Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1896

Télécharger le NUMÉRO 19 en un seul fichier PDF

Post-Vatican II etude-privee
Version unique
                             Spiritus Sanetus          v.
                               or
                               gore Ecclesiant Déi,

u Contssion dé Piorie. ct la Proméase ‘de iéets inoraux de Ja question des ordres: À Set re PETQA à 215. in

                        pacifica contre
                                  t              si




 PARIS

“ET ADMINISTRATION \UE : CASSETTE

     1396

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES ‘FRANCE A LA PAGE: Un AN... 20 fr. | La page. 30 fr. Six MIS 44 fr. | La 1/2 page 20 fr. TROIS MOIS. 6fr. | Le 4/4 page. 40 fr. A LA LIGNE :

                                            Sur 1/2 colonne:              la ligne..    4fr.



                                              Les annonces sont reques
                                Or. 50 | aux bureaux de la Revue,
                                Afr. »      117, rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

ALFRED MAME ct FILS, Éditeurs

           LITURGIE: ROMAINE

                     ÉDITIONS FRANÇAISES
     En vente chez tous les libraires et chez les éditeurs, à Tours.
                Misseus. — Dnéviunes. — Dinnaux, ele.
   Textes rovus et approuvés       par la    Sacréo Congrèation des Ritos.


 Jumes, mesn
INDIEN, très       mince, opaque el
relié, qe 500  x             el ne mesure que ?                    res d'épaisseur).

Teate encadré d'un fiet rouge. Chaque volume est d'une gravure sur acier.

                       VIENT       DE       PARAITRE

        NOUVEAU                          BREVIAIRE
                                                        16X 10,     tiré    en   noi


                                                                        1 ne mesure que
                                                                idicatio
                                                                      soutns,
                                                                          nets,
                                                    rradrement rouye, de nombreuses
                                                    nent Le texto sans le surchager.
                                              chagrin de...        A4 à 53 francs,

           RITUALE ROMANUM

Un volume in-16. mesurant 16X10. Edition avee chant, ornée d'un filet rouge et d'un imprimée en noir el rouge. .. adien.. -. Sir. 5O 1 des publications lit les spécimens des nsle ail ce à MM. A. MAME eu Fils, éditeurs, à Tours, ou à Paris, 18 rue des Saiuts-Pêres. LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS

Dans un précédent article (Rerue Anglo-Romaine du 44 décembre 4895), nous avons essayé d'interpréter les paroles du Sauveur à Simon : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église », en les étudiant en elles-mêmes et dans leur contexte. Avant d'exposer le commentaire qui leur a été donné par la tradition chrétienne, il sera utile de jeter un coup d'œil sur d'autres passages évangéliques qui peuvent déjà servir d'explication à la promesse de Jésus, et d'écarter objection que l'on a souvent tirée de l'Épitre aux Galates contre la prérogative du prince des apôtres.

On lit dans saint Luc xx, 31-34), parmi les avertissements que Jésus donne à ses disciples après la Cène eucharistique : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous cribler comme du blé; mais prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Etoi, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » El il (Pierre) lui dit : « Je suis prêt à aller avec loi el en prison et à la mort. » Mais il (Jésus reprit : « Je Le le dis, Pierre, pas un coq n'aura chanté aujourd'hui que tu auras trois fois nié de me connaître. L'évangéliste & recueilli, en cel endroit de son récit, une séri d'avis ou de prédictions concernant les apôtres. Les paroles qui sont adressées à Pierre viennent après la promesse d’un rôle important qui appartiendra aux membres du collège apostolique lors du grand jugement. Ces paroles, d'ailleurs, bien qu'elles visent Pierre directe- ment, ne laissent pas d'intéresser toule la compagnie des disciples. De là vient qu'elles ont pu ètre jointes sans transition aux pré dentes (Zur, xxn, 29-30) : « Et moi je vous destine le royaume, ainsi que me l'a destiné mon Père, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, jugeant les douze tribus d'Israël. » La formule d'introduction qui se lit dans le texte commun : « Et le Seigneur dit », manque dans plu- sieurs anciens manuscrils, et l'on a supposé qu'elle avait été ajoutée REVUE ANOLO-ROMAINE, = Te IL, — 4 50 REVUE ANGLO-ROMAINE

pour atténuer l'espèce de surprise que provoque chez le lecteur l'apos- trophe lancée à Simon. Elle pourrait tout aussi bien avoir élé sup- primée comme n'ayant pas de raison d'être au milieu d'un discours qui ne semble pas interrompu. Les avertissements réunis par saint Lue sont apparentés entre eux par l'analogie du sujet, mais il ne faut sans doute pas les considérer comme avant formé la matière d'une allocution continue. Peut-être les mots : « Et le Seigneur dit », sont- ils tout simplement l'introduction aux paroles de Jésus dans le docu- ment où saint Luc les a prises. Dans les deux autres Synopliques {atth., xxvi, 30-35; Mare, xWv, 26-31), Jésus annonce la défection de tous les apôtres; Pierre protesle en son propre nom et s’allire la prédiction du triple reniement ; il ne se rend pas pour autant, se déclarant prêt à mourir plutôt que de renier son Maitre, et les autres disciples témoignent la même dispo- sition. Dans le troisième Évangile, le Sauveur ne se contente pas de prédire la défection de ses disciples; il parle d'une grande épreuve qui les atteindra tous, et il donne à entendre qu'ils ÿ succomberont momentanément; cependant la foi de Pierre ne disparaîtra pas dans la tourmente, et quand il aura pris conscience de sa faute, c'està lui qu'il appartiendra de rafermir ses compagnons. La promesse : « J'ai prié pour loi, afin que ta foi ne défaille pas », et l'ordre : Quand tu seras revenu {de ton égarement passager}, affermis tes frères », sont comme un écho de la parole : « Simon,..... lu es Pierre, et sur cette pierre je bat mon Église. » Certains commentateurs ont pensé que le nom de Simon était employé ici parce que Pierre allait montrer bientôt que le vieil homme n'élait pas morten lui. D'autres ont refusé d'attacher aucune signification particulière à ce détail. En réalité, l'alternance des noms Simon et Pierre parait avoir dans ce passage la même portée que dans le récit de la confession. Ce sont deux endroits vraiment parallèles : il s'agit loujours d'une prérogative conférée à Simon, el par laquelle Simon devient Pierre. Le cadre seul est différent. Jésus n'est plus en Galilée avec ses dis- ciples; il a fini de les instruire, et il est sur le point de les quitter. Les apôtres vont Lraverser une crise terrible qu'ils ne supporteront pas à leur honneur; Pierre lui-même, pour avoir voulu être plus brave que les autres, donnera un témoignage plus évident de sa fai- blesse, Mais celui qui aura fait preuve de lächeté par un triple renie- ment sera aussi le premier à reconnaitre et à déplorer son péché. Sa foi lui fera honte de son apostasie et réveillera son courage. Simon redevenu Pierre devra ensuile relever la foi et le courage de ses confrères dans l'apostolat; il sera vraiment la pierre sur laquelle se reconstruira l'œuvre de Jésus. Saint Luc est préoccupé, comme l'auteur du premier Évangile, de marquer nettement la prérogative qui a élé conférée à saint Pierre LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS EI

entre tous les apôtres. Celle prérogative n'avait pas élé aflirmée qu'une seule fois par Jésus. On ne doit pas être surpris qu'il en ail été question dans les derniers entretiens du Sauveur avec ses dis- cples, et rien ne s'oppose à ce que les paroles qui l'expriment aient été en rapport avec l'annonce du reniement. Sans doute la compa- raison des deux autres Synoptiques pourrait faire soupçonner que saint Luc a rassemblé dans la même phrase deux pensées que la tra- dition avait d'abord conservées séparément. Si le Sauveur a prédit la défection des disciples dans les termes que lui attribue saint Mare : « Vous tomberez tous, car il est écrit: Je frapperai le pasteur et les Lrébis seront dispersées », de façon à provoquer immédiatement la protestation de Pierre : « Quand même tous tomberaient, je ne tom- berais pas =, les paroles concernant la foi du prince des apôtres n'ont pu être dites en ce moment préris. Mais nul n'ignore que les récits évangéliques ne contiennent pas une reproduction sléréotypée des allocutions qui ont été prononcées par le Sauveur; le plus souvent la Wadition n'a gardé que la pointe d'un discours, les traits dominants d'une conversation; même parmi ces traits, les évangélistes ont pra- liqué un choix, faisant eux-mêmes laliaison des sentences qu'ils vou- laient reproduire. 11 n'y a donc pas lieu d'alléguer le silence de saint Marc el de saint Matthieu contre les paroles qui ont été rapportées seulement par saint Luc. La teneur même du discours porle à croire que l'évangéliste a reproduit textuellement la source qui le lui à fourni : la mention de Satan, la comparaison du crible, l'intercession du Christ opposée à la demande du diable donnent à l'ensemble du passage le caractère de la plus parfaile authenticité, non seulement quant au fond, mais encore quant à la forme. Satan, dit le Sauveur, a sollicité la permission de passer les apôtres au crible. De même que, dans le livre de Job, on représente l'ennemi des hommes demandant au Seigneur la facullé de tourmenter ce juste, Satan est censé avoir demandé à Dieu la faculté de mettre les apôtres à une dangereuse épreuve. On crible le grain pour le net- tyer. Cependant la comparaison ne porte pas sur le résultat de l'opé- ration; elle vise uniquement la secousse imprimée au grain dans le cible. Satan n'a pas le moindre désir de procurer aux apôtres une wcasion de montrer leur fidélité à Jésus; par ses machinalions et les diMicultés qu'il va susciter à leur foi et à leur dévouement, il espère les mettre en cas d'abandonner pour toujours leur Maitre. Il a pu se croire exaucé. Dieu, en effet, a permis que le diable et les hommes qui lui servent d'instruments puissent, un moment, prévaloir contre son Fils, et que ce triomphe apparent et passager du mal devienne

pour les disciples une occasion de chute. Mais Jésus, de son côté, a prévenu les conséquences irréparables que celte chute aurait pu avoi ila prié pour Simon-Pierre, afin que sa foi ne défile pas, c'est- 52 REVUE ANGLO-ROMAINE

dire afin qu'il ne cesse pas de croire en Jésus, au salut que Jésus est venu annoncer sur la terre, au royaume des cieux qu'il amènera un jour. Si Jésus a prié spécialement pour Pierre, ce n'est pas que celui-ci eût personnellement plus grand besoin qu'un autre d'être affermi dans la foi: c'est que la foi et la persévérance de ses compagnons dépendent de sa persévérance et de sa foi. Bien qu'il doive succomber comme les autres, non pas en perdant réellement sa foi en Jésus, mais en lareniant en paroles, Dieu lui donne mission, après qu'il aura reconnu et pleuré sa faiblesse, de ranimer et de réconforter ses frères. Ce que Dieu attend de lui, Pierre le fera, car la prière de Jésus ne peut manquer d'avoir son effet. Celle mission de Pierre sera-t-elle transitoire, limitée non seulement à sa personne, mais encore aux jours qui suivront immédiatement la passion, de telle sorte que, la foi des disciples à la résurrection de leur Maitre étant une fois éla- blie, l'influence du prince des apôtres n'ait plus lieu de s'exercer? Rien ne l'indique dans le texte, ou plutôt le caractère général de la recommandation et l'analogie fondamentale qui existe entre ce pas- sage de saint Luc et la promesse du Sauveur en saint Mathieu don- nent à supposer le contraire. Aussi longtemps qu'il devra être et sera la pierre fondamentale de l'Église, Simon devra confirmer el confir- mera la foi de ses frères. Jusqu'au retour du Seigneur, jusqu'à l'avè- nement complet et définitif du royaume des cieux, le rôle de Pierre à sa raison d'être el sa nécessité ; il ne cessera pas après la Pentecôte, ni même par la mort de celui qui en est investi, ou bien la fraternité chrétienne, privée de fondement, de centre et de guide, retomberait dans l'état de dispersion où furent les disciples avant que Pierre se convertit. Si l'action personnelle de Pierre, el même son action pro- chaine, semble particulièrement décrite, si la promesse de Jésus vise directement le réveil de la foi de Pierre après sa chute, c'est que les promesses de Jésus,comme ses prédiclions, s'encadrent dans la pers- pective de l'avenirimmédiat. On ne doit pas plus s'atlendre à trouver dans l'Évangile la mention expresse des successeurs de Pierre qu'on n'y trouve expressément annoncée la série des siècles qui devaient s'écouler entre la résurrection du Sauveur et son retour glorieux. Saint Luc montre Simon tout surpris et affligé que l'on parle de sa conversion, comme s'il devait faillir. 11 proteste de son dévoue- ment : « Je suis prêt äaller avec toi et en prison et à la mort», termes qui rappellent sa seconde protestation dans saint Marc et dans saint Mathieu : « Quand il me faudrait mourir avec loi, je ne te renierai pas. » Il est probable que Pierre avait déjà subi la prison et la mort lorsque saint Luc écrivit son Évangile. Jésus ne conteste pas la incérité des sentiments exprimés par son apôtre, mais il lui annonce clairement la faute qu'il va commettre. La dernière protestation de LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 33

Pierre et celle des autres disciples ne sont pas indiquées. A cet égard, le troisième Évangile se rapproche du quatrième [(Cf. Jean, xunt 36-38).

                                   Lu

Saint Jean, aussi bien que saint Mathieu el saint Luc, a voulu mettre en relief la mission providentielle de Simon-Pierre. Mais il a choisi, parmi les souvenirs évangéliques relatifs au prince des apôtres, une autre circonstance que ses devanciers. Lorsque Jésus ressuscité apparaît à ses disciples près du lac de Tibériade, il renou- velle, pour ainsi dire, la vocation de Pierre et l'investit du rôle que nous lui avons déjà vu attribuer dans le premier Évangile et dans le troisième. « Et après qu'ils eurent déjeuné, raconte l'évangéliste Jean, xx1, 15-47), Jésus dit à Simon-Pierre : Simon (fils) de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci? 1l (Pierre) lui dit : Oui, Seigneur, tu sais que je l'aime. Il (Jésus) lui dit : Pais mes agneaux. 11 (Jésus) lui dit encore une seconde fois: Simon {fils) de Jean, m'aimes-tu? Il (Pierre) : Seigneur, Lu sais que je l'aime. 11 (Jésus) lui dit: Pais mes brebis. 11 (Jésus) lui dit une troisième fois : Simon (fils) de Jean, w'aimes-tu ? Pierre fut affligé de ce qu'il lui disait pour la troisième fois: M'aimes-tu? et il lui dit: Seigneur, tu sais tout, tu connais que je l'aime. Il (Jésus) lui dit : Pais mes brebis. La circonstance est solennelle. L'apparition du Sauveur près du lac de Tibériade est sans douts la première des apparitions galiléennes qui sont annoncées dans l'Évangile de saint Marc ixiv, 28; xv1, 7). Jésus s'est fait reconnaître à ses disciples, mais il a une communi- ation importante à leur adresser touchant celui qu'il a autrefois dé- signé pour être leur chef. Le sera-t il encore après le triple renie- ment dont ils'est rendu coupable ? Ille sera, parce que, nonobstant la faiblesse dont ila fait preuve et dont il serepent, il aime son Maitre plus que ne l'aiment les autres apôtres. Jésus provoque le témoignage de celamour. Par trois fois il demande : Simon, fils de Jean, m'aimes- lu? » Le nom complet, Simon fils de Jean (Jean est ici pour Iona ; «£. Matth. xv1, 47) n’est pas employé seulement à raison de la gravité du moment et parce que la question est de première importance, mais aussi par allusion aux paroles du Sauveur en saint Mathieu : «Heureux es-tu, Simon fils de Ina... Et moi je dis que tu es Pierre. » Il s'agit loujours de Simon qui devient ou redevient Pierre. Ce pas- sage de saint Jean, comme celui de saint Luc dont nous venons de parler, esL exactement parallèle à la confession de Pierre et à la pro- messe de Jésus dans le premier Évangile. En toute occasion, Simon s'est montré plus empressé que les autres au service de son Maitre, 54 REVUE ANGLO ROMAINE

Quelques heures avant l'arrestation de Jésus, il se déclarait prèt à le suivre jusqu'à la mort (Jean, x, 37). C'est pourquoi le Sauveur lui dit pour commencer : « Simon (fils) de Jean, m'aimes-u plus que ceux-ci {ne m'aiment)? » Pierre, depuis sa chute. est devenu modeste et circonspect. 11 se garde bien de répondre : « Oui, Seigneur, je l'aime plus qu'aucun d'eux n'est capable de l'aimer. » Mais il exprime simplement son amour, en en prenant pour lémoin el garant Jésus lui-même. Que nul disciple n'aime Jésus autant qu'il l'aime, c'est ce qu'il souhaite, ce qu'il veut, cequ'il croit. Mais comment oser le dire maintenant ? et ne vaut-il pas mieux s'en rapporler à ce que Jésus connait de cet amour? Trois fois la question est posée, trois fois Pierre fait la même réponse. La dernière fois il se trouble parce que l'instance du Maitre lui semble provenir d'un doute malheureu- sement trop justifié par sa propre conduite dans l'affaire du renie- ment. Cependant il ne s'irrite pas; il insiste à son lour sur son humble déclaration : « Seigneur, lu sais lout, tu connais que je l'aime, » Jésus ne voulait pas Lémoigner de défiance à l'égard de son disciple; il voulait obtenir une triple protestation de fidélité qui répa- rerait devant les compagnons de Pierre le scandale du triple renie- ment. Ainsi le prince des apôtres pouvait affirmer l'ardeur de son zèle, et le Sauveur prenait de là occasion pour déclarerlui-même par trois fois, dans la plénitude de son autorité, que Pierre le renégat n'en serail pas moins, en son lieu et place, pasteur de toute l'Égl La distinction des agneaux et des brebis ne semble pas se rappor- ter directement aux diverses catégories de personnes qui peuvent se trouver dans la société chrétienne, pasteurs et fidèles, imparfaits et parfaits. Elle a pour but de signifier que Pierre est le pasteur de tout le monde. Il n'est pas nécessaire de prouver que« paître » doit avoir le sens de gouverner, et que Jésus, par ces paroles, institue Picrre chef de l'Église. Pierre qui a renié trois fois Jésus, Pierre qui vient de confesser par trois fois son amour pour Jésus, est le même qui est chargé du troupeau dont Jésus a été jusqu'à présent le pasteur. Il ne s'agit pas de la réintégration de Pierre dans la dignité apostolique. Pierre était là quand Jésus ressuscité a dit à ses disciples : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie » (Jean, Xx, 21). Il est donc déjà apôtre au même titre que ses compagnons. La charge pasto- rale qui lui est conférée est quelque chose de surajouté à la dignité apostolique, quelque chose qui appartient à lui seul, en deux mots c’est la suprème autorité sur toute l'Église IL est très remarquable que l'évangéliste, écrivant environ trente ans après la mort de saint Pierre, ait attaché une si grande impor- tance à cet incident. La prérogative conférée au prince des apôtres avait donc toujours pour l'Église un intérèt de premier ordre. 11 con- venait de la rappeler dans un Évangile où un autre disciple lient une LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 55

grande place. Dirons-nous, avec un émule de Strauss, que l'auteur de ce chapitre a voulu signifier par les paroles de Jésus : « Pais mes agneaux, pais mes brehis », le rôle de Pierre dans la fondation de l'Église, el par ce qui est dit ensuite du disciple bien-aimé le triomphe souhaité du christianisme johannique sur le christianisme pétrinien? Un si beau mythe n'a rien de tentant pour une critique s L'évangéliste s'intéresse visiblement, et pour des motifs différents, à deux personnes: Pierre el le disciple bien-aimé. 11 s'intéresse à Pierre parce que celui-ci a été le chef de l'Église el que son souvenir et sa prérogative sont des choses qui imporlent encore actuellement à l'Église. Il s'intéresse au disciple bien-aimé pour des raisons loutes personnelles. L'idée de substituer Jean à Pierre comme docteur et chef de l'Église n’est pas même insinuée. Celte réserve ne laisse pas d'être instructive. Saint Jean connait Pierre comme le pasteur uni- versel des brebis du Christ; il survit longtemps à Pierre el il n'affecte pas de le remplacer; on n’a pas songé à voiren lui le chef de l'Église. Vers le même temps, Clément gouvernait l'Église romaine, et nous le voyons intervenir afin de ramener la paix dans l'Église de Corinthe. Le centre de la chrélienté n'est pas à Éphèse; il est resté dans la ville où Pierre a subi le martyre. Ce fait peut servir de commentaire au récit du quatrième Évangile. Du récit évangélique nous pouvons conclure que la prérogative de Pierre n'était pas morte avec lui, bien que Jean ne la revendiquât point. Mais si la prérogative subsiste quelque part, ce ne peut être que dans l'Église de Rome. Là est le successeur de Pierre. Ainsi les {rois textes de saint Mathieu, de saint Luc et de saint Jean se font écho l'un à l'autre et se complètent mutuellement.

Mais n'y a-L-il pas dans le Nouveau Testament  un Lexle qui dérange

l'harmonie de ceux-ci? Quel cas saint Paul fait-il de la prérogalive de saint Pierre, dans l'Épitre aux Galales? Renan * demande aux théo- logiens« d'expliquer comment on peut être un saint en malmenantle vieux Céphas ». Là n'est pas précisément la difficullé. Il s'agit de Savoir quel cas fait de son autorité l'apôtre des gentils. Beaucoup d'interprètes non catholiques soutiennent que le langage de saint Paul est inexplicable si saint Pierre était réellement investi d'une abrité supérieure à celle des apôtres et infaillible : ou bien cette Auborilé n'existait pas, ou bien saint Paul n'en avait pas connaissance,

  !W. Beaxor, Die Evangelische geschichte und der Ursprung des Christenthums
(Laipag, 1899), 408.
       Saint Paul, 321.

56 REVUE ANGLO-ROMAINE ou bien il n'y a pas eu égard. Comme les deux dernières hypothèses n'ont aucune vraisemblance, on s'en tient à la première !. Certains catholiques, après Clément d'Alexandrie, ont prétendu que le Céphas de l'Épitre aux Galates n'était pas l'apôtre Pierre : cette opinion, à cause des avantages qu'elle présente pour l'apologétique, a encore aujourd'hui quelques partisans, mais elle est impossible à défendre. C'est bien à l'apôtre Pierre que saint Paul a résisté en face. Mais, quoique l'apôtre des gentils ne présente nullement cefail comme l'acte courageux d'un inférieur qui donne des avis à son supérieur et qu'on ne puisse voir dans l'acte même de la résistance un hommage indirect rendu à la primauté du Saint-Siège, l'Épitre aux Galates, prise dans son ensemble, ne prouve nullement que saint Paul ne regardät pas saint Pierre comme le chef de l'Église; elle prouve plutôt le contraire, si toutefois on veut bien accorder que la situation de saint Paul à l'égard de saint Pierre n'était pas précisé- ment celle d'un évêque de nos jours à l'égard du Souverain Pontife, et surtout que la forme extérieure de leurs rapports n'était pas et ne pouvait pas être celle qui résulte d'une subordination hiérarchique nettement définie. Saint Paul tient à dire qu'il est apôtre elqu'il a reçu sa mission du Christ seul. Cependant il déclare que, trois ans après sa conversion, ilest venu à Jérusalem lout exprès pour faire la connaissance de rre (Gal. 1, 48). Voilà qui est significatif, Ilÿ avait donc parmi ceux que Paul appelle ses prédécesseurs dans l'apostolat (Gal. 1, 11), un apôtre qu'il lui importait de voir, avec lequel il devait s'entendre, et par le moyen duquel il se trouvait en communion avec loule l'É- glise de Jésus. Il n'avait pas besoin et il ne souciait pas d'en voir d'autres; en fait, il n'en vit qu'un autre, « Jacques, frère du Seigneur » (Gal. 1,47), mais ce n'est pas pour celui-là qu'il était venu. Paul resta quinze jours près de Céphas, et il s'en alla ensuite en Syrie eLen Cilicie. Pour peu qu'on réféchisse aux conditions dans lesquelles se trouvait l'Église naissante, on reconnaitra sans peine que la démarche de saint Paul, si simplement qu'elle ait été faite et si sim plement qu'elle soit racontée par son auteur, prouve que Céphas était Pape autant qu'il était possible de l'être en ce temps-là, c'est-à- dire dans le lemps même où l'Église prenait son essor. Tout assuré qu'il est de sa vocation apostolique, Paul a cru néanmoins que, « pour ne pas courir en vain » (Gal. 1, 2), il fallait qu'il vit Pierre et füt d'ac- cord avec lui non seulement par la communauté de la foi et la pour- suite du même but, mais par un lien visible qui, sans avoir l'appa- rence de la subordination, implique néanmoins du côté de Pierre la faculté de représenter l'Église du Christ, du côté de Paul la nécessité

 1 Voir par exemple, Holtmann, Hand Commentar. =. N. T. (1892), 1, 192.

LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JESUS 51

d'agir en communion avec Pierre, sous peine de perdre Lout le fruit de son apostolat. Élant donnée la vocalion extraordinaire de saint Paul, que peut-on demander davantage ? On objecte que l'Apôtre semble un peu plus loin faire un cas médiocre de ceux qu'il appelle, avec une certaine nuance d'ironie, cles colonnes » de l'Église. « Au bout de quatorze ans, dit-il, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé.. J'y montai sur une révélation, et je leur communiquai l'Évangile que je prêche parmi les gentils. J'eus ea particulier des entrevues avec ceux qui parais- saient des personnages importants de peur que mes courses présentes et passées ne fussent peine perdue... Quant à ceux qui paraissaient des personnages, — ce qu'ils furent autrefois ne m'importe; Dieu ne fait pas acception de personnes, — ceux, dis-je qui paraissaient être quelque chose ne m'apprirent rien de nouveau. Connaissant la grice qui m'avait élé accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui semblaient les colonnes de l'Église, me donnèrent la main, à moi età Barnabé, en signe de communion, et reconnurent que nous serions pour les gentils ce qu'ils élaient pour la circoncision, nous priant seulement de nous souvenir des pauvres; ce à quoi je n'ai pas manqué » (Gal. u, 1,2,6, 9-10. La traduction qu'on vient de lire sstcelle de Renan ‘. Si elle est exacte, saint Paul n'attribue aux apôtres qu'un semblant d'autorité: carsi Pierre, Jacques el Jean avaient seulement l'air d'être quelque chose, c'est sans doute qu'ils n'étaient rien au fond. Mais celle traduction, qui peut paraitre con- forme à la lettre de la Vulgate latine, ne rend pas bien lesens du texte vriginal. Le terme employé par saint Paul (ci ècxsSes) ne signifie pas que les Lrois apôtres, tout en ayant l'air ou en aflectant d'être quelque chose, n'étaient rien en réalité, mais qu'ils étaient en consi- déralion et apparaissaient comme les colonnes de l'Église. L'arrière- pensée contenue dans la Lraduction qu'on vient de lire n'existail pas dans l'esprit de l'Apôtre. Celui-ci est done venu à Jérusalem et il a rendu compte de son enseignement, non pas à loute l'Église, mais en parliculier aux personnes de considération, à savoir Pierre,

Jacques et Jean, qui étaient regardés comme les colonnes de l'É- lise. Ces autorités ne lui firent aucune observation, ne manifestèrent aucune exigence, n'imposèrent aucune règle à son aclivilé aposto- lique. Ils n'avaient rien lrouvé à redire à son Évangile : la seule chose

        lui demandèrent fut de ne pas oublier dans sa pauvreté l'Église

de Jérusalem et de la soutenir par des aumônes. L'impression que donne le récil du second voyage est don la même que celle du pre- mier.

 Cerlaios interprètes ?, Lout en admettant que saint Paul parle des

 ‘
     Op. cil., 16-317.
 * Par exemple, Reuss, R. À. Lipsius

58 REVUE ANGLO-ROMAINE « hommes de considération » et non de ceux « qui paraissaient des personnages », interprèlent la parenthèse : « Ce qu'ils furent autre- fois ne m'importe », comme si elle équivalait à : « Ce qu'ils étaient réellement ne m'importe. » Mais ce qu'ils élaient réellement imporle si bien à l'Apôtre qu'il tient à être en communion avec eux. On ne peut pas faire dire à saint Paul que Dieu regarde du même œil ceux qui travaillent à l'extension du royaume des cieux el ceux qui se prévalent d'une autorité qu'ils n'ont pas reçue. Paul veut prouver qu'il est apôtre, mais il ne lui est jamais venu en pensée que Pierre etles autres, qui avaient élé désignés par le Sauveur durant sa vie mortelle, fussent dépourvus de mission apostolique. Il fait donc allu- sion à leur passé. Ces gens considérables n'ont peut-être pas toujours été sans reproche dans leur atlitude à l'égard de leur Maître; peut- être même pourrait-on Lrouver qu'ils n'étaient pas très bien doués ni préparés pour le rôle qui leur incombe; mais, en vérité, personne au monde, el Paul moins que lout autre, n'a le droit de leur en faire un crime ou de blâmer le choix de Dieu. Il n'y a pas lieu pourtant de contester l'espèce d'affectation avec laquelle saint Paul mentionne les « gens de considération », les « colonnes » de l'Église. Seulement l'ironie qui se laisse entrevoir dans ces paroles ne vise pas les apôtres; elle vise les judéo-chrétiens qui prétendaient opposer à l'autorité de Paul, àsa doctrine et à sa conduite à l'égard des gentils, l'autorité, la doctrine et la conduite de ceux qu'ils appelaient eux-mêmes les apôtres accrédités, les colonnes de l'Évangile. L'Apôtre répond que ces personnages dont on fait si grand état n'ont rien trouvé à redire à son enseignement ni à sa manière de faire et qu'ils ont reconnu sa vocation à l'apostolat des gentils. IL parlera de même, dans la seconde Épitre aux Corin- thiens (x1, 5; xn, 14), des « apôtres par excellence », en employant un terme familier à ses ennemis et en se moquant légèrement de ceux-ci, non des apôtres qu'ils voulaient metre au-dessus de lui. Reste la scène d'Antioche (Gal. u, 41-44) : « Et quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était à blamer. Car, avant que fussent venus cerlains envoyés de Jacques, il mangeai avec les gentils; mais, quand ils furent venus, il se retira et s'isula, craignant ceux de la circoncision. Les autres juifs s'associèrent à sa dissimulation, si bien que Barnabé yfut aussi entrainé. Mais, quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : Si toi, qui es juif, vis en gentil et non pas en juif, comment peux-tu forcer les gentils à judaiser ? » Le langage de Paul est très vif, parce que l'affaire était importante. Les apôtres, hommes simples et tout pénétrés de l'œuvre qu'ils avaient à poursuivre, ne s'arrélaient pas à chercher des formules adoucies lorsqu'ils avaient à exprimer des vérités désagréables. Saint Paul LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 59

wit du premier coup les conséquences funestes qu'amènera l'alti-
Wie de Pierre,s’il continue à ménager les susceplibilités judéo-chré-
lennes et à froisser les convertis de la gentilité.   Il sait que Pierre
agit par politique et non par principe. C'est pourquoi il emploie le
mo de « dissimulation » (5réxgtste) pour qualifier sa conduile. Mais
d'où vient qu'il est tellement ému, si ce n'est parce que les actes de
Pierre ont une très grande portée? Paul se soucie peu de ce qu'on
murmure à Jérusalem, dans l'entourage de Jacques, sur la façon de
liter les gentils; il ne s'inquiéterait même pas de l'appui moral
que Jacques pourrait donner aux prétentions judéo-chrétiennes;
auisil est tout déconcerté par la conduite de Pierre,   et il croit que
l'œuvre évangélique serait
                        en péril dans le cas où celui-ci refuserait de
communiquer librement avec les gentils: tant il est vrai que Pierre
êsLpour  lui un apôtre et plus qu'un apôtre,le principal représentant
                                                                   de
l'Église fondée par Jésus, l'homme dont le concours est indispen-
sable pour que les succès déjà remportés parmi les païens ne soient
pas comme non avenus. Saint Pierre a donc péché par trop de con-
descendance à l'égard des judéo-chrétiens. Saint Paul ne lui reproche
ni une erreur doctrinale, ni même une faute morale, mais une erreur
de conduite qu'il importe de réparer promptement. La gravité        des
direonstances, l'entière simplicité des rapports qui existaient entre
les premiers chrétiens, la vivacité naturelle de saint Paul expliquent
la hardiesse de ses propos. Mais la situation respective des deux
apôtres est bien telle qu'on pouvait l'attendre après les déclarations
que le Seigneur lui-même avait faitesà Simon-Pierre et en Lenant
compte de la vocation particulière dont saint Paul avait bénéficié.




                                                  ALrren Lois.

_ LES ASPECTS MORAUX

     DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS

                ÉTUDE     DE   THÉOLOGIE   SACRAMENTAIRE

La Revus Anylo- Romaine disait, dans son dernier numéro, que, puis- qu'une commission avait été saisie, par ordre du Saint-Siège, de la question des ordres anglicans, elle s'abstenait pour un temps de publier de nouvelles éludes sur ce sujet. Je ne voudrais pas la faire sortir de cette réserve; aussi bien le présent article n'aura-t-il aucu- nement pour elfet de modifier les positions acquises. Mais ne me sera-t-il pas permis de protester contre la théologie à tout le moins fantaisiste qui a inspiré un récent article de l'American catholic quarterly Raviav® Ce périodique publie en tête de son numéro de janvier, sous la signature de M. À. F. Marshall, une étude intitulée : The moral aspects of the question of angliran orders. 1\ ÿ a là des assertions en oppo- sition si évidente avec les principes certains de la théologie sacra- mentaire que, pour l'honneur des controversistes catholiques et tout en respectant la conviction de l'auteur, je me suis cru dans l'obl tion de les relever. Il serait regreltable que les anglicans pussent nous reprocher de rejeter leurs ordres pour des molifs si peu con- formes à la tradition théologique de nos écoles. La première chose à faire est de donner de cet arlicle un résumé exact et complet.

IL estétrange, dit M. Marshall, que l'on accorde si peu de place au moral » de la question des ordres anglicans, tandis qu'on en fait une si large au côté historique. Et voici ce qu'il entend par l'aspect moral de la controverse. Pour savoir si une chose est d'origine divine, nous recherchons tout naturellement certaines caractéris- tiques qui distinguent le divin de l'humain; pour savoir, par exemple, sila Réforme est l'œuvre de l'Esprit-Saint, si elle est d'origine LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 64

humaine, ou pire encore. « Ainsi en est-il pour les ordres anglicans. Les rilualistes nous demandent aujourd'hui de croire que les ordres anglicans sont les mêmes que ceux de l'Église catholique; que, lors- qu'un évèque anglican ordonne un bachelier és aris, il confère les mêmes pouvoirs, les mêmes privilèges, que conférerait un évêque catholique romain. À quoi nous répondons naturellement : Eh bien, s'il en est ainsi, voyons quels sont les points de ressemblance, par rapport au caractère sacerdolal ou ministériel, à l'office, aux fonctions et aux devoirs, à l'enseignement, à la dévotion et à la pratique; et ces ques- tions, nous les posons sans nous occuper des détails historiques rela- tifs à la légitimité de la succession. En d'autres lermes, nous prenons d'abord le côté moral de l'argument, comme indice des probabilités morales. Car nous savons que les ordres romains sont divins par leur origine et, par suite, divins aussi dans leurs fonctions : c'est ce qui nous amène à chercher des preuves suflisantes d'identité dans les ordres de la communion anglicane. Tel est l'aspect mora/ que nous allons considérer. » L'auteur commence par jeter un coup d'œil d'ensemble sur les changements apportés lors de la Réforme à ce qui concerne les ordres. « La forme fut changée; l'intention fut changée; la juridic- lion spirituelle fut transférée du pape au roi ou à la reine. El ce n'est là qu'un aspect des changements révolutionnaires apportés aux con- ditions essentielles de la prêtrise. Ainsi, pour ne parler que de deux fonctions sacerdotales : pendant mille ans, lout diacre catholique avait été faitprêtre de manière à pouvoir offrir le sacrilice de la Messe et entendre les confessions au tribunal de la Pénitence; mais, après la Réforme, tout diacre protestant élait fait prêtre de manière à ne pouvoir pas offrir le saint Sacrifice de la Messe et à ne pouvoir pas entendre les confessions sacramentelles.... Ainsi, l'âme même de l'institution, le sacerdoce catholique fut écarté du corps protestant, de l'Église d'Angleterre; et l'on passa trois siècles à avilir ces pou- voirs sacerdotaux que les ritualistes revendiquent maintenant comme leur héritage. « Bien plus, tout le caractère du ministre anglican devint exacle- ment l'opposé de ce qu'il était auparavant. » On eut un clergé marié, on proscrivit la vie religieuse, on fil de la prédication la seule grande fonction des cleres; les églises demeurèrent fermées sauf le dimanche, elles furent transformées en des espèces dé granges, d'où l'on bannit. non seulement la présence réelle, mais tout ce qui pouvait rappeler l'ancienne foi. Et cela a duré trois siècles, jusqu'à l'« Oxford move- ment ». «Et maintenant, s'écrie M. Marshall, on nous demande de croire que le ministère anglican est la même chose que le sacerdoce de l'Église romaine; qu'un clergé qui, pendant trois siècles, a prêché 62 REVUE ANGLO-ROMAINE

contre la messe, contre la confession, contre la signification des rites ecclésiastiques catholiques, est subitement devenu identique à ce sacerdoce catholique romain qu'il a diffamé sans relâche. EL l'on nous assure que ces trois siècles d'apostasie, d'antagonisme furieux contre le catholicisme, bien que constituant des accidents ou une maladie nationale déplorables, n'ont pas atteint la validité des ordres anglicans. N'avons-nous pus raison de répliquer : « Mais considérez donc le côté moral de Ja question » ? Où sont les signes qui font reconnaitre le caractère divin de votre sacerdoce, dans son origine, son enseignement, sa stabilité, son harmonie avec l'ancien sacerdoce catholique, dont il a pris la place, et qu'il a haï et persécuté ? Pou- vez-vous nous donner des preuves morales de celte identilé, tandis que nous vous en fournissons de l'opposition qui existe entre eux ? Nous vous disons, franchement, qu'il est moralement im possible que le même Dieu puisse avoir institué les ordres catholiques et ceux de l'Église d'Angleterre. » Voilà, dans toute sa force, l'argument général. L'auteur entre ensuite dans des considérations de détail, qui forment les éléments de la preuve morale. Je les résumerai plus brièvement. 4° Les sacrements. — a) Le baptème. « Il est improbable, morale- ment, que le même sacerdoce enseigne des doctrines opposées sur le baptême, et, historiquement, il est cerlain qu'un grand nombre de membres du clergé anglican ne sont pas validement baptisés. » À l'aide de textes lirés des auteurs anglicans, M. Marshall prouve l'inconceväble négligence qu'un grand nombre de ministres appor— taient dans l'administration de ce sacrement. Tantôt on se contentait de « laisser tomber une ou deux gouttes sur le visage de l'enfant »; tantôt un évêque « baplisait quatorze adulles en une seule fois, en secouant en l'air, sur eux lous, ses doigts trempés dans l'eau »; Lan- tôt un ministre, « après avoir trempé le doigt dans les fonts, touchait à la ronde le front de chaque enfant, sans prononcer une seule parole »; tantôt il se bornail à lancer du doigt une goutte d'eau vers les enfants, sans rien dire ». Bref, le rile baplismal était regardé comme d'importance tout à fail secondaire. Si l'on compare cette pratique avec le soin minutieux que lous les prêtres catholiques apportent à conférer le baptême, « est-il probable que le même sacer- doce catholique puisse ainsi simullanément honorer et déshonorer le même sacrement ? »

 6)-La Confirmation. Il y a là « trois doutes terribles : l'évêque n'est

pas certainement consacré; le saint chrème fait défaut; la forme est irrégulière etincomplète ». De là, la probabilité morale qu'il ne puisse s'agir d'évêque ou de sacrement identiques. €) La Pénitence. A l'encontre de la doctrine catholique, voici ce que l'on peut constater dans l'Église anglicane: « 4° On ne confère LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 63

au ministre, dans l'ordinalion anglicane, aucun pouvoir pour entendre les confessions sacramentelles, mais seulement pour remettre des péchés, non confessés, d'une manière générale et décla- raloire ; ® les clercs anglicans ne siègent point au tribunal de la péni- tence, ils se contentent de donner des conseils et avis spirituels, comme pourrait le faire un pieux laïque; les laïques anglicnns n'ont pas pratiqué la confession, n'ont pas cru à son obligation; au con- traire, ils ont protesté contre elle, suivant l'enseignement que leur donnait le clergé; 4° à l'heure même de la mort, les laïques anglicans ne demandent pas à faire de confession sacramentelle, bien qu'ils expriment à leurs pasteurs des sentiments de pénitence; 5° le sceau de la confession ne trouve place ni dans la pratique, ni dans la théo- logie anglicanes ». D'où l'argument : « Est-il probable, est-il pos- sible que les deux sacerdoces puissent avoir la même origine divine? Est-il probable, est-il possible que Dieu ait pu donner les mêmes ordres à deux sacerdoces, dont l'enseignement et la pratique, en ce qui louche au sacrement de pénitence, ont été de tous points opposés? » di La Communion. « Est-il probable que le ministère anglican, qui, depuis trois siècles, a supprimé le tabernacle de l'autel, puisse avoir les mêmes ordres qu'un sacerdoce qui, depuis dix-huit siècles, a féchi le genou devant l'adorable présence réelle? » Quelle probabi- lité qu'on trouve de véritables ordres chez des ministres qui « placent le pain consacré dans la main du pécheur sans confession,... qui laissent Lomber les saintes parcelles sur le sol auprès de la table de communion, permettent au sacristain d'emporter ce qui reste, ou Rissent balayer les fragments,.... qui ont loujours préché contre la doctrine catholique romaine, et mis en garde leur auditoire contre l'erreur, funeste aux âmes, du dogme catholique de la transsubstan- lation? » «L'Église d'Angleterre n'a pas conservé l'Extrème Onction; « cette suppression d'un sacrement est en contradiction avec l'identité du sacerdoce » de part et d'autre. 1 Le mariage a été respecté par tous les anglicans; mais le di- vorce et le mariage des divorcés n'ont pas été expressément con- damnés. « Je encore, nous cherchons en vain l'identité morale entre l'épiscopat anglican et catholique. » 9) Enfin, l'Ordre. La controverse interminable sur la valeur d'une forme ou sur la suffisance de l'intention est par elle-même une

preuve morale du caractère humain de l'anglicanisme, puisque le doute est absolument fatal à la foi. Les innombrables livres publiés sur ce sujet « sont autant d'aveux que ce qui nécessite tant de dis- cssions est aussi incertain que la doctrine de l'Église établie ». « EL si Tôh réfléchit que la validité de cinq sacrements sur sept dépend 64 REVUE ANGLO-ROMAINE

de la valeur du sacerdoce qui les confère, il faut en conclure néces- sairement que les cinq septièmes de la foi anglicane sont pour tous les anglicans l'occasion des doutes les plus graves... Est-ce donc trop s'avancer que d'affirmer l'impossibilité morale que les ordres angli- cans soient valides, et les mêmes que les ordres catholiques; puisque partout où des ordres valides existent ou ont existé chez les schis- matiques, ils n'ont jamais été l'objet de controverse ou de doute? » 2 « La différence entre la prédication des prêtres catholiques et des membres du clergé anglican, tant pour l'autorité que pour la doc- trine », est l'objet d'un second aspect de la preuve morale. a Dès l'origine, la prédication a été la principale fonction sacerdo- tale du clergé anglican. Mais en quoi a-t-elle surtout consisté? A Sussigien aux laïques anglicans que les abominations de Rome, ses erreurs, ses stitions, ses corruptions, ont fait du Saint-Siège et dusice does rie principale source de l'erreur doctrinale dans le monde. Est-il possible aux prédicateurs anglicans de prouver qu'ils descendent des prédicateurs romains qui, pendant quinze siècles, ont enseigné une règle de foi mensongère, el l'ont enseignée au nom d'une autorité que tous les prédicateurs anglicans ont rejetée comme une monstrueuse usurpation? Comment cesvrais prédicateursseraient- ils les héritiers des fauz prédicants qui, depuis le temps de sai Augustin, ont enseigné le papisme?.... L'impossibilité morale atteint un degré qui semble incompatible avec le christianisme. » De plus, il y a en Angleterre deux Églises dont l'une, celle des ri- lualistes, revendique l'identité du sacerdoce anglican avec le sacer- doce catholique, tandis que l'autre, la Low Church, repousse énergi- quement cette même identité. 11 y a done, dansla même communion anglicane, deux sacerdoces,« conférés par les mêmes évêques, approu- vés par le même primat. L'impossibilité n'atteint-elle pas ici son apogée? » Le service divin, le culle, tel qu'on le pratiquait sous le règne d'Élisabeth, prouve positivement un changement dans les saints ordres ; il fournit non seulement un probabilité morale de change- ment, mais une preuve absolue, irréfutable, définitive. Il est certain que les églises furent alors trop souvent le théâtre de praliques, non seulement profanes, mais odieuses el parfois immorales. « Ma cuth@ drale, écrivait Scory, est une maison de blasphème, d'impurelé d'orgueil, de superstition et d'ignorance. » Le service divin était l'ob- jet du mépris et du ridicule. Et, jusqu'en notre siècle, vers 4824, bien que les abus fussent moins criants, ils étaient loin d'avoir cessé. Le service divin était accompli avec une irrévérence bien faile pour igner les fidèles : « Il y avait peu d'églises où l'on célébrât le ser- vice de la communion plus d'une fois par mois. » Si ce n'est pas là <une preuve morale de l'impossibilité absolue que le nouveau clergé LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 65

protestant ait hérité des ordres catholiques, il faut désespérer de tout raisonnement où l'on fait appel à la faculté du sens commun » 3 « Nous aurions pu demander, poursuit l'auteur, qui avait donné Cranmer et à Ridley l'autorité nécessaire pour altérer les formes de lordination en usage depuis dix siècles; nous aurions pu demander comment les réformateurs ont pu vouloir faire des prêtres sacrifiants, «non pas seulement, comme ils le disaient toujours, des ministres de TErangile, puisqu'ils abolirent prètre, autel, sacrifice et vêtements sacerdotaux, et protestaient contre le sacerdoce papisle comme con- traire à l'Écriture, idolätrique et superstitieux ;.. nous aurions pu demander pourquoi tous les schismatiques orientaux ont rejeté la valeur des ordres anglicans, et pourquoi l'Église romaine n'en à jamais reconnu la validité; ».... mais ces questions et d'autres sem- blables ne se rapportent pas directement à notre étude. « Que si l'on prend le mot moral dans le sens théologique, nous di- sons que le clergé anglican a élé un guide cruel pour les fidèles d'Angleterre et à ainsi prouvé qu'il n'avait rien de commun avec le sacerdoce catholique. » Nous avons vu le peu de soin que prennent les ministres pour administrer le baptême; « un clérgé qui a si peu de foi dans.le baptême doit avoir encore moins de foi, s'il est pos- sible, dans l'Ordre ». Puis on prive chaque enfant de sa mère du ciel, on le prive de cette délicate tendresse spirituelle qui est l'héritage de out enfant catholique. Ne peut-on rappeler ici le jugement de Salo- mon et se demander à qui est l'enfant? — El cela se poursuit durant loute la vie du fidèle, Vers sept ou huit ans, l'enfant catholique apprend à se préparer à la confession et à recevoir l’absolulion ; tan- dis que le jeune anglican est mis en garde contre ces pratiques cor- rompues. Si le même sacerdoce peut enseigner et pratiquer des choses aussi opposées, on ne voil pas à quoi sert un sacerdoce ». Ensuite, on apprend aux jeunes anglicans que Ia sainte communion « n'est pas autre chose qu'un rile commémoratif, que le prêtre n'a aucun pouvoir pour faire la transsubstantiation... El cependant on nous assure gravement que ce sacerdoce anglican, qui a abjuré tous ses pouvoirs sacerdolaux », est le même que le sacerdoce catholique. Alors, pourquoi ne pas admettre tous les ordres des non-confor

                                n manifeste le désir d'entrer dans les

vrdres, sans autre préparation théologique que trois années d'études dans l'Université, à quelles fonctions es-il ordonné? « A lire les prières, le dimanche, à des anglicans, et à leur prêcher ses idées sur le christianisme. Et l'on vient nous assurer, avec une gravité imper- lurbable, que c'est là un sacerdoce identique à celui de l'Église ro- maine?.. Ce serait aussi ridicule qu'impie. » « Les modernes ritualistes semblent argumenter de ce qu'ils ont REVUE AXGLO-ROMAINE, — 7. 11 — 5 66 . REVUE ANGLO-ROMAINE ramené, depuis quarante ans, le décorum dans le service divin et conclure que les trois siècles précédents ne comptent pour rien. Mais quand même le rilualisme aurait été la pratique depuis l'origine, le résultat n'en serait guère changé. » Les ritualistes ont emprunté au missel romain la plupart de ces cérémonies; mais « où est leur maitre- autel, leur sacrifice, leur tabernacle, leur conscience des dons divins du sacerdoce? Une mise en scène est lout ce qu'ils peuvent nous fournir », Il en est de même pour les rapports quotidiens du clergé el des fidèles. « Où est l'autorité, où sont les dogmes, où est l'unité de la foi catholique?.. Où est l'unité ecclésiastique de tous les anglican: Elle n'existe pas, pas même pour la foi. » Prêtres el fidèles sont div sés, « ces prèlres sont-il des prêtres catholiques romains? » E à la fin de la vie, au lit de mort des mourants, que font les tres anglicans? Réciter le Pafer, faire de pieuses exhortations, administrer la communion, mais sans confession, et d'ailleurs que serait la confession faile à un tel ministre? Le contraste a’ec la pratique du clergé catholique n'est pas moins frappant, et s'oppose à l'identité que l'on voudrait établir entre les ordres des deux Églises. « I ya des vérités, conclut M. Marshall, qui n'ont pas besoin de démonstration; l'instinct suffit à les saisir. De ce nombre devrait être la nullité des ordres anglicans, et, si tout le monde ne pense pas ainsi, c'est qu'on a généralement obseurci les véritables raisons. Au lieu de raisonner d'après des faits avérés, certains raisonnent d'après de pures hypothèses ; au lieu de porter la discussion sur de larges prin- cipes, certains s'obstinent à argumenter sur des détails ». « Il faut juger des ordres d'après leur caractère, d'après ce que les prêtres, habituellement, ontfait ou n'ont pas fait. » Vous les connaitrez à leurs « fruits. Est-ce qu'on cueille des raisins sur des épines, ou des figues « sur des ronces? » Un sacerdoce qui ne sacrifie pas est-il le même que celui qui sacrifie? » Et ainsi des autres divergences. « Le bon sens est le théologien dont on a ici besoi Quand nous considérons les ordres anglicans, nous voyons aussilôt qu'ils sont radicalement sans valeur. Nous voyons aussitôt que l'archevêque de Cantorbéry, quitient ses ordres, parlementairement, de la reine Élisa- beth, et la juridiction de la reine Victoria ou de son ministre, ne peut être le successeur de saint Augustin, dont l'épiscopat élait pure- ment catholique et canonique, et dont la juridiction dérivait du Saint. Siège. Et nous retrouvons sur chaque point la même dissemblance. Sous aucun aspect, à aucun degré, les ordres anglicans ne ressem- blent aux ordres romains. Les « aspects moraux » sont le meilleur criterium des véritables ordres. Nous saisissons la vérité par un instincl moral, que toutes les controverses du monde ne sauraient obseurcir, » LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 67

Telle est la thèse de M. Marshall; je me suis efforcé de conserver à son argumentation toute sa force. Mais si, mettant à part quelques allusions à de véritables raisons théologiques, et faisant abstraction de la griserie des paroles, à laquelle l'auteur s'est peut-être laissé entrainer plus que de raison, nous essayons d'aller au fond de cette preuve morale, nous aurons à constater une absence de théologie très regrettable ; bien plus, des assertions qui seraient la négation absolue de l'enseignement commun de l'Église en matière de sacre- ments. La démonstration en sera facile; elle pourra se faire, j'en suis certain, sans blesser aucunement la sincérité de l'auteur, et en sauvegardant la part de vérité que contient sa dissertalion. Décidément, les vieux scolastiques avaient bien raison de s'obli- ger à réduire à la forme syllogistique les arguments théologiques. Cest le meilleur moyen, sinon le seul, d'en saisir et d'en mesurer exactement la portée et la force probante. Après avoir rappelé la dis- tinction entre la légitimité et la validité de l'ordination, après avoir déterminé les éléments essentiels à une ordination valide, ils fai- saient des raisonnements comme celui-ci : Est nulle une ordination à laquelle fait défaut l'un quelconque des éléments essentiels du côté du ministre et de son intention — du côté du sujet, de son intention, de son baptême — ou enfin du côté du rite. Or, telle ordi- mation a manqué de telle de ces conditions essentielles; donc, telle ordination est nulle. La mineure pouvait être plus ou moins difficile à prouver; mais enfin le raisonnement est inattaquable. Et aussitôt nos théologiens faisaient, et à bon droit, un raisonne- ment en sens contraire: Est valide toute ordination à laquelle il ne manque aucun élément essentiel, bien qu'elle manque de telle ou telle condition non essentielle, compétence du ministre, légitimité de sa juridiction, cérémonies accessoires. Or, dans telle ordination, les élé- ments essentiels existant, il a manqué la juridiction du ministre, ou telle cérémonie, ou telle autre condition non essentielle. Donc cette orination est valide, bien qu'illicite ou gravement coupable de diffé- rents chefs. C'est à cette double forme de syllogisme que l'on doit ramener les controverses et les décisions relatives aux ordinations des Novatiens, des Paulianistes, des Donatistes, plus tard, des simoniaques et des hérétiques modernes. C'est en vertu de ces principes que les unes ont été rejetées absolument, les autres reconnues, bien que déclarées ilégitimes, les autres, surtout en des cas particuliers, soumises à la formalité rassurante d'une réordination conditionnelle. C'est ainsi 68 REVUE ANGLO-ROMAINE

que l'Église catholique reconnait pour valides, sauf examen des cas particuliers, les ordres des communions schismatiques et hérétiques d'Orient, parce qu'elles ont gardé la liturgie et les rites dont se ser- vaient leurs ancètres catholiques. Non pas que ces ordres ni, à plus forte raison, leur exercice, soient à ses yeux, légitimes de tout point; ne sauraient échapper à l'illégalité de la situation de ces commu- nions séparées; mais, en ce qui concerne les conditions essentielles des sacrements, l'Église enseigne qu'elle ne possède aucun pouvoir direcl; aussi n'a-t-elle qu'une seule manière de les juger; elle applique aux ordres hérétiques ou schismatiques les mèmes règles qu'elle applique à ses propres ordres. Elle ne considère el ne peut considérer qu'une chose, la présence ou l'absence des éléments essentiels. Par suite, les conséquences n'entrent pas en ligne de compte; je veux dire, la manière plus ou moins légitime, plus ou moins effi- cace, plus ou moins salutaire, dont on se sert des ordres, la foi plus ou moins grande, plus ou moins complèle qu'on y attache, ne sau- raient modifier le jugement de l'Église,parce que ces conséquences ne font point partie des conditions essentielles. Jamais des considéra- tions de ce genre n’ont servi à moliver un jugement théologique en matière de sacrements. Essayons maintenant de faire la contre-épreuve; efforçons-nous de réduire à la forme syllogislique les raisonnements de M. Mar- shall sur l'aspect moral de la question des ordres anglicans. Ce ne sera certes pas facile. D'une manière générale, on pourrait, ce me semble, les formuler ainsi : Ne sont pas validement ordonnés des clercs qui agissent ordinairement d'une manière contraire à celle des ministres catholiques : soit dans l'administration des sacrements, soit dans l'enseignement et le service divin, soit enfin dans le soin des âmes. Or, le clergé anglican dans l'ensemble agit, ou du moins a agi, pendant trois siècles, d'une manière absolument contraire à celle des ministres catholiques. Donc... Quand même on accorderail la vérité entière de la proposition mineure, je crois que parmi les théologiens catholiques aucun ne serait disposé à soutenir la pro- position majeure; il me semble même que la plupart n'hésiteraient pas à la taxer d'erronée, pour ne pas dire d'hérétique. Car une telle proposition (et c'est bien celle qui se trouve à la base de toute l'argumentation de M. Marshall) est en opposition formelle avec l'enseignement, et. jusqu'à un certain point, avec les défini- tions de l'Église; et si elle était vraie, elle aurait les conséquences les plus fâcheuses. C'est qu'en effet il est, pour l'Église, de la plus haute importance que la collation des dons surnaturels dont les sacrements sont le divin véhicule, soit soustraile, autant que possible, à toute incerti- LES ASIECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 69

tude. Sans doute, le sacrement, en tant qu'il a des hommes pour ministres et pour sujets, suppose un acte humain; par suite, les défauts qui mettent obstacle à l'existence de l'acte humain sont aussi une cause de l'inexislence du sacrement; de plus, le sacrement étant un signe sensible, nécessitant des éléments sensibles, d'ailleurs de nature diverse, la suppression, l'altération substantielle de l'un de ces: éléments sensibles compromettra l'existence du sacrement. Mais en dehors de ces causes de nullité ou de non-existence, conséquences nécessaires de la nature des choses, il n'en existe pas d'autres el Église n'en reconnait pas d'autres. Le rile sacré a reçu de Dieu son efficacité sacramentelle; la grâce et les effets sacramentels néces- saires sont produils par le rile lui-même, ex opere operato; dès qu'il existe, comme rie sacré, avec ses éléments essentiels; dès que l'acte humain qui le produit est un acte humain fait dans les conditions normales, cela suit; grâce et effets sont produits, indépendam- ment de toute disposition concomitante de l'intelligence ou de la volonté du ministre. Ces vérités sont certaines, la plupart sont de foi, ainsi qu'il résulte des définitions du concile de Trente (ses. vn, de Sacram.).

Par conséquent, tout sacrement existe dès le moment où le-rite sacré est accompli dans les conditions normales bien connues; si l'une de ces conditions fait défaut, dès le début il n'existe pas, il n'a jamais existé. Mais en aucune hypothèse la validité ou la nullité d'un sacrement ne saurait dépendre d'événements postérieurs ; en aucune hypothèse il n'est besoin de considérer les fruits du sacre- ment, pas plus de l'ordre que des autres. La nullité ne peut être couverte, ni la validité compromise par aucune circonstance future. Les pouvoirs conférés el les droits acquis par un sacrement valide- ment reçu sont inamissibles, quand même celui qui les possède ne Sen servirait aucunement, ou s'en servirait d'une mani il où sacrilège, ou y renoncerait, ou ne croirait plus à leur valeur. Les lextes théologiques qui mettent hors de doute la certitude absolue de ces déductions sont présents à loutes les mémoires, repro- duits dans tous les manuels de théologie, et je crois inutile de les citer. Mieux vaut rappeler la raison fondamentale de toute cette théorie. C'est que les effets surnalurels des sacrements n'ont qu'une seule cause immédiate et directe, à savoir le rite. Ce n’est pas le ministre, ce n'est pas le sujel, qui produisent les effels du sacrement, vu qui confèrent directement les pouvoirs et la grâce: c'est le rite. Le ministre, pourvu qu'il soit d'ailleurs compétent et qu'il agisse avec l'intention voulue, est la cause efficiente qui fait exister le rite, hic ef nur; mais il ne produit pas directement, pas plus qu'il ne peut direc- lement empêcher les effets du rite sacré. Dès lors que le rile sacré «xiste véritablement, les effets en sont acquis. Il faut en dire autant REVUE ANGLO-ROMAINE

 jet. Telle est la seule considération à faire en ce qui concerne la

validité d'un sacrement, les autres ne se rapportant qu'aux conditions accessoires qui rendent plus ou moins licite la collation du sacre- ment ou l'exercice des droits conférés. Ce principe essentiel est la clef de la solution donnée par l'Église soit à la célèbre controverse à laquelle prirent part saint Cyprien et Firmilien de Cappadoce, soit aux discussions dont le Donatisme fut plus tard l'occasion. Pour justifier l'usage de leurs Églises qui tenaient pour invalide le baptême des hérétiques, saint Cyprien etles évêques d'Afrique et de Cappadoce mettaient en avant une raison, très séduisante au premier abord, à savoir qu'un ministre du baptéme qui n'avait pas lui-même la grâce et le Saint-Esprit, ne pouvait les conférer. Mais la pratique romaine, qui devait devenir la règle absolue, avait pour elle la véritable raison théologique. Ce n'est point le ministre, hérétique ou infidèle, qui confère directement la grâce et la rémission du péché; c'est le rite sacré du baptème, instru- ment de la vertu divine. Le ministre ne communique pas au baptisé sa propre grâce, il a pour fonction de produire le rite, c'est-à-dire de le faire exister x natura rerum, hic et nune, et de l'appliquer à tel ou tel sujet, pour que ce rite, et non le ministre, produise ses effets par rapport à ce sujet. Et voilà pourquoi le baptême peut être validement administré par un hérétique ou un infidèle, et produire dans l'âme du baptisé des effets qui n'existent point nécessairement dans l'âme du ministre.

Plus grossière était la manière de voir des Donatistes, plus dange- reuses auraient été les conséquences de leur pratique. Au fond, le principe était le même : Nemo dat quod non habet; mais l'application en était singulièrement étendue. Les Donatistes prétendaient qu'un évêque, je ne dis pas déposé, mais qui avait mérité la déposition, ne pouvait plus validement consacrer un autre évêque; ils soutenaient que les rites sacrés effectués par les hérétiques (dans l'espèce, c'étaient les catholiques) n'avaient aucune valeur, aucune efficacité surnaturelle, toujours en vertu de la même idée que ces ministres, n'ayant pas la grâce et le Saint-Esprit, ne pouvaient les communiquer. On connaît le point de départ du schisme donatiste. Cécilien, évêque de Carthage, successeur de Mensurius, avait eu pour consécrateur Félix, évêque d'Aplonge, accusé d'avoir livré les Écritures sacrées pendant la persécution de Divclétien. Le fait était contestable, et, bien que le crime, s'il eût été prouvé, eût entrainé la déposition, cependant Félix n'avait pas été déposé. Quoi qu'il en soit, les Dona- listes, tenant le fait pour certain, lui donnaient pour conséquence la perte des pouvoirs épiscopaux chez l'évêque d'Aptonge. Ils en con. cluaient aussitôt à la nullité de la consécration épiscopale de Céc lien et des cleres et des évêques ordonnés par lui. Saint Optat de

                                 UNIVERSITY OF MICHIGAN

LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 74

Milève nous apprend ! qu'ils poussaient à l'extrême les conséquences de leur prétendu principe; ils jetaient aux chiens l'Eucharislie con- sacrée par les catholiques, profanaient et jetaient le saint chrême, soumettaient à la pénitence les clercs catholiques et leur rasaient la tête, brisaient leurs autels, etc.; tandis que les catholiques, dociles aux décisions du pape saint Étienne et du concile d'Arles, tenaient pour valides et le baplème et les ordres conférés par les Donatistes, sans s'occuper autrement de l'argument moral auquel pouvait donner lieu,semble-t-il, une conduite de leurs adversaires si opposée à la leur. Dès lors, la théologie catholique est définitivement fixée; nous trouverons encore, aux siècles suivants, des difficultés et des hésita- tions sur la valeur des ordres conférés par des évêques intrus ou simoniaques; mais dès l'époque du Donatisme il est acquis que le défaut de foi ou de sainteté chez le ministre ne peut compromeltre la valeur du baptème, ni des ordres, ni des autres sacrements conférés par lui. ! s si, par impossible, les raisons théologiques ne nous ifnpo- saient pas ces conclusions; si l'on pouvait invoquer contre la valeur des ordres des dissidents les raisons exposées par M. Marshall; si l'opposition, aussi complète qu'on le voudra, que l'on aura constatée entre les « sacerdoces » catholique et anglican, par rapport aux croyances, à l'enseignement, au service divin, au ministère des mes, était une preuve si convaincante de la nullité des ordres anglicans, il en résullerait pour l'Église catholique elle-même les plus graves inconvénients et de cruelles incertitudes sur certains de ses ordres et l'administration de ses sacrements. Et ici je me permettrai, à mon our, de faire un argument moral. M. Marshall a-t-il songé à la réper- cussion que pourrait avoir pour l'Église catholique sa manière de raisonner, si elle était exacte ? I n'est pas possible, dit-il, que de véritables ordres existent chez les membres d'un clergé qui administre mal les sacrements, rejetle les doctrines et la pratique romaines, vilipende les ordres catho liques, ne croit ni à la communion ni à la confession, elc. Quelque longue que soit l'énumération, elle se réduira nécessairement à ceci : il n'est pas possible de reconnaitre de véritables ordres à un clergé qui s'éloigne gravement de la doctrine ou de la pratique del'Église catholique. Mais à mon lour, je demanderai : Jusqu'où devra aller cet éloignement, cette opposition, tant en matière de doc- Line que de pratique, pour qu'on puisse donter d'abord de la valeur des ordres d'un tel clergé, pour qu'on doive ensuite les rejeter ? Suf- fra-Lil d'être hérétique sur un point, ou sur deux, ou combien faudra- Lil constater d'hérésies? Mais alors comment l'Église reconnait-elle

De sehismate Donat., 11, 19 seq. 72 REVUE ANGLO-ROMAINE

la valeur des ordres conférés par les Églises orientales Aérétigues? El même celles que l'on appelle communément schismatiques ne sont- elles pas, sur plus d'un point, hérétiques? Serait-il nécessaire que l'hérésie porlât sur les sacrements, sur les ordres et les pouvoirs du sacerdoce ? Mais alors il faudrait retrancher une partie considérable des raisonnements de M. Marshall; et surtout il faudrait montrer que l'hérésie sur ce point a un effel qu'elle ne produit pas lorsqu'elle porte sur d'autres dogmes. Suflirait-il de ne pas croire à l'autorité de l'Église romaine, d'en rejeter l'enseignement? Encore faudrait- faire la preuve de celte assertion. Tout récemment, on a pu lire les paroles fort peu gracieuses, les accusations fort graves, proférées contre l'Église romaine par le patriarche schismatique de Constanti- nople. La valeur indiseutée des ordres de l'Église grecque en a-t-elle élé atteinte le moins du monde ? D'autre part, cela est évident, les divergences pratiques ne peuvent avoir plus d'influence que les erreurs doctrinales, dès lors qu'elles n'affectent pas la confection immédiate des rites sacrés. Nous parlons des Églises et communions dissidentes; mais ce ne sont pas les Églises comme telles qui administrent les sacrements el font les ordinations; ce sont les ministres pris individuellement. Que si le raisonnement moral de M. Marshall était vrai pour les Églises, il devrait être aussi exact pour les individus, et s'appliquer à tous les ministres des sacremenis, même dans le sein de l'Église catholique. Et alors se posera la même question : Est-il possible, est-il probable, que ce clerc possède ou puisse conférer de véritables ordres, qui a solennellement rejeté toule relation avec l'Église catholique, renoncé à tous ses pouvoirs sacerdolaux, enseigné des hérésies monstrueuses, injurié l'Église romaine, etc.? Ce qui donnerait lieu de se demander à nouveau : À quel moment, à quel degré de corruption ou d'hérésie, ou d'opposition à la pratique catholique, pourra-t-on douter de la per- manence des pouvoirs? À quel degré devra-l-on supposer que ce ministre ne peut plus les exercer? Et quelle incertitude, quelle source de confusion et de troubles ! Les exégètes ne sont pas d'accord pour savoir si Judas élait encore dans le cénacle lors de l'institution de la sainte Eucharislie el de l'ordination des apôtres. Mais, à supposer qu'il fût présent, fut-il validement ordonné ? Et cependant, quel admi- rable argument moral ne pourrait-on pas lirer de l'indigne con- duite de l'apôtre aposlat ! On dit encore : Il n'est pas possible que Dieu ait institué ces deux sacerdoces, catholique et anglican, si opposés en tout. — Mais qui à jamais songé à revendiquer pour le sacerdoce anglican une insitu- lion direcle et spéciale? Si le sacerdoce exisle dans l'Église angli- cane, il n'est autre que l'unique sacerdoce du Christ, demeurant dans celte Église ainsi que d'autres parties de l'héritage chrétien. Et, s'il y LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 13

ssl, l'Église ne peut en empêcher la présence et la transmission, par- & qu'il ne dépend pas d'elle de mettre obstacle à l'efficacité ez opere wrato des rites sacramentels. Elle pourra, elle devra apprécier lsage plus ou moins illégitime qu'on en fait ou qu'on a pu en faire; elle pourra et devra se prononcer sur l'existence concrète des condi- tions essentielles suflisantes pour la collation des ordres; mais elle we saurait faire davantage; en aucun cas les divergences doctrinales opratiques constatées entre le clergé anglican et le clergé catho- lique ne serviront de base à son jugement sur la valeur des ordres, à moins qu'elles n'aient affecté l'une quelconque des conditions essen- telles de l'ordination, les mêmes qu'elle requiert pour ses propres urdres. En d'autres lermes, sans rien changer à la doctrine et à la pratique de l'Église anglicane depuis Henri VIII, supposons que l'Ordinal d'Édouard ait fait subir des modifications moins profondes à l'ancien Pontifical; qu'il ait conservé intacts les canons consécraloires de chaque ordination et, si l'on veut, la porrection des instrument supposons que demain un érudit découvre le procès-verbal de la con- sécralion épiscopale de Barlow ; dès lors l'Église ne serait plus libre de ne pas admettre la validité des ordres anglicans, puisque ces vrdres se présenteraient avec les conditions essentielles qui sont n6- cessaires et suffisantes pour les ordres catholiques. Aucun argument moral ne saurait y-mettre obstacle. Este à dire que les ordres anglicans soient valides ? Certes, laque: lion est discutable; bien plus, ils ont contre eux une présomplion, qui résulte, d’une part, des modifications à lout le moins illégitimes apportées aux riles catholiques de l'ordination, d'autre part, de la pratique de l'Église romaine. Mais la discussion devra nécessairement eluniquement porter sur les conditions essentielles de la va sicrements et de l'ordination en particulier. La discussion générale se concentrera sur le sacre de Parker par Barlow. On l'objet de trois graves objection ? Le rite employé par lui

lions individuelles des clercs de l'Église anglicane actuelle, il faudra en éludier attentivement les circonstances, el en particulier voir si le ministre et le sujet étaient l'un et l'autre validement baptisés. C'est uniquement dans celte direction que l'on devra conduire la discussion. Les autres arguments n'auront aucune portée, si ce n'est peut-être en tant qu'ils rendraient douteuse l'intention requise de la part du ministre. IL est bien vrai d'ailleurs, et je n'aurais garde de le nier, que l'en- seignement et la pratique du clergé anglican ont laissé beaucoup à désirer au cours de ces trois siècles. J'ai seulement voulu montrer 74 REVUE ANGLO-ROMAINE

qu'on ne saurait en conclure à la nullité des ordres. N'y a-til pas d'autres Églises, n'y a-t-il pas eu des prélats de l’Église catholique dont la doctrine et la pratique ont laissé beaucoup à désirer? Que si les défauts constatés dans la vie chrétienne de l'Église anglicane de- vaient prouver la nullité de ses ordres, le réveil de cette même vie chrétienne dà aux efforts des ritualistes, le mouvement vers l'Eglise romaine qu'ils ont imprimé à une portion notable de leur Église, se- rait-il, à son tour, un indice moral de la valeur de leurs ordres ? Diseutons, il le faut, mais d'après les vrais principes; et, en matière de doctrine, défions-nous de l'instinct, qui n'a jamais été considéré comme un critère théologique.

                                                     A. BouDixuox.

CHRONIQUE

Les fêtes de Reims. — Les fètes du jubilé national annoncé dimanche par les cloches de la cathédrale se sont ouvertes lundi malin par une grand'messe solennelle chantée par Mgr Duval, évêque de Soissons et premier suffragant de Reims. Bien que la santé de S. Em. le cardinal Langénieux se soit un peu améliorée, les méde- cins ne lui ont pas permis de venir présider celle cérémonie, qui avait attiré dans la cathédrale une foule des plus considérables. L'arrière-chœur était fort simplement décoré de pelits trophées de drapeaux français entourant les couleurs pontificales, et surmontant les écussons des villes du diocèse. La maitrise a exécuté la Messe du Sacré-Cœur de Gounod. Plusieurs membres de l'Institut répondant à l'invitation du cardi- nal sont venus à Reims pour assisler à celle messe d'ouverture et auxautres oflicesde la journée : MM. Wallon, Schlumberger, de Bar- hélemy et Sénart, membres de l'Académie des inscriplions el belles- lettres, le comte Delaborde, secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts; on remarquait aussi la présence de MM. Marius Sepet, le comte de Mas Latrie, et le comte Boulay de la Meurthe. Après la messe, qui s'est terminée à midi et demi, les principaux invilés sont allés saluer le cardinal Langénieux. A trois heures, les vèpres pontificales ont été chantées en l'église de Saint-Rémy, où Mgr Péchenard, protonotaireapostolique et vicaire général du diocèse, a prononcé le discours d'ouverture.

La fête de Jeanne d'Arc. — M. l'abbé Lemire, député du Nord, a déposé à la questure de la Chambre quatre énormes liasses conte- nant les pétitions demandant à la Chambre de ratifier le vole du Sénat pour la création d'une fête nationale en l'honneur de Jeanne d'Arc. Elles portent près de cing cent mille signatures.

Léon XIII doyen des évêques. — Mgr Pierre-Richard Ken- rick, archevêque de Saint-Louis, aux États-Unis, vient de mourir. Mgr Kenrick, né à Dublin en 1806, avail élé préconisé évêque de Drasus le %4 avril 1841. Sn mort fait de Léon XIII le doyen de tout l'épiscopat catholique. N. T. S. P. le Pape a été en effel préconisé archevêque titulaire de Damiette le 49 février 4843. Le seul évêque encore vivant qui ait été préconisé par Grégoire X VI estMgr Murphy, actuellement évêque de Hobart-Town, en Australie, préconisé en 1845. 76 REVUE ANGLO-ROMAINE

 Le Vendredi-Saint dans 1a Marine.—De temps immémorial,

les navires de la France ont participé au deuil du Vendredi-Sainl. Cette marque publique de religion génait quelques libres-penseurs. M. Lockroy, ministre de la Marine, sollicité ou plutot sommé par ses frères en franc-maçonnerie d'interdire ces signes de deuil de la lotte, puisqu'ils ont cessé d'être en usage dans l'armée de lerre, a décidé ce qui suit: « Liberté complète de tirer le canon, d'apiquer les vergues et de mettre le pavillon en berne est accordée à tous les commandants de navires français mouillés dans des rades étrangères. « Sur les côtes de France, l'autorisation de lirer le canon, d'api- quer les vergues et de mettre le pavillon en berne devra m'être de- mandée, en indiquant les raisons susceptibles de justifier cette mani- festation... » Ainsi donc, sur toutes les plages,au nom de la France catholique, nos bâtiments peuvent ce jour-la lirer le canon d'heure en heure et mettre leur pavillon en berne. Le ministre a compris qu'il eût él par trop élrange de voir les navires de la France, qui revendique avec raison le droit de protéger les chrétiens à l'étranger,être les seuls à ne pas s'associer au deuil de toutes les nations chrétiennes, le jour de la mort du Christ. Mais dans nos ports et sur les côtes de France les commandants des navires ont dû adresser à M. Lockroy une demande motivé. Il est facile de comprendre comment cette mesure a été accueilli dans la Marine; toutes les autorités maritimes compétentes n'ont pas manqué d'adresser la demande prescrite et partout le Vendredi- Saint a été célébré comme de coutume; car. si le Gouvernement n'a pas de religion, il n’en est pas de même de nos braves matelots et de nos vaillants officier:

 En Portugal. — Un       député catholique portugais, M. Quirino,

vient de présenter aux Cortès une motion demandant la révocation de la loi de 4834, qui avait prononcé la suppression de tous les cou- vents par voie d'extinction, L'Église possède encore, en Portugal, seize couvents de femmes, dont quatre à Lisbonne, trois dans le diocèse d'Evora, deux dans celui de Coïmbre. Dans quinze de ces couvents, il n'y a plus qu'une seule reli le couvent de Renedias, à Braga, en compte encore deux. LIVRES ET REVUES

                             La Quinzaine

Dans la Quinzaine du 4° avril, M. l'abbé Duchesne vient de clore par un dernier article l'intéressante suite d'études publiée sous le titre de Catholiques ot Romains. Nous en donnons aujourd'hui la première partie; nous publie- rous la seconde dans notre prochain numéro. Ainsi pourvue d'un centre et d'un chef également incontestés, l'Église byzantine poursuivit le cours de ses destinées. En soi, cette autonomie grecque n'avait rien d'incompatible avec l'unité ecclésiastique. L'autono- mie africaine, plus anciennement organisée, trouvait moyen de vivre avec Saint-Siège. Le tout était de s'entendre. Il ne faut pas croire que l'on nt jamais. En dehors des intcrvalles de schisme que j'énumérais l'heure, il y eut des temps de concorde. En étudiant les manifesta- tions diverses de l'opinion byzantine, on distingue aisément quelques sen- timents favorables à la paix. D'abord le sentiment de l'unité de l'Eglise. I1 s'exprimait dans le sÿm- bole de Nicée-Constantinople, introduit! un peu partout, depuis la fin du ve siècle, dans la liturgie de la messe. Ce sentiment, que l'on n'avait pas encore appris à étouffer sous des distinctions subtiles, empéchuit de se résiger au schisme. Le schisme paraissait un état irrégulier, inférieur; il avait toujours contre lui une sorte de remordsde la conscience générale. Que de peine ne se donna-t-on pas pour ramener les monophysites? L'Hénotique de Zénon, les conférences procurées par Justinien, les mesures de rigueur contre l'épiscopat dissident, la condamnation des Trois-Chapitres, le mono- thélisme : autant de procédés divers, successivement essayés avec une rare persévérance, Rien n'y fil. Avec le pape, il était plus aisé de s'en- tendre, Il n'y avait qu'une attitude à sacrifier, et encore, grâce aux muta- tions du personnel, était-il aisé d'en reporter le responsabilité sur les pré décesseurs. Enfin l'empereur était là pour ménager les rapprochements, calmer les suxceptibilités, favoriser, imposer au besoin le rétablissement de la paix. On avait aussi, beaucoup plus qu'à présent, le sentiment de la primauté du pape. Cette primauté n'était pas contestée. Dans toutes les notices où sont énumérés les sièges épiscopaux suivant l'ordre des préséances, c'est toujours par celui de Rome que l'on commence. Le patriarche de Cons- tantinople, quelles que fussent ses prétentions sur l'Église grecque et sa ténacité à revendiquer le titre d'œcuménique, ne s'est jemais posé en supérieur où même en égal du pape. Au xui° siècle encore, cent ans après Cérulaire, les canonistes Zonaras et Balsamon le reconnaissent expressé- ment. Ils protestent même contre certains auteurs qui interprétaient

1 Cette introduction est lo fait de deux patriarches hérétiques Piorre (le Fou- lon) d'Antioche et Timothée de Constantinople; en faisant réciter cette formule à sncieons, ils ntendaient protstor contre colle de Chaletdoine. On voit que l'Église romaine eut ses raisons pour s'opposer si longtemps à l'insertion du Credo dans la liturgie eucharistique. 18 REVUE ANGLO-ROMAINE autrement le troisième eanon de Constantinople, où il est dit que l'évêque de Constantinople a les honneurs après l'évêque de Rome; on entendait par là que Constantinople avait reçu les premiers honneurs alors que Rome en jouissait déjà. Zonaras et Balsamon ne sont pas de cet avis voient dans le texte, non pas une simple postériorité, mais une réelle infériorité de rang. Cette primauté romaine n'était pas considérée comme chose de pure forme, En nombre de cas, les auteurs ou les conciles grecs reconnurent au pape le droit et le devoir d'exercer une surveillance générale sur les affaires religieuses de leur pays, réclamèrent son appui contre des abus de pouvoir de toute nature, lui décernérent les titres les plus significatifs comme les plus pompeux. Les textes de ce genre ayant été souvent réunis dans les livres de théologie et de controverse, il suffira ici de présenter quelques observations : Dans les questions de dogme et de communion ecclésiastique, la partici- pation ou tout au moins l'assentiment du pape était considéré comme nécessaire pour qu'une solution fût définitive. Les longs schismes énumé- rés ci-dessus en fourniraient eux-mêmes la preuve. On chercha, en 340, à faire approuver par le pape l'évêque intrus que l'on entendait donner à Alexandrie. Sur l'expédient du monothélisme, sur la prohibition des images, on lui demanda son avis, sauf à ne pas le suivre, car, dans tous ces Cas, on avait le gouvernement de son côté. Quand il ÿ'eut rupture, ce fut bien plutôt une rupture subie par l'Église grecque qu'une rupture déclarée par elle. C'est de Rome que partait le Non licet; on pouvait le braver plus ou moins longtemps, mais on finissait toujours par s'y con- former. Suprême autorité doctrinale, le Saint-Siège était aussi un ressort judi- ciaire supérieur, au delà duquel nul appel n'était imaginable. Nombre de sentences ecclésiastiques rendues par l'Église d'Orient réunie en concile ou par ses plus grands chefs ont été cassées à Rome : ainsi la déposition de saint Athanase au concile de Tyr. Il est vrai que les premiers juges déclinèrent la compétence du pape ils avaient commencé par la reconnaitre en le priant de régler l'affaire, Du reste, dès l'année 346, en acceptant le rétablissement de saint Athanase sur son siège d'Alexandrie, en abandonnant les griefs soulevés contre lui au concile de Tyr, ils témoïgnèrent reconnaitre la cassation de leur sentence. Leurs héritiers, une fois revenus à l'orthodoxie, en firent autant, de la façon la plus claire. Il en fut de même de la déposition de saint Jean Chrysostome, cassée par le pape Innocent; ici encore on commenca par regimber, mais il fallut, peu d'années après, reconnaitre qu'on avait eu tort. Chrysostome avait réclamé l'intervention du pape. En 449, les évêques Flavien de Constan- tinople, Eusèbe de Dorylée, Théodoret de Cyr, condamnés par le concile

! On trouvait même des gens pour prétendre que lo siège de Constantinople était plus ancien que celui de Rome. C'est pour inculquer cette sbsurdité que l'on forgea, peut-être vers la fin du vi* siècle, peut-être plus tard, en tout cas avant le 1xe siècle, une liste épiscopale qui reliait Métrophane, le plus ancien évique de Byzance que l'on connaisse, à Stachys, disciple de saint André, et à cet apôtre lui-même. D'abord obscur, ce petit écrit Hnit par arriver à la considération. Au commencement du 1x siècle, lo chroniqueur Théophane le néglige encore; mais le patriarche Nicéphore, son contemporain, en fait état. On regrette do le voir pris au sérieux dans un livre comme celui de Manuel Gédéon (Constantinople, 4886) Tarpragyeol sivaxec, C'est tout à fait l'équivalent do ces légendes et de ces fausses listes par lesquelles certaines églises d'Occident essayent de s0 rattacher aux disciples de saint Pierre. Il y a cent ou deux cents ans, le clergé n'avait pas LIVRES ET REVUES 79

æcuménique d'Éphèse, adressèrent au pape Léon un appel dans toutes les formes, Plusieurs patriarches furent déposés par le pape : par exemple, Dioscore d'Alexandrie, en 450; Acace et Anthime de Constantinople, en 484 et en 5%6. Acace, soutenu par l'empereur, se moqua de la sentence du pape Félix 111; mais les deux autres recurent leur exécution. C'est à Constan- ünople même qu'Anthime fut déposé par le prpe Agapet, lequel ordonna lout aussitôt son successeur, Ménas. 11 ne faut pas s'attendre à ce que les cas d'appel à Rome se présentent souvent en Orient?. Les patriarches se trouvaient rarement dans la néces- sité de recourir au suprême tribunal de la chrétienté. Quant aux prélats inférieurs, quant aux prêtres et autres clercs, les juridictions ne man- quaient pas chez eux pour juger leurs procès. Cependant, même dans cet ordre de faits, il est à croire que les archives du Saint-Siège, si nous en avions autre chose que de très minces débris, nous fourniraient beaucoup de renseignements intéressants. Au temps de saint Grégoire, deux prêtres du patriareat de Constantinople, Jean de Chalcédoine et Athanase d'Isaura, condamnés pour hérésie par les juges du patriarche, appelérent a Rome et obinrent une sentence d'absolutions. J'ai publié, il y a quelques années, un fragment inédit du grand concile de 39%, tenu près de Chalcédoine sous la présidence de Nectaire de Constantinople et de Théophile d'Alexandrie. Cette assemblée eut à s'occuper d'un conflit entre deux évêques, Badagios et Agapios, qui se disputnient le siège métropolitain de Bostra. Ceci, on le savait déjà ; mais ce qu'on ne savait pas, c'est que le concile avait été saisi par le pape Sirice, devant lequel l'affaire fut portée d'abord par les deux parties#. C'est tout à fait la marche indiquée par le cinquième canon du concile de Sardique. Un recours contre une sentence conciliaire peut étre porté à Rome; le pape juge s'il y a, oui ou non, lieu à un procès en revision. Au cas où il accorde la revision, ce n'est pas devant lui qu'elle « lieu, mais devant un tribunal conciliaire voisin des premiers juges. Le concile de Sardique n'avait été admis que par une fraction de l'Église grecque, par l'épiscopat égyptien. Il entra plus tard dans les col- lections canoniques byzantines; mais il ne faut pas croire que toutes les lois conciliaires insérées dans un recueil de droit ecclésiastique aient force de loï pour les pays où ces recueils circulent. Il est donc prudent de con- siérer les faits que j'ai cités comme des exceptions. Au moyen âge, quand on s'oceupait de l'union des Eglises, une des choses qui effrayuient

asser de mépris pour ces docaments; maintenant, on les voit patronnés même par des éréques. À Constantinople, pas plus que chez nous, les pièces apocryphes me deriennent authentiques ea vieillissant; mais le niveau do l'éducation baisse parfois chez leurs lecteurs; elles font alors plus de victimes, st de plus consi- dérables, ! La lettre de Théodoret était connue depuis longtemps; celles de Fiavien et d'Eusèbe ont été publiées récemment, d'abord par M. Amelli, puis par Momm- æn, Neus Arch., t. XI (1886), p. 362. ; ‘Je ne parlo pas ici, bien entendu, des provinces de l'Illyricum, comprises dans le patriarcat romain. 3Jaffé, 1257, 1957, 1393-1396. {Annales de philosophie chrétienne, annéo 1885, p. 281. : ‘ +. Pro causa quorumdam Badagi et Agapü de episcoputu Bostrinæ evriemr que est metropolis Arabiæ sic diulurno lempore certantium ul etiem Hvmuw Pergerent el illine a sanctum Theophium cum litleris beuti papæ Sri 47 retur. 80 REVUE ANGLO-ROMAINE

le plus le clergé byzantin, c'était l'appel au pape. Je ne suis pas chargé de formuler ici les conditions qui seraient faites si de nouvelles négociations venaient à s'engager; mais je erois qu'en limitant l'appel à des cas très rares, tout à fait exceptionnels, on se rapprocherait beaucoup de l'état de fait antérieur aux grandes brouilles du 1x° siècle et du xi® Outre le sentiment de l'unité chrétienne et de la primauté de l'Église, faut sigualer aussi, parmi les influences favorables à la paix, la v que Rome inspirait en Orient comme dans tous les pays chré pélerinage d'Orient à Rome, sans être aussi fréquenté que celui des lieux saints de Palestine, attirait cependant beaucoup de visiteurs. Depuis le milieu du vi siècle, il se forma autour du Palatin toute une colonie grecque, composée de familles sédentaires, attirées par le commerce et par les emplois de l'administration. Les quartiers qu'elle habitait sem- blaient comme un fragment de Constantinople transporté sur les bords du Tibre. On y vénérait les saints byzantins : sainte Anastasie, saint Georges, saint Théodore, saints Serge eu Bacchus, saint Hadrien, saint Boniface, saint Sabas. La confrérie militaire de la région (Schola Græcorum) avait sa chapelle, sous le vocable de Sainte-Marie in Cosmidin. Dans ces églises, la liturgie se célébrait, au moins partiellement, en grec. Il fallut même que, dans les cérémonies communes, où toute l'Église romaine était con vo- tuée, où le pape olliciait, on fit une place au grec à côté du latin. Ces Grecs de Rome formaient un lien des plus utiles entre le monde 1» zantin et l'Italie; grâce à eux et à leursrelations, le voyage d'Orient à Rome devenait très facile. Le pèlerinage s'eu ressentit. Mais c'est surtout par les monastères que s'opéraient les rapprochements surle terrain religieux. Les monastères grees abondaient à Rome. L'attrac- tion des sanctuaires romains et de la colonie byzantine, l'invasion des pro- vinces orieutales par les Arabes musulmans, les persécutions exercées au vus sièele par les princes monothélites, au vin et au 1x! par les gouver- nement iconoclastes, déterminérent une série d'exodes et de fondations qui finirent par constituer à Rome uu personnel monacal grec fort considérable, influent même, avec lequel on pouvait ètre obligé de compter. Plusieurs de ces moines étaient fort instruits : ce n'était pas une des moindres res- sources intellectuelles du poutificat. Rome et Constantinople vivaient ainsi dans la même enceinte, en rela- tions quotidiennes, saus querelles aucunes, échangeant de bons procédés, prouvant la possibilité de l'entente, comme on prouve en marchant celle du mouvement. Les moines de Saint-Érasme et de Saint-Sabas ne portaient vas des barbes moins longues que leurs confrères d'Antioche ou de Bithy- nie; ils célébraient leurs offices, leur liturgie, dans la langue et suivant le rituel de leur pays; ils savaient bien comment en Occcident on administrait le bapième, comment on y parlait du Saint-Esprit et du purgatoire. C'est même pour eux que l'un d'entre eux, devenu pape, car ils arrivaient à tout, le pape Zacharie, traduisit les Dialogues de saint Grégoire, où le purga- toire tient quelque place. Est-ce qu'ils criaient à l'hérésie? Est-ce qu'ils se séparaient de la communion du clergé et des fidèles de Rome ? À Constantinople, au contraire, on ne signale pas de communautés latines. Les aliens, les Africains et autres Occidentaux qui séjournaient dans la capitale byzantine n'avaient, que nous sachions, ni organisation corporative ni églises spéciales. La chapelle intérieure du palais Placidien, résidence officielle des nonces, était la seule où se célébràt la liturgie romaine.

                                                          (4 suivre)

DOCUMENTS

CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ


                      HODIERNÆ           GRAVISSIMÆ

                                     DE



           SACRAMENTO                     EUCHARISTIÆ

                                 LIBER       I

14 QUO DE COMMUNIONE SUB UNA VEL UTRAQUE SPECIE, DE VENERATIONE

EUCIARISTIE, ATQUE ALUS NONNULLIS DOGMATIBUS CONTROVERSIS,

                              PAUCIS AGITUR




                                  CAP. Il

Quibus verbis fiat Consecratio Eucharistiæ, et simul de ejusdem reserva- tione et veneratione.

                                   (Suite)
  1. Cassander : ! De Adoratione Eucharistiæ ila ex Veterum mente Slatuendum puto. Cum in hoc Sacramento Christus, Deus et homo, et corpore et sanguine suo præsentem se exhibeal, consequens est, ut in hoc quoque mysterio adoretur, quæ adoratio non ad ipsum signum quod exterius videtur, sed ad ipsam rem el veritatem quæ interiùs creditur, referenda sit, quamvis et ipsi signo, cujus jam virtus intel- ligilur, tanquam religioso et sacro, sua veneratio debeatur. ” Hanc verissimam suam sententiam confirmat testimoniis Patrum, Ambro- sii* Augustini hunc imitati,> Chrysostomi, * Theodoreti : 5 “ Intelli- guntur, ” inquit Theodoretus, ‘ mystica symbola ea esse quæ facta sun, et creduntur et adorantur, tanquam ea existentia, quæ credun- ur.” Hæc Cassander in Articulo de Adoratione Eucharistiæ. Archiepiscopus Spalatensis : * “ Respondeo, ” inquit, “ me nul- 1 ln Consait. [p. 984. I de 8p. S. [f 76, 2 la Ps, 98 [S 9] et Epist. 120 [9 66, 67.

Ant ‘la Co 10 À 188. | Dia. 2{L.1V, p. 426]. “N de Rep. il Bec. c. 41, n.1. REVUE AN OLO-ROMAIN rm —6 82 REVUE ANGLO-ROMAINE

lum idololatrieum erimen in adoratione Eucharisliæ, si rectè diriga- tur intentio, agnoscere. Qui enim docent, panem non esse amplius panem, sed corpus Christi, illi profecto panem non adorant, sed so- lum, ex suppositione, licèt fals, Christi corpus verè adorabile ado rant. Nam neque nostri dicunt, species panis et vini, hoc est, a dentia illa, esse adoranda, sed dicunt, corpus Christ verum et reale, quod sub illis speciebus latet, debere adorari. Etin hoc nulla est ido- lolatria; docti enim nihil aliud nisi Chrisli corpus, ex suppositione, ut dixi, adorant Quèd siscirent sub speciebus illis panis et vini, aut sub pane et vino, non latere verum Christi corpus, certè nullam illis exhiberent adorationem; tola ergo mens adorantium ad solum Christi corpus vivum immediatè, eLnon ad aliquid aliud dirigitur.”Hæc le, qui tamen ! parum sibi constans afirmat, ‘* doctos eliam plu- rimos nedum rudem plebem, adorare id quod vident, id est, panem, seu si vis, species panis : quibus nostri dicunt Christum ipsum quasi vestibus tegi et abscondi, &e. ” Sententia enim iste plurimis Doctori- bus Romanensibus displicet; neque audet Bellarminus ipse, quem ibi impugnat, eam apertè defendere, sed conatur elabi substili, im fu- üli, distinction, quam ipsemet cum paucis aliis quantumvis doclis, nedum populus imperitus, non intelligunt. Vide authorem.

  1. Joh. Barnesius : * “ Corpus Christi est ibi cum pane, vel per- manente vel transeunte, uno vel alio modo, ac per consequens non est idololalria adorare Christum ibi in Eucharistià realiter exis- tentem. ”
  2. Erasmus : 3 ‘ Si in Eucharistià lotus est Christus, cur non est adorandus?.. Nullus est Lam stolidus, ut humanam Chrisli naturam adoret pro divin, aut ut panem etvinum adoret_ pro Chrislo. Nul- lum est Sacramentum tam humile, cui non assistamus nudis capi- tibus, cùm administratur; velutin baptismo, in confirmatione puero- rum ? quid sentiuntigitur, qui putant idololetrium esse si huic sacra- mento caput aperiant, eliamsi Christi corpus et sanguis tant ibi sint in sacro signo? &c. ”
  3. Græci Venetis viventes: # ‘* Huic actioni, quum adsunt laici, ad terram usque coram Eucharistià religiosä cum reverenti procidunt, ” Reliqui etiam Græci omnes adorant Christum in Eucharislià; et quis ausit, omnes hos Christianos idololatriæ arcessere et damnare?
  4. Author Diallactici Eucharistiæ : 5 “ Veleres quum de sacramen- tis loquebantur, variis vocibus usi sunt, honorandi, venerandi; ado- randi; quibus tamen aut alium quendam honorem et reverentiam sacris rebus convenientem significare voluerant, quèm illam adora- tionem que præcipitur à Deo, quum ait, ‘ Dominum Deum tuum ado- rabis, et illum solum coles : * ut duplex adoratio esse definiatur; altera, qu Deum ipsum prosequimur; altera, quà præscripla signa

1 In ejusd. libri c. 42 n. #4.

el mysteria divina; juxta illud,‘ ‘ Adorate scabellum pedum ejus* quod plerique de arc fœderis intelligunt, alii de humanitate Christi interpretantur: aut si eandem utrobique adorationem esse censent, polerimus dicere adorandam carnem Christi, quamvis creatura sit, propter conjunclam divinitatem, adorandam arcam fœderis propter divine majeslatis præsentiam quam Deus ipse pollicitus est affutu- ram. Ad quem modum etiam Eucharisliam possumus adorare, prop- ter ineffabilem et invisibilem, ul ait Augustinus, Christi gratiam con- junclam, non venerantes id quod videtur ettransit, sed id quod cre- ditur et intelligitur. ” Hæc ille. Alque hæe de adoratione dicta sint. 16. Consueludinem verë quà panis Eucharisliæ in publicà pompâ conspieuus circumfertur, ac passim omnium hominum oculis inge- ritur, ” rectè affirmat Cassander, ? “ præter Veterum morem et men- tem, haud ita longo tempore inductam et receptam esse. Veteres enim hoc mysterium in lantà religione, ”’inquit, ‘* el veneralione habuerunt, ut non modo ad ejus perceplionem, sed ne inspeclionem cumgestaionis usus, citra grave Ecclesiæ “damnum,imb, cum ipsius quidem admitterent, nisi fideles, &c. “ Quare videtur hic cir-

luero (si modo id prudenter fiat) omitti posse, cm et recens sit, et diu sine eâ circumgestatione, Sacramento suus honos constiterit, et hodie constare possit. Deinde cum hodie plerumque non devotioni populi, sed pompæ magis et ostentationi serviat, ete. ” Vide Autho- rem ipsum.

  1. Erasmus: ‘* Christusin eo sacramento est, sub ratione cibi ac potôs, ut summä cum animi puritate sumalur, non ut ostentetur, aut in ludis publicisque pompis circumferatur, aut in equo circum arva vebatur, Id nequaquam est veteris exempli, sed in hoc mullitu- dinis affectui plus satis indultum est, ete. ” Consule Authorem.

  2. Regina Galliæ anno 1561, referente Thuano, ® ‘ ex Joannis Monlucii Valentini episcopi, * viri longè doctissimi, ‘ ut creditur, con- silio, prolixas ad pontificem dedit lileras, quibus ‘ inter alia ‘ sacræ communionis usum integrum, hoc est, sub utrque specie, sine per- sonarum distinctione reslitui debere, * ostendit; ‘ nec Constantiensis Concilii, quod Dei mandato præponderare minimè debeat, authori- latem quo minus id fiat, obesse posse: ... recens eliam eL nuper inventum Dominici Corporis festum, quod multarum offensionum causam præbeat et minimè necessarium sit, abolendum esse, nem mysterium illud ad adorationem et spiritualem cultum, non ad pom- pam et spectacula institutum esse, &c.

  3. Urbanum quartum instituisse primüm festum Corporis Domini et solennem illam processionem,* Bellarminus® ipse negare non 1 Ps. 99, 5. 2 Ubi supra {p. 984]. 3 Paulo post. 4 Ubi supra (p. 423]. 528 Hist. [L Il) p.

YI de Euch. c. 30 & Respondeo : Honorius.

84 REVUE ANGLO-ROMAINE

polest; sed quod contendit, ‘ eam inslitutionem nullo modo repre- hendi” posse, quinimo oplimas fuisse rationes ejus fesli introdu- cendi, ‘ quèm id verum sit,ex prædictis judicet lector æquus. “ Cerlé cireumgestare hoc vestrum, "ut ait Episcopus Eliensis, * ‘ præceplo Christi contrarium est, nec ei usquam Scriptura favet. Contrarium etinstituto. Institutum enim tum sacrificii, ut absumi ;tum Sacramenti ut accipi, manducari, non recondi et circumferri, &e. ” Sed de his hæc sufliciant. Reliqua controversa de Eucharistiä in librum sequentem rejicimus, ne hic ultra modum excrescat.

                              Soi DEo GLorta




 CONSIDERATIO ÆQUA                ET    PACIFICA       CONTROVERSIÆ


                       HODIERNÆ        GRAVISSIMÆ

                                       DE



              SACRAMENTO                    EUCHARISTIÆ


                                LIBER HI

                  DE   SACRIFICIO     MISSÆ   ET   ANNEXIS



                                  CAP. I.

            An in Jlissa verum sacrificium Deo oferatur.
  1. Quod ad nomen Missæ attinet, ‘* Hebraicum vel Chaldaieum esse, putidissimum commentum est, ” inquit, post aliss plurimos doctissimos viros, inprimis autem Picherellum presbylerum, ? Is. Casaubonus. ? Hanc sententiam Bellarminus etiam et alñ docti Roma- nenses exploserunt dudum, ut qui diversum sentiunt, planè ridiculi sint, et neque Hebraicas neque Chaldaicas literas se intelligere, mani- festè ostendant.
  2. Vocabulum certè Latinum est, et “ inventum circa finem, ut videtur, tertii sæculi vel paulo antè. Nam si vera est Epistola Cornelii Papæ ad Lupicinum Viennensem, circa annum Domini 250, notum jam erat istud vocabulum; "ut reciè ait Casaubonus. ‘ Neque à Missæ nomine abhorrent Protestantes æquiores, ut ex Confessione Augus-

1 In Resp. ad Card. Bell. Apol. c. 8.

In locum Matth. de S. Cœnæ Institutione |p. 68] et Dissert. do Missa cap. 1

le. 81. 5 Exorcit. 46, p. 582 et seq. A Ubi supra (p. 584]. LIB. II DE EUCHARISTIA 85

Un, et Rituali Anglicanæ Ecclesiæ, in quo legere est nomina illa (irtmas el AMichaelmas) Missa Chrisli, el Missa Michaelis, evidenter palel.

  1. Neque etiam à nomine oblationis, sacrificii et immolationis aborrent. Œcolampadius : ! “ Quid mali est cum majoribus nostris Lam Orientalibus quèm Occidentalibus, recordationem tanti sacrificii, innolationem vocare? modo absint perniciosæ opiniones aliæ. Natus estsemel Christus, mortuus est semel, resurrexit semel; et egregii cncionatores declamare solent in Genethliis; Christus hascitur, glo- rifeale : Christus è cælis, oceurrite : Christus super Lerram, exalle- mini. Et pietas piè dictum, piè intelligit, &c. " Episcopus Eliensis : * “Vos tollite de Missà transsubstantiationem vestram; nec diu nobiseum lis erit de sacrificio. Memoriam ibi fieri satrifcit, damus non inviti; sacrificari ibi Christum de pane factum, aunquam daturi. Sacrificii vocem seit Rex Magnæ Britanniæ Patribus üsurpatam, nec ponit inter res novas, at veslri in Miss& sacrificii, et audet et ponit, &e. ” et paulo post: ‘ Nec à voce vel sacrificii, vel oblationis abhorremus. ” Legantur etiam quæ habet in concione Anglicen de Imaginationibus, * ubi Patres aflirmat usos non minus verbo Sacrificii quam Sacramenti; Altaris quam Mensæ; offerendi, qum manducandi, sed utrisque promiseuë, ut ostendant utrumque ibi peragi. Videatur etium Casaubonis * de Sacrificio in Ecclesià Christian, et idem Eliensis jam nominatus, concione 77, de Resurrectione, 5 aliique complures.

    4 Panem et vinum aliquo modo in Missà Deo offerri, Sacra Scrip- lura clarè et disertè non docet. Ex loco famoso : ‘ Melchisedecus Rex Salem protulit, * vel ut alii vertunt, ‘ obtulit* ‘ panem et vinum, et eral' (ali, erat enim ")‘ Sacerdos Dei altissimi; et benedixit ei, &e."

evinei necessario non posse, ingenuè fatelur Cardinalis Cajetanus ipse, ® non posse, inquam, necessario evinci, quod Melchisedec obtu- lerit panem et vinum Deo; ac proinde argumentum quod petitur à stcerdotio Melchisedeci, utut figura fuerit Chrisli illiusque sacerdotii, ad probandum quod Christus in ultimâ Cœn4 panem et vinum Deo Gblulerit, non satis habere roboris :‘* Nihil, ” inquit, “ hic scribitur desaerificio seu oblatione, sed de prolatione seu extractione, quam Josephus dicit factam ad reflciendum victores. ” Consentiunt Pagni- vus et Vatablus, ° et omnium fusissimè P. Picherellus *.

   ‘Inepistola ad Hedionem, Epist. lib. 4.
   ? Contra Cardin. Bell. Apol. c. 8, p. 484.

SP, nu ul ad Epist. Cardin. Perroni, p. 52.

   SE 14 Gen. fe 18].

{In locrum. MN loc. Gen, 14. 48 apud Crit, sacros, t. I. Dissert, de Missa, c. 2, p. 116 et seq. ct in Appendice de Missa c. Maldonatum, P-H où seq. 86 REVUE ANGLO-ROMAINE Sed Patres magno consensu, qui non est spernendus, affirmant, Melchisedec panem et vinum non tantüm protulisse et exhibuisse Abrahamo ad alendum exercitum, sed Deo primüm quem præclaris- simæ vicloriæ auctorem agnoscebat, usilato modo, obtulisse et libâsse, ac proinde et Christum, cujus ille figura fuit, institutione Eucharisliæ, ut sacerdotem idem egisse. Testimonia Patrum, cùm Græcorum tum Latinorum, magno studio colligit post alios Roma- nenses Bellarminus. ! Idcirco illis recensendis nos supersedebimus.

 3. Unde inter Protestantes Andr. Chrastovius Polonus de sacrificio

Melchisedechiano disserens, ? inquit; ‘‘ Etsi autem utraque pars non nititur expressè Seripturæ testimonio, dum hæc ait, panem oblatum fuisse ad sacrifcandum; illa vero, non ad sacrificandum, sed mili- tibus ad reficiendas corporis vires : tamen propior est illorum sen- tentia veritati, qui unius convivii putant fuisse duas actiones. Hic enim regale sacerdotium ostenditur, non ex militum sustentatione vitæ; sed ex suficienti hostiarum oblatione et Abrahæ benedic- tione, &e. "et : *“ Consensum porro el interprelationis harmoniam, chrislianis pastoribus abjicere non licet; idque cum propter Apos- tolici sæeuli vicinitatem, lum propter singularem omnium concordiam, que in omnibus locis habetur. Cujusmodi consensum neque sanc- torum invocatio, neque Purgatorii ignea lolio habere possunt : quia in his et aliis controversiis apud Patres diversa invenitur locorum Scripturæ interpretatio; hic autem omnium veluti conspiratione, oblatio Melchisedeci sacra proponitur; ut non lantüm Abrahæ mili- tibusque, sed etiam Deo incruentum sacrificium symbolicè oblatum videatur. Quod si nonnulli Doctores Melchisedecum panem et vinum Abrahæ dedisse asserunt, primariam tamen illam oblationem quæ fit Deo, non negant : sedin consequenti antecedens ponunt : ” quod confirmat testimoniis Chrysostomi 5 et Augustini : ® et7 adducit tes- timonia Patrum qui loquuntur de oblatione Melchisedeci et imple- tione ejusdem figuræ in Eucharistiä per Christum. Et! ad præci- puam Protestantium objectionem respondens, ait : ‘ Apostolus minima quecunque exculiens, omiséral factum à Melchisedecho panis et vini oblationem, non propter auditorum tarditatem et indigni- tatem, sed propter historiæ notitiam, et rei propositæ excellentiam. Non, inquam, propter indignitatem; quia erant fideles. Non propter tarditatem; quia illis altissima de Filii Dei generatione et humani generis redemptione mysteria sunt ab eo exposita. Et quamvis Apos- tolus dicat, ? ‘ De quo grandis est nobis sermo et ininterpretabilis ad dicendum : quoniam imbecilles facti estis ad audiendum; * amen hæc

14 De Missa, c, 6. 24 De Opifcio Missæ c. Bell. c. 4. s Th Ip. 28]. 4 Thesi 66.

Hom, 33 in Gen. et Hom. 36.

Advers. Leg. et Proph. c. 20 [5 39].

°C.5{v. 41 LIB, I DE EUCHARISTIA 87

redargutio dispositionem magis, quam perfectum habitum sonat. AîL! enim, se de iis meliora sperare. Notitiæ igitur causà omisit pro- lationem panis et vini, quæ plis atque bonis ultro involat, quoties de sacrificio Crucis ex collatione Melchisedechianä loquitur. Dum ergo vocat Apostolus, ‘ Sermonem ininterpretabilem, * de tolo, non de parte istius dogmatis accipiendum est : Neque tantüm de omissa oblatione panis à Melchisedecho fact; sed eliam de explicalo, et scriplis commemorato Dei mysterio intelligi debet : quandoquidem hoc lextus ipse requirit, &. ” et * contra Bellarminum disserens inquit : “ Benedicere, decimas accipere, oleo insensibili ungi, nul- lique succedere, el esse sine genealogià, possunt esse in Scripturis, multis communia. Nam et Adam et Abel nemini successerant; el Helia: genealogia non deseribitur: el Levitæ populo benedicebant. En libi concedo, Bellarmine, panis et vini oblalionem sic pertinere ad sacerdotium Melchisedechi, cùm sit proprius ejus actus, ut ne Aaro- nico quidem competat. Nam ibi sacrificium panis eL vini erat ul pars quedam, et quasi condimentum allerius sacrificii, nec simul panem solum eum vino_Deo offerebant. Quid hine statuis? Realem Christi oblationem ? At hæc illatio non ad sacramentalem, sed ad personalem verilatem pertinet, &e. ” Et: 3 “ Poteril aulem quispiam dicere; nos invicem pugnare, aliorumque rationes, alios expugnare. Sed qui- cunque principalem controversiæ slatum intuebitur, optimè videbit, nos mutuo nobismetipsis inservire. Quas enim aflert vel Calvinus, vel Chemnicius rationes, non panis et vini benediclioncm, sed realem corporis et sanguinis Christi sub speciebus panis el vini oblationem expugnant. Nam et Judaicarum figurarum explicatio et methodus illascribendi ad Hebræos commemorationem Chrislisymbolicam non extinguunt: sed oblationem corporis incorporei ac invisibilis Papis- leam: quandoquidem ibi Apostolus confert legales umbras eum sacrifcio principali, non eum sacrificio minus principali. Et : * {Ex viigitur historiæ præfigurantis hoc myslerium, atque etiam consensu Patrum orthodoxo adhibito, neque refutationem nostræ partis, neque argumentorum Jesuiticæ familiæ constitutionem pertimescimus : sed in Domino Deo confidenter dicimus, Melchisedechi oblalionem picam non admittere invisibilis Christi immolationem. " Heec lle, quæ ideo adscripsi, quia nemo Protestantium hanc rem fusiüs pertractat. Quare totum istud caput diligenter legatur.

  1. Franc. Masonus Anglus® “ Sacrificässe Melchisedechum, multæ raliones Patribus suadere poterant. 1. Melchisedechi, addo etiam &tAbrahami, pietas et religio. 2. Munus sacerdolale. 3. Mos antiquo- ne, quibus, post partam victoria, sacrificare erat in usu positum. Denique, ne convivia quidem egregia sine sacrificioiniri solebant. Quare si hæc opinio proponatur tantüm ut conjectura humana, hunc

1CGr. 9, 88 REVUE ANGLO-ROMAINE honorem Patribus delatum esse volumus, ut eandem, tanquem non improbabilem, ampleclamur: verüm, si obtrudatur ut dogma Theo- logieum necessario credendum penitüs repudiamus, quia fundatur in humanis duntaxat conjecturis, non in divinis Scripturi

  1. Th. Mortonus, Anglus et Episcopus:! “ Quia quæstio de pro tione panis et vini Abrahamo, &c. à Melchisedecho factà, quo sci cet fine, an ut Deo sacrificaret, an (ut multi existimärunt) tautüm ad reficiendos Abrahw milites, id egerit; Patrum judicio, illorum scili- cet qui sacrificium id appellarunt, exploranda venit; hoc supponimus eum Bellarmino,* quod panis et vinum prolata, Deo fuerint per Mel- chisedechum oblata, et non tantm Abrahamo, &e. exhibita. ” Cautè sanè, neque enim illum latere potuit, “ nisi volentem et ultro, "? quæ essel Patrum super hac re sententia. 8. ‘ Lilem de æternitate sacerdotii * Christi secundüm ordinem Melchisedec, rectè ‘ait Chrastovius,* { legem suballernorum tollere posse. Si enim ea quæ subalterna sunt non pugnant, neque æternitas Chemniciana, neque æternitas Bellarminiana inter se pugnabunt. Chemnicius enim æternitatem considerat ratione causæ eteflectôs sa- crificii Crucis. Bellarminus autem ratione dispositionis mysteriorum Dei et applicationis. Quare frustra expugnare nilitur ” Bellarminus “ rationes Chemnicii, cùm sint fundatæ in peträ verbi Dei : et Chem nicius non est adeo demens, ut nesciat quid sit quod Paulusait : ‘ Mor- tem Domini annunciabitis, donec veniat, * Æternitatem infinitam opti- mè Chemnicius in sacrificio crucis ostendit. Finitam Bellarminus in sacramentali oblatione non invenustè inquirit, si modo recté intelligit: Nam et antiqui Seripluræ interpretes oraculum hoc,‘ Juravit Domi- nus, &e. Tu es sacerdos in æternum, secundüm ordinem Melchisedec, "*

ad formam exterioris sacrificii applicant. ” quod probat testimonio Augustin et Anselmi :* t ‘Tu es sacerdos, * inquit, ‘ id est; sacra dans per te et per Luos; ‘ In æternum, * id est, quamdiu durabit hoc sæculum : quia non transibit sacerdotium Christi ut aliud succedat, sicut transivit Leviticum. * Quin ipse Paulus dicens, ‘ Mortem Domini annunciabitis, donec veniat, * an nonapertè indicat, finitam æterni- latem dispensationis mysteriorum Dei?" Hæc ille. Disputat quidem Gabr. Vasquez contra sententiam Bellarmini alio- rumque,* ubi dicit, ‘ se non posse satis mirari Theologos sui tem- poris doctissimos, qui censent, ex vilà æternû el perpetuà ipsius Christi sub unione hypostatica non rectè colligi perpetuitatem sacer- dotii ejus, &e. * Sed quam solida sit illius refutatio judicet lector æquus et harum rerum intelligens.

! De Eucharistia lib. 6, c. 3, 8 4.

L'ad Cor. e. 44, +. 26.

® Ps. 409. 4. 7 Ie. Adv. Lee et Proph., c. 20. Sn c. 5, ad Heb,

In Stiam partem Thomæ disp. 85. c. 3 [n. 24.)

LIB. I DE EUCHARISTIA 89

  1. Sed ut, dimisso sacrificio Melchisedechiano, ad propositum redeamus, dicimus, licèt ex Scriplurâ clarè et dilucidè evinci non possit, panem el vinum in Missä offerri, Patres lamen passim hoc docere, ut constat ex Irenæo,! ex varis Cypriani locis, ex Fulgentio,* alisque ferè innumeris. In Liturgiä etiam Latinæ Ecclesiæ, cùm ante consecrationem dicunt, “ Suscipe, sancte Pater, hanc immaculatam hostiam ; " certè pronomen. Hanc demonstrare ad sensum id, quod tune manibus tenent : id autem panis est, ut fatentur ipsime Roma- nenses. Et similes sunt in Liturgià non paucæ sententiæ, quæ panem offerri clarissimè demonstrant. Eodem modo intelligunt pleraque Canonis verba etiam doctissimi Prolestantes. Sed in re clarâ et certà non est necesse diutius immorari. ‘ Panis Eucharisticus Deo conse- cratur, quia de profano seu non sacro sacer fit : Deo etiam special ter dedicatur, ut constat ex rebus factis et verbis diclis circa i

Ideo negari non potest, quin Deo specialiter offeratur : illi etiam oblato advenit benedictio, advenit comestio : imo ad hoc offertur ac benedicitur, ut comedatur. Fit igitur ibi quodammodo sacrilicium panis, qui offertur Deo, et cira quem ex Christi instituto Lot mystica verba dicuntur, el ritus sacri peraguntur; * ut reclè Casalius.* 40. Dicunt etiam sæpissimè S. Patres, in Eucharistià offerri et sacrificari ipsum Christi corpus, ut ex innumeris penè locis constat, sed non propriè et realiter omnibus sacrificii proprietatibus serva- tis; sed per commemorationem et repræsentationem ejus, quod semel in unico illo sacrificio crucis, quo alia omnia sacrificia con summavit Christus summus Sacerdos noster, est peractum, et per piam supplicationem, quâ Ecclesiæ ministri propter unici illius sacri- ficii perpetuam victimam, in cælis ad dexteram Patris asisstentem, et in sacr mensä modo ineffabili præsentem, Deum Patrem humi limè rogant, ut virtutem el gratiam hujus perennis victimæ, Ecclesiæ sue, ad omnes corporis el animæ necessitales eflicacem esse et salu- larem esse velit.

  1. Disertissimè enim affirmat Apostolus,* esse tantum unicam oblationem Christi, quâ‘ consummarit in sempiternum sanclifica- los : ‘# adeo ut® ‘ non sit amplius oblatio pro peccato. Similiter Patres docent : Chrysostomus, quo crebriüs nemo hujus sacrifici meminit,? postquam quod in Écclesià peragitur, sacrificium, Busiav, nominässet continuo subjungit, sive explicationis, sive etiam correc- tionis loco, paXhèv 2e dvéuvnaw Guclac. Ambrosius : Eusebius ? : Gyprianus :° ‘ Passio est enim Domini sacrificium quod offerimus. ”

1 Lib. 4, e. 32. Lib, de fde ad Potr. Diac., €. 10. L'de sacrificio Missæ, c. 20 [p. 65 b.] 4 €. 10, ad Heb. sv. SV. 18. ? ln e. 40 Epist. ad Heb.

Theodorelus :! Theophylaclus :? Augustinus : * Author li Petrum Diaconum de fide, 4 aliique quamplurimi, quorum testi- monia sammä diligentià colligerunt alii viri doctissimi, quos consule sis, præsertim Patres ipsos. 42. Quotquot autem Romanenses defendunt, in Missà verè et pro- priè corpus Christi sacrificari, mirum quàm ipsis aqua hæreat, et inter se pugnantibus sententiis concertent. Novem * opiniones ‘super eà re affert episcopus Antuerpiensis Malderus!, quas omnes refellere nilitur, ne Bellarmini quidem sententia except, quam sexto ponit loco. Ipsius etiam Malderi sententia nihilo aliorum sententiis melior est. In omni certè vero et propriè sie dicto sacrificio, necesse est ut vic- tima destructivà quadam mutatione consumatur, ut ipsi (Romanenses) communiter fatentur. At in Missä corpus Christi neque destruitur neque mutatur, ut constat. Nam quod ait Bellarminus, * cum aliis multi; corpus Christi nullam in se læsionem pati, neque esse suum naturale amittere, cum manducatur in Eucharistià : amitlere tamen esse sacramentale, et proinde desinere realiter esse in alari : desi- nere esse cibum sensibilem;" ridiculum est et ineplum subterfugium : nam si corpus Christi verè destruitur destructione (ut ille ait) sacra- mentali (licèt non naturali, quia jam estimpatibile) quia per destruc- tionem specierum cessat esse ubi fuerat, pariter eliam Deus ipse immutari et destrui dicendus esset; cùm desinit esse ubi fuerat, per destructionem rei in quê crat, aut ejusdem annihilationem. Responsio à Vasquez recens excogitala, ‘‘ Sacrificium aliquod esse absolutum, aliquod autem esse relativum seu commemoralivum, in quo quamvis non fiat immutatio rei, quæ hoc modo offertur, repe- rilur tamen vera significatio et nola divinæ omnipotentiæ, sicut in sacrificio absoluto : "* videtur ad veritatem propius accedere, non tamen satis solida est. ‘ Nam posito, de quo lamen maximè quæritur, Chrislum contineri sub speciebus, nunquam vel suis persuadebit, rem illam, quæ nullo modo in se immutatur, elsi præsens sit, verè et propriè in sacrificium offerri ob representationem aliquam mortis præleritæ cjusdem illius rei. Neque etiam per Chrisli vivi et gloriosi præsentiam in Eucharistià video, quomodo significetur, ‘ Deum esse authorem vitæ el mortis, * quà in re essenliam sacrificii constit aliis omnibus anlea incognitam, " ut rectè Andr, Rivetus. * Vide Vasquez. 1°

line. 8, ad Heb. “Inc. 40, ad Hob. 3 Ep. 23 quæ est ad Bonifacium Episcopum [nunc, Ep. 98, $ 9] et 29, c. Faustum, c. 21. 4 C. 19 (2 60 Fulgentio adscrib.] 2? Sox. 4 Tr. 10 de justitia et jure [Potius De Virtutibus Theol. et justitia et rclig] € 3 [dub. 1. 7 De Missa c. 27 $ Tertio; per.] 3 In Stiam Thomæ d. 229, c. 3, n. 26 a Riveto transcr, 9 In Psalm. 40 pag. 283, etc. [Opp. t. 2. 197 b] 10 In 3tiam part, Thomæ t. 3, disp. 229, LIB. I DE EUCHARISTIA LE

  1. Longè modestiùs et veriüs veleres Romanenses super hac re quàm recentiores mulli senserunt. Lombardus :! “ Quæritur, " inquit, “ si quod gerit sacerdos, pro- priè dicatur sacrificium, vel immolatio? et si quotidie Christ immoletur, vel semel tantüm immolatus sit? Ad hoc breviter di potest, illud quod offertur et consecratur à Sacerdote vocari sacrifi- cium et oblationem, quia memoria est et repræsentatio veri sacrifici et sanclæ immolationis faclæ in arû crucis. Et semel Christus mor- us in cruce est, ibique immolatus est in semetipso : quotidie autem immolatur in sacramento, quia in sacramento recordatio fit illius, quod factum est semel. ” Bellarminus ineplè respondit,? ‘ Lombardum hoc loco accipere nomen sacrificii el immolationis pro occisione, &c. An autem sit quod Sacerdos, gerit, sacrificium propriè dictum, Lomberdum non querere, sed præsupponere, ut omnibus notum ” est. ‘ Duas enim Lombardi quæstiones et soluliones pro unici ponit. Neque enim ille querit : ‘ An quod gerit Sacerdos, sit dicenda Christi occisio : *" nefas enim est hoc asserere; “ sed primo interrogat : ‘ An quod gerit Sacerdos propriè dicatur sacrificium, vel immolalio ? * hoc est,

An Christus realiter in Cœnâ, Deo in sacrificium offeratur; et ad hanc quæstionem respondet, Christum non verè nec propriè, sed commemorativé ac representative in eœnâ Deo offerri. Secunda autem quæstio est, ‘ An semel tantüm Christus immolatus sit, an vero quo- tidie ” in Eucharistià ‘ immoletur? ? et ad hanc quæstionem Lom- bardus respondet: ‘ Semel in Cruce, quotidie in Sacramento. ’ In Sacramento autem, ‘ quia ibi recordatio fi illius, quod factum est semel ;* ” ut rectè Andr. Chrastovius.

  1. Neque aliter sensit Thomas :* “ Duplici ratione, ” inquit, “ celebratio hujus Sacramenti dicitur immolatio Christi : primo qu dem, quia sicut dicit Augustinus ad Simplicium : 5 ‘ solent imagines earum rerum nominibus appellari, quarum imagines sunt. * &e. Cele- bratio autem hujus Sacramenti imago quædam est repræsentativa passionis Christi, quæ est vera ejus immolatio. Et ideo celebratio hujus sacramenti dicitur Christi immolatio. Unde Ambrosius dici ‘In Christo semel oblata est hoslia ad salutem sempiternam potens : quid ergo nos, nonne per singulos dies offerimus? sed ad recorda- lionem mortis ejus.’ Alio modo quantum ad effectum passionis Christi : quia scilicet per hoc sacramentum participes effcimur fructûs Dominicæ passionis. Unde in quadam Dominicali oratione satralâ dicitur :7 ‘ Quoties hujus hostiæ commemoratio celebratur, opus nostræ redemptionis exercetur. * ”.

! L. 4 d. 12 (parte 2.] :1 de Missa, c. 45 [$ Porro Longobardus.| 3 Ubi supra c. 40 thesi 186 (p. 95.] {In Sum. part. 3, q. 83, art

Super Epist. ad hob. c. 10.

? Sacram. Leon. inter Opp. Loonis M. 1. 2. 11. 92 REVUE ANGLO-ROMAINE Frustrà hic Bellarminus! rospondet, ‘ S. Thomam, utet alios Scho- lasticos, non fuisse sollicitos de eo, quod nune est in controversiä, sed solüm, quâ ratione sacrificium Missæ possit di latio, id est, occisio, et ideo ferè respondere solere, di nem, quia est repræsentatio immolalionis, vel quia habet effectum similem cum ipsà ver et reali Christi occisione. ” Sed si hoc eflu- gium obtineat, certè doctrinam Thomæ de re maximi momenti, quan- tumvis doctus et subtilis fuerit, ut et aliorum multorum Scholasti- corum, valdè mancam et diminutam fuisse, necesse est fateatur. Sed nunc vident noctuæ, quod antea aquilæ non viderunt. 45. Lyranus : * “ Illud quod emundat peccatum, oportet quod sit cœleste et spirituale : et istud quod est tale, habet eficaciam perpe- tuam : et per consequens, non est reiterabile. Sic autem est dicen- dum de oblatione Christi in cruce, ratione Deilatis adjunctæ : et ideo non reiteratur, quia semel facla sufficit ad delendum omnia peccata commissa et committenda. Sed ad hoc dices, Sacramentum altaris quotidie offertur in Ecclesi, &e. Dicendum, quod non est ibi sacri- ficii reiteratio : sed unius sacrificii in cruce oblati quolidiana comme- moratio. Propter hoc dicitur : * ‘ Hæc facite in meam commemora- tionem : ” quia idem offertur quod ipse obtulit. 46. Erasmus : 4 Faleor, missam esse sacrificium, licèt non eodem modo quo Christus verum sacrificium peregit in cruce : totoque pec- tore dissentio ab his qui contendunt, Missam esse abrogandam. ” et : ® Ac de rationibus quibus Eucharistia dicatur sacrificium, adhuc disputatur inter Theologos; quemadmodum mulla disputantur de primatu Pontifcis; quod genus, an sit supra Concilium universale, nec ne. ” 47. Concilium Provincial Coloniense, celebratum anno 1536. ‘ de Administralione Sacramentorum : * ® “ Docendus item est populus, quale sit Missæ sacrificium, nempe repræsenlativum. ‘ Semel quidem Christus mortuus est, justus pro injustis, * ‘ semelin manifestatione sui corporis, in distinctione suorum membrorum omnium, &c. ‘® el tamen quotidie immolatur in sacramento, non quod loties Christus occidatur, sed quod illud unicum sacrificium mysticis ritibus quotidie renovetur, quotidianâque recordatione morlis Domini (quà liberati sumus) in edendo et potando carnem et sanguinem, quæ pro nobis oblata sunt, hoc ipsum repræsentetur, quod olim factum est; facitque oblatio isla sacramentalis moneri nos lanquam videamus præsentem Dominum in cruce, elicientes subinde nobis ex illo fonte inexhausto gratiam salutarem, immolamusque hostiam pro vivis et defunctis, dum pro illis Patrem per Filii mortem deprecamur. " 1 Ubi supra [$ Porro Longobardus]. %In c. 10 ad Heb. 3 C. 22 Lucæ [v. 19]. 4 In Apolog. advers. Mon. Hisp. tom. operum 9, p. 861. 5 Paulo post.

C. 21 [fol. 29a].

71 Pet. c. 43,18.

IV Sent. d. 14 parte 2,

LIB. 11 DE EUCHARISTIA 93

  1. Enchiridion Coloniense de Eucharistià (cujus author fuit I. Gropperus)! “ Patres non dubitarunt, hoc Christi corpus in altari, sacrificium et salularem victimam appellare, non ratione sacrificii quod [est situm in aclione sacerdolis, seu missæ communicantium, aut ecclesiæ, sed ratione sacrificii quod) in cruce oblatum est semel. el: * Qualenus Ecclesia verum corpus el verum sanguinem Chris Deo Patri offert, sacrificium merè repræsentativum est ejus quod in cruce semel est peractum; ” et :* Dum non habemus, quod Leo

digaum offerre valeamus pro omnibus quæ relribuit nobis, ‘ calicem salularis accipimus, * ‘ id est, passionem ejus, repræsentantes Deo Pari opus nostræ redemptionis, ut illius sacrificii semel in cruce pro nobis oblati, et nostrà commemoratione refricati, participes facti, maneamus et vivamus in ipso, per ipsum. ‘ Passio enim Domini est,* ut inquit Cyprianus ad Cæcilium, * sacrificium quod fofferimus, "id est, quod offerendo repræsentamus, memores illius unici et summi sacrificäi, et sanctæ immolationis in cruce faclæ. Immolatur ergo Christus in altari, sed sacramentaliter el mysticè, quia in sacramento recordatio illius ft, quod factum est semel. ” et : & Quibus verbis quid aliud ineuleat beatus ille pater ” (Chrysostomus ?) “ quam quod in hoc sacrificio ex parte rei oblatæ sit verum corpus Christi, quum dicat, unum ubique esse Christum, et hic plenum et illic plenum, et utrobique unum corpus. Sed ‘quod ad oblationem nostram attinet, eam esse exemplar illius in eruce factæ, hoc est, sacrificium repræ- sentativum. ” 19. Citatur in eandem sententiam Antididagma Coloniense et Liber à Cæsare propositus ad rationem concordiæ ineundam in contro- versiis religionis apud Goldastum, * cum aliis quibusdam à Richardo Fieldo. # Illum adi, quia nos brevitati sudemus. 2. Wicelius in Examine Calechistico, Missam definit, quod sit sacrificium rememoralivum, ilem laudis et gratiarum actionis ; ” el in Examine Ordinandorum inquit : Missa est recordatio passionis Christi, in publico Christianorum conventu, ubi à mullis aguntur gra- li ob pretium redemptionis. "

  1. Cassander in Consultatione ‘! ‘ De sacrificio corporis et san- guinis Christi : *‘ Manifestum est, veteremillam Ecclesiam ia sem- per sensisse; Corpus et sanguinem Chrisli semel in cruce oblata, ad Salutem Lotius mundi viclimam esse perpetuam, quæ semel oblata consumi non potest, sed eficax manet ad remissionem quotidiano-

1 Pag. 65 [fol. 104 D]. 2 P. 66 Jfol. 405 a] 3 P, 67 [fol. 103 D]. LPS 416 13.

#'Art 19,

rum delictorum; quare et Christus in cælis, perpetuum habens sacer- dotium, quotidie hanc perennem viclimam pro nobis quodammodo offert, quando apud Patrem interpellat pro nobis. laque Ecclesie ministri, idem illud corpus Christi ex ipsius mandalo quotidie offe- runt, per mysticam repræsentationem et commemorationem sacrificii semel peracti, cujus sacrificii perpetuam victimam, in cœlis ad dex- terem Patris assistentem, in sacrà mensà præsentem habent; per quam Deo Patri supplicant, ut virlutem et gratiam hujus perennis victimæ Ecclesiæ suæ, ad omnes corporis et animæ necessitates eM- cacem et salutarem esse velit, &e. Non igitur hic novum est sacri cium, nam et eadem hic esL hostia, quæ in cruce oblata fuit, et sacr ficii illius in cruce peracli in mysterio commemoratio, et continuali in cœlis sacerdotii, et sacrificii Christi in imagine repræsentatio. ” Vide eundem * de iteratione oblationis Christi semel factæ in cruce, &e. quod negat, et ex loco Lyrani * suprà adduclo refellit, “ utpole à quo, ” ut inquit, “ pulcherrimè hujus sacrificii ratio expo- site sit. ” et rursum : * “* Deinde est sacrificium corporis Christi; in quo primüm consideratur res oblata, hoc est, ipsum corpus Christi, quod unicum est perpetuum et propitialorium sacrificium; non qui- dem quatenus hic à terreno sacerdote in altari quotidie offertur in morlis commemorationem, sed quatenus à summo et æterno Sacer- dote in arû crucis semel et oblatum, &c. Deinde sacrificii, el obla- tionis voce intelligitur ipsa actio, seu modus offerendi, qui longè alius est ab eo, qui factus est in arû crucis; quamvis hoslia, que offertur, eadem sit; ibi enim oblatum est hoc corporis sacrificium per passionem et mortem, hic per passionis et mortis mysticam recorda- tionem et repræsentationem; ” et: * Cum Christus sacerdos in æter- num sit, perpetuum quoque habet sacrificium; nam hostia illa semel in cruce oblata perpetuam habet vim et efficaciam, ad omnia corporis et animi bona conferenda. ltaque à Christo sempiterno sacerdote, pro salute membrorum suorum in rei verilale offerlur, dum pro nobis apud Patrem intervenit; hic autem offertur in imagine et mysterio, cum externis precibus, et internà fide, et devolione, hostiam illam unicam nomine totius Ecclesiæ sacerdos Deo Patri sistit, et per cam sacrificium hoc laudis, et fidei ac devotionis, gratum et acceptum esse postulat, &c. ” 22. J. Barnesius : ® “ Cüm unicum sit sacrificium crucis propriè dictum eficax et sempiternum, in missà non fit nova iteratio sacrifi- ii alterius propriè dicti. Rectè tamen in Miss dicitur à S. Patribus offerri et sacrificari corpus Christi: primo, eo sensu quo asserunt Ecclesiam, ” quæ est corpus Christi mysticum “ offerre in Missà semetipsam et preces ” #, “ 2. quia in Miss repræsentatur et com memoratur sacrificium crucis et passionis Christi, nuncupatur sacri- 1 Paulo post [p. 1000].

 #In c. 40 Heb.
 3 Ibidem [p. 1001].
 4 Rursum [p. 1005].
 “In Catholico-Romano Pacifico, $ 7 [p. 91].
 5 Aug. 10 de Civ. Dei, c. 20 et c. 6.

1LIB. 1 DE EUCHARISTIA 95

ficium commemorativum. 3. capiendo, ” «3 “ sacrificium passivè, pro sacrificato, noviter applicalo nobis, recte asseritur sacrificium Missæ, quia in eâ continetur corpus Christi, quod fuit verè sacrificatum in unico illo sacrificio crucis, quo alia omnia sacrificia consummavit, " el: # Paulus? docet, esse tantüm unicam oblationem Christi, qu suos perfectos reddit ? adeo ut, ‘ non sit amplius oblatio pro peccalo. Ex eo constat, non esse iterationem seu novitatem secundi sacrificii in Missa. Quare Patres qui docent, in Missà peragi sacrificium de aovo, debent exponi uno ex modis relais in S. 7. Quod pulchrè docet Cassander ® ubi ait, ‘ Manifestum esse, veterem illam Ecclesiam ita semper sensisse, &c. ” Dicla omnia Cassandri suprà citala sunt. Con- cludit tandem Barnesius : “ El in hoc sensu admittitur hic incruen- tm sacrificiumn, et per hoc satisfil omnibus Patribus adductis à Bel- larmino # pro iteratione sacrificii veri. ”

    1. Ferus : ? “ Justissimè sacrificium, " hoc sacramentum ‘ no- minatur, tum quia verus usus hujus sacramenti est, ut in sumptione ejus Deo laudes et gratias offeramus, um quéd in ipso repræsentatur, et quasi ob oculos poniur unicum illud sacrificium, quod Christus in cruce perfecit; ac Deo sislitur crucifixus ille Filius ejus, admone- turque ut propter ipsius passionem et morlem nobis propitiari dignetur. Denique etiam per sacramentum hoc admonemur, ut nos ipsos Deo offeramus. Congruë igitur sacrificium dicitur etiam ab antiquis ”. Cætera et multa alia in candem sententiam lege apud Authorem ipsum ibidem et alibi.
  1. De Petri Picherelli sententià super hac re salis constat ex ejus- dem Dissertatione de Missa. Legatur eliam Archiepiscopus Spalaten- sis, * fusè hac de re disserens, et author Examinis Pacifici, &e. *

  2.    De contentionibus inter Romanenses ipsos in Concilio Triden-
    

lino agitatis, * An Christus scilicet in Cœnâ seipsum obtulerit, an vero præceperit lantüm, ut post mortem suam perpetua in Ecclesiä oblatio fieret : quod natura sacrificii verum et proprium sacrificium in Cænà offerri non permitteret, * vide Historiam Concilii Tridentini : 1 “Hæc controversia, ” ut refert Historia, ‘* non, ut solet, mullos à pau- cis, sed tam Theologos, quäm patres in parles propè æquales disse- cit, atque à contentione prope abfuit. Priores enim quippe præf- denliores alteram opinionem incusabant uti erroneam, Analhema requirentes, quo silentium eis imperaretur, hæreseos damnatis omni-

‘In Paralipom. [p. 108]. © C0 ad Hob. [v. 49. Hs. 48. Consalt. de Sacrificio art, 23 [p. 998). S1 De Missa, c. 45. “inc. 44 Genes. [in alleg. p. 347]. #5 de Rep. Ecel. c. 6. *Examen Pacifique de la doctrine des Hugasnots, 1, vers, Anglc. p. 45, 48 , 31]. P. 613 . Francof, [p. 43]. . 96 REVUE ANGLO-ROMAINE bus, qui dicerent, Christum non obtulisse semelipsum in cœnà sub speciebus sacramentalibus. Alleri contra aflirmabant, non esse eam temporum conditionem, ut dogmatis fidei firmamenta quærenda sint à rebus incertis novisque opinionibus, ab Ecclesià veteri nec auditis unquam nee cogilatis : sed id tenendum, quod ex Sacrû Scripturä et Patribus liquidum eertumque; Christum videlicet oblationem præce- pisse. ” Ibidem ! etiam ut legere est, Georgius Ataides Theologus Lusitanus, licèt Missam esse sacrificium agnosceret ex Apostolicà traditione et Patrum communi consensu, argumenta lamen ad id evincendum ex Scripturis ab aliis adduci solita, ut de Melchisedeco, de agno Paschali, de loco Malachiæ, de muliere Samaritanà, de verbis institutionis, ‘ Hoc est corpus meum, quod pro vobis datur, et san- guis, qui pro vobis effunditur, de participando sacrificio Judæorum, et de mensà dæmoniorum, ? de verbis Christi, , Hoc facile; ’ aeria et invalida esse contendit; el quidem rectè, si verum et propriè dictum sacrificium corporis Christi urgeatur. Sententiam Archiepiscopi Gra- natensis et Cardinalis Seripandi legi ?. Episcopi Clodiensis et Veglien- sis contra Salmeronem Jesuitam *.

   Atque hæc de hac quæstione suficiant. Reliqua quæ desiderantur

ex aliis petantur qui fusius controversias pertraclant.

1P. 444. 3? L'ad Cor. c. 10. 3 P. 617 [p. 446, WT]. 4 P2 625 (p. 451]

                                                      (4 suivre).




                            Le Directeur-Gérant: FERNAND PORTAL.

              PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,




                                      UNIVERSITY OF MICHIGAN