Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1896

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Post-Vatican II etude-privee
Version unique

4e ANNÉE 44 MARS 1896

                            REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

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                                  PARIS
        RÉDACTION                ET     ADMINISTRATION
                            AT, RUE CASSETTE


                                      1896

Original rom ABOUNA-SALAMA

                                         (Suite et fin.)




       Patronage accordé par Saläma aux missionnaires prolestants
                                     en Abyssinie.


 L'activité fiévreuse que les pasteurs méthodistes avaient déployée

au palais patriareal du Caire ne se ralentit pas après le premier succès remporté. l restait à en recueillir les fruits et ils suivirent leur ancien pupille dans son vaste diocèse d'Abyssinie. Grâce à Salama, Isenberg auparavant expulsé par Oubié put rentrer dans le pays avec un autre missionnaire méthodiste, nommé Krapf, ei se réinstaller triomphalement dans la maison qu'il avait bâtieà Adoua (1842-1843) ; Oubié lui en donna l'autorisation et le fit savoir aux chefs de la ville d'Adoun. L'Allaka Kidané-Mariam !, curé-doyen de l'Église Medhanië-Alem® et, à ce titre, maitre du grand quartier qui forme cette paroisse et comprend la partie la plus considérable de la ville, reçut le porteur de l'ordre d'Oubié autorisant la réoc- cupation par Isenberg et les siens de l'ancienne maison de la Société biblique, située au-dessous de l'Église. Aussitôt, il sonna le tocsin, et, ayant rassemblé le clergé, s'en alla processionnellement sur la place du Marché suivi d'une foule considérable et précédé de la Croix et de l'image de la Vierge. Après que le messager d'Oubié eut lu l'ordre de son maitre, l'Allaka se tourna vers Isenberg et lui demanda s'il était chrétien. Sur la réponse aflirmative de ce dernier, il lui di Eh! bien, si tu es chrétien, donne-nous-en la preuve. Prosterne-loi devant la Croix et devant l'image de la Mère de Dieu.» « Qu'est-ce que cette croix pour que je la vénère? répliqua impu- demment Isenberg. Qu'est-ce aussi que Marie? Si elle fut mère de Dieu, elle n'en est pas môins une simple femme de mon pays. » Cet audacieux blasphème souleva l'indignation de la population,

 1 « Alliance de Marie. » 11 jouissait       d'une    puissanco égalo à celle de l'Allaka

Hapté-Sellassié. Il était favorable au catholicisme et quasi %« Sauveur du monde. »

    REVUE ANGLO-ROMAINE. — 7. 1, — 43.

ne. 674 RÉVUE ANGLO-ROMAINE

outragée dans sa foi et dans sa dévotion à la Sainte Vierge. Le clergé, d'une seule voix, lui répondit par une senlence d'excommunication contre lui et contre quiconque aurait des relations avec lui, parce qu'il n'était qu'un suppôt de Satan. Oubié, instruit de ce scandale, entra dans une colère terrible et Isenberg fut de nouvenu expulsé. Un scandale du même genre éclata à Débaroua dans le Hamassien: le pasteur du lieu dut également partir et il alla rejoindre Isenberg à Massaouah. Plus tard, les missionnaires méthodistes rentrèrent dans le Choa et y subirent de nouveaux échecs. Malgré cela ils ne se décourage- ront pas et continueront de répandre leurs Bibles partout, et avec elles le nom et l'influence à l'Angleterre.

Salama fauteur de troubles religieux. Son bannissement (1843-1845;

Les trois écoles rivales qui divisaient les théologiens de l'Église d'Abyssinie se disputaient le patronage du nouvel évêque. Salama avait reçu l'ordre du patriarche d'enseigner la doctrine de ouelde- Xeb; mais il ne l'imposa pas d'une manière absolue durant les lruis premières années de son épiscopal, conférant indifféremment les ordres aux sujets des diverses écoles. Celle manière d'agir mécon- tenta les partisans de l'ouelde-keb, qui avaient eu toutes les faveurs du prédécesseur de Salama, Abba Kerlos, et il en résulta une sourde opposition entre les ouelde-keb et les kébat, opposition qui devait bientôt éclater au dehors. Ce qui mit le feu aux poudres, ce fut le retour des députés envoyés à Rome et à Jérusalem, porteurs d'une lettre du patriarche de Jéru- salem à l'Abouna Salama, dans laquelle le patriarche définissait cer- tains points de doctrine pour être enscignés dans toutes les écules. La nouvelle de cette précieuse lettre qu'Abba Ghebré-Michaël apportait avec lui, avait précédé le retour de ce dernier à la cour par les récils des témoins qui avaient accompagné Salama; aussi les gens du parti owelde-keb, les plus direclement atteints par la nou- velle profession de foi, résolurent-ils d'arrêter le mal dans son prin- cipe, fût-ce au prix de la vie du moine porteur de la missive. Celui prévenu lors de son arrivée à Massaouah de ce qui se tramait contre lui, dut se séparer du reste de la mission et prendre des chemins détournés. Une fois arrivé à Gondar, il fil part de celte lettre aux docteurs aux prètres; elle fut diversement accueillie par les uns et les autres suivant qu'elle se rapprochait ou s'éloignait de leur opinion perwr- nelle, Mais la colère de l'Aboun fut si grande qu'il voulut faire mellr en prison le moine qui l'avait apportée. Quant à Abba Ghebré-Michaël. il n'échappa aux fers qu'en restant enfermé chez l'Etchéghié, jusqu'à ABOUNA-SALAMA 675 ce que celui-ci eût procuré une rencuntre avec l'évêque dans une assemblée synodale où la lettre serait lue publiquement. Mais l'Aboun redoutait l'éclat d'une semblable réunion. Une pro- mulgation si solennelle de la lettre du Patriarche lui eût lié les mains, alors qu'il espérait dominer les diverses écoles. 11 réussit à faire entrer dans ses vues le faible Allaka Haplé-Sellassié, pour lequel Abba Ghebré-Michaël avait beaucoup de déférence. L'Allaka vint un jour inviter ce dernier àse rendre avec lui à l'évêché, où se trouvait réunie une nombreuse assistance tant de prêtres que de laïques; il était donc inutile de convoquer une assemblée synodale pour donner lec- ture de la profession de foi du patriarche. Et pour plus de sécurité, Antoine d'Abbadie serait présent et traduirait le document. Sans aucun doute Hapté-Sellassié y allait avec droiture etil trompa inconsciemment son ami comme il l'avait été lui-même par l'Aboun. En effet, quand l'assemblée fut réunie, on présenta la lettre à l'Aboun; celui-ci en prit connaissance; mais, au lieu de la lire tout haut, il la garda pour lui et l'assistance ne sut pas ce qu'elle conte- nait. Abba Ghébré-Michaël reprocha à l'Aboun son improbité flagrante, sa désubéissance à l'autorité patriarcale, lui déclarant que cette con- duite autorisait le clergé éthiopien à ne plus le considérer comme métropolitain et à ne plus lui obéir. Pour toute réponse, Salam fit souffleter Ghébré-Michaël et le fit mettre aux fers. Puis, apprenant qu'il était ‘le précepteur de l'Atsié Johannès et très en faveur auprès de Ithiéghié Ménène, il le renvoy: « Loin de moi, maudil, excommunié ! » lui dit-il. À quoi Ghébré- Michaël répliqua : « Ne l'ai-je pas dit tout à l'heure que du moment que tu as méconnu la lettre du Patriarche, tu n'as plus de juri tion sur nous? Comment peux-tu donc m'excommunier? » Dès lors la guerre fut déclarée entre l'Aboun et l'école des 7sega- Lidÿ3. Le roi Sablé-Sellassié? ayant envoyé vers lui l'Allaka Asserate * pour être ordonné diacre, le Pontife refusa d'abord en disant : « Je n'ordonne que ceux qui sont en communion avee moi.» Mais bientôt, craignant de s’attirer des difiicultés à cause de la haute réputation du candidat comme théologien et de sa faveur auprès du roi du Choa, il consentit à l'ordonner. Grande fut la déception d'Asserate quand, à peine rentré dans son pays, la nouvelle lui parvint que l'Aboun avait déclaré ne pas avoir

! à Sa Majesté. » 2 « Fils de la Grâco » ou « Fils adoptif ».

« Miséricorde de la Trini

       ée » par cet enfant. — Nom que donne la mère à son enfant, en er-

primant sa première impression après se délivrance (usage biblique). Ce nom n'empêche pas l'imposition d'un autre au baptême. Ils sont employés simultané ment comme num et surnom. 676 REVUE ANGLO-ROMAINE prononcé à son ordination la formule de bénédiction, mais bien celle de malédiction contenue dans le psaume CHI. 11 reprit la route de Gondar, accompagné d'Oueldé-Sellassié !, savant docteur et maitre d'Abba Ghebré-Michaël, ainsi que de nombreux prêtres de son pays. IL était, en outre, porteur de lettres adressées àl'Etchoghié, àl'Ithiéghié età tous les grands de la Cour impériale. L'Ithiéghié partageait alors avec Alsië Johannès l'exercice du pouvoir royal, qui paraissait se borner d'ailleurs à l'administration de la capitale et à la direction oula haute surveillance des partis religieux Mais à cette époque l'Ithiéghié était la propre mère duras Ali; elle était sûre de l'appui de son fils el sa puissance était dès lors considé- rable. Sur la plainte présentée par Asserate et les envoyés du oi Sahlé-Sellassié, la reine cita l'Aboun à son tribuual ; mais celui-ri répondre : « Vieille folle, il ne convient pas quje e sois jugé partoi. La reine lui répliqua : « Esclave trop cher acheté au prix decontr huil mille thalers, viens en hâle répondre aux accusalions porlées e toi. » Elle n'eut pas le dernier mot, car l'évèque riposta : « Ces parce que je vaux beaucoup que j'ai conté si cher; mais loi, lu ne trouveras personne qui veuille donner de toi seulement Lrentelethale rs. Jamais je ne comparaîtrai devant toi. » L'Etchéghié et tout clergé prirent parti pour la Reine. Sur ses entrefaites le ras Ali, ao occupé à réprimer une rébellion qui avait éclaté dans le Godjam, mit la main sur une lettre adressée par l'Évêque à Gochou* Berou *et dans laquelle Salama déconseillait ce dernier de se soumettre. Aussitôt Ali envoya l'ordre d'expulser l'Aboun du royaume etdele renvoyer en Égypte. L'expulsion fut difficile ; on se battit aux abords de l'évéché; mais, aubruit des décharges de mousqueterie tirées par les gens de Salam a. Ia reine envoya les généraux et les troupes avec ordre de s'emparer de l'évêque par la force. Celui-ci fit aussilôt cesser le feu et se cunsli- tua prisonnier; il traversa la ville, injuriant et excommuniant-to ut le monde, et fut enfermé dans la tour du châleau royal. Comme on lui offrait une image à baiser représentant le Christ couronné d'épines, il la jeta à terre, en s'écrian:t « C'esL une image romaine!» Grâce à l'intervention de sa première victime, Abba Ghebré-Michañl, il fut soustrait aux mauvais traitements que plusieurs voulaient lui faire subir et put partir sain et sauf. 1 alla demander asile et secours à Oubié; mais celui-ci lui fier de prendre une autre route. C'est en vain qu'il essaya d'oblenir une audience; Oubié refusa de le recevoir, prétextant qu'ilétsit malade.

  Lu   Fils de la Trinité. »
                                      à la mére.
  4 Gochou, « son bouclier » au pére ot
  2 Berou, « son argent».

ABOUNA-SALAMA 677

Alors l'évêque se retira dans la maison qu'on lui avait permis d'occuper à Mathétialo, jusqu'à l'achèvement de celle qu'il faisait construire à Add'Aboun,

           Le Métropolitain durant son exil (845-1847).

Le fougueux évêque, condamné à rester inactif, n'eut plus désor- mais d'autre pensée que celle de s'enrichir. Il avait plus que per- sonne l'esprit de négoce et l'amour du luxe : aussi sa fortune devint- elle considérable. Ses principales sources de richesse étaient : 4° les impôls écrasants qu'il prélevail sur ses terres; ® les taxes simo- niaques qu'il exigeait des aspirants aux ordres sacrés, ainsi que la vente des dispenses etdes grâces de l'ordre spirituel ; 3 enfin diverses sortes de trafic, ÿ compris la traite des esclave: Plusieurs scandales éclatèrent. Le P. Félicissime, capucin, ayant expédié à ses missionnaires une cerlaine somme d'argent, l'Aboun altira chez lui le porteur de l'argent et le dépouilla. Mais bientôt après, Salama ayant envoyé en Égypte, sous la conduite de son parent Hadgi-Kier, une caravane comprenant neuf esclaves el vingt-trois mules chargées de kousso, le P. Félicissime les fit saisir pour obte- air restitution des divers objets volés par l'Aboun. L'affaire fut portée devant le divan à Massaouah et jusqu'au tribunal d'Oubié; l'éclat donné à cette affaire-ne servit qu'à meltre davantage en lumière la bonne foi des missionnaires catholiques et la malhonnêteté de l'Aboun. Toutefois, Oubié ne l'expulsa pas à l'instar des princes de l'Amhara et du Choa. Pour lui l'Aboun était un instrument politique et, malgré sadéfaite de Débré-Tabor ‘il n'avait pas perdu l'espoir de régner un jour en maïtre sur toute l'Abyssinie. Salama le comprit et solidarisa sa cause avec celle de l'ambitieux roi du Tigré. Celui-ci ayant repris les hostilités contre le ras Ali, l'Aboun, à force d'intrigues, détacha du parti du ras plusieurs vassaux de ce dernier qui se coalisèrent contre lui. Ils durent prêter entre les mains de l'Aboun serment de fidélité à Oubié, sous sanction d'excommunication en cas de parjure. Salama expédia par ailleurs un messager vers Gochou, le maitre du Godjam, et son fils Bérou pour les presser de mettre au pillage la ville de Gondar, cela encore sous peine d'excommunication. Bref, il ne négligea aucune menace pouvant provoquer un sentiment général contre AI C’est encore aux instigations de l'Aboun qu'est due la révolte du gendre même du res, le jeune et ambitieux Cassa, qui va bientôt appa- raitre au premier plan sur la scène politique de l'Abyssinie (1846).

1 « Mont-Thabor » 678 REVUE ANGLO-ROMAINE

Après quelques mois d'une guerre d'escarmouches où aucun des deux partis ne fut victorieux ni vaincu, l'étoile d'Oubié parut palir tout à coup : son frère Merso! venait d'être défait, ses troupes étaient décimées par la famine et par le froid; un jeune prince igréen, neveu du ras Oueldé-Sellassié, Balgheda-Areya, prenait parti contre lui et entrainait à la révolte nombre de mécontents; bref, Oubié voyait une fois de plus la fortune se tourner contre lui. Salama aussitôt n'hésite pas; il se sépare du vaincu, délie tous les sujets d'Oubié du serment de fidélité et les somme, sous peine d'ex- communication, de passer sous les drapeaux d'Areya.

  Guerre d'intrigues entre Salama      et Oubié.   Mœurs libertines
                        da l'Aboun (1847-1848).

Oubié conclut la paix avec Ali, mais non avec l'Aboun. Celui-ci cependant poursuivait ses intrigues et envoyait des messagers à Liben, fils d'Amed, chef Gala, vassal du ras Ali, pour organiser une révolte générale contre ses deux adversaires, désormais unis, les rois du Tigré et de l'Amhara. Mais ceux-ci devaient passer sur les terres d'Ali et craignaient d'être arrêtés. « Si vous êtes arrètés, leur dit le rusé Aboun, déclarez que vous êtes des envoyés d'Oubié et non de moi?, » Ceux-ci, ayant été effectivement arrêtés en roule, firent ce que Salama leur avait ordonné. Grande fut alors la colère d'Ali contre Oubié, qu'il accusait de trahison. Mais les deux officiers qu'Oubié avait envoyés à son rival après leur réconciliation et comme gage de leur bonne amitié protestèrent énergiquement au nom de leur maitre, affirmant que dans la circonstance il ne pouvait être que victime lui-même de quelque infàme trahison. Sur leur de- mande, on mit les messagers à la question et ceux-ci finirent par tout avouer. Ce qu'apprenant, Oubié résolut d'en finir avec Salama et de faire ce que depuis longtemps avait fait Ali, c'est-à-dire de chasser l'Aboun de ses États. Des bruits infamants s'étaient répandus sur la moralité du person- nage; mais, étant donnée la dépravation profonde du peuple abyssin qui le rend très blasé, on n'y attachait que peu d'importance, lors- qu'un scandale publie éclata. L'Aboun comptait parmi ses maîtresses la femme d'un de ses serviteurs qu'il avait exprès chargé d'une mis- sion loin de la capitale. 11 se croyait tranquille lorsque son messager revint et découvrit l'adultère. Celui-ci voulut tout d'abord intenter un procès à son maître devant le Dedjazmatch Oubié, mais l'Aboun parvint à le gagner à prix d'argent. Toutefois ces incidents avaient fait du bruit. Salt résolut de se 1 « Son oubli » d’une perte précédente. 2 Hist. Miss, c. 48. ABOUNA-SALAMA 679

débarrasser d'un rival importun et il le fit mettre aux fers et enfer- mer dans sa prison de Djenda (1853). L'Aboun cependant n'ignorait pas qu'Oubié avait formé le dessein de le chasser de ses États. Il s'enfuit donc de son château d'Add- Abiéto et se réfugia dans l'asile inviolable d'Aksoum. Les porles sacrées du temple n'arrétèrent pas la colère d'Oubié et il somma les gardiens du sancluaire de lui livrer le criminel, traître à la fois à l'Église et à l'État. Toutefois Salama trouva encore le moyen de s'échapper et se réfugia au couvent de Debré-Damo, Malgré ces scandales, le prestige que lui donnait son caractère religieux aux yeux des populations le fit accueillir avec enthousiasme par le gouverueur de Debré-Damo et de Seriro, et, pour garder l'Aboun, il se révolla contre Oubié. Aussitôt Salama de déclarer ce prince déchu du trône et d'investir le gouverneur de la royauté, lui en promettant la prise de possession effective pour la fête de la Croix (27 sept. 1848), date qu'il prédisait comme devant être celle de la mort d'Oubié. Le malheur fut que ses prédictions ne se réalisèrent pas.

 Prsécution de Salama contre la mission catholique (1846-1834).

Oubié, reconnaissant des services rendus par M. de Jacobis lors de l'envoi de l'ambassade au Caire, avait constamment protégé le missionnaire catholique et son œuvre; grâce à son appui, une nou- elle mission avait élé fondée à Gouala en plus de celle qui existait déjà à Adous. Le jeune Aboun se rendait compte de ces progrès et ne savait comment les arrêter. Pour lui, le catholicisme c'était l'ennemi, et jusque-là, au milieu de sa vie agitée, il n'avait pas eu le temps de lui livrer une bataille définitive. Mais un événement survint qui fit éclater sa colère et lui mil au cœur le désir d'en finir avec son ennemi. Ce fut la venue d'un évêque catholique en Abyssinie. Jusque-là il voyait sans doute en M. de Jacobis un ennemi redoutable, mais isolé, tandis qu'un évêque, un consécrateur de prêtres, c'était un ravisseur de la seule autorité qui lui restAt... A tout prix il fallait l'empêcher de s'établir sur le sol abyssin. C'était à la fin d'octobre 1846. Me” Massaia venait de joindre M. de Jacobis, et était chargé par Grégoire XVI de conférer à ce dernier la consécration épiscopale. Quant à lui, il ne devait pas rester en Abyssinie comme le craignait Salama, mais passer vers les pays Galla L'Aboun demanda aussitôt des soldats aux princes de l'Agamié, alors révoltés contre la domination d'Oubié; ceux-ci mirent la mis- sion au pillage; mais fort heureusement M. de Jacobis avait été pré-

1 Hist, Miss, c, 18. 680 REVUE ANGLO-ROMAINE venu à temps et tout le personnel avait fui quand les émissaires de l'Aboun arrivèrent. Selama cependant ne se tint pas pour battu. Il lança tont d'abord un décret général d'excommunication contre les missionnaires et tous ceux qui auraient quelque rapport avec eux. En veu de œ décret, il était défendu « à tout Abyssin de leur donner à boire on à manger, ou de les recevoir dans sa maison ». 11 ne s’en tint pas là et ne recula pas devant la mesure extrême de l'interdit général jeté sur toutes les églises du pays. La privation des sacrements el surtout de la sépulture religieuse devait avoir pour effet de soulever les populations et par ce soulèvement il espérait ramener Oubié à ses pieds. Ce prince cependant ne s'était jamais départi de la ennduite qu'il avait toujours tenue à l'égard de M. de Jacobis et de la mission catholique. Alors, non content des censures générales qui atteïgnaient le prince comme lout le monde, Salama fit promulguer en juin 4847, sur le marché d'Adous, une ordonnance spéciale contre Oubié ainsi qu'une nouvelle excommunication qui interdisait aux officiers el aux troupes comme à tous les autres sujets de rendre obéissance à Oubié qu'il dénonçait et réprouvait comme « ami et protecteur des mis- sionnaires francs ». Oubié résista pendant trois mois, mais devant les plaintes et les murmures des populations privées des sacrement il finit par céder. Foulant aux pieds ses derniers scrupules, il bannit le missionnaire catholique pour se rapprocher de l'Aboun‘ (1848). Mais, au fond. il garda toujours la même affection et la même estime pour M. de Jacubis. Celui-ci cependent dut s'exiler à Massaoush. Ceux qui en Abyssinie restèrent fidèles à l'Église romaine furent en butte aux continuelles persécutions de l'Aboun. Grâce à l'apos- tasie d'un catholique, Salama put s'emparer des vases sacrés elles profaner. De plus, il ft promulguer un édit qui interdisait à tous les catho- liques restés fidèles l'accès du marché de Choumézana, où ils avaient coutume de venir faire leurs provisions ; à son instigation. Alit fut livré au pillage par le chef de l'Agami, et dans cetle jourmée plusieurs catholiques périrent et deux prêtres furent faits prisonniers (4853). Ces actes de persécution et de ravage étaient accomplis à l'inu d'Oubié, et à l'appel fait à la justice de ce prince les missionnaires furent délivrés.

               PP. BE, 349.

ABOUNA-SALAMA 684

                                TT

                SALAMA SOUS L'EMPIRE DE TILÉODOROS

L'Aboun Salama se rallie à l'aventurier Cassa. Grâce à lui, il rentre triomphalement dans son palais à Gondar.

Un soldat de fortune nommé Cassa, entré au service d'Ali, gagna si bien la confiance du ras que celui-ci lui donna la main de sa fille. Mais ce n'était pas assez pour satisfaire son ambition et bientôt il devint le rival, puis le vainqueur de son maitre et beau-père. La victoire d'Aïtchal (juin 1853) fut pour Cassa un Lriomphe écla- tant. Dès lors, il se crut assez au-dessus des autres maitres de l'Ethiopie et même du Dedjaz Oubié pour pouvoir leur dicter ses lois. Sans aucun ménagement, il adressa au prince tigréen un ultima- tum par lequel ille sommait de lui payer le tribut de vassalité dû au « Fainéant roi des rois», Johannès IIL. assis sur le « trône de David ». En mème lemps, le nouveau dictateur réclamait- le retour du métropolitain sur son siège de Gondar. Celle seconde condition était chez Cassa, comme nous l'avons vu chez Oubié, une habileté poli- tique. En dépit de l'inconduite du prélat, le nouveau maître de l'Abyssinie tenait à s'allier un si puissant fétiche aux yeux des popu- lations. : De son côté, Salama, chassé par le ras Ali, mal accueilli par le Dedjaz Oubié, s'empressa de se rallier à la fortune de l'aventurier. IL lui envoya même tant de bénédictions par ses messagers que celui-ci crut que c'était à ces prières de l'Aboun qu'il était redevable de ses éclalants triomphes. « Dans sa crédulilé superstilieuse, écrit M. de Jacobis, il a la simplicité de croire qu'il doit ses succès, au moins en partie, à la saintelé de Salama : car tel est le prestige inconcevable exercé par ce Copte qui n'est ni protestant, nieutychéen, ni mahométan, mais un peu des trois, qu'il a complètement et coupa- blement tourné ces pauvres lêles abyssines, à ce point qu'on lui attribue de la meilleure foi du monde le pouvoir habituel de faire des miracles : c'est en quelque sorte comme un petit Dieu qu'on adore comme autrefois les idoles, et qui, aussi peu scrupuleux u'elles, laisse, lui aussi, eroupir ses adorateurs dans les Lénèbres de ignorance et la fange du vice. » ‘La sommation que reçut Oubié d'avoir à livrer l'Aboun le boule- versa; au premier abord, sa fierté se révolta : il répondit à son rival que Salama ne sortirait pas de ses États. Mais, à cette époque, Oubié sentait son pouvoir déjà si affaibli, qu'il finit par se résoudre à faire ce que lui commandait son vainqueur.

1 Une fois devenu empereur, Cassa prit le nom de Théodoros. 682 REVUE ANGLO-ROMAINE

Et même avant de laisser partir l'Aboun pour l'Ambara, il voulut se réconcilier publiquement avec lui. En revanche, Salama satisfait promità Oubié de faire tout ce qui était en son pouvoir pour mainte- nir la paix entre lui et Cassn, et même à excommunier ce dernier au eas où il tenterait de violer le pacte conclu. Trois cents thalers avaient triomphé des habiles hésitations de l'Aboun. Il fut convenu en outre, par un système de concessions mutuelles, que, d'une part, Salama accéderait à la promulgation de la profes- sion de foi officielle qu'avait adoptée Oubié et qui imposait la croyance aux deux générations du Christ et son onclion par le Saint- Esprit ; — et que, d'autre part, Oubié lancerait un nouvel édit d'ex- pulsion contre les missionnaires catholiques et de persécution contre leurs adeptes indigènes. Ces concessions ne devaient pas sauver Oubié. Salema commença par violer les conventions en déclarant au clergé du Tigré qui l'inler- rogeait au sujet du décret dogmatique rendu par ce prince : « Ce n'est qu'un décret temporaire, dit-il; il sera bientôt retiré et changé.» Congédié par Oubié dans le mois de Ghenbot (mai 1854}, il retourna en vainqueur vers Gondar. IL était accompagné de Hapté-Sellassié, chargé par son maitre de porter au nouveau souverain la redevance exigée.

Cassa se trouvait alors dans le Godjam. La nouvelle de l'arrivée du métropolitain mit le comble à ses vœux, et il envoya des vrdres au clergé des quarante églises de la capitale pour que l'Aboun füt reçu avec les plus grands honneurs. La réceplion eut lieu sur les bords de l'Angareb : le nombreux per- sonnel du clergé se partagea en deux corps, et, selon l'école à laquelle ils appartenaient, ils entonnèrent des chants différents où perçaient la joie des uns et la déception des autres. Leclergé de Debré-Berhän', secrètement d'accord avec Salama sur la question dogmatique, répé- tait ce refrain : « Vive Salama né pour être notre défenseur contre la maison de Ja- cob!» Parce langage, d'ailleurs assez peu compréhensible, ils faisaient allusion aux travaux apostoliques de M. de Jacobis, dont Salama avait juré la perte comme aussi aux partisans de l'Ecole Tseyga-Liÿ, qu'ils désignaient sans raison et par mépris sous le surnom de « ro- ». mains Le clergé de Baëta?, de son côté, célébrait Salama « maitre de la foi, qui entrait au palais royal, le front marqué du sceau de l'Esprit- Saint! » L'ironie de leur allusion visait l'abandon que l'Aboun avait fail de sa première profession de foi.

! Église de la « lumière ».

Il tardait à l'Aboun de s'aboucher avec le nouveau maitre de l'Abys- sinie centrale qui, dans l'esprit des populations, allait bientôt le de- venir de l'Ethiopie tout entière. Aussi, sans attendre la venue de Cassa dans la capitale, Salama s'empressa-t-il d'aller le trouver à Amba Tchiara. Il ÿ reçut l'accueil le plus chaleureux et le plus flatteur, el en revanche couvrit Cassa de ses plus abondantes bénédictions. Et cependant, même au cours de ce voyage, où plus que jamais une tenue convenable était nécessaire, les bandes de pillards qui le suivaient revagèrent tout partout où elles passèrent. Les paysans, victimes de ces déprédations, couru rent en appeler à la justice du roi; mais leurs réclamations furent inutiles, car comment le prince eût-il osé condamner l'Aboun qui te- nait toujours suspendues sur sa tête les foudres de l'excommunica- tion ? Dès que Cassa apprit l'arrivée du prélat, il se rendit au-devant de * lui entouré de tous ses officiers. L'ayant aperçu, il descendit de che- val et se prosterna devant l'auguste et saint personnage majestueuse- 684 REVUE ANGLO-ROMAINE ment assis sur sa mule; puis il lui fit escorte jusqu'à l'entrée du camp où il lui offrit une tente, des armes à feu et une mule splendide- ment enharnachée. Mais Cassa entendait bien que toutes ses flatteries lui servissent à quelque chose. Aussi, quand il vit l'Aboun satisfait de tant d'aduls- tions, il lui dit: « O mon père, je ferai tout pour vous, pourvu que vous ne me refusiez pas l'Empire. » Si vraiment Salama avait voulu tenir la promesse faite à Uubié, le moment élait opportun ; mais il ne jugea pas prudent de le faire, se réservant plutôt de demander une grâce dont l'obtention lui tenait particulièrement à cœur : l'expulsion de M. de Jacobis et la destruc- tion de la mission catholique. De part et d'autre, on tomba d'accord : restait seulement à réaliser la première des deux conditions: le triomphe de Cassa. Dans l'esprit du peuple abyssinien, le « Roi des Rois » devait ap- partenir à la dynastie « Salomonienne »: mais sa déchéance était alors si complète, son pouvoir si avili par le régime des rois fainéants, que Cassa n'eut besoin que d'un peu d'audace pour supplanter l'inu- tile Atsié-Johannès qui siégenit sur le « lit de David » au fond du Vieux-Ghemb*, Ce pas une fois franchi, Cassa n'avait plus qu'à réor- ganiser la machine gouvernementale, Et dans cette «œuvre, il ne pouvait avoir d'auxiliaire plus puissant que l'Aboun, la profession de foi officielle que fail tout nouveau sou- Yerain lors de son avènement étant en réalité lout son programine. Le docteur suprême de l'Église éthiopienne décréta et Cassa pro- mulgua la profession de foi suivante : « Quiconque ne confessera pas que le Christ même selon son humanité est Dieu, el par elle ala même science que le Père et le Saint-Esprit, je le diminuerai en haut de la tête el en bas des pieds. » Pour appliquer sa décision dogmalique, l'Aboun défendil, en outre. aux aspirants à la prètrise, sous peine d'excommunication, d'affirmer que le Christ s'est offert en viclime ou hostie à son Père, et qu'il renouvelle ce sacrifice réellement et en vérité dans la célébration du mystère eucharistique ?, On trouvera là des traces de l'éducation protestante que Salama avait reçue au Caire.

Violences de Salama. — Ses procédés d'intimidation. — Tyrannie de Cassa. — Soumission du clergé.

La promulgation solennelle de cet édit, appelé édit de l'unien, jeta la consternation dans toutes les églises et écoles de l'Amhara. Les officiers de Cassa, préposés au gouvernement des diverses pro-

1 Château, palais royal de Gondar.

Hist Miss, ch. 20.

ABOUXA-SALAMA ° 685

vinces, reçurent de lui l'ordre de convoquer tout le clergé de leurs pays respectifs, pour comparaître devant l'Aboun, aussilôl après son retour à Gondar. Deux officiers spéciaux, connus pour leur nature violente, furent envoyés à la capitale, dans le but exprès de forcer le nombreux et puissant clergé des quarante églises de la ville à se rendre à celle convocation. Devant la force, tous durent se soumettre. Les partisans de l'École Tsegga-Lidj, alors la plus nombreuse et la plus influente de toutes et que la nouvelle proclamation avait surtout atteinte, déléguèrent leurs théologiens vers l'Aboun pour l'interroger sur son étrange symbole. Les députés commencèrent par des prolestations exagérées, comme c'est la coutume chez les Ürientaux : « Veuillez nous instruire, nous éclairer, 6 Seigneur, Ô notre Père, que faut-il croire? Exposez-nous votre symbole et nous eroirons, » L'Aboun sans défiance répéta la fameuse formule, mais les députés de se voiler la face, de se boucher les oreilles etde s'écrier : « Hérésie, hérésie! » Puis, reprenant le ton suppliant, l'un des orateurs désignés, l'Allaka Téclé-Stéphanos!, lui adressa celle question: « Les Saints Livres disent au sujet de Notre-Seigneur Jésus-Christ: Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. Or, le sacerdoce de Melchi- sédech ressort-il de la nature ou de la grâce ?» L'Aboun s'étant con- tenté d'une réponse évasive, son interlocuteur posa de nouveau la question. Alors Salama se mit à réfléchir. 11 ne savait que répondre et loute l'assemblée faisait silence. La siluation devenait gènante, lorsqu'à bout d'expédients, le pontife s'écria : « Excommunié soit quiconque soutiendra que le Christ est prètre selon l'ordre de Mel- chisédech » ! C'était le comble de l'impudence ! Un deuxième délégué s'avance à son tour; c'était Lozié Ghebrou, un des maitres clercs de l'Église de Baâta : « Admis qu'il est Dieu selon son humanité, dit-il, en quelle nature alors est mort le Christ. » À quoi Salama répondit : « Commencez par admettre ma croyance, el je vous l'enseignerai », accompagnant ces paroles de formidables menaces d'excommunication 2, C'était l'interdit jeté sur toutes les églises dans le cas où le clergé ne se rangerait pas à son opinion. Quelques-uns seulement osèrent résister et virent fermer leurs églises. De plus, Cassa, étant rentré dans la capitale, donna ordre à tout le clergé réfractaire de compa- raitre devant lui et devant l'Aboun sur la grande place que domine le palais impérial. Alors, toute la ville étant réunie, proclamation fut renouvelée de l'édit doctrinal; « puis on vit l'intrépide Salama,

1 « Plante de Saint-Etienne. » 2 Hist, Miss, cb. 21. 686 REVUE ANGLO-ROMAINE « debout, le pied ferme, la lête haute, le regard assuré, étendre « solennellement la main et, en dépit de son aventure publique el « toute fraîche encore avec les Tsga-Lidi, donner à la foule sta « péfaite le signal et l'exemple de l'apostasie par la profession de fui « la plus vigoureuse qui se puisse faire : « Oui je le jure à la face du « Ciel et de la Terre, le symbole que vous venez d'entendre, Abyssins, « c'est la pure doctrine de l'Évangile, la seule vraie. C'est la mienne, «et je suis prêt à la sceller de mon sang. Tous ici vous deve « m'imiter. Cassa, intervenant à son tour, s'adressa aux réfractaires, leur par- lant en ces Lermes : « O mes frères, bien que cette démarche ne con- vienne pas à ma souveraineté, je m'abaisse à vous supplier de L ser votre croyance et d'admettre la profession de foi de mon Père. » Ce disant, il se fit apporter une pierre, se la mit sur la nuque, selvn l'usage des supplications abyssiniennes et se Lint courbé devant l'as- semblée. Cette prière était un ordre d'autant plus absolu qu'il était recouvert de formes plus humbles. Tout le monde le comprit: aussi la masse consternée donna-t-elle son consentement. Quelques-uns seulement osèrent encore tenter un instant de résistance. Alors Casss, déposant sa pierre, saisit son pistolet et, le montrant aux réfractaires, menaça de les exterminer tous s'ils n'obéissaient à l'instant même. Heureusement un des favoris du prince arrêta son bras; mais la fls- gellation fut ordonnée et eut raison des plus récalcitrants. Alurs, sur l'invitation royale, l'Aboun fit prêter serment à tous, sur la Croix et l'Évangile, de demeurer fidèles à son décret doctrinal". Un seul parmi tous les assistants refusait encore de : prêter le ser ment imposé : c'était un personnage illustre, bien que déchu, l'ex- empereur Alsié-Johannès, dernier représentant de l'antique dynas- Lie royale et entouré par là même, malgré ses malheurs, d'un pres- tige incontestable. « Qui donc erois-tu être, lui fit dire Casa, pour refuser soumission au décret doctrinal de mon Père, et être demeuré jusqu'à présent sans te rendre auprès de mon Père et le saluer? » Le prince déchu répondit par ce fier message : « D'aller à la demeure de l'Évêque, c'est une démarche dont mes ancêtres ne m'ont pas laissé l'usage. » A quoi Cassa ft répliquer : « Que parles-tu d’ancêtres? Où sont-ils aujourd'hui? Et toi, qu'es-tu autre chose que le fruil cor- rompu d’une courtisane? » Sa résistance fut suivie de la plus formi- dable des excommunications contre lui et quiconque aurait des rela- tions avec lui resterait à son service et lui fournirait l'eau et le feu. Au bout de six jours, l'Atsié-Johannès lui-même finit par céder, el ‘ apostasia en présence de l'Aboun, de l'Étchéghié et des principaus dignitaires ecclésiastiques. Après ce coup de théâtre, il ne resta plus qu'une école schismatique list. Miss, ch, 21. ABOUNA-SALAMA 687 dominent toute l'Abyssinie; mais en face de l'erreur se dresse encore le catholicisme, et c'est des combats qu'il eut à livrer contre l'hérésie victorieuse que nous avons désormais à parler.

                                IV

PERSÉCUTION DE LA MISSION CATHOLIQUE DANS L'AMHARA (juin 4854-1865).

A celte époque, la mission catholique de Gonder se composait d'un ou deux missionnaires européens, de quelques moines indigènes el d'un petit nombre d'habitants de la ville et des faubourgs. Quand Ms de Jacobis apprit l'arrivée de l'Aboun à Gonder, il tremble aussi- tôt pour son troupeau. « Je n'avais pas cessé, écrit-il, plusieurs mois avant l'arrivée de Salama, de presser ces chrétiens de pourvoir à leur Sûreté en cherchant quelque retraite où ils ne fussent pas livrés sans défense, comme à Gondar, à l'Aboun triomphant!, » Mais js refusèrent de se séparer de lui, « prêls, disaient-ils, à confesser, au prix de notre liberté, de notre vie, s'il le faut, la foi catholique que vous nous avez apportée de la part de Dieu ». Le jour même de la première promulgation de la déclaration reli- gieuse, la persécution commença contre la mission. Sur les ordres apportés d'Amba-Tchiara, des soldats envahirent la résidence de la mission, et, écrit alors Me° de Jacobis, « me séparant de mes prêtres, ils m'emmenèrent dans le prison civile, tandis qu'eux étaient traînés dans les cachots de Salama ». L'Aboun, après l'accord passé avec Cassa à Amba-Tchiare, avait paru oublier toutes les autres demandes qu'il avait faites, qu'une chose en vue : la destruction de la mission eatholique; mais, quant aux moyens à employer, il usa tout d'abord de circonspection et de prudence. « Je ne rentrerai à Gondar, écrivait-ilau prince, que lorsque tu en « auras chassé l'Abba Jacob. — Qu'à cela ne tienne, réponditle prince, « je le ferai mettre äux fers, lui-et ses disciples. Dites-moi seulement « que vous en répondrez pour moi devant Dieu, et je le mettrai à « mort, lui et les siens avec lui. — Oh! non, reprit l'Aboun comme « épouvanté du succès exagéré de sa demande. Il ne faut pas mettre « à mort un tel homme! Jamais aucun chrétien n'a pratiqué plus par- « faitement que lui la loi et les conseils évangéliques. Renvoyez-le « seulement vers son pays par la route de Métemma, car il n'est pas « prudent de lui faire prendre la route du Tigré, à cause de son « amitié avec Oubié qui ne manquerait pas de lui rendre la liberté.

1 Vie de Me de Jacobis, p. 384. 688 REVUE ANGLO-ROMAINE

« Quant aux Abyssins qui ont admis sa croyance, livrez-les-moi et « je les mettrai à la torturet. » Cassa accorda tout ce que désirait l'Aboun. Ms de Jacobis fut en conséquence arrêté dans sa maison el jeté dans la prison du gouver- neur de la ville qui devait le faire conduire, dans le plus bref délai, à la frontière occidentale. Mais, ne pouvant se résoudre à laisser son troupeau saus défense à la merci des persécuteurs, il prétexta qu'il était impossible de voyager dans la saison des pluies. Il resta en conséquence dans son cachot jusqu'au retour de la saison sèche. D'autre part, les moines furent emmenés dans les prisons du palais épiscopal et mis aux fers. L'Aboun se faisait un plaisir d'aller lui-même tourmenter ses victimes; c'est ainsi qu'élant descendu dans le cachot de l'Abba Ghebré-Michaël, il le renversa à terre, le frappa de plusieurs coups de pied au menton et sur les côlés, avec tant de force et de rage que ses femmes accoururent et le supplièrent de cesser de pareilles violences. Rien ne pouvait lasser la patience des missionnaires catholiques, et cependant ce que Salama voulait réaliser à loute force, c'était les amener à l'apostasie. Les tortures furent telles que deux des prisonniers finirent par céder; mais, redevenus libres, ils coururent retrouver Ms” de Jacobis et implorer son pardon. Lors de l'assemblée solennelle dont nous avons parlé plus haut et où s'étala l'ignorance de l'Aboun, les prisonniers catholiques furent amenés et sommés de prêler serment à la nouvelle profession de foi. < Sommés de réciter à leur Lour après tous les autres le nouveau Credo décrèté par ordre impérial, ils n'ont répondu que par une triple confession de leur invivlable fidélité à la foi catholique, apos- tolique et romaine. Et cela à la face de tout Gondar, pour la plus grande exaltation de la sainte Église leur mère et la confusion ble à décrire de ses persécuteurs, victorieux tout à l'heure iers d'hérétiques el de schismatiques, maintenant vaincus par cinq calholiques?. . Aussi leur courageuse confession fut-elle punie par l'application du yhend, qu'ils n'ont pas quitté un seul instant durant trois mois. Je dois décrire ce genre de lourment, propre à l'Abyssinie, mais offrant plus d'une analogie avec la fameuse cangue chinoise. Seulement, au lieu de saisir sa victime, comme celle-ci, par le cou et les épaules, le ghend, lui, s'emparant des deux jambes à la fois, les serre étroile- ment l'une contre l'autre, et, rendant par là tout mouvement impos- sible, condamne forcément le supplicié, ou bien à se tenir constam-

1 Hist, Mise,ch. 2. 3 Jbid., ch. 21, ABOUNA-SALAMA 689 ment assis, ou bien à s'étendre sur le dos sans autre couche que le sol dur ou humide d'un cachot où pullulent insectes et vermines. Figurez-vous une grosse pièce de bois, un gros tronc d'arbre de la plus lourde espèce, l'olivier par exemple, offrant au milieu une ouverture ovale, de grandeur suffisante pour laisser passer à la les deux jambes serrées l'une contre l'autre. On fixe ensuite l'appareil au moyen de deux chevilles de bois qui, enfoncées par une ouverture praliquée de chaque côté, sont introduites avec effort entre les deux jambes qu'elles déchirent le plus souvent, emprisonnant le patient de telle sorte que, pour le délivrer, il faut scier le tout par le milieu. Tel est le ghend, notre cangue abyssine !. Celui qui fut choisi pour le supplice des catholiques était particu- lièrement gros et pesant. Une fois enserrés dans cet étau, leurs pieds privés de circulation devinrent comme gelés tandis que leur dos demeurait immobile sur la pierre humide du cachot. Leur seule consolation était de pouvoir converser ensemble et s'exhorter mutuellement à la résignation dans les souffrances qu'ils enduraient pour l'amour de Notre-Seigneur. Mais l'Aboun, en ayant été avisé, ordonna de les séparer. et ils demeurèrent ainsi pendant dix mois el vingt-huit jours. Pendant ce temps, Salama leur fit subir plusieurs interrogatoires, toujours accompagnés de nouvelles Lortures. Le premier appelé fut Abba Ghebré-Michaël, qui avait fait partie de la mission envoyée par Oubié à Alexandrie pour l'élection du métropolitain et avait accompagné Ms” de Jacobis à Rome. Salama lui ayant reproché l'opposition continuelle qu'il lui avait faite. lantà Adoua qu'à Gondar, Ghebré-Michaël. lui répondit: « Pour la foi, il est vrai, je ne puis être que votre ennemi; mais, eu égard aux devoirs de la charité chrétienne, je crois ne vous avoir fait que du bien*, » Pour le moment, Salama se contenta de l'agoniser de soltises, mais nous verrons plus loin quels traitements lui étaient réservés, Quant aux autres prisonniers, ils furent cruellement flagellés en présence de l'Aboun, mais sans que l'on pût oblenir d'eux le moindre signe d'apostasie. Sur ces entrefaites, Salama, ayant été mandé par Théodoros au camp de Teka-Miéda, résolut d'emmener avec lui Abba Ghebré- Michaël et de le faire comparaître devant le prince. Il le présenta comme le plus grand perturbateur de l'empire et le plus audacieux réfractaire aux édits de Sa Majesté. « Ce vieil obstiné, dit-il,et quatre autres emprisonnés avec lui dans mon palais ont résisté et résistent

1 Me. de Jacobis, pp. 384, 385. Mise, pe 385. REVUE ANULO-ROMAINE. — 7. 1. — 44. 690 REVUE ANGLO-ROMAINE encore à l'acceptation des décrets de Votre Majesté et de ma profes- sion de foi! » — « Sans doute, répond Théodoros en s'adressant à l'accusé, vous craignez que votre soumission ne vous frustre de l'or des romains! Rassurez-vous; acquiescez à ma croyance religieuse el je vous dédommagerai amplement en richesses el en honneurs. » — « Je ne veux ni de votre foi ni de votre argent, » répliqua le moine. — « Eh bien, dans ce cas, reprit le prince, rends-moi comple de la croyance. » — « Comment, Sire, pourrai-je plaider sans juge? Qui prêtera l'oreille à la défense de ma cause? Je dirai seulement à Votre Majesté que j'ai rapporté d'Alexandrie des lettres condamnant les opinions des Xébat, des Tsegga-Lüd, des Ouelde-Keb. Mais, réfractaire aux ordres de son patriarche, l'Aboun me les a raies et a refusé d'en donner lecture et de les mettre à exécution. Tout le clergé ici présent en est témoin. » Salama alors intervint et lui dit : « Eh bien, conformez-vous aujourd'hui aux termes de ces lettres. » Mais Ghebré- Michaël lui répondit : « Ne suis-je pas en possession de la seule foi véritable dont j'ai juré de ne pas me séparer jusqu'à la mort? » Théodoros le regarda d'un œil furibond : « Sache, lui dit-il, que lu es digne de mort, au nom du Christ qui m'a élevé à l'empire. » — « Oh! lout de suile, prononcez votre sentence », repartit le moine. — « Non, dit le prince, pas aujourd'hui, car lu parais désirer la

mort. » El Ghebré-Michaël de répondre fièrement: « Non, Sire, je ne suis pas Judas pour vouloir attenter à ma vie. » Il passa des prisons de l'Aboun dans celles de Théodoros qui le traina après lui dans toutes ses expéditions guerrières, Les quatre autres prisonniers, restés dans les cachots du palais épiscopal, finirent par gagner la sympathie de leurs geoliers et purent s'évader. Alors l'Aboun se vengea sur une pauvre femme en couches, la femme du Debtéra-Haylou, qui avait accompagné M® de Jacobis à Rome. Haylou s'échappa, mais sa femme nommée Lemlem* fut saisie elsubit les plus cruelssupplices. L'Aboun, l'ayant fait mettre aux fers, descendit dans son cachol el la fit flageller jusqu'à ce qu'elle abjurât sa foi. Toul fut inutile. Alors, de colère, Salama se mit à la frapper lui-même et, pour qu'il ne luât pas tout à fait sa victime, il fallut la lui arracher de force. Il lui fil mettre des écrous aux mains et aux pieds, de telle sorte qu'elle ne pouvait plus faire aucun mouvement. Cependant les dou- leurs de l'enfantement commentaient pour la malheureuse femme el ce fut alors qu'un des parents de l'Aboun, indigné de tant de cruauté. prit sur lui de faire remplacer les écrous par une chaîne qui au moins laissait à la victime la liberté de ses mouvements. Quelques heures après elle accouchait d'un fils.

His. Miss., ch. 41 2 « Verdure printanière n. ABOUNA-SALAMA 691 A bout de forces elle tomba en léthargie, et ce devait être le signal de la délivrance, car on parvint à persuader à l'Aboun que sa viclime était morte. Ce fut seulement grâce à ce stratagème qu'elle put sortir vivante de son cachot. Sa robuste constitution lui permit de guérir de ses blessures et des mauvais lraitements qu'elle avait reçus, et la courageuse chrétienne reparut au milieu des siens, vivant exemple de vertu et d'héroïsme ‘1

   Tentalives politiques de T Angleterre auprès
                                              de Théodoros. —
              Rôle de Salama. — La Mission catholique.

Les missionnaires ct les voyageurs au service de l'Angleterre avaient tellement préparé les voies à sa politique en Abyssinie, que tout semblait y assurer infailliblement sa prépondérance lorsque sur- vinrent des événements qui amenèrent une rupture suivie d'hosti en 1868. Le pasteur Gobat avait pris sous son palronage une sorte de sé naire fondé à Bâle dans un ancien couvent catholique appelé Saint- Chrishona et où l'un formait des missionnaires, principalement pour l'Afrique. L'Abyssinie, en particulier, était visée comme un champ des plus favorables à ses projets. A Ilenvoya plusieurs missionnaires sous la conduite du pasteur Stern, et, grâce aux bons oifices et à la protection de l'Aboun Salama, ils surent acquérir bientôt une grande influence. Tout d'abord Théoderos les avail reçus froidement : « Je suis excédé de vos bibles, leur avait-il dit : ce sunt des fusils et des munitions qu'il me faut, » Cet accueil ne découragea pas les méthodistes; ils parvinrent à Kagner la confiance du Négus en faisant venir d'Europe des armes, un char, et surtout des ouvriers qui fabriquaient des fusils et des canons, tout en répandant les innombrables publications des sociétés bibliques. Théodoros demanda aux ouvriers de lui fabriquer un canon; ceux- ci, poursuivant toujours le même but et peut-être plus habiles comme démolisseurs de l'Église d'Éthiopie que comme armuriers, se décla- rèrent prèts à construire le canon demandé pourvu qu'on leur donnt du bronze, insinuant que celui des cloches et autres objets d'église fournirait une matière excellente pour cet usage. Et le Négus de faire aussilôt descendre les cloches des quarante églises de Gondar, de faire ramasser les croix, les vases el tous les ubjets en euivre qu'il put trouver. Mais les prédicants armuriers ne parvinrent qu'à fondre une

1 Hisl. Miss., ch. 37, 38. 692 REVUE ANGLO-ROMAINE

informe et inulile pièce d'artillerie que le Négus fit placer sur l'œmba de Magdala où elle resta exposée à la rouille sans avoir jamais servi. Toutefois Théodoros fut satisfait de ses onvriers. Les méthodistes anglais voyaient leur influence aller chaque jour grandissant, quand tout à coup ils compromirent leur situation par une de ces impru- dences dont les Anglais sont familiers. Si l'intelligence, Le tact des agents de l'Angleterre était toujoursà la hauteur de leur abnégation, leur influence serait considérable. Mais ils perdent souvent en un instant le fruit de plusieurs années de travail et compromettent leurs œuvres par une incroyable naïveté el un orgueil qui dégénère en entètement puéril. Cette réflexion suMt pour expliquer le sort qu'eut la diplomatie anglaise auprès de Théodoros. Les agents des sociétés bibliques entretenaient une correspon- dance active avec la métropole et racontaient une foule de menus faits relalifs à la personne du Négus qui étaient rapportés tout au long dans les journaux anglais. Le monarque abyssin eut vent de l'affaire, fit saisir la correspon- dance des sociétés bibliques et traduisit les coupables devant « sa justice ». Ils furent condamnés à mort; toutefois Théodoros commua la peine en celle des « fers ». S'adressant au Reverend Stern : « Com- ment, lui dit-il, avez-vous pu être assez léger pour juger et critiquer un prince que vous ne connaissez pas, en vous basant seulement sur des cancans de la rue? »! On connait les suites de cette affaire et l'emprisonnement des mis- sionnaires méthodistes donna lieu à l'expédition anglaise de Mag- dala. John Bell, compagnon et représentant de Plawden, demeurait en 4854, près de l'Aboun Salama, à la cour de Théodoros, comme sous sa protection. En effet, il favorisait l'Anglais puissamment près deThéodoros, comme il l'avait fait près des autres chefsen loule ovca- sion. Aussi était-il grassement payé : il recevait annuellement du gouvernement anglais 800 thalers (Marie-Thérèse), c'est-àdlire 3.000 franes environ! De plus, John Bell, de connivence avec l'Aboun Salama, l'avait aidé et de ses conseils et de son actif concours, dans la persécution contre la mission catholique, exposée plus haut. ILavait servi d'inter- médiaire au messager de l'Aboun et du Roi dans les ordres de pros- cription lancés contre Me de Jacobis et les siens. * Plawden avait laissé, comme son représentant et son correspon- dant à Massaouah,un certain Baroni, Italien d'origine, qui conduisait à la fois les affaires des agents anglais et celles de l'Aboun Salama. Il

1 Hist, Miss., ch. 6, p. 658.

touchait des appointements du gouvernement britannique et mettait au service des intrigues anglo-abyssiniennes, soit politiques, soit reli- gieuses, toute la ruse et l'habileté dont il était richement doué, et toute la haine dont il était animé, comme prêtre défroqué, contre la mission catholique et par conséquent contre la France (car, en Orient, protestant ou anglais, catholique ou français c'est tout un). Il s'était faille commis ou l'entremetteur de l'Aboun Salama pour ses rela- tions de négoce avec l'Égypte. L'Aboun était donc complètement acquis au service de l'Angleterre et de ses émissaires auprès de Théodoros. Il voilait à ses yeux leur programme religieux, el ne laissait voir et valoir en eux que le côté pratique, pouvant seul intéresser le parvenu. Et certes, il fallut l'extrême maladresse racontée plus haut, pour que Théodoros les frappât de sa disgrâce; car l'intrigant évêque était tout-puissant auprès du roi des Rois et savait en profiter au service de ses amis. Il réussit à obtenir que les protestants s’'installassent dans la rési- dence que la mission catholique avait à Gondr, et dont les prêtres venaient d'être chassés. Pendant que la France et ses consuls soutenaient le prince Négoussié dans ses prétentions au trône d'Abyssinie, contre l'heu- reux soldat parvenu au pouvoir, l'Angleterre par ses agents, surtout Plawden et l'écossais Bell, agent consulaire !, Krapf, Martin Fland el avec le concours de l'Aboun, soutenait Théodoros. Quand le commandant Russel fut envoyé de l'empereur Napoléon IIL auprès du Dedjaz-Négoussié, pour traiter la cession du port de Zoula et afin de créer un mouvement commercial avec l'extérieur, il avait mission, en outre, de tenter un accommodement, une conciliation entre les rivaux Négoussié et Théodoros. Baroni expédia un courrier vers Théodoros avec ce message : « Si vous ne venez pas au plus tôt dans le Tigré, votre empire est perdu* » Ce cri d'alarme l'amena en toute hâte. Etson approche empêcha la rencontre de l'ambassadeur français avec Négoussié. C'était le but des intrigues britanniques. L'Aboun, en cette circonstance, fit du zèle dans le concours qu'il prêta à ces démarches anglaises. H fit accréditer, par le roi Théodoros, le chef de sa garde d'hon- neur, le Cantiba Zéraïé, et l'expédia contre l'ambassade française, pour l'arrêter, s'en saisir ct l'amener à Théodoros.. Prévenu le commandant Russel échappa à un vrai guet-apens à Halaï où il était déjà parvenu. Il rebroussa chemin el regagnait son

1 Hist. Miss, p. 816. 4 Lettre 25, pp. 72, 13. 694 REVUE ANGLO-ROMAINE bateau qui l'attendait dans la baie d'Adoulis. C'est sous l'inspiration des prédicants que Salama enleva à Théodoros ses serupules pour s'emparer du trône impérial de la dynastie salomonienne. Aussi, quand, plus tard, il s'entremit auprès de l'empereur pour obtenir la grâce et la délivrance des méthodistes faits prisonniers comme nous avons dit, pouvait-il s'auloriser ce langage audacieux : « C'est donc pour que tu m’humilies de la sorte, que je Lai sacré « Roi des Rois?.. » D'ailleurs la fortune de l'Aboun, après l'avoir comblé des faveurs de l'empereur Théodoros, lui réservait la coupe des revers et des dis- grâces. Théodoros avait vu dans l'unité de croyance, comme tous les chefs d'un empire basé sur la religion, le lien qui, en ses mains, ramenail et retenait toutes les provinces sous son autorité souveraine *. Mais il vit bientôt que l'Aboun par le choix, fait au hasard, d'une formule dogmatique, l'avait lancé dans une voie préjudiciable à son pouvoir. Il se reproche en outre de lui avoir prêté main-forte dans les persécutions contre la mission catholique, et il regretla d'avoir tenu loin de lui un homme de valeur, tel que M de Jacobis . Les fauteurs de l'opinion éditée comme profession dogmatique de l'empire n'étaient ni les plus nombreux, ni les plus influents par leur prestige scientifique. Les autres partis murmuraient contre celle préférence, et ils finirent par en appeler au patriarche d'Égypte Darid, le successeur de Piétros, cité plus haut. Leurs instances furent si pressantes, que le patriarche se décida à se rendre en personne en Abyssinie, pour tâcher de concilier son suffragant et les trois partis adverses dont les querelles troublaient l'Église et l'État 2, Il y arriva en 4868. Des synodes où il réunit l'Aboun Salama et le clergé des diverses écoles, des assemblées publiques du clergé et du peuple, fournirenl l'occasion de scènes et de scandales d'un genre nouveau. Dans une des premières séances le patriarche ne conçat rien de mieux pour faire reconnaitre son autorité métropolitaine sur l'évèque d'Éthiopie, que de châtier le refus de ce dernier de se sou- mettre à son jugement, par l'humiliation d'une paire de sewflets +. Les choses s'envenimèrent à ce point que la querelle des deux représentants de l'autorité religieuse, jusque-là l'objet d'un vrai culte par le respect, devint la risée publique. « L'empereur impalienté commande de saisir les deux Tares; —

! Hist, Miss, p. 806.

« c'est ainsi qu'il appelle par mépris les deux évêques égypliens < David et Salama — et les fit enfermer dans un enclos d'épines el de bois sec, auxquels on aurait mis le feu immédiatement pour « Les brûler vifs, comme des scorpions et des serpents, s'ils n'eussent renoncé à leurs iavectives... » « .. Après avoir laissé pendant huit jours les deux évêques dans < une mortelle angoisse, Théodoros les remit en liberté, mais à con- dition qu'ils l'accompagneraient dans ses expéditions militaire: Il craignait que, pour vengeance de ces traitements humiliants, ils ne conspirassent contre lui, durant son absence. Fatigué de cette vie des camps, de marches et de contre-marches, l'Aboun David demandait souvent au prince la permission de s'en retourner en Égypte. Lerusé Abyssin lui répondit: « Nos histoires ne « nous apprennent pas qu'aucun patriarche d'Alexandrie soit venu u nous visiter; je ne veux donc pas priver ma patrie de l'honneur « qu'elle a reçu pour la première fois. » Et avec ce compliment il promena le pauvre patriarche dans les pays Galla, au milieu des batailles, des dangers el des souffrances de toutes sortes!.

            Nouvelle persécution de la Mission catholique
                           Mort de Salama.


A la remorque des agents anglais en Abyssinie, comme son

patriarche David au Caire, l'Aboun Salama persécutait à outrance la mission catholique. Par de violentes excommunications et d'impitoyables interdits, il avait réussi à chasser les missionnaires de leurs églises à peine nais- santes d'Adoua, d'Entischio, de Gouala, d'Alitiéna, de Halaï et des paroisses environnantes. Pasteurs et troupeaux avaient fui, et s'é- taient réfugiés, en partie dans les montagnes sauvages qui, d'élages en étages, descendent vers la plage riveraine de la mer Rouge, en partie à Emcoullou et Massaouah. D'auprès de Théodoros, l'Aboun avait toujours l'œil sur les posi- tions, tour à tour cédées et reprises après chaque bourrasque, et ne cessait de solliciter et d'envoyer des ordres impériaux de plus en plus menaçants aux chefs civils et militaires. Les catholiques étaient en butte non seulement aux vexations, mais au pillage et à l'extermi- nation s'ils ne l'évitaient par la fuite (1839). Il ne cessa qu'empêché enfin par sa disgrâce complète auprès de Théodoros. Alors celui-ci lui reprocha amèrement de l'avoir poussé

1 Ibid.             .
2 Ann L 23, pe A.

Lu REVUE ANGLO-HOMAINE

à traiter Mer de Jacobis en ennemi, et en 1864 l'empereur déclara ouvertement qu'il accordait la tolérance aux missionnaires catho- liques !. Malgré ces intentions royales bien connues, Salama renouvelait ses excommunications, ses ordres d'expulser les missionnaires el de détruire leurs résidences et leurs églises ?. La fortune avait associé Salama à son favori Théodoros comme moyen de dissimuler son abandon, quand elle aurait eu assez de lui. On accuse avec droit cet heureux parvenu de n'avoir été qu'un barbare et capricieux tyran. Mais plus inexcusable que lui encore le prévaricateur de ses devoirs les plus sacrés, qui le poussait et l'encou- rageail aux cruaulés, et de parole et d'exemple*. < Dernièrement il a fait couper la tête à cinq de ses prêtres, et on « en ignore la raison. Dix couvents ont été détruits par ses ordres, « les moines ont été dispersés çà et là, et.il s'est emparé du trésor, « croix, calices et autres vases en argent ou or massif, Dans l'espace « de vinq mois, j'ai vu passer soixante-quinze de ses moines émi- « grant vers Jérusalem (1862). »

Le concours d'un aussi mauvais génie ne pouvait qu'être faulà

Théodoros. Aussi sentait-il son trône s'ébranler. 11 5e trouvait finale- ment avec un pouvoir aflaibli et menacé par les troubles intérieurs. Du reste, l'expédition anglaise de 1868 allait bientôt apporter un lerme inattendu à ce règne violent. Salama en fut en grande partie la cause par sa connivence el sa protection déclarée en faveur des agents de la politique anglaise; mais il n'en fut pas témoin. Emprisonné avec ses protégés à Mad- gala, méprisé, délaissé par les principaux du clergé éthiopien, accablé de honteuses plaies ulcéreuses, usé par une vie de vices el de dé- bauches, il mourut misérablement en 18674,

                                                   J.-B. COULBEAUX.




» Ann, & 29, pt
? Ibid.
             428, pe 183-184. »
          2 489, p. 179.

L'ÉGLISE ROMAINE EN FACE DE L'ÉGLISE GRECQUE SCHISMATIQUE

                       UNE RÉPONSE

               A UN    CORRESPONDANT   DU Guardian.


           Monsieur,

Dans le numéro du Guardian du 15 junvier dernier,vous avez publié un article relatif à la nouvelle Revus anglo-romaina. Vous commencez par rendre justice aux qualités de la Rem : extrème impertialité dans la discussion, loyauté et modération dans le ton, vous savez tout appré- cier à sajuste valeur. Après avoir dit la bienvenue à la nouvelle Re- vue, vous lui souhaitez un avenir prospère, convaincu qu'elle saura répondre à votre propre espoir. Après ce court préambule, vous analysez et discutez mon étude intitulée: l'Église romaine en face de l'Église grecque schismatiqua. Sur certains points vous contestez et même rejetez mes conclusions, et parfois vous opposez une contre-critique à ma critique de l'Ency- clique patriarcale. Vous ne vous étonnerez donc pas, Monsieur, si je reviens sur cette question, afin de répondre aux observations que vous me présentez. Je vous demande pardon de ne vous avoir pas répondu plus Ut, mais des empêchements imprévus ne m'ont pas permis de le faire.

Tout d'abord,je commence par vous remercier cordialement du ton véritablement chrétien et tout empreint de charité qui règne d'un bout à l'autre de voire article. Ces marques de déférence de la part d'un frère, séparé sans doute, mais d'un frère en Jésus-Christ, m'ont été bien sensibles. Au fond, vous et moi, nous sommes unis par les mêmes aspirations; ce qui nous sépare,ce sont quelques divergences doctrinales. Voilà pourquoi de part et d'autre nous travaillons de toutes nos forces à les faire disparaitre, afin d'arriver à la parfaite union et des cœurs et des esprits. Si je vous ai bien compris, il me semble que vos observations se réduisent à trois classes: les unes sont purement superficielles: 698 REVUE ANGLO-ROMAINE vous-même vous n'y attachez presque aucune importance; — les autres tendent à prouver que mes conclusions sont peut-être Lrop hâtives; — enfin les dernières prétendent que, sur certains points, mes conclusions doivent être rejelées. Reprenons :

Vous déclarez, dès le début, que, pour ce qui regarde trois points: Manière d'administrer le baptême, usage du pain azyme, communion sous une seule espère, vous êtes parfaitement d'accord avec moi. Ce sont là, dites-vous, des points de discipline, qui ne peuvent pas poser une barrière à l'union. Deux autres points éveillent vos réflexions. Quant à la Procession du Saint-Esprit, vous reconnaissez aussi que, pour le fond de la doctrine, vous êtes d'accord avec nous; vous pro- fessez par conséquent que le Saint-Esprit procède à la fois du Père el du Fils. Toutefois vous soutenez qu'on ne peut donner aucune réponse à cette objection des « Orthodoxes », à savoir que l'Occident ne peut faire aucune addition au symbole sans le consentement de l'Orient. Or, cette observation roule uniquement sur une supposition purement gratuite, dont il faudrait démontrer le bien-fondé. Évidemment, si vous supposez que cette addition a été faite uniquement par les pasteurs de l'Église occidentale, ou bien, si vous supposez qu'elle a été sanctionnée par le Pape, mais que le Pape n'a aucune autorité supérieure à celle des évèques, vous avez parfaitement raison ; mais alors il vous faudrait prouver ces deux points. Si, au contraire, quoique faite dans un concile particulier, elle a été néanmoins sanc- tionnée par le Pape, et si celui-ci jouit d'ua magistère suprème, votre observation n’a plus aucune raison d'être. Vous voyez donc que vous vous appuyez sur un point profondément contesté pour en établir un autre qui l'est infiniment moins. Du reste, l'addition, supposé même qu'elle ait été faite par un simple particulier,a-t-elleétéapprouvée parun concile æcuménique (Florence)? Elun grand nombre de Grecs l'a-t-il souscrite? Toute la question est là. Pour ce qui se rapporle à la formule de la consécration, vous avan- cez que le plus grand témoignage contre la doctrine romaine est le missel romain lui-même, et que les Grecs furent assez habiles pour faire remarquer, à Florence, que le Supplices £e rogamus correspondait à leur épis. Je suis véritablement stupéfait, d'une pareille obser- vation. Sans doute nous au aussi aous avons aotre invocs tion (Supplices le rogamus); je n'ai jamais nié cela: ce que je soutiens. en m'appuyantsur des preuves d'autorité, c'est que le Swgaplioes de roga- mus n'est nullement nécessaire à la validité de la consécration. UNE RÉPONSE 699

Venons à des points un peu plus importants. Pour le feu du Pur- gatoire, vous reconnaissez que j'ai fait un argument ad hominem. Je n'ai pas voulu faire autre chose. J'ai commencé par avouer que, dans les fastes de Ia primitive Église, il n'y a aucun texte précis qui attesie la croyance au Purgatoire. Dès lors, j'ai dû employer un argument tiré de la pratique de l'Église grecque. Cette pratique, ce sont les prières que l'on fait pour les morts. Ces prières n'auraient aucun sens s'il n'existait, entre le Ciel et l'Enfer, un lieu intermédiaire où les morts puissent être soulagés. Maintenant, vous me faites tirer de ce fait une conclusion beaucoup plus large que celle que j'ai voulu tirer. « Les Grecs prient pour les morts; donc, me faites-vous conclure, ils accordent tout le système du Purgatoire (£rgo the whole system of Purgatory is granted). Telle n'a pas été ma pensée. Relativement au dogme du Purgatoire, il y a une partie strictement définie; il y & ensuite des questions libres sur lesquelles les théologiens se sont donné libre cours. De la prière que font les Grecs pour les morts, j'ai voulu seulement conclure à l'existence d'un lieu intermédiaire entre le Giel et l'Enfer. Il n'est entré nullement dans ma pensée d'en déduire l'ensemble des opinions plus ou moins probables, qui se sont greffées sur le fait capital de l'existence du Purgatoire. Vous me reprochez encore d'avoir dit, touchant l'élat des âmes après la mort : « Sur ce point capital la doctrine de l'Église devait être Siret précisé ». Oui, on ne comprendra jamais qu'une société, comme l'Église calholique, dont l'une des principales préoccupations a élé et est encore de gratifler le genre humain d'une véritable Æscha- tolegis, on ne comprendra jamais, dis-je, qu'une telle société ait laissé longtemps dans le doute, le vague ou l'incertitude, tout ce qui touche à la fin del'homme. J'arrive à l'immaculée Conception. Vous admettez avec moi que les Grees donnent à Marie les plus grandes louanges. Seulement vous me déniez le droit de conclure de ces louanges quoi que ce soit. Vous me reprochez de prendre œu péai de la lettre ce qui n'est que l'effet du style emphatique des Orientaux. Hélas! j'ai assez, Dieu merci étudié les langues etles littératures orientales pour savoir que l'empbase y joue un rôle immense. Toutefois gardons-nous d'exagérer dans ce sens. Nous ne pouvons pas non plus rapporter lout à l'empbase, au risque de ne laisser plus rien, absolument rien, dans les textes litur- giques de ces Églises. Faisons, si vous le voulez, à l'emphase sa part; mais rappelons-nous aussi qu'il faut faire à ces textes une part de littéralité si nous ne voulons pas dire que ces liturgies vénérables ne se composent que de mots destitués de lout sens réel. Le style emphatique n'en exprime pas moins un sentiment réel. C'est préci- 700 REVUE ANGLO-ROMAINE sément l'élévation de ce sentiment qui nous force à recourir à l'em- phase, pour ne pas rester au-dessous de la réalité.

Nous voici au point le plus important du débat : la primauté des évèques de Rome. Je relève ici loules vos observations el vous suis pas à pas. D'abord pour ce qui regarde les conciles. — Vous dites qu'Hosius de Cordoue représentait à Nicée l'empereur Constantin et non le Pape. Je n'ai que faire de cela. Deux prêtres romains, Vincent et Viton, étaient-ils du moins, à Nicée, les représentants du Pape? Vous n'en disconvenez pas. Or, quoique simples prêtres, ils passent avant les Pères du concile. D'où leur vient cette grande prérogative, sinon parce qu'ils représentaient l'évêque de Rome? Vous ajoutez que l'évêque de Rome, s'il eût été présent au concile, eût occupé la première place, en qualité de premier patriarche. C'est là une pure hypothèse, qui n'a aucun fondement historique. Vous rétorquez ensuile contre moi l'argument que j'avais liré de la conduite des Papes relativement à cerlains conciles. Les Papes, disais-je, cassent certains canons de certains conciles. Donc ils sont supérieurs aux conciles. — Vous, vous répliquez : Certains conciles condamnent certains Papes. Donc les conciles sont supérieurs aux Papes. — Eh! non, Monsieur, le cas n'est pas semblable. Les conciles onl soin de s'adresser spontanément aux Papes pour faire confirmer leurs cunons. Les Papes examinent ces canons, et en rejettent cer- tains. Mais quand est-ce que les Papes ont pris l'iniliative de s'adres- ser aux conciles pour faire juger leur conduite? Jamais. Si les con- ciles s'arrogent le droit de juger certains Papes, c'est par un étrange abus de pouvoir, ou plutôt c'est par une vraie rébellion. Passant ensuite aux faits, vous en relevez deux : premièrement, la lettre de saint Clément à l'Église de Corinthe. Vous trouvez étonoant que je me sois appuyé sur celte lettre pour dégager les droits de la Papauté, lorsque le nom de saint Clément, dites-vous, n'est pas même mentionné dans cette leltre. Je reconnais quele nom de saint Clément ne figure pas dans l'en-tête de la lettre qui porte: "HéxxAnola reù 6e:5 f rapaxoïez ‘Péurv. Mais il suflit d'avoir tant soit peu étudié les anli- quités chrétiennes, pour constater que c'est là l'en-tête ordinaire des lettres que les chrétientés échangeaient alors entre elles. Les lettres portaient toujours le nom de l'Église parce que chaque évêque s'identifiait avec son Église. Croyez-vous franchement qu'une Église troublée par des dissensions eût invoqué une Église collective pour rétablir la paix? Du reste, nous avons le témoignage des histo- riens, entre autres d'Hégésippe, qui nous affirment que la lettre fut adressée par saint Clément. (Eusèbe, H. E. IV, 22.) UNE RÉPONSE 7014

 Vous me combatlez aussi par rapport au fait de saint Athanase.

Vous m'accusez de passer sous silence la réplique des évêques orien- taux à l'intervention du Pape (Sozomène, A. E. Il, 8). D'après l'histo- rien grec, cette réplique fut assez acerbe. Il nous dit que les évêques orientaux écrivirent à Jules une lettre très élégante et très bien agen- cée : évréypayar ludo rexakemmpémy mvè xai Exaved cuvretæyuévne ëurokhy », mais en même temps remplie de beaucoup d'ironi « cipuvetds te roX MG dvérhewy », et respirant des menaces terrible: «xai dnerhf oùx duorpoñsay Zeworérns ». — Je répondrai par deux observations. En premier lieu, que prouve la résistance de certains évèques dévoyés, qui s'en prenaient au Pape précisément parce qu’ complotaient contre saint Athanase? Rien. Au reste ces évêques ré voltés rendent en même temps hommage à l'Église romaine. Je con- tinue la citation empruntée à Sozomène, Dans leurs lettres ils confes- saïent que l'Église romainé méritait la plus grande vénération : « tho- lp dy Poyaiuv ’Exdnolay dy rois ypippasty Gpokéyen », comme ayant été dès le commencement le domicile des apôtres et le métro- pole de la piété, « de dreoréluv gpovciorhgues nai elcefelas prpérons ë3 dpñs yexemuy. » Pourquoi, done, des évêques révoltés sont- ils forcés d'avouer que l'Église romaine a été, dès le commence- ment, le domicile des apôtres et la métropole de la piété? En second lieu, en laissant de côté cette particularité, est-il vrai que saint Athanase, le patriarche du premier siège de l'Orient, persécuté, traqué par les Ariens, ait recouru à Rome et remis sa cause entre les mains du Pape Jules? Le fail est historiquement certain. Cela suffisait à mon but.

 Aa fin de votre arlicle, vous critiquez, Monsieur, quelques-unes

de mes réponses aux objections de l'Encyclique patriarcale. Vous dites qu'il es difficile de prendre au sérieux l'argument par lequel je réponds à l'objection tirée des fausses Décrétales, à savoir que « ces fausses Décrétales ne font qu'attester des droits qui s'exerçaient ». journellement Pourlant, l'histoire est la pour faire foi de l'exactitude réelle de celte affirmation. En nous en tenant à l'Orient, il est incontestable que pendant les trois premiers siècles et dans la suite, les Pontifes romains interviennent dans toutes les questions dogmatiques, et par- lent avec autorité. Je vous le demande, Monsieur, est-ce aux fausses Décrétales, qui sont de longtemps postérieures, qu'il faut attribuer celte intervention presque continuelle des Papes dans les affaires d'Orient pendant les premiers siècles, jusqu'au schisme de Pholius, intervention qui est le fait le plus lumineux que l'histoire puisse 703 REVUE ANGLO-ROMAINE contrôler? Notez bien que je ne parle pas de l'Occident, où le fait de l'exercice du pouvoir pontifical est trop visible. Que voulez-vous, nous ne pouvons pas renverser toutes les données de l'histoire. Nous ne pouvons pas aller chercher dans un ouvrage, qui parut vers l'époque d'Hinemar de Reims, l'origine de droits que nous voyons clairement s'exercer à l'aurore même du christianisme. Vous critiquez également, comme un argument à priori, celte phrase d'une de mes réponses: « Qui pourra jamais concevoir que Jésus- Christ ait établi une société sans lui donner un chef? Cette supp tion ne supporte pas l'examen ».— Oui, en vérité, cette supposilion ne supporte pas l'examen. Si Jésus-Christ a élabli son Église sous forme de société visible, il faut de toute nécessité qu'il lui ait donné un chef. A-L-on jamais pu instituer el même concevoir une société sans un chef? — Vous ajoutez en terminant que cela supposerail l'approbation de saint Paul. A cela je réponds, en vous priant de m'indiquer les passages où saint Paul émet une pareille doctrine. Ce serait le seul moyen de légitimer votre affirmation et de nus entendre. Agréez, Monsieur, l'expression de mes plus charitables sentiments en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

                                                    V. Ermoxz.

CHRONIQUE

Ordinations anglicanes. — Quelques journaux, en Angleterre el ailleurs croient pouvoir annoncer que la question des Ordinations anglicanes va être prochainement tranchée à Rome d'une manière délinitive et dans le sens de l'invalidité. A ces prétendues informalions nous sommes en mesure d'opposer d'après nos renseignements personnels, que nous tenons pour par- faitement sûrs, les affirmations suivantes : De tout ce qui se dit à ce sujet, une seule chose est certaine : c'estqu'à Rome, Îa question va être examinée et étudiée à fond, mais que la solution en est encore inconnue et ne saurait être préjugée; c2 que l'on sait d'avance, c'est que celle solution sera conforme à la justice et au bien de l'Église. L'Église d'Angleterre et l'Église russe. — Le correspon- dant du Times à Saint-Pélersbourg écrivait ces jours derniers que la visite dans celle ville de l'évêque anglican chargé des diverses mis- sions et chapellenies de l'Europe continentale à été l'occasion d'une démonstration en faveur de l'union des Églises. L'évêque Wilkinson, en costume de convocalion , accompagné du Rev. À. Walson,chapelain de la mission de Saint-Pélersbourg, et de M. W.J. Birkbeck, se rendit au monastère de Saint-Alexandre Newsky pour s'y rencontrer avec le métropolitain de Saint-Pétersbourg. D'après le récit du Noëoi Vrenÿa, l'évêque se prosterna devant l'autel, baisa l'image du Sauveur et recutla bénédiction qui lui fut donnée avec les saintes images par le métropolitain Palladius. La conversalion roula sur le sujet de la réunion des Églises, el de part et d'autre, on se promit d'y travailler avec zèle el persévérance. Ajoutons qu'à cette occasion, M. Birkbeck fut reçu en audience par l'Empereur et l'Impératrice.

Une conférence sur la réunion des Églises. — Samedi soira en lieu, dans le grand amphithéâtre de l'institut catholique de Paris, la conférence de M. l'abbé Klcin sur les « données actuelles du problème religieux en Angleterre et la nécessité de la réunion ». . l'abbé Klein afondé le développement de sa conférence sur cette parole de Montalembert : «L'Église manque à l'Angleterre et l'Angle- lerre manque à l'Église. » Le culte principal, chez nos voisins, est l'anglicanisme. Mais sc fail- on chez nous une idée suffisamment exacte de l'Église anglicane? M. l'abbé Klein a décrit l'évolution caractéristique et consolante qui s'opère dans une portion importante de l'Église anglicane, la Aigk Church. Les cérémonies tendent à se rapprocher des cérémonies ca- tholiques. Des Anglais en voyage aiment mieux aller à l'église catho- lique qu'au temple calviniste ou luthérien. Le culte de Ja Sainte Vierge renait ; on récite le Maynufrat à la prière du soir. Le célibat des prêtres commence à être remis en honneur. Une pelite élite se voue à la vie religieuse. L'orateur a raconté, en termes louchants, la réception respectueuse et cordiale qui lui ful faite dans un couvent de Sœurs anglicanes, loutes disposées à saluer avec bonheur la réunion des Églises. Enfin la confession auriculaire et la communion sacramentelle 104 REVUE ANGLO-ROMAINE

reparaissent peu à peu. Sur tous les points, la distance diminue done entre anglicans et catholiques. Seulement, il faut observer que cette évolution, dans l'Eglise anglicane, n'estque le fait d'une élite. Les Rifualistrs, qui conduisent le mouvement, ne sont eux-mêmes qu'une partie de la High Church. Il y a donc de nouveaux et grands progrès à réaliser. La réunion à l'Église romaine achèverait de relever celle société religieuse en développant et en coordonnant les efforts qu'elle fait déjà pour se relever d'elle-même. Si le retour à l'Église doit être profitable à l'Angleterre, le retour de l'Angleterre le serait évidemment à l'Église. Ce relour accroitrait considérablement la force d'expansion du catholicisme. Elle adjoindrait aux contingents actuels de la vérité la race la plus influente et la plus répandue de l'univers. Plus on étudie les obstacles qui séparent l'anglicanisme du catho- licisme, plus on voit diminuer les difficultés qui s'opposent encore à la réunion. En effet, les signes d'apaisement sont manifestes. Des rapports courtois existent entre le Saint Siège et la monarchie britannique. Le cardinal Lav a été accueilli en Angleterre avec enthousiasme. Les cardinaux Newmaun et Manning ont été populaires chez les pro- testants. Le prêtre catholique, depuis l'émigration, qui le fit connai- tre-et apprécier au delà de la Manche, a peu à peu conquis le respect de tous. Bien des préjugés se sont dissipés. L'instruction supérieure, les voyages plus nombreux ont élargi les idées. Faut-il rechercher l'union en masse ou les conversic duelles? Les avis sont partagés entre ces deux espérances inégales ; mais lous sont également préoccupés de la pensée de l'union. C'est à ee but que travaillent activement des hommes de bien. tels que lord Halifax en Angleterre, M. l'abbé Portal en France, et auquel s'est vouée la Rerue unglo-romaine. 1\ est vrai que les catholiques angl en général, croient surtout à la possibilité des conversions indivi- duelles ; on peut d'ailleurs suivre simultanément les deux méthodes. De toute manière, on travaille utilement en recherchant l'union en masse. Cetle recherche mène à des études approfondies propres à dissiper les préjugés el les malentendus, crée des relations et aug- mente ainsi l'estime mutuelle. Or, quand on s'estime mutuellement. on est près de s'entendre. M. l'abbé Klein, personnellement, a évité de se prononcer entre les deux avis, el reconnu simplement qu'il ne faut épargner aucun moyen de ramener à la vérité nos frères anglicans, qui en Sont si près. Quoi que l'on pense, dit-il, des chances d'union collective pour l'avenir, il va de soi que personne ne songe à sacrifier l'œuvre présente des cun- versions individuelles. La conférence a été vivement goûtée et souvent applaudie.

Lea canonisation du B. Perboyre. — La Sacrée Congréga- tion des Rites a examiné et résolu la question préliminaire de la validité des procès apostoliques pour la canonisation du B.J.-G. Per- boyre de la Congrégation de la Mission, martyrisé en Chine. Ce pre- imier examen sera suivi de la discussion en tri instances sur l'au- thencité des nouveaux miracles attribuésà l'intercession du Bienbeu- reux el proposés pour sû canonisalion. DOCUMENTS

CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA : CONTROVÉRSIÆ

                    HODIERNÆ            GRAVISSIMÆ

                                       DE



              SACRAMENTO                    EUCHARISTIÆ

                                LIBER 1

1N QUO DE REALI CRISTI IN SACROSANCTA EUCUARISTIA PRESENTIA ET PAR- TICIPATIONE, A DE MODO UTRIUSQUE BREVITER TRACTATUR.

                                     (Suite)


                                CAP. II.

In quo, Transsubstantiationem da fide non esse, immo cum Sripluris et Patribus veluslioribus pugnare, Keressos tamen minime damnandam ense, paucis oslenditur.

  1. ‘ Non extare locum ullum Scripturæ, täm expressum, ut sine Ecclesiæ declaratione, ” in Concilio Lateranensi scilicet sub Inno- centio tertio congregatæ, ‘ evidenter cogat transsubstantiationem admittere, " dixit Scotus *, ut fatetur Cardinalis Bellarminus!: ‘‘ Atque id,” inquit Bellarminus, “ non est omnino improbabile. Nam etiamsi Scriptura, quam nos suprà adduximus ” (nempe, * Hoc est corpus meum') ‘ videatur nobis tam clara, ut possit cogere hominem non protervum; tamen an ita sit, merito dubitari potes, chm homines doctissimi et acutissimi (qualis imprimis Scotus fuit) contrarium sen- tiant, ” Sie ille.

  2. Gabriel Biel +: ‘ Quamvis express tradatur in Scripturé, quod corpus Christi veraciter sub speciebus panis continetur, et à fidelibus sumitur : tamen quomodo ibi sit Chrisli corpus : an per conversionem

Lin 4 d. 44 q. 3, ne 5,43, 15.

alicujus in ipsum, an sine conversione incipiat esse corpus Christi cum pane, manentibus substantià et acridentibus panis, non inveni- tur expressum in Canone Bibliæ. ”

  1. Cajetan* : ‘* Dico autem, ab Ecclesia, quoniam non apparel ex Evangelio coactivum aliquod, ed intelligendum hæc verba propriè, nempe, ‘ Hoc est corpus meum. ” Unde Alanus*: “ Cajetanus, ” inquit, “ et aliqui vetustiores audiendi non sunt, qui dicunt, panem desinere esse, non tam ex Evangelio, quam Ecclesiæ authorilate constare. ”

4 Episcopis Rofensis ®: Corpus Christi fieri per consecrationem, non probatur [ex] nudis Evangelii verbis, sine pià interpretatione * Ecclesiæ ett: Nequeullum hic " (de loco Matthæi loquitur) “ verbum propositum est, quo probetur, in nostrâ Miss veram fieri carnis el sanguinis Christi præsentiam” (qualem scilicet Romana Ecclesia docet). Sie ille. 5. Gul. Chedzeus Anglus, Theologus Romanæ partis in Disputa- tione Oxonii cum Petro Martyre de Eucharisti 5 : “ Quantum, ” inquit, “ ad præsentiam corporis tui in sacratissimo eucharislie sacramento, firmiter credo,” Domine, ‘ ex ore tuo, &c. *” “ De modo autem, quo, aut qui ratione ibi sit, an eum pane, an transelementatn et (ut discunt) transsubstantiato pane, aperlis verbis Scriplura non docet. Sed quid dicemus ? apertis verbis non docuit, + ergo non docuit? absit.. Docuit, sed obscurius ”, ‘ quando dixit, Hoc est corpus, &c. docuit postea per Spiritum Sanctum, clarius, * “ docuit Ecclesiam. docuit Goncilia, docuit Patres omnem verilatem, &c. ” Sic ille.

  1. Præter multos ex doctissimis Protestantibus qui dogma Trans- substantiationis, cm Scripturis, tum Patribus adversari Iuculentis- simè demonstrarunt, adi, obsecro, Lector, erudilam P. Pichere Expositionem verborum Institutionis Cœnæ Domini, ete. et ejusdem Dissertationem de Missä. Lege, el diligentissimè considera. Vide etiam Archiepiscopum Spalatensem ? fusissimè hoc dogma impu- gnantem et refellentem.

  2. Inter locos quamplurimos, qui ex Patribus, contra hoc dogma produci solent, hi maximè illustres sut. Jo. Chrysostomus in epistolà ad Cæsarium monachum contra hære- sem Apollinarii # : ‘‘ Sicut, ” inquit, “ antequam sanctificetur panis, panem nominamus: diviné autem illum sanctificante grati, mediante sacerdote, liberatus est quidem ab appellatione panis, dignus aulem

Lin 3 Qu. 75 A. 4. 21 de Euch. [Sacram.] c. 34, p. 410. 3 Contra Captir. Babyl. c. 9, p. 99 lin mg. Opp. p. 220 mg]. 4 Cap. 10 [p. 227]

Dispt, de Euch. acram. hab, in cel. Univ. Oron., p. 16.

SP. 16. TV de Rep. Ecel. c. 8. ST LIB. 1 DE EUCHARISTIA 107

habitus est Dominici corporis appellatione, etsi natura panis in ipso permansit : et non duo corpora, sed unum Filii corpus, corpus præ- dicatur; sie et hic diviné ioundante corpori naturâ "(vel potius, divin naturà in corpore insidente; ! Græcè enim émèporéon legitur) <unum Filium, unam personam, utraque hæc fecerunt, ele. ” Negant quidem Romanenses (vide Bellarminum ‘, aliosque) hanc epistolam Chrysostomi esse, cum inter Chrysostomi opere nusquam reperiatur : extilisse tamen illius MS. in Bibliotheca Florentinà exemplar, unde ista transcripsit, testatur P. Martyr, ut ex eo affirmat Steph. Gardi- nerus, episcopus Wintoniensis ?, qui eliam : ait, extitisse ejus exem plar in Bibliothecä vel Archiepiscopi vel Archidiaconi Cantuariensis +. Hanc epistolam etiam citatam invenies in Collectaneis contra Seve- rianos, quæ ex Fr. Turriani Jesuitæ versione habentur in 4 Tomo Antiquarum Lectionum Henr. Canisii #, et Bibliotheck Patrum * et in fine libri Joannis Damasceni contra Acephalos?. Alia Romanensium effugia vana omitto.

  1. Nibil clarius verbis Theodoreti* : ‘* Symbola et signa quæ viden- tur, appellatione corporis et sanguinis honoravit, où vi güsw perañañèv, SAXX rhv xépe th het mpecredemde, non naturam quidem

mutans, sed naturæ gratiam adjiciens; et : O2 yäp perà sév éyiacpèv à porta chufeha sie oluelag Éblovarat qüoeuc, péver yàp éri vhç porépas cdolas nai +05 cyhpatos nai roù elèaug, etc. Neque enim symbola mystica post sanctificationem recedunt à suà naturâ manent enim in priore substantiä et figura et forma, et videri et langi possunt, sicut et priüs, etc. Sic illud corpus Christi priorem habet formam, figuram, circumscriptionem, et (ut summatim dicam) vhv 10 cüpatog cbsiay, etiamsi post resurrectionem immortale factum sit, et immune ab omni corruptione, ete. Ineptè Bellarminus hic" et ali Romanenses respondere solent, “per naturam et substantiam symbolorum, quam Theodoretus dicit remanere et non mutari, intelligere illum naturam, et essentiam seu substantiam ” (ut Bellarmino absurdè loqui placet) ‘ accidentium. ” Parum etiam Christianæ charitalis et modestiæ illis inest, qui tanti nominis et meriti Patris authoritatem elevare conantur (vide Greg. de Valentiä !! aliosque plurimos) ex e0,quod de quibusdam erroribus in Concilio Ephesino notatus fuit, tametsi poste resipuerit, ut ipsimet faleri coguntur; nempe ut hacrimä eleabantur, dum negare non pos- sunt, Theodoretum asseruisse elementa in priore substantiä manere :

1 LI de Euch. c. 22 {SResp. Nihil ejusmodi]. 21 de Euch. [p. 146 bJ. 5 Ibid. 4 Vide Crakanthorp. c. Arch. Spal, c. 73, F. 554. 9 V2. 4, 2501. ST. 4, p. 2, p. II. 7 Apud eundem H. Canisiam, loco citato,

Dial. 4 [t, 4, p. 26]. 3

Dial.   2 [p. 126].

19 Ubi supra [3 de Euch.] c. 27 [8 Sed nec]. II de Transsub. c. 7[$ Quod si auctores illos]. 108 REVUE ANGLO-ROMAINE quod tamen scripsit in Dialogis illis, quos contra Eutychianos magnà cum laude et Écclesiæ approbatione Neslorii hæresin delestatus scripsit.

  1. Gelasius, sive is fuerit Episcopus Romanus, ut quidam etiam Romanenses arbitrantur, sive alius quidam ejusdem nominis (videan- ur hîe Critici) testis cerlè antiquus satis et incorruptus ! : “ Cerlè sacraments, quæ sumimus, corporis et sanguinis Christi, divina res est, propter quod et per eadem divinæ efficimur consorles naturæ; et tamen esse non desinit substantia vel natura panis et vini. Et certè imago et similitudo corporis et sanguinis Christi in actione mysterio- rum celebrantur. Satis ergo nobis evidenter ostenditur, hoc nobis in ipso Christo Domino sentiendum, quod in ejus imagine profitemur, celebramus, et sumimus : ut, sieut in hanc, scilicet in divinam, transeunt, Spiritu Santo perfciente, substantiam, permanente tamen in suæ proprictate naturæ, sic illud ipsum mysierium principale, cujus nobis efficientiam virtutemque veraciter repræsentant, ex ” is “ quibus constat, propriè permanentibus, unum Christum, quia inte- grum verumque, permanere demonstrant. ”

  2. Similiter Ephremus Patriarcha Antiochenus, contra Eutychia- nos (vide Photii Bibliothecam) probare intendens, per hypostati- cam unionem nullam fieri naturarum in Christi personê confusionem, sed unamquamque suam substantiam el proprietatem retinere, ad id similitudine utitur Sacramentalis unionis, negans, in sacramento mutationem unius substantiæ in aliam feri: “ Si enim,” inquit “ et unius personæ est utrumque, nempe manibus tractabile et intracta- bile, emo tamen qui mentem habeat, poterit dicere, eandem esse naturam tractabilis et intractabilis, sub aspectu cadentis, et invisibi- lis. Sic etiam, corpus Christi quod à fidelibus accipilur, xat vi along cüaiag oi EEloraat, et à sensibili substantià non recedil, (mala fide Andreas Schottus Jesuita, sive quis alius interpolator red- didit, ‘ Et sensibilis essentiæ non cognoseitur ) “ et manet insepa- ratum à gratif intelligibili; et baptismus spiritualis Lolum el unum quid factus et existens, proprium sensibilis essenliæ, aquæ dico, ser- vat, à Her rie alone obalag, t05 Gares Méyw, daüer, ” (ubi rursus malè Schottus interpres,‘ Hocque substantiæ sensibilis proprium est, per aquam inquam servat( “ nec amittit quod factum est. ” Sic ille.

  3. Observet htc lector verba, quæ habentur in præfatione editioni Dialogorum Theodoreti Romæ exeusæ per Stephanum Nicolinum anno 4547, præfixa: “ Quod de Sacrosanctæ Eucharistiæ myslerio dicit Theodoretus, &e. dictum esse videtur ex eorum sententiâ, qui falso asseruerunt, esse in eo pane corpus Chrisli, remanente tamen

1 Libro de duabus in Christo naturis c. Eutych. et Nestor. Bib. Pat. £. 4. apad Routh Opusc. v. 2. 139]. 3 Sig. A. 4. LB. 1 DE EUCHARISTIA 709

panis substantià; quod quidem falsum est, &c. Quanquam Theodore- Lus hoc fortasse nomine aliquê. venià dignus videatur, quod de eh re ejus tempore ab Ecclesia nondum fuisset aliquid promulgatum, &c. Gregorius de Valentiät: “ Quod si, ” inquit, “ auctores illos ” (Theodoretum, Gelasium, &c.) nolint Panistæ nobiscum ita inter- pretari, ut certè possent; dabimus aliud breve et simplex et sine ullo incommodo responsum. Enimvero antequam quæslio isla de trans- substantiatione in Ecclesià palam agitaretur, minimè mirum est, si unus aut alter, aut etiam aliqui ex veteribus minus consideratè et reetè hac de re senserint et scripserint; maximè cüm non tractarent ex instituto ipsam quæstionem. ” Sic ille. Ruerd. Tapper* ad testimonium Gelasii respondens: ‘‘ Quamvis, ” inquit, “ ante definitionem Ecclesiæ Catholicæ veniale fortassis fue- rit de hoc artieulo disputare et errare, nune lamen, sententià per Ecclesiam pronuncialä, grandis est impietas hanc transsubstantiatio- nem impugnare, &c."” “Vide etiam Hardingum contra Apologiam Ecclesiæ Anglicanæ apud Juellum?. Fisherum contra Joan. Whitum*. Martin. Eisemgrenius®: “ De illo, ” inquit, ‘ primario dogmate, nempe de Christi existentia in Eucharisliä, apud Catholicos Patres nunquam fuit dubitatum, quandoquidem per illa verba, ‘ Hoc est corpus meum, Catholica Ecclesia semper realem Chrisli corporis existentiam intellexit, et primariorum dogmatum ignoratio, nedum error, sinceritati ropugnai. Utpoleilla religionis sunt primaria dog- mata. Illud vero dogma, Eucharistia est adoranda, et cætera hujus- modi dogmata ” (ut dogma transsubstantiationis unde maximè Eu- charistiæ adoratio dependet) ex primariis collecta, ante illorum definitionem, aut ignorare, aut dubilare, aut circa illa aliter, quam res se habet, citra pertinaciam asserere, fidei sinceritali non repu- gnat. Siquidem hujusmodi dogmata nec primo, nec explicilè propo- fuerunt ad credendum, sed ex primaris tantum dogmatibus col- liguntur. Ante hujusmodi enim dogmatum outhenticam propositio- nem et expositionem atque definitionem, illorun ignoralio aut error, modo sit citra perlinaciam, non pugnat cum fide. Unde licèt aliqui pastores et dociores aliquando hujusmodi dogmata ignorssent, aut de illis discordâssent, aut cirea illa errässent, nihilominus tamen in Catholicæ Ecelesiæ communion et fide perseverarunt.” Hæcille. Quæ- dam rectè dicla sunt, quæedam perpcram, ut paulo inferius dicemus. Vide etiam alios in hanc sententiam conspirantes. Non audent igitur Romanenses ipsi, paulo verecundiores saltem, negare, dogme transsubstantiationis communi Patrum omnium con- sensu minimè niti.

! Loco supra cit. ? Resp. ad argum. Calvini. Art. 44 c. transsub. p. 244, col. 4. 3P, 248. 4 P. 544, c. 56.

  1. De sententiä Bertrami satis constat ex libro de Corpore et San-

guine Domini ad Carolum Calvum Imperatorem scripto#:“ Panis,""in- quit, “ile vinumque figuratè Christi corpus et sanguis existit?.. Nam secundüm creaturarum substantiam, quod fuerunt ante consecratio- nem, hoc et postea consistunt, &e."Adi sis authorem ipsum, multüm à Trithemio in catalogo Ecclesiasticorum et Illustrium Scriptorum * laudatum ; ut ut nune Bellarminus aliique recentiores Romanenses ipsum, ut hæreticum scriptorem, damnent.

Neminem ferè latet, quæ fuerit sententia Theologorum Belgarum aliorumque quorundam de hoc Bertrami libello in suo Indice Expur- gaorio : “ Quanquam, ” inquiunt, “ librum istum ” Berlrami “ magni non exisimemus momenti, ilaque non magnoperè laboraturi simus, si vel nusquam sit, vel intercidat; attamen cùm jam sæpe recusus sit, et lectus à plurimis, et per interdictum nomen omnibus innotuerit hærelicis, [et] constet de ejus prohibitione per varios catalogos; fuerit [que] Catholicus Presbyter ac monachus Corbeiensi Cœnobii, Carolo non Lam Magno quäm Calvo, charus ac venerab [et] juvet historiam ejus ætatis, [atque] in Catholicis veteribus aliis plurimos feramus errores, et extenuemus, excusemus, excogitalo commento persæpe negemus, et commodum iis sensum affingamus, dum opponuntur in disputationibus aut in conflictionibus cum adver- sariis; non videmus eur non eandem æquitatem et diligentem reco- gnitionem mereatur Bertramus, ne hærctici ogganniant, nos anliqui- tatem pro ipsis facientem exurere et prohibere; itaque mirum non esse, pauca pro ipsis videri facere, nobis Catholicis tam irreverenter antiquitatem vel in speciem à nobis dissentientem exsibilare ac per- dere. Quin et illud metuimus, ne liber iste non solùm ab hæreticis, verüm immorigeris quoque Catholicis, ob interdictum, avidiàs le tur, odiosiùs allegetur, et plus vetitus, quam permissus noceal. Hæc Censores illi. In fine censuræ verba ista notatu digna sunt. “ Tametsi non diffitear, Bertramum lunc temporis nescivisse exactè, accidentia ista absque substantiä omni subsistere, et cælera, que subtilissimè et verissimè posterior ætas per Spiritum Sanctum addi derit; ” et: ‘* Fol. 4137. versu 2, legendum ! invisibiliter ” pro visi- biliter : "et infrà v. 36. ‘ Secundüm creaturarum snbstantiam, quod priès fuerunt ante consecrationem, hoc et postea consistunt. * expli- candum est, ‘ secundüm exlernas species Sacramenti, * &c. ”

An hoc siteum vetcribus scriploribus Catholicis candidè eL bonà fide agere, judicet æquus Lector. Audiatur hic Heuricus Boxhornius, Theologiæ licentiatus Lovaniensis, qui, relictà externà Ecclesiæ Romanæ communione,t sic exclamat : Sed incredibilis in me Dei Optimi Maximi beneficentia! postquam Repurgatorii Indicis,

2 P. 235.

sg 40. 43 de Eucharist. Harmonia non procul ab initio. LIB, 1 DE EUCHARISTIA LUI

quem tyrannizante Albano, Benediclus Arias Montanus, in piorum virorum lucubrationes injurius conceperat, exequutor inter primos factus, sexcentas contra falsa doctrinæ pontificiæ capita observa- tiones, virgulâ censorià annotaverant, quam oplarem lachrymis et sanguine meo eluere : Deo misericorditer animum meum concutiente, et aperiente oculos meos, in Papatu abominationem, &c. animad- verti. ” Hæc lle. Vixit el scripsit Bertramus sub Carolo Calvo, quod fuit, ut ipse Index Belgicus explicat, sub annum Domini 810.

  1. Ælfricus, vir doctrinà præstans, circa annum Domini 990, in Sermone Saxonico legendo in Festo Paschatis in Ecclesià Anglicand: “In Baptismo duo videmus ; juxta veram naturam aqus est corrupli- bilis; per mysticam benedictionem vim habet sanctificandi. Itidemin sacrâ Eucharistia, quod videtur, panis est et corruptibile corpus: quod spiritualiter intelligimus, vita est, et immortalitatem donat. Multüm differunt invisibilis hostiæ virtus, et visibilis propriæ naturæ forma. Naturâ est panis corruplibilis et vinum corruptibile. Potentià Dei est verè corpus Christi et sanguis : non sic lamen corporaliter, sed spiritualiter. &. "

  2. Walafridi Strabonis verba ! in quibus panis et vini substan- tiam in Eucharistiä agnoscit, brevitatis studio omilto : ut et senten- tiam Ruperti Abbatis Tuitensis, quæ licèt nova et peregrina fuerit in Ecclesiä, dogmati tamen transsubstantiationis omnino contrariam fuisse, omnibus notum est; docuit enim, panem Eucharistiæ hypo- staticè assumi à Verbo, eo prorsus modo, quo natura humana ab eodem Verbo assumpta est. Vide Bellarminum *. Lege Rabanum Mau- rum}, vixit anno 835.

  45. Testimonia aliorum veterum, immovetustissimorum scriptorum,

Irenæi*, Tertulliani, Origenis', Cypriani, Ambrosii, Augustini, &c. consulto præterimus, ne millies ab aliis actum agamus.

  1. Inter Theologos Scholasticos, Scotus® dicit, non extare ullum Scripturæ locum tam expressum ut sine Ecclesiæ declaratione e* denter cognat transsubstantiationem admittere (quod non esse

omnino improbabile fatetur Bellarminus ipse, ut supra dictum est), its etiam nullam Ecclesiæ in Concilio Generali declarationem, aut definitionem, eam de fide esse, ante Lateranense Concilium agnoscit. Adducit quidem duas authoritates Ambrosii, remittitque se ad alias multes quæ habentur de Consecratione?, et apud Magistrum®. Sed oullum nominat Concilium ante Lateranense.

? De rebus Eccles. c. 46.

2 IIf de Eucher. c. 41 [8 Quinta Sententia]. 3 1 de Instit. Cleric. c. 81 [t. 6, p. 44, 42]. 4 Lib. 4. c. 34. s Inc. 45 Matth. SIn 4 d. 41q. . 3. 1.2. 9 D: 10 et 41. 742 REVUE ANGLO-ROMAINE

Hoc in illo minimè probat Bellarminus: !; “ Id enim, “ille dixit, quie non legerat Concilium Romanum sub Gregoi Sed ut reclà respondet [F. Hugo Magnesius] Author Apologiæ Apolo- geticæ pro Scoto : “Illaauthoritas Concilii Romani habetur deCon- secratione d. 2 cap, Ego Berengarius, ” quam vidit et legit Scotus; “ ubi tamen non agitur ex professo de transsubstantiatione, seu de panis et vini desitione, sed de verâ et reali Christi sub speciebus panis et vini præsentiâ, quam Berengarius negabat. ” Heæc ille. Hugo Cavellus in Scholio ad locum illum Scoti : “ Dicendum quod Ecclesia declaravit istum intellectum esse de veritate fidei in illo symbolo edito sub Innocentio tertio in Concilio Lateranensi : ‘ Fir- miter credimus, &c. ’ ” ad marginem notat : ‘ Antea si ita credeba- ur, non ita expressè. ” Tertaretus :* “ Non est necesse ad salvandum hoc (videlicet præ- sentiam corporis Christi in Sacramento) fugere ad conversionem panis in corpus Christi quia à principio Institutionis hujus Sacra- menti fuit necessarium credere, corpus Christi esse sub illis specie- bus, quia in hoc consistit veritas, et tamen non fuit in principio ila manifest dictum, quod panis convertatur in corpus Christi. ” Joh. Yribarne :* ‘In primilivé Ecclesis, de substantia fidei erat, corpus Christi sub speciebus contineri; lamen non erat de fide, sub- Slantiam panis in corpus Christi converti, et facà consecratione illinc recedere. ” Faber Faventinus :£ “ Istæ rationes Divi Thomæ ” (quibus “ pro- bat deduci evidenter ex Sacrà Seripturâ non manere substantiam panis in Eucharistia ”) “ licèt multi laborent earum efficaciam osten- dere, proculdubio, seclusA authoritate Ecclesiæ, minimè cogunt, habent tamen multam probabilitatem, Unde Scotus non dicit abso- lutè, illas non concludere, sed non cogere, qui enim oppositam per- tem sustineret, illis non convinceretur evidenter el necessario. Ratio ergo efficax sumitur ex authoritatibus SS. PP, quæ à Magistro addu- cuntur : Tsed quod maximè urget est authoritas Ecclesiæ : habetur enim® &e. ” Hæcille. Eadem est reliquorum Scotistarum sententia.

  1. Petrus de Alliaco :° “ Quarta opinio et communior est, quod substantia panis non remanet, sed simpliciter desinit esse. Cujus pos- sibilitas patet, quia non est Deo impossibile, quod illa substantia subito desinat esse, quamvis non esset possibile creat4 virtute. Et licèt ita esse non sequatur evidenter ex Scripturd, nec etiam videre

43 De Euch. c. 23 [ÿ Unum tamen]. 2 Paris. excus, anno 1623, p. 252. 5 L. 4. à. 41, 8 15. 4 In 4 Sent. d. 40 q. 1 [S Quantum ad istum art.|

In 4 Sent. d. 11 q. 3, disp. 42, 84.]

5 In Sent. d. 44, disp. 45, c. 4 (n. Istæ rationes.] Dist, 40 et 41.

Extra. de bæreticis,

% In 4 Sent. q. 6 (fol. 274 H.J LB. 1 DE EUCHARISTIA 743

meo ex determinatione Ecclesiæ : quia tamen magis favet ei commu- nis opinio Sanctorum et Doctorum, ideo teneo eam. Et rursus :! ‘Ille modus qui ponit substantium panis remanere, nec repugnat rationi nec authoritate Bibliæ, immo est facilior ad intelligendum, et rationabilior, et non ponit accidentia sine subjecto, quod est unum de difficilibus, quæ hic ponuntur. ”

  1. Sententia Durandi, qui panis saltem materiam permanere existimavit, cui erudito ignola est? Erasmus inter scriptores recentiores :? “ In synaxi transsubstan- tiationem sero definivit Ecclesia : diu satis eral credere, sive sub pane consecralo, sive quocunque modo adesse verum corpus Christi. ” Subdit quidem : “ Ubi rem propiüs contemplata est, ubi exactiüs expendil, certiüs præcripsit. ” Sed quam certo judicet Orbis Chris- tianus, et :? Si recipimus, ” inquit, ‘ recentium opinionem, nonne species panis et vini symbole sunt corporis et sanguinis Dominici ? Sin minus, nonne panis et vinum consccratum symbola sunt corpo- ris et sanguinis Dominici sub his latentium? "+

Alphonsus de Castro :f “* De transsubstantiatione panis in corpus Christi, rara est in antiquis Scriploribus mentio. Idem Erasmus, qui supra :* ‘* Olim salis erat credere, corpus Domini adesse per consecrationem Sacerdotis, post, inventa est transsubstantiatio. ” Tonstallus, Dunelmensis episcopus, vir doctissimus, De veritate Corporis eLSanguinis Domini in Eucharistia : “‘ Ab exordio nascen- üis Ecclesiæ, nusquam quisquam Catholicus ad baptismum admissus dubitavit de præsentiä;Christi in Eucharistiä, sed omnes antequam ad Lavacri fontem admittebantur, ita edocti, se id credere profitebantur, uti Justinus Martyr in secundà À pologiä suâ contra Gentes testatur. Cæ- terum quomodo panis qui ane consecrationem erat communis, ineffa- bili Spiritôs sanclificatione transiret in corpus ejus, veterum doctissimi quique inscrutabile existimaverunt, ne cum Capernaitis non credentes verbis Christi, sed quomodo id fierel quærentes, tentarent supra s0- brietatem sapere plus quam oporte. Illis vero satis superque visum est, omnipotentiæ ac verbis Christi firmiter credere, qui fidelis est in omnibus verbis suis, quique mirabilium suorum operandi modum, solus cum Patre el Spiritu Sanclo novit. Porro ante Innocentium tertium Romanum Episcopum, qui in Lateranensi Concilio præscdit, tribus modis id posse fieri, euriosiüs serutantibus visum est: Aliis existimantibus una eum pane, vel in pane Chrisli corpus adesse, veluti ignem in ferri mussâ, quem modum Lutherus secutus videtur : Aliis panem in nihilum redigi, vel corrumpi. Aliis substantiam panis

  F.265 F.
  In Annoi, in 1, Cor. 1 [t. 6, p. 696, od. 1705.]
  In Detectione præstigiarum libelli cujusdam.

4 Vide 1. 9, p. 4384. 5 Adv. Hæres. L. 8, Tit. Indulg. [p. 578.) 5 P. 780, t. 9. 3 PL {45 D 46, otc. 744 REVUE ANGLO-ROMAINE

transmutari in substantiam corporis Christi, quem modum secutus Innocentius, reliquos modos in eo Concilio rejecit, quamvis miracula non pauciora, imo vero plura quam in reliquis rejectis ab eo modi oriri curiosius investigantibus videantur. Sed Dei omnipotentiæ, cui nihil est impossibile, miracula cuncta cedere his, qui cum Innocen- tio in eo Concilio interfuerunt visum est, quod is modus maximè cum verbis hisce Christi, ‘ Hoc est corpus meum, &c. * congruere illis visus est. ‘ Nam Joannes Scotus' recitando Innocentium, ait, ‘ tres fuisse opiniones : Una quod panis manet, et lamen cum ipso ver esl corpus Christi : Alia, quod panis non manet, et lamen non con- vertitur, sed desinit esse, vel per annihilationem, vel per resolutit nem in materiam, vel per corruplionem in aliud: Terlia, quod panis transsubstantiatur àin corpus et vinum in Sanguinem. Quælibet autem istarum vluit istud commune salvare, quod ibi verë est corpus Chris- ti, quie istud negare est planè contra fidem. Expressè enim à princi- plo institutionis Eucharistiæ fuit de veritate fidei, quèd veré ibi et realiter corpus Christi continetur. " Hactenus Joannes Scotus, &c. An satiüs autem fuisset, curiosis omnibus imposuisse silentium, ne seru- tarentur modum quo id fieret, cam viæ Domini sint investigabiles, si- ï illi qui inscrutabilia quærere non tentabant, et facilè Deum aliquid efficere posse putabant, cujus nos rationem inves- tigare non possumus. Seribit namque Augustinus ad Volusianum! dicens : ‘ Demus Deum aliquid pose, quod nos fateamur investigare n talibus rebus tota ratio facti, est potentia facientis.". An vero potius de modo quo id fieret, curiosum quemque suæ relinquere conjecturæ, sicut liberum fuit ante illud Concilium, modo veritatem corporis et sanguinis Domini in Eucharistiä esse fateretur initio ipsa Ecclesiæ fides; an fortasse melius de tribus prà memoratis, illum unum eligere, qui cum verbis Christi maximè quadraret, et cæteros modos abjicere, ne alioqui inter nimis curiosos illius ætatis homines, finis contentionum non fuisset, quando conten- tioso illo seculo linguis curiosis silentium imponi alio modo non po- tuit, justum existimo ” (hoc tempori cedens loquitur) “ ut de ejus- modi, quia Ecclesia columna est verilatis, firmum ejus omnino obser- vetur judicium. ” Hæc omnia ille.

  1. Refert Bernardus Gilpinus, Tonstalli cognatus et capellanus {vide illius vitam à Georgio Carletono episcopo Cicestrensi nuper des criptam *) Tonstallum sæpè dixisse, Innocentium tertium in deñ- niendâ Transsubstantiatione, ut fidei articulo, temerè et inconsideratè egisse, quum antea liberum esset opinionem illam amplecti vel res- puere : et quod si coneilio illi interfuisset ipsemet, pontifici persua- dere potuisset, ut ab illa definitione abstineret.

  2. Bened. Arias Montanus: * ‘ ‘ Hoc est corpus meum, ‘” hoc est,

! In 4 Sent. d. 11, qe 318 3.] 3 Epist. 8 [aunc Ep. 197, à 8.1 5 P. 33, 42 eL 48 [p. 46]. Aine, 22 Luc, v. 10. LIB. 1 DE EUCHARISTIA 45

< verum corpus meum in hoc Sacramento panis continetur Sacra- mentaliter; ” et subdit: ! “ Cujus arcanam et mysleriis refertissimam rationem ut explicatiorem habeant Christiani, dabit aliquando Deus. " hic procul dubio aqua illi hærebat.

  1. Cardinalis Lotharingus in Colloquio Possiaceno; ‘ Bezæ ser- monem interrumpens, ‘ Equidem existimo, * inquit, ‘ me posse tueri transsubstantiationem : sed non magnoperè fuisse necesse illam à Theologis excogitari arbitror; nec puto hac de causà divisiones debere fieri in Ecclesis. " Vide Hospinianum 2. Calvinus ?.

Cl. de Sainctes 4.

    1. Ferus : ‘‘ Cüm certum sit, ibi esse corpus Christi, quid opus est disputare, num panis substantia maneat, vel non; ” in Malth. %, ut citatur à D. Huncfredo, * et à Joh. Barnesio : * “ Ferus, ” inquit, doctus Franciscanus in Matth. %, et cætera, "ut jam dixi. Sed in pos- terioribus Feri editionibus locus fædè corruplus est, et quibus autho- ribus, quis nescit? “ Cum certum sit ibi esse verum Christi corpus, certum est, panis subslantiam non remanere. ” Videatur etiam Author Examinis Pacifici 7.
  1. Joh. Lasicius Polonus: * “ In Sacramento Eucharistiæ ele- menta naturas suas amittere negant :.. Sacramentum religiosins Russis: venerantur, persuasi Christum esse in illo, qualem Maria peperit;... Christum plus quiddam in Liturgià pati, quam in cruce perpessus sit, ex Chrysostomo hauserunt. Id autem corporis ejus Sacramentalem fractionem dicunt. Quærente vero me ex illis, quo id fieret modo, siquidem naturæ panis et vini, etiam fact consecratione, immutatæ permanerent : vi divinâ, respondebant, cui fides habenda sit, &c. ”

  2. Cardinalis Perronius, tune temporis Episcopus tantam Ebroi- censis, in Colloquio Fontibellaquensi cum Domino de Plessis inter- prete Jacobo Conthono Burgundo : “ Addit Plessæus ‘ pro eodem proposito à Cardinale Bellarmino reprehendi Scotum, quod pulaverit transsubstantiationem non fuisse articulum fidei ante Concilium Late. ranense; id verum est; non erat articulus fidei formaliter, id est, non erat articulus fidei quoad formalitatem publicæ professionis, et quoad prohibitionem, ne quis hoc ignorans excusaretur : non plus quàm processionem Spiritûs Sancti esse eliam ex Filio aliaque simi

ln ve 48. 3 Hist. Sacram. parte alter. pag. 300 (al. 3 Epist. p. M8. « Resp. ad Apol. Bezæ, p. 64.

Jesuitismi parte 2 rat. 3 (p. 269].

In suo Catholico Romano pacifico {p. 99].

De Religione Armeniorum, p. 56,

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ante idem Concilium Lateranense pro articulis fidei publicè profi- tendis hebebantur. ” Vide hic Responsionem Domini de Plessis de Colloquio Fontisbellaquensi. Idem* (vide P. Prestonum alias Wid- drington, Discussione Concilii Lateranensis ?): * Si nihil planè ad doctrinam et disciplinam Ecclesiasticam spectans in eo Conci (Lateranensi) “ ex communi Patrum essensu decretum esset, seque- relur, posse ut falsum impugnari articulum de lranssubstantiatione. Is. Casaubonus : 3 ‘‘ Miratur vero Serenissimus Rex, com fatealur tua illustris dignitas, non ryonyanévus quærere vos, utcredatur trans- substantiatio, sed ut de præsentiæ veritate non dubitetur.

  1. Jesuitæ Angli, cum in ipso tum carcere essent (ad minimum; Confessores: “ Rem, " inquiunt, “ transsubstantiationis antiqui Patres ne attigerunt quidem. ” Vide Discursum modestum de Jesui- tis Anglis * et Watsonum. “ Locus Eliensis episcopi lectu dignissimus est.

  2. Joh. Barnesius:* “ Assertio transsubstantiationis seu muts- tionis substantialis panis, licèt sit opinio communior, non tamen est fides Ecclesiæ, et Scripturæ ac Patres docentes pereusiav, sufficienter exponi possunt de admirandà el supernaturali mutatione panis, per præsentiam corporis Chrisli ei accedentem, sine substantiali panis desitione; ” perouiay illam in augustissimo sacramento factam ple- rique graves et antiqui Scriptores ia explicant, ut non fiat per desi- tionem substantiæ panis, sed per receptionem supernaturalem sub- Stantiæ corporis Christi in substantiam panis. " Hæc ille, qui pluri- morum Seriptorum, quà veterum quà recentiorum, Lestimo: dem sententiam comprobat.

  3. Cardinalis Cusanus similiter : * “ Tamen si quis intelligeret, " inquit, “ panem non transsubstantiari, sed supervestiri nobiliori substantiä, quemadmodum nos expectamus lumine gloriæ superves- tiri, nostrâ substantià salvA, prout quidam veteres Theologi intel- lexisse reperiuntur, qui dicebant, non solüm panem sed et corpus Christi esse in sacramento : ille habet ad vim vocabuli attendere. ”

  4. Suarez : ® ‘‘ Scholastici quidam hanc doctrinam de transsub- stantiatione non valdè antiquam esse dixerunt, inter quos Scotus ? et

G. Biel."

          guo au Tiers Estate, p. 33.
       isc. Docr. Conc. Lat. parto  1, 4,
                                        p. 12.

Eercitationum id. 6, p. 522. ® In Stiam Thome, t. 3, disp 50, $ 1 [n. ex hac fidei]. 9 D. 40 q. 1 $ Quantum ergo ad istud argumentum et d. {4 q. 3. 19 Sect. 41 in Can. Miss, LIB. 1 DE EUOHARISTIA "AT

Bellarminus: ! “* Dixi conversionem panis in corpus Christi non esse productivam sed adductivam : quod dictum video à nonnullis perperam acceptum, qui inde colligunt, non esse hanc veram conver- sionem sed translocationem. ” Vasquez : * “ Cùm hoc mysterium conversionis " (panis et vini in corpus et sanguinem Christi) ‘ ita posset explicari, ut rudibus etiam et ignaris ad intelligendum facilè redderetur, sicut antiqui scholastici illud explicärunt; audito nomine transsubstantiationis, lanta inler Recentiores aliquos scholasticos de naturé illius exorta fuit contro- versia, ut, quo magis se ab eà exiricare conati fuerint, eo majoribus difficultatibus seipsos implicaverint. Ex quo eliam effectum est, ut mysterium fidei nostræ, non modo difficile ad explicandum et intel- ligendum ab eis redditum fuerit, sed eliam adversariorum nostro- rum argutis et cavillationibus illud magis exposuerint; cbm alias, si sincerè et planè explicaretur, sagitlæ parvulorum, plagæ hæreticorum effectæ fuissent®. Ipsa vero vox conversionis el lranssubstantia- tionis dissensioni et controversiæ occasionem dedit : quod actionem physicam, alicujusque rei productionem primariè significare vide- retur. Quare tola eorum disputatio, in inquirendâ naturà hujus actionis, et termino per eam producto, posita est, hoc est solicità inquirunt, qualis actio sit hæc conversio, et ad quem terminum per ipsam productum terminetur : quo sanè principio supposito, necesse fuit, plures inter Scholasticos opiniones oriri, cum nihil quod plenè hac via difllcultatem explanet, inveniri queat. ”

  1. Et quia sæpe ante dictum est à Romanensibus et alüis, in Con- cilio [Lateranensi primbm transsubstantiationis dogma definitum, quantum fidei illius Concilii decrelis tribuendum sit, ‘videat Lector præter Prolestantes, eruditam disputationem apud Widdringtonum in Discussione Discussionis Decreli Concilii Lateranensis contra Les- sium Jesuitam*, Ne caput in immensum crescat cætera in caput sequens rejicimus.

                            CAP. IV.
    

In quo nec Transsubstantialionem, naque consubslantiationsm havreses ess ostenditur, ab simul de arali, alque etiam sndignorum mandueations Cor- poris Christi agitur.

  1. À sæculis aliquam multis creditam fuisse transsubstantiationem quibusdam fidelium, ut Scriptores antiquiores silentio præteream, clarè testatur Bertramus Presbyter in præfatione libri de corpore et sanguine Domini! : “ Dum enim, ” inquit, “ quidam fideliur "in

1 Recognit. p. 81 & eodem. 2 In 3 D. Thomæ disp. 484 c. 4 [n. 4, 2]. 8 Ps. 64, 4 Parte prima, #1. 582 718 REVUE ANGLO-ROMAINE

Sacramento “ corporis sanguinisque Christi quod in Ecclesià quo- tidie celebratur, dicant, quod nullà sub figurä, nullà sub obvelatione fiat sed ipsius veritatis nudâmanifeslalione peragatur : quidam vero testentur, quod hæc sub mysterii figur& contineantur, et aliud sit quod corporeis sensibus appareat, aliud autem quod fides aspiciat: non parva diversitas inter eos esse dignoscitur. Et cm Apostolus fidelibus scribat, ut idem sapiant et idem dicant omnes, el schisma nullum inter eos apparcat, non parvo schismate dividuntur, qui de mysterio corporis sanguinisque Christi non eadem sentientes elo- quuntur, &c. ” Hæc ille.

  1. Eadem sententia, licèt non ab omnibus, à quamplurimis lamen jemdiu recepla fuit, atque etiamnum defenditur, in Ecclesià non solùm Romanä sed et in Græc; quod patet ex Græcis recenlioribus {ut alios paulo antiquiores omittam) Nicetæ Thesauro Orthodoxo Gr. MS. in Bibliotheca Bodleianà, Euthymio !, Nicolao Methonensi, Sa- monà Gazensi, Nicolao Cabasilä, Marco Ephesio, et Bessarione, qui omnes in suis opusculis apertissimè Transsubslantialionem confilen- tur. Et in Concilio Florentino non fuit quæslio inter Græcos et Latinos (ut Chemnitius aliique multi Protestantes affirmant) An panis sub- stantialiter in corpus Christi mutaretur; sed quibusnam verbis illa ineffabilis mutalio fieret, an solis verbis Domini, an verd etiam sacer-

dotis et Ecclesiæ oratione, &c. Videantur Acta Concilii Florentini. Jeremias, Patriarcha Constantinopolitanus, in Censurà ad Augus- tanam Confessionem cap. 40, in quo de Cœnâ Domini agitur : “ Mul- ta, ” inquil, “in hac parte de vobis referuntur, quæ nobis nullo pacto probari possunt. Ecclesiæ igilur sanctæ illud judicium est. in Sacrâ Cœnâ post consecrationem et benedictionem, panem in illud ipsum corpus Jesu Chrisli, vinum autem in illum ipsum sanguinem, virtute Spiritûs Sancti transire ac immulari; ” et? : ‘‘ Neque vero aut tune, cm illis porrigebatur, ea caro, quam ipse Dominus gerebat, in cibum dabatur Apostolis, aut sanguis in potum; aut nunc in divinà mysteriorum administratione, tanquam corpus illud sursum trans- latum, de cælo iterum descendat (blasphemum enim hoc est,, sed et tune et nunc transformatis et transmutatis perarotoulvou xai perzoad- Rouéva) gratiä Spiritüs Sancti et ejusdem invocatione, qui omne hoc perficit el consummat Sacramentum, speciebus, per divinas et sacras preces, dominicaque verba, ipso quidem pane in verum corpus Do- mini, vinoautem in verum sanguinem transeunte etimmutalo, ” el*: “Illud ipsum verum corpus Christi, sub speciebus fermentati panis continetur, &c. ” Græci qui Venetiis vivunt, in Responsione su4 ad 42 Quæstiones à Claudio Cardinale Guisano propositas (scriptum ex Interpretatione J. Levenklaï prodiit anno 1574. Basileæ) quarum prima fuit : “ Cre-

1 Panoplia tit, 24 (? xe.] 3 Paulo post. 3 Rursus LIB. 1 DE EUCHARISTIA 749

dunine Græci, panis ac vini substantiamin Christi corpus mutari, manentibus tantüm panis accidentibus sine subjectà substantia? ita respondent : “‘ Credimus et confitemur, panem in Christi corpus, ac simili ratione vinum in Christi sanguinem ita mutari, ut neque panis neque substantiæ ipsius accidentia maneant, ” (en quo pro- vehuntur!) sed in divinam substantiam transelemententur. De quo magni Patris illius Chrysostomi testimonium audito ! : ‘Quum Chris- tus ait, ‘ Hoc est corpus meum, &c. * ” citant et verba Thcophylacti * ad verba, Hoc est corpus meum, et verba Damasceni3, Cabasilæ+, &c. et aliorum quorundam. Ante paucos annos, cum hac de re ego cum Episcopo Dyraceno, + viro certè non indocto, conferrem, transsubstantiationem clarissimé confitebatur et ex Chrysostomo tueri conabatur. Caspar Peucerus, Historicus et Medicus clarissimus": Transsubstan- tiationem Pontificii sibi fecerunt propriam,et pro eâ solà pugnant. Vo- cabulum cum re ipsà primæ et puriori Ecclesiæ ignolissimum, natum est in Ecclesià Romanà, elab Authoribus Sententiariis et Scholasticis introductum atque usurpatum, Recentiores Græci cùm hujus opinio- nis ex Romanà Ecclesia profeclæ meminerunt, perafokhy, ut ostendunt Canon Græcæ Missæ et Damascenus, et petastgelua, id est, muta- tionem et transelementationem vocant. An percusias seu Transsub- stantiationis vocabulo utantur, dubito; usrafekñs appellatio eadem est; quia primi authores hujus sententiæ finxerunt conversionem physicam simplicem panis et vini in corpus et sanguinem Christi, quam posteriores Romani et Scholastici manentibus accidentibus panis et vini, defendere ut posent, commenti sunt petcuslay, seu transsubstantiationem. " Hæc ille. Sandius Anglus, eques Auratus! : ‘ Græci cum Romanis consen- tiunt in dogmate transsubstantiationis et in universum de sacrificio, totoque corpore Missæ. Videatur etiam Christ. Potterus in libro nuper edito contra tracta- tum Seriptoris Pontificii * cui titulus, Charitie Mistaken, &c. Petrus Arcudius, Corcyræus Presbyter : ® ‘* In Sacramento Eucha- ristæ imprimis Græci agnoscunt et amplectuntur, quin el firmissimè credunt, veram peroluawv, transsubstantiationem, ut satis constat ex antiquis, et omnium ælatum Patribus Græcis :” (sed hoc falso dicitur, ut suprà ostensum est) ‘ Novissimè autem ex ipsomet Hiere- miâ Patriarch@ Constantinopolitano cap. 40. suæ Censuræ contra Lu- theranos. Et quamvis eo nomine non utantur, sunt tamen auctores aliorum nominum quibus eam, quantum fieri possit, appelant, et

1In c. 26, Matt. (p. 87. Inc. 44, Marci Ît. 4. 249 C.] 3 3 de Orth. Fid. c. 14. 4 C. 21, 2. 233 Bib. Pat. 1694. [Edd. Dypac.] 5 In Historia carcerum, etc., p. 521. Sn Speculo Europæ, p. 3 [Want of Charitiejustly chargod, etc], p. 86. 8 7 [°1. #3 De concord. Eccles. Occid. et Orient. de 7 Sacram. administrationc.s 2. 720 REVUE ANGLO-ROMAINE

exprimunt. Dicunt enim peraféXAeoQar sat pera$oNhv, peraroeiobar ai perarolmou, perafalvers xal perdéao, perappuôiÇev, perauæäte, pers croaov, rekelumv nai rekeoïv, paré, aliaque id genus, &c, Hæc ille. Non possum igitur non mirari, quomodo Thomas Mortonus, Epis- copus &c.,! negat, Hieremiæ Patriarchæ transsubstantialionem credi- tam fuisse; et ut hujus rei fidem faciat, hæccitat verba ex Actis Theo logorum Wittembergensium et Hieremiæ Patriarchæ Constaatinopo- leos : * “ Non enim hic nominis tantüm communicatio est, sed ri identitas ; etenim verè corpus et sanguis Christi, mysteria sunt: non quod hæc in corpus humanum transmutentur, sed nos in illa melio- ribus prævalentibus. ” Non enim hîc negat transmutationem panis in corpus Christi, sed transmutationem corporis et sanguinis Christi in corpus humanum, &c. sieut Augustinus ait: “ Non lu Le mutabis in me, sed ego mutabor in te. ” Certè Cyrillus Patriarcha Constantinopolitanus in suâ Confessione fidei nuper scriptâ Constantinopoli et Sedani excusä, anno 1629 hæc habet verba : “In Eucharistiæ adminisiratione præsentiam vera el realem Christi confitemur et profitemur, at illam quam fides nobis offert, non autem quam excogitata docet transsubstantiatio, &c. ” per omnia ferè ad mentem Calvini. Unde P. Arcudius prænominati in Præfatione sui operis ad Sigismundum Ill. Poloniæ Regem, sic in illum impotenter debacchatur : 3 “ Non destiterunt unquam illi 1psi hærelici vexare infelices Græcos Rulhenosque, ac viro probo nec à Romano Pontifice dissentiente, Patriarcha Timotheo Constantinopo- litano vi veneni nuper extinclo, alium quendam Cyrillum Pseudo-pa- triarcham Alexandrinum ” (qui nune Patriarcha Constantinopolitanus est, si fato non est functus) “ Calvinianæ furiæ alumnum, &c. solutà Turcarum Imperatori pecunià Græcis Constantinopolitanis, que alterum Antipapam obtruserunt. Is quamvis genere, nomine, habi tuque si Græcus, alterius tamen gentis nefaria dogmata Loto pectore hausit, quæ deinde Gracis in ipsorum provinciis, simplicioribus autem Ruthenis in tu4 ditione, abjectA simulatione palam propinavit." Hæcille. Sed quicquid hac de re senserit Cyrillus, certüm est, recen- tiores Græcos à transsubstantiationis opinione non fuisse, neque etiamnum esse, omnino alienos. Hosce autem omnes Christiane pietatis cultores, hæreseos aut crroris exitialis damnare, magnæ pro- fecto est audaciæ et temeritatis.

1 In libro 3 do Sacr. Euch. [Of the institution of the sacrament of the B. Bodf

and Blood of Christ] c. 4, $ 7, p. 144 3 p.181. 5 Sig. A 3.

                                                          (4 suivre)


                                Le Direcleur-Gérant: FERNAND Porta.

              PARIS, — IAPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE,     17.