15 ANNÉE N°23 9 MAT 1896
REVUE
ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE
Ta esPetras, ot su. Suisius Sanctus per per banc petram piscopos re lieu Etlosian Foro Rate De
labo caves Acr. xx 28, où ti
Mare. xvr, 1849.
SOMMAIRE : En
Canomat Mawnixo....... Obstacles à l'expansion do l'Égliss cathe- lique en Angleterre. En D N. Pau... Une prétendue « doctrine monstrueuse » sur l'Eucharistie 252 261 267 Docuuevrs ... des diverses éditions du Prayer a
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a grave et délicate question des causes qui arrêtent l'expansion de l'Église catholique en Angleterre a été traitée par le cardinal Manning dans des notes autobiographiques très intéressantes, écrites en 1890. Ni pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur en faire connaitre les extraits suivants qui se rapportent à l'ensemble des questions que traite cette Revue. Nous les avons empruntés à la vie du cardinal Manning par M.E. Sheridan Purcell !.
La religion catholique à existé en Angleterre depuis l'établisse- ment de la hiérarchie par saint Grégoire le Grand. Je laisse de côté les restes du christianisme breton ruiné par les Saxons, resles qui furent ou absorbés dans l'église de Baint-Augustin ou qui peu à peu s'évanouirent dans le pays de Galles. Mais l'Église catholique s'éteignit quand Élisabeth brisa la hiérarchie. La religion dura encore avec un certain nombre de prêtres, mais l'Église disparut. Elle fut longtemps sans un évêque, puiselle eut un vicaire apostolique pour l'Angleterre et l'Écosse; puis, durant de longues années, pas d'évêque du tout; puis un vicaire apostolique ou deux; puis quatre, et en ce siècle huil; puis enfin la hiérarchie établie par Pie IX. De son érection, en la fêle de saint Michel 1880, date la renaissance de l'Église catholique en Angleterre après trois cents ans de ruine. L'effet de cet intervalle de désolation a été la perte du peuple anglais. Le peuple de l'Irlande à été soutenu dans sa foi parce que la succession de ses évèques et de ses pasteurs n'a jamais été interrompue. Mais, sans les soins vi lants des pasteurs, en Irlande comme en Angleterre, des millions d'âmes auraient perdu la foi. Si l'on m'objecte que la persécution du pouvoir civil Lomba avec plus de force sur l'Angleterre que sur l'Ir- lande, la réponse est très facile. La persécution tomba en premier lieu sur l'Angleterre, mais elle tomba avec plus de violence et pen- dant une durée plus longue sur l'Irlande. En Angleterre, elle avait cessé avec le règne de Jacques I“, ou du moins avec celui de Charles I". En Irlande, elle continue jusqu'aux atrocités de Cromwell et même jusqu'au temps de Charles IL. Sous le règne de ce dernier,
! Life of cardinal Mamning, par Edmund Sheridan Purcaii, 2 vol. in8*. Lon- don, Macmillan and C», 1896, — Les extraits dont nous pouvons publier la tra ducion, grâce à une autorisation de l'Editeur, sont tirés du tome I], chap. 21. RRVUE ANOLO-ROMAINE, — 7, 11. — 46 242 REVUE ANGLO-ROMAINE
l'archevêque Plunket fut martyrisé à Tyburn. Ce n'est vraiment pas là une réponse. La foi catholique continua de subsister secrètement en Angleterre, un peu partout, chez un grand nombre d'individus et de familles, même jusqu'au Lemps de Guillaume 111. Dans tous les comtés d'Angleterre bon nombre des familles les plus importantes restèrent catholiques. Elles avaient leur chapelain pour soutenir leur foi. Mais la multitude des pauvres n'avail nul pasteur elsa fà s'éteignit. À la fin du siècle dernier, Burke évalua le nombre des ca tholiques en Angleterre à 30 ou 36,000. Sans nul doute, ils étaient en grande partie de race anglaise. La grande immigralion irlandaise n'avait point encore commencé. IL est faux de dire que la persécution du gouvernement ren impossible la restauration de l'épiscopat en Angleterre. Dans l'édi- tion de Tierney de l'Histoire de Dodd, il y a des preuves que, sous les deux premiers Stuarts. le gouvernement n'aurait point empêché la consécration d'évêques, pourvu qu'ils ne prissent point les titres des sièges anglicans. Une fois même le gouvernement allait accepler. lorsque quelque traitre catholique informa le gouvernement qu'il s'agissait de prendre le titre d'York. De plus, si des prêtres pouvaient venir en Angleterre, pourquoi pas des évêques? Si les premiers devaient courir le risque d'être pendus et écartelés, pourquoi un évèque n'aurait-il pas couru les mêmes dangers qu'un prêtre? Le pouvoir de confirmer el d'ordonner n'était pas plus terrible aux yeux du pouvoir civil que celui de célébrer la messe. L'extinction de l'épiscopat détruisit le sacerdoce.
Manning passe en revue les principaux obstacles à la pro-
prgston du catholicisme en Angleterre, il en énumère neuf; nous nous OFRORS aux EXIrAÎLS suivants:
En 4848, j'étais à Rome et je lisais le Primato degli Jaliani de Gioberli. En décrivant l'Angleterre et sa religion, il dit que le clergé anglican est cero colto e civile. Quant à la culture, les membres du clergé anglican ont une culture littéraire et scientifique plus géné- rale et plus avancée que l'ensemble de nos prêtres. La science sacrée el la théologie n'existent guère parmi eux. Çà et là des hommes lels que Lightfoot et Westcotl. Cependant ils ont généralement une con- naissance de l'histoire, de la loi constitutionnelle, des choses de ln politique. De plus ils s'intéressent aux affaires publiques, à la poli- tique, au bien du pays, et ils sont donc civiles. Ils prennent part à la vie civile du peuple et y concourent. C'est en ce point que nous manquons et que nous manquons à un degré très préjudiciable {mischiplous). La longue persécution subie par l'Église catholique de la part de la loi anglaise a rejeté les cœurs des catholiques loin de la vie publique et politique de l'Angleterre. Jusqu'il ÿ a cinquante ans, les catholiques étaient légalement hors la loi. La loi est changée, OBSTACLES A L'EXPANSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 243 mais non l’état d'esprit qu'elle détermina. Ecclesia patria nostra. Les «atholiques ont non seulement rejeté la vie publique; mais ils ont été tentés de croire que le patriotisme est à peine conciliable avec la fidélité à l'Église catholique. Les lois pénales n'existent plus, el ce- pendant encore aujourd'hui un catholique peut difficilement obtenir un siège au Parlement. Cel ostracisme disparaîtra sans doute, mais pas avant que nous ayons un clergé collo et civile, car sieut sacerdos sicut populus. Les 200,000 catholiques anglais ont beaucoup du Joën Bull en eux, mais le million de catholiques fourni par les Irlandais se trouve, par nais- sance, en état d'animosité contre la reine Élisabeth, Cromwell el Guillaume III. Ce n'est qu'avec difficulté qu'on persuade à nos fidèles d'adresser des pétitions au Parlement pour quoi que ce soil. J'eus l'occasion de demander une fois à mes paroissiens de Sainte- Marie de signer une pétition au Parlement. La pélition était exposée altendant des signatures dans une école près de ma demeure. Je découvris qu'un jeune Irlandais avait renversé l'encrier sur le docu- ment comme protestation à l'égard du Parlement. Selon la loi natu- relle, un peuple grandit dans la vie sociale et civile sur le sol de sa naissance, Cela n'a jamais été vrai du peuple irlandais, par la faute de la persécution anglaise. Les Irlandais sont le peuple le plus chré- lien de la terre, mais non le plus civilisé dans le sens de Gioberti. Le christianisme est la civilisation el, aux yeux de Dieu, il en est la plus haute expression. Le monde n'en juge pas ainsi. Nous avons en Angleterre un million de gens, prêtres et fidèles, qui sont de foi, de race et de civilisation irlandaises. Ils ne sont pas seulement les en- nemis de notre Parlement et de nos lois, mais ils voudraient ren- verser l'enerder sur notre Statuts book. Aussi longtemps que durera cet état d'esprit, nous n'aurons pas de clergé civil, el aussi longtemps
que notre clergé ne sera pas civil, il sera confiné dans la sacristie, comme en France. Etcela, non par le fait d'une opinion publique hostile, mais par sa propre incapacité à prendre part à la vie poli- tique du pays. Et celle incapacité a eu jusqu'ici son origine dans l'hostilité, le soupçon et la peur. La capacité pour l'action civile et publique demande sans doute une préparation et une éducation spé- ciales, mais elle jaillit en premier lieu de l'amour de notre pays. Les Irlandais possèdent cet amour à un degré intense pour l'Irlande, mais on ne peut guère leur demander de l'avoir pour l'Angleterre. Bien des catholiques anglais aussi sont, à cause de leurs préjugés religieux, tout aussi incapables et inutiles.
Le fait est que toute la vie civile et politique de l'Angleterre nous est ouverte si seulement nous savons comment ÿ entrer et comment nous y conduire. Notre foi doit nous accompagner et nous gouverner partout. Mais, à l'exception de très rares occasions, elle n'a pas besoin 24 REVUE ANGLO-ROMAINE
d'être proclamée. Si une de ces occasions se présente, alors que la foi soit professée d'une manière ouverteet virile. Ainsi non seulementil n'y aurait nulle offense, mais la confiance et le respect mutuels ense- _raient notablement accrus. Pendant les quarante ans que j'ai passés à Londres, j'ai eu toutes sortes de preuves de la vérité de ce que j'écris. Le mot de Térence : Homo sum ef humani néhil a mo alienum pulo w'esi pointen contradiction avec cet autre : Tu aimeras lon prochain coms toi-même, Au contraire, le premier est vivifié et renforcé, élargi ct élevé par le second. Toul ce qui par conséquent se rapporte aux souffrances naturelles de nos peuples doit être observé et éludié par tout homme civilisé, par tout chrétien, à plus forte raison par tout catholique, et encore plus spécialement par tout prêtre et toul évêque. Nous ne pouvons, comme Notre-Seigueur, ni multiplier les pains, ni guérir les lépreux, actions qui lui gagnèrent le peuple; mais nous pouvons être les premiers à coopérer avec tous ceux qui travaillent à soulager toute forme de soulfrance, de peineet de misère humaine. Partout où nous faisons les avances avec plaisir et utilité, le peuple de ce pays nous reçoit dans ses rangs avec une joie visible.
Un quatrième obstacle est l'ignorance du catholique de nais- sance quant à l'état spirituel du peuple anglais. Lui et ses ancêtres ont élé jusqu'en 1829 tellement exclus de la société et de la vie du peuple anglais, ils ont été tellement repliés sur eux-mêmes el tellement blessés par l'orgueil, les soupçons et les préjugés religieux de leurs compatriotes, qu'ils ont vécu en un état d'antagonisme con- inuel et de ressentiment peu charitable. Ils ont, par conséquent, cru en toute sa rigueur à l'axiome extra scclesiam nulla salus. Îls ont cru que les protestants en général étaient sans foi ni baplème, ou même, s'ils étaient baptisés, qu'ils n'en étaient pas meilleurs pour cela. Cette idée était tellement ancrée, même chez cerlains prètres, que j'en ai connu qui ont refusé de recevoir des convertis. « Dieu merci, disait un prêtre, je n'ai pas reçu de converlis dans l'Église. » Ils sup- posaient que nous autres anglicans nous étions des imposteurs, ou que nous agissions par des motifs humains. Tout comme nous-mêmes nous le faisions, quand des juifs se présentaient pour se faire chré- tiens. Cet état d'esprit est heureusement en Lrain de disparaitre. C'est là un élat d'esprit étrange : car on ne pouvait s'empêcher de savoir que la grande majorité des Anglais sont baptisés, el partant, élevés à l'ordre surnaturel. Dès lors, s'ils vivent dans la charité à l'égard de Dieu et du prochain, leur baptème doit les sauver. S'ils ont perdu celte union avec Dieu per la charité, ils restent tout de même dans l'ordre surnaturel par la foi et l'espérance, et qui peut limiter la grâce de Dieu? Ninive se repentit et fut épargnée. Donc non seule- ment l'occasion, mais la grâce de se repentir fut donnée à Ninive. Si OBSTACLES À L'EXPANSIOX DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 245
Tyrel Sidon se fussent repenties, elles auraient pu être sauvées. Donc la pénitence leur était possible, mais la pénitence est impossible sans la grâce de la pénitence. J'ai trouvé parmi les catholiques de naissance cette idée bien arrè- tée, que les Anglais sont sans foi, sans doctrine chrétienne, sans moyens de contrition, et que par conséquent les chances de leur salu sont três incertaines. Cette erreur paralyse leur espérance, et sans espérance les hommes ne peuvent faire grand'chose. Comment des hommes qui ont lu le traité de la grâce peuvent-ils croire de pareilles choses? Je ne saurais le dire. Mais je vois qu'aussitôt qu'ils constatent la bonté et la piété singulière desnon-eatholiques, ils s'en vont à l'autre extrémité et croient que toutes les religions se valent. Ceci me semble être bien le Seylla et le Charyhde du désespoir et de la présomption, l'un et l'autre très nuisibles, empêchant le zèle et produisant l'indifférence. 4. J'ai trouvé non seulement des laïques, mais des prêtres qui igno- raient absolument le fait que la plus grande partie des Anglais sont laplisés et par conséquent se trouvent dans l'ordre surnaturel. 2. Ces prêtres el ces laïques supposent gratuitement que les Anglais ont perdu la grâce du baptème, 3. Et que par conséquent, comme ils n'ont pas le sacrement de pénitence, ils n'ont nul moyen de reconquérir la grâce. 4. Que, pour celte raison, leur vie est sans mérite, 3. Et que leur salut est très incertain.
Je ne crois pas à la vérité d'une seule de ces propositions, el je suis convaincu que tous ceux qui les ont admises, se sont trouvés arrêtés
dans leur action et refroidis dans leur zèle pour la conversion de l'Angleterre. On peut trouver ce que je pense là-dessus dans un ser- mon intitulé « Le Christ prêché est, sous lous les rapports, une source de re » (IV* volume de mes sermons anglicans), que deux théologiens catholiques ont lu sans le censurer, et aussi dans une lettre au D'Puseÿ sur le travail du Saint-Esprit dans l'Église d'Angleterre Enrland and Chrislendom, p. 180). Ces deux preuves sont fondées sur la théologie catholique et spécialement sur le Systema morale de S. Alphonse de Liguori et sur des théologies morales, telles que celles de Picheler elautres. Notre-Seigneur a dit: Je suis venu afin qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient plus abondamment. Je comprends Par ces mots que la plénitude de la grâce en son précieux sang né révoque, ni n'abolit, ni ne diminue à un degré quelconque la grâce du salut telle qu'elle existait sous l'ancienne loi d'Israël et telle qu'elle existait sous la loi de la nature. En quoi consiste-t-elle cette grâce? Suarez l'appelle grafis naturalis, c'est-à-dire la grâce du Saint-Esprit en l'état de la nature. 246 REVUE ANGLO-ROMAINE 4. Tout homme né d'Adam est né en un monde racheté par le sang de l'Agneau immolé dès le commencement du monde. 2. À tous les hommes, c'est-à-dire à toute la race humaine, el etiam infidelibus el hærelicis, es donnée une grâce suffisante ad eviluu- dam mortem æternam. 3. La virlus panitentiæ est universelle dès la chute de l'homme. 4. Pouf ceux qui ne peuvent recourir au sacrement de Pénilence, la vertu de pénitence est suffisante. Et pour nous le sacrement sans la vertu est insuffisant, 5. Ceux qui usent de la grâce reçue reçoivent un aumehm alque proportionatum. 6. Dieu veut le salut de tous les hommes et désire qu'ils arrivent tous à la connaissance de la vérilé. . Tous ceux qui recherchent la vérité reçoivent ce qui est néces- saire pour les conduire à l'âme de l'Église, sinon à son corps visible. 8. Nul membre de l'âme de l'Église mourant en union avec Dieu ne peut être damné; Nulle âme pénitente ne peut périr, Nulle âme qui aime Dieu ne peut p 9. Existe-t-il quelqu'un qui ose affirmer que des âmes ayant reçu une nouvelle vie par l'Eau et le Saint-Esprit ne peuvent être pénitentes et ne peuvent aimer Dieu? 10. Une vie de quarante ans en dehors de l'Église m'a enseigné ce que je viens d'écrire, 44. Et l'expérience d'une vie sacerdotale de presque quarante ans a confirmé depuis tout ce que je viens d'écrire. Mon expérience personnelle de ceux qui sont en dehors de l'Église confirme tout ce que j'ai écrit à propos des doctrines de la grâce. J'ai connu intimement des âmes vivant de la foi, de l'espérance, de la charité et de la grâce sanctifiante avec les sept dons du Saint-Espril, en humilité, pureté absolue de vie et de cœur, en méditation cons- tante de l'Écriture sainte, en une prière continue, en un renonct- ment complet d'eux-mêmes, en un travail personnel consacré aux pauvres ayant en un mot une vie d'une sainteté visible aussi évidem- ment l'œuvre du Saint-Esprit que j'en aie jamais rencontré. J'ai vu cela en des familles entières, parmi les riches comme parmi les pauvres et dans toutes les positions sociales. De plus, j'ai reçu dans l'Église je ne sais combien d'âmes dans lesquelles je ne pouvais trouver de péché mortel. Elles étaient évi- demment dans la grâce de leur baptéme. Des prêtres que j'ai inter- rogés m'ont rendu le même témoignage, et c'était le témoignage unanime des jésuites à Stonyhurst en 4848, suivant ce que me disail le P. Cardella, si je me le rappelle bien. Comment, avec de Lels faits, peut-on continuer à parler des hommes qui en Angleterre sont en OBSTACLES A L'EXPANSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 247 dehors de l'Église comme s'ils se trouvaient simplement en état de nature, de mauvaise foi, et comme devant être évités pour immoralité. ILse lrouve sans doute de telles gens parmi eux, mais quel est l'état de la France, de l'Italie, de l'Espagne, de l'Amérique du Sud? Toute la lumière et toute la grâce de l'Église catholique sont vaines pour des multitudes dans ces nations catholiques. De plus, toutes les grandes œuvres de charilé en Angleterre ont eu leur commencement en dehors de l'Église. Par exemple, l'abo- lition de la traite des noirs el de l'esclavage et la protestation persé- vérante de la Société anti-esclavagiste. Pas un catholique que je sache n'y a pris part. La France, le Portugal et le Brésil ont trafiqué ou secrètement ou ouvertement des esclaves. Jusqu'au moment pré- sent, il y a dans ces pays des propriétaires d'esclaves. Et le mouve- ment de Tempérance? Ce fut un quaker qui détermine le P. Mathew- à entrer dans ce mouvement. L'Irlande catholique et les catholiques de l'Angleterre n'ont fait que très peu de chose pour la Tempérance. Les ministres anglicans el dissidents inscrits sont bien plus nom- breux que nos prêtres, De même pour la loi protectrice des animaux... De même pour la loi de protection des enfants. De même pour la préservation des mœurs. Dans ce dernier mouvement, j'ai élé le seul prêtre catho- lique.. Je pourrais allonger celte liste. Il est des œuvres sans nombre, en faveur des employés de magasin, d'omnibus el de che- mins de fer, d'autres pour les femmes et les enfants exploilés par des entrepreneurs et jetés à la rue par l'insuffisance unique des salaires. Pas une de ces œuvres n'a été fondée par nous. Assurément, nous sommes dans la sacristie. Ce n'est pas que nos catholiques s’abs-
liennent de propos délibéré, mais les uns ne prennent pas la peine de se tenir au courant, les autres sont retenus par les préjugés : Quelque chose de bien peut-il venir de Nazareth? D'autres redoutent le prosélytisme des anglicans. En somme chacun continue de vivre à l'aise sans s'apercevoir que le pauvre Lazare est à sa porte. Je demande à Dieu, lorsqu'un homme meilleur prendra ma place, que celui-ci aille eL voie de ses propres yeux, afin que ma place ne soit pas une sinécure. S'il le fait, le peuple anglais lui en sera reconnais- sant et lui donnera sa confiance. Ce peuple recherchera sa présence «t son aide dans ses propres bonnes œuvres avec une confiance évi- dente et une grande bonne volonté. Assurément, nous sommes obligés de Lravailler avec eux en tout ce qui n'est pas contraire à la foi et aux bonnes mœurs.
idus se retirent
de l'Église élablie, poussés par
une jalousie sociale. Ils sont venus à nous parce que nous n'avons rien à faire avec l'État ou le monde; parce que, enun mot, nous sommes des dissidents et les principaux des non-con/ormistes. 248 REVUE ANGLO-ROMAINE Le cinquième obstacle est ce que, faute d'un nom meilleur, je dois appeler le Sacramenlarisme. Les prêtres courent le danger de devenir des simples diseurs de messes (mass-priests) ou des machines à sacrements (sacrament-mongers). Ils possèdent par commission divine le pouvoir d'administrer les sacrements qui confèrent la grâce ex opere operato, à laquelle ils ne peuvent rien ajouter et dont l'effet ne peut être empêché par leur propre indignité. Il est très facile à un prêtre, citra pecratum mortale commissum, de négliger sa méditation, son examen de conscience et ses exercices de piété, de devenir par conséquent aride et sans vie spirituelle. Cependant, il continue à administrer les sacrements d'une façon exacte, mais mécanique. Il n'a commis nul péché mortel, car mille péchés véniels sont loujours véniels. L'homme pourtant est devenu sec et aride, et tout le monde s'en aperçoit quand il prêche, quand il confesse, quand il se trouve auprès d'un lit de mort ou dans une maison de deuil. Or, sous l'ancienne loi, la piélé subjective élait lout. Prètres et peuples élaient égaux en cela; mais il y avait une forte discipline pour former les prêtres à une piété subjective supérieure et une perfection sub- jective encore plus grande était requise pendant qu'il remplissait ses fonctions au temple. Eh bien, cette perfection subjective doit être à un degré supérieur sous la nouvelle loi de la grâce. 11 n'était pas dans l'intention de Dieu que l'efficacité intrinsèque des sacrements ispensät de la perfection subjective ni le ministre ni [le sujet. Tout ce qui est requis pour les Sacramentalia est requis à fortiori pour les Sacrements. Un prètre chrétien est obligé à être tout ce qui était d'obligation pour un prêtre juif; il doit même lui être supérieur dans la proportion que la réalité est au-dessus de la figure. Quand le prêtre juif remplissait à son tour les fonctions de son ministère dans le temple, il lui était défendu de boire du vin ou toute autre boisson forte. Or, le prêtre chrétien exerce tous les matins son ministère au Saint Sacrifice de la messe. Je ne dis pas qu'il est obligé à cause de son caractère de se priver de vin, mais s'il n'y a pas préceple, il ya un conseil très fort.
Le sixième obstacle est ce que je pourrais appeler l'Offia- lisme, c'est-à-dire une confiance pour le succès de notre travail, non dans notre perfection subjective, mais dans nos pouvoirs officiels. Il est certain que chez nous si l'objectif est trop apprécié, le subjectif l'est trop peu. Il est curieux de remarquer à quel point dans l'Église établie les Aÿyh-churchmen sont secs, el à quel point les lot-churchmen exaltent leur propre personnalité. Or dans l'Église catholique, tout prêtre est un Aÿgh-churchman, et encore y a-t-il le darger de suffisance officielle. Si cela n'avait pas existé, la haine et le mépris du sacerdo- talisme ne se seraient pas produits. Jeregrette de dire que même de bons prêtres prennent un air sufisant. Ils visent à l'exaltation de OBSTACLES À L'EXPANSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 249
leur charge, mais ils ne parviennent qu'à se diminuer eux-mêmes. Ceci a causé des difficultés sans fin dans nos hôpitaux el dans nos asiles de pauvres. Malheureusement même de dignes prêtres n'ont pes loujours des manières distinguées, et ils s'emportent contre tout obstacle à l'exercice de leurs fonctions sacrées d'une façon qui ne gagne rien et souvent perd tout. La question de principe se perd dans une dispute personnelle. J'ai souvent dit que nos prètres sont Loujours hottés et éperonnés, comme les officiers de cavalerie en temps de guerre. Cependant ils ne com- battraient pas avec moins de succès en se montrant chevaleresques eteourtois. lei je voudrais dire l'unique but de ma vie depuis que je suis devenu prêtre, but que j'ai poursuivi avec une obstination spé- ciale depuis que je suis archevèque. Ce but & élé la perfection sa- cerdotale : en premier lieu parmi nos Oblats de Saint-Charles, el puis parmi les prêtres du diocèse de Westminster. Humainement parlant, l'idée me vint de saint Charles Borromée. Quelques années avant que je fusse dans l'Église, je lus sa vie et j'achetai Cette lecture me pénétra de l'idée exacte de l'office pastoral. J'avais déjà écrit sur le bon Pasteur et j'étais plein de l'idée des devoirs pastoraux, mais c'est saint Charles qui fixa pratique. Suivant mes faibles forces, j'essayai d'y conformer ma vie. Quand je devins catholique, un converti, zélé sarramentaire, m'at- aqua à propos d'une de mes paroles : « Notre œuvre est ce que nous sommes. » Ce mot, sans nul doute, pris à la lettre, exclurait non seu-
lement les sacrements, mais encore la Sainte Trinité, et si j'avais eu affaire à un Écossais, j'aurais soigneusement déterminé ce que je voulais dire par la théologie : Paulus baplizat, Christus baplizat. Ce-
pendant Paul était de plus intérieurement conforme à son divin Maitre, el en dehors de tous les sacrements, il gagna les âmes parce qu'il était réellement en son âme. I1 dit même : Le Christ m'a envoyé non pour baptiser, mais pour prêcher l'Évangile. La loi ancienne avec ses sacramenlalia demandait une perfection subjective d'un très haut degré. La nouvelle loi avec ses sacrements demande non seule- ment la même sanctification personnelle chez le prêtre, mais la per- fection la plus complète qui lui soit possible. C'était là mon idée en
fondant la congrégation des Oblats de Saint-Charles... Un septième et grand obstacle à la propagation de la religion catho- lique a été l'esprit de controverse, tant dans la forme que dans le fond, de nos prédicateurs et de nos écrivains. Il n'est pas douteux que cet esprit de controverse n'ait été fatalement produit par la soi- disant Réforme, qui nia la vérité catholique et affirma des erreurs dé doctrine ; mais la controverse ne peul être autre chose que de la théologie polémique, et la théologie polémique ne peut être que destructive. Or la destruction n'édifie rien, elle ne fait tout au plus 280 REVUE ANGLO-ROMAINE que déblayer l'emplacement, alin de rendre la construction possible. Et cependant la théologie positive, elle aussi, sait fort bien déblayer sans paraitre le faire, car la clarté de l'exposition constitue déjà à elle seule une preuve. Evidentia est la vérité qui se montre à travers les nuages et se rend visible comme la lumière. La grande majorité des hommes se laisse convaincre moins par le raisonnement que par une idée nette de la vérité. Il est deux moyens de démontrer un pro- blème. L'un consiste à montrer que toute autre conception est im- possible, c'es le moyen polémique et destructif. L'autre consiste à montrer que la vraie conception es évidente, c'est le moyen positif et d'exposition, L'avantage de cette dernière méthode consiste en ce que l'on réfute son adversaire sans citer ni son nom, ni ses aflirma- tions, et cela la rend conciliante et pacifique. Le fondaleur des Quakere avait bien raison quand il disait : « Lorsque je discute, je prends bien garde de ne pas provoquer mon adversaire, car aussi longtemps qu'il reste calme, toute la grâce de Dieu qui se trouve en lui se range de mon côté. » Jusqu'ici je n'ai parlé que du pouvoir naturel inhérent à une claire exposition et capable de convaincre l'intelligence, en la persuadan£ par un enchaînement d'idées intelli- gibles. La clarté est lumière et la lumière se manifeste par elle-même; mais la vérilé, quand elle se présente en sa claire évidence, possède encore un pouvoir surnaturel et sacramentel....
L'enseignement de la vérité est comme un jeu de dominos : si nos auditeurs posent un fois, nous devons aller à leur rencontre avec un trois de notre côté. Mais pour agir ainsi il nous faut, avant Lout, con- maitre quelles sont les convictions de nosauditeurs. Tant que nous fe- rons appels à ces vérilés tellesqu'elles existent dans l'esprit du peuple anglais, il répondra à notre appel et nous gagnerons son attention et sa confiance, si nous préchons ces vérilés mieux que ses propres prédicateurs; nous établirons par là la supériorité de notre foi. À quoi sert de prècher sur l'Immaculée Conception à des gens qui ne croient pas à l'Incarnalion, ou sur l'Église à ceux qui ne croient pas au Christianisme? Pour une procession à travers les rues, il serait mieux de réciter ou de chanter les litanies du saint nom de Jésus que les litanies de Lorette. Donnez au peuple anglais ce qu'il com- prend et il vous écoutera. De même, chantons des cantiques anglais dans les rues plutôt que d'y réciter le rosaire. Les cantiques sontintel- ligibles à tous; le rosaire est non seulement inintelligible aux non- catholiques, mais il est pour eux une pierre d'achoppement par ses répétitions perpétuelles... En une assemblée publique qui se tint aux Etats-Unis, l'on rapporte que le nom de Jésus fut reçu avec des applaudissements et le nom de l'Église avec des murmures. C'est un fait terrible, une condam- OBSTACLES A L'EXPANSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 254
mation à mort-de l'élément purement humain de l'Église chrétienne; mais une indication de la foi et de l'amour envers Jésus-Christ lui- méme. Aussi longtemps que cet amour survivra nous pouvons faire appel à cet amour. Depuis longtemps j'ai pensé avec crainte que l'Église visible est maintenant dans la position de Jérusalem au temps d'Isaie, ou lorsque Titus en faisait Le siège. Le divin Esprit règne sur l'Ecrlesia dues et regens, mais l'esprit humain règne sur la société chrétienne. Si cela n'était pas, Londres n'aurait jamais élé dans l'état où nous la Wouvons aujourd'hui, et que faire à cela? Certainement ni la pelile piélé de notre aristocratie, nila dévotion du faubourg Saint- Germain ne sauraient ÿ rémédier. Elles sont bonnes à leur place, el l'Église doit tenir son jardin dans tout l'ordre, garder la beauté, le parfum de ses fleurs et de ses fruits. La ferveur du cœur et de la téle entretient la lumière et le feu du centre, par lesquels le corps entier est vivifié en ses énergies. Par conséquent, il nous faut nos pié- és el nos modes de dévotion; mais le monde se meurt, positus in maligno, et il nous faut pénétrer en lui comme àtravers le feu... I n'y a pas de doute que le Tudor settlement in religion, l'élablisse- ment religieux d'Élisabeth, ne répond plus à ce qu'il était. Il n'a ni forme fixe ni théologie, il n'a point de prise sur l'esprit du peuple qui ne le comprend pas, il est dans un élat de changement perpé- tuel. Ce n'est pas ainsi de la foi catholique; pourtant je ne crois pas que le peuple anglais sera reconquis parles moyens de l'intelligence. Nous avons perdu sa volonté par les péchés et les misères du passé; mais sa volonté est déjà sur le point de changer el pourra se recon- quérir si elle trouve de la sympathie et de l'intérêt parmi les prêtres etdans l'Église, si, conformément àla loi et à la puissance de l'Incar- nation, ilse trouve un amour humain, un zèle et un esprit fraternel, atlirant la volonté humaine à la présence divine. Il n'y a nul autre moyen pour ouvrir l'oreille, l'intelligence et l'âme de l'homme, et nous sommes heureusement aussi indépendants et détachés du
monde, de ses litres, de ses richesses, de ses privilèges, que l'Église des apôtres. Malheur à l'homme qui enlace l'Église dans la politique el les gouvernements. Malheur à l'évêque qui, dans l'Église, appar- lient à un parti ou en a lespréjugés. ll devrait être au-dessus de tous les partis et de Lous les préjugés, et comme il est placé dans l'état de perfection, il devrait être à la fois et humain et chrétien. Humain par sa pleine sympathie avec les créatures de Dieu, depuisles souffrances de l'homme jusqu'aux douleurs des animaux. Chrétien par sa cha- ilé envers Dieu et les hommes, envers ses amis el ses ennemis, par tendresse de cœur, immolation de lui-même, humilité et patience. UNE PRÉTENDUE « DOCTRINE MONSTRUEUSE»
SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE
Dans un article sur Les ordinations angliranes et le sacrifice de La messe,
publié par le Rév. F.-W. Puller dans le premier volume de la Revu anglo-romains, p. 395 sqq., il est dit qu'au xvi' siècle des opinions erronées sur le sacrifice de la messe « avaient cours un peu partout en Europe et particulièrement en Angleterre » (p. 399). On aurait notamment enseigné au peuple. que Jésus-Christ s'est offert sur la Croix uniquement pour le péché originel, tandis qu'il s'offre à la messe pour les péchés acluels. J'ose affirmer qu'avant le concile de Trente celle « doctrine mons- trueuse » (p.404) n'a pas été enseignée au peuple catholique ni en Angleterre ni dans les autres contrées de l'Europe. IL est vrai, les novateurs du xvi‘ siècle prétendent le contraire. Mais qui ne sait combien ces hommes, pour justifier leur apostasie, aimaient à dénaturer la doctrine catholique? Un des principaux d'entre eux, Martin Bucer, l'avoue sans détours dans une lettre con- fidentielle au landgrave Philippe de Hesse, du 8 janvier 4544 : « De notre côté », écrit-il,« on est venu, dans l'ardeur de la lutte, à impuler journellement aux adversaires, dans les sermons et les écrits, des choses dont ils ne se savent pas coupables et dont nous ne pourrions jamais les convainere!. » Ce n'est done pas aux auteurs protestants qu'il faut s'adresser si l'on veut connaitre avec exacli- tude l'enseignement catholique de la fin du moyen âge et du xvr° si cle; c'est auprès des catholiques qu'il faut aller se renseigner. Or, au xv* siècle, les catholiques protestaient énergiquement contre la doctrine monsirueuse que leur impulaient leurs adversaires; jamais, disaient-ils, une pareille doctrine n'a élé enseignée parmi nous.
A la diète impériale tenue à Augsbourg en 4330, les protestants
présentèrent à l'empereur Charles-Quint leur célèbre confession de
1 M. Lanr, Briefuechsel Landgraf Philipps von Hessen mit Bucer, &. 1, Leip- Hg 1887, p. 240. UNE PRÉTENDUE « DOCTRINE MONSTRUEUSE » 253
fui dite d'Augsbourg. Dans ce symbole composé par Mélanchthon ilest dit par rapport à la messe : « Accessit opinio quæ auxit priva- Las missas, videlicel quod Christus sua passions satisfecerit pro peccalo ori- ginis et inslitueril missam in qua fierel oblatio pro quotidianis delictis mor- talibus et vensalibus; hinc manavit publica opinio, quod missa sit opus delens peccata vivoruin el mortuorum ex opere operalo. » Le texte allemand est encore plus expl il y est déclaré que, d'après l'en- seignement catholique, Jésus-Christ serait mort uniquemmi pour le péché originel. L'empereur chargea une trentaine de théologiens catholiques de réfuter la confession de foi protestante. Cette réfutation fut lue publi- quement à la diète. Or, voici ce que ces théologiens venus de Loutes les parties de l'Allemagne répondent sur le point en question: « Neque satis intelligi polest, quod assumitur Christum salisfecisse sua passione pro peccalo originali et inslituerit missam pro actuali peccalo. Nam hoc nunguam auditum est a catholicis, jamque rogati ple- rique constanissime negant ab iis sic doceri !. » Dans la rédaction primitive, publiée seulement il y a quelques années, les théologiens se montrent encore plus catégoriques: « Imponunt catholicis asserere passionem Christi faclam pro origi- nali peccato, missam fieri pro actualibus. 44 ic concionatores principes sw decipiunt, dum calholicis errorem et heresim imponunt inauditam. Ostendant nobis eum qui sentiat Christum solum pro peccato origi- ais in passione satisfecisse, eL nos tam adversabimur ei quam Luthero. N'unquam ila docuere calholici, sed dicimus Christum salisfecisse pro omaibus peccatis. At sicut concionatores dicunt illam salisfactionem nulli prodesse sine fide, ita catholici et tota Ecclesia docuit nos illius satisfactionis parlicipes fieri per sacramenta et sacrificium missæ, per bona opera et similia *. » Dans la suite, les théologiens catholiques protestèrent encore plus d'une fois contre l'imputation calomnieuse. En 1533, le dominicain Pierre Anspach, prédicateur de l'Électeur de Brandebourg à Franc- fort-sur-l'Oder, qualifiait cette imputation de « mensonge »?. C'est ce que faisait également, cinquante ans plus tard, le jésuite Bellarmin : « Impudenti mendacio tribuitur catholicis doctoribus illa divisio quod Christus passione sua salisfecerit solum pro peccato originis, pro aclualibus autem inslituerit missam. emo enim catholicorum unquam
VA. Fauricius, Harmonia Confessionis augustanæ, doctrine evangelicæ con=
senum declarans. Adjunctum est Caroli F. polentissimorumque Imperii Chris- Hiani Principum ac doctissimorum nostri sæeuli hominum de cadem confessions indicium. Colonisæ, 1573, p.
- Fiscmær, Die Konfutation der Augsburgischen Bekenniniss. Ihre ersle seat und ihre geschichte. Loipzig, 1891, p. 100. ie Ansracn, Anthithesis der Lutherischen Bekenniniss. Francfort-sur-l'Oder pe 5. 234 REVUE ANGLO-ROMAINE
sie docuit." » Encore au xvu siècle, un professeur de l'U'niversilé de Fribourg, Thomas Henrici, écrivait dans une réfutation de la Confes- sion d'Augsbourg : « Neque Catholici communiter, neque Scholastiei docent, Christum per passionem suam pro peccato tantum originali, non etiam pro actualibus satisfecisse... Ostendant Confessionistæ vel unicum Seholasticum qui docuerit Christum pro peccelo originali ila satisfecisse, ut ejus satisfactio ad peccata actualia se non exten- dat, » On le voit, Henrici ose défier les apologisles de la Confession d'Augsbourg de citer un seul auteur scolastique ayant enseigné la « doctrine monstrueuse ». Mais n'était-ce pas là une grande impri- dence de sa part? Ne savait-il pas que déjà Mélanchthon, dans son Apologie de la Confession d'Augsbourg, avait cité le prince même des scolastiques, saint Thomas d'Aquin, comme un des patrons de celte doctrine? Voici, en effet, ce qu'écrivait Mélanchthon en 4534: « Repu- diandus est error Thomaæ, qui scripsil corpus Domini semel oblatum in cruce pro debito originali, jugiter offerri pro quotidianis delictis in altari, ut habeat hoc Ecclesia munus ad placandum sibi Deum?.» C'est ce qu'il avait déjà écrit en 1530, pendant la diète d'Augsbourg, dans son Andivium de missa . C'est ce que répétaient en 1538 les ambassadeurs envoyés à la eour d'Angleterre par les princes protestants d'Allemagne ®. On lit, en effet, dans un opuscule publié dès le xv siècle sous le nom du Docteur angélique : « Secunda causa institutionis hujus sa- cramenti est sacrificium altaris, contra quandam quotidianam delic- torum nostrorum rapinam, ut, sicut corpus Domin semal oblatum est ün crue pro debito originali, sic offeralur jugiter pro nostris quotidianis delictis in allari, et habeat in hoc Ecclesia munus ad placandum sibi Deum super omnia legis sacramenta vel sacrificia pretiosum et acceptum.f» Comme le Rév. Puller s'appuie également sur ce passage, qu attribue, d'ailleurs, non à saint Thomas, mais à quelque scolastique anonyme, nous essayerons de prouver: 4° que le texte n'est pas de quelque obseur scolastique, mais d'Albert le Grand; 2 qu'il n'a pas le sens que lui donnaient au xvi siècle les auteurs protestants.
Le passage en question se trouve dans une collection de trente- deux sermons sur l'Eucharistie, qui ont élé souvent imprimés,
1 BeuLanmiNus, Indicium de libro, quem Lutherani vocant, Concorde. Ingols- tadi, 1885, p.88.
Tu, Hexmct, Anatomia Confessionis Augustanæ. Friburgi, 1631. p. 456, sgq.
5 G. Caussrinus, Historia Comiliorum anno MDXXX Augustæ celebratorum. Francofurti, 1877. T. II, p. 13 a. 4 Caœuesmus. T. Il, p. 278 b. SI. Couutur, An eccleriastical hislory of great Britain. T. LV, London, 4845, p. 408 & Sr Tuowas, Traclatus de corpore Chrioli. Sine loco. UNE PRÉTENDUE & DOCTRINE MUNSTRUEUSE v 255
soit sous le nom de saint Thomas, soit sous le nom d'Albert le Grand. Le docteur Jacob, chanoine de la cathédrale de Ratis- bonne, en & publié récemment une édition critique d'après d'anciens manuseritst. Dans une courte, mais substantielle intro duction, l'éditeur. démontre que cet opuscule est vraiment d'Albert le Grand, bien que la plupart des anciens manuscrits l'attri- buent à saint Thomas. La meilleure preuve nous en est fournie par lautographe même d'Albers le Grand que possédait encore au x siècle le couvent des dominicains de Cologne. Un membre de celle communauté, Pierre de Prusse, écrivit vers 4486 une biogra phie du savant évêque. Dans le chapitre 20, où il traite des écrits composés par le Bienheureux sur l'Eucharistie, il mentionne expres- sément les trente-deux sermons en ajoutant : « Nonnulli ignari ini tulant tractatum illum nomine sancti Thomæ, quod ulique errori est adseribendum, quia ab Alberto est editus el non a sancto Thoma. Habemus enim in nostro conventu Coloniensi originalem librum pro magoa parte Alberli manu conseriptum. Idem namque liber a quo- dam fratre, qui quandoque Alberto in scribendo subserviebat, in grossa litlera scriplus est; sed in fine ullimi sermones aliqui manu Alberti sunt scripli, sicut et principium sermonum, ila et in medio, multis in locis, nune manus fratris nunc Alberti alternatim sibi suc- cedunt. Quandoque etiam abrasa littera fratris et aliter ab Alberto est scripte in eodem loco, quandoque vero in margine. Nonnun- quam, ubi deerat spatium, ipse Albertus, schedulas scribendo, filo aflixit easdem locis opportunis. In quibusdam etiam locis suæ seri pluræ folia indisparia celeris foliis inseruit, ila ut totus liber sit deformis ob hujusmodi variationem. » Pierre de Prusse était à même de connaître l'écriture d'Albert le Grand, puisqu'il existait à Cologne encore d'autres ouvrages écrits de la main du Bienheureux, « alii ipsius libri quos manu pro- pria ad integrum conscripsit, quos et Coloniæ habemus, videlicet super Matthœum et de animalibus ». Le bivgraphe conclut : « Hæc igitur inserere placuit quæ vidi et manibus contrectavi, ut ambiguum quod dixi non maneat.® » On a prétendu que ces sermons ont été remaniés an xv° siècle, après le concile de Constance; mais un pareil remaniement n'est pas admissible. Pierre de Prusse dit expressément que les derniers ser wons, de même que les premiers, étaient écrits de la main même
1 Beati Alberli Magni Episcopi Ralisbonensis de Sucrosancto corporis Domini Sacramento Sermones juxla manuscriptos codices necnon editiones antiquiores accurate recogniti per G. Jacob. Ratisbone, 1993. Lo passage en question s0 Aou ici à la page 9. 3 B, Alberti de athærendo De libellus. Accedit ejusdem Alberli vita. Antver- pie, 1624, p. 181. 256 REVUE ANGLO-ROMALNE
d'Albert, tandis que pour les sermons placés au milieu du manuseril, Albert et son secrélaire se relayaient. D'ailleurs, la Bibliothèque royale de Munich possède différents manuscrits du xiv* et du com- mencement du xv° siècle. Or, lous ces manuscrits ont déjà le texte complet, Lel que nous le connaissons aujourd'hui. Les trente-deux sermons étant d'Albert le Grand, il est clair que le passage précité ne peut pas avoir le sens que lui donnaient les polémistes protestants au vi siècle. Qui donc voudrait affirmer que le célèbre théologien ait nié l'universalité de la rédemption par le sacrifice de la croix? Ses autres écrits ne laissent subsister aucun doute à cet égard. Qu'on lise, par exemple, ce qu'il en dit dans son commentaire sur le livre des Sentences!, ou bien dans ses opuscules desacrificio allaris et de sacramento Eucharistixe?. D'ailleurs, même dans les trente-deux sermons, l'universalité de la rédemption par le sacrifice de lu croix esL aflirmée à différentes reprises. Dès le premier discours, l'auteur fait dire au Christ : « Pro debitis omnium sufficiens sacrificium in eruce offerebam. » (p. 41) Plus loin (p. 63), il est dit: « Christus per mortem suam genus humanum de morte ælerna liberavit. » Considérant le sang du Christ, « ut in eruce pro omnium redemptione funditur », l'auteur déclare : « Pax eum Deo sive reconciliatio fit per sanguinem Christi ratione pretii sufficientis, quod in eo pro nostris debitis solvi Peccatores Dominus sanguine suo lavit et formosos ac roseos et Deo gratos fecit, et in eo sic reconciliavit, ut in curia Dei principes el reges efficeret.... Effudit sanguinem de manibus, ul peccatores virlute sanguinis a vinculis peccatorum solveret el absolutos ad se revoca: ret... Christus in cruce libavit sanguinem, solvens omnes a vinculis peccalorum. » (p. 114 sqq.) Le sacrifice de la messe n'est que la représentation du sacrifice de la croix : « Hujus sacrificii (in eruce) memoriale est hostia Ecclesiæ, quæ offertur in memoriam passionis dominicæ. » (p. 438.) C'est ce que l'auteur répète plus loin, en s'appropriant un texte attribué à tort à saint A mbroise : « Christus semel in cruce hostiam pro omni- bus obtulit; ipsam offerimus etiam nunc. Sed quod nos agimus, recordatio est sacrificii illius, nec causa suæ infirmilatis repetitur, sed nostræ, quia quotidie peccamus. » (p. 157.) Puisque nous péchons chaque jour, veut dire l'auteur, nous avons besoin d'un sacrifice quotidien qui nous applique les fruits du sacrifice de la
1 B. Alberti Magni opera omnia. Ed. Vivès, & XXVILI, p. 323 sdg.; t. XXIX, p. 317. Dans l'édition de Vivès, les trente-deux sermons sont reproduits dans le tome XIII.
- Alberti Magni Opera, ed. Jammy, Luyduni, 1651, 1. XXI, p. 19, 95. Dans cette
dernière édition, les trente-deux discours se trouvent dans le tome XIL. 3 Je cite la nourelle édition critique de Ratisbonne, UNE PRÉTENDUE « DOCTRINE MONSTRUEUSE » 237
croix. Saint Thomas, le disciple d'Albert le Grand, exprime la même idée, mais sous une forme plus précise : « Quia fructu dominicæ passionis quotidie indigemus propter quotidianos defectus, quotidie in Ecclesia regulariter hoc sacramentum offertur. » (S.Th. 1l ', q. 83, 2.2.) C'est dans ce sens qu'il faut expliquer le passage équivoque du premier sermon. Dans une polémique avec le prédicant luthérien Jacques Herbrand, qui avait invoqué ce passage en l'attribuant à saint Thomas, le théo- logien bien connu Grégoire de Valentia écrivait en 4584 : « Quam sententiam D. Thomæ sane soletis crebro summa cum fraude, nec sine atroci sanctissimi eruditissimique doctoris injuria traclare... An vero aliqua syllaba vel verbum in sententia D. Thomæ quam ditasti, est, quo ille neget Christum passione sua pro peccatis actua- libus in cruce satisfecisse? Nullum omnino. Pro originali enim pec- eato semel illum oblatum esse dicit; pro aclualibus autem non etiam vblatum esse, minime dicit, sed aliud est quod significat... Sensus est, hoc interesse inter peccatum originale et ali actualia quod pro illo, quia non sæpius ab eodem homine admittitur, sed semel abo- lilum nunquam rediit, semel tantum Christus se obtulit, nempe in eruce, non item alias in altari. Pro peccatis autem actualibus, quia sæpius ab uno et eodem committuntur, sæpius se offert, nimirum non tantum in cruce — hoc enim factum etiam esse nunquam * D.Thomas negat—sed etiam quotidie in altari. Idque non quia sacrifi- cum erucis non fuerit per se sufficiens ad delenda omnia peccaa m actualia, quantumeumque quis in ea reincidat, sed quia pla- cuit divinæ sapientiæ, ut sicut ipsa repetuntur, ila eliam eorum remissio, adeoque sacrificii crucis fructus per repelilam oblationem cjusdem Christi in altari applicaretur!. » Bellermin explique le texte de la même manière : « Video unde Philippus (Mélanchthon, l'auteur de la Confession d'Augsbourg] occa- sionem arripuerit mentiendi et calumniandi, quia videlicel sanctus Thomas in opuseulo de Sacramento altaris docet, ele. At sanctus Tho- mas non dicit, in cruce pro solo debito originali oblatum Christi corpus, imo etiam pro actualibus docet. (Bellarmin renvoie ici à différents endroits de la Somme Théologique.) ld ergo in eo opus- culo sibi voluit sanctus Thomas, quia peccatum originale semel dimis- sum nunquam repetitur, ideo ad illud expiandum non esse necessa- ria quolidiane sacrificia, sed sufficere sacrificium crucis semel peractum et semel per baptismum applicatum, at pro peccatis actua- libus,quæsæpius committunturinstiluta esse, præter baptismum,quo- idiana remedia, in quibus sacrificium altaris merito numeratur.») ? 1 Grso. ve Vaiævria, Apologia de SS. Missæ sacrificio. Ingolstadi, 1581, p. 31, s9g.
æcanminus, Indiciun de libro quem Lutherani vocant: Concordiæ. ngol-
stadii, 1585, p. 90. EVUE ANGLO-ROMAINE, — IL. — #7 258 REVUE ANGLO-ROMAINE Il faut, sans doute, reconnaître qu'Albert le Grand s'est exprimé d'une manière quelque peu équivoque; mais l'on sait que comme théo- logien il n'a pas à beaucoup près la précision dogmatique de sondisciple saint Thomas. Voici, par exemple, un passage où il semble enseigner que le Christ nous a rachetés du péché originel, uniquement en ver- sant son sang sous le couteau de la circoncision. Parlant, dans le commentaire sur l'évangile de saint Luc, de l'agonie de Notre-Sei- gneur au jardin des Olives, il dit : « Iste est jam secundus modus quo suum sanguinem Dominus fudit, quia in cireumeisione fuit primus, iste autem est secundus, in flagellis et spinis tertius, in clavis quar- tus et in lanceatione post mortem fuit quintus. Et primus qulen modus est ad percali originalis abstersionem, secundus autem est ad mise- riæ expiationem, tertius est ad pænitentinm sublevationem, quartus autem est ad pretii solutionem, et quintus ad sacramenti communio- nis consecrationem ». Il est clair qu'on ne peut pas prendre à ki lettre ces explications par trop allégoriques. 11 en est de même du passage équivoque sur le sacrifice de la eroix et la sainte messe. Il faut expliquer ce passage par des textes parallèles; de la sorte, on pourra l'entendre dans un sens tout à fait orthodoxe. C'est ainsi que l'ont entendu les auteurs catholiques pendant le moyen âge et le xvr siècle. Les théologiens réunis à Augsbourg, en 4530, connaissaient certainement le texte précité; les trente-deux sermons avaient déjà été imprimés plusieurs fois dans différentes villes allemandes sous.le nom de saint Thomas et sous celui d'Albert le Grand. Néanmoins, les représentants de l'Allemagne catholique, en parlant de la prétendue doctrine que le Christ n'est mort sur la eroix que pour le péché originel, déclarent catégoriquement : « Hoc nquam auditum est a eatholicis, » On a essayé parfois d'attribuer à Catharin la doctrine erronée contre laquelle protestaient, en 1530, les théologiens catholiques réunis à Augsbourg. Mais le chanoine Moyes, comme le remarque le Reverend Puller (Revue anglo-romaine, À. c. p. 405), a suflisamment mis en évidence que Catharin n'a nullement enseigné lt « doctrine monstrueuse ». Sans doute, le dominicain italien se trompe en disant que le sacrifice de la croix est la source immédiate de l'eflicacité du sacrement de baptême, landis que le sacrifice de la messe est la source immédiate de l'efficacité des autres sacrements : mais il déclare, à différentes reprises, que le sacrifice de la messe tire toute sa valeur du sacrifice de la eroix. Au texte cité par le chanoine Moyes on pourrait ajouter cet autre passage tiré du commentaire de Catha- rin sur l'épitre aux Hébreux : « Habemus sanguinem et verum san- guinem, quem offerimus ad placandum Deum pro novis eulpis, quia
1 Alberti opera, ed. Jammy. T. 10. Pars Il, p. 329.
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UNE PRÉTENDUE « DOCTRINE MONSTRUEUSE » 259
sie sanguine non fit remissio, cujus effusio semel facta semper prodesse debel, modo semper offeratur... Quoiens offerimus, toties ile sanguis ante aspectum Dei effunditur, h. e. toties illius effusionis efieaciam preæstal, quia cum memoratur illa effusio (facimus enim in memoriam ejus), quodammodo renovatur. Oportet enim, ut prosit illd sacrificium applicari nobis. Applicatur aulem respect præce- dentium culparum, quæ sunt sub veteri testamento, per baptismum, respeclu aulem novarum per sacrificium hoc novtm el per alia sacramenta, que absque hoc sacrificio non proficerent, sicut nec absque illo Chrisli sacrificio prodesset baptismus.... Ordinatum est nobis sacrifi- cium corporis et sangui ncruentum, ul sil satis pro om- nibus causis.. ad laudem et gratiarum actiones exhibendas Deo, et ad nova beneficia impetranda, et ad deletionem recentiorum pecca- lorum, quam vim tamen habet ab illa unica oblatione per Christum facta, que in his nostris oblationibus recolitur. Nam sicut nos oportet pro nobis eLinvicem pro tolo corpore Écclesiæ orare, quamvis pro nobis omnibus Christus oraverit, ila oportet et nos pro nobis sacrilicare, quanquam Christus pro nobis el pro toto mundo sacrificaverit, quia sie applicamus nobis illius et orationem et sacrificium. » Le Rev. Puller cite un sermon de Latimer, évêque de Worce: ler, dans lequel il serait « clairement démonipé qu'une doctrine monstrueuse touchant le sacrifice eucharistique avail élé populaire-
ment répandue en Angleterre, durant la première partie du xvr° siè- de» :p. 403. C'est en 1536, à l'ouverture du synode provincial de Cantorbéry, que Latimer prononça ce discours. Il y parle de prédica- teurs anglais « déclamant quelquefois les idées des hommes à la place de la parole de Dieu, prêchant en même temps au peuple que la rédemption accomplie par la mort du Christ ne doit profiter qu'à ceux qui sont mors antérieurement à son Tncarnation ; el que conséquemment le pardon des péchés et la rédemption achetée avec de l'argent et à ventée par les hommes, est la seule efficace, el non la rédemption qui nous a été procurée par le Christ. » Le Rév. Puller est d'av «qu'il aurait été impossible pour l'évêque d'adresser de Lelles pa- roles à un tel auditoire, si elles n'avaient pas été vraies ». Au même litre, on pourrait dire que les protestants d'Allemagne, dansleur confession de foi lue publiquement à la dièle d'Augsbourg, n'auraient pas osé imputer aux catholiques la doctrine monstrueuse dont nous avons parlé plus haut, si cette doctrine n'avait pas élé enseignée par les catholiques. Et pourtant, l'imputation éfait fausse; les théologiens catholiques la repoussèrent comme une calomnie Qui nous dit qu'il n'y eut pas de réclamations au synode de Cantor-
VA.Caruartnus, Commentaria in omnes D. Pauli el alias seplem canonicas cpislolas. Venetiis, 4561, p. 539-540. 260 REVUE ANGLO-ROMAINE béry? D'ailleurs, Latimer n'était-il pas protestant, et n'avait-il ps l'habitude de se livrer à des déclamations passionnées contrek clergé et le culte catholique? Dès 1532, il avait été frappé de l'x- communication à cause de ses sermons hérétiques. IL se rétracb, i est vrai, mais pour recommencer bientôt après les mêmes erremes, ce qui poussa même Henri VIII à le faire emprisonner comme lu- rien, Les affirmations d'un pareil détracteur de l'Église catholique n'ont, dans l'espèce, aucune valeur probante. Au lieu d'en appeler à un témoin aussi peu sûr, qu'on veuille bien nous citer quelque auteur catholique qui ait enseigné la « doctrine monstrueuse » sur le sacrifice de la messe. C'est ce que demandaient, dès 1530, les théologiens catholiques réunis à Augsbourg; c'est ce que nous sommes en droit de demander encore aujourd'hui: Uster- dant nobis eu qui sentiat Christum solum pro peceato origini i passione salisfecisse, et nos tam adversabimur ei quam Lutte. Nunquam ita docuere catholici. »
D° N. PauLus,
Munich (Bavière).
1 Voyez la notice biographique consacrée à Latimer, par le D Bellesheim, dans le Freiburger Kirchenlerikon, 1. VII, 189, p. 4502 sqq.
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CHRONIQUE
Clôture de la Commission. — La commission chargée de l'étude des ordinations anglicanes a lerminé hier ses travaux. Certains pensent que le Saint-Office sera saisi de la question; d'au- es croient qu'une commission de cardinaux va être formée pour donner son avis.
L'Église anglicane et l'Église russe. — Le professeur Soko- lof, professeur d'histoire ecclésiastique à l'Académie ecclésiastique de Moscou, vient de publier dans le Messager théologique de Moscou, deux articles sur la question des ordinations anglicanes. Dans le premier, le docle professeur donne un résumé de l'histoire ecclésias- tique en Angleterre, depuis le temps d'Henri VIIL jusqu'au temps d'Élizabeth. Dans le second, il démolit la fable du Wag's Heaë et il établit l'authenticité du registre de l'archevéque Parker. Il conclut que le fait de la consécration de Parkerpar quatre consécrateurs dans la chapelle du palais de Lambeth, selon le rite autorisé sous le règne d'Édouard, est démontré. M. Sokoloff annonce deux autres articles dans lesquels il examinera, si la consécration de Parker était canomiquement légitime el si les Russes peuvent reconnaltre sa vali- té.
Le couronnement du Tsar.— Le Times annonce qu'avec l'as- sentiment de la reine, l'archevêque de Cantorbéry a député l'évêque de Peterborough pour représenter l'Église d'Angleterre au couron- nement du Tsar.
Une lettre de l'évêque de Stepney. — Au sujet des réor- dinations qui auraient eu lieu sous la reine Marie Tudor, le D' Browne, évêque de Stepney, auxiliaire de l'évêque de Londres, vient d'adresser au Times la lettre suivante : .« On a souvent dit qu'il n'est fait mention nulle part de réordina- tions qui avaient été failes par les évêques de la reine Marie des sujets ordonnés sous le règne d'Édouard VI. Il est toujours vrai, d'après ce que j'en sais du moins, qu'il n'y a dans les registres des évèques du temps de Marie aucune preuve qu'ils réordonnè- rent. Mais un examen attentif de ces registres, examen auquel 262 REVUE ANGLO-ROMAINE s'est livré depuis plusieurs mois le Rev. W. H. Frere, au nom de la Church Historical Society, à révélé un fait qui, en vue de l'enquête faile actuellement, doit être, pensons-nous, rendu publie le plus lt possible, Sans cetie raison spéciale,nous eussions attendu naturelle- ment que l'évidence absolue se fût faite sur la matière el quela ques- Lion pût être complètement traitée et élucidée. «Une comparaison des listes des sujets ordonnés par certains des évêques du temps de Marie avec celles des sujets ordonnés par les évêques du temps d'Edouard montre d'une manièresi flagrante qu'une coïncidence de noms ne saurait fournir une explication suffisante, que quelques-uns des évêques du temps d'Edouard réapparaissent sur les listes des sujets ordonnés au même degré par les évêques de la reine Marie. «Les ordonnances de la reine Marie que nousavons dans le registre de Bonner furent publiées le 4mars1354.Elles viennent d'être publiées dans une collection extrêmement utile de Documents instruchifs sur l'Histoire de l'Eglise, par le Rev. Henry Gee et M. W. J. Hardy. Dans ces ordonnances, ainsi qu'on le sait, les évêques reçoivent l'ordre, non de réordonner, mais de « suppléer à ce qui faisait défaut » chez les sujets précédemment ordonnés. Les cas auxquels je fais allusion se retrouvent, à la fois avant, et un mois ou deux après ces ordonnances. «Ii n'y a trace nulle part dans les registres qu'on ait ainsi suppléé à ce qui faisait défaut. Il se peut bien que lorsqu'un évêque de Marie suppléait ainsi à ce qu'il supposait devoir faire défaut, il inserivait le nom du sujet avec ceux des autres qui étaient ordonnés en même temps; et alors les cas découverts par M. Frere ne seraient nulle- ment des eas de réordination, ou bien ils peuvent avoir été dus aux opinions personnelles de certains évêques sur des points techniques où aux scrupules de sujets ordonnés d'après l'Ordinal de la Réforme et qui demandaient une réordination sous conditions. Le total des cas ainsi découverts ne dépasse pas treize ou quatorze, et il est clair que nous ne sommes pas en présence des eflels d’une ordonnance générale, d'une ligne de conduite publique, ou d'aucun principe ren- dant la réordination obligatoire. «Si nous en venons à laquestion de la possession des bénéfices, j'ai pour ma part examiné l'automne dernier plus de cent des nomin tions qui furent faites par la reine Marie, toutes celles des cinq cèses les plus importants, y compris celui de Londres, et depuis M. Frere en a examiné une centaine de plus. La cause, autre que la mort, qui sous le règne de Marie privait légalement un clergyman de la possession de son bénéfice est celle que nous savons, c'est-à- dire que ce clergyman était marié, comjugatus. D'autre part, il ÿ_a des cas évidents de sujets ordonnés sous l'Ordinal anglican (non mariés ceux-là) qui furent laissés en possession de leurs bénéfices. « La majorité évidente du petit nombre de cas auxquels je fais allusion se trouve dans le registre de Bonner. M. Frere vient seule- ment de trouver les listes de Bonner, sous le règne de Marie, listes qu'il avait jusque-là cherchéesen vain. Tout considéré, cela a été une
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plus grande surprise dans le passé de voir que Bonner ne réordonnait pas alors qu'il le pouvait, que ce ne l'est actuellement, pour quicon- que connait l'homme et son époque, d'entendre qu'il faisait entrer dans ses listes d'ordination certains sujets qui figurent aussi sur les listes de Ridley au temps d'Édouard. Les anglicans n'ont en aucune manière appuyé leur conviction en la validité deleurs ordres sur cette croyance que, durant la période deréaction intense que futle règnede Marie, alors que l'on espérait que la Réforme était à jamais déra- cinée en Angleterre, les controversistes romains reconnaissaient la validité de l'Ordinal d'Édouard VI. L'action des évêques du temps de Marie est unfait historique ; il ne touche pas aux fondements plus profonds sur lesquels reposent nos ordinations. «M. Frere poursuit activement ses recherches. Nous en publierons l'ensemble sous la forme le plus complète dès que nous aurons la satisfaction de voir nos recherches conduites aussi loin qu'il est possible. » « G.-F., évêque de Slepney. »
Les ordinations anglicanes. — Nos lecteurs viennent de lire laletre que le T. Rev. D° Browne, évêque auxiliaire ‘anglican) de Londres, e président du comilé de la Church hisiorical society, a adressée au Times. Il n'est peut-être pas inutile de remarquer là loyauté que cette publication fait particulièrement ressortir au milieu des circonstances présentes. Dans l'étude des ordinations anglicanes, on s'est naturellement beaucoup préoccupé de la conduite de l'Église catholique vis-à-vis de ces ordinations. Le décret du Saint-OMice rendu en 1704, à l'oc- «asion de Gordon, formait la base connue de la jurisprudence ro- maine en la matière; mais, de tous côtés, on se demandait quelle était la pratique antérieure à ce décret. De nombreuses recherches avaient été faites, en particulier, par de savants catholiques sans donner de résultats. En dernier lieu, M. Frere, prètre anglican très érudit, membre de la communautéde la Résurrection, fut chargé par la Church historical society de fouiller les archives des différents dio- cèses das le même but. La lettre publiée par le Zimes donne les premiers résultats de ces recherches. Le Rév. P. Puller en avait été instruit tout d'abord par une lettre privée de M. Frère. Celle lettre a été remise, aussitôt reçue, entre les mains de l'abbé Duchesne, un des membres de la commission d'enquête. Voilà une conduite qui fait grand honneur aux Anglicans. Xous reviendrons la prochaine fois sur la lettre elle-même. La commission d'enquête tient fort régulièrement ses séances. Lifférents journaux, puisant à la même source, annoncent que ses travaux sont très lents el que son rapporl sera présenté. au suc- cesseur de Léon XIII. Que ces bonnes mes se rassurent, elles ne larderont pas à apprendre que Léon XIII, le pape de la lettre ad Angles, vit encore. La commission est ainsi constituée : Cardinal Mazella, président; 264 REVUE ‘ANGLO-ROMAINE
Mgr Merry del Val, scerétaire; membres : le Rev. D. Gasquet, béné- dictin; le chanoine Moyes, le P. David, franciscain, le P. Llevaneras, capucin; le D' Scannell, Mgr Gasparri, l'abbé Duchesne, le P. de Augustinis, jésuite. Avant d'entrer dans la commission, D. Gasquet, le chanoine Moyes et le P. David défendaient la nullité; l'abbé Duchesne et le P. de Augustinis s'étaient prononcés pour la validité; Mgr Gasparri avait conclu au doute dans la Revue Anglo-Romaine, le D' Scannell avait attaqué le chanoine Moyes dans le Tablet pour son interpréta- tion de la Bulle de Paul IV. L'opinion du P. Lievanerss était incon- rue.
Selon le discret correspondant du Table, le secret de la commis- sion est si bien gardé qu'on ne sait même pas en quelle langue s'en- tretiennent les commissaires : sans l'aflirmer positivement, nous eroyons toutefois! pouvoir dire que ces Messieurs parlent latin. El voici l'origine de notre induction. Depuis un mois environ, le savant abbé Duchesne ne parle que latin. Les ufigue, les nego tolum pleuvent sur la tête du cher M. Fabre et de la brave et fidèle gouvernante bien surprise d'un pareil langage. Une telle anomalie ne trouve son expli- cation que dans les nouvelles habitudes théologiques contractées au sein de la commission.
Les obstacles à la réunion. — Les:obstacles à la réunion des Églises, en particulier à la réunion de l'Église anglicane, avec l'Église romaine sont très grands, tout le monde le sait. Mais les plus diff- ciles à vaincre ne sont peut-être pas les obstacles de fond. Lorsque, entre âmes chrétiennes, on croit au même Dieu et aux mêmes sacre- ments, quand on a un culle égal pour l'antique et primitive Église, il semble relativement facile de se réunir en un même corps visible. Il en serait ainsi de fait si l'enveloppe humaine ne recouvrait pas ces dons surnaturels. Et malheureusement, notre pauvre humanité, divine en ses pro fondeurs, subit à sa surface les influences du milieu. Les mousses envahissent bien le tronc des chênes. En notre âme aux aspira éternelles, d'amour infini, les vents de ce monde apportent mille germes étrangers de petites vues lerrestres et aussi de haines. Lorsque les radicelles de ces parasites peuvent pénétrer jusqu'au cœur de l'arbre, leur force en est bien plus grande. Les passions ( l'homme, toujours redoutables, deviennent encore plus terribles quand elles s'appuient sur des motifs religieux. Le catholicisme a été persécuté en Angleterre pendant trois cents ans. Les catholiques y ont été traités comme des parias. Il ne fau- drait point connaître la nature humaine, pour ne pas juger sans plus ample information que, dans cet état d'ostracisme perpétuel, de per- sécution quelquefois sans merci, il doit s'être formé, sinon chez lous les catholiques du moins chez un grand nombre, un état d'esprit par- ticulier. Nous devons fatalement trouver, chez eux, non seulement les CHRONIQUE 263
justes revendications de la vérité, le noble orgueil des enfants lou- jours fidèles mais aussi parfois le mépris à l'égard des frères séparés el des exagérations de Loute sorte. : Un prêtre dont le nom est très connu, nous donne la note de ces esprits-la. Voici un extrait de ce qu'il a écrit au sujet des Rituatistes : « Sur leurs autels nouveaux, les Ritualistes installent de faux christs et sofrent, à leurs idoles de pain, l'encens de le prière et l'adoration de leurs cœurs. Des milliers d'âmes, à cause de l'introduction de cette idolâtrie, ont abandonné l'Église établie et ont élé poussées jusque dans les rangs des dissidents et jusqu'à l'incrédulité. Îls souillent les snctuaires de Dieu en installant sur leurs autels nouveaux un dieu étranger, un faux sacrement, un faux Christ, l'incarnation d'un men- songe. Cetle caricature de notre Dieu est un spectacle blasphéma- toire et idolâtre... Et ceci se manifeste au plein jour du christianisme, dans un pays qui se vante de ses lumières chrétiennes, parmi ceux qui se regardent comme des types de perfection et d'orthodoxie chétiennes. Leurs ministres sont enflammés d'un zèle fanatique pour aider l'œuvre de Satan. Usons du bien ‘précieux de notre. liberté pour résister de tout notre pouvoir à ce diabolisme du Ritualisme, à cet Esprit malin de l'ange des Ténèbres qui introduit ninsi, après plus de mille ans l'idôlatrie dans notre pays !. » L'auteur s'atlira la belle réponse suivante de la part d'un anglican : « La méthode employée dans ses lettres et adoptée par lant de «atholiques romains rend à peu près impossible toute réconciliation el arrête le développement naturel de la grande renaissance catho- lique qui s'opère maintenant dans l'Église anglicane... Est-il tout à fail orthodoxe de la part d'un bon catholique de décider si absolu- ment contre la validité de nos ordres, eu égard à la possibilité que, sur un appel au Saint-Père, une décision en notre faveur pourrait être rendue? Et si nos ordres sont valides (ce que nous croyons fer- mement), alors, comme conséquence naturelle, nous avons la grande joie de posséder la Présence réelle dans le Très Saint Sacrement si, de l'autre côté, nos ordres sont invalides, le Divin Maitre est bien absent, mais toute l'intention de notre adoration eucharistique est concentrée en un seul et unique objet, le Verbe de Dieu, Éternel et Incarné. Où done est l'idolâtrie matérielle ou autre? Nous adorons Jésus : voilà tout. Bien des accusations et les plus sévères, portées contre l'Église anglicane, sont vraies, hélas! La plupart attaquent des abus et des conceptions qui lui viennent de l'État. Mais je dois affir- mer ma conviction que le pauvre parti high-church, lant attaqué de tous les côtés, tel qu'il existe maintenant dans l'Église établie, est l'instrument choisi par la Providence pour déprotestantiser le pays el pour rendre un jour le peuple et l’Église d'Angleterre à la foi calho- lique. » Pour les catholiques semblables à l'auteur des « Faux Chrisls », les anglicans sont des prolestants et ne peuvent être autre chose. 1 Tablet, 45 octobre 1810, p. 490. 266 REVUE ANGLO-ROMAINE Assis dans la barque de la véritable Église, non seulement ils ne jettent pas aux malheureux noyés une corde de salut, mais ils les plongent et les replongent dans leurs erreurs. Si l'Église anglicanea élé envahie à certaines époques, surtout par le prolestantisme, il est certain qu'elle a fait de grands efforts pour faire fleurir en son sein les saines doctrines. Ces étranges catholiques ne la repoussent que davantage. Comme les vieux Bretons, ils ne peuvent se résignerà rencontrer leurs vainqueurs en para Il faut se rappeler les causes profondément humaines de cel élat d'esprit pour comprendre que des prètres puissent en arriver jus- qu'à se glorifier, comme nous l'assure le cardinal Manning, de n'avoir jamais fait de conversions el pour croire qu'un catholique puisse dire : « Nous, tendre la main à ceux qui depuis trois cents ans nous persécutent, jamais! » C'est la tristesse bien humaine mais bien peu chrétienne du frère de l'Enfant prodigue. — F. P.
S.Em. le Cardinal Galimberti, préfet des archives pontificales, est mort avant-hier, 7 mai, après une courte maladie. Le cardinal Luigi Galimberti était né à Rome le 26 avril 1836. Or- donné prêtre en 4860, docteur en philosophie, en théologie, en droit canon, il fut professeurd'histoire ecclésiastique à la Propagande etàla Sapience, prélat de la Signature, chanoine de Latran, consulteur du Saint-Offce, directeur politique du Journal de Rome, puis du Moni- leur de Rome. En 4885, Léon XIII le nomma sous-secrélaire d'État aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires; c'est en cette qualité qu'il négocia le rétablissement des relations officiellesentre la Prusse eL l'Église catholique, envoyé à Berlin en 4886, archevêque de Nicée et nonce à Vienne en 1887, il fut créé, le 16 janvier 1893, cardinal- prêtre du titre des SS. Nérée et Achillée. Le Saint-Père, l'avaiten ces derniers temps nommé préfet des archives pontificales et membre de la commission chargée d'examiner les voies el moyens de réaliser le grand dessein de l'Union des Églises. LIVRES ET REVUES
LA QUINZAINE
Nous avons donné dans notre numéro du 44 avril la première par- lie du dernier article de M. l'abbé Duchesne, Catholiques et Romains; nous en donnons aujourd'hui la seconde partie qui en est en même temps la fin :
Je viens de passer en revue les institutions e les sentiments qui ten- daïent à maintenir l'unité ecclésiastique. C'est peu de chose; cependant, avec de la bonne volonté, on aurait pu partir de là pour arriver à mieux. La grande brouille du 1v° siècle aurait pu être reléguée dans l'histoire et faire Jlce un état de relations plus conforme aux Origines. Mais la honte vo- onté fit défaut. Les évêques de Constantinople, au lieu de se contenter de L situation déjà excessive et antitraditionnelle qu'ils tenaient des assem- llées de 384 et de 454, n'eurent plus qu'une pensée : devenir les véritables chefs de l'Église, Infetués de leur grande ville, de leur place éminente au- prés de l'empereur, incapables de compter pour quelque chose ce qui n'était qas grec, ils s'habituèrent à se considérer comme le centre du monde chré- den. Dès la fin du vr° siècle, ils prenaient, en dépit de toutes les protesta- tious romaines, le titre fastueux de patriarche œcuménique. Sans doute ils n'entendaient pas par là se mettre au-dessus du pape; sans doute ils ont toujours protesté qu'ils ne voulaient pas même diminuer l'au- tré des autres patriarches grécs. Mais alors pourquoi ce lerme d'œcumé- rique, d'universel? S'il veut dire quelque chose, il signifie que le patriarche de Constantinople est patriarche partout; et, alors, que reste-t-il autres? S'il ne veut rien dire, ce n'est donc qu'un titre pompeux, mensonger; et, alors, que penser de la modestie de ceux qui l'ont in Le patriarche, autrefois, s'abstenait, par humilité, d'aller à cheval : sa mouture était un âne, Il eût mieux fait d'aller en carrosse et de ne pas se jarer de titres excessifs pour lui, insultants pour les autres. Encore, si l'on s'en était tenu là! Mais on voulut aller plus loin. Après avoir été tant de fois ramené de l'erreur à l'orthodoxie par les soins de l'Église romaine, on voulut lui faire la leçon sur le terrain de la disci- Mine. C'est ce que l'on vit en 692, au Concile in Trullo ou Quini-Sezte. Cette assemblée se donna la tâche d'introduire l'uniformité dans les divers wsges ecclésiastiques. A Rome, en Afrique, en Arménie, bien des détails de discipline ou de liturgie ne concordaient pas avec la pratique de Cons- untinople, Le jeudi saint, en Afrique, on célébrait l'Eucharistie après le repas, pour mieux reproduire les circonstances historiques de la dernière ctne. Les Arméniens ne versaient point d'eau dans le calice; ils mangeaient, les dimanches de carème, des œufs et du fromage; dans leurs villages, le prètre recevait à l'Eglise les morceaux de viande que lui offraient ses Varoissiens. À Rome, le nombre des diacres était restreint à sept, tandis qu'à Constantinople il n'y avait aucune limite ; pendant le carème, on célé- Drait la messe tous les jours; à Constantinople, les samedis et dimanches seulement; par contre, on jeünait les samedis de carème, ce que l'on ne 268 REVUE ANGLO-ROMAINE faisait pas en Orient; à Pâques et à la Pentecôte, on offrait à l'autel le lit et le miel pour les nouveaux baptisés, coutume inconnue aux Byzantins. Les prêtres et diacres grecs pouvaient user du mariage, pourvu qu'il eùt été contracté avantl'ordination; le clergé latin n'avait pas la même facilitét. Le concile trait indistinctement comme des abus toutes ces particularités locales. Du moment qu'on ne procédait pas comme à Constantinople, on était en dehors de la tradition ; il fallait revenir à la règle byzantine,et cela sous les peines les plus sévères. Excommunication pour les laiques romains qui se permettront de jeüner les samedis de caréme; destitution pour leurs clercs qui se mettront dans le même cas. Déposition encore pour les prêtres et diacres qui refuseront de cohabiter avec leurs femmes et pour ceux qui le leur interdiraient. Dans ces deux cas, la menace de déposition s'étend évidemment au pape comme aux autres, et même plus qu'aux autres. S'il ne 8e hâte pas de sacrifier aux prescriptions byzantines les antiques usages de l'Église romaine, on le dépossédera de son siège et de sa dignité sacer- lotale. C'est un triste signe des temps que des légats romains ajent pu appoer leyr signature au bas de cette législation, et que, même à Rome, elle n'ait pas rencontré une réprobation plus uniforme et plus manifeste. C'est que ustinien II était un tyran avec lequel on ne badinait pas. Il soutint son concile par des mesures de violence; sous les papes Serge (687-701). Jean VI (103-707) et Constantin (08.715), des commissaires impéraut vinrent à Rome, enlevérent les conseillers du pape, essayèrent même de fléchir celui-ci par la terreur, Mais ni les violences ni les caresses, qui les remplacaient quelquefois, n'eurent de résultat décisif. Le pape Jean VII fut accusé de quelque faiblesse; cependant il ne donna pas sa signature. Le confit se termina par le voyage du pape Constantin à la cour impériale. Ce pontife réussit à faire accepter du souverain les raisons qu'il avait de s'abstenir, sans toutefois fulminer contre le concile. La mort de Justinien Il délivra Rome de ses obsessions; mais les canons litigieux demeurérent dans le droit byzantin, témoignage durable d'une entreprise avoytée sans doute, mais significative, contre l'indépendance et la dignité de l'Église ro- maine Si Rome fût demeurée byzantine, on ne peut guère douter que d'autres tentatives du même genre ne se fussent produites. Mais, depuis l'avè ment au trône lombard du roi Liutprand, la situation de l'empire en Italie devenait de plus en plus précaire. Un essai de réforme religieuse, l'aboli- tion du culte des images, inaugurée en 726 par l'empereur Léon l'Isaurien, échoua complètement en Italie, devant l'opposition des papes Grégoire II et Grégoire 111. Le gouvernement byzantin sentit alors qu'il n'était plus en son pouvoir de violenter les consciences dans ces pays lointains. Après quelques tentatives, il se décida à laisser le pape tranquille et mêmeà user de son influence pour ses négociations avec les redoutables Lombards. Cette querelle des images, qui agita si longtemps l'Orient (126-842) donna lieu à de nouveaux schismes entre Rome et Le patriarcat. Les moines gros avaient pris vivement parti pour les images; ils avaient pour eux les gens pieux et la masse du populaire; mais l'épiscopat et l'armée soutenaient le gouvernement. C'était à peu près la situation du 1ve siècle, du temps de Saint Athanase et des ariens. Rome n'y intervint que faiblement; bientôt rassurée, pour ce qui la concernait, contre les violences matérielles de l'empire grec, elle se borna à donner asile aux moines persécutés et à dé- fendre sa tradition par des manifestations conciliaires. Du reste, au milieu de cette crise religieuse, il se produisit dans l'ordre politique un événement considérable qui contribua beaucoup. à rendre diffi- cile et même à aigrir les relations entre l'Église latine et l'Église grecque. Rome cessa de relever de l'empire byzantin pour passer sous le protectorat franc. De quelque façon que l'on explique les circonstances de ce change-
1 Usagos d'Afrique incriminés par le concile, canon 29; d'Arménie, c. 32,3, le Rome, 13, 16, 30, 52, 55, 50, 57 LIVRES ET HEVUES 269
ment, tout le monde comprend qu'il ait été fort désagréable à la cour de Constantinople et qu'il ait blessé, dans son ensemble, l'opinion grecque. Rome séparée de l'empire romain, Rome tombée sous le joug des barbares, Rome cessant d'être romaine, car c'est ainsi qu'on se représentait les choses, cela parut une monstruosité. On partitde là pour justifier le mor- cellement du patriarcat romain, Les anciennes provinces grecques de l'Illy- ricum furent rattachées au patriarcat de Constantinople; Len fut de même des évèchés de Sicile et de la basse Italie, partout où l'autorité directe de l'empereur était reconnue. Provisoire au vire siècle et au 1x°, cette mesure devint définitive aux environs de l'an 90. Les catalogues des sièges épis- copaux du patriarcat en expliquent nettement l'origine. « Ces provinces, disent-ils, ont. été rattachées au synode de Constanti- 1 pople parce que ie pape de l'ancienne Rome est entre les mains des har- « bares |; il en est de même, et pour la même raison, de la province de
- Séleucie d'Isaurie, séparée du patriarcat d'Orient. » Le siège patriarcal d'Orient, Antioche, était au pouvoir du calife, tandis que la province d'Isau- rie demeurait soumise à l'empereur. On voit que l'Etat franc et l'Etat mu- sulman sont mis ici sur le même pied. Pendant les dures persécutions qu'ils eurent à soufrir pour la défense
des images, les moines grecs tournèrent souvent les veux vers Rome. Beau- coup ÿ émigrérent: d'autres, comme saint Théodore Studite, invoquérent avec instance l'appui du Saint-Siège. On a souvent tiré de ses lettres des textes fort éloquents sur la primauté et l'autorité du pa e. Ils font suite aux appels de saint Basile, de Chrysostome, de Flavien, d'Eusèhe de Dorylée, de Théodoret, de Sophronius et de tant d'autres, C'est toujours la même chose. Quand on a hesoin du pape, quand on espère quelque chose de lui, es prérogatives sont claires: on les relève, on les exalte avec toutes les pompes du style. Dés que l'on peut se passer de lui, on ne se souvient plus de rien.
Cela se vit bien, au déclin du 1xesiècle, dans la fameuse querelle d'Ignace
et de Photius. Ignace est dépossédé de son siège par Photius; aussitôt son appel se fait entendre à Rome, Le pape parvient-A à le réintégrer dans son patriarcat, il s'empresse, sur l'heure même, d'intriguer avec les Bulgares jour sousiraire leur Eglise naissante à l'obédience romaine Malgré toutes les réclamations, il persiste dans ceue attitude, si bien qu'un ultimatum avec menace de déposition lui était expédié, quand on apprit à Rome qu'il venait de mourir?. On connait assez les détails de cette histoire, sur laquelle, toutefois, les travaux du P. Lapôtre ont déjà jeté et jetteront des lumières nouvelles. On pourra trouver que le pape Nicolas, médiocrement conseillé, s'embarqua assez mal à propos dans une querelle fort grave, qu'il eût facilement évitée, et dont le Saint-Siège ne se tira pas sans un nouveau déchet dans sa con- sidération en Orient. Nicolas et quelques-uns de ses sucéesseurs parlèrent très fort à Photius; mais, outre que ‘Le lettres ne parvirrent pas toutes à destination, il leur fut répondu, et sur un ton tout aussi élevé. Nicolas déposa Photius; Photius déposa Nicolas. Prononcées à distance, ces sen- tences ne furent suivies d'aucun effet. Deux fois, il est vrai, Photius per- dit son siège patriarcal, mais par suite de changements politiques et non point en exécution de décisions pontificales. Si le concile de 869 ratifia sa ‘lestitution, celui de 879 consacra son rétablissement : l'un et l'autreavaient à leur tête des légats du pape, lesquels, pour le fond des choses, ne furent yoint désavoués. Ï1est facile de voir, en comparant les documents de ces deux assemblées, que la sentence de 869 fut subie par l'ensemble de l'épis- copat grec, et avec beaucoup de répuguance, tandis que celle de 879 ne ren- contra guère que de l'enthousiasme. Le pape Jean IX finit par passer l'éponge sur toutes ces querelles et par reconnaitre tous les patriarches,
1 Aa vô Uno rüv dôvüv xaréyecbar tèv némav rpeoburlpag ‘Péunc. PARTHEY,
Hieroclix Synecdemus, p. U. ? Baronius l'a mis au martyrologe romain; c'est beaucoup d'indulgence. 270 REVUE ANGLO-ROMAINE
photiens ou ignatiens, comme à Constantinople on reconnut tous les paprs. qu'ils eussent été ou non adversaires de Photius. De cette inutile querelle deux choses restèrent : le souvenir d'une luttr soutenue, non sans succès, contre l'Église romaine, et la littérature de Photius. Là, pour la première fois, se trouve consignée par écrit la prirs- tation grecque contre le Filioque; pour la deuxième fois (car le concile in Trullo avait commencé), on entend le chef de l'Église grecque faire le pro- cès à l'Église latine pour les particularités de ses usages. Êt tout cela est présenté avec le plus grand talent d'écrivain ‘et de polémiste. Ces livres étaient faits pour entretenir les inquiétudes de l'opinion à l'endroit dr. Occidentaux. Ils furent lus et imités : tous les controversistes byzantins sen sont inspirés. Photius avait évidemment les défauts de son compatriote Ulysse, mais il en avait aussi les qualités redoutables. Dans l'affaire de Photius, comme dans celle des images, le Saint-Sirye ppuyait, en Orient, sur un parti religieux plus ou moins important. !l avait eu pour alliés les moines défenseurs des images, puis les partisans d'Ignace, peu nombreux, mais fort tenaces: il triompha avec les premiers et se résigna avec les autres. C'étaient des alliés fort honorables. Au x siècle, on voit encore le pape mélé aux affaires byzantines; mais es alliances lui font moins d'honneur, et le rôle qu'il accepte de jouer estaussi peu propre que possible à le reléver dans la considération des perse» religieuses, C'est d'abord l'affaire de la tétragamie. L'empereur Léon VI a contracté quatre mariages, et il faut avouer qu'il a eu pour le faire de trés graves rai- sons. Mais l'usage grec ne permet que deux mariages: de là conflit entre le souverain et son clergé, celui-ci conduit par un homme aussi adroit que Photius et presque aussi lettré, le patriarche Nicolas Mystique. Réduit au bois, le pauvre empereur imagine de recourir à une sorte de concile w ménique : il fait venir des pays musulmans trois représentants des pat ches orientaux ; de Rome le pape Serge III lui envoie des légats (907). Ceux- ï, naturellement, ont le premier rang et dans la conduite de l'affaire et aus les respousabilités. Ils ne pouvaient guère cunoniser le droit byzantin: car l'Église latine ne connaissait pas ces restrictions matrimoniales, +1 Charlemagne avait offert à cet égard un illustre et significatif exemple Ils donnèrent raison à l'empereur, Les gens religieux, même ceux qui n'aimaient pas le pauriarehe et qui aidérent à le remplacer, virent dans celte décision une grave entorse donnée à la morale chrétienne. Mais que ne durent-ils pas penser quand ils virent, vingt-six ans plis tard, arriver à Constantinople des légats chargés de leur imposer un pt- triarche de treize aus, sous prétexte que cet enfant était le fils de l'empr reur de fait, l'usurpateur Romain Lécapène? Nous avons connaissance des protestations que souleva, chez les canonistes grecs, une installation aussi étrange. On contestait au pape le droit de se meler de l'élection du p triare ait qu'il n'y avait pas de précédent; que, sans doute, quan il y avait ua dissentiment dans la foi, il était d'usage d'invoquer le secour du pape et des autres patriurches, mais que l'intronisation de l'archevêque de Constantinople s'était toujours faite sans leur concours. Ceci, ce sont des objections de légalité: mais ce n'étaient pas les seules, hélas! ! Ces deux faits, quelque lamentable impression qu'ils aient pu produire en Orient, peuvent néanmoins servir à prouver : 19 Que, les rapport de communion entre Rome et Constantinople mainténaient tels qu'ils avaient été établis en 900, sous les auspices du vape Jean IX Que l'autorité du patriarche était toujours considérée comme infé rieure à celle du pape, soutenu ou non par les patriarches orientaux sont les principes byzantins d'avant Photius; on continue de les appliquer:
. 111 faut dire que le pape Jean XI, qui envoya ces légats, était lui-même fort jeune, et que, comme le et patriareho Théophylacto, il était ls d'umurpateur: sa mère, Marozie, représentait à Rome, au temporel, Îe pouvoir de fait. LIVRES ET REVUES 274
3e Que les aigreurs spéciales de Photius, au sujet de la discipline et du Filioque, étaient oubliées à Constantinople. La situation ne se modifia pas pendant les cent ans et plus qui s'écou- lérent jusqu'à Michel Cérulaire. Tout au plus peut-on dire que, la con- quéte de la Sicile par les Sarrasins ayant jeté sur le continent italien un nouvel aflux de population grecque, il s’'ensuivit dans l'organisation ecclé- siasique de ce pays un développement de l'infuence patriareale. Déjà, vers fa fin du 1x° siècle, on ÿ comptait deux métropoles suffragantes de Constantinople, Reggio et Santa-Severina. Le xe siècle vit ériger celles d'Otrante, de Tarente, de Brindisi. Du côté latin, le pape y opposa celles de Capoue, Salerne, Bénévent, Bari, Naples, Sortente, Amalf. Mais cette concurrence n'entrainait pas une rupture déclarée. Le pape continuait à protester en théorie contre le morcellement de son ancien ressort métro- politain; en fait, il s'y résignait, et il s'y résigna jusqu'à ce que les Nor- mands, en modifiant l'obédience politique, eussent ramené l’obédience ecclésiastique à son état primitif. La rupture devrait donc être mise au compte de Cérulaire et des siens. Mais, de l'histoire que je viens d'exposer, il résulte clairement que ces personnages eurent peu de chose à faire pour consommer une œuvre aussi avancée. fruit était trop mür pour ne pas tomber au moindre vent. En réalité, le schisme grec remonte au 1v* siècle : ses premiers auteurs ne sont ni Cérulaire ni Photius, mais Eusébe de Nicomédie et les com- ylices de son opposition au concile de Nicée. C'est sous la direction de ce parti que s'est d'abord organisée l'autonomie de l'épiscopat byzantin. Cette autonomie s'est révélée d'abord sous deux aspects néfastes : à l'aurore de son histoire, l'Église grecque nous apparaît en guerre contre la tradition chrétienne eur l'absolue divinité de Jésus-Christ, et en coquetterie avec le despotisme impérial. La guerre doctrinale finit par cesser, pour renaître, hélas! sur d'autres points; mais la coquetterie ne cessa pas; elle aboutit même à ce triste mariage que l'on désigne par le nom de césaro-papisme. Il est possible que, même en dehors de tout conflit religieux, même si tout l'épiscopat grec eût sincèrement accepté le concile de Nicée, l'attrac- tion de la cour et dela capitale eût déterminé un groupement des Eglises orientales autour du siège de Constantinople, et que l'autonomie grecque x fit dessinée plus ou moins rapidement. La diférence de langue ee dédain hellénique pour le monde latin eussent agi de leur côté. L'empire romain avait pu réduire à une condition inférieure ou même supprimer les autres langues, le syriaque, le copte, le celte, l'ibère, le punique, le ber- lére, l'étrusque et tant d'autres; mais, pour le grec, il n'était arrivé à aucun résultat; il ne s'y était même pas essayé. Le grec était, à côté du ain, une seconde langue officielle, C'est pour cela que l'empire finit se diviser en deux. Et ce n'était pas seulement une question de langue ; Lains et Grecs savaient que toute la culture intellectuelle de l'Occident venait de l'antique hellénisme. De là une supériorité qui, une fois l'empire partagé, donna bientôt à la moitié grecque la prépondérance sur l'autre. Les mêmes causes produisirent dans l'Église des effets analogues. Si fous parle si fièrement au pape Nicolas, si Cérulaire se rit des légais de Léon IX, si le patriarche Anthiime est si hautain vi: s du Vatican, cela tient, dans une certaine mesure, à ce que Plaute est l'élève de Ménandre et Virgile celui d'Homère. Les bons vieux chrétiens de Phrygie et d'Achaie, au temps des persécutions, se préoccupaient plus de l'Evan- ge et du dernier jugement que des gloires liuéraires d'Athènes. Le royaume des cieux leur tenait plus à cœur que la tradition hellénique. Tant qu'il n'y. eut qu'eux à compter, tout alla bien; mais, avec le temps, les Grecs cultivés se convertirent, Avec eux pénétra dans l'Église l'infa- tuon Mtéraire de l'hellénieme et sa philosophie dissolvante, La philoso= ie ravagea les croyances, soit en les attaquant, soit même en les défen- t par les procédés dangereux qu'elle mit parfois à leur service. L'infa- tuation littéraire soutint la morgue politique et lui aida à vicier totalement la conscience ecclésiastique. Les serviteurs de Dieu cherchèrent et trou- 272 REVUE ANGLO-ROMAINE
vèrent autre chose que le royaume de Dieu. Ils n'eurent plus souci de sou unité ; ils ne se préoccupèrent que d'y avoir des préséances. Mais tout cela c'est de la vieille histoire. I] n'y a plus d'empire romain, ni latin ni grec ; à peine y a-til un patriarche de Constantinople : le personnages qui se parent de ce titre ne sont que des fantômes, der marionnettes, que l'on voit tour à tour apparaître et disparaitre au gré d'un comité ‘plus ou moins occulte, qui n'est lui-même guidé par intérét religieux. L'hellénisme, c'est nous, Occidentaux, qui le représen- tons; c'est nous qui savons le’ grec, qui avons conservé la tradition des études grecques, qui reconquérons chaque jour quelque fragment de l'hellénisme, artistique ou littéraire. Ce sont nos lois, nos mœurs, notre industrie, qui, peu à peu, rappellent à la vie le vieil Orient et qui, plus encore que nos armes et notre diplomatie, le mettent en état de secouer lex servitudes qui l'oppriment encore. Les rôles sont renversé : le soleil continue à se lever à l'Orient, mais la lumière spirituelle vient de l'Occident. Pourquoi, dès lors, s'attacher à cette archéologie ecclésiastique ? Pour: oi sur le christianisme vivant laisser peser toutes ces choses mortes? Nos ancètres se sont querellés: les uns avaient tort, les autres avaient raison; peut-être n'étaient-ce pas toujours les mêmes. Qu'ils dorment dans l'histoire. Pour nous, tenons-nous-en à l'Évangile vivant, où l'unité nous est présentée comme un devoir essentiel, où le centre de cette unité nous est indiqué par, ces claires paroles : « Tu es Pierre, et sur cete pierre je bâtirai mon Église. »— Abhé DUCHESNE. DOCUMENTS
LEO PP, XIII
MOTU PROPRIO
Auspicia rerum secunda quæ Nobis, Orientem christianum aposto- lica providentia respicientibus, divina gratia benignissime oblulit, animum sane confirmant augentque ut incepla Nostra omni conlen- lione et spe persequamur. Edilis quidem nonnullis actis præsertim Conslitutione Orientalium anno mocccxcun, jam quædam sunt a Nobis opportune declarata et decreta; quæ alis alia modis conduce- rent simul ad studium decusque pristinum religionis in eis gentibus excilandum, ad earumdem conjunctionem cum Petri Cathedra obs- tringendam, ad reconcilialionem fovendam dissidenlium. Quo lamen instituta consilia rectius in dies procedant uberiusque eveniant, opti- mum factu ducimus aliquot capita præscriptorum hortationumque subjicere, lanquam ejusdem addilamentum Constilulionis; quatenus aimirum atlinet ad communem sentiendi agendique rationem, quæ tntis proeurandis rebus majorem in modum est necessaria. — Nam apud Orientales singularis omnino et hominum et regionum conditio a longinqua antiquilate oceurrit Ecclesiæ. Scilicel persæpe in uno codemque loco æque oblinent dissimiles iique legilimi sacrorum rilus, proplereaque totidem sunt ritu vario antistites pluresque sin- gulis administri; accedunt non pauci numero sacerdotes lalini, quos in illorum adjutorium et levamen Apostolica Sedes mittere consuevil; sunt prælerea, qui, ad firmamentum unitalis catholicæ, delealo a romano Pontifice fungunlur munere, ejus mandata faciunt, volun- latem interpretantur. Éos igitur in suis quemque partibus obeundis nisi endem sancla mens et salularis, omni privata causa posthabila, moveat, nisi eadem in fratrum morem affectio consociet, non ila qui- dem laburibus et expectationi responsurus est utililatum pro- sentus. Intima vero voluntatum conjunctio et consensio proposito= rum, sicut Dei ros maxime decet, ila in opinione hominum adeo Ecclesiam catholicam commendare solet, ul filios discordes non Semel ad sinum ejus suavi quodam incilamento vel ipsa reduxeril. Hujusce rei æquum est antecedere exemplum pariter in Delegatis Nostris atque in Venerabilibus Fratribus Patriarchis, quum ceteris gradu et polestale antecedant : ad cosque singulariter spectare videtur commonitio Apostoli : Caritale fralernitatis invicem diligentes, honore invicem prævenientes ?. — Hinc sance excellentia iidem haurient bons, atque illud, Lam oplabile in præsentia, ut suam ipsorum digni- lalem melius possint ac felicius Lueri. Siquidem initarum rerum eursus in rei catholicæ profectum, vehementer exposcil ut eorum ! Const. Benedicti XIV Demandatam. 5 Rom. XII, 40, REVUX ANULO-ROMAINE. — 7, 11. — 48 274 REVUE ANGLO-ROMAINE
personis muniisque sua stet omni ex parte commendatio atque eliam in dies accrescat. Id Nobismetipsis adeo cordi est, ut quasdam cogi- tationes et curas in hoc item genere oplime collocatas censuerimus. Nec enim quemquam fugere potest quantum deceal et omnino expe- diat, apud catholicos nullum dignitati patriarchali deesse ex eis præ- sidiis ornamentisque quibus illa abunde utitur apud dissidentes. Exploratum est autem, Sedis Apostolicæ eo amplius ibidem florere nomen majoremque simul explicari virtutem, quo plus honesta- menti legatis ejus comitetur. Quapropter induximus animum sic eficere ut in hoc aptius utrisque, Patriarchis et Delegatis, esset con- sultum, eoque simul piorum emolumenta operum augerentur eccle- sis. Reapse quidem certam illis vim subsidiorum annuam, catholi- corum liberalitate pia adjuvante, decrevimus, attribuimus. Jamvero fidenti fraternoque, prout diximus, animo studeant Patriarchæ communionem consiliorum in majoribus rebus habere per litteras cum Delegatis eo Nostris: præterea commodo, ut que negolia ad Apostolicam Sedem delaluri sint, expeditius procedant et transigantur. Unum autem est quod, pro gravitale sua, singulari Nostro non modo hortatu sed jussu dignum existimamus : videlicet ut Patriarchæ congressiones actilent cum Delegalis Apostolicis, binas sallem quotannis, quo tempore et loco inter ipsos convenerit. Ea res, ubi rite sit acta, plus quam dici possit devinciet benevolentia animos. viamque muniet ad persimilem agendi tenorem. — Ila in Domino congressis primum erit provincias sibi creditas generatim prospicere, et considerare quo statu sit atque honore in illis religio, qui pro- gressus inler catholicos facti, quænam ipsorum maximeque cleri erga dissentientes studia, quænam in his volunlas requirendæ uni- lalis, aliaque ad cognoscendum peropportuna. Exinde se dabunt res propriæ et peculiares, in quibus deliberantium prudentia ususque elaborel. Atque episcoporum provincialium causas, si quæ sint, lice- bit, accurate expensas, ex æquo et bono componere; eis tamen salvis alque integris quæ juris sunt sacri Consilii chrisliano nomini propa- gando. Tum vero de recta fidelium administratione, de cleri disci- plina, de monachorum vel aliïis piorum institutis, de missionum necessitalibus, de cultus divini decvre, de cognalisque agetur rebus, quæ diligentissime cautissimeque sun reputandæ : certis autem et communibus, quoad fieri possil, rationibus providendum est ut reli- gio catholica el partos fructus conservet et multo capiat ampliores. Nobis tria maxime accommodala in medium proferre libet, seu verius revocare, quum fere eadem alias per occasionem altigerimus. — Est primum, oporlere curas exquisilas in eo impendi ut alumni sacri ordinis ad doctrinam, ad vitæ sanclimoniam, ad sacrorum peritiam optime informentur et excolantur. Collatis vero consiliis, facilius certe liquebil quemadmodum singulis Patriarchis sua sint probe cun- slituta seminaria clericorum, sensimque amplificentur et vigeant: ila plane, ut ea demum existat operariorum evangelicorum copia el præstantia, quæ messi sufliciat augescenti, quæque nomini catho- lico reverentiam adjicial. Expetito rei eventui bene ii favere polerunt NOTU PROPRIO 275
sacerdoles nativi, quos Roma ex propris gentium collegiis crebro in orientem remittit, non tenui censu ingenii virtulisque animi ins- tructos. De hoc ipso bene admodum Delegati Apostolici merebuntur, sicuraverint ut etiam ex lalinis idonei viri advocentur qui parati sint adjutricem operam clericis erudiendis conferre. Hic Nos facere quidem non possumus quin merità honestemus laude nonnullas Reli- giosorum familias, quarum sedulæ alacritati multam in eo genere ab orientalibus tribui gratiam jam diu est Nobis compertum. — Alterum est, nec minore profecto diligentia dignum, de puerilis educationis sustinendis multiplicandisque scholis. Per se apparet quanti illud sit ponderis ut primæ ætalulæ, una eum litlerarum primordiis, ne quid imbibant veritati inslitutisque catholicis adversum; eo vel mag quod contra fi fenebrarum, prudenliu pollentes et opibus, eâdem in re enilantur quotidie impensius. Necesse est igilur ipsa sanæ doc- tinæ principia et religionis amor ila in molles animes infundantur, ut eos afficiant innutriantque penilus ad catholicam professionem : neque aliorum cerle vel studiosior in hac parte vel fructuosior eril industria, quam eorum qui sese bono pueriliæ sacris in sodalitatibus devoverunt. Quin etiam ex hujusmodi disciplina, in qua qui religio- nem moresque tradunt, suo ipsi faclo plus tradunt quam præceplio- nibus, id facile est profecturum, ut spei optimæ alumni semina sacer- dolii religiosæve perfectionis mature excipiant et colant : plures autem utriusque sexus indigenas ila succrescere, non una de causa omaino lætabile et perutile est. — Tertio videtur loco pariter esse rum, opera dari ul ephemerides similesve ex intervallo paginæ, scienter moderaleque factæ, fusius pervulgentur. Tales quippe scriptiones, uti tempora sunt ac mores, religioni percom- mode inserviunl, sive ad refellenda qua calumnia vel error in eam confingant, sive ad fidele ipsius studium alendum in animis alque. incitandum : id præsertim ubi non ita frequens copia sit sacerdoti: pabulum doctrinæ et hortationis sanctæ impertienis. Nec prætereun- dum, quod catholici scriptis iis legendis ea cognoseunt quæ varis in locis quoquo modo contingant, cum religionis connexa rationibu cujusmodi sunt fratrum egregie facta vel c«æpta, impendenlia a fal- laciis adversariorum pericula, pastorum suorum el Apostolicæ Sedis lboriosæ curæ, Ecclesiæ succedentes dolores et gaudia’, quæ iden- tidem cognita profecto adjumenta bona suppeditant imitalionis, cari- lis, generosæ in fide constantiæ. — Istud Nes lriplex præsidiorum genus particulatim commonstravimus, spe magna ducti, ex iis potis- Simum satis mulla effeclum iri secundum voa; ob eamque causam awilia ipsorum operum Nos quoque pro facullate submittere cogi- lamus. Id autem tempore ac loco fiet Nostros per Delegatos: quorum denique erit summam rerum in eisdem congressionibus actarum ad Apostolicam Sedem referte. Consequitur de ratione officiorum quæ Delegatis ipsis intercedant cumeis qui Missionibus per easdem regiones præsunt. Minime qui- dem dubitandum quin alteri aique alleri, probe memores cujus nomine et potestate sint eodem missi, el qua saluberrima causa unâ 276 REVUE ANGLO-ROMAINE
debeant conspirare, veram quæ seundum Deum est concordiam,
quum in sententis tum in aclione, custodire inviolalam contendant
Allamen ad tolius rei meliorem temperationem, visum esl immulare
nonnulla de juris ordine adhuc recepto : eaque decreto proprio jam
constitui jussimus per sacrum Consilium christiano nomini propa-
gando. Omni igitur prudentia et ope Delegati in id incumbant, ut
quæcumque ab Apostolica Sede et illo decrelo et subinde pro tem-
poribus similiter edicentur, ea plenum habeant exitum. Rursus in
idem congruant Superiores Missionum sollerlia et obtemperatione
sua : majoris momenti res ad earumdem procurationem pertinentes,
nisi rogatis illis et approbantibus, ne aggrediantur, eosque ipsos
velint habere ex officio conscios, negotis incidentibus quæ opus sit
ad Apostolicam Sedem transmitti. — Delegati porro suum esse.
meminerint evigilare, providere, instare ut Constitutionis Orientalium
præscriptis integre ab omnibus quos illa atlingunt religioseque
pareatur. In quo præcipue fiat ut nihil admodum de se desiderari
Sinant latinorum Instituta, quæ multis locis tantopere student rei
catholicæ incrementis. Quippe rei catholicæ valde nimirum interest
eam omnino tolli ac dilui opinionem quæ quosdam ex orientalibus
antehac tenuit perinde ac si de ipsorum jure, de privilegis, de
rituali consuetudine vellent lalini detractum quidquam aut deminu-
tum. — lidem Delegati peculiarem vigilantiam cum benevolentia
adhibeant presbyteris latinis qui missionali munere in suæ ditionis
Jocis versenlur. Eis consilio et auctoritate adsint per difficultates in
quas vel a rebus vel.ab hominibus non raro incurrunt, atque ad
ministerii apostolici uberlatem suadere ne desinant summam cum
orientali clero consensionem et gratiam : quam quidem apte conci-
liabunt sibi et retinebunt, ipsorum tum linguæ moribusque assues-
cendo, lum tradila a majoribus sacra insliluta honore debilo prose-
quentes. Huc autem nihil certe Lam valeat quam specimen concordiæ
benovolentiæque, quod ipsi præbeant Delegati et ceteri qui sub eis
cum auctoritate sunt; id quod graviter supra admonuimus. Neque
vero talis animi prodendi ac testificandi defuturæ sunt opportuni-
tates. Præclara illa, si per sollemnem aliquam celebritatem faciles
libentesque sacris ritibus orientalium intersit; ac vicissim si eos ad
sacra latino ritu sollemnia nonnunquam invitent. Id autem in primis
decuerit, valdeque fieri optamus, quotiescumque Ecclesiæ vel Romani
Pontificis causâ insignior quæpiam agatur cæremonia. Ex eo namque
feliciter potest mutuæ observantiæ caritatisque foveri studium, dum
ejusdem fidei et communionis vincula in amore communis matris
4 roborantur, dumque augetur obsequium ac pietas erga Successorem beati Petri, eum nempe quem Christus Dominus centrum constitui sanctæ salutarisque unitatis. Quæ igitur hisce litteris motu proprio significavimus, declarav mus, statuimus, rata omnia firmaque permanere auctoritale Nostra
- volumus et jubemus. Datum Romæ apud Sanctum Petrum die xix martii anno MDCCCXCvI, Pontificatus Nostri decimo nono. LEO PP. XIII.
THE
SUPPER OF THE LORD,
AND
THE HOLY COMMUNION,
COMMONLY CALLED THE MASS
(Suite)
K82. The Minister then shall read the Epistle. Immediately afler the Epistle ended, the prisst, or ons appointed to read the Gospel, shall say,
The holy Gospel, written in the Chapter of $ 83. The Clerks and people shall answer 5, Glory be to thee, O Lord.
Second Edw. VI. 1662. 1 RELIEVE in one God, the Fa-
$82. And the Episile ended, he shall ther Almighty, etc. say the Gospel, beginning thus. Same as Le The Gospel, written in the Chap- $ 86. After the Creed, if there, elc. ter of. [Same as 1582. IHero follows 4 93. See p. 232.] Ÿ84. And the Epistle and Gospel being ended, shall be said the Creed. 1 BEUIEVE in one God, the Fa- Bootoh Liturgy, 1887. theralmighty, maker of heaven, ete. $82. And the epistle ended, the {Same as 1549 ] ospel shall be read, the Pres- #86. Afther the Creed, if there be no Dr ait, d Tie bay gospel sermon. shall follow one of the ho- is written in the chapterof at the milies already set forth, or here verse, ” and then the People all after to be set forth by common au. standing up shall say, “ Glory be thority. to thee, è Lord. ” At the end {Bero follows, of the gospel the Presbyter shall 493. After such Sermon, Homily, etc. Let your light so shine, etc. sep RQ endeth the Lie pos pel. And the People shall änsiver, See page 22.] “Thanks be to thee, O Lord. ” Elizabeth, 1669. $ 84. And the epistle and gospel being ended, shall be said or 82. And the Epistle end, etc. S8. And the Epistle and, etc. sung this Creed, all still reverently standing up. 1 BELIEVE in one God, the Fa- ther Almighty, etc. 1 BELIEVE in one God, the Fa- ISamo as 15494 ther Almighty, ete. $86. After the Creed, if there, etc. [Same as 1549. ISame as 1552,] $ 86. After the Creed, if there be no IHere follows # 93. See p. 232.] sermon, shall follow one of the ho- milies which shall hereafter Le set James I. 1604. Fortk by common authority. 332 And the Epistle ended. etc. Same as 1:552,] $#. And the Épistle and, etc. THero follows # 93. See p. 292.1
4 This rubric was omitied in the ods. followed to this day in nearly all the 1552, and never restorod, except in 1e churches of the kingdom. (Se also 4 61.1 Scotch ed., 1631. Still in practice it is 2178 REVUE ANGLO-ROMAINE $84. The Priest or Deacon Chen shall real the Gospel : Afler the Gopel ended, the Priest shall begin, 1 BELIEVE in one God. The Clerks shall sing the rest. The Father almighty, maker of heaven and earth, and of all things visible, and invisible : And in one Lord Jesu ? Christ, the only begot ten Son of God, begollen of his Father before all worlds, God of GOD*, light oflight, very God of very God, begotten ?, not made, being of une substance with the Father, by whom all things were made, who for us men, and for our salvation, came down from heaven, and was incarnate by the Holy Ghost of the Virgin Mary, and was made man. and was crucified also for us under Pontius * Pilate, he suffered and was buried, and the hird day he arose !! again according to the scriplures, and ascended into heaven, and sitteth at 1? the right hand of the Father, and he shall come again with glory, to judge both the quick and the dead #. And 1 believe in the Holy Ghost, the Lord and giver of life, who proccedelh from the Father and the Son, who with the Father and Son logether, is worshipped and glorified, who spake by the pro- phets. And Î believe one Catholic and Apostolic Church. 1 ackno- wledge one Baptism, for the remission of sins. And 1 look for the resurrection of Lhe dead: and the life of the world Lo come. Amen. $ 86. € After ta Creul ended, shall follow the Sermon or Homily, or some portion of one of he Homilies, as {hey shall be hereafler divided: teherein
Charles II. 1682. (if occasion be) shall notice Le given
of the Communion; and the banns
$82. And the Epistle ended. he shall of Matrimony publ; ish Citations and Ercommunications and Brie ed fs, say, Here endeth the Epistle. Then shall he read the Gospel (the people read. And nothing shall be proclai- all standing up) saying, The holy med or published in the Church, du- Gospel is written in the ——— ring the time of Divine Service, but Chapter of beginning at by the Minister : Nor by him any the verse, thing, but what is prescribed in the $8$. And the Gospel ended, shall be Rules of his Book, or enjoined by sung or said the Creed following, the King, or by the Ordinary of the the people still standing, us before. place 4. $ 86. € Then shall follow the Sermon, 1 BELIEV a one God the Father or one of the Homilies already set Almighty, et Lorth, or hereafter 10 be set forth {Same as 1549. by Authority.
€ Then the Curate shall derlare {Then follows unto the people what holy-days, or S93. Then shall the Priest, etc. Fasling-daye are in the ttcek follo- Let your light so shine, etc. wing Lo be observed. And then also Ses p. 233.]
n Scotch ed., 1637, and in ed. 1652, di one.”
“ Jesus. ? 13 In eds. 1552 and 1559 js adde #In one ed., 1552, “ God of Cods. ” :* whose kingdom shall have noncend; *
- In one ed., 1552, and 1599, ‘: gotten” in ed. 1662, have no en 10 In eds. 1559, “ Poncius. ” . M This rubric, introduced here in 1662. Lin eds, 4559, and afterward, ‘! ro82 is represented by the frst part ofE 93, 1# In Scotch ed., 16931, and ed. 4662, of eds. 1552, and the others. TRE SUPPER OF TUE LORD AND THE HOLY COMMUNION 2179
If the people be not echorted to the tworthy receiving of the holy Sacrament of the body and blood of our Saviour Christ.
388, lhen shall the Curale give this exhortation, to those that be minded to receive Lhe same.
Deaniv beloved in the Lord, ye that mind Lo come to the holy Com- munion of the body and blood of our Saviour Christ, must consider what St. Paul writeth to # the Corinthians, how he “ exhorteth all persons diligently to try and examine themselves, before they pre sume Lo eat of that bread and drink of that cup : for as the benefit is great, if with a trulv ® peni- lent heart, and lively faith, we receive that ‘* holy Sacrament; {for then we Spiritually eat ! the flesh of Christ, and drink his blood,
O.H. O. Edw. VI. 1648. Deanuy beloved in the Lord, ete.
=. 88. and turn 10 them that are [The same as 1549, to] disposed to be partakers of the Therefore_if any of you be a blas- Communion, and shal! thus exhort hemer of God, an hinderer or slan- them as followeth 1, rer of his word, an adulterer, or be DEanLY beloved in the Lord, ye in mal envyÿ, or in any other coming to this holy communion, grievous crime, bewail your sim must consider what $. Paul writeth and come not to this # holy Table. U the Coriathians, how he exhort- lest after the taking of that holy Sa eth all persons diligently to try and crament, the devil enter into you, as examine themselves, or ever they he entered, into Judas, and Hill you presume to eat of this bread or à full of all iniquities, and bring you drink of this cup, etc. to destruction, hoth of body and IContinuod the same as 4549, to] soul 4,
sundry kinds of death. Elizabeth, 1569. [The paragraph beginning. “ Thore- fre if any here, "down {o “ both of $ 88. Then shall the Priest say this body and soul, * is omilled, in this exhortation. ice, and appears 8 à separate exhor- ation at the end.| Dany beloved in the Lord, etc. [The same as 4549, to] Second Edw. VI. 1552. Therefore if any of you, ete. $388. Then shall the Priest 2 say this [Same as 4552, to] rchortation 22, both of body and soul,
1% In one ed., 4552, and 1559, ‘* unto. "” 32 This exhortation, in 4553, and sub- 16 In od. 4662, must consider how sequent editions, follows thé two Ex- Paal exhortoth, hortations, which are here placed after % In one ed. O. H. C. 4548, and in it, viz., 8 94. We be come together. ” ed. 1662, true. 892." Dearly beloved, forasmuch as Win O.H. C. 4548, “ thi: our, ” sce pp. 231 and 221. . 9 The first rubric in O. H. C. 4548, %3 In ed, 4662, « Repent you of your is 92, * Firstthe Parson, Vicar, or sins, or else come not to that Holy Curate, ” etc. See p. 228. The rubric, Table. of which this forms part, is the second H4 This, in ed. 1662, is transpored ne in that book, and is printed as from this exhortation. and placed in the midst of exhortation, # 92. % In one ed., 4548, ‘+ Lin one od., 4549, 4 ent of. ” #1 In ed. 1518, ‘ the Minister. 280 HEVUE ANGLO-ROMAINE
then we dwell in Christ and Christ in us, we be made * one with Christ, and Christ with us;)so is the danger great, if we receive Lhe same unworthily; for then we become * guilty of the body and blood of Christ our Saviour, we eat and drink our own damnation, not considering ihe Lord's body ‘. We kindle God's wrath over © us, we provoke him Lo plague us with divers diseases, and sundry kinds of death. Therefore if any here be a blasphemer, advouterer 6, or be in malice, or envy, or in any olher grievous crime (except he be truls sorry Lherefvre, and carnesily minded to leave the same vices, and do trust himself to be reconciled lo Almighty God, and in charity with all the world), let him bewail his sins, and not come Lo lhal holy table; lest after the Laking of that most blessed bread, the devil enter into him, as he did into Judas, to fill him full of all iniquity, and bring him to destruction, both of body and soul. Jugde therefore yourselves {brethren) that ye be not judged of the
James I. 1604. Charles II. 1862.
$ 88. Then shall the Priest say this $ 87, € AL the time of the Celebration echortation. of ie Communion the Communi- DEauLy beloved in the Lord, ete cants being conveniently placed for IThe same as 4549, 10] the receiving of the holy Sarra- ment 7, Therefor if any of vou, ete. ISame as 1532, 10] S 88. the Priest shall say this bo of body and soul, exhortation %.
DEauLy beloved in the Lord, ete.
Scotoh Liturgy, 1637.
ISamo as 1549, to]
$88. Then shall the Presbyter say tlas echortation. sundry kinds of death. DEauLY beloved in the Lord, ete. IThe same as 1549, to] ITho paragraph beginning “ There- fore if any here be a blasphemer, * Therefore, if any of you, etc. down Lo destruction both of body and soul, ‘is here omilted, aud the subs- [Same as 4552, to tanco transposed Lo & 93, p. 281.] bo of body and soul.
2 In eds. 4552, and afterwards, *: wo ? This part of the rubric is to be com- bo one; ” in ed: 1662, “ we are ono. * pared with $ 97 of 1549. Soe p. 236. eds. 1552, and afterwards, * wo 3 This rubric, in 4663, follows imm be: "in ed, 1663, “ wo are. ” diatdiy after $ 94, “ Dearly beloved b lin O.'H. C. 1548, ‘: because we thren, on 1'intend, by Gods make no difference of tho Lord's body. ” grace ” (see p. 227); and that in ed. 5 In eds. 1552, and aftorwards, 1662, follows after& 92, * Dearly belo- “ against. vod. on —— day next, 1 purpose” (see 5 În all later editions, adulterer. p. 229). THE SUPPER OF THE LORD AND TIE HOLY COMMUNION 281
Lord, Let your mind [s] be without desire Lo sin *, repent you truly for jour sins past, have an earnest and lively fait in Christ our Saviur, be in perfect charity with all men; so shall ye be meet par- takers of those *® holy mysteries. And #! above all things : ye ! must ie most humble and hearty thanks to God the Father, the Son, and the Holy Ghost, for the redemption ofthe world by the death and passion of our Saviour Christ, both God an man, who did humble himself even Lo the death upon the cross, for us miserable sinners, sich ay # in darkness and # shadow of death, that he might make us lhechildren of God, and exalt us to everlasting life.
And to the end that we should always
remember the exceeding love ‘* of our Master, and only Saviour
0.H. O. Edw. VI. 1548. Second Edw. VI. 1662.
Judge therefore yourselves, ete. Judge therefore yourselves (bre- JSame as 1549 to the end.] thren) that ye be not judget of the Lord. Repent you truly for your $#9. Then the Priest shall say to sins_past, have a lively and stead- Uem which be ready to take the fast faith' in Christ our. Saviour, Sacrament V3, amend your lives, and be in perfect Ian man here be an open blas- charity, ete. phemer, [an] advouterer, in malice, IContinued same as 1549, to] urenvy, or any other notable crime, and be not truly sorry therefore, he hath instituted and ordained holy and earnestly minded to leave the mysteries, as pledges of his love, same vices, or that doth not trust and 4 continual remembrance of timse to be lf reconciled to Almighty his death, to our great and endless God, and in charity with all the comfort. sorld, let him yet à while bewail bis sins, and_nôt come 10 this holy To him therefore, ete. table, lest after the taking of this ISame as 1549, 10] most blessed bread the Devil enter into him as he did into Judas, to all the days of our life. Amen. fall in him all iniquity, and’ to {Hero follows bring him to destruction, both of Lÿ and soul. # 441. Then shall the priest say Lo thém that come, ele. [Hero follows Youthatdo truly and earnestly repent, etc 410. Here the Priest shall pause. See p. 248.) See p. 284.
? In one ed. O. H. C. 1548, ‘‘ desire 15 It will bo scen that this separate of sin. ” exhortation, # 89, is in substance the 19 In O. H. C. 1548, ‘ these. ” * Bat above. 4548, ‘ you. ” n, #88. . 4548, * lying in; "in , #* and for a.” #, ** who lay in. . 4552, and afterwards, 6. H. C. 1548, and in ed. 1662, exceeding hreat love. ” “and the shadow. 282 REVUE ANGLO-ROMAINE Jesu ‘* Christ, thus dying ‘* for us, and the innumerable benefits, which (by his precious blood-shedding) he hath obtained Lo us, he hath left in those holy mysteries, as a pledge of his love, and a con- tinual remembrance ® of the same, his own blessed body, and pre- cious blood, for us to feed upon spiritually 2, Lo our endiess confort and consolation.
To him
therefore, with the Father and the Holy Ghost, let, us give (as we are most bounden) continual thanks, submitting ourselves wholly to his holy will and pleasure, and studying to serve him in true holi- ness and righteousness, all the days of our life. Amen.
8 90. 4 Zn Cathedral churches or olher places, chers there is daily Commu- nion, it shall be suffcient lo read this ezhortation above avritten, once in a month. And in parish churches, upon thaweck days is may be left unsai.
Elizabeth, 1569, Sootoh Liturgy. 1637.
Judge therefore yourselves, ete. Judge therefore yourselves, ete. ISame as 1552, to] [Same as 1552, to]
.. all the days of our life, Amen. ... all the days of our life. Amen. IHere follows # 114, see p. 248.] IHere follows # 441, see p. 249]
James I. 1604. Charles II. 1662.
Judge therefore yourselves, ete. Judge therefore yourslves, ete. ISame as 4549, to] IGontinued the same as 4552, to]
.... all the days of our life. Amen. .... all the days of our life. Amen. IHore follows 8 111, see p. 248.] [Here follows # 444, see p. 249.]
18 In ed. O. H. C. 1548, and Scotch 20 In ed. 4662, the words ‘+ and for a. ” ed., 1637, and ed. 4662, ‘ Jesus. ” san ln 0: He G. 1848, # spiritualls to iinoneed., O.H C, 4548, ! doying; ” feed. *
in the other, ‘ doing. ” THE SUPPER OF THE LORD AND THE lOLY COMMUNION 283
Beoond Edw. VI. 1562. return to God, will you ? excuse
vourself5 and say that vou be # not
$91. Then shall follow this exhorta- ready ?Consider arnestly with your- tion at certain. times when the Cu- selves how little such feigned_ex- rate shall see the people negligent euses shall avail before God. The 10 come to the holy Communion 3. that refused the feast in the gospel, because they had bought a farm, or We be come together at this time, would try their yokes of oxen. or darly beloved brethren, to foed at because they were married, were the Lord's supper, unto the which not xo excused, but counted unwor- in God's behalfL Bid you all that be thy of the heavenly feast. I for my here present, and bescech vou for part am here present ?, and accor- the Lord Jesus Chrisfs sake, that ding [un] to mine office, 1 bid you ve will not refuse to come thereto, in the name of God, 1 call you in Being so ‘lovinglv called and bidden Christ's behalf, I exhort you, as you of God himself. v love your own salvation, that ye e will be partakers of this holy Com- know how grievoux and unkind a munion. thing it is. when a man hath prepa- And as the Son of red à rich feast, decked his table God did vouchsafe to yield up his with all kind of provision, so that soul by death upon the Cross for there lacketh nothing but the guests your health : even so it is your duty tosit down and vetthey which be # io receive the Comnunion together called, without any cause most un- in the remembrance of this death. thankfully refuse to come, Which as he himself commandod. Now if of you, in such a case, would not you willin no wise thus do, consi- be moved? Who mould not think der with yourselves how: great in a great injury and wrong done unto jury you # do unto God, and how in? Whercforr, most deariy belo- sore punishment hangeth over your ved in Christ, take ye good heed, beads for the same. And whereas lest ve withdrawing yourselves from ye* offend God 50 sore 4 in ref this holy super, provoke God's in- sing this holy Banquet, I admo- digoation against you. Ît is an easy nish, exhort, and beseoch you, that matter for a man to say, 1 will not unto this unkindness ye ? will not communicate, because À am other- add any more. Which thing y wise letted ? with worldly busine: shall do, if ye stand by ax gazers but such excuses be 2 not 50 easily. and lookers on #! them that do com- accepted and allowed before God. Îf municate, and be no {? partakers of man say, Î am a greivoux sin the same yourselves. For what thing andtherefoream afraid to come can this be accounted else, than à wberefore then do you’ not repent further contempt and unkindness and amend ? When God calleth you, unto God. Truly itis & great unthan- be vou4 not ashamed to say you à kfulness to say nay when ye be cal- will not come? When you ? should led : but the fault is much greater
3: This, in 4552 eds., and afterwards, 5 In ed. 4662, * ourselves. ”
follows on after the prayer for the S1n ed. 4862, « yo are not. ” Cure Militant. See pe 242. 7 In ed. 4662, ‘* shall bo ready. bidden by. ” # In one ed., 1552, and 1559, “ ye. who are called. ” 9 In ed. 4558, and some afterwa “you. 1 In Scotch ed., 4637, ‘+ grievously. ” 11 In one ed., 4852, and 1859, + of. ” 13 In Scotch ed., 1637, “ not” REVUE ANGLO-ROMAINE
when men stand by, and yet will upon the Cross for our salvetion: neither eat nor drink this holy Com- even so it is our duty to celebratr munion with other. I pray you what and receive the Holy Communion can this be else, but even to have together in the remembrance of his the mysteries of Chrit in derision ? death and sacrifice as he himself It is said unto all : Take ye and eat. commanded, Now. Take and drink ÿe all of this : do [Same as 4582 to end.] this in remembränce of me. With Charles II. 1662. what face then, or with what coun- tenance shall ÿe hear these words ? $ 91. Or in casehe shall see the people What will this be else but a neg- negligent to come to the holy Com- lecting, « despising, and mocking munion, instead of the former, ke of the Testament of Christ? Whe- shall use this exhortalion 15, refore, rather than you # should so Dearv beloved brethren. on do, depart you hence and give place —— Lintend, by God's grace, tu ce- Vo them that be godly disposed #3. lebrate. the Lord's Subper : unt But when you depart, I beseech which in God's behalf [ bi you all you, ponder with ÿourselves from that are here present, and beseech whom you depari: ye depart from you for the Lord Jesus Chris's your brethren, and from the ban- sake, etc. quet of most heavenly food. These {Samo as 1552, to] inge if ye earnestlÿ consider, ve sball by God's grace return to a bet- partakers of this holy ter mind, for the obtaining whereof, Communion. we shall make our bumblé petitions And as tbe Son of Gol while we shall receive the holy Com- did vouchsafe to yield up his soul munion. by death upon the Cross for your salvation : 50 it is vour duty to re- ecive the Communion, in remem- Elizabeth, 1669. brance of the sacrifice of his death. as he himself bath commanded : $ 91. Then shall follow, etc. Which if ye shall neglect to do, Wæ be come together, etc. consider with your selves how great {Same throughout as 1552.] injury ye do unto God, and how sore punishment hangeth over your heads for the same; when ve wil- James I. 1604. fully abstain from the Lord's Table, 8 94. Then shall follow, etc. and separate from your brethren, WE be come together, etc. whom come to feed on the banquet ISame throughout as 1552.] of that most heavenly food, These things if ve earnestly conader, se Bootoh Liturgy, 1837. will by God's grace return to a ter mind : for the obtaining whe- 891. Then shall follow this exhorta- reuf we shall not cease to make our tion at certain tünes, when the humble petitions unto_Almightÿ Presbyter or Curate, etc. God our ieavenly Father. WE be come together, etc. IHere follows, 888. Al lhe lime, elc. ISame as 4552, to] DœanLy beloved in the Lord, ye that and as the Son of God did vouch- mind, ete. safe 10 offer up himself by death Same anto, p. 233.
compared with the la: part of5 STin
ed. 1549.
in ed. 466?, this follows on aller
492. See p. 231,
THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY CUMMUNION 285
. € And if upon fha Sunday or holyday, ha people be negligent io coma
da Communion : Then shall ha Priest earneslly echort his paris-
hioners, lo dispose themselves lo the receiving of Cha holy communion more diligenty, saymg these or like 10orde unto them.
Dean friends, and you especially upon whose souls 1 have cure and charge, on “ next, 1 do intend by God's grace, to offer to all such as shall be ‘ godly disposed, the most comfortable Snerament of the body and blood of Christ, to be taken of them in the remem- brance of his most fruitful and glorious Passion : by the which pas- sion we have oblained remission of our sins, and be made partakers ofthe kingdom of heaven, whereof !* we be assured and ascertained, if we come to the said Sacrament with hearly repentance for ‘our offences, steadfast faith in God's mercy, and earnest mind to obey God's will, and to offend no more.
0. H. C. Edw. V. 1648. us, as well by God's word as by the
THE ORDER OF THE COMMUNION. holy Sacraments % of his blessed body and blood, {This is placed at the boginning of the the which bein, book] 80 confortable a thing to them whicl S%2. First the Parson, Vicar, or Cu- receive it worthily, and 50 dange- rate, the nezt Sunday or holy day, rous to them that will presume to
- or at the least, one day before he reccive it unworthily : My duty shall minister the Communion, shall to exhort you # to consider the di- give rrarning Lo his Parishioners, or gnity of the # holy mysters, and those which be present, that they the great peril of the unworihy re- prepare themselres_therelo, saying coiving thercof, ane s0 to search Lo fhem openly and plainly as he- and examine your own consciences, reafter followvrth, or such like. as you should come holy and clean 0 à most Godly and heavenly fest : Dean friends, and you, ete. +0 that in_no wise you come but in ISamo as 1549.) the mariage germent, required of God in holÿ scripture; and 80 come Second Edw. VI. 1662. and be reccivec, as wsrthy partakers
#92. € And sometime shall be said of such a heavenly table. this also, at the discretion of the Curate®, Elisabeth, 1559. Deantx beloved, forasmuch ax $ 92. And some time shall be, ete. our duty is to render to AlmightY Deancy beloved, forasmuch, etc. God oùr heavenly Father mou Same as 1552.) hearty thansks, for that he hath gi- ven his Son our Saviour Jesus James I. 1804. Christ, not only to die for us, but $ 92. And some time shall be, ete. also to be our spiritual food and DearLy beloved, forasmuch, etc. sustenance, as it is declared unto (Same as° 4552.]
20 In ed. 1697, « Presbyleor
r Curale.
#1 In Scotch ed, 4697, Sacrament.
#4 In ed. 4662, €? you
in the mean sou
son to. ”.
33 In ed. 1669, that. ”
286 HEV LO-ROMAINE Wherefore our duty is Lo come to these holy mysteries, with most hearty thanks to be given lo Almighty GOD for his infinite mercy and beneñls given and besto- wed upon us his unworlhy servants, for whom he hath not only given his body to death, and shed his blood, but also doth vou- chsafe in a Sacrament and mystery Lo give us his said body and blood Lo feed upon spiritually #.
The which Sacra-
ment being so divine and holy a thing, and so comfortable Lo them which receive il worthily, and so dangerous to them that will pre sume to take the same unworthily : My duty is to exhort you in the mean season, to consider the greatness of {he thing, and Lo search and examine your own consciences, and that not lighlly nor after the manner of dissimulers xith GOD : but as they which should come to a most Godly and heavenly banquet, not to come but in the mar- riage garment required of God in seripture; that you may (so much as lieth # in you) be found worthy to come to such a table The ways and means therelo is,
Scotch Liturgy, 1837. remembrance of his meritorious
cross and passion, whereby alon
- And sometime this shall be said we obtain remission of our
also, at the discretion of the Pres- and are made partakers of the king- byter or Curate. dom of heaven. Dany beloved, forasmueh, ete. Wherefore it is Samo as 1552.) our duty to reuder most humble and hearty thanks 10 Almighty Got Father, for that he Charles II. 1662 Son our. Saviour en his When the Minister giveth war- 4, not ouly 10 die for us, ing for the celebration of the holy be our spiritual food and Communion, (tvhich he shall always sustenance in that holy Sacrament. do upon the Sunday or some holy- Which being so divine and day immediately preceding) After comfortable à thing to them who the Sermon, or" Homily ended, he receive it, et. shall read this exhortation follo- Same as 4552, to[ ing 1. esamine our own consciences. (and DEanty beloved, on —— day that not lightly, and after the man- next 1 purpose, through God's à: ner of dissemhlers with God; but su) sistance 10 administer (0 all suc that ye may come holy and ele: shall be religiously and devoutix 10 such a heavenly feast, in the ma sposed, the most comfortahle Sa- iinge-ganment réquired Lx God in ment of the Body and Blood of holy Scripture, and be réceived as Christ, to be by them received in worthy partakers of that holy Table.
4 Lo give us bis This, in ed. 1652, follows on aftet
ie body and blood spiritually : to feed $ 105,‘ Prayer for the Church Mil- à drink upon. ” tant. See p. 243, In one ed., 4549,‘! a lieth, ” THE SUPPER OF TBE LORD AND THE HOLY COMMUNION 287
First, that you be truly repentant* of your former evil life, and that you confess with an unfeigned heart Lo Almighty God your sins and unkindness towards his Majesty commilted, either by will, word, or deed, infirmity or ignorance : and that with inward sorrow and tears you bewail your offences, and require of Almighty God mercy and pardon, promising to him (from the bottom of your hearts) the amendment of your former life. And among [st] all others, I am com- manded of God, especially Lo move and exhort you to reconcile your- selves Lo your neighbourg [s], whom hou have offended, or who hath offended vou, puttingout of your hearts all hatred and malice against them, and to be in love and charity with all the world, and Lo forgive other as you would that God should forgive you. And if any man have done wrong to any other, let him make satisfaction, and due restitution of all lands and goods, wrongfully taken away or with- holden, before he come to God's board, or at Lhe least be in full mind and purpose se to do, as soon as he is able; or else let him not come lo this holy table, thinking to deceive God, who seeth all men's hearts. For neither the absolution of the priest can any thing avail them, nor the receiving of this holy sacrament doth any thing but increase their damnation.
0. H. C. Edw. VI. 1648. nieghbours : then ye shall neile.
yourselves un them, ready # 10 make
The way and means thereto, etc. restitution and satisfaction, accord Same as 1549 10 end, except paragraph ing to the uttermost of your powers, beginning, ‘: And if any man bave, 40 for all injuries and wrongx done by “increase their damnation, is omifted.| vou 10 any other : and likewise Here follows, ing ? ready 10 forgive other 8 that E98, The time of the Communion, elc. have offended you, as you ? would See p. 236. have forgiveness of your offences at God's hand : for othervise the re- Second Edw. VI. 1662 ceiving ofthe holy Communion doth The way nothing else, but increase your dam- and means thereto is: First 10 ex nation.
amine your lives and conversation bstherule of God's commandments, And because it is requisite and wherrinsoever xe shall perceive that no man should come to the rourelves 10_have”"ofended, either Communion but with a full ly will. word, or deed. there be- trus in God's mercy, and with a wailà your own sinful lives 4, con- quiet conscience : therefore if there fes vourselves t0 almighty God with be any of you which bythe 1 means full purpose of amendment of life. d_#! cannot quiet his own And if ve shall perceive your of- e 1, but requireth further fencetos be such, as be not only comfort or counsel ; then 4 let him against God, but also against your come to me, or some #4 other discreet
© Inone ed., 1549, ‘* repentonce. “In ed. 4682, 4 y Ta ed, 1662, 4 Lo Lewail. 19 In ed. 1663, who by this. In ed 1662, Ï 11 In ed. 1662, ‘ aforesaid ” omitled, 2 In ed. 1662, ‘+ 2 12 In ed. 1662, < In ed. 1662, + being ready.” 13 In ed. 1662, 5 Ined. 4662, « being likewise. " 14 In ed. 1662, "Os, REVUE ANGLO-ROMAINE
And if there be any of you,
whose conscience is troubled and grieved in any thing, lacking com- fort or counsel, let him come to me, or Lo some other discreet and learned priest, laught in the law of God, and confess and open his sin and grief secrelly, that he may receive such ghostly eounsel, advice, and comfort, that his conscience may be relieved, and thal of us {as of the ministers of GUD 4 and of the church) he may receive comfort and absolution, to the satisfaction of his mind, and avoiding of all scruple and doubtfulness : requiring such as shall be satisted with a "general confession, no to be offended with them that do ® use, Lo their further satisfying, the auricular and secret confession to the priest; nor those also which think needful or convenient, for the quietuess of their own consciences, particulary to open their sins Lo the priest, to be offended with them that are satisfea with their humble confession Lo GOD, and the general confession to the church. But in all things to follow and keep the rule of charity, and every man Lo be satisfied with his own conscience, noljudging other mens minds or consciences; where as he hath no warrant of God's word lo the same.
learned_ minister 1 of God's word, Scotch Liturgy, 1637. and open his grief, that {# he may ele. The way and means thereisto, receive sueh ghostly counsel, advi {Same as 1552.) and comfort, as his consci Uere follows $ 88. See p. 223 ved; and that 1 b nistery of God's word 1 he max ve comfort and the benefit of ab- Charles II. 1662. solution 0 the quicting of his con The way and means thereto, etc. science, of all seruple and avoiding ISame as 1552 to.] aud doubtfulness. creuse vour damnation. IHlere follows, Therefore if any of Fou, ete. $ 88. Then shall the Priest say, ele. Se vilus Exhortatioh3 8%, GP ed. 1552 IThe same as paragraph in the Dearly beloved. Seo p. 293. p.223, to.
Elisabeth, 1559. destruction both of body and soul.
James I. 1604. And because it is requisite, etc.
[Continued the same as 1552. 10]
The way and means thereto is, ete. of all scruple and doubtfulness. {Both same as 1552.] IHere follows 4 88. Sec p. 223.] THere follows $ 9. See p{221.]
+ In 0. H, C, as a miniof God.”
ster receive such... and that, * omitled.
18 In O. H. C. 1548, # doth. ” 2 In ed. “ holy word.
In 0.'H. C. 1548, * all thesethings. ” #1 In ed. 1662, of
ive the beneñt
* In Scotch ed., “ Presbyter or Mi absolution, together with ghostly coun
nister. ” sel and advice. 19 In ed. 4662, paragraph, “ he may
Le Direcleur-Gérant: FERNAND PORTAL.
PARIS. — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,
Original from
SITY OF MICHIGAN