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{* ANNÉE 23 MAI 1896
REVUE
AINGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE
Tu es Potrus, et sue Spiritus Sanctus_po= per ane _petram suit_opiscopos ro ædificabo Ecclesiam gore Écelosiam Doi. meam ... 64 Gil rt Ace: ka 38.
Barr. xvr, 48410.
SOMMAIRE :
Anvé Ducnesne L'Afrique chrétienne et ne au
Ille siécle. 331
Chronique 363
Livres et revu 367
Docuwrxrs........ Lettre de S. S:
de Hongrie. — Cor
s éditions du Prayer-Bouk;................ 369
PARIS
RÉDACTION ET ADMINISTRATION
AT, RUE casserre
1896
UNIVERSITY OF MICHIGAN
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ALFRED MAME et FILS, Éditeurs
LITURGIE ROMAINE
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4° LES ORIGINES CHRÉTIENNES EN AFRIQUE
Les provinces africaines de l'empire romain, c'est-à-dire le lerri- toire qui appartenait autrefois aux Carthaginois, s'étendait entre le ara et la Méditerranée, des bords de l'océan Alantique jusqu'à la frontière de la Cyrénaïque. Depuis la seconde guerre punique, tout ce pays subissait l'influence romaine ; mais ce n’est qu'à partir de la ruine de Carthage (146 ans avant Jésus-Christ) qu'il commença à recevoir une organisation provinciale. Celle-ci fut installée d'abord dans le pays qui avait été laissé aux Carthaginois entre la seconde etla troisième guerre punique, et qui s'étendait depuis l’île de Ta- braka jusqu'à l'oasis de Gabès et à la Grande Syrte (146 ,av. J.-C). L'an 25 avant notre ère, le royaume numide fut aboli, et la fron- lière romaine portée jusqu’au fleuve Ampsaga (un peu à l'est de Sétif et de Djidjelli). La province d'Afrique était une province séna- loriale ; son gouverneur portait le litre de proconsul; comme celui de la province d'Asie, ce proconsul était nécessairement de rang consulaire; il résidait à Carthage, rebâlie et repeuplée en 44 avant J.-C. par Jules César. Seule entre toutes les provinces séna- toriales, l'Afrique avait une armée sous les ordres du proconsul, Cette situation changea dès l'année 37. La légion d'Afrique (Legio II* Au- gusta) fut désormais commandée par un légat de l'empereur et la province fut divisée en deux, l’une gouvernée phr le proconsul de Carthage, l'autre par le légat de la légion. Cette dernière portait le nom de Numidie; elle touchait la mer aux environs de la Rusicade ‘Philippeville), et s'étendait tout autour de la province proconsu- laire, c'est-à-dire à l'O., au S. el à l'E. jusqu'aux confins de la Cyré-
! Grâce à la bienveillante autorisation de M. l'abbé Duchesne, nous pouvons re- produire le chapitre qu'il a consacré à l'Afrique dans ses Origines chrétiennes. 11 3 a, dans une certaine mesure, un intérêt actuel à relire cette page de l'Histoire de l'Église. Nous devons ajouter que les savantes lecons de M. l'abbé Duchesne n'ont été que lithographiéos, et que catte édition est aujourd’hui épuisée. REVUE ANGLO-ROMAINE. — Ts 1. — 22 éd. où
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naïque. Le centre de son administration comme de la défense de toute l'Afrique romaine fut installé au pied de l'Aurès, d'abord dans la ville de Theveste (Tébessa), puis dans celle de Lambaesis (Lam- bessa) où fut successivement le quartier général de la légion. Le royaume de Mauritanie, à l'ouest de la Numidie, dura jus- qu'en 40 après J.-C.; à partir de celle année, il en fut formé deux provinces romaines, la Mauritanie Césarienne, correspondant à peu près à nos provinces d'Alger el d'Oran, et la Mauritanie Tingi- tane, dont les limites coïncident exactement avec celles du Maroc. Lesvilles capitales étaient Julia Cæsarea(Cherchell) et Tingi( Tanger}. Ces deux provinces élaient gouvernées par des procurateurs. Il y eut toujours entre les provinces mauritaniennes et l'Afrique Numidie, une différence assez grande. L'Afrique et la Numidie n'a- vaient fait longtemps qu'une seule province ; la civilisation romaine y était beaucoup plus avancée qu'en Mauritanie, les villes plus nom- breuses, les postes frontières plus reculés vers le Sud. Entre elles et la Mauritanie, il y avail une ligne de douanes; la Mauritanie était régie par de simples procurateurs, comme les régions peu civilisées des Alpes; l'Afrique el la Numidie avaient à leur tête des fonction naires du plus haut rang; la Mauritanie comptait les années par une ère provinciale, l'Afrique et la Numidie employaient les dates consu- laires, comme on le faisait à Rome et en Italie. 1l faut tenir compte de ces différences pour bien comprendre l'histoire de ces pays. même leur histoire religieuse et ecclésiastique. Sous Dioclétien (284), les provinces d'Afrique et de Numidie furent démembrées elen formèrent quatre : 1° la Proconsulaire, cap. Car- thage ; 2 la Numidie, cap. Cirta, devenue depuis Constantine ; 3° la Byzacène, cap. Hadrumète ; 4 la Tripolitaine, cap. Tripolis.De méme la Mauritanie Silifienue, cap. Sitif (Sétif), fut démembrée, à l'est, de la Mauritanie césarienne. Ces six provinces formaient le diocèse d'A- frique, c'est-à-dire le ressort administratif du vicarius Africæ, et là circonscriplion militaire du comes Africæ; le proconsul de Carthage jugcait en appel, au même titre que les préfets du prètoire {vice sacra judicans) les causes déjà jugées devant les autres gouverneurs. La Maurilanic Tingitane avait été rallachée au diocèse d'Espagne. En 429, les Vandales envahirent l'Afrique par la Mauritanie Tin- gitane; en 439, ils étaient maitres de Carthage et de tout le pa qu'ils opprimèrent pendant un siècle. Les victoires de Bél (534) replacèrent l'Afrique sous l'autorilé romaine, ou plutôt byzan- line; celle-ci se maintint jusqu'à l'invasion arabe el musul mane. Tripoli fut prise en 643-644, Carthage en 697-698, Tanger | vers A4. La population la plus ancienne était formée par les Berbères, que représentent actuellement les Kabyles et certaines tribus des déserts L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 339
du Sud. Sur la côte, et assez loin dans l'intérieur, surtout dans la partie la plus rapprochée de Carthage, le phénicien ou punique, idiome des maitres du pays, s'élait substitué à l'ancienne langue. Au lemps de saint Augustin, les campagnes parlaient encore punique. La conquête romaine introduisitles mœurs romaines et le latin ; des villes nombreuses s'élevèrent à l'intérieur du pays; des routes bien entretenues facilitaient les relations; l'armée de Lam- hacsis défendait la frontière sud et mettait les provinces à l'abri des insultes des maraudeurs du Sahara. Jamais ce pays ne fut plus tranquille et plus prospère que pendant les six siècles de la domina- tion romaine, abstraction faite du temps des Vandales. SOURCES DE L'IISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE D'AFRIQUE. — Eusèbe ne sait sur ces pays que ce qu'il pouvait tirer des écrits de Tertullien et de saint Cyprien; encore n'en a-t-il fait qu'un usage très limité. Ses continuateurs orientaux négligent naturellement les événements africains. Pour les trois premiers siècles, nous avons : 4°les écrits de Ter- tullien et de saint Cyprien ! ; la correspondance de ce dernier à une grande importance pour l'histoire de l'Église d'Afrique vers le milieu du siècle. Tertullien, plus ancien decinquante ans, fournit peu de renseignements sur les faits, mais beaucoup sur les mœurs de son temps; 2 les actes des martyrs africains. La collection de dom Rui- nart contient douze pièces de ce genre qui intéressent l'Afrique; la dernière, relative aux 20 martyrs (p. 583 de l'édition de Ratisbonne), n'est qu'un extrait d'un sermon de saint Augustin; deux autres, re- latives l'une à saint Félix, l'autre aux martyrs Saturninus, Da- livus, ele. rentrent dans la catégorie des documents relatifs au du- natisme; les neuf qui ont une existence indépendante sont: 1) La passion des martyrs de Scilho, en 180; 2) le martyre des saintes Per- pétue, Félicité et leurscompagnons, vers 200; 3) la passion de saint Cyprien, en 238, à laquelle il faut joindre : 4) sa vie, par le diacre Pontius; 3) le martyre des saints Jacobus, Marianus, ete., à Lam- bacsis en 259; 6) le martyre des saints Montanus, Lucius ele, à Carthage, la même année. Viennent ensuite trois pièces relatives à des chrétiens martyrisés pour refus de service militaire, vers la fin du m° siècle; 7) Saint Maximilien, à Théveste; 8) Saint Marcel et 9) Saint Cassien, à Tanger. Les pièces n°* 2, 8, 6, ont été rédigées en partie par les martyrs eux-mêmes; les n° 1, 3, 7, 8,9, ont été écrites d'après les procès-verbaux d'audience. Ilne s'est conservé, sur la fondation de l'Église de Carthage et des autres Églises africaines, aueun souvenir, même légendaire; on ne peut même dire si les premiers apôtres de l'Afrique sont venus de 1 Pour saint Cyprien, consulter l'édition récente de M. Hartel, dans lo Corpus script. ecclesiast. lalinorum de V'Académie de Vienne. 340 REVUE ANGLO-ROMAINE
Rome ou d'ailleurs; cependant, en l'absence de tout renseignement, la proximité des lieux, la facilité et la régularité des communications portent à considérer comme vraisemblable que la prédiction évangé- lique a passé de Rome à Carthage. Les relations ecclésiastiques de Carthage ont toujours été bien plus fréquentes avec Rome qu'avec n'importe quelle autre Église; les écrits de Tertullien et de saint Cyprien en témoignent pour la plus ancienne période connue. Ces mêmes écrits surtout ceux de Tertullien, montrent que le christia- nisme était, vers l'an 200, très répandu en Afrique et qu'il avail même atteint les régions restées en dehors de l'empire, les Gétules et les Maures. Les Gétules habitaient au $. et au S.-E. de l'Aurès, les Maures plus à l'ouest, mais, comme les premiers, au delà des postes romains. Cependant, l'histoire n'a ni un nom, ni un fait à enregistrer avant l'année 180. Cette année-là Vigellius Saturninus étant procon- sul, la chrétienté africaine fut pour la première fois persécutée par mesure administrative ‘. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu avant Saturninus des martyrs isolés, dénoncés el accusés suivant les formes du rescrit de Trajan. On était au commencement du règne de Commode. Ce prince, sous l'influence de Marcia, favorable aux chré- tiens, laissa la perséeution se ralentir. Les proconsuls Cincius Severus et Vespronius Candidus (190-192) sont cités par Tertullien, non seulement comme s'abstenant de recherches d'office, mais encore comme particulièrement bienveillants pour les chrétiens dénoncés. Le règne de Sévère, prince africain d'origine, fut pour ce pays une période de bienfaits et de privilèges; mais, peut-être pour complaire àla population païenne, on rentra dans la voie de la persécution. L'Apologétique de Tertullien, écrite en 197, avec les deux livres ad nationes et la lettre aux martyrs en lémoignent hautement. Cinq ans après, en 202, eut lieu le supplice des saintes Perpêtue, Félicilé et leurs compagnons; ce groupe de martyrs, catéchumènes ou néo- phytes, fut sans doute victime de l'édit de Sévère contre le prosé- lytisme chrétien; sainte Guddène fut martyrisée en 203, sous le pro- consul Apuleius Rufinus?, Quelques années de paix suivirent; mais en 211, la dernière année de Sévère, le proconsul Tertullus Scapula rechercha el punil les chrétiens avec une rigueur extrême ; en Numi- die le légat, en Mauritanie le procurateur persécutaient aussi. C'est alors que Tertullien écrivit son traité contre Scapula. La situation intérieure de l'Église africaine n'était pas différente de celle des autres Églises, à la même époque. Le gnosticisme faisait encore quelques éclats; Tertullien, De bapt., parle d'une femme
*Tear. Ad Scap.3. «Vigellius Saturninus qui primus hic gladium in nos egit,lumins » Uno inscription de Troesmis (6. 1, 1. 111, n. 6183) mentionne ce per- sonnage comme légat de la Mésie inférieure, 3 Martyrologe d'Adon, 18 juillet, éd. Giorgi, p. 346. L'AFRIQUE CURÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 341
eaïanite qui se mélait de prêcher et de baptiser. Impatient de guer- royer quand la persécution ne l'armait pas contre les proconsuls, il S'altaquait aux hérétiques valentiniens et marcionites. En somme, cependant, il n'y avait pas de ce côté un danger bien pressant. La prophétie montaniste avait plus d'attraits pour les âmes, surtout en ces temps de persécution où l'exaltation de la lutte pouvait favoriser les excès du rigorisme et exciter les imaginalions. C'esl vers l'année 205 que Zéphyrin condamna définitivement le montanisme. Tertul- lien ne se soumit pas; il fut le personnage le plus important de la secte quise forma à Carthage pour maintenir la prétention des illu- minés d'Asie. En général nous le voyons très mêlé aux controverses de Rome, qui ne pouvaient manquer de retentir vivement à Carthage. C'est ainsi fqu'il prend part à la lutte contre les unitaires, par son traité contre Praxéas el que, dans son De pudicilia, il combat certains adoucissements disciplinaires introduits par le Pape Calliste. Sur l'Église de Carthage elle-même, ilne donne aucun détail historique. Du reste, ses derniers écrits atteignent à peine l'an 220. Depuis ce temps jusqu'à saint Cyprien, c'est-à-dire pendant trente ans environ, nous retombons dans la plus complète obscurité. On ne connaît que deux ou trois noms d'évêques de Carthage antérieurs à saint Cyprien: Donat, son prédécesseur immédiat (Cyp., ep. 58. 40), et Agrippinus, plus ancien, sous lequel un concile africain décida que le baptême des hérétiques n'élait pas valide. Les actes de sainte Perpétue font aussi mention d'un Optatus, évêque, et d'un Aspasius, prêtre docteur, c'est-à-dire préposé à l'enseignement des catéchu- mènes qui, paraît-il, ne s'entendaient guère entre eux. Il est possible que ces personnages appartinssent à un autre clergé que celui de Carthage !. Un événement qui dut avoir un grand relentissement dans toute l'Afrique chrétienne et que nous ne connaissons que par une rapide mention de saint Cyprien (ep. 69), ce fut la condamnation de Priva- lus, évêque de Lambaesis. Cette ville était, après Carthage, la plus importante de toute l'Afrique, comme quartier général de la légion et pivot de la défense des frontières du côté du désert. Privatus était tombé dans l'hérésie, on ne sait dans laquelle (théodotianisme, gnosti- cisme, patripassianisme, montanisme); il fut condamné. par la sen- tence de 90 évêques; à cette occasion, le pape Fabien et l'évêque de Carthage, Donat, écrivirent contre lui des lettres très sévères. L'inter- vention de ces personnages fixe entre 236 et 248 la date de celte affaire. : intes en question et leurs compagnons mar- £yres thuburbitani; ce qui indiquerait, si la leçon était bien sûre, qu'ils étaient natifs de Thuburbs majus ou Thuburbs minus, deux villes situées à quelque dis- tance de Carthage. 342 REVUE ANGLO-ROMAINE
2 L'ÉGLISE ROMAINE ENTRE CALISTE ET CORNÉLIUS.
Depuis la mort du pape Caliste (222) l'Église romaine avait joui
d'une longue tranquillité, sauf pendant le règne très court de Maxi- min. Le pape Pontien et le prêtre Hippolyte furent alors (235) exilés en Sardaigne et ÿ moururent. Anteros, successeur de Pontien, ne fi que passer sur le siège pontifical ; il mourut en janvier 236. Fabien prit alors le gouvernement de l'Église et l'exerça pendant quatorze ans. Sous Gordien III et surtout sous l'empereur Philippe, l'Église prospérait en liberté. Fabien fit bâtir divers édifices dans les cime- lières chrétiens; il réorganisa le service diaconal en fixant les sep circonscriplions ecclésiastiques de Rome ‘, Les soins de son troupeau local ne l'occupaient pas entièrement; nous savons qu'il intervint dans l'affaire de Privat de Lambaesis et qu'il reçut d'Origène un livre où le docteur alexandrin, alors retiré en Palestine, se justifiait des accusations d'hérésie dont on le chargenit déjà. La science théolo- gique était alors en grand honneur, et non seulement dans les écoles d'Alexandrie et de Césarée : Rome, qui avait perdu saint Hippolyte dans la persécution de Maximin, possédait un nouveau docteur dont la fin ne fut pas aussi glorieuse : je veux parler de Novatien. st évidemment à sa période catholique qu'il faut rapporter les deux traités * qui nous reslent de lui et sans doute aussi plusieurs de ceux que saint Jérôme lui attribue en dehors de ceux-là. Le traité de Trinitate est consacré à la réfutation des gnostiques, des théo- dotiens et des sabelliens; le cadre est fourni par l'exposition du sym- bole, dans ses trois principaux articles : « Je crois en Dieu, le Père tout puissant. et en Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur. et « au Saint-Esprit ». L'auteur témoigne d'une profonde connais- ance de l'Écriture; son raisonnement est serré, son exposition claire, ses conceptions précises. Venu après tant de controversistes atholiques, il a pu profiter de leurs travaux; aussi la théorie de ln Trinité qui termine le livre, tout en maintenant le système occidental du double état du Logos, est-elle un peu plus complète et plus exacte que celle des autres théologiens romains ?.
+ Hic regiones divisit diaconibus et multas fabricas per cemeteria fleri jussit
Catal. phil). Sur le miracle de la colombe par laquelle il fut désigné aux suffrages des fidèles de Rome, v. Eus. H. E., VI, 29. C'est la première fois que ce prodige est signalé par l'histoire. Depuis on l'a souvent raconté à propos d'évéques illustres par leur sainteté. = On abaissait autrefois la date du traité de Trinitate où Sabellius est nommé. parce qu'on se figurait à tort que Sabellius n'avait enseigné son hérésie que vers l'an 260, Maintenant il n'y a plus le moindre doute sur ce point, 5 Il faut remarquer pourtant que cette théorie a été considérée plus tard comme fort peu orthodoxe. Arnobe le Jeune (dialogue d'Arnobe et de Sérapion, 41, Migne, P. L. t, Lt, p. 256) pour donner un spécimen de la doctrine arienne, copie les principales phrases du dernier chapitre de Novatien, sans citer l'auteur, bien entendu.
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Mais Novatien n'est pas seulement un théologien, c'est aussi un rhéleur consommé, qui soigne et ornemente son style, distribue ses matières avec art et sait reposer son lecteur des questions de textes bibliques, en lui offrant çà el là de beaux développements oratoires, Comme Hippolyte, Novatien était prêtre de l'Église romaine ; peut- être exerçait-il des fonctions semblables à celles des prêtres docteurs d'Afrique et des catéchistes d'Alexandrie. Ceux-ci nous sont déjà connus. Quant aux docteurs africains, ils avaient la charge non seulement d’instruire les catéchumènes, mais encore de former et de diriger les jeunes lecteurs !. L'élévation de Novatien à la dignité pres- bytérale avait souffert quelques dificultés. Le clergé ne l'aimait guère; son talent lui avait fait sans doute quelques ennemis : on sut rappeler au moment opportun qu'il n'avait pas élé baptisé selon les règles ordinaires, mais pendant une maladie et suivant les formes sommaires usitées en pareil cas. Cependant, soit que la majo- rité lui fût en somme favorable, soit que l'évêque Fabien vit un inté- rêt spécial à l'introduction d'un homme aussi distingué dans son presbytérium, on passa par-dessus cette irrégularité *. Dans les cir- conslances ordinaires, Novatien pouvail en effel rendre de grands services; mais son talent oratoire et son érudition, très admirés dans certains cercles lui donnaient un peu de gloriole. Ce n'était pas une tête fort solide; la persécution qui s'approchait et surtout les crises ecclésiastiques dont elle fut la cause, révélèrent ce quilui manquait du côté du caractère.
3° ROME ET CARTHAGE PENDANT LA PERSÉCUTION (250).
L'avènement de l'empereur Dèce fut la fin de cette période paisible que le christianisme traversait depuis la chute de Maximin. L'éditsan-
1 Cv. ep. 29. ? Leure de Cornélius à Fabien d’Antioche (fragm. dans Eus. H. E., VI, 4). Fabien n'est pas nommé, mais ce ne peut guère être un autre pape que lui. Je dois avertir ici une fois pour toutes que je n'emploie ce document qu'avec une certaine circonspection, éliminant la plupart des détails topiques et ne retenant que les faits. Co tableau de la vie et de la carrière de Novatien a été tracé par un rival et dans le feu de la compétition. Les anciens ne se croyaient pas obligés, cn pareille circonstance, aux ménagements que commande la bienséance moderne, ni À vérifier avec scrupulo tous les bruits qui couraient contre leurs adversaires, Saint Cyprien et l'auteur du traité ad Novatianum, tous deux con- temporains et peu tendres pour Novatien, ne paraissent pas avoir eu vent des histoires que raconte Cornélius. Celui-ci, qui fut assurément un saint évêque, était un peu l'homme du premier mouvement; ses relations avec saint Cyprien s'en ressentirent quelquefois. Dans l'entrainement desa verve contro Novatien il lui arrive de dépasser la mesure, par exemple lorsqu'il attribue sa conversion au diable, lorsqu'il doute de la validité du baptème conféré à un tel homme (eye yph 2éyes ov soiotrov elingéwe), lorsqu'il tourne en ridicule sa science théologique (à Boya- noie, 8 the bodnaiacruhe Emiovéunc Unerapasmorie). Plusieurs des traits qu'il lance contre son compétiteur atteindraient facilement lo pape Fabien et les chefs de l'Église romaine pendant la vacance du siège. de
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glant (edirta feralia) fut promulgué vers la fin de l'année 249, Dès le mois de janvier 250, Fabien fut arrêté et exécuté; plusieurs | membres du ‘clergé romain furent jelés en prison. Novatien ne figu- rait pas parmi eux. À Carthage l'évêque Cyprien s'enfuit et se cacha en un lieu d'où il pouvait cependant diriger son Église en péril. En Afrique comme à Rome et peut-être plus, la tenue des masses chrétiennes fut déplorable. Bien peu, sans doute, renoncèrent sérieusement au christianisme; mais un grand nombre, sans renier ouvertement leur foi, se laissèrent aller à commettre l'acte idoli- trique que les magistrats leur demandaient. C'était le moyen le plus simple pour obtenir le certificat [libellus) qui mettait en règle avec la police; mais comme depuis longtemps, celle-ci était accoutuméeà Lransiger sous main avec les chrétiens, il ne fut pas difficileà cer- tains d'entre ceux-ci de se procurer le libelus sans avoir réellement sacrifié. L'opinion publique des chrétiens fidèles et les décisions des chefs ecclésiastiques flétrirent ces procédés habiles. Comme les sacrificati, les libellatici furent classés parmi les apostats! (lapsil. En dehors de ces catégories de faillis, il restait toujours un certain | nombre de chrétiens qui parvenaient à se soustraire aux recherches et aux dénonciations el évitaient ainsi la difficile épreuve. D'autres 'affrontaient ou l'attendaient avec calme el devenaient des confes- seurs de la foi. Il paraît que le premier moment passé, après qu'on eut supplicié un certain nombre de personnes, surtout des chefs d'Église et obtenu une certaine quantité d'apostasies, on espéra pou- voir fléchir les persistants en leur infligeant la longue torture du séjouren prison. Pendant la terreur décienne (250-351), on avait | partout à pourvoir, en dehors des nécessités ordinaires, aux soins exigés par deux catégories nombreuses de fidèles, les confesseurs ec les lapsi qui, désormais en règle avec la police, revenaient confus à l'Église et demandaient à rentrer dans son sein. Cyprien, qui gouvernait alors l'Église de Carthage avait eu d'abord un grand renom comme maitre d'éloquence; converti au christia- nisme, il donna toute sa fortune aux pauvres; peu après il fut élu prètre, puis évèque. Les circonstances difliciles que traversait alors l'Église servirent à mettre en relief sa sainteté, sa douceur, son dé- vouement, son humilité, en même temps que la fermeté de son âme et la dignité de son caractère. Cependant sa retraite devant la persé- cution ne fut pas approuvée de tout le monde. A Rome surtout, où l'on n'avait pas une idée nelle des dangers particuliers que pouvait courir un homme aussi connu en demeurant ea ville, elle fut l'objet
111 faut remarquer que le terme d’apostat dans l'ancienne langue ecclésias-
tique signifie non pas le chrétien qui a commis un acte passager d'idolätrie, mais celui qui vit séparé de l'Église et ne se méle jamais aux autres fidèles. En parlant ici d'apostat je suis l'usage moderne, qui a donné à ce mot la même signification qu'à celui de lapsus.
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L'AFRIQUE CURÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 345
de critiques assez vives. Très peu de temps après la mort de Fabien, un sous-diacre de Carthage, Crémentius, élant venu à Rome, les prêtres lui remirent deux lettres : l'une adressée à Cyprien, lui noti- fiait le martyre de Fabien; l’autre !, écrile d'après lesnouvelles appor- lées d'Afrique par Crémentius, ne portait ni adresse ni signature. Mais le texte indiquait assez qu'elle était destinée au clergé de Car- thage. Toutes les deux furent remises en même temps à Cyprien: la seconde l'étonna fort. Les rédacteurs parlaient au clergé de Car- thage comme s'il n'avait plus été sous le gouvernement de son évèque : « Nous avons appris, disait-on, que le saint pape Cyprien st retiré. On nous dit qu'il a bien fait, étant un personnage en vue, «persona insignis. » Cette raison ne semblait pas suffisante aux prêtres romains, car ils commentaient aussitôt la parabole où le Bon Pasteur qui meurt pour ses brebis est comparé au mercenaire qui les abandonne à l'approche du loup. Un peu plus loin, en parlant des chrétiens qui avaient apostasié à Rome, on attribuait la chute d'une partie d'entre eux à ce qu'ils élaient des personnages en vue (quod essent insignes personæ). Cetle circonstance donnait au mot insignis persona un sens fâcheux, capable d'offenser l'évèque de Carthage, et le ton de la lettre n'était pas de nature à allénuer celte impression. Le clergé de Rome insistait beaucoup sur son propre éloge et sur le zèle avec lequel il remplissait les devoirs que lui imposait la persécu- on.Il se proposait comme exemple au clergé de Carthage et ne lui mé- nageail pas des conseils dont la forme pouvait paraitre un peu dure. Cyprien dut être blessé et il le fut en effet. Il écrivit aussitôt à Rome (ep. 9), accusant réception de la notification du martyre de Fabien et félicitant l'Église romaine de la gloire qui en rejaill relle. Quant aux instructions données au clergé de Carthage, il fait semblant de n'en pas connaitre les auteurs ou plutôt de douter qu'elles aient été réellement écrites par les prêtres de Rome. « J'ai «lu, dit-il, une autre lettre, sans adresse ni signature; l'écriture, le «contenu, le papier lui-même, m'ont un peu étonné; peut-être y a « Lon retranché ou changé quelque chose; je vous la renvoie telle « quelle, afin que vous voyiez si c'est bien celle que vous avez re- « mise au sous-diacre Crémentius. »
Nous n'avons plus la réponse que fit le clergé romain à la lettre de Cyprien, mais nous voyons qu'en la recevant il put constater que de faux rapports avaient été faits à Rome contre lui; il sentit le besoin de s'expliquer et de se justifier; à cet effet il envoya au clergé ro- main une collection de treize lettres écrites par lui aux prêtres, aux diacres, aux confesseurs et à diverses personnes de son Église ?. En même temps il donnait les motifs de sa retraite. Le clergé romain,
1 CxrR., ep: 8. 2 Cvrn., op. 5, 6, 7, 10-10. 346 REVUE ANGLO-ROMAINE mieux instruit, changea d'avis et approuva la conduite de l'évêque de Carthage; il changea aussi de rédacteur pour sa correspondance: à la plume peu correcte et un peu précipitée qui avait écrit la pre- mière lettre il substitua celle du prêtre docteur Novatien. Déjà dans les dernières lettres de la collection envoyée à Rome par saint Cyprien, on voit se révéler les difficultés d'une situation étrange, créée à Carthage par l'alliance inattendue des confesseurs et des apostats. Parmi les premiers, beaucoup étaient des gens simples et même d'une moralité équivoque. Quelques-uns avaient confessi la foi par fanfaronnade plutôt que par conviction profonde et réflé- chie. Une fois sortis de prison, ils se croyaient tout permis et se montraient en particulier plein d'arrogance vis-à-vis de leurs chefs spirituels. Une des plus graves difficultés contre lesquelles ceux-ci avaient alors à lutter, c'était l'empressement des lapsi à rentrer dans la communion de l'Église. Leur crime était un cas de pénitence per- pétuelle. Sans doute il ÿ avait eu trop d'apostasies pour qu'un adou- cissement des anciennes règles ne fûl pas considéré comme néces- saire; mais ce n'était pas au milieu de la perséeution qu'on pouvait délibérer sur une mesure aussi grave, apprécier la diversité des cas et proportionner la sévérité de la réparation à la culpabilité de chacun. Il était donc admis en principe, à Carthage et à Rome, que l'on attendrait, pour régler la silualion des apostals, que les évêques pussent reprendre la direction immédiate de leurs Églises, conférer entre eux et donner à leurs décisions l'autorité et l'uniformité conve- nables. Jusque-là les lapsi devaient faire pénitence et s'abstenir des saints mystères.
Ce délai sembla trop long aux intéressés. Autour d'eux d'ailleurs on voyaits’agiter cinq prêtres qui avaient déjà fait de l'oppositionà Cyprien au moment de son ordination et depuis; c'est eux sans doute qui l'avaient calomnié à Romé. Ils se mirent à recevoir les lapsi à la communion, el à célébrer chez eux ou pour eux le saint sacrifice. La seule formalité qu'ils exigeassent était un billet de recommanda- tion délivré par quelque confesseur sur le point de subir le martyre. C'était en effet l'usage que les recommandations des martyrs fussent prises en considération par les évêques et servissent à abréger pour le pécheur le temps de la pénitence canonique. Mais il n'était pas dans l'ordre que cette indulgence fût appliquée immédiatement par les martyrs ni surlout qu'on en usât avec une telle libéralité que la discipline eût à en souffrir. Or c'est ce qui arrivait. Les confesseurs, un certain Lucien surtout qui se disait mandataire d'un martyr ap- pelé Paul, et qui distribuait en son nom des billets d'indulgence, renvoyait pour la forme les lapsi devant l'évèque, mais leurs re- commandations étaient rédigées d'un ton fort impératif. On sent, à les lire que ces braves gens s'appuyaient sur l'opinion. Refuser quel- L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 347
que chose aux martyrs, discuter leurs demandes, comparer l'autorité de l'évêque à la leur, c'étaitaux yeux de bien des gens une prétention intolérable. Nous retrouverons cet esprit-là au siècle suivant, dans l'affaire des traditeurs et des donatistes. Malgré toute sa bonne volonté, son humilité, sa condescendance, Cyprien ne pouvait les saisfaire toujours. Leurs billets concernaient souvent des familles entières, des groupes considérables de per- sonnes : « Communicet ille cum suis, » écrivait-on àl'évêque. Le « cum suis » élait aussi large que le « communicet»était peu poli. Cyprien fit desobjections, onlui réponditparun billet où lesconfesseurs passaient l'éponge sur toutes les apostasies de l'Afrique ; l'évêque de Carthage élait chargé de l'exécution dans son Église et requis de faire parve- nir aux autres évêques cette étrange décision du nouveau pouvoir ecclésiastique.
La situation devenait lrès tendue. Sans doute l'évêque avait pour luiles gens sages du clergé et du peuple; quelques-uns des confes- seurs eux-mêmes désapprouvaient la conduite de Lucien et ses or- gueilleuses distributions d'indulgences. Mais les gens sages sont tou- jours en minorité dans ces moments de crise. L'évèque de Carthage senlit le besoin de faire intervenir l'autorité romaine et en particulier de ses confesseurs, dont quelques-uns, comme les prètres Moyse et Maxime, élaient encore en prison. On lui écrivit de Rome des lettres fortexplicites où sa conduite réservée était hautement approuvée. En même temps, il saisissait toutes les occasions de montrer son res- pecl pour les martyrs ; il introduisait dans son clergé quelques-uns des confesseurs les plus en vue parmi ceux qui ne s'étaient point in- gérés dans l'affaire des indulgences®. Mais l'opposition ne désarmait pas; au contraire, elle s'organisait. Les cinq prètres rebelles étaient loujours à sa têle; on distinguait parmi eux un certain Novalus; Felicissimus, personnage laïque, mais riche et influent, appuyait énergiquement le parti. Vers la fin de l'année 250, Cyprien ayant envoyé à Carthage une commission d'évêques et de prêtres pour préparer son retour el distribuer ses aumônes. Felicissimus fit tous ses efforts pour que leur mission échouât et que l'on méconnôt l'autorité de l'évêque. Novatus partit pour Rome afin d'assurer aux opposants de Carthage le soutien du pape que l'on ne pouvait manquer d'éiire bientôt, la persécution ayant commencé à s'apaiser.
Après Pâques, c'est-à-dire au mois d'avril, Cyprien put rentrer dans son Église troublée ; il réunit un concile qui régla avec ses col-
1 Scias nos unirersos quibus ad te ratio constiterit quid post commissum ege- rintdedisse passim, et hanc formam per te et aliisepiscopis innotescere rolumus. 23) 2 Ep. 38-40. 5348 REVUE ANGLO-ROMAINE lègues l'affaire des lapsi et prononça la déposition et l'excommunici- tion contre les rebelles. Ces mesures combinées avec beaucoup de tact et de modération ne pouvaient manquer de ramener la paix dans les Églises africaines.
4° LE SCRISME DE NOVATIEN
Pendant ce temps-là, Novatus était en train de faire une révolution dans l'Église romaine. À Rome comme à Carthage, les confesseurs étaient hautement considérés. Ceux surtout qui étaient encore en prison se voyaient entourés d'hommages et consullés comme des oracles. Novatus commença par se mettre en rapport avec Novatien qu'il séduisit facilement; puis il essaya de gagner les confesseurs. Il n'y réussit pas d'abord. Moyse resta fidèle à saint Cyprien et déclara même qu'il n'entrerait point en communion avec la coterie des cinq prêtres de Carthage ! ; mais après sa mort, qui arriva en janvier ouen février 251, ses compagnons de captivité se laissèrent séduire et joi- gnirent leur influence à celles que Novatus et Novalien groupaient autour d'eux. Ce dont il s'agissait, c'était de faire élire un pape qui ne reconnaitrait pas Cyprien comme légitime évêque de Carthage et qui protégerait la compétition que l'on allait soulever contre lui. De principes dogmatiques ou disciplinaires on n'en avait pas encore; mais on entendait exploiterà Rome comme en Afrique le prestige des confesseurs. Le futur successeur de saint Pierre devait être le pape des confesseurs, comme à Carthage le parti anti-eyprianiste se proclamait le parti des confessenrs. Ces calculs furent déçus. L'élection eut lieu au mois de mars ou d'avril/pendant que Cyprien s'oceupait de raffermir sa propre autorité ses ennemis de Rome ne réussirent pas à empêcher le choix d'un candidat étranger à leurs vues, le prêtre {ou diacre) Cornélius. N'ayant pu diriger l'élection, ils attaquèrent violemment le nouvel évêque, l'accusant de toutes sortes de crimes, en particulier d'avoir reçu un certificat de sacrifice el d'avoir communiqué avec des apostats décla- rés. Par les soins de Novatus, une protestation motivée arrivaà Carthage en même temps que la notification de l'ordination de Cor- nélius; elle était rédigée au nom d’un prêtre de Rome, de Novatien probablement, Cyprien et son concile jugèrent qu'il y avait lieu de sè renseigner exactement ; ils attendirent les procès-verbaux officiels
1 Eus. VI, 43,4 20. — Les cinq prêtres mentionnés ici sont ordinairement cons dérés comme des prêtres romains ; il me semble plus probable que ce soient les mêmes dont il est si souvent question à Carthage comme chefs de l'opposition contre saint Cyprien. En adoptant une autre hypothèse, on se heurte à de graves difficultés chronologiques. L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 349
de l'élection et dépêchèrent même deux évêques à Rome. Pendant ces délais, le parti opposé à Cornélius élisait un autre évêque, Nova- tien lui-même !, et faisait diligence pour le faire reconnaître dans toute l'Église. Le schisme novatien, qui commence à ce moment el devait donner lieu à une secte importante ne s'est donc pas fait sur une question de doctrine, mais sur une question de personne. Novalien n'avait pas de principes spéciaux sur la pénitence ; Novatus, par ses antécédents, devait être plutôt favorable à la mitigation de la discipline. Pendant les controverses africaines de l'année précédente, c'est Novatien qui avait été l'organe du presbytérium romain ; c'est lui qui avait rédigé les letires du clergé et des confesseurs qui, nous dit saint Cyprien {ep. Lv, 8), « furent envoyées dans le monde entier et portées à la con- naissance de toutes les Églises et de tous les fidèles. » Or, dans ces lettres, deux points étaient réglés : d'abord que les lapsi devaient être admis à la pénitence, le temps et les conditions de celle-ci étant renvoyés à l'examen des évêques, aussitôt que la paix serait rélablie; ensuite, que ceux d'entre eux qui seraient en danger de mort pourraient être réconciliés (ep. xxx, 8). Pendant la persécution, Novatien avait réussi à échapper aux recherches, mais sans faire preuve d’un héroïsme extraordinaire ?, On ne pouvait donc prévoir qu'il se ferait le champion de la sévérité. Mais une fois le schisme organisé contre Cornélius, il était inévitable qu'on adoptât dans la grande question du moment une attitude et des principes contraires aux siens. Le concile de Carthage, tenu sous la présidence de saint Cyprien, avait réglé que tous les apostats sans distinction, pourvu qu'ils fus- sent repenlants, seraient admis à la pénitence et réconciliés au moins au moment de la mort; que selon la gravité des ens, la pénitence imposée serait plus ou moins longue; que les évêques, prêtres, diacres et simples clercs pouvaient être admis à la pénitence comme les autres, mais non pas réintégrés dans leurs fonctions. Ces déci- sions furent transmises à Rome. Cornélius, comme la plupart des membres du clergé romain, élait dans les mêmes sentiments que les évêques d'Afrique. Cependant il voulut donner toute la solennité
1 Voy. les détails dans la lettre de Cornélius (1. c } en tenant compte des obser- vations faites ci-dessus. Il faut distinguer deux temps dans la compéti de Novatien. D'abord on proteste contre Cornélius et son élection, mais sans en faire une autre ; puis on se décide à ordonner Novatien. Saint Cyprien distingue ès bien ces deux phases et les deux ambassades que les schismatiques lui en- royérent successivement (ep. 14: diversæ partis... pertinacia non tantum. matris (Ecclesiæ] sinum adquo complerum recusavit, sed etiam gliscente et in pejus recrudescente discordia episcopum sibi constituit). Dans les premières letires qu'il reçut, Novation se qualifait encore do prêtre (ibid. c. 2: cum ad me alia adversum te (Cornélius) et compresbyteri tecum considentis (Noratien) scripta renissent).
? ConéLivs ap. Eus.VI, 43. REVUE ANGLO-ROMAINE
e au règlement d'une affaire à laquelle tant de gens étaient
intéressés ; il convoqua de son côté à un grand concile tous les évêques d'Italie. C'est alors que les positions se dessinèrent et que le parti de Nova- tien devint le parti de la discipline rigoureuse. Point de réconcilia- tion entre l'Église et les déserteurs, anathème perpétuel aux ido- lâtres : tel fut le mot d'ordre de la nouvelle secte‘. On ne prétendait pas empêcher les apostats de faire pénitence, on les y engageait méme fortement, mais en leur enlevant tuut espoir de rentrer dans la fraternité chrétienne, füt-ce à leur dernier soupir. Ce traitement avait été autrefois appliqué aux adullères aussi bien qu'aux apos- tats*; mais, depuis longtemps, on ne le maintenait plus que pources derniers. Novatien et ses adhérents protestèrent qu'il fallait s'en tenir là et ne pas faire aux apostats la concession que l'on avait faite aux adultères. Ce fut là tout le novatianisme primilif. Une fois sépa- rée de l'Église, la secte ne manqua pas de grefler des particularités nouvelles sur celle première dissidence; mais, à son début, elle se borna à protester contre l'adoucissement d'une mesure disciplinaire qui, adoptée etappliquée en des temps où l'aposlasie ne se produi- sait que sous forme de cas isolés?, ne pouvait pas être maintenue en présence des chutes innombrables de la dernière persécution. Cette position théorique avait de grands avantages; c'est elle qui explique lesuccès relatifdu nouveau schisme. La considération per- sonnelle de Novatien el l'activité prodigieuse avec laquelle ses adhé- rents, Novatus en parliculier, s'appliquèrent à discréditer Cornélius y contribuèrent aussi beaucoup. Le concile de Rome se réunit; on ÿ vil soixante évêques, sans compter les prêtres et les diacres, tant ceux de Rome que ceux qui représentaient les prélats empèchés. Les lettres du concile de Carthage furent lues à l'assemblée; elles procla- maient le principe de la réintégration des apostals dans l'Église el invitaient les évêques italiens à condamner l'auteur du nouveau schisme. Ce vœu fut satisfait. Novatien et ses adhérents furent chas- sés de l'Église et la discipline du concile d'Afrique fut solennellement approuvée. On dressa une lettre synodale qui fut signée de tous les évèques présents à Rome; à cetle liste de signatures on joignit celle des adhésions envoyées par les absents.
1 Sur la doctrine de Novatien, v. surtout Cyr., ep. Lv, 26-29 3 Cf. Cvpr. ep. Lv, %, en se rappelant que le refus do la réconciliation à l'article de la mort, même dans le cas de ces fautes si graves, était loin d'être la pratique universelle. 3 Elle continua de l'être dans ces mêmes cas; on le verra bientôt à propos du concile d'Elvire. 11 faut bien se garder de confondre avec la discipline ordinaire les mesures spéciales qui furent prises après chaque persécution; ces dernières sont essentiellement temporaires; destinées à liquider une situation anormale, elles n’entament pas directement les règles solennelles de la pénitence ecclésias- tique. L'AFRIQUE CURÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 54
Fort de cette double manifestation de l'épiscopat d'Ilalie el d'Afrique, Cornélius se hâla d'expédier parlout des exemplaires des documents synodaux et de contrecarrer la propagande novatienne. En Afrique, saint Cyprien l'appuyait si énergiquement que le schisme ne parvint pas à diviser les évêques; tout au plus y eut-il quelques hésitations!. Cependant, on envoya à Carthage un évêque, Évariste, qui avait élé un des consécrateurs de Novatien, un confesseur rumain, le diacre Nicostrat, et diverses autres personnes qui réus- sirent à organiser une petite Église novatienne dans la métropole de Afrique et obtinrent sans doute quelques succès analogues dans d'autres endroits. En Gaule, Marcianus, évêque d'Arles, accepta la communion de Novatien et appliqua ses principes sur les apostals. Cest la seule défection sérieuse que l'histoire signale en Occident. En Orient, les choses allèrent beaucoup plus loin. Toutes les Églises importantes avaient reçu des lettres de Cornélius et du parti sc matique. L'évêque d'Antioche, Fabius, hésita beaucoup et prit même assez ouvertement la défense de Novatien; à Laodicée de Syrie, dans l'Arménie romaine et même en Égypte, le rigorisme fut chaudement appuyé. La question parut même si grave, que les principaux évèques de Syrie et de l'Asie Mineure orientale résolurent de tenir un grand concile à Antioche, comme on l'avait fait à Rome et à Car- thage. Firmilien de Césarée en Cappadoce, Hélénus de Tharse et Théocliste de Césarée en Palestine étaient les promoteurs de cette réunion. Denys d'Alexandrie y fut invilé par eux. On ne sait si l'assemblée se réunit, car Fabius mourut en 259 et sa mort arrèta les progrès du novalianisme en Orient. Cornélius lui avait envoyé les épitres synodales des conciles d'Italie et d'Afrique, avec des explica- ons particulières sur les mesures adoptées à l'égard des apostals et des renseignements sur la personne de Novatien?. Denys aussi étail intervenu auprès de Fabius pour le détourner de la voie où il s'en rigeail. Le célèbre évèque d'Alexandrie était tout à fait dans les mèmes idées que saint Cyprien et l’Église de Rome=. Dès le temps de l persécution, il avait ordonné de réconcilier les apostats à leur lil de mort, et, aussitôt que la paix avait semblé renaître, il avait envoyé dans toute l'Égypte une sorte de tarif pénitentiel où les différents cus d'apostasie étaient distingués et soumis à des pé éciales. Les letires de Novalien ne firent sur lui aucun effet; il lui répondit mème lès franchement, quoique très doucement, selon sa coutume, qu'il n'avait rien de mieux à faire qu'à abandonner son prétendu épisco- pal. 11 s'employa aussi avec beaucoup de zèle à ramener les confes- Seurs romains égarés dans le schisme. C'élait là une affaire très
? Voy. surtout la lettre de saint Cyprien à Antonianus (ep. Lv.) ? C'est cette lettre dont il a été plusieurs fois question; les autres sont perdue 5 Ets. HE. VI, 4-46. 352 REVUE ANGLO-ROMAINE
importante. Cyprien s'y appliqua avec autant d'ardeur que Denys. Ces deux grands évèques, dont la situation et la carrière ont tant de points de ressemblance, observèrent ici la même attitude et sem- blèrent agir de concert. Leur négociation aboutit très heureusement. Les confesseurs, touchés de la grâce, se séparèrent presque tous de Novatien; ils revinrent à l'Église, et Cornélius leur fit le meilleur accueil. On réintégra même dans leurs dignilés ecclésiastiques ceux qui en étaient revètus. Ce fait enlevait à Novatien le plus clair de son prestige aux yeux des populations chrétiennes. Cornélius et ses deux amis dévoués, Denys et Cyprien, ne manquèrent pas de donner le plus grand retentissement à celte conversion si opportunet, Fabius mort, la paix se fit entre les Églises d'Orient, mais le novatianisme y conserva beaucoup d'adhérents. Au 1v° siècle, il est souvent ques- lion des évêques novatiens el de leurs paroisses,
3° INCIDENTS ACCESSOIRES
Mais il faut revenir à ce parti qui s'était formé à Carthage au dé- clin de la persécution, pour réclamer la réintégration des apostals dans l'Église sans qu'ils eussent à passer par les rigueurs de la péni- tence. Les confesseurs du genre de Lucien n'avaient élé évidemment que des instruments aux mains des meneurs, et les billets d'indul- gence n'étaient qu'un moyen de lourner la discipline. La paixrevenue, ilne fut plus question ni de Lucien ni de ses indulgences. On de- manda ouvertement l'abolition de la pénitence pour tous les faillis de la persécution. Felicissimus devait avoir derrière lui un grand nombre de chrétiens riches ou fonctionnaires publics, peu détachés de ce monde, qui tenaient au christianisme, sans doule, mais non point au point de lui faire le sacrifice de leur vie en temps de pe eution ou de leurs aises en temps ordinaire. Menacés par l'altitude résolue de Cyprien dès avant le concile de 254, repoussés dans leurs prétentions par les décrets de vetle assemblée, ils songèrent à s'orga- niser. Felicissimus se fit ordonner diacre, c'est-à-dire trésorier de l'Église que l'on allait fonder. Après le départ de Novatus, qui prità Rome une direction lout opposée, on baltit toute l'Afrique pour recruter des adhérents, surtout dans l'épiscopat, afin d'opposer un concile à celui de saint Cyprien, de le déposer lui-même et de pro- clamer la discipline commode qui était le but de toute ceute intrigue. Le succès fut médiocre. On avait annoncé vingt-cinq évêques, cinq seulement se présentèrent, dont trois aposlats et deux héréliques; l'un de ces derniers était ce même Privatus de Lambaesis qui avail
1 Cxr. ep. 46-54; Denys dans Eus. VI, 46, 3 5; Cornélius dans Evs. VI, 43 86, L'AFRIQUE CURÉTIENNE ET L'ÉGLISF ROMAINE 333
été déposé dans un grand concile avan£ l'épiscopat de saint Cyprien. En méme temps qu'eux arrivaient à Carthage quarante et un évèques africains pour le concile que l'on avait coutume de tenir après les fêtes de Pâques. Ce concile s'assembla le 45 mai. Privat de Lambèse chercha à s'y faire admettre, pour plaider sa cause et obtenir sa réha- bilitation; mais il fut écarté. Le concile, ayant égard à la persécu- tion que le nouvel empereur Gallus déchaînait en ce moment sur l'Église, accorda la paix à tous les lapsi qui, jusqu'alors, avaient fait consciencieusement pénitence!. Cette disposition n'alteignait pas les partisans de Felicissimus, qui depuis plus d'un an étaient organisés en schisme, et n'avaient accepté de pénitence d'aucune sorte. Aussi ue laissèrent-ils pas de tenir un petit concile contre le grand; ils y prononcèrent une sentence de déposition contre Cyprien et lui ordon- nérent un successeur dans la personne de Fortunatus, un des cinq prètres dissidents de l'Église de Carthage. Cela fait, Feli us et quelques-uns des siens partirent pour Rome et cherchèrent à se faire reconnaitre par Cornélius. Celui-ci les écarla de l'Église, mais comme ils faisaient grand tapage contre Cyprien et menaçaient de publier Loutes sortes d’infamies contre lui, le pape eut peur et con- sentit à laisser lire à l'église leurs lettres où la dignité de Cyprien éait misé en cause. C'était un second nuage qui s'élevait entre deux évêques dont l'union est pourtant restée célèbre. Au commencement de son épis- copat, Cornélius avait été blessé du retard que Cyprien avait mis à proclamer son ordination et des précautions qu'il avait cru devoir prendre pour la vérifier (ep. XLV); Cyprien à son tour, fut singuliè- rement étonné de la timidité de son collègue et des doutes qu'il sem- blait autoriser contre ses droits à occuper le siège de Carthage. Il se plaignit à Cornélius avec autant d'éloquence que de franchise {ep. LIX). On était alors à l'été de l'année 232. La persécution de Gallus qui s'annonçait déjà, allait jeter Cornélius en exil et changer le tour des préoceupalions de Cyprien à son endroit. Cornélius, exilé à Centumcollæ vers la fin de cette année, y mourut vers le milieu de l'année suivante. Cyprien, dont le peuple fanatique de Carthage réclamait à chaque instant la tête, put cependant rester au milieu de ses fidèles. Il écrivit à Cornélius (ep. LX) une lettre de félicitations; l'année suivante, Lucius, successeur de Cornélius, ayant été exilé à son tour, il lui écrivit aussi. Des jours meilleurs revinrent : Lucius fut rappelé. Cyprien saisit encore cette occasion de resserrer les liens de charité qui unissaient l'Afrique chrétienne au siège de saint Pierre; Lucius reçut une seconde lettre (ep. LXI) au nom de l'évêque de Carthage et de ses collègues, peut-être du concile d'A- frique.
! Sur ce concile, ve. ep. 11x, 10; sa lettro synodale à Cornélius, ep. 57. REVUE ANULO-ROMAINE, — 7. 11. — 23 354 REVUE ANGLO=ROMAINE On peut dire d'ailleurs, d’une manière générale, que toute la cor- respondance de saint Cyprien témoigne de l'union entre les deu Églises, des relations fréquentes que les évêques avaient entre eux el du respect particulier des Africains pour la chaire de Pierre, l'égliv souveraine, d'où procède l'unité sacerdotale (ep. LIX, 44). Sous le pape Étienne, successeur de Lucius, ces relations devinrent moins ai- mables, elles traversèrent même une crise assez délicate. Lucius mourut le5 mars 254. Étienne, qui fut élu à sa place, parall avoir été, dès le principe, peu sympathique à l'évêque de Carthage. Dès avant la controverse baptismale, on les voit en conflit & propos d'affaires ecclésiastiques étrangères à l'Italie et à l'Afrique. Pendant la persécution, deux prélats espagnols, Basilide et Martial, évèques l'un d'Emerita, l'autre de Legio-Asturica, avaient accepté où demandé un libellus; pour ce fait et pour diverses autres fautes, ils avaient été déposés de l'épiscopat, et on leur avait ordonné des suc- cesseurs, Sabinus et Félix. Mais ils ne se résignèrent pas à leur dé- chéance; Basilide partit pour Rome, réussit à persuader à Élienne que les accusations élevées contre eux, manquaiént de fondement et se fit rétablir dans sa dignité. Leurs Églises, et surtout leurs succes seurs, peu satisfaits de ce revirement, prirent le parti de s'adresser au concile d'Afrique. Le vœu de Tertullien sur l'institution régu- lière des conciles avait été réalisé. Au temps de saint Cyprien, nous pouvons constater que tous les évèques africains se réunissaient à Carthage, à moins d'empêchement, deux fois chaque année, après Pâques et à l'automne. Ces grandes assemblées périodiques contri- buaient beaucoup au maintien et à l’uniformité de la discipline; el étaient célèbres en dehors de l'Afrique, et la réputation de l'homme illustre et vaillant qui en était l'âme, ajoutait beaucoup à leur consi- dération. Cest sans doute au concile de l'automne 254 que fut pri- sentée la requête des Églises espagnoles. L'assemblée procéda exac- tement comme le pape l'avait fait ; elle n'entendit que l’une des deux parties, et lui donna gain de cause. Aussi n'est-il pas possible de savoir au juste qui avait raison et jusqu'à quel point les évêques Be- silide et Martial avaient mérité d'être déposés. Mais ce qui est clair, c'est que la lettre synodale du concile d'Afrique ‘ par laquelle les Églises d'Emerita et de Legio-Asturica reçurent communicalion de Sa sentence, contraire à celle du pape, n'était pas faite pour plaire à celui-ci. Peu après cet événement, Cyprien reçut coup sur coup deux lettres de l'évêque de Lyon, Faustinus, qui lui dénonçait l'attitude schismatique de Marcianus, son collègue d'Arles. Marcianus était en communion avec Novatien; il appliquait rigoureusement ses prin- cipes sur la réconciliation des lapsi. Faustinus et d'autres évêques 1 Cyr. ep. Lxvit.
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L'AFRIQUE CURÉTIENNE ET LISE ROMAINE 333
de Gaule s'étaient adressés en vain au pape Etienne pour obtenir la æsalion du scandale : en désespoir de cause, ils invoquaient le se- cours de l'évêque de Carthage. Etienne parait avoir usé d'une cer- laine modération àl'égard des novatiens; on disait qu'il ne faisait aucune difficulté, contrairement à la discipline établie, de conserver leur rang aux prêtres ou diacres schismatiques qui revenaient à l'u- 6. Cyprien lui écrivit une letre fort pressante; selon lui, le pape it le devoir d'intervenir, d'écrire aux évêques de Gaule et aux fidèles d'Arles, qu'ils fissent en sorte d'écarter Marcianus et de lui donner un successeur. Cyprien semble ici se constituer le champion de la discipline proclamée par Cornélius et Lucien et de la tradition de ces papes mise en oubli par leur successeur. Le ton de sa lettre indique vraiment peu d'estime pour celui-ci. Etienne, qu'il méritât où non ces reproches, ne pouvait guère être satisfait de recevoir une semblable leçon. C'est sur ces'entrefaites que la controverse baptis- male éclata.
6° LA QUERELLE BAPTISMALE
La question du baptême des hérétiques a été étudiée beaucoup
moins en elle-même que dans son rapport avec la controverse qui mit saint Cyprien et les évêques d'Afrique en opposition avec le pape saint Etienne. Cette controverse est du plus haut intérêt pour les théologiens et les polémistes qui s'occupent de l'autorité suprême du Pontife romain et de son infaillibilité doctrinale; mais le rôle de l'historien est autre, et, pour m'yrenfermer, je reslerai exactement sur le terrain des faits, m'efforçant de les meltre en lumière le mieux possible, et laissant aux théologiens à en tirer les conséquences doc- tipales qu'ils comportent. A quelles conditions les hérétiques convertis, qui abandonnaient leurs sectes pour passer à l'Église catholique, devaient-ils être admis dans celle-ci? Une semblable question n'a pu se poser qu'assez tard. Il fallait d'abord qu'il y eût des sectes constituées en dehors de l'Église. Cela ne se fit pas tout de suile. Aux temps apostoliques, il y a déjà des cas d'hérésie, mais ce sont des accidents individuels. À partir du règne de Trajan, on commence à entrevoir de pelits conven- licules secrets ?, où l'on prétend enseigner des doctrines plus élevées et plus efficaces que celles des évêques; ou bien de véritables écoles de philosophie religieuse où l'on prend ses aises avec la foi tradi- tionnelle, Tout cela, cependant, reste ou cherche à rester dans l'Église;
1 Cp. ep. Lxxn, 2. 3 En Asie, du temps de saint Ignace; mais à Rome, au tomps du Pasteur d'Hermas, cette organisation rudimentaire était encore à créer, 336 REVUE ANGLO-ROMAINE on dissimule la doctrine, on cache les réunions, on recourt au mys tère de certains signes pour se reconnaitre entre afliliés. La grande ambition des chefs est de devenir évêques des chrétientés impor- tantes, afin de pouvoir donner à leurs systèmes l'autorité de la hié- rarchie, et à leurs disciples la prépondérance dans la direction de l'Église. Cette attitude et ces efforts indiquent assez qu’on ne déses- pérait pas de mettre la main sur la hiérarchie ecclésiastique, de devenir la grande Église catholique dont le nom, déjà prononcé par saint Ignace, figurait aussi, très probablement, dans les professions de foi. Mais les espérances des hérétiques furent partout dêçues; leurs doctrines ayant été condamnées, maitres et disciples se virent exclus des communautés chrétiennes. Pour continuer à vivre, il fallut s'orga- niser, fonder de petites Églises à côté de la grande, installer une hiérar- chie, desrites, desassemblées, desservicescharitables, ee. Les marcio- nites surtout arrivèrent en ce genre à des résultals importants. Plus tard, vers la fin du second siècle, nous voyons ces sectes lomber en décomposition; les docteurs s'entendent de moins en moins, les initiés se querellent, les petites Églises se fraclionnent, la gnose, en général, est frappée d'un discrédit complet. C'est à ce moment que l'Église catholique voit se présenter à chaque instant des hérétiques touchés de la grâce, qui viennent lui demander à entrer dans son sein. D'abord ce furent d'anciens fidèles, qui, séduits quelque temps par l'hérésie, avaient fini par s'en dégoûter. Pour ceux-là, il y avail une solution toute trouvée. Initiés au christianisme dans le sein de la légitime Église, ils avaient commis une faute énorme en s'affiliant aux conciliabules proscrits; la nécessité de faire pénilence s'imposail toute seule. On les rangeait avec les adultères, apostats et autres grands pécheurs qui suivaient les exercices de l'expiation péniten- lielle. Mais bientôt il se présenta des gens qui, avant d'entrer dans les sectes, n'avaient point passé par l'Église, soit qu'ils se fussent convertis du paganisme ou du judaïsme à l'hérésie, soit qu'ils fussent nés dans la secte elle-même, de parents hérétiques. Ceux-là présen- lient une difficulté spéciale. Leur imposer des conditions aussi dures qu'aux précédents n'au- rait été ni juste ni pratique. Le bon Pasteur voulait évidemment que l'on ouvrit le plus possible la porte du bercail à ces brebis involon- tairement égarées. S'il était bon d'inspirer une salutaire terreur aux fidèles qui auraient eu la tentation de passer à l’hérésie et de leur faire entendre qu'ils n'en reviendraient pas aussi facilement qu'ils y pouvaient entrer, il y avait tout intérêt à faire le vide autour des sec- laires en altirant leurs adeptes dans le sein des communautés calho- liques. D'un autre côlé, ces convertis, si sincèrement qu'ils rejetassent les L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 357
fausses doctrines des hérétiques, avaient pourtant reçu de leurs mains l'initiation sacramentelle, et cette initiation, accomplie au sein de conventicules maudits, accompagnée de rites bizarres, pour ne rien dire de plus, semblait entachée d'une sorte de vice originel Nulle part on ne se décida à l'accepter comme entièrement valide; mais, dans le départ faire entre ce qui devait être considéré comme suffisant et ce que l'on devait réitérer en admettant les convertis, on se laissa guider par des considérations diverses et l'on aboutit à des usages différents. | La cérémonie de l'initiation chrétienne comprenait deux rites sacramentels distincts, que, de nos jours, l'Église latine sépare le plus souvent, mais qui, autrefois, étaient toujours unis dans les circons- lances ordinaires, c'est-à-dire quandle baptême était solennellement célébré par l'évêque. Le premier et le principal était l'immersion baptismale, accomplie au nom des trois personnes divines; l'autre, que nous appelons confirmation, comprenait trois actes, l'onction d'huile parfumée, l'impression du signe de la croix et l'imposition des mains. Ce second rite, dont les trois actes sont plus ou moins expressément indiqués dans les anciens auteurs et dans les livres liturgiques, avait pour effet de conférer le Saint-Esprit au nouveau baptisé. Bien qu'il ne fût pas considéré comme absolument essentiel au salut, on lui attribuait une signification et une efficacité tellement élevées que la célébration en était réservée à l'évêque lui-même, agi sant au milieu de tout son clergé, et qu’elle était toujours entourée des formes les plus solennelles. Dans certaines Églises, l'initiation hérétique fut réprouvée tout entière et les convertis durent recevoir de nouveau le baptême et la confirmation. Dans d’autres, on distingua; on accepta comme valide le baptême des hérétiques, mais leur confirmation fut jugée nulle, et le rite de l'admission des convertis fut précisément celui de la col- lation du Saint-Esprit. Le premier système était suivi à Carthage; un concile d'évêques des deux provinces d'Afrique el de Numidie, tenu sous la présidence d'Agrippinus, évêque de Carthage, l'avait sanctionné depuis assez longtemps. Dès avant ce synode tenu vers 220 environ, Tertullien avait exprimé une opinion analogue dans sontraité De baptismo!. En Asie Mineure, des conciles tenus à Iconium et à Synnada avaient établi la même discipline pour la Cappadoce, la Galatie, la Cil l'Asie (au moins sa partie phrygienne) et d'autres provinces vois nes?. Elle était également observée à Antioche et en Syrie, si l'on en
1 De Bapt., 45. Avant de publier ce livre il avait traité le même sujet ‘en grec. Le synode ne peut avoir eu lieu avant le traité De jejuniis du même auteur, où il parie des conciles grecs comme d'un usage à imiter. Le De jejuniis peut avoir été écrit vers 220. 3 Cvrn., Ep. Lxxv, 7(Lettre de Firmilien) ; Denvs n'ALx. dans Eus. H. E., VII,1. has
358 REVUE ANGLO-ROMAINE juge par les Constitulions apostoliques, texte certainement syrien, quoique un peu postérieur et plusieurs fois retouché !. L'usage de Rome et d'Alexandrie * était différent. Dans ces deux grandes Églises on ne renouvelait aux hérétiques convertis que le rite collateur du Saint-Esprit; leur baptême était jugé valide. Le livre des Philosophumena témoigne qu'il en était ainsi à Rome, dès le temps de Calliste (217-222). Ainsi c'est vers le même temps, c'est-à-dire peu après le règne de Sévère, au commencement du m° siècle, que ces disciplines contraires s'introduisirent ?. On ne sait rien sur les autres pays chrétiens. Du reste, la délimila- tion que je viens d'établir ne saurait être considérée comme loul à fait rigoureuse. La centralisation ecclésiastique était encore si peu avancée que. même en Afrique, il y avait encore des dissidences sur cette ques- tion longtemps après Agrippinus. En 255, le Concile général des évêques de celte province, qui se tenait deux fois par an, fut saisi d'une consultation signée par dix-huit évêques numides qui avaient conçu des doutes sur la légitimil de l'usage dominant; peut-être ces évêques étaient-ils étonnés de la diversité disciplinaire qui séparait sur ce point l'Église de Rome de celles de l'Afrique. Quoi qu'il en soit, le concile jugea que l'usage africain devait être maintenu comme le seul légitime ; il répondit en ce sens aux évêques numides, en leur donnant les motifs de sa déci- sion #, Peu après, Cyprien lui-même écrivit à un évêque mauritanien appelé Quintus, pour répondre à des demandes analogues (ep. LXXII. On voit déjà poindre dans cette lettre des traces d'un antaganisme avec le pape Élienne, sans cependant que celui-ci soit nommé, Au concile de l'automne (255) ou à celui du commencement de l'année suivante, Cyprien jugea ulile de couper court à toutes les objections
1 Const. ap., VI, 15. Cf. Canon ap. 45-46. 11 y a lieu de croire que nous avons sur
co point le teste primitif, au moins pour le sens; car une reteucho dans le sens äo la rebaptisation est tout à fait invraisemblablo. 2 Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, la Palestine paraît avoir suivi l'usage d'Alerandrio. Jo lo conclus de la manière dont Eusèse (H. E., VII, 2) parle de la coutume romaine. 3 Sur l'usage, universel dans l'antiquité, de réconcilier les hérétiques par le sacrement de confirmation, Wirasse, t. VII, De Sacram. conf., p. 652-568, en remarquant que les toxtes de saint Optat et de saint Augustin, qui laissent sub- sister quelque douto dans sa conclusion, no parlent pas de la collation du Saint- Esprit. Les allusions ou mentions que l'on trouve dans les auteurs relativement à la cérémonie en question, varient un peu sur le rite lui-même, les uns parlant de l'onction, les autres de l'imposition des mains; mais lous s'accordent sur l'effet du rite qui est la collation du Saint-Esprit. % Cyer., Ep. Lxx. — Los lettres do la collection de saint Cyprien qui ont rapport à cette controverse sont les lettres Lxix-Lxx. La première, Ad magnum, est ‘encore on dehors de la question principale. Saint Cyprien y traite le cas partieu- lier des novatiens qu’il assimile aux autres hérétiques, et il expose sa doctrine L'AFRIQUE CRÉTIENNE FT L'ÉGLISE ROMAINE 359
que l'on soulevait en Afrique et de transformer en explications ouvertes la controverse indirecte et sourde qui divisait ses collègues. Il écrivit à Étienne (ep. LXXII) en son nom etau nom de l'assemblée, luitransmit la lettre du concile précédent aux évêques numides el celle qu'il avait lui-même écrite à Quintus. Dans la lettre adressée à Étienne, il cherchait à le convertir à l'usage africain, et à lui démon- trer que celui de Rome était inadmissible. Le concile de Carthage avait pris, en dehors de la question du baplême, une décision relative aux prêtres et dincres tombés dans le schisme et ordonnés dans les sectes; il les condamnait à rester désormais dans la condition laïque. Étienne avait-il montré sur ce point une condescendance particulière que les Africains entrepre- naient de corriger? On n’en sait rien. Dans la suite de l'affaire il n'est plus question que du baptême. Pendant que les délégués du concile se rendaient à Rome, Cyprien, consulté par un évêque appelé Jubaïen sur la valeur de quelques-unes des objections qui venaient d'Italie, saisit l'occasion et répondit à Jubaïen (ep. LXXII) par une longue exposition de sa doctrine. Cette lettre est le morceau théorique le plus important dans cette affaire. A Rome, où les rapports étaient déjà très tendus avec les Africains, les envoyés du concile furent mal reças. Cyprien fut traité de faux christ, de faux prophète, de mauvais ouvrier; les légatsne furent pas admis à voir le pape; on interdit même aux fidèles de les recevoir ‘. Il faut dire d'ailleurs que la lettre dont ils étaient porteurs n'avail en elle-même rien de gracieux. Aux prétentions de Cyprien Étienne répondit par une décision fort grave. Non seulement il ne se laissa pas détourner de son usage et il ne cessa pas de le considérer comme le seul légitime, mais il signifia aux évêques d'Afrique qu'ils eussent às'y conformer; autrement il romprait tout rapport avec eux. La lettre d'Étienne parvint à Carthage au commencement de l'été 236. Cyprien invita tous les évêques à se rendre au concile d'automne, qui devait s'ouvrir le 4**septembre. En attendant, il écri- vit à Pompeius, évêque en Tripolitaine, une lettre (ep. LXXIV) où il parle de la réponse d'Étienne et s'en plaint amèrement. Au jour dit, quatre-vingt-quatre évêques de toutes les provinces africaines! s'as-
1 Ep. Lxxv, 25. — Firmilien répète ici ce que lui a raconté le diacre Rogatianus. On place ordinairement cet incident après le concile du 4+* soptombre Rogatianus n'aurait pas eu le temps do l'apprendre avant son départ pour la Cappadoce, d'où il revint avant l'hiver. Si quelqu'un trouvo extraordinaire que le ait tenu une telle attitude dès avant le concile du {* septembre, je répondrai qu'il était déjà fort indisposé contre Cyprien avant l'ouverture de la controverse baptismale.D'ailleurs, c'est moins la date que l'attitude ello-même quiest étonnante. ©Le procès-verbal est conservé ; c'est lo plus ancien document de ce genre (Cspr. ed. Hartel, p. 135). Les évêques s0 disent réunis ex provincia A/rica, Numi. dia, Mauritania. Autant que l'on peut identifier les sièges, il n°; a que deux évêques mauritaniens : Paulus d'Obba ot Lucius d'Ausafa. 360 REVUE ANGLO-ROMAINE semblèrent à Carthage, sous la présidence de Cyprien. Un vole mo- tivé eut lieu sur la question du baptême. Tous furent d'avis que le baptème des hérétiques est invalide; on ne jugea pas cependant qu'il fallût rompre la communion avec Rome et les églises qui appli- quaient le principe contraire. L'Église d'Afrique prenait ainsi une position de résistance passive. Elle ne niait pas la nécessité de se conformer en malière de doctrine à l'Église souveraine (principalem) dont le pape était le chef et le re- présentant; elle ne contestait pas même l'autorité particulière el su- périeure qui résultait pour le pape du lieu de son siège et de sa qua- lité de successeur de saint Pierre; mais elle croyait que dans l'es- pèce on faisait une mauvaise application de cette autorité, en cher. €hant à imposer à d'autres un usage inadmissible. Comme sanction de ce jugement, elle n'allait pas jusqu'à rompre les rapports avec Rome; en tant que cela dépendait d'elle, elle se contentait de faire une déclaration solennelle de sa décision. Après la manifestation du concile, Étienne, s'il exécutait ses menaces. devait s'abstenir désormais d'envoyer à Carthage ses lettres et ses messagers; peut-être les cleres ou même les fidèles d'Afrique ne se- raient-ils plus admis, s'ils allaient à Rome, à prendre part aux réu- nions liturgiques et aux secours distribués au nom de l'Église. Les églises africaines, au contraire, devaient continuer à faire bon accueil aux Romains de passage en Afrique et même à correspondre avec le clergé de Rome, autant qu’elles pouvaient être tentées de le faire, en sachant que leurs lettres couraient grand risque de n'être pas lues. Cette situation, si elle avait duré, n'aurait pas tardé à paraitre into- lérable. Le jour du concile, on n’en mesurait peut-être pas encore très bien les inconvénients. Quoi qu'il en soit, pour donner plus d'éclat à la manifestation que l'on venait de faire, et pour s’encourager à la ré- sistance par l'exemple et l'influence d'autrui, on chercha aussitôt à nouer des relations avec les Églises d'Asie Mineure et d'Orient qui observaient les mêmes coutumes et se trouvaient engagées dans la même controverse avec le pape ‘. Un diacre, Rogatianus, fit voile pour la côte de Cilicie, où l'évêque de Tarse, Hélénus, dut lui faire bon accueil et Ini faciliter le passage en Cappadoce. Firmilien, évêque de Césarée, non moins recommandable que Cyprien par ses vertus, sa science, son zèle et les services qu'il rendit à l'Église, professait dans la question, d'accord avec ses collègues de l'Asie Mineure
1 Faux. Crea. ep. Lxxv, 25: (Stephanum) cum ot episcopis per totum man- äum dissonsisse, pacem cum singulis vario discordiæ genere rumpentem, modo cum Orientalibus, quod nec vos latere confidimus, modo vobiscum qui in meridie estis... Les mots soulignés porteraient à croire que la rupture avec les Orientaux se fit à propos d'autre chose. Mais saint Denys d'Alexandrie (Eus. VII, 5) assure qu'il s'agissait bien du baptéme. L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 361
orientale, exactement les mêmes principes que saint Cyprien. La lettre qu'il remit à Rogatianus! et que celui-ci s'empressa de porter à Carthage, est conçue en termes fort durs pour lc pape, sans cepen- dant que son autorité soit plus contestée que dans les documents africains. L'hiver se passa ainsi; le blocus entre Rome et les Églises d'Afrique el d'Orient n'était pas seulement un blocus spirituel; les tempêtes de l'hiver interceptaient les communications maritimes. Le printemps arriva, la fête de Pâques fut célébrée, sans que rien, à notre connais- sance, ait modifié cette triste situation. Elle se dénoua par la mort d'Étienne, arrivée le 2 août de cette même année 257. Ses successeurs, tout en maintenant l'usage de leur Église sur le point controversé, et en s’efforçant de le faire pré- valoir daas la mesure du possible, ne crurent pas devoir observer la même altitude que lui à l'égard des dissidents. Saint Denys d'Alexan- drie, l'Irénée de ce nouveau Victor, avait adopté la même règle qu'Étienne; mais il n'était nullement disposé à le suivre dans la voie de la rigueur, et à observer l'excommunication prononcée contre la moitié de l'Église pour une divergence de cette nature. Il avait déjà écriten ce sens à Étienne lui-même ? et à deux savants prêtres de Rome, Denys et Philémon qui, naturellement, étaient du même avis que leur évêque. Après la mort d'Étienne, les opinions du presby- terium romain se modifièrent. Le nouveau pape Xystus Il et ses col- lègues le laissèrent voir assez clairement : Denys d'Alexandrie,enleur écrivant, ne se croit pas obligé de déguiser ses sentiments sur la gravité de la démarche du pape défunt, sur la nécessité de maintenir la paix et de respecter les décisions d'assemblées conciliaires nom- breuses et imposantes 5. Ce langage contribua beaucoup à affermir l'union déjà rétablie par le seul fait du changement de pape; Xystus et Cyprien renouèrent les relations un instant interrompues entre Rome et l'Afrique 4. La correspondance futreprise aussi avec Césarée de Cappadoce. Le successeur de Xystus, saint Denys de Rome, l'an- cien auxiliaire d'Étienne, vint au secours de cette Église affligée par l'invasion des Perses; avec l'aumône de la charité romaine 5 il lui
1 Crpn. ep. Lxxv; elle a 6té traduite par saint Cyprien lui-même. ? Eus. VII,2et 5, $4, 2. 5 us. VII, 3.9. « Poxnius, Vie de sain£ Cyprien, c. x1v : Jam de Xysto bono et pacifico sacerdote ac proplerea beatissimo martyre ab Urbe nuntius venerat (ef. Cypi 2p.a0), Ces paroles équivalent, me semble-t-il, à une négation du martyre d'El ne, É st clair qu'il n'en faut rien conclure contre sa inteté personnelle; les Afri et les Orientaux sont, sur ce point, de mauvais gos. © Bas. M., Gp. LXx « Nous savons, écrit saint Basile au pape Damas, nous «savons par le souvenir que nos pères en ont gardé, et aussi par les lettres qui
sont encore conservées ici, que Denys, ce bienheureux évêque, illustre tant par «la rectitude de sa foi que par ses autres vertus, vint jadis au secours de notre ss id |
362 REVUE ANGLO-ROMAINE envoya des paroles de paix. Heureux lemps, où la charité était s vive et les ressentiments si courts! L'union ne se rétablit pas aux dépens de l'usage de saint Cyprien et de saint Firmilien; saint Basile, au 1v° siècle, appliquait la même discipline que son célèbre prédécesseur. Elle élait encore en vigueur dans les Églises africaines au temps du concile d'Arles (314).
Abbé DUCHESNE.
« Église de Césarée, qu'il la consola par ses lettres, et lui envoya des personne | « chargées de racheter nos frères de In captivité. » — C'est un nouvel épisode dans | l'histoire de la charité cuménique de l’Eglise romaine. Sous Etienne lui-même, la Syrie et l'Arabie avaient éprouré ses bienfaits, (Dexrs 1'Auax,, dans Eus., VIL 5)
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CHRONIQUE
A Rome. — Le Tablet, dans son dernier numéro, après avoir annoncé la clôture des séances de la commission, d'enquête sur les vrdinations anglicanes, ajoute la note suivante :
« Cette commission se composait de quatre représentants des rvendications anglicanes, l'abbé Duchesne, le P. de Angustinis, Mgr Gasparri, professeur de droit canon, et le P. Scannell, — et de quatre représentants de l'opinion contraire, le chanoine Moyes, le P. Gasquet O. S. B., le P. David et le P. Joseph de Llevarenas capucin, Le Cardinal Mazella a présidé toutes les réunions. Des vbjections et des aflirmations ont été faites de part et d'autre et suigneusement examinéeon s; va maintenant procéder à la rédaction de l'ensemble des détails, et le rapport sera envoyé à la Sacrée Con- grégation du Saint-Office dont le Pape est lui-même le Préfet et le Président. La commission n'a eu d'autre charge que d'étudier à fond toute l'affaire; elle n'a pas voix quant à la décision qui scra prise. Le Sint-Office va examiner maintenant la question en procédant d'après sa méthode ordinaire et présentera dans la suite le résultat de ses travaux au Saint-Père. Le Rév. M. Puller et le Rév. M. Lacey vnt séjourné à Rome. Bien qu'ils n'y aient pas été appelés par le Saint-Siège, et qu'ils n'aient en aucune manière fait partie de la commission, ils ont eu toutes les occasions possibles de commu- niquer avec l'abbé Duchesne et ses amis, de telle sorte que justice aura été rendue aux arguments nouveaux qu'ils auront pu avoir à présenter, et cela par les savants catholiques, historiens, canonistes où théologiens, qui représentaient le côté anglican de la question. Quant à l'époque où une décision pourra être rendue, c'est ce que personne ne peut dire. »
Les Sulpiciens en Amérique. — M. Captier, supérieur géné- ral de Saint-Sulpice, s’est embarqué au Havre, le 2 mai, à destination de New-York, où sa compagnie va prendre la direction du nouveau séminaire, M. Caplier sera plusieurs mois en Amérique pour y visiter les établissements du même genre qui sont confiés aux Sulpiciens à Baltimore, à Boston, à Washington, et à Montréal du Canada. Il est question de confier aussi, dans un avenir prochain, le séminaire de San Francisco (Californie), à ces docles et pieux éducateurs du clergé.
Le Congrès catholique de Milan. — Les catholiques de Lom- bardie viennent de tenir à Milan un Congrès catholique régional. 364 REVUE ANGLO-ROMAINE
Voici les principales résolutions qui ont été adoptées par ce Con- grès :
« L. Les catholiques doivent se proposer de faire sentir dans la vie politique, administrative et scientifique du pays l'influence de la doc- rine catholique. « IL. Is ne doivent jamais s'abstenir d'exercer cette influence dans le mouvement électoral en pourvoyant à l'éducation et à l'orga- nisalion des électeurs. « II. Les catholiques ne doivent pas interpréter le programme de l'abstention en ne participant pas à la vie politique. Au contraire, ils doivent considérer justement l'abstention comme un acte positif de la vie politique en relation avec toutes les autres manifestations. « IV. Les catholiques doivent toujours s'affirmer, même dans le champ social, en y portant celte direction pratique et théorique qui répond aux doctrines du Pape, aux plus récents résultats de l'école catholique. Cetle direction préconise la transformation des organi- sations politiques dans le sens franchement démocratique et une meilleure application de la justice dans les rapports économiques. « V. Les catholiques doivent toujours garder neltement leur position de parti, sans négliger pour cela l'étude d'accords éventuels avec les autres partis qui donnent à espérer, en des occasions déterminées, de bons résultats pour l'action catholique. La tâche actuelle des asso- ciations catholiques est principalement celle de former des hommes honnêtes et fermes dans leurs idées ainsi qu'habiles dans l'adminis- ration des affaires publiques. »
La cause de la sœur Labouré. — On s'occupe de préparer l'introduction en cour de Rome de la cause de béatification de la sœur Catherine Labouré. Mercredi de la semaine dernière, chezles Lazaristes de la rue de Sèvres, à Paris, a été tenue la première session du procès dit de l'Ordinaire. C'est le premier acte de la procédure canonique suivie en pareil cas. Zoé Labouré, en religion sœur Catherine, est la pieuse novice qui fut favorisée de la révélation de la Médaille miraculeuse, en 1830, dans la chapelle de la rue du Bac, à la Maison Mère des Filles de la Charité, à Paris.
Les missions étrangères. — La Société des missions étran- ères publie le compte rendu de ses travaux pour la dernière année. Malgré la guerre, la famine, le choléra el la peste qui ont désolé cerlains vicariats; malgré la persécution qui a couvert de ruines les deux belles missions du Su-tchuen occidental et du Su-tchuen méri- dional, elle peut enregistrer : 31,043 baptêmes d'adultes, 381 conversions d'hérétiques, 169,971 baptêmes d'enfants de païens. La Société compte un martyr de plus. Le 40 février 4895, M. Jules Verdier, missionnaire apostolique du Tonkin occidental, tombaità Yen-kluong (Laos), victime de la haine des païens, trahi par un Judas, comme le divin Maître,
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GURONIQUE 365 Elle a perdu : Mgr Cordier, vicaire apostolique du Cambodge, mort après quarante ans d'aposlolat, et 19 autres missionnaires. « Grâce à Dieu, dit le rapport, le nombre des vocations semble augmenter avec les besoins de nos 28 missions. Aujourd'hui, 31 dé- cembre, nonobstant le départ de 61 jeunes prêtres qui ont quitlé Paris dans le courant de l'année, notre communauté se compose de 278 aspirants, dont 442 à Paris et 130 à Bièvres. »
Découverte de textes importants relatifs à l'histoire de Jérusalem. — La communication de M.le comte Couret au Con- . grès de Sociétés savantes éclaire un point spécial et très mal connu de l'histoire de Jérusalem : la ruine de la ville sainte par les Perses de Chosroës II, en 644. Cet épouvantable événement, qui désola toute l chrétienté, ne nous était connu que par quelques mots brefs et na- vrés des chroniqueurs byzanlins. Aujourd’hui, tous les détails du sinistre nous sont connus, grâce aux deux lexles inédits produits par M. le comte Couret. Le premier est l'Elégie du grand patriarche saint Sophronius de Jérusa- lem déplorant la ruine de Jérusalem par les Perses. On connaissait l'exis- lence de cette élégie, on en possédait même le premier vers, mais loul le reste manquait. Cette lacune est désormais comblée par la découverte de M. le comte Couret, et nous possédons enfin le texte intégral (moins huit vers) de l'élégie du patriarche saint Sophronius, élégie remplie de délails très précieux et inconnus sur la prise de Jérusalem en 614. Le second texte mis en lumière par M. le comte Couret est, sinon encore plus remarquable, du moins bien plus complet que l’élégie, forcément très brève, du patriarche saint Sophronius. C’est le récit du même événement : la ruine de Jérusalem par les Perses, en 644, écrit au vu‘ siècle, au lendemain même de la catastrophe, par un moine du couvent de Saint-Sabas. Ce document, rédigé en vieil arabe, comprend 42 pages de texte et donne les renseignements les plus complets sur le siège et la prise de Jérusalem, les ravages des envahisseurs et le nombre des victimes. Ces deux textes, véritablement de premier ordre, seront prochai- nement publiés intégralement dans les Mémoires de l'Académie de Sainte-Croix d'Orléans. Tous les amis de la Terre Sainte doivent des remerciments à M. le comte Couret pour cette double et éminente découverte ; nous y joignons nos amicales félicitations.
Une nouvelle Église à Carthage. — Les Sœurs Francis- caines missionnaires de Marie, aidées des aumônes des pieux chré- liens de Tunis, ont construit à Carthage une église dédiée aux larmes de sainte Monique. Elle s'élève à l'endroit où la tradition et de récents travaux archéologiques nous montrent l'auguste mère de saint Augustin pleurant sur le départ de son fils après une nuit de prières dans un oraloire voisin placé sous le vocable de Saint- Cyprien. Les lignes architecturales de l'édifice sont du grand style roman, celui qui s'harmonise le mieux avec les teintes brillantes du | 366 REVUE ANGLO-ROMAINE ! ciel d'Afrique. Mgr l'archevèque de Carthage, dont les Jargesses sl les encouragements de tout genre ont été le facteur principal de celle belle œuvre, a voulu lui donner la consécration religieuse le 4 mai, fête de sainte Monique. À sept heures, Sa Grandeur arrivait accom- pagnée de Mgr Pavy, vicaire général du diocèse, el de M. l'Archi- prêtre-Curé de Sainte-Croix de Tunis. Les assistants du Pontife furent pendant l'office le R. P. Bazin, provincial des Pères Blancs, ete R. P, Delattre, archiprêtre de la cathédrale de Carthage. Dans le sanc- tuaire, l'aumônier de l'escadre de la Méditerranée, l'aumônier mili- taire de Tunis, les curés de la Goulette et de la Marsa, les professeurs du Grand et du Pelit Séminaire, formaient au primat d'Afrique une vraie couronne d'honneur. L'élite des familles tunisiennes se pressait dans la nef. Au cours de la cérémonie, Mgr l'archevêque a prononcé une lou- chante allocution. La cérémonie s'est terminée par la bénédiction apostolique.
R. P. Dummermuth: Exposé d'un
Erratum. — Dans l'article du texte attribué à Albert le Grand, publié dans notre dernier numéro, quelques erreurs typographiques se sont glissées qu'il imporle de rectifier :
Page 307, ligne 9. Voici le texte imprimé: « Cependant la vertu de k passion du Christ n'est pas appliquée dans toute sa plénitude, etc. » H faut lire: « Cependant la vertu de là passion du Christ n'est pas appliquét de la même manière par tous les sacrements. Par le bapléme elle est appliquée dans toute sa plénitude, etc. » Les mots soulignés ont été omis. Page 302, 3° ligne en bas, on a imprimé : Ser V, XVII et XVIII. 1 faut lire: Lev. V, 47 et 48, c’est-à-dire chapitre V, 17 et 48 du Lévitique. Page 303, ligne 44. L'impression porte: Et tetigit os meum, uf dixit.— I faut lire: EL tetigit os meum et dixi Page 308, ligne 44. Le texte imprimé dit: « c’ést parce que la vertu du sacrifice de la croix est appliquée totalement dans la rémissin du péclé originel, etc. » Il faut lire: « c'est parce que la vertu du sacrifice de l croix est appliquée totalement par Le sacrement du baptéme dans la rémis- sion du péché originel, ete. » Les mots soulignés ont été omis. LIVRES ET REVUES
REVUE DU CLERGÉ FRANÇAIS.
Nos lecteurs n'ont pas oublié l'intéressante conférence sur la réu- nion faite par M. l'abbé Klein à l'Institut catholique de Paris dont nous avons donné naguère le compterendu. Sous le titre Anglicans ot Romains, cette conférence vient d'être publiée dans la Revue du Clergé français du 4° mai ; nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur en faire conhaître le passage suivant. À mesure que de part ot d'autre on se connait mieux, on s'estime, on s'aime davantage; l'hostilité s’affaiblissant, la réunion devient à la fois plus désirée et moins impossible. Mais sous quelle forme s'accomplira-t-ell sous quelle forme doit-on ln poursuivre, voilà sans aucun doute, des diverses questions que nous avons soulevées, la plus importante et la plus pratique. Faut-il chercher l'union collective? faut-il chercher les conver- sions individuelles ? Telle est l'alternative; tels sont les deux plans de cam- pagne qui ont chacun leurs partisans et que, pour mon humble part, J'adopte aussi bien l'un que l'autre. 11 faut d'abord s'entendre lorsqu'on parle d'union collective. Les plus optimistes eux-mêmes n'ont jamais espéré de voir tous les protestants anglais revenir ensemble à l'Église romaine. L'union en corps ne pourrait se faire que là où il y a réellement un corps constitué, là où il reste des évéques étun clergé organisé. c'est-à-dire dans l'Église établie ou épisco= palienne, dans la Church of England. Mais cette Église elle-même com- prend deux parties bien distinctes, la High Church ou Ilaute glise, qui, ävant conservé beaucoup de coutumes catholiques, en reprend claque jour davantage, et l'Église Dasse ou Low Church, qui est plus imprégnée de protestantisme et qui n'éprouve pour nous que de l'antipathie. Dans la High Church seule on rencontre des esprits favorables à l'union. at-il lieu d'espérer que, grâceà la Higk Church, une entente se fera quelque jour entre l'Eglise "établie et l'Église romaine? telle est donc la question exacte qui devrait se poser lorsqu'on parle d'union collective. A cette question les uns répondent non, les autres répondent oui. Ceux qui répondent oui, vous les connaissez. C'est, en Angleterre et du côté anglican, lord Halifax avec ses amis; en France, M. l'abbé Portal. L'un et l'autre ont su habilement travailler l'opinion des deux côtés de la Manche; et c'est grâce à leur zèle, grâce à leur énergie, que ln ques- tion a fini par s'imposer, par être prise au sérieux, par grouper un cer- tain nombre de bonnes volontés. La Revue anglo-romaine, fondéo par eux- émes, donnent l'idée très exacte de ce qu'ils se proposent. Ils ont tout d'abord voulu mettre en rapport les catholiques et lesangli- glicans, les présenter en quelque sorte les uns aux autres et les faire entrer ea conversation, attendant le reste de la bonne foi des hommes et de la grâce de Dieu. Ils ont soulevé comme point de départ la question des ordres anglicans, qui a été traitée avec tant de compétence par les profes- seurs mêmes de cet Institut, MM. Duchesne, Gasparri et Boudinhont. Une
1 Suivant nous, ainsi que nous l'avons indiqué, les ordinetions anglicanes seraient en même temps valides au point de vue historique et irrémédia- blement douteuses au point de vue théologique (cette incertitude, pour les imes qui sen rendont compte, doit avoir quelque chose d'intolérable, et il n'ya pas d'autre moyen d'en sortir que la conversion). Aujourd'hui, lorsqu'un ministre LD
368 REVUE ANGLO-ROMAINE fois la controverse amicalement engagée là-dessus entre anglicans et catho- liques, lord Halifax et M. Portal espèrent qu'on en viendra aussi à traiter les autres sujets de désaccord, (comme est en premier lieu l'autorité du Pape) à expliquer avec bienveillance, à dissiper les préjugés et finalement à établir l'entente, Tel n'est pas le sentiment des catholiques anglais; et, sans rappeler| diverses occasions où ils se sont exprimés là-dessus avec une nelteté des plus fermes, je croirai vous avoir fait connaître assez leur manière de voir si je vous cite une déclaration toute récente du cardinal Vaughan. arch vêque de Westminster. Le 19 janvier de cette année même, il écrivaitau P. Ragey, l'auteur de la Crise religieuse en Angleierre, une lettre destinéeà servir de préface à cet excellent ouvrage, et dans laquelle il disait textuel. lement : « Je n'ai aucune confiance dans la prédiction d'une conversion en muse. Ce n'est pas de cette manière que se convertit un peuple comme le peuyle anglais. Un convertia besoin de beaucoup d'instruction avant que sa con version soit profonde; une conversion en masse pourrait facilement finir par une confusion en masse, Mais la conversion des âmes par unités sxactement comme elles entrent dans le monde et en sortent pour se pri- senter au jugement par unités — tel est le résultat que j'attends de k prière et de la dévotion à Notre-Dame. « Une conversion en masse-pourrait facilement finir par une confusion en masse. » Le jugement est net, et il fut bien reconnaitre qu'il estadopté par tous les catholiques anglais, soit qu'ils connaissent mieux que nou difficultés de la situation, soit que le souvenir du passé les incline à moins d'optimisme. Entre ceux qui espèrent l'union collective et ceux qui la croient impos- sible, j'avoue qu'il est difficile de prendre parti. Mes désirs vont d'un côté, ma raison penche de l'autre ; évitez-moi la peine de me prononcer ou contre ma tête ou contre mon cœur. Une chose cn tout cas certaine, c'est qu'on ne perd pas s0n temps lorsqu'on poursuit l'union collective, On ne peut attendre qu'un grand bien des relations qui se créent à ce propos, des lettres, des visites, des discussions courtoises qui sont échangées, des conférences enfin que l'on projette, parait-il, de convoquer entre membres des deux Églises. Tout cela favorise les bons rapports, dissipe les préjugés, fait maitre et entretient l'estime, l'affection, le désir de l'accord Anal, et vous savez qu'on est toujours plus près de ‘s'entendre lorsqu'on est parvenu à ‘aimer un peu. Mais, que l'on fonde plus ou moins d'espoir sur l'union collective à ve- nir,ilestune œuvre présente qui ne doit pas y être subordonnée, une œuvre qui passe avant lout le reste et qu'il ne faut à aucun prix sacrifier: ‘est le travail immédiatement utile des conversions individuelles. Je ne sais lequel se tromperait plus lourdement, du catholique (et grâce à Dieu. je n'en connais pas de tel) qui refuserait d'aider aux conversions particu- res sous prétexte de ne pas nuire au projet de réunion globale; ou bien del'anglicn qui, suffisamment éclairé de la grâce pour reconnaitre le bon droit de l'Église romaine, attendrait pour s'adjoindre à nous l'heure hypothétique de la conversion en masse. Or, il se trouve malheureusement un certain nombre d'èmes, tant en Angleterre qu'aux États-Unis, pour se nourrir d'une telle illusion, Que ne pouvons-nous d'ici les éclairer sur leur subtile et dangereuse erreur! Que ne pouvons-nous leur faire entendre we l'union collective est nécessairement lointaine et qu'ils sont avant tout, devant Dieu, responsables personnellement et pour leur âme en particu- lier! — F, KLEIN
anglican se fait prêtre catholique, il est réordonné simplement et absolument; nous croyons que l'Église pourrait le réordonner sub conditione ; cette concession, an delà de laquelle il paraît impossible d'aller, serait peut être aussi habile que juste. La question est, du reste, examinée à Rome; mais il n’est pas certain qu'une solu- tion se produise. DOCUMENTS
SANCTISSIMI DOMINI NOSTRI
LEONIS
DIVINA PROVIDENTIA
PAPÆ XII
EPISTOLA AD. EPISCOPOS HUNGARIÆ
DILECTIS FILS NOSTRIS
S. R. E. PRESBYTERIS CARDINALIBVS
CLAVDIO VASZARY ARCILEPISCOPO STRIGONIENSE
LAVRENSIO SCULAVOI
EPISCOPO MAGNO-VARADINENSI LAT. RIT.
CETÉRISQUE VENERABILIBYS FRATRIBYS
HYNGARLE EPISCOPIS
LEO PP. XIII
DILECTI FILI NOSTRI ET VENERABILES FRATRES
SALVTEM ET APOSTOLICAM BENEDICTIONEM
Insignes Deo æterno grales totà Hungarià singularibus cum læti- tiis agendasiure vos optimo decrevistis. Deo quippe, stalori provi= dentissimo et conservalori regnorum, si qua unquam natio, vestra maxime referre debet vim magnam benefciorum, non pauca jam swæcula difcilesque per casus, acceptam : quibus recolendis cele- brandisque beneficiis peraptum obvenit tempus, patriæ vestræ nalali felicissime redeunte. In eo namique eslis ut annum numerelis mille- smum ex quo maiores illi domicilia sedesque suasistisin regionibus collocaverunt, atque res cœpit Hungarica. — Consliluta sollemnia bil dubitamus quin dignum plane exilum honeslissimæque fecun- dum utilitatis sint habitura. Neque enim esse ullus potes! sincera caritate civis, quem non decora tangant communis palriæ, el cui non acres admoveal imitandi stimulos avila rerum gestarum gloria publice revocata. Ad hæc accessio nobilis fiet ex consentiente suffra- io excultarum quotquot sunt gentium, quæ gaudia vestra amice <onsociantes, regnum certe gratulabuntur aptis legibus institutisque REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, I — 24 370 REVUE ANGLO-ROMAINE
conditum, civili prudentia et virtute bellica conservatum, mults egregie faclis in hanc provectum diuturnitatem et amplitudinem. — Nobismetipsis am iucunda accidit faustitas vestra quam quæ jueun- dissima, nec quidquam oplatius est quam vobiscum, Venerabiles Fratres, præsentes in populo vestro mente animoque versari. Facil hoc præcipue tum Nostra erga Hungeriam catholicam peculiaris propensio et cura, lum vero ipsius in hanc Apostolicam Sedem atque in Nos plane studiosa voluntas, crebris significationibus declarala. Inter cetera, postremis hisce annis frequentes Hungaros Roma vidil, vobis rite ducentibus, ad sepulcra Apostoiorum Principum venera- bundos ; vidimus Nos coram effusos, quum testimonia fidei, obsequii. amoris, communi popularium nomine, exhiberent pulcherrima. Nec defuit eis benevolentia Nostra et opportunæexhortationis alloquium, ut animos in officiis sanctæ professionis confirmaremus: quamquam id consulto uberiusque præstilimus nalioni universæ lilteris ad vos semel atque iterum datis, Nunc autem, quandoquidem cemmemi- nisse iuvat qua verecundia et gralia clerus bonique omnes illa paterni animi argumenta acceperint, rursus ad vos, interpres carilatis Nostræ, hæc epistola adveniat; quæ, favente Deo, sæcularis celebri- tatis et lætitiam augeat et fruclus multiplicet. In tota rerum serie quarum apud vos commemoralio cultu magni- fico apparatur, religionis catholicæ ea omnino elucel atque eminet virus, quæ optima est incolumitatis publicæ conciliatrix honorum- que omne genus parens vel fautrix in populis. Sane, quod pruden- tiores vestrorum scriptores aiunt, occupalas islic regiones nalio Hungarorum nec diu nec prospere lenuisset nisi eam doctrina el gratia evangelica, iugo superstilionis exemplam, monendo ac mii- gando, ad illa adduxiset, jura gentium vereri, lædere neminem, clementiam induere, colere studia pacis, principibus tamquam Deo subesse, fraternitatem domi forisque exercere. — Admirabili modo, in Geuza duce et in primoribus gentis catholicæ fidei apud vos con- secrata sunt initia ; agente in primis sanclo episcopo ADALBERTO, viro apostolicis laboribus et martyrii denique laurea clarissimo. Que quidem inilia tanto præstantiora extiterunt, quanto el tempora et loca periculosius patebant funesto cum Ecclesia romana dissidio ab orientalibus erumpenti. Cœæpta patris institit perfecitque Srspranvs, chrislianus princeps spectatissimi exempli, divinæ in vos benigni- tatis consiliis magno animi et operæ ardore obsecutus. Qui merito gentis vestræ firmamentum præcipuum ac lumen ideo salutatur, quod eam, religionis veræ beneficio, non modo ad sempilernæ adeptionen salutis, summum bonorum omnium, instruxit, sed ceteris eliam expetendarum rerum præsidiis auxit et nobilitavit. Eo ipso principe, qui pietate excelsa sceptrum suum augustæ Dei Mari et bealissimo Petro oblatum dedicatumque voluit, inita est inter romanos Ponti- | nil
EPISTOLA LEONIS PP. XIIL AD EPISCOPOS IUNGARLE 371
fices el reges populumque Hungariæ illa studiorum officiorumque icissitudo, quæ à Nobis alias est collaudata. Eiusdem coniunctionis sacratum quasi vinculum ad perpeluitatem fuit corona regia, Christi Servatoris eL Apostolorum iconibus distincla, quam Stephano Sil- vester II decessor Noster dono misit, quum regium ei attribuit nomen, quod apud vos Christi fidem longe lateque diffuderit ‘. Illud autem est commemoratu dignum, quod simul Hungarorum compro- bat in obsequio Petri constanliam, ut scilicet eadem corona varias gravesque temporum procellas salva pertulerit, pristino fulgens honore,perinde semper habita religioseque eustodita Llamquam regni decus maximum el præsidium. Eiusmodi auspiciis factum est, ut crescens opibus Hungaria eas- dem ingressa sit vias quibus populi incedebant christianæ Europæ adolescentis, et proprium generis ingenium, validum erectumque, eo felicius ad omnem virtutis humanitatisque appulerit laudem. Inde, præter commoda et ornamenta cetera, haud exiguus provenit homi- num numerus, qui sanctilate vitæ, doctrina, lilteris, artibus, gestis muneribus, semetipsos el patriam verissime illustrarunt. — Atque re sane oplimam üi moliuntur, qui, ut allatum est, lalium religionis promeritorum seleclam copiam, monumentis ex oblivione et silentio eductis, in lucem per sollemnia ipsa proferendam oculisque expo nendam curant. Porro monumenta litlerarum, quum vestra, tum ca quibus apostolica Nostra tabularia abundant, summa consensione illud testantnr quod permagni interest, præsertim hoc tempore, reputare. Videlicet quales fuerint apud maiores vestros Ecclesiæ parles in iure publico sive constituendo sive administrando : eius certe sapientia, disciplina, æquilas, cunclis ordinibus libentissimis, usquequaque influxit. — Civilis præterea libertalis, pro qu populus vester nunquam destitit propugnare, Pontifices romani tutores vindi- vesque se, quodeumque illa in periculum ac discrimen vocata est, vel rogati vel ultro præbuerunt. Id sæpius olim accidit; tunc in pri- mis quum impelus acerrimorum fidei sanctæ hostium oportuit refu- tari. Qua in parte nemo quidem unus non consenserit, clades teter- rimas, quæ simul plerisque ex occidente populis imminebant, Hun- #arorum constantià inviclà esse depulsas; nulli lamen obscurum est, ad eam eventuum felicitatem decessores Nostros contulisse multum, suppedilata pecunia, missis auxiliis, conciliatis fæderibus, præsidio cælesti exorato. Id potissimum præstitit Innocentius XI; cuius peren- nat nomen, ab utroque clarum insigni facto, liberatà nempe cireum- sedentibus infeste armis Vindobona, et Buda, urbe primaria vestra, post diutinam oppressionem magnifice vindicata. — llem Grego- rio XIII immortale in gentem vestram stat meritum. Quum enim et istic, ob studia novarum rerum ex finitimis infusa populis, religio
4 Clemens XII, P. M. in alloc. Si qui militari, die 1 oct. MDCCLVIIL. REVUE ANGLO-ROMAINE
er laboraret, saluberrimum ille consilium, quod iam aliis pro
nationibus sapienter liberaliterque perfecerat, idem pro Hungaria, lamquam énsigni et amplo christiani orbis membro, suscepit. Scilicet col- legium vobis in Urbe condidit, quod deinde Germanico adiungendum censuit, in quo delecti alumni ad doctrinas virtutesque sacerdotio dignas exquisitius institut, operam ecclesiis vestris fructuosiorem aliquando navarent : id quod non intermissa ubertate evenit, mullis eliam eductis qui episcopalem gradum magna laude parique Eccle- siæ et civitatis decore tenuerunt. Isthæe Nos similiaque benefcia quæ continuà Ecclesiæ gratià sunl in genus vestrum profecla, libentes agnovimus non tam esse patris consignata fastis, quam in animis civium alle manere insculpta. Ins- tar omnium locuples testis est, inde a sæculo quinto decimo, loannes ille Hunyades, cuius consilium et fortitudinem nunquam Hungaria non efferet memor : is igilur grate disertèque afMrmavit : crc patria, nisi stelisset fide, opibus, reor, non fuisset statura : eodemque regni mo- deratore, ordines euneti, communi ad Nicolaum V epistola, professi sunt : Uteumque sumus, Apostolica maxime gratia enutriti consistimus. Quibus testificationibus lantum abest ut consecutæ ætates quidquam ademerint ponderis, ut non minimum polius addidisse, beneñoii auctis, videantur, — Emergitque in Hungaris, quemadmodum id semper magno opere enisi.sint, præcipuæque sibi duxerint gloriæ, ut regnum suum Apostolicæ Sedi, lamquam peculiare et deditissimun, quam maxime obstrictum tenerent. Huic rei complura quidem ex actis publicis suffragantur; vel lilteræ a regibus et optimatibus al Pontifices romanos summa eum pielate perscriple, vel exempla magnanimæ strenuæque virtulis, quæ, anle etiam quam contra ir- ruentes Mahometanorum copias contenderet, suppetias venit Eccle- siæ, ad iura eius tutanda ulciscendasve perduellium iniurias. At, ne fusius ea persequamur, satis loquuntur quæ mullis modis interces- sere officia regi Ludovico Magno cum Innocentio VI el Urbano Y, plena fidei et observantiæ, plena benevolentiæ et laudis. Eaque sunt commemorabilia quæ Mathias rex Paulo Il rescripsit, adhortant ul nomini catholico, ab Hussitis in Bohemia afflicto, ope valida subve- niret : Æo me, inquit, sanckæ romanæ Ecclesiæ el Vestræ Beatitudini, una cum rene meo lotum dedicavi. Nihil mihi tam arduum, nihil adm perieulosum Dei in terris Vicarius, immo Deus ipse iubere potes!, quod sus- cipere non pium et salutare eristimem, quod non intrepidus aggrediar, pre- sertim ubi de solidanda fide catholica ot de contundenda per fidia impiorun agitur.... Quibuscumque religionis hostibus vccurrere opus est, ecce Mat- thias simul et Hungaria.... Apostolicæ Sudi et Vestræ Beatitudini devoti ma- nent, ælernumque manebunt. Nee vero vel regis dictis vel Pontificis expectationi res defuit; manetque posterilati gravissimum documen- tum. — Huc præterea specant, lamquam fidelis admodum voluntatis
UNIVERSITY OF MICHIGAN
EPISTOLA LEONIS PP, XIII AD EPISCOPOS HUNGARLE 373
premia, eæ commendationes non paucæ nec mediocres, quibus ab hac Sede Apostolica dignatum est genus vestrum; singulares ilem honores ac privilegia, quæ vestris regibus ab ipsa sunt impertita. Libet autem Nobis, præsentemque celebritatem omnino addecet, illustriorem quamdam paginam excitare ex amplo diplomate, quo Clemens XIII Mariæ Theresiæ, reginæ Hungariæ, eique in eodem regno successuris aypellationem Regis Apostolici, privilegio vel consue- tudine induclam, pro potestate confirmavit. Hoc igitur Pontificis præconio, ut iam patres atque avi, nepotes ipsi fruantur : « ... Flo- « rentissimum Hungariæ regnum, ad christianæ ditionis et gloriæ « terminos proferendos, vel propter bellicosissimæ gentis fortitudi- «nem omnium aptissimum, vel propter locorum naturam opportu- « nissimum adhuc quidem semper habitum est et fuit. Neque vero « quisquam ignorat quam mula et quam egregia facinora pro tuenda « propagandaque lesu Christi religione gessit nobilissima Hungaro- «rum gens; quam sæpe manus conseruit cum teterrimis hoslibus, « jisdemque ad communem christianæ reipublicæ perniciem erum- « pentibus suo veluti corpore aditum interclusit, maximasque de «illis victorias reportavit. Celebrantur ea quidem fama, clarissi- « misque prodita sunt monumentis litterarum. At silentio nullo mo- « do præterire possumus Stephanum illum sanctissimum fortissi- « mumque Hüungariæ principem, cuius memoriam cælestibus hono- ribus consecratam atque in Sanctorum numero collocatam rite veneramur. Eius autem virtutis, sanctitatis, forlitudinis vestigia extant istis in locis ad laudem Hungarici nominis sempiternam. Neque eius pulcherrima exempla virtutum reliqui in regno succes- sores non sunt perpeluis temporibus imitati. Quamobrem nemini mirum videri debet, si romani Pontificis Hungaricam nationem eiusdemque principes el reges, ob maxima et egregia illorum erga sañnane
catholicam fidem et romanam Sedem merita, amplissimis semper
laudibus ac privilegiis condecoraverint. Quale est illud in primis
sane honorificum, quod ante reges, quando prodeunt in publicum,
tamqusm splendidissimum Aposlolatus insigne, Crux præferatur,
idque ut ostendatur Hungaricam nationem atque eius reges glo-
riari unice in Cruce D. N. lesu Christi; alque in eo signo pro catho-
« lica fide et dimicare semper et vincere consuevisse‘. » lamvero, quamquam tam præclaris hominum ac rerum recordalio- nibus sollemnia commendri vestra magnisquelatitiæ significationi- bus exornari perpulchrum est, res tamen ipsa suadet ut aliquid spec- 4etur amplius, quod fluxum non sit idemque communi bono solida afferat incrementa. Caput est, ut se respiciat Hungaria : et conscien- tia nobilitatis religiosissimorum patrum impulsa, nec ignara tem- porum, ad proposila digna nilatur. Vos nimirum, cuiuscumque ordi- ! Epist. Quum mulla alia, die xx aug. an. Mccuvit. 374 REVUE ANGLO-ROMAINE
nis estis, appelal cohortatio Apostoli: Slate in fide, virililer agile el
confortamini* : eique concinat sane oportel una mens omnium el vox
Teneamus spei nostræ confessionem indeclinabilem
?; Non inferamus ri.
men gloriæ nostre?. — Sxculi cursum universe contuentibus dolen-
dum certe, Venerabiles Fratres, homines passim esse, eosque in sinu
Ecclesiæ nutritos, qui religionem catholicam neque opinione neque
aclione viæ proinde colant ac digna est, paremve propemodum f-
ciant cuilibet religionis formæ, alque eliam suspectam invisamque
habeant. Vix autem atinet dicere quale illud sit, præstantissimam
hanc patrum hereditatem degeneri sensu repudiare, et quam ingrali
sit improvidique animi benefici eius, tum diu parta agnoscere nolle,
tum in posterum expectanda negligere. Siquidem in sapientia insli-
tutisque catholicis virtus et eficientia inest, prout initio monuimus,
mira prorsus et multiplex ad humanæ societalis bonum; neque ea
cum ætatibus exarescil, sed eadem semper et vivida, novis item tem-
poribus, modo ne opprimatur, constanter est profutura. — Quod
propius atlingit populum vestrum, iam ei Nos de religione, per su-
periores literas adsimilesque curas, salis consuluisse existimamus,
æque periculis denunciatis ab illa prohibendis, æque adiumentis
propositis que ad eius liberlatem dignitatemque aptius conducerent.
Et quoniam a re religiosa res civilis dissociari nequit, huic etiam cu-
rationem opemque offerre, quod plane cohæret cum Apostolico ofl-
cio, vehemienter studuimus. Nam quæ Nobis visum est convenienter
temporibus vestris identidem suadere el præscribere,
ea non exi-
guam partem, ut probe meministis, publicæ quoque saluli ac prospe-
rilati vertebant. Quod si, hoc ipso in genre, coniuncta bonorum
studia impensius quolidie consiliis monitisque Nostris sint respon-
sure, quidni eam spem amplectamur quæ ex hac sæculari memoria
lætior efflorescit et quasi prælucel ad communium votorum exilum
maturandum
? Nemini sane civi optimo non id in votis fuerit,
ut sub-
latis dissentiendi causis, suus Ecclesiæ ne abnuatur honos, ex quo
parier civitati luculentius niteat suus, in fædere ductuque avitæ re-
ligionis. Inde fiet ut auctoritas potestalum, mutua ordinum officia,
institutio adolescentiæ, lalia plura recte se lueantur in veritale, in
iuslitia, in carilale : his enim maxime fundamentis præsidiisque civi-
tates nituntur ac vigent. — Quæ complexio bonorum ut apud vos
habeatur qualis clariore patrum memoria fuit, id certe valiturum
non minime est, si pietalis affectio erga romanam Ecclesiam, novis
veluti auspiciüs, ab eorum exemplo incitamenta capiat. Opportune
quidem in publicis gaudiis illud eliam indictum novimus, ut honori
ficentissimum Slephani diadema insuelà pompâ per urbem princi-
11 Cor. xvi, 43.
2 Hebr, x, 23.
31 Machab. 1x, 10
| | | EPISTOLA LEONIS PP. XIII AD EPISCOPOS DUNGARLE 375
pem, ad Sedem Comitiorum dedicandam, certa die deferatur; nihil quippe cum gloria nationis regumque vestorum Lam est connexum, nihil eum recta civilis rei temperatione tam congruit, quam sacrum ilud regiæ potestatis insigne. At vero spe libet præsumere duplex præstabile emolumentum ex ille re facile oriturum. Alterum, ut in ordinibus atque in multitudine eo magis sacramentum firmetur obsequii fideique in augustam Domum Habsburgensem, quæ idem diadema, ultro sibi a maioribus vestris delatum, ad felicitatem regni perpetuo gessil ; alterum, quod est huius proposili, ut copulata recor- datio intimæ patrum cum Cathedra Petri necessitudinis, quæ per ipsum pontificale donarium rata sanctaque extitit, iisdem vinclis sla- bilitatem addat et robur. Sciat autem gens Hungarorum illustris, omnino se posse ac debere auctorilati etgratiæ confidere Sedis Apostolicæ : quæ nec immemorerit unquam rerum ab ipsa pro catholico nomine præclare gestarum, et pristinum erga ipsam animum providentiæ indulgentiæque maternæ relinet, retinebit. — Quantum est in Nobis, si quidquam adhuc ves- trâ causa curavimus et efflecimus, ea Deus perbenigne ad successum foveat, Nobisque consilio et ope sua sic adsit, utliceat eo vel amplius rationibus vestris gratificari. Per hanc præsertim faustitatem respi- ciat Ille præsentissimo numine Regem vestrum Apostolicum, ordi- nes, clerum, populum universum; faciatque afluentes eorum copiä bonorum, quæ ipse nationibus regnisque promisit custodientibus iustitiam et pacem. Vos æque respiciat omnes magna Domina vestra Marta, unâque Stephanus et Adalbertus, idem regni apostoli et pa- troni cælesles; quorum salutari tutela, ab avis et maioribus lanto- pere explorata, cumulatiore in dies fructu lætemini. — Singulare vo- tum summa caritale adiicimus. Fiat nimirum ut cives omnes, quos unus eiusdem patriæ commovet amor eademque publicæ gratulatio- nis causa fraterno more coniungit, eos una eademque fides in felici complexu Ecelesiæ matris aliquando devinciat. Vos autem, Venerabiles Fratres, omni vigilanlia diligentiaque per- gite, ut facitis, de populo vestro et de civitate mereri optime : aus- picemque divinorum munerum et peculiaris benevolentiæ Nostræ lestem, Apostolicam benedictionem habete, quam singulis vobis cunctæque Hungariæ lætanti amantissime impertimus.
Dalum Romæ apud Sanctum Petrum die 1 M: auno MDCCCLXXXXVI,
Pontificatus Nostri decimo nono.
LEO PP. XIIL
THE
SUPPER OF THE LORD,
AND
THE HOLY COMMUNION,
COMMONLY CALLED THE MASS
(Suite)
= À $ 109. Then shall he Priest say,
The peace of the Lord be always with you:
The Clerks. And with thy spirit.
The Priest. Christ our paschal Lemb is offered up for us, once for
all, when he bare oursins on his body upon the eross; for he is the very Lamb of God, that takelh away the sins of the world : where- fore let us keep a joyful and holy feast with the Lord. $ 144. Hére the Priest shall turn him lotard those that come lo the Loly Communion, and shall say, You that do truly and earnestly repent vou of your sins lo Almighty God *, and be “in love and charity with your neighbours,
O.H. C. Edw. VI, 1548. ISame as 1549.]
$ 140. Here the Priest shall pause ALMIGHTY God, Father of our a while, Lo seeif any man will with Lord Jesus Christ, etc. draw himself : and if he perceive ISame as 4549. any so to do, then let him commune with him privily at conveniant lei- sure, and see whether he can with Second Edw. VI. 1662. good exhortation bring him to grace 9 : S 114. € Then shall the Priest 10 say S$ 141, and after to them that come to receive the a litlle pause, the Priest shall say, holy Communion #1. You that do truly and earnestly repent you of your sins and offences You that do trulÿ and earnesilÿ committed to Almighty God, and repent you of yoursins, and be, ele. be in love and charity with your ÎThe same as 1549, to] neighbours, and intend to lead a to almighty God before this congre- new life, and heartily to follow the ation here gathered together in commandments"of God, and to walk is holÿ name, meeklÿ kneeling from henceforth, etc. upon your knees. (Same 8 1549] $ 112, Then shall a general Confession $ 112. Then shall this general be made, etc. confession, etc.
? In eds. 1552, and aflerwards, “ 10 with $ 97. .
Almighty God ”’omitted. 10 În eds, 1578, « the Minister.” | 9 In ed. 4662, ‘t aro ” 11 This, in 1532 and subsequent edi- 9 This rubric, which in 1548 follows tions, follows on after the exhortation, on after ÿ 89, se6 p. 224, does not appear ses. in ed. 1549, but it may be compared THE SUPPER OF TUE LORD AND THE HOLY COMMUNION 371
and intend to lead a new life, following the commandments of God, and walking from henceforth in his holy ways: draw near and lake? this holy church here gathered together in his name, meekly knee- ling upon your knees.
$412. Then shall this general Confession be made, in the name of all those fhat are mindad io receive Îhe ** holy Communion, either by one of them, er else by ons of the minislers *#, or by the Priest himself, all Eneeling humbly upon their Ines.
Ausary GOD, Father of our Lord Jesus Christ, maker of all things, judge of all men, we knowledge # and bewail our manifold sins and wickedness, which we from time Lo lime, most grievously have committed, by thought, word and deed, against Lhy divine majesty, provoking most justly thy wrath and indignation against us: we do earnesily repent, and be # heartily sorry for these our misdoings : the remembrance of them is grievous uno us, the bur- den of them is intolerable : have mercy upon us, have mercy upon us, most merciful Father, for thy Son our Lord Jesus Christ's sake, forgive us all that is past, and grant that we may ever hereafler serve and please thee in newness of life, Lo the honour and glory of the honour and glory of thy name: Through Jesus Christ our Lord !*,
ALmIGuTY God, Father of, etc. to them that come to receive the holy [The samo as 4549.] Communion this invitation.
Elisabeth, 1559. You that do truly, etc.
S 414. Then shall the Priest say, ete. [The same as 1552. You that do truly, ete. ÎThe samo ‘as 1952] $412. Then shall this general Con- fession be made, in the name of all -$442. Then shall this general those that are "minded to receive confession, etc. the holy Communion, by the pres- ALuiGHrY God, Father of, etc. byter hamself, or the deacon both he IThe same as 4549.] and all the people Aneeling kum- bly upon their Anees. James I 1604. ALMIGHTY God, Father of, etc. SH1. Then shall the Priest say, etc. You that do truly, etc. IThe same as 4549.] ÎThe same as 1552.] Cbarles II. 1662. $ 142. Then shall this general confession etc. 114. © Then shall the Peiest say to Aumicury God, Father of, etc. them that come to recewve the holy Communion. {The same as 1549] Sootoh Liturgy, 1687. YE that do truly, etc. SU. Then shall the Presbyter say [Same as 4549, 10]
1 In one Scotch ed., 4637 ‘ and 9 In one od., 1552, In 4637, and #662, make.” +: acknowledge. " 3 In one ed., 4552, ‘* thi 16 In ed. 1663, « are 14 In ed. 4576, * by the isfer him- 11 In ed. 4663, Amen ” added. self.” 378 REVUE ANGLO-ROMAINE
$ 113. Then shall the Priest % stand up, and turning himself
to the
people, say *° thus,
Aumieury GOD, our heavenly Father, who of his great merey, halh promised forgiveness of sins Lo allthem, which ? with hearty repen- lance and true faith turn unto # him : have merey upon you, pardon and deliver you from all your sins, confirm and strengthen # you in all goodness, and bring you to everlasting life : through Jesus Christ our Lord. Amen.
$ 114. Then shall the Priest also say,
Hear what comfortable words our Saviour Christ saith, Lo * all' that truly turn to him.
Draw near with faith, and take this Hear what comfortable words, etc. holy Sacrament to Your comfort; [Same as 1549.] and make your humble confession 10 Almighty God, meekly kneeling Second Edw. VI. 1562. upon your knees. $ 413. Then shall the Priest or Le $112. € Then shall this general Con- fession be made, in the name of Bishop (being present) stand up. all those that are minded to receive and turning himself 10 the people, say 3 thus. the holy Communion, by one of the Ministers, both he and all the people ly, ALmiGury God, our heavenete. Aneeling humbly upon their knees, {The same as 1549.] and saying, ALmGnry God, Father of, ete. S 444. Then shall the Priest ? also say. [The same as 4549.] Hear what comfortable words, ele. O. H. OC. Ed. VI. 1548. [Here follows, $ 113, Then shall the Priest stand up, 4 99. After the which the Priest, ele. and turning him Lo the people, Saÿ Lift up your hearts. thus. «See p. 236.) Our blessed_ Lord, who hath left power to his church, to absolve pe- nitent sinners from their sins, and Elizabeth, 1559. to restore to the grace of the hea- $ 113. Then shall the Priest, ete. venly Father such as truly believe in Christ, haye mercy upon you, AumiGury God, our heavenly, etc. pardon and deliver you from all sins, confirm and strength you in ISamo as 1532] all godness, and bring jou t0 ever- 114. Then shall the Priest, ete. lasting life. Hear what comfortable words, ete. $ 144, Then shall the Priest stand up, and lurning him toward the people, ISamo as 1549. say thus. IHere follows & 99. See p. 236]
14 In eds. 1552, and all after, the words and 4559, “ strength. " “ or the Bishop (being present) ” are 33 In Scotch ed., 1697, and 468. added. “ unto. ” L 19 In one ed., 1552, “ shall say. ” 1 In one ed., 1559, #ail them. 20 In ed. 1663, “ that. ”{ 2 In eds., 1518, “the Minister.” 21In on6 ed., 1552, and 1559, € to. ” # In one ed., 1559,“ shall say thus. 22 In two eds., 1549, and one cd, 1559,
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TRE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 3179
Come unto me all that travail, and be # heavy laden 5, and I shall ® refresh you *. So God laved the world that he gave his only-begotten Son. to the end that all that believe in him, should not perish, but have life everlasting ?. Hear also what Saint Paul sayeth ?. This is a true saying, and worthy of all men Lo be received #°, Lhat Jesus Christ came into this !! world to save sinners *?. Hear also what Saint John sayeth ?. If any man sin, we have an advocate with the Father, Jesus Christ the righieous, and he is the propiliation for our sins #3.
James 1. 1604. So God loved the world that he
gave his onlv-begotten Son, that
SH Then shall the Priest, etc. whosoever believeth in him, should Aiwienry God, our heavenly, etc. not perish, but have everlasting life John ii. 10. JSamo as 4552] Hear also what Saint Paul saith. N&. Then shall the Priest, etc. This is a faithful saying, and wor- Hear what comfortable words, ete. thy of all acceptation, that Christ Jesus came into the world to save [Same as 1549,] sinners. 1 Tim. i. 15. IHere follows 2 96. Sce p. 236.] Hear also what S. John saith. Ifany man sin, we have and ad- vocate ith the Father, Jesus Christ Scotch Liturgy. 1687. the rightcous, and he is the pro- $ 113. Then shall the Presbyter, or pitiation for our sins. 1 John üi. 1, 2. the bishop, being present, stand'up, and tnrning. himself to the people. pranounce he Absalution as follo- Charles II. 1682. tceth. $ 413, € Then shall the Priest (or the Aumiëwry God, our heavenly, ete. bishop, being present) stand up, and turning himself to_the people, Same as 1549.] pronounce this Absolution. S414. Then shall the Presbyter also say, AwGuTy God, our heavenly, ete. _ Hear what comfortable words our $ 448.€ Then shall the Priest say, Saviour Christ saith unto all that truly turn to him : Hear hat comfortable words, etc. Come unto me all ye that labo ISame as 1549. and are heavy laden, and 1 will giv Fou rest, Mait. xi. 28. IHere follows # 99. Sec p. 231.
{In od. 1662, “ are, ” 10 In O. H. C. 1548, “ embraced and *InO. H. C. 1548, lode received. ”
In ed. 4596, and 1662, ‘: will,” 1 In ed 552, and all aftorwards,
7 In ed. 1662, “ S. Matt, xi, 28 ” 4 the world. added, 13 In ed. 1662, “I Tim, idded. ‘in ed. 1662, have overlasting lifo. 151n O. H. ©. 4548, s that ob S. Jobn iii. 46. ” tained grace for our sins; in ed. 1662 1 1569, and most later odiions, same as 4549, but “ L. John IL I ” added. 380 REVUE ANGLO-ROMAINE
$ 115. Then shall the Priest, turning him to God's board, kneel dourn, and say in the name of all them, that shall rereive the Communion, lis prayer following.
We do_not presume lo come “to this thy table (O mercifal Lord trusting in our own righteousness, but in thy man mercies : we be not worthy so much as Lo gather up under thy table : but thou art the same Lord whose property is always to have merey : Grant us therefore (gracious Lord) so 10 eat
O.H. OC. Edw. VI. 1548. we may evermore dwell in him,
and he in us. Amen
S 445. Then shall the Priest nel down gnd say, in ie, name of all them 106. Then {he Priest, standing up, ee. that shall receive the communion, mieux God, ourheavenly Father elc. this prayez following. See p. 244.
WE do not presume to come, etc. 116. € Then shall the minister first
[Same as 1549.]
receive the Communion in both Kinds
himself, and next deliver it to other
$ 446: Then shall the Priest rise, the ministers, if any be there present people still reverently kneeling, and (that they may help the chef the Priest shall deliver the Commu- nister), and after Lo the people in nion, first to the Ministers, if any their hands kneeling ®, Le there present, that they may be 417. And when he delivereth th ready to help the Priest, and after bread, he shall say. 10 the other. Take and eat this, in remem- $ 117. And when brance that Christ died for the, he doth deliver the sacrament of the and feed on him in thy heart by body of Christ he shall say to every faith, with thanksgiving. one these words following.
THE body of our Lord Jesus Elizabeth, 1559. Christ, which was given for thee, presente 1hy body unto everlasting $ 145. Then shall the Priest, ele. ife. WE do not presume 1 come, ete. {Same as 1552.] Second Edw. VI. 1562. | Here follows 4 106. See p. 244 S 1 5, Then shall the Priest 7 Eneel- $ 416. Then shall the minister, etc. ing down at God's board, say ‘$, etc. (Same as 1552] ISame as 1549.) Tue body of our Lord Jesus * WE do not presume, ete. Christ which was given for the. preserve thy, body and soul into ISame as 1549, 10] everlasting life: and take and eat drink his blood, that our sinful bo= this in remembrance that Christ dies may be made clean by his died for thee,-and 2 feed on him in body, and our souls washed through thine heart by faith, with thanks- his most precious blood, and that giving.
14 In one ed., 1559, “ presume {0 wards, follows on after ÿ 102.
s, 19 In one ed., 1559, ‘“ Amen ” omifled.
15 In ed. 1662, ‘ are. 0 This, in eds, 1552, and all af 16 In wo eds., 1559, # gather the wards, follows after # 106. crumbs. ” #1 In one ed., 1559, ** Jesu. 17 In ed. 1518, “ Minister. ” ## In one ed., 1559, “ and * omittel. 1# This, in eds. 1562, and all after-
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THE SUPPER OF TUE LORD AND THE LOLY COMMUNION 381 the flesh of thy dear Son Jesus *# Christ, and to drink blood in these holy Mysteries, that we may continually dwell in him, and he in us, that our sinful bodies may be made clean by his body, and our souls washed through his most precious blood. Amen !.
$116.€ Then shall the Priest first receive {he Communion in both inds himself, and nert deliver st lo other Ministers, if any be there present, (at they may be ready to help the chief Minister) and after to {a people.
$117.€ And ichan he délivereth the Sacrament of (he body of Christ, he shall say lo every one these svords :
The body of our Lord Jesus Christ which was given for thee, pre- serve thy body and soul unto everlarting life.
James I. 1804. THE body of our Lord Jesus
Christ, which was given for thee,
S 15, Then shall the Priest, ele. preserve thy body and soul unto WE do not presume, etc. everlasting life. [Same as 4532. 8418. Here the party receiving shall IHere follows ÿ 108. See p. 244. say Amen. $ 116. Then shall the minister, etc. [Same as 1552.) Charles II. 1662. THE body of our Lord, etc. S 145. Then shall the Priest Enceling ISame as 1559.] down at the Lord's Table say, etc. ISamo as 1549.) Sootoh Liturgy, 1637. WE do not presume to come, ete. $ 113, Then shall the Presbyter, neel- ISame as 1552.] ing down at God's board, ‘say, in Hero follows the name of all them that shall # 106. When the Priest standing before the Table, elc. Almighty God our hea rommunicate, his collect of humble vonly Father, etc. Seo p. 245.] access Lo the holy Communion, us followeth, $ 416,€ Then shall the Minister first recei the Communion both We do not presume, ete. kinds himself, and then proceed 10 ISame as 1552.) deliver the Same to the Bishops, Priests, and Deacons in like manner 116 Then shall the bishop, if he be (if any be present) and after that 10 present, or else the presbyler that fe people also in order, into their celebraleth, frst receive the Com- hands, all meckly imecling. munion in ‘both Hinds himself, and $'117. And when he delivereth next deliver it to other bishops. the bread to any one, he shall say, presbyters, and deacons, (if any. br there present,) that they may help THE body of our Lord Jesus him that celebrateth, and after tu Christ, which was given for thee, the people in due order, all humbly thy. body and soul une Mmeeling. ife. Take and eat this
117. And when he receiveth himself. in remembrance that Christ died for
or delivereth the bread to oûhers, he thee, aud fred on him in thy heart shall say this benediction, by faith with thanksgiving.
In one ed., 4549, ‘ Jesu. ” 1 la one ed., 1552, and { “ Amen ” omiled.
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- And (he Minister delivering the Sacramenl of the blood, and yirim every one to drink once and no more, shaU say,
The blood of our Lord Jesus Christ which was shed for Lhee, pre- serve thy body and soul unlo everlasting life.
Jf there be a Deacon or other Priest, then shall he follow rit lr Chabce : and as he Priest ministerelh tha Sacrament of tha body,» shall he (for more erpedition) minister tke Sacrament of the blood, in foru Before written.
8422. Zn (ho communion time (he Clerks shall sing,
ïi. O Lamb of God, that takest away the sins of the world : have mercy upon us. © Lamb of God, that takest away he sins of the world : grantus thy peace.
Beginning s0 soon as the Priest dolh receive the holy Communion, and ri the Communion is ended, then shall te Clerks sing the post-Communion. 8123. 4 Senfences of holy scripture, lo be said or suny every day on, after the holy Communion, called th post-Communion..
Ir any man will follow me, let him forsake himself, and lake up his cross, and follow me. [Matk. xvi.] Whosoever shall endure unto the end, he shall be ed {Mar si. Praised be the Lord God of Israel, for he hath vi ted and redee-
O. H. C. Edw. VI. 1548. Christ's blood was shed for tr
and be thankful,
$ 119. And the Priest delivering, etc. {Here immediately follows à 425, Then ISame as 1549.) shall the Priest, ” elc.] THE blood of our Lord Jesus Christ, which was «hed for thee, Elizabeth, 1569. preserve thy soul to everlasting life. 8119. And the ministar that delite- $424, If there be a Deacon or other reth the cup, shall say. Priest, then shull he follow with the Chalice, and as the Priest min THE blood of our Lord Jesu istereth the bread, so shall he for Christ, which was shed for the more expedition minister the Wine, preserve thy body and soul iv in form before written, everlasting life : and drink €his in remembrance that Christ blovl [Hero follows as she for thee, and he thank- & 128. Then shall the Priest, elc. The ul. Peaco of God, ec.] [Hero follows 3 126.]
Second Edw. VI. 1552.
James I. 1604.
119. € And the minister that deli-
$ 119. And the minister that, etc
vereth the cup, shall say. [Same as 1599.1 Drink this in remembrance that [Hero follows $ 126. See p. 236.
4 In one ed. , ** Jesu.
TUE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 383
med his people : therefore let us serve him all the days of our life, in holiness and righteousness accepted before him. Zur. i. Happy are Lhose.servants, whom the Lord (when he cometh) shall find-waking. Luc. xii. Be ye ready, for the Son of man will come at an hour when ye think not. Luc. xii. The servant that knoweth his master's will, and hath not prepared himself, neither hath done according Lo his will, shall be beaten with many stripes. Lue. xii. The hour comelh, and now it is, when true worshippers shall worship the Falher in spirit and truth. Join. iv. Behold, thou art made whole, sin no more, lest any worse thing happen unto lhee. Joën v. If ye shall continue in my word, then are ÿe my very disciples, xe shall know the truth, and the truth shall make you free. Joën While ÿe have light, believe on the light, that ye may be the chi dren of light. John xii. He that hath my commandments, and keepeth them, the same is he that loveth me. Joën xiv. Ifany man love me, he will keep my word, and my Father will love him, and we wil come unto him, and dwell with him. John xiv. If ye shall bide in me, and my word shall abide in you, ye shall ask what ye will, and it shall be done to you. Join xv. Herein is my Father glorified, that ye bear much fruit, and become my disciples. Jon x. This is my commandment, that you love Logether, as I have loved you. John vx. If God be on our side, who can be against us ? which did nolspare his own Son, but gave him for us all. Rom. viii.
Sootoh Liturgy, 1637. THE blood of our Lord Jesus
Christ, which was shed_ for the
- And the presbyter or minister preserve thy. body and soul unto that receiveth the cup himself or de- everlasting ‘life. Drink this in re. livereth it Lo others, shall say this membrance that Christ's blood was benediction, shed for thee, and be thankful.
The blood of our Lord Jesus $ 124. € If the consecrated bread or Christ, wbich was shed for thee, wine be all spent before all have preserve th body and soul unlo communicated; the Priest is to con- everlasting life. secrate more according to the form $120. Here the party receiving shall before prescribed : Deginning at say Amen. [Our Saviour Christ in the same {Here follows à 425.] night, etc.] for the blessing of the bread; and at [Like wise afier Sup- Charles II. 1662. per, êtc.} for the blessing of the cup. 3 449. 4 And the Minister that delive- reth the cup to any one, shall say, [Here follows $ 122.] 384 REVUE ANGLO-ROMAINE
Who shall lay any thing to the charge of God's chosen ? il is GOD that justifieth; who is [he] that can condemn ? Roma. The night is past, and the day is at hand; let us therefore cast away the deeds of darkness, and puton the armouroflight. Rom. x. Christ Jesus is made of GOD, unto us, wisdom, and righteousness, | and sanctifying, and redemption, that (according asitis writlen}He | which rejoïceth should rejoice in the Lord. 1 Corin. i Know ye not that ye are the temple of GOD, and Lhat the Spirit of GOD dwelleth in you ? If any man defile the temple of GOD, him shall God destroy. I Corin. Ye are dearly bought: therefore glorify God in your bodies, and in your spirits, for they belong to God. 1 Cor. vi. Be you followers of God as dear children, and walk in love, even as Christ loved us, and gave himself for us an offering and a Sacri- lice of a sweet savour Lo God. Æphes. v. 3.
Second Edw. VI. 1562. : [Here follows
818. Then shall be said or sung,
€ Then shall the Priest say Guory be to God on high, the Lords prayer, the people re- See p. A4.F pealing after him ‘every petition. = —
IHere follows Elizabeth, 1569.
S$ 108. After shall be said, etc. O Lorn | $ 126. Then shall the Priest, elc, and heavenly Fathor, etc. Same, as 1582. See p. 246. IHere follows 3408. See p. 246. , . $ 127. Or this. 8127.4 Or this 5. ALMIGHTY and everliving, ete. ITho same as 4552] ALMIGHTY and everliving Gud, Here follows $ 18. Sce p. 214 we_ most heartily thank there, for that thou dost vouchsafe Lo feed us. which have duly received these holy James I. 1604. | amysteries, with the spiritual food ul . | the most precious body and bloud | $ 126. Then shall the Priest, ele. | of thy Son our SaviourJesus Christ. [Same as 1552.] and dost assure us thereby of 1h IHere follows # 108. See p. 46] favour, etc. 8 427. Or this. ISame as 4549, to] ALMIGHTY and everliving, ete. . [The same as 1552. world without end. Amen. IHere follows $ 18. See p. 2141
3 In three cds., misp, Eph. vi + This follows, in eds. 1552, andinall An ed. 1578, % the Mimister. aflerwards, $ 108.
(4 suivre.)
Le Direcleur-Gérant: FERNAND PORTAL.
PARIS, — INPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,