui je le jure à la face du « Ciel et de la Terre, le symbole que vous venez d'entendre, Abyssies, « c'est la pure doctrine de l'Évangile, la seule vraie. C'est la mienne, «et je suis prêt à la seeller de mon sang. Tous ici vous devez « m'imiter..» Cassa, intervenant à son tour, s'adressa aux réfractaires, leur par- lant en ces termes : « O mes frères, bien que cette démarche ne con- vienne pas à ma souveraineté, je m'abaisse à vous supplier de lais ser votre croyance et d'admettre la profession de foi de mon Père. : Ce disant, il se fit apporter une pierre, se la mit sur la nuque, selon l'usage des supplications abyssiniennes et se lint courbé devant las- semblée. Cette prière était un ordre d’autant plus absolu qu'il était recouvert de formes plus bumbles. Tout le monde le comprit: aussi la masse consternée donna-t-elle son consentement. Quelques-uns seulement osèrent encore tenter un instant de résistance. Alors Cassa. déposant sa pierre, saisit son pistolet et, le montrant aux réfractaires, menaça de les exterminer tous s'ils n'obéissaient à l'ixstant même. Heureusement un des favoris du prince arrêta son bras; mais la fls- gellation fut ordonnée et eut raison des plus récalcitrants. Alvrs, sur l'invitation royale, l'Aboun fit prêter serment à tous, sur la Croix et l'Évangile, de demeurer fidèles à son décret doctrinal!. Un seul parmi tous les assistants refusait encore de prèter le ser- ment imposé : c'était un personnage illustre, bien que déchu, l'ex- empereur Atsié-Johannès, dernier représentant de l'antique dynas- tie royale et entouré par là même, malgré ses malheurs, d'un pres- tige incontestable. « Qui done crois-tu être, lui fit dire Cassa, pour refuser soumission au décret doctrinal de mon Père, et être demeuré jusqu’à présent sans te rendre auprès de mon Père et le saluer? » Le prince déchu répondit par ce fier message : « D’aller à la demeure de l'Évêque, c’est une démarche dont mes ancêtres ne m'ont pas laissé l'usage. » À quoi Cassa fit répliquer : « Que parles-tu d'ancétres ? Où sont-ils aujourd’hui? Et toi, qu'es-tu autre chose que le fruit cor- rompu d'une courtisane? » Sa résistance fut suivie de la plus form dable des excommunications contre lui et quiconque aurait des rels- tions avec lui resterait à son service et lui fournirait l’eau et le feu. Au boul de six jours, l'Atsié-Johannès lui-même finit par céder, et ‘ apostasia en présence de l’Aboun, de l’Étchéghié et des principaux dignitaires ecclésiastiques. Après ce coup de théâtre, il ne resta plus qu'une école schismatique

1 Hisl. Miss., ch. 27. ABOUNA-SALAMA 687

dominant toute l'Abyssinie; mais en face de l'erreur se dresse encore le catholicisme, et c'est des combats qu'il eut à livrer contre l'hérésie victorieuse que nous avons désormais à parler.

                                   IV

PERSÉCUTION DE LA MISSION CATHOLIQUE DANS L'AMHARA (juin 1854-1855).

 A cette époque, la mission catholique de Gondar se composait d'un

vu deux missionnaires européens, de quelques moines indigènes el d'un petit nombre d'habitants de la ville et des faubourgs. Quand Ms: de Jacobis apprit l'arrivée de l'Aboun à Gondar, il trembla aussi- tôt pour son troupeau. « Je n'avais pas cessé, écrit-il, plusieurs mois avant l’arrivée de Salama, de presser ces chrétiens de pourvoir à leur süreté en cherchant quelque retraite où ils ne fussent pas livrés sans défense, comme à Gondar, à l’Aboun triomphant‘, » Mais ils refusèrent de se séparer de lui, « prêts, disaient-ils, à confesser, au prix de notre liberté, de notre vie, s’il le faut, la foi catholique que vous nous avez apportée de la part de Dieu ». Le jour même de la première promulgation de la déclaration reli- gieuse, la persécution commença contre la mission. Sur les ordres apportés d'Amba-Tchiara, des soldats envahirent la résidence de la mission, et, écrit alors Me* de Jacobis, « me séparant de mesprètres, ils m'emmenèrent dans la prison civile, tandis qu'eux étaient traînés dans les cachots de Salama ». L'Aboun, après l'accord passé avec Cassa à Amba-Tchiara, avait paru oublier toutes les autres demandes qu'il avait faites, n'ayant qu'une chose en vue : la destruction de la mission catholique; mais, quant aux moyens à employer, il usa tout d'abord de circonspection et de prudence. « Je ne rentrerai à Gondar, écrivait-ilau prince, que lorsque tu en « auras chassé l’Abba Jacob. — Qu'à cela netienne, réponditle prince, « je le ferai mettre aux fers, lui'et ses disciples. Dites-moi seulement =

« que vous en répondrez pour moi devant Dieu, et je le mettrai à « mort, lui et les siens avec lui. — Oh! non, reprit l'Aboun comme À

« épouvanté du sucrès exagéré de sa demande. Il ne faut pas mettre « à mort un tel homme! Jamais aucun chrétien n'a pratiqué plus par- L faitement que lui la loi et les conseils évangéliques. Renvoyez-le R

seulement vers son pays par la route de Métemma, car il n’est pas

 prudent de lui faire prendre la route du Tigré, à cause de son

=

 amitié avec Oubié qui ne manquerait pas de lui rendre la liberté.

=

 1 Vie de Ms de Jacobis, p. 38.

688 REVUE ANGLO-RONAINE

« Quant aux Abyssins qui ont admis sa croyance, livrez-les-moi et « je les mettrai à la torturet. » Cassa accorda tout ce que désirait l'Aboun. ME de Jacobis fut en conséquence arrêté dans sa maison et jeté dans la prison du gouver- neur de la ville qui devait le faire conduire, dans le plus bref délai, à la frontière occidentale. Mais, ne pouvant se résoudre à laisser son troupeau sans défense à la merci des perséquteurs, il prétexta qu'il élait impossible de voyager dans la saison des pluies. H resta en conséquence dans son cachot jusqu'au retour de la saison sèche. D'autre part, les moines furent emmenés dans les prisons du palais épiscopal et mis aux fers. L'Aboun se faisait un plaisir d'aller lui-même tourmenter ses victimes; cest ainsi qu'étant descendu dans le cachot de l'Abba Ghebré-Michaël, il le renversa à terre, le frappa de plusieurs coups de pied au menton et sur les côtés, avec tant de force et de rage que ses femmes accoururent et le supplièrent de cesser de pareilles violences. Rien ne pouvait lasser la patience des missionnaires catholiques, et cependant ce que Salama voulait réaliser à toute force, c'était les amener à l'apostasie. Les tortures furent telles que deux des prisonniers finirent par céder; mais, redevenus libres, ils coururent retrouver M5" de Jacobis et implorer son pardon. Lors de l'assemblée solennelle dont nous avons parlé plus haut et où s'’étala l'ignorance de l’Aboun, les prisonniers catholiques furent amenés et sommés de prêter serment à la nouvelle profession de foi. « Sommés de réciter à leur tour après tous les autres le nouveau Credo décrélé par ordre impérial, ils n’ont répondu que par une triple confession de leur inviolable fidélité à la foi catholique, apas- tolique et romaine. Et cela à la face de tout Gondar, pour la plus grande exaltation de la sainte Église leur mère et la confusion impossible à décrire de ses persécuteurs, victorieux tout à l'heure de milliers d'héréliques et de schismatiques, maintenant vaincus par cinq catholiques?. » Aussi leur courageuse confession fut-elle punie par l'application du ghend, qu'ils n’ont pas quitté un seul instant durant trois mois. Je dois décrire ce genre de tourment, propre à F’Abyssinic, mais offrant plus d'une analogie avee la fameuse cangue chinoise. Seulement, au lieu de saisir sa victime, comme celle-ci, par le cou et les épaules, le ghend, lui, s'emparant des deux jambes à la fois, les serre étroite- ment l’une contre l’autre, et, rendant par là tout mouvement impes- sible, condamne forcément le supplicié, ou bien à se tenir constam-

1 Hist. Miss, ch. 26. ® Jbid., ch. 21. LÉ RREEONS + ‘

                            ABOUNA-SALAMA                         689

ment assis, ou bien à s'étendre sur le dos sans autre couche que le sol dur ou humide d'un cachot où pullulent insectes et vermines. Figurez-vous une grosse pièce de bois, un gros tronc d'arbre de la plus lourde espèce, l'olivier par exemple, offrant au milieu une ouverture ovale, de grandeur suffisante pour laisser passer à la fois les deux jambes serrées l'une contre l'autre. On fixe ensuite l'appareil au moyen de deux chevilles de bois qui, enfoncées par une ouverture pratiquée de chaque côté, sont introduites avec effort entre les deux jambes qu'elles déchirent le plus souvent, emprisonnant le patient de telle sorte que, pour le délivrer, il faut scier le tout par ie milieu. Tel est le gkend, notre cangue abyssine!. Celui qui fut choisi pour le supplice des catholiques était particu- lièrement gros et pesant. Une fois enserrés dans cet étau, leurs pieds privés de circulation devinrent comme gelés tandis que leur dos demeurait immobile sur la pierre huimide du cachot. Leur seule consolation était de pouvoir converser ensemble et s'exhorter mutuellement à la résignation dans les souffrances qu'ils enduraient pour l'amour de Notre-Seigneur. Mais l'Aboun, en ayant été avisé, ordonna de les séparer. et ils demeurèrent ainsi pendant dix mois et vingt-huil jours. Pendant ce temps, Salama leur fit subir plusieurs interrogatoires, toujours accompagnés de nouvelles tortures. Le premier appelé ful Abba Ghebré-Michaël, qui avait fait partie de la mission envoyée par Oubié à Alexandrie pour l'élection du métropolitain et avait accompagné Mer de Jacobis à Rome. Salama lui ayant reproché l'opposition continuelle qu'il lui avait faite. tant à Adoua qu'à Gondar, Ghobré-Michaël. lui répondit: « Pour la foi, il est vrai, je ne puis étre que votre ennemi; mais, eu égard aux devoirs de la charité chrétienne, je crois ne vous avoir fait que du bien?. » Pour le moment, Salama se contenla de l’agoniser de sottises, mais nous verrons plus loin quels traitemients lui étaient réservés. Quant aux autres prisonniers, ils furent cruellement flagellés en présence de l'Aboun, mais sans que l'on pât obtenir d'eux le moindre signe d'apostasie. Sur ces entrefailes, Salama, ayant élé mandé par Théodoros au camp de Teka-Miéda, résolut d'emmener avec lui Abba Ghebré- Michaël et de le faire comparaitre devant le prince. I le présenta comme le plus grand perturbateur de l'empire et le plus audacieux réfractaire aux édits de Sa Majesté. « Ce vieil obstiné, dit-il,et quatre autres emprisonnés avec lui dans mon palais ont résisté el résistent

1 Mer de Jacobis, pp. 384, 385. ? His. Miss, p. 385. RBVUE ANULU-ROMAINE. — T, I. — 44. 690 REVUE ANGLO-ROMAINE

encore à l'acceptation des décrets de Votre Majesté et de ma proîes- sion de foi‘ » — « Sans doute, répond Théodoros en s'adressant à l'accusé, vous craignez que votre soumission ne vous frustre de l'or des romains! Rassurez-vous; acquiescez à ma croyance religieuse et je vous dédommagerai amplement en richesses et en honneurs. » — « Je ne veux ni de votre foi ni de votre argent, » répliqua le moine. — « Eh bien, dans ce cas, reprit le prince, rends-moi compile de la croyance. » — « Comment, Sire, pourrai-je plaider sans juge? Qui prètera l'oreille à la défense de ma cause”? Je dirai seulement à Votre Majesté que j'ai rapporté d'Alexandrie des lettres condamnant les opinions des A'ébaf, des Tseyoa-Lüi, des Ouelde-Keb. Mais, réfractaire aux ordres de son patriarche, l'Aboun me les a ravies et a refusé d'en donner lecture et de les mettre à exécution. Tout le clergé ici présent en est témoin. » Salama alors intervint et lui dit : « Eh bien, conformez-vous aujourd'hui aux termes de ces lettres. » Mais Ghebré- Michaël lui répondit : « Ne suis-je pas en possession de la seule foi véritable dont j'ai juré de ne pas me séparer jusqu’à la mort? » Théodoros Le regarda d'un œil furibond : « Sache, lui dit-il, que tu es digne de mort, au nom du Christ qui m'a élevé à l'empire. » — « Oh! tout de suite, prononcez votre sentence », repartit le moine. — « Non, dit le prince, pas aujourd’hui, car tu parais désirer la mort. » Et Ghebré-Michaël de répondre fièrement: « Non, Sire, je ne suis pas Judas pour vouloir attenter à ma vie. » Il passa des prisoes de f'Aboun dans celles de Théodoros qui le traina après lui dans toutes ses expéditions guerrières, Les quatre autres prisonniers, restés dans les eachots du palais épiscopal, finirent par gagner la sympathie de leurs gedliers et purent s'évader. Alors l'Aboun se vengea sur une pauvre femme en couches, la femme du Debtéra-Haylou, qui avait accompagné Mr de Jacobis à Rome. Haylou s'échappa, mais sa femme nommée Lemitem* fut saisie et subit les plus cruels supplices. L'Aboun,l'avant fait mettre aux fers, descendit dans son cachot et la fit flageller jusqu'à ce qu'elle abjurât sa foi. Tout fut inutile. Alors, de colère, Salama se init à la frapper lui-même et, pour qu'il ne tuât pas tout à fait sa victime, il failut la lui arracher de force. Il lui fit mettre des écrous aux mains et aux pieds, de telle sorte qu'elle ne pouvait plus faire aucun mouvement. Cependant les dou- leurs de l'enfantement commencaient pour la malheureuse femme el ce fut alors qu'un des parents de l'Aboun, indigné de tant de cruauté. prit sur lui de faire remplacer les écrous par une chaîne qui au moins laissait à la victime la liberté de ses mouvements. Quelques heures après elle accouchait d'un fils.

1 Hisl. Miss., ch. 41.

« Verdure printanière ».

ABOUNA-SALAMA 691

À bout de forces elle tomba en léthargie, et ce devait être le signal de ia délivrance, car on parvint à persuader à l'Aboun que sa victime était morte. Ce fut seulement grâce à ce stratagème qu'elle put sortir vivante de son cachot. Sa robuste constitution lui permit de guérir de ses blessures et des mauvais traitements qu’elle avait reçus, et la courageuse chrétienne reparut au miliea des siens, vivant exemple de vertu et d’héroïsme ‘1

   Tentalives politiques de T'Angleterre auprès de Théodoros. —
              Rôle da Salama. — La Mission catholique.

Les missionnaires et les voyageurs au service de l'Angleterre avaient tellement préparé les voies à sa politique en Abyssinie, que tout semblait y assurer infailliblement sa prépondérance lorsque sur- vinrent des événements qui amenèrent une ruplure suivie d'hostilités en 1868. Le pasteur Gobat avait pris sous son patronage une sorte de sémi- naire fondé à Bèle dans un ancien couvent catholique appelé Saint- Chrishona et où l'on formait des missionnaires, principalement pour l'Afrique. L'Abyssinie, en particulier, était visée comme un champ des plus favorables à ses projets. . Il envoya plusieurs missionnaires sous la conduite du pasteur Stern, et, grâce aux bons offices et à la protection de l'Aboun Salama, ils surent acquérir bientôt une grande influence. Tout d'abord Théoduros les avait reçus froidement : « Je suis excédé de vos bibles, leur avait-il dit : ce sont des fusils et des munitions qu'il me fault. » Cet accueil ne découragea pas les méthodistes; ils parvinrent à gagner la confiance du Négus en faisant venir d'Europe des armes, un char, et surtout des ouvriers qui fabriquaient des fusils et des canons, tout en répandant les innombrables publications des sociétés bibliques. Théodoros demanda aux ouvriers de lui fabriquer un canon; ceux- ci, poursuivant toujours le mème but et peut-être plus habiles comme démolisseurs de l'Église d'Éthiopie que comme armuriers, se décla- rérent prèts à construire le canon demandé pourvu qu'on leur donnât du bronze, insinuant que celui des cloches et autres objets d'église fournirait une matière excellente pour cet usage. Et le Négus de faire aussitôt descendre les cloches des quarante églises de Gondar, de faire ramasser les croix, les vases et tous les objets en cuivre qu'il put trouver. Mais les prédicants armuriers ne parvinrent qu'à fondre une

1 Hisl. Miss., ch. 37, 38. 692 REVUE ANGLO-ROMAINE

informe et inutile pièce d'artillerie que le Négus fit placer sur l'emba de Magdala où elle resta exposée à la rouille sans avoir jamais servi. Toutefois Théodoros fut satisfait de ses ouvriers. Les méthodistes anglais voyaient leur influence aller chaque jour grandissant, quand tout à coup ils compromirent leur situation par une de ces impru- dences dont les Anglais sont familiers. Si l'intelligence, le tact des agents de l'Angleterre était toujours à la hauteur de leur abnégation, leur influence serait considérable. Mais ils perdent souvent en un instant le fruit de plusieurs années de travail et compromettent leurs œuvres par une incroyable naïveté et un orgueil qui dégénère en entétement puéril. Cetie réflexion suffit pour expliquer le sort qu’eut la diplomatie anglaise auprès de Théodoros. Les agents des sociétés bibliques entretenaient une correspon- dance active avec la métropole et racontaient une foule de menus faits relatifs à la personne du Négus qui étaient rapportés tout au long dans les journaux anglais. Le monarque abyssin eut vent de l'affaire, fil saisir la correspon- dance des sociétés bibliques et traduisit les coupables devant « sa justice ». Ils furent condamnés à mort; toutefois Théodoros commus la peine en celle des « fers ». S'adressant au Reverend Stern : « Com- ment, lui dit-il, avez-vous pu ètre assez léger pour juger et critiquer un prince que vous ne connaissez pas, en vous basant seulement sur des eancans de la rue? »! On connait les suites de cette affaire et l'emprisonnement des mis- sionnaires méthodistes donna lieu à l'expédition anglaise de Mag- dala. John Bell, compagnon et représentant de Plawden, demeurait en 4854, près de l’Aboun Salama, à la cour de Théodoros, comme sous sa protection. En effet, il favorisait l'Anglais puissamment près de Théodoros, comme il l'avait fait près des autres chefs en loute occa- sion. Aussi élait-il grassement payé : il recevait annuellement du gouvernement anglais 800 thalers (Marie-Thérèse), c'est-à-dire 5.000 francs environ.‘ De plus, John Bell, de connivence avec l'Aboun Salama, l'avait aidé et de ses conseils et de son actif concours, dans la persécution contre la mission catholique, exposée plus haut. Il avait servi d’inter- médiaire au messager de l’Aboun et du Roi dans les ordres de pros- cription lancés contre Ms" de Jacobis et les siens. * Plawden avait laissé, comme son représentant et son correspon- dant à Massaouah,un certain Baroni, Italien d'origine, qui conduisaità la fois les affaires des agents anglais et celles de l'Aboun Salama. ll

1 Hist. Miss., ch. 6, p. 658.

touchait des appointements du gouvernement britannique et mettait au service des intrigues anglo-abyssiniennes, soit politiques, soit reli- gieuses, toute la ruse et l’habileté dont il était richement doué, et toute la haine dont il était animé, comme prêtre défroqué, contre la mission catholique et par conséquent contre la France{car,en Orient, protestant ou anglais, catholique ou français c'est tout un). Il s'était faitle commis ou l'entremetteur de l’Aboun Salama pour ses rela- tions de négoce avec l'Égypte. L’Aboun était donc complètement acquis au service de l'Angleterre et de ses émissaires auprès de Théodoros. Il voilait à ses yeux leur programme religieux, el ne laissait voir et valoir en eux que le côté pratique, pouvant seul intéresser le parvenu. Et certes, il fallut l'extrème maladresse racontée plus haut, pour que Théodoros les frappat de sa disgrâce; car l'intrigant évéque était tout-puissant auprès du roi des Rois et savait en profiter au service de ses amis. ‘ El réussit à obtenir que les protestants s'installassent dans la rési- dence que la mission catholique avait à Gondar, et dont les prêtres venaient d'être chassés. Pendant que la France et ses consuls soutenaient le prince Négoussié dans ses prétentions au trône d'Abyssinie, contre l'heu- reux soldat parvenu au pouvoir, l'Angleterre par ses agents, surtout Plawden el l'écossais Bell, agent consulaire !, Krapf, Martin Fland et avec le concours de l’Aboun, soutenait Théodoros. Quand le commandant Russel fut envoyé de l'empereur Napoléon HI auprès du Dedjaz-Négoussié, pour traiter la cession du port de Zoula et afin de créer un mouvement commercial avec l'extérieur, il avait mission, en outre, de tenter un accommodement, une conciliation entre les rivaux Négoussié et Théodoros. Baroni expédia un courrier vers Théodoros avec ce message : « Si vous ne venez pas au plus tôt dans le Tigré, voire empire est perdu * » Ce cri d'alarme l’amena en toute hâte, Etson approche empêécha la rencontre de l'ambassadeur français avec Négoussié. C'était le but des intrigues britanniques. L’Aboun, en cette circonstance, fit du zèle dans le concours qu'il prêta à ces démarches anglaises. H fit accréditer, par le roi Théodoros, le chef de sa garde d'hon- neur, le Cantiba Zéraïé, et l'expédia contre l'ambassade française, pour l'arrêter, s'en saisir et l'amener à Théodoros... Prévenu le commandant Russel échappa à un vrai guet-apens à Halaï où il était déjà parvenu. 11 rebroussa chemin et regagnait son

1 Hisl. Miss., p. 816. 3 Lettre 25, pp. 72, 73. 694 REVUE ANGLO-ROMAINE

bateau qui l’attendait dans {a baie d’Adoulis. C'est sous l'inspiration des prédicants que Salama enleva à Théodoros ses serupules pour s'emparer du trône impérial de la dynastie salomonienne. Aussi, quand, plus tard, il s'entremit auprès de l'empereur pour obtenir la grâce et la délivrance des méthodistes faits prisonniers comme nous avons dit, pouvait-il s'autoriser ce langage audacieux : « C’est donc pour que tu m'humilies de la sorte, que je t'ai sacré « Roi des Rois? » D'ailleurs la fortune de l'Aboun, après l'avoir comblé des faveurs de l'empereur Théodoros, lui réservait la coupe des revers el des dis- grâces. Théodoros avait vu dans l'unité de croyance, comme tous les chefs d'un empire basé sur la religion, le lien qui, en ses mains, ramenait et retenait toutes les provinces sous son autorité souveraine ‘. Mais il vit bientôt que l’Aboun par le choix, fait au hasard, d'une formule dogmatique, l'avait lancé dans une voie préjudiciable à son pouvoir. I se reprocha en outre de lui avoir prèté main-forte dans les persécutions contre la mission catholique, et il regretta d'avoir tenu loin de lui un homme de valeur, tel que M* de Jacobis ?. Les fauteurs de l'opinion éditée comme profession dogmatique de l'empire n'étaient ni les plus nombreux, ni les plus influents par leur prestige scientifique. Les autres partis murmuraient contre celie préférence, et ils finirent par en appeler au patriarche d'Égypte Darid, le successeur de Piétros, cité plus haut. Leurs instances furent si pressantes, que le patriarche se décida à se rendre en personne en Abyssinie, pour tâcher de concilier son suffragant et les trois partis adverses dont les querelles troublaient l'Église et l'État 3. IL y arriva en 4858. Des synodes où il réunit l'Aboun Sslama et le clergé des diverses écoles, des assemblées publiques du clergé et du peuple, fournirent l'occasion de scènes et de scandales d'un genre nouveau. Dans une des premières séances le patriarche ne conçut rien de mieux pour faire reconnaitre son autorité métropolitaine sur l'évêque d'Éthiopie, que de châtier le refus de ce dernier de se sou- mettre à son jugement, par l'humiliation d'une paire de sewfhets :. Les choses s'envenimèrent à ce point que la querelle des deux représentants de l'autorité religieuse, jusque-là {objet d'un vrai calte par le respect, devint la risée publique. « L'empereur impatienté commanda de saisir les deux Tures; —

l Hist. Miss, p. 806.

Ann. Cong., t. 94, p. 71.

3 Cf. Théod. I], par Leman, consul de Franco à Massaousb.

« c'est aiasi qu'il appelle par mépris les deux évêques égyptiens « David et Salama — et les fit enfermer dans un encios d'épines et « de bois sec, auxquels on aurait mis le feu immédiatement pour « les brûler vifs, comme des scorpions et des serpents, s'ils n’eussent « renoncé à leurs iavectives... » « . Après avoir laissé pendant huit jours les deux évêques dans < une mortelle angoisse, Théodoros les remit en liberté, mais à con- « dition qu'ils l’accompagneraient dans ses expéditions militaires. » H craignait que, pour vengeance de ces traitements humiliants, ils ne conspirasseni contre lui, durant son absence. Fatigué de cette vie des camps, de marches et de contre-marches, l'Aboun David demandait souvent au prince la permission de s’en retourner en Égypte. Le rusé Abyssin lui répondit: « Nos histoires ne « nous apprennent pas qu'aucun patriarche d'Alexandrie soit venu u nous visiter; je ne veux donc pas priver ma patrie de l'honneur « qu'elle a reçu pour la première fois. » Et avec ce compliment il promena le pauvre patriarche dans les pays Galla, au milieu des batailles, des dangers et des souffrances de toutes sortes!.

             Nouvelle persécution da la Mission catholique
                           Mort de Salama.


A la remorque des agents anglais en Abyssinie, comme son

patriarche David au Caire, l'Aboun Salama persécutait à outrance la mission catholique. Par de violentes excommunications et d’impitoyables interdits, it avait réussi à chasser les missionnaires de leurs églises à peine nais- santes d’Adoua, d'Entischio, de Gouala, d'Alitiéna, de Halaï et des paroisses environnantes. Pasteurs et troupeaux avaient fui, et s'é- taient réfugiés, en partie dans les montagnes sauvages qui, d'étages en étages, descendent vers la plage riveraine de la mer Rouge, en partie à Emcoullou et Massaouah. D'auprès de Théodoros, l'Aboun avait toujours l'œil sur les posi- tions, tour à tour cédées et reprises après chaque bourrasque, et ne cessait de solliciter et d'envoyer des ordres impérieux de plus en plus menaçants aux chefs civils et militaires. Les catholiques élaient en butte non seulement aux vexations, mais au pillage et à l'extermi- pation s'ils ne l’évitaient par la fuite (1839)*. Il ne cessa qu'empêché enfin par sa disgräce complète auprès de Théodoros. Alors celui-ci lui reprocha amèrement de l'avoir poussé

t Ibid.               .
? Ann., t. 93, p. 21.

69 REVUE ANGLO-ROMAINE

à traiter Mer de Jacobis en ennemi, et en 4861 l'empereur déclara ouvertement qu'il accordait la tolérance aux missionnaires catho- liques !. Maigré ces intentions royales bien connues, Salama renouvelait ses excommunications, ses ordres d'expulser les missionnaires el de détruire leurs résidences et leurs églises ?. La forlune avait associé Salama à son favori Théodoros comme moyen de dissimuler son abandon, quand elle aurait eu assez de lui. On accuse avec droit cet heureux parvenu de n'avoir été qu'un barbare et capricieux tyran. Mais plus inexcusable que lui encore le prévaricateur de ses devoirsles plus sacrés, qui le poussait et l'encou- rageait aux cruautés, et de parole et d'exemple*. «< Dernièrement il a fait couper la tête à cinq de ses prêtres, et on « en ignore la raison. Dix couvents ont été détruits par ses ordres, « les moines ont été dispersés çà et là, et.il s'est emparé du tréser, « croix, calices et autres vases en argent ou or massif. Dans l'espace « de cinq mois, j'ai vu passer soixante-quinze de ses moines émi- « grant vers Jérusalem (1862). » Le concours d'un aussi mauvais génie ne pouvait qu'être fatal à Théodoros. Aussi sentait-il son trône s'ébranler. Il se trouvait finale- ment avec un pouvoir affaibli et menacé par les troubles intérieurs. Du reste, l'expédition anglaise de 1868 allait bientôt apporter un terme inattendu à ce règne violent. Salama en fut en grande partie la cause par sa connivence et sa protection déclarée en faveur des agents de la politique anglaise; mais il n'en fut pas témoin. Emprisonné avec ses protégés à Mad- gale, méprisé, délaissé par les principaux du clergé éthiopien, accablé de honteuses plaies ulcéreuses, usé par une vie de vices el de dé- bauches, il mourut misérablement en 18674.

                                            J.-B. CouLBEAUX.

} Ann., t. 99, p. 185, ? Ibid. 5 Ann., t, 29, p. 183-184. » 4 Ann... t. 33, p. 479. L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE

                     UNE RÉPONSE

              A UN   CORRESPONDANT DU (Guardian.

         Monsieur,

Dans le numéro du Guardian du 48 janvier dernier,vous avez publié un article relatif à la nouvelle Revue anglo-romaine. Vous commencez par rendre justice aux qualités de la Revue : extrème impartialité dans la discussion, loyauté et modération dans le ton, vous savez tout appré- cier à sa juste valeur. Après avoir dit ia bienvenue à la nouvelle Re- vue, vous lui souhaitez un avenir prospère, convaincu qu'elle saura répondre à votre propre espoir. Après ce court préambule, vous analvsez et discutez mon étude intitulée: l'Égliss romaine en face de l'Église grecque schismatiqua. Sur certains points vous contestez et même rejetez mes conclusions, et parfois vous opposez une contre-critique à ma critique de l'Ency- clique patriarcale. Vous ne vous étonnerez donc pas, Monsieur, si je reviens sur cette question, afin de répondre aux observations que vous me présentez. Je vous demande pardon de ne vous avoir pas répondu plus tôt, mais des empèchements imprévus ne m'ont pas permis de le faire. *

                               +

Tout d’abord, je commence par vous remercier cordialement du ton véritablement chrétien et tout empreint de charité qui règne d’un bout à l'autre de votre article. Ces marques de déférence de la part d'un frère, séparé sans doute, mais d’un frère en Jésus-Christ, m'ont été bien sensibles. Au fond, vous et moi, nous sommes unis par les mêmes aspirations; ce qui nous sépare,ce sont quelques divergences doctrinales. Voilà pourquoi de part et d'autre nous travaillons de toutes nos forces à les faire disparaitre, afin d'arriver à la parfaite union et des cœurs et des esprits. Si je vous ai bien compris, il me semble que vos observations se réduisent à trois classes: les unes sont purement superficielles : 698 REVUE ANGLO-ROMAINE vous-même vous n'y attachez presque aucune importance; — les autres tendent à prouver que mes conclusions sont peut-être trop hâtives; — enfin les dernières prétendent que, sur certains points, mes conclusions doivent être rejetées. Reprenons :

                                 +
                                CRE

Vous déclarez, dès le début, que, pour ce qui regarde trois points: Manière d'alministrer le baptême, usage du pain azyme, commumion sou: une seule espère, vous êtes parfaitement d'accord avec moi. Ce sont là, dites-vous, des points de discipline, qui ne peuvent pas poser une barrière à l'union. Deux autres points éveillent vos réflexions. Quant à la Procession du Saint-Esprit, vous reconnaissez aussi que, pour le fond de la doctrine, vous êtes d'accord avec nous; vous pro- fessez par conséquent que le Saint-Esprit procède à la fois du Père et du Fils. Toutefois vous soutenez qu'on ne peut donner aucune réponse à cette objection des « Orthodoxes », à savoir que l'Occident ne peut faire aucune addition au symbole sans le consentement de l'Orient. Or, cette observation roule uniquement sur une supposition puremeni gratuite, dont il faudrait démontrer le bien-fondé. Évidemment, si vous supposez que ceite addition a été faite uniquement par les pasteurs de l'Église occidentale, ou bien, si vous supposez qu'elle a été sanctionnée par le Pape, mais que le Pape n'a aucune autorité supérieure à celle des évèques, vous avez parfaitement raison; mais alors il vous faudrait prouver ces deux points. Si, au contraire, quoique faite dans un concile particulier, elle a été néanmoins sanc- tionnée par le Pape, et si celui-ci jouit d'us magistère suprême, votre observation n'a plus aucune raison d’être. Vous veyez donc que vous vous appuyez sur un point profondément contesté pour en établir un autre qui l'est infiniment moins. Du reste, l'addition, supposé même qu'elle ait été faite par un simple particulier,a-t-elleété approuvée parun concile œcuménique {Florence}? Etun grand nombre de Grecs l'a-t-il souscrite? Toute la question est là. Pour ce qui se rapporle à la formule de la consécration, vous avan- cez que le plus grand témoignage contre la doctrine romaine est le missel romain lui-même, et que les Grecs furent assez habiles pour faire remarquer, à Florence, que le Supplices te rogamus correspondait à leur érxclèse. Je suis véritablement stupéfait, d'une pareille obser- vation. Sans doute nous autres aussi nous avons aotre invocs- tion {Supplices la rogamus); je n'ai jamais nié cele: ce que je soutiens. en m'appuyantsur des preuves d'autorité, c'est que le Ssgaplices £ roga- mus n'est nullement nécessaire à la validité de la consécration. UNE RÉPONSE 699

                                2


                               CRE

Venons à des points un peu plus importants. Pour le feu du Pur- gatoire, vous reconnaissez que j'ai fait un argument ad hominem. Je n'ai pas voulu faire autre chose. J'ai commencé par avouer que, dans les fastes de la primitive Église, il n'y a aucun texte précis qui atteste la croyance au Purgatoire. Dès lors, j'ai dû employer un argument tiré de la pratique de l'Église grecque. Cette pratique, ce sont les prières que l'on fait pour les morts. Ces prières n'auraient aucun sens s'il n'existait, entre le Ciel et l'Enfer, un lieu intermédiaire où les morts puissent être souiagés. Maintenant, vous me faites tirer de ce fait une conciusion beaucoup plus large que celle que j'ai voulu tirer. « Les Grecs prient pour les morts; donc, me faites-vous conclure, ils accordent tout le système du Purgatoire (Ærgo the whole system of Purgatory is granted). Telle n'a pas été ma pensée. Relativement au dogme du Pargatoire, il y a une partie sirictement définie; il y a ensuite des questions libres sur lesquelles les théologiens se sont donné libre cours. Dela prière que font les Grecs pour les morts, j'ai voulu seulement conclure à l'existence d'un lieu intermédiaire entre le Ciel et l'Enfer. Il n’est entré nullement dans ma pensée d’en déduire l'ensemble des opinions plus ou moins probables, qui se sont greffées sur le fait capital de l'existence du Purgatoire. Vous me reprochez encore d’avoir dit, touchant l'état des âmes après la mort : « Sur ce point capital la doctrine de l'Église devait être fire et précise ». Oui, on ne comprendra jamais qu'une société, comme l'Église catholique, dont l'une des principales préoccupations a été et est encore de gratifier le genre humain d'une véritable Æscha- tologie, ou ne comprendra jamais, dis-je, qu'une telle société ait laissé longtemps dans le doute, le vague ou l’incertitude, tout ce qui touche à la fin de l’homme. J'arrive à l’Inmaculée Conception. Vous admettez avec moi que les Grecs donnent à Marie les plus grandes louanges. Seulement vous me déniez le droit de conclure de ces louanges quoi que ce soit. Vous me reprochez de prendre a péal de la lettre ce qui n’est que l'effet du style emphatique des Orientaux. Hélas! j'ai assez, Dieu merci,étudié les langues etles littératures orientales pour savoir que l'emphase y joue un rôle immense. Toutefois gardons-nous d'exagérer dans ce sens. Nous ne pouvons pas non plus rapporter tout à l'emphase, au risque de ne laisser plus rien, absolument rien, dans les textes litur- giques de ces Églises. Faisons, si vous le voulez, à l'emphase sa part; mais rappelons-nous aussi qu'il faut faire à ces textes une part de littéralité si nous ne voulons pas dire que ces liturgies vénérables ne se composent que de mots destitués de tout sens réel. Le style emphatique n’en exprime pas moins un sentiment réel. C'est préci- 100 REVUE ANGLO ROMAINE sément l'élévation de ce sentiment qui nous force à recourir à l'em- phase, pour ne pas rester au-dessous de la réalité.

                                   *
                               *       +

Nous voici au point le plus important du débat : la primauté des évèques de Rome. Je relève ici toutes vos observations el vous suis pas à pas. - D'abord pour ce qui regarde les conciles. — Vous dites qu'Hosius de Cordoue représentait à Nicée l'empereur Constantin et nonle Pape. Je n'ai que faire de cela. Deux prètres romains, Vincent et Viton, étaient-ils du moins, à Nicée, les représentants du Pape? Vous n'en disconvenez pas. Or, quoique simples prètres, ils passent avant les Pères du concile. D'où leur vient cette grande prérogative, sinon parce qu'ils représentaient l'évêque de Rome? Vous ajoutez que l'évêque de | Rome, s'il eùt été présent au concile, eût occupé la première place, en qualité de premier patriarche. C'est là une pure hypothèse, qui n'a aucun fondement historique. Vous rétorquez ensuite contre moi l'argument que j'avais tiré de la conduite des Papes relativement à certains conciles. Les Papes, disais-je, cassent certains canons de certains conciles. Donc ils sont supérieurs aux conciles. — Vous, vous répliquez : Certains conciles condamnent certains Papes. Donc les conciles sont snpérieurs aux Papes. — Eh! non, Monsieur, le cas n’est pas semblable. Les conciles ont soin de s'adresser spontanément aux Papes pour faire confirmer leurs canons. Les Papes examinent ces canons, et en rejettent cer- tains. Mais quand est-ce que les Papes ont pris l'initiative de s'adres- ser aux conciles pour faire juger leur conduite? Jamais. Si les con- ciles s'arrogent le droit de juger certains Papes, c'est par un étrange abus de pouvoir, ou plutôt c'est par une vraie rébellion. Passant ensuite aux faits, vous en relevez deux : premièrement, la lettre de saint Clément à l'Église de Corinthe. Vous trouvez étonnant que je me sois appuyé sur cette letire pour dégager les droits de ls Papauté, lorsque le nom de saint Clément, dites-vous, n'est pas mème mentionné dans cette lettre. Je reconnais quele nom de saint Glément ne figure pas dans l'en-tête de la lettre qui porte: ‘H éxxAnola teù Ge:ÿ à mapotxoüaz ‘Pourv. Mais il suffit d'avoir tant soit peu étudié les anti- quités chrétiennes, pour constater que c'est là l'en-tête ordinaire des lettres que les chrétientés échangeaient alors entre elles. Les lettres portaient toujours le nom de l'Église parce que chaque évèque s’identifiait avec son Église. Croyez-vous franchement qu'une Église troublée par des dissensions eût invoqué une Église collective pour rétablir la paix? Du reste, nous avons le témoignage des histo- riens, entre autres d'Hégésippe, qui nous affirment que la lettre fut adressée par saint Clément. (Eusèbe, A. Æ. IV, 22.) UNE RÉPONSE - 701

 Vous me combattez aussi par rapport au fait de saint Athanase.

Vous m'accusez de passer sous silence la réplique des évêques orien- laux à l'intervention du Pape (Sozomène, Æ. E,. III, 8). D'après l'histo- rien grec, cette réplique fut assez acerbe. Il nous dit que les évêques orientaux écrivirent à Jules une lettre très élégante et très bien agen- cée: ävréypabav ’loukiu xexaAkernuévry Tv wat GxavxGc cuvtetayuévnv ëriarokÿv », mais en même temps remplie de beaucoup d'ironie : « sipwverde te ro À dvéthew », et respirant des menaces terribles : a xai dnerxñs ox ductpobsav etvorétne ». — Je répondrai par deux observations. En premier lieu, que prouve la résistance de certains évèques dévoyés, qui s'en prenaient au Pape précisément parce qu'ils complotaient contre saint Athanase? Rien. Au reste ces évêques ré- voltés rendent en même temps hommage à l'Église romaine. Je con- tinue la citation empruntée à Sozomène. Dans leurs lettres ils confes- saient que l'Église romainé méritait la plus grande vénération : « rxc- ripuxr Th Popalov ’EuxAnciay dy role ypipuac ouakdyou », comme avant été dès le commencement le domicile des apôtres et le métro- pole de la piété, « bg droctéhuv éporniathpucr xal edsefeias pnrpéroh ëS dpyñs yeyernpémy. » Pourquoi, donc, des évêques révoltés sont- ils forcés d'avouer que l'Église romaine a été, dès le commence- ment, le domicile des apôtres et la métropole de la iété? ÆEn second lieu, en laissant de côté cette particularité, est-il vrai que saint Athanase, le patriarche du premier siège de l'Orient, persécuté, traqué par les Ariens, ait recouru à Rome et remis sa cause entre les mains du Pape Jules? Le fait est historiquement certain. Cela suffisait à mon but.

                                    *

                                4       +




 À la fin de votre article, vous critiquez, Monsieur, quelques-unes

de mes réponses aux objections de l'Encyclique patriarcale. Vous dites qu'il est difficile de prendre au sérieux l'argument par lequel je réponds à l'objection tirée des fausses Décrétales, à savoir que « ces fausses Décrétales ne font qu'attester des droits qui s'exerçaient journellement ». Pourtant, l'histoire est là pour faire foi de l'exactitude réelle de cette affirmation. En nous en tenant à l'Orient, il est incontestable que pendant les trois premiers siècles et dans la suite, les Pontifes romains interviennent dans toutes les questions dogmatiques, etpar- lent avec autorité. Je vous le demande, Monsieur, est-ce aux fausses Décrétales, qui sont de longtemps postérieures, qu'il faut attribuer cette intervention presque continuelle des Papes dans les affaires d'Orient pendant les premiers siècles, jusqu'au schisme de Photius, intervention qui est le fait le plus lumineux que l'histoire puisse 702 REVUE ANGLO-ROMAINE

contrôler? Notez bien que je ne parie pas de l'Occident, où le fait de l'exercice du pouvoir pontifical est trop visible. Que voulez-vous, nous ne pouvons pas renverser loutes les données de l’histoire. Nous ne pouvons pas aller chercher dans un ouvrage, qui parut vers l’époque d’Hincmar de Reims, l’origine de droits que nous voyuns eleirement s'exercer à l’aurore même du christianisme. Vous critiquez également, comme un argument à priri,cette phrase d'une de mes réponses: « Qui pourra jamais concevoir que Jésus- Christ ait établi une société sans lui donner ur chef? Celle supposi- tion ne supporte pas l'examen ».— Oui, en vérilé, cette supposition ne supporte pas l'examen. Si Jésus-Christ a élabli son Église sous forme de sociélé visible, il faut de toute nécessité qu'il lui ait donné un chef. A-t-on jamais pu instituer et même concevuir une société sans un chef? — Vous ajoutez en terminant que cela supposerait l'approbation de saint Paul. À cela je réponds, en vous priant de m'indiquer les passages où saint Paul émet une pareille doctrine. Ce serait le seul moyen de légitimer votre affirmation et de nous entendre. Agréez, Monsieur, l'expression de mes plus charitables sentiments en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

                                                  V. ERxONI.

CHRONIQUE

Ordinations anglicanes. — Quelques journaux, en Angleterre et ailleurs croient pouvoir annoncer que la question des Ordinations anglicanes va être prochainement tranchée à Rome d'une man.ère définitive et dans le sens de l'invalidité. À ces prétendues informations nous sommes en mesure d'opposer d’après nos renseignements personnels, que nous tenons pour par- faitement sûrs, les affirmations suivantes : De tout ce qui se dit à ce sujet, une seule chose est certaine : c'est qu'à Rome, la question va être examinée et étudiée à fond, mais que la solution en est encore inconnue et ne saurait être préjugée; c2 que l'on sait d'avance, c'est que cette solution sera conforme à la justice et au bien de l'Église. L'Église d'Angleterre et l'Église russe. — Le correspon- dant du Times à Saint-Pétersbourg écrivait ces jours derniers que la visite dans cetle ville de l'évêque anglican chargé des diverses mis- sions et chapellenies de l'Europe continentale a élé l'occasion d'une démonstration en faveur de l'union des Églises. L'évêque Wilkinson, en costume de convocahon, accompagné du Res. A. Watson,chapelain de la mission de Saint-Pétersbourg, et de M. W.J. Birkbeck,se rendit au monastère de Saint-Alexandre Newsky pour s'y rencontrer avec le métropolitain de Saint-Pétersbourg. D'après le récit du Novoiÿ Vremya, Y'évèque se prosterna devant l'autel, baisa l'image du Sauveur et reçutia bénédiction qui lui fut donnée avec les saintes images par le métropolitain Palladius. La conversation roula sur le sujet de la réunion des Églises, et de part et d'autre, on se promit d'y travailler avec zèle et persévérance. Ajoutons qu'à cette occasion, M. Birkbeck fut reçu en audience par l'Empereur et l'impératrice.

Une conférence sur la réunion des Églises. — Samedi soir a en lieu, dans le grand amphithéâtre de l’Institut catholique de Paris, la conférence de M. l'abbé Klein sur les « données actuelles du problème religieux en Angleterre et Ia nécessité de la réunion ». M. l'abbé Klein a fondé le développement de sa conférence sur cette parole de Montalembert : «L'Église manque à l'Angleterre et l'Angle- lerre manque à l'Église. » Le culte principal, chez nos voisins, est l'anglicanisme. Mais se fait- on chez nous une idée suffisamment exacte de l'Église anglicane? M. l'abbé Klein a décrit l'évolution caractéristique etconsolante qui s'opère dans une portion importante de l'Église anglicane, la High Church. Les cérémonies tendent à se rapprocher des cérémonies ca- tholiques. Des Anglais en voyage aiment mieux aller à l'église catho- lique qu'au temple calviniste ou luthérien. Le culte de la Sainte Vierge renait ; on récite le Hagntfirat à la prière du soir. Le célibat des prêtres commence à être remis en honneur. Une petite élite se voue à la vie religieuse. L'orateur a raconté, en termes touchants, la réception respectueuse et cordiale qui lui fut faite dans un couvent de Sœurs anglicanes, toutes disposées à saluer avec bonheur la réunion des Églises. Enfin la confession auriculaire et la communion sacramentelle 104 REVUE ANGLO-ROMAINE

reparaissent peu à peu. Sur tous les points, la distance diminue done entre anglicans et catholiques. Seulement, il faut observer que cette évolution, dans l'Eglise anglicane, n'est que le fait d'une élite. Les Rifualistrs, qui conduisent le mouvement, ne sont eux-mêmes qu'une partie de la High Church. y a donc de nouveaux et grands progrès à réaliser. La réunion à l'Église romaine achèverait de relever cette société religieuse en développant el en coordünnant les efforts qu'elle fait déjà peur se relever d'elle-même. Si Le retour à l'Église doit être profitable à l'Angleterre, le retour de l'Angleterre le serait évidemment à l'Église. Ce retour accroitrait considérablement la force d'expansion du catholicisme. Elle adjoindrait aux contingents actuels de la vérité la race la plus influente et la plus répandue de l'univers. Plus on étudie les obstacles qui séparent l'anglicanisme du catho- licisme, plus on voit diminuer les difficultés qui s'opposent encore à la réunion. En effet, les signes d'apaisement sont manifestes, Des rapports courtois existent entre le Saint Siège et la monarchie britannique. Le cardinal Lavigerie a été accueilli en Angleterre avec enthousiasme. Les cardinaux Newimaun et Manning ont été populaires chez les pro- testants. Le prêtre catholique, depuis l'émigration, qui le fit connai- tre-et apprécier au delà de la Manche, a peu à peu conquis le respect de tous. Bien des préjugès se sont dissipés. L'instruction supérieure, les voyages plus nombreux ont élargi les idées. Faut-il rechercher l'union en masse on les conversions indivi- duelles? Les avis sont partagés entre ces deux espérances inégales; mais tous sont également préoccupés de la pensée de Funion. C'est à ee but que travaillent activement des hommes de bien, tels que lord Halifax en Anglelerre, M. l'abbé Portal en France, et auquel s'est vouée la Rerue anglo-romuine. Il est vrai que les catholiques anglais, en général, croient surtout à la possibilité des conversions indivi- duefles : on peut d'ailleurs suivre simultanément les deux méthodes. De toute manière, on travaille utilement en recherchant l'union er masse, Cette recherche mène à des études approfondies propres à dissiper les préjugés et les malentendus, crée des relations et aug- mente ainsi l’estine mutuelle. Or, quand ons'estime mutuellement, on est près de s'entendre. M. l'abbé Klein, personnellement, a évité de se prononcer entre les deux avis, et reconnu simplement qu'il ne faut épargner aucun moyen de ramener à la vérité nos frères anglicans, qui en sont si près. Quoi que lon pense, dit-il, des chances d’union collective pour l'avenir, i va de soi que personne ne songe à sacrifier l'œuvre présente des con- versions individuelles. La conférence à été vivement goûtée et souvent applaudie.

La canonisation du B. Perboyre. — La Sacrée Congréga- tion des Rites a examiné et résolu la question préliminaire de la validité des procès apostoliques pour la canonisation du B. J.-G. Per- boyre de la Congrégation de la Mission, martyrisé en Chine. Ce pre- mier examen sera suivi de la discussion en trois instances sur l'au- thencité des nouveaux miracles attribués àl'intercession du Bienheu- reux et proposés pour sa canonisation. DOCUMENTS

CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA : CONTROVÉRSIÆ

                   HODIERNÆ        GRAVISSIMÆ

                                   DE



             SACRAMENTO                 EUCHARISTIÆ

                              LIBER I

IN QUO DE REALI CHRISTI IN SACROSANCTA EUCHARISTIA PRÆSENTIA ET PAR- TICIPATIONE, AG DE MODO UTRIUSQUE BREVITER TRACTATUR.

                                (Suite)


                               CAP. III.

In quo, Transsubstantiationem de fide non esse, immo cum Scripluris et Patribus vetustlioribus pugnare, hæreseos lamen minime damnandam esse, paucis ostenditur.

  1. ‘ Non extare locum ullum Scripturæ, tam expressum, ut sine Ecclesiæ declaratione, ” in Concilio Lateranensi scilicet sub Inno- centio tertio congregatæ, ‘ evidenter cogat transsubstantiationem admittere, ” dixit Scotus !, ut fatetur Cardinalis Bellarminus*: ‘ Atque id, ” inquit Bellarminus, ‘‘ non est omnino improbabile. Nam etiamsi Scriptura, quam nos suprà adduximus ” (nempe, ” Hoc est corpus meum’) ‘ videatur nobis tam clara, ut possit cogere hominem non protervum; tamen an ita sit, merito dubitari potest, cùm homines doctissimi et acutissimi (qualis imprimis Scotus fuit) contrarium sen- tiant. ” Sic ille.

  2. Gabriel Biel +: ‘* Quamvis expressè tradatur in Scripturâ, quod corpus Christi veraciter sub speciebus panis continetur, et à fidelibus sumitur : tamen quomodo ibi sit Chris{i corpus : an per conversionem

1n 4 d. 41 q. 3, n. 5,43, 15, ? De Euch. C. 23, [à Secundo dicit}. 8 In canonem Missæ Lect. 40 [f. 85 a].

 REVUE ANOLO-ROMAINE. = T. L     == 45.

7106 REVUE ANGLO-ROMAINE alicujus in ipsum, an sine conversione incipiat esse corpus Chrisli cum pane, manentibus substantiä et acridentibus panis, non inveni- tur expressum in Canone Bibliæ. ”

  1. Cajetan! : ‘ Dico autem, ab Ecclesiä, quoniam non apparet ex Evangelio coactivum aliquod, ad intelligendum hæc verba propriè, nempe, ‘ Hoc est corpus meum. ” Unde Alanus*: ‘“ Cajetanus, ” inquit, ‘ et aliqui vetustiores LL

audiendi non sunf, qui dicunt, panem desinere esse, non tam ex Evangelio, quam Ecclesiæ authoritate constare. ”

À Episcopis Roffensis *: Corpus Christi fieri per consecrationem, non probatur [ex} nudis Evangelii verbis, sine pià interpretatione ” Ecclesiæ et: ‘ Neque ullum hic ” (de loco Matthæi loquitur) ‘‘ verbum propositum est, quo probetur, in nostrà Missä veram fieri carnis et sanguinis Christi præsentiam”” (qualem scilicet Romana Ecclesia docet). Sic ille.

  1. Gul. Chedzeus Anglus, Theologus Romanæ partis in Disputa- tione Oxonii cum Petro Martyre de Eucharistià5 : ‘“ Quantum, ” inquit, ‘ ad præsentiam corporis tui in sacratissimo eucharistiæ sacramento, firmiter credo,” Domine, ‘ ex ore tuo, &c. * ” ‘* De modo autem, quo, aut qu ratione ibi sit, an cum pane, an transelementaie et {ut discunt) transsubstantiato pane, apertis verbis Scriptura non docet. Sed quid dicemus ? apertis verbis non docuit, + ergo non docuit?

absit.... Docuit, sed obseuriùs ”, ‘ quando dixit, Hoc est corpus, &c. docuit posiea per Spiritum Sanctum, clariùs, ” ‘* docuit Ecclesiam. docuit Concilia, docuit Patres omnem veritatem, &c. ” Sic ille.

  1. Præter multos ex doctissimis Protestantibus qui dogma Trans- substantiationis, cùm Scripturis, tum Patribus adversari luculentis- simè demonstrarunt, adi, obsecro, Lector, eruditam P. Picherelli Expositionem verborum Institutionis Cœnæ Domini, etc. et ejusdem Dissertationem de Missà. Lege, et diligentissimè considera. Vide etiam Archiepiscopum Spalatensem * fusissimè hoc dogma impu- gnantem et refellentem.

  2. Inter locos quamplurimos, qui ex Patribus, contra hoc dogma produci solent, hi maximè illustres sunt. Jo. Chrysostomus in epistolà ad Cæsarium monachum contra hære- sem Apollinarii ® : ‘ Sicut, ” inquit, ‘ antequam sanctificetur panis, panem nominamus: divinâ autem illum sanctificante gratià, mediante sacerdote, liberatus est quidem ab appellatione panis, dignus autem

Lin 3 Qu. 15 À. 1. 21de Euch. {Sacram.] c. 34, p. 419. 8 Contra Captiv. Babyl. c. 9, p. 99 fin mg. Opp. p. 220 mgl. $ Cap. 10 [p. 227. 6 Disput. de Euch. Sacram. hab, in cel. Univ. Oxon., p. 76. 5 P. 16. TV de Rep. Ecel. c. 8. 8 T. 3, 764. LIB. 1 DE EUCHARISTIA 107

habitus est Dominici corporis appellatione, etsi natura panis in ipso permansit : et non duo corpora, sed unum Filii corpus, corpus præ- dicatur; sie et hic divinà inundante corpori naturâ ” (vel potius, “ divinä naturà in corpore insidente; * Græcè enim évidpuadons legitur) ‘< unum Filium, unam personam, utraque hæc fecerunt, etc. ” Negant quidem Romanenses {vide Bellarminum ‘, aliosque) hanc epistolam Chrysostomi esse, cùm inter Chrysostomi opera nusquam reperiatur: extitisse tamen ïillius MS. in Bibliothecà Florentinà exemplar, unde ista transcripsit, testatur P. Martyr, ut ex eo affirmat Steph. Gardi- nerus, episcopus Wintoniensis ?, qui etiam * ait, extitisse ejus exem- plar in Bibliothecâ vel Archiepiscopi vel Archidiaconi Cantuariensis *. Hanc epistolam etiam citatam invenies in Collectaneis contra Seve- rianos, quæ ex Fr. Turriani Jesuitæ versione habentur in 4 Tomo Antiquarum Lectionum Henr. Canisii 5, et BibliothecA Patrum ‘ etin fine libri Joannis Damasceni contra Acephalos”. Alia Romanensium effugia vana omitio.

  1. Nihil clariüs verbis Theodoreti” : ‘‘ Symbola et signa quæ viden- tur, appellatione corporis et sanguinis honoravit, où rnv gbotv petafabv, dAAG ray xépiv th gûae xpoorebexbe, non naturam quidem mutans, sed naturæ gratiam adjiciens; et ®:‘* OD8è+àp perà rôv &yracpèv tà puorixa oûpBoaa tic olxelas Éfioratar qÜsewc, péver yap Emi ts Tporépas ocûsiaç nai toû oyhpuatos mal toû eïgous, etc. Neque enim symbola mystica post sanctificationem recedunt à suà naturà manent enim in priore substantiâ et figurà et form, et videri et tangi possunt, sicut et pribs, etc. Sic illud corpus Christi priorem habet formam, figuram, cireumscriptionem, et {ut summatim dicam) +hv toi otmaros obciay, etiamsi post resurrectionem immoriale factum sit, et immune ab omni corruptione, etc, ” Ineptè Bellarminus hic ‘ et alii Romanenses respondere solent, ‘ per naturam et substantiam symbolorum, quam Theodoretus dicit remanere et non mutari, intelligere illum naturam, et essentiam seu substantiam ” (ut Bellarmino absurdè loqui placet) ‘‘ accidentium. ” Parum etiam Christianæ charitatis et modestiæ illis inest, qui tanti nominis et meriti Patris authoritatem elevare conantur (vide Greg. de Valentià ‘‘ aliosque plurimos) ex eo,quod de quibusdam erroribus in Concilio Éphesino notatus fuit, tametsi posteà resipuerit, ut ipsimet fateri coguntur; nempe ut hacrimä eleabantur, dum negare non pos- sunt, Theodoretum asseruisse elementa in priore substantiä manere :

? 1 de Euch. c. 22 IJSResp. Nihii ejusmodi]. 211 de Euch. fp, 446 b], 3 Ibid. 4 Vide Crakanthorp. c. Arch. Spal. c. 73, . 584. 5 FT. 2, 4, 250]. ST. 4, p. 2, p. HIL 7 Apud eundem H. Canisium, loco citato, 8-Dial. 1 [t, 4, p. 26]. .i 9 Dial. 2 {p. 126}. 10 Ubi supra [3 de Euch.] c. 27{8 Sed nec]. 4 II de Transsub. €. 7[f Quod si auctoresillos}. 108 REVUE ANGLO-ROMAINE

quod tamen scripsit in Dialogis illis, quos contra Eutychianos magnä cum laude et Ecclesiæ approbatione Nestorii hæresin detestatus scripsit.

  1. Gelasius, sive is fuerit Episcopus Romanus, ut quidam etiam Romanenses arbitrantur, sive alius quidam ejusdem nominis (videan- tur hic Critici) testis certè antiquus satis et incorruptus ! : ‘* Certè sacramenta, quæ surnimus, corporis et sanguinis Christi, divina res est, propter quod et per eadem divinæ efficimur consortes naturæ; et tamen esse non desinit substantia vel natura panis et vini. Et certè imago et similitudo corporis et sanguinis Christi in actione mysterio- rum celebrantur. Satis ergo nobis evidenter ostenditur, hoc nobis in ipso Christo Domino sentiendum, quod in ejus imagine profitemur, celebramus, et sumimus : ut, sicut in hanc, scilicet in divinam, transeunt, Spiritu Sancto perficiente, substantiam, permanente tamen in suæ proprietate naturæ, sic illud ipsum mysterium principale, cujus nobis efficientiam virlutemque veraciter repræsentant, ex “ üis “ quibus constat, propriè permanentibus, unum Christum, quia inte- grum verumque, permanere demonstrant. ”

  2. Similiter Ephremus Patriarcha Antiochenus, contra Eutychia- nos (vide Photii Bibliothecam) probare intendens, per hypostati- cam unionem nullam fieri naturarum in Christi personâ confusionem, sed unamquamque suam substantiam et proprietatem retinere, ad id similitudine utitur Sacramentalis unionis, negans, in sacramento mutationem unius substantiæ in aliam fieri: ‘ Si enim,” inquit ‘‘ et unius personæ est utrumque, nempe manibus tractabile et intracta- bile, nemo tamen qui mentem habeat, poterit dicere, eandem esse naturam tractabilis et intractabilis, sub aspectu cadentis, et invisibi- lis. Sic etiam, corpus Christi quod à fidelibus accipitur, xai ti alobnrñs cûciag oùx éEiotatat, et à sensibili substantià non recedit, * (malé fide Andreas Schottus Jesuita, sive quis alius interpolator red- didit, ‘ Et sensibilis essentiæ non cognoscitur "] ‘ et manet insepa- ratum à gratià intelligibili: et baptismus spiritualis totum et uoum quid factus et existens, proprium sensibilis essentiæ, aquæ dico, ser- vat, vù lôtov tic alobnrfis obolac, voû Güaros AËyw, &tacwte, ” (ubi rursus malè Schottus interpres, ‘ Hocque substantiæ sensibilis proprium est, per aquam inquam servat'( ‘‘ nec amittit quod factum est. ” Sic ille.

  3. Observet hic lector verba, quæ habentur in præfatione editioni Dialogorum Theodoreti Romæ excusæ per Stephanum Nicolinum anno 4547, præfix4*: ‘* Quod de Sacrosanctæ Eucharistiæ mysterio dicit Theodoretus, &c. dictum esse videtur ex eorum sententià, qui falso asseruerunt, esse in eo pane corpus Christi, remanente tamen

1 Libro de duabus in Christo naturis c. Eutych. et Nestor. Bib. Pat. t. 4. apud Routh Opusc. v. 2. 439]. 3 Sig. À. 1, LIB. 1 DE EUCHARISTIA 709

panis substantiâ; quod quidem falsum est, &c. Quanquam Theodore- tus hoc fortasse nomine aliqu& venià dignus videatur, quod de e& re ejus tempore ab Ecclesia nondum fuisset aliquid promulgatum, &c. Gregorius de Valentiä‘: ‘* Quod si, * inquit, ‘‘ auctores illos ” (Theodoretum, Gelasium, &e.) ‘‘ nolint Panistæ nobiscum ita inter- pretari, ut certè possent; dabimus aliud breve et simplex et sine ullo incommodo responsum. Enimvero antequam quæstio ista de trans- substantiatione in Ecclesiä palam agitaretur, minimè mirum est, si unus aut alter, aut etiam aliqui ex veteribus minus consideratè et rectè hac de re senserint et scripserint; maximè cm non tractarent ex instituto ipsam quæstionem. ” Sic ille. Ruard. Tapper? ad testimonium Gelasii respondens: ‘ Quamvis, ” inquit, ‘‘ ante definitionem Ecclesiæ Gatholicæ veniale fortassis fue- rit de hoc articulo disputare et errare, nunc tamen, sententiâ per Ecclesiam pronunciatà, grandis est impietas hanc transsubstantiatio- ner impugnare, &c.” Vide etiam Hardingum contra Apologiam Ecclesiæ Anglicanæ apud Juelium. Fisherum contra Joan. Whitum!*. Martin. Eisergrenius": ‘ De illo, ” inquit, ‘‘ primario dogmate, nempe de Christi existentià in Eucharistiä, apud Catholicos Patres nunquam fuit dubitatum, quandoquidem per illa verba, ‘ Hoc est corpus meum,' Catholica Ecciesia semper realem Chrisli corporis existentiam intellexit, et primariorum dogmatum ignoratio, nedum error, Sinceritati repugnat. Utpoteilla religionis sunt primaria dog- mata. Ilud vero dogme, Eucharistia est adoranda, et cætera hujus- modi dogmata ” {ut dogma transsubstantiationis unde maximè Eu- charistiæ adoratio dependet}) ‘ ex primariis collecta, ante illorum definitionem, aut ignorare, aut dubitare, aut circa ille aliter, quam res se habet, citra pertinaciam asserere, fidei sinceritati non repu- gnat. Siquidem hujusmodi dogmata nec primo, nec explicitè propo- sita fuerunt ad credendum, sed ex primariis tantüm dogmatibus col- liguntur. Ante hujusmodi enim dogmatum authenticam propositio- nem et expositionem atque definitionem, illorum ignoratio aut error, modo sit citra pertinaciam, non pugnat cum fide. Unde licèt aliqui pastores et doctores aliquando hujusmodi dogmata ignorâssent, aut de illis discordâssent, aut circa illa errâssent, nihilominus tamen in Catholicæ Ecclesiæ communione et fide perseverärunt.” Hæcille. Quæ- dam rectè dicta sunt, quædam perperam, ut paulo inferiès dicemus. Vide etiam alios in hanc sententiam conspirantes. Non audent igitur Romanenses ipsi, paulo verecundiores sultem, negare, dogma transsuhstantiationis communi Patrum omnium con- sensu minimè niti.

t Loco supra cit. ? Resp. ad argum. Calvini. Art. 44 c. transsub. p. 294, col. 1. 3 P. 248. s P. 514, c. 56.

De Ecclesia, c. 8, p. 164.

7416 REVUE ANGLO-ROMAINE

  1. De sententià Bertrami satis constat ex libro de Corpore et San- guine Domini ad Carolum Calvum Imperatorem scripto‘:‘Panis,”in- quit, ‘‘ille vinumque figuratè Christi corpus et sanguis existit?.. Nam secuudüm creaturarum substantiam, quod fuerunt ante consecratio- nem, hoc et postea consistunt, &c.” Adi sis authorem ipsum, multèm à Trithemio in catalogo Ecclesiasticorum et lllustrium Scriptorum * laudatum ; ut ut nunc Bellarminus aliique recentiores Romanenses ipsum, ut hæreticum scriptorem, damnent.

Neminem ferè latet, quæ fuerit sententia Theologorum Belgarum aliorumque quorundam de hoc Bertrami libello in suo Indice Expur- gatorio : ‘* Quanquam, ” inquiunt, ‘ librum istum ” Bertrami ‘ magni non existimemus momenti, itaque non magnoperè laboraturi simus, si vel nusquam sit, vel intercidat; attamen cüm jam sæpe recusus sit, et lectus à plurimis, et per interdictum nomen omnibus innotuerit hæreticis, [et] constet de ejus prohibitione per varios catalogos; fuerit [que} Catholicus Presbyter ac monachus Corbeiensis Cœnobii, Carolo non tam Magno quäm Calvo, charus ac venerabilis: [et} juvet historiam ejus ætatis, [atque] in Catholicis veteribus aliis plurimos feramus errores, et extenuemus, excusemus, excogitalo commento persæpe negemus, et commodum iis sensum affingamus, dum opponuntur in disputationibus aut in conflictionibus cum adver- sariis; non videmus cur non eandem æquitatem et diligentem reco- gnitionem mereatur Bertramus, ne hæretici ogganniant, nos antiqui- tatem pro ipsis facientem exurere et prohibere; itaque mirum non esse, pauca pro ipsis videri facere, nobis Catholicis tam irreverenter antiquitatem vel in speciem à nobis dissentientem exsibilare ac per- dere. Quin et illud metnimus, ne liber iste non solùm ab hæreticis, verùm immorigeris quoque Catholicis, ob interdictum, avidiùs lega- tur, odiosiüs allegetur, et plus vetitus, quàm permissus noceat. ” Hæc Censores illi. In fine censuræ verba ista notatu digna sunt. ‘ Tametsi non diffitear, Bertramum tunc temporis nescivisse exactè, accidentia ista absque substantiâ omni subsistere, et cætera, que subtilissimè et verissimè posterior ætas per Spiritum Sanctum addi- derit; ” et : ‘* Fol. 4437. versu 2, legendum ‘ invisibiliter * pro ‘ visi- biliter : * et infrà v. 36. ‘ Secundùm creaturarum snbstantiam, quod priùs fuerunt ante consecrationem, hoc et postea consistunt. ” expli- candum est, ‘ secundüm externas species Sacramenti, * &e. ”

An hoc sit cum veteribus scriptoribus Catholicis candidè et bonâ fide agere, judicet æquus Lector. Audiatur hic Heuricus Boxhornius, Theologiæ licentiatus Lovaniensis, qui, relictà externâ Ecclesiæ Romanæ communione,* sic exclamat : ‘ Sed à incredibilis in me Dei Optimi Maximi beneficentia! postquam Repurgatorii Indicis,

1842,

quem tyrannizante Albano, Benedictus Arias Montanus, in piorum virorum lucubrationes injurius conceperat, exequutor inter primos factus, sexcentas contra falsa doctrinæ pontificiæ capita observa- tiones, virgulâ censori& annotaverant, quam optarem lachrymis et sanguine meo eluere : Deo misericorditer animum meum concutiente, et aperiente oculos meos, in Papatu abominationem, &c. animad- verti. ” Hæcille. Vixit et scripsit Bertramus sub Carolo Calvo, quod fuit, ut ipse Index Belgicus explicat, sub annum Domini 870.

  1. Ælfricus, vir doctrinà præstans, circa annum Domini 990, in Sermone Saxonico legendo in Festo Paschatis in Ecclesià Anglicanà : ‘* In Baptismo duo videmus ; juxta veram naturam aqua est corrupti- bilis; per mysticam benedictionem vim habet sanctificandi. Itidemin sacrä Eucharistiä, quod videtur, panis est et corruptibile corpus : quod spiritualiter intelligimus, vita est, et immortalitatem donat. Multüm differunt invisibilis hostiæ virtus, et visibilis propriæ naturæ forma. Natur4 est panis corruptibilis et vinum corruptibile. Potentià Dei est verè corpus Christi et sanguis : non sic tamen corporaliter, sed spiritualiter. &. ”

  2. Walafridi Strabonis verba‘ in quibus panis et vini substan- tiam in Eucharistiâ agnoscit, brevitatis studio omitto : ut et senten- tiam Ruperti Abbatis Tuitensis, quæ licèt nova et peregrina fuerit in Ecclesiä, dogmati tamen transsubstantiationis omnino contrariam fuisse, omnibus notum est; docuit enim, panem Eucharistiæ hypo- staticè assumi à Verbo, eo prorsus modo, quo natura humana ab eodem Verbo assumpta est. Vide Bellarminum *. Lege Rabanum Mau- rum #, vixit anno 835.

  3. Testimonia aliorum veterum, immovetustissimorum scriptorum, Irenæi *, Tertuiliani, Origenis 5, Cypriani, Ambrosii, Augustini, &c. consulto præterimus, ne millies ab aliis actum agamus.

  4. Inter Theologos Scholasticos, Scotus* dicit, non extare ullum Scripturæ locum tam expressum ut sine Ecclesiæ declaratione evi- denter cognat transsubstantiationem admittere {quod non esse omnino improbabile fatetur Bellarminus ipse, ut supra dictum est), ita etiam nullam Ecclesiæ in Concilio Generali declarationem, aut definitionem, eam de fide esse, ante Lateranense Concilium agnoseit. Adducit quidem duas authoritates Ambrosii, remittitque se ad alias multas quæ habentur de Consecratione?, et apud Magistrum®. Sed nullum nominat Concilium ante Lateranense.

3 Do rebus Eccles. c. 46. 3 II! de Euchar. c. 41 [$ Quinta Sententia}. S I do Instit. Cleric. c. 31 [t. 6, p. 14, 42]. 4 Lib. 4. c. 34. 5 Inc. 15 Matth. In 4 d. 1i,q.3. TD.2.

D.10et tt.

142 REVUE ANGLO-ROMAINE

Hoc in illo minimè probat Bellarminus   : 4: * Id enim, ” inquit,
                                                           L

‘‘ille dixit, quia non legerat Concilium Romanum sub Gregorio VE. * Sed ut rectè respondet [F. Hugo Magnesius] Author Apologiæ Apolo- geticæ pro Scoto : ‘Iliaauthoritas Concilii Romani habetur de Con- secratione d. 2 cap, Ego Berengarius, ” quam vidit et legit Scotus; ‘ ubi tamen non agitur ex professo de transsubstantiatione, seu de panis et vini desitione, sed de verä et reali Christi sub speciebus panis et vini præsentiâ, quam Berengarius negabat. ” Hæc ille. Hugo Cavellus in Scholio ad locum illum Scoti :? ‘ Dicendum quad Ecclesia declaravit istum intellectum esse de veritate fidei in illo symbolo edito sub Innocentio tertio in Concilio Lateranensi : ‘ Fir- miter credimus, &c. ” ” ad marginem notat : ‘ Antea si ita credeba- tur, non ita expressè. ” Tartaretus : ‘ Non est necesse ad salvandum hoc {videlicet præ- sentiam corporis Christi in Sacramento) fugere ad conversionem panis in corpus Christi quia à principio Institutionis hujus Sacra- menti fuit necessarium credere, corpus Christi esse sub illis specie- bus, quia in hoc consistit veritas, et tamen non fuit in principio ita manifestè dictum, quod panis convertatur in corpus Chrisli. ” Joh. Yribarne :5 ‘‘ In primitivâ Ecclesiä, de substantiä fidei erat, corpus Christi sub speciebus contineri; tamen non erat de fide, sub- stantiam panis in corpus Christi converti, et factä consecrationeilline recedere. ” Faber Faventinus :f ‘ Istæ rationes Divi Thomæ ” {quibus ‘‘ pro- bat deduci evidenter ex Sacr& Scripturâ non manere substantiam panis in Eucharistià ”) “ licèt multi laborent earum efficaciam osten- dere, proculdubio, seclusä authoritate Ecclesiæ, minimè cogunt, habent tamen multam probabilitatem, Unde Scotus non dicit abso- lutè, illas non concludere, sed non cogere, qui enim oppositam par- tem sustineret, illis non convinceretur evidenter et necessario. Ratio ergo efficax sumitur ex authoritatibus SS. PP, quæ à Magistro addu- cuntur : sed quod maximè urget est aulhoritas Ecclesiæ : habetur enim®” &c. ” Hæcille. Eadem est reliquorum Scotistarum sententia.

  1. Petrus de Alliaco :° Quarta opinio el communior est, quod substantia panis non remanet, sed simpliciter desinit esse. Cujus pos- sibilitas patet, quia non est Deo impossibile, quod iila substantia subito desinat esse, quamvis non esset possibile creatà virtute. Et licèt ita esse non sequatur evidenter ex Scripturà, nec etiam videre

13 De Euch. c. 23 [$ Unum tamen]. 3 Paris. excus. anno 41623, p. 252. 3 L, 4. d, 11,8 15. 4 In 4 Sent. d. 10 q. 1 [& Quantum ad istum art.| 5 In 4 Sent. d. 11 q. 3, disp. 42, 8 1.} 6 In 4 Sent. d. 41, disp. 45, c, 4 [n. Istæ rationos.] FT Dist. 10 et 41, 8 Extra. de hæreticis. 9 In & Sent. q. 6 [fol. 274 H.] LB, 1 DE EUCHARISTIA 743

meo ex determinatione Ecclesiæ : quia tamen magis favet ei commu- nis opinio Sanctorum et Doctorum, ideo teneo eam. ” Et rursus :' ‘ Ille modus qui ponit substantiam panis remanere, nec repugnat rationi nec authoritate Bibliæ, immo est facilior ad intelligendum, et rationabilior, et non ponit accidentia sine subjecto, quod est unum de difficilibus, quæ hîc ponuntur. ”

48. Sententia          Durandi, qui panis          saltem materiam permanere

existimavit, cui erudito ignota est? Erasmus inter scriptores recentiores :? ‘‘ In synaxi transsubstan- tiationem sero definivit Ecclesia : diu satis erat credere, sive sub pane consecrato, sive quocunque modo adesse verum corpus Christi.” Subdit quidem : ‘ Ubi rem propiès contemplata est, ubi exactiüs expendit, certiès præcripsit. ” Sed quèm certo judicet Orbis Chris- tianus, et :3 {! Si recipimus, ” inquit, ‘* recentium opinionem, nonne species panis et vini symbole sunt corporis et sanguinis Dominici ? Sin minus, nonne panis et vinum consecratum symbola sunt corpo- ris et sanguinis Dominici sub his latentium? ”# Alphonsus de Castro :* “ De transsubstantiatione panis in corpus Christi, rara est in antiquis Scriptoribus mentio. ” Idem Erasmus, qui suprà :" ‘* Olim satis erat credere, corpus Domini adesse per consecrationem Sacerdotis, post, inventa est transsubstantiatio. ” Tonstallus, Dunelmensis episcopus, vir doctissimus, De veritate Corporis et Sanguinis Domini in Eucharistiä :7 ‘ Ab exordio nascen- tis Ecclesiæ, nusquam quisquam Catholicus ad baptismum admissus dubitavit de præsentià,Christi in Eucharistiâ, sed omnes antequam ad Lavacri fontem admittebantur, ita edocti, se id credere profitebantur, uti Justinus Martyr in secundâ Apologiâ suà contra Gentes testatur. Cæ- terum quomodo panis qui ante consecrationem erat communis, ineffa- bili Spiritôs sanctificatione transiret in corpus ejus, veterum doctissimi quique inscrutabile existimaverunt, ne cum Capernaitis non credentes verbis Christi, sed quomodo id fleret quærentes, tentarent supra so- brietatem sapere plus quàm oportet. lilis vero satis superque visum est, omnipotentiæ ac verbis Christi firmiter credere, qui fidelis est in omnibus verbis suis, quique mirabilium suorum operandi modum, solus cum Patre et Spiritu Sancto novit. Porro ante Innocentium tertium Romanum Episcopum, qui in Lateranensi Concilio præsedit, tribus modis id posse fieri, curiosiùs scrutantibus visum est: Aliis existimantibus una cum pane, vel in pane Christi corpus adesse, velutiignem in ferri massâ, quem modum Lutherus secutus videtur: Aliis panem in nihilum redigi, vel corrumpi. Aliis substantiam panis

      F. 265 F.         ‘
      In Annot. in I, Cor. 1 [t. 6, p. 696, cd. 4705.}

9

      In Detectione præstigiarum libelli cujusdani.

pm OC

      Vide t. 9, p. 4281.
      Adv. Hsres. I. 8, Tit. Iudulg, [p. 518.]

©

      P. 780, t, 9.

à

      P. (45 b.} 46, otc.

714 REVUE ANGLO-ROMAINE

transmutari in substantiam corporis Christi, quem modum secutus Innocentius, reliquos modos in eo Concilio rejecit, quamvis miracula non pauciora, imo vero plura quam in reliquis rejectis ab eo modis. oriri curiosius investigantibus videantur. Sed Dei omnipotentiæ, cui nihil est impossibile, miracula cuncta cedere his, qui cum Innocen- tio in eo Concilio interfuerunt visum est, quod is modus maximè cum verbis hisce Christi, ‘ Hoc est corpus meum, &c. ” congruere illis visus est. ” Nam Joannes Scotus! recitando Innocentium, ait, ‘ tres fuisse opiniones : Una quod panis manet, et tamen cum ipso veré est corpus Christi : Alia, quod panis non manet, et tamen non con- vertitur, sed desinit esse, vel per annihilationem, vel per resolutio- nem in materiam, vel per corruptionem in aliud : Tertia, quod panis transsubstantiatur in corpus et vinum in Sanguinem. Quælibet autem istarum voluit istud commune salvare, quod ibi verè est corpus Chris- ti, quia istud negare est planè contra fidem. Expressè enim à prinei- pio institutionis Eucharistiæ fuit de veritate fidei, quod verè ibi et realiter corpus Christi continetur. ” Hactenus Joannes Scotus, &c. An satiùs autem fuisset, curiosis omnibus imposuisse silentium, ne seru- tarentur modum quo id fieret, cam viæ Domini sint investigabiles, si- cut fecerunt prisci illi qui inscrutabilia quærere non tentabant, et facilè Deum aliquid efficere posse putabant, cujus nos rationem inves- tigare non possumus. Scribit namque Augustinus ad Volusienum* dicens : ‘ Demus Deum aliquid posse, quod nos fateamur investigare non posse : in talibus rebus tota ratio facti, est potentia facientis.". An vero potiüs de modo quo id fieret. curiosum quemque suæ relinquere conjecturæ, sicut liberum fuit ante illud Concilium, modo veritatem corporis et sanguinis Domini in Eucharistiâ esse fateretur : quæ fuit ab initio ipsa Ecclesiæ fides; an fortasse melius de tribus illis modis su- prà memoratis, illum unum eligere, qui cum verbis Christi maximè quadraret, et cæteros modos abjicere, ne alioqui inter nimis curiosos illius ætatis homines, finis contentionum non fuisset, quando conter- tioso illo stculo linguis curiosis silentium imponi alio modo non po- tuit, justum existimo ” (hoc tempori cedens loquitur) ‘ ut de ejus- modi, quia Ecclesia columna est veritatis, firmum ejus omnino obser- vetur judicium. ” Hæc omnia ille.

  1. Refert Bernardus Gilpinus, Tonstalli cognatus et capellanus {vide illius vitam à Georgio Carletono episcopo Cicestrensi nuper des criptam *) Tonstallum sæpè dixisse, Innocentium tertium in def- niendà Transsubstantiatione, ut fidei artieulo, temerè et inconsideratè egisse, quum antea liberum esset opinionem illam amplecti vel res- puere : et quod si concilio illi interfuisset ipsemet, pontifici persua- dere potuisset, ut ab illà definitione abstineret.

  2. Bened. Arias Monianus: * ‘* ‘ Hoc est corpus meum, ‘” hoc est,

1 In & Sent. d. 11, q. 8 {$ 3.] 4 Épist. 3 [none Ep. 437, 8 8.] 3 P. 33, 42 et 48 [p. 46]. Inc. 22 Luc, v. 19. LIB. 1 DE EUCHARISTIA 745

‘* verum corpus meum in hoe Sacramento panis continetur Sacra- mentaliter;” et subdit: ! ‘* Cujus arcanam et mysteriis refertissimam rationem ut explicaliorem habeant Christiani, dabit aliquando Deus.” hic procul dubio aqua illi hærebut.

  1. Cardinalis Lotharingus in Colloquio Possiaceno; ‘ Bezæ ser- monem interrumpens, ‘ Equidem existimo, ” inquit, ‘ me posse tueri transsubstantiationem: sed non magnoperè fuisse necesse illam à Theologis excogitari arbitror; nec puto hac de causä divisiones debere fieri in Ecclesiis. Vide Hospinianum *. Galvinus ?. CI. de Sainctes 1.

  2. J. Ferus : ‘* Cüm certum sit, ibi esse corpus Christi, quid opus est disputare, num panis substantia maneat, vel non; ” in Matth. 26, ut citatur à D. Huncfredo, * et à Joh. Barnesio : * ‘‘ Ferus, ” inquit, doctus Franciscanus in Matth. 26, et cætera, ” ut jam dixi. Sed in pos- terioribus Feri editionibus locus fœdè corruptus est, et quibus autho- ribus, quis nescit? ‘ Cùm certum sit ibi esse verum Christi corpus, certum est, panis substantiam non remanere, ” Videatur etiam Author Examinis Pacifici ?.

  3. Joh. Lasicius Polonus: * ‘‘ In Sacramento Eucharistiæ ele- menta naturas suas amitiere negant :.... Sacramentum religiosiùs Russis venerantur, persuasi Christum esse in illo, qualem Maria peperit;.. Christum plus quiddam in Liturgiä pati, quäm in eruce perpessus sit, ex Chrysostomo hauserunt. Id autem corporis ejus Sacramentialem fractionem dicunt. Quærente vero me ex illis, quo id fieret modo, siquidem naturæ panis et vini, etiam factâ consecratione, immutatæ permanerent : vi divinä, respondebant, cui fides habenda sit, &c. ”

  4. Cardinalis Perronius, tune temporis Episcopus tantüm Ebroi- censis, in Colloquio Fontibellaquensi cum Domino de Plessis inter- prete Jacobo Conthono Burgundo : ‘‘ Addit Plessæus ‘‘ pro eodem proposito à Cardinale Bellarmino reprehendi Scotum, quod putaverit transsubstantiationem non fuisse articulum fidei ante Concilium Late. ranense; id verum est; non erat articulus fidei formaliter, id est, non eralt articulus fidei quoad formalitatem publicæ yprofessionis, et quoad prohibitionem, ne quis hoc ignorans excusaretur : non plus quam processionem Spiritüs Sancti esse etiam ex Filio aliaque similia

Pin v. 48. 3 Hist. Sacram. parte altor. pag. 300 [a]. 3 Epist. p. 518. 4 Resp. ad Apol. Bezæ, p. 64. & Jeauitismi parte 2 rat. 3 [p. 269}. 8 In suo Catholico Romano pacifico {p. 99]. 7 Examen pacifique de la doctrine des Huguenots, p. 28 c. 1, p. 45 vers. Angi.

De Religione Armeniorum, p. 56;

716 REVUE ANGLO-ROMAINE

ante idem Concilium Lateranense pro articulis fidei publicè profi- tendis habebantur. ” Vide hic Responsionem Domini de Plessis de Colloquio Fontisbellaquensi. Idem * (vide P. Prestonum alias Wid- drington, Discussione Concilii Lateranensis *) : ‘ Si nihil planè ad doctrinam et disciplinam Ecclesiasticam spectans in eo Concilio ” (Lateranensi) ‘‘ ex communi Patrum essensu decretum esset, seque- retur, posse ul falsum impugnari articulum de transsubstantiatione. Is. Casaubonus : * ‘ Miratur vero Serenissimus Rex, cùm fatealur tua illustris dignitas, non rycnycupéves quærere vos, ut credatur trans- substantiatio, sed ut de præsentiæ veritate non dubitetur. ”

  1. Jesuitæ Angli, eùm in ipso tum carcere essent (ad minimum, Confessores: ‘ Rem, ” inquiunt, ‘ transsubstantiationis antiqui Patres ne attigerunt quidem. ” Vide Discursum modestum de Jesui- tis Anglis ‘ et Watsonum. ‘ Locus Eliensis episcopi lectu dignissimus est.

  2. Joh. Barnesius:® ‘ Assertio transsubstantiationis seu muts- tionis substantialis panis, licêt sit opinio communior, non tamen est fides Ecciesiæ, et Scripturæ ac Patres docentes petcuciav, sufficienter exponi possunt de admirandà et supernaturali mutatione panis, per præsentiam corporis Christi ei accedentem, sine substantiali panis desitione; ”” petouslay illam in augustissimo sacramento factam pie- rique graves et antiqui Scriptores ita explicant, ut non fiat per desi- tionem substantiæ panis, sed per receptionem supernaturalem sub- stantiæ corporis Christi in substantiam panis. ” Hæc ille, qui pluri- morum Scriptorum, quà velerum quà recentiorum, testimoniis ean- dem sententiam comprobat.

  3. Cardinalis Cusanus similiter : * ‘* Tamen si quis intelligeret, ” inquit, ‘ panem non transsubstantiari, sed supervestiri nobiliori substantiä, quemadmodum nos expectamus lumine gloriæ superves- tiri, nostrâ substantià salvä, prout quidam veteres Theologi intel- lexisse reperiuntur, qui dicebant, non solùm panem sed et corpus Christi esse in sacramento : ille habet ad vim vocabuli attendere. ”

  4. Suarez : * ‘‘ Scholastici quidam hanc doctrinam de transsub- stantiatione non valdè antiquam esse dixerunt, inter quos Scotus * et G. Biol.‘9 ”

1 En Haranguo au Tiers Estato, p. 33. % Dise. Disc. Decr. Conc. Lat. parte 4, 8 4, p. 12. 3 In Resp. ad Card. Perron, {p. 50]. 4 P. 43 apud Episc. Eliensem c. Apol. Card. Bell, c. 4, p. 3. 5 Quodlibet 2 Art. 4, pag. 31. 6 In Cathol. Rom. Pac. $ de Eucharistia [p. 90]. 7 Exercitationum lib. 6, p. 522. 8 In 3tiam Thomeæ, t. 3, disp 50, $ 4 [n. ex hac fidei]. 9 D. 40 q. 1 $ Quantum ergo ad istud argumentum et d. 14 q. 3. 19 Sect. 4 in Can. Miss. LIB. 1 DE EUOHARISTIA 747

Bellarminus: ‘ ‘‘ Dixi conversionem panis in corpus Christi non esse productivam sed adductivam : quod dictum video à nonnullis perperam acceptum, qui inde colligunt, non esse hanc veram conver- sionem sed translocationem. ”? Vasquez : * ‘* Cùm hoc mysterium conversionis ” {panis et viniin corpus et sanguinem Christi) ‘ ita posset explicari, ut rudibus etiam et ignaris ad intelligendum facilè redderetur, sicut antiqui schotastici illud explicärunt; audito nomine transsubstantiationis, tanta inter Recentiores aliquos scholasticos de natur& illius exorta fuit contro- versia, ut, quo magis se ab e4 extricare conati fuerint, eo majoribus difficultatibus seipsos implicaverint. Ex quo etiam effectum est, ut mysterium fidei nostræ, non modo difficile ad explicandum et intel- ligendum ab eïs redditum fuerit, sed etiam adversariorum nostro- rum argutiis et cavillationibus illud magis exposuerint; cùm alias, si sincerè et planè explicaretur, sagittæ parvulorum, plagæ hæreticorum effectæ fuissent*. Ipsa vero vox conversionis et transsubstantia- tionis dissensioni et controversiæ occasionem dedit : quod actionem physicam, alicujusque rei productionem primariè significare vide- retur. Quare tota eorum disputatio, in inquirendâ naturä hujus actionis, et termino per eam producto, posita est, hoc est solicitè inquirunt, qualis actio sit hæc conversio, et ad quem terminum per ipsam productum terminetur : quo sanè principio supposito, necesse fuit, plures inter Scholasticos opiniones oriri, cùm nihil quod plenè bac vi4 difficuitatem explanet, inveniri queat. ”

  1. Et quia sæpe ante dictum est à Romanensibus et aliis, in Con- cilio {Lateranensi primüm transsubstantiationis dogma definitum, quantum fidei illius Concilii decretis tribuendum sit, videat Lector præter Protestantes, eruditam disputationem apud Widdringtonum in Discussione Discussionis Decreti Concilii Lateranensis contra Les- sium Jesuitam*. Ne caput in immensum crescat cætera in caput sequens rejicimus.

                             CAP. IV.
    

In quo nec Transsubstantiationem, neque consubslantiationem lhxreses esse ostenditur, st simul de orali, alque stianm indignorum manducatione Cor- poris Christi agitur.

  1. À sæculis aliquam multis creditam fuisse transsubstantiationem quibusdam fidelium, ut Scriptores antiquiores silentio præteream, clarè testatur Bertramus Presbyter in præfatione libri de corpore et sanguine Domini! : ‘ Dum enim, ” inquit, ‘‘ quidam fidelium ” in

? Recognit. p. 8i $ eodem. 2 In 3 D. Thomæ disp. 181 c. 1 fn. 1, 2]. 3 Ps. 64, 1. 4 Parts prima, #1. 582. 718 REVUE ANGLO-ROMAINE

Sacramento ‘‘ corporis sanguinisque Christi quod in Ecclesià quo- tidie celebratur, dicant, quod nullé sub figurà, nullä sub obvelatione fiat sed ipsius veritatis nudâ manifeslatione peragatur : quidam vero testentur, quod hæc sub mysterii figurâ contineantur, et aliud sit quod corporeis sensibus appareat, aliud autem quod fides aspiciat: non parva diversitas inter eos esse dignoscitur. Et cùm Apostolus fidelibus scribat, ut idem sapiant et idem dicant omnes, et schisma nullum inter cos appareat, non parvo schismate dividuntur, qui de mysterio corporis sanguinisque Christi non eadem sentientes elo- quuntur, &c. ” Hæec ille.

2, Eadem sententia, licèt non ab omnibus, à quamplurimis tamen jamdiu recepta fuit, atque etiamnum defenditur, in Ecclesià non solùm Romanà sed et in Græc4: quod patet ex Græcis recentioribus (ut alios paulo antiquiores omittam) Nicetæ Thesauro Orthodoxo Gr. MS. in Bibliothecà Bodieianä, Euthymio !, Nicolao Mecthonensi, Sa- monâ Gazensi, Nicolao Cabasilà, Marco Ephesio, et Bessarione, qui ones in suis opusculis apertissimè Transsubstantiationem confiten- tur, Et in Concilio Fiorentino non fuit quæstio inter Græcos et Latinos {ut Chemnitius aliique multi Protestantes affirmant) An panis sub- stantialiter in corpus Christi mutaretur; sed quibusnam verbis illa ineffabilis mutatio fieret, an solis verbis Domini, an vero etiam sacer- dotis et Ecclesiæ oratione, &c. Videantur Acta Concilii Florentini. Jeremias, Patriarcha Constantinopolitanus, in Censurà ad Augus- tanam Confessionem cap. 10, in quo de Cœnâ Domini agitur: ** Mal- ta, ‘’ inquil, ‘ in hac parte de vobis referuntur, quæ nobis nullo pacto probari possunt. Ecclesiæ igitur sanctæ illud judicium est. in Sacrà Cœnà post consecrationem et benedictionem, panem in illud ipsum corpus Jesu Christi, vinum autem in illum ipsum sanguinem, virtute Spiritûs Sancti transire ac immutani; et? : ‘* Neque vero aut tunc, cèm illis porrigebalur, ea caro, quam ipse Dominus gerebat, in cibum dabatur Apostolis, aut sanguis in potum; aut nunc in divinà mysteriorum administratione, tanquam corpus illud sursum trans- latum, de cœlo iterum descendat {blasphemum enim hoc est, sed et tunc et nunc transformatis el transmutatis metarorounévou xat perzca- Aouéveu) gratià Spiritûs Sancti et ejusdem invocatione, qui omne hoc perficit et consummat Sacramentum, speciebus, per divinas et sacras preces, dominicaque verba, ipso quidem pane in verum corpus Do- mini, vino autem in verum sanguinem transeunte et immutato, ” el°: ‘€ Hlud ipsum verum corpus Christi, sub speciebus fermentati panis continetur, &c. ” Græci qui Venetiis vivunt, in Responsione suâ ad 12 Quæstiones à Claudio Cardinale Guisano propositas (scriptum ex Interpretatione J. Levenklaii prodiit anno 1571. Basileæ) quarum prima fuit : ‘‘ Cre-

1 Panoplia tit. 21 [? xe.] ? Paulo post. 3 Rursus. LIB. I DE EUCHARISTIA 7149

duntne Græci, panis ac vini substantiam in Christi corpus mutari, manentibus tantüm panis accidentibus sine subjectâ substantià? ” ita respondent : “* Credimus et confitemur, panem in Christi corpus, ac simili ratione vinum in Christi sanguinem ita mutari, ut neque panis neque substantiæ ipsius accidentia maneant, ” (en quo pro- vehuntur!) ‘sed in divinam substantiam transelemententur. De quo magni Patris illius Chrysostomi testimonium audito‘ : ‘(Quum Chris- tus ait, ‘ Hoc est corpus meum, &e. * ” citant et verba Thcophylacti ? ad verba, Hoc est corpus meum, et verba Damasceni3, Cabasilæ!, &c. et aliorum quorundam. Ante paucos annos, cùm hac de re ego cum Episcopo Dyraceno, + viro certè non indocto, conferrem, transsubstantiationem clarissimé confitebatur et ex Chrysostomo tueri conabatur. Caspar Peucerus, Historicus et Medicus clarissimus®: Transsubstan- tiationem Pontificii sibi fecerunt propriam, et pro eâ solà pugnant. Vo- cabulum cum re ipsâ primæ et puriori Ecclesiæ ignotissimum, natum est in Ecclesiâ Roman, et ab Authoribus Sententiariis et Scholasticis introductum atque usurpatum, Recentiores Græci cùm hujus opinio- nis ex Romanâ Ecclesiä profectæ meminerunt, uetafoÂïv, ut ostendunt Canon Græcæ Missæ et Damascenus, et puertastotyelwaiy, id est, muta- tionem et transelementationem vocant. An percusixs seu Transsub- Stantiationis vocabulo utantur, dubito; perafokïñs appellatio eadem est; quia primi authores hujus sententiæ finxerunt conversionem physicam simplicem panis et vini in corpus et sanguinem Christi, quam posteriores Romani et Scholastici manentibus accidentibus panis et vini, defendere ut possent, commenti sunt petcuslav, seu transsubstantiationem. ” Hæc ille. Sandius Anglus, eques Auratus® : ‘‘ Græci cum Romanis consen- tiunt in dogmate transsubstantiationis et in universum de sacrificio, totoque corpore Missæ. Videatur etiam Christ. Potterus in libro nuper edito contra tracta- tum Scriptoris Pontificii * cui titulus, Charitie Mistaken, &c. Petrus Arcudius, Corcyræus Presbyter : $ ‘‘ in Sacramento Eucha- ristæ imprimis Græci agnoscunt et amplectuntur, quin et firmissimè credunt, veram perouslwetv, transsubstantiationem, ut satis constat ex antiquis, et omnium ætatum Patribus Græcis : ” (sed hoc falso dicitur, ut suprà ostensum est) ‘‘ Novissimè autem ex ipsomet Hiere- mi Patriarchâ Constantinopolitano cap. 40. suæ Censuræ contra Lu- theranos. Et quamvis eo nomine non utantur, sunt tamen auctores aliorum nominum quibus eam, quantum fieri possit, appellant, et

LIn c, 26, Matt. [p. 781.]

nc. 14, Marcit. 1. 249 C.]

3 3 de Orth. Fid, c. 14. AC. 91, t. 2. 233 Bib. Pat. 4624. [Edd. Dypac.} 5 In Historia carcerum, etc., p. 521. 6 In Speculo Europæ, p. 233. 7 [Want of Charitie justly chargod, etc.], p. 86. 8 7 [[?]. . .

3 De concord. Eccles. Occid. et Orient. de 7 Sacram. administrations c, 2.

720 REVUE ANGLO—ROMAINE

exprimunt. Dicunt enim petafdAñecar wat uetaSoXnv, petaruieïolar xai peraroinotv, petafalveis wa petdéactv, Letappuôuiteiv, Letacxeudev, per- orouyeroüv, tehelwav xai vehetoüv, petéveltv, aliaque id genus, &c, ” Hæc ille. Non possum igitur non mirari, quomodo Thomas Mortonus, Epis- copus &c.,! negat, Hieremiæ Patriarchæ transsubstantiationem credi- tam fuisse; et ut hujus rei fidem faciat, hæccitat verba ex Actis Theo- logorum Wittembergensium et Hieremiæ Patriarchæ Constantinopo- leos : * ‘* Non enim hîc nominis tantüm communicatio est, sed rei identitas ; etenim verè corpus et sanguis Christi, mysteria sunt : non quod hæc in corpus humanum transmutentur, sed nos in illa melio- ribus prævalentibus. ” Non enim hîc negat transmutationem panis in corpus Christi, sed transmutationem corporis et sanguinis Chrisli in corpus humanum, &c. sicut Augustinus ait: ‘* Non tu te mutabis in me, sed ego mutabor in te. ” Certè Cyrillus Patriarcha Constantinopolitanus in suà Confessione fidei nuper scriptä Constantinopoli et Sedani excusà, anno 1699 hæc habet verba : ‘* In Eucharistiæ adminisiratione præsentiam veram et realem Christi confitemur et profitemur, at illam quam fides nobis offert, non autem quam excogitata docet transsubstantiatio, &c. ” per omnia ferè ad mentem Calvini. Unde P. Arcudius prænominatus, in Præfatione sui operis ad Sigismundum I. Poloniæ Regem, sic in illum impotenter debacchatur : * Non destiterunt unquam illi 1psi hærelici vexare infelices Græcos Ruthenosque, ac viro probo nec à Romano Pontifice dissentiente, Patriarcha Timotheo Constantinopo- litano vi veneni nuperextincto, alium quendam Cyrillum Pseudo-pa- triarcham Alexandrinum ” {qui nunc Patriarcha Constantinopolitanus est, si fato non est functus) “ Calvinianæ furiæ alumnum, éc. solutà Turcarum Imperatori pecuniä Græcis Constantinopolitanis, quasi alterum Antipapam obtruserunt. Is quamvis genere, nomine, habi- tuque si Græcus, alterius tamen gentis nefaria dogmata toto pectore hausit, quæ deinde Græcis in ipsorum provinciis, simplicioribus autem Ruthenis in tuà ditione, abjectâ simulatione palam propinavit." Hæc ille. Sed quicquid hac de re senserit Cyrillus, certüm est, recen- tiores Græcos à transsubstantiationis opinione non fuisse, neque etiamnum cesse, omnino alienos. Hosce autem omnes Christianæ pietatis cultores, hæreseos aut erroris exitialis damnare, magnæ pro- fecto est audaciæ et temeritatis.

? In libro 3 de Sacr. Euch. [Of the institution of the sacrament of the B. Bods and Blood of Christ} c. 4,4 7, p. 444 3 P.4181. 3 Sig. À 3.

                                                         (À suivre)


                            Le Direcleur-Gérant: FERNAND PORTAL.
                                                                         nt




             PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 47,

1 ANNÉE N°16

                           REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Ju où Potrus, mi mue Spiritus Sanotus por per hand poträm suit opiscopos ro< mtifoaho Ecciraiaun gore KeciosiamDoi. Biéate, a. #4 UNE dsbs ciaven Ar: xx #8 Marre A. +10.

                            SOMMAIRE :
                                                                               pau

Austia Fuciamvrox, Les parüs daus l'Église anglicanc sa PF: Ponrau..,., La crise religieuse en Angloterre 128 Chronique Li Livres ét Jéevues.: AE . wi Doousssrs.. Considerationes modeslé et paciliéw conitrovère slarum de Enchariatin su

                                 PARIS
       RÉDACTION                ET     ADMINISTRATION
                           17, HUE CASSETTE


                                     1soû




                                                                  =,      Google

on - “. UN AMIS KYLE ae ir 2 100

                                            France... 0 fr. 50
                                            Érnancen..
                                                  4 fr.


             Les opinions émises dans les artiéles                            1
             ,                                    responsabilité des auteurs, 4


                       MÉDAILLE DE JEAN
                                         Jeanne terrassant
                                                        In

         A l'haure                 présente, un peu partout, mais | sû
        surtout en                 France, deux armées sont aux.
        prises? l'armée do Diou et do la relgion,
        st lu franc-maçonnerie.
          Le Souverain Pontifo a dénoncé    le danger
        qui mériace la société civile, en mème temps
        Que. le caractère criminel de la Secle, set
        projets ét ses artifices,
             invite los chrétiens à comhaltro fl.
        repousser l'ennemi, non pas avee des are |
        mes dissimulées où duns les ténèbres, malt
        en pleine lumière et bien                 ouvertement,
             Où à voulu répondro À la vois du Pape
        par une médaille que chacun portarait | dans
        commun sigue de sw foi ptdé sa soumise

                Lo médaille qui est nne rétabli tet=
        «vo d'art, réunit l'amour de d'Egtise ot
        l'umgur     de la France sous les frais dé
        Jennné d'Arc terrassant la Franc-Maconne:

                 l'ont 18 monde eonualt, l'ardro wahw ait
                    Maure interdisant aux loges d'aëcépe
                    fe nâtionale ile Jeanne Ja                   Lonné
                        ,    et          Dupposilion qné    Ja    seeté
                            de      faire à    la Pucalle (dt à    so
        trio       be
             {       de là que vient l'idée ou le dessin
        de                       Le. d
             Jeanne              Cheval,      arinéo du   secours dn
        Diou, n0 porie ni                  essque ni épée; elle den

LES PARTIS DANS L'ÉGLISE ANGLICANE

L'Église qui est le sujet de cette étude est presque ferra incognila pour beaucoup de catholiques du Continent. Je veux dire que la nature, la position et les opinions qui selivrent bataille dans l'Église établie d'Angleterre sont des choses peu comprises ou mal com- prises par le plus grand nombre des catholiques étrangers à l’Angle- terre. : Cette ignorance,du reste,n’est pas sans excuse. L’Angleterre est par excellence le pays de la division religieuse. Plus de 200 sectes {Deno- minations) figurent sur les registres de l'État. Par suite, il n’est guère étonnant que l'étranger, en entendunt parler de « Haute Église» et de c« Basse Église », et sachant que ces titres correspondent à des diffé- rences dogmatiques considérables, se figure qu'il s’agit de deux diffé- rentes sociétés indépendantes l’une de l'autre. I n’en est pourtant rien.

On m'a prié de donner d’une manière succincte mais claire une explication de ces termes Æigh Church, Broud Church et Low Church. Mais il faut avant tout expliquer à mes lecteurs ce qu'on entend par l'Église établie d'Angleterre. Il n’est pas nécessaire, je crois, de dire que cette petite étude n'est inspirée par aucune vue de controverse ; elle est purement explicative. Je crois pourtant qu'elle sera utile. Les catholiques qui désirent se dévouer, n'importe à quel titre, à l'œuvre sainte de la réunion des Églises, doivent avant tout avoir une idée nette, exacte, de cette Com- munion Anglicane, et de l'état des esprits dans son sein; faute de quoi leurs efforts, malgré leurs bonnes intentions, pourraient être plutôt nuisibles qu'utiles à la cause qu'ils ont à cœur de servir. Disons tout d'abord que le but de cette étude est limité à l’exa- men de l'Église établie d'Angleterre. Celle-ci est en communion avec les églises épiscopales d'Écosse et d'Irlande, avec l'Église « protestante épiscopale » d'Amérique — pour citer son titre ofi- ciel — et avec les nombreuses Églises anglicanes dans nos colonies, en Asie, en Afrique eten Océanie. Mais ces Églises ne sont pas éta- REVUE ANOLO-ROMAINE. = T, EL = 46, 7122 REVUE ANGLO-ROMAINE

blies par la loi, et, quoiqu'en communion uvec l'Église d'Angleterre, elles en sont absolument indépendantes. L'Église établie d'Angleterre, comme l'Église catholique avant la Réforme, est divisée en deux provinces : celle de Cantorbéry et celle d'York. L'archevéque de Cantorbéry n'a qu'une préséance d'honneur sur l'archevèque d'York et ne possède aucune juridiction en dehors de sa province ‘. Chacune de ses provinces est divisée en diocèses. Vos lecteurs trouveront les noms et l'étendue de ces diocèses dans n'importe quel calendrier ecclésiastique. Je me dispense donc de les nommer.

L'Église composée de ces deux provinces est l'Église établie par ls loi. Le roi ou la reine en est le chef; les évêques siègent & la Chambre Haute, House of Lords, et les membres de cette Église jouissent de certains privilèges. L'Église établie n’a aucune relation avec les centaines de sectes dissidentes, fhe Dissenters. Mème lorsque certains dissidents ne diffèrent que bien peu, quant à la croyance, de certains anglicans ets’entendent très bien avec eux dans les ques- tions religieuses, jusqu'au point d'assister avec assez d'indifférence aux offices des uns et des autres, il reste toujours vrai de dire que les dissidents, comme sociétés, sont tout à fait distincts de l'Église établie. Tous les évêques et tous les ministres de l'Église établie signent la même profession de foi : les 39 Articles, et ils ont tous la même liturgie: The Book of Common Prayer, qui contient tous les offices autorisés de l'Église anglicane. Des offices non contenus dans le Prayer-Book sont parfois célébrés dans leurs églises, mais quoique tolérés, ce ne sont pas cependant des offices autorisés, et laCommunion smglicane, comme corps, n’en est pas responsable. Quoique tous les ministres signent la même profession de foi, il n'est pas moins vrai qu'il existe parmi eux des différences considé- rables en matière de croyance religieuse. De là sont nés les mots: High Church, Low Church et Broad Church, mots inventés par le peuple, pour indiquer les trois principales divisions des tendances et des opinions qu'ils remarquent dans l'Église établie. Mais qu'on ne l’oublie pas, ces mots ne sont que des expressions populaires sans aucune autorité, et ne sont pas, pour la plupart, acceptés par ceux auxquels ils sont appliqués. Ce sont presque des sobriquets. Toutefois puisqu'ils existent, et qu'ils n'offensent per- sonne, nous allons nous en servir pour nous aider, tant bien que mal, à classer les opinions religieuses dans l’Église anglicane.

1 Cependant, de même qu'avant la Réforme, l’archevèque de Cantorbéry était legatus nalus pour toute l'Angleterre et jouissait à ce titre de pouvoirs particu- liers, encore aujourd'hui l'archevêque anglican de Cantorbéry donne certaines dis- penses matrimoniales dans la province d'York,en vertu de ce titre de Legalus natws. LES PARTIS DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 723 Les termes Æigh Chureh et Loio Church sont déjà anciens et datent d'il y a au moins deux siècles. Le terme Broa4 Church est moderne. Si l'on demandait à ces différentes catégories d’'Anglicans de donner eux-mêmes un nom à leurs opinions, je crois qu'ils préféreraient les titres de : École Anglo-Catholique, École Évangélique et École libérale. Ma tâche est de donner une idée claire et nette à des étrangers de la signification de ces trois termes. Cette tâche n’est pas sans diffi- culté,' vu que ces différentes divisions n'ont aucune liste de doctrines propres à chacune, et de plus, chacune est subdivisée en de nom- breuses nuances, de sorte qu'il est souvent difficile de dire à laquelle des trois écoles appartiennent certains Anglicans. Voici donc ce que je me propose de faire : Dans chacune de ces trois divisions je vais tâcher de trouver quel- ques doctrines professées en commun par tous ceux qui en font res- pectivement partie, je négligerai les points où ils peuvent différer individuellement. De cette façon j'espère pouvoir donner du moinsles {raits principaux qui distinguent chaque parti. C’est du reste tout ce que je puis faire en face de tant de nuances.

                       LE PARTI   HIGIL CHURCH

Malgré leurs différences, je crois pouvoir dire que tous ceux qu’on appelle High Churchmen croient aux points suivants :

1° L'Église anglicane n'est pas toute l'Église, mais seulement une partie, une branche de l'Église catholique. L'Église romaine et l'Église grecque sont aussi des branches de l'Église catholique; 2° Le gouvernement épiscopal est de droit divin, il doit exister dans toute vraie branche de l’Église; 3 Il est essentiel que tous les évèques aient la succession aposto- lique, c'est-à-dire qu'ils soient en communion avec les apôtres par une succession non interrompue d’ancêtres spirituels consacrés par l'imposition des mains; 4 Quant au baptême, ils croient à la régénération effective ez opere operato, en un mot ils ne diffèrent pas sur ce point de la doctrine ; catholique 5° Quant à la Sainte Eucharistie, ils croient tous à une Présence réelle et objective, c'est-à-dire une Présence indépendante des disposi- tions des fidèles et antérieure à l'acte de communion ; cette présence est l'effet de la consécration prononcée par un prêtre validement ordonné par un évêque. Quant à la nature de cette Présence réelle, l'uniformité de croyance est moindre et les opinions diffèrent, 724 REVUE ANGLO-ROMAINE

depuis la Transubsstantiation pure et simple jusqu'à des opinions vagues, difficiles à définir; 6° Les prêtres doivent, duns certains cas, entendre des confes- sions privées et donner l'absolution, et cette absolution donnée par un prêtre a un effet sui generis. Jusque-là, tous les Æigh Churchmen sont d'accord. Mais la confession est-elle nécessaire ou seulement permise? Doit-elle se faire souvent ou seulement dans des cas excep- tionnels? Voilà des questions qui les divisent; 4 La règle de la Foi, c'est l'Écriture sainte interprétée par l'Église. Faut-il entendre l'Église des trois, des quatre ou des six pre- miers siècles ? est-ce l'Église avant la séparation de l'Orient d'avæ l'Occident, ou est-ce même l'Église actuelle et (selon eux) divisée? Encore une fois les opinions sont partagées. Comme source de la révélation (indépendamment de l'interprétation), devons-nous ad- mettre seulement la Bible ou faut-il considérer la Tradition comme une source indépendante? Ii y a aussi des discussions à ce sujel. Tous ceux qu'on appelle High Churchmen tiennent au moins à ces sept points-là; il serait, je crois, diflicile de prouver que leur par- faite union aille au delà. C'est cette école sans doute qui se rapproche le plus de nous, mais ne nous faisons pas illusion : si les membres les plus avancés sem- blent presque nous toucher, il y en a d'autres qui ont la plus grande aversion pour Rome et qui considèrent sa communion sinon comme apostate, du moins comme très corrompue.

                         LE PARTI LOW CHURCH

Ce parti est le moins divisé des trois. Cependant, ici encore il va des nuances. Voici quelques points sur lesquels tous les Low Churcä- men sont d'accord : 4° La vraie Église du Christ n’est pas une société humaine et visible, c’est une société invisible connue de Dieu seul. composée de tous les vrais croyants; 2° Le gouvernement épiscopal est une forme très vénérable, mais n'est pas de droit divin {# ts & matter of Church discipline). D'autres formes de gouvernement peuvent être également légitimes. Par conséquent, les Églises protestantes qui préfèrent la forme presbyté- rienne ou toute autre forme, ne cessent pas pour cela d'être des branches de la vraie Église, pourvu qu’elles gardent La vraie foi évangélique ; 3° Quant au baptèéme, la régénération opérée par ce sacremen! n'est pas article de foi. Quelques-uns semblent l'admettre vague- ment, d’autres la rejettent. C'est une question libre. Cependant, sans LES PARTIS DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 723

être nécessaire au salut {ce qui, d’après eux, n'est certes pas vrai pour des enfants), c’est une ordonnance du Christ, et tout bon chré- tien devrait le recevoir. 4 Quant au Saint-Sacrement, il n'y a pas une Présence réelle ob- jective, comme effet de Ia consécration d’un prêtre. La présence d'un prêtre validemment ordonné n'est pas nécessaire pour l'adminis- ration de ce sacrement; aussi est-il administré aussi validement dans les communions qui n'ont pas de prêtres que dans l'Église an- glicane, Hs admettent une certaine présence de Notre-Seigneur aux fidèles, in usu, mais ils diffèrent entre eux quant à la nature de cette présence; ° 3° Ils croient à la justification par la foi seule, mais la plupart évitent les exagérations de Luther à ce sujet; 6 L'absolution prononcée par un ministre sur un pénitent n’est autre chose qu'une déclaration du pardon de Dieu à l'égard de tous ceux qui se repentent sincèrement de leurs péchés. Pour la pronon- cer, il n’est pas nécessaire d’être prêtre; 7° L'Église romaine est apostate et idolâtre,ettous les vrais enfants de Dieu doivent la quitter. Aussi ce parti a-t-il plusieurs missions pour la conversion des catholiques romains, en Italie, en Espagne et ailleurs,

                    LE   PARTI   BROAD CHURCH

L'École qu’on appelle « l'Église large » est la plus difficile à défi- nir : car elle embrasse toutes les variétés d'opinions, depuis ceux qui croient encore ce qu'on appelle {he fondamental doctrines of christiantt:y jusqu’à de simples déistes. S'il faut trouver une doctrine commune à toute cette école, je crois pouvoir l'énoncer ainsi : « Le dogme n'est pas très important, c’est la conduite qu'il faut considérer avant tout. » Peu importe ce que l’on croit, pourvu que l'on mène une vie vertueuse. Aussi ils ne sont pas trop difficiles. Il ne s'agit pas de vertus héroïques. Ils insistent surtout sur trois vertus : l'honnêteté, la probité dans le commerce de la vie, la véracité verbale (never tell a lie), et la philanthropie, surtout à l'égard des pauvres el dans les œuvres sociales. Tout le monde doit en convenir : voilà de grandes vertus, et sans doute ces Messieurs nous en donnent l'exemple, mais il va sans dire que les catholiques et les autres Anglicans diraient à leur lour que, tout en préchant la nécessité de la foi surnaturelle, ils sont loin de nier la nécessité de la pratique de ces vertus, sans les- quelles la foi serail une foi morte. Mes lecteurs sont priés de remarquer que ces écoles ne sont pas localisées; des personnes tenant ces différentes opinions 8e trouvent 126 REVUE ANGLO-ROMAINE dispersées çà et là, parfois dans la même commune, dans la mème paroisse et presque dans la même famille. C'est ainsi que dans la même commune le curé d'une église est High Church et celui d'une autre église Low Church. Dans une paroisse, le curé est souvent broad, un vicaire high et un second low. De mème dans une famille le père, la mère et les enfants sont souvent respectivement broad, low et high. Quelle est donc la leçon à tirer de ces faits pour tous les catholiques qui aspirent à l'union? Si je ne me trompe la voici : Lorsqu'en présence d'un ennemi commun, d'un ennemi cruel et implacable, une nation désire faire alliance avec une nation voisine, que fait-elle ? Sans doute ses pre- miers efforts sont de gagner l'amitié de ceux qui demeurent sur sa frontière, de ceux avec lesquels elle a déjà certaines relations ami- cales, qui la comprennent mieux que d'autres et qui ont moins de préjugés contre elle. L'amitié de ceux-ci gagnée, ils peuvent espérer et prévoir leur influence à l'égard de leurs frères plus éloignés d'eux, mais qui touchent à leurs nouveaux amis, et ainsi graduelle- ment ils peuvent espérer que toutes les barrières et tous les préjugés tomberont, et que ces deux nations deviendront enfin des amis et des alliés. Pour appliquer l'allégorie, nos premières relations doivent néces- sairement commencer avec ces pieux et charitables High Church- men, qui ont déjà tant de croyances communes avec nous qu'on est tenté de croire que nos différences sont des malentendus, et portent plutôt sur des mots que sur des faits. Ceux-ci, gagnés à la cause de l'union, travaillcront certainement ceux qui les ap- prochent le plus en fait de doctrine, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu'enfin tous les hommes de bien, les hommes de bonne foi, et j'ai la conviction qu'il s’en trouve dans chacun des ttois partis, pleins d'amour pour leurs frères en Jésus-Christ, frères en notre Père commun qui est aux cieux, seront poussés à examiner, à prier et enfin à entamer des relations amicales avec nous, et bientôt ils nous trouveront, et trouveront notre religion surtout, tout autre que les préjugés et l'éloignement la leur avaient fait croire. Ce jour-là, l'aurore de la Réunion serait proche. Ce travail en faveur de l'unité ne doit pas fatalement, comme on serait porté à le croire, ne se faire que d’une façon très lente. Dieu agit sur son peuple d'une manière mystérieuse. La haine implacable et satanique contre le Christianisme qui gronde déjà autour de nous, sera peut-être, dans les vues de la Providence, le moyen, la cause déterminante de la réunion dans un seul troupeau de tous les fidèles de Jésus-Christ. Oui, c'est l'amour de Jésus qui sera la chaine d'or qui nous liera à nos frères séparés. Un ministre protestant, un dis- LES PARTIS DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 1727

sident, me dit un jour : « Qui, je crois que beaucoup d'entre vous autres, catholiques romains, aimez Jésus-Christ de tout votre cœur. Comment serait-il possible que ceux qui se rencontrent dans le Cœur de Jésus, puissent longtemps rester séparés les uns des autres”? » Une autre cause d'espoir, c’est que ce travail d'assimilation est en pleine activité en Angleterre. Moi-mêéme, j'ai pu le constater pendant le cours de ma vie. Graduellement, les dissidents se rappro- chent en doctrine de l'Église établie. Dans l'Église établie, le parti High Church attire graduellement vers lui les éléments les plus pieux des autres sections, et dans ce parti même, les plus avancés, les unionistes, tendent de plus en plus à attirer vers la frontière, pour ainsi dire, ceux qui en sont le plus éloignés. Ce serait sans doute une erreur de croire que ces savants et pieux anglicans dont nous avons lu avec plaisir les articles si inté- ressants dans la Revue anglo-romaine, représentent toute l'Église anglicane. Mais il est pourtant vrai de dire qu'ils représentent le parti de l'avenir, le parti qui attire vers lui toutes les âmes fati- guées d'un piétisme vague et d'un naturalisme à peine déguisé. Sursum corda! Élevons donc nos cœurs au-dessus des craintes et des petitesses des hommes. Nous avons avec nous ce Dieu pour qui rien n’est impossible, ce Dieu qui aime la paix et qui a promis de tenir pour ses enfants tous ceux qui travaillent à l'œuvre de la pacification : Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur.

                                                 Austin RiICHARDSON,
                                                           Prètre
      Lubbeck, près Louvain (Belgique).

J'ai été beaucoup aidé dans ma classification des partis par un tableau synoptique qui se trouve à la fin du beau livre de l'archidiacre Denison: « Notes of my life 1803-1878 ». (Oxford J.ParkeretC°),un High Churchman quiconnait sacommunion à fond. Si les lecteurs de la Revue désirent se tenir au courant du mouvement anglican, qu'ils lisent les organes hebdomadaires des partis. Les principaux sont : pour le parti Hig Church : The Guardian, The Churrh Times et Ths Church Review ; pour le partiLow Church : The Record, The Rock et The En- glisk Churchman. Le parti Broard Church n’a pas d'organe, il a trop peu de consistance pour pouvoir s'organiser véritablement. LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE

             A PROPOS D'UN LIVRE [RÉCENT !

Les esprits religieux, à notre époque surlout, ne se préoccupent pas seulement du présent et des besoins particuliers d'une province ou d’un pays; ils recherchent Les intérêts généraux de la chrétienté et songent à l'avenir. En France, les catholiques toujours généreux dans leurs sacrifices en faveur des œuvres locales, les prêtres tou- jours dévoués pour le maintien de la foi dans notre pays et pour aller porter au loin les fruits de leur zèle, se demandent, tout en continuant leurs travaux et leurs sacrifices, s'ils ne devraient pas songer davan- tage à la grande famille chrétienne. Lutter contre l’incrédulité, défendre les âmes, surtout celles des enfants, convertir les païens et étendre le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ : ce sont bien là œuvres de prêtre et de chrétien. Mais, devant la tâche surhumaine qui nous incombe, en face d'ennemis dont le nombre et l'audace vont en augmentant, même devant tous ces pays qui ignorent encore la Bonne Nouvelle, nous ne pouvons nous défendre de penser qu'il y a, à côté de nous, des chrétiens qui luttent également contre l'impiété, qui, comme nous, défendent les âmes des enfantset, comme nous, s'imposent de grands sacrifices d'hommes et d'argent pour la propagation de l'Évangile. Leurs efforts sont isolés des nôtres; les Anglicans et les Russes, pour ne citer que ceux-là, travaillenten dehors de nous et parfuis contre nous. Ce manque d'unité dans les entreprises chrétiennes, aussi bien dans la défense que dans l'attaque, cause une très grande déperdition de force et empêche les grands résultats désirés par tous les chrétiens de se produire. Chacun s’en rend compte, et, grâce sur- tout aux inspirations apostoliques de Léon XIII, les catholiques cher- chent à unir toutes les énergies chrétiennes et à constituer une de ces forces irrésistibles capables de surmonter tous les obstacles. Ces préoccupations et ces désirs expliquent l'intérêt que l'on porte à tout ce qui se rattache à l'union des Églises. Et c'est pour cela que

1 La crise religieuse en Anglelerre, par le P. Racry. Paris, Lecoffre. LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 129

nous croyons être agréable à nos lecteurs en consacrant à la Crise religieuse en Angleterre plus d'espace qu'on n’en donne ordinairement au compte rendu d'un livre. Le R. P. Ragey, mariste, a réuni en volume, en les complétant, trois articles parus dans l'Université, la revue des facultés catholiques de Lyon. L'auteur,très au courant des choses anglaises, grand ami de l'Angleterre qu'il a habitée plusieurs années, déjà connu par des ouvrages se rapportant indirectement à la question anglicane, était bien à même d'intéresser et d'instruire le lecteur français sur cette question. Ï n’a pas voulu cependant traiter à fond ce sujet. Son but évident a été d'indiquer les problèmes, de montrer les difficultés que comporte leur solution et de tirer de là un motif pour exhorter les âmes à la prière, Dans tout le livre règne un accent de piété sincère. A la lecture de ces pages écrites en un style facile, entrainant, on est naturellement porté à prier pour l'Angleterre, pour ce pays jadis « l'Ile des Saints », l'objet de grâces nombreuses, qui a déjà tant fait pour l’Église,et qui pourrait être l'instrument de choses plus grandes encore. Le lecteur aimera surtout à trouver dans le livre du P. Ragey de belles citations de Wiseman, de Newman, de Manning, etc. On éprouve une fois de plus, en les lisant, leregret que toutes les œuvres de ces hommes de génie, et d'autres moins connues mais se rapportant à cette période d'un intérêt passionné, ne soient pas tra- duites en français. Voici, par exemple, une belle page dans laquelie Newman décrit l'état du catholicisme en Angleterre :

« Dans le royaume britannique il n’y avait plus, lorsque nous naquimes, d'Église catholique. Je puis même dire qu'il n’y avait plus de congrégation de catholiques. On rencontrait seulement quelques chrétiens dévoués à l'ancienne religion parcourant le pays, silencieux et affligés. Ils étaient comme le vif souvenir des temps passés. Les cathofiques romains étaient regardés moins comme une secte que comme les représentants isolés d'un inférét humain. Ïls ne consti- tuaient pas même (je parle d’après le jugement des hommes), un corps si restreint fût-il, capable de représenter une grande commu- nauté existant à l'étranger, mais une poignée d'hommes que l'on aurait pu compter comme les pierres du grand déluge. Il était impos- sible de retrouver les catholiques ailleurs que dans les endroits recu- lés, les ruelles, les souterrains, sur les toits des maisons ou dans la

! Histoire de saint Anselme, archevéque de Canterbéry; 2 vol. in-8°, Paris, Del- homme et Briguet. — Sancti Anselmi Mariale; Burns ot Oates, Londres; Des clée, Tournai. — Le Virginal de Marie, la glorieuse Mère de Dieu ; Gaume, Paris. — Hymnarium quolidianum Bealæ Marim Virginis ex hyninis medii ævi compara- lum; Lethiclieux, Paris. 730 REVUE ANGLO-ROMAINE

solitude de la campagne. Séparés des villes populeuses qui les entou- raient, on pouvait seulement les entrevoir d'une manière obscure, comme à travers d'épais brouillards ou à la lueur d’une pâle lumière. is ressemblaient à des ombres fuyant de-ci de-là devant les protes- tants de haute marque, maîtres de la lerre. A la fin les catholiques étaient devenus si malheureux, ils vivaient dans une telle abjection, que le mépris qu'on avait pour eux faisait naître la compassion. C'est pourquoi les plus généreux parmi leurs tyrans commencèrent à vouloir leur octroyer quelques faveurs, parce qu'ils avaient l'intime conviction que leurs dogmes étaient si absurdes qu'ils ne pourraient jamais prendre racine en Angleterre !. »

Cette résurrection est une merveille, mais une merveille qui appartient à l'ordre de la gràce. Qui aurait pu avoir la présomption d'attendre des miracles, et un tel miracle? Peut-on en invoquer un semblable dans l'histoire ? L'auteur, en comparant l'état actuel de l’Église catholique en Angle- terre n’a pas de peine, par le contraste frappant de sa prospérité d'aujourd'hui, à exciter la confiance dans les âmes. Il ne cherche pas à déterminer dans quelle proportion elle doit être attribuée à l'aug- mentation de la population, à l’émigration, aux conversions indivi- duelles. 11 ne se demande pas si tous ces couvents bâtis sont habités par des Français, des Irlandais ou des Anglais. J'ajoute même qu'il a raison de ne pas se le demander. Quelles que soient les causes qui ont abouti au développement extraordinaire du catholicisme en Angleterre, l'important est de constater sa force réelle; et cela non dans l'unique et pieux dessein de remercier Dieu, mais en songeant aussi aux négociations pacifiques de l'avenir. Pour la paix,comme pour la guerre, il n’est jamais inutile d'être fort. À ce point de vue, on ne saurait trop admirer le rôle des chefs, de Wiseman et de Manning, en particulier. Ils sont arrivés par leurs vertus, par leur génie, et par leur habileté, à donner à notre Église naguère persécutée, honnie, méprisée, une force publique réelle et à la faire entrer comme un facteur important dans la vie du peuple anglais. Son Éminence le cardinal Vaughan continue, à l'heure actuelle, les nobles traditions de ses prédécesseurs par l'habile cam- pagne qu'il mène en faveur des écoles. à Dans la lettre très élogieuse que l'archevêque de Westminster daigné adresser au P. Ragey, Son Éminence le cardinal Vaughan se plait à rappeler les services rendus par l'Église de France àl'Église d'Angleterre : « Dans les temps de l’ancienne Église Britannique, les évêques de la Grande-Bretagne envoyèrent chercher dans les Gaules de l'assis-

1 Nawman, The second Spring. LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 734

tance contre les invasions de l'hérésie. Au temps de saint Augustin, la France vint au secours de la naissante Église d'Angleterre. C'est en vertu d'un privilège qui lui fut accordé en 699 par saint Grégoire le Grand que votre évêque d’Autun porte le pallium jusqu'à ce jour, et ce privilège lui fut accordé en récompense des services qu'il avait rendus à saint Augustin et à ses compagnons, les apôtres de nos ancêtres saxons. Nous ne pourrons jamais oublier que le mouvement religieux qui se produit aujourd'hui en Angleterre doit en grande partie son origine aux merveilleux exemples de piété, de désintéres- sement et de foi donnés par des milliers d’émigrés français qui visrent se réfugier en notre pays à la fin du siècle dernier. »

Rappeler aussi aimablement de tels souvenirs est la meilleure manière d'encourager le clergé français à travailler et à prier pour le bien spirituel de l'Angleterre.

1 nous est impossible, malgré toute notre bonne volonté et le profit ‘ que nous en tirerions, de suivre l’auteur pas à pas. Force nous est de nous borner aux points prinripaux. Après avoir décrit la renaissance catholique en Angleterre, le P. Ragey nous parle du mouvement d'Oxford. Ici encore nous n’avons pas une étude approfondie, ce n’est point, je le répète, le but de l’auteur, mais des indications et quelques vues générales. Elles suffisent pour donner une idée de ce mouvement « un des phéno- mènes religieux les plus extraordinaires que le monde ait jamais vus ». Il est cependant une cause de ce mouvement, que nous aurions désiré voir énoncée, parce qu'elle nous paraît en constituer l'origine et le caractère propre. Newman, Pusey, Keble, ont voulu tout d’abord donner à leur Église l'indépendance qui lui est nécessaire; ils ont voulu par-dessus tout la soustraire à une domination civile, empé- cher qu'elle ne fût absorbée par l'Élat, peu scrupuleux en matière d'orthodoxie, mais très jaloux d'étendre sa puissance. C'est là, croyons-nous, l’origine de ce mouvement qui s’est continué jusqu'à nos jours. Le procès de l’évêque de Lincoln n’en est qu’un épisode, et la société de l'Ænglish Church Union a été fondée pour unirles forces de l'Église d'Angleterre et défendre ses droits contre les empiéte- ments et les exigences de l’État. Le mouvement d'Oxford a entraîné dans des voies nouvelles tous les esprits religieux :

« La tendance ascendante de la foi, de la piété et de la charité 732 REVUE ANGLO-ROMAINE

parmi les anglicans a donné et donne encore des espérances fondées de voir la multitude revenir à l'unique Vérité !. » « n'y eut jamais depuis la Réforme — et c'est là un point qui ne fait l'objet d'aucun doute — il n’y eut jamais depuis la Réforme un moment où les sectes d'Angleterre se soient senties plus portées vers l'Église établie, et où l'Église établie ait éprouvé une plus grande inclination à se rapprocher de l'Église catholique. Telle est à l'heure actuelle la gravitation des esprits. La polarité de l'Angleterre a êté changée. Les ruisseaux qui coulaient du côté du nord coulent main- tenant du côté du midi. « C'est là « un mouvement surnaturel, & supernatural morement® ».

                                    +

                                   #4

La nécessité de l'unité devait apparaître aux hommes profondé- ment religieux qui faisaient partie de ce mouvement. Le P. Ragey la montre se manifestant dans l'association pour le progrès de l'unité de la chrétienté : Association for the promotion of the unity of Christendonm, -et dans l'action persévérante de lord Halifax. Nos lecteurs connaissent assez les sentiments que lord Halifax apporte à la cause de l'union de l'Église anglicane avec l'Église romaine, pour que nous n'ayons pas à revenir sur ses discours. Il nous reste à suivre nolre auteur sur la manière dont la Lettre ad Angles a été reçue en Angleterre, et sur l'interprétation de cette Lettre : « En Angleterre, dit le P. Ragey, la presse protestante s'est mon- trée, en général, fort respectueuse à l'égard de Léon XIII, mais en même temps absolument hostile à l'Union. Un des journaux anglais qui ont apprécié la lettre de Léon XII avec le plus de modération, le Times, auquel tous les autres journaux ont fait écho, déclarait net- tement, quelques jours après la publication de la lettre du pape, qu'en se qualifiant de Pasteur suprême, en parlant de la dévotion à la Sainte Vierge et des indulgences, il avait fait de son mieux pour rendre l'entente entre les deux Églises impossible. « A présent, la réunion avec Rome n'est plus qu'un rêve, et Léon XII a fait de son mieux pour rendre la chose parfaitementclaire: Reunion rith Rome ts at present a mere dream, and Leo XTIT has done his best to make this per- Jectiy plain. » Nous avons été bien surpris en lisant ces quelques lignes. Le Père

3 Mannino, England and Christendom. Introduction. 3 Mania, ibid. — Voirsurle mouvement d'Oxford les ouvrages de R. W. Cauxcu, dayen {anglican) de Saint-Paul, et de Wicrrin Wann, fils du célèbre converti. 3 Le terme profestante employè par le P. Ragey semble désigner touta la presse anglaise non-Catholique, les organes des dissidents comme ceux des anglicans. S'il en cest ainsi, nous avons tout lieu d’être étonné d'unc telle affirmation. LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 133

Ragey est trop au courant des choses anglaises pour ignorer que le Times n'est pas un organe confessionnel. Des protestants (dissenfers), desanglicanset descatholiques écrivent dans ses colonnes. Une signa- ture pourrait seule donner à l'article dont il s'agit une signification que le journal par lui-même ne peut lui conférer. Suivant l'habitude des journaux anglais, l’article n’est point signé. Pour connaître la véritable pensée des anglicans sur ce point comme sur tous les autres, il faut la chercher dans le Guardian, le Church Times, etc., c'est-à-dire dans les journaux religieux et non point dans les journaux politiques. À l’occasion de la lecture du livre du P. Ragey, nous avons relu l'article du Times, l'article du Guardian et l'article du Church Times. Il nous a paru bon de les reproduire dans la Revus Anglo-Romaine, ne füt-ce qu'à titre de docu- ments. Voici d’abord l'article du Times (22 avril 1895):

La Lettre apostolique du pape Léon XIII au peuple anglais, dont nous avons publié samedi la traduction autorisée, est comme ton générai et comme caractère éminemment digne d’un grand Évêque chrétien. Les protestants les plus fermes et les plus convaincus admettront du moinscela sans difficulté. Inutile de dire qu’elle contient beaucoup de choses et qu'elle en implique encore davantage en présence desquelles l'énorme majorité des protestants anglais doit nécessairement hésiter. Cependant, cette partie de la Lettre qui répugne le plus aux doctrines, aux traditions et aux sentiments de l’Église anglicane, est la partie exclusivement adressée par Léon XIII aux mem. bres de sa propre communion. Le reste de la Lettre apostolique est en sub- stance une exhortation à tous les chrétiens d'Angleterre, « à quelque com- munauté ou à quelque institution qu'ils puissent appartenir », de chercher guide et lumière dans la prière. Leschrétiensde toute dénomination doivent reconnaitre que le conseil de Sa Sainteté est en lui-même salutaire et en harmonie avec l'enseignement de l'Écriture qu'ils acceptent tous. Ils avoue- ront également que la Lettre de l'évêque de Rome exhale un souffle de vraie et profonde piété personnelle, et qu'elle est manifestement animée par cette « affection sincère» et cette « cordiale bienveillance » qu'il a toujours éprouvées à l'égard du peuple anglais. Ils ne seront pas insensibles au tribut que le chef de l’Église latine accorde aux nombreuses vertus publiques et privées d'une nation qu'il considère comme hérétique, et ils remarque- ront les bonnes manières et la courtoisie de controverse avec lesquelles le Pape touche aux questions les plus délicates. Peu d'entre eux, mème, regretteront « la bénédiction de Dieu pour tout le peuple britannique » que Léon XIII leur désire. Ils conviendront avec Pie VIT que la bénédiction d'un vieillard ne peut pas faire de mal. Iis accepteront aussi la déclaration du Pape, que des questions aussi considérables que celles qui sont discu- tées dans sa Lettre, ne doivent pas être jugées d'un point de vue seulement humain, tout en restant convaincus qu'à tous les points de vue également, l'espoir qui est sous-entendu dans les expressions du Pontife romain est oiseux et vain. 734 REVUE ANGLO-ROMAINE Considérée d'un point de vue humain, comme de simples écrivains sécu- liers etdes observateurs politiques peuvent seulement la considérer.la Lettre du Pape ne semble pas être un moyen très heureux d'atteindre le bat qu'elle vise. Dans toute sa cerrière, Léon XIII a toujours déployé une dis- position remarquable à se servir des méthodes humaines et même mon- daïines pour arriver à ses fins, partout où de teiles méthodes lui donnaient des promesses raisonnables d'atteindre le résultat désiré. Je ne crois pas que nous manquions de charité en supposant qu'un diplomate aussi sagace et aussi actif se fût résigné à l'emploi exclusif des influences spirituelles, s'il avait eu quelque espoir fondé de pouvoir réellement seconder ces influences par une action d'une autre nature,

Le simple fait que le Pape ne fait allusion à aucune intention de sa part d’avoir recours aux négociations, ou d'accorder aucune espèce de conces- sion à l'Église anglicane, semble impliquer qu'il a conscience que tonte demande de ce genre qu’il pourrait légitiment entreprendre, le seraiten vain.AÀ première vue, il est assez malaisé d'imaginer pourquoi le Pape a pu trouver qu'il était à propos d'adresser son appel au peuple anglais. Il serait téméraire sans doute d'affirmer quelle peut avoir été la suite d'idées et de raisonnements qui l'a induit à se hasarder à une entreprise qui offre si peu de promesses. La Lettre elle-même, cependant, contient des passages qui peuvent être considérés jusqu'à un certain point comme indiquant les rai- sons qui ont pu amener Léon XIII à agir, et aussi les raisons pour les- quelles son action a finalement pris sa forme actuelle. Le Pape nous dit lui-même que parmi les causes qui, entre autres, l'ont déterminé à s'adresser à nous, il y a eu « les entretiens fréquents » avec des Anglais « qui ont témoigné des sentiments favorables des Anglais envers lui per- sonnellement, et par-dessus tout, de leur ardent désir pour la paix et le salut éternel par l'unité de la foi. » Et ailleurs, il parle avec satisfaction du nombre croissant « de ces hommes religieux et discrets qui travaillent acti- vement et sincèrement à la réunion avec l'Église catholique.» Pour toutob- servateur impartial du dehors, il peut sembler probable que les conversions auxquelles on fait allusion, soient en fait l'explication réelle de la manifes- tation papale. Certains chefs du parti sacerdotal extrême de l'Église an- glicane ont eu sans doute des conversations fréquentes d'un genre tout in- time avec le Pape. Il est notoire également que la possibilité d'une réunion générale est une de leurs plus chères croyances. Léon XIII a reconnu leur ferveur et leur piété. Il semblerait aussi qu'il a cru voir en eux, par sur- croit, la vertu plus rare de la discrétion. Nous pouvons en conclure que leurs opinions etleurs assurances, relativement aux croyances et aux désirs de leurs concitoyens, ont eu un grand poids auprès du Pape. Ils soutenaient ou pensaient avoir soutenu à peu près la même doctrine que lui. Ils ont représenté qu'un très grand nombre des membres de l'Église anglicane partageaient leurs vues. Léon XIII n’a, de lui-mème, aucur moyen de con- trôler ces agréables assurances. If ne connaît pas personnellement l'Angle- terre, et malgré toute son habileté indiscutable en diplomatie, + le prison- nier du Vatican » doit nécessairement manquer de moyens d'apprécier la condition réelle de vastes parties du monde, et principalement celle des pays hérétiques comme le nôtre. Le Pape prit la résolution de s'adresser LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 735

au peuple anglais, et ce qui semble nne erreur chez un diplomate aussi expert, il a laissé connaître son dessein. H devait étre exécuté; maïs, avant de l'être, Léon XITI semble avoir eu recours à ses conseillers réguliers, Le cardinal Vaughan fit une longue visite à Rome, et sans doute aussi d’autres évêques et d’autres dignitaires catholiques furent consultés. On ne peut imaginer que des hommes du monde de sang-froid, connaissant intimement les vrais sentiments de la nation anglaise à l'égard de Rome et de ia doc- trine romaine, aient pu confirmerles perspectives en rose de réconciliation dépeintes par les enthousiastes irresponsables de l'E. C. U, Sans doute, ils ont dit au Pape la vérité, comme c'était leur droit de le faire. Sans doute, également, le Pape a fini par voir que leurs rapports, quelque contrariants qu’ils fussent, contenaient une représentation exacte des faits. S'il restait quelque doute dans son esprit, il fut probablement effacé d'autre part. A la fin de mars, l'archevêque de Cantorhéry employa un langage surl'importance duquel on ne peut se méprendre, relativement aux chances d’une réunion générale avec Rome, — langage qui exprimait les convictions les plus pro- fondes de l'énorme majorité des Anglais. Il déclara nettementqu'à son avis, toute union de ce genre « est absolument chimérique rt impossible », tant que Rome « gardera ses doctrines distinctes et erronéeset mettra en avant ses prétentions actuelles, contraires à la doctrine primitiveet aux Écritures, » Le Pape est un homme d'État aussi bien qu’un enthousiaste, après cette déclaration de l'archevèque, il doit avoir senti que la réunion générale n’é- tait pas encore du domaine de la politique pratique. Il était engagé de fait à adresser son appel au peuple anglais, mais en l'adressant, il prit soin de ne pas traiter la question à un point de vue diplomatique. En conséquence, la lettre papale, tout en évitant soigneusement d'ef- fleurer la polémique, est marquée par deux traits significatifs. Quiconque connait tant soit peu la doctrine de l'Église romaine, a pu prévoir que dans n'importe quelle circonstance le Pape ne pourrait consentir à la moindre modification de ses doctrines distinctes, ou à la moindre réduction de ses prétentions. Le faire serait amoindrir cette Église aux yeux de ses propres membres, l'accuser de faiblesse d'esprit et proclamer que ses dogmes cardinaux sont une fraude. D'autre part, le Pape a les pouvoirs les plus larges de modifier la discipliue de l'Eglise romaine à sa discrétion,et on ne peut pas douter qu'un Pontife ayant un don aussi grand de condescendance que Léon XII neserait tout disposé à examiner et à faire de larges concessions dans cette sphère pour un objet aussi important que la « réconciliation » d'un nombre considérable d'Auglais. On remarquera que la Lettre aposto- lique ne dit pas un mot relativement à la possibilité de quelque changement méme dans la sphère de la discipline. Aucune allusion, pour prendre un exemple, à un relâchement des lois de l'Église romaine relativement au célibat du clergé, ne se trouve dans l'apyel du Pape. Naturellement, l'omis- sion n'implique pas nécessairement qu'en temps voulu un tel élargissement ne puisse étre accordé; mais elle montre assez clairement que, de l'avis de l'opportuniste consommé qui gouverne F Église romaine, « le moment psy- chologique » d'une démarche effective n'est pas encore venu. Une chose qui n'est pas moins frappante, c'est În facon dont Léon XTIT insiste, dans cette partie de la Lettre qui est adressée aux Catholiques an- 736 REVUE ANGLO-ROMAINE

glais, sur quelques-unes des doctrines de son Église qui sont répudiées avee le plus d'énergie par les Anglicans, et qui sont le plus contraires au senti- ment britannique. H appuie de la façon la plus forte et dans les termes les plus nets sur cette invocation des Saints et de la Vierge Marie, que les ecclésiastiques anglais considèrent comme une « chose frivole et vainement inventée. » ll accorde de sa « propre volonté et de son autorité » un surcroît aux « indulgences sacrées » accordées par ses prédécesseurs à ceux qui prient pour la « réconciliation » de l'Angleterre. Il parle de lui-même comme du « Suprème Pasteur », du « Vicaire » du Fils de Marie, et il parle du siège de Rome comme de « ce Centre de l'Unité chrétienne divinement consti- tué dans les évêques romains. » Ïl est impossible de supposer que ces mots ont été employés sans un but défini et spécifique. Ils ont, sans doute, été employés pour faire comprendre aux churchmen de la Haute Église que sur les points de doctrine, on ne doit ni espérer un compromis ni y songer. C'est une lecon salutaire que Lord Halifax et ses amis feront bien de pren- dre à cœur. La réunion avec Rome est un pur rêve, et Léon XIII a fait de son mieux pour le rendre parfaitement évident.

Sens être très au courant des dessous, il est clair que cet article a été écrit dans l'intention de paralyser les bons effets que la Lettre de Léon XIIT devait produire. Le document pontifical avait pour but de créer en Angleterre un mouvement de sympathie en faveurde l'union; . Fauteur de l'article s'empresse de lui donner,par de perfides suppo- sitions, un sens tout contraire. Sa manière est peu franche et trahit l'embarras. 1l suffirait de rechercher quels étaient ceux qui ne voulaient pas d'une tentative d'union pour ne pas se tromper sur l'origine de l'article. La « modération du Timss » nous paraît donc, en cette circonstance, d'une nature foute particulière. De plus, « tous les autres journaux ont fait écho, » dit le P. Ragey, au grand journal. Cela encore, croyons- nous, n'est pas exact. Voici par exemple l’article du Guardian (24 avril), qui trahit bien un certain étonnement, mais qui atteste aussi la volonté de poursuivre la campagne en faveur de l'union.

Depuis quelques semaines, les membres de l'Église d'Angleterre atten- daient, avec un intérêt bien naturel et légitime, une déclaration du Pape, à l'égard des chrétiens d'Angleterre. Le document a paru sous la forme d’une « Lettre apostolique » adressée par Léon XIII «au peuple anglais qui cherche le royaume de Dieu dans l'unité de la foi. » Nous ne serions pas surpris que tout d'abord on éprouvât un désappointement à Ia lecture de cette lettre. Pour nous, nous sommes portés à lui attribuer une assez grande impor- tance pour des raisons que nous espérons faire comprendre. Cependant, il faut l'avouer, notre point de vue ne peut se justifier qu'en cherchant à lire non pas seulement ce qui se trouve dans le texte,mais aussi entre les lignes, eten réfléchissant beaucoup plus à ce qu'elle ne dit pas qu'à ce qu'elle dit. À première vue, sans doute, la Lettre cause un désappointement. Nous y LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETÈRRE 731

trouvons, par exemple, les opinions traditionnelles de l'Église romaine sur la Réforme en Angleterre. L'Angleterre fut « d'abord malheureusement séparée de la communion avec le Siège apostolique et ainsi privée de cette sainte foi dans laquelle, pendant de longs siècles, elle avait trouvé la joie et une grande liberté ». Après que la « défection » se fut produite, la conduite des Papes vis-à-vis de l'Angleterre est ainsi appréciée : « Nos prédécesseurs firent tous les sages efforts qu'il teur fut possible de faire pour y mettre fin et pour atté- nuer les nombreux maux qui en résultaient.» Un historien impartial ne se servirait point d'un tel langage et ne caractériserait pas ainsi la conduite des autorités romaines envers l'Angleterre sous Elisabeth et sous Jacques Ier. Notons aussi que, dans toute la Lettre, il n'est point fait men- tion de l'Église anglicane comme corps constitué professant des revendica- tions catholiques. « Ces frères séparés », pour lesquels on demande des prières, on s'adresse à eux en ces termes : « Vous tous donc qui êtes en Angleterre, quelle que soit la communauté ou l'institution à laquelle vous appartenez. » Pas une parole pour établir une distinction entre notre Église et les Baptistes ou l'Armée du Salut, ou toute autre association chrétienne qui peut avoir été plus ou moins remarquable et salutaire dans son action pour le maintien de la morale, pour l'éducation religieuse ou le bien-être des classes laborieuses, enfiu par toutes ces bonnes œuvres dont le Pape nous félicite avec tant de cordialité, Probablement aussi, le fait que la Lettre mentionhe avec une certaine ostentation : certaines pratiques religieuses — outre la prière à Dieu — comme les indulgences, l'emploi du Rosaire, la pratique de la prière à Marie et aux Saints, sera regardé comme une preuve que l’Église romaine n’est pas disposée à revenir sur aucune question de doc- trine ou de culte. Ceux qui adopteraient ee point de vue n’ont probablement pas remarqué que cette partie de la Lettre est exclusivement adressée aux catholiques romains d'Angleterre, et que le Pape leur ordonne simplement de diriger leurs dévotious ordinaires vers le but spécial de la restauration de l'unité. Il eût été difficile au Pape d'adresser à ses enfants une telle recom- mandation de toute autre manière, À ceux qui nous objecteront que tout cela caractérise bien le Pape et détruit toute satisfaction fondée comme toute espérance, nous dirons deux choses : D'abord, dans la Lettre entière, il y a un souffle vrai et ardent de charité chrétienne. Le Pape nous appelle frères séparés, il se réjouit de constater nos bonnes œuvres, il nous invite tous à la prière commune. « Nous exhortons tous les Anglais qui se font gloire du nom chrétien à coopérer à la même œuvre et à élever leur cuvur à Dieu avec Nous,à mettre leur confiance en Lui et à Lui demander, en s'appliquant assidüment à la sainte prière, le secours qui est nécessaire dans une si grande entreprise.» En second lieu, nous ne devons pas oublier ou plutôt nous devons forte- ment faire ressortir ce que la Lettre ne dit pas. Les opinions récemment exprimées par des théologiens français en faveur des Ordres anglicans, par l'abbé Duchexne entre autres, avaient, sans nul doute, excité une grande indignation parmi les catholiques romains de ce pays. Ceux-ci regardaient ces recherches loyales de la part de certains étrangers comme une intrusion injustifiable dans leur domaine. RRVUE ANGLO-ROMAINE. ==.T. 1 — 41. 738 REVUE ANGLO-ROMAINE On ne nous contredira certainement pas quand nous dirons qu'on avait exercé d'Angleterre une très grande pression pour obtenir du Saint-Office, sinon un arrêt formel déclarant la nullité des Ordinations anglicanes, du moins une déclaration que l'opinion contraire est extrémement dangereuse, téméraire, pour employer l'expression technique. Relativement à cette pression, il faut remarquer qu'aucune déclaration de ce genre n'a été faite, que dans cette Lettre le Pape s'abstient de dépré- cier les Ordres anglicans, et qu'il semble avoir donné à l'abbé Ducbesne des marques réelles de son approbation et de sa faveur. La Lettre apostolique justifie donc notre opinion, que l'occasion pre. sente est favorable pour faire comprendre aux autorités de Rome — non par l'intermédiaire des catholiques romains, mais par nous-mêmes, directement et en latin — quelles sont réellement les revendications de l'Église anglaise, et sur quels fondements elle s'appuie. Jusqu'à présent, on ne peut le nier, nous sommes cause que des catholiques étrangers, d'ail- leurs favorablement disposés à notre égard, nous ont mal jugés, faute d'informations. Le moment actuel est favorable pour donner ces informations, et lesdon- ner est un préliminaire indispensable à compréhension meilleure entre Rome et nous. Si les espérances ou les craintes de quelques ecclésiastiques anglais sont allées plus loin, s'ils ont commencé à examiner quels «termes de réunion », on pourrait offrir, on pourrait accepter, ou on devrait refuser, nous ne pouvons nous empêcher de penser que de telles pensées n'ont pas de fondement. D'une part, du côté de Rome, rien n'indique que certaines tendances doctrinales seraient modifiées, encore moins qu'aucune décision doctrinale serait revisée. D'autre part, il n'y a chez nous aucune disposition à abandonner la base des principes sur lesquels notre Église repose. Nous maintenons, comme auparavant, que les choses essentielles et permanentes pour la communion catholique sont les Credo, la Succession apostolique. les Sacrements. Nous en appelons, comme auparavant, des exigences plus récentes de Rome, en ce qui concerne la doctrine ou le gouver- nement, à l'ancienne Église et aux Écritures canoniques. Vraisemblable- ment, nous n’abandonnerons pas cette position fondamentale ni ce recours très légitime, et ceci entendu, il n'y a certainement pas de perspective d'être admis par Rome à sa communion. Cependant, il ÿ a beaucoup à faire pour écarter les malentendus des deux côtés, pour faire que la dpi et la doctrine de l'Église d'Angleterres'affermissent davantage parmi nous y à beaucoup à faire pour que cette doctrine et cette discipline soient mieu connues des catholiques étrangers, pour faire admettre que l'appel à l'anti- quité chrétienne ne fut pas fait une fois pour toutes au xvie siècle, mais qu'il doit être regardé comme un procédé toujours bon, dont il faut cons- tamment se servir à la lumiére des nouvelles connaissances. Tout ceci, nous pouvons le faire, et pour les raisons indiquées plus haut, nous voyons. uon pas tant dans les mots de la Lettre que dans ce qu'elle ne dit pas, preuve que notre travail ne sera pas inutile.

Un tel langage certes ne ressemble guère à celui du Tim. Celui du Church Times s'en éloigne encore davantage : L'idée qui se dégage de la Lettre de Léon XHI à l'Angleterre doit tou- LA CRISE RELIGIEUSE EX ANGLETERRE 139

cher tous les cœurs. C'est un appel direct aux sentiments religieux toujours si vivaces parmi nos compatriotes; et tous — qu'ils soient clercs ou laïques, qu'ils appartiennent à la communion anglicane ou à la communion romaine — doivent sentir que cette Lettre est pour eux un enseignement qui leur est donné en des termes tels qu'aucun d'eux, s’il aime vraiment Notre Sei- gneur et Maitre, doit pouvoir le repousser. Il est impossible de séparer cette démarche faite par le Pape — et pour ce qui, du moins, concerne l'Angleterre, rien de semblable importance et de si fertile en espérances pour l'avenir n’a été fait depuis le Xvi° siècle — il est impossible de la séparer des événements des derniers douze mois. Combien est grande l'intensité de ces désirs, si chers au cœur de tant d'hommes, de faire quelque chose pour amener l'unité du christianisme et remédier aux divisions qui séparent les chrétiens, c’est ce dont personne ne saurait douter. Ces désirs ont été éveillés par la brochure de l'abbé Portal et par les apinions émises par l'abbé Duchesne sur la validité des ordres an- glicans, lesquelles ont été la preuve que des ecclésiastiques étrangers pou- vaient avoir les vues les plus généreuses sur les revendications et la situa- tion de l'Église anglicane: ils ont aussi été excités par les controverses que ces opinions soulevérent dans les journaux, accrues par le discours de lord Halifax, en février, et plus encore par les rumeurs qui transpirèrent, quant au but du récent voyage de lord Halifax à Rome... Bref, ces désirs ont dé- sormais reçu la bénédiction de Léon XIE, qui est venu au-devant d'eux pour donner publiquement son approbation à de tels efforts et à de tels vœux, en invitant la nation anglaise tout entière à prier en commun le Dieu tout-puissant de hâter leur accomplissement. tt le contenu de l'Encyclique dans son entier n'est pas moins remar- «quable que le fait mème de l'apparition d’une semblable lettre. Les Anglais apprécieront la droiture et la loyauté de Léon XIII, ne tai- sant pas, dans la derniére partie de sa Lettre, certains sujets qui peuvent, par le plus grand nombre d’entre eux, être moins favorablement recus que ceux qui ont trait à l’intégrité des Saintes Écritures ou au repos du di- manche, — sujets sur lesquels leur pratique rompt avee l’enseignement et «les traditions généralement admises en Orient comme en Occident; — de même, ils ne manqueront pas de remarquer le courage avec lequel le Pape n'a pas craint de prendre, vis-à-vis de toute la question de la réunion, une attitude très différente des dispositions qu'ont quelquefois montrées, dans le passé, certains membres de la communion romaine en Angleterre. Sans aucun doute, les difficultés sont trés grandes, si grandes méme que rien —- si ce n'est la certitude que les divisions présentes sont en horreur à Dieu et portent atteinte au nom du Christ — ne pourrait nous permettre l'espérance de les voir bientôt cesser. Mais, comme Notre-Seigneur nous l'a dit lui-même, pour la foi il n'y a pas d'obstacles. Dans un sens, à coup sür, la lettre du Pape laisse ces difficultés intactes: elle n’explique rien, elle ne propose rien, elle réserve pour l'avenir la question de conférences éven- tuelles sur certaines matières controversées, comme la validité des ordres anglicans, ainsi que sur les diverses questions théologiques ou historiques qui nous tiennent séparés. Maïs, à un point de vue différent et qui est le plus élevé, elle fait quei- 740 REVUE ANGLO-ROMAINE que chose d'autrement préférable qu'un simple essai d'ouvrir des négocia- tions pour en arriver à une transaction sur l’un des points spéciaux qui nous divisent. Elle place toute cette question de la réunion dans une atmo- sphère plus libre, dégagée des passions humaines et des préjugés; elle fait appel à des considérations communes à tous les fidèles du Christ notre Dieu, les forcant d'aborder la question dans cette lumière éclatante de l'a- mour de Notre-Seigneur, et de tout ce qu'il a fait pour racheter toutes les âmes et unir tous les hommes en une commune famille. Par là, cette Lettre de Léon XFIT oblige toute âme chrétienne à répéter en elle-même : « Seigneur, que faut-il que je fasse pour ramener l'union et la paix dans l'Église, cette union dont la rupture vous est une si grave offense,en mème temps qu'elle cause la perte de tant d'âmes, servant fréquemment de pri- textes à l'incrédulité? » Ilest des moments, où sous l'empire de quelque émotion profonde, les difficultés semblent tomber d'elles-mèmes et où, sous l'influence vraiment transformatrice de la foi et de l'amour, ce que nous souhaitons apparait comme évident et d'un succès certain : c'est dans un semblable état d'es- prit qu'a té écrite la Lettre toute de paix et de bienveillance que Léon XHH a adressée à l'Angleterre, le matin du jour de Päques. Elle fait allusion aux obstacles dont est semée la route, mais elle ne les Ôte pas. Dans la réunion du christianisme, il voit quelque chose de vraiment semblable à une résurrection des inorts. Pour les races latines, cette réu- nion apparaîtrait comme un renouveau de vie et de force que l'Église ac- querrait au contact des races teutoniques ; pour l’Église d'Angleterre, ve serait un apport de force en ce moment où elle est Le plus faible, et comme une renaissance en son sein de la tradition catholique ainsi que du besoin d'unité qui ne se fait plus assez sentir parmi ses membres. Des deux côtés, elle faciliterait la solution de certaines questions, elle corrigerait certains défauts ou exagératious de doctrine, et ce serait un incommensurable ser- vice reudu à la cause du Christ, Et avec une iutuition bien réellement vraie des choses, le Pape voit que la première démarele à faire, la plus néces- saire pour parvenir à un but si élevé, c'est d'accoutumer les esprits à cette idée d'unité, de Les forcer à l’admettre et à la désirer, quitte plus tard à prendre des mesures définitives en vue de sa réalisation. Cette préparation des esprits, ce recours à la prière, cet appel à Dieu qui peut seul, s'il lui plait, ramener dans le bon chemin les volontés flot- tantes d'hommes pécheurs, tel est le principal objet de l'Encyclique. En conséquence, quelle réponse devra faire l'Angleterre à un semblahle appel? Assurément, rien en dehors de ceei,à savoir : que.sur l'invitation de nos propres évêques, l'Angleterre tout entière s'unisse, jour par jour et dimanche par dinianche, pour demander à Celui qui a promis la paix à son Église, de considérer non pas nos péchés, mais uotre foi, et d'accorder à son Église cette paix et cette unité qui sont agréables à sa volonté. C'est à dessein que, dans le cas présent, nous nous sommes abstenus d'entrer dans aucune controverse, considérant que ce serait nous écarter de l'esprit de l'Encyclique. A coup sr, il faut l’admettre, certains points sont susceptibles d'étre discutés ; mais ils sont étrangers au souffle de prière LA CRISÉ RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 74

qui se répand aujourd'hui, et c'est pourquoi nous préférons en remettre la discussion à un moment plus favorable.

Et si des organes de la Æigh Churrk nous passons aux organes de la Low Church, le Record par exemple, nous trouvons encorc l'expres- sion de sentiments qui ne se confondent point avec ceux du Times.

La lettre de Léon XIE au peuple anglais est dans son ensemble admi- rable. C'est un appel adressé à tout le peuple chrétien pour qu'il prie Dieu de faire cesser les divisions qui existent entre ceux qui portent le uom du Christ et professent sa doctrine. Et cela dans un magnifique et touchant langage, dont la dignité ot la sin- cérité sont d’ailleurs en harmonie avec l'âge vénérable et l'influence vrai- meut unique de Léon XEIE La confiance illimitée et absolue dans le pouvoir de la prière qui est exprimée dans cette Lettre, doit éveiller un sympathique écho dans le cœur de tout chrétien, homme où femme. Le Pape ne cherche pas à dissimuler que des obstacles apparemment insurmentables s'opposent à la réalisation de l'unité; mais il se place sur le seul et vrai terrain, celui de la foi qui n'hésite pas et qui refuse de mesurer le pouvoir divin d’après des prévi- sions humaines. Kur tous ces points, les ecclésiastiques anglais sympa- thisent du fond du cœur. C'est à coup sûr un fait digne de remarque que ce désir de paix et d'unité exprimé par le Chef de l'Église Romaine ne soit que l'écho de l'appel adressé durant ces deux dernières années par un graud nombre de non-conformistes et quelques membres de l'Église d'Angleterre, Comme expression d’un désir sincère, religieux et ardent de voir cesser les divisions entre ceux qui portent le titre de chrétiens, les Conférences telles que celle de Grindelwald ont la même signification que la lettre du Pape. Ne rabaïissons pas cette signification. 11 semble que Celui qui dis- pose du cœur de l'homme pousse les différentes Églises et les différentes sectes à aller au-devant les unes des autres. S'il en est ainsi, nous pou- vons compter avec confiance et reconnaissance que le Tout-Puissant saura d'une manière ou d'une autre achever l'œuvre qu'il a commencée.

À ces appréciations de la presse religieuse anglicane, nous croyons devoir joindre le texte de l'adresse votée par l'£English Church Union en réponse à la Lettre de Léon XIII:

Les membres de cette société, déplorant profondément les malheureuses divisions qui séparent les chrétiens les uns des autres, accueillent avec une profonde reconnaissauce la lettre de I.éon XII au peuple anglais, Pensant, avec Sa Sainteté, que la prière fervente, faite en communauté d'inten- tions, est le plus sûr moyen d'obtenir de Dieu l'unité du christianisme, ils recommandent à tous, — en réponse à cette lettre et en conformité avec la récente « pastorale » de Sa Grâce l’archevèque de Cantorbéry, — de s'unir etde persévérer dans la prière, afin que cette union parfaite dans la foi et dans l’amour,que Notre-Seigneur a promise la veille de sa Passion à tous ceux qui croient en son n0M, se réalise un jour. 742 REVUE ANGLO-ROMAINE

Nos lecteurs nous pardonneront ces longues citations à cause de l'intérét documentaire qu'elles présentent. C'est l'unique raison qui nous a poussé à relever, avec preuves à l'appui, l'une des rares inexactitudes contenues dans le livre du P. Ragey.

Enfin, notre auteur s'arrête plus particulièrement sur la lettre ad Anglos. Nous le citons bien volontiers encore une fois :

« La plus forte de toutes les raisons d'espérer que le grand acte de Léon XII ne sera pas sans effet, c'est cet acte lui-même. « Qu'un pape se soit décidé à rompre enfin un silence de trois siècles et à faire entendre de nouveau la voix du chef de l'Église ca- tholique à la protestante Angleterre, ce n’est pas là un fait ordinaire: ce n’est même pas un fait qu'on puisse, quand on a la foi, regarder comme purement humain. « Qn'a dit cette voix? « L'appel du pape — est-il besoin de le faire remarquer? — est un appel à l'union « en corps ». C'est à un appel à l'union « en corps » que s'adressent toutes les réponses qui lui sont faites. Le mot d'union « en corps » n’est écrit nulle part dans la lettre de Léon XIII: mais pour qui sait lire et comprendre, il est écrit partout, S'il ne s'agis sait de l'union « en corps », plusieurs passages de cette lettre n'au- raient pas de sens. « D'où est venu que le pape se soit décidé à cette grande et extraor- dinaire démarche? D'où est venu que, sortant tout d'un coup de la réserve observée par ses prédécesseurs pendant trois siècles, et s'écar- tant brusquement de la ligne par eux suivie, il se soit adressé diree- tement, et avec l'accent d'une paternelle affection el d’une pleine con- fiance, à cette nation anglaise, dont ce seul mot de pape et de papistra si longtemps excilé le mépris et la colère? Aujourd'hui encore Pape n'est-il pas, pour la grande majorité des Anglais, sinon ur ennemi, du moins un étranger? D'où est venue au chef de l'Église la confiance qu'en entendant sa voix, ses enfants égarés le reconnai- traient pour leur père et reprendraient le chemin de Rome? »

Après un éloquent parallèle entre Léon XIIT el saint Grégoire le Grand, le P. Ragey continue en ces termes :

« L'esprit qui dirigeait saint Grégoire est celui qui dirige Léon XI. Cet esprit-là vient de plus haut que la terre et il voit plus loin que le regard mème du génie. A travers les raisons de craindre que montre l'esprit de l'homme, il n'est pas rare qu'il découvre des raisons d'es- pérer que l'œil humain n'apercevrait point de lui-même, LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 743

« Du reste, les circonstances sont aujourd’hui bien différentes de ce qu'elles étaient en 596. Il ne s’agit plus de convertir au christianisme des hommes qui adorent des dieux de bois et de pierre. Non, il s'agit de s'entendre avec des frères qui adorent le même Dieu que nous, le Dieu fait homme qui est mort pour nous sauver, et qui croient à son Évangile, et qui le lisent plus souvent que nous, et qui, loin de nous repousser, nous tendent la main et nous disent: Ünissons-nous. « Il s'agit pour les catholiques de faire quelques pas vers ces chré- tiens qui sont en chemin pour venir à eux, vers ces chrétiens pour la plupart d’une entière bonne foi, dont un grand nom- bre se recommandent par leurs bonnes œuvres et leurs vertus, et sont bien près d’être catholiques. À ces chrétiens le successeur de saint Grégoire n'a pas besoin d'envoyer des apôtres. Ces apôtres sont au milieu d'eux. Il n'est même pas nécessaire d’exciter leur zèle : il suffit d'animer leur confiance. Il suffit de leur persuader que l'heure n'est pas loin où, non plus seulernent les individus ou bien des groupes plus ou moins nombreux, mais où l'Église anglicane « en corps » ren- trera en communion avec le Siège de Pierre, dont elle reçut jadis directement la Jumière de la foi. « Que cette heure soit proche, ce n’est pas seulement l'acte mème du souverain Pontife, l'appel qu'il s'est décidé à adresser aux angli- cans, qui en esl une preuve, c'est encore l'accueil que cet appel a rencontré. »

Nos lecteurs savent que sur ce point tout le monde n'est pas du même avis. L'éminent archevêque de Westminster, en particulier, comme le prouve la lettre qu'il adresse à l’auteur, n'a « aucune confiance dans la prophétie d'une conversion en masse ». Le seul moyen, d'après lui, d'amener l'Angleterre à l'unité catholique est de procéder exclusivement par conversions individuelles. D’autres pensent que le moment est venu pour les autorités de l'Église romaine de tenter une action d'ensemble, d'essayer une union en corps. Per- sonnellement, nous croyons avec le P. Ragey que la Lettre du Souve- rain Pontife constitue, sinon « un appel à l'union en corps », du moins un indice que Léon XIE voudrait orienter dans ce sens la politique de l'Église. Il est à peine besoin d'ajouter qu'une telle politique, si elle s'affirmait, ne changerait rien à la position respective des indi- vidus. Les mêmes règles serviraient à foriner la conscience des parti- culiers et à déterminer leur conduite. Sous ce rapport, il ne saurait y avoir le moindre doute. Le P. Ragey, après avoir parlé de l'union comme il en a parlé,a jugé inutile de faire cette remarque. Ila eu rai- son : elle est superflue pour tout catholique et pour tout anglican qui connait ant soil peu nos principes. Notre auteur termine en rappelant la belle croisade du P. Ignace 744 REVUE ANGLO-ROMAINE

Spencer. Le Bulletin de l'association catholique pour la réunion de T Église anglicane a raconté, en quelques pages pieuses et fort intéressantes dues à notre zélé collaborateur, le P. Bony, la vie et les travaux de cet apôtre infatigable. Nos associés s’efforceront de continuer son œuvre de prière. Les succès que leurs démarches ont déjà obtenus nous garantissent pour l'avenir une organisation solide et persévé- rante. L'œuvre s'établit dans les séminaires, dans les couvenis et dans les paroisses, Les Filles de sainte Thérèse et de saint Francois de Sales, les sœurs de Charité de saint Vincent de Paul et beaucoup d'autres communautés prient pour l'union des églises,et en particulier pour l'Angleterre. Tous les jours il nous arrive des adhésions not- velles ; nous recevions derniéreinent les communications suivantes:

Congrégntion des Gardiennes de l'Eucharistie, dite des sœurs de Saint- Aignan. — Afin de s'unir à l'association catholique pour la réunion des Églises dissidentes, les Gardiennes de l'Eucharistie promettent : 4e De recommander spécialement cette œuvre de premier ordre dan- chacune des adorations qu’elles font en présence du Très Saint Sacrement de 8 heures du matin à 8 heures et demie du soir; 2° D'offrir, dans le but d'obtenir cette réunion, leur communion du second mardi de chaque mois; 3° D'avoir, pour la même fin, une intention dans les communions du dimanche et du jeudi; 4 De dire leur chapelet à cette intention le lundi de chaque semaine.

               SŒUR THÉRÈSE DE LA CROIX ET DU SAINT SACREMENT.
                                            Supérieure générale.

Paroisse Bonne-Nouvelle de Paris. — Monsieur, l'échange de nos Bulle- tins nous a mis en indireets rapports. La lecture si intéressante à tous égards du vôtre est venue encore accroître mon désir de répondre avr tout mon cœur aux intentions du Souverain Pontife, demandant à tous les catholiques des prières pour le retour à l'unité des Églises orientales et de l'Eglise anglicane. Les paroles du Pape aussitôt entendues, j'avais travaillé à exciter le zèle pieux des associés de l'Archiconfrérie de Notre-Dame Consolatrite d< Affligés, lorsque parut l'annonce de votre sainte croisade et le premier nuinéro de votre Bulletin. Dès ce moment, nous avons redoubhlé d'ardeur. J'ai demandé à nos ass ciés des prières quotidiennes: les deuxième et quatrième samedis de chaque mois, le retour de l'Angleterre a sa part dans les intentions de la messe célébrée pour l'Archiconfrérie; ce grand événement est enfin recem- mandé, chaque semaine, aux associés, dans les assemblées du dimanche. Les membres inscrits sur les registres de notre Archiconfrérie attei- gnent déjà le chiffre de 15.000. A la lête des noms figurent trois de nes Éminentissimes cardinaux et vingt-deux archevêques ou évéques. En ma qualité de Directeur de notre pieuse association, je viens vous LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 745

demander de nous inscrire parmi les membres de votre Association catho- lique de prières pour le retour des anglicans. Si vous accédez à mes vœux, je serai heureux de faire l'annonce solen- nelle de notre afliliation dans notre Bulletin qui va trouver nos lecteurs à tous les coins de la France et de l'étranger. Veuillez agréer, ete, À. DE MONTFERRIER, Curé de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.

Nos lecteurs ne trouveront pas ces détails déplacés dans les pages de la Rerue Anglo-Romaine; car ils attestent que le mouvement en faveur de l'union s'accentue et se généralise. Et nos collaborateurs, qui ne sont pas seulement des hommes de science, mais aussi des hommes de foi, verront dans ces nombreuses prières un précieux gage de bénédiction pour leurs difficiles labeurs, Ils travaillent la terre et l'arrosent, Dieu donnera l'accroissement. Ïl appartient à nos associés, à tous les chrétiens qui s'intéressent à la grande cause de l'union des Églises, en particulier à ceux qui ont la direction des âmes, de favoriser ce mouvement de prières. Nous citons encore une page éloquente du P. Ragey :

« Si des conversions en masse, et même la conversion de la nation anglaise lout entière n’a pas été obtenue, n'est-ce pas parce que l'appel fait aux évêques de France en 14856 par le Père Ignace Spen- cer ne trouva pas l'écho qu'il espérait? « La France catholique avait eu un beau mouvement ; malheureuse- ment c'était un de ces mouvements comme il s'en produit souvent en France, qui sont généreux, mais qui ne durent pas. Du reste, c'est par- tout qu'on se lasse vite de prier. Voilà pourquoi le pieux Passionniste s'efforçait de faire comprendre aux évêques de France que la prière pour la conversion de l'Angleterre ne pouvait être ce qu'il fallait qu'elle fût, c’est-à-dire ardente et persistante, sans des prédications qui exciteraient la flamme du zèle et la ranimeraient, quand elle serait près de s'éteindre, et sans une organisation qui, au lieu de laisser cetle prière à l'inspiration fugitive de chacun, en ferait une œuvre ayant dans chaque diocèse son fonctionnement propre et régu- lier, et susceptible de se développer, sous la haute direction de l'évêque et la bénédiction du chef de l'Église. « C'est de cette œuvre plus que de toute autre chose que dépend l'issue de la crise religieuse que traverse en ce moment l'Angleterre. Si l'on nous demandait : Cette crise aboutira-t-elle 8 l'union des deux Églises? nous répondrions: Dites-nous d'abord si l'œuvre ardem- ment poursuivie par le Père Ignace Spencer sera réalisée. « Cette œuvre sera réalisée, si les évêques le veulent. Le sort de l'Angleterre est entre leurs mains. » 746 REVUE ANGLO-ROMAINE

  Bénie et encouragée par Nos seigneurs les évêques, l'assaciation
arrivera par ses correspondants diocésains à encadrer toutes les
bonnes volontés.   Elle assurera à l'action de ia prière une durée et
une persévérance que les plus grands efforts individuels ne peuvent
lui donner.
  Reste à prendre congé de notre auteur.
  Le P. Ragey a écrit son travail dans le dessein de faire prier pour
le retour de l'Angleterre. 11 a pleinement atteint son          but. Il est
impossible de lire le volume sans se sentir porté à prier pour ce grand
pays. C’est une impression qui se dégage, forte comme la conviction
quia voulu la produire. On pourrait peut-être souhaiter au livre plus
d'unité dans les vues et les appréciations; emporté par l'intérèt des
questions, l'esprit du lecteur se prend à désirer de voir les différents
problèmes plus approfondis; mais quand on se souvient du cadre
que l'auteur s'est tracé, il est facile de reconnaitre qu'il l'a bien rem-

‘ pli. La crise religieuse en Angleterre fera prier, elle instruira surtout les Français,et à ce double titre. nous sommes heureux de lui souhai- ter un grand nombre de lecteurs.

                                                        F. PORTAL.

CHRONIQUE

Le cardinal Vaughan à la chapelle française de Londres. — Nous lisons dans le Tablet que Son Éminence le cardinal Vaughan a dernièrement présidé les offices à la chapelle Saint-Louis-de- France, Portman square, en présence du baron de Courcel, notre ambassadeur à Londres. La chapelle Saint-Louis, qu'il ne faut pas confondre avec l'église Notre-Dame-de-France, de Leicester square, a été, comme on le sait, bâtie pendant l'émigration, tandis que Notre- Dame-de-France le fut seulement il y a environ 50 ans. La chapelle Saint-Louis, modeste d'apparence, est particulièrement chère à tous les Français par les souvenirs qu’elle rappelle. Quant à Notre-Darie- de-France, c'est la grande paroisse française de Londres; avec son hôpital et ses écoles, elle constitue un centre où nos compatriotes sont heureux de se retrouver au milieu de la grande capitale.

Le divorce dans l'Église d'Angleterre. — La loi qui régit le remariage des divorcés dans l'Église d'Angleterre est des plus inconséquentes et des plus curieuses. Aux termes de cette loi civile imposée aux ecclésiastiques anglais, aucun clergyman n'est tenu de bénir le mariage de personnes divorcées; mais il ne peut refuser son église pour ectte cérémonie si les nouveaux époux trouvent un autre clergyman consentant à bénir leur union malgré le divorce. On conçoit que cette coutume répugne profondément aux ministres de la Haute Église, et une vigoureuse campagne vient d'être entre- prise par l'Euglish Church Union, pour obtenir le rappel de la loi en question et assurer le respect du lien conjugal. À cette occasion Lord Halifax vient de prononcer, au dernier meeting de l'£. €. U., un important discours que nous ne pouvons reproduire aujourd’hui en entier, mais dont nous tenons au moins à donner quelques extraits : « Nous sommes ici, a dit Sa Seigneurie, à la fois comme citoyens et comme chrétiens: comme citoyens nous protestons contre des abus que nous considérons comme devant détruire la prospérité de notre pays; comme chrétiens nous insistons pour que l'Église d'An- gleterre ne soit pas associée à une œuvre que nous croyons devoir saper les fondements de la religion et de la moralité. On ne nie pas que le bonheur des individus, que la vie de la famille, que la sécu- rité de l'État dépend de l'inviolsbilité et du caractère sacré du 748 REVUE ANGLO-ROMAINE

mariage. On ne nie pas que l’objet de nos lois sur un lel sujet devrait être d'assurer le bonheur du plus grand nombre. Or, nvs lois sur le divorce partent d'un principe entièrement opposé. Elles sacrifient le bonheur du plus grand nombre aux intérêts personnels des individus. « .... Et non seulement le Divorre act est en opposition avec la li de l'Église, mais encore il cherche à imposer cette loi de l'Étal aux consciences des fidèles. Sans doute, je ne contesterai pas que la coutume, dans l'Église d'Orient, concernant le divorce, semble n'avoir pas toujours été d'accord avec celle de l'Occident. Mais, en tous cas, il n’y a aucun doute, quant à la coutume constante de l'Église d'Angleterre sur ce point. Et si l'on s'en rapporte aux Écritures, peut-on y trouver quelque argument en faveur du divorce, peut-on admettre que Notre-Seigneur ne l'ait pas défendu, mème en cas d'adultère, alors que la règle de l'Église primitive, à cet égard. fut aussi stricte que nous le savons. « .... de ne puis croire, a dit en terminant Sa Seigneurie, qu'une telle coutume soit plus longtemps tolérée par la chrétienne Angleterre, et je prie Dieu d'affranchir l'Église d'Angleterre de toute apparence de complicité dans une œuvre si néfaste. »

Le IV* Congrès soientifique international des catho- liques. — Onsait que le 4 Congrès scientifique international des catholiques aura lieu au mois d'août de l’année prochaine et qu'il s’asscinblera en Suisse, à Fribourg. La Liberté, de Fribourg, publie un appel aux catholiques suisses, en vue de préparer cette grande réunion. Cet appel est accompagné d'une chaleureuse lettre de recommandation, signée de Mgr l'évêque de Saint-Gal}l, au nom de tous les évêques de Suisse.

Le Pape et les Arméniens. — Le R. P. Charmelant, direc- teur de l'œuvre des écoles d'Orient, a reçu de Son Éininence le car- dinal Rampolla la lettre suivante :

                                            « Rome, & niars 1896.

     « Révérend Père,

« Je me suis empressé de communiquer au Saint-Père le très pré- cienx bulletin de votre œuvre avec les nouvelles que vous m'avez données par votre estimée lettre du 25 février; elles ont procuré une grande consolation à Sa Sainteté. Elle n’a pu s'empêcher d'admirer la générosité des catholiques français qui, après votre appel et dans le court espace de quarante jours, ont déjà souscrit la somme consi- dérable de 82,000 francs au profit de la nation arménienne ?, « Personne n'ignore la part déjà prise et que prend encore l'auguste Pontife pour améliorer la condition de ces populations si éprouvées, ni les secours qu'à diverses reprises Îlleur a fait parvenir. Il a daigné leur donner encore un solennel témoignage de son intérèt, dans

1 La souscription atteint aujourd’hui 130,000 francs. CURONIQUE 149

l’allocution adressé au Sacré-Collège, à l'occasion du dernier Consis- toire. « Pour ces raisons, Il ne peut manquer de louer Votre Révérence pour le zèle avec lequel vous travaillez à ce même but. « 11 approuve, en outre, que l'appel que vous avez adressé à la France soit adressé également aux autres nations, et Il a la confiance que les catholiques de ces contrées s'efforceront de rivaliser avec la charité des catholiques français. « En attendant, comme témoignage de sa paternelle affection, 1! vous envoie de tout cœur la Bénédiction apostolique, ainsi qu'à tous ceux qui sont à la tête d'une mission aussi sainte, et à tous les fidèles qui vous ont déjà donné ou vous donneront leur concours. « Recevez, en outre, mes félicitations pour l'abondance avec laquelle Dieu a béni votre entreprise, et c'est avec la considération la plus dis- tinguée que j'ai le plaisir de me dire de nouveau « Votre très affectionné dans le Seigneur,

                                       « M. Card. RAxmPOLLA. »

Etats-Unis. — On est en train d'organiser, aux États-Unis, un grand pèlerinage qui viendra en Europe au mois de juillet prochain, sous la conduite du R. P. William Smith, des Frères de la Merci. En partant de New-York, les pèlerins passeront par Gibraltar, iront à Lourdes; ensuite, en touchant Gênes et Naples, viendront à Rome. Après l'audience pontificale, ils partiront pour Assises, Lorette, Padoue, la Suisse, pour y visiler Einsielden; ensuite ils iront à Paris et en Irlande, pour rentrer au mois de septembre dans leurs foyers.

La Sacrée Congrégation des Rites a rendu un décret autorisant l'usage de la langue française dans toutes les causes de béatification et de canonisation qui seront soumises à cette Congré- gation. Celte mesure constitue pour Îles postulateurs une grande éco- nomie de temps et de dépenses.

Correspondance. — Nous recevons communication de la lettre suivante avec prière d'insérer : Sir, 1 should be glad if you would ask the Revue Anglo-Romaïine to correct the title of my little book on Anglican fallacies, as given n° 8 of the Revue, in a quotation from the interesting Efuds of R. P. Tour- nebize, on p.362, note? The real title is not Anglican Fallaries of Lord Halifar, but Anglican Fallacies, or Lord Halifar, This may seem a dis- tinction without a difference, but it is really the difference af what Ï hope a courleous as opposed lo a rather discourteous title, ete. Sincerely vours. — LUKE RIVINGTON. LIVRES ET REVUES

                  REVLE CATHOLIQUE DES REVUES

Sous le titre : Défense ou réforme de l'Église ‘, M. l'abbé Bouninnos étudie dans la Revue catholique des revues la situation de l'Église d’An- gleterre au point de vue de sa constitution intérieure.

H s'agit de l'Eglise anglicane établie et d'une association récemment fondée pour la défendre. On invite les membres du clergé à s'y enrôler; et le Dr Jessopp est d'avis qu'il n'est pas urgent de défendre l'Eglise établie, mais hien de la réformer. 1 faut défendre l'Eglise établie, et l'auteur demande : Que s'agit-il de défendre ? — D'abord quel est ici le sens du mot Église? Sans doute. quand on parle de l'Eglise, les chrétiens entendent une société, une famille, une organisation fondée par Notre-Seigneur, un +oyaume, comme il l'appelle. Mais quand on parle de l'Eglise établie, on n'entend plus cette Eglise aussi étendue que lu chrétienté: on vise quelque chose de beaucoup plus res- treint. Tous les anglicans ont le devoir de s'y intéresser. 4. — Or aucune société ne peut exister ni agir sans qu'il y ait, à la base de l'union, des croyances partagées par tous les membres. Toute assacia- tion commence her formuler des principes que tous les adhérents sont tenus d'accepter. Une société religieuse doit donc avoir avant tout ses croyanres. Et tout chrétien doit être disposé à défendre sa foi. Mais tel n'est point le but qu'on se propose, et l'invitation à adhérer à la « Church Defence Society » implique quelque chose de bien différent: cela suppose beaucoup plus, ou beaucoup moins. 2. — Toute société doit avoir une sphère d'action définie et un but déter- miné qu'elle se propose d'atteindre, bien qu'on puisse y concevoir des déve- loppements et des moyens divers. Mais peut-on admettre qu'une societé soit rivée à des règlements, à des usages, bons et utiles il Y a cent ans. mais qui aujourd'hui ne servent plus qu'à témoigner de l'antiquité de l'ins- titution, sans offrir aucun secours pour atteindre la fin à laquelle ils devaient conduire? Or l'Eglise d'Angleterre est une société qui existe pour évangéliser cette nation. Ses croyances sont clairement formulées, ainsi que les principes qui justifient son existence, Mais, au-dessus de ces croyances et de ces principes, l'Eglise, comme toute autre société, doit formuler les méthodes qu’elle entend employer pour atteindre son but, à savoir les règles, rubriques, canons, articles, réglements plus ou moins précis, que tous doivent observer. I} est assez exact de dire que les lois, ordonnances, règles de conduite, restrictions et règlements de l'Eglise d'Angleterre sont con- tenus dans le Prayer book (livre de prières); non pas sans doute que toutes les lois y soient contenues ui qu’il ne contienne que cela, Mais, malgré la témérité que l'on pourra trouver dans mes paroles, je demande très sérieu-

4 Nineteenth Century, n° 227, article du Rev. Dr Jessope. LIVRES ET REVUES 751

sement, dit l'auteur : tout ce qui est dans Île Prayer book mérite-t-il d'être défendu ? tout peut-il étre défendu ? L'histoire de sa composition pourrait faire naître d'intéressantes ques- tions; mais prenons-le tel qu'il est. On a fait, il y a quelque vingt ans, une revision des lecons tirées de l'Écriture et plusieurs ont été modifiées; c'était avouer que les dispositions antérieures ne pouvaient pas ou ne devaient pas être défendues; on réclamait une réforme. Il se trouva sans doute bien des personnes qui protestèrent contre tout changement; ils étaient pour la défense et rien que pour la défense. Il fallut cependant se soumettre aux réformateurs. Et aujourd'hui, faut-il absolument défendre tout ce qui se trouve dans le Prayer book? Serait-ce, par exemple, une profanation de modifier le calen- drier? L'auteur voudrait y voir figurer « les chefs et les héros de notre Eglise d'Angleterre, les saints et les martyrs qui nous ont légué de nobles souvenirs et d'illustres exemples ». En revanche, il voudrait en voir retran- cher « des noms inséparablement liés aux visions et aux fables d’une hagio- logie aujourd'hui abandonnée, propre à entretenir une crédulité efféminée et dégradante ». D'ailleurs il ne donne aucun exemple. Il est permis de penser qu'il abandonne trop facilement « Vincent, diacre et martyr espa- gnol »,ou « Crespin, martyr », ou encore la mention des O de l'Avent: mais on ne peut que l'approuver quand il signale une faute d'impression qui se perpétue depuis plus de trois siècles dans le calendrier, où l'on marque au 7 septembre Enurchus au lieu d'Euvertius (saint Euverte). Faut-il aussi défendre toutes les rubriques du Prayer book, alors qu'un bon nombre ont donné et donnent lieu à d'interminahles discussions? Ne serait-il pas meilleur, plus loval et plus sage d'en améliorer la rédaction ? Une attitude pureinent défensive serait à la fois dépourvue de dignité et de raison, et vouloir s'v maintenir malgré tout conduirait fatalement, non à l'accord, mais à une division violente. 4. — Mais toute société organisée, si elle veut faire quelque chose, doit accomplir les opérations qui lui sont propres par le moyen d'agents et d'employés dûment désignés. On devra trouver, parmi ceux-ci, une subor- dinpation: chez lea chefs responsalies, la surveillance et le contrôle; il devra être possible d'écarter un employé insuffisant, de faire avancer un serviteur capable. Plus est vaste la sphère d'action d'une société, plus grande aussi est la nécessité de maintenir chacun dans la voie du devoir, de réglementer son action, de faire observer une rigoureuse et prompte discipline. Or, que voyons-nons dans l’Église établie ? Toutclere paroissial, statutairement investi de sa charge, est inamovible, fût-il absolument incapable de remplir ses fonctions. Il est infiniment regrettable qu'un clerc puisse être notoirement adonné à l’intempérance, incapable de s'acquitter de ses fonctions, ohjet de dérision, pour ne pas dire davantage, des paroissiens. Ce qui est pire, c'est que tous les bénéfi- <iers ont la possession inaliénable de leur bénéfice, dont ils ne peuvent être privés par le corps épiscopal et le Prinat à leur tête, sauf les cas où ils se seraient rendus justiciables d'une cour criminelle. On a tenté sur ce point une timide réforme, mais il reste encore beaucoup à faire, Faut-il indéfiniment tolérer dans les paroisses la présence d'hommes compléte- ment incapables, grossiers, indolents, ignorants? 4. — Danstoute société organisée, il est exsentiel d'avoir un pouvoir exécutif, qui doit avoir quelque participation au choix des subordonnés, et la possibilité d'intervenir lorsqu'on propose ou qu'on a fait un mauvais choix. On y pourvoit généralement par des examens, par un stage, et l'on ne concoit pas qu'un particulier puisse avoir un droit de nomination 732 REVUE ANGLO-ROMAINE

 absolu. Et cependant par l'abus du droit de patronat acheté, ce système à
 prévelu longtemps pour plusieurs charges en Angleterre. I} a disparu pour
 la plupart; mais il est encore florissant pour les charges de l'Eglise établie.
 Est-ce là encore une institution ou une pratique à défendre?
   3. — Toute société organisée doit avoir une constitution, des directeurs,
 un comité, des assemblées, ete, Mais quelle est donc la constitution de
 l'Eglise établie? Pour moi, dit l'auteur, je veux bien admettre que le sou-
 verain du royaume est le chef de l'Eglise aussi bien que de l'Etat, et qu'il
 a, comme tel, le pouvoir « suprême sur toutes les personnes et en toutes
 les causes, aussi bien ecclésiastiques que temporelles ». C'est la eonst-
 quence inévitable de l’acceptation de la monarchie par Ia nation. Mais ily
 a des milliers de sociétés très utiles et très prospères qui ne semblent pas
 avoir conscience de cette supériorité, et qui ne recourent aux représen-
 tants du pouvoir royal que pour faire trancher Îes différends qui viennent
 à surgir. Elles accomplissent seules leurs œuvres; chacune des personnes
 qui détiennent une partie de l'autorité sait ce qu'on attend d’elle, et le con-
 seil de direction, le plus souvent électif, représente tous les membres de la
 société. L'Eglise établie a-t-elle une orgauisation de ce genre?
   On me dira sans doute : Elle a sa convocation (son synode). C'est préci-
 sément ce que n'a pas l'Église établie. Chacune des deux provinces de
 Cantorbéry et d'York a sa ronrocation, très curieuse survivance d'un pas
 presque entièrement oublié: mais l'Église établie, dans son ensemble, 4
 aucune assemblée générale, rien qui ressemble, mère de loin, à un pou-
 voir législatif, et ce qui existe ne possède aucune action effective. La Con-
 vocation de Cautorhéry ne comprend, à côté des représentants des cha-
 pitres des quarante-six délégués du clergé inférieur, aucun représentant
 des clercs non bénéficiers; il y a la Chambre des laïques (House of Laymeni.
 mais ses délibérations, quelque respectables qu'elles soient, ne peuvent
 aboutir à rien.
   6. — Toute société qui a une sphère d'action déterminée doit posséder
 certains biens, qui forment son capital : immeubles, terres, droits et rede-
 vances diverses; plusieurs pouvant être grevés d'affectations spéciales. En
 tout cas, ces biens appartiennent à la société. Or, il y a d'étranges choses
 dans l'administration des biens de l'Eglise établie, Certains sont gérés par
 une comniission dont certains membres laïques peuvent être séparatistes:

En

 les bénéficiers ont, par rapport aux terres et aux maisons de leurs béné-
 fices, une liberté excessive; les cathédrales et autres églises appartiennent
 on ne sait à qui: certaines n'ont aucun suhside pour l'entretien et les répt-
 rations; et autres critiques du même genre.
    En présence de tels défauts, de tels abus, on vient nous inviter solennel-
 lement à nous inscrire dans une grande ligue pour la défense de l'Eglise
 établie! Une société qui veut des défenseurs et ne veut que des défenseurs
 est destinée à périr. Si elle ne peul supporter une réforme, une réorgani-
 sation, il est inutile de la défendre: elle est à l'article de la mort. Vous
 voulez protéger l'Eglise établie ? Que faites-vous de la maxime des éconu-
 inistes : « Tout intérêt protégé languit » ? Non, il faut réformer. On a dans.
 ce siècle fait aboutir bien des réformes en Angleterre; pourquoi ne pa
 tenter celle-à? L'Eglise établie n'est pas un vieux vaisseau qui ne puisse
 plus aflrouter les flots et les vents. Vous voulez, diles-vous, hisser son dra-
 peau sur le mât”? Qui ; mais à condition d'y écrire, non pas « défense ».
 mais « réforme ». — A. BOUDIXHOX,

DOCUMENTS

CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONFROVERSIÆ

                  HODIERNÆ           GRAVISSIMÆ

                                     DE



            SACRAMENTO                    EUCHARISTIÆ

                                LIBER 1!

IN QUO DE REALI CHRISTI IN SACROSANCTA EUCHARISTIA PRÆSENTIA ET PAR- TICIPATIONE, AC DE MODO UTRIUSQUE BREVITER TRACTATUR.

                            CAP. IV.

In quo na Transsubslantialionem, neque consubstantialionem hxreses esse ostenditur, et simul de orali, alque etiam indignorum manduratione Cor- poris Christi agitur.

                                 (Suite
  1. Lutherus ipse in Captivitate Babylonicà anno 743, 20 scripta : Thomistica doctrina est, transsubstantiari panem et vinum; libe- rum est et citra salutis periculum, imaginari, opinari et credere, remanere aut non remanere substantiam panis et vini. ” ‘* Permitto, ” inquit, ‘ qui volet utramque opinionem tenere; hoc solum nunc ago, ut scrupulos conscientiarum de medio follam, ne quis se reum hæ- reseos metuat, si in altari verum panem verumque vinum esse credi- derit; sed liberum esse sibi sciat citra periculum salutis, alterutrum inaginari, opinari, et credere, eùm sit hic nulla necessitas fidei; ” et rursus: ‘In Sacramento, ut verum corpus verusque sanguissit, non est necesse panem et vinum transsubstantiari, &e. Permitto tamen aliis opinionem alleram sequi, quæ in Decretali ‘ Firmiter ” statuitur, inode non urgeant suas opiniones pro articulis fidei acceptari. ” Et in Jibro ad Waïldenses Fratres anno 1593: ‘ Errorem quidem esse ” dicit, ‘* affirmare, panem in Sacramento non manere, sed tamen in isto errore non inultum esse situm, mode corpus et sanguis Christi cum verbo ibi relinquatur, ” et anno 1528, in Confessione Majcre rursum scribit : ‘ Se hactenus docuisse et adhuc docere, parum re- HEVUR ANGLO-ROMAINE, —— T. I — 48. 754 REVUE ANGLO—ROMAINE

ferre nee magni momenti quæstionen esse, sive quis panem in Eucha- ristià mancre, sive non manere sed transsubstantiari credat. ” Hæe ille, eum paulo pacatior esset. Vide Hospinianum. ‘ Lutheri veru inconslantiam in aliis scriptis non excuso.

  1. Chemnicius :* ‘ Sed dicat quis : Quare ita contendamus, an substantia panis in Eucharistiä vel remaneat vel non remaneat : cùm thesaurus Eucharistiæ sit non panis Imaterialis et vinumn vulgare, sed vera et substantialis præsentia, exhibitio et sumptio corporis et san- guinis Christi? ” et cætera. ‘ Respondeo, ” inquit, ‘* nullo modo pari momento censemus panem et corpus Christi : et Lutherus sem- per dixit, se in totà hac disputatione, magis spectare præsentiam corporis el sanguinis Christi in cœnà, quèm præsentiam panis el vini. Sed quia transsubstantiatio pro articulo fidei, sub pwænà ana- thematis proponitur, necessario confradicendum est, &e. ” Hæc ille.
  2. ‘‘ Lougius consubstantiatorum quàäm transsubstantiatorum sen- tentiam à Christi verbis recedere, si vel litera spectetur, sive sen- sus, ” affirmat R. Hospinianus* et cæteri Calviniani communiter. Beza tamen :* ‘ Verum est, ” inquit, ‘‘ fuisse per nos obnixè flagi- tatam fraternitatis dextram, non quasi per omnia consentiremus, sed ut omni offensionc añimnrum sublatà placidæ disquisitioni dein- ceps aditus patefierit. ” Consensus Sendomiriensis Evangelicorum Fratrum quantum ad controversiam de Sacràä Cœnä Domini sic se habet : ‘* Quantum ad infelix illud dissidium de Cœnà Domini attinel, convenimus in sen- tentià verborum Domini neostri Jesu Christi, ut illa orthodoxè intel- lecta sunt à Patribus, et imprimis Irenæo; qui duabus rebus, scili- cet terrenà et cœælesti, hoc mysterium constare dixit. Neque ele- mena signave nuda et vacua illa csse asserimus : sed simul reipsa credentibus exhibere et prtstare fide quod significant, &c. Hujus autem sancti mutuique Consensôs vineulum fore arbitrati sumus. convenimusque; ut quemadmodunm illi nos, nostrasque Ecclesias, et Confessionem nostram, in hae Synodo publicatam, et Fratrum Ortha- doxas esse testantur : sie etiam nos illorum Ecclesias eadem Chris- tiano amore prosequamur, et Orthodoxas faleamur : extremumque valedicamus, et altum silentium imponamus omnibus rixis, distrar- tionibus, dissidiis, &. Ad hæc recipimus, mutuo consensu, omni studio nostris fratribus omnibus persuasuros, atque eos invitaturos ad hunc Christianum et unanimem consensum amplectendum, calendum et conservandum, illumque alendum et obsignanduni, præcipuè auditione verbi ifrequentando tam hujus quäm allerius cujusque confessionis cœætus: et Sacramentorum usu, &c. ” Formula hæe Consensus sancita fuit anno 1570.

1 Hist. Sacram. parte altera, p. 768 [a].

In Exam. Decret. Conc. Trid. de Transsubst,

Paræus :! ‘* Slipulas et ligna intelligit. ” Apostolus ‘‘ dogmata non planè hæretica, impia, blasphema, cum fundamento pugnantia, sed erronea, vana, curiosa, non necessaria, doctrinæ fundamentali admixta, &e. ” et post stipularum acervum, eumque benè magnum congestum, subdit : * Credere quod caro Christi ubique sit, quod in pane sit, et oraliler manducetur, idque etiam ab impiis, &c. stipula et palea est. ” Hwc ille. Non sunt igitur dogmata hæretica ct cum fundamento doctrinæ salutaris pugnantia. Idem in Irenico : ? ‘ Porro qui in uno tantüm doclrinæ capite, coque fundamentum directè non concernente, dissentiunt, eos cha- ritatem nequaquam abrumpere, sed pacem colere, &e. omni modo convenit, &c. ” et paulo post : * ‘ Verissimè jam indè à schismatis hujus exortu non fuit controversia Évangelicis, nisi... de corporakl præsentià in pane ” Eucharistico ‘ et orali manducatione corporis Cbrisii, quam fidelibus et infidelibus communem esse volunt ” Luthe- rani, el : ?% Utrumvis sit, dicimus esse errorem non de fundamento, sed esse stipulam, fundamento superstructam, cujuscunque illa sit; esse paleam, &c. Fatetur enim pars altera, oralem manducationem sine spirituali, nemini ad salutem prodesse, sed noxiam esse : infide- Hibus item cum fidelibus communem esse. Quid igitur de eà litiga- bimus? &c. ” et rursus : 5 ‘ Ponamus, veram esse oralem et inpio- rum manducationem, cùm non sit de fide salutis, an quisquam eam non credens erit hæreticus? ab Ecclesiä excludendus ? ” Certè neutra opinio est de fide salutis. Hier. Zanchius 5 ait; ‘* Istud de Cœn& Domini inter Ecclesias dissi- dium non est tale ac tantum, ut propter illud debeant turhæ in mundo exeitari, aut alteruiræ Ecciesiæ damnari. ”

Rich. Hookerus, licèt et transsubstantiationem et consubstantia- tionem improbet, pro opinionibustantüm superfluis, et quæ ut neces- saria minimè urgendæ sint, habet 7, Videatur et Covellus ipsius H yperaspistes # qui eandem sententiam defendit.

  1. Archiepiscopus Spalutensis : ° -‘ Fateor, neque transsubstantia- tionem, neque ubiquilatem hæresin ullam directè continere; ac pro- pterea qui eas tenent et asserunt, non sunt tanquam hæretici à Catho- licis separandi. Errores enim et manifestas falsitates eos tueri non dubilo, non tamen errores hi et falsitates sunt in fide. quia null fidei vero artieulo sunt contrariæw, &c. Errantes vero, et non in fide, non sunt ut hæretici à Catholica comiuunione separandi. Credat qui

1 Inc. 3. L ad Cor. v. 12.

Cap. 13, p. 68, 69.

3 P. 69. 4 P, 71.

P. 72.

6 ]In lib. de dissidio in Cœæna D‘tollendo. 7 Vide 5 de Eccel. c. Pol. $ 67.

Art. 17 de transsub.

% VII de Rep. Éccl. c. 11, n. 6. 136 REVUE ANGLO-ROMAINE

vull, panem transsubstantiari in corpus Christi, et vinum in sangui- nem. Credal qui vult, corpus Christi suà ubiquitate conjungi pani Eucharistico; ego neutrum eredo; illi qui credunt, suæ credulitatis suo tempore accipient confusionem. Cum his ergo. in reliquo Catho- lieis, communicare et volo, et debeo; non enim sine causà schisma est faciendum. Sed in eorum erroribus nolo communicare. ” ‘ Romæ etiam post rediium transsubstantiationem de fide esse negavit ?.

7.Joh. Barnesius, ut suprà dictum est, satis habetdicere, * *‘ Asser-

tionein transsubstantiationis, lieël sit opinio communior, non tamen esse fidem Écclesiæ, et Scripturas et Patres docentes pastsuoiav, suffi- cienter exponi posse de admirandà et supernaturali mutatione panis, per præsentiam corporis Christi ei accedentem, sine substantiali

potest quo tempore fuerit hic tractatus ab authore seriptus "!} ‘ ce- leberrimo conventu ante aliquot dies habitâ et magnà immensæ mul- titudinis attentione audité, magnoque applausu exceptà : ‘ Quod ex fructibus terræ acceptum, et prece mysticà consecratum consumitur, ? fuisse pronunciatum ‘ corpus et sanguinem Jesu Christi esse : ” verüm id nec habent, nec ferre possunt pulchra Augustini duo loca, lib. 3 de Trinitate, alterum cap. 4, alterum 10 è regione ad margi- nem orationis adnotata, et ab oratore permixta, confusa et depra- vala, Idque pace bonâque veniä tanti viri, tantà valentis authoritate, tot dotibus, tot beneliciis, tot gratiis à Deo cumulaii, veritatis ergo, tantüm dictum velim, &e. immo ex adverso, uterque locus ex priori- bus ac posterioribus diligenter animadversus et consideratus, multum ab iis stat, qui panem volunt esse superstitem. ” Sic ille. Vide etiam Conclusionem contra Transsnbstantiationem et Consubstantiatio- nem. À

  1. Contra oralem seu corporalem corporis Christi niandncationem, vel potius receptionem, sumptionem, participationem, ut loqui amant, qui magis sobrië sapiunt et loquuntur cùm Romanenses tum Eutherani {carnem enim Christi dum in hoc Sacramento recipitur et sumitur à nobis, ‘ non dentibus atteri * seu frangi existimant modes- tiores omnes, contra alios qui crassissimè lac de re loquuntur, quia

#* Christi caro in hoc Sacramento tangi nequit, estque immortalis et impartibilis. Manducatio autem realis requirit contactum rei edendæ et passe dividi et transmutari. Quod hic de corpore Christi fieri nequit. Quæ verba sunt Salmeronis Jesuitæ, ‘ aliorumque muito- rum eadem mensest' multa præclarè à multis Protcstantibns aliisque viris moderatis scripta sunt, ut et contra indignorum seu impiorum manducationem. Hæc nos ad suos authores, unde peti et possunt et debent, rejicimus. Author Disilactici de Eucharistià suprà citatus :* ‘‘ Quod autem negatur, malos edere posse corpus Christi, quod necessario fieret, si virtus et gratia spiritualis cum pane conjuncta sit, responderi potest, distinctione utendum esse. Nam si spectemus ipsam Sacramenti naturam, divina virtus abesse à signo non potest, quà Sacramentum est, et huic usui servit : sin mores et ingeniurn accipientis, illi vita et gratia non est, quod alioqui naturé suà utrunique est, &e. ” Videatur Cyprianus,* Auguslinus,* quos author hic citat. Subdit autem : ‘* Ex his et aliis multis locis patet, quod Eucharistia, quan- tum ad Sacramenti naturam attinet, verè corpus et sanguis est Christi, verè divina et sancta res est, etiam quum ab indignis sumi- tur : quum tamen illi minimè participes fiant gratiæ illius et sancti-

5 Nota editoris Picherelli. ? In finc Dissert. ejusdem, p. 212 ei seq. 3 T.9, Tr. 20, p. 436. 4 P. 63[P. 77,78] % De Cœna Domini [p. 44, col. 4 init.] 6 C. lit. Petil. c. 47 {$ 110, p. 258 A] et 5 de Bapt.c. Donat. c. 8 [R9, p.146 E] et 1c. Crescon. c. 25 [$ 30, p. 403 G.] 738 REVUE ANGLO-ROMAINE

moniæ, sed mortem inde hauriant et condemnationem, &c. ” Vide Authorem. Christum autern in Eucharistià comburi, à bestiä rodi, &c. posse, Christianis auribus indigna sunt, et inulti etiam Romanenses vix ferre possunt. Crassus est hic post alios multos Bellarmini! error. Neque Bellarminum quicquam hic juvat, quod Christum non in propri, sed in alienà specie hæc pati posse dicat. Quomodocunque enim hæt dicantur Christi corpori accidere posse, dictu absurdissima, ct auditu indignissima sunt. Videantur alii modestiores, qui ab hisce porten- tosis assertionibus abhorrent. Hardingus apud Juellum* aliique permulti.

  1. Ob hanc tamien senteutiun, de orali etiam indignorum mandu- catione corporis Christi, sobriè et modestè defensam, quod à pte- risque cùm Romanensibus tum Lutheranis fit, nolim illos infamari et damnari, ut Capernaitas, carnivoros, Christicidas, alpazoritas, &r. Hæc enim convitia, ut nihil in se veri habent, ita ab omni Christianä charitate aliena sunt : ac proinde ab illis abstinendum est, si Deum. ai veritatem et unitatem Ecclesiæ amamus.
  2. De controversiä inter ipsos Romanenses agitata, An per Eucharistiam consequamur solam unionem spiritualem cum Christ per charitatem, ut nonnulli in Complutensi et Salmanticensi Aca- demià defenderant; An vero etiam realem et substantialem carnis uostræ cum carne ejus, quemadmodum Cardinalis Mendoza contra ens defendit, vide prolixam disputationem apud Vasquez.? Vide etiam Thomam à Jesu‘ aliosque permultos. 4%. Rationes quibus Protestantes rigidiores sibi videntur claris- simè demonsträsse utrumque dogma et Romanensium et Luthera- norum cum fidei articulis pugnare, ac proinde hæretica, impia et blasphema esse, abunde cüm ab harum sententiarum defensoribus. tum etiam ab aliis Ecclesiæ unitatis cupidis dissolutæ sunt. Ques consule. Ac proinde, ut hunc librum concludam, non levis subit animum meum admiratio, quando apud Th. Mortonum Episcopum Ecclesi Angliæ, in opere de Eucharistiä nuper edito anno 16315 lego : “ Nemini Protestantium, ‘ {saniorum scilicet ut ille intelligit,' * eam moderationem placere posse, de discrepantibus super modo præ- sentiæ corporis Christi in sacramento sententiis, ut Sectam Romanem vel tolerabilem, vel reconciliabilem esse existimet; præsertim cüm quæstio duntaxat sit de modo, ac proinde fota controversia hac de re inutilis et inanis sit. * Hæc ille. Faxit Deus, ut extremis vitatis piam veritatem, quæ sæpiusculè in medio posita est, in charitate omnes seclemur. Sozi DEo GLORtA.

? III de Euch. €, 10. 4 Art, 24, etc. 8 In Suam D. Thomee, t. 3, disp, 204: 4 4 de Oratione, €, 27 [p. 889.] & Lib. 40. 4,84 . CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSLE

                       HODIERNÆ           GRAVISSIME        .


                                       DE



                SACRAMENTO                EUCIARISTLE



                                  LIBER       I]

IN QUO DE COMMENIONE SUB UNA VEL UTRAQUE SPECIE, DE VENERATIONE

  EUCHARISTIE,     ATQUE   ALHS    NONNULLIS   DOGMATIBUS CONFROVERSIS,

                                 PAUCIS   AGITUR




                                   CAP. I.

    Jn    quo de l'ommunione sub una, : vel ulraque specie       paucis agilur.


4. Res non est adiaplora vel libera fidelibus. ex calice Eucharistico

bibere aut non bibere, sed necessaria et (extra casum necessitatis sci- licet, quà de re inferiüs) imperata à Christo Domino. Quos fenim) in institutione Cœnæ suæ jusserat manducare, eos similiter bibere omne jussit : ‘ Bibite ex hoc omnes.” Ac proinde allerius speciei interdic- tio planè illicita est; quicquid Romanenses contra contendant.

  1. Res, inquam, necessaria est : nam ‘ si aliqua est necessitas in his verbis, ‘ Accipite, manducate, ” perinde et in his erit, ‘ Accipite, bibite. * Sinulla, possuntigitur laici non manducare, quemadmodum bibere illos non est necesse. Nam res non necessarias citra omnem culpam omittere, cuique fas est, ” ut rectè argumentatur Andr. Fricius' aliique viri doctissimi.

  2. Frustra sunt quando aiunt, illud ‘ Bibite omnes, * omnes,inquam., restringi debere ad Apostolos, quos alloquitur solos. Apostoli enim istie Ecclesiam totam repræsentabant, quocirca +ù ‘ omnes' universè ad omnes fideles pertinet. Sic Patres omnes verba Christi intellexerunt. Etiam Paschasius Radbertus qui claruit À. n. 820: °° Bibile ex 1 In defensione Cœnæ D. intagre a populo sumendæ, n, 599. $ Lib, de Corp. et S. D. c, 15 [p. 1598], 760 REVUE ANGLO-RONAINE

hoc omnes; ” id est, ” inquit, ‘ tam ministri quam reliqui credentes, $ Hic est calix sanguinis mei, novi et æterni Testamenti. "” Et sanè ‘ mens fuit Christi, quamvis soli adessent Apostoli, pre. scribere Ecclesiæ universæ rationem administrandi hoc sacramentum. quam observari vellet usque ad consummationem sæculi. Quod nisi nobiscum fateri Romanenses volent; unde quæso comprobabunt. manducationem panis ad laicos pertinere ? præsertim eùm de eà non disertim ‘ omnes” dicatur, quad in calicis præcepto fit, ” ut rect Vossius !. Inanis etiam est illa commentitia distinetio de sacrificantibus et non sacrificantibus; illis scilicet necessitatem impositam esse ntramque speciem sumendi: istis alterem tantùm, nempe panem. ‘* Omnino ” enim ‘‘ si sacrificantes necessario utraque specie utun- tur, ut ostendant, in sumino iflo Christi sacrificio sanguinem ex cor- pore effusum fuisse : et cæœnantes utraque utantur necesse est, quod Christus convivis suis in memoriam ejusdem sacrificii utrumque dederit, et cibum et potum, et quidem separatim utrumque. "ut Fricius ?, Concilium Constantinense, in quo primum alterius speciei interdie- tio sancila fuit, * clarissima Christi verba sic eludere conatur : “ Ut licèt Christus instituerit et dederit Sacramentum post cœnam sub utrâque specie discipulis, hoc non obstante observanda est Ecclesir consuetudo, ut non sumatur nisi à jejunis; Ecclesiam pariter, ets Christus sub utrâque specie sacramentum instituerit et dederit dis- cipulis suis, jus habere præcipiendi, ut laicis sub alter tantüm Se cie præbeatur. » Sed ‘ dispar valdè horum ratio est,” ut inquit Vossius * post aios inaumeros viros doctos : ‘ Nam Christus, ut calix bibatur, mandavit, cüm dixit, ‘ Bibite ex hoc omnes, &c. ’#et, ‘ Hoc facite, quoties- cunque biberitis, in meam commemorationemé. At non dixit simili- ter, ‘ Hoc facite post cœnam ”. © Nam si, ’ ut inquit Augustinus ‘* hor ille monuisset, ut post cibos alios semper sumeretur, credi quod eum morem nemo variässet. ” ” Frivola tandem est distinctio illa ab illis usurpari solita inter Christi institutum et mandatum. Quis enim Christi inslitutum pro mandatu non habeat, præsertim cüm ita expressè dicatur, ‘ Bibite ex hoc oemnes ? " Legatur hic Apostolus Paulus, quo nemo Christi mentem rectius nos decere potest, I Cor. 10, et clariüs cap. 44. Quæ contrà ex Scripturis objiciuntur, nihilin se vert vel solidi habent. Videantur Protestantes.

  1. Quod ad Ecclesiæ Primitivæ praxin attinet, ipsum Constanli-

1 Disp. [23 quæ est] 5 de Sacra Cœna [t. VI 443, 1]. 3 Quo supra fp. 660]. 3 Sess. 13. 4 Ubi supra.

C, 26 Matth.

6 [ad Cor, c. 11. 7? Epist. 118 ad Januar. [nune Ep 54, $ 8, p. 127 B]. LIB. {1 DE EUCHARISTIA 761

pense Concilium loquatur!': ‘* Licèt Christus suis discipulisadminis- traverit sub utraque specie panis et vini, tamen hoc non obstante, &e. ” et mox : ‘* Hæc consuetudo ad evitandum aliqua pericula et scandala est rationabiliter introducta; quod licèt in primitivä Ecclesià hujus- modi sacramentum reciperetur à fidelibus sub utraque specie, postea à conficientibus sub utrâque, et à laïcis tantummodo sub specie panis suscipiatur. ”

  1. Quæ respondet Bellarminus cum aliis* ad objectiones ex Patri- bus, mera et inania subterfugia sunt, ut intelligenti lectori obscurum esse non potest. Notatu digna sunt illa verba, quæ in principio capi- tis habet : “ Reverà Patres benè intellecti ” faudax est hæc assertio)

nihil eorum habent quæ ipsi illis {ribuunt. Nec tamen mirandum

esset, si aliquis eorum obseuriùs loqueretur, cùm tempore ipsorum non fuerit ista quæstio introducta, sitne utraque species necessario sumenda. ” Hæc ille. Post plurimos alios qui hanc Ecclesiæ Romanæ mutilationem Eucharistiæ cùm Scripturis, tum Patribus adversari clarissimè osten- derunt, videantur inter Protestantes Juellus, Mortonus* et Fetleyus ,* ut alios innumeros taceam; brevitati enim studeo, præsertim cùm res tam clara sit.

  1. Cassander in Consultatione De Sacrâ Communione Christiani populi in utraque specie, licèt eam non jure divino simpliciter neces- sariam esse existimet, fatetur tamen®, ‘* Veteres omnes tum Græcos tum Latinos in eà sententià fuisse videri, ut existimaverint in legi- timä et solemni celebratione corporis et sanguinis Domini et admi- aistratione ac dispensatione quæ in Ecclesià fideli populo è sacrâ mensà fit, duplicem speciem, panis et vini, esse adhibendam : Atque hunc morem per universas Orientis et Occidentis Ecclesias antiqui- tüs observatum fuisse, tum ex priscorum Patrum monumentis, tum ex vetustis divinorum mysteriorum formulis apparere. Inductos autem fuisse primo exemplo et mandato Christi, qui instituendo hujus Sacramenti usum, Apostolis (fidelium sacramenta parlicipan- tium personam repræsentantibus) quibus dixerat : ‘ Accipite et edite ” jisdem ipse mox dicebat, ‘ Bibite ex hoc omnes, ‘ quod ex Veterum sententiâ interpretatur Paschasius Ratbertus, ‘ tam ministri quam reliqui credentes, ” &c. ” Vide Authorem ipsum, qui multos hic citat Patres, imprimis illud Gelasii memorabile decretumf quo jubet ‘ eos, qui superstitione aliqu& impediti, à calice sacrati cruoris abstine- bant, aut integra sacramenta percipere, aut ab integris arceri; quod divisio unius ejusdemque mysterii sine grandi sacrilegio nequeat provenire. ” EtT: ‘ His, ” inquit, ‘ et hisce simili-

1 Sess. 13. 3 IV De Eucharistia [c. 26.] 8 In opere Eucharistico nuper edito [b. {, ch. 5.” 4 De grandi sacrilegio Ecclesiæ Romans. 5 P, 4019. 8 De Consocr, d. 2, c. Comperimus. ? P. 4025, edit. oper. Faris. 7162 REVUE ANGLO-ROMAINE

bus rationibus inducta, Christi Ecclesia, Orientalis quidem in hunc nsque diem, Occidentalis vero sive Romana mille amplius annis continuis, non aliter quàm sub duplici specie in conventu Ecclesiæ sacramentum hoc administrâsse legitur, idque in pane et vino, atque adeo separatim, &c. Ætate autem Leonis et Gelasii Pontificum, Mani- chæi hunc universalem et perpetuum Écclesiæ ritum violarunt, &c.” et :‘ Non puto demonstrari posse, totis mille amplius annis in ullä Catholicæ Ecclesiæ parte hoc Eucharistiæ sacramentum aliter in sacr& Synaxi è mensä Dominicà fideli populo, quèm sub utroque, panis vinique, symbolo, administratum fuisse. Nisi quod apud Lali- nos, Parasceues die solo pane pridie sanctificato et reservato com- munio fieri videatur. Sed graviores auciores, &c. ” et :? # Non salis igitur consideratè scribere videntur, qui apud Veteres, etiam in publicis conventibus et ordinarià administratione, indifferentem usum hujus Sacramenti in unä vel duplici specie probare nituntur. Nam ut aliquando in alterâ specie vel panis vel vini Eucharistia data et percepta sit : id tamen privatim et extra ordinem, et non nisi quu- dammodo necessitate impellente factum apparet, &c. ” Legatur inte- ger ille tractatus : lectu enim dignissimus est, et omnia ferè quæ de hoc argumentio dici possunt, illic reperias. Videatur idem in Consul- tatione suà? ubi eadem suprè tradita breviter repetit, et in Epistolè 19 quæ est ad Joan. Molinæum* et in Epistolà 402 quæ est ad Joannen à Loviano et in Epistol4 106 quæ est ad eundem‘ et Epistolà 73° quæ est ad Gul. Lindanum ubi ait, ‘‘ Optimos quosque desiderio calicis teneri, sed plerosque expetendo non rectam rationem sequi, quod illum ita simpliciter à Christo receptum, atque adeo necessa- rium putent, ut nullo tempore in alterà specie verum sacramentun corporis Domini præberi possit, quæ persuasio illis facilè, et dam- nandæ tot sæculis Ecclesiæ Romanæ observationis et ab eâ deficien- di, occasionem præbeat. ” Vide etiam Epistolam 145% qu: est ad Georgium Wicelium. Rectissimè affirmat Cassander,* antiquioribus ‘‘ seculis ad ple- nam, legitimam et solennem communionem utriusque Sacramenti corporis et sanguinis Domini participationem necessariam habitam fuisse : de extraordinarià, ” inquit, ‘‘ infirmorum, abstemiorum, infantium, peregrinorum, domesticà item et privatä {de quibus Ter- tullianus et Hieronymus) hîc nil loquor, &c. ” Vide etiam ejusdem Liturgica !°.

  1. G. Wicelius,{ ‘ De Communione sub unâ specie. ? Est in con- 1 P. 4027. 2 P. 1028. 3 Art. 22 [P. 981, seq.] 4 P. 4405 et seq. ë P. 1204. 5 P. 1209. 7 P. 4174. 8 P,. 1224. 8 In Epist. 19 [p. 4106] supra cit. 19 C. 34 [p.78.] NH ]n Via Regia [p. 724.] LIB. IL DE EUCHARISTIA 163

fesso, sumptionem Sacramentalem de altari æquè omnibus Christia- nis communem extitisse ad salutem, per omnia Novi Testamenti tem- pora; obliteratam quidem paulisper apud nos Occidentales, et ab usu promiseuo semotam suas ob causas, at non deletam omnino atque extinctam, &c. ” Sed malè Ecclesia Romana in publicà Synaxi usum calicis inter- misit, neque ullæ justæ causæ cur hoc faceret, nedum ut illud laicis interdiceret, subfuerunt. Subdit autem : ‘‘ Ejus rei, cüm nube quâdam certissimorum tes- tium septi simus, plerophoriam ampleetimur, emni excluso dul.ia; alterain quidem in hoc Sacramento speciem, cui assuevimus Latiui, non impugnantes, nec ullis modis condemnantes, aut improbèë irri- dentes, sed æqui bonique cousulentes; et quidem uti tulerunt tem- pora novissina, partem in meliorem interpretantes, proque alio- rumque infirmilale, ignorantià ac meticulositate aliqua sufferentes. Muita etenim sunt cujusmodi in reformatis etiam Ecclesiis ac utcumque restitutis toleremus necesse erit; ut sciamus, ad perfec- tionem viam esse difficillimam, &c. ” Vide eundem in Methodo Con- cordiæ :!‘ De participatione commumionis facitis érit consensus, si necessitatem legis ” (absolutam necessitatern inteiligit) ‘ de utrâque specie laxârint Sectarii, sique Ecclesiastici utrèque vescentes Erebi duci non miserint, sed medium utrique tenuerint, Enünvero laudan- dum, si Generali Synodo consentiatur xañékcv in utramque, siquidem olim, ita communicatum in Ecclesiä, &c.

  1. Gerardus Lorichius :? ‘‘ Sunt pseudo-catholici, qui reforma- tionem Ecclesiæ quoquo modo remorari non verentur. Hi ne Laïcis altera species restituatur, nullis pareunt blasphemiis, &c, ” Idem :* ‘ Non possum non culpare nostrates qui non animadvertunt, Sacra- mentum Eucharistiæ hinc in Simouiæ labi crimen, illine in hæreseos, et homicidiorum causam rapi. propter alterius speciei subtractio- nem. Nec hujusmodi malis obviam eunt, sed magis dissimulant et adnivent. Unde omnium hujusmodi malorum Dominus ab illis ratio- nem in illo die poscet, &c. ”*

  2. Vide Petrum Picherellum fusè in Dissertatione De Missä,° de concomitantià et Communione sub utrâque specie disserentem.

  3. Legatur etiam Ferdinandi Imperatoris Rescriptum de Usu Calicis, ‘* Rem ita narrat Andr. Dudithius Episcopus Quinque-Eccle- siensis Cæsareæ Majestatis Legatus, in Oratione habitâ in Concilio Tridentino pro permissione calicis in sacrä Cœnû anno 1562: ‘ Etsi anteà satis perspicere potuistis, quæ Cæsaris mens fuerit, cm à Sanctä Synodo Calicis permissionem pro regnis et provinciis sibi sub- jectis petendam curavit, intellexistisque tam ex eo Hbello, qui Cæsa-

1 C.8, p. 29 {p. 751.] 3 Lib. de Missa publice proroganda, in 7, pt. Canonis. 3 Lib. de Sacra Euch., fol. 73, 4 Vide ejusdem Epitomen Textns et Glossemat, in c, 6 Joannir, “ C.4 [p. 185.) 76} REVUE ANGLO-ROMAINE

reæ Majestatis suæ nomine vobis oblatus est, quam ex accural Illus- trissimi Domini Mantuani primi legati oratione, justis et necessariis causis Majestatem suam adductam esse, ut hoc peteret, etc." Vide Goldastum : ‘ Cæsareæ Majestatis Articulos {in quibus hic unus est’ de Reformatione Ecclesiæ per Oratores in Concilio Tridentino propa- sitos, ? et Oratorum scriptum De Communione Corporis et Sanguinis Christi sub utrâque specie, * et Imperatoris ipsius Rescriptum ‘. {Id se tum suo,tum Ducis Bavariæ generi sui nomine petere ait : per- suasum, rem dignam pietate ipsius Pontificis et sibi gratissimam, facturum.) Literas Ducis Bavariæ, earum saltem summam, habes in Histori& Concili Tridentini ® et apud Goldastum. “ Idem etiam petit Rex Galïliæ per suos Oratores : ? legesis Jac. Aug. Thuanum, * Histc- riam Concilii Tridentini ° et Authorem Anonymum Gallum Recogni- tionis Concilii Tridentini ‘, Nihil tamen hic præstitum est.

  1. In Concilio Tridentino Cardinalis Madrucius absque omni excep- tione calicem permittendum censuit. Similiter Episcopus Mutinensis. Gaspar de Casai episcopus Leiriensis, natione Lusitanus, vir et vitæ exemplaris, et præstantis doctrinæ. Andr. Dudithius episcopns Quin- que-Ecclesiensis tanquam præsul, non tanquam Cæsareæ Majestatis Legatus tantüm; quanquam plurimis aliis contradicentibus. Vide Historiam Concilii Tridentini ‘‘.

  2. Joan. Barnesius : ‘ ‘* Communio sub utraque specie Seripturis. Patribus et Universalis Ecclesiæ [antiquæ} consuetudini est canfor- mior, ac per se loquendo fà; jure divino præscribilur; per accidens tamen potest fieri, ut plebs sub un tantüm specie communicet : "et idem latè probat ex Cassandro, et Authoribus ab illo citatis in Cen- sultatione ‘et in tractatu de sacrà Communione, etc. Alia plurima, quæ ex Romanensibus ipsis citari possent ad osten- dendum, hanc fuisse antiquissimam et quidem universalis Écclesie consuetudinem ante secula pauca posteriora brevitatis causa omil- timus, et leciorem sedulum ad Authores alios ex quibus hæce peli possunt et debent, remittimus.

  3. De inconstantia Lutheri de Communione sub unâ vel uträque specie, tum à Romanensibus, tum etiam ab iis qui vulgo Sacramen-

1 Const. Imper. t. Il, p. 399.

V. p. 316.

8 P.311 et 3178. 4 P. 379, etc. 5 Lib. 8, p. 922 ed. Francof. [p. 518°?] 4 Loco quo supra, p.399 [vide etapud Brown Fascic. rorum expet. t. Il, p. 698]. F Vide Goldast. ibid.

Hist. Lib. 35 anno 1564.

9 Lib. 6 [p. 4301. 16 Lib. 2 c. 1 [p. 138 ed. 46004. 43 Lib. 6, 1? In Cathol. Rom. pacif. 87 [p. 90.} 18 Art, 22 [p. 981]. LiB. II DE EUCUARISTIA 165

tarii dicuntur, sæpè exprobrata, nihii nunc dicam. Vide Hospinia- num ! aliosque. Historia Augustanæ Confessionis D. Chytræi * de concessione quæ super hac re Romanensibus facta dicitur Augustæ à Protestantibus, rem ita refert : ‘* Dehinc de uträque specie Sacramenti non indicatur, quo modo aut qu ratione excusemus illos, qui unà specie utuntur : et ex odio adjicitur, quasi nolimus docere, quod qui sacramentum sub unâ specie percipiunt, non peccent. Qui hoc ita obiter legit, possit opinari, nos consentiri in unius speciei communionem, atque nihilo- minus, vel ex odio vel aliis iniquis de causis, in publicis concionibus nolle hoc profiteri. Nos autem è contra verbis et scriptis multoties exposuimus, quo pacio eos qui unam speciem per necessitatem, qu muitiplex et varia esse polest, excusatos habeamus : Hac autem con- cessione prohihitionem alterius speciei non approbavimus, ” etc. Vide Joh. Dietericum Lutheranum contra Johan. Lampad ?.

  1. Bucerus : ‘ ‘‘ Necesse igitur est, ut totalem hanc calicis Domini, ac dispensalionis ejus sublationem, sinamus esse gravissimum sacri- legium, et abominandam operis ac mandati Jesu Christi perversio- nem : nemoque ullo fuco ordinationem seu dispensationem Eccle- siasticam ex eë faciet etiamsi multa millia filiorum Dei ac verorum membrorum Christi sacrilegium istud ex ignorantià, sicut etiam alios abusus, longo jam tempore tolerarunt, ac simul exercuerunt. ” Hæe ille *et rursus : 6 ‘ Si quis esset, qui vinum bibere non posset, et tali solus panis Domini porrigeretur, etc., hæc sanè esset Ecclesiæ in hoc sacramento dispensatio, quæ ïilli juxta exemplum et verba Domini de sabbatho licita esset et concessa. At integrum Sacra- mentum, cujusmodi est dispensatio calicis Christi, universæ Ecclesiæ penitus substrahere, id ei nullo modo licet. ”

  2. Episcopus Eliensis : © Si qui in extremis viaticum petant, ab hac autem vel illà specie abhorreant; quæri potest porro, an eo casu dispensari possit, ut alterà tanthm specie communicent: etan (neces- sitate id urgente) immutari possit quid in Eucharistiä (ut olim in Baptismo clinicorum) gratià divinâ humanum defectum supplente. eùm sacramentum propter hominem factum sit; non homo propter Sacramentum. Verüm casus ülle in legem trahendus non essel : tut jam apud vos lex est:) sed cessante ferreû necessitate, de reliquo redeundum mox ad Christi institutum. ” Hæc ille.

  3. Is. Casaubonus : * ‘* Quid ? audebuntne, etc. dicere, doctrinam de adempto populis calice extra casum necessitatis, elc., esse illam Judæ Apostoli semel traditam fidem ? ”

Hist. Sacram, parto alt., p. 12 [b] 43. 2 P. 234, edit. Francof. anno [i5} 78. 3 Tertiam Melliticii Historici partem, p. 31. ‘ 4 In Defens, Christ. Reforin. Herman, Archiep. Colon. c. 73. 0%

P. 238.
 P. 241,
C. Card. Bell. Apol. c. 8, p. 192,
In Épist. Excrcitat. præfixa [sig.*** 2].

Te 766 REVUE ANGLO-ROMAINE

Vorstius' de communione sub utrâque specie :? ‘‘ Status quæstio- nis verus est, An ordinariè in cœtu fidelium, ubi nullum est neces- sarium impedimentum, utraque Sacramenti species omnibus com- municantibus, et quidem necessarid, putà ex ipsius Christi instilu- tione et præcepto administranda ac percipienda sit : an ver laicos, item Clericos non consecrantes, sol panis specie contentos esse oporteat. Nos priorem sententiam tenemus, nimirum freti ips4 Christi institutione et praxi Ecclesiæ Apostolicæ, imo etiam continua obser- vatione sequentis Ecclesiæ per mille amplius annos, &e. Speciales tamen casus hic semper excipimus, in quibus alteram speciem for- tasse sufficere posse, non admodum contentiosè negamus. ” Hæc ille.

  1. Archiepiscopus Spalatensis :% ‘‘ Dico primô, Perfeclum ac verum Sacramentum consistere in utriusque speciei sumptione : ea enim fuit prima Christi institutio, &c. ” Vide Authorem. Et :# ‘Dire 2do; Non esse adeo sub præcepto, ut Eucharistia et in eibo et in potu semper à fidelibus sumatur, quin ex gravi, sed privatà privatorum causâ, possit cum fructu et licitè etiam sub solo pane sumi, licèt in tali casu Sacramentum verè et propriè, ut dixi, integrum non sil. Casus verd potest esse, vel ubi vinum non adsit : vel in abstemio, vel commoditalis privatæ gratià putä quia quis malit domi communi- care quäm in Erclesià, ex legitimà eausà: is enim ferre secum panem potest, vinum non solel, ut exempla antiqua docent (apud Bellarminum.*) Sed lege universali prohibere laicis omnibus, et auferre etiam invitis usum calicis, ubi nulla necessitas cogit, Ecclesia nullo modo potuit, aut potest : quod enim Christus concessit omni- bus, perperam ab Ecclesiâä negatur : et ubi commodè exhiberi polest et debet, integrum Sacramentum cum maxim4 iniquitate mutilatur et dimidiatur : et hoc meritô expressè sub anathemate vetatur à Gela-

sio Canone Ecclesiastico.f ” Hæc ille. Vide alia apud Authorem.* Plura de re adeo cert4 et clarà scribere non libet : Legantur ali, qui fusits hanc quæstionem tractàrunt; imprimis præter hactenus cita- tos, tres Dialogi And. Fricii Modrevii, De nutrâque specie Cœnæ Domini et Defensio coruadem per eundem authorem,# Disputatio Theologica 5 Gerardi Vossii, De Sacris Cœnæ Dominicæ Symbolis?, accurata et nervosa, alius innumeros ut omtitlain.

! In Antipistorio. 3 Parte 2, p. 350. 3 V de Rep. Ecci. c. 6, n. 210. 4 N. 279. 5 IV de Euch. c. 24. $ De Consecr. d. 2, c. Comperimus.

Opp.,t. VI, p. 598.

Opp. t. VE, p. 443.

LIB. H DE EUCHARISTIA 767

                                 CAP. H

Quibus verbis fat Consecratio Eucharistur, et simul de ejusdem reserva- tione el veneratione.

  1. Verba quibus Eucharistia conficitur, debere esse consecratoria, non concionalia tantüm, id est, non tantüm dici debere ad populum instruendum, sed etiam, itnmo potius, ad Eucharistiam consecran- dam, fatentur omnes saniores Protestantes. Sed consecralionem non aliis verbis fieri, quäm istis, ‘ Hoc Esr Corpus eux, ‘et, ‘ Hic Esr SANGUIS MEUS, ” quemadmodum contendunt Romanenses conira Græcos, id planè inficiantur plerique. Non enim solis illis Christi verbis consecrationem fieri existimant, sed eliam mysticà prece, quà Spiritüs Sancti adventus imploratur, qui elementa sanctificet, atque adeo actione totà, quatenus ea, cùm à ministro, tum à communican- tibus lit secundüm institutionem Christi.

  2. Scriptura certè sententiæ Protestantium magis favet, et plurimi Patrum passim dicunt, prece atque invocatione elementa consecrari. Vide hic Archiepiscopum Spalitensem® fusè hoc probantem; Cas- sandrum Epistolà 72 qu&æ est ad Ducis Cliviæ Canceliarium :? * De discrimine Græcorum et Latinorum videtur tua excellentia non satis scripti mei sententiam observässe : nam diserlè et expressè ibi scri- bitur, veteres Latinos cum veleribus Græeis, non solüm in sententià de consecraticne, quæ mystica prece fil, sed etiam in precandi for- mä, qu Spiritüs Sancti adventus imploraiur, qui proposita munera sanctificel, eonvenisse, idque probatur iestimoniis Hieronymi, Ful- gentii, Gelasii, Isidori. Veterum autem Latinorum, qui precis el iuvo- eationis meminerunt, passim obvia sunt, et commemorantur in Anti- didagmate Coloniensi, ni fallor; ut est illud Hieronymi” et Augusti- pif, &e ” (verba vide apud Authores et Cassandrum). ‘ De posteriori- bus verë Latinis, qui à quingentis annis fuerunt, præsertim Scholasti- cis, manifestum est, quod forniam consecrationis constituerint in solis ists verbis Dominicis, ‘ Hoc EST corres MEUM; ”reliquas autem preces ad formam non pertinere, &c. ” et paul post :t ‘ Multo tutiorem existimo veleram Latinorum et Grivcorum consensum, ut ex Eccle-

3 V de Rep. Eccl. c. 6, n. &, 6 et seq. 2 P.41168. 3 Ad Evagrium fnunc ad Evangel.] S III de Trinit. c. 4.

siarum omnium consuetudine invocatio quoque adhibeatur. * Hæc ille. Gul. Lindanus! eandem sententiam mordicüs defendil ex Juslino Martyre? et Basilio.* Authores Anti-didagmatis Coloniensis, ut patet ex ipsorum libro

dogma ” appellat, el non solüm Script, et'omnibus Patribus, sed et Buceri Defensio [ne] Ghristi Refgrmatiopisj* ubi malè hoc ‘* novum

etiam ipsis Doctwribus Schokasticis soma Be contendit. Christoph. de Capite Fontium, Archiepiscopus Cæsariensis?, pro- lixè defendit, non in solà verborum illorum, Hoc EST CORPS MEUM, prolatione consecrationem fieri, sed eliam Sacerdotis benediclione, seu precalione. Huie sententiæ firmandæ addueit multos Patres post Scripturam, et inter Scholasticos Scotum, et Scholasticorum turbam qui Scotum sequuntur, Alphonsum etiam à Castro et Lindanum:; ad Missales etiam libros antiquos sive Lilurgias, &c. fidenter provocal omnes lectores. Vide Episcopum Mortonum et Gerard. Vossium.7 Alios innumeros brevitatis ergu, silentio prætereo.

LIV Panopl. c. #1 [partis alter. p. 14,[

Apol. 2.

ä De Sp. S. e. 21 J$ 66.] 4 C. 102 [p. 319. à Tract. varii ad Sixtum Quintuin l'ontif. Paris, 1586, c. 1. 6 I de Euch. c. 2, p. 8. F Diso, Theol. 2 de sucris Cwenæ D. Symbolis Th. 2 de [t. VA, p. 429.|

                                                           (A suivre)




                             Le Directeur-Gérant: FERNAND Portal.

             PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,




                                                Diaiedr,   GOOgle       À
                                                                 Le

4e ANNÉE | N°47... 28 MARS 189f

                              REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE .

                                                   Fate
                                             ERREURS,
                                              LV
                                              Eu
                                                 |
                                                 ls
                                                 CCE

Tu es Petrus, et su- Spiritus Sanctus po- æ

 por   hanc   potram                                          suit     episcopog   re-
 ædificabo Ecclesiam                                           gero Ecciosiam Doi.
 meam ... ôt tibi
 dabo clavos ...                                                       ACT. xx. 14.

. MATrH. XVI. 18-19.

                               SOMMAIRE :
                                                                                LACET)
Rev. G. Bayrieco Roments.     Primauté, Schisme et Juridiction.......,..           169
        Vivian......."....    L’English Church Union............,......            7179
       J. CRowk............   Les ordres anglicans et la théorie de l'in-
                                tention....,....                      ..           783
                              Chronique..........                                  792
                                                                                   195
          DocumenTs .......   Paul IV et les ordres Anglicans (correspon-
                                dance adressée au Tabiel). — Table des
                                 sommaires, Tablo alphabétique par noms
                                 d’auteurs du tome I .................             80{


                                  PARIS
           RÉDACTION            ET      ADMINISTRATION
                              17, RUE CASSETTE


                                     4806

PRIMAUTÉ, SCHISME ET: JURIDICTION

Dans le numéro 8 de cette Revue, Ucaiégon et M. l'abbé Boudinhon ont traité avec beaucoup de clarté plusieurs délicates questions pra- tiques que soulève forcément la théorie exposée par lord Halifax dans sa remarquable lettre au Church Times. Je me propose dans ce tra- vail d'apprécier la doctrine de lord Halifax, en me plaçant surtout au point de vue qui s'impose à un anglican, et d'y ajouter ensuite quelques observations sur la question de la juridiction. La distinction proposée par lord Halifax entre auctorifas et polestas peut à coup sûr se réclamer du latin classique. Cicéron emploie le premier de ces termes en parlant des dicl des jurisconsultes, le se- cond à propos des sénatus-consultes. En Anglelerre, nous pouvons trouver des exemples analogues; ainsi nous parlons de l'autorité {auctoritas) — influence, poids — qui s'attache à l'exposé de notre législation parnotre grand légiste Bracton; landis que nous reconnais- sons le pouvoir législatif (paéestas) du Parlement impérial. Toutefois ces termes n’ont pas une signification usuelle absolu- ment fixe. Car, si nous parlons de l'autorité (auctaritæs) de Bracton, nous disons aussi l'autorité (pofestas) de la Reine. Le plus souvent cependant, dans la conversation ordinaire, nous employons le mot autorité dans un sens plus large que ne le comporte sa signification classique : c’est-à-dire dans le sens de pouvoir et de juridiction. De plus, il est incontestable, suivant la remarque d'Ucalégon, que l'on chercherait en vain chez les Pères de l'Église cette distinction entre auctoritas et poteslas. 1] semble donc que, quel que soitle sens attribué par les auteurs de l'époque classique aux deux expressions aucloritas et potestas, il n'a pas passé dans le langage ecclésiastique, ou du moins il ne s’y est pas maintenu. Par suite, ce que lord Halifax semble désirer consiste en ceci : donner à ces expressions un sens qui, bien qu’il ne s'appuie pas sur l'usage ecclésiastique, puisse servir à for- muler sa théorie « d'une Primauté d'autorité er jure divino ». Sans aucun doute, quand on a employé dans un sens impropre des termes techniques et qu'il en est résulté la confusion dans les idées, il est extrêmement désirable qu'on mette fin à cet abus en déterminant exactement la valeur des expressions et en revenant à REVUR ANGLO-ROMAINE. — T. I, — 49. 710 . REVUE ANGLO-ROMAINE

leur signification primitive. Mais comment prouver que n'importe quel Père ou écrivain ecclésiastique a reconnu cette distinction sur laquelle insiste lord Halifax, entre auwcioritas el potestas? À quelle époqué de l’histoire de l'Église peut-on démontrer que cette distinction a été admise? N'est-ce pas le contraire qui est prouvé? Et la thèse de lord Halifax est-elle autre chose qu'une théorie à laquelle les auteurs ecclésiastiques ne fournissent aucun point d'appui ? Assurément, l'énoncé d'une distinction si importante en elle-même et par ses conséquences aurait dû être appuyée par quelques textes. La citation du texte : « Confirme tes frères », n’est pas autre chose que l'interprétation personnelle donnée à ces mots par lord Halifax, — interprétation que ne partagent ni Uca- légon ni M. Boudinhon. Il est vrai que lord Halifax dit : « Cependant il reste encore à prouver que l'Église d'Angleterre aurait refusé, par un acte officiel ou dans l’un de ses formulaires distinctifs, de recon- naître à l'évêque qui occupe le Saint-Siège une primauté d'autorité ex jure divino. » Parfaitement. Mais pourquoi? Tout simplement, si je ne me trompe, parce que le Saint-Siège n’a jamais formulé aucune revendication de ce genre et que la controverse entre l'Angleterre et Rome a porté entièrement sur la question de la suprématie du Pape. Nos théologiens ne font même jamais allusion à l'existence, pas plus qu’à la revendication d'une primauté jure diwino. Les archevèques Potter et Bramhall, par exemple, l'évêque Buil et le D'° Barrow admettent chez saint Pierre une « primauté de rang » ou une « prio- rité d'ordre ». Mais ils ne font aucune allusion à l'existence d’une autorité distincte de la juridiction, à moins que l'on ne puisse citer ces paroles de l'archevêque Potter : « Ni Pierre ni aucun autre apôtre n'avait aucun pouvoir ou autorité sur les autres. » Mais il est plus vraisemblable que les expressions « pouvoir ou autorité » ne sont qu'une redondance. Ces théologiens n'avaient, à ma connais- sance, aucune idée d'une primauté d'autorité jure divino ni chez saint Pierre, ni chez les évêques de Rome ; et certes, si on avail admis ou revendiqué une awtorilas de ce genre, on en trouverail assurément quelque mention dans les volumineux ouvrages des con- troversistes de cette époque. Nous dirons notre pensée en toute franchise et, nous l'espérons. sans offenser personne : pour un nombre très considérable d'an- glicans, avant de leur faire accepter la théorie de lord Halifax, il faudrait leur fournir une démonstration satisfaisante des proposi- tions suivantes. A peine est-il besoin de faire remarquer que ces propositions, mufatis mutandis, touchent également à ia question de l'existence d’une primaulé de juridiction, jure divine, chez les évêques qui occupent le Saint-Siège. Ces propositions, dont il faudrait faire la preuve, pourraient s'énoncer en ces termes : PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 174

  1. Que saint Pierre reçut de Notre-Seigneur une primauté, non seulement d'honneur, mais d'autorité, sur tous les apôtres;
  2. Que cette primauté d'autorité devait passer à ses successeurs;
  3. Que saint Pierre élait évèque de Rome ;
  4. Que depuis le temps de saint Pierre, les évêques de Rome, en tant que ses successeurs, ont toujours joui de cette primauté d'auto- rité. ‘

Ces propositions paraîtront peut-être extraordinaires aux lecteurs de cette Revue, mais c’est un fait avéré que, pour nombre d’anglicans réputés et érudits, la venue de saint Pierre à Rome,si elle est histori- quement probable, n’est pas certaine et démontrée. C'est là une diffi- cullé que je dois mentionner, car on ne peut loyalement la passer sous silence. En ce qui concerne le mot « primauté », M. Boudinhon a posé, il me semble, la question d'une manière très nette. Abstraction faite du sens étymologique, ce terme a reçu différentes significations dans l'usage ecclésiastique. Aux premiers siècles, on a rattaché le mot de primauté (primatie) à la fonction de métropolitain, qui comportait, cela parait incontestable, une certaine juridiction; plus tard, on désigne sous le nom de primats les vicaires du Siège apostoliquedans l'Occi- dent, et l'étendue de leur juridiction est clairement déterminée dans Ja lettre du Pape Léon à Anastase, évêque de Thessalonique. Quel que soit donc le sens étymologique ou mème ecclésiastique du mot, qu'il implique seulement un certain degré d'influence ou bien de juridiction effective sous une forme ou sous une autre, la véritable question, clairement formulée par M. Boudinhon, est celle-ci : « Que signifie et que comporte la Primauté du Pape » ? Lord Halifax dit que cette autorité jure divino « se manifeste par l'envoi de lettres directives aux évêques dans les différentes parties de l'Église » ; mais deux alinéas plus loin, il admet qu’ « il n’en est pas moins vrai que les Églises particulières et les divers évêques nc se sont jamais cru, pour cela, interdit de résister, à l’occasion, à des empiètemements de la part du Pontife romain ». Cette affirmation me semble fatale à la théorie d’une primauté d'autorité fure dévino. C’est nous demander de croire que le Saint-Père a reçu un mandat divin pour envoyer « des lettres directives », dont cependant « les églises particulières et les divers évêques » ont le droit de ne pas tenir compte, si en exerçant un droit ultérieur de jugement personnel ils arrivent à conclure que ces « lettres directives » impliquent, non dans le fait ou le mode de leur publication, mais dans les « direc- tions » qu'elles conliennent,« des empiètements de la part du Pontife romain. » Cut bono? Si les évêques qui occupent le Saint-Siège sont les gouverneurs suprêmes de toute l'Église, si saint Pierre a reçu une primauté de juridiction, transmissible à ses successeurs jure 172 REVUE ANGLO-ROMAINE

divine, afin d’être un centre visible d'unité pour toute l'Église, il est clair que l’envoi de ces « leitres directives » constitue un exercice de la juridiction qui impose nécessairement le devoir de l'obéissance à ceux à qui ces lettres sont adressées. Mais d'autre part, à quoi sert une autorité en matière de foi et de discipline qui, bien que d’origine divine, peut à tout moment être réduite à l'impuissance par la résis- tance légale « des églises particulières et des divers évêques » ? Con- çoit-on que Notre-Seigneur ait conféré à saint Pierre et à ses succes- seurs une autorité aussi vaine, aussi limitée, aussi inefficace? Ne semble-t-il pas vraiment que là concession jure divino d'une telle autorité (au sens que lui donne lord Halifax) sans moyens d'en assurer efficacement l'exercice, aurait eu pour conséquence d'exposer la volonté de Dieu à de continuels outrages? Si Dieu a voulu que cette autorité fût la prérogative des évèques de Rome, n'a-t-il pas dû vouloir aussi — autant du moins qu’on peut se permettre d'en juger — que l'exercice de cette autorilé dût toujours être efficace? Mais alors « les Églises particulières et les divers évêques » seraient Lenus à une obéissance absolue à l'égard des « lettres directives », sauf à exciper « d'empiètements de la part du Pontife romain ». Mais c'est introduire ainsi une cause d’inévitable incertitude et de perpétuelle confusion. Supposons le cas où des évêques refusent d'obéir en allé- guaaut des empiètements; supposons que le Saint-Père de son côté insiste et dise que les raisons mises en avant pour motiver la résis- tance à son autorité sont insuffisantes. Il n’y a pas de tribunal d'appel: ou est engagé dans une impasse. Or, dans l'hypothèse de lord Halifax, le Pape n'a aucune pmfestas qui lui permette de faire respecter son auctorilas; tandis que la résistance des évêques, même s'ils se trompent, obtient gain de cause. Peut-on concevoir que Dieu ait voulu instituer une aucloritas aussi facile à réduire à l'impuissance ? Supposons maintenant que le Pape fasse usage de son aucforitas et envoie des « Lettres directives » dans un cas où l'on ne peut faire aucune objection contre la légitimité de cette action. Qu'arrivera-t-il? On devra obéir aux « lettres directives », puisque iord Halifax n’admet une résistance légitime que dans le cas « d'empiètements » de la part du Saint-Siège. Mais alors, en matière de foi surtout, la concession divine de l'awcioritas serait annihilée, si Pévèque de Rome était sujet à errer. Par conséquent, pour atteindre la fin pour laquelle aurait été établie l'auctorifas, il semblerait nécessaire d’y ajouter le don de l'infaillibilité. Les anglicans en général et lord Halifax en particulier sont-ils prêts à accepter cetie conséquence nécessaire de la théorie ? Mais allons plus loin, supposons que la théorie de lord Halifax puisse être démontrée ou du moins qu'on en donne des preuves de nature à frapper l'attention des anglicans : est-il vraisemblable que cette théorie püt être admise par les anglicans en corps ? Son accep- PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 713

tation impliquerait certainement l'abandon de la position historique constamment adoptée, à tort ou à raison, par les théologiens et les controversistes anglicans. Elle peut se résumer ainsi : Le Pape ne possède jure divino aucun privilège que ne possèdent également les autres évêques. On a soutenu à maintes reprises que, quel que soit le privilège accordé à saint Pierre, il lui était personnel et s'est éteint avec lui. Vraie ou fausse, il est incontestable que cette opinion est très généralement répandue parmi les anglicans. C’est une des princi- pales raisons qu'on à invoquées pour s'opposer aux revendications du Saint-Siège, et elle est si profondément ancrée dans l'esprit anglais que toute théorie basée sur l'existence d'une transmission ininter- rompue de pouvoirs, jure divino, de saint Pierre à ses successeurs, rencontrerait certainement des préjugés assez puissants pour rendre impossible: un examen imparlial des revendications du Saint-Siège. Si, d'autre part, les anglicans acceptaient le principe d'une trans- mission des prérogatives de saint Pierre à ses successeurs, la ques- tion se réduirait à déterminer le sens exact des trois textes fonda- inentaux relatifs à saint Pierre. Dans ce cas, les anglicans devront s'en rapporter à leur jugement personnel, d'autant qu'ils n'ont pas eu à accepter les décrets du concile du Vatican définissant la juridic- tion du pape et que, par suite, ils ne reconnaissent d'autre tribunal suprême que leur propre interprétation des textes en question, des canons des conciles et des faits historiques. Mais, les raisons que l'on peut alléguer en faveur de la pofestas du Pape jure divine ont, à mon avis, infiniment plus de poids qne celles qu’on peut four- nir à l'appui de son auctoritas jure divine, en sorte que cette dernière une fois admise, on pourrait prévoir sans peine le moment où la première le serait également. Tout ce que l'on peut invoquer en faveur de l'auctoritas du Pape, on peut l’invoquer aussi et avec bien plus de force en faveur de sa paleslas; et pour celle-ci la difficulté tirée de l’inefficacité de l'excioritas en cas de résistance cesse d'exis- ter. Des « lettres directives » fure divino, secondées par la potestas, c’est là une thèse facile à comprendre et solide. Mais des « lettres direc- tives » jure divine que rien ne vientappuyer, c'est une thèse difficile à saisir et peu solide. Quoi qu'il en soit, il n'est aucunement probable, à l’heure actuelle, que l'on puisse amener la grande masse des angli- cans à accueillir la théorie de lord Halifax. D'autre part, rien n'em- pêcherait de mettre en avant une proposition qui, sans résoudre le problème, impliquerait, en partie du moins, une reconnaissance de la position actuellement occupée par le Saint-Siège. Ce serait certainement quelque chose de gagné si les anglicans admettaient que les papes possèdent quelque chose de plus qu'une simple primauté d'honneur. On pourrait très bien admettre que la 174 REVUE ANGLO-ROMAINE

primauté, telle qu’elle existe aujourd'hui, én est arrivée, grâce à une action de Ja Providence, à signifier beaucoup plus qu’une simple primauté d'honneur. On pourrait concédor sans peine que la papauté a reçu de très grandsprivilèges, er jure ecclesiastico, c'est-à-dire er con- sueludine. Pourquoi ne pas reconnaitre que cette primauté implique, pour celui qui en est revêtu, une charge d'inspection et de surveil- lance générale sur toute l'Église, en même temps qu'elle inviteà con- sulter dans toute sorte de difficultés le principal dépositaire de la coutume et de la tradition chrétienne ? Je sens bien que, même en admettant tout cela, on serait encore loin des définitions du concile du Vatican; il faudrait encore préciser les détails, et de plus, il reste- rait toujours au moins une difficulté sérieuse, à savoir dans quelle situation scrait une Église qui aurait alors refusé d’obtempérer à des « lettres directives ». Ce serait cependant un grand point de gagné, si les anglicans reconnaissaient que le Pontife romain possède une primauté universelle, füt-elle seulement jure ecclesiastico. Et ici se pré- sente une importante question. Serait-il impossible pour les angli- cans de reconnaître la primauté papale comme un faitet un droit, sans être pour cela tenus d'admettre qu'elle est de jure divine? Une pareille acceptation de la primauté romaine impliquerait, sans aucun doute, l'obligation grave d’être en communion avec le Saint-Siège, sud gravi. Impliquerait-elle également, dans le cas d'une rupture de communion, la légitimité de notre juridiction ? C'est là un point que je vais étudier bienlôt.

                                         “
                                     »

Toutefois, je voudrais auparavant présenter quelques remarques sur ce qu'a écrit Ucalégon au sujet de «la théorie la plus com- mune parmi les anglicans sur la juridiction ». Admettons la défi- nition de Suarez {in 3 D, Tho. disp. 24, 2, 6.) : « Jurisdictionem ordi- nariam dicitur habere is qui ex vi proprii munceris et officii est supe- rior alteri »; il s’ensuivrait que la juridiction de nos évêques est inhérente à la charge à laquelle ils ont été promus canouiquement. Cette juridiction ne peut être créée tout d'un coup; elle doit dériver par une série ininterrompue de la première commission conférée par Notre-Seigneur à ses apôtres. L'assentiment des fidèles n'est pas requis pour conférer la juridie- tion attachée de droit divin à la charge épiscopale; c’est seulement une participation de ceux qui doivent être gouvernés au choix de la personne qui devra les gouverner. De plus, il semble bien qu'en instituant F'Apostolat, Notre-Seigneur n'a pas séparé l'ordre de l'épis- copat, de la juridiction épiscopale, et selon van Espen!: « Hae

3 Jus eccl. univ. pars I, tit. XV,c.1v,8 11. PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 715

ergo disciplina durante, electus nullum jus habebat in administra- tione ecclesiæ; neque ecclesiæ pastor aut prælatus habebatur ante consecrationem; sed demum per consecrationem sive ordinationem episcopus. constituebatur. Unde patribus idem erat, ordinare aut consecrare episcopum, et constituere episcopum, saut ecclesiæ de episcopo providere : neque inter illa decem primis Ecclesiæ sæ- culis in sacris canonibus ullum discrimen reperitur. ltaque si pri- stinam illorum temporum disciplinam spectamus, per consecrationem demum omnem accipiebant episcopi auctoritatem et potestatem; tam quoad ea quæ juridichonis, quam quæ ordinis dicuntur. » Le quatrième canon de Nicée dispose qu'un évèque doit être con- stitué par tous les évêques de la province; et cela en vue d'une appro- bation (ou confirmation}, puisque les évèques absents doivent signi- fier leur assentiment par écrit ; tandis que «ueorum quæ fiunt confir- mationein (+ù xüpes) in unaquaque provincia a metropolitano fleri » ; — c'est-à-dire que le métropolilain peut accorder ou refuser sa sanc- tion, et, en particulier, confirmer ou désavouer l'élection. Dans l'ancienne discipline de l’Église, la confirmation de l'élection épisco- pale ne paraît pas avoir été considérée comme un acte formel et dis- tinct; ainsi van Espen s'exprime en ces termes ‘ : « Pristina disci- plina, qut facile per decem sæcula inconcuesa permansit, confirma- tionem episcoporum-ab eorum consecratione vix sejunxit; sed epis- copus electus a metropolitano et comprovincialibus examinatus, uno eodemque quasi actu et tempore consecrabatur, et confirmabatur; sive potius ordinando confirmabant. » Que si la confirmation de l'élu ne semble pas avoir été primiti- vement un acte distinct et formel, tel qu'il se rencontre dans le dis- cipline des siècles suivants, on exigeait cependant une certaine approbation ou confirmation; elle appartenaitau métropolitain et aux évbques comprovinciaux. C’est, je crois, au xr° siècle que l’on trouve les premiers exemples certains de confirmation des élections épisco- pales par les papes. Ce sujet est traité tout au long par Thomassin ?. Plusieurs causes ont contribué à faire réserver au Pape la confirma- tion des évêques élus. En premier lieu, comme on ne tenait plus de synodes provinciaux, la confirmation semble avoir été dévolue au seul métropolitain; cette modification pourrait se justifier, au moins au temps du Decrefum, par la manière dont Gratien cite le canon de Nicée 3 : « Potestas sane vel confirmatio pertinebit per singulas pro- vincias ad metropolitanum episcopum. » D'ailleurs, cette attribution au seul métropolitain du droit de confirmation semble bien avoir donné lieu à des abus : « La négligence, ou le refus opiniâtre et dé-

? Loc, cit. ec. iv, BT. . 3 Ancienne et nouvelle discipline de l'Église (vom. Il, livre H). 3 Diet. 64, c. 1. 776 REVUE ANGLO-ROMAINE

raisonnable des métropolitains; le besoin de quelque dispense qui ne pouvait émaner que du Saint-Siège; quelque obstacle insurmontable à toute autre autorité qu'à celle du Siège apostolique; en un mot, l'utilité et la nécessité de l'Église : » telles furent les raisons détermi- nantes qui finirent par centraliser entre les mains des papes le droit de confirmer Les élections épiscopales. Plus tard, on devra y joindre les provisions et réserves papales, ensuite les concordats, enfin d'une manière générale tous les cas où les dissensions entre divers partis n'ont pu être terminées qu'en recourant au trône de saint Pierre. Ainsi se produisit le changement, par degrés et insensiblement; tandis que le texte des Décrétales demeurail pour attester surabon- damment la discipline antérieure, qui attribuait au métropolitain le droit de confirmer les élections de ses suffragants. À un moment donné, tandis que se faisait le changement, le Pape dut confirmer certaines élections, les métropolitains certaines autres. Ilne m'a pas été possible de faire des recherches approfondies sur la pratique suivie en Angleterre pendant la période qui précéda immédiatement la rupture avec Rome, sous Henri VIII. Je pense cependant que la confirmation était dans tous les cas réservée au Pape. La rupture survint. Mais alors comment procéder, sous le nouvel ordre des choses, à la confirmation des évêques? Si les réformateurs anglais avaient eu « une conception excessive du système provincial », il est évident qu'ils auraient dû revenir au système jadis florissant, lorsque les synodes provinciaux avaient un pouvoir considérable dans l'Église. Mais, loin de là, ils choisirent délibérément le système usité plus tard, alors que, pour les raisons que j'ai mentionnées, le droit de confirmer les élections épisco- pales avait été dévolu au seul métropolitain. Et si, comme le déclare Ucalégon, « nos évêques tirent toute juridiction spirituelle de l'acte par lequel les évêques d’une même province confirment l'élec- tion d'un évèque, acte fait par le métropolitain qui les représente », on doit dire, pour bien élucider la question, que si, à l'origine et es théorie, le métropolitain représentait réellement les évêques de la province, il n'y a cependant aucune raison de penser que les réfor- mateurs se soient le moins du monde occupés de cette théorie. C'étaient des hommes d'action plutôt que de théorie, et après avoir rejeté le système, alors relativement récent, de la confirmation par le Pape, ils eurent naturellement recours au système immédiatement antérieur, système qu’ils avaient sous la main dans le Decretum et les Decrétales. Il me semble donc que l'assertion d'Ucalégon laisse à désirer, quand il attribue l'usage anglican actuelà une « conception excessive du système provincial. » H n’est guère besoin de discuter la valeur des diverses théories sur la juridiction mentionnées par Ucalégon, d'autant qu’il ne peut y PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 113

avoir aucun doute sur le moment où la juridiction est conférée aux évêques dâns l'Église d'Angleterre. En 1738, parut un livre inti- tulé : « Ordo judiciorum; sive methodus procedendi in negociis et litibus in Foro ecclesiastico-civili Britannico et Hibernico.. Per Tho- mam Oughton, Almæ Curiæ Cantuariensis de Arcubus, London, Pro- curatorum generalium unum, et a 1nultis retro annis Supremæ Curiæ Delegatorum Registrarii Regii deputatum ». Cet ouvrage traite des lois ecclésiastiques el civiles nt en particulier de celles qui ont rap- port à la procédure dans les cunies ecclésiastiques. C'est le traité type sur ce sujet. À la fin de l'ouvrage est imprimé un « Directo- rium expediendorum in negocio confirmationis episcopi ». Ce direc- torium contient des notes explicatives dont voici la douzième : « Per electionem fit ile dominus electus episcopus nominis, non ordiuis, neque jurisdictionis : Per confirmationem, habet quæ sunt jurisdic- tionis (ut pote potestatem corrigendi, excommunicandi, etc.). Tunc cessat officium Guardianatus spiritualitatum, et confirmato competit Administratio {ut dicitur) rei familiaris; id est, Redituum. Nondum vero habet quæ sunt ordinis (veluti potestatem ordinationis, confir- mationis, consecrationis ecclesiarum) ante propriam consecrationem peractam, qua facta, non solum quæ juridictionis, verum quæ ordi- nis sunt, exequi poterit. » Je n’ai pas besoin de faire ressortir combien ce passage s ‘accorde entièrement avec la distinction établie dans les Décrétales entre la polestas ordinis et la polestas jurisdictionis. 1 n'est donc pas douteux, à mon avis, que la théorie et la pratique anglicanes ne soient basées sur ce principe antérieurement admis, principe exposé d'une manière si claire par Suarez, bien que la rupture entre Rome et PAñgleterre fût antérieure: ainsi donc, en vertu de l'élection cano- nique et de sa confirmation, et avant sa consécration, un évêque entre en possession de cette juridiction spirituelle qui est inhérente à son siège. Si l’on veuty voir « un acte formel de dévolution émané de l'épiscopat existant, » et si la confirmation est faite par le métro- politain comme représentant les autres évêques de la province, il est certainement très facile de justifier cette pratique par ce qui s'observait dans l'Église avant que la confirmation des élections épis- copales ne fût réservée au Saint-Siège: que si cette théorie « à gagné du terrain pendant la seconde moitié de notre siècle », cela vient uniquement de ce que ceux qui se sont occupés de cette question n'ont pas su utiliser les preuves qu'ils avaient à leur portée. Il ya, semble-t-il, quelque confusion à soutenir tout à la fois que la juri- diction est inhérente au siège et qu’elle requiert « un acte formel de l'épiscopat existant » ; mais il est facile de répondre que la constitu- tion d’un siège épiscopal suppose l'assignation d'un territoire déter- miné sur lequel la juridiction devra s'exercer; et en vertu de l'acte 718 REVUE ANGLO-ROMAINE

de confirmation, la juridiction ainsi déterminée est effectivement conférée à l'élu par les évêques de la province. Une autre assertion d'Ucalégon mérite une brève observatlan. Il semble craïre que les anglicans attribuent aux synodes provinciaux un pouvoir presque illimité en matière de foi et de discipline. J'avoue qu'il est très facile de tirer une semblable conclusion des assertions de certains de nos auteurs. Mais elle n’est certainement pas l'opinion d'un nombre chaque jour plus considérable d’anglicans, En matière de foi et de discipline, nous maintenons,en ce qui regarde les synodea provinciaux, le principe de Suarez — le principe de toute l'Église: « Certum est non posse aliquid slatuere contra jus commune, » En effet, « ejusdem est solvere, cujus est ligare ». Par conséquent, un concile provincial ne saurait rien abroger de ce qui possède une autorité œcuménique, qu'il s'agisse d’un décret de concile général ou d’une coutume universelle. Par exemple, aucun synode provin- cial ne pourrait abroger la loi du jeûne naturel avant la réception de le sainte communion. Quant aux trente-neuf articles, « pris dans leur sens naturelet intégral, » « dans leur sens littéral et gramma- tical » (ainsi que l'exige la « Déclaration de Sa Majesté » qui les pré- cède), nous pensons qu'ils ne sanctionnent aucune « nouveauté en matière de foi ». Qu’on les ait perfois mal interprétés, nous l'admet. tons volontiers; mais à tort ou à raison, nous croyons — tout en y reconnaissant çà et là des négligences d'expression évidentes — qu'ils ne contiennent rien de contraire à la foi catholique. La sincé- rité et la loyauté me font un devoir d'ajouter que par œcuménique nous entendons ce qui est enseigné et pratiqué à la fois en Orient et en Occident. Sans doute nous pouvons nous méprendre en interpré- tant le sens de nos articles ou celui qu'y attachaient ceux qui les ont rédigés et sanctionnés; mais une semblable erreur de notre part n'ébranlerait pas le principe sur lequel nous nous appuyons, à savoir qu'un synode provincial est soumis à l'autorité supérieure dujs communs de l'Église universelle. Que si on nous démontrait que les trente-neuf articles sont en opposition, sur un point quelconque, avec la foi ou la discipline catholiques, nous ne pourrions que reje- ter ces innovations, comme faites ulfra vires, et, par conséquent, comme nulles et sans valeur.

                                      G. BaymeLp Roserrs,


   (À suivre.)

L’ENGLISH CHURCH UNION‘

Les lecteurs de la Revue Anglo-Romaine ont souvent entendu parler de l'English Church Union, que préside lord Halifax; mais il est pro- bable que beaucoup d’entre eux, en France et en Italie surtout, ne se font pes une idée bien nette de cette association, ni du but qu'elle se propose. S'agit-il d'une société ayant pour objet de travailler à l’union des Églises, ou bien cherchant à établir une plus parfaite harmonie de doctrines et de pratiques au sein de l'Église d'Angleterre? Nous savons que ces deux hypothèses ont cours, mais disons-le tout de suite, ni l’une ni l'autre ne sont exactes. Tout d'abord quel est ici le sens du mot union ? Union évoque sang doute l'idée de réunion, mais il à aussi un sens dérivé : celui de société, d'association d'individus travaillant à un but commun. C'est ainsi qu'il y & en Angleterre de nombreuses Unions, les Trade's Unions pour ne citer que les plus connues. Quant au principe qui présida à la formation des. Church Unions, il est le même que celui qui donna naissance à cette révolution paci- fique, mais profonde, qui s’opéra au sein de l'Église d'Angleterre, il y a.un demi-siècle, et que l’on connait sous le nom de mouvement d'Oxford. Affranchir l'Église, la rendre indépendante du pouvoir civil, tel fut, on peut le dire, le but qu'eurent avant tout en vue les chefs du parti d'Oxford. Dans la lutte qu'ils eurent à soutenir contre l'hostilité du pouvoir et les préjugés de la masse, .ils sentirent le besoin de discuter ensemble leurs intérêts, de coordonner leurs efforts, bref de s’unir dans la défense comme dans l'attaque contre des ennemis nombreux et puissants : ce fut l'origine des Church Unions. On pourrait les appeler, à juste titre : associations pour la défense et la réforme de l'Église. Le dix-huitième siècle n'avait pas été moins funeste à l’Église d'Angleterre qu’aux diverses Églises du continent. On peut même dire qu'en raison de sa condition schismatique elle avait plus souffert. De part et d'autre, on avait vu les Parlements s'immisçant dans les affaires de l'Église, les évêques désertant leurs diocèses, les bénéfices livrés à la cupidité des courtisans; mais tandis que dans les pays catholiques une voix s'élevait encore pour rappeler grands et petits au sentiment de leurs devoirs; que les Églises de France, iThe History ofihe English Church Union (1859-1894), par le Rov. G. BavrigLD Roserrs B. À. {The Church printing Company; Burleigh Strest, London W. C.). 780 REVUE ANGLO-ROMAINE

d'Espagne, d'Allemagne, perséculées par le pouvair civil, trouvaient encore, en la personne du Pape, un défenseur et un appui, l'Église d'Angleterre, dans son isolement, se voyait peu à peu réduite au rôle d’humble servante de l'État, n’osant relever la tête et souffrant en silence toutes les spoliations et les ignominies. Dans l'esprit de beau- coup, ses ministres, ses prêtres, si je puis m’exprimer ainsi, n'élaient que des fonctionnaires chargés de prier Dieu, comme d'autres le sont de rendre la justice ou de percevoir les impôts. Le Parlement, après avoir retiré aux évêques le droit de s'assembler en Convorations, s'était attribué à lui-même le rôle de grand législateur en matière religieuse. Les doctes théologiens des Lords ou des Communes rendaient leurs décrets er cathedra: tous, sous peine d'être déclarés traitres à l'Église et à l'État, devaient s'y soumettre. Cet état de choses dura pendant la plus grande partie du xvin‘ siècle et le commencement du xix°. L'Église, réduite au rôle d' « établisse- ment », voyait diminuer chaque année le nombre de ses fidèles; tout ce qu'il y avait encore de vivant en elle passait aux sectes, allant y chercher la liberté, n’y trouvant le plus souvent que la confusion. La vieille Église avait-elle donc oublié les grandes traditions de ses prélats d’avantet même d’après la Réforme? Un Becketau xn* siècle, un Laud au xvir, étaient morts en défendant la même cause, celle des libertés de l'Église et du bien des pauvres. Mais comment triom- pher de l'hostilité du pouvoir et surtout de l'indifférence d'un clergé de fonctionnaires, désireux avant tout du calme et de la respertability? Pour cela il fallait des apôtres; ces apôtres, ce sera l'éternel honneur de l'Église d'Angleterre de les avoir produits: ils s'appellent Keble, Pusey, Newman. Nous avons cru utile de rappeler ces origines, ces causes profondes du mouvement d'Oxford, parce qu’elles sont aussi la raison d'être de l'English Church Union: l'esprit qui animait les leaders religieux de la célèbre Université anime encore aujourd’hui les membres de l'Engiish Church Union. La première union pour la défense de l'Église fut fondée à Bristol, en 1844. Bientôt plusieurs diocèses ayant suivi cet exemple, les diverses unions se virent amenées à fusionner. Elles se réunirent en 4859, sous le nom de Church of England protection Socily, litre qu'elles changèrent l'année suivante en celui d'English Church Union. L'English Church Union comptait alors 205 membres; elle en compte aujourd’hui 35,000, parmi lesquels trente évêques et plusieurs mil- liers de prêtres. Elle constitue dans l'Église anglicane une puissante avant-garde et a fait sentir son action en plusieurs graves circons- tances. Forte, disciplinée, disposant de grandes ressources, animée par un grand idéal, elle joue en Angleterre un rôle analogue à celui du Centre en Allemagne, L'ENGLISH CHURCH UNION 181

Il serait trop long de suivre pas à pas M. Bayfcid Roberts dans l'exposé si précis qu'il nous fait de la vie et des actes de l'English Church Union, depuis sa fondation. Dans la question scolaire, dans celle du divorce, l'English Church Union protesla contre les empiète- ments de l'État, qui, n'ayant pu asservir l'Église, tentait maintenant de déchristianiser le pays. Mais où l’action de l'Engäsh Church Union mérite le plus d'être étudiée, c’est dans son opposition constante et souvent couronnée de succès à la campagne anti-ritualiste de ces vingt-cinq dernières années, campagne qui parut rouvrir en Angle- terre, pour un instant, l’ère des persécutions religieuses. Une des conséquences du mouvement d'Oxford fut la remise en honneur des cérémonies catholiques, délaissées en partie depuis la Réforme, mais principalement depuis le triomphe du puritanisme au xvu® siècle. On releva les autels, on replaça dans leurs niches les stalues de la Vierge et des saints: aux sombres offices et aux lugubres psalmodies des puritains succédèrent la pompe et la vie du cuite catholique; bref, la réaction qui s’était opérée dans la doctrine s’opé- rait à son tour dans les pratiques, préparant insensiblement les voies à un retour complet à l'ancienne Église, quand l'heure marquée par Dieu aurait sonné. ° L'initiative prise par les clergymen du parti ritualiste n'avait d'ailleurs rien d'illégal. C’est ainsi que, pour la reprise des orne- ments sacrés, ils s'appuyaient sur cette rubrique du Prayer-Book : « Tous les ornements de l'Église et des ministres, pour toutes les « fonctions de leurininistère, devront être conservés tels qu'ils étaient « en usage dans celte Église d'Angleterre, par l'autorité du Parle- « ment, dans la seconde année du règne du roi Édouard VI (28 jan- « vier 4848 — 27 janvier 4549). » Or, le Prayer-Book ne fut publié qu'en la troisième année du règne d'Édouard VI; en 4548-1549 les anciens ornements étaient donc en usage. Il était dès lors parfaitement légal de dire la messe on cha- suble, de placer des cierges sur les autels : aussi, forts de la loi et encore plus de leur conscience, les ministres ritualistes résistèrent- ils en masse quand on voulut le leur interdir. I1s eurent à supporter des procès onéreux, et plusieurs d’entre eux furent jetés en prison; l'Englisk Church Union les soutint matériellement et moralement, tant et si bien que le pouvoir civil finit par céder. Le dernier de ces procès mémorables, celui de l'évêque de Lincoln, mérite d’être rappelé; il dura cinq ans et la solution qui y fut donnée peut être considérée comme le triomphe définitif des principes de liberté et d'indépendance religieuses en Angleterre* Les accusations portées contre l'évêque de Lincoln étaient au nom- bre de huit : 4° Usage d'un calice contenant de l’eau et du vin, mé- langés avant le service; 2° Mélange de l’eau et du vin pendant le ser- 1782 REVUE ANGLO-ROMAINE vice; 3° Usage des ablutions; 4° Position du célébrant de telle sorte qu'il soit tourné vers l'Orient pendant la première partie du service; 5° Même position pendant la prière de consécration; 6° Récitation de l'Agnus Dei; 8 Usage des cierges d’autel ; 9 Signe de la Croix. L'évéque, traduit devant un conseil d'évêques, sous la présidence du Métropolitain, fut absous des divers chefs d'accusation à l'excep- tion du deuxième et du huitième; mais quelle serait la décision du pouvoir civil, c'était le point qui dans le monde religieux passionnait l'opinion. Après une longue attente, un jugement fut enfin rendu par le Conseil privé, le 2 août 4893, jugement confirmant purement et simplement la décision de la Cour ecclésiastique de Cantorbéry. C'était le terme mis aux empiètements du pouvoir civil et la fin de la persécution contre les ritualistes.

Nous avons dit que l'English Church Union s'était toujours montrée au premier rang quand il s'était agi de prendre la défense des liber- tés religieuses. Citons à ce propos un trait, qui intéressera tout par- ticulièrement les lecteurs français de cette Rerrue. En 1880, à l'époque de l'expulsion de nes religieux, lord Halifax, au nom de English Church Union, écrivaità S. Em. le cardinal Gui- bert : « Nous protestons au nom de la liberté; nous ne pouvons nous taire, en apprenant que les couvents sont violés, les cha- pelles profanées, et que des hommes éminents par leur piété et leurs bonnes œuvres sont jetés à la rue... Nous sommes avec eux dans leur résistance pour la cause sacrée de la liberté et de la reli- gion.» Le cardinal Guibert fut vivement touché de cette démarche, d'autant plus vivement touché, comme il le dit lui-méme dans sa belle réponse, qu’elle venait de chrétiens dont les sentiments diffèrent des nôtres sur plusieurs points. «Ces divergences, ajoute-t-il, dispa- raîtront avec le temps, et je soupire de tout mon cœur après le jour où il n'y aura plus qu'un troupeau et qu’un pasteur. En attendant, luttons tous avec une égale ardeur pour la cause de la liberté reli- gieuse, la première et la meilleure de toutes les libertés. » L'histoire de l'English Church Union, telle que nous la donne M. Bax- fleld Roberts, s'arrête en 4894. Depuis lors, des événements considé- rables se sont produits dans la vie, non seulement de l'English Church Union, mais de toute l’Église d'Angleterre. « L'idée de la réunion des Églises est dans l'air, » a dit l'éminent archevêque d'York. Or dans le mouvement vers l'unité qui va chaque jour s’accentuant, c'est encore l’English Church Union qui a joué ke rôle d'avant-garde, et entraîné Le gros de l’armée. - Le récit de ses séances et de son action en ces dernières année: constituera une belle page de plus à ajouter à son histoire.

                                                         Vivias.

LES ORDRES ANGLICANS

   ET LA THÉORIE DE L'INTENTION DU MINISTRE

Tandis que les catholiques du continent ont vu, pour la plupart, la plus grave objection contre la validité des ordres anglicans dans l'insuffisance du rite, les catholiques anglais ont placé au premier rang des difficultés théologiques celle qui se rapporte à l’intention du ministre. Les lecteurs de la Revue anglo-romaine n'auront pas oublié la discussion très calme et très documentée de Mer Gasparri sur ce sujet. Il ne sera cependant pas inutile d'y revenir pour reproduire un remarquable article du Rev. JERE- MIAH CROWE, St Patrick’s College, Thurle, publié dans The Irish Eccle- siastical Record, janv. 1893, p. 7-17. En voici la traduction, dont nous retranchons seulement le début. A. B.

Dans les discussions sur l'union, la question de la valeur des ordi- nations anglicanes a pris une place à part. Sans doute, elle est très importante, et on ne peut que gagner à ia discuter avec calme; tou- tefois, si l'on considère les autres points que l’on ne saurait négli- ger dans les efforts faits pour amener l'union, la validité ou la nullité des ordres anglicans ne tient pas le premier rang. Sans doute des ordres valides sont une condition nécessaire pour “une Église qui prétend tirer du Christ son autorité; car si le pouvoir ‘d'ordre fait défaut, il ne peut être question d’apostolicité. Mais si l'on admettait la valeur deses ordres, l’Église d'Angleterre n'en serait pas moins dans une situation analogue, tout au plus, à celle de l'Église grecque dont les ordrés sont tenus pour valides. Il resterait toujours la question de la juridiction spirituelle et du pasteur unique. De fait, l'Église d'Angleterre est plus éloignée de l'apostolicité que l'Êglise grecque. Sa position ressemblerait plutôt à celle des sectes nestorienne ou monophysite, qui ont des ordres valides, mais ne possèdent pas de [véritable] juridiction, puisqu'elles sont séparées de la source et ont adopté « un autre Évangile », Les auteurs catholiques n’ont aucun désir de déprécier les opi- nions des anglicans au sujet de leurs ordres : ils envisagent la ques 7184 REVUE ANGLO-ROMAINE tion sans préjugés. Si on leur démontrait que l’Église d'Angleterre a des ordres valides, il y aurait une différence de moins entre eux et nous, et ce serait un pas vers l'union. Aussi bien, nous appliquons aux ordres anglicans les mêmes règles qu'aux nôtres. Sans doute, il est absolument certain que l'Église de Jésus-Christ étant indéfec- tible, le pouvoir d'ordre ne peut disparaître de son sein; par consé- quent, les membres de la véritable Église ont la certitude qu'il existe toujours chez elle des ordres valides; mais comme les différentes parties de l’Église chrétienne n’ont pas reçu de promesse d’indéfec- tibilité, nous devons recourir — abstraction faite de la sécurité géné- rale que nous avons, comme membres de la véritable Église — aux garanties que nous fournissent le soin et l'attention qu'on a toujours apportés à l'administration des sacrements, en particulier du bap- tême et de l’ordination. L'Église anglicane a-t-elle toujours apporté ce soin et celte attention dans l'administration de ces sacrements? C’est une question que je ne veux pas discuter aujourd'hui. Je me propose seulement d'examiner l’une des trois conditions essentielles requises pour la validité des ordres et de rechercher, d'après les prin- cipes, si du moins cette condition existe dans une ordination qui intéresse tous les ordres anglicans. Je veux parler du sacre de Parker, d'où dérivent tous les ordres dans l'Église d'Angleterre. Il est inutile de rappeler en détail l'histoire de Parker et de son consécrateur Barlow. Le cardinal Pole était mort presque aussitôt après la reine Marie, et Élisabeth voulait avoir un archevêque de Cantorbéry qui se conformerait à ses idées sur l'Église et l'État. Elle choisit Parker, et aussitôt se posa la question dé son sacre. J'admets, sur l’autorité du D° Lingard et du chanoine Estcourt, qui ont examiné l’un et l'autre les documents, que la céré- monie eut lieu au palais de Lambeth, le 47 décembre 1559, suivant le rite du nouvel Ordinal d'Édouard VI. Le prélat consécrateur était Barlow,; les évêques assistants : Coverdale, Scory et Hodgkins, co- adjuteur de Bedford. Ce dernier avait été dûment sacré d’après les rites du Pontifical Romain. ° tr + LR

  1 y a trois conditions essentielles pour la valeur du sacrement de

l'ordre : 4° un ministre dûment consacré; 2° un rite suffisant; 3° une intention suffisante. La première est une question de fait : Barlow avait-il reçu la consécration épiscopale? La deuxième est une ques- tion à la fois historique et théologique : l'Ordinal d'Édouard est-il un rite suffisant? Je ne dirai rien pour l'instant de l’une ni de l’autre, me bornant à étudier la troisième, à savoir : peut-on dire que Barlow ait eu une intention suffisante — intentio faciendi quod facit Ecclesia — en sacrant Parker archevêque de Cantorbéry? #

LES ORDRES ANGLICANS ET LA THÉORIE DE L'INTENTION DU MINISTRE 783

La nécessité d’une intention, quelle qu’elle doive être, découle de la nature de l'acte sacramentel. Si le rite extérieur possède par lui- même une efficacité surnaturelle, c'est parce qu'il a été institué 8 cette fin par Notre-Seigneur; mais même après cette institution, il demeure dans l'ordre des actes naturels, sauf qu'il est un moyen pour produire la grâce et les autres effets voulus par Jésus-Christ, qui demeure l'agent principal agissant par son ministre. Dans quel cas peut-on dire que le ministre agit pour le Christ? en d'autres termes, quand peut-on dire qu'il agit en sa qualité officielle de ministre du Christ? Telle est l'idée fondamentale, qu’il est indispen- sable de ne pas perdre de vue. Il est clair qu'il n'agit point ainsi quand son action est évidemment faite pour la forme, par manière de plaisanterie ou de mimique. Luther et ses disciples ont dù admettre, pour être logiques avec eux-mêmes, que la manière dont le rite était accompli n'avait aucune importance; car, pour eux, le seul but d'un sacrement était d'exciler la foi, puisque, d'après eux, c'est la foi seule qui justifie. Il est inutile de démontrer la fausseté du principe sur lequel repose un pareil raisonnement ; il suffit de rappeler que le ministre d'un sacrement — dans l'espèce le prélat con- sécrateur — est un « dispensaleur des mystères », et qu’en réalité il n’agit pas en son propre nom, mais comme ministre de Jésus-Christ. il est donc parfaitement raisonnable d'appliquer ici la règle que l’on applique aux affaires ordinaires : une règle basée sur le sens com- mun, Un ambassadeur joue un rôle et contrefait le langage et les actions de son souverain : qui osera dire que son action à une por- tée quelconque, si ce n'est peut-être d'amuser? Elle n'a aucune espèce d'autorité. 11 est done absolument nécessaire que le rite de la consécration soit accompli sérieusement, du moins en ce qui con- cerne l'apparence extérieure, c'est-à-dire qu'il exclue la plaisanterie. C'est ce qu'on appelle l'intention exferne. Car, bien que toute inten- tion soit un acte de la volonté, et, partant, interne, lorsque l'inten- tion a pour objet le pur rite extérieur, sans autre modification inté- rieure, on l'appelle intention externe. 11 est défini! et nous devons croire que cette sorte d'intention, à tout le moins, est requise pour une ordination valide. En d’autres termes, l'intention d'agir comme ministre du Christ, et, ce qui est implicitement la même chose, l'intention de faire ce que fait l'Église, exige, à tout le moins, l'inten- tion erierne. On ne peut songer même un instant à prétendre que Barlow et ses trois évêques assistants se soient rendus au palais de Lambeth, le matin du 17 décembre 1559, pour accomplir un acte de pure forme tel que nous l'avons décrit. On peut donc négliger cet aspect de la 1 Conc. Trid., sess. vis, c. 4. REVUE ANGLO-ROMAINE. mm T. L, mm BD, 786 REVUE ANGLO-ROMAINE

question. Barlow avait, au moins, une intention exfrrne, et parlant l'intention de faire ce que fait l'Église.

Mais l'intention externe est-elle suffisante ? Il semble indubitable que si le prélat consécrateur ‘, tout en employant sérieusement un rite suffisant, était dans la volonté explicite bien que secrète, ou même implicite et non manifestée extérieurement ? de ne pas agir comme ministre du Christ, le rite n'aurait aucune efficacité sacramentelle, et alors il ne serait plus exact de dire qu'il agit enqualité de ministre du Christ. Car c'est un agent libre, son action est déterminée parsa volonté, et il s'est déterminé à ne pas agir en qualité officielle de ministre. Cependant la plupart des auteurs * font remarquer que l'on ne peutprésumer l'existence d'une intention irritante, à moins qu'elle ne soit extérieurement manifestée. Nicolas I* a clairement énoncé ce principe dans sa réponse aux Bulgares ; il déclare que lorsqu'un Juif, un infidèle, a conféré le baptème, on ne doit supposer de sa part aucune intention irritante, à moins d'en avoir constaté une manifestation extérieure. Cette réponse est dictée par la raison. Ï est impossible de prouver l'existence d’un acte purement interne. Sans doute on ne peut arriver à la certitude métaphysique; mais la certitude morale suffit à tranquilliser. Si cependant l'intention ne demeure point dans l'esprit, si elle est extériorisée, on se trouve alors en présence d'une question de fait, que l'on doit résoudre d’après les preuves. On ne doit donc tenir aucun compte de la possibilité que Barlow ait eu, au fond de son âme, une intention contraire à ce qu'il faisait On pourrait d'ailleurs se poser la même question à propos de n'im- porte quel sacre épiscopal. Maisexiste-t-il, dans les paroles ou les actes de Barlow, une preuve quelconque de son intention perverse? Je n'ai jamais constaté qu'en sacrant Parker, il ait dit ou fait quoi que ce soit qui sigaifiât : « Je veux ne pas agir en qualité de ministre du Christ. » Je sais bien qu'on a dit parfois que l'Église au nom de laquelle agissait Barlow avait sur l'Eucharistie des apinions hétéro- doxes, opinions que Barlowsoutenait ardemmment. Mais quand cela serait, il est tout aussi impossible de comprendre comment ces opi- nions hérétiques pouvaient contenir implicitement ce jugement: « J'entends ne pas agir comme ministre du Christ.» Elles pourraient motiver des modifications à la matière et à la forme; mais alors ls

1 Je m’abstiens de toute allusion à la question si les évêques assistants étaient aussi consécrateurs.

Prop. 28 damn. Alex. VIII.

3 FRANZELIN, De Sacram. in gencre, p. 208. LES ORDRES ANGLICANS ET LA THÉORIE DE L'INTENTION DU MINISTRE 787

question serait transportée sur la deuxième condition requise,lerite, et devrait se formuler : Lamatière ou laforme ont-elles subi des alté- rations substantielles ? Elles pourraient encore servir à interpréter une forme ambiguë. La forme employée dans l'Ordinal d'Édouard est-elle dans ce cas ? Cette question, pas plus que la précédente, n’ap- partient à notre sujet. Quant au rapport qu'il y aurait eu entre les opinions hérétiques de Barlowet l'intention requise desa part comme ministre de l'Ordre, nous tâcherons de le meltre en lumière un peu plus loin. Mais faisons un pas de plus. Étant donné qu'il n'y a pas d'intention irritante,le simple accomplissement d’un rite externe est-il suffisant? C'est là une question célèbre dans les écoles, et que connaissent tous les étudiants en théologie. Inutile de rapporter les arguments de part et d'autre: on peut les voir dans n'importe quel manuel de théologie dogmalique. Toutefois l'opinion commune des théologiens requiert quelque chose de plus, d’après ce principe fondamental que le mi- nistre du Chrisl, élant un agent libre, doit conformer sa volonté à celle de l'agent principal, et, pour employer les paroles de saint Tho- mas : infenlione se subficiat principali agenti . Quelle que soit la valeur théorique de cette opinion, elle pent seule en pratique offrir une cer- titude suffisante. H faut pourtant préciser davantage l'objet de cette intention. Puis- qu’elle ne se contente pas simplementde l'acte externe, elle doit com- porter quelque autre chose. Ce sera done le rite matériel, modifié ou qualifié de quelque façon par l'esprit. D'où le nom qu’on lui donne d'intentionfuferne. Les modalités qu'elle peut recevoir ainsi sont très nombreuses. Certaines d’entre elles, il est bon de le dire aussitôt, ne sont pas requises. Il n’est pas nécessaire de considérer le rite comme productif de la grâce, ni comme sacrement, ni comme imprimant dans l'âme un caractère, ni enfin comme conférant diverses préroga- tives on pouvoirs spéciaux. En d'autres termes, il n’est pas requis que l'intention vise l'effet du sacrement ; cet effet découlera du sacre- ment comme de sa cause, indépendamment de ce que peut en penser le ministre ; ce dernier ne peut empêcher le sacrement de produire ses effets. Il n'est pas nécessaire de viser le rite comme sacré dans l'Église catholique : le ministre n'a mème pas besoin de croire à l'Église catholique. Il n'est pas davantage requis de viser ce même rite comme sacré dans une Église particulière. Il suffit de le consi- dérer comme un rite sacré, une cérémonie religieuse, et, dans cet état d'esprit, d'accomplir le rite extérieur. serait on ne peut plus facile de citer des lextes; je me conten- terai de deux auteurs, De Lugo et Franzelin. Le premier, après avoir

1 Summ. th. 11e, q. Lxtv, art. 8. Le. DL

  788                          REVUE ANGLO-ROMAINE
  exposé comment le ministre doit nécessairement agir en qualité de
  ministre du Christ, s'exprime en ces termes: « Notandum tamen est.
  non requiri ad valorem sacramenti quod minister velit explicite
  operari nomine Christi,aut ut minister ipsius; sufficit enim id impli-
  cite velle, quod multis modiscontingere potesl, v. g. si quis velit facere
  quod facit Ecclesia, seu uti illius verbis et rebus eo modo quo
  Ecclesia eis utitur, vel, etiam non cogitando de Ecclesia, velit facere
  quod facit Ecclesia particularis, vel quod facit talis parochus, vel
  quod faciunt aliqui apud quos audivit illa signa adhiberi tamquam
  cærimonias religiosas {. »
    Franzelin dit à peu près de même : « Licet, v. g., baptizans nec
  Christum, nec sanctitatem aut efficaciam sacramenti, nec veritatem
  Ecclesiæ et religionis christianæ credat, dummodo sciat eum ritum
 credi et usurpari a christianis ut sacrum, potest habere, et, si a
 christiano rogatus, ordinarie habebit intentionem faciendi ritum,
 non sua quidem, sed ex christiana opinione sacrum; qua intentione
  supposita (sive actuali, sive virtuali, sive reflexa, sive exercita,
 jam non suo nomine agit, sed se exhibet ministrum Ecclesiæ, et
 proinde implicite ministrum Christi principalis agentis... et gene-
 ratim ubi dubium incideret de valore sacranenlorum, non de occuilta
 intentione, sed de servata manifesta materia et forma quæri
 solerel. »
    Par conséquent, pour administrer validement un sacrement, il n'est
 pas nécessaire d'avoir une croyance religieuse quelconque. Ni lafoi
 ni la sainteté ne sont requises. Le défaut de l'une ou de l'autre est
 une affaire purement personnelle, qui ne peut exercer aucune
 influence sur l'existence du sacrement de l'Ordre; et les effets du
 sacrement ne peuvent davantage être empêchés par le fait du prélat
 consécrateur. Il suffit qu'il sache que le rite est employé comme une
 chose sainte par les chrétiens; et dès lors que des chréliens lui
 demandent d'accomplir cette cérémonie, on doit le regarder comme
 agissant, non en son propre nom, mais au nom du Christ. Enfin, dans
 le cas où on éleverait des doutes sur des ordres conférés ea de sem-
 blables conjonctures, Franzelin nous donne une règle générale, qui
 consiste à s’en rapporter à l'existence des autres éléments néces-
 saires.
   Ces conclusions s'adaptent parfaitement au cas que nous exami-
 nons. Les opinions hérétiques de Barlow ne vicient point, par elles-
 mêmes, son intention. Elles peuvent seulement, je l'ai déjà dit, servir
 à interpréter le sens d'une forme ambiguë; mais nous n'avons pas
 à examiner, pour le moment, cet aspect de la question. La discus
 sion actuelle se rapporte uniquement à l'intention, considérée en


  1 De Sacr. in genere, Disp. VII, s. 1, n. 38.

LES ORDRES ANGLICANS ET LA THÉORIE DE L'INTENTION DU MINISTHE 789 elle-même, et comme l’un des trois éléments essentiels de validité. De touts manière, une intention suffisante peut parfaitement coexister avec les opinions bien connues de Barlow sur l'Eucharistie. Que s'est-il passé, en effet? Une cérémonie religieuse est accomplie dans la chapelle de Lambeth ; etle a pour objet de sacrer {le mot « conse- crare » est employé dans le procès-verbal) un successeur du car- dinal Pole. Le caractère religieux de la cérémonie peut-il être un ins- tant révoqué en doute? Le lieu, une chapelle dans le palais de Lambeth; les personnes, trois prélats assistants et Barlow, le consé- crateur; les prières et les cérémonies employées: tout nous oblige à dire qu’on a voulu faire une cérémonie sacrée. On demande à Bariow d’être le prélat consécrateur, et il accepte. Peu importe donc queiles étaient alors ses opinions ou celles de l'Église d'Angleterre sur l'Eucharistie; le rite, tenu pour sacré, et tenu pour sacré par une communauté de chrétiens, fat accompli par Barlow par ordre ou sur invitation; par conséquent, suivant la doctrine exposée ci-dessus par De Lugo et Franzelin, suivant l'enseignement commun, autant que j'ai pu m'en rendre compte, de tous les théologiens de marque, c'est assez pour nous garantir que l'intention suffisante, élément essentiel du sacrement, ne fit pas défaut pour le sacre de Parker.

Mais supposons que les opinions hérétiques de Barlow aient été si prononcées, sa haine de l'Église catholique si intense, qu'il ait voulu, d’une manière effective, sinon expresse, exclure l’idée de con- férer la grâce ou les pouvoirs surnaturels, parce qu'il croyait que Jésus-Christ n'avait pas institué de rite pour produire de tels effets. Cela pouvait-il annuler son intention d'agir comme ministre du Christ? La manière peu précise dont certains auteurs présentent cet aspect de la question, a donné lieu à une regrettable confusion. Ces deux actes de la volonté peuvent coexister dans l'àme; ils ne se détruisent pas muluellement, à moins d’être contradictoires. Or, quelle est l'expression de ces deux jugements? D'une part, le ministre dit : « J'ai l'intention de faire ce que le Christ a institué. » D'autre part, il dit : « Je n'ai pas l'intention de faire ce que le Christ n’a pas ins- titué », par exemple, donner la grâce, imprimer le caractère, conférer des pouvoirs surnaturels. } n'ya pas de contradiction entre ces deux propositions. Au contraire, le second acte de la volonté semble être une manière d'accentuer et de déterminer plus expressément le premier. Les deux actes de la volonté seraient alors équivalents à cet autre : « Je veux faire seulement ce que le Christ a institué. » On peut encore les énoncer en d'autres termes : « J'ai l'intention de faire ce que fait l’Église [véritable]. Je n'ai pas l'intention de faire ce que fait 790 REVUE ANGLO-ROMAINE l'Église catholique [fausse, d’après lui}. » I n'y à pas davantage cun- tradiction. Il croit seulement que l'Église catholique n'est pas la véri- table Église, et n'agit pas suivant l'institution du Christ. Mais l'idée déterminante, dans l'esprit du ministre, est de faire ce que le Chnist veut qu'il fasse. Or, si l'on admet que le ministre se constilue ainsi comme agissant au nom du Christ, comme son ministre et le dispen- sateur de ses mystères, il faut accorder qu'il ne peut mettre obstacle aux effets du rite sacramentel, à savoir, la grâce, le caractère et les pouvoirs surnaturels.

                                *
                               CRD

Reste une dernière question. Le pouvoir de produire les effets que nous venons de mentionner est intrinsèque au sacrement de l'Ordre. Par conséquent, si le ministre entendait les exclure expressément et efficacement, en toute hypothèse, même dans l'hypothèse où ces effets seraient réellement instilués par Jésus-Christ, il est clair que le prélal consécrateur se déterminerait à ne pas agir au nom et par l'autorité du Christ. Il agirait alors en son nom personnel; il ne serait plus un ministre du Christ, et, par conséquent, un élément essentiel du sacrement venant à manquer, la matière el la forme ne seraient plus que des éléments purement naturels et sans valeur. Mais au sujet de ee cas extrême Franzelin fait remarquer : « Generatim loquendo, talis exclusio efficax sacramenti non potest locum habere pisi ex reflexa, obstinata et rarissime in animis humanis occurrente malilia !. » C'est donc là un cas extrême, une pure hypothèse, et nous n'avons pas le droit de présumer qu'elle s'est vérifiée en ce qui concerne Bar- low. Il n'existe aucune espèse de preuve d'une telle malice de sa part: et, quelque hérétiques qu'aient pu être les opinions de Barlow ou de ses chefs politiques, nous ne pouvons, sans motif aucun, lui altribuer gratuitement une pareille iniquité. EH me semble donc certain qu'aucune erreur doctrinale de Barlow n'a pu faire disparaître de son esprit cetle idée prédominante. à savoir, qu'il agissait comme ministre du Christ. Cette idée n'y était peut-être pas expressément; mais, suivant ce que nous venons de dire, elle s'y trouvait au moins implicitement, d'autant plus que toutes les circonstances sont de nature à nous faire admettre que la cérémonie était regardée comme sacrée par l'Église anglicane d'alors; et que Barlow, invité à être le prélat consécrateur, accomplit la céré- monie. Il conformait sa volonté à celle de l'Église anglicane; il regar- dait la fonction comme un acte religieux et chrétien; et ainsi, impli- citement, Barlow agissait comme ministre du Christ.

? Thosis xvit, p. 226, LES ORDRES ANGLICANS ET LA THÉORIE DE L'INTENTION DU MINISTRE 1941

Nous répétons encore que cette étude laisse entièrement intactes les deux questions relatives aux deux autres éléments requis pour une ordination valide. Il restera donc à examiner : 4° si Barlow avait lui-même reçu la consécration épiscopale, et 2 si l'Ordinal d'Édouard est un rite suffisant. Ce sont d’ailleurs les questions les plus impor- tantes dans l'espèce. Nous pouvons tirer de l’enseignement catholique sur l'intention du ministre une conclusion d'ensemble; c'est qu'il ne saurait aboutir à rendre douteux tous les ordres dans l'Église chrétienne, ainsi qu'on l'a répété si souvent dans le Times, au cours de la récente controverse sur les ordres anglicans. Sans doute, dans l'ordre surnaturel, comme dans l'ordre naturel, nous dépendons de causes secondaires humaines; mais tout comme il nous arrive chaque jour, sans trop d'inquiétude, de confier nos existences au mécanicien ou à l'aiguilieur, ainsi nous avons une certitude très suffisante que la grâce sacramentelle n'a pas élé arrêtée, pour venir jusqu'à nous, par une intention perverse de la part des ministres des sacrements. En ce qui concerne la véri- table Église en général, nous avons la certitude absolue, basée sur les promesses de son divin Fondateur, que puisqu'elle est indéfectible, les ordres, qui lui sont essentiels, ne sauraient ui manquer. Quant aux cas particuliers, nous pouvons nous reposer avec confiance sur le soin et l'attention que l'Église catholique et ses ministres bnt tou- jours apportés dans l'accomplissement des rites sacramentels.

                                                   J. Crow&.

CHRONIQUE

Les ordinations anglicanes. — Une commission va être cons- tituée à Rome incessamment pour l'étude des ordinations anglicanes. Par un sentiment de respectueuse réserve que tous nos lecteurs comprendront, la Revue Angio-Romains croit devoir, pour le moment, s'abstenir de publier des articles sur cette question. — F. P.

Les fêtes de Reims. -- {On sait que les ministres, réunis en conseil sous la présidence de M. Félix Faure, s'étaient montrés dis- posés à s'opposer au jubilé national ainsi qu'à la réunion générale des évêques de France à Reims, à l'occasion du quatorzième cente- naire du baptême de Clovis. Aujourd'hui, on assure que le ministre des cultes aurait envoyé à S. Ém. le cardinal Langénieux, archevêque de Reims, une lettre pour lui notifier que « la loi de germinal an X interdit aux membres de l’épiscopat de quitter le siège de leur résidence sans autorisation du ministre des cultes; et qu'elle prohibe également les réunions où assemblées générales délibérantes. » En conséquence Mgr Langénieux serait prochainement avisé de l'interdiction des fêtes religieuses de Reims.

Le Bulletin religieux du diocèse de Reims publie, à ce propos, une note où nous lisons : On peut dire que l’une des idées mères de la préparation du cen- tenaire a été d'en écarter la politique. Elle en est et elle en demeure écartée. Il n'y a rien, dans les conditions où nos évêques ont été priés de venir à Reims, qui ressemble à la réunion d'une assemblée délibérante. E paraît donc impossible qu'un gouvernement, ayant le souci des libertés publiques et des intérêts d’une grande ville comme Reims, mette obstacle à ces fêtes, au risque, en blessant la justice, de blesser aussi le sentiment populaire. En résumé, nous le répétons, tout a été prévu, sagement prévu, et rien dans les fêtes du centenaire ne peut prêter à la critique.

Correspondance. -— Monsieur, permettez-moi de corriger une faute d'impression qui s'est glissée dans mon étude « Les partis dans l'Église anglicane ». Au lieu de dire que le roi ou la reine est le chef de l'Église établie, j'ai voulu écrire que le roi ou la reine doit être membre de l'Église établie. C'est à dessein que j'ai passé sous silence les rapports entre l'Église et la Couronne. Le titre officiel du Prince n’est plus le «chef » the head, mais le « Gouverneur suprême » fhe supreme Governor de l'Église d'Angleterre. Agréez, etc. — AUSTIN RICHARDSON. LIVRES ET REVUES

                             LA QUINZAINE

M. l'abbé Duchesne continue dans la Quinzaine l'intéressante série d'études: Catholiques et Romains; nous nous proposons de reproduire en entier l'étude parue dans le numéro du 15 mars. Nous en donnons aujourd'hui la première partie; nous publierons la seconde dans notre prochain numéro.

Aux trois premiers siècles du christianisme, une dénomination comme celle d'Église grecque eût été impossible, incompréhensible. Je ne dis pas qu’elle représente actuellement une étiquette oflicielle, Mais quand on parle d'Église grecque, on désigne quelque chose de précis. Le patriarche Anthime préfère le terme d'Eglise des sept conciles æcuméniques, qui, on l'a vue n'est guère justifié. En tout cas, il y a, en dehors dela communion de l'Église romaine et des églises nestoriennes ou monophysites! déta- chées au vi* siècle, un groupe ecclésiastique important que nous entendons désigner quand nous employons le terme d’Église grecque, Tous ceux qui le composent ne parlent pas le grec, beaucoup s'en faut : la plupart sont des Slaves, qui, même dans la liturgie, se servent de leurs idiomes nationaux. Il s’en faut bien que l'unité régne dans cet ensemhle. On v compte une douzaine de sous-groupes, qui forment des églises nationales, ou des provinces autocéphales, peu cohérentes entre elles. Beaucoup de ces sous-groupes, et justement les plus importants, sont formés de nations converties au iXe et au x° siècle. Ils se sont adjoints aux patriarcats de l’Empire d'Orient, noyau relativement antique de toute cette formation. De ces quatre patriarcats, un seul fait présentement quelque figure : ceux d'Alexandrie et d'Autioche ne sont plus que des facades, et cette situation remonte au vis siècle; le petit patriareat de Jérusalem a presque disparu dans l'islamisme. Reste celui de Constantinople, considérablement amoin- dri par les Turcs en Asie Mineure et les Bulgares en Thrace. C'est cependant à ces ruines de patriarcats qu'il faut s'attacher pour recons- truire la tradition. Au temps de Justinien et depuis, on rencontre souvent l'idée que l'Église est présidée par les cinq patriarches; cette idée s'est perpétuée dans le droit byzantin. À Rome, on l'acceptait dans le langage officiel, mais sans enthousiasme. (‘était une importation nouvelle; dans les docu- ments romains, il n'est pas question des cinq sièges avant le pontificat de Vigile (537-555), qui vit la restauration byzantine en Italie et beaucoup de tentatives impériales pour réglementer les rapports ecclésiastiques. Saint

1 Comme je parle ici des temps anciens, je dois négliger. les fractions de ces églises qui sont revenues à l'unité catholique en se ralliant directement à PÉglise romaine. 194 REVUE ANGLO-ROMAINE

Grégoire le Grand uotifia son avénement aux quatre patriarches de Cons- tantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem !. (Cela ne l'empé- chait pas de cultiver, dans sa correspondance privée, la vieille idée des trois patriarches (Rome, Alexandrie, Antiochei, assis sur la même chaire de Saint-Pierre 4. Cette idée, que je qualifie de vieille, parait remonter au temps du con- cile de Chalcédoine ; elle contient une protestation contre les patriareats de Constantinople et de Jérusalem, institués par ce concile, mais accueil- lis par le Saint-Siège avecla plus grande froideur. La protestation romaiue ne demeura pas isolée. Dans les luttes pour ou contre le maintien du concile de Chalcédoine, cette question hiérarchique eut sa place à côté de la question de foi. Les métropolitains supérieurs de Césarée et d'Éphèse, plus spécialement lésés par la fondation du patriareat byzantin. firent d'abord opposition. Le patriarche hérétique d'Alexandrie, Timothée Elure (475), parvint à engager l'évêque d'Éphèse dans sa campagne contre le concile, en lui rendant la situation « patriarcale », dont cette assemblée avait privé ses prédécesseurs. Ceci décida l'attitude du patriarche de Cons- tantinople, Acace, qui se posa aussitôt en défenseur du concile de Chal- cédoine. Plus tard cependant Acace trouva moyen de biaiser, d'abandouner les décrets dogmatiques du concile sans rien sacrifier des prérogatives ©. que lui devait le siège de Constantinople. De cette facon, toute résis- tance finit par s'apaiser: les nouveaux patriarcats entrèrent en Orient dans le domaine des choses reçues; dJustinieu les fit accepter à Rome. Au fond, nile systéme des cinq patriarcats, ni celui des trois grands sièges apostoliques ne représentent une conception primitive. Il n'est jamais question des trois sièges avant Constantin. Le concile de Nicée définit assez bien les droits du siège d'Alexandrie sur l’épiscopat égyptien, moins nettement ceux du siège d’Antioche; il n'exprime nulleinent l'idée que ces deux sièges, unis où non au siège romain, constituent une auto- rité régulière, chargée de pourvoir au gouvernement religieux, soit de l'Église entière, soit seulement des églises comprises dans Ja moitie orientale de l'empire romain. Du reste, cette commission idéale de trois ou de cinq grands primats n'est nullement l'expression de l'Eglise grecque, considérée comme distincte et rivale de l'Eglise latine; elle symbolise plutôt ce qui restait d'unité ecclésiastique depuis Le déclin du ve siécle. Le centre attractif qui a déterminé le groupement spécial auquel l'Église grecque doit son origine, c’est l'empereur, c'est la cour. Avant le ive siècle, dans les provinces situées à l'est du domaine de la langue latine, on ne constate que trois groupes ecclésiastiques possédant quelque individualité : celui de l'Asie proconsulaire, dont l'originalité et l'autono- mie se perdirent assez rapidement ; celui d'Égypte, déjà serré au 11e siècle. de plus en plus caractérisé dans son particularisme; enfin celui d'An- tioche. Dans ce dernier, « depuis le milieu du re siècle, on voit compris les évêques de toute la Syrie et de l'Asie Mineure orientale, de ce qui sera bientôt le diocèse du Pont. Dès l'année 254, nous avons connaissance d'un synode qui devait se tenir à Antioche, l'évèque de cette ville, Fabius, pa- raissant incliner au novatianisme. Les promoteurs de cette réunion étaient les évêques de Tarse, de Césarée en Palestine et de Césarée en Cappa-

1 Jaffé, 1092. 4 Jalfé, 1442, 1483 s Évaor., H. E., Ill, 6,1, 43, 44. LIVRES ET REVUES 193

doce 1. Quelques années après, en 256, Denys d'Alexandrie ?. passant en revue les églises d'Orient qui avaient été agitées par ce conflit, nomine celles d’Antioche, Césarée de Palestine, Ælia (Jérusalem), Tyr, Laodicée de Syrie, Tarse et Césarée de Cappadoce. Un peu plus tard, de 264 à 268, l'affaire de Paul de Samosate occasionna plusieurs réunions d'évèques à Antioche et dans l'intérét de cette église. Ils viennent toujours des mêmes provinces, depuis le Pont Polémoniaque (Néocésarée) jusqu’à l'Arabie {Bostra) et à la Palestine {Césarée, Ælia}. Au lendemain de la persécution de Galère et de Maximin, un concile célébré à Ancyre, sous la présidence de l'évêque d’Antioche, réunit une quinzaine d'évêques, des mèmes pays encore. Cette fois-ci, les provinces de Galatie, de Bithynie, de Phrygie, de Pamphylie, sont représentées; mais l'Asie proprement dite reste encore en dehors du groupe 3 ». , Antiocle était donc bien, en arrière de l'Asie et de l'Egypte, le centre chrétien le plus important, celui autour duquel on se ralliait le plus volon- tiers. (‘ette tendance fut contrariée dès qu'il yeut, en dehors d’Antioche, une cour chrétienne et un évéque de la cour. A celui-ci était naturelle- ment dévolu le rôle de conseiller, de confident religieux des princes et princesses. Son influence prit peu à peu le dessus sur toutes celles du monde ecclésiastique oriental. Déjà sous Licinius et Constantin, l'évêque de Nicomédie, Eusèbe, était plus puissant que son collègue d'Antioche. Celui-ci reprit l'avantage au temps de Constance, précisément parce que la cour se transporta à Antioche. Mais, une fois que l'empire se fut ins- tallé définitivement à Constantinople, Antioche ne tarda pas à s’éclipser. Au 1ve siècle, l'évêque de la cour, qu’il résidât à Nicomédie, à Constan- tinonle ou à Antioche, fut toujours le centre et l'organe de la résistance au symbole de Nicée et de l'opposition à saint Athanase. Une sorte de con- cile permanent, tantôt plus, tantôt moins nombreux, est constamment as- semblé à portée du palais impérial. Si le souverain croit utile de le mettre en rapports directs avec les évêques occidentaux, comme il le fit, en 343, pour le grand concile de Sardique, il Fexpédie en bloc au lieu de la réu- nion, dans un long convoi de voitures postales, sous la protection d'uu officier général. L'empereur se déplace-t-il lui-même, son épiscopat s'ébranle avec lui; on le voit s'assembler fort loin de l'Orient, à Nirmium, à Milan, à Arles. Il est difficile d'imaginer un corps épiscopal mieux orga- nisé, plus transportable, plus aisé à conduire. Mais il est bien clair que cette remarquable discipline ne procède pas des mèmes traditions que la subordination des églises africaines ou égyptiennes aux évêques de Car- thage et d'Alexandrie, L'évéque d'Antioche a parfois, dans les pièces ofli- cielles, les honneurs de la première signature #; mais il est visible que cette préséance ne comporte aucune supériorité de fait. Les évêques d'Asie, de Thrace, même ceux de Pont de Cappadoce, ne se considérent

1 Eusèue, Histoire ecclésiastique, VIL, 44. à Jbid., VIX, 5. 8 L. Ducnesnx, Origines du culle chrétien, p. 19, 4 Le concile de Tyr fut présidé par Eusèbe de Césaréc en Palostinc; la lettre de 341 portait en tête le nom de Dianis, évèque de Césarée en Cappadocs; l'encyclique orientale de Sardique, celui d'Etienne d’Antioche; au concile de Séleucic (359), à en juger par cs analyses de Socrate, car les actes sont per- dus, la présidence parait avoir été exercée par les évêques Acace, de Césarée en Palestine, et Georges (intrus}, d'Alexandrie, Eudoxe d'Antioche étant présent; la lettre collective adressée à Jovien (363) porte en téte le nom de Mélèce d'An- tioche. 796 REVUE ANGLO-ROMAINE nullement comme ses subordonnés. Pour donner à ce groupe épiscopal son nom véritable, il faudrait l'appeler l'épiscopat de l'empereur. Encore, si l'on n'avait à lui reprocher que ce groupement antitradition- nel, administratif et non ecclésiastique, politique et non religieux! Mais son unité contre nature est celle d'une armée qui combat, qui s'acharne à la plus triste des guerres, à la guerre civile, En 333, l'épiscopat d'Orient est convoqué en Palestine pour de grandes fêtes de dédicace. Ilen pro- fite pour tenir concile à Tyr,et, après une procédure inique, il dépose saint Athanase. En 339, il essaie de donner un évêque au groupe arien d'Alexandrie, bien qu'Athanase, à la faveur du changement de règne, eût repris possession de son siège; en 340, c'est Alexandrie tout entière qu'il entend pourvoir d'un évêque, au lieu et place d'Athanase; en 344, invité par le pape Jules, devant lequel il a lui-même porté cette affaire, à la laisser débattre corciliairement, il répond par une lettre arrogante, décla- rant qu'Athanase a été régulièrement déposé à Tyr, et que les jugements rendus en Orient ne doivent pas être réformés en Occident. En 343, abandonnant cette prétention, il se transporte à Sardique, se butte à de ridicules difficultés, tourne le dos au vrai concile et repart pour Antioche, après avoir lancé une encyclique haineuse par laquelle il prétendait dépo- ser Jules, Athanase, Osius, tous les coryphées de lorthodoxie. Les années suivantes, alors que l’empereur d'Occident met tout son zèle à réduire le schisme, il persiste dans son refus d'accepter le symhole de Nicée,et,dans sa rage contre saint Athanase, dès que son empereur Constance est devenu le souverain de tout l'empire, il transporte ses opérations en Occident, égare ou persécute les simples prélats d'Italie et des Gaules, dépose, exile, jusqu'à ce que toute résistance soit brisée; puis se divise contre lui-méme, hésite quelque temps entre diverses attitudes, pour se rallier bientôt a celle qui blesse le plus cruellement la conscience chrétienne. En 359, il tient enfin sa formule et sanctionne dans une sorte de concile œcumé- nique à deux degrés, tenu en dehors de touteparticipation du paye, l'ahan- don radical de la tradition et du symhole de Nicée, Aprés les règnes éphé- mères Jde Julien et de Jovien, qui l'arrétent un moment, il reprend, mais en Orient seulement, et son influence officielle et l'abus qu'il est accou- tumé d'en fare, jusqu'au moment où, combattu par une réaction orthodoxe, menacé par un empereur dévoué à la foi de Nicée, il s'incline, de bon ou mauvais gré, et suhit la loi des événements. La crise dogmatique se termina, ou à peu près, en 381: les éléments orthodoxes que renfermait l'épiscopat d'Orient prirent définiuvement le dessus; le reste, sauf quelques fanatiques qui se laissèrent destituer et persécuter, s'aligna sur la cour impériale. Quant à la crise ecclésias'ique. elle continua comnie de plus belle. Les cadres avaient trop servi pour étre abandonnés: ils furent maintenus. Du has Danuhe au désert de Syrie, l’épiscopat continua de se considérer comme un seul corps dont l'empe- reur était moralement le chef. Constantinople, fondée un demi-siècle plus tôt, avait été pourvue de privilèges hors ligne: ce n'était pas une grande ville quelconque que l'on avait créée sur le Bosphore, c'était une nouvelle Rome. Et justement, depuis la mort de Constantin, il y avait presque toujours eu deux empires, l'un l'Occident, l'autre l'Orient. La nouvelle Rome crientale supplanta Antioche dans la situation de eapi- tale et dans celle de métropole ecclésiastique. Déjà le concile de 384 réclame pour son évêque les mêmes honneurs que pour celui de l'ancienne Romet.

1, Ce concile out d'abord peu de relief. Il n’en reste que quatre canons dans les collections canoniques; parmi les témoins oculaires, la plupart n'en parlent LIVRES ET REVUES 797

On voit que, si ce concile fit avancer les affaires de l’orthodoxie, il mon- tra moins de sollicitude pour les défenses extérieures de l'unité religieuse. Du reste, il ne faut pas s’y tromper, cette assemblée était encore sur le pied de guerre. L’épiscopat oriental revenait à la vraie foi, défendue si longtemps par les Eglises de Rome et d'Alexandrie; mais il n'en restait pas moins en état d'hostilité contre ces deux grandes Eglises, Des ques- tions de personnes maintenaient, sinon un schisme proprement dit, au moins une tension de rapports qui avait perdu tout prétexte doctrinal. Le meilleur esprit de l'assemblée, l'illustre Grégoire de Nazianze, avait au plus haut degré le sentiment de cette situation et de ses dangers. Il ne se faisait aucune illusion sur l'esprit de la plupart de ses collègues, leur platitude à l'égard du pouvoir, leur peu de valeur morale, la mobi- lité de leur foi. Avec quelle verve il décrit l'insolence des jeunes et la sot- tise des vieux, ceux-ci très fiers d'avoir découvert le célèbre argument des climats : Ce n’est pas en Occident, c'est en Orient que le Sauveur est né. — « C’est aussi en Orient qu'on l’a tué, » répondait le spirituel évêque. Tout ce monde finit par lui inspirer un tel dégoût, qu'il s’en alla, laissant à d’autres la présidence du concile et l'évêché de Constantinople. Lui parti, les choses prirent le pli qu’il avait voulu empêcher: on pro- longea le schisme local d'Antioche, très facile à réduire en ce moment: on prit à l'égard de Rome et d'Alexandrie une attitude presque aussi hau- taine que sous l’empereur (‘onstance. Convoqué par le pape Damase à un concile vraiment œcuménique, qui, réuni à Rome, aurait pu arranger à l'amiable toutes les affaires pendantes et procurer une véritable paix à l'Eglise entière, l'épiscopat d'Orient répondit par un refus plein d'ironie, se vantant beaucoup de ce qu'il avait fait ou souffert pour la foi, notifiant ses décisions relativement aux sièges contestés et insinuant que les choix d’évèques ne regardaient que les comprovinciaux {. L'ironie visait l'attitude des Occidentaux, de Damase surtout, pendant le règne de Valens. Il faut avouer que, sur ce point, Damase et les Occiden- taux avaient donné quelque prise, La réaction orthodoxe dont j'ai parlé, conduite par Basile de Césarée, Mélèce d'Antioche, Eusèbe de Samosate, n'avait pas été soutenue par le pape comme l’eussent désiré ces illustres évêques. C'est que l'Eglise romaine patronnait en Orient diverses per- sonnes qu'on aurait voulu lui voir abandonner. Dès le temps du pape Jules, elle s'était fort compromise devant l'opinion orientale en réhabili- tant Marcel d'Ancyre, dont la doctrine ne différait que par des nuances de l’ancien sabellianisine. Sous Libère, tout un groupe de semi-ariens d'Asie Mineure était allé à Rome se faire reconnaitre par le pape. Dans l'un et dans l'autre cas, on avait, ilest vrai, exigé des professions de foi, mais qui n'avaient pas la précision nécessaire pour servir de pierre de touche. A Antioche, on soutenait contre la grande Eglise une petite coterie, pour- vue d’un évêque par Lucifer, le fanatique évéque de Cagliari, au mépris de toutes les règles de la prudence et du droit ecclésiastique. A Laodicée, même situation; contre l'évêque Pélage, reconnu de l'épiscopat oriental,

pas : ainsi saint Jérôme, saint Amphiloque d'Iconium, saint Grégoire de Nysse (sauf dans l’oraison funèbro de Mélèce, prunoncée sur les lieux); saint Grégoire de Narianze, après l’avoir présidé, en a fait une satire fort amère (Carmen de vila sua, v. 1506 et suiv.). Les historiens du siècle suivant ne s’y arrêtent guêre non plus. 1 Que d'entorses n'avaient-ils pas données à ce principe depuis qu'Eusèbe de Nicomédie eut procuré la déposition des évêques d'Antioche et d'Alexandrie ! C'étaient sans doute les comprovinciaux qui avaient installé Auxenco à Milan, Félix à Rome, Germinius à Sirmium, et tant d'autres! ‘ 798 REVUE ANGLO-ROMAINE

on appuyait Apollinaire, alors sans doute une grande célébrité théologique, mais destinée à donner bientôt son nom à une hérésie nouvelle. Paulin d'Antioche, lui aussi, était suspect; on le disait marcellien ou sabellien, probablement parce qu'il ne voulait pas entendre parler des trois hypos- tases. En tout cela, PMamase suivait les conseils de l’évêque d’Alexandrie, Pierre, que l'exil avait forcé de se réfugier à Rome et qui, naturellement, lui présentait les choses d'Orient comme on les voyait à Alexandrie. Ce n'était pas l'angle le plus favorable. A Alexandrie, les luttes du temps d'Athanase avaient laissé de cruels souvenirs. On tenait aux rares amis que, pendant cette crise si dure, on avait trouvés en Svrie ; on n'était guère disposé à les sacrifier aux tenants de cette orthodoxie nouvelle, parmi lesquels il y avait sans doute des personnes honorables, comme Basile de Césarée, mais dont beaucoup étaient suspects. On ne s'interdi- sait pas à leur sujet des propos fort amers ; on les traitait encore d'ariens: Méléce, Eusèbe de Samosate, Basile lui-même, étaient parfois qualifiés ainsi, à Alexandrie et à Rome, même dans l'entourage du pape. Cette étroite alliance alexandrine était, pour le Saint-Siège, sujette à de bien graves inconvénients, car elle tendait à entretenir le conflit au delà des limites raisonnables. Mais comment rompre avec une amitié si ancienne, éprouvée de tant de manières, depuis le temps de Novatien jus- qu'à celui de Constance et de Valens? Comment surtout, si lon avait fermé l'oreille auxinformations alexaudrines, fût-on parvenu à les rempla- cer? Depuis deux ou trois générations, les communications de FEglise romaine avec l'Orient grec n'étaient plus ce qu'elles avaient êté aux temps primitifs. Le pèlerinage des saints lieux, très attractif depuis Cons- tantin, maintenait, à la vérité, une certaine circulation: de Rome mème il venait en Palestine de nombreux et illustres visiteurs. Mais, outre que les voyages en sens inverse étaient moins fréquents, ce n'est pas parles pèlerins que s’entretiennent les relations ecclésiastiques sérieuses. Du reste, les personnes auraient pu aller plus nombreuses encore d'Orient en Oecident ou d'Occident en Orient, ces deux régions n'en auraient pas moins été fermées l'une à l’autre. La différence de langue avait élevé entre elles une barrière très difficile à franchir. A l'origine, l'Eglise romaine parlait grec: parmi les livres chrétiens écrits à Rome, les plus anciens et les plus importants étaient en grec; ainsi l’épitre de Clément, le Pasteur d'Hermas, le dialogue antimontaniste de Caius, toute la littérature d'Hip- polyte; le latin ne se manifeste pas avant l'extrème déclin du ne siècle, depuis le canon de Muratori et les homélies attribuées à Victor, si réclle- ment elles sont de lui. La correspondance avec les Eglises de langue grecque se faisait en cette langue; les épitaphes des papes, jusqu'à la fin du nie siecle, sont rédigées en grec !. Au 1ve siècle et depuis. il en est tout autrement : le latin domine ; il est seul employé dans l'épigrapbie, dans la littérature, dans la liturgie, même dans la correspondance ?. De leur côté, les Grecs n'ont jamais fait, on le sait, de grands efforts pour parler le latin, Sacrée ou profane, la littérature latine leur est tou- jours demeurée close. Ils n'ont cessé de professer pour elle une considéra-

  1. Une seule exception, celle du pape Cornelius. Encore se rapporte-t-elle, non à la sépulture primitive, mais à une sépulture où Cornelius fut transféré, on ne sait combien d'années après sa mort.
  2. La lettre du pape Jules aux Orientaux s'est conservée dans une rédaction grecque qui paraît bien étro originale; mais À ce moment le pape était entouré d'évèques grecs. Du reste le style de cette lettre et certains détaiis du fond donnent lieu de croire que saint Athanasc y mit la main. - LIVRES ET REVUES 799

tion analogue à celle qu'ils accordent présentement aux écritures bulgares. La cour impériale, installée chez eux, ne parvint pas à leur apprendre la langue de Rome ; c'est elle qui fut hellénisée, L'enseignement du droit se faisait en latin: saint Grégoire le Thaumaturge, pour suivre les cours de droit de l'école de Béryte, fut obligé d'appreudre « la langue si difficile, des Romains ». Mais, depuis Justinien, on se mit à traduire les lois, et bientôt on les publia en grec. Un Gree parlant latin devint une grande rareté. Photius, qui savait tant de choses, ne savait pas le latin. En dehors de la chancellerie impériale, ce fut toute une affaire que de traduire une lettre écrite en latin. Pierre, patriarche d'Antioche au XI* siècie, recevant ane lettre de Léon IX, dut l’expédier à Constantinople pour savoir ce qu'elle contenait. À Rome, il est vrai, l'ignorance du grec n'alla jamais si loin. On ne voit pas qu'à aucune époque on v ait manqué de traducteurs. Depuis l'établissement du régime byzantin, au milieu du vie siècle, il s'y trouva toujours une colonie grecque assez nombreuse, qui, renouvelée de diverses manières, se perpétua, au moins par certaines congrégations monacales, à travers tout le moyen âge. Il y eut même, au vite et au vis siècle, quelques papes originaires de familles grecques. Mais, en dehors de ces cas spéciaux, le haut clergé romain ne savait que son latin et ne faisait guère d'efforts pour s'initier à l'heliénisme. Le pape Vigile séjourna huit ou neuf aus à Constantinople sans avoir appris le grec ; on eu peut dire autant de son illustre successeur, saint Grégoire le Grand, qui passa, lui aussi, plusieurs années dans la capitale byzantine, en qua- lité de nonce ou apocrisiaire. L'apocrisiaire lui-méme, le gérant de la nonciature que, depuis Justi- nien, le Pape entretenait à Constantinople, outre qu'il ne se rencontre que pendaut cent ou cent cinquante ans, n'était qu'un imparfait organe de communication. C'est auprès de l'empereur qu'il était accrédité, non point auprès du patriarche. Celui-ei le taquirait plus souvent qu'il ne le consui- tait. Du reste, comme la plupart du temps il n'entendait ni ne parlait la fangue du pays, ce ne pouvait être qu'un médiocre agent d'information. Quelquelois, quand on tenait de grands conciles, il arrivait des légats romains : leur ignorance de la langue les mettait à la merci des drog-. mans officiels, qui, travaillés par le patriarcat, leur jouèrent parfois de mauvais tours. C’est là un fait d'ordre assez vulgaire : il n’en est pas moins d'une très grande importance dans là question qui nous occupe. Pour se tenir d’ac- cord ou s’y remettre, il faut se comprendre; et comment se comprendre si l'on ne peut se parler? Mais je reviens à Damase et à son temps. Je disais que Damase, et je puis lui adjoindre ici son illustre collègue saint Ambroise, était fort mal renseigné sur les affaires religieuses de Syrie et d'Asie Mineure; que, ser- vant à son insu certaines rancunes alexandrines, il se montrait trop favo- rable à de petites coteries, et n’appréciait pas à leur valeur les grands évêques auxquels était dù, après tout, le mouvement qui ramenait l'Orient à la foi de Nicée. Saint Basile essaya plusieurs fois de l'éclairer et de l'in- téresser à cette réaction salutaire, On ne lui fit qu'un froid et découra- geant accueil#. 1] s'en plaint dans ses lettres,et il a raison. Mélèce, Eusèbe

t Parmi les maladresses que l’on commit alors, une des plus graves fut d'em- pêcher saint Grégoire de Nazianze de rester sur le siège de Constantinople. On écarta ainsi un homme d’une haute valeur intellectuelle et morale, un esprit con- ciliant entre tous, et l'on eut à sa place, dans la personne de Nectaire, une véri- table nullité. 800 REVUE ANGLO-ROMAINE de Samosate et bien d'autres avaient lieu aussi d’être mécontents. Il n'est pas étonnant que, cinq ou six ans après ces déconvenues, l'épiscopat orien- tal en ait conservé rancune, et que cette rancune se soit exprimée, en 381 et en 382, comme nous l’avons vu. À la longue, les relations s’améliorérent. Vers la fin du 1v° siècle, les grandes églises d'Antioche et de Constantinople reprirent avec le Saint- Siège les rapports ordinaires de communion. Abandonnée de Rome, la petite église d'Antioche se fondit dans la grande, et, de toutes les querelles du 1° siècle, il ne resta d'autre trace que... l'Eglise grecque. Celle-ci, nous lavons vu, résulte de deux causes historiques : l'oppo- sition au concile de Nicée et le groupement des évèques autour de l'em- pereur pour soutenir cette opposition. Une fois reconnu le concile de Nicée, ce groupement épiscopal ne cessa pas pour autant; il survécut à sa cause il s’est maintenu jusqu’à nos jours.

                                                    {A suivre)

DOCUMENTS

 PAUL IV ET LES ORDRES ANGLICANS"'


                                           (Tablet, 24 août 1895.)
        Monsieur,

L'important dorument publié dans le « Saint-Lukes Magazine », que vous avez reproduit la semaine dernière, ne me parait pas décisif contre les Ordres anglicans. Le Pape commande que ceux qui ont été élevés aux Ordres par tout autre que par un Évêque dûment sacré (rie el recle), doivent recevoir l'ordination de nouveau; il déclare aussi que les Évêques ne sont pas dûment sacrés s'ils n'ont pas recu l'ordination in forma Ecclesiæ. Toute la question dépend du sens de cette dernière phrase. Dire qu'il signifie « l'Ancien rite d'Angleterre » serait de prouver plus que la question n'exige, car personne ne nie la validité d'autres formes d’'ordination. Ce qu’il paraît signifier est : « De même que le ministre doit avoir l'intention intérieure faciendi quad facit Écclesin, de mème le rite extérieur doit être tel que l’Église pourrrait le reconnaître comme étant valide. Le Pontife ne déclare pas actuellement si le nouveau rite suffisait, ou s’il ne suffisait pas. Que le Pape eût établi une distinction entre l’ancien rite et le nouveau, qu'il eût déclaré le premier seul valide,et la question eût été tranchée. Mais avec une prudence véritablement romaine, il ne fait que distinguer entre l'ordination 5n forma Ecclesiæ et jordination non in forma Ételesiæ, et il déclare la première seule valide. Votre obéissant serviteur, J. B. SCANNELL. Sheernes, {1 août 1895. -

                                       (Tablet, 21 sept. 1895.)
        Monsieur,

J'ai attendu jusqu'à présent pour voir si quelques-uns de vos lecleurs donneraient de nouveaux renseignements sur le bref de Paul IV. Il faut bien entendre que nous ne discutons pas la question générale de la validité des Ordres anglicans, mais la signification d'un document particulier. Le P. Sydney Smith déplore, comme « vague » et « delphique », l'interprétation que j'ai suggérée. Un critique moins aimable, qui paraît ne pas être au courant des méthodes romaines,'la désigne comme étant méme « absurde ». Mais n'est-ce pas vrai que bien souvent, quand on fait appel à Rome, la réponse se donne en forme de principe général, laissant la question du fait actuel & une décision locale? Les principes généreux ont

{ Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de reproduire cotte corres- pondance publiée, l'année dernière, dans le Tablet. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, L = 6. 80% REVUE ANGLO-ROMAINE nécessairement un caractère plus ou moins « delphique ». Dans notre cas actuel, le Pontife exige que tous ceux qui ont été élevés aux Ordres par un Évêque non düment sacré reçoivent l'Ordination une seconde fois, et il déclare que les Évèques qui n'ont pas été sacrés in forma Erelesie ne sont pas dûment sacrés. C'est-à-dire que le Pape énonce le principe général que le rite extérieur doit être tel que l'Église peut le reconnaître comme suffisant, et il laisse au Cardinal Pole à décider si le neuveau rite anglican suffit actuelle- ment. Supposer que le terme fn forma Erclesiæ veut dire « le rite ancien de l'Angleterre » serait forcer le sens de ces mots d'une manière tout à fait inexcusable; ce serait même au delà de la vérité, puisque toutes les ordinalions schismatiques seraient ainsi condam- nées. Faut-il dire que servata forma Éceleste consueta, est une expres- sion toule différente? Si j'ai écrit sur ce sujet, c'est pour marquer la prudence avec laquelle il nous convient d'agir à propos de cette question. Plusieurs membres des plus distingués du clergé continental défendent en ce moment les Ordres anglicans. Devons-nous supposer que leur action ne serait pas condamnée,si Rome avait déjà décidé contre ces Ordres? Autant que je puis le juger, les eflurts de ces écrivains ont même été encouragés. On me permettra d'ajouter que l’interprétation que j'ai donnée au susdit document a reçu l'approbation de personnes autorisées, sans compter mon ami le P. Warwick. Votre obéissant serviteur, J.-B. ScanNELL. Shcerness, 16 septembre 1893.

                                      (Tablet, 5 oct. 1895.)
      Monsieur,

Le P. Sydney Smith cite d'une manière très erronée ce que j'ai dit au sujet de Paul IV el les Ordres anglicans. D'ailleurs, je suis sûr que le bon Père avouera avec franchise cette erreur, qui vicie tout le cours de son argumentation. fi s'exprime ainsi : « Le P. Scannell a déjà dit que forma Érclesiæ ne peut signifier « le rite propre à l'Église ». Je n'ai jamais dit pareille chose. Ce que je dis est qu'on ne peut limiter les mots du Bref à signifier seulement « l'ancien rite d'Angle- terre ». S'appuyant sur sa fausse citation, le P. Sydney Smith met en contraste son interprétation des mots jorma Erriesiæ : « ee qui appartient à l’Église », avec la mienne : « ce que l'Église considère ètre sufMisant. » Ces interprétations ne se contredisent nullement; je les accepte toutes deux. Mais l’interprétation donnée au delà par le Révérend Père demande d'être expliquée. Si, par : « ce que contient le rituel de l'Église et ce qu’il prescrit d'observer à l’occasion de ses ordinations », le Père veut dire qu'il y ait « un seul office déterminé. composé de certaines actions délerminées, lesquelles doivent toutes être observées, et de certains mots déterminés, lesquels doivent tous être prononcés, ni plus ni moins,en touslieux et en tous temps », je nie qu'un tel office existe. Si, au contraire, le Père entend qu'il y ait certaines parties essentielles qui sont nécessaires à toutes les ordinalions pour qu’elles soient valides, je suis d'accord avec lui. Mais ces parties essentielles constituent toujours « le ‘rite propre à l'Église », quand même elles seraient incorporées dans un office rédigé par des hérétiques et des schismatiques. Il s'ensuit que, par PAUL IV ET LES ORDRES ANGLICANS 808

forma Ecclesiæ, il faut entendre « le rite propre à l'Église », « qui con tient les parties essentielles de l'ordination », et que, en conséquence, « l'Église considère comme suffisant ». « Mais », insiste le P. Sydney Smith, « il faut absolument que forma Ecclesiæ signifie « l'ancien rite de l'Angleterre, parce que le Pape était en train de donner des renseignements praliques touchant l’ancien et le nouveau rite ». Je ne vois pas comment une formule générale devient une formule spéciale, parce qu'on l'a appliquée à un cas spécial. Si le Pape avait voulu distinguer entre l'ancien rite et le nouveau, il aurait pu aisément le faire. Au lieu de cela, il ne fait que distinguer entre les ordinations én forma Ecclesie et les ordi- nations non in forma Kcclesiæ. En employant une formule très usitée et d'une signification étendue, le Pape indique clairement qu'il pose un principe général pour que le cardinal Pole l'applique au cas actuel. La décision que porta le cardinal contre le nouveau rite ne prouve pas que forma Ecclesie signifie « l’ancien rite »; elle ne fait que prouver que le cardinal ne regarda pas le nouveau rite comme forma Ecclesiæ, c'est-à-dire qu'à ses yeux il manquait des parties essentielles, Nous ne discutons pas ici la justesse de cette décision. La lettre du cardinal, à laquelle le P. Sydney Smith nous renvoie, justifie mon interprétation des mots forma Ecclesiæ. Pole dit: Dum- modo in eorum collations Écclesiæ pre et infentio sit servata. Or, le P. Sydney Smith ne peut limiter Æcclesiæ intentio à signifier ÆEcclesiæ Romanæ intenlio; pourquoi donc veut-il ainsi limiter Ecclesiæ forma? Depuis le commencement de la discussion, j'ai toujours mis au même rang ces deux expressions : Ecclesiæ forma et Ecclesix intentio {voir le Tablet, 24 août). C'est donc le P. Sydney Smith qui se charge de prouver que les mots forma Etclesiæ sont employés dans un sens limité. Cependant, j'ai allégué contre cette interprétation le fait qu'elle rendrait invalides les ordres schismatiques. On pourrait, en effet, raisonner ainsi : Paul IV décida, relativement aux ordres anglicans, que toutes les ordinations non in forma Ecclesiæ sont inva- lides; par: Non în forma Etclesiæ, il a voulu dire tout rite autre que le rite romain, actuellement contenu dans le rituel romain, et pres- crit pour être employé dans les ordinations de l'Église romaine; atqui, telles et telles ordinations orientales ne se font pas selon ce rile; ergo, etc... Quand même le P. Sydney Snith n'agrée pas ce rai- sonnement, il lui reste à justifier la signification insolite et limitée qu'il donne à forma Ecclesiæ. Que le Révérend Père s'assure bien que ce que j'ai affirmé à propos de l'encouragement accordé à certains défenseurs des ordres angli- cans n’est pas fondé sur ce que disent les journaux, mais sur des communisations venant immédiatement de Rome. D'ailleurs, nous savons tous, sur l'autorité de nos supérieurs ecclésiastiques ici, en Angleterre, qu'une enquête sera établie sur cette question. Or, l’en- quête suppose le doute. Nous n’enterdons pas qu'une enquête se fasse touchant l'Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge, ni sur l'infaillibilité de Libère où d'Honorius. Il s'ensuit qu'il nous faut dire des ordres anglicans, même après la découverte du bref de Paul IV : Adhuc sub judice lis est, Votre très obéissant serviteur, J.-B. SCANNELL. Sheerness, 30 septembre 1895. 804 ‘ REVUE ANGLO-ROMAINE

: . (Tablet, 16 oct. 1895.) Monsieur, | Le P. Sydney Smith admet son erreur, mais il l'excuse par la raison qu'elle n'est que « petite ». Je ne vois pas comment il peut regarder comme une faute légère de m'avoir imputé de la manière la plus explicite une thèse directement opposée à celle que j'entre- tiens. 1] me faut aussi protester contre son argument que « Île P. Scannell ne fait pas mention, »etc. Mes trois lettresensemble n'at- teignent pas la longueur d'une seule des siennes, pour ne rien dire de celles de mes autres critiques. J'ai essayé de ne viser qu'une per- sonne, celle qui m'a attaqué d'abord ; et j'ai bien voulu me tenir à un sujet, la signification du terme forma Etclesie. Quand j'aurai atteint mon but relativement à cette personne et à ce sujet, je traiterai ensuite d'autres choses. Si vos lecteurs veulent examiner soigneuse- ment ce que j'ai dit (car je conviens que ce soin est nécessaire}, ils verrontque je n'ai esquivé aucune difficulté. Cependant le P. Syd- ney Smith fait bien de réclamer que je cite des autorités pour prouver ma thèse. Malheureusement je suis fixe dans une petite ville pro- vinciale, loin d’une bibliothèque pareille à celle dont on jouit à Farm Street; mais je ferai de mon mieux pour lui être agréable. Tous vos correspondants sur ce sujet ont reconnu que l'expression forma Erclesiæ ne signifie pas la forme comme opposée à la matière, mais qu'ellesignifie le rite extérieur, renfermant la matière aussi bien que la forme. C'est ainsi que le terme est employé dans les écrits des Pères et des premiers scolastiques, et dans les documents qui portent l'autorité de l'Église. Toujours on y trouve que forma est ‘employée comme opposée à la grâce invisible ou à l'intention inté- rieure. Pierre Lombard dit : « Sacramentum est invisibilis gratiæ ‘xisibilis forma. » (Dist. L., cap. 2). Voir De Lugo, S.J., de Sarram. Disp. H, sect. 2: Franzelin, S. J., de Sacram. p. 35, ed. 2.i Le point ‘de la controverse a été si forma Etclesie signifie «l'ancien rite », ou les parties essentielles (la matière et la forme) de ce rite. {Voir la pre- mière lettre du P. Sydney Smith, le Tablsë, 3. août). € Le P. Scan- nell affirme, » dit encore le P. Sydney Smith la semaine dernière, « que l'Église considère comme la sienne, comme appartenant à elle et par conséquent comme forma Ecclesie, toute forme qui, selon son jugement contient les parties essentielles d'un rite valide. Par exemple, il prétendra, je suppose, que le rite du Baptème dans le Book of Common Prayer doit être appelé le «rite de l'Église catholique». puisqu'il contient sans doute Îles parties essentielles d'un rite valide, » Jusqu'ici c'est bien ce que j'ai dit, excepté que le Révérend Père a inséré le mot « catholique n.« Quant à moi,» dit-il, « je ne puis que répéter qu'une telle manière de s'exprimer me semble... tirée de bien loin et incompatible avec les usages de la cour romaine; je ne puis pas comprendre qu'on dise que l'Église catholique admet comme sien un rite étranger pour conférer le Baptême ou l'Ordination:; quoique je puisse très bien comprendre qu'on dise que l'Église admet qu'un tel rite soit valide. Je ne comprends pas que l'Église recon- naisse comme son propre rite un rite quelconque, à moins que ce ne soit le rite contenu dans son rituel et prescrit à ses ministres.u Voilà la question nettement posée; débattons-la & fond. Ceux de vos lecteurs qui sont théologiens doiveut biens'étonner du langage du P. Sydney Smith. PAUL IV ET LES ORDRES ANGLICANS 803

  1. Quel est le grand principe soutenu par saint Augustin dans sa dispute contre les donatistes”? N'est-ce pas précisément que le baptême conféré par les hérétiques estle baptême de l'Eglise, el que tout rite valide employé par les hérétiques esfls rila da l'Eglise? « Quasi vero ex hoc generat unde separata est etnon ex hoc unde conjuncta est. Separata est enim a vinculo charitatis et pacis, sed juncta est in uno Baptismate. ftaque est una Ecclesia quæ sola Catholica nominatur, et quidquid suum habet in communionibus diversorum a sua unilate separalis, per hoc quod suum in eis habet, ipsa utique generat non HU ». (De Bapt. L, 410.) « Non itaque ideo non sunt sacramenta Christi et Ecclesiæ, quia eis illicite utuntur, non hæretici solum, sed etiam omnesiniqui et impii. Sed tamenilli corrigendi sunt aut puniendi; illa vero agnoscenda et veneranda sunt » (74. HE, 40). « Ergo Bap- tigmus Écclesie potest esse extra Ecclesiam; munus autem beatæ vite nonnisi intra Ecclesiam reperitur. » « Non itaque hæreticorum Baptisma acceptamus quando post eos non baptizamus, sed quod gris agnoscimus. » (7/6. IV, voir les cinq premiers chapitres, el VII, 54-53). 2! « Sunt tamen nonnulli doctorum, utCyprianus etalii quidam, qui dicere videntur, ab hæreticis non posse tradi baptismum, et eos esse rebaptizandos quum veniunt ad Ecclesiam qui ab illis dicuntur baptizati. Sed hoc de illis verum est qui extra/ormaem Etcclesie bap- tizare præsumunt. » Pet. Lomb. Dist. V.;
  2. [Objicitur] Hiæresis non est Ecclesia. Ergo baptismus hæresis non est baptismus Ecclesiæ : sed solus Baptismus Ecclesiæ est bap- tismus; hæreticorum igitur qui non sunt in Ecclesia non est baptis- mus...... Ad ultinium dicendum quod illudargumentum non valet: et fert Augustinus instantiam : Ægvptus non est paradisus: ergo fluvius -Ægypti non est fluvius paradisi. Et est fallacia consequentis — homo non est asinus : ergo genus hominis non est genus asini : possunt enim Ecclesia et hæresis in aliquo communicare, quamvis multum differant. »:S3. Bonav. in1 Dis, v., art, [, q. 2, «Etsi ista quæstio ali- quando fuerit dubia multum apud præclaros doctores de omnibus gacramentis, tam de baptismo quam de aliis, quod non essent apud hæreticos, tamen perillustrissimum doctorem Augustinum aperte est nobis hæc quæstio patefacia quod sacramenta Ecclesiastica apud hæreticos qui formam Ecclesie servant et inteutionem habent faciendi quod facit Ecelesia, sunt quantum ad veritatem, quamvis non sint quantum ad utilitatem. » id. in IV Dis. XXV, q, 21.
  3. « Sacramentum vero baptismi...... tam parvulis quam adultis in forma EÉrclesie a quocunque rite collatum prolicit ad salutem. » (Concil.

Lai. IV, cap. 1 ‘ 3. « Etiam paganus et hæreticus baptizare potest, dummodo formam servel Erelesiæ et facere intendat quod fucit ‘Ecciesia. « (Decr. pro Armenis in Bulla Eugenii IV « Exuliate Deo ».) Qu'on! se rappelle qu'aux temps patristiques et pendant le moyen âge il n'existait rien de cette uniformité des rites qui existe aujour- d'hui dans l'Église Romaine. Qu'on feuillette les pages De Antiquis Ecclesie Rifihus de Martène, ou de Sucris Ecclesie Ordinationibus de Morin, et on trouvera dans l'Eglise même, sans parier du dehors, une variété de rites tout à fait extraordinaire, Cependant, formu Ecclesiæe s'applique à tout rite permis dans l'Église, et même à quel- ques rites extérieurs à l'Église : car ces derniers sont évidemment compris dans les citations que je viens de donner. Que devons-nous 806 REVUE ANGLO-ROMAINE

entendre par là sinon les parties essentiellesqui constituent la validité d'un rite ? On verra que j'ai le droit de dire que « l'Église considère comme le sien, comme appartenant &elle, et par conséquent comme forma Etcclesie toute forme qui contient, selon son jugement, les parties essentielles d'un rite valide ». Et j'ose confesser que le rite du Bap- tême dans le Book of (Common Prayer est le rite de l'Église. Je suis convaincu que si un anglican parlait au P. Sydney Smith de la € trahison de quitter l'Église de son baptème », le Père lui répon- drait d’un ton triomphant presque par les mots de saint Augustin : «Votre baptème n'est pas celui des hérétiques, c'est le baptême du Christ et de son Église. » Voilà ce que signifie forma EÆcclesiæ. Examinons maintenant en quel sens Paul IV employa ce terme. Vous n'attendrez pas qu'à la fin d’une si longue lettre je puisse faire plus qu'indiquer en peu de mots le raisonnement que j'ai déjà établi. C'est que la validité du nouveaurite angliean setrouva discutée devant Paul IV. Tout parais- sait tendre vers une condamnation. Et que fait le Pape? Avec une prudence véritablement romaine, il répond en termes déjà consacrés par l'usage ancien : « Fos tantum Episcopos qui non in forma Errlesiæ ordinati et consecrati fuerunt, rite etrecte ordinatos dicinon posse. » Remarquez bien qu'il ne dit pas comme on aurait pu s'y attendre : « Eos episcopos, quum in forma Écclesiæ ordinati et consecrati non fuissent, rite ct recte ordinatos dici non posse. » Cela eût tranché la question, mais il évila à dessein de s'exprimer ainsi. A quoi bon, alors, sa décision? Le Cardinal Pole, bien au courant de la Summs Theologica | Suppl. q. XXXEV, a.3) etimbu de l'idée ‘erronée. qui prévalait à cette époque sur la matière et la forme des Ordres, décida que le nouveau rite, ne renfermant pas la « porrection des instruments », n'est pus forma Ecrlesie, qu'elle est dont invalide, et il agit selon cette croyance. Ceci étant la futior pars, le cardinal Pole n'a pas eu tort d'agir ainsi. Peut-on nier que cé récit des faits soit rai- sonnable®? Mérite-t-il tout l'opprobre dont ceux qui me critiquent le chargent? , J'ai parlé de ia prudence romaine. Je prietous ceux qui poursuivent cette discussion d'imiter l'exemple que nous donne le Saint-Siège. Plus d’une fois dans l'histoire de l'Église la voie de la prudence fut aussi la voie conduisant à la vérité. L'erreur s’est glissée non seule- ment parmi ceux qui abandonnérent Rome, mais aussi parmi ceux qui furent plus romains que Rome, et plus papistes que le Pape. Votre obéissant serviteur, J.-B. SCANNEL. Sheerness, 15 Oct. 1893.

        Monsieur,                         (Tablet, 9 nov. 1893.

Avant de reprendre mon argument, je voudrais faire place nette. Le éhanoine Moyes cite l'autorité de Fl'ranzelin, «larum et venerabile nomen, son maître et le mien. Mais la question traitée par le savant cardinal jésuite n'est pas la même que la nôtre. Il discute si les Ordres anglicans sont valides. Nous discutons si Paul IV condamna l'Ordinal d'Édouard. On peut très bien nier la validité des ordres anglicans, et nier en même temps que Paul les ait condamnés. C'est en effet l'opinion de plusieurs de mes correspondants particuliers. Il me semble que le chanoine Moyes ne distingue pas assez entre ces PAUL IV ET LES ORDRES ANGLICANS 807

deux questions. D'ailleurs, mes doctes adversaires font appel à une autre autorité importante, savoir : la leur. Ils s'indignent de la pensée qu'on puisse leur enseigner quelque chose. Certes, c'est une hardiesse à laquelle je ne prétends pas. Tout ce que j'ai fait et que je compte faire est de porter l'attention vers certains principes et certains faits qui sont nécessaires à mon raisonnement, mais que, sans doute, on connait bien d'avance; je ne ferai pas, comme Île P. Sydney Smith, une énumération des longues années que j'ai dévouées à l'étude, à l'enseignement et à la littérature : mi abat gloriari. Ce sera à vos lecteurs de juger si cette prétention à la supé- riorité de la part de mes adversaires se justifie ou non. Résumons. La méthode que j'ai suivie est celle-ci : on découvre un document dont toute la vaieur dépend de l'interprétation du terme technique, forma Etclesie. Afin de la constater, j'examine : I. La signification de ce terme dans les documents authentiques émanant de l'autorité; Il. le contexte et les circonstances du docu- ment que nous discutons; III. l'intention qu'avait l’auteur de ve document. E Tous les étudiants savent que l'usage fournit la première grande règle pour l'interprétation. (Suarez, De Leg., lib. VE,cap.1, n°7.) Pour cette raison, j'ai cité plusieurs autorités qui montrent que: {1} forma Ecciesix ne signifie pas la forme comme opposée à la matière, mais le rite extérieur, la matière aussi bien que la forme; (2) ces mêmes autorités démontrent que ce terme s'emploie ordinairement avec la formule très compréhensive : tntentio fariendi quod farit Ecclesiæ; (3)le terme désigne les parties essentielles d'un rite valide. Contre ces assertions on a soulevé un certain nombre d'objections. Il. Mes adversaires disent que, dans tous les passages que je cite, à l'exception d'un seul, il est question du baptême et non pas des ordres. « On n'apprend pas beaucoup en citant les pussages qui n'ont référence qu'au baptème, puisque l’analogie entre les sacre- ments du baptème et de l'ordre est évidemment défectueuse. » (Le chanoine Moyes.)Je réponds : Ce fut le P. Sydney Smith qui fit men- tion ensemble de ces deux sacrements (12 octobre), et je crois qu'il a raison. Que vos lecteurs remarquent bien le passage qu'on exeepte {saint Bonaventure, in IV, Dist. xxv, q. 2) : Apud priclaros dociores de omnibus sacramentis, lam de baplismo quam de aliis, etc. Sans doute, il y a une différence considérable dans la précision du rite extérieur du baptéme et celui des ordres, quoique la différence ne soit pas aussi grande qu'on la suppose. (Voir saint Thomas, Il, q. 66, ad 5-1.) Cependant, il faut bien qu'il y ait une analogie, puisque le terme forma Ecclesiæ ne pourrait pas autrement s'appliquer à ces deux sacrements. En quoi cette analogie consiste-t-elle? Un rite sacra- mentel se compose d'actions et de paroles, dont quelques-unes sont accidentelles et d'autres sont essentielles. Nous n'avons qu'à nous occuper ici des dernières. Les essentielles, définies ou indéfinies, sont forma Etclesix, « la propriété » de l'Église, non parce que l'Église les a établies, mais parce que tous les sacrements, et tout ce qui leur est nécessaire, appartiennent à l'Église. Siles parties essen- tielles existent dans un rite hérétique quelconque, c'est qu'on les a volées : res clamat domino. Mes adversaires admettent ce principe relativement au baptême, mais ils le nient relativement aux ordres. Pourquoi cette différence? Ils répondent : Parce que Notre-Seigneur lui-même à spécifié l'essentiel du baptême, tandis qu'il a autorisé 808 REVUE ANGLO—ROMAINE FÉglise à le spécifier pour lès ordres. Je réplique : Notre-Seigneur délégua à l'Église le pouvoir de juger infailliblement quel est le minimum sufficiens : concedo ; il a laissé à l'Église le soin d'établir des rites définis qui, seuls, seraient suffisants: nego. « Quare ad conci- liandas cum Lafinis Græcorum ordinationes, non opus est distin- guere in Ordinationum causa, ut recentiores theologi subtilissime faciunt, sacramenta in ea quorum materias et formas Christus in specie et in hypothesi, et in ea quorum materias et formas in genere tantum et in thesi instituit et designavit, singularem vero harum rerum designationem el applicationem Ecclesiæ conmisit : seu in ea quibus quod formalis rationem tenel, Christus in particulari et nominalim edidit, et expressit; quod vero materialis et signi in genere lantum imperavit, illius vero particularem designationem et demonstrationem Ecclesiæ prudenti œconomitæ instituendam reli- quit et commendavit. Nam si quis omnium populorum et omnium sæculorum ordinationes inter se conferai et componat, statim ani- madvertet ab omnibus et omni tempore eos omnes observalos esse ritus quorum et sacra Scriptura el antiqui recentioresque Patres meminerunt. Quidni igitur in solis istis ritibus Apostolicis, perpe- tuis'et inviolatis, materiæ et formæ istius sacramenti, ejusque par- tium commode differunt aique etiam una et eadem Ecclesia vario tempore a seipsa, sanctis et prudentibus variarum EÉcclesiarum ins- titutionibus tribuentur, non autem sacramenti substantiæ et neces- sitati? Quo circa mihi serio hanc meditationem incumbeati, nulla mibi videtur amplius illius distinetionis hac de causa usurpandæ et excolendæ urgens occasio. Quod enim Latinam Ecclesiam cum Græca et Orientlali in hoc sacramenlo committere videbatur, eujus conci- liandaæ causa inventa est, somniumi esse cui rerum antiquarum in- curia, et ignoratio causani dedit, oculata experientia demonstratur. x (Morin, Le Sucris Ecrlesæ Crdinationibus Prief.) L'Église n'a rien déterminé, si ce n'est ce canon remarquable : « Quiconque dira que, par les ordres sacrés, le Saint-Esprit n’est pas donné, et que c'est donc en vain que les évèques disent : Rerevez le Saint-Esprit, qu'il soit anathème. » (Conc,. Trid., sess. xxi1, can. 4.) Il faut observer que l'ancien rite de Salisbury {Særum) n'employait pas ces mots; l'Ordinal d'Édouard les contient. L'Église universelle n’a établi aucun des rites Lels qu’ils existent aujourd'hui : leurs origines sont diverses, et ils se groupent en plusieurs classes distinctes. 1 faut iei que je relève une assertion du chanoine Moyes au sujet du Pontifical et de la manière dont il parle des « Usages » et des « Rites » (The Pontifiral, « Use and rites ». Admettons que le mot « rite » s'applique aux différentes classes de liturgies, et le mot use aux différentes parties de la méme classe; qu'importe? Appeler be Penfifiral un livre n'appartenant qu'à une de ces classes, n'est assuré- ment pas juslifiable. D'ailleurs, cette phrase du chanoine {21 sept. est à peine correcte. « Désignons sous le chiffre A les Evêques con- sacrés selon l'Ordinal anglican, pour les distinguer de eeux qui furent consacrés selon le Pontifical Catholique, que nous distinguons sous le chiffre P. » Cependant, la semaine dernière, le chanoine ad- mettait que « le Pontifical Catholique » n’était pas d'usage dans les Eglises d'Orient, et que mème dans l'Occident il n'était que géné- ral, et non pas universel. Une autre objection me parait assez ingénieuse: Les passages cités ne prouvent pas qu'une forme valide soit la forme de l'Église, PAUL IV ET LES ORDRES ANGLICANS 869

mais seulement que la forme de l'Eglise est valide, quelles que soient les personnes qui l'emploient. D'où il s'ensuit que mes adversaires pensent m'enlever toutes mes autorités. Pourtantje ne erois pasqu'ils arrivent complètement à le faire. Quel est le suyposttum sous-entendn dans l'assertion que « la forme de l'Eglise est une forme valide quand elle est employée par les hérétiques? N'est-ce pas celui-ci: « Une forme valide est la forme de l'Eglise »? Les auteurs des passages que nous citons, se sont-ils imaginé que les hérétiques se serviraient d'un Riluals où Pontificale Romanum? Assurément non. Les hérétiques administreraient les sacrements selon leurs propres nffices, et cen’est que sur la supposition que les offices renfermaient les parties essen- tielles d'un rite valide {forma Æcclesi, que la foi du ministre pourrait devenir une question. Aussi, n’ai-je jamais dit que fout l'office du bap- tème dans le Book of Common Prayer est forma Errlesie. IL. Ayant prouvé que ce terme forma Ererlesisæ signifie les parties essentielles d’un rite valide, examinons maintenant le document que nous discutons, et voyons si le contexte exige que cette signification soit modifiée. Je trouve qu’il ne l'exige point. « Ces Evêques et Ar- chevèques, seuls, qui ne furent pas ordonnés et consacrés #n forma Écelesisæ ne peuvent pas être reconnus comme dèment et légiti- mement ordonnés. » Le Pontife énonce ici la règle de l'Eglise : Un homme est dûment et légitimement ordonné pourvu que les parties essentielles d'une ordination valide aient été gardées. Mais, disent mes adversaires, considérez lescirconstances, Paul IV n'avait à faire qu'avec deux elasses de personnes, celles qui avaient été ordonnées selon l'ancien rite (ou les anciens rites) anglais, et celles qui avaient reçu l'ordination selon le nouvel Ordinal d'Edouard. Done, le rituel anglais est forma Errlesie et l'Ordinal d'Edouard est non for- ma Ecclesiæ. Je réponds: Fnt-il jamais une déduction moins garantie que celle-ci? Mème si on y adimmettail les prémisses, ce conséquent ne serait pas légitime. D'ailleurs, aucune mention ne se fait d'un rituel quelconque; aucun rituel n'est constaté conime étant ou n'é- tant pas forma Etclesiæ. Remarquons bien le mot Archerêque. Mes adversaires insistent que le Pape n'avait à faire qu'avec des cas par- ticuliers. Qu'ils nous disent, alors, qui furent les Archevèques (avant 4355) qui furent sacrés #07 in forma Écelesiæ. Ils ne font que répéter : « Paul IV condamna le rituel, parce qu'il n’estpas forma Etcclesiæ »;: « Le rituel n'est pas forma Ecclesiv parce que Paul le condamna ». HI, Considérons maintenantla troisième règle pour l'interprétation, l'intention du législateur. Quel fut l'objet de la partie du Bref que voici? Puisqu'il s'est élevé un doute touchant l'ordination des Evêques et des Archevèques sacrés pendant le schisme qui s'est fait dans le susdit Royaume, la question se pose : Quels sont ceux qui peuvent être reconnus comme dûment et légitimeinent ordonnés? Pour enlever tous ces doutes et pour assurer la paix de conscience à ceux qui, pendant le susdit schisme, furent élevés aux ordres, nous constatons clairement, etc... Le Bref n'avait pour objet que de régler la pratique. De quelle manière pouvait-elle être réglée pour le mieux? Précisément de la manière que j'ai indiquée. Le Pape pose le principe bien connu cité ci-dessus. Voilà le guide pratique pour le Cardinal Pole qui raisonne ainsi : Aucun rituel qui ometla « por- rection des instruments » n’est une forme valide (forma erclesix). At- qui, le nouvel Ordinal omet la « porrection des instruments »; donc il est invalide. Sa majeure était l'idée dominante, mais erronée, des 810 REVUE ANGLO-ROMAINE

scholastiques. Mais sa conclusion (füt-elle erronée où non: était le tutior purs; ainsi le but pratique que Paulse proposaitétait accompli. Mes adversaires insistent en disant que sile Pape ne décida pas que le nouvel Ordinal était insuffisant. sa réponse ne servirait à rien. Selvilur ambulanda. J'ai montré l'aide qu'il donna. D'ailleurs, ils veulent que nous croyions que Paul décida une question que sept années plus tard ‘1562 le Concile de Trente laissa encore ouverte. Est-ce probable qu'il l'eût fait quand son but pouvait être rempli sans qu'ilse mëlât à une question aussi difficile? « Constat quid cer aufficitl ; .... non semper pari securitate constat, quid cerlo non suff- ciat ad materiæ et formæ ac proindead signi sacramentalis essentiam servandam ». (Franzelin, De Sacram. p. 45, ecl. 2.) Peut-être que plusieurs de vos lecteurs s'étonnent que moi, prêtre catholique, je fasse la guerre contre deux champions de l’orthodoxie si distingués qui sont le chanoine Moyes et le P. Sydney Smith. Je réponds que e’est eux qui m'ont fait la guerre. Ma prenuère lettre. à laquelle le P. Sydney Smith répondit, fut écrite plus d'un mois avant que le chanoine Moyes touchAt au sujet du Bref de Paul EV. Que je précise la différence de nos opinions. J'ai recommandé la prudence véritablement romaine, mes adversaires ne la veulent point. J'ai reconcilié l'action du Concile de Trente avec les termes du Bref de Paul IV; mes adversaires les mettent en désaccord. Surtout j'ai soutenu que la grande question est encore ouverte à la décision de Léon XILE; mes adversaires insistent que Paul a parlé, et qu'il n’y a plus rien à dire. Ici on a regardé mes opinions avec un air mécontent. Je suis heu- reux de savoir qu'ailleurs, et d'un côté bien plus important, elles sont approuvées. Votre obéissant serviteur, J. B. SCANYNELL. Sheerness, 29 octobre 1895.

                                     (Tablet, 23 nov. 1895.)
     Monsieur,

Tout en omettant les arguments secondaires qui obscurcissent le point principal que discutent d'un côté le P. Smith, et de l'autre le P. Scannell et moi, je suis de l'avis que le savant jésuite s’est enfoncé lui-même par ses propres raisonnements, « has given himself away ».Le point intime de la discussion est le terme « décisif ». La question dés l'abord se posait ainsi : La Bulle et le Bref de Paul IV sont-ils décisifs par rapport aux Ordres anglicans? La réponse que donnait le P. Scannell était négative : {4; ils ne sont pas décisifs: etil donnait la raison de cette thèse ; 12, qu'on prouverait trop en disant que forma Errlesiæ signifie l'ancien: « rite anglais » comme opposé au « rite anglican ». La base de ce raisonnement est 13; que le terme forma Ecclesiæ est un terme général, qui ne peut s'employer comme le terme négatif de Ia phrase particulière « forme de l'Église anglicane ». J'admets parfaitement cette opinion et ces raisons du P. Scan- neil, et la suite de l’argumentation n'a fait que tourner mon opinion en une conviction profonde et certaine. En même temps, j'ai fait remarquer au P. Scannell que je pensais qu'il n'était pas assez explicite. Son texte pourrait se lire sans danger par les théologiens instruits qui le comprendraient, mais dans quel sens serait-il compris PAUL IV ET LES ORDRES ANGLICANS #1i

par la foule des laïques ? Ces derniers, après avoir lu sa leltre, en déduiraient qu'il n'existe aucunes bornes à la liberté d'opinion par rapport aux Ordres anglicans. Pour garder contre ectte erreur, j'ai suggéré que les mots de Paul IV, ainsi que d'autres arguments, surtout celui de « la pratique traditionnelle », rendent l’invalidité des Ordres anglicans théologiquement incontestable. À la fin de sa dernière lettre le P. Scannell me témoigna qu'il se rendait de mon avis. Dès lors la controverse aurait pu se terminer de la même sorte qu'elle se termine maintenant. Mais le P. Smith débuta comme un adversaire à outrance, et comme tel sa position doit être mise en contraste avec celle du Père Scannellet moi. Je considère qu'il affirme ce que nous nions. Il dit : {4: Que la Bulle et le Bref de Paul IV sont décisifs par rapport aux Ordres Anglicans; (2) que le terme #n forma Etcclesie employé par Paul est synonyme de « l'ancien rite anglais », ‘3: et que ce terme contredit l’autre : qui est « forme de l'Église anglicane ». Telle est la position que le P. Smith a prise (out d’abord contre le P. Scannell, et qu'il a soutenue depuis le commencement jusqu’à la fin de la controverse. C'est une position définie, déter- minée. Cela fait que nous voyons la dextérité avec laquelle il couvre sa retraite. Pourtant il ne le fait pas eflicacement. À la fin de la deuxième partie du quatrième paragraphe il dit : « Une telle déci- sion papale dans l'ordre pratique, suivie, comme elle l’a été actuelle- ment, par le rejet conséquent des Ordres anglicans depuis trois siècles et demi, constitne un argument tel que la prochaine commis- sion le regardera probablement comme une décision finale. C'est-à-dire que la Bulle et le Bref de Paul IV ne sont pas décisifs de la question des Ordres Anglicans, autrement : 4. Ils ne demanderaient aucun appui du fait qu'il ÿ a eu un « rejet conséquent des Ordres Anglicans depuis trois siècles et demi. » 2. Ils ne seraient pas modifiés par des phrases restrictives telles que celles-ci : « de l’ordre pratique », « en pratique », etc. De pareilles phrases ne s'emploient que lorsquela « décision » n’est pas « décisive». 3. Les mots de Paul ne seraient pas « un argument très important contre leur validité », mais un argument absolument irréfutable, et indépendant de tout autre argument. 4. La commission ne pourrait pas s'établir, « could not issue », comme un cours d'enquête. 5. La commission serait absolument obligée de traiter la Bulle et le Bref comme étant d'eux-mêmes définitifs. On ne croira pas que je m'amuse à couper les cheveux en quatre si j'insiste sur ce mot « décisif ». C'est le pivot de la controverse; la valeur et la force de l'argument du P. Smith, ainsi que du mien et de celui du P. Scannell dépendent de sa définition. J'agrée la posi- tion prise par le P, Smith, dans sa dernière lettre « La décision papale » {paragraphe 4, deuxième partie). Mais la manière dont il emploie le mot n'est pas la nôtre; et on doit bien se rendre compte que c’est le P. Smith qui est l'assaillant, et comme tel il fait la guerre au P. Scannell sur son propre terrain. C'est au P. Scanneli de définir ce qu'il entendait en disant que la Bulle n’était pas « déci- sive ». Et il a démontré qu'il employait un terme exact, technique et théologique, un terme qui signifiait causa finita est. Je n'ai qu'un mot de plus à ajouter, ma science est bornée, je me trouve donc dans un dilemme. Ou Paul IV prétendait opposer Île 812 REVUE ANGLO-RONAINE terme forma Erclésie à celui de forma anglicana, ou il ne le prétendait pas. Au premier cas, son jugement et sa déclaration sant un acte du pouvoir infaillible, donc ils sont décisifs, et ne peuvent être récon- ciliés aumoyen d'une commission d’ enquête. Au second cas, la Bulle et le Bref sont {comme le P. Smith insiste, et comme le P. Scannell et moi nous l’agréons) « un argument très” important contre la validité des Ordres anglicans, «et ce n'est pas improbable qu'ils soient regardés comme étant d'eux-mêmes définitifs ». Mais, je le répète avec insistance, la Bulle et le Bref sont par ces raisons nimes « non décisifs », ainsi que le P. Scannell et moi l'avons démontré. James V. WamWicx. Balham, S. W. novembre 1895.

        Monsieur,                          (Tablet, 7 déc. 1893.)
Je n'ai rien prétendu de ce que le P. Breen m'impute. J'ai dit {*

que l'enquête iustituée par Léon XI a pour but la guesfion de la valulité des Ordres anglicans, et 2 qu'une décision définitive exclut nécessairement toule enquête postérieure. Mon raisonnements'ac- corde avec la règle ordinaire, savoir: une question nne fois décidée ne peut jamais redevenir une question; l'enquête à propos de la validilé des Ordres anglicans la suppose être une question; done. relativement à cette question il n'y a pas eu de décision. Le P. Breen prélend que l'enquête n'a pas pour but la validité des Ordres anglicans, maïs la découverte de certaines choses incon- nues, Æ#.Q., si la Bulle de Paul IV fut promulguée. et d'accorder satisfaction à nus amis anglicans et à leurs patrons, ainsi que pour éclairer l'ignorance romaine qui doit ètre « eolossale » à en croire le P. Breen. On verra à coup sûr que mes raisonnements sont bien différents de ceux que m “attribue le Rév. Père, qu'il me charge d'ignorance (j'espère qu'elle ne sera pas plus grande que celle qu'ilimpute à Rome”. mais du moins qu'il ne me charge pas d'une fausse logique de sa propre invention. On verra aussi qu'il a changé la question que nous discutions. Ce fut d'abord, que vaut le jugement de Paul IV relative- ment aux Ordres anglicans ? C'est aujourd'hui. quel est le but de la commission d’enquèle? Cette question se résoudra facilement en démontrant l'autorité qui ordonne l'enquête. On y trouvera constaté pourquoi elle se fait. Je n'ai pas vu ce document, et jusqu'a ce que je le vois, le P. Breen me pardonnera si je garde ma conviction que c'est une véritable comrnission d'enquéte sur la validité des Ordres anglicans. . En ce que dit le P. Breen de la Table du « Nag's Head Tavern», en citant Delasge eten parlant de Duchesne et de Daibus je ne pense pas qu'ilsoit sérieux. Ilne fait que bavarder. Ses prétentions ne sont pas plus vraies que d'autres que j'ai vues dans le « Table! : et qui affirmaient que les défenseurs français des Ordres anglicans font leur seul ou leur plus important argument de la porrection des ‘instruments. Je désire seulement constater la question très claire- ment surtout pour ma propre satisfaction. Dans ce but je propose la considération suivante: Si Paul IV donna une décision quelconque, eùt-elle pu ne pasètre définitive ? Quoi quece fût que la Bulle décidät. quoi que ce füt que Paul IV eût l'intention de décider dans cette Bulle, cette chose, à mon avis, fut décidée d’une manière définitive, ‘ ou bien pas du tout. James V.WARWICK. Baiham, S. W., 30 Novembre 1895, TABLE DES SOMMAIRES DU TOME I

                 SOMMAIRE DU NUMÉRO 1
                                                                           PAGES

                            Lettro de
                                    $. Em. le Cardival Bourret.,              3
 F. Porta..............     Pour l° Union nssnesssersseseeseseeressee          Es
 A. BoupinNmon...........   Le pouvoir des clés ot l'épiscopat........       16
                            Chronigque.....,,,..,......,.....,.,...4         24
                            Livres et Revues....,.. ...,.,..........         29
     DocumexTs...........   Leonis Papæ XIII KÉpistoia spostolica ad
                              Anglos. — Alexandre 111. Discours de
                               M. Pobédonostzetf. — Mémoire sur la
                              question des écoles cn Angletorre...           33


                 SOMMAIRE DU NUMÉRO 2
                            La Confession do Pierre ot la promesse
                              do Jésus... pissnases versereosessre


                            Chronique.....,,.....,...,........:
                                                            ,..
                            Livres et Revues .............,.....,..,
                            Lettre encyclique du Patriarche grec de
                              de Constantinople.—Leonis Papæ XI
                              litters apostolicræe de Patriarchatu Alex-
                              andrino Coptorum. — Mémoire sur la
                              question des écoles en Angleterre...           8i


                 SOMMAIRE DU NUMÉRO 3

A. G. SPOTTISWOODE........ L'Église Anglicane vue du dedans....... s7 V. ERMONI.......,...... L'Église romainc en face de l’Église grec- que schismatique ...........,,,....... 108 Chronigue.......,,......... ,......,... 120 Livres et revues.......,,, ,.......4,... 424 Documenrs........... Loonis Papæ XIII Epistola apostolica prin- cipibus populisque universis. — Leonis Papsæ XIII Litterse apostolicæ de disci- plina Orientalium., — Nouvelle déclara- tion des éréques catholiques d’Angle - terre sur la question scolaire ...,..... 129

                 SOMMAIRE DU NUMÉRO #

Dr A. FEnnanp ............ L'homme ot PAnthropologie cesser 145 V. ERMOxI.............. L'Église romaine en faco de l'Eglise grec- que schismatique ...................4. 453 Chronique...............s.....ssse.. 174 Ritus Ordinationum Anglicanus...,...... 177

                 SOMMAIRE DU NUMÉRO 5

Rev.T.A.Lacer................ L'imposition des mains dans les consé- crations épiscopales .................. 193 MarcGaïpa................ De la peinture au moyen âge. — I. Les peintures de la Cathédrale de Cahors. 244 Chronique............................. 2252 Livres et Revues.........,.,........... 223 .. DocumenTs..,..... Ritus Ordinationum Anglicanus. —‘Ritus catholici....,............,.. nou sers 22 : SOMMAIRE DU NUMÉRO 6 PAGES

    ARTHUR LOTH........       La Prière pour les morts dans l'antiquité
                                chrétienne...........................       at
     Enize BEURLIER....       Pourquoi la France est-elle restée catho-
                                lique au xvit siècle...........,.......     55
    Ausrix Richanpsox..       Un prêtre anglican (portrait. ..........,     FA
                              Chronique.........,...   ................     =
                              Livres et Revues........................      23
             Docuuexrs ....   Ritus catholici. — Instrumenta ad Lega-
                                tionem Poli pertinentia ...............     353


                      SOMMAIRE DU NUMERO 7

     W.H. Hurron......        William Laud,archeréque de Cantorbéry.        254

Right Rev. W.B. Hornay...... La Mission anglaise des Universités dans l'Afrique centrale..................... 303 D. Cnoisxarn... Apercu historique de la restauration du Piain-Chant grégorien ........... .... 30% Chronique..............,........ ....., 316 Livres et revues ................,..,.... 348 Docrvuexrs. Pritre tirée du Missel de Leofric. — Documents divers relatifs aux ordina- tions anglicanes. — Congé d'élire. — Lettre de Sa Sainteté Léon XIII à S. Em. le cardinal Parocchi (archéologie chrétienne)...........,............... a2i

                      SOMMAIRE DU NUMERO 8

      Lorp HaLirax......      Autorité et Juridiction. — Lettre au
                                Church Times..........,.....                 338
        W. Ucarécon....       Observation d’un théologien anglican....       3#
        À. BouDiNuox...       Primauté, schisme et juridiction.........      3
                              Chrouique............................ . $
                              Livres et Rovues.................,..... 38t
             Documents ..     Ordinations des Abyssins. — Tabula con-
                                secralionis W. Laud. — Registre de
                                Parker........,..,.....,........... 362


                      SOMMAIRE DU NCMERO 9

         F. PonrTaL......      Dos Conférences entre catholiques et an-
                                 glicans: Lettre de S. Em. le cardinal
                                 Rampolla, Discours de Lord Halifax... 385
Rev. F.-W, Purrer......        Les Ordinations anglicanes et le Sacrifice
                                 de la messe .....,...,.........,..... 395
                               Chronique. — Correspondance.               HE
              Documexts..      Registre de Parker. Lettre de S. s. Léon
                  ‘              XIII aux évêques et aux catholiques de
                                 Hollande. ............................       on


                      SOMMAIRE DU NUMERO 10

 Rev. F.-W. PcLiLer......     Les Ordinations anglicanes et le Sacrifice
                                 de la messe.........................         LS
       CS.    H............    Le Calendrier anglican..................       45
                               Chronique........................   .....      ë
              Documents...     Livres et Revues.............,.........        &t
                               Lettre de S. S. Léon XIIE à S. Em. le car
                                 dinal Langénieux.— Lettre du Patriar-
                                                                  ..
                                 cho Chaidéen aux Nestoriens........          46

SOMMAIRE DU NUMÉRO 11 PAGES

       Mor Gasparrs....      De ia valeur des Ordinations anglicanes..       481
 Rev. E.-W. PuLLER......     Les Ordinations anglicanes et le Sacri-
                               fice de la messe.......................       494
                             Chronique. ..., ...,........,......,..,         508
                             Livres at Revues....................,...        #10
             Documenrs...    Lettre du PatriarcheChaldéen aux Nesto-
                               riens.— Lettres apostoliques de S.     S&.
                               LéonXI]I, accordantun jubilé extraor-
                               dinaire à la France..................         513

                  SOMMAIRE DU NUMERO 12                                             «
        Mor Gasparri.. .     De la valeur des Ordinations anglicanes.        529
                             Chranique............,... .............         558
                             Livres et Rovues.......none prsreseeessee       539
                             M. Khomiakoff et l'Eglise orthodoxe.
             DocumaN Ts...     [Le Cardinal Vaughan et la «Vie du
                               Cardinal Manning »..........,......,          561
                  SOMMAIRE DU NUMERO 13
             “rx #*          Les Ordinations anglicanes à propos d'une
                               brochure.............. tssersussssss          571
     Austin Ricmarpson..     Une visite au Dr Pusoy. ................        593
                             Chronique........................,.,...         601
                             Livres et Revues...................... .        603
             Documents...    Considerationes   modestæ     et   pacificæ
                               controversiarum de Eucharistia.......         669

                  SOMMAIRE DU NUMERO 14
       J.-B. Coutueaux..,    Abouna-Salama....,.,.........,,,,,...           625
  Rav. T. A. Lacey........   La doctrine de Nicolas Ridley sur l'Eu-
                              charistie.............,... Léseusess           637
                             Chronique. — Correspondance..........           #48
                             Livres ct Revucs.......................         652
             Docuwenrs...    Considerationes modestæ et pacificæ con-
                               troversiarum de Eucharistia..........,        657
                 SOMMAIRE       DD    NUMERO 15
       JB, Coursratx...      Abauna-Salama.....,,.......,...,......          673
        V. Ermonr.......     L'Eglise Romaine en face do l'Eglise
                               grecque schismatique.— Une réponse.           697
                             Chronigque...........,,....,............        782
            Documents...     Considerationcs modestæ et pagificæ de
                               Eucharistia....................
                                                          .... .             165
                  SOMMAIRE      DU NUMERO 16
     Austin Ricæanpson..     Les partis dans l’Église anglicane.......       724
         F,. PorraL......    La crise religieuse en Angleterre. .......      128
                             Chronique....................,.......,.         741
                             Livres et Revues......................,         750
            DocuuexTs.....   Considerationes modestie et pacificæ con-
                               troversiarum de Eucharistia..... rose         298

                  SOMMAIRE DU NUMERO               17

Rev.G. Bavriezo Romerrs..... Primauté, Schisme et Juridiction........ 169 Vivia........ L'English Church Union.........,..,..., 719 J. GrowE.... Les ordres anglicans et la théorie de l’In- tention..... dsaseseesseress ses 783 Chronique............ ... ........,.... 792 Livres et Revues...................,.... 193 Documents... Paul IV eties ordres Anglicans (corres- pondance ardesséeau Tablet.) — Tablo des sommaires. Table alphabétique par noms d'auteurs du Tome I.. ....,... 801 «

“ TABLE ALPHABÉTIQUE PAR NOMS D'AUTEURS DU TOME I Ph

                                                                                             PAGRS


     Bayriezp Roperrs (Rev. G.). — Primauté, Schisme et juridiction. ........                 169
     Beuriter (Émile). — Pourquoi la France est-elle restéc catholique au
                                     œvio giècle.........,...........e cesser                 253
     Boupinnon (A.).            - Le Pouvoir des clés et l'épiscopat..... ........ |
              —                   -Primauté, Schisme et Juridictiog   ...................     348
     Cuorsmaro (D.). — Apercuhistoriquedelarestauration           grégorien.   301
     CourBeaux (J.-B.).— Abouna-Salama...... duseusessessessreses       625 et 613
     Crowe (J.1.... Les ordres anglicans et la théorie de l'intention du@nistre,              383
     Enmonr (V.). — L'Eglise romaine en face de l'Eglise grecque schisma-
                     tique.............. de sesssasss cesser. 408, 153 et 697
          —_       Dictionnaire grec-francais des noms hturgiques {Bibliog.). 223
     FerranD (Dr) — L'homme et l'Anthropologie.....,......................    145
     Francx (D' J.). — Les limites de notre science ..............        .....
                                                                        .....    59
     Gaïna (Marc. — De la painturæau moyen âge.................,........        ait
     Gasranui (Mgr). — De la valeur des Ordinations anglicanes........ 481 et 52
     H... (C.-S j. — Le Calendrier anglican................,,...,..,... grues   338
     Hazirax (Lord). — Une lettre au Church Times..........................     338
     Horaxuy {Right Rev. W. B.). — La Mission anglaise des Universités dans
                                        "         l'Afrique centrale............... ......     303
     Hurron (W. H.}.— William Laud, archeväque de Cantorbéry............                      285
     L...(F.).— Notes et souvenirs pour servir à l’histoire du parti monar-
                           chique, par le marquis de Dreux-Brézé. — La campagne
                           monarchique d'octobre 1873, par Ch.Chesnelong (Bibliog.)..          18
          —               Russia and the English church during the last fifty years per,
         _—                 W. G. Birkbeck {Bibliog.)...............................          559
     Lacey (Rev. T. A). — L'imposition dos mains dans les Consécrations
                      :                 épicopales...................,.................        195
              —                       La Doctrine de Nicolas Ridley sur l’Eucharistie...       637
     Lorsv (A.).— Le confession de Pierre et la Promesse de Jésus... .........                 LH
                           De Leontio Byzantino, par V. Ermoni {Bibliog.}.......,....          135
     Lors (Arthur). — La Prière pour les morts dans l'antiquité chrétienne...                 2461
     Porraz (F.). — Pour l'Union ..........,........,..........,.4....s..e.                      $
         _           Des Conférences entre catholiques et anglicans...........                 385
          —                    La crise religicuse en Angleterre.................,......       728
     Pucen (Rev. F. W.). — Les Ordinations anglicanes et le Sacrifice de la
                                            Messe........,....................   395, 433 et 494
     Ricuanpsox (Austin). — Un prêtre anglican........................ .....                   258
              _—            Une visite au Dr Pusey............... ..........                   593
                  —                    Les partis dans l'Église anglicane...............       721
     Srorniswoone (G.-A.).— L'Église anglicane vue du dedans................                    97
     Ucacécon. — Autorité ot Juridiction....,...................... Less                      339
     Viviax. — L'English Church Union............ .................. .....                    T3
        *#* _— Les Ordinations anglicanes à propos d'une brochure...........                  577

                                              Le Directeur-Gérant : FERNAND PoRTAL.
                           PARIS. — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 4%.