1 ANNÉE N°14 7 MARS 1896
REVUE
ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE
Spiritus Sanctns_po-
suit episcopos ro
gere Écclesiam Doi.
Ac. xx. 28,
Mare. xvr. 1840.
SOMMAIRE et
3..B. Covinraux s 625
Rev, TA. LacEv........ charistie ... ca 6 Chronique. — Correspondanc 618 Livres et Revues. . 65% Docuwexts.. Considerationcs mode: versiarum de Eucharistia 657
PARIS
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1896
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MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
Jeanne terrassant la Franc-Maçonnerie
A l'heure présente, un peu partout, mais seulement son étendard_ où, brillent les surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l'extrémité prises : l’armée de Dieu et de la religion, la_hampe, elle frappe et traverse et la franc-maçonnerie. gon représentant la Franc-Maconne Le Souverain Pontife a dénoncé Le danger monstre est revêtu des insignes maernni- qui menace la sociélé civile, en même Lemps ques; dans sa rage le ca impieil renverse quo le curaclère criminel de la secte, ses lice et l'hostie, et il exhale son cri de rage; projets el ses artifices. Ni Dieu ni Maître. Lo cheval s6 cabre au Ilinvito les chrétiens à combattre ot à dessus des Saints Mystères profanés : et repousser l'ennemi, non pas avec des ar Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en mes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le eri de guerre : De par Le, Rui en pleine lumière et bien ouvertement du Ciel? On à voulu répondre à la voix du Pape, On a su, avec un art parfait, renfermer par une médaille que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaile comme un signe de sa foi et de sa soumis- tout ce drame religieux et patriotique. sion, C'est un petit chef-d'œuvre de dessin et de ‘Cette médaillo qui est une véritable œu- gravure.
vro d'art, réunit l'amour de l'Église et Nous tenons cette médaille en argent à Là l'amour de Ja France sous les traits de disposition de nos lecteurs. Jeunne d'Arc terrassant la Franc-Maçonne- 11 suffit d'adresser, en mandat-poste. rie. autant de fois 4 fr. 25 que l'on désire re- “Tout le monde eonnaît l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. grand Maitre interdisant aux loges d’accop- Par unité, ajouter © fr. 5 en sus peur ierla fête nationale de Jeanne la bonne la recommandation à la poste, Française, et l'opposition quo la secte Par quantité de 4 douzaine et au-desses, continue de faire à la Pucelle et à son et pour les localités desservies par le che triomphe. min de for, en raison de la valeur déclarce. C'est do là que vient l'idée ou le dessin compter un minimum de deux francs de ia médaille. pour le port et l'emballage. Jeanne à cheval, armée du secours de Envoyer les lettres ct mandats & M. l'ai. Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministrateur de la Revue, 11, rue Cassette. ABOUNA-SALAMA
1
PRÉLIMINAIRE : SYSTÈME HIÉRARCAIQUE DE L'ÉGLISE ABYSSINIENNE.
L'Éthiopie, évangélisée par saint Frumence au 1v* siècle, n'eut jamais d'épiscopat indigène et ne constitua qu'une province ecclé- siastique ou un simple diocèse, dépendant, comme tous ceux de la haute Égyple et de la Nubie, de l'Église patriarcale d'Alexandrie. Ses évèques furent toujours étrangers au pays, venus d'Égyple pour la plupart, mais aussi de Grèce ‘, notamment aux vr‘ et vn siècles. Dans la suite, en vertu d'une convention passée entre le patriarche Benjamin et le khalife Omer, ce fut une règle établie que l'Église d'Abyssinie recevrait du siège d'Alexandrie son premier pasteur: un canon consacra même celle coutume. Il est difficile de se faire une idée des maux qu'engendra cet asservissement, soit par la domins- tion tyrannique du schisme copte, soit par celle des aulorités musul- manes. L'histoire de cette Église d’ailleurs fait foi, tant des intrigues ecclésiastiques et politiques occasionnées par la nomination de l'évêque d'Abyssinie, que de l'ignorance, des abus de pouvoiret de la mauvaise conduite des sujets envoyés d'Alexandrie comme métro- politains. Conscients d'ailleurs des inconvénients et des dangers de cet élat de choses, les Abyssins cherchérent à en diminuer le plus possible les funestes effets, et c'est ce sentiment qui donna naissance à l'institution, unique à l'Éthiopie, d'un pouvoir indigène devant faire contrepoids à celui de l'évêque étranger. À côté de l'Aboun, envoyé d'Alexandrie, siégera, en effet, — à partir de la restauration de la monarchie légi- time au xm° siècle, — l'Etchéghié, investi par le roi, la noblesse et le clergé, d'une sorte de toute puissance administrative sur l'Église; tan- dis que ce dernier gouverners, il ne restera plus à l'Aboun d'autres
1 Les neuf saints byzantins, « réformateurs de la foi », envoyés d'Alexandrie par ordre de l'empereur Justin et sur la demande du roi d’Éthiopie, Al-Amiéda. 3 Abba Libanos qui fonda dans le Seraé le monastére fameux qui porte son nom : Debré Libanos. REYUR ANGLOROMAINE, — 7, 1 — 40. 626 REVUE ANGLO-ROMAINE
prérogatives que celles inhérentes à son caractère épiscopal, comme de conférer les ordres ou bien encore de fulminer, dans le but d'effrayer le peuple, de continuelles sentences d'excommunication. D'après un concordat passé entre Abba-Téclé-Haymanot, le restau- rateur de la monarchie, et les autorités civiles, l'Église reçut le tiers des terres du royaume. D'après cette loi organique le clergé de chaque paroisse eut droit aux tiers des biens communaux, et, de même que le roi prélevail, par ses préfets, une redevance sur les lerres de la com- mune, l'Etchéghié en préleva une sur celles de la paroisse. L'Elchéghié eut donc pleins pouvoirs quant à l'administration des biens d'Église comme quant à la direction du personnel : investi d'une telle puissance, il devait forcément être amené à empiéter sur le domaine spirituel, censé réservé au pontife; et de fait, il le lui putera dans la suite, avec plus ou moins de succès suivant les hommes eLles époques, mais d'une manière invariable et constante, si bien qu'il ne tardera pas à avoir le pas sur l'évêque aux yeux du peuple. Ant. d'Abbadie le définit ainsi : « Chef régulier du clergé d'Éthio- pie, grand maitre des moines. (Il réside à Gondar et doit être à la fois moine et prêtre !. ») Sa résidence à Gondar est officielle au même titre que celle du roi et de l'Aboun. Lorsque le roi s'absente de la capitale pour un certain temps, il est toujours accompagné des deux représentants de l'autorité ecclésiastique. De droit, sa juridiction atteint plus directement le clergé régulier; mais, en fait, elle ne s'étend pas moins au clergé séculier, — du moins telle qu'elle existe aujourd'hui et telle que je l'ai entendu définir par l'Etchégié Théophilos en personne. Il faut voir dans ce système la clef de beaucoup d'événements, de révolutions même, qui, autrement, resteraient inexpliqués. Celle coexistence des deux chefs religieux devient, en effet, l'occasion d'incessantes jalousies, de débats, de plaintes, bref d'une foule d'in- trigues qui finissent par donner naissance à des conflits et jusqu'à des luttes sanglantes. Les exemples en sont nombreux dans l'histoire d'Abyssinie et celle de l'Abouna-Salama dont nous allons nous oceu- per en est une illustration frappante. Tout le vice de ce système demeure dans la loi canonique de Ben- jamin; el si un indigène, l'Etchégié lui-même, était éligible à l'épisco- pat, réunissant en lui les deux pouvoirs, les difficultés cesseraient aussitôt. Ce bienfait, l'Église catholique romaine l'apportera à l'Éthio- pie.
Après avoir exposé les grandes lignes du système, étudions maie- tenant son application dans l'histoire d'Abouna-Salama-Kessatié- Berhan, qui est celle de presque lous les évêques d'Éthiopie.
3 D'Ausaie : Diel. frenc-amacinn., col. 58 C. |
ABOUNA-SALAMA 621 |
ÉLecrion DE SALAMA (1844). |
Envoi d'une ambassade en Égypte pour obtenir un évêque.
Après la mort de l'Abouna‘ Kerlos, mort empoisonné, en 1828, l'Église d’Éthiopie demeura treize ans environ sans pasteur. Oubié, devenu roi du Tigré et visant à étendre sa domination sur l'Abyssinie entière et à prendre le nom, sinon de Négous ?, au moins de Ras * ou maire du palaist, ne négligeait aucun moyen pouvant l'aider à parve- nir à ses fins. Connaissant mieux que personne quelle est dans ce pays, l'influence d'un évêque, tant!à cause de son prestige que par la terreur qu'inspire son pouvoir d'excommunication, il résolut d'en faire venir un d'Égypte, qui fôt entre ses mains un instrument docile pour la réalisation de ses desseins. Un pasteur étant d'ail- leurs également réclamé par toutes les provinces de l'Empire, il s'entendit avec les maîtres de l'Amhara et du Choa et promulgua un édit ordonnant de recueillir la somme d'argent nécessaire à l'achat du personnage. L'impôt fixé fut d'un thaler5 par paire de bœufs et produisit 8.000 thalers suivant les uns, 8.000suivant d'autres. Une dé- pulation d’une trentaine de membres fut choisie par les différents princes; mais les principaux délégués furent pris dans l'entourage du « Roi des Rois, » c'est-à-dire de la cour de Gondar. Ils partirent d'Adoua le 21 janvier 1841, guidés par un mission- naire catholique, Justin de Jacobis, qui, bien que résidant depuis peu de temps dans le pays, s'y était déjà conquis l'estime générale. Celui-ci fut pour eux une sauvegarde contre les vexations des Arabes et du gouvernement égyptien que les Abyssins redoutent non sans raison. Lors de leur arrivée au Cuire, le 30 avril, la peste y sévissait et il leur fut très difficile de trouver un logement. M. de Jacobis finit par en découvrir un dans le quartier qu'ils désiraient, c'est-à-dire dans le voisinage du patriarcat copte. Le patriarche Abba-Pietros, informé de leur arrivée, mit aussitôt tout en œuvre pour les soustraire à l'in-
1 Vocatif du mot abon père, et qui a sé en usage pour signifor abbé. On le jeint au nom d'un moine, d'un prieur ou d’un évêque, 2 Roi, Négoussé-Negl roi des rois ou empereur. » 3 Téte, chef, capitaine, général on chef, cumulant les pouvoirs militaires ct dvils. “Nous sommes dans la période oligarchique, où le Roi des Rois ost en tutelle sous un mairo du palais; c'était alors le ras Ali. $ Thaler de Marie-Thérèse, le seul ayant cours en Éthiopie. 628 REVUE ANGLO-ROMAINE fluence de leur guide dont il redoutait les conseils. Voyons d'abord l'accueil qu'il fit à l'ambassade.
Accueil et négociations de l'ambassade.
«Le deuxième jour après notre arrivée, écrit un des secrétaires, le débtéra! Haylou, nous allämes chez le patriarche cople qui, pour nous recevoir avec plus d'honneur se plaça entre deux évêques : sa politesse consista à nous présenter des chibouques pour fumer. » Le patriarche avait évidemment l'intention de flatter la députation; mais l'offre du tabac ne fut pas acceptée. De plus, le patriarche fut vive- ment froissé de ne pas voir offrir la somme d'argent qui,selon l'usage, accompagne toujours la présentation des leltres des princes abyssins demandant un évêque. I vitlà l'influence de M. de Jacobis et présuma que ce dernier avait conseillé aux membres de l'ambassade de se refuser à l'achat d'un pasteur dans l'espoir de leur en faire accepter un de sa propre com- munion. Aussi voulut-il savoir à quoi s'en tenir. « Il nous demanda avec qui « nous étions venus, continue Haylou. Avec l'Abouna Jacob, répon- « dimes-nous. — Eh! bien allez prendre vos vêtements, je vous don- « neraïune bonne maison.—Alors nous répondimes de nouveau: Notre « maitre et seigneur Oubié nousa donné pour nous guider l'Abouna- « Jacob, et il lui & dit de faire ce qu'il jugera à propos. L'Abouna- « Jacob nous à donné une maison et nous l'avons acceptée. — Le « patriarche se mil alors en colère et nous dit que, jusqu'à cette « époque les Abyssins étaient venus loger chez lui ef qu'il n'élait pr « convenable qua nous restassions chez un Européen. — Nous rotournämes « chez nous, et le quatrième jour il nous fit dire que, si nous étions «venus pour avoir un aboun, il fallait lui donner l'argent. L'Allaka- « Hapté-Sellassié qui était le principal des envoyés d'Oubié, sans en «rien dire à l'Abouna Jacob, donna au Patriarche 4000 thalers. Ce « fut alors que le Patriarche nous dit: Gardez-vous bien de prendre « les avis du prêtre catholique, d'entrer dans sa maison, d'y habiter: «autrement je vous excommunie tous. » Entourés d'intrigues et commençant à s'apercevoir de la vénalité du patriarche qu'ils avaient été habitués à vénérer comme un père, les ambassadeurs se trouvaient tout désorientés. On s'efforça de les gagner de mille manières. Pour leur plaire, on les ordonnail prètres et diacres, et, quand les flatteries ne sufisaient pas, on avait recours à l'excommunication. ABOUNA-SALAMA 629
Chaiz el sacre du jeune Andreyas comme évêque
sous le nom d'Abba-Salama.
Ce fut lors du choix d’un sujet que l'où vit apparaître un nouvel
élément d’intrigues. Les méthodistes anglais élablis en Égypte jouissaient à cette époque de toutes les faveurs du patriarche dont ils avaient obtenu l'autorisa- tion et le concours pour fonder une école protestante placée sous son patronage. Désireux de créer des écoles dans le reste de l'Égypte et en Abyssinie, ils désignèrent comme candidat, un jeune clerc nommé Andreÿas sorti de l'école méthodiste. Fier de l'estime de ses maitreset lout à la joie de son élection, « Abba Andreyas s'empressa, raconte le secrétaire Haylou, de nous « faire une visite et il se présenta à nous portant un mouchoir blanc « rempli d'eau de Cologne, qu'il s’amusait à approcher de notre nez « pour nous en faire sentir l'odeur. Quel est cet homme, deman- « dèrent nos gens? — C'est l'homme qui doit être votre évêque, nous « répliqua-t-on. Abba Andreyas, en sortant nous dit: Ne l'oubliez pas, «je dois être votre évêque. — Nous nous rendimesde nouveau chez le « patriarche qui nous présenta Andreyas, en disant: Voilà celui que « j'ai choisi pour être votre évêque, il a la science et les vertus néces- « saires. — Mais il est Lrop jeune, c'est un imberbe, s'écrièrent les « députés décontenancés. Comment un adolescent de cet Age peut-il « être investi de la dignité épiscopale? O père vénéré, dit l'Allaka- « Hapté-Sellassié en s'adressant à Abba Piétros, vous savez qu'il y a « beaucoup de controverses et de querelles dans notre pays, entre les « trois partis doctrinaires qui le divisent. Afin de les maitriser, nous « vous conjurons de nous donner un vieillard qui inspire le respect et se recommande par sa sagesse et sa vertu, tel enfin que le réclament nos besoins. — À quoi le patriarche répondit:Il est vrai, « je ne le connais pas personnellement, mais j'ai confiance en ceux « qui ont fait choix delui.— Les députés se retirèrent désolés de cette « élection. Andreyas les suivit leur disant : Mes frères, pourquoi me « rejetez-vous ? Quel inconvénient avez-vous trouvé en moi? Vous « dites que je suis trop jeune, mais avez-vous oublié les paroles de « David : De tous mes frères j'étais le plus petit dans la maison de « mon père; cependant Dieu m'a oint de l'huile sainte. — Néanmoins «ils répétaient: Ce n'est qu'un jeune et fol enfant. Quelques-uns « engagèrent l'Allaka à retourner chez le patriarche faire hardiment « réclamation. 11 s'y rendit en effet le lendemain et dit : © père « vénéré, veuillez ne pas procéder ainsi à l'élection de notre évêque; « mais suivez les antiques usages de nos pères et apôtres, c'est-à-dire « faites venir trois moines et écrivez leurs noms pour être déposés sur « l'autel durant sepl jours; alors, après le saint sacrifice, l'on tirera 630 REVUE ANGLO-ROMAINE « au sôrt un des trois noms, et celui dont le nom sortira le premier « sera l'élu. » Le patriarche feignit d'acquiescer pour le momentà « cette supplique; il fit écrire le nom d'Andreyas avec deux autres et « les déposa dans l'urne ». Mis le prédicant Lider, maître d'Andreyas, en fut bientôt informé. Il courut chez le patriarche le suppliant d'agréer son élève et de l'imposer aux ambassadeurs; le patriarche hésitait encore, mais 20.000 thalers gracieusement offerts firent tomber ses derniers scro- pules!. Il fallut se servir des mêmes moyens pour vaincre les résistances de ceux des membres de la mission que l'on jugeait capables de se laisser gagner à prix d'argent. Le patriarche manda donc les ambas- sadours, et, en dépit de la promesse faite à l'Allaka, il leur annonça que décidément il considérait le choix d'Andreyas comme le plus avants- geux et qu'il prenait sur lui la responsabilité de la conduite du fatur évêque : « Oui, qu'elle retombe sur vous seul qui n'avez pas tenu comple de ma juste requête, » repartit l'Allaka. Abba-Ghebre Michaël qui accompagnait l'Allaka alla même plus loin : « Hier,dit vous nous avez avoué que vous ne connaissiez pas ce jeune m comment done avez-vous pu acquériren une nuit des renseignements si sûrs et si complels ? » Mais, devant les menaces du patriarche, les chefs de l'ambassade durent à leur tour se soumettre. Andreyascherchait d'ailleurs à se gagner la sympathie des membres de la mission, et il y parvint si bien que ce fat l'Allaka lui-même qui supplia Abba-Ghebré-Michaël de se joindre à ses collègues pour as- sister à le cérémonie du sacre qui eut lieu le dimanche 46 Ghenbot ‘23 mai 1841). Andreyas reçut le nom d'Abba-Salama en souvenir du premier apôtre de l'Abyssinie, saint Frumence, à qui la reconnaissance popu- laire avait décerné le titre d'Abbe-Salama-Kesatié, Berhan « le Père pacifique, » « l'Illuminateur ». Les témoins du sacre purent se rendre comple du mensonge par lequel on entretient la crédule population d'Abyssinie dans ls croyance que le Saint-Esprit, au moment du sacre, descend visible- ment sur la lête de l'élu !. Et c'est ainsi que fut consacré le successeur de saint Frumence,à l'âge d'environ 24 ans. :
Disussions théologiques au patriarcat.
Le troisième jouraprès le sacre, les députés, désireux de demander des renseignements dogmatiques, entemèrent des discussions sur les points débattus dans les écoles abysiniennes. Le patriarche leur
1 Hist, Mis, C, 42. PR pre ! Hist, Miss. Ch. 42, — Cfr. Debtera Haylou. Mgr de Jacobis, p. 62 ABOUNA-SALAMA 631 remit un manuscrit éthiopien et leur dit : « C'est avec votre évêque qu'il faut discuter à présent »; mais, à diverses questions, Abouna- Salama ne sut que répondre, etil fallut que le patriarche l'excusât sur son ignorance de la langue éthiopienne. La principale discussion porta sur ces paroles de Notre-Seigneur : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Le patriarche déclara lout d'abord que sa croyance était « ouelde- kb», c'est-à-dire que le Fils comme Dieu est l'onction du Fils comme homme {c'est la croyance qui est très répandue dans le Tigré); etil ajouta : « Vous pourrez conserver vos anciennes croyances jus- qu'à l'époque où l'Abouna-Salama commencera à parler votre langue, et alors vous accepterez la croyance que le Fils comme Dieu est l'onc- tion du Fils comme homme . » Le terme fixé pour la nécessité d'ad- mettre celte profession de foi fut trois années après l'entrée de Salama en Abyssinie. Soit en Abyssinie, soit en Égypte, métropolitains et patriarches coptes ont toujours hésité à se prononcer entre les diverses écoles qui divisent les théologiens de l'Église abyssinienne. Comme nous venons de le voir, le patriarche Piétros soutint tout d'abord la doctrine « ouelde-kab » ; il alla jusqu'à prétendre que telle était la croyance des autres Églises, orientales, arméniennes, grecques, et même protestantes. Puis, forcé de se rendre à l'évidence des textes, il fit cet aveu aux ambassadeurs : « Nous croyons, il est vrai, comme l'universalité des chrétiens, que le Christ a reçu l'onc- tion du Saint-Esprit. Mais nous avons répondu de la sorte, à cause d'une lettre venue de votre pays, où l'on nous assure que toute divi- sion disparaitra, si nous défendons aux maitres des écoles abyssi- niennes d'enseigner l'onction du Christ par le Saint-Esprit, et si nous imposons la profession de foi qui affirme que le Fils de Dieu est lui-même son onction. » Et de fait, cette lettre était signée de trois docteurs abyssins, Abba-Kissou, le debtéra Piétros de l'Église u Ghimdja-bièt » de Gondar, et l'Allaka Amdé-Mensout+. « C'est pourquoi, continua le patriarche, j'ai alors mandé à Abba Kerlos de publier l'ordonnance qui impose cette profession de foi, et je l'ai renouvelée à Abba-Salama. » Les députés furent décontenancés en entendant de telles révéla- tions qui devenaient une preuve évidente des intrigues dont était victime l'Église d'Éthiopie. Abba-Ghebré-Michaël que cet aveu du patriarche rendait plus fort pria Abba-Pietros (le patriarche) de mander à Salama de surseoir à la
1 Desrana HaxLou. Mgr de Jacobis, pp. 62-63, 3 Hist Miss. C. 4: 3 Ghimdÿja- La Maison de soie rouge ». < Amde mensout, « le rempart de la ruine ». 632 REVUE ANGLO-ROMAINE promulgation de celte ordonnance.Il en obtint même le retrait absolu avec une profession de foi contradictoire. Le patriarche fi écrire et lui remit une lettre qui enjoignit à l'Abouna-Salama « la croyance aux deux générations du Christ, à son onction par le Saint-Esprit, à l'exclusion des opinions dont l'une affirme l'onction du Christ par lui-même et l'autre enseigne que, par l'onction, il devient fils adop- tif et non fils naturel. » Nous verrons les querelles que ces décisions contradictoires du patriarche soulèveront bientôt dans l'Église d'Éthiopie.
Nouvelles méfiances ol intrigues du patriacat copte.
Aux termes des conditions stipulées entre Oubié et M. de Jacobis, les députés avaient ordre de visiter Jérusalem et Rome, et de remettre au pape Grégoire XVI des lettres de ce prince. Mais les successeurs de Dioscore, héritiers de sa haine pour l'Église latine, virent dans ces projets un péril menaçant pour l'Église d'Abyssinie. Menaces, injures, calomnies, rien ne fut négligé pour les faire renoncer à leurs desseins, « Nous sommes sûrs, disait le patriarche, que de Rome vous reviendrez catholiques », et il leur déclara qu'il leur défendait ce voyage, sous les peines les plus terribles de l'excommunication. Il leur enjoignit, en outre, de retourner au plus tôt dans leur pays, sans visiter les Lieux-Saints. Les députés se retirèrent indignés de cette double défense. Ce que voyant le patriarche se résolut à céder sur un point et accorda l'autorisation d'aller à Jérusalem sous la conduite de leur guide. « Faites la paix, nous dit-il, avec l'Abouna Jacob et allez chez lui. » — Quelle contradiction répondimes-nous! un jour vous nous empèchez d'entrer chez lui sous peine d'excommunicalion et un autre jour vous nous dites d'aller chez lui! — Alors il finit par nous dire : « Faites comme vous voudrez. » Après avoir fait jurer à l'Abouna Salama et aux eunuques qui accompagnaient la mission de rester en Égypte jusqu'à leur retour, les députés et leur suite se mirent en route pour Alexandrie au muis de juin 1841.
Voyage de l'Abouna-Salama vers l'Abyssinie.
Mais, une fois partis, les députés nese souvinrent plus des menaces du patriarche, et moilié curiosité, moitié désir d'exécuter les ordres d'Oubié, ils se mirent en route pour Rome. Pendant ce temps, les intrigues recommençaient au palais patriar-
1 Mer pe Jaconis, p. 58.
- Devrena-HavLou, Mer de Jacobis, p. 63, ABOUNA-SALAMA 633
cal. Coptes et méthodistes tombèrent d'accord pour reconnaître la nécessité d'envoyer Salama en Abyssinie avant le retour de la mis- sion : il fallait profiter de leur absence pour se gagner les bonnes grâces d'Oubié. L'Aboun et les eunuques se mirent donc en route et pénétrèrent en Abyssinie au mois de novembre 4841. Débarqués à Massaouah, ils firent annoncer leur arrivée à Oubié qui se trouvait alors dans l'Agamié. Ce prince fut enchanté de cette nou- velle et donna des ordres pour qu'on les reçût avec de grands hon- neurs. Il comptait, en effet, se servir de Salama et de l'influence considérable qu'il aurait comme évêque, dans la guerre qu'il prépa- rait contre le ras Ali avec l'espoir de prendre lui-même le titre de ras, maire du palais, ou même celui de négous, roi. L’allégresse ne fut pas moindre dans toute l'Abyssinie. Le pays envisagea sa venue comme l'avènement d’une ère de paix et de pros- périté publique; dans l'Église surtout, où le manque de prètres se faisait sentir, on accueillit avec joie un prélal pouvant conférer les saints ordres. On lui fit donc une réception magnifique. Le jeune pontife se prélassait dans son orgueil; mais, quand il vit des multitudes de clercs accourus pour recevoir l'ordination, il fut effrayé du travail qu'il allait avoir à faire, De tradition, l'évêque proftait de son voyage au milieu des populations pour ordonner les prêtres el les discres. Ne pouvant s'y soustraire, Abba-Salama abréges du moins la besogne, et d'un geste il bénit tous les aspirants aux divers ordres leur disant :* « Je vous confère les ordres que vous me demandez, » C'était une coutume établie et consacrée par les siècles en Abyssinie, que les ordinations se conféraient par une seule céré- monie, en masse, sur des centaines d'ordinands à la fois, par un seul geste el une seule parole de l'évèque, de l'embrasure d'une fenêtre, ou le plus souvent de ces sortes de balcons construits à l'entrée des églises d'Abyssinie, au-dessus de l'hôtellerie des pauvres et des étrangers, et qui servaient de salles de garde au clergé chargé de la surveillance de l'église. Les ordinations ainsi admintatrées par Salama, auraient dû régu- lièrement se faire selon le rite et dans la langue copte de l'Église d'Alexandrie. Comme il a été dit plus haut, jamais l'Abyssinie n'a eu d'évêque indigène; el, de saint Frumence à notre Abba-Salama, tous ses évêques sont venus d'Alexandrie ou même quelques-uns de Cops- tantinople. Natureliement ils conservèrent leur rite propre. D'où il suit que le rite éthiopien ne possède, dans sa liturgie, rien de ce qui appartient à l'office pontifical, mais seulement les cérémonies ou 1 Hist, Mie, 0. 434 634 REVUE ANGLO-ROMAINE les sacrements qui sont accomplis par les prêtres; les livres litur- giques, composés en langue éthiopienne, Gheez en font foi. Au scandale de cette administration des sacrememenls s'ajoutail celui de la vénalité simoniaque, car, suivant l'usage, les ordinands avaient à payer des honoraires sous forme de redevances ainsi fixées: pour la prétrise, deux amolis ou morceaux de sel ayant un poids légal et dont on se sert comme monnaie; pour le diaconal, une amolie et pour la charge curiale quatre amolies; autant pour la con- sécration de la pierre d'autel. Lorsque l'aspirant parait trop peu formé aux diverses cérémonies de la liturgie, il obtient dispense moyennant une redevance plus forte, fixée par les examinateurs. Au cours de son voyage, d'autres scandales éclatèrent. C'est qu'à Debré-Damo,le clergé ayant tenté de s'approcher de Salama pour lui parler, fut reçu à coups de bâtons assenés par l'un des eunuqués, et cela sous les yeux des foules accourues pour saluer leur nouvel évêque. Abba-Salama entra dans le Tigré en novembre {844 et alla s'ins- taller dans le demeure où était mort l'Abouna-Kerlos à Add-Abielo, appelé plus tard Add-Aboun!, près d'Adoua. Il alla dès les premiers jours célébrer les saints mystères dans la principale église d'Adoua. Beaucoup de monde s'y rendit par curio- sité et aussi dans le désir de recevoir la sainte communion de sa main. Mais il ne la donna lui-même qu'à ceux qui étaient à l'intérieur du sanctuaire, c'est-à-dire eux prêtres et aux diacres. Ce fut un autre prêtre égyptien qui la distribua au peuple et celui-ci en fut mortifé. Ce même jour, Salama jeta l'interdit sur le seconde église de la ville parce qu'un prêtre catholique nommé Sapeto y avait célébré la messe quelques années auparavant (1838). Le 24 Hédar il alla présider la fête patronale d'Aksoum pour ÿ faire les ordinations (30 novembre) . La foule était si nombreuse que, l'église étant trop petite, Salama résolut de faire la cérémonie sur la place publique. Et s'étant rendu au point le plus élevé de la place, il commande aux ordinands de tenir la bouche grande ouverte pour recevoir le Saint-Esprit qu'il allait leur infuser en soufflant lui-même sur la masse. C'est ainsi qu'il se jouait des choses saintes et de la religion du peuple,
! L'antique Fremona des Jésuites portugais sur la rivière de Maï-Gogoua.
- Hist, Miss., c. 49; Sapeto, p. 403. 3 Cette fête est celle de la dédicace de l'Eglise d'Aksoum à Notre-Dame de Sion. Ceue église est celle do l'ancien titre du métropolitain et remonterait à saint: Frumence, sous les deux rois frères Abraha et Alsebaha. Pour les rois d’Abyssinie elle est la basilique de leur sacre, comme celle de Saint-Remi à Reims l'était pour les rois de France. : 4 Cette pratique sacrilège dura jusqu'à sa mort et le plus souvent c'était ainsi qu'il faisait les ordinations pour #’éviter la peine d'accomplir les cérémosiet PE RE ER RE ABOUNA-SALAMA 635
Peu de temps après, Oubié déclara la guerre au ras Ali et se mit en marche contre lui. Parti de l'Agamié, il passa à Adoua pour se rencontrer avec l'Aboun et 6e l'adjoindre dans l'expédition qu'il entreprenait. A partir de ce jour, la présence et les actes de l'évêque auront un poids considérable dans les événements politiques de l'empire.
Il
SALAMA SOUS LA DOMINATION D'OUBIÉ (1841-1855).
Bakaille
de Debrê-Tabor. — Prouesses du jeune prélat.
Défaite el capture d'Oubié
et del Abouna-Salama.
Une inimitié profonde et jalouse régnait entre le Dedjaz Oubié et le ras Ali. L'arrivée du nouveau pasteur, loin d'apaiser le conflit, ne servit qu'à l'envenimer. Salama se prêla ou plutôt dut se prêter aux desseins ambitieux d'Oubié, s'attacher à sa fortune et le suivre dans sa lutte contre son rival. L'Aboun avait bien essayé d'oblenir en échange certains avantages, els que le droit de souveraineté sur les biens de l'Église, droit qui constitue le privilège de l'Etchéghié. Mais le fier Oubié lui répondit: « Tu ne diffères de nos autres esclaves que par le prix énorme qu'il m'a fallu payer pour l'avoir. » Il fallut donc marcher, et, tandis que le Dedjaz match incendiait et pillait les vil- lages, l'Aboun excommuniait ceux qui osaient se ranger sous l'éten- dard de l'ennemi !. Il alla même jusqu'à participer à l'enlévement de l'épouse du ras Ali, Hiroute, fille d'Oubié, que celui-ci avait promise depuis à son allié, Goschou, Dedjaz match du Godjam. L'épouse du ras Ali s'était réfugiée dans l'église de Mahdéré- Mariam ?, et les prêtres de ce sanctuaire menaçaient d'excommunica- tion ceux qui oseraient toucher à celle qui était venue leur demander asile. Mais l'Aboun leva les excommunications, et Hiroute ayant été enlevée, il alla même jusqu'à bénir son union adultère avec le Dedjaz Goschou. Cet enlèvement ranima le courage des soldats d'Ali, tout d'abord Lerrorisés par la présence de l'Aboun dans les rangs de l'armée ennemie, et dès lors ils ne songèrent plus qu'à se venger. Contre l'attente générale, la victoire fut à eux (février 1842) : Oubié, l'évêque,
prescrites par la liturgie. 11 envoyait ainsi son souflle enformé dans des outres pour servir aux ordinations dans les provinces reculées de l'empire. On ouvrait l'outre et on répandait l'esprit sur los ordinands, 1 Mer px Jacoms, p. 402. 3 « Demeure de Marie. » 636 REVUE ANGLO-ROMAINE et le fantôme de roi Johannès III tombèrent en leur pouvoir. Goschon s'échappa laissant sa nouvelle épouse, et ce sera le signal de repré- sailles qui mettront bientôt à feu et à sang tout le Godjam. Ali fit grâce à l'Aboun qui alla occuper son siège de Gondar. On Lourna en dérision son titre d'Illuminateur, de Pacificateur, et le clergé introduisait dans les cantiques sacrés des versets dans le genre de celui-ci: « L'Égyptien n'esl pas venu apporter la paix la terre, mais le glaive », ou encore : « Son nom est l'flluminateur et il nous plonge dns les ténèbres. » Quelque temps après, Oubié s'étant réconcilié avec Ali, revint dans le Tigré et Salama l'y suivit.
Opposition de Salama à la mission catholique (4842-1845).
La mission catholique en Abyssinie date du 3 mars 4838. Onavu quel respect et quelle confiance son fondateur sut inspirer aux chefs du pays et comment il fut choisi par Oubié pour accompagner les ambassadeurs en Égypte. Oubié ne put récompenser comme il l'avait promis ce service de M. de Jacobis; etil aura de plus en plus les mains liées par l'Aboun qui avait juré la perte du missionnaire catholique. Toutefois, après les revers de l'armée d'Oubié et la capture de Salama, celui-ci se montre de rapports plus faciles. La population d'Adoua fit à M. de Jacobis l'accueil le plus empressé lors de son retour de Rome. Les ambassadeurs d'Oubié ne tarissaient pas d'éloges sur la personne de leur guide, et d’admiration pour tout œ qu'ils avaient vu à Rome. L'Aboun n'osa pas aller à l'encontre du sentiment populaire. Mais ces succès de M. de Jacobis amenèrent des conversions n0m- breuses et éclatantes, et l'Aboun craignit d'être tout à fait supplanté dans l'esprit de la population et des notables. À Gondar même, au palais, on parlait ouvertement de se débar- rasser de sa personne el de faire venir un évêque catholique !, c'éail le comble. Dès lors la guerre est déclarée, guerre sans trêve ni merci, qui ne devait cesser qu'avec la mort de Salama. « Mais il s'est tellement dégradé par sa mauvaise conduite, rap- porte Mgr de Jacobis, que l'arme la plus puissante qu’il avait contre nous aux yeux de ses sectaires, l'excommunication, est entièrement paralysée entre ses mains; sa présence même fait tant de bien ls mission qu'un voyageur français, M. d'Abbadie, m'écrivait dernière- ment de Gondar qu'il considérait la présence de l’Aboun comme le plus puissant moyen employé par la divine Providence pour le succès de la mission catholique. » (4 suivre.) J.-B, CouLssArx. 1 Cfr. Mer pe Jacows, pp. 432, 439.
Mer on Jacomis, p. 464
LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY
SUR L'EUCHARISTIE .
a (A short declaration on Lie Lord's Super, par Nicolas Ridley, évêque de Londres, réimprimée, avec introduction, notes el appen- dices, ainsi qu'avec une vie de l'auteur servant de préface; par A. C. G. Moule D. D., directeur de Ridley Hall etancien membre de Trinity College, Cambridge. » — Londres, Secley et C* 1895 en 840. pp. XVI — 314).
La plus intéressante figure de la Réforme en Angleterre est sans contredit celle de Ridley. Il partage avec Hooper, Latimer et quel- ques autres une réputation de zèle intègre et désintéressé. Sa science profonde, sa force de caractère, ses qualités de dialecticien firent de lui un leader de ses contemporains. On cite cette parole prononcée par un de ses juges lors de son procès : « Latimers'appuyait sur Cranmer, Granmer sur Ridley et Ridley sur l'originalité de son propre esprit. » Et ce qui, peut-être, le fit encore davantage apprécier par les hommes de la génération suivante, ce fut l'énergie avec laquelle il s'était opposé au pillage de l'Église eLà la ruine des collèges par les laïques de le Réforme, et aussi la simplicité et la dignité avec laquelle il marcha au supplice lorsqu'il fut brûlé par ordre de la reine Marie, à Oxford. Sun nom a loujours été cherà l'Église d'Angleterre, princi- palement à ceux qui s'atlachent à l'esprit et aux idées dela Réforme. Avec une juste intuition des choses, ils en ont fait leur principal héros. Un hôtel pour les étudiants en théologie, dernièrement érigé à Cambridge, a reçu son nom. Le Directeur de la Ridley Hall, le D' Moule, vient de rééditer un court travail de Ridley sur la doctrine de l'Eucharistie. Il y a ajouté une notice biographique de l'auteur, une consciencieuse biographie, et plusieurs pages de notesexplicatives et d'appendices. Le traité ori- ginal fut écrit en prison, probablement vers la fin de l'année 4534. Il fut imprimé pour la première fois en 4553, et une traduction latine, très exagérée comme ton, en fut faite l'année suivante à Genève. Nous ne chercherons pas à critiquer le travil du D' Moule. Son 638 REVUE ANGLO-ROMAINE ton est celui de l'admiration sincère. Mais il est homme de la plus parfaite loyauté et incapable de supprimer ou de défigurer la vérité. Il a rassemblé, comme documents, à peu près tout ce qu'on pouvait demander pour une parfaite compréhension du texte de l'auteur el pour une juste appréciation de son argumentation. Et certes beau- coup des documents ainsi réunis montrent Ridley sous un jour bien moins favorable que ne le fait la déclaration elle-même. Il était avant tout controverdiste à une époque de controverse, et où trop souvent les moyens de controverse dégénéraient en attaques personnelles et en grossièretés brutales. Il ne fut pas exempt des défauts de son époqueet quelques extraits de ses autres écrits, ainsi que des comptes rendus des discussions du temps, donnés par le D Moule, font une pénible impression. Je ne veux pas dire que la Courts déclaration soit en elle-même complètement exemple de semblables défauts. Mais, comparativement, elle est empreinte d'un ton de réserve et de cour- toisie qui peut-être est dû, jusqu'à un certain point, aux circons- lances dans lesquelles cette déclaration fut écrite. C'était la dernière que faisait Ridley, et on conçoit qu'il l'ait faite avec le sentiment d'une grave responsabilité, Ce n'était point une affirmation lancée dans la chaleur de la discussion, mais une déclaration faite avec soin, de ses dernières conclusions. En même temps il ne s'y trouvait pas le moindre semblant de compromis. Ridley d'ailleurs n’était pas l'homme des compromis, el de plus, à l'époque où il écrivit sa déclaration, il n'avait pas un seul instant la pensée d'amener ses adversaires à la conciliation, soit par le fond, soit par la forme de sa discussion. Il s'était fait à l'idée de mourir. Son seul souci à cette époque, c'élait de faire une déclaration complétant sa doctrine, de s'assurer qu'elle pourrait être emporté à l'étranger et publiée après sa mort. Nous avons donc devant nous ses convictions mûries et définitives. Et quelles sont-elles? Tout d'abord, il repousse les opinions des ana- baptistes et des extrêmes « qui faisaient du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, pas autre chose qu'un vain symbole, ne repré- sentant pas davantage le Christ que la branche de lierre * ne repré- sente le vin dans une laverne, ou qu'un vil individu richement habillé ne représente un roi ou un prince dans une pièce ». Au sujet de la fausseté de cette doctrine il s'exprime ainsi : « 11 n'y a pas de con- troverse sur ce point dans l'Église d'Angleterre, entre ceux qui sont instruits; mais Lous s'accordent, qu'ils soient de la vieille ou de la nouvelle école, — ou pour parler ouvertement et se servir des appel- lations qu'un grand nombre se donnent d'une manière si odieuse — qu'ils soient protestants ou papistes, pharisiens ou évangélistes. » Ensuite il énumère les cinq points actuellement controversés: « S'il
! Autrefois c'était en Angleterre le signe qui désignait unc auberge. LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIE 639
ya transsubstantialion du pain, ou non; s'il y a, ou non; présence cvrporelle et charnelle de la propre substance du Christ; si l'adora- tion (due seulement à Dieu) doit être faite, ou non, quand il s'agit du Sacrement; si le Corps du Christ est offert en fait au Père Céleste par le prêtre — ou non; et enfin si l'homme en état de péché reçoit le corps naturel du Christ, ou non. » Toutefois ces cinq questions peu- vent selon lui se résumer à une seule dont elles dépendent toutes, à savoir « quelle est la matière du sacrement : si c'est la substance naturelle du pain, ou la substance naturelle du propre corps du Christ. » Il est évident qu'il n'emploie pas là les expressions techniques de la théologie. Il est clair que, par matière, il n'entend pas dire materia sacramenti; il parait employer ce mot dans le sens de substance et lui donne l'épithète de nafurells d'une manière qui obscurcit singulièrement, si elle ne vicie pas complètement, la sigaifcation légitime du mot. Mais laissons de côté, pour le moment ces am gage, il indique assez clairement quelle élait la question criti que à son époque, et il la tranche pour lui-même sans aucune hésitation. Pour serrer le cas de plus près, il se prononce contre la desitio de la substance du pain. Car ce fut là la question critique posée à Ridley el à sesamis ; cette question fut leur dernière épreuve et leurréponse négative causa leur condamnation. L'emploi d'une formule prescrite comme moyen de juger d'une hérésie présente de grands avantages. Cette formule devient un point de ralliement pour l'orthodoxi lle sert à conserver intacte la défi- nition de la foi, à la protéger jusqu'à un certain point contre des sophismes changeant continuellement d'aspect. Mais cette méthode présente aussi en elle-même certains dangers qui ont été exposées avec une implacable logique et une amère ironie par Pascal, dans la discussion sur le pouvoir prochain. 11 est difficile d'imaginer une for- mule qui ne soit pas susceptible d'être mal interprétée. Même le mot Spocusloc, avait été employé dans un sens hérétique, avant que les Pères de Nicée n'en eussent fait le criterium contre Arius. Un pro- jet plus subtil provient du changement qui s'opère peu à peu dans la signification des mots de toute langue vivante. On peut en arriver ainsi à employer dans un sens absolument erroné une formule qui, à un moment donné, exprimait la vérité avec exactitude. En donnant au mot personnalité le sens cartésien, la moitié des définitions du Quicumque deviennent des hérésies manifestes. Ridley fut-il une victime de cette évolution du sens des mots? Il fut condamné pour avoir nié la transsubstantiation; mais la niait-il dans le sens où l'Église l'a affirmée ou bien seulement dans un sens 640 REVUE ANGLO-ROMAINE nouveau, propre à lui-même et à son époque? Il y a deux manières, me semble-t-il, d'examiner cette question : ou nous pouvons com- parer à sa doctrine négative sur le Saint Sacrement, son enseigne- ment positif sur le même sujet, ou bien nous pouvons analyser les principes sur lesquels il base sa négation. | Le D' Moule, dans son quatrième appendice, a réuni un certain | nombre de déclarations faites par Ridley, sur la doctrine de l'Eucha- ristie. J'en rapporte ici quelques-unes : « Concernant la chose extérieure, c'est du pain véritable. Mais, en vertu du pouvoir de Dieu, c'est le Corps véritable qui est administré. » « J'accorde que le pain soit converti et changé en la chair du Crisl; | mais non par transsubstantiation, mais par une conversion el un changement sacramentels. » « Le sang du Christ se trouve en vérité dans le calice mais non par la présence réelle !, mais par la grâce et sous la forme d’un sacrement. » Le sacrifice « est appelé non san- glant et est offert d'une certaine manière et sous forme de mystère, et comme une représentation de ce sacrifice sanglant, et celui-là ne ment pas qui dit que le Christ est offert ». « Nous le regardons par l'intuition de la foi, présent par la grâce et se trouvant surla Table | d'une manière spirituelle, et nous adorons Celui qui siège en haut.» | «A la fois vous et moi sommes d'accord sur ce point, à savoir que le véritable et naturel corps etsang du Christ existe dans le Sacrement, ce corps même qui est né de la Vierge Marie, etc.; seulement nous différons in modo, à savoir au sujet du mode et de la manière [de présence.] » « Le corps et le sang naturels du Christexistent vraiment et réellement dans le sacrement de l'autel. » A ces citations, on peut ajouter une des réponses qu'il fit lors de son dernier procès. Weston lui demanda : « Vous dites que le Christ ne donna pas son corps, mais un symbole de son corps. » Ridley répondit : « Je ne dis pas cela. Je dis qu’il donna vraiment son propre corps, mais il le donna sousune forme réelle, effective et spirituelle. » Et voici encore une autre déclaration qui paraît avoir échappé au D° Moule : « Les hommes eu état de péché mangent le vrai, véritable et naturel corps du Christ sous forme sacramentelle, mais pas davantage; landis que ceux qui sont en état de grâce le mangent à la fois sacramentellement et spi- rituellement. » Il est bon d'observer que presque toules ces citations ont un con- texte immédiat qui ajoute à la négation. Elles ne doivent pas être lues sans ce contexte, mais les négations ne doivent pas davantage être lues sans les atténuations qu'elles contiennent. Cela n'est pas beaucoup, en vérité. Presque tous les termes employés ici sont sus- ceptibles de plus d'une interprétation. Ils sont, certes, incompatibles
: L'expression est obscure. Pour le sens dans loquel il emploie icile motrélé. | voir audossous, p. 642. LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIE LES
avec la théorie par laquelle le Sacrement est un simple signe d'afir- mation d'une grâce conférée autrement. Ils excluent encore celte notion d'un signe destiné à confirmer une grâce accordée au même instant. Ils aboutissent en somme à ceci: que, par un changement d'état quelconque, le véritable et natural corps de Christ wutrouve réellement dans le Sacrement, de telle sorte que même les pécheurs le reçoivent, et que l'on peut dère que le Christ est offert. C'est une pauvre et vague affirmation de la doctrine de l'Église, avec une omission importante : celle de Loute mention de subatance. C'est là, cependant, une simple omission. I n'y a rien, dans la partie positive de la doctrine de Ridley, qui soit directement incompatible avec la transsubstantiation, si ce n'est cependant que « la chuse extérieure », dans le premier des extraits précités, est prise pour la substance. Sauf cetle seule exception dou- leuse, nous n'avons rien trouvé qui fût capable d'expliquer le sens dans lequel Ridley comprenait et rejetait l'enseignement des écoles. I nous reste à voir si nous serons mieux éclairés par l'examen des principes sur lesquels il base sa négation.
A ce sujet, il sera intéressant de noter l'histoire de ses opinions. Là encore nous pouvons suivre le D' Moule avec confiance. La cir- constance la plus significative, c'est qu'il ne semble pas avoir été atteint par l'enseignement des réformateurs allemands, à cette époque. Il reçut ses degrés universitaires à Cambridge en 4522. Dans les années qui suivirent, il y en avait certains àl'Université qui à coup sûr sÿmpathisaient avec Luther, « mais, dit le D' Moule, je ne vois pas le moindre indice que Ridley fût de ce nombre pendant la première période de sa vie à Cambridge ». En 4527, il visila Louvain et la Sorbonne, y éludiant pendant deux ans. Le D' Moule essaie de faire cette supposilion qu'il a pu avoir élé témoin du procès et de l'exéeution de Berquin et que ce fait a pu l'émouvoir, mais il admet qu'aucun des éerits de Ridley n'autorise à le supposer. La contro- verse sacramentelle divisait terriblement les réformateurs suisses el les réformateurs saxons, et c'est en vain que le parti de Souabe S'efforçait de parvenir à l'union. Les contre-coups de la querelle se firent sentir en Angleterre, mais Ridley ne fut pas atteint. Cranmer, dont il était le conseiller écouté en matière de théologie, ne pouvait souffrir que l'un touchât à la doctrine de l'Eucharistie. En 1537, bien qu'il sympathisät alors pleinement avec les réformateurs allemands sur nombre de points, il écrivit à Joachim Vadian de Saint-Gall, pro- testant contre toute innovation en ce qui concerne le Sacrement. Enfin, en l'année 4545, Ridley ayant lu le livre de Rahamnus (alors généralement appelé Berham}: Je corporsat sanguine Domini, fitla décla- ration suivante : « Ce Berham, dit-il, est le premier qui m'ait par l'oreille et fait sortir de l'erreur commune dans l'Église romaine REVUE ANGLO-ROMAINE, — TL 1, — Al. 642 REVUE ANGLO-ROMAINE
et qui m'ait amené à faire sur ce point des recherches àla fois plus diligentes et plus exactes dans les Écritures et les ouvrages des anciens Pères. » De ce livre vivement discuté, le D Moule donne un compte rendu complet, se rangeant à cette opinion qu'il fut écrit en réponse à Pas- chasius Radberlus, et que l'enseignement de Paschasius était iden- tique à celui des derniers scholastiques. Ce n'est pas ici le lieu de dis- euter la véritable position que doit occuper Rahamnus dans l'histoire du dogme; ce qui nous concerne seulement d'une manière directe, c'est l'usage qu'en fit Ridley, el ce fait que Ridiey pensait comme lui en la matière, ainsi que le D' Moule en est certain. Mais ceci mérite d'être noté, que la croyance de Ridley à la lranssubstantiation fut troublée, non par les altaques qui depuis quelque temps avaient été dirigées contre l'ancien enseignement de l'Église, mais par un Lrailé qui précéda de près de quatre siècles la mise en formule de la doc- trine en question. Naturellement, un tel traité n'était pas conçu dans les termes de l'école, et en conséquence nous ne devrons pas être étonnés que Ridley, en renonçant sous une telle influence àl'ensei- gnement de l'école, se soit servi des termes techniques de la théo- logie avec un certain manque de précision. Cette considération sera bonne à retenir quand nous en viendrons à examiner les arguments dontil se serl. D'ailleurs il n'est pes vague dans ses négations. Sison enseignement positif est incertain, sa po- lémique, d'autre part, est consistante. Ce qu'il nie, c'est qu'il y ait un changement de la composition matérielle du pain en tant que corps formé d'éléments divers. C'est le bul et le terme de toute son argu- mentation. Si l'on accorde qu'il ÿ ait changement de la substance du pain en la substance du Christ, « on doit accorder aussi, dit-il, qu'il y a présence charnelle et corporelle du Corps du Christ». Cependant. je n'insisterai pas trop sur ce passage, atlendu que les mols charnelle et corporelle peuvent ètre interprétés dans un sens orthodoxe. Je passe ainsi cette remarque qu'il se sert continuellement de l'expression substance naturelle, et je note cette curieuse assertion : « la substance naturelle du pain est la substance matérielle du Sacrement ». J'observe ensuite l'insistance avec laquelle il emploie perpétuellement le mot véritable, parlant de pain véritable et de corps véritable. À première vue, il peut sembler que ce soit là le verun corpus de l'école. Ridley, ce- pendant, se sert de ce mot comme antithèse de figuré, el il montre pleinement le sens qu'il y attache par l'usage qu'il fait d'un passage dans lequel saint Augustin parle de la manducation du Corps du Christ comme d'une expression figurée ‘. Manger le Corps, au vrai el
.! Si flagitium aut facinus videatur jubere, aut ntilitatem aut boneflcientiam vitare, figurata est. Nisi manducaveritis, inquit, carnem Filii hominis, el sanguinem bibe: ritis, non habebitis vitam in vobis. Facinus vel fagitium videtur jubere: fgura eu LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIE 643
véritable sens et signification de cette expression, serait, argumente- t-il, « une chose non convenable et impie », et, en conséquence, ces mots « doivent être entendus au sens spirituel ct figuré, ainsi que saint Augustin les interprète avec science et piété ». D'autre part, Ridley a reconnu ailleurs, ainsi que je l'ai montré, que dans le Sacre- ment il y a le véritable Corps du Christ et non un simple symbole. Mais, dans ce passage, il est clair que par le Corps véritable il entend, comme d'ailleurs saint Augustin, le Corps dans sa constitution maté- rielle, visible et tangible. Si un doute queléonque était possible sur ce point, il serait dissipé par l'observation de ce fait, que c'est précisément là le sens que Rahamnus altache à cette expression. Le but principal de son ou- vrage est de montrer que le Corps du Christ est présent dans le Sa- crement, non in veritate, mais in figura ; et par verilas, il veut dire, ainsi que le fait observer bien candidement le D' Moule, ce qui peut être connu par les sens, Je conclus que ce que niait Ridley, c'était un changement matériel qui eût eu forcément des conséquences visibles et tangibles. Mais on peut se demander pourquoi il eût été impatient de nier une sem- blable opinion Qui a jamais affirmé quelque chose d'aussi mons- trueux? Je réponds que Ridley lui-même considérait certainement que ce point, cette idée même, mais ce point seulement, était logi- quement renfermé dans la doctrine de l'Église. Il en était si entière- ment convaineu, qu'il n'eut pas la patience d'écouter des explications. Gardiner, dans son livre sur le Sacrement, avail montré que, d'après la doctrine de l'Église, la nature jsmsible du pain demeure dans l'Eu- charislie avec toutes ses propriétés naturelles. Cette claire et intelligible déclaration, Ridley la caractérise de hon- teuse manière de se dérober : « Ce qu'il y a, dit-il, de contradiction et de fausseté dans cetle réponse, un individu sans instruction peut le percevoir aisément. N'est-ce pas là une contradiction flagrante que d'accorder que la nature du pain reste encore telle que le pain puisse être vu, touché et goûté, et de dire en même temps qu de substance corporelle pour éviter l'absurdité de l'impanation du Christ? » Ainsi donc, dans l'esprit de Ridley, la substance corporelle ne pouvait être distinguée de la nature sensible. Une citation de plus ren-
ergo, præcipions passioni Dominicæ communicandum, et suaviter atque utiliter recondendum in memoria quod pro nobis caro Ejus crucifra et vulnorata sit. Doctrina Christiana,iij, 16.) Ridley cite le passago en anglais. Lo D' Moule en donne l'original dans se notes, comme d'ailleurs toutes les citations qui s0 trou- vent dans le tete. 4 Répondant à une objection {objicitur 204) tirée de Chrysostomo ad Cæsarium, il dit : « Atque ideo notat (Chrysostomus) in Eucharistia naturam panis manere, quod et Ecclesia fatetur hactenus, ut videatur, palpetur, gustctur, ct corrumpatur juxta nature proprietatem. » 644 : HEVUE ANGLO-ROMAINE
dra lout doute impossible sur ce point. 11 est en train de discuter l'interprétation de Gardiner d'un passage d'Origène. Voici comment s'exprime Gardiner : « Sed ut demus ita esse, materir nomine intel- lexit quod est visibileet palpabile .» Voici maintenant la traduction qu'en fait Ridley : « Mais accordons qu'Origène parlait de la Cène du &i- uneur et que, par la matière de la Cène, était entendue la subtaner ma- férielle du pain et du vin. » L'identification est complète. Par subs- tance matérielle, il entend gquod est visibile et palpabile. C'est donc de cette substance corporelle où matérielle qu'il nie le changement. Il ne faut pas supposer que Ridley argumentait ainsi principale ment contre cette vaine fantaisie qui a été appelée fransaccidenlalion. Il avait une {rop grande connaissance des catégories pour cela. Com- ment appellerons-nous alors cette fiction contre laquelle il dirigeait cette polémique? L'usage qu'il fait de Théodorel nous aidera à y don- ner un nom. Il cite deux passages dans lesquels Théodoret parle de la quais du pain comme demeurant sans êlre changée ?, Il semble que ce soient là des arguments décisifs et irréfutables contre la doctrine qu'il combattait. Il est clair alors quelle élait cette doctrine. IL l'ap- pelle Transsubstantiation; c'était, en réalité, si nous pouvons forger re mot, Hetaphysiosis. C'était dans ce sens qu'il avait compris les défini- nitions de l'Église et l'enseignement de l'Ecole. IL ne suggère nulle purt que ce füt la lecture de Rahamnus qui le poussa à interpréter différemment les doctrines dans lesquelles il avait été élevé, de telle sorte qu'il ne pouvait les professer plus longtemps. Il ne prétend nulle part, comme l'ont fait beaucoup d'hérétiques, qu'il ne changr pas d'opinion et qu'il conserve son ancienne croyance. Mais il déclare qu'il a découvert que les définitions de l'Église étaient incum- patibles avec ses opinions. Sa déclaration, d'ailleurs, est formelle: Rahamnus l'a tiré personnellement de l'erreur. La doctrine qu'il atta- quait avait bien été sienne autrefois. Cette circonstance a une très grande signification. Ridley n'était vas un homme sans instruelion se révoltant tout d'un coup contreles dogmes de l'Église. Il avait étudié pendant de longues années à Cambridge, à Louvain ou à Paris. Et il avait emb sans aueun
1 L'expression d'Origène est : % Gin roù éprou. In Matin. Hom. XI. 2 Où rip géo pesäGaiy (Théodoret : Ed. Schult, vol. IV, p. 26. où rà para dv éyaopèv à puarià aüpohd, rh obxelas dBlorares gÜoeec* pv rap de Fi reorlpag obauac aa r0b axfparoc al roû ailouc, al éparé don xal ré, oia aa Rpéerapou 3. 1. p. 198. On verra que, dans le second passage, Théodoret nie de méme qu'il 5 ait un changement d'oûgia, négation dont on avait tiré, avec pl d'apparence de raison, un argument contre la doctrine de la Transsubstantiation Quelques-uns des adversaires de Ridley essayèrent de le prendre en défaut sur V'exégèse. Un d'eux, nommé Méremay, voulait traduire cügia par a subslance ucei- dentelle». Ridloy loi rit au nez plaisamment. Le contexte indique clairement que, dans ce cas, Théodoret ne se servait pas le moins du monde du mot oïsis dans le sens des catégories. : LA DOGTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCHARISTIE 645
doute, cette doctrine que j'ai appelée Mataphysiosis. Il n'y a pas le moindre motif de douter de sa loyauté! Il ne considéra pas dans cette doctrine l'instrument d'attaque qu'il pouvait en retirer contre l'Église. Il ne chercha pas à accentuer sans besoin les différences qui existaient entre lui et ses adversaires. Les circonstances font qu'une pareille idée est tout à fait impossible à admettre. Il développe sa doctrine jusqu'à ses extrêmes conséquences, sous le poids de l'accusation d'hérésie portée contre lui. Un homme accusé d'hérésie, qui sent sa propre vie en danger, peut discuter sur des pointes d'aiguille, et cela en toute bonne foi et sincérité; mais il le fera, certes, dans le but d'amoindrir les différences entre lui et ses adversaires, et non de les augmenter, En fait, Ridley, lors de son interrogatoire, tenta sincè- rement de s'accorder avec ses adversaires autant qu'il lui était pos- sible. EL, certainement, il ne dénatura pas la doctrine de l'Église afin de prouver qu'elle était fausse; c'eût été quelque chose d'incompa- tible avec cette recherche austère de la vérité qu'il poursuivit obsti- ‘ment, mais il comprit la définition de Latran dans un sens tel qu’il ne put pas l'admettre.
11 n'était pas semblable à ces prote tants d'aujourd'hui qui inter prètent de travers une phraséologie qi ne leur est pas familière. 11 avait été élevé dans le sein de l'Égli e, son intelligence avait été ble d'éviter cette ‘est que cette opinion qu'il professa si longtemps et qu'ensuite il atlaqua si violemment, devait être très répandue à son époque. Et ce n'élait pas simplement une erreur vulgaire, car elle avait envahi les foyers mêmes du savoir; toutefois elle était loin d'être générale. Même Gardiner, qui était plus homme d'État que théologien ainsi que nous l'avons vu, s'en était constamment défendu ; mais il était possible que Ridley, en toute loyauté, la regardat comme « la commune erreur de l'Église romaine ». I} pensait de plus, et là il se trompait, que cette doctrine avait envahi jusqu'au magis- lerium de Y'Église. Je pense que j'ai montré que l'erreur de Ridley était due à une ambiguïté dans le sens du mot substance. Il est difficile, pour quel- qu'un qui n'est pas familier avec le langage anglais, de comprendre jusqu'où vont ces variations dans le sens de ce mot. Un tailleur vous conseillera de choisir un drap ayant plus de subsfance. Il veut dire : plus épais. L'Anglais du type moyen vous dira qu'il aime un déjeuner substantiel. 11 veut dire : nourrissant et solide. C'est là le sens popu- laire du mot. La substance d'une chose n'est pas autre que la disposi tion sensible de ses parties solides. Elle peut être placée sous le microscope, analysée dans le laboratoire, disséquée au moyen du scapel. Est-il étonnant qu'un Anglais du type moyen regarde la trans- substantiation comme une chimère et une folie, ou peut-être comme 646 REVUE ANGLO ROMAINE une pure invention de théologiens intéressés? Si, par chance, on le persuade que le mot peut avoir quelque autre signification mélaphy- sique cachée, il s'en va consulter Locke, qui est pour lui la source de toute philosophie. Il apprend alors à sa grande slupéfaction que la substance est une sorte de substratum caché sous les apparences sen- sibles des choses, substratum dont nous n'avons el ne pouvons avoir aucune notion. En désespoir de cause, il continue ses recherches jus qu'à Hume, et, là, il apprend que nous n'avons aucune raison de penser qu'un tel sbstrafum existe. La substance dans ce sens est une pure invention de métaphysiciens embarrassés. Mais alors, trouvant que cela signifie suppression de toute réalité, notre Anglais devient soupçonneux et, se tournant du côté de l'école écossaise des philo- sophes du sens commun, il reçoit d'Hamilton l'assurance que les plé- nomènes sont réels et sont en fail les seules choses réelles, tandis que la substance est surlout une relation supposée d'un phénomène. Xe sachant les catégories, il est pleinement satisfait de ce raisonnement. et désormais il dénoncera la doctrine de la transsubstantiation impar- tialement comme une contradiction grossière et matérialiste eten même temps comme une subtilité des métaphysiciens, dépourvue de toute signification.
Les idées courantes des Anglais sur ce sujet découlent générale- ment de la doctrine de Ridley. L'étrange théorie de Luther ne pul jamais triompher en Angleterre. Le virtualisme de Calvin, bien qu'il ait rencontré quelques partisans distingués, n'a intéressé que les éru- dits. Le symbolisme de l'école deZurich, qui trouvait de chauds défen- seurs dans le personnel des exilés qui rentrèrent en Angleterre à l'avènement d'Élisabeth, a été plus en évidence et à certaines époques a failli prévaloir; mais, dans l'ensemble, les Anglais qui ont nié la transsubstantiation l'ont fait en s'appuyant sur les opinions professées par Ridley et pour les mêmes raisons que lui. Son enseignement négatif a eu une grande influence sur la forme des 39 articles de reli- gion; son enseignement positif apparait surtout dans le catéchisme. Deux questions restent à considérer. La première est celle-ci Comment quelqu'un, possédant une intelligence ordinaire, pour professer l'opinion que Ridley attaquait? Cela était seulement po: si l'on supposait que le changement dans la nature sensible du pain était miraculeusement caché. D'après cetle hypothèse, les espèces sacramentelles ne seraient qu'un vain fantôme. Elles étaient un voile cachant la chose sensible, c’est-à-dire le corps du Christ présenl dans sa constitution naturelle. C'est dans ce sens que Ridley combat l'idée d'un corps vivanl #l mobile présent sous les apparences du pain et du vin. Ce sur quoi il insiste, c'est sur la réalité des formes extérieures. En un mot, il maintenait ce sur quoi nous sommes {ous d'accord : LA DOCTRINE DE NICOLAS RIDLEY SUR L'EUCUARISTIE 647
réalité des espères. C'est là aussi, bien qu'indirectement exprimée, la thèse de Rahamnus, et c'est lui qui a inspiré à Ridley cette idée. La doctrine qu'il avait autrefois professée avait nié celle réalité, néga- tion qu'il considéra comme inséparablement liée à la doctrine dela transsubstanliation. C'est à'cause de cette opinion que les articles de 1359, rédigés sous l'influence de Ridley, déclarèrent que la doc- int de la Transsubstantiation changea la nature du sacrement, c'es -1 ire détruisait le sarramentum pour ne laisser que la res sacramenti. L'expression subsiste encore dans les trente-neuf articles et l'obje tion semble encore bien fondée à nombre d'anglicans.' La dernière question qui se présente est un point qui touche à l'his- toire de la philosophie. Comment le mot substance en est-il venu à avoir celte nouvelle signification ? Je me contenterai d'indiquer la ligne à suivre pour faire celle recherche. Un trouvera la source de confusion dans la montée du nominälisme. Lorsque la définition de Lalran fut acceptée, le réalisme battaitson plein eLle sens transcendant du mot «substance» était bien établi. Le nominalisme n'altéra pas directement le sens du mot ni le sens de la définition théologique s'y rapportant, mais produisit d'une manière indirecte un effet dangereux. Étant donné la négation de toute autre réalité que celle de l'individuel, la détermination de l'in- dividuel (principium individuationis: par hivereitas imposa la conclusion que la substance n'est réelle qu'en lant qu'elle peut être déterminée par les catégories wbi el relatio. Dès lors elle ne peut entrer dans le domaine du transcendantal et doit comprendre nécessairement lieu et mouvement. De là il est facile de passer à la conception la plus grossière et la plus matérielle. Je me contenterai de cette remarque. Mon but n'est pas principale- ment de tracer l'origine de ces opinions que Ridley combaltait et qu'il identifia avec la doctrine de l'Église. Même si nous altribuons ces origines seulement à l'originalité de son esprit, le fait reste qu'il altribua au dogme de la Transsubstanliation un sens que répudierait la théologie, qu'il en rejela seulement la fausseté et entraina dans ce malentendu la masse de ses concitoyens. Telle est la conclusion que je puis lier du livre où le D' Moule a rassemblé comme en un focus les discours et déclarations diverses de Ridley sur la doctrine de l'Eucharis
T. A. LacEY.
(Madingley Vicarsgo, Cambridge.)
CHRONIQUE
Lord Halifax a passé dernièrement quelques jours à Paris. Sa Seigneurie a bien voulu accepter l'hospitalité qui lui a été offerte à la maison mère de la Congrégation de la Mission.
Nos articles. — Nous publierons prochainement une réponse de Mgr Gasparri à l'article qui a paru dans notre dernier numéro sur les Ordinations anglicanes. Nous donnons aujourd'hui sur un évèque abyssin un travail rédigé d'après des documents inédits et qui ne manquera pas d'intéresser nos lecteurs. Ce travail est dû à M. Coulheaux, de la Congrégation de la Mission, longtemps missionnaire en Abyssinie. Voici, à ce propos, un extrait d'un article que l'Univers a consacré au général Bal- dissera: « Quelques mois plus tard, le général Baldissera fut nommé gou- verneur de la colonie. En arrivant à Massaouah, il trouva l'armée italienne dans une situation critique. Les chefs insurgés venaient de lui infliger plusieurs échecs; et Debeb, cousin germain du négus Jean, avait surpris une colonne italienne, massacré les quatre officiers qui la commandaient. « « Le général Baldissera organisa une expédition avec le concours du colonel di Maïo, prit possession du triangle formé par Keren, Asmara elSaganchiti, mais il ne put qbtenir de Debeb lx remise des cadavres des quatre officiers italiens massacrés. « Au moment où il était arrivé à Massaouah, la surexcitation des Italiens était des plus vives contre les missionnaires francais auxquels ils attribuaient toutes leurs défaites. Ils étaient allés jusqu'à melireà prix la lête d'un lazariste, le Père Coulbeaux, qui dut se cacher. « Se voyant dans l'impossibilité d'obtenir par la force ou par la persuasion les cadavres des officiers italiens, le général Baldissera se décida à s'adresser à Mgr Crouzet, vicaire apostolique, pour li demander d'user de son influence auprès de Debeb et d'obtenir du ehef ineurgé la remise des cadavres. «A cet effet, le gouverneur délégua auprès de Sa Grandeur un aide de camp. « — Pour remplir ce devoir de charité chrétienne et d'humanité, « répondit Mgr Crouzet,vous pouvez être assuré que mes confrères ne « reculeront devant aucun sacrifice.» « Ce fut précisément le P. Coulbeaux qui fut chargé de cette mis- sion dangereuse. 1l s’en acquitta avec tant de zèle que, huil jours après, Debeb lui fit remise des quatre cadavres. CHRONIQUE 649
« Le P. Coutbeaux, au de difficultés sans nombre, ft trans porter les restes des officiers italiens à la mission d'Akrom, où il les fit envelopper de linceuls et ensevelir provisoirement. « Quelques mois plus tard, le général Baldissera envoya une colonne légère chercher à Akrom les cadavres et fit dire un service solennel à Massaouah. À l'issue de la cérémonie, il se dirigea vers le P. Coul- beaux et le remercia chaleureusement devant tout le monde. « C'est dune, en même temps qu'un officier énergique, un homme val, »
Une lettre du cardinal Rampolla. — Notre distingué col- laborateur M. V. Ermoni, prètre de la Mission, ayant envoyé un exemplaire de sa brochure l'Église romaine en face de l'Église grecque schismatique, à $. Em. le cardinal Rampolla, en le priant de le déposer aux pieds du Saint-Père comme un hommage de sa piété filiale, a reçu la lettre suivante :
« Très honoré Monsieur,
« Secondant volontiers le désir q votre lettre du 20 du mois courant. j'ai porté à la connaissance du Saint- Père le travail que vous avez publié au sujet de la réunion des Églises dissidentes. Sa Sainteté a daigné agréer cet hommage et, en mème temps qu'Elle vous en remercie, vous envoie de tout cœur la bénédiction apostolique. « En vous faisant cette communication et en vous présentant mes
propres remerciements pour l'exemplaire du mème travail dont vous m'avez favorisé, j'aime à me déclarer, avec les sentiments de l'estime la plus distinguée, « Votre très affectionné dans le Seigneur, «M. card. RaMPOLLA. » « Rome, 38 février 4896. »
Vitalité de l'Église catholique. — Dans un article de la Revue aine le Catholic World Magazine, M. Morgan fait ressorlir la vitalité de l'Église catholique dans ce dernier siècle. Nous ne le sui- que dans ses observations sur les pays qui ne sont point
Dans les pays protestants, l'Église catholique a gagné du terrain quelquefois lentement, mais toujours sûrement. 11 y à 90 ans, ln population catholique de l'Allemagne du Nord se montait à 6 mil- lions; aujourd'hui elle en comprend 43. En 1840, la Suisse catho- lique comprenait environ le liers de la population totale; maintenant, au moins les deux cinquièmes. En 1837, il n’y avait en Danemark que lrois missionnaires et 300 catholiques, sans école ni chapelle. En 4899, on y voit déjà un vicaire apostolique, 39 prêtres et 4.000 ca- tholiques. Pendant les 30 dernières années, en Norwège et en Suède, le nombre des catholiques élevé de 440 à 2.400. En Hollande, les catholiques, qui étaient au nombre de 380.000 au com OP| l |
650 REVUE ANGLO-ROMAINE mencement de ce siècle, dépassent maintenant { million. Mais c'est dans la Grande-Bretagne que l'accroissement est le plus sensible. En 1800, l'Angleterre et l'Écosse ne comprenaient ensemble que 420.000 catholiques avec 63 prêtres et 6 vicaires apostoliques. Aujourd'hui, elle a un cardinal-archevèque, 2 archevèques, 48 évêques, 3.000 prêtres et 2 millions de catholiques. De ce côté-ci de l'Atlantique, on peut se rendre comple du déve- loppement de l'Église catholique par ce fait qu'en 4800 les missions réunies du Canada et des États-Unis ne comptaient que 400.000 ca- tholiques; tandis qu'aujourd'hui, dans le Canada seul, il y en a 2.100.000 et dans les États-Unis environ 13 millions. Les progrès de l'Église catholique sont encore plus surprenants en Asie, en Afrique et en Océanie. Dans les Indes, en 4830, il n'y avait environ que 415.000 catholiques; maintenant, il ÿ en a 1.700.000. En Chine, mal- gré la persécution, la destruction des écoles et des églises et la dis- persion des fidèles, il y a maintenant 38 évêques, 1.000 prètres el près de 600.000 catholiques, Dans les autres pays infidèles, les catholiques ont augmenté à proportion.
Les écoles libres. Quelques chiffres. — M. Thureau-Dangin a présenté un rapport à l'assemblée générale de l'OŒuvre du Bien- heureux de la Salle, tenue à l'archevèché de Paris, le 24 janvier der- nier. Quelques chiffres de ce rapport ont un intérêt capital; nous tenons à les signaler. En 1886-1887, le nombre des enfants dans les écoles primaires toute sorte était de 6.267.589. En 1891-1892, il élait tombé à 6.453.150: soit une diminution de 114.439 écoliers. En observant que, depuis 1886, on s'est appliqué à faire entrer les enfants dans les écoles avant six ans el à les y conserver après treize ans, et en s'altachant, pour les deux années, aux seuls enfants d'âge scolaire entre six et treize ans, on trouve un déchet plus notable : en 1886-1887, 4.703.063 enfants; en 1891-1892, 4.586.373: soit une diminution de 116.490 élèves. [ D'où vient celte diminution? Examinons séparément l'enseigne: ment public et l'enseignement libre. Enseigurment publie : de 188à 4892, diminution de 264.930 élèves. Enseignement libre : de 1887 à 18%. l accroissement de 124.905 élèves. . ! Ces chiffres sont trop éloquents pour que nous voulions y rien ajouter.
Correspondance. — M. le chanoine Everest a adressé à Lord Halifax la lettre suivante que Sa Seigneurie a bien voulu nous con- muniquer:
My Lord,
« Si je me permets d'écrire à Votre Seigneurie, c'est pour vi
exprimer mon inaltérable reconnaissance de ce que vous avez fait el faites encore pour la cause de la Réunion. Mais, My Lord, ne vous | CHRONIQUE 651
serai pas possible de faire un pas de plus el de donner une forme et une expression aux pen qui peut-être se tiennent cachées der- rière vos paroles? En d'autres termes, ne vous serait-il pas possible d'indiquer quelle concession nous serions préparés à faire à Rome, en nous basant sur la Sainte Écriture et sur le témoignage de l'antiquité primitive, dans le but de préparer les voies pour de futures négocia- lions en vue de la Réunion ? « Votre Scigneurie faisait ressortir avec vérité dans son dernier discours quel avantage ce serait si, comme résullat d'une reconnais- sance tacile de nos ordres, nous pouvions être admis àla Sainte Eucharistie, lorsque nous voyageons dans des pays catholiques romains.
« Mais,My Lord ny a-Lil pas une raison beau oup plus importante et plus considérable par ses conséquences, de désirer et de prier pour la reconnaissance de la validité de nos ordres? Et n'aurait-ce pas été un conseil de l'Esprit-Saintau Saint-Père, comme ayant reçu la charge de la vigne, de ne pas nier formellement nos Ordres, parce qu'une semblable négation nous fermerait les portes d’un Concile général le jour où il sera dans les e Providence qu'un tel Concile se réunisse? Eten vérité, quandje voisla pression exercée sur Léon XII pour le faire rejeter nos ordinations, je considère veut nous laisser ouvertes les portes du Concile général qui devra s’assembler tôt ou tard pour considérer l'état de la chrétienté. Et cela me rassure au delà de toute expression de voir en cela un nouveau pas vers la réalisation de la promesse de Notre-Seigneur. Ma croyance dans une réalisation plus complète de cette promesse, lelle que nous ne l'avons pas connue depuis la Réforme, est le motif qui m'a fait écrire et publier ce petitlivre, que je prie très humblement Votre Seigneurie de bien vouloir accepter. (a été l'occupation de ma lesse : j'ai actuellement près de quatre-vingts ans, et ma seul re et l'unique désir de mon cœur, c'est qu'il puisse aider, ne vous fit-il avancer que d'un pas, à nous ramener à l'unité basée sur le « Roc imprenable ».
« Que Dieu vous guide dans votre difficile entreprise, qu'il vous dispense la sagesse d'en haut. C'est la plus ardente prière de votre humble et fidèle serviteur, — W. F. EveREsT. » LIVRES ET REVUES
Le CORRESPONDANT
Rome ou Avignon. Les responsabilités de la France dans le grand schisme d'Occident, d'après un livreréent, par M. DE LANZAG DE LABORIE.
La longue scission qui désole l'Eglise catholique vers la fin du moyen âge soulève de délicats problèmes moraux et juridiques, souvent agités depuis cinq siècles, presque toujours résolux jusqu'ici par des considéra- tions de sentiment ou de parti. Pour les historiens allemands ou italiens, la France est la grande coupable, qui, plutôt que de se résigner au retour des papes à Rome, préfére favoriser les prétentions d'un ambitieux qu'elle pensait tenir dans sa dépendance. Chez nous. les opinions et les points de vue ont varié avec les époques. L'amour-propre national a longtemps fait proclamer la légitimité de l'obédience d'Avignon, suivie jadis par le clergé de France à l'instigation de Charles V et de Charles VI; le motif déterminant du vieil historien Mézerai était l'impossibilité de tenir « nos rois pour schismatiques et pour fauteurs du schisme », argument qui fait plus d'honneur à ses principes monarchiques qu'à sa eagacité critique. I y à trente ou quarante ans, on 'est inspiré de considérations différentes, également étrangères à ie science historique : les écrivains s'en
Ce procédé s'appliquait d'ailleurs à tout : le temps, par exemple, où on croyait manifester son adhésion au Sylabes en soutenant (que le lecteur nous passe deux barharismes consacrés par l'uxage)l'apostolicité des chrétientés gallo-romaineset l'aréopagitisme de saint Denis. Si une rancunière gallophobie inspire encore trop d'érudits d'outre-Rhin et d'outre-monts, le culte de la vérité pour elle-même a recouvré ses droits parmi nous, grâce surtout aux encouragements et à la libérale décision de Léon XIII, qui a ouvert l'accès des Archives vaticanes à tous les explora- teurs, La question du grand schisme en particulier vient d'être approfondie en dehors de tout parti pris par un savant jeune encore, mais à qui précédents travaux ont déjà valu d'enviables distinctions et un crédit plus enviable. Pour louer l'originalité des recherches de M. Noël Valois, pour faire ressortir l'importance des pièces qu'il a découvertes tant à Rome qu'à Paris, à Milan, à Marseille, à Cambrai, ii faudrait la compétence et le savoir d'un érudit. Nous pouvons attester du moinsqu'il a le don, précieux chez un historien, de faire revivre les hommes à travers les documents. de déméler ce qu'ils ont pensé derrière ce qu'ils ont dit ; nous pouvons tenter aussi de résumer l'impression produite par ses deux premiers volumes sur
1 La France et Le grand achisme d'Occident, par Noël Vauoïs : t. 1et Il, Paris. Picard, 1898, zxx-407 et 490 pages in-8°. LIVRES ET REVUES 653
un lecteur peu familier aver cette période, mais séduit par l'importance du sujet et l'intérêt du récit. Disons tout de suite qu'on ÿ chercherait en vain une conclusion absolue, tranchée : M. Valois n'est joint de res écrivains qui, traitant l'histoire à la maniére d'un tableau du Jugement dernier, classent délihérément chaque personuage à droite ou à gauche, paruni lex élus ou les réprouvés. Sa science méme l'a conduit à ne point prodiguer les condamnations ou les apulogies trop sommaires: sur le fond du début. il ne serait pas éloigné de s'associer à l’humble et touchante réflexion d'un auteur du xvir siècle : « De savoir qui a meilleure raison, il est trop diMi- eile aux hommes, et Dieu seul le connait. » Lorsqu'après l'attentat d'Anagni et la mort de Boniface VIII, Clément V avait transporté le siège de la papauté à Avignon, soux l'onéreuse tutelle de Philippe le Bel, vn prétend que lex cardinaux italiens dépaysés murmu- raient en se morfondant sous le mistral :
-lvenio rentosa
Cum rento fastidiosa,
Sine vento venenosa!
Quelque soixanteaus plus tard. les dispositions du Sueré Collège avaient bien changé. En grande mujorité Francais de nationalité ou de langue tout au moins, possesseurs de somptueux châteaux sur les bords du Rhône et de la Durance, c'estä Rome que les cardinaux se considéraient conume en exil, c'est Rome dont le séjour leur semblait maussade ou malsain. A défaut de la hise, l'émeute x soufllait alors fréquemment en tempête, multipliant les pillages, les incendies, les meurtres : les cardinaux pouvaient croire de très bonne foi qu'en demeurant à Avignon avec leur chef, non seulement ils préservaient leurs personnes et leurs bieus, mais ils mettaient la tiure elle-même à l'abri de evx hideuses violences, de ces lamentables intrusions qui avaient, à diverses reprises, souillé la période du huut moyen âge. Ils avaient suivi à contre-cwur Grégoire XI, venu à Rome «ur le pr sant appel de sainte Catherine de Sienne, Quand ce pape eut succombé, leur première pensée fut, à n'en pas douter, d'élire l’un d'entre eux qui leur ferait reprendre à bref délai le chemin d'Avignon. Malheureusement pour eux. ces intentions furent aussitôt devinées par le menu peuple de Rome : la vanité des Romains s'accordait avec le souci térêts matériels pour leur faire désirer le retour définitif du int-Siége auprés du tombeau des Apôtres. Il leur parut qu'un pape fran- sais céderait tôt où tard à la nostalgie des rivesdu Rhône et que, pour eux, la seule gura: setion d'u Jtalien. À peiue cette idé était-elle répandue duns les esprits que les. manifestations se succéda pour peser sur le vote du Sacré Collège : avec ln mobilité des foules mi dionales, on passait iusensiblement des supplications aux menaces: tel cardinal était abordé par un groupe qui se lamentait d'une voix dolent : « Voilà bien soixante-huit ans que cette cité est veuve! » Puis, le ton se haussant petit à petit :« Depuis la mort du pape Boniface, la France «« gorge de l'or romain. Notre tour est venu, à présent nous voulons noux gorger de l'or français! »A d'autres,on donnait nettement à entendre qu'il
- allait de leur vie, si l'attente populaire était dérue. Loin de mettre un terme à ces démonstrations, lu réunion du conclave ne ft qu'en aviver l'énergie. Les cardinaux, pour traverser la place Saint Pierre, durent se frayer un passage au milieu d'une foule impatiente, sup liante, grondante, s'exaltant de ses propres vociférations. Une fois le cou- clave_ commencé, les bandes se dispersérent par la ville, dans l'intention non déguisée de mettre à sac les palais dex cardinaux mal notés. Les chefs 654 REVUE ANGLO-ROMAINE de quartiers ou notables bourgeois, soit qu'ils partageassent les vœux de leurs concitoyens, soit qu'ils craignissent d'avoir à pâtir d'undéchaîne- ment révolutionnaire, faisaient passer aux prélets des conseils de pru- dence. Après une nuit fort agitée, l'animëtion reprit de plus belle, le toe-
sin retentit de toutes parts; la clôture du conclave fut mal respectée, et un des évêques préposés à la garde des cerdinaux leur fit savoir qu'ils allaientétre sûrement massacrés s'ils ne se hâtaient d'élire un Italien. Parmi les membres du Sacré Collège, un seul, le cardinal Orsini parait avoir fait preuve de courage et de présence d'esprit; Romain de sance. il savait comme on parle à ses compatriotes et. leur adressa, sans succès d'ailleurs, des objurgations familièrement pathétiques : « Nous voici réunis pour l'élection d'un pape : ne dirait-on pas qu'il s'agit d'élire un maitre de cabarets”... Vous allez allumer dans Rome un feu quine s'étoindre qu'après avoir tout consumé. » Ses collègues furent moins maîtres d'eux-mêmes; Français pour la plupart, ils cédèrent au moins français des sentiments, comme l'un d'eux en faisait le naif et cynique aveu. Après une courte délibération où leur pusillanimité se para des prétextes usités en pareil cas, inutilité de la résistance, dangers que cour- rait l'Eglise si, à la vacance du Saint-Siège, s'ajoutait l'extermination du Sacré Collège, ils firent savoir au peuple que son vœu serait exaucé. Mais, à la presque unanimité, ils voulurent remplir loyalement la pro- messe ainsi extorquée. La proposition d'un simulacre d'élection, mise en avant par Orsini, n'eut pas le moindre succès. Après avoir écarté les quelques cardinaux italiens, les uns en raison de leur âge, les antres parce qu'ils étaient sujets d'États ennemis du Saint-Siège on résolut de choisir en dehors du Sacré Collège et, sauf celle de l'intraitable Orsini qui persis- tait à ne pas vouloir participer dans ces conditions à une élection sérieuse, toutes les voix se réunirent sur le nom de Barthélemy Prignano, arche- vèque de Bari. C'était un prélat estimé, qui avait occupé des emplois de confiance à la cour pontificale; abstraction faite des mouvements popa- laires qui l'avaient indirectement dicté, le choix ne paraissait rien avoir que de plausible et naturel. Aussi, dans les premiers temps qui suivirent le couronnement de Prignano sous le nom d'Urbain VI, l'attitude des cardinaux, rentrés en possession de leur pleine indépendance, témoigoa que la validité de son autorité n'était point douteuse à leurs eux. Le schisme n'eût sans doute jamais éclaté, si le nouveau Pape n'avait bientôt révélé des défauts de caractère qu'on ne lui soupçonnait point. Animé d'un louable zèle pour le réforme de l'Église, il dédaignait les ménagements et sommait impérieusement, nominativement, les cardinaux d'avoir à changer leur train de vie. Impatient de la moindre contradiction. il entrait en fureur pour des motifs futiles, accablait de menaces, d'on- trages même, ceux qui lui avaient donné la tiare, faisait peser sur tout son entourage un capricieux et blessant despotisme. En historien psychologue, M. Valois montre finement comment le mécontentement des cardinaux réveilla dans leur âme, au sujet de la règt- larité de l'élection, des scrupules qui sans cel seraient restés indéfni- ment assoupis, et comment, de bone foi en somme, il en vinrent à se demander ei le pontife qui les molestait avait qualité pour leur comman- der. Cet état d'esprit fut aggravé par les réflexions de ceux d'entre leurs collègues qui, absents de Rome lors de le mort de Grégoire XI, ner génaient point pour critiquer une détermination à laquelle ils étaient de- meurés étrangers. Le plus influent de ceux-là était Jean de La Grange, LIVRES ET REVUES 655
évêque d'Amiens et homme de confiance du roi Charles V. Dès qu'il con- nut l'élection, ses lettres raillérent la timidité dont le conclave avait fait preuve. 11 fit pourtant, lors de son arrivée à Rome, acte d'hommage à Urbain VI; mais, bientôt en butte à l'une de ces sorties véhémentes dont le Pape était prodigue, il se permit une réplique irrespectueuse et_ établit dans son palais le centre du mouvement d'opposition. On parla d'abord de la nécessité de régulariser l'élection; puis l'idée d'un coneile général fut mise en avant. En vain, quelques esprits modé- rés, désireux d'épargner un grand scandale à l'Eglise, s'employèrent à négocier un accommodement dont on ne se souciait ni d'un côté ni de l'autre. Les cardinaux, quittant Rome, se réunirent à Anagni, el ensuite à Fondi, dans le royaume de Naples. C'est là que, tenant pour non ave- nue une élection déjà vieille de plus de cinq mois, ils donnèrent leurs voix à l'un d'entre eux, Robert de Genève, qui prit immédiatement le nom de Clément VIL et ne tarda point à gagner Avignon. Le schisme était consommé, Le lumineux récit de M. Valois, qui éclaire les moindres détails, nous laisse étrangement perplexes sur le point de savoir de quel côté était le bon droit. Dans ces sortes de scissions, le corps électoral se divise d'ordi- naire entre deux prétendants : ici, c'est ce même collège qui a donné suc- cessivement aux deux compétiteurs la presque unanimité de ses suffrages. Après avoir paru considérer Urbain VI comme leur légitime chef et sou- verain, les cardinaux, même les Italiens, déclarent que leur vote a été vieié par la crainte. S'ils ne sont pour la plupart ni des saints ni des héros, tous du moins ont l'horreur du parjure et le sentiment de leur res- ponsabilité devant Dieu. On doit croire, avec M. Valois, que leur convie. tion intime a varié, qu'ils ont été sincères en reconnaissant Urbain VI, incères aussi plus tard en contestant son autorité. Mais à quels moments se sont-ils trompés ? Ce serait un médiocre moyen de trancher le débat juridique que d comparer la valeur morale des deux élus ; même à ce point de vue d'ail leurs, nos préférences ont quelque peine à se fixer. Nous avons dit qu'Ur- bain VI démentit les espérances qu'avait pu faire concevoir son passé; sur le trône pontifieal, il se montra hautain, violent, cruel même parfois: il fit mettre à la torture des cardinaux créés par lui. La mort même ne désar- mait point ses rancunes; après la fin tragique de Jeanne de Naples, cet étrange vicaire du Bon Pasteur n’hésitait point à parler dans une bulle de « la reine de damnée mémoire », regina damnatæ memoriæ. Par contre, la vie antérieure de Robert de Genève était souillée d'une tache sanglante: légat pontifical dans les Romagnes insurgées, il avait, sans plus de scru- pales qu'un condottiere laïque, fait ou laissé égorger par ses mercenaires la population de Césène; mais si Clément VIT prodigua les concessions et les complaisance aux princes qui s'étaient rangés dans son parti, on ne peut, pendant son pontificat, relever contre lui aucune faute de conduite de quelque gravité. L'issue ultérieure de la contestation ne saurait nous aider à trancher la question qui nous préoccupe. Loin de consacrer la légitimité d'une desdeux obédiences, c'est un double désistement que reclamérent, qu'imposèrent les conciles de Pise et de Constance, c'est à une nouvelle élection qu'on demanda le chef de l'unité reconquise. Enfin (et c'est peut-être par là que nous aurions dû commencer), l'Eglise catholique, plus libérale et plus réservée que ne le croient la généralité de ses adversaires et un certain nombre de ses enfants, s'est toujours abste- aue de porter un jugement sur les droits respectifs d'Urbain VL et de Clé-
Original rom
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656 | REVUE ANGLO-ROMALNE ment VIL. Sans se contenter d'admettre que parmi leurs partisans la boao foi avait pu être égale, elle a solennellement proclamé la sainteté de cer- tains tenants de l'ane et l'autre obédience. Elle n'a pas seulement canonise les âmes simples, poursuivant à l'écart des querelles théologiques leur rève de perfection supraterrestre: Bernardin de Sienne, par exemple. le disciple du sublime pauvre d'Assise; Pierre de Luxembourg, mûr à dir- huit ans pour le ciel, précurseur des Louis de Gonzague et des Slanisle Kostka; ou bien encore ('olette, la réformatrice des Clarisses. Parmi les saints reconnus et honorés par l'Église, il en est qui sont ardemment inter- venus dans la lutte. On sait avec quelle sévérité Catherine de Sienne ju- geait la seconde élection et la conduite des cardinaux; dans le camp ad- verse, le Dominicain Vincent Ferrier, officiellement chargé de soutenir la cause du Pape d'Avignon dans le royaume de Valence, s'acquitta de = tâche avec le plus grand zèle : notre Bibliothèque nationale conserve un traité encore manuscrit. où il combat vigoareusement les prétentions de celui qu'il n'eppelle jemais que Barthélemy, et fait mème une obligation aux princes chrétiens de l'expulser de Rome parla force. Eneffet, ceux entre quil'impartiale postérité hésite à se prononcer aujour- ceux dont elle reconnait également les bonnes intentions, animésd ions énergiquer et de passions ardentes, faisaient rudement assaut de griefs, d'insultes et d'anathèmes. Les curieux pourront trouver dans le istiques de ces polémiques, où La ence des mœurs contemporaines haussait encore le diapason habituel des disputes ecclésiastiques. Comme il y avait deux Papes et deux collèges de cardinaux, il y avait dans plusieurs diocèses deux évêques se traitant mutuellement de schismetiques et d'intrus. Les grands ordres religieux # divisérent presque tous : entre le supérieur général urbanisteet le supérieur général clémentin, la guerre était déclarée. Quelques vivaces racines que Îa foi chrétienne eût alors dans les âmes, beaucoup furent incapables dr résister à l'épreuve d'un tel scandale; en présence de tant d'excès de lan- yage et de conduite, des esprits inquiets conçurent des doutes non point “seulement surla légitimité des droite de Clément ou d'Urbain, mais sur la sainteté même de l'institution ecclésiastique. C'est le temps où, sous pré- texte de réforme, on commence à préconiser un complet bouleversement de l'organisation religieuse : « Les deux Papes se disputent le pouvoir eumme deux chiens se disputeraient un 08... D'après leurs bulles infèmes et en opposition mutuelle, tout habitant de la chrétienté serait tenu de ver- ser le sang de son frère. » Le branle est donné, ot le mouvement ne s'arrt- tera plus désormais : celui qui justifiait en ces termes l'amoindrissement où la suppression de la papauté était un ecclésiastique anglais, recteur de l'église de Lutterworth nommait Jean de Wyclif. in|
DOCUMENTS
CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ
HODIERNÆ GRAVISSIMÆ
DE
SACRAMENTO EUCHARISTIÆ
LIBER 1
IN QUO DE REALI CHRISTI IN SACROSANCTA EUCHARISTIA PRESENTIA ET PAR- TIGIPATIONE, AG DE MODO UTRIUSQUE BREVITER TRACTATUR.
Car. I
De rebus hisce generaliter disseritur.
(Suite)
- J. Ep. Roffensis; ! Bernardi, ” inquil.“ sententia hæc est:
- Quod videlicet usque hodie, endem caro nobis, sed spiritualiter, utique non carnaliter exhibelur. * Huie consona est per omnia doc= trina Ecclesie Anglicanæ, que corpus et sanguinem Christi in Cœnà Domini, verè et realiter exhiberi, el fide recipi asseril, modum autem spiritualem, et proinde ineffabilem et incognitum Lradit, ” el à que > sive de môdo præsentie abslinendum esse docet
ibidem ex Cyrillo *et Theophylacto; # verba Durandi Speculatoris supra * citata el versus illos satis notos probat : £: Corpore de Christi lis est, de sanguine lis est. “ Deque modo lis est, non habitura modum. ” Gitat etiam verba Hardingi in responsione ad art. Ej scopi Juelli hace in re sententiæ Tigurinorum et P. Martyris add simi) De reali præsentià : # * Modum præsentiæ juxta omnes Catho cos verum el
! De Potestate Papæ in rebus temporalibus, etc. contra Card. Bell. lu praf. ad lectorem. =In Catechismo nuper aucto, 2 In Joan. L 4 6. 13 [immo c. 2 (error est Buckeridgii)t. 4, p. 358]. 4 In Joan. 6 {t. 1 594 EJ. 5 (P. 379]. “Art. 5 sect, ult. [apud Juellum, p. 19 od. Lat.]. MEVUR ANOLO-ROMAINE, — 7, Le — 42. 638 REVUE ANGLO-ROMAINE realem, sed longë sublimiorem et excellentiorem, supernaturalem, supersubstantialem. invisibilem, inenarrabilem, hujus sacramenti proprium, non lantüm spirilualem, et tamen spiritualem ” ess verbo. modum præsentir lalem esse, qualem Deus unus novil; Pontificios tantüm reprehendit, qui modum hunc definiunt. viam scilicet transsubstanliaionis, quem ignorent antiqui !.
Consentil R. Montacutius ?.
Doctissimus Hookerus 2. Hyperaspistes ipsius Wilielmus Covellus +. Theophilus Fieldus, episcopus Landavensis, in libello, quem Pars- sceven paschæ inscripsit, Hookeri sententiam magnoperè laudat 3. Bilsonus, Episcopus Wintoniensis* ad Apologiam Jesuitæ parte 4. ubi de Eucharistià tractat. Christoph. Suitonus in libello de hoc sacramento conscriplo pen toto; maximè enp. 50 edit. Londini anno 1622, quod caput tum Latinè, tum Anglicè scriptum restat de hac controversiä lectu apprimè digoum. Nuperrimè Georg. Singus in suâ defensione Jac. Usheri Archiepis- copi Armachani * disertè affirmat, ‘: neminem latere. quod muli in Ecclesià Anglicanà præsentiam Christi in sacramento confiteantur, licët modum non assignent, ”
Archiepiscopus Spalatensis, ut constat, ane sententiam pn-luetur; * + Hic, ” inquit, “ est tam atrocis et periculosæ dissen- jonis facillimus modus sopiendæ : ut_omnes verilatem corporis
Chrisli in sumendà Eucharistià exhiberi uno _ore fateamur : et cirea modum quo fiat hæc exhibitio, quippe ineffabilem et inexplicabilem, nobis omnibus silentium perpetuum indicamus : et ex hac dissen- sione schismala coalita extinguamus. ” Hæc ille. Vide eliam eundem contra errores Fr. Suarez *
Legatur eti um Petri Picherelli, viri longè doctissimi et mode- ratissimi, Expositio verborum cœnæ, et Dissertalio de Missà, e. n
Author etiam Diallactici de Veritate Corporis Christi in Eucha- ristiâ, pluribus contendit, el ex Scripturis ac Patribus ostendil"
1 Buck. ibid.].
- ln Antidiatrib. contra Bulengerom, Diatriba 43, p. 443 et contra Anooyme® Controv. Abbrer. [A gagg. for an oldgoose, ote.] Art. 35 [p. 252] et in Appel. à
Cæsarem contra Purit. parte 2 cap. 30 [p. 289]. 3 De Politia Eccles. $ 67. 4 [A just and temperate Defonce of the five books of Ecclesiastical Police) Art. 11 de Transsnbstantiatione contra Puritanos. 5 P. 443 et seq. % [The true Difference hetween CI stian Subjection, etc, p. 560]. Parto 1. anno 4632, excus. p. 12.
3 de Rep. Ecel. c, 6 et lib. 7, e. 1, n. Tetn.8. Cap. 2. 10 [Inter Opuse. Theol.] M IP. 2 Ibseq] —
LB. 1 DE EUCHARISTIA 659charistiam non solüm figuram esse corporis Dominie sed etiam dem, naturam atque substantiam in se comprehen-
derez ? quæ de ” * diserimine inter illud corpus Christi, quod in saeramento distribuitur, et id quod de Virgine Marià assamptum, in cœlos ascendit, &e. ‘1 Bertramum sequutus, disserit. facile ali- s offendant, ” (ut Cassandri verbis utar*. :* quibus. ex verbis persuasum est, et quidem verè, non aliud corpus in sacra- mento fidelibus dari, quam quod à Christo pro fidelium salutein tem traditum fuit, Quamvis autem. ” inquit. ‘ hie dislinetionc sit; malim tamen illam ad modum pres et exhibi sam rem subjectam. hoc est. corpus Christi adhi in fine Voluminis secundi Tracta- tionum Theologicarum Bezæ. Author hujus libri fuit J. Ponetus. Episcopus Wintoniensis Anglus, et : non alio consilio seriptus et editus est. quam ut dissidentes Lutheranos et Zuinglianos in gratiam reduceret. ” Vide Hospinianum ?.
Sed quia sententia hæe non sat rectè intelligitur neque expli-
catur à multis, qui eandem sequi videntur, ae proinde concordia inter dissidents impeditur, paulo distinetiis hae de re. quam mulli alii consueverunt, dicamus.
- Multi hane veram et realem præsentiam corporis et sanguini Christi in Eucharistià, el utriusque communicationem, ne vralem et corporalem aliquam admittere et asserere videantur, spiritualiter lantim et per fidem utramque effici et perfici aflirmant. Ecclesiæ Anglicanæ fidem sie exprimit Casaubonus :* ‘* Ecclesiæ Anglicant, omnem brevi compendio complectar. in Gwnâ Domini realiter se fieri credit corporis et sanguinis Christi, ut Patres nt. et quod Bellarminus ipse fatetur, spiritualiter. Per
fidem enim Christum apprehendunt et manducant, &c. ” Eadem Eeclesia in exhibitione panis mystici, hæeverba Ministro præseribit : Corpus Domini, &e. accipe. et ede hoc in recordationem lo ale in corde tuo per fidem eum Vide etiam alios.
#4. Spiritualiter profectô corpus Christi in Eucharistià exhiberi et accipi nonnulli Veterum diserté dixerunt. Quot hominibus corpus ejus suffecisset ad cibum, andi alimonia fieret? Sed propterea ascensionis su in célum mentionem fecit, ut eosà corporali intellectu abstraherel, deinde carnem suam (de quà locutus era) cibumà supernis cœles are poghy ab ipso donandam
In lib. Epist. 3 epist. [p. 108.1
= Loco quo supra pag. 245 [b] 246. ‘In Resp. ad Epist. Card. Perr. loco quo supra {p. 51.] * In illud Evangelii, Quicunque diverit, etc. (Ep. # ad Serap. $ 19,t. 1, 40.
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660 REVUE ANGLO-ROMAINE
intelligerent. © Que enim locutus sam vobis. * inquit!. ‘ spiritus el vita sunt : * quod perinde est, ac si diceret : * Corpus meum quod vstenditur et datur pro mundo, in cibum dabitur, ut spiritualiler repas) unicuique tribuatur, et fiat singulis tutamen præservalio- que ad resurrectionem vitæ æternæ. " Hæc sive ille, sive aliquis alius scriptor vetus. Macarius! : Illo tempore magnates, jusli, reges et prophelæ nove- rant. venturum esse Redemptorem; at passurum esse, crucifigen- dum, &e. non norant, &e. neque ascendit in eorum cor baplisma futurum ignis ac Spiritûs Sancti; item in Ecclesià offerendum esse panem et vinum, antitypon carnis ejus et sanguinis, sumentesque de pane visibili, spiritualiter rvuparixüe) carnem Domini esuros. &c.”. Bernardus* affirmat. in sacramento exhiberi nobis veram carnis substantiam. sed spiritualiter, non carnaliter, ut ipse Bellarminus fateri cogitur!, licèt inquit: “ Non videatur hæc vox ” (spiritualiter < multüm frequentanda, quia periculum esset, ne traheretur ab adversariis, non tam ad modum quèm ad ipsam naturam signifi- candam. ” Sed illud, Spiritualiter, neque Romanenses ipsi recté explicant, adesse scilicet Christum in Eucharisti, non carnaliter, ‘ non corpo- raliter, id esl eo modo quo suaple nalurà existunL corpora. nec se sibiliter, nec mobiliter, &e. Sed spiritualiter. id est, modo existendi spiritaum, cum Christus totus sit in qualibet parte: # adesse lamen per transsubstantiationem, ita “ ut molis speciebus verè moventur Corpus Christi, quamvis per accidens : quomodo anima nostra verè mutat locum, cm corpus mutat locum, ‘ et ul ‘ verè et propriè dicamus Christi corpus in Eucharistiä, attolli, deponi, deferri, culle- cari in allari, vel in pixide. transferri à manu ad os. el ab ore ad stomachum, "ut loquitur Bellarminust, et ut rectè : in Conciliu Romano sub Nicolno I compulsus sit Berengarius confileri, Christi corpus, ” ralione specierum scilicet sive accidentium. quibus con- junctum est, ‘ sensualiter Sacerdotum manibus tangi et frangi. ‘ut asserit Bellarminus’. Hæc omnia atque id genus alia plurima nec Seripturaæ nec Palres unquam nobis tradiderunt. Neque etiam Prolestantes illi, qui illud Spiritualiter sic intelli- gunt, “ nos® solo intellectu ac pur fide recipere in nos corpus Christi, ” mentem Spiritôs Sancti in Scripturis et Patrum assequuti sunt: “ Sic enim, ” ut verbis utar Archiepiscopi Spalatensis?, +nihil differrel Sacramentalis receptio à fide incarnationis ” (adde etiam.
1 [C. 6 Joan. v, 63.
Hom. 21 [p. 163.
3 In Serm. de S. Martin fn. 40 &. 3. 4052 E.J 44 de Euch. e 3, $ Terti Rogula.
(Bell. ubi supre
$ Loco quo supra 4 Idec sit Regula Sexta [imo, ÿ Prima pars.|
- Ibid. $ Quinta Regula.
[Verba Spalatensis.]
- de Rep. Ecel. c. 6 [n. 151] in Appendice ad Cyrill. Alex. n. 8.
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et passionis); ‘ differt tamen plurimum ; non in effectu, quia
dimus in Hilarioi per fidem incarnationis assequimur et animæ
salutem et corpori immortalitatem, et in Eucharisià idem : sed in modo operandi; in Eucharislià enim, prater fidem, quæ est neces- saria, et quâ per solum intellectum unimur carni Christi, que est objectum nostræ fidei, ponimus conjunctionem quandam spiritualem veræ et realis carnis Christi cum animâ et corpore etiam nostro, quam melius vocare non possumus, quäam sacramentalem, hoc est, quæ per viam comestionis fiat; ut dum panem sacrum comedimus, simul cum pane, non vià corporali, sed alià soli Deo notà, qua spi- rilualem vocamus, quia certum est non posse esse corporalem; enm vero fatemur cum Patribus esse ineffabilem, inexplicabilem, inexqui- sitam ” {ut Cyrillus vocal; hoc est, non inquirendam, nec indagan- dam. sed solà fide credendam [hoc enim illud est, quod Cyrillus vocabat inexquisilum, videlicet, quomodo per comestionem corpo- ralem panis] nobis exhibeatur ipsum verum corpus Christi, &c. ” el paulô pèst : Et hrc unio realis, sacramentalis, in modo longè diversa à solà unione fidei, omnes machinas, omnia argumenta, omnia commenta Perronii demolitur, et vera Patrum sensa à reali præsentià [hoc est corporali, reddit compertissima; ” et! ‘‘ Fateor, in hac sua declaratione Cyrillum loqui de reali, et non de purà intel lectuali, de illà videlicet quam jam explicevi, in quâ Christi humani- tas realiter el non relativè duntaxat divinitati conjuncta mirabiliter cditur et realiter, modo tamen aliquo spirituali non corporali; ” et iterum? : “ Quod ait Cyrillus, nos corpori Christi corporaliter uniri ; significat certè, ubi de Eucharistià est sermo objectivè, quia corpus ipsum verum nobis exhibelur, et corpore ipso nostro nos verum Christi corpus recipere, non solà et purà fide per intellectum solum, ita ut Christus nobis uniatur tanquam objectum fidei nostræ poteniæt intelleclivæ, sed verè eL propriè eliam corpore ipsum corpus Christi recipiamus, non tamen per 0 et trajectionem in stomachum, sed alio modo nobis ignoto, ct penitüs miraculoso atque abdilo, quo in comestione ipsa el concoctione panis et vini verum Chrisli corpus nostro etiam corpori communicetur. Et in hoc fatebatur Cyrillus, corpus nostrum et non nudam fidem Christi corpus apprehendere, modum tamen quo id fiat nos non comprehendere; et fidem quidem nostram solam id ila esse comprehendere, sed quomodo in particu- lari id fiat, ne fidei quidem nostræ esse revelatum. ltaque nos cor- poraliter Christi corpori in Eucharistiæ sumptione uniri, potest habere duplicem sensum :alter est, corpus ipsum Christi materiale per os nostrum, in stomachum nostrum trajici; alter vero, nos nostro corpore etiam, et nen solo intellectu et spirilu, si dignè accedamus, verum Christi corpus recipere, non per os el stomachum, sed aliâ vi soli Deo nolà, quam ideo spiritualem vocamus. Primum illud
- corporaliter* non est admittendum, quia jam non esset modus
IN. 9. #24 662 REVUE ANGLO-ROMAINE oecultus, el soli Deo cognitus. Alterum verû © corpuraliter' omninè est in Cjrillo admillendum, quia et objectivè, et etiam subjectivè illud intelligit, ita ut corpus Christi si receplionis objeclum, et cor- pus nostrum sit ejusdem receptionis subjectum et non solus spiritus aut iniellectus, sed modus hujus receptionis sit penitüs, etiam dei uostræ, ut dixi, occultus, ut Chrisli corpus sil in nobis nou solüm objective sed elian subjectivè, modo tamen quodam divino, spiri- luali et inefabili. * Hæc ille, apud quem mulla alia in eandem sen- tentiam ibi aique alibi legere est.
Ac proinde malè docetur à multis Protestantibus hanc præsen- tiam et communicationem per fidem effici, quia, ut inquiunt illi. “fides verbo Dei nitens res facit præsentes quæ promittuntur.‘Fides, ut constat, magis propriè dicitur accipere et apprehendere, quam vel polliceri vel præstare. “ Verbum Dei, et promissio, eui fides nostra nititur, præsentia reddit quæ promittit, non fides nostra. {vide CI. Espencæum! de collatione habitä Sangermani inter Protes- lantes et Romanenses aliquot, anno 1564, et J. Aug. Thuanum?.) Pre missio hujus præsentiæ el communicationis effectum quidem maximi salutarem non operatur neque obtinet, nisi in fide viva credentibus, et dignè communicantibus; utriusque lamen causa et fundamentun est, verbum promissionis Christi, non fides nostra.
Fals) etiam asseritur, haud aliter nos corpus Chrisli in Bacha- ristiäà comedere, quam Patres Veleris Testamenti qui eredideratin Christum. Haud dubié prisci fideles, ante Chrisli inearnationem, car- nem Christi spiritualiter edebant ia mannë et rebus aliis figuratam. et suflicienter, pro statu «conomix illius, ad salutemt. Sed nikile- minus per communicalionem carnis Christi in Eucharistiä, mul altius et solidiüs nos Christianos incorporari Chrisio, quam prise fideles, qui Christ incarnationem præcesserant, + qui spirites- liter tantüm, xive per solam fidem, caraema Christi manducabant, credidit ssmper Ecclesia Catholica. ** Quod in re samehatur à Jadæir in esu agni Paschalis, ‘ ut rectè affirmel Archiepisropas Spals- lensis3, * nihil aliud erat nisi agoux, cibus de se ennsumplibälix Christi enim corpus, elsi spiritualiter ab iis sumeretur per den. non tamen in re ipsa sumebalur sed in spe. At vero pais noster exhibet ipsum Christi corpus reale ia reips4, et non is spe Lantüm : (illi igitur mandueabant eum agno Christum fide rei faturæ et spe- ralæ, nos vero comedimus eundem Christum, fide quidem ut li. sed fide rei præsentis, que actu ipso et non solà «pe, nubis eu pane exhibeaur, modo tamen ine#abili, certè non corporali, good gebat; et si reips nou comedebant corpus Admissä igitur illà, ut supra innui, Angustini expod- 923 et seq. 88 [t. 2] p. 47 etc. 41 Cor. 40. ete. 5 5 de Rep. Ecel. c. 6. n. 49.
Vido etiam eundem ibid. n. 51 et 11, pag. 167 et n. 91, p. 191.
LB. 1 DE EUCHARISTIA 663
tione locit, © Patres nostri eandem escam spiritualem mandueav: runt, &e. ‘, id est (ut ait ille®) Hebri fideles eandem escam sp lualem comederunt® quam nos (licet Chrysostomust, Theophylactus * et alii multo rectiüs verba illa intelligant de escà eâdem inter omne= Hebræos, Lum bonos tum malos, non autem nobiscum) nihil aliud inde conficitur, quam eandem Judæorum et Christianorum eseamn faisse quoad significationem, non autem quoad rei significatæe pra sentiam et exhibitionem. “ Aliud est Pascha, ” inquit Augustinus”, “ quod Judæi de ove celebrant, aliud quod nos in corpore et san- guine Domini accipimus. ” et : Idem, ”’inquit, ” in mysterio cibus et potus, illorum et noster; sed significatioue idem, non specie; qui idem ipse Chrislus illis in petr figuratus, nobis in carne manifes- tatus. Haud absurdè igitur dicitur, agnum paschalem, manni petram, &e. fuisse sacramenti Eucharistiæ typos et figuras, quia quod illa typicè significabant et figurabant, hoc non tantüm signifieal et figurat, sed re ipsà eliam exhibet, sed bonis et fidelibus tantüm ut infrà dicemus; licèt panis mysticus nec substantialiter sit ipsum- met Christi corpus, neque etiam corporaliter idem in se, &c. eon- tineat.
Perperam eliam asseritur, non aliter in sacramento esse
Christi corpus quäm inesse in verbi prédicatione et auditu; atque res easdem esse, Christum in baptismo induere et ipsius carnem “ænà sumere. Christum illiusque cœlestia beneficia verbum, Baptismum et alia Sacramenta {de quibus alias, Deo pro tio, dicemus) atque per fidem maximè ex parte nostra, modo viva sit ea, nobis à Deo exhiberi et à nobis accipi certissimum est : Sed non minus certum est, per manducationem mysticam corporis Domini «1 potum ejus sanguinis in Eucharistià nos mullo efficaciüs et pleniüs, sublimiüs et augustiüs, striclius et arctius corpori el sanguini Christi uniri et incorporari quam per illa. “ Quam ob eausam hoc sacra- mentum dicitur per excellentiam Communio ; ”ut rectè anuolat Is. Casaubonus? quia ” scilicet “ hune modum ” per manducationen: mysticam “ Christus inslituit longè eflicacissimum perficiendæ unio- nis ” el conjunctionis ‘* quàm arctissimæ inter sese et membra sua, itemque membrorum ipsorum inter se. ln cœnû enim per admirabilem virtutem Spiritüs Sancti, in liter substantiæ corporis [et Sanguinis] Christi communicamus, parlicipes efficimur, haud secs ac si visibiliter carnem el sanguinen ejus ederemus et biberemus. In baptismo lavacrum est, sed hic ali- mentum. Baptismus ingressus est in Ecelesiam : Cæna, nutrimentun:
I Cor. 10.
# In Ps. TT et tract, 26 in Joan.
® [B. 23 in! ad Cor.]
4 In loc.
#26. Lit. Petil. c. 37 [$ 87, p. 246 AJ.
Sn Peal. 77,
$ 2 p. 816 F].
* Exerc. 16, p. 508, 509.
UNIVERSITY OF MICHIGAN
664 REVUE ANGLO-ROMAINE
in Ecclesià ct conservatio. “ Baplismus est salus; Sacramentum cor- poris Chrisli vita, ” ut ait Augustinus!; vide P. Picherellum": et “ ad" mysticam ‘ manducationem verum Christi- corpus, non lan- tüm animæ sed etiam “ corpori nostro, spiritualiter tamen, hoc est, non corporaliter, exhibetur; et sanè alio ac diverso, nobisque propin- quivri modo, licèt oceulto, quàm per solam fidem : ” ut rectè Archie- piscopus Spalatensis®. “ Et licèt Johannes capite 6. de esu sacra- menti non agat, &c. ” inquit P. Picherellust, ‘ tamen de eâdem carnis Christi manducatione spirituali, mysticäque cum Christo con- junclione, — illic certè per fidem de conjunctionis initio; in Sacra- mento autem conjunctionis majore propinquitale, augmento, eonlir- matione, et strictiore arclivreque vinculo, — loquitur. ” Et fides quà propriè Christi caro in Eucharistià spiritualiser, hoc est, incorporaliter, manducatur, non est éa sola, ul quidam dicunt, qu Christus pro peccatis nostris crucifixus et mortuus creditur; ea enim fides præsupponitur quidem et prærequiritur sacramentali manducationi, sed non est ejus propria; sed ea lides est, quà credi- tur verbo Christi dicentis: ‘ Hoc es corpus meum, &e. ‘ Credere enim, Christum ibi esse præsentem, etiam carne vivilicatrice, et desiderare eam sumere, nimirum hoc est spiritualiter el rectè eam manducare ‘in Eucharistià : unde Auguslinus®: ‘ Quid paras dentem elventrem? crede et manducasti, &c. ” ut doctiores norunt et notant.
- Denique gravissimè erralur, quando ‘ Christum non esse res- liter in Eucharistià, hisce ratiunculis urgetur : * # Christus est in cwælo, loco circumseriptus. &e. igilur non est reipsà vel realiter in
Eucharistià. ” Nemo enim sana mentis Christum è cœlo vel de dex- tra Palris descendere visibiliter aut invisibiliter, ut © in cœnà vel signis localiter adsit, * existimal : Fideles omnes unanimi conseusu et uno ore profitentur, se lirmiter retinere articulos fidei :* Ascendil in cælos, sedet ad dexleram Patris, * et modum hujus præsentie credere se non esse naluralem, corporalem, carnalem, localem per se, &c. Sed absque ullà cwrlorum desertione, et + supernaturalem; vide Scripta Buceri Anglicat, Nimis tamen audacler quamplurimi, mullis retro sæculis, alqu imprimis hoc nostro rixosissimo ; nimis inquam audacter, imo plus salis crassè el malerialiter de præsentiæ modo loquuti sunt, hodieque loquuntur, quem nos infinitæ Dei sapientiæ et potentie omnino relinquendum censemus. De cætcris quæ de vrali, eliam indignorum manducatione corporis Domini dicenda restant. supersedemus seribere donec de transsubs- tantialiune el consubstantiationc paucis disseruerimus.
1 { de pece. mer. et remiss, c. 24 [$34 L. 40 19 EJ.
Do.Missa p° 208 et 210.
3 Ubi supra [5 de Rep. Ecel. c. 6, * 151, n. 27], p. 297. 4 P. 193. 2 T. 25 super Joannem. 5 P. 518, etc. . LIB. 1 DE EUCHARISTIA 665
CAP. Il
In quo de Transsubalantiationis porsibilitate agitur.
Quod ad Transsubstantiationem attinet admodum periculosè et nimis audacter negant multi Prolestantes, Deum posse panem substantialiter in corpus Domini convertere. Multa enim potest Deus omnipotens facere supra captum omnium hominum, imo et angelo- rum. Id quidem quod implirat coatradictionem non posse fleri, con- cedunt omnes; sed quia in particulari nemini evidenter constat, que sit uniuscujusque rei essentia ac proinde quid implicet, et quid non implicet contradictionem, magnæ profecto temeritatis est prop- ter eæem mentis nostræ imbecillitatem, Deo limites præseribere, et præfraclè negere omnipotentià suà illum hoc vel illud facere posse. Placet nobis judicium Thuologorum Wiltebergensium in Confes- sione suâ anno 1532 Concilio Tridentino proposité cap. de Eucha- ristia!, + Credimus, ” inquiunt, ‘ omnipotentiam Dei tantam esse, ut possit in Eucharistiä substantiam panis et vini vel annihilare, vel in corpus et sanguinem Christi mutare. Sed quod Deus hanc suam absolutam omnipoteutiam in Eucheristià exercent, non videtur ense certo verbo Dei traditum, et apparet Veteri Ecclesiæ fuisse ignotum. ” Hec il i, , modestè satis. Conentit Andr. Fricius?.
Zuinglius et OEcolampadius aliquoties, ut constat, concesserunt Luthero et illius sequacibus, ac proinde et Romanensibus, ut qui idem non minore contentione urgent in lranssubstantiatione suâ defendenda, quèm illi in consubstantiatione su8, Deum quidem hoc posse efficere, ut unum corpus sit in diversis locis; sed quod idem in Eucharistià fieret, et quod Deus id fieri vellet, id vero sibi pro- bari postularunt. Utinam hi pedem fixissent, nec ullerius progressi fuissent discipuli! In Colloquio Malbrunnensi* Jacobo Andreæ Lutherano objicienti, Calvinistas “ negare, Christi corpus cælesti modo pluribus in loci esse pose, ” ila respondet Zach. Ursinus, Theologus Heidelburgen- sis, Non negamus, eum ex Dei omnipotenti pluribus in locis esse posse; hoc in controversiam non venit; sed, an hoc velle Christum, ex verbo jus probari possit. ltaque hoc te velle existimavimus, Chrisli corpus non tantüm posse, sed eliam roips oporlere in S. Cœnâ præsens esse. &c. Idem Ursinus®; “ Conabaris etiam ostendere, " (alloquitur Jaco-
1 Vide Harmon. Confess.
- [De Rep. Emend.] lib. 4 de Ecel. c. 46, p. 205.
3 Actione oct. : 4 Vide Ursini [Opp. ete. 1. 2] p. 195. ® Actione cad. p. 153. e. dill
bum Andræam) “ elevari et imminui à nobis omnipotentiam Di. cum dicamus, Deum non posse facere. ut corpusin pluribus sit locis. aut ut Christi corpus per lapidem penetret : De quo responsum ed non semel, nunquam quæsitum esse aut disputatum, an possit Deus | hoc aut illud efflcere; sed hoc tantbm, an ita velit, &c. ” Quèm ver hæc ultima dicta sunt, judicet Lector æquus. Sæpe enim Matth. Martinius contra Mentreram esseril, posse qui- dem Deum, sed non velle. &e. . |
- P. Mertyr, in Disputatione de Eucharistià cum Romanesdbes habità Oxonit 1549, illis concessit, per miraculum Christi corpus per aliud corpus solidum fortè penetrare potuisse, atque sie duo corpora simal in eodem loco fuisse, licèt negaret, propterea pluribus locis simul esse posse. Utrumque tamen istud plurimis Phi- losophis et Theologis doctissimisin naturà æquè abeurdum etimpos- sibile, et Deo tamen possibile esse videtur. Verba P. Mariyris hic adscribam. Quum Morganus Theologes Romanæ partis locum objecisset Chrysostomi de penetralione cor-
poris Christi ad discipulos januis clausis, respondit P. Martyr': Chrysostomus, ” inquit, ascribit corpori Christi, levitatem et teani- tatem lantam, ut januis clausis ingredi potuerit, et crassitudinem tantam aufert, quanta potuit impedire illum ingressum, non lames omnem, ” Subjecit continno Morgaaus, ‘ Corpus Christi iatravit clausis foribus, crassitudine non impediente, ut ergo tune erant duo corpors in uno loco. ” Martyr; ‘ Ad hæe, ” inquit, ‘ duo respondeo : primum quod Sacræ Literæ nobis narrant hoc mirseu- lum, ideo facilè illis creditur. Verùm quod corpus Christi substan- fn in multis locis nusquam docent, &e. Allerum, quod assero est : In ill penetratione corporis Chrisli ad discipules. vi divinitalis potuisse quantitatem parielis ita cedere, ut duo corpors non fuerint simul eodem loco. Et memini Tertullianum (quia soletis etiam adducere corpus Christi egresaum ex utero Virgipis clauso is [libro] de Carnis Resurrectione® seribere, Christum nascendo valam maris aperuisse. Quod etiam Cyprianus* affirmal; et Hieronymes seribit, Christum de utero Virginis cruentum egressum esse. Sun! qui existimant, Christum egressum uterum Virginis integrum omais et clausum. Lt ergo nou omnes idem sentiunt quoad hoc; ila ergu duplicem tibi dedi responsionem; Unam, quà penetrationem istum concedo per miraculum, non tamen ita, ut corpus Chrisli oem quantitatem penetrando amiserit; à simili autem, non concedo, cor- pus Christi esse in multis locis, quia hoc non traditScriptara, sd secüs ostendit. Altera responsio est, vi divinilatis cessisse fores, ul aliqui dicunt apertum Virginis uterum, &e. * et®: + Deinde Paires
! In c. 20 Joan. H. 86.
3 Pag. 189.
3 [? c. 23 de Carne Christi.}
4 In expos. Symboli.
* Ad Eustochium etc. (Ep. 18, t. 4. 2 44]
sP. 498.
LB. 1 DE EUCHARISTIA 667 qui hanc penetrationem sic affirmant, non habuerunt fortè pro tam absurdo in naturë, duo eorpora esse simul in eodem loco, quam uaum corpus esse simul in multis locis. ” Hæ+c ille. Idem contra Gar- dinerum :! #* Mihi ” inquit, dubium non est, vi divinà, partes osli ” per quod scilicet Christus ad discipulos ingressus est) el lapidis ” monumenti scilicet, vide locum) “ cedere potuisse, done transiret Domini corpus, alque post illud obsequium rursus fuisse conjunc- las, &e. Sed vos fingitis, mansisse lapidis et ligni soliditatem, atque ea salvà neque cedente, corpus Chrisli transiisse. Cur suam potius non relinquitis corpori Christi soliditatem, cui lapis et lignum ad momentum cesserit? profecto, quod à me dicitur, el facilius est, et longè verisimilius. Si cui tamen videretur vestræ imaginationi assen tiri, (quod mihi non videtur,) posset adhne rixam movere, an Lantun- dem absurdi habeant, Duo corpora simul in eodem loco esse, el unum idemque corpus, præsertim humaoum, per mulla foca diffundi. Vos, dicetis paria hæc esse. Quid si ille hic tolli atque aboleri naturam humani corpori Quibus, obsecro, rationibus illum à suâ sententi dimovebitis; ” hæe ille.
Rod. Hospiniaous :? “ Subito disparere, super aquas ambulare, cæteraque ejusmodi verilatem corporeæ subslantiæ non tollunt, neque eliam per corpus solidum penetrare; quia sunt duntaxat rapaquauà el drepquauxa; sed pluribus simul locis esse totun omnia bæc sunt verè drmgustxè, unique Deitati quadrant.* de Authorem, P. Martyri addictissimum.
Bened. Aretius, Theologus Bernensis :* “ An vero clausis relic- tis foribus sil ingressus Christus incertum est, " inquit. ‘* Fieri potest ut aperlæ sint spontè ad Christi præsentiam; tamen Theophy- lactus el Chrysostomus et Cyrillus sic accipiunt, quasi divinitatis hine argumentum eluceat. Vide Cyrillum® et Theophylactun sententia nihil habet absurdi, si ad majestatem solius Chri ratur. Nam quà potentiâ supra aquas ambulavit, eâdem fores vel aperire vel transire poluit, ut Deo nihil illi invium sit, &e. ” Sic ille. Joh. Camerarius, vir præstantissimus :? ‘* Jam sub noctem advenil Jesus, nihil obstantibus aut impedientibus clausis foribus ædium, ut mirabilem aecessionem illam fuisse indicetur. ” vide illius notas in Novum Testamentum.
Th. Bilsonus, Anglus, Episcopus Wintoniensis®, de perpeluà B. Mariæ virginitale disserens, sententiam Auguslini in Enchiridi
LP. 37 [potius 21 |
- In lib. de formula concordiæ [Concordia Discors etc pp. 33 b. 3 (Com. in N. T.] in Joan. 20. 19. 4 {ln c. 20 Joan. 1. L. 763 A] 542 in Joan. c. 33 [t. 4, p. 4090 DE.]
Ja hune locum.
Tlne. 20 Joh. [r.18.
- De Christiana subje one etc. [The true diflerence between Christian subjoc- on] parte’ 4, p. 313, € in 8. 668 REVUE ANGLO-ROMAINE Laurentium,! “ Quod si vel per nascentem corrumperetur ejus inte- grilas, jam non ille de Virgine nascerotur. &c, ” probare v
paper
quod scilicet B. Virgo non minus post partum, quàm illius concep-
lionem, virgo permanserit, id est, non solüm (ut multi alii Protes-
lantes explicant! sine cognitione + viri, sed, absque omai omuine
corporis læsione; et huic sententie Augustini firmandæ multa alia
ex Augustini operibus ibidem adducit. Vide locum.
1. Similiter scribit Lancel. Andreas, Episcopus nuper Wintonien-
sis, in concione super! ‘ Ecce Virgo concipiet ; ?el* aflirmal, ante
revolutum per Angelum monumenti lapidem, Christum redivivum
exlisse ; licèt de lapidis penetratione nihil disert dical.
8. Audiatur hicetiam, si libet, lector benevole, Joan. Casus, Anglus
nemanerree
Philosophus et in medicinà Doctor Oxoniensis :* ‘Non tamen hic
inquit, “ nego, quin divin potentià hoc fieri possit, ut unum numers
Den
corpus in pluribus simul existal locis; cim constet divinà virtule cor-
porum penetralionem fieri posse, que manifestè probat, duo corpora
Bee
esse posse in uno loco. Quare pari modo non minus possibile est, per
eandem virlutem unum corpus in locis pluribus contineri. De privri
parte nemo Chrislianorum philosophorum dubital, qui credit, Chris-
lum illæso Virginis utero natum, clauso sepulehro resurrexisse, ile-
rum ad discipulos vbseratis foribus fuisse ingressum. et denique ad
“Patrem ascendentem cœlum penetrasse. De alter verà parte quis
litigare debet, si placeal divinæ majestati polentem virtutis manun
Pelro porrigere, ut super aquam inambulet? et D. Ambrosio, ut in
eodem instanti divinis rebus Mediolani assistere et Turonæ exequiis
D. Marlini præsens, interesse dicatur : si Antonino (viro fide non
indigno) sic narranti credamust. Neque est quod hine coneludas
contradictionem in Deo. Quæ enim potest esse in infinito contradit-
lo, quantumvis hominem in belluam aut statuam salis verlat? A!
dices, esse contradictionem nature, quam ut ancillam sub umbrè
alarum fovet, Non est, Luin quoniam illam ut servam suæ vol'nlaliet
potentiæ subjectam fecit : tum quoniam illius naturam non immobilem
sed flexibilem mutabilemque fecil. Addo etiam, quod hoc concess
non lamen sequetur contradictio, quia naturâ unius vel alterius con-
tra legem naturæ cuncussà aut mutalà, universalis natura eodem
motu labefactata non concidit. Hoc ergo imperium in mullis si
reservat Deus, ut mortales videntes mirabilia Dei, et Deum esse,
et
mirabilem in suis opcribus existere semper agnoscerent. "et paul
post? ; “ Interim moneo euriosos sophistas istius ærtatis, in quâ ‘heu!
nimis multi Athei esse contendunt , ne in rebus sacris, divina polen-
liæ, mirisque et oceullis miraculis naturæ, nimium increduli persis-
1 Cap. 34.
2 C. 8 Isaiæ, v. 14.
8 P. TH circa finem.
41, p. 516.
# In comment. in 8 1. Physic. Arist. L. $ c. 3, p. 533 [p. 481].
4 V. Anton. 2, p. S. 10 cap. 444.
7 IP. 432]
LIB. 1 DE EUCHARISTIA 669
tant. Incredulites enim in mysteriis Dei infldelitatis filia est, spu- riosque infinitos nomine Christianos gignit. Si rationem ergo non videas, &c. ne slatim exclames (ut soles)‘ Hæc fabula est, fieri non potesl; Imo, sine contradictione Deus efficere non potest, ut unum pong corpus numero in duobus simul subsistat locis, aut duoin uno. * Qui enim omnia ex nihilo fnxit efcere potest, ut corpus clauso sepulchro (non per Angelos, ut ais, remoto lapide, surgat: ut clauso ostio, (non cedente, ut somnias) ad discipulos intret. Quo concesso, eur spasmo et paralÿsi illius jam dextram laborare dicis, ut lure non possit? Nam quamvis tecum consentiam, quod raro hæc faciat, dissentio Lamen si doceas, quod omnino non possit. ” Hæc omnis ille, quem cum opere mirificè laudant plurimi tum Theolo; Medici et philosophi Oxonienses, ut videre estin ope initio. Viri moderationem commendo. Sæpe etiam est aliter valdè epportana locutus.
Christum Lue. 2 93, et à quibusdam etiam Patribus (vide hic Maïldonatum in locum Lucæ nune indicatum) Christum nascendo matris ulerum aperuisse dicilur : sed quo sensu videantur Inter- pretes. Quàm rectè autem dicta ill explicent, nos quibus brevilas hle maximè placet nihil dicemus impræsentisrum. Certè complures ex Patribus bec duo ut miracula, Christi scilicet nativitatem, seu ingres- sum io mundum per clausum matris uterum, el ingressum ad disci- pulos januis clausis sæpe conjungere solent; in utroque “ totam rationem facti esse potentiam facientis, ” ut loquitur Augustious !, aflirmantes. Videantur he alii hisce de rebus fusè disserentes. Sed, ut dicamus quod res est, nihil hic certi et tanquam de fide, statui potest: ignorantiam nostram humiliter agnoscamus omnes in plurimis quæ à Deo facta leguntur, quæque eliam non raro hodie fieri cerauntur; potentiam divinam admirari discamus, et caveamus ne propter nostri pectoris anguslias quicquam absolutæ Dei potentiæ qui operatur suprè quam petimus aut intelligimus * detrahamus aut derogemus.
- De modo quo Christus in cœlum assumptus est, placet modestia Galielmi Estii, qui * sic scribit; “ Curiosis nonnulli scrutantur, an Christo ascendente divisi fuerint cœli, an vero sine divisione eos penetraverit, quomodo clausis januis ingressus fuerat ad discipulos. Arbitror dicendum, Christum pertransivisse eœlos æthereos, ‘eo modo quo nunc est in summo cœlo; et quomodo omnes beati cum goriosis suis corporibus illie versaturi sunt. Sed quo id modo fiat? Nihil eerti : Crediderim tamen cælestia corpora cessura sanctorum corporibus, eo modo quo nostris hic corporibus ser cedit. Nam per- petuam illic dimensionum penetrationem ponere, minus habet rationis. ” Hec ille, qui etiam de B. Virginis partu disserens # sic
!In Ep. 3 ad Volus. [nunc Ep. 197 5 8, t. 2].
- C. 3 ad Ephes. 3 In annoi. [in præcip. ac diffic. 88 loca] in c. ult. Marci, v. 49 [p. 521]. 4 Annot, in 6. 3 Luc. v. 33 [p. 536]. 610 REVUE ANGLO-ROMAIRE
loquitur. ‘ Vel dici potest, secundüm mullos Catholicos doctores, uterum Virginis nullo modo fuisse apertum, sed miraculo quodam supernaturali, sie Christum prodiisre utero clauso, sieut prodiit clauso sepulchro, et sicut ingressus est ad discipulos januis clausis; vel, secundüm Hieronymum et alios quosdam, dici potes, per naturalem meatum exiisse fœtum sine ulla materni corporis violatione, qualis in abiis matribus, quæ proinde magno eum dolore pariunt, maximè in primo partu. ltaque sieut in primo statu fuisset partus nalaralis, per mealus naturales, sine detrimento maternæ integritatis; ita dici potest, elin illà matre id accidisse, cui soli contigit sine corruptione eoncipere. Nam elin primo statu conceptus et partus sine virginialis detrimento fuisset, quia corraptio est ex pecealo. ” Hæc ille.
- Accidentia etiam per divinam omnipotentiam extra omne sub- jectum posse existere, putavit David Gorleus Ultrajectinus in Exercilationibus Philosophicis: ! “ Quin et extitisse, ” ait, ‘ videri deduci ex hisioriâ creationis. Dicitur namque lucem esse conditam. Hæc erat,” inquit, accidens, non aliqua substantia lucida. Appel- lavit enimi lucem Deus diem, tenebras noctem. At dies non est sub- stantia aliqua lucida, sed lumen productum, quod est accidens. Lux hæc in nullo erat subjecto. Quodnam quæso fuisset illud ? An aer? Sed ille die secundo demum producebatur. An terra? Sed hæc est corpus opacum. An aqua ? Sed hæc erat terræ permixta. Taceo, quod aqua illuminata dies vocari nequeat. An cœlum primo die conditum? Sed illud est Empyreum. In eo vero non fuit hæc lux, quia in eo non fuit dies, non fuil nox. Lux vero dies vocabatur. Fuit ergo accidens extra subjectum, etc. ” Sic ille, qui tamen, ut ab aliis Rigidiorum quorundam Proteslantium placitis non penitüs abhorruisse illum videas*, contendit, non posse unum corpus esse in duobus locis, ut nec duo corpora in uno loco, ele. Ratio hæc de primä luce ab omnibus ferè Romanensibus huic sen- tentiæ probandæ affertur, in candem sententiam citato etiam Basilio?, et Joan. Damasceno t, Vide Bellarminum ® aliosque ferè omnes. Sed supra hac re placet magis judicium Bened. Pererii: * “* Si Basilins, ” inquit, “ ut præ se fert, sensit, lucem quæ est accidens, ab omi materià separatam, esse à Deo primo die creatam, maximum pro- fecto inducit miraculum, et nunquam alias factum præterquam is unico Eucharistiæ sacramento. In primà vero rerum effectione ad miracula non est confugiendum. Quod si Basilius existimavit, prinam illam lucem fuisse faclam in aliquâ materià, quæ postes soli sil adjecta, vel ex qnà sol formatus fuerit, idem sentit Beda et Gregorins Nazianzenus in oratione de Novo die Dominico. " Sic ille.
- Exercit. 5, $ 2, p. 99.
Exerc. 40 De loco, 4, p. 242.
5 H. 2 de Opere sex dicrum, et rursus H 6 ($ 2, 3, t. 1]. 12 de Fide Orthodoxa, c. 1. 43 de Euch. c. ult. fÿ Resp. Faleum esse}. Sn c. 1 Gen. v. 3 [n. T3]. LIB. 1 DE EUCHARISTIA 671
Audiamus etiam Estium !: “ Probabilissimum,” inquit, “ videtur, per illam lucem intelligi, vel corpus aliquod lucidum, vel potius ip= sam qualitatem lucis, magnà celi parte diffusam : Quæ quidem lucida cœæli pars, demde fuerit instar materiæ, ex quà postea in partes dis— ributa, ac veluti in ignevs globos condensata, Sol, Luna cæteræque stellæ facte fuerunt, &e.” Sie ille.
- Christoph. Sheiblerus, Lutheranus! : “ Pontificii quidem,” in- quit, “ dicunt, divinà virtute posse accidens à substantià separari, sieut aiunt faclum esse in Eucharistiä; in quâ post consecrationem dicunt esse quantitatem, el figuram, et saporem, et colorem, &c. pa- nis, ablatà substantià panis. Sed hæc sententia eflicaciter refutatur ex Scriplurà, quæ post consecrationem eliam nominat panem, neque ulla est necessitas hic à literâ recedendi. Nunc autem non definimus an alioquin divinà virtute possint accidentia extra subjectum subsis- tere.” Sic ille. do. Juellus, Episcopus Sarisburiensis, vir quidem doctissimus, sed Tigurinis, vir quidem doclissimus, sed Tigurinis el P. Marlyri in con- troversià Sacramentarig nimiüm addiclus, ut supra monui, in Repli- catione ad Hardingi responsionem, &e. Art. 10. “ De accidentibus sine subjecto3: ” # Novimus, ” inquit,f Deum omnipotentem esse, el posse non solum accidentia sustinere ” {sine subjecto scilicet), “ sed et mortuos posiquam computruerunt, ad vilam revocare. Sed ut Ter- tullianus# ait; ‘ Non quia omnia potest facere, ideo credendum est, illum fecisse; sed, an fecerit, requirendum."” Sic ille. Similiter Arthurus Lakesius, Bathonensis et Wellensis Episcopus 5 afirmat, ‘* Romanenses in argumento Transsubstantiationis multum de possibili divin potentia disserere, quum Protestantes solüm de possibili secundüm voluntatem divinam loquantur.” Vide locum. Certè, haud pauca firmiter credimus omnes, que, si ratio humana consulalur, non minus impossibilia esse, et contradiclionem mani- festam implicare videntur, quam ipsa Transsubslantiatio, de quibus legesis alios, qui hæcfusiüs pertractgnt. Dogma de resurrectione eorundem numero corporum, ut alia m tamus, post Urigenistas et hujus sæculi Anabaptistas, hodie etiam Remonstrantes toi non minus difficilibus quam curiosis ineptisque questionibus, que apte natæ sunt, fidem el veritatem totius Articuli de Resurrectione mortuorum planè suspectam reddere ac dubiam, obnoxium esse videtur; ut aflirmare non vereantur, ‘ de eo se nihil
certi definire posse, sed unicuique fsuum judicium relinquere libe- rum, donec summus Arbiler quæstionem decidat°." Nimiam horum hominum hac in re, ut et in aliis multis audaciam
? Annot. in præcip. et diff. SS loca. Annot. in c. 1 Gen. v. 3. ? Introd. Log. c. 6 p. 302, 303.
In fin
4 C. Praxeam (e. 10). In concione super c. 14. Marci, v. 35, 36 (p. 3) p. 141. « Vide Resp. ad Specimen Calumniarum, ete, (p. 120b), 124 et Apolog., ete., c. 19, etc. 672 REVUE ANGLO-ROMAINE
in dubium vocandi ea, quæ ab omnibus orthodoxis semper eredita sunt, el quidem Seripturis clarissimè suffragantibus, probare non possumus; discant lamen hinc omnes, si Paganam infidelitatem, vel etiam Scepticam éxeyy, Pyrrhoniam hæsitationem et Theologiam Problematicam, ut appelant, devitare velint, maturè capistrum las- eivite ralionis nostre injicere, et sub fidei obsequium, in iis qua elaré sunt in Scripluris tradita, humiliter captivare; in aliis etiam, quæ non adeo clarè nobis patefacta sunt, infinitam lamen Dei potentiam non nimis coarctare et restringere ad communem naluræ cursum et rationis nostræ captum. “ Interest enim et nostræ pietatis et Dei im- mensitalis, ea sentire, quæ sentire non possumus : sen ipso per ipsum, quæ per nos sentire nequeamus. Nunquam satis fue- rit homini felicis ingeni, cogitare omnia magnifica, ingentia, im- mensa de ineffabili omnipotentià Dei. Nam quotusquisque nosträm ignorat inscitiam suam ? Quam tum demum cum verà sapientià eom- mutabit : ubi non invitus ac vero lubens, fatebitur se nihil scire, "ut præelarè inquit J. C. Scaliger!.
1 Eoteric. Exercit. 965, 8 9, p. 112.
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