Divers (collection CIRS) · document-de-reference · 1 janvier 1896

Télécharger le NUMÉRO 26 en un seul fichier PDF

Post-Vatican II etude-privee
Version unique

Ar ANNÉE N° 26 30 MAT 1896

                           REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Ta es Petras, ot su Spiritus Sanctus po _petram suit episcopos ro per hane difieabo Ecclesiam gore Écclesiam Doi. Ac. xx 28.

Mare. xvr, 18410.

                           SOMMAIRE :

                         Ernest Renan historien d'Israël...                      EL
                         L'évéque Reinkens, situation actuelle du     vieux-
                          catholicisme                                           397
                         Chronique.                                              402
                         Livres et revues                                  ET
      Docuwxxrs.......   Lettre apostolique de S, S. Léon XIII, pour
                           la restauration du    siège de Carthage.
                           Concordance
                           Lrayer-Book.                                          ur


                                PARIS
        RÉDACTION              ET     ADMINISTRATION
                          A7, RUE casserre


                                    1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

              FRANCE                                        A    LA PAGE:

                                  20 fr.      La         page.                         30 fr.
                                  Ai fr.      La       4/2 page...                     20 fr.

TROIS MOIS . Gfr. Le 4/4 page... 40 fr

                                                            A    LA    LIGNE
                                                                           :
             ÉTRANGER

UN an. 25 fr. Sur 1/2 colonn a ligne... Lfr. Six mois. 43 fr. TROIS MOIS Tfr. Les annonces sont reçues 0 fr. 50 aux bureaux de la Revue. 0 fr. 60 17, rue Cassette, Paris.

  Les opinions émises dans les articles signés                  n'engagent que la
                         responsabilité des auteurs.



             VIENT                DE           PARAITRE


                      TOME               PREMIER
                                       DE    LA

REVUE ANGLO - ROMAINE Un fort volume in-8° de 815 pages.

    PRIX         :   6    FRANCS                  —     Franco        7     fr     50


          rer
                                                   n        [rt recevrait jeunes anglaisï

PROFESSEUR rs RE f'tanpagse pres Pare n line ès js PRÈT pour apprendre le français. Excellent sophie, spécialement recommandé. S'a- références. S'adresser M. B. aux burtaur dresser G. A. aux bureaux de la Revue. de la Hevue.

                                                                            offertes par ui
                                    wat LECONS                  fine toune never:
                         de Sciences phy-          ù            d'anglais

PROFESSEUR sques ris, mâis ayant longtemps résidé en Au relles. Préparations aux baccalauréats et au premier examen du doctorat en. méde- terre, en échange de leçons d'allemand cine. Spécialement recommandé. $adres- Références sérieuses exigées de part et d'au ser M. G , aux bureaux dela Hevue. H. D. aux bureaux de la Rerur tre.S'adresser Française di- DAMES Semen neran INSTITUTRICE visée, cour TI ÉAS fille, habitant entre le Trocs naissant trés bien l'anglais, ayant habité déro et le bois do Boulogne, prendrai les pays de langue anglaise pendant six dames pensionnaires. Prix modérés. ans. désire lecons particulières pour enfants PRO FESSEUR iongéemr rat où jeunes filles. Grande expérience eL réfé- rences de premier ordi ire a Mlle Foulon. 23, avenue de Saint-Mandé, Pari ondres, désire leçons à domicile. Er où aux bureaux de la Jlerur. salentes références. S'ud. à la Revue. ERNEST RENA ; HISTORIEN D'ISRAEL

  Ernest Renan a pu, avant
                         sa mort, terminer, sinon publier tout en-

ière son Histoire des origines du Christianisme. L'Histoire du peuple d'Israël, qui aurait dû paraître la première comme introduction à lu Vie de J'ésux et à l'histoire de l'Église primitive, a été écrile en der- nier lieu pour une raison que l'auteur a lui-même expliquée : « Si je me suis jeté tout d'abord, avec la Vis de Jésus, au milieu même du sujet, écrivait-il en 4849, c'est que la durée du temps qu'on vivra est incertaine, el que je tenais avant tout à traiter les cent cinquante premières années du christianisme. » Après les sept volumes où il a raconté les commencements de l'Église, il a pu composer cinq autres volumes sur l'histoire d'Israël : ainsi fut accompli « le vœu de naziréen qui l'allacha de bonne heure au problème juif et chré- tien? ». Lui-mème s'est déclaré « sûr d'avoir bien compris dans son ensemble l'œuvre unique que le soufile de Dieu, c'est-à-dire l'âme du monde, a réalisée par Israël? ». Mais l'uvre de Renan peut n'être pas ce qu'il a cru, et nous devons la prendre pour ce qu'elle est. En soumettant à un examen approfondi l'Aistoire du peuple d'Israël, nous n'avons pas l'intention d'écrire ce qu'on appelle une réfutation, mais d'indiquer les côtés faibles d'un ouvrage qui ne peut passer inaperçu et qui ne mérite néanmoins, à aucun point de vue, d'être considéré comme définitif. L'auteur affirme qu'il s'est placé constam- ment sur le terrain de la science positive : nous ne craindrons pas de l'y suivre et mème de l'y ramener, s'il s'en écarle. Ses cinq vo- lumes contiennent une histoire de la composition des Livres saints de l'Ancien Testament, une histoire du peuple hébreu depuis les ori- gines jusqu'au commencement de l'ère chrétienne, une histoire de la religion monothéiste depuis l'âge patriarcal jusqu'à la naissance du Sauveur. Voyons comment ce lriple développement littéraire, national et religieux a été compris et représenté.

! Histoire du peuple d'lerail, 1, Pré. vi. sv. 51 xx. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. 11, — 2 386 REVUE ANGLO-ROMAINE

              SL. -     Les LIVRES DE L'ANCIEN TESTAMENT

Les opinions de Renan sur Moïse et les écrits mosaïques sont faciles à résumer : les Israélites n'ont pas fait de l'écriture un usage littéraire avant l'époque de Samuel et de David; Moïse, s'ila existé, n'a rien écril; les premiers linéaments de l'Hexateuque (Pen- tateuque Josuë) ont été tracés seulement au 1x* siècle avant notreëre, ou tout au plus à la fin du x‘ siècle; les prophètes et les écrits pro- phétiques, au lieu de continuer Muïse et la Loi, sont les créateurs de la Loi, peut-être même de Moïse; l'Ancien Testament se trouve ainsi fondé sur une fraude littéraire, multiple et gigantesque, dont la tra- dition, d'ailleurs, ne se perdra pas. Quel est pourtant, à l'heure présente, le véritable état de la ques- Lion mosaïque ? Est-il impossible que Moïse ait écrit le Pentateuque en tout ou en parlie? Est-il démontré qu'il ne soit, en aucun sens. l'auteur des livres auxquels son nom demeure attaché? On nous dit que les Israélites ont pu connaitre l'écriture à Tanis, du temps des Hyksos, c'est-à-dire avant Moïse, et que les Hittites de Palestine s'en servaient déjà vers 1300 avant Jésus-Christ'. Ce qui n'empêche pas d'aflirmer que « l'écriture en Israël est postérieureà Moïse et à Josué de trois cenls ou quatre cents ans? «, que « l'écri- ture n’était pas employée? « chez les peuples cananéens quand les Israélites entreprirent la conquête de la Terre promise, qu'elle « n'élait pas encore usuelle en Israël® » au lemps des Juges. et qu'elle se répandit seulement à la fin de celle période, bien qu'on ne fit pas encore de livres. L'incohérence de ces données laisse entre- voir le désir peu scientifique d'écarter sans discussion l'origine mosaïque du Pentateuque et de toutes ses parties, afin de pouvoir ensuite, en un tour de phrase el sous prétexte que « Les siècles sans écriture n'engendrent et ne transmettent que des fables5 », sup- primer la personne et le rôle de Moïse.

1 1, 436. Allusion au traité de Ramsès II avec le roi des Khétas. L'arrivée des Israélites au pays de Moab est rappurtée par Renan aux environs de l'an 135 (1, 241). Mais Ramsès ÎL est considéré plus haut (I, 156) comme le pharaon 0p- presseur des Israélites. La date de 1300 est donc trop basse. 11 n'est pas cer- tain que les Khétas aient employé l'écriture phénicienne (voir mon Histoire du texte hébreu de l'A. T.; p. 66-67), ni que « ‘les fils de Het » mentionnés dass Gen. xxu soient vraiment des Hittites. 21, 484,0. 3. #1, 227. 41, 303. 1484, n. 3 ERNEST RENAX, HISTORIEN D'ISRAEL 387

En réalité, l'écriture phénicienne a pu être inventée avant la domi- uation des Hyksos en Égypte !. Nous voyons, au xv° siècle avant notre re, que l'écriture cunéiforme est encore l'écriture officielle pour les pays compris entre la Mésopotamie et la frontière d'Égypte; d'où l'on peut conclure que l'usage de l'alphabet phénicien n'était pas ulors prépondérant dans les contrées où il a été employé plus tard. Mais l'abondance des documents épistolaires trouvés à El-Amarna et con- tenant la correspondance des rois et gouverneurs de Mésopotamie, de Syrie et de Palestine, avec les rois d'Égypte Aménophis III el Aménophis IV*, prouve que l'écriture élait, au xv* siècle, d'un usage très commun dans des contrées où Renan veut qu'on ne l'ait pas connue encore au xiv° ou au xin‘ siècle. L'alphabet phénicien pou- vai déjà être employé, dès le xv°, dans les pays cananéens pour l'usage local et privé. Quoi qu'il en soit, l'existence, au xv* siècle, d'un document écrit aussi volumineux que le Pentateuque, si peu vraisemblable qu'elle soit a priori, vu les circonstances particulières dans lesquelles vivait alors le peuple hébreu, ne saurait être déclarée ible; et l'existence, à la même époque, de documents écrits moins étendus, d'une rédaction plus concise, est non seulement pos- Sible, mais probable. C'est à la tradition israélite et au Pentateuque lui-même qu'il faut demander ce que Muïse a écrit. Les savants qui se sont réservé, ou à qui nous avons abandonné le nom de critiques, estiment généralement que, dans l'élat présent de la science biblique, l'attribution rigoureuse de tout le Penlateuque à Moïse (sauf la restriction imposée par le récit de la mort du législa- teur hébreu, à la fin du Deutéronome) n'est pas soutenable. L'Hexa- leuque, enseignent-ils, est une compilalion ; celte compilation, dans Sa forme actuelle, ne peut remonter à l'âge mosaïque; il n'est même ras un seul des grands documents dont elle est composée, his- Uire dite jéhoviste (J), histoire dite élohise (E), Deutéronome (D), histoire sacerdotale et code lévitique (P), qui ait un caractère absolu- ment primitif et qui ait pu être rédigé par Moïse. L'analyse des sources ne permet pas de voir dans le Pentateuque l'œuvre d'un seul humme ou d'une génération d'écrivains : le Pentateuque est le der- nier terme d’un travail séculaire qui, au lieu d'aboutir à Moïse, abou- lila Esdras et à son école. Mais ils'en faut bien que tous les critiques vraiment dignes de ce nom contestenà t Moïse son aclivilé prophé- tique, législatrice et même littéraire. Plusieurs® déclarent que Moïse

! Voir Histoire du texte hébreu de l'A. T.,loc. cit. © Sur cette correspondance, voir J. HaLëvy, Journal asiatique, sept.-oct. 1890; AJ. Decarrne, Revue des questions scientifiques, janv. 1889; la chroniquo de l'En- seignement biblique, janv.-fév. 1892.

Par exemple. Driver, Lilerature of the Old Testament

                                                  ;Kimkparriex The di-

cine Library of the Old Testament; RvL+, The Canon of the Old Testament; SaKDAY, Inspiration; même WezLsaussx, lsraelitische und Judische Geschichle: Surx, Lehrbuch der Alttestamenslichen Religionsgeschiehte, ete. 388 REVUE ANGLO-ROMAINE

demeure, en un sens très vrai, l'auteur de la Loi et que son rôle his- torique est, pour la composition du Pentateuque, un point de dé- part indispensable. D'après Renan, les documents qui sont entrés dans la composition de l'Hexateuque sont : le livre des Légendes patriarcales (E) et le Jar ou livre des Guerres de Jahvé, écrits vers la fin du x° siècle; la source jéhoviste (J), rédigée vers le milieu du 1x* siècle; la source élohisle {partie historique de P), rédigée un quart de siècle plus lard; le Deutéronome, composé en 622 avant Jésus-Christ; enfin le Cu sacerdotal (partie législative de P, censée indépendante de la par- tie historique), compilé vers le milieu du vi‘ siècle. Ce n'est pas sans une certaine ironie que l'historien artiste parle « des critiques, plus habiles aux découvertes du microscope qu'aux larges vues d'hori- z0n », qui « n'ont pas eu d’yeux pour voir, en sa grosseur capilale, ce fait : que les plus anciens rédacteurs de l'Hexateuque citent un écrit antérieur, savoir le livre du Zasar ou des Guerres de lahvé, com- posé d'après d'anciens cantiques! ». Mais le tout n'est pas de recon- naître et de signaler un fait important : il faut encore l'apprécier à sa juste valeur. La citation du livre des Guerres dans les Nombres (xx1, 44) el celle de lasar {livre du Juste?) dans Josué (x, 13) sont assurément des don- nées très instructives pour la critique de l’Hexateuque. Par malheur, on sait peu de chose de ces vieux livres. Renan est tout disposé à les confondre en un seul : comme le Zusar est cité au second livre de Samuel (1, 48), cette combinaison permet d'assigner aux Guerres de lahvé comme au Zasar une date relativement récente. Mais il ÿ a une raison sérieuse contre l'identification, à savoir l'emploi de Litres différents pour les citations ; et l'on ne peut faire valoir en faveur de l'identification qu'une certaine analogie de sujet, ce qui est vraiment une raison insuffisante. Il demeure très vraisemblable que les Guerres de Iahvé sont un écrit distinct du Zasar, plus court à ce qu'il semble, et qui peut être plus ancien. Rien n'empêche d'admettre que ce fût un récit assez bref des étapes d'Israël et des batailles livrées depuis la sortie d'Égypte jusqu'au passage du. Jourdain. Le Zasar devail avoir un cadre beaucoup plus large : c'était un recueil de morceaus poétiques plutôt qu'un récit continu. La date de la dernière pièce n° saurait servir, du moins sans grandes réserves, à fixer l'époque où les autres pièces du même recueil ont été d'abord écrites. Renan, d'ailleurs, s'est trompé en affirmant, avec beaucoup d'assurance, que le dernier morceau du Zasar était l'élégie de David sur la mort de Jonathas : une citation du même livre estamenée dans les Rois apro* pos de la dédicace du temple?.

  LI, 936.
  # Voir L (UT) Rois, viit, 42 La citation n'ost gardéo intégralement que dans let

ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 389

Le titre de Légendes patriarcales ne convient pas à la teneur du document auquel les critiques contemporains réservent le nom d'élohiste et qu'ils désignent d'ordinaire par la lettre E. Les critiques soutiennent que ce document n'a pas été mis à contribution seulement pourl'histoire d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de Joseph, mais encore pour celle de Moïse el'de Josué. « En quel état, se demande Renan,la légende de Moïse figurait-elle dans ce récit primitif : c'est ce qu'il est d'autant plus difficile de conjecturer que nous ne savons pas au juste si les mentions de Moïse se trouvaient dans le livre des Légendes patriarcales, dans le livre des Guerres de lahvé,.. ou dans les deux. La théophanie du Horeb avait encore des proportions modestes... Dans la traversée du désert, Moïse jouait seulement le rôle de chef entre plusieurs autres chefs... Comme le voyage dans la péninsule fultrès court, on arrivait presque d'un saut à Hésébon et aux talus de Moab, où l'histoire héroïque commençait :. » Le livre des Guerres de lahvé racontait «les premières batailles que les Israélites livrèrent, en s'approchant de la Palestine, à la hauteur de l'Arnon ? »; en tête de ce nouveau cycle étaient Caleb et Josué?. Par celle ingénieuse manipulation des sources, et tout en affectant l'indécision, notre auteur escamote le personnage historique de Moïse, qui s'évanouit entre le livre des Légendes où il serait signalé tout au plus comme un chef entre d'autres chefs, et le livre des Guerres où il ne serait pas connu.

Cependant lescritiques les plus éminents nous assurent que le déca- logue (Ez. xx, 1-21, sauf quelques additions attribuées à P) appar- tient à l'écrit élohiste. Le décalogue renferme les conditions essen- lielles de l'alliance conclue entre lahvé et son peuple. Le médiateur de ce pacte, d'après le document élohiste comme d'après lous les autres, fut Moïse. Tous les témoignages donnent à Moïse, en cetle circonstance solennelle, un rôle important, unique, indispensable. Pour montrer le peu de place que le premier des prophètes a tenu dans le livre des Légendes, Renan cite un passage des Nombres (xxt, 4148) où il est question des chefs du peuple, sans que Moïse soit .nommé, Mais d'abord on ne sait pas si ce passage se rattache au prétendu livre des Légendes; Renan lui-même le rapporte ailleurs! sans doute avec plus de raison, au livre des Guerres (lire Jasar). Quoi qu'il en soit de sa provenance, le couplet de Beër, en parlant des « princes » el des « chefs du peuple », n'exclut aucunement

Sepunte. Elle a été relovéo par Welhausen, Composition des Herateuchs, 31 Pourl'interprétation, voir Revue des religions, mars-avr. 1896, l'article intitul Le dernier fragment du lasar. \IL, 243, 244. 11, 333, s 1,22. «1461; 11, 283, 390 REVUE ANGLO-ROMAINE l'idée d'un chef supérieur aux autres el peut même, sans la moindre violence, être appliqué à Moïse et Aaron. Rien à conclure non plus de ce que Moise n'esl pas mentionné dans l'épisode de Balam {Nombr., x: x1v) : Balak et Balaam occupent seuls la scène,et il n'y avail aucune raison d'y introduire Moïse. Si le récit de la bataille de Raphidim (Er. xvn, 8-16) représente le premier emprunt « fait par les rédacteurs de l'Histoire sainte au vieux livre des Guerres de lahvé! », ee qui est aussi probable que Renan le dit, Moïse ap- paraissait également dans ce livre comme chef principal des Hé- breux fugitifs. Il est encore vrai que « le récit de l'exploration de Fc Canaan ne se comprend pas bien sans un chef de la nation supérieur à Josuéet à Caleb?». Pourquoi Renan ajoute-til: « Mais sûrement Moïse n'avait pas dans le Zasar le caractère d'homme dé Dieu et de législateur inspiré qu'il revêtit depuis »? Rien, au contraire, n'es s è moins certain que celte assertion, puisque, dans le récit de la bataille de Raphidim et celui de l'exploration de Canaan, Moïse apparait avec î «le caractère d'homme de Dieu », tout comme il apparaît dans le L livre des Légendes avec le caractère de « législateur inspiré ». Î L N'aurait-il pas le droit de dire à son nouvel historien : Que vous ai-je fait pour que vous teniez tant à me supprimer? On est fort étonné d'apprendre que « ces premiers livres d'Israël étaient des œuvres laïques, comme on dirait aujourd'hui, où l'on ne se proposait qu'une seule chose, confier à l'écriture un trop-plein de souvenirs intéressants au plus haut degré, dont la mémoire était surchargée®, » Celte appréciation ne convient pas plus aux Guerr de Iehvé, dont le seul titre est assez significatif, qu'au prétendu livre des Légendes, ce dernier étant, au dire des criliques, une véritable Histoire sainte, aussi nellement caractérisée comme telle que le document jéhoviste. Après avoir adjugé au x° siècle la composition de deux écrits « laïques », Renan attribue au 1x° deux rédactions de « l'Histoire sainte ». L'historien jéhoviste aurait utilisé le livre des Légendes et l'historiensacerdotal, son contemporain, aurait écril sans connaitre ni E ni J. Ce sont des opinions maintenant abandonnées par la plupart des critiques. Presque tous admellent que E fut combiné avecJ lorsque le Deutéronome n'était pas encore écrit, mais non queJ & soil incorporé l'histoire de E; ils croient volontiers que les deux auteurs ne sont pas indépendants l'un de l'autre, mais non que le plus récent ait copié son prédécesseur, et ils aflirment communément la priorité de J sur E. J aurait eu son décalogue (Er. xxxIv), trans- posé par un compilateur pour faire place à celui de E (Ær. xx, 1-17),

   LI, 481.
        I, 230; ef. 208-209.
        1, 237

ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL ET

si bien que Renan attribuant le décalogue élohiste à l'historien sacer- dotal et le Livre de l'alliance (Ær. xx1-xxm) à J comme pendant du décalogue, est tombé, d'après les critiques, dans une double erreur. Une autre erreur, plus grave que les précédentes, aurait été commise ence quiregardel'histoiresacerdotale. Renan, qui avail soutenu autre- fois! la théorie des compléments, avec le document lévitique pour écrit fondamental (Grundschrift), a trouvé moyen de concilier l'exégèse ÿ a quarante ans avec celle d'aujourd'hui, en renvoyant la partie législative de P au temps de l'exil, et en faisant rédiger la partie his- brique au 1x° siècle avant notre êre; il suppose ensuite l'existence de certaines Vies de Moïse? absolument inconnues au reste des cri- tiques. Ceux-ci n'ont pas de peine à déjouer l'artifice de la combi- naison et à résoudre les arguments qui sont invoqués en sa faveur. Amos, dit Renan, & connu par P les quarante années de séjour au désert (ef. 4m. u, 10; v, 23); le décalogue de P nous montre une hora exempte encore de tout rilualisme? »; on comprend que la circoncision ait été présentée au 1x siècle comme signe de Taliengss mais, « après la captivité, le signe eût été la fidélité à une Thor: » Les critiques répondent que les quarante années out chance d'avoir élé interpolées dans Amos, ou bien que le prophète a pu recueil- lir celte donnée dans la tradition orale ou dans tel des anciens docu- ments qui l'aurait déjà contenue; que le décalogue exempt de ritua- lisme était déjà dans E, où P n'a eu qu'à le prendre; que l'esprit ritualiste de P se reconnait d'un bout à l'autre de son récit, aussi bien dans l'histoire de la création à laquelle il rattache la loi du sabbat, que dans celle du déluge à laquelle il rattache la défense de manger le sang, et dans celle d'Abraham à laquelle il rattache l'ins- tiution de la circoncision. Dire que si P eût écrit après J, il ne l'eût pas ignoré et en aurait lenu compte, est supposer ce qui est en question, méconnaître l'élat réel des faits et les procédés litéraires de l'historien sacerdolal. La logique n'est pas du côté de Renan.

  A entendre notre critique parler de « l'intrigue pieuse » d'où sor-

lit le Deutéronome et de « la fraude » dont Jérémie « parait avoir été l'âmet », on croirait que lui-même a été dans le secret. Il a dit cependant aussi, et plus justement, à propos de la découverte de ln Loi au temps de Josias: « On ne saura jamais avec la précision exi- gée par nos habitudes historiques les circonstances de cet événe- ment?, » Dans ces conditions, il est au moins imprudent d'affirmer

  ! tire générale des Langues sémitiques, 409. Étuder d'histoire relipiaue, 82.
  É     110.
  3 11,402,
  ET
  # Loc. cit.
  5 I, 209,
  Tin, 22.

392 REVUE ANGLO-ROMAINE

la fraude et lout à fait arbitraire d'en nommer l'auteur. Maislaissons la parole aux représentants les plus qualifiés de la nouvelle école. Le Deutéronome. disent-ils, n'est pas écrit dans l'esprit ni dans le style des plus anciens récits de l'Histoire sainte ; il n'est pas davan- tage écrit dans l'esprit ou le style des anciens prophètes ni du siècle d'Ézéchias. Comme œuvre littéraire, le Deutéronome appartientà l'époque de Jérémie, vraisemblablement au règne de Josias, peut- être à la fin du règne de Manassé. Pour le fond, il est beaucoup plus ancien. Renan lui-même en fait l'aveu : « Le pacte du Sinaï ou du Horeb dure encore. La loi révélée à Arboth Moab n'en est qu'une nouvelle publication... La base du pacte de lahvé avec le peuple est le Décalogue tel que le donnait l'ancien texte... Pour les lois, le nouveau code innove très peu. Sur presque lous les points, il ne fait que relever les prescriptions du Livre de l'Alliance. Il a sûrement copié sa liste des bêtes pures et impures dans un texte plus ancien qu'il a corrigé et écourlé. Sur une foule de points de casuistique, il ne fail qu'abréger des règlements antérieurs. Pour les lépreux, il renvoie à un code que nous trouvons, en effel, ailleurs! ». Mais ce n'est pas tout. Un des plus célèbres criliques, Kuenen?, a voulu prou- ver que, dans l'Histoire sainle antérieure au Deutéronome, le Livre de l'Alliance n'étail pas en rapport avec le pacte du Horeb, mais repré- sentait les prescriptions données au peuple par Moïse dans le pays de Moab; quand le Deutéronome a été combiné avec cette Histoire sainte, le Livre de l'alliance a dû être transposé, parce qu'on ne voulait pas le laisser perdre; c'est pour cela qu'on lui a donné place dans l'Exode après le décalogue. Nous voyons que cette hypothèse trouve maintenant faveur et qu'on en fait grand élat pour le triage des sources de l'Hexateuque?. Aussi déclare-t-on sans crainte ni détour que le Deutéronome est une simple adaptation des principes mosaïques, consignés déjà dans le décalogue et le Livre de l'Alliance, aux besoins de la communauté israélite vers la fin du vn' siècle avant notre ère, et comme une paraphrase destinée à rendre pleine- aaent intelligibles à des générations nouvelles, facilement applicables à un é'at social nouveau, les enseignements contenus dans la tradition mosaïque. Les circonstances mème de la promulgation du Deutéru- nome au pays de Moab n'ont pas été imaginées arbitrairement; elles ont été calquées sur les souvenirs gardés par la tradition el les anciens écrits. L'auteur du Deutéronome n'est donc pas un faussaire, ou bien l'on devra, sans distinction, appliquer la même épithète à tous les historiens de l'antiquité. Pour mieux dire, le véritable auteur

4 I, 242-213.

2 Voir Kurxex-Weser, Hist.-kril. Einleitung in die Bucher d. À. T.,1, 248-25

Elle est à la base du travail important publié par BW. Bacon, The friple

Tradition of the Erodus, ÉRNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 393

du Deutéronome est le même que celui des documents législatifs contenus dans l'ancienne Histoire sainte: il n'est pas autre que Moïse et la tradition qui vient de lui; ceux qui ont écrit les diverses éditions du code mosaïque ne sont, en réalité, que des rédacteurs et des interprètes. Si les plus anciens rédacteurs de l'Histoire sainte reconnaissent le Décalogue comme loi du pacte juré sur le Horeb, et le Livre de l'Alliance comme une institution réglée par Moïse au pays de Moab; si le Décalogue et le Livre de l'alliance sont antérieurs aux rédactions de l'Histoire sainte; si ces vieilles lois ne contiennent pas trace de l'existence d'une royauté en Israël; s’il est impossible de leur assi- gner une date précise et un auteur déterminé lorsqu'on fait abstrac- tion de Moïse : il est évident que lesimple examen des textes ne suf- ft pas à résoudre les problèmes littéraires que soulève la composition de l'Hexateuque; qu'il faut tenir compte des nécessités logiques de l'histoire et des affirmations traditionnelles ; que les premiers rédac leurs n'avaient pas à inventer le rôle de Moïse législateur; que la tra- dition mosaïque est antérieure aux prophètes, appuyée sur de vieux documents qui ne nous ont probablement pas été conservés dans leur forme originale, mais dont les traits essentiels, tant en ce qui regarde les principes de la vie religieuse el morale qu’en ce qui concerne les règles de la vie sociale, remontent à l'auteur désigné par la tradition, c'est-à-direà Moïse. Le principe de la propriété liltéraire n'a pas lieu de s'appliquerici. Rien de plus impersonnel que le travail d'où est finalement résullé le Pentateuque. Tous ceux qui ont mis la main à l'œuvre législative qui nous est parvenue sous le nom de Moïse se sont regardés comme les dépositaires et les interprètes de sa pensée. S'ils s'élaient trompés, leur bonne foi serait hors de cause. Mais n'y a-til pas toute chance pour qu'ilsne se soient pas/trompés? Le Penta- teuque, œuvre législative et manuel de religion, procède de Moïse el n'appartient réellement qu'à lui. En cet état de choses, la participation de Jérémie à la rédaction du Deutéronome serait un point d'une importance très secondaire. Mais puisque fe livre des Rois, en racontant la découverte du livre de la Loi, ne parle pas de Jérémie, et que Josias, après avoir avoir pris connaissance du livre, interroge la prophétesse Hulda, on n'a aucune raison de penser que Jérémie ait élé pour quelque chose dans la ré- daction etla divulgation du Deutéronome, Renan dit que Hulda s'était concertée avec Jérémie pour la réponse qu'elle fit aux envoyés de Jo- sias, et il change entièrement le sens de cette réponse!: la suppo- sition est gratuite, et le procédé plus digne d'un romancier que d'un historien, Jérémie était encore jeune et il exerçait le ministère pro-

QUE 394 REVUE ANGLO-ROMAINE

phétique depuis quelques années seulement lorsque le livre de la Loi fut trouvé dans le temple par Helcins. On n'a pas lieu d'être surpris qu'il n'ait aucun rôle dans cette affaire. 11 serait pareillement injuste d'aceuser Helcias de supercherie. Helcias a pu ignorer comment le livre avait élé déposé dans le temple; en Lout cas nous-mêmes l'igno- rons absolument. Le livre des Rois ne garantit pas que le Deutéro- nome ait élé présenté à Josias comme un écrit émanant directement de Moïse; on le présenta au roi comme-étant la Loi donnée par Moïse: on ne voulait pas tromper Josias et on ne l'a réellement pas trompé!. L'autorité du nouveau code ne pouvait êlre contestée par personne, même par ceux «qui connaissaient les vieux livres et qui auraient pu provoquer à la comparaison ? », puisque le Deuléronome était d'ac- cord avec la tradition et les écrits plus anciens. Ce fut le contenu du livre qui fit sa fortune, et non la date qui aurait été revendiquée pour sa rédaction. Le volume trouvé par Helcias (Zeuf. v-xxv1, xxvii n'était pas daté comme livre et ne prétendait pas avoir élé écrit par Moïse. Sans doute la découverte elle-même a paru extraordinaire, et le livre, recueilli probablement daos le sanctuaire, n'a pas eu besoin d'autre garantie. On le reçut comme un oracle délivré en forme d'écril mosaïque par le Seigneur lui-même. N'était-ce pas, en effet, un écho de la voix de Dieu et de l'antique révélation, une parole de Iahvé transmise à travers les temps par Moïse au peuple choisi La rédaction des parties complémentaires du Deutéronome” est expliquée de la même façon que celle du livre. Tout le travail légi latif qu'on dit s'être accompli durant l'exil est également considér comme une élaboration des texleset des usages antérieurs. Un certain nombre des documents rituels qui sont entrés dans le Code sacerdolal étaient rédigés avant le Deutéronome #. Les autres parties du code lévitique n'étaient pas de simples rêveries ou des inventions fantai- sistes, mais un remaniement ou un développement de la législation antérieure. Même les détails concernant le labernacle, le sacerdoce aaronide, les villes lévitiques ne sont pas dépourvus de base tradi- tionnelle, L'arche remonte aux temps mosaïques; il n'y a jamais eu qu'une arche ; l'unité de l'arche est à compter parmi les causes qui ont amené finalement l'unité du lieu de culte: ce n'est donc pas sans motif que l’on ratlache en principe cetteunitéau tabernacle mosaïque. Le personnage d'Aaron n’est pas une invention du Code sacerdolal, puisqu'il figure dans les plus anciens récits; le sacerdoce héréditaire existait avant la captivité, puisque l'on en trouve des traces au Lemps

1 Voir Driver, À cril. and exeg. Commnentary on Deuleronomy, Introd., 1x. 3 III, 209. 3 C'est-ä-diro les chapitres 119, xxvn, XxW-XxxIV, sauf, dans le dernier groupe, ce qui vient de J, E, P. 4 LIL, 249, supr. cit, ERNEST RENAN, UISTORIEN D'ISRAEL 395

des Rois et même des Juges. Les lévites formaient une sorle de castle à par et jouissaient de certains privilèges. On comprend que les ré dacteurs du Code sacerdotal, qui ne se plaçaient pas plus que les écrivains antérieurs au poir.t de vue purement historique, aient Liré parli de ces données traditionnelles en les présentant sous une forme systématique el absolue : leur intention était beaucoup moins de raconter avec précision et dans le délail ce qui était arrivé, que de régler sur un tableau idéal du passé la loi de l'avenir !. Quelle date faut-il attribuer aux différentes parties du Code lévi- tique? Renan permet de choisir entre l'époque d'Ezéchiel, celle de ZLorobabel et celle de Néhémie. Tous les critiques reconnaissent qu'il est difficile et souvent impossible de fixer le lemps précis où tel recueil de prescriptions a élé rédigé : un travail de compilation se serail accompli d'abord aulour de l'histoire sacerdotale el moyennant celle histoire (document P) ;puis serait venuela compilation dernière, c'est-à-dire la combinaison du Code sacerdotal avec le recueil plus ancien dont l'histoire jéhoviste-élohiste et le Deutéronome avaient donné les éléments. Une étude plus attentive des textes bibliques aurait pu fournirà Renan des indications sinon plus certaines, du moins plus précises, touchantles travaux qui aboutirent à la constitu- tion définitive de la Loi. On ne voit pas comment Esdras et Néhémie

ontpu ne pas connaitre d'abord « le Pentateuque tel que nous l'a- vons#», si on place « l'arrangement définitif de l'Hexaleuque vers l'an 450°». Néhémie arrive pour la première foisà Jérusalem en 445. Ilest vrai, en un sens, que « la critique a réduit presque à rien la part d'Esdras dans la rédaction de l'Hexaleuque ‘ », puisqu'il n’a ré- digé lui-même aucun des grands documents qui sont entrés dans le recueil ; mais son rôle serait encore très considérable s’il fallait lui attribuer « ce dernier travail de compilation et d'arrangement », avec loutes «ces scolies, ces gloses nombreuses, d'abord écrites à lamarge, puis insérées dans le texte, qui se retrouvent jusque dans les parties les plus anciennes de l'Hexateuques ». Il est évident que ces gloses n'ont pas été l'œuvre d’un seul copisle, et on n'a aucune raison de les attribuer toutes au dernier compilateur. Celui-ci doit-il être identifié à Esdras ou à des scribes moins anciens formés à son école? De graves-autorilés © se prononcent pour la dernière hypothèse, et l'idée d'attribuer au seul Esdras la compilation de l'Hexateuque se présente maintenant aux regards de la nouvelle critique avec un certain air

? Dmuven, The Literature of he Old Testament, 420.

LV, 409,

3 IV, 4 DAT 2 IV, 4. bide. - hihi

396 REVUE ANGLO-ROMAINE de vétusté. 11 ne se trouvera sans doute pas un seul exégète pour défendre les opinions particulières de Renan sur l'origine du livre de la Loi. Nous ne croyons pas utile de les discuter autrement, et nousaban- donnons leur auteur au jugement de ses puirs. Ces opinions sont plutôt l'écho de systèmes anciens et nouveaux mis en circulation par les critiques allemands depuis Ewald jusqu'à Wellhausen, que le fruit d'une étude personnelle de la question. La critique de Renan, nous le remarquerons souvent encore, est plus pénétrante qu'origi- nale, plus habile que logique, plus subtile que solide. Prudemment méflante à l'égard des nouvelles théories, elle veut retenir quelque chose des anciennes; mais on dirait qu'elle suit en cela une sorle de politique littéraire et artistique, non les suggestions directes de recherches conduites avec méthode. Ce n'est pas que ces recherches n'aient eu lieu, maiselles semblent avoir été accompagnées d'une double préoccupation : s'accorder toujours avec l'opinion des cri- tiques les plus renommés de l'étranger; éviter néanmoins l'appa- rence de changements radicaux dans la manière d'envisager les problèmes importants. La question du Pentateuque est un de ces problèmes sur lequel la vraie et impartiale critique est loin d'avoir dit son dernier mot. À peine voit-on se dessiner les lignes géni- rales de la solution où elle paraît devoir s'arrêter. Autant le pro- cédé purement défensif suivi jusqu'à présent par certains apologistes peut sembler insuffisant dans l'état présent de la science biblique, autant il paraît certain que l'école critique n’a pas encore atteint le but qu'elle s'est assigné : rendre compte de tous les éléments qui sont entrés dans les livres mosaïques, déterminer leur origine histo- rique, leur date, leur signification. Elle n'a pas tort néanmoins de poursuivre ce but. Il appartient aux avocats de la tradition de ne pas se laisser devancer par ses adversaires dans la voie des re- cherches savantes et l'approximation de plus en plus exacte el mi- nutieuse des conclusions qui s'imposent à une saine et loyale exé- gèse.

                                                ALFRED Loisy.

L'ÉVÊQUE REINKENS SITUATION ACTUELLE DU VIEUX-CATHOLICISME

                D'après le De F. von SCHULTE

La mort de l'évêque Reinkens, chef des vieux-catholiques, a fourni au D° Schulte l'occasion de nous rappeler, dans un récent numéro de la revue internationale el polyglolte Cosmopolis, ce que fut l'homme et ce qu'est aujourd'hui l'œuvre après une existence d'un quart de siècle. Les opinions personnelles du D' Schulte, sa position dans le parti et sa liaison avec le défunt expliquent pourquoi son article tient du plaidoyer; mais laissant de côté des appréciations et des éloges auxquels nous n'avons pas à nous arrêter, on trouve dans ce travail une somme de faits positifs qui ne seront pas sans intérêt pour le lecteur; nous en donnons ici un résumé. Joseph-Hubert Reinkens naquit à Burtscheid près Aix-la-Chapelle, le 4 mars 1821. Retenu à la maison paternelle jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, il entra en automne 4840 au gymnase d’Aix-la Cha- pelle, y fit avec grand succès ses humanités et se rendit en 1844 à Bonn pour étudier la philosophie et la théologie. Sorti premier des épreuves théologiques, il entra en 1847 au séminaire de Cologne et y fut ordonné prêtre le 1* septembre 1848. Après deux années par- tagées entre l'étude et le ministère, il se rendit en juin 1847 à Munich et y conquit brillamment le titre de docteur en théologie. Les solli- citations du D" Ritter et les désirs du prince-évêque von Diepenbrock le fixèrent à Breslau. Reçu agrégé d'histoire ecclésiastique, il devint au printemps de 4853 professéur suppléant, et en avril 4857 profes- seur ordinaire d'histoire ecclésiastique. Jusqu'à l'année 1865 il fut trois fois doyen de la faculté de théologie, et de 4865 à 4866 recteur de l'Université de Breslau. D'autres honneurs et d’autres charges ne s'étaient pas fait attendre, Nommé, le 4° janvier 4852, bénéficier et pénitencier de la cathédrale, il en devint, le 20 janvier 4853, le pre- mier prédicateur, et en cette qualité fit les prédications du dimanche jusqu’à Pâques 4858. A celle époque il se démit de cette fonction pour avoir plus de temps à consacrer à l'étude. Jusque-là il n'avait paru de lui qu'ün seul écrit rédigé en latin sur Clément d'Alezan= dris (1854). Désormais tout entier à l'histoire, il fit paraître en 1861 un travail sur l'Université de Breslau avant la réunion de la Viadrina de Frankfort avec la Leopoldina. Attaqué vivement à ce sujet par les 398 REVUE ANGLO-ROMAINE « ultramontains », il se défendit en publiant la même année une réponse intitulée : Mon écrit à propos du jubilé de l'Université de Bre- lau. Puis nous le voyons donner successivement : Hilaire de Poi- liers, l'Ermitage da Saint-Jérôme (tous deux en 1864), Marlin de Tours (1863), La philosophie de l'histoire dans saint Augustin (1866). Un séjour assez prolongé fait à Rome (1867-1868) aurait, à en croire le D' Schulte, décidé de son atlitude à l'égard du concile du Vatican. En fait, si nous exceptons une étude parue en 4870 sous ce titre: Aristole sur l'art, el qui lui valut de la part de la faculté de philosophie de Leipzig le litre de docteur onoris causa, il devail pendant quelques années ne prendre la plume que pour attaquer la papauté et ses actes. D'abord c'est Le Pape et la Papauté d'après saint Bernard ; puis en automne: de la même année 1870 : Sur l'in- Juillibilité pontificale. Ces écrits el sa présence à la réunion schis- matique de Nuremberg décidèrent le prince-évêque de Breslau, Mgr Fürster, à défendre aux étudiants en Lhéologie de fréquenter ses cours. Privé ainsi d'une grande partie de son influence, il essay: suppléer par sesouvrages et publiusuccessivement six brochures di gées toutes contre le concile du Vatican et l'infaillibilité. Il prit part aux congrès des nouveaux schismatiques de Munich (1870) et de Cologne (1871), assisla à la réunion tenue à Munich vers k Pentecôte 1871, fit en différents endroits de l'Allemagne et de la Suisse jusqu'à vingt-sept conférences sur la raison d'être et le but du mou- vement vieux-catholique, et en 4873 publia encore à Wurzbourg un écrit intitulé : Doctrine de saint Cyprien sur l'unité de l'Église, où il essaie de prouver que l'évèque martyr faisait consister l'unité, non dans l'obéissance au pape, mais dans l'accord de l'évêque avec son troupeau dans la foi et la charité. Tant d'activité le rendit recom- mandable aux yeux du parti. Élu évêque le 4 juin 4873 dans une réunion des vieux-catholiques tenue dans l'église Saint-Pantaléon à Cologne, il fut, le 41 aoûl suivant, sacré à Rotterdam par Heykamp, évêque janséniste de Deventer. Reconnu en celte qualité par le roi de Prusse, les grands-ducs de Bade et de Hesse, il leur prèla ser- ment de fidélité, mais la Bavière ne voulut point le reconnaitre. Pie IX l'excommunia dans une encyclique datée du 24 novembre 4873. Le reste de sa vie n'offre plus rien de bien remarquable. Consacranl les quelques loisirs que lui laissaient ses fonctions à des travaux liltéraires, il publia une série d'évudes et de brochures où apparait comme Loujours son grand lalent d'écrivain. Ainsi : Louise Hensel ses Chants (4871), Amélie de Lasauz (4878), le cardinal Melchior von Die- penbrock (1881), Lessing sur la Tolérance (1883). On a encore de lui plusieurs lettres pastorales et des discours. Il présida quatorze synodes schismatiques, dont le dernier en juin 1895; plus d’une fois L'ÉVÈQUE REINKENS 399

il sy lrouva en désaccord avec d'autres membres, en particulier à propos du célibat ecclésiastique qu'il voulait conserver. En 4895, l'affaiblissement de sa santé l'obligea de prendre un coad- juleur; il le trouva dans la personne de son vicaire général le D' Weber, qui fut sacré à Berne le 4 août. Lui-même mourut cinq mois après, le 4 janvier 4896, à l'âge de soixante-quinze ans environ. Il avait gouverné le schisme des vieux- catholiques pendant vingt-deux ans et demi. Tandis que ses coreligionnaires lui faisaient à Bonn de pompeuses funérailles, des journaux même protestants croyaient pouvoir cons- later qu'il ne laissait pas sa petile église dans une situation très pros- père. Le D' Schulle s'élève naturellement contre ces appréciations ; nous allons donner sa stalistique après avoir exposé brièvement ce qu'il dit sur l'organisation intérieure el la doctrine de son parti.

Dès le 3 juin 4873, la veille même de l'élection de Reinkens, l'assemblée de Cologne avait élu, pour la placer à côté du futur évèque, une représentation synodale (Synodalrepräsentanz) renou- velable tous les deux ans et composée de cinq membres ordi- naires (2ecclésiastiques, 3 laïques!, et de 4 membres extraordinaires @ ecclésiastiques, ? laïques!. La vice-présidence revient à l'élément laïque ; depuis 1873 le D' Schulte a sans interruption occupé ce poste. D'après une ordonnance définitivement arrèlée au premier synode tenu à Bonn le 27 mars 1874, le gouvernement appartient à l'évêque età lareprésentation synodale, mais dans les limites fixées par le droit ecclésiastique et les dispositions établies par l'Ordonnance. Les mesures extraordinaires et qui auraient une importance majeure demeurent réservées au synode. Depuis la réunion de Bonn on a réglé certains autres points importants ;ainsi on a reconnu au synode le droit de suspendre les ecclésiastiques de leurs fonctions. Chaque communauté est placée sous la direction spirituelle de l'évêque et du curé, ce dernier assisté d’un conseil élu par la com- munauté elle-même ; c'est encore la communauté qui élit et à vie sun curé, l'approbation revient à l'évêque, mais en cas de refus de sa part il reste le recours au synode. L'entrelien du clergé est à la charge des communautés; dans le duché de Bade, la Hesse el la Prusse, l'État y contribue en partie. De plus, en 4879, le sixième synode établit une caisse de pen: «l de secours qui, grâce aux modiques contributions levées sur les ecclésiastiques et les communautés et aux dons volontaires, forme aujourd'hui un capital de 30.200 marcs. En 1883, à l'occasion du dixième anniversaire de l'élection épisco- pale, on créa, au moyen de dons volontaires, une caisse épiscopale destinée au soutien des communautés et des ecclésiastiques; elle 400 REVUE ANGLO ROMAINE a un fonds de 35.700 marcs. Enfin au 4°" juin 1887, le synode décida de eonstituer un nouveau capital, afin de pouvoir compléter el d'aug: menter les revenus des prêtres ayant charge d'âmes; ce capilal esl aujourd’hui de 40.500 mares, et déjà 42.128 marcs ont été versés aux ecclésiastiques. L'éducation du clergé vient d'être assurée par la fon- dation d'un séminaire où les étudiants en théologie reçoivent le lo- gement, la nourriture, etc. Au moyen de dons volontaires, on a pu constituer un capital de 146.000 marcs; l'établissement a été reconnu par le roi de Prusse en janvier 1894. Un catéchisme, un manuel pour les écoles supérieures et un rituel ont réglé la doctrine et le culte. Outre l'infaillibilité pontificale, ona rejeté encore l'Immaculée Conception ‘. La langue allemande est en usage pour toutes les fonctions litur- giques. Pour la messe, liberté ayant été accordée ‘par le synode, la langue allemande est en usage dans toutes les communautés, à une seule exception près. La confession auriculaire n'est pas d'obligation; on a supprimé les indulgences; quant aux empêchements matrimo- niaux, on n'a reconnu que ceux fixés par la loi de l'empire du 6 fé- vrier 1878; exception faile pour le mariage entre chrétien et non chrélien et celui d'une personne divorcée du vivant de l'autre conjoint. La discipline qui révit le clergé a été fixée par un statut du 44 juin 4878 ; autant que possible on s’en est tenu à la procédure allemande. La même année 1878, on supprima la loi du célibal?.

Venons-en maintenant à la statistique où le D' Schulte expose la situation de son église en 4874, lors du premier synode, et celle d'au- jourd'hui. La Prusse complait, lors du premier synode, 34 groupes schis- matiques ou communautés; aujourd'hui il y ena 36. Le nombre de communautés ayant une église en propre est de 5. Trois communautés possèdent des presbytères, 2 ont des écoles. En 4874, il n'existait aucune paroisse érigée par l'Église et l'État: aujourd'hui il en existe 14. Le grand-duché da Bade n'avait en 1874 que 31 communautés; il |, en a aujourd'hui 37, dont 22 formellement reconnues par l'Étal. | Deux communautés ont bâti des églises; en 12 endroits les vieur- catholiques possèdent des bénéfices, dont 10 avec une résidence. | La Bavière complait en 1874 plusieurs groupes de vieux-calho- liques; mais bien peu d'entre eux purent s'organiser au point de vue ecclésiastique. Depuis les dispositions prises par le gouvernement en 4890, il y a eu un arrêt; néanmoins ils ont pu se fortifier intérieu- 1 Voyez dans le Kirchenleziton de Hergenrother et Kaulen (an met Altkatholiken) les concessions faites au point de vuo dogmatique et disciplinsirs aux confessions protestantes ct au schisme grec.

| RUE ANULO-ROMAME — 7, 11. — 26 ne.

                        CHRONIQUE

Rome. — On est toujours dans l'attente de la décision qui sera prise au sujet des conclusions de la Commission d'étude sur les Ordinations anglicanes; la question étant de savoir si l'examen de ces conclusions sera confié à la S. Congrégation du Saint-Offce où à une Commission spéciale de cardinaux. Dans cette situation, on trouvera naturel que nous nous abstenions de toute conjecture.

Mgr Grimardias. — Nous avons le vif regret d'apprendre la mortde Mgr Grimardias, évêque de Cahors, qui était, aprèsMgr Daberl, évèque de Périgueux. et Mgr Bécel, évêque de Vannes, l'un des doyens de l'épiscopat français. Mgr Grimardias était né à Maringues (Puy-de-Dôme), le 49 sep tembre 1843. Il fit sesétudes chez les RR. PP. Jésuites et futordonni prêtre en 4837. Il était curé archiprêtre de la cathédrale el vicaire général du diocèse à Clermont-Ferrand, quand il fut appelé à l'évêché de Cahors, le 31 décembre 4865. Il fut préconisé dans le consistoire du 24 juin 1866 el sacré le 6 août suivant. Mgr Grimardias était un homme d'une piété très vive, d'une Lrès grande bonté et d'un zèle ardent pour les œuvres qui lui fit res- taurer el développer l'antique pélerinage de Notre-Dame de Rocamadour. Nos lecteurs n'ont pas oublié la belle leltre que Mgr l'évêque d' Cahors écrivait à M. Portal, au mois de décembre dernier, et les précieux encouragements qu'il avait donnés à notre œuvre.

Le Congrès de la Jeunesse catholique à Reims. — Au congrès de la jeunesse catholique qui s'est tenu dernièrementà Reims, les vœux suivants ont été émis au point de vue de l'action sociale des catholique: PATRONAGES. — 1° Au poiné de vus de la formation intellectuelle : — Que dans toutes les œuvres qui le peuvent, l'on crée et l'on étende les cours du soir en s'appliquant à ce que leur enseignement soit plus pratique que théorique; — Que l'on institue des concours avec prix, entre les patronné d'une même grande ville ou d'une même région; — Que l'on fasse aux apprentis des visites industrielles. 2 Au point de vue professionnel :— Que dans les œuvres nombreuses un sectionne les apprentis et jeunes ouvriers eu confréries d' méliers; Que l'on institue des cours professionnels partout où cela esl possible; L___nttf

                                  CHRONIQUE                               403

  — Que l'on organise dans tous les diocèses des expositions avec
jury elrécompenses pour les chefs-d'œuvre des patronnés.
   ConFÉRENCES POPULAIRES. — Le congrès émet le vœu que les jeunes
gens débutent de bonne heure par des conférences sur des sujets qui
leur seraient familiers; qu'ils se préparent, par l'étude des questions
économiques, à traiter avec autorité el compétence ces sujets essen-
liels pour la classe ouvrière.
  Paësse, — Le congrès émet le vœu : 4° que l'activité de ln jeunesse
catholique qui désire se former aux luttes de la presse par l'étude,
se lourne de préférence vers les nombreuses revues el journaux
spéciaux déjà existants, et qu'après sa formation la jeunesse catho-
lique s'applique surtout à apporter son concours à la grande presse;
  9 Que les journaux soient plus largement ouverts aux jeuues et
que ceux-ci envoient davantage d'articles.
   LiRERTÉS CATROLIQUES. — 4° Le congrès invite les jeunes gens catho-
liques à participer au mouvement jusfice-égatité el à seconder de leurs
eflurts les comités ouvriers qui s'en occupent, là où     ils existent.
  2° Il émet le vœu qu'il se forme de nouveaux comités justice-égalité
là où il n'y    en a pas, el invile les jeunes gens à prendre l'initiative
de ces groupements
  Que des pétitions soient adressées aux conseils municipaux dans
le but de répartir également
                          les subventions communales aux enfants
de toutes les écoles sans distinction ;
  3 Qu'il      s'organise dans Loutes les parsisses de France, le jour de
la Fête-Dieu, une procession générale dans les rues ou une manifes-
lation religieuse ;
  £ Qu'il se forme dans les principales villes de France des comités
spéciaux de jeunes gens, sous le nom de comités d'action, comités
qui auront pour but de revendiquer entre        les écoles laïques et les
écoles libres l'égalité l'égalité des religieux devant l'impôt, la liberté
des processions. l'égalité des pauvres devant les commissions admi-
nistratives des bureaux de bienfaisance ;
    Que la jeunesse prenne la part ln plus active aux périodes élec-
trales pour lutter avec la dernière énergie contre l'esprit franc-
maçon et jui
   MOUVEMENT MAGONNIQUE. — Le congrès émet les vœux suivants :
   1° Que les journaux catholiques publient, avec preuves à l'appui,
                                                                   la
liste complète des juifs et francs-maçons résidant dans leurs régions
respectives ;

| # Que des conférences soient organisées dans les villes et les fampagnes sur le role politique et social des juifs el des francs- maçons ;

  3° Que les catholiques, en particulier les élablissements religieux,
Wabstiennent de s'adresser à des fournisseurs maçons ou juifs;
  4° En vue de la cause catholique, il recommande l'organisation
 rfessionnelle aux industriels el commerçants.

LIVRES ET REVUES

                         LE CORRESPONDANT

Dansle numéro du Correspondant du 25 mai, M. le vicomte de Meaux publie sous ce titre, Le comte de Montalembert sous l'Empire, une étude d'un haut intérêt sur la situation etles aspirations du parti catho- lique pendant la période du second empire. Nous en détachons les passages suivants :

Les hommes publics qu le régime impérial mettait ou laissait de eüté donnèrent un grand exemple et rendirent un rare service: ils restèrent debout et ils travaillèrent; dans un pays où la vie politique était éteinte, ils concoururent à perpétuer la vie intellectuelle. Guizot consacra sa vieil lesse à retracer sa carrière parlementaire, à rendre raison de sa foi reli- gieuse. Cousin, qui avait grandi à côté de lui à la Sorbonne, ne revint pas à la philosophie, mais il se donna à l'histoire. Villemain resta fidèle aux lettres. Dans le même temps, Thiers poursuivait sans se lasser les annales du premier empire, en décrivant avec la même abondance d'informations avec la même vivacité de couleurs, les triomphes et les revers. Tocqueville considérait l'ancien régime et recherchait comment la Révolution en est sortie. Falloux, retiré aux champs, ne se contentait pas d'appliquer au pro grès agricole l'art de gouverner qu'il ne pouvait plus déployer ailleurs héritier des papiers de Mme Swetchine, il en tirait des pages exquises #1 précieuses aux âmes méditatives. Berryer, Dufaure, Jules Favre, privés de la tribune, rapportaient au barreau leur éloquence. Enfin un octogt- naire, le chancelier Pasquier, qui n'avait pas tardé à juger sévèrement le gouvernement nouveau, rassemblait autour de lui les témoins des régimes disparus, et lui-même mettait la dernière main à ses Mémoires, témoi- guage rendu à tout un siècle. Il n'y eut que les généraux d'Afrique quin trouvérent pas de métier à exercer au retour de leur exil, et, tandis que leurs compagnons d'armes, leurs cadets, gagnaient des batailles, restèrent condamnés à l'oisiveté ; encore La Moricière était-il destiné à couronnerst carrière par une défaite plus héroïque que tous ses exploits, et Changarair® à reparaitre au milieu de nos désastres, toujours ardent, fier et vaillant Dans cette pléiade des disgraciés et des vaincus, dans ce concert des vois libres, M. de Montalembert devait prendre place : il n’y manqua pas. À peine remis de la secousse du coup d'Etat, il écrivit son livre : Des Intéréls catholiques au xix® siécle. Au terme de sa carrière oratoire, sur le seuil de sa retraite, ce livre est, en ce qui le concerne, une sorte de testament pol

                                UNIVERSITY OF MICHIGAN

LIVRES ET REVUES 405 tique, en ce qui concerne l'Eglise, la conclusion d'un demi-siècle de son histoire marqué par une renaissance religieuse en Europe. Cefut M. Foisset qui décida l'auteur à publier cet écrit, et peut-être est- cicile lieu d'indiquer quelle part eut aux travaux de M. de Montalembert ce conseiller fidèle, que nous avohs déjà nommé plus d'une fois. Longtemps simplejuge d'instruction dans un modeste tribunal de Bourgogne, à Beaune, appelé, grâce au crédit de Montalembert, en 4850, à la Cour de Dijon, et n'ayant jamais quitté sa province, M. Foisset entretenait commerce avec les catholiques les plus considérables de son époque, prêtres ou laïques, et rmi eux faisait autorité. Austère et laborieux comme les magistrats de vieille roche, versé comme eux dans la connaissance des lettres classiques aussi bien que de l'histoire et du droit ecclésiastiques, mais fort éloigné de leurs opinions gallicanes, il avait l'œil ouvert sur tous les débats religieux deson temps. À l'école de droit de Dijon, il s'était lié avec Lacordaire avant que Lacordaire fût chrétien, l'avait discrètement incliné à le devenir et, depuis lors, l'ayant suivi d'un regard attentif, parfois inquiet et toujours tendre, à toutes les étapes de sa brillante et édifiante carrière, il était des- tiné à lui survivre pour être son historien. Les relations de M. Foisset avec M.de Montalembert avaient commencé plus tard. En 1837, à la suggestion de son ami Lacordaire, le magistrat chrétien avait écrit au jeune pair de France pour faire parvenir jusqu'au roi Louis-Philippe les doléances du diocèse de Dijon, qu'affligeait alors une mauvaise administration épisco- pale, et pour solliciter à ce sujet l'entente du gouvernement francais avec la cour de Rome. L'année suivante, M. de Montalembert, qui songenit déjà à écrire la vie de saint Bernard, vint chercher à la campagne M. loisset pour visiter âvec lui, dans le voisinage, les ruines de Citeaux ou plutôt la place où s'était élevé le monastère (car les ruines mêmes avaient péri), et, à partir de cette première entrevue, il s'accoutuma à le consulter. Vers la fin de 4843, lorsqu'il ouvrit la campagne pour la liberté d'ensei- gnement, en lançant de Madère un appel aux catholiques, il ft adresser à M. Foisset les épreuves de sa brochure, et les ayant reçues, dans l'ile loin taie, chargées de remarques et de corrections : « Je n'aurais Jamais 086 m'attendre, » écrivit-il aussitôt, « à cette sollicitude affoctueuse et minu- tieuse qui porte à chaque mot la trace d'un attachement en quelque sorte maternel... Savez-vous la tentation à laquelle vous m'exposez par tant de dévouement et de complaisance? A celle de ne rien publier sans vous le soumettre d'avance. Ce serait,à coup sûr, vous condamner à une bien rude corvéet.» M.de Montalembert céda à la « tentation », et M. Foisset ne refusa pas « la corvée ». Tout ce qui est sorti, depuis ce moment, de la plume de

M. de Montalembert a passé, avant de paraitre, sous les yeux de M. Foisset; l'auteur n'a pas toujours suivi les conseils du critique, mais il n'a jamais manqué de les rechercher. L'écrit sur le Devoir des satholiques, qui avait inauguré les grandes conquêtes, avait été corrigé par le juge de Beaune; l'écrit sur les Intéréts catholiques, qui en a marqué le terme, a vu le jour à l'instigation du conseiller de Dijon. Je lis dans le carnet de M. de Monta- lembert, à la date du 48 octobre 1832 : « Une lettre de Fosse, à qui j'avais

1 Madèro, 41 novembre 1843. È
* 406 REVUE ANGLO-ROMAINE

remis le soin de décider, met un terme, non à mes inquiétudes, maisà mes hésitations. Il est tout à fait pour la publication, il dit que ce sera surtout un acte, une protestation, que l'opportunité est là : Tempus loguendi, mais ajoute que je dois me résigner à un insuccès complet. À six heures, j'ex- pédie à Lecoffre! l'ordre de publier. » Le livre des Intérêts catholiques, en effet, au moment où il parut, semblait mal répondre au sentiment général. L'impuissance des assemblées délibé- rantes à fixer l'avenir avait lassé la France, elle cherchait le repos sous un maitre. Moins que tout autre, M. de Montalembert méconnaissait cet fatigue et ce besoin publics. « A titre d'épreuve utile, de châtiment mériti, comme régime provisoire, comme remède temporaire, » il acceptait la dic- tature, et comment ne l'aurait-il pas acceptée alors, sitôt après en avoir sanctionné l'avènement ? Mais il ne consentait pas « à prendre l'hôpital pour la terre promise ni la diète du malade pour la nourriture de la santé ». Or, c'est le propre de l'esprit français d'imaginer des théories pour justifier ses penchants sou- vent contradictoires et d'ériger les expédients en système. Le pouvoir absolu était donc proclamé et préconisé comme définitif; le régime parle- mentaire décrié, la liberté politique reniée. Dans ce dégoût des institutions où la France avait longtemps mis son honneur, dans cet abandon de la chose publique à un seul homme, il ÿ avait de quoi soulever les âmes fià inquiéter les esprits prévoyants, et quand c'étaient des catholiques acert- dités qui embrassaient de tels sentiments, qui professaient de telles doc- trines dans l'intérêt de l'Église, leur imprudence paraissait à M. de Monta- lembert égaler leur ingratitude. C'est pourquoi la contradiction qu'il leur opposa, düt-elle être solitaire, fut estimée nécessaire. « On saura, » disail- il, « qu'il y a eu au moins un vieux soldat du catholicisme et de la liberté qui, en 1852, a protesté contre le sacrifice de la liberté à la force sous pri texte de la religion. » C'est alors qu'il énonça en termes formels la pensée qui avait toujour dirigé sa conduite et inspiré sa parole et que nous avons déjà rappelée, à savoir que « la religion a besoin de la liberté; que la liberté a besoin de la religion », et cette maxime, il l'appuya, non sur une thèse doctrinale,mais sur l'expérience : il prit à témoin l'histoire du siècle, parvenu précisément au milieu de son cours. La même plume qui avait dépeint l'épanouissement du catholicisme servi par la féodalité au treizième siècle, représenta là renaissance du catholicisme sauvegardée par la liberté publique dans le dis- neuvième. Des deux tableaux, le premier, sans doute, est plus magnifique; mais le second est plus vivant peut-être, car l'auteur a vécu ce qu'il retrace. Au début de notre âge, il fait voir d'un bout à l'autre de l'Europe en ruine, au sommet de cette Église, le Saint-Siège, abattu et paraissant détruit; puis, à travers l'épreuve, la vieille foi ressuscitant féconde, et bientôt sa fécondité se mesurant chez les divers peuples au développement des institutions libres. Tandis que cette foi languit encore dans les pays le plus longtemps fermés à la contradiction des doctrines et aux débats poli- tiques: en Espagne et en Italie, il montre les catholiques, en Angleterre.

1 Editeur de M. de Montalembert. LIVRES ET REVUES 407

émancipés par le Parlement, à la voix d'un tribun chrétien, O'Connel; en Belgique, s'affranchissaut eux-mêmes et affranchissant leur patrie ; en Allemagne, réveillés d'un sommeil qui durait depuis la guerre de Trente ans et qui prend fin après que leur nation a revendiqué contre Napoléon son indépendance, quand l'archevéque de Cologne et l'archevèque de Posen résistent au gouvernement prussien, quand les simples fidèles s'associent pour se défendre ; il salue enfin la Papauté relevée et, dans le déclin dex puissances humaines, portant plus haut que jamais son autorité, Au centre du tableau, ses regards se fixent sur la France. Là, il a devant lui: sur le seuil des carrières libérales, une jeunesse ramenée aux croyances et aux pratiques chrétiennes; au sommet de la nation, les maitres de la pensée et de la parole professant ouvertement ou tout au moins respectant sincè- rement la religion ; les œuvres laïques de charité et d'apostolat, la société de Saint-Vincent de Paul et la société de la Propagation de la Foi floris- santes: les ordres religieux restaurés et multipliés; la liberté d'enseigne- ment reconquise et mise à profit par l'Eglise. Voilà pourtant, au milieu du siècle, quel spectacle offrait la France. Acteur avant d'être témoin, M. de Montalemhert avait le droit de demander sous quel régime, par quels procédés de tels biens avaient été gagnés. Quand done était survenu dans la société cultivée le changement des idées et des mœurs, sinon depuis que l'Eglise n'avait plus d'autre appui que la liberté? Comment avaient été réformées les lois, sinon au moyen des débats parlementaires? En d'autres temps, sans doute, l'indépendance de l'Église avait trouvé d'autres garanties et peut-être meilleures que les institutions représenta- tives. Mais, à l'époque où écrivait M. de Montalembert, à la suite de la Révolution, au sein de la démocratie, qu'avait-on à mettre à leur place, si ce n'est l'omnipotence sans contrôle ou de la foule ou d'un homme ?.. Si M. de Montalembert n'avait eu souci que de lui-même et de sa propre attitude, il aurait pu s'en tenir à ses premiers actes et à ses premiers écrits après l'avènement de l'Empire. Désormais, à travers les épreuves qui menaçaient l'Eglise et la France, sa responsabilité personnelle était déga- gée, l'intégrité de ses opinions remise en lumière. Dès 1852, aussitôt nprès la publication des Intéréts catholiques, Tocqueville lui écrivait: « Votre livre, mon cher Montalembert, m'a soulagé, il m'a rendu un peu d'air et de lumière... C'est un grand acte qui mérite la reconnaissance de ceux qui vous en avaient le plus voulu après le 2 décembre. Cette lettre perdrait son mérite à vos yeux si je n'ajoutais que j'étais de ceux-là. » Mais Tocqueville remarquait en même temps : « Tandis que ceux des ministres de la religion qui se livrent, comme vous le dites si bien, à un maitre qui parait leur vouloir du bien, croient remettre la main sur la foule, les cœurs élevés et droits, les âmes hautes et délicates qui appro- chaïent de toutes parts, s'éloignent, c'est-à-dire que, tandis qu'ils saisissent le corps de la société, l'esprit est près de leur échapper!. » Il y avait là un dommage et un péril que M. de Montalembert voyait aussi nettement que Tocqueville, et dont personne autant que lui ne devait alarmer et souffrir. Bientôt même le mal s'étendit au delà des limites qui

! Paris, {er décembre 1852. 408 REVUE ANGLO-ROMAINE lui paraissaient d'abord assignées, La contagion des passions et des pré- ventions irréligieuses gagna « le corps de la société, la foule ». La presse révolutionnaire dirigea sans contrainte et non sans succès contre l'Église les coups dont une discipline rigoureuse garantissait l'autorité temporelle. Rendue suspecte aux amis de la liberté par la confiance soudaine de ses défenseurs dans le pouvoir absolu, la religion perdit en outre la popularité qu'elle avait un instant retrouvée parmi la classe ouvrière. En de telles conjonctures, une protesjation solitaire ne suffisait pas. Il importait d'ouvrir un abri aux âmes libres qui voulaient rester croyantes, de ménager pour l'avenir un asile aux espérances déçues et aux convictions désertées. L'école opposée à M. de Montalembert avait un journal qui parlait haut et se faisait entendre au loin, l'Univers. M. de Montalembert trouva un refuge dans une Revue déjà vieille, et que son souffle ranima, le Correspondant.

L'origine du Correspondant remontait à la fin de la Restauration. En 1828, au moment où le parti libéral arrachait au gouvernement du roi Charles X les ordonnances qui bannissaient les Jésuites de leurs collèges et leur interdisaient l'enseignement, MM. de Carné, de Casalès et quelques autres jeunes hommes (mon père, il me sera permis de le rappeler ici, était l'un d'entre eux), avaient fondé cette Revue pour revendiquer, au profit de l'Église, « la liberté civile et religieuse. » M. de Montalembert, à son début, avant de s'enrôler dans la rédaction de l'Avenir, lui avait donné quatre où cinq articles. Quelques années après la révolution de Juillet, la publication du Correspondant avait été shspendue. En 4844, grâce à la munificence de plusieurs catholiques considérables, le marquis de Vogüé, le marquis de Saint-Seine, il avait reparu sous la direction d'un savant homme, Charles Lenormant, ramené au catholicisme par l'étude de l'histoire et qui avait eu à cœur de combattre pour sa foi aussitôt après l'avoir embrassée. Dans la grande campagne engagée à cette époque pour la cause de l'Église, le Correspondant avait figuré avec honneur et, depuis lors, il avait subsi sans faire grand bruit, mais sans se départir, au service de la foi du res- pect de la raison, au service de l'Église du respect et de la liberté. En 4853, M. de Montalembert vint s'installer dans cette Revue, et les meil- leurs parmi ses compagnons d'armes, depuis Foisset jusqu'à Fallour. ne manquèrent pas de l'y rejoindre. Les deux prêtres qui l'avaient successive- ment soutenu dans sa vie militante, Lacordaire et Dupanloup, encore que plus d'un dissentiment les séparût l'un de l'autre, s'accordérent à bénir l'entreprise et lui prôtèrent soit leur concours, soit leurs conseils. Deur hommes nouveaux dans l'armée catholique, le prince Albert de Broglie et Augustin Cochin se rangèrent à côté de M. de Montalembert et fra là leurs premiers exploits : le prince de Broglie, issu d'une race que l'ancien régime avait rendue illustre, mais qui, à partir de 17. se sentait appelée à une vie et à une renommée nouvelles; Augustin Cochin, héritier des traditions et des instincts séculaires de la bourgeoisie parisienne, dont cette même date de 4789 marquait le triomphe. Rappro- chés au Correspondant et, depuis lors, étroitement liés ensemble,ils étaient l'un el l'autre, les brillantes prémices d'une génération condamnée à lan- guir sous le régime impérial, et plus tard brisée quand elle commençaità paraître et agir. LIVRES ET REVUES 409

Dès 4853, M. de Montalembert avait apprécié le prince de Broglie. « J'éprouve, » notait-il alors, « une vive émotion et admiration en lisant le kel article d'Albert de Broglie contre la révoltante polémique de l'Univers en faveur de la révocation de l'édit de Nantes. Cet article constate à la fois letalent supérieur et le sentiment profondément catholique de ce jeune et redoutable athlète de la bonne cause!. » Deux ans plus tard, il avait donc mis le plus grand prix à l'associer à son œuvre. Quant à Cochin, c'était par-dessus tout la charité (ses ouvrages comme sa vie l'attestent) qui l'avait attaché à la foi. Aux pauvres, il prodiguait sans se lasser le meilleur de ses ressources et de son labeur; à ses amis, il prétait sans compter le meilleur de son talent, jamais mieux inspiré que lorsqu'il travaillait pour autrui. Aussi ne le connait-on que d'une façon bien insuffisante, quand on a lu seulement les livres qui portent son nom. En mainte occasion, il a suggéré à l'évêque d'Orléans les paroles qu'a pro- noncées celui-ci, les écrits qu'il a signés, en y jetant, çà et là, quelques traits, quelques accents qui lui étaient propres. M. de Montalembert lui- même, qui pourtant regimbait à s'approprier le travail d'autrui, a quelque- fois eu recours à cette plume facile et dévouée quand, déjà malade, il était pressé par ses amis de paraître encore à leur tête. Mais c'est surtout dans sa correspondance qu'excellait Cochin. C'est là qu'on verra, quand elle pourra paraitre, l'esprit le plus prompt et le plus souple mis constamment au service de l'amitié, de la bienfaisance et de la vérité. Enfin, autour de pareils chefs s'enrôlaient et s'exercaient quelques soldats plus soucieux de servir une cause que de s'ouvrir une carrière; et parmi eux, au premier rang, se signalait Léopold de Gaillard, qui avait déjà fait ses preuves dans le journal l'Assemblée nationale et devait plus tard diriger le Correspondant méme. A la tête de cette milice, la principale tâche de M. de Montalembert con- sistait à établir l'accord, à susciter l'ardeur. Des hommes partis de camps différents s'étonnaient, en se rencontrant près de lui, de penser et de sentir de même. En rendant largement justice et honneur aux antécédents de chacun, il les affermissait dans une confiance réciproque, il les disposait à une action commune dont aurait pu profiter l'avenir. Dans une période de silence et de sommeil, les jeunes gens étaient exposés à s'engourdir et à s'af- faisser. Son accueil les relevait à leurs propres yeux et les réchaufait; il leur tenait compte du moindre effort, volontiers il leur pardonnait tout, excepté la paresse et la peur. Ceux dont la jeunesse commençait alors sont vieux maintenant, ct plus d'un, à travers des mécomptes répétés, a con- servé, au fond de lui-même, quelque reste de la flamme allumée par M. de Montalembert. Quant à lui et sur les questions débattues avec l'école opposée, il n'avait pas attendu pour s'expliquer que le Correspondant, relevé par ses soins, lui offrit une tribune : il avait dit, nous l'avons vu, ce qu'il avait à dire, dans son livre des Intéréls catholiques, ct, depuis lors, il n'a guère fait que le redire : d'abord dans ses discours au congrès de Malines, ensuite dans un dernier écrit : Au congrès de Malines,

4 Carnet, 1853, 26 novembre. #10 RÉVUE ANGLO-ROMAINE

Ja dernière fois qu'il ait parlé en public, il a employé un langage plus on toire et, par conséquent, plus saisissant, mais auxsi moins mesuré, peul- être, et moins attaquable. Dans l'étude inachevée qu'il a intitulée Espae et liberté, parce qu'elle débute par le compte de ce qu'a coùté à la catho- lique Espagne le pouvoir absolu, dans ces pages tracées d’une main fiévreuse et mourante, à travers les tortures d'un mal implacable, il à laissé échapper l'amertume qu'il ressentait de certaines ingratitudes et de certaines palinodies. Mais, au fond, depuis qu'avait commencé pour l'Église et pour la France une autre êre que celle qu'il avait appelée, ses préfé. rences et ses répugnances, «es regrets et ses alarmes ne variaient plus, et si je ne me trompe, c'est dans le premier ouvrage où il les a consignés, c'est dans ce livre que j'ai cru pouvoir nommer son testament qu'on en trouve la plus nette et la plus fidèle expression. Au Correspondant, les sentiments qui remplissaient son âme débordaient sans doute à chaque page qu'il publiait. Toutefois, il se tournait de préft- rence vers les spectacles qui l'éloignaient d'une époque et d'un pays où il se sentait las de vivre. Tantôt, il rendait témoignage aux grands morts dont il avait suivi la carrière avec admiration, avec amour et dont il enviaitla tombe : au-dessus de tous les autres a Lacordaire, puis à deux héros des causes vaincues, au champion de la Pologne opprimée, Ladislas Zamoyski; au défenseur de la Papauté dépouillée, le général La Moricière. Tant, suivant une inclination qui datait de sa jeunesse, il considérait les peuples étrangers ; sans perdre de vue ses anciennes amies, la Pologne ct la Bel- gique, après l'Angleterre, il regardait les États-Unis, Ayant d'abord exa- miné comment l'aristocratie britannique s'était transformée sans se bri- ser, il observait ensuite comment la démocratie américaine parvenait à se débarrasser de la plaie de l'esclavage, en sauvegardant, à travers la guerre civile, l'unité nationale; il montrait les deux branches de la race anglo- saxonne rendues puissantes et prospères par la liberté. Ainsi le Correspondant, à travers la diversité des sujets qu'il abordait et des écrivains qu’il rassemblait, formait une école, ayant sa tendance et sa physionomie propres, Du naufrage de l'Avenir cette école avait recueilli ce qui méritait d'être sauvé. Entre la société moderne et l'Église, elle recher- chait non ce qui sépare, mais ce qui rapproche, Elle ne méconnaissait pas, en ce siècle comme en tout autre, des penchants corrupteurs et corrompus, irréconciliables avec le christianisme; mais à travers l'incertitude des es- prits, le trouble des âmes, la mobilité des institutions et des lois, elle cernait des dispositions en quelque sorte naturellement chrétiennes ou proches de le devenir, et ces dispositions elle travaillait à les développer en les ménageant. S'il lui est arrivé, dans cet effort de conciliation, de dé- passer, cà et là, les justes bornes, il n'est pas moins vrai qu'aussi long- temps que cette école avait prévalu parmi les champions de la foi, il s'est manifesté dans la philosophie, dans la politique et dans les lettres un re- tour, tantôt prononcé, tantôt indécis, mais incontestable vers la religion. Plus tard, ce mouvement s'est arrêté, l'esprit public a pris un cours con- traire. Un tel changement devait aflliger des catholiques; il leur était per mis d'en rechercher la cause, C'est à quoi s'appliquait le Correspondant. 11 ne faut pas le dissimuler cependant, les opinions que cette Revue LIVRES ET REVUES ELLE

professait en matière politique, sans encourir la condamnation, n'obte- maient point alors la faveur du Vatican. Au début de son règne, Pie IX ait voulu émanciper son peuple et l'Italie. A son généreux dessein avait répondu la plus noire ingratitude : des libertés accordées par lui la Révo- Iution s'était aussitôt servie pour le renverser, et même depuis qu'il était rétabli sur le trône, à la porte de Rome, la monarchie piémontaise em- ployait à battre en brèche le pouvoir pontifical la force qu'elle tirait des institutions représentatives. Il était naturel que le Saint-Père tint pour suspectes ces institutions et les disputes qu'elles comportent. Les catho- liques qui persistaient à les regretter, à les désirer en France perdirent au- prés de lui le crédit qu'ils avaient eu préeédemment. L'esprit moderne lui inspira une méfiance dont il ne se départit plus: il l'étendit jusqu'aux hommes qui, dans l'espoir d'améliorer cet esprit, ne le répudiaient pas et r des ressources pour la défense de la juetice et iège contrista M. de Montalem- bert et ses amis, les froissa quelquefois, m de sa cause, Acette cause ils consacrèrent en France, précisément, les armes qui étaient tournées contre elle en Italie, la presse et le peu de liberté qui, par- mi nous, lui restait encore, la tribune, quand elle fut rétablie. Chose digne de remarque : durant cette période, séparée de nous par des catastrophes et maintenant bien oubliée, une majorité parlementaire a rétabli le pouvoir temporel du Pape; l'Empire en a préparé la ruine. Et sous l'Empire, les anciens chefs du Parlement ont été les derniers à le défendre, soit qu'ils eussent à cœur l'indépendance de l'Église, soit qu'ils redoutassent l'unité italienne, présage prochain de l'unité allemande. Réduits à l'impuissance en tout autre débat, dans celui-ci les consciences catholiques faisant écho à leur parole, ils sont intervenus avec quelque efficacité ; ilsn'ont pas sauvé le pouvoir temporel, mais ils l'ont prolongé. Lorsqu'après un long ostra- cisme, Thiers et Berryer remontérent à la tribune relevée, ce furent eux qui arrachèrent au ministre de l'empereur les dernières assurances favo- rables au Saint-Siège. M. de Montalembert n'était pas alors avec eux; l'arène qui se rouvrait pour ses émules lui restait fermée, Mais il n'avait pas attendu jusque-là pour continuer l'effort jadis triomphant qu'il avait fait, lui aussi, du haut de la tribune : ne pouvant plus parler, il avait écrit. En dépit des obstacles et des entraves de toute sorte, de concert avec ses compagnons d'armes, dans le Correspondant, il avait démasqué le complot ourdi contre le Saint- ge. Sa plume brûlante avait stigmatisé les principaux complices! Pal- merston en Angleterre, Cavour au delà des Alpes; enfin celui sans le con- cours duquel rien ne pouvait se consommer, le maître même de la France n'était pas resté hors d'atteinte. Le cri d'alarme poussé dans le Correspondant et ailleurs réveilla les catholiques en les désabusant; Napoléon III se vit forcé de suspendre, tout au moins de ralentir ses menées souterraines; tout miné qu’il était, le pouvoir temporel dura vingt ans de plus. Vingt années qui n'ont pas été perdues : la Papauté les a mises à profit pour rassembler l'Eglise autour d'elle, affermir son autorité spirituelle, la rendre partout présente ‘M2 REVUE ANGLO-ROMAINE et capable de survivre intacte, incontesté, à l'écroulement de tout appui matériel. La résistance opposée aux ennemis du Saint-Siège n'a done pas été vaine encore qu'elle n'ait point paru victorieuse. Aussi bien, en la sou- tenant, M. de Montalembert, selon sa coutume, avait prévu la défaite, rt cette perspective, loin de le faire reculer, l'avait attiré. « Il se peut bien qu'il périsse », écrivait-il dès 1859, « ce vieil et saint édifice qui a résisté depuis onze siècles à tant d'orages; il se peut que le principat sacré aille rejoindre dans une ruine commune tout le vieux droit de l'Europe si opi- niâtrément attaqué et si maladroitement défendu. Nul d'entre nous ne lie indissolublement l'existence de la Papauté à celle du principat tempo- rel. Quoi qu'il arrive, elle survivra et avec elle notre foi et notre flial amour. La Providence saura bien trouver d'autres moyens pour que son indéfectible mission soit accompli

                            Fala viam invenient.

« Mais aussi, si l'on détruit cette condition si ancienne, si utile et si lgi- time de la suprême autorité spirituelle, si les souverains et les révolution- naires se mettent d'accord, les uns pour l'ébranler, les autres pour la ren verser, nous aurons toujours le droit de dire, jusque dans la postérité la plus reeulée, qu'ils ont mal fait. « ... Ce sera un mauvaisbut, atteint par de mauvais moyens... « ... Mille voix dans l'Eglise et dans l'histoire répéteront le Non licet de l'Évangile. Entendez-vous: Non licet?....Cela n'a pas empèché Hérode de faire ce qui lui a semblé bon: mais, après tout, qui voudrait avoir été Hérode? Cela n'a pas empêché Pilate de laisser triompher les passions d'un peuple aveugle et coupable, sauf à s'en laver les mains. Mais qui donc voudrait être le Pilate de la Papauté? » — Vie DE MEAUX.

A propos du vingl-cinquième anniversaire de la Commune, M.Jules Simon publie, dans le même numéro du Correspondant, sur le P. La- cordaire et le P. Captier, quelques pages de souvenirs très inléres- sants et d'une touchante éloquence, dont nos lecteurs nous sauront gré de leur faire connaitre les extraits suivants:

A l'époque de mou séjour à Juilly, le P. Captier n'était rien ; il n'existait encore que pour ses maîtres et ses condisciples d'Oullins. Ce n'était pas un de ces enfants qui, par leur talent ou leur conduite, font présager une grande destinée. Tout était ordinaire en lui : sa famille, chrétienne, hono- rable, sans fortune, ni éclat d'aucune sorte; son extérieur, qui n'était par- ticulièrement remarquable ni par la force ni par la grâce; ses aptitudes. plutôt modestes qu'étendues, et qui avaient besoin d'être soutenues par un travail opiniâtre. Lacordaire, qui était l'apôtre du tiers ordre de Saint- Dominique, le choisit pour son disciple préféré, parce qu'il reconnut en li l'homme de bonne volonté qui pourrait tout sur les autres parce qu'il pot: vait tout sur lui-même. On peut dire que le jeune Captier se fit tout sul sous l'wil puissant et affectueux de Lacordaire. Sa famille fit à sa vocation LIVRES £T REVUES 43

wut juste assez d'opposition pour que la sincérité et la force en fussent constatées. 11 sentit les joies de la mission acceptée et n'eut pas même l'idée d'un sacrifice accompli. Le travail persévérant et l'attention inces- sante de se gouverner, de se perfectionner, avaient transformé l'enfant vulgaire, et quelque peu âpre et sauvage, en un jeune religieux attaché à tous ses devoirs, dont l'intelligence avait été fécondée et comme redou- blée par le travail, et qui avait senti dans tout son être la chaude et vivi- fiante influence d'un grand homme, Il ne arda pas à être aimé, considéré, et même, malgré sa jeunesse encore voisine de l'adolescence, vénéré en ce petit monde d'Oullins, de Sorèze et d'Arcueil, qui vivait à l'ombre de Lacordaire.

Je voudrais bien qu'il m'eût été donné d'entendre les discours et les pro- pos de Lacordaire dans une des maisons qu'il gouvernait; quoique je fusse de l'âge de ses disciples et préoccupé par-dessus tout des questions reli- gieuses, j'ai le regret de ne l'avoir pas connu. J'étais un des assidus de ses conférences du collège Stanislas; nous y révions toute la semaine, son éloquence nous enfiévrait, sa doctrine remplissait toutes nos disputes. Le dimanche, à l'heure des vépres, nous remplissions la petite chapelle du collège Stanislas, où il fallait s'empiler une heure d'avance; c'était une salle oblongue, entourée d'une galerie, qui aurait pu paéser pour une salle de cours aussi bien que pour une chapelle, sans un petit autel qu'on dissi- mulait, ce jour-là, sous quelques étofes, afin de ne pas perdre un pouce de l'espace disponible. A deux heures, une petite porte s'entr'ouvrait à té de l'autel; un homme encore jeune, amaigri peut-être par les austé- rités, mais plus encore par la passion qui le dévorait et qui transpercait en traits de feu sur son visage, se glissait dans la foule qui s'écartait respec- tueusement devant lui et tombait à genoux au pied de l'autel où il priait tout bas assez longtemps. Tout à coup, il nous apparaissait dans la chaire, entouré, coudoyé par la foule qui envahissait l'escalier : « Messieurs... » Il n'avait pas encore gagné ni livré la bataille du costume de saint Domi- nique; il était en soutane noire, sans surplis, semblable à un conférencier plus qu'à un orateur. Ses premiers mots étaient à la fois si simples et empreints d'une cordialité si douce, qu'on se sentait en conversation fami- lière avec un ami. Même il avait de ces libertés d'expression qu’un pro- fesseur aurait hésité à se permettre et qu'il rendait possibles et même agréables, à force de naturel et de bonhomie. Peu à peu, sans s'apercevoir de la transition, sans s'en douter, on se sentait en commerce avec les idées les plus hautes et les questions les plus arducs. Tantôt les problèmes s'accumulaient comme s'ils avaient voulu accabler l'esprit de leur nombre at de leur grandeur: tantôt ils se déployaient en lignes bien ordonnées, se prétant réciproquement leur lumière et s'éclairant les uns par les autres. La terre s'éloignait:'les passions humaines s’apaisaient; le ciel s'entr'ou- vrait. On entendait tour à tour les accents émus d'un ange consolateur et la voix tonnante d'un prophète. Ce n'était rien pour lui de descendre de <es hauteurs et de côtoyer de nouveau les âmes, tant il était maitre de son auditoire; jamais la parole humaine ne poussa plus loïa son éblouissante et émouvante merveille. On écoutait encore quand il avait disparu de la chapelle; on en avait pour des jours et des semaines à penser, raconter; Ms REVUE ANGLO—ROMAINE

dans quelques âmes privilégiées, il y en avait, sans doute, pour toute la vie. 5 J'avais fait partie pendant toute une année des nombreuses députations d'inconnus qui tantôt allaient demander à Lacordaire de transporter le siège de son action à Notre-Dame, et tantôt allaient supplier l'archevêque de consentir à cette transformation. L'archevèque résista longtemps; j'ai compris, mais bien tard, cette résistance. Entre l'éclat d'un triomphe et la magique influence d'une école, il préférait l'école. Nous eûmes le triomphe. l'école disparut; les conférences de Notre-Dame continuérent, longtemps après Lacordaire, d'être de grandes fêtes parisiennes; mais un esprit nou- veau, une jeunesse nouvelle, peut-être une grande transformation sociale, auraient pu sortir des conférences de Stanislas. La santé du maître s'était rapidement altérée dans sa lutte contre ces voûtes immenses. Il se retira, emportant le regret d'une grande espérance perdue et, ne pouvant plus secouer ou transformer la jeunesse, il se renferma dans le travail non moins nécessaire de l'enseignement. Abélard fit place à Gerson; mais le flambeau avait pâli; ni le maitre ni les auditeurs ne parvinrent à s ressaisir. Lacordaire, dans le premier feu de sa jeunesse, avait commencé parla revendication ardente de Ia liberté d'enseignement primaire. Avant d'être l'apôtre de Notre-Dame, il avait été avec Montalembert l'apôtre et le mar- tyr de l'école primaire libre. La liberté avait fait depuis ces temps histo- riques de très grands progrès: mais ce n'était pas encore la liberté. La lutte, quoique générale et ardente, n'était qu'une lutte d'influence entre le clergé et l'Université. Ce n'était pas la grande ambition de refaire la société par l'éducation et l'éducation par la foi et par l'amour. Lacordaire seul s'était élevé à ces hauteurs, tandis qu'autour de lui amis et ennemis étaient engagés dans des luttes stériles de tirailleurs. Ceux qui, aujour- d'hui, consentent à se rappeler une agitation à laquelle l'intervention étourdie de M. Jules Ferry, qui voyait ordinairement plus loin et plus haut, donna pendant plusieurs mois une violence que nos mœurs ne com- portaient plus, ne voient dans la fondation du tiers ordre enseignant des Dominicains que la tentative d'une conquête cléricale, tandis qu'il s'agis- sait au fond pour Lacordaire et ses principaux disciples de faire un pas vers la liberté religieuse par la liberté de l'enseignement. Le P. Captier était le premier de ses disciples par le choix et la dési- gnation du maître, Lacordaire l'avait essayé dans tous les emplois de l'ordre, et deux fois dans celui de prieur d'Arcueil, où ect enfant avait l'au- torité d'un Père. Il n'avait ni la parole passionnée, ni les grandes vues de Lacordaire. Ce n'était pas un remueur d'hommes; il n'aurait jamais eur flammé les foules; mais c'était par excellence l'esprit clair, méthodique. inaccessible aux chimères et aux vaines arguties. Maitre de lui-même par sa fermeté, comprenant les objections de son adversaire, faisant au besoin les concessions qui pouvaient être faites à l'esprit du siècle, et donnant eu même temps à comprendre qu'il n'en ferait pas une au delà: capable de recevoir de grands coups sans se troubler ni se décourager, et donnantà tous l'exemple d'une inébranlable sérénité; commençant par être maitre des siens et finissant infailliblement par être leur ami, tel était, ou plutôt LIVRES ET REVUES M5

tel devint, à force de volonté et de charité, le P. Captier, fondateur de l'école d'Arcueil et créateur, après Lacordaire, du tiers ordre enseignant de Saint-Dominique. Ce serait encore aujourd'hui un spectacle curieux pour ceux qui se rendent compte des détails de la lutte entre la raison et la foi, de voir le P. Captier successivement aux prises avec trois hommes de bonne foi comme lui, aimant la liberté et obligés de la refuser par des raisons qu'ils croyaient d'ordre politique. Ces trois hommes ne sont autres que M. Rou- land, M. Duruy et M. Boudet. J'ai été trop melé à cette lutte pour la men- tionuer incidemment, et, d'ailleurs, ce n'est pas ici le lieu; mais je me suis bien souvent rappelé, à cette époque, ces mémorables paroles de Henri IV, répondant aux députés de l'Université de Paris qui demandaient des mesures répressives contre la prospérité des Jésuites : « Croyez-moi, failes mieux qu'eux, et vous n'aurez pas sujet de les craindre, » Le P, Captier me fit l’honneur de venir me voir à l'époque où je venais de publier ce que j'avais la sottise, ou, si vous voulez un mot plus doux, la maladresse d'appeler la réforme de l'enseignement secondaire. Il me dit qu'il était, en gros et très résolument, pour l'esprit de mes réformes, ce qu'aucun universitaire n'aurait osé me dire, Je n'en fus pas médiocrement flatté. J'ai lu la plupart des discours prononcés par lui à la fête annuelle d'Arcueil et aux conférences chrétiennes du Luxembourg; j'y ai trouvé trois grands caractères : un grand amour de la patrie française, une cons- tante prédominance de l'esprit de famille dans l'éducation, et l'éducation constamment demandée à l'exercice de la liberté. Mais l'avouerai-je? depuis que j'essaye de caractériser en quelques mots la vie du P. Captier, je ne puis échapper à l'obsession de sa mort. Sa mort me cache sa vie. Sa vie est celle d'un homme de grand esprit et de grand cœur, d'un écrivain et d'un orateur de talent, et d'un éducateur de premier ordre. Sa mort est celle d'un héros et d'un martyr, je ne puis ni ne veux la raconter : je ne le puis, car elle ressemble à tous les assassinats: je ne le veux, car, au lieu de contribuer à répandre ces horreurs, je vou- drais au prix de mon sang pouvoir en effacer le souvenir. À Dieu ne plaise que je voie dans les simulacres de tribunal et de procédure de 1793 uneatténuation des crimes de la Terreur; j'y vois un crime de plus, une dérision sacrilège des formes de la justice. Et cependant on disait à celui qu'on allait tuer: Vous êtes accusé de quelque chose, vous êtes ennemi de la République. Mais ici on n'a rien dit : on n'a rieu pu dire; on n'a pas fait semblant d'avoir un prétexte à mettre en avant; on n'a pas dit : Vous êtes ennemis de la République, on savait qu'ils ne l'étaient pas; on n'a pas dit: Vous avez des rapports avec Versailles, on savait qu'ils n'en avaient pas; on n'a pas dit : Vous avez dévoré le bien du peuple: non, ils vivaient pauvrement et donnaient tout ce qu'ils avaient. Leurs maisons étaient devenues des ambulances, où Versaillais et communards souffraient cbte à côte et mouraient côte à côte, On ne songeait pus à faire un exemple; la partie était jugée et perdue pendant qu'on procédait à ces égorgements, le vengeur du sang était aux portes, Alors quoi? Ces hommes ont tué pour tuer, parce qu'ils tenaient dans leurs mains sanglantex des chrétiens ct des prêtres. Ils n'ont pas essayé de tromper; ils n'ont essayé aucune apologie; 416 REVUE ANGLO-ROMAINE

ils n'ont pas tué étant eux-mêmes dans les affres de la mort. Quaud is balles sifflaient à leurs oreilles, quand les pantalons rouges défilaient au coin de la rue, ils tenaient leurs victimes depuis plusieurs jours; ils les ont trainées à leur suite d'asile en asile avec le dessein constant de les mas- sacrer; ils n'ont senti ni hésitation ni remords. « C'est pour à prise, mettez-vous là, que nous puissions tirer à l'aise! » On entendit quelques coups de fusil! Les cadavres tombèrent entourés d'une mare de sang. Si le P. Captier eut une minute pour respirer, il pardonna. Dieu aussi peut pardonner. Telle fut, en 4874, dans la ville de Paris, la fin d'un grand citoyen et d'un grand homme de bien. Les douze cadavres furent enterrés solennellement huit jours après. Les os sont confondus pêle-mêle. 11 était trop tard pour leur donner un linceil et un cercueil. Ils laissent leurs noms à l'histoire et leur gloire à l'ordre qu'ils ont créé. — JULES SIMON. DOCUMENTS

                  LITTERÆ APOSTOLICÆ

            SANCTISSIMI               DOMINI       NOSTRI

                            LEONIS     PP. XII
       DE SEDE ARCIIEPISCOPALI CARTHAGINIENSI RESTITUENDA!




                        *    LEO, EPISCOPUS

            Servus servorum Dei ad perpetuam rei memoriam.

Marenna ECCLESIE CARITAS, quamquam est in omne hominum genus æquabiliter diffusa et de gentibus singulis mirabiliter sollicita, Solel lamen præcipuo quodam misericordiæ sensu ad illas respicere, quas ab Evangelii complexu aut vis aut error abstraxit. Nihil enin tam grave est, quam renascente superstitionis caligine obeæcari eos quibus præclarissimo Dei munere et dono lumen aliquando verilatis affulserat: nihilque tam miserum, quam semel in salutem vindicatos, ininteritum relabi. — Atqui arcano Dei consilio istiusmodi calamitas Sicut alias lerras non paucas, ila Africam Romanam pereulit, eum sapientiam christianam malure Afris cognitam etreceplam maxima- rum lempestatum fluetus violenter exlinxerint: In quo præter modum Ineluosa fortuna Carthaginis: hane quippe christianis non minus quam bellicis civilibusque præstantem laudibus calamitosæ vicissilu= dines suisipsam ruinis oppressam funditus deleverunt. Harum cogi- tatio rerum facit ul Nos, officit Nostri aposlolici memores, ad mari- limas Africæ oras, quæ prope sunt in conspectu posil#, non sine paterna pietate hoc tempore intueamur. Quoniamque videmus catho- licum nomen satis jam in illo traclu reviviscere, volumus ut bon illa seges, quæ uberes pollicetur fructus, cultura et curationc Nostra alliores quotidie radices agat, bencque Deo adjuvante adolescat. Quamobrem cum ad rei sacræ slabilitatem atque ordinem omnine plurimum referat, singulis chrislianorum societatibus suos sibique proprios præesse Episcopos, arbitrali sumus, «pectato Ecclesiæ Afri- canæstatu, Sedem Archiepiscopalem Carthaginiensem resitui, sublata administratione Apostolica, oportere. Qua in re Hbet quidem aliquid cogitatione repetere de pristino jus Ecclesiæ splendore, atque a præterilarum rerum memoria auspi- cium capere futurarum. Sane Ecclesiam Africanam e Romana progna- 1 À la suite do l'étuac de M. l'abbé Duchesne sur l'Afrique chrétienne que nous avons publiée dans notre dernier numéro, nous croyons qu'il est intéressant de remettre sous les yeux de nos lecteurs la Leltre apostolique de N. T. S. P.le Pape Léon XII, relevant le sitge de Carthage.

 REVUE ANGLO-ROMAINE,       — T. Ie — 21

18 Li E ANGLO-ROMAINE

lam esse constat, cum ab ultima antiquitate tradilum sit, si minus beatum Petrum, certe proximos ejus successores Evangelium Ars attulisse. Apud quos christianum nomen apparet celeriter adultum: alero enim nondum exaclo sæculo, descriptis finibus impositisque rile Episcopis, plurimæ per Africam Ecclesiæ constitutæ sunt. Easque dis- ciplina floruisse vel ex eo conjici licet quod ante exitum sæculi secundi Ecclesia catholica Pontificem ex Africa accepit, scilicet sanctum Vit- torem, qui, chrisliana republica naviter gesta, decennio post Martyr occubuit. — Brevi autem intervallo non mediocris extitil copia sa- pientium hominum atque magnorum : Cyprianum intelligimus, Ter- tullianum, Aurelium, Evodium, Possidium, et qui non Africam modo sed universam christianam rempublicam unus maxime illustravil, Augustinum. Ab ipsis vero Ecclesiæ Africanæ primordiis præstitisse Carthaginem nemo dubitat, Hujus enim civitatis Episcopisjus est mature quæsitum ut celeros potestale anteirent, ipsaque Carthaginiensis Ecclesia, ul est apud Auguslinum!, caput Africæ appellaretur. Revera lanta eral Carthaginiensium Pontificum per Africam auctorilas, ut de causis Ecclesiarum cognoscere consueverint : item responsa Episcopis dare, legatos ad Principem mittere, concilia omnium provinciarum indi- cere. Qua de re perhonorificum et gravissimum est sancti Leonis IX Decessoris nostri testimonium, qui de jure Archiepiscopatus Cartha- giniensis sententiam rogatus, ad Thomam Episcopum sic rescripsil: « Sine dubio post Romanum Pontificem primus Archiepiscopus el < tolius Africæ maximus metropolitanus est Carthaginiensis Episco- « pus : rec pro aliquo episcopo in tota Africa perdere potest privile- « gium semel susceptum a sancta Romana et apostolica Sede, sed « obtinebit illud usque in finem sæculi et donec invocabilur in ea «nomen Domini Nostri Jesu Curist, sive deserla jaceat Carthage, « sive resurgat gloriosa aliquando. Hoc ex concilio B. martyris C: « priani : hoc ex synodis Aurelii : hoc ex omnibus Africanis conciliis «hoc, quod majus est, ex venerabilium Prædecessorum Nostrorum «romanorum Præsulum decrelis aperte monstratur. » Verum non dignitate solum, sed etiam christianerum virtutum, at nominatim forliludinis exemplisvisa est Carthago antecellere. Ete- nim, si urbs Roma excipiaur, vix alia reperietur civilas quæ lut marlyres ac tam præelaros Ecclesiæ cæloque genuerit. Prædicatione et cultu seræ posteritalis florent præ ceteris Perpetua el Felicitas, per feminarum nobilissimum, querum tanto mirabilior victoria, quanto diutius cum quæsitissimis cruciatibus infirmilas sexus dimicavit. Nec minus inelyta magni Cypriani palma. Nam sanctitate et rebus geslis Carthaginem, stilo et litteris christianum nomen cum multos annos nobilitasset, ad extremnm in media Ecclesia sua, spectantibus is quos ipse ad martyrium instiluerat, præclarissima confessione de- functus vitam cum sanguine pro Christo libens profudit. Atque illud quoque memoriam Carthaginiensis Ecclesiæ non param commendat, Africanos episcopos ad cam vocatu Archiepiscopi con-

venire solilos, de communibus religionis negotiis una deliberaturos. Ac plura quidem diversis temporibus coudidere sapienter decreta, ex quibus non pauca supersunt, et quorum vel ad comprimendas hæreses, vel ad morum disciplinam in Clero populoque sancte reti- nendam, plurimum valuit auctoritas. Fama memor celebrat in primis Concilium Carthaginiense tertium ab Aurelio episcopo viro forlissimo habitum, quo sanctitatis ingeniique sui lumen Augustinus attulit. — Hujusmodi vero tam salutares fructus, Episcopis Car- thaginiensibus nilendo laborando perceplos, conjunctioni potis- sinum cum hac Apostolica Sede acceptos referri oportet. Cum enim esse intelligerent divino jure constitutum ut Ecclesia Romana cunc- larum Ecclesiarum princeps sit el magistra, et lamquam ex radice ad ramos, sic ex ea ad Ecclesias singulas omne principium vitæ et viri- dilatis manare, nihil antiquius habere consueverunt, quam ut per- manerent cum successoribus benti Petri perpetuo atque intimo nexu devincti. Quod quidem varia litterarum monumenta, acta Concilio- rum, legationes de gravioribus negotiis ad Pontificem Romanum non raro missæ, nominalimque Optali et Cypriani epistolæ gravi auctori- latis pondere testantur. Atque illud est memoralu dignum, quod ejusmodi in Apostolicam Sedem obsequium non diuturnitate lem- poris est, neque formidolosis il is rerum conversionibus debilitatum Ex quo geminum Africa benefcium tulit, alterum ut in maximis sui calamitatibus perfugium quoddam et solatium in Apostolica Sede semper invenerit : alterum, ut Romanorum Pontificum magisterio presidioque freta perniciosissimas hæreses parlim repulerit, partim exlinxe: Sed spatium temporis haud valde longinquum gloriose emensa, vonsenescere Ecclesia Africana cœæpit èt ad occasum deflectere, ita lamen ut multo fuisset victura diutius, nisi vitam illata vis peremisset. Non enim senio ipsa suo confecta interiit, sed barbarum armis vppressa succubuit. Revera exploratum est quantum Afris malorum attulerint Vandali : quorum effrenati exercitus ubicumque vestigium posuissent, ad direptiones urbium cædemque civium Arianæ venena pestis adjungebantur : ac tantus erat ubique terror, ut catholici nullatenus respirarent, neque usquam orandi aut immolandi concaleretur gementibus locus *. Sæeulo autem septimo, Saraceni, hostes christisni nominis, cum easdem provincias, more procellæ, inundavissent, acerbissinæ servitutis jugo indigenis imposito, Carthaginem ipsam lot jam fessam ærumnis, igne ferroqueexciderunt, planeque perniciem et vastitatem Ecclesiæ intulerunt. Quibus temporibus sæviente passim adversus fidem catholicam furore hostium, rursus martyrum seges, et magnus Confessorum numerus, el fortium Episcoporum et sacer- dotum egregii manipuli extitere, ut prorsus sicul cum laude Africana Ecclesia adoleveral, ita cum dignitate occubuisse videatur. — Tantis autem in tenebris, quæ consecutæ sunt, Carthaginienses Episcopi duo apparent, vix plus quam nomine cogniti : Thomas, de quo supra

    ! Victor Vitensis,   Pers. Vand. lib. 1, c. 1.

420 REVUE ANGLO-ROMAINE

esL facta mentio, et Cyriacus. Nam qui sæculo decimo quinlo pos- teaque occurrunt, plerique omnes ornementararii fuerunt. Quinto a Saracenorum dominatione sæculo, cum germanæ Eccle- siæ vix pauca ac prope evanescentia vesligia in Africa superessent, inventus est in Italia qui salutem Africani generis ingenti animo complexus, de religione eatholica illic restituenda cogitaret. Is fuil. quod nemo ignorat, Franciscus Assisiensis : qui Tunetum, ad oppidum Proconsularis Africæ princeps Carthaginique proximum, Ægidium et Electum alumnos suos submisit, jussitque in iis hominibus ad in- stiluta catholica revocandis quantum possent, elaborare. Anceps el salebrosum inceptum, si quod aliud : in quo mullum uterque desu- davit caritale et fortitudine summa : alter vero sanclissimi proposili laudem nobili martyrio eumulavil. — Mox Gregorius IX Decessor Noster alios ex illo ipso inslituto viros eodem in culturam animorum legavit: illorum tamen laboribus barbarica vexatione interceplis, necessario factum es ut Lerra Africa apostolicos viros ad sæculum usque decimum seplimum nullos habuerit. Tune demum, auelorilate sacri Consilit christiano nomini propagando, Præefectura apostoliea inslituta est, que Algeriensem, Tripolitanam, ac Tunetanam pro- vincias una complecteretur : eamque sodales Franciscales Capulati xerere jussi. — Deinde Præfeclum Apostolicum seorsim creari placuit, eujus potestali quidquid est agri Tunelani subessel : iidem que religiosi sodales ad id munus electi. Qui laboriosum opus, ani mose, susceplum, animo æque excelso expleverunt, ut omnino dederint, quid caritas possit, passim documenta maxima, Nam in tam agresti Saracenorum immanitale incredibiles molestias per tulerunt : plurimique numerantur, qui cæli inclementia absumpli, qui ferre barbarorum sublati, qui vigiliis perpetuisque fracti laboribus martyrii honores delibarint. Sed eorum constanlia religionis inere- mento mire profuit : nec exiguæ illæ utilitates putandæ, quas recen- tiore memoria Afris pepererunt, nimirum paræciæ aliquot condit, scholæ in eruditionem puerorum apertæ, el quædam in solatiun calamilosorum pie instituta. Ineunte hoc sæculo, cum militares Gallorum copiæ in African adnavigassenl, inque maritimis oris viclrices consedissent, consti luta ibidem provincia est, cujus imperium apud eos esse cæpit Maud mullo serius, dato Algericnsibus Episcopo, amplissima ill regions, quæ a Saracenis diuturno dominalu tenebantur, veleris dignitatis aliquid recepisse visæ sunt, — Deinde Diæcesibus Cons- tanlinæ et Orani instilutis, pluribus locis, in quibus olim Ecclesia sospes et florens insederal,sanclissimi ritus catholici longo intervalle sunt restiluti. Ipsa Tunetana regio, eum christianorum _crevissel numerus, mutala in Vicariatum apostolieum Præfectura, Episcopuin a Romana Sede accepit. Atque ex eo Lempore provisa sunt mulla ad christianam morum disciplinam salubria: amplificate paræciæ: auctæ scholæ : sodalitates pietatis causa plures coalitæ. He salis prospera inilia spem plurimis fecerant fore ut, deduclis coloniis in eum tractum in quo sila Carthago fuit, revocari aliquand LITTÉRE LEONIS PP. XIII DE SEDE ARCHIEPIS. CARTHAGINIENSI RESTIT. 424

ab interitu posset Africanarum princeps urbium, el secundum insti- tuta majorum novum a Pontifice Romano Episcopum accipere. Cui quidem spei partim respondisse exitum lætamur : celeraresponsurum, Deo adjutore, non diflidimus. Nam Vicariatus Tunetani administra- tionem adeptus Archiepiscopus Algeriensis S.R. E. Cardinal Carolus Marlialis Lavigerie, ad propagationem fidei stabilemque rei sacræ constitutionem vir sapiens atque impiger animum appulit. Multas res perfecit uliliter spatio perbrevi: nec pauca suscepit ad excilandam e cineribus suis Carthaginem opportuna. Ét sane in regione Megara proxime a silu, quem Cyprianus cruore suo dedicavit, nec longe admodum a loco sepulturæ ejus, in ipsis ruinis Carthagi niensibus ædes episcopales cum ædicula extruxil : ibique accolæ et linitimi, præsertim egentes et calamitosi, miseriarum solatium quo- lidie reperiunt. Presbyteros in ipsa domo episcopali, itemque Tuneti, alüsque Vicariatus frequentioribus locis ad officia sacerdotalis muneris obeunda constituit: quibus ipsis ofliciis sodales Francis- cales Capulati dare operam strenue pérseverant. In regione, quæ Byrsa audit, Seminarium Carthaginiense condidit: cujus alumni in novæe Diæcesis spem sucerescentes ad theologiam, ad philosophiam, ad humaniores litteras idoneorum doctorum ceuris magisterioque erudiantur. Ad Parœcias prislinas novas adjunxit non paucas : unamque ex iis in sacello consituit, quod a sancto Ludoyico nuncu- patur, eo ipso in loco unde rex pientissimus ab hac brevitate vitæ ad rna in cœlis bona evocabatur. Præterea hospitalem domum senectute et egeslate conjuncto incommodo laborantibus: valetudi- narium ægræ plebi curandæ : ædificia adolescentibus utriusque sexus educandis aperuit. Quibus illecti commodis et beneficiis satis multi jum incolere ea loca cæperunt in spem auspiciumque revicturæ civitatis. Denique perfecit, ut ad tuitionem Archiepiscopi rerumque cæplarum absolutionem necessarii sumptus perpetuo suppeterent. Igitur eum hæc, que commemorata sunt, diligenti consideratione momentoque singula suo ponderaverimus, perrogata eliam sententia saeri Consilii christiano nomini propagando; quod universæ chris- tianæ reipublicæ faustum sit, maximeque Afrorum saluti ac dignitati bene vertat, Sedem Archiepiscopalem Carthaginiensem harum litte- rarum auctoritate restituimus. Proptereaque eos fines agri Tunelani, in quibus olim Carthago erat, quique hoc tempore quinque pagos complectuntur nempe La Marsa, Sidi Bou Saïd, Douares Chott, La Jfalga, Sidi Daone cum suis templis, oratoris, piis eliam institutis, cumque universis utriusque sexus catholicis incolis, exire de potes- late Vicarii Apostolici Tunelati, et Archiepiscopo Carthaginiensi in posterum subesse et parere jubemus. E templis, quæ sunt intra fines civilatis, Metropolitanum esto, quod is, qui hæc decrela Nostra perfecturus est, maluerit, litulo tamen non mutalo.

Archiepiscopus Carthaginiensis Vicarium sibi generalem unum plu- resve, si res postulaverit, adsciscat : insuper consiliarios adjuto- resque ad expedienda Archidiæceseos negotia ex ordine Cleri legat. 422 REVUE ANGLO-ROMAINE

— idem controversias de matrimoniis, causasque ceteras, de quibus Archiepiscopum cognoscere jus est, cognoscat el dirimat. Celera omnia, que ad pastoralis ofllcit munus pertinent, liber gerat. — Synodos Diæcesanas constitutis lege temporibus habendas cure, Col: legium Canonicorun Metropolitanorum, secundum præscripla legum ecclesiasticarum, ubi_primum fieri polerit, institual. Unus ex Cano- nicis primus esto in Collegio, Archidiaconi dignitate auclus ; duoque canonice eligantur, quorum alter Theologi, alter Pæœnitentiarii oll- cium gerat. Seminarium Carthaginiense educendis sacrorum alumnis perpeluo addictum si. — Per interregnum administratio Archidio- ceseos geratur secundum præscripla Lilicrarum Apostolicarum Bent- dicti XIV Er sublimi el Quam ez sublimi. De Ecclesiis Suffraganeis, de finibus describendis, itemque reliquis de rebus, quæ ad perfectam Archidiæceseos constilulionem perti- neant, integrum Nobis esse volumus id quod expedire videbitur opportune decernere.— Demum Venerabili Fratri Nostro Carolo tiali S. R. E. Cardinali Lavigerie Archiepiscopo Algeriensi, Admi tratori Tunetano, mandamus ut ea omnia, quæ his continentur Li teris Nostris, exequatur : idque vel per se, vel per interpositam personam in ecclesinstica dignitate constitutam. Volumus autem omnia et singula, quæ per has Litteras decrevimus. firma, stabilia, rata, uti sunt, ila in omne tempus permanere : neque ïis quidquam officere ullo modo posse, ne Nostras quidem et Cancel- lariæ Nostræ regulas, quibus omnibus, horum decretorum gra. derogamus. Nulli ergo hominum liceat has Litteras Nostras infrin- gere, vel eis ausu temerario contraire. Si quis aulem hoc attentare præsumpserit, indignationem omnipotentis Dei, ac beatorum Petri et Pauli Apostolorum ejus se noverit incursurum. Datum Romæ apud Sanctum Petrum anno Incarnationis Dominier millesimo oclingentesimo octogesimo quarto, quarto Idus novembris, Pontificatus Nosiri anno septimo.

   G. Carn. SACCONI Pro-Dararius. — F. Cap. CHISIUS

                               VISA


             De Cunra L. DE AQUILE VICECOMITIBUS.

Loco % Plumbi

  Reg. in Secret. Brevium.


                                                    I. Cuexoxius.

THE

                           SUPPER OF THE LORD,

                                         AND


                   THE HOLY COMMUNION,
                           COMMONLY CALLED THE MASS


                                        (Suite)

$197. Then the Priest shall give thanks lo God, in the name of all them that have communicated, tuning him firet lo {he people, and sayiny;

The Lord be with you. The Ansver. And with you. The Priest. Lel us pray. Anny and everliving* GOD, we most heartily thank thee, for that thou hast vouchsafed Lo feed us in these holy Mysteries, with the spiritual food of the most precious body and blood of thy Son our Saviour Jesus Christ, and hasl assured us (duly receiving the same) of thy favour and goodness loward us, and Lhat we be 7 very members incorporate in {hy mystical body", which is Le blessed company of all faithful people, and heirs * through hope of thy ever- lasting Kingdom, by the merits of Uhe most precious death and pas- sion of th dear Son. We therefore ‘* most humbly beseech thee, O heavenly Father, so Lo assist us with thy grace, Uhal we may con- tinue in that holy fellowship, and do all such good works, as Lhou hast prepared for us to walk in : through Jesus Christ our Lord, to whom, with thee and the Holy Ghost, beall honour and glory, world without end

   Sootoh Liturgy, 1887.                                Charles II. 1662.

                                             8125.€ When all have communica-
  1. When all have communicated, ted, the Minister shall return to the

he that celebrates shall go to the Lord's table, and cower with a fair Lord's Table, and reverently place upon it whai remainelh of the con- linencloth, or corporal, that tohich serated Elements, covering the remaineth ‘of the consecrated ele- ments. same with a fair linen cloth. $127. And then sa this collect of $ 126. € Then Shall the Priest say the thanksgiving, as fol oweth : Lord's Prayer, the people reapting after him every Petition. ALMIGHTY and everl OUR Father which art in heaven, L e. Hallowed be thy Name. Thy king= {Here follows & dom come.Thy will be done done in

“in two eds, 1549, and one ed 1359, heirs. ” “ everlasting. 1 In eds, 1552, and afierwards, 7 In ed. 1663, re. ” “We now most; ” in ed. 1662, * And Vin ed. 1662. ‘* the mystical body of we most. ” thy Son, which 11 In eds. 1552, and all afterwards, Ÿ In eds. 1552, and aftorwards, and be “Amen ” added. also heirs; ed. 1663, and are also 424 REVUE ANGLO-ROMAINE

      8198. Then he Priest turning him lo the |people, shall let them depart
                                    ith this blessing :

The peace of GOD (which passelh all understanding) keep vour hearts and minds in the knowledge and love of GOD, and of * his Son Jesus ‘* Christ our Lord : And he blessing of God Almighty, (he Father, the Son, and the Holy Ghost, be amongst ‘* you and remain with you always. Then the people shall ansicer, Amen. 8129. Where lhere are no clerks, fherathe Priest shall say all things appointed here for them lo sing. $ 130. When de holy Communion is celebrated on the wvorkday, or in pri- vate houses : Then may be omitted, [the] Gloria in ercelsis, the Creed, the Homily, and hs exhortation, beginning, Dearly beloved, ete. 8132. 4 Collects to bè said after the Offertory, tohen there is no Communian, every such day one. Assis us mercifully, O Lord. in these our supplications and prayers, and dispose the way of 1hy servants Loward 5 the altain- ment of everlasting salvation : that among all Lhe changes and and chances of this mortal life, they may ever be defended by thy most gracious and ready help; through Christ # our Lord. Amen.

earth, Asitis in heaven. Giveus | THE peace of God, which, etc. this day our daily bread. And for [Same as 1549, 10] give us our trepasses, As we for- Jesus Christ our Lord. Rive tem Ut trepass against nd lead us not into temptation To the which the people shall answer. But deliver us from evil. For thine Amen. is the Kingdom, The power and the lHeue follows $ 441. See p. 262. glory, For ever'and ever. Amen. 8127.€ Or this. Second Edw. VI. 1662.

  ALMIGHTY and everliving, ete.                  $ 128. Then the Priest 11 or the Bi-
                                                   hop, if he be present, shall let them
              [Same as 1552, to]                   depart with this blessing 8.

world without end. Amen THE peace of God, which, etc. Here follows $ 18, See p. 215.] [Same as 1549, 10] O0. H. CO. Edw. VI. 1548. ith you alway. Amen. $428. Then shall the Priest, turning $ 132, Collects to be said after the 0f- him Lo the people, let the people de- feriory, when there is no Commu- ; part with (his Ulessing 16. nion every such day one ‘* And the

         none ed. O. H. C. 4548, ‘ and           4119. See p. 254.
in.                                                17 In ed. 1578,               L

is In eds, 1552, and 155 18 This, in ods. 4552, and in allafler- but in os. 1637 and 1662,* wards, follows on after 18. . {In one ed. 19 In eds. 1637, and 4662, ‘ one cr more. TUE SUPPER OF THE LORD AND THE UOLY COMMUNION 425

O Aumicnry Lord and everliving # GOD, vouchsafe, we beseech the, to direct, sanctify, and govern, bolh our hearts and bodies, in the ways of thy laws, and in the works of thy commandments : that through thy most mighty protection, both here and ever, we may be preserved in body and soul : Through our Lord and Saviour Jesus Christ. Amen. Grant, we beseech thee, Almighty God, that the words which we have heard this day with our outward ears, may through thy grace be so grafted ! inwardly in our hearts, that they may bring forth in us the fruit of good li: & to the honour and praise of thy name : through Jesus Christ our Lord. Amen.

same may be said also as often as THE Peace of God, ete. oceasion shall serve, after the Col- [Same as 1549, to] lects, either of Morning and Eve- remain with jou always. Amen. ning prayer, Communion, or Li- tany, by the discretion of the mi- 8431. After the divine service ended, nister À. that rohich vas offered shall be di vided in the presence of the pres- Assisrus mercifully, O Lord, ete. byter and the churchwardens, wke= © Aziémry Lord, ete. reof one half shall be to the’use of Graxr, we beseech thee, ete. the presbyer, 4 provide him books 1Same as 1549 throughout] of holy divinity: the other. half shall be faithfully hept and em Elizabeth, 1550. ployed on some pious or charitable 8198. Then the Priest, etc. use, for the decent furnishing of THE Peace of God, etc. that chureh,_or the public relief of their poor, at the discrelion of the {Same as 1552] presbyter and churchurardens 15. $ 132. Collects to be said, etc. 8132, € Collects to be said, etc. [Same as 1552.) Assisr us mercifully, ete. ISamo as 4552.]

 ISamo as 4549 throughout.]           Assisr us mercifully, ete.
                                            {Same as 1549 throughout |
       James I. 1604.

$1%8. Then the Priest, etc. Charles II. 1662. THE Peace of God. ete. 8428. Then the Priest (or Bishop if [Samo as 4552.] he be present) shall let them depart 8132. Collects Lo be said, etc. with éhis Llessing. {Same as 1552.) Tue peace of God which, etc. Assisr us mercifully, ete. ISame as 1549, to] [Same as 1549 throught.] with you always. Amen,

  Sootoh Liturgy, 1687.               8132. Collects Lo be saïd, ete.
                                                   ISame as 1552.]

$428. Then the Presbyter or Bishop if he be present, shall let (kem depart AssisT us mercifully, ete. with éhis Llessing. [Same as 1549 throughout.]

2 In ed. 1662, “* or. ” 33 In Scotch ed., 1637, and ed. 1662, 311 Scotch ed., 1637, ‘* the Pres- “ grerlesting God: * : byter or minister. * 1 In two eds., 1549, and in eds. 4596, «50 grafe #3 In ed. 1652, * Josus Christ. ” 426 REVUE ANGLO-ROMAINE

PRevext us, © Lord, in all our doings, with thy most gracious favour, and further us with thy continual help, that in all our worls begun, continued, and ended in thee, we may glorify Lhy holy name, and finally by thy merey obtain everlasting life : Through Jess Christ our Lord. Amen ?. Atmiury God, Lhe fountain of all wisdom, which # knowestour necessities before we ask, and our ignorance in asking : we beseech thee to have compassion upon our infirmilies, and those Lhings, which for our unworthiness we dare not, and for our blindness we caanot ask, vouchsafe Lo give us for thee worthiness of thy Son Jesu‘ Christ our Lord. Amen. Auminery God, which * hast promised Lo hear the petitions of them that ask in thy Son's name, we beseech Uhee mercifully Lo incline thine ears Lo us that have made now our prayers and supplications unto thee : and grant that those Lhings which we have“ faithfully asked according Lo thy will, may ettectually be obtained Lo the relief ef our necessity, and Lo the setting forth ofthy glory : Through Jesus Christ our Lord *. For rain?

O Go heavenly Father, which by thy Son Jesu Christ hast pr- mised to all them that seek thy kingdom, and the righteousness Île- reof, all things necessary to the bodily sustenance : send us, ve

  Second Edw. VI. 1562                                 Elisabeth, 1659.

        [Samo as    1549.]                  PREVENT us, O Lord, ete.
                                                           ISame as 1549.]

WZg prayers For Rain and For Fair her aro here omitted, as als ÿ 133; JThe prayers For Rain and For Fair and instead of # 434] w are here omitted, as also 15: and instead of $ 136] PREVENT us Lord, etc. $ 435. Upon the holy Days, etc. AumiGury God, the fountain, ete. ISame as 1552.]

$135.€ Upon the holy days, if there James 1. 1604. de no Communion, shall be’ said all £hat is appointed at the Communion, PREVENT us, O Lord, etc. until the end of the Homily, con- [Same as 4549. cluding with the general prayer, ge poayers For Rain and For ir “for the whole state# of Christ's ther aro here omitted, as also à 33: Church militant here in earth stead of 3 134] and one or more of these Collects be- $ 435, Upon the holy Days, ete. fore rehearsed, and occasion shalt serve. Same as 1552.

                                            7 These two prayers, in eds, 155230
                                          all editions afterwards. are Lrans|
                                          10 the Prayers at the end of 1ho Litanf,
                                          See    p. 278.

Sineds. 1553andañerwards. À on 4552 and 1559. and son® added. afterwaris, THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 427

beseech thee, in this our necessity, such moderate rain and showers, that we may receive the fruits of the earth, lo our comfort and Lo thy honour; Through Jesus Christ our Lord.

                              For fair weather.
© Lono God, which for the sin of man, didst ence drown all the

world, except eight persons, and afterward of thy great mercy, didst promise never to destroy it so again: We humbly beseech thee, hat although we for our iniquities have worthily deserved this plague of rain and waters, yet, upon our true repentance, thou wilt send us such weather whereby we may receive the fruits of the carth in due season, and learn both by thy * punishment to amend our lives, and by the granting of our pelition lo give thee praise and glory : Through Jesu Christ our Lord.

  1. € Upon Wednesdaye and Fridays, the English Litany shall be said or sung in all places, ufler such form as à appointed by the king's maÿesty's Injunctions : Or as ts or shall be olheririse uppointed by his Aighness ‘*.
  2. And though there be none lo communicate tvith tha Priest, yet these days (after the Litany ended) the Priest shall put upon him a plain albe or surplice, ivith a cope, and say all hings at tha Altar (appointed Lo be said al tha celebrations of the Lord's supper,) until after the ofertory. And then shall add one or twvo of the Collecte aforewcritten, as occasion shall serve, by his discretion. And then turning him to fa people shall lt Lhem depart wilh the accustomed blessing.
  3. And 'fhe same order ahall be used all other days, vhensoever the

people de customably assembled to pray in the church, and none disposed Lo communicate trith the Priest.

      Sootoh Liturgy, 1637.                RE prayers For Rain and For Fair
                                           Weather are onitted here, as also
                                                                          $ 433;

PREVENT us, O Lord, ete. and instead of$ 134] {Same as 4549.] [The prayers For Rair Fair $ 135. € Upon the Sundays and other Weather aro omitted here, as 8133; holy days [if there be no Commu- and instead of # 134] nion) shall be said all that is appoin- $ 135. S| Upon the holy days, etc. ted at the Communion, until the Same as 552.1 end of the general Prayer |For the whole state of Christs Church melitant herein earth !![ together Charles II. 1662. with one or more of these Collects PREVENT us, O Lord, etc. last before rehearsed, concluding Same as 1519.] with the Blessing.

1 In one e 1549, the words #* or over an erasure. In one or two bool otherwise appointod where the erasure is not perfect, th by bis highnes are omitled. words appear to bare been printed, 11 {n most of the Sealod Books the “ For 1he good estate of the Catholic words ‘ whole estate ofChrist's Church Church of Christ. ” 428 REVUE lANGLO-RONAINE

  1. Literrise in Chapels annexe, and all olher placés, there shall be no celebrationof the Lord's supper, except there be some to communicate vilh the Priest.

             $138. And in such Chapels annezed chere the people lalh
    

not been accustomed to pay any holy bread, tkere they must either male some charitable provision for the charges of the Communion, or else for receiving ofthe same) resorL to ‘their parish church.

   O.H. C.     Edw. VI. 1548.
                                                Second Edw. VI. 1652.

$ 1H. Note, that the Bread that shall 8137. € And there shall be no ceke- be consecrated shall be such as he- bration ‘2 of the Lords Supper, ex. retofore hatk bren aceustomed. And cept there be a good number to every of ‘he said consecrated Breads communicate toith the Priest War. shall be broken in two pieces, at the cording to his diserelion. least, or more by the discretion of $ 139. € And if there be not abore the Minister, and so distributed. And men must not Chink less to be twenéy persons iu the Parih, 0f discretion to receive the Communion, received in part, than in the trhole, except four, or three at the ln but in each of them the whole body of our Saviour Jesu Christ. communicate with the Priest 1. $140. And in Cathedral and ‘5 Col- 8443. Note, that if it doth so chance, legiate thureh %, where be many that the ‘wine halbved and conse- Priest 18 and Deacons, they shall crate doth not suffire or be enough all receive the Communion with the for them that do take the Commu- minister 4 every Sunday at the nion, the Priest, after the first Cup least, except they have à reas- or Chalice be empted, may yo again nable cause to the contrary. 10 the altar, and reverently, and S$ 141. € And to take away the devoutly, prepare, and consecrate perstition, which any person Mk, another,'and so the third, or more, or might’ have in êhe bread an likewise beginninh at these words, wine, it shall suffice that the bread Simili modo postquam cœnatum ot be such, as is usual lo be eaten est, and ending at these words, qui the table with other meats, but (M pro vobis et pro multis eMundetur best and purest wheat bread, that In remissionem peccatorum, and conveniently may be gotten. without any levation or lifting [up] sie. And if any of the bread or vim lHere follows the Colophon remain, the Curate shall have ill “ Imprinted at London, ” etc.] his own use.

1# In Scotch e 1637, “ public cele- 16 In ed. 1578, “ or." bration. ” 19 Ined. 1662, and Colloges” added. 15 In cd. 4518, “ a great number; ” 17 In ed. 4663, « there are many.” this alteration appears frst in a quarto 18 In Scotch ed., 1641, “ many Pret of 1576, but it crept into some of the byter and Deacons; "in ed. 151$, “mir later folios, e. g. 4617. In ed. 1662, “ a nisiers and ceacons. ” convenient number. ** 19 In Scotch ed., 1637, ‘* the Pre 14 In Scotch ed., 1637, Presbyler;” byter that celebraies; ”’in ed. 182 in ed. 1518, “ minister. “the Priest.” TUE SUPPER OF TUE LORD AND THE LOLY COMMUNION 429

$ 44. For avoiding *® of all matters and occasion of dissension, it is meet that the bread prepared for the Communion be made, through all this reulm, after one sort and fashion : that is to say, unleavenea, and round, us à teus afore, but tvithout all * manner of print, and somelhing more larger and Hhicker than it was, so that it may be vplly di led in divers pieces : and every one shall be divided in tuvo pieces, a the least, or more, by the discretion of the ministrr, and s0 distributel. And men ** must not think less to be received in part lan in the whole, but in euch of them the ichole body of our Saviour Jesu Christ.

     Elizabeth, 1569.                    rently eaten and drunk by such of
                                         the communicants only as the pres-

$ 197. And there shall be, ete. byter which celebrates shall take 39. And if there be, eic. unto him, but it shall not be car- Ÿ 140, And in Cathedral, etr. ried out of the church. And to the Yi. And Lo take away. etc. end there may be little left, he that And if any of the bread, etc. offciates is require Lo consecrate {Same as 1552 throughout] with the least, and then if there Le ant, the words of ronsecration may James I. 1604. Le repeuted again, over more, either And there shall be, ete. bread or wine, the presbyter Legin- 139. And if there be, etc. ning at these irords in he prayer 130. And in Cathedral. ete. of Consecration, * Our 141. And Lo take away, ete. inthe night that the w 142: And if any of the bread, etc. trayed, "ete

 [Some as 1552 throughout.]                      Charles II. 1662.

                                       $ 137. € And there shall be, etr.
 Seotoh Liturgy, 1887.                 S 139. € And if there Le not, ete.
                                       S 440. € And in Cathedral and, etc.

S437. And there shall be no publie fSame as 1552.j cekebration of the Lord's Supper, S 441. And Lo take away all occasion extept there Le a sufficient number of" dissension, and” superstition, Lo communicate, with the Presbyter, véhich amy Person hath or might acrording Lo his discretion. have concerning the Breatund Wine $139. And if there be not above, etc. ät shall suffire that the Bread be S 130. And in Cathedral, etc. such as is usual 10 be eaten ; but the {Same as 1552.] best and purest Wheat Breud that conveniently may 5e gotten. SL. And to take away the supersti- . & And'if any of the Bread and tion twhich any person hath or may ne remain unconseerated, the Cu- have in the bread and wine, though rate shall hare it Lo his own use : it be lawful to have wufer breud, it but if amy remain of that ichich shall suffice that the bread be such ns consecrated, it shall not be ear- as is usual , yet he best and purest ried out of the Church, but the Wheat Bread that conveniently may Priest and such other of the Com- be golten, municants as ke shall then call unto $ 142- And if him, shall immediately after the any of the bread and wine remain Blessing, reverently eat and drink which is consecrated, it shall be reve- the same.

% In two eds.; 1549, ‘ advoiding. * #1 In threc eds., 1549, ‘any manner. ” În one ed., 1549, the word ‘ men ” omitled.

                                                     JNIVERSITY   OF   MICHIGAN

430 REVUE ANGLO-RONAINE

  1. And forsomueh as the Pustors aud Curates toithin this rem shall continually find at their cosls and charges in lheir cures sufficient breoi and rvine for the holy Communion jus oft as their. Parishiomers shall disposed for their apiritual comfort lo receive Lhe sam) it is re ordered, that in recompence of such costs and charyes, Îhe Parishieers of every Parish shall offer every Sunday, at the time of the Oferlory, le just valour % and price of lha holy loaf (rvith all such money and aller things as trere vont to bn offered with (he same) lo the use of Lheir Pastors an Curates, and that in such order and course, as they tvere ont l fu and pay the said holy loaf.
  2. Also dat the receiving of lhe Sacrament of the blessed body and bo
    

of Christ, may be most agreable to the institution thereof, and lo the usagr of the primilive Church : In all \ Cathedral and Collegiate churches, lerr “hall alvays some communicate twith the Priest that ministerelh. An that le same may be also observed every ichere abroad in the country: Some one at the least of that house in every parish, lo ichom by roue. after the ordinance herein made, it apperlaineth lo offer for the charges of the Communion, or some other whom they shall provide to offer or them, shall receive the holy Communion with the priest : the which moi be the better done, for that hey Know before, ichen (heir course- comebh, and may therefore dispose themselres to (he tvorthy receiving of tha Sacro- ment. And avith him or them who doth s0 offer the charges of the Con- munion, all other, who be then Godly disposed thereunto, shall literie receive the Communion. And by this means the Minister having alrays some Lo communirate toith him, may accordingly solemnise so high ant holy mysteries, with all the suffrages und due order appointed for the sant. And the Priest on the treek day shallforbear lo celebrate the Communion. ercept he have some that rrill communicate rith him.

    Second Edw. VI. 1552.                             also receire      he     Sacraments, an

SA14. 9 The breul and wine for the À Gier rites according to the onde in 3 this book appointed. And year Communion shall be provided by at Easter, every Parishioner shall the Curate. and the churchwardens, reckon with his Parson, Vicar, ur at Le charges of the Parish, and Curate, or hès, or their deputy ur the Parih shall be discharged_ of députies, and'pay Lo them rhin such sus of money, or other duties, dl ceclesistical duties, acrustonn- ichich hitherto they have paid paid by due, then and at {hat time lo for the same, by order of their paid À, houses every Sunday.

IThe rubrics$ 445, $ 146, $ 147, $ 148, omitted in and subsequeni Elizabeth, 1559.

                                                    S 144. The bread and wine, etc.

S 149.€ And note, that every Paris- ISame as 1552] hüoner shall ronmmunirate, at the least three times in the yeur : of S 149, And note that every, ele. tchich, Easter 10 be one: and shall Same as 4592.

33 Thus in all the ed: f 1549. Snonced., 1352, and 1559, “orderoi.” 1la one ed, all * omitted. “This rubricis representend by} 2 In two eds, courses. ” of 1549. | THÉ SUPPER OF TBE LORD AND THE HOLY COMMUNION 431

#46. Furthermore, every man and ivoman to be bound lo hear and be at (he divine service, in the Parish church where (hey be resident, and there irith devout prayer, or Godly silencs and meditation, lo occupy themsslves liere to pay their dutien, to communicate once in the year at the least, and ere lo receive and take all olher Sacraments and rites, in this book appointed. $ A7. And rchosoever willingly, upon no just cause, dolh absent themselves, or dloth ungodly in the Parish church ocrupr themselves: upon proof tbereof, by the Ecclesiastical lan of the Realm, to be excom- municate, or suffer other punishment, as shall o the Ecclesiastical judge {according lo his discretion) seen convenient.

$ 148. And although it be read in ancient wrilers, that the people. many years past, received at the Priest'e hands the Sacrament of the body of Christ in Lheir or hands, and no commandment of Christ to the contrary : Yetforasmuch as they many times conveyed the same secretly array, kept it with them, and diversely abuse it to superstition and tvickäness : lest any such thing hereafter should be attempted, and that an uniformity might be usel throughout the ivhole Real, it is thought convenient the people rommonly receive the Sacrament of Chris's body in their mouths, at the Priestx hand.

     James I. 1604.                                Charles II. 1662.

$ #44. The Breud and Wine, ete. SA44, € The Bread and Wine the Communion shall be prov [Same as 1552. by the Curate and the Churchwa £140. And note that every, cle, dens, at the charges of the Parish.

                                        8149.€ And note, that every Paris-
       [Same as 1552.
                                          hioner    shall   communicate at     the
                                          least three times in the year, of
                                          which Easter Lo be one, And yearly
                                          at Easter every Parishioner shall
                                          reckon with the Parson,      Vicar, or
  Sooteh Liturgy. 1637.                   Curate; or his or their Deputy, or
                    es                    Deputies, and pay to them or him

Sti$. The Bread amd Wine for the | ail Ecclesiastieal duties, accusto- Communion shall be provided by | mably due, then and at that time the Curate and the Cnurchearde ns, | 79 pal at the charges of the Parish.

$149. And note, that every paris- | $ 450. € After the Divine Servire hioner shall communieate at the |‘ ended, the money given at the Of- least three times, in the yeur, of | fertory shall be disposed of to such ichich Pasch or Easter shall be one; | pious and charitable uses, as the and shall also receive he Sucre | Minister. and Church-wardens shall ments, and obserte other rites, | think fit. Wherein if they disagree, according, to the order in this book | it shall be disposed of as the Ordi appointed. nary shall appoint.

                        “ See rubrics in Scotch ed.

432 REVUE ANGLO-ROMAINE

  Second Edw. VI. 1652.                               Elizabeth, 1559.

$ 151.6 Although no order can be so IThe above rubric is omitted.] perfectly devised, but it may be of some, either for their ignorance and infrmity, or else of malice and James I. 1804. obstinacy, misconstrued depraved, IThe above rubric is omilted.] and interpreted in a wrong part : And yet beeause brotherly charity willeth, that so much as convenien- Scotoh Liturgy, 1687. Ly may be, offences should be taken away : therefore we willing Lo do [The above rubric is omitted.} the same. Whereas it is ordained in the book of common prayer, in the administralion of ke Lord's Charles II. 1662 Super, thut the Comnunicants meeting should rercive the holy $ 151. Whereas it às ordained in this Communion: which thing being Office for the Administration of the well meant, for a signification of the Lord's Supper, that the Communi- humble and grateful achnoreledging cants shoull receive the same Knee of the benefits of Christ, given unto (which Order is cell meant, the worthy receiver, and to avoid for a signification of our humble the profanation ‘and disorder, and yrateful acknowrledgement cl tchich about the holy Communion the benefits of Christ therein given might else ensue : lost yel the same to all worthy Receirers, and fx Aneeling might be thought or taken the avoiding ‘of such profanatin, otherwise, rehe do declare that it is and disorder in the holy Connu: not meant thereby, that any adora- nion, as might othericise ensue Yi. tion is done, or ought 10 be done, lest he same Kneeling Should y either unto ‘Le sacramental bread any persons, either out of igmoran or wine there bodily received, or Lo and infirmity, or out of malice ant any veul and essential presence trere obstinaey, be miconstrued and d‘- being 0f Chrisls natural flesk and praved; Ît is here declared, tit ülood. For us concerning the sarra- Thereby no Adoration is intendrt mental bread amd wine, they re- or ought to be done, cither at th main still in ei very natural Sacramental bread” or wine, that substancel, and lücrefore. may not Vodily receired, or unto any Corps be aûored, for that were Idolotry ral Presence ‘of ChrisCs naturi to Le abkorred of all faithful Flesh, and Blood. For the Sarr: Christians, And as concerning the menti bread and'irêne remain stil natural body and blood of our Sa- in their very Natural body ant viour Christ, theyare in heaven and blood four Saviour Chris are not here, For it is against the truth Heaven ant not here: it bein] of Christ true natural body, to be against the truth of Christ Naturil in more places Lun in one al one body, to be at one time in mr time. places than one.

7 Inone ed., 1332, this paragraph is dent from the signatures, was adlri fourth in order. ILis printed on a sepa- alterwards. Noveral copies are witiiu rate leaf in other copies, and, as is evi- it altogether.

                               Le Direcleur-Gérant :      FERNAND Portal.

             PARIS, — LMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 47,