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Post-Vatican II etude-privee
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| REVUE | ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

                                                          Spiritas       Sanotus po
                                                            suit   opiscopos    re
                                                            gore Ecclesiam Doi,

                                                                   Act.    x   8,




                            SOMMAIRE

                           Primasté, Séisme etJuridiction. ....::                    3
                           La réunion des Églises...                                14
                           Chronique.                                               s
 x                         Jävres et Row                                            2
     20       Dortuuwté
                     1.0   De
                            la forme employée pour
                                                la conti
he             PA            des évêques dans l'Église d'Angleterre.
          gs                 = Considerationcs modestæ et pacificus
                             ‘controversiarum de Eucharistia....     .              33




          Ê                    PARIS
          NÉDAGTION ET ADMINISTRATION
                           ÂT, RUE casserre

                                 1806

PAÏX DES ABONNEMENTS | TARIF DES ANNONCES FRANCE A LA: PAGE: Un an... .. 20fr. .... 30 fr. Six os. L: Hfre . 20fr. TROIS MOIS... Ôfr. . 40fr.

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Les opinions émises dañs les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

           MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
                Jeanne terrassant la Franc-Maçonnerie

A l'heure présente, un pou partout, mais seulement son étendard où brillent les surtout en France, deux armées sont aux nums de Jésus et Marie. De l'extrémité de prises: l’armée do Dieu et do la religion, la hampe, elle frappe et traverse le. dra et le franc-maçonnerie. gon représentant là Franc-Muconnerio. Le Le Souvernin Pontife a dénoncé le danger sure est revélu des insigries maconni qui menace La société errile, en mème Leuips ; dans sa rave impieil renverse le c3 quo. le caractère criminel de la secte, ses ce 1 l'hustie, et 11 exlale son cri de rage; Projelset ses artifices, Ni Dieu ni Maitre. Le cheval se cabre au ILinvite les chrétiens à dessus des Saints Mystères profunésÿ 6L repousser l'ennemi, non ja avec d Jeanne triomphe dans sa files en mes dissimulées ou dans les ténébres poussant le cri de guerre: De par Le; Ioë en pleine lumière et bien onverten dr Ciel! : ; On a su, avec art parfait, renfermer dans les limite tes d'une médaille x et patriotique. sion re de dessin e4 de Cette médaille qui est uno véritable 01 vre d'art, ri mour de enons cette médaille en argent à la eur de la Franco sous les disposition de nos lecteurs. ane d'Arc terrassant là Franc-A IL sufit d'adresser, en mandat-poste, autant de fois 4 fr. 25 que l'on dés “Tout le monde connait l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. grand Maitre interdisa nt aux loges d'accep- Par unité, ajouter © fr. SO en sus pour Kerla fète nationale de Jeanne Ia bonne la recommndation à la poste, Française, et l'opposition que la secte Par quantité de 4 douaine 6t an-dessur, continue do faire à la Pucelle et à sun et pour les localités desservies par le che uriomphe.. 0 ia de fer, en raison de la valeur déclarée, Cest de Jà que vient l'idée ou le dessin pier nn minimum de deux francs de la médaille. pour leport et l'emballage deanne à cheval, armée du secours de Envoyer les lettres et ats à M, l'ade Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministratour de là fevue, À rue Cassette REVUE 5 ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

                              TOME I

Tu es , et su- Potrus Spiritas Sanctus_po- per banc petram suit_episcopos ro- ædificabo (gore Écclosiam Doi. meam .. et bi F ACT. xx. 18, Marrm. avr, 1849.

                              PARIS
       RÉDACTION           ET     ADMINISTRATION
                         A7, RUE CASSETTE

                                1896




                                        UNIVERSITY OF MICHIGAN

PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION

                           (Suite et fin.)

Avant d'aborder la discussion de la théorie exposée par M. Bou- dinhon sur l'effet que produit, par rapport à la juridiction, l'interrup- tion de communion avec le Saint-Siège, je voudrais dire un mot de deux autres points sur lesquels cet écrivain distingué a appelé l'attention. M. Boudinhon dit : « Les membres de la Haute-Église, sinon tous les anglicans, se représentent la véritable Église de Jésus- Christ comme une société composée de plusieurs communions, toutes jégitimes. Ce sont : l'Église romaine, l'Église orthodoxe, enfin l'Église anglicane. Membres de la grande famille chrétienne », etc. Sans doute, il est très vrai qu'au plus fort du mouvement tractarien, on admit que l'Église catholique consistait en trois « branches » indé pendantes. Cette théorie, qui praliquement avait pour conséquence de représenter l'Église catholique comme composée de trois corps séparés, tendail naturellement à obseurcir l'idée de l'unité de l'Église. Je sais bien qu'aujourd'hui encore on la formule quelquefois; cepen- dant un nombre toujours plus considérable d'anglicans rejette cette manière de concevoir la constitution de l'Église. Notre idée sur ce point est celle-ci : il ne peut pas y avoir de « branches » dans l'Église une. Ou plutôt nous pensons que parlont où il y a un évêque canoni- quement constitué, et en possession canonique de son siège, il ya l'Église catholique dont, dans chaque diocèse, l'évêque est le centre d'unité. La communion avec lui, par le moyen des prêtres ses inter- médiaires, met les fidèles en communion avec lous les évêques de l'Église catholique, avec lesquels chaque évêque diocésain es en communion, selon ces paroles de saint Cyprien : « Il y a un seul épis- copat, dont chaque évêque détient une partie solidairement avec les autres : cujus a singulis in solidum pars lenetur. » Nous devrions donc nous apneler, non pas membres de la « branche » anglicane de l'Église catholique, mais membres de l'Église catholique en Angleterre. Après avoir rappelé les paroles : « Tu es Pierre, el sur celte pierre je bâtirai mon Église. Tout ce que Lu lieras sur la terre sera lié dans 4 | REVUE ANGLO-ROMAINE

le ciel », et « Tout ce que vous lierez sur la terre, ele. », M. Bou- dinhon dit : « Mais si ces dernières paroles, adressées à Pierre aussi bien qu’à ses collègues dans l'apostolat, suffisent aux anglicans pour admettre l'épiscopat de droit divin el la juridiction de droit divin dans l'épiscopat, comment se refuser interpréter de la même manière les paroles semblables dites au. prince des apôtres? Comment se refuser à y voir une disposition du droit divin, le don exprès d'une véritable juridiction? » On pourrait dire, je erois, que puisque les paroles adressées à saint Pierre : « Je te donnerai les clés du royaume des cieux», indiquent clairement la promesse d'un don futur, le passage concernant le pou- voir de lier et de délier doit être interprété de la même manière, c'est-à-dire dans le sens de la promesse d'un don futur et non d'une concession actuelle et immédiate. Et lorsque Notre-Seigneur adresse plus tard les mêmes paroles à lous les apôtres, la question se pose de nouveau : Doit-on les interpréter comme une concession actuelle où comme la promesse d'un don? Je suppose qu'elles peuvent par elles- mêmes se prêter aux deux interprétations. Si donc c'est la potestas qui fut alors conférée, saint Pierre reçut précisément la même polestas que lesautres apôtres. Mais s’il ne s'agissait que d'une promesse faite alors à tous les apôtres de la polestas déjà promise à saint Pierre seul, il faudra chercher une circonstance ultérieure dans laquelle cette potestas aura été effectivement conférée. Celle occasion se produisit lorsque Notre-Seigneur dit : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie. » El, pour employer le langage des canonistes, il résulte du texte grec que, tandis que Notre-Seigneur avait reçu de son Père, dans sa nalure humaine, une juridiction ordinaire, les apôtres reçurent de Jésus-Christ une juridiction déléguée, législative el exécutive. Si cependant on veut soutenir que saint Pierre avait reçu la pofestas de lier et de délier, lorsque lui furent dites les premières paroles, on devrait en conclure que le prince des apôtres reçut la polestas en une occasion distincte de celle où elle fut conférée collectivement au col- lège apostolique. Mais cela impliquerait une grave difficulté : car alors ou saint Pierre a reçu deux fois la potestas, ou bien il était absent quand elle fut conférée aux autres apôtres, hypothèse arbitraire qui n'a pas l'ombre de probabilité. On pourrait enfin prétendre que les paroles : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie », ne se rapportent qu'à la mission, et que la pofastas ayant déjà élé conférée à saint Pierre seul par les premières paroles, le bon sens doit faire admettre qu'elle n'a été donnée par les autres paroles qu'aux seuls apôtres; dans ce cas, la potestas ligand et solvendi, — celle du forum exlernum, — aurait été conférée par les paroles citées plus haut; le pouvoir d'absoudre, celui du forum internum, l'aurait été par les PRIMAUTÉ, SCISME ET JURIDIGTTON 5

paroles : « Les péchés seront remis, ele. »; tandis que les paroles: « Ainsi que mon Père », etc., seraient restreintes à la mission. Je répondrais en ces termes : Les paroles employées dans l'un et l'autre cas élant exactement semblables, c'est une pofssas exactement semblable qui fut conférée à saint Pierre et aux autres apôtres, une pofestas « de droit divin... le don exprès d'une véritable juridiction ». Nous soutiendrions alors que. quelle qu'ait été la potestas conférée à saint Pierre, elle fut égale- ment donnée aux autres [apôtres, suivant celte parole de saint Gyprien : « Assurément les autres apôtres élaient comme saint Pierre, participant tout comme lui à l'honneur et au pouvoir; mais le com- mencement part de l'unité. » Et si l'on altire notre attention sur la dation desclés — qui cependant, d'après la narration de l'Évangile, est présentée sous la forme d'une promesse; — si l'on insiste sur des passages de saint Cyprien et de saint Augustin qui montrent saint Pierre comme le représentant de l'Église : « gestare personam Eccle- siæ », ne peut-on pas répondre que lorsqu'une personne agit comme réprésentant un corps constitué, ce qu'elle reçoit, elle ne le reçoit pas pour elle-même et comme un don personnel; qu'elle ne peut acquérir un pouvoir juridictionnel pour contrôler la répartition de ce qu'ellea reçu, sa fonction se bornant au rôle ministériel d'un agent; enfin qu'elle ne peut acquérir le droit de transmettre à d'autres qu'à ceux qu'elle représente la polestas quelconque qui lui avait été confiée ? Son office est ad loc el il prend fin dès qu'il est rempli. Je ne comprends pas que M. Boudinhon s'appuie si peu sur les mots : « Tu es Pierre, ele. » 11 semble plutôt insister sur la force des paroles : « Tout ce que tu lieras, etc. » Mais au cas où je l'aurais mal compris, j'ajou- terai que l'on peut admettre sans hésitation, : conformément à l'in- terprétation des Pères, que saint Pierre était en vérité la « pierre » sur laquelle l'Église fut bâtie, suivant la promesse de Notre-Seigneur; mais cette concession faite, il n'en reste pas moins difficile de recon- naître, dans ce privilège d'être la pierre fondamentale de l'Église, des raisons suffisantes pour en faire dériver une suprématie ininter- rompue sur toute l'Église, transmissible par saint Pierre à ses succes- seurs. L'idée de fondement, qui implique des circonstances limitées de temps, de lieu et d'objet, devrait être complétée par autre figure d'un autre genre, pour pouvoir acclimater chez nous, à l'aide des preuves convenables, la théorie de la suprémalie papale.

J'arrive maintenant à la question de la juridiction. La tâche que je me suis assignée, non peut-être sans quelque présomption, con- siste en ceci : montrer que certains faits de l'histoire ecclésiastique 6 REVUE ANGLO-ROMAINE

nous autorisent à prétendre que des actes de juridiction, accomplis par des évêques en état de schisme par rapportau pape, ne requièrent pas absolument une « ratification subséquente qui en assurera la valeur »; et que cette sorte de schisme n’est pas toujours suivie d'une « réconciliation expresse » Avant d'entreprendre une tâche aussi ardue, je dois réclamer l'indulgence de mes lecteurs pour le cas où je ferais usage d'arguments, et où j'énoncerais des propositions qui leur pourraient déplaire. La principale question porte sur la légitimité de la juridiction exer- cée par des évêques en état de schisme avec le Saint-Siège; une se- conde question intimement liée à la première est de savoir si, par suite de cet état de schisme, ces évêques ont cessé d'être des mem- bres du corps visible de l'Église catholique. M. Boudinhon établit une distinction entre des « froissements plus ou moins graves entre le Pape el certains évêques » et un acte de schisme formel. Dans le premier cas, l'unité de l'Église n'est pas rompue ; dans le second elle l'est, et une « réconciliation expresse » est nécessaire. L'essence du schisme se trouve dans le rejet de la suprématie papale. Des « froissements », c'est laun mot très élastique, qui peut signifier ou beaucoup ou presque rien, depuis un simple re- froidissement dans les rapports jusqu'à une complète rupture de communion. Mais, dans le dernier cas, une rupture de communion implique-t-elle le rejèt de la suprématie? M. Boudinhon a posé en principe que la résistance d'un inférieur à l'autorité d'un supérieur n'implique pas toujours nécessairement le rejet de cette autorité. Pas toujours; done quelquefois. Que dire alors des cas de résistance à l'autorité papale? M. Boudinhon admet qu'il y a eu des cas où l'on int-Siège, mais il prétend que, dans les cas qu'il cite, on n'aurait pas nié l'autorité papale. Sans doute, on peut parfaitement admettre en théorie que toute résistance à l'autorité n'implique pas toujours et nécessairement le rejet ou la négation de cette autorité. Supposons que la loi interdise les réunions politiques dans un lieu public ; certains agitateurs veulent cependant tenir une réunion et se réunissent malgré les efforts de la police. Dans ce cas, niles orga- nisateurs de la réunion ni ceux qui ÿ prennent part, ne se préoceu- pent de la question de l'autorité. Ils se déterminent à faire une chose que l'autorité reconnue a défendue. Mais ils n'en contestent ni l'exis- tence ni la légitimité. La désobéissance, dans ce cas, n'implique pas a négation de l'autorité. Supposons, au contraire, le cas de rébellion: des hommes, en toute connaissance de cause, rejettent la potestas de l'autorité reconnue. Or il me semble, que dans tout cas concret de résistance aux direc- tions du Saint-Siège, on franchit la limite des « froissements » el l'on se trouve en face d'un acte formel de rébellion. On savait, du moins PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 1

en substance, — car les décrets du Vatican ne prétendent pas formu- ler autre chose que la croyance perpétuelle de l'Église catholique sur ce point — on savait que le pape jouissait d'une autorité suprême : « In beato Petro pascendi, regendi ac gubernandi universalem Eccle- siam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem traditam esse »; on savait que personne ne peut s'écarler de cette doctrine « salva fide atque salute ». Lors done que le Pape agira en vertu de cette « plena potestas » renforcée par de si terribles pénalités, est-il possible d'admettre qu'un fidèle, tenu en conscience de reconnaitre la juridiction papale, ose résister à de telles injonctions? En d'autres termes, larésistance à l'autorité du Pape n'implique-t-elle pas le rejet de cette autorité? Et alors se pose ane nouvelle question. M. Boudin- hon établit que le schisme formel est constitué par le rejet de la supré- matie papale. Très bien. Mais alors est-il nécessaire que ce rejet soit formellement exprimé dans une proposition négative adressée au Saint-Père? Si le Pape a condamné telle pratique ou telle doctrine, la désobéissance à cette condamnation n'impliquerait-elle pas une rébellion et le rejet de sa plena potestas? Dans un cas semblable un acte n'équivaut-il pas à des paroles ? Est-il nécessaire que le rejet de la suprématie papale soit manifesté par une assertion formelle, et ne sufit-il pas d'une action qui implique nécessairement la rébellion àcetle « plena polestas regendi ac gubernandi universalem Ecclesiam », pou- voir auquel on doit obéissance « non solum in rebus quæ ad fidem et mores, sed etiam in iis, quæ ad disciplinam et regimen Ecclesiæ per totum orbem diffusæ pertinent »? La fin pour laquelle cette obéis- sance est requise, c'est « ut sit unus grex sub uno summo pastore ». Mais comment les brebis désobéissantes qui s'écartent de l' « unus grex » peuvent-elles être « sub uno summo pastore », landis qu'elles refusent de reconnnaître son autorité et méconnaissent ce solennel avertissement : « Hæc est catholicæ veritatis doctrina, a qua deviare salva fide aique salute nemo potest?» Lorsque la communion est absolument rompue, dans quel sens peut-on dire que les membres dissidents restent « sub uno summo pastore? » Si mes déductions sont exactes, il est évident qu'elles ont une por- lée considérable dans le cas de saint Meletius et du schisme d'Antioche. M. Boudinhon dirait peut-être que, dans ce cas, il n'y eut pas de schisme formel; qu'il ne s'agissait que de « froissements », bien qu'ils fussent assurément « graves ». Mais que nous disent les faits? Il est incontestable que Paulinus était en communion avec le Saint-Siège ; il est également incontestable que Meletius ne l'élait pas. Par son action, le Pape déclara ouvertement que Paulinus était l'évêque légitime d'Antioche, saint Meletius, l'évêque schismatique. Aucune parole n'aurait pu être plus significative que l'action du Pape. Saint Meletius était-il donc « sub uno summo pastore » ? Évi- 8 REVUE ANGLO-ROMAINE

demment non. De plus, qu'était-il aux yeux du Pape, sinon un intrus schismatique? Car deux évêques ne peuvent pas légitimement occu- per en même temps le même siège. De plus, Paulinus était certaine ment « sub uno summo pastore »; saint Meletius ne l'était donc pas: done, par rapport au Saint-Siège, Paulinus était en communion, saint Meletius en schisme. IL est vrai que le saint était en communion avec les évèques catholiques de Syrie et d'Asie Mineure, qui l'ap- puyaient tous. Mais loin de prouver qu'il n'était pas en état de schisme formel avec le Saint-Siège, ce fait me parait au contraire prouver qu'un évêque avait été retranché de la communion du Pape, tandis que d'autres Églises le reconnaissaient comme légitime occu- pant de sen siège, ou, suivant ee qu'écrivait saint Basile : « le très admirable évêque de la véritable Église de Dieu, Meletius ». Aux yeux de saint Basile, Paulinus n'était done pas un « évêque de la itable Église de Dieu », et cependant, il était en communion avec iège. À coup sûr, personne en Orient ne regardait, dans clusion de la communion du Pape comme devant vicier des actes de juridiction ou comme devant priver celui qui était exclu de son titre de membre du corps visible de l'Église catholique. Bien entendu, mon raisonnement, en tant qu'il se rapporte à la définition du schisme donnée par M. Boudinhon, suppose la vérité de ce qui me paraît en effet tout à fait clair; à savoir que Meletius niait du moins implicitement la plena potestas du Pape. Mais, si je m'en ra

porte à la définition donnée par Lehmkuhl! : « Qui non vult subj; Romano Pontifici legitime electo, atque ita se a reliquo ecclesiæ ore impius separal, schismaticus est »; il semble bien que saint us ait été, en toute hypothèse, schismatique, par rapport au int-Siège. Car, si vraiment le Pape est le centre nécessaire de si, dans chaque diocèse, l'évêque en communion avec le Siège est le seul véritable évêque, et le représentant local de cette unité ; si la communion avec cet évêque est le moyen de rester en communion avec le centre auguste de l'unité et si la séparation d'avec lui implique la perte de celte communion, —alors n'est-il pas évident que saint Meletius et la grande majorité des fidèles d'Antioche se séparèrent de l'Église, formèrent une société distincte, et refu- sèrent de reconnaitre la suprématie du siège apostolique? Ne peut-on pas en conclure que nous avons là un exemple d'un schisme formel qui prit fin sans que personne ait cessé d'être membre du corps visible de l'Église, sans aucune « réconciliation expresse » et sans légitimation subséquente des actes de juridiction accomplis pendant la durée du schisme? Encore une fois, la valeur de mon argumenta- Lion contre la thèse de M. Boudinhon suppose que le parti de Mele-

  1 Theol. Moral. 1; 406.




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PRIMAUTÉ, SCDISME ET JURIDICTIOX 9

tius était en état de schisme formel. Il me semble qu'il l'était. Que si, à l'encontre, on oppose la réconciliation de l'Église d'Angleterre par le cardinal Pole, cela prouverait que la discipline était alors diffé- rente de la discipline primilive; et, de plus, cela montrerait qu'au xvi siècle, les théologiens et les canonistes d'Occident avaient donné à l'idée de l'unité de l'Église el des prérogatives du Saint-Siège une forme plus définie et plus précise, qu'elle n'avail sans doute pas en- core au 1W" siècle. Deux autres faits de l'histoire des premiers siècles de l'Église me paraissent avoir une importance particulière pour notre sujet. Le premier, c'est la controverse des Quartodécimans au temps du pape Victor. Les faits échappent, ce me semble, à toute discussion ; ilssont, je crois, incontestables : « Victor, l'évêque de l'Église des Romains, menace de retrancher de la commune unité, comme hétérodoxes, les Églises de toute l'Asie ainsi que les Églises voisines; il lance contre elles des lettres et proclame que tous les fidèles de ces régions sont entièrement séparés de la communion »!. Deux faits semblent toutà fait certains : 4° Victor retranche de sa propre communion les Églises d'Asie; et 2 il s'efforce de faire recon- naître leur excommunication par l'Église tout entière. Il ÿ aurait bien des questions intéressantes à étudier ici sur la manière dont on envisageait à cette époque lointaine l'excommunication papale, ses effets, son étendue et sa force aux yeux de l'Église. Mais laissons ces questions à part; qu'il nous suffise de remarquer, en ce qui touche directement à notre sujet, que lorsque la réunion se fit, per- sonne, semble-t-il, n'avait cessé d'être membre du corps visible de l'Église ; il n'y eul aucune légitimation des actes de juridiction accomplis pendant le schisme, ni aucune « réconciliation expresse n. Et cependant il s'agissait certainement de choses plus graves que des « froissements ». Il s'agissait certainement de schisme formel et d'excommunication; et l'excommunicalion portée par le Pape ne parait pas avoir impliqué la perte de communion avec le reste de l'Église. Un autre exemple nous est fourni par la controverse entre saint Cyprien et le pape Étienne. M. Boudinhon dit : « Je ne puis admettre, par exemple, que saint Cyprien ait été sthismatique, ait été exclu ou se soit regardé comme exclu de l'Église. » J'admets que saint Cyprien ne se soit pas regardé comme « exelu de l'Église »; mais la raison que j'en donnerai, c'est qu'il tenait que l'excommuni- cation portée contre lui par Étienne, l'excluait seulement de la com- munion avec le Pape, et de plus, qu'à ses yeux, l'excommunication par le Pape, ainsi que dans le cas des quartodécimans, n'entrainait

lEusss. H.E., V, 4. 10 REVUE ANGLO-ROMAINE

pas l'exclusion de l'Église. Bien entendu, tout dépend de cette ques- tion de fait : saint Cyprien était-il excommunié? Firmilien aflirme positivement qu'Étienne avait excommunié l'Église de l'Afrique du Nord aussi bien que les évêques orientaux, mais que son action n'avait pas eu d'autre effet que de se séparer lui-même de ces illustres Églises : « Te a lot gregibus scidisti. Excidisti enim te ipsum ». « Quid enim humilius aut lenius quam cum tot episcopis per totum mundum dissensisse, pacem cum singulis vario discordia genere rumpentem, modo cum Orientalibus.. modo vobiscum, qui in meridie estis. » Le fait de l'excommunication est puissamment confirmé par cet incident : Lorsque les légats des quatre- vingt-cinq évêques qui avaient tenu le Concile à Carthage, furent envoyés à Rome, Étienne « défendit à tous les frères de les recevoir dans leurs maisons; en sorte qu'on leur refusa non seulement la paix et la communion, mais encore le gite et l'hospita- lité »!, L'excommunication des évêques orientaux est également mentionnée par saint Denys le Grand, évêque d'Alexandrie*; et l'archevéque Mansi, de Lucca, l'illustre éditeur des Concilia, fait cette remarque : « Il semble indubitable qu'il (Étienne) alla plus loin que les menaces et finit par prononcer contre eux la sentence d’excom- munication », c'estä-dire contre saint Cyprien et Firmilien?. Il cite également la lettre de saint Denys au pape Xyste Il, dans laquelle l'évêque d'Alexandrie rapporte qu'Étienne aurait écrit vant la traduction très soignée de Mansi) : « Quod neque cum illis communicare vellet. » IL est vrai que saint Denys ne parle ici que des rapports d'Étienne avec les évêques orientaux; mais, ainsi que le fait remarquer Mansi, s'il excommunia les évêques orientaux; il doit avoir exeommunié aussi les Africains, puisque ceux-ci parlageaient entièrement la doc- trine et l'usage des premiers. Il me semble impossible de rejeter ce témoignage contemporain, d'autant qu'on ne peut opposer aucune autre preuve de la même époque au témoignage de Firmilien, de saint Cyprien (qui en traduisant la lettre de Firmilien endossa la responsabilité des affirmations qui y étaient contenues), ni enfin à celui de saint Denys. La rupture vint à cesser, mais sans que personne ait eu la moindre idée que les excommuniés avaient cessé d'être membres du corps visible de l'Église, sans aucune légitimation subséquente des actes de juridiction accomplis pendant le schisme, enfin sans qu'il y ait eu de « réconciliation expresse ». Encore une fois, il y avait eu certaine- ment autre chose que des « froissements ». Il ne s'agissait de rien

             Fimauz. inter Cyprianicas, 1xxv.
      sen.   H. E, VI,  7.

Animadvers. in Dissert, xn ; Art, I, ap. Natal. Alexand. Hist. Eccl.

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PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION ii

moins que de la validité du sacrement d'initiation à la vie chrétienne. L'enseignement et la pratique du Saint-Siège étaient très clairs et explicites. Les Églises du Nord de l'Afrique et d'Orient rejetaient l'autorité du Saint-Siège et répudiaient ainsi la prétention du Saint-Siège à posséder celle « plena potestas reçendi ac gubernandi uni- versalem Eeclesiam ». qui est « catholicæ veritatis doctrina a qua deviars salva ide atqus salule nemo potest ». Et cependant, lout comme dans la controverse des quartodécimans, les dissidents furent excommu- niés par le suprême pasteur de l'Église, et tout comme alors, la com- munion fut rélablie sans aucune légitimalion des actes de juri- diclion, sans « réconciliation expresse ».

La portée de ce raisonnement estévidente. Acceptant la définition du schisme formel donnée par M. Boudin- hon, j'ai exposé plusieurs cas lirés de l'histoire ecclésiastique, qui démontrent, j'ose le croire, que dans les premiers siècles chrétiens il était possible pour des Églises particulières de n'être pas en com- munion avec le Saint-Siège, et même d'être excommuniées par lui, sans que les actes de juridiction par elles accomplis aient nécessité une légitimation ultérieure, sans qu'il fût besoin d'une « réconcilia- tion expresse», enfin sans qu'elles aient cessé de faire partie du corps visible de l'Église. Puis j'ai essayé d'indiquer que l'excommunication par le Saint-Siège n'impliquait pas nécessairement et per se l'exclusion de l'Église catholique, mais seulement une rupture de communion avec le Saint-Siège. Si les autres Églises de la chrétienté avaient refusé d'admettre saint Meletius dans leur communion; si elles avaient excommunié les quartodécimans, l'Église du Nord de l'Afrique et les Églises d'Orient qui prenaient parti pour celle d'Afrique, le cas eût alors été différent, car l'excommunication universelle aurait entrainé sans aucun doute l'exclusion absolue de l'Église catholique. Mais la grande question est certainement celle que formule M. Bou- dinhon: « Que signifie et que comporte la primauté du Pape? » Si on prétendait seulement que le Pape est le centre normal de l'unité, si l'on pouvait accorder que certaine rupture de la communion, occa- sionnée par la défense de certaines libertés, sans aucune intention de sereirer de l'unité de l'Église, — bien que cette rupture eût impliqué où paru impliquer une répudiation de la suprémalie du Pape, — aurait pu se produire sans que ses auteurs aient cessé d'être mem- bres du corps visible de l'Église catholique, quelle avance ce serait! Cependant on déclare nécessaire la communion avec le Saint-Siège. Mais « nécessaire » dans quel sens? D'une manière ordinaire sans aucun doute, etsud gravi; mais non pas assurément dans ce sens qu'une 12 REVUE ANGLO-ROMAINE

rupture de communion pour un temps plus ou moins long entraine l'exclusion de l'Église. Il me semble impossible de soutenir, en face des faits historiques, que cette communion est absolument et tou- jours nécessaire. Si l'on admet, comme le reconnait M. Boudinhon, qu'il y a eu des cas où la rupture de la communion avec le Saint-Siège n'a pas entraîné l'exclusion de l'Église, alors la maxime que la com- munion avec le Saint-Siège est nécessaire me parait, au moins en tant que proposition abstraite, cesser d'être striclement applicable. Théoriquement, cette communion est toujours nécessaire; en pra- tique elle ne l'est pas. Si donc, dans des cas de « froissements » — qui peuvent facilement atteindre un point où on ne pourra guère Les distinguer de l'état de schisme formel, Lel que le définit M. Boudin- hon — la communion avecle Saint-Siège n'est pas absolument néces- saire, celle nécessité n'admet-elle pas des alténuations lorsqu'il s'agit d'un cas où la suprématie du Pape a été rejetée? L'offense contre l'unité de l'Église estla même dans les deux cas. De plus, si les actes de juridiction accomplis par une Église schismatique n'ont be- soin que d'une légitimation subséquente, il est clair que ces actes conservent une certaine valeur réelle, el que ceux qui les ont accom- plis ne sont pas entièrement privés des pouvoirs de l'épiscopal. Les actes sont valides, mais illicites. Ne peut-on pas en dire autant de la qualité de membre du corps vivant de l'Église? elle est valide bien qu'illicite. J'argumente en ce moment en me plaçant sur le terrain adoplé par M. Boudinhon quant à la légitimation des actes de juri diction; j'ajoute la distinction que j'ai énoncée et que j démontrer au cours de ce travail, à savoir que, d'après la discipline de l'Église aux premiers siècles, l'excommunication portée par le Saint-Siège n'entrainait pas loujours et forcément avec elle l'exclu- sion de l'Église entière. Je demanderai alors s'il ne serait pas permis de penser que la primauté n'est pas essentiellement de nature à exclure du corps visible de l'Église ceux qui ont rejeté — peut-être à tort et en croyant défendre leurs libertés, mais en tous cas sansinten- tion formelle de troubler la paix de l'Église, — ceux, dis-je, qui ont rejeté, soit explicitement, soit implicitement l'autorité du Saint-Siège sur quelque point de discipline intérieure? S'il n'y a pas eu de «nullité radicale » dans des actes de juridiction accomplis pendant l'existence du schisme, ne pourrait-on pas affirmer de même qu'il n'ya eu aucune « nullité radicale » en ce qui constitue la qualité de membre du corps visible de l'Église? Si le schisme ne produit pas de «nullité radicale » dars le premier cas, est-il fatalement nécessaire qu'il la produise dans le second ? Et enfin, ne pourrait-on pas établir une distinction entre la théorie et la pratique de la primauté jure divino? Si la primauté est reconnue comme un fait, obligeant sub gravi — el je suppose que son existence PRDIAUTÉ, SCHISNE ET JURIDICTION 13

defucte pourrait être admise comme découlant, en un certain sens, e jure divino — ne pourrait-on pas laisser l'explication de la phrase de jure divino comme une question libre abandonnée aux recherches des théologiens, tandis que la primauté serait reconnue comme un fait obligeant sub gravi ? Je me suis décidé, non sans hésitations, à soumettre ces questions à l'examen approfondi et impartial qu'en fera, j'en suis sûr, M. Bou- dinhon. Dussent-elles amener un sourire sur les lèvres de mes lecteurs, soit parce qu'elles laisseraient supposer que je ne me rends pas entière- ment compte de tous les éléments de la primauté, telle qu'elle a été définie par le concile du Vatican, soit parce qu'elles impliqueraient des concessions impossibles; j'ai confiance du moins qu'un pardon plein de sympathie sera accordé à un auteur qui ne s'est embarqui dans une si téméraire entreprise que sous l'impulsion du désir intense qui est au fond de son cœur, de voir se réaliser au jour mar- qué, la prière de Notre-Seigneur : « ut omnes unum sint. »!

                                           G. BayrtELD ROBERTS.




* Dans un de ses prochains numéros, la Reoué Anglo-Romaine publiera une

Réponse de M. Boudinhon. LA RÉUNION DES ÉGLISES

                           DISCOURS   DE   LORD   HALIFAX



        L'Englich Church Union a lenu, le 2 mars, à Brighton une réunion

dans laquelle Lord Halifax, président de l'association, a donné lecture d'une conférence ayant pour sujet la réunion des Églises. Nous en empruntons le compte rendu au Church Times, regrettant vivement qu’elle ne soit pas publiée in eztenso. Lord Halifax a posé tout d'abord la question de savoir d'où vient cette indifférence extérieure vis-à-vis de l'unité, si caractéristique chez un grand nombre d'individus. Il pense que les causes de cette indifférence sont au nombre de deux: la première c'est cet état d'esprit extraordinaire, provenant de l'habitude, qui nous fait adop- ter une position absolument insoutenable tant en théorie qu'en pra- tique; la seconde c’est la conviction bien arrêtée chez cerlains que toute tentative ayant pour objet de faire cesser nos divisions est im- pralicable et sans issue. Dans le premier cas, considérons pour un nm t ce que nous enseigne notre foi de chrétiens. Accepter les divisions présentes, c'est adopter vis-à-vis de la réunion dé la chrétienté une altitude absolument insoutenable lant en théorie qu'en pratique : position insoutenable parce que c'est donner son assentiment à un état de choses désastreux pour la cause de la religion que nous avons tous à cœur. Après l'inconséquence des chrétiens qui ne conforment pas leur conduite à leurs principes, peu-on douter que les divisions actuelles ne soient le plus grand obstacle à la diffusion de l'Évangile tant en Angleterre qu'au dehors? Ne sommes-nous pas membres d'un même corps et placés par suite dans un état de relation nécessaire et déterminée avec l'ensemble ? Et en se reportant à l'histoire l'unité n'ap- parail-elle pas manifeste dans les desseins de Dieu sur son Église? Ce qui explique d'ailleurs l'objet de la vie individuelle de chacun, ce qui lui donne son importance el sa valeur, dépend de l'accomplis- sement par chacun de la tâche qui lui a élé confiée dans l'œuvre commune. Union avec le Christ, union des uns avec les autres dans le Christ, accomplissement des devoirs qui découlent de cette union : voilà la somme de toute la religion chrétienne. Quel contraste ne présente pas l'état actuel de la chrétienté avec le plus grand LORD HALIFAX ET LA RÉUNION DES ÉGLISES 45

acte du culte chrétien! Notre-Seigneur, au moment le plus solennel de sa vie terrestre, comme dernière expression de son amour, el comme don d'adieu à ses disciples, institua le mystère de son corps et de son sang, afin de nous fournir le moyen d'une plus étroite communion avec lui, et en lui avec nos semblables. Et quel usage avons-nous fait de ce don inénarrable qui devait diminuer la distance qui sépare le Ciel et la Terre, et unir entre eux tous les membres du Christ? Nous avons accepté, apparemment avec la plus parfaite bonne grâce, un état de choses qui rendait pour ainsi dire impossible la participation au grand acte par lequel nous devions être en communion avec Notre-Seigneur et les uns avec Les autres. Nous considérions comme {out à faitnaturel que les chrétiens fussent unis en tout, excepté en ce qui touche à la religion. Notre-Seigneur pria pour que ses disciples ne fissent qu’un, afin que le monde fût convaincu de la vérité de sa mission. Au lieu de cela, n'est-il pas plus vrai de dire que l'état présent de la chrétienté est précisément l'exeuse que se donnent les hommes pour ne pas croire? Par la force même des choses, la grande masse de l'humanité est obligée de baser sa foi sur le témoignage des autres. Mais qu'advient-il alors de la foi de la chrélienté si ceux qui en sont dépositaires ne peuvent S'accorder et définir au juste en quoi elle consiste? Elle se change bientôt en opinions individuelles que l'un peut accepter, comme l'autre peut les rejeter ; puis elle disparait complètement. Il ne peut y avoir de plus grand devoir pour nous lous que d'essayer de nous entendre sur la révélation et de faire notre possible pour faire cesser nos malheureuses divisions. Passant de la théorie aux maux pratiques qui en résultent, ils sont si évidents qu'il est à peine nécessaire d'insister sur ce point. Il n'est pas d'œuvres religieuses, sociales ou politiques, pour lesquelles nos divisions ne soient un empêchement et un obstacle; tout serait d'un accomplissement rela- livement facile si l'on pouvait mettre un terme à nos malheureuses divisions, et Dieu nous accorderait l'inestimable bienfait de ne faire qu'un dans sa sainte Église. Dans la sphère de lareligion, n'avez-vous jamais rencontré quelqu'un en face des difficultés de la vie el des lerreurs de la mort, hanté par le remords du péché, cherchant paix el secours? Vous lui avez parlé de confession et d'absolution, des moyens de secours que l'Église a institués, qui l'aideront à se main- Uenir dans le droit chemin durant la vie, et le réconforteront au

moment de la mort; et aussitôt les divisions de la chrétienté et les maux causés par ces divisions se présentent à son espriletempèchent de se produire le bien qui, autrement, eüt pu être fait à cette âme. Uu encore la mort est survenue; elle est survenue au milieu de l'agilation et du tourbillon de la vie, sans qu'on ait eu le temps de SF préparer. Et devant ce souvenir d'une vie qu'il est impossible de 16 REVUE ANGLO-ROMAINE

se rappeler sans qu'elle fournisse au moins de sérieux motifs de crainte pour le salut, vous ne pourriez pas compter sur celte commu- nion dans les œuvres de charité, sur cette intercession mutuelle qui subsiste dans le Christ entre les vivants et les morts. Mais ce n'est pas seulement en matière de religion que nos divi- ns sont funestes; elles sont une des principales causes de nos difficultés dans les questions scolaires, de l'échec relatif de nos œuvres de missions, de l'aliénation de masses considérables de notre population, du niveau peu élevé de vie et de mœurs dont se contente si facilement le monde chrétien, et enfin du peu de cas que beaucoup font de tout ce qui est surnaturel. Pensons ce que pourrait faire une chrétienté unie pour l'apaisement de ces divisions entre le capital et le travail qui menacent de ruiner le pays. Nous entendons beaucoup parler d'un nouvel état de la société, mais combien ne pourrions-nous pas envisager l'avenir avec plus de calme, si nous voyions une chrétienté bien unie, forte et compétente, traiter ces diverses questions et les amener à une sage solution ! Est-il nécessaire que l'Europe soit converlie en un camp sous les armes et que les nations soient écrasées d'impôts pour soutenir des armements dont le meilleur usage qu'elles puissent faire, c'est de ne jamais s’en servir? Les divisions religieuses compliqueront-elles donc toujours les dif- licultés en Orient, rendant inutile tout effort en faveur des popula- lions chrétiennes sous le joug musulman? L'union qui se fait un peu partout dans les idées et dans les mœurs par suite des facilités de communication n'aura-t-elle pas sa contre-partie dans le domaine spirituel? Assurément nous devons avoir à cœur la réunion du monde chrétien et nous devons être bien résolus à ne rien négliger pour y parvenir de ce qui est en notre pouvoir. Evici lord Halifax a pénétré le véritable motif qui rend un si grand nombre d'individus indifférents et même hostiles à toute tentative ayant pour objet la réalisation de l'unité. On dit que c'est une utopie, une chose impossible ou bien encore qui nécessite un compromis sur des points essentiels de véri D'autre part, pour ce qui concerne les corps non-conformistes, Sa Seigneurie pense qu'on pourrait faire beaucoup de ce côlé, si seule- ment les ecclésiastiques anglais étaient fidèles à leurs principes, dé- clarant nettement et sans crainte ce qui est essentiel en matière de foi et ee qui ne l'est pas; ils démontreraient, par exemple, que bien que nous croyions que la grâce nous est conférée par les sacre- ments de l'Église, nous ne nions pas cependant que l'œuvre de Dieu ne puisse en partie s'accomplir par des moyens qui ne nous paraissent pas avoir été institués directement par le Christ. Demander aux non- conformistes de nous expliquer leur position, de la légitimer à nos yeux; oubien leur demander de renier leur passé spirituel, ce sont

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LORD HALIFAX ET LA RÉUNION DES ÉGLISES 47

là deux points différents. Ce ne sont pas des rétractations que l'on demande, mais des affirmations; et d'ailleurs dans un noble ser- mon prêché, il n'y a pas longtemps, sur ce sujet, le D' Parker, de City Temple, a bien indiqué dans quel esprit on devait aborder la question de la réunion. Tout sentiment d'orgueil, toute assertion person- nelle doivent être laissés de côté, et les ecclésiastiques anglais doi- vent prendre, vis-à-vis de leurs frères non-conformistes, l'attitude qu'ils désirent voir adopter vis-à-vis d'eux par leurs frères de la com- munion romaine. Ce qui est requis, c'est un effort de chaque côté afin que chacun envisage les diverses questions en se plaçant au point de vue de son voisin; il arrivera alors qu'on découvrira sou- vent que les propositions les plus erronées en apparence sont sus- ceptibles d'une interprétation orthodoxe. Lord Halifax en donne alors un exemple, celui de l'affirmation faite dans la controverse de Gorham, par M. Goode, depuis doyen de Ripon, à savoir qu'un adulte n'est pas nécessairement dans un état de régénération spirituelle parce qu'il a été baptisé étant enfant. Cela sonne mal à coup sûr; mais si M. Goode voulait dire, comme c'est probablement le cas, qu'un adulte qui a été baptisé n'est pas né- irement en état de grâce et peut avoir'besoin d'une complète conversion, il n’est pas de chrétien instruit en matière de foi qui ne soit prêt à acquiescer à cette asserlion. Quantà laréunionavec Rome, est-elle doncaussi difficile qu'un grand nombre le pensent? L'ignoranceet les préjugés de partet d'autre, l'ab- sence de bon vouloir, sont souvent tels que certains peuvent la consi- dérer comme impossible, mais plus grands sont les malentendus, plus grand aussi l'espoir des heureux résultats que pourront amener des explications mutuelles. Ce qui est requis," c'est un état d'esprit lel que l'on soit déterminé de part et d'autre, premièrement à per- mettre la plus grande latitude vis-à-vis de toutes les questions « ne sont pas strictement de /ide, et secondeinent à définir exactement “soigneusement la doctrine que l'on professe sur les divers points controversés.

Lord Halifax s'est servi de deux exemples pour montrer que des explications mutuelles ne sont pas inutiles pour dissiper les obsta- cles qui s'opposent à la réunion. Le premier peut être tiré de l'explication de la doctrine de l'Imma- culée Conception de la Sainte Vierge. C'est assurément une proposi- lion qui n'a rien d'alarmant que de supposer qu'il a plu à Dieu, en vue des mérites de son Fils, d'étendre à sa sainte Mère, à un plus haut degré, la grâce qui, d'après les paroles mêmes de l'Écriture, fut conférée à saint Jean, puisqu'il reçut le Saint-Esprit dès le sein de'sa mère; on peut même dire que celle proposition ne fai que renforcer la doctrine de l'Église sur le péché originel, ainsi que son enseigne- REVUE ANOLO-ROMAINE. — Ts IL — À 18 REVUE ANGLO-ROMAINE

ment contre les erreurs pélagiennes; et une Église qui a imposé frente- neuf articles contenant une série de propositions en dehors du Crado ne doit éprouver aucun scrupule à donner son assentiment, dans l'inté- rèt de la paix, à une proposition en faveur de laquelle il y a toujours eu une certaine tradition dans l'Église. Lord Halifax a pris ensuite comme exemple la doctrine de la trans- substantiation et du sacrifice de l'autel. Or, il n'ya pas longtemps, une aflirmation de source autorisée élaitfaile dans le Zable/sur la doctrine du Sacrifice Eucharistique, afr- mation contre laquelle aucun théologien anglican, pense lord Halifax, ne pourrait formuler d'objection. De même, tout récemment, la Revus Anglo-Romaine publiait trois articles du Père Puller que les théolo- giens français ont considérés comme absolument orthodoxes; or, la doctrine qui y est contenue est identique à celle qui est exposée parl'évêque de Salisbury dans sa lettre à l'Église d'Utrecht et à celle qui est renfermée dans l'ouvrage du D' Milligan, le théo- logien presbytérien, dont tous pleurent lu mort, sur l'Ascension de Notre-Seigneur et son sacerdoce céleste. Quand des théologiens tels que Puseny et Keble ont affirmé que les doctrines du Concile de Trente ne sont pas inconciliables avec nos formules, c'est à coup sûr un devoir que d'essayer de montrer cette conformité. Que l'on objecte que le concile du Vatican a complètement changé la situation, lord Halifax ne nie pas qu'il ne se soit produit un changement, mais il reste à savoir si ce changement rend désormais toute négociation impos- sible. Presque tout ce. qui s'est produit depuis le concile du Vatican tend à prouver que les effets de ces décrets ont été considérablement exagérés de part et d'autre. Si l'infaillibilité proclamée par le con- cile n'est pas l'infaillibilité du Pape en dehors de l'Église, mais surtout l'infaillibilité -du Pape comme porte-parole de l'Église, — autrement dit, si elle n'est pas l'infaillibilité du Chef sans le concours de l'Épiscopat, mais l'infaillibilité du Chef en union avec l'Épiscop at — il est certain alors que, bien que de graves difficultés restent encore à surmonter, elles ne sont pas de nature à fermer d'avance tout espoir de faire aboutir les négociations qui seraient entamées. Lord Halifax ajoute qu'il ne croit pas que les autorités de l'Ég lise anglicane aient loujours fait preuve d'équité à cel égard, et il pense que par là elles ont quelquefois affaibli la force réelle de leur propre position. Quant à lui, il est entièrement convaincu que, si les autorités anglicanes se contentent de rester sur la défensive, la position de l'Église anglicane est inexplicable; et il n'éprouve aucun embarras à rendre juslice à ce qui peut être légitimement revendiqué par LORD HALIFAX ET LA RÉUNION DES ÉGLISES 19

l'Église romaine. Il faut, avant tout, être vrai avec soi-même et consé- quent avec ses principes. Il y a loute une classe de théologiens anglicans, ainsi qu'on le fait remarquer dans la vie du D' Pusey, qui paraissent ne pouvoir comprendre que l'appel fait par l'Église d'Angleterre à l'antiquité et aux Pères doit être pris au sérieux. Iis semblent ne le considérer que comme un excellent procédé de con- troverse contre Rome; ils affirment que les idées des réformateurs sont définitives et que s'en écarter c'est être déloyal envers l'Église d'Angleterre. Ils sont prêts à reconnaitre l'autorité des Pères quand cœux-ci se trouvent être d'accord avec les réformateurs du xvr‘ siècle, mais ils rejettent la doctrine et les pratiques primitives quand elles ne sontpas déjà reconnues par l'Église d'Angleterre. Le D' Pusey était convaineu que ce silence de l'Église d'Angleterre sur cerlains points doit être interprété dans ce sens qu'il nécessite un appel à l'antiquité et à l'autorité des Pères. C'est ainsi que, sur deux points, qui ence moment, paraissentassezattirer l'attention : 4°la doctrine de la purification après la mortet, %, l'intercession des saints, il pense que l'usage des prières, dans le premier cas, et les invoca- tions dans le second, en tant qu'elles sont limitées à l'era pro nobis, est facile à trouver dans l'enseignement de l’Église primitive, que dès lors on ne sauraitle blamer et qu'il s'appuie sur de très hautes autorités. S'il enest ainsi, les prières etleSaintSacrificeofferts pourles morts ainsi que l'Invocation des saints limité à l'ora pro nobis, sont des cou - tumes vis-à-vis desquelles le silence du Prayer Book ne sauraît aucu- nement être interprété comme une condamnation. Et, ajoute lord Halifax, nous ne saurions être accusés de manquer de loyanté à l'Église d'Angleterre parce que nous maintenons, avec le D’ Pusey, que l'appel à l'antiquité ainsi que l'usage catholique rendent ces coutumes à lout le moins admissibles. Une louable coutume de toute l'Église du Christ ne saurait être rejetée parce que, dans certains cas, on en a abusé. Après avoir payé un noble tribut d'hommages à la mémoire du D' Pusey, lord Halifax en est venu à se demander ce que doivent essayer de faire ceux qui désirent la réunion. Ce qu'il faut, c'est montrer et exprimer clairement qu'il y a en Angleterre un vif désir d'union et que, parmi les membres de l'Église anglicane, on se rend vraiment compte de l'état anormal de la chrétienté à l'heure actuelle. Une faut ni faire le jeu de ceux qui, pour un motif ou un autre, cherchent à décourager le mouvement actuel vers l'union, ni par contre être indifférent à la vérilé, même pour la cause de l'union. Il ve faut pas non plus négliger les avantages exceptionnels que nous possédons pour arriver à la réconciliation de la raison et de la foi; mais, en Lenant compte de ces diverses considéralions, nous devons 20 REVUE ANGLO-ROMAINE prouver combien nous sommes prêts e à ntrer en conférences person- nelles, entreprises de part et d'autre pour se faire mieux connaitre, dissiper les malentendus et faire avancer la cause de la réunion que nous avons tous à cœur. Après la lettre du cardinal Rampolla, publiée dans la Revue anglo-romaine du 1 février, il serait impossible de douter des sentiments du Pape à cet égard : « Rien, dit le cardinal, « ne saurait égaler l'ardeur avec laquelle le Souverain Pontife, qui « gouverne aujourd'hui l'Église de Dieu, désire rétablir la paix et « l'unité dans la grande famille chrétienne, et réunir comme en un « seul faisceau toutes les forces du christianisme, pour les opposer « efficacement au torrent d'impiété et de corruption qui déborde « aujourd'hui de toute part. Certainement, Sa Sainteté n'épargnerait « ni travail, ni sollicitude, ni eflort pour aplanir le chemin, pour apporter, où cela serait nécessaire, la lumière, etfortifier les volon- tés qui, tout en aimant le bien qu'elles connaissent, ne sauraient pas encore se résoudre à l'embrasser. » Et qui done pourrait encore en douter après les paroles que pro- nonçait le Pape lui-même, pas plus tard que le 3 du présent mois : « Confiant dans ces douces prémices, Nous Nous sentons porté à « promouvoir de mieux en mieux de plus vastes desseins, en faveur « des autres familles chrétiennes malheureusement séparées. En quel- « ques régions qu'elles soient, Orient ou Occident, Notre pensée et « Notre cœur s'épanchent vers elles dans une sainte vision de paix. «C'est le Christ Rédempteur, auquel sont bien connus les temps et « les moments les plus propres aux œuvres de salut pour l'humanité, « qui augmente Notre ardeur : Caritas Chrisi urget nos. C'est lui, le « bon Pasteur, _e Prince des Pasteurs, que nous désirons ardemment « imiter en Nous efforçant chaque jour davantage de réaliser le tes- « lament de son amour envers les croyants. « Quant à Nous, cesn'est pas peu dechose d'avoir pu, avec amour, « faire revivre et grandir le germe de la concorde désirée... « Ah! daigne le Père céleste, dans sa clémence infinie, comme « Nous l'en supplions du fond du cœur, permettre que rien ne trouble «ou n'entrave l'œuvre sainte que Nous poursuivons, c'est-à-dire la « pacifique propagation de sa royauté sur la terre ! » Lord Halifaxa ajouté en terminant : « Les membres de l'É, d'Angleterre et ceux qui la gouvernent ne seront-ils pas inspirés par de telles paroles sortant de la bouche d'un homme si près d'entrer dans un autre monde ? Et en revendiquant leur part dans les béné- dictions promises aux pacifiques, ne permeltront-ils pas à Léon XIII de voir avant son départ d'ici-bas quelques fruits de ses ardentes prières et de ses efforts persévérants pour la réalisation de la paix de l'Église et la prospérité du Royaume de Dieu sur la terre ? »

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CHRONIQUE

Les ordinations anglicanes. — Nous avons annoncé dans notre dernier numéro qu'une commission de théologiens allait être formée à Rome pour l'étude des ordinations anglicanes. Nous croyons savoir que celle commission est en effel constituée et qu'elle a commencé ses travaux. M. Portal, à cette occasion, vient de partir pour Rome afin d’être mieux en mesure de tenir au courant les lecteurs de la Revue.

Les études bibliques. — Nos lecteurs connaissent assurément le Dictionnaire de la Bible, ouvrage des plus importants entrepris par M. l'abbé Vigouroux. Le savant professeur d'Écriture Sainte de Saint- Sulpice et de l'Institut catholique, ayant fait hommage à Sa Sainteté Léon XIII de la partie de son travail parue jusqu'ici, en a reçu la lettre suivante :

 A Notre éher fils Fuloran Vigourouz, prêtre de Saint-Sulpice.


                       LÉON XIII, PAPE

                Salut et bénédiction apostolique.

L'ouvrage si considérable (Dictionnaire de la Bible) que vous avez entrepris dans la pensée de faire concourir toutes les sciences à la défense et à l'explication des divines Écritures, fut, dès le moment où sous en formiez le premier dessein, l'objet de Notre particulière faveur. Outre l'importance même du sujet, Notre esprit se représen- lait la gloire nouvelle qui en reviendrait au génie calholique, et les sérieux avantages que votre pays ne serait pas seul à en relirer, mais qui pourraient en rejaillir bien au delà. Et ce qui accroissait Notre confiance dans le succès de l'œuvre, c'était d'en voir la conduite et la direction aux mains d'un homme tel que vous, dont le rare savoir, la perspicacilé de la critique unie à la modération, el enfin la soumis- Sion si fidèle aux enseignements de l'Église Nous étaient déjà attestés par lous vos précédents écrits. Toutes ces raisons ne pouvaient man- quer de vous obtenir le suffrage des évêques et les encouragements des savants, dont un bon nombre, excités par votre exemple autant æ REVUE ANGLO-ROMAINE

que par votre nom, se sont fait un plaisir de s'associer à votre entre- prise, pour en partager avec vous le labeur et le mérite. 11 Nous a donc été Lrès agréable de voir paraître au jour une por- tion déjà notable de cette œuvre, fruit de vos communs efforts, et dont le mérite, Nous le savons, ne répond pas seulement à l'attente qu'on en avait conçue, mais excite plus vivement encore le désir de son entier et complet achèvement. Et, de fait, réunir ainsi dans un seul et même ouvrage, et mettre à la portée de chacun tout cet ensemble de connaissances, qui, pui- sées avant tout aux sources si riches de la sagesse antique, mais com- plétées aussi par les légitimes résultats de la science moderne, peuvent aider à l'intelligence des Saints Livres, c'est assurément bien mériter de la religion en même temps que des bonnes études. Par là, cher Fils, et grâce à votre zèle, à vos efforts et à ceux de vos colla- borateurs, Nous avons la joie d'assister à la réalisation du vœu que Nous exprimions avee tant d'insistance dans l'Encyclique Providen- tissimus Deus : voir les catholiques s'adonner en bien plus grand nombre à l'étude des saintes lettres, et cela avec un égal souci de s'accommoder aux besoins du temps et de se conformer complète- ment aux prescriptions de Notre Encyclique. Aussi c'est pour Nous un très grand plaisir que de vous exprimer par un témoignage spécial toute Notre approbation : puisse-t-elle, avec le secours de la grâce divine, affermir votre courage et vous donner de nouvelles forces pour la continuation et l'heureux achève- ment de votre œuvre! El, pour ce qui vous louche personnellement, continuez, cher Fils, à procurer à votre religieuse compagnie l'honneur de vos services; el que les élèves formés par vous n'aient rien plus à cœur que de marcher sur les traces de leur maître, et, par leur enseignement ou ar leurs écrits, de faire faire à la science biblique des progrès que jour nouveaux.

  vous done et à chacun de ceux qui se sont associés à votre noble

et laborieuse entreprise, c'est avec toute l'affection de Notre cœur que Nous accordons, comme gage des faveurs célestes, la bénédic- tion apostolique. Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 3 février 1896, la dix-hui- tième année de Notre Pontificat.

                                             LÉON XII, PAPE.

Le repos du dimanche. — On lit dans le Courrier de Genève
                                                        :

« Le conseil fédéral a informé la Compagnie P.-L. M. qu'à partir du 45 mars, la gare de Genève n’expédierait ni ne recevrait de train de marchandises le dimanche, en conformité de la loi votée sur le repos de ce jour-là. Il est possible que cette date du 15 mars soit prorogée, étant donnée l'exposition de Genève, dont l'ouverture a lieu dans deux mois; mais il reste acquis que la suppression des trains de marchandises, le dimanche, entre Bellegarde et Genève est chose décidée et n'est plus qu'une question de mois.

                                UNIVERSITY OF MICHIGAN

CHRONIQUE 23

« En Angleterre, en Belgique et en Suisse, maintenant, les trains de marchandises ne circulent pasle dimanche, les affaires et les trans- ports se font bien quand même. Les journaux français espèrent qu'en France cette mesure sera bientôt appliquée d'une façon générale. Elle permettra de donner à bon nombre d'employés de chemins de fer une journée de repos bien méritée, et les Compagnies n’en souf- friront pas. »

Une nouvelle revue catholique. — Nous nous faisons un plaisir d'insérer la communication suivante :

La Revue d'histoire el de littérature religieuses a pour objet principal l'histoire du christianisme, L'histoire religieuse générale, l'histoire d'Israël et des peuples en relation avec les Juifs, la littérature biblique, l'histoire ecclésiastique, k littérature chrétienne rentrent dans son cadre, ainsi que l'étude de mouvements religieux comme le mithriacisme, ou de mouvements philosophiques comme le néoplatonisme. Elle publiera des articles de fond, des chroniques et des comptes rendus. Les articles de fond seront ou des mémoires originaux appor- tant des résullals nouveaux, ou des exposés destinés à préciser l'état actuel des questions et à servir aux lecteurs de point de départ pour des travaux personnels. La Revue d'histoire et de littérature religieuses est purement historique et rrilique. Elle paraît tous les deux mois par fascicule de six feuilles d'impres- sion (96 pp.) el forme à la fin de l'année un fort volume in-8° d'envi- ron 512 pages.

Le prix de l'abonnement est de 40 francs pour la France et de 42 fr. 30 pour l'étranger (10 marks 10 sh.). — Adresser les abonne- ments et toutes les autres communications à la librai Adam, 30, rue des Écoles, à Paris.

Voici les noms des principaux collaborateurs:

MM. Alfred BauDriLLaRT, Paris; Gaston Boïssin, Paris; CARRA DE Vaux, Paris: Henry CocmiN, Paris; Franz Cuowr, Bruxelles; Georges Dicarn, Paris; Léon Dong, Paris; Louis Ducuesxe, Directeur de l'École française de Rome; Paul Fabre, Lille ; Paul FouRMIER, Grenoble; Georges Govau, Paris; Épouard Jorpan, Rennes; Paul LEJAY, Paris; Alfred Loisr, Paris; Henri MarGIvAL, Paris; Pierre D NoLuAc, Ver- sales; Paul Taowas, Gand; François TaurEau-DanGiN, Paris; J.-P. Wazraxe, Liège; Carl Wevaan, Munich, ete. LIVRES ET REVUES

                           La QUINZAINE

CATHOLIQUES ET ROMAINS, par M. l'abbé DUCHESNE (Suite).

Les évêques du concile de 384, héritiers de ceux qui avaient fondé l'église impériale, entendaient bien que cette église eût pour centre la ca- pitale constantinienne. Sans le dire expressément, ils décrétérent que « l'évêque de Constantinople aurait les honneurs après celui de Rome, « Constantinople étant une nouvelle Rome ». Un autre canon réglait que les évêques d'Alexandrie et d'Antioche ne devaient pas s'occuper des églises situées en dehors de leurs circonscriptions respectives, les diocèses d'Égypte et d'Orient; que, de même, les évêques des diocèses de Pont, d'Asie et de Thrace devaient traiter leurs affaires entre eux et chez eux. Ceci était dirigé surtout contre les évêques d'Alexandrie, qui, forts de leur propre importance, de leur alliance avec Rome et du prestige que leur valait le succès de l'orthodoxie nicéenne, commençaient à se poser en chefs de l'Église orientale. Si Grégoire de Nazianze avait été installé sur le siège de Constantinople, si Nectaire le fut après lui, ce fut malgré le patriarche alexandrin Timothée, qui avait son candidat et le voulait im- poser.

11 fut battu cette fois, Mais la lutte était ouverte entre les deux pri- mats de Constantinople et d'Alexandrie; il s'agissait de savoir lequel des deux commanderait au nouveau corps ecclésiastique de l'empire oriental. Le premier avait pour lui la lettre et surtout l'esprit du récent concile. Ii se sentait soutenu par la tradition de l'église officielle impériale, dont les présidents avaient été Eusèbe de Nicomédie, Étienne et Léonce d'Antioche, Acace de Césarée, Eudoxe de Constantinople, enfin le bienheureux Mélèce. C'est à ces chefs qu'il succédait beaucoup plus qu'aux titulaires antérieurs du siège de Byzance ou de Constantinople. Placé comme il l'était au voi- sinage immédiat de la cour, il apparaissait comme un intermédiaire utile et en quelque sorte obligé entre l'épiscopat provincial et les administra- tions supérieures. De ce chef, son influence ne pouvait manquer de prendre d'énormes proportions. Ses attributions n'avaient pas été bien définies par le concile; il ne tenait qu'à lui de les étendre. Jusqu'à Antioche au moins, qui pouvait lui résister? L'évêque d'Alexandrie, outre la tradition orthodoxe dont il se portait le représentant, avait l'avantage d'une autorité bien définie et consacrée par un long usage. Les cent évêques de sa circonscription étaient tous dans sa main; aucun d'eux n'eùt osé le contrecarrer ni souffler mot avant d'avoir pris langue auprès de lui. Les moines aussi, puissance nouvelle au prin- LIVRES ET REVUES 25 temps de sa popularité et de sa force, se rangeaient également derrière lui, Ils avaientfait campagne avec Athanase; Athanase n'avait pas cessé de les choyer : l'alliance était complète, indissoluble. Un doigt levé par celui que l'on appelait déjà le Pharaon épiscopal, et lesdéserts de Nitrie, du Fayoum, de la haute Egypte, lui envoyaient des troupes dévouées jusqu'au fana- tsme. Par le fait de sa grande situation ecclésiastique, il était en Egypte le premier personnage indigène. Le préfet impérial, le commandant mili- ire devaient compter avec lui. Malheur à eux, malheur surtout à l'ordre publie, s'ils s'avisaient de se le mettre à dos! À cette grande pui ne manquait même pas un certain éclat intellectuel. L'école rivaitencore; on parlait de «es chefs; dans les solitudes de Nitrie, de sa- sants moines méditaient les livres du vieux maitre. C lexandrie qui réglait le comput pascal; ses décisions fai l'empire d'Orient; même à Rome, où l'on était moins habile en ces cal- culs, on les acceptait presque toujours. Enfin, s'il s'élevait quelque que- relle théologique, le grand prélat se révélait docteur et polémiste : ce fut le cas d'Athanase, de Théophile, de Cyrille. Sans doute la cour était loin: mais il y avait beaucoup d'Egyptiensà Constantinople ; le service de l'an- none y conduisait, chaque printemps, une loite immense, dont les équi- pages faisaient escorte au pontife d'Alexandrie quand il débarquait à la Corne d'Or. 11 avait sa nonciature, confiéeà des hommes de choix et bien fournie d'espèces sonnantes ; on pouvait beaucoup à la cour avec de l'argent eu l'argent ne manquait pas au prince des Egyptiens. Entre ces deux puissances, le conflit était inévitable, Ce fut Alexandrie qui l'emporta d'abord. A chaque vacance du siège de Constantinople, le patriarche égyptien avait son candidat. Quand il ne passait pas et que l'élu déplaisait à Alexandrie, la première occasion amenait une tragédie. Par trois fois en moins d'un demi-siècle, l'Église grecque eut le spectacle d'un évèque de Constantinople déposé par un évêque d'Alexandrie : Chrys0s- wme, en 403; Nestorius, en #1; Flavien, en 449. Et ce n'étaient pas des dépositions théoriques ; ces trois prélats furent réellement dépossédés de leurs sièges, et même exilés. Que dis-je? tous les trois en moururent. Je sais que, sur le point de droit, il ÿ a dés différences à faire entre ces trois «as: que la déposition de Nestorius fut ratifiée, au concile d'Ephèse, par les légats du pape ; que Chrysostome etFlavien, victimes innocentes; furent défendus et réhabilités par le Saint-Siège, dont ils avaient invoqué l'appui. Mais, dans les trois cas, l'épiscopat d'Orient accepta ou subit la sentence alexandrive; par son silence au moins, il se rallia au Pharaon vainqueur.

Que fütil arrivé si cette série de succès se fût prolongée encore? Le tape d'Alexandrie, car on lui donnait ce titre, fàt-il devenu le chef re- connu de l'épiscopat grec? Fût-on parvenu à lui garantir cette situation par quelque règlement officiel? En fait, son troisième triomphe fut le der- nier, Au concile de Chalcédoine (451), on vit Dioscore, patriarche d'Alexan- dre, assisau banc des accusés,et l'on entendit le légat romain prononcer cette grave sentence : « Le très saint et bienheureux archevêque de la

dont Eusêhe et les autres contemporains du concile de Nicée n'auraient p: eu le moindre vent, je ne vois pas ce que l'on veut dire. Du reste, ce con- ile général devrait être fort ancien, antérieur au mu° siècle et même au ur, car en ces temps-là nous voyons l'Eglise romaine investie non pas seu- lement de prérogatives honorifiques, mais d'une autorité universelle et indiscutée. En remontant ainsi, on arriverait aisément aux apôtres. Mais ce n'est pas ce que voulaient dire les évêques de Chalcédoine; les Pè: nt ne sont pas les apôtres, mais des évêques; ils entendaient ramener au niveau de la leur l'autérité d'où dérive la primauté de l'Eglise romaine, En cela ils se trompaient : l'Eglise romaine ne doit rien aux con- iles; son autorité lui vient de plus haut. Les empereurs ont pu fonder une nouvelle Rome ; créer une seconde Eglise romaine est au-dessus de toute compétence épiscopale, — Abbé DUCHESNE.

                        LE CORRESPONDANT


 Nous détachons d’une très remarquable étude, À travers l'Autriche

Hongrie, publiée dans le Correspondant du 23 mars, un portrait du grand évêque Croate, Mgr Strossmayer, qui ne manquera pas d'inté. resser nos lecteurs.

Joseph-Georges Strossmayer est né le & février 4845, à Essek, en vonie (ou Esclavonie), une des provinces de l'ancien royaume triunitaire. Après de brillantes études au séminaire de Djakovo, il fut envoyé comme vicaire à Peterwardein, puis, trois ans après, appelé à l'Augustineum,

il était nommé, en même temps, prédicateur de la cour et, dès lors, s'il LIVRES ET REVUES 21 avait eu les vues ambitieuses qu'Allemands et Magyars lui ont souvent prétées, la voie lui était ouverte; car, avec ses hautes capacités, sa mer- veilleuse intelligence, il pouvait prétendre à tout{, Mais, passionné pour sa patrie, que le despotisme hongrois menaçait déjà dans sa liberté et jusque dans son existence, il résolut de se consacrer tout, entier à la défense de cette grande cause en même temps qu'à celle de l'Église. Jella- chich n'avait pas tardé à remarquer son jeune compatriote et à se lier ec lui. En 4849, alors que la monarchie autrichienne, sauvée par les Uroates, osait leur témoigner sa reconnaissance, le célèbre ban usa de son e date à la cour pour faire attribuer au directeur de ge épiscopal de Djakovo, dont la juridiction s'étendait alors eur toute la Bosnie et s'étend encore jusqu'en Serbie (où le gouver- nement orthodoxe » n'a pas autorisé l'ouverture d'une chapelle catho- lique). Voilà donc quarante-sept ans que Mgr Strossmayer illustre ce siège par les luttes qu'il a soutenues et l'admirable zéle qu'il n'a cessé de déployer conformément à sa noble devise : Sve za vjeru à za domovinu. « Tout pour la foi et pour la patrie. » A peine installé dans son diocèse, il se servit des revenus considérables qui y sont attachés pour créer des écoles, des séminaires, fonder des loures à l'usage des jeunes gens pauvres et répandre partout le bien autour de lui. Aussi était-il déjà populaire, quand, après la désastreuse campagne d’ahe, appelé par l'empereur au Reichsrath de Vienne, il demanda qu'on reconnût enfin les droits historiques et politiques des diffé rentes nationalités et se prononca nettement pour un régime fédératif, « seule base, disait-il, sur laquelle l'Autriche puisse se réorganiser ». 1] accentua encore ces revendications à la Diête croate de 4861, où, dans nlusieurs discours, il s'éleva à une grande éloquence qui enthousiasma ses collègues : dès lors, il fat considéré comme le chef du parti national en Croatie. Une telle attitude n'était pas faite pour plaire en haut lieu, et, à partir de ce moment, l'évêque de Djakovo fut tenu pour suspect. Au cours de la session, il avait pu, cependant, obtenir le vote d'un projet qui lui tenait singulièrement à cœur : la fondation de l'Académie. Mais, pour arriver à la réalisation du projet adopté, que de difficultés, que de lenteurs! Les souscriptions, affluant de toutes parts, atteignirent bientôt le chiffre de 800.000 francs, dont le quart avait été fourni par Mgr Strossmayer; cependant le souverain refusa sa sanction jusqu'en 1866, et ce fut seule- ment l'année suivante que l'Académie put être ouverte. « Ainsi, observe M. L. Léger, il n'avait pas fallu au gouvernement autrichien moins de six années pour autoriser trente-deux personnes à se réunir, à seule fin de publier des travaux scientifiques. C'est juste le temps qu'avait mis l'Autriche à perdre les batailles de Solférino et de Sadowa et à élaborer tois constitutions?. » La Diète, dissoute en 1864 parce qu'elle renfermait un trop grand nom bre de nationaux et trop peu de magyarons (nom donné aux partisans de la Hongrie}, ne fut convoquée de nouveau qu'en 1865. Mgr Strossmayer joua un rôle tellement prépondérant durant cette session, que, lorsque, deux aus plus tard, M. de Beust élabora le fameux Ausgleich, d'accord avec les Hongrois, le gouvernement eut la précaution d'éloigner l'orateur dont il

1 M. de Laveleye raconte que, lorsque le jeune Strossmayer passa ses examens, à Pesth, dans l'épreuve sur la dogmatique, il déploya tant de savoir et une telle foree de dialectique, que le président du jury d'interrogation dit à ses collègues : Au primu hæreticus sæculi aut prima columna catholicæ Ecclesiæ.

redoutait l'éloquence. Invité poliment par l'empereur à voyager au loin, Mgr Strossmayer vint passer à Paris le temps de son exil, mais son absence n'empécha pas la Diète croate de protester contre le compromis austro-magyar; elle fut dissoute. Une autre assemblée, ayant été réunie, refusa de se faire représenter à Pesth aux fêtes du couronnement : cet acte d'indépendance fut puni par une nouvelle dissolution. L'année suivante, en recourant à la pression la plus éhontée, en éloignant les électeurs hostiles, en modifiant le cens électoral et en imposant un locum tenens banalis, qui terrorisa le pays, le gouvernement finit par obtenir une Diète selon son cœur, c'est-à-dire disposée à voter tout ce qu'on demanderait d'elle. L'assemblée qu'on a flétrie du nom de Aump Parliament, Parlement crou- pion, négocia aussitôt avec ia Hongrie un pacte (Nagoda), revisé plus tard en partie, qui livrait la Croatie aux Magyars. À parür de cette époque, Mgr Strossmayer, ne voulant pas qu'on puisse l'aceuser de fomenter le trouble et l'agitation dans le monarchie, s'est complètement retiré de la politique. Il a refusé d'occuper le siège auquel il a droit, comme évêque, à la Diète, où l'opposition, habilement réduite à une infime minorité, a eu, depuis lors, pour représentants les plus en vue, deux radicaux : Starcevitch, qui vient de mourir, et Barcitch, « le Gari- baldi croate », célèbre par ses mots d'enfant terrible : c'est lui qui, en plein Parlement d'Agram, n'a pas craint d'évoquer le jour où « la politique magyare amënera forcément les Cosaques à faire résonner les sabots de leurs chevaux sur le pavé de Vienne ». Mais ces mots à effet ne sont pas l'écho des véritables sentiments du pays. Mgr Strossmayer a cru faire œuvre plus utile en travaillant avec ardeur à élever l'âme de sa patrie; par ses fondations, par ses encouragements de toute sorte, il a provoqué le mouvement historique, littéraire, scientifique et artistique qui doit, sui- vant lui, assurer, dans un temps donné et d'une façon pacifique, l'avenir des nations jougo-slaves. Quand, au retour de son exil, il vint assister à l'inauguration de l'Académie qui était son œuvre et dont il fallut bien le nommer protecteur, la joie fut universelle. Le gouvernement eut beau interdire aux habitants d'iluminer et de pavoiser leurs maisons, il ne put empêcher toute la population d'accourir au-devant du vénéré prélat et de lui décerner une ovation telle que bien des souverains pourraient l'envier. Le peuple entier s'était passionné pour la nouvelle Académie; dans la foule qui acclamait ainsi le fondateur, il n'y avait pas seulement des catholiques, mais de nombreux orthodoxes venus de Serbic et de Bulgarie pour mêler leurs vivats à ceux de leurs frères croates. Ce fut vraiment une fête natio- nale : 1 semblait qu'une aurore nouvelle allait se lever sur le pays. L'Académie d'Agram a tenu ce qu'elle promettait : à peine fondée depuis quelques années, elle avait déjà mis au jour d'importants travaux d'éru- dition qui ont fait revivre l'histoire et la littérature nationales. Mais l'évêque de Djakovo ne trouvait pas son œuvre complète : à côté de l'Aca- démie, il voulait que son pays eùt enfin une Université qui permit à ses compatriotes de recevoir, sur leur sol et dans leur langue, l'instruction qu'ils étaient jusqu'alors obligés d'aller chercher chez les Allemands ou les Hongrois. Le gouvernement n'était pas plus disposé à encourager cette fondation qu'il n'avait favorisé la création de l'Académie : le vaillant pré- lat a fini par triompher de tous les obstacles : grâce à ses largesses, grâce aux nombreuses sousenptions venues à son appel, l'Université d'Agram a vu le jour en 1874, et, à cette occasion, se renouvelérent les manifestations enthousiastes qui, sept ans auparavant, avaient accueilli sa venue dans la capitale croate. Depuis lors, celui qu'on a appelé avec raison le Mécène slave a de nouveau justifié ce titre en dotant la ville d'Agram d'une magni- LIVRES ET REVUES 29 fque galerie de peinture que, depuis de longues années, il avait réunie patiemment et qu'il augmentait à chacun de ses voyages en Italie. Artiste dans l'âme, il s'était passionné pour sa collection, mais il a voulu, de son visant, en faire le sacrifice à l'Académie, où les jeunes artistes viennent aujourd'hui s'inspirer de ces chefs-d'œuvre. Le musée Strossmayer, que l'on me peut manquer de visiter quand on vient à Agram, possède bon nombre de lebleaux de maitres, parmi lesquels il faut citer Fra Angelico, Fra Bar- tolommeo, le Dominiquin, Dürer, le Titien, Carrache. Les peintures sont fr bien classées par écoles. 11 y a des salles consacrées aux toiles modernes où j'ai remarqué l'œuvre d'un peintre national, — représentant l'enterrement d'un chef monténégrin, — qui a naguère figuré avec succès au Salon de Paris. Ces munificences, les fondations utiles, les bonnes œuvres répandues sans compter autour de lui, le patriotisme aussi ardent qu'éclairé dont il 4 toujours fait preuve, expliquent à quel point Mer Strossmayer est aimé de ses chers Croates. Il est pour eux le vladika (l'évêque) par excellence, dout le nom est partout vénéré et dont l'image se retrouve dans toutes les demeures. Le prestige qui entoure son nom, l'influence qu'il continueà exercer alors même que, depuis près de trente ans déjà, confiné au fond de son diocèse, il ne prend plus part aux luttes politiques, irrite les Alle- mands, adversaires du slavisme; elle a surtout le don de courroucer les Magyars qui ne peuvent constater sans colère leur impuissance à s'assimi- ler la nation croate. Aussi le parti judéo-magonnique, qui domine à Pesth, ne se lasse-t-il pas de calomnier l'évêque de Djakovo. À force de le signa ler comme un révolutionnaire et un ambitieux « appliquant les Liens de l'Église à des entreprises mondaines »; à force de le représenter menson- sirement comme un ennemi de l'Autriche, ou a réussi à soulever contre lui la défiance et la suspicion de l'empereur. Il ÿ a quelques année: sentiments se sont manifestés au grand jour dans une circonstance mémo- rable. En août 1888, au moment où la Russie célébrait le neuvième cen- tenaire de la conversion de saint Wladimir et de son peuple à la foi chi tienne, Mgr Strossmayer avait eru devoir adresser un télégramme d'adhé- sion au comité slave de Kiew, qui organisait de grandes fêtes pour cet anniversaire : « Que Dieu bénisse la Russie, disait-il, et l'aide à accom- ir dans la vraie foi la grande mission qu’il lui a confiée. » Aussitôt Alle- mauds et Magyars dénoncèrent avec violence cet appel religieux comme l'acte d'un factieux et l'indice d'une conspiration panslaviste. Néanmoins, ea allant avec quelques-uns de ses collègues Saluer à Belovar (dans les Confius) François-Joseph, qui était venu assister à des manœuvres mili- taires, l'llustre prélat ne s'attendait guère à la scène qui allait se produire. À peine l'eùt-il aperçu dans le salon de l'Hôtel de Ville, le souverain, qui “était incliné devant les autres évêques, l'interpella durement : « Qu'av vous fait, Monseigneur? lui dit-il. À l'occasion d'une fête non catholique, vous avez envoyé un télégramme trahissant votre foi et votre État! — Ma

conscience est tranquille, » répondit le prélat. L'empereur insista en trai- tant de monstruosité (Ausbund) le comité auquel Strossmayer avait envoyé “on adhésion et le quitta brusquement sans vouloir entendre ses explica- dons. L'évèque de Djakovo se retira aussitôt, mais il fut suivi dans sa retraite par deux de ses collègues qui s'abstinrent de paraitre le soir au Vanquet impérial. J'avais unvif désir de connaitre l'éminent prélat, qui est une des per- sonnalités les plus intéressantes et les plus remarquables de notre temps; s, sans lettre d'introduction, je n'avais osé solliciter de lui une audience, lors d'un premier voyage dans les Balkans. Muni, cette fois, 30 REVUE ANGLO-ROMAINE d'une aimable recommandation, purement verbale d'ailleurs, je deman- dai à l'évêque la permission d'aller lui rendre visite avec mon compagnon. Sur sa gracieuse réponse, nous nous sommes mis aussitôt en roule pour Diakovo, après avoir télégraphié l'heure de notre arrivée au secrétaire de Sa Grandeur, Bientôt l'aimable secrétaire vient nous chercher pour nous introduire auprès de Monseigneur. 11 nous laisse dans un vaste salon, où nous voyons s'avancer au-devant de nous un grand vieillard, encore très droit et vert, plein d'aisance]dans ses mouvements, malgré ses quatre-vingts ans sonnés. La figure est ascétique, couronnée d'une auréole de cheveux gris, la phy- sionomie singulièrement intelligente et fine, le regard vif et pétillant de malice, que vient tempérer une douce expression de bonté. Mgr Stross- mayer nous tend la main, sans vouloir que nous la baisions, et, nous fai- sant asseoir près de lui, il nous déclare qu'il est toujours heureux de rece- voir des Français: car il connaît notre pays et il l'aime (il en a donné la preuve pendant la guerre de 4810, en s'efforçant d'amener le tzar et l'e pereur d'Autriche à s'interposer dans la lutte). « Considérez, nous dit-il, que vous êtes ici chez votre père, votreami et votre frère. Je désire que vous vous trouviez bien chez moi et que vous vous y plaisiez, » Cette bonhomie charmante, cet accueil si simple et si cordial, nous mettent à l'aise : aussi, après avoir exprimé à l'illustre évêque la sympathie que nous inspirent lex Croates et la cause qu'ils défendent, nous nous permettons de lui poser quelques questions sur l'étendue de leurs revendications. « Notre but, nous dit-il, est fort simple. Ce que nous demandons pour notre pays, c'est l'au- tonomie, avec la libre disposition de nos finances, sous l'administration d'un ban national; c'est la reconstitution du royaume « triple et un » qui nous à été souvent promise, mais après laquelle nous continuons à soul rer vainement. Nous ne réclamons pas une situation unique et privilégiée dans l'Etat, mais nous voulons la justice et l'égalité pour toutes les natio- nalités de la monarchie. Nous ne cherchons pas à supplanter les Magyars ni à les dominer, mais nous prétendons ne pas être dominés et asservis par eux. Ces descendants des Mongois sont établis depuis mille ans déjà en Europe, mais ils ont toujours conservé leur génie asiatique, c'est-à-dire iyrannique : ils condamnent au joug et à l'esclavage les malheureuses na- tions obligées de vivre sous leurs lois. Leur talent consiste précisément à cacher un despotisme intolérable sous les apparences libérales et constitu- tionnelles dont ils se parent. Beaucoup d'étrangers s'y laissent tromper : ceux qui ne font que travefser le pays sans connaitre notre langue, sans prendre contact ave les habitants, ne peuvent se rendre compte de sérable situation qui nous est faite. » Je me permets d'objecter qu'à en juger par les apparences, les Croates semblent jouir pourtant de certains avantages appréciables. Outre leur Diète spéciale, qui se réunit à Agram, ne sont-ils pas représentés à Budapest par quarante délégués chargés de défendre leurs intérêts au Parlement central ? « Fiction et mensonge que tout cela! déclare l'évêque. 11 faut savoir comment les élections sont faites et à quels procédés on à recours pour faire triompher à tout prix les can diidats agréables au Gouvernement !, » Mais, en même temps qu'il réclame

Les listes électorales, basées sur la capacité plus encore que sur le cens, sont #i habilement dressées en Croatie, sous l'administration du comte Hédervary: que cette population antimagrare se trouve représentée par une Diête toute dé vouée aux Hongrois (l'opposition n'y compte actuellement que huit membres). ss lors, il est facile de comprendre que les quarante délégués envoyés par la Diéte à Budapest s'y montrent les plus fermes soutiens du Gouvernement. LIVRES ET REVUES EL

lliberté et l'autonomie de son pays, Mgr Strossmayer s'indigne qu'on we suspecter le loyalisme des Croates. « On m'accuse d'être l'ennemi de l'Autriche; on nous accuse de conspirer, au profit de la Russie, contre la mouarchie pour laquelle nous donnerions notre vie. Ne l'evons-nous pus prouvé en maintes circonstances? Nous serions prêts à le prouver encore. E, chose étrange, ceux qui lancent ces abominables calomnies contre vous sont ces Magyars, qui.ont toujours agi en révolutionnaires et en conspirateurs. Ils s'identifient aujourd'hui avec les Juifs pour nous oppri- mer et imposer leurs volontés à notre roi. Voyes-vous, mon cher ami, le malheur, ici comme en France, c'est que nos nations catholiques se laissent dominer par une bande de Juifs et de francs-maçons. Chez vous, il est vrai. la population est devenue incrédule et indifférente, tandis qu'ici elle resie encore fortement attachée à la religion de ses pères. C'est ce qui nous sauvera! Je suis vieux maintenant, je n'ai plus longtemps à vivre et l'on escompte ma mort : les Magyars se figurent qu'ils viendront plus faci- lement à bout des Croates quand je ne serai plus là. En quoi ils se trompent fort! Les Croates tiennent à leur nationalité ; ils ne se laisseront pas absor- ber, malgré tous les efforts qu'on fera pour les magyariser. Notre cause est juste. Elle finira par triompher.... » Nous nous hasardons à demander à Monseigneur si les querelles reli- rieuses, les divisions existant entre Serbes et Croates, ne seraient pas un obstacle à l'autonomie qu'il réclame et, plus tard, une cause de faiblesse pour le royaume triunitaire reconstitué sous la domination autrichienne.

de se rapprocher de l'Eglise occidentale !. Ces avances ont provoqué l'ir- ritation du haut clergé schismatique : « Que cherchent, parmi notre peuple orthodoxe, s'est écrié l'évêque du rite grec de Zara, ces gens qui s'adressent à lui sans y être appelés ? Le plus connu d'entre eux nous fait. savoir que le Saint-Père le Pape n'exclut pas de son amour ses frères de l'Eglise d'Orient, et qu'il désire de tout son cœur l'unité dans la foi qui leur assurera la force et la vraie liberté. et il souhaite qu'é l'occasion de la canonisation des saints Cyrille et Méthode, un grand nombre d'entre eux aillent à Rome se prosterner aux pieds du Pape pour lui présenter leurs remerciements. » L'évèque de Zara continue ainsi en termes ironiques qui trahissent la colère, et protes- tant hautement contre les empiètements de la cour romaine, qu'il accuse ‘le vouloir accaparer les deux apôtres à son profit. Rome n'en a pas moins vu, à cette occasion, un magnifique pèlerinage de catholiques slaves venus du fond de la Bohème, de la Pologne, de la Croatie, pour fêter l'exaltation de leurs saints patrons. Monseigneur, de son côté, ne s'est point découragé et espère que tôt ou tard ses compatriotes arriveront à l'union religieuse, qui entrainera forcément l'union politique. Si au royaume triunitaire on adjoignait l'Herzégovine et. la Bosnie, les Serbes orthodoxes auraient pour eux Je nombre (environ 4 millions contre 2.400.000 catholiques); mais les auteurs impartiaux reconnaissent que les catholiques ont pour eux une moralité plus grande et une culture intellec- telle plus développée. « 11 me semble, dit M. Léger, qu'en Bosnie les mu- sulmans ont, en général, plus de respect pour les catholiques que pour les vrthodoxes. Le clergé catholique est plus instruit que l'autre, Voici, d'ail- leurs, un fait qui démontre avec éloquence la supériorité du clergé romain. On compte, en Croatie, un condamné sur 4.200 catholiques eu sur 650 or- thodoxes, Cette proportion s'explique par le caractère des deux religions, l'une faisant une large part à l'enseignement moral, l'autre confinée dans les rites et les manifestations extérieures de la foi 2,»— Be JEMAN DE WITTE

1 « O Slaves, mes frères, vous êtes évidemment appelés à accomplir de grandes choses en Asie el en Europe. Vous êtes appelés aussi à régénérer par voire influence les sociétés de l'Occident, où le sentiment moral s'afaiblit, à leur com- muniquer plus do cœur, plus de foi et plus d'amour pour la justice, pour la vertu et pour la paix. Mais vous ne parviendrez à remplir cette mission à l'avantage des autres peuples et de vous-mêmos,.vous ne mettrez fin aux dissentiments qui vous divisent entre vous que si vous vous réconciliez avec l'Eglisc occidentales en concluant un accord avec elle. »

La Save, le Danube et le Balkan,.p. 18.

DOCUMENTS

           DE LA FORME EMPLOYÉE

                                 POUR

LA CONFIRMATION DES ÉVÊQUES

               DANS   L'ÉGLISE     D'ANGLETERRE
                                              !




                 DE EPISCOPIS CONFIRMANDIS


                        Mots PROCEDENDI.


         Trruzus CCCXXX VII.

Forma confirmandi Episcopum (a); et qui facienda sunt, per pro- curatorem, lempore ejus confirmalionis.

L. Imprimis, die et loco, pro hujusmodi confirmatione fienda, assi- gnatis, coram venerabili viro N. commissario, &c. præsententur Literæ Commissionales et patentes regiæ, de assensu regio, &c. sub Sigillo magno Angliæ, et coram eo publice legantur.

U. Quibus leclis, assumat in se dictus commissarius onus execu- Gonis diclarum literarum commissionalium, &e. et decernel proce- dendun fore juxlà vim, forma et effectum earundem.

Il. Tum compareat procuralor decani et capituli_N. qui exhibeal procuratorium suum pro dictis decano et capilulo, et faciat se partem pro eisdem; et præsentel, eidem commissarie, reverendum patrem dominum electum N. episcopum, ac sislat eum coram eodém.

1 Estrait de « Ordo Judiciorum, sive, methodus procedendi in negotiis ct Liti- bas in foro ecclesiastico-civili Britannico et Hibornico. Ubi, quæ mendis olim cum innameris odita fuêre, castigatà nunc et dilucidè digesta, juxta Normam Or- dis Judiciarié, exhibontur, ac notis et observationibus illustrantur, Per Thomam Oaghton, almæ Curiæ Cantuariensis de Arcubus, London, procuratorum gent rlium unum, et a multis retro annis supromæ Curie Delogatorum Registrai Regii deputatum. Londini : impensis authoris. MDCCXXX VII » Qi) Forma confrmandi Episcopum. Do confirmatione Épiscoporum. Vide Othob. onst, 31.

REVUE ANGLO-ROMAINE. — Te 1e     — 3

34 REVUE ANGLO-ROMAINE IV. Deinde, exhibeat dictus procurator capituli X. mandatum cita- torium contra oppositores, &c. alias emanalum; cum certificatorio super executione ejusdem; et pelat, omnes citatos præconizari. V. Et tune fiat trina præconizalio omnium citalorum, &c.

VI. Quibus præconizatis, et nullo modo comparentibus, procura- tor capituli N. accuset corum contumaciam; el pelet eos reputari contumaces ; el, in pœnam suarum contumaciarum hujusmodi, viam ulterius opponendi, contra diclam electionem, eis et eorum cuilibet præcludi; et quatenus dictus commissarius ad ulteriorem proces- sum, in dicto confirmationis negocio, juxla juris exigentiam, proce- dat; ipsorun sic citalorum, et non comparentium, absenlia sive con- Lumacia, in aliquo, non obstantibus : prout in schedula, quam legat diclus commissarius. VII. His sic gestis, dictus procurator capiluli det summariam petitionem, in striplis, quain dictus commissarius ad ejus pelitionem admittat, quatenus dejure, &e. et decernat procedendum fore sum- marie, et de plano; et assignet procuratori lerminum, ad probandum candem adstatim.

VIII. Deinde, dictus procurator capituli, in subsidium probationis contentorum, in dicla summaria pelitione, exhibeat instrumentum isive literas teslimoniales] super processu clectionis (in forma authentica) faclo, ac sigillo communi dicti decani et capituli sigil- lato; neenon literas patentes regias, de assensu regio, eidem elec- ont adhibito ; ac instrumentum super consensum dicti domini electi, quatenus faciunt pro intentione dicti decani et capituli, &

IX. Et dictus commissarius, ad pelitionem procuratoris capituli, assignet terminum, ad audiendum sententiam, sive finale decretum, adstatim. X. His expedilis, fiat alia trina præconizatio omnium cilato- rum, &e.

XL. Quibus sic præconizatis, et nullo modo comparentibus, dictus procurator capituli accuset eorum contumacias; et, in pænam contu- maciarum suarum hujusmodi, petat, ut dictus commissarius decer- nat, procedendum fore ad prolationem sententiæ definitivæ, sive tinalis decreti; ipsorum sic citatorum, non comparentium, absentia, sive contumacia, in aliquo, non obstantibus : prout in schedula, quam legat dictus commissarius. XII. Deinde, dictus electus præstet juramentum, de agnoscendo supremam regis authoritatem; et alia juramenta solita. XII. Quibus præstitis, dictus commissarius leget sententiam definitivam, pronunciando, declarando, et eælera faciendo, prout in eadem continetur.

XIV. Tune dietus commissarius, ad peilionem procuratoris capi- luli et domini electi, decernet literas testimoniales, super præmis- sis, @e. " DE LA FORME EMPLOYÉE POUR LA CONFIRMATION DES ÉVÊQUES 33

                        OBSERVATIONS
  1. Cum viduala sit ecclesia cathedralis, et pastoris solatio des- lituta, de præsule provideri solet, per electionem canonicam, a decano et capitulo ejusdem ecclesiæ, celebrandam; petita autem prius a rege et obtenta licentia, alium sibi eligendi in sedis vacan- is episcopum et pastorem.

  2. Post electionem celebratam, et domini electi consensum elec- tioni (de se factæ) adhibitum, significantur hæc, a decano et capi- lu, regiæ majestati, et domino archiepiscopo.

  3. Deinde, rescribere solet archiepiscopo, per literas suas patentes, dominus rex, de assensu regio, eidem electioni, adhibito; una cum mandato, pro confirmatione et consecratione dicti domini electi.

  4. Post hæc, subscribit archiepiscopus : Fiaé confirmatio : el emanat citatio contra oppositores, &e. [prout habetur in formulis].

  5. Dénique, die el loco, pro confirmatione celebranda, constitutis, proceditur in hunc, qui sequitur, modum.

DIRECTORIUM EXPEDIENDORUM IN NEGOCIO CONFIRMATIONIS

                        EPISCOPI.


                         Procurator.

Reverende Domine, exhibeo procuratorium meum pro venerabili- bus viris decano et capitulo ecclesiæ cathedralis N. et facio me par- lem pro eisdem; et præsenti dominationi vestræ literas patentes regias magno Magnæ Britannia sigillatas, pro confirmatione electionis reverendi viri À. B. Sacræ Thevlogiæ professoris, in epis- copatum N. et peto, ut legantur.

                      Vicarius Generalis.

Legantur,

                         Procurator.

Humiliter peto, quatenus dignemini in vos acceplare onus diclæ confrmationis; el decernere procedendum fore juxta formam dicta- run literarum patentium, et juris exigentiam.

                      Vicarius Generalis.

Xos, ob honorem domino regi debitum, onus confirmationis hujus- modielectionis in nos acceplamus, et decernimus procedendum fore jutla vim, formam, et effectum earundem literarum patentium; et TT. nolarium publicum, in aclorum nostrorum, in hac parte, seri- lan assumimus. 36 REVUE ANGLO-ROMAINE

                         Procurator.

 Præsento vobis reverendum virum A. B. sacræ theologiæ profes-

sorem, in Episcopum el pastorem ecclesiæ cathedralis N. prædict:e electum; ipsumque hic judicialiter sisto; et nomine procuratorio dictorum decani et capituli, exhibeo mandatum originale, una cum certificatorio indorsato super executione ejusdem, contra omnes et singulos opposilores; et pelo eos præconizari.

                      Vicarius General

Præconizentur oppositores.

                         Procurator.

Aceuso contumacias omnium et singulorum, in hac parte, cilato- rum, inlimatorum, præconizatorum, et non comparentium; et peto eos pronunliari contumaces; et, in pænam contumaciarum suarum hujusmodi, viam ulterius opponendi contra diclam electionem, for- mam ejusdem, aut personam, in hac parle electam, eis et eorum cuilibet præcludi peto; necnon ad ulteriora, in dicti confirmationis negocio, procedendum fore decerni; ipsorum sic citatorum, intima- torum, præconizatorum, el non comparentium, absenlia, sive con- lumacia, in aliquo, non obstante; et porrigo schedulam, quam peto legi.

                      Vicurius Generalis.

Schedulam le

                         Prorurater.

In pœnam contumaciarum omnium el singulorum, in hac parte, citatorum, intimatorum, præconizatorum, el non comparentium, do hanc summariam petilionem, in scriplis conceplam; quam peto admitti; etprocedendum fore decerni, summarie, el de plano; et ter- minum assignari mihi, ad probandum eandem adstatim.

                     Vicarius Generali.

Admittimus banc tuam sumumariam petitionem, quatenus, de jure, sil admittenda; et decernimus procedendum fore, summarie, et de plano; et tibi assignamus terminum, ad probandum hanc tuam sum- maria pelitionem adstatim.

                         Procurator.

In pœnam contumaciarum omnium et singulorum, in hac parte, citatorum, intimatorum, præconizatorum, et non comparentium, el in subsidium probationis contentorum in dicta summaria petitione exhibeo cerlificatorium [de et super electione præfati reverendi viri

                              UNIVERSITY
                                      OF    MICHIGAN

DE LA FORME EMPLOYÉE POUR LA CONFIRMATION DES ÉVÈQUES 37

AB. sacræ theologiæ professoris, in Episcopum et paslorem eccle- sia cathedralis N. prædiclæ, facta per præfatos decanum et capi- lulum ejusdem ecclesiæ] sigillo eorum communi sigillatum; exhibeo etiam instrumentum publicum de et super consensu dicti reverendi viri A. B. sacræ theologiæ professoris, cidem electioni; ac literas patentes regias, alias lectas; et allego omnia et singula contenta, in eisdem respective exhibilis, fuisse el esse vera, ac ita habila, el gesta, isdem continelur; et pelo ea omnia admilli; et lerminum assignari mihi, ad audiendum sententiam.

                         Vicarius Generalis.

In pœnam contumaciarum omnium et singulorum (sie, ut præfer- tri citatorum, intimatorum, præconizatorum, et non comparentium admittimus hæc instrumenta publica; et assignamus ad audiendum sententiam adstatim.

                                Procurator.

Peloomnes elsingulos oppositores hujusmodi denuo præconizari.

                         Vicarius Generalis.

Præconizentur oppositores.

                                Procurator.

Aceuso contumacias omnium et singulorum, sic (ut præfertur) Giélorum, intimatorum, præconizatorum, el non comparentium; el pelo eos pronunciari contumaces; el, in pœnam contumaciarum Surum hujusmodi, procedendum fore decerni, ad prolationem sen- lea vestre definitivæ; et porrigo schedulam, quam peto legi.

:                        Vicarius Generalis.
Shedulam legit.


                                Procurator.

Dominus Episcopus electus promptus est, ad præslandum jura-

menla, in hac parle, usitata.

                         Virarius Generalis.

Prestentur juramenta.


                                Procurator.

Porrigo sententiam definitivan        n scriplis conceplam, quam peto

legi et ferri.

                         Vicarius Generalis.

Legit sententiam. 38 REVUE ANGLO-ROMAINE

                             Procurator.

 Dominus Episcopus electus et confirmatus, el ego, petimus instru-

mentum publicum, et literas testimoniales fieri.

                        Vicarius Generalis.

 Decernimus prout petitur.


                     SUITE   DES   OBSERVATIONS
  1. Inter honores et privilegia, quibus insigniti sunt, ad apicem dignitatis eminentioris archiepiscopalis evecti, communis est, utrique archiepiscopo, et Cantuariensi et Eboracensi, litulus, Reverendissimus in Christo Pater ac Dominus. Utuntur ambo titulo, Providentià divin. Scribit autem, in brevi seu rescriplo suo, Dominus Rex, Dei Gratia Archiepiscopo_Cantuariensi: Titulum habet horum uterque, vel i colloquio, vel in scripis, Clementiæ, quam (Anglice) vocamus Grâce. Appellatur Archiepiscopus Cantuariensis, dlius Anglie Primas et Metropolitanus : Eboracensis Anglie Primas et Matropolitanus. Præcedentiam habet lle Cantuariensis, supra omnes regni magnates et officiarios; unde vocatur (Regali salva prosapia) Primus par régné. Competit il i privilegium inaugurandi regem in coronatione. Dicebantur olim (ubicunque moram lraxere) Rex et Regina, spe- ciales et domestici parochiani dominé archiepiscopi. Habet eliam præcedentiam Eboracensis archiepiscopus, præ omni- bus regni magnatibus et oîiciaris, præter dominum cancellarium.

  2. Observatur autem, in horum archiepiscoporum ordinaione, quod si non ante fuerint episcopi, consecrari solent a quatuor epis- copis; Si vero fuerint episcopi, confirmatur eorum electio a quatuor epis- copis.

    1. Post eorum ordinationem, electiones episcoporum suæ provin- ciæ confirmant. Postmodum eliam hujusmodi episcopos (una eum duobus aliis episcopis) consecrant. Provinciales synodos (juxta rescriptum regium) convocant. Synodos convocatas moderantur, et ultimum, in eis, ferunt suffra

'Appeliationes (ab episcopis suis suffraganeis) interposites rect- ium.

piunt, eisdemque rescribunt. Totam provinciam (secundum leges et consuetudines) visitare solent. Sede quacunque episcopali sue pro: cire vacante, custodiam DE LA FORME EMPLOYÉE l'OUR LA CONFIRMATION DES ÉVÈQUES 49)

habent ecclesiasticæ jurisdictionis ad eandem spectantis, nisi um obstet in contrarium aliqua consuetudo [vide obs. in Tit. 5, sub if]. Approbare, et insinuare solent lestamena, literasque concedere administrationis bonorum ab intestato decedentium, mortis tempore bona notabilia, in diversis diæcesibus, habentium, sive peculiaribus iuridictionibus infra suam provinciam. Præterea, in terrilorio peculiarum suarum Diceesium authorita- tem episcopalem exercent, prorsus ut alii episcopi.

  1. Tredecim vero parochias, sibi peculiares et exemptus, ad Deca- matum de Arcubus spectantes, in Diwcesi et Civilate Londinensi, ven- dicalArchiepiscopus Cantuariensis; ut pote: Beatæ Mariæ de Arcubus; Omnium Sanetorum Broad Street; Omnium Sanctorum Lombard Street; Saneti Dionysii Backchurch; Sancti Dunstani in Oriente ; Sancti Johannis Evangelistæ; Sancti Leonardi in Eastcheap; Sanclæ Mariæ Aldermary ; Sanctæ Mariæ Bothaw; Sancti Michnelis Crooked- Lane; Sancti Michaelis Regalis; Sancti Pancratii Soper-Lanc; el Sancti Vedasti alias Foster.

  2. Peculiare privilegium habet eliam archiepiscopus Cantuariensis, quod quilibet episcopus ab ipso confirmatus unum exhibeat Capella- num, done et quousque Beneficium aliquod sufficiens ei prospexerit.

  3. Potest item archiepiscopus Cantuariensis dispensare, seu facul-

tales impertiri, et gratiam facere canonum aliarumque legum eccle- siasticarum, per totum Angliæ regnum. Potest ille ereare notarios publicos; Concedere valetudinariis, puerperis, senio confeclis, ægrotis, ele. vesei carnibus, diebus quibusdam vetilis; Licentiam dare ad matrimonium (in quacunque parte provinciæ) absque bannorum publicatione, celebrandum; Dispensare polest etiam in eausis beneficialibus : ut pote, ad abo- lendam irregularitatem absque dolo malo contractam; Ad abolendum etiam, quandoque, simoniaeum ambitum ; Beneñicium vacans fiduciario tilulo ‘quam Cummendam vocant) con- cedere potest, ad tempus, seu durante vita; Dispensare potest ul filius in beneticio patri immediate possit suc- cedere ; Vel, quod ad aliquod tempus (graviorem ob causam) beneficiatus residere non Leneatur, sed per alium deservire idoneum; Eliam, ut laicus, literis operam navans, præbendam retineat Ilem, ut qui sacris sit initiatus (juxta leges et statuta regni ido- mens. duo ecclesiastica benefñcia retinere possi: Curata, scilicet, intra certam distantiam, non curala vero absque ratione dislantiæ 5: Necnon, ut ad sacros ordines præparatus, ordinem diaconatus el presbyleratus. imul, et tempore non statuto, suscipere valeat. 12. Per electionem fiLille dominus electus episcopus nominis, non ordinis, neque jurisdictionis; Per confirmationem _ habet quæ sunt jurisdictionis (ut pote poles- 40 REVUE ANGLO-ROMAINE atem corrigendi, excommunicandi, ete.) Tune cessat officium guar- dianatus spiritualitatum, el confirmata competit administratio (ut dicitur) rei familiaris, id est, redituum. Nondum vero habeat quæ sunt ordinis (veluti potestatem ordina- lionis, confirmationis, consecrationis ecelesiarum) ante_propriam consecralionem peraclam, qua fncta, non solum que jurisdictionis, verum eliam qui ordinis sunt, exequi poterit. 43. Adeulmen evecti dignitatis copalis, hisce quoque donantur honoribus et privilegiis. Decorantur titulo dominorum, propter baroniam eorum annexam episcopatui. Præcedentiam habent super omnes alios regni barones. In supremo regni senatu, hoc modo sedes occupant :

                 es              Cantuarensis;
            Archicpiscopus } Eporacensiss



                                 Londinens
               iscopus           Dunelmens:
                                 Wintoniensi



 Deinde cæteri juxta consecrationis priorilatem.
 Si vero quis fueril, inter episcopos, regi a secretioribus consiliis,

locum obtineat proxime post antedictum Dunelmensem.

 44. Inter munera quidem episcopalia, præcipua sunt: oves pabulo

sacro reficere; nimirum populos (doctrinam tradendo calestem) Dei verbum edocere; Eucharistiam, in cathedralibus ecelesiis, festi solennibus, adminis- trare ; In consecrandis episcopis assistere; Presbyteros et diaconos ordinare Ecclesias, et loca sepulturæ, sa s'usibus, dedicare ; Pueros confirmare ; Jurisdictionem ecclesiasticam exercere : censuras infligendo moni- tionis, excommunicationis, anathematismi, interdieti, corporalis pœnitentiæ, denegationis christianæ sepulluræ in locis sacratis, sequestrationis fructuum ecclesiæ, suspensionis, deprivalionis, depo- sitionis; Facullatem, ad tempus aliquod, vescendi carnibus, in diebus jeju- niorum, dar Licentiam concionatoribus, euratis, Indimagistris, medic chi- rurgis et obstetricibus concedere ; Licentium‘pro matrimonii celebratione, absque bannis edictis, indulgere Adrescriptum regium. certiores facere civiles judices de le, eLillegitimis nuptiis.

                                   UNIVERSITY
                                           OF       MICHIGAN

DE LA FORME EMPLOYÉE POUR LA CONFIRMATION DES ÉVÊQUES 44 Sinititer de legitimis et illegitimis natalibus; lem de excommunicalis ; liam requirere rescriplum regium, pro corporis captione, et incar- rtione illius, qui, animo pertinaci et obdurato) ultra quadraginta *s excommunicalus persistit; Vefunctorum testament probari, et insinuari facere; Abintestato decendentium bona viduæ, seu proximo consanguineo, jap interesse, habenti, concedere; vel tertiæ parti, in usum jus anbtnis; vel pendente lite; vel ubi bona sint peritura; vel per admi- lionem limitatam; vel ad corroborandum processum in curiis Seeulapi : He anne ®ribus ; eliam de bonis non administratis; vel cum testamento ex0 ;

Coi*a caduca colligenda mandare : Putum, seu ratiocinium administraionis reddi facere, idque SPPObare, vel rejicere : es et personas (scilicet fructus benefcii, vel mulierem in causa raatrimoniali) sequestrare; Literas dimissorias, vel testimoniales, concedere; Benefcia, per collationem, conferre; In beneñcia, ad præsentationem aliorum, inslituere; Inslitutos inducendos mandare; Congruam portionem vicario assignare; Eeclesias minutiores unire, el consolidare; Ad diruendam ecclesiam, et noviter extruendam, licentiam dare; Similiter ad collocandum sedile in ecclesia; Quolibet triennio, suam Diæcesim visitare, aliaque exercere, quæ ad cognitionem speclant ecclesiasticam; de quibus copiose, in hoc libro, lractatum est. IDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSLE

                       HODIERNÆ           GRAVISSIMÆ


                                         DE



               SACRAMENTO                  EUCHARISTIÆ



                                  LIBER         II

IN QUO DE COMMUNIONE SUB UNA VEL UTRAQUE SPECIF, DE VENERATIONE

  EUCHARISTIE,     ATQUE   ALIS    NONNULUIS     DOGMATIBUS           CONTROVERSIS,

                                 PAUCIS AGITUR




                                   CAP. II

Quibus verbis fiat Consecratio Eucharistie, et simul de ejusdem reserva- tione et veneratione.

                                       (Suite



 3. Hæc controversiola diu jam, et magno animorum fervore agitata

est inter Græcos et Latinos, et multi Latini, cùm Romanenses, tum eliam Protestantes defendunt, nonnulli Græcorum, alii Latinorum sententiam. Neutra tamen gravis aut impii erroris damnanda est. “ Multo tutiorem, ‘ inquit Cassander,? ‘ existimo veterum Latino- rum et Græcorum consensum, &c. ” Vide supra. Archiepiscopus Spalatensis :? “ Major difficultas est, quibus ver- bis sit facienda hæe consecratio ? siquidem neque Scriptura, neque traditio ea præcisè explicat. Omnes enim supra citati Patres eam precibus fieri contendunt, certas preces non explicantes ; nonnulli am verba Christi, Hoc EST coRPus MEUM, &e. consecratoria et Christo fuisse, et nobis esse volunt, adeo ut Scholastici jam fermè omnes in

 ! Loco supra citato [p. 1169.
  Loco eitato, n. 5.




                                                RSITY OF   MICHIGAN

LIB. II DE EUCHARISTIA 43

hisverbis Domini constanter asseverent consistere vim Eucharistiam consecrandi; Roma vero hodie pro hærelico punial si quis negaret. Ego autem (ul ingenuè dicam quod sentio) ita probabilem puto hanc sententiam, propter alicujus Patris, qui eam tenuisse videatur, asser- lionem, ut lamen longè probabiliorem existimem aliam, nimirum preibus Ecclesiæ fieri Eucharistiæ consecrationem : nam et Scri- Plura huic sententiæ magis favet, et plures Patres eam docuerunt, et paucioribus implicata est difficultatibus. ” Et: ‘ Aliæ vero à Cal- vino Reformatæ Ecclesiæ, si solà concione el ministri adhortatione conficiun£ Eucharistiam nullis specialibus adhibilis precibus Sacra- menti consecratoriis, ego plurimum suspicor, eos veram Eucharis- liam non habere, neque video quam excusationem possint afferre, aurantiquas aut non accipiant, aut non imitentur, in partibus essen- tilibus sallem, liturgias, et præsertim Latinæ Ecclesiæ antiquis- simæ, ”

Erasmus super illud, Hoc £st corpus MEUM : *       In omnibus, ”

inquit, ‘ accedendum est judicio Ecclesiæ, licèt hie sermo videatur jam panem conséeratum porrigentis. Mihi in totum videtur consul- liüs de rebus hujusmodi, quæ cerlis Seripturæ testimoniis doceri non possunt, sed ab humanis pendent conjecturis, non adeo forliter asse- verare, ut nostram opinionem oraculi vice haberi postulemus, ac forlasse tutius sit, Ecclesiasticos proceres non lemerè pronunciare de quibuslibet, quæ doceri non possunt, quum et ipsi sin homines et lübi queant. ” Idem : * ‘ Christum his verbis consecrâsse, Hoc EST coRres MEUM, &e. nondum mihi constat expressè pronunciatum ab Ecclesià, eliam si conslaret à Christo nobis traditam hanc conse- crandi formam, et juxta speciem probabilins videtur quibusdam, quod benedictione consecraveril. Nec ipse Thomas, nec hoc recentior Gabriel, dissimulant, varias Theologorum hac de re fuisse senlentias, eliam orthodoxorum, quorum nullus pronunciat, hæretiewn esse de hoc dubitare, nec ullum inducunt authorem qui hoc affrmavit, præter Eusebium Emisenum, authorem parum secundæ fameæ, si modo illius sut verba quæ referuntur in Decreto. * ” Vide alia® in candem sen- tentiam. Alque hæc hac de lite suMciant, in qua nihil temerè et tanquam de. fide definiendum est.

  1. Verus et legitimus hujus sacramenti usus in manducalione el potu consistit. Hoc ex parle eliam vidit inter recentiores Scho- lesticos Gabriel Biel : ‘ Remissio peccatorum, ” inquit, ‘ plus Gt per usum hujus Sacramenti, quam per ipsum in se. Non enim lantum prodest in pyxide conservalum, sicut oblatum el sump-

1VII de Rep. Eccl. c. 42, n. 104. ©1 Go. IL (t. 6, p. 746, ed, 1105]. lo Apologia ad. Monach. Hisp., t. 9, p. 868. {De Consecr. d. 2, Quia Corpus.

tum in verà fide et devotione. ” Causam deinde subdit, qua “ man- ducatio et potus hujus sacramenti est usus. Hine, inquit, “et volens discipulos suos Christus fruetüs hujus sacramenti participes fieri; postquam corpus suum consecravit, non sistebat in consecra- tione. Neque dedit discipulis ut ipsum honorificè conservarent : sed dedit in sui usum dicens : ‘ Accipite et mandueate, * ” et paulo post : “ Ex his satis patet quod consecratio ad usum, qui est ejus mandu- catio, tanquam ad finem quodammodo proximum ordinetur. Quia Christus, postquam accepit panem, benedixit, dedit discipulis suis, ut manducarent, "et : ! € Ipsa enim consecratio non est simpliciter finis consecrantis, sed potius usus fidelium. Ad hoc enim consecratur corpus et sanguis, ut fideles eo utantur manducando, et mandueantes capiti et membris fortius uniantur. ‘ Hæc ile. Videatur etiam Hum- bertus Episcopus contra libellum Nicetæ Monachi apud Cassandrum?,

  1. Negari lamen non polest, in veteri etiam Ecclesià obtinuisse reservationem Eucharistiæ, prius privatim domi ab ipsis fidelibus, quod multa Patrum loca elarè evineunt (vide Bellarminum, + Gerard. Vossium * aliosque) quanquam loeus ille Origenis seu Cyrilli “ Dominus panem, quem discipulis dabat, cùm dicebat, Accipite el manducate, non distulit, nec servari jussit in crastinum, * morem illum non omnibus placuisse innuere videatur, Sed clarissimè idem ostendit Concilium Cæsaraugustanum in Hispaniis ætate Damasi habitum, anno scilicet 381, quod morem istum esse abrogatum, istie saltem, demonstrat Can. 3, atque idem confirmatur Concilio Toletano 4 anno quadringentesimo : * unde Bellarminus : 7 “ Concilia, ” inquit, Toletanum et Cæsaraugustanum non prohibent asservari in Ecelesia Eucharistiam, sed jubent fidelibus communicantibus, ut in Ecclesià communicent, et non secum asportent venerabile Sacramen- tum, &e. ” Deinde morem veterem fuisse (licèl de pari antiquitate non sati clarè constet) ut sacramentum publicè à Sacerdote in pastophorio vel pyxide asservaretur, uti et delationemad absentes atque infirmos, patet ex historià de Serapione apud Eusebium %. Quo autem tempore Sacramentum publicè administrabatur, ad ægrolos atque alios qui adesse non possunt, per Diaconum mitti solere etiam Justini Mar- iris seculo, elarissimè constat ex ipsius Apologia 2 pro Chrislianis. Posterioribus vero seculis, cum quotidie fideles communicare non solerent, reliquias Eucharistiæ, vel igni tradi, vel à pueris absumi soiere, docent Concilium Matisconense ? (habitum anno 588), * He:

1 Lect. 38 [f. Sla. 2 In Liturg. 6. 29 circa Ip. 871.

3 IV de Euch. c. 4. 4 Disp. 21 de Sacr. Euch pe. 3] thesi 8 [2 6,p. 431]. 5 In c, 7 Levit. Hom. 5. 4 Can. 14.

" 6 Hist, Eccl, €. 36,

LIB. 11 DE EUCHARISTIA 45

chius,* Evagrius Scholastieus, # Nicephorus, * Concilium Aurelia- nense, testibus Ivone et Burchardo, Guitmundus 1 et Algerus ?. Videa- &rhic Bellarminus‘ et plurimi Prolestantes, imprimis Vossius. * Sed‘ publica illa asservatio ac delatio, ut nec ubique nec semper recepta fuit, ita etiam ubi obtinuit, pro more libero habebatur, non necessario.” * Sed Synodus Tridentina* relinendum omnino salu- lrem hunc et necessarium morem statuit. ” Hæc Synodi verba sunt. “ Denique in Ecclesià veteri reservabatur quidem Eucharistia, el ad ægrolos ” atque alios absentes “ deferebatur : sed utrumque fiebal, ul sumerelur el manducaretur; ” !° atque hic pius mos neuti- quam damnari debet. “Sed in Romanà Ecclesià circumgestatur Eucharistia asservata ad ostentationem et pompam, aut ad incendia, tempestates, aliaque mala averruncanda : aique etiam in adoratione ejus peculiaris cullus est institutus, ” ut post alios innumeros, inquit Vossius. Hæc autem com- menta, utut quibusdam fidelibus placuerint, universæ tamen Ecclesiæ probata fuisse primis el oplimis seculis nunquam demonstrari poterit.

  1. Vorstius : ! Quæstio hic non est de extraordinariä aliquà S.

signorum ad absentes delatione, aut qualieunque asservatione, in usum ægrotorum aut advenarum, &c., sed de ordinarià ill repositione ad cultum, aut cireumgestationem hosliæ, quam vocant, consecralæ, qualis in papatu hactenus usitata est. Nostri igitur generatim omnes affirmant, S. Symbola tantüm in usu communionis, qualem Christus inslituit, pro sacramentis corporis el sanguinis Domini habenda esse ; contraque disertè negant, extra hunc legitimum usum reverà ullum esse sacramentum. Nec tamen usum illum ad actum manducationis, & bibitionis, aut ad certum aliquod temporis momentum, præcisè restringunt; sed tolam Eucharistiæ actionem, sive integrum illum aclum ceremonialem intelligunt; et sie regulam illam rectè accipi volunt, quà dicitur, ‘ Nihil habere rationem sacramenti extra legiti- num usum, * &c. He ille, Tollatur abusus hodiernæ Ecclesiæ Romanæ, semel consecratam hostiam in ciboriis ad circungestationem el theatricam pompam asservandi; ut quæ non minus extra communionem, quam in ipsa communione, vel relatione ad eandem, verum et substantiale Christi corpus sit et: manent, quamdiu scilicel ipsæ species durant : quibus forlè corruptis etiam corpus et sanguis Domini evanescant : et hæc

1 In Levit. e. 8.

*Lib.3, c. 4 [Bib. Pat, L 21. 218 A]. “Loco præcit. c. 5.

‘ fuisse in Galliis contrario (anno 1536) qui subortam in Ecclesi Lugdunensi, eandem in hoc Sacrorum mysteriorum momento non geniculantium disparitatem intolerabilem {ne quid gravius dicam rali ad geniculantium parilatem censerunt reducendam, non obslante quavis ejus Ecclesiæ consuetudine contrarià. Cujus equidem contro- versiæ, ”inquit, ‘ quis exitus fuerit, haud certo scio, nisi quod audio parlesà Christianissimo Rege nostro Henrico II ex consilio Cardina- lium Lotharingii et Turnonii, ad eum, in quo ante litem motam, sta- lum reductas, et in eodem manere jussas. ” Hæc ille. Ruardus Trapperus:! “ Nec articulus, ” inquit, “ habet, quod prostrali Eucharistiam suscipere debeamus; sed quèd rectè à nobis adoretur signo externo pro condilione loci, temporis et qualitatis rsonarum, et hominum eum quibus conversamur consuetudine. æ cüm defertur ad infirmos, genua fleclimus, si nullum sit impe- dimentum : in plateis autem immundis detegimus caput cum aliquo reverenliæ signo. Si infirmi per plateas porlamur, si curru vehimur, sigaum ostendimus reverentiæ, quod patitur condilio lemporis, loci, el personæ : Item decumbentibus aut sedentibus infirmis istud sacra meatum ministramus, præstità reverentià quam possunt, Et sacer- dotes in MissA consecran et sumunt stantes. ” Hæc ille. De antiquissimo rilu standi in Eucharislià recipiendà, vide eliam dctissimum Gabriel Albaspinæum Aurelianensem Episcopum :? “ Eädem, ” inquit, “ religione atque ob candem causam cum Eucha- rislià reficiendi essent fideles, non genibus nixi, non humi jacentes, sed erecti et in cœlum intuentes preces concipiebant. ” Vide etiam eundem. ? Videsis mullos Proteslantes, præsertim Anglos, qui de exteriore adoralione Chrisli in Eucharistià adversus Purilanos, quos appelant, scripserunt.

 9. Perperam dpréhatpsia Romanensibus à plerisque Prolestantibus

objicitur, et illi idololatriæ crassissimæ el gravissimæ ab his insimu- lantur el damnantur; quum plerique Romanenses, ut et alii fideles credant, panem consecratum non esse amplius panem, sed corpus Christi, unde illi non panem adorant, sed lantüm ex suppositione, licët falsà non tamen hæreticà aul impià vel cum fide directè pu- gnante, ut superiore libro ostensum est Chrisli corpus, quod verè adorandum est, adorant. In Eucharistià enim ‘ mente discernendum esse Christum à visibili signo, " docent ipsi; “ et Christum quidem adorandum esse, non tamen Sacramentum, quia species illæ sunt res creatæ el inanimes, et consequenter incapaces adoralionis; neque eaim sais est ut Christus sub illis sit, quia etiam Deus est in animä, lanquam in templo suo, et tamen adoratur Deus et non anima: ” ut ail Suarez, 4

     An 14, p. 12 [D].
     © De set, cel. ritibus Observ. 1. 1 obserr. 12. F. 82.
     HAT
     ln tam Thomw, L. 111, g. 19, art. 8, d. 66,1 1n. Hueretici].

48 REVUE ANGLO-ROMAINE Bellarminus : ! “ Nullus,” inquit, “ Catholicus estqui doceat, ipsa symbola externa per se et propriè esse adoranda cultu latriæ, sed solüm veneranda cullu quodam minore qui omnibus Sacramentis convenit. Cultu autem latriæ dicimus per se, et propriè Christum esse adorandum, et eam adorationem ad symboln etiam panis et vini per- linere, quatenus apprehenduntur, ut quid unum cum ipso Christo quem conlinent. Quemadmodum, qui Christum in _terris vestitum adorabant, non ipsum solùm sed eliam vestes quodammodo adora- bant, &e.

Quod ad primam Bellarmini assertionem atlinet, de symbolis vene- randis ‘cullu quodam minore, ete. admittimus; sed quod ait, ‘ ado- rationem latriæ, licèt Christo per se et propriè debeatur et exhibea- lur, ad symbola etiam pertinere, quatenus apprehenduntur ut quid unum cum ipso Chrislo quem continent, et quibus quasi vestibus tegitur et absconditur; * falsum est et repugnans plurimorum alio- rum sententiæ. Species enim illead suppositum Christi non spectant, neque unum faciunt eum illo; unde ipsemet fluctuans ait paul pèst : ? # Quiequid sit de modo loquendi, status quæstionis non est, nisian Christus in Eucharistià sil adorandus eultu latriæ. ”Sed de hoc Proteslantes saniores non dubitant : “Insumptione enim Eucha- ristiæ, ut utar verbis Archiepiscopi Spalatensis, ‘* adorandus est Christus vera latrià, siquidem corpus ejus vivum et gloriosum, mira- culo quodam inexplicabili dignè sumenti præsens adest; et hærc ado- ratio non pani, non vino, non sumptioni, non comestiont, non signis, sed ipsi Christi corpori immediatè per sumptionem Eucharistiæ exhi- bito debetur et perfieitur. ” 10. Dan. Tilenus : “ Scilicet, ” inquit, “ ignorant Angli discrimen quod est inter Christum et Christi Sacramentum; quod ne Pontificii quidem ignorare videri volunt, Tamelsi enim hi paner adorant "(ex sententià Protestantium scilicet) “ non tamen panem adorandum esse diclitant: ideoque nondum consecratum panem populo ostendi vetant, ne ab imperità plebeeulà temerè adoretur; sed neque post consecrationem in transsubstantiationis tragelapho, accidentia sine subjecto, sed solum Christum adorari dicunt. " Hæe ille. Adoralionem elementorum seu specierum negare Romanenses fatetur etiam Episcopus Roffensis Anglus in Traclatu suo de hoc argumento seripto Anglicè* aliique complures. Vide Ursinum. *

1 IV de Euch. c. 29 [$ Sed hæc].

Ib. $ De modo.

% In Parænesi ad Scotos, etc. c. 12 [p. 41]. sP.37. ° In Cons . Com. Chytræi [Opp. 1.2. 1147 seq.] et contra Theses Rungii, Th.? II, p. 8j.

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