Les partis dans l'Église anglicanc.
La crise religieuse en Angleterre.
Chroniq
Livres ét Revue:
Documents ... Considerationes modeste et pacifieæ controver- siarum de Æucharistia.
PARIS
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LES PARTIS DANS L'ÉGLISE ANGLICANE
L'Église qui est le sujet de cette étude est presque terra incognita pour beaucoup de catholiques du Continent. Je veux dire que la nature, la position et les opinions qui se livrent bataille dans l'Église établie d'Angleterre sont des choses peu comprises ou mal com- prises par le plus grand nombre des catholiques étrangers à l'Angle- terre. Cette ignorance, du reste,n’est pas sans excuse. L'Angleterre est par excellence le pays de la division religieuse. Plus de 200 sectes (Deno- minations) figurent sur les registres de l'État. Par suite, il n'est guère étonnant que l'étranger, en entendunt parler de « Haute Église» etde «Basse Église », et sachant que ces titres correspondent à des diffé- rences dogmatiques considérables, se figure qu'il s'agit de deux diffé- rentes sociétés indépendantes l'une de l'autre, Il n'en est pourtant rien.
On m'a prié de donner d'une manière succincte mais claire une explication de ces termes Æigh Church, Broad Church et Low Church. Mais il faut avant tout expliquer à mes lecteurs ce qu'on entend par l'Église établie d'Angleterre. Il n'est pas nécessaire, je crois, de dire que cette petite étude n'est inspirée par aucune vue de controverse ; elle est purement explicative. de crois pourtant qu'elle sera utile. Les catholiques qui désirent se dévouer, n'importe à quel titre, à l'œuvre sainte de la réunion des Églises, doivent avant tout avoir une idée nette, exacte, de cetteCom- munion Anglicane, et de l'état des esprits dans son sein ; faute de quoi leurs efforts, malgré leurs bonnes intentions, pourraient être plutôt nuisibles qu'utiles à la cause qu'ils ont à cœur de servir. Disons tout d'abord que le but de cette étude est limité à l'exa- men de l'Église établie d'Angleterre. Celle-ci est en communion avec les églises épiscopales d'Écosse et d'Irlande, avec l'Église « protestante épiscopale » d'Amérique — pour citer son titre oM- ciel — et avec les nombreuses Églises anglicanes dans nos colonies, en Asie, en Afrique eten Océanie. Mais ces Églises ne sont pas éta- REVUE ANOLO-ROMAINS, — 7. 1. — 46, 722 REVUE ANGLO-ROMAINE
blies par la loi, et, quoiqu'en communion avec l'Église d'Angleterre, elles en sont absolument indépendantes. L'Église établie d'Angleterre, comme l'Église catholique avant la Réforme, est divisée en deux provinces : cellede Cantorbéry et celle d'York. L'archevêque de Cantorbéry n'a qu'une préséance d'honneur sur l'archevêque d'York et ne possède aucune juridiction en dehors de sa province !. Chacune de ses provinces est divisée en diocèses. Vos lecteurs trouveront les noms et l'étendue de ces diocèses dans n'importe quel calendrier ecclésiastique. Je me dispense donc de les nommer.
L'Église composée de ces deux provinces est l'Église établie par
la loi. Le roi ou la reine en est le chef; les évêques siègent à la Chambre Haute, House of Lords, et les membres de cette Église jouissent de certains privilèges. L'Église établie n'a aucune relation avec les centaines de sectes dissidentes, {hs Disseniers. Même lorsque certains dissidents ne diffèrent que bien peu, quant à la croyance, de certains anglicans ets'entendent lrès bien avec eux dans les ques- tions religieuses, jusqu'au point d'assister avec assez d'indifférence aux offices des uns et des autres, il reste toujours vrai de dire que les dissidents, comme sociétés, sont tout à fait distincts de l'Église établie. Tous les évêques et tous les ministres de l'Église établie signent la même profession de foi : les 39 Articles, et ils ont tous la même liturgie : The Book of Common Prayer, qui contient tous les offices autorisés de l'Église anglicane. Des offices non contenus dans le Prayer-Book sont parfois célébrés dans leurs églises, mais quoique Lolérés, ce ne sont pas cependant des offices autorisés, et la Communion anglicane, comme corps, n'en est pas responsable. Quoique tous les ministres signent la même profession de fo n'est pas moins vrai qu'il existe parmi eux des différences considé- rables en matière de croyance religieuse, De là sont nés les mots: High Church, Low Church et Broa Church, mots inventés par le peuple, pour indiquer les trois principales divisions des tendances et des opinions qu'ils remarquent dans l'Église établie. Mais qu'on ne l'oublie pas, ces mots ne sont que des expressions populaires sans aucune autorité, et ne sont pas, pour la plupart, acceptés par ceux auxquels ils sont appliqués. Ce sont presque des sobriquets. Toutefois puisqu'ils existent, et qu'ils n'offensent per- sonne, nous allons nous en servir pour nous aider, tant bien que mal, à classer les opinions religieuses dans l'Église anglicane.
1 Copendant, de même qu'avant la Réforme, l'archevéque de Cantorbérs était
Legatus natus ‘pour toute l'Angleterre et jouissait à ce titre de pouvoirs partico- liers, encore aujourd'hui l'archevêque anglican de Cantorbéry donne certaines dis- matrimoniales dans la province d'York,en vertu de ce titre de Legalus natut. LES PARTIS DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 73
Les termes Ah Chureh et Lowo Church sont déjà anciens et datent d'il y a au moins deux siècles. Le terme Broad Church est moderne. Si l'on demandait à cos différentes catégories d'Anglicans de donner eux-mêmes un nom à leurs opinions, je crois qu'ils préféreraient les titres de : École Anglo-Catholique, École Évangélique et École libérale. Ma tâche est de donner une idée claire et nette à des étrangers de la signification de ces trois termes. Cette tâche n'est pas sans diff culté,' vu que ces différentes divisions n'ont aucune liste de doctrines propres à chacune, et de plus, ‘chacune est subdivisée en de nom- breuses nuances, de sorte qu'il est souvent difficile de dire à laquelle des trois écoles appartiennent certains Anglicans. Voici donc ce que je me propose de faire : Dans chacune de ces trois divisions je vais tâcher de trouver quel- ques doctrines professées en commun par tous ceux qui en font res- pectivement partie, je négligerai les points où ils peuvent différer individuellement. De cette façon j'espère pouvoir donner du moins les raits principaux qui distinguent chaque parti. C'est du reste tout ce que je puis faire en face de tant de nuances.
LE PARTI HIGI CHURCH
Malgré leurs différences, je crois pouvoir dire que tous ceux qu'on appelle Æigh Churchmen croient aux points suivants :
4° L'Église anglicane n'est pas toute l'Église, mais seulement une partie, une branche de l'Église catholique. L'Église romaine et l'Église grecque sont aussi des branches de l'Église catholique; 2* Le gouvernement épiscopal est de droit divin, il doit exister dans toute vraie branche de l'Église; 3° Il est essentiel que tous les évêques aient la succession aposto- lique, c'est-à-dire qu'ils soient en communion avec les apôtres par une succession non interrompue d'ancètres spirituels consacrés par l'imposition des mains; 4 Quant au baptême, ils croient à la régénération effective ez opers operato, en un mot ils ne différent pas sur ce point de la doctrine catholique; 8° Quant à la Sainte Eucharistie, ils croient tous à une Présence réelle et objective, c'est-à-dire une Présence indépendante des disposi- tions des fidèles et antérieure à l'acte de communion; cette présence est l'effet de la consécration prononcée par un prêtre validement ordonné par un évêque. Quant à la nature de cette Présence réelle, l'uniformité de croyance est moindre et les opinions, diffèrent, 724 REVUE ANGLO-ROMAINE
depuis la Transubsstantialion pure et simple jusqu'à des opinions vagues, difficiles à définir; 6° Les prêtres doivent, dans cerlains cas, entendre des confes- sions privées et donner l'absolution, et celte absolution donnée par un prêtre a un effet su generis. Jusque-là, tous les High Churchmen sont d'accord. Mais la confession est-elle nécessaire ou seulement permise? Doit-elle se faire souvent ou seulement dans des cas excep- tionnels? Voilà des questions qui les divisent; T La règle de la Foi, c'est l'Écriture sainte interprétée par l'Église, Faut-il entendre l'Église des trois, des quatre ou des six pre- miers siècles ? est-ce l'Église avant la séparation de l'Orient d'avec l'Occident, ou est-ce même l'Église actuelle et (selon eux) divisée? Encore une fois les opinions sont partagées. Comme source de la révélation (indépendamment de l'interprétation), devons-nous ad- mettre seulement la Bible ou faut-il considérer la Tradition comme une source indépendante? Il y a aussi des discussions à ce sujel. Tous ceux qu'on appelle High Churchmen tiennent au moins à ces sept points-là; il serait, je crois, difficile de prouver que leur par- faite union aille au delà. C'est cette école sans doute qui se rapproche le plus de nous, mais ne nous faisons pas illusion : si les membres les plus avancés sem- blent presque nous loucher, il y en a d'autres qui ont la plus grande aversion pour Rome et qui considèrent sa communion sinon comme aposlate, du moins comme très corrompue.
LE PARTI LOW CHURCH
Ce parti est le moins divisé des trois. Cependant, ei encore il ya des nuances. Voici quelques points sur lesquels tous les Lorr Churrä- men sont d'accord : 4° La vraie Église du Christ n'est pas une société humaine et visible, c'est une société invisible connue de Dieu seul. composée de tous les vrais croyants; 2 Le gouvernement épiscopal est une forme très vénérable, mais n'est pas de droit divin (if is a matter of Church discipline). D'autres formes de gouvernement peuvent être également légitimes. Par conséquent, les Églises protestantes qui préfèrent la forme presbyté- rienne ou toute autre forme, ne cessent pas pour cela d'être des branches de la vraie Église, pourvu qu'elles gardent la vraie foi évangélique; 3 Quant au baptême, la régénéralion opérée par ce sacrement n'est pas article de foi. Quelques-uns semblent l'admetire vague- ment, d'autres la rejettent. C'est une question libre. Cependant, sans LES PARTIS DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 725
être nécessaire au salut (ce qui, d'après eux, n'est certes pas vrai pour des enfants), c'est une ordonnance du Christ, et tout bon chré- Lien devrait le recevoir. 4° Quant au Saint-Sacrement, il n’y a pas une Présence réelle ob- jective, comme effet de la consécration d’un prêtre. La présence d'un prêtre validemment ordonné n'est pas nécessaire pour l'adminis- tration de ce sacrement; aussi est-il administré aussi validement dans les communions qui n’ont pas de prêtres que dans l'Église an- glicane. Ils admettent une certaine présence de Notre-Seigneur aux fidèles, in usu, mais ils diffèrent entre eux quant à la nature de cette présence ; ° 5° Ils croient à la justification par la foi seule, mais le plupart évitent les exagérations de Luther à ce sujet; 6° L'absolution prononcée par un ministre sur un pénilent n'est autre chose qu'une déclaration du pardon de Dieu à l'égard de tous ceux qui se repentent sincèrement de leurs péchés. Pour la pronon- cer, il n’est pas nécessaire d'être prêtre; 7 L'Église romaine est apostate et idolâtre,et tous les vrais enfants de Dieu doivent la quitter. Aussi ce parti a-t-il plusieurs missions pour la conversion des catholiques romains, en Italie, en Espagne et ailleurs.
LE PARTI BROAD CHURCH
L'École qu'on appelle « l'Église large » est la plus difficile à défi- nir : car elle embrasse toutes les variétés d'opinions, depuis ceux qui croient encore ce qu'on appelle {he fondamental doctrines of christiansty jusqu’à de simples déistes. S'il faul trouver une doctrine commune à toute cette école, je crois pouvoir l'énoncer ainsi : « Le dogme n'est pas très important, c'est la conduite qu'il faut considérer avant tout. » Peu importe ce que l'on croit, pourvu que l'on mène une vie vertueuse. Aussi ils ne sont pas trop difficiles. Il ne s'agit pas de vertus héroïques. Ils insistent surtout sur trois vertus : l'honnêteté, la probité dans le commerce de la vie, la véracité verbale (never fell a lie), et la philanthropie, surtout à l'égard des pauvres et dans les œuvres sociales. Tout le monde doit en convenir : voilà de grandes vertus, et sans doute ces Messieurs nous en donnent l'exemple, mais il va sans dire que les catholiques et les autres Anglicans diraient à leur lour que, tout en préchant la nécessité de la foi surnaturelle, ils sont loin de nier la nécessité de la pratique de ces vertus, sans les- quelles la foi serait une foi morte. Mes lecteurs sont priés de remarquer que ces écoles ne sont pas localisées; des personnes tenant ces différentes opinions se trouvent 726 REVUE ANGLO-ROMAINE dispersées çà et là, parfois dans la même commune, dans la même paroisse et presque dans la même famille. C'est ainsi que dans la méme commune le curé d’une église est Æigh Church et celui d'une autre église Low Church. Dans une paroisse, le curé est souvent broad, un vicaire high et un second Lo. De même dans une famille le père, la mère et les enfants sont souvent respectivement bread, leu et high. Quelle est donc la leçon à tirer de ces faits pour tous les catholiques qui aspirent à l'union? Si je ne me trompe la voici : Lorsqu'en présence d'un ennemi commun, d'un ennemi cruel et implacable, une nation désire faire alliance avec une nation voisine, que fait-elle? Sans doute ses pre- miers efforts sont de gagner l'amitié de ceux qui demeurent sur sa frontière, de ceux avec lesquels elle a déjà certaines relations ami- cales, qui la comprennent mieux que d'autres et qui ont moins de préjugés contre elle. L'amitié de ceux-ci gagnée, ils peuvent espérer et prévoir leur influence à l'égard de leurs frères plus éloignés d'eux, mais qui touchent à leurs nouveaux amis, et ainsi graduelle- ment ils peuvent espérer que toutes les barrières et tous les préjugés tomberont, et que ces deux nations deviendront enfin des amis et des alliés. Pour appliquer l'allégorie, nos premières relations doivent néces- sairement commencer avec ces pieux et charitables Æigh Church- men, qui ont déjà tant de croyances communes avec nous qu'on est tenté de croire que nos différences sont des malentendus, et portent plutôt sur des mots que sur des faits. Ceux-ci, gagnés à la cause de l'union, travailleront certainement ceux qui les ap- prochent le plus en fait de doctrine, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'enfin tous les hommes de bien, les hommes de bonne foi, el j'ai la conviction qu'il s'en trouve dans chacun des trois parlis, pleins d'amour pour leurs frères en Jésus-Christ, frères en notre Père commun qui esl aux cieux, seront poussés à examiner, à prier et enfin à entamer des relations amicales avec nous, et bientôt ils nous trouveront, et trouveront notre religion surtout, tout autre que les préjugés et l'éloignement la leur avaient fait croire. Ce jour-là, l'aurore de la Réunion serait proche. Ce travail en faveur de l'unité ne doit pas fatalement, comme où serait porté à le croire, ne se faire que d'une façon très lente. Dieu agit sur son peuple d'une manière mystérieuse. La haine implacable et satanique contre le Christianisme qui gronde déjà autour de nous, sera peut-être, dans les vues de la Providence, le moyen, la cause déterminante de la réunion dans un seul troupeau de Lous les fidèles de Jésus-Christ. Oui, c'est l'amour de Jésus qui sera la chaine d'or qui nous liera à nos frères séparés. Un ministre protestant, un dis- LES PARTIS DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 121
sident, me dit un jour : « Oui, je crois que beaucoup d’entre vous autres, catholiques romains, aimez Jésus-Christ de tout votre cœur. Comment serait-il possible que ceux qui se rencontrent dans le Cœur de Jésus, puissent longtemps rester séparés les uns des autres? » Une autre cause d'espoir, c'est que ce travail d'assimilation est en pleine activité en Angleterre. Moi-même, j'ai pu le constater pendant le cours de ma vie. Graduellement, les dissidents se rappro- chent en doctrine de l'Église établie. Dans l'Église établie, le parti High Church attire graduellement vers lui les éléments les plus pieux des autres sections, et dans ce parli même, les plus avancés, les unionistes, tendent de plus en plus à attirer vers la frontière, pour ainsi dire, ceux qui en sont le plus éloignés. Ce serait sans doute une erreur de croire que ces savants el pieux anglicans dont nous avons lu avec plaisir les articles si inté- ressants dans la Revue anglo-romaine, représentent toute l'Église anglicane. Mais il est pourtant vrai de dire qu'ils représentent le parti de l'avenir, le parti qui altire vers lui toutes les âmes fati- guées d'un piétisme vague et d'un naturalisme à peine déguisé. Sursum corda! Élevons donc nos cœurs au-dessus des craintes et des petitesses des hommes. Nous avons avec nous ce Dieu pour qui rien n'est impossible, ce Dieu qui aime la paix et qui a promis de tenir pour ses enfants tous ceux qui travaillent à l'œuvre de la pacification : Beatipacifici, quoniam filis Dei vocabuntur..
Austin RICHARDSON,
Prêtre
Lubbeck, près Louvain (Belgique).
J'ai été beaucoup aidé dans ma classification des parlis par un
lableau synoptique qui se trouve à la fin dubeau livre de l'archidiacre Denison: « Notes of my life 1803-1878 ». (Oxford J.ParkeretC®),un High Churehman qui connait sacommunion à fond.Si les lecteurs de la Revue désirent se Lenir au courant du mouvement anglican, qu'ils lisent les organes hebdomadaires des partis. Les principaux sont : pour le parti Hig Church : The Guardian, The Church Times et Ths Church Review ; pour le parti Low Church : The Rerord, The Rock et Ths En- glish Churchman. Le parti Broard Church n'a pas d'organe, il a trop peu de consistance pour pouvoir s'organiser véritablement. LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE
A PROPOS D'UN LIVRE RÉCENTt
Les esprits religieux, à notre époque surtout, ne se préoceupent pes seulement du présent et des besoins particuliers d'une provinces ou d'un ‘pays; ils recherchent les intérêts généraux de la chrétienté et songent à l'avenir. En France, les catholiques toujours généreur dans leurs sacrifices en faveur des œuvres locales, les prêtres tot- jours dévoués pour le maintien de la foi dans notre pays et pour aller porter au loin les fruits de leur zèle, se demandent, touten continuant leurs travaux et leurs sacrifices, s'ils ne devraient pas songer davan- tage à la grande famille chrétienne, Lutter contre l'incrédulité, défendre les âmes, surtout celles des enfants, convertir les païens et étendre le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ : ce sont bien là œuvres de prêtre et de chrétien. Mais, devant la tâche surhumaine qui nous incombe, en face d'ennemis dont le nombre et l'audace vont en augmentant, même devant Lousees pays qui ignorent encore la Bonne Nouvelle, nous ne pouvons nous défendre de penser qu'il y a, à côté de nous, des chrétiens qui luttent également contre l'impiété, qui, comme nous, défendent les âmes des enfantsct, comme nous, s'imposent de grands sacrifices d'hommes el d'argent pour la propagation de l'Évangile. Leurs efforts sont isolés des nôtres; les Anglicans et les Russes, pour ne citer que ceux-là, travaillent en dehors de nous et parvis contre nous. Ce manque d'unité dans les entreprises chrétiennes, aussi bien dans la défense que dans l'attaque, cause une très grande déperdition de force et empêche les grands résultats désirés par tous les chrétiens de se produire. Chacun s'en rend compte, et, grâce sur- tout aux inspirationsapostoliques de Léon XIII, les catholiques cher- chent à unir toutes les énergies chrétiennes et à constituer use de ces forces irrésistibles capables de surmonter tous les obstacles. Ces préoceupations et ces désirs expliquent l'intérêt que l'on porie à tout ce qui se rattache àl'union des Églises. Et c'est pour cela que
La crise religieuse en Angleterre, par le P. Raowv. Paris, Lecoffre. ii LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 129
nous croyons être agréable à nos lecteurs en consacrant à la Cris religieuse en Angleterre plus d'espace qu'on n'en donne ordinairement au compte rendu d'un livre. Le R. P. Ragey, mariste, a réuni en volume, en les complétant, trois articles parus dans l'Université, la revue des facultés catholiques de Lyon. L'auteur,très au courant des choses anglaises, grand ami de l'Angleterre qu'il a habitée plusieurs années, déjà connu par des ouvrages se rapportant indirectement à la question anglicane’, était bien à même d'intéresser et d'instruire le lecteur français sur cette question. Il n'a pas voulu cependant traiter à fond ce sujet. Son but évident a été d'indiquer les problèmes, de montrer les difficultés que comporte leur solution et de tirer de là un motif pour exhorter les âmes à la prière. Dans tout le livre règne un accent de piété sincère. A la lecture de ces pages écriles en un style facile, entralnant, on est naturellement à prier pour l'Angleterre, pour ce pays jadis « l'Île des Saints », l'objet de grâces nombreuses, qui a déjà tant fait pour l'Église,et qui pourrait être l'instrument de choses plus’ grandes encore. Le lecteur aimera surtout à trouver dans le livre du P. Ragey de belles citations de Wiseman, de Newman, de Manning, etc. On éprouve une fois de plus, en les lisant, leregret que toutes les œuvres de ces hommes de génie, el d'autres moins connues mais se rapportant à cette période d'un intérêt passionné, ne soient pas tra- duites en français. Voici, par exemple, une belle page dans laquelle Newman décrit l'état du catholicisme en Angleterre :
« Dans le royaume britannique il n'y avait plus, lorsque nous naquimes, d'Église catholique. Je puis même dire qu'il n'y avait plus de congrégation de catholiques. On rencontrait seulement quelques chrétiens dévoués à l'ancienne religion parcourant le pays, silencieux et affigés. Ils étaient comme le vif souvenir des temps passés. Les catholiques romains étaient regardés moins comme nne secte que comme les représentants isolés d'un inféréf humain. Ils ne consti- tuaient pas même (je parle d'après le jugement des hommes), un corps si restreint fût-il, capable de représenter une grande commu- nauté existant à l'étranger, mais une poignée d'hommes que l'on aurait pu compter comme les pierres du grand déluge. Il était impos- sible de retrouver les catholiques ailleurs que dans les endroits recu- lés, les ruelles, les souterrains, sur les toits des maisons ou dans la
1 Histoire de saint Anselme, archevêque de Canterbéry; 2 vol homme et Briguet, — Sancti Ansebmi Mariale; clée, Tournai. — Le Virginal de Marie, la glor — Hymnarium quotidianum Beatæ Marie Virginis ex hymnis medii ævi compara- tum ; Lethielleux, Paris. 730 REVUE ANGLO-ROMAINE solitude de la campagne. Séparés des villes populeuses qui les entou- raient, on pouvait seulement les entrevoir d'une manière obscure, comme à travers d'épais brouillards ou à la lueur d'une pâle lumière. Ils ressemblaient à des ombres fuyant de-ci de-là devant les protes- tants de haute marque, maltres de la lerre. À la fin les catholiques étaient devenus si malheureux, ils vivaient dans une telle abjection, que le mépris qu'on avait pour eux faisait naître la compassion. C'est pourquoi les plus généreux parmi leurs tyrans commencèrent à vouloir leur octroyer quelques faveurs, parce qu'ils avaient l'intime conviction que leurs dogmes étaient si absurdes qu'ils ne pourraient jamais prendre racine en Angleterre . »
Cette résurrection est une merveille, mais une merveille qui appartient à l'ordre de la grâce. Qui aurait pu avoir la présomption d'attendre des miracles, et un tel miracle? Peut-on en invoquer un semblable dans l'histoire ? L'auteur, en comparant l'état actuel de l'Église catholique en Angle- terre n'a pas de peine, par le contraste frappant de sa prospérité d'aujourd'hui, à exciter la confiance dans les âmes. Il ne cherche pas à déterminer dans quelle proportion elle doit être attribuée à l'ang- mentation de la population, à l'émigration, aux conversions indivi- duelles. Il ne se demande pas si tous ces couvents bâtis sont habités par des Français, des Irlandais ou des Anglais. J'ajoute même qu'il à raison de ne pas se le demander. Quelles que soient les ï ont abouti au développement extraordinaire du cath Angleterre, l'important est de constater sa force réelle; et cela non dans l'unique et pieux dessein de remercier Dieu, mais en songeant aussi aux négociations pacifiques de l'avenir. Pour la paix,comme pour la guerre, il n'est jamais inutile d'être fort. A ce point de vue, on ne saurait trop admirer le rôle des chefs, de Wiseman et de Manning, en particulier. Ils sont arrivés par leurs vertus, par leur génie, et par leur habileté, à donner à notre Église naguère persécutée, honnie, méprisée, une force publique réelle el à la faire entrer comme un facteur important dans la vie du peuple anglais. Son Éminence le cardinal Vaughan continue, à l'heure actuelle, les nobles traditions de ses prédécesseurs par l'habile cam- pagne qu'il mène en faveur des écoles. Dans la lettre très élogieuse que l'archevêque de Westminstera daigné adresser au P. Ragey, Son Éminence le cardinal Vaughan se plait à rappeler les services rendus par l'Église de France à l'Église d'Angleterre : « Dans les lemps de l'ancienne Église Britannique, les évêques de la Grande-Bretagne envoyèrent chercher dans les Gaules de l'assis-
! Nnwuax, The second Spring. LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 134
tance contre les invasions de l'hérésie. Au temps de saint Auguslin, la France vint au secours de la naissante Église d'Angleterre. C'est en vertu d'un privilège qui lui fut accordé en 89% par saint Grégoire le Grand que votre évêque d'Autun porte le pallium jusqu'à ce jour, et ce privilège lui fut accordé en récompense des services qu'il avait rendus à saint Augustin et à ses compagnons, les apôtres de nos ancëtres sexons. Nous ne pourrons jamais oublier que le mouvement religieux qui se produit aujourd'hui en Angleterre doit en grande partie son origine aux merveilleux exemples de piété, de désintéres- sement et de foi donnés par des milliers d'émigrés français qui vinrent se réfugier en notre pays à la fin du siècle dernier. »
Rappeler aussi aimablement de tels souvenirs est la meilleure manière d'encourager le clergé français à travailler et à prier pour le bien spirituel de l'Angleterre.
11 nous est impossible, malgré toute notre bonne volonté et le profit - que nous en tirerions, de suivre l'auteur pas à pas. Force nous est de nous borner aux points principaux. Après avoir décrit la renaissance catholique en Angleterre, le P. Ragey nous parle du mouvement d'Oxford. lei encore nous n'avons pas une étude approfondie, ce n'est point, je le répète, le but de l'auteur, mais des indications et quelques vues générales. Elles suffisent pour donner une idée de ce mouvement « un des phéno- mènes religieux les plus extraordinaires que le monde ait jamais vus 2. Il est cependant une cause de ce mouvement, que nous aurions désiré voir énoncée, parce qu'elle nous parait en constituer l'origine et le caractère propre. Newman, Pusey, Keble, ont voulu tout d'abord donner à leur Église l'indépendance qui lui est nécessaire; ils ont voulu par-dessus tout la soustraire à une domination civile, empé- cher qu'elle ne fût absorbée par l'État, peu scrupuleux en matière d'orthodoxie, mais très jaloux d'étendre sa puissance. C'est là, croyons-nous, l'origine de ce mouvement qui s'est continué jusqu'à nos jours. Le procès de l'évêque de Lincoln n'en est qu'un épisode, et la société de l'Ænglish Church Union a été fondée pour unir les forces de l'Église d'Angleterre et défendre ses droits contre les empiéte- ments et les exigences de l'État. Le mouvement d'Oxford a entraîné dans des voies nouvelles tous les esprits religieux :
« La tendance ascendante de la foi, de la piélé et de la charité 732 REVUE ANGLO-ROMAINE parmi les anglicans à donné et donne encore des espérances fondées de voir la multitade revenir à l'unique Vérité !, » « Il n'y eut jamais depuis la Réforme — el c'est là un point qui ne fait l'objet d'aucun doute — il n'y eut jamais depuis la Réforme un moment où les sectes d'Angleterre 8e soient senties plus portées vers l'Église établie, et où l'Église établie ait éprouvé une plus grande inclination à se rapprocher de l'Église catholique. Telle est à l'heure actuelle la gravitation des esprits. La polarité de l'Angleterre a élé changée. Les ruisseaux qui coulaient du côté du nord coulent main- tenant du côté du midi. « C'est 1à « un mouvement surnaturel, à supernature! movement" ».
La nécessité de l'unité devait apparaître aux hommes profondé- ment religieux qui faisaient partie de ce mouvement. Le P. Ragey la montre se manifestant dans l'association pour le progrès de l'unité de la chrétienté : Association for the promotion of hs unily of Christondom, -et dans l'action persévérante de lord Halifax. Nos lecteurs connaissent assez les sentiments que lord Halifax apporte à le cause de l'union de l'Église anglicane avec l'Église romaine, pour que nous n'ayons pas à revenir sur ses discours. Il nous reste à suivre notre auteur sur la manière dont la Lettre ad Anglos a été reçue en Angleterre, et sur l'interprétation de cetle Lettre : « En Angleterre, dit le P. Ragey, la presse protestante? s'est mon- trée, en général, fort respectueuse à l'égard de Léon XIII, mais en même temps absolument hostile à l'Union. Un des journaux anglais qui ont apprécié la lettre de Léon XHI avec le plus de modération, le Times, auquel tous les autres journaux ont fait écho, déclarait net- tement, quelques jours après la publication de la lettre du pape, qu'en se qualifiant de Pesteur suprême, en parlant de la dévotion à la Sainte Vierge et des indulgencos, il avait fait de son mieux pour rendre l'entente entre les deux Églises impossible. « A présent, la réunion avec Rome n'est plus qu'un rêve, et Léon XIII a fait de son mieux pour rendre la chose parfaitement claire: Reunion svith Rome is at present a mers dream, and Leo XIII has dons his best 0 make this per- Jecily plain. » Nous avons été bien surpris en lisant ces quelques lignes. Le Père
1 Maxnino, England and Christendom. Introduction. 3 Marxmmo, ibid. — Voirsurlo mouvement d'Orford les ouvrages ae R. W. Cuacs, doyen (anglican) de Saint-Paul, et de Wicrmn Wan», fils du célèbre converti. 3 Le terme profeslante employé par le P. Ragoy semble désigner toute la presse anglaise non-catholique, les organes des dissidents comme ceux des angles. S'il en est ainsi, nous avons tout d'être étonné d’une telle affirmation. LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 733
Ragey est trop au courant des choses anglaises pour ignorer que le Times n'est pas un organe confessionnel. Des protestants (dissenters), desanglicanset descatholiques écrivent dans ses colonnes. Une signa ture pourrait seule donner à l'article dont il s'agit une signification que le journal par lui-même ne peut lui conférer. Suivant l'habitude des journaux anglais, l'article n'est point signé. Pour connaître la véritable pensée des anglicans sur ce point comme sur tous les autres, il faut la chercher dans le Guardian, le Church Times, etc, c'est-à-dire dans les journaux religieux et non point dans les journaux politiques. A l'occasion de la lecture du livre du P. Ragey, nous avons relu l'article du Times, l'article du Guardian et l'article du Church Times. Il nous a paru bon de les reproduire dans la Revus Anglo-Romaine, ne fût-ce qu'à litre de docu- ments. Voici d'abord l'article du Times (22 avril 4895):
La Lettre apostolique du pape Léon XIII au peuple anglais, dont nous avons publié samedi la traduction autorisée, est comme ton général et comme caractère éminemment digne d'un grand Évèque chrétien. Les protestants les plus fermes et les plus convaineus admettront du moinscela sans difficulté. Inutile de dire qu'elle contient beaucoup de choses et qu'elle en implique encore davantage en présence desquelles l'énorme majorité des protestants anglais doit nécessairement hésiter. Cependant, cette partie de la Lettre qui répugne le plus aux doctrines, aux traditions et aux sentiments de l'Église anglicane, est la partie exclusivement adressée par Léon XIII aux mem- bres de sa propre communion. Le reste de la Lettre apostolique est en sub- Stance une exhortation à tous les chrétiens d'Angleterre, « à quelque com- munauté ou à quelque institution qu'ils puissent appartenir », de chercher guide et lumière dans la prière. Les chrétiens de toute dénomination doivent reconnaître que le conseil de Sa Sainteté est en lui-même salutaire et en harmonie avec l'enseignement de l'Écriture qu'ils acceptent tous. Ils avoue- ront également que la Lettre de l'évéque de Rome exhale un souffle de vraie et profonde piété personnelle, et qu'elle est manifestement animée par cette « affection sincère» et cette « cordiale bienveillance » qu'il a toujours éprouvées à l'égard du peuple anglais. Ils ne seront pas insensibles au tributque le chef de l'Église latine accorde aux nombreuses vertus publiques et privées d'une nation qu'il considère comme hérétique, et ils remarque- ront les bonnes manières et la courtoisie de controverse avec lesquelles le Pape touche aux questions les plus délicates. Peu d'entre eux, même, regretteront « la bénédiction de Dieu pour tout le peuple britannique » que Léon XIII leur désire. Ils conviendront avec Pie VII que la bénédiction d'un vieillard ne peut pas faire de mal. Ils accepteront aussi la déclaration du Pape, que des questions aussi considérables que celles qui sont discu- tées dans sa Lettre, ne doivent pas être jugées d'un point de vue seulement humain, tout en restant convaincus qu'à tous les points de vue également, l'espoir qui est sous-entendu dans les expressions du Pontife romain est oiseux et vain. 734 REVUE ANGLO-ROMAINE Considérée d'un point de vus humain, comme de simples écrivains sécu- liers etdes observateurs politiques peuvent seulement la considérer.la Lettre du Pape ne semble pas être un moyen très heureux d'atteindre le but qu'elle vise. Dans toute sa carrière, Léon XIII a toujours déployé une dis- position remarquable à se servir des méthodes humaines et même mon- daines pour arriver à ses fins, partout où de telles méthodes lui donnaient des promesses raisonnables d'atteindre le résultat désiré. Je ne crois pas que nous manquions de charité en supposant qu'un diplomate aussi sagace eta actif se fût résigné à l'emploi exclusif des influences spirituelles, avait eu quelque espoir fondé de pouvoir réellement seconder ces influences par une action d'une autre nature.
Le simple fait que le Pape ne fait allusion à aucune intention de sa part d'avoir recours aux négociations, ou d'accorder aucune espèce de conces- sion à l'Église anglicane, semble impliquer qu'il & conscience que tonte demande de ce genre qu'il pourrait légitiment entreprendre, le seraiten vain.À première vue, il est assez malaisé d'imaginer pourquoi le Pape a pu trouver qu'il était à propos d'adresser son appel au peuple anglais. Il serait téméraire sans doute d'affirmer quelle peut avoir été la suite d'idées et de raisonnements qui l'a induit à se hasarder à une entreprise qui offre si peu de promesses. Le Lettre elle-même, cependant, contient des passages qui peuvent être considérés jusqu'à un certain point comme indiquant les rai- sons qui ont pu amener Léon XIII à agir, et aussi les raisons pour les- quelles son action a finalement pris sa forme actuelle. Le Pape nous dit lui-même que parmi les causes qui, entre autres, l'ont déterminé à adresser à nous, il y a eu « les entretiens fréquents » avec des Anglais « qui ont témoigné des sentiments favorables des Anglais envers lui per- sonnellement, et par-dessus tout, de leur ardent désir pour la paix et le salut éternel par l'unité de la foi. » Et ailleurs, il parle avec satisfaction du nombre croissant « de ces hommes religieux et discrets qui travaillent acti- vement esincèrement à la réunion avec l'Église catholique.» Pour tout ob- servateur impartial du dehors, il peut sembler probable que les conversions auxquelles on fait allusion, soient en fait l'explication réelle de la manifes- tation papale. Certains chefs du parti sacerdotal extrême de l'Église an- glicane ont eu sans doute des conversations fréquentes d'un genre tout in- time avec le Pape. Il est notoire également que la possibilité d'une réunion générale est une de leurs plus chères croyances. Léon XIII a reconnu leur ferveur et leur piété. 11 semblerait aussi qu'il a cru voir en eux, par sur- la vertu plus rare de la discrétion. Nous pouvons en conclure que leurs opinions eLleurs assurances, relativement aux croyances eLaux désirs de leurs concitoyens, ont eu un grand poids auprès du Pape. Ils soutenaient ou pensaient avoir soutenu à peu près la même doctrine que lui. Ils ont représenté qu'un très grand nombre des membres de l'Église anglicane partageaient leurs vues. Léon XIII n'a, de lui-même, aucun moyen de con- trôler ces agréables assurances. Il ne connait pas personnellement l'Angle- terre, ot malgré toute son habileté indiscutable en diplomatie, _« le prison- nier du Vatican » doit nécessairement manquer de moyens d'apprécier la condition réelle de vastes parties du monde, et principalement celle des pays hérétiques comme le nôtre. Le Pape prit la résolution de s'adresser LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 735
au peuple anglais, et ce qui semble une erreur chez un diplomate aussi expert, il a laissé connaître son dessein. Il devait être exécuté; mais, avant de l'être, Léon XIII semble avoir eu recours à ses conseillers réguliers. Le cardinal Vaughan fit une longue visite à Rome, et sans doute aussi d'autres évêques et d'autres dignitaires catholiques furent consultés. On ne peut imaginer que des hommes du monde de sang-froid, connaissant intimement les vrais sentiments de la nation anglaise à l'égard de Rome et de la doc- trine romaine, aient pu confirmerles perspectives en rose de réconciliation dépeintes par les enthousiastes irresponsables de l'E. C. U. Sans doute, ts ont dit au Papela vérité, comme c'était leur droit de le faire. Sans doute, également, le Pape a fini par voir que leurs rapports, quelque contrariants qu'ils fassent, contensient une représentation exacte des faits, S'l restait quelque doute dans son esprit, il fut probablement effacé d'autre part. Ala fn de mars, l'archevéque de Cantorbéry employa un langage surl'importance duquel on ne peut se méprendre, relativement aux chances d'une réunion générale avec Rome, — langage qui exprimait les convictions les plus pro- fondes de l'énorme majorité des Anglais. Il déclara nettementqu'à son avis, toute union de ce genre « est absolument chimérique et impossible », tant que Rome « gardera ses doctrines distinctes ei erronées et mettra en avant 2e prétentions actuelles, contraires à la doctrine primitiveet aux Écritures,» Le Pape est un homme d'État aussi bien qu'un enthousiaste, après cette déclaration de l'archeväque, il doit avoir senti que la réunion générale n'é- tait pas encore du domaine de la politique pratique. Il était engagé de fait à adresser son appel au peuple anglais, mais en l'adressant, il prit soin de ne pes traiter la question à un point de vue diplomatique. ÆEn conséquence, la lettre papale, tout en évitant soigneusement d'ef- fleurer la polémique, est marquée par deux traits significatifs. Quiconque connait tant soit peu la doctrine de l'Église romaine, a pu prévoir que dans n'importe quelle circonstance le Pape ne pourrait consentir à moindre modification de ses doctrines distinctes, ou à la moinâre réduction de ves prétentions.Le faire serait amoindrir cette Église aux yeux de sen propres membres, l'aceuser de faiblesse d'esprit et proclamer que ses dogmes cardinaux sont une fraude. D'autre part, le Pape a les pouvoirs les plus larger de modifier La discipline de l'Église romaine à sa discrétion, et on ne peut pas douter qu'un Pontife ayant un don aussi grand de condescendance
On remarquera que le Lettre aposto-
ibilité de quelque changement
exemple, à un relâchement des lois de l'Églixe romaine relativement an célibat du clergé, ne se trouve dans l'appel du Pape. Naturellement, l'omis- sion n'implique pas nécessairement qu'en temps voulu un tel élargissement ne puisse être accordé; mais elle montre assez clairement que, de l'avis de l'opportuniste consommé qui gouverne l'Église romaine, « le moment psy- chologique » d'une démarche effective n'est pas encora venu. Une chose qui n'est pas moins frappante, c'est ln façon dont Léon XIII insiste, dans cette partie de la Lettre qui est adressée aux Catholiques an- 736 REVUE ANGLO-ROMAINE glais, sur quelques-unes des doctrines de son Église qui sont répudiées avec le plus d'énergie par les Anglicans, et qui sont le plus contraires au senti- ment britannique. Il appuie de la façon la plus forte et dans les termes les plus nets sur cette invocation des Saints et de la Vierge Marie, que les ecclésiastiques anglais considèrent comme une « chose frivole et vainement inventée. » Il accorde de sa « propre volonté et de son autorité » un sureroit aux « indulgences sacrées » accordées par ses prédécesseurs à ceux qui prient pour la « réconciliation » de l'Angleterre. Il parle de lui-même comme du « Suprême Pasteur », du « Vicaire » du Fils de Marie, et il parle du siège de Rome comme de « ce Centre de l'Unité chrétienne divinement consti- tué dans les évêques romains. » IL est impossible de supposer que ces mots ont été employés sans un but défini et spécifique. Ils ont, sans doute, été employés pour faire comprendre aux churchmen de la Haute Église que sur les points de doctrine, on ne doit ni espérer un compromis ni y songer. C'est une leçon salutaire que Lord Halifax et ses amis feront bien de pren- dre à cœur. La réunion avec Rome est un pur rêve, et Léon XIII a fait de son mieux pour le rendre parfaitement évident.
Sans être très au courant des dessous, il est clair que cet article a été écrit dans l'intention de paralyser les bons effets que la Lettre de Léon XIIT devait produire. Le document pontifical avait pour but de créer en Angleterre un mouvement de sympathie en faveurde l'union; l'auteur de l'article s'empresse de lui donner,par de perfides suppo- sitions, un sens tout contraire. Sa manière est pou franche el trahit l'embarras. 1l suffirait de rechercher quels étaient ceux qui ne voulaient pas d'une tentative d'union pour ne pas se tromper sur l'origine de l'article. La « modération du Times » nous parait done, en cette circonstance, d'une nature toute particulière. De plus, « tous les autres journaux ont fait écho, » dile P. Ragey, au grand journal. Cela encore, croyons- nous, n'est pas exact. Voici parexemple l'article du Guardian (24 avril), qui trahit bien un certain étonnement, mais qui atteste aussi la volonté de poursuivre la campagne en faveur de l'union.
Depuis quelques semaines, les membres de l'Église d'Angleterre atten- daient, avec un intérêt bien naturel et légitime, une déclaration du Pape, à l'égard des chrétiens d'Angleterre. Le document a paru sous la forme d'une « Lettre apostolique » adressée par Léon XIII «au peuple anglais qui cherche le royaume de Dieu dans l'unité de la foi. » Nousne serious pas surpris que tout d'abord on éprouvât un désappointement à la lecture de cette lettre. Pour nous, nous sommes portés à lui attribuer une assez grande impor- tance pour des raisons que nous espérons faire comprendre. Cependant, il faut l'avouer, notre point de vue ne peut se justifier qu'en cherchant à lire non pas seulement ce qui se trouve dans le texte,mais aussi entre les lignes, eten réfléchissant beaucoup plus à ce qu'elle ne dit pas qu'à ce qu'elle dit. À première vue, sans doute, la Lettre cause un désappointement. Nous ÿ LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 737
trouvons, per exemple, les opinions traditionnelles de l'Église romaine sur la Réforme en Angleterre. L'Angleterre fut « d'abord malheureusement séparée de la communion avec le Siège apostolique et ainsi privée de cette sainte foi dans laquelle, pendant de longs siècles, elle avait trouvé la joie et une grande liberté ». Après que la « défection » se fut produite, la conduite des Papes vis-à-vis de l'Angleterre est ainsi appréciée : « Nos prédécesseurs firent tous les sages efforts qu'il leur fut possible de faire pour y mettre fin et pour atté- nuer les nombreux maux qui en résultaient, » Un historien impartial ne se servirait point d'un tel langage et ne caractériserait pas ainsi la conduite des autorités romaines envers l'Angleterre sous Elisabeth et sous Jacques Ier. Notons aussi que, dans toute la Lettre, il n'est point fait men- tion de l'Église anglicane comme corps constitué professant des revendica- tions catholiques. « Ces frères séparés », pour lesquels on demande des prières, on s'adresse à eux en ces termes : « Vous tous donc qui êtes en Angleterre, quelle que soit la communauté ou l'institution à laquelle vous appartenez. » Pas une parole pour établir une distinction entre notre Église et les Baptistes ou l'Armée du Salut, ou toute autre association chrétienne qui peut avoir été plus ou moins remarquable et salutaire dans son action pour le maintien de la morale, pour l'éducation religieuse ou le bien-être des classes laborieuses, enfin par toutes ces bonnes œuvres dont le Pape nous félicite avec tant de cordialité. Probablement aussi, le fait que la Lettre mentionhe avec une certaine ostentation : certaines pratiques religieuses — outre la prière à Dieu — comme les indulgences, l'emploi du Rosaire, la pratique de la prière à Marie et aux Saints, sera regardé comme une preuve que l'Église romaine n'est pas disposée à revenir sur aucune question de doe- trine ou de culte. Ceux qui adopteraient ce point de vue n'ont probablement pas remarqué que cette partie de la Lettre est exclusivement adressée aux catholiques romains d'Angleterre, et que le Pape leur ordonne simplement de diriger leurs dévotions ordinaires vers le butspécial de la restauration de l'unité. Il eût été difficile au Pape d'adresser à ses enfants une telle recom- mandation de toute autre manière. * A ceux qui nous objecteront que tout cela caractérise bien le Pape et détruit toute satisfaction fondée comme toute espérance, nous dirons deux choses : D'abord, dans la Lettre entière, il y a un souflle vrai et ardent de charité chrétienne. Le Pape nous appelle frères séparés, il se réjouit de constater nos bonnes œuvres, il nous invite tous à la prière commune. « Nous exhortons tous les Anglais qui se font gloire du nom chrétien à coopérer à la même œuvre et à élever leur cœur à Dieu avec Nous,à mettre leur confiance en Lui et à Lui demander, en s'appliquant assidüment à la sainte prière, le secours qui est nécossaire dans une si grande entreprise. » En second lieu, nous ne devons pas oublier ou plutôt nous devons forte- ment faire ressortir ce que la Lettre ne dit pas, Les opinions récemment exprimées par des théologiens français en faveur des Urdres anglicans, par l'abbé Duchesne entre autres, avaient, sans nul doute, excité une grande indignation parmi les catholiques romains de ce pays. Ceux-ci regardaient ces recherches loyales de la part de certains étrangers comme une intrusion injustifiable dans leur domaine. REVUE ANOLO-ROMA ME. — 7. L — #1. 738 REVUE ANGLO-ROMAINE On ne nous contredira certainement pas quand nous dirons qu'on avait exercé d'Angleterre une très grande pression pour obtenir du Saint-Offce, sinon un arrêt formel déclarant la nullité des Ordinations anglicanes, du moins une déclaration que l'opinion contraire est extrémement dangereuse, téméraire, pour employer l'expression technique. Relativement à cette pression, il faut remarquer qu'aucune déclaration de ce genre n'a été faite, que dans cette Lettre le Pape s'abstient de dépré- cier les Ordres anglicans, et qu'il semble avoir donné à l'abbé Duchesne des marques réelles de s0n approbation et de sa faveur. La Lettre apostolique justifie donc notre opinion, que l'occasion pré- favorable pour faire comprendre aux autorités de Rome — termédisire des catholiques romains, mais par nous-mêmes, directement et en latin — quelles sont réellement les revendications de l'Église anglaise, et sur quels fondements elle s'appuie. Jusqu'à présent, on ne peut le nier, nous sommes cause que des catholiques étrangers, d'ail- leurs favorablement disposés à notre égard, nous ont mal jugés, faute d'informations. Le moment actuel est favorable pour donner ces informations, et lesdoa- nerest un préliminaire indispensable à compréhension meilleure entre Rome et nous. Si les espérances ou les craintes de quelques ecclésiastiques anglais sont allées plus loin, s'ils ont commencé à examiner quels etermes de réunion », on pourrait offrir, on pourrait accepter, ou on devrait refuser, nous ne pouvons nous empêcher de penser que de telles pensées n'ont pas de fondement. D'une part, du côté de Rome, rien n'indique que certaines tendances doctrinales seraient modifiées, encore moins qu'aucune décision doctrinale serait revisée. D'autre part, il n'y 8 chez nous aucune disposition à abandonner le base des principes sur lesquels notre Église repose. Nous maintenons, comme auparavant, que les choses essentielles et permanentes pour la communion catholique sont les Credo, la Succession apostolique, les Sacrements. Nous en appelons, comme auparavant, des exigences ntes de Rome, en ce qui concerne la doctrine ou le gouver- l'ancienne Église et aux Écritures canoniques. Vraisemblable- ment, nous n'abandonnerons pas cette position fondamentale ni ce recours très légitime, et ceci entendu, il n'y a certainement pas de perspectire d'être admis par Rome à sa communion. Cependant, il ÿ a beaucoup à faire pour écarter les malentendus des deux côtés, pour faire que la discipline et la doctrine de l'Église d'Angleterre s'affermissent davantage parmi nous; y a beaucoup à faire pour que cette doctrine et cette discipline soient mieux connues des catholiques étrangers, pour faire admettre que l'appel à l'and- quité chrétienne ne fut pas fait une fois pour toutes au xvi* siècle, mais qu'il doit être regardé comme un procédé toujours bon, dont il faut cons- tamment se servir à la lumiére des nouvelles connaissances. Tout ceci, nous pouvons le faire, et pour les raisons indiquées plus heut, nous voyons, non pas tant dens les mots de la Lettre quo dans ce qu'elle ne dit pas, la preuve que notre travail ne sera pas inutile.
Un tel langage certes ne ressemble guère à celui du Tina. Celui du Church Times s'en éloigne encore davantage: L'idée qui se dégage de la Lettre de Léon XIII à l'Angleterre doit tou- LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 739
her tous les cœurs. C'est un appel direct aux sentiments religieux toujours si vivaces parmi nos compatriotes; et tous — qu'ils soient clercs ou laïques, qu'ils appartiennent à la communion anglicane ou à la communion romaine — doivent sentir que cette Lettre est pour eux un enseignement qui leur est donné en des termes tels qu'aucun d'eux, s'il aime vraiment Notre Sei- gneur et Maitre, doit pouvoir le repousser. 11 est impossible de séparer cette démarche faite par le Pape — et pour ce qui, du moins, concerne l'Angleterre, rien de semblable importance et de si fertile en espérances pour l'avenir n'a été fait depuis le xvi® siècle — il est impossible de la séparer des événements des derniers douze mois. Combien est grande l'intensité de ces désirs, si chers au cœur de tant d'hommes, de faire quelque chose pour amener l'unité du christianisme et remédier aux divisions qui séparent les chrétiens, c'est ce dont personne ne saurait douter. Ces désirs ont été éveillés par la brochure de l'abbé Portal et par les opinions émises par l'abbé Duchesne eur la validité des ordres an- glicans, lesquelles ont été la preuve que des ecclésiastiques étrangers pou- vaient avoir les vues les plus généreuses sur les revendications ct la situa- tion de l'Église anglicane; ils ont aussi été excités par les controverses que ces opinions soulevèrent dans les journaux, accrues par le discours de lord Halifax, en février, et plus encore par les rumeurs qui transpirèrent, quant au but du récent voyage de lord Halifax à Rome... Bref, ces désirs ont dé- sormais reçu le bénédiction de Léon XII, qui est venu au-devant d'eux pour donner publiquement son approbation à de tels efforts et à de tels vœux, en invitant la nation anglaise tout entière à prier en commun le Dieu tout-puissant de hâter leur accomplissement. Et le contenu de l'Encyclique dans son entier n'est pas moins remar- «quable que le fait même de l'apparition d'une semblable lettre. Les Anglais apprécieront la droiture et la loyauté de Léon XIII, ne tai- sant pas, dans la dernière partie de sa Lettre, certains sujets qui peuvent, par le plus grand nombre d'entre eux, être moins favorablement recus que ceux qui ont trait à l'intégrité des Saintes Écritures ou au repos du di- manche, — sujets sur lesquels leur pratique rompt avec l'enseignement et des traditions généralement admises en Orient comme en Occident; — de même, ik ne manqueront pas de remarquer le courage avec lequel le Pape n'a pas craint de prendre, vis-à-vis de toute la question de la réunion, une attitude très différente des dispositions qu'ont quelquefois montrées, dans le passé, certains membres de la communion romaine en Angleterre. Sans aucun doute, les difficultés sont très grandes, si grandes même que rien — ai ce n'est la certitude que les divisions présentes sont en horreur à Dieu et portent atteinte au nom du Christ — ne pourrait nous permettre T'espérance de les voir bientôt cesser. Mais,comme Notre-Seigneur nous l'a dit lui-même, pour la foi il n°y a pas d'obstacles. Dans un sens, à coup sûr, la lettre du Pape laisse ces difficultés intactes : elle n'explique rien, elle ne propose rien, elle réserve pour l'avenir la question de conférences éven- tuelles sur certaines matières controversées, comme la validité des ordres anglicans, ainsi que sur les diverses questions théologiques ou historiques qui nous tiennent séparés. ie, à un point de vue différent et qui est le plus élevé, elle fait quel- 740 REVUE ANGLO-ROMAINE que chose d'autrement préférable qu'un simple essai d'ouvrir des négocia- tions pour en urriver à une transaction sur l'un des points spéciaux qui nous divisent. Elle place toute cette question de la réunion dans une atmo- sphère plus libre, dégagée des passions humaines et des préjugés; elle fait appel à des considérations communes à tous les fidèles du Christ notre Dieu, les forçant d'aborder la question dans cette lumière éclatante de l'a- mour de Notre-Seigneur, et de tout ce qu'il & fait pour racheter toutes les âmes et unir tous les hommes en une commune famille, Par là, cette Lettre de Léon XIIT oblige toute âme chrétienne à répéter en elle-même : « Scigneur, que faut-il que je fasse pour ramener l'union et la paix dans l'Église, cette uuion dont la rupture vous est une si grave offense,en même temps qu'elle cause la perte de tant d'âmes, servant fréquemment de pri- textes à l'incrédulité? » Il est des moments, où sous l'empire de quelque émotion profonde, les dificultés semblent tomber d'elles-mêmes et où, sous l'influence vraiment transeformatrice de la foi et de l'amour, ce que nous souhaitons apparait comme évident et d'un succès certain : c'est dans un semblable état d'es- prit qu'a été écrite ln Lettre toute de paix et de bienveillance que Léon XIII a adressée à l'Angleterre, le matin du jour de Pâques. Elle fait allusion aux obstacles dont est semée la route, mais elle ne les ôte pas. Dans la réunion du christianisme, il voit quelque chose de vraiment semblable à une résurrection des morts. Pour les races latines, cette réu- nion apparaîtrait comme un renouveau de vie et de force que l'Église ac- querrait au contact des races teutoniques ; pour l'Église d'Angleterre, ce serait un apport de force en ce moment où elle est le plus faible, et comme une renaissance en son sein de la tradition catholique ainsi que du besoin d'unité qui ne se fait plus assez sentir parmi ses membres. Des deux côtés. elle faciliterait la solution de certaines questions, elle corrigerait certains défauts ou exagérations de doctrine, et ce serait un incommensurable ser- vice rendu à la cause du Christ, Et avec une intuition bien réellement vraie des choses, le Pape voit que la première démarche à faire, la plus néces- saire pour parvenir à un but si élevé, c'est d'accoutumer les esprits à cette idée d'unité, de les forcer à l'admettre et à la désirer, quitte plus tard à prendre des mesures définitives en vue de sa réalisation. Cette préparation des esprits, ce recours à la prière, cet appel à Dieu qui peut seul, s'il lui plait, ramener dans le bon chemin les volontés flut- tantes d'hommes pécheurs, tel est le principal objet de l'Encyclique. En conséquence, quelle réponse devra faire l'Angleterre à ua semblable appel? Assurément, rien en dehors de ceci,à savoir : que.sur l'invitation de nos propres évêques, l'Angleterre tout entière s'unisse, jour par_ jour et dimanche par dimanche, pour demander à Celui qui a promis la paix à son Église, de considérer non pas nos péchés, mais notre foi, et d'accorder à son Église cette paix et cette unité qui sont agréables à sa volonté. C'est à dessein que, dans le cas présent, nous nous sommes abstenux d'entrer dans aucune controverse, considérant que ce serait nous écarter d l'esprit de l'Encyclique. À coup sûr, il faut l'admettre, certains points sont susceptibles d'être discutés ; mais ils sont étrangers au souffle de prière LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 74
qui se répand aujourd'hui, et c'est pourquoi nous préférons en remettre la discussion à un moment plus favorable.
EL si des organes de la High Church nous passons aux organes de la Loi Church, le Record par exemple, nous trouvons encore l'expres- sion de sentiments qui ne #e confondent point avec ceux du Times.
La lettre de Léon XIII au peuple anglais est dans son ensemble admi- rable. C'est un appel adressé à tout le peuple chrétien pour qu'il prie Dieu de faire cesser les divisions qui existent entre ceux qui portent le nom du Christ et professent sa doctrine. Et cele dans un magnifique et touchant langage, dont cérité sont d'ailleurs en harmonie avec l'âge vénérable et l ment unique de Léon XHI. La confiance illimitée et absolue dans le pouvoir de la prière qui est exprimée dans cette Lettre, dit éveiller un sympathique écho dans le cœur * de tout chrétien, homme ou femme. Le Pape ne cherche pas à dissimuler que des obstacles apparemment insurmontables s'opposent à la réal de l'unité; mais il se place aur le seul et vrai terrain, celui de la foi qui n'hésite pas et qui refuse de mesurer le pouvoir divin d'après des prév sions humaines, Hur tous ces points, les ecclésiastiques anglais sÿmpa- thisent du fond du cœur, C'est digne de remarque que ce désir de paix et d'unité exprimé par le Chef de l'Église Romaine ne soit que l'écho de l'appel adressé durant ces deux dernières années grand nombre de non-conformistes et quelques membres de l'Église d'Angleterre. Comme expression d'un désir sincère, religieux et ardent de voir cesser les divisions entre ceux qui portent le titre de chrétiens, lea Conférences telles que celle de Grindelwald ont la même signification que la lettre du Pape. Ne rabaissons pas cette signification. 11 semble que Celui qui dis- pose du cœur de l'homme pouse les différentes Églises et les différenter sectes à aller au-devant lex unes des autres. S'il en est ainsi, nous pou- vons compter avec confiance et reconnaissance que le Tout-Puissant saura d'une manière ou d'une autre achever l'œuvre qu'Il a commencée.
A ces appréciations de la presse religieuse anglicane, nous croyons devoir joindre lo texte de l'adresse votée par l'Ænglieh Church Union on réponse à la Lettre de Léon XII:
Les membres de cette société, déplorent profondément les malhoureuses divisions qui séparent les chrétiens les uns des autres, accueillent avec une profonde reconnaissance la lettre de Léon XIII au peuple anglais. Pensant, avec Sa Sainteté, que la prière frvente, fait en communauté d'inten- tions, eat le plus sûr moyen d'obtenir de Dieu l'unité du christianisme, ils recommandent à tous, — en réponse à cette lettre et en conformité avec la récente « pastorale » de Sa Grâce l'archevêque de Cantorbéry, — de s'unir et de persévérer dans la prière, afin que cette union parfaite dans la foi et dans l'amour,que Notre-Seigneur a promise la veille de sa Passion à tous ceux qui croient en son nom, se réalise un jour. 742 REVUE ANGLO-ROMAINE Nos lecteurs nous pardonneront ces longues citations à cause de l'intérét documentaire qu'elles présentent. C'est l'unique raison qui nous a poussé à relever, avec preuves à l'appui, l'une desrares inexactitudes contenues dans le livre du P. Ragey.
Enfin, notre auteur s'arrête plus particulièrement sur la lettre a Angles. Nous le citons bien volontiers encore une fois :
« La plus forte de toutes les raisons d'espérer que le grand acle de Léon XIII ne sera pas sans effet, c'est cel acte lui-même. « Qu'un pape se soit décidé à rompre enfin un silence de trois siècles et à faire entendre de nouveau la voix du chef de l'Église ra- tholique à la protestante Angleterre, ce n'est pes là un fait ordinaire: ce n'est même pas un fait qu'on puisse, quand on a la foi, regarder comme purement humain. a Qu'a dit cette voix? « L'appel du pape — est-il besoin de le faire remarquer? — est un appel à l'union « en corps ». C'est à un appel à l'union « en corps » que s'adressent Loutes les réponses qui lui sont faites. Le mot d'union «en corps » n'est écrit nulle part dans la lettre de Léon XIII; mais pour qui sait lire et comprendre, il est écrit partout. S'il ne s'agis- de l'union « en corps », plusieurs passages de celte lettre n'au- raient pes de sens. « D'où est venu que le pape se soit décidé à cette grande et extraor- dinaire démarche? D'où est venu que, sortant tout d'un coup dela réserve vbservée par ses prédécesseurs pendant trois siècles, et s'écar- tant brusquement de la ligne par eux suivie, il se soit adressé direc- tement, et avec l'accent d'une paternelle affection et d'une pleine con- fiance, à cette nation anglaise, dont ce seul mot de pape et de papitra si longtemps excité le mépris et la colère? Aujourd'hui encore le Pape n'est-il pas, pour la grande majorité des Anglais, sinon un ennemi, du moins un étranger? D'où est venue au chef de l'Église la confiance qu'en entendant sa voix, ses enfants égarés le reconmai- traient pour leur père et reprendraient le chemin de Rome? »
Après un éloquent parallèle entre Léon XIII et saint Grégoire le Grand, le P. Ragoy continue en ces termes :
« L'esprit qui dirigeait saint Grégoire est celui qui dirige Léon XIII. Cet esprit-là vient de plus haut que la terre et il voit plus loin que le regard même du génie. A travers les raisons de craindre que montre l'esprit de l'homme, il n'est pas rare qu'il découvre des raisons d'es- pérer que l'œil humain n'apercevrait point de lui-même. LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 743
« Du reste, les circonstances sont aujourd'hui bien différentes de ce qu'elles étaient en 596. Il ne s'agit plus de convertir au christianisme des hommes qui adorent des dieux de bois et de pierre. Non, il s'agit de s'entendre avec des frères qui adorent le même Dieu que nous, le Dieu fait homme qui est mort pour nous sauver, el qui croient à son Évangile, et qui le lisent plus souvent que nous, et qui, loin de nous repousser, nous tendent la main et nous disent: Unissons-nous. « I s'agit pour les catholiques de faire quelques pas vers ces chré- tiens qui sont en chemin pour venir à eux, vers ces chrétiens pour la plupart d'une entière bonne foi, dont un grand nom- bre se recommandent par leurs bonnes œuvres et leurs vertus, et sont bien près d'être catholiques. À ces chrétiens le successeur de saint Grégoire n'a pas besoin d'envoyer des apôtres. Ces apôtres sont au milieu d'eux. Il n'est même pas nécessaire d'exciter leur zèle : il suffit d'animer leur confiance. Il suffit de leur persuader que l'heure n'est pas loin où, non plus seulement les individus ou bien des groupes plus ou moins nombreux, mais où l'Église anglicane « en corps » ren- trera en communion vec le Siège de Pierre, dont elle reçut jadis directement la lumière de la foi. « Que cette heure soit proche, ce n'est pas seulement l'acte même du souverain Pontife, l'appel qu'il s'est décidé à adresser aux angli: cans, qui en esl une preuve, c'est encore l'accueil que cet appel a rencontré. »
Nos lecteurs savent que sur ce point tout le monde n'est pas du même avis. L'éminent archevêque de Westminster, en particulier, comme le prouve la lettre qu'il adresse à l'euteur, n'a « aucune confiance dans la prophétie d'une conversion en masse ». Le seul moyen, d'après lui, d'amener l'Angleterre à l'unité catholique est de procéder exclusivement par conversions individuelles. D'autres pensent que le moment est venu pour les autorités de l'Église romaine de tenter une action d'ensemble, d'essayer une union en corps. Per- sonnellement, nous croyons avec le P. Ragey que la Lettre du Souve- rain Pontife constitue, sinon « un appel à l'union en corps », du moins un indice que Léon XIII voudrait orienter dans ce sens la politique de l'Église. IL est à peine besoin d'ajouter qu'une telle politique, si elle s'aMrmait, ne changerait rien à la posilion respective des indi vidus. Les mêmes règles serviraient à former la conscience des parti- culiers et à déterminer leur conduite. Sous ce rapport, il ne saurait y avoir le moindre doute. Le P. Ragey, après avoir parlé de l'union comme il en a parlé,a jugé inutile de faire cette remarque. Ils eu rai- son : elle est superflue pour tout catholique et pour Lout anglican qui connait {ant soit peu nos principes. Notre auteur termine en rappelant la belle croisade du P. Ignsce TA4 REVUE ANGLO-ROMAINE
Spencer. Le Bulletin de l'association catholique pour la réunion dé T'Églèe anglirane a raconté, en quelques pages pieuses et fort intéressantes dues à notre zélé collaborateur, le P. Bony, la vie et les travaux de cet apôtre infatigable. Nos associés s'efforceront de continuer sm œuvre de prière. Les succès que leurs démarches ont déjà oblenus nous garantissent pour l'avenir une organisation solide el persévé- rante. L'œuvre s'établit dans les séminaires, dans les couvenis et dans les paroisses. Les Filles de sainte Thérèse et de saint François de Sales, les sœurs de Charité de saint Vincent de Paul el beaucoup d'autres communautés prient pour l'union des églises,et en particulier pour l'Angleterre. Tous les jours il nous arrive des adhésions nou- velles; nous recevions derniérement les communications suivantes
Congrégation des Gardiennes de l'Eucharistie, dite des sœurs de Sat. Aignan. — Alin de s'unir à l'association catholique pour la réunion des Églises dixsidentes, les Gardiennes de l'Eucharistie promettent : 4° De recommander spécialement cette œuvre de premier ordre dans chacune des adorations qu'elles font en présence du Très Saint Sacremeat de & heures du matin à 8 heures et demie du soir; 2 D'offrir, dans le but d'obtenir cette réunion, leur communion du second mardi de chaque mois; 3° D'avoir, pour la même fin, une intention dans les communions du dimanche et du jeudi; 4e De dire leur chapelet à cette intention le lundi de chaque semaine.
SœŒvR THÉRÈSE DE LA CROIX ET DU SAINT SACREMENT,
Supérieure générale.
Paroisse Bonne- Nouvelle de Paris. — Monsieur, l'échange de nos Bulle- tins neux a mis en indirects rapports. La lecture si intéressante à tous égards du vôtre est venue encore aceroitre mon désir de répondre avec tout mon cœur aux intentions du Souverain Pontife, demandant à tous les catholiques des prières pour le retour à l'unité des Églises orientales et de l'Église anglicane. Les paroles du Pape aussitôt entendues, j'avais travaillé à exciterke zèle pieux des associés de l'Archiconfrérie de Notre-Dame Consolatrire d< Afigés. lorsque parut l'annonce de votre sainte croisade et le premier numéro de votre Bulletin, Dès ce moment, nous avons redoublé d'ardeur. J'ai demandé à nos as ciés des prières quotidiennes: les deuxième et quatrième samedis d chaque mois, le retour de l'Angleterre a sa part dans les intentions de ls messe célébrée pour l'Archiconfrérie; ce grand événement est enfin recum- mandé, chaque semaine, aux associés, dans les assemblées du dimanche. Les membres inscrits sur les registres de notre Archiconfrérie atti- gnent déjà le chiffre de 45.000. A la lête des noms figurent trois de Éminentissimes cardinaux et vingt-deuz archevéques ou évêques. En ma qualité de Directeur de notre pieuse association, je viens vous LA CRISE RELIGIEUSE EN ANGLETERRE 745
demander de nous inscrire parmi les membres de votre Association catho- lique de prières pour le retour des anglicans. Si vous accédez à mes vœux, je serai heureux de faire l'annonce solen- nelle de notre affiliation dans notre Bulletin qui va trouver nos lecteurs à tous les coins de la France et de l'étranger. Veuillez agréer, ete. A. DE MONTFERRIER, Curé de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.
Nos lecteurs ne trouveront pas ces détails déplacés dans les pages de la Revus Anglo-Romuine; car ils attestent que le mouvement en faveur de l'union s'accentue et se généralise. Et nos collaborateurs, qui ne sont pas seulement des hommes de science, mais aussi des hommes de foi, verront dans ces nombreuses prières un précieux gage de bénédiction pour leurs dificiles labeurs. Ils travaillent la terre et l'arrosent, Dieu donnera l'accroissement. Il appartient à nos associés, à lous les chrétiens qui s'intéressent à le grande cause de l'union des Églises, en particulier à ceux qui ont la direction des mes, de favoriser ce mouvement de prières. Nous citons encore une page éloquente du P. Ragey :
« Si des conversions en masse, et même la conversion de la nation anglaise tout entière n'a pas été ublenue, n'est-ce pas parce que l'appel fait aux évêques de France en 1888 par le Père Ignace Spen- cer ne trouva pas l'écho qu'il espérait? « La France catholique avait eu un beau mouvement ; malheureuse- ment c'était un de ces mouvements comme il s'en produit souvent en France, qui sont généreux, mais qui ne durent pas. Du reste, c'est par- tout qu'on se lasse vite de prier. Voilà pourquoi le pieux Passionniste s'efforçait de faire comprendre aux évêques de France que la prière pour la conversion de l'Angleterre ne pouvait être ce qu'il fallai qu'elle fût, c'est-à-dire ardente et persistante, sans des prédications qui exciteraient la flamme du zèle et la ranimeraient, quand elle serait près de s'éteindre, et sans une organisation qui, au lieu de laisser cette prière à l'inspiration fugitive de chacun, en ferait une œuvre ayant dans chaque diocèse son fonctionnement propre et régu- lier, et susceptible de se développer, sous la haute direction de l'évêque et la bénédiction du chef de l'Église. « C'est de cette œuvre plus que de toute autre chose que dépend l'issue de le crise religieuse que traverse en ce moment l'Angleterre. Si l'on nous demandait : Celle crise aboutira-t-elle à l'union des deux Églises? nous répondrions : Dites-nous d'abord si l'œuvre ardem- ment poursuivie par le Père Ignace Spencer sera réalisée. « Cetle œuvre sera réalisée, si les évêques le veulent. Le sort de l'Angleterre est entre leurs mains, » 746 REVUE ANGLO-ROMAINE Bénie et encouragée par Nos seigneurs les évêques, l'association arrivera par ses correspondants diocésains à encadrer toutes les bonnes volontés. Elle assurera à l'action de la prière une durée a une persévérance que les plus grands efforts individuels ne peuvent lui donner. Reste à prendre congé de notre auteur. Le P. Ragey a écrit son travail dans le dessein de faire prier pour le retour de l'Angleterre. IL & pleinement atteint son bul. Il es impossible de lire le volume sans se sentir porté à prier pour ce grand pays. C'est une impression qui se dégage, forte comme la conviction qui a voulu la produire. On pourrait peut-être souhaiter au livre plus d'unité dans les vues et les appréciations; emporté par l'intérêt des questions, l'esprit du lecteur se prend à désirer de voir les différents problèmes plus approfondis; mais quand on se souvient du cadre que l'auteur s'est tracé, il est facile de reconnaitre qu'il l'a bien rem- pli. La crise religieuse en Angleterre fera prier, elle instruira surlont les Français,et à ca double titre. nous sommes heureux de lui souhai- ter un grand nombre de lecteurs.
F. PorTaL.
CHRONIQUE
Le cardinal Vaughan à la chapelle française de Londres. — Nous lisons dans le ablet que Son Éminence le cardinel Vaughan a dernièrement présidé les offices à la chapelle Saint-Louis-de- France, Portman square, en présence du baron de Courcel, notre ambassadeur à Londres. La chapelle Saint-Louis, qu'il ne faut pas confondre avec l'église Notre-Dame-de-France, de Leicester square, a été, comme on le sait, bâtie pendant l'émigration,tandis que Notre- Dame-de-France le fut seulement il y a environ #0 ans. La chapelle Saint-Louis, modeste d'apparence, est particulièrement chèreà Lous les Français par les souvenirs qu'elle rappelle. de-France, c'est la grande paroisse française de Londres; avec son hôpital et ses écoles, elle constitue un centre où nos compatriotes sont heureux de se retrouver au milieu de la grande capitale.
Le divoroe dans l'Église d'Angleterre. — La loi qui régit
le remariage des divorcés dans l'Église d'Angleterre est des plus inconséquentes et des plus curieuses. Aux termes de celte loi civile imposée aux ecclésiastiques anglais, aucun clergyman n'est tenu de bénir le mariage de personnes divorcées; m ne peut refuser son église pour celte cérémonie si les nouveaux époux trouvent un autre clergyman consentant à bénir leur union malgré le divorce. On conçoit que cette coutume répugne profondément aux ministres de la Haute Église, et une vigoureuse campagne vient d'être entre- prise par l'English Church Union, pour obtenir le rappel de la loi en question et assurer le respect du lien conjugal. À cetle occasion Lord Halifax vient de prononcer, au dernier meeting de l'£. (!. U., un important discours que nous ne pouvons reproduire aujourd'hui en entier, mais dont nous tenons au moins à donner quelques
« Nous sommes ici, a dit Sa Seigneurie, à la fois comme citoyens
et comme chréliens: comme citoyens nous protestons contre des abus que nous considérons comme devant détruire la prospérité de notre pays ; comme chrétiens nous insistons pour que l'Église d'An- gleterre ne soit pas associée à une œuvre que nous croyons devoir saper les fondements de la religion et de la moralité. On ne nie pes que le bonheur des individus, que la vie de la famille, que la sécu- rité de l'État dépend de l'inviolabilité et du caractère sacré du 748 REVUE ANGLO-ROMAINE meriage. On ne nie pas que l'objet de nos lois sur un el sujet devrait être d'assurer le bonheur du plus grand nombre. Or, nœ lois sur le divorce partent d'un principe entièrement opposé. Elles sacrifent le bonheur du plus grand nombre aux intérêts persoanels des individus. « ... Et non seulement le Divores ac est en opposition avec la loi de l'Église, mais encore il cherche À imposer cette loi de l'Étal aux consciences des Sdèles. Sans doute, je ne contesterai pas que a coutume, dans l'Église d'Orient, concernant le divorce, semble n'avoir pas toujours élé d'accord avec celle de l'Occident. Mais, en tous cas, il n'y a aucun doute, quant à la coutume constante de l'Église d'Angleterre sur ce point. Et si l'on s'en rapporte au Écritures, peut-on y trouver quelque argument en faveur du divorce, peut-on admettre que Notre-Seigneur ne l'ait pas défendu, même en cas d'adultère, alors que la règle de l'Église primilive, à cet égard, fut aussi stricle que nous le savons. «.... Je ne puis croire, & dit en terminant Sa Seigneurie. qu'une telle coutume soit plus longtemps tolérée par la chrétienne Angleterre, et je prie Dieu d'affranchir l'Église d'Angleterre de toute apparence de complicité dans une œuvre si néfaste. »
Le IV‘ Congrès scientifique international des catho- liques. — On sait que le 4° Congrès scientifique internationaldes catholiques aura lieu au mois d'août de l'année prochaine et qu'il s'assemblera en Suisse, à Fribourg. La Liberté, de Fribourg, publie un appel aux catholiques suisses, en vue de préparer cette grande réunion. Cet appel est accompagné d'une chaleureuse lettre de recommandation, signée de Mgr l'évêque de Saint-Gall, au nom de tous les évêques de Suisse.
Le Pape et les Arméniens. — Le R. P. Charmelant, direc- teur de l'œuvre des écoles d'Orient, a reçu de Son Éminence le car dinal Rampolla la lettre suivante :
« Rome, # mars 1896.
< Révérend Père,
« Je me suis empressé de communiquer au Saint-Père le très pré- cieux bulletin de votre œuvre avec les nouvelles que vous m'avez données par votre estimée lettre du 25 février; elles ont procuré une grande consolation à Sa Sainteté. Elle n'a pu s'empêcher d'admirer la générosité des catholiques français qui, après votre appel et dans le court espace de quarante jours, ont déjà souscrit la somme consi- dérable de 82,000 francs au profit de la nation arménienne !. « Personne n'ignore la part déjà prise et que prend encore l'angusie Pontife pour améliorer la condition de ces populations si éprouvées, ni les secours qu'à diverses reprises Illeur a fait parvenir. Il à daigot leur donner encore un solennel témoignage de son intérèt, dans
1 La souscription atteint aujourd'hui 130,000 francs. CHRONIQUE 749
l'allocution adressé au Sacré-Collège, à l'occasion du dernier Consis- toire. « Pour ces raisons, Il ne peut manquer de louer Votre Révérence pour le zèle avec lequel vous travaillez à ce même but. « Il approuve, en outre, que l'appel que vous avez adressé à la France soit adressé également aux autres nations, et Il a la confiance que les catholiques de ces contrées s'efforceront de rivaliser avec la charité des catholiques français. « En attendant, comme témoignage de sa paternelle affection, 11 vous envoie de tout cœur la Bénédiction apostolique, ainsi qu'à tous ceux qui sont à ln tête d'une mission aussi sainte, et à tous les fidèles qui vous ont déjà donné ou vous donneront leur concours. « Recevez, en outre, mes félicitations pour l'abondance avec laquelle Dieu a béni votre entreprise, et c'est avec la considération la plus dis- tinguée que j'ai le plaisir de me dire de nouveau « Votre très affectionné dans le Seigneur,
« M. Card. RamPOLLA. »
Etats-Unis. — On est en train d'organiser, aux États-Unis, un grand pèlerinage qui viendra en Europe au mois de juillet prochain, sous la conduite du R. P. William Smith, des Frères de la Merci. En partant de New-York, les pèlerins passeront par Gibraltar, iront à Lourdes; ensuite, en louchant Gèneset Naples, viendront à Rome. Après l'audience pontificale, ils parliront pour Assises, Lorette, Padoue, la Suisse, pour y visiter Einsielden; ensuite ils iront à Paris et en Irlande, pour rentrer au mois de septembre dans leurs foyers.
La Sacrée Congrégation des Rites a rendu un décret autorisant l'usage de la langue française dans toutes les causes de béatificalion et de canonisation qui seront soumises à celle Congré- gation. Celte mesure constitue pour les postulateurs une grande éco— nomie de Lemps el de dépenses.
Correspondance. — Nous recevonscommunicalion de la lettre suivante avec prière d'insérer : Sir, L should be glad if you would ask the Revue Anglo-Romaine 10 correct the title of my little book on Anglican fallacies, as given n° 8 of the Revue, in à quotation from the interesting Étude of R. P. Tour- nebize, on p.362, note2The real title is not Anglican Fallaries of Lord Halifar, but Anylican Fallacies, or Lord Halifar. This may seem a dis- tinction without a difference, but it is really Lhe difference of what 1 hope a courleous as opposed to a rather discourteous title, ele. Sincerely yours. — LUKE RIVINGTON. LIVRES ET REVUES
REVUE CATHOLIQUE DES REVUES
Sous le litre : Défense ou réforme de l'Église ‘, M. l'abbé Bocpnox étudie dans la Revue catholique des revues la situation de l'Église d'A gleterre au point de vue de sa constitution intérieure.
11 s'agit de l'Eglise anglicane établie et d'une association récemment fondée pour la défendre. On invite les membres du clergé à s’y enrôler; et le D Jessopp est d'avis qu'il n'est pas urgent de défendre l'Église établie. mais bien de la réformer. I faut défendre l'Église établie, et l'auteur demande : Que s'agit-il de défendre ? — D'abord quel est ici le sens du mot Église? Sans doute, quand on parle de l'Eglise, les chrétiens entendent une société, une famille, une organisation fondée par Notre-Seigneur, un royaume, comme il l'appelle. Mais quand on parle de l'Eglise établie, on n'entend plus cette Eglise aussi ndue que la chrétienté; on vise quelque chose de beaucoup plus res- treint. Tous les anglicans ont le devoir de s'y" intéresser. 4. — Or aucune société ne peut exister ni agir sans qu'il y ait, à la base de l'union, des croyances partagées par tous les membres. Toute assoc tion commence yar formuler des principes que tous les adhérents sont tenus d'accepter. Une société religieuse doit donc avoir avant tout ses croyances. Et tout chrétien doit étre disposé à défendre sa foi. Mais tel n'est point le but qu'on se propose, et l'invitation à adhérer à la « Church Defence Society » implique quelque chose de bien différent: cela suppose beaucoup plus, ou beaucoup moins. 2. — Toute société doit avoir une sphère d'action définie et un but déter- miné qu'elle se propose d'atteindre, bien qu'on puisse y concevoir des déve- loppements et des moyens divers. Mais peut-on admettre qu'une société soit rivée à des règlements, à des usages, bons et utiles il y a cent mais qui aujourd'hui ne servent plus qu'à témoigner de l'antiquité de titution, sans offrir aucun secours pour atteindre la fin à laquelle ils devaient conduire? Or l'Eglise d'Angleterre est une société qui existe pour évangéliser cette nation. Ses croyances sont clairement formulées, ainsi que les principes qui justifient son existence. Mais, au-dessus de ces croyances et de ces principes, l'Eglise, comme toute autre société, doit formuler les méthodes qu'elle entend employer pour atteindre son but, à savoir les règles, rubriques, canons, articles, règlements plus ou moins précis, que tous doivent observer. IL est assez exact de dire que les lois, ordonnances, régles de conduite, restrictions et règlements de l'Eglise d'Angleterre sont cun- tenus dans le Prayer book (livre de prières); non pas sans doute que toutes les lois y soient contenues ni qu'il ne contienne que cela. Mais, malgré la témérité que l'on pourra trouver dans mes paroles, je demande très sérieu-
4 Nineteenth Century, n° 223, article du Rev. D' Jessore. LIVRES ET REVUES LT
sement, dit l'auteur : tout ce qui est dans le Prayer Look mérite.t-il d'être défendu? tout peut-il être défendu? L'histoire de sa composition pourrait faire naître d'intéressantes ques- tions; mais prenons-le tel qu'il est. On a fait, il ÿ & quelque vingt ans, une revision des lecons tirées de l'Écriture et plusieurs ont été modifiées; c'était avouer que les dispositions antérieures ne pouvaient pas où ne devaient pas être défendues; on réclamait une réforme. Il se trouva sans doute bien des personnes qui protestérent contre tout changement; ils étaient pour la défense et rien que pour la défense. Il fallut cependant se soumettre aux réformateurs. Et aujourd'hui, faut-il absolument défendre tout ce qui se trouve dans le Prayer book? Serait-ce, par exemple, une profanation de modifier le calen- drier? L'auteur voudrait y voir figurer « len chefs el les héros de notre Eglise d'Angleterre, les saints et les martyrs qui nous ont légué de nobles souvenirs et d'illustres exemples ». En revanche, il voudrait en voir retran- cher « des noms inséparablement liés aux visions et aux fables d'une hagio- logie aujourd'hui abandonnée, propre à entretenir une crédulité efféminée et dégradante ». D'ailleurs il ne donne aucun exemple. 11 est permis de penser qu'il abandonne trop facilement « Vincent, diacre et martyr espa- &nol », ou « Crespin, martyr », ou encore la mention des O de l'Avent: mais on ne peut que l'approuver quand il signale une faute d'impression qui se perpétue depuis plus de trois siècles dans le calendrier, où l'on marque au 7 septembre Enurchus au lieu d'Euvertius (saint Euverte). Faut-il aussi défendre toutes les rabriques du Prayer book, alors qu'un hon nombre ont donné et donnent lieu à d'interminahles discussions ? Ne serait-il pas meilleur, plus loyal et plus sage d'en améliorer la rédaction ? Une attitude purement défensive serait à la fois dépourvue de dignité et de raison, et vouloir sy maintenir malgré tout conduirait fatalement, non à l'accord, mais à une division violente. 3. — Mais toute société organisée, si elle veut faire quelque chose, doit accomplir les opérations qui lui sont propres par le moyen d'agents et d'employés dûment désignés. On devra trouver, parmi ceux-ci, une subor- dination: chez les chefs rexponsalies, la surveillance et le contrôle; il devra être possible d'écarter un employé insufisant, de faire avancer un serviteur capable. Plus est vaste la sphère d'action d'une société, plus grande aussi est la nécessité de maintenir chacun dans la voie du devoir, de réglementer son action, de faire observer une rigoureuse et prompte discipline. Or, que voyons-nous dans l'Eglise établie ? Tout clerc paroissial, statutairement investi de sa charge, est inamovible, fût-il alxolument incapable de remplir ses fonctions. Il est infiniment regrettable qu'un clerc puisse être notoirement donné à l'intempérance, incapable de s'acquitter de ses fonctions, objet de dérision, pour ne pas dire davantage, des paroissiens. Ce qui est pire, c'est que tous les hénéfi- ciers ont la possession inaliénable de leur bénéfice, dont ils ne peuvent être privés par le corps épiscopal et le Primat à leur tête, sauf les cas où ils se seraient rendus justiciables d'une cour criminelle. On a tenté sur ce point une timide réforme, mais il reste encore beaucoup à faire. Faut-il indéfiniment tolérer dans les paroisses la présence ment incapables, grossiers, indolents, ignorants? 4. — Dans toute société organisée, il est essentiel d'avoir un pouvoir exéeutif, qui doit avoir quelque participation au choix des subordonnés, et la possibilité d'intervenir lorsqu'on propose ou qu'on a fait un mauvais <hoix. On y pourvoit généralement par des examens, par un stage, et l'on ne conçoit pas qu'un particulier puisse avoir un droit de nomination 732 REVUE ANGLO-ROMAINE
absolu. Et cependant par l'abus du droit de patronat acheté, ce système à prévalu longtemps pour plusieurs charges en Angleterre. IL a disparu pour la plupart; mais il est encore forissant pour les chargesde l'Eglise établi. Ext-ce là encore une institution ou une pratique à défendre ? — Toute société organisée doit avoir une constitution, des directeurs. un comité, des assemblées, etc. Mais quelle est donc la constitution de l'Eglise établie ? Pour moi, dit l'auteur,je veux bien admettre que le sou- verain du royaume est le chef de l'Eglise aussi bien que de l'Etat, et qu'il a, comme tel, le pouvoir « suprême sur toutes les personnes et en toutes les causes, aussi bien ecclésiastiques que temporelles ». C'est la consé quence inévitable de l'acceptation de la monarchie par la nation. a des milliers de sociétés très utiles et très prospères qui ne semblent pas avoir conscience de cette supériorité, et qui ne recourent aux représen- tants du pouvoir royal que pour faire trancher les différends qui vienneut à surgir. Elles accomplissent seules leurs œuvres; chacune des personnes qui détiennent une partie de l'autorité sait ce qu'on attend d'elle, et le con- seil de direction,le plus souvent électif, représente tous les membres de la société. L'Eglise établie a-t-elle une organisation de ce genre? On me dira vens doute : Elle a sa convocation (son synodel. C'est préci- sément ce que n'a pas l'Eglise établie. Chacune des deux provincesde Cantorbéry et d'York a sa ronvocation, très curieuse survivance d'un passé presque entièrement oublié ; mais l'Eglise établie, dans son ensemble. n'a aucune assemblée générale, rien qui ressemble, mème de loin, à un pou- voir législatif, et ce qui existe ne possède aueune action effective. La Con- vocation de Cantorhéry ne comprend, à côté des représentants des cha- pitres des quarante-six délégués du clergé inférieur, aucun représentant des clercs non bénéficiers; il y à la Chanbre des laïques (House of Layment. mais ses délibérations, quelque respectables qu'elles soient, ne peuvent aboutir à rien. 6. — Toute société qui a une sphère d'action déterminée doit posséder certains biens, qui forment son capital : immeubles, terres, droits et rede- vunces diverses; plusieurs pouvant être grevés d'affectations spéciales. En tout cas, ces biens appartiennent à la société. Or, il ÿ & d'étranges choses dans l'administration des biens de l'Eglise établie. Certains sont gérés par une commission dont certains membres laïques peuvent étre séparatistes: lex bénéficiers ont, par rapport aux terres et aux maisons de leurs béné- fices, une liberté excessive; les cathédrales et autres églises appartiennent on ne sait à qui: certaines n'ont aucun xuhside pour l'entretien et les réqu- rations; et autres critiques du même genre. En présence de tels défauts, de tels abus, on vient nous inviter solennel lement à nous inscrire duns une grande ligue pour la défense de l'Eglise établie! Une société qui veut des défenseurs et ne veut que des défenseurs est destinée à périr. Si elle ne peut supporter une réforme, une réorgani- sation, il est inutile de la défendre: elle est à l'article de la mort. Vous voulez protéger l'Eglise établie? Que faites-vous de la maxime des écone- 2 « Toutintérêt protégé languit » ? Non, il faut réformer. On a dans ce siècle fait aboutir bieu des réformes en Angleterre; pourquoi ne pas tenter celle-là? L'Eglise établie n'est pas un vieux vaisseau qui ne puisse plus affrouter les flots ec les vents. Vous voulez, diles-vous, hisser sun dra- peau sur le mât? Oui : mais à condition d'y écrire, non pas « défense +. mais « réforme ». — A. BOUDINHOX. DOCUMENTS
CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ
HODIERNÆ GRAVISSIMÆ :
DE
SACRAMENTO EUCHARISTIÆ
LIBER 1
AN QUO DE REALI CHRISTI IN SACROSANCTA EUCHARISTIA PRESENTIA ET PAR- TICIPATIONE, AC DE MODO UTRIUSQUE BREVITER TRACTATUR.
CAP. IV.
In quo nc Transsubatantialionem, noque consubatantiationem liereses ess8 ostenditur, at simul de orali, alque etiam indinorum mandurations Cor- poris Chriati agitur.
(Suite,
- Lutherus ipse in Captivitate Babylonicé anno [45, 90 script: “ Thomistica doctrina est, transsubstantiari panem et vinum; libe- rum est et citra salutis periculum, imaginari, opinari et credere, remanere aut non remanere substantiam panis et vini. ” “ Permitto, * inquit, “ qui voletutremque opinionem lenere; hoc solum nune ago, ut scrupulos conscientiarum de medio tollam, ne quis se reum hæ- reseos metuat, si in allari verum panem verumque vinum esse credi- derit; sed liberum esse sibi sciat citra periculum salutis, alterutrum imegineri, opinari, et credere, cum sit hic nulla necessitas fidei; ” et rursus: “In Sacramento, ut verum corpus verusque sanguissit, non est necesse panem et vinum transsubslantiari, &c. Permitto tamen aliis opinionem alleram sequi, quæ in Decretali ‘ Firmiter statuitur, mode non urgeant suas opiniones pro articulis fidei acceptari. ” E in libro ad Waldenses Fratres anno 4523: “ Errorem quidem esse ” dicit, “ afirmare, panem in Sacramento non manere, sed tamen in islo érrore non multum esse situm, modo corpus et sanguis Christi cum verbo ibi relinquatur, ” et anno 4838, in Confessione Majore rursum seribit : Se hactenus docuisse et adhuc docere, parum re- REVUE ANOLO-ROMAINE. — T. 1 — 48. 754 REVUE ANGLO-RÔMAINE
ferre nec magni momenti quæstionem esse, sive quis panem in Eucha- ristià manere, sive non manere sed transsubstantiari credat. ” Hæe ille, cum paulo pacatior esset. Vide Hospinianum. ‘ Lutheri vero inconstantiam in aliis scriptis non excuso.
- Chemnicius :* “* Sed dicet quis : Quare ila contendamus, an substantie panis in Eucharistià vel remaneat vel non remaneal : cm thesaurus Eucharistiæ sit non panis materialis et vinum vulgare, sed vera et substantialis præsentia, exhibitio et sumptio corporis el san- guinis Christi? ” et cætera. Respondeo, ” inquit, “ nullo modo pari momento censemus panem et corpus Christi: et Lutheras sem- per dixit, se in Lola hac disputatione, magis spectare præsentiam corporis et sanguinis Chrisli in cœnâ, quam præsentiam panis el vini, Sed quia transsubstantiatio pro articulo fidei, sub pænà ans- thematis proponitur, necessario contradicendum est, &c. ” Hæc ille.
- Lougius consubstantiatorum quàm transsubslantiatorum sen- tentiam à Christi verbis recedere, si vel litera spectetur, sive sen- sus, ” affirmet R. Hospinianus! ct cæteri Calviniani communikr. Beza tamen :* “ Verum est, ” inquit, ‘ fuisse per nos obnixè flagi- tatam fraternilatis dextram, non quasi per omnia consentiremus, sed ut omni offensione añimerum sublatà placidé disquisitioni dein- ceps aditus pateñer Consensus Sendomiriensis Evangelicorum Fratrum quantum ad cuntroversiam de Sacrâ Cænâ Domini sic se habet : “ Quantum ad infelix illud dissidium de Cœn Domini aflinet, convenimus in sen- tentiä verborum Domini nostri Jesu Christi, ut illa orthodoxe intel lecta sunt à Patribus, et imprimis Irenæo; qui duabus rebus, seili- cet terrenê et cælesti, hoc myslerium conslare dixit. Neque ele- menta signave nuda et vacua ille esse asserimus : ed simul reipsa credentibus exhibere et præstare fide quod significant, &c. Huju- autem sancti mutuique Consensôs vineulum fore arbitrati sumus. convenimusque ; ut quemadmodun illi nos, nostrasque Ecclesias, el Confessionem nostram, in hac Synodo publicatam, et Fratrum Ortho-
doxas esse testantur : sic eliam nos illorum Kcclesias eodem Chris- liano amore prosequamur, et Orthodoxas faleamar : extremumque valedicamus, et altum silentium imponamus omnibus rixis, distrac- tionibus, dissidiis, &. Ad hæc recipimus, mutno consensu, omai Studio nostris fratribus omnibus persuasuros, atque eos invitaturos ad hunc Christianum et unanimem consensum amplectendum, colendum et conservandum, illumque slendum et obsignandum, præcipuè auditione verbi ifrequentando tam hujus quam alteries cujusque confessionis cætus et Sacramentorum usu, &c. ” Formula hæe Consensus sancita fuit anno 1570.
1 Hist. Sacram. parte allera, p. 168 [a].
In Eram, Décret, Conc.
© Hist. Sacram, parte allo 7 (.] 4 Parto altera Responsionis Acta Collnquii Montisbelgard.. p. 253, 3 IV Adr. Hier.
Vide 22 Jp. 181-3]
LB. 1 DE ECCHARISTIA 755
Paræus :! ‘ Stipulas et ligns intelligit. ” Apostolus “ dogmata non planè hæretica, impie, blasphema, cum fundamento pugnantis, sed erronea, vena, curiosa, non necessaria, doctrine fandamentali admixta, &c. Ÿ et post stipularum acervum, eumque benè magnum congestum, subdit : * Credere quod caro Christi ubique sit, quodin pane sit, et oraliter manducetur, idque etiamab impüs, &c. stipula et pales est. ” Hæc ille. Non sunt igitur dogmats hæretica et cum fundamento doctrinæ salutaris pugnantia. Idem in Irenico : * ‘* Porro qui in uno lantm doctrinæ capite, coque fundamentum direclè non concernente, dissentiunt, eos cha- ritatem nequaquam abrumpere, sed pacem colere, &c. omni modo convenit, &c. ” el paulo post : * ‘* Verissimèjam indè à schismatis hujus exortu non fuit controversia Evangelicis, nisi. de corporali præsentié in pane ” Eucharislico ‘ et orali manducatione corporis Christi, quam fidelibus et infidelibus communem esse volunt ” Luthe- rani, el : * Utrumvis sit, dicimus esse errorem non de fundamento sed esse stipulam, fundamento superstructam, eujuscunque illa sit; esse paleam, &c. Fatetur enim pars altera, oralem manducationem ne spirituali, nemini ad salutem prodesse, sed noxiam esse : infide- bus item cum fidelibus communem esse. Quid igitur de e4 litiga- us? &c. ” et rursus : ‘ ‘‘ Ponamus, veram esse oralem et impio- rum manducationem, cm non sit de fide salutis, an quisquam eam non credens erit hæreticus ? ab Ecclesià excludendus ? ” Certè neutra opinio est de fide salutis.
Hier. Zanchius * ait; ‘* Istud de Cœn4 Domini inter Ecclesias dissi dium non est tale ac tantura, ut propter illud debeant turbæ in mundo excitari, sut alterutræ Ecclesiæ damnari. ”
Rich. Hookerus, licèt et transsubstantiationem et consubstantia- tionem improbet, pro opinionibus tantom superfluis, el quæ ut neces- saria minimè urgendæ sint, habet 1. Videatur et Covellus ipsius Hyperaspistes ® qui eandem sententiam defendit.
- Archiepiscopus Spalatensis : °“* Faleor, neque transsubstantia- tionem, neque ubiquitatem hæresin ullam directà continere; ac pro- pterea qui eas tenent et asserunt, non sunt tanquam hæretici à Catho- licis separandi. Errores enim el manifestas falsitates eos Lueri non dubilo, non tamen errores hi et falsitales sunt in fide. quis null fidei vero articulo sunt contrariæ, &c. Errantes vero, el non in fide, non sunt ut hærotici à Catholica communion separandi. Credat qui
? Ia €. 3, L ad Cor. v. 42. 2 Cap. 43, p. 68, 69. 3 P. 69. “PT. SP. 7. “In lib. de dissidio in Cœna D-tollondo. 7 Vide 5 de Ecel. c. Pol. $ 67.
Art. 17 do transsub
- VII de Rop. cel. c. 44, n. 6. 736 REVUE ANGLO-ROMAINE
vult, panem transsubstantiari in corpus Christi, et vinum in sangui nem. Credat qui vult, corpus Christi suâ ubiquitate conjungi pani Eucharistico; ego neutrum credo; illi qui credunt, suæ credulitatis suo tempore accipient confusionem. Cum his ergo. in reliquo Catho- licis, communicare et volo, et debeo; non enim sine causâ schisma est faciendum. Sed in eorum erroribus nolo communicare. ” ‘ Romæ etiam post redilum transsubstantiationem de fide esse nega
7.Joh. Barnesius, ut suprà dictum est, satis habeLdicere, * + Asser-
tionem transsubstantiationis, licèl sit opinio communior, non tamen esse fidem Ecclesiæ, et Scripturas et Patres docentes persuoiav, suffl- cienter exponi posse de admirandà et supernaturali mutatione penis, per præsentism corporis Christi ei accedentem, sine substantiali
panis desilione; ” quem sententiem ipsemet tuetur maximè probe- bilem. Sic enim scribit : * ‘ Interim, cum boné veniä et Calvini Spalatensis, non est additio ad sensum apertum verborum Christi {ut illi docent locis citatis) dicere, corpus Christi esse in Euchari: cum substantiä panis permanentis, aut transeuntis : Panis est inslar indumenti, quo corpus Christi vestitur in Eucharistià. demonstrando vestes sub quibus est Pelrus, licet dicere, “ hoc est Petrus : et sensus hujus dictionis sic determinatæ per desi- gnationem, est, Petrum ibi esse cum vestibus : ita ostendendo manibus panem eldicendo, Hoc est corpus meum, * sensus dicti est : Corpus Christi est ibi cum pane vel permanente vel transeunte, uno vel modo : ac per consequens, non est idololatria adorare Christum ibi in Eucharisti realiter exislentem; quare accipio confessionem Spala- tensis, noloque pacis ergo, quicquam addi ad verba Christi non con- tentum in üis apertè. Non continetur autem in verbis Christi, sub- stantiam panis desinere adveniente corpore Christi ad panem : ac propterea litigandum non est eà de re, cum üis qui admittunt realem corporis Christi præsentiam in Sacramento, ita ut corpus Christi in pane intret in os, et manducetur non solbm spiritualiter fide cordis, sed eliam sacramentaliter fie oris; juxta id Augustini ®, qui ait, * Nos in Eucheristià Jesum fideli corde et ore suscipere, ‘ etc. ”
- Petro Picherello nec transsubstantiatio, neque etiam consub- stantiatio probata fuit, sed mystics præsentia, et participatio corpo- ris Christi spiritualis modo infallibili : de ils tamen qui transsub- stantiationem defendebant, quam modestissimè sensit et loculus est. et in communione Eéclesiæ Romanæ suaviter et placidè obdormivil. ut patet ex illius Dissertatione de Missa :* ‘ Finem autem, ” inquil, hic faciam de pane et vino in cænê remanentibus : si ant leclo- rem admonuero, nempe in quâdam oratione ” i‘ intelligit orationem Cardinalis Lotharingi in Colloquio Possiaceno, unde " facile “ colligi 1 Vide ctiam, n.8.
- Vide Histor. Mortis ipsius, ete. 3 p.90. 1.98.
#41 c. Adr. Legis ot Proph. c. 9. 4 C. 3 cirea flnem [p. 184]. LIB. 1 DE EUCHARISTIA 781
potest quo tempore fuerit hic tractatus ab authore scriptus "!} ‘ ce leberrimo conventu ante aliquot dies habià et magnâ immensæ mul- titudinis attentione auditä, magnoque applausu exceplA : ‘ Quod ex fructibus terræ acceptum, et prece mysticä consecratum consumitur, * fuisse pronunciatum © corpus el sanguinem Jesu Chrisli esse : * verüm id nec habent, nec ferre possunt pulchra Augusini duo loca, lib. 3 de Trinitate, alterum cap. 4, alterum 40 è regione ad margi- nem orationis adnotata, el ab oratore permixla, confusa et depra- vata. Idque pace bonâque venià tanti viri, lantà valentis authorilate, tot dotibus, tot beneficiis, tot gratiis à Deo cumulali, veritatis ergo, tantüm dictum velim, &c. immo ex adverso, uterque loeus ex priori- bus ac posterioribus diligenter animadveraus et consideratus, multum ab is état, qui panem volunt esse superstitem. ” Sic ille. Vide etiam Conelusionem contra Transsubstani onem et Consubstantiatio- nem.*?
- Contra oralem seu corporalem corporis Christi manducationem, vel polius receptionem, sumptionem, participationem, ut loqui amant, qui magis sobriè sapiunt et loquuntur cùm Romanenses tum Lutherani (carnem enim Christi dum in hoc Sacramento recipitur ct sumitur à nobis, ‘ non dentibus atteri * seu frangi existimant modes- tiores omnes, contre alios qui crassissimè hac de re loquuntur, quia “ Christi caro in hoc Sacramento tangi nequil, estque immortalis el impartibilis. Manducatio autem realis requirit contactum rei edender et posse dividi et transmutari. Quod hic de corpore Christi fleri nequit. Que verba sunt Salmeronis Jesuitæ, * aliorumque multo- m eadem mensest' mulla præclarè à multis Protestantibus alisque iris moderatis scripta sunt, ut et contra indignorum seu impiorum manducationem. Hæe nos ad suos authores, unde peti et possunt et debent, rejicimus. Author Diallactici de Eucharistià suprà citatus :* ‘ Quod autem negatur, malos edere posse corpus Christi, quod necessario fleret, si virtus et gratia spiritualis cum pane conjuncta sit, responderi potest, distinctione utendum esse. Nam si spectemus ipsem Sacramenti naturam, divina virtus abesse à signo non potes, quà Sacramentum est, et huic usui servit : sin mores et ingenium accipientis, illi vita el gratia non est, quod alioqui natur suê utrumque est, &c. ” Videatur Cyprianus,® Augustinus,‘ quos author hic citat. Subdit autem: 4 Ex his et aliis multis locis patet, quod Eucharistia, quan- tum sd Sacramenti naturam attinet, verè corpus et sanguis est Christi, verè divina et sancte ras est, etiam quum ab indignis sumi- ur : quum tamen illi minimè participes flant gratis illius et sancti-
1 Nota oditoris Picherelli. 3 In fno Dissert. ejusdem, p. 212 et seq. 3 T8, Tr. 20, p. 436. 4 P. 63[P. 71,18]
De Cœna Domini [p. 4, col. 1 init.]
C. lit, Potil. c. 47 [$ 110, p. 353 AJ et 5 de Bapt.
c. Donat. c. 8 [ÿ 9, p. 145 El
et46. Crescon. 6. 25 [f 80, p. 403 G.] 758 REVUE ANGLO-ROMAINE moniæ, sed mortem inde hauriant et condemnationem, &c. ” Vide Authorem. Christum autem in Eucharistiä comburi, à beslià rodi, &c. poxse, Christianis auribus indigna sunt, et mulli etiam Romanenses vix ferré possunt. Crassus est hic post alios multos Bellarmini! error. Neque Bellarminum quicquem hic juvat, quod Christum non in propri, sed in alien specie hæe pati posse dicat. Quomodocunque enim bec dicantur Christi corpori accidere posse, dictu absurdiseima, el anditu gnissime sunt. Videantur alii modestiores, qui ab hisce porien- tosis assertionibus abhorrent. Hardingus apud Juellumi alique permulti.
- Ob hane tamen sententiun, de orali etiam indignorum mandu- catione corporis Christi, sobriè et modeslè defensem, quod à ple- risque cum Romanensibus tum Lutheranis fit, nolim illos infamari et damnari, ut Capernaitas, carnivoros, Christicidas, aluarosta, ér. Hæc enim convitia, ut nihilin se veri babent, ila ab omni Chrisliank charitate aliens sunt : ac proinde ab illis abslinèndum est, si Deum, si veritatem et unitatem Ecclesiæ amamus. A1. De controversiä inter ipsos Romanenses agitala, An per Eucharistiam consequamur solam unionem spiritualem cum Christo per cheritatem, ut nonnulli in Complutensi et Salmanticensi Aca- demiâ defenderant; An vero etiam reslem et substantialem carnis nostræ cum carne ejus, quemadmodum Cardinelis Mendoza contra eus defendit, vide prolixem disputationem apud Vasquez.® Vide etiam Thomam à Jesu* aliosque permul(os.
- Rationes quibus Protestantes rigidiores sibi videntur claris- simè demonstrâsse utrumque dogma et Romanensium et Luthere- norum cum fidei articulis pugnare, ac proinde hæretica, impis el blasphema esse, abunde cùm ab harum sententiarum defensoribus. tum etiam ab aliis Ecclesiæ unitatis cupidis dissolutæ sunt. Ques consule. Ac proinde, ut hunc librum concludam, non levis subit animum meum sdmiratio, quando apud Th. Mortonum Episcopum Ecclesir Angliæ, in opere de Eucharistis nuper edito anno 16345 lego: “Nemini Protestantium, ‘ (saniorum scilicet ut ille intelligit, ‘ eam moderationem placere posse, de discrepantibus super modo præ- sentiæ corporis Christi in sacramento sententiis, ut Sectam Romanam vel tolerabilem, vel reconciliabilem esse existimet; præsertim chm quæstio duntaxat sit de modo, ac proinde {ota controversia hac de re inutilis et inanis sit. Hæc ille. Faxit Deus, ut extremis vitatis piam veritatem, que sæpiusculè in medio posite est, in charitale omnes sectemur. Soi Do GLoRA.
1 AIX de Euch. c. 10.
Art, 29, 3 In Suam D, Thomæ, t. 3, disp, 204, 4 4 de Oratione, e. 27 (p. 689.] 5 Lib. 46.4, CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSLE
HODIERNÆ GRAVISSIME + DE SACRAMENTO EUCHARISTLE LIBER Il
IN QUO DE COMMUXIONE SUB UNA VEL UTRAQUE SPECIE, DE VENERATIONE
EUCHARISTIE, ATQUE ALIS NONNULLIS DOGMATIBUS CONTROVERSIS,
PAUCIS AGITUR
CAP. I.
Jn quo de Communione sub una, vel utraque specie paucis agilur.
4. Res non est adiaphora vel libera fidelibus. ex calice Eucharistico
bibere aut non bibere, sed necessaria et (extra casum necessitatis sci- cel, quà de re inferiüs) imperata à Christo Domino. Quos [enim]in institutione Cenæ suæ jusserat manducare, eos si jussit: ‘ Bibite ex hoc omnes.” Ac proinde allerius speciei interdi io plauë il icita est; quicquid Romanenses contrà contendant.
Res, inquam, necessaria est : nam ‘ si aliqua est necessitas in his verbis, ‘ Accipite, manducate, * perinde et in his erit, ‘ Accipite, bibite. ‘ Sinulla, possuntigitur laici non manducare, quemadmodum bibers illos non est necesse. Nam res non necsssaries citra omnem culpam omittere, cuique fas est, "ut rectà argumentatur Audr, Fricius' aliique viri doclissimi.
Frustra sunt quando aiunt, illud ‘ Bibite omnes, * omnes,inquam, restringi debere ad Apostolos, quos alloquitur solos. Apostoli enim istic Ecclesium totam repræsentabant, quocirca + ‘ omnes' universè ad omnes fideles pertinet. Sic Patres omnes verba Christi intellexerunt. Etiam Paschasius Radbertus qui claruit À. p. 820 : ? ‘‘‘ Bibite ex
1 In defonsione Cœnw D. intngre a populo samendæ, p. 009.
# Lib, de Corp. et 8, D. 6, 15 [p. 1598].
760 REVUE ANGLO-ROMAINE hoc omes; * id est, ” inquit, ‘‘ tam ministri quam reliqui credentes. “Hic est calix sanguinis mei, novi et æterni Testamenti. ‘" Et sanè € mens fuit Christi, quamvis soli adessent Apostoli, pre- scribere Ecclesiæ universæ rationem administrandi hoc sacramentun. quam observari vellet usque ad consummationem sæcnli. Quod nis nobiseum fateri Romanenses volent; unde quæso comprobabunl, manducationem panis ad laicos pertinere ? præsertim chm de ea non disertim© omnes” dicatur, quod in calicis præcepto fit, ” ut rec Vossius !. Inanis etiam est illa commentitia distinctio de sacrificantibus el non Ssacrificantibus; illis scilicet necessitatem impositam esse utramque speciem sumendi: istis alteram tantüm, nempe panem. “ Omnino ” enim “ si sacrificantes necessario utraque specie utus- tur, ut ostendant, in summo illo Christi sacrificio sanguinem ex cor- pore effusum fuisse : et cænantes utraque utantur necesse est, quod Christus convivis suis in memoriam ejusdem sacrificii utramque dederit, et cibum et potum, et quidem separatim utrumque. ‘u| Fricius ?. Concilium Constantinense, in quo primum alterius speciei interdic- tio sancita fuit, * clarissima Christi verba sic eludere conatur: “ Ut licèt Christus instituerit et dederit Sacramentum post cœænam sub utrâque specie discipulis, hoc non obstante observanda est Ecclesir consuetudo, ut non sumatur nisi à jejunis; Ecclesiam pariter, els Christus sub utrâque specie sacramentum instituerit et dederit dis- cipulis suis, jus habere præcipiendi, ut laicis sub altera tantom se. cie præbeatur. » Sed‘ dispar valdè horum ratio est,” ut inquit Vossius# post als innumeros viros doctos: “ Nam Christus, ut calix bibatur, mandavil, cüm dixit,‘ Bibite ex hoc omnes, &c. ‘ et, ‘ Hoc facile, quoties- eunque biberitis, in meam commemorationem. At non ter, ‘ Hoc facite post cenam *. ‘ Nem si, * ut inquit Augustinus * hor ille monuisset, ut post cibos alios semper sumeretur, credi quod eum morem nemo variâsset. ‘ ” Frivole tandem est distinctio illa ab illis usurpari solita inter Christi institutum et mandatum. Quis enim Chrisli inslitutum pro mandato non habeat, præsertim cüm ita expressè dicatur, + Bibite ex hot omnes? Legatur hic Apostolus Paulus, quo nemo Christi mentem rectiüs nos decere potest, 1 Cor. 10, et clariüs cap. 41. Quæcontrà ex Scripturis objiciuntur, nihil in se veri vel solidi habent. Videantur Prolestantes.
- Quod ad Ecclesiæ Primitivæ praxin aflinet, ipsum Constanti-
4 Disp. [23 que est} 5 de Sucre Cœna (t. VI 443, 1]. 3 Quo supra [p. 600]. 3 Ses. 43.
4 Ubi supra. 26 Matth. 9 Tad Cor. 6. 41.
- Epist. 418 ad Januar, [nunc Ep 84, 88, p. (27 B]. LIB. 11 DE EUCHARISTIA 761
nense Concilium loquatur!: “* Licèt Christus suis discipulis admini: traverit sub utraque specie panis el vini, tamen hoc non obstante, &c. et mox : “* Hire consuetudo ad evitandum aliqua pericula et scandala est rationabiliter introducla; quod licèt in primitiva Ecclesià huju: modi sacramentum reciperetur à fidelibus sub utraque specie, postea à conficientibus sub utrâque, et à laicis lantummodo sub specie panis suscipiatur. ”
Que respondet Bellarminus cum aliis* ad objectiones ex Patri- bus, mera et inania subterfugia sunt, ut intelligenti lectori obscurum esse non potest. Notatu digna sunt illa verba, quæ in principio capi- tis habet : “ Reverà Patres benë intellecti ” {audax est hæc assertio) “ nihil eorum habent que ipsi illis tribuunt. Nec tamen mirandum esset, si aliquis eorum obseuriùs loqueretur, cùm tempore ipsorum non fuerit ista quæstio introducta, sitne utraque species necessario sumenda. ” Hæc ille. Post plurimos alios qui hane Ecclesi” Romanæ muilationem Eucharistiæ cum Seripturis, tum Patribus adversari clarissimè osten- derunt, videantur inter Protestantes Juellus, Mortonus” et Felleyus + ut alios innumeros taceam; brevitati enim studeo, præsertim cùm res tam clara sit.
Cassander in Consultatione De Sacr Communione Christiani populi in utraque specie, licèt eam non jure divino simpliciter neces- sariam esse existimet, fatetur tamen?, “ Veteres omnes tum Græcos tum Latinos in eà sententià fuisse videri, ut existimaverint in legi- Lima et solemni celebratione corporis et sanguinis Domini et admi- nistralione ac dispensatione quæ in Ecclesiâ fideli populo è sacrâ mensà fit, duplicem speciem, panis etvini, esse adhibendam : Atque hune morem per universas Orientis et Occidentis Ecclesias antiqui- tùs observatum fuisse, tum ex priscorum Patrum monumenlis, tum ex vetustis divinorum mysteriorum formulis apparere. Inductos autem fuisse primo exemplo et mandato Christi, qui instituendo hujus Sacramenti usum, Apostolis (fidelium sacramenta participa tium personam repræsentantibus) quibus dixeral :‘ Accipite el edite,
iisdem ipse mox dicebal, ‘ Bibite ex hoc omnes, ‘ quod ex Veterum sententiä interpretatur Paschasius Ratbertus, tam ministri quam reliqui credentes, " &c. ” Vide Authorem ipsum, qui multos hic citat Patres, imprimis illud Gelasii memorabile decretumfquo jubet ‘ eo: qui superstitione aliqué impediti, à calice sacrati cruoris abstin bant, aut integra sacramenta percipere, aut ab integris arceri; quod divisio unius ejusdemque mysterii sine grandi sacrilegio nequeat provenire. " EtT: “ His, ” inquit, “ el hisce sim
1? Soss. 43. 3 IV De Eucharistia [c. 26.] 3 In opere Eucharistico nuper edito [b. 1, ch. 5. 4 De grandi sacrilegio Ecclesiæ Roman. P. 4019. De Con: . 2, c. Comperimus,
- P. 4085, edit. oper, Paris. 7163 REVUE ANGLO-ROMAINE bus rationibus inducta, Christi Ecclesis, Orientalis quidem in huoc
nsque diem, Occidentalis vero sive Romana mille amplius anois continuis, non aliter quèm sub duplici specie in conventu Ecelesie sacramentum hoc administrässe legitur, idque in pane et vino, aique adeo separatim, &e. Ætate autem Leonis et Gelasii Pontificum, Mani- chæi hunc universalem et perpetuum Ecclesiæ ritum violarant, &c.” et:‘ Non puto demnonstrari posse, tolis mille emplius annis in ullà Catholicæ Ecclesiæ parte hoc Eucharistiæ sacramentum aliterin sacra Synaxi è mensä Dominica fideli populo, quèm sub utroque, panis vinique, symbolo, administratum fuisse. Nisi quod apud Lai nos, Parasceues die solo pane pridie sanctificato et reservalo com- munio fieri videatur. Sed graviores auclores, &c. ” el :* Non sais igitur consideratè scribere videntur, qui apud Veteres, etiam in publicis conventibus et ordinarià administratione, indiferentem usum hujus Secramenti in un vel duplici specie probare nitualur. Nam ut aliquandoin alter specie vel panis vel vini Eucharistia daa et percepta sit : id tamen privalim et extra ordinem, et non nisi que- dammodo necessitate impellente factum apparet, &c. ” Legatur inte- ger ille tractatus : lectu enim dignissimus est, et omnia ferè quæ de hoc argumento dici possunt, illic reperias. Videatur idem in Consul- tatione suâ? ubi esdem suprà tradita breviter repetit, et in Epistolà 49 que est ad Joan. Molineum* et in Epistolé 402 quæ est ad Joannem à Loviano® et in Episolà 106 quæ est ad eundemt et Epistolà 13° que est ad Gul. Lindanum ubi ait, ‘‘ Optimos quosque desiderio calicis teneri, sed plerosque expetendo non rectam rationem sequi, quod illum ita simpliciter à Christo receplum, atque adeo necessa- rium putent, ut nullo tempore in altera specie verum sacrementum corporis Domini præberi possit, quæ persuasio illis facilè, et dam- nandæ tot sæculis Ecclesiæ Romanæ observalionis et ab e4 deficien- di, occasionem præbeat. ” Vide etiem Epistolam 4159 quæ est ad Georgium Wicelium. Reclissimè affirmat Cassender,! antiquioribus ‘ seculis ad ple- nam, legilimam et solennem communionem utriusque Sacramenti corporis et sanguinis Domini participationem necessariem habitam fuisse : de extraordinarié, ” inquit, ‘* infirmorum, abstemioram, infentium, peregrinorum, domestic item et privaté (de quibus Ter- tullienus et Hieronymus) hic nil loquor, &c. ” Vide etiem ejusdem Liturgica®. 7. G. Wicelius, !! © De Communione sub und specie. * “ Est in con- 1 P. 1087. 3 P. 1028. À AGE #8 P. 00, sea]
Eplsi ne. 4406] supra cit.
11 In Via Rogia (p. 74. LB. I DE EUCHARISTIA 763
fesso, sumptionem Sacramentalem de altari æquè omnibus Christia- nis communem extitisse ad salutem, per omnia Novi Testamenti tem- pora; obliteratam quidem paulisper apud nos Occidentales, et ab usu promiscuo semolam suas ob caufas, at non delelam omnino atque extinctam, &c. ” Sed malè Ecclesie Romana in publica Syraxi usum calicis int misit, neque ulle justæ causæ our hoc faceret, nedum ut illud laicis interdiceret, subfuerunt. Subdit autem : “ Ejus rei, cùm nube quâdam certissimorum Les tium septi simus, plerophoriam amplectimur, omni excluso dul. alteram quidem in hoc Sacramento speciem, cui assuevimus La! non impugnantes, nec ullis modis condemnantes, aut improbè irri- dentes, sed æqui bonique consulentes ; et quidem uti tulerunt tem- pora novissima, partem in meliorem interpretantes, proque alio- rumque infirmilate, ignorantiä ac meticulositate aliqua sufferentes. Muita etenim sunt cujusmodi in reformatis etiam Ecclesiis ac utcumque restitutis toleremus necesse erit; ut sciamus, ad perfec- tionem viem esse difficillimam, &e. ” Vide eundem in Methodo Con- cordiæ :! ‘ De participalione communionis facilis crit consensus, si necessitatem legis ” (absolutam necessitatem intelligit) ‘* de utrâque specie laxérint Sectarii, sique Ecclesiastici utrâque vescentes Erebi duci non miserint, sed medium utrique Lenuerint, Enimvero laudan- dun, si Generali Synodo consentiatur x9%& in utramque, siquidem olim, ita communicatum in Ecclesià, &c.
- Gerardus Lorichius :* “ Sunt pseudo-catholici, qui reforms- tionem Ecclesiæ quoquo modo remorari non verentur. Hi ne Laicis altera species restituatur, nullis parcunt blasphemiis, &c. ” Idem :* “# Xon possum non culpare nostrates qui non animadvertunt, Sacra- mentum Eucheristiæ hinc in Simoniæ labi crimen, illinc in hæreseos,
et homicidiorum causam rapi, propter alterius speciei subtractio- nem. Nec hujusmodi malis obviam eunt, sed magis dissimulent et adhivent. Unde omnium hujusmodi malorum Dominus ab illis ratio- nem in illo die poscet, &c.
- Vide Petrum Picherellum fusè in Dissertatione De Missä, * de
concomitentiä et Communione eub utrque specie disserentem.
Legatur etiam Ferdinandi Imperatoris Rescriptum de Usu Calicis, ‘Rem ita narrat Andr, Dudithius Episcopus Quinque-Eccle- siensis Cæsereæ Majestatis Legatue, in Oratione habit in Concilio Tridentino pro permissione calicis in sacrâ Cœnd anno 1862: ‘ Ets anteh satis perspicere potuistis, que Cæsaris mens fuerit, cum à Sancla Synodo Calicis permissionem pro regnis et provinciis sibi sub. jectis petendem euravit, intellexistisque tam ex eo Hbello, qui Cæse-
Le sl ail le da, in 1, pt. Canonis. Missa publice prorogands, in 1, pt. Canonis, de Sacra Euch., fol. 13. 8 F. 16: REVUE ANGLO-ROMAINE
rem Majestatis sus nomine vobis oblatus est, quam ex accuratàIllus- trissimi Domini Mantuani primi legati oratione, justis et net causis Majestatem suam adductam esse, ut hoc peteret, ete.” " Vide Goldastum :! Cæsareæ Majestatis Articulos (in quibus hic unus est. de Reformatione Ecelesiæ per Uratores in Coneilio Tridentino propo- Los, ? e Oratorum scriptum De Communione Corporis et Sangninis Christi sub utrâque specie, * et Imperatoris ipsius Rescriptum !. (Id se tum suo, tum Ducis Bavariæ generi sui nomine petere ait : per- suasum, rem dignam pietate ipsius Pontificis et sibi gratissimam, facturum.) Literas Ducis Bavariæ, earum saltem summam, habes in Histori Concili Tridentini “ et apud Goldastum. * Idem etiam peti Rex Galliæ per suos Oratores : ? legesis Jac. Aug. Thuanum, ® Hislo- riam Concilii Tridentini ? et Authorem Anonymum Gallum Recogni- tionis Concilii Tridentini **. Nihil tamen hic præstitum est.
In Concilio Tridentino Cardinalis Madrucius absque omni excep- tione calicem permittendum censuit. Similiter Episcopus Mutinensis. Gaspar de Casal episcopus Leiriensis, natione Lusitanus, vir et vite exemplaris, et præstantis doctrinæ. Andr. Dudithius episcopus Quin- que-Ecclesiensis lanquam præsul, non tanquam Cæsareæ Majestais Legatus tantüm; quanquam plurimis alis contradicentibus. Vide Historiam Concilii Tridentini ".
Joan. Barnesius: !* Communio sub utraque specie Seripturis. Patribus et Universalis Ecclesiæ [antiquæ] consuetudini est confor- mior, ac per se loquendo [à]jure divino præscribilur; per accidens tamen potest fieri, ut plebs sub unà tantüm specie communicet: ” et idem latè probat ex Cassandro, et Authoribus ab illo eitatis in Cun- sultatione # et in tractatu de sacrâ Communione, etc. Ali plurima, quæ ex Romanensibus ipsis citari possent ad osten- dendum, hanc fuisse antiquissimam et quidem universalis Ecclesiæ consuetudinem ante secula pauca posteriora brevitalis causa omi- timus, et leclorem sedulum ad Authores alios ex quibus hæe peli possunt et debent, remittimus.
De inconstantia Lutheri de Communione sub un vel uträque specie, tum à Romanensibus, tum etiam ab ïis qui vulgo Sacramen-
1 Const. Imper. t. Il, p. 399.
3 V. pe 376. 3 P. 17 et J18. 4 P. 379, ete.
Lib. 8, p. 922 ed. Francof. [p. 518°]
Loco quo supra, p. 399 [vide etapud Brown Fascic. roram expet.
t. Il, p. 86.
Vide Goldast. ibid.
Hist, lib. 95 anno 1564.
3 Lib.6 [p. 430]. 10 Lib.2 c. ns 138 ed. 4600]. 1 Lib 6. 13 In Cathol. Rom. pacif. 8 1 (p. 90.1 13 Art. 22 (p. 981]. LB. 1 DE EUCRARISTIA 165
tarii dieuniur, sæpè exprobrata, nihil nunc dicam. Vide Hospinie- num ‘ aliosque. Historia Augustanæ Confessionis D. Chytræi * de concessione quæ super hac re Romanensibus facla dicitur Augustæ à Protestantibus, rem ita refert : “ Dehine de utrâque specie Sacramenti non indicatur, quo modo aut qu ratione excusemus illos, qui unâ specie utuntur : et exodio adjicitur, quasi nolimus docere, quod qui sacramentum sub un specie percipiunt, non peccent. Qui hoc ita obiter legit, possit opinari, nos consentiriin unius speciei communionem, atque nihilo- minus, vel ex odio vel aliis iniquis de causis, in publicis concionibus nolle hoc profiteri. Nos autem è contra verbis et scriptis multoties exposuimus, quo paclo eos qui unam speciem per necessitalem, que multiplex et varia esse polest, excusatos habeamus : Hac autem con- cessione prohihitionem alterius speciei non approbevimus, etc. Vide Joh. Dietericum Lutheranum contra Johan. Lampad ?,
- Bucerus : “ Necesse igitur est, ut totalem hanc calicis Doi ac dispensationis ejus sublationem, sinamus esse gravissimum sacri- legium, et abominandam operis ac mandati Jesu Christi perversio- nem : nemoque ullo fuco ordintionem seu dispensationem Eccle- siasticam ex eà faciet etiamei multa millia filiorum Dei ac verorum membrorum Chrisli sacrilegium istud ex ignorantié, sicut etism alios abusus, longo jam tempore tolerarunt, ac simul exercuerunt. ” Hæc ille 3 et rursus ï quis essel, qui vinum bibere non posset, et porrigeretur, etc, hæc sanè esset Ecclesis in
hoc sacramento dispensatio, que illi juxta exemplum et verbe esset et concesss. At integrum Secra- mentum, cujusmodi est dispensatio calicis Christi, universæ Ecclesiæ penitus substrahere, id ei nullo modo licet. ”
45. Episcopus Eliensis : * ‘ Si qui in extremis viaticum pelant, ab
hac autem vel illà specie abhorreant; quæri potest porro, an eo cesu dispensari possit, ut alterà tantüm specie communicent : etan (neces- sitale id urgente) immutari posit quid in Eucheristia (ut olim in Baptismo clinicorum) gratiä divin humanum defectum supplente. eûm sscramentum propter hominem factum sit; non homo propter Sacramentum. Verüm casus ille in legem trahendus non essel : {ut jam apud vos lex est;) sed cessante ferrek necessitate, de reliquo redeundum mox ad Christi inslitutum. ” Hæc ille.
- Is. Casaubonus: * ‘* Quid? audebuntne, etc.. dicere, doctrine de ademplo populis calice extra casum necessitalis, elc., euse illam Judæ Apostoli semel traditam fidem ? ”
! Hist, Sacram. parto alt., p. 12 [b] 49. 2 P. 254, edit. Francof. anno [15] 18. 5 Tortiam Mellitcii Historici partem, p. 31. 12 Defsas, Ohrin. Reform, Herman, Areblep. Colon, 6, 3. sP. 288. ŒTR 7 C. Card. Bell. Apol. c. 8, p. 192.
- ln Épist. Exercitat. præfra [sig 166 REVUE ANGLO-ROMAINE
Vorstius! de communione sub utrâque specie :* “ Stalus quæstio- nis verus est, An ordinariè in cætu fidelium, ubi nullum est neces- sarium impedimentum, utraque Sacramenti species omnibus com- municantibus, et quidem neccssario, putà ex ipsius Christi institu- tione et præcepto administranda ac percipienda sit : an veri laicos, item Clericos non consecrantes, solà panis specie contentos esse oporteat. Nos priorem sententiam lenemus, nimirum freti ipsà Christi instilutione et praxi Ecclesiæ Apostolicæ, imb etiam continuà obser- vatione sequentis Ecclesiæ per mille amplius annos, &e. Speciales tamen casus hic semper excipimus, in quibus alleram speciem for- lasse sufficere posse, non admodum contentiosè negamus. ” Hæc ille.
- Archiepiscopus Spalatensis :? “ Dico primë, Perfectum ac verum Sacramentum consistere in utriusque speciei sumptione : ea enim fuit prima Christi institulio, &e. ” Vide Authorem. Et :+ ‘ Dico 2d0; Non esse adeo sub præcepto, ut Eucharistia el in cibo et in polu semper à fidelibus sumatur, quin ex gravi, sed privatà privatoruun causa, possit cum fruetu el licitè eliam sub solo pane sumi, licèt in lali casu Sacramentum verè et propriè, ut dixi, integram non sit. Casus verë potest esse, vel ubi vinum non adsit: vel in abstemio, vel commoditalis privalæ gratià pulà quia quis malit domi communi- care quam in Erclesià, ex legitima causa; is enim ferre secum panem potest, vinum non solet, ut exempla antiqua docent (apud Bellarminum.f) Sed lege universali prohibere laicis omnibus, el auferre etiam invilis usum calicis, ubi nulla necessitas cogit, Ecclesi nullo modo potuit, aut potest : quod enim Christus concessit omni- bus, perperam ab Ecclesiä negatur : el ubi commodè exhiberi polest et debet, integrum Sacramentum cum maximä iniquitate mutilatur et dimidiatur : et hoc merili expressè sub anathemate vetatur à Gela-
sio Canone Ecclesiastico.s * Hæc ille. Vide alia apud Authorem.' Plura de re adeo cerlA et clarà seribere non libet : Legantur alii, qui fusins_hane quæstionem tractärunt; imprimis præter hactenus cila- tos, tres Dialogi And. Fricii Modrevii, Do utrâque specie Cœnæ Domini et Defensio corundem per eundem authorem,” Disputatio Theologica 3 Gerardi Vossii, De Sacris Cœnæ Dominicæ Symbolis’, accurata et nervos, alios innumeros ul omitlam.
1 in Antpistorio. 3 Parte 2, p. 950. 3 V de Rep. Eccl. c. 6, n. 210. EN. 27.
5 IV de Euch. c. 24. % De Consecr. d. ?, c. Comperimus. 7 Ibid. et in ostensione errorum Suarez, c. 3, n. 14 and 15.
Oppes t. VI, p. 898. ? Opp. L VI, p. 43. LIB. I DE EUCIHARISTIA 767
CAP. Il
Quibus verbis fiat Conseratio Eucharistie, et simul de ejusdem reserva- tione et veneratione.
Verba quibus Eucharistia conficitur, debere esse consecratoria. non concionalia tantüm, id est, non tantum dici debere ad populum instruendum, sed etiam, immb potiüs, ad Eucharistiam consecran- dam, fatentur omnes saniores Proteslantes. Sed consecrationem non alis verbis feri, quàm istis, ‘ Hoc £sr Corpcs Meuu, et, ‘ Hic EST saNGUIS MECS, * quemadmodum contendunt Romanenses contra Græcos, id planè inficiantur plerique. Non enim solis illis Christi verbis consecrationem fieri existimant, sed eliam mysticâ prece, quà Spiritôs Sancti adventus imploratur, qui elementa sanctificet, atque adeo actione tol4, quatenus ea, cm à ministro, tum à communican- tibus fit secundom institutionem Christi.
Scriptura certè sententiæ Protestantium magis favet, et plurimi Patrum passim dicunt, prece atque invocatione elementa consecrari. Vide hie Archiepiscopum Spalatensem! fusè hoc probantem; Cas- sandrum Epislolà 32 quæ est ad Ducis Cliviæ Cancellarium :* ‘ De discrimine Græcorum et Latinorum videtur tua excellentia non satis seripti mei sententiam observsse : nam disertè et expressè ibi scri- bitur, veteres Latinos eum veteribus Græcis, non solüm in sententià de consecralione, quæ mystica prece fil, sed etiam in precandi for- mé, qua Spiritüs Sancti adventus imploratur, qui proposita munera sanctificel, convenisse, idque probatur testimonis Hieronymi, Ful- gentii, Gelasi, Isidori. Veterum autem Latinorum, qui precis eL'iuvo- cationis meminerunt, passim obvie sunt, et commemorantur in Anti-
didagmate Coloniensi, ni fallor; ut est illud Hieronymi* et Augusti- ni, &e ” (verba vide apud Authores et Cassandrum). ‘ De posleriori- qui à quingentis annis fuerunt, præsertim Scholas cis, manifestum est, quôd formam consecrationis constituerint in solis ists verbis Dominicis, ‘ Hoc gsr corrrs Metu; reliquas autem preces ad formam non pertinere, &e. ” el paulo post :! “ Multo tutiorem existimo veterum Latinorum et Græcorum consensum, ut ex Eccle-
1 Y de Rep. Ecel.c. 6, n. 8, 6 et seq. 3 P.116
3 Aà Eragriom [none ad Evangel.] SIN de Trinit e. 4. 5 P. 4169. 7è8 REVUE ANGLO-ROMAINE siarum omnium consuetudine invocatio quoque adhibeatur. ” He ille, Gul. Lindanus! eandem sententiam rordicüs defendit ex Justino Martyre? et Basilio. * Authores Anti-didagmatis Coloniensis, ut patet ex ipsorum libro
dogma ” appellat, et non sélüm Seripliré, omnibus Patribus, sed et Buceri Defensio [ne] Ghristi Refdrmatiopisÿ* ubi malè hoc novum
etiam ipsis Doctwribus Scholasticis rep: eontendit. Christoph. de Capite Fontium, Archiepiscopus Cæsariensis?, pro- lixè defendit, non in solà verborum illorum, Hoc Es conPrs Mt, prolatione consecrationem fieri, sed eliam Sacerdotis benedictione, seu precatione. Huje sententiæ firmandæ addueit multos Patres post Scripturam, et inter Scholasticos Scotum, et Scholasticorum turbam qui Scotum sequuntur, Alphonsum etiam à Castro et Lindanum; ad Missales etiam libros antiquos sive Lilurgias, &e. fidenter provocal omnes lectores. Vide Episcopum Mortonumt et Gerard. Vossium.? Alios innumeros brevitalis ergo, silentio præterco.
1 IV Panopl. c. M partis alter. p. 14]
- Apol. 2.
De Sp. S. c. 21/8 66.
.
. var ad Sixtum Quintuin l’onti 1586, e. 1.
6 I de Euch. c. 2, p. 8. ? Diso. Theol. 2 de sacris Cwnæ D. Symbolis Th.2 de {1 VA, p. 429.]
{4 suivre)
Le Directeur-Gérant: FERNAND Portal.
PARIS, — INPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,
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