Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1896

Télécharger le NUMÉRO 7 en un seul fichier PDF

Post-Vatican II etude-privee
Version unique

1 ANNÉE x 18 JANVIER 1896

                           REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Matt, xvr, 18.10.

      W. H Huron                il          Laud, archovéque de                   3
                                                                            Cantorbérs.   "29

Right Rer. W. B, Honxas * jan anglaise dos Universités dans Fr ue Centrale. Fe 303 D. Cnoisxaun.. Apei la resiroration du 307 516 ; EI » Documents.

                                                                                          ET



                                     PARIS
     RÉDACTION              ET             ADMINISTRATION
                          AT, UE           CASSETTE


                                       1896




                                                             riginal from
                                                             SITY OF MICHIGAN

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES FRANCE A LA PAGE: Un An Six mois 30 fr. TROIS MOIS 20 tr. 10 fr.

          ÉTRANGER                                               A LA LIGNE:

Un An ésssssiues fr: Sur 4/2 colonne: la ligne. fr. Six mois. - 48fr. TROIS MOIS 7fr.

                                                      Les annonces sont reques
                  France... O.fr. 50               aux bureaux de la Revue 17.

LE NUMÉRO ÉTRANGER... fr. » rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

      MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
               Jeanne     terrassant la Franc-MaÇonnerie

A l'heure présente, un peu partout, mais seulement son étendard_où brillent les surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l'extrémité dr prises: l'armée de Dieu et do la religion, la hampe, elle frappe et traverse le dr ct la franc-maçonnerie. gon représentant la Franc-Maconnerie. Le Le Souverain Pontife a dénoucé le danger monstre est revêtu des insignes maçon: qui menace la société civile, en même temps es; dans sa rage impieil renverse le ca- quo le caractère criminel de la secte, ses lice ét l'hostie, et il exbale son cri de rage: projelset ses artifices Në Dieu ni-Maïtre. Lo cheval se cabre av invite les chrétiens à combattrn otà dessus des Saints Mystères profanés : et repousser l'ennemi, non pas avec des ar- Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en mes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre: De par le Hu ea pleine lumière et bien ouvertement. du Ciel! On a voulu répondre à la voix du Pape, On a su, un art parfait, renfer par une médaille que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaille comme un signe de sa foi ot de sa soumis- tout ce drame religieux et patriotique. son. C'est un petit chef-d'œutre do dessin et dr Cette médaille qui est une véritable œu- gravure.

vre d'art, réunit l'amour de l'Eglise ot Nous tenons cette médaille en argent à b V'amour de la France sous les traits de disposition de nos lecteurs. Jeanne d'Arc terrassant la Franc-Maconne- 11 suffit d'adresser, on mandat-posts. rie. autant de fois 4 fr. 25 que l'on désire r. “out le monde connait l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. grand Maître interdisaauxnt loges d'accop- Par unité, ajouter © fr. 5Q en sus puir er la féte nationale de Jeanne la bonne la recommandation à la poste. Française, et l'opposition que la secte Par quantité de 4 douzaine et au-dessu continue ‘de faire à la Pucelle et à son et pour les localités desservies par le chr- triomphe. min de fer, en raison de Ja valeur déclartr C'est do à que vient l'idée ou le dessin compter un minimum de deux franc» de ia médai pour le port et l'emballage. Jeanne à cheval, arméo du secours de Envoyer les lettres et mandats à M. l'al. Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministrateur de la Revue, 11, rue Casscitr. WILLIAM LAUD

                    ARCHEVÊQUE DE          CANTORBÉRY

C'est avec le plus grand plaisir que j'accepte, à la demande cour- wise et fraternelle du directeur de la Revue Anglo-Romaine, d'écrire quelques mots sur le grand prélat anglais du xvu siècle." Bien qu'il y ait quelques points dans sa vie eLses opinions de na- Lure à déplaire à nos frères de l'Église romaine, ilen estd'autresqu'ils admireront, je le sais; et ils seront du moins tout préparés, après avoir lu celte étude, à étudier son rôle particulier et le jour qu'il projette sur l'histoire de l'Église anglaise. am Laud naquit le 7 octobre 1373. Îl fut exécuté le 10 janvier

1 Nous avons cru qu’une étude sur Laud intéresserait particulièrement nos lec- teurs français, Cet archevêque, en effet, est une des personnalités les plus remar- qubles de l'Eglise anglicane; il a contribué plus que tout autre à refouler le courant calviniste qui l’envahissait; il a lutté pour la conservation de la doctrine seramentelle et contribué puissamment à la restauration des cérémonies et du culte. Laud a été un des plus illustres représentants des idées religieuses d'Henry VIII et un des adversaires les plus vigoureux des idées religienses qui ut dominé sous Edouard VI. Mais, comme le dit l'éminent auteur de l'article, «il est des points do nature à déplaire aux catholiques » dans cet homme par ailleurs si digne de notre intérêt. Sa controverse contre les théologiens romains l'amêne à soutenir des thèses que nous ne saurions admettre. Nous avons pensé cependant qu'il était nécessaire de les connaître, non pas seulement à cause de lintérét rétrospectif qu'elles présentent, mais parce que beaucoup d'anglicans les professent encore. Nous nous contenterons de faire à ce sujet trois courtes remarques :

{+ Au sujet de l'ivfaillibilité personnelle du Souverain-Pontife, rejetée par Laud, rejetée à cotte même époque par un certain nombre de théologiens catho- liques, nous devrions nous souvenir, dans l'Eglise anglicane comme dans l'Eglise romaine, que derrière ee mot se cachent bien des malentendu 2 L'intolérance de l'Eglise romaine a sauvé, au Concile de Trente, lo dépôt de tradition, 11 est d'ailleurs curieux de voir Laud accuser Rome d'intolérance, lui qui, certes, n’a guère été tolérant envers les auteurs de ces mêmes doctrines condamnées par le Concile de Trente. 3 Au sujet de plusieurs Eglises également véritables, également légitimes, il aurait bien à di:

Que les Eglis de l'Eglise-Mère, puissent conserver les sacrements & posséder une certaine juridiction, cela n'est pas douteux. Mais qu'elles puissent légitimement séparées et que le troupeau du Sauveur ainsi divisé en plusieurs t la réalisation de la volonté de Jésus-Christ : unwm ovile et unus pastor, Voilà qui est inadmissible. — F. P.

 REVUE ANGLO-ROMAINE. — 7. 1. — 19.




                                                                 riginal fn

                                                        UNIVERSITY
                                                                OF            MICHIGAN

be |

290 REVUE ANGLO-ROMAINE 1644. Son éducation commença à l'époque où les Anglais étaient le plus opposés à la cour de Rome et à l'Espagne. L'offre du Saint- Père d'accepter le « Livre de prières anglais », si elle avait abouti, aurait pu faire cesser la grande rupture. L’excommunication et la déposition d'Élisabeth firent passer le confit sur le terrain politique et rendirent le différend irrémédiable. L'Armada augmenta l'opposition entre l'Angleterre etles puissances <atholiques du Continent. Ce fut au milieu de ce sentiment national passionné que Laud reçut son éducation. IL s'éleva lentement aux plus hautes fonctions. Il devint président de son collège de Saint Jean-Baptiste, à Oxford; puis successivement doyen de Gloucester, évèque de Saint-David, évêque de Bath et Wells, évèque de Londres, et enfin, en 1633, archevèque de Cantor- béry. Comme ami de Buckingham et de Strafford, il se trouva en rapports intimes avec le roi Charles I", devint son confesseur, et exerça une grande influence sur sa politique religieuse. Dans l'0 nion populaire, il fut aussi identifié avec les mesures arbitraires de Charles à l'égard de ses Parlements, et, quand les.presbytériens arrivèrent au pouvoir, il fut d'abord emprisonné, puis décapité, parce que ceux-ci le regardaient comme leur adversaire dans l'Église et dans l'État. Telle fut, en quelques mots, sa vie. Ses actions et ses ouvrages montrent que son but principal fut de débarrasser l'Angleterre du calvinisme. Personnellement, il essaya de donner entièrement comme base à son enseignement, la Bible, les Pères, et les traditions angli- canes, interprétant ces dernières par les autres. Il s'attacha à mettre fin à l'irrévérence, au désordre et aux négli- gences dans le service divin.

  1. — En ce qui concerne les ornements sacerdotaux, Laud se servit de ceux qui avaient été gardés depuis la Réforme dans les chapelles royales et ailleurs. IL. — Il fixa les autels dans les églises, disant que « l'autel est a plus grande des places où Dieu se tient sur terre. car c'est là : « Hoc est corpus meum », et que la sainte Table est « appelée autel », dans le sens que l'Église primitive lui donnait en l'appelant autel, et dans aucun autre. Telles sont sans doute ses mesures pratiques les plus importantes. Il soutint avec force que l'Église anglaise était une branche véritable de la sainte Eglise catholique du Christ, parce qu'elle avait conservé le ministère apostolique, les docteurs et les sacrements, Laudsoutintquel'Eglise romaineetl'Église anglaise faisaient toutes deux partie de la sainte Eglise de Dieu. Ainsi il condamnait toujours l'emploi de termes irrespectueux envers le Saint-Père. « Je n'ai jamais

approuvé, et je ne puis approuver le langage grossier dans la contro-

                                   UNIVERSITY
                                           OF     MICHIGAN

WILLIAM LAUD 291

verse, » Mais il croyait que, puisqu'il y avait une Eglise véritable en Angleterre, avec un ministère apostolique et une hiérarchie d'évèques jure divino, de prêtres et de diacres, aucun Anglais ne devait déser- ler cette Eglise, pendant qu'elle était séparée du Saint-Siège, en se soumettant individuellement à l'obéissance romaine Tout ceci, je le dis en manière d'introduction; mais je puis mieux faire connaitre, je crois, les opinions de l'archevêque qu'en montrant la position qu'il occupa dans sa controverse contre ceux qui n'appar- tenaient pas à l'Eglise d'Angleterre.

Que la controverse s'attaque aux mystères intimes de la religion, que l'homme puisse discuter des profondes réalités existant entre son äme et Dieu, c'est une misérable condition du monde tel que nous le connaissons. Cela donne une arme toute prête aux adversaires, aux hommes de mauvaise vie et aux hommes d'une croyance mal raisonnée, Et c'est un reproche que les chrétiens doivent endurer, mème s'ils ne le méritent pas. Aucune raillerie n'est plus aisée que celle qui porte contre l° « odium theologirum», el nous ne pouvons pas

facilement guérir la morsure des allusions méprisantes de Gibbon contre les disputes des « insectes théologiques ». Eten vérité, pour nous-mêmes, si nous prétendons juger avec ju li el impartialité, et comme des hommes pour lesquels la religion du Christ est la seule chose qui éclaire et glorifie la vie, il ne peut Yavoir qu'une perpétuelle condamnation franche et absolue de la controverse telle que nous la voyons pratiquée dans le passé, et telle que nous la voyons trop souvent en usage aujourd'hui.

Aucune sphère de l'action humaine n'a besoin plus clairement d'être soumisé à la règle du Christ que la sphère de la controverse. Aussi longtemps que les hommes eroiront à l'existence d'une vérité vitale ; aussi longtemps qu'ils reconnaîtront qu'une croyance ferme “soigneusement raisonnée, basée sur des fondements solides, esL une nécessité pour tout homme appelé à penser et à prier ; aussi longtemps en somme que les hommes reconnaitront qu'il y a une vérité ou une science, el que cette vérité ou celte science doivent être l'objet d'une recherche constante : aussi longtemps la contro- verse subsistera. Notre divin Maitre lui-même ne put l'éviter et nous laissa, comme toujours, des principes parfaits et constants qui doivent nous guider lorsque nous aussi nous voulons établir notre enseignement et notre croyance par la discussion. Aflirmer absolu- ment sans crainte la vérité, telle que nous la connaissons; dénoncer

sévèrement tout ce qui ressemble au manque de réalité dans les arguments, à la feinte,au subterfuge; — stigmatiser ceux qui « sup- priment la vérité injustement », — se saisir avee promptitude du ter- rain et des armes del'adversaire ; discuter avec lui, et cela selon ses propres principes, d'après les vérités qui frappent son esprit

                                               UNIVERSITY OF MICHIGAN

292 REVUE ANGLO-ROMAINE

voilà, je suppose, quelques-unes des leçons que nous relirons des controverses du Christ. Nous apprenons aussi j'ose le croire, que les exemples familiers et l'ironie ne sont pas incompatibles avec la dignité ou la douceur, avee le respect instinctif pour la sainteté et la beauté de la Vérité divine. Si nous devonsdiseuter, discutons d'après l'esprit du Christ. En parlant du grand prélat anglais du vu siècle, il est impossible de ne pas étudier son rôle dans la controverse en général et dans les controverses de son temps. Laud n'était pas un controversiste à proprement parler. Il est des hommes faits « pour lutter ardemment en faveur de la Foi », et d’autres dont la vocation (d'une beauté plus manifeste) consisteà « se dévouer pour les âmes des individus ». Laud fut appelé à la fois, en partie, à ces deux rôles. Mais il ne se donna entièrement à aucun des deux. Nous ne connaissons pas beaucoup ce qu'il fit comme prêtre de paroisse. Quant à la controverse proprement dite, c'est-à- dire la controverse parles livres, nous savons qu'il s'en oceupaseule- ment par hasard. Il ne s'enferma pas comme un savant dans son cabinet de travail, afin d'écrire un grand livre qui renverserail son adversaire : il fut appelé tout d'un coup, dans des occasions pres- santes et presque inattendus, à affirmer en public les opinions qu'il soutenait, et cela comme champion de l'Église à laquelle il apparte- nait. Ses ouvrages de controverse ne sont qu'au nombre de trois: 4° Un rapport de la Conférence entre W. Laud, alors évêque de Saint-David, et Alaster Fisher le Jésuite; æ Une réponse au discours de Lord Saye et Sele touchant la Liturgie; 3° Une réponse au discours de Lord Saye et Sele sur le projet de loi ayant rapport au pouvoir des évêques dans les affaires civiles. I ÿ à naturellement quelques autres sujets de controverse dans ses ouvrages. Le discours sur Prynne, Barton et Bastwich, par exemple, contient quelques courtes réponses à leurs allaques contre la hiérarchie dans l'Église; mais les trois ouvrages que j'ai cités sont les seuls que l'on peut vraiment appeler des ouvrages de contro- verse. Encore sont-ils des ouvrages de « circonstance » ; Laud était administrateur : s'il était appelé tout à coup à répondre à quelques adversaires, il répondait et s'en retournait à ses affaires. IL est juste de dire, je crois, que ce n'était pas un controversiste; mais puisqu'il ne put éviter la controverse, il est nécessaire, pour bien apprécier son talent et son œuvre, de discuter la position qu'il prenait et les méthodes par lesquelles il la goutenait. Il vaut mieux, je pense, commencer par parler brièvement de ses deux réponses aux attaques des Puritains. Lord Saye et Sele était un gentilhomme obstiné el excentrique,

                                  UNIVERSITY   0       (CHIGAN

Lou siéié

                         WILLIAM LAUD                                    293

possédant eette étrange et inexplicable confiance dans son propre jugement, et ce mépris ignorant pour les opinions et la naissance des autres que l'on trouve d'une façon si caractéristique chez les pairs de la Réforme. Les deux discours de ce grand seigneur auxquels Laud jugea convenable de répondre, furent composés après que l'Archevêque fut mis en prison, el lorsqu'il était incapable de répli- quer lui-même à la séance de la Chambre des Lords; il y avait dans celle atlaque une bassesse particulière, puisque celui qui en était l'objet allait probablement être condamné à mort. Le premier discours concernant la Liturgie était divisé en trois parties : 1° une narration méprisante de l'origine et de la vie de Laud ; % un plaidoyer en faveur des cérémonies, improvisées plutôt qu'écrites, dans le culte public; 3° une défense pour lui et pour ses amis qu'on accusait de « séparatisme ». Au premier article, l'archevêque fit une réponse très digne : et à la vérité, ce sujet ne nous préoccupe guère. La« naissance » de l'archevêque ne condamne ni ne justifie sa théologie. Aux deux autres articles il était plus nécessaire de répondre, el celte partie n'est pas sans intérêt pour nous, Anglais, à cause de l'altitude des dissidents de nos jours. La discussion des Puritains portait sur ceci : que dans le culte, les Sacrements administrés, les prières devraient être l'expression de l'inspiration du prêtre. La réponse de Laud est une réponse en faveur du droit qu'a l'Église d'établir des formes fixes de prière. Les apôtres avaient certainement le pouvoir, et ils s'en servirent, d'établir une doctrine, et ils employèrent une forme d'ordination, par l'impo- sition des mains et quelques paroles. Et vraiment « on ne peut nier que l'Église ait eu et ait encore le pouvoir d'établir une forme fixe de Prière, ou n'importe quelle chose de ce genre ».

Lord Saye et Sele disait que l'usage des prières établies faisait précher les hommes misérablement. Ona donné, à plusieurs époques, beaucoup de raisons pour expliquer les mauvais sermons. Celle rai- son de Lord Saye était bien étrange dans une Église de grands pré- dicateurs et de formes établies, et Laud n'eut pas de peine à en prouver l'absurdité. Mais, «est-ce que les évêques n'emploieraient pas mieux leur temps à faire des prières à eux qu'à répéter celles des autres? » Laud répond aussi à cela, el se résume en disant: « La question n'est pas de savoir si une prière négligemment préparée où une prière bien préparée et offerte à Dieu négligemment et sans dévotion (comme c'est le cas trop souvent, Dieu en ait pitié!) vaut mieux que d'autres prières bien composées et dévotement pro- noncées ; — mais simplement si une prière bien préparée (telle que

la Liturgie de l'Église d'Angleterre en offre un exemple) est rendue e rien que parce qu'on l'impose, de façon que l'office lui-

                                              UNIVERSITY OF MICHIGAN

294 REVUE ANGLO-ROMAINE même ne devrait pas être exaucé. » C'était à la vérité une lutte étrange dans laquelle Lord Saye s'était engagé, en soutenant que des formes légitimes en elles-mêmes, dès qu'elles avaient été imposées par l'autorité publique, devaient être rejetées par la conscience in duelle. : La question de « séparalisme » nous amène encore plus définiti- vement parmi les controverses d'aujourd'hui. Lord Saye et Sele émettait cette assertion, qui nous est maintenant familière, à savoir que : par adhérence à l'Église Universelle ou Catholique on ne vou- lait pas dire autre chose que l'attachement aux principaux articles de la foi chrétienne, qu'il n'y avait de schisme qu'en les rejetant, et que chaque Église et chaque congrégation pouvait faire comme elle “entendait en matière d'administration, de liturgie, de culte. Deux séries d'arguments peuvent être relevées comme réponse à ceci :

4 L'autorité sur chaque conscience est légitime ; 2 L'impossibilité pratique de différer de l'Église comme adminis- tration et comme culte sans se séparer aussi de la foi. Ces deux arguments, Laud les fait fortement ressortir. Il est absurde de nier que vous vous séparez quand l'histoire et les lémoi- gnages des yeux et des oreilles des hommes sont contre vou «J'imagine humblement qu'il est cerlain que celui, quel qu'il soit, qui ne veut pas s'unir en une prière publique avec l'Église nationale qui sert Dieu comme elle le doit, est un « sécessionniste », Mais l'Église d'Angleterre telle que la loi l'a établie, sert Dieu comme elle le doit ; c'est pourquoi, My Lord, en s'abstenant de se joindre aux prières qu'elle prescrit, on est un sécessionniste ». Voilà une réponse logique et complète. Il faut permettre à ceux qui sont restés attachés à une société religieuse de l'histoire, de défi- nirce qu'ils veulent dire par séparation. Or, les hommes d'Église considéraient Lord Saye et son école comme des séparatistes. Il était aussi très facile de montrer que les Brownistes et les Indé- pendants s'étaient en beaucoup de points éloignés de la foi, qu'en fait tous les Anabaptistes et les Brownistes déclaraient l'Église d'Angle- terre antichrétienne. C'était là une bonne occasion pour condamner sévèrement le Calvinisme, « Presque tous disent que Dieu de toute éternilé condamne la plus grande partie de l'humanité au feu éter- nel, sans regarder du tout leurs péchés. Cette opinion-là, toute mon âme l'abhorre: car elle fait de Dieu, le Dieu de bonté, le tyran le plus féroce et le moins raisonnable du monde. La question n'est pas ici de savoir ce que Dieu pourrait faire par un acte de pouvoir absolu, S'il voulait agir ainsi avec la créature qu'il a créée de rien, mais ce qu'il a fait, el ce qui s'accorde le mieux avec sa sagesse, sa justice et st bonté. »

                                     UNIVERSITY 0   UCHIGAN

WILLIAM LAUD 993

Laud sar it au moins aller jusqu'au fond des choses, et dans celle réponse il démontre clairement que l'attaque des Puritains se résu- mail ainsi : Le gouvernement de l'Église est antichrétien, et l'É, se trompe dans ses principes fondamentaux. Le second discours de Lord Saÿe auquel Laud répondit, fut sa harangue contre les évêques à propos du projet de loi ayant pour but de les empêcher de prendre part aux délibérations de la Chambre des Lords. La réponse de l'archevêque fut une défense du Ministère sacerdotal par l'histoire.

  1. Il esquissa l’histoire du clergé dans l'Ancien Testament, montrant la sanction divine don il était revêtu etsa succession ininterrompue, et marqua la place du clergé dans les affaires temporelles. « Rien d'aussi ancien ne peut être prouvé aussi clairement que ce fail, que 4.000 ans auparavant, el sous la Loi, les prêtres, surtout les princi- paux prêtres, s'occupèrent vraiment des affaires temporelles et

aidèrent à les administrer. » IL. 11 discuta l'influence de l'Ancien Testament sur les coutumes chrétiennes. TILL. 11 défendit l'ordre historique de l'épiscopat. « C'est la tradition constante el universelle de Loute l'Église du Christ, » ce qui est la plus grande autorité après les Écritures, que les évêques sont les successeurs des apôtres et des prêtres faits à l'image des soixante-dix disciples. IV. Il expliqua et justifia par l'histoire le droit qu'ont les évêques de siéger à la Chambre des Lords et l'avantage qu'en retire la nation. Certaines phrases malignes doivent avoir porté coup. « Les évêques d'Angleterre, dit-il, ont été considérés, et avec raison, comme des hommes graves et expérimentés, el beaucoup plus dignes de voler au Parlement et de faire des lois que beaucoup de jeunes gens qui sont dans les deux Chambres... Ayant fait leurs premières études, avant d'aborder la théologie, comme ils peuvent et doivent le faire, ils seraient bien incapables s'ils ne connaissaient pas aussi bien les règles du gouvernement que la plupart des nobles, dont loute la jeunesse se passe à chasser le faucon ou le renard, et à d'autres choses encore. » Puis l'archevêque arrive à une défense générale de la part que prennent les membres du clergé aux affaires civiles, — démonstra- lion sensée et modérée de la sagesse qu'il y a à reconnaître leur part dans la vie commune. En histoire, à vrai dire, Laud était plus que l'égal de ses adversaires. La Constitution anglaise reconnait (pour un temps plus long qu'elle ne le fait pour tout autre pouvoir, hormis celui de la couronne) le droit qu'ont les évêques de siéger dans la principale assemblée de la nalion. Ces discussions sont fastidieuses (pensons-nous très naturellement aujourd'hui), cependant elles ne sont pas sans importance encore à 296 REVUE ANGLO-ROMAINE notre époque. Une chose en particulier bien digne de remarque, en dehors de cette insistance sur les détails ennuyeux qui rendent les controverses du xvu* siècle si intolérables au goût moderne, est de voir Laud s'arranger toujours de manière: 4° à s'emparer du véritable point en litige, et 2 à élever la discussion au niveau le plus élevé. Les deux discours de Lord Saye contre la liturgie et contre le pouvoir politique du clergé donnaient à l'archevêque l'occa- sion de montrer, dans un langage clair et modéré, qu'une forme déterminée de culte est plus raisonnable, plus historique et plus respectueuse que les effusions improvisées, et de plus que la raison, l'histoire et le sens commun permettent au clergé (dont pourtant le pouvoir spirituel ne vient que de Dieu seul) d'agir comme ses frères, justement, honorablement, et non comme des partisans, dans la politique de son pays. La controverse dans laquelle Laud s'engagea contre les Puritains était, sans aucun doute, plus aiguë en ce qui regardait la vie pratique; mais ses ouvrages imprimés montrent clairement quel était vérila- blement le point de discorde. L'Église d'Angleterre se séparerait-elle de son histoire et subirait-elle une nouvelle réforme, à l'exemple des Protestants élrangers? A cette question Laud, par ses écrits et par ses actes, l'aida à répondre catégoriquement: Non. Les deux brochures dans lesquelles sa réponse à l'attaque des Puritains est résumée sont d'un intérêt touchant. Elles furent écrites par le vieillard dans la Tour de Londres, alors que, faible et malade, il sentait sa vie en danger. C'est une protestation en faveur de ce qu'il croyait être la vérité, protestation formulée alors que d'au- tres, qui eussent pu parler et courir moins de danger, se taisaient. Elles montrèrent du moins le courage indomptable de l'homme et sa profonde sincérité. L'administration ecclésiastique n'élait pas pour lui quelque chose venant s'ajouter à la foi primitive, mais sa véri- table et éloquente expression, et aucune crainte ne pouvait le déterminer à taire ce qu'il regardait comme vrai. Quoique ces brochures soient intéressantes, la renommée de Laud comme champion de l'Église d'Angleterre dans les écrits de contro- verse repose surtout sur la part qu'il prit à la lutte contre Rome. Aucun écrivain de son siècle n'était aussi célèbre sur ce terrain. L'Église d'Angleterre accueillit son livre comme l'expression la plus claire de ses principes qui ait jamais été énoncée. Le clergé et les gens du monde le lurent et le relurent; la littérature contemporaine est pleine d'allusions à cet ouvrage. Le roi, comme on sait, l'analysa lui-même, et, dans sa dernière et louchante entrevue avec ses enfants, il le leur donna, avec le « Gouvernement Ecclésiastique » de Hooker et les sermons d'Andrew. Ces trois livres sont vraiment les types parfaits de l'expression

                                   UNIVERSITY OF MICHIGAN

WILLIAM LAUD 297

choisie du meilleur côté de la théologie anglaise, patiente, honnête, savante, claire et pieuse. L'entretien de Laud avec Fisher fut, comme beaucoup de contro- verses de ce lemps, occasionné par un cas de conscience pressant et personnel. La comtesse de Buckingham, la mère du brillant Georges Villiers, avait été probablement déjà convertie au catholicisme par un nommé Percy ou Fisher, Jésuite fort célèbre. La femme de son fils avait suivi son exemple, et le duc lui-même semblait perdu pour l'Église d'Angleterre. Des entretiens commencèrent, suivant le désir de Buckingham ou l'ordre du roi, entrele D' Francis White, recteur de Saint-Pierre-Cornhill, et Fisher. Après deux réunions, le roi désira que Laud, alors évêque de Saint-David, prit part à la discussion. Fisher imprima son compte rendu de l'entretien, White aus: at Laud fut enfin obligé d'agir de même. Réplique et riposte su virenl, et tout à coup en 1639 — dix-sept ans après que l'entretien avait eu lieu — Laud se trouva forcé de publier un rapport complet des événements. La forme adoptée rend le livre ennuyeux pour les lec- teurs modernes. Phrase par phrase, le livre de Fisher est repris, disséqué et réfuté. Une telle méthode a l'avantage d'être complète, mais ne peut éviter la monotonie. {1 est difficile de rassembler et d'introduire les arguments. de dois cependant parler un peu du contenu de ce fameux livre avant de rechercher les principes d'après lesquels Laud conduisit celle controverse, sans nul doute la plus célèbre qu'il ait soutenue.

Les points autour desquels s'engagea la bataille furent surtout : 1° La succession apostolique comme garantie de l'infaillibilité de lfoi dans l'Église : Fisher affirmait que ceci ne pouvait se trouver qu'à Rome ; ? L'affirmation que « l'Église romaine » seule, et toutes celles qui Parlicipent à sa foi, ont la véritable foiinfaillible, nécessaire au salut; 3 L'assertion que la foi n'a jamais été changée par l'Église de Rome, Le point essentiel était ce que l'on entendait par infaillibilité de l'Église. La question différait beaucoup de la lutte avec les Puritains. Les deux partis admettaient qu'il y a une Église visible et ininter- rompue, mais le sens de son infaillibilité était discuté. D'abord il y avait l'opinion de Fisher disant que les Pères avaient reconnu l'Église romaine infaillible. Ici ce n'était guère qu'une ques- tion de traduction. Saint Cyprien, saint Jérôme et saint Grégoire de Nazianze, saint Cyrille et Rufin, que voulaient-ils tous dire dans quelques-uns des passages cités? La réponse de Laud était que: nulle part ils n'ont reconnu l'infaillibilité personnelle du Pontife de Rome.

Laud examine ensuite la situation de l'Église grecque comme

                                             UNIVERSITY OF MICHIGAN

298 REVUE ANGLO-ROMAINS lémoignant d'une façon permanente contre cette prétention exclusive de Rome. « Elle a toujours été en substance une Église vérilable jus- qu’à cette époque. » La controverse Filioque est menée avec une clarlé et une justesse rares. « 11 est évident que plusieurs hommes de grand savoir ont élé d'avis que. a Filio et per Filium dans le sens de l'Église grecque, n'a jamais été qu'une question « àn modo loquendi, par . manière de parler, et en conséquence nullement fondamentale ». « Vous, dit-il à son adversaire jésuite, vous refusez de faire d'eux une Église (comme'le fait Bellarmin),et vous leur ôtez le salut, qui ne saurait étre obtenu hors de l'Église; mais, quant à moi, je n'ose pas agir ainsi. Et Rome à ce point de vue devrait être plus indulgente, quand ce ne serait que parce qu'elle a elle-même ajouté au Credo cel arlicle. Filique. Et d'ailleurs il est dur d'ajouter et d'anathématiser aussi. Ce ne devrait pas être si « facile de condamner un homme quant aux bases de la foi, encore moins une Église; surlont une Église aussi considérable et aussi vaste que l'Eglise grecque, spécia- lement s'il s'agit de lui enlever le nom d'Église. Les portes du Ciel n'étaient pas si aisément fermées aux mullitudes, quand saint Pierre en portait les clefs à sa ceinture ». Dès lors une discussion s'éleva sur ce qu'élaient vraiment les fon- dements de la Foi. Laud répondit: « les Articles du Credo. » Ceti amena naturellement à discuter la liberté que l'Église tolère. lei l'Angleterre, dit Laud, reste hardiment libre el tolérante, tandis que Rome est plus sévère. « Elle reste bien en deçà de l'austérité de l'Église romaine, dont lesanathèmes ne s'étendent pas seulement aux 39 articles, mais à beau- coup d'autres (plus de 400 en ce qui concerne le dogme) — dans bien des cas même fort éloignés des principes fondamentaux; quoique, au grand tourment de la conscience humaine, ils doivent lous étre déclarés fondamentaux, si l'Église les a une fois reconnus tels: tandis que l'Église d'Angleterre n'a jamais déclaré aucun de ses ar damental, car c'est out autre chose de dire : « Aucun n'est supers- titieux ou erroné: »— ou bien, « Tous sont fondamentaux, et dans chaque partie, dans la croyance de chaque homme. » En outre. l'Église d'Angleterre ne fait la loi qu'à ses propres enfants, el parces articles ne fait qu'assurer la concorde dans son sein, au sujet de ces doctrines de vérité. Mais l'Église de Rome impose sévèrement sa duc- trine à l'univers entier, sous peine de damnation. Les articles de l'Église d'Angleterre prétendent être tous fondés sur la Sainte Écriture, les articles négalifs n'étant que la réfutation des doctrines différemment fondées. Mais comment, dit le Jésuile, savez-vous que l'Écriture est l'Écriture? Laud ne répondra pas : «simplement par la tradition de l'Église », mais plutôt: 4° par le témoignage unanime et constant de l'Église; 2 par la lumière et le Mi. “0

                          WILLIAM LAUD                              299

témoignage intérieurs que l'Écriture se fournit à elle-même; 3° parle lémoignage du Saint-Esprit dans l'âme humaine ; 4° par la raison natu-, relle en ce qui regarde les Livres-Saints. Tout cela réuni nous donne une preuve qui peut se recommander à tout chercheur sérieux et con- vaincu. La raison n'est à la vérité que la forteresse, non l'esclave de la religion. « Car quoique je place les mystères de la foi au-dessus de la raison, et c'est là la place qui leur convient, je ne voudrais pas cependant qu'on pôt croire qu'ils contredisent la raison ou ses prin- cipes. Non certainement; car la raison par sa propre lumière peut voir combien les principes de la religion sont profondément vrais; mais, malgré toutes ses lumières, elle ne parviendra jamais à les trouver faux. » Celle question de: l'évidence de l'Écriture est discutée à fond : Hooker est cité et défendu; la tradition est examinée, et les préten- lions de l'Église romaine sont toutes pesées; cependant Laud soutient son opinion que la suprématie de la Bible repose sur des preuves accumulées et non séparées. « La clef qui ouvre aux hommes les Écritures, c'est-à-dire leur fait connaitre qu'elles sont la parole de Dieu, c'est la tradition; mais, quand une fois ils sont entrés, ils entendent Jésus-Christ lui-même qui parle sans intermédiaire aux fidèles; ses brebis non seulement entendent, mais connaissent sa voix. » Ilya peut-être peu de passages dans son ouvrage où Laud soit plus clair, plus tranchant qu'il l'est ici. La foi et la raison n'ont peut-être jamais eu leurs droits plus clairement revendiqués et leurs limites plus clairement reconnues. La concision du langage est le juste sym- bole de l'exactitude et de la concentration de la pensée. « Bien que l'évidence de ces vérités surnaturelles, enseignée par la théologie, n'apparaisse pas d'une façon aussi manifeste que celle des vérilés naturelles, elles sont cependant en elles-mêmes beaucoup plus sûres et plus infaillibles, Car elles viennent directement de Dieu, celle sagesse éternelle qui, étant le fondement de la nôtre, doit devancer la nôtre infiniment, à la fois dans sa nature et dans sa per- fection. « Celui qui enseigne la science aux hommes ne saura-t-il pas? »

“Et c'est pourquoi, bien que nous ne puissions pas atteindre l'ordre de leurs déductions, ni même les apercevoir, nous donnons notre assentiment aussi pleinement et aussi fermement (non seulement aux arlicles de foi, mais à toutes les choses qui en découlent justement}

que pour les principes les plus évidents de la raison naturelle. Cet assentiment s'appelle la Foi ; et « la foi traitant des choses invisibles »

perdrait son honneur, et même son existence, si elle trouvail pour Sélablir des fondements suffisants dans la raison naturelle. Car la foi ‘st un acte et de volonté et de jugement; et la volonté fait donner au iuement entière approbation à ce dontelle ne voit pas l'évidence. Non 800 REVUE ANGLO-ROMAINE pas qu'il n'y enait des preuves abondantes, mais parce que la base de ces preuves est cachée à nos yeux et enveloppée dans la sagesse non révélée de Dieu, Dieu parle Christayant résolu d'amener les hommes à leur dernière félicité par la foi et non par le savoir, de telle sorte que les plus faibles parmi les hommes puissent arriver aisément à la félicité. » Les miracles, affirme-t-il clairement, même ceux de Notre-Sei- gneur et des Apôtres, ne sont pas en eux-mêmes « des preuves évi- dentes »...... Et ainsi la discussion se continua jusqu'à ce que la duchesse de Buckingham elle-même entama la question dont- tout dépendait : l'évêque accordait-il à l'Église romaine d'être la véritable Église (p. 142;? À ceci il répond en développant les principaux points sur lesquels il basait sa position de prêtre anglais, et qu'il répéta dans son histoire écrite à la Tour, comme étant les seules raisons pouvant justifier la séparation de l'Église d'Angleterre d'avec l'Église de Rome, Il était devenu nécessaire pour l'Église d'Angleterre de se réformer. Elle le fit sans quitter la foi catholique, une fois pour toutes révélée aux Saints. Elle ne quitta pas non plus l'unité essentielle dont cette foi est le lien, ni la discipline, nile ministère apostolique qui la pré- serve. Donc Rome est bien une Église véritable, mais pas la seule. L'Église d'Angleterre en est une aussi. Il ÿ eut des erreurs commises par les réformateurs, mais l'œuvre de réformalion est d'ailleurs reconnue très difficile. Et cependant l'essence a été préservée, el les Anglais ne protestent que contre ce qu'ils croient être les erreurs de la Communion romaine. Le Jésuite d'autre part reprend la prétention d'infaillibilité basée sur le roc de Pierre, et Laud nie que le roc ait été la personne de Pierre, et affirme que c'était sa foi. Ainsi les Anglais ne se sont pas séparés de « l'Église générale », mais de l'Église de Rome, et « même en cela les Protestants n'ont pas abandonné l'Église de Rome dans son essence, mais dans ses erreurs; non pas dans les choses qui constituent une Église, mais seulement dans les abus et les corrup- tions qui en amènent la dissolution ». Et qui doit être juge? Un concile général, c'est la demande de Laud et celle de toute l'Église d'Angleterre depuis la Réforme. Et quand on ne peut avoir cela, nous nous rejetons sur les Saintes Écritures. L'Église, en général, ne peut se tromper dans un point essenliel, ayant la présence perpétuelle du Christ. Puis il en arrive aux erreurs dont il fut témoin dans l'Église romaine de son temps, touchant l'enseignement populaire sur « transsubstantiation », la communion sous une espèce, l'invocalion des Saints, l'adoration desimages, erreurs toutesde discipline, el que l'on ne trouve point dans l'enseignement reconnu de l'Église romaine. WILLIAM LAUD 304

A mesure que le débat se resserre, le Jésuite quitte les détails, qui sont difficiles à défendre, pour arriver à une affirmation générale qui en impose aux timides. « Vous admettez, dit-il, en effet, que nous pouvons être sauvés : n'êles-vous pas plus en sûreté avec nous qui nions que le salut existe dans votre Église? » — « Cela ne vaut rien, reprend Laud : à ce compte, vous devriez accepter la doctrine anglicane de l'Eucharistie, car vous ne faites qu'ajouter la manière de celle présence que nous reconnaissons être réelle. Car nous admet- lons le salut des catholiques romains en tant qu'individus, non pas comme membres de la communion romaine, c'est-à-dire en tant qu'ils ont le même Credo et reconnaissent le Christ lui-même comme fondateur. » Elainsi nous retournons, une dernière fois, à la confiance que l'on peut accorder à l'Église d'Angleterre. « Croire aux Écritures, et aux professions de foi appelées Credos, y croire comme y croyait l'an- cienne Église primitive, admettre les quatre grands Conciles généraux, croire à tous les points du dogme généralement reconnus comme essentiels dans l'Église du Christ, est une foi qui, adoptée dans la vie et dans la mort, doit donner le salut. » Puis vient une claire affirmation que l'Église d'Angleterre a vrai- ment les doctrines catholiques du Baptème, de la Présence réelle, et du Sacrifice dans l'Eucharistie, « Dans ce sacrement béni, dit-il, celui qui le reçoit dignement, reçoit spirituellement, par sa foi, le réel et véritable corps et le sang du Christ, ainsi que tous les bienfaits de sa passion. » Mais il ne restreint pas la présence, quoiqu'il res- treigue les bienfaits, à ceux qui communient dignement. La présence corporelle (dans le sens-de charnelle) est par lui niée plusieurs fois: mais il est loin de nier la réalité objective. Il cite avec approbation ladéclaration de Ridley qui dit que les catholiques romains et lui Saccordent sur ce point que « le corps véritable et réel de Jésus Christ existe dans le Sacrement, ce même corps qui naquit de la Vierge Marie, qui monta au ciel, qui est assis à la droite de Dieu le Père, et qui viendra juger les vivants et les morts : nous différons seulement én modo. Nous reconnaissons que tout cela est dans le Sicrement, mais nous nous séparons quant à la manière dônt il Jest. »

Et de même pour la doctrine du Sacrifice. « Avec l'Eucharistie nous offrons à Dieu trois sacrifices : l'un par le prêtre seulement,

c'est le sacrifice commémoratif de lamort du Christ; un autre, par le Prêtre et les fidèles réunis, c'est le sacrifice de louange et d'actions de &rce; le troisième par chaque homme en particulier et pour lui seul, Cest le sacrifice qu'il fait de son corps et de son âme pour servir Dieu tout le reste de sa vie. » Et encore : « L'autel est la place où Dieu se lrouve, et le Sacrement rappelle et représente (c'est-à-dire présente

                                              UNIVERSITY OF MICHIGAN

302 REVUE ANGLO=ROMAINE de nouvesn, en souvenir) le grand sacrifice offert par le Christ lui-même. » Telles sont les opinions de Laud, et telle est sa réponse. Ce fut une aflirmation remarquable et courageuse, extraordieairement hardie, claire, inflexible et vivante, et une façon nette de poser la véritable discussion entre l'Angleterre et Rome. C'est dans les termes dans lesquels il l'a traitée, que la controverse (aussi longtemps qu'elle durera, et jusqu'à ce que Dieu nous donne l'union, en son heure choisie) devra être poursuivie. Laud ne fut pas seul : il fut véritable- ment le représentant de l'Église d'Angleterre. Des noms comme Andrewes, son précurseur en controverse, et auquel, on ne peut en douter, il dut quelque chose de sa force, — comme Jérémie Taylor, et Hamnond, par leurs rapports intimes avec l'Archevèque, montrent la sympathie qui existait entre son caractère el tout ce qui fut bon dans la théologie anglaise de son époque. Son opinion bien connue, sa ferme croyance à l'Église anglicane, à son Livre de prières et à son administration historique, sa connais- sance des Pères et des conciles, réagirent sur l'Église dans laquelleil était si en vue. Ainsi, quelle que fût son influence directe sur la contro- verse, son influence indirecte sur la pensée affecta profondément l'Église d'Angleterre. Il vit clairement qu'aux hommes de son temps se présentait un choix important entre une nouvelle réforme et l'attachement au passé historique. Les Puritains, nous ne devons pas l'oublier, ne se contentaient pas de rester dans les anciennes voies; ils étaient déterminés à avancer et à modeler l'Église angli- cane surGenève. C'est cela que Laud, par la controverse et l'influence de sa vie et de ses opinions, a empêché, et c'est pour cela que nous l'honorons. Il fut, dit M. Gladstone, le plus tolérant des archevèques depuis la Réforme, et même il fut l'homme qui empécha l'Église d'Angleterre d'être liée dans les entraves de fer d'un système de doctrines calvinistes et violentes.

                                             W. H. Hurron.

LA MISSION ANGLAISE DES UNIVERSITÉS

             DANS    L'AFRIQUE CENTRALE

On a dit que l'Église d'Angleterre est la seule communion chré- tienne qui ne possède pas de missionnaires. On veut dire par là que Église d'Angleterre n'a pas de politique extérieure, pas de plan bien arrêté de propagande par les missions dans les colonies et dépen- dances de la Couronne britannique, ainsi que vis-à-vis de ces masses * considérables d'êtres humains qui vivent en dehors du protectorat brilannique. Au premier abord, c'est là un point qui, pour un étranger peu habitué à notre manque de méthode et de centralisation, appa- raitra comme une tache dans la vie religieuse de notre Église et comme un obstacle à ses prétentions à la catholicité. Mais l'Angleterre est habituée à laisser une grande quantité du travail à faire à l'énergie, à l'enthousiasme et à l'initiative des indi- sidus qui se chargent de le faire en son nom. C'est ainsi que nos cou- sins d'Amérique nous font remarquer ce fait que l'Empire Britannique n'a pas de Conslifution ; du moins cette constitution n'a-t-elle jamais été écrite. Les membres du Parlement à la fois dans la Chambre des Lords et dans celle des Communes ne sont pas payés. Il en est de même pour les Juges de Paix, les Conseillers des Comtés, les Conseil- lers des villes et ceux des paroisses, ainsi que pour les membres des Bureaux scolaires et locaux. Les maires des cités et des villes sont ufficiers honoraires de l'État, autrement dit sine honorario. Aussi bien au temporel qu'au spirituel, notre tendance est de laisser le plus possible à l'initiative individuelle. Et l'autorité intervient aussi peu que possible et seulement autant qu'elle peut être utile et efficace. Les Missions Étrangères de l'Église d'Angleterre ne font point exception à celle règle, qui découle de l'essence même de l'esprit anglais. 11 y a eu beaucoup de liberté et d'élasticité; peut-être, sinon äcoup sûr, beaucoup d'erreurs; et en fait aucune intervention de la part de l'Église en tant que corps. L'œuvre cependant n’a pas élé négligée, les membres du clergé et les laïques ont formé des asso- Giations libres qui travaillent au nom de l'Église et pour elle. La plus ancienne et la plus respectée de ces associations est la “Société pour la Propagation de l'Évangile »(S. P.G.). Elle a à sa dispo Mdé |

304 REVUE ANGLO-ROMAINE sition chaque année une somme provenant exclusivement de dons el souscriptions volontaires et s'élevant à environ 470.000 livres (4.250.000 fr.). La Church Missionary Society (C. M.S.), recueille encore davantage : 200.000 livres (3 millions). En dehors de ces deux grandes associations, il ÿ en & un nombre considérable d'autres moins importantes qu'il serait trop long d'énumérer ici. Bienlôl chaque évêque dans un diocèse de mission a son comité en Angleterre chargé de recueillir les fonds qui lui permettront de mener son œuvre à bonne fin. L'auteur de ce travail a eu d'étroites relations avec deux de ces associations, « la Mission d'Oxford à Calcutta, et « la Mission des Universités dans l'Afrique Centrale ». Nous nous occuperons plus particulièrement de la dernière. La « Mission des Universités » doit son origine à l'initiative du grand explorateur écossais David Livingstone. llpénétra au centrede l'Afrique et vit de près les horreurs de la traite des esclaves que font les Arabes sur les marchés voisins des grandes mers intérieures, les laes Nyansa et Tanganyika. Qu'allait-il faire pour améliorer le sort de ces malheureuses peu- plades que les Arabes poussaient éontinuellement à se faire la guerre afin que l'on pât, au moyen des prisonniers, approvisionner d'esclaves le marché de Zanzibar? David Livingstone pensa en lui-même qu'aucune puissance humaine ne pourrait arrêter ce fatal mouvement qui amenait si rapi- dement la dépopulation de l'Afrique centrale. 11 sentit également que la secte chrétienne à laquelle il appartenait (les Presbytériens) n'était pas de Laille à engager la lutte. Aussi s'adressa-t-il aux universités anglaises de Cambridge et d'Oxford. Il était d'ailleurs bien assuré que, s’il parvenait à toucher les cœurs des jeunes professeurs elétu- diants des universités, il gagnerait rapidement, grâce à leur proga- gande, la sympathie et les prières de toute la communion anglicane, et pourrait en toute sécurilé léguer aux soins de l'Église l'œuvre sacrée qu'il avait entreprise. Il ne se trompait pas dans ses conjet- tures, On ne manqua pas de volontaires prêts à sacrifier leur vie pour une cause qui élait alors considérée comme une entreprise chimé- rique. Mackenzie se fil consacrer évêque afin de pouvoir diriger celle nouvelle croisade d’après les enseignements de l'Église. C'est ainsi qu'avec plusieurs prêtres et un laïque il partit pour l'Afrique centrale dans l'année 1860. Hélas! ils ne purent parvenir an but de leur voyage. La route qui conduit au lac Nyanza était alors peu connue, et, au bout de quelques mois, l'évêque Mackenzie avait péri avec la plupart de ses compagnons. J'ai près de moi, en ce moment où j'égris, une feuille que j'ai ramassée moi-même sur la tombe de mes saints prédécesseurs, au confluent du Nuo et du Shire, LA MISSION ANGLAISE DES UNIVERSITÉS DANS L'AFRIQUE CENTRALE 305

Cétaient de tristes nouvelles qui étaient rapportées en Angleterre — l'échec et la mort des courageux pionniers de la mission. Depuis 35 ans l'Église est habituée à attendre ainsi à chaque courrier sa part de tristesse et de deuil, bien que, grâce à Dieu, elle ne reçoive plus d'échecs. Cependant l'enthousiasme et le dévouement dont ngs- tone fat le premier promoteur ne se sunt jamais ralentis et, bien que «l'histoire de la mission — pour employer l'expression de mon cor- respondantau Nyasaland—paraisse faite de mortsetnon de vies», pour un qui tombe, deux se présentent aussitôt pour prendre sa place‘; et en ce moment le siège de Likona, petite mission au centre du lac Yyanza et qui donne son nom au diocèse, attend un nouvel évêque, — le dernier consacré à la cathédrale de Saint-Paul, le 29 juin de celte année, étant déjà tombé victime de son zèle et de son dévouement. Il venait de revenir comme évêque, mais faisait depuis longtemps partie de la mission et avait passé 49 années de sa vie au centre de l'Afrique. Les apôtres de la « Mission des Universités» appartiennent à l'un et l'autre sexe comme à toutes les conditions sociales. On y trouve des hommes et des femmes qui ont tout quitté pour la cause du Christ. Un ÿ trouve non seulement, en grand nombre, des prêtres et dessœurs de charité, mais des ouvriers, des artisans, des maîtres d'école, bref des hommes qui ont abandonné un travail lucratif pour mettre leur bras et leur expérience au service des intérêts de Dieu. Ils ne reçoi- vent aucun salaire, mais vivent de la vie commune, et lous, prêtres et hïques, gentilshommes et ouvriers, s'assemblent autour d'une même able pour prendre leur nourriture. Les femmes également sont nom- brenses. Tous, hoïnmes et femmes, s'engagent à demeurer dans le célibat, tant qu'ils feront partie de la mission. De même qu'ils sont venus librement, de même ils sont libres de s’en aller. Mais il estrare qu'ils profitent de cette liberté, à moins que ce ne soit pour des rai- sons de santé les rendant incapables de travailler plus longtemps à l'œuvre commune.

Lesrelations de la « Mission des Universités» avec lesautres missions sont satisfaisantes, comme on peut s’y attendre, étant donné l'esprit des unes et des autres. C'est ainsi que les rapports sont excellents, je crois, avec les missions romaines, qui travaillent à côté d'elle. Mes lecteurs d'ailleurs peuvent s’en enquérir eux-mêmes. Mais ce dont je Suis personnellement sûr, c'est que le dernier évêque de Zanzibar “ail en termes parfaits d'amitié avec les « Pères noirs » ainsi nom- més dans le pays pour les distinguer des «Pères blancs », avec les-

quels nous sommes surtoul en contact au Nyasaland. J'eus moi-même

! Depuis quatre ans ct demi que j'ai quitté le Nyasaland, il ÿ a eu 21 morts Parmi mes successeurs, NEVUE ANGLO-ROMAINE, — 7, 1, — 20.

                                                 UNIVERSITY OF MICHIGAN

306 REVUE ANGLO-ROMAINE le plaisir d'accomplir un voyage de six semaines, de Nyanza à Za- zibar, en compagnie du Père d'Echaptois qui, si je ne me trompe, esl aujourd'hui évêque romain de Zanzibar. Notre intimilé se changes en amitié et je n'oublierai jamais les soins dévoués qu'il prodigusà un jeune Anglais dont j'avais charge. Ces occasions d'amabilité et de courtoisie, si l'on sait en proûler. tendent à aplanir chaque jour davantage les obstacles qui séparent l'une de l'autre les communions romaine et anglicane. Elles aménent à un accord mutuel ; et bien souvent, là où les arguments ont échoué, le cœur triomphe. Si Notre-Seigneur a prié pour l'union de tous les chrétiens et pour que le monde sache que son Père l'a envoyé, nous aussi nous devons joindre notre prière à la sienne, el si nous voulons vraiment prouver que Dieu & envoyé aumonde son Fils unique, le but de tous noseforis devra être l'unüé.

                                         Wir B. Honey,
                                        ancion évêque du Nyasalasd.

APERÇU HISTORIQUE

                                 sur



    LA RESTAURATION DU            PLAIN-CHANT GRÉGORIEN




 L'Église de Jésus-Christ s'est toujours sérieusement occupée de la

question du Chant liturgique. Saint Paul écrivant aux Éphésiens leur recommande de s'édifier mutuellement par les chants des hymnes et des eantiques {Eph. v, 19. Aux temps apostoliques, lorsque les premiers fidèles se réunissaient dans les cénacles ou dans les basiliques, on chantait des psaumes à diverses heures de la journée, en particulieravant et après l'oblation du Corps et du Sang du Sauveur. Il est bien probable que les mélo— dies sur lesquelles on exécutait les paroles lilurgiques, avaient été empruntées en grande partie à la synagogue, peut-être aussi aux cérémonies du culte païen. De même qu'on ne craignait pas de- prendre quelquefois un temple païen pour en faire une église chré- fienne, de même aussi est-il possible que les chants composés par- ls païens pour honorer leurs fausses divinités soient parfois devenus des chants chrétiens. Pour le moment, on est réduit à des. cinjectures sur ces premières origines des mélodies chrétiennes. Le trésor des chants religieux s'augmenta graduellement, et devint nécessaire de régler cette partie de la Liturgie. Plusieurs. rapes s'en oceupèrent et introduisirent successivement l'usage bien riglé de l'Introit, du Graduel, du Kyrie et des autres parties de l'office, Le pape qui semble avoir parlicipé davantage à ce travail de- compilation el de réglementation, est celui-là même qu'on pourrait appeler l'apôtre de l'Angleterre, saint Grégoire le Grand : cet homme- incomparable, comme le nomme l'Église, que toutes les parties de- k chrétienté révèrent, à quelque communion qu'elles appartiennent. En 599, saint Grégoire est désigné d'une façon toute miraculeuse- pour oecuper la Chaire de saint Pierre. Son pontificat fut un des plus féconds à tous les points de vue. Lors des fêtes du centenaire de son élésation au Pontificat, le sacré collège adressa à Léon XIII un magnifique discours, où l'on comparait l'œuvre immense du Pape

                                               UNIVERSITY OF MICHIGAN

308 REVUE ANGLO-ROM, saint Grégoire à celle qu'a entreprise et si bien menée jusqu'à ce jour le Pontife sage et éclairé qui gouverne le troupeau du Christ. Au milieu des travaux si importants de son Pontificat, Grégoire, que la postérité a surnommé le Grand, ne crut pas s'abaisser en s'occupant des questions liturgiques et tout spécialement de la ques- tion du chant. Il recueillit les mélodies qui étaient en usage dans l'Église, les corrigea, les établit définitivement sur des règles savantes et pleines de bon goût, qu'on n'a bien éomprises que de nos jours. 11 fixa son travail sur de précieux manuscrits, conservés long- temps comme des reliques insignes. La tradition nous représente le pieux Pontife recevant ses inspirations de l'Esprit-Saint lui-même, et dictant à son secrétairg les cantilènes qu'il semblait puiser au ciel. L'autographe de saint Grégoire a été conservé pendant plusieurs siècles, et c'est sur lui qu'on a fait, avee un soin religieux, de nom- breuses ecçies que nous possédons encore aujourd'hui. Ces copies étaient envoyées par les papes, avec des chantres romains pour les interpréter, dans toutes les nations chrétiennes. Saint Grégoire, en envoyant le saint abbé Augustin avec quarante moines pour conver- tir l'Angleterre au christianisme, lui rappelle dans ses instructions qu'il doit conserver avec soin le chant de l'Église, et le faire connaître dans le pays qu'il va évangéliser : Sub erclesiastica regula sunt tenend, ut bonis moribus vivant et canendis psalmis invigilent. L'apôtre de l'Angleterre s'acquilta fidèlement de sa mission, et l'histoire nous rapporte qu'un grand nombre de prélals mirent un soin jaloux à con- server la tradition grégorienne. Un des successeurs de saint Grégoire, le pape Vitalien, envoya en 669 l'abbé Hadrien et Théodore, qui allait devenir évêque de Cantorbéry, pour rappeler les principes du chant liturgique. Saint Benoît Biscop, ayant fait son pèlerinage ai limina, revint en Angleterre avec le chantre romain Jean, abbé de Saint-Martin; celui-ci instruisit les moines de Cantorbéry et beau- coup d'autres accourus de toutes parts pour apprendre le chant de V'Église romaine : Ordinem ritumque canendi ac legendi viva voce edo- condo, ditle vénérable Bède. Saint Wilfrid d'York introduisit vers le même temps le‘ehant romain dans le monastère de Ripon. Le deuxième concile de Cloveshoe, en 747, pril de sérieuses mesures au sujet du chant egelésiastique, et contribua puissamment à répandre; dans tous les nômbreux monastéres de l'Île des Saints, la pratique des pieuses cantilènes de saint Grégoire. A la fin du vr siècle, saint Colomban, parti de la Grande-Bretagne, vint en Suisse avec son disciple saint Gall; une célèbre. abbaye prit depuis le nom de ce disciple. Au vin‘ siècle, le pape Hadrien envoya, en Gaule et en Germanie, deux chantres, Pierre et Romanus, qui apportaient de nouvelles copies de l'antiphonaire grégorien. Romanus fut providentiellement retenu à Saint-Gall et fonda dans

                              UNIVERSITY OF MICHIGAN

APERÇU HISTORIQUE SUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT GRÉGORIEN 309

ce monastère une école de chant qui eut un immense renom dans tout le moyen âge. Nous avons heureusement conservé un grand nombre de précieux manuscrits de cette école, dont quelques-uns datent du 1x el du x° siècle; ils renferment très certainement le vrai chant de saint Grég Depuis saint Grégoire jusqu'au xn° siècle, le trésor des mélodies liturgiques se compléta. De pieux moines de Saint-Gall, Ratpert, Tutlo, Notker, composèrent des mélodies saintes, surtout des Kyrie el des Séquences. Le vénérable Bède laissa un certain nombre d'hymnes. Alcuin, moine et diacre de l'église d'York, composa des ouvrages appréciés sur le plain-chant. Citons encore, parmi les compositeurs de cette époque, le ro. Robert le Pieux, le pape saint Léon IX, le moine Guy d'Arezzo, Herman Contract, auteur du Salve rein, saint Bernard, saint Duns- lan, qui, après un ravissement, composait le Kyrie Rez Splendens. Mais, après le xu° siècle, les-compositions deviennent très rares, l science du plain-chant se perd, surtout par l'introduction du déchant et de la musique polyphone. À la Renaissance, les secrets de l'art grégorien étaient complète- ment ignorés; c'est ce qui explique les étranges compositions en plain-chant que nous a léguées cette triste époque. Il suffit de parcourir ls morceaux attribués à Palestrina lui-même pour voir où était tombée la science du chant grégorien. Cest le xx” sièele qui a l'honneur d'avoir remis en lumière et fait comprendre les grandes œuvres des âges de foi. On est revenu des

préjugés répandus contre les œuvres du moyen âge, et on se sent disposé à admirer, avec sincérité et loyauté, le vrai et le beau sans parti pris, là où ils se trouvent, de quelque époque qu'ils puissent tre, quels qu'en soient l'auteur et la nationalité. On se mit à fouiller les poudreux manuscrits que le moyen âge nous avait légués par centaines; mais les débuts furent très laborieux ; on pénétrait dans une contrée inconnue, que de malheureux devan- ciers avaient pris soin de bouleverser pour mieux égarer les explo- riteurs. Quelques-uns de ces nouveaux Stanley de la Science mou-

rurentvictimes de leur dévouement, sans avoir pu contempler cette lerre de promission, objet de leurs vœux les plus ardents. D'autres, après bien des années de labeur, se découragèrent, et conclurent de leur insuccès à l'impossibilité d'une restauration du chant grégorien. Parmi les savants dont les travaux ont servi à restaurer le plain- chant dans sa pureté primitive, citons : MM. Raillard, Bonhomme, Gontier, Nisard, le R. P. Lambillotte, les membres de la Commission rémo-cambraisienne et d'autres. Tous ces pieux el consciencieux Savants ont travaillé dans la période d'exploration, qui a duré jusqu'en 1880; mais cette période est terminée, la période de solution est

                                                 UNIVERSITY OF MICHIGAN

340 REVUE ANGLO-ROMAINE

ouverte. L'art grégorien est retrouvé, on n'a plus qu'à résoudre des questions de détail d'une importance relativement secondaire. Ceux qui ont le plus puissamment contribué à ressusciter Le chant de saint Grégoire, sont, tout le monde le sait, les Bénédictins de Solesmes, L'ensemble de leurs travaux sur la paléographie musicale a le cachet, la marque des grandes œuvres que Dieu inspire et bénit: elle en aura le succès, la perpétuité et l'immutabilité. Les préventions contre lesquelles leurs efforts viennent encore se heurter dans quelques endroits, tomberont devant l'évidence, et l'unité la plus consolante pour toute âme chrétienne se fera dans la vérilé. Ils apportent du reste, dans la controverse avec léurs adversaires, une courtoisie, un calme, une charité chrétienne, qui les garantissent des illusions elles dégagent de tout préjugé. Si, en cette matière, comme en beaucoup d'autres, on savait se pénétrer du même esprit de vraie charité, sans faiblesse, mais aussi sans entêtement et sans prévention, tout le monde arriverait bien vite à une entente, au moins sur les grands principes de la science grégorienne. Essayons d'esquisser à grands traits un historique du retour aux traditions grégoriennes, oubliées depuis plusieurs siècles et reprises dans ces derniers temps. Au xvi‘ siècle, un vrai besoin de réforme se faisait sentir, tout le monde en convient; des abus s'étaient introduits un peu partout; les sciences et les arts eux-mêmes s'en ressentaient. Malheureusement la transformation, au lieu d'être faile posément, avec raison, avec mesure, fut hâtée et précipilée par des hommes, souvent animés de nobles sentiments, qui recherchaient le vrai, le beau et le bien, mais qui n'eurent pas la patience d'attendre l'heure de Dieu. En ce qui concerne l’art grégorien, on se trouvait, au xvi‘ siècle,en face d'ouvrages souvent mutilés, dont on avait perdu le sens. On st trouvait devant les monuments d'une langue qu'on ne savait même pas balbutier. Les nombreux documents transmis par le moyen âge, défigurés par les copistes, horriblement massacrés parles exécutants, parurent indignes du culte de Dieu, Et de fait, tels qu'on les interpré- lait, il était impossible d'en supporter le maintien dans les offices de l'Église. Alors on se mit à refaire le chant liturgique; on inventa donc une théorie nouvelle, on détacha des mélodies anciennes quelques débris informes, que l'on souda comme on put; on en fit ces œuvres si pauvres et si lamentables qu'on appela le plain-chant ecclésiastique. Les œuvres parues pendant le xvr, le xvu et le «vin siècle, et au début du xix°, ressemblent à ces premiers temples construits par les chrétiens, et formés d’un assemblage de colonnes de tous les modules, de tous les styles, réunies par des arcs aux formes les plus variées, donnant accès à des galeries sans symétrie. Vers 1850, le mouvement de retour à la liturgie romaine éveilla s APERÇU HISTORIQUE SUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT GRÉGORIEN 311

l'alention des musicistes sur le chant de saint Grégoire. Il se forma bute une école de chrétiens pieux et savants, qui voulurent remonter aux anciennes traditions, dont on avait fait table rase depuis des siècles. Ils comprirent que les éloges donnés par les aristes et les «ints au chant de l'Église, ne pouvaient convenir aux mélodies insipides qu'ils entendaient résonner dans nos églises, On appliqua alors la méthode vraiment scientifique, qui consiste à remonter aux sources authentiques et à les étudier elles-mêmes Le moyen âge nous avait laissé des traités sur le », mais surtout des centaines de manuscrits gisaient dans la poussière, au fond des bibliothèques de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, ete. A ces livres, si appréciés aux âges de foi, un voulut rendre les honneurs qu'ils méritaient,

 Parmi les premiers et les plus savants plainchantistes qui s’oceu-

pérent de ces travaux gigantesques, nous dovons citer la Commis- sion spéciale nommée par NN. SS. de Reims et de Cambrai. Comme on désirait un résullat assez prompt, les membres de cette Commis- sion durent hâter leur travail, Ils donnèrent l'édition rémo-cambrai- sienne, qui reproduisait à peu près le chant grégorien dans son inté- g'ilé. Mais ce travail était encore sur plusieurs points bien imparfait, el il devait l'être, vu les circonstances dans lesquelles il parut. Les svants qui firent cette réédition des mélodies de saint Grégoire,

d'eurent ni le temps ni toute la science indispensables pour faire une œuvre achevée. Ils l'avouèrent, du reste, dans un Mémoire qu'ils publièrent quelque temps après, au sujet de l'édition qu'ils venaient de donner.

Une circonstance mémorable-avait aidé puissamment les membres

dle la Commission dans leur travail. Quelques années avant, un musi- ‘isle distingué, M. Danjou, avait découvert dans la bibliothèque de Montpellier un manuscrit du xr' ou du ut siècle, qui donnait, en deux langues musicales, un grand nombre de morceaux du répertoire gr æorien, Ce qui arrêtait dans l'interprétation des manuscrits précieux des ix°, xe, x1° siècles, c'est qu'ils étaient écrits avec des caractères liéroglyphiques dont on avait perdu le sens. Le manuscrit de Mont- pellier donnait la clef de l'interprétation de centaines d'autres docu- ments, qu'on possédait sans les comprendre. Il était, en effet, écrit avec ces mêmes signes, mais avec une traduction des mélodies dans

la langue alphabétique, que l'on connaissait. La Commission rémo- “ambraisienne se contenta presque de reproduire le {manuscrit bilingue de Montpellier, sansse servir assez largement d'autres docu- ments, surtout des plus anciens, qui donnaient une version plusexacte,

Les   travaux de la Commission donnèrent lieu à d'ardentes contro-

vers, Pourtant cette édition qu'elle publiait, répondant à peu près au désir universel d’une restauration du chant grégorien dans sa

                                                                   \



                                                   UNIVERSITY OF MICHIGAN

pureté primitive, eut une vogue immense et fut répandue en Fr et à l'étranger. Vers le même temps, parurent les éditions de Digne et de L billotte, etles rééditions des œuvres du xvr° et'du xvnt siècle: Mais ouvrages ne prétendaient donner que des mélodies refondues et peu conformes aux principes grégoriens; elles furent moins a tées, surtout dans le monde savant. Avec l'édition rémo-cambraisienne, un premier pas était fait ve retour aux traditions grégoriennes; mais il restait encore beanco faire, surtout pour déterminer les lois du rythme grégorien: plainchantistes, tels que Nisard, Raillard, Lambillotte et d'autres, tinuèrent leurs recherches avec plus ou moins de succès. Sur entrefaites, Dom Guéranger songea à une réimpression, deve indispensable pour ses monastères, du Graduel et de l'Antiphon monastiques. Écoutons le docte bénédictin D. Pothier nous” l'histoire des études qu'il dut entreprendre sur le chant grégôr et qui aboutirent à son splendide ouvrage des mélodies grégorier et aux autres travaux qui ont suivi : « D. Guéranger ne pensait que l'on püt réimprimer, sans une revision sérieuse et sans études préalables, les livres qu'avaient légués les xvn° et xvnSièe €est pourquoi il confia à deux de ses religieux le soin d'entrépret auparavant les recherches nécessaires. Ces recherches faites/sut manuscrits les plus anciens et contrôlés sur de plus modernes, al tirent à cette conclusion : c'est que tous les morceaux du Réperl grégorien ont été conservés intégralement, très souvent noté} note et groupe par groupe, dans les manuscrits antérieur xvr siècle, et qu'ils se trouvent même jusque dans les impr comme étaient les livres en usage, par exemple, à Lyon, au Mar ailleurs, avant la révolution liturgique des deux derniers si Cette confirmation d'un fait déjà constaté par plusieurs et mispe culièrement en lumière par M. l'abbé Bonhomme, dans ses Prik d'une véritable restauration du chant grégorien, ne laissait aucun d sur le parti à prendre : faire revivre la tradition grégorienne, pour la note que pour l'exécution. Pour cela il fallait aussi conse l'écriture également traditionnelle; celle-ci, par la netteté laquelle sont groupés les sons, permet de phraser le ehantetd donner cette allure facile et naturelle si propre à l'expression fois douce et animée d'une louange et d'une prière, qui, com louange divine et la prière liturgique, doivent sorlir sans apph comme spontanément de l'abondance du cœur, Un mémoire aail rédigé en ce sens et présenté par les humbles fils et disciples D. Guéranger à leur vénéré père et maitre, qui l'approuva entièrèm ainsi que le résultat noté des recherches entreprises par ses 0rdn sous sa direction, » APERÇU HISTORIQUE SUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT GRÉGORIEN 343.

Ce mémoire est devenu l'ouvrage des Hélodies grégoriennes, qui parut ÿ; il fut suivi, trois ans après, du Liber gradualis qui reproduit en notation des x1v* el xv* siècles les mélodies de saint Grégoire dans toute leur pureté primitive. C'est à peu près la même suite de notes que dans l'édition donnée par la Commission rémo-cambraisienne, mais le groupement des notes est reproduit tel que lé donnent des centaines de manuscrits. Ce travail donné par D. Pothier est donc la réalisation" pleine et entière des vœux formulés, en 1830, par les plain- chantistes pour le retour intégral au chant de saint Grégoire, | Depuis l'apparition de ces œuvres, vraiment dignes de savants chrétiens et dévoués aux œuvres de l'Église, on a publié un certain nombre de nouveaux ouvrages qui confirment et complètent les découvertes de D. Pothier. Signalons les ouvrages du Père Lhou- meau, du chanoine Cartaud, de l'abbé Coornaert, d'Edgar Tinel, des Pères Dom Kienle et Dom Janssens, du chanoine Bonuzzi et d'autres dont les revues musicales nous font connaitre le zèle et le bon goût pour la restauration du chant ecclésiastique. De nombreuses revues se publient en France et à l'étranger et permettent aux plainchan- listes de se tenir parfaitement au courant du mouvement de retour aux traditions anciennes, et aussi des découvertes que l'on fait dans kscience grégorienne. Citons en particulier la Revue du chant grégo- rien de Grenoble, la Tribune de Saint-Gervais de Paris, la Musica sacra de Gand, la Musia sacra de Milan, etc. Mais parmi les ouvrages que les Mélodies grégoriennes ont inspirés, et qui ont fixé définitivement les théories qu'elles font revivre, il faut donner la première place à la Paléographie musicale, qui, sous la haute direction de D. Pothier, est rédigée par le Père D. Mocquereau avec le concours de ses confrères de Solesmes. Cette savante publi- cation trimestrielle n'est que le développement des Mclodies grigo- rimes, Elle vient de plus prouver, avec une évidence éclatante, la parfaite authenticité du Ziber gradualis. Elle comprend deux parties : Une étude approfondie sur les prin- cipes constitutifs du chant grégorien, et en second lieu la reproduc- tion phototypique d'un grand nombre de manuscrits. L'étude des principes nous révèle la haute science qui a présidé à la composition des cantilènes sacrées. On s'était imaginé que ces gens du moyen âge, d'une époque encore barbare, avaient fait presque sans règles leurs compositions musicales. Mais on comprend aujourd'hui, grâce aux dernières études publiées dans la Paléographie musicale, que saint Grégoire et les pieux compositeurs qui l'ont suivi, se sont guidés sur des principes très précis el très savants. Chose remarquable, la majeure partie des règles qu'ils ont appliquées sont les mêmes que celles qu'on suivait du 1v° au vu‘ siècle dans la composition du style üratoire rythmé. C'est là une preuve intrinsèque très savante de

Mens UNIVERSITY OF MICHIGAN 314 REVUE ANGLO-ROMAINE

l'authenticité des mélodies telles que nous les donnent les ouvrages bénédictins. Les découvertes réalisées par D. Pothier et ses disciples ont attiré Fattention du monde savant, en particulier des membres de l Société constituée à Londres sous le nom de The plainsong and Madie- val musie Society. Quelques-uns ‘de ses membres vinrent à Solesmes consulter les pieux savants, qui se mettent, si charitablement et si humblement, à la disposition de tous ceux qui veulent les consuller et se renseigner sur leurs travaux. Ces savants anglais comprirent que le chant grégorien mérite une étude sérieuse et approfondie; aussi se sont-ils mis à éditer une paléographie qui contient, elle aussi, lareproduction des manuscrits anciens et une étude sur le plain- chant. La Société a publié ainsi tout un graduel de Salisburg du xur siècle. La Revue du chant grégorien de Grenoble donnait, en décembre 4893, des détails très intéressants sur le chant grégorien en Angleterre, el rappelait avec quel soin et quel zèle on sait tenir les chœurs dans les cathédrales du rite anglican. La restauration du chant grégorien dans loute sa pureté n'esl pas restée à l'état de pure théorie, réservée à un groupe restreint de savants. Les ouvrages de D. Pothier se sont répandus partout, on a voulu entendre et exécuter les vraies mélodies de saint Grégoire dans leur texte intégral et d'après les principes d'exécution qui ads font comprendre les beautés de ces pieuses cantilènes. À Rome la schola du séminaire du Vatican, sous l'habile direction du Père de Santi, a exécuté, à la grande satisfaction de Léon XII, les vraies mélo- dies grégoriennes; le séminaire français, depuis les célèbres fêtes de 4890 pour le centenaire de saint Grégoire, continue à interpréter avec succès le Liber gradualis. Un grand nombre de séminaires et de communautés sont entrés dans la même voie. La réforme ne peut commencer par la campagne, il faut que les maîtres se forment. Dans les endroits où l'on n'a pu encore se servir de tous les ouvrages bénédictins, on utilise au moins le lari preces, recueil de beaux chants anciens pour les saluts, ou encore le Xyriale, renfermant les kyrie, gloria, etc., dont les airs si chantants et si bien rythmés peuvent être Lrès facilement appris par le peuple. Si l'on n'a pu encore partout [bien qu'on l'ait réalisé déjà dans beaucoup de loca- lités) mettre entre les mains de tous les chantres le Liber graduali, où s'efforce au moins de faire interpréter les diverses éditions de chants selon les vrais principes d'exécution. Plusieurs ouvrages ont été publiés à ce sujet: M. Edgar Tinel a fait un travail pour l'inter- prétation du chant de Malines; M. Coornaert, pour celui du diocèse de Bruges; le chanoine Cartaud a publié une petite brochure pour l'interprétation de toutes les éditions modernes; un prêtre de la Mis- “APERÇU BISTORIQUE SUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT GRÉGORIEN 313 sion a publié une étude du chant grégorien pour l'édition si répandue de Reims et Cambrai. Ainsi de toutes parts c'est un concert de plus ea plus unanime pour reconnaitre la vérité et la beauté des décou- verles réalisées en science grégorienne. Fasse le ciel qu'un jour tout le monde ouvre les yeux et se laisse convaincre à l'évidence du vrai el du beau! Il y a de grands obstacles; un des principaux, nous le signalions an début, c'est le manque de bonne foi et de charité entre ls controversistes. Cherchons donc purement el simplement le vrai, el alors pourra se réaliser une heureuse unité dans la vérité.

                                                D. Cnorsnanp,
                                              Prétro de la Mission.

Exrara, — Quelques erreurs se sont glissées dans l'article du R. P. La- «ex: L'inposition des mains dans les consécrations épiscopales (N° 5). La part auront été corrigées par nos lecteurs eux-mêmes; nous tenons crpendant à signaler les suivantes : Page 194, ligne 44, au lieu de: notre rituel anglican, lire : ce rituel; SE MS ligne 3, au lieu de : antérieur au IVe siècle, lire: antérieur au siècle; Page 200, note 2, au lieu de : écrit par Léofric, lire : écrit pour Léofric. CHRONIQUE

État présent de l'Église catholique en Angleterre. L'Annuaire catholique pour 1896, publié sous les auspices du Car- dinal Vaughan, donne d'intéressants détails sur l'état présent de la religion catholique dans l'empire britannique. Parmi les 66 Cardinaux du Sacré-Collège, on en compte 4 de langue anglaise. Il y a, en Angleterre et dans le pays de Galles, 47 Évêques (y compris le vicaire apostolique de Galles); il y en a 1 autres en Ecosse. Le nombre des prêtres, en Grande-Bretagne, est de 3014 ; ils desservent 4789 églises, chapelles et missions. Parmi ces prêtres, 2090 sont séculiers et 924 appartiennent au clergé régu- lier. En outre, il y a, en Angleterre, un Archevêque et deux Evèques in partibus. La religion catholique romaine est professée par A pairs d'Angle- terre, d'Écosse et d'Irlande, par 53 baronnets, 15 conseillers privés, 3 membres anglais et 67 membres irlandais du Parlement. La population catholique du Royaume-Uni comprend environ 5 millions et demi de fidèles, — dont 4,500,000 pour l'Angleterre et le pays de Galles, 365,000 pour l'Ecosse, 3,800,000 pour l'Irlande. En y ajoutant le Canada, l'Australie, les Indes et les autres colonies et possessions anglaises, la population catholique de l'empire britan- nique s'élève au total de 10,250,000.

Le Guardian, dans son dernier numéro, consacre à notre œuvrel'ar- ticle suivant :

Maintenant que plusieurs numéros de la Revue anglo-romaine on paru, nous pouvons formuler une opinion sur Son succès el sur son but, el nous sommes heureux de constater que son contenu remplit à la foisles promesses de l'éditeur et nos propres espérances. Nous pouvons prédire un avenir important à la Asus comme trail d'union entre les Eglises gallicane et anglicane et inoyen d'arriver à mieux se comprendre de part et d'autre. Îl est probable que, grâce à son extrême impartialité, elle atteindra ce résultat. Elle a déjà publié un utile exposé de la situation de notre Eglise, dû à le plume d'u laïque anglais (7 Eglise anglicane vue du dedans, par M. G. A. Spokis- woode) et donne maintenant une traduction de notre Ordinal. Dans sa partie documentaire elle renferme, entre autres, la réponse du Patriarche grec de Constantinople et des autres évêques orthodoxes à l'Encyclique du Pape Preæclaræ du 20 juin 1894. Cette partie docu- mentaire de la Revue parait devoir rendre les plus grands services en répandant des connaissances et des informations précises. Notre confrère anglican termine par une étude approfondie sur l'article de M. Ermoni: l'Eglise romaine en face de l'Eglise grecque. schismatique. CHRONIQUE 7

Situation religieuse de Berlin. Nous lisons dans le Monde: Berlin, d'après le recensement du 5 décembre 1895, compte au delà de 4,600,000 habitants. Dans ce chiffre, les catholiques figurent pour un peu plus de 200,000. Bien souvent les prêtres catholiques ont poussé leur ri d'alarme en faveur de milliers de leurs par exposés à perdre la foi dans la capitale. L'insuflisance des églis manque de prêtres, la modicité des ressources, leur créent une situa- tion parfois désespérante. Durant les dernières années, de grands efforts ont été tentés pour multiplier les sanctuaires et permettre aux fidèles de se grouper. Le ministère catholique constitue à Berlin une vraie mission, mission plus importante en elle-même que toutes les slations fondées en Afrique au prix de tant de sang et d'argent. La situation religieuse protestante laisse encore beaucoup plus à désirer. lei c'est un vrai relour vers le paganisme. Quelques chiffres en fourniront une preuve irréfragable. Durant l'année 1894, il y eut à Berlin 42,809 naissances; 32,085 de mariages exclusivement pro- testants, 5,354 de mariages mixtes, 5,310 naissances illégitimes, de mères protestantes. Sur les 32,085 enfants de mariages protestants, 29,191 furent baptisés; sur les 5,354 de mariages mixtes, il y eut 2,643 baptêmes; sur les 5,370 enfants illégitimes, 3,729 furent portés au temple. Ce qui fait pour l'année 1894 : 7,246 enfants non baptisés. lnutile de relever le fait; il indique assez par lui-même la situation religieuse d’un grand nombre de familles. La staistique des mariages jette un jour plus sombre encore sur celte situation. La somme totale des mariages civils montait, à Berlin, pour l'année 1894, à 15,569, dont 42,801 entre protestants, et 2.688 mariages mixtes. Sur ce chiffre, il n'y eut que 9,337 qui deman- dérent la bénédiction religieuse; 8511 des mariages protestants 826 des mariages mixtes. Pour 6,232 unions, on se contente si plement du mariage civil. C'est donc au delà du tiers restant en dehors de l'influence religieuse. La portée sociale d'un tel fait est incalculable. Si on y ajoutait encore les chiffres que fournit la statis— lique du divorce, les résultats seraient encore plus effrayants. — H. Cerr.

Les Frères des Écoles chrétiennes en Orient. — L'Urient aété divisé parles Frères des Ecoles chrétiennes en cinq délégations celles d'Egypte, de Palestine, de Syrie, de l'Asie-Mineure et de Cons- tantinople. La. délégation d'Egypte comprend les établissements d'Alexandrie (6 écoles et 30 classes, 962 élèves au 31 décembre 1892 et 1150 en 1894); du Caire (4 écoll classes, 974 élèves en 1892, et 4055 en 1893); ceux de Mansourah, Port-Saïd, Port-Tewfik, Ramleh et Tanta, comprenant ensemble 9 écoles et 40 classes, 787 élèves en 1892 et 1003 en 1894. La délég: n de Palestine a sous sa juridiction les villes de Caïffa, Jaffa, Jérusalem, Nazareth, dans lesquelles les Frères ont établi cinq écoles, subdivisées en 20 classes; 660 élèves suivaient les cours au de 31 décembre 4893 et à la fin de 1894 ils avaient augmenté de plus 280, soit 30 0/0.

                                            UNIVERSITY OF MICHIGAN

18 REVUE ANGLO-ROMAINE $

En Syrie, 4 écoles, établies à Beyrouth, à Latakieh, à Tripoli-ville et Tripoli-marine, ont vu le nombre de leurs élèves s'élever en deux ans de 408 à 655, soit une augmentation de plus de 35 0/0. Les écoles de Smyrne et l'école de Rhodes — celle-ci de fondation très récente est due à la générosité du consul de France — ont éga- lement prospéré dans ce court laps de temps; le nombre de leurs élèves était de 806 au 4° janvier dernier. La délégation de Constantinople est, après celle d'Egypte, celle qui possède le plus grand nombre d'écoles et celle dont l'augmenta- tion a été la plus notable au point de vue des élèves. Les 1974 enfants répartis dans les onze établissements de Constantinople, avec ses faubourgs Galata, Pancaldi, Péra, Péra-Taxim, d'Angora, d'Erzeroum, de Salonique, de Trébizonde, sont devenus #300 au commencement de l'année courante. En résumé, dans l'espace de deux ans, le nombre des élèves qui en Orient ont suivi l'enseignement des Frères est monté de 6496 à 7813.

                    LIVRES ET REVUES

REVUE DU CLERGÉ FRANC+IS : La violation du dimanche en France. Tel patron vous soutiendra avec acharnement qu'il ne peut pas, absolu ment pas, laisser tomber ses feux le dimanche : remarquez qu'on ne dit pas les éteindre ; on demande seulement de les baisser, tout en les entrete- nant au moyen d'une équipe restreinte dont le roulement serait facile à établir. Non, c'est entendu, il est impossible de laisser tomber même le feu d'un seul four. Mais après tout l'homme ‘n’est pas fait pour l'industrie, c'est l'industrie qui est faite pour l'homme ! Mais en Angleterre, mais en Allemagne, on se repose le dimanche et l'industrie est aussi prospère qu'en France ! — Mais, même en France, | y a des fabriques, voire même des verreries considérables, qui chôment le dimanche et qui font d'aussi bonnes affaires que n'importe qui : je puis même vous en citer plusieurs aux portes de Paris.

Rien n'y fait : quand la pièce de cent sous est en jeu, ou qu'on la croit en jeu, les choses les plus simples se compliquent, et l'on est prêt à ar- river aux extrémités les plus extraordinaires. Un soir je vis arriver à la sacristie un employé portant un uniforme conuu ; le malheureux était en nage et suppliait qu'on inscrivit ses bans de mariage malgré l'heure. Trois semaines après, un samedi, vers dix heures, il revint courant toujours ; son patron lui donnait quatre heures pour se confesser et # marier, et lui accordait en plus congé le lendemain dimanche... à partir de midi !..... mais par faveur exceptionnelle. Franchement, si c'est pour aboutir à cette débauche de liberté que l'ou- LIVRES ET REVUES 319

vrier français a fait la Révolution, on peut avouer que le jeu n'en valait pas la chandelle.

Contre ce mal qu'a-t-on fait en France Rien ou presque rien ; c'est un courant immense à remonter, et il est tellement fort qu'il décourage les bonnes volontés individuelles, — Une ligue s'est formée sous l'inspiration de M. Léon Say et n'a peut-être pas bien su encadrer les bonnes volontés qui venaient à elles. Je me souviens avoir porté le nom et les cotisations de plus de cent membres chez M. de un grand commerçant de la rive droite, délégué pour les recevoir; et j'ai eu toutes les peines du monde à les faire accepter: on n'avait absolu ment pas l'air de savoir ce que je venais faire. C'est pourtant à cette ligue que l'on doit en grande partie la fermeture de la petite vitesse le dimanche à partir de midi. C'était toujours autant de gagné; mais il aurait fallu poursuivre, pétitionner, provoquer un mou- vement, une poussée d'opinion ; or l'énergie, l'ardeur persévérante ont évidemment manqué. Quelques ligues, mais alors tout à fait catholiques, se sont formées en province. Je signale ici l'effort tenté à Cherbourg par M. Leroux, curé arehiprétre de Sainte-Trinité, vallamment secondé par un comité de mes

Ce comité visita à Cherbourg et dans les        environs plus de 70 ateliers.

Sur ce nombre cinq avaient le parti pris absolu de continuer le travail du dimanche malgré toutes les observations possibles ; — quinze à vingt maitresses ouvrières affirmèrent ne pas ouvrir leur atelier le dimanche et s'en trouver bien. Plus de quarante ont avoué travailler le dimanche presque toute l'année. Le rapport de ces dames écrit dans un style simple -et ému serait à citer tout entier. « Ea les informant du but de notre visite nous craignions d'être reçues avec une grande froideur, suite naturelle de la différence entre nos idées et leurs habitudes connues; aussi, grande a été notre surprise.en recevant de ces dames un accueil très cordial, qui nous a encouragées dans notre mis- sion un peu difficile. Tout en reconnaissant ce que leur travail a de fâcheux, elles en ont toutes, d'un commun accord; rejeté la faute sur... la clientéle: « C'est elle la coupable, c'est à elle qu'il fauts'adresser, » ont-elles dit. « On « nous apporte des toilettes le vendredi, le samedi même, pourle dimanche : «si nous refusons, on nous fait des reproches, on menace de nous quitter «et personne ou presque personne ne nous parle du dimanche. » « Quelques-unes nous ont fait des aveux d'un genre différent : « Je vois « bien, a dit l'une d'elles, cela ne m'avance guère de travailler le dimanche ; « ce jour-là, je nourris en partie mes ouvrières pour les dédommager; le « bénéfice n'est pas grand et je suis si fatiguée par les veilles qu'un jour de « repos me ferait beaucoup de bien; puis mes enfants sont abandonnés, je « ne suis pas souvent avec eux ni avec mon mari, qui se plaint aussi de ne « pas être tranquille en famille ce jour-là, où il est libre, » « Mais alors, avons-nous dit, pourquoi agir ainsi, même contre vous?. « Crainte de perdre mes pratiques et de n'avoir pas assez d'ouvrage dans «la morte-saison. » <Nousnous regardämes avec tristesseen voyant tant de franchise au service d'une si mauvaise cause, et nous avions pitié de cette souffrance causée par l'absence de Dieu qui ne protégeait plus, qui ne bénissait plus ce travail fait sans lui, hors sa loi! travail funeste!... En cherchant dans notre cœur quelques bonnes paroles nous lui avons, éomme aux autres, conseillé d'es- 320 REVUE ANGLO-ROMAINE

sayer et, sans crainte d'être démenties par la Providence, nous lui avons promis un sort plus heureux. En échange de nos encouragements, nous avons reçu de bonnes promesses; plusieurs ont manifesté le désir d'un arrangement entre elles; mais-un certain nombre craignent trop de m'être pas assez soutenues dans cette réforme par leur clientèle. « Vous êtes trop peu nombreuses de votre avis ! » disent-elles. En effet la clientèle s'élève au bas mot à 13,000 personnes. » Alors, ces chrétiennes énergiques se mirent en campagne et firent un appel à la clientèle, c'està-dire à toutes les dames de la ville: 11 ne s'agit pas, disaient-elles, de forcer à aller à l'église ceux et celles qui ne veulent pus y aller, mais de ne pas empêcher celles qui désirent y venir. Où fitune propagande en règle; on obtint que des ouvrières missent, pour condition de leur apprentissage, qu'elles ne viendraient jamais le di- munche, et, petit à petit, des résultats très consolants apparurent, À quel point cela se propage C'est le secret de Dieu. Mais dans notre France administrative et routinière les résultats seront toujours précaires, tant que le mouvement ne partira pas des autorités constituées; et comme on confond à dessein le repos du dimanche et la sanctification du di- manche, une bonne initiative du gouvernement n'est pas à espérer d'ici longtemps. Dans ces conditions, c'est aux particuliers à semer la bonne semence,à faire l'impossible pour empécher la prescription de s'établir, et à souligner sans cesse devant le peuple tout ce qu'il y a d'inhumain et d'antipatriotique dans la violation préméditée du dimanche imposée aux ouvriers. Je sais telle localité où une seule personne a réussi à faire s'entendre les commerçants entre eux pour fermer tous à midi — et ils en sont enchan- és: le facteur a vu sa tournée de deux heures supprimée le dimanche, grâce au consentement des principaux industriels de l'endroit. Cette per- sonne continue sa campagne, et si, dans chaque localité un peu impor- tante, se trouvait quelqu'un qui voulût l'imiter sans se décourager; si l'on présentait la chose sous son vrai jour, c'està-dire comme une motion pro- lectrice de la classe ouvrière, on pourrait créer en sa faveur un redoutable mouvement d'opinion qui forcerait peut-être le gouvernement à s'en occuper. Verrons-nous cela?.... Les cartes sont tellement mêlées, les orientations politiques sont tellement éphémères, que l'on peut tout craindre sans beau- coup espérer.— L'abbé EDMOND LOUTIL.

Deuun Review Early catholie Witnew upon anglican orders. — (Pre- miers témoignages catholiques sur les ordres anglirans.)

        controverse sur les ordres anglicans qui semblait épuisée

s'est réveillée en ces derniers temps avec une regain de vigueur el es entrée dans une phase nouvelle, à la fois au point de vue théolo- ique et historique. Dans ce travail je me -confinerai à une étude purement historique et à une affirmation des faits. Quelle fut l'at- Uitude des théologiens catholiques vis-à-vis des ordres anglicans, pendant le demi-siècle qui suivit l'établissement de la hiérarchie d'Elizabeth ? » Au nombre de ces théologiens nous relevons les noms de Restell, Dorman, Heskius, Harpsfield, Allen, Harding, Campion, Stapleton, Bristow, Dury, Riston, Constance, Rainolds, Kellison, Smith."

                                              RSITY OF   MICHIGAN

PRIÈRE TIRÉE DU MISSEL DE LEOFRIC'

Pater sancte, omnipotens Deus, qui per Dominum nostrum Jesum Christum ab initio cuncta formasti, el postmodum in fine temporum scundum pollicitationem quam Abraham patriarcha noster acce- prrat, Ecclesiam quoque sanctorum congregatione fundasli, ordinatis rebus per quas legibus a te daus disciplinæ religio regeretur; presta ut hic famulus tuus sit ministeriis cunctisque fideliter gestis vlicis dignus, ut antiquitus instituta possit sacramentorum mysteria celebrare. Per {e in summnm ad quod assumitur sacerdotium conse- etur. Sit super eundem benedictio tua, licet manu nostra Precipe, Domine, huic pascere oves Luas, ac tribue ut commissi gre- kis cuslodia sollicitus pastor invigilet. Spiritus huic sanctus tuus cælestium charismatum divisor adsistat, ut sicut ille electus gentium doctor inslituit sit justitia non indignus, benegnitale pollens, hospi- talitale difusus; servet in exhortationibus alacrilatem, in persecu- ‘ionibus fidem, in caritate patientiam, in veritate constantiam, in hære-

Sibus ae vitiis omnibus odium scial; in æmulationibus nesciat ; in iudiciis graiosum esse non sinas, el lamen gratum esse concedas. Pustremo omnia a te largiter discat quæ salubriter tuos docet. Sacer- dlium ipsum opus esse existimet, non dignitatem. Proficiant ei honoris augmenta, etiam ad incrementa meritorum, ut per hæc sicut apud nos nunc adsiscitur in sacerdotium, ita apud te posten ads ‘alur in regnum. Per, ete.

! Voir l'article du Rev. T. À. Lacey. L'imposilion des mains dans la consecru- lien des Évéqu (Rev. es Angl.-rom., p. 200 et suiv.)

 REVUE ANOLO-ROMAINE. — 7. 1, — 2.

LE BREF DU PAPE PAUL IV AU CARDINAL POLE

Ad futurem rei memoriam. Regimini universalis Ecclesiæ meritis licet imparibus, disponente Domino, præsidentes, ad ea libenter intendimus per que singer personæ ecclesiasticæ in ordinibus per eas susceptis puro corde el sana conscientia ministrare possint. Dudum siquidam dilectus filius Reginaldus, sanctæ Mari in Cosmedin diaconus Cardinalis Pole nuneupatus, Noster et Apostolicæ Sedis in Regno Anglie Legates de latere, cum compluribus ecclesiasticis sæcularibus et diversoram ordinum regularibus personis, quæ diversas impetrationes, dispeu- sationes, gratias et indulta tam ordines quam beneficia ecclesiamtira seu alias spirituales materias concernentia prætensa auclorilale supremitatis Ecclesiæ Anglicanæ nulliter et de facto obtinuerant, et ad cor reversæ Ecclesiæ unitati restitutæ fuerant, ut in suis ordinibus et benefciis remanere possent, dispensasset, et cum aliis simili morbo laborantibus se dispensaturum esse obtulisset; Nos. singals dispensationes hujusmodi ac prout illas concernebant omnia el sin- gala per ipsum Reginaldum Cardinalem Legatum in præmissis ges et facta ac indesuper confectis ipsius Reginaldi Cardinalis et Legati lilteris contenta, ila tamem ut qui ad ordines tam sacros quam non sacros abalio quam episcopo aut archiepiscopo rite et recle ordinalo promoli fuissent, eosdem ordines ab eorum Ordinario de novo sus- cipere tenerentur, nec interimin ipsis ordinibus_ ministrarent, per alias Nostras sub plumbo confectas litteras approbavimus et confr- mavimus, etcum his omnibus cum quibus dominus Reginaldus Cardinalis et Legatus, ut præfertur, dispensaverat, modo et fou præfatis, ila tamen ut ad ordines prædiclos ab alio quam episcope aut archiepiscopo, ut præfertur, ordinato promoti, ordines ipsos. ut præmittitur, de novo suscipere tenerentur, et interim, ut præfer- tur, non ministrarent, de specialis dono gratiæ dispensavimus, proul in singulis tam Nostris quam ipsius Reginaldi Eardinalis et Legati litteris plenius continetur. Cum autem, sicut Nobis nuper innotuil. à pluribus hæsitetur qui episcopi et archiepiscopi, schismate in ip Regno vigente, rite et recte ordinati dici possint, Nos hæsitationen hujusmodi tollere et serenitati conscientiæ eorum qui, schismate prædieto durante, ad ordines promoli fuerunt, mentem et intentiv- nem quam in eisdem litteris Nostris habuimus clarius exprimend. opportune consulere volentes, eus lantum episcopos etarchiepiscopos qui non in forma Ecclesiæ ordinati et consecrali fuerunt, rite et recle ordinatos dici non posse et propterea personas ab eis ad ordines ipsos promotas, ordines non recepisse, sed eosdem ordines a sue Ordinario, juxta litterarum Nostrarum prædictarum continentiam el tenorem, de novo suscipere debere, et ad id teneri; alios vero quibus ordines hujusmodi etiam collati fuerunt ab episcopis eL archiepise pis in forma Ecclesiæ ordinatis el consecratis, licet ipsi episcopi el DÉCRET LE LA CONGRÉGATION DU SAINT-OFFICE, 1704 323

archiepiscopi schismatici fuerint, et ecclesias quibus præfuerint, de manu quondam Henrici VIIL et Edwardi VI prælensorum Angliæ Regum receperint, caracterem ordinum eis collatorum recepisse, executione ipsorum ordinum caruisse el proplerea tam Nostram quam præfali Reginaldi Cardinalis el Legati dispensationem eiscon- erssam, eos ad exemtionem [executionem] ordinum hujusmodi ila ut ineisel absque eo quod juxta literarum Nostrarum prædiclarum lenorem ordines ipsos a suo Ordinario de novo suscipiant, libere ministrare possint, plene habililasse; sicque ab omnibus censeri et per quoscumque quavis auctorilate fungentes judicari debere; ac si serus super his à quodam quavis auctoritate scienter vel ignoranter eontigerit attentari, irritum et inane decernimus; non obstantibus premissis ae constituliunibus el rdinationibus apostolicis ceterisque contrariis quibuscumque. Dat. Romæ apud S. Marcum, elc., die XXX Octobris 1533, anno primo Ponlificatus].

 CRET DE LA CONGRÉGATION DU SAINT-OFFICE
           SUR LES OKDINATIONS ANGLICANES
                           (1704)

« Joannes Clemens Gordon, Scolus nuper Route ad tidew conver- sus, adpedes Sanctitatis Vestræ humillime provolutus, exponit que- madmodum Episcopatus gradun in patriu oblinuerit, rilu_ hwretico- rum uteunque consecratus. Cum autem hujusmodi consecrationem spinetur esse nullum, ob rationem huie supplici Libello annexam, et sumunopere desiderel ex suo gradu dubio ac suspenso ad certum sltum ecclesiastieum adseribi, Deoque et Ecclesiæ Catholicæ inser- vire; ideo.

« Ut enim validæ dici possent, non dubie duntaxal. verum certo constare oporteret, apud prætensos Episcopos Anglos residere verum Episcopatus characterem; legitimam illos accepisse ab Ecclesia Ca- tholica per successionem aliquam ordinationemn, consecrationemque etdenique ab illis pseudo-Episcopis adhibitam fuisse ac eliamnum adhiberi essentialem in eorum consecrationibus formam, materiam, intentionemque. Elenim, si quidex tribus hisce, nimirum charactere, legiima consecratione, formaque aut intention desit, consecratio nem dici nullam et invalidam cum Theologis omnibus fateri necesse CR 324 REVUE ANGLO-ROMAINE

*_« Quod autem primum spectat, fatentur hæretici illius regionis doctissimi (utpote lumine veritatis convicti) nullam apud se ordinan- di potestatem esse, quæ ab Ecclesia Romano-Catholica derivata in cos non sit. Id contitetur ingenue Bridgesius Pseudo-episcopus Oxo- niensis in Defensione Ragiminis, ete., p. 218. Ecce ejus verba:« Si « fratres nostri Papistæ tantum Laicos esse velint, erimus nos, el « omnes Ministri meri quoque Laici. Nam qui nos ordinavit Minis- « tros, nisi qui de corum Ministerio fuerunt! Nisi forsan a populo « Ministros fieri velint. » Quod ullimum negat ministellus ille. At non est illi assentiendum pro illa parte, quod ministerium a Catho- licis sut præ se fert) habuerint, eum nullam successive ordinationis rationem afferat. Hac autem sublata, nulla alia consecrationis apud hærehcos illos extant vestigia, præter ministerium a populo vel prin- cipe laico probat. « laque, si nulla legitima vrdinatio consecratioque sacerdolalis autepiscopalis in illos manarit ab orthodoxis Romano-Catholici Episcopis ; igilurel nullum characterem nullamque habent in se con- secrationem ; alque adeo hanc in alios nequeunf valide conferre. Sed ne solis hacinre (quod hujus dubii caput estivideatur Oraorhæ- reticorum assertionibus inniti, invaliditatem consecrationum his ar- gumentis ex historia depromptis invicte probat. « Constat, nullum Episcopum Catholicum in schismate et vera fide abjuratione Anglicanaad partes transiisse hæreticorum, præter unum Antonium, Kitchin nomine, Épiscopum Landaffensem, doctrina el scientia inter cæleros infimum, qui tamen nefando muneriordinandi à Regina Elizabetha depulatus, tantum abfuit ut id exequeretur, ul cæcum se adeoque imposito muneriimparem simularit, facinusque detestatus, nullisminis ad id unquamadduci potuerit (ita Hardingus in Confutationo Apologetiea, part. 2, c. 4}. Idipsum Stous Chronologisla Anglus subinde agnovit, etsi suis in id Annalibus inserere, melu re- giminis, non sit ausus, uti Lestatur nobilis vir D. Constabilis in ma- nuscripto proprio, pag. 43. « Agebat quoque sub id temporis in Turri Londinensi Archiepis- copusquidam Ilibernus, quem proposita libertate et præmis ici deprecabantur, ut misertus orbitatis sur Ecclesiæ Miistrus ordinaret. At vir bonus, inquit Sanderus, de Srkismate, pag. A, « nullo modo adduci potuit ut hærelicis sacras manus imponerel, vel « alieno peccato communicaret ». Cum autem hæretici sua in spe cecidisse viderent, inito consilio in abernam ad Caput Equiin plalea Cheapside Londini, condieto die conveniunt, anno 1559, el quid agen- dum statuunt. At tandem tumultuario opere ex præsentibus (aderant enim plures) Joannem Scorium apostatam religiosum, haud Epistu- pum, deligunt, qui vrdinationis speciem perageret. Is legerat ex Ke- formatis Tunii cujusdam librum secundum de Eeclesia, cap. 4, impo- sitionem ia Ecclesia manuum nihil aliud olim fuisse, quam dextre in dexteram, amicitiæ ergo, injectionem. Jubet ilaque adstanles in genua procumbere; et apprehensa cujusdam Parkeri laïci dextra: « Eia », inquit, « Domine Episcope Cantuariensis, surge. » DÉCRET DE LA CONGRÉGATION DU SAINT-OPrICE, 1704 398

« Pari modo aliquot ex lis qui aderant, hoc rituordinavit, Ila ac disse testatus est oculalus testis Thomas Keal, Professor linguxæ He- braicæ Oxonii, euidam suo amico Herbelei, cum uterque religionis causa exul ex patrie in Belgio degerel. Prodiit quidem anno 4643, hoc est54 annis post prædictum factum, liber Londini editus, cujus- dam Formalistæ Angli, Francisci Mesoni nomine : is prælendit, se in Archivo quodaminvei î ï ordinatorum. Sed ab omnibus exploditur, quie nimirum sui dicti aullam probationem affert. Itaque illos conslat nullam ab Ecclesia vera accepisse ordinationem validam, adeoque nec characterem ullum ae proinde eorum ordinationes esse invalides et nullas. « Adde, quod licet per successionem legitimam, aliquam hæreticus quispiam ordinationem consecrationemque episcopalem accepisset ‘quod tamen nullo argamento probatur, eliamnum eorum 0! nes invalidæ dicendæ essent ob defectum materiæ, formæ et Uionis debitæ. Nulla enim materia utuntur, nisi forte traditione Bibliorum, nulla forma legiima; imo formam Catholicorum abjecére et commulavére in hane: « Accipe potestatem prædicandi verbum Dei, et administrandi sancta ejus sacramenta: » quæ essentialiter differt a formis orthodoxis. Deinde, que’ intentio ab illis formari poterit, qui negeant, Christum, aut primam Ecelesiam ullum incruen- tum instituisse Sacrificium! Sublato autem Sacriflcio, lollitur Sacer- dos, süblato Sacerdote, lollitur Episcopus, sublato alleratro, « tolli- ur», ut ait S. Hieron., Dia. contra Lueÿerianos, « Bcclesig, Fides et Evangelium ». < Denique constans semper in Anglia fuit praxis, ut si quis hære- ticorum Ministrorum ed gremium revertatur Bcclesiæ, sæcularis ins- tar habeatur. Unde si ligelus sit matrimonio, in eodem permanent; sin liber et ad statum ecclesiasticum transire velit, aliorum catholi- corum more ordinetur, vel, si libuerit, uxorem ducat, Ergo ete. « Faria 8 die A1 Aprilis 4104 in Congregatione gencrali S. R. et universalis Inquisitionis, habits in Palatio Apostolicoapud S. Petrum coram Sanctissimo D. N. D. Clemente Divina Providentia Papa XI ac Eminentissimis et Reverendissimis Dominis S. R. Ecclesiæ Cardina- libas in tota Repub L. Christiana contra hærcticam pravitatem generalibus Inquisitoribus, a S. Sede Apostolica specialiter depu- latis. «_Lecto supradictomemoriali, sanctissimus D. N. Papa prædictus, anditis votis evrumdem Eminentissimorum, decrevil quod prædictus Joannes Clemsns Gordon Orator ex integro ad omnes Ordines, etiam Saeros et Presbyleratus promoveatur, et quatenus non fuerit sacra- imento Contirmationis munitus, confirmetur. « Joseph Bertholus, S. R. el'universalis Inquisitionis Notarius.

                                        « Locus + si

326 REVLE ANGLO-ROMAINE

            DE FABULA CAUPONARIA!

Anno salutis 1604, post consecrationem Parkeri x1v_annis,primum spargi rumor eæplus est de fictis consecralionibus episcoporum, quæ in canpona ad Coput Equinum (the Nag's Head) habitæ fuisse ferebantur. Auctor fuit Johannes Holywood {alio nomine Christu- pherus a Sacrobosco) qui primus in libro De Znvestigatione reræ 4 visibilis Christi Ecclesie, Antwerpiæ edito, Parkeri consecralionem, quoad factum historieum, impugnare ausus est. Omnes enim qui antehac hierarchiam Anglicanam inseclati erant, eius consecralio- nem vere quidem, sed illicite aut invalide confectam esse censuerunt. Hi tamen, qui clerum Anglicanum acerbissime detractare cuperent. si quid de eis quæ in diversorio perridieula accidisse feruntur novi sent, Parkero consecrationem Lambethanam præ se ferenti mend cium optimo iure obiecissent, Hæc animadvertit Lingard (Birm. Cath. Mag. vol. v. pp. 712, 718), qui lestatur se perlegisse Hardingi Confutation et Detietion, Stapletoni Counterblast et Promptuarium Ca- tholirum, Bristovi Motives, et Sanderi Historiun, qui omnes ne in mentionem quidem consecralionis putativæ in diversorio habile inciderint. Quinimo ante fabulam ab Holywood anno 1604 vulgatam nihil huiusmodi conceptum fuisse ex hisce patel : — 1° Kellison, qui in suo Erumine Novæ Reformationis anno 1616 cons- ériplo eadem fere quæ Holywood mentitus erat profert (p. 166), nihil de his rebus in libro suo Survey of the New Religion anno 4603 edit fabulatur.

Bristow in libro Motives to the C'utholie Faith annis 1574 et 1589 vulgato, consecrationem huiusmodi ficticiam, ut monet Lingard, plane ignorat; in versione autem Latina eiusdem libri (eui titulus Antilcretieæ Motivæ) a quodam Worthington anno 1608 facta, verbi quædam quæ eo spectare videntur intersila sunt (pp. 286-277), unde Le Quien ea lanquam ex ipso Bristovo, sub anno 1567, derival. Ex his vero primordiis fabula vires aequisivit eundo, et cum eis additamentis communiter relata est quæ in Fitzsimonis Britanomachia Ministrorum (Ducaci, 1614) atque in libro Champnæi de Porionr Ministrorum {Lutetiæ 1618) fusius elaborantur. Champnæus lee narrat, p. 497: — « Initio regni Elizabethæ, depositis el in custodian conieelis Cutholiris Episcopis, ut infra videbimus, alii ereandi et illis sufliciendi erant. Qui fuerunt ad illam dignitatem nominal, ét electi, ex condicto in quodam hospitio (cui insigne erat Caput man- nuli in vico dicto Chenpside) Londini convenerunt. Illue etiam invila- tus venit Landavensis Episcopus, mulla senectute jam decrepitus.

1 Cf. De Hierarchia anglicana, Appendix XIV.

                                UNIVERSITY
                                         OF   MICHIGAN

DE FABULA EAUPONAIUA 821

vir simplex et meticulosus. Ab ipso expectabant ordinationem novi, candidati. Quod Bousrus Episcopus Londinesis in carcere religionis ergo constitutus, subolfaciens, minatus est Landavensi excommuni- «ationem, si eos ordinaret: quo nuncio lerritus, et lactus etiam . fortassis intrinsecus conscientiæ stimulis ille pedem rettulit, et oculorum infirmitatem causatus, manus eis imponere recusavil. Expectantes ergo isli spe sua frustrali, se illusos interpretantes, senem, quem antea honore el reverentia non mediocri prosequebai lur, opprobriis lacessere eæperunt quidam inter illos_dicentes Delirus ste senez eristimat nos Episcopos non fore, nixi liniti et ol delibutifuerimus: tam Episcopum senem. quam Calholicum consecra- lionis ritum ludibrio habentes. Consecratore tamen frustrati, novum coguntur quærere consilium, el ad Scoreuwm apostatam monachum qui sub Eduardo sexto absqne ulla consecratione, ut statim videbi- mus, Episcopatum invascrat) ul ab eo ordinarentur, reeurrunt. Iste qui eum habitu religioso conscientiam omnem exuerat, rem cito peregit, hac usus eæremonia. JIlis omnibus ante ipsum genua flectentibus, unicuique illorum Biblia super caput imponens, dixil, Acripe poteslatem verbum Dei sincere prædicandi. Et sic surrexerunt omnes Episcopi. »

Fitzsimon vero (p. 320: ila iocatur: « Agebat sub id temporis in Turri Londinensi Archiepiscopus quidam Ibernus, ad quem proposifa libertate ae priemiis, supplices confugiebant, ut is orbitatem Ecclesi: Anglicanæ cui Ministri essent pernecessarii, miserlus, ordinationem perageret. Sed vir bonus (inquit Sanderus) mulle modo adduci potuit ut herelicis sacras manus imponeret, vel alieno peccalo communicarel. Non habeo compertum {citra probabilitatem coniecturæ) an hic idem fuerit ter illustris martyr Creveus, Armacanus Primas.. Tot autem modis properanlis ambitus frustra tentatis, cum nullum aliud occur- reret remedium, ipsi inter se candidati condicto die in Taberna, ad Caput Manuli, seu Equi, in Cheapsid, platea Londini præcipua,con- veniunt, anno 4559. Non fuit quærendum templum tali Taberna magis idoneum Reformatæ ordinalioni : quæ ventri eL ingluvi paltefactura eral arbitrarium aditum, et omnia ieiuniorum iura paulo post violatura. Ex omnibus igitur Johannem Scorium Apostatam Religiosum deligunt, ut a votifrago (seu digno totius stemmat protogene) auspicatior esset exvolata consecratio. Narrat Junius ‘sed reformata fide) impositionem in Ecclesia manuum nihil aliud ‘lim fuisse, quam familiarem dextræ in dextram, amicitiæ ergo, iniectionem. Ad hanc sententiam respiciens Scorius iubet omnes procumbere in genua: deinde Parkeri prensa manu, ait: Eia, D. episcope Cantuariensis, surge. lterum pari modo Grindallo: Eia, D. episcope Londinensis, surge. ltidem Horno : Eia, D. episcope Win- toniensis, surge. Dein Sandesio: Eia, D. episcope Worcestrensis, surge, et sic de cæleris. » Huiusmodi ineptias, nullo adhibilo documento, ex mero auditu vmnes tradiderunt. In testimonium asciscunt quemdam Thomam Neal, e famulis, quod dicit Chempnuæs, Bonneri, a quo missus est 328 REVUE ANGLO-ROMAINE ad Landavensem «ut eum sub pæna excommunicationis prohiberel, a sacrilega illa consecratione desistere, et insuper ut videret quid ibi tandem fieret. » Hic vero annos ante fabulam vulgatam quattuor- decim mortuus ne verbum quidem de hac re scriptum reliquit Alqui si vera de tali re in usum posterorum tradere potuisset, vir eruditus ac rerum peritus historiam istiusmodi auribus tantum commitiere nequaquam voluisset !, Proinde si consecratio scenica in diversorio habita Nealo Bonneri capellano, quem testem oculatum præ se ferunt fabulatores, inno- tuisset, ille quidem in actione Bonneri contra Hornum per testi- monium facti tum causam domini sui oblinere, eum Hornum ex episcopatu iure neque ecclesiastico nec civili oceupato eiicere potuisset. Nihil huiusmodi. Bonneri enim causidiei non modo de tali re, quæ iuramenti ab Horno dati reiectionem sane defendisset, silebant, sed etiam ea proferebant argumenta quæ præsumerent el Parkerum et Hornum iuxta ritum Edwardinum fuisse consecratos. Neque in minorem errorem de personis consecratis inciderunt auctores fabulæ. Nonnullos enim referunt qui post aliquot annos promoti sunt ; neque de his inter se consentiunt. Wadsworth ? ten- tatam in diversorio consecrationem referens concedit Parkerum Lambethæ ut in Registro memoratur consecratum esse; Champnæus asserit in diversorio consecratos fuisse omnes qui in sedes eo lem- pore vacantes suffecti sinl, quorum xiv, præter ipsum Parkerum nominat (p. 532); auctor præfati ad Parsoni Discussion of the Answer of M. Barlowe, omisso Parkero, Sandum Hornum Grindallum Juel- lum aliosque nominat; Fitzsimon Parkerum Grindallum Hornum Sandum celerosque memorat ; Kellison primorum sub Elizabela pseuo-episcoporum in genere tantum mentionem facit. Eidem scriplo- res de materia et forma consecrationis ficliciæ diversa referunt. Champnæus asserit Scoræum sacra biblia super capita imposuisse cum verbis Accipe potestatem verbum Dei sincere prædicandi; Fitssimon vero dicit eum cuiusvis manu lantum prensa verbis usum esse Fi D. episcope Cantuariensis, surge, et similibus. Le Quien autem (\u- lité ete. vol. i. p. 185) cum fabulæ fidem hac discordia penitus abolitam esse sensissel, narrationes horum seriplorum discrepantes in unum redigere conatus est, hoc scilicet modo : — primo Champnæi textum omissis tantum verbis «ef sic surrererunt omnes episcopi » Lotum trans- tulit, cui cum ea quæ Fitzsimon narrat addidisset, statim pergit his verbisuti : « Hæc historia, qualem modo rettuli, in libro Antonii Champnæi, docloris Sorbonici, de voratione Ministrorum, cap. M. p- 497 reperitur »; quibus verbis efficit ut hisloria una et continu esse videatur, quam ex dissonis eiusdem ficti narrationibus con- larit. Cum externis quoque rebus absurdissime dimicat fabella. X

  1. De Thoma Neal vide Wood, Athens Ouronienses, vol. 1. pp.

  2. In literis ad W. Bodell ex Hispania datis 4e Aprilis, 1613, queanno 164 vulgatæ sunt sub titulo Copies of certain letters between James Wadsworth an W. Bedell.

                                 UNIVERSITY 0   UCHIGAN
    

nes. at DE FABULA CAUPONARIA 329

que, ut graviora omiltamus quæ in capite nostro primo diges- simus.

1° Scory, quem novo prodigio a propriis liberis procreatum, id est ab eis quos illico sacraverat consecratum Holywood et Fitzsimon asserunt, jam pridem die 30° Augusti, 1551 in episcopum Roffensem consecratus erat. Xihil eo tempore obstabat quominus consecratores idonei asc cerentur; nam præter illos qui in regio mandato nominati Parke- rumreipsa consecraverunt, plurimi episcopi Hibernici præsto erant, qui omnes, duobus lantum exceplis, conformati (ut aiebant) sedes suas Elizabetha regnante relinebant. Inter hos Hugo Curwen, Ar- chiepiscopus Dubliniensis, qui adhue regnante Maria consecratus, in sedem vero Oxoniensem anno 1567 lranslalus est, familiare cum Parkero commercium epistolarum habuit. (Strype, Parker, bk. 1 ch. ix.) 3% Nullus erat Archiepiscopus Hibernicus id temporis in Anglia earcere detentus. Ricardus autem Creagh, quem Fitzsimon (p. 320) nominat, ne litulum quidem Ecclesiæ Armachanæ ante festum S. Patricii anno 1564 recepit, neque ante hune annum — scilicet quin- tum post consecrationem fabulosam — in carcerem deiectus est. Vita Ric. Creagh. p. 32.) His autem vel absurdiora fingunt qui narrant Parkerum eeteros- que electos diversorium in locum consecrationis præ metu_Bonneri aut urgente aliqua necessitate elegisse, siquidem non modo Ecclesie athedrales et parochiales totius fere Angliæ capellæque palatiorum penes eos fuerunt, sed etiam intra muros Londinii quædam loca ad iurisdiclionem Ecclesiæ Cantuariensis immediate pertinentia atque ab omni iurisdictione episcopi Londiniensis exempta exsliterunt, quo, si comminationes Bonneri iam regia potestate extrusi, quod minime credendum, formidassent, contugere potuissent. Quine liam ex his iurisdictionibus immediatis erat Ecclesia B, Mariæ de Arcubus in vico Cheapside, ipsi vicina diversorio ad Caput Equinum. Le Quien quidem (Nulité ete, vol. 1, p. 218), lanta absurditate perculsus, pro œupona magnam quandam domum, sacello_præditam, supposuit, auctorem referens Kellisonum ex indice operis contra Sutcliffe, ubi legitur « English Bishops consecratel in (ha Chapel of the Nags Head Tavern, 1 B. » Quam si evolveris paginam Kellisonum iocantem invenies, et dicentem fabernam tali consecrationi dignam satis esse Ee- desiam.

Hæc denique ad caesos occidendos afferimus. Hethe et Bonner célerique episcopi extrusi litteras ad reginam die 4° Decembris 1559 stripserunt, Quid de hae sceniea et sacrilega consecratione dixerunt? Nihil sane. Eidem ad Parkerum litteras postmodum scripserunt, quibus ille die 26 Martii 1560, partibus eorum epistolae ordinatim dispositis, fusius respondit (Strype /. e.). Quid de hacre? Nihilsane. Ilisue nondum innotuerat? Atqui unus ex eis capellanum suum, qui teslis reioeulatus foret, ad locum misisse fertur. Ergo et illi, si qui ali lolam rem necessario comperissent; nec credibile est eos Lantam oc

                                                    UNIVERSITY OF MICHIGAN

330 HEVCE

casionem adversarivrum evincendorum omisisse, quippe qui reiecla jurisdictione pontificia episcopos Lali modo instituere pruesumerent. utorbis terrarum Christiani contemptum ineluctabilem sibi allaturi forent, Nihil illi de hac re dixerunt. Quippe nondum inventa est fa bula. Hanc vero fabulam, tam propriis ineptiis quam rationibus extrin- secus adhibitis iamdudum explosam, nonnulli etiamnunc ad ordina- tiones Anglicanas obruendas producunt. Inter hos Kenrick in opere multis manibus versalo, The Validity of Anglican Ordinutions eramine. eam non quidem pro vera ipse tuetur, sed lectoribus commendal, leniter iadicat, euntra incursiones criticorum curiose defendit. Id quidem miramur. Sed multo magis deplorandum nobis videlur quod nuperrime, 1893, vir doctissimus P. Gasparri in ractatu Cam- nico de Sara Ordinatione, sententiam contra valorem Ordinationum Anglicanarum ex his nugis historicis reportaverit. Cum enim inter reordinationem conditionalem alque absolutam distinxerit in. T18. ita pergit: « Hacc absoluta reordinatio fit cum ministris Anglica- nis... Nam consecratio episcoporum Anglicanorum est nulla ob sabs- tantialem defectum (n. 4444 in nola); semel vero admissa invaliditale consecrationis episcoporum Anglicanorum, palet omnes ordinationes Anglicanasirritas esse. » Item cum Sacram Cong. S. O. in casu Abys- sinorum Ordinationem presbyteralem cum solis verbis Arcipe Spiritun Sanctum neque valere declarasse neque in nullitatem rejecisse do- cuerit (n. 4058,) « Ceterum », inquit, « nullitas ordinationum Angli- canarum ex alio fonte fluit (n. 1144 ‘in nola) ». Ad eundem fontem remittimur. Et qualem? Audi nolam citatam. « Ex diclis appart nullam esse consecrationem episcopalem Anglicanorum, et conse- quenter nullas quoque esse alias eorundem ordinationes. Nam Mathaeus Parker a quo reliqui episcopi Anglicani originem habent, fuituna cum aliis Lribus consecratus per impositionem super caput sacrorum bibliorum cum verbis : Accipife potestalem praedicandiverbun Di in sua puritate. Vide Perrone, De Ordine, n. 437, not. 4. » Haec certe fabulam cauponariam sapiunt. Ad Perronium auten missi convertimur. Hoc iudice ordinationes Anglicanae invalide cen- sentur, non quia ab episcopis haerelicis et schismaticis conferuntur. sed tum ob defectum snccessionis episcoporum, tum ob vitiatam es- sentialiter formam. Quomodo autem defectum successionis probat? Audi. « Tradunt enim scriptores coaevi Matthaeum Parkerum, a que reliqui episcopi Anglicani haeretici originem trahunt, fuisse Londini in diversorio a J. Scoraeo episcopu Roffensi inauguratum, una cum Wibus aliis absque legilima materia ac forma. Siquidem Scoraeus. super eorum capila impositis sacris bibliis, haec verba tantum adiecit: « Accipite potestatem pracdicandi verbum Dei in sua puri- tate. » Per annos plurimos factum istud ab oculatis testibus traditum pro certo habitum est, quin ullus reclamaverit. Poslea tamen Pro- Lestantes eidem opposuerunt Acta Lambethana, eruta, ut affirmabant. ex archivio ipso palatii episcopalis Lambethensis, quaeexhibent P keri aliorumque ordinationem solemniter faclam esse in sacello ejns- DE FABULA CAUPONAREA 331

deu palatiï a Guil. Barlowio electo episcopo Ceslriensi (1), 17 dec. 1559. Prodierunt autem primo eiusmodi Acla post medium seculum, nempe an, 4643. Hinc tanquam supposititia aut saltem suspecta ca- tholiciscriptores ea non immerito traduxerunt. Haec disceptatio finem suum altigisse videbalur, donec his annis denuo mota est, ex occa- sione qua doctor Lingard pugnavit pro veritate Actorum Lambetha- norum, adversus quem insurrexit Thomas Hodgson. Protestatus ta- men est Lingard non propterea propugnere voluisse valorem Angli- canarum ordinationum. Cf. The Catholic Magazine, vol. 6, febr. 1835, ». 40, pag. 70. » En habes abbreviatam fabulam iuxta recensionem quam Le Quien e pluribus fontibus derivatam composuit. Formam et materiam Champnaeus; numerum promotorum Fitzsimon praebuit. Unde autem ill seriptores coaeri? E libro Talboti credimus eos prodiise, qui affir- mat historiam a sapientibus narratam ac pro certa credilam inde ab anno 1389 fuisse (2). Quos autem huiusmodi sapientes refert? Nempe fabulatores post annum 1604 florentes. Parsonum ex mero errore ad- di (p. 4); nem praefalionem Fitzherberti ad opera Parsoni post sius mortem anno 1613 scriplam citat. Hi sunt Perronii scripéores romeri. Contra pulat nostrates solo Registri testimonio adversus fabu- latores usos esse. Nihilne in hac parte legerat? Putat, ni fallimur, Lingardum a Thoma Hodgson rationibus obrutum esse. Quaenam vero huius argumenta ? Crambe repelila ; loci detrili; somnia dissi- pale; Aaer est farrago libelli. Omnia quue Lingard iam superiore annu deieceral, seriptor imprudens denuo aedificare conatus est. Non has vuges ile animadvertit: hic vero non viclor sed potius neglectuseva- sit.

                        DE ELECTIONIBUS

Plebem laicalem episcoporum suorum election antiquitus sufira- garisolitam fuisse constat ex scriplis S. Cypriani, qui suffragium po- pui (Ep. lix) et suffragium plebis (Ep. Ixviii) memorat, Postmodum in quibusdam regionibus ad Principes ius eligendi gradatim transit, cuins rei causa fuit maxime ex parte auctoritas in republica quae Praelatis indies increscebat. In Anglia a principio Saxonici imperii electiones penes Regem et Archiepiscopum fuisse videntur ; mox & se- mu, seu witan, S. Wilfridum, S. Ceaddam aliosque electos fuisse

  1. Sic pro Cicestrensi scripsit post Hardouinum, qui mire quadam perversitate conte veritatem Registri Lambethani invectus est, quia scilicet Barlow ibidem Cicestrensis electus nancupatur. Nescimus quomodonam Hardouin in hunc erro- rem inciderit, quo potissimum fretus omnia Registra more suo falsitatis in-

  2. It hath been constantly related and credited by wise men as a certain truth ever since the year 4559. Talbot, Nullity of {he Prelatick Clergy. p. 15. nn Lee

332 REVUE ANGLO-ROMAINE

notum est (Bright, Æarly English Ch. Hist., p. 443, in quo senatu Praelati clerum universum repraesentabant. $. Dunstani opera efec- tum esL ut a concilio Wintonensi ius eligendi Capitulis Ecclesiarum Cathedralium confirmarelur (Lingard, Anglo-Saron Churrh, ii, p. 979). sed vestigia eiusmodi clectionis pauca admodum exstant, atque in praxi haud mullo post ingravescebat sub rege Canuto eiusque succes- soribus consueludo promovendi episcopos ex solo regiomandata cum investitura per annulum et baculum. S. Edwardus Confessorepiscopos per Carlam Regiam nulla adhibita electione nominare solebat, Willel- mus Conquestator eadem consuctudine usus episcopatus aliasque praelaturas totius regni Normannis suis donabat. Regnante Henrico 1, cum S. Anselmus contra inrestiturmm per annulam et baculum, in conciliis Barensi (A. D. 1097) et Romano (A. D. 1099) ipso assistente damnatam, strenue dimicassel, utrimque tandem aliquid concessum est; quo pacto quilibet in episcopatum promolus feodalitatem atque homagiun, lanquam munera civilia, pre restitutione lemporalium facere debebat; annulum vero et baeulum, utpote qui iurisdictionis spirilualis insignia forent, a rege donari pro- hibitum est (Lingard, Æistory of England, vol. ü. p. 9, ed 6). Hine evenit adumbratio queedam iuris electionis canonicae a capitulis vin- dicati atque interdum sub regia ditione exerciti (Stubbs, Constitulio- nal History, vol. iüi, p. 303, ed. 4). Stephanus excepto regno iuri cs- nonicae promotionis expressius annuit, quo regnante clerus non sine successu contendit ut jus suum teneret. Henricus II et Ricardus| formum elections stricte coarctatam tuebantur (Stubbs, 1. c.). Johannes tandem, ut cleri favorem contra proceres laicos sibi cun- ciliaret, cartam pro libera electione dedit (Lingard, Æistoryof England. vol. üi, p. 174), quam per Magnam Cartam postea, A. D. 4245, conf mavit. Quae tamen libertas in ius litigandi potissimum exit. Henri eus IIL neque auctoritate digna nec prospero eventu electiones capi- tulares dirigereconatus est;raro electi sunt candidaliab 60 nominali: Papa magnam appellationum messem fecit (Stubbs, op. cit. p. M3). Quibus appellationibus effectum est ut Pontifices Romani per modum providendi promotiones ad episcopatus multas sibi arrogarent (Lin- gard, op. cit. ii, 128), quo facto tanta tolius regni indignalio exarsil, ut abusus tollendi causa statutum contra provisores regnante Edwarde LI latum fuerit (23 Edw. IL. cap. 6). Nimirum per iura regni tantus auctoritatis pontificiae abusus nunquam toleratus fuerat: imo exjuris consultorum sententia communissima « omnes episcopalus antiquitus fuerebenefciadenatimrregni, quac scilicet princéps, nulla habita elee- tione, immediate conferebal. ld communiter asseruerunt et Sir Æl- tard Coke et Justiciarit Regni in Libres annalibus annorum sexli el septimi decimi Edwardi III (A. D. 1332 et 134ä) » (Lord Selborne, 4 défence of the Church of England against Disestablishmant, p. 48, ed. 3. Attamen pontifex per Litteras Bullatas, quae ad consecrandum epis- copum necessariae factae erant, electionibus saltem indirecte magna eumauctoritate interfuit. Tandem regnante Henrico VIIL. per statutum de Annatibus non reddendis (25 Hen. VIIL, cap. 20) prohibitum est ue DE ELECTIONIBUS

quis huiusmodi Litteras Bullatas e euria Romana oblinerel. Eodem statuto modus antiquus eligendi per licentiam regiam cum Lifteris missivis quibuscontineretur nomen personne due datam expresse continuatus est, quo factum est ut eiusmodi Lifferae missivae tm primum lege seriptasancirentur (Dixon, History of the Churehof Englaud vol. à, p. 184 in nota). Le Courayer ostendit Reges Francine eodem fere privilegio olim uso esse. Namque capitulum sede. vacante petebat a rege licentiam eligendi, qua data cum commendatione cuiusdam qui eligeretur, vix semel contra regiam Yoluntatem itum est. Denique deelectione cer- tior factus rex ad Metropolitanum, ut Eleetum consecraret, litteras expedire solitus est, quibus Elec ticnem, non obstante capitularis electionis, sipi ipsi constanter tribuebat. Nimirum omnes ubicunque reges electiones episcoporum in praxisibi arrogasse docet, verbis doctissimi viri Sismondi citatis, « Postquam in Gallia, v alüis gentibus pulsis Romanis, exorti sunt reges, fecut episcoporum apud omnes dignitas eximia ut sun interesse principes ducerent, illos arbitratu el voluntate sua non ereari » (Défense, Preuves, Art. xx

   Eadem tradit Van Espen (P. i, Tit. xii, cap. 3). « Licet saeculo 13

electiones episcoporum ad capitula cathedralia fuerint devolutae, alque inter alios S. Ludovieus Galliarum Rex in sua Sanctione Prag- marica anno 1268 decrevisset, /tem Eerlesin Cathedrales et aliae Regni nostri liberas electiones et earum effertum integraliter habeant; nequaquam tamen hae electiones sine licentia ac inspectione Principis perage- bantur.... Siveaut ï faciendae consensum Prineipis xspec- tare deberent Cal sive electionis factae approbationem, semper tamen natum erat contingere ut no eligerelur, ut admitieretur, nisi quem Princeps cupiebal.... Facile eis erat sua auctoritate aut precibus interposilis a capitulis impetrare ut illum in episcopum eli- gerent, quem Principes desiderabant. Porro eum viderent per reser- vationes Pontificias Praelatorum nominationes ad Curiam Romanam devolutas.... omni conatu studioque illis reservationibus sese oppo suerunt, atque canonicas electionesrestitui voluerunt, suamque quam in his iampridem habuerunt auctoritatem reduci. » Et paulo post addit haee : « Principes nostri, cum ad episcopatum aliquem nomi- nant praefantur se id facere vigore Aeyaliae, Indulti Apostolici, seu quovis alioiure sibi competente. » Huiusmodi igiturinterpellatio omnibus fere Principibus Christianis communis fuil; neque aliam potestatem sibi arrogarunt reges An- gliae, quam quaë et aliis annuente Ecclesia competebat.

                                                      UNIVERSITY
                                                              OF    MICHIGAN

PEL REVUK ANGLY-ROMAINE

                        CONGÉ D'ÉLIRE‘

Congé d'élire accordé par Henri III au chapitre d'Here- ford, le 28 avril 1219.

Licneia eligendi. Rex capitule Heref salutem.

Venerunt ad nos transmissi nobis ex parte vestra eum lilteris ves- ris viri discreti Th. Decanus ecclesie vestre H. Archidiaconus Salop. et magister N. de Wulurunehamt concanonici vestri nunciantss nobis decessum H. bone ‘bone repeatad and struck out memorie qui vobis pastor prefuit et petentes licenciam eligendi pastorent alium sibi el vobis concedi. Quorum peticioni condescendentes cuncedimus vobis licenciam eligendi vobi pastorem idoneum regno nostro ulilem et nobix fidelem, salvo in omnibus iure regie dignitalis.

Comparaison du congé d’élire accordé au chapitre de Wells mans avec celui qui fut adressé au même chapitre en 1894. #

Rex dilectis sibi in Christo De- Victoria, by the Grace of God. cano et Capitula Wellensi salu- of the United Kingdom of Greal tem. Britain and Ireland Queen, De- fender of the Faith, to our trust and well-beloved the Dean and Chapter of our cathedral churh of Wells,Greeting. Accedentes ad nos dilecti nobis Supplication having been hum- Henricus de Monteforti et Magis- bly made lo us on your par ter Robertus de Brandon, cum that whereas theaforesaid church literis Capituli vestri patentibus, is now void and destitute of Le nobis humiliter ex parte vestra Right Rev. Father in God Doctor supplicarunt, ut cum Ecclesia solnce ofa Pastor by the deall vestra Wellensis el ecclesia Ba- ofthe Arthur Charles Hervey, cout thoniensis sint per decessum monly called Lord Arthur Charles bone memorie Wilhelmi nuper Hervey, late Bishop of Bath and episcopi vestri pastoris solacio Wils, we would be graciousl destitute, vobis el Priori et Con- pleased to grant you our fundi- ventui Bathoniensi alium eligen- torial leave and licence to elet diepiscopumlicenciam concedere another Bishop and pastor ofthr dignaremur. said see. Nos igitur vestris in hac parte We being favourably incl

1 Ces trois documents sont tirés d'un mémoire intitulé: » On the three wait canonical election », by L. Wyckham Legg. Er GONGÉ D'ÉLIRE 335

precibus favorabiliter inelinati, to your prayers in this behalf, licenciam illam vobis el ipsis have thought fit, by virtue of duximus concedendam. these presents, Lo grant you such leave and licence. Mandantes quatinus vos una Requiring and commanding cum ipsis talem vobis eligais in you, by the faith and allegiance episcopum et pastorem, qui Deo by wich you stand bound Lo us. devotus regimini ecclesiarum that you elect such a person for predictarum necessarius nol ur Bishop and pastor as may be que et regno nostro utilis et fide- devoted to God and useful and lis existat. faithful to us and our Kingdom. In euius, ete. In witness whereof we have caused these our letters to be ade patent. Teste Rege apud Oveston X Witness ourself at Westmins- die Decembris. ter, the twenty-fourth day of August in the fify-cighth year ofour reign. In warrant under Le Queen's sign manual,

                                                     Mur MACKENZIE.



 Victoria, par la grâce de Dieu, r    e du roy ume uni de          ande-

Bretagne et d'Irlande, protectrice de la foi, à nos fidèles el très chers le doyen et chapitre de notre église cathédrale de Wel Ayant reçu vos humbles supplications — l'égli vacante et p e de son pasteur, par la mort du Très en Dieu, le D° Charles Arthur Hervey, communément appelé Lord Charles Arthur Hervey, dernier évêque de Bath et Wells — qu'il nous Lit gracieux et agréable de vous accorder permission et congé d'élire {un nouvel évêque et pasteur dudit siège; Etant favorablement disposée à écouter vos prières, nous avons jugé à propos de vous accorder, par ces présentes, permission el congé à ces fins. Vous recommandant el ordonnant, conformément à la fidélité et à l'obéissance que vous nous devez, d'élire, pour être votre évêque et pasteur, un homme dévoué à Dieu, qui puisse être utile et fidèle à notre personne el à notre royaume. Nous avons ordonné, en conséquence, que ces lettres soient rendues patentes. Fait à Westminster, le 24 du moi d'août, en l'an 58 de notre règne.

 Contre-signé sous la propre signature de la reine.

                                                     Meoim MACKENAE,

LETTRE DES. SAINTETÉ LÉON XIII A S. ÉM. LE CARDINAL PAROCCHI

      Pour assurer la     continuation de la ROMA          SOTTERANEA

A M. le cardinal Lucide-Marie Parochi, président de la commissim d'archéologie sacrée.

       Monsieur le cardinal,

   «mi les nombreuses raisons qui rendirentextrèmement grave, à

tousles hommes studieux des antiquités sacrées, la mort de l'éminent archéologue Jean-Baptiste De Rossi, ce ne fut certes pas ln moindre, celle de l'inachèvement de son œuvre si appréciée dela Roma sotte- ranen. Cette œuvre, entreprise el pou le sous les auspices et grâce la munificence de Notre prédécesseur Pie IX, d'heureuse mémoire, fut l'objet de l'universelle admiration,aussi bien pour la lumière qu'elle apportait à l'histoire des antiquités chrétiennes que pour les nouveaux arguments dont elle confirmait les dogmes et la tradition catholiques. Pour Nous, qui n'avons pas moins prodigué que Notre prédécesseur la protection pontilieale à De Rossi el qui en avons hautement apprécié les mérites, Nous avons regretté plus que personne l'interruption de ses doctes recherches. Ça toujours été, partant, Notre vif désir que son travail, si utile à la religion et à l'histoire, eût la continuation qu'en attendent tous les érudits. Et maintenant, voulant satisfaire ce commun désir, Nous Nous adressons à vous, monsieur le cardinal, en votre qualité de prési- dent de la commission d'archéologie sacrée, et, par votre moyen, à cettecommission elle-même que Nous confions cette difficile et honorable entreprise, Nous le faisons d'autant plus volontiers que Nous savons qu'il ne manque pas, parmi les membres de la commis- sion, de ceux qui se sont formés aux études d'archéologie chrétienne sous la direction de De Rossi lui-même et qui en ont appris, avec les méthodes de recherches, la profondeur de vues, toujours unie à l'esprit intimement religieux. — Nous avons confiance que la com- mission, heureuse du mandat dont Nous l'honorons, saura répondre à Nos désirs, assurée que Notre faveur ne lui manquera pas. — Ët dans cette confiance, monsieur le cardinal, Nous vous accordons de tout cœur la bénédiction apostolique. Du Vatican, le 31 décembre 1895. LÉON XIII, PAPE.

                          Le Directeur-Gérant: FERNAND PORTAL.
           PARIS, — INPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,




                                     RSITY OF   MICHIGAN