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Post-Vatican II etude-privee
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4 ANNÉE N° 32 11 JUILLET 1896

                           REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Ta os Petras , et su- Spiritus Sanctus _po-

per hanc petram suit episcopos re- 2icabo Ecclosiam #oro Écelosiam Dei, meam ... et bi Das. Aer: xx. 24,

Mare avr. 18410.

                            SOMMAIRE :
                                                                                            raons

A Bounnuon.. Nouvelles observations sur la question des ordres 7 anglicans .............. ce cr ee de 7 / 633

    Docuuexrs.....   Dirige solennel célébré en la cathédrale SUPaul                           à
                       de Londres pour le roi de France Henri IL. —                         27
                       Encyclica de civitatum constitutione christiana.                      64




                                   PARIS
       RÉDACTION              ET      ADMINISTRATION
                           AT, RUE     CASSETTE


                                    1896




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                                           LES

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                                   sur


       LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS

                                (Suite)!

On peut aussi chercher à se faire, à l'aide d'autres arguments, n sur les éléments essentiels des rites catholiques d'ordination; l'examen des liturgies en usage dans l'Église conduira inévitablement à celle conclusion, que les ordres-sacrements sont validement conférés par l'imposition des mains jointe à la prière con- sécratoire. Mais que doit renfermer celle prière? On pourrait être tenté, a priri, d'exiger une mention, plus ou moins complète, des pouvoirs conférés, el c'estl'opinion qu'avait défendue le R. P. Tourne- bize ?, opinion sur laquelle revient encore le R. P. Harent ?. Cepen- dant, de l'étude comparée des liturgies catholiques, il résulle très clairement, à mon avis, que, pour. être efficace, la prière sur les or- dinands n'a besoin d'énoncer aucune des fonctions de l'ordre conféré. Cette conclusion, basée sur les textes, a été adoplée par mon savant collègue, Mgr Gasparri ‘;elle s'impose, ce me semble, à Lous les {héo- logiens. Que si la mention des pouvoirs n'est pas nécessaire, celle del'ordre l'est-elle davantage? Devrons-nous nécessairement y trouver les mots : disere et diaconat, prêtre et presbylérat, évêque el épiscopat® Ici encore, une réponse affirmaive absolue, qui semblerait s'imposer aprieri, risquerait de pécher par exagération. Sans doute, les prières en usage dans nosliturgies contiennent ces indications *; et moi- même, j'ai cru devoir les insérer dans la formule Lype minimum que je me suis hasardé à composer d'après les divers Pontificaux catho- liques. Ma pensée n'élait point cependant d'exiger comme élément essentiel tel mot en particulier, mais seulement la détermination

1 Voy. Revue Anglo-Romaine, n° 34, 4 juillet 1896. 2 Eludes religieuses, mars et avril 1895. Cf. mon étude De la validité des ordi nations anglicanes, p. 25 et sui 3 Eludes religieuses, juin 1890, p. 183. 4 De la valeur des ordinations anglicanes, p. 40.

Voir ces textes réuni ‘article cité, De la validilé, etc.. p. 46.

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certaine, à tel ordre en particulier, dusens général de la forme com- mune ; et comme la manière la plus naturelle el la plususitée d'obte- nir celle détermination est de faire mention de l'ordre conféré, j'ai introduit dans ma formule les mots : diaconatum, presbyleratum, epis- copalum. Mais en établissant la comparaison de cette prière avec celles de l'Ordinal, je n'ai pas relevé comme nne objection bien grave l'absence des mots de presbytérat et d'épiscopat des prières anglicanes; l'ensemble des rites employés ne laissant aucun doute sur la détermination deces prières à l'ordinalion presbytérale et épiscopale. On pourrait peut-être épiloguer sur la formule romaine que nous a conservée le sacramentaire Léonien, d'où elle a passé dans notre Pontifical ! ; la seule mention de l’ordre Da quæsu- mus, Pater, in hos famulos Luos presbyleri dignitatem »; etil fau- drait peut-être se demander si « presbylerium » esl bien certaine- ment ici le synonyme de « presbyteratus ». Un exemple autrement eoncluantest signalé par M. Lacey dans son Supplementum, p. 20. Il s'agit de la forme d'ordination des diacres d'après les célèbres C'anones Hippolubi; on n'y trouve ni le mot diacre, ni le mot diaconat ; la détermination de la prière est suffisamment acquise, soit par l'allu- sion à saint Etienne, soil par les autres prières etcérémonies, quel- que sommaires qu'elles aient pu être à celte époque reculée, soit même seulement par la volonté et l'intention du Pontife consécra- teur. C'est qu'en effet nous ne pouvons raisonner, pour ces formules dont la rédaction peut varier, et de fait a varié pour ainsi dire à l'infini, comme pour les paroles très précises qui servent àconférer le baptème ou à consacrer l'Eucharistie. Ce que nous devons exiger, c'est une prière, dont le sens et la trame soient partout les mêmes, dontla rédaction etles paroles sont laisséesau soin de l'autorité ecclé- siastique compétente. Par conséquent, nous n'avons pas le droit d'exiger telles paroles plutôt que telles autres, ni telle déter- mination de la prière à l'ordre conféré plutôt que telle autre. Dès lors que l'invocation de Dieu, pour faire descendre sur l'ordinand les grâces spéciales, a pour objet tel ordre el non pas tel autre, peu importe la manière dont la prière a été précisée dans le sens de cet vrdre. Par conséquent, l'on ne peut lirer une objection sérieuse contre les ordres anglicans de ce que les deux prières « Almighty God », employées dans la collation du presbytérat et de l'épiscopat,

nerenferment pas les mols de prêtre et d'évêque ; la détermination de chacune résultant très suffisamment des autres prières et céré- monies.

1 Jo l'ai reproduite intégralement op. c., p. 31. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 675

De ces considérations il résulte que, dans l'opinion que j'expose, la seule manière de juger de la valeur des ordinations anglicanes est de comparer la prière-type, telle qu'elle résulte de l'examen comparé des lilurgies, avec celles de l'Ordinal. Or cette comparaison donne les résultats suivants : Pourchacun des trois ordres, il existe, au commencement de l'or- dination, une prière qui renferme certainement les éléments essen- tiels de la prière consécratoire; pour les diacres, la prière « Omni- potens Deus », aussi complète, aussi explicite, que celle que nous ont conservée les Canones Hippolyli; pour les prètres, une autre prière, « Omnipotens Deus, bonorum omnium dator »; enfin, pour les évêques, une prière conçue à peu près dans les mêmes termes !. Il y a contre leur efficacité sacramentelle une grave objection: elles sont très éloignées de l'imposilion des mains. En second lieu, l'Ordinal, qui prescrit pour chacun des trois ordres l'imposition des mains, n'y joint aucune prière pour les diacres; pour les prêtres, il en contient une qui diffère notablement de la trame ordinaire des prières consécraloires; pour les évêques enfin, une autre où les idées essentielles semblent sauvegardées, et qui serait, par suite, suffisante. Cela étant, on peut se demander : 1° si les prières placées au début desordinations, bien que séparées de l'imposition desmains, ne se- raient pas suflisantes, en vertu de l'union morale qui existerait entre chacune de ces prières et l'imposilion des mains, dans chaque ordi- nation; 9° si, malgré les différences qui existent entre la prière «Almighty God », pour les prètres, el la forme-type, la prière de l'Ordinal ne renferme pas les éléments essentiels de l'invocation pro ordinando; 3°enlin, si l'on ne pourrail pas considérer toutes les prières d'une mème ordination comme un tout, en sorte que la forme serait constituée par toutes les prières. M. Lacey traite sommaire- ment de ces trois questions, el il est intéressant d'apprécier la valeur des solutions qu'il propose. La première considération est d'un maniement très délicat. Y a- Lil union morale entre chacune des trois prières, placées au début de chaque ordination, et l'imposition des mains qui en est séparée par d'assez longues cérémonies, parmi lesquelles l'examen ? Mgr Gas- parri, s'appuyant sur une singulière théorie du cardinal De Lugo, la regarde comme probable, eLM. Lacey enregistre en faveur des ordres anglicans cet argument inespéré ?. Je dois avouer que ni le raison- nement de De Lugo, ni l'appui que semble lui donner la décision de la S. C. du Concile, citée par Mgr Gasparri, ne m'ont convaincu; je

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persiste à croire que l'union morale requise entre ces prières du dé- but de l'ordinationet l'imposition des mains n'existe pas, el par suite, que cette preuve nouvelle de la valeur durite anglican ne lui apporte qu'une insignifiante probabilité. M. Lacey fait remarquer‘ que, dans l'Ordinal en usage depuis 4662, les prières en question sont devenues, pour le diaconat et le presbytérat, la collecte même de la messe; pour l'épiscopat seul la prière est demeurée à la place qu'elle occupait antérieurement. Ceci constitue déjà une sérieuse difficulté. D'abord on peut se demander quelle collecte l'on récite lorsque l'ordination comprend à la fois des diacres el des prêtres; l'une des deux est-elle omise, et laquelle ? Les récite-t-on toutes deux?! y a, de plus, quelque chose de bien étrange à voir la prière essentielle de l'ordination dans la collecte de la messe ; la messe et l'ordination sont deux fonctions liturgiques distinctes, bien que la seconde soit intercalée, d'après tous les pontificaux, au cours de la première. Sans doute, le Pontife, ministre à la fois du sacrifice et de l'ordination, se préoccupe, en offrant le premier, des grâces à obtenir pour ceux qui reçoivent la seconde; mais encore les deux fonctions conservent-elles leurs cérémonies diverses, et l'on ne saurait présumer que le prélat, récilant la collecte, veuille faire l’ordination; il veut dire la messe, bien que ce soit la messe d'ordi nalion. Celte observation n’atteint pas, suivanl ce que j'ai dit plus haut, la collation de l’épiscopat; pour cet ordre d'ailleurs, l'argument que nous considérons a beaucoup moins de portée, puisque la prière réellement unie à l'imposition des mains peut être tenue pour stricte- ment suffisante, Il semblerait vraiment que Dieu, dans sa miséri- corde, ait écarté les plus graves difficultés du problème en ce qui concerne l'ordre pontifical; valide dans l'hypothèse où la forme essentielle consisterait dans Les paroles : « AccipeSpiritum sanctum », il l'est presque aussi certainement dans l'opinion qui exige la prière consécraloire jointe à l'imposition des mains; el même cet argument supplémentaire que nous étudions, quelle qu'en soit d'ailleurs la force probante, continué à lui être applicable après les modifications apportées à l'Ordinal en 1662. Mais serrons le problème de plus près. L'union morale entre ce que les théologiens ont appelé la matière et la forme des sacrements ea opposée à ce qu'on pourrait appelerl'union physique. Cetteunion phy- sique consiste dans la simultanéité, la coexistence de l'une et de l'autre. Ainsi, lorsque le ministre du baplème verse de l'eau sur la tête de l'enfant, en même temps qu'il prononce les paroles, il y a. entre ces deux parties du rite baptismal essentiel, une parfaite simul- tanéité, que j'ai appelée union physique. Si elle n'a pas lieu, si les

1 Lacev, Suppl, p.22. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES AXGLICANS 677

deux parties du rite sont faites successivement, il fautse demander s'il existe encore entreelles uneunion morale, c'est-à-dire, si, d'après la manière ordinaire de juger des choses humaines, les deux actes existent à peu près en même temps. C'est un acle humain que l'on apprécie humainement. Quel intervalle sera nécessaire pour qu'on doive ne plus admettre celte coexistence par à peu près ? Il ne sau- rai y avoir de réponse mathématique, précisément parce qu'il s'agit d'appréciation morale et d'à peu près ; toutefois, la probabilité d'une union morale diminue à mesure que s’augmente l'intervalle ectre les deux actions; au delà d'une certaine limite, le temps d'un Pater, d'après saint Liguori, l'union morale n'existe plus, et le sacrement ainsi conféré est nul. Cependant, on ne saurait appliquer les mêmes raisonnements et les mêmes conclusions à tous les sacrements, lesquels sont de nature très diverse. La simultanéité dont je parlais est requise bien plus sévèrement pour lesuns que pour les autres. Il est clair, parexemple, que les paroles du baptême : « Ego le baplizo », exprimant une action déterminée, accomplie présentement, ne seraient pas unies, même par à peu près, à l'effusion de l'eau qui aurait lieu une ou deux minutes plus lard. Par contre, nous pourrons raisonner bien plus largement pour l'ordre. La prière-forme n'exprime pas néces- sairement l'imposition des mains (bien que dans plusieurs litur- gies l'évêque y fasse allusion); celle-ci a son sens propre et distinct, qui peut exister sans aucune parole; il sera donc permis de voir entre l'une et l'autre une union morale, malgré un intervalle plus considérable. Jusqu'où s'étendra-t-il? Qui saurait le dire « priori? Retenons du moins que les arguments basés sur la similitude entre les sacrements sont très suspecls. Je ne puis dire de l'ordre ce que je dis du baptême; c'est pourquoi je n'accorde aucune valeur aux similitudes que De Lugo tire, en faveur de sa thèse, des sacrements de pénitence el de mariage; ce dernier est un contrat, auquel s'ap- pliquent les lois qui régissent les contrats; quant à la contri bien que produite longtemps avant la confession, elle se mai par des actes extérieurs au moment mème de l'absolution, avec la- quelle ces actes coexistent véritablement, ce qui serait plutôt con- traire à la théorie de De Lugo. Bornons-nous donc au seul sacre- ment de l'ordre. De Lugo, dans le but de concilier toutes les opinions sur les élé- ments essentiels de l'ordination presbytérale, a imaginé une double

matière : l'imposition des mains et la porrection des instruments; mais comme l'imposition des mains sur les prêtres se fail en silence,

il a dûse résigner à voir la forme essentielle dans les paroles qui accompagnent la porrection des instruments. N'osant d'ailleurs ad- meltre une matière même partielle, sans forme, el préoccupé du 678 REVUE ANGLO-ROMAINE

principe qu'il doit exister une certaine union entre l'une et l'autre, s'est vu contraint d'imaginer une union morale entre celte impo- sition des mains, faite en silence, et les paroles qui accompagnent la porrection du calice et de la patène. Cette explication n'a pas lien pour le diaconat et l'épiscopat, pour lesquels l'imposition des mains est accompagnée de paroles. Une fois en possession de cette idée, il accumule les arguments pour la prouver, même ceux qui ne valent rien. En somme, pour lui, loute l'ordination est une seule action morale, c'est-à-dire ininterrompue et lendant tout entière à une même fin; et dans l'unité de celle action lous les éléments essen- tiels sont moralement unis. Tout cela est si évidemment échafaudé pour les besoins de la cause que la défiance s'impose d'elle-même. Sans doule, on pourrait se contenter de dire que le système de De Lugo est théologiquement inexacl, et par suite que la théorie qu'il a imaginée pour le soutenir tombe avec lui; mais cela ne saurait suffire. Le principe lui-même esl allaquable. Est-ce que toute la cérémonie baplismale n'est pas une action morale, et la messe? Mais je remarque que le savant cardinal exige très sévèrement, avec le Pontifical, la simultanéité de la matière et de la forme, quand il s'agit de la porrection des instruments. EL cependant. si l'ordinand touchait le calice et la patène au commencement de l'ordination, tandis que les paroles : « Accipe polestatem, ele. » ne lui seraient adressées qu'à la fin, ou encore, si ces paroles lui étaient dites en même temps que l'évêque lui impose les mains, faisant ainsi l'acte qui est la matière partielle, d'après De Lugo, nilui, ni aucun théo- logien partisan de son système n'admettrait la valeur de l'ordina- tion. El cependant, dans l'un et l'autre cas, lous les éléments re- quis se trouveraient dans l'unité de ce qu'il appelle la même action morale. Avec des raisonnements 4 prisri, on peut arriver à lout prouver.

 La décision de     la S. C. du Concile rapportée par Benoit XIV!

ne me parail pas ajouter une sérieuse probabilité à l'opinion du car- dinal De Lugo, ou du moins à la prétendue union morale entrel'im- position des mains et les paroles qui accompagnent la porrection des instruments. Il s'agissait d'un jeune homme qui avait reçu les impo- sitions des mains avec les prières qui les accompagnent, mais ne s'était pas présenté à la porrection des instruments. La Congréga- tion fil renouveler l'ordination tout enlière : « Quia autem, dit Be- noit XIV, nonnulli non infimi theologi dixerunt impositionem ma- auum, præambulam porrectioni instrumentorum, simul cum hac in unam coalescere maleriam.... idcirco S. Congregatio, scile animad- vertens præviam illam manuum impositionem jamdiu antea perac-

 1. De Synodo, 1. VII, c. x, ap. flevue Anglo-romaine, p. 547.

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES URDRES ANGLICANS 678

tam non posse moraliter copjungi cum tradilione instrumentorum quæ posimodum fieret, ut etiam hujus opinionis in re lanli mo- menti frationem afiguam haberet, Lotam ordinalionem sub conditione ilerandam præcepit. » Nous sommes en présence d'une décision pratique, où la Congrégalionest dans l'obligation stricte d'être tutio- risle et de tenir comple de toutes les opinions extrinsèquement pro- bables; il n'en résulte pas, en faveur de l’une quelconque de ces opi- nions une probabilité intrinsèque, sans quoi il faudrait dire que toutes sont intrinsèquement probables, ce qui est inadmissible, De plus, Le décision de la Congrégation s'explique si l'imposition des mains el la porrection des instruments forment une seule matière totale, quelle que soit la forme; c'est même le sens premier des pa- roles de Benoît XIV ; mais de ce que deux rites distincts, que l'on suppose matière unique, sont moralement unis parce qu'ils se font dans la même ordinalion, on ne peut nécessairement conclure à l'union morale entre une matière el sa forme, dans les mêmes constances ou des circonstances différentes. Car aucun principe théologique ne requiert la simullanéité de deux riles qui servent de matière, landis que la coexistence de la matière avec sa forme est régulièrement requise.

Mais quoi donc? Après avoir dit quela question ne saurait être tranchée par des raisonnements « prieri, allons-nous en échafauder à notre tour? Non; il existe une solution pralique, que nous fournira l'étude des liturgies en usage dans l'Église, comme elle nous a fourni la forme Lype de la prière consécratoire. On me permettra de ne pas allonger ces pages par de nombreuses cilations; mais un simple coup d'œil jeté sur les rites d'ordination du Pontifical et des lilur- gies orientales réunies par Denzinger, suffira pour conclure. Les riles orientaux rédigés pour l'ordination d'un seul candidat, pres- crivent à l'évêque de tenir les mains ou la main droite sur la tête de l'ordinand pendant loute la prière consécratoire; les autres rites, comme le pontifical, qui supposent régulièrement l'ordination de plusieurs candidats à la fois, placent l'imposition des mains en con- nexion étroite avec le canon consécraloire. El il ne faut pas voir une interruption notable dans la prière de trois lignes que le Pape réci n des mains et le canon dans l'ancien Pontifical ro- n !. Je raisonne donc ici comme je l'ai fait pour déterminer les idées essentielles de la prière-forme; je n'ose dire ce que l'Église je constate ce qu'elle fait, et je conclus qu'une sépa- pourrait faire; ration aussi notable que celle qui existe dans l'Ordinal entre les prières du début et l'imposition des mains est en opposition avec la pratique commune des liturgies; dans ces conditions, y at-il néan-

1 Ducesne, Origine du culle chrétien, p. 382 680 REVUE ANGLO-ROMAINE moins entre elles union morale? Je ne dirai pas que c'est impossible à priori; mais les textes m'obligent à répondre que non. En résumé, bien que les prières placées au début des ordinations anglicanes (et dont deux sont devenues des collectes depuis 466%), soient de nature à pouvoir servir de prières consécratoires, l'inter- alle qui les sépare de l'imposition des mains est trop considérable pour qu'elles soient moralement unies avec celle dernière; par conséquent, on ne peut leur attribuer une efficacité sacramentelle.

La seconde question soulevée par M. Lacey est relative à la prière « Almighty God », pour l'ordination des prêtres dans l'Ordinal. Il est certain que, si les probabilités sont accumulées en faveur de l'épis- copat anglican, elles sont accumulées aussi contre le presbytéral. Car, sauf l'hypothèse où une formule impérative el en particulier les paroles « Accipe Spiritum sanctum », suffisent à conférer cet ordre, la valeur du presbytérat anglican est fort problématique. ]l est nul si la porrection des instruments est nécessaire, ce que d'ailleurs je n'admels pas; je crains bien qu'il soit nul encore si la forme requise est la prière rédigée suivant les données communes que four- nissent les liturgies reçues par l'Église. L'idée essentielle, on le sait, est l'invocation de la grâce divine pour le candidat, en tant qu'appel à tel ordre déterminé. Qu'on me permette de rappeler la formule à laquelle je me suis arrêté: « Deus qui, respice propitius super hunc famulum tuum quem ad diaconatum (respective : presbyleratun vel episcopatum se summum sacerdotium) vocare dignatus es; da ei gratiam Luam ut munera hujus ordinis digne et utiliter adimplere valeal. » Je fais remarquer encore que les mots ne sont pas néces- saires; les idées seules le sont, de quelque manière qu'elles soient exprimées. Nous pourrions prendre aussi le début de la prière pour la consécration des diacres, d'après les Canones Hippolyli, on aura l'avantage de baser la comparaison sur une formule réellement employée. «O Deus, Pater Domini nostri Jesu Christ, rogamus Te enixe, ut effundas Spiritum tuum Sanctum super servum tuum N. eumque præpares cum illis qui libi serviunt secundum tuum bene- placitum sicut Slephanus... » Or, en comparant ces formules avec la prière de l'Ordinal pour les prêtres, j'ai dû constater que celle-ci ne contient pas l'invocation de la grâce divine sur l'ordinand comme lel; on se contente de rendre grâces à Dieu el de lui demander que partout, et en particulier dans les assemblées de fidèles dont le futur prêtre aura la charge, on continue à lui rendre ces mêmes actions de grâce’. C'est, à mon

2 Voir le texte complet dans la Hierarchia, ou dans Lacey, Suppl. p. 40. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 681

avis, la grosse objection contre la valeur du presbytérat anglican. Ce n'est pas là notre prière essentielle, ni le type qui se retrouve dans toutes les liturgies. M. Lacey, en supprimant certains passages afin d'isoler les autres et de mieux les faire ressorlir, croit cependant trouver dans la prière « Almighty God » cette invocation essentielle pro ordinando. Voici le texte qu'il donne : «.... Suppliciterrogantes per eumdem Filium tuum ul omnibus.. tribuas.... in cognitione et fide lui et Filii tui per Spiritum sanclum quotidie crescere el proficere; adeo ut... per hos ministros luos.. sanctum nomen luum in æter- num glorificetur et amplificetur benedictum regnum tuum. » Peut- être pourrait-on critiquer le procédé; la lecture de la prière en entier laisse une impression bien moins favorable, Quoi qu'il en soit, j'observe que les ordinands ne sont à aucua moment l'objet direct de la prière; el sauf la mention: « {am per hos famulos tuos quam per... », il ne serail aucunement question d'eux ni de grâces pour eux. Je ne prélends certes pas imposer ma manière de voir; chacun peut faire pour son propre comple la comparaison; pour moi, j'en trouve le résultat trop clair, et je ne puis me résoudre à voir dans celte prière l'équivalent du canon consécraloire.

Je serai bref sur l'hypothèse émise par M. Lacey dans son Supple- mentum, n° 46. 11 faudrait voir la forme de l'ordination, non dans telle ou telle prière, mais dans Lout l'ensemble du rite. Il est certain que Notre-Seigneur n'a pas déterminé spécifiquement les prières de l'ordination ; les apôtres, et après eux, les évêques, ont rédigé et employé diverses prières; souvent il y en a plusieurs dans le même rite. Or, ces évêques des premiers siècles ne connaissaient pas, ne prévoyaient pas les théories de la matière et de la forme; comment savoir alors qu'ils ont déterminé telle prière, plutôt que telle autre, pour la collation de l'ordre? Si donc il y a, dans le même rite, pl sieurs prières, se rapportant loutes à l'ordination, qu'est-ce qi empêche de reconnaitre à loutes et à chacune la même efficacité? Que si une seule sufit, avec l'imposition des mains, pour conférer l'ordre, la validité de l'ordination sera bien plus assurée encore, si on en emploie plusieurs. Or il ÿ a, dans le rite anglican, plusieurs de ces prières : les deux que nous avons mentionnées, l'invocation dans les litanies, une bénédiction, l'invocation du Saint Esprit par l'hymne Veni Creator, ete. N'y a-t-il pas dans l'ensemble une forme suM- sante? J'ai peine à croire que l'auteur ait pris lui-même celte hypothèse bien au sérieux. Elle esl réfutée d'avance parce qu'il reconnait 682 REVUE ANGLO-ROMAINE comme la loi imposée par Notre-Seigneur aux apôtres et à leur successeurs, à savoir de faire les ordinalions par l'imposition des mains avec la prière. Mais il n'élail pas nécessaire de connaitre ni de prévoir la théorie de la matière et de la forme pour distinguer entre les éléments essentiels de l'ordination, telle qu'elle se faisait de tradition apostolique et les riles surajoutés et accessoires. D leurs il n'y eut pas d'abord de si nombreuses additions, el encore au 1° siècle, à Rome, je ne connais aucune cérémonie accessoire surajoulée à l'imposition des mains et au canon consécraloire. Ilest exact que l'on trouve réunies dans une même liturgie plusieurs prières, dont chacune serai suflisante pour l'ordination ; et dans ce sens « quod abundat non viliat »; et l'une au moins est jointeà l'imposition des mains; mais si aucune de ces prières ne se lrouve dans les conditions exigées par l'antique règle, la multiplication des rites accessoires ne saurait assurer l'efficacité de l'ensemble. Il fau- drait reprendre ici loute la discussion relative aux rites essentielel nécessaires de l'ordination; la chose est faite ailleurs, et je me &i- pense d'y revenir. Mieux vaut rechercher quelle opinion avaient des ordres anglicans le légat Pole et le pape Paul IV.

     (4 suivre.)


                                             A. Boupixuo!

CHRONIQUE

L'Encyclique et la Presse. — On trouvera plus loin quel- ques appréciations de journaux français et anglais. Nous avons natu- rellement fait très large part à la presse anglaise. En Angleterre, la première impression n'a pas élé bonne. Il es vrai qu'elle avait pour cause moins le document en lui-même que les circonstances qui en ont marqué l'apparition dans le Zimes. Aujour- d'hui, les journaux religieux anglicans, en particulier, reviennent à des appréciations plus justes. On se rend compte, comme nousl'avons dit dès le premier jour, qu'il n'y a pas d'obstacle nouveau aux pen sées et aux espérances de réunion. Les difficultés sont connues ; eHes ne sont ni augmentées ni diminuées par l'Encyclique Satis cognitum. Ceux qui, en Angleterre comme en France, se sont dévoués à l'œuvre de l'union n'en sont nullement surpris. Le digne archevêque d'York a prononcé une allocution qui se res- sent, elle aussi, de la première impression. Nous la reproduisons plus loin. Nos lecteurs y trouveront la droiture et la piété qu'ils ont pu apprécier dans les précédents discours de l'illustre orateur. Mais ils constateront aussi que ces paroles attestent la persistance de profonds dissentiments et de graves malentendus sur plusieurs points de doc- trine et en particulier sur la nature et l'étendue des prérogatives du Pape. Au sujet d'un reproche que nous adressent souvent les anglicans et que l'archevêque d'York rappelle, nous croyons utile de citer la réponse qu'y a faile, il y a longlemps, le cardinal Wiseman :

Nous devons done, nous autres, aller au-devant de ceux qui viennent vers nous, même quand ils se plaignent de dévotions ou de pratiques ap- prouvées ou tolérées pour les pays cathotiques. Est-ce que nous devrions agir ainsi, quand même nous ne voudrions pas proposer ces dévotions aux pauvres et auxignorants? Je pose cette question parce que dans beaucoup d'écrits on a paru vou- loir conclure que nous ne blâmons pas assez nos frères étrangers. Sans vouloir parler de moi, ce Llâme, je puis le dire, m'a frappé personuelle- ment, et on m'a témoigné du regret, en public et en particulier, de me voir essayer, par exemple, d'expliqueret défendre certaines phrases qui se rapportent à des dévotions populaires. À cela je réponds : En défendant ces phrases je me suis borné à dire que, malgré leur exagération, ellex sont susceptibles d'une interprétation orthodoxe, catholique et pieuse. Jamais, à ma connaissance, je n'ai soutenu que de telles phrases soient convenables ou utiles, surtout au point de vue de l'impression produite sur les autres. Il n'y a rien là d'illogique. Je puis soutenir fermemeut que 684 REVUE ANGLO-ROMAINE des marques de respect données à une image sainte ne constituent pas une idolâtrie, et je puis en même temps désirer qu'on ne les donne pas dans certaines circonstances, si elles doivent être cause de malentendus. Quand il s'agit de phrases interprétées, ceux qui posent ouvertement le prcipe que pour l'interprétation de leurs articles, il faut lout d'abord admeure que leur enseignement est catholique, et puis tourmenter les mots jusqu'à ce qu'on les mette en accord avec cet enseignement, ne peuvent certes pas nous refuser le droit de faire concorder nos formules de dévotion avec nos formules de croyance et d'expliquer les phrases de l'Encyclique du Pape d'après les décisions de son propre Siège. En me fondant sur ce principe, je réponds : On ne doit pas nous de- mander de nous unir aux condamnations dirigées contre certaines pre- tiques — j'entends les pratiques approuvées — qui nous paraissent être compatibles avec la saine doctrine. Nous devons employer tous nos eforts à nous expliquer, nous devons insister sur le point de vue le plus faxo- rable, nous devons interpréter les pratiques par nos actes et par nos sen- timents. Tout ce que l'Église a approuvé ou évidemment toléré peut étre expliqué en raison; j'en suis sûr comme tout catholique doit l'être.

S'il s'agit au contraire d'un cas individuel, ou bien de quelques pra- tiques locales mauvaises, ou de qui découle de la corruption et de la faiblesse humaines, avouons cette cause de douleur ou de honte; mais notre aveu ne doit pas ressembler cependant à une mise en accus tion que la communion des saints ici-bas se réalise dans les dou- leurs, dans la confusion et la pénitence aussi bien que dans de joyeux témoignages de sympathies. Aidons-nous mutuellement à porter nos fardeaux, mais sans. mesurer avec trop de soin ce que doivent porter les autres. En refusant de nous unir à une condamnation quelconque vis-à-vis de Rome, nous ne voulons pas prétendre que ce saint territoire soit exempt de toute tentation bu- maine, de tout péché ou de tout crime. Nous avons, les uns et les autres, entendu trop souvent tonner contre les vices de la société ou desindividus par l'éloquence élevée de la chaire romaine, pour songer à cela. Cependant pourquoi se faire l'accusateur ou le censeur de sa propre mère, elle si aimée et à qui nous devons tant? Pourquoi ne pas laisser à Dieu le soin de juger les mauvais qui s'y trouvent et ne pas se tourner au contraire vers les nombreux exemples d'abnégation, de zêle. de_eharité, de haute piété qu'on ne trouve pas ailleurs avec tant de perfection? Que ceux qui veulent juger, se jugent d'abord eux-mêmes et examinent leurs voisins avec affec- tion et charité. il s'agit de nous, catholiques anglais, pleurons noire lächeté à remplir nos devoirs, notre froideur dans les œuvres de zèle. Et nous, prêtres anglais, déplorons notre manque d'esprit ecclésiastique et de formation sacerdotale, qui, dans les autres pays, perfectionne le minis- tère, pénètre les actes et les habitudes les plus ordinaires du prêtre. De leur côté, que nos amis anglicans songent, ainsi qu'il parait juste, aux maux de leur propre condition tant parmi les laïques que parmi les ecclé- Siastiques. Nous ne pénétrerons pas chez eux, mais nous leur demandons de se restreindre dans l'ofice présomptueux de juge et de censeur de l'Église apostolique et de permettre que nous nous en abstenions complè- tement, Plus tard, lorsque la Providence nous aura réunis, nous pourrons alors mêler nos lirmes dansun deuil commun. Nous aurons dles douleurs de famille. IL se produira des révélations domestiques qui soulèveront ane répulsion générale. On découvrira peut-être des faiblesses dont tous les catholiques devront s'occuper avec sympathie, Quand après une querelle CHRONIQUE 685

frères et sœurs s'embrassent en signe de réconciliation, chacun désire puter le plus de torts possible et diminuer ceux des autres. Du moins, nous serons tous contents d'oublier que nous avons été divisés et pour- quoi nous l'avons ét J'ai dit plus haut, en passant, ce que nous devions faire tout d'abord. 11 faut nous employer le plus possible à donner les explications et à les donuer avec bonne grâce et bonne volonté. Nous devons expliquer les malentendus au sujet de nos doctrines, montrer le point exact où on les confond avec des pratiques simplement permiseset comment elles peuvent être une source d'abus. Le plus tôt que l'on pourra arriver à un accord clair et net sur ces matières, soit pardes conférences personnelles, soit par correspondance, mieux ce sera. Il existe, j'en suis sûr, en ce moment, dans les exprits d'hommes sérieux mélés au nouveau mouvement, de graves méprises sur ce point et, à mon avis, elles seraient écartées par des rela- tions plus directes et plus amicales dirigées dans ce sens.

Un discours de Sa Grâce l'Archevêque d'York. — A une réunion synodale du clergé du diocèse tenue dans le monas- tère, l'archevêque d'York a prononcé un important discours dont le Standard publie les passages suivants : « En vous parlant de l'Église, de sa mission, de ses devoirs, de ses besoins, vous ne serez pas surpris si, avant de lerminer, je réponds en quelques mots à une lelire — une nouvelle letre — du chef de l'Église romaine, publiée il y a quelques jours et adressée apparem- ment à loute la chrélienté. Personne ne peut manquer d'y recon= naître ce cœur el ce courage jamais abattus qui caractérisent l'émi- nentauteur de cette lettre; mais, loutefois, il est impossible, pour des ecclésiasliques anglais, de ne pas voir quel mélange on y trouve de principes universellement admis el de revendications qui doivent être repoussées. Nous aussi croyons lrès sincèrement à l'unité de l'Église. Nous aussi pouvons partager ce vœu ardent du Pape de voir, quand il plaira à Dieu, cetle unité latente se manifester en une union plus visible. Si une fin si heureuse pouvail être atteinte sans aucun sacrifice de vérilé et sans aucune acceptation d'erreur, les propres paroles de notre Maitre nous rendraient inexcusables de ne pas faire une place dans nos cœurs el dans nos prières à un lel désir; mais, lorsque celle union nous est représentée comme une union non seulement des uns avec les autres, mais avec Pierre, et qui plus est, avec les successeurs de Pierre, ou, en d'autres termes, comme une soumission sans réserves au Pontife romain, nous sommes tenus de

1 Ainsi pensait le profond et pieux Mohler. Nul catholique, selon lui, ne peut refuser d'admettre humblement les corruptions du passé, dont l'existonce mémo x:

du Protestantisme ost la preuve évivente : car celui-ci n'aurait pas pu naître si elles n'avaient pas existé. Puis il arrive à cette conclusion : « Apprenez onc, une fois, 6 Protestants, à mesurer la grandeur de vos propres égarements. Voilà le terrain sur lequel les deux Eglises se rencontreront un jour el se donneront La main. Dans le sentiment de nos fautes communes nous dèvons nous écrier, et les uns el les autres : Nous avons tous manqué, PEglise seule ne peut faillir : n avons tous péché, Eglise seule est pure de toute souillure. » (Symbolique, tome II, à xxxv), 686 REVUE ANGLO-RONAINE

laisser de côté des revendications si absolument injustifiées per l'Écriture ou le consentement de l'Église universelle. D'ici que nous ne puissions, per impossibile, être convaincus que saint Pierre lui-même occupa celle position, fut effectivement investi de celte autorité suprême, et surtout que ces prérogatives furent transmises à ses successeurs dans sa charge — quelle qu'ait pu être cette charge — d'ici qu'il ne nous ait été prouvé que les évêques de Rome possèdent et ont toujours possédé ces prérogatives en vertu d'un acte distinct de Notre-Seigneur lui-même, il est impossible que, sous aucune condition, nous puissions reconnaître de semblables prétentions on nous soumettre à celte obédience. Il ne peut y avoir qu'une seule réponse à de telles revendications. EL notre difficulté n'est pas moindre en ce qui regarde l'unité de la Foi. « Si la Foi est celle qui fut une fois pour toutes impartie et accordée aux saints, la Foi contenue dans les Saintes Écritures et dans les Credos de l'Église avant ses divisions, nous ne faisons qu'un dès main- tenant avec l'Église de Rome et les Églises d'Orient. Mais si, par Foi, l'on entend les développements doctrinaux accumulés depuis des siècles ou les décisions de Conciles en aucune manière æcuméniques où les déclarations personnelles de Papes nullement infaillibles; si cette foi doit comprendre à l'égard de la Mère toujours vénérée de Notre-Seigneur un culte tel que celui que l'on trouve dans des manuels de dévotion sanctionnés et recommandés par les autorilés de l'Église romaine; si cette Foi doit comprendre la doctrine des indulgences, quelque sigaificalion qu'elle puisse avoir dans la pra- tique, ou bien cette doctrine romaine du Purgatoire que notre Église condamne comme faussement 'substituée à la vérilable notion de l'état intermédiaire : —alors, dans ces conditions, par loyauté à notre Maitre, nous ne saurions nous imposer ce joug ou donner notre assen- timent à ce que notre Église a caractérisé à bon droit comme des choses vaines et vainement inventées qui répugnent àla parole de Dieu. Le Pape ne sera pas surpris el encore moins pourra-il fenser si, sur des points d'une si vitale importance, nous parlons avec le même courage et la même loyauté dont il a lui-même donné l'exemple, Assurément il nous est difficile de comprendre comment des hommes éminents parl'intelligence et la vertu peuvent professer de telles doctrines et accepter de iels usages. Mais il faut grande- iment excuser ceux qui ont recu ces croyances en héritage pendant une longue suite de siècles el qui les ont Loujours eues familièresà l'esprit depuis le berceau. Nous pouvons en toute humilité avoir con liance que des choses meilleures sont en réserve pour une Église qui a vceupé une position si prééminente dans l'histoire de la chrélieaté el qui a lant fait pour porter le verbe de Dieu jusqu'aux extrémités de la Terre. CHRONIQUE 687

« L'appel fait à l'histoire, avec son influence loujours plus con- sidérable sur l'esprit humain ,l'étude de la Sainte Écriture si forte- ment encouragée par le Pape actuel, l'intérèl toujours croissant que les laïques aussi bien que les prètres portent à la science de la théo- logie, la propagation générale de l'instruction, le développement de l'éducation religieuse : autant de promesses et de sources d'espé- rance pour la prospérité de l'Église du Christ dans loutes ses branches et pour la réalisation progressive de l'union en un seul troupeau de Lous les enfants de Dieu, Dans une telle espérance nous pouvons de tout cœtr unir nos prières à celles du Pape et de son peuple pour la réunion finale de la Chrétienté. Nous avons le droit de croire que ces prières ne seront pas adressées en vain. Par des moyensauxquels nous nous attendons peu et dans des conditions que le Pape comme nous peut considérer comme impossibles, la divine Providence nous accordera peut-être la réalisation de nos communs vœux et prières. Les paroles de Notre-Seigneur n'ont pas perdu leur érité et leur pouvoir: « Les choses qui sont impossibles aux hommes sont possibles à Dieu. » C'est à celle fin que nous devons prier avec ardeur et dévotion. <Ilne sera peut-être pas inutile de considérer pour uu instant dans quel état en sont actuellement les choses. C'est le plus vaindes racontars des journaux que de dire que certaines assertions ont été faites au siège de Rome de la part de l'Église d'Angleterre. Quelles qu'aient été ces ouvertures, il nous en est venu de Rome ces jours derniers sous la forme de lettres encycliques, lettres dictées par un sentiment avec lequel tous peuvent sympathiser et écriles dans un esprit que tous doivent admirer, mais remplies de conditions impos- sibles à accepter pour ceux qui ont le bonheur de posséder la liberté spirituelle et qui ont été élevés loin de l'erreur dans la claire lumière et la connaissance de la vérité! « Il y a quelque chose de presque pathétique à voir ee vénérable Prélat, au déclin de la vie, adressant de Lemps à autre ces touchants appels à l'Orient et à l'Occident pour ne rencontrer que des refus ou un silence significatif. « Etil n'est pas vrai davantage qu'aucune requêteait été adressée au Pape de la part de l'Église d'Angleterre, en vue d'obtenir la reconnaissance de notre propre position dans l'Église. du Christ. L'enquête qui se poursuit actuellement sur la question des ordres anglicans a son premier point de départ dans les écrits des catho- liques romains eux-mêmes. De notre part il n'ya pas, el il n'ya jamais eu l'ombre d'un doute touchant nos ordres, de même que nous ne saurions être ni pires ni meilleurs quelle que puisse être la décision de l'Église romaine. Il est vrai qu'elle peut grandement affecter la cause de la réunion chrétienne; mais c'est cela ct cela seu- 688 REVUE ANGLO-ROMAINE lement qui donne à la question son intérêt et son importance. «Il y a une profonde reconnaissance à avoir pour ce qui a déjà élé accompli grâce à la bonté de Dieu. L'échange amical des idées, les conférences pacifiques entre des hommes savants el dévoués de part et d'autre ne sauraient ne pas porter leurs bénédictions et cerlai- nemeül elles n'auront pas manqué d'être une source de félicité. Mais les résultats sont entre les mains de Dieu, el nous devons nous en remettre à sa volonté, tandis qu'en attendant nous devons mettre notre maison en ordre, corriger nos propres erreurs, suppléer ce qui nous manque el nous ordonner à la prière. C'est notre obligation première et notre devoir le plus urgent. Ce sera notre meilleure préparation, quels que soient les bienfaits que la Providence divine ait voulu nous réserver. »

Revue de la presse.— Voici la suite des appréciations aux- quelles a donné lieu, dans la presse française et étrangère l'Encyel ue de S. S. Léon XII sur l'Unité de l'Eglise, que nous avons publiée ns notre numéro du 4 juillet. L'Univers. Le contraste pourrait-il être plus grand qu'il n'est entre la société laïcisée et la société religieuse? On n'imagine guère des différences plus aceusées que celles que l'Encyclique fait apparaître. D'un côté, l'incertitude, le désordre, l'angoisse; de l'autre, l'har- monie vaste et profonde, la lumière, l'espérance invincible. Ecoutez les bruits qui sortent des assemblées politiques, des aca- démies, des écoles célèbres, de Lous les lieux où se rencontrent les hommes affranchis de la loi divine; bruits des salons et de la rue: c'est le conflit de tous les scepticismes. Les quelques mots qui se dis- linguent à Lravers le tumulte sont vagues et douteux. L'élite et hi foule se persuadent que la morale pourrait bien n'avoir qu'une valeur de circonstance. Les philosophes se demandent si la con- science et la raison ne sont pas des fantômes mystificaleurs. Les psychologues réduisent tout à la sensation. Eparpillement des idées. secouées par des tourbillons capricieux! En face de ce chaos frénélique, la Papauté déploie l'enseignement qui embrasse la série des réalités et des nolions. Elle montre les liens qui établissent toute chose dans l'ordre et dans la hiérarchie. Elle révèle la signification de ce qui existe et de ce qui se passe. Ces Lettres qui se succèdent à de courts intervalles sont Le déve- loppement majestueux de la pensée la plus vaste, la plus féconde, la plus harmonique. Nature el destinée de l'homme, lois et fonctionnement des sociétés, toutes les vérités fondamentales que le public laïcisé avoue ne plus connaître, Léon XIII les a expliquées sans relâche, avec une puis- sance et une aisance qui font l'étonnement du monde. Aujourd'hui le Souverain Pontife expose l'un des caractères essen- tiels de la seule autorité qui marche vers un bul connu et assuré. CHRONIQUE 689

L'Eglise est une. Telle elle fut, telle elle sera toujours, grâce au pouvoir incomparable dont son chef a reçu le privilège. Les témoins de cette tradition vivante se lèvent à la voix qui les appelle Apôtres, saint Jean Chrysostôme, saint Augustin, saint Clément, ss Cyprien, saint Thomas, saint Jérôme, saint Cyrille, Origène, saint Ambroise, saint Léon le Grand, saint Basile, saint Grégoire le Grand, saint Oplat de Milève, saint Irénée, saint Bernard, les Pères des con- s déposent, unanimes à travers le temps et les révolulions, en faveur de l'autorité qui affirme ses droits. « Chef de l'assemblée des « disciples; prince des sainls apôtres; coryphée du chœur aposto- « lique; bouche do tous les apôtres; chef de cette famille; celui qui «commande au monde entier; le premier parmi les apôtres; la « colonne de l'Eglise », ainsi sont salués continuellement Pierre el les successeurs de Pierre. Tous ces litres ne constituent pas seulement l'hommage de la véné- ration séculaire: Ils expriment surtout la croyance qui remplit l'Eglise. Croyance véritable, croyance nécessaire. Etant à la fois spirituelle et visible, l'Eglise est «un corps vivant ». Il n'y a pas de corps sans unité; et le lien de l'unité réside dans le chef. En présence de la division des Eglises, on a cru parfois que le Saint-Siège prétendait usurper et confondre tous les pouvoirs. Erreur capitale, que Léon XIII réfute en montrant la subordination qui réa- lise l'ordre complet : « De même quel'autorité de Pierre esl nécessairement permanente «et perpétuelle dans le Pontife romain, ainsi les évêques, en leur u qualité de successeurs des apôtres, sont les héritiers du pouvoir « ordinaire des apôtres, de lelle sorte que l'ordre épiscopal fait « nécessairement partie de la constitution intime de l'Eglise. Et « quoique l'autorité des évêques ne soit ni pleine, ni universelle, ni « souveraine, on ne doit pas cependant les regarder comme de « simples vicaires des Pontifes romains, car ils possèdent une autorité « qui leur est propre, et ils portent en loute vérité le nom de prélats « ordinaires des peuples qu'ils gouvernent. » En quelques lignes, d'une netteté merveilleuse, Léon XIII résume la distinction qui demeure entre les deux autorités unies : « Rim n'a été conféré aur apôtres indépendamment de Pierre ; plusieurs « choses ont été conférées à Pierre isolément el indépendamment des apôtres. » Ces déclarations visent de vieilles erreurs qui subsistent de divers côtés else sont manifeslées, récemment encore, par exemple dans une lettre du patriarche de Constantinople. Certaines personnes avaient supposé que l'Encyclique tracerait le plan à suivre pour la réunion des Eglises. D'autres, moins innocem- ment sans doule, affectent de dire que le document pontifical, n'admeltant aucune concession el ne proposant aucun arrangement, condamne les espérances éveillées depuis quelques années. Ainsi a fait le Times. : Le grand journal s'est toujours montré hostile aux efforts des REVUE ANGLO-ROMAINE, — 7. 11. — 48 690 REVUE ANGLO-ROMALNE anglicans qui souhaitent le rétablissement de l'unité. 11 prétend trouver dans les déclarations pontificales elles-mêmes la justification de son attitude. Comment done? Parce que l'Encyclique nouvelle n'ajoute rien au contenu essentiel de la lettre Ad Anglos. Le quoi manquait donc celle-ci? Elle ne disait pas un mot permetlant de croire que « Rome voulait ou pouvait traiter la question de la « réunion en forme de négociation ou de compromis. n Ce grief est vraiment trop peu sérieux. Le Times d'ailleurs se défend de le prendre à son compte. Mais il croit pouvoir s'en servir loul de même pour prouver que ses frères anglais (et sans doute aussi les chrétiens orientaux séparés) n'ont pas le droit raisonnablement de se préoccuper de l'union des Eglises : un rêve deux fois chimérique. Le Pape devant, aujourd'hui comme plus tard et comme jadis, maintenir l'intégralité de ses droits souverains; et le prolestandirme ayant exercé sur « le développement moral, politique et intellectuel « de l'Angleterre » une influence qui « ne sera jamais effacée,» la rupture est définitive, est irrémédiable. Cest la conclusion du Times. On voit qu'il n'est pas embarrassé pour résoudre les plus graves problèmes. Cependant, certain mot qu'il emploie à plusieurs reprises dénote un souci et même une arrière-pensée. Il & soin d'englober les anglicans parmi les protestants. Cette confusion volontaire ne lui est pas permise. Il sait bien que les hommes éminents qui, en Angle- terre, favorisentl'œuvre de l'union, repoussent absolument l'idée et l'appellation du protestantisme. Cette louable fermeté indique que le dissentiment entre les anglicans el Rome est loin d'être aussi radical que le Times l'assure. Nous en avons une autre preuve toute récente et très significative. Le journal le plus considérable de l'Eglise anglicane, le Guardian, en annonçant, dans son dernier numéro, un résumé de l'Encyclique, constale que les espérances entretenues depuis quelques années n'ont subi aucun échec. Voici les paroles du Guardian : « L'Encyclique De unitate, dont nous ne possédons jusqu'à présent « qu'un résumé, ne causer ni surprite, ni découragement à ceux qui attendent patiemment la réunion des chrétiens. «

« Ils n'ont pas vécu dans le paradis chimérique où l'archidiacre « de Londres et ses amis se sont pluà les placer. Ils ne se sont pas « imaginé que les plaies de l'Église puissent être guéries en autant « de mois qu'elles ont duré de siècles. De même ils n'ont pas pensé que des différences si profondes et si prolongées que celles qui séparent l'Orient de l'Occident puissent être écarlées en un « moment; ni que les barrières qui forment une séparation entre « l'Angleterre et Rome tomberont comme les murailles de Jéricho, « au premier son de la trompette. C'est pourquoi ils ne demandent « pas la compassion, soit amicale, soit ironique, qu'on leur témoi- « gnera de divers côtés. La découverte que Léon XIII a foi dans la « Papauté n'est pas pour eux un sujet de surprise. « Les obstacles à la réunion sont de deux espèces — moraux et CHRONIQUE 691

« intellectuels. Si jamais on les écarte, ce sera en procédant suivant « cet ordre. Avant que les véritables et graves motifs qui empêchent « les chréliens de s'unir en un corps puissent être abordés avec un « réel espoir d'aboutir, il faut que celte unilé soit vraiment désirée. « Faire naître ce désir, Lelle est l'œuvre de la génération présente. « L'œuvre de la suivante sera peut-être de créer l'accord entre les « esprits. Si la nouvelle Encyclique ne facilite en rien cet accord, du « moins, elle ne le recule pas davantage. » Et après, il cite cet extrait d'un discours prononcé, il y a peu de temps, par le docteur Sanday, professeur de théologie à Oxford, sermon sur la réunion, prêché devant l'Université et à propos de la première Lettre de Léon XIII : « Je ne crois pas que l'histoire nous présente une occasion sem- blable. Jamais de telles démarches n'ont été reçues de part et d'autre d'une manière plus noble ou dans un esprit plus chré- tien... Tout en voyant ce beau spectacle, offrons nos plus ferventes prières pour que le ton qui a été donné ne change pas, pour queles Az

« conférences qui s'établiront sans doute entre les Églises gardent la méme note et que nous-mêmes, individuellement, nous évitions autant que possible toute action de nature à créer une dissonance. an

« Si ces prières sont exaucées, il me semble secondaire de savoir siles efforts qui se font auront plus ou moins de succès évident. Pour moi, je n'atlends pas voir de tels résullats visibles avant que bien des années se soient écoulées durant lesquelles les deux commu- ane

« nions auront subi maintes souffrances. Dans l'intervalle, nous « gagnerons beaucoup si, autant qu'il nous sera possible, nous nous « abordons mutuellement en chrétiens. » Ges paroles sont nobles et consolantes. Elles altestent un jugement éclairé. Imaginer que le Saint-Siège puisse rien abandonner de la tradition et de la doctrine; songer à rétablir l'unité hic el rune, sont deux conceptions qui ne méritent pas l'examen. Mais, entre ces extrèmes inadmissibles, il y a place pour un programme d'efforts réciproques, bien que différents. Le besoin des cœurs, l'amour de la vérilé, le fruit de la patience ont une efficacité irrésisible. Ne nous plaignons pas trop que le devoir de la persévérance s'impose aux hommes qui veulent préparer l'union, Le monde a vu un accord complet et solennel accompli en peu de temps entre l'Église grecque et l'Église romaine. Quand le concile de Florence fut terminé, on crut la paix spirituelle garantie pour des siècles. Elle s'évanouit comme un rêve aussitôt que les évêques grecs eurent regagné leur patrie. Les àmes n'avaient pas donné l'assentiment qu'annonçaient les formules souscrites. Il ne restait plus que la vaine adhésion des lèvres. En ce moment et pour demain el pour plus tard, le travail préli- minaire à poursuivre, celui qui assurera la durée de l'œuvre, c'est Le rapprochement des âmes. — EUGÈNE TAVERNIER. 622 REVUE ANGLO-ROMAINE

                          LE GUARDIAN,

Aucun lecteur de bonne foi ne pourra lire la nouvelle Encyclique adressée par Léon XIII aux évêques en communion avec son siège sans se sentir prêt à reconnaitre le ton digne, religieux et éminem- ment sincère qui l'anime d'un bout à l'autre. Et aucun membre ins- truit de l'Église d'Anglelerre ne peut nier que, spécialement dans la première moitié de l'Encyclique, on trouve une part considérable d'ex- cellents enseignements sur la nature de l'Église et sur son unité. Le Pape nous dit que l'Eglise est une société visible, composée d'hommes, mais divine par son origine et surnaturelle par son but et les moyens principaux dont elle se sert pour ÿ parvenir. Il nous assure que Notre-Seigneur ne fonda qu'une seule Église ainsi constituée et qu'il voulut que cette seule Église ne formät qu'un seul corps. Le Seigneur « donna cette unité ». Le Pape ajoute que cette unité divinement ac- cordée dépend surtout de deux autres unités : — unité de foi qui est réalisée par l'autorilé enseignante des successeurs des apôtres, el unité de gouvernement qui entraine l'unité de communion. C'est seulement en arrivant à la question de l'unité de gouverne- ment qu'un anglican instruit se trouvera en présence d'un langage qui ne coïncide pas avec celui auquel il est accoutumé. Le Pape dit que, pour assurer l'unité du gouvernement, il y a dans l'Église une autorité suprême à laquelle tous les chrétiens sont tenus d'obéir. Le Christ, le Roi invisible, fut obligé quand il monta aux cieux de désigner un vice-gérant sur la terre. Il choisit Pierre pour chef de l'Église. Le gouvernement de l'Eglise par un seul vice-gérant de Notre-Seigneur est le principal élément dans la constitution de l'Eglise. C'est le principe d'unité et dès lors il a besoin d'être perpétué. En conséquence, les successeurs de Pierre sur le siège de Rome reçoivent le suprême pouvoir dans l'Eglise jure divine. Les autres évêques sont soumis au Pape et sont tenus de lui obéir. Ila souveraine autorité sur eux soit pris individuellement soit agissant collectivement. Cette pensée ne semble jamais se présenter à l'esprit du Pape que Notre-Seigneur est capable de gouverner l'Eglise au moyen des évêques, sans soumettre ceux-ci à un souverain si ce n'est à lui-même, et que, parl'opération du Saint-Esprit, il peut leur donner l'accord complet qu'il considère comme désirable. Cependant, dans un passage, Sa Sainteté sauvegarde dans une assez médiocre mesure le Sfatus de l'épiscopat. « Les évèques ne doivent pas être regardés comme des vicaires du Ponlife romain: car ils exercent réellement un pouvoir qui leur est personnel, et c'est avec toute vérité qu'ils sont appelés les pasteurs ordinaires des peuples qu'ils gouvernent. » Il n'est pas facileà ceux qui ne sont pas canonistes romains d'apprécier la force exacte de cette assertion. Apparemment elle signifie que, dans les circonstances ordinaires, le Pape ne déposera pas les évèques de leurs sièges et n'empiétera pas sur leur juridiction ordinaire. Mais il faut se rappeler que, pour remplir la tâche pastorale dans un diocèse romain, l'évèque a besoin CHRONIQUE 693

de pouvoirs nombreux que le droit canonique moderne réserve an Pape; ces pouvoirs sont conférés aux évêques par commission pour une période de cinq années et au bout de ce temps ils doivent être renouvelés. Il faut aussi se rappeler que si, dans l'opinion du Pape, les circonstances -sont extraordinaires, il peut déposer un évêque sans jugement, sans même qu'aucune faute lui soit reprochée, comme le fit Pie VII en France au commencement de ce siècle. 11 s'ensuit dès lors que chaque évêque se trouve dans une position fort précaire s’il fait opposition au Pape sur une question importante. Dans l'ensemble on peut dire que la dernière partie de l'Encyclique est une exposition de la primauté papale telle qu'elle aété définie par le Concile du Vatican. On eût pu espérer qu'un plus grand soin eût été apporté dans le choix des citations. Certains textes de saint yprien, de saint Chrysostôme et de saint Jérôme sont cités comme s’ils appuyaient les revendications de la Papaulé alors que, dans les passages en question il s'agit non du Pape mais des évêques en géné- ral. Le passage donné de saint Chrysostôme fut écrit alors qu'il était en ruplure de communion avecle siège romain. Mais évidemment il est difficile de trouver, dans les écrits des Pères, un argument en faveur de l'interprétation couramment donnée aux décrets du Vatican sil'on prend les paroles des Pères dans leur véritable sens. Il est important de constater que le Pape ne parle d'aucun développement dans la doctrine de l'autorité papale. Pour lui les revendications contenues dans les décrets du Vatican sont restés identiquement les mêmes de- puis le temps de saint Pierre. « Dans le décret du Conciledu Vatican, en ce qui concerne la nalure etl'autorité de la primauté du Pontife ro- main, on ne trouve aucune opinion nouvelle, maisla constante et véné- rable croyance de tous les siècles. » Dans ce passage, le Pape semble confirmer de sa haute autorité l'enseignement courant des évêques catholiquesromains d'Angleterre. C'est ainsi que, dans une conférence faite à Manchester, en décembre 1894, l'évêque Bilsborrow, de Sal- ford, a dit que, « dans leurs revendications au magislère suprême et infaillible dè la chrétienté, les Pontifes romains n'avaient pas fait un pas depuis l'épitre de saint Clément aux Corinthiens, en l'année %, jusqu'au Pastor æternus de Pie IX, en notre temps ». ELU ans aupara- lathorne disait : « Le Pape a toujours été investi de té el tous les hommes le savaient. » Nous ne nous proposons pas, d'ailleurs, decritiquer en détail la sub- stance ou la forme de l'Encyclique. Nous dirons seulement que, si Léon XIILen est venu à celle conclusion qu'il était actuellement di rable qu’il exposät sacroyance sur les pouvoirs attachés à sa charge, rien de ce qu'il a jamais dit ou fait n'aurait pu permettre à un obser- vateur expérimenté de s'attendre à ce que le Pape parlât autrement qu'il ne l'a fait. Peut-être le temps viendra où les autorités catholi- ques romaines expliqueront les déerets du Vatican d'une autre ma- nière. Les faitshistoriques prouvés ont à lalongue le pouvoir de mo- difier l'opinion. L'étude consciencieuse de la Sainte Écriture et des 694 REVUE ANGLO-ROMAINE

traditionschrétiennes primitives, qui est une caractéristique si mar- quée de la vie de l'Église sur le continent à l'heure actuelle et qui a été si grandement encouragée par le présent Pape, peuvent produire un jour leurs fruits naturels. Ce que le cardinal Newman appelle « la vigilance inquisitrice, la pénétration et la subtilité de la Schola theo- logorum peut modifier d'une manière très notable l'interprétation finale des décrets du Vatican de même qu'elle a modifié l'interpré- tation d’autres formules autorisées. Newman fait remarquer le che- min parcouru el comment se sont lrouvées modifiées la doctrine de l'Église romaine sur la prédestination absolue ou bien le sens donné à la formule Etra Ecclesiam nulla salus, où encore l'interprétaion du décret de Clément V au Concile de Vienne concernant l'usure. Et de fait, dans celle Encyclique même, nous trouvons un exemple très remarquable de la manière dans laquelle l'interprélation de la doc- trine autorisée de l'Église romaine est susceptible de se modifier. Nous pouvons dire, eroyons-nous, qu'entre tous les molifs qui déter- minèrent la rupture entre l'Angleterre et Rome auxvr' siècle, la plus puissante fut la prétention des papes Paul IL et Pie V à déposer nos souverains et_à excommunier tous les Anglais qui leur resteraient fidèles. Et maintenant, Léon XIII nous déclare que « c'est ignorer ou calomnier méchamment l'Église que de prétendre qu'elle désire in- ervenir d'une manière quelconque dans les affaires civiles ou empié- tersur les droits de l'État ». Avec de telles déclarations, nous pen- sons que ceux qui désirent la paix et l'unité peuvent poursuivre pleins d'espoir leur œuvre bénie.

Mais une question demeure : pourquoi le Pape a-L-il choisi le moment présent pour faire une déclaration de principe sur les pou- voirs attachés à sa charge? Une large section de la presse dans ce pays s'est chargée d'imputer au Pape des intentions qui n'apparais- sent pas dans l'Encyclique et qu'il n'y a aucune raison de supposer comme élant jamais entrées dans son esprit. On nous dit directement ou bien implicitement que l'Encyclique Sais cognitum est le résultat direct de la première enquête sur la v des ordinations angli- canes et qu'en fait elle équivaut à une proclamation de leur non-vali- dité. Apparemment, les journalistes qui se livrent à ces conjectures ignorent tout à fait la distinction qu'il y a entre des ordres valides et l'exercice légitime de ces ordres. C'est le premier de ces deux points la question de la validité de nos ordinations — qui était diseulé ya quelques semaines, par une commission préliminaire de théolo- giens et qui est maintenant soumise à l'examen d'une commission de cardinaux. Quelle sera la décision finale du Pape? Personne ne le-sait mais il n'y est pas fait la moindre allusion dans l'Encyclique. Il peut y avoir où ne pas y avoir de relation entre l'Encyclique et la décision sur la question des Ordres. S'il y avait quelque relation, il ne serait pas improbable que, pour préparer les esprits à une décision témoi- gnant d'une attitude plus bienveillante à l'égard des Ordres anglicans. le Pape ait jugé à propos de faire une déclaration solennelle pour rappeler au monde que des ordinations valides et le droit de se servir CHRONIQUE 695

de ces ordinations sont deux points lout a fait différents. Si c'est là le cas, le temps nous le dira. De toutes façons il est évident que la récente Encyclique est une démarche préliminaire, el que l'on saura seulement les raisons qui l'on déterminée quand les décisions ullé- rieures auront été rendues. On peut trouver une excuse à l'appréciationgénérale de la presse anglaise dans ce fait que sans aucun doute Léon XIII a été fort mal servi par ses représentants dans ce pays. Son attitude personnelle à élé généreuse, pacifique, altirante. Mais celle des catholiques romains d'Angleterre pendant les trois ou quatre dernières années à élé,à part quelques exceptions, repoussante, exaspérante, el ils ont fait preuve d'une étroitesse de vues qui cerles n'eûl pas élé possible du temps de Newman et de Manning. Dans les circonstances actuelles on peut affirmer, en toute sûrelé, que la dernière place où l'on puisse trouver l'expression des intentions du Pape à l'égard de l'Angleterre, c'est dans les déclarations faites par les catholiques romains de ce pays à la tribune ou dans la presse. Il est heureux que de fins obvervateurs, tels que M. Gladstone et le D' Sanday, aient pu faire celte distinction et accueillir, avec Lout le respect qu'ils méri- taient, le ton si chrétien el la dignité chevaleresque qui ont carac- térisé l'atlilude de ce Pape éclairé el pacificateur.

                          LE   STANDARD.

La Lettre encyclique, dans laquelle le Pape affirme, encore une fois, pour l'instruction de la chrétienté, l'enseignement lradi- tionnel de l'Église concernant le fondement de l'Unité religieuse, causera un grand désappointement chez ceux qui se sont laissés per- suader qu'un esprit de compréhension pouvait trouver place au Vatican. Pour résumer en quelques lignes le fin mot d'une des ques- tions les plus travaillées, la seule manière de guérir le schisme est pour tous ceux qui ron de l'Église romaine, de se soumettre à l'autorité papale. Il n'était guère besoin d'une Encyclique pour expliquer que si nous élions lous de la même foi et professions la même obéissance, il y aurait un terme à la division; mais ni les ecclésiastiques anglais, ni les non-conformistes protestants ne sont disposés à se convertir au système dont se sont affranchis nos ancè- tres comme une solution heureuse ou pratique du problème qui les contrariait. Je n'ai jamais pu comprendre, je dois l'avouer, comment des membres savants et pieux de la communion anglicane ont pu croire que, sans sacrifier de principes fondamentaux d'aucun côlé, on pourrait arriver à une entente. L'essence du catholicisme romain a toujours été le caractère exclusif de ses prétentions au respect, comme le gardien de la vraie foi, et comme l'unique autorité en matière de rituel et de discipline. ‘ Suivant la théorie adoptée sans exceplion par les Papes, les cardi- naux et les Conciles, il n'ya pas plusieurs Eglises, mais une seule Eglise, et c'est le corps dont l'évêque, qui revendique l'honneur 696 REVUE ANGLO-ROMAINE d'être le successeur de saint Pierre dans la primauté, el le chef ordonné par Dieu. De même qu'il ne peut y avoir deux gouverne ments dans un seul État, de même il ne peut y avoir de partage du gouvernement spirituel dans la communauté chrétienne. Ceux qui ne sont pas en communion avec les héritiers de la grâce aposlo- lique sont des étrangers et non des frères. Au point de vue de ceux qui ne sont pas catholiques romains, celle conception parait naturel- lement reposer sur le fondement le plus insipide elle plus arbitraire, et en contradiction avec la nature du christianisme. Mais, dès le début de l'ère des controverses sérieuses, cela a toujours été le pos- tulat, ou tout au moins la prémisse nécessaire du Vatican. Il est à peine besoin de dire que l'évêque de Rome ne pourrait reconnaitre l'excellence parallèle des autres organisations religieuses, sans com- prometlre sa propre orthodoxie. Certainement qu'en donnant er cathedra un encouragement à l'idée de la possibilité de la réunion sans absorption, il aurait introduit dans la politique, pour ne rien dire de l'œuvre dogmatique, du sys- tème papal,une innovation de la plus haute importance. Ét cependant il paraît que certains Anglais éminents, et dont l'attachement à leur Église estau-dessus de tout soupçon, ont vraiment entretenu l'espoir, si faible qu'il ait pu être, de voir un relâchement se produire dans l'ancienne sévérité el qui ferait que les Anglicans seraient reçus presque comme des amis par la hiérarchie romaine qui reconnaitrait en eux certains signes essenliels de christianisme. M. Gladstone est allé jusqu’à présenter un argument pour la défense de la validité des Ordres anglicans. Lord Halifax s'esl bercé dans l'espoir qu'un modu vivemdi pourrait être établi entre Rome el Canterbury. La publication de la Lettre encyclique anxieusement attendue mettra fin à leurs espérances en leur montrant que, dans ce monde de changements, la papauté seule reste immuable. Il n’y a rien dans cette lettre qui n'ait pu être relrouvé, par ceux qui auraient cherché une conduile dans un manuel quelconque-des polémiques catholiques romaines. Sans doute la compilation et la publication du Manifeste peuvent être interprétées comme un tribut à l'ardeur de l'appel, qui, sous différentes formes et de différents côlés, a été fail au Pontife en faveur de cette abstraction fascinatrice, la Réunion. Et personne ne manquera d'apprécier le Lon charitable qui accompagne la réassertion des principes les plus étroits et les plus intolérables, et qui restera là pour adoucir les méditations de l'écrivain. Mais, avec cette réserve, Rome fait entendre sa voix ancienne. Le document ne s'adresse qu’à ceux qui sont en paix et en communion avec le Saint Siège Apostolique. C’est seulement à la fin qu'il y a une allusion directe à ceux qui sont en dehors du bercail, et mème alors, la seule forme que revête la sympathie de l'auteur consiste en un avertissement paternel du danger de leur position. Pour la partie plus sensitive ou excitable de l'intelligence protestante, la sérénilé méthodique avec laquelle Léon XIII procède à démontrer le titre qu'a sa communion au monopole de l'antorité spirituelle, pourra ONIQUE 697 bien provoquer de l'irritation. Il n'y a cependant pas plus d'arro- gance chez l'apologiste papal, lorsque avec une logique sévère, il prononce la mise hors la loi de tous les chrétiens en dehors du giron de l'Église romaine, qu'il n'y en a chez le critique indépendant qui ne voit dans ce document qu'un tissu d'extraits fantaisiste tirés du droit sacré et des ouvrages des premiers Pères. Nous pouvons el nous devons regretter que l'orlhodoxie soil définie par le Pape en termes qui accusent la majeufe partie de la chrétienté d'être dans l'erreur. Mais nous devons admettre sans difficulté le droit qu'il a d'expliquer, pour le bénéfice de ceux pour qui son arrèlé est décisif, les convictions que tout membre de l'Église romaine est tenu d'avoir.

Comme premier pas vers la découverte de la vérité, l'Encyclique considère le modèle et les traits de la véritable Église .Elle doit, dit le Pontife, être toujours visible. Ceux qui en font arbitrairement un corps caché et invisible sont dans une grave el pernicieuse erreur. Elle ne peut être sujelte aux changements ni aux fluctuations. Elle doit resler uniforme jusqu'à la fin. Nous rappelons ici le texte familier, uod semper, quod ubique, quod ab omnibus. Le Christ, continue l'argumentateur, fit son Église une — une et indivisible. Un texte d'Isaïe est mis à l'appui pour montrer que l'Église doit embrasser tous les chrétiens : — d'où il suit, suivant les lois de la logique en vigueur sur les bords du Tibre, que ceux qui ne sont pas dans celle unique Église ne sont pas dans l'enceinte chrétienne. Puis vient le défilé habituel des autorités, auxquelles l'instinct des historiens indépendants nie le même litre de force probante, pour démontrer que saint Pierre, ayant été solennellement intronisé vicaire du Christ sur la terre par maitre lui-même, légua ce droit à tous les successeurs du siège de Rome. Ainsi toute l'ar- gumentalion, avec ses citations de Chrysoslôme et de saint Augu: et de l'auteur du Traité contre les Ariens, aboutit à l’assertion triomphante du magisterium qui réside dans la personne de l'évêque de Rome. Sa suprématie est absolue et incontestable. Comme pour fermer la porte une fois pour toutes sur l'anglican qui est persuadé du désir de l'unité visible, le Pontife décrète que toute vérité révélée doit être acceptée. Il cite, en l'approuvant fort, le dicton qu'il n'y a rien de plus dangereux qu'un hérétique qui admet à peu près tout le cycle de la doctrine, sauf une pelile partie. Une opinion erronée de la Foi serait l'équivalent d'un délit moral. Il n'ya pas beaucoup de consolation ici pour les plus avancés des Anglais« romanisants » de la Haute-Église. Et M. Gladstone ne sera guère encouragé par la froide et catégorique assertion que « les évêques qui sont séparés du Siège de saint Pierre, perdent toute juridiction ». Tel est le langage fidèle que le Pape a lenu envers son troupeau. Mais une fois qu'il a terminé son inspeclion de l'enseigne- ment catholique, il ne peut oublier de donner un avertissement aux brebis qui sont en dehors du bercail. J'ai déjà fait voir combien peuses paroles respirent la douceur envers les brebis errantes. 698 REVUE ANGLO-ROMAINE « Que tous ceux qui détestent l'irréligion qui s'étend de nos jours, écoutent mes paroles. » Hélas! qu'il y a de dureté dans celte voix, d'intolérance dans ce raisonnement! Car la voix de Rome assure aux Anglicans anglais et aux autres qu'ils « ne peuvent compter au nombre des enfants de Dieu, tant qu'ils ne retournent pas à l'Église, leur mère. »

                       LE   DAILY    NEWS

Il y a peu de figures dans l'histoire contemporaine aussi frap- pantes et aussi pathétiques que celle du Pape Léon XIII. La position de Souverain Pontife doit toujours être une position qui en appelle à l'esprit des hommes, et, dans le cas de Léon XIII, son âge avancé, la simplicité de sa vie, sa piété sincère, sa grandeur de caractère donnent à cette position un cachet d'intérêt parti r. Mais ce qui nous frappe toujours le plus chez Sa Sainteté est le para- doxe de sa position. Il est à la tête de la plus grande institution spirituelle du monde; et cependant il ne peut s'empêcher de soupirer après un point d'appui, si insignifiant soit-il, dans la souveraineté temporelle. 11 vit en plein dix-neuvième siècle el s'est montré, dans bien des circonstances, au courant des questions actuelles; mais l'atmosphère où son esprit travaille est celui des premiers chrétiens. Les vues sont vastes, larges et étendues, mais peut-on dire qu'elles soient effectives? « Mais aucun résultat pratique ne suivit », dit le journaliste en décrivant la dernière leltre du Pape au peuple anglais. Celle expres- sion originale pourrait s'appliquer à bien d'autres entreprises de Sa Sainteté, et nolamment, à moins que nous nous trompions bien, à l'Encyclique sur l'Unité, dont nous donnons un sommaire ce matin. Dans les nouvelles pièces du Musée du Vatican, que le Pape actuel a ajoutées comme sa contribution au trésor de ses prédécesseurs, il y a différentes fresques représentant les entreprises de son pontificat que Sa Sainteté a dû juger le plus dignes de mémoire. Elles ne sug- gèrent aucune idée de pompe mondaine ou de splendeur; encore moins font-elles allusion aux désirs de la chair ou à l'orgueil de la vie, comme c'est le cas de bien d'autres tableaux de Papes. Ces fresques sont sévères, abstraites, mélaphysiques. Elles représentent Sa Saintelé engagée dans des travaux spirituels ou intellectuels, els que l'union des fidèles, la réconciliation de la Science et de la Religion, el il est représenté dans ces entreprises, si nous nous rap- pelons bien un tableau, comme offrant à l'univers les œuvres de saint Thomas d'Aquin. La force et la faiblesse de Léon XIII sont bien montrées dans celle représentation de la guerre contre l'esprit moderne avec les armes des scolastiques du moyen âge. Les traits caractéristiques que nous avons ainsi sommairement indiqués seront trouvés dans la Lettre-Encyclique sur l'Unité de l'Eglise, que nous analysons ailleurs. Il n'y à rien, dans l'argument général employé par Sa Sainteté, qui ne soit familier à ous les lec- CURONIQUE 699

Leurs des polémiques papales. Ce qui est caractéristique dans cette Lettre, c'est le lon familier avec lequel il présente ses polémiques. Le Pape émet les propositions les plus vigoureuses, balayant des Eglises et des ordres. Il le fait avec une conviction profonde, el avec plus de tristesse que de colère; mais ses armes principales consistent dans des jeux de mots ou des répliques des anciens traités. Ainsi, l'on nous dit gravement, sur un lon de douce et per- suasive conviction, comme si le doute ne pouvait plus subsister après un exposé aussi clair de la vérité, que la vraie Eglise ne peut comprendre qu'une seule communion, parce que le prophète Isaïe a dit que « la Montagne de la Maison du Seigneur sera préparée sur le sommet des montagnes », et qu'il ne peut y avoir qu'une montagne plus élevée que les autres. Un contradicteur, se rappelant les idées - erronées qu'on a gardées longtemps sur les allitudes comparatives dans les pays montagneux, el que de nouvelles découvertes se font tous les jours, pourrait demander « quelle est celle montagne »? Question qui fut soulevée, en effet, par saint Augustin. « Il y a, c'est vrai, dit ce Père, des montagnes qui sont inconnues, parce qu'elles sont situées dans une partie éloignée de l'univers. » Le Pape Léon XIII, cependant, cite, en l'approuvant et en feignant de ne pas remarquer le cercle vicieux, la réponse suivante de saint Augustin : « Mais cetle montagne n'est pas inconnue, car elle à rempli toute la face de l'univers. » Tous nos lecteurs, croyons-nous, sentiront, dans l'extrait que nous venons de donner, le suranné de l'atmosphère et l'éloignement de la vraie el essentielle question du jour. C'est, comme le dit M. Gladstone, un beau trail du caractère du Pape de poursuivre avec ardeur l'unité de la chrétienté. Mais ne peut-on pas à l'avance qualifier le sort de ses entreprises, « et rien de pratique ne suivit »? En ce qui concerne la majeure partie de nos concitoyens, je ne sache pas qu'on puisse s'allendre à aucun aulre résultat. Je ne vois rien, dans l'Encyclique du Pape, qui fasse supposer même qu'il veuille reconnaitre les Ordres anglicans. Les seuls évêques qu'il reconnaisse sont les évêques en communion avec Rome, el commu nion est synonyme de soumission. La « réunion », par conséquent, signifie l'absorption, l'englobement dans Rome. Personne peut-il supposer que l'Eglise anglicane garderail son influence sur la sec- lion du peuple anglais qui lui est soumise actuellement, si elle venait à souscrire à celte réunion-là? Le peuple anglais, comme il l'a récemment prouvé, n'aime pas outre mesure le « sacerdotalisme » de ses propres évêques, lel qu'il existe même actuellement. Si évêques venaient à se soumettre à Pierre, il serait sûr de surger en masse.

N'est-ce pas là une coïncidence frappante que, le jour même où le Pape émil sa proposition de « la réunion à Rome », l'ambassadeur américain soutenait, dans son éloquent discours de Gainsborough, que l'émancipation de Rome était, pour les Anglais el les Américains, un des plus beaux litres de leur héritage commun ? 7100 REVUE ANGLO-ROMAINE

                     LE   DAILY TELEGRAPH

Aujourd'hui, dans loutes les contrées de l'Europe et aux Elats- Unis, en Amérique, les fidèles catholiques auront sous les yeux la Lettre encyclique du Pape Léon XIII sur « l'unité de l'Eglise », et dont nous publions des extraits dans une autre colonne. Le troupeau auquel elle est adressée ou tout au moins pour l'édification duquel elle a été promulguée, la recevra non seulement avec la soumission qui est due à l'autorité suprême, mais aussi avec l'acquiescement qui va au-devant de ce qui était attendu avec confiance. Comment cette Encyclique sera-t-elle vue par les membres bien intentionnés mais peu judicieux de la communion anglicane qui se sont complu dans des rêves d'une « réunion de la chrélienté »? C'est là une autre ques- lion. Bien qu'inévitable, el bien qu'on ait pu prédire à coup sûr ce qu'elle énoncerait, celle Encyclique pourra néanmoins causer du désappointement chez ces derniers. Nous savons par expérience là facilité extrême avec laquelle le théologien, et surtout le théologien amateur, vient à s'aveugler sur des faits qui sont d'une clarté parfaite aux yeux des profanes : et nous ne serions guère surpris d'apprendre qu'il ÿ ait des protestants qui ont pu se figurer que Rome accepte- raitleurs propositions en parlie. Un rapide coup d'œil sur celle Encyclique suffira pour les désillusionner. De la première à la der- nière page elle affirme à nouveau — comme il fallait s'y attendre — non seulement la prétention de l'Eglise de Rome, mais le titre personnel du Souverain Pontife, à l’obéissance sans appel ni discussion de Lous ceux qui se considèrent comme les membres de l'Eglise du Christ. C'est le devoir de saint Pierre el de ses successeurs, dit Léon XIII, « de soutenir l'Eglise et de la garder dans toute sa force et son unité indestructible. Comment pourraient-ils accomplir c devoir sans le pouvoir de commander, de défendre ou de juger, pouvoir qui est connu sous le nom de juridiction? Seul le pouvoir de juridiction tient unies les nations el les républiques. » Une « simple primauté d'honneur » et « le droit de fournir un avis ou un conseil, ce que l'on appelle « direction », ne sauraient assurer l'unité et là force dans aucune société humaine ». Un tel langage coupe courtà toute discussion sur la validité des ordres anglicans. Si l'Eglise romaine venait à admettre la succession apostolique de notre épis- copat, à quoi cela servirait-il si chaque évêque est en révolte continue contre la juridiction à laquelle il a recu l'ordre divin de se soumettre La validité première de la commission qui lui aurait été transmise ne saurait le purger de l'hérésie dans laquelle ses prédécesseurs et lui sont restés ensevelis pendant plus de trois siècles. Mais il est même un langage plus clair que celui-là. Sa Sainteté n'entre pas certainement en Lermes directs dans la discussion de la validité des ordres anglicans; mais il est difficile de se méprendr sur la portée du passage suivant et de ne pas reconnaître le person- nage de marque qu'il semble viser. « De là, déclare le Pape rési- mant les arguments des pages précédentes, l'on doit clairement com CHRONIQUE 01

prendre que les évêques sont privés du droit et du pouvoir de direction s'ils se séparent délibérément de saint Pierre el de ses successeurs, parce que, par suite de ce retrait, ils se séparent du fon- dement sur lequel repose l'édifice entier. Ils sont par conséquent en dehors de l'édifice mème, el sont pour celle raison séparés du trou- peau dont le guide est le chef des pasteurs; ils sont exilés du royaume dont les clefs furent transmises par le Christ à Pierre seul. » Etun peu plus loin : « L'on entend avec raison l'ordre épiscopal en communion avec Pierre quand il esl soumis à Pierre et lui obéil: sans cela il devient nécessairement une foule illégale el déréglée. » On ne saurait lenirun langage plus clair. Le« Extra Ecclesiam nulla salus » n’a jamais été défini en Lermes plus manifestes. Il est vrai que l'En- cyclique setermine par un appel paternel aux « brebisqui ne sont pas dans le bercail » ; mais cela n'est autre chose qu'une expression de pitié personnelle pour les brebis errantes. Léon XIIL est d'une nature trop bonne el trop douce pour avoir recours à l'anathème. Il veut prier pour le salut de ces brebis égarées et même espérer dans la mesure du possible ; mais, dans celte leltre, il est tenu de leur dire qu'ilsn'appartiennent pas à l'Église. El Lous, saufceux qui prennent de pieuses aspiralions pourdes faits, ont bien dà prévoir que el seraitle langage du Pape. Nous en étions convaincu pour la pluparten parcou- rant la lettre de M. Gladstone, et nous avons élé élonné de voir, com- ment, devant ce qui l'attendait, il avaiteru devoir, au risque d'offen- serles non-conformistes anglais, élablir une distinction entre le corps anglican et les « communautés protestantes indépendantes ». At pu croire qu'une telle distinction aurait quelque valeur aux yeux du Pape ? S'il s'est laissé bercer par de elles espérances, jamais illusion n'aura été plus cruellement déçue, car il trouve les évêques de sa communion, dans la Leltre encyclique, confondus avec les autres en dehors du giron de l'obéissance romaine, dans la même description d'une foule déréglée et désordonnée, alors qu'on ne saurait à la vérité dire rien de pire à l'égard des sectes non conformisles les plus extravagantes et les plus excentriques. Tandis que M. Gladstone révait à la possibilité de régnir les Eglises romaine et anglicane, Léon XIILse préparait au pénible devoir de lui dire que, pourtou- tes les Églises protestantes, les établies comme les non conformis- tes, la difficulté d'une réunion s'étend de ce monde à l'autre ;et qu'au lieu de se complaire dans de vaines espérance de faire partie du giron, les protestants feraient bien mieux de considérer leur exclusion probable du Royaume céleste. Pour arriver äun lel résultat, M. Glad: tone aurait vraiment pu s'abstenir d'oflenser de vieux amis politi- ques.

                          SAINT JAMES'S GAZETTE

     Nous pouvons recommander avec confiance à Lous ceux qui aime-

raient à lire un exposé clair el suivi d'une grande doctrine et de la position de ce qui est encore la plus belle organisation de ce monde, de se procurer une copie de l'encyclique papale De Unifate au 702 REVUE ANGLO-ROMAINE dépôt de la Catholic Truth Society. Elle sera publiée demain. Nous n'avons aujourd'hui que le sommaire officiel communiqué au Times par le cardinal Vaughan. Mais il suffit pour montrer que la lettre contient un exposé éloquent, modéré et, sauf quelques étonnantes suppositions, bien raisonné de la position que la sainte Église romaine, catholique et apostolique, revendique à tenir en ce monde. Sans doute il n'y est dit rien de nouveau. Serait-ce un compte rendu exact des prétentions de Rome; s'il y avait du nou- veau? C'est le poin£ essentiel de l'Église de Rome qu'elle n'a jamais varié. Lorsque Léon XIII parle aux Anglais il ne peut que répéter ce que Léon le Grand a dit, ou aurait dit aux Grecs. L'on peut en trouver la substance dans des écrits sans nombre, depuis les misérables pamphlets jusqu'au magnifique ouvrage de Bossuel. Quelqu'un l'inséra dans les papiers qui furent trouvés dans le coffre- fort de Charles II. Bien qu'ancien, un bon exposé est à lire — ne serait-ce que pour remellre en mémoire à ceux qui l'auraient oublié que l'Église de Rome ne varie jamais. L'on a dit que, si les mêmes prêtres avaient le même pouvoir, rien ne manquerait pour renou- veler l'histoire de la Saint-Barthélemy — sauf la latinité avec laquelle cet exploit fut célébré. Mais le latin du Pape, est, croyons- nous, tout à fait orthodoxe; et par conséquent même ce point ne resterait pas en reste, si forte est l'inaltérabililé de l'Église Romaine. Le curieux de la chose, c'est qu'il est des gens à qui l'on doit rappeler celte vérité suffisamment manifeste. On a beaucoup parlé dernièrement de « réunion de la chrélienté », de réunion corpora- tive, et que sais-je encore! Toule une agitation s'est produite lorsque l'on a appris que le Pape était en train d'établir une enquête sur la validilé des Ordres anglicans. Quelques bonnes gens ont entretenu l'espérance de voir les différends de tous ceux qui revendiquent le litre de vrais croyants, so fondre comme par miracle et l'on devait ainsi arriver à la réunion tout en restant séparés. L'Église catho- lique et romaine, l'Église orthodoxe d'Orient, l'Église anglicane, el différents corps non conformistes devaignt se liguer contre l'ennemi. tout en maintenant leur individualité respective. L'Encyclique du Pape Léon XIII ébranlera, croyons-nous, les espérances de ceux-là. A la lecture de celte lettre, ils se réveilleront de leur rève pour aper- cevoir le ridicule de leurs conceptions. Ce que le Pape leur a dit en termes polis mais convaincants, c'est qu'il n'y a qu'un moyen d'assurer la réunion. Qu'ils avouent tous leurs erreurs, qu'ils mon- trent un esprit vraiment contrit, et qu'ils retournent humblement aux pieds de leur mère l'Église. Celle-ci ne demande qu'à les recevoir dans son sein maternel. Ils n'ont à redouler aucun reproche. C'est en enfants errants qu'ils serunl reçus, et non en sœurs aliénées. Il me semble que, sans prétendre de parler du haut de la chaire de Pierre, j'en aurais dit tout autant à ces amis senlimentaux et sans attendre l'Encyclique. Pour parler franchement, cela ne fait guère honneur à leur science el à leur bon sens,que d'avoir eu à l'apprendre de la bouche du Pape et du cardinal Vaughan. El cependant ils veu- CHRONIQUE 703 lent absolument attendre que le cardinal Vaughan leur dise « qu'ils ont bercé l'étrange illusion que c'était dans le pouvoir du Saint-Père de modifier, voire même de s'affranchir des termes anciens de la com- munion, afin de hâter la fin bénie et désirable de la réunion de la chrétienté». 11 serait vraiment à croire que les messieurs, prêtres ou laïques, qui entretiennent cette étrange illusion « pensent que « l'Église de Rome considère ses doctrines et ses revendications, « comme si elles n'étaient qu'un grand peut-être ». Il est diMcile de dire ce que l'archevêque de Canterbury, lord Hali- fax et les autres personnes de moindre notoriété, qui ont entretenu de vagues el brumeuses théories, ont vu récemment dans la conduite de l'Église de Rome qui ait pu les induire à croire qu'elle serait prête à diminuer ses demandes. Qu'est il arrivé en Italie, en Autri- che, en Allemagne, en France, au Canada ouaux Étals-Unis, qui ait pu leur faire concevoir un el espoir ?Je ne vois rien. L'Église me parait faire exactement les mêmes réclamations qu'elle a toujours faites, et cela sansle moindre signe de peur ou de faiblesse. Au Canada ses prétentions ressemblent tant à celles du moyen âge qu'elles ont pro- voqué pour ainsi dire une révolte contre la direction cléricale dans la province même de Québec. Aux Etals-Unis, il ÿ a beaucoup d'Amé- ricains qui liennent son pouvoir pour dangereux. En Europe elle ne ne s'est pas fait scrupule de résister au gouvernement de son ami, l'empereur d'Autriche, el elle n'a garde d'oublier qu'elle a battu le prince Bismark. Nous vivons à une époque féconde en illusions sen- timentales; mais aucune de ces illusions n'est comparable à celle de quelques anglicans et de quelques Anglaisdissidents, qui sont à cou- leau tiré entre eux sur des points fondamentaux, el qui ont pu se figurer que la grande organisation bien unie, qui prétend être la seule dépositrice de la foi divine, et qui risque de s'effondrer si elle diminue en quoi que ce soit celle prétention, que cetle organisation, dis-je, ait pu entrer en compromis avec eux. L'on a cru à des choses bien extraordinaires, mais rien n'atteint la force de ceci: —se figurer que l'Église infaillible allait abandonner ce qui a été déclaré faire partie intégrante de sa foi, dans le but de s'unir aux anglicans el aux calvinistes pour la défense commune du christianisme. «Ils ont appris maintenant qu'il estillusion de supposer que Rome cherche à sauver une partie en sacrifiant le reste, el le plus tôt ils sortiront de leur rêve illusoire, le mieux ce sera pour eux. »

                          LE   GLOBE

L'Encyclique de Unilate que le Pape vient de publier, diffère par la forme comme par le fond de l'appel qu'il fit l'année dernière aux Anglais chrétiens. Celui-ci s'adressait à lous ceux qui avaient reçu le baptême, et les exhorlait à prier pour l'unité; la nouvelle Encyclique s'adresseseulement «aux palriarches, primals, archevêques et évêques qui sont en paix et en communion avec le Saint-Siège ». L'on doit observer que Léon XIII ne dit rien concernant la validité des Ordres 704 REVUE ANGLO-ROMAINE anglicans, et il se peut encore, bien que cela soit peu probable, qu'il arrive à une décision favorable. Mais, même dans ce cas, je ne vois pas trop en quoi serait avancée la cause de la Réunion, telle qu'elle est comprise par Lord Halifax el ceux qui sympathisent avec lui. Comme il a été souvent démontré, Rome ne discute pas la validité des ordres grecs ; mais l'Eglise grecque est néanmoins considéré comme schismatique, et Canterbury ne saurait tenir un meilleur rang que Constantinople. L'ancienne et invariable politique de la Papauté à l'égard des chrétiens qui n'admettent pas la suprémalie romaine, est confirmée à nouveau dans cette Encyclique de la façon la plus claire. N'appar- tient pas à l'Eglise catholique « celui qui s'écarte un Lant soit peu d'un seul point de la doctrine proposée par le « magisterium » aulo- ritaire de l'Eglise. » C'est-à-dire, que les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'infaillibilité du Pape lient la conscience chrétienne au même litre que les propositions de l'Acte des apôtres. En méme lemps, les évêques qui, sciemment, se séparent de saint Pierre et de ses successeurs « sont privés du droit et du pouvoir de gouverner », eL deviennent une « foule sans loi ni ordre ». Cel étant, il est clair qu'aucune déclaration concernant la validité des Ordres ne peut en aucune façon influencer le côlé pratique de là question de la Réunion. Les ermes de la réconciliation restent ce qu'ils ont toujours été : une entière soumission à Rome, el celte sou- mission est réclamée des Grecs et des anglicans aussi bien que des luthériens, des méthodistes el des quakers. Ainsi que le fait observer le cardinal Vaughan, dans son commen- taire sur l'Encyclique, les paroles du Pape devraient chasser « ces théories vagues el brumeuses qui ne son riches que d'espérances illusoires ». LA WESTHMINSTER GAZETTE

M. Gladstone esl décidément venu trop lard pour délourmer celle Encyclique fatale. Car elle est vraiment fatale pour tous les rêves plus ou moins vagues de réunion et de rentrée en communion avec Rome. Lord Halifax est, ou devrail être, Lout aussi désabusé que l'abbé de Zola quand il alla à Rome dans la pieuse espérance d'un catholi- cisme plus libéral. Suivant n XUL, il n'est pas d'autre terrain de réconciliation que la soumission. « Qu'ils ne refusent pas d’obéir à notre charité paternelle, Ceux qui reconnaissent le. Christ, doivent le reconnaitre complètement el en entier. » — « Le reconnaitre com- plèlement el en entier », signifie d'après le Pape, reconnaitre l'auto rité du Souverain Pontife. Que ceux qui ne font ‘pas partie du trou- peau, dit l'Encyclique dans un passage assez curieux, « comprennent bien qu'ils ne peuvent en aucune façon compter au nombre des enfants de Dieu, lan qu'ils ne considèrent pas Jésus-Christ comme leur frère et l'Eglise comme leur mère ». S'il fallait prendre ces mols àla lettre, la parenté de l'Eglise serait même, dans l'opinion de Léon XII, la plus impérieuse et la plus autoritaire des deux parentés. DOCUMENTS

                   DIRIGE SOLENNEL ‘

                               CÉLÉBRÉE


    EN   LA    CATHÉDRALE SAINT-PAUL DE LONDRE:


                         le 8 seplombre 1559



                 VOUR LE ROI    DE   FRANCE LENRI 11

Quelques mois après l'avènement de la reine Élisabeth, Henri 1, roi de France, mourut et la Reine ordonna qu'un service funèbre solennel füt célébré pour lui à la cathédrale de Saint-Paul. Le Prayer-Book, récemmeut mis en usage, ne renfermait aucune indication pour un service de ce genre 11 existait toutefois un autre livre qui est peu connu aujourd'hui et qui avait été autorisé pour l'usage de l'Église d'Angleterre au temps d'Henri VIIL. Ce livre connu sous le nom de Primer fut publié à nouveau avec quel- ques modifications en 459, et c'est de lui que fut tiré le Dirige dont on se servit en cette occasion. Ileylin a donné de ce eurieux service la descrip- tion suivante : « And thongh the Queen had just cause to be offended with the young king Francis, for causing the Queen of Scots, his wife, Lo take upon self the title and urms of England, yet she resolved Lo bestow a royal obsequy on the king deccased, which was performed in St-Paul’s Church on the 8 and 9% ofSeptember, in most solemn manner, with a rich hearsé made like an imperial Crown, sustained with right pillars, and covered with black velvet, with a vallance fringed with gold, and richly hanged with seuteheous, pennons, and baaners of French King's Arms. The

1 Dirige est le premier mot de la première anticnne des Matines pro defunctis On s'en servait autrefois communément en Angleterre pour désigner l'office des morts. Nous sommes redevables du texte de ce Dirige, ainsi que des observations qui le précèdent, au Rev. G.-H. Ross-Lewin, chanoine honoraire de Durham. REVUE ANULO-ROMADNE, — T, 11, — 45 706 REVUE ANGLO-ROMAINE principal mourner for the first day Was the Lord Treasurer Paulet, Mar- quess of Winchester, assisted with ten other Lords mourners, with all he heralds in black, and their coal-armours uppermost. The divine ofices performed by Doctor Matthew Parker, Lord elect of Canterbury, Doctor William Barlow, Lord elect of Chichester, and Doctor John Scon. Lord elect of Hereford, all sitting in the throne of the Bishop of London no otherwise than at that time in hoods and surplices : by whom the Dirige was executed at that time in the english tongue; the funeril sermon preached the next morning by the Lord of Hereford, and a communion celebrated by the Bishops, then attired in copes upon their surplices. At which six of the chief mourners received the Sacrament and 50 departed with the rest to the Bishop's Palace. where a very liberl entertainment was provided for them. By which magnificency and the like this prudent Queen not only kept her our reputation at the highest amongof foreign Princes, but caused the greater estimation to be ba k the Catholic party of the religion here established. »

Le texte qu'on va lire est tiré de l'ouvrage portant la titre suivant:

THE PRIMER SET FORTH AT LARGE WITH MANY GODLY AND DEVUUT PRAYERS.

                                Anno 1559.

                Imprinteë at London by the assigns of

                           John Wayland.




                         THE DIRIGE

                Dilezi quoniam exaudi. Psalm. cxvi.

P. The land and praise of God, through whose benefits we be preserve in adversity. 1 have loved, for the Lord will hear the voice of my prayer, ele.

                  Beatus qui intelligit. Psalra xu.

P. Happy is he that hath compassion upon the poor, whom God delivereth from his enemies, and preserveth everlastingly. Blessd is he that considereth the needy, etc.

            Lauda anima mea Dominum. Psalm. cxLvI.

Praise the Lord, O my soul, ete. Lord, give thy prople eternal rest, And light perpetual shine on hem.

? Heu, Ecclesia Restaurata, vol, U, p. 305. Reprinted by tho Eccleriastieal History Society, Cambridge, 4849. DIRIGE SOLENNEL 107

          From Lhe gales of hell,
              Lord, deliver their souls.
         1 trust Lo see the goodness ofthe Lord
               In the land of life.
          Lord, hear my prayer;
              And let my cry come Lo thec.
                             Let us pray.

0 God, whose nature and property is ever Lo have mercy and to forgive, receive our humble petition, and though we be ied and bound with the chain of our sins, yel let the pitifulness of thy great mercy loose us, for the honour of Jesu Christ's sake our mediator and advocale. Amen. We bescech thee, o Lord, to show upon us thine excceding great mercy, which no longue can worthily express, and that il may please tee to deliver us from all our sins, and also from the pains that we have for them deserved. Grant this, O Lord, through our mediator and advocate Jesu Christ. Amen.

                   Verba mea auribus. Psalm v.*

P. The godly person desireth to be defended of God, thal the intents of his adversaries may be stopped, and that the goodness of God may be shewed among the godly. Lord give ear unto my words, understand my clamour, ete.

              Dominus illuminatio mea. Psalm. xxvur.

P. The goodness of God towards his people, whereby they be en= couraged Lo trust in God, notwithstanding their adversaries, Lo rejoice in his aid, and to magnifÿ him. The Lord is my light, and my health : whom shall 1 fear, elc.

               Quemadmodum desiderat. Psalm. xur.

P. The godly man is vexed with them that blaspheme God's reli- gion, and being pensive with fervent complaint openeth his heart to God. Even as the hart longeth aften the fountains of waters, etc.

                             The Anthem.

1 trust to see the goodness of the Lord in the land of the living. Lord grant thy people everlasling rest,

1 We give the frst vorse onloy of each Psalm. In the original they aro printed at fall length. 708 REVUE ANGLO-ROMAINE And let thy everlasting light shine ou them. Our Father, ele. And lead us not into templation, Bul deliver us from evil. The first lesson. Job x. {$ 43 |

                           The Anthem.

1 know that my Redeemer liveth, and that Lthe last day shall rise from the earth, and shall be clad again with mine own skin, and in mine own flesh 1 shall see God, whom 1 myself shall see, and mine eyes shall loove upon, and none other; this hope is laid upin ny bosom. The second lesson. John v. (24-30.] The Authem 1 Thess. 1v. [13-45]

Brethren, we would not that ye should be ignorant as concerning them which are fallen asleep, that ye sorrow not as others do vhich have no hope. For if we believe that Jesus died and rose again; even so them which sleel with Jesus God shall bring with him.

              1. Cor. xv. (54-56.j   The in lesson.

                           The Anthem.

Deliver me, good Lord, from eternal death in that dreadful dar. when the heaven and earth shall be moved, and thou shall judge ie world by fire: This day is the day of ire, of wertchedness and miser} the great day and very bilter. Deliver not Lo beasts, o Lord, the soul: of them that confess thee, and forget not at length the souls of hr poor people.

                Eraltabo te Domine. Psalm. xxIx.

P. Thanks given for health recovered. The goodness of God à praised who for a little adversity sendeth much comfort. 1 will exall thee, o Lord, for hou hast defended me, etc.

                Ego diri. Psalm. Esaie, xxxvn.

P. Thanks for Lhe recovery of health. L said in the midst of my days1 shall go to the gates of hell, rte

                In te Domine speravi. Psalm. LXx.

P. Unto God is our only refuge: we must praÿ Lo him, and ir him put all our trust, and him praise and magnify. In Lee, o Lord, have 1 put my lrust; lel me never be confou- ded, ete. DIRIGE SOL 709

                           The Anthem.

Lam the Resurrection and Life: he that believeth in me, yea, although he were dead, yet he shall live ; and whosoever livelh and believeth in me, shall not see everlasting death.

        Lord, have merey upon us,
            Christ, have merey upon us,
        Lord, have mercy upon us.

        Our Father, ele.
            And lead us not into temptation,
        But deliver us from evil,
            Lord, give thy people eternal rest,
        And light perpetual shine on them.
            L trust tho see the goodness of the Lord
       In the land of the living.
            Lord hear my prayer
        And let my cry come Lo thee.

O God, which by the mouth of S. Paul thine apostle hast taught us not to wail for them that sleep in Christ, grant, we beseech thee, that in the coming of thy Son our Lord Jesu Christ bolh we, and all other faithful people being departed, may be gloriously brought unto the joys everlasting. Which shall come to judge the quick and dead, and the world by, fire. Amen. Almighty, eternal God, to whom there is never any prayer made without hope of mercy, be merciful Lo the souls of thy servants, being departed from this world in the confession of thy mame, that {hey may be associate to the company of thy saints, Through Christ our Lord. Ame Lord, bow thine ears unto our prayers, wherein we devoutly call upon thy merey, that 1hou will bestow Îhe souls of thy servants, which thou hast commanded to depart from this world, in the coun- try of peace and rest, and cause lhem to be made partners with thy holy servants. Through Christ our Lord. Amen. ss. D. LEONIS PAPÆ XIII

                      EPISTOLA   ENCYCLICA




 DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA

Venerabilibus Fratribus Patriarchis, Primatibue, Archiepiscopis el Epis- copis catholiei orbis universis gratiam et communionem cum Apostoia Sede habentibus.

                         LEO PP. XIII



                      Venerabiles Fratres,

              Salutem et apostolicam Benedictionem.



                           (Suite et fin)

Eorum vim bonorum mirabiliter, uti solet, persecutus est Augus- tinus pluribus locis maxime vero ubi Ecclesiam catholicam appellit ïis verbis: « Tu pucriliter pueros, forliter juvenes quiete sens, « proul cujusque non corporis lantum, sed et animi ælas es. exerces ae doces. Tu feminas viris suis non ad explendam libidi- nem, sed ad propagandam prolem, el ad rei familiaris socielaten, casta et fideli obedientia subjicis. Tu viros conjugibus, non ed ill- dendum imbecilliorem sexum sed sinceri amoris legibus præfiis Tu parentibus filios libera quadam servitute subjungis, parenté filiis pia dominatione præponis.... Tu cives civibus, Lu gentes ger- übus, et prorsus homines primorum parentum recordatione, mn socielate lantum, sed quadam eliam fraternitate conjungis. Docet reges prospicere populis, mones populos se subdere regibus. Qui- bus honor debealur, quibus affectus, quibus reverentia, quibi timor, quibus consolatio, quibus admonitio, quibus cohortali, quibus disciplina, quibus objurgatio, quibus supplicium, seduk LEONIS PAPÆ XII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CBRISTIANA 744

      doces; ostendens quemadmodum et non omnibus omnia, et omni-

ee«

      bus caritas, et nulli debeatur injuria!. » — « Idemque alis loco
      male sapientes reprehendens politicos philosophos: Qui doct
      nam Christi adversam dicunt esse reipublicæ, dent exercitum La-
      lem, quales doctrina Christi esse milites jussit, dent tales pro
      ciales, tales maritos, tales conjuges, tales parentes, tales filios,
      tales dominos, tales servos, lales reges, lales judices, lales de-
      nique debitorum ipsins fisci redditores et exaciores, quales esse
      præcipit doctrina christiana, el audeant eam dicere adversam
      esse reipublicæ, immo vero non dubitent eam confiteri magnam,
      si oblemperetur, salutem esse reipublicæ  ? ».

Rasage

Fuit aliquando tempus, cum evangelica philosophia_gubernaret civitates; quo tempore christianæ sapientiæ vis illa et divina virtus in leges, instituta, mores populorum, in omnes reipublicæ ordines rationesque penetraverat : cum religio per Jesum Christum instituta in eo, quo æquum erat, dignitatis gradu firmiler collocala, gratia principum legilimaque magistratuum tutela ubique floreret : cum sacerdotium atque imperium concordia et amica officiorum vicissitudo auspicalo conjungeret. Eoque modo composite civitas fructus tulit omni opinione majores, quorum viget memoria et vigebit innumera- bus rerum gestarum consignata monumentis, quæ nulla adversa- riorum arte corrumpi aut obscurari possunt. — Quod Europa chris- tiana barbaras gentes edomuit easque a feritate ad mansuetudinem, a superstitione ad veritatem traduxit: quod Mahometanorum incur- siones victrix propulsavit : quod civilis cultus principatum retinuit, et ad omne decus humanitatis ducem se magistramque præbere cæleris consuevi : quod germanam libertatem eamque mulliplicem gratificala populis est: quod complura ad miserierum solatium sapientissime instituit, sine controversia magnam debes graliam religioni, quam ad tantas res suscipiendas habuit auspicem, ad perficiendas adjutricem. — Mansissent profeco eadem bona, si utriusque polestatis concordia mansisseL: majoraque expectari jure poterant, si auctoritati, si magisterio, si consiliis Ecclesiæ majore esset cum fide perseveranliaque obtemperatum. Illud enim perpetuæ legis inslar habendum est, quod Ivo Carnutensis ad Paschalem Il Pontificem maximum perscripsit : « Cum regnum et sacerdotium « inter se conveniunt, bene regitur mundus, floret et fructificat « Ecclesia. Cum vero inter se discordant, non tantum parvæ res non « creseunt, sed eliam magnæ res miserabiliter dilabuntur ?. »

     Sed perniciosa illa ac deploranda rerum novarum studia, quæ

sæculo XVI excitata sunt, cum primum religionem christianam mis- euissent, mox naturali quodam itinere ad philosophiam, a philoso- phia ad omnes civilis communitatis ordines pervenerunt.Ex hoc velut fonte repetenda illa recentiora effrenatæ libertatis capita, nimirum

     ! De moribus Ecel., cap. XXX, n. 63.
     3 Epist. CXXXVIII (al.   5.) ad Marcellinum, cap. 11, n. 45.
 3 Ep.      CCXXXVIIL

742 REVUE ANGLO-ROMAINE

in maximis perturbationibus superiore sæculo excogitata in medioque proposia, perinde ac principia et fundamenta nor juris, quod et fait antea ignotum, et & jure non solum christiano, sed eliam naturali plus una ex parle discrepat. — Eorum principiorum illud est maxi- mum, omnes homines, quemadmodum genere naturâque similes intelliguntur, ita reapse esse in actiore vitæ inter se pares : unum- quemque ila esse sui juris, ut nullo modo sit allerius auctoritati obnoxius: cogitare de re qualibet quæ velit, agere quod lubeat,libere posse: imperandi aliis jus esse in nemine. His informata disciplinis societale, principatus non est nisi populi voluntas, qui ut in sui ipsius unice est potestate, ila sibimelipsi solus imperal : deligit autem, quibus se committai, ila lamen ut imperii non Lam jus, quam munus in eos transferat, idque suo nomine exercendum. In silentio jacet dominatïo divina, non secus ac vel Deus aut nullus esset, aut humani generis socielatem nihil curaret; vel homines sive singuli sive sociati nihil Deu deberent, vel principatus cogitari possel ullus eujus non in Deo ipso causa et vis et aucloritas tola resideal. Quo modo, ut perspicitur, est respublica nihil aliud nisi magistra et gubernatrix sui multitudo : cumque populus omnium jurium omnis- que polestais fontem in se ipso continere dicatur, consequens erit, ut nulla ratione officii obligatam Deo se civitas putel: ut religionem publice profiteatur nullam ; nec debeat ex pluribus quæ vera sola sit, quærere, nec unam quamdam cæteris anteponere nec uni maxime favere, sed singulis generibus æquabilitatem juris tribuere ad eum finem, dum disciplina reipublicæ ne quid ab illis detrimenti capiat. Consentaneum erit, judicio singulorum permittere omnem de reli- gione quæstionem ; licere cuique aut sequi quam ipse malit, aut omnino nullam, si nullam probet. Hinc profecto illa nascuntur: exlex uniuscujusque conscientiæ judicium ; liberrimæ de Deo colendo, de non colendo, sententiæ; infinita tum cogitandi, tum cogitata publicandi licentia.

His autem positis, quæ maxime probantur hoc lempore, funda- mentis reipublicæ, facile apparet, quem in locum quamque iniquum compellatur Ecelesia.— Nam ubi cum ejusmodi doctrinis actio rerum consential, nomini catholico par cum societatibus ab eo alienis vel eliam inferior locus in civitate tribuitur : legum ecclesiasticarum nulla habetur ratio : Ecclesia, quæ jussu mandatoque Jesu Christi docere omnes gentes debet, publicam populi institutionem jubetur nihil attingere. — De ipsis rebus, quæ sunt mixti juris, per se sta- tuunt guhernatores rei civilis arbitratu suo in eoque genere sanclis- simas Écclesiæ leges superbe contemnunt. Quare ad jurisdictionem suam trahunt matrimonia christianorum, decernendo eliam de mari- tali vineulo, de unitate, de stabilitate conjugii : movent possessiones clericorum, quod res suas Ecclesiam tenere posse negant. Ad sum- mam, sic agunt cum Ecclesia ut societatis perfectæ genere et juribus apinione detractis, plane similem habeant cæterarum communitatum. ques respublica continet : ob eamque rem si quid illa juris, si quid possidet facullatis ad agendum legitimæ, possidere dicitur concessu LEONIS PAPÆ XIII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CRRISTIANA 713

benefcioque principum civilatis. — Si qua vero in republica suum Ecclesia jus, ipsis civilibus legibus probantibus, teneat, publiceque inter utramque potestalem paclio aliqua facta sit, principio clamant, dissociari Ecclesiæ rationes a reipublicæ rationibus oportere ; idque eo consilio, ut facere contra interpositam fidem impune liceat, om- niumque rerum habere, remolis impedimentis, arbitrium.— Id vero cum patienter ferre Ecclesia non possit, neque enim polest oficia deserere sanclissima el maxima, omninoque postulel, ul obligata sibi fides integre religioseque solvatur, sæpe sacram inter ac civilem potestalem dimicaliones nascuntur, quarum ille ferme est exitus, alteram, ut quæ minus est opibus humanis valide, alteri ut validiori succumbere.

Ita Ecclesiam, in hoc rerum publicarum statu, qui nunc à ple- risque adamatur, mos et voluntas est, aut prorsus de medio pellere, aut vinctam adstriclamque imperio tenere. Quæ publice aguntur, eo consilio magnam partem aguntur. Leges, administratio civitatum, expers religionis adolescentium inslitutio, spoliatio excidiumque ordinum religiosorum, eversio principatus civilis Pontificum roma- norum, huc spectantomnie, iucidere nervos institutorum christiano- rum, Ecclesiæque catbolicæ et libertatem in angustum deducere, et jura cætera comminuere.

Ejusmodi ne regenda civitate sententias ipsa naturalis ratio con- vineit, a veritate dissidere plurimum. — Quidquid enim polestalis usquam est, a Deo tamquam maximo augustissimoque fonte profi- cisci, ipsa natura teslatur. Imperium autem populare, quod, nullo ad Deum respectu, in mullitudine inesse natura dicitur, si præclare ad suppeditandum valet blandimenta et flammas mullarum cupi tatum, nulla quidem nititur ratione probabili neque satis habere virium potest ad securitatem publicam quielamque ordinis constan tiam. Revera his doctrinis res inclinavere usque eo, ut hæc a plu bus lamquam lex in civili prudenia sanciatur, sediliones posse jure conflari. Valet enim opinio, nihilo principes pluris esse, quam delec- tos quosdam, qui voluntatem popularem exequantur : ex quo fit, quod necesse est, ut omnia sint pariter cum populi arbitrio muta- bilia, et timor aliquis turbarum semper impendeat.

De religione autem pulare, nihi inter formas dispares et contrarias interesse, hunc plane habet exitum, nolle ullam probare judicio nolle usu. Aiqui istud ab atheismo, si nomine aliquid difert, re nihil differt. Quibus enim Deum esse persuasum est, ii modo cons- tare sibi nec esse perabsurdi velint, necessario intelligunt, usitatas in cultu divino rationes, quarum tanta est differentia maximisque etiam de rebus dissimilitudo et pugna, æque probabiles, æque bonas, æque Deo acceptas esse omnes non posse.

Si illa quidlibet sentiendi litterarumque formis quidlibet, expri- mendi facullas, omni moderalione posthabita, non quoddam est propria vi sua bonum, quo socielas humans jure læletur: sed multo- 714 REVUE ANGLO-ROMAINE

rum malorum fons et origo. — Libertas, ut quæ virtus est hominem perficiens, debet in eo quod verum sit, quodque bonum, versari boni autem verique ratio mutari ad hominis arbitrium non potesl, sed manet semper eadem, neque minus est quam ipsa rerum natura, incommutabilis. Si mens adsentiatur opinionibus falsis, si malum voluntas adsumat et ad id se applicet, perfectionem sui neutra con- sequitur, sed excidunt dignitate naturali et in corruptelam ambæ de- labuntur. Quecumque sunt igitur virtuti veritatique contraria, ea in luce atque in oculis hominum ponere non est æquum : gralia lule- lave legum defendere, multo minus. Sola bene acta vita via est in cælum quo tendimus universi: ob eamque rem aberrat civitas a regula et præscriplione naturæ, si licentiam opinionum praveque factorum in tantum lascivire sinat. ut impune liceat mentes a veri- tate, animos a virlute deducere, Ecclesiam vero, quam Deus ipse constituit, ab actione vitæ excludere, a legibus, ab institutione adolescentium socielate ] domeslica, magnus et perniciosus est error.

Bene morata civitas esse, sublata religione non polest : jamque plus fortasse quam oporteret, est cognitum, qual se sit et quor- sum pertineat illa de vita el moribus philosophia, quam cirilem no- minant. Vera est magistra virtutis et morum custos Ecclesia Christi: ea est, quæ incolumia tuetur principia, unde oficia ducuntur, pro positisque causis ad honeste vivendum efficacissimis, jubet non s0- lum fugere prave facla, sed regere motus animi rationi contrarios etiam sine effectu. — Ecclesiam vero in suorum officiorum munere potestati civili velle esse subjectam, magna quidem injuria, magna temeritas est. Hoc facto perturbatur ordo, quia quæ naturalia sunt præponuntur is, que sunt supra naturam : Lollitur aut certe magno- pere minuitur frequentia bonorum, quibus, si nulla re impediretur. communem vitam Ecclesia compleret: prætereaque via ad inimici tias munitur el cerlamina, quæ quantam utrique reipublicæ per- niciem afferant, nimis sæpe eventus demonstravi Hujusmodi doctrinas, que nec humanæ rationi probantur, et plu- rimum habent in civilem disciplinam momenti, romani Pontifces decessores Nostri, eum probe intelligerent quid a se postularet apos- tolieum munus, impune abire nequaquam passi sunt. Sie Grego- rius XVI per Encyclicas litleras hoc initio Mirari vos die XV Augusti anno MDCCCXXXII, magna sententiarum gravitate ea perculit, qu® ja prædicabantur,in cullu divino nullam adhibere delectum'opor- tere: integrum singulis esse quod malint, de religione judicare: solam euique suam esse conscientiam judicem: præterea édere que quisque senserit, itemque res moliri novas in civitate licere. De ra- tionibus rei sacræ reisque civilis distrahendis sic idem Pontifex : « Neque lætiora et religioni et principalui ominari possemus ex «_eorum votis, qui Ecclesiam a regno separari, mutuamque imperii eum_sacerdotio concordium abrumpi diseupiunt. Constat quippe « pertimesci ab impudentissimæ libertatis amatoribus concordiam « illam, quæ semper rei et sacræ et civili fausta extitit et salutaris. » LÉONIS PAPÆ XIII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTION CHRISTIANA 715

Non absimili modo Pius IX, ut sese opportunitas dedit, ex opinio- nibus falsis, quæ maxime valere cœpissent, plures nolavit eas- demque posten in unum cogi jussit, ut scilicet in Lanta errorum col- luvione haberent catholici homines, quod sine offensione seque- rentur !, Ex iis autem Pontificum præscriplis illa omnino intelligi necesse est, ortum publicæ polestatis a Deo ipso, non a mullitudine repeti oportere : seditionum licentiam eum ratione pugnare : officia reli- gionis nullo loco numerare, vel uno modo esse in disparibus generi- bus affectos, nefas esse privatis hominibus, nefas civitatibus: immo- deratam senliendi sensusque palam jactandi potestatem non esse in civium juribus neque in rebus gratia patrocinioque dignis ulla ratione ponendem. — Similiter intelligi debe, Ecclesiam societatem esse, non minus quam ipsam civitalem, genere et jure perfec- tam : neque debere, qui summam imperii teneant committere ut sibi servire aut subesse Ecclesiam cogant, aut minus esse sinant ad suas res agendas liberam, aut quicquam de ceteris juribus detrahant, quæ in ipsam a Jesu Christo collala sunt. — In negoliis autem mixti juris, maxime esse secundum naturam ilemque secundum Dei consi- lia non secessionem allerius potestatis ab allera, multoque minus contentionem, sed plane concordiam, eamque cum causis proximis congruentem, quæ utramque societatem genuerunl, Hæc quidem sunt, quæ de conslituendis temperandisque civitati= bus ab Écelesia catholica præcipiuntur. — Quibus tamen dictis decre- tisque si recle dijudicare velit, nulla per se reprehenditur ex variis reipublicæ formis, ut quæ nihil habent, quod doctrinæ eatholicæ repugnet, ædemque possunt, si sapienter adhibeantur et juste, in optimo statu tueri civitatem. — Immo neque illud per se reprehen- ditur, participem plus minus esse populum rei publicæ : quod ipsum certis in lemporibus certisque legibus potest non solem ad ulilita- Lera, sed etiam ad oflicium pertinere civium. — Insuper neque causa justa nascitur, eur Ecclesiam quisquam criminetur, aut esse in leni- late facilitateque plus æquo restriclam, aut ei, quæ germana et legi- tima sit, liberlati inimicum. — Revera si divini cullus varia genera eodemjure esse, quo veram religionem, Ecclesia judicat non licere, non ideo tamen eos damnat rerum publicarum moderatores, q magni alieujus adipiscendi boni, aut prohibendi causa mali, mori- bus atque usu patienter ferunt, ut ea habeant singula in civitatem

jura exercero quoat. Prop. XXXIX. — Reipublicæ status, utpote omnium jurium origo et fons, jure quodam pollet nullis circumseripto limitibus Prop. LV. — Ecclesia a Statu, Statusque ab Ecclesia sejungendus cst. Prop. LXXIX.— .... Falsum est, civilem cujusque cultus libertatem, itemque plerum publicoque manifestandi, conducere ad populorum mores animosque faci- lius corrumpendos, ac indifferentismi pestem propagandam. LEIL REVUE ANGLO-ROMAINE locum. — Atqueillud quoque magnopere cavere Ecclesia solet ut ad amplexandam fidem catholicam nemo invitus cogatur, quia, quod sapienter Auguslinus monet, credere non potest homo nisi rolens ‘. Simili ratione nec potest Ecclesia libertatem probare em, que fastidium gignat sanctissimarum Dei legum, debitamque poteslati legitimæ obedientiam exuat. Est enim licentia verius, quam liberlas: rectissimeque ab Augustino lbertas perditionis * a Petro Apostolo relamen malitiæ * appellatur : immo, cum sit præler rationem, vera servitus est : qui, enim, facit peccalum, servus est peccati. Contra illa germana est alque expetenda liberlas, quæ si privalim specletur, erroribus et cupidilatibus, leterrimis dominis, hominem servire non sinit : si publice, civibus sapienter præest, facullatem augendorum commodorum large ministrat : remque publicam ab alieno arbitrio defendit. — Atqui honestam hanc et homine dignam libertalem Ecclesia probat omnium maxime eamque ut tuerelur in populis fr- mam atque integram, enili et contendere nunquam destitit. Revera qu res in civitate plurimum ad communem salutem pos- sunt: quæ sunt contra licentiam principum populo male consulen- lium utiliter institutæ : quæ summam rempublicam velant in muni- cipalem, vel domesticam rem imporlunius invadere : quæ valentad decus, ad personam hominis, ad æquabililatem juris in singulis civibus conservandam, earum rerum omnium Ecclesiam catholicam vel inventricem, vel auspicem, vel custodem semper fuisse, supe- riorum ætatum monumenta Leslantur. Sibi igitur perpetuo consen- liens, si ex altera parte libertatem respuit immodicam, quæ et priva- tis et populis in licentiam vel in servitulem cadit, ex altera volens et libens amplectitur res meliores quas dies aflerat, si vere prosperita- tem contineant hujus vit, quæ quoddam est velut sladium ad alte- ram eamque perpeluo mansuram. Ergo quod inquiunt Ecclesiam recenliori civitatum invidere di plinæ, et quæcumque horum lemporum ingenium peperit, omnia promiseue repudiare, inanis est et jejuna calumnia. Insaniam qui- dem repudiat opinionum: improbat nefaria seditionum studia, illumque nominatim habilum animorum, in quo inilia perspiciuntur voluntarii discessus a Deo : sed quia omne, quod verum est, a Dev proficisei necesse est, quidquid, indagando, veri attingatur, agnoscit Ecclesia velut quoddam divinæ menlis vestigium. Cumque nihil sit in rerum natura veri, quod doctrinis divinitus traditis fidem abroget, multa quæ adrogent, omnisque possit inventio veri ad Deum ipsum vel cognoscendum vel laudandum impellere, idcirco quidquid acce- dat ad scientiarum fines proferendos, gaudente el libente Ecclesia semper accedet : eademque studiose, ut solet, siculalias disciplines, ita illas etiam fovebit ac provehet, quæ positæ sunt in explicatione naturæ. Quibus in studiis, non adversatur Ecclesia si quid mens

  1. Pet I 16. 4 Joan. VII, 34. LEONIS PAPÆ XIII ENC' CA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CURISTIANA 717

repererit novi : non repugnat quin plura quærantur ad decus com- moditatemque vilæ; immo inerliæ desidiæque inimica, magnopere vult ut hominum ingenia uberes ferant exercilatione et cullura fruc- lus: incitamenta præbet ad omne genus arlium alque operum : vmniaque harum rerum studia ad honeslatem salutemque virtute sua dirigens, impedire nititur, quominus a Deo bonisque cælestibus sua hominem intelligentia aque industria defleclat. Sed hæe, la- metsi plena ralionis et consilii, minus probantur hoc lempere, cum civitates non modo recusant sese ad christianæ sapientiæ referre formam, sed etiam videntur quotidie longius ab ea velle discedere. — Nihilominus qui a in lucem prolata verilas solel sua sponte late fluere, hominumque mentes sensim pervadere, ideirco Nos conscien- tia maximi sanctissimique oficii, hoc est Apostolica, ‘qua fungimur ad gentes universas, legalione permoti, ea quæ vera sunt, libere, ul debemus, eloquimur : non quod non perspectam habeamus ral nem temporum, aut repudianda ætatis nostræ honesta atque utilia incrementa putemus, sed quod rerum publicaram tuliora ab offen- sionibus itinera ac firmiora fundamenta vellemus: idque incolumi populorum germana libertate; in hominibus enim mater et cuslos oplima libertatis veritas est : Veritas liberabit vos 1.

ltaque in tam diffcili rerum cursu, catholici homines, si Nos, ut oportet, audierint, facile videbunt quæ sua cujusque sint tam in opinionibus quam in factis officia, — Et in opinando quidem, quæcumque Pontifices Romani tradiderint vel tradituri sunt, sin- gula necesse est el tenere judicio stabili comprehensa, et palam, quoties res postulaverit, profiteri. Ac nominatim de iis, quas libertales vocant novissimo lempore quæsilas, oportet Apostolicæ Sedis stare judicio, et quod ipsa senserit, idem sentire singulos. Cavendum ne quem fallat honesta illarum species: cogitandumque quibus orlæ , et quibus passim sustententur atque alantur sludiis. Salis jam est experiendo cognitum, quarum ill rerum effectrices sint in civitate: eos quippe passim genuere fructus, quorum probos virosel sa- pientes jure pœniteat. — Si lalis alicubi aut reapse sit aulfingatur co- gitatione civitas, quæ chrislianum nomeninsectelur prolerve et Lyran- nice, cum eaque conferatur genus id reipublicæ recens, de quo loqui mur, poterit hoc videri Lolerabilius. Principia lamen, quibus nililur, sunt profeclo ejusmodi, sicut ante diximus, ut per se ipsa probari ne- mini debeant. Potest lamen aut in privatis domesticisque rebus, aul in publici actio versari. — Privalim quidem primum officium est, præceptis evangelicis diligentissime conformare vilam el mores, nec recusare si quid christian virtus exigat ad patiendum Lolerandumique paule diffcilius. Debent præterea singuli Ecclesiam sic diligere, ul cor munem matrem: ejusque et servare obedienter leges, et honori ser- vire, et jura salva velle : conarique, ut ab üis, in quos quisque ali- quid auctoritate potest, pari pietate colatur atque amnelur. — Illud

1 Joan , VII, 32. 718 REVUE ANGLO-ROMAINE

eliam publicæ salutis interest, ad rerum urbanarum administratio- nem conferre sapienter operam : in eaque studere maxime el efficere. ut adolescentibus ad religionem, ad probos mores informandis ea ratione, qua æquum est christianis, publice consultum sit : quibus es rebus magnopere pendet singularum salus civitatum.

ltem catholicorum hominum operam ex hoc tamquam angustiore campolongius excurrere, ipsamque summam rempublicam complecti generatim utile est atque honestum. Generatim eo dicimus, quia hæc præcepta Nostra gentes universas attingunt. Celerum potest alicubi accidere, ut maximis jutissimisque de causis, rempublicam capessere, in muneribusque politicis versari, nequaquam expediat. Sed genera- tim, ut diximus, nullam velle rerum publicarum partem altingere tam esset in vitio, qnam nihil ad communem utilitatem afferre studi, nihiloperæ: eo vel magis quod catholi , quam pro- fitentur, admonitione doctrinæ, ad rem integre et ex fie gerendai impelluntur. Contra, ipsis oliosis, facile habenas accepturi sunt quorum opiniones spem salutis haud sane magnam afferant. ldque essel etiam cum pernicie conjunctum christiani nominis : proplerea quod plurimum possent qui male essent in Ecclesiam animati ; mini- mum, qui bene. Quamobrem perspieuum est, ad rempublicam adeundi causam esse justam catholicis; non enim adeunt neque adire debent ob eam causam, ut probent quod est hoc tempore in rerum publicarum rationibus non honestum; sed ut has ipsas ralio- nes, quoad fieri potest, in bonum publicum transferant sincerum atque verum, destinatum animo habentes, sapientiam virtutemque eatholicæ religionis, tamquam saluberrimum succum ac sanguinem, in omnes reipublicæ venas inducere.

Haud aliter actum in primis Ecclesiæ ælatibus. Mores enim el studia ethnicorum quam longissime a studiis abborrebant mori- busque evangelicis: christianos lamen cernere erat in media super- slilione incorruplos semperque sui similes animose, quacumque darelur aditus, inferre sese. Fideles in exemplum principibus, obe- dientesque, quoad fas esset, imperio legum, fundebant mirificum splendorem sanctitatis usquequaque ; prodesse studebant fratribus, vocare eeleros ad sapientiam Chrisli, cedere tamen loco atque emori forliter parati, si honores, si magistratus, si imperia retinere, inco- lumi virtule. nequivissent. Qua ratione celeriter instituta christiana non modo in privatas domos, sed in castra, in curiam, in ipsam regiam invexere. « Hesterni sumus, et vesira omnia implevimus, « urbes, insulas, castella, municipia, conciliabula, castra ipsa tribus, « decurias, palalium, senatum, forum! : » ita ut fides christiana, cum Evangelium publice profiteri lege licuit, non in cunis vagiens. sed adulla et jam salis firma in magna civitatum parte apparuerit. Jamvero his lemporibus consentaneum est, hæc majorum exempla renovari. — Catholicos quidem, quotquot digni sunt eo nomine, primum omnium necesse est amantissimos Ecclesiæ filios et esse el

1 Tertull., Apol. n. 97. LEONIS PAPÆ XIIL ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CURISTIANA 719

videri velle: quæ res nequeant cum hac laude consistere, eas sine cunctatione respuere : institulis populorum, quantum honeste fieri potest, ad veritatis justitiæque patrocinium uti: elaborare, ut consti- tutum naturæ Deique lege modum libertas agendi ne transiliat : dare opera ut ad eam, quam diximus, christianam similitudinem et formam omnis respublica traducatur. — Harum rerum adipiscen- darum ratio constitui uno certoque modo haud commode polest, eum debeat singulis locis temporibusque, quæ sunt multum inter se dis- paria, convenire. Nihilominus conservanda in primis est voluntatum concordia, quærendaque agendorum similitudo. Atque oplime utrumque impetrabitur, si præscripta Sedis Apostolicæ legem vitæ singui putent, aque Episcopis obtempserent, quos Spiritus sanctus nosuit regere Ecclesiam Dei‘.

Defensio quidem catholici nominis necessario postulat ut in profi- tendis doctrinis, quæ ab Ecclesia traduntur, una sit omnium senten- tia, et summa constantia, cl hac ex parte cavendum ne quis opinioni- bus falsis aut ullo modo conniveat, aut mollius resistat quam veritas patiatur. De üs quæ sunt opinabilia, licebit cum moderatione Studioque indagandæ veritalis disputare procul tamen suspicionibus injuriosis, criminationibusque mutuis. Quam ad rem [ne animorum conjunctis criminandi temeritate dirimatur, sic intelligant universi : integritatem professionis catholicæ consistere nequaquam posse cum opinionibus ad naluralismum vel rationalismum accedentibus, quarum summa est tollere funditus instituta chrisliana, hominisque slabilire in societate principatum, posthabito Deo. — Pariter non licere aliam oficii formam privatim sequi, aliam publice, ita scilicet ut Ecclesiæ autorilas in vita privata observelur, in publica respuatur. Hoc enim essel honesta et urpia conjungere, hominemque secum facere digla- diantem, cum contra debeat sibi semper conslare, neque nulla in re ullove in genere vitæ à virlute chrisliana deficere Verum si quæratur de rationibus mere politicis, de optimo genere reipublicæ, de ordinandis alia vel alia ratione civitatibus, utique de his rebus polest honesta esse dissensio. Quorum igitur cognita cete- roqui pielas est, animusque decrela Sedis Apostolicæ obedienter accipere paratus, iis vitio verti dissentaneam de rebus, quas diximus, sententiam, justitia non patitur: multoque est major injuria, si in crimen violatæ suspectæve fidei catholicæ, quod non semel factum dolemus, adducantur. — Omninoque istud præceptum teneant qui cogitaliones suas solent mandare lilteris maximeque ephemeridum auctores. In hac quidem de rebus maximis conlentione nihil est intestinis concertationibus, vel partium studiis relinquendum loci, sed conspirantibus animis studiisque id debent universi contendere, quod est commune omnium proposilum, religionem remque publi cam conservare. Si quid igitur dissidiorum antea fuit, oportet volun- taria quadam oblivione conterere: si quid temere, si quid injuria actum, ad quoscumque demum ea culpa perlineat; compensandum

Act. XX, 28. 720 REVUE ANGLO-HOMAINE est carilale mutua, et præcipuo quodum omnium in Apostolicam Sedem obsequio redimendum. Hac via duas res præclarissimas catholici conseeuturi sunt,alleram, ut adjutores sese impertiant Ecclesiæ in conservanda propagandaque sapientia christiana : alteram, ut beneficio maximo aficiant societa- tem civilem, cujus, malarum doctrinarum cupiditatumque causa, magnopere periclitatur salus. Hiec quidem, Venerabiles Fratres, habuimus, quæ universis cathu- lici orbis gentibus traderemus de civitatum constitutione christiana, vfliciisque civium singulorum. Ceterum implorare summis precibus oportet cæleste præsidium, orandusque Deus, ut hæc, quæ ad ipsius gloriam communemque humani generis salutem cupimus et conamur, optatos ad exitus idem Ipse perducat, cujus est illustrare hominum mentes, permovere volunlates. Divinorum autem beneficiorum auspicem, et paternæ benevolentiæ Nostræ testem Vobis, Venerabiles Fratres, et Clero populoque universo vestræ fidei vigilantiæque commisso Apostoli- cam Benedictionem peramanter in Domino impertimus.

Datum Romæ apud S. Petrum die { Novembris, an. MDCCCL Pontificatus Nostri anno oclavo.

                                             LEO PP. XIII.




                       Le Direcleur-Gérant: FERNAND         Porta.

         PARIS, — INPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE,   17,