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ALFRED MAME et FILS, Éditeurs
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AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE
La doctrine de l'Église sur le saint Sacrifice de la Messe, comme toutes les autres parties de son dogme, a suscité, depuis l'origine, un grand nombre decontradictions et d'erreurs. Parmi celles desder- niers siècles, on rencontre une opinion renouvelée des Vaudois et de quelques sectes anciennes, qui appartient au prolestantisme. Il était de l'esprit de la Réforme de laïciser les choses saintes. Luther, après d'autres hérétiques, prélendait que tous les hommes devenaient prêtres en vertu du baptême ; il en concluait qu'en cer- tains eas les laïques pouvaient administrer l'Eucharislie. Cette théo- rie, accréditée au sein du protestantisme luthérien, fut formellement professée dans un écrit anonyme paru, en 4638, à Amsterdam. L'au- teur s'atlachait à établir que toul laïque, en cas de nécessité, pou- sait non seulement distribuer l'Eucharislie à la manière antique, et comme l'usage s'en esl conservé longtemps en Orient, mais qu'il pouvait et devait consacrer lui-même, comme un véritable prètre. D'autres ont prétendu que les fidèles, unis au prêtre, n'offraient pas seulement le saint Sacrifice de la Messe avec lui, mais qu'ils concouraient aussi à la consécration de l'Eucharistie. Ces hérésies, absolument contraires à la doctrine catholique, doivent-elles être imputées à l'Église anglicane? Il ne serait pas juste de la confondre, sous ce rapport, avec le Luthéranisme. Elle s'en distingue, en général, par une doctrine plus correcte sur le Saint Sacrifice. Elle ne nie pas que la consécration, qui est l'acte propre du sacrifice, soit une fonction exclusivement sacerdotale. Et ce qu'elle dit de la participation des fidèles à la Cène duSeigneur n'a rien qui blesse l'orthodoxie catholique. Car, si c'est une erreur de prétendre que le peuple peut offrir le Sacrifice sans le prêtre, ou qu'il l'offre séparément, il est parfaitement exact de dire que les fidèles coopèrentà l'action du Sacrifice, à la manière dont l'entend l'Église el comme l'exprime la liturgie. L'enseignement catholique est que, dans le saint Sacrifice de la Messe, la victime est offerte et immolée par Jésus-Christ lui-même, REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, Il = 10. 146 REVUE ANGLO-ROMAINE Grand Prêtre de la loi nouvelle, en sorte qu'il est tout à la fois hostie et sacrificateur. Les prètres ne sont que ses ministres et les représen- tants de sa personne. De même que Jésus-Christ s'est offert sur la croix pour le salut des hommes, de même il s'offre aussi en hostie de réconciliation sur l'autel par le ministère des prêtres. Les prètres sont les instruments dont il se sert pour opérer le sacrifice de son corps et de son sang sur l'autel. C'est en vertu de leur participation au sacerdoce de Jésus-Christ qu'ils ont seuls le droit d'être les or- ganes de son action et de sa parole dans le divin sacrifice, c'està- dire de prendre le pain et le vin et de prononcer avec lui et pour lui, en se servant de sespropres paroles, paroles sacramentelles qui font ce qu'elles disent: « Ceci es mon corps, Ceci est mon sang. » Mais, si ce sontles prètres, el les prêtres seuls dont Jésus-Christ emploie le ministère pour le divin sacrifice de son corps et de son sang, dé leur côté, les fidèles qui y assistent, unis au prêtre, parti- cipent à son aclion, en sorte que le Saint Sacrifice est véritablement offert à la fois par Jésus-Christ, souverain prêtre invisible de l'Église, par le prètre représentant la personne de Jésus-Christ, eLpar le peu- ple uni au prêtre. Il n'y a pas que le sacerdoce hiérarchique dans l'Église : à côté des prêtres, qui sont les ministres de Dieu, il ÿ a le sacerdoce des fidèles. « Comme membres du peuple de Dieu et de son royaume, dit le docteur Gihr, tous les chrétiens possèdent dans un sens large le caractère sacerdotal,el ils en exercent la fonction, surtout au sacrifice eucharistique, où, en union très intime avec le sacrificateur, ils pren- nent part à l'oblation du corps el du sang de Jésus-Christ et offrent en même lemps le sacrifice d'eux-mêmes !. » Il esttrès vrai que le peuple chrétien, peuple des croyants et des élus, constitue selon le mot de saint Pierre « un sacerdoce royal! », etil en exerce les attributions lorsque, s'associant au prêtre pour l'oblation du Saint Sacrifice, il concourt avec lui à l'auguste fonction de l'autel. C'est l'enseignement de la tradition que les fidèles unis au prêtre offrent avec lui un seul et mème sacrifice. « Nous nous rassemblons en commun avec nos frères, dit saint Cyprien, el nous offrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu *: Quando in unum cum fra- tribus convenimus et sacrificia divina cum Dei sacerdote celebramus... »
Sans rechercher ce qu'était le saint Sacrifice de la Messe dans les premiers siècles de l'Église et ce que les premiers Pères ont pu dire
! Le Saint Sacrifice de la Messe, 1, p. 6. 2 Pet. n, 9 5 De Orat, dom., c.1v. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE Â47
de la participation des fidèles à l'action du prêtre, il suffit de prendre la messe Lelle qu'elle existe. Nous avons la foi de l'Église dans le rite de la messe romaine, telle qu'elle a été constituée par les papes saint Léon le Grand, saint Gélase, saint Grégoire le Grand, d'après une pratique traditionnelle et une doctrine dont le Saint-Siège est le témoin le plus autorisé pour l'Église. Dans la messe romaine la participation des fidèles à l'offrande du sacrifice eucharistique ressort du rile el des oraisons qui le cons- tuent. Les docteurs du moyen âge ont précisé celle doctrine : « Ce ne sont pas seulement, dit le bienheureux Odon de Cambrai, les prêtres et les clercs qui offrent le sacrifice, dans le ministère divin qu'ils rem- plissent les uns et les autres selon leur rang, mais aussi les fidèles présents, lesquels y assistent en y coopérant par leurs vœux et leurs prières : Non solum sacerdotes el clerus qui secundum divinos gradus divi- nis occupantur officiis offerunt, sed etiam audientes, qui votis el orationi- dus assistunt cooperantes ». Guerrie d'Igniac,ami et disciple de saint Bernard, s'exprime en ter- mes plus formels encore: « Nous ne devons pas croire dit-il que ces vertus soient nécessaires au prêtre seulement, comme s'il consacrait seul el sacrifait seul le corps du Christ. Ilne sacrifie pas seul, il ne consacre pas seul, mais toute l'assemblée des fidèles présents con- sacre avec lui, sacrifie avec lui » Veque enim credere debemus quod soli sacerdoli supradictæ virtutes sint necessarie, quasi solus consecret, el sa- crifcet corpus Christi. Non solus sacrificat, non sous consecrat, sed lotus conventus fidelium qui adstat cum illo consecrat, cum illo sacrificat 1. »
Enfin Suarez,« en qui l'on entend toute l'École», résume et précise ainsi cet enseignement : « Au sujel des fidèles, l'opinion unanime parmiles catholiques est qu'ils sont en pouvoir d'être offrants dans ce sacrifice. » De fidelibus œutem consors est Catholicorum sententia, eos esss posss offerentes in hoc sacrificio ? »
La liturgie introduit le peuple avec le prêtre au pied de l'autel. Dès le temps de saint Ambroise, le psaume infroibo ad altare se disaitavant le saint sacrifice de la Messe, et le peuple lui-même, au témoignage du grand docteur, le récitait. « Ainsi purifié, dit-il, le peuple s'avance vers les autels du Christ en disant : Æ introibo ad altare Dei, ad Deum qui lælificat juventutem meam. » Dès lors, le peuple s'identifie au prêtre. Ils vont célébrer en com- mun les augustes mystères, chacun avec la fonction qui lui est pro- pre. Et comme pour mieux marquer celle association, des saluts continuels s'échangent entre le célébrant et le peuple: « Domi-
1Depurif. B. Mariæ Serm. V,8 16. Patrol. lat. CLXXXV, 81. In lert, partem disp. LXXVIL. Sect. III. Opp.XX, p. 699, édit. 1861. 148 REVUE ANGLO-ROMAINE nus vobiscum, » dit le prêtre en se tournant vers les fidèles el ceux-ci répondent : « Et eum spirilu luo. » —« Paz Domini ail semper vobiscum », encore le prêtre, et le peuple fait la même réponse. Des commu- nications s'établissent, à plusieurs reprises, par l'appel direct du sa- crificateur aux assistants, afin que l'union se maintienne etse resserre pendant toute l'action. « Oremus, » dit le prêtre avant chaque prière. Il insiste avant la consécralion : « Orats fratres; » — « Sursum corde; » — « Gratias agamus. » EL après la consécration il convie le peupleà réciter avec lui la prière du Seigneur, le Pater : « Oremus.... Audemus dicers. » Faisant allusion à ces riles antiques, saint Ambroise disait: « Les sacrifices eux-mêmes ne peuvent pas être agréés de Dieu, s'ils ne sont pas accompagnés de l'appel de la voix qui, dans l'oblation sacer- dotale, excite, selon l'usage, le peuple à implorer la grâce de Dieu: Sacrificia quoque ipsa Deo probala esse non possunt, nisi confessio;vocis adspi- ret qui sacerdotali oblatione ad obsecrandam Dei gratiam populos excitare consuevit®. » Les prières de l'oblation que ces rites accompagnent ontune signi- fication plus expressive encore. Au moment de la préparation du sacrifice, le prêtre bénit et offre successivement à Dieu le pain et le vin qui doivent être consacrés. Les prières pour l'oblation de l'un et de l'autre sont différentes, quoiqu'elles se suivent et s'appliquent au même acte. Après avoir pris la patène sur laquelle est disposée l'hostie de pain azyme, le prètre l'élève et l'offre à Dieu, en disant: Suscipe Sancte Pater, omnipotens æterne Deus, hanc immaculatam hostiam quam ego, indignus famulus tuus, offer tibi Deo meo vivo et vero, pro inmume- rabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis, et pro omnibus cire stantibus, sed et pro omnibus fidelibus Christianis vivis aque defunclis, ut et illis proficiat ad salutem in vitam æternam. Amen.
Recevez, Père saint, Dieu tout-puissant et éternel, cette hostie sans tache que moi, votre indigne serviteur, je vous offre à vous, mon Dieu vi- vant et véritable, pour mes péchés, mes offenses et mes négligences, qui sont sans nombre, et pour tous les assistants ; je vous l'offre aussi pour tous les fidèles chrétiens, vivants et morts, afin qu'elle profite à leur salut et au mien pour la vie éternelle. Ainsi soit-il,
Dans l'oblation de l'hoslie le prètre parle seul el en son propre
nom; il se borne à faire mention des assistants, de tous les fidèles qui composent l'Église, pour lesquels il ofire, en même temps que pour lui, le pain immaculé. La prière qu'il prononce sur le calice estdifférente. Ayant versé le vin, auquel il a mêlé un peu d'eau, il élève à son lour le calice, pour le présenter à Dieu; mais ce n'est plus lui seul
1 De fide resurrectionis. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 449
qui l'offre, comme l'hostie, et il ne parle plus ici seulement en son nom.
Oferimus tibi, Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam ut in conspeclu divinæ majestatis Luæ pro nostra el tolius mundi salute cum odore suavitatis ascendat. Nous vous offrons, Seigneur, le calice du salut, suppliant votre clémence de le faire monter en odeur de suavité, devant la face de votre divine Majesté, pour notre salut et celui du monde entier,
Icile prètre parle au pluriel. Pour l’hostie il dit : « J'offre »; pour le calice: « Nous offrons ». Ce changement est remarquable. Le pluriel@frimus s'applique-t-il seulement au prêtre ef au diacre qui, dans les messes solennelles, offrent ensemble le calice et récitent ensemble la prière de l'oblation ? Si l'on considère le rite qui vient de s'accomplir, par le mélange de l'eau au vin dans le calice, on peut croire plutôt que ce pluriel exprime la communauté de l'oblation des fidèles avec le prêtre. La prière est la même, en effet, dans les messes privées, où le prêtre n’est point assisté par le diacre. D'ailleurs le diacre n'est pas seulement l'assistant du prêtre, il est aussi le représentant du peuple à l'autel, et c'est à ce titre qu'il présente au prêtre les éléments du sacrifice, le pain et le vin qui élaient jadis offerts par le peuple. C'était, en effet, la coutume dans la primitive Église que chaque fidèle offrit sa part dans la matière du saint sacrifice. Le froment destiné à former les pains azymes, les grappes de raisin qui devaient être pressées dans les coupes, l'huile et la cire employées au lumi- naire de l'autel, l'encens et les parfums, tout était apporté par les fidèles. Mais ce n'est pas seulement en raison de cet ancien usage que le prêtre offre en commun avec le peuple le calice du salut. A partir de celle association intime de l'un à l'autre, dont le mélange de l'eau et du vin dans le calice est l'expression symbolique, le prêtre et le peuple ne font plus qu'un dans l'acte du sacrifice; c'est toujours au Pluriel, sauf pour le lavement des mains qui est un acte personnel du sacrificateur, que le prêtre parle dans la suite. Dès ce moment, le sacrifice eucharistique se présente comme une action à deux ; le rite reflète ce dualisme. Après l'offrande du pain et du vin, le prêtre s'offre lui-même à Dieu avec le peuple : In spirit humslitatis el in animo contrilo susripi amur a te, Domine, et sic fiat sacrificium nosrum in conspectu tuo hodie, ut placent tibi, Domine Deus.
Puissions-nous, dans un esprit d'humilité et avec un cœur contrit, être recus par vous, Seigneur! Et que notre sacrifice se fasse en votre présence, aujourd'hui, de manière à vous êtes agréable, Seigneur Dieu. 150 REVUE ANGLO-ROMAINE
Dans le saint sacrifice, non seulement Notre Seigneur Jésus-Christ, notre chef, estimmolé pour nous sur l'autel, mais nous, ses membres, nous devenons avec lui une hoslie sainte et agréable à Dieu. Et c'est pourquoi, après avoir demandé à Dieu de bénir le pain et le vin qui lui sont offerts, le prêtre lui demande d'agréer l'offrande qu'il lui fait de lui-même et des fidèles en lui. Avec le pain et le vin le sacrifi- cateur et les assistants s'offrent eux-mêmes. Cette oblation du prêtre et des fidèles à Dieu en union avec le sacrifice de Jésus-Christ, déjà figurée dans l'offrande du vin et de l'eau, est exprimée ici en termes formels : Suscipiamur a te, Domine. Et sie flat sacrificium nostrum. Notre sacrifice, » dit le prêtre, en parlant en son nom et au nom du peuple. Et ici, ce ne sont plus seulement les éléments du sacrifice, le pain et le vin, qui viennent d'être offerts en commun. C'est du sacrifice lui-même qu'il s'agit, du sacrifice qui va s'accomplir sur l'autel et que le prêtre, ne se sépa- rent plus désormais du peuple, appelle « notre sacrifice » ou ce sacrifice, el non « mon sacrifice », lorsqu'il invoque un peu après les bénédictions de l'Esprit sanctificateur. C'est encore au pluriel que parle le prêtre dans la prière Suscipe, Sancta Trinitas, qui complète l'offrande de l'hostie et du calice : « Re- cevez, à Trinité sainte, cette oblation que nous vous offrons. » Le canon proprement dit de la messe est précédé d'une supplique qu'accompagne un rite très significatif. Avant de procéder à la grande action, le prêtre se tourne vers les assistants, il tend vers eux ses bras, il les appelle en quelque sorte à son aide. Et la supplication qu'il leur adresse est bien remarquable : « Orate fratres ut meum ac vestrum sacrificium....
« Priez, mes frères, pour que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout-puissant. »
Et la réponse des assistants à l'appel du prêtre n'est pas moins expressive : ils ne disent pas plus meum que fuum sacrificium, mais sacrificium tout court, qui comprend le fuum et le meum, le sacrifice à deux, le sacrifice commun.
Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis ad laudem et glorian nominis sui, ad ulilitatem quoque nostram loliusque Ecclesiæ su sancta.
« Daigne le Seigneur recevoir de vos mains ce sacrifice pour la louange et à la gloire de son nom, et aussi pour notre profit et pour celui de toute sa sainte Église. »
La part du prètre et celle du peuple sont ici expressément mar- quées. Le prêtre, ministre et agent de Jésus-Christ, accomplit seul de ses mains consacrées le saint sacrifice, mais les fidèles offrent avec lui ce sacrifice, qui est le leur comme le sien. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 154
Ainsiles fidèles participent réellement à l'acte du prêtre, au sacri- fice eucharistique qu'il accomplit sur l'autel en leur nom et poureux.
Celte coopération apparaît non moins dans les prières du Canon, quoique celles-ci, comme les prières de l'oblation, doivent être dites à voix basse et en secret, de manière que le prêtre seul s'entende sans être entendu des fidèles. Les unes et les autres, en effet, sont propres au prêtre seul, qui est seul sacrificateur!. Le peuple s'y unit seulement d'intention. Les prières du Canon sont particulièrement réservées. À ce moment-là, le prêtre, comme le Pontife de l'ancienne loi, est entré dans le Saint des Saints, pour se meltre face à face avec Dieu qu'il va faire descen- dre sur l'autel. Lui seul parle, lui seul prie, lui seul sacrifie. La réci- tation du Canon à voix basse indique qu'il s'agit d'une action exclu- sivement propre au prêtre, ministre de Dieu. Pendant ce temps-là, le clergé et le peuple se taisent dans l'admiration du grand mystère qui s'opère, et dont l'accomplissement est réservé au prêtre. Mais, si les fidèles ne participent point à l'exercice de l'auguste fonction sacerdolale, ils n'en sont pas moins unis au prêtre dans les prières du Canon et dans l'action eucharistique ?. C'est ce qu'exprime positivement la première oraison du Canon :
Te igitur, clementissime Pater... supplices rogamus ac petimus uti accepta habeas et benedicas hæc dona, kæc munera, hkæc sancta sacrificia illibata; in prémis quæ tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica.
« Nous vous prions humblement, Père très clément et nous vous demandons par Jésus-Christ. d'agréer et de bénir ces dons, ces présents, ces saints sacrifices sans tache que nous vous offrons, en premier lieu pour votre sainte Église catholique... »
Dans celte solennelle prière que le prêtre prononce seul, dans le Silence, il dit, en s'adressant à Dieu : « Nous vous prions, nous vous demandons, nous vous offrons. » Les fidèles parlent par sa bouche, comme ils vont agir tout à l'heure par ses mains consacrées. La formule de la commémoraison des vivants est plus expressive encore :
Memento, Domine, famulorum famulorumque tuarum N. et N. et omnium cireunstantium.. pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrif- cium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, Pro pe salutis et incolumitalis suæ; tibique reddunt vota sua æterno Deo vivo et vero.
« Souvenez-vous, Seigneur, de vos serviteurs et de vos servantes, N. et N. et de tous les assistants... pour lesquels nous vous offrons, ou qui vous
1 S. Thomæ 3. q. 83, a. 4, ad. 6. 3 Mabillon, in Ordin. Roman. Comment. præv., c. xx, 132 REVUE ANGLO-ROMAINE
offrent ce sacrifico de louange, pour eux et tous les leurs, pour la rédemp- tion de leurs âmes, pour l'espoir de leur salut et de leur conservation, et qui vous rendent leurs hommages, à vous, le Dieu éternel, vivant et véritable. »
Non seulement le prêtre, mais les fidèles offrent à Dieu le sacrifice de louange préparé sur l'autel. Ces expressions de la sainte liturgie: « les assistants pour lesquels nous vous offrons, ou qui vous offrent, » indiquent quelle participation effective les fidèles, sans être eux mêmes sacrificateurs, ont dans l'offrande de l'auguste victime. Ils l'offrent à Dieu en union avec le prêtre, et comme sacrifice propitia- toire « pour la rédemption de leurs âmes », et comme s impétratoire, « pour l'espérance de leur salut et de leur conservation », et comme sacrifice d'actions de grâces, par leurs prières el leurs hommages au Dieu éternel, vivant et véritable. La prière qui suit présente la même idée d'association entre le prêtre et le peuple; elle est la continuation de la prière précédente. Le sens grammatical lui-même demande que les mots Communicantes el memoriam venerantes.... se relient aux mols précédents: bi offerimus vel qui bibi offerunt ; ils signifient : étant unis dans ce saint sacrifice (nous qui offrons et eux qui offrent),étant en communication les uns avec les autres, pour l'accomplissement de l'auguste action, el nous mettant aussi en rapport avec les saints du ciel, en honorant d'abord la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et aussi celle des bienheureux apôtres et martyrs, ele. Ces deux prières ne sont que les deux parties de la même oraison; elles se tiennent. Le communicantes se rapporte nécessairement au membre de phrase qui précède : pro quibus tibi offerimus, vel qui bi aferunt, et il s'explique par l'idée d'association exprimée dans celle formule de prière.
Dans la deuxième oraison du Canon avant la consécration, le prêtre réitère l'oblation du pain et du vin destinés à ètre transformés au corps et au sang de Jésus-Christ. Il touche au moment solennel et cette répétition de l'offrande a pour objet de se rendre Dieu plus favorable. Les expressions dont il se sert ici sont d'autant plus remarquables qu'elles correspondent à celles de la première oraison qui suit in consécration. Elles font mieux ressortir celle communauté dans le Saint Sacrifice qui unit le prêtre et les fidèles, après comme avant la transsubstantiation des éléments eucharistiques. Le texte latin porte : Hanc igitur oblationem servitutis nostræ, sed el cuncte familie tue, quesumus, Domine, ut placatus accipias. Servitus, avec son acception latine ordinaire, n'aurait pas de sens ici- LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 153
On peut expliquer mystiquement ces mols « offrande de notre servi- tude », en disant que le saint sacrifice de la messe est offert à Dieu comme au Souverain Maltre, pour reconnaitre son haut domaine sur toutes les créatures el exprimer notre absolue soumission envers lui; mais c'est là une simple paraphrase el les mots en eux-mêmes, oblatio wervitulis nostræ, n'expriment pas celte idée ou, pour mieux dire, ne peuvent pas avoir celte signification en latin. D'ailleurs, c'eût été un défaut de construction de mettre en apposition un mot abstrait comme servifus nostra, avec le mot concret famili tua. Le sens abstrait de servifus doit être écarté. Servitus, ce n'est pas ici l'état de sujétion dans lequel nous sommes à l'égard de Dieu; ce n'est pas le culte d'adoration, l'hommage de notre servitude qui lui est dû. Dans ce sens l'expression servifus se traduisait en grec par aspela. « Deo nos servifulem, que haïpéa groce dicitur, dit saint Augustin, sive in quibusque sacramentis sive in nobisipsis debemus'. » EL saint Fulgence dit également : « Ipsa servilus græce Naxgela dicitur, quæ soli Deo jure ac legilime non a perfdis, sed a catholicis fidelibus exhibetur... illa cultura quæ Xa*pela dicitur maximè in sacrificiis invenitur ?. » Le mot lui-même nous oblige, aussi bien que le contexte, à lui chercher un sens concret. Et pour le trouver, il faut remonter à la source. Nous avons affaire ici à un hellénisme transporté littérale- ment en latin. I faut se rappeler que l'Église romaine, à l'origine, parlait grec, que la liturgie primitive était grecque, et qu'ainsi les premières prières du saint sacrifice de la messe ont élé composées en grec. Le texte de la Liturgie de saint Pierre, ñ @elx Acrronpyia 105 éyicu äerohixou Mérpeut, dite messe apostolique, fait lire : rabrgy rotvuy ch apospogde si Bouhelas faüv ANA Kai raveèg 108 kacd ae. Cet antique texte porte 3kela et non pas hatpela. En grec deukeiz signifie à la fois esclavage, servitude, et corps ou famille d'esclaves. Thucydide notamment l'emploie dans ce dernier sens. Askéla, dans son acception iératique, c'est propremeut la domes- licité sacrée, la famille des serviteurs du Seigneur.
Le mot tepélouoç, iérodule, dans le grec classique, désigne un serviteur sacré, un prêtre. C'élail le nom donné aussi dans la langue égyptienne, à certains ministres du culte. Servitus nostra, tra- duction littérale de 2eukeix fuôv®, indique done spécialement, dans
! De Cie. Dei, 1. X, c. m1. 3 Gont. Fabian, fragm. 12. 5 Édit. de 1595. .! Le mot servilus en latin a aussi quelquefois ce sens. Horace l'a employé poi- tiquement pour désigner une troupe d'esclaves. % Aua arec lo génitif partilif fpüv est uno construction plus élégante, plus grecque que Souhela Hjuérepa. 154 REVUE ANGLO-ROMAINE la prière du Canon de la Messe, le corps des serviteurs de Dieu, le clergé, c'est-à-dire le prêtre consacré pour servir à l'autel, avec les lévites qui l'assistent, selon l'usage primitif. Dans le reste de la famille de Dieu, sed e cunctæfamiliæ tuæ, sont compris tout le peuple chrétien et spécialement les assistants. Ainsi apparaissent distinctement, associés dans le même acte d'oblation, les ministres du culte d'un côté, les fidèles de l'autre. Dans la langue liturgique latine, le mot servitus se présente avecla double acception de äœheia et de haxpela, qu'il a retenue du grec. C'est le second sens qu'il & dans la collecte du samedi saint : U cor- pore et mente renovati puram tibi ezhibaant servitutem. Mais c'est dans le sens grec de èœkeia, qu'il est plusieurs fois employé dans les plus anciennes parties de la liturgie romaine, telles que les offices du carême et de la Pentecôte. La særèts de la messe de 18 % Férie après le ILI° dimanche de Carême porte : Munus quod tb, Domine, nostræ servitutis offerimus. Et ce sens propre de servilus est précisé dans la secrète de la messe du vendredi des Quatre-temps de carême, où le prêtre, entouré du groupe de clercs qui l'assistaient pri- mitivement àl'autel, dit : Suscipe, quæsumus, Domine, munera noslris oblata servitiie, « les offrandes présentées par notre ministère. » La secrète du xi® dimanche après la Pentecôte fixe tout à fait le sens élymologique de : Respie Domine nostram propilius servitutem. « Regardez favorablement, Seigneur, notre famille consacrée à votre service ». La secrète du xmn* dimanche après la Pentecôte est encore plus explicite.
Pro nostræ servitutis augmento sacrificium tibi, Domine, laudis offerimus; ut quod immeritis contulisti propitius exsequaris. Per Dominum.
« Nous vous offrons, Seigneur, ce sacrifice de louange pour l'accroisse- ment (progrès spirituel et augmentation) de notre famille (sacerdotale) afin que vous complétiez par votre miséricorde ce que vous avez accordéà notre indignité. »
Il est à remarquer que c'est dans les secrètes que se trouve employé le mot Servitus, dans son acception équivalente à celle de clergé. La secrète est la prière réservée du prêtre, celle qu'il fait à voix basse, et, en quelque sorte pour son compte, de façon à n'être pas entendu des assistants. Si les secrètes ont pour objet l'oblation des saintes offrandes, comme les autres prières de l'Offertoire, elles contiennent une demande plus particulière de grâces, et il est natu- rel que le clergé y prie spécialement en son nom ou pour lui. Ce sens propre de servifus apparait encore dans l'expression équi- valente de famulatus, employée dans l'oraison super populum de la 3° Férie après le dimanche de la Passion. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 153
Da nobis, quæsumus, Domine, perseverantem in tua voluntate famulatum : ut in diebus nostris et merito et numero populus tibi servien augeatur, Per Domi- num,
« Donnez-nous Seigneur d'être des ministres entièrement attachés à vos ordres, afin que de nos jours, le peuple qui vous sert croisse en mérite et en nombre. »
Si les mots servitus, famulatus, employés ici dans un sens plus grec que latin, ne sont pas directement lraduisibles en français, l'idée qu'ils expriment est claire. Servitus nostra, famulatus noster, notre domesticité, c'est le corps des ministres de Dieu, des serviteurs sacrés de son culte. &rous, c'est le prêtre par opposition à populs, le peuple, où familia, la famille tout entière du Seigneur.
Le prêtre donc, au moment de consacrer, s'unit de nouveau et plus intimement au peuple, et, pour la dernière fois, il demande à Dieu d’agréer l'offrande du clergé qui l'entoure à l'autel e de toute la famille chrétienne, présente ou absente : Manc igitur oblationem serviludis nostrie sed el cunctæ famili tue ut placatus acciyias.
Les prières de l'offrande avant la consécration ne se rapportent pas seulement à la matière du sacrifice, elles s'appliquent aussi par avance à la divine victime qui va être immolée sur l'autel; et déjà la participation des fidèles, en union avec le prêtre. au sacrifice eucha- rislique se manifeste dans celte oblation en commun üx pain et du vin. Mais, après la consécration, elle apparait plus intime et plus étroite. A ce moment, l'auguste sacrifice est accompli. La divine victime s'est offerte; l'Agneau de Dieu est immolé sur l'autel. L'action néan- moins se continue par une nouvelle oblation des mêmes dons deve- aus d'un prix infini. Le pain el le vin ont été transsubstanciés au corps el au sang de Jésus-Christ. De nouveau, le prêtre avec le peuple les offre à Dieu en cette forme :
Unde et memores, Domine, nos servi fui, sed et plebs tua sancta ejusdem Christi fit tui Domini nostri tam beatæ passionis, nec non et ab inferis resur. rectionis, sed in cœlos gloriosæ ascensionis, offerimus præclare majestati tuæ.
« C'est pourquoi, Scigneur, nous vos serviteurs, et avec nous votre peuple saint, nous souvenant de... nous offrons à votre auguste majes
Cette première oraison du Canon après la consécration correspond àla prière Hanc igitur oblationem qui la précède. Le dualisme du prêtre sacrificateur el du peuple, son coopérateur, y apparait nette- menL. A l'expression servifus noatra répond l'expression 08 servi lui; d'un côté, lafamilia tua, de l'autre, la plebs tua. 456 REVUE ANGLO-ROMAINE Nos servi tui, ce sont les prêtres spécialement consacrés au service de Dieu; plebs tua sancta, ce sont tous les fidèles en union avec le sacerdoce, qui sont devenus par le baplême un peuple saint et la propriété du Seigneur. Le pluriel, nos servi fui, est un souvenir de la liturgie primitive, ou l'évêque célébrait le saint sacrifice avec les prêtres; il continue de s'appliquer aux acolytes qui assistent le prêtre à l'autel. L'opposition entre les prêtres et les fidèles est bien marquée. Les uns et les autres ont leur place, leur rôle dans l'au- guste action. Il y a distinction, mais coopération. Cleres et laïques prennent part simullanément à l'oblation du corps et du sang de Jésus-Christ, comme ils avaient pris part à l'oblation du pain et du vin destinés au sacrifice. Saint Pierre Damien exprime en ces termes cette communauté d'action : « nos servitui, videlicetsacerdotes; sed et plebs tua sancta, scilicet populus christianus: nam populus agit voto, sa- cerdotes peragunt ministerio. »— « Mos servi fui, à savoir : les prêtres; sed et plebs tuasancla, c'est-à-dire le peuple chrétien : car le peuple agit par le vœu qu'il émet, les prêtres opèrent par leur ministère !. » Le sacrificateur se confond avec l'assemblée des fidèles. Avec assistants il offre les dons eucharistiques, après comme avant la con- sécration. Et ici, cette association du peuple au prêtre a un caractère plus positivement sacerdotal, et comme sacramentel. C'est le prètre seul qui a consacré le corps et le sang de Jésus-Christ; c'est lui seul qui parle ; mais c'est avec le peuple qu'il offre la victime eucharistique ; c'est avec lui qu’il prie : Oferimus preclaræe majestati tuæ de tuis donis ae datis hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam, panem sanctum vite ælernxæ et calice salulis perpetuie. « Nous offrons à votre augusle Majesté de vos dons et de vos présents, l'Hostie pure, l'Hoslie sainte, l'Hostie immaculée, le Pain sacré de la vie éternelle et le calice du salut perpétuel. » Le prêtre ne se sépare plus du peuple. C'est avec lui qu'il renou- velle l'oblation de la divine victime présente sur l'autel sous les es- pèces sacramentelles. Supplices de rogamus, jube hæc perferri... ut quol- quot ex hac altaris participations sacrosanctum corpus el sanguinem sump- serimus, omni benedictione cælesti et gratia repleamur. C'est avec lui qu'il adresse à Dieu la prière pour les morts, qui dès les temps apostoliques faisait partie de la liturgie eucharistique. Memento, Dominofamulurum famularm tuarum qui nos præcesserunt. C'est avec le peuple et en son nom, que, par un retour de la pensée de l'autre vie à la vie présente, après avoir prié pour les défunts, il prie pour les vivants, qui seront bientôt appelés à les re- joindre : Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de mullitudine miseratio- num tuarum sperantibus... intra quorum nos consortium. quæsumts, lagitor admitte,
! Exposil, Can. Missæ, n° 9, LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 107
C'est avec lui qu'il récile ou qu'il chante, après l'y avoir invité for- mellement, Oremus, la prière par excellence, la prière dominicale, qui, de tout temps, a fait partie de la messe et forme la transition entre le sacrifice proprement dit et lacommunion. IL ÿ a même cela de remarquable ici que, dans plusieurs antiques liturgies, dans celle de saint Jacques, dans la liturgie dite de saint Pierre, c'est le peuple qui chante le Pater.
Dans la troisième partie de la messe, l'union du célébrant et du peuple se consomme par la participation au sacrifice qui vient de S'accomplir. La communion est la conclusion du sacrifice eucharis- tique. Après avoir contribué à l'oblation de la divine hostie, il reste aux fidèles à participer avec le prêtre à la consommation de la sainte victime par la communion sacramentelle ou spiritelle. Et c'est à quoi le sacrificateur les invite par la prière de la com- mixtion du corps et du sang de l'Agneau immolé, prière qui est à lu fois un souhait et un appel :
Hæc comméztio et consecratio corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi at accipientibus nobis in vitam æternam. Amen. « Que ce mélange et cette consécration du corps et du sang de Notre Seigneur Jésus-Christ que nous allons prendre nous profitent pour la vie éternelle, Ainsi-soi
Depuis le Pater, jusqu'aux oraisons préparatoires à la communion, le célébrant continue de prier collectivement avec l'assistance; mais daus ces oraisons il prie en son nom seul et pour lui. La communion, en effet, n'est plus, comme l'oblation, un acte collectif, c'est un acte individuel. Le prêtre s'y prépare en priant de son côlé et le peuple du sien. L'association se rétablit lorsque, après avoir pris le corps elle sang du Seigneur, le célébrant dit en présentant le calice pour que l'on y verse le vin de la purification :
Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus ; et de munere temporali fat nobis remedium sempiternum. « Faites, Seigneur, que nous conservions dans un cœur pur ce que notre bouche a reçu et que ce don fait pour le temps devienne un remède pour l'éternité. »
Les prières de la postcommunion se Font en commun; « elles sont toujours conçues au pluriel et dites pour tous el au nom de tous ceux qui sont présents à la messe. Cela suppose, dit le D' Gihr, que tous les assistants ont pris part au banquet eucharistique, ou par la com- munion sacramentelle, selon l'usage de la primitive Église, de la- quelle nous vient le plus grand nombre de ces oraisons, ou du moins par la communion spirituelle, que les assistants ne devraient jamais mettre !, n
- Cp. 435. 458 REVUE ANGLO-ROMAINE
L'Église anglicane n'est pas officiellement tombée dans l'erreur de ces hérétiques des premiers siècles, et des calvinistes leurs disciples, qui prétendaient investir les simples fidèles, comme de véritables prêtres, du pouvoir de consacrer. Il se peut que certains de ses docteurs, trop imbus de laïcisme, aient excédé dans l'expression et plus ou moins renouvelé l'erreur de Luther. Mais n'avons-nous pas eu de nos théologiens catholiques, et des plus connus, comme Gerson, qui ont attribué à lout fidèle et même à la dernière bonne femme le droit de convoquer le concile, à défaut des autorités légi- times? Ces opinions singulières doivent être imputées, d'un colé comme de l'autre, à leurs seuls auteurs. 11 est certain que l'on ne saurait reprocher aux chefs et aux docteurs de l'Église anglicane, à Cranmer et aux autres, d'avoir dit, dans le sens qui vient d'être exposé, que le saint sacrifice de la messe est offert par le peuple aussi bien que par le prêtre. Peut-être même les catholiques de nos jours auront-ils à s'inspi- rer davantage de la doctrine commune à l'Église anglicane et à l'É- glise romaine sur la coopération des fidèles au mystère eucharis- tique. Des coutumes se sont introduites, en ce siècle, qui ne concordent pas bien avec l'assistance effective au saint sacrifice. Il est difficile que les dévotions étrangères àl'objet de la messe, telles que lec- tures, méditations, prières privées, par lesquelles trop de fidèles croient pouvoir satisfaire leur piété, leur permettent de s'unir effec- tivement et d'une manière continue à l'augusle action qui s'accom- plit sur l'autel. Ilne semble pas non plus que la récitation publique du chapelet pendant la messe, soit, au moins en général, le meilleur moyen d'associer le peuple à la fonction du célébrant et de le faire participer à l'auguste mystère. Les cantiques en langue vulgaire placés mal à propos, sans discernement des diverses parties de la messe outre qu'ils n'ont pas le caractère liturgique, ont aussi l'incon- vénient de distraire l'attention et d'isoler les fidèles du prêtre. À plus forte raison, l'usage qui tend à s'établir çà et là d'occuper une partie de la messe par une prédication publique se concilierait-il difficile ment avec l'assistance réelle à la messe. Toutes ces pratiques, si pieuses qu'elles puissent être en elles- mêmes, conviennent-elles bien au caractère du saint sacrifice de l'au- el; ne sont elles pas plus ou moins incompatibles avec le rôle per- sonnel, actif, que les assistants ont à remplir dans l'accomplissement des mystères eucharistiques? Les fidèles qui assistent au saint sacrifice y sont en fonction litur- gique. Cet office sacré les oblige à concourir effectivement à l'obla- tion du sacrifice, non seulement d'intention et d'une manière géné- rale, par leur présence à la messe ou par de pieuses occupations LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 159
élrangères à la confection de la sainte Eucharistie, mais en s'asso- ciant aux prières et aux actions du célébrant, en suivant ce qui se fait sur l'autel, en coopérant réellement à la fonction sacerdolale. Ce n'est qu'ainsi que se trouvent pleinement réalisées les condi- tions du saint sacrifice de la messe si bien formulées par Mgr l'évêque de Luçon à l'usage de son peuple : « Vous offrez avec le prètre, N. T. C. F., un seul et même sacrifice, et vous êtes « un sacerdoce royal. » ‘ Écoutez, en effet, le prêtre qui vous dit : « Priez, mes frères, pour que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu, le Père tout puissant. » —« Souvenez- Yous, Seigneur, dit-il encore au Canon de la messe, de vos serviteurs
Pour qui nous vous offrons... el il ajoute : ou qui vous offrent ce Sacrifice. » Les fidèles sont done unis au prêtre ; celui-ci est identifié avec Jésus-Christ ; tous ensemble, d'un même cœur et d'une même
Voix, offrent l'Hostie immolée et néanmoins vivante, qui se présente 4 la justice divine à l'état de victime, et à l'amour divin avec loutes les beautés de la vie, avec toutes les gloires du triomphe. »*
ARTHUR LoTu.
1 Pet, II, 9. 3 Imtrucl. pastor. el mandement pour Le caréme de 1896. PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTIO
(Suite).
S'il est un souhait que Notre-Seigneur ait clairement exprimé
dans l'Évangile, c'est que son Église fût ane, fütunie : « Sint unum! » Etsaint Paul à son tour nous donne la célèbre formule: « Unus Christus, una fides, unum baptisma. » Sans doute Notre-Seigneur veut parler de l'union par la charité, par l'amour fraternel, dont il a fait son commandement nouveau, son dernier legs à ses disciples; mais il a visé également l'unité sociale, sans laquelle l'Église ne sau- rait être une société parfaite. On ne peut supposer que le divin Maitre ait voulu établir sur la Lerre plusieurs sociétés spirituelles; que s’il n’en doit exister qu'une seule: « Ædificabo Ecclesiam meam», il faut que cette unique société possède les moyens nécessaires pour assurer et maintenir son unité: unité dans son enseignement, puisque sa première mission consiste à faire connaitre la vérité reli- gieuse; unité dans le but à atteindre, à savoir le salut des hommes; unité dans les moyens de sanctification pour atteindre ce but; unité enfin dans le gouvernement, au sens le plus large de ce mot, sans quoi il serait impossible de concevoir l'Église comme une véritable el parfaite so L'unité d'un corps purement collégial est difficile à maintenir, si lanL est qu'elle soit possible dans une société nombreuse. C'est pour- quoi Notre-Seigneur n'a pas donné à son Église celte forme de gou- vernement; il ÿ a introduit en même temps l'élément monarchique. Sans diminuer les droits du collège apostolique et épiscopal, il a placé l'un des apôtres à la tête des autres et de tous les disciples, en lui conférant la mission et le pouvoir de gouverner les brebis aussi bien que les agneaux. Ce pouvoir monarchique tempéré, conféré à Pierre el à ses successeurs, quelque variable qu'en puisse être l'exer- e, devait assurer l'unité sociale de l'Église, en y maintenant l'unité de foi, de discipline, de direction, d'autorité. C'est d’ailleurs le rôle de tout pouvoir central. Ceux donc qui se séparent de la sociélé ecclésiastique, qui rejet- tent l'autorité légitime, qui constituent une société séparée, vont
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PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 161
directement contre la volonté de Notre-Seigneur, contre la divine constitution qu'il a donnée à son Église; ils déchirent l'unité; ils sont schismatiques. Le schisme est donc essentiellement constitué par la scission d'avec la société ecclésiastique, sous quelque forme que se présente l'autorité sociale que l'on rejette et à laquelle on refuse obéissance, Mais nous voyons aussitôt que, selon le rôle exercé à tel vu lel moment par le pouvoir central et par l'épiscopat, le schisme sera principalement manifesté, lantôt par la scission d'avec l'épisco- pat uni au Saint-Siège, tantôt par la séparation d'avec le Saint-Siège uni à l'épiscopat. Dans les premiers siècles, en effct, les rapports d'administration qui existaient entre ies Églises particulières ou les groupes d'Églises et le pouvoir central, ne se présentaient pas sous la forme qu'ils ont aujourd'hui. Ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, l'intervention du pouvoir central était moins réglementée, moins fréquente, moins détaillée ; les liens qui rattachaient entre elles les Églises d'une même région élaient plus puissants; les Églises consi- dérées isolément, n'avaient que peu de rapports directs avec le Sainl- Siège, el c'étaient surtout les groupes d'Églises, les Églises régio- nales ou nationales, qui étaient plus ou moins fortement rattachées au pouvoir central. Peu importe d'ailleurs que ces rapports eussent pour intermédiaires ou les évêques d'un siège principal, Alexandrie où Carthage, — ou des évêques constitués à cet effet les Vicaires du Pape, comme ceux d'Arles ou de Thessalonique, — ou enfin le corps épiscopal de la région réuni en concile, comme c'était le cas pour l'épiscopat frank. Dans ces conditions, il est évident que la plupart des schismes, dans l'antiquité, devaient se présenter surtout comme une scission d'avec l'épiscopat de la région, lui-même uni au Saint-
Siège; Lel le schisme des Donatistes. Mais ce schisme n'en était pas moins formel et coupable, car il constituait une rupture de l'unité ceclésiastique; il impliquait le rejet de l'autorité légitime, c'est-à- dire du corps épiscopal el, par la même, du Pape. C'est ainsi que L Donalistes, que tout le monde s'accorde à regarder comme schisma- tiques, semblent s'être séparés plulôt de l'épiscopat africain que du Pape; mais, en se séparant du premier, ils ont fait rupture avec le second et du même coup avec toute l'Église. Sans doute, le Pape es intervenu; saint Silvestre s'est prononcé, et à plusieurs reprises nous le savons, pour la validité et la régularité de l'ordination de Cécilien. Cependant la scission se produisit d'abord et directement d'avec l'épiscupat de l'Église d'Afrique, solidaire de Cécilien el de l'épis- topat catholique tout entier, y compris le Pape; de même les retou:
à l'unité se produisaient par le rétablissement de la communion avec l'épiseopat africain et, par là même, avec le Pape. Plus lard, lorsque le pouvoir pontifical s'est exercé d'une manière bien plus fréquente, lorsque les Églises particulières furent ratta- REVUE ANULO-ROMAINE. — Te 1, — 4 162 REVUE ANGLO-ROMAINE
chées au Saint-Siège par des liens d'autant plus puissants que ceux qui les groupaient£ en Églises régionales s'étaient relâchés davantage, lorsque l'unité de l'Église eut trouvé son expression plus ordinaire dans l'adhésion au pouvoir central, dirigeant et représentant l'épis- copat et toute la société ecclésiastique, les schismes se présentérent comme une scission directe d'avec le Pape, entrainant la rupture d'avec l'épiscopat et la société catholique. Mais, au fond, l'acte consli- tutif du schisme demeure le même: c’est la séparation d'avec l'Église de Jésus-Christ. Nous en avons un exemple tout récent dans le schisme des vieux-catholiques : abstraction faite de leur hérésie, ils se sont séparés directement du Saint-Siège et, du même coup, de tout l'épiscopat catholique, Et cependant, là où subsiste un épiscopal national, puissamment groupé, on peut encore voir des schismes qui se rapprochent de ceux que nous fait connaitre l’ancienne histoire ecclésiastique ; tel, par exemple, le récent schisme de l'Église catho- lique arménienne, heureusement terminé. leurs l'unité de l'Église n'est pas seulement constituée par l'unité d'autorité; elle l'est plus encore par l'unité de foi et de doc- trine. Aussi l'hérésie est-elle, plus encore que le schisme qu'elle im- plique, opposée à la volonté de Notre-Seigneur. Par conséquent, les communions hérétiques seront plus profondément séparées de la vérilable Église que les sociétés schismatiques. De tout cela nous pouvons conclure que les communautés séparées ne seront pas toutes dans une siluation semblable par rapport à l'Église romaine. Elles en seront d'autant plus voisines qu'elles auront gardé une plus grande part de l'héritage chrétien : doctrine, sacrements, culte et autorité. Elles en seront d'autant plus éloignées qu'elles auront rejeté où laissé tomber plus de dogmes, renoncé à plus de moyens de sancli- fication, altéré plus ou moins profondément les éléments essentiels de l'organisation ecclésiastique, appauvri davantage la vie chrétienne. Ainsi, tout auprès de l'Église, il faudrait placer les communautés purement schismatiques, puis, à divers degrés d'éloignement, les communions plus ou moins hérétiques, et celles dont la vie chrè- tienne a subi des altéralions de plus en plus graves, jusqu'à ces sectes qui n'ont plus guère du Christianisme que le nom. Lorsqu'il s'agira d'admettre à la communion romaine les individus ou les sociétés ainsi séparés, il est bien clair qu'on devra leur impc- ser de faire tout le chemin qui les séparait de l'unité, c'est-à- dire qu'ils devront faire profession explicite des dogmes qu'ils avaient rejetés et adhérer à la seule véritable Église chrétienne et à son autorité, à laquelle ils avaient refusé jusqu'alors d'obéir. Ceux qui ne seraient que schismatiques n'auraient à faire que cette der- nière démarche, puisque, par hypothèse, ils auraient la même foi que l'Église romaine. Rameaux détachés de l'arbre plänté par Jésus- a. il
PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 463
Christ, les communions jusqu'alors dissidentes y seraient greffées à nouveau et y retrouveraient, dans sa plénitude, la sève chrétienne, tandis qu'auparavant elles ne pouvaient que végéter péniblement, grice à la vie qu'elles avaient encore conservée lorsqu'elles furent détachées du tronc. Ce n'est là, dira-t-on, qu'une figure, bien que biblique; mais que se passe-t-il lors de la réconciliation des communautés schismati- ques, et en particulier, qu'advient-il des actes de juridiction accom- plis en dehors de l'unité ? Je me suis déjà expliqué à ce sujet. J'ad- mels que toute société possède une certaine juridiction, par là même qu'elle est une société; cette juridiction, organe et expression du pouvoir existant dans celle sociélé, sera illégitime, irrégulière, dans la mesure exacle où la société que nous considérons sera elle-même éloignée de l'unité chrétienne, suivant ce que j'ai dit plus haut. Lors du rétablissement de l'unité, on supprimera, on cassera, ce qui es contraire à celte union, on ralificra et revalidera le reste, s'il n'y a pas de causes intrinsèques de nullité. Car il ÿ avait une certaine juri- diction, bien qu'irrégulière.
C'est ici qu'intervient M. Bayfield Roberts. « Certains faits de l'his-
Loire ecclésiastique, dit-il, nous autorisent à prétendre que des actes de juridiction accomplis par des évêques en état de schisme par rap- port au Pape, ne requièrent pas une ratification subséquente qui en assurera la valeur, et cette sorte de schisme n'est pas toujours suivie d'une réconciliation expresse. » Etcomme dans les cas rap- portés par le savant auteur, le Pape avait exclu de sa communion ceux qui lui résistaient, il conclut que, dans ces cas, les évêques el leurs Églises n'avaient pas cessé, malgré leur schisme, « de faire parie du corps visible de l'Église »: ce qui permet de dire « que l'excommunication par le Saint-Siège n'impliquait pas nécessaire- ment et per se l'exclusion de l'Église catholique, mais seulement une rupture de communion avec le Saint-Siège ». Que s'il en est ainsi, el siles actes de juridiction d'une Église schismatique « sont valides, mais illicites, ne pourrait-on en dire autant de la qualité de membre du corps vivant de l'Église? Si le schisme ne produit pas de nullité dans le premier cas, est-il fatalement nécessaire qu'il en produise dans le second? » M. Bayfield Roberts ne fait pas expressément l'application de celte théorie à l'Église d'Angleterre ; mais on sent bien qu'elle est dans son esprit, et on ne saurail le trouver mauvais. Il me semble que 164 REVUE ANGLO-ROMAINE
l'on ne peut concéder à l'auteur toutes ces déductions, et je vais
m'efforcer de montrer en quoi elles laissent à désirer. Je devrai
examiner pour cela si toute résistance à l'autorité du Pape a pour
effet de constituer en état de schisme ceux qui n'obéissent pas;
ensuite, en admettant que la rupture de communion avec le Pape,
telle que la fait connaitre l'histoire ecclésiastique des premiers
siècles, ail été une excommunication, voir si l'excommunié cesse
d'être membre du corps visible de l'Église.
Le schisme formel, nous l'avons vu, consiste dans la séparation
d'avec la société ecclésiastique légitime; cette société ayant pour
chef le Souverain Pontife, le schisme se manifestera régulièrement,
de nos jours, par le rejet de l'autorité du Pape. Et tel est le sens de
toutes les définitions que les auteurs donnent du schisme,
y compris celle de Lehmkuhl reproduite par M. Bayfield Roberts:
Qui non vult subjacere Romano Pontifici legitime electo, atque ita sea
reliquo Ecclesiæ corpore separat, schismatieus est. Mais il faut entendre dans
son vrai sens le mot « subjacere ». 11 veut dire : Lenir le Pape pour
chef de l'Église, se regarder comme sujet de son autorité. Par suite,
le refus d'être soumis au Pape, nécessaire pour se constiuer en état
de schisme, comporte le rejet, la négation de son autorité comme
telle; il signifie que l'on ne sc lient pas pour son sujet, qu'on ne le
regarde pas comme le chef de l'Église ou de cette portion de l'Église
à laquelle on veut appartenir. C'est ainsi que se sont séparées de
l'Eglise les communions hérétiques el schismatiques orientales; c'est
ainsi que s'est produite, de nos jours, la scission des vieux-catho-
liques.
Mais autre chose est de rejeter l'autorité d'un supérieur, autre
chose de résister à Lel ou tel exercice de sn autorité, à Lel ou tel
ordre, à telle ou telle décision émanée de lui. Cette résistance peul
être coupable, elle le sera légalement, car l'autorité a pour elle la
présomption; mais elle ne constituera pas un schisme, car elle ne
comporte pas la négation de l'autorité elle-même ou de sa légitimité.
| Prétendre que le supérieur fait un usage illégal de son pouvoir, qu'il applique mal la loi, par exemple, ou qu'il a porté une sentence injuste, ce n’est point nier son autorité, ce n'est point se soustraire à son obédience, ce n'est point se retirer de la société qui le regarde pour son chef. Par conséquent, ce n'est point être schismatique. IL est facile d'en faire l'application à une société temporelle : une province, une colonie qui se rendent autonomes, refusant de recon- naitre plus longtemps l'autorité du roi et se constituant en société distincte, font un schisme politique. Mais l'individu, la cité, la pro- vince, qui prétendent que leurs intérêts sont injustement lésés par telle loi, telle décision, telle sentence, et qui s'efforcent de s'y sous- traire, qui ne l'acceptent point, ÿ résislent même au besoin par la PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 163
force, ne sont point schismatiques; ils ne se séparent point de la société; ils continuent à en reconnaitre l'autorité; ils sont tout prêts à obéir si on leur donne satisfaction. Ils peuvent être coupables, encore une fois; mais celle culpabilité ne les exclut pas de la société dont ils sont membres, bien que résistants. Qu'arrivera-t-il alors? Le pouvoir supérieur examinera les motifs de la résistance; il verra s'il ÿ a lieu de procéder à un nouvel examen de l'affaire, à une modi- fiction de la décision allaquée, à un retrait, partiel ou tolal, de la loi; il se décidera le plus souvent à faire respecter sa volonté par les moyens qui sont en son pouvoir; au besoin il emploiera la force contre les individus, la cité ou la province. L'individu, par exemple, sera poursuivi, privé de ses droits politiques ou de sa liberté, atteint plus ou moins gravement dans ses biens; la cité sera l'objet de me- sures légales appropriées à la circonstance, par exemple, la destitu- tion de ses magistrats, etc. La province, enfin, sera ramenée à l'obéis- sance par des moyens légaux ou par la force; el, si ce dernier moyen était inefficace, une séparation, un schisme pourrait se produire d'avec la société légitime. Si l'on lient compte des différences que nécessite le caractère spi- rituel de la société ecclésiastique, les choses se passeront à peu près de même dans l'Église. Le chrétien, l'évêque, l'Église particulière ou le groupe d'Églises qui se croient lésés par Lel ace, telle décision de l'autorité, peuvent provoquer, par tous les moyens légaux, un ou plusieurs nouveaux examens de la cause, jusqu'à une décision qui engage assez pleinement l'Église et son autorité pour qu’elle soit irréformable. Si pour cela ils emploient, non les moyens légaux, mais la résistance, ils deviennent coupables, mais non encore schis- maliques, car ils ne nient pas le pouvoir de l'Église el de son chef. Ils soutiennent que telle décision est mal fondée, en quoi ils peuvent avoir Lort, mais ils ne prétendent pas qu'elle émane d'une autorité incompétente dont ils ne sont pas les sujets. Qu'adviendra-t-il en cas de résistance obstinée? Exactement ce qu'il advient de ceux qui résistent à l'autorité séculière, sauf les différences nécessitées par la nature spirituelle de l'Église. Le pouvoir suprême prendra les me- sures qu'il jugera les plus efficaces pour ramener les individus ou les Églisesà l'obéissance; ses décrets atteindront les individus et jusqu'à un certain point les Églises, dans leurs biens spirituels; les individus seront excommuniés, les clercs suspens, les communau- lés soumises à l'interdit, jusqu'à résipiscence; ces mesures coerci- Uives, jointes aux autres moyens que l'on pourra prendre, amèneront les coupables à l'obéissance, ou ne leur laisseront d'autre issue que de se séparer de l'Église; à ce moment, ils deviendront positivement schismatiques; car c'est alors seulement qu'ils essaient de vivre par eux-mêmes, de se suflire, en ce qui concerne la vie chrétienne, sans 166 REVUE ANGLO-ROMAINE
union réelle avec le reste de l'Église et avec le Pape, en un mol, qu'ils se séparent de la société ecclésiastique. Ce que nous venons de dire nous permet déjà de faire une remarque importante. L'exclusion de la véritable Église, conséquence diate du schisme, conséquence plus immédiate encore de l'hérésie, ne résulte pas d'une sentence portée par le pouvoir suprême contre les dissidents; elle est produite par les actes mêmes des héréliques et schismatiques, qui s’excluent de la société fondée par Jésus-Christ, puisqu'ils n'en admettent pas la foi et la doctrine intégrale, puisqu'ils en rejettent l'autorité plutôt que de s'y soumettre. Et c'est pourquoi il n'est pas nécessaire, pour être schismatique, d'exprimer formelle- ment qu'on rejette l'autorité du Saint-Siège « dans une proposition négative adressée au Pape »; un acte suffi, mais à la condition qu'il implique expressément un déni d'autorité, et non pas seulement un refus, plus ou moins exprès, d'obéir à l'exercice de cette autorité dans tel ou tel cas concret. L'Église pourra ensuite prononcer, comme elle le fait, l'excommunication contre les hérétiques et les schisma- tiques, les priver, autant qu'il est en elle, et pour les ramener à ré- sipiscence, de l'usage des biens spirituels dont elle a le dépôt; elle refusera de reconnaître leur juridiction et les privera de toute celle qui serait émanée d'elle-même. Il n'en demeure pas moins vrai que l'exclusion de l'Église résulte, non d’une sentence portée par l'auto- rité ecclésiastique, mais de l'acte même des dissidents. C'est ce qui expliqueces expressions dont se sert parfois le Pape en formulantcer- taines définitions de foi : « Si qui secus ac a Nobis definitum est, quod Deus avertat, præsumpserint corde sentire, ii noverint ac porro sciant se proprio judicio condemnatos, naufragium circa fidem pas- sos esse, et ab unitate Ecclesiæ defecisse » |Bulle Jneffabilis Deus, por- tant définition dogmatique de l'Immaculée Conception.) Le rôle de l'au- torité ecclésiastique consiste donc seulement à constater, à condam- ner le schisme ou l'hérésie, à déclarer que les hérétiques et schisma- tiques se sont exclus de Ja véritable société de Jésus-Christ. L'excom- munication vient ensuite, formellement prononcée, bien qu'on puisse dire qu'elle résulte déjà des actes par lesquels les dissidents se sont retirés de l'Église. Par conséquent, les défants, irrémédiables ou non, de la juridiction des Églises hérétiques et schismatiques dérivent bien plutôt de l'hé- résie et du schisme que de l'excommunication prononcée contre elles. Si tout hérétique, tout schismatique est excommunié, tout excommu- nié n'est pas hérétique ni schismatique. L'excommunié ne cesse pas ipso facto d'être membre de la véritable Église; c'est un membre malade, un membre rebelle ou coupable, contre lequel la société est obligée de sévir, tant pour le punir que pour le corriger, mais à qui elle restituera le plein usage des biens spirituels dès qu'il se sera PRIMAUTÉ, SCWISME ET AURIDICTION 467
soumis ou corrigé, dès qu'il aura obéi à ce que l'autorité lui demande. Car enfin, que lui manquerait-il pour être dans la véritable Église, s’il en admet toute la foi et toute i'autorité? Sans doute, sa situation y est irrégulière, il ne peut prendre part aux actes de la vie spirituelle de l'Église, à peu près comme le prisonnier qui estexclu de la société de ses concitoyens; mais il dépend de lui, moyennant l'obéissance el une satisfaction proportionnée, de reprendre sa place et de retrouver le plein exercice de tous ses droits. « Censura, dit le cardinal D'Annibale, est pæna medicinalis qua Christiano delinquenti et contumaci usus quorumdam bonorum spiritualium aufertur. » Et il ajoute : « Non ipsa bona spiritualia adimit reis, sedusum eorum lantum, quoad resipuerint. » (Summula, 1, n. 324.) Parlant des effets de la censure, l'éminent auteur s'exprime en ces termes : « Censuræ adi- munt wsum bonorum spiritualium : non omnium quidem, sed eorum quecommunione fidelium (adeoque Ecclesiæ dispensatione) sive exter- masive interna conlinentur et præterea clericis quæ sunt clericorum propria. El excommunicatio quidem omnia prorsus adimit; interdic- lum et suspensio aliqua tantum. » (Zbid., n. 332.) Quant aux effets de l'excommunication relativement aux clercs, les voici résumés dans ce style nerveux qui est si remarquable chez le cardinal D'Annibale : « Excommunicalio interdicit clericis ordine el jurisdictione. Verum jurisdictionem non adimit nisi vitandis. Sed valent quæ ab eis gesta sunt; ea tantum sunt irrila quæ vilandus facit nomine Ecclesiæ, vel ex polestale jurisdictionis; nisi forte Ecclesia eam suppleat, ut alias, propler errorem communem. » (/bid., n. 358.) Encore faut-il remar- quer que certains usages de la juridiction, au sens large, peuvent être permis à l'excommunié, de par une disposition expresse de la loi; c'est ainsi que les cardinaux excommuniés peuvent prendre part à l'élection du Souverain Ponlife, exception qui semblait étrange à Ucalégon, mais qui se justifie pleinement par l'intérêt supérieur qui s'attache à l'élection du Pape. Tout cela prouve que, dans les trois exemples signalés par M. Bay- field Roberts (les Quartodécimans, l'affaire de saint Cyprien et le schisme de Meletius), quand même on admettrait que la rupture de communion d'avec le pape ait été une véritable excommunicalion, n les Quartodécimans, ni saint Cyprien, ni Meletius, ni leurs adhé- rents n'auraient cessé de faire partie de l'Église; ou du moins, s'ils avaient cessé d'être membres du corps visible de la véritable Église, ç'aurait été parce qu'ils auraient été schismaliques et non en vertu de l'excommunicalion. J'ai mis à dessein les choses au pire, en raisonnant comme si le Pape, en séparant certains évêques de sa communion, dans ces fails el d'autres que nous ont conser- vés les anciens historiens de l'Église, avait vraiment voulu les excommunier, au sens que ce mot a pris dans la suite. J'ai voulu 168 REVUE ANGLO-ROMAINE
ainsi m'éviter l'obligation d'étudier ‘cette question, aussi diMeile qu'intéressante, à savoir : quelles étaient, aux premiers siècles, la si- gnification et la portée exactes de cette interruption de communion que les papes prononçaient contre certains évêques? Je n'aurais pas voulu que mon raisonnement ft atteint par l'incertitude de ma réponse. À dire vrai, je ne crois pas que celte rupture de communion ft, par elle-même et toujours, une véritable excommunication; verrais plutôt une expression du mécontentement du pape, une mesure destinée à faire réfléchir les opposants et à les ramener à l'obéissance sur la décision qu'ils ne voulaient pas accepter. Quoi qu'il en soit, je puis conclure que, quand même cette mesure assez mal définie aurait eu la valeur d'une excommunication, au sens plus ré- cent du mot, les opposants n'auraient pas cessé d'appartenir à la véritable Église, bien que le devoir de l'obéissance fût devenu pour eux plus exprès et plus impérieux. Mais saint Cyprien, Meletius et les Quartodécimans auraient cessé d'être membres de l'Église, s'ils avaient été schismatiques, au vrai sens du mot. C'est incontestable. Or, dit M. Bayfleld Roberts, ils ‘étaient véritablement schismatiques, puisqu'ils n'étaient pas en com- munion avec le pape, et qu'en n'acceplant pas des décisions émanées de lui, ils niaient l'autorité du Saint-Siège. Et cependant le schisme de Meletius, comme l'affaire de saint Cyprien et celle des Quartodé- cimans, « prit fin sans que personne ait cessé d'être membre du corps visible de l'Église, sans aucune réconciliation expresse, et sans légi- timation subséquente des actes de juridiction accomplis pendant la durée du schisme ». Je réponds que dans l'affaire de Meletius, pas plus que dans les autres, il n'y eut schisme formel, j'entends par rapport à l'Église entière, à la société ecclésiastique chrétienne. En parlant ainsi, je ne songe pas à nier qu'il y ait eu un schisme, ès long et très regrettable, à Antioche; je ne prétends aucunement que les deux partis fussent également légitimes; je n'hésite même pas à qualifier de schisme cette longue division des orthodoxes d'Antioche en deux communautés, division qui s'est prolongée pen- dant un demi-siècle. Il résulte cependant, à ce qu'il me semble, des explications données plus haut sur les caractéristiques du schisme, que ni les Mélétiens ni les Pauliniens ne s'exclurent eux-mêmes, par la négation de l'autorité ecclésiastique légitime, du corps visible de l'Église. Sans doute leur situation était irrégulière, contraire à la loi de la société chrétienne qui n'admet qu'un seul évêque sur chaque siège; mais enfin, les uns et les autres faisaient profession de la foi orthodoxe; les uns et les autres entendaient bien rester unis à l'Église entière et se rattachaient le plus possible au corps épiscopal. Je ne vois pas là cette séparation de la société ecclésiastique néces- saire pour constituer le schisme formel, qui exclut de la véritable PRIMAUTÉ, SCDISME ET AURIDICTION | 169
Église ceux qui rejettent son autorité. Il s'est produit, au cours des siècles, bien des élections épiscopales controversées; à Rome sur- tout, on a pu voir bien des antipapes; une fois même, l'Occident chrétien a été séparé en deux obédiences et les électeurs de chaque parti ont prolongé le schisme en donnant des successeurs à chacun des deux premiers compétiteurs; mais, bien que cette division de la chrétienté fût déplorable et qu'elle ait causé de grands maux à l'Église, bien qu'elle mérite son nom de « grand schisme », cepen- dant je n'y trouve pas davantage l'élément constitutif du schisme formel, c'est-à-dire le rejet de l'autorité légitime de la société chré- tienne. On est schismatique quand on se soustrait à l'obédience du pape légitimement élu; mais quand on discute sur le fait de l'élec- tion légitime de deux compétiteurs au même siège, on ne rejette pas l'autorité de l'Église; on cherche, de fait, en qui elle réside. Et c'est pourquoi il n'y a pas eu, durant le grand schisme, deux Églises légi- limes, mais deux obédiences dans la seule et unique Église. Sans doute, l'une des élections était nulle, peu importe laquelle, pour notre sujet; sans doute encore, c'était pour tous, y compris les deux compétiteurs, une obligation étroite de travailler au rétablissement de l'unité du pontificat; mais enfin, ceux qui, de part et d'autre, élaient persuadés qu'ils appartenaient à l'obédience du pape légi- lime, n'étaient pas formellement schismaliques; ils n'étaient pas exclus de la véritable et unique Église. Tel fut aussi le cas pour Antioche; chacun des deux compétiteurs se regardait comme le véritable évêque de ce siège; l'un des deux avait tort, sans doute; l'intervention du pape en faveur de Paulin ne constituait pas les Mélétiens en état de schisme à l'égard de l'Église entière : car, à supposer même que le pape ait voulu excommunier Melelius et ses partisans, la résistance à un acte de l'autorité n'implique pas nécessairement le rejet de cette autorité, d'autant qu'il s'agissait d'une question de fait assez épineuse, aulant que nous pouvons en juger.
De plus, est-il bien certain que la cessation du schisme d'Antioche ait eu lieu sans ratification des actes de la juridiction, sans réconci- liation. jene dis pas avec le Pape, —celan'était pas nécessaire dans un schisme local — mais entre les deux fractions de l'Église d'Antioche? Telle n'est pas au reste la pensée de M. Bayfield Roberts; il ne veut pas dire que le schisme mélélien ait cessé sans réconciliation for- melle entre les deux partis; mais, supposant que Meletius et ses partisans étaient schismaliques par rapport au pape, il conslate que le pape n'est pas intervenu pour ratifier les actes de juridiction accom- plis pendant le schisme et qu'il n'y a paseu de réconciliation expresse avec lui. Cela s'explique aisément, puisqu'il ne s'agissait ‘que d'un schisme local,d'unediscussion de fail,non d'une négation de principe. 470 REVUE ANGLO-ROMAINE
Il me parait inuule de faire l'application de cette même théorie aux deux autres faits rappelés par M. Bayfield Roberts, l'affaire des Quartodécimans, que le pape Victor menaça de retrancher ou même retrancha de sa communion; la querelle relative au baplème des hérétiques, dans laquelle le Pape Élienne agit de même à l'égard de saint Cyprien et de Firmilien de Cappadoce. Il n'y eut pas séparation de l'Église; il n’y eut pas schisme formel; la réconciliation ne pou- vait être autre chose que la cessalion de la résistance, et il n'était aucunement besoin de revalider des actes de juridiction. Je rappelle encore que le schisme formel ne se présentait pas, dans les premiers siècles, sous une forme absolument semblable à celle qu'il affecta plus tard et qu'il affecte aujourd'hui. Mais alors, pourra-t-on me demander, quelle est donc la situation, par rapport à l'Église, des hérétiques et des schismatiques? Ne font- ils aucunement partie du corps visible de l'Église? La réponse me paraît résulter de lout ce que j'ai dit à différentes reprises : Non, les schismatiques, et à plus forte raison les hérétiques,ne font pas partie de la vraie société ecclésiastique, ils se sont exclus eux-mêmes de l'unité; c'est ce qui résulle de la définition même du schisme et de l'hé- résie, Mais en s'éloignant plus ou moinsdu bercail, ilsn'ont pas entendu renoncer entièrement à leur qualité de chrétiens; ils ont gardé une part plus ou moins considérable de l'héritage chrétien: la foi plus ou moins intégrale, la vie chrétienne plus ou moins active, les sacre- ments et autres moyens de sanclification plus ou moins intacts, l'organisation sociale chrétienne plus ou moins conforme àcelle de la véritable Église. Ils sont hors du bercail, mais ils sont encore des brebis du Christ, dont ils portent le signe indélébile reçu au saint baptême; ils ont plus ou moins de chemin à faire, plus ou moins d'obstacles à surmonter pour reprendre leur place au bercail, sous la houlette de l'unique souverain pasteur. Celui-ci les appelle et les invite, au nom de toute l'Église dont il est le chef, au nom même du Christ dont il est le vicaire : les brebis égarées resteraient-elles toujours insensibles à La voix du bon Pasteur ? Et e'est ainsi que nos loyales discussions nous remêneront toujours au même point, l'unité de l'Église, si expressément recommandée par Notre-Seigneur: unité de foi, unité de vie, unité de gouverne- ment; et, comme cette triple unité est exprimée et maintenue par l'unité de pouvoir en la personne du successeur de saint Pierre, chef de l'Église, pasteur des agneaux et des brebis, nous serons aussitôt ramenés à la question capitale de la soumission au pouvoir suprême du Pape. Quel est ce pouvoir, je me suis efforcé de le dire: c'est le pouvoir même de l'Église entière, exercé per le chef aussi pleine- ment, aussi intégralement que par lous les membres unis à lui. L'hé et le schisme impliquent d'eux-mêmes l'exclusion de PRIMAUTÉ, SCIISME ET JURIDICTION ia l'Église, la première plus complètement, parce qu'elle atteint la foi, le second à un degré moindre, car il se borne théoriquement au rejet de l'autorité souveraine dans la société ecclésiastique. L'excommuni- cation, censure strictement déterminée, prive l'excommunié de l'usage des biens spirituels que lui procure sa parlicipation à la véri- table Église; elle ne l'en exclut pas; elle peut servir à réprimer et à corriger des excès, des faules, commis dans la véritable Église, à ramener à l'obéissance ceux qui, sans nier l'autorité suprême, résis- ten à certaines de ses décisions; Lel est le sens des ruptures de com- munion que nous voyons pratiquées dans l'antiquité, et qui ne cons- litusient pas nécessairement les résistants en état de schisme avec le Pape et avec l'Église. Ah! plût à Dieu que la rupture entre l'Église d'Angleterre et l'Église romaine ne fût pas autre chose que les différends rappelés par M. Bayfield Roberts, et pût se terminer aussi facilement! Car alors, les membres de cette Église ne seraient pas sortis du bercail. Mais déjà ils sentent la nécessité de rétablir l'union et de revenir à l'unité; ils se rendent si bien comple de ce besoin de l'unité qu'ils s'imaginent re Église catholique dans laquelle Romains, Grecs orthodoxes et Anglicans pourraient prendre place an même litre, Sans voir combien factice est cette unilé qui n'exige ni l'absolue iden- tité de foi, ni un pouvoir véritable reconnu par tous. Mais enfin ils sont sur fa voie. Que Dieu rende ces aspirations toujours plus ardentes et plus efficaces: « Qui aspirando prævenit etiam adjuvando prosequatur. »
A. Bounixhox.
CHRONIQUE
Les ordinations anglicanes et les conversions indivi- duelles. — Les noms de Newman, de Manning, de Faber, de Ward et bien d'autres excitèrent dans l'Église entière un véritable enthou- siasme, il y a cinquante ans environ. Newman en particulier, le plus célèbre des « tractariens », réjouit Lous les cœurs catholiques quand il abandonna l'Église anglicane et passa dans l'Église romaine. on seulement la conquête était belle parl'acquisition d'une si grande âme et d'un si beau génie, par le rude coup porté à l'anglicanisme, mais elle était belle surtout parce qu'on aimait à voir en elle l'heu- reux présage el comme l'aurore radieuse de la conversion de l'An- glelerre. Les commencements parurent justifier ces espérances. Des hommes du plus grand talent, de la plus pure vertu, vinrent à nous. Un mo- ment l'Église anglicane parut osciller sur ses bases, émue par des abandons dont l'éclat troublait bien des âmes. Mais bientôt le nombre des conversions diminua, et l'Église d'Angleterre reprit sa marche isolée sous l'impulsion que le mouvement d'Oxford lui avait imprimée. « La conversion du cardinal Newman !, dit un éminent catholique anglais, et celles qui l'ont suivie, loin deparalyser l'Église anglicane, semblent l'avoir poussée quelque lemps après à de nouveaux efforts. Non seulement la construction et la restauration des églises ont continué avec une ardeur qui ne s'est pas ralentie, mais de nouveaux évéchés ont été créés et dotés. Bien que beaucoup de ses jeunes membres aient abandonné toute croyance en la révélation, le nombre de ceux qui s'intéressent activement à son service, hommes et femmes, paraît aller en augmentant. Ainsi, pour une église qui avait, en 1844, des offices solennels, il y en a maintenant au moins cinquante. Il y a quarante ans nous catholiques, nous formions un petit corps ayant un culte d'une solennité sans rivale au milieu d'une communauté, dont le culte offrait le caractère le plus nu et le plus répulsif, tandis que maintenant nous sommes environnés d'églises dont les cérémonies, si l'on en croit un grand nombre de personnes de tout rang, sont plus pieuses et plus attrayantes que les cérémo- nies de quelques-unes de nos églises. Chez les anglicans, l'attache- ment pour leurs offices s'est grandement accru, avec leur beauté. Leur Prayer Book, vraiment admirable à tant d'égerds, bien que se ressentant des erreurs de la doctrine, est surtout la reproduction de l'antique liturgie catholique revêtue de la forme la plus noble et la plus magnifique de la langue anglaise. » Il ne saurait y avoir à ce sujet le moindre doute. L'Église angli- cane est plus forte que jamais, parce que plus que jamais elle saisit les âmes par une profession plus ouverte et plus accentuée de la doc- trine sacramentelle et par les splendeurs du culte. Pour les conversions..., « les événements ne suivaient pas leur cours normal. D'illustres converlis imilaienl encore en assez grand nombre l'exemple du D Newman, mais il ne se produisait rien de pareil à ce
1 The Conversion of England by Saiwr Gxoros Mivarr, Dublin Review.(July, 1884.) CHRONIQUE 173
vaste mouvement de soumission empressée qu'on avait vu aupara- vant. Chaque année, le nombre des conversions remarquables dimi- nuait. Peuà peu nous fûmes obligés de subir cette conviction décou- rageante, mais de plus en plus impossible à repousser, que la con- version de l'Angleterre était une œuvre réservée à un avenir plus lointain. Une ou plusieurs causes inconnues empéchaient, d'une manière manifeste, le développement des conséquences que la Provi- dence paraissait devoir faire découler d'antécédents si pleins d'espoir. Depuis lors, à mesure que les années se succédèrent, nos premières espérances si vives parurent s'évanouir, et leur prompte réalisation est devenue de moins en moins probable. « Nos progrès sont bien différents de ce que nous avions autrefois espéré, et il y a des mécomptes Lrès sérieux au sujet de notre prospé- rité. I! serait bon de le reconnaitre au lieu de rester dans les limbes de la vanité, passant notre temps à nous louer entre nous et à déprécier les autres, comme si nous faisions partie d'une société d'admiration mutuelle, L'Eglise anglicane, spécialement son haut clergé, est souvent l'objet de sarcasmes et'de railleries aussi dépla- cées qu'injustes. Ses fautes el ses oublis devraient sans doute être fidèlement relevés, mais dans un esprit de charité et de sympatl pour des hommes dont plusieurs mènent une vie si pieuse et s exemplaire. » Nous empruntons ces passages à un écrivain catholique qui a exprimé ses sentiments dans la Dublin Review, dont les opinions son‘ connues. Ainsi le mouvement des conversions individuelles s'est ralenti et la force de l'Église anglicane a augmenté. Il serait intéres- sant de rechercher les causes de ces différents phénomènes, mais cela nous éloignerait Lrop de notre sujet spécial. La question des ordinations anglicanes a exercé très peu d'in- fluence sur les conversions, principalement dans les classes élevées. Si tant d'âmes sont venues à nous, ce n'est pas parce qu'elles ont douté de la hiérarchie anglicane. Elles sont venues découragées par le triste état de leur Église au qoint de vue de la discipline, au point de vue d’une liberté dans les doctrines qu'elles ont jugée abusive, effräyées de la faiblesse de l'autorité, convaincues qu'elles trouve raient au centre de l'unité l'idéal de doctrine et de perfection après lequel elles soupiraient. La plupart des convertis, en particulier ceux qui appartenaient au mouvement d'Oxford, ne doutaient ni de leurs sacrements ni de leurs ordres. Leurs doutes à ce sujet, quand ils en ont eu, se sont produits après leur conversion. Et cela se com- prend aisément. Ces conversions ne sont pas le résultat de contro- verses. Les catholiques ne peuvent guère s'en attribuer ni la gloire ni le mérite. Elles ont eu lieu,la pluparl du temps,en dehors de leur action, par le travail intérieur des âmes éprises de perfection chré- lienne, par une étude des principes de l'Église anglicane, faite soli- lairement, qui, de déduction en déduction, a conduil ces âmes à l'Église catholique. Chez tous les anglicans, on estime que la con- duite de l'Église catholique à l'égard de leur hiérarchie a été mal com- prise au fond, el que pour défendre celte conduite, les catholiques anglais ont recours à tous les moyens. Il faut bien ajouter que certains catholiques n'agissent vraiment pas de manière à convertir par leur façon de discuter sur la vali- dité des ordinations anglicanes. Ainsi, je viens de recevoir un livre AT REVUE ANGLO-ROMAINE
intitulé « Les Ordres anglicans sont-ils valides? » qui, assurément, ne converlira pas un anglican lant soit peu instruit. La chose vaut qu'on s'y arrête. L'auteur professe sur la matière et la forme du sacrement de l'Ordre les opinions les plus fantaisistes. 11 serait trop long de le suivre sur ce lerrain, voyons simplement ce qu'il dit sur les faits historiques. Nous trouverons là un spécimen de ses procédés bien suffisant pour les faire apprécier. Voici, par exemple, comment il expose (p. 42), les Raisons qui re- dent sérieusement douteux le fait de la ration de Parker. « À cette époque, dit-il, en 1559, et depuis plusieurs années, le docteur Richard Creagh, prima de loute l'Irlande, mourait sur le plan- cher humide de la Tour de Londres à cause de sa fidélitéà la foi que saint Patrice avait implantée dans sa vieille patrie. Une tradition rapporte qu'on lui demand le service d'être consécratenr et qu'en retour on lui donnerait la liberté. Mais le saint martyr, redressant son corps amaigri dans son obseur cachot, écouta avec impatience le message doré tandis que l'enchanteur l'exposait. Puis, tremblant d'indignation en tous ses membres, il montra la porte et commanda au messager de la reine de sortir. Ceux qui connaissaient Lout cela regardaient la consécration secrète de Parker comme un mensonge, et ils furent confirmés par un rapport détaillé de la consécration qui était donné comme venant d'un témoin oculaire. Ce rapport élail contenu dans une brochure publiée à Anvers par un nommé John Hollywood. » Suit la Fable de la Taverne, avec quelques variantes dues à l'ima- gination définitivement bien fertile de l'auteur. Puis il continue : « Ce récit élant ce qu'on attendait en général surtout chez les catholiques, il fut reçu sans hésitation... Telle était l'accusation lancée par un luder catholique contemporain au nom de ses coreli- gionnaires. Si elle n'avait pas eu de fondement rien n'aurait été plus facile que de le prouver, pendant que les faits étaient encore présents dans la mémoire de tous. Cependant les années passèrent et aucune réponse ne fut donnée, excepté le silence proverbial qui consent. Enfin, en 1613, après un intervalle de plus d'un demi-siècle, le registre de Lambeth fut déterré. » Assez. mais reprenons un peu cette fantasmagorie. 4° Depuis plusieurs années, en 1539, le docteur Richard Creagh se mourait sur le plancher humide de la Tour de Londres. Comme la reine Marie, la catholique ardente,est morte en 1538, il suitde laque le imat d'Irlande a été mis en d n en raison de ses croyances catholiques par la reine Marie. On l'ignorait généralement. 2° Le D'Creagh aurait refusé dese vendre et de sacrer Parker en 1559. Il est vraiment dommage que le D' Creagh n'ait été fait évêque qu'en 4864, quatre ans et demi après le sacre de Parker (Cf. Mazière Brady, Lrès savant catholique Irlandais. Æpiseopal Succession, L. 1, p. 220.) 3° La Fable de lu Taverne publiée par un leader catholique « pen- dant que les faits étaient encore dans la mémoire de tous, » fut reçue par un silence qui équivaut au consentement.
! Are anglican orders valid, by 3. Mac Devirr, D. D., for many years Pro- feuor of Écelesiastical Hislory, ete. Dublin, Sealy,' Breyers and Walker. — 1896 — avec l'imprimatur de l'archevéque de Dublin. LIVRES ET REVUES ELE
En réalité la Fable de la Taverne fut publiée pour la première fois en 1604, c'est-à-dire quarante-cinq ans après le sacre de Parker. Et Mason, en 4643, la réfuta dans un grand ouvrage où il donnait le registre de Lambeth. Cela suffit. Un livre pareil n'opérera certainement pas de conversions parmi les anglicans instruits. Chez eux, s'ils le lisent, l'effet sera déplora- ble pour la science et la bonne foi de l'auteur. Et si des ignorants se convertissaient, convaincus par de telsargu- ments, croit-on que les anglicans instruits n'accuseraient pas Îes catholiques de sé servir de tous les moyens pour arriver à leurs ns ? -
Leur estime à notre égard en serait diminuée, et au lieu de venir vers nous, ils s'en éloigneraient au nom de l'honnêteté naturelle et de la justice. La controverse sur les ordres n'a donc pas eu ct ne pouvait pas avoir une influence favorable sur les conversions qui se sont pro- duies en Angleterre. On doit même dire que par sa nature et par la manière dont elle a été généralement menée autrefois. elle a constitué un obstacle sérieux aux conversions individuelles comme à l'union en corps. — F. P. Nos Documents. — Nous lerminons aujourd'hui la publication de l'Office de la Communion, tel qu'il se trouve dans Le Prayer Book actuellement en usage dans l'Église d'Angleterre, el nous commen- Sous la publication du même OMce d'après le premier Prager Book d'Édouard VI. Nous donnerons ensuite la concordance des diverses éditions du Prayer Book, indiquant les changements opérés.
LIVRES ET REVUES
DE axwOMATE otre Ecclesiam nulla salus DISSERTATIO TUEOLOGICA, par le R. P. Edmond Dublanchy, de la Société de Marie; in-8°de 442 pp. Voici un livre qui nous vient d'Amérique. Il esl vrai qu'il a été imprimé en France, mais c'est une thèse de doctorat en théologie présentée à la jeune université catholique de Washington. Le sujel est on ne peut plus intéressant. Que de discussions n'a-t-il pas sou- levées? Les oreilles rativnalistes en sont scandalisées, el l'on ne se gène pas pour taxer d'horrible cruauté ce dogme catholique. Les théologiens catholiques, à leur tour, ont élé assez embarrassés pour préciser la vraie signification et la portée de cet axiome. N'aurions- nous qe cela, c'en serait assez pour nous porter à féliciter chaude ment le R. P. Dublanchy d’avoir résolument abordé cette question. Il ne nous coûte guère de reconnaitre, avec la meilleure bonne foi, que l'ouvrage est frès travaillé. Bien plus, nous avouons que l'auteur n'a pas traité d'une main légère un si grave sujet. 11 l'a approfondi el a su condenser tout ce qui était de nature à éclaircir celle vbscure question. En somme, dans l'ensemble, c'est une monographie très étudiée, Au point de vue de la richesse de la documentalion (par indication) et de l'abondance des preuves, nous doutons fort qu'il 176 REVUE ANGLO-ROMAINE
laisse quelque chose à faire aux théologiens de l'avenir. Nous félici- tons donc le jeune docteur de nousavoir donné un bon et solide livre, Cependan, à côté de ces mérites indéniables, nous ne pouvons pas passer sous silence certains défauts, à notre avis, assez apparents. L'ouvrage est divisé en trois parties. Dans la première on cherche à savoir # Dieu veut sincèrement L salut de tous les hommes sans aucune exception. — La dernière détermine les conditions absolument requises de La part de Dieu pour que L'homme obtienne le salut. — Le troisième traite de la nécessité d’appartenir à l'Église pour arriver au salut. — Or, dois-je le dire? Ce sujet est Lrop vaste et pas assez spécialisé pour constituer la matière d'une thèse. Les première et deuxième parties sont empruntées à différents traités théologiques et n'ont presque rien à faire avec le sujet en question ; on surait pu les omettre avec avan- tage. Il est facile, en élargissant outre mesure son cadre, d'écrire un ouvrage de 442 pages; mais l'exactitude du sujet y perd : ce qu'on gagne peut-être en ampleur on le perd en précision et on n'écrit plus une monographie. Je sais bien que toutes les parties de la théologie se tiennent et que l'on glisse presque insensiblement de l'une à l'autre. Elles sont comme les anneaux d'une chaine. Toutefois, quoique étroi- tement soudées les unes aux autres, elles n'en restent pas moins distinctes. L'enchaînement n'est pas la confusion et encore moins l'absorption. La documentation est, chose bizarre, à la fois et trop riche et trop peuvra. Elle es 1rop riche, ni l'on regarde au bas des pags : les rene vois sont innombrables ;’elle est trop pauvre à un double point de vue. Premièrement sous le rapport des citations. Pourquoi dans une thèse, où l'on cherche tant aujourd'hui l'exactitude, ne pas citer un certain nombre, un assez grand nombre de textes, au lieu d'indiquer simplement les’ sources? — En second lieu, parmi ces nombreuses références, beaucoup nous renvoient à des’ auteurs grecs. Or, j'ai beau parcourir l'ouvrage, je ne trouve nulle part un texte grec. À une époque où l'on a le culte du document, quelques citations grecques n'auraient pas, je pense, déparé ces pages. On dirait vraiment qu'on a horreur de ‘la production des documents, et, par-dessus tout, de la langue grecque. Cependant, on ne peut ignorer que la critique est exigeante jusqu'à la sévérité pour ce qui a trait aux références. Signalerai-je également un défaut dans la forme ou l'allure de l'ouvrage? — Ce livre a plutôt l'air d'un traité que d'une thèse. La marche n'est pas assez légère et dégagée pour convenir à une thèse; elle est trop didactique. Quand on a parcouru l'ouvrage, on en garde l'impression d'un cours fait par un professeur à ses élèves : la phy- sionomie d'une thèse est ce qui parait le moins. IL ne faudrait pas cependant trop s'étonner de ces quelques imper- fections. Elles sont presque inévitables dans une thèse. Tous ceux qui ont passé par là savent à quoi s'en tenir. Dieu sait les difficultés que rencontre un jeune étudiant quand il a une thèse à composer, Il est encore inexpérimenté dans l'art d'écrire : il est très embarrassé sur le choix du sujet, sur la manière de le présenter. Presque tout le décourage. Pourvu que l'on tienne compte des difficultés semées sur la route d'un débutant, on n'aura aucune peine à reconnaitre qu'un livre, assez médiocre pour un homme rompu à l'art de la composi- Lion, peut être un chef-d'œuvre pour un /hésiste. — V. Ewon. DOCUMENTS
ORDO ADMINISTRANDI CŒNAM DOMINICAM
SE
SACRAM COMMUNIONEM
(Seite)
PRÆFATIONES PROPRIÆ.
In Die Nativitatis Domini, et septem diebus sequentibus.
Qu dedisti Jesum Christum, Filium tuum unicum, ut hoc tem- pore pro nobis nasceretur : qui, operante Spiritu Sancto, verus Homo factus est ex substantia Virginis Mariæ matris suæ, idque sine labe peccali, ut nos ab omni peccato mundaret. Et ideo cum Angelis, &c.
In die Paschie, el septem diebus sequentibus.
Sko te potissimum prædicare, propter Resurrectionem gloriosam Fil tui Jesu Christi Domini nostri : Ipse enim verus est Agnus Pas- chalis, qui pro nobis immolatus abstulit peccata mundi, qui mortem nostram moriendo destruxit, et vitam resurgendo nobis æternam reparavit. Etideo cum Angelis, &c.
In Die Ascensionis Domini, el septem diabus sequentibus.
ium Luum Jesum Christum Dominum n08-
trum; qui post gloriosissimam Resurrectionem suam omnibus Apos- ‘olis suis manifestus appuruit, e ipsis cernentibus est elevatu celum, ut pararet nobis locum: ut ubiipse est, eo et nos ascendere- mus, et cum ipso in gloria regnaremus. Et ideo cum Angelis, &c.
In Dis Pentecosles, et sex diebus sequentibus.
Pen Jesum Christum Dominum nostrum; secundum cujus veracem promissionem Spiritus Sanctus hoc tempore, facto repente sono lan- REVUE ANOLO-ROMAINE, — Te 11. — 12 178 RÉVUE ANGLO-ROMAINE
quam advenientis spiritus vehementis, de cœlo in similitudine lin- guarum tanquam ignis, in Apostolos descendit, ut eos doceret,el in omnem veritatem duceret : quibus etiam contulit et diversarum donum linguarum, et forlitudinem qua cum ferventi zelo omnes gentes constanter evangelizarent : quo factum est ut nos ex tene- bris erroris in claram lucem et veram cognitionem tui, et Fili tui Jesu Christi, educti essemus Et ideo cum Angelis. &c.
In Foto tantum SS. Trinitatis.
Qui unus est Deus, unus es Dominus; non in unius singularitals Personæ, sed in unius Trinitate Substantiæ. Quod enim de Patris glorie credimus, hoc de Filio, hoc Spiritu Sancto, sine differentia discretionis sentimus. Et ideo cum Angelis, &c.
Quarum post singulam Præfationum statim cantatur vel dicalur,
Er ideo cum Angelis et Archangelis, cumque omni militia cæœlestis exercitus, Nomen tuum laudemus, et hymaum gloriæ tuæ canimus, sine fine dicentes, Sancrus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth, Pleni sunt cœli etterra gloria tua : Gloria tibi, Domine altissime. Amen.
Deinde Sacerdos, a Mensam Dominicam gemuflezus, hanc sequentem dicat Orationem nomine eorum omnsum qui communicare volunt.
Nox justitiæ nostræ, misericors Domine, sed multitudinis magna- rum miserationum tuarum fiducia, ad hane Mensam tuam accedere audemus. Non sumus digni qui vel micas sub Mensa tua colligamus. Tu autem idem ille es Dominus, cui proprium est semper misereri: Tribuas igitur nobis, benigne Domine, Carnem dilecti Filii tui Jesu Christi ita manducare, et Sanguinem ejus bibere, ut corpora nostra immunda per Corpus ejus mundentur, et animæ per pretiosissimum ejus Sanguinem laventur, et nos perpetuo habitemus in eo et ipse in nobis. Amen.
Cum Sacerdos, atans ants Mensam, sta Panem et Vinum disposuit ui promp- Hius el décentius coram populo Panem frangers, et in manus suas Caliemm accipers possit, dicat Oralionem Consecralionis, ut sequitur.
Oumporens Deus, Pater noster ceelestis, qui pro misericordiæ tue pietate unicum Filium tuum Jesum Christum dedisti, ut mortem in Gruce pro nostra redemptione pateretur; qui ibi (unica sui ipsius oblatione semel facta\ plenum, perfectum, et suficiens sacrificium, oblationem, etsatisfactionem pro totius mundi peccatis fecit; et ins- tituit, et in sancto Evangelio suo nobis præcepit observare, pretiosæ mortis illius memoriam, usque dum rediret, perpetuam : Exaudi nos, misericors Pater, supplices te rogamus : et concede ut nos has cres- turas tuas panis et vini, secundum sanctam Filii tui Jesu Christi Sal- vatoris nostri institutionem, in morlis et passionis ejus memoriam, percipientes participes simus beatissimi Corporis et Sanguinis ejus: ORDO SACRÆ COMMUNIONIS 479
Qui, in qua nocte tradebatur, (His Sacerdos in manus suas accipiat Pate na :) accepit Panem; EL tibi gratias agens, (Hi frangat Panem :) fregit, deditque discipulis suis, dicens, Accipite, et manducate. (Hi omni Pani manum imponat :; Hoc est enim Corpus meum, quod pro vobis datur : Hoc facile in meam commemorationem, Simili modo posleaquam cœnatum est, accipiens (Aic in manum suam Calicem acci- piat:) Calicem; ilem tibi gratias agens, dedit illis, dicens, Bibite ex 60 {Hic manum imponat cuique Vasi, sive Calici sive Lagenæ, quo insit Vini aliquod consecrandi :) Hic est enim Sanguis meus Novi Testament, qui pro vobis et pro mullis effunditur in remissionem peccalorum : Hoc facite, quoliescumque bibelis, in meam commemorationem. Amen.
Deinle Minister Communionem sub utraque specie ipse primus sumat, eam- que poslea Episcopis, Presbyleris, at Diaconis, (si qui adsint,) similiter tra- dat, et postea populo etiam deinceps in manus suas, omnibus humililer genuflzis. El cum alieui Panem tradit, dicat,
Corrs Domini nostri Jesu Christi, quod pro te datum est, custo diat corpus et animam luem in vitam ælernam. Accipe et manduca hoc in memoriam quod Christus mortuus est pro le, et in corde tuo, per fidem, vescere illo cum gratiarum actione.
Et Minister qui alicui Calicem tradit, dicat,
Saxeis Domini nostri Jesu Christi, qui pro te effusus est, custodiat corpus el animam tuam in vitam ælernam. Bibe hoc in memoriam quod Sanguis Chrisli effusus est pro Le, et gratias age.
Seonsumptus fuerit consecratus Panis aut Vinum priusquam omnes com municaverint, Sacerdos plus conserrel secundum formam antea præserip= Lam; incipiens a verbis Christus Salvator nosier in qua nocte trade- batur, &c. ad benedictionem Panis : el « verbis Simili modo postea- quam cœnatum est, &c. al benedictionem Culicis. Cum omnes communécaverint, Minister, al Monsam Dominicam reversus, quod reliquum est Elementorum consecralorum in ea reverenter deponat, &t mundo linteamine rooperiat.
Deinde Sucerdos dicat Orationem Dominicam, populo post eum singulas pelitiones recitante.
Parer nosler, qui es in cœlis, Sanctificelur Nomen tuum. Adveniat regoum tuum. Fiat voluntas tua, Sicut in cœlo, el in lerra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Etdimitte nobis debita nostra, it et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in tentationem : Sed libera nos a malo : Quia tuum est Regnum, Potentia, et Gloria, In sæcula sæculorum. Amen.
Postez dieatur quod sequilur.
Douxe Pater cælestis, nos humiles famuli lui rogainus supplices paternam tuam bonitatem, ut hoc nostrum laudis et gratiarum sacri- 180 REVUE ANGLO-ROMAINE ficium benignus accipias : humillime supplicentes, ul propter meri et mortem Filii tui Jesu Christi, el per fidem in sanguine ipsius, el nos et universa Ecclesia tua peccalorum remissionem el cælera omnia passionis ejus bencficia consequamur. Et hic tibi, Domine. offerimus el exhibemus nosmetipsos, animas et corpora nostra, lb hosliam rationabilem, sanctam, et viventem ; supplices te rogantes, ut quotquet hujus sacræ Communionis participes facti sumus, omni benediclione cælesti et gratia Lua repleamur, EL quamvis propler muliplicia peccata nostra non digni simus, qui ullum sacrificium tibi offeramus, hanc lamen debitam vblationem servitulis nosiræ, non æslimator meriti sed veniæ, quæsumus, largitor accipias; per Jesum Christum Dominum nostrum, per quem el eum quo est libi Deo Patri Omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Sive hic.
Ouxorexs sempiterne Deus, tibi Loto cordis affectu gralias agimus, quia nos hæe sancla Mysteria recte accipientes cibo spirituali prelio- sissini Corporis et Sanguinis Filii Lui Salvaloris nostri Jesu Christi pascere dignalus es; et per hoc nos certiores facere de gralia el boni- late Lua erga nos, el quod sumus vera membra corpori Filii tui mys lico, fidelium omnium beatæ societati, incorporata, et hæredes secun- dum spem ælerni regni lui, propter merita preliosissime mortis el passionis dilecti Filii tui. Teque, culestis Pater, supplices rogamus, ut gratiæ luæ subsidiis adjuti in sancla illa socielate perseveremus, et ca omnia bona faciamus opera, quæ præparasti ut in illis ambu- lemus; per Jesum Christum Dominum nostrum, cui sit tecum, in unilate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria per ommia sæcula sæeulorum. Amen.
Tune dicatur vel cantetur:
Gonta in excelsis Deo, Et in lerra pax hominibus bonæ voluntatis. Laudamus te, Benedicimus te, Adoramus te, Glorificamus te, Gralias agimus tibi propler magnam gloriam luam, Domine Deus, Rex eœlestis, Deus Pater Omnipotens. Domine Fili unigenite, Jesu Christe; Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris, Qui ollis peccala mundi, miserere nobis. Qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Qui tollis peccala mundi, suscipe deprecationem nostram, Qui sedes ad dexteram Palris, miserere nob Quoniam tu solus sanctus, Tu solus Dominus, Tu solus altissimus, Jesu Christe, cum Sanclo Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.
Deinde Sacerdos (sive Episcopus, si adsit) populum hac Benedictione dimitlat.
Pax Dei quæ exsuperat omnem sensum, custodiat corda vestra et intelligentias vestras in scientia et amore Dei, et Fili ejus Jesu ORDO SACRE COMMUNIONIS 4184
Christi Domini nostri : Et benedictio Dei Omnipotentis, Patris, Fili, et Spiritus Sancti sit super vos, et maneat semper vobiscum. Amen.
Orationes, quarum una aut plures his diebus quibus nulla est Communio post Offertorium dicedæ sunt; quæ etiam, quoties occasio erit, post Ora- timem Matulinarum, Vesperarum, Communionis, aut Litaniæ, pro arbi- trio Ministri, divi possunt.
Avssro, Domine, supplicationibus nostris, et viam famulorum tuo- rum in salutis tuæ prosperitate dispone : nt inter omnes viæ et vite hujus varietates, præsenti misericordiæ tuæ semper protegantur auxi- lio; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.
Dmucere et sanctificare et regere dignare, Domine Deus Omnipo- lens et æterne, quæsumus, corda et corpora nostra in lege tua, el in operibus mandatorum tuorum : ut hic et in æternum, te auxiliante, et corpore et anima sani et salvi custodiamur; per Dominun et Sal- vatorem nostrum Jesum Christum. Amen.
Prasta, quæsumus, Omnipotens Deus, ut verba quæ hodie auribus exterius accepimus, ita gratia tua cordibus nostris interius inse- rantur, ut in nobis bonæ vitæ fructum proferant, ad honorem et lau- dem Nominis lui; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.
Acrioxes nostras, quæsumus, Domine, aspirando præveni et adju- vando prosequere; ut euncla noslra operatio a le semper incipiat, et per te cœpta finiatur, quatenus sanctum Nomen tuum glorificemus, et misericordia tua vitam æternam consequamur; per Jesum Chris- tm Dominum nostrum. Amen.
Ouxiorexs Deus, totius sapientiæ fons, cui patet quod opus sit nobis anteaquam petamus, et nostra in petendo ignorantia : Mi rere, quæsumus, infirmitatum nostrarum; et quæ pro indigu nostra petere non audemus, et pro cæcilale nostra non pos nobis propitius concedere digneris, propler dignilatem Christi Domini nostri. Amen.
Ouxorexs Deus, qui in Nomine Filii tui rogantium pelitiones exaudire promisisti; Aures tuas, quæsumus. nobis beniguus inclin qui jam preces et supplicationes nostras eoram le fecimus : el con- cede ut quæ secundum voluntatem tuam fideliter rogavimus. eflica- citer consequamur, ad subsidium necessitalis nostrae et ad illustran- dam gloriam tuam; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.
In Dominicis cæterisque Diebus festis, (si nulle sit Communio.) ea omni diantur quæ in Ordine Communionis præseripta smt, usque ad fine| Orationis Generalis Pro universo statu Ecclesie Christ hic in terra militantis, eu una rel pluribus e Orationibus prorime prerrelentibus. etcum Benedictione ad absolvendum Officium.
Nulla ft celebratio Canæ Dominieæ, nisi conveniens numerus adsit Com- municantium cum Sarerdote, ad ejus arbitrium. 182 REVUE ANGLO-ROMAINE
Item, Si non sint in Parochia plures_ quam viginti personæ pro intelligent édoneæ ad communicandum, non fiat Communio nisi quatuor aut tres minimum, cum Sacerdote communicaturi adsint. tem in Ecclesiis Cathedralibus et Collegiatis, et in Collegis, ubi multi sui Presbyleri et Diacons, omnes una cum Sacardote singulis Dominicis ai minimum communicent, nisi forte justa de causa eorum quispiam impe- diatur.
Jtem. Ut auferatur omnis occasio dissensionis aul superstitionis, quan habeat quisquam vel habers possit de Pane et Vino, sufficiat quod Panis idem sit quo in cibum uli moris eat; sed de oplimo et sincerissimo genere Panis triticei quod convenienter comparari possit.
Lem, Quodeunque Panis et Vini non fuerit consecratum, Parochus in sum usum habeat : siquid aulem consecrati reliquum fuerit, non er Erclesia auferatur, sed statim post Benadictionem Sacerdos, aliique Com- municantes, quotquot ad se voraverit, id reverenter mandurent et bibant. Hem, Panis et Vinum ad Communionis usum a Parocho et Ædilibus. impensis Parochise, comparentur.
Lie sriendtum est, Quod omnés Parochianus ter ad minimum in anno con- munieare debet, et nominatim in tempors Pasrhali. Quo etiam lempore omnis Parochianus cum Persona, Vicario, aut Parocho, aut cum gjus tel eorum Deputato vel Depulatis, rafionem ‘ineat : el omnia Debita ect siaslica, tune emporis prout consuelum est persolrenda, eis vel ei per- solvat.
Peracto Offcio Divine, pecunia ad Offerlorium devola in. bensfcos et pius usus erogetur, prout Ministro et Ædilibus visum fuerit. Qua ën re si «diverse sentiant, erogetur prout Ordinarius præscripserit.
Cum in hoc Ordine Administrandi Cœnam Dominicam præseriptum sit ut genuñlexi eam percipiant Communicantes; (cujus præcepti hoc consilium est, illudque optimum, nempe ad significandum quam humili_gratoque nimo Christi beneficia in ea omnibus digne accipientibus collata agnos- camus, et ad vitandam eam irreverentiam aut confusionem quæ alioquin inter Sacram Communionem exoriri possint :) tamen ne a quibusquam ut ex ignorantia et infrmitate aut ex malitia et pertinacia, ea genuflexe prave intelligatur vel in pejus detorqueatur : Hic declaratur, Nullam per sam vel intendi vel faciendam esse adorationem aut Sacramentalis Panis et Vini ibi corporaliter acceptorum, aut corporalis cujusquam præsentiæ Carnis et Sanguinis naturalium Christi. Sacramentalis enim Panis, et Vinum, in sue proprietate nature vel substantiæ permanent, ideoque ra adorare non licet : id enim idololatria esset, ab omnibus fidelibus Chris- Gianis abominanda, Et Christi Salvatoris nostri naturale Corpus, et San- gui, non bic. sed in cel sunt : naturale enim Christi Corpus in duobus simul locis cousistere. salva ejus veritate, dici non potest. CŒNA DOMINICA ET SACRA COMMUNIO
QUE VULGO NOMINATUR
MISSA'
Quolquot cupiunt participes feri Sacræ Communionis indicent nomina sua Parocho nocte precedente, vel mane, ante inceplas Matutinas, vel statim post Hatutinas. S quis autem eorum fuerit manifeste criminosus et, populus eo offensus fuerit, vel si quis verbis aut faclo provimum injuria afecerit; Parochus adrocet ou et rommomefaciat ne ullo modo ad Mensam Domini prasumat, donec publice professus fuerit se pravam vilam suam revera pænitenter correzisse, et tum populo quem offenderit, tum illis quos injuria uffecerit, satifecisse, vel ad minimum se hoc quam primum commode fieri possit facturum. odem modo eos eliam admoneat Parochus quos inter se simultates et odia habere intalligat; nec 608, donec invicem raconciliatos esse cerlo sciat, per- mitlat Mensæ Domini fieri participes. Quorum #i aller animo lubenti omnem injuriam sibifactam condenare velit, et ipse satisfacere pro eo quod inique fecerit; aller vero, ut cum ilo in gratiam, prout Christianum devet, redeat, non adduci possit, sed in malitia sua perseveret obstinatus : tum Parochus pænitentem admittat ad Sacram Communionem, pertinacen vero ab eudem arreat. In die, et tempore ad Sacram Communionem ministrandam assignato, Sacerdos sacrum ministerium ezsecuturus vestitum induat isti ministra- ini assignatum, id est, Albam candidam simplicem, cum. Vestimento aut Cappa. Et ubi plures adsint Sacerdoles, œut Diaconi, ibi lot in promptu erunt ad Sacerdotem [in ministrando adjuvandum, quot opus erit; qui éliam vestibus suo ministerio assignatis induti erunt, id est Albis el Tunicis. Deinde Clerici cantent Anghcè, pro Officio sive Inh oïtu (quem cocant) Paalmum lé Diri assignatum,
Sacerdos, stans humiliter ante medium Altaris, dicat Orationem Dominscam, cum ista Collecta.
Ouxirorens Deus, cui omne cor patet et omnis voluntas loquitur, et quem nullum latet secretum : Purifica per infusionem Sancti Spi-
: Liturgia prima reformata, anno woxux (Regis Edvardi Seti Secundu Anglice edita. é É 184 REVUE ANGLO-ROMAINE
ritus cogitationes cordis nostri, ut te perfecte diligere, et sanctum Nomen tuum digne laudare mereamur; per Christum Dominum nos- trum. Amen.
Tum dicat Poalmum pro Introité assignatum ; que Psalmo finito, val Sacerdos dicat, vel Clarioi cantant,
Kyrie eleison.
Christe eleison.
Kyrie eleison.
Tum Sacerdo, sians ad Dei Mensam, incipiat,
GLoriA in excelsis Deo. Clerici. Et in terre pax hominibus bone voluntatis. Laudamus te, benedicimus te, adoramus te, glorificamus Le, gra- tias agimus tibi propter magnam gloriam tuem, Domine Deus. Rex cælestis, Deus Pater Omnipotens. Domine, Filii Unigenite, Jesu Christe, Domine De Agaus Dei, Filius Patris, qui tollis peccata mundi, miserere nob qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram. Qui sedes ad dexteram Palris, miserere nobis : quoniam tu solus sanctus, tu solus Dominus. Tu solus altissimus, Jesu Christe, cum Sanclo Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.
Tum Sacerdos convertat 2e ad populum, et dicat,
Dominus vobiscum. Rap. Et cum spiritu tuo.
Sacerdos.
Oremus.
Deinde sequatur Oratio de Die, cum alisra ez hises duabus Orationibus squentibus, pro Rage
Ouporens Deus, cujus regnum est æternum et potentia infinita: Miserere universæ congregationi; et sie dirige cor electi famuli tui Edvardi Sexti, regis et gubernaloris nostri, ut cognoscat se esse ministrum tuum, et ante omnie quæret gloriam et honorem tuum: et ut nos ejus subditi, agnoscentes, ut decel, eum a te habere impe- rium, fideliter ei serviamus, eum honoremus, et ipsi humiliter obse- quamur, in te et propter te, juxta præceptum et ordinationem taam : per Jesuin Christum Dominum nostrum, qui tecum vivit et regnat, in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.
Ouiorens sempiterne Deus, in eujus verbo sancto docemur corda regum in menibus tuis esse gubernande, et a te prout divinæ sapien- liæ Luæ visum sit disponi et inclinari : Supplices te rogamus ut cor Edvardi Sexti famuli tui, regis et gubernatoris nostri, ita disponas et gubernes, utin omnibus suis cogitationibus, verbis, et operibus, CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 185
tuum honorem et gloriam semper quærat, et populum tuum curæ sue commissum in prosperilate, pace, et pielate custodire studeat: Hoc præsta, misericors Pater, propter dilectum Filium tuum Jesum Chrislum Dominum nostrum. Amen.
Finilis Orationibus, Sacerdos, aut iste qui ad hoc nominatur, Epistolam legat in loco ad 1 assiynato, dicens,
Epistola Sancti Pauli, in Capite —— ad —— scripta.
Tum Minister legat Epistolam. Statim post Epistolam finitam, Sacerdos, vel alius quisquam ad Evangelum legendum deputatus, dieat, Sanctum Evangelium, in Capite —— scriplum.
Clerici et populus respondeant,
Gloria tibi, Domine.
Tum Sacerdos aut Diaconus legat Evangelium. Post Evangelium finitum, Sacerdos incipiat,
Caeno in Unum Deum. Clerici cantent reliqua.
Patrem Omnipotentem, Factorem cœli et terræ, Atque visibilium omnium et invisibilium : etin unum Dominum Jesum Christum, Filium Dei unigenitum, Et ex Patre natum ante omnia sæcula, Deum de Deo, Lumen de Lumine, Deum verum de Deo vero, Genitum non factum, Consubstantialem Patri, Per quem omnia facla sunt : Qui propter nos homines, et propter nostram salutem, descendit de cælis, El incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, Et homo factus est. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato. Passus et sepultus est, Et resurrexit lertia die secundum Scripturas, Et ascendit in cœlum, Sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos. Et in Spirilum Sanctum, Dominum et Vivificantem, Qui ex Patre Filioque procedit, Qui cum Patre el Filio simul adoratur et conglori- ficatur, Qui locutus est per Prophelas. Et unam Catholicam et Apos- tolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem pecca- torum, Et exspecto Resurrectionem mortuorum, El vitam venturi sæculi, Amen.
Post Symbolum finitum, sequatur Concio vel Homilia, vel porlio aliqua Homiliæ cujusque, prout posthac divisæ fuerint : in qua nisi populus ad dignam sancti Sacramenti Corporis et Sanguinis Christi Salvaloris nostri participationem fuerit excilatus, Parochus hanc faciat exhortationem eis qui id partivipare in animo habeant.
Vos, dilectissimi in Domino, qui vultis ad sacram Communionem Corporis et Sanguinis Christi Salvaloris nostri accedere, id conside- rare oportet quod Beatus Paulus ad Corinthios scribit, quomodo omes cohortatur, ut prius se diligenter probent et inspiciant quam 186 REVUE ANGLO-ROMAINE de Pane illo edere et de Calice illo bibere audeant. Nam sicut admo- dum salutare est corde vere pænitenti et viva fide sacrosanctum illud percipere Sacramentum : (tune enim Christi Carnem spiritualiter edimus et Sanguinem bibimus; tune in Christo habitamus et Ch: in nobis; unum efficimur cum Christo, et nobiscum Christus ; etiam idem indigne accipientibus grave est periculum. Tunc enim rei eficimur Corporis et Sanguinis Christi Salvatoris nostri; judicium nobis manducamus et bibimus, non dijudicantes Corpus Domini iram Dei contra nos accendimus; provocamus eum ut nos variis morborum mortisque plagis pereutiat. Quare si quis adsit blasphe- mus vel adulter, si malitiæ, vel invidiæ, vel alius cujusvis peccati gravioris, sit reus (nisi vere propterea doleat etvitia ista relinquere serio in animo habeat, et se um Deo Omnipotente reconciliatum cha- ritatemque erga omnes homines habere credat,) peccata sua deplo- ret, nec ad illam sacram Mensam veniat, ne post sanctissimum ilum Panem sumptum, in eum, sieut in Judam, introeat diabolus ut eum omni iniquitate repleat, et ad exitium, tam corporis quam animæ, perducat. Dijudicate ergo vosmetipsos, fratres, ne a Domino judicemini. Animus vester peccandi voluntale careat, pœniteat vos serio peccatorum præteritorum; fidem erga Christum Salvatorem nostrum habeatis ; charitatem perfectam erga omnes homines cola ita digni eritis qui istorum Mysteriorum sacrorum sitis participes. Sed et ante omnia necesse est ut Deo, Patri, Filio, et Spiritui Sancto. toto cordis affectu gratias humiliter agatis, quod mundum redemit per Passionem et Mortem Christi Salvatoris nostri, Dei et Homini qui humiliavit seipsum usque ad mortem, mortem autem Crucis. propter nos, miseros peccatores; qui in tenebris et mortis umbra jacebamus, ut nos Dei filios effceret et ad vitam ælernam exaltarel. Et ut semper memores essemus ineflabilis illius charitatis Magistri nostri et unici Salvatoris, Jesu Christi, pro nobis ita mortui, et bene- ficiorum innumerabilium quæ (per pretiosam Sanguinis sui effusio- nem) nobis comparavit, in_illis sacrosanctis Mysteriis, lanquam amoris sui pignus, et in ejusdem perpetuam commemorationem, benedictum suum Corpus et pretiosum Sanguinem reliquit quibus nos spiritualiter pasceremur, ad infinitum nostrum solatium et con- solationem. Eï igitur, et Patri et Spiritui Sancto nos (prout merito debemus) gralias agamus indeficientes; sanctæ ejus voluntati bene- placitoque Lotos nos subjicientes, et ei in vera sanctitate et juslitia servire studentes omnibus diebus vile nostræ. Amen.
In Ecclesäs Cathedralibus, vel in aliis loris ubi sit Communio Quotidiona suffciat quod ista Exhortalio suprascripla semel in unoquoque mense legatur. Et in Ecclesiis Parochialibus, in feriis, omittatur. Si vero in Dominica vel Festo populus Communionem neglezerit Sacerdos parachianos suos intentius hortelur ut ad Sacram Communionem diligen- Hius parbicipandam sese disponant, hæc vel similia verba ois direns.
Auici dilecti, el vos præsertim quorum animarum cura mihi com- missa est, die —— proximo propositum habeo Dei gratia omnibus GŒNA DOMINICA VULGO MISSA 487
pie animo affectis Sacramentum consolatorium Corporis et Sanguinis Christi offerre, ut ab eis accipiatur in memoriam ejus fructuosissimæ el gloriosissimæ Passionis; per quam Passionem peccatorum remis- sionem consecuti sumus et effecti sumus participes regni cœlorum; que certa et explorata habemus si ad dictum Sacramentum vene- rimus propter peccata nostra ex animo pæœnitentes et firmam miseri- cordiæ Dei fidem habentes, cum gravi proposito ad Dei Voluntati obediendum nec amplius peccandum. Quare oportet nos ad hæcsacra Mysteria accedentes Deo Omnipotenti gratias ex animo agere propter infinitam ejus misericordiam et beneficia data et collata nobis indi gnis famulis suis, pro quibus non solum Corpus suum dedit ad mor- tem et effudit Sanguinem, sed eliam dignatur, in Sacramento et Mysterio, dictum Corpus suum et Sanguinem nobis dare ut eis spiri tualiter pascamur. Quod Sacramentum cum res tam divina, lam sancla sit, et digne accipientibus tam consolatoria, is autem qui indigne idem accipere audeant tam periculosa; meum officium est vos cohortari ut interea quanta res sit vobiscum reputetis, el ut con- scientias vestras inspiciatis e exploretis, non leviter nec more hypo- critarum coram Deo, sed ut qui ad divinissimum et cælestissimum convivium conventuri sit; ne convenialis nisi nupliali illa veste quam in Scriptura requirit Deus induli; sed ut (quod in vobis est) digni inveniamini qui talem ad Mensam nccedatis. Quod ut fiat, hæc ineunda est ratio, Imprimis, Quod vos malæ vitæ præteritæ vere pœæniteat; quod Deo Omnipotenti corde sincero confiteamini peccata vestra et impietatem contra ejus Majestatem, vel voluntate, vel verbo, vel opere commis- sam, vel infirmitate, vel ignorantia; et quod luctu interioreet lachry- mis offenses vestras deploretis, misericordiam indulgentiamque Dei Omnipotentis quæratis, ei vos vitam vestram correcturos ex intimis cordibus spondentes. Et inter alia mihi a Deo præcipue imperatur, ut vos exhortar et urgeam ad reconciliationem eum proximis vestris quos offendistis, vel qui vos offenderunt, ut e cordibus vestris odium malitiamque erga eos penitus deponatis, ut amorem charitatemque ad omnes habeatis, aliis dimittentes sicut et vobis Deum dimissurum oplatis. Quod si quisalii cuicumque injuriem intulerit, satisfactionem faciat debitamque restitutionem terrarum omnium bonorumque quæ injuriose vel rapuerit velretinuerit, ante quam ad Dei mensam accedat; vel saltem hoc quamprimum poterit facere firmiter et ex animo sta tuat; quod nisi fecerit, ab illa sacre Mensa se abstineat, nec se Deum decipere posse putet, qui corda omnium hominum intuetur. Tali enim ne Sacerdotis Absolutio quidquam prodesse potest, nec sancti hujus Sacramenti participatio aliud quidquam efficit quam damnalionis augmentum. Et si cui vestrum conscientia sit de quacumque re Lui bata et sollicita, solatio egens vel consilio, ad me se conferat, aut ad aliquem alium prudentem doctumque Sacerdotem, in Dei lege eru- ditum, et peccatum doloremque suum secreto confiteatur detegatque, at id accipiet consilii spiritualis, admonitionis, et consolationis, quo conscientia sua relevari possit, et ut a nobis (ut Dei et Ecclesiæ Minis- 188 REVUE ANGLO-ROMAINE tris) solatium accipiat et Absolutionem quibus et animus tranquil- lari et scrupuli omnes dubitationesque resolvi possint. Et æquum est neque eos qui generalem Confessionem salis habent ab ali s offendi qui, ad suam majorem sutisfactionem, Confessione aurieulari el secrela coram Sacerdole utuntur; nee eos qui ad conscientiarum suarum tranquillitatem vel necessarium putant vel utile peccata sua Sacerdoti particulariter revelare ab is offendi qui sufficere putant humilem suam Deo Confessionem et generalem Confessionem coram Ecclesia : in omnibus vero charitatis regulam sequi et servare oportet ; et unusquisque propria contentus sit conscientia, nec alio- rum mentes aut conscientias judicet; cujus rei faciendæ nullam Verbi Dei licentiam habet.
Deinde sequentur pro Offertorio una vel plures er hisce sequentibus sarre Seripturæ sententiis, dum populus offert cantandis; sive una ex vis « Ministro dicetur immediatè ante Offertorium.
Si luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opera vestra bona, et glorificent Patrem vestrum qui in cælis est. Matth. v. Nolite thesaurizare vobis thesauros in Lerra : ubi ærugo et tinea demolitur, et ubi fures effodiunt et furantur : thesaurizate autem vobis thesauros in cœlo : ubi neque ærugo nec tinea demolitur, et ubi fures non effodiunt nec furantur, Matth. vi. Omnia que vultis ut faciant vobis homines, et vos facite illis: hæc estenim lex et prophetæ. Matt. vii. Non omnis qui dieit mihi, Domine, Domine, intrabit in regnum cælorum : sed qui facit voluntatem Patris mei qui in cœlis est, ipse intrabit. Matth. vi. Stans autem Zacchæus, dixit ad Dominum, Ecce dimidium bono- rum meorum, Domine, do pauperibus; et si quid aliquem defrau- davi, reddo quadruplum. Luc. xix. Quis militat suis stipendiis unquam? Quis plantat vineam, et de fructu ejus non edit? Quis pascit gregem, et de lacte gregis non man- ? 1 ad Cor. ix dueat Si nos vobis spiritualia seminavimus, magnum est si nos carnalia vestra metamus ? I ad Cor, ix. Nescitis quoniam qui in sacrario operantur, quæ de sacrario sun edunt : et qui altari deserviunt, eum altari participant ? Ita et Domi- nus ordinavit is qui Evangelium adnuntiant de Evangelio vivere. Lad Cor. ix. Qui parce seminat parce et metel; et qui seminat in benedictio- nibus, de benedictionibus et metet. Unusquisque prout destinavit in corde suo, non ex tristitia aut ex necessitale : hilarem enim dato- rem diligit Deus. Il ad Cor. ix. Communieet is qui eatechizatur verbo ei qui se catechizat, omnibus bonis. Nolite errare, Deus non irridelur : quæ enim semi- naverit homo, hæc et metet. Ad Galat. vi. Dum tempus habemus operemur bonum ad omnes : maxime autem ad domeslicos fidei, Ad Galat. vi.
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CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 189
Est quæstus magous pielas, cum suflcientia : nihil enim intulimus in bune mundum; haud dubium quod nec auferre quid possumus. Lad Tim. vi. Divitibus hujus sæeuli præcipe facile tribuere, communicare : Lhe- surizare sibi fundamentum bonum in futurum, ut apprehendant veram vitam. L'ad Tim. vi. Non enim injustus Deus, ul obliviscatur operis vestri, et dilectionis quam ostendistis in Nomine ipsius, qui ministrastis sanclis, el inistratis. Ad Hebr. vi. Beneficentiæ autem et communionis nolile oblivisci : lalibus enim hostiis promeretur Deus. Ad Hebr. xii Qui habuerit substantiam hujus mundi, el viderit fratrem suum uecessitatem habere, el clauserit viscera sua ab eo, quomodo cha- rites Dei manet in eo? 1 Joan. ii. Ex substantia Lua fac eleemosynam, el noli avertere faciem Luam abullo paupere : ita enim fiel ut nec a te avertatur facies Domi Tobi. iv. Quomodo potueris ita eslo misericors. Si multum tibi fuerit, abun- danter tribue : si exiguum libi fuerit, eliam exiguum libenter imper- ri stude : præmium enim bonum tibi thesaurizas in die necessitatis. Tob. iv. Fœneratur Domino qui miseretur pauperis : et vicissitudinem suam reddet ei. Proverb. xix. Beatus qui intelligit super egenum et pauperem : in die mala libe- rabit eum Dominus. Psal. xli.
Ci Clerici sint, unam vel plures cantabunt 6 Sententiüs suprascriplis, prout longius aut brevius sit lempus dum populus oferat. Hnteres, Clericis Ofertorium cantantibus omnes qui üla velint arc paupe- rum oferent, unusquisque secundum vires suus et mentem benevolam. Et in slatutis offerendi diebus singuli viri mulieresqua debitas el usitalas oblationes Parocho persolvent. Deinde quotquot Sacram Communionem percepturi sint, in Choro vel in dique Loco commodo juzta Chorum, permanebunt, viri hinc, mulieres line. Cecteri qui dictam Sacram Communionem percipers in animo non habent e Choro discedant, exceplis Ministris Clericisque. Leinde Minister Panis el Vini accipiat quantum personis ad Sacram Com- munionem percipiendam ordinalis sufficiat, Panem deponens super Cor- orale, vel in Palena, vel in aliqua alia re decenti ad hoc præparala : et Vinum in Calicam ponens vel (ai Caliz usui non sif) in aliquem scyphum pulchrum et convenientem ad illum usum præparatum, aquæ puræ et lim- pilæ aliquantulum ei addens, et super Altare et Panem et Vinum dis- ponens, Deinde Sacerdos dicat,
Dominus vobiseum. Rep. Et cum spiritu tuo. Sacrdos. Sursum corda. Rap. Habemus ad Dominum, Sacrdos. Gratias agamus Domino Deo nostro. 190 REVUE ANGLO-ROMAINE Resp. Dignum et justum est.
Sacerdos.
Vene dignum et justum est, æquum el salutare, nos tibi semper el
ubique gratias agere, Domine sance, Pater omnipotens, Ælerne
Deus.
Hic sequatur propria Præfalio, de tempore, (si que sit specialiter assignata),
alioqui slatim sequatur,
Er ideo cum Angelis, &c.
PRÆFATIONES PROPRIÆ
In Die Nativitatis Domini.
Quia dedisti Jesum Christum, Filium tuum unicum, ut hodie pro
nobis nascerotur : qui, operante Spiritu Sancto, verus Homo factus
est ex substantia Virginis Mariæ Matris su; idque sine labe peccati,
ut nos ab omni peccato mundaret. El ideo cum Angelis, &c.
In Die Paschæ.
eo te potissimum prædicare propter Resurrectionem gloriosam
Jesu Christi Domini nostri : Ipse enim verus est Agnus Pas-
chal , qui pro nobis immolatus abstulit peccata mundi, qui mortem
nostram moriendo destru et vitam resurgendo nobis æternam
reparavit. Et ideo cum Angelis, &e.
In Die Ascensionis.
Per dilectissimum um tuum Jesum Christum Dominum nos-
trum; qui post gloriosissimam Resurrectionem suam omnibus Apos-
tolis suis manifestus apparuit, et ipsis cernentibus est elevatus in
|
| cælum, ut pararet nobis loeum; ut ubi ipse est, eo et nos ascende- |
|
| remus, et eum ipso in gloria regnaremus. Et ideo cum Angelis, &e. |
: | In Die Pentecostes.
F Per Jesum Christum Dominum nostrum; secundum cujus veracem
| promissionem Spiritus Sanctus hodie, facto repente sono tanquam
advenientis spiritus vehementis, de cœlo, in similitudine linguarum
| lanquam ignis, in Apostolos descendit, ut eos doceret, et in omnem
verilatem duceret : quibus etiam contulit et diversarum donum lin-
guarum, et fortitudinem qua eum ferventi zelo omnes gentes co:
tanter evangelizarent : quo factum est ut nos ex Lenebris erroris in
| claram lucem et veram cognitionem ni, et Filii tui Jesu Christ
educti essemus. Et ideo cum Angelis, &c.
In Festo Trinitatis.
We | Vere dignum et justum est, æquum et salutare, nos Libi semper el | ubique gratias agere, Domine, Omnipotens, Æterne Deus, qui unus |
1 UNIVERSITY OF MICHIGAN
CŒKA DOMINICA VULGO MISSA 194 es Deus, unus es Dominus; non in unius singularitate personæ, sed in unius Trinitate Substantiæ. Quod enim de Patris gloria credimus, hoc de Filio, hoc de Spiritu Sancto, sine differentia discrelionis sen- limus, Quem laudant Angeli [atque Archangeli, Cherubin quoque ac Seraphin, qui non cessant clamare, una voce dicentes :]
Post quam Præfatimem sequetur immediaté,
Er ideo cum Angelis et Archangelis, cumque omni militia cœlestis exercitus, Nomen tuum laudemus, et hymnum gloriæ tuæ canimus, sine fine dicentes,
Saxcrus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth, Pleni sunt cœli et terra gloria tua. Osanna in excelsis, Benedictus qui venit in Nomine Domini. Gloria tibi, Domine, in excelsis.
Hoc Clerici eliam cantabunt.
Curicie a cantu cessantibus, Sacerdos vel Dinconus se ad populum convertat, et dicat,
Oremus pro universo statu Ecclesiæ Chri
Deinds Sacerdos, ad Altare conversus, dicat vel cantet, plane et distincte, hanc orationem sequentem :
Owmporens sempiterne Deus, qui persanctum Apostolum tuum n08 docuisti facere orationes, obsecrationes, et gratiarum actiones pro omsibus lhominibus; Supplices Le rogamus ut clementer has preces nostras exaudias, quas offerimus Divinæ Majestati tuæ : Supplicantes ut verilatis, unitatis, et concordiæ spiritum Catholicæ Ecclesiæ tuæ perpeluo inspires : Et præsta ut omnes qui sanctum Nomen tuum confitentur, in sancti verbi tui veritate consentiant, el in unitate el pia charitate concordes vivant. Præcipue te rogamus ut salvum facias et defendas famulum tuum Edvardum regem nostrum, ut sub eo piè et tranquille gubernemur. Præsta quoque universo Concilio ejus sin- gulisque magistratu sub eo fungentibus ut recte ac sine personarum acceptione jus dicant, quo scelera et nequitia corrigantur, el vera Dei religio, virtusque, stabiliantur. Dn gratiam, Paler cœlestis, omnibus Episcopis, Pasforibus, et Parochis, ut tam vila quam doc- trina sua verum vivumque verbum tuum annuntient, et sancla tua Sacramenta recte et rite ministrent. El universo populo tuo tribue cælestem gratiam tuam; ut humili animo et debita reverentia audiant etaccipiant sanctum verbum tuum, et tibi fideliter serviant in sanc- lilate et justitia omnibus diebus vitæ suæ. Supplices etiam le roga- mus, Domine, ut pro bonitale tua eos omnes consoleris et adjuves, qui in hac temporali vita, tribulatione, mestitia, inopia, morbo, aliisve rebus adversis laborant. Et præcipue commendamus bonitati tue misericordi istam familiam tuam hic in Nomine tuo ad facien- dam commemorationem gloriosissimæ Mortis Filii tui congregalam. tem, Tibi laudem summam offerimus gratiasque sinceras propter admirabilem gratiam et virtutem in omnibus Sanctis tuis ab initio mundi declaratam ; et potissimum in gloriosa et beatissima Virgine 192 REVUE ANGLO-ROMAINE
Maria, Matre Filii tui Jesu Christi Domini Dei nostri; et in sanctis
Patriarchis, Prophetis, Apostolis, et Martyribus, quorum exempla et
constantiam in fide tua, etin sanclis mandatis Luis servandis,Lu nobis,
| Domine, sequi concedas. Commendamus eliam, Domine, misericor-
diæ tue cæteros famulos tuos qui hine a nobis decesserunt cum signo
et dormiuntin somno paci misericordiam tua, que-
sumus, dones, pacemque sempiternam; el ut in die Resurreclionis
| omnium hominum nos et omnes qui sint de Corpore Mystico Fili
| tui a dextris ejus una statuamur, el istam ejus jucundissimam vocem
audiamus, Venite ad me, vos benedicti Patris mei, possidele para-
| tum vobis regnum a constitution mundi. Hoe, Pater, largiri digne-
ris, propler Jesum Christum, unicum nostrum Mediatorem atque
Advocatum.
Deus, Pater cœlestis, qui pro misericordiæ tue pielate unieum
Filium tuum Jesum Christum dedisti ut mortem in Cruce pro nostra
redemptione pateretur; qui ibi (unica sua oblatione semel facta) ple-
num, perfectum, et sufliciens sacrificium, oblationem, et satisfac-
tionem pro totius mundi peccatis fecit; et instituit, etin sanelo Evan-
gelio suo nobis celebrare præcepit, pretiosæ mortis illius memoriam,
usque dum ipse rediret, perpeluam : Exaudi nos, misericors Pater.
le rogamus; et hæc tua munera et creaturas Panis et Vini Sancto tuo
u et verbo benesdicere et sanc-ktificare digneris, ut sint nobis
Corpus et Sanguis dilectissimi Filii lui Jesu Christi : Qui, in qua
nocte tradebatur (Hic Sacerdos accipiat Panem in manus suas) accepit
Panem; et libi gralias agens, benedixit, fregit, deditque discipulis
suis, dicens, Accipite et manducate; Hoc est enim Corpus Meum,
quod pro vobis datur : Hoc facite in meam commemorationem.
Simili modo posteaquam cunatum est, aecipiens (Aie Sacerdos acci-
piat Culicem in manus suas) Calicem; item tibi gratias agens, dedit
illis, dicens, Bibite ex eo omnes; Hic est enim Sanguis Meus novi
Testamenti, qui pro vobis et pro multis eflunditur in remissionem
peccatorum : Hoc facite, quotiescumque bibetis, in meam commemo-
rationem.
(4 suivre.)
Le Direcleur-Gérant: FERNAND PORTAL.
| PARIS, — DPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,
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