1e ANNÉE N°28 13 JUIN 1896
REVUE
ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE tie [/
Tu es Potrus, ot su- Spiritus Sanctus _po- per banc petram suit opiscopos ro ædificabo Ecclesiam gore Ecclosiam Doi.
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SOMMAIRE :
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Rév. E. Dennr...... e et le ministère des Églises de as
A. Loisx st
Chronique... . 50
Documers. Damnatio et excommunicatio Henrici VIIL ac
Elizabeth... .
PARIS
RÉDACTION ET ADMINISTRATION
A7, RUE casserre
1896
UNIVERSITY OF MICHIGAN
PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES
FRANCE A LA PAGE:
Un an. se... 20 fr. La pee ; - sr. Six Mois . , ... Ar. page - 20f TROIS MOIS Gfr. Le 4/4 page......!.!.!!!: 40 fr.
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Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.
MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
Jeanne terrassant la Franc-Maçonnerie
A l'heure présente, un peu partout, mais seulement son étendard où brillent les surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l'extrémité de prises : l’armée de Dieu et de la religion, la hampe, elle frappe et traverse le. drs- et la franc-maçonnerie. gon représentant la Franc-Maconnerie. Le Souverain Pontife a dénoncé Le danger monstre est revétu des insign qui menace la société civile, en même temps ques; dans sa rage impieil renverse le c: quo. le caractère criminel de la secte, ses lice et l'hostie, et il exhale son cri de rage: profes el ses artifices. Ni Dieu ni Maître. Le cheval se cabre au Ilinvite les chrétiens à combattre et à dessus des Saints Mystères profanés ; et repousser l'ennemi, non pas avec des ar Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en mes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre: De par le Ro: en pleine lumière et bien ouvertement. du Ciel! On a roulu répondre à la voix du Pape, On a su, avec un art parfait, renfermer par une médaille que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaille comme un signe de sa foi et de sa soumis- tout ce drame religieux et patriotique sion. C'est un petit chef-d'œuvre de dessin et de Cette médaille qui est une véritablo œu- vre d’art, réunit l'amour de l'Eglise ct tenons cette médaille en argent à la lamour de la France sous les traits de disposition de nos lecteurs. * Jeanne d'Arc terrassant la Franc-Maçonne- Il suffit d'adresser, en mandat-poste. rie. autant de fois 4 fr. 28 que l'on désire re Tout le monde eonnait l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. grand Maître interdisant aux loges d'accep- Par unité, ajouter © fr. 5@ en sus pour fer la fête nationale de Jeanne la bonne la recommandation à la poste. Française, et l'opposition que la secto Par quantité de 4 douzaine et au-dessus, continue de faire à la Pucelle et à son et pour les localités desservies par le che triomphe. min de fer, en raison de la valeur déclarer. C'est do là que vient l'idée ou le dessin compter un minimum de deux frames de ia médaille. pour le port et l'emballage. Jeanne à cheval, armée du secours de Envoyer les lettres et mandats à M. l'ad Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministratour de la Revue, 17, rue Cassette L'ÉGLISE ANGLICANE er
LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME
- Dans les Etudes religieuses du 13 juillet 1895, le R. P. Tournebize, au cours d'un intéressant article sur « le mouvement religieux en Angleterre », pose la question suivante : « N'est-il pas vrai, en effet, que des ministres calvinistes, convertis à l'anglicanisme, sont entrés
de plain-pied dans les divers ministères de leur nouvelle religion? » ILest évident que le R. P. Tournebize croil que la réponse à cette question ne peut être qu'affirmative. Des asserlions semblables ont été assez souvent émises, et loujours dans le but d'appuyer l'alléga- tion que l'Église anglaise a rejelé actuellement le divin ministère de l'Église catholique, et qu'elle a substitué à sa place une institution humaine, analogue à celles que possèdent les secles protestantes qui surgirent au temps de la Réforme. 2. Un passage de l'Histoire d'Angleterre de acaulayt est fréquem- ment cité comme preuve de telles assertions, ainsi que certaines ex- pressions de J. Cosin, plus lard évèque de Durham, dans des lettres qu'il écrivit pendant « la Grande Rébellion * ». Or, au sujet de ces autorités, il suffil de faire remarquer deux choses: d'abord, tous ceux qui connaissent Macaulay, el qui ont passé au crible les Lémoi- gnages sur lesquels il s'appuie, estiment absurde d'attacher la moindre valeur à ce qu'il a pu affirmer relalivement aux affaires de l'Église anglicane?; secondement, on ne peul douter, à en juger par ses érrits, que Cosin élait très mal informé sur notre sujet. Un ée vain (c'est probablement l'évêque Burnel) remarque avec si à propos d'une affirmation de Cosin et qui avait rapport à la même matière, qu'il « la soupçonnait de n'être que tradition et oui-dire »,
1 Macautay, History of England, vol. I, p. 16, 6 édition. = Cosin, Works, vol. IV, p. 404, 419, Anglo-catholie library. 2 Vide Haux ox, The Reformersof he English Church and Mr Macauluy's Uis- Lory of England, % édition, 1850.
REVUE AxUL ROMAINS, — Te —
482 REVUE ANGLO-ROMAINE et qualifie une autre grave erreur de « mésaventure !. » En fait. il semble manifeste que Cosin appuyait ses affirmations sur une fausse conception, tant de la loi actuelle de l'Église que des faits relatifs au cas de Whillingham, que nous rencontrerons plus tard au cours de ce travail. 3. L'expérience nous ayant démontré que le plus grand nombre des erreurs et des malentendus quise produisent au sujet des ques- lions controversées sont surtout dues au défaut de précision dans là détermination des points àdiseuter, il nous parait utile de bien poser laquestion que nousnousproposons detraiter dans les pages suivantes. Procédons d'abord par voie d'exclusion. IL ne s'agit point de savoir s'il est possible de découvrir, au temps de la Réforme, des exemples de personnes non dùment ordonnées qui aient possédé des bénélices sans charge d'âmes. Évidemment il serait sans utilité d’alléguer ces exemples dans la discussion dont ils'agit, puisque, même avant« l'ère de la Réforme ». des Beneficia simpliria furent attribués assez fréquemment à des laïques et même à des enfants *. Il ne s'agit pas non plus de trouver des exemples de personnes non ordonnées qui aient oblenu des bénéf avec charge d'âme, puisqu'il est cerlain que,dans la Grande-Bretagne, avant que la rupture se fit avec le Saint-Siège, même des Beni curata furent usurpés par des laïques. C'est ainsi que Robertson nous dit: « Il parait qu'à aucune époque, pendant les trois siècles qui précédèrent la Réforme, les évêques écossais ne purent réussir à faire que les Ordres fussent une qualité indispensable pour avoir un bénéfice. Les statuls synodaux du xmn° siècle et les statuts provin- ciaux du xw, avouent que les Reclories et d'autres charges de glise furent occupées par des hommes qui n'avaient pas le caractère clérical 5. » Que de semblables abus aient existé en Angle- terre, c'est ce qui ressort d'une bulle du Pape Nicolas V conservée dans les archives du collège de la Madeleine à Oxford, et dent l'objet était d'interposer la médiation de ce Pontife entre le fondateur de cette Société et l'évêque de Salisbury, au sujet d'un conflit touchant le béné- fice paroissial de Brightwell tenu par un laïque depuis dix ans!. Des exemples pareils, même quand ils seraient prouvés d'une façon in- contestable, ne seraient d'aucune valeur dans le débat en ques 4. On ne peut douter qu'au début de la période qui commence avec l'avènement d'Élisabeth au trône, des efforts furent faits pour perpétuer en Angleterre l'abus, antérieur à la Réforme, des béné-
1 Bimeu, Life of Tillotson, pp. 185, seq. Edit. 1102. 2 Cf. Decret. Greg. De æt. ot qual. c. ex ratione. Sext. Decr. Deeloct. et Elecii Pot. c. ex eo, lib. 6. Van Espæw, Jur Eccl. Univ. LI, tit. 30, $ 5. 3 RosenTsow, Slalula, p. cv. 4 Cf. Bishop Forues An Explanation of the XXXIX Articles. Note c. p. à. 2e édit. L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 483
fices possédés par des laïques. Citons l'exemple de Jewell, évèque de Salisbury, qui envoie à son métropolitain l'archevêque de Cantor- béry Parker une dispense de Rome (Dispense romaine sub plumbo) permellant à un laïque nommé Harvee d'occuper une prébende à sa cathédrale, et lui écrit à ce sujet le 46 juin 4563 : « Je supplie Votre Grâce de me dire si la loi le permet ou non, et si le susdit pourra jouir de ce bénéfice n'ayant pas et ne portant pas le costume sacer- dotal, mais ayant tout l'extérieur d’un domestique !. » Le même pri- mat, durant sa visite du diocèse de Norwich en 1367,se plaignail de trouver que omnia erant venalia, les grands propriétaires fonciers, « les meilleures gens du pays », étaient infectés de celle maladie à un tel degré qu'un certain chevalier possédait 4 ou 5 bénéfices, tandis que d'autres en avaient même 7 ou 8 « cloués ensemble et qu'ils Lon- daient lous ». À la cathédrale il trouve que le Lord Keeper {garde du grand sceau), à la face de toute la cité, a installé prébendier de l'é- glise un domestique non ordonné, un simple laïque”. De plus. en 1370, le doyen d'York se vit obligé d'écrire à l'archevêque Parker en ces termes : « J'apprends qu'un M. Hammond, de Yorkshire, va «solliciter Votre Grâce d'accorder à son fils — un tout jeune enfant « de peu d'instruction et de discernement — une dispense le rendant « capable de recevoir une prébende d'York nommée Riccal el vceu- «pée jadis par le D' Spencer. Son père est un homme influent et « fort riche, et filéus hujus swruli, c'est pourquoi je supplie Votre Grâce « de ne pas permettre qu'il abuse de voire autorité pour accomplir « son dessein 3, » Le doyen ne fit pas cet appel en vain, car l'arche- vêque, bien que le comte de Leicester eül donné son puissant appui à lademande en question, refusa la dispense. Il estimpossible de le nier: dans les citations que nous empruntons aux documents contempo- rains, se révèle un triste élat de choses, mais il va de soi qu'il serait puéril d'alléguer les exemples qui nous montrent de puissants sei- gneurs ou de riches propriétaires obtenant des bénéfices pour eux- mêmes ou pour leurs protégés, soit avec la complicité des chefs ecclésiastiques ou sans cet appui, el prétendre prouver par là que l'Église anglaise a reconnu d'une manière officielle le ministère des « Églises réformées ». Comme nous l'avons déjà dil, de pareils abus existaient antérieurement à la Réforme. 3. Ayant ainsi fait place nelle, je suis maintenant en mesure de préciser la question particulière qui doit être l'objet de nos recherches. La voici en un mot:
1 Juwers, Works, 1v, p. 1262. Edit., Parker Society. — Parmi les privilèges ap= partenant à l'archevêque de Cantorbéry, on compte celui de donner, per {otum Angliæ regnum, ut laicus litteris operam navans præbendam retineat. (Cf. Revue Anglo-Romaine, 1, Il, p.39.
Savez. Parker, BK IL, chap. xvn, p. 249. Edit. 111.
3 Ibid. Bk UNI, ch. 1Vp. p. 298-299. 484 REVUE ANGLO-ROMAINE
« Durant la période qui s'étend depuis l'avènement d'Élisabeth
jus-
qu'à l'an 1662, l'Église anglaise a-t-elle reconnu officiellement les ministres des « Églises réformées »comme compétents pour le minis- tre de ses autels, sans qu'ils fussent d'abord dûment ordonnés? » Si les adversaires de l'Église anglicane veulent pouvoir aftirmer que telle était sa pratique, c'est à eux à prouver leurs affirmations par des fails concluants. Mais, sans une telle démonstration, la question posée par le P. Tournebize doit recevoir nécessairement une réponse négalive. el par conséquent elle ne peut plus servir au but pour lequel elle a été ouvertement posée. 6. Maintenant, afin de donner une réponse précise à la question posée, il faut évidemment se demander, d'abord, « quelle lumière nous donne sur ce sujet la loi de l'Église d'Angleterre de la périvde dont nous parlons. » Celle loi défendait-elle ou ne défendait-elle pas un usage pareil à celui qu'on affirme avoir prévalu ? Heureusement. la réponse est aifirmative et péremploire. La préface de l'Ordinal de 1332 (en usage alors) et l'Ordinal même sont explicites sur ce point. La première déclare que « depuis « le temps des apôtres, il y a eu loujours, dans l'Église du Christ, « ces trois ordres de ministres, savoir: les. évêques, les prètres et « les diacres, » que ces ordres existant alors dans l'Église au- glaise « doivent être continués el respectueusement exercés et cun- « sidérés dans l'Église d'Angleterre. » Donc, « il est exigé qu'aucun homme n'élant pr entement « évêque, ni prêtre, ni diacre n'en remplisse les fonctions » avant qu'il n’aitrecu ces ordres selon les rites prescrits par l'Ordioal. On déclare que ces ordres ont élé divinement instilués et en même temps qu'à l'évêque seul appartient le pouvoir de les conférer. EL ainsi loule affirmation d'après laquelle les prêtres avaient er même pouvoir, ce qui est précisément la thèse soutenue par les réformés, est condamnée catégoriquement. 7. Il est donc démontré jusqu'à l'évidence que la loi de l'Église, telle que nous l'avons exposée, fut appliquée pendant celte période. On en peut trouver une preuve intéressante dans le fait que l'on ren- contra de grande difficultés causées par suite du nombre insuffisant de ministres ordonnés qui se trouvaient en Angleterre au commen- cement du règne d'Élisabeth. La peste, qui fit tant de ravages parmi les évêques sous le règne de Marie, eut aussi ses victimes parmi le reste du clergé. D'autres, parait-il, se relirérent au delà de la mer par répugnance pour une seconde rupture avec le Saint-Siège. Il eu résulla qu'il y eut fort peu de clergé pour remplir les divers minis tères rendus ainsi vacants. Sous la pression de ces pénibles cireons- tances, les chefs de l'Église ont-ils violé la loi de l'Église et installé L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 483
dans ces bénéfices’les Proteslants « Hot Gospellers from Geneva », qui avaient été admis au ministère des Églises réformées, et qui s'é- taient précipités sur l'Angleterre ? Non, ils ne le firent pas; et, pour éviter l'ordination de personnes impropres, on envoya dans les plus peliles paroisses {en attendant qu'elles fussent régulièrement pour- vues, des « lecteurs » (readers), et ceux-ci durent souscrire une dé- claration formelle, conformément aux « injunctions » promulguées par les archevêques des deux provinces et leurs évèques suffragants, qu'ilsn'administreraient pas les sacrements. 8.Une démonstration supplémentaire des mêmes faits peut se trou- ver dans divers canons et articles, rédigés et promulgués en assem- blée ecclésiastique; la convocation de 1571 par le huitième canon, ordonnance qui suit: « Episcopus neminem qui se olioso nomine lec- lorem vocel et manus imposilionem non acceperit, in Ecclesiæ mi nisterio versari palietur?. » Il eslévident que ce canon, conformé mentavec l'Ordinal, défend à toute personne non dûment ordonnée d'exercer d'une manière quelconque les fonctions qui incombent au sacerdoce. D'ailleurs, pour rendre impossible la moindre infraction àla loi, un autre canon |VI) prescrit que les personnes venant d'un autre diocèse doivent présenter leurs « lettres dimissoires » de l'é- vèque du lieu, afin que l'ordinaire puisse s'assurer que les postulants aux fonctions du ministère sacerdotal ont reçu les ordres sacrés. Nous voyons encore que, le 47 mars 1376, certains articles ayant rapport à la discipline du clergé furent lus par l'archevêque Grindal et souscrits par l'Assemblée de Cantorbéry. Le neuvième de ces articles prescrivit qu'on ne permettrait à personne de prècher sans qu'il ait reçu au moins le diaconat, tandis que le quatrième article ordonna de faire en chaque diocèse une sérieuse enquête « afin de découvrir les personnes qui ont contrefait des lettres d'ordinalion; de façon qu'elles puissent être écarlées et punies. Par le cinquième article les évêques furent obligés de se faire connaitre l’un à l'autre les noms des prétendus ecclésiastiques? », pour empêcher qu'ils puissent officier dans aucun diocèse. La convocation ne fut pas rêu- nie pendant quelques années; mais, en 1394 et encore en 4603, on rédigea des canons qui défendaient à tout évêque d'instituer à un bénéfice une personne quelconque qu'il n'aurait pas lui-même ordon- née, ou qui ne pourrait pas préalablement présenter des « lettres d'ordination ». 9. Le même témoignage est rendu par les questionnaires envoyés avant les visites des évêques et par les autres articles d'enquêtes
! Injunctions Lo be confessed and subscribed by them that shall be admiled eaders Cardwell. Documentary Annals. vol. I. pp. 268 st seq. 2 Canwer, Synodalia, vol. 1, p. 115. 3 Couuer, Ecclesiastical History, vol. VI, pp. 549. 50. Edition 1852.
JNIVERSITY OF MICHIGAN
486 REVUE ANGLO-ROMAINE
faites par les évêques durant la même période. Par exemple, Richard Cox, l'évêque d’Ely demande : « Item. S'il y a des personnes, des intrus, qui prétendent à un mi- « nistère quelconque dans l'Église de Dieu, sans qu'ils aient reçu « l'imposition des mains et l'autorisation de l'ordinaire. Edouard Grindal, archevêque d'York en 1571, visita sa province, et publia les divers articles d'une enquête à faire dans la province d'York, lors dela visite du métropolitain, du très Révérend Père en Dieu Edward, archevèque d'York, Primat et Métropolitain d'Angle- terre. Le onzième de ces articles est ainsi conçu : « Est-il une personne, ou des personnes, n'ayant pas au moins «reçu l'ordre de diacre ou ayant autorisation de l'Évèque, qui ré- « citent publiquement dans votre église ou chapelle la prière com « mune? y a-Lil quelqu'un qui, sans même être diacre, célèbre des « mariages, ou administre le sacrement de baptême, ou qui présente «la coupe du Seigneur dans la célébration de la sainte communion « etquel est-il, qui sont-ils ceux qui agissent ainsi? » De semblables enquèles se rencontrent dans les « arlicles de visi- tation » de l'évêque (Aylmer) de Londres en 1577 et 1386; et que l'archevêque (Sandys) d’York y publiait en 1378. Tel est aussi le premier des « Articles, au sujet duquel on devra « faire l'enquête dans le diocèse de Winchester, à l'occasion de la «visite du très Révérend Père dans le Christ Mathieu, par la Provi- « dence divine archevêque de Cantorbéry, Primat de toute l'Angle- « terre‘ et Métropolitain », en 1375, rédigé ainsi: e Jn primis : si « des intrus sont intervenus et ont prétendu exercer un ministère « quelconque dans l'Église de Dieu sans avoir recu l'imposition des « mains, el une mission légitime de l'ordinaire. Et s'il est arrivé que quelqu'un, n'étant que diacre, ait usurpé l'office de prêtre ».* Plus tard, en l'an 1584, nous trouvons l'Archevèque Whilgifl, de Can- torbéry, publiant certains articles3 dont le 5"* défend à celui qui « n'était pas prètre, ou au moins diacre selon la loi de ce pays même de prèchér »; et dans ses Articles de visilation de la susdite année il dit: « Si vous èles diacre,ou ministre et prèlre, déclarez par qui
Aprèsla conquête, il y eut compétition entre les archevéques de Cantorbérr et d'York, le premier prétendant que York était soumis à Cantorbéry. En l'an 4354 il fut définitivement établi que chaque archevéque était métropolitain de sa Province, mais que Cantorbéry aurait la préséance. Le Papo Innocent VI, en confirmant cet arrangement donna à l'archevéque de Cantorbéry lo titre de Tolivs Angliæ Primas, et à l'Archevéque d'York celui d'Angliæ Primas (Reg. Islip. fol. 9 . in Wilkins Concitia vol. 111, pp. 31, ?.) Leurs successeurs portent encore ces Litres respectivement. 2 En anglais lo mot est minister qui à cette époque était souvent employé en opposition avec le mot diacre et signifie prêtre. — Pour ces articles voyez Re port of the Commission Lo enguire into Rubrics Orders etc., 1888. — App. E. pp. AUT, ot seq. 3 Reg. Whigift, fol. 97. L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 487
« vous avez été ordonné, par qui et quand vous avez été légitime- « ment promu. »
Il est à peine nécessaire d'ajouter d'autres citations, puisque celles-ci nous démontrent suffisamment que la loi de l'Église par rap- port à la nécessité des saints ordres, n'était point « lettre morte ». Cependant, il sera bien de donner encore une preuve empruntée aux «Articles de visitation » que R. Bancroft, évêque de Londres (puis
successeur de Whitgift sur le siège de saint Augustin), publia lors de la deuxième visite générale de son diocèse, en 1604. Le huitième article est ainsi rédigé :.. « Est-il quelqu'un qui, n'étant ni ministre, ni diacre, récite publiquement dans votre église ou chapelle la prière commune, ou si un tel personnage administre le sacrement de bap- lème, ou s'il béni le mariage, ou s'il s'arroge dans l'Église d'autres fonctions réservées particulièrement aux ministres ou diacres? Et quel est le nom de celui qui agit ainsi :? » 40. Voici une autre preuve, très importante. Ceux qui, en Angle- terre, étaient les ennemis les plus acharnés du ministère de l'Église catholique, et qui nièrent ses pouvoirs et son origine divine,se récriè- rent contre l'Église anglaise, pour la raison spéciale qu'elle possé- dait ce ministère, et qu'elle refusait de reconnaitre le « ministère » inventé par les dissidents. Ainsi nous lrouvons un témoignage re- marquable dans The Historie, of Corah, Dathan and Abiram, par un célèbre dissident, John Penry, laissée inachevée et publiée après sa mort, en 1593. L'auteur, grâce à ses relations avec les membres des sectes, avait eu des facilités exceptionnelles pour se renseigner sur l'état des choses. IL dit, relativement au clergé de l'Église: « Ces « hommes renversent toute la face de l'Église du Christ, ils persé= « eutent la vérité et soutiennent ouvertement plusieurs horribles « péchés, comme la prêtrise des insensés par exemple, que Corah « aurait répudiés. »
« Nousdemandons donc à ces prédicateurs : Parquelle autorité bap- « tisent-ils, enseignent-ils, ele. ? C'est-à-dire, nous demandons quelle « mission ils ont pour agir ainsi. Cetle mission leur vient-elle du « Christ Jésus,ou est-elle un pouvoir laissé ici par l'Antechrist? Je dis « que, quoi qu'ils fassent, ils le font par un pouvoir, par une mis- « sion et une vocation émanant de l'Antechrist el non d'ailleurs. Ils « agissent en qualité de‘diacre, de prêtre, ou en vertu d'un privilège « spécial, et une dispense contrefaisant un diaconal ou une prêtrise. « Je fais mention de ce privilège, car il peut s'en trouver un sur dix « mille qui n'est ‘ni prêtre ni diacre, mais qui, par le moyen d'une « telle dispense de la part de l'évèque, administre toutefois une cure; « s'il y en a de tels, ils ne sont pas capables d'exercer un ministère « quelconque, et ce qu'ils font, ils ne le font que par le pouvoir de
1 Report, etc. 431. 488 REVUE ANGLO-ROMAINE la Bête. Or, comme je m'occupe, ici, de ce qui est un fait, il n'est que juste que la controverse se résume en ces deux thèses : « 1° Demandons d'abord si, quand le Pape fut chassé de ce pays par les lois de Sa Majesté, les fonctions papistes de la prétrise el du diaconat furent aussi bannies des assemblées des chrétiens, ou bien si elles furent retenues. « ® Demandons en second lieu si, alors ou depuis, aucuns da vrais offices de l'Eglise du Christ * furent instilués ou ordonnés dans les assemblées paroissiales de ce pays. Il est évident que les offices papistes de prêtre et de diacre furent conservés, et que les oflices du Royaume du Christ ne furent pas restaurés. Et c'esl en verlu des offices papistes de la prétrise et du diaconat que tout le culle divin est rendu ou plutôt qu'il est souillé et profané dans toutes les assemblées paroissiales du pays. Pour démontrer ce que je dis, je prends à témoin, non seulement Sa Majesté, ses lois et la Ah Court of Parliament, mais je fais appel aussi aux principaux sou- tiens des assemblées paroissiales.... qui. confessaient alors que les offices du Christ n'avaient pas été introduits el, pour ce molif. conseillaient à Sa Majesté de les établir dans les assemblées parois- siales. Relativementaux lois de Sa Majesté, nous voyons clairement que l'État fut administré en ces Lemps-la par nos pères qui, aux jours d'Édouard VI, croyaient que l'Église papale était l'Église du Christ malgré sa corruption; et que les offices papisles d'évêques. de prêtres et de diacres sont les offices de l'Église du Christ. Ils les maintinrent donc, ainsi que nous le voyons dans le Book of Ordrrins Bishops and Priests d'Édouard VI, celui-là même que Sa Majesté [Élisabeth] a rétabli. Ce livre, qui indique la règle suivant laquelle doit être institué le ministère paroissial dans tout le pays, ex- prime cette opinion, car il dit : « Ilest évident, etc. [L'auteur cite ici toute la Préface de l'Ordinal.] « Nul dans ce pays ne peut tenir un bénéfice spirituel ni Parsonqge, Vicarage ou Curateship, qu'en vertu de la prêtrise, du diaconat ou d'une dispense papiste qui équi- R R R R R RE R EARE REANR
vaut à cette prêtrise. Celui qui a été fait ministre en quelque
Église réformée d'outre-mer n'est pas capable de remplir les de-
voirs pastoraux dans une paroisse de ce payssans avoir reçu au
préalable le diaconat ou la prêtrise selon l'ordre qui a été établi
dans notre pays; tandis que celui qui reçoit les ordres à Rome est
conforme au modèle de notre diaconat et de notre prêlrise, de
sorte qu'il est capable d'acheter el de vendre? c'est-à-dire qu'il peut
exercer une fonction publique quelconque. Comme nous l'avo®s
dit, les offices d'évêque, de prêtre et de diacre, ne subirel
pas de changements sous Sa Majesté, car on les croyait être les
ARanaaannz
1 C'est ainsi que les dissidents d'alors appelaient les fonctions de leurs ministres.
# Apol. XILI, 16, 17.
L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 489
« offices de l'Église du Christ. Il existe certains sujels qui, ayant «reçu la prétrise ou le diaconat au temps d'Henri VIII, furent « reconnus prêtres ou diacres sous les règnes du roi Édouard VI, de « la reine Marie et de la reine Élisabeth, en vertu de la même prè- « trise, car elle est telle que celle de l'Ordinal et presque tout le « monde l'estime ainsi. L'expérience nous démontre que nos prêtres « sontnonseulement des sacrificateurs véritables comme les papistes, «€ mais aussi qu'ils possèdent d'autres pouvoirs qui appartiennent à « ceux-ci et qui n'appartiennent pas à d'autres, à l'exception de. » (ce livre non achevé s'arrête ici!). 11. Penry pose comme étant indiscutable que les offices papistes d'évèque, de prêtre et de diacre, qu'il appelle fhe foole Pries- thood, « la Prètrise des Insensés », « de l'Antechrist », furent maintenus par l'Église au temps de la Réforme, et que le ministère de l'Evangile, les véritables offices de l'Eglise du Christ que les Réformaleurs du continent prétendaient avoir restaurés ne furent pas établis en Angleterre ; que les prêtres de l'Église d'Angleterre ont les mêmes offices que les sacrificateurs papistes; et que tandis que ceux qui ont été ordonnés selon le Pontifical Romain sont re- connus comme ayant la même prétrise, et jugés capables d'avoir charge d’âmes, d'autres, ministres en quelque « Église réformée » ne sont pas reconnus, et sont incapables de remplir une charge. En dernier lieu cel auteurnous dit que,s'ilexiste un hommedesservanlune cure. sans être ni prêtre, ni diacre, c'est là une chose contraire äla loi. 42. Un témoignage semblable à celui de Penry nous est rendu par un nommé John Canne, membre très remarquable de la secte des Anabaptistes. Il dit dans un ouvrage intitulé À second Voyce from the Temple to the Higher Powers, qu'il publia 60 ans plus tard, c'est-à-dire vers la fin de la période que nous examinons : « Quiconque n'a pas wété ordonné prètre ou diacre par un évêque, c'est-à-dire qui- « conque ne lient pas son ministère essentiellement dusiège de Rome « (comme le dit Mason); ou comme le disent les non-conformistes, «quiconque n'entre pas dans le ministère en vertu d'une voca- « lion papiste et illégitime, contraire à l'Écriture et inconnue à « l'Église primitive, ne peut pas être bénéficier ni ecclésiastique con- « formément à la loi. » Tandis qu'il avail déjà affirmé que: « Selon « notre loi, ceux qui ont été faits prêtres dans l'Église de Rome peu- « vent, s'ils viennent à l'Eglise d'Angleterre, retenir leur prêtrise « comme jadis: puisque la loi ne distingue pas entre celui qui est « fait prêtre à Rome par le Pape, et celui qui est ordonné prêtre en « Angleterre ?.»
! J. Paxev, The Hislorie of Corah, Dathan and Abiram, pp. 44, 29, 12, 34, 45. 3 J. Case. À second Voyce from the Temple Lo he Higher Powers, pp. 7. t1. published August 1653. 490 REVUE ANGLO-ROMAINE Il nous serait impossible d'exagérer l'importance d'un parel lémoignage, nous arrivant de la part de ceux qui étaient au courant de tous les faits se rapportant à la loi et à la coutume del'Église pen- dant la période que nous examinons. Certes, ils n'auraient été que trop heureux s'ils eussent pu démontrer le contraire de ce que les circonstances les obligèrent forcément d'avouer. 13. Le fait que la loi de l'Église d'Angleterre exigeait alors, comme aujourd’hui, la nécessité d'une ordination valide, pour toute per- sonne ayant charge d'âmes, est démontré, je le répète, par preuves que nous venons d'apporter, par celles qui découlent de l'autorité de l'Église, comme par celles qui nous sont fournies par ses ennemis les plus acharnés, ceux-ci n'hésitant point à déclarer, en langage profane et vulgaire, que l'Église « avait une hiérarchie ant. « chrétienne, et un ordre papal de ministres, contraire au Verbe de « Dieu, inconnu à l'Église primitive, émanant de la boutique pa « piste, pour la destruction du royaume de Dieu !. »
4 ATrealise of Lhe Ministry of the Church, p. 33. Ouvrage anonyme du xvr sic. Voir aussi un exposé semblable, par J. Canne, À necessilie of separalion, pri- ved by the Non conformist principles, p. 12, édit., 1634. Il est intéressant dt remarquer que Ganno parle in de LOrdinai dans les termes suivants: « Ces « d'ordination par lequel ils font des évêques, des prètres el des diacres, en « opposé à la forme de l'ordination que prescrit l'Écriture même. Ce n'est au « chose qu'une copie mot à mot du Pontifical du Pape, dans lequel il appart « d'une manière si saisissante comme l'Antechrist. »
Edward DENxY.
(4 suivre.)
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ERNEST RENAN, HISTORIEN D’'ISRAEL
(Suite)
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Comme l'Hexateuque, les autres livres historiques de l'Ancien Teslamenl_ ont principalement pour but l'instruction religieuse et morale d'Israël. Les livres des Juges, de Samuel (I-II Rois) et des Rois (LI-1V Rois) ont été compilés sur des documents où Renan dis- cerne des souvenirs épiques ‘extraits du Zasar), des notes d'histoire cuntemporaines des faits, et des légendes prophétiques!. IL aurait fallu insister sur la haute signification de ces récils, même de ceux dont l'interprétation est sujette à difficulté en ce qui regarde le côté matériel des faits. Mais on croit devoir nous signaler, dans le livre de Samuel, des pages de médiocre valeur, tirées de Vies de pro- phêtes et d'écrils Lout à fait légendaires * »; dans le livre des Rois, des « parties faibles empruntées aux agadas prophétiques ». On aurait commencé à écrire de « ces Vies de prophètes, intimement liées à l'histoire des rois® », vers le temps d'Ézéchias ; cependant, la plupart auraient été composées vers la fin du règne de Josias :
- analogues des vies des saints de bas étage, chères aux populations crédules... livres de prophètes, rapportant leurs actes et au besoin leurs paroles, avec ce sans-gêne, cet oubli de la chronologie, cette insouciance de la réalité qui, dans tous les temps et tous les pays, caractérise la légendet. » Quiconque voudra bien lire attentivement et sans parti pris les récits concernant les prophètes, dans les livres de Samuel et des Rois, même dans les Chroniques {Paralipomènes), trouvera ce juge- ment fort exagéré. Les rédacteurs des livres en question n'ont pas voulu être des historiens complets ni simplement des historiens; ils ont voulu interpréter l'histoire au point de vue de leur foi et tirer du 492 REVUE ANGLO-ROMAINE
passé un enseignement pour le présent et pour l'avenir. À celte fin, ils ont mis à contribution des documents d'histoire nationale, des pièces ofcielles qui n'avaient pas un caractère spécifiquement rel- gieux, et d’autres écrits dont le trait dominant était l'édification. La première sorle de documents ne pouvait fournir à leur démonsire- tion que son cadre chronologique et l'indication des fais les plus importants. Les documents de la seconde sorte, au contraire, étaient déjà tout pénétrés des principes qu'on voulait inculquer aux lecteurs. La combinaison des uns et des autres est exécutée avec un médiocre souci de l'art littéraire : parfois même certaines données de fait semblent contradicloires ou malaisément conciliables. Les compila- teurs n'y ont pas pris garde parce que la leçon qui résulle de l'ensemble n'a pas besoin, pour être comprise, de s'appuyer surun récit parfaitement homogène, concordant, documenté selon noire manière de traiter l'histoire. Par exemple, il est difficile au crilique de répondre à celte question : Samuel a-t-il été dès l'abord favorable ou opposé à l'institution de la royauté? Mais la question, dans les termes où elle se pose pour nous, n'a point préoccupé le rédacleur: en racontant le sacre de Saul par Samuel, il montre que Dieu choisil les rois; el en reproduisant les objections que le prophète oppose à la demande du peuple qui veut un roi, il enseigne que le peuple de lahvé doit mettre avant tout sa conliance en Dieu et non dans le prince. La seconde leçon ne contredit pas la première. L'une et l'autre semblent provenir de sources différentes, et le critique ne laisse pas aujourd'hui d'éprouver quelque embarras à déterminer d'après ces textes le rôle historique de Samuel, l'enchainement des faits visés par le récit, la relation mutuelle et la portée des inc- dents qui y sont mentionnés. Les écrivains hébreux n'avaient pes même l'idée du travail minutieux par lequel les historiens moderses s'efforcent de reconstituer dans tous les détails de sa physionomie réelle la vie d'un homme, d'une nation, d'une époque. À quoi bn reprocher aux compilateurs de Samuel et des Rois de n'awir pas écrit l'histoire de la monarchie israélite comme on l'écrinil aujourd'hui, puisqu'ils n'ont pu, ni voulu, ni dà le faire? Renan a surtout maltrailé l'auteur des Chroniques el d'Esdr. « Jamais, dit-il, on ne poussa plus loin l'étourderie, l'inattents dans l'emploi des sources. Aucun écrivain n’a répandu plus d'erreurs dans le monde que ce misérable compilateur. On ne saurait ina giner un plus pauvre philologue, un plus pauvre critique, un pal graphe moins habile !. » Ce sont làde grands mots, mais qui ne sign fient presque rien dans l'application qu’on en fait. L'auteur n’est pés responsable des menues altérations que son texte a subies, partitu-
DA AUS
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ÉRNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 493
lièrement dans les énumérations de noms propres. Les transforma- tions légères qu'il introduit parfois dans les documents qu'il copie ne viennent pas de ce qu'il « lisait mal! », mais de ce qu’il voulait expliquer les textes anciens. Telle substitution de mots a pour but de parer à une objection ou de prévenir une question. Ainsi, dans un passage où le livre de Samuel (Il Sam. xxtv, 1) dit que Jahvé excila David à dénombrer Israël, le livre des Chroniques (IL Caron. At, 4) fait intervenir Satan à la place de lahvé. Au lieu de dire que les ambassadeurs de Mérodach-baladan vinrent pour féliciter Ézé- chias de sa guérison (II Rois. xxn, 19), le chroniqueur dit, peut-être par manière de conjecture, que ces ambassadeurs vinrent pour s'in- former du prodige qui s'était accompli dans le pays, c'est-à-dire pour savoir à quoi s’en tenir louchant le recul de l'ombre sur le cadran d'Achaz (II Caron. xxxut, 34). I parle aussi de la flotte que Josaphat de Juda et Joram d'Israël avaient à Asiongaber, pour faire le voyage de Tarsis {IL Chron. xx, 36-31). Ce dernier mot désigne proprement l'Espagne, où la flotte israélite n'aurait pu aller qu'en faisant le tour de l'Afrique. Dans le livre des Rois (1 Rois, xxn, 49), il est question de vaisseaux de Tarsis, c'est-à-dire de grands vaisseaux, pour aller à Ophir. Le chroniqueur, pour qui sans doute Ophir et Tarsis avaient le sens indéterminé de pays fort lointains, n'a pas vu d'inconvénient à retenir seulement le dernier, alors que, pour la parfaite correction géographique, il eût mieux valu garder le premier. Voilà jusqu'où st allée son étourderie.
Mais on l'accuse encore d'avoir falsifié ou inventé plusieurs récils. De tels griefs ne doivent pas être formulés à la légère. Renan croit cependant que, dans le temps où le chroniqueur écrivit son livre,
« les Annales plus élendues des rois de Juda et d'Israël n'étaient pas encore perdues; les récils relatifs aux prophèles surtout offraient des développements considérables?, » Pourquoi les traits qu'on dit avoir été imaginés par l'écrivain sacré, par exemple l'histoire de la lèpre d'Ozias (IL Ghron. xxv, 16-23; ef. IL Rois, Xv, 4-5), celle de la raplivité de Manassé à Babylone (IL Chron. xxxiv, 10-20), n'auraient- ils pas été puisés dans celte littérature hagiographique où l'on visait surtout à l'édification? Déjà dans les Rois, la lèpre d'Ozias est pré- sentée comme un châtiment de sa tolérance pour le culle des hauts lieux. C'est parce que le chroniquer voulait faire un livre édifiant qu'il a omis dans l'histoire de David certaines aventures de son héros #L tout ce qui lient à la révolte d'Absalon. 11 n'avait pas l'intention d'embellir le caractère de David, mais bien celle de ne rien mettre dans ses récits qui püt choquer le sens moral de ses lecteurs. La couleur tout ecclésiastique de l'ensemble s'explique par la même
SIVATi IV, 178. 494 REVUE ANGLO-ROMAINE
raison. Les Chroniques ne sont pas « l'histoire écrile par un sacris- laint », mais une sorte de commentaire liturgique, religieux 4 moral de l'histoire israélile depuis David.
lt
La littérature prophétique est, à certains égards, la partie la plis importante de l'Ancien Testament, Renan ne l'a pas toujours traitée avec l'attention, l'équité, la modération de langage réclamées par le sujet. Il n'est pas exact de dire que les prophëtes s'expriment Loujours en « phrases rythmées sans parallélisme rigoureux ? ». Beaucoup d'oracles ont élé rédigés en vers, selon loutes les règles du genre poétique, par Amos, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel. On ne trouve pas dans la Bible un poème plusrégulièrement construit que la réponse d'Isie aux menaces de Sennachérib (Zs, xxxvir, 22-29), morceau dont Rewan conteste sans raison l'authenticité, L'élégie satirique sur la mort du roi de Babylone (75. xiv, 4-21) que la plupart des critiques attribuent à un prophète contemporain de Cyrus, est aussi une pièce du rçthme le plus exact. Ézéchiel parait l'avoir imitée (voir surtout É. xt Isaïe a pu la composer à propos de la mort de Sargon, qui futni d'Assyrie et roi de Babylone, bien qu'elle soit maintenant encadrir dans un oracle concernant la ruine de l'empire chaldéen. La seconde partie du livre d'Isaïe {ch. XL-LxvI) n'a certainement pas été écrite « pendant les jours qui suivirent la prise de Babylonc* par Cyrus. Ces chapitres, que la critique a d'ailleurs cessé de consid rer comme un seul discours, n'ont pas le caractère d’une prophiit rédigée uprès coup. Une telle prophétie ne manquerait pas de at: corder matériellement avec les faits de l'histoire. Or il estineunks | table que les indications concernant la ruine prochaine et complète de Babylone, la destruction des dieux chaldéens, n'ont pas le moindrr rapport avec la conduite réelle de Cyrus à l'égard de la ville et du culte vaincus. La déchéance de la capitale et de ses divinités fut, por le moment, un fait d'ordre moral. La lettre du texte prophétique n donc pas été calquée sur la lettre de l'histoire, mais l'histoire va vérifié d'abord que l'esprit de la prophétie. Renan parle avec conviction d'un « admirable poète qui a voulus perdre dans les rayons d'Isaïe * » : c'est l'auteur de quatre morceaut
MLV, 176. 2 11, 424. SI, 473. AU, 455. D SE S
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insérés dans la première partie du livre (Z5. xu, 4-x1v, 23; xx1, 4-40; ). De même, l’auteur des chapitres xL-Lxviles« mit sciem- ment à la suite du volume! », pour qu'on les attribuât au prophète contemporain d'Ézéchias. Le nom de Jérémie fut « exploité * » de façon analogue par ses disciples, qui interpolèrent les visions authen- tiques et ÿ ajoutèrent un oracle contre Babylone (Jér. L-u1). Enfin, la prophétie de Daniel est l'œuvre d'un Juif « à moitié fou 3 », contem- porain d’Antiochus Epiphane et de Judas Macchabée. Bien que tel de ces cas soit très discutable et que des exégètes fort expérimentés n'admettent pas que la seconde partie d'Isaïe on les morceaux con- testés de la première aient été primitivement publiés sous le nom de ve prophète, nous ne croyons pas utile d'entrer ici dans le détail de ces questions. Mieux vaut laisser aux critiques modérés le soin de réduire à leur juste portée les faits supposés de pseudonymie. Les explications données vaudront pour les oracles anonymes que l'on dit avoir été insérés par les scribes dans les œuvres de prophètes connus. Nous n'avons pas à porter un jugement définitif sur chaque hypothèse, mais à contrôler le jugement de Renan sur ce que l'on appelle volontiers les résultats de la critique, par celui de personnes autorisées à parler au nom de celte crilique si vantée. Aussi bien en ce qui regarde les prophéties qu'en ce qui regarde la Loi, observent les savants que nous avons déjà cités à propos du Pentateuque 5, la question de rédaction doit être considérée comme accessoire, parce que les écrivains bibliques eux-mêmes la considé raient comme telle. Il est probable que beaucoup d'oracles parmi les plus authentiques n'ont pas lé transcrits immédiatement par les pro- phètes qui les avaient prononcés ou composés, mais seulement par leurs disciples au bout d'un certain temps. Les rédacteurs se sont attachés au sens plutôt qu'à la lettre de la prophétie, au moins quand il ne s'agissait pas de morceaux poétiques. Dans aucun cas, la prophétie n'est conçue comme une wuvre littéraire, propriété d'un individu déterminé. Les prophètes étaient les organes d'une lradition continue et d'une révélation permanente dont la source élait lahvé lui-même. L'auteur ou les auteurs de la seconde partie d'Isaïe, celui qui a écrit le livre de Daniel, ne prennent pas réellement le person- nage de prophètes anciens, comme s'ils voulaient faire croire que leurs discours ont été réellement écrits par Isaïe ou Daniel. Ce ne sont pas ces prophètes qui parlent : c'est lahvé, l'inspirateur d'Isaïe et de tous les prophètes. Le livre d'Isaïe est une compilation littéraire dont Isaïe lui-même n'a fourni que certains éléments, le reste ayant été 1 I, 475.
- Il, 454. 3 1V, 347. 4 Voir, par exemple, Dunx, Das Buch Jesaia, Einl., xvu. % Driver, SanDar, KiRkPATRICK. 496 REVUE ANGLO-ROMAINE
écrit par des hommes qui se raltachaient plus ou moins directement à son école; mais, comme œuvre prophétique, ce livre esl avant lou un recueil d'instructions données par Dieu à son peuple. De la hau- leur où se sont placés les prophètes anonymes, el même les pseudo nymes, les controverses touchant l'attribution de Lel ou Lel morceau, apparaissent mesquines el bonnes à défrayer le loisir des lettrés, On a presque tort d'employer à ce propos le mot d'authenticité. La véri- table authenticité des prophéties n'est pas celle qui vient d'une signa- ture humaine dont plusieurs ont commencé par être dépourçues et dont quelques-unes n'ont été pourvues que pour la forme, mais celle qu'elles doivent au souflle divin qui les a inspirées toutes. Le sublime voyant qui se trouve avoir complété si magnifiquement l'œuvre d'Isaie, ne fut pas un faussaire; les scribes qui écrivirent les premiers son œuvre dans le rouleau d'Isaïe ne furent pas les art. sans d'une fraude blâmable ou les victimes d'une grosse erreur. Tous conlinuaient à leur façon la mission du prophète. Ceux qui virent les premiers le livre qui nous est parvenu sous le noi d'Isaie, ne songèrent pas à chercher par combien de mains il avait passé pour prendre sa forme définitive: le livre était pour eux ki parole de Dieu telle qu'lsaïe et sa lignée avaient su la transmettre. Ils n'éprouvaient pas le besoin d'en savoirdavantage. Comme hisu- riens et comme criliques, nous pourrions souhailer que l'apport de chaque auteur à l'œuvre commune fût plus facile à reconnaitre: comme croyants, ce qui a suffi aux collecteurs de prophéties, à là tradition juive et chrétienne, doit nous suffire aussi. La méprist que l'e: ienne a pu commettre en attribuant à un sul écrivain la rédaction de l'ouvrage entier est en soi de nulle const quence, car il s'agit d'un fait lilléraire, dont la juste appréciation+ affaire de science el non de religion. L'auteur de Daniel, continuent les critiques, a dû puiser dans k tradition orale ou écrite au moins les principaux traits de ses récit. peut-être même les idées qui dominent les visions prophétiques* Renan suppose Loul à fait gratuitement qu'il existait une légende écrite du Lemps de Manassé, où Daniel étail un Israélile emmené eu Assyrie quand leroyaume de Samarie fut détruit. Toutefois, si l'écriain qui prend le personnage de Daniel ne l'a pas créé de toutes piété lui-même s'est préoccupé uniquement de son lemps. Le genre apr lyplique oftre, à cel égard, le même caractère que la prédicali® prophétique des époques plus anciennes. Mais les considération historiques et les prévisions de l'avenir y tiennent plus de plate L'hagiographe s'est reculé dans le passé afin d'en tirer des encouras ments pour le présent et des espérances pour l'avenir, De ce que nil
À Druven, Literature ofthe O. T., 411.— SanDay, Inspiration, 218. Cf. Ka Einleilung in das Alle Testament, 394.
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ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 497
homme aujourd'hui ne voudrait formuler ainsi une philosophie de Y'histoire, les aspirations de la foi, les lumières el les certitudes de l'espérance dans le cadre d'une prédiction à long terme, il ne suit pas que l'auteur ait pensé commettre une fraude ni qu'il ait songé le moins du monde à tromper ses contemporains et la postérité. Il avait conscience d'agir dans un intérêt à la fois religieux et patriotique : tute arrière-pensée personnelle, toute considération d'intérêt humain lui élaient étrangères. La fiction littéraire qu'il employait n'était pas de sa part un mensonge, bien qu'elle soit devenue très promptement l'occasion d’une méprise exégétique !. Auteur et lecteurs s'entretin- rent dans un commun espoir et s'enflammèrent pour une généreuse entreprise, sous le couvert d'un nom respectable qui pouvait dérou- ter, au besoin, la malveillance du persécuteur et prévenir la risée des juifs sceptiques ou gagnés à la cause de l'étranger. C'est justement parce que l'on regardait au contenu des livres el que la propriété littéraire n'avait aucune signification dans le milieu juif, que des fictions de la plus colossale invraisemblance ont pu y Lrouver grand crédit. Ces fictions ne réussissaient point par elles-mêmes, mais par l'idée qu'elles faisaient valoir ou le sentiment qu'elles nourrissaient. Ce que l'on goûtail dans Daniel, dans Hénoch, ce n'étaient pas les aventures de ces personnages plus ou moins légendaires, mais l'appli- cation naturelle et préméditée des récits et des prophéties aux cir- constances du temps présent. L'esprit religieux et national d'Israël se reconnaissait dans ces livres et les adoptait comme siens. De telles compositions ne sont pas selon notre goûl. Renan avoue, à propos de Daniel, qu’elles peuvent néanmoins être sublimes; mais il a eu tort d'ajouter, en parlant du même livre, que la plalitude s'y mélait bizarrement à la sublimité*. Le livre de Daniel, à la différence de celui d'Hénoch, estsobre dans ses descriptions, exempt de dévelop- pements inutiles et fastidieux. Il n'eût été que juste de ne pas employer les mots de « drôlerie », de « pochade » et de « caricature? » pour qualifier le livre de Jonas*. La mise en scène, supposé qu'elle ne renferme aucun élément tradi- tionnel, n'est pas tellement drôle qu'on soit autorisé à y voir une caricature. L'auteur du récit l'a composé aussi sérieusement que celui qui nous a raconté l'histoire de Job. Peut-être a-Lil souri un peu en écrivant certains détails; mais il n'avait pas l'intention de faire rire, et il ne dit rien de ridicule. Il « a voulu inulquer cette idée qu'il n’y a qu'un seul Dieu au monde, c'est lahvé, Dieu paternel pour loutes ses créatures, qui se repent quand il a pris des résolutions
! Kamphausen, Das Buch Daniel und die neuere Geschichtsforchung, 81. 2 LV, 353. SIN, 511, 544. «II, 544. REVUE ANGOLO-ROMAINE, — T, II. — 32 498 REVUE ANGLO-ROMAINE
trop sévères, pardonne loujours à la pénitence et retire ses menaces quand elles ont atteint leur objet, la conversion du pécheur! ».A quoi il faut ajouter que les gentils ne sont pas exclus du salut et que lahvé se montre leur Dieu comme il est celui d'Israël : celui-ci est délégué auprès d'eux pour les inslruire, et il ne doil pas être mécon- ent de les voir traités avec faveur par lahvé. Voilà de bien grandes idées pour une pochade. Elles dominent cependant tout le r& Chaque détail est conçu en vue de la leçon morale qui se dégage de l'ensemble. Rien ne ressemble moins à une satire dirigée contre les prophètes anciens ou nouveaux.
IV
En comparaison de cerlains exégètes qui renvoient, après la capli- vité, la composition de tous les psaumes, Renan professe, touchant l'origine du psautier, des opinions assez modérées. Il s'est arrangi de façon à loger certains psaumes dans les endroits où les autres par- lies de la littérature israélite ne lui fournissaient pas la matière de belles citations, par exemple, sous le règne de Manassé. On ne sait pus si celte époque a produit beaucoup de psalmistes; mais ils sont très utiles pour combler un vide. « David... avait du goût pour k poésie. Mais aucun des psaumes ne parait sérieusement pouvoir lui être attribué. » Un seul fragment (Ps. 1x, 8-41; Lviu, 8-11} aurait « chance de nous représenter une éructalion poétique du temps du premier roi d'Israël? ». Ainsi « l'humanité croira à la justice finale sur le témoignage de David, qui n’y pense jamais, et de la Sibylle, qui n'a point existé. Teste David cum Sibylla. O divine comédie ! Renan avait déjà produit ailleurs le trait final . Il savait pourtant. comme tout le monde, que la foi de l'humanité chrétienne à la justier finale n’est pas fondée sur quelques versets de psaumes, bien moin encore sur les prétendus livres sibyllins, mais sur l'enseignement des prophètes, du Sauveur et des apôtres. Mais comment se priver d'une jolie phrase, lorsque cette phrase a, par sureroit, l'avantagr de faire poser sur le néant les espérances d'éternité? On ne voil pes pourquoi David, qui était poète, n'aurait pas composé un certain nombre de cantiques religieux dont le texte a pu, d'ailleurs, ëtr plus ou moins retouché au cours des siècles. Renan serail as disposé à regarder comme authentiques les « dernières pale de David » (IL Sem. xxim, 47), s'il n'avait cru s'apercevoir que, das ce morceau, « David était déjà censé l'auteur des psaumes® ». Le IL, 46. 2148 5 Par exemple, dans la préface du P’rétra de Némi, p. xut. II, 476. U1,450, ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 499
poème semble très ancien et pourrait avoir été emprunté à la même source que l'élégie sur la mort de Saül et de Jonathas. David n'y est pas présenté comme « l'auteur des Psaumes », maiscomm e auteur de cantiques répandus en Israël. Croit-on que l'élégie sur la mort de Jouathas n'ait pas été longtemps un chant populaire? La tradition qui attribue des psaumes à David n'a rien que de vraisemblable, puisque David était poète, musicien el dévot à lahvé. Que les commentateurs démélent parmi les psaumes qui sont attribués à David et dont plusieurs ne sont pas de lui, ceux qui ont le’ plus de chances d’avoir élé composés par « le brigand d'Adullam et de Siklag ». Les idées émises par notre critique touchant l'origine des Proverbes sont passablemant contradictoires. Il écrit dans son second volume : « La seule partie de la littérature hébraïque actuellement conservée qu'on pourrait attribuer à Salomon, c'est la partie du livre des Pro- verbes qui s'étend du verset 4 du chapitre x au verset 16 du cha- pilre xxir. Mais, si ce pelit recueil de proverbes remonte effectivement au temps de Salomon, ce n'est pas là une œuvre personnelle; out au plus pourrait-on admettre que Salomon fil faire la collection‘. » El dans le troisième volume nous lisons : « Les Hommes d'Ezéchias compilèrent un recueil de proverbes qu'on mettait déjà sur le compte du fils de David (Prov. xxv el suiv.) et réunirent à la suile quelques autres pelits recueils d'une sagesse fort ancienne, attribués à des personnages énigmaliques, Lemuel, Agour, lthiel.... Les deux autres recueils (Prov. 1 et suiv; x et suiv.) paraissent moins anciens. Les répétitions qui existent entre le recueil des Hommes d'Ézéchias » et la grande collection de sentences (x-xxir, 46) « empêchent de supposer que les Hommes d'Ézéchias aient simplement continué ? » cette collection. La dernière hypothèse parait la meilleure ?, Renan a été malavisé d'attribuer un recueil de proverbes à Ithiel (Pro. xxx, 1): ce personnage n'a jamais existé, car son nom est dû à une fausse lecture de l'hébreu #. Il n’y avait pas non plus lieu d'écrire, après avoir cité le portrait de la Folie (Prov. 1x, 13-18) : « L'esprit de pareils poèmes est ainsi plus qu’à demi profane. C'était presque de la libre philoso- phie 5? » Si l'on examine attentivement ce que Renan appelle « le portrait de la femme folle », on s'aperçoit qu'il ne s'agil pas d'une femme, mais de la Folie personnifiée. Ce portrait sert de pendant à celui de la Sagesse, qui le précède immédiatement. 11 ressort de celui-ci que la Sagesse donne la vie, de celui-là que la Folie conduit à la mort. Ces idées n'ont rien de léger. Mais l'écrivain sacré prête à la
VI, 116. QUES 3 Voir Revue des religions 1890, ne 5, 6, 1. Cf. Driver, op. cil., 311. iver, op.cil., 3183 Bickell, Wiener Zeitschrift für die Kunde des 4, 293. REVUE ANGLO-ROMAINE
Folie les manières et le langage d'une courlisane. La forme de l'apo- logue n'a rien qui empêche un lecteur sérieux d'en sentir la morale. L'imputation de rationalisme faite aux auteurs des Proverbes, de Job, de l'Ecclésiaste, de l'Ecclésiastique, de la Sagesse est aussi peu fondée que possible. Renan admire comme « un trait de génie : < l'indécision de l'auteur » de Job « en un sujet où l'indécision est le vrai! ». Mais l'auteur de Job n'est nullement sceplique àl'égard de la justice divine : il veut montrer que l'homme n'a ni le droit, oi le pouvoir d'en contrôler l'exercice. Telle est sa théorie, qui netrabit pas la moindre indécision et qui ne l'empêche pas d'affirmer énergi- quement sa foi en la justice éternelle ainsi que le devoir de la sou- mission la plus complète à la volonté divine. L'Ecclésiaste contient-l vraiment « les seules pages de sang-froid » qui se rencontrent dans la Bible? la raison qu'on en donne prouverait presque le contraire: « Le Cantique et le Cohélet sontcomme une chanson d'amour et un pelit écrit de Voltaire égarés parmi les in-folio d’une bibliothèque de Lhéo- logie. C'est là ce qui fait leur prix. Oui, l'histoire d'Israël manquerail d'une de ses principales lumières si nous n'avions quelques feuillets pour nous exprimer l'état d'âme d'un Israélite résigné au sat moyen de l'humanité, s'interdisant l'exaltation et l'espérance, trai- tant de fous les prophètes s’il ÿ en avait de son temps, d'un Israëlile sans utopie sociale ou rêve d'avenir. L'auteur de Cohélet fut l'idéal de ce qu'on appelait un sadducéen, je veux dire de ces gens riches, sans fanatisme, sans croyance d'aucune sorte en l'avenir, attachés au culte du temple qui faisait leur fortune, furieux contre les fanatiques et loujours enchantés quand on les mettait à mort %. » Le scepli- cisme de cet auteura pourtant des limites : « Nier Dieu pour lui, te serait nier le monde, ce serait la folie même. S’il pèche, c'est pare qu'il fait Dieu trop grand et l'homme trop petit. Craindre Dieu, voilà le culte véritable 4 » Il a donc une foi absolue au dogme essentiel du judaïsme, l'existence du Dieu unique, puissant et juste. Îl doute seulement de l'homme, ce en quoi il est excusable. S'il parait douter aussi de la destinée humaine, et si le problème de la juslitt providentielle reste pour lui couvert d'une obscurité impénétrable, c'est que la tradition juive ne fournissait pas à son esprit crilique tous les éléments nécessaires pour résoudre ces graves questions. Personnellement, il paraît avoir été enclin à une sorte de scepticisme pratique, fait d'ironie et de désenchantement, à l'égard de la vie pr- sente. Nul n'a mieux parlé de la vanité du monde. Son idéal de vit selon la sagesse est loin d’égaler celui de la perfection chrétienne,
à I, 9.
DATE
2 V, UN, 119.
AV 162, 163. ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 301
mais il ne prèche pas le scepticisme moral ni l'art de jouir avec modération pour jouir plus longtemps. Le ton de l'ouvrage a trompé beaucoup de lecteurs. Habitués à la parole solennelle et menaçante des prophètes, nous trouvons un peu étrange la conversation spiri- telle, mordante mème, moitié souriante, moitié trisle, de ce sage que Renan appelle avec raison « un homme du monde !. » Celle circonstance même peut expliquer les traits du livre qui nous élon- nent le plus, l'apparente frivolité de l'expression, la forme un peu risquée de tel ou Lel avis, le lour salirique de certains jugements. Quant aux Proverbes, à l'Ecclésiastique, à la Sagesse, ils sont conçus dans l'esprit des psaumes didactiques, esprit qui n'a rien de ratio- naliste. Renan a eu le bon goût de ne pas insister sur la fiction litté- raire moyennant laquelle l'Ecclésiaste el la Sagesse ont été mis en circulation sous le nom de Salomon. Peut-être est-ce parce que la fiction ne semble pas de conséquence en malière de philosophie mo- rale. Quoi qu'il en soit, le pseudonyme équivaut ici comme ailleurs à l'anonyme.
Y
On voit que la critique de Renan était loin d'être infaillible. L'extrême finesse de son esprit, la légèreté sceptique avec laquelle il abordait tous les problèmes religieux, un désir inconscient peut-être mais très persévérant de ne rien avancer qui püt affermir les posi- tions de l'apologétique chrétienne ont souvent exercé sur ses juge- ments une facheuse influence. Il a émis des hypothèses fort ingé- nieuses qui n'avaient pas la moindre racine dans les lextes, par exemple son opinion sur l'identité du Zasar et des Guerres de Iahvé. Il a présenté par le côté le plus défavorable el en les jugeant d'après nos idées modernes les faits de supposilion littéraire que la critique dit avoir constatés et qui, mal compris, peuvent sembler préjudi- ciables à l'autorité des Livres saints : c'est ainsi qu'il a vérilablement travesti la découverte du Deutéronome. Ila poussé à salimite extrème le doute critique sur l'origine des psaumes attribués à David, pour faire ressortir la prélendue méprise des siècles chrétiens qui ont cité le roi psalmiste comme une autorité en faveur de la vie future. Nous dirons plus loin comment il a aussi abusé de l'extrême énergie du langage prophétique pour montrer dans les voyants d'Israël une série de fanatiques aussi intolérants qu'absurdes, sans faire la part des exagérations familière aux peuples orientaux, sans tenir compte des circonstances historiques où les prophètes ont vécu, de la vio- lence qui caractérisait les mœurs de leur temps, des persécutions
LVATH. he 502 REVUE ANGLO-ROMAINE cruelles que beaucoup d'entre eux ont subies. L'antipalhie pour hommes a réagi sur la façon de présenter el d'interpréter lesécris Dans ce qu'on est convenu d'appeler la haute critique, Remnna pas beaucoup d'originalité. 11 combine les hypothèses qui lui snt fournies par d'autres. La grandeur du cadre qu'il voulait rempli la conduit presque nécessairement à employer cette méthode. Il serait arrivé sans doute sur beaucoup de points à des conclusions phs justes s'il avait repris plus attentivement et par lui-même l'eu- men des problèmes qu'il devait résoudre. En matière de criique purement Lextuelle et d'exégèse, sa perspicacité naturelle, l'éendue et la variété de ses connaissances le servaient heureusement. & manière de traiter les textes est néanmoins passablement insufi- sante pour les parties poétiques de l'Ancien Testament dont ilne parait pas avoir beaucoup observé le rythme. N'oublions pas pourlnl, si nous voulons être justes, qu'il est arrivé le premier ou peu $e faut sur un lerrain que l'érudition française n'était pas habiluëeà cultiver. Ses erreurs de critique en ce qui regarde l'origine, la dale, même le caractère de Lel ou tel livre biblique sont peu de chose en comparaison de la grande erreur philosophique et religieuse qui domine toute son œuvre, et, en tout cas, c'est de celle-ci que prr- cèdent, en dernière analyse, toutes les conséquences fâcheuses qui peuvent résulter de celles-la.
ALFRED Loisy.
CHRONIQUE
Une nouvelle lettre de Léon XIII au peuple anglais. — Nous lisons dans le Monde, la correspondance suivante : « J'apprends que le Pape Léon XIII va témoigner, par un nouvel acte pontifical, de son ardent désir de ramener l'Angleterre à la foi de saint Augustin et de Grégoire le Grand. Une lettre concernant les Anglais leur sera adressée par Sa Sainteté, probalement vers la fin du mois. Cette lettre n'a pas été provoquée par le Mémoire de M. Gladstone : elle était en préparation avant que ce Mémoire ne fût présenté au Vatican. «M. Portal, directeur de la Revue anglo-romaine, est reparli lier de Rome pour la France. La veille, il avait eu la joie d'assisteràla messe du Souverain Pontife, en compagnie de deux prêtres anglicans que la question de la validité des ordinations avait amenés à Rome et qui sont également repartis. Par une heureuse coïncidence, ce jour même était la fête de saint Augu: l'apôtre de l'Agleterre.
Les matelots anglais à Rome. — Le Saint-Père, dit l'U- nivers, offrira dimanche, au Vatican, une réfection à cinq cents ma- telots anglais, qui assisleront à sa messe en la chapelle sixtine. Il les fera ensuite accompagner dans la visile des musées et des jardins du Vatican.
Titres honorifiques accordés par le Sénat de l'Univer- sité de Cambridge. — A la réunion du 9juin les propositions suivantes ayant élé approuvées parle Conseil ont été soumises au Sénat de l'Université de Cambridge :
« 1. That the Degree of Doctor in Law, honoris causa, be conferred upon ToBiAs MICHAEL CHARLES ASSER, Professor of International Larv in the University of Amsterdam, under Slatute A, Chapter IT, Section 18, Paragraph 3.
« 2. Thatthe Degree of Doctor in Late, honoris causa, be conferred upon Professor Feux LIEBERMANN under Statuts A, Chapter IT, Section 18, Paragraph 3.
« 3. Thot the Degres of Doctor in Letters, honoris causa, be conferred upon Sauvez BERGER, Sécretary of the Faculty of Protestunt Theology at Paris, under Slatute À, Chapler IT, Section 48, Paragraph 3. 504 REVUE ANGLO-ROMAINE
« 4. That lha Degree of Doctor in Letters, honoris causa, be conferred upon Louis Ducuese, Director of the École Française de Rome, under Statute À, Chapter IT, Section 48, Paragraph 3.
« 5. That the Degree of Doctor in. Stience, honoris causa, be conferrel upon CarL GEGENBAUR, Professor of Anatomy and Director of {he Anatomi- cal Institute, Heidelberg, under Statute A, Chapter IT, Section 48, Parn- graph 3.
« 6. That the Degres of Doctor in Letters, honoris causa, Le conferrei upon MicueL JouANNES DE GoEse, Professor of Arabie and Turkish in the University of Leyden, under Statute À, Chapter II, Section 18, Paro- gra 3. :
«7. That the Degres of Doctor in Lelters, honoris causa, be conferrat upon Avour Hanxack, Professor of Theology in the University of Berlin. under Satute À, Chapter II, Section 48, Paragraph 3.
« 8. That lhe Degree of Doctor in Srience, honoris causa, be conferrel upon Feux KuEiw, Professor of Mathematics in the University of Güttingen. under Statute À, Chapter IT, Section 18, Paragraph 3. « 9. That the Degree of Doctor in Letters, honoris causa, be conférrei upon Francis AnoRew Manu, Professor of the English Language ant Comparative Philology in Lafayelte College, U. S. A., under Slatuk 4, Chapter IT, Section 48, Paragraph 3.
« 40. That the Degree of Doctor in Srience, honoris causa, be conferrel zepon Simox Newco», Professor of Mathematics |and Astronomy in the Johns Hopkins University, Baltimore, and Superintendent of the American Nautical Almanac, under Statute A, Chapter IT, Section 18, Parayraph 3.
« 41. That the Degree of Doctor in Letters, honoris causa, be conferrel upon Téonor ZX, Professor of Theology in the University of Erlange. under Slatute À, Chapter IT, Section 18, Paragraph 3 ».
Le mémoire de M. Gladstone et la Presse. — Voici la suite des appréciations auxquelles a donné lieu le mémoire de M. Gladstone que nous avons publié dans notre numéro du 6 juin.
LE TABLET.
« Nous publions à une autre place la lettre de M. Gladstone sur les ordres anglicans, que la plupart de nos lecteurs auront déjà lue d'ail- leurs dans les journaux quotidiens. On ne nous dit pas à qui ls lettre est adressée, mais cela est de peu d'importance. Elle était adressée principalement au public, et ce n'est pas manquer à la charité que de penser qu'elle était adressée aussi au Pape. L'écrivain assurément ne prétend nullement offrir des réflexions « aux considé- « rations de personnes constituées en dignité, moins encore à celui « sur qui retombent les responsabilités et les angoisses de la plus
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CURONIQUE 305 « haute position qui existe dans l'Église chrétienne ». Mais il peut cependant avoir espéré que ses réflexions seraient placées sous les yeux du Pape, et si, comme c'est l'impression générale, c'està l'insti- galion de lord Halifax que cette lettre a été écrite, il est probable que celui-ci aura pensé que la personnalité considérable de M. Glads- tone donnerait une signification toute particulière aux conseils dont Sa Seigneurie s’est faite elle-même le porte-parole. « M. Gladstone a tous les droits d'appeler l'attention du Saint- Siège sur les considéralions qu'il peut juger importantes, et il y a des passages dans sa lettre que nous accueillerons très cordialement. Toutes nos sympathies sont avec lui quand il exprime le désir de ne pas voir creuser encore davantage le fossé quinoussépare, mais plutôt de nous voir un jour réunis et plus puissants pour résister aux forces toujours plus redoutables de l'incrédulité. C'est encore une réelle consolation d'entendre dans la bouche du vénérable homme d'État des paroles telles que celles-ci pour apprécier le caractère el les mo tifs de l'initiative prise par le Sainl-Père: « Il ne m'appartient pas de « préjuger des résultats des démarches qui se font à Rome. Quels « qu'ils soient, il ne peut y avoir dans mon opinion le moindre doute « sur la nature de l'attitude prise par le chefactuel de l'Église catho- « lique romaine au sujet de ces démarches. Selon moi, c'est une « attitude paternelle au sens le plus large du mot, el bien qu'elle < prenne place parmi les derniers souvenirs de ma vie, j'en garderai « loujours la précieuse mémoire avec de Lendres sentiments de res- « pect, de gratitude et de haute estime. »
« Et plus haut dans sa lettre il reconnait l'impartialité avec laquelle
l'enquête a été faite, exaltant « ce qu'a fait Léon XUL, d'abord en con- « cevant l'idée de celte enquête, et puis en prenant soin, par la cons- “ litution savante el impartiale du tribunal chargé de l'enquête, « qu'aucun moyen ne soit négligé, qu'aucune garantie ne soit « omise pour arriver plus facilement à la vérité. » « Est-ce trop demander que d'espérer que, lorsque l'enquête actuelle sera terminée, quelle que soit la décision, les justes et géné reuses paroles de M. Gladstone obtiendront, de la part des anglicans, à l'égard du Saint-Père et des juges qu'il a nommés, la reconnai: sance au moins de la pureté et de la charité des bibles qui les ont guidés! « Passant ensuite au contenu des recommandations de M. Glads- tone, pouvons-nous appeler son attention sur une appréciation regrettable qui semble se retrouver partout dans se lettre? 1l recon- nail sans doute que la question des avantages qui pourraient résul- ter de telle ou telle décision est subordonnée à la vérilé historique; mais il ajoute que, pour le moment, il ne s'occupe que des avantages. Et, en conséquence, passant presque absolument sous silence ce que le respect de la vérité peut imposer aux juges, il fait la balance des avantages comme si ce devait être là l'objectif principal de la déci- sion à prendre. Sans doute, M. Gladstone n'a pas voulu dire que cela sera, ses expressions ayant été soigneusement choisies pourne pas dire 306 REVUE ANGLO-ROMAINE autre chose que ce qu'il veut; mais nous craignons que le plan qu'l a adopté de n'envisager la question qu'à ce point de vue pariculier et subordonné n'encourage l'illusion regrettable que le Time dans son leader sur la lettre en question n’a pas hésité à signaler : « Xows « pouvons être bien certains que, si.le Pape est convaincu quel « reconnaissance par lui des ordres anglicans prépare les voiesà « une contre-reconnaissance de la suprémalie papale par les angi- « cans, ces voies devront être aplanies d'une manière ou de l'autre. « Dans ces circonstances, il nous semble nécessaire d'affirmer haut ment que la pensée de voir le Pape s'engager dans une pareille voir nous paraît à la fois intolérable et sans fondement. Léon XIII bin que se rendant parfaitement compte des avantages ou des désaran- tages qui peuvent résulter de la décision, ne laissera pas inQuenter son jugement par de telles considérations; carl'enquête elle-mèm est une enquête sur la vérité des faits et des doctrines, et en celle matière la question d'avantage ne saurait intervenir. Nous désivns également protester en notre nom à nous qui, en Angleterre, avons soutenu l'invalidité des ordres anglicans. L'idée que nous souhaitons une décision hostile dans l'espérance qu'elle nous amènera plusdt convertis, esl entièrement sans fondement. Sans doute nous avon pu penser que la défense l'aile par certains ecclésiastiques étranger d'une position que nous considérons comme absolument fausse, on ne peut plus déplorable, en ce qu'elle retient des âmes que Diet est en lrain d'amener à la vérité; mais nous ne sommes pas si dé pourvus de scrupules que nous cherchions à parvenir à un but mnt aussi louable que celui de déterminer des conversions en souteuan! ce qui est faux. Si nous parlons ou écrivons contre les ordres angl cans, c'est simplement parce que nous croyons que les preuves coul leur validité sont convaincantes. Mais, dans la lettre de M. Gladstone, le passage le plus important est celui-ci : « Un chef dont la sagesse est connue, ne mettrait &- « tainement pas en branle tous les rouages de la Curie pour élargi « encore davantage la brèche ouverte entre l'Église romaine el um « communion plus pelite, sans doute, mais qui se répand part! « où se propagent et grandissent les races de langue anglaise, et qui « représente dans la sphère religieuse une des plus puissants « nations de la chrétienté européenne... À ce point de vue, les cor « séquences d'une enquête aboutissant à une condamnation seraiet! « également déplorables. » « Examinons maintenant le conseil qui est aussi offertà Léon NL. d'autant que ce même conseil lui a déjà été offert par d'autres pr sonnages influents. Tout d'abord on parait penser que c'est le Papt qui prit lui-même l'initiative de réouvrir la controverse sur Les ordres. et c'est en se basant sur cette supposition que M. Gladstone déchire que Léon XIII ne peut avoir l'intention de promulguer aucune détir sion hostile aux revendications des anglicans. Si toutefois nous sommes bien informés, l'initiative fnt prise par M. Duchesne et ls autres ecclésiastiques francais que Lord Halifax a enrôlés dans s®
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parli. Ces ecclésiastiques représentèrent au Pape que le rejet tradi- tionnel des ordres anglicans était basé sur des théories historiques généralement abandonnées maintenant, et que les anglicans étaient offensés qu'en dépit des résultats fournis par de plus amples re- cherches, un usage si blessant pour leurs sentiments pouvait encore subsister. On affirmait que le maintien de cet usage avait pour effet de raviver continuellement l'antipathie pour le catholicisme qui au- trement disparaitrait bientôt, el on demanda au Pape d'autoriser qu'une enquête officielle fût faite à ce sujet. « Ce fut par déférence pour de telles aflirmations que Léon XIII nomma une commission dans laquelle les deux partis étaient égale- ment représentés, qui fut chargée de préparer les matériaux pour l'examen el le jugement du Saint-Office. Et assurément Léon XIII «doit être libre de promulguer un jugement en conformité avec les preuves dûment examinées, sans qu'on puisse lui imputer le crime d'avoir pris lui-même l'iniiative de creuser encore davantage le fossé qui sépare l'Église catholique et l'Église anglicane. « Mais M. Gladstone ajoute, sur la foi des informations qui lui ont élé fournies par Lord Halifax, que, dans aucun cas, le Pape ne se pro- pose de promulguer la fon si elle était hostile aux ordres angli- cans; c'est cela, supposons-nous, qui se trouve impliqué dans la phrase suivante : « Les renseignements que Lord Halifax a eu la bonté de « me transmettre éloignent de mon esprit une telle appréhension. «El j'ai la certitude que, si les recherches de la Curie n'arrivaient « pas à un résullat favorable, la sagesse et la charité ne leur permel- «traient pas de devenir une occasion et un instrument d'aigreur « dans les controverses religieuses. » «Il semble difficilement probable que Lord Halifax ait été bien informé sur ce point: car il n'est assurément pas croyable que Léon XII ait ainsi aliéné d'avance sa liberté d'action sur un point aussi délicat. Lorsque l'enquête sera Lerminée et la décision prise, <e sera sans doute à lui de juger s'il est préférable qu'elle soit pro mulgée ou non, el il serait malvenu de notre part d'anticiper sa dé- termination. IL peut cependant n'y avoir aucune inconvenance à indiquer les diverses considérations qui peuvent s'imposer à son jugement pour faire pencher sa décision dans un sens ou dans l'autre. « Dans un sens, nous pouvons aflirmerque Léon XIII désirera que la décision quelle qu'elle soit, soit promulguée. Il désirera qu'en conformité avec sa teneur et sous son approbation, les clergymen qui se convertiront soient ou bien absolument réordonnés comme ils le sont actuellement, ou bien réordonnés sous condilion, ou encore que leurs ordres actuels soient simplement acceptés. Le respect du sacre- ment l'obligera à cela; et dans ce sens les faits étant plus forls que les mots, il sera impossible, — au cas où les ordres anglicans seraient désavoués — d'empêcher que le résultat de l'enquête ne prenne la forme d'une condamnation formelle et autorisée. « Mais, pour nous en tenir à l'hypothèse d'une condamnation, le Pape promulguera-t-il le jugement sous la forme d'une leltre pu- 508 REVUE ANGLO-ROMAINE blique adressée aux évêques où au peuple anglais ; ou plutél, quels sont les pour et les confre qui paraissent devoir influencer son choix? Il est une chose dont nous pouvons ètre sûrs: c'est que Léon XII est animé des sentiments les plus cordiaux à l'égard des anglicans els'abstiendra très volontiers de loule action devant les chagriner, à moins qu'une semblable démarche ne soit réclamée d'une manière impérative par de plus hautes considérations. « I est possible cependant qu'il envisage que ces coi plus élevées réclament une promulgation formelle de la décisi peut considérer par exemple qu'il ÿ a certaines craintes à avoir sila décision n'était pas promulguée. Il n’est peut-être pas excessif en effet d'affirmer que, si la Réunion sur la base d'une sorte d'udi possidelit est le but final qu'ont en vue lord Halifax et ses amis, l'objet plus immédiat d'une reconnaissance de leurs ordres est à leurs yeux. d'arrêter la marche des conversions individuelles. Même dans l'étal de choses actuel, ils disent à ceux qui sont attirés vers l'Église: «Attendez un peu, Ils sont sur le point de reconnaitre nos ordres, el. une fois surla pente des concessions, ils ne tarderont pas à admellre que nous sommes dans une position valide au point de vue ecclési que. » Sans doute, si une décision en leur faveur était promulguée, ils insisteraientsur cette considération, bien que cenesoit pas laune r: pour qu'une décision favorable ne soit pas rendue, si elle était réel- lement réclamée par les faits. Mais n'interpréteraient-ils pas dans le même sens la non-promulgalion d'une décision prise contre eux? Ne se persuaderaient-ils pas, par exemple, que celle non-promulge- tion implique un manque de confiance dans la décision prise, qui rendrait possible à l'occasion un changement de manière de voir? Et des esprits plus obslinés n'iraient-ils pas plus loin et ne main- tiendraient-ils pas avec confiance que ce qu'avait prouvé l'enquête. c'était la force de la position anglicane, mais que Rome, comme de coutume, n'ayant pas l'honnêteté d'avouer ses erreurs, se réfugiail dans la dissimulation ? « Il est, dans tous les cas, possible de concevoir que, pour obvierà la possibilité de semblables malentendus, la promulgation d'une dé cision hostile peut paraitre exigée d'une manière impéralive, el après tout, quand une enquête a été faite sur une question d’un intérêt gé- néral et que l'attention publique a élé attirée sure point, il est nalu- rel que la décision soit officiellement annoncée. Il n’est pas besoin que celte promulgation soil faite en lermes qui puissent causer une peine quelconque en dehors de celle qu'implique la décision elle- même. Au contraire elle peut être formulée d'une manière propre à en adoucir l'effet. Il n'y a aucune raison de s'altendre à quelque dotu- ment lerrifiant « condamnant, anathématisant, ele. ». Il est plus probable que le Pape écrira une autre lettre Ad Anglos conçue dans le mème esprit et le même caractère de conciliation, déclarant que. mû par le désir d'obvierà la possibilité de tout soupçon d'injuslict en ce qui concerne les ordres anglicans, il en a déféré à une com- mission composée avec imparlialité, mais que le résultat des travaut
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de celle commission & démontré que, pour rester fidèle à la vérité, l'Église catholique était obligée de se conformer à la pratique déjà suivie. Le Saint-Père pourrait, peut-être, indiquer alors les molifs de sadécision eLconclurait certainement par un appel paternel au peuple anglais, le priant de considérer ce qui est arrivé comme un témoi- rnage de son désir d'aller à leur rencontre aussi loin qu'il était possible, el par une invitation qui leur serait adressée de répondre de leur côté par une enquête loyale et sincère sur les principes fondamentaux de l'Église catholique. « Jusqu'ici nous nous sommes surtout occupés de la lettre de M. Gladstone dans l'hypothèse d'une décision hostile aux ordres anglicens,mais naturellement il penche surtout vers l'hypothèse d'un verdict favorable et ÿ consacre une place plus considérable. Là en- core nous n'avons aucune critique à adresser en dehors de celle que nousavons déjà faite — à savoirque d'introduire la question d'avantage alors que la question de vérité est seule en cause, c'est introduire un élément de trouble. «A1 y a un point, cependant, sur lequel nous devons nous permettre d'ajouter quelque chose. M. Gladstone de la divergence d'opinions, même sur un seul point, serait de nature 4 faire avancer la concorde. Mais il ne parait pas envisager la possi- Lilité que cet abandon de la controverse vienne du côté anglican. Il reconnait, certes, que, durant le dernier demi-siècle, un grand chan- gement s'est produit chez les chrétiens anglicans et qu'il a eu pour effel un rapprochement vers nous. Et, cependant, il établit comme condition de la réuniun qu'aucune nouvelle avance ne soil exigée de leur part. Bien qu'ils reconnaissent et affirment leur faillibilité, à la fvis personnelle et collective, bien que leurs changements dans le passé demeurent un solennel avertissement que des hommes faillibles ne doivent pas adhérer avec trop de ténacité à leurs opinions pré- sentes, c'est nous, cependant, et non pas eux, qui devons faire tout le chemin nécessaire pour nous rencontrer, et cela, bien que ce chemin à faire (nous ne parlons pas là des ordres anglicans, mais des concessions auxquelles il faudrait en venir plus tard) cor- responde à une renonciation formelle de nos principes les plus fon- damentaux. C'est cette disposition de nos frères anglicans qui constitue le grand obstacle à la réunion, et d'ici qu'elle ne change, tous les projets de réunion seront sans réalité. Sur ce point, cependant, M. Gladstone nous rappellera peut-être qu'il n'est pas de ceux « qui s'altendent à une restauration prochaine de l'unité chrétienne telle qu'elle existait dans les premiers siècles de l'Eglise ». Dans ce cas, notre réponse doit être que, tout en reconnaissant avec lui qu'une restauration semblable ne parait pas devoir être rapidement réalisée, nous ne sommes pas sans espoir de voir ce résullat arriver, par la continuation de ce mouvement que lui etnous notons avec reconnais sance, et qui nous a déjà si considérablement rapprochés les uns et lesautres, comparativement à ce qui existait auparavant. » 5140 REVUE ANGLO-ROMAINE
LE CHURCH TIMES
« La lettre de M. Gladstone sur la réunion de la chrétienté est digne,
sous tous rapports, du laïque le plus éminent de la communion anglicane. Et la valeur de cette lettre n'est pas amoindrie, comme certains donnent à l'entendre, par ce fait que c'est une lettre ouverte qui n'est adressée à personne. Son but évident, c'est d'apporter un renfort à ceux qui travaillent pour la paix, et d'assurer le Pape en particulier que les laïques de l'Église d'Angleterre, qui, plus que par- tout ailleurs, occupent une place prééminente dans les affaires de l'Église, sont prêts à recevoir de sa main le rameau d'olivier. Aucun laïque ne sera écoulé avec plus de respect, à la fois en Angleterre el sur le continent que le vénérable vétéran, qui, pendant soixante ans de vie publique, n'a jamais cessé de porter le plus vif intérêt à toutce qui concerne l'Église. « M. Gladstone, en commun avec les autres fidèles de l'Église, envisage ls question des ordres anglicans, non pas lant en ce qui nous concerne, mais en tant qu’elle touche à la communion romaine. et à la paix de l'Église dans son ensemble. « Pour nous la question ne fail aucun doute. Mais pour l'Église ro- maine elle a été envisagée comme soulevant de sérieuses objections. En conséquence, en lant que nos ordres ont été regardés comme matière à doute, une rupture s'est produite entre les deux Églises. Il est vrai qu'il n'y a aucun anathème formel de l'Église anglaise, aucune des deux Églises n'a officiellement renoncé à la communion ave l'autre. Ce qu'elles ont fait dans le passé, c'est de s'écarter l'une de l'autre par suite de divergences d'opinions et de malentendus. C qu'elles ont à faire maintenant, c'est d'essayer de se comprendre l'une l'autre, et de detruire les anciens préjugés. « Cette tâche ne s'impose pas d'ailleurs d'un seul côté, mais des deux. De plus, il semblerait qu'on ait représenté en Angleterre Rome comme un croquemitaine, et de même pour Cantorbéry sur le conti- nent. On ne saurait trouver mal que l'on s'efforce de substituer une photographie à la caricature. Le fait que Rome s'attache à l'étude de la question des ordres anglicans constitue de toutes façons une preuve de l'intérêt qu'elle professe pour l'histoire de l'Église anglais et aussi de son désir de faire ce qui est en son pouvoir pour promou- voir la paix et l'unité. Nous l'avons cordialement rencontrée à moilié chemin. Le reste est aujourd'hui en des mains plus puissantes que le nôtres.
« M. Gladstone, bien entendu, attribue l'importance
qui luiest due
à celte merveilleuse renaissance de l'esprit catholique parmi auus depuis soixante ans. Cette renaissance s'est opérée en dehors de l'idée d'unité. « Il a eu pour résultat de faire sortir l'Église d'Angle- « terre d'un calme extérieur qui cachait une véritable stagnation, pour ‘ «la jeter dans un état où, tandis qu’elle subit des orages extérieurs et « des épreuves particulièrement aiguës — même à présent, elle n'est « pas tout à fait exempte de divisions intestines— elle voit son clerg « transformé (le terme est employé avec juste raison), ses énergi CHRONIQUE 511
« vitales augmentent et grandissent dans loutes les directions, enfin < des espérances nombreuses et belles font entendre qu'elle sera à « même de concourir, et non pour une faible part, au triomphe de «l'Évangile dans le monde. » La Sainte Eucharislie n'en est plus ré « duileà une «conception appauvrie », — l'expression est digne de son auteur, — le culte public n'est plus désormais froid et mort; la doctrine de l'Évangile est offerte dans son intégrité, et les règles de l'Église occupent la place qui leur est due dans notre vie personnelle et journalière. Tout cel ensemble a amené la vision d’une chrétienté plus étroitement unie en Occident et l'a fait considérer comme autre chose que le rève éphémère de quelque enthousiaste dépourvu de sens pratique.
« Une très grande partie des changements opérés tend à nous
rapprocher de la doctrine autorisée des Églises d'Orient et d'Occi- dent qui n'ont pas subi la Réforme, en ramenant les pratiques des fidèles à ce qu'elles avaient été primilivement arrètées par l'Église clle-mème et en exposant plus clairement quelle est la signification des saines formules de l'Église d'Angleterre. Nous n'avons jamais onnu les difficultés qui s'opposent au rétablissement de la paix; mais nous avons loujours maintenu que d'insister continuellement sur les difficullés, ce n'est pas le moyen de les faire disparaitre. Nous applaudissons au courage el au dévouement de Léon XIII d'un côté, de l'archevêque d'York de l'autre, précisément, parce que nous avons conscience des attaques auxquelles ils s'exposent. L'orateur
populaire protestant jugera sévèrement les actions d'hommes qu'il est incapable de comprendre; mais lous ceux qui sont assez anglais pour apprécier la loyauté et la droiture de sentiment, ne sauraient adresser des reproches à des hommes qui s'efforcent de trouver une solution à un problème qui a agité une douzaine de généralions. « IL ya, en outre, un aspect plus général de la question qui n'échappe pas à l'œil pénétrant de M. Gladstone. La grande lutte de l'avenir sera entre la foi et l'incrédulité, entre ceux qui suivent le Dieu fait chair et ceux qui le rejettent comme sauveur de l'homme. Quel sera le chef des bataillons? « Tout fait désigner l'évèque de Rome comme l'instrument de la Providence en ce monde. S'il est un sage el intelligent capitaine, il ne repoussera l'aide d'aucun allié prèt à se ranger sous sa bannière pour la nouvelle croisade. Supposant qu'il y à des points que le catholique romain considère comme primordiaux et qui cependant ue sont pas admis par les autres, refusera-t-il l'aide de ces derniers pour repousser ceux qui voudraient passer la charrue sur les fonde- ments même de la religion, sous ce prétexte que ses convictions, quant aux pouvoirs qui doivent être conférés au commandant en chef ne sont pas partagés par teus? Est-ce le moment de se livrer à des querelles fratricides alors que l'ennemi est à la porte? Recom- mencerons-nous l'aveuglement des Orientaux du Bas-Empire qui laissèrent les mahométans les subjuguer pendant qu'ils se querel- laient mutuellement? L'exemple des habitants de Meroz aura-t-il 512 REVUE ANGLO-ROMAINE
donc son pendant dans l'attitude de ceux qui, des profondeurs de leur ignorance, ne peuvent crier autre chose que : « À bas le papisme! » avec l'accent des camelols et dans l'esprit de Tius Oates ? Si l'Église doit remporter la victoire sur l'incrédulité ses membres, en lant que corps, doivent faire preuve de plus de tolérance les uns vi is des autres, et, convaincus que l'uniformi n'est ni possible ni désirable, s'efforcer de faire prévaloir cette unité dans la diversité qui est seulement possible pour ceux qui ont de convictions catholiques bien arrêtées. « Il ne sera pas téméraire d'ajouter que, sans préjuger des desseins de la Providence, un grand avenir est réservé à la race angl saxonne. C'est d'elle, plus peut-être que de la race latine, que dépenl la direction qui sera imprimée à la civilisation. Mais en même lemys il est vrai que ln race anglo-saxonne, comme la race laline. a ss défauts el ses qualités. Elle est prédisposée à accorder à la liberié une part quelquefois dangereuse. Elle souffre du manque d'ima nation el conduit souvent à un vain utilitarisme, considérant le sen- timent comme une infériorité. Mais, en dépit de tout cela, elle semble deslinée à diriger l'évolution de l'humanité. « Mais, si elle a besoin d'être corrigée par les qualités de la rac latine, l'une cependant dépend de l'autre. L'Église latine correspond très exactement à l'esprit lalin, comme l'Église anglaise à l' anglo-saxon. Par suite, les deux Eglises ont besoin l'une del el même, ce besoin est si grand que rien ne devrait être toléré qui format un obstacle à l'œuvre de paix et d'union. Léon XI, de son ste de guet, est, nous n'en doutons pas, pleinement conscient de mportance de ces considéralions qui ne peuvent qu'augmenter son si chrétien de voir enfin cesser les divisions entre les membres d'une même famille et les fidèles d'une même foi. Et parce que nous pensons que la lettre de M. Gladstone servira grandement celle même cause, nous l'accueillons comme un document d'une haut utilité el digne du grand nom dont il est signé. »
LES DISSIDENTS
Les dissidents ont très mal accueilli le mémoire de M. Gladston Dans un meeting scolaire du Conseil des Églises libres_évangéliques, le le 2 juin, le D' Guiness Rogers, ministre dissident, a profilé de l'o n pour exprimer son sentiment à l'égard du mémoire d M. Gladstone : « J'ai lu avec un intérêt mélancolique la lettre de M. Gladstoo {marques violentes de désapprobation); c'est l'opinion d’un honnète homme (Applaudissements) et à ce litre j'y attache une certaine in- portance. Cette lettre montre que la marche du clergé anglicn revêt entièrement un caractère sacerdotal. Inutile, pour les Angl- cans, de venir à Grindelwald nous dire des choses aimables. (Applau- dissements.) DOCUMENTS
DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VIII REGIS ANGLIÆ
EJUSQUE FAUTORUM ET COMPLICUM
Cum diarum. penarum. adjectione
PAULUS, EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM DEI
Ad perpeluam .rei memoriam
. Ejus qui immobilis permanens suà providentià ordine mirabili dat cuncta moveri, disponente clementià, vices, liceLimmeriti, gerentes in terris, et in sede justitiæ conslituti, juxla prophet quoque Hiere-
miæ vaticinium dicentis : Bece le constitui super gentes et regnu, ut evellas st destruas, ædifices, plantes, privcipuum super omnes reges universie terre cunctosque popuos obtinentes principalum : ac illum qui pius et misericors est, el vindictam ci qui illam prævenit paralam lemperat, ne quos impæœnitentes videt severà ultione castigat, quin prius comminetur, in assidue autem peccantes el in peccalis perseverantes, cum excessus misericordiæ fines prætereunt ul sallem metu pœnæ ad cor reverli coganlur, justitiæ vires exercet, imitantes; ex incum- benti nobis apostolicæ solicitudinis studio perurgemur, ut cunela- rum personarum noslræ curæ cœlilus commissarum salubri slatui solertius intendamus, ac erroribus et scundalis, que hostis antiqui versutià imminere conspicimus, propensius obviemus, excessusque cLenormia ac scandalosa crimina congruà severilate coerceamus, et juxta apostolum inobedienliam ovium promplius ulciscendo, illorum perpetratores debità correctione sic compescamus, quod cos Dei iram provocsse pæniteat, et ex hoc aliis exemplum cautelæ salutaris accedat. Sane cum superioribus diebus nobis relatum fuissel, quod Hen- ricus, Angliæ rex, licet Lempore pontificatus felicis recordationi Leonis papæ X prædecessoris nostri diversorum hæreticorum errures, sæpe ab apostolicà sede et sacris con prælerilis Lemporibus damnatos, et novissime nostr ælale per perditionis alumnum Mar- tinum Lutherum suscilatos et innovatos, zelo catholicæ fidei, et erga diclam sedem devolionis fervore inductus, non minus docte quam pie, per quendam librum per eum desuper compositum, et eidem Leoni prædecessuri ut eum examinaret et approbaretoblatum, confu- REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, 1, — 33 514 REVUE ANGLO-ROMAINE
tässel, ob quod ab eodem Leone prædecessore ultra dicti libri, cum magna ipsius Henrici regis laude et commendatione, approbalionem, titulum Defensoris Fidei reportaverit, a reclA fide et aposlolico lra- mite devians, ac propriæ salutis, famæ, el honoris immemor, posl- quam charissima in Christo filia nostra Catharina, Angliæ regina, illustri suâ progenie conjuge, cum quâ publice in facie Ecclesiæ matrimonium contraxerat, et per plures annos continuaverat, ac ex quà, dicto constante matrimonio, prolem pluries susceperat; nullà legitimä subsistente causâ, et contra Ecclesiæ prohibitionem dimissà, cum quâdam Anna Bolenä, muliere Anglica, dictà Catharinà adhuc vivente, de facto matrimonium contraxerat, ad deteriora prosiliens, quasdam leges ceu generales constitutiones edere non erubuit, per quas subditos suos ad quosdam hæreticos et schismaticos articulos tenendos, inter quos el hoc erat, quod Romanus pontifex capul Ecclesiæ et Christi vicarius non erat, el quod ipse in Anglicä ecclesià | supremum caput existebat, sub gravibus, etiam mortis, pænis cogebal. Et his non contentus, Diabolo sacrilegii crimen suadente, quamplures prælatos, etiam episcopos, aliasque personas ecclesiasticas, etiam regulares, necnon sæeulares, sibi ut hæretico el schismalico adhærere, ac articulos prædictos sanctorum Patrum decretis et sacrorum conci- liorum statulis, imo eliam ipsi evangelicæ verilati contrarios, tam- quan tales alios damnalos approbare, et sequi nolentes et intrepide recusantes capi et carceribus mancipari. Hisque similiter non con- tentus, mala malis accumulando, bonæ memoriæ Joannem tiluli S. Vitalis presbyterum cardinalem Roffensem quem ob fidei constan- tiam et vilæ sanctimoniam ad cardinalatôs dignitatem promoveramus, cum diclis hæresibus el erroribus consentire nollet, horrendà imma- nitate et detestandä sævitiä, publice miserabili supplicio tradi et decollari mandaverat, et fecerat, excommunicationis, et anathemalis aliasque gravissimas sententias, censuras, el pænas in literis ac constitutionibus recolendæ memoriæ Bonifacii VIU, Honorii Ill, Romanorum ponlificum prædecessorum nostrorum desuper edilis contentas, et alias in tales a jure latas damnabiliter incurrendo, a regno Angliæ et dominiis quæ tenebat, nécnon regalis fastigi celsi- tudine ac præfati tituli prærogativa et honore se indignum reddendo. 2. Nos licet ex eo, quod prout non ignorabamus, idem Henrieus rex in certis censuris ecclesiasicis, quibus a piæ memoriæ Clement papà VII eliam prædecessore nostro, poslquam humanissimis literis et paternis exhortationibus, multisque nunciis et mediis, primo tt postremo ctiam judicialiter, ut præfalam Annam a se dimitteret, et ad prædicte Catharinæ, sut veræ conjugis, consortium redirel, frus- tra monitus fuerat innodatus extiterat, Pharaonis duritiam imitando. per longum tempus in clavium contemptum insorduerat el insordes- cebat, quod ad cor rediret, vix sperare posse videremus, ob paler- DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VHE 515 mam lamen charitatem qua in minoribus constituti donec in obedien- ti, et reverentià sedis prædictæ permansit, eum prosccuti fueramus, utque clarius videre possemus, an clamor qui ad nos delatus fuerat (quem certe etiam ipsius Henrici regis respeclu falsum esse deside- rabamus) verus esset, statuimus ab ulteriori céntra ipsum Henricum regem processu ad tempus abstinendo, hujus rei veritatem diligen- tius indagare.
Cum autem debitis diligenliis desuper factis clamorem ad nos, ut præfertur, delatum, verum esse, simulque, quod dolenter refe- rimus, dictum Henricum regem ila in profundum malorum descen- disse, ut de ejus resipiscentià nulla penitus videatur spes haberi posse, repererimus : nos altendentes veleri lege, crimen adulterii notatum lapidari mandatum, ac auctores schismalis hialu terræ absorplos, eorumque sequaces cœlesti igne consumptos, Elimamque magum viis Domini resistentem per apostolum æternà severilate dam- nalum fuisse, volentesque ne in districto examine ipsius Henri regis et subditorum suorum, quos secum in perditionem trahere ridemus, animarum ratio a nobis exposealur, quantum nobis ex allo conceditur, providere contra Henricum regem, ejusque complices, fautores, adhærentes, et sequaces, et in præmissis quomodolibet culpabiles, contra quos ex eo quod excessus, et delicta prædicta adeo manifesta sunt et notoria, ut nullà possinl tergiversatione celari,, absque ulteriori morà ad executionem procedere possemus, benignius agendo, decrevimus, infrascripto modo procedere.
Habita itaque super his cum vencrabilibus fratribus nostris sacrosanctæ Romanæ Ecclesiæ cardinalibus deliberatione matur, et de illorum consilio et assensu, præfatum Henricum regem, ejusque complices, fautores, adhærentes, consultores et sequaces, ac quos- cunque alios in præmissis, ceu eorum aliquo quoquo modo culpabiles tam laicos quam clericos, etiam regulares cujuscumque dignitatis, slatüs, gradûs, ordinis, conditionis, præeminentiæ, et excellentiæ existant (quorum nomina et cognomina, perinde ac si præsentibus insererentur, pro sufficienter expressis haberi volumus), per viscera misericordiæ Dei nostri horlamur, et requirimus in Domino, quatenus
Henricus rex à prædiclis erroribus prorsus abstineat, et conslitu- tiones, seu leges prædictas, sieut de facto eas fecit, revocet, casset, et annullet, et coactione subditorum suorum ad eas servandas, necnon carceratione, capturà, et punitione illorum, qui ipsis constitutionibus seu legibus adhærere, aut cas servare noluerint et ab aliis erroribus prædictis penitus, et omnino abslineat, et si quos præmissorum occa- sione captivos habeat, relaxet.
- Complices vero, fautores, adhærentes, consullores, et sequaces dicti Henrici regis in præmissis, et circa ea ipsi Henrico regi super 516 REVUE ANGLO-ROMAINE
his de cætero non adsistant, nec adhæreant, vel faveant, nec ei con- silium, auxilium, vel favorem, desuper præslent.
Alias si Henrieus rex, ac fautores, adhærentes, consultores, el sequaces, hortationibus el requisitionibus hujusmodi non annuerint eum effectu, Henricum regem, fautores, adhærentes, consultoreet s sequaces, ac alios culpabiles prædictos, auctoritate apostolic, ac ex certà nostrà scientià, et de apostolicæ potestatis plenitudine, lenore præsentium, in virtute sanclæ obedientiæ, ac sub majoris excom- municationis late sententiæ, a quA eliam prætextu cujuscumque pri- vilegii, vel facultatis, etiam in forma confessionalis, cum quibus- eumque efficacissimis clausulis a nobis et sede prædictà quomodo- libet concessis, el eliam ileratis vicibus innovalis, ab alio quama Romano Pontifice, prælerquam in morlis articulo constitut (ita tamen quod si aliquem absolvi contingat, qui post modum conva- luerit, nisi post convalescentiam monitioni et mandatis nostris hujusmodi paruerit cum effectu, in eamdem excommunicationis sen- tentiam reincidat), absolvi non possint.
Necnon rebellionis, et quoad Henricum regem, etiam perditionis regni, et dominiorum prædiclorum, et tam quoad eum, quam quoad alios monilos supradiclos supra et infra scriplis pœnis, quas si dictis monitioni et mandalis, ut præfertur, non paruerint, cos, el feorum Singulos, ipso faclo respeclive incurrere volumus, per presenles monemus ; eisque eleorum euilibet districte præcipiendo mandamus, duatenus Henricus rex per se, vel procuratorem legitimum et suff- cienti mandato suffultum, infra nonaginta, complices vero, faulores, adhtærentes, consullores el sequaces, ac alii in præmissis quomodo- libet culpabiles supradicti, sæculares et ecclesiastici etiam regulares, personaliter infra sexaginta dies compareant coram nobis, ad se super præmissis legitime excusandum et defendendum ; alias viden- dum ct audiendum contra eos et eorum singulos, etiam nominatim, quos sic monemus, quatenus expediat, ad omnes et singulos, aclus, etiam sententiam definitivam, declaratoriam, condemnatoriam, et privatoriam, ac mandatum execulivum procedi. Quod si Henrieus rex, et alii monili prædicti intra diclos Lerminos eis ut preferlur, respective præfixos non comparuerint, et prædictam excommunica- lionis sententiam per tres dies, post lapsum dictorum Lerminorun animo, quod absit, sustinuerint indurato, censuras ipsas aggravè- mus, et successive reaggravamus, Henricumque regem privationis regni et dominiorum prædiclorum, et tam eum quam alios monilos prædicios et eorum singulos, omnes et singulas alias pœnas prædictes ineurrisse, ab omnibusque Chrisli fidelibus, cum eorum bonis per- petuo diffidatos esse. Et si interim ab humanis decedat, ecclesiasticà debere carere sepullurà, auctoritate et potestatis plenitudine prædic- DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICE VIIL 517
lis decernimus, et declaramus, eosque anathematis, maledictionis, et damnationis æternæ mucrone perculimus.
- Necnon quæ præfatus Henricus rex quomodolibet, et ex quâvis causä tenet, habet, aut possidet, quamdiu Henricus rex, et alii moniti prædicli, et eorum singuli in aliis per dictum Henricum regem
non tenlis, habitis, aut possessis permanserint, et triduo post eorum inde recessum, et alia quæcumque ad quæ Henricum regem, el alios monitos prædictos, post lapsum dictorum terminorum declinare con- tigerit, dominia, civitates, lerras, castra, villas, 'oppida, metropolita- nasque, et alias cathedrales, cæterasque inferiores ecclesias, necnon monasteria, prioratus, domus, conventus, et loca religiosa, vel pia cujuscumque, etiam sancti Benedicti, Cluniacensium, Cistercensium, Præmonstratensium, ac Prædicatorum, Minorum, Eremitarum, sancti Augustini, Carmelitarum, et aliorum ordinum, ac congrega- tionum, et mililiarum quarumeunque in ipsis dominiis, civitatibus, terris, castris, villis, oppidis, et locis existentia ecclesiastico suppos- nimus interdicto, ita ut illo durante in illis eliam prætexlu cujus. cumque apostolici indulti, ecclesiis, monasteriis, prioratibus, domi- bus, conventibus, locis, ordinibus, aut personis, eliam quacumque dignitate fulgentibus concessi, præterquam in casibus & jure per- missis, ae etiam in illis alias quam clausis januis, et excommunicati el interdictis exclusis,nequeant Missæ aut alia divinaofficiacelebrari
- Et Henrici regis, complieumque, fautorum, adhærentium, consultorum, sequacium, et culpabilium prædictorum fili, pænarum, ut hic in hoc casu par est, participes sint, omnes et singulos, ejusdem * Henrici regis ex diclà Ann, ac singulorum aliorum prædictorum filios natos, et nascituros aliosque descendentes, usque in eum gra- dum, ad quem jura pænas in casibus hujusmodi extendunt (nemine excepto, nullâque minoris ætatis, aut sexûs, vel ignorantiæ, vel allerius cujusvis causæ habità ratione) dignitatibus, et honoribus in quibus quomodolibet constituti existunt, seu quibus gaudent,utuntur, potiuntur, aut muniti sunt, necnon privilegiis, concessionibus, gratis, indulgentiis, immunilatibus, remissionibus, liberlatibus, et indultis, ac dominiis, civitatibus, castris, terris, villis, oppidis, et locis etiam commendatis, vel in gubernium concessis, et quæ in feu- dum, emphyteusim, vel alias a Romanis, vel aliis ecclesiis, monas- teriis, et locis ecclesiasticis, ac sæcularibus principibus, dominiis, potentatibus, etiam regibus et imperatoribus, aut aliis privatis, vel publicis personis quomodolibet habent, tenent, ant possident, cæle- risque omnibus bonis, mobilibus et immobilibus, juribus el actioni- bus, eis quomodolibet competentibus privatos, dielaque bona feu- dalia, vel emphyteutica, et alia quæcumque ab ali s quomodolibet obtenta, ad directos dominos, ita ut de illis libere disponere possint. 518 REVUE ANGLO-ROMAINE
respective devoluta, et eos qui ecclesiastici fuerint, etiamei religiusi existant, ecclesiis eliam cathedralibus, et metropolitanis, necnon monasteriis et prioratibus, præposiluris, præpositatibus, dignitatibus, personatibus, offci s, canonicalibus et præbendis, aliisque beneficiis ecclesiasticis per eos quomodolibet oblentis privatos, et ad illa ae alia in posterum oblinenda inhabiles esse, similiter decernimus el declaramus ; eosque sic respective privalos ad illa, et alia quæcumque similia, ae dignilates, honores, administraliones, et officia, jura, ac feuda in posterum obtinenda, auctoritate et scientia, ac plenitu- dine sim
- Ipsiusque Henrici regis, ac regni omniumque aliorum domi- niorum, civilatum, lerrarum, castrorum, villarum, fortalicioru, arcium, oppidorum, et locorum suorum, eliam de faclo oblentorum magistratus, judices, castellanos, eustodes et officiales quoscumque, necnon communilates, universitates, collegia, feudatarios, vassallos, subditos. cives, incolas, et habitatores cliam forenses, diclo regi de facto obedientes tam sæculares, quam si qui rationis alicujus tem- poralitatis ipsum Henricum regem in superiorem recognoseant, eliam ecclesiasticos, a præfato rege, seu ejus complicibus, fautoribus, adhwrentibus, consulloribus et sequacibus supra dictis depulatis, 8 juramento fidelita! prædiclos subjectione absolvimus, ac penitus liberamus. Eis n sub excommunicationis pænâ mandantes, ut ab ejusdem regis, suorumque officialium, judicum, et magistratuum
. quorumeumque obedientià penitus et omnino recedant, nec illos in superiores recognoscant, neque illorum mandatis obtemperent.
Et ut alii eorum exemplo perlerrili discant ab hujusmodi excessibus abstinere, eisdem auctorilale, scientiä, et plenitudine, volumus, ac decernimus, quod Henricus rex et complices, fautores, adhærentes, consultores, sequaces, et alii in præmissis culpabiles, postquam alias pœænas prædictas, ut præfertur, respective incurrerinl, necnon præfati descendentes, ex tune infames existant, et ad lesli- monium non admittantur, testamenta, et codicillos, aut alias dispo- tiones, etiam inler vivos concedere, el facere non possint, et alieujus successionem ex lestamento, vel ab inlestalo, necnon ad jurisdiclio- nem, seu judicandi potestatem, et ad notariatàs officium, omnesque actus legilimos quoscumque (ita ut eorum processus, sive instru- menta atque alii actus quicumque, nullius sint roboris vel momenti inhabiles existant, et nulli ipsis, sed ipsi aliis super quocumque debito el negolio, tam civili quam criminali, de jure respondert teneantur.
Et nihilominus omnes, et singulos Christifideles, sub excom- municationis, et aliis infra scriptis pœnis, monemus ut monitos, DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VII 319
excommunicatos, aggravalos, interdictos, privatos, maledictos, et damnatos prædictos evitent, et quantum in eis est, ev ab aliis evitari faciant, nec cum eisdem, seu præfati regis civitatum, dominiorum, lerrarum, castrorum, comitatuum, villarum, fortaliciorum, oppido= rum et locorum prædictorum civibus, incolis, vel habitatoribus aut subditis et vassallis, emendo, vendendo, permutando, aut quam- cumque mercaturam, seu negotium exercendo, commercium, seu aliquam conversationem, seu communionem habeant : aut vinum, granum, sal, seu alia victualia, arma, pannos, merces, vel quasvis alias mercantias, vel res per mare in eorum navibus, triremibus, aut aliis navigiis, sive per terram cum mulis, vel aliisanimalibus, deferre aut conducere, seu deferri aut conduci facere, vel delata per illos recipere, publice vel occulte, directe vel indirecte, quovis quæsito colore, perse, velalium, seu alivs quoquo modo præstare præsumant. Quod si fecerint, ultra excommunicationis prædictæ, etiam nullilatis contractuum quos inirent necnon perditionis mercium, victualium, et bonorum omnium delatorum, quæ capientium fiant, pœnas similiter eo ipso incurrant. 43. Cæterum quia convenire non videtur, ut cum his qui Ecclesiam contemnunt, dum præsertim ex eorum pertinaciä spes corrigibilita- lis non habetur, hi qui divinis obsequiis vacant, conversentur, quod eliam illos tute facere non posse dubitandum est, omnium et singu- larum metropolitanerum et aliarum cathedralium, cæterarumque inferiorum ecclesiarum et monasteriorum, domorum et locorum reli- giosorum, et piorum quorumeumque, etiam Sancti Augustini, Sancti Bonedicti, Cluniacensium, Cisterciensium, Præmonstratensium, ac Prædicatorum, Minorum, Carmelitarum, aliorumque quorumeum- qub ordinum, et militiarum, eliam hospitalis Hierosolymitani, prælatis, abbalibus, prioribus, præceptoribus, præpositis, ministris, custodibus, guardianis, conventibus, monachis et canonicis, necnon parochialium ecclesiarum rectoribus, aliisque quibuscumque perso- nis ecelesiasticis in regno et dominiis prædictis commorantibus, sub excommunicationis ac privationis administrationum et regiminum moussteriorum, dignitatum, personatuum, administrationum, ac offlciorum, canonicatuumque, et præbendarum, parochialium eccle- siarum, et aliorum beneficiorum ecclesiasticorum quorumeumque quomodolibet qualificatorum, per eos quomodolibet oblentorum, pœnis mandamus, quatenus infra quinque dies, post omnes et sin- gulos terminos prædiclos elapsos, de ipsis regno, et dominiis dim sis, Lamen aliquibus presbyteris in ecclesiis quarum curam habuerint, pro administrando baptismate parvulis, et in pœnitentià decedenti- bus, ac aliis sacramentis ecclesiaslicis, quæ tempore interdicti minis- trari permittuntur, exeant et discedant, neque ad regnum, et do- mina prædicta revertantur ; donec moniti, et excommunicati, aggra- 320 REVUE ANGLO-ROMAINE
vati, reaggravali, privali, maledicti, et damnali prædicti, monilioni- bus, el mandatis nostris hujusmodi oblemperaverint, et meruerinl, a censuris hujusmodi absolutionis beneficium oblinere, seu interdic- tum in regno, et dominiis prædictis, fuerit sublatum. 44. Prælerea, si, præmissis non obstantibus, Henricus rex, compli- ces, fautores, adhærentes, consullores, et sequaces prædicti ineorum perlinaciä perseveraverint, nec conscientiæ stimulus eos ad corre- duxerit, in eorum forte potenià, el armis confidentes, omnes et sin- gulos duces, marchiones, comites, et alios quoscumque tam sæcuk- res quam ecclesiasticos etiam forenses, de facto diclo Henrico regi obedientes, sub ejusdem excommunicationis, ac perdilionis bono- rum suorum (quæ ut infra dicitur, similiter capientium fianl) pænis. requirimus et monemus, quatenus omni mor, et excusatione posipo- sità, eos el eorum singulos, ac ipsorum milites et slipendiarios, lam equestres quam pedestres, aliosque quoscumque, qui eis eum armis faverint, de regno el dominiis prædictis, etiam vi armorum,si opus fuerit, expellant : ac quod Henricus rex, el ejus complices. fautores, adhærentes, consultores, et sequaces, mandatis nostris non oblemperantes prædicti, de civilatibus, terris'castris, villis, oppidis, fortaliciis, aut aliis locis regni et dominii prædictorum se non intro mitlant, procurent : eis sub omnibus etsingulis pænis prædictis inhi- bentes, ne in favorem Henrici cjusque complicum, fautorum, adhæ- rentium, consullorum, et sequacium aliorumque monitorum prædi- turum, mandatis nostris non obtemperantium, arma cujuslibet gene- ris offensiva, vel defensiva, machinas quoque bellicas, seu torments {artellarias muncupata) sumant aut leneant, seu illis utantur, aut armatos aliquos præter consuetam familiam parent, aut ab Henrico rege, complicibus, lautoribus, adhærentibus, consultoribus, et seqna- cibus, vel aliis in regis ipsius favorem paralos quomodolibet, quévis wccasione vel causA, per se vel alium seu alios, publice vel occulte. directe vel indirecte tencant, vel receptent, aut dicto Henrico regi seu illius complicibus, fautoribus, adhærentibus consulloribus, e! sequacibus prædiclis, consilium, auxilium, vel quomodolibeL ex qua- vis causa, vel quovis quæsito colore sive ingenio, public v?l occulte, directe vel indirecte, tacite vel expresse, per se vel alim seu alios præmissis, vel aliquo præmissorum præstent, seu prestari faciant quoquomodo. 15. Prælera ad diclum Henricum regem facilius ad sanitatem. el præefatæ sedis obedientiam reducendum, omnes et singulos Christin- nos principes, quâcumque etiam imperiali et regali dignitate fulgentes. per viscera misericordiæ Dei nostri (cujus causa agitur) hortamur tt in Domino requirimus, cis nihilominus, qui imperatore el rege infe- riores fuerint, quos propter excellentiam dignitatis a censuris exci- pimus, sub excommunicationis pœnâ mandantes, ne Henrico régi
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DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VIII 521
ejusque complicibus, fautoribus, adhærentibus, consultoribus, et
sequacibus, vel eorum alicui, perse vel alium seu alios, publice vel
occulte, directe vel indirecte, tacite vel expresse, eliam sub prælextu
confæderationum aut obligationum quarumeumque etiam juramento,
aut quâvis aliâ firmitate roboratarum, et sæpius geminalarum, a
quibus quidem obligationibus et juramentis omnibus, nos eos et
eorum singulos eisdem auctorilate, el scientia ac plenitudine per
presentes absolvimus, ipsasque confæderationes et obligationes lam factas quam in posterum faciendas, quas tamen (in quantum Henrieus rex et complices, fautores, adhærentes, consultores, et se- quaces prædicti circa præmissa, vel eorumaliquod se directe vel indi- recte juvare possent) sub eâdem pænà fieri prohibemus, nullius ro- boris vel momenti, nullasque irritas, cassas, inanes, ac pro infectis habendas fore decernimus el declaramus, consilium, auxilium, vel favorem quomodolibet præstent; quinimo si qui illis, aut eorum alicui ad præsens quomodolibet assislant, ab ipsis omnino el eum affectu recedant. Quod si non fecerint postquam præsentes publi- catæ et execulioni demandatæ fuerint, et dicti lermini lapsi fuerint, omnes et singulas civitates, Lerras, oppida, castra, villas, etalia loca eis subjecta, simili ecclesiastico interdicto supponimus, volentes ipsum interdictum donec ipsi principes a consilio, auxilio, et favore Henrico regi et complicibus, fautoribus, adhærentibus, consullori- bus et sequacibus prædictis præstando destiterinl, perdurare.
46. Insuper tam principes prædiclos, quam quoscumque alios,
etiam ad slipendia quorumeumque Christi fidelium militantes, et alias quascumque personas, lam per mare, quam per terras, armi- geros habentes, similiter hortamur et requirimus, et nihilominus eis in virtute sanctæ obedientiæ mandantes, quatenus contra Henricum regem, complices, fautores, adhærentes, consultores, et sequaces prædietos, dum in erroribus prædiclis, ac adversus Sedem prædic- tam rebellione permanserint, armis insurgant, cosque et eorum singulos persequantur, ac ad unilatem ecclesiæ, et obedientiam dictæ Sedis redire cogant et compellant; et lam eos quam ipsorum subditos et vassallos, ac civitatum, lerrarum, castrorum, oppidorum, villarum, et locorum suorum incolas, et habitatores, aliasque omnes et singulas personas supradictis mandatis nostris, ut præferlur, non oblemperantes, et quæ præfatum Henricum regem, postquam censuras, et pœnas prædictas incurrerit, in dominum quomodolibet, etiam de facto cognoverint, vel ei quovis modo obtemperare præ- sumpserint, aut qui eum, ac complices, fautores, adhærentes, consul- sores, sequaces ac alios non oblemperantes prædicos, ex regno et dominiis prædictis, ut præfertur, expellere noluerint, ubicumque eos nvenerint, corumque bona, mobilia el immobilia, mercantias, 522 REVUE ANGLO-ROMAINE
pecunias, navigia, credita, res, et animalia, etiam extra territorium dicti Henrici regis ubilibet consistentia capiant. 47. Nos enim cis bona, mercantias, pecunias, navigia, res, et ani- malia pradicta sic capla, in proprios eorum usus convertendi, eisdem auctoritate, scientià, et potestatis plenitudine, plenariam licentiam, facultatem et auctoritatem concedimus, illa omnia ad eosdem eapientes plenarie pertinere, et spectare, et personas ex regno el dominis prædictis originem trahentes, seu in illis domicilium ha bentes, aut quomodolibet habitantes, mandalis nostris prædictis non oblemperantes, ubicumque eos capi contigerit, capientium servos fieri decernentes : præsentesque literas quoad hoc ad omnes alios eujuscumque dignitalis, radis, statüs, ordinis, vel conditionis fue- rint, qui ipsi Henrico regi, vel ejus complicibus, fautoribus, adhæren- tibus, consultoribus, et sequacibus, aut aliis monitionibus, et man- datis nostris hujusmodi quoad commercium nou obtemperantibus. vel eorum alicui victualia, arma, vel pecunias subministrare, au eum eis commercium habere, seu auxilium, consilium, vel favorem. per se vel alium, seu alios, publice vel occulte, directe vel indirecie. quovis modo contratenorem præsentium præsumpserint,extendentes. 48. Et ut præmissa facilius is quos concernunt innotescant,univer sis et singulis patriarchis, archiepiscopis, episcopis, et patriarcha- lium, metropolitanarum et aliarum cathedralium, et collegiatarum ecclesiarum prælatis, capitulis, aliisque personis ecclesiasticis, sæcu- laribus ac quorumvis ordinum regularibus, necnon omnibus elsingu- lis, etiam mendicantium ordinum professoribus exemptis el nonexemp- tis, ubilibet constitutis, per easdem præsentes sub excommunicatio- nis et privationis ecclesiarum, monasteriorum, ac aliorum beneflcio- rum ecclesiasticorum, graduum quoque et officiorum, necnon pri- vilegiorum, et indultorum quorumcumque etiam a sede prædiclà quomodolibet emanatorum pœnis ipso facto ineurrendis, præcipimus et mandamus, quatenus ipsi ac eorum singuli, si, et postquam vi- gore præsentium desuper requisiti fuerint, infra tres dies immediats sequentes, præfatum Henricum regem, omnesque alios et singulos, qui supradictas censuras et pœnas incurrerint, in eorum ecclesiis, Donminicis et aliis festivis diebus, dum major inibi populi multitudu ad divina conveneril, cum crucis vexillo, pulsatis campanis, et accen- sis ac demum extinclis, et in terram projectis, et conculcatis cande-+ lis, et aliis in similibus servari solitis cæremoniis servatis, excom- municatos publice nuntient, et ab aliis nuntiari, ac ab omnibus an- tius evitari faciant et mandent, necnon sub supradictis censuris et pœnis, præsentes literas, vel earum transumptum, sub formé infra- seriptà confectum, infra terminum trium dierum, posiquam, ut præ- fertur, requisiti fuerint, in ecclesiis, monasteriis, conventibus, et aliis eorum locis, publicari et affigi faciant. DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICT VIT 523
- Volentes, omnes et singulos cujuscumque statüs, gradôs, con- ditionis, præeminentiæ, dignitatis, aut excellentiæ fuerint, qui quo- minus præsentes literæ vel carum transumpla, copiæ, seu exemplaria, in suis civitalibus, Lerris, castris, oppidis, villis, eu locis legi et afigi, ac publicari possint, per se, vel alium, seu alios, publice vel occulte, directe vel indirecte impediverint, easdem censuras el pæœnas, ipso faclo ineurrere. Et um fraus et dolus nemini debeant patrocinari, ue quisquam ex his, qui alicui regimini et administralioni deputal sunt, infra tempus sui regiminis seu administrationis prædiclas sen- tenlias, censuras, el pænas suslineat, quasi post dictum tempus sen- tentis, censuris et pænis prædictis amplius ligatus non existat, quem- cumque qui dum in regimine, et administratione existens, moni- tioni et mandato nostris, quoad præmissa vel aliquid eorum obtem- perare noluerit, etiam deposito regimine, et administratione hujus- modi, nisi paruerit, cisdem censuris et pœnis subjacere decernimus.
- Et ne Henricus rex ejusque complices, el fautores, adhæ- rentes, consultores, el sequaces, aliique quos præmissa concernunt, iguorantiam earumdem præsentium literarum, et in eis contentorum prætendere valeant, literas ipsas (in quibus omnes et singulos, tam juris, quam facti, etiam solemnitatum, et processuum citationumque umissarum defectus, etiam si tales sint, de quibus specialis, et expressa mentio facienda esset, propler notorielatem facti, auclori- tale, scientià, et potestatis plenitudine, similibus supplemus) in ba: licæ principis apostolorum, et cancellariæ apostolicæ de urbe, el in partibus in collegiatæ Beatæ Mariæ Burgensis, Tornacensis et paro-
chialis de Dunkerke oppidorum Morinensis diœcesis, ecclesiarum valvis afgi, et publicari mandamus: decernentes quod earumdem lilerarum publicatio sie facta, Henricum regem, ejusque complices, fautores, adhærentes, consultores et sequaces, omnesque alios, et singulos quos literæ ipsæ quomodolibet concernunt, perinde eos arctent, ac si literæ ipsæ eis personaliter lectæ, et inlimatæ fuissent, eum non sit verisimile, quod ea, quæ tam patenter fiunt, debeant apud eos incognila remanere. 21. Cælerum, quia diflicile foret præsentes literas ad singula queque loca, ad quæ necessarium esset deferri, volumus et diclà auctoritate decernimus, quod earum transumptis manu publici notarii confectis, vel in almâ urbe impressis, ac sigillo alicujus personæ in dignitate ecclesiasticà conslitutæ munitis, ubique eadem fides adhibealur, qua originalibus adhiberetur, si essent exhibitæ vel ostensie. 22, Nulli ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostræ moni- lionis, aggravationis, reaggravationis, declaralionis, percussionis, suppositionis, inhabilitationis, absolutionis, liberationis, requisi lionis, inhibitionis, hortationis, exceplionis, prohibitionis, conces- sionis, extensionis, suppletionis mandatorum, voluntatis, el decreto-
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524 REVUE ANGLO-ROMAINE
rum infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem he
attentare præsumpserit, indignationem Omnipotentis Dei, ac beals-
rum Petri el Pauli apostolorum ejus, se noverit incursurum.
Dat. Romæ apud Sanctum Mareum. Anno incarnationis Don.
4535. 3 kal, Sept. Pont. nostri anno primo. |
SEQUITUR SUSPENSIO EXECUTIONIS DICTÆ BULLE, ET
TANDEM EJUS REVOCATIO, ET EXECUTIO
PAULUS, EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM DEI
Ad perpetuam rei memoriam
Cum Redemptor noster ideo illum qui ipsum negaverat, Pelrum
videlicet, universæ Ecclesiæ præficere voluerit, ut in suâ culpa dis-
ceret alis esse miserendum, non immerito Romanus pontifex qui
ipsius Petri in dignitate successor existit, debet etiam in officio exer-
cendæ misericordiæ ipsius esse successor. Sed cum in eum ‘dirigitur
Lee
misericordia, qui ex hoc fil insolentior, et obstinatior, aliosque secum
trahit
in perditionem, debet ipse Romanus ponlifex, postposilà in
eum misericordiâ,omnem severitatem adhibere, quo membrumilld |
putridum ita a corpore separelur, ut reliqua membra absque mel
contagionis salva remaneant, præsertim eum pluribus curis adhi-
bitis, etmulto tempore in hoc consumpto, morbum quotidie magis in-
valescere, ipsa experientia comprobat.
4. Alias cum nobis relatum fuisset, quod Henricus Angliæ rer.
præler ea quæ matrimonium de facto, etcontra prohibitionem Ecclesie
temerarie contractum concernebant, quasdam leges, seu generales
constitutiones subditos suos ad hæresim, et schisma trahentes edi-
derat, et bonæ memoriæ Joannem tituli Sancti Vitalis presbyterum
cardinalem Roffensem publice damnari et capite puniri,
ac alios quam
plures prælatos, necnon alias personas hæresi et schismali hujusmodi
adhærere nolentes, carceribus mancipari fecerat; Nos, lice ili
qui talia nobis retulerant tales essent, ut nullo modo de veritate suc-
rum diclorum ambigendum esse, cupientes lamen respectu ipsius
Henrici regis, quem antequam in has insanias incideret, peculiari
quâdam charilate prosequebamur, prædicta falsa reperiri, de ei
informalionem ulleriorem habere procuravimus, et invenientes cla-
morem ad nos delatum verum esse, ne nostro officio deessemt
contra eum procedere decrevimus, juxta formam quarumdam litera-
rum nostrarum, quarum tenor sequilur; et est talis, etc.
Omittitur insertio, quia bulla ipsa est quæ privcedit.
2. Dum autem postea dictarum literarum executionem devenien-
dum esse statuimus, cum nobis per nonnullos principes, et alits
insignes personas persuaderelur, ut ab executione hujusmodi per
DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VIT 525
aliquantum tempus supersederemus, spe nobis dat, quod interim ipse Henricus rex ad cor rediretet resipisceret; Nos qui, ut hominum natura fert, facile credebamus quod desiderabamus, dictam exequu- tionem suspendimus, sperantes (ut spes nobis data erat) ex ipsà sus- pensione, correctionem et resipiscentiam, non autem pertinaciam et obstinationem, ac majorem delirationem, ut reieffectus edocuit, pro- venturam.
Cum itaque resipiscentia et correctio hujusmodi quam tribus fere annis expectavimus, non solum postea sequuta non sit, sed ipse Henricus rex quolidie magis se in suâ feritale, ac lemeritale confir- mans in nova etiam scelera proruperit, quippe cum non conventus vivorum prælatorum et sacerdotum crudelissimà (truditatione) lrucidatione, etiam in mortuos, el eos quidem quos in sanelorum numerum relatos universalis Ecclesia pluribus sæculis venerata est, feritatem exercere non expavit, Divi enim Thomæ Cantuariensis ar- chiepiscopi, eujus ossa, quæ in dicto regno Angliæpotissimum ob innu- mera ab omnipotenti Deo illie perpetrata miracula, summà cum vene- ratione in arcà aureà in civitate Cantuariensi servabantur, postquam ipsum Divum Thomam, ad majorem religionis contemptum, in judi- cium vocari, et tamquam contumacem damnari ac proditorem decla- rari fecerat, exhumari, et comburi, ac cineres in ventum spargi jus- sit, omnem plane cunclarum gentium crudelitatem superans, cum ne in bello quidem hostes victores sævire in mortuorum cadavera soliti sint; ad hæc omnia ex diversorum regum etiam Anglorum, et aliorum principum liberalitate donaria, ipsi arcæ appensa, quæ mul- ta et maximi pretii erant, sibi usurpavit; nec pulans ex hoc sais injuriæ religionis intulisse, monasterium Divo illi Augustino, a quo Christianam fidem Angli acceperunt, in dictà civitate dicatum, omni- bus thesauris, qui eliam multi et magni crant spoliavi, el sicut se in belluam transmutavit, ila eliam belluas quasi socias suas honorare voluit, feras videlicet in dicto monasterio, expulsis monachis, intro- miltendo, genus quidem sceleris non modo Christi fidelibus, sed etiam Turcis inauditum et abominandum.
Cum itaque morbus iste a nullo quantumvis periissimo medico alià curà sanari possil, quam putridi membri abscissione, nec valeret cura hujusmodi, absque eo, quod nos apud Deum causam hanc nos- tram eficiamus ulterius retardari, ad dictarum literarum (quas ad hoc ut Henricus rex, ejusque complices, fautores, adhærentes, consultores, el sequaces, etiam super excessibus per eum novissime, ut præfertur perpetratis, intra terminumeis, quoad alia, peralias nos- Las literas prædiclas respective præfixas, se excusare, alias pœnas ipsis literis contentas incurrant, extendimus et ampliamus) publica- tionem, et deinde, Deo duce, ad executionem procedere omnino sta- luimus. El quia a fide dignis accepimus, quod si ipsarum et præsen- 326 REVUE ANGLO=ROMAINE
tium literarum publicatio Dieppæ Rothomagensis, vel Bolonis Ambianensis Diæcesis oppidis in Franciæ, aut civitale Sancti Andreæ, seu in oppido Calistrensi Sancti Andreæ diœcesis in Scotiæ regnis, vel in Thuamensi et Artifertensi civitalibus, vel diæcesibus dominit Iberniæ fiat, non solum tam facile, ut si in locis in dictis literis expressis fieret, sed facilius ipsarum lite- rarum tenor, ad Henrici, et aliorum quos eoncernunt, præsertin Anglorum, nolitiam devenirel; Nos volentes in hoc opportune pre videre, motu, scientià, el potestatis plenitudine prædictis decemi- mus, quod publicatio literarum superius insertarum, quarum inser- lioni superius fact, ac ipsis originalibus quoad validitatem public tionis, seu executionis præsentium, fidem adhiberi volumus, in duobus ex locis præsentibus literis expressis, alias juxta supra inserta- rum, et præsentium literarum tenorem facta, etiam si in locis extra Romanam curiam in dictis præinsertis literis specificatis hujusmodi publicatio non fiat, perinde Henricum regem, et alios quos concer- nunt, præsertim Anglos, alliciat; ac si Henrico regi et aliis prædictis præsertim Anglis personaliter intimatæ fuissent. 3. Quodque præsentium transumptis, juxta modum præinsertis literis expressum faclis, lam in judicio quam extra, eadem fdes adhibeatur, quæ originalibus adhiberetur, si forent exhibitæ vel ostensæ.
- Non obstantibus conslilutionibus et ordinationibus apostolicis neenon omnibus illis, que in diclis lileris voluimus non obstare. cieterisque contrariis quibuscumque.
- Nulli ergo omnino hominum liceal hanc paginam nostri decrel. et voluntatis infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem hoc attentare priesumpseril, indignationem Omnipotentis Dei
ac beatum Petri et Pauli apostolorum ejus, se noveril incursurun. Dat: Romæ apud S. Petrum, anno incarnationis Dominicæ mille- simo quingentesimo trigesimo octavo, decimo sexlo Kal. Januarit pontificatäs nostri anno quinto.
DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO ELIZABETH
REGINÆ ANGLLE,
EIQUE ADHÆRENTIUM CUM ALIARUM POENARUM ADJECTIONE
PIUS, EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM DEI
Ad pérpetuam rei memoriam
Hegnans in excelsis, cui data est omnis in cælo, et in Lerrä pole tas,unam sanctam, catholicam, et apostolicam Ecclesiam, extra qua nulla est salus, uni soli in terris, videliceLapostolorum principi Peln.
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DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO ELIZABETH 527
Petrique successori Romano pontifici in polestatis plenitudine tradidit gubernandam. lune unum super omnes gentes, el omnia regna principem constituit, qui evellat, destruat, dissipet, disperdat, plantet et ædificet : ut fidelem populum mutuæ charitatisnexu con- Strictum, in unitate spirilûs contineat, salvumque et incolumem suo exhibeat Salvatori.
Quo quidem in munere obeundo nos ad prædiclæ ecclesiæ guber- nacula Dei benignitate vocati, nullum laborem intermittimus, omni opere contendentes, ut ipsa unitas et catholica religio (quam illius auclor ad probandam suorum fidem, et correctionem nostram, tantis procellis conflictare permisit) integra conservetur. Sed_impiorum numerus tantum potentià invaluit, ut nullus jam in orbe locus sit relictus, quem illi pessimis doctrinis corrumperc non lentärint, adnitente inter cæleros flagitiorum servà Elizabelhà prætensa Anglie reginà, ad quam, veluti adasylum, omnium infestissimi pro- fugium invenerunt. Hæc eadem regno occupato, supremi Ecclesiæ capitis locum in omni Anglià, ejusque præcipuam auctoritatem atque jurisdictionem monstruose sibi usurpans, regnum ipsum jam tum ad fidem catholicam el bonam frugem reductum, rursus in miserum exitium revocaviL.
Usu namque veræ religionis, quam ab illius desertore Henrico Oclavo olim eversam, claræ memoriæ Maria regina legilima, hujus sedis præsidio reparaverat, polenti manu inhibito, secutisque el anplexis hæreticorum erroribus, regium consilium ex Anglicä no! lilate confectum diremit, illudque obscuris hominibus hæreticis complevit; catholicæ lidei cultores oppressit, improbos conciona- tres, atque impielatum administros reposuit; missæ sacrificium, preces, jejunia, ciborum delectum, cœlibatum, rilusque catholicos abolevit: libros manifestam hæresim continentes, Lolo regno pro- poni, impia mysteria, et instituta ad Calvini præscriptum a se suscepta et observata, etiam a subditis servari mandavit : episcopos, Ecclesiarum rectores, et alios sacerdotes catholicos, suis ecclesiis et beneficiis ejicere, ac de ils, et aliis rebus ecclesiasticis, in hære- ticos homines disponere deque Ecclesiæ causis decernere ausa, prælatis, clero et populo, ne Romanam Ecclesiam agnoscerent, neve ejus præceptis sanclionibusque canonicis obtemperarent, interdix plerosque in nefarias leges suas venire, et Romani Pontificis auctori- latem, atque obedientiam abjurare, seque solam in temporalibus et spiritualibus dominam agnoscere, jurejurando coegit; pœnas et supplicia in eos qui dicto non essent audientes, imposuit, easdemque ab üis, qui in unitate fidei et prædictà obedientià perseverärunt, : catholicos antistites el ecclesiarum rectores in vineula con- ; ubi multi diuturno languore et tristitià confecti, extremum em misere finiverunt. Que omnia-cum apud vmnes nationes 528 REVUE ANGLO-HOMAINE perspicua el notoria sint,et gravissimo quamplurimorum testimonio ila comprobata, ut nullus omnino locus excusalionis, defensionis. aut Lergiversationis relinquatur ; Nos multiplicantibus aliis super alias impietatibus eL facinoribus, et præterea fideliun persecutione, religionisque afictione, impulsuet operû dictæ Elizabeth, quotidie magis ingravescente; quoniam illus animum ita obfirmatum aique induratum intelligimus, ut non modo pias catholicorum principum de sanitale et conversione preces. monitionesque contempserit, sed ne hujus quidem sedis ad hâc de causà nuncios in Angliam trajicere permiserit ; ad arma jus- ti æ contra eam de necessitale conversi, dolorem lenire non possu- mus, quod adducamur in unam animadvertere, cujus majores de republica Christianà tantopere meruere. Illius ilaque aucloritate suf- fulli, qui nos in hoc supremo jusiliæ Uhrono, licet Lanlo oneri impares, voluit collocare, de apostolicæ potestatis plenitudine, decla- ramus prædiclam Elizabeth hæreticam, et hæreticorum fautriceu. eique adhærentes in prædictis, anathemalis sententiam incurrisse. esseque a Chrisli corporis unitate præcisos: Quincliam ipsam pre- tenso regni prædicti jure, necnon omni et quorumque dominio. dignitate privilegioque privalam : Et item proceres, subdites et populos dieli regni, ac cæteros omne qui illi quomodocumque juraverunt, a juramento hujusmodi, ac omni prorsus domini, fidelitalis, el obsequii debito, perpeluo absolut. prout nos illos prsentium auctoritale absolvimus, el privemus ean- dem Elizabeth prætenso jure regni, aliique omnibus supradiciis Præcipimusque et interdicimus universis el singulis proceribus, sub- ditis, populis el aliis prædictis; ne illi, ejusve monilis, mandats, t! legibus audeant obedire : qui secus egerint, eos simili anathemati sententià innodamus. Quia vero difficile nimis esset præsentes quocumque illis opus erit perferre ; volumus ut earum exempla, notarii publici manu, t! prælati ecclesiastici, cjusve curiæ sigillo obsignata, eandem illkn prorsus fidem in judicio et extra illudubique gentium faciant, quan ipsæ præsenles f'acerent, si essent exhibilæ, vel ostensæ. Datum Roma apud SanctumPetrum, anno incarnationis Doni- nicæ millesimo quingentesimo sepluagesimo, quinto Kalend. Mari pontificatàs nostri anno quinto.
CE GLORIERUS.
H. Cuuysx.
Le Direcleur-Gérant: FERNAND Portal.
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