Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1896

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Post-Vatican II etude-privee
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                             Spiritas    Sanctas   po-
                                 Auit_episcopos    rg-
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                                 gere ÉccleëiaDei.
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Primauté, Schisthe et Juridiction, Le préjugé scientifique. 108 à e, ,—. Une lettre de 'Arearèque k A1 124

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

                 FRANCE                                            A   LA PAGE :

Un an .......... ..... 20 fr. La page. . 30. Six MoIs ... scene Mie La 1/2 page. 20 fr. TROISMOIS ........ Gfr. Le 1/4 page. 40 fr.

                                                                   A LA LIGNE :
               ÉTRANGER

UN an... . 25fr. Sur 4/2 colonne: la ligne. 4fr. Six mois... 43 fr. TROIS MOIS. . eee 7Tfr. Les annonces sont reçues France... 0 fr. 50 aux bureaux de la Revue. LE NUMÉRO ÉrRancer.... 4 fr. » 17, rue Cassette, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

      MÉDAILLE DE                                    JEANNE D'ARC
                 Jeanne terrassant la Franc-Maçonnerie

A l'heure présente, un peu partout, mais |seulement son étendard où brillent les surtout en France, deux armes sout aux | noms de Jésus el Marie. De l'extrémité de prises: l’armée de Dieu et de la religion, et traverse le dri- et la franc-maçonnerie. ranc-Maconnerie, L Le Souverain Pontife a dénoncë le danger insignes maçon

qui menace la société civile, en méme temps eil renverse le c: que, le caractère criminel de lu secle, ses il exhale son cri de raz: el ses artifices. projets . Le choval se cab: invite les chrétiens à combattreet à Saints Mystères profanés; repousser l'ennemi, non pas avec des sa faiblesse, en mes dissimulées ou dans les ténèbres, Mais poussant le cui de gue e: De par le Hoi en pleine lumiëro el bien ouvertement, du Ciel? 5 On a voulu répondre à la voix du Pa On a su, avec un art parfait, renfermer par une médaille que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaille comme un signe de sa foi et de sa soumis- tout co drume religieux 6t patriotique. Cest un petit chet-d'uuvre de dessin el de

   art,   ré                                           Nous tenons cotte médaille en argent à la

l'amour de la Franco sous les traits de disposition de nos lecteurs. Jeanne d'Arc terrassant lu Franc-Maçonne- 11° suit d'atresser, en. mandat-postr rie. autant de fois 4 fr. 25 que l'on désire re Tout le monde con l'ordre venu du Gevoir d'exemplaires. grand Maitre interdisant aux loges d'acce- Par unité, ajouter © fr. 50 en sus pour fera féte nationale de Jeanne la bonne hr fon à la poste. Française, et l'opposition que la secte ÏS de 4 douzaine ét aud continue de faire à la Pucelle et à son et pour Les localités desservies parL iriomphe. min do fer, en raison de la valeur déclyrée. C'est do là que vient l'idée ou le dessin copier un minimum de deux francs de la médaille. pour Lo port ct l'emballage. Jeanne à cheval, armée du secours de Envoyer les lettres et inandats à M. l'ud- Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministeatour de La Mevne, 17, rue Cassetlt. PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION

Les considérations que j'ai publiées sous ce titre dans le numéro 8

de la Revue anglo-romaine (p. 348-357), ont provoqué l'intéressant travail de M. Bayfeld Roberts que la Revue a donné sous le même litre (n. 17 et 48, p. 769-778 et 3-13). C'est encore la même rubrique, Primauté, schisme et juridiction, que je maintiens en tête de ces nou- elles explications que M. Bayfield Roberts m'invite si courtoisement à lui fourni Qu'il critique la théorie de lord Halifax sur la distinction entre « auctoritas » et « polestas », ou celle que j'ai proposée moi-même sur la juridiction dans les Églises schismatiques, toute l'étude du savant auteur porte, en définitive, sur la question de la primauté du Saint- Siège, sa nature, ses prérogatives et l'influence exercée sur la Siluation et les actes des communautés séparées par la rupture de communion avec le Pape. E tel est bien, en effet, le point capital qui s'impose aux discussions, loujours courtoises dans cette Revue, entre catholiques et anglicans.

Avant de l'aborder à nouveau, je veux dire deux mots de la ques-

tion incidente, soulevée par Ucalégon et reprise par M. Bayfeld Roberts, de l'élection des évêques dans l'Église d'Angleterre et de la collation de leur juridiction. Il est bien évident que si, dans toute société, ceux qui détiennent l'autorité ou une partie de l'autorité doivent la recevoir d'une manière légitime, aucun mode de collation de celte autorité n'est requis a priori plutôt qu'un autre. Différents modes de collation, tous légitimes, peuvent être successivement, ou même simultanément, en usage dans la même société, sans que la légitimité du pouvoir en soit atteinte ou compromise. De plus, la collation de l'autorité, de la juridiction, si l'on veut, comportant habituellement plusieurs actes et l'intervention de plusieurs personnes, certains de ces actes peuvent être, au cours de la longue vie d'une société, modifiés, ajoutés, supprimés, remplacés, attribués ou réservés tantôt à une personne,

lantôt à l'autre. Et, pour faire aussitôt l'application de celte proposi- lion aux méthodes suivies dans l'Église pour constituer les évêques,

  REVUE ANGLO-ROMAINE, — TI.    — 7.

L UNIVERSITY OF MICHIGAN 98 REVUE ANGLO-ROMAINE

il ne faut pas une science historique très développée pour y constater de nombreuses el importantes modifications. L'élection n'est plus le seul mode régulier de désigner les futurs évêques; là où elle s'est conservée, la composition du corps électoral a été modifiée; de plus, elle a élé remplacée, en bien des pays, par la présentation. Celle-ci n'est pas dévolue partout aux mêmes personnes el peut se combiner, <omme aux États-Unis, par exemple, avec une sorte d'élection. La confirmation de l'élection a aussi varié. Dans les pays où le système métropolitain élait en usage, elle se distinguait à peine de l'élection, celle-ci se faisant régulièrement en présence de l'épiscopat de la province; dans les autres pays, comme l'Italie centrale el méridio- nale, elle nécessitait l'intervention positive du prélat supérieur à qui elle était réservée, puisque celui-ci n’assislait pas à l'élection. Ce dernier mode a fini par supplanter le premier, et les élections épis- copales n'ont élé tenues pour valables qu'après leur approbation expresse, d'abord par les métropolilains, ensuite par le pape. El dans les cas où l'on pourvoit à la désignation des personnes par voie de présentation, la confirmation s'est transformée en une accepta tion, compliquée encore d’un choix, lorsque plusieurs personnes sont proposées sur une même liste. Par conséquent, pour qu'un évêque soit légitimement pourvu de son siège el reçoive une légitime juridiction, il faut et il suffit que les actes requis d'après la discipline en vigueur soient accomplis validement, abstraction faite des formalités ou solennités accessoires. Or, il est certain qu'à une époque, et précisément à celle des Décré- tales, la désignation des évêques se faisait par l'élection, le corps électoral étant le chapitre diocésain ; l'élection ainsi faite élait défé- rée pour confirmation au métropolitain, après quoi l'élu pouvait être sacré et prendre possession de son siège. Dès lors cependant, l'inter- vention du Saint-Siège élail requise dans un grand nombre de cas, non pas sans doute en vertu d'un principe général, mais parce que les circonstances particulières à telle ou telle élection nécessitaient un recours à l'autorité suprême, le plus souvent parce que l'élu æmanquait de cerlaines conditions d'éligibilité. Bientôt les réserves se produisirent et la confirmation par le Pape devint la règle générale. Elle l'était déjà depuis longtemps lors du schisme d'Henri VIII et de la réforme d'Édouard et d'Élisabeth. Les réformateurs, voulant exclure le Saint-Siège de toute participation aux affaires ecclésias- tiques du royaume d'Angleterre, durent nécessairement modifier la pratique en usage. ls se contentèrent, comme le fait très justement remarquer M. Bayfeld Roberts, de revenir à l'état qui avait immédia- tement précédé celui qu'ils voulaient modifier; l'élection fut faite par es chapitres, la confirmation par le métropolitain; on y ajouta, ou plutôt on réglementa à nouveau plus strictement la double inter- PRIMAUTÉ, SCHISME ET AURIDICTION 9

vention du pouvoir royal, à savoir le congé d' ire et l'approbation de l'élu. Il s'ensuit immédiatement que la méthode en usage dans l'Église d'Angleterre pour l'élection et la confirmation des évêques n’est pas de sa nature incapable de conférer la juridiction. On doit même dire qu'elle confère une juridiction, dans ce sens que l'Église d'Angleterre estune société chrétienne, organisée d’après le système épiscopal, et que celte société ne saurait exister et se maintenir sans une autorité, c'est-à-dire sans juridiction. Aussi bien les arguments des catho- liques contre la juridiction des évèques anglicans ne sont-ils pas tirés de défauts inhérents à la méthode suivie pour les désigner et confirmer; ils sont plutôt fondés sur la situation irrégulière et, disons le mot, ouvertement schismatique de l'Église d'Angleterre. Il n'est pas possible que cette situation illégitime n'ait pas son contre- coup sur la légitimité de l'autorité des prélats de celte Église: non pas sans doute dans ce sens qu'ils n'auraient aucune juridiction d'aucune espèce, mais dans ce sens qu'elle n'est pas et ne peut pas être reconnue par l'Église catholique, aux yeux de laquelle ses actes sont sans valeur, puisqu'ils émanent d'une sociélé qui s’est exclue elle-même de la véritable unité chrétienne. C'est pourquoi cette juridiction est susceptible, puisqu'elle existe telle quelle, d'être l'objet d'une ratification, d’une sanafo, pour employer le terme juri- dique; elle en a besoin,-puisqu'elle n'est pas légitime. Quant à la conception exagérée que se ferait Ucalégon des pou- voirs ecclésiastiques de la province métropolitaine, elle s'explique facilement; encore n'est-elle peut-être pas si excessive, si on la com-

pare à l'action exercée par l'épiscopat de chaque province, là où existait le système métropolitain, au cours des 1v° el v' siècles. À celle époque, en effet, les lois et coutumes que M. Bayfied Roberts appelle @cuménigues n'étaient pas très nombreuses; les synodes pro- vinciaux voyaient un vaste champ s'ouvrir à leurs délibérations et à leurs décisions; de fait, un bon nombre de dispositions discipli- naires, et même plusieurs formules, sinon plusieurs définitions dog- matiques, qui sont devenues la loi commune de l'Église, ont été portées d'abord par des conciles provinciaux. Il est vrai qu'au moment où fut constituée l'Église anglicane, ce champ d'action était beaucoup plus restreint, soit parce que le droit commun avait reçu un immense développement, soit parce que l'Église était beaucoup

plus centralisée. Néanmoins, les réformateurs ne se firent pas scru- pule de considérer l'Église anglicane comme une autorité ecclésias- lique absolue et sans contrôle ; les règlements, les formulaires de foi qu'ils rédigèrent le prouvent surabondamment. Pour eux, le pouvoir suprême ne résidait certainement pas dans le corps épiscopal répandu dans le monde entier; ils le voyaient plutôt dans le pouvoir 100 REVUE ANGLO-ROMAINE suprême de la nation, le roi et le parlement, ce dernier comprenant les évêques du royaume. Plus tard, la séparation des pouvoirs, séculier et spirituel, s'imposant de plus en plus, en Angleterre comme ailleurs, les anglicans, dégagés de l'ingérence excessive du pouvoir séculier, n'ont eu devant eux d'autre autorité ecclésiastique que l'épiscopat, organisé en deux provinces, suivant l'antique usage du pays. En l'absence d’un pouvoir central, fort et reconnu par tous,i ont dû se rejeler sur le concile provincial, en vue surtout de légit mer et les trente-neuf articles et les autres changements introduits à l'époque de la réforme. Quoi qu'il en soit, l'autorité du synode ne peut être plus légitime que celle des évêques qui le composent. Mais, abstracion faite de cette circonstance, il n'est que juste d'admettre que le concile pro- vincial constitue dans l'Église une forme légitime du pouvoir légis- latif et, jusqu'à un certain point, dogmatique. Mais il faut ajouter aussitôt qu'on ne l'a jamais regardé comme un organe de ces pou- voirs définitifs et sans appel. Il était loujours possible, les faits de l'histoire ecclésiastique le prouvent surabondamment, de recourir à l'évêque de Rome, lequel, avec ou sans une représentation plus con- sidérable de l'épiscopat, avait qualité pour porter sur l'affaire, plinaire ou dogmatique, qui lui était déférée ou qu'il évoquait lui- même, un jugement définitif. Mais, si telle était la pratique ancienne de l'Église, il n'est pas possible de ne pas voir combien fausse et pé- rilleuse est la situation dans laquelle s'est laissé entrainer l'Église d'Angleterre. Admettons, et il faut bien l'admettre, le principe énoncé par M. Bayfelds Roberts, à savoir, que les conciles provinciaux ne peuvent rien faire contre les lois ou les coutumes cuméniques, on se heurtera aussitôt à des conclusions qu'il sera également difficileà M. Bayfield Roberts d'admettre ou de refuter. Si le concile provincial n’est pas une autorité suprême, mais seule- ment secondaire, quelle sera donc l'autorité supérieure à celle-là, aux yeux de l'Église anglicane? S'il n'en existe pas, celle Église est donc incomplète, découronnée, et les difficullés dogmatiques où autres ne relèveront d'aucun tribunal supérieur compétent? Dira-t-on que cette autorité supérieure est le jus commune des Églises chré- tiennes, les faits, les dogmes, la discipline wcuménigue? 11 a donc existé, autrefois du moins, une autorité compétente pour légiférer de manière à atteindre et à obliger toute l'Église chrétienne? Mais cette législation commune ne peut demeurer ainsi sans soutien; il faut qu'une autorité vivante puisse la maintenir, l'expliquer, l'inler- préter, au besoin la développer. Quelle sera-t-elle pour les angli- cans? L'épiscopat chrétien? Mais c'est là une abstraction : il pas d'épiscopat chrétien exerçant une action commune; il n'y a que des épiscopals séparés: épiscopat catholique romain, épiscopal grec PRIMAUTÉ, SCBISME ET JURIDICTION 104

orthodoxe, épiscopat anglican. Mais cette législation œcuménique, que les synodes anglicans sont lenus de respecter, qui l'a faite? Sans doute elle provient en partie du droit divin, mais non cependant d'une manière exclusive; de plus, le droit divin lui-même adû être déclaré et interprété par une autorité ecclésiastique. Cette autorité, quelle qu'elle soit d'ailleurs, dont les antiques décisions s'imposent au respect et à l'observation de l'Église anglicane, a-t-elle cessé d'exister ? Et, depuis Henri VIII, a-t-elle perdu qualité pour obliger l'ensemble des fidèles baptisés? Mais précisons encore: devrons- nous chercher cetle autorité dans l'Église catholique romaine anté- rieure à la rupture d'Henri VIII etd'Élisabeth ? Mais alors quelle cause aurait pu lui faire perdre sa compétence à l'égard de ceux qui s'appel- lent catholiques et veulent l'être? Et l'Église anglicane admet-elle, de fai, loutes les définitions dogmatiques, loutes les lois disciplinaires générales qui étaient admises au commencement du règne d'Henri VIII? Que s'il faut ne pas descendre aussi bas et s'arrêter, par exemple, au moment de la séparation de l'Église grecque, soit sous Michel Cérulaire, soit sous Pholius, je demanderai surtout si les anglicans, qui arrétent ainsi au x° ou x‘ siècle l'ère des dogmes et des lois œcu- méniques, prétendent vraiment partager et poursuivre les croyances etla manière de voir de leurs ancêtres du xi° au xv* siècle? Est-ce qu'il n'y avait point d'évèques d'Angleterre aux conciles de Latran, aux conciles de Lyon, à ceux de Vienne et de Florence? Et les déci- sions d'ordre général qui y furent portées n'élaient-elles point reçues en Angleterre, avec le Corpus Juris? Voudraient-ils rayer ainsi d'un trait de plume cinq siécles de l'histoire de leur Église? Mais ce n'est pas tout: M. Bayfeld Roberts admet que les conciles provinciaux anglicans, c'est-à-dire la plus haute autorité ecclésias- tique reconnue par l'Église d'Angleterre est tenue de respecter « ce qui possède une autorité æcuménique, qu'il s'agisse d'un décret de concile général ou d'une coutume universelle ». Il ajoute même : «Que si on nous démontrait que lestrente-neuf articles sont en uppo- Sition, sur un point quelconque, avec la foi ou la discipline catho- liques, nous ne pourrions que rejeter ces innovations, comme faites ultra vires et, par conséquent, comme nulles et sans valeur. » Mai un peut aller contre la foi el la discipline générale de deux manière:

bord en édictant des définitions ou des lois contraires. De ce chef je n'aurais pas trop de difficulté à accorder que les trente-neuf ar- licles peuvent être entendus, s'ils ne le sont pas toujours, dansun sens conforme à la théologie romaine. Il resterait cependant à se demander pourquoi on n'a pas respeclé les anciennes formules. Mais on peut sncore aller indirectement contre le jus commune en en proposant une rédaction nouvelle incomplète, qui laisse croire, si elle ne le dit

pas expressément, qu'en dehors du formulaire nouveau (trente-neuf 102 REVUE ANGLO-ROMAINE

articles ou Prayer-Book), il n'ya pas d'autres vérilés à croire, pas d'autres lois générales à observer. Cela équivaut à une négation pra- tique de tout ce qui n'est pas dans le formulaire. Or, n'esl-ce pas le cas pour l'Église anglicane? Sans parler des interprétations fort diffé- rentes données à certains des articles, quelles sont les propositions définies comme de foi catholique, quelles sont les lois œcuméniques admises par les anglicans, en dehors des trente-neuf articles et du Prayer-Book? Et cependant, dira-t-on que l'énumération est complète, qu'elle ne laisse de côté aucune définition ou profession de foi catho- lique? Je ne parle pas des décrets du concile de Trente; mais de ceux des conciles des premiers siècles, et du moyen âge, de Latran, de Lyon, de Florence? El si c'est à dessein que l'on a prélendu se res- treindre aux actes æcuméniques antérieurs au 1x° siècle, il faudrait jus- tifier la détermination d’une telle limite, contrairement à la croyance des catholiques anglais jusqu'à Henri VIIL. Si on a voulu garder tout le dogme accepté par l'Église latine au commencement du xvi' siè- cle, comme il semble qu'on aurait dû le faire, alors il est facile d'énu- mérer des définitions solennelles portées par des conciles œcumé- niques du moyen âge, qui n'ont pas trouvé place dans les trente- neuf articles. Il y avait des évêques d'Angleterre à Lyon et à Flo- rence; aucun, que nous sachions, n'a proteslé contre les définitions suivantes, acceplées également par les fidèles du royaume : « Sanc- lam Romanam Ecclesiem, summum et plenum primalum et principa- tum super universam Ecclesiam catholicam oblinere, quem se ab ipso Domino in beato Petro apostolorum principe sive verlice, cujus Romanus Pontifex est successor cum potestalis plenitudine recepisse veraciter et humilier recognoscit; et sicut præ celeris tenetur fidei verilatem defendere, sic et, si quæ de fide subortæ fuerint quæstio- nes, suo debent judicio definiri. » Et le concile de Florence : « Pon- ificem romanum, verum Christi Vicarium, lotiusque Ecclesiæ capul et omnium Christianorum patrem ac doctorem exislere; el ipsi in beato Petro pascendi, regendi ac gubernandi universalem Eccle- siam a Domino nostro Jesu Christo plenam poteslatem traditam esse » !. En résumé, si l'épiscopat anglican, réuni en synodes provinciaux, est tenu de respecter le jus commune de l'Église catholique, s'il n'a pas le droit d'en abroger une partie quelconque —et nousne voyons pas plus que M. Bayfield Roberts comment il en aurait le droit, — il faut avouer que la détermination de ce jus commune est, pour les an- glicans, fort difficile; car aucune autorité ne leur garantit que l'énu- mération contenue dans les trente-neuf articles où même dans le Prayer-book est complète et bien rédigée, et, le füt-elle, aucune auto-

! Conc. de Lyon ; Conc. de Florence, cités par le Conc. Vat., const. Pastor æter- nus, 6. 4. PRIMAUTÉ, SCUISME ET JURIDICTION 103

rité compétente n'existe pour apprécier, interpréter et maintenir ce jus commune. C'est là une des raisons qui portent les anglicans à se rattacher à cette unité un peu factice de l'Église catholique, telle qu'ils la con- soivent, et dans laquelle ils croient pouvoir trouver place, au même litre que les romains et les orthodoxes.

Cela nous ramène à la question principale, la primauté du Saint- Siège, la nécessité de la communion avec le Pape, la situation de l'Église qui ne lui est pas soumise et ne le reconnait pas pour son chef. Après ce que j'ai dit, dans un premier article, de la théorie de Lord Halifax, qui reconnalt à saint Pierre et à ses successeurs une auctoritas de droit divin, tout en lui refusant la pofestas, on ne sera pes étonné de me voir approuver la critique très bien conduite que fait de cette théorie M. Bayfeld Roberts. Elle ne repose en effet ni sur l'Écriture sainte, ni sur le langage des Pères, ni sur celui des papes, ni enfin sur l'enseignement théologique commun. Ce n’est pas que nous repoussions l'expression aucéorifas, pas plus que nous n'exi- geons celle de polestas. À dire vrai, dans la théorie de Lord Halifax, le premier mot ne prend un sens, je ne dis pas inexact, mais incom- plet, que par l'opposition que l'on établit entre les deux termes, afin d'accorder au pape l'auctorifas, lout en lui refusant la potestas; mais il est très exact de parler de l'auchoritas du pape, tout comme il es exact de parler de sa pofeslas, de sa primauté et de son magistère. Comme base à de futurs échanges d'idées, et s'il plait à Dieu, à de futures conférences, il est nécessaire d'exposer très nettement ce que la croyance des catholiques romains regarde comme inhérent à la primauté pontificale, et quelle idée ils se font des privilèges du

Pape. Nous aurons ainsi préparé la solution du ‘problème, très diffcile au premier abord, soulevé par M. Bayfeld Roberts, c'est- à-diredes effets produits par la rupture de la communion avec le pape surles évêques ou les Églises qu'il a ‘retranchés de sa commu nion.

Reportons-nous, encore une fois, à ce que nous voyons établi par Notre-Seigneur dans le collège apostolique. Rappelons-nous encore les textes évangéliques bien connus : les uns sont adressés par le divin fondateur de l'Église à saint Pierre tout seul : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église... Je Le donnerai les clefs du royaume des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre... ;pais mes agneaux, pais mes brebis. Confirme tes frères (dans la foi); » les autres sont adressés au collège apostolique tout 104 REVUE ANGLO-ROMAINE

entier, Pierre compris : « Tout ce que vous lierez sur la terre... Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie... Recevez le Saint-Esprit, les péchés que vous aurez remis sur la terre. Allez, enseignez toutes les nations, je suis avec vous jusqu'à la consomma- tion des siècles... » Sans doute il n'est pas prudent de raisonner sur les paroles de Jésus-Christ, quelque solennelles et efficaces qu'elles soient, comme sur des sentencesde théologiens formulées avec toutes les exigences d'un langage lechnique, ou comme sur des conslitu- tions élaborées par des législateurs. Toutefois, de l'ensemble de ces textes, complétés au besoin par l'interprétation patristique, et par les faits que nous ont conservés les Actes des Apôtres etes historiens ecclésiastiques, on peut, ce semble, arriver aux conclusions suivantes : 4° Les apôtres ont reçu directement de Notre-Seigneur, et non par délégation à eux donnée par saint Pierre, les pouvoirs nécessaires pour fonder et gouverner les Églises ; ces pouvoirs, que l'on peut désigner dans l'ensemblecomme les pouvoirs épiscopaux, ne devaient pas être tellement personnels aux apôtres qu'ils dussent expirer avec eux; dès lors qu'il s'agissait de constituer une société, dont les apôtres étaient les chefs el les magistrats, il élait nécessaire que les pouvoirs pussent être transmis aux successeurs des apôtres. Les paroles de l'Évangile ne prétendent pas, sans doute, nous donner une énumération exacte et complète de ces pouvoirs; nous y relevons cependant la mission d'enseigner, de baptiser; le pouvoir de lier et de délier, c'est-à-dire la juridiction, le pouvoir de remettre les péchés; l'ordre de célébrer l'Eucharistie (Faites ceci en mémoire de moi). Il est permis cependant de conclure, du fait même de l'ins- titution de l'Église comme société, que les apôtres auront le droit de faire tout ce qui sera utile pour fonder, diriger, gouverner celle société, atteindre en un mot le but que s’est proposé le divin Maître. Ces pouvoirs sont communicables aux successeurs des apôtres, quel qu'en soit le nombre, c'est-à-dire aux évêques, et celle conclusion ne fait de doute pour personne. 2 Ces mêmes pouvoirs, quelles qu’en fussentla nature ell'étendue, étaient également conférésà saint Pierre. Ce point ne semble pas non plus controversé. 3° Mais, en même temps qu'il constitue le collège apostolique, Notre-Seigneur isole l’un des apôtres, un membre du collège aposto- lique qui en est établi le chef; illui confie une mission qui n'est pas commune aux autres apôtres, et il la lui donne en lui parlant à lui seul. Elle consiste précisément à être le chef el à agir en conséquence; elle consiste à remplir dans l'Église le rôle principal que remplit le chef dans toute société bien organisée. Toutes les prérogatives de Pierre se résument en celle-là. Il faut que, membre du collège apos- tolique, il ait aussi les mêmes pouvoirs que les autres apôtres, pris PRIMAUTÉ, SCRISME ET JURIDICTION 105

isolément; mais de plus, il faut que, chef de ce même collège, il puisse exercer, agissant seul et comme chef, tous les pouvoirs que les autres ne peuvent avoir et exercer que solidairement et en union avec lui. Lesapôtressont le « fondement de l'Église », Pierre en est la pierre angulaire, sur laquelle est batie l'Église; les apôtres peu- vent lier et délier, mais Pierre a le même pouvoir, conféré à lui tout spécialement, seul il a les clefs du royaume du ciel ; les apôtres peu- vent enseigner et prêcher, mais à Pierre appartient la charge de les confirmer dans la foi; les apôtres peuvent paitre les agneaux, mais Pierre a mission de diriger et les agneaux et les brebis. Rien en un mot n'échappe à son pouvoir el à sa mission de chef de l'Église. 4 Cette constitution d'un chef du collège apostolique doit être aussi stable que celle du collège apostolique lui-même, l'une et l'autre ayant pour but d'assurer l'existence etla vie de lasociété chré- tienne fondée par Notre-Seigneur. Si le but est le même, la trans- mission doit être également certaine et voulue par Jésus-Christ. Et s'agit, dans un cas comme dans l'autre, des mêmes pouvoirs, ici possédés in solidum, là en qualité de chef, il ne paraît pas possible d'établir une différence, sur laquelle l'Évangile reste muet, entre leur transmission dans les deux cas. Le bien de l'Église exige aussi impérieusement la continualion de tous les pouvoirs que lui a laissés son divin fondateur. Cette même raison nous permet de n'altacher aucune importance à la forme de promesse dont s'est servi Notre- . Seigneur. Il a dit au futur à ses apôtres: « Toul ce que vous lierez,» comme il a dit à Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. » Quand même nous ne trouverions dans l'Évangile aucune autre parole par laquelle Notre-Seigneur auraitréalisé sa promesse, nous ne devrions pas hésiter à tenir pour certaine la réalisation de cette promesse, que le divin Maître ne peut avoir faite inutilement; nous ne pouvons révoquer en doute l'efficacité des paroles du Sau- veur. Les promesses relatives aux pouvoirs de saint Pierre, si lant est qu'ils aient demandé une nouvelle collation expresse, doivent avoir été aussi efficaces que celles faites aux apôtres pour la même sociélé spirituelle. 5 Mais quels sont les pouvoirs que les évêques, successeurs des apôtres, ne peuvent exercer que collectivement, et que nous reven- diquons pour les successeurs de saint Pierre, comme héritiers de la primauté ? Ce sont précisément les pouvoirs souverains qui doivent exister dans toute société et particulièrement dans une société spi Welle parfaite. À toute société il faut une autorité suprême; pour l'Église nous la reconnaissons dans le collège apostolique avec Pierre, dans le corps épiscopal avec le successeur de Pierre; nous ln revendiquons également et au même degré, en verlu de l'institution de Notre-Seigneur, pour Pierre et pour ses successeurs. Et comme 106 REVUE ANGLO-ROMAINE un pouvoir suprême, pour être réel et efficace, ne peut être simple- ment directif, mais doit comporter une véritable pofestas, une juridic- Lion proprié nominis, nous réclamons pour les évêques cette juridiction véritable et nous la réclamons de même, au-dessus d'eux, pour leur chef, le souverain pontife. Les évêques ont le pouvoir législatif: c'est ce même pouvoir, exercé aussi complètement par le pape que par lous les évèques réunis avec lui, que nous reconnaissons dans le successeur de saint Pierre. Il en est de même pour le pouvoir judi- ciaire; el, puisqu'il s'agit d'une société qui a pour mission d'enseigner la vérité divine, nous eroyons que le pape est dépositaire du même pouvoir d'enseigner et de prècher qui appartient à tous les évêques pris collectivement. Telle est la véritable manière de concevoir l'in- faillibilité pontificale. Tous les chrétiens reconnaissent à l'Église l'indéfectibilité dans la vraie foi, et par suite, le privilège de ne pou- voir enseigner l'erreur, de déterminer par conséquent d'une manière infaillible ce quiest la vérité divine. Ce privilège a toujours été reconnu aux conciles æcuméniques, c'est-à-dire à l'épiscopat uni au succes- seur de Pierre, en vertu de la constitution donnée par Jésus-Christ à son Église. Ce privilège, tout comme les autres, a pour organe le chef aussi bien que le collège entier, c'est-à-dire le pape aussi bien que l'épiscopat entier uni à lui. C'est donc le même pouvoir administratif, judiciaire, juridictionnel, enseignant et infaillible qui réside dans l'Église entière et dans le chef de l'Église. Nous ne réclamons pour ce dernier aucun pouvoir, aucun privilège qui n'existe dans l'Église entière unie à lui; nous disons seulement qu'il peut exercer lui seul, comme chef, les pou- voirs accordés par Jésus-Christ au corps tout entier; tout ce que l'on refuserait au pape, on le refuserait à l'Église elle-même. Et tel est le sens de cette plena polestas qui est une juridiction immédiate, com- plète, universelle; de cette primauté, qui n'est pas seulement d'hon- neur, ni même de direction, mais véritablement de pouvoir et de juri- diction, qui est supérieure au pouvoir épiscopal, coexiste avec lui sans l'annihiler ni supprimer sa divine origine. Dans ce sens, on peut dire que Pierre représentait l'Église, agis- sail au nom de l'Église, tout comme les papes après lui, comme le président et le chef d’une société parle et agit au nom de la société tout enlière, la dirige et la gouverne, l'administre et la juge en der- nier ressort, Mais celte primauté n'a point pour origine une com- mission donnée par les membres d'un collège au chef qu'ils se sont élu et dont les pouvoirs, dans ce cas, feraient retour aux électeurs; elle tire sa source de l'organisation à la fois collégiale et monarchique qu'il a plu à Notre-Seigneur de donner au corps apostolique el à toute son Église. Ce ne sont pas les apôtres qui se sont élu un chef; il a été désigné nommément par Notre-Seigneur. 3 PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 407

Mais, si l'existence de cette suprême magistrature dans l'Église est cirement indiquée par l'Évangile, le mode de son action est passé sous silence, et non seulement nous ne pouvons en exiger aucun 4 prüri, mais nous devons au contraire présumer qu'il sera variable au cours des âges, suivant les circonstances dans lesquelles se trouvera l'Église. Certes nous pouvons concevoir de bien des manières l'exer- cice d'un pouvoir monarchique, et de fait il s’est exercé de bien des manières. Ainsi dans l'Église, bien que le pouvoir papal ne soit pas un pouvoir monarchique au sens absolu du mot, nous pouvons con- cevoir bien des manières d'exercer ce pouvoir, en d'autres termes, bien des degrés de centralisation. Et c'est ce que l'histoire nous apprend; on peut dire seulement que la centralisation ira s'accen- tuant avec le Lemps, suivant une règle qui s'est constamment vérifiée dans les sociétés naissantes. Dans les premiers temps les papes lais- nt les évêques, chacun pour son diocèse, ou mieux organisés en groupes plus ou moins nombreux el compacts, pourvoir aux néces- siés quotidiennes de l'administration ecclésiastique. Ils n'exercent guère leur pouvoir supérieur que quand ils jugent ulile d'intervenir; mais ils en revendiquent hautement le droit et personne ne le leur conteste; ils se réservent aussi ‘pour eux seuls ou en union avec les vonciles) le droit de juger en dernier ressort des malières de foi; enfin ils accueillent les recours et les appels que, de Lous les points de l'Église, on défère à leur siège. Puis leur intervention devient plus régulière et réglementée; les attaques dont leur pouvoir est l'objet rendent nécessaire de le définir el de le préciser; diverses circons- lances historiques hâtent le mouvement de centralisation de l'Église autour du Saint-Siège, et ainsi nous en arrivons peu à peu à l'état actuel, où l'exercice de la primauté est bien plus fréquent. bien plus détaillé que dans l'antiquité, sans cependant que les principes aient été modifiés, bien qu'ils aient été plus clairement énoncés et définis. Mais ce mouvement est légitime, il est dans la nature des choses ; sa signification est toujours la même : les pouvoirs suprèmes dans l'Église sont exercés d'une manière plus ou moins fréquente, plus ou moins complèe, par le chef; en eux-mêmes ils sont demeurés identiques, rie ne sont autres que ceux que Notre-Seigneur a donnés à son Église.

       (4 auivre.)                                  A. Boupixnos.

LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQU

Le préjugé scientifique offre deux aspects : selon qu'il est exprimé par la foule ou qu'il se manifeste parmi les savants. Aux yeux du public, l'ensemble des découvertes, des inventions el des théories modernes condamne loute idée religieuse. La formule a l'avantage d'être simple et d'un emploi facile. Pourtant, quel est, en somme, le fait qui aurait établi une oppo- sition radicale entre la science et la foi? Les gens qui croient à ce divorce sont fort embarrassés de dire s'il est causé par le triomphe du matérialisme, ou du positivisme, ou du transformisme absolu, ou du transformisme mitigé. Personne n'est en état de nommer le sys- tème qui aurait prévalu définitivement. On présente au hasard des objections fournies par différentes écoles. Les uns considèrent la Bible comme un lissu de légendes, les autres reconnaissent qu'elle possède une valeur historique. Ceux-ci, qui invoquent la géologie el la physique pour prononcer la déchéance de Dieu, se heurtent à ceux- là qui déclarent que la cause première, tout en restant hors de nos recherches, peut cependant être admise comme une réalité. En 1888, M. Paul Janet, retraçant dans la Revue des Deuz- Mondes l'évolution des idées contemporaines, demandait ironiquement : — Êtes-vous avec Fichte pour l'idéalisme subjeclif? ou bien avec Schel- ling pour l'idéalisme positif? ou bien avec Jacobi pour la philosophie de la croyance? ou bien avec Schopenhauer pour la philosophie de la volonté? — Il aurait pu dire encore: Êtes-vous avec Auguste Comte, qui finit par composer une religion dont il voulut, naturellement, devenir le pontife? Êtes-vous avec Liltré qui, après soixante ans d'un labeur prodigieux, professait ne rien savoir sur l'origine du monde? Êtes-vous avec Herbert Spencer pour l'agnosticisme, avec Renan qui s'amuse à brouiller le oui et le non? Il ÿ a de fausses interprétations de la science el de fausses inter- prélations du dogme. Ces deux espèces d'erreur se sont mélées, réa- gissant l’une sur l'autre, et ont engendré l'extrême désordre de notre temps. Des esprits superficiels ou passionnés ont continuellement déna- turé l'œuvre des grands savants, lels que Claude Bernard. Lorsqu'il exposait sa méthode, l'on se persuadait ou l'on voulait prouver qu'il enseignail le matérialisme. Parfois, en effet, il semblait, sinon incli- LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE 109

ner dans ce sens, du moins, tenir à demeurer neutre. Sa pensée véri- table était bien plus élevée. Le livre sur la Séince expérimentale con- lient, non seulement des déclarations, mais des. démonstrations étudiées et précises dirigées contre le matérialisme, qui est là traité avec mépris. Voici la réponse du maître physiologiste, adressée aux seclaires qui abusaient des résultals fournis par certaines expé- riences : « Pour le physiologiste qui se fait une juste idée des phéno-

« organisé de façon à manifester les phénomènes intellectuels par « l'ensemble d'un certain nombre de conditions. Or, si l'on enlève

« certain qu'on ne saurait concevoir que le mécanisme puisse conti- « nuer de fonctionner; mais, si l'on restitue la circulation sanguine

« oxygénée avec les précautions exigées, telles qu'une température «et une pression convenables, el avant que les éléments cérébraux « soient allérés, il n'est pas moins nécessaire que le mécanisme céré- « bral reprenne ses fonctions normales. « Les mécanismes vitaux, en tant que mécanismes, ne diffèrent « pas des mécanismes non vitaux. « Si dans une horloge électrique, par exemple, on enlevait l'acide « de la pile, on ne concevrait pas que le mécanisme continuât de « marcher; mais, si l'on restituait ensuite convenablement l'acide « supprimé, on ne comprendrait pas non plus que le mécanisme se

« refusa à reprendre son mouvement. Cependant on ne se croirait « pas obligé pour cela de conclure que la cause de la division du < temps en heures, en minutes, en secondes, indiquées par l'hor- « loge, réside dans les qualités de l'acide ou dans les propriétés du « cuivre ou de la matière qui constitue les aiguilles et les rouages du « mécanisme.

« De même, si l'on voit l'intelligence revenir dans un cerveau et < dans une physionomie auxquels on rend le sang oxygéné qui leur « manquait pour fonctionner, on aurait tort d'y voir la preuve que « la conscience et l'intelligence sont dans l'oxygène du sang où dans « la matière cérébrale.

< Les mécanismes vitaux, ainsi que nous l'avons déjà dit, sont < passifs comme les mécanismes non vilaux. Les uns et les autres « ne font qu'exprimer ou manifester l'idée qui les a conpus el créés. « En résumé, nous n'avons à constater, dans ce qui précède, que «les conditions d'un déterminisme physico-chimique nécessaire « pour la manifestation des phénomènes vitaux aussi bien que 110 REVUE ANGLO-ROMAINE

« pour la manifestation des phénomènes minéraux. Nous ne sau- « rions donc y chercher des explications qui aboutiraient à un maté- « rialisme absurde ou vide de sens‘. » En décrivant le mécanisme du cœur, el après avoir expliqué le rôle de cel organe dans la manifestation de nos sentiments : « Si ce « n'était m'écarter du but de ces recherches, je pourrais montrer faci- « lement qu'en physiologie, de matérialisme ne conduit à rien et n'erplique « rien; mais un concert en est-il moins ravissant parce que le physi- « cien en calcule mathématiquement toutes les vibrations? » Dans le même livre, Claude Bernard énumère les raisons qui inter- disent à l'expérimentateur de chercher la cause première, Pourquoi? Entendait-il supprimer le domaine où elle se révèle ? Non. Il consta- tait que les sciences physico-chimiques sont incapables de pénétrer dans celte région supérieure : vérité toute simple, mais profonde et souvent méconnue. Ge n'est point par une modestie affectée ou perfide (comme certains savants de second ordre l'ont fait maintes fois) que l'éminent expéri- mentateur prescrivait de ne pas demander à la physiologie propre- ment dite les enseignements de la philosophie. Il comprenait et affirmait que ceux-ci sont légitimes el indispensables. Dans le livre que je viens de citer, Claude Bernard constate que, par la force de l'instinct et de la nature, nous sommes irrésistiblement poussés à chercher la vérité absolue. La trouve-L-on au fond des alambics ou à portée de la pointe du scalpel? Non, et c'estce que Claude Bernard a voulu rappeler. Aussi, dans son discours de réception à l'Académie, disait-il, avec une évidente conviction et non sans courage : «Il n'y a « aucune contradiction entre les sciences physiologiques et métaphy- « siques. » Même les savants qui se sont laissé plus ou moins envahir par la passion antireligieuse ont dû avouer que le matérialisme trahit les aspirations invincibles de l'humanité el se trahit à son tour. Tout le monde a retenu les paroles attristées et pilloresques de Wirchow signalant, en plein congrès, le défaut capital de ce système. Le cri de Duboys-Reymond est célèbre : « Zmoramus. Ignorabimus! » Telle est aussi la conclusion de Darwin. Lui, qui n'était plus chré- tien, se défendait d'être devenu athée. Il avouait même que l'exis- tence de Dieu semblait s'imposer, suivant les moments. Dans son auto-biographie, il exprime les incertitudes entre lesquelles il flotte. L'idée de l'anéantissement du monde lui paraît insupportable. 1] dit encore : « Une autre cause de eroyance en l'existence d'un Dieu, qui «Se rattache à la raison, et non aux sentiments, m'impressionne. « Elle provient de l'extrême difficulté ou plutôt de l'impossibilité

1 Au chapitre: le Problème de la Physiologie générale, pages 125, 426, 127. LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE LELI

« de concevoir l'univers prodigieux et immense, ÿ compris l'homme « etsa faculté de se reporter dans le passé comme de regarder dans

l'avenir, comme le résultat d'un destin et d'une nécessité aveugle. « En réfléchissant ainsi, je me sens porté à admettre une cause pre- ière, avec un esprit intelligent, analogue dans certains rapports à celui de l'homme et je mérite l'appellation de déiste. Cette con-

« me le rappeler, à l'époque où j'écrivais l'Origine des espèces, et c'est “ depuis celte époque que cette conviction s'est très graduellement « affaiblie avec beaucoup de fluctuations. Mais alors s'élève un doute : « cet esprit de l'homme qui, selon moi, a commencé par n'avoir pas

« plus de développement que l'esprit des animaux les plus inférieurs, « peut-on s'en rapporter à lui lorsqu'il tire d'aussi importantes con- « clusions?

« Je ne prétends pas jeter la moindre lumière sur ces problèmes « abstrails. Le mystère du commencement de loules choses est insoluble pour « nous et je dois me contenter pour mon compte de demeurer un « agnostique. » Dans les deux volumes qui contiennent sa correspondance se ren- contrent d'autres allusions à cet élat d'esprit. Interrogé directement par un étudiant d'une université allemande, Darwin répond qu'il ne peut se prononcer. Des motifs importants l'engagent à confesser la nécessité de Dieu. Parmi les motifs contraires, l'un est bien étrange : c'est celui que lui suggère l'existence des parasites, dont il n'aperçoit pas l'utilité. Cependant il avait discerné l'étonnante fonction des . misérables vers, qui amènent à la surface du sol la terre végétale. Celte découverte n’aurait-elle pas dû lui faire supposer que Lous les êtres, même les plus grossiersetles plus fugitifs, même ceux qu'on ne voit pas, jouent un rôle dans l'activité et dans l'harmonie géné- rales? En tout cas, Darwin n’a rien d'un matérialiste. Le jour où Littré fut reçu frunc-maçon, il prononça un discours assez solennel où il traitait des rapports de Dieu et de l'homme. La disertation avait pour but d'établir que la morale est possible sans la notion de la Divinité. Le savant concluait-il donc au matérialisme ? Xallement. 11 afrmait, avec une insistance significative, qu'aucune sience n'est capable de se prononcer pour ou contre Dieu. Suivant l'usage qui a contribué à fausser le raisonnement, il désignait par le mot uscience » la seule méthode expérimentale. Etcomme celle-ci ne sort pas du relatif, il avait d'autant plus beau jeu pour lui inter- dire de viser l'absolu. Mais il prenait soin de dire que, s'il n'exa: nait pas la cause première, il s'abstenait tout autant de la nier. Voici son dernier mot :

« Quiconque déclare avec fermeté qu’il n’est ni déiste ni athée, fait aveu « de son ignorance sur l'origine des choses et sur leur fin; el, en 112 REVUE ANGLO-ROMAINE

« même temps, il humilie loute superbe. Aucune humilité ne peut être «assez profonde devant l'immensité de temps, d'espace et de subs- « Lance qui s'offre à notre regard et à notre esprit devant nous et der- « rière nous. En présence de ces horizons lointains, découverts parla « science, je n'hésite pas à répéter les fortes paroles de Bossue qui, « ravi dansune contemplation illimitée bien que tout autre, s'écriait: « Taisez-vous, mes pensées! » . Maintes fois Herbert Spencer a rappelé, dans des termes analogues, œlte règle du positivisme. Le célèbre philosophe s'est persuadé qu'on peut concevoir et appliquer une philosophie et une morale sans Lenir comple de l'absolu; mais il se garde bien de qualifier de chimère la puissance infinie : loin de là, en certaines pages élo- quentes, il l'a saluée comme la réalité suprême. Tyndall, qui a souvent cédé à la passion antireligieuse et qui eut des accès de lyrisme en l'honneur de la matière, revenait de ces erreurs quand l'exaltation était dissipée. Il a confessé que l'ardeur de la lutte le portait à exagérer ses théories, el qu'en face de ses adversaires, il lui arrivait de lancer des affirmations qu’au fond il n'admellait pas. « Les hommes les plus chrétiens, a-t-il dit, ont « prouvé, par leurs écrits, qu'ils avaient leurs heures da défaillance el « de doute, comme aussi leurs heuresde force et de conviction ; etdes «hommes comme moi, sur la route qu'ils suivent, subissent ces «variations d'humeur et de lucidité d'esprit. « Si les opinions religieuses de plusieurs de mes assaillants étaient «en ce moment ma seule alternative et qu'il fallût choisir entre elles, «avec quelle énergie les droits du matérialisme athée agiraient-ilssur . « ma détermination ? Assez probablement, celte énergie serail très « forte. Mais dans l'état de choses actuel j'ai remarqué, depuis des «années d'observation sur moi-même, que ce n'est pas dans mes «heures de clarté et de vigueur que celte doctrine s'impose à mon « esprit; qu'en présence de pensées plus fortifiantes el plus saines, elle sa dis- « sout toujours et disparait comme n'offrant pas le solution du mystère « dans lequel nous sommes plongés el dont nous faisons partie. ‘» De pareilles déclarations ont été faites par Huxley, qui, cependant, prenait le ton d'un athée pour déclamer contre la foi. N'a-ton pas vu surgir au sein de l'école évolutioniste divers enseignements qui tendent à mettre d'accord ce système avec la phi- losophie spiritualiste et même avec la Bible? Le public anglais con- naît les théories de M. Russell Wallace. Chez nous, un éminent pro- fesseur du Muséum, M. Gaudry, traçant, le mois dernier, dans la Revue des Deur Mondes, un exposé de paléontologie philosophique, faisait cetle profession de foi : « C'est.... la cause première, c'est-à- dire Dieu qui crée les forces. » Il avait soin d'ajouter que la force vitale et la force pensante ne sont pas le produit des forces physiques LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE 443

ou chimiques; el ce partisan du transformisme concluait à la création successive et continue. À dessein, j'ai cité pêle-méle des noms qui représentent des écoles opposées, parce que la foule procède ainsi. Elle ne fait guère de différence entre un positiviste, un matérialiste, un spirilualiste non chrétien. Elle distingue deux grands courants : l'un religieux, l'autre antireligieux; et, comme il n'y a pas d'allernative entre la boute-puissance de Dieu (qui implique la religion) et la toute-puis- sance de la matière, elle range dans le matérialisme tous les hommes qui combaltent ou qui négligent la foi. Ce n'est point par le fait de son ignorance ou de son étourderie que la foule va si vite en besogne. Une logique inconsciente, mais sûre comme l'instinct,la pousse fatalement aux conclusions. La plupart des savants ne voulaient pas, beaucoup encore ne veulent pas conclure : voilà peut-être lu cause principale de l'exten- sion qu'a prise le préjugé. Raisonnant à sa manière, décidée à ne pas laisser frustrer sa contiance, le public aforgé la doctrine qu'on lui avait donné lieu d'espérer et sur laquelle il avait le droit de compter. De lant d'efforts el de tant de succès, devait sortir un enseignement : ou le triomphe de la matière délivrée de Dieu, ou la nouvelle démonstration de l'antique croyance, c'est-à-dire un nouvel, un éclatant hommage à Dieu. Et comme les savants ne disaient pas la parole décisive qu'elle altendait, la foule l'a prononcée elle-même. L'atlitude adoptée jusqu'à nos jours par la plupart des maitres a beaucoup contribué à ce résultal D'un autre côté, le zèle religieux s'est souvent obstiné à maintenir des interprétations qui n'avaient rien de nécossaire ou qui n'étaient plus défendables. Ainsi que le remarque un écrivain fort instruit, le R. P. Zahm! les questions de fait touchant à la science et résolues par le texte sacré sont peu nombreuses. Par exemple, on a voulu imposer la signification liltérale du mot « jour » dans la Genèse et s'en Lenir à l'évaluation la plus restreinte sur l'antiquité de l'homme. Cependant, saint Augustin affirmait, d'après la Genèse elle-même, l'impossibilité d'intervalles de vingt-quatre heures pour les diverses manifestations de l'œuvre créatrice; et saint Grégoire de Nysse avait exposé lout un plan de cosmogonie qui a des ressemblances extraor- dinaires avec la théorie moderne. L'Herameron du savant évêque contient « l'hypothèse même qui a été si longtemps regardée comme « le mérite spécial du Système du monde de Laplace »?. On a confondu avec les décisions dogmatiques des interprétations qui n'avaient point une telle autorité, tant s'en faut. Bible, ecience el foi, par le R. P. Zahm C.S. C., traduit de l'anglais par M. l'abbé Flagcolet. Paris, Lethielleux.

Le R. P. Zahm insiste avec raison sur la liberté très étendue que l'Église laisse à la science pour tout ce qui ne contredit pas la fui. Ce n'est pas une concession de forme qui est faite ainsi, c'est un ensei- gnementtrès grave observé avec autant de scrupule que de fermeté. Nous ne voyons que trop les inconvénients qu'entraine un alla- chement exclusif aux traditions que l'Église n'a pas consacrées d'une manière quelconque. La prudence estobligatoire, mais elle n'est pas requise seulement à l'égard des idées nouvelles. Il peut y avoir imprudence à soutenir quand même de vieilles opinions, devenues incompatibles avec le progrès légitime du savoir. Au xvi° siècle, l'intransigeance en faveur de la physique et de l'astronomie d'Aris- tote a contribué à pousser dans la voie des négations la science expérimentale, qui venait de naître el qui allait jouer le rôle prépon- dérant. Les principes essentiels de la doctrine scholastique, prin- cipes si vénérables et si nécessaires, commencent seulement àse relever de l'injuste discrédit que leur fit encourir le zèle aveugle de leurs défenseurs. En combattant chez nous le préjugé, nous serons plus à l'aise pour obtenir la répudiation des fantaisies absurdes el blasphématoires placées abusivement sous l'égide de la vériti Cet espoir a un motif réel. Les esprits sérieux comprennent que la science des laboratoires est impuissante à fonder une morale, Ils soupçonnent aussi que, réduite à elle-même, elle risque de défaillir. On lui a tant demandé, elle a tant promis et elle se trouve si dépour- vue devant les intelligences qui réclament une conclusion! Des logiciens à outrance stimulent encore ce besoin impérieux. Où en sommes-nous? Le voici, d'après M. Jules Soury, un physio- logiste qui, vers 1893, résumait l'œuvre de la mélhode expérimental « Cerles, la nature existe; elle est'notre mère; nous sorlons de « son sein, nous y rentrons. Le grain de blé qu'on jelte dans le sillon

« germe et sort de terre, l'épi devient du pain, il se transforme chez « l'homme en chair el en sang, en ovule fécondé d'où se développe « l'embryon, l'enfant, l'homme; puis le cadavre engraisse la terre

« contre tous, la violence ou la ruse, l'amour plus amer que la

« mort, paraïtra, uu moins à Lous les êltes vraiment conscients, #n

1id. LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE LE CI

« rêve sinistre, une hallucination douloureuse, «u priz de laquelle le néant « sraitun bien. € Mais, si nous sommes les fils de la nature, si elle nous a créés et « donné l'être, c'est nous, à notre tour, qui l'avons douée de toutes < les qualités idéales qui la parent à nos yeux, qui avons tissé le « voile lumineux sous lequel elle nous apparait. L'éleruelle ilkesion « qui enchante ou qui tourmente le cœur de l'homme est donc bien

« son œuvre. Dans cet univers, où out est ténèbres et silence, lui seul « veille et souffre sur celle planète, parce que lui seul peut-être, r avec ses frères inférieurs, médite et pense. C'est à peine s'il com- « mence à comprendre la vanité de tout ce qu'il @ cru, de tout ce qu'il a « aimé, le néant de la beuuté, le mensonge de la bonté, l'ironis de loute ° science humaine. Après s'être naïvement adoré dans ses dieux et

« parencs el duperie. Seul sur ce monde envahi par la mort, au milieu « des débris de ses idoles brisées, se dresse le fantome de l'Illusion. » Les savants supérieurs à M. Soury ne prennent pas leur parti de ce triomphe épouvantable. J'en causais il y a deux ans avec un astronome distingué, incré- dule pourtant. 11 venait de prononcer un discours public où il avait parlé, avec une pleine et ardente conviction, de la loi d'harmonie qui gouverne la nature. J'osai le féliciter et, plus encore, lui demander si cette harmonie pouvait exisler sans être conforme à un plan et ce plan sans être l'œuvre d'une intelligence? 11 me répondit qu'il ne se croyait pas le droit d'aborder ce sujet, qui appartient aux philosophes. Il avait cependant bien dépassé le domaine de l'expérimentation. Celle-ci se borne à découvrir des lois et doit s'arrêter dès que ln constatation est terminée. Lui, poussé par un besoin impérieux de l'esprit, avait franchi la limite véritable afin de conclure. Voyant la physique, la chimie et l'astronomie se rendre des services réci- proques, chacune se complétant par les deux autres, il avait conçu l'idée de l'harmonie générale. Pourquoi ne pas pousser le raisonne- ment un peu plus loin? Examiner cette idée et chercher la loi de cette harmonie, ce n'était pas abandonner l'ordre de choses où il venail de pénétrer, c'était continuer l'étude entreprise. Puisque la science croit à l'équilibre el au progrès universels, ne pourra-t-elle jamais nous dire ce que sunt ces deux lois? On commence à comprendre, dans le monde savant, que la ques- tion exige une réponse. Unlivre de M. de Freycinet, paru en octobre dernier !, suggérait le moyen de préparer celle solution. La science

. Essais sur lu philosophie des sciences. Analyse Mécanique. Paris, (iauthier Villars et fils. 116 REVUE ANGLO-NOMAINE

est trop vaste, elle s'élargit de plus en plus, jusqu'à désespérer les hommes hardis et même les groupes les mieux organisés; chaque découverte nouvelle rend plus difficile la fameuse synthèse, qui est déjà invraisemblable. Soit, dit M. de Freycinet à ses collègues de l'Ins- titut, mesurons notre Lentative à nos forces; et il invite « les savants de profession » à interrompre par moments leurs recherches ordi- naires pour « opérer chacun {4 synlhère de leur arience favorite eLà «en grouper les résultats essentiels dans un tableau de nature à « arrêter out regard un peu altentif ». Il y a quelques années, personne ne se füt chargé de présenter une telle proposition. Qu'elle soit faite en plein monde académique, c'est presque un événement. À coup sûr c'est un symptôme. Sans rien exagérer, il est permis de penser que la méthode des déclarations vagues ou contradictoires n’en a plus pour longtemps. Le préjugé d'après lequel la science devait s'abstenir de rien décider sur les lois générales est atteint et s'affaisse. La nécessité d'aboutir oblige à se prononcer pour où contre Dieu. Verrons-nous la rencontre harmonieuse des deux puissances si longtemps hostiles, la foi et la science? On ne peut calculer la dateà laquelle s'accomplirait ce grand phénomène; mais on a le droit de croire qu'il serait en conformité avec la marche générales des idées. Beaucoup de gens se sont persuadé que la foi et la science, s'étant séparées, ne doivent passe rejoindre: c'est au contraire parce qu'elles se sont séparées qu'il y a de fortes probabilités pour qu'elles se rencontrent. Au point de vue moral, comme au point de vue phy- sique, les ruptures présagent une réunion sur un plan plus vaste et plus beau. La vie el le progrès se développent ainsi. Quand la divi- sion des peuples s'est produite, quand des migrations ont répandu les hommes dans les continents, bien peu de nos ancôtres soüpçon- naient que tous ces débris seraient un jour mis de nouveau en rap- ports les uns avec les autres el que la poussière vivante dispersée redeviendrail une masse compacte. Cependant la civilisation actuelle se montre très ardente à reconstituer en Asie et en Afrique la famille humaine agrandie. Ici,où la pensée dominante est de réunir des frères séparés depuis trois siècles, comment se défendrait-on d'espérer encore une autre réconciliation, qui serait très utile à la foi, qui est indispensable à la science?

                                             © Eugène TavERNtER.

CHRONIQUE

Les ordinations anglicanes à ROME. —CHEMIN PARCOURU. — Lord Halifax a dit avec beaucoup d'indulgence, dans un de ses dis- cours, qu'à l'époque de notre rencontre à Madère, il lrouva en moi « un ecclésiastique very imperfeclly informed, comme c'est le cas de beaucoup d'ecclésiastiques étrangers, en ce qui se rapporte à l'Église d'Angleterre ». Je n'étais pas seulement imparfaitement informé au sujet de l'Église d'Angleterre; la est que je ne la connaissais pas du tout, « comme beaucoup d'ecclésiasliques élrangers ». Par rapport aux ordres anglicans en particulier, je savais ce que m'a- vaient appris quelques lectures et notre Lraditionnel Jean-Baptiste Bouvier. C'était peu. Aussi ma surprise fut grande lorsqu'une étude plus approfondie me montra sous des aspects inconnus et la ques- lion des Ordres et toute l'Église anglicane. Ilest probable cependant que je me serais contenté de Lirer de celle élude un profit exclusivement personnel si, dès la première heure, je n'avais pas éprouvé le désir de travailler à l'union de l'Église anglicane avec l'Église catholique. Ce désir naquit tout naturellement de mes relations avec Lord Ha- lifax. Si les dispositions el les doctrines de mon interlocuteur ne lui élaïent pas personnelles, il élait évident pour moi que nous élions beaucoup plus rapprochés qu'on ne le pensait généralement. D'un autre côté, grâce à la politique de paix inaugurée par Léon XIII, les circonstances étaient tout à fait propices chez nous; elles se prétaient admirablement à des études empreintes du meilleur esprit de concilia- tion. En tout cas, il n'y avait nulle imprudenceà jeter un grain de sénevé et à laisser à Dieu le soin de le faire germer et grandir. Quand deux corps ou deux individus sont séparés depuis long- temps, il est très difficile de trouver, même en supposant les meil- leures intentions dans les deux corps ou dans les deux individus, le puint exact qui peut servir à un rapprochement, Des deux côtés, il y a des irritabilités faciles à s'émouvoir, des craintes excessives de compromettre une position que l'on voudrait pourlant changer, des susceplibilités ombrageuses qui mettent vite en feu unamour-propre que l'on condamne intérieurement, mais qui n'en est pas moins capable de tout gâter. Un terme mal choisi ou mal compris, une proposition de paix sur une question que les es- prils ne sont pas encore préparés à éludier, paralyse les meilleures dispositions et empêche les intentions les plus sincères d'aboutir à des résultats. Là surtout il faut mettre en pratique le conseil très original, mais 448 REVUE ANGLO-ROMAINE

très profond, donné par le cardinal Manning de bien jouer aux domi- nes : « Si l'esprit de votre auditeur ou de votre peuple pose trois, vous devez vous-même poser trois. » Après de longues hésitations, nous crûmes, Lord Halifax et moi, que la question des Ordres offrait un très bon point de contact, et je fis paraître, sous le nom de Fernand Dalbus, mon petit travail sur les Ordinations anglicanes. La question n'était pas alors sans de graves difficultés, surtout si on l'envisageait comme point initial d'une campagne, mais elle offrait de part et d'autre de grands avan lages. Malgré une pratique séculaire, il n'existait pas, au fond, de juge- ment irréformable, Dans les deux Églises, mêmes principes de solu- tion. De plus, l'Église anglicane ne pouvait pas être indifférente à l'é- tude impartiale d'une question qui la touchait au vif, et l'Église ca- tholique avait intérêt à vérifier si sa conduite, basée sur une juris- prudence déjà vieille, ne pouvait pas être informée par de nouvelles études basées sur des documents plus récents. Enfin, on pouvait en- trer en rapport sur cette question sans aliéner aucun des droits res- pectifs vrais ou prétendus vrais : condition indispensable pour qu'une légitime fierté ou un amour-propre puéril permette une pre mière démarche. Le sentiment de ces avantages communs el spé- ciaux devait favoriser en les fortiflant les sincères désirs de paix qui animaient un assez grand nombre de membres des deux Églises. En France, la reprise de la discussion souleva quelque étonne- ment, Les opinions des théologiens ont bien changé depuis trois siècles, surtout à l'égard des sacrements. Et le même problème jugé ily à trois cents ans, repris de nos jours, présentera quelque surprise si ses éléments principaux dépendent des opinions théologiques. Assez rapidement, sans suivre complètement l'abbé Duchesne qui se pro- nonça pour la validité, l'ensemble de nos écrivains ne regarda pas les ordinations anglicanes comme nulles. Tous, dans nos journaux et nos revues, se montrèrent favorables, au mouvement d'union. En Angleterre, les anglicans accueillirent nos éludes avec bien- veillance et une véritable charité. Le principal organe des catho- liques, le Zablet, au contraire, nous regarda un peu comme des intrus. Il soutint la nullité et prétendit que la question était jugée d'une manière irréformable. 11 refusa d'admettre toute espérance el toute possibilité d'union. Ces opinions ne sont pas celles de tous les catho- liques anglais. À Rome, le Saint-Père daigna bénir et encourager le modeste auteur des Ordinations anglicanes, et le cardinal Rampolla, dans une lettre que nos lecteurs connaissent, voulut bien approuver, d'une manière toute spéciale, la conclusion de la brochure. Depuis, la Lettre «4 Anglos a dit au monde entier les sentiments pacifiques de Léon XII vis-à-vis de l'Angleterre. Depuis, Lord Halifax,le président de l'English church Union,est venu à Rome et le Saint-Pêre l'a béni et encouragé. CHRONIQUE 119

L'archevêque d'York a prononcé à Norwich son beau et courageux discours. Une commission, récemment nommée‘par Léon XIII, siège au Va- lican pour étudier la question des Ordres. Et deux membres de l'Église anglicane, le Rev. P. Puller et le Rev. Lacey sont à Rome, comme l'ont annoncé plusieurs journaux, pour donner une preuve évidente que les désirs de paix ne sont pas une chimère dans l'Église anglicane, mais une réalité manifeste. Dieu a fait croitre le grain de sénevé au delà de loute prévoyance humaine. : Le passé nous donne conflance dans l'avenir. La question des Ordres n'a été reprise en discussion que pour amener les catholiques etles anglicans à s'aborder, bien convaincus qu'une fois en rapport sur un point, des explications plus générales accompagneront ou suivront, et qu'enfin la paix en résullera. C'est notre espérance la plus chère et celle de tout cœur chrétien, c'est l'espérance, en parli- eulier, d'un grand nombre d'âmes, qui, dans l'Église anglicane comme dans l'Église catholique, prient pour l'union des deux glises.

UxE conResPONDANCE pu Daicy Croxicze. — Elle est pleine d'in- térêt celle correspondance, et nous la donnons en entier à nos lecteurs. « Au moment où le canon du château Saint-Ange tonnait l'heure de midi, la commission depuis si longtemps attendue et qui doit prononcer une sentence sur les ordinations anglicanes s'assembla au Vatican. Bien que les procès-verbaux des sessions doivent un jour être livrés au publie, ils restent secrets pour le moment. Toutefois il est possible de recueillir certaines impressions que les anglicans et les catholiques parlant la langue anglaise aimeront à connaitre. Premièrement on doit d'abord écarter l'idée d'après laquelle la commis sion, assurément par ailleurs très importante, aurait dans ses pouvoirs la faculté d'efectuer l'union en corps. En réponse aux sollicitations suppliantes et presque tapageuses d'une multitude de prêtres et de laïques de la Haute Eglise, dont la doctrine et la liturgie se rapprochent de plus eu plus complètement de la doctrine et de laliturgie romaines, Léon XIIL.le pontife généreux, impressionnable et diplomate, & convoqué cette commis- sion que préside le cardinal Camille Mazzella, le docte préfet de la congré- gation des études théologiques. Les autres membres sont le Rev. Dom Aidan Gasquet, le bénédictin anglais qui se classe aujourd'hui comme .le Lingard de la période de la Réforme ; le chanoine Moyes, le censeur théo- logique de l'archidiocèse de Westminster; le P. David Genian, un religieux franciscain érudit ; l'abbé Duchesne, membre de l'Institut de France et archéologue distingué; Mgr Gasparri, professeur de droit canon à l'Uni- versité catholique de Paris; le P. Emile de Augustinis, jésuite, professeur de théologie à l'historique Collège romain; et le Rev. Thomas B.Scannell, ancien professeur au séminaire archiépiscopal de Westminster, à Old Hall Green près de Ware, mais à présent missionnaire à Sheerness. Parmi ces personnages on peut dire que les trois premiers sont décidée 120 : REVUE ANGLO-ROMAINE ment hostiles à la validité. 11 faut ajouter qu'ils représentent, le sentiment enraciné des catholiques parlant anglais de le Grande-Bretagne, de l'k- lande, des colonies et des Etats-Unis. Mgr Gasparri et l'abbé Duchesne représentent les opinions qui ont été récemment exposées par une partie du clergé français. Le P. Scannel a été spécialement mandé par le Pape à la suite d'une série de lettres remarquables dans lesquelles il a fait des vœux pour le rejet d'une condamnation définitive. En guise de conclusionje citerai comme exprimant la note dominante de le commission, les paroles que le docteur Gasquet m'a adressées, Ilm'a dit: « Après tout, les ordinations anglicanes constituent une question purement domestique. Nous allons discuter à nouveau quelques-unes des conditions d'admission applicables aux clergymen englicans qui dé- sirent se faire prêtres catholiques romains. Je ne nie pas que le désir merveilleux de la plénitude de la vie catholique ne soit un beau signe qui promette beaucoup; mais ce serait matière à une inquiétude sérieuse sile petit ruisseau de ceux qui reviennent à l'ancienne croyance était arrêté soit par inadvertance, soit intentionnellement, par de fantasques assurances qui, pour le moment, ne reposent sur aucune base solide. »

Rendre les nuances est bien la chose la plus difficile au monde, pour un peintre, un sculpteur ou un écrivain, pour un artiste quel- conque. L'écrivain y arrive difficilement, et quand il parvient à réaliser son idéal, il le doit presque toujours à l'emploi si difflile des épithèles, des adjectifs qualificatifs. Notre correspondant est un maître en cet exercice: il obtient vraiment des effets merveilleux par le rapprochement, l'adjonction ou la suppression de ses épithètes. Une simple remarque : pourquoi ne nous dit-il pas les idées que représente le P. de Auguslinis dans la commission ? Est-il du côté de l'abbé Duchesne l'archéologue distingué, ou du côté du Rev. Dom Aidan Gasquet, le bénédictin anglais qui se classe aujourd'hui comme Le Lingard da la période de la Réforme? Le correspondant n'ignore pas ce détail, lui qui a reçu les confidences de Dom Gasquet.

EXTRAIT D'UNE LETTRE ADRESSÉE AU TABLET.

a... Je doute que MM. Gasparri et Boudinhon puissent rendre de grands services à M. Lacey. Ce sont des écrivains tout à fait inconnus, dont la science au sujet de la Réforme est pour le moins limitée et dont les opinions ne jettent aucune nouvelle lumière sur les principes qui doivent décider de la validité du rite sacramentel, Dans un tribunal aucun avocat ne s'aventurerait à citer les opinions d'un légiste inconnu de pro- vince, auteur de pamphlets, comme jetant de nouvelles lumiëres sur des principes de la loi anglaise, déjà déterminés par Blakstone, Lyttletone et d'autres hommes de cette valeur. De même dans les écoles théologiques. Nous connaissons saint Thomas, nous connaissons Scot, nous connais- sons Suarez, nous connaissons Lugo; mais qui sont ces nouvelles lumières qui vont renverser les premiers principes posés par les grands maitres des écoles? Jusqu'à ce que leurs noms aient été mis en relief par nos amis anglicans, je suppose qu'aucun professeur ordinaire n'en avait entendu parler, ni ne s'inquiétait de connaitre leurs opinions, » —X, Y.Z, CHRONIQUE . 4%

Oh£la jolia- manière de dire des choses aimables ! mais passons sur la forme... Ainsi, d'après X. Y. Z., les professeurs de théolo- gie, en Anglelerre, n'avaient jamais entendu parler de Mgr Gaspari, ni de son traité dé Matrimonio, ni de son traité de Sacra Ordinatione. Cest une pure calomnie,j'imagine: car, sans cela, ces messieurs seraient bien moins au courant de la litérature théologique que leurs« amis anglicans ». Mais, pour sûr, X. Y. Z. se trompe au sujet de M. l'abbé Boudinhon. Ce dernier est connu chez les catholiques anglais, il est méme très connu au Tablet; que X. Y. Z. se donne la peine de consulter la collection de cet estimable recueil, et il trou- vera, en particulier au sujet d'une brochure d'un certain Dalbus, des jugements très sympathiques, accompagnés d'épithèles fort louangeuses, el parfaitement méritées, à l'adresse de l'éminent pro- fesseur de l'Institut catholique de Paris. — F. P.

Unelettre de l'archevêque d'York.—Sa Grâce l'archevèque d'York vient d'adresser au Rev. P. Puller, au sujet de son remar- quable travail: Les ordinations anglicanes el le Sacrifice de la Messe, la lettre suivante:

                                           Ce 30 mars 1896.

     Cher Père Puller,

J'ai lu avec un intérêt profond les arlicles que vous avez publiés dans la Revue Anglo- Romaine. La question des Ordres de l'Église d'Angleterre a réveillé tout ré- cemment chez nous, comme à l'étranger, une attention spéciale; et il était important qu'un tel sujet fût traité avec les savantes recher- ches que vous y avez apportées. Vous montrez très clairement, en Lant que vous traitez la question, qu'il n’y a absolument rien qui fasse défaut à la validité complète de nos ordinations. Je remarque que des théologiens et historiens éminents de l'Église Romaine, dans des travaux récents, ont exprimé des opinions plus en accord avec les nôtres sur ce sujet, que ce n'a élé jusqu'ici l'habi- tude des écrivains romains. Quelques-uns se sont déclarés convaincus de la validité de nos ordinations. D'autres, bien qu'admettant qu'on ne peut plus soutenir plusieurs des anciennes objections, s'appuient encore sur deux dé- fauts supposés — c'est-à-dire l'omission de la porrectio instrumentorum, et l'absence qu'on allègue d’une vraie intention, le résultat du manque de croyance qu'on nous prêle dans le Sacrifice Eucharis- tique. IL est impossible de regarder ces deux points comme d'une impor. 122 REVUE ANGLO-ROMAINE

lance sérieuse : le premier élait une cérémonie ingonnue à l'Église primitive, aussi bien qu'aux premiers siècles, durant lesquels on ne peut supposer que la validité des ordinations fût douteuse. Quant au second, même si l'on pouvait s'imaginer que l'évêque officiant n'eût pas une vraie croyance dans le Sacrifice de l'Eucha- ristie, un tel manque de croyance n'empècherait en rien une intention sérieuse de conférer les ordres sacrés, el ne peut être supposé capable de rendre l'acte de l'ordination invalide. Les doctrines exagérées au sujet de l'intention, avancées nujour- d'hui par quelques théologiens de l'Église Romaine, surtout en An- gleterre, constituent un développement comparativement moderne, et sont rejetées par beaucoup des théologiens les plus savants de cette Église !. De plus, et ces points a part, vous avez démontré, de la façon la plus claire, que de fait on ne peut accuser les Réformateurs de l'É- glise anglicane au «vi siècle de ce manque d'intention, en ce qui concerne le caractère sacrifiant du sacerdoce; vous avez démontré aussi que cette intention a toujours été reconnue jusqu'au temps pré sent, En effet, elle est distinctement affirmée dans la Préface de l'Or- dinal. Il est également certain que l'article xxxt de l'Eglise Angli- cane ne nie pas celte vérité : elle en nie seulement l'application spé- ciale qui à cette époque était très répandue en Angleterre, et dans d'autres parties de l'Église d'Occident. Je vous suis très reconnaissant des services importants, que parle moyen de ces articles d'une si grande valeur, vous avez rendus à l'Église d'Angleterre, ainsi qu'à la cause de la vérité elle-même. Soyez assuré de mes prières, et croyez-moi, cher Père Puller, Très fidèlement à vous en N.-S. J.-C.

                                                             Wiuzen., Æbor,

La semaine sainte et la fête pascale dans les églises anglicanes. — Le Church Times consacre près de quatorze colonnes à la description des cérémonies qui ont eu lieu, ces jours derniers, dans les différentes églises du culte anglican. Le Book gf Common Prayer ne prescrit aucun office propre à la semaine sainte et à la fête

1 Voyez Tournely(de Saer. qu. vi. a 4)cité comme donnant la doctrine de l'Egliso dans le Dictionnaire catholique, ayant l'imprimatur du feu cardinal Manning : « Quelle que soît l'opinion d’un homme sur le sacrement, son effet et son but, où sur l'Eglise elle-même, qu'il rejette toutes ces choses ou qu'il les admette, cola ne fait aucune différence quantà la substance du sacrement». « Iln'est pas nécossaire qu'il intention de produire l'effet du sacrement, ou d’administrer lo rite de l'Eglise CHRONIQUE 123

pascale; outre les épitres et les évangiles de l'office quotidien de l'Eucharistie, la préface pascale, une antienne pour le jour de Paques, il propose seulement des psaumes et chapitres pour les oflices du matin et du soir. Pendant trois cents ans le fidèle anglican se conten- ait de ce que lui prescrivait son Prayer Book. S'il était pieux, il faisait la communion le vendredi-saint, sans qu'il se doutât que Célait contraire à l'usage chrétien. Mais on a changé tout cela. A l'exception des églises métropolitaines et de celles de la Zor Chureh, la Sainte Communion n'est pas célébrée le vendredi-saint. Pendant longtemps la question a passionné le clergé angliean ; mais le désir de se rapprocher de l'usage catholique a pris le dessus, quoi- qu'on ne prétende pas encore offrir la messe des Présanctifiés, ce qui eatralnerait des difficultés pour une Eglise qui n'est pas libre de con- server les Saintes Espèces. La dévotion tout à fait « italienne » de la méditation des Sept paroles de Notre-Seigneur commence à se géné- raliser, même dans les cathédrales. Cette année, elle a eu lieu pour la première fois dans l'abbaye de Westminster, en dépit de la protesta- lion énergique que lanca toutdernièrement contre cette dévotion le D'Farrar, de la même abbaye. On fait le chemin de la croix dans beaucoup d'églises paroissiales, on le fait même quelquefois en plein air, et la foule est toujours respectueuse. L'office de Ténèbres n'est yss inconnu chez les anglicans, et on nous cite une église Saint- Cuthbert, Philbeach-Gardens, où l'on fit pour la première fois l'ado- ralion de la Croix. La formule de l'office est assez bien connue des Anglicans sousle nom de « the repronches » ; seulement on ne fait pas d'ordinaire l'adorationde la Croix. Le Church Timas est d'avis que pour le plus grand nombre des Anglais cette cérémonie ne serait pas édifiante. Le plus grand nombre des Anglais n'étant pas catholiques, nous donnons raison au Church Times. La presse séculière fait remar- quer que l'observation du vendredi-saint est d'un usage toujours croissant. Si cela est vrai,ce que nous avons lieu de croire, ne serait- ce pas dû en grande partie aux Ritualistes? La fête pascale a été célébrée d'une manière très édiflante en ville et en province. Partout on se rapproche de l'idéal catholique; la célébration de l'office de la Communion devient d'un usage chaque jour plus fréquent, et les communiants sont plus nombreux. Les églises Low Church, qui se tiennent en dehors du mouvement, n'en subissent pas moins le contre-coup, car on ne les fréquente plus guère. Le puritanisme disparait de plus en plus, on voit que son rôle touche à sa fin. Ne serait-ce pas là un signe que l'Angleterre est à la veille de revenir à l'unité catholique? Nul ne le sait, mais nul ne pourrait affirmer le contraire. « Non esl vestrum nosse lempora vel momenta que Paler posuit in sua polesiate » (ACL. 1, 7). A nous donc de prier et de travailler! LIVRES ET REVUES

                        Pau MALL MAGAZINE

Dans le Pal! Mall Magazine du 1°" avril, Lord Halifax répond à cette questionsisouvent posée: La réunion chrétienne est-ellepossible? Nos lec- leurs nous sauront gré de reproduire les'principaux passages de ce remarquable article.

La réunion chrétienne est-elle possible? C'est là une question que ne devrait pouvoir se poser aucun de ceux qui croient au christianisme. Mais puisque la question est posée, et cela personne n'en peut douter, avec une parfaite bonne foi, je vais essayer d'y répondre etd'exprimer les sentiments de ceux qui croient que la Réunion est non seulement possible, mais réali- sable, qu'elle n'est pas seulement une pieuse aspiration, mais un but en vue duquel il faut travailler avec la force que donne l'espérance qui afoi au succès, Tout d'abord, que signifie ce terme : Réunion chrétienne? Si l'on entend par là une réunion visible de tous ceux qui portent le titre de chrétiens, dans ce cas, ien que nous n'osions pas dire qu'un but si élevé soitimpossible à atteindre, nous pourrions cependant difficilementle regarder comme pratiquement réalisable à l'heure actuelle. Il y a toujours parmi les chrétiens des gens que, sans leur faire injure, j'appellerai czcentriques, gens d'un individualisme exegéré, qui ne peuvent pas ou ne veulent pas marcher de front avec les autres, qui, si leur excentricité les mêne à sacri- fier des vérités fondamentales, sont, à bon droit, appelés hérétiques, et qui, même sans encourir ce reproche, se trouveront souvent dans une position d'isolement au point de vue religieux. Nous avons des raisons de nous attendreà ce que ce qui s'est toujours produit dans le passé se reproduise encore dans l'avenir; aussi, laissons-nous les gens de cette sorte hors de compte lorsque nous parlons de réunion. Le nombre peut s’aceroitre, et mème d'une manière notable, à l'heure actuelle, en raison de cette idée très couramment répandue que l'union visible de tous les chrétiens en une seule Église n'est pas même désirable, qu'une telle union n'était nullement dans les desseins de Notre-Seigneur et qu'elle ne constitue pas un des caractères du christianisme parfait. Ceux-là, tout en les respectant profondément, tout en admirant sincire- ment les services qu'ils rendent à la cause du triomphe des principes rel gieux dans la conduite, tout en reconnaissant du fond du cœur leur véri- table caractère chrétien, nous sommes obligés de les laisserde côté lorsque nous parlons de la Réunion. Le fondement de nos espérances, la base sur laquelle nous évoluons, c'est cette croyance que nous avons que tout chrétien appartient naturelle- ment à une société unique et divinement constituée, que nous appelons LIVRES ET REVUES 125

l'Église. Nous croyons que Notre-Seigneur lui-mêmé a fondé cette société, qu'il a réuni ses apôtres et ses disciples pour la former, avec mission d'aller partout, dans toute nation sous les cieux, rassembler de nouveaux disciples, Nous croyons qu'il a institué ses apôtres comme chefs de cette société, leur donnant pouvoir et autorité d'en désigner d'autres pour les remplacer. Nous croyons que les évêques de l'Église sont à travers le monde les dépo- Sitaires de cette autorité, et qu'ils l'exercent àla fois en commun, et indiv duellement dans leurs diocèses respectifs. Nous croyons que tous ceux qui sont baptisés sont, par la grâce de Dieu, « ajoutés à l'Église», créés mem- bres de cette société. En conséquence, les chrétiens, nous semble-t-il, ne sont pas seulement unis par une sympathie mutuelle ou par une chari intérieure; ils sont membres d'une société organisée, et ont à marcher soigueusement dans la doctrine et les traditions de confraternité que leur ont léguées les apôtres... La Réunion chrétienne ne saurait être une union fédérale d'Églises natu- rellement séparées et indépendantes. Elle n'est pas une union artificielle de religions incompatibles entre elles. Elle n'est pas non plus un faux sem- ant d'unité auquel on parviendrait au moyen de compromis, en taisant ou paraissant ignorer des divergences fondamentales. Ce n'est pour rien de tout cela que nous prions et que nous travaillons. Nous ne cherchons rien de nouveau. Nous cherchons seulement à réaliser d'une manière complète etévidente cette unité de l'Église, qui existe réellement, bien qu'obscurcie par des siècles de malentendus. C'est pour une unité naturelle et non arti- ficielle que nous prions, c'est pour la révélation au monde de cette unité, dans laquelle Notre-Seigneur fonda son Église et dans laquelle elle est inté- rieurement demeurée à travers les siècles. Cela est-il done impossible ? C'est là un mot que tous ceux qui pensent que cette unité est vraiment la volonté de Dieun'oseront pas prononcer.Maison me demande, je suppose, d'examiner la question au point de vue humain, de voir s'il n'y a aucune solution que puisse prévoir l'intelligence et que lon puisse hâter par les moyens que suggère la prudence humaine, Je répondrai tout d'abord qu'il se manifeste de toutes parts un croissant désir d'unité. Des âmes ardentes et aimantes se demandent quelle ne serait pas la face du monde si toute la force de la foi chrétienne pouvait seulement être maniée comme par une seule main. L'idée amène le désir; lui-même fera naitre la résolution. Les points de divergence qui tiennent les chrétiens séparés sont en par= tie d'ordre doctrinal, en partie d'ordre pratique. Et parmi ces derniers, il Yen a qui sont le plus matière à division et qui cependant ne demandent d'autre traitement qu'un peu de tolérance mutuelle. Quel droit en effet aurions-nous de condamner les usages des autres? Cependant, il ÿ a certains points d'ordre pratique qu'il serait impossible de traiter seulement par la tolérance. Ils touchent d'une manière trop étroïe aux principes généraux du gouvernement de l'Église. Je pren- drai comme exemple le mode de confirmation des évêques. La coutume de l'Église romaine veut, si je ne me trompe, que chaque évêque reçoive sa juridiction du Pape. Je ne parle pas de l'élection ou de la nomination du futur évêque qui est faite de diverses manières et qui, dans certains cas, est laissée presque entièrement aux mains du pouvoir civil, mais de son admission formelle à son siège, de l'acte par lequel l'autorité et la juridiction épiscopales lui sont conférées, Mais parmi les Orientaux, — et l'Église anglaise à suivi leur ligne de conduite — l'évêque reçoit sa juridic- on des évêques voisins ou comprovinciaux, agissant soit collectivement, soit par leur métropolitain. 426 REVUE ANGLO-ROMAINE

Si cette différence de méthodes n'avait trait qu'à l'usage, nous pourrions facilement imaginer les deux modes de confirmation continuant à fonc- tionner l'un et l'autre dans une Église parfaitement unie. Mais si la méthode romaine est basée sur quelque théorie touchant la constitution de l'Église, théorie d'après laquelle l'intervention du Pontife romain est abso- lument nécessaire, la difficulté n'est pas si facilement résolue. Mais pour- quoi? Parce que, dans ce cas, la tolérance sur une question de méthode signifierait l'abandon d'un point de doctrine. Nous en arrivons au cœur même du sujet: il existe des différences de doctrine entre les diverses parties de l'Église. Est-ce là une insurmontable barrière qui s'oppose à la réunion? Il ÿ en a qui pensent ainsi, reculant comme effrayés par les dimensions et la résistance apparentes de cet obstacle. Mais un examen plus attentif réduit bientôt les proportions et découvre aussi certains défauts dans la structure de l'obstacle. Tout d'abord, nous rappelons-nous suffisament combien plus nombreux et plus importants sont les points sur lesquels nous sommes d'accord que ceux sur lesquels nous différons? Ces derniers sont plus en évidence parce qu'ils sont controversés. Ils paraissent considérables parce qu'ils sont plus couramment traités, non seulement par les controversistes, mais aus par des professeurs qui cherchent à fortifier leurs disciples contre des objections possibles, Mais tout en étant séparés par cette barrière, nous ne vivons pas dans dex milieux absolument différents. Nous reposons sur cette base commune des vérités fondamentales du christianisme, Nous partons des mémes principes; nous différons surtout dans leurs applications, arrivant ainsi à des conclusions différentes; nous ne sommes pas incapables de nous comprendre mutuellement. Et cela n'est pas tout. Les obstacles qui à certains apparaissent si considérables, ne sont pas tous réels. Sans doute, certains existent; mais les autres peuvent souvent n'être qu'apparents. Une fois qu'une différence d'opinions s'est établie. le préjugé commence à faire son œuvre. Combien de nous ne peuvent-ils pas ve rappeler le temps où certaines doctrines ou opinions étaient considérées comme fausses ou dangereuses, pour la simple raison qu'elles étaient associées avec l'Église romaine! Depuis, nous les avons examinées de plus près; nous nous sommes débarrassés de certains préjugés, et nous avons trouvé que ces doctrines étaient la propriété, non seulement de l'Église romaine, mais de toute l'Église catholique et, dès lors, la nôtre. Une fois de plus, les montagnes se sont abaissées. Ce qui paraissait nous diviser est devenu un trait d'union. Et maintenant que toutes ces apparences d'obstacles ont été dissipées ct qu'une seule barrière réelle se dresse encore, nous avons à nous demander si cette barrière elle-méme est après tout si solide. Elle est formée de différentes définitions en matière de foi qui ont été exposées par les diverses parties del'Église. Etje ne suppose pas qu'aucune de ces définitions, après avoir été officiellement adoptée et avoir longtemps fait autorité, puisse jamais être officiellement retirée. Ce serait détruire l'action de l'Église dans le passé et lui enlever toute autorité pour l'avenir. Mais les termes d'une définition, bien qu'on ÿ adhère fermement, n'ont pas besoin d'être imposés à tous. L'Occident, nous pou- vons en étre sûrs, ne renoncera jamais du Filioque, mais il n'est pas néces- saire d'imposer ce terme aux Orientaux. C'est, jé crois, une opinion qui trouve toujours plus de crédit parmi les théologiens, qu'au fond l'enseigne- ment de l'Orient et celui de l'Occident sort identiques. Si l'on tombe d'ac- cord sur ce point, les termes ne seront plus un obstacle. Je ne crois pas. je ne puis pas croire que les différentes parties d'une seule ët même Église LIVRES ET REVUES 127 enseignent réellement des doctrines diamétralement opposées. Chacune de ces doctrines peut servir comme autant de flambeaux d'une seule et même : ce n'est done pas de suppressions qu'il faut parler, mais de fusion. Des explications mutuelles seront le moyen de cette fusion. Il ; a cependant certaines définitions qu'il faudra revoir, pour qu'il y ait un véritable retour à l'unité. Ce ne sont pas des définitions de foi, et d'ai leurs elles n'ont pas cette prétention. Ce qu'elles veulent définir, c'est l' reur. Elles déclarent fausses les affirmations des autres. Ce sont des débris de controverse. Elles constituent les obstacles les plus sérieux à la réu- it le torrent de la charité les dissipera. Il sera peut-être difficile de les retirer, mais non pas impossible, ce serait enfantin de le dire. Mème les organisations ecclésiastiques les plus rigides et les plus inva- riables ne refuseront pas d'entendre à nouveau une proposition condamnée, Elle fut condamnée parce qu'elle paraissait inconsistante avec la vérité. Le cousidérer de nouveau n'est pas affaiblir la vérité ou compromettre le témoignage de l'Église. C'est demander seulement que l'on reconsidère, à la lumière de nouvelles explications, si le conflit apparent avec la vérité était vraiment réel, Les 39 articles sont pleins de définitions de ce genre. Des opinions sont condamnées, des expressions sont réprouvées. Quelques-unes de ces con- damnations et de ces réprobations sont les plus sérieux obstacles à la réu- nion. Doivent-elles demeurer telles qu'elles sont? Dans cet ordre d'idées ie ne puis m'empècher de me reporter avec reconnaissance au noble ser- mon préché par l'archevèque d'York au Congrès de Norwich. Il nous mettait en garde contre l'esprit de complaisance envers nous-mêmes et nos doctrines personnelles. 11 nous mettait en garde contre cette idée que uos articles sont une solution finale des querelles qui leur donnèrent nais- sauce. Quelle occasion n'est-ce pas pour l'Église d'Angleterre! Elle peut donner le signal du mouvement en renonçant à ces définitions qui ne pro- clament aucune vérité, ne sauvegardent aucune doctrine, qui servent seu- lement à noter une erreur supposée qui peut-être n'existe pas et des pro- positions qui peut-être ne sont nullement en contradiction avec notre propre doctrine. Mais nous ne devons pas renoncer à notre enseignement pitif, Nous croyons que quelque chose nous a été enscigué par Dieu lui- méme, que nous percevous certaines vérités plus clairement peut-être que d'autres chrétiens et que nous leur avons donné une forme et une expression. C'est là notre honneur et notre gloire. Si nous avons beaucoup a gagner de Rome, nous croyons aussi que Rome n'est pas sans avoir beaucoup à gagner de nous. Elle peut apporter ses trésors, nous les nôtres; ik contribueront à parer et à orner la cité de Dieu. Quel sera le chef dans le retour à l'unité? Doit-il y avoir un chef évi- dent? Une union permanente peut-elle exister sans un centre unique et puissamment constitué? Nous ignorons ce que la Providence de Dieu peut «voir en réserve pour son Église, quels dons anciens ou nouveaux elle peut tirer des trésors de xa sagesse. Mais, si je puis exprimer ma propre conviction personnelle, je dirais que la tradition de l'histoire désigne la Chaire de saint Pierre comme le centre d'unité. L'Église de Rome possède à un degré éminent les qualifications nécessaires pour commander avec succès. Elle joint à un esprit de rigidité dans le maintien des prin- cipes établis une souplesse merveilleuse quand il s'agit de les appliquer. L'expérience accumulée des congrégations, la diplomatie traditionnelle de la Cour papale, leurs faciles dispositions à accepter le fait accom- plie rendraient ici autant de services inestimables. Je ne parle pas des qualités supérieures de foi et de patience, car j'envisage plutôt la question 128 REVUE ANGLO-ROMAINE à un point de vue humain. Pendant des siècles l'Église de Rome a entamé à plusieurs reprises des négociations avec divers membres de l'rglise d'Orient. Les résultats ont été des désappointements, mais les désappoin- tements servent de leçons. Le succès du concile de Florence peut se re- nouveler et les fautes qui y. furent commises peuvent être évitées. Assu- rément ce n'est pas pour rien que l'kglise romaine a acquis ces réserves d'expérience prêtes à servir quand viendra le moment d'agir. Quand détermination qu'ont les chrétiens do chercher la paix en sera venue à son complet développement, ceux-ci trouveront à leur disposition toutes les ressources que possède le Siège apostolique dont le vénérable occupant les appelle dès maintenant à un plus grand amour, leur insuffle une plus grande énergie et leurinspire de plus grandes espérances avec cè pouvoir de la prière qui ne désespère jamais. — HALIFAX.

Commentant ce remarquable article, le Catholic Times s'exprime ea ces termes :

L'article de Lord Halifax s'inspire d'un esprit que les catholiques ne sauraient trop approuver, Parlant pour nous-mêmes, nous pouvons dire que nous le considérons comme une magnifique contribution sur un sujet important entre tous. Sa Seigneurie montre, sans qu'aucun doute soit possible à cet égard, qu'Elle comprend parfaitement ce qui est demandé. Depuis la publication de la lettre du Saint-Père au peuple anglais, on à entendu des discussions sur la réunion faites par des hommes qui mécon- naissent entièrement le véritable sens de cette expression, Les idées de Lord Halifax sur ce point nous paraissent absolument claires; pour lui il est évident que Réunion signifie la restauration de l'unité en une seule société divinement constituée, c'est-à-dire l'Église. Le passage dans lequel Sa Seigneurie indique le véritable centre d'unité montre qu'Elle comprend l'essence de la question. Lord Halifax reconnait que des roits au commandement sont le privilège de l'Eglise catholique, qui a der- ère elle ses traditions et sa grandeur; et comme conséquence de cette première réunion, il entrevoit la possibilité d'une réunion avec l'Orient et du rétablissement de la chrétienté. Un tel but ne manquera pas d'exci- ter le zèle de tout chrétien sincère, et Lord Halifax a droit à une profonde reconnaissance pour les nobles efforts qu'il ne cesse de faire à ces fins. DOCUMENTS

CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ

                        HODIERNÆ         GRAVISSIMÆ

                                       DE



             SACRAMENTO                   EUCHARISTIÆ


                                  LIBER I

                   DE    SACRIFICIO    MISSÆ    ET   ANNENIS



                                      (Suite)


                                  CAP. II.

Tiquo disquiritur, an Alissa sit propitialorium alque etiam impetratorium Sacrificium, et quibus prodest.

  1. Missa superiori quæstione de veritate et proprielale saci curporis Dominici, de qu mirificè inter se dissentiunt Romanenses, ut vidimus; sententix tamen quam multi hodie Romanenses luentur, utut falsa sit, minimè hæreseos au erroris impii cum fide pugnantis damnanda; paucis de iis quæ in hujus capitis Litulo præfixa sunt dis- seramus.

  2. Missam non lantüm esse sacrificium eucharisticum et latreuti- cum seu honorarium, sed etiam hilasticum seu propitiatorium sano sensu dici posse, rectè affirmant Romanenses moderatiores; non

il s propitiationem et remissionem peccalorum, quod proprium est; sed ul eam jam factam impetrans, , cujus hoc sacrificiun species est, propiliatoria dici polest, ut inquit Cassander. ?

  1. Enchiridion Coloniense : ? * Nemo vel primis rudimentis Chris-

lanismi imbutus, ignorat, non esse aliam satisfaclionem pro peccatis

! Pag. 460. ? Ubi supra. ? De Sacramento Eucharistiæ, p. 68 |fol. 406 b].

   REVOX ANOLO-ROMAINE. — Te IL. — 9

130 REVUE ANGLO-ROMAINE quèm quæ facta est in cruce, eandemque non tantüm pro nostris, sed et totius mundi peccalis sufficientissimam esse, nullâque suppletione egere, neque requiri ullem aliam hostiam, aut ullum aliud meritum, per quæ ex impiis efficiamur justi et reconciliemur Deo Patri, &c. Interim tamen omnes scire debent, neminem hujus ho pem fleri, nisi tanttmeredentem el obtamperantem Evangelio Chris- ti, &e. Quum ergo in Missà propemodum totius Evangelii summa re- censeatur, &e. quis non videt, Deum per talem fidem (quæ in hujus repræsentativi sacrificii celebratione, atque adeo ejusdem corporis pro nobis passi manducatione vel maximè exercetur) beneficium Christi Filii sui suis fidelibus applicare? &c. ”

  1. Joan. Barnesius : ! “ Capiendo ” ® “ sacrificium passivè, pro scrificato noviter applicato nobis, rectè asseritur sacrificium Missæ, quia in el continetur corpus Christi, quod fuit verè sacrificatum in unico illo sacrificio Crucis, quo alia omnia sacrificia consummavi Im, plurimi Romanenses dicunt, sacrificium hoc non tantüm re- præsentalivum et commemvralivum esse, sed etiam applicatorium, propitiationis scilicet quæ semel in cruce suflicienter facta est, eleale- nus propitiatorium sacrilicium recté dici posse; Antididagma Colo- niense, Wicelius, Sidonius et authores libri ‘ Interim dicti.

  2. Gul. Estius : * ‘ Quôd autem negat Apostolus, Christum sæpius offerre seipsum, de ea dicit oblatione quæ per se valet ad propitian- dum Deun ; qualis sola est illa, qu seipsum obtulit in cruce, ab hac enim sieuti alia sacramenta, sic et Missæ sacrificium vim suam omnem recipit. ” Vide eundem in capite 10 ejusdem epistolæ. Et omnes saniores Romanenses, quamcunque tueantur sententiam de modo veræ el realis præsentiæ corporis Christi in Eucharistià, agnoscunt obationem sacrificii Missæ incruentam, ab illà unâcruentà, quse facta est in cruce, omnem sua vim et eficaciam haurire, perinde ut sacramenta Novi Testamenti.

  3. Loca Patrum huic sententiæ confirmandæ adduci solila, videan- ur apud alios plurimos qui prolixiüs hisce de rebus seribunt.

  4. Quod ad Protestantes allinet, audiatur Jo. Barclaius : ® Dici- mus ” (Romanenses scilicet) + Eucharistiæ celebrationem esse sacri- ficium verè, propriè, propitiatorium. Vos ” (Protestantes) “ negalis. aut potius quidam ex vestris; nobis enim, saltem tacité, eruditiores consentiunt. Is Casaubonus, paucis ante obilum mensibus, in Sere- nissimi Brilanniarum Regis triclinio era. Ego illi colloquebar, ct alius prælerea non Catholicus homo, Aulicus, adhuc hodie in regis famili; et quem, si opus, facillimè indicem. Tunc igilur, ut sermo inciderat, contingit de Eucharistià inter nos agi; quam ego dum pro- pugno: ‘ Nihil, ’inquit Casaubonus,‘ opus est ut labores; spnte profiteor, et ex Ecclesiæ antique ritibus conslare contendo, Eucha-

? Ubi supra [p. 91]. #In c. 9 ad Heb., v. 5 In sua Paræesi otc. lib. 2 ce 2, p. 251, 252 (p. 193]. LIB. III DE EUCHARISTIA 431

risliam esse sacrificium: Nec sacrificium modà laudis, ut plurimi aostram volunt, sed sacrificium propiliatoriumn, sacrificium FXasruné. Hac ipsius verba fuere : ita geminA linguà, cujus generis hoc sacr cium censeret, exposuit. Gaudio ego perfundi; ille aller, qui tertiu: «olloquio aderat, ita senlientem vehementer mirari; et vero plus hac voce se perculsum asserere, qum centum Papistarum argumen- ti. Potest ille veritati testimonium perhibere; vivit exim, eL esL cum Rege assiduus. Catholicus autem adeo nunquam fuit, nt limeri non possit, ne ex composito, illà fraude nos juvet. ” Hæc ille.

8 Ad loeum hune Barclaii nihil aliud respondet M. Casauboni flius‘ quan : Ad locum Barclaï quod attinet ubi dicit, Casaubonum in Aulà Regis Serenissimi asseruisse, Eucharistiam esse sacrificium propitiaorium, sacrificium av”, mulla posent responderi (ne de Harclaïi lide dubitem) ex Patrum sententià, quæ non sunt hujus loci.”

  1. Amandus Polanus, seriptor alioqui rigidissimus: 2 ltaque Cœna Domini estsacrificium, tum eucharistieum tum propitiatorium : eucharisticum quidem proprium, quatenus in ejus usu gratias Deo agimus, quod nos à servitule et pænâ peccati in liberlatem asserere dignatus est per Filium unigenitum : propitialorium vero aliquo modo, quatenus unici illius sacrifici verè propiliatorii memoriam in eo serio frequentare jubemur, quod Filius Dei à Patre missus ipse in proprià personà semel pro nobis obtulil. ”

  2. Bucerus : * ‘ Cyprianus in anteposilis verbis inquit, ‘ Nos- trum sacrificium esse Christum : ’ llem,‘ passionem ejus esse nos- trum sacrificium, quod in sacrà * " Cœnà t* { offeramus. * At quoniam alio modo ” non possunt sacerdotes passionem Christi, et Dominum ipsum offerre, ‘‘ quam passionem illius, ac fructum qui ex eà enalus ssl, &c. annunciando et prædicando, Deumque Patrem per ipsum pro omnibus istis acceptis beneñciis dignà gratiarum actione lau- dando et celebrando, denique orando, ut passionem etresurrectionem dilecti Filii sui in nobis eflicacem reddat, ut quolidie peccatum mor- tificemus, novam vero ac divinam ” vitam “ in nobis provehamus ac confirmemus, &e. Hoc est memoriam ejus sicut præcepit celebrare, mortemque ipsius annunciare, &e. ”

  3. Græci [Venetiis viventes] &c. ad quæstionem 4 Cardinalis Gui- sani: * Quale sacrificium hoc esse statuunt? aclionisne gratiarum, an pro peccatis expiatorium ? ” sic respondent : *“ Divinum hoc sacrum * propriè ‘ expiatorium et gratiarum aclionis dicitur. * Citant Cabasilam :° Basilium : #< Da, Domine, ut pro peccatis nostris et lujusce populi ignorationibus sacrum hoc nostrum sit acceptum,

! In pietate contra [maledicos Patrii nominis hostes DE © Srmph. Cathol. c. 17 Th. 3 in declaratione Theseos. 4 in Defens. Reform. [D. Hermaum], etc. c. 84, p. ? LP. 200. C5 [t. 2, p. 269 Bib. Pat. 1624]. In Liturg. 132 REVUE ANGLO-ROMAINE

tibique gralum. ‘Et rursus: ‘* Fac nos idoneos, ut citra condemna- tionem hæc immaculata vivificaque mysteria participemus ad remis- sionem delictorum, et Spiritôs Sancti communionem. " Simili preca- tione utitur Chrysostomus in suû Hierurgi. Hæc illi.

  1. Sacrificium autem hoc Cœnæ non solüm propitiatorium esse, ac pro peccalorum quæ à nobis quotidie committuntur remissi offerri posse modo prædicto corpus Dominieum, sed etiam esse impe- tratorium omnis generis benefñciorum, ac pro ïis etiam ritè offerri, licèt Scripturæ disertè el expressè non dicant, Patres Lamen unanimi consensu Seripturas sic intellexerunt, quemadmodum ab aliis fusè demonstratum est; et Liturgiæ omnes veteres, non semel inter offe- rendum, orandum præcipiunt pro pace, pro copià fructuum, et pro alis id genus lemporalibus beneficiis, ut nemini ignotum est.

  2. Francise. Whites, Episcopus nunc Eliensis: ! “ Quod ad nomen sacrificii attinet, Ecclesia Anglicana idem attribuit S. Eucharistie, neque solum ratione quarundam piarum actionum illi annexarum, ut preeum, graliarum actionis, eleemosynarum, &c. Sed et ratione Eucharistiæ ipsius, in quà : 4. externa element panis et vini, ‘ perci- pientia vocationem Dei, * &c. (ut loquitur Irenæus ?) consecrantur et ad Domini cultum deputantur, &e. et instrumenta gratiæ hominibus exhibendæ eficiuntur. 2. Corpus et sanguis Christi, præsentia animsæ " {aimis jejunè hoc dictum) ‘* fide et pielate Pastoris et populi qui hæe mysteria percipiunt, Deo offeruntur et sistuntur, eum pià supplica- tione, ut propter illorum meritum, gratiam et remissionem peccato- rum atque alia beneñcia, illis largiri dignari velit. "

  3. Hieron. Zanchius *de sacerdotio Christi disserens : “ Quod si quis, ” inquil, “ sacrificium hoc de quo dictum est, hilastieum, àtotà Ecclesià, aut etiam per ipsum (ut vocant) sacerdotem, tolius Ecclesiæ nomine, in publico cœtu, hoc sensu Deo offerri dical, nimirum quod quisque hoc solo Christi sacrificio, semel pro peccalis nostris Patri oblalo, contentus, in eo lotus acquiescat, atque ita Patrem precetur, ut hoc unicum sacrificium, cujus publica commemoratio tum verbis, tum ritibus in Cœnâ Domini celebratur, loco omnium oblaionum, satisfactionum, operum, et omnium denique earum rerum, quæ ad peccatorum nostrorum expialionem, æternamque salutem necessariæ excogitari ab homine possunt, acceplum habeat; cum hoc nos minimè altercabimur. Nam ad rem ipsam quod aitinet, quis hæc improbare queat? In hujusmodi etenim sacrificii oblatione, summa Christianæ pietatis consislit: Sed longè aliter vulgo in Pontificalu doceri consuevit ” (sed non nisi ab indoctioribus|. “ Faxit ergo Deus, ut idem sentiamus omnes el consentaneë cum Sacris Lileris loquamur. ” Hæc ille, videaturetiam Rich. Fieldus 4.

lin Orthod. Fidei, etc., explanatione, etc. (The Way to the Church, ete, p. 338, 399. 2L.4, c. Sn c. 5 ad Ephes. 4H de Ecel. in Append. [Of the Church], p. 200 et seq. LIB. Il DE EUCHARISTIA 433

  1. Cüm ” autem “ hæc victima, ” ut Cassandri verbis ‘ utar, “ semel oblata sit pro communi totius orbis salule, tam vivorum quäm mortuorum, et ad eam salutem quotidie efficiendam, perpe- tuam virtutem obtineat, nihil est absurdi, si in sacrâ hac actione pro vivis el mortuis et communi omnium salute offerri dicatur : quando non solüm pro üis oblata commemoratur : verüm etiam solenni prece pro iis omnibus efficax el salutaris esse postulatur. llaque hoc modo sacrificare, est preces el graliarum actiones, ad impetrandam virtu- lem propositæ illius perennis victimæ Deo Patri offerre. Hoc comprobari posset plurimis Patrum testimoniis. Sed videan- lur hie alii qui hisce de rebus prolixiùs scribunt. Nos in re certâ et clara diutius immorari nolumus. Quod autem ad extrahendas defunctorum animas è flammis purge- Lori sacrificia missarum exiguntur, et quidem sæpè repetita; otioso- rum hominum et simplicitale populorum ad quæstum suum malè abutentium, commentum est. Longè alios ob fines oratum et obla- tum pro morluis in veteri Ecclesiä, ut contra Romanenses fusè osten- dimus, quum de purgatorio el oratione pro defunctis ageremus. Adisis tractatum ipsum. Non leviter hic peccalur à multis tum Roma- nensibus tum Protestantibus. Exlrema vitanda sunt, verilas quæ in medio sita amplectenda.

  2. Perperam ‘* Scholasticis Doctoribus ” aliisque mullis Roma- nensibus “ aflingitur, quasi docuerint, " el adhuc doceant, ‘ opus sacerdotisin Missä valere coram Deo ex opere operalo, sine bono motu utentis, sineque opere operantis; hoc est, etiamsi nec sacerdos, nec populus, suum opus, hoc est, veram fidem, adjungat. ” Utut

enim crassus isle error in nimis magn indoctiorum sacerdotum et vulgi parte altas radices egeril; docent lamen docliores omnes “ Sacram Cœnam juxta institutionem Christi administratam, per se bonum ac salutiferum opus esse omnibus, qui eâ rilè utuntur; eliamsi sacerdos omni fide deslitutus sit ", propler Christi inslitu- tionem, unde hujus et omnium sacramentorum eficacia potissimüm dependet; nihilominus, “ sumentem ‘ judicium sibi sumere,‘ * quando sine proprio opere operantis, hoc est, opere veræ fidei suæ, opus operatum, quamvis juxta mandatum et institutionem Domini peractum, usurpat, vel ejus se participem reddit, ” ut rectè M. Buce- rus 3, Vide Cassandri Consultationem : * “ Uno ore, ” inquit, “ omnes hodie Ecclesiastici scriptores clamant, falsè Écclesiam ” {Romanam) ‘* accusari, quod doceal, Missæ actionem ex opere ope- rato, hoc est, ex opere externo, quatenus id à sacerdote fil, mereri alüis remissionem peccatorum, pro quibus applieatur; sed hoc lan- lümmodo docent, corpus et sanguinem Christi, quæ in hac sacrâ

actione religiosà commemoratione offeruntur, el fidelibus dispensan- tur, ex panis et vini substantiis consecrari, el virtutem sanctificandi oblinere, non ex opere operantis, id est, dignitale et merito cele- brantis ministri; sed ex opere operalo, hoc est, et ordinatione el pacto ipsius Chrisli, hanc sacram actionem instituentis. ILaque sacer- dotis actionem, tanquam ministri, quæ in solà sacramentorum cele- bratione et humili supplicatione, et gratiarum actione consistil, eo tantüm valere : ut virlus et gralia, quæ corpori et sanguini Chrisii pro nobis semel immolati perpetuo inest, iis, qui ad eam suscipien- dam apli et dispositi sunt, applicetur et tribuatur. ” Plurima alia in eandem sentenliam ibidem legere est, citata ex Enchiridio Christiane Institutionis aliisque, ad depellendam calumniam falsæ illius fiducie de opere operato, quæ tam odiosè universæ Ecclesiæ Romanæ docl- ribus objicitur. Lege Authorem.

  1. Quod toties hoc capte sacrificium quod in cœnâ peragitur, non tantèm Eucharislicum esse, sed eliam sano sensu propitialo- rium, et plurimis non solum viventibus, sed etiam defunctis prodesse, quomodo seilicet oratio, eujus hoc sacrificium species est, propitia- Loria, &c. dici potest (ut loquitur Cassander) confirmat Bellarminus ipse: ! “ Sacrificium, ” inquit, “ simile est oralioni, quod attinet ad efcientiam : oratio enim non solum prodet oranti, sed etiam üis, pro quibus oratur. Unde manducatio Eucharistiæ, quæ fit à sacerdole, ul est Sacramenti susceplio, soli sumenti prodest; ut aulem est sacri- ficii consummatio, prodest illis omnibus, pro quibus oblatum es sacrificium. ”

                      Sou DEo GLorta.
    

1 1 de Missa, c. 5 $ Resp. Multum]. ORDO ADMINISTRANDI CŒNAM DOMINICAM

                                SIVE



          SACRAM            COMMUNIONEM'

Quotquot cupiunt pa ticipes fieri Sarre Communionis inlicent nomina sua Parocho, aliqua sallem hora duei præecedentis. Siquis aulam eorum fusrit manifeste criminosus, vel verbis aut facto proxi- mun injuria afererit, et Populus eo ofensus fuerit; Parochus, ejus rei certior factus, advocet ‘eum el commonefaciai ne ullo modo audeat acceder ad Mensam Domins, donec se pravan vilam suam revera pænitenter cor- rerisse, el tum Populo quam offenderit, tum illis quos injuria affecerit, satifecisse oslenderit; vel ad minimum se hor quam primum commode fer possit facturum professus fuerit. Enlem modo eos eliam admoneat Parochus quos inter se simullates et odia habere intalligat; nec eos, donec invicem reconciliaos esse cerlo scial, per- mittat Mensæ Domini fieri participes. Quorum ai aller animo lubenti omnem injuriam ibi factam alleri condonare velit, et ipse satisfacere pro 0 quod inique feceril; alter vero, ul cum illo in gratia, prout Chrislia- num decet, releat, non adduei possit, sed in malitia sua perseveret obsti- natus : um Parochus pænitemtem admittat ad Sacram Communioem, Derlinacem vero ab eadem arceat. Proviso semper, quod omnis Parochus, siquos ita arceat, ut in hoc vel in præcadenti hace Rubricæ capitdlo præscriptum est, ante quatuordecim dies ezactos lolam rem exponat Ordi- mario, qui cum reo seeundum Canonem lege aget. Kensa, mundo linteamine albi coloris ei in lempore Communionis superpo- sil, in medio Ecclsix stat, aut in Choro, ubi Preces Matutinæ et Vesper- line sunt dicendæ. Et Sacerdos, stans ai septentrionale Mens: latus, dat Orationem Dominicam, cum Orations sequenti, populo genuflazo.

Parer nosler, qui es in cælis, Sancliticetur Nomen tuum. Adveniat t voluntas tua, Sicut in cælo, et in terra. Panem um da nobis hodie. Et dimitte nobis debita nostra, Sieut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in len- tationem; Sed libera nos à malo. Amen.

                               Oratio.

Owsrorens Deus, eui omne cor palet et omnis voluntas loquitur, et quem nullum latet secretum : Purifica per infusionem Sancti Spi-

V'Etrait du Liber Precum publicarum Ecclesiæ anglicanæ. (Ed. Longmans, 1890.) 436 REVUE ANGLO=ROMAINE ritus cogitationes cordis nostri, ut te perfecle diligere, el sanctum Nomen tuum digne laudare mereamur; per Christum Dominum nos- trum. Amen.

Tum Sucerdos, ad populum conversus, DECEM MANDATA clarèrecil populus autem, genibus fezis, post unumquodque Mandatum a De indul. gentiam pro violations ejusdem lempore præterito, et graliam qua id obter- vent in futuro, in hune modum postulet.

Minister. Locutus est Deus cunelos sermones hos : Ego sum Domi- nus Deus tuus : non habebis Deos alienos coram me. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Non facies tibi sculplile, neque omnem similitudinem quæ est in cœlo desuper, et quæ in lerra deorsum, nec eorum que sunt in aquis sub terra. Non adorabis ea, neque coles: Ego sum Dominus Deus tuus fortis, zelotes, visilans iniquitatem patrum in filios in tertiam et quartam generalionem eorum qui oderunt me, el faciens misericordiam in millia his qui diligunt me, el custodiunt præcepla mea. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Non assumes Nomen Domini Dei tui in vanum : nec enim habebit insontem Dominus eum qui assumpseril Nomen Domini Dei sui frustra. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Memento ut diem Sabbati sanctifices. Sex diebus opera- beris, et facies omnia opera tua; septimo aulem die Sabbatum Domini Dei lui est. Non facies omne opus in eo, tu, et filius tuus, et Glia tua, servus luus, et ancilla tua, jumentum tuum, et advena qui est intra porlas tuas. Sex enim diebus fecit Dominus cælum et ter- ram, et mare, et omnia quæ in eis sunt, et requievit in die septimo: ideirco benedixit Dominus diei Sabbati, et sanctificavit eum. Papulus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Afinister. Honora patrem tuum el matrem luam; ut sis longævus super terram, quam Dominus Deus tuus dabit tibi. Populus. Domine, miserere nostri, el corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Non occides. . Pepulus. Domine, miserere noslri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister, Non mæchaberis. Pepulus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Non furtun facies. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. URDO SACRÆ COMMUXIONIS 437

Minister. Non loqueris contra proximum tuum falsum testimo- nium. Populus. Domine, miserere noslri, el corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Non concupisces domum proximi lui, nec desiderabis uxorem ejus, non servum, non ancillam, non bovem, non asinum, nec omnia que illius sunl. Populus. Domine, miserere nostri, el has omnes leges tuas in cor- dibus nostris, quæsumus, inscribas. Deinde sequatur altera ex hisre duabus orationibus pro Regina, Sacerdote slante ut antea et dicente :

                             Oremus.

Ouvporens Deus, eujus regaum est ælernum, el potentia infinita; Miserere universæ Ecclesiæ; el sic dirige cor eleclæ famulæ luæ Vic- Lriæ, Reginæ et gubernatricis nostræ, ul cognoscat se esse min trum tuum, et ane omnia quærat gloriam et honorem tuum : et ut nos omnesque ejus subditi, agnoscentes, ut decet, eam a te habere imperium, fideliter ei serviamus, eam honoremus, et ipsi humiliter obsequamur, in te el propter te, juxta præceplum et ordinationem tam; per Jesum Christum Dominum nostrum, qui lecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæeulorum. Amen.

                              Siv

Ouxirorexs sempiterne Deus, in cujus verbo sanclo docemur corda Regum in manibus tuis esse gubernanda, et a te prout divinæ sapien- tiæ tuæ visum sit disponi et inclinari : Supplices te rogamus ut cor Victoriæ famulæ tuæ, Reginæ et gubernatricis nostræ, ila disponas et gubernes, ut in omnibus suis cogitationibus, verbis, eL operibus, um honorem et gloriam semper quærat, et populum tuum curæ sua commissum in prosperitale, pace, et pietate custodire studeat: Hoc præsla, misericors Pater, proper dilectum Filium tuum Jesum Chris- tum Dominum nostrum. Amen.

Deinde dicatur Oratio de die. Et post em statim Epistolam legat Sacerdos, duens, Epistola [Sie Portio Scripturæ pro Epistola assignala] scripta estin Capitulo—— et incipit ad Versum—— Finit Epistola, dica, Hic explicit Epistola. Deinde, (populo universo se erigente,) legat Evan- gelium, dicens, Sanctum Evangelium scriptum est in Capitulo— et incipit ad Versum—— Fins Evangelio, cantetur vel dicatur hoc soquens Symbolum, populo adhuc stante, ut antea.

CReo0 in unum Deum, Patrem Omnipotentem, Factorem cœli et lerræ, Atque visibilium omnium et invisibilium : E in unum Dominum Jesum Christum, Filium Dei unigenitum, Et ex Patre natum ante omnia sæcula, Deum de Deo, Lumen de Lumine, Deum verum de Deo yero, Genitum, non factum, Consubstantialem Patri: Per quem omnia facta sunt, Qui propter nos homines, et prop- 138 REVUE ANGLO-ROMAINE

ter nostram salutem, descenditde cœlis, EL incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, Et homo factus est, Crucifixus eliam pro nobis sub Pontio Pilato. Passus et sepullus est, Et resurrexit lerlia die secundum Seripturas, Et ascendit in cœlum, Sedet ad dexteram Patris. Et ilerum venturus est cum gloria, judicare vivos et morluos: Cujus regni non erit finis. Etin Spiritum Sanctum, Dominum el Viviticantem, Qui ex Patre Filioque procedil, Qui cum Patre et Filio simul adoratur et conglori- ficatur, Qui locutus est per Prophetas. Et unam Catholicam et Apos- olicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem pecca- lorum, Et exspecto Resurrectionem mortuorum, Et vitam venturi sæeuli. Amen.

Tunc Parochus annuntiet populo eu quæ Hebdomade sequenti observanda sint Festa aut Jejunia. Tune eliam, si occasio erit, Communio indicelur celebranda : Denuntialiones fiant de conjungendis in matrimonio : Brevia eliam, Oitationes, et Ezcommunicationes perlegantur. Nihil aulem in Ecclesia, tempore Officit Divini, promulgetur vel edicatur, nisi a Minis- tro; nec ab e0 quidquam nisi quod in hujusce Libri Regulis pr:escriptum sit, aut Reginæ, vel Ordinari Loci, auctoritate sancitum. Deinde sequatur Concio, aut una ez Homilis auctoritate vel jam editis vel posthac edendis. Postea Sarerdos, ad Mensam Domini reversus, inripiat Offertorium, unan vel plures direns ex hisce sequentibus Sententiis, prout ejus arbitrio visum fuerit.

Sic luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opera vestra bona, el glorificent Patrem vestrum qui in cælis est. S. Matt. v. 46. Nolite thesaurizare vobis thesauros in terra; ubi ærugo et tinea demolitur, et ubi fures effodiunt et furantur : thesaurizate aulem vobis thesauros in cœlo : ubi neque ærugo nec tinea demolitur, et ubi fures non effodiunt nec furantur. S. Matt. vi. 19, 20. Omnia quæ vulis ut faciant vobis homines, et vos facile illis : hæc est enim Lex el Prophelæ. S. Matt. vii. 12. Non omnis qui dicit mihi, Domine, Domine, intrabit in regnum cælorum : sed qui facit voluntatem Patris mei qui in cœlis est, ipse intrabit. S. Matt. vii. 4. Stans autem Zacchæus, dixit ad Dominum, Ecce dimidium bonorum meorum, Domine, do pauperibus : et si quid aliquem defrauda reddo quadruplum. S. Luc. xix. 8. Quis militat suis slipendiis unquam? Quis plantat vineam, et de fructu ejus non edit? Quis pascit gregem, el de lacte gregis non man- ducat? 1 Cor. ix Si nos vobis spiritualia seminavimus, magnum est si nos carnalia vestra metamus ? 1 Cor. i. 1. Nescitis quoniam qui in sacrario operantur, quæ de sacrario sunt edunt : et qui altari deserviunt, cum altari participant ?Ita et Dominus ordinavit ïis qui Evangelium annuntiant de Evangelio vivere. I Cor. ix. 43, 44. ORDO SAGRÆ COMMUNIONIS 139

Qui parce seminat, parce et melet; et qui seminat in benedictio- nibus, de benedictionibus et metet. Unusquisque prout destinavit in corde suo, non ex trislitia, aut ex necessitate : hilarem enim datorem diligit Deus. IL Cor. ix. 6, 1. Communicet is qui calechizatur verbo ei qui se catechizat, in omnibus bonis. Nolite errare, Deus non irridetur : quæ enim semi- naverit homo, hæc et metet. Gal. vi. 6, 7, 8. Dum Lempus habemus, operemur bonum ad omnes : maxime autem ad domesticos fidei. Gal. vi. 40. Est quæstus magnus pietas, cum sufficientia : nihil enim intulimus in hune mundum ; haud dubium quod nec auferre quid possumus. IT 6, 7. Divitibus hujus sæculi præcipe facile tribuere, communicare : Lhe- saurizare sibi fundamentum bonum in futurum, ut apprehendant veram vitam. I Tim. vi. 17, 48, 19. Non enim injustus Deus, ut obliviscatur operis vestri, et dilectionis quam ostendistis in Nomine ipsius, qui ministraslis sanctis, el minis- ratis. Heb. vi. 10. Benefcentiæ autem et communionis nolite oblivisci; talibus enim hostiis promeretur Deus. Heb. xiti. 46. Qui habuerit substantiam hujus mundi, et viderit fratrem suum necessilatem habere, et clauserit viscera sua ab eo, quomodo cha ritas Dei manetin eo ? I S. Joan. ïüi. 47. Ex substantia lua fac eleemosynam, et noli avertere faciem tuam ab ullo paupere : ita enim fiet ut nec a te avertatur facies Domini. Tob. iv. 7. Quomodo potueris, ita esto misericors. Si multum tibi fuerit, abun- danter tribue: si exiguum tibi fuerit, etiam exiguum libenterimper- tri stude : præmium enim bonum tibi thesaurizas in die necessitatis. Tob. iv. 8, 9, 10. Fœneratur Domino qui miseretur pauperi et vicissitudinem suam reddel ei. Prov. xix. 47. Beatus qui intelligit super egenum et pauperem : in die mala libe- rabiteum Dominus. Psal. xli. 2

Dum ha Sententiæ leguntur, Diaconi, vel Ædiles, vel alius guisquam ülo- neus ad hoc deputatus, Eleemosynas pro Pauperibus, cxæteraque populi dona devola, in vase decenti a Parochia ad hoc præparando accipiant : idque reverenter aferant ad Sacerdotem, qui id in Sacra Mensa humi- lite oferat et deponat. Deinde Sacerdos, si Communio celebranda sit, Panis et Vini quod satis judi- caverit Mensz imponat. Quo facto Sacerdos dicat,

Oreuvs pro universo statu Ecclesiæ Christi hic in terra militantis.

Ouxirorexs sempiterne Deus, qui per sanctum Apostolum tuum nos doeuisti facere orationes, obsecrationes, et gratiarum actiones

pro omnibus hominibus : Supplices Le rogamus ut clementer [eleemo- synas alque oblationes nostras accipias, et Si nullæ sunt elemosyma aut 440 REVUE ANGLO-ROMAINE

oblationes, he verba, de eleemosynis et oblationibus accipiendis nm aunt dicenda] has preces nostras exaudias, ques offerimus Divine Majestali tuæ: Supplicantes ut veritatis, unitalis, et concordiæ spi- ritum Catholicæ Ecclesiæ Luæ perpetuo inspires : Et præsta ut omnes qui sanctum Nomen tuum confientur, in sancti verbi lui veritale consentiant, et in unilate et pia charitate concordes vivant. Insuper te rogamus ut omnes Christianos Reges, Principes, el Gubernatores, salvos facias et defendas; et præcipue famulam tuam Victoriam Regi- nam nostram; ut subea pie et tranquille gubernemur : Præsta quoque universo Concilio ejus, singulisque magistratu sub ea fun- gentibus, ut recle ac sine personarum acceptione jus dicant, quo sce- lera et nequitia corrigantur, et vera tua religio, virtusque, stabilian- tur. Da gratiam, Pater cœlestis, omnibus Épiscopis et Parochis, ut tam vita quam doctrina sua verum vivumque verbum tuum annun- tient, et sancta Lua Sacramenta recle et rite ministrent. El universo populo tuo tribue gratiam tuam; et præcipue huic congregationi præsenti; ut humili animo et debita reverentia audiant et accipiant sanetum verbum luum : et tibi fideliter serviant in sanclitate et jus- tiia omnibus diebus vitæ suæ. Supplices etiam te rogamus, Domine, ut pro bonitate tua eos omnes consoleris et adjuves, qui in hac tem- porali vita tribulatione, mæstitia, inopia, morbo, aliisve rebus adver- sis laborant. Bencdicimus quoque sancto Nomini tuo propter omnes femulos tuos in fide el timore tuo defunctos; te rogantes ut gratiam nobis concedas qua, bona eorum exempla secuti, nos una cum illis cælestis regni tui famus participes : Hoc, Pater, largiri digneris, propler Jesum Christum unicum nostrum Mediatorem alque Advo- catum. Amen.

Cum Parochus celebrationem Sacr:e Communionis futuram annuntiat, (il quod semper vel in. Dominica, vel in Festo aliquo, prozime præcedenti, Jaciendum est,) post Concionem aut Homiliam finilam, hanc sequenten legat Exhortationem.

Dugcrissi, propositum habeo, Deo adjuvante, die— proximo omnibus pie et devole animo affectis Sacramentum illud consolato- m Corporis et Sanguinis Christi administrare : ut ab eis accipiatur in memoriam Crucis ejus el Passionis piacularis, per quam solam peccatorum remissionem consequimur, et regni cælorum efficimur participes. Quare oportet nos Deo Omnipotenli, Patri cælesti nostro ideo humiliter et ex animo gratias agere, quia Filium suum Salva- torem nostrum Jesum Christum dedit, non solum ut pro nobis more- retur, sed ut nobis pabulum spirituale fiereLin sacrosanclo illo Sacra- mento. Quod cum digne accipientibus res tam divina sit, Lam conso- latoria, iis autem, qui indigne accipere audeant, lam periculos: meum officium est vos cohorlari, ut interea vobiscum reputetis, quanta si sacrosancti illius Mysterii dignitas, quantum in ejusdem indigna participatione periculum : et ut conscientias vestras, non leviler, nee more hypocritarum coram Deo, sed ita penitus inspiciatis et exploretis, ut vos ad tam cæleste convivium in sanctitale acce- ORDO SACRÆ COMMUNIONIS 1

dentes, et nuptiali illa veste quam in Sacra Scriptura requirit indu- Ws, accipiat Deus ut dignos qui Mensæ illius sacræ fialis participes. Quod ut fiat, hæc ineunda est ratio. Imprimis ad normam præcep- trum Dei mores vestros exploretis : et in quo intellexeritis vos, voluntate, verbo, aut opere offendisse, in eo iniquitatem vestram flebiliter coram Deo agnoscatis, ita lamen ut cerlo sil vobis propo- situm vitam melius instituere. Quod si peccata vestra ea esse depre- henderitis quæ non solum Deo, sed etiam proximis offensioni sint, lum vos oportebit ïis vosmetipsos reconciliare, et paralos esse pro irli satisfacere pro omnibus injuriis alii cuicumque per vos illatis, elaliis similiter suas contra vos offensas condonare, sicut et vos pro vestris a Deo veniam impetrare velitis. Quod nisi fiat, ad hoc tantum valel sacræ Communionis parlicipatio, ut damnalionem vestram adaugeat. Quare siquis vestri blasphemus sit, si verbi Dei adver- sarius vel obtrectator, si adulteri vel malitiæ, vel invidiæ, vel alius cujusvis peccati gravioris sil reus, aul propler peccata pænitenter doleat, aut ab illa sacra Mensa se abstineat : ne post sacrosanctum illud Sacramentum sumplum, in eutn, sicut in Judam, introeat di bolus, et eum, omni iniquitate repletum, ad exitium tam corporis quam animæ perducat. Quia autem necesse est, ut ad sacram Communionem nemo accedat, nisi qui Divinæ misericordiæ plenam fiduciam habeat et tranquillam conscientiam : si quis vestrum conscientiam suam ralionibus supra memoratis sedare nequeat, sed plus solalii desideret, vel consilii, ad me se conferat aut ad aliquem alium verbi Dei Ministrum pruden- em et eruditum, et dolorem suum detegat : ut per ministrationem sancti verbi Dei beneficium absolutionis consecutus, conscientiam suam tranquillare, et omnes dubitationes serupulosque deponere valeat,

Se, si quando populum Sacram Communionem nepligers perspezerit, loco præcadentis hanc sequentem faciat echortationem.

     Diucrissint fratres, die—— propositum habeo, Dei gratia, Cænam

Doninicam celebrare : ad quam, pro Deo, vos omnes voco qui adestis, et propter Dominum Jesum Christum obsecro, ne ad cam, tam amanter a Deo ipso vocati, venire abnuatis. Non ignorätis quam molestum sit et inhumanum, quod, cum quis magnificum appara- veril convivium, et mensam suam adeo epulis instruxerit ul nihil desit nisi ut convivæ accumbant, ipsi qui vocati sunt tam temere quam ingrate negent se affuturos. Quis vestrum, si secum eo paclo ageretur, non succenserel? Quis non gravem injuriam sibi faclam pularet? Quamobrem, dilectissimi in Chrislo, caveatis, quæso, ne, sacram hanc Cœnam devitantes, contra vos indignationem Dei com- movealis. Facile est quidem dictu, Nolo communicare, nam quo- minus hoc faciam mundana negotia prohibent. Non tamen ita facile coram Deo accipiuntur hujusmodi excusationes. Si quis dicat, Acce- dere non audeo, quia graviter peccavi : eur, quæso, non se corrigil, et mores emendat? Nonne vos pudet, Deo vocante, negare vos affu- 48 REVUE ANGLO-ROMAINE

turos? An vos, quando ad Deum redeundum est, excusabitis ? An vos minus paratos esse profitebimini ? Vobiseum diligenter reputelis, quam nihil apud Deum valeant hujusmodi fictæ excusationes. Qui convivium illud in Evangelio ideo recusarunt, quia villam empse- runt, autjuga boum probare voluerunt, aut uxores duxerunt, non oh hæc”exeusati habiti sunt, sed cælesti convivio indigni. Quod ad me allinet, paratus adero : vos autem pro oflicio meo in Nomine Dei voco, pro Christo vos invito, et proper salutem vestram adhortor, ul hujus sacræ Communionis sitis participes. Cum enim Filius Dei non dedignaus sit animam suam pro salule vestra in Cruce moriende ponere, oportet vos in memoriam sacrificii mortis ejus, sicut ipse jussit, Communionem accipere. Quod si negligitis, considerate vobis- cum quantam injuriam Dev inferatis, el quam grave supplicium oh hoc vobis immineat, dum a Mensa Dominica obstinate vos coninetis. sejungitisque a fratribus, qui ut epulis illis cælestibus vescantur con- veniunt. Quæ siserio perpendalis, Dei gratia meliora sentielis : quod ut fiat, Deo Omnipotenti, Palri nostro cœlesti, supplicare non desi- nemus.

Cu celebranda est Communio, Communicaturis «dl participationem Sancli Sacramenti commode collocatis, hanc Erhortationem reritet Sarerdos.

Vos, dilectissimi in Domino, qui vultis ad sacram Communionem Gorporis et Sanguinis Christi Salvatoris nostri accedere, considerare oportel quomodo Bealus Paulus omnes cohortalur, ut prius se pro- bent et inspiciant quam de Pane illo edere, el de Calice illo bibere, audeant. Nam sicut admodum salutare est pænitenti corde el viva ide sacrosanctum illud percipere Sacramentum : (tunc enim Christi Carnem spiritualiter edimus, et Sanguinem bibimus; in Chrislo habi- tamus, et Christus in nobis; unum efMicimur cum Christo, el nobis- cum Christus;) ita etiam idem indigne accipientibus grave est peri- eulum. Tune enim rei sumus Corporis el Sanguinis Christi Salvalo: nostri : judicium nobis manducamus el bibimus, non dijudicantes Corpus Domini : iram Dei contra nos accendimus, provocantes eum ut nos variis morborum morlisque plagis percutial. Dijudicate ergo vosmetipsos, fratres, ne a Domino judicemini : pæniteat vos serio p atorum preteritorum : in Christo Salvatore conslantissime con- lidile : mores vestros corrigite : erga omnes perfectam habete cha: tatem : ita enim digni erilis qui istorum Mysteriorum sacrorum si participes. Sed el ante omnia necesse esl ut Deo, Patri, Filio, et Sp ritui Sancto, loto cordis affeclu gralias humiliter agalis, quod mun- dum redemit per Passionem et Mortem Christi Salvatoris nostri, Dei el Hominis, qui humiliavit seipsum usque ad morlem, mortem autem Crucis, proper nos miseros peccatores, qui in tenebris et mortis umbra jacebamus : ut nos Dei filios efliceret, et ad vitam æternam exaltaret. Et ut semper memores essemus ineffabil s illius charitatis Magistri noslri el unici Salvatoris Jesu Christi, pro nobis ita mortui. et beneliciorum innumerabilium quæ per preliosam Sanguinis sui elfusionem nobis comparavil, sancla ipse Mysteria instiluit, lanquam OKDO SACRÆ COMMUNIONIS 143

amoris sui pignora, et in mortis suæ perpetuam commemorationem, ad insignem nostram et infinitam consolationem. Ei igitur, cum Patre et Spiritu Sancto, (prout merito debemus,) gratias agamus inde- ficientes; sanctæ ejus voluntati totos nos subjiciamus, et ei in vera sanclitate et justitia, omnibus diebus vitæ nostræ servire studeamus. Amen.

      Deinde Sarerdos alloquatur communicaturos his verbis,

Vos quos vere et serio peccatorum vestrorum pænilet, qui erga proximos veram habelis charitatem, qui vitam novam instituere decrevistis, mandatis Dei obsequendo, et in viis ejus posthac ambu- lando : Cum fide accedite, ut hoc sanctum percipiatis Sacramentum ad vestram consolationem; et, reverenter genuflexi, humilem ves- tram Deo Omnipotenti confessionem facite.

Deinde fiat hive generalis Confessio in nomine eorum qui communicaturi sunt, per unum er Ainisiris, qui, cum universo populo, genua humiliter Neclat et dicat,

Ousipotens Deus, Paler Domini nostri Jesu Christi, Conditor omnium rerum, Omnium hominum judex : Confitemur et deploramus mulliplicia pectata et delicta nostra, Quæ subinde impie admisimus, Cogitatione, verbo, et pere, Contra Divinam Majestatem tuam, Pro- vocantes adversus nos juslissimam iram el indignationem tluam. Serio nos pænilet, Et ex animo dolemus ob has prævaricationes nos- ras : Quarum recordalio nobis acerba est, Onusintolerabile. Miserere nostri, Miserere nostri, Pater misericors; Propter Filium Luum Jesum Christum Dominum nostrum, Quod præterilum est nobis condona : El concede ut semper posthac Tibi in novitale vitæ serviamus et pla- seamus, Ad honorem et gloriam Nominis lui; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

Lrinule Sacerdos, (aut Episropus, si ausit.) se erigat, el ad populum ronversus Banc pronuntiet Absolutionem

Uuirorens Deus, Pater noster cœlestis, qui pro magna miseri- cordia sua omnibus ex animo pænitentibus, ad se cum vera fide con- versis, peccatorumn remissionem est pollicilus : Misereatur vestri, et dimittat obis omnia peccata vestra : liberet vos ab omni malo, con- serve et confirme in omni bono, et ad vitam perducat æternam; per Lesum Christum Dominum nostrum. Amen.

                           Deinde Sacerdos dicat,

AUDIT quam consolatoriis verbis omnes ad se veraciter conversos alloquitur Christus Salvator noster. VExITE ad me, omnes qui laboratis et onerati eslis, et ego reficiam vos. S. Matt. xi. 28. Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret, ut nis qui credit in eum non pereal, sed habeat vitam ælernam. $. Joan. üii. 16. 2” 1 ut

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Audite etiam quid dicat Sanclus Paulus. Fidelis sermo, et omni acceptione dignus, quod Christus Jesus venit in hune mundum peccatores salvos facere. 1 Tim. i. 45. Audite etiam quid dicat Sanctus Joannes. Si quis peccaverit, Advocatum habemus apud Patrem, Jesum Chris- tum justum, et ipse est propitiatio pro peccalis nostris. IS. Joan ü, 4,2.

                  Poslen pergat Sacerdos, dicens,

Scrsux corda. Resp. Habemus ad Dominum. Sacerdos. Gratias agamus Domino Dev nostro. Resp. Dignum et justum est.

      Deinde Sacerdos, a Mensam Dominicam conversus, dicat,

Vene dignum el justum est, æquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancle, Pater* omnipotens, æterne Deus.

Hic sequatur Propria Præfalio de Tempore, si que assignata sit; alioqui statim subjungatur, |

Er ideo cum Angelis et Archangelis, eumque omni militia cœælestis exereitus, Nomen tuum [laudamus, el hymnum gloriæ tuæ canimus, | sine fine dicentes,

Saxeres, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth, Pleni sunt cœli et terra gloria lua : Gloria bi, Domine altissime. Amen.

                                                    (A suivre.)




                         Le Directeur-Gérant :      FERNAND PORTAL.

           PARIS, — INPRIMERLE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.




                                  UNIVERSITY
                                          OF MICHIGAN