1e ANNÉE N° 29 i 20 JUIN 1896
REVUE
ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE
Tu os lotrus, et sue Spiritus Sanctus _po-
per hanc_petram suit _cpiscopos ro ædiñeabo Fcolesiaun gore Ecclesiam Doi. mea... et tihi Ace. xx. #3. dabo claves
Mare. XV. 10,
T. A. Laonv.......
Edward Dexxr..... anglicane et le mi la Réforme. 539 Chronique. 555 Livres et Revues. . ss Documwrs. Le Dr Sanday et la réunion. — Description de l'Ordinal anglais par le cardinal Pole —Conciie de Mayence (149) — Extraits de la correspon- dance de Mgr Ormanclo...................... 2 ét
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1896
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D'APRÈS LES THÉOLO NS ANGLICANS
Les anglicans, en récilant chaque jour leur Crete, professent la croyance en une seule Église. Comment alors expliquent-ils l'unité de cette seule Église? Ils doivent du moins supposer qu'ils en font partie, sinon, les mots dont ils se servent ne sont qu'une simple façon de parler, un reste d'un ancien état de choses, ou encore une pieuse aspiration vers une évolution future. Mais quelle est cette Église une dont ils prétendent faire partie. Ils sont considérés par la plupart des chréliens comme complètement séparés et isolés. Comment se consi- dèrent-ils eux-mêmes?
4° Se renferment-ilsdans leur propre Communion, déclarant qu'elle seule est la vraie Église de Jésus-Christ?
Se consolent-ils au moyen de la fiction d'une Église invisible qui
serait une à travers le monde et dont tous les véritables membres se- raient connus seulement de Dieu?
3° Se représentent-ils un certain nombre de sociétés séparées qui sont seulement unies par ce fait que loutes reçoivent la même part de grâces dans la vie spirituelle el les sacrements ?
#° Se représentent-ils cetle Église une comme composée de plu- sieurs sociélés ou communions qui seraient associées en une sorte d'union fédérale?
Telles sont les quatre questions que se sont peut-être déjà posées les lecteurs de la Revueunglo-romaine. Ils ont peut-être lu ou entendu des remarques faites par certains anglicans qui paraissent impliquer une réponse aflirmative à l'une ou àl'autre de ces questions. J'essaie- rai tout d'abord de montrer qu'une réponse de celte nature fausserait complètement la conception d'unité que partagent tous les anglicans instruits. J'essaierai ensuile d'établir sous une forme plus positive quelle est cette conception. REVUE ANOLO-ROMAINE. — Ts 11. — di ns.
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4° Il doit être inutile de répondre à la première question; mais.
s'il est nécessaire d'assurer que l'Église d'Angleterre est regardée par nous comme seulement une partie el une parlie purement locale d'une seule Église, ce que je puis faire de mieux c'est de citer le langage le plus officiel de cetle Église elle-même. La préface du Prawr Book, écrite à l'époque de la dernière revision qui en fut faite en 1662. parle de certains changements proposés mais non pas adoptés « comme attaquant secrètement quelque doctrine établie ou quelque pratique de l'Église d'Angleterre ou bien de l'Église catholique entière ». Plus loin on trouve que ce particularisme de l'Église anglicane. doit être regardé comme purement local ou géographique, ainsi que le montre le langage du petit traité Q/ Cérémonies, qui sert aussi d'ap- pendice au Prayer-Book. « Par les prescriptions que nous imposons aux nôtres, nous n'avons pas l'intention de condamner les autres pays ni d'ordonner quoi que ce soit à d'autres qu'à notre peuple Nous eroyons juste, en effet, que chaque nation impose les cérémo- nies jugées par elle propres à dire la gloire de Dieu, propres à pousser les hommes à une piété sincère, exemple d'erreur et de superstition.» Vous pouvez appeler‘cela, si vous voulez, l'expression d'un particu- larisme exagéré ou d'un nationalisme dangereux; mais nos citalion suffisent pour exclure absolument l'idée que l'Église anglicane à là prétention de représenter seule la vraie Église du Christ. 2% La seconde question envisage le principe de ce que nous appe- lons en Angleterre la Dissidence. Selon ce principe, l'unique et véri- table Église de Jésus-Christ n'est nullement visible sur la terre, Elk se compose d'un corps mystique et invisible dont les membres son! vonnus de Dieu seul ; mais des congrégations diverses se formentlibre- ment sur la terre; et chacune d'elles peul s'arroger le titre d'Al visible. Une telle congrégation peut renfermer dans son sein quelques membres de cette Église unique qui est le corps mystique du Chris. ou bien il peut se faire qu'elle n'en possède aucun. L'organisalit externe est purement locale et temporelle. L'afiliation à une telle «> ciété est volontaire et n'a aucune relation nécessaire avec la vie spi: rituelle. On peut y entrer et en sortir comme on le veut. Un gra nombre de sociétés de celte nature peuvent exister côte à cle e termes amicaux ou hostiles. C’est bien qu'elles vivent en paix. rendant des services mutuels, car c'est là un devoir chrétien; ma de leur l'unité invisible d'une seule véritable Église ne souffre pas DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES TUÉOLOGIENS ANGLICANS 334
désaccord, de même qu'elle n'est pas causée par leur bonne entente. Il n'est pas besoin qu'elles aient entre elles des relations formelles; il esl encore moins nécessaire qu'elles soient soumises à une règle commune, qu'elles adoptent, même d'une façon approximative, des cérémonies communes ou une commune profession de foi. Il est cependant certaines grandes et fondamentales vérités qu'elles doi- vent toutes professer, mais il n’est pas même nécessaire que ces véri- lés soient définies en termes identiques, et si cela devail être, on devraitse borner à l'emploi de termes tirés de l'Écriture. Je viens d'esquisser une théorie de l'Église qui acoursen Angleterre, en Amérique et dans les colonies anglaises, el qui n'est pas incon- nue parmi les protestants d'Europe. Je pourrais retracer sa genèse en me reportant à l'époque de confusion de la Réforme, puis décrire son développement graduel parmi les séparatisles anglais, et enfin mar- quer ses progrès pendant ce siècle. Il est mieux à propos de consta- ter simplement qu'à cette heure elle est à sun apogée. C'est la théo- rie de l'Alliance évangélique.
IL est clair que quiconque professe cette théorie peut croire en une seule Église, mais il croira en cette Église invisible qu'il imagine. L'Église d'Angleterre laisse-t-elle ses membres libres de professer une telle foi ?
Les Trente-neufarticles n'envisagent pas directement cette théorie ; à l'époque de leur rédaction elle n’était pas encore suffisamment dé- veloppée pour qu'elle fût condamnée. Je ne trouve pasnon plus que, depuis, les autorités ecclésiastiques se soient jamais donné la peine de la condamner expressément. Malgré cela pourtant, nous trouvons, dans les trente-neuf articles, une définition de l'Église qui exclut l'idée contenue dans cette théorie: « Ecclesia Chrisli visibilis est < cœtus fidelium in quo verbum Dei purum prædicatur, et Sacra- «menta quoad ea quæ necessario exigantur juxla Christi institu- « lionem recte administrantur #. »
Cette définition ainsi exprimée en lalin pourra convenir à la théorie de l'Église locale et visible, telle que l'acceptent les dissi- dents. Mais la traduction officielle, qui a la même autorité que le latin, emploie l'article défini dans un sens qui exclut une semblable interprétation. « L'Église visible du Christ est une assemblée des fidèles, etc. » Si le moindre doute restait, il serait aussitôt dissipé
1 Article XIX. Comparez la définition de Bezrarmin, Controvers., 1. III de Ecclesia, c. 2. « Nostra sententia est ecclesiam unam tantum esse, non duas, et illar unam et veram esse cœtum hominum ejusdem Christiane fdei professione, et eorumdem sacramentorum communione colligatum sub regimine legitimorum pastorum ac præcipue unius Christiin terris Vicari Romani pontificis.» Comparez aussi celle de Lyndwood, le canoniste anglais du xv° siècle : « Ecclesia christiana cum suis sacramentis ot logibus, que aliter appellatur catholica seu universalis, dicitur Fidelium maltitudo fde ot caritate unita. Prop. lib, I, él. 1. 532 REVUE ANGLU-ROMAINE
par celte citation d'une des homélies expressément auorisées parles trente-neuf articles eux-mêmes. « La véritable Église est une as- semblée ou une congrégaion universelle du peuple de Dieu fidèle et élu ayant pour base les apôtres el les prophètes, Jésus-Christ li- même en étant la pierre angulaire. Et cette véritable Église possède et toujours et parlout comme notes et marques distinctives une pure saine doctrine, l'administration des sacrements selon l'institution divine du Christ, et enfin l'usage légitime de la discipline ecclésias- tique !. » L'Église est définie comme universelle el aussi comme visibk. De possédant les signes par lesquels il est possible de la reconnaitre. a défendu à ses fidèles, sous peine d'excom- plus, l'Église d'Angleterre munication, de maintenir la légitimité de ces congrégalions séparèts qu'envisage la théorie en question. Le onzième des canons pro mulgués dans le synode de Londres en l'année 1604, s'exprime ainsi: « Quicumque in posterum aflirmabit aut tuebitur ullos conventus. «cælus, aut congregationes subdilorum indigenarum infra ho « regnum existere, præter cos qui ex hujus regni legibus Lenentir «et approbantur, qui verarum et legilimarum ecclesiarum nome « possint sibi jure vendicare, excommunicetur, non nisi per archi- « episcopum restituendus, idque postquam resipuerit, el impium « huncerrorem publie revocarit. » Devant celte déclaration il est impossible de soutenir que l* membres de l'Église d'Angleterre sont libres de professer la doctrint de la dissidence. En affirmant leur foi en une seule Église, ils ne peuvent pas revenir ensuite à cette théorie d'une Église invisible # composant de membres inconnus et dispersés en diverses organist- tions visibles: Mais l'enseignement qui a cours en ce moment part-il de ces prit cipes? Nous apprenons de temps à autre que des prêtres de l'Églix anglicane se commettent avec des ministres de sectes protestantes par des procédés d'un caractère compromettant. D'après ce que nous af prenons des conférences de Grindelwald, certains semblent sé” conduits d'après des principes de dissidence. Nous trouvons mêm® que quelques-uns se sont engagés dans l'Alliance évangilin Qu'avons-nous à dire à cela? J'admettrai tout d'abord qu'il y a dans cerlains cercles une ler” dance à s'écarter des principes ; j'admettrai aussi que l'on renconi® très largement répandue une sorte de timidité qui empêche l'en” sition franche et entière de la véritable doctrine de l'Église, ainsi qu” la condamnation de ceux qui s'écarlent de celte doctrine. Mais tt serait une grande erreur de supposer que cette limidité est due à
! Homily for Pentecost, part. Il. DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES THÉOLOGIENS ANGLICANS 533
manière imparfaite dont la vérité est saisie. Elle est due à des causes entièrement différentes. En Angleterre, nous sommes en face d'un seclarianisme organisé, toujours agressif, et encore puissant: il y a quelques années à peine, au point de vue politique et au point de vue social. Dénoncer ce sectarianisme,ou même enseigner d'une manière claire et définie la vérité avec laquelle il est en opposition, c'est s'altirer de violentes attaques et braver le ridicule, ce qui demande un courage peu ordinaire. L'évêque de Truro a dernièrement expérimenté qu'une affirmation des principes de l'Église, exprimée avec calme et courtoisie et sur un ton de religieuse humilité qui eût dù le garantir des insultes, suffisait à entrainer sur sa tête une ava- lanche d'injures de toutes sortes. Je ferai toutefois remarquer maintenant que celte fraternisation avec les ministres des sectes protestantes n'implique pas, la plupart du temps, une acceptation du principe de dissidence, mais qu'il est adopté, au contraire, comme un moyen de propager la vérité. L'ar- chevêque d'York, que personne ne soupçonnera d'infidélité au prin- cipe d'unité, invite dans son palais les ministres protestants de son diocèse. C'est précisément ce qu'aimait à faire le grand Bossuet. Même ceux qui assistent aux conférences de Grindelwald et d'ail- leurs trouvent là une occasion de faire entrer quelques éléments de vérité au sein des sectes assemblées. A la vérité, ce fut à Lucerne que M. Hammond, chanoine de Truro, lut son travail sur ce qu'il appelle du nom terriblement barbare de Polychurchism, travail qui constitue la plus vigoureuse attaque que l'on ait vue depuis long- temps contre le principe de dissidence. Au congrès de Norwich, l'année dernière, on a longuement discuté sur les obstacles à la réconciliation des dissidents, etM. Hammond, en cette occasion, joua encore le principal rôle. Je ne me souviens pas qu'on ait prononcé un seul mot semblant indiquer un compromis avec la vérité. Le meilleur témoignage cependant nous est apporlé par les dissidents eux-mêmes. Jls dénoncent l'exclusivisme de l'Église anglicane, l'arrogance de son clergé. Et malgré leurs divisions intestines, ils s'unissent en une commune haine contre cette s0- ciété de fidèles qui, seule, refuse de se commettre avec eux et qui ne veut pas même leur accorder le nom d'Éylises. Ils ont tra- vaillé pendant des années à faire chasser le clergé des écoles pour celte raison expresse qu'il enseigne aux enfants la fausseté de la dissidence. Si, malgré toutes nos précautions, malgré notre pru- dence et notre timidité même, nous nous attirons de tels reproches, c'est un signe certain que nous ne négligeons pas lout à fait notre devoir, qui est d'insister sur la nécessité de l'unité visible de l'Église. 3 La conception de l'unité qui se trouve impliquée dans la tro sième question, a, nous devons le reconnaitre, un grand attrait pour 334 REVUE ANGLO-ROMAINE un certain nombre d’anglicans. Pour eux, l'Église répandue à traven le monde est actuellement et visiblement une, en verlu de celle vie tuelle, la même pour tous ses membres et à laquelle ils parti- cipent lous par l'intermédiaire visible des sacrements. Ils peuvent n'avoir aucuns rapports entre eux; ils peuvent être séparés les uns des autres par une mutuelle antipathie; ils peuvent différer même en matière de foi; mais, élant baplisés en un même corps et recevant le même pain de vie, ils sont unis par un lien indissoluble, Celle unité de l'Église est un fait naturel, comparable à celui d'une famille où les frères, nés des mêmes parents, demeurent nécessairement el indestructiblement unis par les liens du sang, bien que séparés par la distance, bien que différents par les habitudes et par les goûts. en dépit même des plus profondes inimitiés. Il n'est pas nécessaire de faire ressortir les inconvénients elles inconséquences qui découlent de cette théorie si on la considère comme un complet exposé de l'unité de l'Église. Mon but est plutit de montrer que, quelle que puisse être la parcelle de vérité qu'elle renferme, elle ne saurait légitimement être considérée par les fidèles de l'Église d'Angleterre comme exprimant d'une façon simple leurs croyancesen une seule Église. Ma dernière citation, tirée de l'homélie. texte officiel, peut être suffisante pour cela. Elle établit, en efkl, que l'usage régulier de la discipline ecclésiastique, c'est-à-dire d'un gouvernement général de l'Église, est un des caractères ou signes distinctifs de la vraie Église. Une communauté de chrétiens qui se trouve en défaut sur ce point ne saurait donc, en admettant mème qu'elle jouisse de l'entière possession des sacrements, être regardée comme formant une partie de cette seule Église en laquelle nous faisons profession de croire. Nous n'interpréterons pas, bien entendu, la phrase d'une manière rigoureuse au point d'établir en principe qu'une administration négligente de ce pouvoir entrainerait la sépa- ration d'avec l'Église, mais nous serons forcés d'admettre que le maintien général de la constitution de l'Église catholique, dans grandes lignes, doit être considéré comme nécessaire à toute org- nisation locale qui prétend faire partie du tout. A la vérité, la nature précise de ce gouvernement, qui devrait être considérée comme nécessaire, demande un examen spécial, et j'en traiterai dans ls seconde partie de cet article. En ce moment, je mentionne seulement ee fait pour montrer que nous ne faisons pas reposer uniquement l'unité de l'Église sur la participation aux sacrements. Mais encore une fois, dans cette Église visible que définissent les Trente-neuf articles, la pure parole de Dieu doit être enseignée. Air que le faisait remarquer le regretté évêque de Winchester, dans son commentaire sur les Trente-neuf articles, l'expression n'est pas « dr parole de Dieu est purement prêchés », mais « la pure parole de Dieu et DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES THÉOLOGIENS ANGLICANS 535
préchés ». En d'autres lermes, la définition n'a pas trait à une pureté subjective de doctrine, mais à la possession d'une doctrine objective, c'est-à-dire des grandes vérilés de l'Évangile, des fondements du christianisme, de la foi de l'Église. De même qu'il n'y & qu'une seule vie sacramentelle, de même il ne doit y avoir qu'une seule foi, et ceux qui ne professent pas celle seule foi ne sauraient être reconnus comme faisant partie de l'Église visible. Et on peut constater la pra- tique de l'Église d'Angleterre sur ce point d'une manière très pré- cise. À la demande des nestoriens de Perse et du Kurdistan, l'arche- vêque de Cantorbéry entretient une mission parmi eux. Il est défendu aux missionnaires de faire du prosélytisme el de troubler en aucune manière leur organisation ecclésiastique ; mais, d'autre part, les missionnaires ne peuvent entrer en communion avec eux que s'ils renoncent à leur hérésie et reconnaissent la foi de l'Église, telle qu'elle a été définie au concile d'Éphèse. Il es clair que ni la doctrine officielle, ni la pratique de l'Église d'Angleterre n'autorisent la théorie qui fait seulement reposer l'unité essentielle de l'Église dans l'unité de la vie sacramentelle. 4 1 y a une autre théorie qui est souvent attribuée aux anglicans, et cette imputation est peut-être fondée sur une interprétation rigou- reuse de certaines affirmations, faites à la légère et sans être suffi- samment approfondies par des individus. On la désigne générale- ment sous le nom de Thévrie des Branches. Telle qu'on la présente, elle est l'objet des attaques de beaucoup de controversistes qui dé- pensent force arguments à attaquer une position qui n'est défendue par personne. Le terme Bränches est à la vérité employé par beau- coup de nos meilleurs écrivains lorsqu'ils parlent de l'Église; ils parle- ront de la branche anglaise de l'Église, de la branche romaine ou de la branche grecque; ils parleront encore, dans le même sens, de la branche française, ou espagnole ou américaine. Le regretté évêque de Lincoln, le D Wordsworth, était spéciale- ment connu pour employer cette expression, mais il montrait d'une manière absolument claire dans quel sens il l'employait.
Dans son ouvrage Zhephilus anglicanus, traitant de la « Branche anglicane de l'Église catholique », il a fait une citation de Hooker: « De même que la mer ne formant qu'un seul tout porte cependant divers noms, suivant les diverses régions, de même l'Église catho- lique est ainsi divisée en plusieurs sociétés distinctes dont chacune est appelée elle-même une Église. » Ainsi, lorsque nos écrivains par- lent des « Branches » de l'Église, ils ont en vue les divisions locales ou « Branches » d’un corps homogène, tel que la mer. Le terme cependant est ambigu et suggère très naturellement l'idée des branches d'un arbre, et peut-être, cette idée vient-alle d'une asso- ciation inexacte avec la parole de Notre-Seigneur qui compare les 336 REVUE ANGLO=ROMAINE individus aux branches de la vigne, ou avec les paroles de saint Paul qui représente chaque fidèle comme greffé sur un tronc d'olivier. Ilen résulle une assez fréquente extension de la parabole de la branche à la constitution de l'Église beaucoup moins exacte. Car les branches d’un arbre, bien que partant d'un tronc commun et puisant la vie à la même sève, n'ont aucune sorte de communication ou de rapport les unes avec les autres, rien de celte libre circulation qui établit une unité réelle entre les diverses parties de la mer. C'est cette comparaison avec les branches d'un arbre, et toutes les conséquences qui peuvent en étre logiquement déduites, que nos cri- tiques ne manquent jamais l'occasion de nous opposer. On nous prète l'opinion d'après laquelle différentes parties de l'Église, de mème que les branches d'un arbre, ont, à la vérilé, une souche commune. mais sont complètement distinctes les unes des autres, jouissant d'une existence individuelle complète. On nous demande ironiquement, si toutes les parties de l'Église forment les branches, où en est le tronc. On nous invite à montrer comment un individu passe d'une brau- che dans l'autre lorsqu'il change le lieu ile sa résidence. Nous répou dons que ces questions exigeraient de nous l'explication el la défense d'une hypothèse que nous n'acceptons pas le moins du monde. Cetle théorie des branches n'esl pas de nous. Elle a été inventée par nos adversaires qui nous l'attribuent gratuitement ; nous n'avons pasà | nous occuper de ses absurdes conséquence: Ce ne sont peut-être pas toujours des adversaires loyaux que cu | qui nous traitent de la sorte; mais leurs imputations persistantes pro- duisent un réel effet chez d'autres personnes. Celles-ci supposent plus sérieusement que, d'après nous, l'Église catholique est composée essentiellement d'un certain nombre de communions indépendantes etséparées : la communion romaine, lacommunion grecque, la commu- nion anglicane, à lout le moins, si on suppose méme que nous excluous comme hérétiques, les Coptes, les Arméniens, el les autres Église orientales séparées. Notre théorie de l'Église, selon cette hypothèse. admet que ces diverses communions ou Églises jouissent d'une exis- tence individuelle, possédant chacune un corps de doctrine propre. +! qu'elles sont animées d'une vie intime qui permet leur développe- ment séparé. Il s'ensuit que l'Église, pour être une, ne saurait trou- ver son unité que dans l'agglomération de ces différentes parties. essentiellement indépendantes, mais reliées entre elles par une sorte de lien fédéral des plus élastiques; ce lien est si faibleà la vérité que, comme je l'ai déjà indiqué en posant la question, il n'implique- rait pas même des relations diplomatiques entre les divers membres de l'union, A la vérité, on pourrait les regarder plutôt comme autan! de royaumes séparés sous la suzeraineté d'un monarque divin et invi- sible, DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES TUÉOLOGIENS ANGLICANS 537
ILesttrès vrai que nous parlons quelquefois des diverses commu- nims. Mais, par là, nous ne faisons que noter un fait qui est évident. Nous n'impliquons en aucune manière que ces divisions soient légi- times, encore moins qu'elles soient un des caractères essentiels de la constitution de l'Église. Au contraire, nous regardons ce fait comme déplorable. Je ne crois pas qu'on puisse fournir un seul passage d'un écrivain anglican considérant cet étal de division comme une chose bonne ou même tolérable en elle-mème. Nous en reconnaissons seulement le fait. C'est un élat de choses qu'il faut bien admettre pour le moment présent, mais qu'il faut travailler à faire cesser le plus tôt possible. Les chrétiens n'ont pas ces rapports parfails de charité, celte complète communion de culte qu'ils devraient avoir. De plus, par suite de ces différences, ils sont séparés actuellement en plusieurs groupes, et c'est à ces groupes que l'on donne le nom de communions. Le terme peut être malheureux et il serait peut-être plus sage d'en adopler un autre, s'il est possible de le trouver, qui donnerait moins facilement prise aux malentendus. Nous ne sommes pas d'ailleurs les seuls à nous servir de ces termes impropres. En tout cas, nous ne croyons pas avoir posé les causes directes des malentendus qui en résultent. Nous nous servons donc de ce mot pour exprimer un fait regrelta- Lie, et nous faisons attention à ne pas élendre sa signification au delà des limites de ce fait. Ce ne sont pasles diverses communions que nous appelons membres ou branches de l'Église catholique, mais bien les Églises locales, provinciales ou nationales. L'Église de France, l'Église d'Espagne, sont des branches de l'Égl universelle. Ainsi, dans une des constitulions (30° canon) promul- guées en 4604, l'Église d'Angleterre, parlant de la séparation, s'ex- prime de la façon suivante : « Imo tantum aberat ut Ecclesia angli cana ab Italie, Galliæ, Hispaniæ, Germaniæ aliisve similibus Eccle:
voluerit per omnia recedere, quicquid eas sciret tenere aut observare, ut ceremonias illas cum reverentia susciperet ques citra Ecclesiæ incommodum ac hominum sobriorum offensionen relineri posse sen- serat, »
On voit que le canon ne parle pas de la communion romaine comme d'une entité séparée, mais indique que nous sommes séparés des diverses Églises locales, selon les divisions géographiques, qui, en fait, sonten communion avec le siège romain. Nous sommes malheu- reusement séparés les uns des autres d'une certaine manière; mais, lorsque nous parlons de l'Église unique, nous croyons queces Églises locales, ainsi que l'Église d'Angleterre, font au même degré partie intégrante de l'Église catholique. Ainsi la théorie des branches ne suppose pas que l'Église catho- lique soit composée d'une confédération de plusieurs communions. 538 REVUE ANGLO-ROMAINE
Elle constate simplement le fait que l'Église est urganisée en pro- vinces et en groupes de provinces selon les circonscriptions géogri- phiques. Et encore, lorsque nous travaillons et prions pour la réunion de la chrétienté, nous ne regardons pas notre but comme le dévelop. pement d'une sorte de lien fédéral plus étroit entre trois ou plusieurs Églises indépendantes; nous désirons plutôt la réalisation en pratique d'une unié substantielle qui existe déjà. Nous ne considérons pas que l'unité doive procéder de la multiplicité; nous reconnaissons plu- tôt cette profonde vérité que l'Église est essentiellement une et que, de cette unité, découle la multiplicité des divisions locales. Pour en revenir à l'expression qui a donné naissance à la discussion, je dirai que les « branches » de l'Église ne sont pas comme les branches d'un arbre qui n'ont aucune relation entre elles; elles ressemblent plutit aux branches de la mer qui porte partout et librement les mêmes eaux. Les divisions de la chrétienté peuvent être comparées à li passerelle, au corps-mort, qui, à l'entrée d'un port, ou d’une rade, en interdit l'entrée. Il s'oppose au passage des navires, à la libre cireu- lation à la surface, mais en dessous les eaux n'en circulent pas moins librement, et il n'ya pas solution de continuité.
T. A. Lacer.
(A suivre.)
L'ÉGLISE ANGLICANE æ
LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME!
(Suite)
14. Reste à considérer quelques allégations par lesquelles on
cherche, non pas à détruire les preuves fournies par des faits géné- ralement ignorés, mais à appuyer d'une manière plausible en appa- rence la hèse que renferme la question du P. Tournebize. 45. On prétend que, par un acle de Parlement (13. Élisabeth, c. 12, il fut établi que les ministres des « Églises réformées » pourraient être admis à la cure des âmes sans recevoir les ordres. Nous répondrons à cela : 1° Quand même cette allégation serait vraie, un acte de Parlement n'est pas un acte des synodes de l'Église: ilne peut done pas toucher à la loi de l'Église, ni la compromettre aucunement, quoi qu'il puisse décider à l'égard de ceux que le pouvoir civil — pour des raisons particulières — voudrait favoriser, D'ailleurs il est à remarquer — comme preuve que l'Église a résolu- ment maintenu, en face de l'intervention de la Chambre des communes dans les questions théologiques, son droit inhérent de se gouver- ner par ses propres synodes et par ses évêques, — il est à remarquer, disons-nous, que, dans aucun des canons rédigés par les Convoca- tions de cette année, canons prescrivant que désormais tous candi- dats aux s Ordres signeraient les XXXIX articles, pas la moindre allusion n'est faite à cet acte de la législation civile. 2 Si l'acte avaiteu pour but ce qu'on prétend, il s'ensuivrait la néces-
{Un de nos amis, après avoir lu dans le dernier numéro de la Revue, la première partie de l'étudedu Révérend Edward Denny sur l'Eglise anglicane, nous rappelle le passage suivant de Bossuet: « Je n'accorde pas à Dumoulin et aux autres du même parti, que les « diversités de leurs confessions de foi ne soient que dans la méthode et « dans les expressions, ou bien en police et cérémonies: où si c'était sur « les matières de foi, que ce fût en choses qui n'étaient encore passées en loi ni réglement public; car on a pu voir et on verra le contraire dans toute la suite de cette histoire. Et peut-on dire, par ezemple, que la doctrine « de l'épiscopat, où l'Église d'Angleterre est si ferme. et qu'elle pousse si loin « qu'elle ne reçoit les ministres calvinistes qu'en les ordonnant de nouveau, « soit une affaire de langage, ou en tout cas de pure police et de pure cérémonte? « N'est-ce rien de regarder une Église comme n'ayant point de pasteurs « légitimement ordonnés ? » — (Histoire des Variations, 1. XIL,43.) 540 REVUE ANGLO-ROMAINE sité d'une révocation formelle de tous les actes de Parlement par lesquels l'État avait signifiéson approbation de l'Ordinal, exigeant la nécessité des Saints Ordres pour tous ceux qui désirent exercer les fonctions de l'Église, Or, non seulement il n'est point fait mention, dans l'acte, d'une telle révocalion, mais la clause 3 établit que tout sujet, avant d'être promu à un bénéfice, devra avoir reçu au moins l'ordre du diaconat; el ainsi l'acte va plus loin que le droit canon surce point. Il est manifeste que cette clause est une preuve évidente qu'on n'avait pas l'idée d’une semblable modification de la loi de l'Église, dans le but de reconnaitre les ministres des Églises réformées, car, si l'acte avait eu pour objet ce que l'on prétend, cette clause, en lui donnant un démenti, l'eût rendue impossible. Ce serait là une con- tradiction el cela suffità réfuter l'accusation portée. Aucun texte de loi ne sauraitdécréter l’absurdeet lecontradictoire. 3° L'année même où cet acte fut promulgué, la Convocation de Cantorbéry, comme nous l'avons déjà vu ', promulgua des canons pour exiger l'obéis- sance à celle loi de l'Église qui commande que ses ministres soient dans les ordres sacrés. 16. Quel était done le but de cet acte? Il se rapportait sans doute à ceux qui avaient été ordonnés selon les rites de l'ancien Pontifical sous les règnes précédents, c’est-à-dire aux sujets dont parlent Peur; et les séparatistes contemporains, et qui, depuis la rupture avec Rome. restaient encore dans leurs bénéfices, ou avaient été promus à d'autres L'objet de cet acte, fut de garantir que ces prêtres élaient de « religion saine »,comme le dit en effet la première clause que voici « Tout sujet, n'élant pas évèque, qui prétendra ètre prêtre ou « ministre de la sainte Parole de Dieu et de sessacrements, en vertu « d'une inslitulion, consécration ou ordination autre que celle pres- « crite par le Parlement sous le feu roi de digne mémoire, le roi « Édouard VI, et en usage sous le règne de notre très gracieus « Souveraine — lout sujet [ainsi spécifié] déclarera consentir et « souscrire aux articles de la religion se rapportant seulement à « la confession de la vraie foi chrétienne et à la doctrine des sacre- « ments. » Celle déclaration dut se faire avant la fèle de la Nativité de l'année courante, en la présence de l'évêque ou de l'administra- teur du diocèse (sede varante) dans lequel se trouvait le bénéfice du sujet en question. 47. Quatre fails démontrent la vérité de cette interprétation de l'Acte. Le premier est que les clauses de l'Acte rencontrèrent l'opposi- tion des puritains ? ; le second, que les articles dont l'Acte faitmention élaient ceux qu'adopla la Convocation en 4362. L'article XXXVI en particulier sanclionne el autorise l'Ordinal, tout en affirmant « qu'il
A8.
Hanpwick,
À History of the XXXIX Articles, p. 221, édition 1839.
L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 541
ne contient rien qui soit intrinsèquement superstitieux où impie », thèse niée catégoriquement par les séparatistes. Ceux-ci, d'ailleurs, étaient frappés pour leurs affirmations contraires par la clause se- conde du même Acte. Que si l'on cherche à détruire la force de cet argument en s'appuyant sur le mot « seulement » pour soutenir qu'on n'était pas obligé de souscrire à cel article concernant l'Or- dinal, il suffit de répondre que, dans le cas d'un nommé Smith, le Lord Chief Justice Wrey, ainsi que lous les juges d'Angleterre, dé- clarent dans le Kings Bench, pendant la session de Pâques, de l'an 23 «Élisabeth que ce statut » exige une souscription absolue à l'article susdi Troisièmement quand Travers * se plaignit, dans sa « Supplica- tion », que les prêtres ordonnés selon le rite de l'Église romaine étaient autorisés en vertu de l’Acte à exercer leurs fonctions, et par lant que le même privilège devait ètre accordé aux protestants lels que lui*, l'archevêque (John Whitgift} de Cantorbéry li cette ré- ponse: « Quand un acle pareil sera décrété pour son ministère, « alors il pourra l'alléguer; mais les lois de ce royaume d'Angle- «terre exigent que ceux qui sont reconnus pour ministres dans «cette Église d'Angleterre, soient ordonnés par un évêque, et qu‘ « souscrivent à ces articles 6 »
Ici l'archevêque affirme distinctement que cet acle ne permet d'exercer les fonctions ecclésiastiques qu'à ceux qui avaient été or- donnés par un évêque — romain ou anglican. — Ce fait, à lui seul, doit être concluant. Enfin en 1376 un cas fut résolu en vertu de cet Acte, celui de Bacon versus {he Bishop of Cerlisle and Whetlen. Un nommé Thwaites fut déposé du bénéfice de Crosby-Ravensworth 5 en Westmoreland. Les raisons citées pour sa déposilion sont les suivan- tes: 4° qu’il n'était pas ministre selon l'Ordinal d'Édouard, et 2 qu'il n'avait pas souscrit les XXXIX articles, ainsi que l'exige le statut de 1574. IL est évident que Thwaites prétendait être ministre, il est évident aussi qu'il n'avait pas élé ordonné selon les rites de l'ancien Pontifical, car tout le monde étant d'avis que l'Acle reconnaît ces Ordinalions, s'il avail été ainsi ordonné, cette seconde raison eût été considérée comme suffisante. Or il est admis qu'il n'était pas ordonné selon l'Ordinal d'Édouard; il faut conclure done qu'il avai reçu l'« ordination »
! Coxe. Institutes. Part. LV, c. 14, pp. 323, 324, édit. 1844. 2 Pour le casde Travers, voyoz infra, 30, 31. 3 À Supplication made Lo the Council by master Waller Travers. Hooker's Works, Edit. Koble., vol. III, p. 554. 43. Sraves, Life of Whilgift, Appendix p. 485, vol. III, édition 1822. 5 On ne donne pas le nom daus Dyer's Reports, fol. 348. Mais lo Révérend
- R. Luxw, « curé » de Marton-cum-Grafton dans le diocèse de Ripon, qui a cu l'obligeance de me fournir ces renseignements, semble croire, d'après ss recher- ches, que c'est bien là le nom du bénéfice. 542 REV! ANGLO-RONAINE
des réformés; parlant, la conclusion inévitable en esL que celte déci- sion judiciaire démontre l'exactitude de notre interprétation de l'Acte précité. Je crois avoir suffisamment insisté sur ce point. 18. Il sera bon maintenant d'examiner l'argument tiré de l'allé- gation d'après laquelle la Convocation de Cantorbéry en 1603 recon- nut (canon LV) l'Église d'Écosse comme étant une « partie vérilable de la Sainte Église Catholique ‘ ». L'Église d'Écosse, étant un corps presbytérien, ne possède pas la succession apostolique, el par suile n'a pas un caractère valide, ainsi d'ailleurs que les Églises réformées du Continent. Il s’ensuil que le ministère de ces diverses commu- nions aurait élé reconnu comme valide par la Convocation elque, partant, les personnes ainsi ordonnées auraient élé autoriséesà exercer leurs fonctions sans avoir reçu les Saints Ordres ?, Malheureusement pour cet argument, les faits démontrent que ces mots « l'Église d'Écosse » qui se trouvent dans le Canon n'ont aucun rapport avec l'Eglise presbytérienne. 49. Voici les faits: Premièrement. Le roi Jacques 1°", le souve- rain régnant alors, détestait2 le presbytérianisme et reconnaissail l'épiscopat pour être d'institution divine; c'est pourquoi, antérieu- rement même à son avènement au trône d'Angleterre, il s' efforcé de renverser la constitution presbytérienne de l'Église écos- saise. L'assemblée générale presbylérienne de 1602 fut la dernière jusqu'à 1638 reconnue + par les presbylériens pour une assem- blée libre et légitime. De plus, en 1597, le Parlement écossais passs unacte permeltant au roi d'introduire le gouvernement par les évêques, sans autre consentement de la part des États %. Le presbytérianisme fut donc aboli ® par le roi, qui nomma des évèques titulaires avec l'intention résolue de les faire consacrer le plus tôt possible. Or la Convocation de 4603 par les mots « Église d'Écosse» parlait de cette Église ainsi nouvellement pourvue d'évèques. 20. Deuxièmement. Le président de ln Convocation était Bancrofl, évèque de Londres, qui agissait d'après un mandat lancé par le doyen et le chapitre de Cantorbéry seds vacante. Or, Bancrofl était un adversaire prononcé du presbytérianisme. Dans un remarquable sermon qu'il prêcha le 9 février 1388, 4, il dit que « l'Église est « la mère des fidèles, l'arche de Noë, la colonne de la Vérité, « l'épouse du Christ, dont celui qui se sépare est jugé schisma-
1 Carduell Synodalia, vol. 1, p. 211. 3 Cette allégation semble être fondée sur un passage de MacauLax, History of England, vol. I, p. 15, VIe édition, dont nous avons déjà fait remarquer le caractère infidèle des thèses ayant rapport à l'Église anglicane. 3 Basilicon Doron, Bk Il, p. 41 et seq. Edinburgh, 1603. Comparez ausai Cai- pærwoo», The True Hislory of the Church of Scotland, p. 418. Édition 1628. < Herssrinoron, History of the Church of Scotland, vol. 1, p. 224.
GLoox, History of the Church of Scotland, v. Il, p. 400, Edinburgh, 1815.
Srapaux, History of the Church of Scotland, +. 1, p. M3.
L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 343
« tique el hérélique...... Il y a diverses causes indiquées par les an- « ciens Pères pour lesquelles tant de faux prophètes vaguent dans
- le monde; mais je ne ferai mention que de quatre dont une très «importante, savoir : le mépris des évèques; car, comme le dit
«saint Jérôme, depuis le lemps de saint Marc, c'est à eux qu'a « été confié le gouvernement de l'Église, ils avaient autorité sur «le reste du ministère uf schismatum semina lollerentur, atin que « les germes du schisme fussent ôtés'. » Dans ses ouvrages : À Surcey Jprelended holy Discipline, et : Dangerous positions, or Scottis Genevating and English Scoltizing for discipline, la mème répugnance envers le presbytérianisme se fait remarquer. Ce fut à cause de la forte oppo- sition qu'il soutenait à l'égard du presbytérianisme, el aussi parce qu'ils'élait toujours «opposé à loues sectes et innovations »,que l'ar- chevèque Whitgif de Cantorbéry le recommanda pour le siège de Londres*. Et l'historien Collier remarque que, lorsqu'il fut trans- féré à Cantorbéry il gouverna avec une grande vigueur el exigea une stricte conformité « aux rubriques et aux canons sans permettre la moindre latitude, ni aucune divergence d'opinions? ». Il n'est pas probable, prima fais, qu'un prélat si inflexible, qui d'ailleurs était appuyé par un roi Lel que Jacquesl®', aitpu souffrir que la Convocation présidée par lui reconnût d'une manière officielle le presbyléria- nisme, à quelque degré que ce fût. 21. L'explication de l'allusion à l'Église d'Écosse est simple et satisfaisante. Comme nous l'avons déjà remarqué, le roi prit la réso- lution de faire consacrer les évèques Litulaires qu'il avait déjà nom- més. De cette manière il aurait rétabli l'Église d'Écosse qui, dès lors, aurait pu être reconnue comme une partie de la sainte Église catho- lique du Christ. Le président, averli de ce fait, eut soin de rédiger le canon de façon qu'il comprit l'Église d'Écosse, prête à rentrer dans le sein de l'Église catholique. La preuve que cette interpréta- Lion du Canon est correcte nous est donnée par ces deux faits : 4° En 1603, le Presbytérianisme, comme nous l'avons vu, n'était pas re- connu comme forme légitime de gouvernement ecclésiastique en Écosse, ayant été aboli par le roi; 2° Par le septième de ces mêmes canons, « tous ceux qui affirmeront que le gouvernement épiscopal « de l'Église d'Angleterre est antichrétien, ou contraire à la parole « de Dieu,sont déclarés excommuniés * », et c'est là précisément la position des presbytériens de cette époque, comme le prouve le fail qu'à la conférence durant l'assemblée de Montrose en 4600, les défenseurs du puritanisme maintinrent que « les dignités, les char- ges, les emplois, les titres de l'Église épiscopale anglicane répugnent {R. BaxcRorr, À sermon preached at Paule's Crooise, 9 feb. 1588, London. ? Srrvrz, Life of Whitgift, vol. II, p, 386. Edit. 1822. 3 Cocurus, Écclesiaslical History, vol. UIl, p. 310. Edition 1852. 1 Capwac, Synodalia, vol. I, p. 251. 544 REVUE ANGLO-ROMAINE |
au Verbe de Dieu !», paroles lextuelles dontse sert le canon septième 22. — Enfin, il sera à propos d'examiner certains cas de sujels faisant partie du ministère des Églises réformées, que l'on affirme avoir été officiellement autorisés par l'Église d'Angleterre à remplir des fonctions sacerdotales sans avoir été dûment ordonnés, imputa- tion dont on s'est grandement servi dans les controverses sur le sujet que nous étudions. Le premier cas par ordre de date est celui de Whiltingham, que l'on a dit être le beau-frère de Calvin, bien que cela ait été nié î élé appelé à remplir les fonctions du ministère par la congrégation des Anglais de Genève, et par l'in- fluence du comte de Leicester, le puissant favori de la reine, il obtint le doyenné de Durham. On commença à prendre des mesures len- dant à le priver de son doyenné. Le chanoine Estcourt il est vrai. affirme que, de la discussion qui suivit, il ressort que l'imposition des mains par les Anciens de Genève aurait pu être considérée comme suffisante?. 23. Maintenant, en ce qui concerne ce cus, il y a lieu de remar- quer lout d'abord qu'aucune cura animarum n'est allachée à la charge de doyen, et qu'en conséquence le fait de la possession de ce bèn fice par Whittingham ne peut en aucune manière servir à soutenir celle affirmation que l'Église d'Angleterre permettait ‘à des sujels ordonnés par des Églises réformées d'exercer le ministère sur s | autels sans leur avoir assuré tout d'abord une ordination valide. Les doyennés sont des bénéfices qui, comme les canonicats ou les pri- bendes, ont été accordés à de simples laïques. C'est ainsi que le doyenné de Wells fut possédé par un simple laïque, Thomas Cromwell, sous Le règne d'Henri VIII,et il estclair,d'après la décision | du juge Hobart, qu'un laïque comme était le doyen de Durhan iWittingham) pouvait être doyen par permission spéciale des roi 24. Mais la simple possession d'un doyenné ne donnait pas, bien entendu, à son possesseur, le droil d'administrer les sacrement. et c'est là ce que Whitlingham es présumé avoir pris sous & responsabilité de faire.Il avoua qu'il célébrait la sainte communion." et on s'en servit contre lui. De plus, il est appelé dans le donu- ment en question «ministre non légitime» el cela,qu'on le remarque malgré son prétendu sacerdoce selon les ordres de Genève. Un mandat fut en conséquence lancé contre lui, lui enjoignant d® quitter son doyenné comme élant mer laicus, en dépit de la puis- sante influence qui le soutenait, influence à laquelle il était partieu-
! CaLvewoon, The true history of the Church of Scotland, p. 435, éd. 165$ 2 Esrcounr, The question of Anglican ordinalions, p. 49. jonorpain, Report Juris., p. 361. 1 Brevarie of Profs against the Deane of Durham. State Papers, Dom. Ello- beth, vol. CXXX, n. 24. Re
L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 545
lièrement difficile de résister dans les temps de despotisme où il, vivail, el sur laquelle, d'ailleurs, il sembleque Whittingham ait lar- gement compté. Ce n'esl pas sans des molifs se rapportant à ces mesures que l'archevêque de la province, Sandys, ordonna de s'en- quérir, ainsi que nous l'avons déjà fait observer !, « si quelqu'un sans être prêtre ou diacre offrait le calice dans la célébration de la sainte Communion... », ordonnance qui montre clairement que la loi ecclésiastique étail rigoureusement observée à celle époque, et qu'ainsi Whittingham, étant un simple laïque, étaitnécessairement considéré comme coupable d'avoir enfreint celte loi, n'ayant pas seulement, de son propre aveu, rempli l'office de diacre, mais encore celui de prêtre. 25. La mort de Whittingham, peu de Lemps après le commence- mentde ce procès, empêcha qu'un jugement formel ne fût rendu dans ce cas, circonstance qui permit à beaucoup de Puritains d'affirmer que sa position était considérée comme légitime; et chose plus importante, ce fut la cause de la méprise de Cosin au sujet de la pratique* de l'Église; mais, pour montrer que celle allégalion est entièrement erronée, il suffit de rappeler que lorsque Travers voulut envisager le cas de Whiltingham comme un précédent, l'archevêque de Cantorbéry répliqua entre autres arguments que si Whittingham avail vécu, il eût été déposé de sa charge à moins de dispense spéciale”. L'importance de cette affirmation est manifeste, car l'ar- chevèque était mieux que personne à même de connaitre les faits. 26. Nous avons à considérer maintenant le cas de John Morison qui fut autorisé par Aubrey, vicaire général de l'archevêque de Cantorbéry (Grindal), à prêcher et à administrer les sacrements dans toute l'étendue de la province de Cantorbéry. Morison avait été vrdonné par le synode général ou congrégation du comlé de Lothian de l'Eglise réformée d'Ecosse, et ce cas, dit-on, indique- rail que des ordinations faites par les presbylériens calvinistes étaient officiellement considérées comme valides ‘. L'importance de celte preuve, ajoute-L-on, « est augmentée par le fait que la per- mission, en question, fut accordée pendant la mise à l'écart de Grindal, de telle sorte que Aubrey, son vicaire général, exerçant seulement une juridiction déléguée, ne pouvait avoir agi que con- formément au sens strict et ordinaire de la loi 5 ». 21. Il est à remarquer, au contraire, que celte permission © porte des marques ostensibles de son caractère illégal par ce qu'elle
1Voir ne 9,
Voir ne 2,
? Sravre. Lifeof Whigifl. App., D. 185, vol. I, 6d. 1822.
- CE, Esrcour, p. 460. 5 Hbid.
Srevre. Life of Grindal. App. Bk. 11; pe 101.
REVUE ANULO-ROMAINE, — Te 11, — 95
546 REVUE ANGLO-RUMAINE
contient des affirmations d'un caractère inaccoutumé el reslriell. Elle est accordée quantum in nobis est et de jure possumus, et ilÿ 2 en outre, une autre clause limitant l'étendue de la permissin donnée qualenusjura regni patiuntur. La première affirmation montre évidemment que le vicaire générl doutait sérieusement s'il avait le pouvoir d'accorder une semblable permission, et, selon toule probabilité, c'est là la raison par laquelle on y trouve l'affirmation que Morison avait été « iuria le dabilem Ecclesie Scotiæ reformats formam et ritum ad sacros ordines pr manuum impositionem admissus et ordinatus ». Cette affirmation est un essai de justitier les mesures prises. Un insinue que Morison avait élé validement ordonné par un Évèque En fait, le corps des Presbylériens ne faisait pas profession de cur- férer ordines sucros. Le Premier livre de discipline qui fut reconou par l'Eglise presbytérienne d'Ecosse, de 1560 à 1381, n'admeltait pa l'imposition des mains dans les vrdinations et affirmait distinctement « Nous ne pouvons approuver d'autre cérémonie que l'approba- tion publique du peuple et la déclaration faite par le ministre uli- ciant que le sujet présenté est nommé pour servir l'Église, car. bien que les apôtres aient fait usage de l'imposition des mains considérant néanmoins que le miracle a cessé, nous ne jugeons pe: l'emploi de cette cérémonie nécessaire !.» Ce ne fut pas avant 138! que le Second livre de disripline fut ratifié par l'assemblée, el ce fut seulement en 1592 qu'il fut autorisé par le parlement d'Écx Jusqu'à celle époque les pasteurs presbytériens furent ordonné sans aucune imposition des mains; de plus, même après que le Second livre dedisiplins eut été dûment autorisé, une semblable impe- siion des mains ne fut pas considérée comme nécessaire en pratique La preuve complète se trouve dans l'affirmation suivante de Wil- liam Erbury qui, en 4633, disait, en parlant des ordinations faits par un évêque: « C'est lune pratique d'ordination autrement plus sage que celle de nos Presbytériens anglais qui gardent l'impost- lion des mains sans prétendre au don du Saint-Esprit,mais autrem»n! moins raisonnable que celle des Presbytériens écossais qui. necrv- yant pas au don,ne gardent pas l'imposition des mains. Ceux-ci font des ministres et ordonnent desanciens sans imposilions des mains ‘. 38. 11 ressort de cet exposé que Morison ne pouvait pasavoir été ordonné jurla laudabilem Eeclesie Soie, ele, comme afirme Estcourt . Toutefois il es juste d'ajouter qu'un écrivain dont les
1 The First Book of Discipline, ch. IV, $ 3, réimprimé par Hetheriagtos. Histers of the Church of Scolland, vol. 1, pp. 406 et seq. 3 W. Ereury, The Children of the Wesl, p. 54, imprimé avec d'autre brochures 1653. 3 Loc. cit. 4 Fimunoen, The Purily of the Apostolic Succession in the Church of Engled.p 5 ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 547
spinions en la matière méritent d'être considérées avec respect, a émis l'hypothèse d'après laquelle Morison aurait été réellement ordonné par l'un des anciens évêques écossais, agissant de con- cert avec le synode général du comté de Lothian. Cela, sans aucun doute, absoudrait Aubrey de toute intention préméditée et voulue de tromper. Il ÿ a lieu de remarquer ici que John Spotiswood, le Surintendant de ce même comté de Lothian, se déclara tou- jours contre la coutume presbytérienne et affirma qu'il considérait le gouvernement de l'ancienne Église préférable à celui de l'Église d'Écosse *. 29. De plus, la seconde clause à laquelle il esLfait allusion guatenus juraregni patiuntur indiquerait quele vicaire général avait conscience que son action était une violation de la loi, cette seconde clause étant apparemment insérée par lui dans le but de se procurer le moyen d'é- chapper aux conséquences légales d'une telle action dans le cas où elle svraîtsoumise aux autorités de l'État. Si Morisoneneffet ne possédait pas les pouvoirs inhérents aux saints Ordres, le fait de lui accorder la permission de célébrer des cérémonies du culte était une violation de la loi civile aussi bien que du droit ecclésiastique. Il est clair que te permission accordée avec défiance par le vicaire général, bien qu'il ne fût pas sûr de son illégalité, ne peut pas être alléguée pour prouver la thèse de nos adversaires. Il est bon d'ajouter que, si Mo-
rison n'avait jamais reçu les saints Ordres, la conduite du vicaire Kénéral élaiten opposition flagrante avec celle de son supérieur, l'ar- rhevèque Grindal. Sur la proposition de l'archevêque lui-même, des ordonnances furent publiées, décrétantquel'on fit desenquêtes au sujet de prétendus clergymen munis de fausses Lettres d'ordination. Ces Lettres d'ordination étaient done réclamées. Or Morison n'aurait pu les montrer. De plus, il était aussi décrété « que personne, n'ayant au moins reçu l'ordre du Diaconat, ne fût autorisé à prêcher »; or Mo- rison n'étail certainement pas diacre d'après l'hypothèse qu'il n'avait pas été validement ordonné. 30. Un cas sur lequelon a beaucoup insisté est celui de Waller wers*. En réalité, si on l'examine bien, il prouve le contraire de l'afirmation à l'appui de laquelle il est cité. Travers professait des opinions presbytériennes, et ne pouvail se résoudre à être ordonné suivant l'Ordinal. En conséquence il allaà Anvers, où il fut admis au « ministère réformé ». Il revint en Angleterre, et en 4584 il essaya, grâce au patronage du Lord trésorier Burleigh, d'obtenir d'être nommé à la charge de Maitre du Temple. Il échoua par suite de l'op- position du primat John Whitgifl. Celui-ci écrivit à la reine, soutenant que Travers ou bien n'était pas du lout ordonné, ou bien avait été
! Cour, Eeclesiastical History, vol. VI, p. 643, éd. 1852.
EsrcounT, p. 360.
548 REVUE ANGLO-ROMAINE ordonné de l'autre côté de la mer, el non conformément à la furmt employée dans l'Église d'Angleterre. Le caractère de l'objection soulevée par l'archevèque ressort également d'une réponse au Lord trésorier qui invoquait la bienveillance de Sa Grâce à l'égard de Tr vers. L'archevêque écrivait: « A moins qu'il n'atteste sa conformité en souscrivant aux Arlicles et qu'il ne me prouve qu'il est vraiment ministre selon les lois de l'Église d'Angleterre, — et je ne crois pas qu'il le soit, — je ne puis en aucune manière donner mon consente- ment à ce qu'il soit placé ici ou ailleurs dans une fonction de l'Église !.» Travers reçut finalement la défense formelle de prêcher, parce « qu'il n'était pas appelé aux fonctions du ministère et qu'il n'avait pas reçu l'autorisation de prêcherselon les loisde l'Église d'Angleterre*». 31. Lorsque Travers, plaidant sa propre cause, fil remarquer que. dans celte Église d'Angleterre, beaucoup d'Écossais el d'autres mi- nistres ordonnés à l'étranger avaient élé reconnus et avaient exerci les fonctions du ministère, Whitgift répondit : « Je n'en connais ps un seul; les cas cilés ne ressemblent pas au sien. * » 32. Un autre cas que l'on cite souvent est celui de Hadrien Sararia. un Allemand, qui, aprèssaseconde visite en Angleterre, fut d'abord nommé prébendaire de Gloucester, puis, le 6 décembre 1395, obtint une prébende à Cantorbéry; après quoi ils'assura, en juillet 1604.k: stalle de Westminster qui avait été occupée auparavant par Lancelot Andrewes, évêque de Winchester, el fuL enfin nommé recteur de Great Chart, dans le comté de Kent, le 24 février 4609 ou 1640. I! fut aussi l’un des traducteurs de la Bible*. L'on soutient que Saravia n'avait pas élé ordonné par un évèques. Il y a lieu de remarquer qu'on ne fournit aucune preuve de celte assertion. On n'a pas encore. iLest vrai, Lrouvé aucune mention de son ordination, mais quiconqu® sait à quel point les registres épiscopaux, Lels que nous les possédor sont incomplets, hésiterait à conclure de cette lacune qu'il n'avait pas été ordonné. Mais, bien que des preuves évidentes directes nous fassent défaut, la preuve indirecte semblera concluante. 33. Tout d'abordil y a lieu de remarquer que ces prébendes lui furent conférées pendant que Whitgift était primat. Mes lecteurs se rappel- leront# avec quellerigueur il fit observer la loi pendant sa visite pas torale; de plus, la manière dont il agit dansle cas de Travers montrè
1 Srevre, Life of Whitgift, vol. 1, pp. 344, 344. éd. 1892, 2 Voir Asupplication de Hookor's Works, édit. Keble, vol. Ill, p. 552. 3 Srrvre, Whitgift, app. vol. Ill, p. 485. 4 Wauron, Life of Hooker, servant de préface à l'édition des œuvres de Hiab. par Kaouæe; vol. I, p. 76, note 54, 5° édition, 5 Hurron, The anglican Ministry, p. 56. On doit vbserver que les bénéfices nommés, sauf le dernier, étaient benefcia simplicia. Pour les oceuper.le droit ts non n'exige pas que l'on ait reçu les ordres. 8 Voir p. 9. L'EGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 549
qu'iln'était pas homme à se laisser influencer par des motifs de con- venance trop accommodant, alors qu'il était chargé de faire observer la loi dans une semblable question. Il est difficile de le croire à ce point inconsislant avec lui-même el d'avoir toléré que Saravia, dont la vie en Angleterre lui était spécialement connue, ait été nommé à des charges même de ce caractère, sans avoir élé Lout d'abord dûment ordonné; ses ennemis sans aucun doute s’en fussent servis contre lui, d'autant qu’à celte époque il avait écrit à Béza, en faveur de l'épiscopat, la lettre suivante: 34. « Nous ne doutons nullement que la dignité épiscopale ne soit une institution apostolique et divine et n'ait loujours existé depuis les apôtres jusqu'à nous. Vous paraissez faire ressortir des écrits de Jérôme et d'Augustin la conclusion que les évêques sont supérieurs aux prètres en vertu seulement d’une coutume récente. Je suis sur- pris de vous voir ainsi mal expliquer leurs paroles. Vous auriez pu en d'autres exles des mêmes auteurs trouver leurs vraies opinions semblables à celles des autres Pères. Et je ne comprends pas sufli- samment pourquoi vous mentionnez le nom d'Ambroise. Car ni ce que dit Ambroise du premier prêtre en dignité succédant à l'évêque défunt, ni ce qu'il dit des Anciens qui étaient habilués avant cette époque à pénétrer dans le Conseil, ne peut servir d'argument. » « Vous pouvez vous rappeler, savant Monsieur, ajoute l'archevêque, que les commencements de cet épiscopat, dont vous faites une ins- lilution purement humaine, sont rapportés d’une manière unanime par les Pères aux apôtres comme en étant les auteurs; que les évèques furent nommés successeurs des apôtres avec des fonclions délermi- nées; et ce qu'Aaron était à ses fils el aux lévites, les évêques le sont aux prêtres et aux diacres, el cela par l'institution divine selon l'opinion des Pères; el à vous qui prétendez qu'ils doivent être sim- plement et de toutes manières confondus avec les Pasleurs et les Ministres, qu'un évêque et un prêtre doivent être placés sur le même rang, qu'on peut les considérer comme égaux, et que celte opinion enfin a pour elle l'autorité de Jérôme et d'Augustin comme vous paraissez le croire — ne vous semble-t-il pas que la cause que vous défendez soit désormais jugée‘? » En vérité, la conduite de l'archevêque eût été remarquablement inconsciente, s'il avait reconnu comme valide une ordination qu'il condamnait juste au même moment, et Béza n'eût pas manqué de faire usage de celte inconséquence si elle avait existé en fait. 35. De plus, la paroisse de Great Chart, à laquelle il fut nommé en 1609-1610, dépendait du prima, qui, à celte époque, était Bancroft. Celui-ci, comme nous l'avons vu*, n'était pas homme à reconnaître
1 Sravre, Whitgift, vol. Il, pp. 170, 174; éd. 1822. 3 Voir n. 20. CU|
550 REVUE ANGLO-ROMAINE les ordinations des réformés, en nommant à un bengficiun curatumun sujet qui n'eût pas reçu validement les saints Ordres. À la vérité. fait que l'archevêque Bancroft conféra ce bénéfice à Saravia rend. à lui seul, moralement certain que Saravia avait reçu les saints Ordres. 36. En outre, la croyance personnelle de Saravia, à celte époque, rend incroyable la supposition qu'il n'ait pas été dûment ordonné. Il était venu en Angleterre précisément à cause de la manière dont on niait l'épiscopat dans les Pays-Bas!, el dans ses écrits il le défendait avec force; par exemple, dans sa leltre d'adieux adressée aux mi- nistres presbytériens de Guernesey, il leur disait : « Vous antres. n'étant pas faits ministres de l'Église par votre évêque ni par un d ses remplaçants, n'élant pas ordonnés enfin selon les rites de l'Église d'Angleterre, vous n'êtes pas des ministres vérilables et légitimes. Vous ne pouvez pas trouver dans l'antiquité un seul exemple dela discipline que vous suivez ou du gouvernement ecclésiastique que vous possédez, comme d'ailleurs votre évêque, dans son livre The Pa- pelual Government of the Son of God's Church, l'enseigne avec lant de ?. » compétence Parmi les affirmations émises par l'évêque Bilson dans l'ouvrage que nous cilons et qui porte l'approbation de Saravia est la sui- vante : « Le second signe certain du pouvoir épiscopal es l'imposi- tion des mains dans l’ordination des prêtres el des évêques, ete droit d'imposer les mains pour ordonner les prêtres el évêques dans l'Église du Christ, fut tout d'abord transmis par les apôtres aux évêques et non aux prètres, et depuis quinze cents ans, sans aucun preuve, sans aucun exemple du contraire, ce droit est demeuré l' panage des évêques el non des prêtres. Jérôme qui éleva la charg* de prêtre à sonsummum, pour montrer qu'un prêtre peut faire autan! qu’un évêque par la parole de Dieu, réserve cependant ce seul point de l'ordination quand il dit : Quid facit, ezcepla ordinatione, episropws quod presbyter non faciat? ? » 31. De même, dans son ouvrage : À Treatiss on lhedifferent degrees oflir Christian Priesthood, Saravia dit : « Je considère les évêques comme nécessaires el indispensables à l'Église, mais Tile el Timothée, qui étaient à la fois prêtres el évêques, possédaient des pouvoirs plus considérables que les prêtres ordonnés par les apôtres el qui élaient seulement prêtres. «Il est certain que les apôtres ne conférèrent aucun pouvoir qu'ils n'eussent reçu de Notre-Seigneur, mais ils créèrent des évêques lels
1 Corurer, Ecclesiaslical History, vol. VII, p. 191, édit. 1852. ? SaraviA, Leller to the ministers of Guernesey réimprimée et placée en téte de la traduction anglaise de l'ouvrage : Trealise on Lhe different degrees of he Chrit- tian priesthood, otc. Oxford, 1840, pp. xx-Xxur. 3 Biusox, The Perpelual Government of Chris's Church, p.248, 219. Londres 1593. L'ÉGLISE ANGLIGANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 554
que Tite et Timothée, partout où le besoin s'en fit sentir; car si les apôtres n'avaient pas eux-mêmes nommé des évèques, l'opi- nion universelle n'aurait jamais admis l'épiscopat®. » Saravia montre encore que les Pères condamnèrent l'hérésie d'Aerius qui niail loute différence entre un évêque et un prêtre, el. après avoir cité quelques paroles de cet hérétique, il dit : « Epiphanius montre, au contraire, tout d'abord que l'évêque fait le prètre et non le prêtre l'évêque : — l'Ordre épiscopal, ajoute-t-il, est la source d'où sortent les Pères, car il donne des Pères à l'Église, l'ordre des prêtres ne peut pas engendrer des Pères; il peut à rité donner des fils à l'Église par la régénération du baptême, mais non des Pères et des Docteurs, car comment peut-il faire un évêque, celui qui n'a pas le pouvoir d'imposer les mains*? » 38. Les convictions de Saravia, délibérément exprimées, ‘étant telles, il est impossible d'imaginer qu'il ait pu tomber dans l'étrange aberration de négliger de recevoir les ordres des mains de ce corps des évêques qui seul, selon lui, avaitle pouvoir de donner des Pères à l'Église. Eüt-il été à ce point inconséquent avec lui-même que nous eussions certainement appris le fait par les écrits de ceux qui lui faisaient opposition. Béza, Danaus et autres cerlainement nous eussent révélé el exposé sa conduite, qui à la vérilé eût à la fois été une complète réponse aux arguments de son trailé el rendu inexplicable son départ des Pays-Bas. Or, on ne trouve aucune trace d'une semblable imputation dans les attaques personnelles si fréquentes et si violentes qu'eut à supporter Saravia. Cela, nous semble-t-il, est une preuve évidente qu'il n'y avait rien sur ce point daus sa conduite dont ses ennemis eussent pu se servir. En consé- quence un examen atlentif de ce cas prouve, il me semble, que non seulement la supposition d'après laquelle Saravia n'aurait pas été validement ordonné n'a aucune base, mais encore que les faits démontreraient le contraire. 39. Un autre cas peut encore être cité. On a prélendu que le docteur Pierre Dumoulin, le jeune, fut nommé par l'archevêque Juxon au rectoré d'Adisham sans avoir été auparavant ordonné? Mais on vient de trouver dernièrement, dans la Vie de l'arche- vêque John Williams d'York * par Hacket, un passage dans lequel l'auteur rapporte ce fait que le prélat envoya chercher ce docteur Pierre Dumoulin en France et l'ordonna diacre dans le but de le
! Saavia, op. cit., traduction anglaise, pp. 32, 58, 481, Oxford, 1840. 2 Ibid. p 202. 3 Le cas de son père qui fut nommé chanoine de Cantorbéry et promu à un rectoré sinéeure dans le pays de Galles, ne mérite pas d'êtro considéré, car il est sdmis que les beneficia simplicia furent souvent accordés à de simples laïques, même arant la rupture avec le Saint-Siège. L Op. cil., p. 145, édit. 715. 3532 REVUE ANGLO-ROMAINE rendre apte à recevoir une charge ecclésiastique’. Celle altitude du prélat? constitue, à elle seule, une preuve décisive que les ordina- tions faites par les « Réformés » n'étaient pas reconnues par l'Église d'Angleterre. Il est vrai que l'on ne saurait montrer les registres alles- tant l'ordination de Pierre Dumoulin comme prêtre; mais les registres du diocèse de Lincoln ayant disparu, on ne peut exiger la preuve matérielle. De plus, certaines raisons prouvent, d'une manière cer- laine bien qu'indirecte, qu'il fut véritablement ordonné prèm. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il fut nommé par Juun au rectoré d'Adisham, el on ne saurait considérer raisonnablement comme probable que Juxon, avec ses opinions bien connues, eil conféré un bénéfice comportant charge d'ames à un sujet qui neit pas reçu validement la prètrise, et cela surtout à une époque où des centaines d'individus, qui avaient élé pourvus de bénéfices pen- dant la grande rébellion sans avoir reçu les saints ordres, se voyaient partout privés de leurs charges. Il me semble done que ce cas ne pourrait également servir en aucune manière à la démonstralion que certains eussent voulu en tirer. 40. L'enquête que nous faisons louchant ces divers cas ? établit donc que l'on ne saurait citer aucun exemple d'un sujet promu à un beneficium curatum sans être validement ordonné, et qui aurait été maintenu dans celte charge après plaintes adr s aux autorilis ecclésiastiques compétentes. On peut citer deux cas de telles promo tions, mais dans les deux cas, quand des plaintes furent adressées à ce sujet aux autorités de l'Église, celles-ci déclarèrent l'incapacité de ces prétendus ministres. A1. Le premier de ces deux cas est celui d'un certain Townsend qui avait élé patronné par Edmond Bedingfeld pour le rec d'Eriswell, dans le diocèse de Norwich, et avail été promu par l'évêque à ce bénéfice. L'archevèque de Cantorbéry revendiqua le droit de nommer un titulaire à ce bénéfice. Il prétendit que la nomi- nation de Townsend était nulle. Dès lors, le bénéfice devait être con- sidéré comme vacant depuis la mort du prédécesseur, et le lemps écoulé était suffisant pour faire perdre au Patron le droit de nomi-
1 Ceci constitue une preuve additionnelle que l'interprétation de l'acte delà
troisième année d'Élisabeth, chap. XIT, donnée auparavant (n. 15), est correcte.
2 Williams était à cette époque évêque de Lincoln; il fut transféré à York «2
1641. Sruus, Registrum Sacrum Anglicanum, p. 93. .
5 Un autre cas fut à une certaine époque très fréquemment cité; c'est cel
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de Thomas Gataker; il fut promu au rectoré de Rotherhithe, eu l'on dit alors quil
avait été seulement ordonné par les presbytériens. L'évêque Patrick. qui stat
par expérience ce qu'il allait ponser de ces accusations qui jetaient
le dise
sur l'Église d'Angleterre, ft faire uno enquête et découvrit que Gataker arait
validement ordonné par John Sterno, évêque suffragant de Colchester (PaTRKE:
Works, vol. VI, pp. 286, 21, édité par Taylor, Oxford 1858), qui lui-même rett
la consécration des mains de John Whitgifl, archevêque de C'antobéry, et de dtet
autres évêques. (Srcnes, Regisérum, p. 81.)
L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 353 nation et le faire passer à l'archevêque. Il présenta en conséquence un certain Pickering pour ce bénéfice. Un Quare impedit fut en consé- quence plaidé devant la Cour du Banc de la Reine, le procès portant le nom de Bedingfeld versus the Archbishop of Canterbury and Pickering". 42. La question soulevée devant le Banc de la Reine fut de savoir si Pickering devait continuer à jouir de la possession du bé- néfice au détriment de Townsend. L'archevèque affirmait que Townsend n'avait jameis été recteur légitime. Il s'appuyait sur l'incapacité du sujet, les termes incaparitas, incapacitas prædicla et une fois énidoneitas étant ceux dont on se servit durant le procès; dès lors la présentation faite par Bedingfeld était nulle et le bénéfice vacant ; il s'ensuivait que le droit de patronage revenait à l'arche- vèque. Bedingfeld répondait que Townsend était le possesseur en fait, bien qu'il ne le fût pas de jure, l'erreur étant imputable à l'évê- que de Norwich qui avait donné l'institution au candidat malgré son incapacité. 43. La Cour civile décida que, dans ces circonstances, le bénéfice était « pourvu » et ne pouvait pas être rendu vacant sans ur jugement. Townsend, bien que considéré comme incapable, fut déclaré le pos- sesseur ‘effectif, Le tribunal basa sa décision sur deux points : le premier qu'elle était en conformité avec l'opinion de Lyndwoode, et le second fut le précédent invoqué dans un cas semblable sous le règne de Henri VI ?, 44. L'archevèque alors révoqua par jugement Townsend, et le 19 février suivant, 1370, Thomas Sutton ful promu au bénéfice dès lors vacant suivant la loi. Ilest à remarquer que, dans le procès-verbal de sa révocation, Townsend est déclaréclericus alors que l'unique raison invoquée pour sa révocation est qu'il n'était pas un cer, mais un simple laïque. Les termes sont donc pleinement contradictoires; — mais il est facile d'expliquer cette contradiction par ce fait que Townsend avait été ordonné par les réformés el en conséquence avait reçu le titre de clerieus, tandis que, lorsque la question de la vali- dité de celte ordination fut posée devant l'archevêque et les tribunaux ecclésiastiques, ceux-ci liés par l'autorité du droit canon, alors en vigueur en Angleterre comme aujourd'hui, durent nécessairement regarder comme nulle une telle ordination. À la vérité, il n'est pas improbable que ce fut pour prévenir le retour de semblables diff- cultés que désormais la production des Leltres d'ordination fut plus
4 Dvma's Reports, fe 292 b. ot 293. 2 Ce cas est celui d’un bâtard qui, bien que la loi canonique le déclarät inca- paz benefcii curati à moins d'une dispense papale, avait, sans cette dispense, obtenu la eure de Hingham dans le comté de Norfolk, et avait exercé cette charge pendant trente ans. L'héritier de son patron chercha à lui faire retirer son béné- fice en plaïdant la cause d'incapacité, mais ses revendications ne furent pas écou- wées, le bénéfice ayant été déclaré « pourvu ». 554 REVUE ANGLO-ROMAINE
striclement exigée; mais il semble qu'un certain nombre de lettres furent forgées dans le but de tromper les évêques, el ceux-ci furent souvent obligés de se livrer à des enquêtes approfondies en h matière! 45. L'autre cas est celui de Thwaites que nous avons déjà diseulé!. Thwailes avait évidemment été ordonné par les Réformés el il fut révoqué, la cause alléguée étant qu'il n'avait pas été validement ordonné. On ne saurait trop apprécier l'importance de ces deux «as qui prouvent si clairement que la loi de l'Église d'Angleterre fut toujours appliquée dans toute sa rigueur quand des faits constituant une violation de celte loi parvenaient à la connaissance des aulori tés ecclésiastiques compétentes. 46. Pour résumer, il a été démontré que la loi de l'Eglise d'An- gleterre, pendant la période qui s'étend de l'avènement d'Elisabeth jusqu'en 1662, proscrivait loule reconnaissance par cette Église des sujets ordonnés par les Réformés. De plus, les canons promulgués par ses Convocations ou les décrets de ses évêques, ainsi d'ailleurs que les affirmations de ses plus acharnés adversaires, concourent les uns et les autres à prouver que les autorités de l'Église firent toujours respecter la loi. Quant aux diverses allégations qui auraient semblé donner quelque apparence de réalité à la question du Père Tour nebize, elles ont été examinées en détail, et les accusations portées ont été reconnues sans fondement. Aussi je conclus que la question qui nous était posée : L'Éylise d'Angleterre a-t-elle reconnue d'une manière officielle, pendant la période qui s'étend de l'avènement d'Elisbelh jusqu'en 1662, des sujets ordonnés par les Réformés comme Ministres autorisés à ses autals? — je conclus, dis-je, que celte question’devail recevoir une réponse négative.
Edward Dexx\.
1 Jo suis redevable des faits concernant le cas de Townsend au Rer. J. R. Lou qui, après des recherches longues et difficiles, est le premier parvenu à faire l» lumière sur ce point. 3 Voir n°11. CHRONIQUE
École russe à Rome. — Il est question d'élablir à Rome une école russe analogue à notre école française qui se trouve au palais Farnèse et dont l'abbé Duchesne est le directeur.
Un cardinal françaisà Rome. — On assure que notre gou- vernement a l'intention de demander au Sai iège la création d'un cardinal de « curie ». Les journaux ont indiqué différents noms : Mgr Allmayer et l'abbé Duchesne en particu
MM. Lacey et Puller sont rentrés en Angleterre après un ur de plus de deux mois à Rome. Leur démarche a élé dignement appréciée à Rome el en Angleterre. Ce fait à lui seul indique quels progrès font les idées d'union.
Les marins anglais à Rome. — La reine Victoria a lélégra- phié au Saint-Père pour le remercier de l'accueil magnifique que les marins anglais ont reçu au Vatican.
Dans son numéro du 40 juin, le Temps a publié la correspon- dance suivante :
La Russie et le Saint-Siège, à propos de la mission de Mgr Agliardi à Moscou.
Rome, 28 mai.
Sur l'invitation expresse du tsar, l'ambassadeur extraordinaire envoyé par le pape aux fêtes de Moscou a avancé d'un jour son voyage pour prendre part au diner de cour donné au Kremlin, le 27 mai Reçu avec les plus grands honneurs à la frontière par M. Wemawski représentant de Nicolas 11, Mgr Agliardi adressa ses remerciements à ce dernier lorsqu'il lui fut présenté; après quoi, le {sar et l’envoyé duSaint-Père s'entrelinrent quelques inslants ; les dépêches ajoutent : avec beaucoup d'affabilité. Dans la splendeur des réceptions, dans le tumulte des fêtes, la nouvelle de cette entrevue risque de passer inaperçue parmi ceux qui l'apprennent à Moscou, parmi ceux qui la lisentà Paris : le fait est intéressant toutefois pour qui veut songer au passé qu'il résume, au présent qu'il éclaire, à l'avenir qu'il pré- pare. Le bon accueil qu'a reçu Mgr Agliardi consolide le rétablissement et consacre la cordialité des rapports de la Russie el du Saint-Siège. Rompus à la fin du pontificat de Pie IX, deux obstacles de nature 556 REVUE ANGLO-ROMAINE différente et de différente valeur semblaient s'opposer à ce qu'ils fussent renoués un jour : les persécutions subies par les dissidents et les exagérations de la presse lriplicienne, heureuse d'exciter les Polonais contre les Russes, soucieuse de séparer la Russie du Vati- can. L'envoi de M. de Bouteniefà Rome par l'empereur Alexandre Il, en réponse aux félicitations qu'il avait reçues du pape lors de son vingt-cinquième anniversaire el le concordat du 24 décembre 1882 qui en fut la conséquence montrèrent que les persécutions religieuses n'élaient pas un empéchement invincible au bon accord et rétablirent, au moins pour la forme, les rapports. Ce fut le rôle d'Alexandre III de rendre effectives ces relations un peu théoriques. Les félicitations qu'il adressa au pape lors de son jubilé sacerdotal, l'envoi de M. Isvolsky à Rome au printemps de 1888 montrèrent que l'obstacle politique n'avait pas plus de force que l'obstacle proprement religieux el que la diplomatie frança arrêter les intrigues de la Triplice et détruire l'effet de ses exagéra- tions. Depuis lors, les rapports sont devenus plus fréquents et plus cordiaux ; avant le fait particulier que je rappelais au début de cetle lettre, l'Encyclique aux Polonais, publiée en mars 1894 avec le con- sentement du gouvernement russe, n'est-elle pas une preuve écla- tante de la confiance qu'éprouve le tsar à l'égard du pape et des pacifiques intentions qui animent le pape à l'égard du tsar? On a pu croire et l'on a voulu faire croire que, depuis l'avènement de Nicolas II, la situation s'élait modifiée et que « les relations de la Russie et du Saint-Siège traversaient une période de fraicheur ». On se rappelait que le parli des diplomates enclins à la tolérance, comme le prince Lobanof, voyait son influence balancée par le parti des orthodoxes intraitables et des politiques apeurés, dirigés par le pro- eureur actuel du saint-synode, M. Pobiédonotzef. On rappelail l'oukase du 13 mai 1893, qui faisait de la connaissance de la langue et de la liltérature russes une condition nécessaire de l'ordination sacerdolale el plaçait en fait les séminaires sous la dépendance des autorités civiles. On disait la campagne menée par le comte Schou- valof contre les croix lalines élevées aux carrefours des routes el les scènes regreltables auxquelles elle avait donné lieu, en Samogitie notamment. Dernièrement enfin, la question de préséance el les di cultés qu'elle soulevait semblaient donner raison aux prophètes de mauvais augure.
Autant que l'on peut en juger aujourd'hui, l'événement a trompé ces prévisions et déjoué ces espérances. Les difficultés qu'ont pu ren- contrer le cardinal Rampolla et M. Isvolsky n'ont pas troublé leur bon accord. Dans la question de préséance, les droits du Saint-Siège ont élé formellement réservés et le pape s'est déclaré satisfait. La question des croix a reçu la solution qu'elle comportait : dans une lettre autographe remise à Léon XIII au mois de mars, lorsque M. Isvolsky revenait de Pétersbourg, Nicolas 11 s'est rendu à ses prières : les autorités locales seront surveillées de plus près. Après Tolstoï, qui les a attaquées le premier, un livre récent — dont je CHRONIQUE 537
regrelle de ne pouvoir donner ici le litre exact — a résumé les reproches dont on les poursuit en racontant leurs excès : ç'a été dans tout l'empire un immense mouvement d'horreur et de pilié ; on espère que l'administration tiendra compte des prières du pape et des exigences de l'opinion. La question des séminaires n'est pas encore complètement résolue, mais l'accord est tout près de se faire. J'ai même lieu de croire que le tsar permettraitau Saint-Siège de donner une organisation ecclésiastique aux Arméniens et aux chréliens-unis, sujets de son empire. C'est là un fait précis que l'on peut dès main- tenant annoncer; rapprochez-le de l'accueil qu'a fail Nicolas IL à l'envoyé de Léon XIIL: n'aurez-vous pas une preuve nouvelle et non équivoque du bon accord qui règne entre le lsar el le pape? Cet accord n'est pas seulement intéressant en raison des consé- quences immédiates qui en découlent ; il l'est encore, il l'est surtout à eause des conséquences lointaines qu'il prépare. Si le pape catho lique de Rome a lenu à prendre part aux solennilés schismatiques de Moscou, c'esl que les intérêts à venir de l'Eglise, et partant, les devoirs les plus impérieux de sa charge lui commandaient celte in- tervention. Plus encore qu'avec les autres souverains, il importe au Saint-Siège d'entretenir avec le tsar les plus cordiales relations; c'est de lui seul qu'on doit tout attendre; dans les discussions, le pape n’a pas avec lui des cileyens libres, maitres de leur bullelin de vole; il n'a, en face de lui, qu'un souverain absolu, chef d'Eglise, placé bien au-dessus des sujels qui lui obéissent el des fidèles qui le vénèrent. Esprit positif, Léon XIII lient compte de ce fail; il y adapte sa conduite, il sait, par des actes de haute courtoisie, faire agréer du tsar le ministère difficile qu'il doit remplir en défendant les intérêts des catholiques; la cordialité des rapports qu'il entre- lient avec lui est, pour ceux-ci, aujourd’hui un motif d'espérance, de- main un gage de sécurité ;en la forlifiant avec soin,ilengage l'aven Peut-être est-il permis d'aller plus loin : en servant la cause de la paix religieuse en Pologne, Léon XIII ne travaille-t-il pas aussi, en quelque manière, au grand projel qui lui lient au cœur ? La scission actuelle entre Rome et la Russie n'est qu'un état de fait ; comme l'a fait remarquer le Père Pierling, elle s'est produite « implicitement, sans secousse, sans motif apparent, en vertu de la soumission hié- rarchique au patriarche de Constantinople ». Depuis lors, l'Eglise russe s'est constituée en dehors du patriarche, maintenue dans le schisme pour des raisons politiques plutôt qu'y persistant pour des motifs religieux; aucun arrêt dogmatique n'a élé formulé contre elle pour la condamner ; point ne serail besoin d'ouvrir un procès pour l'absoudre. À cel état de fait, pour qu'un autre puisse se substituer un jour, il est nécessaire que des rapports s'établissent entre les deux Eglises; il faut que Rome rapprenne son existence à ceux qui l'ont oubliée, il faut qu'elle se mêle à la vie russe, il faut qu'elle reprenne pied sur celle terre presque abandonnée par elle. Si l'union doit se faire, elle sera nécessairement précédée d'une période de rappro- 558 (REVUE ANGLO-ROMAINE £hement et de mutuelles études ; en inaugurant cellei, Léon XIILa travaillé pour celle-là, D'autant que la résurrection de la vie romaine en Russie prendra une importance plus particulière, par suite une valeur plus précise. Le réveil de la théologie russe avec KhomiakoT, s'il parait éloigner de Rome l'Église orthodoxe, l'y ramènera forcé- ment. L'étude de l'idée d'Église, traitée pur l'analyse ou par l'his- lire, finit loujours par meltre en relief le caractère d'unité quila distingue et par jeter au premier plan toutes les questions qui sy rattachent. Voyez l'Angleterre : la cause profonde du beau mouve- ment qui s'y développe n'est-elle pas précisément l'intensité de la vie théologique qui ÿ règne? Voyez la Russie elle-même : n'est-il pas curieux que celui-là même qui a pris la plus grande part à celle renaissance de la science religieuse se soit occupé dix années durant de 1844 à 1854, du problème de l'union des Eglises ? Le jour où l'évolution interne de la théologie russe l'aura amenée à la critique de l'idée d'Église et à l'étude des questions qu’elle soulève, sera-t-il indifférent que Rome soit encore inconnue des Russes ou qu'elle ait repris une place dans leur vie? El voilà comment ces fêtes, glorif- cation de l'orthodoxie autant qu'apothéose du isar, peuvent servir les projels de l'impassible et lenace vieillard qui travaille au Vatican,
LIVRES ET REVUES
DE HIERARGITA ANGLICANA
Supplementum*.
Nous reproduisons aux Documents les appendices d'une nouvelle brochure que vient de faire paraitre le savaut M. Lacey. Leur impor- lance n'échappera pas, en particulier, à ceux qui on£ suivi de près la question des ordinations anglicanes. Nous aurons l'occasion de reve- nir et sur ces documents el sur la brochure elle-même.
La
Q NZAINE
La Quinzaine a publié dans son numéro du 1° juin un intéres- sant article de Mgr Bæglin sur le cardinal Galimberti; nous en détachons le passage suivant :
Quand, au mois de juin 1893, le nouce de Vienne rentra à Rome pour recevoir la pourpre, les partisans de la Triple-Alliance et de la concil entre la papauté et’ l'État italien le saluèrent comme le li son vouloir peut-être, ils le saerèrent chef d'opposition. Cet empress ment fut une faute. 11 semble étrange aujourd'hui qu'un eatholique chir- voyant ait jamais pu fonder quelque espoir sur la Triple-Aliance, car, peur
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le gouvernement italien, cet instrument diplomatique forme le boulevard de Rome capitale contre les revendications de la chrétienté. Les idées di reetrices de Léon XIII répondent non seulement à une nécessité d'oxis- ence, mais aux conditions actuelles du monde. Si, en effet, nous obser- vous l'état de l'Europe, nous constatons un large ‘courant ‘de sympathie envers le pontife de Rome et la majesté de la tiare. Sous la vigilante impul- n de Léon XIII, la papauté est devenue, plus que jamais, le sensorium commune de l'humanité, Ce sentiment se manifeste partout: aux_ Etats- Unis comme en Hollande, en Russie comme en Angleterre et en France, 11 parait indéniable que seule l'Allemagne ferme son âme à cette lumière. Épuisé comme réservoir chrétien, le protestantisme germanique n'a plus assez d'idéalisme pour se reprendre aux nobles et pures aspirations de Rome vers l'unité. L'encyclique Præclara a fourni comme un baromètre pour cette observation. Saluée aux États-Unis et en Angleterre comme une charte d'alliance possible, elle ne recueillit en Allemagne que froideur st dédain. Là ne som donc pas les « impondérahles! » avec lesquels la pa- pauté peut lier amitié en vue d'une œuvre de civilisation et d'expansion religieuse. Il y a barrière infrangible et non compénétration où mutuelle tance, Supposons un moment qu'un partisan de l'alliance avec l'Alle- sagne montât sur le trône de Pierre. Il n'aurait pas plutôt jeté un regard reulaire sur le monde, qu'il reprendrait le programme de {on XIII. On iguore, dans certains milieux, que la politique de Léon XI1I1 est devenue partie intégrante du patrimoine du Saint-Siège, parce que tous les pou- voirs moraux subordonnent leurs maximes de gouvernement à un intérêt universel. Les adversaires de Léon XIII ont ensuite rangé le cardinal Galimberti mi les chefs du parti de la conciliation entre le Quirinal et le Vaticai erreur nous parait plus grossière encore. Ce h'est pas à l'heure pri sente qu'il faut prècher au Saint-Siège une telle abdiction. Quand on a vu M. Crispi se cramponner, sous son dernier ministère, à cette planche salut, lu lumière était faite. Deux conceptions se partagent sur ce point l'esprit des catholiques italiens, dont l'immense majorité, pourtant, par- tage les convictions de Léon XIII et du cardinal Rampolla. La première présuppose la possibilité, la nécessité même d'un accord futur entre la papauté et la forme actuelle de l'unité italienne. La seconde, appliquée par le pontificat actuel, exclut jusqu'à la possibilité d'une entente, aussi long- temps que Rome ne sera pas rendue au Saint-Siège. Jusqu'en 1887, Léon XII avait consacré ses efforts persévérants à une entente loyale avec le Quirinal, mais ce travail d'approche démontra que compter sur une « conversion » de l'Italie officielle elle qu'ello est présentement cons: tituée, c'était se bercer de vains espoirs. Ceux qui, de l'autre côté des Alpes, se rangent parmi les « conciliateurs » continueront peut-être, sans le vouloir, la tradition gibeline, qui, on le sait, est une tradition tout en- semble antipontificale et autifrançaise. Les Gibelins, depuis Dante jusqu'à ioberti, en passant par Machiavel et Alferi, rêvent le réveil de l'antique Rome sous le sceptre à deux faces du Vaticau et du Quirinal. Séduits par l'imagination prestigieuse de Gioberti, ils salucraient volontiers les + deux rives du Tibre comme l'ellipse du monde2». Ils confondent l'indépendance se la belle patrie italienne avec un système politique et uur couccption rique. Ls oublient que jamais la majesté de la tiare ne saurait s'abais- devant un modus vivendi sans découronner le premier pouvoir moral 1 onde, et provoquer dans la chrétienté une crise auprès de laquelle le schisme d'Occident ne serait qu'un simple épisode. Ils ignorent qu'une nciliation hybride marquerait l'isolement même de l'Italie en Europe, aree que, le jour où le Pape et le roi «'uniraient, les puissances considé- reraient ce mariage politique comme une menace pour leurs droits et leurs intérêts. L'Italie elle-même ne sera grande et forte que si la papauté
1 M. de Bismarck. 2 Primalo civile e morale. 560 REVUE ANGLO-ROMAINE est complètement, «visiblement! » libre. Il y a dans la conception des « conciliateurs » une pensée haute et fière, un_ programme de domination et d'orgueil digne de ces génies si divers, Dante, Machiavel, Leopardi, Gioberti, qui l'ont immortalisée, Mais n'est-elle pas une chimère dange reuse, contraire à la fois aux droits du ministère suprême, aux intérêts de la chrétienté, aux exigences politiques des stats, et enfin, aux conditions de sécurité de la Péninsule ? 11 serait fastidieux d'insistér sur_ ce sujet: chaque jour apporte une déception aux partisans de la combinazione. Cette conception gibeline a un côté par lequel elle intéresse la France à un degré particulier. Cette école historique, malgré les sentiments d'équite ou d'amitié des meilleurs, a une aversion irréductible pour la France. C'est fatal: nous n'accusons pas les personnes, nous n'accusons que la logique d'un système, Ce système gibelin implique et entraine impitoyablement lutte avec la France, L'histoire de l'Italie est l'histoire même de cette loi Chaque fois que les Gibelins ont mis une main orgueilleuse aux affaires, ils ont combattu la voisine, Et, comme le disait Michelet?, « lors l'Italie veut faire la grande, lorsqu'elle s'extravase trop au dehors, elle crée sa ruine... L'Italie n'assurera son indépendance et ne restera forte qu'eu regardant vers ses origines, vers le Midi, la Grande-Grèce. Du Nord ue ui viendra que le fléau des invasions, ou le malheur plus grand. peut-être. D'UNE PROTECTION TYRANNIQUE. » . de Bismarek lisait clairement dans cette âme italienne, et c'est lui qui, sous le second ministère Crispi, a donné à cette pensée gibeline tout son essor et toute son intensité. C'est lui qui a élargi le fossé entre les deux nations; c'est lui qui, par ses journaux et sans doute par ses pro- messes, a fait miroiter aux yeux des Quirisalistesle fol espoir de remplacer un jour la France dans la direction des races latines. « C’est à l'Europr. dit Libri, à pourvoir par une politique prudente à la restitution des fron- tières naturelles de l'Italie; retranchés derrière ces remparts, nous dispo- serons alors d’une telle puissance défensive qu'aucun stat ne sera tenté de nous attaquer. C'est alors que l'Italie, étant ce qu'elle doit être, pour remplir sa mission... Pour accomplir leur rôle respectif, il est nécessainr que l'Allemagne et l'Italie soient toujours unies et que l'Italie soit désormais Lx modératrice du midi de l'Europe, conime l'Allemagne est la modérarie du ord. »
Ce sont ces faits moraux qui dominent toute l'histoire d'Italie. Parce que le cardinal Galimberti appartenait, par plusieurs côtés de sa mature. à l'école gibeline et conciliatrice, on l'accusait d'être gallophobe. Mar chaque fois que, sur un ordre du Pape, il prenait la parole dans une cour grégation, il suivait Léon XIIL. Par suite, il a çà et là voté pour la France êt avec les cardinaux favorables à la France. Mais, prisonnier de son part. il représentait à Rome la pensée conciliatrice et la Triple-Alliance. Cette école est définitivement vaincue. Avec tout son esprit, le cardinal Galimberti n'aurait pu galvaniser ce cadavre. La politique du Saint-Siège. la force des choses, l'expérience de vingt-cinu années, démontrent que » conception gibeline, désastreuse pour l'intérêt italien, ne saurait jamais devenir partie intégrante du patrimoine de la papauté. Le prestige du Saint- Siège, comme la séeurité du pays, exige logiquement la Feviviscence de tradition nationale. Cette tradition s'appelle la liberté du Pape et la recons- üitution de l'unité sur ses bases naturelles. 1 Discours de Léon XIII en 1888. 3 Rome, p. 164. DOCUMENTS
LE D° SANDAY ET LA RÉUNION DE LA CHRÉTIENTÉ
Le D' Sanday, professeur de théologie à Oxford, a prêché devant l'Université un sermon sur la « réunion ». En voici quelques extraits:
Il nous est impossible de blâmer ceux de nos frères qui ont reçu les attaques avec fermeté, et qui les ont critiquées comme elles le méritaient. Il n'y a pas de doute que de tels actes agressifs onl encore lieu, notamment de la part de ceux qui sont nos compatriotes, même de la part de ceux qui étaient jadis nos coreligionnaires. Et quand le défi est porté, il ne faut pas qu'il soit ignoré, on nous jugerail peut- être par défaut. C'est là un devoir, mais c'est un devoir que nous n'aimons pas; nous aimerions mieux nous détourner de ces altaques, pour recevoir à plein cœur les chaleureuses et généreuses paroles, pleines de charme et si touchantes qui nous arrivent d'au delà des mers, de la part surtout du clergé de France, et pour recevoir l'affec- tueux et le paternel message du vénérable Pontifie lui-même. S'il ne nous est pas possible de nous rendre entièrement à l'invitation qu'il nous a adressés du moins pouvons-nous lui répondre dans un même espril. Et celui-là serait un Anglais peu gracieux qui ne se glorifi rait pas de croire que celte invilation à été complètement et digne- ment reçue en juste réciprocité par ceux de nos chefs qui ont pris la parole. (A la liste de leurs noms vient de s'ajouter un nom nouveau etillustre.) Je ne crois pas que l'histoire nous présente une occasion semblable. Jamais de lelles démarches n'ont été reçues de part et d'autre d'une manière plus noble ou dans un esprit plus chrétien. Voici en effet, la charité qui ne s'enfle point d'orgueil, qui n'est point dédai- gneuse,qui ne cherche pointses propresintérèls,qui ne sepique pas el ne s'aigrit point, qui ne pense point le mal, qui ne se réjouit point de l'injustice, mais qui se réjouit de la vérité. Tout en voyant ce beau spectacle offrons nos plus ferventes prières pour que le on qui a été donné ne change pas, pour que les conférences qui s'établiront sans doute entre les Églises gardent la même note, el que nous- mêmes, individuellement, nous évilions autant que possible toute action de nature à créer une dissonance. Si ces prières sont exaucées il me semble secondaire de savoir si les efforts qui se font auront plus ou moins de succès évident. Pour moi je n'attends pas voir de lels résultats visibles avant que bien des années se soient écoulées durant lesquelles les deux com- REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. I. — 36 562 REVUE ANGLO-ROMAINE
munions auront subi maintes souffrances. Dans l'intervalle nous gagnerons beaucoup si, autant qu'il nous sera possible, nous nous abordons mutuellement en chrétiens. Le désir ardent pour la réunion dont nous, voyons tant d'indices, n’est point un simple accident des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. Ce désir loin d'être une chimère est enraciné profondément dans les lendances de l’âge où nous vivons. Nos divi- sions datent, plus ou moins définilivement, du temps de la réforme. | Comparons l'état des esprits d'aujourd'hui avec celui des esprits d'alors, et nous verrons le changement opéré. Alors, tout Lendait à des divisions et à des subdivisions infinies; aujourd'hui, on cherche plutôt à reconstruire et à réorganiser. Parler ainsi n'est pas condamner la réforme. Le balancier histo- rique a un mouvement oscillaloire; cependant, c'est toujours Dieu qui le tient en sa main, el si nous ne pouvons pas nous rendre compte de toules ses intentions, du moins pouvons-nous en aperce- voir quelques-unes. Au temps de la réforme les esprits se réjouissaient de la liberté nouvellement conquise, même nous pourrions dire que leur joie était bruyante. La Bible venait d'être découverte de nouveau pour ainsi dire, On commençait à l’étudier dans les langues primitives. Elle semblait porter une nouvelle signification. Le monde avait de viw espérances qu'enfin le mystère de sa raison d'être se manifesterait. De part el d'autre quelque explorateur plus vigoureux el plus Mardi que ses confrères criait Euréka! Et bientôt il assemblait auprès de lui des disciples. Les hommes d'alors avaient le courage de leurs convictions, el ils les poursuivaient en aveugles jusqu'à la fin. Ils n'hésilèrent pas a en tirer les conséquences logiques. On vit naître de nouvelles sociétés dont chacune se croyait être la dépositaire de quelque doctrine nouvelle et extraordinaire. On ne peut dire que les espérances d'alors aient élé entièrement justifiées. Déjà, on commence à voir que la vérité est une chose plus grande et moins individuelle. Nous en voyons les traces plus ou moins claires, mais les hommes ne sont plus aussi con- vaineus qu'ils l'étaient jadis, de la posséder entièrement, chacun pour soi. En jetant un coup d'œil en arrière sur ces lutles et ces controverses de la Réforme, il nous est impossible de ne pas voir, à l'aide d'une science plus complète et plus réfléchie, que les réfor- mateurs allèrent plus loin qu'il n'était nécessaire. Les différences en fait de doctrine et d'usage qui paraissaientalors si tranchant le paraissent bien moins aujourd'hui. Des doctrines orthodoxes défendaient par des arguments que le monde reconnaitrait aujour- d'hui comme exagérés. Les sectes qui les soutenaient avec le plus d'énergie, ont reculé au fur et à mesure ; elles prennent rang parmi tous les autres chrétiens sensés. Nous constatons que la lutte était, du moins en partie, une lutte de mots plutôt que de choses réelles. On employait les mêmes mots en leur donnant des sens différents, par exemple, les mots Justification et Sacrifice, et les vérilés LE DOCTEUR SANDAY ET LA RÉUNION DE LA CHRÉTIENTÉ 563
qu'on accusait telle ou telle secte d'ignorer, restaient implicitement ou explicitement en quelque autre partie de son système. Qu'on ne prête pas à mes paroles un caractère d'optimisme qui donnerait à penser que je crois toutes nos différences de l'époque de la Réforme disparues et que j'ignore les obstacles nouveaux. Cependant, j'ose le dire, si on pouvait constater la croyance de Lout le corps véritablement chrétien, c'est-à-dire, de tous ceux qui se fondent sur une croyance entière en Notre-Seigneur Jésus-Christ, on trouverail, j'en suis bien convaincu, bien des points sur lesquels on pourrait s'accorder, tandis que bien d'autres, sur lesquels on pourrait avoir des opinions différentes, ne présenteraient plus de raisons capables de nous séparer. Les conditions des problèmes qui occupent les pensées de l'homme chrétien commencent à se faire mieux comprendre. Déjà on aper- çoit quels problèmes sont susceptibles de solution, et quelles limites ils nous imposent. Graduellement, nous voyons s'ériger un tribunal supérieur à nos différences confessionnelles, el il se prononce des jugements qui sont indépendants de nos opinions. C'est un signe remarquable de ces nouvelles tendances, que l'Université de Cam- bridge ait demandé à conférer ses plus hautes distinctions à quatre des plus éminents théologiens du continent, deux Français et deux Allemands, dont un est catholique romain. Nous autres de l'Univer- sité d'Oxford, nous portons envie à notre sœur de la belle et coura- geuse pensée qui a inspiré cet acte. Elle nous rappelle le fait que le monopole d’une science orthodoxe n'appartient pas à un corps con- fessionnel plus qu'à un autre. Il n'existe pas non plus un corps reli- gieux qui soit vraiment hostile à l'esprit scientifique et critique. Nous sommes disposés à nous estimer avec trop de vaine complai- sance et à oublier les magnifiques services que l'Église romaine a rendus dans les parties les plus sérieuses des études sacrées. Assu- rément nous n'avons pas l'intention de souscrire à toutes les conclu- sions auxquelles ces théologiens distingués auront pu arriver dans leurs études individuelles. Il faut que l'examen se prolonge et que nous y portions tout le soin possible. Déjà cet examen se fait, et presque Lous les jours un nouvel item se trouve ajouté à la masse de doctrines définitivement établies, Connaître est une chose, savoir ce qui peut être connu en est une autre. Sans doute, il nous reste en- core bien du terrain à exploiter, mais déjà, de part el d'autre, nous croyons apercevoir l'aube qui précède le jour. Par exemple, il reste encore sur le terrain historique plusieurs oppositions tranchantes, heureusement les voyons-nous se dissiper peu à peu: au fur el me- sure que la connaissance historique s'accroît, la balance s'établit et la justice se fait. De plus, el voici qui n'est guère d'une moindreim porlance, quand les matériaux nous manquent, nous nous en rendons compte. etnous voyons qu'il nous est impossible d'arriver à tirer de conclusions positives. Le résultat de Lout cela sera sans doute que l'opposition acharnée des opinions contraires cessera, et, qu'à sa place, viendra une connaissance assurée de certains points, el une 564 REVUE ANGLO-ROMAINE
certaine diversité d'opinions sur d'autres; en même temps, on verra que ces différences sont inévitables, peu importantes, n'offrant print de juste raison pour la malédiction et l'inimil Une conclusion pratique nous fait surtout impression par rapport äce sujet. Il est désirable que nous cessions autant que possible d faire de la polémique. En cessant de nous battre nous ne per- drions pasgrand'chose puisque la meilleure polémique est celle qui a pour but d'établir définitivement notre propre croyance. En pro- portion que celte croyance est solidement établie, à mesure qu'elle nous aide à régler lout le reste de la pensée et de la vie humaine, elle établit l'unique terrain sur lequel nous puissions nous rencontrer. Or, s’il est à désirer que nous évitions de faire dela polémique, il est absolument nécessaire que nous évitions de faire du prosélylisme, ou de nous mêler ancunement des arrangements internes d'autres communautés chrétiennes. Heureusement, celle maxime se fait déjà bien reconnaitre dans la conduile que nous sui- vons relativement aux Églises d'Orient. Elle forme la base définitive de plusieurs de nos sociétés dont une a élé fondée expressément pour diriger vers ce but la politique générale des membres de l'Église Bnglicane. Dans les circonstances où les Églises d'Orient réclament notre secours, nous le donnons autant qu'il nous est possible; mais il nous semblerait mal faire de nous imposer. Nous trouvons encor plus blamable de chercher à entrainer les membres des commu- naulés chrétiennes dont l'histoire remonte à des lemps plus reculés que notre origine. Il est bien à désirer que ce principe déjà for répandu devienne universel. Ce principe ne doit pas ètre pratiqué seulement en Orient. ë LA DESCRIPTION DE L'ORDINAL ANGLAIS
PAR LE CARDINAL POLE
Il ÿ a quelques mois, un écrivain du Zublet,rapportail qu'une des- cription « complète et précise » des rites anglicans de l'ordination existait dans les archives du Vatican. Il supposait que ce document avait été envoyé à Rome avec l'ambassade de 1535, el en Lirait la conclusion que Paul IV l'avait eu sous les yeux quand il écrivit la bulle si controversée Preclara charissimi, el qu'en conséquence il avait décidé que les ordinations anglicanes étaient invalides, Je n'ai pas l'intention de revenir encore sur la question de l'interprétation de cette Bulle, mais je pense que les lecteurs du Guardian pourraient être satisfaits de voir reproduire le texte de cette description, précédé de quelques remarques en guise d'introduction. Cette description est contenue dans une collection de pièces très diverses réunies en un volume, sous le litre de unziqtura in Inghillerra 3,qui loutes, sauf peut-être la copie en ilalien dutestament de Henri VIII, appartiennent à l'époque de la légation de Pole. Elle est intéressante pour deux motifs : d'abord en raison de ce qu'elle con- tient ou plutôt de ce qui y est omis, et en second licu à cause de cer- laines indications relatives à sa date. 4. 11 est évident que l'écrivain du ablet qui nous parle de cette des- cription comme étant « complète et précise » ne l'a jamais eue sous les yeux. La substance seule du rite y est franchement donnée, Loute matière subsidiaire étant omise. On doit interpréter celle expression de « substance » assez largement, puisque les serments sont donnés au complet. Pole était évidemment intéressé à ceux-ci. Il n'est pas du tout surprenant qu'il ait jugé inutile d'y joindre les priè- res, puisque à cette époque l'essence du rite était indubitablement censée reposer sur la formule impéralive; mais nous avons rarement trouvé les prières reléguées à un rang si subalterne. Il est une autre omission d'une importance plus grande. Pole nous représente le premier et le second Ordinal comme étant le même substantielle ment. Cependant la Porrection des Instruments conservée dans le pre- mier fut retranchée dans le second. Pole ignore ce changement. Il par conséquent difilcile de supposer qu'il ait regardé cette ‘émonie comme une parlie essentielle de l'ordination. 2. L'hypothèse que celle description fut envoyée à Rome en 1355, ne peut, il me semble, supporter l'examen. Il en existe deux copies d'écritures différentes et rédigées toutes deux en italien sur du fin papier d'Italie. L'une porte l'empreinte des armes des Piccolomini l'autre un filigrane que je vais décrire pour le cas où quelqu'un arri- 566 REVUE ANGLO-ROMAINE verait à le reconnaître. Dans un cercle se trouve une oie, un Glom- bard, et au-dessus un D du mème caractère. Aucun des deux pa- piers n'a été plié et ne laisse supposer qu'il ait été envoyé comme dépêche. La seconde copie, paginée 104, mérite un examen attentif. Elle est écrile sur un assemblage de deux feuilles in-folio. La description va du recto d'une feuille au recto de l'autre. Le verso de la seconde feuille porte le commencement d'un autre document écrit de la même main. C'est une versionitalienne de la proclamation faite au nom de Jane Grey« Proclama della Regina Janna, figla del Duca di Suffolch. » Au bas de la page est écrite la réclame; mais il n'ya rien de plus. Les quatre autres pages restantes sont blanches. La Proclamation fut sans doute conlinuéc sur d'autres feuilles réunies à celle-ci et qui ont été perdues. Comment expliquer la présence ici de ce document? La pièce suivante contenue dans le volume est une autre copie de la même tra- duction italiennne de la Proclamation, écrile par une main ilalienne sur du gros papier; ce papier qui a été plié el cachelé a été sali dans la transmission. Je n'ai pu reconstituer la devise du cachet avec les fragments de l'empreinte. Le papier a évidemment été envoré par Pole el une copie officielle a dû en être faite pour servir à Rome. Puisque la description des Ordinations fut copiée à la même époque. il en résulte nécessairement qu'elle a dû être envoyée par Pole dans le même paquet de dépêches. Mais quand l'envoya-t-il ? Une copie de la Proclamation de Jane Grey n'a guère pu être envoyé que lors des premiers mois du règne de Marie. La description des Ordinations a donc été envoyée à la même époque. De ceci une conch- sion importante s'en suit. Pole avait reçu ses pouvoirs de Légal de Jules IL par une bulle du mois d'août 4553. Ces pouvoirs furent jugés insuffisants : car ils ne lui permettaient d'entrer en rapport qu'avec les évêques et les prêtres ordonnés avant le commencement du schisme. En conséquence, il demanda des pouvoirs plus étendus qui lui furent conférés par un Bref dalé du 8 mars 4854. Ce bref contenait une phrase qui a beaucoup embarrassé les commentateurs. Le Pape autorise Pole à se montrer indulgent envers ceux qui avaient été ordonnés « non servata forma ecclesiæ consuela ». On a souvent émis la supposition que ces paroles pouvaient faire allusion à l'Ordi- nal d'Edward. Cette conjecture devient une certitude quand noustron- vons que Pole avait déjà envoyé au Pape une description de cet Ordi- nal, ou de ce qu'il supposait en être les parties essentielles. À une époque remontant aux premiers mois du règne de Marie. probable- ment au Lemps où il élait en instance pour obtenir l'extension de pouvoirs afin qu'il_lui fût possible de traiter des ordinations schis- matiques, Pole avait envoyé à Rome une description de l'Ordinal. Le Pape répond en l'autorisant à reconnaitre les ordres qui avaient été conférés sous une forme autre que la forme accoutuméa de l'Eglise Je ne vois qu'une conclusion possible. Jules IL approuva formelle- ment l'Ordinal anglais dans la forme en laquelle il lui fut présenté, et qui est la suivante : DESCRIPTION DONNÉE PAR LE CARDINAL POLE DE L'ORDINAL ANGLAIS 5067
FoRMA ET RATIO FACIENDI ET CONSECRANDI
Episcopos, Presbyteros, et Diaconos, quæ eum prius alio in libro edita foret, nune alicubi est reformata: cuius substanlia hic solum ponitur, et omittuntur preces, psalmi, interrogaliones, personarum probationes, el alia quæ conveniunt.
lusiurandum in Regis Primatum quod ordinem accepluri coram Prælato sedenti in Cathedra iurare debent antequam legatur Evangelium, Ego N, ex hac die penitus renuntio, rcïcio, desero et relinquo Episcopum Romæ et eius auctoritatem, potestatem,et iurisdielionem: et nunquam assentiar, aut eum aliquo conveniam, ul episcopus Romæ usurpel, exerceat aut habeat aliquod genus auctoritatis iurisdictionis et poteslatis, intra hoc Regnum, aut aliam Regis nostri dictionem; sed huiusmodi rei obstabo omni Lempore et omni conatu, et de hac die volens admitto, approbo, et suscipio Regiam Maiestatem solummodo esse supremum caput in terris ecclesiw Anglicanæ: el omni consilio et conatu absque fallacia, fraude, aut alia minus debita ratione volo observare, custodire, asserere, el defendere omnem vim et sententiam omnium et singulorum aclorum et statutorum facto- rum, et faciendorum intra hoc Regnum, ad abrogandum, eradican- dum, et abolendum episcopum Romæ, et eïus auctoritatem, et omnium aliorum aclorum, et slatutorum factorum aut faciendorum, ad confirmandam, et corroborandam Regis potestatem, ut supremi capitis in erris ecclesiæ Anglicanæ. Et lee præstabo contra omne genus hominum euiuseumque status, dignitalis, gradus, aut condi- lionis sin ; et nullo pacto faciam aut attentabo, nec pro viribus patiar fieri aut attentari, directe vel oblique, clanculum aut aperte, quic- quam ad impedimentum, obstaculum, detrimentum, abrogationem eius quod dictum est, aul partis alicuius ex eo aliqua ratione, colore, aut prætextu. Quod si quod iusiurandum fiat aut factum iam sit per me alicui homini ad favendum, conservandum, defendendum Epis- copum Romæ, aut eius auctoritatem, iurisdictionem el polestatem, ilud ego reputo ut vanum et cassum. ila me Deus adiuvet per lesum Christum. Episcopus Diaconorum capilibus manum imponens singulisdice! Accipe auctoritatem exequendi ofMicium Diaconi in ecclesia Dei tibi commissa, In nomine Paris, el Fili, et Spiritus Sancti, ete. Postea dans unicuique illorum Novum Teslamentum, diceL: Accipe auctoritatem legendi Evangeliumin Ecclesia Dei, et illud prædicandi, cum ad id rite missus fueris, ele. Episcopus cum Presbyteris præsenlibus imponel manus capilibus singulorum, qui genufléxi dignitatem presbyleri accipient episcopo dicente: Accipe Spiritum Sanctum; quorum peccala remillis, remissa sunt: quorum pecenla relines, relenta sunt: et sis fidelis dispensator verbi Dei, el suorum sanclorum sacramentorum. In nomine Pa et Filii, et Spiritus Sancti, ele. Deinde Episcopus singulis tradens Bibliam dicet: Accipe auctoritatem prædicandi verbum Dei, el ministrandi sacra sacramenta in congregalione, ad quam eris vocalus. Archiepiscopus petel Regis mandatum ad episcopum inauguran- urandum pro Regis primatu exigitur el a Diacono el 568 REVUE ANGLO-ROMAINE Presbytero; sed Episcopus insuper iurabit obedientiam Archiepis- copo his verbis : In Nomine Domini, Amen. Ego N. Electus episcopus Ecclesie X. profiteor el polliceor omnem debitam reverenliam, et obedientian Archiepiscopo, et Metropolitanæ ecclesiæ N. et eius successoribus. Ita me Deus adiuvet per lesum Chrislum. Sed cum ordinabitur ipse Archiepiscopus, cum omnia alia fiant quemadmudum pro episcopo, hoc iusiurandum omittitur. Archiepiscopi sedentis verba : Frater, quoniam Sancta Scriplura, et veteres Canones iubent, ne cui cilo manus imponamus aul admillumus, ad gubernandam con- gregationem Chrisli, qui eam sibi redemil non minori prelio quam effusionis sanguinis sui, antequam Le admittam ad hanc administra- tionem ad quam vocaris, ex Le quæram plerosque articulos, ut pre- sens congregatio habeat experimentum, et ferat teslimonium, quo animo sis præditus, ul te geras in Ecclesia Dei. — Sequuntur in libro inlerrogala, que omillimus. Archiepiscopus Episcopique præsentes manus imponunt capili iscopi, Archiepiscopo dicente : Accipe Spiritum Sanctum, el memineris ut excites gratiam Dei. quæ est in Le per manuum imposilionei, non enim dedit nobis Deus spirilum timidilatis, sed potentiæ, dileclionis, et sobrielalis. Tunc Archiepiscopus dabit illi Bibliam, dicens : Allende lectioni, exhortalioni, doctrinæ, ac medilare quæ in ho libro seripla sunt, ut Luus profectus, qui’ inde it, manifestus si omnibus hominibus. Altende bi ipsi et doctrinæ ? persiste in his, nam si id feceris Le ipsum servabis, eL eos qui te audierint Sis gregis Chrisli Pastor, non lupus: pasce illum, ne devores : sustine intirm sana ægrotos, colliga cunfractos, redue eieclos, quære perditos. Ila- sis misericors, ut ne sis nimis; sic disciplinam exigas, ut non obli- viscaris misericordiam : ul cum summus Pastor venerit, accipis incorruptibilem coronum gloriæ per lesum Christum Dominum trum. Amen.
Orationes in Ordinationibus Anglicanis udhil
Pro Diaconis.
Omnipotens Deus qui divina providentia tua varios ministrorum ordines in ecclesia constiluisti, el sanclos Apostolos Luos inspiratione tua docuisti in Diaconorum ordinem S. Slephanum protomariyrem cum aliis eligere; respice propitius hos famulos tuos, in idem uff- cium et minislerium iam vocalos; et eos doctrinæ tuæ verilale el viæ innocentia ila adimple, ut tam ore quam bono exemplo tibi in hoc oMcio fideliter deserviant, ad gloriam nominis tui, atque ad com- modum congregalionis; per merila Salvatoris nostri lesu Christi, qui tecum vivit ct regnat, in unilate Spiritus Sancti nune el in omait sæcula sæculorum. Amen. Pro Presbyteris. Omnipotens Deus, omnium bonorum dator, qui per Spiritum Sanc- tum tuum varios Ministrorum ordines in ecclesia constituisti : Respice propitius hos famulos tuos, in offcium Sacerdolii iam vocatos : et eos doctrinæ luæ veritate el vitæ innocentia ita adimple, ut tam or quam bono exemplo tibi in hoc officio fideliter deserviant, ad gloriam fui nominis, el ad commodum congregationis tuæ; per merita Sal- DESCRIPTION DONNÉE PAR LE CARDINAL POLE DE L'ORDINAL ANGLAIS 569 vatoris nostri lesu Chrisli. qui tecum vivit el regnal in unitate Spi- ritus Sancti, per omnia sæeula sæculorum. Amen. Omnipotens Deus, Pater cælestis, qui ex infinila tua caritate et bonitate erga nos dedisti nobis unicum et dilectissimum Filium tuum Jesum Christum, ut sit Redemptor noster, et auctor vitæ sempilernæ; qui post redemplionem nostram morte sua perfectam, el ascensio_ nem suam in cælos, dimisit in mundum Aposlolos suos, Prophelas, Evangelistas, Doctores, et Pastores : per quorum laborem etminis- lerium in omni regione mundi magoum gregem collegit, quo Nominis sancti tui laus æterna celebraretur: Pro his tantis æternæ tuæ boni- latis beneficiis, et propterea quod hos præsentes famulos tuos vocare dignatus es ad idem officium et ministerium in salutem humani generis inslitutum, gratias tibi ex animo referimus, laudamus el ado- ramus Le : suppliciler rogantes per eundem Filium Luum, ut omnibus aut hic aut alibi nomen tuum invocantibus tribuas gratum tibi animum pro his et ceteris beneficiis tuis exhibere, et in cognitione et fide Lui et Filii Lui per Spiritum Sanctum quolidie crescere el pro- ficere : adeo ut tam per hos ministros LS, quam per e0s super quos constiluti fuerint ministri, sanetum Nomen luum in æternum glori- ficelur, etamplificelur benedictum regnum luum ; per eundem Filium tuum lesum Christum Dominhm nostrum, qui lecum vivit ct rggnat in unitate eiusdem Spiritus saneli, per Omnia sæcula sæculorum. Amen.
Pro Episcopo.
Omnipotens Deus, omnium bonorum dalor, qui per Spiritum Sanc- tum luum varios ministrorum ordines in Ecclesia lua constituisli: Respice propitius hunc famulum luum, ad opus et ministerium Epis- copale nune vocatum : et eum doctrinæ tuæ veritate et vitæ inno- centia ita adimple, ut tam opere quam ore bi in hoc officio fideliter deservial ad gloriam ui Nonunis, el ad commodum congregalionis lue; per merita Salvalori u Chrisli, qui tecum vivit el regnalin unitate Spiritus Sancti, per omnia sæcula sæculorum. Amen. Omnipotens Deus, Paler miserièors, qui ex infinita bonitate tua dedisti unicum et dilectissimum Filium taum lesum Christum, ut sit Redemptor noster, et auclor vilæ sempiternæ : qui post redemp- tionem nostram morte sua perfectam, et ascensionem suam in cælos, dona sua super homines abundanter effudit, faciens quosdam Apos- tlos, quosdam autem Prophetas, alios vero Evangelislas, alios autem Pastores et Doctores, ad ædilicalionem et consummationem congregalionis suæ: Da, quæsumus, eam gratiam huic famulo tuo, qua semper paratus sit ad evangelizandum bona Lua, ad prædican” dum reconcilialionem : et poleslate quam lribuis non in destruc- tionem, sed in salutem, non ad iniuriam, sed ad auxilium utatur quatenus, ut fidelis servus et prudens, familiæ Lu dans cibum in lempore opporluno, in gaudium landem suscipiatur; per lesum Chris- tum Dominum nostrum, qui tecum vivit et regnal in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæeulorum. Amen.
(Extrait du Guardian.)
CONCILE DE MAYENCE DE 1549
Concilium Provinciale Moguntiæ habitum est mense Maio 45. præsidente archiepiscopo Sebastiano von Heussenstamm. Acta Cor- cilii mense Septembri eiusdem anni Moguntiæ vulgata sunl, quibts accessit Znstifutio ad Pietulem Christianam in Concilio Prorinriah pre- missa. Librum habet Bibliotheca Casanatensis. In Concilio promulgata est Methodus de Doctrina Christina, que sequentia habet. Car. XXXV, De Sueramento Ordinis. Fol. IX a. In collatione Ordinum, quæ cum impositione manuum, v bili signo, traditur: doceant, rite ordinalis gratiam di ferri, qua ad ecclesiaslica munera rite et uliliter exercenda aplie idonei efficiantur, et qua rata sint et efficacia, quæ a rite ordinalis in Ecclesia iuxta Christiet Ecclesiæ institulionem geruntur, etc.
Excerpta ex Jnsfitulione ad Pistatem.
Cap. De Forma Sacramenti Ordinis.
Fol. COXXII b.
Episcopus igitur in conferendis Ordinibus, ad supradictas Do: promissiones et mandata allenle respiciens, tali verborum forma utitur, quæ ad promissiones huiusmodi el mandata quam prosine accedit, eaque propre el diserte exprimit. Traditurus enim Ordinem Sacerdotalem, Accipe, inquit, Spiritum Sanctum, quorum remiseris peccata, remittuntur éis, et quorum retinueris,retenta sunt. Similier in aliorum omnium Ordinum collatione ex ipso Ordinationis ritu per instrumenti traditionem, et verborum cerlam formam, funclionen unieuique Ordini ex Christi el Ecclesiæ inslitutione compelentem clare exprimi Car. De Materia seu Elemento Sacramenti trdinis. Foll. CCXXIII, CCXXIV. In Ordinibus maioribus, Diaconalu et Presbyterio, internæ virlulis et gratiæ accipiendæ externum signum et sensibile elementum adhi- betur manuum imposilio, quam ex Apostolica tradilione descendert diserle Lucas in Actis Apostolicis testatur cap. 6, 13, 14. Ad hun autem exteraum manuum impositionis ritum, in verbo Dei et oralio- nibus exhibitum, internam et spiritalem gratiam consequi. que in ministerio ordinati efficaciter operetur, el ad suscepti muneris execu- tionem reddal idoneum, aperte Paulus indicat. Noli, inquiens, negli- gere gratiam, quæ data est Libi per Prophetiam cum imposition manuum Presbyterii. Et, ut resuscites graliam Dei quæ in le est per impositionem manuum mearum. | esignat autem impositio manuum in ordinando operum Sancli Spiritus resuscitationem, siquidem in digitis diversa Spiritus Sancti dona indicantur : manus autem operationem significant. Unde inaui- tur, ordinatum diversis Spirilus Sancti donis impleri, que eum ad diversas Ecclesiastici muneris functiones rite el utiliter obeundes efficacem et idoneum reddant. Ambrosius mysterium impositionis manuum sic explical. Manus impositionis verba sunt mystica, quibus confirmatur ad opus eleclus, CONCILE DE MAYENCE DE 4349 su
accipiens ‘potestatem teste conscientia sua, ut audeat vice Domini sacrificium offerre Deo. Et idem, Homo imponit manus : Deus largi- tur gratiem. Sacerdos imponit supplicem dexteram, et Deus bene- dicit polenti dextera. Episcopus initiat Ordinem, et Deus tribuit digaitatem. ltaque sieut in Baptismo aque infusio ritus est divinitus approba- lus, aptam significationem habens, ad certificandam baplizati con- scientiam de interna animæ purgatione, et ablutione omnium sor- dium spiritualium, ita in Ordinis Sacramento manuum impositio ritus est, in Scripturis approbatus, aplam significationem habens ad certificandam ordinati conscientiam de dono Dei, ad ædificationem Ecclesiæ pro utili et efficaci muneris in Ecclesia gerendi executione, sibi collato. Ad initiationem Sacerdolum, præter impositionem manuum, etiam Unctio adhiberi soleL: cuius usus et propter vetustatem suam, et propter mysterium aptamque significationem, omnino in Ecclesia relinendus est. Ritus erat legis veteris, ut in eo populo, ex quo Chrislus erat nasciturus, Reges et Sacerdoles oleo unguerentur. Hanc unctionem Christiana Religio (cum cæteras legis islius antiquæ cæremonias, que futurorum significalionem continebant, superve- niente veritate reliquerit) propter mysterium relinui, mulliplicemque in novo populo Unclionem exercel. Unguuntur singuli, Confessionem Christiani nominis in myslerio Baptismi suscipientes, ul quemadmo- dum Christus ab Unctione nomen habet, eo quod unxerit eum Deus pre participibus suis : sic ipsi quoque accepta Unctione, esse uncti Dei, Christique nominis participes fleri, et eius in se gratiam habere ossint. Unguuntur inchoaturi vilam Christianam, quasi Athletæ mini, cuius bella adversus Diaboli phalanges et seculi huius insi- dias pugnaturi sunt. Unguuntur in progressu vitæ ad robur et con- firmationem, ut omnis divinæ virtutis el graliæ perfectionem et com- plementum accipiant. Unguuntur in exitu vitæ, ut tune ex infirmitale æger animus fiducia et consolatione erigatur, ne bravium illud, quod in vitæ cursu Lenuerunt, in fine amitlant, et ne fruclu fidei suæ, animarum salute, despolientur. Præler has Unctiones Christianis omnibus communes, singulari quadam Unctione initiat Sacerdotes suos Catholica Ecclesia, in signum Saerationis el excellentis potestatis, quam eis ad solvenda ligandave peccata hominum Christus tradidit. ut sint Reges el rectores in populo Dei ad ædificationem Ecclesiæ, etut ex Unclione admoneantur se gratiam consecrandi accepisse, el charitatis opera debere exten- dere ad omnes. Huius autem Sacerdotalis Unctionis usum non Romana solum, sed Græca etiam Ecclesia ab ipsis Apostolorum lem- poribus tenuit, euius meminit Theophylactus, Omnis [inquit) cuicum- que concredita est præsidenlia, eliam dignus fuerit, donum habet ex Unclione, id quod magnum divine misericordiæ est Sacra- mentum. In reliquis Ordinibus pro Elemento sunt instrumenta quæ pro Ordinis varietate Episcopus singulis porrigens, simul admonet 60s, ut in suscepto munere rile et diligenter ministrare sollicite curent. Ex ipso autem instrumento quodammodo ordinandus intelligi sint futuræ suscepti Ordinis parles et officia. Oratio autem in singulis Ordinibus recilatur ab Ordinatore, qua offcia eius Ordinis commemorat et simul Deum rogat ut in obeundis 372 REVUE ANGLO-ROMAINE
officiis ad ædificationem Ecclesiæ suæ ordinatis per gratiam suam benignus el ellicax assistere dignetur. Tondentur etiam ordinandi, quem ritum ab Apostolis introductum Rabanus eommemorat. ut tonsi formam el similitudinem Chris spinis coronati in capite pra se ferrent, et simul per Tonsuram plebe discernerentur. Similiter per Tonsurun sicut per Unctionem regalis dignitas in Sacerdotibus designatur. Nudatum eliam a suprema parte caput innuit ministros Ecclesiæ a se abiicere jdebere. dueunque animum ad divina se erigentem deprimere et impedie solent. Car. De Presbyteris. Fol. cexxx b.
Horum ofliciorum Episcopus in ordinatione futuros sacerdotes verbis admonet. Qui ordinandi estis Presbyteri inquiens) offerre vos oportet, baplizare, prædicare, et bonis operibus ae Deo placilis undique redundare. EL insuper variis ritibus adhibitis,_Lraditisque diversis instrumentis, que sint eorum munera insinual. Principio enim manus capitibus eorum imponens, gratiam absolu- ionis, el polestatem remillendi ae relinendi peccata eis impertilur. Quorum remiseris peccata (inquit: remittuntur eis. Deinde stola utrique humero aptans, super pectore in modum cerucis exlendil: innuens eos suavi iugo Domini submitti debere, et contra omnen mundi casus corda præmunire, ne aut prosperis exlollantur, aut à adversis animum despondentes concidant. Et casula cos convestiens admonet ut charilatem exerceant in omnes. Posl hæc manus eorum inungit, ut intelligant sibi concessam esse graliam consecrandi. Demum Calicem el Patenam hostia superposila offerens, potestatem tradit_offerendi Deo hosliam sanetam et placabilem pro lotius Ecclesi incolumitate.
EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE
DE Ms NICOLO ORMANETO
NONCE APOSTOLIQUE
A LA COUR DE PHILIPPE 11 ROI D'ESPAGNE
!
INPRESA D'ÉNGAILTERRA. GiCDIZ10 SULLA BOLLA br Pi0 v.
ESTRATO DI UXA CORRISPONDENZ EL NUNZI0 AL SEGRETARIO DI STATN
Credo similmente che Francia habia l'occhio a questo Regno el forse per il fratello per maritarlo con la Regina di Scoia, con dispen- ne apostolica, ma questo suggello patisce assai per li suspelli che egli ha dato in Francia ne le cose passate, si come V. S. IIl®ne deve essere assai informala che qui si procedesse a la restitutione d? la Religione Cattolica in quel Regno, con assicurarsi di un buon Re Cat et mezano, poca diferenza sarebbe che questa impresa S facesse per Spagna o per Francia. Sono andato considerando che il Duca di Savoia reslalo hora senza moglie potrebbe forse esser® buon suggelto per questo Regno maritandolo con la Regina di Seolia potendo esser confidente a l'uno et al'altro di questi Principi. el 1 Cf, Moxstoxon Nicoro Orwaxero. par lo P. Francesco M. Cart, S. J. Br in-8®, 140 pp. — Romas EXTRAITS DE LA COHRESPONDANCÉ DE MGR NICOLO ORMANETO 573
essendo sata altre vole questa consideratione di maritarlo con la presente Regina fin quando viveva la Regina Maria Santa. Don Gio. d'Austria ancora sarebbe slato a proposilo quanto a la Religione et contentio dgli Inglesi Cal‘! con comodità de la impresa quando fosse venuta in Fiandra come era disegnato nel principio, et come forse ancora si disegna hora se non l'ussero li gran bisogni di Africa, perchè con lui si acquietarebbono assai le cose di Fiandra, volendo quelli paesi un huomo del sangue, el con queste comodità potrebbe atlen- dere à la cosa d'Inghilterra; ma a la salisfattione de Francesi non potemo crederlo ragionevolmente. Parlando io questi di con S. M‘ di queste materie, et massima- mente de le cose di Hirlanda, et dicendomi S. M'* che quel Regno dispendeva assai da la Sede Ap® risposi che ancora Inghilterra aveva gran dipendeva, et che io haveva visto molte scritture perlinenti a questo, et discorrendo sopra la privatione che Pio V haveva fatto del Regno di Inghilterra in persona diquesta Donna per essere herelica, che é vero, che la privalione era del Regno d'Inghilterra,et non d'Hirlanda, et che essendo questi Regni separati, la privatione di uno no comprendeva l'altro, el S. M mi soggiunse, potrebbe S. S fare ancora la privatione di questo Regno, tenendola secretissima apresso di sé per potersene poi valere a suo tempo. Pi V come puo ben sapere V. S. Ill” facevail più de le volte le cose sue senza comu- nicarle mollo, pero no é meraviglia se forse come poco informato di quelle cose, lascio fuori de la privatione il regno d'Hirlapda, come io hiarii la parlita parlandone sua S® dopo il fatto volendo che si rime- diasse a cerli disordini che erano stali per occasione di quella bolla privatoria, la quale non si doveva mai pubblicare se no quando andava l'esercito in Inghilterra per far quella impresa, lalchè in una mano si portassero le chiavi di S. Pietro, che era la privatione el nel'altra la spada di S. Paolo, perchè l'essersi publicala la bolla pri- vatoria senza far la conquista del Regno ha causato gran male, el la morte di molti huomini cat‘! el falta quella Donna molto maggiore nimica della Sede Ap°”, ma essendosi narrato inquella bolla Luitii vituperii di lei io non mi son potuto tener di entrar in discorsu serva à quello che pub. Archiv. Segr. Vatic. Nuaz. di Spagna, t. 8, p. 339.— Cifra del 25 Out. 4574.
ÆESTRATTO DI UN DISPACCIO IN CIFRA DI M5 ORMANETO AL CARD. p1 Como. DiFFICOLTA DI FARE L'IMPRESA D'INGHILTERRA. I Dottor Sandero inglese mi comunico tutti li suoi pensieri circa l'acquisto d'Inghilterra àl'unità della Fede Cattolica, e a l'obedienza de la S“ Romana Chiesa; et dopo l'havere egli parlato à Sua Maestà, el presentatogli il Breve di N. S", con le leltere di molli nobili Inglesi, io andai à l'audienza il giorno seguente, che fu sabbato a li 22 del presente, ne la quale parlai longamente a Sua Maesta sopra questo negotio, conforme a l'ordine che V. S. Ill** mi da per le sue lettere de li 4 di Settembre, portatemi dal detto Dottore, et trovai S. Me tanto bene dispostaà questa S# impresa, quanto si potesse desi- 574 REVUE ANGLO-ROMAINE
derare da S. S® medesima, che mi pare di non poler dire più. Quello che puo differire l'essecutione di questi santi pensieri, non ë allo che la difficoltà presente de le cose di S. M", cid êlo havere à leuer guardalo Napoli et Sicilia, et le altre Isole et luoghi mariltimi d Farmala Turchesca, et lassar li presidij che si covengono per man- tener l'acquisto di Tunisi, et la guerra di Fiandra che importa tanlo. et che con tuttocid ella non mancarà di haver buon consiglio sopradi questo per veder quello che si potrà fare con buon successo, el che tra lanto si vederà quello che opererà l'andata del Commendator Maggiore in Fiandra, dicendomi S. M“ prudentemente, che quesh impresa da non tentare, se non con sicurezza quanlo la prudena humana pud portare, et difinirla bene per molle ragioni, et tra le altre per non meltere a pericolo de la spada quel resto de la nobillà cattolica che si ritrova in Inghilterra, come si à visto il danno che fece la publicatione della bolla di Pie V contra le pretensioni de la pre- tensa Regina, et li moti che sis coprirono in quel tempo. lo risposi che conoscevo molto bene che con quanta prudenza si haveva da caminare in questa impresa, ma che da l'altro canto era necessario havere in consideratione la prestezza, mentre havemo gli animi de eattoliei ben disposti, li quali con la lardanza si vanno eslinguende di giorno in giorno, come si vede di molti signori d'importanza che sono mancati da poco lempo in quà, talmente che col mancamento diquesti aiuti, l'impresa si va rendendo ogni giorno più difficile, el potrebbe ridursi a lermini quasi di disperarla el S. Mu confessi questo esser vero, ma che ancora bisogna pensare al buon effelto. Archi, Segr. Vatic. Nunz. di Spagna, t. 1. p. 523. — 26 Novembre 157.
DiFFiCOLTA DELL’ IMPRESA D'INGuILTERRA. MATRIMONIO DELLA REGINA D1 SCozIA. SCELTA DEL CAPITANO DELL’ IMPRESA Diritti della Sede Apostolica sui Regni d'Inghilterra e d'Irlanda CORRISPONDENZA IN CIFRA DEL NUXZIO AL SEGRETARIO DI STATO DIS.S. 19 DECEMBRE 1575
Quanto alle cose Anglicane et Iberniche,io vedo le difficoltà che vi sono dentro, et il poco modo che tenirà il Re Cat‘ a far questa impresa, se il Turco uscisse fuori con la potenza che si dice, el non essendo accomodate le cose di Fiandra, che portano gran spesa, €l andando inanzi la pace in Francia, suspico anco che la prelens d'Inghilterra lemi di essere offesa, donde potrebbe attendere a le preparalioni de la difesa et il non potersi noi valer de bisogni per la guerra in alcuno de li stali di S. M“ Cat‘, non volendosi ella scoprir,nè di quelli di Francia per non dar sospello à questo altro, rende anto l’impresa più difficile. À me pare che non si debba lasciar di fare questa santa impresa, perchè se guardaremo alle difficultà che si vanno scoprendo, non la faremo mai, parendomi che sempre vanno cres- cendo; onde non restarè io qui di far buon'animo a S. M“, et mante- nerla in proposito che si vada inanzi. Quanto al matrimonio eon là Regina di Scotia se si potesse stabilirlo con lei inanzi che fusse messi EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DE MGR NICOLO ORMANETO 575
in seggio, potressimo ben sperare di potergli dar marito secondo il desiderio comune, cioè di S. Se, el S. Mt Cal‘, ma poiché lusse intronizata, potrebbe ella volersi maritare à suo modo, el come volesseroi suoi. Del capitano de l'impresa, non vedo che vi fusse se noilS March’ Antonio Colonna attissimo per tulte le parti à cosi gran falione et che credo habbia da esser di confidenza di S. M", essendo massimamente mort il S° Chiappino Vittello et il S°* Conte S“ Fiore, ancorchè vivihaverebbono poco servito per le lor gravi indispositioni.
Quanto alla parte del guadagno che deve luccare aS. S“, poichè entrara parte de la spesa,credo che S. M" si contenterà sempre non solo de la riservatione et restauralione, ma anco de l'augumento de le ragioni et privilegij de la Sede Apo*® in quel Regno quanlo appar- tenirà a la volontà sua : Tutto il punto starè ne la dispositione del Parlamento, senza il quale non à stabile eliam quello che il Re vuole, et ne l'alterar le leggi iurisdittionali di quel Regno, è gran difficultà ad haver il suo volo perd quando si fece la riunione di quel Regno a l'obedienza de la S'= Sede nel tempo della Regina Maria e di questo Re ne la legatione del cardinale Polo, non fu fatto allro se nà che per alto di Parlamento le cose de l'obedienza furono ridutte à quel termine che erano un' anno innanzi il schisma di Henrico VII. Diro qualche cosa de le preminenze et ragioni de la Sede Ap°* in quel Regno di cid che mi posso ricordare. In Irlanda la Sede Ap“ diede il Governo et il dominio di quell’ Isola al Re d'Inghillerra, et parmi, se ben mi ricordo, che fusse Alessandro IIL.,et il Re Henrico IL. et in la concessione non fu riservalo altro lus al Papa, ma questo si potra meglio veder ne le lettere de la concessione che saranno ne li Archivii Romani : Mi ricordo haver visto in Inghillerra questa bolla, et mi pare che non vi fusse riservatione aleuna, se ben li Irlandesi dicono publi- camente che quella Isola est luris Sedis Ap°, pud essere che sia cosa che io nô habbia visto, ma la pratlica mostra che non vi sia altro, essendo successi lanti Re di Anglia in quell' Isola senza riconosci- menlo de la delta S' Sede. Henrico VIII. poi nel Lempo del schisma erexit dominium illud in titulum Regni, et sicome prima li Re d'inghilterra si chiamavano Domini Iberniae, egli comincio a chia- marsi Rex Iberniae ; succedendo al Regno la Regina Maria, S. M“? ct del Re suo marito facendosi scrupolo di usar questo titolo fatto da Re schismatico, ottennero da Paolo II. la erezione in Regno. Quanto al Regno d'Inghillerra, vi è il Denario che si chiama Beati Petri, che non hà difficoltà aleuna perchè sempre è stalo riscosso da ln Sede Ap*, et vi sono stati tanti collellori per questo denaro, che soleva frullar sin à sette à 800 ducati, come si potrà veder ne li libri de la Camera. Papa Paulo II. dopo la riconciliazione del Regno deputà me collettore, ma io non usai la facultà partendomi d'Inghi terra, et succedendo poi quello che suecesse. Un Re Giovanni d'Inghil- terra renuntid il Regno in nome di Pandolfo legato Ap° in quelli Regni, promettendo che nè lui, nè i suoi successori piglierebbero mai quel Régno send di mano del Papa, et ho visto questa scrittura, et qualche altra in questo proposito, el da questo & stato qualche volla 576 + REVUE ANGLO-ROMAINE
preleso che la Sede Ap“ habbia il diritlo Domino d'Inghillerra : altra volla m'informai sopra di cid, e trovai che questo lus non hà susis- tenza, perchè Giovanni non poteva transferir ragione alcuna in all. nè allerar le leggi nè la successione nel Regno senza il consentiment« del Parlamento, quale non si trova vi intervenisse, oltre che non ë poi mai stalo messo in praltica dopo la morte di Giovanni, che aleun Re pigliasse il Regno da la mano del Papa. Una cosa vidi in lnghil- terra molto favorevole a la autorilà Pontificia, che quando si com- posero insieme le due famiglie del Rosa bianca et de la Rosa rosss col matrimonio del Re Enrico VIl con Elisabella figliuola di Odoardo III per il qual matrimonio cessarono le gran controversie antiche di queste due case, il Re Enrico et la Regina sua moglie pigliorno declaration sopra di quesla materia, et la confirmatione Sopra questa unione, dove appare et che ne le cose temporali, come di successione di slati la aulorità del Pontelice Romano. Pigliai copia di quella bolla, et di molte altre cose simili pertinenti à quell dui Regni, le quali insieme con li registri de la legatione mi andarno à male ne la morte del Car* non mi ritrovando io allora in Inghillerra; il Car” Cervino che fü Papa Marcello grande et diligente inquisitore de le cose de la Sede Ap”, fece una raccolla di lutte le pretensioni de la S* Sedein quel Regno, et con le sue bolle, se bn mi ricordo et la mand al Cart Polo, et questo libretlo venne a le mie mani, et credo di haverlo à Padova tra le mie seritture. el ancorch'io ereda che V.S. Ill” haverà trovato tutto quelle che vi & ne li archivij Romani, nondimeno se la crede di poter haver qualche lume da questa scrittura polra scrivere al Galerio che gli la mandi. imponendoli silentio et secretezza. Li Re di Inghillerra preten- dono il lus supplicaudi pro persona idonea ad regimen ecclesiarum, Sede vacante administrant lemporalia, fanno giurar fedellà a li Vesc.! per la temporalitä; hanno poi leggi pregiudicialissime à l'auto- rià Ap“ et liberlà ecc** el una tra l'aitre che si chiama il premoutri, che ë bestialissima, le quali leggi tengono con le unghia et col dents {come si dice} el io ne sono buon testimonio,che ogni giornovi era chr fare. Se queste leggi si polessero abolire quando piacesse à la bonti di Dio che si oltenesse il principale, sarebbe santissima cosa: oltenne bene al Lempo de la riconciliatione che il Parlamento abuli tutte le leggi pregiudiciali à l'autorilà et obedienza de la Sede Ap" fale al Lempo del schisma, esprimendole tuite singularmente, el ne fü fatta scrittura autentica, el mandata et mandata (sic) a Paulo HlL.che fu recondita in castello tra le altre scritture de la Sede Ap**. Temo che V.S. I. mi haverà per inetto essendomi esLesso in questa historia, furs® senza necessilà dovendosi saper megliv cosli tulle queste cose. mm degnisi di pigliar à bene ogni causa, poichè tutlo viene da buum voluntà.
(Arch. Segr. Nunz. di Spagna, t. VIII, p. 616-622)
Le Directeur-Gérant: FERNAND PORTAL.
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