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1896 - Revue Anglo-Romaine : recueil hebdomadaire - Tome II (complet). La totalité des numéros composant le Tome II rassemblés en un seul fichier PDF téléchargeable

Post-Vatican II etude-privee
Version unique

de ANNEE, N°44 HAVE, 4806

                                      REVUE


ANGLO-ROMAINE




                                                                                                   |
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| RECUEIL HEBDOMADAIRE

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To où,       l'obrur,
                   és au.                                           Spiritun Sariotis pos
 pe               potram                                                 suit opiscopos ro.
                                                                             gore Ebclosim Dai.
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                                      SOMMAIRE :
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arte Matrice Huntnes.                 Lrimauié, Schisme ot juridiction            “e           3
 Lonn Hacras:   50"                  Lu réanion dos      es       +                          [P1
                                     Chronique.                          ;           s       #1
                                     Livres où Ruvios.              :                £       2
               Doncuerrs     2:02.   De La forme amployée par la confirmation
                   »                    des évéques duns l'Église d'Angleterre.


                                        éontrorersiarum do Euchariatia                      EU




                                          PARIS
               BÉDACMON ET                     ADMINISTRATION
                                     A7, HUE CASSETTE

                                            1896

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Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

          MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
             Jeanne terrassant la Franc-MaçÇonnerie

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À l'heure présente, un pou partout, mais seulement son élendard où brillent les surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l'extrémité de prises: l’armée de Dieu et de la religion, la hampe, elle frappe et traverse le dra- et la frane-maçonnerie. gon représentant la Franc-Maconnerie. Le Le Souverain Pontife a dénoncé le danger monstre est revétu des insignes maconni- qui menace la société civile, en mème temps ques; dans sa rage impieil renverse le ca- quo le caractère criminel de la secte, ses lice et l'hostie, et il exhale son cri de rage; projets el ses artifices. Ni Dieu ni Maitre. Le cheval se cabre au ‘ I invite les chrétiens à combattre et à dessus des Saints Mystères profanés; ct repousser l'ennemi, non pas nvec des ar- Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en mes dissimulées où dans les ténèbres, imais poussant le cri de guerre : De par de; Roi en pleine lumière et bien ouvertement. du Ciel! . On a voulu répondre à la voix du Pare, On a su, avec un art parfait, renfermer bar une médaille que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaille comme un signe de sa foi et de sa souinis- tout ce drame religieux et patriotique. sion. C'est un petit chef-d'œuvre de dessin ei de Cette médaille qui est une véritable œn- gravure. : *

vre d’art, réunit l'amour de PEglise et Nous tenons cette médaille en argent À la lamôdur de la Franco sous les traits de disposition de nos lecteurs. Jeanne d'Arc terrassant la Franc-Maconne- Il suflit d'adresser, en mandat-noste,- rie. autant de fois 4 fr. 2% que lon désire re- Tout le monde cannait l'ordre venu du cevoir d'exemplaires, | grand Maitre interdisant aux loges d'accep- Par unité, ajouter © fr. 56 en sus pour fer la fétc nationale de Jeanne la bonne la recommandation à la poste, Française, et l'opposition que la secte Par quantité de 4 douzaine et au-dessus, continue de faîre à la Puceile et à son et pour les Iocalités desservies par le che- triomphe, à min de fer, en raison de la valeur déclarée, C'est do là que vient l’idée ou le dessin compter un minimum de deux fraues de la médaille. pour le port et Femballawe, Jeanne à cheval, armée du secours de Envoyer les letires et mandats à M, l'ad- Dicu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministratour de la Revue, 11, rue Cassette. ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

                             TOME II

Tu es Potrus, et su- Spiritus Sanctus po- per hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecolesiam gere Ecclesiam Dei. meam ... ot tibi dabo claves ... AcT. zx. 28. Marre. XVI. 18-19.

       RÉDACTION          ET     ADMINISTRATION
                        17, RUE CASSETTE

                               1896

PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION

                          (Suite et fin.)

Avant d'aborder la discussion de la théorie exposée par M. Bou- dinhon sur l'effet que produit, par rapport à la juridiction, l’interrup- tion de communion avec le Saint-Siège, je voudrais dire un mot de deux autres points sur lesquels cet écrivain distingué a appelé l'attention. M. Boudinhon dit : « Les membres de la Haute-Église, sinon tous les anglicans, se représentent la véritable Église de Jésus- Christ comme une société composée de plusieurs communions, toutes égitimes. Ce sont : l'Église romaine, l'Église orthodoxe, enfin l’Église anglicane. Membres de la grande famille chrétienne », etc. Sans doute, il esttrès vrai qu’au plus fort du mouvement tractarien, on admit que l'Église catholique consistait en trois « branches » indé- pendantes. Cette théorie, qui pratiquement avait pour conséquence de représenter l'Église catholique comme composée de trois corps séparés, tendait naturellement à obscurcir l’idée de l'unité de l'Église. Je sais bien qu'aujourd'hui encore on la formule quelquefois; cepen- dant un nombre toujours plus considérable d'anglicans rejette cette manière de concevoir la constitution de l'Église. Notre idée sur ce point est celle-ci : il ne peut pas y avoir de « branches » dans l'Église une. Ou plutôt nous pensons que partout où il y a un évêque canoni- quement constitué, et en possession canonique de son siège, ilya l'Église catholique dont, dans chaque diocèse, l’évêque est le centre d'unité. La communion avec lui, par le moyen des prêtres ses inter- médiaires, met les fidèles en communion avec tous les évêques de l'Église catholique, avec lesquels chaque évêque diocésain est en communion, selon ces paroles de saint Cyprien : « Il y a un seul épis- copat, dont chaque évèque détient une partie solidairement avec les autres : cujus a singulis in solidum pars lenetur. » Nous devrions donc nous apneler, non pas membres de la «branche » anglicane de l'Église catholique, mais membres de l'Église catholique en Angleterre. Après avoir rappelé les paroles : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans #

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le ciel », et « Tout ce que vons lierez sur la terre, etc. », M. Bou- dinhon dit : « Mais si ces dernières paroles, adressées à Pierre aussi bien qu’à ses collègues dans lapostolat, suffisent aux anglicans pour admettre l'épiscopat de droit divin et la juridiction de droit divin dans l’épiscopat, comment se refuseràinterpréter de la même manière les paroles semblables dites au- prince des apôtres? Comment se refuser à y voir une disposition du droit divin, le don exprès d’une véritable juridiction? » On pourrait dire, je crois, que puisque les paroles adressées à saint Pierre : « Je te donnerai les clés du royaume des cieux», indiquent clairement la promesse d’un don futur, le passage concernant le pou- voir de lier et de délier doit être interprété de la même manière, c'est-à-dire dans le sens de la promesse d’un don futur et non d’une concession actuelle et immédiate. Et lorsque Notre-Seigneur adresse plus tard les mêmes paroles à tous les apôtres, la question se pose de nouveau : Doit-on les interpréter comme une concession actuelle ou comme la promesse d’un don? Je suppose qu’elles peuvent par elles- mêmes se prêter aux deux interprétations.Si donc c'estla pofeslas qui fut alors conférée, saint Pierre reçut précisément la même po/eslas que les autres apôtres. Mais s’il ne s'agissait que d’une promesse faite alors à tous les apôtres de la vofestas déjà promise à saint Pierre seul, il faudra chercher une circonstance ultérieure dans laquelle cette nofestes aura été effectivement conférée. Cette occasion se produisit lorsque Notre-Seigneur dit : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie, » Et, pour employer le langage des canonistes, il résulte du texte grec que, tandis que Notre-Seigneur avait reçu de son Père, dans sa nature humaine, une juridiction ordinaire, les apôtres reçurent de Jésus-Christ une juridiction déléguée, législative et exécutive. Si cependant on veut soutenir que saint Pierre avait reçu la pofestas de lier et de délier, lorsque lui furent dites les premières paroles, on devrait en conclure que le prince des apôtres reçut la po/esfas en une occasion distincte de celle où elle fut conférée collectivement au col- lège apostolique. Mais cela impliquerait une grave difficulté : car alors ou saint Pierre à reçu deux fois la poéesfas, ou bien il était absent quand elle fut conférée aux autres apôtres, hypothèse arbitraire qui n'a pas l’ombre de probabilité. On pourrait enfin prétendre que les paroles : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie », ne se rapportent qu'à la mission, et que la polsstas ayant déjà été conférée à saint Pierre seul par les premières paroles, le bon sens doit faire admettre qu’elle n’a êté donnée par les autres paroles qu'aux seuls apôtres; dans ce cas, la potestas ligandi et solvendi, — celle du forum exlernum, — aurait été conférée par les paroles citées plus haut: le pouvoir d'absoudre, celui du forum inlrnum, l'aurait été par les PRIMAUTÉ, SCUISME ET JURIDICTION "3 paroles : « Les péchés seront remis, etc. »; tandis que les paroles : « Ainsi que mon Père », etc., seraient restreintes à la mission. Je répondrais en ces termes : Les paroles employées dans l'un et l’autre cas étant exactement semblables, c'est une polestas exactement semblable qui fut conférée à saint Pierre et aux autres apôtres, une »ofesfas « de droit divin... le don exprès d'une véritable juridiction ». Nous soutiendrions alors que, quelle qu'ait été la poiesfas conférée à saint Pierre, elle fut égale- ment donnée aux autres [apôtres, suivant cette ‘parole de saint Cyprien : « Assurément les autres apôtres étaient comme saint Pierre, participant tout comme lui à l'honneur et au pouvoir; mais le com- mencement part de l'unité. » Et si l’on attire notre attention sur la dation des clés — qui cependant, d’après la narration de l'Évangile, est présentée sous la forme d’une promesse: — si l’on insiste sur des passages de saint Cyprien et de saint Augustin qui montrent saint Pierre comme le représentant de l'Église : « gestare personam Eccle- siæ », ne peut-on pas répondre que lorsqu'une personne agit comme réprésentant un corps constitué, ce qu'elle reçoit, elle‘ne le reçoit pas pour elle-même et comme un don personnel; qu'elle ne peut acquérir un pouvoir juridictionnel pour contrôler la répartition dece qu'ellea reçu, sa fonction se bornant au rôle ministériel d'un agent; enfin qu'elle ne peut acquérir le droit de transmettre à d'autres qu'à ceux qu'elle représente la pofestas quelconque qui lui avait été confiée? Son office est ad Ac et il prend fin dès qu'il est rempli. Je ne comprends pas que M. Boudinhon s'appuie si peu sur les mots : u Tu es Pierre, elc. » 11 semble plutôt insister sur la force des paroles : « Tout ce que tu lieras, etc. » Mais au cas où je l'aurais mal compris, j'ajou- terai que l’on peut admettre sans hésitation, conformément à l'in- terprétation des Pères, que saint Pierre était en vérité la « pierre » sur laquelle l'Église fut bâtie, suivant la promesse de Notre-Seigneur; mais cette concession faite, il n’en reste pas moins difficile de recon- naître, dans ce privilège d’être la pierre fondamentale de l'Église, des raisons suffisantes pour en faire dériver une suprématie ininter- rompue sur toute l'Église, transmissible par saint Pierre à ses succes- seurs. L'idée de fondement, qui implique des circonstances limitées de temps, de lieu et d'objet, devrait étre complétée par autre figure d'un autre genre, pour pouvoir acclimater chez nous, à l'aide des preuves convenables, la théorie de la suprématie papale.

                                 *

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J'arrive maintenant à la question de la juridiction. La tâche que je me suis assignée, non peut-être sans quelque présomption, con- siste en ceci : montrer que certains faits de l’histoire ecclésiastique 6 REVUE ANGLO-ROMAINE

nous autorisent à prétendre que des actes de juridiction, accomplis par des évêques en état de schisme par rapport au pape, ne requièrent pas absolument une « ratification subséquente qui en assurera la valeur »; et que cette sorte de schisme n’est pas toujours suivie d'une « réconciliation expresse » Avant d'entreprendre une tâche aussi ardue, je dois réclamer l'indulgence de mes lecteurs pour le cas où je ferais usage d'arguments, et où j'énoncerais des propositions qui leur pourraient déplaire. La principale question porte sur la légitimité de la juridiction exer- cée par des évêques en état de schisme avec le Saint-Siège; une se- conde question intimement liée à la première est de savoir si, par suite de cet état de schisme, ces évêques ont cessé d’être des mem- bres du corps visible de l’Église catholique. M. Boudinhon établit une distinction entre des « froissements plus ou moins graves entre le Pape el certains évêques » et un acte de schisme formel. Dans le premier cas, l’unité de l'Église n’est pas rompue ; dans le second elle l'est, et une « réconciliation expresse » est nécessaire. L'essence du schisme se trouve dans le rejet de la suprématie papale. Des « froissements », c'est laun mot trèsélastique, qui peut signifier ou beaucoup ou presque rien, depuis un simple re- froidissement dans les rapports jusqu'à une complète rupture de communion. Mais, dans le dernier cas, une rupture de communion implique-t-elle le rejèt de la suprématie? M. Boudinhon a posé en principe que la résistance d'un inférieur à l'autorité d'un supérieur n'implique pas toujours nécessairement le rejet de cette autorité. Pas toujours ; donc quelquefois. Que dire alors des cas de résistance à l'autorité papale? M. Boudinhon admet qu'il y a eu des cas où l’on a résisté au Saint-Siège, mais il prétend que, dans les cas qu'il cite, on n'aurait pas nié l'autorité papale. Sans doute, on peut parfaitement admettre en théorie que toute résistance à l'autorité n'implique pas toujours et nécessairement le rejet ou la négation de cette autorité. Supposons que la loi interdise les réunions politiques dans un lieu public ; certains agitateurs veulent cependant tenir une réunion et se réunissent malgré les efforts de la police. Dans ce cas, ni les orga- nisateurs de la réunion ni ceux qui y prennent part, ne se préoccu- pent de la question de l'autorité. Ils se déterminent à faire une chose que l'autorité reconnue a défendue. Mais ils n’en contestent ni l'exis- tence ni la légitimité. La désobéissance, dans ce cas, n'implique pas a négation de l'autorité. Supposons, au contraire, le cas de rébellion : des hommes, en toute connaissance de cause, rejettent la pofestas de l'autorité reconnue, Or il me semble, que dans tout cas concret de résistance aux direc- tions du Saint-Siège, on franchit la limite des « froissements » et l’on se trouve en face d’un acte formel de rébellion. On savait, du moins PRIMAUTÉ, SCHISME ‘ET JURIDICTION 7

en substance, — car les décrets du Vatican ne prétendent pas formu- ler autre chose que la croyance perpétuelle de l'Église catholique sur ce point — on savait que le pape jouissait d'une autorité suprême : a In beato Petro pascendi, regendi ac gubernandi universalem Eccle- siam a Domino noslro Jesu Christo plenam potestatem traditam esse »; on savait que personne ne peut s'écarter de cette doctrine « salva fide atque salute », Lors donc que le Pape agira en vertu de cette « plena potestas » renforcée par de si terribles pénalités, est-il possible d'admettre qu'un fidèle, tenu en conscience de reconnaître la juridiction papale, ose résister à de telles injonctions? En d’autres termes, la résistance à l'autorité du Pape n'implique-t-elle pas le rejet de cette autorité? Et alors se pose une nouvelle question. M. Boudin- hon établit que le schisme formel est constitué par le rejet de la supré- matie papale. Très bien. Mais alors est-il nécessaire que ce rejet soit formellement exprimé dans une proposition négative adressée au Saint-Père? Si le Pape a condamné telle pratique ou telle doctrine, la désobéissance à cette condamnation n’impliquerait-elle pas une rébellion et le rejet de sa plenz polestas? Dans un cas semblable un acte n’équivaut-il pas à des paroles ? Est-il nécessaire que le rejet de la suprématie papale soit manifesté par une assertion formelle, et ne suffit-il pas d’une action qui implique nécessairement la rébellion à cette « plena poteslas regendi ac gubernandi universalem Ecclesiam »,pou- voir auquel on doit obéissance « non solum in rebus quæ ad fidem et mores, sed etiam in iis, quæ ad disciplinam et regimen Ecclesiæ per totum orbem diffusæ pertinent »? La fin pour laquelle cette obéis- sance est requise, c'est « ut sit unus grex sub uno summo pastore ». Mais comment les brebis désobéissantes qui s’écartent de l « unus grex » peuvent-elles être « sub uno summo pastore », tandis qu’elles refusent dé reconnnaître son autorité et méconnaissent ce solennel avertissement : « Hæc est catholicæ veritatis doctrina, a qua deviare salva fide atque salute nemo potest? » Lorsque la communion est absolument rompue, dans quel sens peut-on dire que les membres dissidents restent « sub uno summo pastore? » Si mes déductions sont exactes, il est évident qu'elles ont une por- tée considérable dans le cas de saint Meletius et du schisme d’Antioche. M. Boudinhon dirait peut-être que, dans ce cas, il n’y eut pas de schisme formel; qu'il ne s'agissait que de « froissements », bien qu’ils fussent assurément « graves ». Mais que nous disent les faits? Il est incontestable que Paulinus était en communion avec le Saint-Siège; il est également incontestable que Meletius ne l'était pas. Par son action, le Pape déclara ouvertement que Paulinus était l'évêque légitime d’Antioche, saint Meletius, l'évêque schismatique. Aucune parole n'aurait pu être plus significative que l'action du Pape. Saint Meletius était-il donc « sub uno summo pastore » ? Évi- REVUE ANGLO=ROMAINE

at non. De plus, qu’était-il aux yeux du Pape, sinon un intrus tique? Car deux évêques ne peuvent pas légitimement occu- même temps le même siège. De plus, Paulinus était certaine- sub uno summo pastore »; saint Meletius ne l'était donc pas: ar rapport au Saint-Siège, Paulinus était en communion, eletius en schisme. Il est vrai que le saint était en communion 3 évêques catholiques de Syrie et d'Asie Mineure, qui l'ap- t tous. Mais loin de prouver qu'il n’était pas en état de : formel avec le Saint-Siège, ce fait me paraît au contraire

dl. Moral., 1; 406. PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 9

tius était en état de schisme formel. Il me semble qu'il l'était. Que si, à l'encontre, on oppose la réconciliation de l'Église d'Angleterre par le cardinal Pole, cela prouverait que la discipline était alors diffé- rente de la discipline primitive: et, de plus, cela montrerait qu'au xvi* siècle, les théologiens et les canonistes d'Occident avaient donné à l’idée de l'unité de l'Église et des prérogatives du Saint-Siège une forme plus définie et plus précise, qu’elle n’avail sans doute pas en- core au 1v* siècle. Deux autres faits de l'histoire des premiers siècles de l'Église me paraissent avoir une importance particulière pour notre sujet. Le premier, c’est la controverse des Quartodécimans au temps du pape Victor. Les faits échappent, ce me semble, à toute discussion ; ilssont, je crois, incontestables : « Victor, l'évèque de l'Église des Romains, menace de retrancher de la commune unité, comme hétérodoxes, les Églises de toute l'Asie ainsi que les Églises voisines; il lance contre elles des lettres et proclame que tous les fidèles de ces régions sont entièrement séparés de la communion ». Deux faits semblent tout & fait certains : 4° Victor retranche de sa propre communion les Églises d'Asie; et 2 il s’efforce de faire recon- naître leur excommunication par l'Église tout entière. Il y aurait bien des questions intéressantes à étudier ici sur la manière dont on envisageait à cette époque lointaine l'excommunication papale, ses effets, son étendue et sa force aux yeux de l'Église. Mais laissons ces questions à part; qu'il nous suffise de remerquer, en ce qui touche directement à notre sujet, que lorsque la réunion se fit, per- sonne, semble-t-il, n'avait cessé d’être membre du corps visible de l'Église ; il n'y eut aucune légitimation des actes de juridiction accomplis pendant le schisme, ni aucune « réconciliation expresse ». Et cependant il s'agissait certainement de choses plus graves que des « froissements ». Il s'agissait certainement de schisme formel et d'excommunication; et l'excommunication portée par le Pape ne parait pas avoir impliqué la perte de communion avec le reste de l'Église. Un autre exemple nous est fourni par la controverse entre saint Cyprien et le pape Étienne. M. Boudinhon dit : « Je ne puis admettre, par exemple, que saint Cyprien ait été sthismatique, ait été exclu ou se soit regardé comme exclu de l’Église. » J'admets que saint Cyprien ne se soit pas regardé comme « exclu de l'Église »; mais la raison que j’en donnerai, c’est qu'il tenait que l'excommuni- cation portée contre lui par Étienne, l'excluait seulement de la com- munion avec le Pape, et de plus, qu’à ses yeux, l'excommunication par le Pape, ainsi que dans le cas des quartodécimans, n'entrainait

! Eusue. H.E., V, 24. 10 REVUE ANGLO-ROMAINE

pas l'exclusion de l’Église. Bien entendu, tout dépend de cette ques- tion de fait : saint Cyprien était-il excommunié? Firmilien affirme positivement qu'Étienne avait excommunié l’Église de l’Afrique du Nord aussi bien que les évêques orientaux, mais que son action n'avait pas eu d'autre effet que de se séparer lui-même de ces illustres Églises : « Te a tot gregibus scidisti. Excidisti enim te ipsum ». « Quid enim humilius aut lenius quam cum tot episcopis per totum mundum dissensisse, pacem cum singulis vario discordiæ genere rumpentem, modo cum Orientalibus... modo vobiscum, qui in meridie estis. » Le fait de l’excommunication est puissamment confirmé par cet incident : Lorsque les dégats des quatre- vingt-cinq évêques qui avaient tenu le Concile à Carthage, furent envoyés à Rome, Étienne « défendit à tous les frères de les recevoir dans leurs maisons; en sorte qu'on leur refusa non Seulement la paix et la communion, mais encore le gite et l’hospita- lité »'. L'excommunication des évêques orientaux est également mentionnée par saint Denys le Grand, évêque d’Alexandrie?; et l'archevêque Mansi, de Lucca, l’illustre éditeur des Concilia, fait cette remarque : « Il semble indubitable qu'il (Étienne) alla plus loin que les menaces et finit par prononcer contre eux la sentence d’excom- munication », c’est-à-dire contre saint Cyprien et Firmilien?. Il cite également la lettre de saint Denys au pape Xyste II, dans laquelle l'évêque d'Alexandrie rapporte qu'Étienne aurait écrit (sui- vant la traduction très soignée de Mansi) : « Quod neque cum illis communicare vellet. » . H est vrai que saint Denys ne parle ici que des rapports d'Étienne avec les évêques orientaux; mais, ainsi que le fait remarquer Mansi, s’il excommunia les évêques orientaux; il doit avoir excommunié aussi les Africains, puisque ceux-ci partageaient entièrement la doc- trine et l'usage des premiers. 11 me semble impossible de rejeter ce témoignage contemporain, d'autant qu'on ne peut opposer aucune autre preuve de la même époque au témoignage de Firmilien, de saint Cyprien (qui en traduisant la lettre de Firmilien endossa la responsabilité des affirmations qui y étaient contenues), ni enfin à celui de saint Denys. La rupture vint à cesser, mais sans que personne ait eu la moindre idée que les excommuniés avaient cessé d'être membres du corps visible de l'Église, sans aucune légitimation subséquente des actes de juridiction accomplis pendant le schisme, enfin sans qu'il y ait eu de « réconciliation expresse ». Encore une fois, il y avait eu certaine- ment autre chose que des « froissements ». Il ne s'agissait de rien

1 Ep. S. Firmi. inter Cyprianicas, Lxxv. 3 Evsez. H. E., VII, 1. 3 Animadvers. in Dissert. xu ; Art. I, ap. Natal. Alexand. Hisé. Eccl, RL SL LS

              PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION                     LE

moins que de la validité du sacrement d'initiation à la vie chrétienne. L'enseignement et la pratique du Saint-Siège étaient très clairs et explicites. Les Églises du Nord de l'Afrique et d'Orient rejetaient l'autorité du Saint-Siège et répudiaient ainsi la prétention du Saint-Siège à posséder cette « plena polestas regendi ac gubernandi uni- versalem Ecclesiam ». qui est « cafholicæ veritalis doctrina a qua deviare salva fide atque salule nemo potest ». Et cependant, tout comme dans la controverse des quartodécimans, les dissidents furent excommu- niés par le suprême pasteur de l’Église, et tout comme alors, la com- munion fut rétablie sans aucune légitimation des actes de juri- diction, sans « réconciliation expresse ».

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La portée de ce raisonnement est évidente. Acceptant la définition du schisme formel donnée par M. Boudin- bon, j'ai exposé plusieurs cas tirés de l'histoire ecclésiastique, qui démontrent, j'ose le croire, que dans les premiers siècles chrétiens il était possible pour des Églises particulières de n'être pas en com- æunion avec le Saint-Siège, et même d'être excommuniées par lui, sans que les actes de juridiction par elles accomplis aient nécessité une légitimation ultérieure, sans qu'il fût besoin d’une « réconcilia- tion expresse », enfin sans qu'elles aient cessé de faire partie du corps visible de l'Église. Puis j'ai essayé d'indiquer que l'excommunication par le Saint-Siège n’impliquait pas nécessairement et per se l'exclusion de l'Église catholique, mais seulement une rupture de communion avec le Saint-Siège. Si les autres Églises de la chrétienté avaient refusé d'admettre saint Meletius dans leur communion; si elles avaient excommunié les quartodécimens, l'Église du Nord de l'Afrique et les Églises d'Orient qui prenaient parti pour celle d'Afrique, le cas eût alors été différent, car l'excommunication universelle aurait entraîné sans aucun doute l'exclusion absolue de l'Église catholique. Mais la grande question est certainement celle que formule M. Bou- dinhon : « Que signifie et que comporte la primauté du Pape? » Si on prétendait seulement que le Pape est le centre normal de l'unité, si l'on pouvait accorder que certaine rupture de la communion, occa- sionnée par la défense de certaines libertés, sans aucune intention de se retirer de l'unité de l'Église, — bien que cette rupture eût impliqué cu paru impliquer une répudiation de la suprématie du Pape, — aurait pu se produire sans que ses auteurs aient cessé d'être mem- bres du corps visible de l'Église catholique, quelle avance ce serait! Cependant on déclare nécessaire la communion avec le Saint-Siège. Mais « nécessaire » dans quel sens? D'une manière ordinaire sans aucun doute, etswÿ gravir; mais non pas assurément dans ce sens qu’une . 42 REVUE ANGLO-ROMAINE

rupture de communion pour un temps plus ou moins long entraîne l'exclusion de l'Église. 11 me semble impossible de soutenir, en face des faits historiques, que cette communion est absolument et tou- jours nécessaire. Si l’on admet, comme le reconnaît M. Boudinhon, qu'il y a eu des cas où la rupture de la communion avec le Saint-Siège n'a pas entraîné l'exclusion de l’Église, alors la maxime que la com- munion avec le Saint-Siège est nécessaire me parait, au moins en tant que proposition abstraite, cesser d'être strictement applicable. Théoriquement, cette communion est ioujours nécessaire; en pra- tique elle ne l’est pas. Si donc, dans des cas de « froissements » — qui peuvent facilement atteindre un point où on ne pourra guère Les distinguer de l'état de schisme formel, tel que le définit M. Boudin- hon — la communion avecle Saint-Siège n’est pas absolument néces- saire, cette nécessité n'admet-elle pas des atténuations lorsqu'il s'agit d’un cas où la suprématie du Pape a été rejetée? L'offense contre l'unité de l’Église estla même dans les deux cas. De plus, si les actes de juridiction accomplis par une Église schismatique n’ont be- soin que d'une légitimation subséquente, il est clair que ces actes conservent une certaine valeur réelle, et que ceux qui les ont accom- plis ne sont pas entièrement privés des pouvoirs de l'épiscopat. Les actes sont valides, mais illicites. Ne peut-on pas en dire autant de la qualité de membre du corps vivant de l'Église? elle est valide bien qu'illicite. J’argumente en ce moment en me plaçant sur le terrain adopté par M. Boudinhon quant à la légitimation des actes de juri- diction; j'ajoute la distinction que j'ai énoncée et que j'ai essayé de démontrer au cours de ce travail, à savoir que, d’après la discipline de l’Église aux premiers siècles, l'excommunication portée par le Saint-Siège n’entrainait pas toujours et forcément avec elle l'exclu- sion de l'Église entière. Je demanderai alors s’il ne serait pas permis de penser que la primauté n’est pas essentiellement de nature à exclure du corps visible de l'Église ceux qui ont rejeté — peut-être à tort et en croyant défendre leurs libertés, mais en tous cas sans inten- tion formelle de troubler la paix de l'Église, — ceux, dis-je, qui ont rejeté, soit explicitement, soit implicitement l'autorité du Saint-Siège sur quelque point de discipline intérieure? S'il n'y a pas eu de «nullité radicale » dans des actes de juridiction accomplis pendant l'existence du schisme, ne pourrait-on pas affirmer de même qu'il n'ya eu aucune « nullité radicale » en ce qui constitue la qualité de membre du corps visible de l’Église? Si le schisme ne produit pas de «nullité radieale » daus le premier cas, est-il fatalement nécessaire qu’il la produise dans le second ? Et enfin, ne pourrait-on pas établir une distinction entre la théorie et la pratique de la primauté jure divino? Si la primauté est reconnue comme un fait, obligeant sub gravi — et je suppose que son existence ls DES an

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dsfacto pourrait étre admise comme découlant, en un certain sens, ez jure divino — ne pourrait-on pas laisser l'explication de la phrase de jure divine comme une question libre abandonnée aux recherches des théologiens, tandis que la primauté serait reconnue comme un fait obligeant sub gravt ? Je me suis décidé, non sans hésitations, à soumettre ces questions à l'examen approfondi et impartial qu’en fera, j'en suis sûr, M. Bou- dinhon. Dussent-elles amener un sourire sur les lèvres de mes lecteurs, soit parce qu'elles laisseraient supposer que je ne me rends pas entière- ment compte de tous les éléments de la primauté, telle qu'elle a été définie par le concile du Vatican, soit parce qu'elles impliqueraient des concessions impossibles; j'ai confiance du moins qu'un pardon plein de sympathie sera accordé à un auteur qui ne s'est embarqué dans une si téméraire entreprise que sous l'impulsion du désir intense qui est au fond de son cœur, de voir se réaliser au jour mar- qué, la prière de Notre-Seigneur: « ut omnes unum sint. »!

                                              G. BAYFIELD ROBERTS.




1 Dans un de ses prochains numéros,   la Revué <nglo-Romaine   publiera une

réponse de M. Boudinhon. LA RÉUNION DES ÉGLISES

                  DISCOURS   DE LORD HALIFAX

L'Englich Church Union a tenu, le 21 mars, à Brighton une réunion dans laquelle Lord Halifax, président de l'association, a donné lecture d'une conférence ayant pour sujet la réunion des Églises. Nous en empruntons le compte rendu au Church Times, regrettant vivement qu'elle ne soit pas publiée in erienso. Lord Halifax a posé tout d’abord la question de savoir d’où vient cette indifférence extérieure vis-à-vis de l'unité, si caractéristique chez un grand nombre d'individus. Il pense que les causes de cette indifférence sont au nombre de deux: la première c'est cet état d'esprit extraordinaire, provenant de l'habitude, qui nous fait adop- ter une position absolument insoutenable tant en théorie qu'en pra- tique; la seconde c'est la conviction bien arrêtée chez cerlains que toute tentative ayant pour objet de faire cesser nos divisions est im- praticable et sans issue. Dans le premier cas, considérons pour un moment ce que nous enseigne notre foi de chrétiens. Accepter les divisions présentes, c'est adopter vis-à-vis de la réunion dela chrétienté une attitude absolument insoutenable tant en théorie qu'en pratique : position insoutenable parce que c'est donner son assentiment à un état de choses désastreux pour la cause de la religion que nous avons tous à cœur. Après l'inconséquence des chrétiens qui ne conforment pas leur conduite à leurs principes, peut-on douter que les divisions actuelles ne soient le plus grand obstacle à la diffusion de l'Évangile tant en Angleterre qu'au dehors? Ne somines-nous pas membres d’un même corps et placés par suite dans un état de relation nécessaire et déterminée avec l'ensemble? Eten se reportant à l'histaire l'unité n'ap- parait-elle pas manifeste dans les desseins de Dieu sur son Église ? Ce qui explique d’ailleurs l'objet de la vie individuelle de chacun, ce qui lui donne son importance et sa valeur, dépend de l'accomplis- sement par chacun de la tâche qui lui a été confiée dans l’œuvre commune. Union avec le Christ, union des uns avec les autres dans le Christ, accomplissement des devoirs qui découlent de cette union : voilà la somme de toute la religion chrétienne. Quel contraste ne présente pas l'état actuel de la chrétienté avec le plus grand LORD HALIFAX ET LA RÉUNION DES ÉGLISES 45

acte du culte chrétien! Notre-Seigneur, au moment le plus solennel de sa vie terrestre, comme dernière expression de son amour, et comme don d'adieu à ses disciples, institua le mystère de son corps et de son sang, afin de nous fournir le moyen d'une plus étroite communion avec lui, et en lui avec nos semblables. Et quel usage avons-nous fait de ce don inénarrable qui devait diminuer la distance qui sépare le Giel et la Terre, et unir entre eux tous les membres du Christ? Nous avons accepté, apparemment avec Ja plus parfaite bonne grâce, un état de choses qui rendait pour ainsi dire impossible la participation au grand acte par lequel naus devions être en communion avec Notre-Seigneur et les uns avec les autres. Nous considérions comme tout à fait naturel que les chrétiens fussent unis en tout, excepté en ce qui touche à la religion. Notre-Seigneur pria pour que 8es disciples ne fissent qu'un, afin que le monde fût convaincu de la vérité de sa mission. Au lieu de cela, n’est-il pas plus vrai de dire que l'état présent de la chrétienté est précisément l'exeuse que se donnent les hommes pour ne pas croire? Par la force même des choses, la grande masse de l'humanité est obligée de baser sa foi sur le témoignage des autres. Mais qu'advient-il alors de la foi de la chrétienté si ceux qui en sont dépositaires ne peuvent s'accorder et définir au juste en quoi elle consiste? Elle se change bientôt en opinions individuelles que l'uo peut accepter, comme l'autre peut les rejeter ; puis elle disparaît complètement. Il ne peut y avoir de plus grand devoir pour nous tous que d'essayer de nous entendre sur la révélation et de faire notre possible pour faire cesser nos malheureuses divisions. Passant de la théorie aux maux pratiques qui en résultent, ils sont si évidents qu'il est à peine nécessaire d’insister sur ce point. Il n'est pas d'œuvres religieuses, sociales ou politiques, pour lesquelles nos divisions ne soient un empéchement et un obstacle; tout serait d'un accomplissement rela- livement facile si Pon pouvait mettre un terme à nos malheureuses divisions, et Dieu nous accorderait l'inestimable bienfait de ne faire qu'un dans sa sainte Église. Dans la sphère de la religion, n’avez-vous jamais rencontré quelqu'un en face des difficultés de la vie et des terreurs de la mort, hanté par le remords du péché, cherchant paix et secours ? Vous lui avez parlé de confession et d’absolution, des moyens de secours que l'Église a instilués, qui l’aideront à se main- tenir dans le droit chemin durant la vie, et le réconforteront au moment de la mort; et aussitôt les divisions de la chrétienté et les maux causés par ces divisions se présentent à son espritetempèchent de se produire le bien qui, autrement, eût pu être fait à cette âme. Ou encore la mort est survenue; elle est survenue au milieu de l'agitation et du tourbillon de la vie, sans qu'on ait eu le temps de S'y préparer. Kt devant ce souvenir d’une vie qu'il est impossible de 16 REVUE ANGLO-ROMAINE

se rappeler sans qu'elle fournisse au moins de sérieux motifs de crainte pour le salut, vous ne pourriez pas compter sur celte commu- nion dans les œuvres de charilé, sur cette intercession mutuelle qui subsiste dans le Christ entre les vivants et les morts. Mais ce n'est pas seulement en matière de religion que nos divi- sions sont funestes; elles sont une des principales causes de nos difficultés dans les questions scolaires, de l'échec relatif de nos œuvres de missions, de l'aliénation de masses considérables de notre population, du niveau peu élevé de vie et de mœurs dont se contente si facilement le monde chrétien, et enfin du peu de cas que beaucoup font de tout ce qui estsurnaturel. Pensons ce que pourrait faire une chrétienté unie pour l’apaisement de ces divisions entre le capital et le travail qui menacent de ruiner le pays. Nous entendons beaucoup parler d’un nouvel état de la scciété, mais combien ne pourrions-nous pas envisager l'avenir avec plus de calme, si nous voyions une chrétienté bien unie, forte et compétente, traiter ces diverses questions et les amener à une sage solution! Est-il nécessaire que l’Europe soit convertie en un camp sous les armes et que les nations soient écrasées d'impôts pour soutenir des armements dont le meilleur usage qu’elles puissent faire, c'est de ne jamais s’en servir? Les divisions religieuses compliqueront-elles donc toujours les dif- ficultés en Orient, rendant inutile tout effort en faveur des popula- tions chrétiennes sous le joug musulman? L'union qui se fait un peu partout dans les idées et dans les mœurs par suite des facilités de communication n’aura-t-elle pas sa contre-partie dans le domaine spirituel? Assurément nous devons avoir à cœur la réunion du monde chrétien et nous devons être bien résolus à ne rien négliger pour y parvenir de ce qui est en notre pouvoir. Et ici lord Halifax a pénétré le véritable motif qui rend un si grand nombre d'individus indiflérents et même hostiles à toute tentative ayant pour objet la réalisation de l'unité. On dit que c’est une utopie, une chose impossible ou bien encore qui nécessite un compromis sur des points essentiels de vérité. D'autre part, pour ce qui concerne les corps non-conformistes, Sa Seigneurie pense qu'on pourrait faire beaucoup de ce côté, si seule- ment les ecclésiastiques anglais étaient fidèles à leurs principes, dé- clarant nettement et sans crainte ce qui est essentiel en matière de foi et ce qui ne l'est pas; ils démontreraient, par exemple, que bien que nous croyÿions que la grâce nous est conférée par les sacre- ments de l'Église, nous ne nions pas cependant que l’œuvre de Dieu ne puisse en partie s'accomplir par des moyens qui ne nous paraissent pas avoir été institués directement par le Christ, Demander aux non- conforinistes de nous expliquer leur position, de la légitimer à nos yeux; oubien leur demander de renier leur passé spirituel, cesont LORD HALIFAX ET LA RÉUNION DES ÉGLISES 47 là deux points différents. Ce ne sont pas des rétractations que l'on demande, mais des affirmations; et d'ailleurs dans un noble ser- mon préché, il n'y a pas longtemps, sur ce sujet, le D° Parker, de City Temple, a bien indiqué dans quel esprit on devait aborder la question de la réunion. Tout sentiment d’orgueil, toute assertion person- nelle doivent étre laissés de côté, et les ecclésiastiques anglais doi- vent prendre, vis-à-vis de leurs frères non-conformistes, l'attitude qu'ils désirent voir adopter vis-à-vis d'eux par leurs frères de la com-: munion romaine. Ce qui est requis, c'est un effort de chaque côté afin que chacun envisage les diverses questions en se plaçant au point de vue de son voisin; il arrivera alors qu'on découvrira sou- vent que les propositions les plus erronées en apparence sont sus- ceptibles d’une interprétation orthodoxe. Lord Halifax en donne alors un exemple, celui de l'affirmation faite dans la controverse de Gorham, par M. Goode, depuis doyen de Ripon, à savoir qu’un adulte n'est pas nécessairement dans un état de régénération spirituelle parce qu'il a été baptisé étant enfant. Cela sonne mal à coup sûr; mais si M. Goode voulait dire, comme c'est probablement le cas, qu'un adulte qui a été baptisé n'est pas né- cessairement en état de grâce et peut avoir besoin d'une complète conversion, il n’est pas de chrétien instruit en matière de foi qui ne soit prêt à acquiescer à cette assertion. Quant à laréunion avec Rome, est-elle doncaussi difficile qu'un grand nombre le pensent? L'ignoranceet les préjugés de partet d'autre, l'ab- sence de bon vouloir, sont souvent tels que certains peuvent la consi- dérer comme impossible, mais plus grands sont les malentendus, plus grand aussi l'espoir des heureux résultats que pourront amener des explications mutuelles. Ce qui est requis, 'c'est un état d'esprit tel que l'on soit déterminé de part et d'autre, premièrement à per- mettre la plus grande latitude vis-à-vis de toutes les questions qui ne sont pas strictement de ide, et secondement à définir exactement et soigneusement la doctrine que l'on professe sur les divers points controversés.

     Lord Halifax s'est servi de deux exemples pour montrer que des
   explications mutuelles ne sont pas inutiles pour dissiper les obsta-
   cles qui s'opposent à la réunion.
     Le premier peut être tiré de l'explication de la doctrine de l'Ina
    culée Conception de la Sainte Vierge. C'est assurément une proposi-
    ion qui n'a rien d'alarmant que de supposer qu'il a plu à Dieu, en
    vue des mérites de son Fils, d'étendre à sa sainte Mère, à un plus
    haut degré, Ja grâce qui, d'après les paroles mêmes de l'Écriture, fut
    conférée à saint Jean, puisqu'il reçut le Saint-Esprit dès le sein desa

#:°

    mère; on peut même dire que cette proposition ne fait que renforcer
    la doctrine de l'Église sur le péché originel, ainsi que son enseigne-

er

        REVUR ANGLO-ROMAINE. — T. II. — 2

18 REVUR ANGLO-ROMAINE

ment contre les erreurs pélagiennes; et une Église qui a imposé frente- neuf articles contenant une série de propositions en dehors du Credo ne doit éprouver aueun serupule à donner son assentiment, dans l’inté- rêt de la paix, à une proposition en faveur de laquelle il y a toujours eu une certaine tradition dans l'Église. Lord Halifax a pris ensuite comme exemple la doctrine de la trans- substantiation et du sacrifice de l'autel. Or, il n’y a pas longtemps, une affirmation de source autorisée élaitfaite dans le T&élsisur la doctrine du Sacrifice Eucharistique, afhr- mation contre laquelle aucun théologien anglican, pense lord Halifax, ne pourrait formuler d'objection. De même, tout récemment, la Revue Anglo-Romains publiait trois articles du Père Puller que les théolo- giens français ont considérés comme absolument orthodoxes; or, la doctrine qui y est contenue est identique à celle qui est exposée par l’évêque de Salisbury dans sa lettre à l'Église d’Utrecht et à celle qui est renfermée dans l'ouvrage du D' Miiligan, le théo- logien presbytérien, dont tous pleurent la mort, sur l’Ascension de Notre-Seigneur et son sacerdoce céleste. Quand des théologiens tels que Puseny et Keble ont affirmé que les doctrines du Concile de Trente ne sont pas inconciliables avec nos formules, c'est à coup sûr uu devoir que d'essayer de montrer cette conformité. Que l’on objecte que le concile du Vatican a complètement changé la situation, lord Halifax ne nie pas qu'il ne se soit produit un changement, mais il reste à savoir si ce changement rend désormais toute négociation impos- sible. Presque tout ce. qui s’est produit depuis le concile du Vatican tend à prouver que les effets de ces décrets ont été considérablement exagérés de part et d'autre. Si l'infaillibilité proclamée par le con- cile n'est pas l’infaillibilité du Pape en dehors de l'Église, mais surtout l’infaillibilité du Pape comme porte-parole de l'Église, — autrement dit, si elle n’est pas l’infaillibilité du Chef sans le coucours de l’Épiscopat, mais l'infaillibilité du Chef en union avec l'Épiscopat — il est certain alors que, bien que de graves difficultés restent encore à surmonter, elles ne sont pas de nature à fermer d'avance tout espoir de faire aboutir les négociations qui seraient entamées. Lord Halifax ajoute qu'il ne croit pas que les autorités de l'Ég lise anglicane aient toujours fait preuve d'équité à cet égard, et il pense que par là elles ont quelquefois affaibli la force réelle de leur propre position. Quant à lui, il est entièrement convaincu que, si les autorités anglicanes se contentent de rester sur la défensive, la position de l'Église anglicane est inexplicable; et il n'éprouve aucun embarras à rendre justice à ce qui peut être légitimement revendiqué par EE 7

          LORD HALIFAX ET LA RÉUNION DES ÉGLISES                    49

l'Église romaine. Ilfaut, avant tout, étre vrai avec soi-même et consé- quent avec ses principes. Il y a toute une classe de théologiens anglicans, ainsi qu'on le fait remarquer dans la vie du D' Pusey, qui paraissent ne pouvoir comprendre que l'appel fait par l'Église d'Angleterre à l'antiquité et aux Pères doit être pris au sérieux. Ils semblent ne le considérer que comme un excellent procédé de con- troverse contre Rome; ils affirment que les idées des réformateurs sont définitives et que s'en écarter c'est étre déloyal envers l'Église d'Angleterre. Ils sont prêts à reconnaître l'autorité des Pères quand ceux-ci s6 trouvent être d'accord avec les réformateurs du xvr' siècle, mais ils rejettent la doctrine et les pratiques primitives quand elles ne sont pas déjà reconnues par l’Église d'Angleterre. Le D* Pusey était convaincu que ce silence de l'Église d'Angleterre sur certains points doit étre interprété dans ce sens qu'il nécessite un appel à l'antiquité et à l'autorité des Pères. C'est ainsi que, sur deux points, qui en ce moment, paraissentassezattirer l'attention: #*la doctrine de la purification après la mortet, ®, l’intercession des saints, il pense que l'usage des prières, dans le premier eas, et les invoca- tions dans le second, en tant qu'elles sont limitées à l'ora pro nobte, est facile à trouver dans l'enseignement de l’Église primitive, que dès lors on ne saurait le blâmer et qu'il s'appuie sur de très hautes autorités. S'il enest ainsi, les prières etle Saint Sacrifice offerts pourles morts, ainsi que l’Invocation des saints limitée à l'ora pre nobie, sont des cou - tames vis-à-vis desquelles le silence du Prayer Book ne sauraït aueu- nement être interprété comme une condamnation. Et, ajoute lord Halifax, nous ne saurions être accusés de manquer de loyauté à l'Église d'Angleterre parce que nous maintenons, avec le D’ Pusey, que l'appel à lantiquité ainsi que l'usage catholique rendent ces coutumes à tout le moins admissibles. Une lousble coutume de toute l'Église du Christ ne saurait être rejetée parce que, dans certains cas, on en à abusé. Après avoir payé un noble tribut d’hommages à la mémoire du D' Pusey, lord Halifax en est venu à se demander ce que doivent essayer de faire ceux qui désirent la réunion. Ce qu'il faut, c’est montrer et exprimer clairement qu’il y a en Angleterre un vif désir d'union et que, parmi les membres de l’Église anglicane, on se rend vraiment compte de l'état anormal de la chrétienté à l'heure actuelle. ll ne faut ni faire le jeu de ceux qui, pour un motif ou un autre, rherchent à décourager le mouvement actuel vers l'union, ni par contre être indifférent à la vérité, même pour la cause de l'union. H ne faut pas non plus négliger les avantages exceptionnels que nous possédons pour arriver à la réconciliation de Ia raison et de Ia foi; mais, en tenant compte de ces diverses considérations, nous devons 20. REVUE ANGLO-ROMAINE prouver combien nous sommes prêts à entrer en conférences person- elles, entreprises de part et d'autre pour se faire mieux connaître, dissiper les malentendus et faire avancer la cause de la réunion que nous avons tous à cœur. Après la lettre du cardinal Rampolla, publiée dans le Revue anglo-romaine du 1° février, il serait impossible de douter des sentiments du Pape à cet égard : « Rien, dit le cardinal, « ne saurait égaler l’ardeur avec laquelle le Souverain Pontife, qui « gouverne aujourd'hui l'Église de Dieu, désire rétablir la paix et « l'unité dans la grande famille chrétienne, et réunir comme en un « seul faisceau toutes les forces du christianisme, pour les opposer « efficacement au torrent d’impiété et de corruption qui déborde « aujourd’hui de toute part. Certainement, Sa Sainteté n'épargnerait « ni travail, ni sollicitude, ni eflort pour aplanir le chemin, pour « apporter, où cela serait nécessaire, la lumière, etfortifier les volon- « tés qui, tout en aimant le bien qu’elles connaissent, ne sauraient « pas encore se résoudre à l'embrasser. » Et qui donc pourrait encore en douter après les paroles que pro- nonçait le Pape lui-même, pas plus tard que le 3 du présent mois : « Confiant dans ces douces prémices, Nous Nous sentons porté à « promouvoir de mieux en mieux de plus vastes desseins, en faveur « des autres familles chrétiennes malheureusement séparées. En quel- « ques régions qu'elles soient, Orient ou Occident, Notre pensée et « Notre cœur s'épanchent vers elles dans une sainte vision de paix. x, C'est le Christ Rédempteur, auquel sont bien connus les temps et « les moments les plus propres aux œuvres de salut pour l'humanité, « qui augmente Notre ardeur : Cuaritas Christi urget nos. C'est lui, le « bon Pasteur, e Prince des Pasteurs, que nous désirons ardemment « imiter en Nous eflorçant chaque jour davantage de réaliser le tes- « tament de son amour envers les croyants. « Quant à Nous, cesn’est pas peu de chose d’avoir pu, avec amour, « faire revivre et grandir le germe de la concorde désirée... « Ah! daigne le Père céleste, dans sa clémence infinie, comme « Nous l'en supplions du fond du cœur, permettre que rien ne trouble « ou n’entrave l’œuvre sainte que Nous poursuivons, c'est-à-dire la « pacifique propagation de sa royauté sur la terre ! » Lord Halifax a ajouté en terminant : « Les membres de l'Église d'Angleterre et ceux qui la gouvernent ne seront-ils pas inspirés par de telles paroles sortant de la bouche d’un homme si près d'entrer dans un autre monde ? Et en revendiquant leur part dans les béné- dictions promises aux pacifiques, ne permettront-ils pas à Léon XIT] de voir avant son départ d'ici-bas quelques fruits de ses ardentes prières et de ses efforts persévérants pour la réalisation de la paix de l'Église et la prospérité du Royaume de Dieu sur laterre ? » | CHRONIQUE

                                              Li

Les ordinations anglicanes. — Nous avons annoncé dans aotre dernier auméro qu’une commission de théologiens allait être formée à Rome pour l'étude des ordinations anglicanes. Nous croyons savoir que celte commission est en effet constituée et qu'elle a commencé ses travaux. M. Portal, à cette occasion, vient de partir pour Rome afin d’être mieux en mesure de tenir au courant les lecteurs de la Revue.

Les études bibliques. — Nos lecteurs connaissent assurément le Dictionnaire de la Bible, ouvrage des plus importants entrepris par X. l'abbé Vigouroux. Le savant professeur d'Écriture Sainte de Saint- Sulpice et de l'Institut catholique, ayant fait hommage à Sa Sainteté Léon XIII de la partie de son travail parue jusqu'ici, en a reçu la lettre suivante : |

 A Notre cher file Fulcran Vigouroux, prêtre de Saint-Sulpice.


                       LÉON XII, PAPE


                Salut et bénédiction apostolique.

L'ouvrage si considérable (Dictionnaire de la Bible) que vous avez entrepris dans la pensée de faire concourir toutes les sciences à la défense et à l'explication des divines Écritures, fut, dès le moment où vous en formiez le premier dessein, l’objet de Notre particulière faveur. Outre l’importance même du sujet, Notre esprit se représen- lait la gloire nouvelle qui en reviendrait au génie catholique, et les sérieux avantages que votre pays ne serait pas seul à en retirer, mais qui pourraient en rejaillir bien au delà. Et ce qui accroissait Notre confiance dans le succès de l'œuvre, c'était d'en voir la conduite et la direction aux mains d’un homme tel que vous, dont le rare savoir, la perspicacité de la critique unie à la modération, et enfin la soumis- sion si fidèle aux enseignements de l'Église Nous étaient déjà attestés Bar tous vos précédents écrits. Toutes ces raisons ne pouvaient man- quer de vous obtenir le suffrage des évêques et les encouragements des savants, dont un bon nombre, excilés par votre exemple autant REVUE ANGLO-ROMAINE

ar votre nom, se sont fait un plaisir de s’associer à votre entre- pour en partager avec vous le labeur et le mérite. Nous a donc été très agréable de voir paraître au jour une por- déjà notable de cette œuvre, fruit de vos communs efforts, et le mérite, Nous le savons, ne répond pas seulement à l’attente 1 en avait conçue, mais excite plus vivement encore le désir de ntier et complet achèvement. , de fait, réunir ainsi dans un seul et même ouvrage, et mettre portée de chacun tout cet ensemble de connaissances, qui, pui- avant tout aux sources si riches de la sagesse antique, mais com- es aussi par les légitimes résultats de la science moderne, ent aider à l'intelligence des Saints Livres, c'est assurément bien ter de la religion en même temps que des bonnes études. Par là, Fils, et grâce à votre zèle, à vos efforts et à ceux de vos colla- teurs, Nous avons la joie d'assister à la réalisation du vœu que ‘exprimions avec tant d'insistance dans l’Encyclique Providen- sus Deus : voir les catholiques s’adonner en bien plus grand bre à l'étude des saintes lettres, et cela avec un égal souci de ommoder aux besoins du temps et de se conformer complète- : aux prescriptions de Notre Encyclique. ssi c'est pour Nous un très grand plaisir que de vous exprimer in témoignage spécial toute Notre upprobation : puisse-t-elle, le secours de la grâce divine, affermir votre courage et vous er de nouvelles forces pour la continuation et l'heureux achève- : de votre œuvre! , Pour ce qui vous touche personnellement, continuez, cher Fils, curer à votre religieuse compagnie l'honneur de vos services; ue les élèves formés par vous n'aient rien plus à cœur que de cher sur les traces de leur maître, et, par leur enseignement ou leurs écrits, de faire faire à la science biblique des progrès ue jour nouveaux. vous donc et à chacun de ceux qui se sont associés à votre noble borieuse entreprise, c'est avec toute l'affection de Notre cœur Nous accordons, comme gage des faveurs célestes, la bénédic- apostolique. nné à Rome, près de Saint-Pierre, le 3 février 4896, la dix-hui- e année de Notre Pontificat.

                                      LÉON XIII, PAPE.

repos du dimanche. — On lit dans le Courrier de Genève : Le conseil fédéral a informé la Compagnie P.-L. M. qu’à partir 5 mars, la gare de Genève n’expédierait ni ne recevrait de train 1archandises le dimanche, en conformité de la loi votée sur le s de ce jour-là. Il est possible que cette date du 13 mars soit ogée, étant donnée l'exposition de Genève, dont l'ouverture a dans deux mois; mais il reste acquis que la suppression des s de marchandises, le dimanche, entre Bellegarde et Genève est e décidée et n’est plus qu’une question de mois. DL CORRE

                             CHRONIQUE       -                         23

« En Angleterre, en Belgique et en Suisse, maintenant, les trains de marchandises ne circulent pasle dimanche, les affaires et les trans- ports se font bien quand même. Les journaux français espèrent qu'en France cette mesure sera bientôt appliquée d’une façon générale. Elle permettra de donner à bon nombre d'employés de chemins de fer une journée de repos bien méritée, et les Compagnies n'en sonf- friront pas. »

Une nouvelle revue catholique. — Nous nous faisons un plaisir d'insérer la communication suivante : La Revue d'histoire et de littérature religieuses a pour objet principal Fhistoire du christianisme. L'histoire religieuse générale, l'histoire d’Israël et des peuples en relation avec les Juifs, la littérature biblique, l'histoire ecclésiastique, la littérature chrétienne rentrent dans son cadre, ainsi que l'étude de mouvements religieux comme le mithriacisme, ou de mouvements philosophiques comme le néoplatonisme. Elle publiera des articles de fond, des chroniques et des comptes rendus. Les articles de fond seront ou| des mémoires originaux appor- tant des résultats nouveaux, ou des exposés destinés à préciser l'état actuel des questions et à servir aux lecteurs de point de départ pour des travaux personnels. La Revue d'histoire et de littérature religieuses est purement historique et rrilique. Elle parait tous les deux mois par fascicule de six feuilles d'impres- sion (96 pp.) et forme à la fin de l’année un fort volume in-8° d’envi- ron 572 pages. Le prix de l'abonnement est de 10 francs pour la France et de 42 fr. 30 pour l'étranger (10 marks 40 sh.). — Adresser les abonne- ments et toutes les autres communications à la librairie Adam, 3%, rue des Écoles, à Paris.

  Voici les noms des principaux collaborateurs :

  MM. Alfred BAUDRILLART, Paris; Gaston BolssiER, Paris; CARRA DE

Vaux, Paris: Henry Cocain, Paris; Franz CuxonT, Bruxelles; Georges Dicarp, Paris; Léon Doner, Paris; Louis Ducresxe, Directeur de l'École française de Rome; Paul FaBre, Lille ; Paul FouRNIER, Grenoble ; Georges Goya, Paris; Énouard Jorpan, Rennes; Paul LeJaY, Paris; Alfred Loisr, Paris; Henri MarGivaz, Paris; Pierre pe NoLac, Ver- sailles; Paul Taomas, Gand; François TaurEAU-DANGIN, Paris; J.-P. Wazran6, Liège; Carl WEymaN, Munich, etc. LIVRES ET REVUES

                          LA QUINZAINE

CATHOLIQUES ET ROMAINS, par M. l'abbé DUCHESNE (Suite).

Les évêques du concile de 381, héritiers de ceux qui avaient fondé l'église impériale, entendaient bien que cette église eût pour centre la ca- pitale constantinienne. Sans le dire expressément, ils décrétèrent que « l’évêque de Constantinople aurait les honneurs après celui de Rome, « Constantinople étant une nouvelle Rome ». Un autre canon réglait que les évêques d'Alexandrie et d’Antioche ne devaient pas s'occuper des églises situées en dehors de leurs circonscriptions respectives, les diocèses d'Égypte et d'Orient; que, de même, les évêques des diocèses de Pont, d'Asie et de Thrace devaient traiter leurs affaires entre eux et chez eux. Ceci était dirigé surtout contre les évêques d'Alexandrie, qui, forts de leur propre importance, de leur alliance avee Rome et du prestige que leur valait le succès de l’orthodoxie nicéenne, commençaient à se poser en chefs de l’Église orientale. Si Grégoire de Nazianze avait été installé sur le siège de Constantinople, si Nectaire le fut après lui, ce fut malgré le patriarche alexandrin Timothée, qui avait son candidat et le voulait im-

P H fut batiu cette fois. Mais la lutte était ouverte entre les deux pri- oser.

mats de Constantinople et d'Alexandrie; il s'agissait de savoir lequel des deux commanderait au nouveau corps ecclésiastique de l'empire oriental. Le premier avait pour lui la lettre et surtout l'esprit du récent concile. 1} se sentait soutenu par la tradition de l’église officielle impériale, dont les présidents avaient été Eusèbe de Nicomédie, Étienne et Léonce d’Antioche, Acace de Césarée, Eudoxe de Constantinople, enfin le bienheureux Méléce, C'est à ces chefs qu'il succédait beaucoup plus qu'aux titulaires antérieurs du siège de Byzance ou de Constantinople. Placé comme il l'était au voi- sinage immédiat de la cour, il apparaissait comme un intermédiaire utile et eu quelque sorte obligé entre l'épiscopat provincial et les administra- tions supérieures. De ce chef, son influence ne pouvait manquer de prendre d'énormes proportions. Ses attributions n'avaient pas été bien définies par le concile; il ne tenait qu'à lui de les étendre. Jusqu'à Antioche au moins, qui pouvait lui résister ? L'évêque d'Alexandrie, outre la tradition orthodoxe dont il se portait le représentant, avait l'avantage d'une autorité bien définie et consacrée par un long usage. Les cent évêques de sa circonseription étaient tous dans sa main; aucun d'eux n'eût osé le contrecarrer ni souffler mot avant d’avoir pris langue auprès de lui. Les moines aussi, puissance nouvelle au prin- LE nt _

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temps de sa popularité et de sa force, se rangeaient également derrière lui, Îls avaient fait campagne avec Athanase; Athanase n'avait pas cessé de les choyer : l’alliance était complète, indissoluble. Un doigt levé par celui que l'on appelait déjà le Pharaon épiscopal, et les déserts de Nitrie, du Fayoum, de la haute Egypte, lui envoyaient des troupes dévouées jusqu'au fana- tisme. Par le fait de sa grande situation ecclésiastique, il était en Egypte le premier personnage indigène. Le préfet impérial, le commandant mili- taire devaient compter avec lui. Maiheur à eux, malheur surtout à l'ordre publie, s'ils s’avisaient de se le mettre à dos ! À cette grande puissance il ne manquait même pas un certain éclat intellectuel. L'école d'Origène vivaäitencore; on parlait de ses chefs: dans les solitudes de Nitrie, de sa- vants moines méditaient les livres du vieux maître. C'était l'évêque d’A- lexandrie qui régiait le comput pascal; ses décisions faisaient loi dans tout l'empire d'Orient; même à Rome, où l’on était moins habile en ces cal- culs, on les acceptait presque toujours. Enfin, s'il s'élevait quelque que- relle théologique, le grand prélat se révélait docteur et polémiste : ce fut le cas d'Athanase, de Théophile, de Cyrille. Sans doute la cour était loin: mais il y avait beaucoup d'Egyptiens à Constantinople ; le service de l'an- none ÿ conduisait, chaque printemps, une flotte immense, dont les équi- pages faisaient escorte au pontife d'Alexandrie quand il débarquait à le Corne d'Or. Il avait sa nonciature, confiée à des hommes de choix et bien fournie d'espèces sonnantes ; on pouvait beaucoup à la cour avec de l'argent et l'argent ne manquait pas au prince des Egvptiens. Entre ces deux puissances, le conflit était inévitable, Ce fut Alexandrie qui l'emporta d'abord. À chaque vacance du siège de Constantinople, le patriarche égyptien avait son candidat. Quand il ne passait pas et que l'élu déplaisait à Alexandrie, la première occasion amenait une tragédie. Per trois fois en moins d'un demi-siècle, l'Eglise grecque eut le spectacle d'un évêque de Constantinople déposé par un évêque d'Alexandrie : Chrysos- tome, en 403; Nestorius, en 431; Flavien, en #49. Et ce n'étaient pas des dépositions théoriques ; ces trois prélats furent réellement dépossédés de leurs sièges, et mème exilés. Que dis-je? tous les trois en moururent. Je sais que, sur le point de droit, ilya des différences à faire entre ces trois cas: que la déposition de Nestorius fut ratifiée, au concile d'Ephèse, par les légats du pape; que Chrysostome et Flavien, victimes innocentes, furent défendus et réhabilités par le Saint-Siège, dont ils avaient invoqué l'appui. Mais, dans les trois cas, l'épiscopat d'Orient accepta ou subit la sentence alexandrine; par son silence au moins, il se rallia au Pharaon vainqueur. Que fül-il arrivé si cette série de succès se fût prolongée encore? Le pape d'Alexandrie, car on lui donnait ce titre, füt-il devenu le chef re- connu de l'épiscopat grec? Füt-on parvenu à lui garantir cette situation par quelque règlement officiel ? En fait, son troisième triomphe fut le der- nier. Au concile de Chalcédoine (451), on vit Dioscore, patriarche d'Alexan- drie, assis au banc des accusés, et l'on entendit le légat romain prononcer cette grave sentence : « Le très saint et bienheureux archevêque de la « grande et vieille Rome, Léon, par nous et par le saint synode ici présent,

rèrentinutiles; depuis le milieu du v* siècle, on peut la considérer comme perdue pour l'unité chrétienne. À son exemple, la Syrie orientale s'orga- nisa en église schismatique. En Syrie, en Egypte, les orthodoxes ne for- mèrent plus qu'une petite minorité, Au vne siècle, la conquête islamique supprime les trois patriarches officiels d'Alexandrie, de Jérusalem et d'An- tioche. Quand ils reparurent, cent ans plus tard, une bonne partie des chrétiens indigènes avaient abandonné Jésus-Christ pour Mahomet. Par l'hérésie, par le schisme, par le succès religieux et politique de l'Islam, les chrétientés d'Egypte et de Syrie se trouvèrent séparées der au tres, absolument hors d'état de prétendre à exercer sur elles une direc- tion, une influence quelconque, Leur disparition profita au patriarcat de Constantinople, le seul qui eût survécu sérieusement. Le concile de Chai- cédoine, dans son vingt-huitième canon, en avait défini l'organisation. Ce fut en vain que la pape Léon réclama: les concessions de forme qu'on lui accorda n'arrétèrent nullement le progrès de la centralisation ecclésias- tique autour de la capitale et de son archevèque. Le pape avait ses raisons pour proiester. Outre que le nouveau règle- ment lésait les droits des tiers et menaçait plus ou moins directement les situations acquises aux vieilles Eglises d'Antioche et d'Alexan- drie, il se fondait expressément sur un fait inadmissible : « Les « Pères, dit-il, ont décerné, avec raison, des honneurs au siège de l'an- « cienne Rome parce qu’elle avait le rang de capitale; de même nous, etc.» Cette décision des Pères est encore à trouver. A moins d'admettre que l'on se réfère icià un concile général secret dont toute trace aurait disparu, dont Eusèbe et les autres contemporains duconcile de Nicée n'auraient pas eu le moindre vent, je ne vois pas ce que l'on veut dire. Du reste, ce con- cile général devrait être fort ancien, antérieur au ul° siècle et même au sie, car en ces temps-là nous voyons l'Eglise romaine investie non pas seu- lement de prérogatives honorifiques, mais d’une autorité universelle et indiseutée. En remontant ainsi, on arriverait aisément aux apôtres. Mais ce n'est pas ce que voulaient dire les évêques de Chalcédoine; les Pères dont ils parlaient ne sont pas les apôtres, mais des évêques; ils entendaient ramener au niveau de la leur l’autôrité d'où dérive la primauté de l'Eglise romaine, En cela ils se trompaient : l'Eglise romaine ne doit rien aux con- ciles; son autorité lui vient de plus haut. Les empereurs ont pu fonder une nouvelle Rome; créer une seconde Eglise romaine est au-dessus de toute compétence épiscopale, — Abbé DUCHESNE.

                        LE   CORRESPONDANT

Nous détachons d'une très remarquable étude, À travers l Autriche- Hongrie, publiée dans le Correspondant du 25 mars, ur portrait du grand évèque Croate, Mgr Strossmayer, qui ne manquera pas d'inté- resser nos lecteurs.

Joseph-Georges Strossmayer est né le 4 février 4815, à Essek, en Sila- vonie {ou Esclavonie}, une des provinces de l'ancien royaume triunitaire. Après de brillantes études au séminaire de Diakovo, il fut envoyé comme vicaire à Peterwardein, puis, trois ans après, appelé à l'Augustineum, l'école supérieure de théologie de Vienne, dont il devint directeur en 1847; il était nommé, en même temps, prédicateur de la cour et, dès lors, s’il TT

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avait eu les vues ambitieuses qu'Allemands et Magvyars lui ort souvent prêtées, la voie lui était ouverte; car, avec ses hautes capacités, sa mer- veilleuse intelligence, il pouvait prétendre à tout!. Mais, passionné pour sa patrie, que le despotisme hongrois menaçait déjà dans sa liberté et jusque dans son existence, il résolut de se consacrer tout entier à la défense de cette grande cause en même temps qu'à celle de l'Église. Jella- chich n'avait pas tardé à remarquer son jeune compatriote et à se lier avec lui. En 1849, alors que la monarchie autrichienne, sauvée par les Croates, osait leur témoigner sa reconnaissance,le célèbre ban usa de son influence de fraîche date à la cour pour faire attribuer au directeur de l'Augustineum le siège épiscopal de Djakovo, dont la juridiction s’étendait alors sur toute la Bosnie et s'étend encore jusqu’en Serbie (où le gouver- nement « orthodoxe » n'a pas autorisé l'ouverture d'une chapelle catho- lique). Voilà donc quarante-sept ans que Mgr Strossmayer illustre ce siège par les luttes qu'il a soutenues et l’admirable zèle qu'il n'a cessé de déployer conformément à sa noble devise : Sve za vjeruà za domovinu. « Tout pour la foi et pour la patrie. » À peine installé dans son diocèse, il se servit des revenus considérables qui y sont attachés pour créer des écoles, des séminaires, fonder des bourses à l'usage des jeunes gens pauvres et répandre partout le bien autour de lui. Aussi était-il déjà populaire, quand, après la désastreuse carnpagne d’ltalie, appelé par l'empereur au Reïichsrath de Vienne, il demanda qu’on reconnût enfin les droits historiques et politiques des diffé- rentes nationalités et se prononce nettement pour un régime fédératif, « seule base, disait-il, sur laquelle l'Autriche puisse se réorganiser », Ïl accentua encore ces revendications à la Diète croate de 1861, où, dans plusieurs discours, il s'éleva à une grande éloquence qui enthousiasma ses collègues : dès lors, il fut considéré comme le chef du parti national en Üroatie. Une telle attitude n'était pas faite pour plaire en haut lieu, et, à partir de ce moment, l'évéque de Djakovo fut tenu pour suspect. Au cours de la session, il avait pu, cependant, obtenir le vote d'un projet qui lui tenait singulièrement à cœur : la fondation de l'Académie. Mais, pour arriver à la réalisation du projet adopté, que de difficultés, que de lenteurs! Les souscriptions, affluant de toutes parts, atteignirent bientôt le chiffre de 800.000 francs, dont le quart avait été fourni par Mgr Strossmayer; cependant le souverain refusa sa sanction jusqu'en 1866, et ce fut seule- ment l'année suivante que l’Académie put être ouverte. « Ainsi, observe M. L. Léger, il n'avait pas fallu au gouvernement autrichien moins de six années pour autoriser trente-deux personnes à se réunir, à seule fin de publier des travaux scientifiques, C'est juste le temps qu'avait mis l'Autriche à perdre les batailles de Solférino et de Sadowa et à élaborer trois constitutions?. » La Diète, dissoute en 1861 parce qu’elle renfermait un trop grand nom- bre de nationaux et trop peu de magyarons (nom donné aux partisans de la Hongrie), ne fut convoquée de nouveau qu’en 1865. Mgr Strossmayer joua un rôle tellement prépondérant durant cette session, que, lorsque, deux as plus tard, M. de Beust élabora le fameux Ausgleich, d'accord avec les Hongrois, le gouvernement eut la précaution d'éloigner l'orateur dont il

M. de Laveleye raconte que, lorsque le jeune Strossmayer passa ses examens, à Pesth, dans l'épreuve sur la dogmatique, il déploya tant de savoir et une telle force de dialectique, que le président du jury d'interrogation dit à ses collègues : Aul primus hwreticus sæculi aut prima columna catholicæ Ecclesiæ.

redoutait l'éloquence. Invité poliment par l'empereur à voyager au loin, Mgr Strossmayer vint passer à Paris le temps de son exil, mais son absence n'empécha pas la Diète croate de protester contre le compromis austro-magvar; elle fut dissoute. Une autre assemblée, ayant été réunie, refusa de se faire représenter à Pesth aux fêtes du couronnement : cet acte d'indépendance fut puni par une nouvelle dissolution. L'année suivante, en recourant à la pression la plus éhontée, en éloignant les électeurs hostiles, en modifiant le cens électoral et en imposant un locum tenens banalis, qui terrorisa le pays, le gouvernement finit par obtenir une Diète selon son cœur, c’est-ä-dire disposée à voter tout ce qu'on demanderait d'elle. L'assemblée qu’on a flétrie du nom de Rump Parliament, Parlement crou- pion, négocie aussitôt avec ia Hongrie un pacte (Nagoda), revisé plus tard en partie, qui livrait la Croatie aux Magyars. À partir de cette époque, Mgr Strossmayer, ne voulant pas qu'on puisse l'accuser de fomenter le trouble et l'agitation dans la monarchie, s'est complètement retiré de la politique. Il a refusé d'occuper le siège auquel il a droit, comme évêque, à la Diète, où l'opposition, habilement réduite à une infime minorité, a eu, depuis lors, pour représentants les plus en vue, deux radicaux : Starcevitch, qui vient de mourir, et Barcitch, « le Gari- baldi croate », célèbre par ses mots d'enfant terrible : c'est lui qui, en plein Parlement d’Agram, n'a pas craint d'évoquer le jour où « la politique magyare amènera forcément les Cosaques à faire résonner les sabots de leurs chevaux sur le pavé de Vienne ». Mais ces mots à effet ne sont pas l'écho des véritables sentiments du pays. Mgr Strossmayer a cru faire œuvre plus utile en travaillant avec ardeur à élever l'âme de sa patrie; par ses fondations, par ses encouragements de toute sorte, il a provoqué le mouvement historique, littéraire, scientifique et artistique qui doit, sui- vant lui, assurer, daus un temps donné et d'une façon pacifique, l'avenir des nations jougo-slaves. Quand, au retour de son exil, il vint assister à l'inauguration de l'Académie qui était son œuvre et dont il fallut bien le nommer protecteur, la joie fut universelle. Le gouvernement eut beau interdire aux habitants d'illuminer et de pavoiser leurs maisons, il ne put empêcher toute la population d'accourir au-devant du vénéré prélat et de lui décerner une ovation telle que bien des souverains pourraient l'envier. Le peuple entier s'était passionné pour la nouvelle Académie; dans la foule qui acclamait ainsi le fondateur, il n’y avait pas seulement des catholiques, mais de nombreux orthodoxes venus de Serbie et de Bulgarie pour méler leurs vivats à ceux de leurs frères croates. Ce fut vraiment une fête natio- nale : 11 semblait qu'une aurore nouvelle allait se lever sur le pays. L'Académie d’'Agram a tenu ce qu'elle promettait : à peine fondée depuis. quelques années, elle avait déja mis au jour d'importants travaux d'éru- dition qui ont fait revivre l'histoire et la littérature nationales. Mais l'évêque de Djakovo ne trouvait pas son œuvre complète : à côté de l'Aca- démie, il voulait que son pays eût enfin une Université qui permit à ses compatriotes de recevoir, sur leur sol et dans leur langue, l'instruction qu'ils étaient jusqu'alors obligés d'aller chercher chez les Allemands ou les Hongrois. Le gouvernement n'était pas plus disposé à encourager cette fondation qu'il n'avait favorisé la création de l'Académie : le vaillant pré- lat a fini par triompher de tous les obstacles : grâce à ses largesses, grâce aux nombreuses souscriptions venues à son appel, l'Université d'Agramn a vu le jour en 1874, et, à cette occasion, se renouvelérent les manifestations enthousiastes qui, sept ans auparavant, avaient accueilli sa venue dans la capitale croate. Depuis lors, celui qu'on a appelé avec raison le Mécène slave a de nouveau justifié ce titre en dotant la ville d'Agram d'une magni- LORS

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fique galerie de peinture que, depuis de longues années, il avait réunie patiemment et qu'il augmentait à chacun de ses voyages en Italie. Artiste dans l'âme, il s'était passionné pour sa collection, mais il a voulu, de son vivant, en faire le sacrifice & l'Académie, où les jeunes artistes viennent aujourd’hui s'inspirer de ces chefs-d'œuvre. Le musée Sfrossmayer, que l'on ne peut manquer de visiter quand on vient à Agram, possède bon nombre de tableaux de maitres, parmi lesquels il faut citer Fra Angelico, Fra Bar- tolommeo, le Dominiquin, Dürer, le Titien, Carrache. Les peintures sont fort bien classées par écoles. Il y a des salles consacrées aux toiles modernes où j'ai remarqué l’œuvre d'un peintre national, — représentant l'enterrement d'un chef monténégrin, — qui a naguère figuré avec succès au Salon de Paris. Ces munificences, les fondations ‘utiles, les bonnes œuvres répandues sans compter autour de lui, le patriotisme aussi ardent qu'éclairé dont il a toujours fait preuve, expliquent à quel point Mgr Strossmayer est aimé de ses chers Croates. Il est pour eux le vladika {l'évèque) par excellence, dout le nom est partout vénéré et dont l'image se retrouve dans toutes les demeures. Le prestige qui entoure son nom, l'influence qu'il continue à exercer alors même que, depuis près de trente ans déjà, confiné au fond de son diocèse, il ne prend plus part aux luttes politiques, irrite les Alle- mands, adversaires du slavisme; elle a surtout le don de courroucer les Magvars qui ne peuvent constater sans colère leur impuissance à s’assimi- ler la nation croate. Aussi le parti judéo-maçonnique, qui domine à Pesth, ne se lasse-t-il pas de calomnier l’évéque de Djakovo. A force de le signa- ler comme un révolutionnaire et un ambitieux « appliquant les Liens de l'Église à des entreprises mondaines »; à force de le représenter menson- gèrement comme un ennemi de l'Autriche, ou a réussi à soulever contre lui la défiance et la suspicion de l'empereur. Il ÿ a quelques années, ces sentiments se sont manifestés au grand jour dans une circonstance némo- rable. En août 1888, au moment où la Russie célébrait le neuvième cen- tenaire de la conversion de saint Wladimir et de son peuple à la foi chré- tienne, Mgr Strossmayer avait cru devoir adresser un télégramme d'adhé- sion au comité slave de Kiew, qui organisait de grandes fêtes pour cet anniversaire : « Que Dieu bénisse la Russie, disait-il, et l'aide à accom- plir dans la vraie foi la grande mission qu’Il lui a confiée. » Aussitôt Alle- mands et Magyars dénoncèrent avec violence cet appel religieux comme l'acte d'un factieux et l'indice d'une conspiration panslaviste. Néanmoins, en allant avec quelques-uns de ses collègues Saluer à Belovar (dans les Confins) François-Joseph, qui était venu assister à des manœuvres mili- aires, l'illustre prélat ne s'attendait guère à la scène qui allait se produire. À peine l'eût-il aperçu dans le salon de l'Hôtel de Ville, le souverain, qui s'était incliné devant les autres évèques, l'interpella durement : « Qu'avez- vous fait, Monseigneur? lui dit-il. A l'occasion d'une fête non catholique, vous avez envoyé un télégramme trahissant votre foi et votre État! — Ma conscience est tranquille, » répondit le prélat. L'empereur insista en trai- tant de monstruosité (Ausbund) le comité auquel Strossmayer avait envoyé son adhésion et le quitta brusquement sans vouloir entendre ses explica- tions. L'évèque de Djakovo se retira aussitôt, mais il fut suivi dans sa retraite par deux de ses collègues qui s'abstinrent de paraitre le soir au banquet impérial. J'avais un vif désir de connaïtre l'éminent prélat, qui est une des per- sonnalités les plus intéressantes et les plus remarquables de notre temps; mais, sans lettre d'introduction, je n'avais osé solliciter de lui une audience, lors d'un premier voyage dans les Balkans. Muni, cette fois, 30 REVUE ANGLO-ROMAINE d'une aimable recommandation, purement verbale d'ailleurs, je deman- dai à l'évêque la permission d'aller lui rendre visite avec mon compagnon. Sur sa gracieuse réponse, nous nous sommes mis aussitôt en route pour Djakovo, après avoir télégraphié l'heure de notre arrivée au secrétaire de Sa Grandeur. Bientôt l'aimable secrétaire vient nous chercher pour nous introduire auprès de Monseigneur. Il nous laisse dans un vaste salon, où nous voyons s’avancer au-devant de nous un grand vieillard, encore très droit et vert, plein d'aisance]dans ses mouvements, malgréses quatre-vingts ans sonnés. La figure est ascétique, couronnée d'une auréole de cheveux gris, la phy- sionomie singulièrement intelligente et fine, le regard vif et pétillant de malice, que vient tempérer une douce expression de bonté. Mgr Stroes- mayer nous tend la main, sans vouloir que nous la baisions, et, nous fai- sant asseoir près de lui, il nous déclare qu'il est toujours heureux de rece- voir des Français: car il connait notre pays et il l'aime {il en a donné la preuve pendant la guerre de 1870, en s’efforçant d'amener le tzar et l'em- pereur d'Autriche à s'interposer dans la lutte). « Considérez, nous dit-il, que vous êtes ici chez votre père, votre ami et votre frère. Je désire que vous vous trouviez bien chez moi et que vous vous y plaisiez, » Cette bonhomie charmante, cet accueil si simple et si cordial, nous mettent à l'aise; aussi, après avoir exprimé à l'illustre évèque la sympathie que nous inspirent les Croates et la cause qu'ils défendent, nous nous permettons de lui poser quelques questions surl'étendue de leurs revendications. « Notre but, nous dit-il, est fort simple. Ce que nous demandons pour notre pays, c'est l'au- tonomie, avec la libre disposition de nos finances, sous l'administration d'un ban national; c'est la reconstitution du royaume « triple et un » qui nous à été souvent promise, mais après laquelle nous continuons à soupi- rer vainement. Nous ne réclamons pas une situation unique 8t privilégiée dans l'Etat, mais nous voulons la justice et l'égalité pour toutes les natio- nalités de la monarchie. Nous ne cherchons pas à supplanter les Magvars ni à les dominer, mais nous prétendons ne pas étre dominés et asservis par eux. Ces descendants des Mongois sont établis depuis mille ans déjà en Europe, mais ils ont toujours conservé leur génie asiatique, c’est-à-dire tyrannique : ils condamnent au joug et à l'esclavage les malheureuses na- tions obligées de vivre sous leurs lois. Leur talent consiste précisément à cacher un despotisme intolérable sous les apparences libérales et constitu- tionnelles dont ils se parent. Beaucoup d'étrangers s'y laissent tromper : ceux qui ne font que travefser le pays sans connaitre notre langue, sans prerire contact avec les habitants, ne peuvent se rendre compte de la mi- sérable situation qui nous est faite. » Je me permets d'objecter qu'à en juger par les apparences, les Croates semblent jouir pourtant de certains avantages appréciables. Outre leur Diète spéciale, qui se réunit à Agram, ne sont-ils pas représentés à Budapest par quarante délégués chargés de défendre leurs intérêts au Parlement central? « Fiction et mensonge que tout cela! déclare l'évêque. Il faut savoir comment les élections sont faites et à quels procédés on a recours pour faire triompher à tout prix les can- didats agréables au Gouvernement !, » Mais, en méme temps qu'il réclame

1 Les listes électorales, basées sur la capacité plus encore que sur le cens, sont 8i habilement dressées en Croatie, sous l'administration du comte Hédervary, que cette population antimagyare se trouve représentée par une Diète toute dé- vouée aux Hongrois (l'opposition n’y compte actuellement que huit membres), Dès lors, il est facile de. comprendre que les quarante délégués envoyés par la Diête à Budapest s'y montrent les plus fermes soutiens du Gouvernement. D Lis

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la liberté et l'autonomie de son pays, Mgr Strossmayer s'indigne qu'on use suspecter le loyalisme des Croates. « On m'accuse d'être l'ennemi de l'Autriche; on nous accuse de conspirer, au profit de la Russie, contre la monarchie pour laquelle nous donnerions notre vie. Ne l’avons-nous pas prouvé en maintes circonstances ? Nous serions prêts à le prouver encore. Et, chose étrange, ceux qui lancent ces abominables calomnies contre ous sont ces Magyars, qui.ont toujours agi en révolutionnaires et en conspirateurs. Ils s'identifient aujourd’hui avec les Juifs pour nous oppri- mer et imposer leurs volontés à notre roi. Voyez-vous, mon cher ami, le malheur, icicomme en France, c’est que nos nations catholiques se laissent dominer par une bande de Juifs et de francs-maçons. Chez vous, il est vrai, la population est devenue incrédule et indifférente, tandis qu'ici elle reste encore fortement attachée à la religion de ses pères. C’est ce qui nous sauvera! Je suis vieux maintenant, je n'ai plus longtemps à vivre et l'on escompte ma mort : les Magyars se figurent qu'ils viendront plus faci- lement à bout des Croates quand je ne serai plus là. En quoi ils se trompent fort! Les Croates tiennent à leur nationalité; ils ne se laisseront pas absor- ber, malgré tous les efforts qu'on fera pour les magyariser. Notre cause est juste. Elle finira par triompher.., » Nous nous hasardons à demander à Monseigneur si les querelles reli- sieuses, les divisions existant entre Serbes et Croates, ne seraient pas un obstacle à l'autonomie qu'il réclame et, plus tard, une cause de faiblerse pour le royaume triunitaire reconstitué sous la domination autrichienne.

#crire une lettre pastorale destinée à commenter Fencyclique et adjurer. -n termes éloquents, ses frères séparés d'oublier les anciennes divisions et 32 REVUE ANGLO-ROMAINE

de se rapprocher de l'Eglise occidentale t, Ces avances ont provoqué l'ir-" ritation du haut clergé schismatique : « Que cherchent, parmi notre peuple orthodoxe, s’est écrié l'évêque du rite grec de Zara, ces gens qui s'adressent à lui sans y être appelés ? Le plus connu d'entre eux nous fait. savoir que le Saint-Père le Pape n'exclut pas de son amour ses frères de l'Eglise d'Orient, et qu'il désire de lout son cœur l'unité dans la foi qui leur assurera la force et la vraie liberté. et il souhaite qu'à l’occasion de la canonisalion des saints Cyrille et Méthode, un grand nombre d’entre eux aïllent à Rome.se proslerner au pieds du Pape pour lui présenter leurs remerciements. » L'évèque de Lara continue ainsi en termes ironiques qui trahissent la colère, et protes- tant hautement contre les empiètements de la cour romaine, qu'il accuse de vouloir accaparer les deux apôtres à son profit. Rome n'en a pas moins vu, à cette occasion, un magnifique pèlerinage de catholiques slaves venus du fond de la Bohème, de la Pologne, de la Croatie, pour fêter l'exaltation de leurs saints patrons, Monseigneur, de son côté, ne s’est point découragé et espère que tôt ou tard ses compatriotes arriveront à l'union religieuse, qui entrainera forcément l'union politique. Si au royaume triunitaire on adjoignait l'Herzégovine et. la Bosuie, les serbes orthodoxes auraient pour eux le nombre (environ # millions contre 2.400.000 catholiques); mais les auteurs impartiaux reconnaissent que les catholiques ont pour eux une moralité plus grande et une culture intellec- tuelle plus développée. « Il me semble, dit M. Léger, qu'en Bosnie les mu- sulmans ont, en général, plus de respect pour les catholiques que pour les orthodoxes. Le clergé catholique est plus instruit que l'autre. Voici, d'ail- leurs, un fait qui démontre avec éloquence la supériorité du clergé romain. On compte, en Croatie, un condamné sur 1.200 catholiques et sur 650 or- thodoxes. Cette proportion s'explique par le caractère des deux religions, l’une faisant unelarge part àl'enseignement moral, l'autre confinée dans les rites et les manifestations extérieures de la foi 3,»— BonJEHAN DE WITTE.

l'« O Slaves, mes frères, vous ètes évidemment appelés à accomplir de grandes choses en Asie et en Europe. Vous êtes appelés aussi à régénérer par votre influence Îles sociétés de l'Occident, où le sentiment moral s'affaiblit, à leur com- muniquer plus de cœur, plus de foi et plus d'amour pour la justice, pour la vertu et pour Îa paix. Mais vous ne parviendrezà remplir cette mission à l'avantage des autres peuplos et de vous-mêmes,.vous ne mettrez fin aux dissentiments qui vous divisent entre vous que si vous vous réconciliez avec l'Eglise occidentale, en concluant un accord avec elle. » ? La Save, le Danube et le Balkan,.p. 18. Re CS

                 DOCUMENTS



          DE LA         FORME EMPLOYÉE

                                POUR

LA CONFIRMATION DES ÉVÉQUES

              DANS L'ÉGLISE D'ANGLETERRE
                                       !




                DE EPISCOPIS CONFIRMANDIS


                        MODES PROCELDENDI.


        Trruzus CCCXXX VII.

Forma confirmandi Episcopum («); et quæ facienda sunt, per pro- curatorem, tempore ejus confirmationis.

E Imprimis, die et loco, pro hujusmodi confirmatione fienda, assi- goatis, coram venerabili viro N. commissario, &c. præsententur Literæ Commissionales et patentes regiæ, de assensu regio, &c. sub Sigillo magno Angliæ, et coram eo publice legantur.

IL. Quibus lectis, assumat in se dictus commissarius onus execu- tionis diclarum literarum commissionalium, &e. et decernet proce- dendum fore juxtà vim, formam et effectum earundem. HT. Tum compareat procurator decani et capituli N. qui exhibeat procuratorium suum pro dictis decano et capitulo, et faciat se parlem pro eisdem; et præsentet, eidem commissario, reverendum patrem dominum electum N. episcopum, ac sistat eum coram eodem.

1 Extrait de « Ordo Judiciorum, sive, methodus procedendi in negotiis et liti- bas in foro ecclesiastico-civili Britannico et Hibornico. Ubi, quæ mendis olim cum innumeris edita fuère, castigatè nunc et dilucidé digesta, juxta Normam Or- dinis Judiciarü, exhibontur, ac notis et observationibus illustrantur. Per Thomam Oughton, almæ Curiæ Cantuariensis de Arcubus, London, procuratorum gene- taum unum, et a multis retro annis supremæ Curiæ Delegatorum Registrarii Regii deputatum. Londini : impensis authoris. MDCCXXX VII » c? Forma confirmandi Episcopum. De confirmatione Episcoporum. Vide Othob. nt. 31.

REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, IL, — 3

34 REVUE ANGLO-ROMAINE

  IV. Deinde, exhibeat dictus procurator capituli N. mandatum cita-

torium contra oppositores, &c. alias emanatum; cum certificatorio super executione ejusdem; et petat, omnes citatos præconizari, V. Et tunc fiat trina præconizatio omnium cilalorum, &ec. VI. Quibus præconizatis, et nullo modo comparentibus, procura- tor capituli N. accuset eorum contumaciam; et petet eos reputari contumaces; el, in pœnam suarum contumaciarum hujusmodi, viam ulterius opponendi, contra dictam electionem, eis et eorum cuilibet præcludi; et quatenus dictus commissarius ad ulteriorem proces- sum, in dicto confirmationis negocio, juxta juris exigentiam, proce- dat; ipsorum sic citatorum, et non comparentium, absentia sive con-

                                                                      nm

tumacis, in aliquo, non obstantibus : prout in schedula, quam legat

                                                                      eue

dictus commissarius.

                                                                      ne

VIE. His sic gestis, dictus procurator capituli det summariam

                                                                      un

petitionem, in scriptis, quarn dictus commissarius ad ejus petitionem admittat, quatenus de jure, &e. et decernat procedendum fore sum- marie, et de plano; et assignet procuratori terminum, ad probandum eandem adstalim. VIH. Deinde, dictus procurator capituli, in subsidium probationis contentorum, in dicta summaria petitione, exhibeat instrumentum {sive literas testimoniales]) super processu electionis (in forma authentica} facto, ac sigillo communi dicti decani et capituli sigii- lato; necnon literas patentes regias, de assensu regio, eidem elec- tioni adhibito ; acinstrumentum super consensum dicti domini electi, quatenus faciunt pro intentione dicti decani et capituli, &c. IX. Et dictus commissarius, ad petitionem procuratoris capituli, assignet teriminum, ad audiendum sententiam, sive finale decretum, adstatim, |

X. His expedilis, fiat alia trina præconizatio omnium citato . rum, &c.

XI Quibus sic præconizatis, et nullo modo comparentibus, dictus procurator capituli accuset eorum contumacias; et, in pænam contu- maciarum suarum hujusimodi, petat, ut dictus commissarius decer- nat, procedendum fore ad prolationem sententiæ definitivæ, sive finalis decreti; ipsorum sie citatorum, non comparentium, absentia, sive contumacia, in aliquo, non obstantibus : prout in schedula, quam legat dictus commissarius. XIL Deinde, dictus elcctus præstet juramentum, de agnoscendo supreman regis authoritatem; et alia juramenta solita. XIHIL Quibus præstitis, dictus commissarius leget sententiam definitivam, pronunciando, declarando, et cætera faciendo, prout in eadem continetur.

XIV. Tunc dictus commissarius, ad petitionem procuratoris capi- tuli et domini electi, decernet literas testimoniales, super prœmis- sis, $C. DE LA FORME EMPLOYÉE POUR LA CONFIRMATION DES ÉVÊQUES 35

                         OBSERVATIONS
  1. Cum viduata sit ecclesia cathedralis, et pastoris solatio des- tituta, de præsule provideri solet, per electionem canonicam, a decano et capitulo ejusdem ecclesiæ, celebrandam; petita autem prius a rege et obtenta licentia, alium sibi eligendi in sedis vacan- lis episcopum et pastorem.

  2. Post electionem celebratam, et domini electi consensum elec- tioni (de se factæ) adhibitum, significantur hæc, a decano et capi- tulo, regiæ majestati, et domino archiepiscopo.

  3. Deinde, rescribere solet archiepiscopo, per literas suas patentes, dominus rex, de assensu regio, eidem electioni, adhibito; una cum mandato, pro confirmetione et consecratione dicti domini electi. 4 Post hæc, subscribit archiepiscopus : Fiat confirmatio : etemanat citatio contra oppositores, &c. [prout habetur in formulis].

  4. Denique, die et loco, pro confirmatione celebranda, constitutis, proceditur in hune, qui sequitur, modum.

DIRECTORIUM EXPEDIENDORUM IN NEGOCIO CONFIRMATIONIS

                         EPISCOPI.


                          Procurator.

Reverende Domine, exhibeo procuratorium meum pro venerabili- bus viris decano et capitulo ecclesiæ cathedralis N. et facio me par- tem pro eisdem; et præsenti dominationi vestræ literas patentes regias magno Sigillo Magnæ Britanniæ sigillatas, pro confirmatione electionis reverendi viri A. B. Sacræ Theclogiæ professoris, in epis- topatum N. et peto, ut legantur.

                      Vicarius Generalis.

Legantur.

                          Procurator.

Humiliter peto, quatenus dignemini in vos acceptare onus dictæ confirmationis: et decernere procedendum fore juxta formam dicta- run litererum patentium, et juris exigentiam.

                      Vicarius Generalis.

Nos, ob honorem domino regi debitum, onus confirmationis hujus-

modi-electionis in nos acceptamus, et decernimus procedendum fore juxla vim, formam, et effectum earundem literarum patentium; et T.T. nolarium publicum, in actorum nostrorum, in hac parte, scri- bam assumimus. 36 REVUE ANGLO-ROMAINE

                          Procurator.

Præsento vobis reverendum virum A. B. sacræ thcologiæ profes- sorem, in Episcopum et pastorem ecclesiæ cathedralis N. prædictæ electum; ipsumque hic judicialiter sisto; et nomine procuratorio dictorum decani et capituli, exhibeo mandatum originale, una cum certificatorio indorsato super executione ejusdem, contra omnes et singulos oppositores; et peto eos præconizari.

                      Vicarius Generalis.

Præconizentur oppositores.

                          Procurator.

Accuso contumacias omnium et singuloruin, in hac parte, citato- rum, intimatorum, præconizatorum, et non comparentium; et peto eos pronuntiari contumaces; el, in pœnam contumaciarum suarum hujusmodi, viam ulterius opponendi contra dictam electionem, for- man ejusdem, aut personam, in hac parte electam, eis et eorum cuilibet præcludi peto; necnon ad ulteriora, in dicti confirmationis negocio, procedendum fore decerni; ipsorum sic citatorum, intima- torum, præconizatorum, et non comparentium, absentia, sive con- tumacia, in aliquo, non obstante; et porrigo schedulam, quam peto legi.

                      Vicarius Generalis.

Schedulam legit,

                         Procurator.

In pœnam contumaciarum omniuw et singulorum, in hac parte, citatorum, intimatorum, præconizatorum, et non comparentium, do hanc summariam petitioneni, in scriptis conceptam; quam peto admitti; et procedendum fore decerni, summarie, et de plano; etter- minum assignari mihi, ad probandum eandem adstatim.

                     Vicarius Generalis.

Admittimus hanc tuam summariam petitionem, quatenus, dejure, sit admittenda; et decernimus procedendum fore, summarie, et de plano; et tibi assignamus terminum, ad probandum hanc tuam sum- mariam petitionem adstalim.

                         Procurator.

In pœnam contumaciarum omnium et singulorum, in hac parte, citatorum, intimatorum, præconizatorum, et non comparentium, et in subsidium probationis contentorum in dicta summaria petitione exhibeo certificatorium [de et super electione præfali reverendi viri Lio AS

  DE LA FORME EMPLOYÉE POUR LA CONFIRMATION DES ÉVÊQUES             37

À. B. sacræ theologiæ professoris, in Episcopum et pastorem eccle- sia cathedralis N. prædictæ, facta per præfatos decanum et capi- tulum ejusdem ecclesiæ] sigillo eorum communi sigillatum; exhibeo etiam instrumentum publicum de et super consensu dicti reverendi viri À. B. sacræ theologiæ professoris, eidem electioni; ac literas patentes regias, alias lectas: et allego omnia et singula contenta, in eisdem respective exhibitis, fuisse et esse vera, ac ita habita, et gesta, prout in eisdem continetur; et peto ea omnia admitti; et terminum assigoari mihi, ad audiendum sententiam.

                          Vicarius Generali.

In pœnam contumaciarum omnium et singulorum (sic, ut præfer- tr) citatorum, intimatorum, præconizatorum, et non comparentium admittimus hæc instrumenta publica; et assignamus ad audiendum sententiam adstatim.

                              Procurator.

Peloomnes etsingulos oppositores hujusmodi denuo præconizari.

                          Vicarius Generalis.

Præconizentur oppositores.

                             Precurator.

 Aceuso contumacias omnium et singulorum, sic (ut præfertur,

cilalorum, intimatorum, præconizatorum, et non comparentium; el pelo eos pronunciari contumaces; et, in pœænam contumaciarum Suarum hujusmodi, procedendum fore decerni, ad prolationem sen- lenliæ vestræ definitivæ; et porrigo schedulam, quam peto legi.

  |                       Virarius Genseralis.
  Schedulam legit.


                             Procurator.

  Dominus Episcopus electus promptus est, ad præstandum jura-

mena, in hac parte, usitata.

                          Vivarius Generalis.

  Preslentur juramenta.

                             Procuratoer.

Porrigo sententiam definitivam, in scriplis conceplam, quam peto legi et ferri.

                          Vicarius Generalis.

Legit sententiara. 38 REVUE ANGLO-ROMAINE

                                           Procurater.

           Dominus Episcopus electus et confirmatus, el ego, petimus instru-
          mentum publicum, et literas testimoniales fleri.

                                       Vicarius Generalis.

GAT TNT

               Decernimus prout petitur.
      4

CTP x,-

                                    SUITE DES OBSERVATIONS

rat 3

            6. Inter honores et privilegia, quibus insigniti sunt, ad apicem

2

          dignitatis eminentioris archiepiscopalis evecti, communis est, utrique
          archiepiscopo, et Cantuariensi et Eboracensi, titulus, Reverendissimus
          in Christo Pater ac Dominus.
               Utuntur ambo titulo, Providenti& divina.
               Scribit autem, in brevi seu rescripto suo, Dominus Rex, Dei Gratia
          Archiepiscopo Cantuariensi :
            Titulum habet horum uterque, vel in colloquie, vel in scriptis,
          Clementiæ, quam (Auglice) vocamus Grâce.
           Appellatur Archiepiscopus Cantuariensis, tolius Angliæ Primas et
          Metropolitanus :
           Eboracensis Angliæ Primas et Motropolitanus.
           Præcedentiam habet ïlle (Cantusriensis, supra omnes            regni
          magnates et officiarios; unde vocatur {Regali salva prosapia) Primus
          par regnai.
             Competit illi privilegium inaugurandi regem in coronatione.
             Dicebantur olim (ubicunque moram traxere) Rex et Regina, spe-
          ciales et domestici parochiani domins archiepiscopi.
            Habet etiam præcedentiam Éboracensis archiepiscopus, præ omni-
          bus regni magnatibus et officiaris, præter dominum cancellarium.
               1. Observatur autem, in horum archiepiscoporum ordinatione,
          quod si non ante fuerint episcopi, consecrari solent a quatuor epis-
          copis
              ;
               Si vero fuerint episcopi, ; confirmatur eorum electio a   quatuor epis-
                                                                                  P
          copis.

               8. . Post          dinat
                     Post eorum ordinationem, , electiones
                                                 elect            ()
                                                           episcoporum s suæ   provin-
          ciæ confirmant.
               Postmodum etiam hujusmodi episcopos (una cum duobus aliis
          episcopis) consecrant.
               Provinciales synodos (juxta rescriptum regium) convocant.
               Synodos convocatas moderantur, et ultimum, in eïs, ferunt suffra
          gium.                                                                ‘
            Appeliationes (ab episcopis suis suflraganeis) interpositas reci-
          piunt, eisdemque rescribunt.
            Totam provinciam (secundum leges et consuetudines) visitare
          solent.
               Sede     quacunque episcopali suæ     provinciæ vacante, custodiam

NT |

 DE LA FORME EMPLOYÉE POUR LA CONFIRMATION DES ÉVÊÈQUES          939

habent ecclesiasticæ jurisdictionis ad eandem spectantis, nisi cum obstet in contrarium aliqua consuetudo [vide obs. in Tit. 5, sub li. (f]. Approbare, et insinuare solent testamenta, literasque concedere administrationis bonorum ab intestato decedentium, mortis tempore bona notabilia, in diversis diœcesibus, habentium, sive peculiaribus juridictionibus infra suam provinciam. Præterea, in territorio peculiarum suarum Diœcesium authorita- tem episcopalem exercent, prorsus ut alii episcopi.

  1. Tredecim vero parochias, sibi peculiares et exemptas, ad Deca- natum de Arcubus spectantes, in Diœcesi et Civitate Londinensi, ven- dicat Archiepiscopus Cantuariensis; ut pote : Beatæ Mariæ de Arcubus; Omnium Sanctorum Broad Street; Omnium Sanctorum Lombard Street; Sancti Dionysii Backchurch; Sancti Dunstani in Oriente; Sancti Johannis Evangelistæ; Sancti Leonardi in Eastcheap; Sanciæ Mariæ Aldermary; Sanctæ Mariæ Bothaw; Sancti Michaelis Crooked- Lane; Sancti Michaelis Regalis; Sancti Pancratii Soper-Lane; el Sancti Vedasti alias Foster.

  2. Peculiare privilegium habet etiam archiepiscopus Cantuariensis, quod quilibet episcopus ab ipso confirmatus unuin exhibeat Capella- num, donec et quousque Beneficium aliquod sufficiens ei prospexerit.

  3. Potest item archiepiscopus Cantuariensis dispensare, seu facul- tates impertiri, et gratiam facere canonum alisrumque legum eccle- siasticarum, per totum Angliæ regnum. Potest ille creare notarios publicos : Concedere valetudinariis, puerperis, senio confectis, ægrotis, etc. vesci carnibus, diebus quibusdam vetitis; Licentiam dare ad matrimonium (in quacunque parte provinciæ) absque bannorum publicatione, celebrandum; Dispensare polest etiam in causis beneficialibus : ut pote, ad abo- lendam irregularitatem absque dolo malo contractam; Ad abolendum etiam, quandoque, simoniacum ambitum ; Beneficium vacans fiduciario titulo {quam Cummendam vocant) con- cedere potest, ad tempus, seu durante vila; Dispensare potes! ut filius in beneticio patri immédiate possit suc- cedere ; Vel, quod ad aliquod tempus {graviorem ob causam) beneficiatus residere non teneatur, sed per alium deservire idoneum; Etiam, ut laicus, literis operam navans, præbendam retineat; Item, ut qui sacris sit initiatus (juxta leges et statuta regni ido- nens: duo ecclesiastica beneficia retinere possit : Curata, scilicet, intra cerlam distantiam, non curata vero absque ratione distantiæ ; Necnon, ut ad sacros ordines præparalus, ordinem diaconatus et presbyteratus, simul, et tempore non slatuto, suscipere valeat.

  4. Per electionem fitille dominus electus episcopus nominis, non srdinis, neque jurisdictionis; Per confirmationem habet quæ sunt jurisdictionis {ut pote pates- 40 REVUE ANGLO—ROMAINE

tatem corrigendi, excommunicandi, etc.). Tunc cessat offcium guar- dianatus spiritualitatum, et confirmata competil administratio (ut dicitur) rei familiaris, id est, redituum. Nondum vero habeat qu&æ sunt ordinis (veluti potestatem ordina- tionis, confirmationis, consecrationis ecclesiarum) ante propriam consecralionem peractam, qua facta, non solum quæ jurisdictionis, verum etiam quæ ordinis sunt, exequi poteril. 43. Ad culmen evecti dignitatis episcopalis, hisce quoque donantur honoribus et privilegiis. Decorantur titulo dominorum, propter baroniam eorum annexam episcopatui. . Præcedentiain habent super omnes alios regni barones. In supremo regni senatu, hoc modo sedes occupant :

                            j Cantuarensis ;
            Archicepiscopus } Eboracensis :



                             [ Londinensis;
            Episcopus         Dunelmensis ;
                              Wintoniensis:

Deinde cæteri juxta consecrationis prioritatem. Si vero quis fuerit, inter episcopos, regi a secretioribus consiliis, locum obtineat proxime post anledictum Dunelmensem. 44. Inter munera quidem episcopalia, præcipua sunt: oves pabulo sacro reficere; nimirum populos (doctrinam tradendo cœlestem) Dei verbum edoccre; Eucharistiam, in cathedralibus ecclesiis, festi solennibus, adminis- trere ; In consecrandis episcopis assistere; Presbyteros et diaconos ordinare ; Ecclesias, et loca sepulturæ, sacris usibus, dedicare ; Pueros confirmare ; Jurisdictionem ecclesiaslicam exercerc : censuras infligendo moni- tionis, excommunicationis, anathematismi, interdicti, corporalis pœnitentiæ, dencegationis christianæ sepulturæ in locis sacratis, sequestrationis fructuum ccclesiæ, suspensionis, deprivationis, depo- sitionis; Facultatem, ad tempus aliquod, vescendi carnibus, in diebus jeju- niorum, darc; Licentiam concionatoribus, euratis, ludimagistris, medicis. chi- rurgis et obstetricibus concedere ; Licentiam‘pro matrimoniit celebratione, absque bannis edictis, indulgere; Ad rescriptum regium. certiores facere civiles judices de legitimis eLillegitimis nuptiis. DE LA FORME EMPLOYÉE POUR LA CONFIRMATION DES ÉVÊQUES Al

Siniliter de legitimis et illegitimis natalibus ;
    tem de excommunicatis;
     lam requirere rescriptum regium, pro corporis captione, et incar-

gtione illius, qui, animo pertinaci et obdurato) ultra quadraginta 'S excommunicalus persistit; functorum testamenta probari, et insinuari facere; _ Abintestato decendentium bona viduæ, seu proximo consanguineo, “l interesse, habenti, concedere; vel tertiæ parti, in usum jus aise: vel pendente lite; vel ubi bona sint peritura; vel per admi- seen ationem limitetam; vel ad corroborandum processum in curiis aune QrTbus ; etiam de bonis non administratis: vel cum testamento on n° : Cox à caduca colligenda mandare : appt Putum, seu ratiocinium administrationis reddi facere, idque Voure, vel rejicere ; es et personas f{scilicet fructus beneficii, vel mulierem in causa matrimoniali} sequestrare ; Literas dimissorias, vel testimoniales, concedere; Beneficia, per collationem, conferre; In beneficia, ad præsentationem aliorum, instituere; Institutos inducendos mandare; Congruam portionem vicario assignare; Ecclesias minutiores unire, et consolidare ; Ad diruendam ecclesiam, et noviter extruendam, licentiam dare; Similiter ad collocandum sedile in ecclesia; Quolibet triennio, suam Diæcesim visitare, aliaque exercere, quæ ad cognitionem spectant ecclesiasticam; de quibus copiose, in hoc libro, tractatum est. CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ

                 HODIERNÆ            GRAVISSIMÆ


                                    DE



         SACRAMENTO                   EUCHARISTIÆ



                             LIBER          Il

O DE COMMUNIONE SUB LUNA VEL UTRAQUE SPECIE, DE VENERATIONE

EUCHARISTLE, ATQUE ALIIS NONNULLIS DOGMATIBUS CONTROVERSIS,

                           PAUCIS AGITUR




                              CAP. II

t8 verbis fiat Consecratio Eucharistie, el simul de ejusdem reserva- tione et veneratione.

                                  (Suite\

. Hæc controversiola diu jam, et magno animorum fervore agitata inter Græcos et Latinos, et multi Latini, cm Romanenses, tum m Protestantes defendunt, nonnulli Græcorum, alii Latinorum tentiam. Neutra tamen gravis aut impii erroris damnanda est, Aulto tutiorem, ” inquit Cassander, ‘ ‘‘ existimo veterum Latino- 1et Græcorum consensum, &c. ” Vide supra. rchiepiscopus Spalatensis :? ‘ Major difficultas est, quibus ver- sit facienda hæc consecratio ? siquidem neque Scriptura, neque litio ea præcisè explicat. Omnes enim supra citati Patres eam cibus fieri contendunt, certas preces non explicantes ; nonnulli m verba Christi, Hoc EST corPus MEUM, &c. consecratoria et Christo se, et nobis esse volunt, adeo ut Scholastici jam fermè omnes in

Loco supra citatu [p. 1169.| Loco citato, n. 5. LIB. I DE EUCHARISTIA 43

his verbis Domini constanter asseverent consistere vim Eucharistiam consecrandi; Roma vero hodie pro hæretico puniat si quis negaret. Ego autem (ut ingenuè dicam quod sentio) ita probabilem puto hanc sententiam, propter alicujus Patris, qui eam tenuisse videatur, asser- tinem, ut tamen longè probabiliorem existimem aliam, nimirum precibus Ecclesiæ fieri Eucharistiæ consecrationem : nam et Scri- Plura huic sententiæ magis favet, et plures Patres eam docuerunt, et Paucioribus implicata est difficultatibus. ” Et: 1‘ Aliæ verd à Cal- vo Reformatæ Ecclesiæ, si solâ concione et ministri adhortatione conficiunt Eucharistiam nullis specialibus adhibitis precibus Sacra- menti consecratoriis, ego plurimum suspicor, eos veram Eucharis- liam non habere, neque video quam excusationem possint afferre, cur antiquas aut non accipiant, aut non imitentur, in partibus essen- lalibus saltem, liturgias, et præserlim Latinæ Ecclesiæ antiquis- simæ, ”

Erasmus super illud, Hoc Est corpus MEUM : * ‘ In omnibus, ” inquit, ‘‘ accedendum est judicio Ecclesiæ, licèt hic sermo videatur jum panem consecratum porrigentis. Mihi in totum videtur consul- tiüs de rebus hujusmodi, quæ certis Scripturæ testimoniis doceri non possunt, sed ab humanis pendent conjecturis, non adeo fortiter asse- verare, ut nostram opinionem oraculi vice haberi postulemus, ac fortasse tutius sit, Ecclesiasticos proceres non temerè pronunciare de quibuslibet, quæ doceri non possunt, quum et ipsi sint homines et labi queant. ” Idem : * ‘‘ Christum his verbis consecrâsse, Hoc EST CORPUS MEUM, &c. nondum mihi constat expressè pronunciatum ab Ecclesiâ, etiam si constaret à Christo nobis traditam hanc conse- crandi formam, et juxta speciem probabiliüsvidetur quibusdam, quod benedictione consecraverit. Nec ipse Thomas, nec hoc recentior Gabriel, dissimulant, varias Theologorum hacde re fuisse sententias, etiam orthodoxorum, quorum nullus pronunciat, hæreticuin esse de hoc dubitare, nec ullum inducunt authorem qui hoc affirmavit, præter Eusebium Emisenum, authorem parum secundæ famæ, si modo illius sunt verba quæ referuntur in Decreto. ‘ ” Vide alia 5 in eandem sen- tentiam. Atque hæc hac de lite sufficiant, in quä nihil temerè et tanquam de, fide definiendum est. ‘

  1. Verus et legitimus hujus sacramenti usus in manducalione et potu consistit. Hoc ex parte etiam vidit inter recentiores Scho- laslicos Gabriel Biel : © ‘ Remissio peccatorum, ” inquit, ‘‘ plus ft per usum hujus Sacramenti, quàm per ipsum in se. Non enim lantum prodest in pyxide conservatum, sicut oblatum et sump-

1 VII de Rep. Eccl. c. 12, n. 104. *1 Cor. Il ft. 6, p. 716, cd. 1703}. 31n Apologia ad, Monach. Hisp., t. 9, p. 868. {De Consecr. d. 2, Quia Corpus.

tum in verà fide et devotione. ” Causam deinde subdit, quia ‘‘ man- ducatio et potus hujus sacramenti est usus. Hinc, ” inquit, ‘ et volens discipulos suos Christus fructüs hujus sacramenti participes fieri; postquam corpus suum consecravit, non sistebal in consecra- tione. Neque dedit discipulis ut ipsum honorificè conservarent : sed dedit in sui usum dicens : ‘ Accipite et manducate, ” ” et paulo post : ‘Ex his satis patet quod consecratio ad usum, qui est ejus mandu- catio, tanquam ad finem quodammodo proximum ordinetur. Quia Christus, postquam accepit panem, benedixit, dedit discipulis suis, ut manducarent, ”’et : ‘ ‘‘ Ipsu enim consecratio non est simpliciter finis consecrantis, sed potius usus fidelium. Ad hoc enim consecratur corpus et sanguis, ut fideles eo utantur manducando, et manducantes capiti et membris fortius uniantur. ” Hæc ille. Videatur etiam Hum- bertus Episcopus contra libellum Nicetæ Monachi apud Cassandrum".

  1. Negari tamen non potest, in veteri etiam Ecclesiâ obtinuisse reservationem Eucharistiæ, pris privatim domi ab ipsis fidelibus, quod multa Patrum loca clarè evincunt (vide Bellarminum, * Gerard. Vossium * aliosque) quanquam locus ille Origenis seu Cyrilli : * ‘ Dominus panem, quem discipulis dabat, cùm dicebat, Accipite et manducate, non distulit, nec servari jussit in crastinum, ” morem illum non omnibus placuisse innuere videatur. Sed clarissimè idem ostendit Concilium Cæsaraugustanum in Hispaniis ætate Damasi habitum, anno scilicet 381, quod morem istum esse abrogatum, istic saltem, demonstrat Can. 3, atque idem confirmatur Concilio Toletano 4 anno quadringentesimo : * unde Bellarminus : ? ‘* Concilia, ” inquit, ‘* Toletanum et Cæsaraugustanum non prohibent asservari in Ecclesià Eucharistiam, sed jubent fidelibus communicantibus, ut in Ecclesià communicent, et non secum asportent venerabile Sacramen- tum, &c. ” Deinde morem veterem fuisse (licèt de pari antiquitate non satis clarè constet) ut sacramentum publicè à Sacerdote in pastophorio vel pyxide asservaretur, uti et delationem ad absentes atque infirmos, patet ex histotià de Serapione apud Eusebium £, Quo autem temporce Sacramentum publicè administrabatur, ad ægrotos atque alios qui adesse non possunt, per Diaconum mitti solere etiam Justini Mar- tyris seculo, clarissimè constat ex ipsius Apologia 2 pro Christianis. Posterioribus vero seculis, cùm quotidie fideles communicare non solerent, reliquias Eucharistiæ, vel igni tradi, vel à pueris absumi soiere, docent Concilium Matisconense 2 (habitum anno 588), ° Hesy-

1 Lect. 38 [f. 8ial. 3n Liturg. c. 29 circa finem [p. 67]. *IV de Euch. c. 4. . 4 Disp. 21 do Sacr. Euch. [disp. 3] thesi 8[L. 6, p. 431/. 6 In c. 7 Levit. Hom. 5. 8 Can. 14. 7 Loco supra citato.

6 Hist. Eccl. c. 36.

» Can. 6, LIB, IL DE EUCHARISTIA 45

chius, ‘ Evagrius Scholastieus, ? Nicephorus, * Concilium Aurelia- nense, testibus Ivone et Burchardo, Guitmundus {et Algerus ?.Videa- tr hic Bellarminus * et plurimi Protestantes, imprimis Vossius. * Sed ‘ publica illa asservatio ac delatio, ut nec ubique nec semper recepta fuit, ita etiam ubi obtinuit, pro more libero habebatur, non necessario. ” * Sed Synodus Tridentina * ‘ retinendum omnino salu- tarem hunc et necessarium morem statuit. ” Hæc Synodi verba sunt. “ Denique in Ecclesià veteri reservabatur quidem Eucharistia, et ad ægrolos ” atque alios absentes ‘ deferebatur : sed utrumque fiebat, ut sumeretur et manduceretur; ” ‘‘ atque hic pius mos neuti- quam damnari debet, ‘ Sed in Romanà Ecclesiâ circumgestatur Eucharistia asservata ad ostentationem et pompum, aut ad incendia, tempestales, aliaque mala averruncanda : atque etiam in adoratione ejus peculiaris cullus est institutus, ” ut post alios innumeros, inquit Vossius. Hæc autem com- meota, utut quibusdam fidelibus placuerint, universæ tamen Ecclesiæ probata fuisse primis et optimis seculis nunquam demonstrari poterit. ‘

  1. Vorstius: *# Quæstio hic non est de extraordinariâ aliqué $&. signorum ad absentes delatione, aut qualicunque asservatione, in usum ægrotorum aut advenarum, &c., sed de ordinarià ill repositione ad cultum, aut circumgestationem hostiæ, quam vocant, consecratæ, qualis in papatu hactenus usitata est. Nostri igitur generatim omnes affirmant, S. Symbola tantüm in usu communionis, qualeni Christus instituil, pro sacramentis corporis et sanguinis Domini habenda esse ;

contraque disertè negant, extra hunc legitimum usum reverà ullum esse sacramentum. Nec tamen usum illum ad actum manducationis, a bibitionis, aut ad certum aliquod temporis momentum, præcisè restringunt; sed totam Eucharistiæ actionem, sive integrum illum actum ceremonialem intelligunt; et sic regulam illam rectè accipi volunt, quà dicitur, ‘ Nihil habere rationem sacramenti extra legiti- mum usum, * &c. ” Hæcille. Tollatur abusus hodiernæ Ecclesiæ Romanæ, semel consecratam hostiam in ciboriis ad circumgestationem et theatricam pompam asservandi; ut quæ non minus extra communionem, quäm in ips4 communione, vel relatione ad eandem, verum et substantiale Christi corpus sit et maneal, quamdiu scilicet ipsæ species durant : quibus fortè corruptis etiam corpus et sanguis Domini evanescant : et hæc

I In Levit. c. 8. 5 L, 4, ce, 35. 317 Hist. c. 25.

Lib. 9, c. 4 [Bih. Pat., t. 21. 2178 A].

6 Loco præcit. €. 5. ? Loco quo supra. 5 Verba Vossii. 9 Sess, 43, c. 6. 16 Verba Vossii.

In ati-Bell. in 3, tom. p. 406.

46 REVUE ANGLO-ROMAINE

           controversia tolli potest, non damnalä veteris Ecclesiæ praxi in asser-
           vatione, quæ tune obtinuit.

                7. Alias quæstiunculas, de azymo pane ac fermentato, de vino tem-
           perando aquà in sacro calice, ut et de fractione panis, omitto; parum
           enim momenti in his situm est, neque ob hujusmodi minoris
           momenti lites Ecclesiarum pax turbanda est, aut Ecclesia schismate
           dividenda.

             8. Quod ad adorationem hujus Sacramenti attinet; quum ‘* qui
           dignè sumit S. Symbola, verè et rcaliter corpus et sanguinem Christi
           in se, corporaliter, modo tamen quodam spirituali, miraculoso, et
           imperceptibili sumat; omnis dignè communicans adorare potest, et

Fr

     UN.




           debet corpus Cristi quod recipit, non quüd lateat corporaliter in pane,

É: aut sub pane, aut sub speciebus et accidentibus panis; sed qudd F LM

           quando dignè sumitur panis sacramentalis, tunc etiam sumitur cum

4 DE

           pane Christi corpus reale, illi communioni realiter præsens, ” ut

be

           inquit Archiepiscopus Spalatensis !.

&

             ‘t Carnem Christi in Mysteriis adoramus, ” inquit Ambrosius; ?
                                                                 LE]

or AT

s Nazianzenus: * Eum, qui super altare colitur, obtestans. ” Augusti- nus: + ‘* Nemo illam carnem ” (Christi seilicet) ‘ manducat, nisi priùs adoraverit. ” Videatur Chrysostomus compluribus in scriptorum suorum locis. Consentiunt et reliqui Veteres. Immanis est rigidiorum Protestantium error, qui negant, Christum in Eucharistiâ esse adorandum, nisi adoratione internâ et mentali, non autem externo aliquo ritu adurativo, ut in geniculatione, aut aliquo alio consimili corporis situ : Hi ferè omnes malè de præsentià Christi Dominiin Sacramento, miro, sed vero modo præsentis sentiunt. ‘“ Stantes an sedentes, proni an supini, erecti an geniculati, mani- bus passis an junctis, Christum in Eucharistià præsentissimum, ado- remus, adorationis ” quidem ‘‘ per se non refert, sed temporum magis et locorum, et id genus circumstantiarum, ” ut rectè ait Clau- dius Espencæus®. Sed damnare, ut illicitum adorationis gestum exteriorem quem plerique ferè orunes Christiani ab Apostolorum usque temporibus, vel stantcs, vel genibus incumbentes in susci- piendà Eucharistiä observârunt, atque etiamnum observant, magnæ prufecto temeritatis et audaciæ est. De adorationis gestu exteriori multipliei lege Espencæum. * Multa ille refert de veteri standi more ex veteribus, Die Dominico el à die Paschatis in Pentecosten; memi- nit præsertim ‘ decreti Concilii Niceni 1, quod quæ jam tum irrep- serat genua in paschali temporc ac gaudio flectentium difformilas, eam ad non flectentium conformitatem reduxit. ” Narrat etiam,?

            1 VII de Rep. Eccl, c. 41 n. 7.
            2 III de Sp. S. c. 12.
            3 In orat. de sancta Gorgonia.
            4 In Ps. 98.
            > De Eucharistiæ adoratione lib. 2c, 16 fp. 1113].
            $ Ubi supra,
            T Ibid. {p. 4114 D].

LIB. 11 DE EUCHARISTIA 47

“ fuisse in Galliis è contrario {anno 4556) qui subortam in Ecclesi Eugdunensi, eandem in hoc Sscrorum mysteriorum momento non geniculantium disparitatem inlolerabilem (ne quid gravius dieam: rati ad geniculantium paritatem censerunt reducendam, non obstante quavis ejus Écclesiæ consuetudine contrarià. Cujus equidem contro- versie, ” inquit, ‘ quis exitus fuerit, haud certo scio, nisi quod audio partes à Christianissimo Rege nostro Henrico II ex consilio Cardina- lium Lotharingii et Turnonii, ad eum, in quo ante litem motam, sta- tam reductas, et in eodem manere jussas. ” Hæc ille.

Ruardus Trapperus : ! ‘ Nec articulus, ” inquit, ‘* habet, quod L

prostrati Eucharistiam suscipere debeamus; sed quéd rectè à nobis adoretur signo externo pro conditione loci, temporis et qualitatis personarum, et hominum cum quibus conversamur consuetudine. Nam cùm defertur ad infirmos, genua flectimus, si nullum sit impe- dimentum : in plateis autem immundis detegimus caput cum aliqno reverentiæ signo. Si infirmi per plateas portamur, si curru vehimur, sigaum ostendimus reverentiæ, quod patitur conditio temporis, loci, et personæ : Item decumbentibus aut sedentibus infirmis istud sacra mentum ministramus, præstità reverentià quam possunt. Et sacer- dotes in Missà consecrant et sumunt stantes. ” Hæc ille. De antiquissimo ritu standi in Eucharistià recipiendA, vide etiam doctissimum Gabriel Albaspinæum Aurelianensem Episcopum :? Eädem, ” inquit, ‘‘ religione atque ob eandem causam cùm Eucha- ristià reficiendi essent fideles, non genibus nixi, non humi jacentes, sed erecli et in cœlum intuentes preces concipiebant. ” Vide etiam eundem. * Videsis multos Protestantes, præsertim Anglos, qui de exteriore adoratione Christi in Eucharistiâ adversus Purilanos, quos appellant, scripserunt.

  1. Perperam dptokatpsia Romanensibus à plerisque Protestantibus objicitur, et illi idololatriæ crassissimæ et gravissimæ ab his insimu- lantur et damnantur; quum plerique Romanenses, ut et alii fideles eredant, panem consecratum non esse amplius panem, sed corpus Christi, unde ili non panem adorant, sed lantm ex suppositione, licèt falsà non tamen hæreticà auf impià vel cum fide directè pu- gnanie, ut superiore libro ostensum est Christi corpus, quod verè adorandum est, adorant. In Eucharistié enim ‘ mente discernendum esse Christum à visibili signo, ” docent ipsi; ‘ et Christum quidem adorandum esse, non tamen Sacramentum, quia species illæ sunt res creatæ el inanimes, et consequenter incapaces adorationis; neque enim salis est ut Christus sub illis sit, quia etiam Deus est in anim, lanquam in templo suo, et tamen adoratur Deus et non anima : ” ut ait Suarez. 4

Art. 44, p. 42 [bi. ti vet. Écel. ritibus Observ. 1. ! observ. 19, p. 82. . 191.

In Sam Thomæ, t. LL, qg. 19, art. 8, d. 66, 81 In. Hwreticif.

48 REVUE ANGLO-ROMAINE Bellarminus : ‘ ‘* Nullus, ” inquit, ‘* Catholicus est qui doceat, ipsa symbola externa per se et propriè esse adoranda cultu latriæ, sed solùm veneranda cultu quodam minore qui omnibus Sacramentis convenit. Cultu autem latriæ dicimus per se, et propriè Christum esse adorandum, et eam adorationem ad symbola etiam panis et vini per- tinere, quatenus apprehenduntur, ut quid unum cum ipso Christo quem continent. Quemadmodum, qui Christum in terris vestitum adorabant, non ipsum solùm sed etiam vestes quodammodo adora- bant, &c.”

Quod ad primam Bellarmini assertionem attinet, de symbolis vene- randis ‘ cultu quodam minore, etc. ” admittimus ; sed quod ait, ‘ ado- rationem latriæ, licèt Christo per se et propriè debeatur et exhibea- tur, ad symbola etiam pertinere, quatenus apprehenduntur ut quid unum cum ipso Christo quem continent, et quibus quasi vestibus tegitur et absconditur; ” falsum est et repugnans plurimorum alio- rum sententiæ. Species enim illæ ad suppositum Christi non spectant, neque unum faciunt cum illo; unde ipsemet fluctuans ait paul pèst : ? Quicquid sit de modo loquendi, status quæstionis non est, nisian Christus in Eucharistiä sit adorandus cultu latriæ. ” Sed de hoc Protestantes saniores non dubitant : ‘In sumptione enim Eucha- ristiæ, ” ut utar verbis Archiepiscopi Spalatensis, ‘ adorandus est Christus vera latrià, siquidem corpus ejus vivum et gloriosum, mira- culo quodam inexplicabili dignè sumenti præsens adest; et hæc ado- ratio non pani, non vinv, non sumptioni, non comestioni, non signis, sed ipsi Christi corpori immediatè per sumptionem Eucharistiæ exhi- bito debetur et perficitur. ” 10. Dan. Tilenus : * ‘ Scilicet, ” inquit, ‘‘ ignorant Angli discrimen quod est inter Christum et Christi Sacramentum; quod ne Pontificii quidem ignorare videri volunt. Tametsi enim hi panern adorant ” (ex sententià Protestantium scilicet) ‘ non tamen panem adorandum esse dictilant: ideaque nondum consecratum panem populo ostendi vetant, ne ab imperità plebeculà temerè adoretur; sed neque post consecrationem in transsubstantiationis tragelapho, accidentia sine subjecto, sed solum Christum adorari dicunt. ” Hæc ille. Adorationem elementorum seu specierum negare Romanenses fatetur etiam Episcopus Roffensis Anglus in Tractatu suo de hoc argumento scripto Anglicè* aliique complures. Vide Ursinum.

 1 IV de Euch. c. 29 [S Sed hæc].
 * J1b. $ De modo.
 3 In Parænesi ad Scotos, etc. c. 12 [p. #1].

#P. 37. 5 In Consid. Com. Chytræi [Opp. t.2. 1147 seq.]j et contra Theses Rungii, Th. 7 It. II, p. 4558].

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  Dans un précédent article (Resue Angio-Romains du 14 décembre
4895), nons avons essayé d'interpréter les paroles du Sauveur à




                                                                               a
Simon : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église », en




                                                                               li
les étudiant en elles-mêmes et dans leur contexte. Avant d'exposer ie




                                                                               LE
commentaire qui leur a été donné par la tradition chrétienne, il sera
ütile de jeter un coup d'œil sur d'autres passages évangéliques qui
peuvent déjà servir d'explication à le promesse de Jésus, et d'écarter
l'objection que l’on a souvent tirée de l'Épitre aux Galates contre la
prérogative du prince des apôtres.




                                     I

  Gn lit dans saint Lucixx1r, 31-34), parmi les avertissements que
Jésus donne à ses disciples après la Cène eucharistique :         « Simon,
Simon, Salan vous a réclamés pour vous cribler comme du blé; mais
j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Et toi, quand tu seras
revenu, affermis tes frères. » EL il (Pierre) lui dit : « Je suis prêt à
aller avec toi et en prison et à la mort. » Mais il (Jésus) reprit : « Je te
le dis, Pierre, pas un coq n'aura chanté aujourd'hui que tu auras
trois fois nié de me connaître.
  L'évangéliste à recueilli, en cet endroit de son récit, une série
d'avis ou de prédictions concernant les apôtres. Les paroles qui sont
adressées à Pierre viennent après la promesse d’un rôle important
qui appartiendra aux membres du collège apostolique lors du grand
jugement. Ces paroles, d'ailleurs, bien qu'elles visent Pierre directe-
ment, ne laissent pas d'intéresser toute la compagnie des disciples.
De là vient qu’elles ont pu être jointes sans transition aux précé-
dentes (Luc, xx, 29-301 : « Et moi je vous destine le royaume, ainsi
que me l’a destiné mon Père, afin que vous mangiez et buviez à ma
table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes,
jugeant les douze tribus d'Israël. » La formule d'introduction qui se
lit dans letexte commun : « Et le Seigneur dit », manque dans plu-

À sieurs anciens manuscrils, et l’on a supposé qu'elle avait été ajoutée REVUE ANOLO-ROMAINE. — T. Il, — À 50 REVUE ANGLO-ROMAINE

pour atténuer l'espèce de surprise que provoque chez le lecteur l’apos- trophe lancée à Simon. Elle pourrait tout aussi bien avoir été sup- primée comme n'ayant pas de raison d'être au milieu d'un discours qui ne semble pas interrompu. Les avertissements réunis par saint Luc sont apparentés entre eux par l’analogie du sujet, maïs il ne faut sans doute pas les considérer comme avant formé la matière d'une allocution continue. Peut-être les mots : « Et le Seigneur dit », sont- ils tout simplement l'introduction aux paroles de Jésus dans le docu- ment où saint Luc les a prises. Dans les deux autres Synoptiques {4atth., xxv1, 30-35; Marc, x1v, 26-31), Jésus annonce la défection de tous les apôtres; Pierre proteste en son propre nom et s’attire la prédiction du triple reniement ; il ne se rend pas pour autant, se déclarant prêt à mourir plutôt que de renier son Maitre, et les autres disciples témoignent la même dispo- sition. Dans le troisième Évangile, le Sauveur ne se contente pas de prédire la défeclion de ses disciples; il parle d'une grande épreuve qui les atteindra tous, et il donne à entendre qu'ils y succomberont momentanément; cependant la foi de Pierre ne disparaitra pas dans la tourmente, et quand il aura pris conscience de sa faute, c'est à lui qu’il appartiendra de raffermir ses compagnons. La promesse : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas », et l’ordre : Quand tu seras revenu ‘de ton égarement passager), affermis tes frères », sont comme un écho de la parole : « Simon... tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Certains commentateurs ont pensé que le nom de Simon était employé ici parce que Pierre allait montrer bientôt que le vieil homme n'élait pas morlen lui. D'autres ont refusé d'attacher aucune signification particulière à ce détail. En réalité, l'alternance des noms Simon et Pierre parail avoir dans ce passage la même portée que dans le récit de la confession. Ce sont deux endroits vraiment parallèles : il s’agit toujours d'une prérogative conférée à Simon, et par laquelle Simon devient Pierre. Le cadre seul est différent. Jésus n’est plus en Galilée avec ses dis- ciples; il a fini de les instruire, et il est sur le point de les quitter. Les apôtres vont traverser une crise terrible qu'ils ne supporteront pas à leur honneur; Pierre lui-même, pour avoir voulu étre plus brave que les autres, donnera un témoignage plus évident de sa fai- blesse. Mais celui qui aura fait preuve de lâcheté par un triple renie- ment sera aussi le premier à reconnaître et à déplorer son péché. Sa foi lui fera honte de son apostasie et réveillera son courage. Simon redevenu Pierre devra ensuite relever la foi et le courage de ses confrères dans l'apostolat; il sera vraiment la pierre sur laquelle se reconstruira l’œuvre de Jésus. Saint Luc est préoccupé, comme l'auteur du premier Évangile, de marquer nettement la prérogative qui a été conférée à saint Pierre LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS ëi

entre tous les apôtres. Cette prérogative n'avait pas été affirmée qu'une seule fois par Jésus. On ne doit pas être surpris qu'il en ait été question dans les derniers entretiens du Sauveur avec ses dis- ciples, et rien ne s'oppose à ce que les paroles qui l'expriment aient été en rapport avec l'annonce du reniement. Sans doute la compa- raison des deux autres Synoptiques pourrait faire soupçonner que saint Luc a rassemblé dans la même phrase deux pensées que la tra- dition avait d'abord conservées séparément. Si le Sauveur a prédit la défection des disciples dans les termes que lui attribue saint Marc : « Vous tomberez tous, car il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées », de façon à provoquer immédiatement la protestation de Pierre : « Quand méme tous tomberaient, je ne tom- berais pas », les paroles concernant la foi du prince des apôtres n'ont pu être dites en ce moment préeis. Mais nul n'ignore que les récits évangéliques ne contiennent pas une reproduction stéréotypée des alloeutions qui ont été prononcées par le Sauveur ; le plus souvent la tradition n'a gardé que la pointe d'un discours, les traits dominants d'une conversation; même parmi ces traits, les évangélistes ont pra- tiqué un choix, faisant eux-mêmes la liaison des sentences qu'ils vou- laient reproduire. 11 n’y a donc pas lieu d’alléguer le silence de saint Mare et de saint Matthieu contre les paroles qui ont été rapportées seulement par saint Luc. La teneur même du discours porte à croire que l'évangéliste a reproduit textuellement la source qui le lui a fourni : la mention de Satan, la comparaison du crible, l’intercession du Christ opposée à la demande du diable donnent à l'ensemble du passage le caractère de la plus parfaite authenticité, non seulement quant au fond, mais encore quant à ja forme. Satan, dit le Sauveur, a sollicité la permission de passer les apôtres au crible. De mème que, dans le livre de Job, on représente l'ennemi des hommes demandant au Seigneur la faculté de tourmenter ce juste, Satan est censé avoir demandé à Dieu la faculté de mettre les apôtres à une dangereuse épreuve. On crible le grain pour le net- toyer. Cependant la comparaison ne porte pas sur le résultat de l'opé- relion; elle vise uniquement la secousse imprimée au grain dans le crible. Satan n'a pas le moindre désir de procurer aux apôtres une occasion de montrer leur fidélité à Jésus; par ses machinations et les difficultés qu'il va susciter à leur foi et à leur dévouement, il espère les mettre en cas d'abandonner pour toujours leur Maitre. Il a pu se croire exaucé. Dieu, en effet, a permis que le diable et les hommes qui lui servent d'instruments puissent, un moment, prévaloir contre son Fils, et que ce triomphe apparent et passager du mal devienne

pour les disciples une occasion de chute. Mais Jésus, de son côté, a prévenu Les conséquences irréparables que cette chute aurait pu avoir ; la prié pour Simon-Pierre, afin que. sa foi ne défaille pas, c'est-à- 53 REVUE ANGLO-ROMAINE

dire afin qu'il ne cesse pas de croire en Jésus, au salut que Jésus est venu annoncer sur la terre, au royaume des cieux qu'il amènera un jour. Si Jésus a prié spécialement pour Pierre, ce n'est pas que celui-ci eût personnellement plus grand besoin qu'un autre d’être affermi dans la foi: c'est que la foi et la persévérance de ses compagnons dépendent de sa persévérance et de sa foi. Bien qu'il doive succomber comme les autres, non pas en perdant réellement safoi en Jésus, mais en la reniant en paroles, Dieu lui donne mission, après qu'il aura reconnu et pleuré sa faiblesse, de ranimer et de réconforter ses frères. Ce que Dieu attend de lui, Pierre le fera, car la prière de Jésus ne peut manquer d'avoir son effet. Cette mission de Pierre sera-t-elle transitoire, limitée non seulement à sa personne, mais encore aux jours qui suivront immédiatement la passion, de telle sorte que, la foi des disciples à la résurrection de leur Maitre étant une fois éta- blie, l'influence du prince des apôtres n'ait plus lieu de s'exercer? Rien ne l'indique dans le texte, ou plutôt le caractère général de la recommandation et l’analogie fondamentale qui existe entre ce pas- sage de saint Luc et la promesse du Sauveur en saint Mathieu don- nent à supposer le contraire. Aussi longtemps qu'il devra être et sera la pierre fondamentale de l'Église, Simon devra confirmer et confir- mera la foi de ses frères. Jusqu'au retour du Seigneur, jusqu’à l’avè- nement complet et définitif du royaume des cieux, le rôle de Pierre à sa raison d'être et sa nécessité; il ne cessera pas après la Pentecôte, ni même par la mort de celui qui en est investi, ou bien la fraternité chrétienne, privée de fondement, de centre et de guide, retomberait dans l'état de dispersion où furent les disciples avant que Pierre se convertit. Si l'action personnelle de Pierre, et même son action pro- chaine, semble particulièrement décrite, si la promesse de Jésus vise directement le réveil de la foi de Pierre après sa chute, c'est que les promesses de Jésus,comme ses prédictions, s'encadrent dans la pers- pective de l'avenir immédiat. On ne doit pas plus s'attendre à trouver dans l'Évangile la mention expresse des successeurs de Pierre qu'on n’y trouve expressément annoncée la série des siècles qui devaient s'écouler entre la résurrection du Sauveur et son retour glorieux. Saint Luc montre Simon tout surpris et affligé que l’on parle de sa conversion, comme s’il devait faillir. Il proteste de son dévoue- ment : « Je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort», termes qui rappellent sa seconde protestaiion dans saint Marc et dans saint Mathieu : « Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Il est probable que Pierre avait déjà subi la prison et la mort lorsque saint Luc écrivit son Évangile. Jésus ne conteste pas la sincérité des sentiments exprimés par son apôtre, mais il lui annonce clairement la faute qu'il va commettre. La dernière protestation de LA CONFESSION DE PIERRE ÉT LA PROMESSE DE JÉSUS 53

Pierre et celle des autres disciples ne sont pas indiquées. À cet égard, le troisième Évangile se rapproche du quatrième [(Cf. Jean, xim 36-38).

                                I

Saint Jean, aussi bien que saint Mathieu et saint Luc, à voulu meltre en relief la mission providentielle de Simon-Pierre. Mais il a choisi, parmi les souvenirs évangéliques relatifs au prince des apôtres, une autre circonstance que ses devanciers. Lorsque Jésus ressuscité apparaît à ses disciples près du lac de Tibériade, il renou- velle, pour ainsi dire, la vocation de Pierre et l'investit du rôle que nous lui avons déjà vu attribuer dans le premier Évangile et dans le troisième. « Et après qu'ils eurent déjeuné, raconte l’évangéliste “Jean, xxX1, 15-47), Jésus dit à Simon-Pierre: Simon (fils) de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci? Il (Pierre) lui dit : Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. 11 {Jésus) lui dit: Pais mes agneaux. Il (Jésus) lui dit encore une seconde fois : Simon fils) de Jean, m'aimes-tu ? Il (Pierre) lui dit: Oui, Seigneur, tu sais que je l'aime. 11 (Jésus) lui dit: Pais mes brebis. 11 (Jésus) lui dit une troisième fois : Simon (fils) de Jean, m'aimes-tu ? Pierre fut offligé de ce qu’il lui disait pour la troisième fois: M'aimes-tu? et il lui dit: Seigneur, tu sais tout, tu connais que je t'aime. Il {Jésus) lui dit : Pais mes brebis. La circonstance est solennelle. L'apparition du Sauveur près du lac de Tibériade est sans doute la première des apparitions galiléennes qui sont annoncées dans l'Évangile de saint Marc ixiv, 28; xvi, 7). Jésus s'est fait reconnaître à ses disciples, mais il a une communi- cation importante à leur adresser touchant celui qu’il a autrefois dé- signé pour être leur chef. Le sera-t il encore après le triple renie- ment dont ils'est rendu coupable ? Ille sera, parce que, nonobstant la faiblesse dont il a fait preuveet dont il serepent, il aime son Maître plus que ne l'aiment les autres apôtres. Jésus provoque le témoignage de cetamour. Par trois fois il demande : Simon, fils de Jean, m'aimes- lu?» Le nom complet, Simon fils de Jean {Jean est ici pour lona; €f. Matth. xvt, 17) n’est pas employé seulement à raison de la gravité du moment et parce que la question est de première importance, mais aussi par allusion aux paroles du Sauveur en saint Mathieu : « Heureux es-tu, Simon fils de Iana... Et moi je dis que tu esPierre. » IL s'agit toujours de Simon qui devient ou redevient Pierre. Ce pas- Sage de saint Jean, comme celui de saint Luce dont nous venons de parler, est exactement parallèle à la confession de Pierre et à la pro- messe de Jésus dans le premier Évangile. En toute occasion, Simon s'est montré plus empressé que les autres au service de son Maitre, 54 REVUE ANGLO -ROMAINE

Quelques heures avant l'arrestation de Jésus, il se déclarait prèt à le suivre jusqu'à la mort (Jean, xx, 37). C'est pourquoi le Sauveur lui dit pour commencer: « Shnon (tils) de Jean, m'aimes-lu plus que ceux-ci (ne m'aiment}? » Pierre, depuis sa chute,est devenu modeste et circonspect. Il se garde bien de répondre : « Oui, Seigneur, je t'aime plus qu'aucun d'eux n'est capable de t'aimer. » Mais il exprime simplement son amour, en en prenant pour témoin et garant Jésus lui-mème. Que nul disciple n'aime Jésus autant qu'il l'aime, c'est ce qu’il souhaite, ce qu’il veut, ce qu'il croit. Mais comment oser le dire maintenant ? et ne vaut-il pas mieux s’en rapporter à ce que Jésus connait de cet amour? Trois fois la question est posée, trois fois Pierre fait la même réponse. La dernière fois ïl se trouble parce que l'instance du Maitre lui semble provenir d'un doute mallcureu- sement trop juslifié par sa propre conduite dans l'affaire du renie- ment, Cependant il ne s'irrile pas; il insiste à son tour sur son humble déclaration : « Seigneur, tu sais tout, tu connais que je l'aime. » Jésus ne voulait pas témoigner de défiance à l'égard de son disciple; il voulait obtenir une triple protestation de fidélité qui répa- rerait devant les compagnons de Pierre le scandale du triple renie- ment. Ainsi le prince des apôtres pouvait affirmer l'ardeur de son zèle, et le Sauveur prenait de là occasion pour déclarer lui-même par trois fois, dans la plénitude de son autorité, que Pierre le renégat n'en serait pas moins, en son lieu et place, pasteur de toute l'Église. La distinction des agneaux el des brebis ne semble pas se rappor- ler directement aux diverses catégories de personnes qui peuvent se trouver dans la société chrétienne, pasteurs et fidèles, imparfaits et parfaits. Elle a pour but de signifier que Pierre est le pasteur de tout le monde. I n’est pas nécessaire de prouver que« paitre » doit avoir le sens de gouverner, et que Jésus, par ces paroles, institue Picrre chef de l'Église. Pierre qui a renié trois fois Jésus, Pierre qui vient de confesser par trois fois son amour pour Jésus, est le même qui est chargé du troupeau dont Jésus a été jusqu'à présent le pasteur. Il ne s'agit pas de la réintégration de Pierre dans la dignité apostolique. Pierre était là quand Jésus ressuscité a dit à ses disciples : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie » (Jean, xx,21). Il est donc déjà apôtre au même titre que ses compagnons. La charge pasto- rale qui lui est conférée est quelque chose de surajouté à la dignité apostolique, quelque chose qui appartient à lui seul, en deux mots c’est la suprème autorité sur toute l'Église. l'est irès remarquable que l’évangéliste, écrivant environ trente ans après la mort de saint Pierre, ait attaché une si grande impor- tance à cel incident. La prérogative conférée au prince des apôtres avait donc toujours pour l'Église un intérêt de premier ordre. } con- venait de la rappeler dans un Évangile où un autre disciple lient une LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 55

grande place. Dirons-nous, avec un émule de Strauss!, que l'auteur de ce chapitre a voulu signifier par les paroles de Jésus : « Pais mes agneaux, pais mes brebis », le rôle de Pierre dans la fondation de l'Église, et par ce qui est dit ensuite du disciple bien-aimé le triomphe souhaité du christianisme johannique sur le christianisme pétrinien? Ua si beau mythe n'a rien de tentant pour une critique sérieuse. L'évangéliste s'intéresse visiblement, et pour des motifs différents, à deux personnes: Pierre et le disciple bien-uimé. Il s'intéresse à Pierre parce que celui-ci a été le chef de l'Église et que son souvenir et sa prérogative sont des choses qui importent encore actuellement à l'Église. 11 s'intéresse au disciple bien-aimé pour des raisons toutes personnelles. L'idée de substituer Jean à Pierre comme docteuret chef de l'Église n’est pas même insinuée. Cette réserve ne laisse pas d'être instructive. Saint Jean connaît Pierre comme le pasteur uni- versel des brebis du Christ: it survit longtemps à Pierre et il n'affecte pas de le remplacer; on n’a pas songé à voir en lui le chef de l'Église, Vers le même temps, Clément gouvernait l'Église romaine, et nous le voyons intervenir afin de raniener {a paix dans l'Église de Corinthe. Le centre de la chrétienté n'est pas à Éphèse; il est resté dans la ville où Pierre a subi le martyre. Ce fait peut servir de commentaire au récit du quatrième Évangile. Du récit évangélique nous pouvons conclure que la prérogative de Pierre n'était pas morte avec lui, bien que Jean ne Ia revendiquêt point. Mais si la prérogative subsiste quelque part, ce ne peut être que dans l'Église de Rome. Là est le successeur de Pierre. Ainsi les-trois textes de saint Mathieu, de saint Luc et de saint Jean se font écho l'un à l'autre et se complètent mutuellement.

                                 pl

Mais n’y a-t-il pas dans le Nouveau Testament un texte qui dérange l'harmonie de ceux-ci? Quel cas saint Paul fait-il de la prérogative de saint Pierre, dans l'Épitre aux Galates? Renan ? demande aux théo- logiens « d'expliquer comment on peut être un saint en malmenantle vieux Céphas ». Là n’est pas précisément la difficulté. Il s'agit de Savoir quel cas fait de son autorité l'apôtre des gentils. Beaucoup d'interprètes non catholiques soutiennent que le langage de saint Paul est inexplicable si saint Pierre était réellement investi d'une. auborité supérieure à celle des apôtres et infaillible : ou bien cette autorilé n'existait pas, ou bien saint Paul n'en avait pas connaissance,

1w. Branpr, Die Evangelische geschichte und der Ursprung des Christenthums

(Leiprig, 1899), 404. ? Saint Paul, 321. 56 REVUE ANGLO-ROMAINE

ou bien il n'y a pas eu égard. Comme les deux dernières hypothèses n'ont aucune vraisemblance, on s’en tient à la première #, Certains catholiques, après Clément d'Alexandrie, ont prétendn que le Céphas de l'Épltre aux Galates n’était pas l’apôtre Pierre : cette opinion, à cause des avantages qu'elle présente pour l’apologétique, à encore aujourd'hui quelques partisans, mais elle est impossible à défendre. C’est bien à l’apôtre Pierre que saint Paul a résisté en face. Mais, quoique l’apôtre des gentils ne présente nullement ce fait comme l'acte courageux d’un inférieur qui donne des avis à son supérieur et qu'on ne puisse voir dans l'acte même de la résistance un hommage indirect rendu à la primauté du Saint-Siège, l'Épitre aux Galates, prise dans son ensemble, ne prouve nullement que saint Paul ne regardât pas saint Pierre comme le chef de l'Église; elle prouve plutôt le contraire, si toutefois on veut bien accorder que la situation de saint Paul à l'égard de saint Pierre n'était pas précisé- ment celle d'un évêque de nos jours à l'égard du Souverain Pontife, et surtout que la forme extérieure de leurs rapports n'était pas et ne pouvait pas être celle qui résulte d'une subordination hiérarchique nettement définie. Saint Paul tient à dire qu'il est apôtre etqu'il a reçu sa mission du Christ seul. Cependant il déclare que, trois ans après sa conversion, il est venu à Jérusalem tout exprès pour faire la connaissance de Pierre {Gal. 1, 18). Voilà qui est significatif. Il y avait donc parmi ceux que Paul appelle ses prédécesseurs dans l'apostolat (Gal. 1, 11), un apôtre qu'il lui importait de voir, avec lequel il devait s'entendre, et par le moyen duquel il se trouvait en communion avec toute l'É- glise de Jésus. Il n'avait pas besoin et il ne souciait pas d'en voir d’autres; en fait, il n'en vit qu'un autre, « Jacques, frère du Seigneur » (Gal. 1,47), mais ce n'est pas pour celui-là qu'il était venu. Paul resta quinze jours près de Céphas, et il s'en alla ensuite en Syrie et en Cilicie. Pour peu qu’on réfléchisse aux conditions dans lesquelles se trouvait l'Église naissante, on reconnaitra sans peine que la démarche de saint Paul, si simplement qu'elle ait été faite et si sim- plement qu’elle soit racontée par son auteur, prouve que Céphas était Pape autant qu'il était possible de l'être en ce temps-là, c’est-à- dire dans le Lemps même où l’Église prenait son essor. Tout assuré qu'il est de sa vocation apostolique, Paul a cru néanmoins que, « pour ne pas courir en vain » (Gal. 11, 2), il fallait qu'il vit Pierre et fût d’ac- cord avec lui non seulement par la communauté de la foi et la pour- suite du même but, mais par un lien visible qui, sans avoir l’appa- rence de la subordination, implique néanmoins du côté de Pierre la faculté de représenter l'Église du Christ, du côté de Paul la nécessité

 1 Voir par exemple, Holtzmann, Hand Commentar. :. N. T. (1892), I, 192.

LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 57

d'agir en communion avec Pierre, sous peine de perdre tout le fruit de son apostolat. Étant donnée la vocation extraordinaire de saint Paul, que peut-on demander davantage”? On objecte que l'Apôtre semble un peu plus loin faire un cas médiocre de ceux qu'il appelle, avec une certaine nuance d'ironie, cles colonnes » de l'Église. « Au bout de quatorze ans, dit-il, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé.. J'y montai sur une révélation, et je leur communiquai l'Évangile que je prêche parmi les gentils. J'eus en particulier des entrevues avec ceux qui parais- saient des personnages importants de peur que mes courses présentes et passées ne fussent peine perdue... Quant à ceux qui paraissaient des personnages, — ce qu'ils furent autrefois ne m'importe: Dieu ne fait pas acception de personnes, — ceux, dis-je qui paraissaient être quelque chose ne m'apprirent rien de nouveau... Connaissant la grâce qui m'avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui semblaient les colonnes de l’Église, me donnèrent la main, à moi età Barnabé, en signe de communion, et reconnurent que nous serions pour les gentils ce qu'ils élaient pour la circoncision, nous priant seulement de nous souvenir des pauvres; ce à quoi je n'ai pas manqué » (Gal. 1, 4,2,6,9-10:. La traduction qu'on vient de lire est celle de Renan :. Si elle est exacte, saint Paul n'attribue aux apôtres qu'un semblant d'autorité: car si Pierre, Jacques et Jean avaient seulement l'air d'être quelque chose, c'est sans doute qu'ils n'élaient rien au fond. Mais cette traduction, qui peut paraitre con- forme à la lettre de la Vulgate latine, ne rend pas bien lesens du texte original. Le terme employé par saint Paul (cf 2cxcüvcec) ne signifie pas que les trois apôtres, tout cn ayant l'air ou en aflectant d’être quelque chose, n'étaient rien en réalité, mais qu'ils étaient en consi- dération et apparaissaient comme les colonnes de l'Église. L'arrière- pensée contenue dans la traduction qu'on vient de lire n'existait pas dans l'esprit de l'Apôtre. Celui-ci est donc venu à Jérusalem et il a rendu compte de son enseignement, non pas à toute l'Église, mais 2 particulier aux personnes de considération, à savoir Pierre, Jacques et Jean, qui étaient regardés comme les colonnes de l'É- glise. Ces autorités ne lui firent aucune observation, ne manifestèrent aucune exigence, n’imposèrent aucune règle à son activilé aposto-

lique. Ils n'avaient rien trouvé à redire à son Évangile : la seule chose qu'ils lui demandèrent fut de ne pas oublier dans sa pauvreté l'Église de Jérusalem et de la soutenir par des aumônes. L'impression que donne le récit du second voyage est donc la même que celle du pre- mier,

Certains interprètes *, out en admettant que saint Paul parle des

: Op. cit, 316-317.

« hommes de considération » et non de ceux « qui paraissaient des personnages », interprètent la parenthèse : « Ce qu'ils furent autre- fois ne m'importe », comme si elle équivalait à : « Ce qu'ils étaient réellement ne m'importe, » Muis ce qu'ils étaient réellement importe si bien à l'Apôtre qu'il tient à étre en communion avec eux. On ne peut pas faire dire à saint Paul que Dieu regarde du même œil ceux qui travaillent à l'extension du royaume des cieux et ceux qui se prévalent d'une autorité qu'ils n'ont pas reçue. Paul veut prouver qu'il est apôtre, mais il ne lui est jamais venu en pensée que Pierre et les autres, qui avaient élé désignés par le Sauveur durant sa vie mortelle, fussent dépourvus de mission apostolique. Il fait donc allu- sion à leur passé. Ces genis considérables n'ont peut-être pas toujours été sans reproche dans leur attitude à l'égard de leur Maître; peut- être même pourrait-on trouver qu'ils n'étaient pas très bien doués ni préparés pour le rôle qui leur incombe: mais, en vérité, personne au monde, el Paul moins que tout autre, n'a le droit de leur en faire un crime ou de blâmer le choix de Dieu. Il n'y a pas lieu pourtant de contester l'espèce d'affectation avee laquelle saint Paul mentionne les « gens de considération »,les « colonnes » de l'Église. Seulement l'ironie qui se laisse entrevoir dans ces paroles ne vise pas les apôtres; elle vise les judéo-chrétiens qui prétendaient opposer à l'autorité de Paul, àsa doctrine et à sa conduite à l’égard des gentils, l'autorité, la doctrine et la conduite de ceux qu'ils appelaient eux-mêmes les apôtres accrédités, les colonnes de l'Évangile. L'Apôtre répond que ces personnages dont on fait si grand étal n'ont rien trouvé à redire à son enscignement ni à sa manière de faire et qu’ils onl reconnu sa vocation à l'apostolat des gentils. H parlera de même, dans la seconde Épitre aux Corin- thiens {x1, 5; xI1, 11), des « apôtres par excellence », en employant un terme familier à ses ennemis et en se moquant légèrement de ceux-ci, non des apôires qu'ils voulaient mettre au-dessus de lui. Reste la scène d'Antioche (Gal. 11, 44-14) : « Et quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était à blämer. Car, avant que fussent venus cerlains envoyés de Jacques, il mangeait avec les gentils; mais, quand ils furent venus, il se retira et s'isola, craignant ceux de la circoncision. Les autres juifs s'associèrent à sa dissimulation, si bien que Barnabé y fut aussi entraîné. Mais, quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : Si toi, qui es juif, vis en gentil et non pas en juif, comment peux-tu forcer les gentils à judaïser? » Le langage de Paul est très vif, parce que l'affaire était importante. Les apôtres, hommes simples et tout pénétrés de l'œuvre qu'ils avaient à poursuivre, ne s'arrétaient pas à chercher des formules adoucies lorsqu'ils avaient à exprimer des vérités désagréables. Saint Paul LA CONFESSION DE PIERRE ET LA PROMESSE DE JÉSUS 59

 voit du premier coup les conséquences funestes qu'amènera l'atti-
 de de Pierre,s'il continue à ménager les susceptibilités judéo-chré-
 liennes et à froisser les convertis de la gentilité. 1l sait que Pierre
 agit par politique et non par principe. C'est pourquoi il emploie le
 mot de « dissimulation » (üréxtstç) pour qualifier sa conduile. Mais
 d'où vient qu'il est tellement ému, si ce n'est parce que les actes de
 Pierre ont une très grande portée? Paul se soucie peu de ce qu’on
 murmure à Jérusalem, dans l'entourage de Jacques, sur la façun de
 traiter les gentils: il   ne s'inquiéterait même pas de l'appui moral
 que Jacques pourrait donner aux prétentions judéo-chrétiennes
                                                             ;
 mais il est tout déconcerté par la conduite de Pierre, et il croit que
 l'œuvre évangélique serait
                         en péril dans le cas où celui-ci refuserait de
 tommuniquer librement avec les gentils : tant il est vrai que Pierre
 est pour lui un apôtre et plus qu'un apôtre,le principal représentant de
 l'Église fondée par Jésus, l'homme dont le concours est indispen-
 sable pour que les succès déjà remportés parmi les païens ne soient
 pas comme non avenus. Saint Pierre a donc péché par trop de con-
 descendance à l'égard des judéo-chrétiens. Saint Paul ne lui reproche
 ai une erreur doctrinale, ni même une faute morale, mais une erreur
 de conduite qu'il imporle de réparer promptement. La gravité des
 circonstances, l'entière simplicité des rapports qui existaionl entre
 les premiers chrétiens, la vivacité naturelle de saint Paul expliquent
 la hardiesse de ses propos. Mais la situation respective des deux
 apôtres est bien telle qu'on pouvait l'attendre après les déclarations
 que le Seigneur lui-même avait faites à Simon-Pierre et en tenant
 comple de la vocation particulière dont saint Paul avait bénéficié.




                                                 ALFRED Loisy.

pe LES ASPECTS MORAUX

     DE LA QUESTION             DES ORDRES ANGLICANS

               ÉTUDE     DE   THÉOLOGIE SACRAMENTAIRE

Lo Revus Anylo- Romaine disait, dans son dernier numéro, que, puis- qu'une commission avait été saisie. par ordre du Saint-Siège, de la question des ordres anglicons, elle s'abstenait pour un temps de publier de nouvelles études sur ce sujet. Je ne voudrais pas la faire sortir de cette réserve; aussi bien le présent article n’aura-t-il aucu- nement pour ellet de modifier les positions acquises. Mais ne me sera-t-il pas permis de protester contre la théologie à tout le moins fantaisiste qui a inspiré un récent article de l'American catholic quarterly Revier ? Ce périodique publie en tête de son numéro de janvier, sous la signature de M. A. F. Marshall, une étude intitulée : The moral aspects of the question of angliran orders. I y a là des assertions en oppe- sition si évidente avec les principes certains de la théologie sacra- mentaire que, pour l'honneur des controversistes catholiques et tout en respectant la conviction de l’auteur, je me suis cru dans l'obliga- tion de les relever. Il serait regreltable que les anglicans pussent nous reprocher de rejeter leurs ordres pour des motifs si peu con- formes à la tradition théologique de nos écoles. La première chose à faire est de donner de ect article un résumé exact et complet.

Il est étrange, dit M. Marshall, que l'on accorde si peu de place au côté « moral » de la question des ordres anglicans, tandis qu'on en fait une si large au côté historique. Et voici ce qu'il entend par l'aspect moral de la controverse. Pour savoir si une chose est d'origine divine, nous recherchons tout naturellement certaines caractéris- tiques qui distinguent le divin de lhumain; pour savoir, par exemple, si la Réforme est l'œuvre de l'Esprit-Saint, si elle est d'origine LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 61

humaine, ou pire encore. « Ainsi en est-il pour les ordres anglicans. Les rilualistes nous demandent aujourd'hui de croire que les ordres anglicans sont les mêmes que ceux de l'Église catholique; que, lors- qu’un évèque anglican ordonne un bachelier ès arts, il confère les mêmes pouvoirs, les mêmes privilèges, que conférerait un évêque catholique romain. À quoi nous répondons naturellement : Eh bien, s’il en est ainsi, voyons quels sont les points de ressemblance, par rapport au caractère sacerdotal ou ministériel, à l'office, aux fonctions et aux devoirs, à l'enseignement, à la dévotion et à la pratique; et ces ques- tions, nous les posons sans nous occuper des détails historiques rela- tifs à la légitimité de la succession. En d’autres termes, nous prenons d'abord le côté moral de l’argument, comme indice des probabilités morales. Car nous savons que les ordres romains sont divins par leur origine et, par suite, divins aussi dans leurs fonctions : c'est ce qui nous amène à chercher des preuves suffisantes d'identité dans les ordres de la communion anglicane. Tel est l'aspect moral que nous allons considérer. » L'auteur commence par jeter un coup d'œil d'ensemble sur les changements apportés lors de la Réforme à ce qui concerne les ordres. « La forme fut changée; l'intention fut changée: la juridic- tion spirituelle fut transférée du pape au roi ou à la reine. Et ce n’est là qu'un aspect des changements révolutionnaires apportés aux con- ditions essentielles de la prêtrise. Ainsi, pour ne parler que de deux fonctions sacerdotales : pendant mille ans, {out diacre catholique avait été fait prêtre de manière à pouvoir offrir le sacrifice de la Messe et entendre les confessions au tribunal de la Pénitence; mais, après la Réforme, tout diacre protestant élait fait prêtre de manière à ne pouvoir pas offrir le saint Sacrifice de la Messe ei à ne pouvoir pas entendre les confessions sacramentelles...... Ainsi, l'âme même de l'inslitution, le sacerdoce catholique fut écarté du corps protestant, de l'Église d'Angleterre; et l'on passa trois siècles à avilir ces pou- voirs sacerdotaux que les ritualistes revendiquent maintenant comme leur héritage. « Bien plus, tout le caractère du ministre anglican devint exacte- went l'opposé de ce qu'il était auparavant. » On eut un clergé marié, on proscrivit la vie religieuse, on fit de la prédication la seule grande fonction des clercs; les églises demeurèrent fermées sauf le dimanche, elles furent transformées en des espèces de granges, d’où l'on bannit. non seulement la présence réelle, mais tout ce qui pouvait rappeler l'ancienne foi. Et cela a duré trois siècles, jusqu'à l” « Oxford move- ment »,

« Et maintenant, s’écrie M. Marshall, on nous demande de croire que le ministère anglican est la mème chose que le sacerdoce de l'Église romaine; qu'un clergé qui, pendant trois siècles, a prêché 6? REVUE ANGLO-ROMAINE

contre la messe, contre la confession, contre la signification des rites ecclésiastiques catholiques, est subitement devenu identique à ce sacerdoce catholique romain qu'il a diffamé sans relâche. EL l’on nous assure que ces trois siècles d'apostasie, d'antagonisme furieux contre le catholicisme, bien que constituant des accidents ou une maladie nationale déplorables, n’ont pas atteint la validité des ordres anglicans. N'avons-nous pus raison de répliquer : « Mais considérez done le côté moral de la question » ? Où sont les signes qui font reconnaitre le caractère divin de votre sacerdoce, dans son origine, son enseignement, sa stabilité, son harmonie avec l’ancien sacerdoce catholique, dont il a pris la place, et qu'il a haï et persécuté? Pou- vez-vous nous donner des preuves morales de cette identité, tandis que nous vous en fournissons de l'opposition qui existe entre eux ? Nous vous disons, franchement, qu'il est moralement impossible que le même Dieu puisse avoir institué les ordres catholiques et ceux de l'Église d'Angleterre. » Voilà, dans toute sa force, l'argument général. L'auteur entre ensuite dans des considérations de détail, qui forment les éléments de la preuve morale. Je les résumerai plus brièvement. 1° Les sacrements. — a) Le baptème. « Il est improbable, morale- ment, que le même sacerdoce enseigne des doctrines opposées sur le baptème, et, historiquement, il est certain qu'un grand nombre de membres du clergé anglican ne sont pas validement baptisés. » A l’aide de textes tirés des auteurs anglicans, M. Marshall prouve l'inconceväble négligence qu'un grand nombre de ministres appor- taient dans l'administration de ce sacrement. Tantôt on se contentait de « laisser tomber une ou deux gouttes sur le visage de l'enfant » ; tantôt un évêque « baptisait quatorze adultes en une seule fois, en secouant en l'air, sur eux tous, ses doigts trempés dans l'eau »; tan- tôt un ministre, « après avoir trempé le doigt dans les fonts, touchait à la ronde le front de chaque enfant, sans prononcer une seule parole »; tantôt il se bornait à lancer du doigt une goutte d’eau vers les enfants, sans rien dire ». Bref, le rite baptismal était regardé comme d'importance tout à fait secondaire. Si l'on compare cette pratique avec le soin minutieux que lous les prêtres catholiques apportent à conférer le baptême, « est-il probable que le même sacer- doce catholique puisse ainsi simultanément honorer et déshonorer le ? » même sacrement b)-La Confirmation. I! y a là « trois doutes terribles : l'évêque n’est pas certainement consacré; le saint chrème fait défaut; la forme est irrégulière et incomplète ». De là, la probabilité morale qu'il ne puisse s'agir d'évêque ou de sacrement identiques. c) La Pénitence. À l'encontre de la doctrine catholique, voici ce que l'on peut constater dans l'Église anglicane : « 1° On ne confère LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 63

au ministre, dans l'ordination anglicane, aucun pouvoir pour entendre les confessions sacramentelles, mais seulement pour remettre des péchés, non confessés, d'une manière générale et décla- ratoire : 2 les clercs anglicans ne siègent point au tribunal de la péni- tence, ils se contentent de donner des conseils et avis spirituels, comme pourrait le faire un pieux laïque; les laïques anglicans n'ont pas pratiqué la confession, n’ont pas cru à son obligation; au con- traire, ils ont protesté contre elle, suivant l’enseignement que leur donnait le clergé; 4° à l'heure même de la mort, les laïques anglicans ne demandent pas à faire de confession sacramentelle, bien qu'ils expriment à leurs pasteurs des sentiments de pénitence; 5° le sceau de la confession ne trouve place ni dans la pratique, ni dans la théo- logie anglicanes ». D'où l'argument : « Est-il probable, est-il pos- sible que les deux sacerdoces puissent avoir la même origine divine ? Est-il probable, est-il possible que Dieu ait pu donner les mêmes ordres à deux sacerdoces, dont l’enseignement et la pratique, en ce qui touche au sacrement de pénitence, ont été de tous points opposés ? » d' La Communion. « Est-il probable que le ministère anglican, qui, depuis trois siècles, a supprimé le tabernacle de l'autel, puisse avoir les mêmes ordres qu'un sacerdoce qui, depuis dix-huit siècles, à fléchi le genou devant l'adorable présence réelle? » Quelle probabi- lité qu'on trouve de véritables ordres chez des ministres qui « placent le pain consacré dans ia main du pécheur sans confession... qui laissent tomber les saintes parcelles sur le sol auprès de la table de communion, permettent au sacristain d'emporter ce qui reste, ou laissent balayer les fragments. qui ont toujours prêché contre la doctrine catholique romaine, et mis en garde leur auditoire contre l'erreur, funeste aux âmes, du dogme catholique de la transsubstan- tiation ? » e) L'Église d'Angleterre n'a pas conservé l'Extrème Onction ; « cette suppression d'un sacrement est en contradiction avec l'identité du sacerdoce » de part et d'autre. f} Le mariage à été respecté par tous les anglicans: mais le di- vorce et le mariage des divorcés n'ont pas été expressément con- damnés. « Ici encore, nous cherchons en vain l'identité morale entre l'épiscopat anglican et catholique. » * g}) Enfin, l'Ordre. La controverse interminable sur la valeur d'une forme ou sur la suffisance de l'intention est par elle-même une preuve morale du caractère humain de l’anglicanisme, puisque le” doule est absolument fatal à la foi. Les innombrables livres publiés sur ce sujet « sont autant d'aveux que ce qui nécessite lant de dis- chésions est aussi incertain que la doctrine de l'Église établie ». « Et 8 Toh réfléchit que la validité de cinq sacrements sur sept dépend . 64 REVUE ANGLO-ROMAINE

de la valeur du sacerdoce qui les confère, il faut en conclure néces- sairement que les cinq septièmes de la foi anglicane sont pour tous les anglicans l'occasion des doutes les plus graves. Est-ce donc trop s'avancer que d'affirmer l'impossibilité morale que les ordres angli- cans soient valides, et les mêmes que les ordres catholiques; puisque partout où des ordres valides existent ou ont existé chez les schis- matiques, ils n’ont jamais été l'objet de controverse ou de doute? # 2% « La différence entre la prédication des prétres Catholiques et des membres du clergé anglican, tant pour l'autorité que pour la doc- trine », est l’objet d'un second aspect de la preuve morale. « Dès l'origine, la prédication a été la principale fonction sacerdo- tale du ciergé anglican. Mais en quoi a-t-elle surtout consisté? A enseigner aux laïques anglicans que les abominations de Rome, ses erreurs, ses superstitions, ses corruptions, on fait du Saint-Siège et du sacerdoce romain la principale source de l'erreur doctrinale dans Île monde. Est-il possible aux prédicateurs anglicans de prouver qu'ils descendent des prédicateurs romains qui, pendant quinze siècles, ont enseigné une règle de foi mensongère, et l'ont enseignée au nom d'une autorité que tous les prédicateurs anglicans ont rejetée comme une monstrueuse usurpation? Comment cesvrais prédicateurs seraient- ils les héritiers des fur prédicants qui, depuis le temps de saint Augustin, ont enseigné le papisme ?.. L'impossibilité morale atteint ici un degré qui semble incompatible avec le christianisme. » De plus, il ya en Angleterre deux Églises dont l'une, celle des ri- tualistes, revendique l'identité du sacerdoce anglican avec le sacer- doce catholique, tandis que l’autre, la Losw Church, repousse énergi- quement cette même identité. 11 y a donc, dansla même communion anglicane, deux sacerdoces '« conférés par les mêmes évêques, approu- vés par le même primat. L'impossibilité n'atleint-elle pas ici son apogée? » Le service divin, le culte, tel qu'on le pratiquait sous le règne d'Élisabeth, prouve positivement un changement dans les saints ordres ; il fournit non seulement une probabilité morale de change ment, mais une preuve absolue, irréfutable, définitive. Il est certain que les églises furent alors trop souvent le théâtre de pratiques, non seulement profanes, mais odieuses et parfois immorales. « Ma cathé- drale, écrivait Scory, est une maisou de blasphème, d'impureté, d'orgueil, de superstition et d’ignorance, » Le service divin était l’ob- jet du mépris et du ridicule. Et, jusqu’en notre siècle, vers 4824, bien que les abus fussent moins criants, ils étaient loin d’avoir cessé. Le service divin était accompli avec une irrévérence bien faite pour éloigner les fidèles: «a I y avait peu d’églises où l'on célébrât le ser- vice de la communion plus d'une fois par mois. » Si ce n’est pas Ià < une preuve morale de l'impossibilité absolue que le nouveau clergé LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 65 protestant ait hérité des ordres catholiques, il faut désespérer de tout raisonnement où l'on fait appel à la faculté du sens commun ». 3° « Nous aurions pu demander, poursuit l'auteur, qui avait donné à Cranmer el à Ridley l'autorité nécessaire pour altérer les formes de Yordination en usage depuis dix siècles; nous aurions pu demander comment les réformateurs ont pu vouloir faire des prêtres sacrifiants, et non pas seulement, comme ils le disaient toujours, des minisires de FEvangile, puisqu'ils abolirent prêtre, autel, sacrifice et vêtements sacerdotaux, et protestaient contre le sacerdoce papiste comme con- traire à l'Écriture, idolâtrique et superstitieux ;.... nous aurions pu demander pourquoi tous les schismatiques orientaux ont rejeté la valeur des ordres anglicans, et pourquoi l’Église romaine n'en a jamais reconnu la validité; »... mais ces questions et d'autres sem- blables ne se rapportent pas directement à notre étude. « Que si l'on prend le mot #oraf dans le sens théologique, nous di- sons que le clergé anglican a été un guide cruel pour les fidèles d'Angleterre et x ainsi prouvé qu'il n'avait rien de commun avec le sacerdoce catholique. » Nous avons vu le peu de soin que prennent les ministres pour administrer le baptème; « un clérgé qui a si peu de foi dans.le baptême doit avoir encore moins de foi, s’il est pos- sible, dans l'Ordre ». Puis on prive chaque enfantde sa mère du ciel, on le prive de cette délicate tendresse spirituelle qui estl'héritage de tout enfant catholique. Ne peut-on rappeler ici le jugement de Salo- mon et se demander à qui est l'enfant? — Et cela se poursuit durant toute la vie du fidèle. Vers sept ou huit ans, l'enfant catholique apprend à se préparer à lu confession et à recevoir l’absolution ; tan- dis que le jeune anglicau est mis en garde contre ces pratiques cor- rompues. Si le même sacerdoce peut enseigner et pratiquer des choses aussi opposées, on ne voit pas à quoi sert un sacerdoce ». Ensuite, on apprend aux jeunes anglicans que la sainte communion « n'est pas autre chose qu'un rite commémoratif, que le prêtre n'a aucun pouvoir pour faire la transsubstantiation..... Et cependant on nous assure gravement que ce sacerdoce anglican, qui a abjuré tous ses pouvoirs sacerdotaux », est le même que le sacerdoce catholique. Alors, pourquoi ne pas admettre tous les ordres des non-confor- mistes ? Et quand un jeune anglican manifeste le désir d'entrer dans les ordres, sans autre préparation théologique que trois années d’études dans l'Université, à quelles fonctions est-il ordonné? « A lire les prières, le dimanche, à des anglicans, et à leur prêcher ses idées sur le christianisme. Et l’on vient nous assurer, avec une gravité imper- turbable, que c'est là un sacerdoce identique à celui de l'Église ro- maine ?.. Ce serait aussi ridicule qu'impie. » « Les modernes ritualistes semblent argumenter de ce qu'ils ont REVUE ANGLO-ROMAINS. — T. li. — ÿ 66 . REVUE ANGLO-ROMAINE ramené, depuis quarante ans, le décorum dans le service divin et conclure que les trois siècles précédents necomptent pour rien. Mais quand même le ritualisme aurait été la pratique depuis l'origine, le résultat n'en serait guère changé. » Les ritualistes ont emprunté au missel romain la plupart de ces cérémonies; mais « où est leur maitre- autel, leur sacrifice, leur tabernacle, leur conscience des dons divins du sacerdoce? Une mise en scène est tout ce qu'ils peuvent nous fournir ». Il en est de même pour les rapports quotidiens du clergé et des fidèles. « Où est l’autorilé, où sont les dogmes, où est l'unité de la foi catholique”... Où est l'unité ecclésiastique de tous les anglicans? Elle n'existe pas, pas même pour la foi. » Prêtres et fidèles sont divi- sés, « ces prêtres sont-il des prêtres catholiques romains? » Et à la fin de la vie, au lit de mort des mourants, que font les ministres anglicans? Réciter le Pater, faire de pieuses exhortalions, administrer la communion, mais sans confession, et d’ailleurs que serait la confession faite à un iel ministre? Le contraste azec la pratique du clergé catholique n'est pas moins frappant, et s'oppose à l'identité que l'on voudrait établir entre les ordres des deux Églises. « H ya des vérités, conclut M. Marshall, qui n’ont pas besoin de démonstration; l'instinct suffit à les saisir. De ce nombre devrait être la nullité des ordres anglicans, el, si tout le monde ne pense pas ainsi, c'esl qu'on a généralement obscurci les véritables raisons. Au lieu de raisonner d’après des faits avérés, certains raisonnent d'après de pures hypothèses; au lieu de porier la discussion sur de larges prin- cipes, certains s'obstinent à argumenter sur des détails ». « Il faut juger des ordres d'après leur caractère, d’après ce que les prètres, habituellement, ontfait ou n'ont pas fait. » Vous les connaitrez à leurs « fruits. Est-ce qu'on cueille des raisins sur des épines, ou des figues « sur des ronces? » Un sacerdoce qui ne sacrifie pas est-il le même que celui qui sacrifie? » Et ainsi des autres divergences. « Le bon sens est le théologien dont on à ici besoin... Quand nous considérons les ordres anglicans, nous voyons aussitôt qu'ils sont radicalement sans valeur. Nous voyons aussitôt que l'archevêque de Cantorbéry, quitient ses ordres,parlementairement, de la reine Élisa- beth, et la juridiction de la reine Victoria ou de son ministre, no peut être le successeur de saint Augustin, dont l'épiscopat était pure- ment catholique et canonique, el dont la juridiction dérivait du Saint_ Siège. Et nous retrouvons sur chaque point la même dissemblance. Sous aucun aspect, à aucun degré, les ordres anglicans ne ressem- blent aux ordres romains... Les « aspects moraux » sont le meilleur criterium des véritables ordres. Nous saisissons la vérité par un instinct moral, que toutes les controverses du monde ne sauraient obseureir, » LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 61

                                  +
                              CE

Telle est la thèse de M. Marshall; je me suis efforcé de conserver à son argumentation toute sa force. Mais si, mettant à part quelques allusions à de véritables raisons théologiques, et faisant abstraction de ls griserie des paroles, à laquelle l'auteur s'est peut-être laissé entraîner plus que de raison, nous essayons d'aller au fond de cette preuve morale, nous aurons à constater une absence de théologie très regrettable; bien plus, des assertions qui seraient la négation absolue de l'enseignement commun de l'Église en matière de sacre- ments. La démonstration en sera facile; elle pourra se faire, j'en suis certain, sans blesser aucunement la sincérité de l’auteur, et en ssuvegardant la part de vérité que contient sa dissertation. Décidément, les vieux scolastiques avaient bien raison de s'obli- ger à réduire à la forme syllogistique les arguments théologiques: C'est le meilleur moyen, sinon le seul, d’en saisir et d'en mesurer exactement la portée et la force probante. Après avoir rappelé la dis- tinction entre la légitimité et la validité de l'ordination, après avoir déterminé les éléments essentiels à une ordination valide, ils fai- saient des raisonnements comme celui-ci : Est nulle une ordination à laquelle fait défaut l’un quelconque des éléments essentiels du côté du ministre et de son intention — du côté du sujet, de son intention, de son baptême — ou enfin du côté du rite. Or, telle ordi- nation a manqué de telle de ces conditions essentielles; donc, telle ordination est nulle. La mineure pouvait être plus ou moins difficile à prouver; mais enfin le raisonnement est inattaquable. . Et aussitôt nos théologiens faisaient, et à bon droit, un raisonne- ment en sens contraire: Est valide toute ordination à laquelle il ne manque aucun élément essentiel, bien qu'elle manque de telle ou telle condition non essentielle, compétence du ministre, légitimité de sa juridiction, cérémonies accessoires. Or, dans telle ordination, les élé- ments essentiels existant, il a manqué la juridiction du ministre, ou telle cérémonie, ou telle autre condition non essentielle. Donc cette ordination est valide, bien qu'illicite ou gravement coupable de diffé- rents chefs. ‘ C'est à cette double forme de syllogisme que l'on doit ramener les controverses et les décisions relatives aux ordinations des Novatiens, des Paulianistes, des Donatistes, plus tard, des simoniaques et des hérétiques modernes. C'est en vertu de ces principes que les unes ont été rejetées absolument, les autres reconnues, bien que déclarées ilégitimes, les autres, surtout en des cas particuliers, soumises à la formalité rassurante d’une réordination conditionnelle. C’est aiusi TE

 68                         REVUE ANGLO-ROMAINE

 que l'Église catholique reconnait pour valides, sauf examen des cas
 particuliers, les ordres des communions schismatiques et héréliques
 d'Orient, parce qu'elles ont gardé la liturgie et les rites dont se ser-
 vaient leurs ancêtres catholiques. Non pas que ces ordres ni, à plus
 forte raison, leur exercice, soient à ses yeux, légitimes de tout point;
 ils ne sauraient échapper à l’illégalité de la situation de ces commu-
 nions séparées; mais, en ce qui concerne les conditions essentielles
 des sacrements, l'Église enseigne qu'elle ne possède aucun pouvoir
 direct; aussi n’a-t-elle qu'une seule manière de les juger; elle
 applique aux ordres hérétiques ou schismatiques les mêmes règles
 qu'elle applique à ses propres ordres. Elle ne considère et ne peut
 considérer qu'une chose, la présence ou l'absence des éléments
 essentiels.
    Par suite, les conséquences n’entrent pas en ligne de compte; je
 veux dire, la manière plus ou moins légitime, plus ou moins effi-
 cace, plus ou moins salutaire, dont on se sert des ordres, la foi plus
 ou moins grande, plus ou moins complète qu'on y attache, ne sau-
 raient modifier le jugement de l’Église, parce que ces conséquences ne
 font point partie des conditions essentielles. Jamais des considéra-
 tions de ce genre n’ont servi à motiver un jugement théologique en
 matière de sacrements.
    Essayons maintenant de faire la contre-épreuve; efforçans-nous
 de réduire à la forme syllogistique les      raisonnements de M. Mar-
 shall sur l'aspect moral de la question des ordres anglicans. Ce ne
 sera certes pas facile. D'une manière générale, on pourrait, ce me
 semble, les formuler      ainsi : Ne sont pas validement ordonnés des
 cleres qui agissent ordinairement d’une manière contraire à celle des
 ministres catholiques : soit dans l'administration des sacrements,
 soit dans l'enseignement et le service divin, soit enfin dans le soin
 des âmes. Or, le clergé anglican dans l'ensemble agit, ou du moins
 8 agi, pendant trois siècles, d'une manière absolument contraire
                                                                à
 celle des ministres catholiques. Donc... Quand même on accorderail
 la vérité entière de la proposition mineure, je crois que parmi les
 théologiens catholiques aucun ne serait disposé à soutenir la pro-
 position majeure; il me semble même que lu plupart n'hésiteraient
 pas à la taxer d'erronée, pour       ne pas dire d'hérétique.     Car   une
 telle   proposition (et   c'est   bien celle qui   se   trouve   à la base
 de toute l'argumentation de M. Marshail) est en opposition formelle
 avec l'enseignement, et. jusqu'à un certain point, avec les défini-
 tions de l'Église;
                 et si elle était vraie, elle aurait les conséquences
 les plus fâcheuses.
   C'est qu'en effet il est, pour l'Église, de la plus haute importance
 que la collation des dons surnaturels dont les sacrements sont le
 divin véhicule, soit soustraile, autant que possible, à toute incerti-

LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 69

tude. Sans doute, le sacrement, en tant qu’il a des hommes pour minislres et pour sujets, suppose un acte humain; par suite, les défauts qui mettent obstacle à l'existence de l'acte humain sont aussi une cause de l'inexislence du sacrement; de plus, le sacrement étant un signe sensible, nécessitant des éléments sensibles, d'ailleurs de nature diverse, la suppression, l'altéralion substantielle de l'un de ces éléments sensibles compromettra l'existence du sacrement, Mais en dehors de ces causes de nullité ou de non-existence, conséquences nécessaires de la nature des choses, il n'en existe pas d'autres et l'Église n’en reconnait pas d’autres. Le rite sacré a reçu de Dieu son efficacité sacramentelle; la grâce et les effets sacramentels néces- saires sont produits par le rite lui-même, ex opere operato; dès qu'il existe, comme rite sacré, avec ses éléments essentiels; dès que l'acte humain qui le produit est un acte humain fait dans les conditions normales, cela suffit: grâce et effets sont produits, indépendam- ment de toute disposition concomitante de l'intelligence ou de la volonté du ministre. Ces vérités sont certaines, la plupart sont de foi, ainsi qu'il résulte des définitions du concile de Trente (sess. vu, de Sacram.). Par conséquent, tout sacrement existe dès le moment où le-rite sacré est accompli dans les conditions normales bien connues; si l'une de ces conditions fait défaut, dès le début il n'existe pas, il n'a jamais existé. Mais en aucune hypothèse la validité ou la nullité d'un sacrement ne saurait dépendre d'événements postérieurs ; en aucune hypothèse il n’est besoin de considérer les fruits du sacre- ment, pas plus de l'ordre que des autres. La nullité ne peut être couverte, ni la validité compromise par aucune circonstance future. Les pouvoirs conférés et les droits acquis par un sacrement valide- ment reçu sont inamissibles, quand même celui qui les possède ne s'en servirait aucunement, ou s'en servirait d'une manière illicite ou sacrilège, ou y renoncerait, ou ne croirait plus à leur valeur. Les textes théologiques qui mettent hors de doute la certitude absolue de ces déductions sont présents à toutes les mémoires, repro- duits dans tous les manuels de théologie, et je crois inutile de les citer. Mieux vaut rappeler la raison fondamentale de toute cette théorie. C'est que les effets surnaturels des sacrements n'ont qu'une seule cause immédiate et directe, à savoir le rite. Ce n'est pas le ministre, ce n’est pas le sujet, qui produisent les effets du sacrement, ou qui confèrent directement les pouvoirs et la grâce: c'est le rite. Le ministre, pourvu qu'il soit d'ailleurs compétent et qu'il agisse avec l'intention voulue, est la cause efficiente qui fait exister le rite, kîc ef num; mais il ne produit pas directement, pas plus qu'il ne peut direc- tement empêcher les effets du rite sacré. Dès lors que le rite sacré existe véritablement, les effets en sont acquis. Il faut en dire autant 10 REVUE ANGLO-ROMAINE

‘u sujet. Telle est la seule considération à faire en ce qui concerne la alidité d'un sacrement, les autres ne se rapportant qu'aux conditions ccessoires qui rendent plus ou moins licite la collation du sacre- 1ent ou l'exercice des droits conférés. Ce principe essentiel est la clef de la solution donnée par l'Église oit à la célèbre controverse à laquelle prirent part saint Cyprien t Firmilien de Cappadoce, soit aux discussions dont le Donatisme ut plus tard l'occasion. Pour justifier l'usage de leurs Églises ‘ui tenaient pour invalide le baptème des hérétiques, saint Cyprien tles évêques d'Afrique et de Cappadoce mettaient en avant une aison, très séduisante au premier abord, à savoir qu'un ministre u baptême qui n'avait pas lui-même la grâce et le Saint-Esprit, ne ouvait les conférer. Mais la pratique romaine, qui devait devenir la ègle absolue, avait pour elle la véritable raison théologique. Ce n’est oint le ministre, hérétique ou infidèle, qui confère directement la râce et la rémission du péché; c'est le rite sacré du baptême, instru- nent de la vertu divine. Le ministre ne communique pas au baptisé a propre grâce, il a pour fonction de produire le rite, c’est-à-dire de 2 faire exister tx nalura rerum, hic el nune, et de l'appliquer à tel ou el sujet, pour que ce rite, et non le ministre, produise ses effets par apport à ce sujet. Etvoilà pourquoi le baptême peut être validement dministré par un hérétique ou un infidèle, et produire dans l'âme u baptisé des effets qui n'existent point nécessairement dans l'âme tu ministre.

Milève nous appreud ‘ qu'ils poussaient à l'extrême les conséquences de leur prétendu principe; ils jetaient aux chiens l'Eucharistie con- sacrée par les catholiques, profanaient et jetaient le saint chrême, soumettaient à la pénitence les clercs catholiques et leur rasaient la tête, brisaient leurs autels, etc.; tandis que les catholiques, dociles aux décisions du pape saint Étienne et du concile d'Arles, tenaient pour valides et le baptème et les ordres conférés par les Donatistes, sans s'occuper autrement de l'argument moral auquel pouvait donner lieu,semble-t-il, une conduite de leurs adversaires si opposée à la leur. Dès lors, la théologie catholique est définitivement fixée; nous irouverons encore, aux siècles suivants, des difficultés et des hésita- tions sur la valeur des ordres conférés par des évêques intrus ou simoniaques; mais dès l'époque du Donatisme il est acquis que le défaut de foi ou de sainteté chez le ministre ne peut compromettre la valeur du baptême, ni des ordres, ni des autres sacrements conférés par lui. | ’ Mais si, par impossible, les raisons théologiques ne nous ifnpo- saient pas ces conclusions; si l'on pouvait invoquer contre la valeur des ordres des dissidents les raisons exposées par M. Marshall; si l'opposition, aussi complète qu'on le voudra, que l’on aura constatée entre les « sacerdoces » catholique et anglican, par rapport aux croyances, à l’enseignement, au service divin, au ministère des âmes, était une preuve si convaincante de la nullité des ordres anglicans, il en résullerait pour l'Église catholique elle-même les plus graves inconvénients et de cruelles incertitudes sur certains de ses ordres et l'administration de ses sacrements. Et ici je me permettrai, à mon tour, de faire un argument moral. M. Marshail a-t-il songé à la réper- eussion que pourrait avoir pour l'Église catholique sa manière de raisonner, si elle était exacte ? li n'est pas possible, dit-il, que de véritables ordres existent chez les membres d'un clergé qui administre mal les sacrements, rejette les doctrines et la pratique romaines, vilipende les ordres catho- liques, ne croit ni à la communion ni à la confession, etc. Quelque longue que soit l'énumération, elle se réduira nécessairement à ceci : il n'est pas possible de reconnaître de véritables ordres à un clergé qui s'éloigne gravement de la doctrine ou de la pratique de l'Église catholique. Mais à mou tour, je demanderai : Jusqu'où devra aller cet éloignement, cette opposition, tant en matière de doc- trine que de pratique, pour qu'on puisse donter d’abord de la valeur des ordres d’un tel clergé, pour qu’on doive ensuite les rejeter ? Suf- Gra-t-il d’être hérétique sur un point, ou sur deux, ou combien faudra- til constater d'hérésies ? Mais alors comment l'Église reconnait-elle

! De schismate Donat., 11, 19 seq. 72 REVUE ANGLO-ROMAINE

la valeur des ordres conférés par les Églises orientales hérétiques ? El même celles que l’on appelle communément schismeatiques ne sont- elles pas, sur plus d'un point, hérétiques? Serait-il nécessaire que l’hérésie porlât sur les sacrements, sur les ordres et les pouvoirs du sacerdoce ? Mais alors il faudrait retrancher une partie considérable des raisonnements de M. Marshall; et surtout il faudrait montrer que l’hérésie sur ce point a un effet qu'elle ne produit pas lorsqu'elle porte sur d’autres dogmes. Suffirait-il de ne pas croire à l'autorité de l'Église romaine, d'en rejeter l'enseignement? Encore faudrait-il faire la preuve de cette assertion. Tout récemment, on a pu lire les paroles fort peu gracieuses, les accusations fort graves, proférées contre l’Église romaine par le patriarche schismatique de Constanti- nople. La valeur indiscutée des ordres de l’Église grecque en a-t-elle été atteinte le-moins du monde ? D'autre part, cela est évident, les divergences pratiques ne peuvent avoir plus d'influence que les erreurs doctrinales, dès lors qu'elles n'affectent pas la confection immédiate des rites sacrés. Nous parlons des Églises et communions dissidentes; mais ce ne sont pas les Églises comme telles qui administrent les sacrements et font les ordinations; ce sont les ministres pris individuellement. Que si le raisonnement moral de M. Marshall était vrai pour les Églises, il devrait être aussi exact pour les individus, et s'appliquer à tous les ministres des sacrements, même dans le sein de l'Église catholique. Et alors se posera la même question : Est-il possible, est-il probable, que ce clerc possède ou puisse conférer de véritables ordres, qui a solennellement rejeté toute relation avec l'Église catholique, renoncé à tous ses pouvoirs sacerdotaux, enseigné des hérésies monstrueuses, injurié l'Église romaine, etc.? Ce qui donnerait lieu de se demander à nouveau : À quel moment, à quel degré de corruption ou d'hérésie, ou d'opposition à la pratique catholique, pourra-t-on douter de la per- manence des pouvoirs? À quel degré devra-t-on supposer que ce ministre ne peut plus les exercer ? Et quelle incertitude, quelle source de confusion et de troubles ! Les exégètes ne sont pas d'accord pour savoir si Judas était encore dans le cénacle lors de linstitution de la sainte Eucharislie et de l'ordination des apôtres. Mais, à supposer qu'il fût présent, fut-il validement ordonné? Et cependant, quel admi- rable argument moral ne pourrait-on pas tirer de lindigne con- duite de l'apôtre apostat ! On dit encore : Il n'esi pas possible que Dieu ait instilué ces deux sacerdoces, catholique et anglican, si opposés en tout. — Mais qui a jamais songé à revendiquer pour le sacerdoce anglican une institu- tion directe et spéciale? Si le sacerdoce existe dans l'Église angjli- cane, il n'est autre que l'unique sacerdoce du Christ, demeurant dans cette Église ainsi que d'autres parties de l'héritage chrétien. Et, s’ü y LES ASPECTS MORAUX DE LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 13

est, l'Église ne peut en empêcher la présence et la transmission, par- qu'il ne dépend pas d'elle de mettre obstacle à l'efficacité ex opere grato des rites sacramentels. Elle pourra, elle devra apprécier l'usage plus ou moins illégitime qu'on en fait ou qu'on a pu en faire; elle pourra et devra se prononcer sur l'existence concrète des condi- tions essentielles suffisantes pour la collation des ordres; mais elle ae saurait faire davantage; en aucun cas les divergences doctrinales ou pratiques constatées entre le clergé anglican et le clergé catho- lique ne serviront de base à son jugement sur la valeur des ordres, à moins qu'elles n'aient affecté l'une quelconque des conditions essen- tielles de l’ordination, les mêmes qu'elle requiert pour ses propres crâres. Eu d'autres termes, sans rien changer à la doctrine el à la pratique de l'Église anglicane depuis Henri VIII, supposons que l'Ordinal d'Édouard ait fait subir des modifications moins profondes à l'ancien Pontifical; qu'il ait conservé intacts les canons consécratoires de chaque ordination et, si l'on veut, la porrection des instruments; supposons que demain un érudit découvre le procès-verbal de la con- sécration épiscopale de Barlow; dès lors l'Église ne serait plus libre de ne pas admettre la validité des ordres anglicans, puisque ces ordres se présenteraient avec les conditions essentielles qui sont né- cessaires et suffisantes pour les ordres catholiques. Aucun argument moral ne saurait ÿ-mettre obstacle, Est-ce à dire que les ordresanglicans soient valides ? Certes, la'ques- tion est discutable; bien plus, ils ont contre eux une présomption, qui résulte, d'une part, des modifications à tout le moins illégitimes apportées aux riles catholiques de l'ordination, d'autre part, de la pratique de l'Église romaine. Mais la discussion devra nécessairement et uniquement porter sur les conditions essentielles de la validité des sacrements et de l'ordination en particulier. La discussion générale se concentrera sur le sacre de Parker par Barlow. On sait qu'il est l'objet de trois graves objections: le consécrateur, Barlow, était-il lui- même évêque? Le rite employé par lui était-il suffisant? Enfin, a- t-ilemployé ce rite avec une intention suffisante? Quant aux ordina- tions individuelles des clercs de l'Église anglicane actuelle, il faudra en éludier attentivement les circonstances, et en particulier voir si le ministre et le sujet étaient l'un et l'autre validement baptisés. C'est uniquement dans cette direction que l’on devra conduire la discussion. Les autres arguments n'auront aucune portée, si ce n'est peut-être en tant qu'ils rendraient douteuse l'intention requise de la part du ministre. Il est bien vrai d’ailleurs, et je n'aurais garde de le nier, que l'en- seignement et la pratique du clergé anglican ont laissé beaueoup à désirer au cours de ces trois siècles, J'ai seulement voulu montrer 74 REVUE ANGLO-ROMAINE

qu'on ne saurait en conclure à la nullité des ordres. N’y a-t-il pas d'autres Églises, n'y a-t-il pas eu des prélats de l'Église catholique dont la doctrine et la pratique ont laissé beaucoup à désirer? Que si les défauts constatés dans la vie chrétienne de l'Église anglicane de- vaient prouver la nullité de ses ordres, le réveil de cette même vie chrétienne dû aux efforts des ritualistes, le mouvement vers l'Eglise romaine qu'ils ont imprimé à une portion notable de leur Église, se- rait-il, à son tour, un indice moral de la valeur de leurs ordres ? Discutons, il le faut, mais d’après les vrais principes; et,en matière de doctrine, défions-nous de l'instinct, qui n’a jamais été considéré comme un critère théologique.

                                                 A. BoupixHo.

CHRONIQUE

Les fêtes de Reims. — Les fêtes du jubilé national annoncé dimanche par les cloches de la cathédrale se sont ouvertes lundi matin par une grand’ messe solennelle chantée par Mgr Duval, évêque de Soissons et premier suffragant de Reims. Bien que la santé de S. Em. le cardinal Langénieux se soit un peu amélicrée, les méde- cins ne lui ont pas permis de venir présider cette cérémonie, qui avait attiré dans la cathédrale une foule des plus considérables. L'arrière-chœur était fort simplement décoré de petits trophées de drapeaux français entourant les couleurs pontificales, et surimontant les écussons des villes du diocèse. La maitrise a exécuté la Afesse du Sacré-Cœur de Gounod. Plusieurs membres de l'Institut répondant à l'invitation du cardi- val sont venus à Reims pour assister à cette messe d'ouverture et aux autres offices de la journée : MM. Wallon, Schlumberger, de Bar- thélemy et Sénart, membres de l'Académie des inscriptions et belles- lettres, le comte Delaborde, secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts; on remarquait aussi la présence de MM. Marius Sepet, le comte de Mas Latrie, et le comte Boulay de la Meurthe. Après la messe, qui s’est terminée à midi et demi, les principaux invités sont allés saluer le cardinal Langénieux. À Lrois heures, les vèpres pontificales ont été chanttes en l'église de Saint-Rémy, où Mgr Péchenard, protonotaireapostolique et vicaire général du diocèse, a prononcé le discours d'ouverture.

La fôte de Jeanne d’Arc. — M. l'abbé Lemire, député du Nord, a déposé à la questure de la Chambre quatre énormes liasses conte- nant les pétitions demandant à la Chambre de ratifier le vote du Sénat pour la création d’une fête nationale en l'honneur de Jeanne d'Arc. Elles portent près de cing cent mille signatures.

Léon XIII doyen des évêques. — Mgr Pierre-Richard Ken- rick, archevèque de Saint-Louis, aux États-Unis, vient de mourir. Mgr Kenrick, né à Dublin en 4806, avail été préconisé évêque de Drasus le 24 avril 4841. Sa mort fait de Léon XHI le doyen de tout l'épiscopat catholtique. N. T. S. P. le Pape a été en effet préconisé archevèque titulaire de Damiette le 49 février 4843. Le seul évêque encore vivant qui ait été préconisé par Grégoire XVI est Mgr Murphy, actuellement évêque de Hobart-Town, en Australie, préconisé en 1845. 36 REVUE ANGLO—ROMAINE

 Le Vendredi-Saint dans la Marine.—De temps immémorial,

les navires de la France ont participé au deuil du Vendredi-Saint. Cette marque publique de religion gênait quelques libres-penseurs. M. Lockroy, ministre de la Marine, sollicité ou plutôt sommé par ses frères en franc-maçonnerie d'interdire ces signes de deuil de la flotte, puisqu'ils ont cessé d’être en usage dans l'armée de terre, a décidé ce qui suit : « Liberté complète de tirer le canon, d'apiquer les vergues et de mettre le pavillon en berne est accordée à tous les commandants de navires français mouillés dans des rades étrangères. « Sur les côtes de France, l'autorisation de tirer le canon, d'api- quer les vergues et de mettre le pavillon en berne devra m'être de- mandée, en indiquant les raisons susceptibles de justifier cette mani- festation.... » Ainsi donc, sur toutes les plages, au nom de la France catholique, nos bâtiments peuvent ce jour-là tirer le canon d'heure en heure et mettre leur pavillon en berne. Le ministre a compris qu'ileùt été par trop étrange de voir les navires de la France, qui revendique avec raison le droit de protéger les chrétiens à l'étranger, être les seuis à ne pas s'associer au deuil de toutes les nations chrétiennes, le jour de la mort du Christ. Maïs dans nos ports et sur les côtes de France les commandants des navires ont dà adresser à M. Lockroy une demande motivée! 1l est facile de comprendre comment cette mesure a été accueillie dans la Marine; toutes les autorités maritimes compétentes n'ont pas manqué d'adresser la demande prescrite et partout le Vendredi- Saint a été célébré comme de coutume : car. si le Gouvernement n’a pas de religion, il n’en est pas de même de nos braves matelots et de nos vaillants officiers.

 En Portugal. — Un député catholique portugais, M. Quirino,

vient de présenter aux Cortès une motion demandant la révocation de la loi de 1844, qui avait prononcé la suppression de tous les cou- vents par voie d'extinction. L'Église possède encore, en Portugal, seize couvents de femmes, dont quatre à Lisbonne, trois dans le diocèse d’Evora, deux dans celui de Coïmbre. Dans quinze de ces couvents, il n'ya plus qu'une seule religieuse ; le couvent de Renedias, à Braga, en compte encore deux. LIVRES ET REVUES

                             LA Quinzaine

Dans la Quinzaine du 1% avril, M. l'abbé Duchesne vient de clore par un dernier article l'intéressante suite d'études publiée sous le titre de Cafholiques et Romains. Nous en donnons aujourd’hui la première partie; nous publie- rves la seconde dans notre prochain numéro. Ainsi pourvue d’un centre et d'un chef également incontestés, l'Église byzantine poursuivit le cours de ses destinées. En soi, cette autonomie grecque n'avait rien d’incompatible avec l'unité ecclésiastique. L'autono- mie africaine, plus anciennement organisée, trouvait moyen de vivre avec le Saint-Siège. Le tout était de s'entendre. Il ne faut pas croire que l’on n'y parvint jamais. En dehors des intcrvalles de schisme que j'énumérais tout à l'heure, il y eut des temps de concorde. En étudiant les manifesta- tions diverses de l'opinion byzantine, on distingue aisément quelques sen- timents favorables à la paix. D'abord le sentiment de l'unité de l'Eglise. Il s'exprimait dans le sÿm- bole de Nicée-Constantinople, introduit! un peu partout, depuis la fin du ve siècle, dans la liturgie de la messe. (Ce sentiment, que l'on n'avait pas encore appris à étouffer sous des distinctions subtiles, empéchait de se résigner au schisme. Le schisme paraissait un état irrégulier, inférieur; il avait toujours contre lui une sorte de remords'de la conscience générale. Que de peine ne se donna-t-on pas pour ramener les monophysites? L'Hénotique de Zénon, les conférences procurées par Justinien, les mesures de rigueur contre l'épiscopat dissident, la condamnation des Trois-Chapitres, le imono- thélisme : autant de procédés divers, successivement essayés avec une rare persévérance. Rien n'y fit, Avec le pape, il était plus aisé de s’en- tendre. Il n’y avait qu'une attitude à sacrifier, et encore, grâce aux muta- tions du personnel, était-il aisé d'en reporter la responsabilité sur les pré- décesseurs, Enfin l'empereur était là pour ménager les rapprochements, calmer les susceptibilités, favoriser, imposer au besoin le rétablissement de la paix. On avait aussi, beaucoup plus qu'à présent, le sentiment de la primauté du pape. Cette primauté n'était pas contestée. Dans toutes les notices où sont énumérés les sièges épiscopaux suivant l'ordre des préséances, c'est toujours par celui de Rome que l'on commence. Le patriarche de Cons- tantinople, quelles que fussent ses prétentions sur l'Église grecque et sa ténacité à revendiquer le titre d'œcuménique, ne s'est jamais posé en supérieur ou même en égal du pape. Au xi1° siècle encore, cent ans après Cérulaire, les canonistes Zonaras et Balsamon le reconnaissent expressé- ment. Ils protestent même contre certains auteurs qui interprétaient

1 Cette introduction est le fait de deux patriarches hérétiques Pierre {le Fou- lon) d'Antioche et Timothée de Constantinople; en faisant réciter cette formule déjà ancienne, ils entendaicnt protester contre celle de Chalcédoine. On voit que l'Église romaine eut ses raisons pour s'opposer si longilemps à l'insertion du Credo dans la liturgie eucharistique. 18 REVUE ANGLO-ROMAINE autrement le troisième canon de Constantinople, où il est dit que l'évêque de Constantinople a les honneurs après l'évèque de Rome; on entendait par là que Constantinople avait reçu les premiers honneurs alors que Rome en jouissait déjà, Zonaras et Balsamon ne sont pas de cet avis; ils voient dans le texte, non pas une simple postériorité, mais une réelle infériorité de rang. Cette primauté romaine n'était pas considérée comme chose de pure forme. En nombre de cas, les auteurs ou les conciles grecs reconnurent au pape le droit et le devoir d'exercer une surveillance générale sur les affaires religieuses de leur pays, réclamèrent son appui contre des abus de pouvoir de toute nature, lui décernèrent les titres les plus significatifs comme les plus pompeux. Les textes de ce genre ayant été souvent réunis dans les livres de théologie et de controverse, il sufira ici de présenter quelques observations : Dans les questions de dogme et de communion ecclésiastique, la partici- .pation ou tout au moins l'assentiment du pape était considéré comme nécessaire pour qu'une solution füt définitive. Les longs schismes énumé- rés ci-dessus en fourniraient eux-mêmes la preuve. On chercha, en 340, à faire approuver par le pape l’évêque intrus que l'on entendait donner à Alexandrie. Sur l'expédient du monothélisme, sur la prohibition des images, on lui demanda son avis, sauf à ne pas le suivre, car, dans tous ces cas, on avait le gouvernement de son côté. Quand il y eut rupture, ce fut bien plutôt une rupture subie par l'Église grecque qu'une rupture déclarée par elle. C’est de Rome que partait le Non licet; on pouvait le braver plus ou moins longtemps, mais on finissait toujours par s'y con- former. Supréme autorité doctrinale, le Saint-Siège était aussi un ressort judi- ciaire supérieur, au delà duquel nul appel n’était imaginable. Nombre de sentences ecclésiastiques rendues par l’Église d'Orient réunie en concile ou par ses plus grands chefs ont été cassées à Rome : ainsi la déposition de saint Athanase au concile de Tyr. ll est vrai que les premiers juges déclinèrent la compétence du pape; mais ils avaient commencé par la reconnaitre en le priant de régler l'affaire. Du reste, dès l'année 346, en acceptant le rétablissement de saint Athanase sur son siège d'Alexandrie, en abandonnant les griefs soulevés contre lui au concile de Tyr, ils témoignèrent reconnaitre la cassation de leur sentence. Leurs héritiers, une fois revenus à l’orthodoxie, en firent autant, de la façon la plus claire. Il en fut de même de la déposition de saint Jean Chrysostome, cassée par le pape Innocent; ici encore on commença par regimber, mais il fallut, peu d'années après, reconnaitre qu'on avait eu tort. Chrysostome avait réclamé l'intervention du pape. En 449, les évêques Flavien de Constan- tinople, Eusèbe de Doryiée, Théodoret de Cvr, condamnés par le concile

1 On trouvait même des gens pour prétendre que lo siège de Constantinople était plus ancien que celui de Roms. C'est pour inculquer cette absurdité que l’on forgea, peut-être vers la fin du vr siècle, peut-être plus tard, en tout cas avant le 1x° siècle, une liste épiscopale qui reliait Métrophane, le plus ancien évêque de Byzance que l'on connaisse, à Stachys, disciple de saint André, et à cet apôtre lui-même. D'abord obseur, ce petit écrit Hnit par arriver à le considération. Au commencement du 1x° siècle, le chroniqueur Théophane le néglige encore; mais le patriarche Nicéphore, son contemporain, en fait état. On regrette do le voir pris au sérieux dans un livre comme celui de Manuel Gédéon {Constantinople, 1886) Tlatprapyinot mivaxee. C'est tout à fait l'équivalent de ces légendes et de ces fausses listes pur lesquelles cortaines églises d'Occident essayent de se rattacher aux disciples de saint Pierre. 11 y a cent ou deux cents ans, le clergé n'avait pas LIVRES ET REVUES 19 œcuménique d'Éphèse, adressèrent au pape Léon un appel dans toutes les formes !. Plusieurs patriarches furent déposés par le pape : par exemple, Dioscore ‘Alexandrie, en 450; Acace et Anthime de Constantinople, en 484 et en 536. Acace, soutenu par l’empereur, se moqua de la sentence du pape Félix JI1; mais les deux autres recurent leur exécution, C’est à Constan- ünople même qu'Anthime fut déposé par le pepe Agapet, lequel ordonna tout aussitôt son successeur, Ménas. Ë ne faut pas s'attendre à ce que les cas d'appel à Rome se présentent souvent en Orient?. Les patriarches se trouvaient rarement dans la néces- «ité de recourir au suprème tribunal de la chrétienté. Quant aux prélats inférieurs, quant aux prêtres et autres clercs, les juridictions ne man- quaient pas chez eux pour juger leurs procès. Cependant, même dans cet ordre de faits, il est à croire que les archives du Saint-Siège, si nous en avions autre chose que de très minces débris, nous fourniraient beaucoup de renseignements intéressants. Au temps de saint Grégoire, deux prêtres du patriarcat de Constantinople, Jean de Chalcédoine et Athanase d'Isaura, condamnés pour hérésie par les juges du patriarche, appelèrent a Rome et obtinrent une sentence d’absolution$, J'ai publié, il y a quelques années, un fragment inédit du grand concile de 394, tenu près de Chalcédoine sous la présidence de Nectaire de Constantinople et de Théophile d'Alexandrie. Cette assemblée eut à s'occuper d'un conflit entre deux évèques, Badagios et Agapios, qui se disputaient le siège métropolitain de Bostra. Ceci, on le savait déjà ; mais ce qu'on ne savait pas, c'est que le concile avait été saisi par le pape Sirice, devant lequel l'affaire fut portée d'abord par les deux parties. C'est tout à fait la marche indiquée par le tinquième canon du concile de Sardique. Un recours contre une sentence conciliaire peut étre porté à Rome; le pape juge s’il y a, oui ou non, lieu à un procès en revision. Au cas où il accorde la revision, ce n’est pas devant lui qu'elle a lieu, mais devant un tribunal conciliaire voisin des premiers juges. Le concile de Sardique n'avait été admis que par une fraction de l'Église grecque, par l'épiscopat égyptien. Il entra plus tard dans les col- lections canoniques byzentines; mais il ne faut pas croire que toutes les bis conciliaires insérées dans un recueil de droit ecclésiastique aient force de loi pour les pays où ces recueils circulent. I} est donc prudent de con- sidérer les faits que j'ai cités comme des exceptions. Au moyen âge, quand on s'occupait de l'union des Eglises, une des choses qui effrayaient

assez de mépris pour ces documents; maintenant, on les voit patronnés mème par des évêques. À Constantinople, pas plus que chez nous, les pièces apocryphes ne deviennent authentiques ea vieillissant; mais le niveau de l'éducation baisse Parfois chez leurs lecteurs ; elles font alors plus de victimes, et de plus consi- dérables. ! La lettre de Théodoret était connue depuis longtemps; celles de Flavien et d'Eusébe ont été publiées récemment, d'abord par M. Ameili, puis par Momre- sen, Neus Arch., t. XI (1886), p. 362. .

le plus le clergé byzantin, c'était l'appel au pape. Je ne suis pas chargé de formuler ici les conditions qui seraient faites si de nouvelles négociations venaient à s'engager; mais je crois qu’en limitant l'appel à des cas très rares, tout à fait exceptionnels, on se rapprocherait beaucoup de l'état de fait antérieur aux grandes brouilles du 1x* siècle et du xt°. . Outre le sentiment de lunité chrétienne et de la primauté de l’Église, il faut signaler aussi, parmi les influences favorables à la paix, la vénération que Rome inspirait en Orient comme dans tous les pays chrètiens. Le pèlerinage d'Orient à Rome, sans être aussi fréquenté que celui des lieux saints de Palestine, attirait cependant beaucoup de visiteurs. Depuis le milieu du vis siècle, il se forina autour du Palatin toute une colonie grecque, composée de familles sédentaires, attirées par le commerce et par les emplois de l'administration. Les quartiers qu'elle habitait sem- blaient comme un fragment de Constantinople transporté sur les hords du Tibre. On x vénérait les saints byzantins : sainte Anastasie, saint Georges, saint Théodore, saints Serge et Bacchus, saint Hadrien, saint Boniface, saint Sabas. La confrérie militaire de la région (Schola Græcorum) avait sa chapelle, sous le vocable de Sainte-Marie in Cosmidin. Dans ces églises, la liturgie se célébrait, au moins partiellement, en grec. Il fallut méme que, daas les cérémonies communes, où toute l'Église romaine était convo- -quée, où le pape oiliciait, on fit une place au grec à côté du latin. Ces Grecs de Rome formaient un lien des plus utiles entre le monde by- zantin et l'Italie; grâce à eux et à leurs relations, le voyage d'Orient à Rome devenait très facile. Le pélerinage s’en ressentit. Mais c'est surtout par les monastères que s'opéraïent les rapprochements sur le terrain religieux. Les monastères grecs abondaient à Rome. L'attrac- tion des sanctuaires romains et de la colonie byzantine, l'invasion des pro- vinces orientales par les Arabes musulmans, les persécutions exercées au vue siëcle par les princes monothélites, au vire et au 1X° par les gouver- uements iconoclastes, déterminérent une série d'exodes et de fondations qui tinirent par constituer à Rome un personnel monacal grec fort considérable, influent même, avec lequel on pouvait être obligé de compter. Plusieurs de ces moines étaient fort instruits : ce n’était pas une des moindres res- sources intellectuelles du pontificat. Rome et Constantinople vivaient ainsi dans la mème enceinte, en rela- tions quotidiennes, sans querelles aucunes, échangeant de bons procédés, prouvant la possibilité de l'entente, comme on prouve en marchant celle du mouvement, Les moines de Saint-Erasme et de Saint-Sabas ne portaient pas des barbes moins longues que leurs confrères d'Antioche ou de Bithy- nie; ils célébraiont leurs offices, leur liturgie, dans la langue et suivant le ritucl de leur pays; ils savaient bien comment en Occcident on administrait le baptème, comment on y parlait du Saint-Esprit et du purgatoire. C'est mème pour eux que l'un d’entre eux, devenu pape, car ils arrivaient à tout, le pape Zacharie, traduisit les Dialogues de saint Grégoire, où le purga- toire tient quelque place. Est-ce qu'ils criaient à l'hérésie? Est-ce qu'ils se séparaient de la communion du elergé et des fidèles de Rome ? À Constantinople, au contraire, on ne signale pas de communautés latines. Les Italiens, les Africains et autres Occidentaux qui séjournaient dans la capitale byzantine n'avaient, que nous sachions, ni organisation corporative ni églises spéciales. La chapelle intérieure du palais Placidien, résidence officielle des nonces, était la seule où se célébrât la liturgie romaine,

                                                       (4 suivre)

que du es

                  DOCUMENTS


CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ


                      HODIERNÆ        GRAVISSIMÆ

                                     DE



           SACRAMENTO                     EUCHARISTIÆ

                                 LIBER       II

ax QUO DE COMMUNIONE SUB UNA VEL UTRAQUE SPECIE, DE VENERATIONE EUCHARISTIÆ, ATQUE ALILS NONNULLIS DOGMATIBUS CONTROVERSIS,

                              PAUCIS AGITUR




                                  CAP. I

Quibus verbis fiat Consecratio Eucharistie, el simul de ejusdem reserva- tione et veneratione.

                                   (Suite)
  1. Cassander : ! De Adoratione Eucharistiæ ita ex Veterum mente slalendum puto. Cum in hoc Sacramento Christus, Deus et homo, et corpore et sanguine suo præsentem se exhibeat, consequens est, ut in hoc quoque mysterio adoretur, quæ adoratio non ad ipsum sigaum quod exteriüs videtur, sed ad ipsam rem et veritatem quæ interiùs creditur, referenda sit, quamvis et ipsi signo, cujus jam virtus intel- ligitur, tanquam religioso et sacro, sua veneratio debeatur. ” Hanc verissimam suam sententiam confirmat testimoniis Patrum, Ambro- si* Augustini hunc imitati,® Chrysostomi, * Theodoreti : 5 ‘* Intelli- gutur, ” inquit Theodoretus, ‘‘ mystica symbola ea esse quæ facta sunt, et creduntur et adorantur, tanquam es existentia, quæ credun- ur.” Hæc Cassander in Articulo de Adoratione Eucharistiæ. Archiepiscopus Spalatensis : * ( Respondeo, ” inquit, ‘‘ me nul-

‘ln Consult. p. 9841. *U de Sp. S. [8 79, 80]. 3 Ps, 98 (9 9] et Epist. 420 [8 66, 67]. ‘nlad Cor, e. 40 H. 24 [8 8]. Dial 2N, LV, p. 428]. SVIL de Rep. Ece. €. 11, n.1.

 REVUE AMGLO-ROMAINE, — T, I.       — 6.

82 REVUE ANGLO-ROMAINE

lum idololatricum crimen in adoratione Eucharistiæ, si recté diriga- tur intentio, agnoscerc. Qui enim docent, panem non esse amplius panem, sed corpus Christi, illi profecto panem non adorant, sed so- lum, ex suppositione, licèt falsä, Christi corpus verè adorabile ado- rant. Nam neque nostri dicunt, species panis et vini, hoc est, acci- dentia illa, esse adoranda, sed dicunt, corpus Christi verum et 'reale, quod sub illis speciebus latet, debere adorari. Etin hoc nulla est ido- lolatria; docti enim nihil aliud nisi Christi corpus, ex suppositione, ut dixi, adorant Quëd si scirent sub speciebus illis panis et vini, aut sub pane et vino, non latere verum Clhristi corpus, certè nullam illis exhiberent adorationem; tota ergo mens adorantium ad solum Christi corpusvivumimmediatè, etnon ad aliquid aliud dirigitur.” Hæc ille, qui tamen ‘ parum sibi constans affirmat, ‘‘ doctos etiam plu- rimos nedum rudem plebem, adorare id quod vident, id est, panem, seu si vis, species panis : quibus nostri dicunt Christum ipsum quasi vestibus tegi et abscondi, &c. ” Sententia enim ista plurimis Doctori- bus Romanensibus displicet: neque audet Bellarminus ipse, quem ibi impugnat, eam apertè defendere, sed conatur elabi substili, imè fu- tili, distinctione, quam ipsemet cum paucis aliis quantumvis doctis, nedum populus imperitus, non intelligunt. Vide authorem. 42. Joh. Barnesius : * ‘ Corpus Christi est ibi cum pane, vel per- manente vel transeunte, uno vel alio modo, ac per consequens non est idololatria adorare Christum ibi in Eucharistià realiter exis- tentem. ” 43. Erasmus : 3% ‘‘ Si in Eucharistià totus est Christus, cur non est adorandus?.. Nullus est tam stolidus, ut humanam Christi naturam adoret pro divinà, aut ut panem et vinum adoret pro Christo.. Nul- lum est Sacramentum tam humiile, cui non assistamus nudis capi- tibus, cùm administratur; velutin baptismo, iin confirmatione puero- rum : quid sentiuntigitur, qui putant idololatriam esse si huic sacra- mento caput aperiant, etiamsi Christi corpus et sanguis tantüm jbi sint in sacro signo? &c. ” 44. Græci Venetiis viventes: * ‘‘ Huicactioni, quum adsunt laici, ad terram usque coram Eucharistià religiosà cum reverentià procidunt, ” Reliqui etiam Græci omnes adorant Christum in Eucharistiâ; et quis ausit, omnes hos Christianos idololatriæ arcessere et damnare? 45. Author Diallactici Eucharistiæ : 5 ‘ Veteres quum de sacramen- tis loquebantur, variis vocibus usi sunt, honorandi, venerandi; ado- randi; quibus tamien aut alium quendam honorem et reverentiam sacris rebus convenientem significare voluerant, quàäm illam adora- tionem quæ præcipitur à Deo, quum ait, ‘ Dominum Deum tuum ado- rabis, et illum scolum coles : ” ut dupiex adoratio esse definiatur; altera, quà Deum ipsum prosequimur; altera, quâ præscripta signa 1! In ejusd. libri c. 42 n. 44.

Libro sæpe citato ubi supra [p. 94].

3 De Amab. Eccl. Concord. [t V, p. 423]. {In Respons. ad Quæst, 6 Cardin. Guisaui {p. 2011. 8 PB, 76 b. LIB. I DE EUCHARISTIA 83

et mysteria divina; juxta illud,' ‘ Adorate scabellum pedum ejus ” quod plerique de arcà fœderis intelligunt, alii de humanitate Christi inlerpretantur: aut si eandem utrobique adorationem esse censent, poterimus dicere adorandam carnem Christi, quamvis creatura sit, propter conjunctam divinitatem, adorandam arcam fœderis propter divioæ majestatis præsentiam quam Deus ipse pollicitus est affutu- ram. Ad quem modum etiam Eucharistiam possumus adorare, prop- ter ineffabilem et invisibilem, ut ait Augustinus, Christi gratiam con- junclam, non venerantes id quod videtur et transit, sed id quod cre- ditur et intelligitur. ” Hæc ille. | Atque hæc de adoratione dicta sint. 16. Consuetudinem verd qu& panis Eucharistiæ in publicà pompä conspicuus circumfertur, ac passim omnium hominum oculis inge- ritur, ” rectè affirmat Cassander, * ‘‘ præter Veterum morem et men- tem, haud ite longo tempore inductam et receptam esse. Veteres enim hoc mysterium in tantà religione, ” inquit, ‘ et veneratione habuerunt, ut non modo ad ejus perceptionem, sed ne inspectionem quidem admitierent, nisi fideles, &c. ” et : ? ‘ Quare videtur hic cir- cumgestationis usus, citra grave Ecclesiæ damnum, im, cum ipsius luero (si modo id prudenter fiat) omitti posse, cùm et recens sit, et diu sine eà circumgestatione, Sacramento suus honos constiterit, et bodie constare possit. Deinde cùm hodie plerumque non devotioni popali, sed pompæ magis et ostentationi serviat, etc. ” Vide Autho- rem ipsum. 17. Erasmus : ‘‘‘ Christus in eo sacramento est, sub ratione cibi ac potüs, ut summä cum animi puritate sumatur, non ut ostentetur, aut in ludis publicisque pompis circumferatur, aut in equo cireum arva vehatur. Id nequaquam est veteris exempli, sed in hoc multitu- dinis affectui plus satis indultum est, etc.” Consule Authorem. 148. Regina Galliæ anno 4564, referente Thuano, * ‘ ex Joannis Monlucii Valentini episcopi, * viri longè doctissimi, ‘ ut creditur, con- silio, prolixas ad pontificem dedit literas, quibus ’ inter alia ‘ sacræ communionis usum integrum, hoc est, sub uirâque specie, sine per- sonarum distinctione restitui debere, ’ ostendit; ‘ nec Constantiensis Concilii, quod Dei mandato præponderare minimè debeat, authori- tatem quo minus id fiat, obesse posse : ... recens etiam et nuper ioventum Dominici Corporis festum, quod multarum offensionum causam præbeat et minimè necessarium sit, abolendum esse, nam mysterium illud ad adorationem et spiritualem cultum, non ad pom- pam et spectacula institutum esse, &c. ” 49. Urbanun quartuni instituisse primüm festum Corporis Domini et solennem illam processionem, ’ Bellarminus* ipse negare non 1 Ps. 99, 5. ? Ubi supra {p. 984}. 3 Paulo post. Ubi supra Îp. 423]. #28 Hist. ft. [1] p. 39.

VI de Euch. c. 30 $ Respondeo : Honorius.

g4 REVUE ANGLO-ROMAINE potest; sed quod contendit, ‘ eam institutionem nullo modo repre- hendi’ posse, quinimo ‘‘ optimas fuisse rationes ejus festi introdu- cendi, ” quàm id verum sit, ex prædictis judicet lector æquus. ‘ Certé circumgestare hoc vestrum, ”’ ut ait Episcopus Eliensis, * ‘* præcepto Christi contrarium est, nec ei usquam Scriptura favet. Contrarium etinstituto. Institutum enim tum sacrificii, ut absumi ;tum Sacramenti ut accipi, manducari, non recondi et circumferri, &c. ” Sed de his hæc sufficiant. Reliqua controversa de Eucharistiä in librum sequentem rejicimus, ne hic ultra modum excreseat.

                               Sozr DEo GLonta




 CONSIDERATIO ÆQUA                ET       PACIFICA       CONTROVERSIÆ

                       HODIERNÆ           GRAVISSIMÆ

                                          DE



               SACRAMENTO                      EUCHARISTIÆ


                                 LIBER Ili

                  DE   SACRIFICIO     MISSÆ      ET   ANNEXIS



                                   CAP. I.

            An in Missa verum sacrificium Deo offeratur.
  1. Quod ad nomen Missæ attinet, ‘* Hebraicum vel Chaldaicum esse, putidissimum commentum est, ” inquit, post alios plurimos doctissimos viros, inprimis autem Picherellum presbyterum, ? Is, Casaubonus. * Hanc sententiam Bellarminus etiam et alii docti Roms- nenses exploserunt dudum, ut qui diversum sentiunt, planè ridiculi sint, et neque Hebraicas neque Chaldaicas literas se intelligere, mani- festè ostendant.
  2. Vocabulum certè Latinum est, et ‘ inventum circa finem, ut videtur, tertii sæculi vel paulo antè. Nam si vera est Epistola Cornelii Papæ ad Lupicinum Viennensem, circa annum Domini 250, notum jam erat istud vocabulum; ” ut rectè ait Casaubonus. * Neque à Missæ nomine abhorrent Protestantes æquiores, ut ex Confessione Augus-

1 In Resp. ad Card, Bell. Apol. c. 8.

In locum Matth. de S. Cœnæ Institutione ip. 68} et Dissert. de Missa cap. 1

{p. 87]. 3 Exercit. 16, p. 882 et seq. 4 Ubi supra [p. 584}. ‘ L1B. H1 DE EUCHARISTIA 88

hnë, et Rituali Anglicanæ Ecclesiæ, in quo legere est nomina illa (Cinslnas et Michaslmas) Missa Christi, et Missa Michaelis, evidenter patel. 3 Neque etiam à nomine oblationis, sacrificii et immolationis abhorrent. Œcolampadius : ! ‘ Quid mali est cum majoribus nostris tam Orientalibus quäm Occidentalibus, recordationem tanti sacrificiü, immolationem vocare ? modo absint perniciosæ opiniones aliæ. Natus estsemel Christus, mortuus est semel, resurrexit semel; et egregii concionatores declamare solent in Genethliis; Christus hascitur, glo- rificate : Christus à cœlis, occurrite : Christus super terram, exalte- mini. Et pietas piè dictum, piè intelligit, &e. ” Episcopus Eliensis : ? ‘* Vos tollite de Missà transsubstantiationem vestram; nec diu nobiscum lis erit de sacrificio. Memoriam ibi fieri &erificii, damus non inviti; sacrificari ibi Christum de pane factum, aunquam daturi. Sacrificii vocem scit Rex Magnæ Britanniæ Patribus usurpatam, nec ponit inter res novas, at vestri in Missä sacrificii, et saudet et ponit, &c. ” et paulo post: ‘‘ Nec à woce vel sacrificii, vel oblationis abhorremus. ” Legantur etiam quæ habet in concione Anglicanà de Imaginationibus, * ubi Patres affirmat usos non minus verbo Sacrificii quäm Sacramenti: Alteris quäm Mensæ; offerendi, quam manducandi, sed utrisque promiscuè, ut ostendant utrumque ibi peragi. Videatur etiam Casaubonis * de Sacrificio in Ecclesiä Christian, et idem Eliensis jam nominatus, concione 717, de Resurrectione, ÿ aliique complures. 4. Panem et vinum aliquo modo in Missä Deo offerri, Sacra Scrip- lura clarè et disertè non docet. Ex loco famoso : f‘ Melchisedecus Rex Salem * protulit, ” vel ut alii vertunt, ‘ obtulit ’ ‘ panem et vinum, et eral” (alii, ‘ erat enim ‘}‘ Sacerdos Dei altissimi; et benedixit ei, &c.’ evinci necessario non posse, ingenuè fatetur Cardinalis Cajetanus ipse, ‘ non posse, inquam, necessario evinci, quod Melchisedec obtu- lerit panem et vinum Deo; ac proinde argumentum quod petitur à sacerdolio Melchisedeci, utut figura fuerit Christi illiusque sacerdotii, ad probandum quod Christus in ultimà Cœn4 panem et vinum Deo obtulerit, non satis habere roboris :‘* Nihil, ” inquit, hîc scribitur de sacrificio seu oblatione, sed de prolatione seu extractione, quam Josephus dicit factam ad reficiendum victores. ” (onsentiunt Pagni- ous et Vatablus, * et omnium fusissimè P. Picherellus ‘°.

ln epistola ad Hedionem, Épist. lib. 1.

s P pp. ad Epist. Cardin. Perronii, p. 52. C. 14 Gen. [v. 18]. T Hotsi, fr el

Dissert, de Missa, c. 2, p. 146 et seq. et in Appendice de Missa c. Maldonatum,

BP. 393 et seq. 86 REVUE ANGLO-ROMAINE Sed Patres magno consensu, qui non est spernendus, affirmant, Melchisedec panem et vinum non tantüm protulisse et exhibuisse Abrahamo ad alendum exercitum, sed Deo primüm quem præclaris- simæ victoriæ auctorem agnoscebut, usitato modo, obtulisse et libâsse, ac proinde et Christum, cujus ille figura fuit, institutione Eucharistiæ, ut sacerdotem idem egisse. Testimonia Patrum, cùm Græ&corum tum Latinorum, magno studio colligit post alios Roma- nenses Bellarminus. ! Idcirco illis recensendis nos supersedebimus.

5. Unde inter Protestantes Andr. Chrastovius Polonus* de sacrificio

Melchisedechiano disserens, ? inquit; ‘* Etsi autem utraque pars non -nititur expressè Scripturæ testimonio, dum hæe ait, panem oblatum fuisse ad sacrificandum; illa vero, non ad sacrificandum, sed mili- tibus ad reficiendas corporis vires : tamen propior est illorum sen- tentia veritati, qui unius convivii putant fuisse duas actiones. Htc enim regale sacerdotium ostenditur, non ex militum sustentatione vitæ; sed ex sufficienti hostiarum oblatione et Abrahæ benedic- tione, &c. ” et: +‘ Consensum porro et interpretationis harmoniam, christianis pastoribus abjicere non licet; idque cum propter Apos- tolici sæculi vicinitatem, tum propter singularem omnium concordiam, quæ in omnibus locis habetur. Cujusmodi consensum neque sanc- torum invocatio, neque Purgatorii ignea lotio habere possunt : quia in his et aliis controversiis apud Patres diversa invenitur locorum Scripturæ interpretalio; hic autem omnium veluti conspiratione, oblatio Melchisedeci sacra proponitur; ut non tantüm Abrahæ mili- tibusque, sed etiam Deo incruentum sacrificium symbolicè oblatum videatur. Quod si nonnulli Doctores Melchisedecum panem et vinum Abrahæ dedisse asserunt, primariam tamen illam oblationem quæ fit Deo, non negant : sedin consequenti antecedens ponunt : ” quod confirmat testimoniis Chrysostomi * et Augustini : $ et? adducit tes- timonia Patrum qui loquuntur de oblatione Melchisedeci et imple- tione ejusdem figuræ in Eucharistià per Christum. Et ad præci- puam Protestantium objectionem respondens, ait : ‘* Apostolus minima quæcunque excutiens, omiserat factam à Melchisedecho panis et vini oblationem, non propter auditorum tarditatem et indigni- tatem, sed propter historiæ notitiam, et rei propositæ excellentiam. Non, inquam, propter indignitaiem; quia erant fideles. Non propter tarditatem; quia illis altissima de Filii Dei generatione et humani generis redemptione mysteria sunt ab eo exposita. Et quamvis Apos- tolus dicat, * ‘ De quo grandis est nobis sermo et ininterpretabilis ad dicendum : quoniam imbecilles facti estis ad audiendum ; ’ tamen hæc

14 De Missa, c. 6. 24 De Opificio Missæ c. Bell. c. 4. 3 Thesi 65 [p. 28]. 4 Thesi 66. 5 Hom. 33 in Gen. et Hom. 36. 6 Advers. Leg. et Proph, c. 20 [$ 39]. 7 Thesi 68. 8 Thesi 72 [p. 34]. 9 C. 5 [v. dif. LIB. II DE EUCHARISTIA 87

redargutio dispositionem magis, quäm perfectum habitum sonati. Ait‘ enim, se de iis meliora sperare. Notitiæ igitur causä omisit pro- lationem panis et vini, quæ piis atque bonis ultro involat, quoties de sacrificio Crucis ex collatione Melchisedechianä loquitur. Dum ergo vocat Apostolus, ‘ Sermonem ininterpretabilem, * de toto, non de parte istius dogmatis accipiendum est : Neque tantùm de omissà oblatione panis à Melchisedecho factà; sed etiam de explicato, et scriptis commemorato Dei mysterio intelligi debet: quandoquidem hoc textus ipse requirit, &. ” et * contra Bellarminum disserens inquit : ‘‘ Benedicere, decimas accipere, oleo insensibili ungi, nul- lique succedere, et esse sine genealogià, possunt esse in Scripturis, multis communia. Nam et Adam et Abel nemini successerant: et Heliæ genealogia non describitur: et Levitæ populo benedicebant. En tibi concedo, Bellarmine, panis et vini oblationem sic pertinere ad sacerdotium Melchisedechi, cùm sit proprius ejus actus, ut ne Aaro- nico quidem competat. Nam ibi sacrificium panis et vini erat ut pars quæedam, et quasi condimentum alterius sacrificii, nec simul panem solum cum vino Deo offerebant. Quid hinc statuis? Realem Christi sblationem ? At hæc illatio non ad sacramentalem, sed ad personalem veritatem pertinet, &c. ” Et: * ‘ Poteril autem quispian dicere; nos invicem pugnare, aliorumque rationes, alios expugnare. Sed qui- eunque principalem controversiæ statum intuebitur, optimè videbit, nos mutuo nobismetipsis inservire. Quas enim affert vel Calvinus, vel Chemnicius rationes, non panis et vini benedictionem, sed realem corporis et sanguinis Christi sub speciebus panis et vini oblationem expugnant. Nam et Judaicarum figurarum explicatio et methodus illascribendi ad Hebræos commemorationem Christisymbolicam non extinguunt : sed oblationem corporis incorporei ac invisibilis Papis- titam: quandoquidem ibi Apostolus confert legales umbras cum sacrificio principali, non cum sacrificio minus principali. ” Et : ‘ (‘Ex viigitur historiæ præfgurantis hoc mysterium, atque etiam consensu Patrum orthodoxo adhibito, nequerefutationem nostræ partis, neque argumentorum Jesuiticæ familiæ constitutionem pertimescimus : sed ia Domino Deo confidenter dicimus, Melchisedechi oblationem lypicam non admittere invisibilis Christi immolationem. ” Hæc °mnia ile, quæ ideo adscripsi, quia nemo Protestantiunr hanc rem fusiüs pertractat. Quare totum istud caput diligenter legatur.

  1. Franc. Masonus Anglus ‘ Sacrificâsse Melchisedechum, multæ râtiones Patribus suadere poterant. 1. Melchisedechi, addo etiam et Abrahami, pietas et religio. 2. Munus sacerdotale. 3. Mos antiquo- rm, quibus, post partam victoriam, sacrificare erat in usu positum. Denique, ne convivia quidem egregia sine sacrificio iniri solebant. Quare si hæc opinio proponatur tantèm ut conjectura humana, hunc LC. 6, v. 9. 2 Thesi 74 p. 33], V'Thesi 73 {p. 33], à* Thesi84 [p. 36]. Vindiciæ Ecel. Angl. de Ministerio Anglicano, lib. 5, c. 3, p. 573. 88 REVUE ANGLO-ROMAINE

honorem Patribus delatum esse volumus, ut eandem, tanquam non improbabilem, ampleclamur : veràm, si obtrudatur ut dogma Theo- logicum necesserio credendum penitüs repudiamus, quia fundatur in humanis duntaxet conjecturis, non in divinis Scripturis. ” 7. Th. Mortonus, Anglus et Episcopus :‘ ‘ Quia quæstio de prola- tionie panis et vini Abrahamo, &c. 8 Melchisedecho facté, quo scili- cet fine, an ut Deo sacrificaret, an (ut multi existimärunt) tautùm ad reficiendos Abrahæ milites, id egerit; Patrum judicio, itlorum scili- cet qui sacrificium id appellarunt, exploranda venit; hoc supponimus cum Bellarmino,* quod panis et vinum prolata, Deo fuerint per Mel- chisedechum oblata, et non tantüm Abrahamo, &c. exhibita. ” Cautè sanè, neque enim illum latere potuit, ‘‘ nisi volentem et ultro, ”* quæ esset Patrum super hac re sententia. 8. ‘ Litem de æternitate sacerdotii * Christi secundüm ordinem Melchisedec, rectè ait Chrastovius,* ‘ legem subalternorum tollere posse. Si enim ea quæ subalterna sunt non pugnant, neque æternitas Chemniciana, neque æternîtas Bellarminiana inter se pugnabunt. Chemnicius enim æternitatem considerat ratione causæ eteffectûs sa- crificii Crucis. Bellarminus autem ratione dispositionis mysteriorum Dei et applicationis. Quare frustra expugnare nititur ” Bellarminus ‘ rationes Chemnicii, cùm sint fundatæ in petré verbi Dei : et Chem- nicius non est adeo demens, ut nesciat quid sit quod Paulusait : ‘ Mor- tem Domini annunciabitis, donec veniat. ® Æternitatem infinitam opti- mè Chemnicius in sacrificio crucis ostendit. Finitam Bellarminus in sacramentali oblatione non invenustè inquirit, si modorectèintelligit: Nam et antiqui Scripturæ interpretes oraculum hoc, ‘ Juravit Domi- nus, &c. Tu es sacerdos in æternum, secundüm ordinem Melchisedec, ** ad formam exterioris sacrificti applicant. ” quod probat testimonio Augustini' et Anselmi :* ‘ ‘ Tu es sacerdos, ‘ inquit, ‘ id est; sacra dans per te et per tuos; ‘ In æternum, ” id est, quamdiu durabit hoc sæculum : quia non transibit sacerdotium Christi ut aliud succedat, sicut transivit Leviticum. * Quin ipse Paulus dicens, ‘ Mortem Domini annunciabilis, donec veniat, ‘an nonapertè indicat, finitam æterni- tatem dispensationis mysteriorum Dei?” Hæc ille. Disputat quidem Gabr. Vasquez contra sententiam Bellarmini alio- rumque, * ubi dicit, ‘ se non posse satis mirari Theologos sui tem- poris doctissimos, qui censent, ex vilâ æterné et perpetuk ipsius Christi sub unione hypostaticä non rectè colligi perpetuitatem sacer- dotii ejus, &c. ” Sed quam solida sit illius refutatio judicet lector æquus et harum rerum intelligens.

! De Eucharistia Lib. 8, c. 3,8 1. % Ide Missa, c. 6. 3 Bishop Andrews. 4 Ubi supra; thesi 89 [p. 36.]

J'ad Cor, e. 44, v. 26.

6 Ps, 109. 4. 7 Ie. Adv. Lee, et Proph., c. 20. 8 In c. 5, ad Heb. 8 Ja 3tiam partem Thomæ disp. 85. c. 3 [n. 24.] LIB, HI DE EUCHARISTIA 89

  1. Sed ut, dimisso sacrificio Melchisedechiano, ad propositum redeamus, dicimus, licèt ex Scripturâ clarè et dilucidè evinci non possit, panem et vinum in Missà offerri, Patres tamen passim hoc docere, ut constat ex Irenæo,! ex variis Cypriani locis, ex Fulgentio,* alïisque ferè innumeris. In Liturgié etiam Latinæ Ecclesiæ, cûm ante consecrationem dicunt, ‘ Suscipe, sancte Pater, hanc immaculatam hostiam; ” certè pronomen. Hanc demonstrare ad sensum id, quod tune manibus tenent : id autem panis est, ut fatentur ipsimet Roms- nenses. Et similes sunt in Liturgiä non paucæ sententiæ, quæ panem offerri clarissimè demonstrant. Eodem modo intelligunt pleraque Canonis verba eliam doctissimi Protestantes. Sed in re elaré et cert4 non est necesse diutius immorari. ‘ Panis Eucharisticus Deo conse- cratur, quia de profano seu non sacro sacer fit : Deo etiam speciali- ter dedicatur, ut constat ex rebus factis et verbis dictis circa ipsum : ideo negari non potest, quin Deo specialiter offeratur : illi etiam oblato advenit benedictio, advenit comestio : imo ad hoc offertur ac benedicitur, ut comedatur. Fit igitur ibi quodammodo sacrificium panis, qui offertur Deo, et circa quem ex Christi instituto tot mystica verba dicuntur, el ritus sacri peraguntur; ” ut rectè Casalius.”

  2. Dicunt etiam sæpissimè S. Patres, in Eucharistiâ offerri et sacrificari ipsum Christi corpus, ut ex innumeris penè locis constat, sed non propriè et realiter omnibus sacrificii proprietatibus serva- tis; sed per commemorationem et repræsentationem ejus, quod semel in unico illo sacrificio crucis, quo alia omnia sacrificia con- semmavit Christus summus Sacerdos noster, est peractum, et per piam supplicationem, quà Ecclesiæ ministri propter unici illius sacri- fieii perpetuam victimam, in cœlis ad dexteram Patris asisstentem, et in sacrâ mensà modo ineffabili præsentem, Deum Patrem humil- limè rogant, ut virtutem et gratiam hujus perennis victimæ, Ecclesiæ suæ, ad omnes corporis et animæ necessitates efficacem esse et salu- tarem esse velit.

  3. Disertissimè enim affirmat Apostolus,‘ esse tantim unicam oblationem Christi, quâ ‘ consummawvit in sempiternum sanctifica- tos : ® adeo ut ‘ non sit amplius oblatio pro peccato. ” Similiter Patres docent : Chrysostomus, quo crebriùs nemo hujus sacrificii meminit,7 postquam quod in Ecclesié peragitur, sacrificium, Gvoiav, nominâsset continuo subjungit, sive explicationis, sive etiam correc- tionis loco, paAkbv 8E ävéuvratr Guaiec. Ambrosius : Eusebius °: Cyprianus : ° ‘‘ Passio est enim Domini sacrificium quod offerimus. ”

1 Lib. 4, c. 32.

Theodoretus :* Theophylactus :? Augustinus : * Author libri 8d Petrum Diaconum de fide, * aliique quamplurimi, quorum testi- monia summä diligentia colligerunt alii viri doctissimi, quos consule sis, præsertim Patres ipsos. 42. Quotquot autem Romanenses defendunt, in Miss verè et pro- priè corpus Christi sacrificari, mirum quàm ipsis aqua hæreat, et inter se pugnantibus sententiis concertent. Novem * opiniones ‘super eë re affert episcopus Antuerpiensis Malderusf, quas omnes refellere nititur, ne Bellarmini quidem sententiâ exceptä, quam sexto ponit loco. Ipsius etiam Maideri sententia nihilo aliorum sententiis melior est. In omni certè vero et propriè sic dicto sacrificio, necesse est ut vic- tima destructivà quadam mutatione consumatur, ut ipsi(Romanenses) communiter fatentur. At in Missâ corpus Christi neque destruilur neque mutatur, ut constat. Nam quod ait Bellarmious, ? cum aliis multis; corpus Christi nullam in se læsionem pati, neque esse suum naturale amittere, cm manducatur in Eucharislià : amittere tamen esse sacramentiale, et proinde desinere realiter esse in altari : desi- nere esse cibum sensibilem; ’ ridiculum est et ineptum subterfugium : nam si corpus Christi verè destruitur destructione (ut ille ait) sacra- mentali (licèt non naturali, quisa jam est impatibile) quia per destruc- tionem specierum cessat esse ubi fuerat, pariter eliam Deus ipse immutari et destrui dicendus esset; cùm desinit esse ubi fuerat, per destructionem rei in quâ erat, aut ejusdem annihilationem. Responsio à Vasquez recens excogilata, ‘‘ Sacrificium aliquod esse absolutum, aliquod autem esse relativum seu commemorativum, in quo quamvis non fiat immutatio rei, quæ hoc modo offertur, repe- ritur tamen vera significatio et nota divinæ omnipotentiæ, sicut in sacrificio absoluto : ”® videtur ad veritatem propius accedere, non tamen satis solide est. ‘ Nam posito, de quo tamen maximè quæritur, Christum contineri sub speciebus, nunquam vel suis persuadebit, rem illam, quæ nullo modo in se immutatur, etsi præsens sit, verè et propriè in sacrificium offerri ob representationem aliquam mortis præteritæ ejusdem illius rei. Neque etiam per Christi vivi et gloriosi præsentiam in Eucharistià video, quomodo significetur, ‘ Deum esse authorem vitæ et mortis, ‘ quê in re essentiam sacrificii constituit, aliis omnibus antea incognitam, "” ut rectè Andr. Rivetus. ® Vide Vesquez. 1°

1 Inc. 8, ad Heb.

  1. Longè modestins et veriùs veteres Romanenses super hac re quèm recentiores multi senserunt. Lombardus :‘ ‘ Quæritur, ” inquit, % si quod gerit sacerdos, pro- priè dicatur sacrificium, vel immolatio? et si quotidie Christus immoletur, vel semel tantüm immolatus sit? Ad hoc breviter dici potest, illud quod offertur et consecratur à Sacerdote vocari sacrifi- eium et oblationem, quia memoria est et repræsentatio veri sacrificii et sanctæ immolationis faetæ in arà crucis. Et semel Christus mor- tuus in cruce est, ibique immolatus est in semetipso : quotidie autem immolatur in sacramento, quia in sacramento recordatio fit illius, quod factum est semel. Bellarminus ineptè respondit,* ‘ Lombardum hoe loco accipere nomen sacrificii et immolationis pro occisione, &c. An autem sit quod Sacerdos, gerit, sacrificium propriè dictum, Lombardum non quærere, sed præsupponere, ut omnibus notum ‘est. ‘ Duas enim Lombardi quæstiones et solutiones pro unicà ponit. Neque enim ille quærit : ‘ An quod gerit Sacerdos, sit dicenda Christi occisio : * ” efas enim est hoc asserere; ‘‘ sed primo interrogat : ‘ An quod gerit Sacerdos propriè dicatur sacrificium, vel immolatio? ” hoc est, An Christus realiter in Cœn4, Deo in sacrificium offeratur; et ad hanc quæstionem respondet, Christum non verè nec propriè, sed commemorativè ac representativè in cœnâ Deo offerri. Secunda autem guæstio est, ‘ An semel tantüm Christus immolatus sit, an vero quo- tidie ” in Eucharislià ‘‘ immoletur ? ” et ad hanc quæstionem Lom- bardus respondet: ‘ Semel in Cruce, quotidie in Sacramento. * In Sacramento autem, ‘ quia ibi recordatio fit illius, quod factum est semel ; ” ” ut rectè Andr. Chrastovius.°

  2. Neque aliter sensit Thomas :4 ‘ Duplici ratione, ” inquit, “ celebratio hujus Sacramenti dicitur immoletio Christi : primo qui- dem, quia sicut dicit Augustinus ad Simplicium : 5 ‘ solent imagines earum rerum nominibus appelleri, quarum imagines sunt. ” &c. Cele- bratio autem hujus Sacrementi imago quædam est repræsentativa passionis Christi, quæ est vera ejus immolatio. Et ideo celebratio hujus sacramenti dicitur Christi immolatio. Unde Ambrosius dicit :‘ ‘In Christo semel oblata est hostia ad salutem sempiternam potens : quid ergo nos, nonne per singulos dies offerimus? sed ad recorda- tionem mortis ejus.” Alio modo quantum ad effectum passionis Christi : quia scilicet per hoc sacramentum participes efficimur fructûs Dominicæ passionis. Unde in quadam Dominicali oratione sacralà dicitur:7 ‘ Quoties hujus hostiæ commemoratio celebratur, opus nostræ redemptionis exercetur. * ”. 5 3

t L. 4, d. 42 [parte 2.] #1 de Missa, c. 45 f$ Porro Longobardus.| $ Ubi supra €. 40 thesi 486 {p. 95.] “In Sum. part. 3, q. 83, art. 1.

Frustrà hic Bellarminus‘ respondet, ‘S. Thomam, utet alios Scho- lasticos, non fuisse sollicitos de eo, quod nunc est in controversià, sed solùm, quâ ratione sacrificium Missæ possit dici Christi immo- latio, id est, occisio, et ideo ferè respondere solere, dici immolatio- nem, quia est repræsentatio immolationis, vel quia habet effectum similem cum ipsä verà et reali Christi occisione. ” Sed si hoc effu- gium obtineat, certè doctrinam Thomæ de re maximi momenti, quar- tumvis doctus et subtilis fuerit, ut et aliorum multorum Scholasti- corum, valdè mancam et diminutam fuisse, necesse est fateatur. Sed nunc vident noctuæ, quod antea aquilæ non viderunt. 43. Lyranus : ? ‘‘ Illud quod emundat peccatum, oportel quod sit cæleste et spirituale : et isiud quod est taie, habet efficaciam perpe- tuam : et per consequens, non est reiterabile. Sic autem est dicen- dum de oblatione Christi in cruce, ratione Deitatis adjunctæ : et ideo non reiteratur, quia semel facta sufficit ad delendum omnia peccata commissa et committenda. Sed ad hoc dices, Sacramentum altaris quotidie offertur in Ecclesiä, &c. Dicendum, quod non est ibi sacri- ficii reiteratio : sed unius sacrificii in cruce oblati quotidiana comme- moratio. Propter hoc dicitur : ‘ Hæc facite in meam commemors- tionem : ” quia idem offertur quod ipse obtulit. ” 46. Erasmus : * ‘ Fateor, missam esse sacrificium, licèt non eodem modo quo Christus verum sacrificium peregit in cruce : totoque pec- tore dissentio.ab his qui contendunt, Missam esse abrogandam. ” et : 5‘ Ac de rationibus quibus Eucharistia dicatur sacrificium, adhuc disputatur inter Theologos; quemadmodum multa disputantur de primatu Pontificis; quod genus, an sit supra Concilium universale, nec ne. ” 47. Concilium Provinciale Coloniense, celebratum anno 4586. ‘ de Adminisiratione Sacramentorum : ” $ ‘* Docendus item est populus, quale sit Missæ sacrificium, nempe repræsentativum. ‘ Semel quidem Christus mortuus est, justus pro injustis, * 7‘ semelin manifestatione sui corporis, in distinctione suorum membrorum omnium, &c. ”’# et tamen quotidie immolalur in sacramento, non quod toties Christus occidatur, sed quod illud unicum sacrificium mysticis ritibus quotidie renovetur, quotidianâque recordatione mortis Domini (qu liberati sumus) in edendo et potando carnem et sanguinem, quæ pro nobis oblata sunt, hoc ipsum repræsentetur, quod olim factum est; facitque oblatio ista sacramentalis moneri nos tanquam videamus præsentem Dominum in cruce, elicientes subinde nobis ex illo fonte inexhausto gratiam salutarem, immolamusque hostiam pro vivis et defunctis, dum proillis Patrem per Filii mortem deprecamur. ”

Ubi supra {$ Porro Longobardus].

? In c. 10 ad Heb. 4 C. 22 Lucsæ fv. 191. 4 In Apolog. advers. Mon. Hisp. tom. operum 9, p. 861. 8 Paulo post. 8 C, 97 (fol. 29a). T I Pet. c. 13. 18.

JV Sent. d. 41 parte 2,

LIB., 1 DE EUCHARISTIA 93

  1. Enchiridion Coloniense de Eucharistià (cujus author fuit I. Gropperus) ‘ ‘ Patres non dubitarunt, hoc Christi corpus in altari, sacrificium et salutarem victimam appellare, non ratione sacrificii quod [est situm in actione sacerdotis, seu missæ communicantium, aut ecclesiæ, sed ratione sacrificii quod] in cruce oblatum est semel. ” et: * (* Quatenus Ecclesia verum corpus et verum sanguinem Christi Deo Patri offert, sacrificium merè repræsentativum est ejus quod in cruce semel est peractum ; ” et : * ‘* Dum non habemus, quod Leo dignum offerre valeamus pro omnibus quæ retribuit nobis, ‘ calicem salutaris accipimus, ” + id est, passionem ejus, repræsentantes Deo Patri opus nostræ redemptionis, utillius sacrificii semel in cruce pro pobis oblati, et nostrà commemoratione refricati, participes facti, maneamus et vivamus in ipso, per ipsum. ‘ Passio enim Domini est, ” ut inquit Cyprianus ad Cæcilium, " sacrificium quod 'offerimus, * id est, quod offerendo repræsentamus, memores illius unici et summi sacrificii, et sanctæ immolationis in cruce faclæ. Immolatur ergo Christus in altari, sed sacramentaliter et mysticè, quia in sacramento recordatio illius ft, quod factum est semel. ” et : $ ‘ Quibus verbis quid aliud ineulcat beatus ille pater ” (Chrysostomus ”) ‘‘ quèm quod ia hoc sacrificio ex parte rei oblatæ sit verum corpus Christi, quum dicat, unum ubique esse Christum, et hic plenum et illic plenum, et utrobique unum corpus. Sed ’quod sd oblationem nostram attinet, eam esse exemplar illius in cruce factæ, hoc est, sacrificium repræ- sentativum. ”
  2. Citatur in eandem sententiam Antididagma Coloniense et Liber à Cæsare propositus ad rationem concordiæ ineundam in contro- versiis religionis # apud Goldastum, * cum aliis quibusdam à Richardo Fieldo. ® Illum adi, quia nos brevitati studemus.
  3. Wicelius in Examine Catechistico, Missam definit, quod sit sacrificium rememorativum, item laudis et gratiarum actionis; "et in Examine Ordinandorum inquit : ‘‘ Missa est recordatio passionis Christi, in publico Christianorum conventu, ubi à multis aguntur gra- tiæ ob pretium redemptionis. ”
  4. Cassander in Consultatione ‘! ‘ De sacrificio corporis et san- guinis Christi: ” ‘* Manifestum est, veterem illam Ecclesiam ita sem- per sensisse; Corpus et sanguinem Christi semel in cruce oblata, ad salutem tlotius mundi victimam esse perpetuam, quæ semel cblata consumi non potest, sed efficax manet ad remissionem quotidiano-

1 Pag. 65 {fol. 104 b]. 2 P. 66 [fol. 105 a) 3 P. 67 (fol. 403 b]. 5 Ps 4146 43. 5 Ep. 63. $ Paulo inferius |fol. 106 a.} Hom. {7 aû heb. 5 Art 49.

rum delictorum; quare et Christus in cœlis, perpetuum habens sacer- dotium, quotidie hanc perennem victimam pro nobis quodammodo offert, quando apud Patrem interpellat pro nobis. Itaque Ecclesiæ ministri, idem illud corpus Christi ex ipsius mandato quotidie offe- runt, per mysticam repræsentationem et commemorationem sacrificit semel peracti, cujus sacrificii perpetuam victimam, in cœlis ad dex- teram Patris assistentem, in sacrà mensâ præsentem habent; per quam Deo Patri supplicant, ut virtutem et gratiam hujus perennis victimæ Ecclesiæ suæ, ad omnes corporis et animæ necessitates eff- cacem et salutarem esse velit, &c. Non igitur hîc novum est sacrifi- cium, nam et eadem hic est hostia, quæ in cruce oblata fuit, et sacri- ficii illius in cruce peracti in mysterio commemoratio, et continuati in cœlis sacerdotii, et sacrificii Christi in imagine repræsentatio. ” Vide eundem ‘ de iteratione oblationis Christi semel factæ in cruce, &c. quod negat, et ex loco Lyrani ? suprà adducto refellit, ‘utpote à quo, ” ut inquit, ‘* pulcherrimè hujus sacrificii ratio expo- site sit. ” et rursum : * ‘* Deinde est sacrificium corporis Christi; in quo primbm consideratur res oblata, hoc est, ipsum corpus Christi, quod unicum est perpetuum et propitiatorium sacrificium; non qui- dem quatenus hic à terreno sacerdote in altari quotidie offertur in mortis commemorationem, sed quatenus à summo et æterno Sacer- dote in arâ crucis semel et oblatum, &c. Deinde sacrificii, et obla- tionis voce intelligitur ipsa actio, seu modus offerendi, qui longè alius est ab eo, qui factus est in ar crucis; quamvis hostia, que offertur, eadem sit; ibi enim oblatum est hoc corporis sacrificium per passionem et mortem, hic per passionis et mortis mysticam recorda- tionem et repræsentationem ; ” et: Cùm Christus sacerdos in æter- oum sit, perpetuum quoque habet sacrificium; nam hostia illa semel in cruce oblata perpetuam habet vim et efficaciam, ad omnia corporis et animi bona conferenda. Itaque à Christo sempiterno sacerdote, pro salute membrorum suorum in rei veritate offertur, dum pro nobis apud Patrem intervenit; hic autem offertur in imagine et mysterio, cum externis precibus, et interné fide, et devotione, hostiam illam unicam nomine totius Ecclesiæ sacerdos Deo Patri sistit, et per eam sacrificium hoc laudis, et fidei ac devotionis, gratum et acceptum esse postulat, &e. ” 22. J. Barnesius : $ ‘“ Cùm unicum sit sacrificium crucis propriè dictum eflicax et sempiternum, in missà non fit nova iteratio sacrifi- cii alterius propriè dicti. Rectè tamen in Missä dicitur à S. Patribus offerri et sacrificari corpus Christi: primd, eo sensu quo asserunt Ecclesiam, ” quæ est corpus Christi mysticum ‘‘ offerre in Missä semetipsam et preces ” 5, 2, quia in Missà repræsentaiur et com- memoratur sacrificium crucis et passionis Christi, nuncupatur sacri- ? Paulo post [p. 1000]. # In c. 10 Heb. 3 Ibidem [p. 1001}. # Rursum [p. 1005]. fn Catholico-Romano Pacifico, $ 7 Ip. 91]. 5 Aug. 10 do Civ. Dei, c. 20 et c. 6. LIB. WE DE EUCHARISTIA 95

ficium commemorativum. 3. capiendo, ” rè ‘* sacrificium passivè, pro L

sacrificato, noviter applicato nobis, recte asseritur sacrificium Missæ, quia in eâ continetur corpus Chrisli, quod fuit verè sacrificatum in unico illo sacrificio crucis, quo alia omnia sacrificia consummawvit, ” et: € Paulus * docet, esse tantüm unicam oblationem Christi, quà suos perfectos reddit ? adeo ut, * non sit amplius oblatio pro peccato. Ex eo constat, non esse iterationem seu novitatem secundi sacrificii in Missä. Quare Patres qui docent, in Missà peragi sacrificium de 20vo, debent exponi uno ex modis relatis in S. 7. Quod pulchrè docet Cassander % ubi ait, ‘ Manifestum esse, veterem illam Ecclesiam ita semper sensisse, &e. ” Dicta omnia Cassandri suprà citata sunt. Con- cludit tandem Barnesius : ‘ Et in hoc sensu admittitur hîc incruen- tum sacrificium, et per hoc saetisfit omnibus Patribus adductis à Bel- larmino * pro iteratione sacrificii veri. ”

  1. J. Ferus : 7 ‘‘ Justissimè sacrificium, ” hoc sacramentum ‘‘ no- minatur, tum quia verus usus hujus sacramenti est, ut in sumptione ejus Deo laudeset gratias oferamus, tu quèd in ipso repræsentatur, et quasi ob oculos ponitur unieum illud sacrificium, quod Christusin cruce perfecit; ac Deo sistitur crucifixus ille Filius ejus, admone- turque ut propter ipsius passionem et mortem nobis propitiari dignetur. Denique etiam per sacramentum hoc admonemur, ut nos ipsos Deo offeramus. Congruë igitur sacrificium dicitur etiam ab antiquis ”. Cætera et multa alia in eandem sententiam lege apud Authorem ipsum ibidein et alibi.

  2. De Petri Picherelli sententià super hac re satis constat ex ejus- dem Dissertatione de Missä. Legatur etiam Archiepiscopus Spalaten- sis, # fusè hac de re disserens, et author Examinis Pacifici, &c. ?

  3. De contentionibus inter Romanenses ipsos in Concilio Triden- tino agilatis, * An Christus scilicet in Cœnâ seipsum obtulerit, an ver præceperit tantüm, ut post mortem suam perpetua in Ecclesià oblatio fieret : qudd natura sacrificii verum et proprium sacrificium in Cœnà offerri non permitteret, * vide Historiam Concilii Tridentini : {° “Hæc controversia, ” ut refert Historia, ‘non, ut solet, multos à pau- cis, sed tam Theologos, quäm patres in partes propè æquales disse- cuit, atque à contentione prope abfuit. Priores enim quippe præf- dentiores alteram opinionem incusabant uti erroneam, Anathema requirentes, quo silentium eis imperaretur, hæreseos damnatis omni-

in Paralipom. {p. 108].

Consult. de Sacrificio art, 23 [p. 998].

51 De Missa, c. 45. ‘Inc. 14 Genes. {in alleg. p. 367]. #5 de Rep. Eccl. c. 6, Éca Pacifique de la doctrine des Huguenots, c. 1, vers. Anglic. p. 15, 46 p- 30, 31]. 1 P, 613 edit. Francof, [p. 443], . 96 REVUE ANGLO-ROMAINE

bus, qui dicerent, Christum non obtulisse semetipsum in cœnâ sub speciebus sacramentalibus. Alleri contra affirmabant, non esse eam temporum conditionem, ut dogmatis fidei firmamenta quærenda sint ‘ à rebus incertis novisque opinionibus, ab Ecclesià veteri nec auditis unquam nec cogitatis : sed id tenendum, quod ex Sacrâ Scripturà et Patribus liquidum certumque; Christum videlicet oblationem præce- pisse. ” Ibidem ! etiam ut legere est, Georgius Ataides Theologus Lusitanus, licèt Missam esse sacrificium agnosceret ex Apostolica traditione et Patrum communi consensu, argumenta tamen ad id evincendum ex Scripturis ab aliis adduci solita, ut de Melchisedeco, de agno Paschali, de loco Malachiæ, de muliere Samaritanë, de verbis institutionis, ‘ Hoc est corpus meum, quod pro vobis datur, et san- guis, qui pro vobis effunditur, * de participando sacrificio Judæorum, et de mensâ dæmoniorum, ? de verbis Christi, , Hoc facite; ” aeria et invalida esse contendit; et quidem rectè, si verum et propriè dictum sacrificium corporis Christi urgeatur. Sententiam Archiepiscopi Gra- natensis et Cardinalis Seripandi legi ?. Episcopi Clodiensis et Veglien- sis contra Salmeronem Jesuitam *.

Atque hæc de hac quæstione sufficiant. Reliqua quæ desiderantur ex aliis petantur qui fusiùs controversias pertractant.

1 P. 444. 3 L'ad Cor. c. 10. 3 P. 617 [p. 446, 447].

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Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

     MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
            Jeanne terrassant la Franc-Maçonnerie

À l'heure présente, un peu partout, mais seulcnient son étendard où brillent les surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l'extrémité de prises: l’armée de Dieu et de la religion, la hampe, elle frappe et traverse le dru- et la franc-maconnerie. yon représentant la Franc-Maconnerie. L: Le Souverain Pontife a dénoncé le danger monstre est revètu des insignes macenni- qui menace la société civile, en mème temps ques; dans sa rage impieil renverse le ca- que, le caraclère criminel de lu secte, ses lice et Phostie, et il exbale son cri de rage; projeisel ses artifices. Ni Dieu ni Mailre. Le cheval se cabre au Il'invite les chrétiens 4 combattre et à dessus des Saints Mystères profanès ; et repousser l'ennemi, non pas avec des ar- Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en mes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre: De par le; Roi en pleine lumière et bien ouvertement. du Ciel! On a voulu répondre à ja voix du Pape. On a su, avec un art parfait, renfermer par une médaîlle que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaille comme un signe de sa foi et de sa soumis- tout ce drame religieux et patriotique. sion. C'est un petit chef-d'œuvre de dessin et de Cette médaille qui est une véritable œu- gravure. :

vre d'art, réunit l'amour de l'Eglise et Nous tenons colte médaille en argent à la l'amour de la France sous les traits de disposition de nos lecteurs, Joanne d’Arc terrassant la Franc-Maconne- Il suffit d'adresser, en mandat-poste. rie. autant de fois 4 fr. 25 que l’on désire rc- Tout je monde connaît l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. . grand Maître interdisant aux loges d'accep- Par unité, ajouter © fr. 50 en sus pour îcr la féte nationale de Jeanne 8 bonne la recommandation à la poste. Française, et l'opposition que la secte Par quantité de 4 douzaine et au-dessus. continue de faire à la Pucelle et à son et pour les localités desservies par le che- triomphe. min de fer, en raison de la valeur décigrée, C'est de là que vient lPidée ou le dessin compter un minimum de deux franes de la médaille. pour lo port et l'emballage. Jeanne à cheval, armée du secours de Envoyer les lettres et mandats à M. l'ad- Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministrateur de la fevie, 17, rue Cassette. ais

           PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION




    Les considérations que j'ai publiées sous ce titre dans le numéro 8
  de la Revue anglo-romaine (p. 348-357), ont provoqué l’intéressant
  travail de M. Bayfield Roberts que la Revue a donné sous le même
  litre {n. 17 et 18, p. 769-778 et 3-13). C’est encore la même rubrique,
  Primaulé, schisme et juridiction, que je maintiens en tête de ces nou-
  velles explications que M. Bayfield Roberts m'invite si courtoisement
  à lui fournir.
    Qu'il critique la théorie de lord Halifax sur la distinction entre
  « auctoritas » et « poteslas », ou celle que j'ai proposée moi-même sur
  la juridiction dans les Églises schismatiques, toute l'étude du savant
  auteur porte, en définitive, sur la question de la primauté du Saint-
  Siège,   sa nature,   ses prérogatives et l'influence exercée sur la
  situation et les actes des communautés séparées par la rupture de
  communion avec le Pape. Et tel est bien, en effet, le point capital
  qui s'impose aux discussions, toujours courtoises dans cette Revue,
  entre catholiques et anglicans.
    Avant de l'aborder à nouveau, je veux dire deux mots de la ques-
  tion incidente,   soulevée par Ucalégon et reprise par M. Bayfeld
  Roberts, de l'élection des évêques dans l'Église d'Angleterre et de la
  collation de leur juridiction.
    Il est bien évident que si, dans toute société, ceux qui détiennent
  l'autorité ou une partie     de      l'autorité doivent la recevoir d'une
  manière légitime, aucun mode de collation de cette autorité n’est
  requis a priori plutôt qu'un autre. Différents modes de collation, tous
  légitimes, peuvent être successivement, ou même simultanément, en
  usage dans la même société, sans que la légitimité du pouvoir en
  soit atteinte ou compromise. De plus, la collation de l’autorité, de la
  juridiction, si l'on veut, comportant habituellement plusieurs actes
  et l'intervention de plusieurs personnes, certains de ces actes peuvent
  ttre, au cours de la longue vie d’une société, modifiés, ajoutés,
  supprimés, remplacés, attribués ou réservés tantôt à une personne,
  laoôt à l’autre. Et, pour faire aussitôt l'application de cette proposi-
  lion aux méthodes suivies dans l’Église pour constituer les évêques,
      REVUE ANGLO—ROMAINE, —— T. Ile   — 7.

98 REVUE ANGLO—ROMAINE

il ne faut pas une science historique très développée pour y constater de nombreuses et importantes modifications. L'élection n’est plus le seul mode régulier de désigner les futurs évêques: là où elle s’est conservée, la composition du corps électoral a été modifiée; de plus, elle a été remplacée, en bien des pays, par la présentation. Celle-ci n'est pas dévolue partout aux mêmes personnes et peut se combiner, comme aux États-Unis, par exemple, avec une sorte d'élection. La confirmation de lélection a aussi varié. Dans les pays où le système métropolitain était en usage, elle se distinguait à peine de l'élection, celle-ci se faisant régulièrement en présence de l’épiscopat de la province; dans les autres pays, comme l'Italie centrale et méridio- nale, elle nécessitait l'intervention positive du prélat supérieur à qui elle était réservée, puisque celui-ci n’assistait pas à l'élection. Ce dernier mode 2 fini par supplanter le premier, et les élections épis- copales n'ont été tenues pour valables qu'après leur approbation expresse, d'abord par les métropolitains, ensuite par le pape. Et dans les cas où l'on pourvoit à la désignation des personnes par voie de présentation, la confirmation s’est transformée en une accepta- tion, compliquée encore d’un choix, lorsque plusieurs personnes sont “proposées sur une même liste. Par conséquent, pour qu'un évêque soit légitimement pourvu de son siège et reçoive une légitime juridiction, il faut et il suffit que les actes requis d'après la discipline en vigueur soient accomplis validement, abstraction faite des formalités ou solennités accessoires. Or, il est certain qu’à une époque, et précisément à celle des Décré- tales, la désignation des évêques se faisait par l'élection, le corps électoral étant le chapitre diocésain; l'élection ainsi faite était défé- rée pour confirmation au métropolitain, après quoi l'élu pouvait être sacré et prendre possession de son siège. Dès lors cependant, l’inter- vention du Saint-Siège était requise dans un grand nombre de cas, non pas sans doute en vertu d'un principe général, mais parce que les circonstances particulières à telle ou telle élection nécessitaient un recours à l'autorité suprême, le plus souvent parce que l'élu manquait de certaines conditions d'éligibilité. Bientôt les réserves se produisirent et la confirmation par le Pape devint la règle générale. Elle l'était déjà depuis longtemps lors du schisme d'Henri VIII et de la réforme d'Édouard et d'Élisabeth. Les réformateurs, voulant exclure le Saint-Siège de toute participation aux affaires ecclésias- tiques du royaume d'Angleterre, durent nécessairement modifier la pratique en usage. Ils se contentèrent, comme le fait très justement remarquer M. Bayfield Roberts, de revenir à l'état qui avait immédia- tement précédé celui qu'ils voulaient modifier; l'élection fut faite par es chapitres, la confirmation par le métropolitain; on y ajouta, ou plutôt on réglementa à nouveau plus strictement la double inter- PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION . 99

vention du pouvoir royal, à savoir le congé d'élire et l'approbation de l'élu. H s'ensuit immédiatement que la méthode en usage dans l'Église d'Angleterre pour l'élection et la confirmation des évêques n’est pas de sa nature incapable de conférer la juridiction. On doit même dire qu'elle confère une juridiction, dans ce sens que l'Église d'Angleterre est une société chrétienne, organisée d’après le système épiscopal, et que cette société ne saurait exister et se maintenir sans une autorité, c'est-à-dire sans juridiction. Aussi bien les arguments des catho- liques contre la juridiction des évêques anglicans ne sont-ils pas tirés de défauts inhérents à la méthode suivie pour les désigner et confirmer; ils sont plutôt fondés sur la situation irrégulière et, disons le mot, ouvertement schismatique de l'Église d'Angleterre. Il n'est pas possible que cette situation illégitime n'ait pas son contre- coup sur la légitimité de l'autorité des prélats de cette Église: non pas sans doute dans ce sens qu'ils n'auraient aucune juridiction d'aucune espèce, mais dans ce sens qu'elle n’est pas et ne peut pas être reconnue par l'Église catholique, aux yeux de laquelle ses actes sont sans valeur, puisqu'ils émanent d’une société qui s’est exclue elle-même de la véritable unité chrétienne. C'est pourquoi cette juridiction est susceptible, puisqu'elle existe telle quelle, d'être l'objet d’une ratification, d'une sanafio, pour employer le terme juri- dique; elle en a besoin,-puisqu'elle n’est pas légitime. Quant à la conception exagérée que se ferait Ucalégon des pou- voirs ecclésiastiques de la province métropolitaine, elle s'explique facilement; encore n’est-elle peut-être pas si excessive, si on la com- pare à l’action exercée par l’épiscopat de chaque province, là où existait le système métropolitain, au cours des iv° et v' siècles. A celle époque, en effet, les lois et coutumes que M. Bayfied Roberts appelle @cuméniques n'étaient pas très nombreuses; les synodes pro- vinciaux voyaient un vaste champ s'ouvrir à leurs délibérations et à leurs décisions; de fait, un bon nombre de dispositions discipli- näires, et même plusieurs formules, sinon plusieurs définitions dog- matiques, qui sont devenues la loi commune de l’Église, ont été Portées d'abord par des conciles provinciaux. Il est vrai qu'au moment où fut constituée l'Église anglicane, ce champ d'action était beaucoup plus restreint, soit parce que le droit commun avait reçu un immense développement, soit parce que l’Église était beaucoup plus centralisée. Néanmoins, les réformateurs ne se firent pas scru- pule de considérer l'Église anglicane comme une autorité ecclésias- tique absolue et sans contrôle; les règlements, les formulaires de foi qu'ils rédigèrent le prouvent surabondamment. Pour eux, le pouvoir Suprème ne résidait certainement pas dans le corps épiscopal répandu dans le monde entier; ils le voyaient plutôt dans le pouvoir 400 REVUE ANGLO-ROMAINE suprême de la nation, le roi et le parlement, ce dernier comprenant les évêques du royaume. Plus tard, la séparation des pouvoirs, séculier et spirituel, s'imposant de plus en plus, en Angleterre comme ailleurs, les anglicans, dégagés de l’ingérence excessive du pouvoir séculier, n'ont eu devant eux d'autre autorité ecclésiastique que l'épiscopat, organisé en deux provinces, suivant l'antique usage du pays. En l'absence d'un pouvoir central, fort et reconnu par tous, ils ont dû se rejeter sur le concile provincial, en vue surtout de légiti- mer et les trente-neuf articles et les autres changements introduits à l’époque de la réforme. Quoi qu'il en soit, l'autorité du synode ne peut être plus légitime que celle des évêques qui le composent. Mais, abstraction faite de cette circonstance, il n’est que juste d'admettre que le concile pro- vincial constitue dans l’Église une forme légitime du pouvoir légis- latif et, jusqu'à un certain point, dogmatique. Mais il faut ajouter aussitôt qu'on ne l'a jamais regardé comme un organe de ces pou- voirs définitifs et sans appel. Il était toujours possible, les faits de l'histoire ecclésiastique le prouvent surabondamment, de recourir à l'évêque de Rome, lequel, avec ou sans une représentation plus con- sidérable de l’épiscopat, avait qualité pour porter sur l'affaire, disci- plinaire ou dogmatique, qui lui était déférée ou qu'il évoquait lui- même, un jugement définitif. Mais, si telle était la pratique ancienne de l'Église, il n’est pas possible de ne pas voir combien fausse et pé- rilleuse est la situation dans laquelle s’est laissé entrainer l'Église d'Angleterre. Admettons, et il faut bien l'admettre, le principe énoncé par M. Bayfelds Roberts, à savoir, que les conciles provinciaux ne peuvent rien faire contre les lois ou les coutumes œcuméniques, on se heurtera aussitôt à des conclusions qu'il sera également difficile à M. Bayfield Roberts d'admettre ou de refuter. Si le concile provincial n’est pas une autorité suprême, mais seule- ment secondaire, quelle sera donc l'autorité supérieure à celle-là, aux yeux de l'Église anglicane? S'il n'en existe pas, cette Église est donc incomplète, découronnée, et les difficultés dogmatiques ou autres ne relèveront d'aucun tribunal supérieur compétent? Dira-t-on que cette autorité supérieure est le jus commune des Églises chré- tiennes, les faits, les dogmes, ia discipline æcuménique? Il a done existé, autrefois du moins, une autorité compétente pour légiférer de manière à atteindre et à obliger toute l'Église chrétienne? Mais cette législation commune ne peut demeurer ainsi sans soutien; il faut qu'une autorité vivante puisse la maintenir, l'expliquer, l'inter- préter, au besoin la développer. Quelle sera-t-elle pour les angli- cans? L’épiscopat chrétien? Mais c'estlà une abstraction : il n’y a pas d'épiscopat chrétien exerçant une action commune; il n’y a que des épiscopats séparés: épiscopat catholique romain, épiscopat grec PRIMAUTÉ, SCBISME ET JURIDICTION 101

orthodoxe, épiscopat anglican. Mais cette législation œcuménique, que les synodes anglicans sont tenus de respecter, qui l’a faite? Sans doute elle provient en partie du droit divin, mais non cependant d'une manière exclusive; de plus, le droit divin lui-même a dû être déclaré et interprété par une autorité ecclésiastique. Cette autorité, quelle qu’elle soit d’ailleurs, dont les antiques décisions s'imposent au respect et à l'observation de l’Église anglicane, a-t-elle cessé d'exister ? Et, depuis Henri VIII, at-elle perdu qualité pour obliger l'ensemble des fidèles baptisés? Mais précisons encore : devrons- nous chercher cette autorité dans l'Église catholique romaine anté- rieure à la rupture d'Henri VIII et d'Élisabeth? Mais alors quelle cause aurait pu lui faire perdre sa compétence à l'égard de ceux qui s’appel- lent catholiques et veulent l'être? Et l’Église anglicane admet-elle, de fait, toutes les définitions dogmatiques, toutes les lois disciplinaires générales qui étaient admises au commencement du règne d'Henri VIII? Que s’il faut ne pas descendre aussi bas et s'arrêter, par exemple, au moment de la séparation de l'Église grecque, soit sous Michel Cérulaire, soit sous Photius, je demanderai surtout si les anglicans, qui arrêtent ainsi au x° ou xr'siècle l'ère des dogmes et des lois œcu- méniques, prétendent vraiment partager et poursuivre les croyances et la maniére de voir de leurs ancêtres du xi° au xv° siècle? Est-ce qu'il n’y avait point d’évêques d'Angleterre aux conciles de Latran, aux conciles de Lyon, à ceux de Vienne et de Florence? Et les déci- sions d'ordre général qui y furent portées n’étaient-elles point reçues en Angleterre, avec le Corpus Juris? Voudraient-ils rayer ainsi d’un trait de plume cinq siècles de l'histoire de leur Église? Mais ce n'est pas tout: M. Bayfield Roberts admet que les conciles provinciaux anglicans, c'est-à-dire la plus haute autorité ecclésias- tique reconnue par l'Église d'Angleterre est tenue de respecter « ce qui possède une autorité œcuménique, qu’il s'agisse d’un décret de concile général ou d'une coutume universelle ». 1] ajoute même : « Que si on nous démontrait que lestrente-neuf articles sont en oppo- sion, sur un point quelconque, avec la foi ou la discipline catho- liques, nous ne pourrions que rejeter ces innovations, comme faites ultra vires et, par conséquent, comme nulles et sans valeur. » Mais on peut aller contre la foi et la discipline générale de deux manières: d'abord en édictant des définitions ou des lois contraires. De ce chef je n'aurais pas trop de difficulté à accorder que les trente-neuf ar- ticles peuvent être entendus, s'ils ne le sont pas tonjours, dansun sens conforme à la théologie romaine. [l resterait cependant à se demander pourquoi on n’a pas respecté les anciennes formules. Mais on peut encore aller indirectement contre le jus commune en en proposant une rédaction nouvelle incomplète, qui laisse croire, si elle ne le dit pas expressément, qu'en dehors du formulaire nouveau {trente-neuf 102 REVUE ANGLO-ROMAINE

articles ou Prayer-Book), il n'ya pas d’autres vérités à croire, pas d'autres lois générales à observer. Cela équivaut à une négation pra- tique de tout ce qui n'est pas dans le formulaire. Or, n'est-ce pas le cas pour l'Église anglicane? Sans parler des interprétations fort diffé- rentes données à certains des articles, quelles sont les propositions définies comme de foi catholique, quelles sont les lois æcuméniques admises par les anglicans, en dehors des trente-neuf articles et du Prayer-Book? Et cependant, dira-t-on que l'énumération est complète, qu'elle ne laisse de côté aucune définition ou profession de foi catho- lique? Je ne parle pas des décrets du concile de Trente; mais de ceux des conciles des premiers siècles, et du moyen âge, de Latran, de Lyon, de Florence? Et si c'est à dessein que l’on a prétendu se res- treindre aux actes æcuméniques antérieurs au 1x" siècle, il faudrait jus- tifier la détermination d’une telle limite, contrairement à la croyance des catholiques anglais jusqu'à Henri VII. Si on a voulu garder tout le dogme accepté par l'Église latine au commencement du xvr° siè- ele, comme il semble qu'on aurait dù le faire, alors il est facile d’énu- mérer des définitions solennelles portées par des conciles œcumé- niques du moyen âge, qui n'ont pas trouvé place dans les trente- neuf articles. H y avait des évêques d'Angleterre à Lyon et à Flo- rence; aucun, que nous sachions, n’a protesté contre les définitions suivantes, acceptées également par les fidèles du royaume : « Sanc- tam Romanam Ecclesiam, summum et plenum primatum et principa- tum super universam Ecclesiam catholicam obtinere, quem se ab ipso Domino in beato Petro apostolorum principe sive vertice, cujus Romanus Pontifex est successor cum potestatis plenitudine recepisse veraciter et humiliter recognoscit; et sicut præ ceteris tenetur fidei veritatem defendere, sic et, si quæ de fide subortæ fuerint quæstio- nes, suo debent judicio definiri. » Et le concile de Florence : « Pon- tificem romanum, verum Christi Vicarium, lotiusque Ecclesiæ caput et omnium CGhristianorum patrem ac doctorem existere; et ipsi in beaio Petro pascendi, regendi ac gubernandi universalem Eccle- siam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem traditam esse n !. En résumé, si l'épiscopat anglican, réuni en synodes provinciaux, est tenu de respecter le jus communs de l'Église catholique, s’il n'a pas le droit d'en abroger une partie quelconque —et nousne voyons pas plus que M. Bayfield Roberts comment il en aurait le droit, — il faut avouer que la détermination de ce jus communs est, pour les an- glicans, fori difficile; car aucune autorité ne leur garantit que l'énu- mération contenue dans les trente-neuf articles ou même dans le Prayer-book est complète et bien rédigée, et, le füt-elle, aucune auto-

1 Conc. de Lyon ; Conc. de Florence, cités par le Conc. Vat., const. Pastor æter- nus, ©, à. PRIMAUTÉ, SCRISME ET JURIDICTION 103

rité compétente n'existe pour apprécier, interpréter et maintenir ce jus commune. C'est là une des raisons qui portent les anglicans à se rattacher à cette unité un peu factice de l’Église catholique, telle qu'ils la con- çoivent, et dans laquelle ilscroient pouvoir trouver place, au même titre que les romains et les orthodoxes.

                                *

                               “+

Cela nous ramène à l4 question principale, la primauté du Saint- Siège, la nécessité de la communion avec le Pape, la situation de l'Église qui ne lui est pas soumise et ne le reconnait pas pour son chef. Après ce que j'ai dit, dans un premier article, de la théorie de Lord Halifax, qui reconnaît à saint Pierre et à ses successeurs une aurlorifas de droit divin, tout en lui refusant la pofestas, on ne sera pas étonné de me voir approuver la critique très bien conduite que fait de cette théorie M. Bayfield Roberts. Elle ne repose en effet ni sur l'Écriture sainte, ni sur le langage des Pères, ni sur celui des papes, ni enfin sur l’enseignement théologique commun. Ce n’est pas que nous repoussions l'expression auc{orilas, pas plus que nous n’exi- geons celle de potestas. À dire vrai, dans la théorie de Lord Halifax, le premier mot ne prend un sens, je ne dis pas inexact, mais incom- plet, que par l'opposition que l'on établit entre les deux termes, afin d'accorder au pape l'aucéorifas, tout en lui refusant la pofestas: mais il est très exact de parler de l'aucéoritas du pape, tout comme il est exact de parler de sa pofesias, de sa primauté et de son magistère. Comme base à de futurs échanges d'idées, et s’il plaît à Dieu, à de futures conférences, il est nécessaire d'exposer très nettement ce que la croynnce des catholiques romains regarde comme inhérent à la primauté pontificale, et quelle idée ils se font des privilèges du Pape. Nous aurons ainsi préparé la solution du ‘problème, très difficile au premier abord, soulevé par M. Bayfield Roberts, c'est- à-dire des effets produits par la rupture de la communion avec le pape sur les évêques ou les Églises qu'il a ‘retranchés de sa commu nion.

Reportons-nous, encore une fois, à ce que nous voyons établi par Notre-Seigneur dans le collège apostolique. Rappelons-nous encore les textes évangéliques bien connus : les uns sont adressés par le divin fondateur de l'Église à saint Pierre tout seul : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église... Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre. ; pais mes agneaux, pais mes brebis... Confirme tes frères (dans la foi); » les autres sont adressés au collège apostolique tout 104 REVUE ANGLO-ROMAINE

entier, Pierre compris : « Tout ce que vous lierez sur la terre. Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie... Recevez le Saint-Esprit, les péchés que vous aurez remis sur la terre. Allez, enseignez toutes les nations, je suis avec vous jusqu'à la consomma- tion des siècles. » Sans doute il n’est pas prudent de raisonner sur les paroles de Jésus-Christ, quelque solennelles et efficaces qu'elles soient, comme sur des sentences dethéologiens formulées avec toutes les exigences d'un langage technique, ou comme sur des constitu- tions élaborées par des législateurs. Toutefois, de l'ensemble de ces textes, complétés au besoin par l'interprétation patristique, et par les faits que nous ont conservés les Actes des Apôtres et les historiens ecclésiastiques, on peut, ce semble, arriver aux conclusions suivantes : 4° Les apôtres ont reçu directement de Notre-Seigneur, et non par délégation à eux donnée par saint Pierre, les pouvoirs nécessaires pour fonder et gouverner les Églises; ces pouvoirs, que l'on peut désigner dans l’ensemblecommeles pouvoirs épiscopaux, ne devaient pas être tellement personnels aux apôtres qu'ils dussent expirer avec eux; dès lors qu'il s'agissait de constituer une société, dont les apôtres étaient les chefs et les magistrats, il était nécessaire que les pouvoirs pussent être transmis aux successeurs des apôtres. Les paroles de l'Évangile ne prétendent pas, sans doute, nous donner une énumération exacte et complète de ces pouvoirs; nous y relevons cependant la mission d'enseigner, de baptiser; le pouvoir de lier et de délier, c'est-à-dire la juridiction, le pouvoir de remettre les péchés; l’ordre de célébrer l'Eucharistie (Faites ceci en mémoire de moi). Il est permis cependant de conclure, du fait même de l'ins- titution de l'Église comme société, que les apôtres auront le droit de faire tout ce qui sera utile pour fonder, diriger, gouverner cette société, atteindre en un mot le but que s’est proposé le divin Maitre. Ces pouvoirs sont communicables aux successeurs des spôtres, quel qu'en soit le nombre, c'est-à-dire aux évêques, et cette conclusion ue fait de doute pour personne. 2 Ces mêmes pouvoirs, quelles qu’enfussentla nature etl’étendue, étaient également conférés à saint Pierre. Ce point ne semble pas non plus controversé. 3° Mais, en même temps qu'il constitue le collège apostolique, Notre-Seigneur isole l'un des apôtres, un membre du collège aposto- lique qui en est établi le chef; il lui confie une mission qui n’est pas commune aux autres apôtres, et il la lui donne en lui parlant à lui seul. Elle consiste précisément à être le chef et & agir en conséquence; elle consiste à remplir dans l'Église le rôle principal que remplit le chef dans toute société bien organisée. Toutes les prérogatives de Pierre se résument en celle-là. 11 faut que, membre du collège apos- tolique, il ait aussi les mêmes pouvoirs que les autres apôtres, pris PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 105

isolément; mais de plus, il faut que, chef de ce même collège, il puisse exercer, agissant seul et comme chef, tous les pouvoirs que les autres ne peuvent avoir et exercer que solidairement et en union avec lui. Lesapôtres sont le « fondement de l’Église », Pierre en est la pierre angulaire, sur laquelle est bâtie l'Église; les apôtres peu- vent lier et délier, mais Pierre a le même pouvoir, conféré à lui tout spécialement, seul il a les clefs du royaume du ciel ; les apôtres peu- vent enseigner et prêcher, mais à Pierre appartient la charge de les confirmer dans la foi; les apôtres peuvent paitre les agneaux, mais Pierre a mission de diriger et les agneaux et les brebis. Rien en un mot n'échappe à son pouvoir et à sa mission de chef de l'Église. 4 Cette constitution d’un chef du collège apostolique doit être aussi stable que celle du collège apostolique lui-même, l'une et l'autre ayant pour but d'assurer l'existence et la vie de la société chré- tienne fondée par Notre-Seigneur. Si le but est le même, la trans- mission doit être également certaine et voulue par Jésus-Christ. Et s'il s'agit, dans un cas comme dans l’autre, des mêmes pouvoirs, ici possédés in solidum, là en qualité de chef, il ne paraît pas possible d'établir une différence, sur laquelle l'Évangile reste muet, entre leur transmission dans les deux cas. Le bien de l'Église exige aussi impérieusement la continuation de tous les pouvoirs que lui a laissés son divin fondateur. Cette même raison nous permet de n'attacher aucune importance à la forme de promesse dont s'est servi Notre- . Seigneur. Il a dit au futur à ses apôtres: « Tout ce que vous lierez, » comme il a dit à Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. » Quand même nous ne trouverions dans l'Évangile aucune autre parole par laquelle Notre-Seigneur aurait réalisé sa promesse, aous ne devrions pas hésiter à tenir pour certaine Ia réalisation de cette promesse, que le divin Maître ne peut avoir faite inutilement; nous ne pouvons révoquer en doute l'efficacité des paroles du Sau- veur. Les promesses relatives aux pouvoirs de saint Pierre, si tant est qu'ils aient demandé une nouvelle collation expresse, doivent avoir été aussi efficaces que celles faites aux apôtres pour la même société spirituelle, 5° Mais quels sont les pouvoirs que les évêques, successeurs des apôtres, ne peuvent exercer que collectivement, et que nous reven- diquons pour les successeurs de saint Pierre, comme héritiers de la primauté? Ce sont précisément les pouvoirs souverains qui doivent exister dans toute société et particulièrement dans une société spiri- luelle parfaite. À toute société il faut une autorité suprême; pour l'Église nous la reconnaissons dans le collège apostolique avec Pierre, dans le corps épiscopal avec le successeur de Pierre; nous la revendiquons également et au même degré, en vertu de l'institution de Notre-Seigneur, pour Pierre et pour ses successeurs. Et comme 106 REVUE ANGLO-RONAINE un pouvoir suprême, pour être réel et efficace, ne peut être simple- ment directif, mais doit comporter une véritable pofestas, une juridic- tion propri nomsnis, nous réclamons pour les évêques cette juridiction véritable et nous la réclamons de même, au-dessus d'eux, pour leur chef, le souverain pontife. Les évêques ont le pouvoir législatif: c'est ce même pouvoir, exercé aussi complètement par le pape que par tous les évèques réunis avec lui, que nous reconnaissons dans le successeur de saint Pierre. Il en est de même pour le pouvoir judi- ciaire; et, puisqu'il s’agit d'une société qui a pour mission d'enseigner la vérité divine, nous croyons que le pape est dépositaire du même pouvoir d'enseigner et de prêcher qui appartient à tous les évêques pris collectivement. Telle est la véritable manière de concevoir l'ir- failtibilité pontificale. Tous les chrétiens reconnaissent à l'Église l'indéfectibilité dans la vraie foi, et par suite, le privilège de ne pou- voir enseigner l'erreur, de déterminer par conséquent d'une manière infaillible ce quiest la vérité divine. Ce privilège a toujours été reconnu aux conciles œcuméniques, c'est-à-dire à l'épiscopat uni au succes- seur de Pierre, en vertu de la constitution donnée par Jésus-Christ à son Église. Ce privilège, tout comme les autres, a pour organe le chef aussi bien que le collège entier, c'est-à-dire le pape aussi bien que l’épiscopat entier uni à lui. C'est donc le même pouvoir administratif, judiciaire, juridictionnel, enseignant et infaillible qui réside dans l’Église entière et dans le chef de l'Église. Nous ne réclamons pour ce dernier aucun pouvoir, aucun privilège qui n'existe dans l'Église entière unie à lui; nous disons seulement qu'il peut exercer lui seul, comme chef, les pou- voirs accordés par Jésus-Christ au corps tout entier; tout ce que l’on refuserait au pape, on le refuserait à l'Église elle-même. Et tel est le sens de cette plena polestas qui est une juridiction immédiate, com- plète, universelle; de cette primauté, qui n’est pas seulement d'hon- neur, ni même de direction, mais véritablement de pouvoir et de juri- diction, qui est supérieure au pouvoir épiscopal, coexiste avec lui sans l’annihiler ni supprimer sa divine origine. Dans ce sens, on peut dire que Pierre représentait l'Église, agis- sait au nom de l'Église, tout comme les papes après lui, comme le président et le chef d’une société parle et agit au nom de la société tout entière, la dirige et la gouverne, l'administre et la juge en der- nier ressort. Mais cette primauté n’a point pour origine une com- mission donnée par les membres d'un coilège au chef qu’ils se sont élu et dont les pouvoirs, dans ce cas, feraient retour aux électeurs; elle tire sa source de l'organisation à la fois collégiale et monarchique qu'il a plu à Notre-Seigneur de donner au corps apostolique et à toute son Église. Ce ne sont pas les apôtres qui se sont élu un chef; il à été désigné nommément par Notre-Seigneur. - PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 107

Mais, si l'existence de cette suprême magistrature dans l'Église est clairement indiquée par l'Évangile, le mode de son action est passé sons silence,et non seulement nous ne pouvons en exiger aucun 4 prions, mais nous devons au contraire présumer qu'il sera variable au cours des âges, suivant les circonstances dans lesquelles se trouvera l'Église. Certes nous pouvons concevoir de bien des manières l’exer- cice d'un pouvoir monarchique, et de fait il s’est exercé de bien des manières. Ainsi dans l'Église, bien que le pouvoir papal ne soit pas un pouvoir monarchique au sens absolu du mot, nous pouvons con- cevoir bien des manières d'exercer ce pouvoir, en d’autres termes, bien des degrés de centrelisation. Et c’est ce que l'histoire nous apprend; on peut dire seulement que la centralisation ira s'accen- tuant avec le temps, suivant une règle qui s'est constamment vérifiée dans les sociétés naissantes. Dans les premiers temps les papes lais- sent les évêques, chacun pour son diocèse, ou mieux organisés en groupes plus ou moins nombreux et compacts, pourvoir aux néces- sités quotidiennes de l'administration ecclésiastique. Ils n’exercent guère leur pouvoir supérieur que quand ils jugent utile d'intervenir; mais ils en revendiquent hautement le droit et personne ne le leur conteste; ils se réservent aussi ‘pour eux seuls ou en union avec les conciles) le droit de juger en dernier ressort des matières de foi; enfin ils accueillent les recours et les appels que, de tous les points de l'Église, on défère à leur siège. Puis leur intervention devient plus régulière et réglementée ; les attaques dont leur pouvoir est l'objet rendent nécessaire de le définir et de le préciser; diverses circons- lances historiques hâtent le mouvement de centralisation de l’Église autour du Saint-Siège, et ainsi nous en arrivons peu à peu à l’état actuel, où l'exercice de la primauté est bien plus fréquent, bien plus détaillé que dans l'antiquité, sans cependant que les principes aient été modifiés, bien qu'ils aient été plus clairement énoncés et définis. Mais ce mouvement est légitime, il est dans la nature des choses; sa signification est toujours la même : les pouvoirs suprèmes dans l'Église sont exercés d’une manière plus ou moins fréquente, plus ou moins complète, par le chef; en eux-mêmes ils sont demeurés identiques, ce. ils ne sont autres que ceux que Notre-Seigneur a donnés à son lise.

     (A suivre.)                                  A. BoubINaox.

LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE

Le préjugé scientifique offre deux aspects : selon qu'il est exprimé par la foule ou qu'il se manifeste parmi les savants. Aux yeux du public, l'ensemble des découvertes, des inventions et des théories modernes condamne toute idée religieuse. La formule a l'avantage d'être simple et d’un emploi facile. Pourtant, quel est, en somme, le fait qui aurait établi une oppo- sition radicale entre la science et la foi? Les gens qui croient à ce divorce sont fort embarrassés de dire s’il est causé par le triomphe du matérialisme, ou du positivisme, ou du transformisme absolu, ou du transformisme mitigé. Personne n'est en état de nommer le sys- tème qui aurait prévalu définitivement. On présente au hasard des objections fournies par différentes écoles. Les uns considèrent la Bible comme un tissu de légendes, les autres reconnaissent qu'elle possède une valeur historique. Ceux-ci, qui invoquent la géologie et la physique pour prononcer la déchéance de Dieu, se heurtent à ceux- là qui déclarent que la cause première, tout en restant hors de nos recherches, peut cependant être admise comme une réalité. En 1888, M. Paul Janet, retraçant dans la Revue des Deux-Mondes l'évolution des idées contemporaines, demandait ironiquement : — Êtes-vous avec Fichte pour l’idéalisme subjectif? ou bien avec Schel- ling pour l’idéalisme positif? ou bien avec Jacobi pour la philosophie de la croyance? ou bien avec Schopenhauer pour la philosophie de la volonté? — Il aurait pu dire encore: Êtes-vous avec Auguste Comte, qui finit par composer une religion dont il voulut, naturellement, devenir le pontife? Êtes-vous avec Littré qui, après soixante ans d’un labeur prodigieux, professait ne rien savoir sur l'origine du monde? Êtes-vous avec Herbert Spencer pour l'agnosticisme, avec Renan qui s’amuse à brouiller le oui et le non? I y a de fausses interprétations de la science et de fausses inter- prétations du dogme. Ces deux espèces d'erreur se sont mêlées, réa- gissant l’une sur l’autre, et ont engendré l'extrême désordre de notre temps. Des esprits superficiels ou passionnés ont continuellement déna- turé l'œuvre des grands savants, tels que Claude Bernard. Lorsqu'il exposait sa méthode, l'on se persuadait ou l’on voulait prouver qu'il enseignait le matérialisme. Parfois, en effet, il semblait, sinon incli- LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE 109

ner dans ce sens, du moins, tenir à demeurer neutre. Sa pensée véri- lable était bien plus élevée. Le livre sur la Science expérimentale con- lient, non seulement des déclarations, mais des démonstrations étudiées et précises dirigées contre le matérialisme, qui est là traité avec mépris. Voici la réponse du maître physiologiste, adressée aux seclaires qui abusaient des résultais fournis par certaines expé- riences : « Pour le physiologiste qui se fait une juste idée des phéno- mènes vitaux, le rétablissement de la vie et de l'intelligence dans une tête, sous l'influence de la transfusion du sang oxygéné, n'a

  absolument rien d'anormal ou d'étonnant
                                        ; c'est le contraire qui

  le surprendrait. En effet, le cerveau est un mécanisme conçu et

  organisé de façon à manifester les phénomènes intellectuels par

“4

  l'ensemble d'un certain nombre de conditions. Or, si l’on enlève

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  une de ces conditions {l’oxygène du sang, par exemple), il est bien

  certain qu’on ne saurait concevoir que le mécanisme puisse conti-

#4

  nuer de fonctionner; mais, si l'on restitue la circulation sanguine
  oxygénée avec les précautions exigées, telles qu’une température
  et une pression convenables, el avant que les éléments cérébraux
  soient altérés, il n’est pas moins nécessaire que le mécanisme céré-
  bral reprenne ses fonctions normales,

&

  « Les mécanismes vitaux, en tant que mécanismes, ne diffèrent
  pas des mécanismes non vitaux.
  « Si dans une horloge électrique, par exemple, on enlevait l'acide
  de la pile, on ne concevrait pas que le mécanisme continuât de

  marcher; mais, si l'on restituait ensuite convenabtement l'acide

EL]

  supprimé, on ne comprendrait pas non plus que le mécanisme se

Lis

  refusât
        à reprendre son mouvement. Cependant on ne se croirait

L.]

  pas obligé pour cela de conclure que la cause de la division du
  temps en heures, en minutes, en secondes, indiquées par l'hor-

  loge, réside dans les qualités de l'acide ou dans les propriétés du

La

  cuivre ou de la matière qui constitue les aiguilles et les rouages du

3

  mécanisme.

  « De même, si l’on voit l'intelligence revenir dans un cerveau et
  dans une physionomie auxquels on rend le sang oxygéné qui leur
  manquait pour fonctionner, on aurait tort d'y voir la preuve que

« la conscience et l'intelligence sont dans l'oxygène du sang ou dans « la matière cérébrale. « Les mécanismes vitaux, ainsi que nous l'avons déjà dit, sont e passifs comme les mécanismes non vitaux. Les uns et les autres « ne font qu'exprimer ou manifester l'idée qui les a conçus el créés. « En résumé, nous n'avons à constater, dans ce qui précède, que « les conditions d'un déterminisme physico-chimique nécessaire « pour la manifestalion des phénomènes vitaux aussi bien que 110 REVUE ANGLO-ROMAINE

« pour la manifestation des phénomènes minéraux. Nous ne sau- « rions donc y chercher des explications qui aboutiraient à un maté- « rialisme absurde ou vide de sens !.» En décrivant le mécanisme du cœur, et après avair expliqué le rôle de cet organe dans la manifestalion de nos sentiments : « Si ce « n'était m'écarter du but de ces recherches, je pourrais montrer faci- « lement qu’en physiologie, le matérinlisme ne conduità rien et n'ezplique «rien; mais un concert en est-il moins ravissant parce que le physi- « cien en calcule mathématiquement toutes les vibrations ? » Dans le même livre, Claude Bernard énumère les raisons qui inter- disent à l'expérimentateur de chercher la cause première. Pourquoi? Entendait-il supprimer le domaine où elle se révèle ? Non. Il consta- tait que les sciences physico-chimiques sont incapables de pénétrer dans cette région supérieure : vérité toute simple, mais profonde et souvent méconnue. Ce n’est point par une modestie affectée ou perfide (comme certains savants de second ordre l'ont fait maintes fois) que l’éminent expéri- mentateur prescrivait de ne pas demander à la physiologie propre- ment dile les enseignements de la philosophie. Il comprenait et affirmait que ceux-ci sont légitimes et indispensables. Dans le livre que je viens de citer, Claude Bernard constate que, par la force de l'instinct et de la nature, nous sommes irrésistiblement poussés à chercher la vérité absolue. La trouve-t-on au fond des alambies ou à portée de la pointe du scalpel? Non, et c’estce que Claude Bernard a voulu rappeler. Aussi, dans son discours de réception à l'Académie, disait-il, avec une évidente conviction et non sans courage : «Il n'y a « aucune contradiction entre les sciences physiologiques et métaphy- a siques. » Même les savants qui se sont laissé plus ou moins envahir par la passion antireligieuse ont dû avouer que le matérialisme trahit les aspirations invincibles de l'humanité et se trahit à son tour. Tout le monde à retenu les paroles attristées et pitioresques de Wirchow signalant, en plein congrès, le défaut capital de ce système. Le cri de Duboys-Reymond est célèbre : « Zgnoramus. Zgnorabimus! » Telle est aussi la conclusion de Darwin. Lui, qui n'était plus chré- tien, se défendait d’étre devenu athée. H avouait même que l'exis- tence de Dieu semblait s'imposer, suivant les moments. Dans son auto-biographie, il exprime les incertitudes entre lesquelles il flotte. L'idée de l’anéantissement du monde lui parait insupportable. Il dit encore : « Une autre cause de croyance en l'existence d'un Dieu, qui « se rattache à la raison, et non aux sentiments, m'impressionne.

« Elle provient de l'extrême difficulté ou plutôt de l'impossibilité

? Au chapitre : le Problème de la Physiologie générale, pages 125, 126, 127. LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE ail

« de concevoir l'univers prodigieux et immense, y compris l'homme « et sa faculté de se reporter dans le passé comme de regarder dans « l'avenir, comme le résultat d’un destin et d'une nécessité aveugle. « En réfléchissant ainsi, je me sens porté à admettre une cause pre- « mière, avec un esprit intelligent, analogue dans certains rapports «“ à celui de l'homme et je mérite l'appellation de déiste, Cette con- « elusion était fortement ancrée dans mon esprit, autant que je puis « me le rappeler, à l’époque où j'écrivais l'Origine des espèces, et c'est “ depuis cette époque que cette conviction s’est très graduellement « affaiblie avec beaucoup de fluctuations. Mais alors s'élève un doute: « cet esprit de l’homme qui, selon moi, a commencé par n'avoir pas « plus de développement que l'esprit des animaux les plus inférieurs, « peut-on s’en rapporter à lui lorsqu'il tire d'aussi importantes con- « clusions ? « Je ne prétends pas jeter la moindre lumière sur ces problèmes « abstrails. Le myslère du commencement de toutes choses est insoluble pour « rous et je dois me contenter pour mon compte de demeurer un « agnostique. » Dans les deux volumes qui contiennent sa correspondance se ren- contrent d'autres allusions à cet état d'esprit. Interrogé directement par un étudiant d'une université allemande, Darwin répond qu'il ne peut se prononcer. Des motifs importants l'engagent à confesser la nécessité de Dieu. Parmi les motifs contraires, l’un est bien étrange : c'est celui que lui suggère l'existence des parasites, dont il n’aperçoit pas l'utilité. Cependant il avait discerné l'étonnante fonction des . misérables vers, qui amènent à la surface du sol la terre végétale. Cette découverie n’aurait-elle pas dû lui faire supposer que lous les êtres, même les plus grossiersetles plusfugitifs, même ceux qu'on ue voit pas, jouent un rôle dans l’activité et dans l'harmonie géné- rales? En tout cas, Darwin n’a rien d'un matérialiste. Le jour où Littré fut reçu franc-maçon, il prononça un discours assez solennel où il traitait des rapports de Dieu et de l’homme, La disertation avait pour but d'établir que la morale est possible sans la notion de la Divinité. Le savant concluait-il donc au matérialisme ? Nallement. Il affirmait, avec une insistance significative, qu'aucune sience n'est capable de se prononcer pour ou contre Dieu. Suivant l'ussge qui a contribué à fausser le raisonnement, il désignait par le mot «science » la seule méthode expérimentale, Etcomme celle-ci 2e sort pas du relatif, il avait d'autant plus beau jeu pour lui inter- dire de viser l'absolu. Mais il prenait soin de dire que, s'il n'exami- nait pas la cause première, il s'abstenait tout autant de Ia nier. Voici son dernier mot : «Quiconque déclare avec fermeté qu'il n'est ni détele ni athée, fait aveu 5 de son ignorance sur l’origine des choses et sur leur fin; et, en 112 REVUE ANGLO-RONAÏNE

« même temps, il humilie toute superbe. Aucune humilité ne peut être « assez profonde devant l’immensité de temps, d'espace et de subs- « tance qui s'offre à notre regard et à notre esprit devant nous et der- « rière nous. En présence de ces horizons lointains, découverts parla « science, je n’hésite pas à répéter les fories paroles de Bossuet qui, « ravi dans une contemplation illimitée bien que tout autre, s’écriait: « Taisez-vous, mes pensées! » Maintes fois Herbert Spencer a rappelé, dans destermes analogues, celte règle du positivisme. Le célèbre philosophe s'est persuadé qu'on peut concevoir et appliquer une philosophie et une morale sans tenir compte de l'absolu; mais il se garde bien de qualifier de chimère la puissance infinie : loin de là, en certaines pages élo- quentes, il l'a saluée comme la réalité suprême. Tyndall, qui a souvent cédé & la passion antireligieuse et qui eut des accès de lyrisme en l'honneur de la matière, revenait de ces erreurs quand l’exaltation était dissipée. Il a confessé que l’ardeur de la lutte le portait à exagérer ses théories, el qu’en face de ses adversaires, il lui arrivait de lancer des affirmations qu’au fond il n’admeltait pas. « Les hommes les plus chrétiens, a-t-il dit, ont « prouvé, par leurs écrits, qu'ils avaient leurs heures de défaillance et « de doute, comme aussi leurs heuresde force et de conviction ; etdes «hommes comme moi, sur la route qu'ils suivent, subissent ces « variations d'humeur et de lucidité d'esprit. « Si les opinions religieuses de plusieurs de mes assaillants élaient < en ce moment ma seule alternative et qu’il fallôt choisir entre elles, « avec quelle énergie les droits du matérialisme athée agiraient-ilssur . < ma détermination? Assez probablement, cette énergie serail très « forte. Mais dans l'état de choses actuel j'ai remarqué, depuis des « années d'observation sur moi-même, que ce n'est pas dans mes « heures de clarté et de vigueur que cette doctrine s'impose à mon « esprit; qu'enprésence de pensées plus fortifiantes et plus saines elle se dis- « soul toujours et disparaît comme n’offrant pas la solution du mystère « dans lequel nous sommes plongés et dont nous faisons partie. » De pareilles déclarations ont été faites par Huxley, qui, cependant, prenait le ton d'un athée pour déclamer contre la foi. N'a-t-on pas vu surgir au sein de l'école évolutioniste divers enseignements qui tendent à mettre d'accord ce système avec la phi- losophie spiritualiste et même avec la Bible? Le public anglais con- naît les théories de M. Russell Wallace. Chez nous, un éminent pro- fesseur du Muséum, M. Gaudry, traçant, le mois dernier, dans la Revue des Deux Mondes, un exposé de paléontologie philosophique, faisait cette profession de foi : « C’est... la cause première, c'est-à- dire Dieu qui crée les forces. » 11 avait soin d'ajouter que la force vitale et la force pensante ne sont pas le produit des forces physiques LE PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE 4453

ou chimiques; et ce partisan du transformisme concluait à la création successive et continue. À dessein, j'ai cité pêle-méle des noms qui représentent des écoles opposées, parce que la foule procède ainsi. Elle ne fait guère de diférence entre un positiviste, un matérialiste, un spiritualiste non chrétien. Elle distingue deux grands courants : l’un religieux, Yautre antireligieux; et, comme il n'y a pas d’alternative entre la loute-puissance de Dieu (qui implique la religion) et la toute-puis- sance de la matière, elle range dans le matérialisme tous les hommes qui combaltent ou qui négligent la foi. Ce n'est point par le fait de son ignorance ou de son étourderie que la foule va si vite en besogne. Une logique inconsciente, mais sûre comme l'instinct,la pousse fatalement aux conclusions. La plupart des savants ne voulaient pas, beaucoup encore ne veulent pas conclure : voilà peut-être la cause principale de l’exten- sion qu'a prise le préjugé. Raisonnant à sa manière, décidée à ne pas laisser frustrer sa confiance, le public aforgé la doctrine qu’on lui avait donné lieu d'espérer et sur laquelle il avait le droit de compter. De tant d'efforts et de tant de succès, devait sortir un enseignement : ou le triomphe de la matière délivrée de Dieu, ou la nouvelle démonstration de l'antique croyance, c’est-à-dire un nouvel, un éclatant hommage à Dieu. Et comme les savanis ne disaient pas la parole décisive qu'elle attendait, la foule l'a prononcée elle-même. L'attitude adoptée jusqu'à nos jours par la plupart des maitres a beaucoup contribué à ce résultat. D'un autre côté, le zèle religieux s'est souvent obstiné à maintenir des interprétations qui n'avaient rien de nécossaire ou qui n'étaient plus défendables. Ainsi que le remarque un écrivain fort instruit, le R. P. Zahin' les questions de fait touchant à la science et résolues par le texte sacré sont peu nombreuses. Par exemple, on a voulu imposer la signification littérale du mot « jour » dans la Genèse et s'en tenir à l'évaluation la plus restreinte sur l'antiquité de l'homme. Cependant, saint Augustin affirmait, d'après la Genèse elle-même, l'impossibilité d'intervalles de vingt-quatre heures pour les diverses manifestations de l'œuvre créatrice; et saint Grégoire de Nysse avait exposé tout un plan de cosmogonie qui a des ressemblances extraor- dinaires avec la théorie moderne. L'Herameron du savant évêque contient « l'hypothèse même qui a été si longtemps regardée comme « le mérite spécial du Sysfème du monde de Laplace »?. On a confondu avec les décisions dogmatiques des interprétations qui n'avaient point une telle autorité, tant s'en faut.

! Bible, science el foi, par le R. P. Zahm C.S. C.. traduit de l'anglais par M. l'abbé Flageolet. Paris, Lethielleux. ? Ibid. BRVUE ANGLO-ROMAINE. = T, 1! — $ 4114 REVUE ANGLO-ROMAINE Le R. P. Zahm insiste avec raison sur la liberté très étendue que l'Église laisse à la science pour tout ce qui ne contredit pas la foi. Ce n'est pas une concession de forme qui est faite ainsi, c'est un ensei- gnementtrès grave observé avec autant de scrupule que de fermeté, Nous ne voyons que trop les inconvénients qu'entraine un aita- chement exclusif aux traditions que l’Église n'a pas consacrées d’une manière quelconque. La prudence est obligatoire, mais elle n'est pas requise seulement à l'égard des idées nouvelles. Il peut ÿ avoir imprudence à soutenir quand même de vieilles opinions, devenues incompatibles avec le progrès légitime du savoir. Au xvi* siècle, l'intransigeance en faveur de la physique et de l'astronomie d'Aris- tote a contribué à pousser dans la voie des négations la science expérimentale, qui venait de naître et qui allait jouer le rôle prépon- dérant. Les principes essentiels de la doctrine scholastique, prin- cipes si vénérables et si nécessaires, commencent seulement à se relever de l'injuste discrédit que leur fit encourir le zèle aveugle de leurs défenseurs. En combatiant chez nous le préjugé, nous serons plus à l'aise pour obtenir la répudiation des fantaisies absurdes et blasphématoires placées abusivement sous l'égide de la vérité. Cet espoir à un motif réel. Les esprits sérieux comprennent que la science des laboratoires est impuissante à fonder une morale. Ils soupçonnent aussi que, réduite à elle-même, elle risque de défaitir. Oz lui a tant demandé, elle a tant promis et elle se trouve si dépour- vue devant les intelligences qui réclament une conclusion! Des logiciens à outrance stimulent encore ce besoin impérieux. Où en sommes-nous? Le voici, d'après M. Jules Soury, un physio- lugiste qui, vers 1893, résumait l’œuvre de ls méthode expérimentale: « Certes, la nature existe; elle est notre mère; nous sortons de & À

  son sein, nous y rentrons. Le grain de blé qu'on jette dans le sillon
  germe et sort de terre, l'épi devient du pain, il se transforme chez
  l'homme en chair et en sang, en ovule fécondé d'où se développe
  l'embryon, l'enfant, l'homme; puis le cadavre engraisse la terre
  qui portera d'autres moissons, et ainsi dans les siècles des siècles,

HRK

  sans qu'on puisse dire ni comprendre pourquoi.

LS

  « Car, s'il est quelque chose de vain et d'inutils au monde, c’est la nais-

É

  sance, l'existence et la mort des innombrables parasiles, faunes et flores
  qui végètent comme une moisissure et s'agilent à la surface de

CAR

L cette infime planète, entraînée à la suite du soleil vers quelque cans-

& fellation inconnue. Indifférente en soi, nécessaire en tout ras, puisqu'elle

« est, cette existence, qui a pour condition la lutte acharnée de tous « contre tous, la violence ou la ruse, l'amour plus amer que la Æ

« mort, paraîtra, au moins à tous les êtées vraiment conscients, &# L Id, LË PRÉJUGÉ SCIENTIFIQUE 413

a réve sinistre, une hallucination douloureuse, «u prix de laquelle le néant « sraitunr bien. ° < Mais, si nous sommes les fils de la nature, si elle nous a créés et « donné l'être, c’est nous, à notre tour, qui l'avons douée de toutes « les qualités idéales qui la parent à nos yeux, qui avons tissé le « voile lumineux sous lequel elle nous apparait. L'élernelle illusion « qui enchante ou qui tourmente le cœur de l’homme est donc bien « son œuvre. Dans cet univers, où fout est ténèbres et silence, lui seul « veille et souffre sur cette planète, parce que lui seul peut-être,

Villars ct fils, 116 REVUE ANGLO-RONAINE

est trop vaste; elle s'élargit de plus en plus, jusqu'à désespérer les hommes hardis et même les groupes les mieux organisés; chaque découverte nouvelle rend pius difficile la fameuse synthèse, qui est déjà invraisemblable. Soit, dit M. de Freycinet à ses collègues de l'Ins- titut, mesurons notre tentative à nos forces; etilinvite « les savants de profession » à interrompre par moments leurs recherches ordi- naires pour « opérer chacun {a synthèse de leur srience favorite et à « en grouper les résultats essentiels dans un tableau de nature à « arrêter tout regard un peu attentif ». Îl y a quelques années, personne ne se fèt chargé de présenter une telle proposition. Qu'elle soit faite en plein monde académique, c'est presque un événement. À coup sûr c’est un symptôme, Sans rien exagérer, il est permis de penser que la méthode des déclarations vagues ou contradictoires n’en a plus pour longtemps. Le préjugé d'après lequel la science devait s'abstenir de rien décider sur les lois générales est atteint el s'affaisse. La nécessité d'aboutir oblige à se prononcer pour ou contre Dieu. Verrons-nous la rencontre harmonieuse des deux puissances si longtemps hostiles, la foi et la scicnee? On ne peut calculer la date à laquélle s’accomplirait ce grand phénomène; mais on a le droit de croire qu'il serait en confomnité avec la marche générales des idées. Beaucoup de gens se sont persuadé que la foi et la science, s'étant séparées, ne doivent passe rejoindre: c'est au contraire parce qu'elles se sont séparées qu'il v a de fortes probabilités pour qu'elles se rencontrent. Au point de vue moral, comme au point de vue phy- sique, les ruptures présagent une réunion sur un plan plus vaste et plus beau, La vie et le progrès se développent ainsi. Quand la divi- sion des peuples s'est produite, quand des migrations ont répandu les hommes dans les continents, bien peu de nos ancêtres soupçon- naient que tous ces débris seraient un jour mis de nouveau eu rap- ports les uns avec les autres et que la poussière vivante dispersée redeviendraïl une masse compacte, Cependant la civilisation actuelle se montre très ardente à reconstituer en Asie et en Afrique la famille humaine agrandie. Ici,où la pensée dominante est de réunir des frères séparés depuis trois siècles, comment se défendrait-on d'espérer encore une autre réconciliation, qui serait très utile à la foi, qui est indispensable à la science?

                                             Eugène TAVERNIER.

CHRONIQUE

Les ordinations anglicanes à Rome. —ChEMIN PARCOURU. — Lord Halifax & dit avec beaucoup d'indulgence, dans un de ses dis- cours, qu’à l'époque de notre rencontre à Madère, il trouva en moi « un ecclésiastique very smperfecily informed, comme c’est le cas de beaucoup d'ecclésiastiques étrangers, en ce qui se rapporte à l'Église d'Angleterre ». Je n'étais pas seulement imparfaitement informé au sujet de l'Église d'Angleterre; la vérité est que je ne la connaissais pas du tout, « comme beaucoup d’ecclésiastiques étrangers », Par rapport aux ordres anglicans en particulier, je savais ce que m'a- vaient appris quelques lectures et notre traditionnel Jean-Baptiste Bouvier. C'était peu. Aussi ma surprise fut grande lorsqu'une étude plus approfondie me montra sous des aspects inconnus et la ques- tion des Ordres et toute l'Église anglicane. Ilest probable cependant que je me serais contenté de tirer de cette étude un profit exclusivement personnel si, dès la première beurc, je n'avais pas éprouvé le désir de travailler à l’union de l'Église anglicane avec l'Église catholique. Ce désir naquit tout naturellement de mes relations avec Lord Ha- lifax. Si les dispositions et les doctrines de mon interlocuteur ne lui élaient pas personnelles, il était évident pour moi que nous étions beaucoup plus rapprochés qu'on ne le pensait généralement. D'un autre côté, grâce à la politique de paix inaugurée par Léon XIII, les circonstances étaient tout à fait propices chez nous; elles se prêtaient admirablement à des études empreintes du meilleur esprit de concilia- tion. En tout cas, il n’y avait nulle imprudence à jeter un grain de sénevé et à laisser à Dieu le soin de le faire germer et grandir. Quand deux corps ou deux individus sont séparés depuis long- temps, il est {rès difficile de trouver, mème en supposant les meil- leures intentions dans les deux corps ou dans les deux individus, le point exact qui peut servir à un rapprochement, Des deux côtés, il y a des irritabilités faciles à s'émouvoir, des craintes excessives de compromettre une position que l’on voudrait Pourtant changer, des susceptibilités ombrageuses qui mettent vite en feu unamour-propre que l’on condamne intérieurement, mais qui n'en est pas moins capable de tout gâter. Un terme mal choisi ou mal compris, une proposilion de paix sur une question que les es- prits ne sont pas encore préparés à éludier, paralyse les meilleures dispositions et empêche les intentions les plus sincères d'aboutir à des résultats. - La surtout il faut mettre en pratique le conseil très original, mais 148 REVUE ANGLO-ROMAINE

très profoud, donné par le cardinal Manning de bien jouer aux domi- res : « Si l'esprit de votre auditeur ou de votre peuple pose trois, vous devez vous-même poser trois. » Après de longues hésitations, nous crûmes, Lord Halifex et moi, que la question des Ordres offrait un très bon point de contact, et je fis paraître, sous le nom de Fernand Dalbus, mon petit travail sur les Ordinations anglicanes. La question n’était pas alors sans de graves difficultés, surtout si on l'envisageait comme point initial d'une campagne, mais elle offrait de part et d'autre de grands avan- tages. Malgré une pratique séculaire, il n'existait pas, au fond, de juge- ment irréformable. Dans les deux Églises, mêmes principes de solu- tion. De plus, l'Église anglicane ne pouvait pas être indifférente à l’é- tude impartiale d'une question qui la touchait au vif, et l'Église ca- tholique avait intérêt à vérifier si sa conduite, basée sur une juris- prudence déjà vieille, ne pouvait pas être informée par de nouvelles études basées sur des documents plus récents. Enfin, on pouvait er- trer en rapport sur cette question sans aliéner aucun des droits res- pectifs vrais ou prétendus vrais : condition indispensable pour qu'une légitime fierté ou un amour-propre puéril permette une pre- mière démarche. Le sentiment de ces avantages communs et spé- ciaux devait favoriser en les fortifiant les sincères désirs de paix qui animaient un assez grand nombre de membres des deux Églises. En France, la reprise de la discussion souleva quelque étonne- ment, Les opinions des théologiens ont bien changé depuis trois siècles, surtout à l'égard des sacrements. Et le même problème jugé il y a trois cents ans, repris de nos jours, présentera quelque surprise si ses éléments principaux dépendent des opinions théologiques. Assez rapidement, sans suivre complètement l'abbé Duchesne qui se pro- nonça pour la validité, l'ensemble de nos écrivains ne regarda pas les ordipations anglicanes comme nulles. Tous, dans nos journaux et nos revues, se mentrèrent favorables, au mouvement d'union. En Angleterre, les anglicans accueillirent nos études avec bien- veillance et une véritable charité. Le principal organe des catho- liques, le Tablet, au contraire, nous regarda un peu comme des intrus. Il soutint la nullité et prétendit que la question était jugée d’une manière irréformable. Il refusa d'admettre toute espérance et toute possibilité d'union. Ces opinions ne sont pas celles de tous les catho- liques anglais. A Rome, le Saint-Père daigna bénir et encourager le modeste auteur des Ordinalions anglicanes, et le cardinal Rampolla, dans une lettre que nos lecteurs connaissent, voulut bien approuver, d'une manière toute spéciale, la conclusion de la brochure. Depuis, la Lettre «d Anglos a dit au monde entier les sentiments pacifiques de Léon XIII vis-à-vis de l'Angleterre. Depuis, Lord Halifax, le président del’Ænglish church Union,est venu à Rome et le Saint-Père l'a béni et encouragé. CHRONIQUE 419

L'archevéque d’York a prononcé à Norwich son beau et courageux discours, Une commission, récemment nommée par Léon XIII, siège au Va- liean pour étudier la question des Ordres. Et deux membres de l’Église anglicane, le Rev. P. Puller et le Rev. Lacey sont à Rome, comme l'ont annoncé plusieurs journaux, pour donner une preuve évidente que les désirs de paix ne sont pas ane chimère dans l’Église anglicane, mais une réalité manifeste. Dieu a fait croître le grain de sénevé au delà de toute prévoyance humaine. : Le passé nous donne confiance dans l'avenir. La question des Ordres n’a été reprise en discussion que pour amener les catholiques etles anglicans à s'aborder, bien convaincus qu'une fois en rapport sur un point, des explications plus générales accompagneront ou suivront, et qu'enfin la paix en résultera. C'est notre espérance la plus chère et celle de tout cœur chrétien, c’est l'espérance, en parti- eulier, d’un grand nombre d’âmes, qui, dans l'Église anglicane comme dans l’Église catholique, prient pour l'union des deux Églises. +

                                        LE]

UNE CORRESPONDANCE pu DaiLy Cronicze. — Elle est pleine d’in- térêt cette correspondance, 8t nous la donnons en entier à nos lecteurs. . « Au moment où le canon du château Saint-Ange tonnait l'heure de midi, la commission depuis si longtemps attendue et qui doit prononcer une sentence sur les ordinations anglicanes s'assembla au Vatican, Bien que les procès-verbaux des sessions doivent un jour être livrés au public, Ïls restent secrets pour le moment. Toutefois il est possible de recueillir certaines impressions que les anglicans et les catholiques parlant la langue saglaise aimeront à connaitre. Premièrement on doit d'abord écarter l’idée d’après laquelle la commis- sion, assurément par ailleurs très importante, aurait dans ses pouvoirs la faculté d'effectuer l'union en corps. En réponse aux sollicitations suppliantes et presque tapageuses d’une multitude de prêtres et de laïques de la Haute Eglise, dont la doctrine et la liturgie se rapprochent de plus ea plus complètement de la doctrine et de laliturgie romaines, Léon XIII,le pontife généreux, impressionnable et diplomate, a convoqué cette commis- sion que préside le cardinal Camille Mazzella, le docte préfet de la congré- gation des études théologiques. Les autres membres sont le Rev. Dom Aidan Gasquet, le bénédictin anglais qui se classe aujourd'hui comme .le Lingard de la période de la Réforme ; le chanoine Moyes, le censeur théo- logique de l’archidiocèse de Westminster; le P. David Genian, un religieux franciscain érudit; l'abbé Duchesne, membre de l’Institut de France et archéologue distingué; Mgr Gasparri, professeur de droit canon à l'Uni- versité catholique de Paris; le P, Emile de Augustinis, jésuite, professeur de théologie à l'historique Collège romain; et le Rev. Thomas B.Scannell, ancien professeur au séminaire archiépiscopal de Westminster, à Old Hall Green près de Ware, maïs à présent missionnaire à Sheerness. Parmi ces personnages on peut dire que les trois premiers sont décidé- 120 REVUE ANGLO-ROMAINE ment hostiles à la validité. Il faut ajouter qu'ils représentent, le sentiment enraciné des catholiques parlant anglais de la Grande-Bretagne, de l'}r- lande, des colonies et des Etats-Unis. Mgr Gasparri et l'abbé Duchesne représentent les opinions qui ont été récemment exposées par une partie du clergé français. Le P. Scannel a été spécialement mandé par le Pape a la suite d'une série de lettres remarquables dans lesquelles il a fait des vœux pour le rejet d’une condamnation définitive. ‘ En guise de conclusion je citerai commie exprimant la note dominante de là commission, les paroles que le docteur Gasquet m'a adressées. Ilm'a dit: « Après tout, les ordinations anglicanes constituent une question purement domestique. Nous allons discuter à nouveau quelques-unes des conditions d'admission applicables aux clergymen anglicans qui dé- sirent se faire prêtres catholiques romains. Je ne nie pas que le désir merveilleux de la plénitude de la vie catholique ne soit un beau signe qui promette beaucoup; mais ce serait matière à une inquiétude sérieuse sile petit ruisseau de ceux qui reviennent à l’ancienne croyance était arrêté soit par inadvertance, soit intentionnellement, par de fantasques assurances qui, pour le moment, ne reposent sur aucune base solide. »

Rendre les nuances est bien la chose la plus difficile au monde, pour un peintre, un sculpteur ou un écrivain, pour un artiste quel- conque. L'écrivain y arrive difficilement, et quand il parvient à réaliser son idéal, il le doit presque toujours à l'emploi si diffiile des épithètes, des adjectifs qualificatifs. Notre correspondant est un maître en cet exercice : il obtient vraiment des effets merveilleux par le rapprochement, l’adjonction ou la suppression de ses épithètes. Une simple remarque : pourquoi ne nous dit-il pasles idées que représente le P. de Augustinis dans la commission? Est-il du côté de l'abbé Duchesne l'archéologue distingué, ou du côté du Rev. Dom Aidan Gasquet, le bénédictin anglais qui se ciasse aujourd’hui comme le Lingard da la période de la Réforme? Le correspondant n'ignore pas ce délail, lui qui a reçu les confidences de Dom Gasquet.

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EXTRAIT D'UNE LETTRE ADRESSÉE AU TABLET. a... Je doute que MM. Gasparri et Boudinbon puissent rendre de grands services à M. Lacey. Ce sont des écrivains tout à fait inconnus, dont la science au sujet de la Réforme est pour le moins limitée et dont les opinions ue jettent aucune nouvelle lumière sur les principes qui doivent décider de la validité du rite sacramentel. Dans un tribunal aueun avocat ne s'aventurerait à citer les opinions d'un légiste inconnu de pro- vince, auteur de pamphlets, comme jetant de nouvelles lumières sur des principes de la loi anglaise, déjà déterminés par Blakstone, Lyttletone et d'autres hommes de cette valeur. De même dans les écoles théologiques. Nous connaissons saint Thomas, nous connaissons Scot, nous connais- sons Suarez, nous connaissons Lugo ; mais qui sont ces nouvelles lumières qui vont renverser les premiers principes posés par les grands maitres des écoles? Jusqu'à ce que leurs noms aient êté mis en relief par nos amis anglicans, je suppose qu'aucun professeur ordinaire n'en avait entendu parler, ni ne s'inquiétait de connaitre leurs opinions. » —X,Y.7, - CRRONIQUE . " A2 Oh!la jolie-manière de dire des choses aimables ! mais passons sur la forme... Ainsi, d'après X. Y. Z., les professeurs de théolo- gie, en Angleterre, n ‘avaient jamais entendu parler de Mgr Gaspari, ni de son traité de Matrimonio, ni de son traité de Swcra Ordinatione. Cest une pure calomnie, j' imagine: car, sans cela, ces messieurs seraient bien moins au courant de la littérature théologique que leurs« amis anglicans ». Mais, pour sûr, X. Y. Z. se trompe au sujet de M. l'abbé Boudinhon. Ce dernier est connu chez Îles catholiques anglais, il est même très connu au Tablet; que X. Y. Z. se donne la peine de consulter la collection de cet estimable recueil, el il trou- vers, en particulier au sujet d’une brochure d'un certain Dalbus, des jugements très sympathiques, accompagnés d'épithètes fort louangeuses, et parfaitement méritées, à l'adresse de l’éminent pro- fesseur de l’Institut catholique de Paris. — F.P.

Une lettre de l'archevêque d'York.—$Sa Grâce l'archevêque d'York vient d'adresser au Rev. P. Puller, au sujel de son remar- quable travail : Les ordinations anglicanes et le Sacrifice de la Messe, la lettre suivante :

                                            Ce 30 mars 1896.
      Cher Père Puller,

J'ai lu avec un intérêt profond les articles que vous avez publiés dans la Revua Anglo- Romaine. La question des Ordres de l’Église d'Angleterre a réveillé tout ré- cemment chez nous, comme à l'étranger, une attention spéciale; et il était important qu'un tel sujet fût traité avec les savantes recher- ches que vous y avez apportées. Vous montrez très clairement, en tant que vous traitez la question, qu'il n'y a absolument rien qui fasse défaut à la validité complète de os ordinations. Je remarque que des théologiens et historiens éminents de l'Église Romaine, dans des travaux récents, ont exprimé des opinions plus en accord avec les nôtres sur ce sujet, que ce n'a été jusqu'ici l'habi- tude des écrivains romains. Quelques-uns se sont déclarés convaincus de la validité de nos crdinations. D’autres, bien qu’admettant qu’on ne peut plus soutenir plusieurs des anciennes objections, s'appuient encore sur deux dé- fauts supposés — c'est-à-dire l’omission de la porrectio instrumeniorum, et l'absence qu'on allègue d’une vraie intenlion, le résultat du manque de croyance qu'on nous prête dans le Sacrifice Eucharis- tique, IL'est impossible de regarder ces deux points comme d'une impor- 132 REVUE ANGLO-ROMAINE

tance sérieuse : ‘le premier était une cérémonie inçgonnue à l’Église primilive, aussi bien qu'aux premiers siècles, durant lesquels on ne peut supposer que la validité des ordinations fût douteuse.

moyen de ces articles d'une si grande valeur, vous avez rendus à l'Église d'Angleterre, ainsi qu'à la cause dela vérité elle-même. Soyez assuré de mes prières, et croyez-moi, cher Père Puller, Très fidèlement à vous en N.-S. J.-C.

                                                            WiLLEM., Æbor,

La semaine sainte et la fôte pascale dans les églises anglioanes. — Le Church Times consacre près de quatorze colonnes à la description des cérémonies qui ont eu lieu, ces jours derniers, dans les différentes églises du culte anglican, Le Book of Common Prayer ne prescrit aucun office propre à la semaine sainte et à la fête

! Voyez Tournely (de Sacr. qu. vi. a 4) cité comme donnant la doctrine de l'Eglise dans ie Dictionnaire catholique, ayant l'imprimatur du feu cardinal Manning : « Quelle que soit l’opinion d’un homme sur le sacrement, son effet et son but, ou sur l'Eglise elle-méme, qu'il rejette toutes ces choses ou qu'il les admeite, cola ne fait aucune différence quant à la substance du sacrement». « Iln’est pas nécessaire qu'il ait l'intention de produire l'effet du sacrement, ou d’administrer le rite de l'Eglise comme sacrement, ou même de faire ce que fait l'Eglise Catholique et Romaine, il suffit qu'il ait une intention générale de faire ce que veut faire l'Eglise, quelles que soient ses idées sur l'Eglise, le sacrement, les effets et lesobjets du sacrementin CHRONIQUE 13

pascale: outre les épitres et les évangiles de l'office quotidien de l'Eucharistie, la préface pascale, une antienne pour le jour de Pâques, il propose seulement des psaumes et chapitres pour les oflices du matin et du soir. Pendant trois cents ans le fidèle anglican se conten- lit de ce que lui prescrivait son Prayer Book. S'il était pieux, il faisait la communion le vendredi-saint, sans qu'il se doutât que t'était contraire à l’usage chrétien. Mais on a changé tout cela, À l'exception des églises métropolitaines et de celles de la Zæe Church, la Sainte Communion n’est pas célébrée le vendredi-saint. Pendant longtemps la question a passionné le clergé anglican ; mais le désir de se rapprocher de l'usage catholique a pris le dessus, quoi- qu'on ne prétende pas encore offrir la messe des Présanetifiés, ce qui entraînerait des difficultés pour une Eglise qui n’est paslihre de eon- server les Saintes Espèces. La dévotion tout à fait « italienne » de la méditation des Sept paroles de Notre-Seigneur commence à 8e géné- raliser, mème dans les cathédrales. Cette année, elle a eu lieu pour la première fois dans l’abbaye de Westminster, en dépit de la protesta- tion énergique que lanca tout dernièrement contre cette dévotion le D Farrar, de la même abbaye. On fait le chemin de la croix dans beaucoup d’églises paroissiales, on le fait même quelquefois en plein air, et la foule est toujours respectueuse. L'office de Ténèbres n'est pas inconnu chez les anglicans, et on nous cite une église Saint- Cuthbert, Philbeach-Gardens, où l'on fit pour la première fois l'ado- ration de la Croix. La formule de l'office est assez bien connue des Anglicans sous le nom de «the reproaches » ; seulement on ne fait pas d'ordinaire l’adoration de la Croix. Le Church Times est d'avis que pour le plus grand nombre des Anglais cette cérémonie ne serait pas édifiante. Le plus grand nombre des Anglais n'étant pas catholiques, nous donnons raison au Church Times. La presse séculière fait remar- quer que l'observation du vendredi-saint est d'un usage toujours croissant. Si cela est vrai,ce que nous avons lieu de croire, ne serait. ce pas dù en grande partie aux Ritualistes? La fête pascale a été célébrée d'une manière très édifiante en ville et en province. Partout on se rapproche de l'idéal catholique; la célébration de l'office de la Communion devient d'un usage chaque jour plus fréquent, et les communiants sont plus nombreux. Les églises Low Church, qui se tiennent en dehors du mouvement, n’en subissent pas moins le contre-coup, car on ne les fréquente plus guère. Le puritanisme disparait de plus en plus, on voit que son rôle touche à sa fin. Ne serait-ce pas là un signe que l'Angleterre est à la veille de revenir à l'unité catholique? Nul ne le sait, mais nul ne pourrait affirmer le contraire. « Non est vestrum nosse lempora vel momenta quæ Paler posuit in sua potestate n (Act. 1, 7). À nous donc de prier et de travailler! LIVRES ET REVUES

                        Pazz MazL MAGAZINE

Dans le Pal! Mall Magazine du 4° avril, Lord Halifax répond à cette questionsisouvent posée: La réunion chrétienne est-elle possible? Nos lec- teurs nous sauront gré de reproduire les principaux passages de ce remarquable article,

La réunion chrétienne est-elle possible? C'est là une question que ne devrait pouvoir se poser aucun de ceux qui croient au christianisme. Mais puisque la question est posée, et cela personne n’en peut douter, avec une parfaite bonne foi, je vais essayer d’y répondre et d'exprimer les sentiments de ceux qui croient que la Réunion est non seulement possible, mais réali- sable, qu'eile n’est pas seulement une pieuse aspiration, mais un but en vue duquel il faut travailler avec la force que donne l'espérance qui a foi au succès, Tout d’abord, que signifie ce terme : Réunion chrétienne? Si l’on entend par lé une réunion visible de tous ceux qui portent le titre de chrétiens, dans ce cas, hien que nous n'osions pas dire qu'un but si élevé soitimpossible à atteindre, nous pourrions cependantdifficilementle regarder comme pratiquement réalisable à l'heure actuelle. Il y a toujours parmi les chrétiens des gens que, sans leur faire injure, j'appellerai excentriques, gens d'un individualisme exagéré, qui ne peuvent pas ou ne veulent pas marcher de front avec les autres, qui, si leur excentricité les mène à sacri- fier des vérités fondamentales, sont,à bon droit, appelés hérétiques, et qui, même sans ençourir ce reproche, se trouveront souvent dans une position d'isolement au point de vue religieux. Nous avons des raisons de nous attendre à ce que ce qui s'est toujours produit dans le passé se reproduise encore dans l'avenir; aussi, laissons-nous les gens de cette sorte hors de compte lorsque nous parlons de réunion. Le nombre peut s’accroîitre, et même d'une manière notable, à l'heure actuelle, en raison de cette idée très couramment répandue que l'union visible de tous les chrétiens en une seule Église n'est pas mème désirable, qu'une telle union n'était nullement dans les desseins de Notre-Seigneur et qu'elle ne constitue pas un des caractères du christianisme parfait. Ceux-là, tout en les respectant profondément, tout en admirant sincère- ment les services qu'ils rendent à la cause du triomphe des principes reli- gieux dans la conduite, tout en reconnaissant du fond du cœur leur véri- table caractère chrétien, nous sommes obligés de les laisser de côté lorsque nous parlons de la Réunion. Le fondement de nos espérances, la base sur laquelle nous évoluons, c'est cette croyance que nous avons que tout chrétien appartient naturelle- ment à une société unique et divinement constituée, que nous appelons LIVRES ET REVUES 4925

l'Église. Nous croyons que Nôtre-Seigneur lui-mêmé a fondé cette société, qu'il a réuni ses apôtres et ses disciples pour la former, avec mission d'aller partout,dans toute nation sous les cieux, rassembler de nouveaux disciples. Nous croyons qu'il a institué ses apôtres comme chefs de cette société, leur donnant pouvoir et autorité d' en désigner d’autres pour les remplacer. Nous croyons que les évêques de l Église sont à travers le monde les dépo- sitaires de cette autorité, et qu'ils l’exercent à la foisen commun, et indivi- duellement dans leurs diocèses respectifs. Nous croyons que tous ceux qui sont baptisés sont, par la grâce de Dieu, « ajoutés à l’Église», créés mem- bres de cette société. En conséquence, les chrétiens, nous semble-t-il, ne sont pas seulement unis par une sympathie mutuelle ou par une charité intérieure; ils sont membres d'une société organisée, et ont à marcher soigneusement dans la doctrine et les traditions de confraternité que leur ont léguées les apôtres. La Réunion chrétienne ne saurait être une union fédérale d'Églises natu- rellement séparées et indépendantes. Elle n’est pas une union artificielle dé religions incompatibles entre elles. Elle n’est pas non plus un faux sem- blant d'unité auquel on parviendrait au moyen de compromis, en taisant ou paraissant ignorer des divergences fondamentales. Ce n'est pour rien de tout cela que nous prions et que nous travaillons. Nous ne cherchons rien de nouveau. Nous cherchons seulementà réaliser d'une manière complète et évidente cette unité de l'Église, qui existe réellement, bien qu'obscurcie par des siècles de malentendus. C’est pour une unité naturelle et non arti- ficielle que nous prions, c’est pour la révèlation au monde de cette unité, dans laquelle Notre-Scigneur fonda son Église et dans laquelle elle est inté- rieurement demeurée à travers les siècles. Cela est-il donc impossible ? C'est là un mot que tous ceux quipensent que cette unité est vraiment la volonté de Dieu n'oseront pasprononcer.Maison me demande, je suppose, d'examiner la question au point de vue humain, de voir s'il n'y a aucune solution que puisse prévoir l'intelligence et que l'on puisse hâter par les moyens que suggère la prudence humaine, Je répondrai tout d'abord qu'il se manifeste de toutes parts un croissant désir d'unité. Des âmes ardentes et aimantes se demandent quelle ne serait pas la face du monde si toute la force de la foi chrétienne pouvait seulement être maniée comme par une seule main. L'idée amène le désir; lui-même fera naître la résolution. Les points de divergence qui tiennent les chrétiens séparés sont en par- tie d'ordre doctrinal, en partie d'ordre pratique. Et parmi ces derniers, il Yen a qui sont le plus matière à division et qui cependant ne demandent d'autre traitement qu'un peu de tolérance mutuelle. Quel droit en effet aurions-nous de condamner les usages des autres? Cependant, il y a certains points d'orûre pratique qu'il serait impossible de traiter seulement par la tolérance. Ils touchent d'une manière trop étroite aux principes généraux du gouvernement de l'Église. Je pren- drai comme exemple le mode de confirmation des évêques. La coutume de l'Église romaine veut, si je ne me trompe, que chaque évêque reçoive sa juridiction du Pape. Je ne parle pas de l'élection ou de la nomination du futur évêque qui est faite de diverses manières et qui, dans certains cas, est laissée presque entièrement aux mains du pouvoir civil, mais de son admission formelle à son siège, de l'acte par lequel l'autorité et la juridiction épiscopales lui sont conférées. Mais parmi les Orientaux, — et l'Église anglaise a suivi leur ligne de conduite — l’évêque reçoit sa juridic- tion des évêques voisins ou comprovinciaux, agissant soit collectivement, soit par leur métropolitain. 126 REVUE ANGLO-ROMAINE

Si cette différence de méthodes n'avait trait qu’à l'usage, nous pourrions facilement imaginer les deux modes de confirmation continuant à fonc- tionner l’un et l’autre dans une Église parfaitement unie. Mais si la méthode romaine est basée sur quelque théorie touchant la constitution de l'Église, théorie d’après laquelle l'intervention du Pontife romain est abso- lument nécessaire, la difliculté n'est pas si facilement résolue, Mais pour- quoi? Parce que, dans ce cas, la tolérance sur une question de méthode signifierait l'abandon d'un point de doctrine. Nous en arrivons au cœur même du sujet : il existe des différences de doctrine entre les diverses parties de l’Église. Est-ce là une insurnrontable barrière qui s'oppose à la réunion? 11 y en a qui pensent ainsi, reculant comme effrayés par les dimensions et la résistance apparentes de cet obstacle. Mais un examen plus attentif réduit bientôt les proportions et découvre aussi certains défauts dans la structure de l'obstacle. Tout d'abord, nous rappelons-nous suffisamment combien plus nombreux et plus importants sont les points sur lesquels nous sommes d'accord que ceux sur lesquels nous différons? Ces derniers sont plus en évidence parce qu'ils sont controversés. Ile paraissent considérables parce qu'ils sont plus couramment traités, non seulement par les controversistes, mais aussi par des professeurs qui cherchent à fortifier leurs disciples contre des objections possibles, Maistout en étant séparés par cette barrière, nous ne vivons pas dans des milieux absolument différents. Nous reposons sur cette base commune des vérités fondamentales du christianisme. Nous partons des mémes principes; nous différons surtout dans leurs applications, arrivant ainsi à des conclusions différentes; nous ne sommes pas incapables de nous comprendre mutuellement. Et cela n'est pas tout. Les obstacles qui à certains apparaissent si considérables, ne sont pas tous réels. Sans doute, certains existent; mais les autres peuvent souvent n'être qu'apparents. Une fois qu'une différence d'opinions s’est établie. le préjugé commence à faire son œuvre. Combien de nous ne peuvent-ils pas se rappeler le temps où certaines doctrines ou opinions étaient considérées comme fausses ou dangereuses, pour la simple raison qu’elles étaient associées avec l'Église romaine! Depuis, nous les avons examinées de plus près; nous nous sommes débarrassés de certains préjugés, et nous avons trouvé que ces doctrines étaient la propriété, non seulement de l'Église romaine, mais de toute l'Église catholique et, dès lors, la nôtre. Une fois de plus, les montagnes se sont abaissées. Ce qui paraissait nous diviser est devenu un trait d'union... Et maintenant que toutes ces apparences d'obstacles ont êté dissipéés et qu'une seule barrière réelle se dresse encore, nous avons à nous demander si cette barrière elle-même est après tout si solide. Elle est formée de différentes définitions en matière de foi qui ont'été exposées par les diverses parties de l’Église. Etje ne suppose pas qu'aucune de ces définitions, après avoir été officiellement adoptée et avoir longtemps fait autorité, puisse jamais être officiellement retirée. ° Ce serait détruire l'action de l'Église dans le passé et lui enlever toute autorité pour l'avenir. Mais les termes d'une définition, bien qu'on y adhère fermement, n’ont pas besoin d'être imposés à tous. L'Occident, nous pou- vous en étre sùrs, ne renoncera jamais du Filiogue, mais il n’est pas néces- saire d'imposer ce terme aux Orientaux. C’est, je crois, üne opinion qui trouve toujours plus de crédit parmi les théologiens, qu'au fond l'enseigne- ment de l'Orient et celui de l'Occident sont identiques. Si l'on tombe d'ac- cord sur ce point, les termes ne seront plus un obstacle. Je ne crois pas, je ne puis pas croire que les différentes parties d'une seule ét même Église LIVRES ET REVUES 427 enseignent réellement des doctrines diamétralement opposées, Chacune de ces doctrines peut servir comme autant de flambeaux d'une seule et même vérité; ce n’est donc pas de suppressions qu'il faut parler, mais de fusion. Des explications mutuelles seront le moyen de cette fusion. Il y a cependant certaines définitions qu'il faudra revoir, pour qu'il y ait un véritable retour à l'unité, Ce ne sont pas des définitions de foi, et d'ail- leurs elles n’ont pas cette prétention. Ce qu’elles veulent définir, c'est l’er- reur. Elles déclarent fausses les affirmations des autres. Ce sont des débris de controverse. Elles constituent les obstacles les plus sérieux à la réu- nion, mais le torrent de la charité les dissipera. Il sera peut-être difficile de les retirer, mais non pas impossible, ce serait enfantin de le dire, Mème les organisations ecclésiastiques les plus rigides et les plus inva- riables ne refuseront pas d'entendre à nouveau uné proposition condamnée, Elle fut condamnée parce qu'elle paraissait inconsistante avec la vérité. La considérer de nouveau n'est pas affaiblir la vérité ou compromettre le témoignage de l'Église. C'est demander seulement que l'on reconsidère, àla lumière de nouvelles explications, si le conflit apparent avec la vérité était vraiment réel. Les 39 articles sont pleins de définitions de ce genre. Des opinions sont condamnées, des expressions sont réprouvées. Quelques-unes de ces con- ‘lamnations et de ces réprobations sont les plus sérieux obstacles à la réu- nion. Doivent-elles demeurer telles qu'elles sont? Dans cet ordre d'idées je ne puis m'empècher de me reporter avec reconnaissance au noble ser- mor préché par l'archevèque d’York au Congrès de Norwich. Il nous mettait en garde contre l'esprit de complaisance envers nous-mèmes et nos doctrines personnelles. Il nous mettait en garde contre cette idée que nos articles sont une solution finale des querelles qui leur donnèrent nais- sance, Quelle occasion n'est-ce pas pour l'Église d'Angleterre! Elle peut donner le signal du mouvement en renonçant à ces définitions qui ne pro- clament aucune vérité, ne sauvegardent aucune doctrine, qui servent seu- lement à noter une erreur supposée qui peut-être n'existe pas et des pro- positions qui peut-être ne sont nullement en contradiction avec notre propre doctrine, Mais nous ne devons pas renoncer à notre enseignement pxitif, Nous croyons que quelque chose nous a été enseigné par Dieu lui- même, que nous percevous certaines vérités plus clairement peut-être que d’autres chrétiens et que nous leur avons donné une forme et une expression. C'est là notre honneur et notre gloire. Si nous avons beaucoup a gagner de Rome, nous croyons aussi que Rome n'est pas sans avoir beaucoup à gagner de nous. Elle peut apporter ses trésors, nous les nôtres; ils contribueront à parer et à orner la cité de Dieu. Quel sera le chef dans le retour à l'unité? Doit-il y avoir un chef évi- dent? Une union permanente peut-elle exister sans un centre unique et puissamment constitué ? Nous ignorons ce que la Providence de Dieu peut avoir en réserve pour son Église, quels dons anciens ou nouveaux elle peut tirer des trésors de sa sagesse. Mais, si je puis exprimer ma propre conviction personnelle, je dirais que la tradition de l'histoire désigne la Chaire de saint Pierre comme le centre d'unité. L'Église de Rome Possède à un degré éminent les qualifications nécessaires pour commander avec succès. Elle joint à un esprit de rigidité dans le maintien des prin- cipes établis une souplesse merveilleuse quand il s’agit de les appliquer. L'expérience accumulée des congrégations, la diplomatie traditionnelle de la Cour papale, leurs faciles dispositions à accepter le fait accom- blie rendraient ici autant de services inestimables. Je ne parle pas des qualités supérieures de foi et de patience, car j'envisage plutôt la question 128 REVUE ANGLO-ROMAINE

à un point de vue humain. Pendant des siècles l'Église de Rome a entamé à plusieurs reprises des négociations avec divers membres de l'église d'Orient. Les résultats ont été des désappointements, mais les désappoin- tements servent de leçons. Le succès du concile de Florence peut se re- nouveler et les fautes qui y furent commises peuvent être évitées, Assu- rément ce n’est pas pour rien que l’xglise romaine a acquis ces réserves d'expérience prêtes à servir quand viendra le moment d'agir. Quand k détermination qu'ont les chrétiens de chercher la paix en sera venue à son complet développement, ceux-ci trouveront à leur disposition toutes les ressources que possède le Siège apostolique dont le vénérable occupant les appelle dès maintenant à un plus grand amour, leur insuffle une plus grande énergie et leurinspire de plus grandes espérances avec cè pouvoir de la prière qui ne désespère jamais.— JIALIFAX.

Commentant ce remarquable article, le Cafhoc Times s'exprime € ces termes :

L'article de Lord Halifax s'inspire d’un esprit que les catholiques ne sauraient trop approuver. Parlant pour nous-mêmes, nous pouvons dire que nous le considérons comme une magnifique contribution sur un sujet important eutre tous. Sa Seigneurie montre, sans qu'aucun doute soit possible à cet égard, qu'Elle comprend parfaitement ce qui est demandé. Depuis la publication de la lettre du Saint-Père au peuple anglais, on a entendu des discussions sur la réunion faites par des hommes qui mécon- naissent entièrement le véritable sens de cette expression. Les idées de Lord Ilalifax sur ce point nous paraissent absolument claires; pour lui il est évident que Réunion signifie la restauration de l'unité en une seule société divinement constituée, c'est-à-dire lÉglise. Le passage dans lequel Sa Seigneurie indique le véritable centre d'unité montre qu'Élle comprend l'essence de Ia question. Lord Halifax reconnaît que des droits au commandement sont le privilège de l'Eglise catholique, qui a der- rière elle ses traditions et sa grandeur; et comme conséquence de cette première réunion, il entrevoit la possibilité d'une réunion avec l'Orient et du rétablissement de la chrétienté. Un tel but ne manquera pas d'exci- ter le zèle de tout chrétien sincère, et Lord Halifax a droit à une profonde reconnaissance pour les nobles efforts qu'il ne cesse de faire à ces fins. DOCUMENTS

CONSIDERATIO ÆQUA ET PACIFICA CONTROVERSIÆ

                      HODIERNÆ         GRAVISSIMÆ

                                     DE



            SACRAMENTO                  EUCHARISTIÆ


                               LIBER Ill

                 DE    SACRIFICIO    MISSÆ     ET   ANNEXIS



                                    { Suite)



                                1 CAP. IE.

Tiquo disquiritur, an Missa sit propitiaioriun aique eliam impetratorium Sacrificium, el quibus prodest.

  1. Missa superiori quæstione de veritate et proprietate sacrificii curporis Dominici, de quê mirificè inter se dissentiunt Romanenses, ut vidimus; sententia tamen quam multi hodie Romanenses tuentur, utut falsa sit, minimè hæreseos aut erroris impii cum fide pugnantis damnaoda; paucis de iis quæ in hujus capitis titulo præfixa sunt dis- seramus.

  2. Missam non lantüm esse sacrificium eucharisticum et latreuti- cum seu honorarium, sed etiam hilasticum seu propitiatorium sano snsu dici posse, rectè affirmant Romanenses moderatiores; non quidem ut efficiens propitiationem et remissionem peccatorum, quod sacrificio crucis proprium est; sed ut eam jam factam impetrans, quomodo oratio, cujus hoc sacrificium species est, propitiatoria dici potest, ut inquit Cassander. ? |

  3. Enchiridion Coloniense : ? ‘‘ Nemo vel primis rudinentis Chris-

tianismi imbutus, ignorat, non esse aliam satisfactionem pro peccatis

1 Pag. 460.

De Sacramento Eucharistiæ, p. 68 [fol. 106 b}.

 REVUE ANOLO-ROMAINE. == T. Il =— 9                                  -

430 REVUE ANGLO-RONAINE

quäm quæ facta est in cruce, candemque non tantüm pro nostris, sed et totius mundi peccalis sufficientissimam esse, nulläque suppletione egere, neque requiri ullam aliam hostiam, aut ullum aliud meritum, per quæ ex impiis efficiamur justi et reconciliemur Deo Patri, &c. Interim tamen omnes scire debent, neminem hujus hostiæ partici- pe fieri, nisi tantüm credentem et obtemperantem Evengelio Chris- ti, &c. Quum ergo in Missà propemodum totius Evangelii summa re- censeatur, &c. quis non videt, Deum per taiem fidem {quæ in hujus repræsentativi sacrificii celebratione, atque adeo ejusdem corporis pro nobis passi manducatione vel maximè exercetur) beneficium Christi Filii sui suis fidelibus applicare”? éc. ”

  1. Joan. Barnesius : ! ‘* Capiendo ” +è ‘ sacrificium passivè, pro sacrificato noviter applicato nobis, rectè asseritur sacrificium Missæ, quia in eâ continetur corpus Christi, quod fuit verè sacrificatum in unico illo sacrificio Crucis, quo alia omnia sacrificia consummavit. ” Imb, plurimi Romanenses dicunt, sacrificium hoc non tantüm re- præsentativum et commemoralivum esse, sed etiam applicatorium, propitiationis scilicet quæ semel in cruce sufficienter facta est, et eate- nus propitiatorium sacrilicium rectè dici posse; Antididagma Cole- niense, Wicelius, Sidonius et authores libri ‘ Interim ” dicti.

  2. Gul. Estius : * ‘ Quod autem negat Apostolus, Christum sæpius offerre seipsum, de eà dicit oblatione quæ per se valeat ad propitian- dum Deum ; qualis sola est illa, quä seipsum obtulit in cruce, ab hac enim sicuti alia sacramenla, sic et Missæ sacrificium vim suam omnent recipit. ” Vide eundem in capite 40 ejusdem epistolæ. Et omnes saniores Romanenses, quameunque tueantur sententiam de modo veræ et realis præsentiæ corporis Christi in Eucharistià, agnoscunt obationem sacrificii Missæ incruentam, ab ill& unà cruentä, quæ facla est in cruce, omnem suain vim et efticaciam haurire, perinde ut sacramenta Novi Testamenti.

  3. Loca Patrum huic sententiæ confirmandæ adduci salila, videan- tur apud alios plurimos qui prolixiùs hisce de rebus seribunt.

  4. Quod ad Protestantes attinet, audiatur Jo. Barclaius : * ‘ Dici- mus ” (Romanenses scilicet) ‘* Eucharistiæ celebrationem esse sacri- ficium verè, proprië, propitiatorium. Vos ” (Protestantes) ‘ negatis. aut potius quidaru ex vestris: nobis enim, saltem lacitè, eruditiore: consentiunt. Is Casaubonus, paucis ante obitum mensibus, in Sere- nissimi Brilanniarum Regis triclinio erat. Ego illi colloquebar, et alius præterea non Catholicus homo, Aulicus, adhuc hodie in regis familiâ; et quem, si opus, facilihnè indicem. Tunc igitur, ut sermo inciderat, contingit de Eucharistià inter nos agi; quam ego dum pre- pugno: ‘ Nihil,’ inquit Casaubonus, ‘ opus est ut labores; sponte profiteor, et ex Ecciesiæ antiquæ ritibus constare contendo, Eucha-

! Ubi supra [p. 91]. #Ine. 9 ad Heb., v. 25.

In sua Paræesi ote. lib. 2 c. 2, p. 251, 259 [p. 192].

LIB. III DE EUCHARISTIA 431

risliam esse sacrificium: Nec sacrificium modè laudis, ut plurimi nostrüm volunt, sed sacrificium propitiatorium, sacrificium [Aactixév. Hæec ipsius verba fuere : ita geminà linguä, cujus generis hoc sacrifi- cum censeret, exposuit. Gaudio ego perfundi ; ille alter, qui tertius colloquio aderat, ita sentientem vehementer mirari; et ver plus hac voce se perculsum asserere, quäm centum Papistarum argumen- tis. Potest ille veritati testimonium perhibere; vivit enim, et est cum Rege assiduus. Catholicus autem adeo nunquam fuit, nt timeri non possit, ne ex composito, illä fraude nos juvet. ” Hæec ille.

8 Ad locum hunc Barclaii nihil aliud respondet M. Casauboni filius ! quam : Ad locum Barclaii quod attinet ubi dicit, Casaubonum in Aulà Regis Serenissimi asseruisse, Eucharistiam esse sacrificium propitiatorium, sacrificium fAzonxèv”, multa possent responderi {ne de Barclaïi fide dubitem) ex Patrum sententiä, quæ non sunt hujus loci.”

  1. Amandus Polanus, scriptor alioqui rigidissimus: * ‘* [taque "

Cœne Domini est sacriticium, tum eucharisticum tum propitiatorium : eucharisticum quidem proprium, quatenus in ejus usu gratias Deo agimus, quod nos à servitute et pœnâ peccati in libertatem asserere dignatus est per Filium unigenitum: propitiatorium vero aliquo modo, quatenus unici illius sacrificii verè propitiatorii memoriam in eo serio frequentare jubemur, quod Filius Dei à Patre missus ipse in proprià person semel pro nobis obtulit. ”

  1. Bucerus : * ‘ Cyprianus in antepositis verbis inquit, ‘ Nos- trum sacrificium esse Christum : ” Item,‘ passionem ejus esse nos- trum sacrificium, quod in sacrà ” ” Cœnà ‘‘ ‘ offeramus. * At quoniam alio modo ” non possunt sacerdotes passionem Chrisii, et Dominum ipsum offerre, ‘ quäm passionem illius, ac fructum qui ex e4 enatus est, &c. annunciando et prædicando, Deumque Patrem per ipsum pro omnibus istis acceptis beneficiis dignä gratiarum actione lau- dando et celebrando, denique orando, ut passionem et resurrectionem dilecti Filii sui in nobis efficacem reddat, ut quotidie peccatum mor- tificemus, novam vero ac divinam ” vitam ‘‘ in nobis provehamus ac confirmemus, &c. Hoc est memoriam ejus sicut præcepit celebrare, mortemque ipsius annunciare, &c. ”

  2. Græci [Venctiis viventes] &c. ad quæstionem 4 Cardinalis Gui- sani: ** Quale sacrificium hoc esse statuunt? actionisne gratiarum, an pro peccatis expiatorium ? ” sic respondent: *‘ Divinum hoe sacrum ” propriè ‘‘ expiatorium et gratiarum actionis dicitur. ‘ Citant Cabasilam : * Basilium : ‘‘‘ Da, Domine, ut pro peccatis nostris et hujusce populi ignorationibus sacrum hoc nostrum sit acceptum,

Ÿ In pietate contra [maledicos Patrii nominis hostes]. p. 78.

Symph. Cathal. c. 17 Th. 3 in declarations Theseos.

In Defens. Reform. [D. Hermann}, etc. c. 84, p. 275. VP. 200. °C. 52 [t. 2, p. 269 Bib. Pat. 1624. 5 In Liturg. 132 REVUE ANGLO-ROMAINE

tibique gratum. ” Et rursus: ‘* Fac nos idoneos, ut citra condemna- tionem hæc immaculata vivificaque mysteria participemus ad remis- sionem delictorum, et Spiritüs Sancti communionem. ” Simili preca- tione utitur Chrysostomus in suâ Hierurgiä. Hæc illi.

  1. Sacrificium autem hoc Cœn&æ non soläm propitiatorium esse, ac pro peccatorum quæ à nobis quotidie committuntur remissione offerri posse modo prædicto corpus Dominicum, sed etiam esse impe- tratorium omnis generis benefciorum, ac pro iis etiam ritè offerri, licèt Scripturæ disertè et expressè non dicant, Patres tamen unanimi consensu Scripturas sic intellexerunt, quemadmodum ab aliis fusè demonstratum est; et Liturgiæ omnes veteres, non semel inter offe- rendum, orandum præcipiunt pro pace, pro copià fructuum, et pro aliis id genus temporalibus beneficiis, ut nemini ignotum est.

  2. Francisc. Whiteus, Episcopus nunc Eliensis : ! ‘* Quod ad nomen sacrificii attinet, Ecclesia Anglicana idem attribuit S. Eucharistiæ, neque solüm ratione quarundam piarum actionum illi annexarum, ut precum, gratiarum actionis, eleemosynarum, &c. Sed et ratione Eucharistiæ ipsius, in quA: 1. externa elements panis et vini, ‘ perci- pientia vocationem Dei, ” &c. (ut loquitur Irenæus *) consecrantur et ad Domini cultum deputantur, &c. et instrumenta gratiæ hominibus exhibendæ efficiuntur. 2. Corpus et sanguis Christi, præsentia animæ ” (nimis jejunè hoc dictum) ‘‘ fide et pietate Pastoris et populi qui hæc mysteria percipiunt, Deo offeruntur et sistuntur, cum pià supplica- tione, ut propter illorum meritum, gratiam et remissionem peccato- rum atque alia beneficia, illis largiri dignari velit. ”

  3. Hieron. Zanchius * de sacerdotio Christi disserens : ‘ Quod si quis, ” inquit, ‘ sacrificium hoc de quo dictum est, hilasticum, à totà Ecclesià, aut etiam per ipsum (ut vocant) sacerdotem, totius Ecclesiæ nomine, in publico cœtu, hoc sensu Deo offerri dicat, nimirum quod quisque hoc solo Christi sacrificio, semel pro peccatis nostris Patri oblato, contentus, in eo totus acquiescat, atque ita Patrem precetur, ut hoc unicum sacrificium, cujus publica commemoratio tum verbis, tum ritibus in Cœnä Domini celebratur, loco omnium oblationum, satisfactionum, operum, et omnium denique earum rerum, quæ ad peccatorum nostrorum expiationem, æternamque salutem necessariæ excogitari ab homine possunt, acceptum habeat; cum hoc nos minimè altercabimur. Nam ad rem ipsam quod attinet, quis hæc improbare queat? In hujusmodi etenim sacrificii oblatione, summa Christianæ pietatis consistit: Sed longè aliter vulgo in Pontificaiu doceri consuevit ‘ (sed non nisi ab indoctioribus). ‘ Faxit ergo Deus, ut idem sentiamus omnes et consentaneë cum Sacris Literis loquamur. ” Hæc ille, videaturetiam Rich. Fieldus 4.

1 In Orthod. Fidei, etc., explanatione, etc. [The Way to the Church., etc.}, p- 338, 339. 2L. 4, c. 94. 8 In c. # ad Ephes. 4 HIT de Eccel. in Append. [Of the Church], p. 200 et seq. LIB. 1j DE EUCHARISTIA 433

15.“ Cùm” autem ‘‘ hæc victima, ” ut Cassandri verbis ‘ utar, ‘*semel oblata sit pro communi totius orbis salute, tam vivorum quäm mortuorum, et ad eem salutem quotidie efficiendam, perpe- tuam virtutem obtineat, nihil est absurdi, si in sacrâ hac actione pro vivis et mortuis et communi omnium salute offerri dicatur : quando non solùm pro iis oblata commemoratur : verùm etiam solenni prece pro iis omnibus efficax et salutaris esse postulatur. ltaque hoc modo sacrificare, est preces et gratiarum actiones, ad impetrandam virtu- em propositæ illius perennis victimæ Deo Patri offerre. ” Hoc comprobari posset plurimis Patrum testimoniis. Sed videan- tur hic alii qui hisce de rebus prolixiès scribunt. Nos in re certä et clerâ diutius immorari nolumus. Quod autem ad extrahendas defunctorum animas è flammis purga- torii sacrificia missarum exiguntur, et quidem sæpè repetita; otioso- rum hominum et simplicitate populorum ad quæstum suum malè abutentium, commentum est. Longè alios ob fines oratum et obla- tum pro mortuis in veteri Ecclesiä, ut contra Romanenses fusè osten- dimus, quum de purgatorio et cratione pro defunctis ageremus. Adisis tractatum ipsum. Non leviter hic peccatur à multis tum Roma- nensibus tum Protestantibus. Extrema vitanda sunt, verilas quæ in medio sita amplectenda.

  1. Perperam ‘‘ Scholasticis Doctoribus ” aliisque multis Roma- nensibus ‘‘ affingitur, quasi docuerint, ” et adhuc doceant, ‘ opus sacerdotis in MissA valere coram Deo ex opere operato, sine bono motu utentis, sineque opere operantis; hoc est, etiamsi necsacerdos, nec populus, suum opus, hoc est, veram fidem, adjungat. ” Utut esim crassus isle error in nimis magné indoctiorum sacerdotum et vulgi parte altas radices egerit; docent tamen doctiores omnes Sacram Cœnam juxta institutionem Christi administratam, per se bonum ac salutiferum opus esse omnibus, qui e4& ritè utuntur; etiamsi sacerdos omni fide destitutus sit ”, propter Christi institu- tionem, unde hujus et omnium sacramentorum efficacia potissimüm dependet; nihilominus, ‘ sumentem ‘ judicium sibi sumere, ” ? quando sine proprio opere operantis, hoc est, opere veræ fidei suæ, opus operatum, quamvis juxta mandatum et inslitutionem Domini peractum, usurpat, vel ejus se participem reddit, ” ut reciè M. Buce- rus à, Vide Cassandri Consultationem : + ‘* Uno ore, ” inquit, ‘’ omnes hodie Ecclesiastici scriplores clamant, falso Ecclesiam ” {(Romanam) ‘‘ accusari, quod doceat, Missæ actionem ex opere ope- rato, hoc est, ex opere externo, quatenus id à sacerdote fit, mereri aliis remissionem peccatorum, pro quibus applicatur: sed hoc tan- tümmodo docent, corpus et sanguinem Christi, quæ in hac sacrâ

In Consult. {p. 1000]. $ I ad Cor. c. 14. 3 In Defons. Christ. Reform, etc. c. 401 [p. 437,138]. L'Art. 24 [p. 991]. 434 REVUE ANGLO-ROMAINE

actione religiosà commemoratione offeruntur, ct fidelibus dispensan- tur, ex panis et vini substantiis consecrari, et virtutem sanctificandi obtinere, non ex opere operantis, id est, dignitate et merito cele- brantis ministri; sed ex opere operato, hoc est, et ordinatione et pacto ipsius Christi, hanc sacram actionem instituentis. Itaque sacer- dotis actionem, tanquam ministri, quæ in solà sacramentorum cele- bratione et humili supplicatione, et gratiarum actione consistit, eo tantüm valere : ut virtus et gratia, quæ corpori et sanguini Christi pro nobis semel immolati perpetuo inest, iis, qui ad eam suscipien- dam apti et dispositi sunt, applicetur et tribuatur. ” Plurima alia in eandem sententiam ibidem legere est, citata ex Enchiridio Christianæ Institutionis aliisque, ad depellendam calumniam falsæ illius fiduciæ de opere operato, quæ tam odiosè universæ Ecclesiæ Romanæ docio-

                                                                       mm.

ribus objicitur. Lege Authorem.

                                                                       -
  1. Quod toties hoc capite sacrificium quod in cœnû peragitur, non tantüm Eucharisticum esse, sed etiam sano sensu propitiato- rium, et plurimis non solüm viventibus, sed etiam defunctis prodesse, quomodo scilicet cratio, cujus hoc sacrificium species est, propitis- toria, &c. dici potest (ut loquitur Cassander) confirmat Bellarminns ipse: ! ‘ Sacrificium, ” inquit, ‘“ simile est orationi, quod attinet ad efficientiam : oratio enim non solùm prodet oranti, sed etiam iis, pro quibus oratur. Unde manducatio Eucharistiæ, quæ fit à sacerdote, ut est Sacramenti susceptio, soli sumenti prodesi; ut autem est sacri- ficii consummetio, prodest illis omnibus, pro quibus oblatum est sacrificium. ”

                        Soit DEo GLonta.
    

11H de Missa, c. 5 [$ Resp. Multum]. ORDO ADMINISTRANDI CŒNAM DOMINICAM

                                SIVE



          SACRAM            COMMUNIONEM‘

Quotquot cumunt pe lipes fieri Sacræ Communionis indicent nomina sua Parocho, aliqua sallem hora dei præcedentis. Siquis autem eorum fueril mantfeste criminosus, vel verbis aut facto proxt- mum injuria affecerit, el Populus eo offensus fuerit; Parochus, ejus rei certior factus, advocet eum el commonafaciat ne ullo modo audeal accedere ad Mensam Domini, donec se pravam vilam suam revera pœænilenter cor- rexisse, el um Populo quem offenderit, tun illis quos injuria affecerit, satisfecisse ostenderit; vel ad minimum se hoc quam primum commode fieri possit facturium professus fuerit. Focdem modo eos etiam admoneat Parochus quos inter se simullales et odia habere intelligat; nec 608, donec invicem reconciliatos esse certo scial, per- miltat Mensæ Domini fieri parlicipes. Quorun si aller animo lubenti omnem injursam stbi factam alteri condonare velit, et ipse satisfacere pro 6 quod inique feceril; aller vero, ul cum ille in gratiam, prout Chrisita- num decet, rédeat, non adducs possit, sed in malilia sua perseveret obati- natus : tum Parochus pœnitentem admittat ad Sacram Communionem, perlinacem vero ab eadem arceat, Proviso semper, quod omnis Parochus, #iquos ila arceat, ut in hoc vel in præcedenti lgusce Rubricæ capitulo præscriptum est, ante quatuordecim dies exactes lolain rem ezponat Ordi- nano, qui cum reo secundum Canonem lege agei. Mensa, mundo linteamine albi coloris ei in lempore Communionis superpo- sito,in medio Ecclasiæ stlet, aut in Choro, ubi Preces Matutinæ et Vesper- linæ sunt dicendæ. Et Sacerdos, stans ai septentrionale Mensæ lotus, dicat Orationem Dominicam, cum Oratione sequenti, popule genuflero.

PATER noster, qui es in cælis, Sanctiticetur Somen iuum. Adveniat regoum tuum. Fiat voluntas tua, Sicut in cœlo, et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Et dimitte nobis debila nostra, Sieut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducasin ten- tationem; Sed libera nos à malo. Amen.

                               Uratio.

Owxipotens Deus, cui omne cor patet et omnis voluntas loquitur, et quem nullum latet secretum : Purifica per infusionem Sancti Spi-

‘Extrait du Liber Precum publicarum Ecclesiæ anglicanæ. (Ed. Longmans, 1890.) 4136 REVUE ANGLO-ROMAINE ritus cogitationes cordis nostri, ut te perfecte diligere, et sanctum Nomen tuum digne laudare mereamur; per Christum Dominum nos- trum. Amen.

Tum Sacerdos, ad populum conversus, DECEM MANDATA clarè reritet; populus autem, genibus fleris, post unumquodque Mandatum a Deo indul- gentiam pro viclalione ejusdem lempore præterito, el graliam qua td obser- vent in future, in hkunc modum postulet.

Minister. Locutus est Deus cunctos sermones hos : Ego sum Domi- aus Deus tuus : non habebis Deos alienos coram me. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Non facies tibi sculptile, neque omnem similitudinem quæ est in cœlo desuper, et quæ in terra decrsum, nec eorum que sunt in aquis sub terra. Non adorabis ea, neque coles: Ego sum Dominus Deus tuus fortis, zelotes, visitans iniquitatem patrumin filios,'in tertiam et quartam generalionem eorum qui oderunt me, et faciens misericordiam in millia his qui diligunt me, et custodiunt præcepta mea. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Non assumes Nomen Domini Dei tui in vanum : nec enim habebit insontem Dominus eum qui assumpserit Nomen Domini Dei sui frustra. | Populus. Domine, iniserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Memento ut diem Sabbati sanctifices. Sex diebus opera- beris, et facies omnia opera tua; seplimo autem die Sabbatum Domini Dei tui est. Non facies omne opus in eo, tu, et filius tuus, et filie tua, servus tuus, et ancilla tua, jumentum tuum, et advena qui est intra portas tuas. Sex enim diebus fecit Dominus cæœlum et ter- ram, et mare, et omnia quæ in eis sunt, et requievit in die septimo; idcirco benedixit Dominus diei Sabbali, et sanctificavit eum. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Honora patrem tuum et matrem tuam; ut sis longævus super terram, quam Dominus Deus tuus dabit tibi. Pepulus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. Minister. Non occides. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc leger inclina. Minister. Non mæchaberis. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam henc legem inclina. Minister. Non furtum facies. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam hanc legem inclina. ORDO SACRÆ COMMUNIONIS 437

Minister. Non loqueris contra proximum tuum falsum testimo- nium. Populus. Domine, miserere nostri, et corda nostra ad servandam banc legem inclina. Minister. Non concupisces domum proximi tui, nec desiderabis uxorem ejus, non servum, non ancillam, non bovem, non asinum, nec omnia quæ illius sunt. Populus. Domine, miserere nostri, et has omnes leges tuas in cor- dibus nostris, quæsumus, inseribas. Deinde sequatur altera ex hisce duabus orationibus pro Regina, Sacerdote slante ut antea el dicente :

                            Oremus.

OnuniporTens Deus, cujus regnum est æternum, et potentia infinita; Miserere universæ Ecclesiæ; et sic dirige cor electæ famulæ tuæ Vic- toriæ, Reginæ et gubernatricis nostræ, ut cognoscat se esse minis- trum tuum, et ante omnia quærat gloriam et honorem tuum : et ut nos omnesque ejus subditi, agnoscentes, ut decet, eam a te habere imperium, fideliter ei serviamus, eam honoremus, et ipsi humiliter obsequamur, in te et propter te, juxta præcepium et ordinationem tuam; per Jesurn Christum Dominum nostrum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

                              Sive. .

OuniPOTENS sempiterne Deus, in cujus verbo sancto docemur corda Regum in manibus tuis esse gubernanda, et a te proutdivinæ sapien- tiæ tuæ visum sit disponi et inclinari : Supplices te rogamus ut cor Victoriæ famulæ tuæ, Reginæ et gubernatricis nostræ, ita disponas et gubernes, ut in omnibus suis cogitationibus, verbis, et operibus, tüum honorem et gloriam semper quærat, et populum tuum curæ suæ commissum in prosperitate, pace, et pietate custodire studeat: Hoc præsla, misericors Pater, propter dilectum Filium tuum Jesum Chris- tum Dominum nostrum. Amen.

Beinde dicatur Oratio de die. Et post eam statim Epistolam legat Sacerdos, duens, Epistola [Sive Portio Scripturæ pro Epistola assignata] scripta estin Capitulo—— et incipit ad Versum-—— finit Epistola, dicat, Hic explicit Epistola. Deinde, (popule universo 2e erigente.) legat Evan- gelium, dicens, Sanctum Evangelium scriptum est in Capitulo—— et incipit ad Versum—— Finso Evangehio, cantetur vel dicatur hoc sequens Symbolum, populo adhue stante, ut antea.

Creno in unum Deum, Patrem Omnipotentem, Factorem cœli et terræ, Atque visibilium omnium et invisibilium : Et in unum Dominum Jesum Christum, Filium Dei unigenitum, Et ex Patre natum ante omnia sæcula, Deum de Deo, Lumen de Lumine, Deum verum de Deo vero, Genitum, non factum, Consubstantialem Palri : Per quem omnia facta sunt, Qui propter nos homines, et prop- 158 REVUE ANGLO-ROMAINE

ter nostram salutem, descendit de cœlis, Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, Et homo factus est, Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato. Passus et sepultus est, Et resurrexit tertia die secundum Scripturas, Et ascendit in cœlum, Sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria, judicare vivos et mortuos: Cujus regni non erit finis. Etin Spiritum Sanctum, Dominum et Vivifticantem, Qui ex Patre Filioque procedit, Qui cum Patre et Filio simul adoratur et conglori- ficatur, Qui locutus est per Prophetas. Et unam Catholicam et Apos- tolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem pecca- lorum, Et exspecto Resurrectionem mortuorum, Et vitam venturi sæculi, Amen.

Tune Parochus annuntiel popule ea quæ Hebdomade sequenti observanda sint Festa aut Jejunia. Tune eliam, si occasio erit, Communio indicetur celebranda : Denuntiationes fiant de conjungendis $n matrimonio : Breria eliam, Oitationes, et Excommunicationes perlegantur. Nail autem in Ecclesia, tempore Offici Divini, promulgelur vel edicatur, nist a Minis- tro; nec ab eo quidquam nisi quod in hujusce Libri Regulis præscriptum sit, aut Reginæ, vel Ordinari Lori, auctoritate sancitum. Deinde sequatur Concio, aut una ex Homilits auctoritate vel jam editis vel posthac alendis. Postes Sarerdos, ad Mensam Domini reversus, inripiat Offertorium, unam vel plures dicens ex hisce sequentibus Senlentiis, proul ejus arbitrio visum Juerit.

Sic luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opera vestra bona, et glorificent Patrem vestrum qui in cœlis est. S. Matt. v. 46. Nolite thesaurizare vobis thesauros in terra; ubi ærugo et tinea demolitur, et ubi fures effodiunt et furantur : thesaurizale autem vobis thesauros in cœlo : ubi neque erUE0 nec tinea demolitur, et ubi fures non effodiunt nec furantur. S. Matt. vi. 19, 20. Omnia quæ vultis ut faciant vobis homines, et vos facite illis : hæe est enim Lex et Prophetæ. S. Matt. vii. 12. Non omnis qui dicit mihi, Domine, Domine, intrabit in regnum cœlorum : sed qui facit voluntatem Patris mei qui in cœlis est, ipse intrabit. S. Matt. vii. 21. Stans autem Zacchæus, dixit ad Dominum, Ecce dimidium bonorum meorum, Domine, do pauperibus : et si quid aliquem defraudavi, reddo quadruplum. S. Luc. xix. 8. Quis militat suis stipendiis unquam? Quis plantat vineam, et de fructu ejus non edit? Quis pascit gregem, et de lacte gregis non man- ducat? 1 Cor. ix. 7. Si nos vobis spirituelia seminavimus, magnum est si nos carnalia vestra metamus ? 1 Cor. ix. 1. Nescitis quoniam qui in sacrario operantur, quæ de sacrario sunt edunt: et qui altari deserviunt, cum altari participant? Ita et Dominus ordinavit iis qui Evangelium annuntiant de Evangelio vivere. I Cor.ix. 13, 44. ORDO SACRÆ COMMEUNIONIS 139

Qui parce seminat, parce et metet: et qui seminat in benedictic- nibus, de benedictionibus et metet. Unusquisque prout destinavit in corde suo, non ex tristitia, aut ex necessitate : hilarem enim datorem ditigit Deus. 11 Cor. ix. 6, 7. Communicet is qui catechizatur verbo ei qui se catechizat, in omnibus bonis. Nolite errare, Deus non irridetur : quæ enim semi- saverit homo, hæc et metet. Gal. vi. 6, 7, 8. Dum tempus habemus, operemur bonum ad omnes : maxime autem ad domesticos fidei. Gal. vi. 40. Est quæstus magnus pietas, eum sufficientia : nihil enim intulimus in hune mundum; haud dubium quod nec auferre quid possumus. ITim. vi. 6, 7. Divitibus hujus sæculi præcipe facile tribuere, communicare : the- saurizare sibi fundamentum bonum in futurum, ut apprehendant veram vitam. ! Tim. vi, 47, 48, 49. Non enim injustus Deus, ut obliviscatur operis vestri, et dilectionis quam ostendistis in Nomine ipsius, qui ministrastis sanctis, et minis- tratis. Heb. vi. 140. Beneficentiæ autem et communionis nolite oblivisci; talibus enim hostiis promeretur Deus. Heb. xiii. 46. Qui habuerit substantiam hujus mundi, et viderit fratrem suum necessilatem habere, et clauserit viscera sua ab eo, quomodo cha- ritas Dei manet in eo? 15. Joan. iii. 17. Ex substantia tua fac eleemosynam, et noli avertere faciem tuam ab ullo paupere : ila enim fiet ut nec a te avertatur facies Domini. Tob. iv. 7. Quomodo potueris, ita esto misericors. Si multum tibi fuerit, abun- danter tribue : si exiguum tibi fuerit, etiam exiguum libenter imper- tiri stude: præmium enim bonum tibi thesaurizas in die necessitatis. Tob. iv. 8, 9, 10. Fœneratur Domino qui miseretur pauperis: et vicissitudinem suam reddet ei. Prov. xix. 17. Beatus qui intelligit super egenum et pauperem : in die mala libe- rabit eum Dominus. Psal. xli. 2.

Dum le Sententiæ leguntur, Diacon, vel Ædiles, vel alius quisquam ido- neus ai hoc depulatus, Eleemosynas pro Pauperibus, cæteruque populi dona devota, in vase decenti a Parochia ad hoc præparando accipiant : idque reverenter afferant ad Sacerdotem, qui ül in Sacra Mensa humi- liler oferat et deponat. Deinde Sacerdos, si Communio celebranda sit, Panis et Vins quod satis jult- taveril Mensæ imponat. Que facto Sacerdos dicat,

ORExUS pro universo statu Ecclesiæ Christi hic in terra militantis.

OuxiroTenxs sempiterne Deus, qui per sanctum Apostolum tuum nos docuisti facere orationes, obsecrationes, et gratiarum actiones pro omnibus hominibus : Supplices te rogamus ut clementer [eemo- synas aîque oblationes nostras accipias, et Si nullæ sunt eleemosynæ aut 440 REVUE ANGLO-ROMAINE

oblationes, Rec verba, de eleemosynis et oblationibus accipiendis non sunt dicenda] has preces nostres exaudias, quas offerimus Divinæ Majestati tuæ : Supplicantes ut veritatis, unitatis, et concordiæ spi- ritum Catholicæ Ecclesiæ tuæ perpeluo inspires : Et præsta ut omnes qui sanctum Nomen tuum confitentur, in sancti verbi tui veritaie consentiant, et in unitate et pia charitate concordes vivant. Insuper te rogamus ut omnes Christianos Reges, Principes, et Gubernatores, salvos facias et defendas; et præcipue famulam tuam Victoriam Regi- nam nositram; ut sub ea pie et tranquille gubernemur : Præsta quoque universo Concilio ejus, singulisque magistratu sub ea fun- gentibus, ut recte ac sine personarum acceptione jus dicant, quo sce- lera et nequitia corrigantur, et vera tua religio, virtusque, stabilian- tur. Da gratiam, Pater cœlestis, omnibus Episcopis et Parochis, ut tam vita quam doctrina sua verum vivumque verbum tuum annun- tient, et sancta tua Sacramenta recte et rite ministrent, Et universo populo tuo tribue gratiam tuam; et præcipue huic congregationi præsenti; ut humili animo et debita reverentia audiant et accipiant sanctum verbum tuum : et tibi fideliter serviant in sanctitate et jus- titia omnibus diebus vitæ suæ. Supplices etiam te rogamus, Domine, ut pro bonitate tua eos omnes consoleris et adjuves, qui in hac tem- porali vita tribulatione, mæstitia, inopia, morbo, aliisve rebus adver sis laborant, Benedicimus quoque sancto Nomini tuo propter omnes famulos tuos in fide et timore tuo defunctos; te rogantes ut gratiam nobis concedas qua, bona eorum exemple secuti, nos una cum illis cælestis regni tui fiamus participes : Hoc, Pater, largiri digneris, propier Jesum Christum unicum nostrum Mediatorem atque Advo- catum. Amen.

Cum Parochus celebrationem Sacræ Communionis fuluram annuntiat, (id quod semper vel in Dominica, vel in Feslo aliquo, prozime præcedenti, Jfaciendum est) past Concionem aut Homiliam finilam, hanc sequenten legat Erhortationem.

Duecrissini, propositum habeo, Deo adjuvante, die—— proximo omnibus pie et devote animo affectis Sacramentum illud consolato- rium Corporis et Sanguinis Christi administrare : ut ab eis accipiatur -in memoriam Crucis ejus et Passionis piacularis, per quam solam peccatorum remiissionem consequimur, et regni cœlorum efficimur participes. Quare oportet nos Deo Omnipotenti, Patri cælesti nostro, ideo humiliter et ex animo gratias agere, quia Filium suum Salva- torem nostrum Jesum Christum dedit, non solum ut pro nobis more- retur, sed ut nobis pabulum spirituale fieret in sacrosancto illo Sacra- mento. Quod cum digne accipientibus res tam divina sit, tam conso- latoria, iis autem, qui indigne accipere audeant, tam periculosa : meum officium est vos cohortari, ut interea vobiscum reputetis, quanta si sacrosancti illius Mysterii dignitas, quantum in ejusdem indigna participatione periculum : et ut conscientias vestras, non leviter, nec more hypocritarum coram Deo, sed ita penitus inspiciatis et exploretis, ut vos ad tam cæleste convivium in sanctitate acce- ORDO SACRÆ COMMUNIONIS 141

dentes, et nuptiali illa veste quam in Sacra Scriptura requirit indu- los, accipiat Deus ut dignos qui Mensæ illius sacræ fiatis participes. Quod ut fiat, hæc ineunda est ratio. Imprimis ad normam præcep- iorum Dei mores vestros exploretis : et in quo intellexeritis vos, voluntate, verbo, aut opere offendisse, in eo iniquitatem vestram flebiliter coram Deo agnoscatis, ita tamen ut certo sit vobis propo- situm vitam melius instituere. Quod si peccata vestra ea esse depre- henderitis quæ non solum Deo, sed etiam proximis offensioni sint, lum vos oportebit iis vosmetipsos reconciliare, et paratos esse pro virili satisfacere pro omnibus injuriis alii cuicumque per vos illatis, etaliis similiter suas contra vos offensas condonare, sicut et vos pro vestris a Deco veniam impetrare velitis. Quod nisi fiat, ad hoc tantum valet sacræ Communionis participatio, ut damnationem vestram adsugeat. Quare siquis vestri blasphemus sit, si verbi Dei adver- sarius vel obtrectaior, si adulterii vel malitiæ, vel invidiæ, vel alius cujusvis peccati gravioris sit reus, aut propter peccata pœnitenter doleat, aut ab illa sacra Mensa se abstineat : ne post sacrosanctum illud Sacramentum sumptum, in eum, sicut in Judam, introeat dia- bolus, et eum, omni iniquitate repletum, ad exitium tam corporis quam animæ perducat. Quia autem necesse est, ut ad sacram Communionem nemo accedat, nisi qui Divinæ misericordiæ plenam fiduciam habeat et tranquillam conscientiam : si quis vestrum conscientiam suam rationibus supra memoratis sedare nequeat, sed plus soletii desideret, vel consilii, ad me se conferat aut ad aliquem alium verbi Dei Ministrum pruden- tem el eruditum, et dolorem suum detegat : ut per ministrationem sancti verbi Dei beneficium absolutionis consecutus, conscientiam stam tranquillare, et omnes dubitationes scrupulosque deponere valeat.

Sve, si quando populum Sacram Communionem negligere perspexerit, loco træcedentis hanc sequentem facial echortationem.

Bicecrissint fratres, die —— propositum habeo, Dei gratia, Cœnam Bominicam celebrare : ad quam, pro Deo, vos omnes voco qui adestis, el propler Dominum Jesum Christum obsecro, ne ad eam, tam amanter a Deo ipso vocati, venire abnuatis. Non ignorälis quan molestum sit et inhumanum, quod, cum quis magnificum appara- veril convivium, et mensam suam adeo epulis instruxerit ut nihil . desit nisi ut convivæ accumbant, ipsi qui vocati sunt tam temere quam ingrate negent se affuturos. Quis vestrum, si secum eo pacto agerelur, non succensere{? Quis non gravem injuriam sibi factam putaret? Quamobrem, dilectissimi in Christo, caveatis, quæso, ne, sacram hanc Cœnam devitantes, contra vos indignationem Dei com- moveatis. Facile est quidem dictu, Nolo communicare, nam quo- minus hoc faciam mundana negotia prohibent. Non tamen ita facile coram Deo accipiuntur hujusmodi excusationes. Si quis dicat, Acce- dere non audeo, quia graviter peccavi : cur, quæso, non se corrigit, et mores emendat? Nonne vos pudet, Deo vocante, negare vos affu- 142 REVUE ANGLO-ROMAINE

turos? An vos, quando ad Deum redeundum est, excusabitis ? An vos minus paratos esse profitebimini ? Vobiscum diligenter reputetis, quam nihil apud Deum valeant hujusmodi fictæ excusationes. Qui convivium illud in Evangelio ideo recusarunt, quia villam empse- runt, aut juga boum probare voluerunt, autuxores duxerunt, non ob hæe excusati habiti sunt, sed cœælesti convivio indigni. Quod ad me attinet, paraitus adero : vos autem pro officio meo in Nomine Dei voco, pro Christo vos invito, et propter salutem vestram adhortor, ut hujus sacræ Communionis sitis participes. Cum enim Filius Dei non dedignalius sit animam suam pro salute vestra in Cruce moriendo ponere, oportet vos in memoriam sacrificii mortis ejus, sicut ipse jussit, Communionem accipere. Quod si negligitis, considerate vobis- cum quantam injuriam Dec inferatis, et quam grave supplicium ob hoe vobis immineat, dum à Mensa Dominica obstinate vos continetis. sejungitisque a fratribus, qui ut epulis illis cælestibus vescantur con- veniunt, Quæ si serio perpendatis, Dei gratia meliora sentietis : quod ut fiat, Deo Omnipotenti, Patri nostro ceœælesti, supplicare non desi- nemus.

Cum celebranda est Communio, Communicaturis ad parlicipationem Sanrii Sacramenti commode collocatis, hanc Exhortationem reritet Sarerdos.

Vos, dilectissimi in Domine, qui vultis ad sacram Communionem Corporis et Sanguinis Christi Salvatoris nostri accedere, considerare oportet quomodo Beatus Paulus omnes cohortatur, ut prius se pro- bent et inspiciant quam de Pane illo edere, et de Calice illo bibere, audeant. Naim sicut admodum salutare est pœnitenti corde et viva fide sacrosanctum illud percipere Sacramentum : (tune enim Christi Carnem spiritualiter edimus, et Sanguinem bibimus; in Christo habi- tamus, et Christus in nobis; unum efficimur cum Christo, et nobis- cum Christus;) ita etiam idem indigne accipientibus grave est peri- culum. Tunc enim rei sumus Corporis et Sanguinis Christi Salvatoris nostri : judicium nobis manducamus et bibimus, non dijudicantes Corpus Domini : iram Dei contra nos accendimus, provocantes eum ut nos variis morborum mortisque plagis percutiat. Dijudicate ergo vosmetipsos, fratres, ne a Domino judicemini : pæniteat vos serio peccatorum præteritorum : in Christo Salvatore constantissime con- tidite : mores vestros corrigite : erga omnes perfectam habete chari- tatein : ita enim digni critis qui istorum Mysteriorum sacrorum sitis participes. Sed et ante omnia necesse est ut Deo, Patri, Filio, et Spi- ritui Sancto, toto cordis affectn gratias humiliter agatis, quod mun- dum redemit per Passionem et Mortem Christi Salvatoris nostri, Dei et Hominis, qui humiliavit seipsum usque ad mortem, mortem autem Crucis, propter nos miseros peccalores, qui in tenebris et mortis umbra jacebamus : ut nos Dei filios efficeret, et ad vitam æternam exaltaret. Et ut semper memores essemus ineffabilis illius charitatis Magistri nostri et unici Salvatoris Jesu Christi, pro nobis ita mortui, et beneficiorum innumerabilium quæ per preliosam Sanguinis sui effusionem nobis comparavit, sancta ipse Mysteria instituit, tanquam ORDO SACRE COMMUNIONIS 133

amoris sui pignora, et in mortis suæ perpetuam commemorationem, ad insignem nostram et infinitam consolationem. Ei igitur, cum Patre etSpiritu Sancto, (prout merito debemus,) gratias agamus inde- licientes; sanctæ ejus voluntati totos nos subjiciamus, et ei in vera sanctitate et justitia, omnibusdiebus vitæ nostræ servire studeamus. Âmen. Deinde Sacerdos alloquatur communicaturos his verbis,

Vos quos vere et serio peccatorum vestrorum pænitet, qui erga proximos veram habelis charitatem, qui vitam novam instituere decrevistis, mandatis Dei obsequendo, et in viis ejus posthac ambu- lando : Cum fide accedite, ut hoc sanctum percipiatis Sacramentum ad vestram consolationem; et, reverenter genuflexi, humilem ves- tram Deo Omnipotenti confessionem facite. L

Deinde fiat hic generalis Confessio in nomine eorum qui communicaturi sunt, per unum ex Ministris, qui, cum universo populo, genua humiliter Aectat et dicat, OuxiPoTExSs Deus, Pater Domini nostri Jesu Christi, Conditor vmnium rerum, Omnium hominum judex : Confitemur et deploramus multiplicia peccata et delieta nostra, Quæ subinde impie admisimus, Cogitatione, verbo, el opere, Contra Divinam Majestatem tuam, Pro- vocantes adversus nos justissimam iram et indignationem luam. Serio nos pœænitet, Et ex animo dolemus ob has prævaricationes nos- iras: Quarum recordatio nobis acerba est, Onus intolerabile. Miserere nostri, Miserere nostri, Pater misericors; Propter Filium tuum Jesum Christum Dominum nostrum, Quod præteritum est nobis condona : Et concede ut semper posthac Tibi in novitate vitæ serviamus et pla- ceamus, Ad honorem et gloriam Nominis tui; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

Irinde Sacerdos, (aut Episcopus, si adsit,) se erigat, el adpopulum conversus hanc pronuntiet Absolutionem.

Uyxirotens Deus, Pater noster cœlestis, qui pro magna miseri- cordia sua omnibus ex animo pœnitentibus, ad se cum vera fide con- versis, peccatorum remissionem est pollicitus : Misereatur vestri, et dimittat vobis omnia peccata vestra : liberet vos ab omni malo, con- servet et confirmet in omni bono, et ad vitam perducat æternam; per Jesam Christum Dominuim nostrum. Amen.

                       Deinde Sacerdos dicat,

AuDITE quam consolatoriis verbis omnes ad se veraciter conversos alloquitur Christus Salvator noster. VextTE ad me, omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. S. Matt. xi. 28,

Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret, ut’ smnis qui credit in eum non pereat, sed habeat vitam. ælernam.. S. Joan. iii. 16. 144 REVUE ANGLO-ROMAINE

Audite etiam quid dicat Sanctus Paulus. Fidelis sermo, et omni acceptione dignus, quod Christus Jesus venit in hunc mundum peccatores salvos facere. 1 Tim. i. 45. Audite etiam quid dicat Sanctus Joannes. Si quis peccaverit, Advocatum habemus apud Patrem, Jesum Chris- tum justum, et ipse est propitiatio pro peccalis nostris. 1 S. Joan ii, 4,2.

                  Postea pergat Sacerdos, divens,

SURSUX corda. Resp. Habemus ad Dominum. Sucerdos. Gratias agamus Domino Deo nostro. Resp. Dignum et justum est. . 0. . . Deinde Sucerdos, ad Mensam Dominicam conversus, dicat,

Vers dignum el justum est, æquum el salutare, nos Libi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater* omnipotens, æterne Deus.

Hic sequatur Propria Præfutio de Tempore, si quæ assignata sit; alioqui statim subjungatur,

Er ideo cum Angelis et Archangelis, cumque omni militia cœlestis exercilus, Nomen tuum {laudamus, et hymnum gloriæ tuæ canimus, sine fine dicentes,

Saxcrus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth, Pleni sunt cœli et Lerra gloria lua : Gloria tibi, Domine allissime. Amen.

                                                    (A suivre.)




                         Le Direcleur-Gérant: WERNAND PorTAL.

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LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE |

La doctrine de l'Église sur le saint Sacrifice de la Messe, comme luutes les autres parties de son dogme, a suscité, depuis l’origine, un grand nombre de contradictions et d'erreurs. Parmi celles desder- niers siècles, on rencontre une opinion, renouvelée des Vaudois et de quelques sectes anciennes, qui appartient au protestantisme, Il était de l'esprit de la Réforme de laïciser les choses saintes. Luther, après d'autres hérétiques, prétendait que tous les hommes devenaient prêtres en vertu du baptême; il en concluait qu'en cer- tains cas les laïques pouvaient administrer l'Eucharistie. Cette théo- rie, accréditée au sein du protestantisme luthérien, fut formellement professée dans un écrit anonyme paru, en 4638, à Amsterdam. L'au- teur s'attachait à établir que tout laïque, en cas de nécessité, pou- vait non seulement distribuer l'Eucharistie à la manière antique, et comme l'usage s’en est conservé longtemps en Orient, mais qu’il pouvait et devait consacrer lui-même, comme un véritable prêtre. D'autres ont prétendu que les fidèles, unis au prêtre, n’offraient pas seulement le saint Sacrifice de la Messe avec lui, mais qu'ils concouraient aussi à la consécration de l’Eucharistie. Ces hérésies, absolument contraires à la doctrine catholique, doivent-elles être imputées à l'Église anglicane? Il ne serait pas juste de la confondre, sous ce rapport, avec le Euthéranisme. Elle s’en distingue, en général, par une doctrine plus currecte sur le Saint Sacrifice. Elle ne nie pas due la consécration, fui est l'acte propre du sacrifice, soit une fonction exclusivement sacerdotale. Et ce qu'elle dit de la participation des fidèles à la Cène du Seigneur n’a rien qui blesse l'orthodoxie catholique. Car, si c'est une erreur de prétendre que le peuple peut offrir le Sacrifice sans le prêtre, ou qu’il l'offre séparément, il est parfaitement exact de dire que les fidèles coopèrent à l'action du Sacrifice, à la manière dont l'entend l'Église et comme l'exprime la liturgie. L'enseignement catholique est que, dans le saint Sacrifice de la Messe, la victime est offerte et immolée par Jésus-Christ. lui-même, REVUX ANGLO-ROMAINE. —- T. 11. = 40, 146 REVUE ANGLO-ROMAINE

Grand Prètre de la loi nouvelle, en sorte qu’il est tout à la fois hostie et sacrificateur. Les prètres ne sont que ses ministres et les représen- tants de sa personne. De même que Jésus-Christ s’est offert sur la croix pour le salut des hommes, de même il s'offre aussi en hostie de réconciliation sur l'autel par le ministère des prêtres. Les prètres sont les instruments dont il se sert pour opérer le sacrifice de son corps et de son sang sur l’autel. C’est en vertu de leur participation au sacerdoce de Jésus-Christ qu'ils ont seuls le droit d'être les or- ganes de son action et de sa parole dans le divin sacrifice, c'est-à- dire de prendre le pain et le vin et de prononcer avec lui et pour lui, en se servant de ses propres paroles, paroles sacramentelles qui font ce qu'elles disent : « Ceci est mon corps, Ceci est mon sang. » Mais, si ce sonties prêtres, et les prêtres seuls dont Jésus-Christ emploie le ministère pour le divin sacrifice de son corps et de son sang, de leur côté, les fidèles qui y assistent, unis au prêtre, parti- cipent à son action, en sorte que le Saint Sacrifice est véritablement offert à la fois par Jésus-Christ, souverain prètre invisible de l’Église, par le prètre représentant la personne de Jésus-Christ, etpar le peu- ple uni au prêtre. Il n’y a pas que le sacerdoce hiérarchique dans l'Église : à côtédes prêtres, qui sont les ministres de Dieu, il y a le. sacerdoce des fidèles. « Comme membres du peuple de Dieu et de son royaume, dit le docteur Gihr, tous les chrétiens possèdent dans un sens large le caraclère sacerdotal,et ils en exercent la fonction, surtout au sacrifice eucharistique, où, en union très intime avec le sacrificateur, ils pren- nent part à l’oblation du corps et du sang de Jésus-Christ et offrent en même temps le sacrifice d'eux-mêmes ©. » Il esttrès vrai que le peuple chrétien, peuple des croyants et des élus, constitue selon le mot de saint Pierre « un sacerdoce royal®», et il en exerce les attributions lorsque, s’associant au prêtre pour l'oblation du Saint Sacrifice, il concourt avec lui à l'auguste fonclion de l'autel. C’est l’enseignement de la tradition que les fidèles unis au prêtre offrent avec lui un seul el même sacrifice. « Nous nous rassemblons en commun avec nos frères, dit saint Cyprien, el nous offrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu *: Quando in unum cum fra- tribus convenimus el sacrificia divina cum Dei sacerdote celebramus.... »

Sans rechercher ce qu'était le saint Sacrifice de la Messe dans les premiers siècles de l'Église et ce que les premiers Pères ont pu dire

1 Le Saint Sacrifice de la Messe,I, p. 316. 3 Pet, rx, 9. 3 De Orat, dom., ©. iv. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 447.

de la participation des fidèles à l’action du prêtre, il suffit de prendre la messe telle qu'elle existe. Nous avons la foi de l’Église dans le rite de la messe romaine, telle qu'elle à été constituée par les papes saint Léon le Grand, saint Gélase, saint Grégoire le Grand, d’après une pratique traditionnelle et une doctrine dont le Saint-Siège est le témoin le plus autorisé pour l’Église. Dans la messe romaine la participation des fidèles à l'offrande du sacrifice eucharistique ressort du rite et des oraisons qui le cons- tituent. Les docteurs du moyen âge ont précisé cette doctrine : « Ce ne sont pas seulement, dit le bienheureux Odon de Cambrai, les prêtres et les clercs qui offrent le sacrifice, dans le ministère divin qu'ils rem- plissent les uns etles autres selon leur rang, mais aussi les fidèles présents, lesquels y assistent en y coopérant par leurs vœux et leurs prières : Non solum sacerdotes et clerus qui secundum divinos gradus divt... nés occupantur officiis offerunt, sed etiam audientes, qui volis el orationi- bus assisfunt cooperantes ». Guerrie d'Igniac,ami et disciple de saint Bernard, s'exprime en ter- mes plus formels encore : « Nous ne devons pas croire dit-il que ces vertus soient nécessaires au prêtre seulement, comme s’il consacrait seul et sacrifiait seul le corps du Christ. line sacrifie pas seul, il ne consacre pas seul, mais toute l'assemblée des fidèles présents con- sacre avec lui, sacrifie avec lui » Neque enim credere debemue quod soli sacerdoli supradictæ virlutes sint necessarie, quasi solus consecret, et sa- trificel corpus Christi. Non solus sacrificat, non solus consecral, sed tolus tonventus fidelium qui adstat cum illo consecrat, cum sllo sacrifical !. » Enfin Suarez,« en qui l'on entend toute l'École», résume et précise ainsi cet enseignement : « Au sujet des fidèles, l'opinion unanime parmi les catholiques est qu'ils sont en pouvoir d'être offrants dans ce sacrifice. » De fidelibus autem consors est Cutholicorum sententia, ecs esse posse offerentes in hoc sacrificio ? »

La liturgie introduit le peuple avec le prêtre au pied de l'autel. Dès le temps de saint Ambroise, le psaume tnfroibo ad altare se disaitavant le saint sacrifice de la Messe, et le peuple lui-mème, au témoignage du grand docteur, le récitait. « Ainsi purifié, dit-il, le peuple s'avance vers les autels du Christ en disant : Æf introibo ad altare Dar, ad Deum qui lætificat juventulem meam. » Dès lors, le peuple s'identifie au prêtre. Ils vont célébrer en com- mun les augustes mystères, chacun avec la fonction qui lui est pro- pre. Et comme pour mieux marquer cette association, des saluts continuels s’échangent centre le célébrant et le peuple: « Domi-

\ Depurif. B. Mariæ Serm. V,8 16. Patroi. lat. CLXXXV, 81. ? In tert. partem disp. LXXVII. Sect. Ill. Opp.XX, p. 699, édit. 1861. 148 REVUE ANGLO-ROMAINE

nus vobiscum, » dit le prêtre en se tournant vers les fidèles et ceux-ci répondent : « Ef cum spirilu lue. » — « Paz Domini sit semper vobiscum », dit encore le prêtre, et le peuple fait la même réponse, Des commu- nications s’établissent, à plusieurs reprises, par l'appel direct du sa- <crificateur aux assistants, afin que l'union se maintienne etse resserre pendant toute l'action. « Üremus, » dit le prêtre avant chaque prière. ll insiste avant la consécration : « Orals fraires; » — « Sursum corda; » — « Gratias agamus. » Et après la consécration il convie le peuple à réciter avec lui la prière du Seigneur, le Pater: « Oremus.... Audemus dicere. » Faisant allusion à cesrites antiques, saint Ambroise disait : « Les sacrifices eux-mêmes ne peuvent pas être agréés de Dieu, s'ils ne sont pas accompagnés de l’appel de la voix qui, dans l'oblation sacer- dotale, excite, selon l'usage, le peuple à implorer la grâce de Dieu: Sacrificia quoque ipsa Deo probala esse non possuni, nisi confessio'vocts adspi- ret que sucerdotali oblatione ad obsecrandam Dei gratiam populos exciare consuevili. » Les prières de l'oblation que ces rites accompagnent ontune signi- fication plus expressive encore. Au moment de la préparation du sacrifice, le prêtre bénit et offre successivement à Dieu le pain et le vin qui doivent être consacrés. Les prières pour l'oblation de l’un et de l’autre sont différentes, quoiqu'elles se suivent et s'appliquent au même acte. Après avoir pris la patène sur laquelle est disposée l'hostie depain azyme, le prêtre l'élève et l'offre à Dieu, en disant: Suscipe Sancte Pater, omnipotens æterne Deus, hanc ünmaculalam hostiam quam ego, indignus famulus tuus, offero tibi Deo meo vivo el vero, pro innume- rabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis, et pro omnibus circum- stantibus, sed et pro omnibus fidelibus Christianis vivis atque defunctis,ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam ælernam. Amen.

Recevez, Père saint, Dieu tout-puissant et éternel, cette hostie sans tache que moi, votre indigne serviteur, je vous offre à vous, mon Dieu vi- vant et véritable, pour mes péchés, mes offenses et mes négligences, qui sont sans nombre, et pour tous les assistants; je vous l'offre aussi pour tous les fidèles chrétiens, vivants et morts, afin qu'elle profite à leur salut et au mien pour la vie éternelle. Ainsi soit-il,

Dans l’oblation de l'hostie le prêtre parle seul et en son propre nom; il se borne à faire mention des assistants, de tous les fidèles qui composent l'Église, pour lesquels il offre, en même temps que pour lui, le pain immaculé. La prière qu’il prononce sur le calice est différente. Ayant versé le vin, auquel il a mêlé un peu d'eau, il élève à son lour le calice, pour le présenter à Dieu; mais ce n'est plus lui seul

1 De fide resurrectionis. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 449

qui l'offre, comme l’hostie, et il ne parle plus ici seulement en son Rom.

Offerimus tsbi, Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam ut in conspectu divinæ majestatis luæ pro nostra et lotius mundi saluie cum odore suavilatis ascendat. Nous vous offrons, Seigneur, le calice du salut, suppliant votre clémence de le faire monter en odeur de suavité, devant la face de votre divine Majesté, pour notre salut et celui du monde entier.

Ici le prêtre parle au pluriel. Pour l’hostie il dit : « Joffre »; pour le calice: « Nous offrons ». Ce changement est remarquable. Le plurielofferimus s'applique-t-il seulement au prêtre ef au diacre qui, dans les messes solennelles, offrent ensemble le calice et récitent ensemble la prière de l’oblation? Si l'on considère le rite qui vient de s’accomplir, par le mélange de l'eau au vin dans le calice, on peut croire plutôt que ce pluriel exprime la communauté de l'oblation des fidèles avec le prètre. La prière est la même, en effet, dans les messes privées, où le prêtre n’est point assisté par le diacre. D'ailleurs le diacre n’est pas seulement l'assistant du prêtre, il est aussi le représentan{ du peuple à l'autel, et c’est à ce titre qu’il présente au prêtre les éléments du sacrifice, le pain et le vin qui étaient jadis offerts par le peuple. C'était, en effet, la coutume dans la primitive Église que chaque fidèle offrit sa part dans la matière du saint sacrifice. Le froment destiné à former les pains azymes, les grappes de raisin qui devaient être pressées dans les coupes, l'huile et la cire employées au lumi- aaire de l’autel, l’encens et les parfums, tout était apporté par les fidèles, Mais ce n’est pas seulement en raison de cet ancien usage que le prêtre offre en commun avec le peuple le calice du salut. A partir de cette association intime de l’un à l’autre, dont le mélange de l'eau et du vin dans le calice est l'expression symbolique, le prètre et le peuple ne font plus qu'un dans l'acte du sacrifice; c'est toujours au pluriel, sauf pour le lavement des mains qui est un acte personnel du sacrificateur, que le prêtre parle dans la suite. Dès ce moment, le sacrifice eucharistique se présente comme une action à deux ; le rite reflète ce dualisme. Après l'ofrande du pain et du vin, le prêtre s'offre lui-même à Dieu avec le peuple :

In spiritu humilitatis el in animo contrilo susripi amur a le, Domine, et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodis, ut placeat tibi, Domine Deus.

Puissions-nous, dans un esprit d’humilité et avec un cœur contrit, être reçus par vous, Seigneur! Et que notre sacrifice se fasse en votre présence, aujourd’hui, de manière à vous êtes agréable, Seigneur Dieu. -150 REVUE ANGLO-ROMAINE

Dans le saint sacrifice, non seulement Notre Seigneur Jésus-Christ, notre chef, estimmolé pour nous sur l'autel, mais nous, ses membres, nous devenons avec lui une hostie sainte et agréable à Dieu. Et c'est pourquoi, après avoir demandé à Dieu de bénir le pain et le vin qui lui sont offerts, le prêtre lui demande d'agréer l’offrande qu'il lui fait de lui-même et des fidèles en lui. Avec le pain et le vin le sacriti- cateur et les assistants s'offrent eux-mêmes. Cette oblation du prêtre et des fidèles à Dieu en union avec le sacrifice de Jésus-Christ, déjà figurée dans l’offrande du vin et de l’eau, est exprimée ici en termes formels : Susciniamur a te, Domine. Et sic fiut sacrificium nosirum. Notre sacrifice, » dit le prêtre, en parlant en son nom et au nom du peuple. Et ici, ce ne sont plus seulement les éléments du sacrifice, le pain et le vin, qui viennent d’être offerts en commun. C'est du sacrifice lui-même qu'il s'agit, du sacrifice qui va s'accomplir sur l'autel et que le prêtre, ne se sépa. rant plus désormais du peuple, appelle « notre sacrifice » ou ce sacrifice, et non « mon sacrifice », lorsqu'il invoque un peu après les bénédictions de l'Esprit sanctificateur. C'est encore au pluriel que parle le prêtre dans la prière Suscipe, Sancta Trinitas, qui complète l'offrande de l'hostie et du calice : « Re- cevez, à Trinité sainte, cetie oblation que nous vous offrons. » Le canon proprement dit de la messe est précédé d’une supplique qu'accompagne un rite très significatif. Avant de procéder à la grande action, le prêtre se tourne vers les assistants, il tend vers eux ses bras, illes appelle en quelque sorte à son aide. Et la supplication qu'il leur adresse est bien remarquable : « Orate fratres ul meum ac vestrum sacrificium...

« Priez, mes frères, pour que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Pére tout-puissant. »

Et la réponse des assistants à l'appel du prêtre n’est pas moins expressive : ils ne disent pas plus meum que {uum sacrificium, mais sacrifictum tout court, qui comprend le fuum et le meurm, le sacrifice à deux, le sacrifice commun.

Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis ad laudem et glortani nominis sui, ad ubilitalem quoque nostram lotiusque Ecclesiæ suce sancta.

« Daigne le Seigneur recevoir de vos mains ce sacrifice pour la louange

et à la gloire de son nom, et aussi pour notre profit et pour celui de toute sa sainte Église. »

La part du prètre et celle du peuple sont ici expressément mar-

quées. Le prêtre, ministre et agent de Jésus-Christ, accomplit seul de ses mains consacrées le saint sacrifice, mais les fidèles offrent avec lui ce sacrifice, qui est le leur comme le sien. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE BE LA MESSE 4154

Ainsi les fidèles participent réellement à l'acte du prêtre, au sacri- fice eucharistique qu'il accomplit sur l'autel en leur nom et pour eux,

Cette coopération apparait non moins dans les prières du Canon, quoique celles-ci, comme les prières de l'oblation, doivent être dites à voix basse et en secret, de manière que le prêtre seul s'entende sans être entendu des fidèles. Les unes et les autres, en effet, sont propres au prêtre seul, qui est seul sacrificateur!, Le peuple s’y unit seulement d'intention. Les prières du Canon sont particulièrement réservées. À ce moment-là, le prêtre, comme le Pontife de l’ancienne loi, est entré dans le Saint des Saints, pour se mettre face à face avec Dieu qu’il va faire descen- dre sur l’autel. Lui seul parle, lui seul prie, lui seul sacrifie. La réci- tation du Canon à voix basse indique qu’il s'agit d'une action exclu- sivement propre au prêtre, ministre de Dieu, Pendant ce temps-là, le clergé et le peuple se taisent dans l'admiration du grand mystère qui s'opère, et dont l'accomplissement est réservé au prêtre. Mais, si les fidèles ne participent point à l'exercice de l’auguste fonction sacerdotale, ils n'en sont pas moins unis au prêtre dans les prières du Canon et dans l'action eucharistique ?. C'est ce qu’exprime positivement la première oraison du Canon :

Te igitur, clementissime Pafer,.... supplices rogamus ac petimus uti accepta habeas et benedicas hæc dona, hæc munera, hæc sancta sacrificia illibata; in primis quæ tibi offerimus pro Ecclesia tua sancta catholica...

« Nous vous prions humblement, Père très clément et nous vous demandons par Jésus-Christ. d'agréer et de bénir ces dons, ces présents, ces saints sacrifices sans tache que nous vous offrons, en premier lieu pour votre sainte Église catholique... »

Dans cette solennelle prière que le prêtre prononce seul, dans le silence, il dit, en s'adressant à Dieu : « Nous vous prions, nous vous demandons, nous vous offrons... » Les fidèles parlent par sa bouche, comme ils vont agir tout à l'heure par ses mains consacrées. La formule de la commémoraison des vivants est plus expressive encore :

Memento, Domine, famulorum famulorumque tuarum N. et N. et omnium circumstantiun.. pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sucrifi- cium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitalis suæ; tibique reddunt vota sua æterno Deo tivo et vero.

s Souvenez-vous, Seigneur, de vos serviteurs et de vos servantes, N. et N. et de tous les assistants. pour lesquels nous vous offrons, ou qui vous

1 S, Thomæ 3. q. 84, a. 4, ad. 6. 3 Mabillon, in Ordin. Roman. Comment. præv., ©. xxI. 432 REVUE ANGLO-ROMAINE

 offrent ce sacrifice
                    de louange, pour eux et tous les leurs, pour la rédemp-
 tion de leurs âmes, pour l'espoir de leur salut et de leur conservation, et
 qui vous rendent leurs hommages, à vous, le Dieu éternel, vivant et
 véritable, »

   Non seulement le prêtre, mais les fidèles offrent à Dieu le sacrifice
 de louange préparé sur l'autel. Ces expressions de la sainte liturgie:
 « les assistants pour lesquels nous vous offrons, ou qui vous offrent, »
 indiquent quelle participation effective les fidèles, sans être eux-
 mêmes sacrificateurs, ont dans l'offrande de l'auguste victime. lis
 l'offrent à Dieu en union avec le prêtre, et comme sacrifice propitia-
 toire « pour la rédemption de leurs âmes », et comme sacrifice
 impétratoire, « pour l'espérance de leur salut et deleur conservation »,
 et comme sacrifice d'actions de grâces, par leurs prières et leurs
 hommages au Dieu éternel, vivant et véritable,
   La prière qui suit présente la même idée d'association entre le
 prêtre et le peuple; elle est la continuation de la prière précédente.
 Le sens grammatical lui-même demande que les mots Communicantes
 at memoriam venerantes... se relient aux mots précédents: éibi offerimus
 vel qui tibi offerunt ; ils signifient : étant unis dans ce saint sacrifice
 {nous qui offrons et eux qui offrent),étant en communication les uns
 avec les autres, pour l'accomplissement de l'auguste action, et nous
 mettant aussi en rapport avec les saints du ciel, en honorant d'abord
 la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, mère de Notre-Seigneur
 Jésus-Christ, et aussi celle des bienheureux apôtres et martyrs, etc.
   Ces deux prières ne sont que les deux parties de la même oraison;
 elles se tiennent. Le communicantes se rapporte nécessairement au
 membre de phrase qui précède : pro quibus tibi offerimus, vel qui &bi
 offerunt, et il s'explique par l'idée d'association exprimée dans cette
 formule de prière.

   Dans la deuxième oraison du Canon avant la consécration, le
 prêtre réitère l'oblation du pain et du vin destinés à être transformés
 au corps et au sang de Jésus-Christ. Il touclie au moment solennel et
 cette répétition de l’offrande a pour objet de se rendre Dieu plus
 favorable.

   Les expressions dont il se sert ici sont d'autant plus remarquables
 qu'elles correspondent à celles de la première oraison qui suit la
 consécration. Elles font mieux ressortir cette communauté dans le
 Saint Sacrifice qui unit le prêtre et les fidèles, après comme avant
 la transsubstantiation des éléments eucharistiques.
    Le texte latin porte :
   Hanc igitur oblationem servilutis nosiræ, sed el runcle familiæ lux,
 guæsumus, Domine, ul placatus dccinias.

ie

   Servitus, avec son acception latine ordinaire, n'aurait pas de sensici-

5 mn LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 453

On peut expliquer mystiquement ces mots « offrande de notre servi- tude », en disant que le saint sacrifice de la messe est offert à Dieu comme au Souverain Maître, pour reconnaitre son haut domaine sur toutes les-créatures et exprimer notre absolue soumission envers lui; mais c’est là une simple paraphrase et les mots en eux-mêmes, oblatie servifulis nostræ, n’expriment pas cette idée ou, pour mieux dire, ne peuvent pas avoir cette signification en latin. D'ailleurs, c'eût été un défaut de construction de mettre en apposition un mot abstrait comme servifus nostra, avec le mot concretfamilix lue. Le sens abstrait de serzifus doit être écarté. Servitus, ce n’est pas ici l'état de sujétion dans lequel nous sommes à l'égard de Dieu; ce n'est pas le culte d’adoration, l'hommage de notre servitude qui lui est dû. Dans ce sens l'expression servitus se traduisait en grec par Aatpela. « Deo nos servifuiem, quæ Aaspéa grece dicitur, dit saint Augustin, sive in quibusque sacramentis sive in aobisipsis debemus'. » Et saint Fulgence dit également : « Ipsa servilus græce hatpela dicitur, quæ soli Deo jure ac legitime non a perfidis, sed a cntholicis fidelibus exhibetur.... illa cultura quæ hkatpela dicitur maximè in sacrificiis invenitur ?. » Le mot lui-même nous oblige, aussi bien que le contexte, à lui chercher un sens concret. Et pour le trouver, il faut remonter à la source. Nous avons affaire ici à un hellénisme transporté littéraie- ment en latin. Il faut se rappeler que l'Église romaine, à l'origine, parlait grec, que la liturgie primitive était grecque, et qu'ainsi les premières prières du saint sacrifice de la messe ant été composées en grec. Le texte de la Liturgie de saint Pierre, À Oela Aervoupyia toÿ &yiou &zortohixou Îlérpcu?, dite messe apostolique, fait lire : taïrnv toivuv nv rpoapopéy the Scuhelas uv LA Kai Tavrdç 100 Aucd cou. Cet antique texle porte Souhela et non pas hatpela. En grec SouAciz signifie à la fois esclavage, servitude, et corps ou famille d'esclaves. Thucydide notamment l’emploie dans ce dernier sens. Aœkela, dans son acception iératique, c’est propremeut la domes- ticité sacrée, la famille des serviteurs du Seigneur.

Le mot iepéèoukoc, iérodule, dans le grec classique, désigne un servileur sacré, un prêtre. C'était le nom donné aussi dans la langue égyptienne, à certains ministres du culte. Servifus nostra, tra- duction littérale de äcuAeia fuüv', indique donc spécialement, dans

1 De Civ. Dei,L. X, ©. ur. ? Cont. Fabian. fragm. 12. 3 Edit. de 1595. . 4 Le mot sertilus en latin à aussi quelquefois ce sens. Horace l’a employé poé- tiquement pour désigner une troupe d'esclaves. ? Aoviia avec le génitif partitif Av est uno construction plus élégante, plus érocque que Souhsla Apérepa. 154 REVUE ANGLO-ROMAINE la prière du Canon de la Messe, le corps des serviteurs de Dieu, le clergé, c'est-à-dire le prêtre consacré pour servir à l’autel, avec les lévites qui l'assistent, selon l'usage primitif. Dans le reste de la famille de Dieu, se4 et cunctæfamiliæ luæ, sont compris tout le peuple chrétien et spécialement les assistants. Ainsi apparaissent distinctement, associés dans le mème acte d'oblation, les ministres du culte d’un côté, les fidèles de l'autre. Dans la langue liturgique latine, le mot sertifus se présente avecla double acception de Souhetz et de Aatpela, qu'il a retenue du grec. C'est le second sens qu'il a dans la collecte du samedi saint : U{ cor- pore et mente renovati puram {bi exhibeant servitulem. Mais c’est dans le sens grec de Ceuaeia, qu'il est plusieurs fois employé dans les plus anciennes parties de la liturgie romaine, telles que les offices du carême et de la Pentecôte. La secrète de la messe de la 2° Férie après le III° dimanche de Carème porte : Afunus quad tibi, Dormine, nostræ servitutis offerimus. Et ce sens propre de servifus est précisé dans la secrète de la messe du vendredi des Quatre-lemps de carême, où le prêtre, entouré du groupe de clercs qui l'assistaient pri- milivement à l'autel, dit : Suscipe, quæsumus, Domine, munera nostris oblata servitiis, « les offrandes présentées par notre ministère. » La secrèle du x1° dimanche après la Pentecôte fixe tout à fait le sens étymologique de : Respice Domine nostram propilius servitutem. « Regardez favorablement, Seigneur, notre famille consacrée à votre service ». La secrète du xur° dimanche après la Pentecôte est encore plus explicite.

Pro nostræ servitulis augmento sacrificium tibi, Domine, laudis offerimus ; ui quod immeritis contulisti propitius exsequaris. Per Dominum.

« Nous vous offrons, Seigneur, ce sacrifice de louange pour l’accroisse- ment (progrès spirituel et augmentation) de notre famille (sacerdotale) : afin que vous complétiez par votre miséricorde ce que vous avez accordé à notre indignité. »

Il est à remarquer que c'est dans les secrètes que se trouve employé le mot Servitus, dans son acception équivalente à celle de clergé. La secrète est la prière réservée du prêtre, celle qu'il fait à voix basse, et, en quelque sorte pour son compte, de façon à n'être pas entendu des assistants. Si les secrètes ont pour objet l'oblation des saintes ofirandes, comme les autres prières de l'Offertoire, elles contiennent une demande plus particulière de grâces, et il est naiu- rel que le clergé y prie spécialement en son nom ou pour lui. Ce sens propre de servifus apparait encore dans l'expression équi- valente de famulatus, employée dans l'oraison super populum de la 3° Férie après le dimanche de la Passion. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 183

Da nobis, quæsumus, Domine, perseverantem in tua voluntate famulatum : ut in diebus nostris et merilo et numero populus tibt servien augeatur, Per Domi- Rum.

« Donnez-nous Seigneur d'être des ministres entièrement attachés à vos ordres, afin que de nos jours, le peuple qui vous sert croisse en mérite et en nombre. »

Si les mots servilus, famulatus, employés ici dans un sens plus grec que latin, ne sont pas directement traduisibles en français, l'idée qu'ils expriment est claire. Servifus nostra, famulatus noster, notre domesticité, c'est le corps des ministres de Dieu, des serviteurs sacrés de son culte. Servus, c’est le prêtre par opposition à poyulus, le peuple, ou familia, la famille tout entière du Seigneur.

Le prêtre donc, au moment de consacrer, s'unit de nouveau et plas intimement au peuple, et, pour la dernière fois, il demande à Dieu d’agréer l’offrande du clergé qui l'entoure à l'autel et de toute la famille chrétienne, présente ou absente : Hanc igitur oblationem servilulis nostræ sed el cunctæ famili luc ut placatus accipias.

Les prières de l’offrande avant fa consécration ne se rapportent pas seulement à la matière du sacrifice, elles s'appliquent aussi par avance à la divine victime qui va être immolée sur l'autel; et déjà la participation des fidèles, en union avec le prêtre. au sacrifice eucha- ristique se manifeste dans cette oblation en commun u:x pain et du vin. Mais, après la consécration, elle apparait plus intime et plus étroite. À ce moment, l'auguste sacrifice est accompli. La divine victime s'est offerte; l'Agneau de Dieu est immolé sur l'autel. L'action néan- moins se continue par une nouvelle oblation des mêmes dons deve- nus d'un prix infini. Le pain et le vin ont été transsubstanciés au corps et au sang de Jésus-Christ. De nouveau, le prêtre avec Île peuple les offre à Dieu en cette forme :

Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta ejusdem Christi filit tui Domini nostri tam beatæ passionis, nec non et ab inferis resur- rectionis, sed in cœlos gloriosæ ascensionis, offerimus præclare majeslali tuæ.

« C'est pourquoi, Seigneur, nous vos serviteurs, et avec nous votre peuple saint, nous souvenant de... nous offrons à votre auguste majesté .... »

Cetle première oraison du Canon après la consécration correspond è la prière Hancigitur oblationem qui la précède. Le dualisme du prêtre sacrificateur et du peuple, son coopéraleur, y apparaît nelte- ment À l'expression servifus noslra répond l'expression nos servi lui; d’un côté, lafamilia ua, de l'autre, la plebs tua. 456 REVUE ANGLO-ROMAINE Nos servitui, ce sont les prêtres spécialement consacrés au service de Dieu; plebs fua sancta, ce sont tous les fidèles en union avec le sacerdoce, qui sont devenus par le baplème un peuple saint et la propriété du Seigneur. Le pluriel, nos servi fui, est un souvenir de la liturgie primitive, ou l'évêque célébrait le saint sacrifice avec les prêtres; il continue de s'appliquer aux acolytes qui assistent le prêtre à l’autel. L'opposition entre les prêtres et les fidèles est bien marquée. Les uns et les autres ont leur place, leur rôle dans l’au- guste action. Il y a distinction, mais coopération. Clercs et laïques prennent part simultanément à l'oblation du corps et du sang de Jésus-Christ, comme ils avaient pris part à l'oblation du pain et du vin destinés au sacrifice. Saint Pierre Damien exprime en ces termes cette communauté d'action : « n0s servitui, videlicetsacerdotes; sed ef plebs tua sancta, scilicet populus christianus: nam populus agitvoto, sa- cerdotes peragunt ministerio. » — « Nos servi lui, à savoir : les prètres; sed et plebs tunsancta, c'est-à-dire le peuple chrétien : car le peuple agit par le vœu qu'il émet, les prêtres opèrent par leur ministère ‘. » Le sacrificateur se confond avec l'assemblée des fidèles. Avec les assistants il offre les dons eucharistiques, après comme avant la con- sécration. Et ici, cette association du peuple au prêtre a un caractère plus positivement sacerdotal, et comme sacramentel. C’est le prêtre seul qui a consacré le corps et le sang de Jésus-Christ; c'est lui seul qui parle ; mais c’est avec le peuple qu'il offre la victime eucharistique ; c'est avec lui qu'ilprie : Offerimus preclaræ majestati luæ de tuis donis ac dalis hostiam puram, hostiam sanctam, hosticinimmaculalam, panem sanctum vite ælernæ et calicem salutis perpetuxæ. « Nous offrons à votre augusle Majesté de vos dons et de vos présents, l'Hostie pure, l'Hostie sainte, l’Hostie immaculée, le Pain sacré de la vie éternelle et le calice du salut perpétuel. » Le prètre ne se sépare plus du peuple. C'est avec lui qu'il renou- velle l’oblation de la divine victime présente sur l'autel sous les es- pèces sacramentelles. Supplices le rogamus, jube hæc perferri... ut quel- quot ex hac altaris participations saerosanctum corpus el sanguinem sump- serimus, omni benedictione cœlesti et gratia repleamur. C'est avec lui qu'il adresse à Dieu la prière pour les morts, qui dès les temps apostoliqües faisait partie de la liturgie eucharistique. Memento, Dominofamulurum famularm luarum qui nos præcesserunt. C'est avec le peuple et en son nom, que, par un retour de la pensée de l’autre vie à la vie présente, après avoir prié pour les défunts, il prie pour Îles vivants, qui seront bientôt appelés à les re- joindre : Nobis quoque peccatoribus famulis tuis, de multitudine miseraho- num luarum sperantibus... intra quorum nos consortium. quæsumus, lagitor admiite.

1 Exposit. Can.Missæ. n° 9. LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 427

C'est avec lui qu'il récite ou qu'il chante, après l'y avoir invité for- mellement, Oremus, la prière par excellence, la prière dominicale, qui, de tout temps, a fait partie de la messe et forme la transition entre le sacrifice proprement dit et lacommunion. Ïl y a même cela de remarquable ici que, dans plusieurs antiques lturgies, dans celle de saint Jacques, dans la liturgie dite de saint Pierre, c'est le peuple qui chante le Paéer.

Dans la troisième partie de la messe, l'union du célébrant et du peuple se consomme par la participation au sacrifice qui vient de s'accomplir. La communion est la conclusion du sacrifice eucharis- tique. Après avoir contribué à l'oblation de la divine hostie, il reste aux fidèles à participer avec le prêtre à la consommation de la sainte victime par la communion sacrementelle ou spiritelle. Et c'est à quoi le sacrificateur les invite par la prière de la com- mixtion du corps et du sang de l'Agneau immolé, prière qui est à la fois un souhait et un appel :

Hæccommiztio et consecratio corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi fat accipientibus nobis in vitam æternam. Amen. « Que ce mélange et cette consécration du corps et du sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ que nous allons prendre nous profitent pour la vie éternelle, Ainsi-soit-il, »

Depuis le Pater, jusqu'aux oraisons préparatoires à la communion, le célébrant continue de prier collectivement avec l'assistance; mais dans ces oraisons il prie en son nom seul et pour lui. La communion, en effet, n'est plus, comme l'oblation, un acte collectif, c’est un acte individuel. Le prêtre s’y prépare en priant de son côté et le peuple du sien. L'association se rétablit lorsque, après avoir pris le corps etle sang du Seigneur, le célébrant dit en présentant le calice pour que l'on y verse le vin de la purification :

Quod ore sumpsimus, Domine, pura mente capiamus ;et de munere temporali fat nobis remedium sempilernum. « Faites, Seigneur, que nous conservions dans un cœur pur ce que notre bouche a reçu et que ce don fait pour le temps devienne un remède pour l'éternité. » .

Les prières de la pos/communion se font en commun; « elles sont toujours conçues au pluriel et dites pour tous et au nom de tous ceux qui sont présents à la messe. Cela suppose, dit le D" Gihr, que tous les assistants ont pris part au banquet eucharistique, ou par la com- munion sacramentelle, selon l'usage de la primitive Église, de la- quelle nous vient le plus grand nombre de ces oraisons, ou du moins par la communion spirituelle, que les assistants ne devraient jamais omettre !, n

  1. C.p. 435. 458 REVUE ANGLO-ROMAINE

L'Église anglicane n’est pas officiellement tombée dans l'erreur de ces hérétiques des premiers siècles, et des calvinistes leurs disciples, qui prétendaient investir les simples fidèles, comme de véritables prêtres, du pouvoir de consacrer. Il se peut que certains de ses docteurs, trop imbus de laïcisme, aient excédé dans l'expression et plus ou moins renouvelé l'erreur de Luther. Mais n'avons-nous pas eu de nos théologiens catholiques, et des plus connus, comme Gerson, qui ont attribué à tout fidèle et même à la dernière bonne femme le droit de convoquer le concile, à défaut des autorités légi- times? Ces opinions singulières doivent êlre imputées, d’un côté comme de l'autre, à leurs seuls auteurs. Îl est certain que l’on ne saurait reprocher aux chefs et aux docteurs de l'Église anglicane, à Cranmer et aux autres, d'avoir dit, dans le sens qui vient d’être exposé, que le saint sacrifice de la messe est offert par le peuple aussi bien que par le prêtre. Peut-être même les catholiques de nos jours auront-ils à s'inspi- rer davantage de la doctrine commune à l'Église anglicane et à l'É- glise romaine sur |a coopération des fidèles au mystère eucharis- tique. Des coutumes se sont introduites, en ce siècle, qui ne concordent pas bien avec l'assistance effective au saint sacrifice. 11 est difficile que les dévotions étrangères à l'objet de la messe, telles que lec- tures, méditations, prières privées, par lesquelles trop de fidèles croient pouvoir satisfaire leur piété, leur permettent de s'unir effec- tivement et d'une manière continue à l'auguste action qui s'accom- plit sur l'autel. Hne semble pas non plus que la récitation publique du chapelet pendant la messe, soit, au moins en général, le meilleur moyen d'associer le peuple à la fonction du célébrant et de le faire participer à l'auguste mystère. Les cantiques en langue vulgaire placés mal à propos, sans discernement des diverses parties de la messe outre qu'ils n’ont pas le caractère liturgique, ont aussi l’incon- vénient de distraire l'attention et d'isoler les fidèles du prêtre, A plus forte raison, l'usage qui tend à s'établir çà et là d'occuper une partie de la messe par une prédication publique se concilierait-il difficile- ment avec l'assistance réelle à la messe. Toutes ces pratiques, si pieuses qu'elles puissent ètre en elles- mêmes, conviennent-elles bien au caractère du saint sacrifice de l'au- tel; ne sont elles pas plus ou moins incompatibles avec le rôle per- sonnel, actif, que les assistants ont à remplir dans l'accomplissement des mystères eucharistiques? Les fidèles qui assistent au saint sacrifice y sont en fonction litur- gique. Cet office sacré les oblige à concourir effectivement à l'obla- tion du sacrifice, non seulement d'intention et d'une manière géné- rale, par leur présence à la messe ou par de pieuses occupations LA PARTICIPATION DES FIDÈLES AU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 459

étrangères à la confection de la sainte Eucharistie, mais en s’asso- ciant aux prières et aux actions du célébrant, en suivant ce qui se fait sur l'autel, en coopérant réellement à la fonction sacerdotale. Ce n’est qu’ainsi que se trouvent pleinement réalisées les condi- tions du saint sacrifice de la messe si bien formulées par Mgr l’évêque de Luçon à l'usage de son peuple : « Vous offrez avec le prêtre, N. T. C. F., un seul et même sacrifice, et vous êtes « un sacerdoce royal. » ‘ Écoutez, en effet, le prêtre qui

vous dit: « Priez, mes frères, pour que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu, le Père tout puissant. » — « Souvenez- Vous, Seigneur, dit-il encore au Canon de la messe, de vos serviteurs

Pour qui nous vous offrons. et il ajoute : ou qui vous offrent ce Sacrifice. » Les fidèles sont donc unis au prêtre ; celui-ci est identifié &vec Jésus-Christ; tous ensemble, d’un même cœur et d’une même Voix, offrent l' Hostie immolée et néanmoins vivante, qui se présente à la justice divine à l’élat de victime, et à l'amour divin avec toutes 8s beautés de la vie, avec toules les gloires du triomphe. » ©

                                                   ARTAUR LOTE,

1 Pet., II, 9, 3 Instruce. pastor. el mandement pour le carême de 1896. PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION

                           (Suite).

S'il est un souhait que Notre-Seigneur ait clairement exprimé ans l'Évangile, c'est que son Église fût une, fütunte: « Sintunum!» saint Paul à son tour nous donne la célèbre formule: « Unus iristus, una fides, unum baptisma. » Sans doute Notre-Seigneur ‘ut parler de l’union par la charité, par l'amour fraternel, dont il a it son commandement nouveau, son dernier legs à ses disciples; ais il a visé également l'unité sociale, sans laquelle l'Église ne sau- it être une société parfaite. On ne peut supposer que le divin aitre ait voulu établir sur la terre plusieurs sociétés spirituelles; 1e s’iln’en doit exister qu'une seule: « Ædificabo Ecclesiam meam», faut que cette unique société possède les moyens nécessaires pour ssurer et maintenir son unité: unité dans son enseignement, 1isque sa première mission consiste à faire connaitre la vérité reli- euse; unité dans le but à atteindre, à savoir le salut des hommes; 1ité dans les moyens de sanctification pour atteindre ce but; unité ifin dans le gouvernement, au sens le plus large de ce mot, sans ioi il serait impossible de concevoir l'Église comme une véritable parfaite société. L'unité d’un corps purement collégial est difficile à maintenir, si nl est qu'elle soit possible dans une société nombreuse. C’est pour- 1oi Notre-Seigneur n’a pas donné à son Église cette forme de gou- ‘nement; il y a introduit en même temps l'élément monarchique. uns diminuer les droits du collège apostolique et épiscopal, il & acé l’un des apôtres à la tête des autres et de tous les disciples, en i conférant la mission et le pouvoir de gouverner les brebis aussi en que les agneaux. Ce pouvoir monarchique tempéré, conféré à erre et à ses successeurs, quelque variable qu’en puisse être l’exer- ce, devait assurer l'unité sociale de l'Église, en y mainlenant inité de foi, de discipline, de direction, d'autorité. C’est d’ailleurs rôle de tout pouvoir central. Ceux donc qui se séparent de la sociélé ecclésiastique, qui rejet- nt l'autorité légitime, qui constituent une sociélé séparée, vont mn. af

                PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION                   161

directement contre la volonté de Notre-Seigneur, contre la divine constitution qu'il a donnée à son Église; ils déchirent l'unité; ils sont schismatiques. Le schisme est donc essentiellement constitué par la scission d'avec la société ecclésiastique, sous quelque forme que se présente l'autorité sociale que l’on rejette et à laquelle on refuse shéissance. Mais nous voyons aussitôt que, selon le rôle exercé à tel vu tel moment par le pouvoir central et par l'épiscopat, le schisme sera principalement manifesté, tantôt par la scission d'avec l'épisco- pat uni au Saint-Siège, tantôt par la séparation d'avec le Saint-Siège uni à l'épiscopat. Dans les premiers siècles, en effet, les rapports d'administration qui existaient entire les Églises particulières ou les groupes d’Églises et le pouvoir central, ne se présentaient pas sous la forme qu'ils ont aujourd’hui. Ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, l'intervention du pouvoir central était moins réglementée, moins fréquente, moins délaillée; les liens qui rattachaient entre elles les Églises d'une même région étaient plus puissants; les Églises consi- dérées isolément, n'avaient que peu de rapports directs avec le Saint- Siège, et c'étaient surtout les groupes d'Églises, les Églises régio- nales ou nationales, qui étaient plus ou moins fortement rattachées au pouvoir central. Peu importe d’ailleurs que ces rapports eussent pour intermédiaires ou les évêques d'un siège principal, Alexandrie où Carthage, — ou des évêques constitués à cet effet les Vicaires du Pape, comme ceux d'Arles ou de Thessalonique, — ou enfin le corps épiscopal de la région réuni en concile, comme c'était le cas pour l'épiscopat frank. Dans ces conditions, il est évident que la plupart des schismes, dans l'antiquité, devaient se présenter surtout comme une scission d’avec l’épiscopat de la région, lui-même uni au Saint- Siège; tel le schisme des Donatistes. Mais ce schisme n'en était pas moins formel et coupable, car il constituait une rupture de l'unité ecclésiastique ; il impliquait le rejet de l'autorité légitime, c'est-à- dire du corps épiscopal et, par la même, du Pape. C'est ainsi que les Donatisies, que tout le monde s'accorde à regarder comme schisma- tiques, semblent s'être séparés plutôt de l'épiscopat africain que du Pape; mais, en se séparant du premier, ils ont fait rupture avec le second et du même coup avec toute l'Église. Sans doute, le Pape est intervenu ; saint Silvestre s'est prononcé, et à plusieurs reprises nous ke savons, pour la validité et la régularité de l’ordination de Cécilien. Cependant la scission se produisit d’abord et directement d'avec l'épiscopat de l'Église d'Afrique, solidaire de Cécilien et de l'épis- tupat catholique tout entier, y compris le Pape; de même les retours à l'unité se produisaient par le rétablissement de la communion avec l'épiscopat africain et, par là même, avec le Pape. Plus tard, lorsque le pouvoir pontifical s'est exercé d'une manière bien plus fréquente, lorsque les Églises particulières fureut ratta- REVUE ANULO-ROMAINE. — T, LH. — 41 4162 REVUE ANGLO-ROMAINE chées au Saint-Siège par des liens d'autant plus puissants que ceux qui les groupaient en Églises régionales s'étaient relâchés davantage, lorsque l'unité de l’Église eut trouvé son expression plus ordinaire dans l'adhésion au pouvoir central, dirigeant et représentant l'épis- copat et toute la société ecclésiastique, les schismes se présentérent comme une scission directe d'avec le Pape, entrainant Ja rupture d'avec l'épiscopat et la société catholique. Mais, au fond, l'acte consti- tutif du schisme demeure le même: c’est la séparation d'avec l'Église de Jésus-Christ. Nous en avons un exemple tout récent dans le schisme des vieux-catholiques : abstraction faite de leur hérésie, ils se sont séparés directement du Saint-Siège et, du même coup, de tout l'épiscopat catholique. Et cependant, là où subsiste un épiscopal national, puissamment groupé, on peut encore voir des schismes qui se rapprochent de ceux que nous fait connaître l’ancienne histoire ecclésiastique ; tel, par exemple, le récent schisme de l'Église catho- lique arménienne, heureusement terminé. D'ailleurs l'unité de l’Église n’est pas seulement constituée par l'unité d'autorité; elle l’est plus encore par l'unité de foi et de doc- trine. Aussi l’hérésie est-elle, plus encore que le schisme qu'elle im- plique, opposée à la volonté de Notre-Seigneur. Par conséquent, les communions hérétiques seront plus profondément séparées de la véritable Église que les sociétés schismatiques. De tout cela nous pouvons conclure que les communautés séparées ne seront pas toutes dans une situation semblable par rapport à l'Église romaine. Elles en seront d'autant plus voisines qu’elles auront gardé une plus grande part de l'héritage chrétien : doctrine, sacrements, culte et autorité. Elles en seront d'autant plus éloignées qu’elles auront rejeté ou laissé tomber plus de dogmes, renoncé à plus de moyens de sancti- fication, altéré plus ou moins profondément les éléments essentieis de l’organisation ecclésiastique, appauvri davantagela vie chrétienne. Ainsi, tout auprès de l'Église, il faudrait placer les communautés purement schismatiques, puis, à divers degrés d'éloignement, Îles communions plus ou moins hérétiques, et celles dont la vie chré- tienne a subi des altérations de plus en plus graves, jusqu'à ces sectes qui n'ont plus guère du Christianisme que le nom. Lorsqu'il s'agira d'admettre à la communion romaine les individus ou los sociétés ainsi séparés, il est bien clair qu'on devra leur impc- ser de faire tout le chemin qui les séparait de l'unité, c'est-à- dire qu'ils devront faire profession explicite des dogmes qu'ils avaient rejetés et adhérer à la seule véritable Église chrétienne et à son autorité, à laquelle its avaient refusé jusqu'alors d'obéir. Ceux

Christ, les communions jusqu'alors dissidentes y seraient greffées à nouveau et y retrouveraient, dans sa plénitude, la sève chrétienne, tandis qu'auparavant elles ne pouvaient que végéter péniblement, grâce à la vie qu'elles avaient encore conservée lorsqu'elles furent détachées du trone. Ce n'est là, dira-t-on, qu’une figure, bien que biblique; mais que s passe-t-il lors de la réconciliation des communautés schismati- ques, et en particulier, qu’advient-il des actes de juridiction accom- plis en dehors de l’unité ? Je me suis déjà expliqué à ce sujet. J’ad- mets que toute société possède une certaine juridiction, par là même qu’elle est une société; cette juridiction, organe et expression du pouvoir existant dans cette société, sera illégitime, irrégulière, dans la mesure exacte où la société que nous considérons sera elle-même éloignée de l'unité chrétienne, suivant ce que j'ai dit plus haut. Lors du rétablissement de l'unité, on supprimera, on cassera, ce qui est contraire à cette union, on ratifiera et revalidera le reste, s'il n'y a pas de causes intrinsèques de nullité. Car il y avait une certaine juri- diction, bien qu’irrégulière.

                                      *

                                  “




 C'est ici qu'intervient M. Bayfield Roberts. « Certains faits de l’his-

toire ecclésiastique, dit-il, nous autorisent à prétendre que des actes de juridiction accomplis par des évêques en état de schisme par rap- port au Pape, ne requièrent pas une ratification subséquente qui en assurera la valeur, et cette sorte de schisme n'est pas toujours suivie d’une réconciliation expresse. » Et conime dans les cas rap- portés par le savant auteur, ie Pape avait exclu de sa communion veux qui lui résistaient, il conclut que, dans ces cas, les évêques et leurs Églises n'avaient pas cessé, malgré leur schisme, « de faire partie du corps visible de l'Église » : ce qui permet de dire « que l'excommunication par le Saint-Siège n'impliquait pas nécessaire- ment et per se l'exclusion de l'Église catholique, mais seulement une rupture de communion avec le Saint-Siège ». Que s’il en est ainsi, et si les actes de juridiction d'une Église schismatique « sont valides, mais illicites, ne pourrait-on en dire autant de la qualité de membre du corps vivant de l'Église? Si le schisme ne produit pas de nullité dans le premier cas, est-il fatalement nécessaire qu'il en produise dans le second ? » M. Bayfield Roberts ne fait pas expressément l'application de cette théorie à l'Église d'Angleterre; mais on sent bien qu'elle est dans son esprit, et on ne saurait le trouver mauvais. Il me semble que 164 REVUE ANGLO-ROMAINE

  l'on ne peut concéder à l'auteur toutes ces déductions, et je vais
  m'eflorcer de montrer en quoi elles laissent à désirer. Je devrai
  examiner pour cela si toute résistance à l'autorité du Pape a pour
  effet de constituer en état de schisme ceux qui n'obéissent pas;
  ensuite, en admettant que la rupture de communion avec le Pape,
  telle que la fait connaître l'histoire ecclésiastique des premiers
  siècles, ait été une excommunication, voir si l'excommunié cesse
  d’être membre du corps visible de l'Église.
    Le schisme formel, nous l'avons vu, consiste dans la séparation
  d'avec la société ecclésiastique légitime; cette société ayant pour
  chef le Souverain Pontife, le schisme se manifestera régulièrement,
  de nos jours, par le rejet de l'autorité du Pape. Et tel est le sens de
  toutes les définitions que les auteurs donnent du schisme,
  y compris celle de Lehmkuhi reproduite par M. Bayfield Roberts:
  Qui non vult subjacere Romane Pontifict legitime electo, atque ita sea
  reliquo Ecclesiæ corpore separat, schismaticus est. Mais il faut entendre dans
  son vrai sens le mot « subjacere ». Il veut dire : tenir le Pape pour
  chef de l'Église, se regarder comme sujet de son autorité. Par suite,
  le refus d'être soumis au Pape, nécessaire pour se constiuer en état
  de schisme, comporte le rejet, la négation de son autorité comme
  telle; il signifie que l’on ne se tient pas pour son sujet, qu'on ne te
  regarde pas comme le chef de l’Église ou de cette portion de l'Église
  à laquelle on veut appartenir. C’est ainsi que se sont séparées de
  l'Église les communions hérétiques et schismatiques orientales; c'est
  ainsi que s’est produite, de nos jours, la scission des vieux-catho-
  liques.
    Mais autre chose est de rejeter l'autorité d'un supérieur, autre
  chose de résister à tel ou tel exercice de son autorité, à tel ou tel
  ordre, à telle ou telle décision émanée de lui. Cette résistance peu
  être coupable, elle le sera légalement, car l'autorité a pour elle la
  présomption; mais elle ne constituera pas un schisme, car elle ne
  comporle pas la négation de l'autorité elle-même ou de sa légitimité.
  Prétendre que le supérieur fait un usage illégal de son pouvoir,
  qu'il applique mal la Loi, par exemple, ou qu'il a porté une sentence
  injuste, ce n’est point nier son autorité, ce n'est point se soustraire à

men

  son obédience, ce n’est point se retirer de la société qui le regarde
  pour son chef. Par conséquent, ce n'est point être schismatique.

Bi

  I est facile d'en faire l'application à une société temporelle : une
  province, une colonie qui se rendent autonomes, refusant de recon-

de.

  naître plus longtemps l'autorité du roi et se constituant en société
  distincte, font un schisme politique. Mais l'individu, la cité, la pro-
  vince, qui prétendent que leurs intérêts sont injusternent lésés par
  teile loi, telle décision, telle sentence, et qui s'efforcent de s'y sous-
  traire, qui ne l’acceptent point, y résistent même au besoin par la

PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 165

force, ne sont point schismatiques; ils ne se séparent point de la société; ils continuent à en reconnaître l'autorité; ils sont tout prêts à obéir si on leur donne satisfaction. Ils peuvent être coupables, encore une fois; mais cette culpabilité ne les exclut pas de la société dont ils sont membres, bien que résistants. Qu'arrivera-t-il alors? Le pouvoir supérieur examinera les motifs de la résistance; il verra s'il y a lieu de procéder à un nouvel examen de l'affaire, à une modi- fication de la décision attaquée, à un retrait, partiel ou total, de la loi; il se décidera le plus souvent à faire respecter sa volonté par les moyens qui sont en son pouvoir; au besoin il emploiera la force contre les individus, la cité ou la province. L’individu, par exemple, sera poursuivi, privé de ses droits politiques ou de sa liberté, atteint plus ou moins gravement dans ses biens; la cité sera l'objet de me- sures légales appropriées à la circonstance, par exemple, la destitu- tion de ses magistrats, etc. La province, enfin, sera ramenée à l’obéis- sance par des moyens légaux ou par la force; et, si ce dernier moyen était inefficace, une séparation, un schisme pourrait se produire d'avec la société légitime. Si l'on tient compte des différences que nécessite le caractère spi- rituel de la société ecclésiastique, les choses se passeront à peu près de même dans l'Église, Le chrétien, l'évêque, l'Église particulière ou le groupe d’Églises qui se croient lésés par tel acte, telle décision de l'autorité, peuvent provoquer, par tous les moyens légaux, un ou plusieurs nouveaux examens de la cause, jusqu’à une décision qui engage assez pleinement l’Église et son autorité pour qu'elle soit irréformable. Si pour cela ils emploient, non les moyens légaux, mais la résistance, ils deviennent coupables, mais non encore schis- matiques, car ils ne nient pas le pouvoir de l'Église et de son chef. Hs soutiennent que telle décision est mal fondée, en quoi ils peuvent avoir Lort, mais ils ne prétendent pas qu'elle émane d'une autorité incompétente dont ils ne sont pas les sujets. Qu’adviendra-t-il en cas de résistance obstinée? Exactement ce qu'il advient de ceux qui résistent à l'autorité séculière, sauf les différences nécessitées par la nalure spirituelle de l'Église. Le pouvoir suprême prendra les me- sures qu'il jugera les plus efficaces pour ramener les individus ou les Églises à l'obéissance; ses décrets atteindront les individus et jusqu'à un certain point les Églises, dans leurs biens spirituels; les individus seront excommuniés, les clercs suspens, les communau- tés soumises à l'interdit, jusqu'à résipiscence; ces mesures coerci- lives, jointes aux autres moyens que l'on pourra prendre, amèneront les coupables à l’obéissance, ou ne leur laisseront d'autre issue que de se séparer de l'Église; à ce moment, ils deviendront positivement schismatiques;: car c'est alors seulement qu'ils essaient de vivre par eux-mêmes, de se suffire, en ce qui concerne la vie chrétienne, sans 468 REVUE ANGLO-ROMAINE

union réelle avec le reste de l'Église et avec le Pape, en un mol, qu'ils se séparent de la société ecclésiastique. Ce que nous venons de dire nous permet déjà de faire une remarque importante. L'exclusion de la véritable Église, conséquence immé- diate du schisme, conséquence plus immédiate encore de l'hérésie, ne résulte pas d’une sentence portée par le pouvoir suprême conire les dissidents; elle est produite par les actes mêmes des hérétiques et schismatiques, qui s’excluent de la société fondée par Jésus-Christ, puisqu'ils n’en admettent pas la foi et la doctrine intégrale, puisqu'ils en rejettent l'autorité plutôt que de s'y soumettre. Et c’est pourquoi il n'est pas nécessaire, pour être schismatique, d'exprimer formelle- ment qu'on rejette l'autorité du Saint-Siège « dans une proposition négative adressée au Pape » ; un acte suffit, maïs à la condition qu'il implique expressément un déni d'autorité, et non pas seulement un refus, plus où moins exprès, d’obéir à l'exercice de cette autorité dans tel ou tel cas concret. L'Église pourra ensuite prononcer, comme elle le fait, l'excommunication contre les hérétiques et les schisma- tiques, les priver, autant qu’il est en elle, et pour les ramener à ré- sipiscence, de l'usage des biens spirituels dont elle a le dépot; elle refusera de reconnaitre leur juridiction et les privera de toute celle qui serait émanée d'elle-même. Il n’en demeure pas moins vrai que l'exclusion de l'Église résulte, non d’une sentence portée par l’aulo- rité ecclésiastique, mais de l'acte mème des dissidents. C'est ce qui explique ces expressions dont se sert parfois le Pape en formulantcer- taines définitions de foi : « Si qui secus ac a Nobis definitum est, quod Deus avertat, præsumpserint corde sentire, li noverint ac porre sciant se proprio judicio condemnatos, naufragium circa fidem pas- sos esse, et ab unitate Ecclesiæ defecisse » (Bulle Zne/fabilis Deus, por tant définition dogmatique de l'Immaculée Conceplion.) Le rôle de l'au- torité ecclésiastique consiste donc seulement à constater, à condam- ner le schisme ou l'hérésie, à déclarer que les hérétiques et schisma- tiques se sont exclus de la véritable société de Jésus-Christ. L'excom- munication vient ensuite, formellement prononcée, bien qu'on puisse dire qu'elle résulte déjà des actes par lesquels les dissidents se sont retirés de l’Église. Par conséquent, les défauts, irrémédiables ou non, de la juridiction des Églises hérétiques et schismatiques dérivent bien plutôt de l’hé- résie et du schisme que de l'excommunication prononcée contre elles. Si tout hérétique, tout schismatique est excommunié, tout excommu- nié n'est pas hérétique ni schismatique. L'excommunié ne cesse pas ipso facto d’être membre de la véritable Église; c'est un membre malade, un membre rebelle ou coupable, contre lequel la société est obligée de sévir, tant pour le punir que pour Îe corriger, mais à qui elle restituera le plein usage des biens spirituels dès qu'il se sera PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 467

soumis ou corrigé, dès qu'il aura obéi à ce que l'autorité lui demande. Car enfin, que lui manquerait-il pour être dans la véritable Église, s’il en admet toute la foi et toute l'autorité? Sans doute, sa situation y est irrégulière, il ne peut prendre part aux actes de la vie spirituelle de l'Église, à peu près comme le prisénnier qui estexclu de la société de ses concitoyens; mais il dépend de lui, moyennant l'obéissance et une satisfaction proportionnée, de reprendre sa place et de retrouver le plein exercice de tous ses droits. « Censura, dit le cardinal D’Annibale, est pœna medicinalis qua Christiano delinquenti et contumaci usus quorumdam bonorum spiritualium aufertur, » Et il ajoute : « Non ipsa bona spiritualia adimit reis, sed usum eorum lantum, quoad resipuerint. » (Swnmula, 1, n. 324.) Parlant des effets de la censure, l'éminent auteur s'exprime en ces termes : « Censuræ adi- munt um bonorum spiritualium : non omnium quidem, sed eorum que communione fidelium (adeoque Ecclesiæ dispensatione) sive exter- pasive interna continentur ;'et præterea clericis quæ sunt clericorum propria. Et excommunicatio quidem omnis prorsus adimit; interdic- tum et suspensio aliqua tantum. » (Zbid., n.332.) Quant aux effets de l'excommunication relativement aux clercs, les voici résumés dans ce style nerveux qui est si remarquable chez le cardinal D'Annibale : « Excommunicatio interdicit clericis ordine el jurisdictione. Verum jurisdictionem non adimit nisi vitandis. Sed valent quæ ab eis gesta sunt; ea tantum sunt irrita quæ vitandus facit nomine Ecclesiæ, vel ex potestate jurisdictionis; nisi forte Ecclesia eam suppleat, ut alias, propter errorem communem. » ({bid., n. 358.) Encore faut-il remar- quer que certains usèges de la juridiction, au sens large, peuvent être permis à l'excommunié, de par une disposition expresse de la loi ; c'est ainsi que les cardinaux excommuniés peuvent prendre part à l'élection du Souverain Pontife, exception qui semblait élrange à Ucalégon, mais qui se justifie pleinement par l'intérêt supérieur qui s'attache à l'élection du Pape. Tout cela prouve que, dans les trois exemples signalés par M. Bay- feld Roberts (les Quartodécimans, l'affaire de saint Cyprien et le schisme de Meletius), quand même on admettrait que la rupture de communion d'avec le pape ait été une véritable excommunication, nr les Quartodécimans, ni saint Cyprien, ni Meletius, ni leurs adhé- rents n'auraient cessé de faire partie de l'Église; ou du moins, s'ils avaient cessé d'être membres du corps visible de la véritable Église, ç'aurait été parce qu'ils auraient été schismatiques et non en vertu de l'excommunication. J'ai mis à dessein les choses au pire, en raisonnant comme si le Pape, en séparant certains évêques de sa communion, daus ces faits et d'autres que nous ont conser- vés les anciens historiens de l'Église, avait vraiment voulu les excommunier, au sens que ce mota pris dans la suite. J'ai voulu SU 168 REVUE ANGLO-ROMAINE

ainsi m'éviter l'obligation d'étudier cette question, aussi difficile qu'intéressante, à savoir : quelles étaient, aux premiers siècles, la si- gnification et la portée exactes de cette interruption de communion que les papes prononçaient contre certains évêques? Je n'aurais pas voulu que mon raisonnement fût atteint par l'incertitude de ma réponse. À dire vrai, je ne crois pas que cette rupture de communion fût, par elle-même et toujours, une véritable excommunication; j'+ verrais plutôt une expression du mécontentement du pape, une mesure destinée à faire réfléchir les opposants et à les ramener à l'obéissance sur la décision qu'ils ne voulaient pas accepter. Quoi qu'il en soit, je puis conclure que, quand méme cette mesure assez mal définie aurait eu la valeur d'une excommunication, au sens plus ré- cent du mot, les opposants n'auraient pas cessé d'appartenir à la véritable Église, bien que le devoir de l'obéissance fût devenu pour eux plus exprès el plus impérieux. Mais saint Cyprien, Meletius et les Quartodécimans auraient cessé d'être membres de l'Église, s'ils avaient été schismatiques, au vrai sens du mot. C'est incontestable. Or, dit M. Bayfeld Roberts, ils ‘étaient véritablement schismatiques, puisqu'ils n'étaient pas en com- munion avec le pape, et qu'en n'acceptant pas des décisions émanées de lui, ils niaient l'autorité du Saint-Siège. Et cependant le schisme de Meletius, comme l'affaire de saint Cyprien et celle des Quartodé- cimans, « prit fin sans que personne ait cessé d'être membre du corps visible de l'Église, sans aucune réconciliation expresse, et sans légi- timation subséquente des actes de juridiction accomplis pendant la durée du schisme ». Je réponds que dans l'affaire de Meletius, pas plus que dans les autres, il n’y eut schisme formel, j'entends per rapport à l'Égtise entière, à la société ecclésiastique chrétienne. En parlant ainsi, je ne songe pas à nier qu'il y ait eu un schisme, très long et très regrettable, à Antioche; je ne prétends aucunement que les deux partis fussent également légitimes; je n'hésite même pas à qualifier de schisme cette longue division des orthodoxes d’Antioche en deux communautés, division qui s’est prolongée pen- dant un demi-siècle. Il résulte cependant, à ce qu'il me semble, des explications données plus haut sur les caractéristiques du schisme, que ni les Mélétiens ni les Pauliniens ne s'exclurent eux-mêmes, par la négation de l'autorité ecclésiastique légitime, du corps visible de l'Église. Sans doute leur situation était irrégulière, contraire à la loi de la société chrétienne qui n’admet qu'un seul évêque sur chaque siège; mais enfin, les uns et les autres faisaient profession de la foi orthodoxe; les uns et les autres entendaient bien rester unis à l'Église entière et se rattachaient le plus possible au corps épiscopal. Je ne vois pas là cette séparation de la société ecclésiastique néces- saire pour constituer le schisme formel, qui exclut de la véritable PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 169

Église ceux qui rejettent son autorité. Il s’est produit, au cours des siècles, bien des élections épiscopales controversées; à Rome sur- tout, on a pu voir bien des antipapes; une fois même, l'Occident chrétien a été séparé en deux obédiences et les électeurs de chaque parti ont prolongé le schisme en donnant des successeurs à chacun des deux premiers compétiteurs; mais, bien que cette division de la chrélienté fût déplorable et qu'elle ait causé de grands maux à l'Église, bien qu'elle mérite son nom de « grand schisme », cepen- dant je n’y trouve pas davantage l'élément constitutif du schisme formel, c'est-à-dire le rejet de l’autorité légitime de la société chré- tienne. On est schismatique quand on se soustrait à l’obédience du pape légitimement élu; mais quand on discute sur le fait de l'êlec- tion légitime de deux compétiteurs au même siège, on ne rejette pas l'autorité de l'Église; on cherche, de fait, en qui elle réside. Et c’est pourquoi il n’y a pas eu, durant le grand schisme, deux Églises légi- times, mais deux obédiences dans la seule et unique Église. Sans doute, l’une des élections était nulle, peu importe laquelle, pour notre sujet; sans doute encore, c'était pour tous, y compris les deux compétiteurs, une obligation étroite de travailler au rétablissement de l'unité du pontificat; mais enfin, ceux qui, de part et d'autre, étaient persuadés qu'ils appartenaient à l’obédience du pape légi- time, n'étaient pas formellement schismatiques:; ils n'étaient pas exclus de la véritable et unique Église. Tel fut aussi le cas pour Antioche: chacun des deux compétiteurs se regardait comme le véritable évêque de ce siège; l’un des deux avait tort, sans doute; l'intervention du pape en faveur de Paulin ne constituait pas les Mélétiens en état de schisme à l'égard de l'Église entière : car, à supposer même que le pape ait voulu excommunier Meletius et ses partisans, la résistance à un acte de l'autorité s'implique pas nécessairement le rejet de cette autorité, d'autant qu'il s'agissait d’une questiorr de fait assez épineuse, autant que nous pouvons en juger. De plus, est-il bien certain que la cessation du schisme d’Antioche ait eu lieu sans ratification des actes de la juridiction, sans réconci- liation, je ne dis pas avec le Pape, —celan'était pas nécessaire dans un schisme local — mais entre les deux fractions de l'Église d'Antioche? Telle n'est pas au reste la pensée de M. Bayfeld Roberts; il ne veut pas dire que le schisme mélétien ait cessé sans réconciliation for- melle entre les deux partis: mais, supposant que Meletius et ses partisans étaient schismatiques par rapport au pape, il constate que le pape n’est pas intervenu pour ratifier les actes de juridiction accom- plis pendant le schisme et qu'il n’y a paseu de réconciliation expresse avec lui, Cela s'explique aisément, puisqu'il ne s'agissait ‘que d’un schisme local, d’unediscussion de fait, non d'une négation de principe. 170 REVUE ANGLO-ROMAINE

ll me parait inuule de faire l'application de cette même théorie aux deux autres faits rappelés par M. Bayfield Roberts, l'affaire des Quartodécimans, que le pape Victor menaça de retrancher ou même retrancha de sa communion: la querelle relative au baptême des hérétiques, dans laquelle le Pape Étienne agit de même à l'égard de saint Cyprien et de Firmilien de Cappadoce. Il n’y eut pas séparation de l'Église; il n’y eut pas schisme formel; la réconciliation ne pou- vait être autre chose que la cessation de la résistance, et il n'était aucunement besoin de revalider des actes de juridiction. Je rappelle encore que le schisme formel ne se présentait pas, dans les premiers siècles, sous une forme absolument semblable à celle qu'il affecta plus tard et qu’il affecte aujourd'hui. Mais alors, pourra-t-on me demander, quelle est donc la situation, par rapport à l'Église, des hérétiques et des schismatiques? Ne font- ils aucunement partie du corps visible de l’Église? La réponse me parait résulter de tout ce que j'ai dit à différentes reprises : Non, les schismatiques, et à plus forte raison les hérétiques,ne font pas partie de la vraie société ecclésiastique, ils se sont exclus eux-mêmes de l’unité; c'est ce qui résulte de la définition même du schisme et de l'hé- résie, Mais en s'éloignant plus ou moins du bercail, ilsn'ont pasentendu renoncer entièrement à leur qualité de chrétiens; ils ont gardé une part plus ou moins considérable de l'héritage chrétien: la foi plus ou moins intégrale, la vie chrétienne plus ou moins'active, les sacre- ments et autres moyens de sanclification plus ou moins intacts, l’organisation sociale chrétienne plus ou moins conforme à celle de la véritable Église. Ils sont hors du bercail, mais ils sont encore des brebis du Christ, dont ils portent le signe indélébile reçu au saint baptême; ils ont plus ou moins de chemin à faire, plus ou moins d'obstacles à surmonter pour reprendre leur place au bercail, sous la houlette de l'unique souverain pasteur. Celui-ci les appelle et les invite, au nom de toute l’Église dont il est le chef, au nom même du Christ dont il est le vicaire : les brebis égarées resteraient-elles toujours insensibles à La voix du bon Pasteur? Et e’est ainsi que nos loyales discussions nous ramèneront toujours au même point, l'unité de l'Église, si expressément recommandée par Notre-Seigneur: unité de foi, unité de vie, unité de gouverne- ment; et, comme cette triple unité est exprimée et maintenue par l'unité de pouvoir en la personne du successeur de saint Pierre, chef de l'Église, pasteur des agneaux et des brebis, nous serons aussitôl ramenés à la question capitale de la soumission au pouvoir suprême du Pape. Quel est ce pouvoir, je me suis efforcé de le dire : c'est le pouvoir même de l'Église entière, exercé par le chef aussi pleine- ment, aussi intégralement que par tous les membres unis à lui. L'hérésie et le schisme impliquent d'eux-mêmes l'exclusion de PRIMAUTÉ, SCHISME ET JURIDICTION 174

l'Église, la première plus complètement, parce qu’elle atteint la foi, le second à un degré moindre, car il se borne théoriquement au rejet de l’autorité souveraine dans la société ecclésiastique. L’excommuni- calion, censure strictement déterminée, prive l'excommunié de l'usage des biens spirituels que lui procure sa participation à la véri- table Église; elle ne l'en exclut pas; elle peut servir à réprimer et à corriger des excès, des fautes, commis dans la véritable Église, à ramener à J’obéissance ceux qui, sans nier l'autorité suprême, résis- tent à certaines de ses décisions; tel est le sens des ruptures de com- union que nous voyons pratiquées dans l'antiquité, et qui ne cons- tiluaient pas nécessairement les résistants en état de schisme avec le Pape et avec l'Église. Ah! plût à Dieu que la rupture entre l'Église d'Angleterre et l'Église romaine ne fût pas autre chose que les différends rappelés par M. Bayfeld Roberts, et pût se terminer aussi facilement! Car alors, les membres de cette Église ne seraient pas sortis du bereail. Mais déjà ïls sentent la nécessité de rétablir l'union et de revenir à l'unité; ils se rendent si bien compte de ce besoin de l'unité qu'ils s'imaginent une Église catholique dans laquelle Romains, Grecs orthodoxes et Anglicans pourraient prendre place au même litre, sans voir combien factice est cette unité qui n’exige ni l'absolue iden- tité de foi, ni un pouvoir véritable reconnu par tous. Mais enfin ils sont sur fa voie, Que Dieu rende ces aspirations toujours plus ardentes et plus efficaces: « Qui aspirando prævenit etiam adjuvando prosequatur. »

                                                  À, Boupixnox.

CHRONIQUE

Les ordinations anglicanes et les conversions indivi- duelles. — Les noms de Newman, de Manning, de Faber, de Ward et bien d’autres excitèrent dans l'Église entière un véritable enthou- siasme, il y a cinquante ans environ. Newman en particulier, le plus célèbre des « tractariens », réjouit tous les cœurs catholiques quand il abandonna l'Église anglicane et passa dans l'Église romaine. Non seulement la conquête était belle par l'acquisition d’une si grande âme et d'un si beau génie, par le rude coup porté à l’anglicanisme, mais elle était belle surtout parce qu’on aimait à voir en elle l'heu- reux présage et comme l'aurore radieuse de la conversion de l'An- gleterre. Les commencements parurent justifier ces espérances. Des hommes du plus grand talent, de la plus pure vertu, vinrent à nous. Un mo- ment l'Église anglicane parut osciller sur ses bases, émue par des abandons dont l'éclat troublait bien des âmes. Mais bientôt le nombre des conversions diminua, et l'Église d'Angleterre reprit sa marche isolée sous l'impulsion que le mouvement d'Oxford lui avait imprimée. « La conversion du cardinal Newman !, dit un éminent catholique anglais, et celles qui l'ont suivie, loin deparalyser l'Église anglicane, semblent l'avoir poussée quelque temps après à de nouveaux efforts. Non seulement la construction et la restauration des églises ont continué avec une ardeur qui ne s’est pas ralentie, mais de nouveaux évéchés ont été créés el dotés. Bien que beaucoup de ses jeunes membres aient abandonné toute croyance en la révélation, le nombre de ceux qui s'intéressent activement à son service, hommes et femmes, parait aller en augmentant. Ainsi, pour une église qui avait, en 1844, des offices solennels, il y en a maintenant au moins cinquante. Il y a quarante ans nous catholiques, nous formions un petit corps ayant un culte d’une solennité sans rivale au milieu d’une communauté, dont le culte offrait le caractère le plus nu et le plus répulsif, tandis que maintenant nous sommes environnés d'églises dont les cérémonies, si l'on en croit un grand nombre de personnes de tout rang, sont plus pieuses et plus attrayantes que les cérémo- nies de quelques-unes de nos églises. Chez les anglicans, l'attache- ment pour leurs offices s'est grandement accru, avec leur beauté. Leur Prayer Book, vraiment admirable à tant d'égards, bien que se ressentant des erreurs de la doctrine, est surtout la reproduction de l'antique liturgie catholique revêtue de la forme la plus noble et la plus magnifique de la langue anglaise. » Il ne saurait y avoir à ce sujet le moindre doute. L'Église angli- cane est plus forte que jamais, parce que plus que jamais elle saisit les âmes par une profession plus ouverte et plus accentuée de la doc- trine sacramentelle et par les splendeurs du culte. Pourles conversions... «les événements ne suivaient pas leur cours normal. D’illustres convertis imitaient encore en assez grand nombre l'exemple du D' Newman, mais il ne se produisait rien de pareil à ce

The Conversion of England by Saint Georor Mivarr, Dublin Review.(July, 1884.) CHRONIQUE 473

vaste mouvement de soumission empressée qu’on avait vu aupara- sant. Chaque année, le nombre des conversions remarquables dimi- nuait. Peuà peu nous fümes obligés de subir cette conviction décou- rageante, mais de plus en plus impossible à repousser, que la con- version de l'Angleterre était une œuvre réservée à un avenir plus lointain. Une ou plusieurs causes inconnues empêchaient, d'une manière manifeste, Le développement des conséquences que la Provi- dence paraissait devoir faire découler d'antécédents si pleins d'espoir. Depuis lors, à mesure que les années se succédèrent, nos premières espérances si vives parurent s'évanouir, et leur prompte réalisalion est devenue de moins en moins probable. | « Nos progrès sont bien différents de ce que nous avions autrefois espéré, et il y a des mécomptes très sérieux au sujet de notre prospé- rité. 11 serait bon de le reconnaître au lieu de rester dans les limbes de la vanité, passant notre temps à nous louer entre nous et à déprécier les autres, comme si nous faisions partie d'une société d'admiration mutuelle. L'Eglise anglicane, spécialement son haut clergé, est souvent l'objet de sarcasmes et de railleries aussi dépla- cées qu'injustes. Ses fautes et ses oublis devraient sans doute être fidèlement relevés, mais dans un esprit de charité et de sympathie pour des hommes dont plusieurs mênent une vie si pieuse et si exemplaire. » ‘ Nous empruntons ces passages à un écrivain catholique qui a exprimé ses sentiments dans la Dublin Reviav, dont les opinions son‘ connues. Ainsi le mouvement des conversions individuelles s'est ralenti et la force de l'Église anglicane a augmenté. I] serait intéres- sant de rechercher les causes de ces différents phénomènes, mais cela nous éloignerait trop de notre sujet spécial. La question des ordinations anglicanes a exercé très peu d'in- fluence sur les conversions, principalement dans les classes élevées. Si tant d'âmes sont venues à nous, ce n’est pas parce qu'elles ont douté de la hiérarchie anglicane. Elles sont venues découragées par le triste état de leur Église au point de vue de la discipline, au point de vue d’une liberté dans es doctrines qu'elles ont jugée abusive, effräyées de la faiblesse de l'autorité, convaincues qu'elles trouve- raient au centre de l'unité l'idéal de doctrine et de perfection après lequel elles soupiraient. La plupart des convertis, en particulier ceux qui appartenaient au mouvement d'Oxford, ne doutaient ni de leurs sacrements ni de leurs ordres. Leurs doutes à ce sujet, quand ils en ont eu, se sont produits après leur conversion. Et cela se com- prend aisément. Ces conversions ne sont pas le résultat de contro- verses. Les catholiques ne peuvent guère s en attribuer ni la gloire ni le mérite. Elles ont eu lieu, la plupart du temps, en dehors de leur action, par le travail intérieur des âmes éprises de perfection chré- tienne, par une étude des principes de l'Église anglicane, faite soli- tairement, qui, de déduction en déduction, a conduit ces âmes à l'Église catholique. Chez tous les anglicans, on estime que la con- duite de l'Église catholique à l'égard de leur hiérarchie a été mal com- prise au fond, et que pour défendre cette conduite, les catholiques anglais ont recours à tous les moyens. H faut bien ajouter que certains catholiques n'agissent vraiment pas de manière à convertir par leur façon de discuter sur la vali- dité des ordinations anglicanes. Ainsi, je viens de recevoir un livre “

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intitulé « les Ordres anglicans sont-ils valides? » qui, assurément, ne convertira pas un anglican tant soit peu instruit. La chose vaut qu'on s’y arrèle. L'auteur professe sur la matière et la forme du sacrement de l'Ordre les opinions les plus fantaisistes. IL serait trop long de le suivre sur ce terrain, voyons simplement ce qu'il dit sur les faits historiques. Nous trouverons là un spécimen de ses procédés bien suffisant pour les faire apprécier. Voici, par exemple, comment il expose (p. 42|, les Raisons qui ren- dent sérieusement douteux le fait de la consécration ds Parker. « À cette époque, dit-il, en 4559, et depuis plusieurs années, le docteur Richard Creagh, prima de toute l'Irlande, mourait sur le plan- cher humide de la Tour de Londres à cause de sa fidélité à la foi que saint Patrice avait implantée dans sa vieille patrie. Une tradition rapporte qu'on lui demanda le service d’être consécrateur et qu'en retour on lui donnerait la liberté. Mais le saint martyr, redressant son corps amaigri dans son obscur cachot, écouta avec impatience le message doré tandis que l’enchanteur l'exposait. Puis, tremblant d’indignation en tous ses membres, il montra la porte et commanda au messager de la reine de sortir. Ceux qui connaissaient tout cela regardaient la consécration secrète de Parker comme un mensonge, et ils furent confirmés par un rapport détaillé de la consécration qui était donné comme venant d’un témoin oculaire. Ce rapport était contenu dans une brocbure publiée à Anvers par un nommé John Hollywood. » Suit la Fable de la Taverne, avec quelques variantes dues à l’ima- gination définitivement bien fertile de l'auteur. Puis il continue : « Ce récit étant ce qu'on attendait en général surtout chez les catholiques, il fut reçu sans hésitation... Telle: était l'accusation lancée par un leader catholique contemporain au nom de ses coreli- gionnaires. Si elle n'avait pas eu de fondement rien n'aurait été plus facile que de le prouver, pendant que les faits étaient encore présents dans la mémoire de tous. Cependant les années passèrent et aucune réponse ne fut donnée, excepté le silence proverbial qui consent. Enfin, en 16143, après un intervalle de pius d’un demi-siècle, le registre de Lambeth fut déterré. » Assez... mais reprenons un peu cette fantasmagorie. 4° Depuis plusieurs années, en 1559, le docteur Richard Creagh se mourait sur le plancher humide de la Tour de Londres. Comme la reine Marie, la catholique ardente,est morte en 1558, il suit de lèque le Primat d'Irlande a été mis en prison en raison de ses croyances catholiques par la reine Marie. On l'ignorait généralement. 2° Le D'Creagh auraitrefusé de se vendre el de sacrer Parker en 1559. Il est vraiment dommage que le D' Creagh n'ait été fait évèque qu’en 1564, quatre ans et demi après le sacre de Parker (Cf. Mazière Bradv, très savant catholique Irlandais. Episcopal Succession, t. 1, p. 220.) 3° La Fable de lu Taverne publiée par un leader eatholique « pen- dant que les faits étaient encore dans la mémoire de tous, » fut reçue par un silence qui équivaut au consentement.

1 Are anglican orders valid, by J. Mac Devrrr, D. D., for many years Pro- fessor of Ecclesiastical Hislory, etc. Dublin, Sealy, Breyers and Walker, — 1896 — avec l'imprimatur de l'archevéque de Dublin, LIVRES ET REVUES 473

En réalité la Fable de la Taverne fut publiée pour la première fois en 1604, c'est-à-dire quarante-cinq ans après le sacre de Parker. Et Mason, en 1613, la réfuta dans un grand ouvrage où il donnait le registre de Lambeth. Cels suffit. Un livre pareil n'opérera cerlainement pas de conversions parmi les anglicans instruits. Chez eux, s'ils le lisent, l'effet sera déplora- ble pour la science et la bonne foi de l'auteur. Et si des ignorants se convertissaient, convaincus par de telsargu- ments, croit-on que les anglicans instruits n’accuseraient pas les catholiques de se servir de tous les moyens pour arriver à leurs us”? .

Leur estime à notre égard en serait diminuée, et au lieu de venir vers nous, ils s’en éloigneraient au nom de l'honnêteté naturelle et de la justice. La controverse sur les ordres n’a donc pas eu et ne pouvait pas avoir une influence favorable sur les conversions qui se sont pro- duites en Angleterre, On doit même dire que par sa nature et par la manière dont elle à été généralement menée autrefois. elle a constitué un obstacle sérieux aux conversions individuelles comme à l'union en corps. — F. P. Nos Documents. -— Nous terminons aujourd'hui la publication de l'Office de la Communion, tel qu'il se trouve dans le rayer Book actuellement en usage dans l’Église d'Angleterre, et nous commen- çons la publicalion du même Office d'aprés le premier Prayer Book d'Édouard VI. Nous donnerons ensuite la concordance des diverses éditions du Prayer Book, indiquant les changements opérés.

                 LIVRES ET REVUES

DE AXIOMATE Zfra Hcclesiam nulla salus DISSERTATIO TUEOLOGICA, par le R. P. Edmond Dublanchy, de La Société de Marie; in-8°de 442 pp. Voici un livre qui nous vient d'Amérique. Il est vrai qu'il a été imprimé en France, mais c'est une thèse de doctorat en théologie présentée à la jeune université catholique de Washington. Le sujet est on ne peut plus intéressant. Que de discussions n'a-t-il pas sou- levées? Les oreilles rationalistes en sont scandalisées, et l'on ne se gêne pas pour taxer d’horrible cruauté ce dogme catholique. Les théologiens catholiques, à leur tour, ont été assez embarrassés pour préciser la vraie signification et la portée de cet axiome. N'aurions- nous que cela, c'en serait assez pour nous porter à féliciter chaude- ment le R. P. Dublanchy d’avoir résolument abordé cette question. Îl ne nous coûte guère de reconnaitre, avec la meilleure bonne foi, que l'ouvrage est frès travaillé. Bien plus, nous avouons que l’auteur n'a pas traité d'une main légère un si grave sujet. 11 l'a approfondi et a su condenser tout ce qui était de nature à éclaircir cette obscure question. En somme, dans l’ensemble, c’est une monographie très étudiée. Au point de vue de la richesse de la documentation (par indication) el de l'abondance des preuves, nous doutons fort qu'il 176 REVUE ANGLO-ROMAINE

laisse quelque chose à faire aux théologiens de l'avenir. Nous félici- tons donc le jeune docteur de nousavoir donné un bon et solide livre. Cependant, à côté de ces mérites indéniables, nous ne pouvons pas passer sous silence certains défauts, à notre avis, assez apparents. L'ouvrage est divisé en trois parties. Dans la première on cherche à savoir & Dieu veut sincèrement le salut de tous les hommes sans aucune erception. — La dernière détermine les conditions absolument requises de la part de Dieu pour que l'homme obtienne le salut. — La troisième traite dde la nécessité d'appartenir à l'Église pour arriver au salut, — Or, dois-je le dire? Ce sujel est trop vaste et pas assez spécialisé pour constituer la matière d'une thèse. Les première et deuxième parties sont empruntées à différents traités théologiques et n'ont presque rien à faire avec le sujet en question; on aurait pu les omettre avec avan- tage. Il est facile, en élargissant outre mesure son cadre, d'écrire un ouvrage de 442 pages: mais l'exactitude du sujet y perd : ce qu'on gagne peut-être en ampleur on le perd en précision et on n'écrit plus une monographie. Je sais bien que toutes les parties de la théologie se tiennent et que l'on glisse presque insensiblement de l'une à l'autre. Elles sont comme les anneaux d'une chaîne. Toutefois, quoique étrui- lement soudées les unes aux autres, elles n’en restent pas moins distinctes. L'enchatnement n'est pas la confusion et encore moins l'absorption. La documentation est, chose bizarre, à la fois et trop riche et trop pauvre. Elle est trop riche, si l'on regarde au bas des pages : les ren- vois sont innombrables ; elle est trop pauvre à un double point de vue. Premièrement sous le rapport des citations. Pourquoi dans une thèse, où l'on cherche tant aujourd'hui l'exactitude, ne pas citer un certain nombre, un assez grand nombre de textes, au lieu d'indiquer simplement les sources? — En second lieu, parmi ces nombreuses références, beaucoup nous renvoient à des auteurs grecs. Or, j'ai beau parcourir l'ouvrage, je ne trouve nulle part un texte grec. A une époque où l'on a le culte du document, quelques citations grecques n'auraient pas, je pense, déparé ces pages. On dirait vraiment qu'on a horreur de la production des documents, et, par-dessus tout, de la langue grecque. Cependant, on ne peut ignorer que la critique est exigeante jusqu’à la sévérité pour ce qui à trait aux références. Signalerai-je également un défaut dans la forme ou l'allure de louvrage? — Ce livre à plutôt l'air d’un traité que d'une thèse. La marche n'est pas assez légère et dégagée pour convenir à une thèse; elle est trop didactique. Quand on a parcouru l'ouvrage, on en garde l'impression d'un cours fait par un professeur à ses élèves : la phy- sionomie d'une thèse est ce qui paraît le moins. Il ne faudrait pas cependant trop s'étonner de ces quelques imper- fections. Elles sont presque inévitables dans une thèse. Tous ceux qui ont passé par là savent à quoi s'en tenir. Dieu sait les difficultés que rencontre un jeune étudiant quand il a une thèse à composer. Il est encore inexpérimenté dans l’art d'écrire : il est très embarrassé sur le choix du sujet, sur la manière de le présenter. Presque tout le décourage. Pourvu que l'on tienne compte des difficultés semées sur la route d'un débutant, on n'aura aucune peine à reconnaitre qu'uu livre, assez médiocre pour un homme rompu à l’art de la composi- tion, peut étre un chef-d'œuvre pour un fhésiste. ... V. ERMONI. h DOCUMENTS

ORDO ADMINISTRANDI CŒNAM DOMINICAM

                              SIVE




         SACRAM            COMMUNIONEM



                             (Suite }



                 PRÆFATIONES PROPRIÆ.


    In Die Nativitatis Domini, el septem diebus sequentibus.

Quu dedisti Jesum Christum, Filium tuum unicum, ut hoc tem- pore pro nobis nasceretur : qui, operante Spiritu Sancto, verus Homo factus est ex substantia Virginis Mariæ matris suæ, idque sine labe peccati, ut nos ab omni peccato mundaret. El ideo cum Angelis, &c.

         In die Pasche, et septem diebus sequentibus.

Sen te potissimum prædicare, propter Resurrectionem gloriosam Filii tui Jesu Christi Domini nostri : Ipse enim verus est Agnus Pas- chalis, qui pro nobis immolatus abstulit peccata mundi, qui mortem nostram moriendo destruxit, et vitam resurgendo nobis æternam reparavit. Etideo cum Angelis, &c.

   In Die Ascensionis Domini, et septem disbus sequentibus.

Per dilectissimum Filium tuum Jesum Christum Dominum nos- trum; qui post gloriosissimam Resurrectionem suam omnibus Apos- tolis suis manifestus apparuit, et ipsis cernentibus est elevatus in cœlum, ut pararet nobis locum : ut ubi ipse est, eo et nos ascendere- mus, et cum ipso in gloria regnaremus. Et ideo cum Angelis, &c.

         In Die Penlecosies, el sex diebus sequentibus.

Per Jesum Christum Dominum nostrum; secundum cujus veracem promissionem Spiritus Sanctus hoc tempore, facto repente sono tan- EEVUE ANGLO-ROMAINE. — T. 11, — 42 178 REVUE ANGLO-ROMAINE

quam advenientis spiritus vehementis, de cœlo in similitudine lin- guarum tanquam ignis, in Apostolos descendit, ut eos doceret, et in omnem veritatem duceret : quibus etiam contulit et diversarum donum linguarum, et fortitudinem qua cum ferventi zelo omnes gentes constanter evangelizarent : quo factum est ut nos ex tene- bris erroris in claram lucem et veram cognitionem tui, et Filit tui Jesu Christi, educti essemus. Et ideo cum Angelis, &c.

                 In Feslo tantum SS. Trinitatis.

Qui unus est Deus, unus es Dominus; non in unius singularitate Personæ, sed in unius Trinitate Substantiæ. Quod enim de Patris gloria credimus, hoc de Filio, hoc Spiritu Sancto, sine differentia discretionis sentimus. Et ideo cum Angelis, &c.

  Quarum post singulam Præfationum statim cantetur vel dicalur,

Er ideo cum Angelis et Archangelis, cumque omni militia cœleslis exercitus, Nomen tuum laudamus, et hymnum gloriæ tuæ canimus. sine fine dicentes, Sancrus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth, Pleni sunt cæli et terra gloria tua : Gloria tibi, Domine altissime. Amen.

Deinde Sacerdos, ad Mensam Dominicam genuflezus, hanc sequentem dical Orationem nomine eorum omnium qui communicare volunt.

Non justitiæ nostræ, misericors Domine, sed multitudinis magna- rum miserationum tuarum fiducia, ad hane Mensam tuam accedere audemus. Non sumus digni qui vel micas sub Mensa lua colligamus. Tu autem idemille es Dominus, cui proprium est semper misereri : Tribuas igitur nobis, benigne Domine, Carnem dilecti Filii tuiJesu Christi ita manducare, et Sanguinem ejus bibere, ut corpora nosira immunda per Corpus ejus mundentur, et animæ per pretiosissimum ejus Sanguinem laventur, et nos perpetuo labitemus in eo et ipsein nobis. Amen.

Cum Sacerdos, stans ante Mensam, ita Panem et Vinum disposuit ut promp- tius el decentius coram populo Panem frangere, et in manus suas Calicem accipere possit, dicat Orationem Consecrationis, ut sequilur.

Ounipotexs Deus, Pater noster ctelestis, qui pro misericordiæ tuæ pietate unicum Filium tuum Jesum Christum dedisti, ut mortem in Cruce pro nostra redemptione pateretur; qui ibi (unica sui ipsius oblatione semel facta\ plenum, perfectum, et sufficiens sacrificium, oblationem, et satisfactionem pro totius mundi peccatis fecit; et ins- tituit, et in sancto Evangelio suo nobis præcepit observare, pretiosæ mortis illius memoriam, usque dum rediret, perpetuam : Exaudi nos, misericors Pater, supplices te rogamus : et concede ut nos has crea- turas tuas panis et vini, secundum sanctam Filii tui Jesu Christi Sal- valoris nosiri inslitutionem, in morlis et passionis ejus memoriam, percipientes participes simus beatissimi Corporis et Sanguinis ejus: ORDO SACRÆ COMNUNIONTS 479

Qui, in qua nocte tradebatur, (Mic Sacerdos in manus suas accipiat Pate- ram :) accepit Panem; Et tibi gratias agens, (Hic frangat Panem :} fregit, deditque discipulis suis, dicens, Accipite, et manducate. {Air cmt Pans manum imponat :) Hoc est enim Corpus meum, quod pro vobis datur : Hoc facite in meam commemorationem. Simili modo posteaquam cœnatum est, accipiens (Mic in manum suam Calicem acci- pial:) Calicerm; item tibi gratias agens, dedit illis, dicens, Bibite ex eo (Hic manum imponat cuiqua Vasi, sive Calici sive Lagenæ, quo insit Vini aliquod consecrandi :) Hic est enim Ssnguis meus Novi Testamenti, qui pro vobis et pro multis effunditur in remissionem peccatorum : Hoc facite, quotiescumque bibetis, in meam commemorationem. Amen.

Deinde Minister Communionem sub utraque specie îpse primus sumat, eam- que postes Episcopis, Presbyteris, el Diaconis, (si qui adsint.) similiter tra- dat, et postsa populo etiam deinceps in manus suas, omnibus humiliter genufleris. Et cum alicui Panem fradit, dicat,

Corpus Domini nostri Jesu Christi, quod pro te datum est, custo- diat corpus et animam tuam in vitam æternam. Accipe et manduca hoc in memoriam quod Christus mortuus est pro te, et in corde tuo, per fidem, vescere illo cum gratiarum actione.

           Et Minister qui alicui Calicem tradit, dicat,

Saxects Domini nostri Jesu Christi, qui pro te effusus est, custodiat corpus et animam tuam in vitam æternam. Bibe hoc in memoriam quod Sanguis Christi effusus est pro te, et gratias age.

S consumplus fusrit consecratus Panis aut Vivum priusquam omnes com- municaverint, Sacerdos plus conserrel secundum formam anlea præscrig- lam; incipiens a verbis Christus Salvator noster in qua nocte trade- batur, &c. ad benedictionem Panis : et a verbis Simili modo postea- quam cœnatum est, &c. ad benedictionem Culicis. Cum omnes communiraverint, Minister, ad Mensam Dominicam reversus, quod reliquum est Elementorum ronsecralorum tn ea reverenter deponat, et mundo linteamine rooperiat.

Deinde Sacerdos dicat Orationem Dominicam, populo post eum singulas petitiones recitante.

Parer noster, qui es in cœlis, Sanctificetur Nomen tuum. Adveniat regaum tuum. Fiat voluntas tua, Sicut in cœlo, et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Etdimitte nobis debita nostra, Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in tentationem : Sed libera nos a malo : Quia tuum est Regnum, Potentia, et Gloria, In sæcula sæculorum, Amen.

                   Postea dicatur quod sequilur.

Donne Pater cœlestis, nos humiles famuli tui rogamus supplices paternam tuam bonitatem, ut hoc nostrum laudis et gratiarum sacri- 180 REVUE ANGLO-ROMAINE ficium benignus accipias : humillime supplicentes, ut propter merita et mortem Filii tui Jesu Christi, et per fidem in sanguine ipsius, et nos et universa Ecclesia tua peccatorum remissionem et eætera omnia passionis ejus beneficia consequamur. Et hic tibi, Domine, offerimus et exhibemus nosmetipsos, animas et corpora nostra, tibi hostiam rationabilem, sanctam, et viventem; supplices te rogantes, ut quotquet hujus sacræ Communionis participes facti sumus, omni benedictione cœlesti et gratia tua repleamur. Et quamwvis propter multiplicia peccata nostra non digni simus, qui ullum sacrificium tibi oferamus, hanc tamen debitam oblationem servitutis nostre, non æslimator meriti sed veniæ, quæsumus, largitor accipias; per Jesum Christum Dominum nostrum, per quem et cum quo est tibi Deo Patri Omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gluria per omnia sæcula sæculorum. Amen.

                            Sive hæc.

Ouxieotexs sempiterne Deus, tibi toto cordis affectu gratias agimus, quia nos hæc sancta Mysteria recte accipientes cibo spirituali pretio- sissimi Corporis et Sanguinis Filit tui Salvatoris nostri Jesu Christi pascere dignatus es; et per hoc nos certiores facere de gratia et boni- tate tua erga nos, et quod sumus vera membra corpori Filii tui mys tico, fideliuim omnium beatæ societali, incorporata, et hæredes secun- dum spem æterni regni lui, propter merita preliosissimæ mortis et passionis dilecti Filii tui. Teque, cœælestis Pater, supplices rogamus, ut gratiæ tuæ subsidiis adjuti in sancta illa societate perseveremus, et ea omnia bona faciamus opera, quæ præparasti ut in illis ambu- lemus; per Jesum Christum Dominum nostrum, cui sit tecum, in unitate Spiritus Sancti, omnis honur et gloria per omnia sæcula sæculorum. Aren.

                   Tune dicalur vel canltelur:

GLortA in excelsis Deo, Et in lerra pax hominibus bonæ voluntatis. Laudainus te, Benedicimus te, Adoramus te, Glorificamus te, Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam, Domine Deus, Rex cœlestis, Deus Pater Omaipotens. Domine fili unigenite, Jesu Christe; Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris, Qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Qui tollis peccata mundi, miserere nobis. Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram, Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis. Quoniam tu solus sanctus, Tu solus Dominus, Tu solus altissimus, Jesu Christe, cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.

Deinde Sacerdos (sive Æpiscopus, si adsit) populum hac Benedictione dimitlat,

Pax Dei quæ exsuperat omnem sensum, custodiat corda vestra et intelligentias vestras in scientia et amore Dei, et Filii ejus Jesu ORDO SACRÆ COMMUNIONIS 4181

Christi Domini nostri : Et benedictio Dei Omnipotentis, Patris, Filii, et Spiritus Sancti sit super vos, et maneat semper vobiscum. Aer.

Orationes, quarum una aut plures his diebus quibus nulla est Communio post Offertorium dicend:e sunt; quæ eliam, quoties occasio erit, post Ora- tionem Matutinarum, Vesperarum, Communionis, aut Litaniæ, pro arbi- trio Ministri, dici possunt.

ApesTo, Domine, supplicationibus nostris, et viam famulorum tuo- rum in salutis tuæ prosperitate dispone : ut inter omnes viæ et vitæ hujus varietates, præsenti misericordiæ tuæ semper protegantur auxi- lio; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

DRIGERE et sanctificare et regere dignare, Domine Deus Omnipo- tens et æterne, quæsumus, corda et corpora nostra in lege tua, et in cperibus mandatorum tuorum :ut hic et in æternum, Le auxiliante, et corpore et anima sani et salvi custodiamur; per Dominum et Sal- vatorem nostrum Jesum Christum. Amen.

PR&STA, quæsumus, Omnipotens Deus, ut verba quæ hodie auribus exterius accepimus, ita gratia tua cordibus nostris interius inse- rantur, ut in nobis bonæ vitæ fructum proferant, ad honorem et lau- dem Nominis tui; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

ACTIONES nostras, quæsumus, Domine, aspirando præveni et adju- vando prosequere; ut cuncta nostra operatio a te semper incipiat, et perte cœpta finiatur, quatenus sanctum Nomen tuum glorificemus, et misericordia tua vitam æternam consequamur; per Jesum Chris- tum Dominum nostrum, Amen.

Onniporens Deus, totius sapientiæ fons, cui patet quod opus sit nobis anteaquam petamus, et nostra in petendo ignorantia : Mise- rere, quæsumus, infirmitatum nostrarum; et quæ pro indignitate nosira petere non audemus, et pro cæcitate nostra non possumus, tu nobis propitius concedere digneris, propter dignitatem Filii tui Jesu Christi Domini nostri. Amen.

OuxiPorens Deus, qui in Nomine Filii tui rogantium petitiones exaudire promisisti; Aures tuas, quæsumus. nobis benignns inclina, qui jam preces et supplicationes nostras coram le fecimus : et con- cede ut quæ secundum voluntatem tuam fideliter rogavimus, eflica- citer consequamur, ad subsidium necessitalis nostrer et ad illustran- dam gloriam tuam; per Jesnm Christum Dominum nostrum. Amen.

In Dominicie cæterisque Diebis festis, (si nulla sit Communio,) ea omnix dicantur quæ in Ordine Communionis præscripta sunt, usque «d finem Orationis Generalis Pro universo statu Ecclesiæ Christi hic in terra militantis, em una vel pluribus ex Oralionibus prorime privradentibus. etcum Benedictione ad absolvendum Officinm.

Nulla fiat celebratio Cœnæ Dominicæ, nisi conveniens numerus adsit Com- municantium cum Sacerdote, ad jus arbitrium. »

182 REVUE ANGLO-ROMAINE

Tlem, Si non sint in Parochia plures quam viginti personæ pro intelligenta ioneæ ad communicandum, non fiat Communio nisi quatuor, aut tres ai minimum, cum Sacerdote communicaturi adsint. Ilem in Erclestis Cathedralibus et Collegiatis, et in Collegiis, ubi multi suni Presbyteri et Diaconi, omnes una cum Sarerdote singulis Dominicis al minimum communicent, nisi forte justa de causa eorum quispiam impe- diatur.

Ter Ul auferatur omnis occasio dissensionis aut superstifionts, quam habeat quisquam vel habere possit de Pane et Vino, sufficiat quod Panis idem sit que in cibum uli moris est; sed de oplimo ef sincerissimo genert Panis lriticei quod convententer comparari possit. liem, Quodcunque Panis ef Vini non fuerit consecratum, Parockhus in suum usum habeat : siquid aulem consecrati reliquum fuerit, non # Ecclesia auferatur, sed statim post Benedictionem Sacerdos, altique Com- municantes, quotquot « se voraverit, id reverenter mandurent et bibant. lien, Panis et Vinum ad Communionis usum & Parocho et Ælibus. impensis Parachie, comparentur.

Tlem sriendum est, Quod omnis Parochianus ter ad minimum in anno con municare debet, et nominalim in tempore Paschali. Quo etiam temport omnis Parochianus cum Persona, Vicario, aut Parocho, aut cum ejtes vel eorum Deputato vel Deputatis, rationem ineat : el omnia Debita Erccie- siaslica, tunc lemporis prout consuelum est persolvenda, eis vel ei per- solvat.

Peracto Officio Divino, pecunia ad Offertorium devota in benañcos et pius usus erogetur, prout Ministro et Æitilibus visum fuerit, Qua in re à diverse sentant, srogetur prout Ordinarius præscripserit.

Cum in hoc Ordine Administrandi Cœnam Dominicam præscriptum sil ut genuflexi eam percipiant Communicantes; {eujus præcepti hoc consilium est, illudque optimum, nempe ad significandum quam humili gratoque animo Christi benefcia in ea omnibus digne accipientibus collata agnos- camus, et ad vitandam eam irreverentiam aut confusionem quæ alioquin inter Sacram Communionem exoriri possint :)tamen ne a quibusquam. aut ex ignorantia et infirmitate aut ex malitia et pertinacia, ea genuflexo prave intelligatur vel in pejus detorqueatur : Hie declaratur, Nullam per eam vel intendi vel faciendam esse adorationem aut Sacramentalis Panis et Vini ibi corporaliter acceptorum, aut corporalis cujusquam præsentiæ Carnis et Sanguinis naturalium Christi. Sacramentalis enim Panis, et Viaum, in suæ proprietate naturæ vel substantiæ permanent, ideoque ea adorare non licet: id enim idololatria esset, ab omnibus fidelibus Chris- tianis abominanda. Et Christi Salvatoris nostri naturale Corpus, et San- guis, non hic, sed in cwælo sunt : naturale enim Christi Corpus in duobus simul locis consistere, salva ejus veritate, dici non potest. CŒNA DOMINICA ET SACRA COMMUNIO

                        QUÆ VULGO NOMINATUR



                              MISSA‘

Quotquot cupiunt participes fieri Sacræ Communionis indicent nomina sua Parocho norte pracedente, vel mane, ante inceplas Matutinas, vel slatim post Matutinas. Si quis aulem eorum fuerit mantifesle criminosus ef, populus eo offensus Jueril, vel si quis verbis aut faclo proximum injuria affecerit;"Parochus advocet eum et rommonefaciit ne ullo modo ad Mensam Domini præsumat, donec publice professus fuerit se pravam vilam suam revera pœænitenter correxisse, et tum populo quem offenderit, lum illis quos injurix affecerit, satisfeciase, vel ad minimum se hoc quam primum commode fieri nosseit Jfacturum. Ecdem modo eos etiam admoneat Parockus quos inter se simultates et odia habere intelligat; nec eos, donec invicem reconciliatos esse certo sciat, per- mitiat Mensæ Domini fieri parlicipes. Quorum si alter animo lubenti omnem injuriam sibifaclam condonare velit, el ipse satisfacere pro eo quod inique fecerit; aller vero, ul cum illo in gratiam, prout Christianum decei, redeat, non adduci possit, sed in malitin sua perseveref obstinatus : tum Parorhus pœniteniem admittat ad Sacram Communionem, pertinacem vero ab eudem arreat, In die, el lempore ad Sacram Communionem ministrandam assignalto, Sacerdos sacrum ministerium exseculurus vestitum induat isti ministra- hons assignatum, id est, Albam candidam simplicem, cum Vestimento aut Cappa. Et ubi plures adsiné Sacerdotes, aut Diaconi, ibi lot in promptu erunt ad Sacerdoiem|in ministrando adjuvandum, quot opus erit; qui eham vestibus suo ministerio assignatis induit erunt, id est Albis et Tunicis. Deinde Clerici cantent Angluè, pro Offinio sive Int oitu (quem rocant) Psalmum li Diei assignalum,

Sacerdos, stans humiliter ante medium Altaris, dicat Orationem Dominicam, cum îista Collecta.

Ouxiporexs Deus, cui omne cor patet et umnis voluntas loquitur, et quem nullum latet secretum : Purifica per infusionem Sancti Spi-

1 Liturgia prima reformata, anno mpxuix (Regis Edvardi Sexti Secundo: Anglice edita. ° . : ER OR

        184                       REVUE ANGLO=ROMAINE

FEES ms.

        ritus cogitationes cordis nostri, ut te perfecte diligere, et sanctum
        Nomen tuum digne laudare mereamur       ; per Christum Dominum nos.
  HA




        trum. Amen.

LS

          Tum dicat Psalmum pro Introilu assignatum; quo Psalmo finite, vel
                          Sacerdos dicat, vel Clerici cantent,

rt

          iii. Kyrie eleison.
          iii. Christe eleison.
          iii. Kyrie eleison.

APN ner

                     Tum Sacerdos, sans ad Dei Mensam, incipiat,

#3 de A A

          Gzorta in excelsis Deo.
          Cleriei. Et in terra pax hominibus bonæ voluntatis.
           Laudamus te, benedicimus te, adoramus te, glorificamus te, gra-
        tias agimus tibi propter magnam gloriam tuam, Domine Deus. Rex

fée

        cϾlestis, Deus Pater Omnipolens.

a

           Domine, Filii Unigenite, Jesu Ghriste, Domine Deus, Agnus Dei,
        Filius Patris, qui tollis peccata mundi, miserere nobis: qui tollis
        peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.
          Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis : quoniam tu solus
        sanctus, tu solus Dominus. Tu solus altissimus, Jesu Christe, cum
        Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris. Amen.

                     Tum Sacerdos convertat se ad populum, et dicat,
          Dominus vobiseum.
          Resp. Et cum spiritu tuo.

                                        Sacerdos.

                                         Oremus.

          Deinde sequatur Oratio de Die, cum altera ex hisce duabus Orationibus
                                  sequentibus, pro Rege.

           Ouniporens Deus, cujus regnum est æternum et potentia infinita:
        Miserere universæ congregationi; et sic dirige cor electi famuli tui
        Edvardi Sexti, regis et gubernatoris nostri, ut cognoscat se esse
        ministrum tuum, et ante omnia quærat gloriam et honorem tuum :
        et ut nos ejus subditi, agnoscentes, ut decel, eum a te habere impe-
        rium, fideliter ei serviamus, eum honoremus, et ipsi humiliter obse-
        quamur, inte et propter te, juxta præceptum et ordinationem tuam :
        per Jesum Christum Dominum nostrum, qui tecum vivit et regnat, in
        unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

           Oxniporens sempiterne Deus, in cujus verbo sancto docemur corda
        regum in manibus tuis esse gubernanda, et  a te prout divinæ sapien-
        tiæ tuæ visum sit disponi et inclinari : Supplices te rogamus ut cor
        Edvardi Sexti famuli tui, regis et gubernatoris nostri, ita disponas
        et gubernes, utin omnibus suis cogitationibus, verbis, et operibus,

CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 188

teum honorem et gloriam semper quærat, et popuium tuum curæ suæ commissum in prosperitate, pace, et pietate custodire studeat : Hoc præsta, misericors Pater, propter dilectum Filium tuum Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

Finitis Orationibus, Sacerdos, aut isle qui ad hoc nominatur, Epistolam legat in loco ad id assiynato, dicens,

Epistola Sancti Pauli, in Capite —— ad — — scripta.

Tum Minister legat Epistolam. Slatim post Eristolam finilam, Sacerdos, vel alius quisquim ad Evangelium legendum deputatus, dicat, Sanctum Evangelium, in Capite -—— scriptum. Clerici et populus respondeant, Gloria tibi, Domine.

Tum Sacerdos aut Diaconus legat Evangetium. Post Evangelium finitum, Sacerdos incipiat,

Creno in Unum Deum. Clerici cantent reliqua.

Patrem Omnipotentem, Factorem cœæli et terræ, Atque visibilium omnium et invisibilium : etin unum Dominum Jesum Christum, Filium Dei unigenitum, Et ex Patre natum ante omnia sæcula, Deum de Deo, Lumen de Lumine, Deum verum de Deo vero, Genitum non factum, Consubstantialem Patri, Per quem omnia facta sunt : Qui propter nos homines, et propter nostram salutem, descendit de cœælis, Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, Et homo factus est. Crucifixus etiam pro nobis sub Pontio Pilato. Passus et sepultus est, Et resurrexit tertia die secundum Scripturas, Et ascendit in cœælum, Sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos. Et in Spiritum Sanctum, Dominum et Vivificantem, Qui ex Patre Filioque procedit, Qui cum Patre et Filio simul adoratur et conglori- ficatur, Qui locutus est per Prophetas. Et unam Catholicam et Apos- tolicam Ecclesiam. Confiteor unum Baptisma in remissionem pecca- torum, Et exspecto Resurrectionem mortuorum, Et vitam venturi sæculi. Amen.

Post Symbolum finitum, sequalur Concio vel Homilia, vel portio aliqua Homiliæ cujusque, prout posthac divisæ fuerint : in qua nisi populus ad ignam sancti Sacramenti Uorporis et Sanguinis Christi Salvatoris nostri participationem fueril eccitaius, Parochus hanc faciat exhortationem eis qui $l participare in anÿmo hubeant.

Vos, dilectissimi in Domino, qui vultis ad sacram Communionem Corporis et Sanguinis Christi Salvatoris nostri accedere, id conside- rare oportet quod Beatus Paulus ad Corinthios scribit, quomodo omnes cohortatur, ut prius se diligenter probent et inspiciant quem 186 REVUE ANGLO-ROMAINE de Pane illo edere et de Calice illo bibere audeant. Nam sicut admo- dum salutare est corde vere pœnitenti et viva fide sacrosanctum illud percipere Sacramentum : {tunc enim Christi Carnem spiritusliter edimus et Sanguinem bibimus; tune in Christo habitamus et Christus in nobis; unum efficimur eum Christo, et nobiscum Christus;} ita etiam idem indigne accipientibus graveest periculum. Tunc enim rei efficimur Cerporis et Sanguinis Christi Salvatoris nostri; judicium nobis manducamus et bibimus, non dijudicantes Corpus Domini; iram Dei contra nos accendimus; provocamus eum ut nos variis morborum mortisque plagis percutiat. Quare si quis adsit blasphe- mus vel adulter, si malitiæ, vel invidiæ, vel alius cujusvis peccati gravioris, sit reus {nisi vere propterea doleat etvitia ista relinquere serio in animo habeat, et se cum Deco Omnipotente reconciliatum cha- ritatemque erga omnes homines habere credat,} peccata sua deplo- ret, nec ad ïillam sacram Mensam veniat, ne post sanctissimum illum Panem sumptum, in eum, sicut in Judam, introeat diabolus ut eum omni iniquitate repleat, et ad exitium, tam corporis quam animæ, perducat. Dijudicate ergo vosmetipsos, fratres, ne a Domino judicemini. Animus vester peccandi voiuntale careat, pœniteat vos serio peccatorum præteritorum; fidem erga Christum Salvatorem nostrum habeatis ; charitatem perfectam erga omnes homines colatis: ita digni evitis qui istorum Mysteriorum sacrorum sitis participes. Sed et ante omnia necesse est ut Deo, Patri, Filio, et Spiritui Sancto. toto cordis affectu gratias humiliter agatis, quod mundum redemit per Passionem et Mortem Christi Salvatoris nostri, Dei et Hominis: qui humiliavit seipsum usque ad mortem, mortem autem Crucis, propter nos, miseros peccatores; qui in tenebris et mortis umbra jacebamus, ut nos Dei filios efficeret et ad vitam æternam exaltaret. Et ut semper memores essemus ineffabilis illius charitatis Magistri nostri et unici Salvatoris, jesu Christi, pro nobis ita mortui, et bene- ficiorum innumerabilium quæ (per pretiosam Sanguinis sui effusio- nem) nobis comparavit, in illis sacrosanctis Mysteriis, tanquam amoris sui pignus, et in ejusdem perpetuam commemorationem, benedictum suum Corpus et pretiosum Sanguinem reliquit quibus nos spiritualiter pasceremur, ad infinitum nostrum solatium et con- solationem. Ei igitur, et Patri et Spiritui Sancto nos (prout merito debemus) gratias agamus indeficientes; sanctæ ejus voluntati bene- placitoque totos nos subjicientes, et ei in vera sanctitate et justitia servire studentes omnibus diebus vitæ nostræ. Amen.

In Etclesiis Cathedralibus, vel in ahis loris ubi sit Communio Quotidiana sufficiat quod ista Erhortatio suprascripla semel in unoquoque mense legaiur. Etin Ecclestüs Parochialibus, in feriis, omiftatur. St vero in Dominica vel Festo populus Communionem neglexerit Sacerdos parochianos suos intentius horletur ut ad Sacram Communionem diligen- tius participandam sese disponant, hæc vel similia verba ois direns.

Anici dilecti, et vos præsertim quorum animarum cura mihi com- missa est, die —— proximo propositum habeo Dei gratia omnibus CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 187

pie animo affectis Sacramentum consolatorium Corporis et Sanguinis Christi offerre, ut ab eis accipiatur in memoriam ejus fructuosissimæ et gloriosissimæ Passionis: per quam Passionem peccatorum remis- sionem consecuti sumus et effecti sumus participes regni cœlorum; quæ certa et explorata habemus si ad dictum Sacramentum vene- rimus propter peccata nostra ex animo pœænitentes et firmam miseri- cordiæ Dei fidem habentes, cum gravi proposito ad Dei Voluntati obediendum nec amplius peccandum. Quare oportet nos ad hæcsacra Mysteria accedentes Deo Omnipotenti gratias ex animo agere propter infinitam ejus misericordiam et beneficia data et collata nobis indi- gais farnulis suis, pro quibus non solum Corpus suum dedit ad mor- tem et effudit Sanguinem, sed etiam dignatur, in Sacramento et Mysterio, dictum Corpus suum et Sanguinem nobis dare ut eis spiri- tualiter pascamur. Quod Sacramentum cum res tam divina, tam sancta sit, et digne accipientibus tam consolatoria, iis autem qui indigne idem accipere audeant tam periculosa; meum officium est vos cohortari ut interea quanta res sit vobiscum reputetis, et ut con- scientias vestras inspiciatis et exploretis, non leviter nec more hypo- critarum coram Deo, sed ut qui ad divinissimum et cœælestissimum convivium conventuri sint; ne conveniatis nisi nuptiali illa veste quam in Scriptura requirit Deus induti; sed ut {quod in vobis est} digni inveniamini qui taiem ad Mensam accedatis. Quod ut fiat, hæc ineunda est ratio, Imprimis, Quod vos malæ vilæ præteritæ vere pœæniteat; quod Deo Omnipotenti corde sincero confiteamini peccata vestra et impietatem contra ejus Majestatem, vel voluntate, vel verbo, vel opere commis- sam, vel infirmitate, vel ignorantia; et quod luctu interiore et lachry- mis offensas vestras deploretis, misericordiam indulgentiamque Dei Omnipotentis quæratis, ei vos vitam vestram correcturos ex intimis cordibus spondentes. Et inter alia mihi a Deo præcipue imperatur, ut vos exhortar et urgeam ad reconciliationem cum proximis vestris quos offendistis, vel qui vos offenderunt, ut e cordibus vestris odium malitiamque erga eos penitus deponatis, ut amorem charitatemque ad omnes habeatis, aliis dimittentes sicut et vobis Deum dimissurum optatis. Quod si quisalii cuicumque injuriam intulerit, satisfactionem faciat debitemque restitutionem terrarum omnium bonorumque quæ injuriose vel rapuerit vel retinuerit, ante quam ad Dei mensam accedat; vel saltem hoc quamprimum poterit facere firmiter et ex animo sta- tuat; quod nisi fecerit, ab illa sacra Mensa se abstineat, nec se Deum decipere posse putet, qui corda omnium hominum intuetur. Tali enim nec Sacerdotis Absolutio quidquam prodesse potest, nec sancti hujus Sacramenti participatio aliud quidquam efficit quam damnationis augmentum. Et si cui vestrum conscientia sit de quacumque re tur- bata et sollicita, solatio egens vel consilio, ad me se conferat, aut ad aliquem alium prudentem doctumque Sacerdotem, in Dei lege eru- ditum, et peccatum doloremque suum secreto confiteatur detegatque, ut id accipiat consilii spiritualis, admonitionis, et consolationis, quo conscientia sua relevari possit, et ut a nobis (ut Dei et Ecclesiæ Minis- 188 REVUE ANGLO-ROMAINE tris) solatium accipiat et Absolutionem quibüs et animus tranquil- lari et scrupuli omnes dubitationesque resolvi possint. Et æquum est neque eos qui generalem Confessionem satis habent ab aliis offendi qui, ad suam majorem satisfactionem, Confessione auriculari et secreta coram Sacerdote utuntur; nec eos qui ad conscientiarum suarum tranquillitatem vel necessarium putant vel utile peccata sua Sacerdoti particulariter revelare ab iis offendi qui sufficere putant humilem suam Deo Confessionem et generalem Confessionem coram Ecclesia : in omnibus vero charitatis regulam sequi et servare oportet; et unusquisque propria contentus sit conscientia, nec alio- rum mentes aut conscientias judicet; cujus rei faciendæ nullam Verbi Dei licentiam habet.

Deinde sequentur pro Offertorio una vel plures ex hisce sequentibus sacrx Scripturæ sententiis, dum populus offert cantandis; sive una exeis à Ministro dicetur immediatè ante Offertorium.

Sie luceat lux vestra coram hominibus, ut videant opera vestra bons, et glorificent Patrem vestrum quiin cœlis est. Matth. v. Nolite thesaurizare vobis thesauros in terra : ubi ærugo et tinea demolitur, et ubi fures effodiunt et furantur : thesaurizate autem vobis thesauros in cœlo : ubi neque ærugo nec tinea demolitur, et ubi fures non effodiunt nec furantur. Matth. vi. Omnia quæ vultis ut faciant vobis homines, et vos facite illis: hæc est enim lex et prophetæ. Matt. vii. Non omnis qui dicit mihi, Domine, Domine, intrabit in regnum cœlorum : sed qui facit voluntatem Patris mei qui in cœlis est, ipse intrabit. Matth. vii. Stans autem Zacchæus, dixit ad Dominum, Ecce dimidium bono- rum meorum, Domine, do pauperibus; et si quid aliquem defrau- davi, reddo quadruplum. Luc. xix. Quis militat suis stipendiis unquam ? Quis plantat vineam, et de fructu ejus non edit ? Quis pascit gregem, et de lacte gregis non man- ducat ? I ad Cor. ix. Si nos vobis spiritualia seminavimus, magnum est si nos carnalia vestra metamus ? I ad Cor, ix. Nescitis quoniam qui in sacrario operantur, quæ de sacrario sunl edunt : et qui altari deserviunt, cum altari participant ? Ita et Domi- nus ordinavit iis qui Evangelium adnuntiant de Evangelio vivere. Iad Cor. ix. Qui parce seminat parce et metet; et qui seminat in benedictio- nibus, de benedictionibus et metet. Unusquisque prout destinavit in corde suo, non ex tristitia aut ex necessitale : hilarem enim dato- rem diligit Deus. Il ad Cor. ix. Communicet is qui catechizatur verbo ei qui se catechizat, in omnibus bonis. Nolite errare, Deus non irridetur : quæ enim semi- naverit homo, hæc et metet. Ad Galat. vi. Dum tempus habemus operemur bonum ad omnes : maxime autem ad domesticos fidei. Ad Galat. vi. CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 189

Est quæstus magnus pietas, cum sufficientia : nihil enim intulimus in bune mundum; haud dubium quod nec auferre quid possumus. Ead Tim. vi. Divitibus hujus sæculi præcipe facile tribuere, communicare : the- saurizare sibi fundamentum bonum in futurum, ut apprehendant veram vitam. I ad Tim. vi. Non enim injustus Deus, ut obliviscatur operis vestri, et dilectionis quam ostendistis in Nomine ipsius, qui ministrastis sanctis, et ministratis. Ad Hebr. vi. Beneficentiæ autem et communionis nolite oblivisci : lalibus enim hostiis promeretur Deus. Ad Hebr. xiii. Qui habuerit substantiam hujus mundi, et viderit fratrem suum necessitatem habere, et clauserit viscera sua ab eo, quomodo cha- ritas Dei manetin eo?I Joan. iii. Ex substantia tua fac eleemosynam, et noli avertere faciem tuam ab ullo paupere: ita enim fiet ut nec a te avertatur facies Domini. Tobi. iv. Quomodo potueris ita esto misericors. Si multum tibi fuerit, abun- danter tribue : si exiguum tibi fuerit, etiam exiguum libenter imper- tiri stude : præmium enim bonum tibi thesaurizas in die necessitatis. Tob. iv. Fœneratur Domino qui miseretur pauperis : et vicissitudinem suam reddet ei. Proverb. xix. Beatus qui intelligit super egenum et pauperem: in die mala libe- rabit eum Dominus. Psal. xli.

Cbi Clerici sint, unam vel plures cantabunt e Sententis suprascripiis, prout longius autl brevius sil tempus dum populus offerat. Inlerea, Clericis Offertorium cantantibus omnes qui ita velint urcæ paupe- rum offerent, unusquisque secundum vires suas et mentem benevolam. Et in slatulis offerendi diebus singuli viri mulieresque debitas ei usitatas oblationes Parocho persolvent. Deinde quotquot Sacram Communionem percepturi sint, in Choro vel in uliquo loco commodo juxtu Uhorum, permanebunt, virs hinc, mulieres line. Cieteri qui dictam Sacram Communionem percipere in animo non habent e Choro discedant, exceptis Minsstris Clericisque. Leinde Minister Panis el Vini accipiat quantum personis ad Sacram Com- munionem percipiendam ordinatis sufficiat, Panem deponens super Cor- porale, vel in Palena, vel in aliqua alia re decenti ad hoc præparata : et Vinum in Calicem ponens vel (si Calix usui non sit) in aliquem scyphum pulchrum et convenientem ad illum usum præparatum, aquæ puræ et lim- pilæ aliqguantulum ei addens, et super Altare et Panem et Vinum dis- ponens. Deinde Sacerdos dicai,

Dominus vobiscum. Resp. Et cum spiritu tuo. Sacerdos. Sursum cord. Resp. Habemus ad Dominum, Sacerdos. Gratias agamus Domino Deo nostro. 190 REVUE ANGLO -ROMAINE . Resp. Dignum et justum est.

                              Sacerdos.
  Vere dignum et justum est, æquum et salutare, nos tibi semper el

ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, Ælerne Deus.

Hic sequatur propria Præfatio, de lempore, (si quæ sit spoctaliter assignala), ahioqui slatim sequatur, Er ideo cum Angelis, &c.

                    PRÆFATIONES PROPRIÆ

                     In Die Nativitatis Domini.
  Qura dedisti Jesum Christum, Filium tuum unicum, ut hodie pro

nobis nasceretur : qui, operante Spiritu Sancto, verus Homo factus est ex substantia Virginis Mariæ Matris suæ; idque sine labe peccati, ut nos ab omni peccato mundaret. Et ideo cum Angelis, &c.

                           In Die Paschæ.

  Sen te potissimum prædicare propter Resurrectionem gloriosam
Filii tui Jesu Christi Domini nostri : Ipse enim verus est Agnus Pas-
chalis, qui pro nobis immolatus abstulit peccata mundi, qui mortem
nostram moriendo destruxit, et vitam resurgendo nobis æternam
reparavit. Et ideo cum Angelis, &c.

                         In Die Ascensionis.

  PER dilectissimum Filium tuum Jesum Christum Dominum nos-
trum; qui post gloriosissimam Resurrectionem suam omnibus Apos-
tolis suis manifestus apparuit, et ipsis cernentibus est elevatus in
cœlum, ut pararet nobis locum; ut ubi ipse est, eo et nos ascende-
remus, et cum ipso in gloria regnaremus. Et ideo cum Angelis, &c.

                         In Die Pentecostes.

   Per Jesum Christum Dominum nostrum; secundum cujus veracem
promissionem Spiritus Sanctus hodie, facto repente sono tanquam
advenientis spiritus vehementis, de cœlo, in similitudine linguarum
tanquam ignis, in Apostolos descendit, ut eos doceret, et in omnem
veritatem duceret : quibus etiam contulit et diversarum donum lin-
guarum, et fortitudinem qua cum ferventi zelo omnes gentes cons-
tanter evangelizarent : quo factum est ut nos ex {enebris erroris in
claram lucem et veram cognitionem tui, et Filii tui Jesu Christi.
educti essemus. Et ideo cum Angelis, &c.

                         In Festo Trinttatis.

  VerE dignum et justum est, æquum et salutare, nos tibi semper et
ubique gratias agere, Domine, Omnipotens, Æterne Deus, qui unus

CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 4191

es Deus, unus es Dominus; non in unius singularitate personæ, sed ia unius Trinitate Substantiæ. Quod enim de Patris gloria credimus, hoc de Filio, hoc de Spiritu Sancto, sine differentia discretionis sen- limus. Quem laudant Angeli [atque Archangeli, Cherubin quoque ac Seraphin, qui non cessant clamare, una voce dicentes :]

         Post quam Præfationem sequetur immediatè,

Er ideo cum Angelis et Archangelis, cumque omni militia cœælestis exercitus, Nomen tuum laudamus, et hymnum gloriæ tuæ canimus, sine fine dicentes,

Sancrus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth, Pleni sunt cœli et terra gloria tua. Osanna in excelsis. Benedictus qui venit in Nomine Domini. Gloria tibi, Domine, in excelsis.

                  Hoc Clerici etiam cantabunt.

Clericis a cantu cessantibus, Sacerdos vel Diaconus se ad populum convertat, |; et dicat, Gremus pro universo statu Ecclesiæ Christi.

Deinde Sacerdos, ad Altare conversus, dicat vel cantet, plane et distincte, hanc orationem sequeniem : OuniporTexs sempiterne Deus, qui persanctum Apostolum tuum nos déeuisti facere orationes, obsecrationes, et gratiarum actiones pro omnibus thominibus; Supplices te rogamus ut clementer has preces nostras exaudias, quas offerimus Divinæ Majestati tuæ : Supplicantes ut verilatis, unitatis, et concordiæ spiritum Catholicæ Ecclesiæ tuæ perpetuo inspires : Et præsta ut omnes qui sanctum Nomen tuum confitentur, in sancti verbi tui veritate consentiant, et in unitate et pia charitate concordes vivant. Præcipue te rogamus ut salvum faciss et defendas famulum tuum Edvardum regem nostrum, ut sub eo piè et tranquille gubernemur. Præsta quoque universo Concilio ejus sin- gulisque magistratu sub eo fungentibus ut recte ac sine personarum acceptione jus dicant, quo scelera et nequitia corrigantur, et vera Dei religio, virtusque, stabiliantur. Da gratiam, Pater cœlestis, omnibus Episcopis, Pasforibus, et Parochis, ut tam vita quam doc- trina sua verum vivumque verbum tuum annuntient, et sancta tua Sacramenta recte el rite ministrent. Et universo populo tuo tribue cœlestem gratiam tuam; ut humili animo et debita reverentia audiant et accipiant sanctum verbum tuum, et tibi fideliter serviant in sanc- tilate et justitia omnibus diebus vitæ suæ. Supplices etiam te roga- mus, Domine, ut pro bonitate tua eos omnes consoleris et adjuves, qui in hac temporali vita, tribulatione, mœæstilia, inopia, morbo, aliisve rebus adversis laborant. Et præcipue commendamus bonitati tuæ misericordi istam familiam tuam hic in Nomine tuo ad facien- dam commemorationem gloriosissimæ Mortis Filii tui congregatam. Item, Tibi laudem summam offerimus gratiasque sinceras propter admirabilem gratiam et virtutem in omnibus Sanctis tuis ab initio œundi declaratam; et potissimum in gloriosa et beatissima Virgine 492 REVUE ANGLO-ROMAINE

Maria, Matre Filii tui Jesu Christi Domini Dei nostri; et in sanctis Patriarchis, Prophetis, Apostolis, et Martyribus, quorum exempla et constäntiam in fide tua, etin sanctis mandatis Luis servandis, tu nobis, Domine, sequi concedas. Commendamus eliam, Domine, misericor- diæ tuæ cæteros famulos tuos qui hinc a nobis decesserunt cum signo fidei et dormiunt in somno pacis : ipsis misericordiam luam, quæ- sumus, dones, pacemque sempiternam; el ul in die Resurreclionis omnium hominum nos et omnes qui sint de Corpore Mystico Filii tui a dextris ejus una statuamur, et istam ejus jucundissimam vocem audiamus, Venite ad me, vos benedicti Palris mei, possidele para- tum vobis regnum a constitutione mundi. Hoc, Paler, largiri digne- ris, propter Jesum Christum, unicum nostrum Mediatorem atque Advocatum. | Deus, Pater cœlestis, qui pro misericordiæ tuæ pielate unicum Filium tuum Jesum Christum dedisti ut mortem in Cruce pro nostra redemptione pateretur; qui ibi (unica sua oblalione semel facta) ple- num, perfectum, et sufficiens sacrificium, oblationem, et salisfac- tionem pro tolius mundi peccatis fecit; et instituit, etin saneto Evan- gelio suo nobis celebrare præcepit, pretiosæ mortis illius memoriam, usque dum ipse rediret, perpetuam : Exaudi nos, misericors Paler, te rogamus; et hæc tua munera et creaturas Panis et Vini Sancto tuo Spiritu et verbo beneXdicere et sancktificare digneris, ul sint nobis Corpus et Sanguis dilectissimi Filii tui Jesu Christi : Qui, in qua nocte tradebatur (Hic Sacerdos accipiat Panem in manus suas) accepil Panem; et tibi gratias agens, benedixit, fregil, deditque discipulis suis, dicens, Accipite et manducate; Hoc est enim Corpus Meum, quod pro vobis datur : Hoc facite in meam commemoralionem. Simili modo posteaquam cwnatum est, accipiens (Hi Sacerdos acci- piat Calicem in manus suas) Calicem; item tibi gratias agens, dedit illis, dicens, Bibite ex eo omnes; Hic est enim Sanguis Meus novi Testamenii, qui pro vobis et pro multis effunditur in remissionem peccatorum : Hoc facite, quotiescumque bibelis, in meam commemo- rationem.

                                                 (A   suivre.)




                        Le Directeur-Gérant : FERNAND PoRTaL.
          PARIS, — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,

{re ANNÉE N° 22 | . 2 MAÏ 1896

    ANGLO-ROMAINE
                                RECUEIL    HEBDOMADAIRE




    Tu es Petrus, et su                                              Spiritus Sanctus po-
      per   haac petram                                                suit opiscopos re-
      ædificabo Ecclesiam                                              gore Ecclosiarm Dei.
      meam ... @t tibi
     dabo claves ...                                                         ACT. xx. 23.
     NarTrTH. xvi. 18-19.




                                       SOMMAIRE :
                                                                                       PAU


    Cannixaz WisEMaN.......         Lettre à Lord Shrewsbury sur l'Unité de

‘ l'Eglise (148#1;....................,....... 193 Î É. TAVERNIER..... Le Saint-Siège et la Russie................. 215 Chronique.......................... venons 219. Docuwuexrs.... Cœna Dominica et Sacra Communio, quæ vulgo nominatur Missa. — Concordance des diverses éditions du Prayer Book.......... 225

                                           PARIS                                               :
               RÉDACTION                  ET     ADMINISTRATION
                                     17, RUE     CASSETTE            UT                       ci


                            ‘                  1806             on                : Ci



j                                                               PR                 D

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                             responsabilité des auteurs.




           MÉDAILLE DE JEANNE D'ARC
                  Jeanne terrassant la Franc-Maconnerlie



    A l'heure présente, un peu partout, mais     seulement son étendard où brillent les
 surtout en   France, deux armées sont aux       noins de Jésus et Marie. De lextrémité de
 prises: l’armée de Dieu et de la religion,      la hampe. elle frappe et traverse lo dra-
 et la franc-maconnerie.                         gon représentant la Franc-Maconnerie. Le
   Le Souverain Pontile a dénoncé le danger monstre est revêtu des insignes maconni-
 qui menace la société civile, en même temps ques; dans sa rage impieil renverse le ca-
 que le caractère criminel de la secte, ses lice et Phostie, et il exbale son cri de rage;
 projels et ses artifices.          ‘            Ni Dieu ni Maitre, Le cheval se cabre au
   Ifinvite les chrétiens à combattre et à dessus des Saints Mystères     profarnés; rt
 repousser l'ennemi, non pas avec des ar- Jeanne triompho dans sa        faiblesse, en
 mes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre: De par le Rvi
 en pleine luntière et bien ouvertement.         du Ciel!
   On a voulu répondre à la voix du Pape,          On a su, avec un art parfait, renfermer
 par nne médaille que chacun portcrail           dans les limites étroites d'une médaili:

er

 comme un signe do sa loi et de sa souimis-      tout ce drame religieux et patriotique.
 sion.                                           C'est un petit chef-d'œuvre de destin et de

ee

   Cetto médaille qui est une véritable œn-      gravure,

ee

 vre d'art, réunit l'amour de lEylise et           Nous tenons cette médaille en argent
 Pamour de la Franco sous les traits de          disposition de nos lecteurs.   °
 Jeanne d’Arc terrassant la Franc-Maconne-         I   suflit d'adresser, en mandat-pot»,
 rie,                                            autant de fois 4 fr. ®& que l’on désire r-
    Tout le monde eonnuit l’ordre venu du        cevoir d'exemplaires.
 grand Maitre interdisantaux loges d’accep-        Par unité, ajouter @ fr. 50 en sus pour
 ter la fête nationale de Joanne la bonne        la recommandation à a poste.
 Française, et l'opposition      que la secte      Par quantité de # douzaine et au-dessus.
 continue de faire à la Pucelle et à son         et pour les localités desservies par ie che
 triomphe.                                       min de fer, en raison de la valeur déclare,
    C'est de lA que vient l’idéo ou le dessin    compter un minimum de deux frauce
 de la médaillo.                                 pour lo port ci l'emballage.
    Jeanne à cheval, armée du secours de             Envoyer les lettres et mandats À M. l'ud
 Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient    ministrateur de la Revue, 47, rue Cassettr.

LETTRE SUR L’UNITÉ CATHOLIQUE ADRESSÉE EN 1841

           AU    COMTE DE          SHREWSBURY

                                 PAR


                 LE CARDINAL           WISEMAN,

                  ALORS ÉVÊQUE DE MÉLIPOTAMUS,
              PLUS TARD ARCHEVÉQUE DE WESTMINSTER




                                                  Londres, 48441.


     Mox caEr LORD,

Votre Seigneurie m'a délicatement exprimé le désir d’être infor- mée de tout ce qui peut présenter quelque intérêt dans la crise reli- gieuse actuelle de ce pays; c'est pour cela que j'ose vous adresser cette lettre. Si vous la recevez par la voie de la presse plutôt que par la poste, vous en trouverez facilement la raison dans mon désir de faire connaitre à bien d’autres personnes mes sentiments sur ce sujel. L'apparition de cette lettre à l'heure où nous sommes pourrait peut-être faire croire à un sentiment politique de ma part, ou être expliquée par les changements ministériels qui sont sur le point de se produire. Je puis cependant affirmer à Votre Seigneurie, en toute sincérité, que rien ni dans mes intentions, ni dans mes sentiments, ne peut jus- tifier une pareille interprétation : « Deo et Ecclesiæ » est la seule devise que je voudrais mettre en tête des quelques considérations que je vais vous adresser. Mais en, même temps, je ne puis m'empé- cher de penser que pour un gouvernement nouveau, qui voudrait montrer sa capacité de présider aux destinées de l'empire, les cir- constances lui mettent en main un instrumentde paix capable de rétablir les harmonies détruites et dont il pourrait se servir avec des chances de succès inconnues jusqu'ici. La seule tentative de panser les plaies religieuses de ce noble pays REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. Il. = 13 194 REVUE ANGLO-ROMAINE

immortaliserait l'homme d’État qui voudrait en prendre l'initiative. Làa-dessus Votre Seigneurie sera parfaitement d'accord avec moi. Ne puis-je pas ajouter que si on néglige de soigner ces plaies, toute tentative de guérir les autres maux du pays sera vaine ? La désunion empoisonne actuellement notre sociélé. La majesté et la puissance d’une nation sont parfaites quand tous les éléments dela grandeur et de la puissance nationales tendent au même but et entrai- nent avec force, dans un même mouvement, le peuple et ceux qui le gouvernent; quand le clergé, l'aristocratie el les classes laborieuses travaillent sous l'influence des mêmes règles de conduite, se jugent d’après la même mesure, voient dans la même lumière les préroga- tives el les obligations d’un chacun, comprennent l'importance el la nécessité de sacrifices mutuels provenant d’un principe commun, en un mot agissent sous la même loi et pour les mêmes fins. Or quel est l’état actuel des choses parmi nous? Chaque classe reste isolée, considérant la prospérité et l'avantage des autres comme sa ruine et comme sa perte. Les différentes parties de ce grand État sont animées d’un espril d'antagonisme et de désagrégation. Au lieu d'harmonies nous avons de criards désaccords; au lieu d'union, des intérêts opposés. Depuis longtemps il existe entre l'aristocratie et les classes laborieuses une froideur et un éloignement inconnus autrefois, dans les temps où le pays était catholique ; les modernes fanatiques du chartisme ! et du socialisme font en ce moment tout ce qui est en leur pouvoir pour rendre ces sentiments plus intenses et les transformer en une hosti- lité haineuse. Le clergé de l’Église établie est loin de posséder sur le peuple la grave influence nécessaire pour réprimer ses passions, lui inspirer la patience dans le malheur et le guider dans la prospérité. Dans les grandes villes, des foules immenses se sont placées en dehors de son action pastorale en négligeant complètement la reli- gion ou en passant aux dissidents. Ceux-ci, d’ailleurs, quel que soit leur nom, ne les honorent pas comme des ministres autorisés de Dieu; ils les regardent, au contraire, avec animosité et antipathie. Le clergé établi, de son côté, n’accorde aux ministres qui dirigentles communions dissidentes que des prétentions injuslifiées et consi- dère leurs fidèles comme des schismatiques dans l'illusion. Le catho- lique se tient entre les deux, ne pouvant reconnaitre les prétentions ni des uns ni des autres, mais uni dans la foi et en communion avec la grande Église catholique par l'intermédiaire du Saint-Siège. Encore une fois, si nous regardons les divers éléments qui con- courent au bien-être temporel du pays, nous les trouvonsdivisés. Les

! Mouvement ouvrier en faveur de la liberté d’association, qui a abouti à la for- mation des Trade Unions, mais menacait alors de dégénérer en révolution violente. LETTRE SUR L'UNITÉ CATHOLIQUE 195

« intérêls » — comme on les appelle — agricoles et industriels sont entre eux à l'état de rivalité. Tout ce que l'on fait en faveur de l'une de ces deux classes est considéré par l’autre avec suspicion et jalousie, comme étant de nature à lui faire tort. Au lieu d’être deux forces unies pesant sur le même bout du levier, elles ressemblent aux plateaux d’une balance tellement sensible que l’un ne peut monter sans que l’autre ne descende, que l'impulsion donnée à l’un fait perdre sa puissance à l'autre, et que l’un ne peut se mouvoir sans que l'autre se meuve dans une direction opposée, De Lemps en temps, on voit apparaître ce même conflit entre les propriétaires, toutes les fois que l'on propose d'augmenter le fardeau des taxes qui pèse sur ces derniers. L'esprit de désunion, il n’estpas nécessaire de l'ajouter, se manifeste d’une manière plus accentuée si on considère les différents pays qui composent l'empire. L’Angle- terre et l'Irlande sont entre elles à l’état d'inimitié à cause del'injus- tice et de la dureté de la première; et plusieurs de nos colonies nous ont donné des signes très clairs de l'instabilité de leur attachement à la mère patrie. Malgré nos divisions, dira-t-on peut-être, nous avons prospéré el nous prospérons encore. De même florissait la république romaine malgré les luttes des patriciens et des plébéiens, des Romains et des alliés. Cependant la fin arriva; et elle arriva d’une manière si efroyable que les plus sages et les meilleurs crurent l'unité de gou- vernement, bien qu'achetée à un prix terrible, préférable aux misères finalement engendrées par la désunion. Nous ne sommes pas. Dieu merci! arrivés à une telle crise. Cependant, il est manifeste que dans les âmes de beaucoup d’entre nous, s’agite la question de savoir s’il ne serait pas temps de chercher un remède pour un état de choses dont les conséquences se développent déjà tous les jours avec une réalité de plus en plus fatale, Aussi, certains diront-ils : Si nous avons prospéré jusqu'à présent et jusqu’à ces dernières années dans cet élat de division intestine, à quel point aurions-nous prospéré, si tous d'accord nous avions travaillé ensemble ! La résul- tante de nos forces, opposées les unes aux autres, ayant été si remar- quable, quelle aurait été la résultante de nos forces si elles avaient été dirigées dans le même sens ? Généralement on n’est guère disposé à avoir confiance dans un remède proposé comme une panacée ou un remède capable de gué- rir tous les maux. Mais à coup sûr, si la maladie n’a qu'un prin- cipe, si les symptômes n’ont qu’un caractère, on ne nous traitera pas d'illuminés si nous ne proposons qu'un remède. En outre, si, par des considérations meïlleures et d'ordre plus élevé, ce remède est jugé indispensable, s’il est au-dessus des calculs utilitaires et intéressés, se recommandant par sa propre valeur, en dehors de nos besoins, 196 REVUE ANGLO-ROMAINE

si d’ailleurs il nous séduit par la manifestation toujours ‘plus claire
de son importance, de sa justice, de sa vérité, assurément nous
n’hésiterons pas à réfléchir sur les possibilités qui se présentent de
nous en rendre maîtres et sur les moyens d'arriver à nous en emps-
rer. Aucune influence ne peut atteindre les causes les plus cachées du
mal ou les neutraliser avec efficacité plus facilement que la religion.
En dehors de l'unité religieuse, rien ne peut pénétrer avec une pa-
reille certitude jusqu'aux principes de la désunion et les faire dispa-
raitre pour réunir ensuite les parties divisées. Elle produira le même
effet sur la désunion du noble et du plébéien, comme sur la désunion
du prêtre et des laïques; sur les querelles de province à province
comme sur les inimitiés d'homme à homme. Puis, quand elle aura
enlevé l'élément mauvais, elle substituera bientôt l'élément bon el
sain. L'unité religieuse s'enroulant autour des affections qui nous
unissent, d’abord comme êtres sociaux, puis comme membres d'un
seul État, enveloppant dans ses spirales notre humanité et notre
patriotisme, formerait ce triple lien que l'Écriture nous représente
comme bien difficile à rompret,
  Si je parle ainsi de l'unité religieuse comme d’un grand bienfait
moral et social, je ne désire pas pour cela, Votre Seigneurie le com-
prend, laisser de côté ces autres motifs plus grands et plus élevés qui
nous poussent à l'atteindre et qui se déduisent de considérations
religieuses, c'est-à-dire de l'unité absolue de la vérité. Je ne veux
pas laisser de côté ce principe évident que, parmi diverses opinions,
toutes, une seule exceptée, doivent être fausses, et par suite qu'il est
du devoir d’un chacun d'écarter ces dernières ou plutôt deles fondre

-toutes dans la seule vraie. Malheureusement beaucoup de personnes voient toutes ces choses à travers les expédients de ce monde beau- coup plus que dans la belle lumière de la simple évidence religieuse, et'il ne sera peut-être pas hors de propos de convaincre même ces personnes que de très grands avantages publics doivent provenir de la restauration de l'unité religieuse. Ceux qui, pour des motifs plus grands, pleurent sur l'infortuné démembrement de l'ancienne Église catholique anglaise, n'auront pas besoin, pour les stimuler à nous aider, des réflexions que je me permets de faire. La réalisation de l'idée d’unir en une seule religion toute l'Angle- terre est incompatible. avec sa position actuelle, si elle persiste dans son isolement ecclésiastique et religieux, si elle ne veut qu'une Église « nationale » dans le sens strict et odieux du mot, c'est-à-dire sépa- rée de la communion religieuse du reste du monde. Nous, catho- iiques, nous devons déplorer la séparation comme un inal moral grave, comme un état de schisme dont rien ne peut juslilier la con-

LETTRE SUR L'UNITÉ CATHOLIQUE 197.

tinuation. Beaucoup de membres de l'Église anglicane voient comme nous un mal dans le schisme, tout en excusant leur participation individuelle par la nécessité inévitable de cette infortune. Il suit de Rque nous sommes d'accord avec beaucoup d'entre eux sur ce point : que plus tôt on mettra fin à la triste situation actuelle de l'Église anglicane, mieux ce sera. Et nous pouvons étre assurés d'une coopé- ration spontanée, puissante et très zélée, dans tout effort que nous ferions, ayant pour but de ramener cette Église à sa condition légi- lime, c'est-à-dire à l'union avec le Saint-Siège et les Églises de son obédience, en d'autres lermes avec l'Église catholique. Est-ce là l'idée d'un visionnaire? Est-ce simplement l'expression d’un ardent désir? Beaucoup de personnes, je le sais, le croiront; et si je ne regar- dais qu'à ma tranquillité personnelle, je n'oserais pas exprimer publiquement ma pensée à ce sujet. Pourtant je dois le dire en par- faite simplicité de cœur, j'espérerai toujours, encouragé par tant d'apparences que je crois favorables. Dans le passé, nous voyons un grand prélat comme « l'Aigle de Meaux » croire qu'il était de son devoir d'entrer en discussion sérieuse avec Leibnitz au sujet de la possibilité de réunir l'Allemagne à l'Église romaine, alors qu'il n'y avait rien d'encourageant, rien qui permit d'espérer la réussite, si ce n’est le désir de certains gouver- neurs civils et le zèle très éclairé du seul Molanus. Mais il n’y avait pas le sentiment d’une position défectueuse, il n'yavait point d'em- pressement de la part de l'Église séparée elle-même, point d’aspi- ralion vers l'unité, aucune révérence filiale pour l'Église mère de la part des ministres protestants. Si généralement on a pensé qu'une telle manière d’agir ne déshonore en rien un homme de l'infinie perspicacité et de la prudence de Bossuet, à coup sûr, on ne saurait me blâmer avec sévérité, moi qui lui suis inférieur à tant d'égards, si j'attache quelque importance au rapprochement graduel de beau- coup d’anglicans vers le même but désirable, et si je ne rejette pas de suite et complètement leurs désirs, manifestés à cetle heure très clairement, de voir leur Église reçue de nouveau dans la com- munion catholique. Encore Bossuet était-il un évêque étranger, n'ayant ni intérêt ni responsabilité en Allemagne; et cependant il croyait de son devoir — au lieu de repousser immédiatement er avec mépris toutes les propositions émises par la partie adverse — d’écou- ter la plus petite proposition tendant à la restauration de l’unité, de la traiter avec empressement et bonté, et de consacrer son talent à la faire progresser el mûrir. Assurément, on ne regardera pas comme inconsidéré celui qui a un intérêt direct et sérieux dans la région où se trouve le centre et le foyer du mouvement, s’il prête l'oreille à des déclarations beaucoup plus frappantes et plus positives exprimant le même désir, et s'il emploie ses humblies facultés à 198 REVUE ANGLO-ROMAINE

chercher les meilleurs moyens de le réaliser. C’est pour cela que j'ose soumettre à l’attention empressée de Votre Seigneurie certains points dignes selon moi de sérieuse considération, bien qu'ils ne doivent être maintenant que de simples aperçus, de simples indica- tions des sujets qui seront peut-être bientôt développés d’une manière plus finie et plus détaillée.

  1. — Il est peut-être nécessaire, surtout en m'adressant à vous, My Lord, qui avez été pendant quelque temps hors de l'Angleterre, d'ex- poser les raisons pour lesquelles je vois ou, si on veut, j'imagine que je vois un progrès non seulement vers les pratiques ou les doctrines catholiques des individus, mais aussi vers l'union en corps. ILest souvent difficile de donner en forme la preuve spécifique qui pro- vient d'une grande combinaison de témoignages divers dont la force convergente entraine cependant la conviction. Mais il me parait impossible de lire les ouvrages des théologiens d'Oxford, surtout en les suivant dans l'ordre chronologique, sans constater un rappro- chement de chaque jour vers notre sainte Église en matière de doc- trine et aussi en affection. Peu à peu, nos saints, nos papes, leur sont devenus chers; nos rites, nos cérémonies, nos offices, même nos rubriques sont précieuses à leurs yeux, beaucoup plus, malheu-

reusement, qu’elles ne le sont à un nombre considérable des nôtres. De plus en plus, nos instituts monastiques, nos organisations diverses pour l'exercice de la charité et pour l'éducation sont deve- nus chez eux des objets d'études sérieuses. Enfin, tout ce qui touche à notre religion les intéresse. Certains diront, je le sais, que tout cet intérêt porte un caractère d’égoïsme, qu’ils désirent prendre de nous justement assez pour affermir la position de leur Église sans avoir l'idée d'aller plusavant, sans vouloir tendre vers l’union avec nous. À mon avis, ce soupçon est injuste et sans fondement, il est basé sur l'ignorance du vrai caractère, des vrais sentiments de ces écrivains. Leur admiration pour nos institutions et pour nos pratiques, leur regret de les avoir perdues, proviennent évidemment de la valeur qu'ils attachent à tout ce qui est catholique. Aussi — abstraction faite d’un manque de fran- chise dont nous n’avons pas le droit de les accuser — leur attribuer d'aimer les parties d'un système et de désirer pour eux-mêmes ces parties, et en même temps prétendre qu'ils rejettent le fonuement et la base, c’est-à-dire le système lui-même, tout cela me parait une contradiction révoltante. Mais ce n’est pas tout. Lisez, mon cher Lord, cette page qui a été publiée il y a deux ans : « L'Église d'Angleterre, la gloire de la chrétienté, où Bède ensei- gna et d’où Boniface partit, s’assied solitaire parmi les nations. Qu'elle a souffert au milieu des passions humaines, la Reine des Iles! Qu'elle est resserrée entre ses mers, celle qui jadis possédait un con- LETTRE SUR L'UNITÉ CATHOLIQUE 199

tinent et qui avait les évêques de ce continent pour hôtes ou pour convives! Maïs il ne sert de rien de regarder le passé : le passé est, comme on dit, thème d'histoire, et nous pouvons avoir sur son compte des opinions personnelles différentes. Ce qui apparaît claire. ment, c'est le résultat. La chrétienté est en pièces et nous n'avons pas souffert moins que d'autres pays de la convulsion. Rome, la Grèce, l'Auglelerre, toutes ont souffert; mais, en ce moment, il ne s'agit que de nous-mêmes. « Nous avons perdu la sympathie du monde, cela est évident; et ceux qui ont été la cause de ce malheur ont senti l'obligation de nous dédommager autant qu’il leur était possible : après nous avoir coupés du reste de la chrétienté, le pouvoir civil & fait de son mieux, ü faut en convenir, pour nous réconcilier avec noire dégradation. « Naturellement, il a maintenu notre captivilé comme premier prin- ripe de la constitution, mais il s’est donné une peine infinie pour nous éviler la moindre inquiétude. Si l'Église devait exister en Angleterre, c'était comme une loi des Mèdes et des Perses qu'elle devait exister pour l'Angleterre seule. S'il lui était permis d’y habi- ter, ce devait étre en captive. Mais, une fois ce principe admis, ona concédé à l'Église la plus honorable des captivités. « Rien ne lui a été refusé hormis la liberté. Le pouvoir, les richesses, l'influence, le rang, la considération, lui ont été prodigués en abon- dance pour la rendre toujours aussi heureuse que possible. Elle a été comme Rasselas dans la vallée du bonheur ou comme le croisé dans le jardin d'Armide. Quel désir a-t-elle eu qu’on n'ait pas satisfait? Pourtant il a été dit de notre premier père, dans des circonstances beaucoup plus heureuses et beaucoup plus saintes : — « Pour Adam on n'a pas trouvé une aide digne de lui — ahiquid desideravere oeuli — parmi les bêtes caressantes, parmi les oiseaux aux brillantes cou- leurs. Une chose lui a manqué même dans le Paradis. Cette même infortune est venue fondre sur l’Église d'Angleterre qui n’est pas dans le Paradis : en dépit « des princes et des autres enfants des hommes, elle est restée comme une solitaire. Elle a vécu parmi des étrangers. Les hommes d'État, les légistes, les soldats tournaient et rédaient autour d'elle avec des caresses ou des menaces. Il a été question d'elle dans les assemblées des bêtes sauvages et des bêtes apprivoisées; néanmoins, elle a désiré quelqu'un capable de l’entre- tenir et de lui donner conseil, digne de sa confiance et qu’elle pour- rait aimer. L'État, si on juge d’après ses actes, a trouvé déraison- able que l'Église n’estimât pas comme suffisant à ses affections le lion et l’unicornet, »

? Le lion et l’unicorne forment les supports des armoiries royales d'Angleterre. — Toute cette longue citation est empruntée à un article du British Crilic (octobre 4839) écrit par Newman, six ans avant sa conversion. 200 REVUE ANGLO-ROMAINE Je pourrais renvoyer Votre Seigneurie à un autre article de la même Revue, numéro de janvier 4840, qui a pour titre : « la Catholicité de l’Église d'Angleterre. » Si je ne me trompe, Newman est l'auteur reconnu de cet article. Je ne pourrais peut-être en citer aucun pas- sage avec une parfaite satisfaction ; mais personne, je crois, ne peut le lire sans être certain que la position isolée de l'Église anglicane et sa séparation du reste du monde sont une cause de regret profond et, de plus, que, si la possibilité de faire disparaître ce mal était pro- bable, on n'épargnerait rien pour y arriver. Je citerai comme une autre preuve de la vérité de mon opinion ce mécontentement général à l'égard du système de l’Église anglicane, clairement exprimé dans les œuvres des théologiens. On n'élève pas une objection contre tel ou tel article ou un blâme; on ne découvre pas seulement dans telle pratique une tache, dans telle autre un défaut de catholicisme et une excroissance protestante dans une troi- sième, mais on éprouve des nausées à l'égard du tout. C’est la lassi- tude d'un homme qui porte un fardeau. Il ne se plaint pas à cause de telle ou telle bûche, c'est le fagot tout entier qui le fatigue etle tourmente. La dépendance de l'Église à l'égard de l’État, « son maître égyptien et son tyran », comme parlent ces auteurs; le défaut d'une influence convenable dans le clergé pour le choix des évêques ; le défaut d’au- torité chez les évêques pour gouverner efficacement; la faiblesse de l'Église à faire valoir les censures spirituelles; l'abolition de toute autorité conciliaire dans la hiérarchie ; l'esprit protestant des articles considérés dans leur ensemble et leur intolérable hétérodoxie sur certains points particuliers; la suppression de certaines cérémonies, de certains sacrements, de rites liturgiques; l'extinction du sentimen! et des institutions monastiques et ascétiques; la diminution de « la crainte révérentielle, du goût des choses mystérieuses, de la ten- dresse, du zèle et d'autres sentiments qui peuvent être d'une façon spéciale appelés « catholiques » ; la misérable sensation d'isolement que j'ai déjà décrite, tout cela ne forme qu’une partie des griefs au su- jet desquels nous entendons des plaintes à chaque instant. Supprimer les causes de ces griefs entraïnerait un tel changement dans la condi- tion essentielle de l'Église anglicane, qu’elle serait entratnée — ces au- teurs dont je parle doivent le comprendre — dans la sphère où s'exerce l'attraction absorbante de l'unité, et qu’elle en subirait l'influence au point de ne pas pouvoir rester longtemps sans être attirée vers le centre. Mais si nous voulons une déclaration prouvant que l'on regarde un tel événement comme la conséquence de l'amélioration qu'ils désirent, à mon avis, la conclusion de la seconde brochure de M. Ward suffira : LETTRE SUR L'UNITÉ CATHOLIQUE 201

« Non! ceux qui ont, au sujet de ia corruption et de la dégrada- tion de notre Église les idées les plus arrêtées, quelle quesoitla peine qu'ils causent à d'autres en faisant cetaveu, quelle que soit leur peine à eux d'entendre les louanges décernées à cette Église, en particulier de l'entendre appeler ciairement et distinctement « pure et aposto- lique », du moins ils jouissent plus que d'autres d'une consolation — je veux dire : « l'amour et la sympathie de ceux du dehors ». Plus nous nous lamentons au sujet de notre état intérieur, plus nous con- fessons humblement que les signes qui démontrent que nous apper- lenons au royaume du Christ — ces signes dont la disparition com- plète dans toutes les parties de ce royaume est impossible — sont obseurcis et faiblement marqués dans l’Église anglicane, mieux nous sommes en mesure d’'excuser plus complètement ceux qui ne l’ont pas comprise.

« Quand une sainteté visible se manifeste en dehors de l'Église, ou au dedans parmi ceux qui ne subissent pas son influence, deux solu- tions se présentent pour les fidèles : ou la sainteté n’est qu'extérieure, ou l'Église n’est pas ce qu'elle devrait être. Dieu veuille qu’en pré- sence d’une sainteté réelle, soutenue par une abnégation durable, nous puissions toujours choisir la dernière alternative. Puissions- nous regarder les fruits de la grâce qui existent en si grande abon- dance parmi les Protestants comme un reproche à notre égard, cou- pables de n’avoir pas fait paraître au dehors avec ses véritables ca- ractères ce qui est vraiment évangélique. « Puissions-nous, catholiques de l'Église anglicane, nous jeter avec empressement vers les pensées de pureté, d’abnégation et de renon- tement au monde partout où nous pouvons les trouver. C’est la seule manière d'établir notre propre Église dans une forme vraiment catho- ligue (c'est-à-dire qui en appelle à la nature entière de personnes de caractères et de goûts divers), et d'en faire une gardienne vigiiante de la vérité, une dépositaire fidèle de la charité. Ainsi, lorsque notre Église aura gagné tous ceux d'entre nous qui servent Dieu, elle pourra légitimement espérer d'agir en pays étrangers, par son influence vers le bien sur les Églises ses sœurs, dont elle a été si lon- guement et si malheureusement séparée. Lorsque, par suite d'une attraction pour ainsi dire spontanée, elle aura été remise en union active avec le reste de la chrétienté, encore une fois, si Dieu le per- met, l'Église catholique réunie marchera contre le monde luttant contre lui sans paix ni trêve. » Votre Seigneurie connaît également, selon toute probabilité, ie livre de « Prières pour l'Union‘ », publié à Oxford. On y a inséré plu- sieurs des mêmes psaumes et des mêmes versets choisis pour le

1 Ces prières devaient être récitées le jeudi matin. 202 REVUE ANGLO-ROMAINE

petit livre de prières catholique qui a été publié il y a deux ans à Londres. Une autre prière pour « l'Unité de la sainte Église» a été égale- ment imprimée à Lichfield, en latin et en anglais, parle Rev. F. Wac- kerbarth. Enfin la belle lettre écrite par un jeune membre de l’Univer- sité d'Oxford, et qui parut, il y a un certain temps, dans l'Univers, fait connaître, au nom de plusieurs , que ce même ardent désir est l'objet de prières et de jeùnes durant l'époque la plus solennelle de l’année. Voilà quelques-unes des manifestations publiques de désirs sincères en faveur de l'unité, produites par des hommes influents dans l'Église d'Angleterre. I] n'est pas nécessaire de vous demander si on doit répondre par d’autres sentiments que la sympa- thie, la bonté, et d'une autre manière, par l'assurance de notre cor- diale coopération. Devrions-nous rester assis avec indifférence quand de tels sentiments sont exprimés auprès de nous? Nous devrions, au contraire, nous lever, aller au-devant de ceux qui souffrent et les encourager. Nous est-il permis, à nous qui vivons dans la pleine lu- mière, de voir nos amis chercher à tâtons leur route vers nous à tra- vers les ténèbres dont ils sont enveloppés, de les voir chanceler parce que pas une main ne se tend vers eux, deles voir sortir du droit che- min faute d’une voix qui les guide, et de rester dans le repos, de nous taire, nous amusant peut-être de leurs pénibles efforts, ou leur laissant parfois entendre le rire comprimé de ceux qui triomphent de leur détresse ? À Dieu ne plaise! Si nous devons nous tromper; si, comme tribul à la faiblesse hu- maine, nous devons nécessairement faire un faux pas, la chute sera plus commode en tombant du côté de deux vertus théologales que sur le froid terrain de la prudence humaine. Si j'ai eu trop de con- fiance dans mes motifs d'espérer et trop de charité dans mes ma- nières d'agir, j'accepte le danger de voir sourire de ma simplicité et sur la terre et dans le ciel. Là-haut, du moins, il n’y aura point de dé- dain dans les sourires. II. — Ces divers sentiments à l'égard de l'unité s'étendent tous les jours de plus en plus et pénètrent dans une plus grande profondeur au sein de l’Église anglicane. Toute personne en état de juger ne peut avoir le moindre doute à ce sujet. Ces sentiments se répercu- tent sans bruit dans bien des cœurs sympathiques, et ceux qui les reçoivent comme des voix aimées, ne tardent pas à communiquer leurs impressions aux personnes sur qui elles ont de l'influence. De cette manière la conscience de l’état actuel de la religions’est réveillée d’une façon beaucoup plus générale qu’on ne l’aurait espéré tout d'abord. Il y aurait des inconvénients certains à prouver par des indications trop particulières combien les sentiments catholiques ont pénétré plus profondément qu’on ne l’eût espéré tout d’abord. LETTRE SUR L'UNITÉ CATHOLIQUE 203

Des paroisses entières ont reçu le levain, el actuellement il fer- mente. Il a pénétré par des moyens plus secrets et plus mystérieux en bien des lieux où on n'aurait jamais espéré le trouver. HI. -— La situation ainsi constatée, il faut naturellement en venir à considérer quels devoirs en découlent. Et tout d'abord, pour ceux qui en général s'arrétent le moins aux motifs purement religieux de ces devoirs, que doivent faire les autorités civiles? La question me parait presque inutile. Tout disciple sincère de l'Église anglicane doit reconnaître, en vertu deses propres principes, que, si la chose était possible, l'unité devrait régner parmi les chré- tiens el que l'Église divisée, et maintenue dans cet état de division, souffre violence. Il doit déplorer les circonstances malheureuses qui ont été cause de nos divisions, et éprouver le désir, les circonstances ayant changé, de voir notre état actuel changer aussi, et l'unité reli- gieuse des temps primitifs de nouveau restaurée. Si on envisage le sujet dans la réalité des choses, il faut dire : Tant que l’Église établie a gardé le silence, tant qu'il n’y à eu aucune indication du désir et de l'opportunité d'essayer un retour à lunité religieuse, les hommes d'État n'ont pas eu à s'occuper de la question. Personne ne se plai- gnait jadis de la nature des lois se rapportant à ce point spécial, excepté nous, dont les doléances étaient trop peu de chose pour être prises en considération. Mais la question est soulevée dans l'Église elle-même, elle excite l'intérêt de ses meilleurs membres et de ses premiers sujets, et commence à agiter et à passionner le peuple. Cela étant ainsi, lorsqu'on s'apercevra — et la chose ne peut tarder — que toute tentative d'étouffer la question par l'autorité ecclésias- tique doit nécessairement échouer, alors l'homme d’État devra se décider entre deux alternatives. Ou il doit croire que Île Christ a insti- tué des Églises insulaires, qu'il a interdit lacommunion active à dif- férentes branches comparées par lui-même aux membres d'un même corps, que l'État est au-dessus de l'Église, et qu'il peut à sa fantaisie étouffer ses pensées et annhiler ses sentiments; ou, au contraire, il doit commencer à se demander s’il n'y a pas pour lui un devoir solen- nel envers Dieu et envers ce qu’il regarde comme son Église de dé- charger sa conscience de la culpabilité qu'il encourt en empêchant l'unité et en se mettant entre son Église nationale et l'Église catho- lique. En effet, si l'union n’est rendue impossible que par des obs- tacles qu'il est en son pouvoir d'enlever, la responsabilité de la sépa- ration retomberait sur lui s’il refusait d'exercer ce pouvoir. Par exemple, les odieux statuts de Præmunire sont toujours en vigueur, et toutes relations amicales entre ceux qui sont regardés comme évêques par l’État et l'Église de Rome sont empéchées. Et pourtant, si on doit espérer de voir l'unité rétablie, c'est uniquement par le moyen de ces relations. 204 REVUE ANGLO-ROMAINE

touchent à des intérêts temporels; en d’autres termes, ils ont été éta- blis, plusieurs même avant la Réforme, en vue d'empêcher ou deré- primer les empiétements du Pape sur les droits de la couronne ou de la nation, et il importe de conserver avec un soin jaloux de telles sau- vegardes constitutionnelles. Admettons cet argument : que s’ensuit-il? Tout au plus que la puissance restrictive doit être admise autant que les prétendues nécessités politiques l'exigent, mais pas davantage. Si les statuts ont un double objet, comme cela est certain, s’ils affectent l'influence temporelle du Saint-Siège d’un côté, et de l’autre ses droits spirituels découlant de son titre apostolique de chaire de Pierre, la législation peut, si elle l'estime prudent, garder les parties de la loi qui se rapportent au premier objet, mais rien ne l’autorise à con- server ce qui se rapporte au second. Assurément, l'autorité civile n’a pas le droit de se constituer juge dans les questions religieuses. Si l'État reconnaît l'existence d'une Église, il doit nécessairement appré- cier ses besoins et ses intérêts spiriluels. S'il est admis par tout le monde que l'union de tous les chrétiens, supposée pratique, est une : chose à désirer, pour ne pas dire plus, il est de devoir strict et rigoureux de ne pas empêcher cette Église de tendre vers l'union, tandis que par ailleurs l'État s'occupera des dangers politiques réels ouimaginaires, nequil detrimenti respublica capiat. Quant à savoir si les deux actions peuvent être séparées, etsila communion active avecdes Églises étrangères peut exister sans créer un danger pour l'État, les exemples de la France et de l’Allemagne suffisent à le prouver. Dans ces deux pays, on ne croit pas que la parfaite unité religieuse fasse courir le moindre danger aux droits constitutionnels d’un peu- ple, aux prérogatives souveraines d'un Empereur. Et si le gouverne- ment, par sa législation, prétendait empêcher, non pour des raisons politiques, mais pour des motifs religieux, toute espèce de relations entre son Église et nos évêques, alors la grave question pourrait être immédiatement posée : est-ce que l'autorité civile a Le droit (abstrac- tion faite du droit qui vient seulement du pouvoir et de la tyrannie} de décider une question religiense d’une telle grandeur et de décré- ter tout d’un coup que l'Église de ce pays ne devra jamais être en communion avec l'Orbis terrarum, l'Église universelle ? Si l'autorité civile est compétente en la matière, c'est elle et non l'Église qui est le juge ecclésiastique suprême : que cette Église, dès lors, réfléchisse sur la position qui lui est faite. Et si l’État ne possède pas une telle juridiction, de facto il l'usurpe : que l’Église songe à ses droits. IV. — Quel est donc le devoir de ceux qui ont entrepris la défense decette Église ? Et d’abord quelle est leur intention? Newman écrit : « Si Rome se réforme. alors, il sera du devoir de notre Église d'entrer aussitôt en communionavec les Églises du continent, quels que soient, LETTRE SUR L'UNITÉ CATAOLIQUE 205 en Angleterre, les dires des hommes d'État et quelles que soient les dispositions prises par le pouvoir civil. » Permettez-moi d'interpréter ainsi le sens conditionnel des premiers mots: « Quand le temps sera venu, quand nous sentirons que nous devons. » Je prouverai plus tard l'exactitude de mon interprétation. Du moins nous trouvons ici exprimée la résolution évidente de ne pas se laisser détourner par des lois politiques et des conséquences civiles de la communion active, quand les obstacles religieux actuels 1réels ou apparents) auront été enlevés. Et maintenant quels sont les devoirs de ceux qui, délibérément, sont dans de telles résolutions ? D'après moi, les voici : 1° A l'égard de l'Église du Christ.— Le devoir des membres du clergé anglican qui ont entrepris de défendre la cause de leur Église doit être de remédier au déplorable schisme actuel. Ils ne doivent se laisser décourager ni par les échecs du passé, ni par les diMicultés du temps présent, ni par les souffrances à venir. Ils doivent com- mencer immédiatement à agir, et persévérer avec énergie dans toutes les entreprises qui tendraient directement à l'œuvre de la réunion religieuse. Ils ne doivent pas dire que le temps n’est pas encore venu, mais le hâter, au contraire, et entrer en lutte avec la Providence pour que les jours d'épreuve soient abrégés. 2 A l'égard du peuple. — Les membres du clergé anglican se sou- viendront que leurs prédécesseurs dans le ministère ont beaucoup contribué à induire en erreur la population de ce pays au sujet de la religion, spécialement en ce qui regarde l'Église romaine et les points qui la rendent différente de l'Église anglicane. Les préjugés engendrés par cette manière d'agir se sont opposés dans le passé et s'opposentencore à la réconciliation. Il est par conséquent du devoir des membres actuels de ce même clergé de réparer le tort de leurs prédécesseurs, d’écarter l'obstacle, et, par tous les moyens, de ramener le peuple à des appréciations plus bienveillantes, plus justes et plus vraies. 3 A l'égard de l’État. — Les membres du clergé anglican sont obligés de tirer une ligne de démarcation très évidente entre les fonctions du pouvoir civil et celles de l'Église. Ils sont tenus de s'adresser immédiatement à ceux qui gouvernent, les priant de reviser toute loi nuisible à la vraie liberté religieuse, c'est-à-dire à la faculté de réclamer tousles privilèges du système chrétien, l'unité, la charité, la communion catholique dont le pays est actuellement exclu par des ordonnances restrictives d'un âge d’oppression. A cer- tains moments marqués non seulement par l’histoire, mais encore par la prophétie, les hommes sont obligés de dire : 485 justum est in

l_Brüisk Critic, janvier 1849, p. 80. 06 REVUE ANGLO-ROMAINE conspectu Dei vos polius audire quam Deum, judicate*. Il ya des moments où c’est leur devoir d'examiner, avec plus. d'attention qu’on n'en met généralement, ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu, et de veiller soigneusement à ne pas attribuer à l’un ce qui devait être attribué à l'autre. Le regaie et le pontificale ne vont pas toujours ensemble, et il peut se présenter des occasions où il faudra choisir entre les deux; non pas avec l'intention de dérober au pre- mier un iota des droits du second, mais avec le désir de protéger celui-ci contre tout empiétement de celui-là. A l'égard de ces évêne- ments qui peuvent survenir, la conduite la plus sûre c'est de se préparer à les recevoir. 4 A l'égard de leur propre Église. Les membres du clergé anglican, s'ils l'aiment, ne doivent pas s'arrêter dans leurs tentatives de la rendre telle qu'ils la désirent. C'esl à eux, avec une importunité con- tinuelle, de presser leurs supérieurs de mettre la main à l'œuvre ou de permettre que d'autres le fassent. Ils doivent employer leur science, leur jugement, leur prudence à influencer le cœur de leurs frères. Et dans tout ce que je viens de dire, il ne devrait y avoir ni délai ni relâche. V. — Considérons maintenant ce qui nous regarde. Quel est notre devoir au sujet de la réunion ? Avant de répondre, je dois dire quel- ques Imots sur une chose à laquelle j'ai déjà fait allusion, parce qu'elle constitue un des éléments des demandes qu'on nous adresse : je veux parler des dénonciations violentes dirigées par les écrivains de l’école d'Oxford contre la Rome actuelle. Pour ne pas multiplier les exemples trop nombreux qu'ils nous fournissent, je citerai les paroles placées immédiatement avant ma dernière citation tirée du British Critic: « Jusqu'à cequ'elle (Rome; cesse d’être ce qu'elle estaujourd'hui, en pratique l'union entre Rome et l'Angleterre est impossible; maissi elle se réforme, elc. » On dirait au premier abord que ces mots fer- ment la porte à toute espérance présente, et d'une certaine manière à tout espoir pourl'avenir. Votre Seigneurie se rappellera sans doute que j'ai donné à ces paroles un sens moins absolu. Je vais maintenant justifier mon interprétation. Ce désir si souvent répété de voir Rome changer, se prête à des réalisations différentes, et bien que voulu dans un sens, il pourrait se réaliser dans un autre. Par exemple on peut purifier un objet en purifiant le medium à travers lequel on le voit et dont les souillures semblent avoir passé à l’objet même. De cette manière, Rome pourra bientôt se modifier aux yeux sin- cères de ceux qui la regardent aujourd’hui à travers des imputations fausses, des couleurs trop vives ou des malentendus de moindre im- portance. De plus, une peinture peut paraitre obscure etlaide, non pas à cause de la couleur même, mais parce que lalumière manque; ainsi 1 Actes, 1v, 19. LETTRE SUR L'UNITÉ CATHOLIQUE 207

bien des choses paraissent pénibles et dures, non pas parce qu'elles le sont en réalité, mais parce que, faute de lumière, elles ne sont pas soumises à des explications raisonnables. La faute peut se trouver aussi dans la distraction même du specta- teur. Une personne pieuse et fort intelligente me faisait remarquer ces jours derniers que.nos dévotions vis-à-vis des saints peuvent être comparées aux représentations de ces mêmes saints dans les beaux vitraux de nos vieilles églises. Enles regardant du dehors, on ne voit que des surfaces noires et des esquisses de mauvais dessins, mais, vues de l'intérieur, elles s'illuminent de la lumière splendide et multicolore du ciel, et il en résulte de pures et majestueuses figures. Pour cette raison, je n’éprouve ni peur ni désespoir quand je vois insister bien des fois et avec vigueur sur cette condition de l'unité. Cela dépend, j'en suis sûr, beaucoup plus de la manière de regarder les choses que des choses elles-mêmes. Votre Seigneurie et moi, nous avons connu bien des personnes dont les préjugés les plus violents contre Rome ont disparu à Rome, vaincus par Rome elle-même. Je devrais peut-être revenir là-dessus. Maïs à présent il est ques- tion de nos devoirs, et c'est à cause d’eux que j'ai parlé de ce sujet. Nous devons donc, nousautres, aller au-devant de ceux qui viennent vers nous, même quand ils se plaignent de dévotions ou de pra- tiques approuvées ou tolérées pour les pays catholiques. Est-ce que nous devrions agir ainsi, quand même nous ne voudrions pas propo- ser ces dévotions aux pauvres et aux ignorants? Je pose cette question parce que dans beaucoup d'écrits on a paru vouloir conclure que nous ne blâmons pas assez nos frères étran- gers. Sans vouloir parler de moi, ce bläme, je puis le dire, m'afrappé personnellement, et on m'a témoigné du regret, en public et en parti- culier, de me voir essayer, par exemple, d'expliquer et défendre cer- laines phrases qui se rapportent à des dévotions populaires. A cela je réponds: En défendant ces phrases je me suis borné à dire que, malgré leur exagération, elles sont susceptibles d’une interprétation orthodoxe, catholique et pieuse. Jamais, à ma connaissance, je n'ai soutenu que de telles phrases soient convenables ou utiles, surtout au point de vue de l'impression produite sur les autres. Il n’y a rien là d’illogique. Je puis soutenir fermement que des marques de res- pect données à une image sainte ne constituent pas une idolâtrie, et je puis en même temps désirer qu'on ne les donne pas dans certaines circonstances, si elles doivent être cause de malentendus. Quand il s’agit de phrases interprétées, ceux qui posentouvertement le principe que pour l'interprétation de leurs Articles il faut tout d’abordadmettre que leur enseignement est catholique, et puis tourmenter les mots jusqu’à ce qu'on les mette en accord avec cetenseignement, ne peuvent certes pas nous refuser le droit de faire concorder nos formules de 208 REVUE ANGLO-ROMAINE

dévotion avec nos formuies de croyance et d'expliquer les phrases de l'Encyclique du Pape d'après les décisions de son propre Siège. En me fondant sur ce principe, je réponds : On ne doit pas nous demander de nous unir aux condamnations dirigées contre certaines pratiques — j'entends les pratiques approuvées — qui nous parais- sent être compatibles avec la saine doctrine. Nous devons employer tous nos effortsà nous expliquer, nous devons insister sur le point de vue le plus favorable, nous devons interpréter les pratiques par nos actes et par nos sentiments. Tout ce que l'Église a approuvé ou évidemment toléré peut être expliqué en raison ; j'en suis sûr comme tout catholique doit l'être. S'il s'agit au contraire d’un cas individuel, ou bien de quelques pra- tiques locales mauvaises, ou dece qui découle de la corruption et de la faiblesse humaines, avouons cette cause de douleur ou de honte; mais notre aveu ne doit pas ressembler cependant à une mise en accusation. Que la communion des saints ici-bas se réalise dans les douleurs, dans la confusion et la pénitence aussi bien que dans de joyeux témoignages de sympathie. Aidons-nous mutuellement à porter nos fardeaux, mais sans mesurer avec trop de soin ce quedoivent porter les autres. En refusant de nous unir à une condamnation quelconque vis-à-vis de Rome, nous ne voulons pas prétendre que ce saint territoire soit exempt de toute tentation humaine, de tout péché ou de tout crime, Nous avons, les uns et les autres, entendu trop souvent tonner contre les vices de la société ou des individus par l'éloquence élevée de la chaire romaine, pour songer à cela. Cependant, pourquoi se faire l'accusateur ou le censeur de sa propre mère, elle si aimée et à qui nous devons tant? Pourquoi ne pas laisser à Dieu le soin de juger les mauvais qui s’y trouvent et ne pas se tourner au contraire vers les nombreux exemples d'abnégation, de zèle, de charité, de haute piété qu'on ne trouve pas ailleurs avec tant de perfection ? Que ceux qui veulent ju- ger, se jugent d'abord eux-mêmes et examinent leurs voisins avec affection et charité. S'il s'agit de nous, catholiques anglais, pleurons notre lâcheté à remplir nos devoirs, notre froideur dans les œuvres de zèle, Et nous, prêtres anglais, déplorons notre manque d’esprit ecclésiastique el de formation sacerdotale, qui, dans les autres pays, perfectionne le ministère, pénètre les actes et les habitudes les plus ordinaires du prêtre. De leur côté, que nos amis anglicans son- gent, ainsi qu'il paraît juste, aux maux de leur propre condition tant parmi les laïques que parmi les ecclésiastiques. Nous ne pénétrerons pas chez eux, mais nous leur demandons de se restreindre dans l'office présomptueux de juge et de censeur de l'Église apostolique et de permeltre que nous nous en abstenions complètement. Plus tard, lorsque ia Providence nous aura réunis, nous pourrons alors mêler LETTRE SUR L'UNITÉ CATHOLIQUE 209 nos larmes dans un deuil commun. Nous aurons des douleurs de famille. Il se produira des révélations domestiques qui soulèveront une répulsion générale. On découvrira peut-être des faiblesses dont tous les catholiques devront s'occuper avec sympathie. Quand après une querelle frères et sœurs s'embrassent en signe de réconciliation, chacun désire s’imputer le plus de torts possible et diminuer ceux des autres. Du moins nous serons tous contents d'oublier que nous avons été divisés et pourquoi nous l'avons été “. J'ai dit indirectement ce que nous devions faire tout d'abord. Il faut nous employer le plus possible à donner des explications et à les donner avec bonne grâce et bonne volonté. Nous. devons expli- quer les malentendus au sujet de nos doctrines, montrer le point exact où on les confond avec des pratiques simplement permises et comment elles peuvent être une source d'abus. Le plus tôt que l’on pourra arriver à un accord clair et net sur ces matières, soit par des conférences personnelles, soit par correspondance, mieux ce sera. Il existe, j'en suis sûr, en ce moment, dans les esprits d'hommes sérieux mêlés au nouveau mouvement, de graves méprises sur ce point et, à mon avis, elles seraient écartées par des relations plus directes et plus amicales dirigées dans ce sens. J'avais d'abord songé, pour me faire mieux comprendre, à faire quelques citations particulières, mais cela m'entraînerait, je crois, dans une discus- sion complexe et qui serait peut-être prématurée. L'indication d'un second devoir paraît sortir de ce qui a été déjà dit. Je fais allusion à l'amélioration personnelle, et si cela est néces- saire, à une complète transformation individuelle parmi les nôtres. Je laisse à des gens mieux qualifiés pour le faire la tâche d'indiquer les points particuliers qui doivent attirer notre attention. Que chacun se juge en se comparant aux chrétiens des premiers sièeles, et il aura assez à faire pour s'élever à leur niveau. Maisil est certainquesinotre pays doit aimer un jour notre religion, il y sera amené si nous la lui faisons connaître — nous par qui la majorité de nos concitoyens peut seulement en juger —revêtue de tous ses charmes célestes, pleine de majesté dans le temple, dévote à l'autel, pure et sublime dans la chaire morale, disciplinée au collège, chrétienne et pieuse à l'école,

4, Ainsi pensait le profond et pieux Môhler. Nul catholique, selon lui, ne peut refuser d’admettre humblement les corruptions du passé, dont l'existence mêmo du Protoestantisme est la preuve évidente : car celui-ci n'aurait pas pu naître si elles n'avaient pus existé. Puis il arrive à cette conclusion : « Apprenez donc, une fois, 6 Protestants, à mesurer la grandeur de vos propres égarements. Voilà le lerrain sur lequel les deux Églises se rencontreron! un jour ef se donneront la main. Dans lesentiment de nos faules communes nous devons nous écrier, el ies uns el les autres : Nous avons {ous manqué, l'Eglise seule ne peut faillir; nous avons lous péché, l'Église seule est pure de toule souillure. » (Symbolique, tome I1,$ xxxvir.) RBVUR ANGLO-ROMAINE. —— T. Il, —— {4 240 REVUE ANGLO-ROMAINE.

sévère et mortifiée dans les monastères, modèle des organisations charitables, généreuse et zélée chez les grands, édifiante chez tous les nobles, humble et résignée parmi les pauvres, charitable dans la richesse, joyeuse etsoumise dans la pauvreté, chaste et honnête dans la jeunesse, sainte et vénérable dans la vieïllesse. Présentons notre religion comme renouvelant les institutions catholiques, faisant pous- ser sous ses pas les fleurs de la paix et du contentement, bénissante et bénie à cause du bonheur qu’elle donne et des consolations qu'elle répand en abondance. Pour arriver à ce résultat il y a place aux efforts de tous, à ceux du prêtre el des fidèles, à ceux des riches et des pauvres. De plus, on peut bien dire sans présomption à tous ceux qui désirent contribuer au progrès de cette œuvre bonne etglorieuse que la violence, de quelque manière qu'elle se cache sous les dehors du zèle, ne s'attirera pas les bénédictions promises à la mansuétude et à la charité. La dureté, le sarcasme, l'aigreur ne convaincront jamais les intelligences et ne gagneront jamais les cœurs. Au con- traire, la confiance dans la sincérité des autres et dans leur bonne foi, le bon espoir dans l'heureux résultat de nos efforts, malgré des échecs fréquents, la patience dans des insuceës réitérés, la bonté et la charité qui ne se lassent pas malgré tous les rebuts, le zèle tou- jours aussi ardent bien qu'il ne rencontre que froideur, enfin l'esprit du Christ et de son Église ne manqueront pas tôt ou tard de triom- pher des obstacles qui paraissaient insurmontables et d'obtenir des résultats jugés tout d’abord irréalisables. VL.— Ici se présente naturellement la question suivante: Dans l’état actuel des choses les circonstances sont-elles plus favorables que dans le passé, par exemple au temps de l'archevêque Laud ou de l'ar- chevèque Wake, pour faire aboutir l'événement si heureux de la réunion de l'Angleterre avec l'Église catholique? Il me semble que oui. 1° Autrefois les esprits s'éloignaient plutôt qu'ils ne se rapprochaient de la vérité catholique et de l'Église du Christ. L'aversion du principe d'autorité allait toujours croissant, au lieu de diminuer. La marce de la Réforme montait encore, et n'avait pas commencé à se retirer lente- ment et à rendre à l'Église le terrain qu'elle lui avait enlevé. Ceux qui ont essayé de faire quelque chose dans le sens de la paix ne s'étaient pas emparés de l'opinion publique. Ilsne marchaient pas de concert avec les énergies de la nation, qui s’exerçaient plutôt en sens contraire. Maintenant tout cela est bien changé. L'anarchie reli- gieuse s’est développée dans toutes ses phases et l’on commence à interroger l'horizon et à chercher un phare etun port assuré. Pendant un temps assez long la nudité du culte et l'indépendance personnelle en matière de religion avaient leurs charmes. Ce temps-là est passé, LETTRE SUR L'UNITÉ CATHOLIQUE Ai

cs mêmes hommes demandent aujourd'hui à leur religion de les consoler autant que de les guider. Îls veulent trouver en elle un soulagement autant qu’un devoir, un baume pour Îe cœur autant qu'un aiguillon pour la conscience. Plusieurs d’entre eux envient cette piété tendre et cette habitude de la contemplation que l'Église catholique seule peut inspirer. Ils dési- rent pour chaque jour des consolalions, pour chaque heure de divi- nes aspirations, afin que les ennuis du pénible chemin de la viesoient dissipés.

Autrefois encore, la protection de l'État, en tenant l'Église établie dans ses bras, l'étouffait au lieu de la réchauffer et de lui servir de soutien. On ne songeait guère à aucune action ecclésiastique indé- pendante du contrôle civil; le gouvernement était considéré comme l'ami et l’allié le plus intime de cette Église. À vrai dire, tous les deux semblaient être unis pour jamais dans les liens d’un mariage indisso- luble, Une certaine froideur existe maintenant entre eux, et la sépara- tion ou le divorce pourra facilement se produire, si toutefoisla puis- sance civile entre dans la voie que semble lui indiquer nécessaire- ment le bien-être du pays. 3 Et si je me rapproche davantage du cœur de la question, je puis dire que je crois voir dans les avances qu'on nous fait aujourd’hui un caractère moins humain. Elles s’éloignent de l'esprit marchand, ou si je dois adoucir mes termes, on ne donne pas aux conditions autant d'importance qu’autrefois. D'un côté,des promesses libérales à l'égard de ses enfants opprimés dans ce pays ne peuvent plus être une tenta- tion pour l'Église romaine de sacrifier une partie de sa dignité; de l'autre, l'Église d'Angleterre n’est plus dans les angoisses qui pour- raient obliger ses membres à chercher par l'union religieuse une alliance étrangère contre &es ennemis domestiques. Les partisans de l'unité désirent pour l’Église anglicane un profit purement spirituel, et au-dessus de tout l'unité elle-mème avec toutes les consolations qui en découlent: c'est pourquoi il y aura, j'en suis convaincu, dans ka recherche de l'unité, un empressement et un zèle bien supérieurs à tout ce que nous avons vu jusqu'ici. ‘

En outre, la forme même dans laquelle le désir d’union se ma-

nifeste peut servir de garantie contre les vieilles entraves, car elle est empreinte de l'esprit d'humilitéetde la disposition à avouer ses torts. Ces amis de la paix ne demandent pas qu'on traite avec eux comme avec des égaux. lis ont conscience de leur malheureuse posi- tion. Ils avouent leur espoir de reconquérir par l'union les grands biens qu'ils ont perdus. Ils sont convaincus que la séparation les montre sous un jour défectueux et que la réunion avec le Saint-Siège les transformera et fortifiera leur constitution énervée et maladive !.

: Voir Ja lettre bien connue adressée à l'Univers. 212 REVUE ANGLO-ROMAINE

De tels hommes doivent être prêts à sacrifier tout à fait leurs senli- ments personnels autant qu’il sera nécessaire pour la réalisation de leur saintprojet. Mais je m’arrèête et je ne veux pas publier des preuves; ce pourrait être prématuré. 8. Votre Seigneurie conviendra avec moi que le plan proposé dans le remarquable Tract 90, admis par M. Ward, M. Oakley et même par le D" Pusey, est encore plus encourageant. Je veux parler de la méthode d'établir l'accord entre leurs propres doctrines et la nôtre par des explications. Un prètre étranger nous a signalé un document de la plus grande importance et bien digne de notre attention. C'estla réponse de Bossuet au Pape, écrite pour donner un renseignement sur le mode de réconcilier les adhérents de la confession d'Augs- bourg avec le Saint-Siège. Le savant évèque observe que l’on doit profiter de ce que, grâce à la Providence, il reste dans cette confession tant de vérité catholique. D'après lui, il ne faut demander aucune réfractation, mais seulement une explication conforme aux doctrines catholiques. Or, pour suivre: cette méthode, on a déjà préparé le chemin en démontrant qu'on peut expliquer les Articles les plus difficiles de manière à faire dis- paraître tout sens contraire aux décrets du Concile de Trente. La même méthode servira pour d'autres questions et l’on pourra ainsi épargner aux individus de grands troubles et à l'Église beaucoup de difficultés. VII. — Dans cette esquisse, je ne ferai pas allusion aux difficultés qu’on pourra ou plutôt qu’on devra rencontrer dans la réalisation de ce grand dessein, si je ne craignais en les passant sous silence de me faire traiter par beaucoup de personnes d’illuminé ou d'enthou- siaste. On croirait que je-veux fermer les yeux sur le côlé pratique. Il se présentera, c’est absolument certain, je le reconnais, de grands obstacles au progrès de cette œuvre si sainte. L'ennemi du bien ne voudra pas laisser finir la désunion et la dissension sans faire des efforts réitérés pour y mettre obstacle. Nos propres défauts et nos ardentes passions enlraveront souvent nos efforts. La considération inopportune d'intérêts plus terrestres se présentera certainement. Des personnes aux vues moins pures et moins élevées s'engage- ront dans le mouvement. Le monde, qui toujours s’empresse de ternir les desseins nobles et religieux avec sa froideur et son indifférence, avec ses sarcasmes et ses dédains, avec ses mauvaises maximes, son faux libéralisme, sa peur de nouvelles chaines et sa haine pour les vertus austères, ce monde s'emparera d’un parti puissant et d'une armée ennemie. Il y aura, en outre, des entraves plus sérieuses, des scrupules sin- cères à l'égard de quelques pratiques, des hésitations à renoncer à LETTRE SUR L'UNITÉ CATIIOLIQUE 213

certaines formules, des questions compliquées sur des détails hié- rarchiques, sur les ordres; sur la discipline cléricale. Il y en aura beaucoup d’auires; inutile de les faire surgir par avance, elles ne se présenteront que trop tôt. Ceci suffira pour montrer que je ne regarde pas l'avenir avec des yeux d’enthousiaste. Le chemin est plein d’ennuis et de fatigues. La terre promise se trouve de l’autre côté du désert. Dans le désert nous rencontrerons de durs rochers et des plaines de sable, également difficiles à traverser pour des causes différentes. 1l faudra de l'énergie pour les uns, une persévérance isfatigable pour les autres. Hl y aura des serpents enflammés et des séducteurs qui tendront des pièges. Il y aura des prophètes de mal- heur et des géants guerriers. Il y aura de vastes solitudes sans eau, des sources amères, des découragements, des murmures et des infi- délités. Les tables seront plus d’une fois jetées à terre et brisées, puis écrites de nouveau. Enfin on pourra mourir sur le Nébo, tout en regardant avec de tendres regrets la terre où surabondent le lait et le miel, sans espoir d'y entrer. Grâce à Dieu, ni la manne ne nous manquera, ni l’espérance, ni la confiance dans le Seigneur d'Israël. Nous travaillerons et nous suc- <omberons avec nos frères. Nous combattrons et nous prierons avec l'Église de Dieu, et en toute tranquillité nous laisserons à ses mains bienheureuses de donner le résultat et la récompense. Notre voie ne peut être ni plus difficile ni plus décourageante que celle des apôtres. Elle ne peut être plus épineuse que celle de Notre- Seigneur. « Le disciple n’est pas au-dessus du Maître. » Le retour de notre nation à l'unité catholique par le moyen de l’É- glise établie mettrait fin aux sectes dissidentes et aux querellesintes- tines. Je n’ai aucun doute à ce sujet. La population subirait deux in- fluences tendant à l'amélioration des mœurs : àla campagne par les œuvres de paroisse, dans les grandes villes et les régions industrielles par des communautés religieuses. On a récemment appris que la popu- lation des campagnes est toute prête à recevoir sans colère ou même avec plaisir les idées catholiques qui partent d'Oxford. Elle est même mieux disposée quand ces idées lui viennent par la voie régulière des instructions paroissiales. Qu'on ajoute à cela la splendeur et la ma- jesté de la liturgie catholique, la variété de ses sublimes offices, les solennités si touchantes de chaque saison sainte, les nombreuses ins- titutions de charité, toutes ces humbles pratiques de piété qui Sanclifient la vie domestique, et les sectes dissidentes seront brisées par l'activité silencieuse de cet attrait universel qui réunira les fragments épars autour d’un principe tout-puissant. Et puis, si l'on envoie des hommes au visage mortifié et paisible, des hommes <eints de la corde de saint François, ou marqués sur la poitrine du Seau de la passion du Christ, comme au visage des stigmates de sa 214 REVUE ANGLO-ROMAINE

mortificalion, tels les disciples de Paul de la Croix, dont l'habit ne soulève pas de comparaison avec celui des pauvres qui les entourent, ni par sa richesse, ni par une pauvreté affectée; que ces hommes en vêtements à la fois majestueux et grossiers, la tête et les pieds nus, ayant en main le signe de la Rédemption, prêéchent le jugement, la mort, les peines éternelles, la pénitence, la justice et la charité: alors des milliers de chrétiens les entendront avec une crainte respec- tueuse, et nous verrons des amendements merveilleux, nous verrons renaître une foi plus sincère, une vie plus morale et enfin l'intel- ligence se convertir par la conversion du cœur.

Je finis en priant Votre Seigneurie d’excuser, et la longueur de cette lettre, et l'état imparfait des idées que j'ai développées. Il estune chose en laquelle, j'espère, personne ne refusera de se joindre à moi, quand même on serait bien peu dans mes vues : c’est la prière quotidienne et fervente auprès du Dieu de la paix, afin qu'il dirige nos cœurs et nos actes vers l’accomplissement de ce but si noble. Intéres- sons toute l’Église à cette œuvre. Le gage le plus sûr que nous puis- sions avoir de la faveur et de la bénédiction de Dieu, c'est qu'il ins- pire à son Épouse l'envie de lui adresser ses vœux. Il étendra le sceptre d'or sur elle lorsqu'elle se mettra à prier « pour savie et pour son peuple ! ».

Je suis toujours, mon cher Lord, avec les sentiments d’estime les plus sincères,

                                               fôtre dans le Christ,


                                      NicoLas, évêque de Melipotamus.



    Collège Sainte-Marie, fête de S. Matthieu, 1841.

1 Est. v, 2 : Dona mihi animam mean pro qua rogo ct populum meum, pro quo obsecro (vi, 3). LE SAINT-SIÈGE ET LA RUSSIE A PROPOS D'UN LIVRE RÉCENT

Depuis que les Archives du Vatican ont élé ouvertes au public des érudits, le R. P. Pierling, de la Compagnie de Jésus, a fait paraître une série d'études sur les épisodes principaux des relations qui ont existé entre la Russie et le Saint-Siège. Naturellement de tels travaux ne pouvaient suivre l'ordre chro- nologique : ils étaient subordonnés aux découvertes qui s'accomplis- saient, lesquelles subissent la loi de l'imprévu. Aujourd'hui le savant religieux présente un travail fort important composé de ces diverses monographies. Bien des indications nouvelles ont été aussi rassem- blées. Une refonte générale a été faite pour « réunir en un seul tableau les traits épars de divers côtés! ». Quand on parle des relations de la Russie avec le Saint-Siège, on semble, au premier abord, forcer la signification des mots. Ces deux puissances, plus éloignées l'une de l'autre par le contraste des mœurs et des doctrines que par l'étendue géographique, se sont-elles rencontrées autrement que dans des circonstances fortuites? L'œuvre du R. P. Pierling fournit une réponse affirmative et péremptoire. Si le problème a pu se poser et pendant longtemps, c'est par suite du défaut de connaissances suffisantes. En réalité, les documents abon- dent. Il y à là une collection de faits digne d'occuper les chercheurs, les théologiens et les hommes politiques. En une période relative- ment restreinte, on a groupé des matériaux nombreux et d'un grand prix. L’éminent auteur a sa part personnelle dans cette récolle, qui est le fruit de la sagacité autant que de ia persévérance. À certains passages où il enregistre les résultats obtenus par les investigations répétées, on sent la noble joie qui trahit la modestie du vrai savaït. l'a exploré les bibliothèques d'Italie, d'Angleterre et de France. Il à correspondu, pour ainsi dire continuellement, avec les archivistes d'Allemagne, d'Espagne, de Danemark et de Suède. Doué, comme tous les Slaves, d’une aptitude supérieure pour les langues, il pos- sède l'avantage immense de pouvoir vérifier les documents dans leur texle original, Les vieux mémoires russes, inabordables pour la

1 La Russie et le Saint-Siège. Études diplomatiques, par le R.-P. Preruino. S. 3, Tome L. Paris, Librairie Plon. 216 REVUE ANGLO-ROMAINE

plupart des écrivains, lui sont familiers comme les pièces rédigées dans le latin de la chancellerie vaticane, et il manie le style français avec une élégance et une pureté parfaites; très habile à composer des narrations pleines de mouvement et de couleur, des portraits d'un reliefsaisissant. L'introduction ‘indique les jalons qui permettent de se frayer une route à travers les espaces déserts ou les carrefours encombrés. Elle résume les traditions et les données historiques qui remontent jus- qu'au baptème du grand Kniaz Vladimir, « le Clovis des Russes ». Une observation capitale est mise tout de suite en lumière : c'est qu'il n’y à pas de date précise ni de fait important qui signale la séparation d'avec Rome. Celle lacune n’a rien qui doive étonner, car la rupture « s'est faite implicitement, sans secousse, sans motif appa- « rent, en vertu de la soumission hiérarchique au patriarche de « Constantinople. Lorsque celui-ci rompit totalement avec Rome, « tous les fidèles de son ressort furent censés l'avoir suivi ». À par- tir du déplorable événement de 1054, on n'aperçoit plus que de loin en loin, pendant longtemps, certaines relations individuelles très passagères. Pourtant les Papes n'ont jamais pris leur parti de cette scisson; el même, aussitôt qu'elle s’est consommée, s'éveille à Rome le projet de la revanche pacificatrice. Il ne sera jamais abandonné. Maintes fois les Souverains Pontifes prendront l'initiative, et les échecs répé- tés feront de la perséverance un impérieux devoir. Les petiles cir- constances fournies par les combinaisons personnelles des Tsars seront utilisées, comme les grandes occasions où se trouve en cause le salut de la chrétienté menacée par l'Islam. La croisade est pour longtemps à l’ordre du jour : c'est le moyen d'action préféré. Réunir les esprits en réalisant politiquement la solidarité des peuples contre l'ennemi commun, les deux objectifs sont inséparables. Avec le concile de Florence s'ouvre une période qui semble devoir se terminer par le succès décisif. Ainsi que le dit le R. P. Pierling, l’histoire de cette assemblée est encore à faire. On connaït bien cependant et en détail le rôle joué alors par l'évèque Isidore, métro- polite de Kiew. On possède le récit des démarches auxquelles il dut se soumettre pour obtenir de Vasili IE la liberté de répondre à l'appel du Pape. Tous les incidents du voyage sont enregistrés. À Florence, Isidore se montre l’homme des entretiens familiers plutôt que des « grandes luttes oratoires », bien qu’il eût un esprit cultivé. H est résolument partisan de l’union et presse les autres évêques grecs qui cherchent souvent à se dérober. Les espérances suscitées par les travaux du concile sont bientôt démenties; mais Isidore est demeuré fidèle et, rentré à Moscou, s’attire la disgrâce complète de Vasili et subit la prison. C'est près du Saint-Siège que, devenu cardinal, lié LE SAINT-SIÈGE ET LA RUSSIE 9247

avec Bessarion, il termine sa vie laborieuse après avoir assisté à la chute de Constantinople et lutté jusqu’au bout. Nous avons dans le livre la Russia et le Saint-Siège tous les détails de cette physionomie intéressante. Puis Rome est témoin d'un événement bien inattendu : le mariage, par procuration, d'Iven III avec Zoé Paléologue, nièce de Dragasès, réfugiée dans la Ville éternelle. C’est un aventurier italien, Gian- Batista della Volpe, fixé à Moscou, qui vient, pour cette circonstance, remplir les fonctions d'ambassadeur. C'est le moment même où le Pape Sixte IV signe, avec Naples et Venise, une ligue contre les Turcs. Le représentant d'fvan a prodigué les raisons d’espérer le concours de la Moscovie pour l’entreprise militaire; la jeune prin- cesse a lémoigné un vif désir de travailler à la réunion des Églises. Toute une cour, composée de Grecs et d’Italiens, sans compter les envoyés russes, a été formée pour accompagner la nouvelle épousée jusqu'à Moscou. Le livre nous met sous les yeux, entre autres incidents, ceux qui se produisirent lorsque Bonumbre, évêque d'Accia, représentant du Souverain Pontife, voulut arborer la croix latine devant ie métropolite de la capitale. Bonumbre obtint gain de cause sur ce point. Mais des projets de croisade et d'union re- ligieuse rien ne resta. La princesse Zoé, qui avait pris le nom de Sophie, parait avoir oublié toutes les promesses faites par elle spon- tanément, à l'heure où la protection du Pape était sa seule ressource. Un chapitre très pittoresque, intitulé : la Renaissance à Moscou, retrace le mouvement provoqué par l'arrivée des Grecs et des Italiens qui avaient servi d’escorte à Zoé Paléologue. Un assez grand nombre de leurs compatriotes vinrent les rejoindre et ouvrirent la Moscovie aux influences qui se développaient en Europe. Ivan IH comprenait la nécessité de se mettre en contact suivi avec les nations d’Occi- dent. Le R. P. Pierling le considère comme le « vrai fondateur de la diplomatie moscovite ». À plusieurs reprises, quelqu'un de ces aliens vint à Rome faire des démarches intéressées, apportant des objets curieux et demandant des services. Ces services concernent souvent l’anlagonisme qui se perpétue entre la Russie et la Pologne. On voit aussi des aventuriers concevoir des combinaisons à la fois commerciales, politiques et religieuses. L'une d'elles à fatigué la perspicacité des érudits. Elle est l'œuvre d'un Allemand, nommé Hans Schlitte, qui avait reçu d'Ivan IV la mis- sion d'embaucher des savants et des artistes. Ce n’était qu’un agent subalterne. Il prit le titre d’ambassadeur, pénétra près de Charles- Quint auquel il en imposa et, chemin faisant, recueillant des rensei- gnements et des idées, imagina d'introduire le christianisme à Mos- cou. Îl inventa au jour le jour tout ce qui était nécessaire et il amena l'empereur à intervenir près du Pape Jules IIL Tout un ensemble de 218 REVUE ANGLO-ROMAINE

négociations s'organisa ainsi sur un thème qui n'avait aucune base sérieuse. Le R. P. Pierling a débrouillé cette intrigue, qui tient du roman.

D'autres pourparlers, vraiment diplomatiques ceux-là, furent enga- gés. Ils émanaient de l'initiative du Saint-Siège et se rapportaient à la réouverture du concile de Trente. Canobio s'efforça vainement de pénétrer jusqu’au Tsar Ivan IV. L'occasion était la lutte déplorable qui se poursuivait entre la Pologne et Moscou. Comme l'événement devait se produire plus d'une fois ensuite, le roi de Pologne suscita des difficultés insurmontables. Lors de la mission de Portico, c'était le Tsar qui témoignait des dispositions les plus décourageantes. Après. c'est de Vienne que surgissent les obstacles. Le R. P. Pierling relate les incidents curieux des démarches infructueuses tentées par Clenke. Plus tard, nous verrons la grande ambassade et le succès de Possevino, auxquels le savant jésuite a consacré plusieurs monogra- phies qui doivent entrer dans cet ouvrage. Le premier volume donne une idée complète de la situation crée entre la Russie et le Saint-Siège par une longue série d'événements. Il montre aussi que le désir de la réunion est toujours demeuré pré- sent à l'esprit des Papes.

                                            EUGÈNE TAVERNIER.

CHRONIQUE

La lettre du cardinal Wiseman à Lord Shrewsbury. — Nous publions en tête de ce numéro la reinarquable lettre que le cardinal Wiseman, alors qu'il était évêque de Mélipotamus, écrivit en 1841, à Lord Shrewsbury. Cette lettre, très difficile à trouver aujourd'hui en Angleterre, n'a jamais été publiée en France. Elle mérite bien cependant d'être connue à cause du grand esprit chré- fien qui l'anime et des belles pensées qu'elle développe. En ce mo- ment surtout, il nous a paru opportun de la faire connaître. On aimera, nous en sommes sûrs, entendre le célèbre cardinal ex- primer ses espérances pour l'avenir et constater que lui aussi croit à l'unioa. Chacun pourra recevoir de sa bouche des conseils autorisés et se pénétrer de son esprit si évangélique. Cette lettre, le lecteur voudra bien se ie rappeler, a été écrite il y a cinquante-cinq ans; depuis, bien des transformations se sont pro- duites dans l'Église d'Angleterre, et la description qu'il donne de l'état d'alors n'est plus toujours exacte aujourd'hui; ces inexactitudes relatives ne doivent pas troubler le lecteur et l'empêcher de conclure avec le cardinal: car toutes ‘es transformations ont été des perfection- nements. Si de l’état de l'Église anglicane de 1844 l'éninent écrivain tirait de puissants motifs d'espérer, à plus forte raison devons-nous espérer aujourd'hui. Il nous parait bon cependant de signaler quel- ques-unes de ces transformations. 1 — Wiseman parle {p. 200; de la disparition dans l'Église angli- cane des institutions monasliques et ascétiques. Cela n’est plus exact aujourd'hui. De nombreuses communautés religieuses pratiquant Îles vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance existent dans l'Eglise d'Angleterre el vont se développant. De même bien des prêtres an- glicans mènent une vie vraiment ascétique. IL. — L'influence du clergé s’est beaucoup développée. On pourrait citer, par exemple, son action heureuse dans plusieurs grèves et les réconciliations opérées dans des conflits entre patrons et ouvriers. Il. — Depuis 1841, les assemblées régulières des convocations ou conciles provinciaux n’ont pas été seulement autorisées légalement ; mais elles se sont tenues en fait dans les deux provinces de Cantor- bérv et d'York. Dernièrement, on a jugé nécessaire de bâtir à Londres la Cawrch House, une immense et belle construction, destinée à ces réunions. Les offrandes des fidèles ont fourni les sommes nécessaires, IV. — La situation dépendante de l'Église à l'égard de l'État, peut- être un peu exagérée, même pour cette époque, n a plus ce caractère dégradant. La conception de l'Église anglicane n'implique pas d'une façon nécessaire la servitude de l'autorilé ecclésiastique vis-à-vis du pouvoir civil. En Amérique, en Australie, etc., l'Eglise esl parfaite- ment libre. Et en Angleterre, bien que sa qualité de religion d'État lui crée une situation particulière, l'Église n’est plus dans la même dépendance qu'autrefois. Le procès de l'évêque de Lincoln et la con- duite de l'archevêque de Cantorbéry en cette affaire le prouvent. Tou- ‘220 REVUE ANGLO-ROMAINE

tefois bien peu d’anglicans se refuseront à reconnaître que le pou- voir civil intervient encore trop dans les affaires de l’Église. V. — Depuis 4844, un grand nombre d'’églises ont été bâties par la générosité des fidèles. La pratique de la confession et de la commu- nion fréquente s'est beaucoup développée. Des œuvres de zèle, de piété,ont été créées qui n'existaient pas alors. Des retraites sont pré- chées aux prêtres et aux laïques, des missions sont données dans les villes et les campagnes. En un mot la situation de l'Église d’Angle- terre a grandement changé. Si Wiseman espérait malgré tout et quand même, à plus forte raison devons-nous espérer,nous qui avons en face de nous une Église plus pure et mieux disposée.

Les ordinations anglicanes et les conversions indivi- duelles. — J'ai dit précédemment que la question de la validité des ordinations, comme elle a été traitée autrefois, n'avait eu que très peu d'influence sur l’ensemble des conversions individuelles. On peut bien se demander maintenant quel sera, au même point de vue, l'effet d'une décision rendue par le Saint-Siège à la suite des travaux de la commission. Au risque d'étonner beaucoup, je crois pouvoir dire qu'une déci- sion, quelle qu'elle soit, amènera des conversions individuelles, et je vais essayer de le faire comprendre. Ceux d'entre nous qui ont été en rapport avec des anglicans dési- reux de devenir catholiques savent à quel point il faut respecter leurs anciennes convictions au sujet des sacrements. Pour un grand nombre, le premier obstacle à une conversion est la réitération cou- ditionnelle du baptème, beaucoup trop généralement usitée peut-être. Je me souviens avoir reçu à ce sujet, de la part d’une anglicane, yne véritable thèse appuyée sur le concile de Trente et sur nos théolo- giens pour me prouver que nous n'avions pas le droit de baptiser de nouveau ses coreligionnaires. Etlorsque des circonstances spéciales permettent au prêtre catholique de ne pas insister surce point, une grande difficulté est aplanie. Il en est de même pour les ordres. Des clergymen, en devenant catholiques, demandent à être prètres et se soumettent à une réordination. Mais on ignore généralement que beaucoup trouvent cette obligation bien dure et que certains, touten acceplant la nécessité de se convertir, refusent une nouvelle ordina- tion parce qu'ils sont convaincus de la réalité de leur sacerdoce. Ils se condamnent bien malgré eux à la vie laïque. Pour ceux-là, il est aisé de comprendre à quel point ils ont souffert en suivant l'inspi- ration de leur conscience. La même conviction se retrouve naturelle- ment chez les simples fidèles. Un prêtre vénérable qui venait de recevoir l'abjuration d'une anglicane crut pouvoir parler après la cérémonie de la nullité des ordres. Il fut bien suppris d'entendre la nouvelle catholique lui répondre avec émotion : « Mais, mon Père, je crois à la validité des Ordinations anglicanes, etaujourd'hui comme hier, je suis convaincue d'avoir recu Notre-Seiguceur quand j'ai com- munié. » Cet état d'esprit est général, on peut le dire, parmi les membres de la Haute-Église. Pour tous ceux-là un adoucissement dans la pratique de l'Église catholique enlèverait un obstacle et favoriserait les conversions. D'un autre côté, bien des âmes, inquiètes déjà, poussées par les différents motifs que j'ai indiqués, seraient ébranlées complètement CHRONIQUE 224

par une décision qui rejetterait les ordinations. Cet effet se produi- rait en particulier chez les anglicans moins instruits. Mais inutile d’insister là-dessus. Tous nos lecteurs comprennent qu'en ce moment la question n’est pas là. Ilne s’agit pas de savoir, à. la commission d'enquête, si telle décision produira des conversions individuelles ou n'en produira pas, si telle décision produira plus de conversions que telle autre. H ne s'agit pas, dans une affaire aussi grave, de calculs ou d'appré- ciations plus ou moins justes, plus ou moins opportunes. Il s'agit de vérilé et de justice. Nos frères séparés, quels que soient leurs torts, ont droit à être jugés selon les lois éternelles de la vérité et de la justice, et non pas d’après la contingence des appréciations humaines trop souvent faussées par les passions. Les catholiques sont assurés d'avance que la solution s’inspirere uniquement de ces principes. Lechoix des membres de la commission fait par le Saint-Père en donne déjà la certitude, même aux angli- cans. Si des conversions individuelles nous passons à l'union en corps, nous n'aurons plus ici un effet également bon, produit par n'importe quelle sentence. Il est évident pour tous qu’une condamnation détruirait les bons’ effets du rapprochement qui s'est accompli dans ces dernières années. Le fossé serait creusé plus profond que jamais entre les catholiques et les anglicans, et l'espérance d'une union ajournée à une époque lointaine, sinon entièrement détruite. On est convaincu de cette vérité quand on sait à quel point est vive chez eux la foi dans leurs sacrements, et combien ils aiment leur « chère vieille Église d'Angleterre ». Une décision de Rome danscesensn'influeraitcertaine- mentpas d’une manière appréciable sur la marche actuelle de l'Église anglicane. Certains disent le contraire, nous le savons, ce sont les mêmes qui soutenaient que les décrets du Concile du Vatican devaient tuer tout de suite l’anglicanisme. Ils oublient tout simplement que pour porter coup un projectile doit pénétrer. L'Église d'Angleterre se trouve en ce moment dans une période de vitalité puissante, c'est incontestable. Elle est malheureusement, dans son ensemble, envi- ronnée d'une ceinture de préjugés qui la rend très difficilement accessible. Cela aussi est certain. Dès lors, pourquoi assigner un objectif particulier à des mesures que la vérité ou la justice peuvent réclamer à cause de nécessités plus générales? Mieux vaut se con- soler auprès de Dieu des inéluctables exigences, et attendre des temps meilleurs. Mais croire que les seules conversions individuelles amèneront le retour de l'Angleterre à l’Église catholique nous est impossible. Met- tez-vous en face de l'Église établie, puissante par sa fortune et ses traditions, par les racines profondes qu’elle projetteau cœur du pays, par la foi et l'énergie d’un grand nombre de ses membres, par la science d’un clergé tout à fait uni au mouvement intellectuel de ia nation, etdemandez-vous si elle peut être absorbée parl'Église catho- lique anglaise. Le cardinai Manning, dans Les obstacles à la propagation de la religion catholique en Angleterre, évalue à 200.000 le nombre des catholiques anglais. Tous les autres catholiques habitant l'Angleterre sont Irlan- dais. La très grande majorité des prêtres catholiques résidant en Angleterre sont aussi Irlandais. Or, les Irlandais, malgré leur nombre, 222 REVUE ANGLO-ROMAINE

leur valeur personnelle et leur dévouement, ne constituent pas en réalité pour l'Église catholique en Angleterre une force, mais une faiblesse. Le clergé, dit le cardinal Manning, ne peut avoir une véri- table influence que s’ilestà la fois colle et civile. Il ne peut être cérile que s’il aime son pays, et en vérité on ne peut pas demander aux Irlan- dais d’aimer l'Angleterre. Il y a doncdans l'Église catholique anglaise, outre les difficultés inhérentes à l'œuvre, outre son petit nombre. des éléments adverses qui paralysent son action. Si déjà il est bien diffi- cile d’entrevoir la possibilité d'amener un à un tous les membres de l'Église d'Angleterre, de les détacher individuellement du corps auquel ils adhèrent par les mille racines de leur patriotisme et de leur foi, l'impossibilité apparaît manifeste quand, pour arriver à ce résultat, on ne dispose en grande parlie que d'éléments qui par leur nature tendent à produire l'effet contraire. — F. P.

Un discours de Lord Halifax. — Au dernier mecting de l'English Church Union, tenu le 20 avril, à Londres, Lord Ilalifax a prononcé le discours suivant : « 11 y a deux sujets sur lesquels j'aimerais dire quelques mots avant de commencer le travail que nous avons à faire se soir, car ce sont deux sujets d’un intérêt tout spécial pour les membres de cette union. Vous avez peut-être vu la semaine passée deux remarqua- bles lettres de Rome dans les colonnes du Daily Chronicle: on dit que l'auteur de ces lettres est l'éditeur du Daily Chronicle lui-même; quoi qu'il en soit, il est certain que celui qui en est l'auteur est extraordinairement bien informé et que ses communications ont une importance qui ne s'attache pas toujours aux correspondances de journaux, Il ÿ a cependant une sérieuse erreur de fait et une sérieuse inéprise quant aux motifs qui, je pense, doivent être corrigés; el. comme elles sont l’une et l'autre associées à mon nom, il semble n3- turel que je les fasse moi-même, bien qu'en agissant ainsi je désire me mettre à l'abri de toute supposition qui me ferait endosser les autres assertions contenues dans les lettres en question. « L'écrivain du Daily Chronicle, cn parlant de la commission qui, par le désir du Pape, siège actuellement à Rome pour étudier la question de la validité des ordres conférés par l'Église d'Angleterre, fait entendre que cette commission esl due à l’insistance passionnée avec laquelle Lord Halifax et une partie de l’Église d'Angleterre ont essayé d'obtenir une reconnaissance de la validité de ces ordres par le Saint-Siège: et les motifs qui nous sont imputés pour une telle action de notre part sont le désir d'obtenir d'une autorité telle que celle de Rome, une affirmation que le clergé anglais est en possession du pouvoir inhérent à tout sacerdoce valide, celui de consacrer la sainte Eucharislie et d'offrir le sacrifice eucharistique. Nous désirons certes la réunion de la chrétienté et nous la désirons avec ardeur et avec passion; nous la désirons parce que nous aimons Notre-Seigneur, imparfaitement sans doute, et que nous ne pouvons pas supporter le désbonneur fait à son saint nom par les divisions qui existent parmi ses disciples; nous la désirons avec ardeur parce que, bien que d'une inanière imparfaite, nous aimons nos frères et que nous voyons combien d'entre eux sont tenus éloignés de Celui qui est la seule source de vie et de lumière, comme aussi de bonheur, par nos malheu- reuses divisions; et parce que nous désirons cela, et parce que nous avous constaté que par suite de l'ignorance et des préjugés qui obseur- CHRONIQUE -;:. 223.

cissent la question, si Rome etl’Angleterre doivent jamais être réunies de nouveau, ce ne sera que si l'on trouve tout d’abord un terrain com- mun, terrain sur lequel, sans aucun compromis de principe, les deux parties peuvent être mises en contact, terrain qui nous esi fourni par la question des ordres sur laquelle l'Église d'Angleterre a tout à gagner à une franche et entière discussion : — pour toutes ces raisons, nous avons été heureux de voir que la question a été soulevée comme elle a élé en France et posée de nouveau à Rome. Qui peut douter que si, comme conséquence d'un entier exposé des faits, l'Église romaine allait reconnaître l'injustice dont elle a été coupable.etadmet- tre la validité de nos ordres, un grand obstacle à la réunion serait ainsi enlevé? C’est donc comme un moyen de parvenir à ce but, la réu- nion de la chrétienté, but que le Pape désire, et nullement parce que nous avions quelques doutes, même les plus légers,quant à la va- lidité des ordres de l'Église d'Angleterre ou parce que nous deman- dions une reconnaissance de la part de Rome à ajouter à notre com- plète assurance de leur parfaite validité, que la question des ordres anglicans vient d'être soulevée en France et qu'elle est actuellement en discussion à Rome. : « Combien complètementle Pape comprend la question, c'est ce qui est prouvé par l'ensemble de son action, par ce fait qu'il a lui-même fait entrer dans la commission l'abbé Duchesne, Mgr Gasparri, le Père Scannell et le Père de Augustinis, jésuite, professeur au Collège romain, théolagiens qu'il sait les uns et les autres favorables aux revendications de l'Église d'Angleterre. « À coup sùr, il ÿ en a d’autres, et parmi ceux-ci certains de nos compatriotes, qui désirent une condamnation et qui s’en réjouiraient, « Je désireraisque cela ne füt pas,à la fois pour eux et pour la cause de la paix et de la vérité; mais le tort qui serait fait, si leurs vœux se réalisaient, ne nous serait pas fail à nous ni à l'Église d'Angleterre. Notre amour pour notre Église et la confiance que nous avons en elle restera ce qu'il est el même ne fera qu'augmenter si une condamna- tion survient: mais le coup serait porté aux plus larges espérances que Léon XIH à tant fait pour encourager et dont la réalisation lui lient tant à cœur. Bien plus, cela sera pour Rome même une source de grandes difficuités pour le maintien général du sacerdoce chrétien et de tout le principe sacramentel.Qu’il plaise à Dieu,dont la souveraine Providence est apparue presque visiblement à ceux qui ont été mèlés aux événements de ces trois dernières années, qu’il lui plaise, dis-je, d'empêcher un si grand malheur et de guider les esprits de tous, soit à Rome, soit en Angleterre, et spécialement les esprits de ceux qui détiennent l'autorité, qu'il lui plaise de se «rvir de ces recherches qui sont faites actuellement, et cela dans l'intérêt de la paix et de la vérité, pour l'établissement de confé- reuces entre théologiens autorisés des deux parties, conférences propres à une discussion soigneuse, patiente et charitable de tous les malentendus et de toutes Les difficultés qui nous tiennent présen- tement-séparés! »

                              ,

Au sujet de ce discours et des commentaires qu’il a soulevés, dans divers journaux, et notamment, dans le Catholic Times, Lord Halifax vient d'adresser au directeur de ce dernier journal la lettre sui- vante : 224 REVUE ANGLO-ROMAINE

        « Monsieur,

« L’attitude du Catholic Times a été si sympathique à la cause de la

réunion et si amicale pour moi-même, que je ne veux pas laisser passer sans commentaires les appréciations que je viens seulement de lire dans son numéro du 24. « Je n'ai jamais eu aucun doute, pas même le moindre, quant à l validité des ordres conférés par l'Eglise anglicane. Si une conviction bien qu'absolue est encore susceptible de s'accroître, la mienne se serait accrue à la suite de l'étude soigneuse et sans parti pris que j'ai faite du procès de nos ordres tel qu'il à été établi sous diverses formes dans le Tablet. « Cen'est done pas pour eux et en leur faveur que j'eusse pu désirer voir faire une enquête. _ « C'est entièrement parce que je suis convaincu qu'une injuslice a été commise par Rome à l'égard de l'Église d'Angleterre en cette matière, et que celte injustice barre la route à toutes les chances de réunion, que j'ai insisté pour que la question fût reprise. Un char- gement d'attitude sur ce point de la part de Rome serait un pas vers la paix et ferait plus que toute autre chose — c'est là ma conviction — pour amener également un changement d'altitude de la part des membres de l'Église d'Angleterre, changement qui rendrait beau- coup plus possible que ne l'est actuellement, un examen loyal et sincère des revendications que l'Église romaine a le droit de faire valoir. « Je désire voir rendre justice à ces revendications, je souhaite ardemment de voir les droits du Saint-Siège reconnus; comment alors ne serais-je pas peiné et désappointé, alors que je travaille pour la paix, de voir les autres se préparer à la lutte? « Est-il si difficile d'admettre qu’un profond et dévoué attachement à l'Eglise d'Angleterre est compatible avec un ardent désir de voir renouer les anciens liens entre Rome et Cantorbéry, ou de se rendre compte qu'un refus de reconnaitre légitimes des revendications qui sont considérées comme admises par des théologiens aussi distingués que le savant jésuite, le Père de Augustinis, pour ne ciler qu'un nom, — est-il si difficile, dis-je, de se rendre compte que ce refus, au milieu de tous les regrets accompagnant forcément un tel coup porté aux espérances croissantes de paix, doit augmenter l'attache- ment et la fidélité, déjà nourris par ses membres, pour une Eglise qui, quelles que puissent être ses faiblesses, est intimement liée à tout ce qu'il y a de plus noble et de meilleur dans l’histoire de la na- tion anglaise ? « Le sentiment de l'injure fait croître l'attachement : c'est tout ce que j'ai dit et rien de plus.

       « Vôtre, etc.
                                                      « HALIFAX. »


          79, Eaton Square S. W.,
                               26 avril 1896.

DOCUMENTS

 CŒNA       DOMINICA ET SACRA                  COMMUNIO

                     QUÆ VULGO NOMINATUR



                           MISSA

                             (Suite)

Hixc verba præcedentia dicat Sucerdos, usque ad Alture conversus, sine ulla elevatione vel monstratione Sacramenti ad populum.

ÜNDE et humiles, Domine Pater cœælestis, nos tui servi, secundum institutionem dilecti Filii tui Salvatoris nostri Jesu Christi, hic coram divina Majestate tua, de his tuis sanctis donis ac datis memoriam celebramus et facimus quam nobis Filius tuus facere præcepit : memores ejusdem Lam beaiæ Passionis, necnon et ab inferis Resur- reclionis, sed et in cœlos gloriosæ Resurrectionis : tibi gratias ex animo agentes propter innumerabilia beneficia nobis inde collata; suppliciter rogantes paternam tuam bonitatem ut hoc nostrum laudis et gratiarum sacrificium benignus accipias; humiliime supplicantes ut propter Merita et Mortem Filii tui Jesu Christi, et per fidem in Sanguine ipsius et nos et universa Ecclesia tua peccatorum remis- sionem et cetera omnia Passionis ejus beneficia consequamur. Et hic, tibi, Domine, offerimus et exhibemus nosmetipsos, animas et corpora nostra, tibi hostiam rationabilem, sanctam, et viventem; supplices te rogantes ut quotquot hujus sacræ Communionis parti- cipes futuri sint pretiosissimum Corpus et Sanguinem Filii tui Jesu Cbristi digne accipiant, et omni benedictione cœlesti el gratia lua repleantur, et unum fiant corpus cum Filio tuo Jesu Christo, ut ipse in eis habitet; et ei in ipso. Et quamvis propter multiplicia peccata nostra non digni simus qui ullum sacrificium tibi offeramus, hanc tamen debitarm oblationem servitutis nostræ, quæsumus, accipias, et bas preces et supplicationes nostras jubeas perferri, per ministe- rtum sanctorum Angelorum tuorum, in sanctum Tabernaculum tuum in conspectu divinæ Majestatis tuæ; non æstimator meriti, sed veniæ largitor, per Christum Dominum nostrum; per quem, el eum quo, sit tibi Deo Patri Omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloris per omnia sæcula sæculorum. Amen. RENUS ANULO-ROMAINE. — Te I. — 45 226 REVUE ANGLO-ROMAINE

                               Oremus.

PRÆCEPTIS Christi Salvatoris nostri moniti et instituti, audemus dicere : Pater noster, qui es in cœælis, sanctificetur Nomen luum. Adveniat regnum tuum. Fiat voluntas tua, sicut in cœlo, et in terra Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Et dimitte uobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. El ne nos inducas in tentationem. . Resp. Sed libera nos a malo. Amen.

                         Tune dial Sacerdes,

Pax Domini sit semper vobiscum. Clerici. Et cum spiritu tuo.

                               Sacerdos.

AgGnus noster Paschalis Christus semel est pro nobis oblatus, cum peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum; Ipse enim verus est Agnus Dei qui toilit peccata mundi: itaque jucundam et sanctam solemnitatem cum Domino celebremus.

    Deinde Sacerdos, ud eos conrversus qui convenerunt ad Sacram
                        Communionem, dicat,

Vos quos vere et serio peccatorum vestrorum coram Deo Omnipo- tente pœnitet, qui erga proximos veram habetis charitatem, etnovan vitam instituere decrevistis, mandatis Dei obsequendo, et in sanctis viis ejus posthac ambulando; accedite, et hoc sanctum Sacramentum percipite ad vestram consolationem; humilem vestram confessionem facite Deo Omnipotenti, et sanctæ Ecclesiæ suæ hic in Nomine su congregatæ, reverenter genuflexi.

Deinde fiat hæc generalis Confessio in nomine eorum onnium qui sacran Communionem percipers velint, vel per unum ex ts, vel per unum & Ministris, vel per ipsum Sacerdotem, omnibus kumiliter genufleris.

OunipotEens Deus, Pater Domini Jesu Christi, Conditor omnium rerum, Judex omnium hominum: confitemur et deploramus multi- plicia peccata et delicta nostra, quæ, subinde, impie admisimus, cogitatione, verbo, et opere, contra divinam Majestatem tuam, pro- vocantes adversus nos justissimam iram et indignationem tuan. Serio nos pœænitet, et ex animo dolemus ob has prævaricationes nos- tras; quarum recordatio nobis acerba est, onus intolerabile. Miserere nostri, miserere nostri, Pater misericors; propter Filium tuum Jesum Christum Dominum nostrum, quod præteritum est nobis condona; et concede ut semper posthac tibi in novitate vitæ serviamus, ad honorem et gloriam Nominis tui; per Jesum Christum Dominum nos- trum.

    Deinde Sacerdos erigat se, et ad populum conversus, ila dicat :

OnNIPOTENS Deus, Pater noster cœlestis, qui pro magna miseri- CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 927

curdia sua omnibus ex animo pœnitentibus, ad se cum vera fide con- versis, peccalorum remissionem est pollicitus; Misereatur vestri; et dimittat vobis omnia peccata vestra; liberet vos ab omni malo; con- servelet confirmet in omni bono; et ad vitam perducat æternam; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

                Deinde Sacerdos prterea dicat,

AUDITE quam consolatoriis verbis omnes ad se veraciter conversos alloquitur Christus Salvator noster.

VENITE ad me, omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret, ut omnis qui credit in eum non pereat, sed habeat vitam æternam. Audite etiam quid dicat sanctus Paulus. Fidelis sermo, et omni acceptione dignus, quod Christus Jesus venit in hunc mundum peccatores salvos facere. Audite etiam quid dicat sanctus Johannes, Si quis peccaverit, advocatum habemus apud Patrem Jesum Chris- tum justum, et ipse est propitiatio pro peccatis nostris.

Deinde Sacerdos, ad Dei mensam conversus, genua flectat, et hanc sequen- tem dical orationem nomine eorum omnium qui communicare volunt :

Nox justitiæ nostræ, misericors Domine, sed multitudinis magna- rum miserationum tuarum fiducia, ad hanc Mensam tuam accedere audemus : Non sumus digni qui vel micas sub Mensa tua colligamus ; Tu autem idem ille es Dominus cui proprium est semper misereri : Tribuas igitur nobis, benigne Domine, Carnem dilecti Filii tui Jesu Christi ita manducare et Sanguinem ejus bibere in sacrosanclis hisce Mysteriis, ut nos perpetuo habitemus in eo, et ipse in nobis, ut cor- pora nostra immunda per Corpus ejus mundentur, et animæ per pre- tiosissimum ejus Sanguinem laventur. Amen.

Tum Sacerdos Communionem sub utraque specie ipse primus sumat, deinde eam alis Minsstris, si qui adsint, tradat, ut parati sint ad summum Ministrum adjuvandum, et postea populo. Et cum Sacrementum Corporis Christi tradit, unicuique hæec verba dicat :

Corpus Domini nostri Jesu Christi, quod pro te datum est, custo- dial corpus et animam tuam in vitam æternam.

El Minister Sacramentum Sanguinis tradens, el unicuique semel dans bibere, ei non amplius, dicat,

_Saxçuis Domini nostri Jesu Christi, quod pro te datum est, custo- diat corpus et animam tuam in vitam aternam.

Si Dinconus adeit, vel alius Sacerdos, cum Calice sequatur ; et, dum Sacer- dos Sacramentum Corporis ministrat, stcramentum Sanguinis ministre, (ut expedittus fiat) secundum formulam suprascriptam. 228 . REVUE ANGLO-ROMAINE

              Tempore Communtonts cantent Clerici,

Açnus Dei, qui tollis peccata mundi : Miserere nobis. Agnus Dei, qui tollis peccata mundi : Miserere nobis. Agnus Dei, qui tollis peccata mundi : Dona nobis pacem.

Eo tempore incipientes quum Sacerdos accipit sacram Communonen : Elfinitla Communione, cantent Clerici Post-Communionen.

Capitula Sacrie Scripturæ, e quibus unum, pro Post-Communions, qum vocant, singulis disbus dicatur aut cantetur past sacram Communienon.

S1 quis vult post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suam, et sequatur me. Matth. xvi. Qui sustinuerit in finem, hic salvus erit. Mar. xiii. Benedictus Dominus Deus Israel; quia visitavit et fecit redemp- tionem plebis suæ. Ideo serviamus illi omnibus diebus nostris, in sanctitate et justitia coram ipso accepti. Luc. i. Beati servi illi quos cum venerit Dominus invenerit vigilantes. Luc. xii. Vos estote parati, quia qus hora non putatis Filius hominis veniel. Luc. xii. Ille servus qui cognovit voluntatem Domini sui, et non præparavil, et non fecit secundum voluntatem ejus, vapulabit multis. Luc. xil. Venit hora, et nunc est, quando veri adoratores sdorabunt Patrem in spiritu et veritate. Joan. iv. Ecce sanus factus es; jam noli peccure, ne deterius bibi aliquid contingat. Joan. v. Si vos manseritis in serinone ineo, vere discipuli mei eritis; et cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos. Joan. viii. Dum lucem habetis, credite in lucem, ut filii lucis sitis. Joan. xii. Qui habet mandata mea, et servat ea, ille est qui diligit me. doan. xiv. Si quis diligit me, sermonem meum servabit; et Pater meus dili- get eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus. Joan. xiv. Si manseritis in me, et verba mea in vobis manserint, quodecumque volueritis petetis, et fiet vobis. Joan. xv. In hoc clarificatus est Pater meus, ut fructum plurimum afferalis, et efficiamini mei discipuli. Joan. xv. Hoc est præceptum meum, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos. Joan. xv. Si Deus pro nobis, quis contra nos ? Qui etiam proprio Filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illum. Ad Rom. viii. Quis accusabit adversus electos Dei? Deus qui justificat. Quis est qui condemnet? Ad Rom. viüi. Nox præcessit, dies autem appropinquavit. Abjiciamus .ergo opera tenebrarum, et induamur arma lucis. Ad Rom. xiii. Christus Jesus factus est nobis sapientia a Deo, et justitia, et sanc- CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 229

tificatio, et redemptio : ut (quemadmodum scriptum est) qui glo- riatur, in Domino glorietur. I ad Cor. i. Nescitis quia templum Dei estis, et Spiritus Dei habitat in vobis. Si quis autem templum Deï violaverit, disperdetillum Deus. I ad Cor. ji. Empti estis pretio magno. Glorificate Deum in corpore vestro, et in spiritu vestro, Dei enim sunt. I ad Cor. vi. Estote imitatores Dei, sicut filii charissimi; et ambulatein dilec- tione, sicut et Christus dilexit nos, et tradidit ‘semetipsum pro nobis sblationem et hastiam Deo in odorem suavitatis, Ad Ephes. v. Deinde Sacerdos Dea gratias agat, in nomins eorum omnium qui rommunicaverunt,; prius nulem divut, conversus ad populum,

Dominus vobiscum.

Quum sacra Communio infertis celebratur, vel in domibus private, lune Gloriain excelsis, Credo, Homilin, et Exhortatio que ioipit Vos, dilec- ssimi &c., omifts possunf. 239 REVUE ANGLO-ROMAINE ORATIONES, quarum una post Offertorium dicenda est his dicbus quibus nulla est Communio.

ADEesTo, Domine, supplicationibus nostris, et viam famulorum tuorum in salutis tuæ prosperitaie dispone : ut inter omnes viæ et vitæ hujus varietates, præsenti misericordiæ tuæ semper protegantur auxilio; per Christum Dominum nostrum. Amen.

DiriGERE et sanctificare et regere dignare, Domine Deus Omnipo- tens et æterne, quæsumus, corda et corpora nostra in lege tua, etin operibus mandatorum tuorum; ut hic etin æternum, te auxiliante, et corpore et anima sani et salva custodiamur; per Dominum et Salva- torem nostrum Jesum Christum. Amen.

PræsTA, quæsumus, Omnipotens Deus, ut verba quæ hodie auribus exterius accepimus, ita gratia tua cordibus nostris interius inseran- tur, ut in nobis bonæ vitæ fructum proferant, ad honorem et laudem Nominis tui; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

ACTIONES nostras, quæsumus, Domine, aspirando præveni, et adju- vando prosequere; ut cuncta nostra operatio a te semper incipiat et per te cæœpta finiatur, quatenus sanctum Nomen tuum glorificemus. et misericordia tua vitam æternam consequamur; per Jesum Chris- tum Dominum nostrum. Amen.

OxxtPoTEns Deus, totius sapientiæ fons, cui patet quod opus sit nobis anteaquam petamus, et nostra in petendo ignorantia; miserere, quæsumus, infirmitatum nostrarum; et quæ pro indignitate nostra pelere non audemus, et pro cæcitate nostra non possumus, tu nobis propitius concedere digneris, propter dignitatem Filii tui Jesu Christi Domini nostri. Amen.

OmNipoTeNs Deus, qui in Nomine Filii tui rogantium petitiones exaudire promisisti; aures tuas, quæsumus, nobis benignus inclina, qui jam preces et supplicationes nostras coram te fecimus; et con- cede et quæ secundum voluntatem tuam fideliter rogavimus, effica- citer consequamur, ad subsidium necessitatis nostræ et ad illustran- dam gloriam tuam; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen.

                          Pro pluvia.

Deus, Pater cælestis, qui per Filium tuum Jesum Christum uri- versis regnum tuum et justitiam ejus quærentibus omnia corporali vitæ necessaria promisisti; nobis, quæsumus, in hac nostra necessi- tate pluviam tribue congruentem; ut terræ fructus ad nostram con- solationem et honorem tuum percipiamus; per Jesum Christum Domi- num nostrum.

                      Pre aeris serenitate.

Donne Deus, qui olim, propter hominum peccata, mundum univer- sum, octo tantum hominibus exceptis, submersisti, et postea, pro bonitaie tua, pollicitus es eum non ilterum te ita deleturum; sup- CŒNA DOMINICA VULGO MISSA 934

plices te rogamus, ut quamvis propter iniquitatem nostram nimia ista pluvia vexari meriti simus, pœnitentibus tamen eam aeris tribuas serenitatem qua terræ fructus tempore opportuno percipiamus, et per pœnam illatam mores emendare, et propter tuam petitionis nostræ concessionem tibi grates reddere diseamus; per Jesum Christum Dominum nostrum.

Feris quartis et sertis Litanin Anglicè dicatur aut cantelur in omnibus locis, eam secundum formam ‘que Injunctionibus Regie Majestatis præ- scripta est; vel quæ aliter a Celsitudine sua præscripla sil vel fuerit. Et let nemo sit qui cum Sacerdote rommunicare velit, istis lamen diebus {post Lilaniam finitam) Sacerdos Albam simplicem induat, vel Superpel- liceum, cum Ceppa, et omnia divat ad Allare (quæ in celebranda Cœna Dominica sunt divenda) usque ad Offertorium inclusive : Et deinde addat unum vel plures ex Orationibus suprascriplis, prout opus sil, ad suum arbifrium. Deinde, ad populum conversus, dimittal eos usitata benedirtione. cundum eundem ordinem fiant omnia ceteris diebus, quandocunque popu- lus in ÆEcclesit ad orandum ronvenire soleat, nullus autem cum Sacer- dole communicare velit. diem, Neque in Capellis adjacentibus, nec in alio quocumque loco fiat cele- bratio Cenæ Dominic:e, nist adsint qui rum Sarerdote communicare velint. Et in ljusmodi Capellis adjacentibus, ubi moris non fuit ul populus panem sacrum solvat, vel pro rharitate sua provideant ul Commnnionis empensæ lolerentur, vel cl eam acripiendam ad Parochialem suam Eccle- siem conveniant. El auferatur omnis materia et occasio dissensionis, Panis in Communionem preeparalus eundem in modum el speciem per hoc universum Regnium fini; videlicel, sine fermento, et forma rotunde, sicul antea, sed sine ulla qua- rumque apecie impressionts, et aliquantule major et altior quam fuit antea, . quo convenienter in plures particules dividi possil : unusquisque wulem in duas ad minimum particulas, vel plures, ad arbitrium Ministri, divi- detur, el îte distribuatur. Nec minus in parte accipi quam in toto asts- ment homines, sed in unaquaque particula lotum Corpus Salvatoris noatri Jesu Christi. Îlem, Quia Pastores et Parochi intra hoc Regnum in Parochiüs suis, sump- Übus el impensis suis, Panis el Vini quod ad Sacram Communionem sufiriat perpetuo providebunt, {quandocungue Parochiani sui eam in spi- ritualem sum consolationem accipere velin) ideo Parochianis cujuscungue Parochie mandatum est, ad hujusmodi sumplus impensasque rependen- das, singulis Dominicis, tempore Offertori, justum valorem pretiumque Panis sacri offerre (cum omni pecunia celerisque qu:æ cum eo offerri soie- band in usum Pastorum Parochorumgue suorum, idque in eodem ordine #1 cursu quo dictum panein särrum providere el solvere solebant. Tlem, Ut receptio Sarramenti beati Corporis et Sanguinis Christi cum ejus Sacrumenti institulione et cum ronsuetudine Ecclesiie Primitivæ oplime rongruat: in Hcelesiix omnibus (athedralibus et Collegiatie alri etiam tommunirent cum Surerdôte qui ministrai, Et ut idem observetur passim 232 REVUE ANGLO-ROMAINE

el ubique per Regnum, unus aliqui ad minimum er ea familia in sin- qulis Parochis cui, in ordine viris su, secundum ordinationem supras- criplam, pro Communionis impensts offerre pertinet, vel aliquis alius quem ut eorum loco offerat providerint, sacram Communionem rum Sacer- dote accipiat : #4 quod convenientius fiert polest quum de lempore vicis auæ prius certiores fach sunt, ieoque se ad Sacramentum digne acripien- dum disponere possunt. Etuna cum illo vei sllis qui tfa pro tmpensis Com- munionis offerunt, celeri etiam qui tune ad id sunt pie præparati Commu- monem accipiant. Ita Minister, nonnullos semper habens qui seœum communicent, tanta eË tam sancta Mysterin possit celebrare cum Suffragiis omnibus el ordine debilo hutc officié assignatis. Et Sacerdos in ferisa celsbratione Communionis abstineat nisi quosdam habeat qui cum eo com- muntcent. Præterea, Vir omnis et fœmina Divinum Servitium audire tonetur, ei adesse, in Ecclesia Parochiali ubi habitant, ibique orationi devotsæ vel lacitæ meditationt pie intendere; (bi Debita sua persolvere, semel aû minimum in anno communicare, el thi cetera Sacramenta Ritusque qui in hoc Labro ordinantur participare. Quicumque vera voluntarie, nullam jus- tam ob causam, Etcclesiam Parochialem dereliquerit, vel in aa impie gesserit, re perspecla, secundum Regni Leges Ecclesiasticas ercommuni- cetur, vel aliam patiatur penam, prout J'udies Erclesinstico visum fueril, ad ejus arbitrium. Ltem, Quanguam legatur apud antiquos srriptores populum multis adhine annis Sacramentum Corporis Christidemantbus Sacerdotis suas in manus accipere solilum fuisse, ner aliter a Christo ordinatum sit; tamen, quia di sæpe abstulerunt, secum definuerunt, variisque modis ad supersiitionom el impielatem detorserunt : ne poslen hujusmodi quidquam suscipiatur, et ut per universum Regnum sadem prævaleat consueludo, convenire videtur populum vulge Sacramentum Corporis Christ in ore suo accipere, de manu Sacerdotis. THE

                            SUPPER OF THE LORD,


                                        AND



                      THE HOLY COMMUNION,


                            COMMONLY CALLED THE         MASS

#71.€ SO many as intend' to be partukers of the holy Communion, shall signify their names to the Curate * over night, or else în Îhe morning, afore the beginning of Matins , or immediately after.

      Second Edw. VI. 1562.                              James I. 1804.
                  THE
                                              THE ORDER FOR THE ADMINISTRA-

ORDER FOR THE ADMINISTRATION TION OF THE LORD'S SUPPER, OR HOLY COMMUNION. OF THE

         LORD'S SUPPER,                       & 71. SO many as intend, etc.
                                              $ 72, And if any of those, etc.
                     OR                       K 53. The same order shall, ete.
        HOLY COMMUNION.
                                                     {Same throughont as 1549.1
+

$ 4. SO many as intend, etc. ÿ 2, And if any of those, etc. $ 4. À The same order shall, 'ete, mi

       [Same throughout as 1K49.]                    Scotch Liturgy. 1497.

                                              THE ORDER OF THE ADMINISTRATION
           Elizabeth, 1559.                       OF THE LORD'S SUPPER, OR BOLY

THE ORDER FOR THE ADMINISTRA- - COMMUNION. TION OF THE LORD'S SUPPER, OR HOLY COMMUXION. [Same as 1552.] {Same as 1552.] 571, SO many as intend, etc. $ 71. SO many as intend, etc. $ 72, And if any of those, etc. $ 72. And if any of those, etc, à 73, The same order shall, ete, $ 73. The same order shall, ete. [Same throughout as 1549.] {Same throughout as 1549.]

1 In one ed., 1559 ‘* as do intend, *             5 In ed, 1552, and ail editions after,
? In Scotch ed., 4631, ‘ the Presbyter        “ Morning Prayer ” instead of‘ Ma-

or Curate. ”, tins; ”’in one ed., 4549, ‘ofthe Matins.” 934 REVUE ANGLO-ROMAINE $ 72. € And if any of those be an oyen and notcrious evil liver, so that the congregation * by him is offended, or have done any wrong to his neigk- bours by word or deed : The Curale ® shall ® cull him, and advertise him, ên any wise not lo * presume to * he Lord's table, until he have openly declared himself to have truly repented, and amendead his former naughly hfe : that the congregation * may thereby be satisfied, which afore ivers offended : and that the have recompensed the parties, whom ke hath done wrong unto, or at the least be * in full purpose 80 lo do, as soon as he convenientiy may.

S 73. € The same order shall the Curate usa, tifh those befivirt orhom ke perceïveth malice and hatred to reign, not suffering them to be partakers of the Lords table, until he knor them to be reconciled. And if one of the parties so at wrariance be content toforgirefrom the bottom of his heart ail that the oiher halh trespassed against him, and lo make umends for fhat he himself hath offended : and fhe other party will not be persuadai le a godly unity, but remain atill in his frowardness and malire : The Minister ‘1 in that case ought to admit the penitent person to the holy C'om- munion, and not him that is obstinate.

     Charles II. 1882.                 _     hatk openly declared      himself te
                                       ‘hate truly repented and amended
         TRE ORDER                     ‘his former naughty life, that the
                                             Congregation may thereby be salis-
          FOR THE                            fied, which before were offended:

Administration of the Lord’s and that he hath rerompensed he Supper parties to whom he hath done wrong. ° or at least declare himself to be in | OR full purpose so to do, as soon as he HOLY COMMUNION conveniently may. 8 71. € So many as intend to be parta- | S 73. € The same order shall the Cu- takers of the holy Communion shall ‘rate use, ete. signify their names lo the Curate . et least some time the day before. 1 [Same as 1549. with following addition.

$ 724 And if any of those be an | Provided that every Minister so repel- open and notorious evil liver, or j ling any, as is specified in this, or have done any wrong to his neigh- the nezt precedénd Paragraph of bours by word or deed, so that the this Rubrick, shall be obliged to gire Congregation be thereby offended ; an aceount of the same to the Ordi- the Curate having knowledge there- * nury within fourteen days after at of, shall call him and advertise him, the farthest, And the Ordinary shuil that in any wise he presume not ta proced against the offending person come to the Lords table, until he according to the Canon,

& In Scotch ed., 1637, ‘* tho Church.” come to. ” 8 In Scotch ed., 1637, “ the Presby- 9 in Scotch ed., 16317, ‘ the Church.” ter et Curate. ” 10 In Scotch ed., 1647, ‘ was. ”, 8 In eds. 1552, and afterwards, ‘* ha- 11 In eds. 1552, and afterwards, ‘‘ at sing knowledge thsreof shall. *. the least declare himself to be, ” 7 In three eds., 4549, ‘ to ‘ omitieu, 12 In Scotch ed., 1637, the Presbyter $ In Scotch ed., 1687, presume tv or Minister, ” THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 235

  1. à Upon the day,'and at the time appoirted for the ministration of the holy Commuuion, the Priest that shall execute the [holy] ministry, shall put upon him the vesture appointed for thai ministration, that is to say : a white Albe plain with a vestment or Cope. And iwvhere there be many Priesls or Deacons, there 30 many shall be ready to help the Priest, in the ministration, as shall be requisite : And shall have upon them likewvise the vestures appointed for Éheir ministry, that is lo say, Albes with tunicles. Then shall {hs Clerks sing in English for fe office, or Introit, (as they cal it, a Psalm appointedfor 1hat day.

  2. Tha priest standing humbly afore the midat of the Altar, shall say the Lord's prayer, with this Collect.

AuGuTy God, unto whom all hearts be open, and ‘* all desires known, and from whom no secrets are hid : cleanse the thoughts of our hearts, by the inspiration of thy Holy Spirit : tha we may per- fectly love thee, and worthily maguify thy holy name : through Christ oùr Lord. Amen.

    Second Edw. VI. 1552.                                    [Here follows
    .                   .                      8 128. Then the Priest or the Bishop, etc.

In this and subsequent editions, the See p. 258.] rübric$ 74 beginning ‘* Upon the day " ———— is omilled, and in its stead is ordered Elizabeth, 1559.

the following.] 88 75, 76, Then Table having, etc. #75, € The Table having at the Com- [Same as 4552.] munion time a fairwhite linen cloth ALMIGHTY God, unto whom. ete. on it, shall stand in the body of [Same as 1549.] the Church, orin the chancel, where {Here follows ÿ 79. See p. 211. FA LUS PAF il prayer !\ $& 78. Then shall be said or sung. 8 76. And the Priest GLony be to God on high, ete. standing at the north side 5 ofthe [Same as 1549, to]. Table, shall say the Lord’s prayer, ! God the Father. Amen. with this Collect. following. (Here follows $ 128. See p. 259.]

ALMIGHTY God, unto whom, ete, James I. 1804. _ISame as 1549 to.] 4 , | Le 75, 76. The Table having, ete. ..... Christ our Lord. Amen. nn [Same as 1352. {Here follows ALMIGHTY God, unto whom, etc. 51%. Then shall the Priest rehearse. [Same as 1549. Sec p. 216.] {Here follows 4 19. See p. 216. S 78. Then shall be said or sung 16, $ 78. Then shall be said or sung, GLony be to God on high : And GLoRy be to God on high, rte. in earth peace, etc. {Same as 1549, tol [Same as 1549, to] God the Father. Amen. God the Father. Amen. IHere follows $ 128. See p. 259.]

#3 [n ed. 4582, and afterwards, ‘‘ and ” printed as ons word. emilled. 16 This hymn, in eds. 1552 and subse- l In ed. 1663, where morning and quent editions, is inserted towards the evening prayer are. ” end of the Order, after ÿ127. 1? In one ed., 4559, ‘ northside ?” 236 REVUE ANGLO-ROMAINE

8 77. Them shall he say a Psalm appointed for the introit : s0hih Pau ended, the Priest shall say, or else the Clerks hall sing, iii, Lord have mercy upon us. ïii. Christ have mercy upon us. iii. Lord have mercy upon us.

     8 78. Them the Priest standing at Gods board shall bein,

Glory be to God on high. The Clerks *’. And in earth peace, good wiil towards men. We praise thee, we bless thee, we worship thee, we giorify thee, we give thanks to thee for thy great glory, O Lord GOD, heaveniy King, God the Father Almighty. [0] Lord the only begotten Son Jesu Christ, O Lord GOD, Lamb of GOD, Son of the Father, that takest away the sins of the world, have mercy upon us ‘# : thou that takest away the sins of the world, receive our prayer. Thou that sittest at the right hand of God the Father, have mere; upon us : For thou only art holy, thou only art the Lord. Thou only, 0 Christ, with the Holy Ghost, are most high in the glory of God the glory of God the Father. Amen.

    $ 79. Them lhe priest shall turn him to fhe people and say,

The Lord be with you. The Answer, And with thy spirit. [The] Priest. Let us pray.

  Sootoh Liturgy, 1887.                              [Same as 1549, to]

8 75. The holy Table having lat the God the Father. Amen. Communion-time a carpet and a {Here follows 8 128. See p. 258.] fair white linen cloth upon it, with other decent furniture, meet for the Clarles II, 18682. high mysteries there Lo be celebra- & 75, 76. € The Table at the Commu- ted, shall stand at the uppermost nion-time having a fair, ete., with part of the chancel, or churck, 8 76, (Same as 4552, to] where the Presbyter standing at the the Collect following, the peopit north side or end thereof, shall say imeeling. the Lord’s prayer, with this collert Ocr Father which art, etc. following for due preparation. . [printed entire to] Où Father which art, etc. deliver us from evil, Amen. [printed entire to] The Collet. ... deliver us from evil Amen. ALMIGHTY God, unto whom. rte. ALMIGHTY God, unto whom, ete, [$ame as 1549.] [Same as 1549] [Hore follows 8 79. See p. 217.| (Here follows $ 79.] 8 78. Then shall be said or sung. S 78. Then shall be said or sung, Glo- GLonY be to God on high. ria in Excelsis, in Enylishas foilo- [Same as 1549, to] weth. God the Father. Amen. GLORY be to God on high, etc. [Here follows à 128. See p. 259.

17 In ed. 1552, and afterwards, “ The words ‘ Thou that takest away the sins Clerks omilted. of the world, have mercy upon us,” 18 In eds. 1552, and afterwards, the are here inserted. THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 237

 Second Edw. VI. 1552.                                     Minister.

$ 79, € Then shall the Priest rehearse Thou shalt not take the name of dishnctly all the Ten Commund- the Lord thy God in vain : for the ments : and the people Aneeling, Lord will not hold him uiltless shell after every Commandment ask that taketh his name in vain. God's mercy for their tr ession People. of the same, aftér this sort 19. Lord, have mercy upon us. and Minister 3, incline our, etc. God spake these words, and said : Minister. lamthe Lord thy God. Thou shalt bave none other Gods but me. Remember that thou keep boly the Sabbath * day 1, VI. days 1 People. shalt thou labour and do all that Lord, have mercy upon us, and thou hast to do 12, but the seventh t# ineline our hearts to keep this law, day is the sabbath of the Lord thy Minister. God. In it thou shalt do no manner of work ‘4, thou and thy son and thy Thou shalt not make to thyself 3 daughter, thy man servant, and thy any graven image, northe likeuess 23 maid-servant, thy cattle, and the of ane thing that ix in heaven above, stranger 1 that is within thy gates : or in 8 the earth beneath, or ‘ inthe for in six days the Lord made hea- water under tbe earth. Thou shalt ven and earth, the sea, and all that ot ? bow down 3 to them, nor wor- in them is, and rested the seventh sbip 4 them : for 1 the Lord thy God day Wherefore the Lord blessed am a jealous God, and visit the sin the seventh day ‘8, and hallowed it. of the fathers upon the children, unto the third and fourth genera- Pecpte. tion of them that hate me,and shewê Lord, have mercy upon us, and mercy untothousands in them that incline our. etc. love me and keep my command- Minister. ments. Honour thy fatherand thy mother, People. that thy days may be long in © the . Lord, have mercy upon us, and land which the Lord thy God giveth inclineour hearts to keep this law®. thee.

19 This, in eds. 1552 and all after, fol- Tin Scotch cd., 4647, * of. ” lows immediately after the Prayer, $ 76, 8 In Scotch ed., 4637, this response is “ Almighty God, unto whom all hearts abbreviated like the others. In ed. 1662, be open. ” See p. 214. the responses are printed in full through- % In ed. 4604, ‘* The Minister, ” and out. so throughout, $ In one ed., 1559, ‘* Sabboth. * 31 ]n Scotch ed., 4637, ‘* unto thee. 16 In Scotch od., 1637, ‘* Remember #3 In Scotch ed , 1837, ‘ or any like- the Sabbath-day to keep it holy. * Bess. ” 11 In ed. 1604, and sfterwards, ‘ Six

In Scotch ed., 4837, orthatis in.” days. ”

ln two eds. 1552, ‘* nor; ” in Scotch 3 In Scotch ed., 1637. ‘‘allthy work. * ed., 1637, ‘* or that is in. ” 45 In eds. 1559, ** VIL day. ” 3 In one ed., 1559, ‘ not now bow. ” 14 In Scotch ed., 4637, ‘ shalt not do 3 In Scotch sd., 4637,‘ down thyself, * any work. ” 41n Scotch ed., 4647, ‘‘ serve them. ” 18 In Scotch ed., 1637, ‘ nor thy . In Scotch od., 1637, ‘ visiting the cattle, nor thy stranger. ” iniquity of; ” in ed. 4662, ‘ and visit 18 Jn Scotch ed., 4637, ‘ Sabbath day.” the sins of. 17 In Scotch ed., 4637, ‘- upon. ”

In Scotch ed., 1637, ‘ shewing. ”

238 REVUE ANGLO-ROMAINE

                Peonle,                                          Minister.
  Lord, have mercy upon us, and
                                                  GoË spake these words, ete.
iucline our, etc,
                                                            {Same as 1552.
               Minister.
  Thou shalt do no murder !.
                                                          James I. 1604.
                Peopie.
                                             $     9. Then       shall   the   Priest   re-
  Lord, have mercy upon us, and
                                                  hearse, ete.
iuvline Jour,! ete.
                                                           {Same as 1352.]
               Minister.
  Thou shalt not commit aduiters.                           The Minister.

                People.                           God spake these words, ete.
  Lord, have mercy upon us, aud                             [Same as 4552,]
ineline our, ete.
               Minister.                              Scotch Liturgy, 1037.
  Thou shalt not steal.                          $ 79. Then shall the Presbyter, turn.
               People,                           ing to the People, rekearse distinc-

Lord, have mercy upon us, faud tly allthe TEN COMMANDHMENTS : incline our], etc, the People all the while hneeling and asking God's mercy for th Minister. transgression of every duty lhercin, Thou shalt not bear false witness either according to the letteror against thy neighbour, to the mystical importanre of the said Commandment. People. Lord, have merey upon us. and God spake these words, ete. incline our hearts to keep this law. ÎSame as 1552, except ‘ Presbyter " Minister. instead of ‘* Minister ” throughoul.| Thou shalt not covet thy neigh- bour's house, Thou shalt not vovet thy neighbour's wife, nor his ser- Charles II. 18682. vant, nor his maid 4, nor his 6x, $ 79. € Then shall the Priest, tw- nor his ass, nor any thing that is ning to the people, rehearse distinc- his 3 tly allihe TEN COMMANDMENTS: People. and the people still knecling, shall Lord, have mercy upon ux, and after every Commandment ask God write all these thy laws in our hearts merey for their transgression there- we beseech the. of for the time past, and grace to Recp the same for the time to come, as followeth. Elizabeth, 1550. $ 79. Then shall Minister. the Priestà S re- hearse, etc. GOD spake these words, etc. [Same as 1552.] [Same as 1552.

! In one ed.,4552, and one od., 15389, servant, nor his maid-servant, ” ‘* shalt not do murder; ” in Scotch ed., 3% In Scotch ed., 1697, “is thy noigh- 1637, * shalt not kill; ‘ in ed. 1662, bour's, ‘ *“ shalt do no murther. ” 4 In ed. 4578, ‘ Minister. ” ?]In Scotch ed, 4637, ‘“ nor his mar- THE SUPPER OF TBE LORD AND TUE HOLY COMMUNION 239

$80. Then shall follow the Collect of the day. with one of these hro Collects following, for the King à.

                             Priest. Let ut pray !.


 ALMIGHTY God, whose kingdom is everlasting, and power infinite,

have merey upon the whole congregation, and so rule the heart of thy chosen servant Edward the sixth, our king and governor, that he knowing whose minister heis) may above all things, seekthy honour and glory, and that we ? his subjects {duly considering whose autho- tity he hath} may faithfuliy serve, honour, and humbly obey him, in thee, and for thee, according to thy blessed word and ordinance : through Jesus Christ our Lord, who with thee, and the Holy Ghost, . liveth and reigneth, ever one God, world without end. Amen.

   Second Edw. VI. 1652.                   { our        Queen         and     goveruor,           that

è she, ete. $ 80. Then shall follow the Collect of | “° the day, with fol of these two Col. | ISame as 1549, except ** she * for‘ he , lecte following for lhe king : the and per ne his ? and“ him st » LES ie ?” î “4

Priest * standing up and saying.                         8                               .
         «1          un                    y     ALMIGHTY and everlasting God,
          €    Let ux pra.                 !   etc... the heart of Etizabeth thy ser-

                Priest. 3                  | vant, jour         Queen          and       governor,
AumeuTty God, whose kingdom | that in all her, ete.

is everlasting, etc, iSame as (549, except “sh ” for“ he, * [Same as 1349.] and ** her ”for him. ”]

ALMIGHTY aud everlastiug God,                          $ 81. Jrmediately after the

we be taught. ete. olects, ele. JSame 1519. [Same as 1552]

SSL. € Immediately after the Colleuts, the Priest shall read the Epistle, James I. 1804. beginning thus. | | $ 80. Then shall follow, ete. € The Epistle written in the . (Same as 1552.] Chapter of. . . ALiIGHTy God, whose kingdom, ete... thy chosen servant James, etc, Elizabeth, 1569. Same as 1549.] $ 80, Then follow the Collet ofthr ALMIGHTY and everlasting God, day, with one of these two Collects | ete, heart of James thy servant. ete. following for the Queen; etc. [Same as 1549. {Same 1552.] S St, fmmediately after the Collects, ALNIGHTY God, whose kialom, etc. ete. thy chosen servant Elisabeth. [Same as 1552.]

#3 In ed. 1559, tho Queen. ”                    # In ed. 1662,  we and all his. ”
  In one ed., 4549,  Priest, Let us             3 In ed. 1578, “ Minister. ”

praÿ ” omilled. 240 REVUE ANGLO-ROMAINE

ALMiGuTY and everlasting GOD, we be taught by thy holy word, thatthe hearts of Kings‘ are in thy rule and governance, and that thou dost dispose, and turn them as it seemeth best to thy godly wis- dora : We humbly beseech thee s0 ‘ to dispose and govern the heart of Edward the sixth, thy servant, our King and governor, that in all his thoughts, words, and works, he may ever seek thy honour and glory, and study to preserve thy people comimitted to his charge, in wealth, peace, and godliness : Grant this, O merciful Father, for thy dear Son'’s sake, Jesus Christ our Lord. Amen. S 84. The Collects ended, the priest, or he that is appointed, shall red le Epistle, in à place assigned for the purpose, saying. The Epistie of Saint Paul, written in the — Chapter of —

   Sootch Liturgy, 1687.                          Charles II. 1662.

8 80. Then shall follow one of these $ 80. € Then shall follow one of these two Collects for the King, and the two Collects for the King, the Priest Collect of the day, the Presbyter standing as before, and saying. standing up and saying, Let us pray. Let us Prav. ALMIGHTY God whose Kingdom ts everlasting, and power iufinite: have ALMIGHTY Cod, whose kingdom mercy upon the whole Church, and ik everlasting, and power infinite, so rule the heart of thx chosen ser- bave mercv upon thy holy Catholic vant Charles, etc. Church : and in this particular [The samc as 1549]. Church in which we live so rule the heart of thy chosen servant Or, Charles, etc. ALMIGHTY and everlasting God. [Same as 1549.| we are taught bv. ete... the heart of Charles thy servant, ete. AUMIGHTY aud everlasting God, IThe same as 1549.] we be taught by, etc. heart of « Then shall Le said the Collect of the Charles thy servant, etc. aÿ. [Same as 1549.] $ 81. And immediately after the Coil- $ 84, Jumediately after the Collects, ect the Priest shall read the Episile. the Presbyter shall read the enistle, saying, The Epistle [or, The por- saying thus. * The epistle lis! writ- tiou of Scripture appointed for ten in the chapter of at the verse. ” the Epistlel is written in the —— And uwhem he hath done, he shall Chapter of —— heginuing at the ” say, ‘ Here endeth the epistie. ” —— Verse,

                    # In one ed., 1559, “ Princes. ”
                    # In ono ed., 1349, ‘ so ‘”omifled.




                                                          (4 suivre.)


                             Le Direcieur-Gérant: FERNAND Ponrrar.

            PARIS, <— IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,

1° ANNÉE : N° 23 3 MAI 1896

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tues Petrus, et su- Spiritus Sanctus po- per bhanc petram suit opiscopos re- ædidcabo Ecclesiam gore Ecclesiam Doi. meam ... ot tihi dabo clavos ...... AcT. xx. 38. Marta. XVI. 18-19.

                               SOMMAIRE :
                                                                                PAGES

CARDINAL MANNiNc....... Obstacles à l’expansion do l’Église catho- lique en Angleterre... .......,.....,.... . 24 Dr N. Paucus,....... Une prétendue « doctrine monstrueuse » sur PEucharistie...,.........:............ . . 952 Chronique.......... ne 261 Livres et revues............,.... PETE R 267 DocumanTs.... Leo PP. XIII Motu proprio. — Concordance des diverses éditions du Prayer Book... : 213

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                                     1896

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ALFRED MAME et FILS, Éditeurs

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La grave et délicate question des causes qui arrêtent l'expansion de l'Église catholique en Angleterre a été traitée par le cardinal Manning dans des notes autobiographiques très intéressantes, écrites en 1890. Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur en faire connaître les extraits suivants qui se rapportent à l'ensemble des questions que traite cette Revue. Nous les avons empruntés à la vie du cardinal Manning par M. E. Sheridan Purcell !.

La religion catholique a existé en Angleterre depuis l’établisse- ment de la hiérarchie par saint Grégoire le Grand. Je laisse de côté les restes du christianisme breton ruiné par les Saxons, restes qui furent ou absorbés dans l'église de Baint-Augustin ou qui peu à peu s'évanouirentdans le pays de Galles. Mais l'Église catholique s’éteignit quand Élisabeth brisa la hiérarchie. La religion dura encore avec un certain nombre de prêtres, mais l’Église disparut. Elle fut longtemps sans un évêque, puiselle eut un vicaire apostolique pour l'Angleterre et l'Écosse; puis, durant de longues années, pas d’évêque du tout; puis un vicaire apostolique ou deux; puis quatre, et en ce siècle huit; puis enfin la hiérarchie établie par Pie IX. De son érection, en la fête de saint Michel 1850, date la renaissance de l'Église catholique en Angleterre après trois cents ans de ruine. L'effet de cet intervalle de désolation a été la perte du peuple anglais. Le peuple de l'Irlande a été soutenu dans sa foi parce que la succession de ses évêques et de ses pasteurs n’a jamais été interrompue. Mais, sans les soins vigi- lants des pasteurs, en Irlande comme en Angleterre, des millions d'âmes auraient perdu la foi. Si l’on m'’objecte que la persécution du pouvoir civil tomba avec plus de force sur l'Angleterre que sur l'Ir- lande, la réponse est très facile, La persécution tomba en premier lieu sur l'Angleterre, mais elle tomba avec plus de violence et pen- dant une durée plus longue sur l'Irlande. En Angieterre, elle avait cessé avec le règne de Jacques I‘, ou du moins avec celui de Charles Ie". En Irlande, elle continua jusqu'aux atrocités de Cromwell et même jusqu’au temps de Charles IL Sous le règne de ce dernier,

1 Life of cardinal Manning, par Edmund Sheridan Purcezz, 2 vol. in-8°, Lon. don, Macmillan and Cv, 1896. — Les extraits dont nous pouvons publier la tra. duction, grâces à une autorisation de l'Editeur, sont tirés du tome I], chap. 21. REVUE ANGLO-ROMAINE, — Ts il, — 16 242 ‘ REVUE ANGLO-ROMAINE

l'archevêque Plunket fut martyrisé à Tyburn. Ce n'est vraiment pas là une réponse. La foi catholique continua de subsister secrétement en Angleterre, un peu partout, chez un grand nombre d'individus et de familles, même jusqu'au temps de Guillaume IN. Dans tous les comtés d'Angleterre bon nombre des familles les plus importantes restèrent catholiques. Elles avaient leur chapelain pour soutenir leur foi. Mais la multitude des pauvres n'avail nul pasteur et sa foi s'éteignit. A la fin du siècle dernier, Burke évalua le nombre des ca- tholiques en Angleterre à 30 ou 36,000, Sans nul doute, ils étaient en grande partie de race anglaise. La grande immigration irlandaise n'avait point encore commencé. Il est faux de dire que la persécution du gouvernement rendait impossible la restauration de l'épiscopat en Angleterre. Dans l'édi- tion de Tierney de l'Histoire de Dodd, il y a des preuves que, sous les deux premiers Stuartls. le gouvernement n'aurait point empéché li consécration d'évêques, pourvu qu'ils ne prissent point les titres des sièges anglicans. Une fois même le gouvernement allait accepter. lorsque quelque traître catholique informa le gouvernement qu'il s'agissait de prendre le titre d'York. De plus, si des prêtres pouvaient venir en Angleterre, pourquoi pas des évêques? Si les premiers devaient courir le risque d'être pendus et écartelés, pourquoi un évêque n'aurait-il pas couru les mêmes dangers qu’un prêtre? Le pouvoir de confirmer et d'ordonner n'était pas plus terrible aux yeux du pouvoir civil que celui de célébrer la messe. L’extinction de l'épiscopat détruisit le sacerdoce.

Jeï le cardinal Manning passe en revue les principaux obstacles à la pro- pagation du catholicisme en Angleterre, il en énumère neuf; nous nous ornons aux extraits SULVants :

En 1848, j'étais à Rome et je lisais le Primato deg ITtaliani de Gioberli. En décrivant l'Angleterre et sa religion, il dit que le clergé anglican est clero colto e civile. Quant à la culture, lss membres du clergé anglican ont une culture liltéraire et scientifique plus géné- rale et plus avancée que l’ensemble de nos prêtres. La science sacrée et la théologie n’existent guère parmi eux. Çà et là des hommes tels que Lightfoot et Westcott. Cependant ils ont généralement une con- naissance de l'histoire, de la loi constitutionnelle, des choses de la politique. De plus ils s'intéressent aux affaires publiques, à la poli- tique, au bien du pays, et ils sont donc civiles. Ils prennent part à la vie civile du peuple et y concourent. C'est en ce point que nous manquons et que nous manquons à un degré très préjudiciable {mischiplous). La longue persécution subie par l'Église catholique de la part de la loi anglaise a rejeté les cœurs des catholiques loin de la vie publique et politique de l'Angleterre. Jusqu'il y a cinquante ans, les catholiques étaient légalement hors la loi, La loi est changée, OBSTACLES A L'EXPANSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 243 mais non l’état d'esprit qu’elle détermina. Æcclesia pairia nostra: Les catholiques ont non seulement rejeté la vie publique; mais ils ont été tentés de croire que le patriotisme est à peine conciliable avec la fidélité à l'Église catholique. Les lois pénales n'existent plus, et ce- pendant encore aujourd'hui un catholique peut difficilement obtenir un siège au Parlement. . Cet ostracisme disparaîtra sans doute, mais pas avant que nous ayons un clergé collo et civile, car sicul sacerdos sicut populus. Les 209,000 catholiques anglais ont beaucoup du John Bull en eux, mais le million de catholiques fourni par les Irlandais se trouve, par nais- sance, en état d'animosité contre la reine Élisabeth, Cromwell et Guillaume III. Ce n’est qu'avec difficulté qu'on persuade à nos fidèles d'adresser des pétitions au Parlement pour quoi que ce soit. Jj'eus l'occasion de demander une fois à mes paroissiens de Sainte- Märie de signer une pétition au Parlement. La pétition était exposée attendant des signatures dans une école près de ma demeure. Je découvris qu'un jeune Irlandais avait renversé l’encrier sur le docu- ment comme protestation à l'égard du Parlement. Selon la loi natu- relle, un peuple grandit dans la vie sociale et civile sur le sol de sa naissance. Cela n’a jamais été vrai du peuple irlandais, par la feute de la persécution anglaise. Les Irlandais sont le peuple le plus chré- tien de la terre, mais non le plus civilisé dans le sens de Gioberti. Le christianisme est la civilisation et, aux yeux de Dieu, il en est la plus haute expression. Le monde n'en juge pas ainsi. Nous avons en Angleterre un million de gens, prêtres et fidèles, qui sont de foi, de race et de civilisation irlendaises. Ils ne sont pas seulement les en- semis de notre Parlement et de nos lois, mais ils voudraient ren- verser l'encrier sur notre Sfaiute book. Aussi longtemps que durera cet état d'esprit, nous n'aurons pas de clergé civil, et aussi longtemps que notre clergé ne sera pas civil, il sera confiné dans la sacristie, comme en France. Etcela, non par le fait d’une opinion publique hostile, mais par sa propre incapacité à prendre part à la vie poli- tique du pays. Et cette incapacité a eu jusqu'ici son origine dans l'hostilité, le soupçon et la peur. La capacité pour l’action civile et publique demande sans doute une préparation et une éducation spé- ciales, mais elle jaillit en premier lieu de l'amour de notre pays. Les irlandais possèdent cet amour à un degré intense pour l'Irlande, mais on ne peut guère leur demander de l'avoir pour l'Angleterre. Bien des catholiques anglais aussi sont, à cause de leurs préjugés religieux, tout aussi incapables et inutiles. Le fait est que toute la vie civile et politique de l'Angleterre nous est ouverte si seulement nous savons comment y entrer et comment nous y conduire. Notre foi doit nous accompagner et nous gouverner partout. Mais, à l'exception de très rares occasions, elle n’a pas besoin 244 REVUE ANGLO-ROMAINE

d'être proclamée. Si une de ces occasions se présente, alors que la foi soit professée d'une manière ouverte et virile. Ainsi non seulementil n’y aurait nuile offense, mais la confiance et le respect muluels ense- .raient notablement accrus.Pendant les quarante ans que j'ai passés à Londres, j'ai eu toutes sortes de preuves de la vérité de ce que j'écris. Le mot de Térence : Homo sum el humans nihil a me alienum pulo n'est point en contradiction avec cet autre : Tu aimeras lon prochain comme toi-même. Au contraire, le premier est vivifié et renforcé, élargi ct élevé par le second. Tout ce qui par conséquent se rapporte aux souffrances naturelles de nos peuples doit être observé et étudié par tout homme civilisé, par tout chrétien, à plus forte raison par tout catholique, et encore plus spécialement par tout prétre et tout évêque. Nous ne pouvons, comme Notre-Seigneur, ni multiplier les pains, ni guérir les lépreux, actions qui lui gagnèrent le peuple; mais nous pouvons être les premiers à coopérer avec tous ceux qui travaillent à soulager toute forme de souffrance, de peine et de misère humaine. Partout où nous faisons les avances avec plaisir et utilité, le peuple de ce pays nous reçoit dans ses rangs avec une joie visible. .....

Un quatrième obstacle est l'ignorance du catholique de nais- seance quant à l’état spirituel du peuple anglais. Lui et ses ancêtres ont été jusqu'en 1829 tellement exclus de la société et de la vie du peuple anglais, ils ont été tellement repliés sur eux-mêmes et tellement blessés par l'orgueil, les soupçons et les préjugés religieux de leurs compatriotes, qu'ils ont vécu en un état d’antagonisme con- tinuel et de ressentiment peu charitable, Ils ont, par conséquent, cru en toute sa rigueur à l’axiome era ecclesiam nulla salus. Ils ont cru que les protestants en général étaient sans foi ni baptême, ou même, s'ils étaient baptisés, qu'ils n’en étaient pas meilleurs pour cela. Cette idée était tellement ancrée, même chez certains prêtres, que j'en ai connu qui ont refusé de recevoir des convertis. « Dieu merci, disait un prêtre, je n'ai pas reçu de convertis dans l'Église. » Ils sup- posaient que nous autres anglicans nous étions des imposteurs, ou que nous agissions par des motifs humains. Tout comme nous-mêmes nous le faisions, quand des juifs se présentaient pour se faire chré- tiens. Get état d’esprit est heureusement en train de disparaitre. C'est là un état d'esprit étrange : car on ne pouvait s'empécher de savoir que la grande majorité des Anglais sont baptisés, et partant, élevés à l’ordre surnaturel. Dès lors, s'ils vivent dans la charité à l'égard de Dieu et du prochain, leur baptême doit les sauver. S'ils ont perdu cette union avec Dieu par la charité, ils restent tout de mème dans Fordre surnaturel par la foi et l'espérance, et qui peut limiter la gräce de Dieu? Ninive se repentit et fut épargnée. Donc non seule- ment l'occasion, mais la gräce de se repentir fut donnée à Ninive. Si OBSTACLES À L'EXPANSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 245: Tyr et Sidon se fussent repenties, elles auraient pu être sauvées. Done la pénitence leur était possible, maïs la pénitence est impossible sans la grâce de la pénitence. J'ai trouvé parmi les catholiques de naissance cette idée bien arrè- tée, que les Anglais sont sans foi, sans doctrine chrétienne, sans . moyens de contrition, et que par conséquent les chances de leur salut sont très incertaines. Cette erreur paralyse leur espérance, et sans espérance les hommes ne peuvent faire grand'chose. Comment des hommes qui ont lu le traité de la grâce peuvent-ils croire de: pareilles choses? Je ne saurais le dire. Mais je vois qu'aussitôt qu'ils constatent la bonté et la piété singulière desnon-catholiques, ils s'en vont à l'autre extrémité et croient que toutes les religions se valent. Ceci me semble être bien le &ylla et le Charybde du désespoir et de la présomption, l’un et l’autre très nuisibles, empéchant le zèle et produisant l'indifférence. 4. J'ai trouvé non seulement des laïques, mais des prêtres qui igno- raient absolument le fait que la plus grande parlie des Anglais sont baptisés et par conséquent se trouvent dans l'ordre surnaiurel. 2. Ces prêtres et ces laïques supposent gratuitement que les Anglais ont perdu la grâce du baptême, 3. Et que par conséquent, comme ils n’ont pas le sacrement de pénitence, ils n'ont nul moyen de reconquérir la grâce. 4. Que, pour cette raison, leur vie est sans mérite, 5. Et que leur salut est très incertain.

Je ne crois pas à la vérité d'une seule de ces propositions, et je suis convaincu que tous ceux qui les ont admises, se sont trouvés arrêtés dans leur action et refroidis dans leur zèle pour la conversion de l'Angleterre. On peut trouver ce que je pense là-dessus dans un ser- mon intitulé « Le Christ prêché est, sous tous les rapports, tune sowrce de joie » (IV* volume de mes sermons anglicans), que deux théologiens catholiques ont lu sans le censurer, el aussi dans une lettre au D° Pusey sur le travail du Saint-Esprit dans l'Église d'Angleterre Engiana and Christendom, p. 780). Ces deux preuves sont fondées sur la théologie catholique et spécialement sur le Syslema morale de S. Alphonse de Liguori et sur des théologies morales, telles que telles de Picheler et autres. Notre-Seigneur a dit: Je suis venu afin qu'ils aient la vie et qu'ils l’aient plus abondamment. Je comprends par ces mots que la plénitude de la grâce en son précieux sang né révoque, ni n’abolit, ni ne diminue à un degré quelconque la grâce du salut telle qu'elle existait sous l’ancienne loi d'Israël et telle qu'elle existait sous la loi de la nature. En quoi consiste-t-elle cette grâce? Suarez l'appelle grafia naturalis, c'est-à-dire la grâce du Saint-Esprit en l’état de la nature. - - 246 REVUE ANGLO-ROMAINE

  1. Tout homme né d'Adam est né en un monde racheté par le sang- de l’Agneau immolé dès le commencement du monde.
  2. À tous les hommes, c'est-à-dire à toute la race humaine, el etiam tnfidelibus el hæreticis, est donnée une grâce suffisante œi eilan- dam mortem æternam.
  3. La virius pænitentiæ est universelle dès la chute de l’homme.
  4. Pouf ceux qui ne peuvent recourir au sacrement de Pénitence, la vertu de pénitence est suffisante. Et pour nous le sacrement sans la vertu est insuffisant.
  5. Ceux qui usent de la grâce reçue reçoivent un augmentum atque proportionalum.
  6. Dieu veut le salut de tous les hommes et désire qu'ils arrivent tous à la connaissance de la vérité.
  7. Tous ceux qui recherchent la vérité reçoivent ce qui est néces- saire pour les conduire à l'âme de l'Église, sinon à son corps visible.
  8. Nul membre de l'âme de l'Église mourant en union avec Dieu ne peut être damné; Nulle âme pénitente ne peut périr, Nulle âme qui aime Dieu ne peut périr. ‘ 9. Existe-t-il quelqu'un qui ose affirmer que des âmes ayant reçu une nouvelle vie par l'Eau et le Saint-Esprit ne peuvent être pénitentes et ne peuvent aimer Dieu?
  9. Une vie de quarante ans en dehors de l'Église m'a enseigné ce que je viens d'écrire,
  10. Et l'expérience d'une vie sacerdotale de presque quarante ans a confirmé depuis tout ce que je viens d'écrire. Mon expérience personnelle de ceux qui sont en dehors de l'Église confirme tout ce que j'ai écrit à propos des doctrines de la grâce. J'ai connu intimement des âmes vivant de la foi, de l'espérance, dela charité et de la grâce sanctifiante avec les sept dons du Saint-Esprit, en humilité, pureté absolue de vie et de cœur, en méditation cons- tante de l'Écriture sainte, en une prière continue, en un renontt- ment complet d'eux-mêmes, en un travail personnel consacré aux pauvres, ayant en un mot une vie d’une sainteté visible aussi évidem- ment l'œuvre du Saint-Esprit que j'en aie jamais rencontré. J'ai vu cela en des familles entières, parmi les riches comme parmi les pauvres et dans toutes les positions sociales. De plus, j'ai reçu dans l’Église je ne sais combien d'âmes dans lesquelles je ne pouvais trouver de péché mortel. Elles étaient évi- demment dans la grâce de leur baptème. Des prêtres que j'ai inter- rogés m'ont rendu le même témoignage, et c'était le témoignage unanime des jésuites à Stonyhurst en 1848, suivant ce que me disait le P. Cardella, si je me le rappelle bien. Comment, avec de tels faits, peut-on continuer à parler des hommes qui en Angleterre sont en OBSTACLES À L'EXPANSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 247 dehors de l'Église comme s'ils se trouvaient simplement en état de nature, de mauvaise foi, et comme devant être évités pour immoralité. H se trouve sans doute de telles gens parmi eux, mais quel est l'état de la France, de l'Italie, de l'Espagne, de l'Amérique du Sud? Toute la lumière et toute la grâce de l'Église catholique sont vaines pour des multitudes dans ces nalions catholiques. De plus, toutes les grandes œuvres de charité en Angleterre ont eu leur commencement en dehors de l'Église. Par exemple, l'abo- lition de la traite des noirs et de l'esclavage et la protestation persé- vérante de la Société anti-esclavagiste. Pas un catholique que je sache n°y a pris part. La France, le Portugal et le Brésil ont trafiqué ou secrètement ou ouvertement des esclaves. Jusqu'au moment pré- sent, il y à dans ces pays des propriétaires d'esclaves. Et le mouve- ment de Tempérance? Ce fut un quaker qui détermine le P. Mathew: à entrer dans ce mouvement. L’Irlande catholique et les catholiques: de l'Angleterre n'ont fait que très peu de chose pour la Tempérance. Les ministres anglicans et dissidents inscrits sont bien plus nom- breux que nos prêtres, De même pour la loi protectrice des animaux... De même pour la loi de protection des enfants... De mème pour la préservation des mœurs. Dans ce dernier mouvement, j'ai été le seul prêtre catho- lique..... Je pourrais allonger cette liste. Il est des œuvres sans nombre, en faveur des employés de magasin, d'omnibus et de che- mins de fer, d’autres pour les femmes et les enfants exploités par des entrepreneurs et jetés à La rue par l'insuffisance unique des salaires, Pas une de ces œuvres n'a été fondée par nous. Assurément, nous soinmes dans la sacristie. Ce n'est pas que nos catholiques s'abs- tiennent de propos délibéré, mais les uns ne prennent pas la peine de se tenir au courant, les autres sont retenus par les préjugés : Quelque chose de bien peul-il venir de Nazareth? D'autres redoutent le

prosélytisme des anglicans. En somme chacun continue de vivre à l'aise sans s'apercevoir que le pauvre Lazare est à sa porte. Je demande à Dieu, lorsqu'un homme meilleur.prendra ma place, que celui-ci aille et voie de ses propres yeux, afin que ma place ne soit pas une sinécure. S'il le fait, le peuple anglais lui en sera reconnais- santet lui donnera sa confiance. Ce peuple recherchera sa présence et son aide dans ses propres bonnes œuvres avec une confiance évi- dente et une grande bonne volonté. Assurément, nous sommes obligés de travailler avec eux en tout ce qui n’est pas contraire à la foi et aux bonnes mœurs. . Des millions d'individus se retirent de l'Église établie, poussés par ine jalousie sociale. Ils sont venus à nous parce que nous n’avons rien à faire avec l'État ou le monde; parce que, en un mot, nous sommes des dissidents et les principaux des non-conformistes. 248 REVUE ANGLO—ROMAINE

leur charge, mais ils ne parviennent qu'à se diminuer eux-mêmes. Ceci a causé des difficultés sans fin dans nos hôpitaux el dans nos asiles de pauvres. Malheureusement même de dignes prêtres n'ont pas toujours des manières distinguées, et ils s'emportent contre tout obstacle à l'exercice de leurs fonctions sacrées d’une façon qui ne gagne rien et souvent perd tout. La question de principe se perd dans une dispute personnelle. J'ai souvent dit que nos prètres sont toujours bottés et éperonnés, comme les officiers de cavalerie en temps de guerre. Cependant ils ne com- battraient pas avec moins de succès en se montrant chevaleresques etcourtois. Ici je voudrais dire l'unique but de ma vie depuis que je suis devenu prêtre, but que j'ai poursuivi avec une obstination spé- ciale depuis que je suis archevêque. Ce but a été la perfection sa- cerdotale : en premier lieu parmi nos Oblats de Saint-Charles, et puis parmi les prêtres du diocèse de Westminster. Humainement parlant, l'idée me vint de saint Charles Borromée. Quelques années avant que je fusse dans l'Église, je lus sa vie et j'achetai ses actes. Cette lecture me pénétra de l'idée exacte de l'office pastoral. J'avais déjà écrit sur le bon Pasteur et j'étais plein de l'idée des devoirs pastoraux, mais c'est saint Charles qui fixa mon idée et la rendit pratique. Suivant mes faibles forces, j'essayai d'y conformer ma vie. Quand je devins catholique, un converti, zélé sacramsntaire, m'at- taqua à propos d’une de mes paroles : « Notre œuvre est ce que nous sommes. » Ce mot, sans nul doute, pris à la lettre, exclurait non seu- lement les sacrements, mais encore la Sainte Trinité, et si j'avais eu affaire à un Écossais, j'aurais soigneusement déterminé ce que je voulais dire par la théologie : Paulus baplizai, Christus baptiznt. Ce- pendant Paul élait de plus intérieurement conforme à son divin Maître, et en dehors de tous les sacrements, il gagna les Ames parce qu'il était réellement en son âme. Il dit même : Le Christ m'a envoyé non pour baptiser, mais pour précher l'Évangile. La loi ancienne avec ses sacramentalia demandait une perfection subjective d'un très haut degré. La nouvelle loi avec ses sacrements demande non seule- ment la même sanctification personnelle chez le prètre, mais la per- fection la plus complète qui lui soit possible. C'était là mon idée en fondant la congrégation des Oblats de Saint-Charles... Un septième et grand obstacle à la propagation de lareligion catho-. lique a été l'esprit de controverse, tant dans la forme que dans le fond, de nos prédicateurs et de nos écrivains. Il n’est pas douteux que cet esprit de controverse n'ait été fatalement produit par la soi- disant Réforme, qui nia la vérité catholique et affirma des erreurs de doctrine; mais la controverse ne peut être autre chose que de la théologie polémique, et la théologie polémique ne peut être que destructive. Or.la destruction n'édifie rien, elle ne fait tout au plus 230 REVUE ANGLO-ROMAINE

que déblayer l'emplacement, an de rendre la construction possible, Et cependant la théologie positive, elle aussi, sait fort bien déblayer sans paraître le faire, car la clarté de l'exposition constitue déjà à elle seule une preuve. Evidentia est la vérité qui se montre à travers les nuages et se rend visible comme la lumière. La grande majorité des hommes se laisse convaincre moins par le raisonnement que par une idée nette de la vérité. Il est deux moyens de démontrer un pro- bième. L'un consiste à montrer que toute autre conception est im- possible, c'est'le moyen polémique et destructif. L'autre consiste à montrer que la vraie conception est évidente, c’est le moyen positif et d'exposition. L'avantage de cette dernière méthode consiste en ce que l’on réfute son adversaire sans citer ni son nom, ni ses aflirma- tions, et cela la rend conciliante et pacifique. Le fondateur des Quakers avait bien raison quand il disait : « Lorsque je discute, je prends bien garde de ne pas provoquer mon adversaire, car aussi longtemps qu'il reste calme, toute la grâce de Dieu qui se trouve en lui se range de mon côté. » Jusqu'ici je n'ai parlé que du pouvoir naturel inhérent à une claire exposition et capable de convaincre l'intelligence, en la persuadaent par un enchaînement d'idées intelli- gibles. : . La clarté est lumière et la lumière se manifeste par elle-même; mais la vérité, quand elle se présente en sa claire évidence, possède encore un pouvoir surnaturel et sacramentel.... L'enseignement de la vérité est comme un jeu de domines : si nos auditeurs posent un rois, nous devons aller à leur rencontre avec un trois de notre côté. Mais pour agir ainsi il nous faut, avant tout, con- naître quelles sont les conviclions de nos auditeurs. Tant que nous fe- rons appels à ces vérités tellesqu'elles existent dans l'esprit du peuple anglais, il répondra à notre appel et nous gagnerons son attention et sa confiance, si nous préchons ces vérités mieux que ses propres prédicateurs:; nous établirons par là la supériorité de notre foi. À quoi sert de précher sur l'immaculée Conception à des gens qui ne croient pas à l'Incarnation, ou sur l'Église à ceux qui ne croient pas au Christianisme? Pour une procession à travers les rues, il serait inieux de réciter ou de chanter les litanies du saint nom de Jésus que les litanies de Loretle. Donnez au peuple anglais ce qu’il com- prend et il vous écoutera. De même, chantons des cantiques anglais dans les rues plutôt que d'y réciter le rosaire. Les cantiques sontintel- ligibles à tous; le rosaire est non seulement inintelligible aux non- catholiques, mais il est pour eux une pierre d'achoppement par ses répétitions perpétuelles... En une assemblée publique qui se tint aux Etats-Unis, l’on rapporte que le nom de Jésus fut reçu avec des applaudissements et le nom de l’Église avec des murmures. C’est un fait terrible, une condam- OBSTACLES A L'EXPANSION DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE 254

nation à mort-de l'élément purement humain de l'Église chrétienne: mais une indication de la foi et de l'amour envers Jésus-Christ lui- méme. Aussi longtemps que cet amour survivra nous pouvons faire appel à cet amour. Depais longtemps j'ai pensé avec crainle que l'Église visible est maintenant dans la position de Jérusalem au temps d'isaïe, ou lorsque Titus en faisait le siège. Le divin Esprit règne sur l'ÆEcciesia docons el regens, mais l'esprit humain règne sur la société chrétienne. Si cela n'était pas, Londres n'aurait jamais été dans l’état où nous la trouvons aujourd'hui, et que faire à cela? (Certainement ni la petite piété de notre aristocralie, nila dévotion du faubourg Saint- Germain ne sauraient y rémédier. Elles sont bonnes à leur place, ‘et l'Église doit tenir son jardin dans tout l'ordre, garder la beauté, le parfum de ses fleurs et de ses fruits. La ferveur du cœur et de la {ête entretient la lumière et le feu du centre, par tesquels le corps entier est vivifié en ses énergies. Par conséquent, il nous faut nos pié- tés et nos modes de dévotion: mais le monde se meurt, posifus in maligno, et ilnous faut pénétrer en lui comme à travers le feu. n'y a pas de doute que le Tudor settlement in religion, l'élablisse- ment religieux d'Élisabeth, ne répond plus à ce qu’il était. Il n'a ni forme fixe ni théologie, il n'a point de prise sur l'esprit du peuple qui ne le comprend pas, il est dans un état de changement perpé- tuel. Ce n’est pas ainsi de la foi catholique; pourtant je ne crois pas que le peuple anglais sera reconquis par les moyens de l'intelligence. Nous avons perdu sa volonté par les péchés et les misères du passé; mais sa volonté est déjà sur le point de changer et pourra se recon- quérir si elle trouve de la sympathie et de l'intérêt parmi les prêtres et dans l'Église, si, conformément à la loi et à la puissance de l'Incar- nation, ilse trouve un amour humain, un zèle et un esprit fraternel, attirant la volonté humaine à la présence divine. Il n’y a nul autre moyen pour ouvrir l'oreille, l'intelligence et l'âme de l’homme, et nous sommes heureusement aussi indépendants et détachés du monde, de ses titres, de ses richesses, de ses privilèges, que l'Église des apôtres. Malheur à l’homme qui enlace l'Église dans la politique et les gouvernements. Malheur à l'évêque qui, dans l'Église, appar- tient à un parti ou en a les préjugés. Il devrait être au-dessus de tous les partis et de Lous les préjugés, et comme il est placé dans l'état de perfection, il devrait être à la fois et humain et chrétien. Humain par sa pleine sympathie avec les créatures de Dieu, depuisles souffrances de l'homme jusqu'aux douleurs des animaux. Chrétien par sa cha- rité envers Dieu et les hommes, envers ses amis et ses ennemis, par tendresse de cœur, immolation de lui-même, humilité et patience. UNE PRÉTENDUE « DOCTRINE MONSTRUEUSE»

             SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE

Dans un article sur les ordinations anglicanes et le sacrifice de la messe, publié par le Rév. F.-W. Puller dans le premier volume de la Reuus anglo-romaine, p. 395 sqq., il est dit qu'au xvi* siècle des opinions. erronées sur le sacrifice de la messe « avaient cours un peu partout en Europe et particulièrement en Angleterre » (p. 399). On aurait notamment enseigné au peuple que Jésus-Christ s’est offert sur la Croix uniquement pour le péché originel, tandis qu'il s'offre à la messe pour les péchés actuels. . Jose affirmer qu'avant le concile de Trente cette « doctrine mons- trueuse » (p. 404) n’a pas été enseignée au peuple catholique nien Angleterre ni dans les autres contrées de l'Europe. . Ilest vrai, les novateurs du xvi* siècle prétendent le contraire. Mais qui ne sail combien ces hommes, pour justifier leur apostasie, aimaient à dénaturer la doctrine catholique? Un des principaux d'entre eux, Martin Bucer, l'avoue sans détours dans une lettre con- fidentielle au landgrave Philippe de Hesse, du 8 janvier 454 : « De notre côté », écrit-il, « on est venu, dans l’ardeur de la lutte, à impuler journellement aux adversaires, dans les sermons et les écrits, des choses dont ils ne se savent pas coupables et dont nous ne pourrions jamais les convaincre‘. » Ce n’est donc pas aux auteurs protestants qu'il faut s'adresser si l'on veut connaître avec exacti- tude l’enseignement catholique de la fin du moyen âge et du xvi° siè- cle; c'est auprès des catholiques qu'il faut aller se renseigner. Or, an xvi* siècle, les catholiques protestaient énergiquement contre la doctrine monstrueuse que leur imputaient leurs adversaires; jamais, disaient-ils, une pareille doctrine n’a été enseignée parmi nous.

A la diète impériale tenue à Augsbourg en 4530, les protestants présentèrent à l'empereur Charles-Quint leur célèbre confession de

1 M. Lenz, Briefwechsel Landgraf Philipps von Hessen mit Bucer, t. 11, Leip- zig 1887, p. 240. | UNE PRÉTENDUE 6 DOCTRINE MONSTRUEUSE » 253

foi dite d’Augsbourg. Dans ce symbole composé par Mélanchthon ilest dit par rapport à la messe : « Accessit opinio quæ auxit priva- tas missas, videlicet quod Christus sua passions satisfecerit gro peccato ori- géus ef insliluerit missam in qua fisrel oblatio pro quotidianis delictis mor- lalibus et venialibus; hinc manavit publica opinio, quod missa sit opus delens peccata vivorum et mortuorum ex opere operato. » Le texte allemand est encore plus explicite; il y est déclaré que, d'après l’en- seignement catholique, Jésus-Christ serait mort triguement pour le péché originel. L'empereur chargea une trentaine de théologiens catholiques de réfuter la confession de foi protestante. Cette réfutation fut lue publi- quement à la diète. Or, voici ce que ces théologiens venus de toutes les parties de l'Allemagne répondent sur le point en question : « Neque satis intelligi potest, quod sssumitur Christum satisfecisse sua passione pro peccato originali et instituerit missam pro actuali peccato. Nam hoc nunguam audilum est a cathohicis, jamque rogati ple- rique econstantissime negant ab is sic doceri!. » Dans la rédaction primitive, publiée seulement il y a quelques années, les théologiens se montrent encore plus catégoriques : « Imponunt catholicis asserere passionem Christi factam pro origi- nali peccato, missam fieri pro actualibus. Àt hic concienatores principes suos decipiunt, dum caiholicis errorem et heresim imponunt inauditam. Ostendant nobis eum qui sentiat Christum solum pro peccato origi- nis in passione salisfecisse, et nos tam adversabimur ei quam Luthero. d'unquam ita docuere catholici, sed dicimus Christum satisfecisse pro omaibus peccatis. At sicut concionatores dicunt illam satisfactionem nulli prodesse sine fide, ita catholici ettota Ecclesia docuit nos illius satisfactionis participes fieri per sacramenta et sacrificium missæ, per bona opera et similia ?. » Dans la suite, les théologiens catholiques protestèrent encore plus d’une fois contre l'imputation calomnieuse. En 4533, le dominicain Pierre Anspach, prédicateur de l’Électeur de Brandebourg à Franc- fort-sur-l'Oder, qualifiait cette imputation de « mensonge »*. C'est ce que faisait également, cinquante ans plus tard, le jésuite Bellarmin : « Imprudenti mendacio tribuitur catholicis doctoribus illa divisio quod Christus passione sua satisfecerit solum pro peccato originis, pro actualibus autem instituerit missam. Vemo enim calholicorum unquam

1 A. Fasricius, Harmonia Confessionis augustanæ, doctrinæ evangelicæ con-

sensum declarans. Adjunctum est Caroli F. polentissimorumgue Imperii Chris- liani Principum ac doctissimorum nostri sæculi hominum de eadem confessione indiciwm. Coloniæ, 1513, p. 469. 3J, Fiscer, Die Konfulation der Augsburgischen Bekenniniss. Ihre erste gestall und ihre geschichte. Leipzig, 1891, p. 100. nr Ansracx, Anihithesis der Lutherischen Bekenniniss. Francfort-sur-l’Oder , P. 45. 2354 REVUE ANGLO-ROMAINE sic docuit." » Encore au xvu siècle, un professeur de l'Université de Fribourg, Thomas Henrici, écrivait dans une réfutation de la Confes- ‘sion d'Augsbourg : « Neque Catholici communiter, neque Scholasliei docent, Christum per passionem suam pro peecato tantum originali, non etiam pro actualibus satisfecisse.... Ostendant Confessionistæ vel unicum Scholasticum qui docuerit Christum pro peccato originali ita satisfecisse, ut ejus satisfactio ad peccata actualia se non exten- dat 3,» On le voit, Henrici ose défier les apologistes de la Confession d'Augsbourg de citer un seul auteur scolastique ayant enseigné la « doctrine monstrueuse ». Mais n'était-ce pas là une grande impru- dence de sa part? Ne savait-il pas que déjà Mélanchthon, dans son Apologie de la Confession d'Augsbourg, avait cité le prince même des scolastiques, saint Thomas d'Aquin, comme un des patrons de cette doctrine? Voici,en effet, ce qu'écrivait Mélanchthon en 4534 : « Repu- diandus est error Thomæ, qui scripsit corpus Domini semel oblatum in cruce pro debito originali, jugiter offerri pro quotidianis delictis in altari, ut habeat hoc Ecclesia munus ad placandum sibi Deum#: » C'est ce qu'il avait déjà écrit en 4530, pendant la diète d'Augsbourg, dans son Zndicium de missa *. C'est ce que répétaient en 1538 les ambassadeurs envoyés à la cour d'Angleterre par les princes protestants d'Allemagne 5. On lit, en effet, dans un opuscule publié dès le xv° siècle sous le nom du Docteur angélique : « Secunda causa institutionis hujus sa- cramenti est sacrificium allaris, contra quandam quotidianam delic- toruim nostrorum rapinam, ut, sicut corpus Domint semel oblatum est in cruce pro debito originali, sic offeratur jugiter pro nostris quotidianis deliclis in allari, et habeat in hoc Ecclesia munus ad placandum sibi Deum super omnia legis sacramenta vel sacrificia pretiosum et acceptum.f» Comme le Rév. Puller s'appuie également sur ce passage, qu'il attribue, d'ailleurs, non à saint Thomas, mais à quelque scolastique ‘anonyme, nous essayerons de prouver : 4° que le texte n’est pas de quelque obscur scolastique, mais d'Albert le Grand; % qu'il n’a pas le sens que lui donnaient au xvr° siècle les auteurs protestants.

Le passage en question se trouve dans une collection de trente- deux sermons sur FEucharistie, qui ont été souvent imprimés,

1 BéLLARMINUS, Indicium de libro, quem Lutherani vocant, Concordire. Ingols- tadii, 1585, p. 88. ‘ ? Tu. HeNrici, Anatomia Confessionis Augustanæ. Friburgi, 4631. p. 456, sqq. 8 G. CæœLesTinus, Historia Comitiorum anno MDXXX Augustæ celebratorum. Francofurti, 1571. T. 11, p. 13 a. 4 Cœrrsrinus. T. IE, p. 278 b. #1. Coruten, An ecclesiastical history of great Britain. T. IV, London, 4843, p. 408. . 5 Sr Tuomas, Tractalus de corpore Christi. Sine loco. UNE PRÉTENDUE ( DOCTRINE MUNSTRUEUSE v 235

soit sous le nom de saint Thomas, soit sous le nom d'Albert le Grand. Le docteur Jacob, chanoine de la cathédrale de Ratis- bonne, en a publié récemment une édition critique d'après d'anciens manuserits'. Dans une courte, mais substantielle intro- duction, l'éditeur. démontre que cet opuscule est vraiment d'Albert le Grand, bien que la plupart des anciens manuscrits l’attri- buent à saint Thomas. La meilleure preuve nous en est fournie per l'autographe même d'Albert le Grand que possédait encore au xv* siècle le couvent des dominicains de Cologne. Un membre de celle communauté, Pierre de Prusse, écrivit vers 4486 une biogra- phie du savant évêque. Dans le chapitre 20, où il traite des écrits composés par le Bienheureux sur l'Eucharistie, il mentionne expres- sément les trente-deux sermons en ajoutant : « Nonnulli ignari inti- tulant traciatum illum nomine sancti Thoméæ, quod utique errori est adscribendum, quia ab Aïlberto est editus et non a sancto Thoma. Habemus enim in nostro conventu Coloniensi originalem librum pro magna parte Alberti manu conseriptum. Idem namque liber a quo- dam fratre, qui quandoque Alberto in scribendo subserviebat, in grossa littera scriptus est; sed in fine ultimi sermones aliqui manu Alberti sunt seripti, sicut et principium sermonum, ita et in medio, multis in locis, nunc manus fratris nunce Alberti alternatim sibi suc- cedunt. Quandoque etiam abrasa littera fratris et aliter ab Alberto est scripta in eodem loco, quandoque vero in margine. Nonnun- quam, ubi deerat spatium, ipse Albertus, schedulas scribendo, filo aflixit easdem locis opportunis. In quibusdam etiam locis suæ scri- pluræ folia indisparia ceteris foliis inseruit, ita ut totus liber sit deformis ob hujusmodi variationem. » Pierre de Prusse était à même de connaitre l'écriture d'Albert le Grand, puisqu'il existait à Cologne encore d'autres ouvrages écrits de la main du Bienheureux, « alii ipsius libr1 quos manu pro- pria ad integrum conscripsit, quos et Coloniæ habemus, videlicet super Matihæum et de animalibus ». Le bicgraphe conclut : « Hæc igitur inserere placuit quæ vidi et manibus contrectavi, ut ambiguum quod dixi non maneat.? » On a prétendu que ces sermons ont été remaniés au xv° siècle, après le concile de Constance; mais un pareil remaniement n’est pas admissible. Pierre de Prusse dit expressément que les derniers ser mons, de même que les premiers, étaient écrits de la main même

‘1 Beali Alberti Magni Episcopi Ralisbonensis de Sacrosancto corporis Domini Sacramento Sermones juxta manuscriplos codices necnon editiones antiquiores accurate recogniti per G. Jacob. Ratisbonæ, 1893. Le passage en question se trouve ici à la page 9. ? B. Alberti de adhærendo Deo libellus. Accedit cjusdem Alberli vila. Antver- piæ, 4621,p. 181. 256 . REVUE ANGLO-ROMAINE

d'Albert, tandis que pour les sermons placés au milien du manuscrit, Albert et son secrétaire se relayaient. D'ailleurs, la Bibliothèque royale de Munich possède différents manuscrits du xiv* et du com- mencement du xv° siècle. Or, tous ces manuscrits ont déjà le texte complet, tel que nous Le connaissons aujourd’hui, Les trente-deux sermons étant d'Albert le Grand, il est clair que le passage précité ne peut pas avoir le sens que lui donnaient les polémistes protestants au xvi° siècle. Qui donc voudrait affirmer que le célèbre théologien ait nié l’universalité de la rédemption par le sacrifice de la croix? Ses autres écrits ne laissent subsister aucun doute à cet égard. Qu'on lise, par exemple, ce qu'il en dit dans son commentaire sur le livre des Sentences*, ou bien dans ses opuscules desacrificio allaris et de sacramento Eucharistiæ?. D'ailleurs, même dans les trente-deux sermons, l'universalité de la rédemption par le sacrifice de la croix est affirmée à différentes reprises. Dès le premier discours, l'auteur fait dire au Christ : « Pro debitis omnium sufficiens sacrificium in cruce offerebam. » (p. 11)° Plus loin (p. 63), il est dit : « Christus per mortem suam genus humanum de morte æterna liberavit. » Considérant ie sang du Christ, « ut in cruce pro omnium redemptione funditur », l'auteur déclare : « Pax cum Deo sive reconciliatio fit per sanguinem Christi... ratione pretii sufficientis, quod in eo pro nostris debitis solvit.. Peccatores Dominus sanguine suo lavit et formosos ac roseos et Deo gratos fecit, et in eo sic reconciliavit, ut in curia Dei principes et reges efficeret.... Effudit sanguinem de manibus, ut peccatores virtule sanguinis a vinculis peccatorum solveret et absolutos ad se revoca- ret.. Christus in cruce libavit sanguinem, solvens omnes a vinculis peccatorum. » {p. 474 sqq.) Le sacrifice de la messe n'est que la représentation du sacrifice de la croix : « Hujus sacrificii (in cruce) memoriale est hostia Ecclesiæ, quæ offertur in memoriam passionis dominicæ. » (p. 138.) C'est ce que l’auteur répète plus loin, en s’appropriant un texte attribué à tort à saint A mbroise : « Christus semel in cruce hostiam pro omni- bus obtulit; ipsam offerimus etiam nunc. Sed quod nos agimus, recordatio est sacrificii illius, nec causa suæ infirmitatis repetitur, sed nostræ, quia quotidie peccamus. » {p. 1457.) Puisque nous péchons chaque jour, veut dire l'auteur, nous avons besoin d'un sacrifice quotidien qui nous applique les fruits du sacrifice de la

} B. Alberti Magni opera omnia. Ed. Vivès, t. XXVILI, p. 343 sgq.; t. XXIX, p. 377. Dans l'édition de Vivès, les trente-deux sermons sont reproduits dans le tome XIII, ? Alberti Magni Opera, ed. Jammy, Lugduni, 1651, t XXI, p. 19,95. Dans cette dernière édition, les trente-deux discours se trouvent dans lo tome ALL 3 Je cite la nouvelle édition critique de Ratisbonne, UNE PRÉTENDUE « DOCTRINE MONSTRUEUSE » 237 ua

croix. Saint Thomas, le disciple d'Albert le Grand, exprime la même idée, mais sous une forme plus précise : « Quia fructu dominicæ passionis quotidie indigemus propter quotidianos defectus, quotidie in Ecclesia regulariter hoc sacramentum offertur. » (S.Th, Ill", q. 83, a. 2.) C'est dans ce sens qu'il faut expliquer le passage équivoque du premier sermon. Dans une polémique avec le prédicant luthérien Jacques Herbrand, qui avait invoqué ce passage en l’attribuant à saint Thomas, le théo- logien bien connu Grégoire de Valentia écrivait en 1581 : « Quam sententiam D. Thomæ sane soletis crebro summa cum fraude, nec sine alroci sanctissimi eruditissimique doctoris injuria tractare.... An vero aliqua syllaba vel verbum in sententia D. Thomæ quam titasti, est, quo ille neget Christum passione sua pro peccatis actua- libus in cruce satisfecisse? Nullum omnino. Pro originali enim pec- cato semel illum oblatum esse dicit; pro actualibus autem non etiam oblatum esse, minime dicit, sed aliud est quod significat.. Sensus est, hoc interesse inter peccatum originale el alia actualia quod pra ilo, quia non sæpius ab eodem homine admittitur, sed semel abo- litum nunquam rediit, semel tantum Christus se obtulit, nempe in cruce, non item alias in altari. Pro peceatis autem actualibus, quia sæpius ab uno et eodem committuntur, sæpius se offert, nimirum non tantum in cruce — hoc enim factum etiam esse nunquam B.Thomas negat—sed etiam quotidie in altari. Idque nonquia sacrifi- cium crucis non fuerit per se sufficiens ad delenda omnia peccata etiam actualia, quantumcumque quis in ea reincidat, sed quia pla- cuit divinæ sapientiæ, ut sicut ipsa repetuntur, ita etiam eorum remissio, adeoque sacrificii crucis fructus per repetitam oblationem ejusdem Christi in altari applicaretur*. » Bellarmin explique le texte de la même manière: « Video unde Philippus (Mélanchthon, l'auteur de la Confession d'Augsbourg) occa- sionem arripuerit mentiendi et calumniandi, quia videlicet sanctus Thomas in opusculo de Sacramento altaris docet, ete. At sanctus Tho- mas non dicit, in cruce pro solo debito originali oblatum Christi corpus, imo etiam pro actualibus docet. (Bellarmin renvoie ici à différents endroits de la Somme Théologique.) Id ergo in eo opus- culo sibi voluit sanctus Thomas, quia peccatum originale semel dimis- sum nuaquam repetitur, ideo ad illud expiandum non esse necessa- ria quotidiana sacrificia, sed sufficere sacrificium crucis semel peractum et semel per baptismum applicatum, at pro peccatis actua- libus,quæsæpius committuntur,instituta esse, præter baptismum,quo- tidiana remedia, in quibus sacrificium altaris merito numeratur.») ? ! Grau. ne VazenriA, Apologia de SS, Missæ sacrificio. Ingolstadii, 1581, p. 31, sg.

7 BacLaRMINOS, Indicium de libro quem Lutherani vocant : Concordiæ. Yngol- stadii, 1585. p. 90. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. I. == 17 258 REVUE ANGLO-ROMAINE

Il faut, sans doute, reconnaître qu'Albert le Grand s'est exprimé d’une manière quelque peuéquivoque ; maïs l'on sait quecommethéo- logien il n’a pas à beaucoup près la précision dogmatique de sondisciple saint Thomas. Voici, par exemple, un passage où il semble enseigner que le Christ nous a rachetés du péché originel, uniquement en ver- sant son sang sous le couteau de Ia circoncision. Parlant, dans le commentaire sur l’évangile de saint Luc, de l’agonie de Notre-Sei- gneur au jardin des Olives, il dit : « Iste est jam secundus modus quo suum sanguinem Dominus fudit, quia in circumcisione fuit primus, iste autem est secundus, in flagellis et spinis tertius, in clavis quar- tus et in lanceatione post mortem fuit quintus. Et primus quilem modus est ad peccati originalis abstersionem, secundus autem est ad mise- riæ expiationem, tertius est ad pœnitentium sublevationem, quartus autem est ad pretii solutionem, et quintus ad sacramenti communio- nis consecrationem‘ ». Il est clair qu'on ne peut pas prendre à la lettre ces explications par trop allégoriques. Il en est de mème du passage équivoque sur le sacrifice de la croix et la sainte messe. li faut expliquer ce passage par des textes parallèles; de la sorte, on pourra l’entendre dans un sens tout à fait orthodoxe. C’est ainsi que l'ont entendu les auteurs catholiques pendant le moyen âge et le xvi° siècle. Les théologiens réunis à Augsbourg, en 4530, connaissaient certainement le texte précité; les trente-deux sermons avaient déjà été imprimés plusieurs fois dans différentes villes allemandes sous.le nom de saint Thomas et sous celui d'Albert le Grand. Néanmoins, les représentants de l'Allemagne catholique, en parlant de la prétendue doctrine que le Christ n’est mort sur la croix que pour le péché originel, déclarent catégoriquement : « Hoc nunquam auditum est à catholicis. » On a essayé parfois d'attribuer à Catharin la doctrine erronée contre laquelle protestaient, en 14530, les théologiens catholiques réunis à Augsbourg. Mais le chanoine Moyes, comme le remarque le Reverend Puller {Revue anglo-romaine, |. c. p. A05;, a suffisamment mis en évidence que Catharin n’a nullement enseigné la « doctrine monstrueuse ». Sans doute, le dominicain italien se trompe en disant que le sacrifice de la croix est la source immédiate de l'efficacité du sacrement de baptème, landis que le sacrifice de la messe est la source immédiate de l’eflicacité des autres sacrements ; mais il déclare, à différentes reprises, que le sacrifice de la messe tire toute sa valeur du sacrifice «le la croix. Au texte cité par le chanoine Moyes on pourrait ajouter cet autre passage tiré du commentaire de Catha- rin sur l’épitre aux Hébreux : « Habemus sanguinem et verum san- guinem, quein offerimus ad placandum Deum pro novis culpis, quia

! Alberli opera, cd. Jamms.T. 10. Pars 11, p. 329. UNE PRÉTENDUE « DOCTRINE MONSTRUEUSE » 959

sine sanguine non fit remissio, cujus effusio semel facta semper prodesse debet, modo semper offeratur...... Quotiens offerimus, toties lle sanguis ante aspectum Dei effunditur, h. e. toties illius effusionis eflicaciam præstat, quia cum memoratur illa eflusio (facimus enim in memoriam ejus}, quodammodo renovatur. Oportet enim, ut prosit illud sacrificium applicari nobis. Applicatur autem respectu præce- dentium culparum, quæ sunt sub veteri testomento, per baptismum, respectu autem novarum per sacrificium hoc novim el per alia sacramenta, que absque hoc sacrificio non proficerent, sicut nec absque illo Christi sacrificio prodesset baptismus... Ordinatum est nobis sacrifi- cium corporis et sanguinis Christi incruentum, ut sit satis pro om- nibus causis.. ad laudem et gratiarum actiones exhibendas Deo, et ad nova beneficia impetranda, et ad deletionem recentiorum pecca- lorum, quam wim lamen habet ab slla unica oblatione per Christum facta, que in his nostris oblationibus recolitur., Nam sicut nos oportet pro aubis etinvicem: pro toto corpore Ecclesiæ orare, quamvis pro nobis omnibus Christus oraverit, ita oportet et nos pro nobis sacrificare, quanquam Christus pro nobis et pro toto mundo sacrificaverit, qguia 8ic applicamus nobis illius el orationem et sacrificium!. » Le Rev. Puller cite un sermon de Latimer, évêque de Worces- ler, dans lequel il serait « clairement démontré qu'une doctrine monstrueuse touchant le sacrifice eucharistique avait été populaire- ment répandue en Angleterre, durant la première partie du xvr siè- cle» ip. 403:. C'est en 1536, à l'ouverture du synode provincial de Cantorbéry, que Latimer prononça ce discours. Il y parle de prédica- teurs anglais « déclamant quelquefois les idées des hommes à la place de la parole de Dieu, préchant en même temps au peuple que la rédemption accomplie par la mort du Christ ne doit profiter qu'à ceux qui sont morls antérieurement à son [ncarnation ; et que conséquemment le pardon des péchés et la rédemption achetée avec de l'argent et in- ventée par les hommes, est la seule efficace, et non la rédemption qui nous a été procurée par le Christ. » Le Rév. Puller est d'avis « qu'il aurait été impossible pour l’évêque d'adresser de telles pa- roles à un tel auditoire, si elles n'avaient pas été vraies ». Au même titre, on pourrait dire que les protestants d'Allemagne, dans leur confession de foi lue publiquement à la diète d'Augsbourg, n'auraient pas osé imputer aux catholiques la doctrine monstrueuse dont nous avons parlé plus haut, si cette doctrine n'avait pas été enseignée par les catholiques. Et pourtant, l'imputation élait fausse; les théologiens catholiques la repoussèrent comme une calomnie. Qui nous dit qu'il n'y eut pas de réclamations au synode de Cantor-

? A.CaTaarinus, Commentaria in omnes D. Pauli el «alias seplem canonicas epislolas. Venetiis, 1551, p. 539-540. 260 REVUE ANGLO-ROMAINE

béry? D'ailleurs, Latimer n'était-il pas protestant, et n'avait-il pas l'habitude de se livrer à des déclamations passionnées contre le clergé et le culte catholique? Dès 1532, il avait été frappé de l'er- communication à cause de ses sermons hérétiques. Il se rétracta, il est vrai, mais pour recommencer bientôt après les mêmes errements, ce qui poussa même Henri VIII à le faire emprisonner conime lutht- rien!. Les affirmations d'un pareil détracteur de l'Église catholique n’ont, dans l'espèce, aucune valeur probante. Au lieu d’en appeler à un témoin aussi peu sûr, qu'on veuille bien nous citer quelque auteur catholique qui ait enseigné la « doctrine monstrueuse » sur le sacrifice de la messe. C’est ce que demandaient, dès 1530, les théologiens catholiques réunis à Augsbourg; c'est c que nous sommes en droit de demander encore aujourd’hui : « Osten- dant nobis eum qui sentiat Christum solum pro peccato originis in passione selisfecisse, et nos tam adversabimur ei quam Luthero. Nunquam ita docuere catholici. »

                                                      D° N. PAULUS,



  Munich (Bavière).

! Voyez la notice biographique consacrée à Latimer, par le Dr Bellesheim, dans le Freiburger Kirchenlexikon, t. VII, 1891, p. 1502 sqq. CHRONIQUE

Clôture de la Commission. — La commission chargée de l'étude des ordinations anglicanes a terminé hier ses travaux. Certains pensent que le Saint-Office sera saisi de la question; d'au- tres croient qu’une commission de cardinaux va être formée pour donner son avis.

L'Église anglicane et l'Église russe. — Le professeur Soko- lof, professeur d'histoire ecclésiaslique à l'Académie ecclésiastique de Moscou, vient de publier dans le Messager théologique de Moscou, deux articles sur la question des ordinations anglicanes. Dans le premier, le docte professeur donne un résumé de l’histoire ecclésias- tique en Angleterre, depuis le temps d'Henri VIIT jusqu'au temps d'Élizabeth. Dans le second, il démolit la fable du Nag's Head et il établit l'authenticité du registre de l'archevéque Parker. Il conclut que le fait de la consécration de Parkerpar quatre consécrateurs dans la chapelle du palais de Lambeth, selon le rite autorisé sous le règne d'Édouard, est démontré. M. Sokoloff annonce deux autres articles dans lesquels il examinera, si la consécration de Parker était cnoniquement légitime et si les Russes peuvent reconnaitre sa vali- dité,

Le couronnement du Tsar.— Le Times annonce qu'avec l’as- sentiment de la reine, l'archevêque de Cantorbéry a député l’évèque de Peterborough pour représenter l'Église d'Angleterre au couron- nement du Tsar.

Une lettre de l'évêque de Stepney. — Au sujet des réor- dinations qui auraient eu lieu sous la reine Marie Tudor, le T. Rev. D' Browne, évêque de Stepney, auxiliaire de l'évèque de Londres, vient d'adresser au Times la lettre suivante :

« On a souvent dit qu'il n’est fait mention nulle part de réordina- tions qui avaient été faites par les évêques de la reine Marie des sujets ordonnés sous le règne d'Édouard VI. Il est toujours vrai, d'après ce que j'en sais du moins, qu'il n’y a dans les registres des évèques du temps de Marie aucune preuve qu'ils réordonnè- rent. Mais un examen attentif de ces registres, examen auquel 262 REVUE ANGLO-ROMAINE

s'est livré depuis plusieurs mois le Rev. W. H. Frere, au nom de la Church Historical Society, a révélé un fait qui, en vue de l'enquête faile actuellement, doit être, pensons-nous, rendu public le plus tôt possible. Sans cette raison spéciale, nous eussions attendu nalurelle- ment que l’évidence absolue se fût faite sur la matière et quela ques- tion püt être complètement traitée et élucidée. «Une comparaison des listes des sujets ordonnés par certains des évèques du temps de Marie avec celles des sujets ordonnés par les évêques du temps d'Edouard montre d'une manièresi flagrante qu'une coïncidence de noms ne saurait fournir une explication suffisante, que quelques-uns des évêques du temps d'Edouard réapparaissent sur les listes des sujets ordonnés au même degré par les évèques de la reine Marie. «Les ordonnances de la reine Marie que nous avons dansle registre de Bonner furent publiées le 4mars1554.Elles viennent d’être publiées dans une collection extrêmement utile de Documents instructifs sur l'Histoire de l'Eglise, par le Rev. Henry Gee et M. W.J. Hardy. Dans ces ordonnances, ainsi qu'on le sait, les évêques reçoivent l’ordre, non de réordonner, mais de « suppléer à ce qui faisait défaut » chez les sujets précédemment ordonnés. Les cas auxquels je fais allusion se retrouvent, à la fois avant, et un mois ou deux après ces ordonnances. « Il n’y a trace nulle part dans les registres qu'on ait ainsi suppléé à ce qui faisait défaut. Il se peut bien que lorsqu'un évêque de Marie suppléait ainsi à ce qu’il supposait devoir faire défaut, il inscrivail le nom du sujet avec ceux des autres qui étaient ordonnés en même temps; et alors les cas découverts par M. Frere ne seraient nulle- ment des cas de réordination, ou bien ils peuvent avoir été dus aux opinions personnelles de certains évêques sur des points techniques ou aux scrupules de sujets ordonnés d’après l'Ordinal de la Réforme et qui demandaient une réordination sous conditions. Le total des cas ainsi découverts ne dépasse pas treize ou quatorze, et il est clair que nous ne sommes pas en présence des effets d’une ordonnance générale, d'une ligne de conduite publique, ou d’aucun principe ren- dant la réordination obligatoire. «Si nous en venons à la question de la possession des bénéfices, j'ai pour ma part examiné l'automne dernier plus de cent des nomina- tions qui furent faites par la reine Marie, toutes celles des cinq dio- cèses les plus importants, y compris celui de Londres, et depuis M. Frere en a examiné une centaine de plus. La cause, autre que la mort, qui sous le règne de Marie privait légalement un clergyman de la possession de son bénéfice est celle que nous savons, c’eslt-à- dire que ce clergyman était marié, conjugatus. D'autre part, il y a des cas évidents de sujets ordonnés sous l'Ordinal anglican (non mariés ceux-là) qui furent laissés en possession de leurs bénéfices. « La majorité évidente du petit nombre de cas auxquels je fais allusion se trouve dans le registre de Bonner. M. Frere vient seule- ment de trouver les listes de Bonner, sous le règne de Marie, listes qu'il avait jusque-là cherchéesen vain. Tout considéré, cela a élé une CHRONIQUE 263

plus grande surprise dans le passé de voir que Bonner ne réordonnait pas alors qu'il le pouvait, que ce ne l’est actuellement, pour quicon- que connaît l’homme et son époque, d'entendre qu'il faisait entrer dans ses listes d’ordination certains sujets qui figurent aussi sur les listes de Ridley au temps d'Édouard. Les anglicans n’ont en aucune manière appuyé leur conviction en la validité deleurs ordres sur cette croyance que, durant la période deréaction iutense que fut le règne de Marie, alors que l’on espérait que la Réforme était à jamais déra- cinée en Angleterre les controversistes romains reconnaissaient la validité de l’Ordinal d'Édouard VI. L'action des évêques du temps de Marie est un fait historique ; il ne touche pas aux fondements plus profonds sur lesquels reposent nos ordinations. «M. Frere poursuit activement ses recherches. Nous en publierons l'ensemble sous la forme la plus complète dès que nous aurons Ha satisfaction de voir nos recherches conduites aussi loin qu'il est possible. » « G.-F., évêque de Slepney. »

Les ordinations anglicanes. — Nos lecteurs viennent de lire la lettre que le T. Rev. D° Browne, évêque auxiliaire ‘anglican) de Londres, et président du comité de la Church hisiorical society, a adressée au Times. Il n’est peut-être pas inutile de remarquer la loyauté que cette publication fait particulièrement ressortir au milieu des circonstances présentes. Dans l'étude des ordinations anglicanes, on s’est naturellement beaucoup préoccupé de la conduite de l'Église catholique vis-à-vis de ces ordinations. Le décret du Saint-Office rendu en 1704, à l'oc- casion de Gordon, formait la base connue de la jurisprudence ro- maine en la matière; mais, de tous côtés, on se demandait quelle élait la pratique antérieure à ce décret. De nombreuses recherches avaient été faites, en particulier, par de savants catholiques sans donner de résultats. En dernier lieu, M. Frere, prêtre anglican très érudit, membre de la communautéde la Résurrection, fut chargé par la Church historical society de fouiller les archives des différents dio- cèses dans le même but. La lettre publiée par le Times donne les premiers résultats de ces recherches. Le Rév. P. Puller en avait été instruit tout d’abord par une lettre privée de M. Frère. Cette lettre a été remise, aussitôt reçue, entre les mains de l'abbé Duchesne, un des membres de la commission d'enquête. Voilà une conduite qui fait grand honneur aux Anglicans. Nous reviendrons la prochaine fois sur la lettre elle-mème. La commission d'enquête tient fort régulièrement ses séances. Différents journaux, puisant à la même source, annoncent que ses travaux sont très lents et que son rapport sera présenté... au suc- cesseur de Léon X1I1. Que ces bonnes âmes se rassurent, elles ne larderont pas à apprendre que Léon XIII, le pape de la lettre ag Anghs, vit encore. La commission est ainsi constituée : Cardinal Mazella, président; 264 REVUE ANGLO-ROMAINE

Mgr Merry del Val, scerétaire; membres : le Rev. D. Gasquet, béné- dictin; le chanoine Moyes, le P. David, franciscain, le P. Llevaneras, capucin, le D' Scannell, Mgr Gasparri, l’abbé Duchesne, le P. de Augustinis, jésuite. Avant d'entrer dans la commission, D. Gasquet, le chanoine Moves et le P. David défendaient ia nullité; l'abbé Duchesne et le P. de Augustinis s'étaient prononcés pour la validité; Mgr Gasparri avait conclu au doute dans la Æsvue Anglo-Romaine, le D' Scannell avait attaqué le chanoine Moyes dans le Tablet pour son interpréta- tion de la Bulle de Paul IV. L'opinion du P. Lievaneras était incon- rue.

Selon le discret correspondant du Tablet, le secret de la commis- sion est si bien gardé qu’on ne sait même pas en quelle langue s’en- tretiennent les commissaires : sans l'affirmer positivement, nous croyons toutefois’ pouvoir dire que ces Messieurs parlent latin. Et voici l'origine de notre induction. Depuis un mois environ, le savant abbé Duchesne ne partie que latin. Les ufique, les nego toluin pleuvent sur la tête du cher M. Fabre et de la braveet fidèle gouvernante bien surprise d'un pareil langage. Une telle anomalie ne trouve son expli- cation que dans les nouvelles habitudes théologiques contractées au sein de la commission.

Les obstacles à la réunion. — Les’'obstacles à la réunion des Églises, en particulier à la réunion de l'Église anglicane, avec l'Église romaine sont très grands, tout le monde le sait. Mais les plus diffi- ciles à vaincre ne sont peut-être pas les obstacles de fond. Lorsque, entre âmes chrétiennes, on croit au même Dieu et aux mêmes sacre- ments, quand on a un culte égal pour l'antique et primitive Église, il semble relativement facile de se réuniren un même corps visible. Il en serait ainsi de fait si l'enveloppe humaine ne recouvrait pas ces dons surnaturels.

fondeurs, subit à sa surface les influences du milieu. Les mousses envahissent bien le tronc des chènes. En notre âme aux aspirations éternelles, d'amour infini, les vents de ce monde apportent mille germes étrangers de petites vues terrestres et aussi de haines. Lorsque les radicelles de ces parasites peuvent pénétrer jusqu'au cœur de l'arbre, leur force en est bien plus grande. Les passions de l'homme, toujours redoutables, deviennent encore plus terribles quand elles s'appuient sur des motifs religieux. Le catholicisme a été persécuté en Angleterre pendant trois cenis ans. Les catholiques y ont été traités comme des parias. Il ne fau- drait point connaître la nature humaine, pour ne pas juger sans plus ample information que, dans cet état d'ostracisme perpétuel, de per- sécution quelquefois sans merci, il doit s'être formé, sinon chez toux les catholiques du moins chez un grand nombre, un état d'esprit par- liculier. Nous devons fatalement trouver, chez eux, non seulement les CHRONIQUE 263

justes revendications de la vérité, le noble orgueil des enfants tou- jours fidèles mais aussi parfois le mépris à l'égard des frères séparés et des exagérations de toute sorte. - Un prétre dont le nom est très connu, nous donne la note de ces esprits-là. Voici un extrait de ce qu'il a écrit au sujet des Rilualistes : « Sur leurs autels nouveaux, les Ritualistes installent de faux christs et yoflrent, à leurs idoles de pain, l’encens de la prière et l'adoration de leurs cœurs. Des milliers d’âmes, à cause de l'introduction de cette idolâtrie, ont abandonné l'Église établie et ont été poussées jusque dans les rangs des dissidents et jusqu’à l’incrédulité. Hs souillent les sanctuaires de Dieu en installant sur leurs autels nouveaux un dieu étranger, un faux sacrement, un faux Christ, l'incarnation d'un men- songe. Cette caricature de notre Dieu est un spectacle blasphéma- toire et idolätre. Et ceci se manifeste au plein jour du christianisme, dans un pays qui se vante de ses lumières chrétiennes, parmi ceux qui se regardent comme des types de perfection et d’orthodoxie chétiennes. Leurs ministres sont enflammés d'un zèle fanalique pour aider l'œuvre de Salan.. Usons du bien ‘précieux de notre liberté pour résister de tout notre pouvair à ce diabolisme du Ritualisme, à cet Esprit malin de l’ange des Ténèbres qui introduit ainsi, après plus de mille ans l’idôlatrie dans notre pays '. » L'auteur s’attira la belle réponse suivante de la part d’un anglican : e La méthode employée dans ses lettres et adoptée par tant de catholiques romains rend à peu près impossible toute réconciliation el arrête le développement naturel de la grande renaissance catho- lique qui s'opère maintenant dans l'Église anglicane... Est-il tout à fait orthodoxe de la part d'un bon catholique de décider si absolu- ment contre la validité de nos ordres, eu égard à la possibilité que, sur un appel au Saint-Père, une décision en notre faveur pourrait être rendue? Et si nos ordres sont valides {ce que nous croyons fer- mement), alors, comme conséquence naturelle, nous avons la grande Joie de posséder la Présence réelle dans le Très Saint Sacrement; si, de l'autre côté, nos ordres sont invalides, le Divin Maître est bien absent, mais toute l'intention de notre adoration eucharistique est concentrée en un seul et unique objet, le Verbe de Dieu, Éternel et incarné. Où donc est l’idolâtrie matérielle ou autre? Nous adorons Jésus : voilà tout. Bien des accusations et les plus sévères, portées contre l'Église anglicane, sont vraies, hélas! La plupart attaquent des abus et des conceptions qui lui viennent de l'État. Mais je dois affir- mer ma conviction que le pauvre parti kigh-church, tant attaqué de tous les côtés, tel qu'il existe maintenant dans l'Église établie, est l'instrument choisi par la Providence pour déprotestantiser le pays et pour rendre un jour le peuple et l’Église d'Angleterre à la foi catho- que. n

Pour les catholiques semblables à l’auteur des « Faux Ghrists », les anglicans sont des protestants et ne peuvent être autre chose. 1 Tablel, 15 octobre 1810, p. 490. 266 REVUE ANGLO-ROMAINE

Assis dans la barque de la véritable Église, non seulement ils ne jettent pas aux malheureux noyés une corde de salut, mais ils les plongent et les replongent dans leurs erreurs. Si l'Église anglicanea été envahie à certaines époques, surtout par le protestantisme, il est certain qu'elle a fait de grands efforts pour faire fleurir en son sein les saines doctrines. Ces étranges catholiques ne la repoussent que davantage. Comme les vieux Bretons, ils ne peuvent se résigner à rencontrer leurs vainqueurs en paradis. I faut se rappeler Îles causes profondément humaines de cet état d'esprit pour comprendre que des prètres puissent en arriver jus- qu'à se glorifier, comme nous l'assure le cardinal Manning, de n'avoir jamais fait de conversions et pour croire qu'un catholique puisse dire : « Nous, tendre la main à ceux qui depuis trois cents ans nous persécutent, jamais! » C'est la tristesse bien humaine mais bien peu chrétienne du frère de l'Enfant prodigue. — F. P.

S.Em. le Oardinal Galimberti,préfet des archives pontificales, est mort avant-hier, 7 mai, après une courte maladie.

Le cardinal Luigi Galimberti était né à Rome le 26 avril 1836. Or- donné prêtre en 4860, docteur en philosophie, en théologie, en droit canon, il fut professeur d'histoire ecclésiastique à la Propagande etäla Sapience, prélat de la Signature, chanoine de Latran, consulteur du Saint-Office, directeur politique du Journal de Rome, puis du Afoni- teur de Rome. En 1885, Léon XIII le nomma sous-secrétaire d'État aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires; c'est en cette qualité qu'il négocia le rétablissement des relations officiellesentre la Prusse et l'Église catholique, envoyé à Berlin en 1886, archevèque de Nicée et nonce à Vienne en 4887, il fut créé, le 46 janvier 4893, cardinal- prêtre du titre des SS. Nérée et Achiliée. Le Saint-Père, l'avaiten ces derniers temps nommé préfet des archives pontificales et membre de la commission chargée d'examiner les voies et moyens de réaliser le grand dessein de l’Union des Églises. LIVRES ET REVUES

                            LA QUINZAINE

Nous avons donné dans notre numéro du 44 avril la première par- lie du dernier article de M. l'abbé Duchesne, Cafholiques et Romains; nous en donnons aujourd'hui la seconde partie qui en est en mêrhe temps la fin :

Je viens de passer en revue les institutions et les sentiments qui ten- datent à maintenir l'unité ecclésiastique. C'est peu de chose; cependant, avec de la bonne volonté,on aurait pu partir de là pour arriver à mieux. La grande brouille du 1v° siècle aurait pu être reléguée dans l’histoire et faire place à un état de relations plus conforme aux origines. Mais la bonne vo- onté fit défaut. Les évêques de Constantinople, au lieu de se contenter de la situation déjà excessive et antitraditionnelle qu'ils tenaient des assem- liées de 384 et de 481, n'eurent plus qu’une pensée : devenir les véritables chefs de l'Église. Infatués de leur grande ville, de leur place éminente au- près de l'empereur, incapables de compter pour quelque chose ce qui n'était pas grec, ils s’habituérent à se considérer comme le centre du monde chré- Gen. Dès la fin du vie siècle, ils prenaient, en dépit de toutes les protesta- loss romaines, le titre fastueux de patriarche œcuménique. Sans doute ils n’entendaient pas par là se mettre au-dessus du pape: sans doute ils ont toujours protesté qu’ils ne voulaient pas mème diminuer l’au- tonité des autres patriarches grecs. Mais alors pourquoi ce terme d'œcumé- sique, d'universel? S'il veut dire quelque chose, il signifie que le patriarche de Constantinople est patriarche partout; et, alors, que reste-t.il aux autres? S'il ne veut rien dire, ce n'est donc qu'un titre pompeux, vain et mensonger, et, alors, que penser de la modestie de ceux qui l'ont inventé? Le patriarche, autrefois, s'abstenait, par humilité, d'aller à cheval : sa monture était un âne. Il eût mieux fait d'aller en carrosse et de ne pas se parer de titres excessifs pour lui, insultants pour les autres. Encore, si l'on s'en était tenu lèi Mais on voulut aller plus loin. Après avoir été tant de fois ramené de l'erreur à l’orthodoxie par les soins de l'Église romaine, on voulut lui faire la leçon sur le terrain de la disci- pline. C'est ce que l'on vit en 692, au Concile in Trullo ou Quini-Sexte. Cette assemblée se donna la tâche d'introduire l'uniformité dans les divers ae ecclésiastiques. À Rome, en Afrique, en Arménie, bien des détails de discipline ou de liturgie ne concordaïient pas avec la pratique de Cons- tantinople. Le jeudi saint, en Afrique, on célébrait l'Eucharistie après le repas, pour mieux reproduire les circonstances historiques de la dernière têne. Les Arméniens ne versaient point d’eau dans le calice ; ils mangeaient, les dimanches de carème, des œufs et du fromage; dans leurs villages, le Prètre recevait à l'Eglise les morceaux de viande que lui offraient ses paroïssiens. À Rome, le nombre des diacres était restreint à sept, tandis qu'à Constantinople il n’y avait aucune limite; pendant le carême, on célé- rait la messe tous les jours; à Constantinople, les samedis et dimanches seulement, par contre, on jeünait les samedis de carème, ce que l’on ne 268 REVUE ANGLO-ROMAINE

     faisait pas en Orient; à Pâques et à la Pentecôte, on offrait à l'autel le lait
     et le miel pour les nouveaux baptisés, coutume inconnue aux Byzantins.
     Les prêtres et diacres grecs pouvaient user du mariage, pourvu qu'il eût
     été contracté avant l’ordination; le clergé latin n'avait pas la même facilitét.
     Le concile traita indistinctement comme des abus toutes ces particularités
     locales. Du moment qu'on ne procédait pas comme à Constantinople, on
     était en dehors de la tradition; Î fallait revenir à la règle byzantine,
                                                                           et cela
     sous les peines les plus sévères. Excommunication pour les faiques romains
     qui se permettront de jeûner les samedis de carême
                                                      ; destitution          pour leurs
     clercs qui se mettront dans le même cas. Déposition encore pour les prêtres
     et diacres qui refuseront de cohabiter avec leurs femmes et pour ceux qui
     le leur interdiraient. Dans ces deux cas, la menace de déposition s'étend
     évidemment au pape comme aux autres, et méme plus qu'aux autres. S'il
     ne se hâte pas de sacrifier aux prescriptions byzantines les antiques usages
     de l'Rglise romaine, on le dépossédera de son siège et de sa dignité sacer-
      Otale.
       C'est un triste signe des temps que des légats romains aient pu apposer
     leyr signature au bas de cette législation, et que, même à Rome, elle n'ait
     pas rencontré une réprobation plus uniforme et plus manifeste. C'est que
      ustinien 1] était un tyran avec lequel on ne badinait pas. Il soutint son
     concile   par des mesures de violence: sous les papes Serge (687-741).
     Jean VIT (705-707; et Constantin {708-745}, des commissaires impériaux
     vinrent à Rome, enlevèrent les conseillers du pape, essayèrent même de
     fléchir celui-ci par la terreur. Mais ni les violences ni les caresses, qui
     les remplacaient quelquefois, n'eurent de résultat décisif. Le pape Jean VII
     fut accusé de quelque faiblesse; cependant il ne donna          pas sa signature.
     Le conflit se termina par le voyage du pape Constantin à k cour impériale.
     Ce pontife réussit à faire accepter du souverain les raisons qu'il avait de
     s'abstenir, sans toutefois fulminer contre le concile. La mort deJustinien
                                                                              II
     délivra Rome de ses obsessions: mais les canons litigieux demeurérent
     dans le droit byzantin, témoignage durable d'une entreprise avortée sans
     doute, mais significative, contre l'indépendance et la dignité de l'Eglise ro-
     maine
 É     Si Rome fût demeurée byzantine, onu ne peut guère douter que d’autres
 ;   tentatives du même genre ne se fussent         produites. Mais, depuis l'avène-
     ment au trône lomhard du roi Liutprand, la situation de l'empire en Italie
     devenait de plus en plus précaire. Un essai de réforme religieuse, l'aboli-
     tion du culte des images, inaugurée en 726 par l'empereur Léon l’Isaurien,
     échoua complètement en Italie, devant l'opposition des papes Grégoire H et
     Grégoire HI. Le gouvernement byzantin sentit alors qu'il n'était plus en
     son pouvoir de violenter les consciences dans ces pays lointains. Aprés
     quelques tentatives, il se décida à Jaisser le pape tranquille et mëmea
     user de son influence pour ses négociations avec les redoutables Lombards.
       Cette querelle des images, qui agita si longtemps l'Orient (726-842) donna
     lieu à de nouveaux schismes entre Rome et le patriarcat. Les moines grecs
     avaient pris vivement parti pour les images, ils avaient pour eux les gens
     pieux et la masse du populaire; mais l'épiscopat et l’armée soutenaient le
     gouvernement. C'était à peu prés la situation du 1v° siècle, du temps de
     saint Athanase et des ariens.    Rome n'y intervint que faiblement; bientüt
     rassurée, pour ce qui la concernait, contre les violences matérielles de
     l'empire grec, elle se borna à donner asile aux moines persécutés et à dé-
     fendre sa tradition par des manifestations conciliaires.

ed Do

       Du reste, au milieu de cette crise religieuse, il se produisit dans l'ordre
     politique un événement considérable qui contribua beaucoup à rendre difi-
     cile et méme à aigrir les relations entre l’Église latine et l'Église grecque.
     Rome cessa de relever de l'empire byzantin pour passer sous le protectorat
     franc. De quelque facon que l'on explique les circonstances de ce change-

FERTE

ki 1 Usages d'Afrique incriminés par le concile, canon 29; d’Arménie, c. 32,3%, F 56, 99; de Rome, 18, 16, 30, 52, 55, 50, 57. LIVRES ET REVUES 269

ment, tout le monde comprenë qu'il ait été fort désagréable à la cour de Constantinople et qu'il ait blessé, dans son ensemble, l'opinion grecque. Rome séparée de l'empire romain, Rome tombée sous le joug des barbares, Rome cessant d'être romaine, car c'est ainsi qu'on se représentait les choses, cela parut une monstruosité. On partit de là pour justifier le mor- cellement du patriarcat romain. Les anciennes provinces grecques de l'Illy. rieum furent rattachées au patriarcat de Constantinople; il en fut de même des évéchés de Sicile et de la basse Italie, partout où l'autorité directe de l'empereur était reconnue. Provisoire au viite siècle et au 1x°, cette mesure devint définitive aux environs de l'an 900. Les catalogues des sièges épis- copaux du patriarcat en expliquent nettement l'origine. « Ces provinces, disent-ils, ont été rattachées au synode de Constanti- « nople parce que le pape de l’ancienne Rome est entre les mains des bar- a bares !; il en est de même, et pour la même raison, de la province de « Séleucie d’Isaurie, séparée du patriarcat d'Orient. » Le siège patriarcal d'Orient, Antioche, était au pouvoir du calife, tandis que la province d'Isau- rie defneurait soumise à l’empereur,On voit que l'Etat franc et l'Etat mu. sulman sont mis ici sur le même pied. Pendant les dures persécutions qu'ils eurent à souffrir pour la défense des images, les moines grecs tournèrent souvent les yeux vers Rome. Besu- coup ÿ émigrérent: d'autres, comme saint Théodore Studite, invoquèrent avec instance l'appui du Saint-Siège. On a souvent tiré de ses lettres des textes fort éloquents sur la primauté et l'autorité du pape. Ils font suite aux appels de saint Basile, de Chrysostome, de Flavien, d'Eusèhe de Dorylée, de Théodoret, de Sophronius et de tant d’autres, C’est toujours la même chose. Quand on a besoin du pape, quand on espère quelque chose de lui, ses prérogatives sont claires; on les relève, on les exalte avec toutes les pompes du style. Dès que l'on peut se passer de lui, on ne se souvient plus e rien.

Cela se vit bien, au déclin du rx*siècle, dans la fameuse querelle d'Ignace et de Photius. Ignace est dépossédé de son siège par Photius; aussitôt son appel se fait entendre à Rome. Le pape parvient-il à le réintégrer dans son patriarcat, il s'empresse, sur l’heure même, d'intriguer avec les Bulgares pour soustraire leur Eglise naissante à l'obédience romaine. Malgré toutes les réclamations, il persiste dans cette attitude, si bien qu’un ultimatum avec menace de déposition lui était expédié, quand on apprit à Rome qu'il venait de mourir?. On connaît assez les détails de cette histoire, sur laquelle, toutefois, les travaux du P. Lapôtre ont déjà jeté et jetteront des lumières nouvelles. On pourra trouver que le pape Nicolas, médiocrement conseillé, s'embarqua assez mal à propos dans une querelle fort grave, qu'il eût facilement évitée, et dont le Saint-Siège ne se tira pas sans un nouveau déchet dans sa con- sidération en Orient. Nicolas et quelques-uns de ses sucéesseurs parlèrent très fort à Photius; mais, outre que Îles lettres ne parvivrent pas toutes à destination, il leur fut répondu, et sur un ton tout aussi élevé. Nicolas déposa Photius; Photius déposa Nicolas. Prononcées à distance, ces sen- tences ne furent suivies d'aucun effet. Deux fois, il est vrai, Photius per- dit son siège patriarcal, mais par suite de changements politiques et non point en exécution de décisions pontificales. Si le concile de 869 ratifia sa destitution, celui de 8789 consacra son rétablissement ; l'un et l’autreavaient à leur tête des légats du pape, lesquels, pour le fond des choses, ne furent point désavoués. Ïl est facile de voir, en comparant les documents de ces deux assemblées, que la sentence de 869 fut subie par l'ensemble de l'épis- copat grec, et avec beaucoup de répugnance, tandis que celle de 879 ne ren- contra guère que de l'enthousiasme. Le pape Jean IX finit par passer l'éponge sur toutes ces querelles et par reconnaître tous les patriarches,

1 Aa 6 td tv dôvév natéyeodar tv nérav vhs npecéuréonc ‘Paunc. PARTHEY, Hieroclis Synecdemus, p. 14. ? Baronius l'a mis au martyrologe romain; c'est beaucoup d’indulgente. 270 REVUE ANGLO-ROMAINE

photiens ou ignatiens, comme à Constantinople on reconnut tous les papes, qu'ils eussent été ou non adversaires de Photius, De cette inutile querelle deux choses restèrent : le souvenir d'une lutte soutenue, non sans succès, contre l'Église romaine, et la littérature de Photius. Là, pour la première fois, se trouve consignée par écrit la protes tation grecque contre le Filioque; pour la deuxième fois {car le concile Trullo avait commencé), on entend le chef de l'Église grecque faire le pro- cès à l'Eglise latine pour les particularités de ses usages. Et tout cela est présenté avec le plus grand talent d'écrivain ‘et de polémiste. Ces livres étaient faits pour entretenir les inquiétudes de l'opinion à l'endroit des Occidentaux. Ils furent lus el imités ; tous les controversistes byzantins s'en sont inspirés. Photius avait évidemment les défauts de son compatriote Ulysse, mais il en avait aussi les qualités redoutables. Dans l'affaire de Photius, comme dans celle des images, le Saint-Siège s'appuyait, en Orient, sur un parti religieux plus ou moins important. il avait eu pour alliés les moines défenseurs des images, puis les partisans d'Ignace, peu nombreux, mais fort tenaces: il triompha avec les premier et se résigna avec les autres. C'étaient des alliés fort honorables. Au x siécle, on voit encore le pape mêlé aux affaires byzantines: mais ses alliances lui font moins d'honneur, et le rèle qu'il aceepte de jouer est aussi peu propre que possible à le relever dans la considération des personnes religieuses. C'est d'abord l'affaire de la tétragamie. L'empereur Léon VI à contract quatre mariages, et il faut avouer qu'il a eu pour le faire de très graves rai- sons, Mais l’usage grec ne permet que deux mariages; de à conilit entre le souverain et son clergé, celui-ci conduit par un homme aussi adroit que Photius et presque aussi lettré, ic patriarche Nicolas Mystique. Réduit aux ubois, le pauvre empereur imagine de recourir à une sorte de concile ærer- ménique : il fait venir des pays musulmans trois représentants des patriar- ches orientaux ; de Rome le pape Serge [1 lui envoie des légats (907). Ceux- ci, naturellement, ont le premier rang et dans la conduite de l'affaire et daus les responsabilités. Ils ne pouvaient guère canoniser le droit byzantin: car l'Église latine ne connaissait pas ces restrictions matrimoniales, et Charlemagne avait offert à cet égard un illustre et significatif exemgle. Ils donnèrent raison à l'empereur. Les gens religieux, même ceux qu n’aimaieut pas le patriarche et qui aidérent à le remplacer, virent dan: cette décision une grave entorse donnée à la morale chrétienne. Mais que ne durent-ils pas penser quand ils virent, vingt-six ans plus tard, arriver à Constantinople des légats chargés de leur imposer un p#- triarche de treize aus, sous prétexte que cet enfant était le fils de l'empe- reur de fait, l'usurpateur Romain Lécapène? Nous avons connaissance des protestations que souleva, chez les canonistes grecs, une installation ausst étrange. On contestait au pape le droit de se mèler de l'élection du pa- triarche: on disait qu’il n'y avait pas de précédent; que, sans doute, quan il y avait un dissentiment dans la foi, il était d'usage d’invoquer le secours du pape et des autres patriarches, mais que l'intronisation de l'archevèque de Constantinople s'était toujours faite sans leur concours. Ceci, ce sont des ohjections de légalité: mais ce n'étaient pas les seules, hélas! | Ces deux faits, quelque lamentable impression qu'ils aient pu produire en Orient, peuvent néanmoins servir à prouver : 4° Que les rapports de communion entre Rome et Constantinople se maintenaient tels qu'ils avaient été établis en 900, sous les auspices du pape Jean IX: 2 Que l'autorité du patriarche était toujours considérée comme infé- rieure à celle du pape, soutenu ou non par les patriarches orientaux : €° sont les principes byzantins d'avant Photius; on continue de les appliquer:

. LH faut dire que le pape Jean XI, qui envoya ces légats, était lui-même fort jeune, et que, comme le petit patriarche Théophylacte, il était fils d'usurpateur: sa mère, Marozie, représentait à Rome, au temporel, le pouvoir de fait. LIVRES ET REVUES 971

3% Que les aigreurs spéciales de Photius, au sujet de la discipline et du Filioque, étaient oubliées à Constantinople. La situation ne se modifia pas pendant les cent ans et plus qui s'écou- lérent jusqu'à Michel Cérulaire. Tout au plus peut-on dire que, la con- quête de la Sicile par les Sarrasins ayant jeté sur le continent italien un souvel afflux de population grecque, il s’ensuivit dans l'organisation ecclé- siastique de ce pays un développement de l'influence patriarcale. Déjà, vers fa fin du 1x° siècle, on y comptait deux métropoles suffragantes de Constantinople, Reggio et Santa-Severina. Le x siècle vit ériger celles d'Otrante, de Tarente, de Brindisi. Du côté latin, le pape y opposa celles de Capoue, Salerne, Bénévent, Bari, Naples, Sorrente, Amalfi. Mais cette concurrence n’entrainait pas une rupture déclarée. Le pape continuait à protester en théorie contre le morcellement de son ancien ressort métro- politain; en fait, il s’y résignait, et il s'y résigna jusqu'à ce que les Nor- mands, en modifiant l'obédience politique, eussent ramené l’obédience ecclésiastique à son état primitif. La rupture devrait donc être mise au compte de Cérulaire et des siens, Mais, de l'histoire que je viens d'exposer, il résulte clairement que ces personnages eurent peu de chose à faire pour consommer une œuvre aussi avancée. Le fruit était trop mür pour ne pas tomber au moindre vent. En réalité, le schisme grec remonte au Iv* siècle: ses premiers auteurs ve sont ni Cérulaire ni Photius, mais Eusèbe de Nicomédie et les com- plices de son opposition au concile de Nicée. C'est sous la direction de ce parti que s'est d'abord organisée l'autonomie de l'épiscopat byzantin. Cette autonomie s'est révélée d'abord sous deux aspects néfastes : à l'aurore de son histoire, l’Église grecque nous apparaît en guerre contre la tradition chrétienne sur l'absolue divinité de Jésus-Christ, et en coquetterie avec le despotisme impérial. La guerre doctrinale finit par cesser, pour renaitre, hélas! sur d'autres points; mais la coquetterie ne cessa pas; elle aboutit même à ce triste mariage que l'on désigne par le nom de césaro-papisme. H est possible que, méme en dehors de tout conflit religieux, méme si tout l'épiscopat grec eût sincèrement accepté le concile de Nicée, l'attrac- tion de la cour et de la capitale eût déterminé un groupement des Eglises orientales autour du siège de Constantinople, et que l'autonomie grecque se fût dessinée plus ou moins rapidement. La différence de langue et le dédain hellénique pour le monde latin eussent agi de leur côté. L'empire romain avait pu réduire à une condition inférieure ou même supprimer les autres langues, le syriaque, le copte, le celte, libère, le punique, le ber- bère, l'étrusque et tant d’autres; mais, pour le grec, il n'était arrivé à aucun résultat; il ne s’y était même pas essayé. Le grec était, à côté du latin, une seconde langue oflicielle, C’est pour cela que l'empire finit par se diviser en deux. Et ce n'était pas seulement une question de langue ; Latins et Grecs savaient que toute la culture intellectuelle de l'Occident venait de l'antique hellénisme. De là une supériorité qui, une fois l'empire partagé, donna bientôt à la moitié grecque la prépondérance sur l’autre. «

Les mémes causes produisirent dans l'Église des effets analogues, Si Photius parle si fièrement au pape Nicolas, si Cérulaire se rit des légats de Léon IX, si le patriarche Anthime est si hautain vis-a-vis du Vatican, cela tient, dans une certaine mesure, à ce que Plaute est l'élève de Ménandre et Virgile celui d'Homère. Les bons vieux chrétiens de Phrygie st d'Achaie, au temps des persécutions, se préoccupaient plus de l'Evan- gile et du dernier jugement que des gloires littéraires d'Athènes. Le royaume des cieux leur tenait plus à cœur que la tradition hellénique. Tant qu'il n'y eut qu'eux à compter, tout alla bien; mais, avec le temps, les Grecs cultivés se convertirent. Avec eux pénétra dans l'Église l'infa- tation NMttéraire de l’hellénisme et sa philosophie dissolvante. La philoso- ghie ravagea les croyances, soit en les attaquant, soit même en les défen- ant par les procédés dangereux qu'elle mit parfois à leur service. L'infa- tuation littéraire soutint la morgue politique et lui aida à vicier totalement la conscience ecclésiastique. Les serviteurs de Dieu cherchérent et trou- 272 REVUE ANGLO-ROMAINE

vèrent autre chose que le royaume de Dieu. Ils n'eurent plus souci de sou unité; ils ne se préoccupérent que d'y avoir des préséances. Mais tout cela c’est de la vieille histoire, 11 n°v a plus d'empire romain, ni latin ni grec ; à peine y a-til un patriarche de Constantinople : les personnages qui se parent de ce titre ne sont que des fantômes, de marionnettes, que l'on voit tour à tour apparaitre et disparaître au gré d'un comité plus ou moins occulte, qui n’est lui-même guidé par aucun intérêt religieux. L’hellénisme, c'est nous, Occidentaux, qui le représen- tons; c'est nous qui savons le grec, qui avons conservé la tradition des études grecques, qui reconquérons chaque jour quelque fragment de l'hellénisme, artistique ou littéraire. Ce sont nos lois, nos mœurs, notre industrie, qui, peu à peu, rappellent à la vie le vieil Orient et qui, plus ençore que nos armes et notre diplomatie, le mettent en état de secouer les servitudes qui l’oppriment encore. Les rôles sont renversés : le soleil continue à se lever à l'Orient, maïs la lumière spirituelle vient de l'Occident. Pourquoi, dès lors, s'attacher à cette archéologie ecclésiastique? Pour- quoi sur le christianisme vivant laisser peser toutes ces choses mortes? Nos ancètres se sont querellés: les uns avaient tort, les autres avaient raison; peut-être n'étalent-ce pas toujours les mémes. Qu'ils dorment dans l'histoire. Pour nous, tenons-nous-en à l'Évangile vivant, où l'unité nous est présentée comme un devoir essentiel, où le centre de cette unité nous est indiqué par, ces claires paroles: « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » — Abbé DUCHESNE. DOCUMENTS

                       LEO       PP,    XTII

                             MOTU PROPRIO

Auspicia rerum secunda quæ Nobis, Orientem christianum aposto- lica providentia respicientibus, divina gratia benignissime obiulit, animum sane confirmant augentque ut incepta Nostra omni conten- tione et spe persequamur. Editis quidem nonnullis actis præsertim Constitutione Oréentalium anno mpcecxcut, jam quædam sunt à Nobis opportune declarata et decreta; quæ aliis alia modis conduce- rent simul ad studium decusque pristinum religionis in eis gentibus excitandum, ad earumdem conjunctionem cum Petri Cathedra obs- lringendam, ad reconciliationem fovendam dissidentium. Quo tamen inslituta consilia rectius in dies procedant uberiusque eveniant, opti- mum factu ducimus aliquot capita præscriptorum hortationumque subjicere, tanquam ejusdem additamentum Constitutionis; quatenus aimirum attinet ad communem sentiendi agendique rationem, quæ lanlis procurandis rebus majorem in modum est neccssaria. — Nam apud Orientales singularis omnino et hominum et regionum conditio à longinqua antiquitate occurrit Ecclesiæ. Scilicet persæpe in uno codemque loco æque obtinent dissimiles iique legitimi sacrorum rilus, proptereaque totidem sunt ritu vario antistites pluresque sin- gulis &dministri; accedunt non pauci numero sacerdoltes latini, quos in illorum adjutorium et levamen : Apostolica Sedes imittere consuevit; sunt prætcrea, qui, ad firmamentum unitatis catholicæ, delegalo a romano Pontifice funguntur munere, ejus mandata faciunt, volun- latem interpretantur. Eos igitur in suis quemque partibus obeundis nisi eadem sancta mens et salutaris, omni privata causa posthabita, moveal, nisi eadem in fratrum morem affectio consociet, non ita qui- dem laburibus et expectationi responsurus est utilitatum pro- ventus. Intima vero voluntatum conjunctio et consensio proposito- rum, sicut Dei minisiros maxime decet, ita in opinione hominum adeo Ecclesiam catholicam commendare solet, ut filios discordes non semel ad sinum ejus suavi quodam incitanento vel ipsa reduxerit. Hujusce rei æquum est antecedere exemplum pariter in Delegatis Nostris atque in Venerabilibus Fratribus Patriarchis, quum ceteris gradu et potestate antecedant : ad cosque singulariter spectare videtur commonitio Apostoli : Curitale fraternitatis invicem diligentes, honore invicem prævenientes ?. — Winc sane excellentia iidem haurient bons, atque illud, tam optabile in præsentia, ut suam ipsorum digni- latem melius possint ac felicius tueri. Siquidem initarum rerum tursus in rei catholicæ profectumi, vehementer exposcit ut eorum ! Const. Benedicti XIV Demandatam.

Rom. XII, 40.

  RRVUX ANULO-ROMAINE. = T. Il. -— Â8

274 REVUE ANGLO-ROMAINE

personis muniisque sua stet omni ex partecommendatio atque etiam in dies accrescat. Id Nobismetipsis adeo cordi est, ut quasdam cogi- tationes et curas in hoc item genere optime collocatas censuerimus, Nec enim quemquam fugere potest quantum deceat et omnino expe- diat, apud catholicos nuilum dignitati patriarchali deesse ex eis præ- sidiis ornamentisque quibus illa abunde utitur apud dissidentes. Exploratum est autem, Sedis Apostolicæ eo amplius ibidem florere nomern majoremque simul explicari virtutem, quo plus honesla- menti legatis ejus comitetur. Quapropter induximus animum sic efficere ut in hoc aptius utrisque, Patriarchis et Delegatis, esset con- sultum, eoque simul picrum emolumenta operum augerentur eccle- siis. Reapse quidem certam illis vim subsidiorum annuam, catholi- corum liberalitate pia adjuvante, decrevimus, attribuimus. Jamvero fidenti fraternoque, prout dikimus, animo studeant Patriarchæ communionem consiliorum in majoribus rebus habere per litteras cum Delegatis eo Nostris : præterea commodo, ut quæ negotia ad Apostolicam Sedem delaturi sint, expeditius procedanti et transigantur. Unum autem est quod, pro gravitate sua, singulari Nostro non modo hortatu sed jussu dignum existimamus : videlicet ut Patriarchæ congressiones actitent cum Delegatis Apostolicis, binas saltem quotannis, quo tempore et loco inter ipsos convenerit. Ea res, ubi rite sit acta, plus quam dici possit devinciet benevolentia animos. viamque muniet ad persimilem agendi tenorem. — Ita in Domino congressis primum erit provincias sibi creditas generatim prospicere, et considerare quo statu sit atque honore in illis religio, qui pro- gressus inter catholicos facti, quænam ipsorum maximeque cleri erga dissentientes studia, quænam in his voluntas requirendæ uni- tatis, aliaque ad cognoscendum peropportuna. Exinde se dabuni res propriæ et peculiares, in quibus deliberantium prudentia ususque elaboret. Atque episcoporum provincialium causas, si quæ sint, lice- bit, accurate expensas, ex æquo et bono componere; eis tamen salvis atque integris quæ juris sunt sacri Consilii christiano nomini propa- gando. Tum vero de recta fidelium administratione, de cleri disci- plina, de monachorum vel aliis piocrum institutis, de missionum necessitatibus, de cultus divini decore, de cognatisque agetur rebus, quæ diligentissime cautissimeque sunt reputandæ : certis autem et communibus, quoad fieri possit, rationibus providendum est ut reli- gio catholica et partos fructus conservet et multo capiat ampliores. Nobis tria maxime accommodatain medium proferre libet, seu verius revocare, quum fere eadem alias per occasionem attigerimus. — Est primum, oportere curas exquisitas in eo impendi ut alumni sacri ordinis ad doctrinam, ad vitæ sanctimoniam, ad sacrorum peritiam optime informentur et excolantur. Collatis vero consilits, facilius certe liquebit quemadmodum singulis Patriarchis sua sint probe con- stituta seminaria clericorum, sensimque amplificentur et vigeant: ita plane, ut ea demum existat operaricrum evangelicorum copia et præstantia, quæ messi sufficiat augescenti, quæque nomini catho- lico reverentiam adjiciat. Expetito rei eventui bene ïi favere poterunt NOTU PROPRIO 275

sacerdoles nativi, quos Roma ex propriis gentium collegiis crebro in orientem remittit, non tenui censu ingenii virtutisque animi ins- tructos. De hoc ipso bene admodum Delegati Apostolici merebuntur, sicuraverint ut etiam ex latinis idonei viri advocentur qui parati sint adjutricem operam clericis erudiendis conferre. Hic Nos facere quidem non possumus quin merità honestemus laude nonnullas Reli- giosorum familias, quarum sedulæ alacritati multam in eo genere ab orientalibus tribui gratiam jam diu est Nobis compertum. — Alterum est, nec minore profecto diligentia dignum, de puerilis educationis sustinendis multiplicandisque scholis. Per se apparet quanti illud sit ponderis ut primæ ætatulæ, una cum litterarum primordiis, ne quid imbibant veritati institutisque catholicis adversum; eo vel magis quod contra Jjé/# {enebrarum, prudentia pollentes et opibus, eâdem in re enilantur quotidie impensius. Necesse est igitur ipsa sanæ doc- tricæ principia et religionis amor ita in molles animos infundantur, ut eos afficiant innutriantque penitus ad catholicam professionem : 2eque aliorum certe vel studiosior in hac parte vel fructuosior erit ipdustria, quam eorum qui sese bono pueritiæ sacris in sodalitatibus devoverunt. Quin etiam ex hujusmodi disciplina, in qua qui religio- nem moresque tradunt, suo ipsi facto plus tradunt quam præceptio- nibus, id facile est profecturum, ut spei optimæ alumni semina sacer- dotii religiosæve perfectionis mature excipiant et colant : plures autem utriusque sexus indigenas ita succrescere, non una de causa omanino lætabile et perutile est. —— Tertio videtur loco pariter esse frugiferum, operam dari ut ephemerides similesve ex intervallo paginæ, scienter moderateque factæ, fusius pervulgentur. Tales quippe scriptiones, uti tempora sunt ac mores, religioni percom- mode inserviunt, sive ad rcfellenda quæ calumnia vel error in eam confingant, sive ad fidele ipsius studium alendum in animis atque incitandum : id præsertim ubi non ita frequens copia sit sacerdotis, pabulum doctrinæ et hortationis sanctæ impertientis. Nec prætereun- dum, quod catholici scriptis lis legendis ea cognoscunt quæ variis in locis quoquo modo contingant, cum religionis connexa rationibus : cujusmodi sunt fratrum egregie facta vel cœæpta, impendentia a fal- laciis adversariorum pericula, pasiorum suorum et Apostolicæ Sedis lhboriosæ curæ, Ecclesiæ succedentes dolores et gaudia quæ iden- tiden cognita profecto adjumenta bona suppeditant imitationis, cari- latis, generosæ in fide constantiæ. — Istud Nos triplex præsidiorum genus particulatim commonstravimus, spe magna ducti, ex iis potis- simum satis multa effeclum iri secundum vota; ob eamque causam auxilia ipsorum operum Nos quoque pro facultate submittere cogi- tamus. Id autem tempore ac loco fiet Nostros per Delegatos: quorum denique erit summam rerum in eisdem congressionibus actarum ad Apostolicam Sedem referte.

Consequitur de ratione officiorum quæ Delegatis ipsis intercedant cumeis qui Missionibus per easdem regiones præsunt. Minime qui- dem dubitandum quin alteri atque alteri, probe memores cujus nomine et potestate sint eodem missi, et qua saluberrima causa unâ 276 REVUE ANGLO-ROMAINE

debeant conspirare, veram quæ secundum Deum est concordian, quum in sententiis tum in actione, custodire inviolatam contendant Atlamen ad tolius rei meliorem temperationem, visum est immulare nonnulia de juris ordine adhuc recepto : eaque decreto proprio jam constitui jussimus per sacrum Consilium christiano nomini propa- gando. Omni igitur prudentia et ope Delegati in id incumbant, ut quæcumque ab Apostolica Sede et illo decreto et subinde pro tem- poribus similiter edicentur, ea plenum habeant exitum. Rursus in idem congruant Superiores Missionum sollerlia et obtemperatione sua : majoris momenti res ad earumdem procurationem pertinentes, nisi rogatis illis et approbantibus, ne aggrediantur, eosque ipsos velint habere ex officio conscios, negotiis incidentibus quæ opus sit ad Apostolicam Sedem transmitii. — Delegati porro suum esse. meminerint evigilare, providere, instare ut Constitutionis Orientalium præscriptis integre ab omnibus quos illa attingunt religioseque pareatur. In quo præcipue fiat ut nihil admodum de se desiderari sinant latinorum Instituta, quæ multis locis tantopere student rei catholicæ incrementis. Quippe rei catholicæ valde nimirum interest eam omnino tolli ac dilui opinionem quæ quosdam ex orientalibus antehac tenuit perinde ac si de ipsorum jure, de privilegiis, de rituali consuetudine vellent latini detractum quidquam aut deminu- tum. — lidem Delegati peculiarem vigilantiom cum benevolentia adhibeant presbyteris latinis qui missionali munere in suæ diticnis locis versentur. Eis consilio et auctoritate adsint per difficultates in quas vel a rebus vel ab hominibus non raro incurrunt, atque ad ministerii apostolici ubertatem suadere ne desinant summam cum orientali clero consensionem et gratiam : quam quidem apte conci- liabunt sibi et retinebunt, ipsorum tum linguæ moribusque assues- cendo, tum tradita a majoribus sacra instituta honore debito prose- quentes. Huc autem nihil certe tam valeat quam specimen concordiæ benovolentiæque, quod ipsi præbeant Delegati et ceteri qui sub eis cum auctorilate sunt; id quod graviter supra admonuimus. Neque vero talis animi prodendi ac testificandi defuturæ sunt opportuni- tates. Præclara illa, si per sollemnem aliquam celebritatem faciles libentesque sacris ritibus orientalium intersit; ac vicissim si eos ad sacra latino ritu sollemnia nonnunquam invitent. Id autem in primis decuerit, valdeque fieri optamus, quotiescumque Écclesiæ vel Romani Pontificis causâ insignior quæpiam agatur cæremonia. Ex eo namque feliciter potest mutuæ observantiæ caritatisque foveri studium, dum ejusdem fidei et communionis vincula in amore communis matris roborantur, dumque augetur obsequium ac pietas erga Successorem beati Petri, eum nempe quem Christus Dominus centrum constitui sanctæ salutarisque unitatis. Quæ igitur hisce litteris motu proprio significavimus, declaravi- mus, statuimus, rata omnia firmaque permanere auctoritate Nostra volumus et jubemus. Datum Romæ apud Sanctum Petrum die xIx martii anno MDGCCXCvI, Pontificatus Nostri decimo nono. LEO PP. XII. THE

                     SUPPER OF THE LORD,

                                    AXD


                THE HOLY COMMUNION,
                     COMMONLY CALLED THB MASS


                                   (Suite)

$92, The Minister then shall read the Epistle. Immediately after the Epristle ended, the priest, or ons apmoinied to read the Gospel, shall say, The holy Gospel, written in the Chapter of S 83. Tha Clerks and people shall ansiver °, Glory be to thee, O Lord.

 Second Edw. VI. 1552.                    I BELIEVE in one God, the Fa-

$ 82. And the Epistle ended, he shali ther Almighty, etc. say the Gospel, beginning thus. Same as 1549. The Gospel, written in the Chap- 8 86. After the Creed, if e, etc. ter of. {Same as 1552. [Here follows à 93. See p. 232.] $84. And the Epistle and Gospel being ended, shall be said the Creed. I BELIEVE in one God, the Fa- Bcotoh Liturgy, 1697. tber almighty, maker of heaven, ete. 882. And the epistle ended, the [Same as 1549 | gospel shall be read, the Pres- Ÿ86. Afther the Creed, if there be no byter saying, ‘ The holy gospel sermon. shall follow one of the ho- is written inthe chapterof at the milies already set forth, or here- verse, “ and fhen the People all after to be set forth by common au- standing up shall say, “ Glory be thority. to thee, Ô Lord. ” At the end ([Bere follows, of the gospel the Presbyter shall #93. Afler such Sermon, Homily, etc. say, ‘* So endeth the holy gos- Let your light so shine, etc. pel. ” And the People shall answer, See page 22.] “Thanks be to thee, O Lord. ” Elizabeth, 1558. $ 84. And the epistle and $82. And the Epistle end, etc. gospel being ended, shall be said or $84. And the Epistle and, etc. sung this Creed, all still reverently standing up. Ï BELIEVE in one God, the Fa- ther Almighty, etc. I BELIEVE in one God, the Fa- [Same as 1549.f ther Almighty, etc. $86. Afterthe Creed, if there, etc. [Same as 1549.|

       [Same as 1552,]                  $ 86. After the Creed, if there be no
{Here follows 8 93. See p. 232.]          sermon, shall follow one of the ho-
                                          milies which shall hereafter be set
     James I. 1604..                      forth by common authority.

$ 82 And the Epistle ended. etc. Same as 1552,] $8%. And the Épistle and, el. [Here follows 3 93. See p. 232.]

$ This rubric was omitied in the eds. followed to this day in nearly all the 1552, and never restored, except in the churches of the kingdom. (Se also à 64.) Scoich ed., 4631. Still in practice it is Ha à

      "




           2178                          REVUE ANGLO-HOMAINE

Rte

           $ 84. The Priest or Deacon then shall remul the Gospel : Afler the Gospel
                                ended, the Priest shall begin,

NAT

              I BELIEVE in one God.

MED LS

                                    The Clerks shall sing the rest.
             The Father almighty, maker of heaven and earth, and of all things
           visible, and invisible : And in one Lord Jesu * Christ, the only begot-

care

           ten Son of God, begotien of his Father before all worlds, God of GOB*,
   HO] £




           light of light, very God of very God, begatten *, not made, being of

CRT

           one substance with the Father, by whom all things were made, who
           for us men, and for our salvation, came down from heaven, and was

are

           incarnate by the Holy Ghost of the Virgin Marv, and was made man,
           and was crucified also for us under Pontius ‘* Pilate, he suffered

|ere

           and was buried, and the third day he arose !! again according to the
           scriptures, and ascended into heaven, and sitteth at ‘? the right hand
           of the Father, and he shall come again with glory, to judge both the

NS

           quick and the dead ‘.

ce

              And Ï believeinthe Holy Ghost, the Lord and giver of life, who
           proceedeth from the Father and the Son, who with the Father and
           Son together, is worshipped and glorified, who spake by the pro-
           phets. And I believe one Catholic and Apostolic Church. I ackno-
            wledge one Baptism, for the remission of sins. And I look for the

Cr

            resurrection of the dead : and the life of the world to come. Amen,
           $ 86. € A/fer the Creed ended, shall foliow the Sermon or Homily, or some
             portion of one of the Homilies, as they shall be hereafter divided: wherein

er

                     Charles II. 1862.                    (if occasion be) shall notice be giren

STE

                                                          of the Communion; and the banns
           S 82, And the Epistle ended. he shali          of Matrimony published; and Briefs,
             say, Here endeth the Epistle. Then           Citations and Ezxrcommunications
             shall he read the Gospel {the people         read, And nothing shall be prociai-
              all standing up) saying, The holy
                                                          med or published in the Church, du.
              Gospel is written in the ——                 ring the time of Divine Service, but
              Chapter of             beginning at
                                                          by the Minister : Nor by him any
              the        verse,
                                                          thing, but what is prescribed in the
            S 84. And the Gospel ended, shall be          Rules of this Book, or enjoined by
              sung or said the Creed following,           the King, or by the Ordinary of the
               the people still standing, as before.      place U,
                                                        $ 86, € Then shall follow the Sermon,
              Ï BELIEVE in one God the Father             or one 0f the Homilies already set
            Almigbty, etc.                                forth, or hereafter to be set forth
                        {Same as 1549.                    &y Authority.
            $ 85. € Then the Curate shall declare                    [Then follows
              unto the people what holy-days, or        8 93. Then shall the Priest, etc.
              fasting-days are in the week follo-            Let your light so shine, etc,
              wing to be observed. And then also                     See p. 233.]


              ? In Scotch ed., 1637, and in ed. 1652,   ‘# one.”
              Jesus. ”                                     13 In eds. 1552 and 1559 is added.
              8 In one ed., 1552, ‘ God of Cods. ”      ‘< whose kingdom shailhave noneend; ”
              ® In one ed., 1552, and 1599,‘ gotien”    in ed, 1662, ‘* have no end.”
              18 In eds. 1559, ** Poncius. ”            . . HThis rubric, introduced here in 4662.
              lIncds. 1559, and afterward, ‘* rose ”    is represented by   the   first part of& 94,
               12 In Scotch ed., 16317, and ed, 1662,   of eds, 4552, aud   the others.

TBE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 279

If le people be not exhorted to the svorthy receiving of the holy Sacrament of the body and blood of our Saviour Christ.

$88, then shall the Curale give this exhortalion, to those that be minded to receive Lhe saine.

BearLy beloved in the Lord, ye that mind to come to the holy Com- musion of the body and blood of our Saviour Christ, must consider what St. Paul writeth to # the Corinthians, how he ‘‘ exhorteth all persons diligentiy to try and examine themselves, before they pre sume to eat of that bread and drink of that cup : for as the benefit is great, if with a trulv ‘ peni- tent heart, and lively faith, we receive that ‘# hoily Sacrament: {for then we spiritually eat * the flesh of Christ, and drink his blood,

©. H. OC. Edw. VI. 1548.                   DEARLY beloved in the Lord, etc.

... $ 88. and turn to them (Chat are [The same as 1549, to] disposed to be partakers of the Therefore if any of you be a blas- Communion, and shal! thus crhort hemer of God, an hinderer or slan- them as followeth 9, erer of his word, an adulterer, or be DEARLY beloved in the Lord, ve in malice er envy, or in any other coming 10 this holy communion, grievous crime, bewail vour sins, Bust consider what $. Paul writeth and come not to this 3 hoiy Table, tu the Corinthians, how he exhort- lest after the taking of that holy Sa- eth all persons diligentiv to try and crament, the devil enter into vou, as examine themselves, or ever they he entered into Judas, and Ai you presume to eat of this bread or & full of all iniquities, and bring you drink of this cup, etc. to destruction, hoth of body and soul H, IContinued the same as 1549, to] sundry kinds of death. Elizabeth, 1659. {The paragraph beginning. “ Thare- fore if any here, ”dotn {o ‘ both of $ 88. Then shall the Priest say this body and son, ” is omilled, in this exhortation. place, and appears as a separate éxhor- tation at the end.} DEaRLy beloved in the Lord, etc. [The same as 1549, to] Second Edw. VI. 1552. Therefore if any of you, etc. $88, Then shall the Priest M say this [Same as 1552, to] rchortation 3, both of body and soul,

$ In one ed., 1552, and 1559, ‘ unto, ” 38 This exhortation, in 1552, and sub- 16 In ed. 4662, ‘ must consider how sequent editions, follows the two Er- Saint Pan! exhortoth. ” hortations, which are here placed after 7 In one ed. O. H. C. 4548, and in it, vir., $ 94. * We be come together. ” ed. 4662, “ true. ” 892. ‘ Dearliy beloved, forasmuch as 8n O. H. C. 1548, ‘ this. * our, ” sce pp. 231 and 221. . * The first rubric in O. H. C. 1548, 33 In ed. 4662, ‘* Repent you of your is $ 9%, “ First the Parson, Vicar, or sins, or else come not to that Holy Curate, ” etc. Ses p. 228. The rubric, Table. of which this forms part, is the second 24 This, in ed. 1662, is transposed nnrie in that book, and is printed as from this exhortation. and placed in the midsat of exhortation, 8 92. % In one ed., 1548, ‘* and. ” 1 In one ed., 4549, eat of. ” 1 In ed. 1518,“ the Minister. ” 240 REVUE ANGLO-ROMAINE

then we dwell in Christ and Christ in us, we be made ? one with Christ, and Christ with us;}so is the danger great, if we receive the same unworthily; for then we become * guilty of the body and blooë of Christ our Saviour, we eat and drink our own damnation, not considering the Lord's body *. We kindie God's wrath over © us, we provoke him lo plague us with divers diseases, and sundry kinds of death. Therefore if any here be a blasphemer, advouterer %, or be in malice, or envy, or ia any other grievous crime (except he be trulr sorry therefore, and earnestly minded to leave the same vices, and do trust himself to be reconciled to Almighty God, and in charity with all the world), let him bewail his sins, and not come to that hoiy table; lest after the taking of that most blessed bread, the devil enter into him, as he did into Judas, to fill him full of all iniquity, and bring him to destruction, both of body and soul. Jugde therefore vourselves (brethren) that ye be not judged of the

       James I. 1804.                               Charles II. 1862.

$ 88, Then shall the Priest say this $ 87. € At the time ofthe Celebration eæhortalion. of the Communion the Communi- Dean£x belosed ii the Lord, etc cants being convenientiy placed for ÎThe same as 1549, {ol the receiring of the holy Sarra-

Therefor if any of vou. etc. ment, [Same as 1552, to] , . . bo of bodyST. and soul ’ | S 88. the Priest shall say this ezhortation $.

                                         DEanLy beloved in the Lord, ete.
  Scotch Liturgy, 1837.
                                                     ISame as 1549, to]

S 88. Then shall the Presbyler say this exhortation. sundry kinds of death. DEauzv beloved inthe Lord, ete. ÎThe same as 1549, to] [The paragraph beginning “ There- fore if any here be a blasphemer, ” Therefore, if any of vou, rte. down Lo * destruction both of body and soul, ‘is here omilted, and the subs- [Same as 1552, toi tanco transposed to & 92, p. 281.) bo of body and soul.

? In eds. 1552, and afterwards, ‘ wo ? This part of the rubric.is to be com- be one; ” in ed, 1662, ‘‘ we are onc. ” pared with $ 97 of 1549. Soe p. 236. 8 {n eds. 1552, and afterwards, ‘ we $ This rubric, in 1662, follows imme- be: ” in ed. 1662, ‘ we are.” diatdiy after$ 91, * Dsarly beloved bre- { in O. H. C. 1548, ‘ becauso we thren, on ——— 1 intend, by God's make no diflerence ofthe Lord’s body. * grace ” (see p. 227); and that in ed. 5 In eds. 1552, and afterwards, 1662, follows after$ 92, ‘* Deariy belo- against. ” vod. on —— day next, | purpose ” {see 6 in all later editions, adulterer. p. 229). THE SUPPER OF THE LORD AND TILE HOLY COMMUNION 284

Lord, Let your mind [s] be without desire Lo sin ?, repent you truly . for jour sins past, have an earnest and lively fait in Christ our Saviour, be in perfect charity with all men; so shall ye be meet par- lakers of those ** holy mysteries. And ‘! above all things : ye ‘* must give most humble and hearty thanks to God the Father, the Son, and the Holy Ghost, for the redemption of the world by the death and passion of our Saviour Christ, both God an man, who did humble himself even to the death upon the cross, for us miserable sinners, Shich lay ‘* in derkness and ‘* shadow of death, that he might make us the children of God, and exalt us to everlasting life.

                        And to the end that we should always

remember the exceeding love ‘’ of our Master, and only Saviour

0. H. O. Edw. VI. 1548.                    Second Edw. VI. 1552.

Judge therefore yourselves, ete. Judge therefore vourselves {bre jSame as 1549 to the ond.] thren) that ye be not judget of the Lord. Repent you truly for your $89. Then the Priest shall say to sins past, have a lively and stead- them which be ready to take the Sacrament 5. fast dith in Christ our Saviour, amend your lives, and be in perfect lFany man here be an open bias- charity, etc. phemer, [an] advouterer, in malice, IContinued same as 1549, to] or envv, Or any Other notable crime, and be not truly sorry therefore, he hath instituted and ordained holy and earnestly minded to leave the myateries, as pledges of his love, same vices, or that doth not trust and {6 continuai remembrance of himself to be reconciled to Almighty his death, to our great and endless God, and in chaerity with all the comfort. worid, let him vet a while bewail his sins, and not come to this holy To him therefore, etc. iable, lest after the taking of this [Same as 1549, to] most blessed bread the Devil enter into him as he did into Judas, to all the days of our life. Amen. fulët in him all iniquity, and to {Here follows bring him to destruction, both of body and soul. 8 411. Then shall the priest say Lo them thal come, ele, [Here follows Youthatdotruly and earnestlyrepent, etc 8110. Here the Priest shall pause. See p. 248.] See p. 284.]

% In one ed. O. H. C. 1548, ‘‘ desire 15 It will be seen that this separate of sin. ” exhortation, ÿ 89, is in substance the In O. H. C. 1548, ‘ these. ” same as the Paragraph which after- H In O. H. C. 14548, ‘ But above. “ wards was inserted in the midst of the In O0. H. C. 1548, ‘ you. ” previous exhortation, 2 88. 5 Ja O. H. C. 1548, * lying in; ” in 18 In od. 1662, * and for a. ” td. 1663, who Jay in. * 17 In eds. 4552, and afterwards, lin Ô. H. C. 1548, and in ed. 4662, excseding hreat love. ” “and the shadow. ” 282 REVUE ANGLO -RONAINE

Jesu # Christ, thus dying ‘ for us, and the innumerable benefits, which {by his precious blood-shedding) he hath obtained to us, he hath left in those holy mysteries, as a pledge of his love, and a con- tinual remembrance * of the same, his own blessed body, and pre- cious blood, for us to feed upon spiritually 21, to our endless confort and consolation. |

                                                        To him

therefore, with the Father and the Holy Ghost, let, us give (as we are most bounden) continual thanks, submitting ourselves wholly to his holy will and pleasure, and studying to serve him in true hoï- ness and righteousness, all the days of our life. Amen.

$ 90. € Zn Cathedral churches or other placas, ivhere lhere is daily Commu- nion, it shall be sufficient ta read this exhortation above svritten, once in a month. And in parish churches, upon thewock days te may be left unsail.

     Elizabeth, 1569.                        Scotoh Liturgy, 1887.

Judge therefore yourselves, etc. Judge therefore yourselves, ete. [Same as 1552, to} [Same as 1552, to]

... all the days of our life. Amen. .... al the days of our life. Amen. [Here follows ? 111, see p. 248.] [Here follows ? 144, seo p. 249.

      James I.    1604.                          Oharies II. 1662.

Judge therefore yourselves, etc. Judge therefore yoursives, etc. ISame as 1549, to {Continued the same as 1552, to]

.... al the days of our life. Amen. ... ali the days of our life. Amen. | JHore follows $ 144, see p. 248.] [Here follows ? 141, see p. 249.)

18 Ïn ed. O. H. C. 1548, and Scotch #0 In ed. 166%, the words ‘‘ and for a. ” ed: 41637, and ed. 1662, ‘ Jesus, ” 31 In O. H. C. 1548, ‘ spiritually to . #inoneed., O.H C, 1548,‘ doying;” feed, ” in the other, ‘ doing. “ THE SUPPER OF TUE LORD ANR THE HOLY COMMUNION 283

   Beoond Edw. VI. 1502.                   return 10 God, will vou ? excuse
                                           vourself 5 and say that vou be 6 not

&91. Then shall follow this exhorta- ready Consider sarnestly withyour- tion at certain times when the Cu- selves how little such feigned ex- rate shall see the people negligent cuses shall avail before God. They to come to the koiy Communion %!, that refused the feast in the gospel, because thev had bought a farm, or WE be come together atthis time, would try their yokes of oxen, or dearly beloved brethren, to feed at because they were married, were the Lord's supper, unto the which not so excuse, but counted unwor- in God's behal Ï bid vou all that be thv of the heavenir feast. I for my here present, and beseech vou for part am here present, and accor- the Lord Jesus Chrisf’s sake, that ding [un] to mine office, ! bid vou ye will not refuse to come thereto, in the name of God, I call you in being so 'lovingly called and bidden Christ's behalf, Ï exhort you, as you 3 God himself. uf y love your own salvation, that ve e will be partakers of this holy Com- know how grievous and unkind a munion. thing it is. When a man hath prepa- And as the Son of red a rich feast, decked his table God did vouchsafe to yield up hix with all kind of provision, so that soul by death upon the Cross for there lacketh nothing but the guests your health : even soit is your duty tosit down and vetthev which be # te receive tbe Communion together called, without any cause most un- in the remembrance of this death, thankfully refuse to come. Which as he himself commanded. Now if of you, in such a case, would not you willin no wise thus do, consi- be moved? Who mould not think der with gourselves how great in- a great injury and Wrong done unto jury vou 5 do unto God, and how him? Wherefore, most dearly belo- sore punishment hangeth over your vod in Christ, take ve good heed, heads for the same. And whereas lest ye withdrawing yourselves from ye * offend God so sore # in refu- this holy supper, provoke God’s in- sing this holy Banquet, I admo- digoation against vou, Ît is an easy nish, exhort, and beseech vou, that matter for à man to say, Î will not unto this unkindness ve Ÿ will not communicate, because Î am other- add anÿ more. Which thing ve ? wise letted 1 with worldiv business: shall do, if ye stand by as gazers but such excuses be 2 not so easilv and lookers on #1 them that do com- accepted and allowed before God. Ïf municate, and be no {3 partakers of any man say, 1 am a greivous sin- the same vourselves. For what thing ner,and therefore am afraid to come: can this be accounted else, than a wWherefore then do vouÿ not repent further contempt and unkindness and amend? When God calleth vou, unto God. Truly itis a great unthan- be vou 4 not ashamed to say you % kfulness to say nay when ye be cal- will not come ? When vou 3 should led : butthe fault is much greater

  % This, in 1552 eds., and afterwards,      5 In ed. 1662, ‘ yourselves. ”

follows on after the prayer for the 6 In ed. 1862, ‘ ye are not. ” Church Militant. See p. 242. T In ed. 14662, ‘* shall bo ready. ” 5 Ian ed. 14662, ‘* bidden by. ” 8 In one e6d., 4552, and 1559, ‘ ÿe. ” #4 In ed. 1662, ‘ who are called. ” « $ In ed. 1552, and some afterwards, 1 ]n ed. 1662, +‘ hindered. ” ou. ” 3 In ed. 1662, are. ” 9 In Scotch ed., 1637, ‘: grievousiy. ” © ln ed, 455%, and some afterwards, H In one ed., 4552, and 1559, * of. ” LL €, #" 1% In Scotch ed., 1637, ‘ not, ” În ed. 1662, ‘* are ye. ” REVUE ANGLO-ROMAINE

when men stand by, and yet will upon the Cross for our salvetion: neitber eat nor drink this holy Com- even so it is our duty to celebrate munion with other. I pray you what and receive the Holy Communion can this be else, but even to have together in the remembrance of his the mysteries of Chrit in derision ? death and sacrifice as he himself Itis said unto all : Take ye and eat. commanded. Now. Take and drink ve all of this : do {Same as 1552 to end.] this in remembrance of me. With what face then, or with what coun- Charles II. 1662. tenance shall ÿe hear these words ? $ 94. Or in case he shall seethe people What will this be else but a neg- negligent to come to the holy Can- lecting, a despising, and mocking munion, instead of the former, ke of the Testament of Christ? Whe- shall use this exhortalion 5, refore, rather than you 4? should so DEanzx beloved brethren. on do, depart you hence and give place J'intend, by God's grace, to ce to them that be godiy disposed 13. lebrate the Lord’s Supper : untu But when you depart, I beseech which in God's behalf I bid vou all you, ponder with yourselves front that are here present, and beseech whom you {3 depart: ye depart from vou for the Lord Jesus Christs your brethren, and from the ban- sake, etc. uet of most heaveniy food. These [Same as 4552, to] things if ye earnestiy consider, ve shall by God's grace return to a bet- partakers of this holr Communion. ter mind, for the chtaining whereof, we shall make our humble petitions And as the Son of Goi while we shall receive the holy Com- did vouchsafe to yield up his soul munion. by death upon the Cross for your salvation : so it is vour duty ture- ceive the Communion, in remem- Elizabeth, 1558. brance of the sacrifice of his death. as he himself hath commandei : $ 94. Then shall follow, ete. Which if ye shall neglect ta do, WE be come together, etc. consider with your selves how great [Same throughout as 4552. injury ye do unto God, and how sore punishment hangeth over vour heads for the same; when ve wil- James I, 1804, fully abstain from the Lord's Table, $ 91. Then shall follow, ete. and separate from your bretbren, WE be come together, etc. whom come te feed on the banquet {Same throughout as 4552.] of that most heaveniy food. These things if ve earnestiy consider, ye will by God's grace return to a bet- Scotoh Liturgy, 1887. ter mind : for the obtaining whe- 8 94. Then shall foilow this exhorta- reuf we shall not cease to make our tion at cerlain tünes, when the humble petitions unto Almighty Presbyter or Curate, elc. God our heaveniy Father. WE be come together, etc. [Here follows, [Same as 1552, to] 888. At the time, etc. Deanzx beloved in the Lord, ye that and asthe Son of God did vouch- mind, etc, safe to offer up himself by death Same ante, p. 223.[

13 In one ed., 1552, and some aftor- compared with the last part of $ 57 in wards, ‘ ye, ” ed. 1549. 14 The paragraph, ‘ Which thing ye 16 In ed. 1662, this follows on after shail do. be godly disposed, ” inserted # 92. See p. 231, in 1552 and continued to 14637, may be THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY CUMMUNION 285

®. € And if upon the Sunday or holyday, the people be negligent to come lo the Communion : Then shall the Priest earnestly exhort his paris- hioners, lo dispose Lhemsalves lo he receiving of the holy communion more diligenty, sayang these or like words unto them.

Dear friends, and you especially upon whose souls I have cure and charge, on !$ next, 1 do intend by God's grace, to offer to all such as shall be ‘7 godly disposed, the most comfortable Sncrament of the body and blood of Christ, to be taken of them in the remem- brance of his most fruitful and glorious Passion : by the which pas- sion we have obtained remission of our sins, and be made partakers ofthe kingdom of heaven, whereof !* we be assured and ascertained, if we come to the said Sacrament with hearty repentance for ‘ our offences, steadfast foith in God's mercy, and earnest mind to obey God's will, and to offend no more.

  O. H. C. Edw. V. 1648.                us, as well by God's Word as by the

THE ORDER OF THE COMMUNION. holy Sacraments # of his blesse body and blood, ° [This is placed at tbe boginning ofthe - the which bein book.] so confortable a thing to them whic S 92. First the Parson, Vicar, or Cu- receive it worthily, and so dange- rate, the next Sunday or holy days rous to them that will presume to

F92.€ And sometime shall be said of such a heavenliy table. this also, at the discretion of the CurateN, Elisabeth, 1660. DEanzy heloved, forasmuch ax $ 92. And some time shall be, etc, oùr dutv is to render to Almighty DEanrzy beloved, forasmuch, etc. God our heavenly Father most Same as 1552.] hearts thansks, for that he hath gi- ven bis Son our Saviour Jesus James I. 1804. Christ, not only to die for us, but $ 92. And some time shall be, etc. also to be our spiritual food and DEARLY beloved, forasmucbh, etc. Sustenance, as it is declared unto [Same as 1552]

181n O. H. C. 1548, ‘ upon day noxt. ” 20 In ed. 4637, ‘* Presbyter or Curate."” 1 0. H. C. 1548, ‘* be thereto. ” 31 In Scotch ed., 4637, ‘‘ Sacramont. ” 18 In ons cd. O. H. C. 4548, and one 2% In ed. 4662, “ you in the mean sea. ed., 1549, ‘ whorofore. ” son to. ”.

In one ed. 1548, ‘* of. ” 33 In ed. 4662, ‘ that. ”

286 REVUE ANGLO-ROMAINE Wherefore our duty is to come to these holy mysteries, with most hearty thanks to be given to Almighty GOD for his infinite mercy and benefits given and besto- wed upon us his unworthy servants, for whom he hath not oniv given his body to death, and shed his blood, but also doth vou- chsafe in a Sacrament and mystery io give us his said body and blood to feed upon spiritually #.

                                                                          The which Sacra-
          ment being so divine and holy à thing, and so comfortable to them

AS

          which receive it worthily, and so dangerous to them that will pre-
          sume to take the same unworthily : My duiy is to exhort you in the

OT RITTT

          mean season, to consider the greatness of the thing, and to search
   Durs




          and examine your own consciences, and that not lightiy nor after the
          manner of dissimulers xith GOD : but as they which should come
          to a most Godly and heavenly banque, not to come but in the mar-

CR +

          riage garment required of God in scripture; that you may (so much
          as lieth *% in you) be found worthy to come to such a table The ways
   {




          and means thereto is,

PS s

                                                      remembrance        of   his   meritorieus

A PT

                Scotch Liturgy, 1837.
                                                      cross and passiou, whereby alone
   os




          8 92. And sometime this shall be said
                                                      we obtain remission of our «ins
            also, at the discretion of the Pres-
                                                      and are made partakers of the king-
            byter or Curate.

Peur.

                                                      dom of heaven.                    |
            DEanLiY beloved, forasmuch, ete,                                  Wherefore ft is

a s

                       Same as 1552.)                 our duty 10 reuder most humhle

be

                                                      and hearts thanks to Almights God
                                                      our Heavenis Father, for that he
                   Charles II. 1862.
                                                      hath given his Son our Saviour
          S 92. When the Minister givelh war-         Jesus Christ, not onlv to die for us,
             ring for the celebration of the holy     but also to be our spiritual food and
             Communion, (which he shall always        sustenance in that Foly Sacrament.
            do upon the Sunday or some holy-                  Which being so divine and
            day immediately preceding) After          comfortable a thing to them who
            the Sermon, 01 Homily ended, he           receive it, etc.
            shall read this exhortation follo-                  Same as 1552,       tol
            twing 1.
                                                      examine Your own consciences. {and
            DEanLcY    beloved,    on   —— dax        that not lightis, and after the man-
          next À purpose, through God's as-           ner of dissemblers with God; but so)
          sistauce to administer to all such          that ye may come holv and clean
          as shall be religiousis and devoutlx        to such a hoavenls feast, in the mar-
          disposed, the most comfortable Sa-          riage-ganment required by God 18
          crament of the Body and Biood of            holy Scripture, and be received a*
          Christ, to be by them received in           worthy partakers of that holy Table.




            % In O. H. C. 1548, ‘* to give us his       I This, in   cd. 165%, follaws on aftet
          saie body and blood spiritualiy : to feed   $ 103, “ Prayer for the Church Mikl-
          and drink upon, ”                           tant. ” See p. 243,
            5 In one en, 4549, ‘* a licth, ”

THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 287

First, that you be truly repentant ? of your former evil life, and that you confess with an unfeigned heart to Almighty God your sins and unkindness towards his Majesty committed, either by will, word, or deed, infirmity or ignorance : and that with inward sorrow and tears you bewail your ofences, and require of Almighty God mercy and pardon, promising to him {from the bottom of your hearts) the amendment of vour former life. And among {st} all others, 1 am com- manded of God, especially to move and exhort you to reconcile your- selves to your neighbourg {s], whom hou have offended, or who hath offended vou, putting out of your hearts all hatred and malice against them, and to be in love and charity with all the worid, and to forgive other as you would that God should forgive you. And if any man have done wrong to any other, let him make satisfaction, and due restitution of all lands and goods, wrongfully taken away or with- holden, before he come to God's board, or at the least be in fuil mind and purpose se to do, as soon as he is able; or else let him not come lo this holy table, thinking to deceive God, who seeth all men's hearts. For neither the absolution of the priest can any thing avail them, nor the receiving of this holy sacrament doth any thing but increase their damnation.

 0. H. C. Edw. VI. 1548.                  nieghbours : then ve shall reconcile
                                          yourselves un them, readv   6 io make

The way and means thereto, etc. restitution and satisfaction, accord- Same as 1549 to end, except paragraph ing to the uttermost of your powers, begianing, ‘" And if any man have, ” to for all injuries and wrong done by “increase their damnation, is omntéfed.] vou to any other : and likewise Here follows, eing 7 ready to forgive other $ that 395. The lime of the Communion, sic. have offended you, as you ? would See p. 236.| have forgiveness of your offences at God's hand : for othervise the re- Second Edw. VI. 1552 celving ofthe holy Communion doth The way nothing else, but increase your dam- and means thereto is : First 10 ex- pation. amine vour lives and conversation bvthe rule of God’s commandments, And because it is requisite and whereinsoever ye shall perceive that no man should come to the vourvelves 10 have offended, either holÿ Communion but with a full à will, word, or deed, there be- trust in God's mercy, and with a wail 4 your own sinful lives 4, con- quiet conscience : therefore if there less vourselves to almighty God with be any of vou which by the 4 means full purpose of amendmeut of life. afore said # cannot quiet his own Ané if ve shall perceive your of- conscience #3, but requireth further fences 10 be such, as be 5 not only comfort or counsel ; then {3 let him against God, but also against vour come to me, or some M other discreet

inone ed., 1549, ** repentonce. SIned. 4662, “ ye, ” 3 ln ed. 4662, ‘‘ to bewail, ” 16 In ed. 1662, “ who by this. * Vin ed 1662, ‘ sinfuiness and to. * 11 In ed. 1662, “ aforesaid ” omifted, sud 1662, ‘ are. ” 1? In ed. 4662, ‘‘ conscience herein. ?,

“ Others. ” 288 REVUE ANGLO-HOMAINE

                                                  And if there be any of you,

whose conscience is troubled and grieved in any thing, lacking com- fort or counsel, let him come to me, or to some other discreet and learned priest, taught in the law of God, and confess and open his sin and grief secretly, that he may receive such ghostly counsel, advice, and comfort, that his conscience may be relieved, and that of us {as of the ministers of GOD “ and of the church) he may receive comfort and absolution, to the satisfaction of his mind, and avoiding of all scruple and doubtfulness : requiring such as shall be satisfed with a'general confession, no to be offended with them that do use, to their further satisfying, the auricular and secret confession to the priest; nor those also which think needful or convenient, for the quietness of their own consciences, particulary to open their sins Lo the priest, to be offended with them that are satisfiea with their humble confession to GOD, and the general confession to the church. But in all #$ things to follow and keep the rule of charity, and every man Lo be satisfied with his own conscience, not judging other mens minds or consciences; where as he hath no warrant of God’s word to the same.

learned minister 1 ol God’: word, Sootoh Liturgy, 1637. and open his grief, that {#8 he mar The way and means thereto, is etc. receive such ghostly counscl, advice, [$nme as 3552.] and comfort, as his conscience mar {Here follows $ 88. See p. 223.| be relieved; and that #8 by the mi- uistery of God’s word # he may re- Charles II. 1862. coive comfort and the benefit of ab- solution #, to the quieting of his con- The way and means thereto, etc. science, and avoiding of all scruple [Same as 1552 to.| aud doubtfulmess. increase your damnation. [Here follows, Therefore if any of you, etc. £ 88. Then shall the Priesl say, elc. {The same as paragraph in the pre- Deurly beloved. Seo p. 222.] vious Exhortation, & 88, of ed. 1552. Sec —— p. 223, to.

       Elisabeth, 1559.                    destruction both of body and soul.
       James I. 1804.                        And because it is requisite, etc.
                                              [Continued the samo as 1552. 10|

The way and means thercto is, etc. of all scruple aud doubtfulness. [Both same as 1552.] [Here follows Z 88. Scc p. 223.] [Here follows $ 9. Sce p.221

1: In O, H. C. ‘* as a minister of God.” receive such... and that, ” omilled. 1ë In O. H. C. 1548, ‘ doth. ” 0 In ed. 4662, ‘* holy word. 17 In O. H. C.1548, ‘‘ all these things. ” 21 In ed. 4662, ‘‘ receive the benefit of 15 In Scotch ed., “ Presbyter or Mi- absolution, together with ghostly coun- nister, sel and advice. 19 In ed. 4662, paragraph, ‘ he may

                              Le Direcleur-Gérant : WERNAND PORTAL.

              PARIS. — IMPRIMERIE F, LRVÉ, RUE CASSETTE, 17,

4 ANNÉE N° 24 16 MAI 1896

                           REVUE

ANGLO-ROMAINE RECGEIL HEBDOMADAIRE

Tu es Petrus, ot su- Spiritus Sanctus po- per hanc petram suit opiscopos re- ædificabo Ecclesiam gere Ecolosiam Dei. meam ... ot tibi dabo claves ... AcT. xx. 98.

MaTTH. xvt. 18-19, |

                            SOMMAIRE :
                                                        :                      rAG»e

     J.-N............    Jacques de Sarog ct lo Saint Sacritice offert
                            pour les Morts................,.,.....,..,             289

AusTiN RicHaRpsON...... Le Sacrifice de la Croix et le Sacrifice de PAutel...............,...........,....... 294 R. P. Douxeuxurs....... Exposé d'un teste attribué au bienheureux Albert-le-(rrand....:...............,..,.. 302 Chronique................... ssnssssore ... 309 Livres et revues........................ os. 312 Documext ....... Concordance des diverses éditions du Prayer Book;..............,.......,...... 321

                                PARIS
        RÉDACTION              ET     ADMINISTRATION
                          17, RUE     CASSETTE


                                    1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

              FRANCE               :                         A   LA   PAGE:

UN AN.................. 20 fr. La page......... ésssres. SO fr. SIX MOIS ........ errors 44 fr. La 4/2 page...... ...... 20f. TROIS MOIS ............,.. 6 fr. Le 4/4 page............. 10 fr.

                                                             À LA LIGNE :
          ÉTRANGER

UN AN.................. 25 fr. Sur 4/2 colonne: la ligne.. ffr. SIX MOIS................ . 43 fr. TROIS MOIS............... 7 fr. Les annonces sont reçues FRance.... O fr. 50 aux bureaux de la Revue, LE NUMÉRO ÉTRANGER. Afr. » 17, rue Oassotte, Paris.

Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

     MÉDAILLE DE                           JEANNE                     D'ARC

              Jeanne terrassant la Franc-Maconnerie

À l'heure présente, un peu partout, mais seulement son étendard où brillent les surtout en France, deux armées sont aux noms de Jésus et Marie. De l’extrémité de prises: l’armée de Dieu et de la religion, la hampe. elle frappe et traverse le dra- et la franc-maconnerie. gon représentant le Franc-Maconnerie. Le Le Souverain Pontife a dénoncé le danger monstre est revétu des insignes maconni- qui menace la sociélé civile, en mème temps ues; dans sa rago impieil renverse le ca- que de caraclère criminel de la secte, ses Hce et l’hostie, et il exbale son cri de rage; projelsel ses artifices. Ni Hieu ni Maîlre. Le cheval se cabre au- HM'invite les chrétiens à combattre ct à dessus des Saints Mystères profanés; et repousser l'ennemi, non pas avec des ar- Jeanne triomphe dans sa faiblesse, en mes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre: De par le Roi en pleine lumière et bien ouvertement. du Ciel! On a voulu répondre à la voix du Pape. On a su, avec un art parfait, renfermer par une médaille que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaille comme un signe de sa foi et de sa soumis- tout ce drame religieux et patriotique. Sion. C'est un petit chof-d' œuvre de dessin et de Cette médaille qui eat une véritable œu- gravure. . vro d’art, réunit l'amour de l'Eglise ct Nous tenons cette médaille en argent à la l'amour de la France sous les traits de disposition do nos lecteurs. Jeanne d’Arc terrassant la Franc-Maconne- Il suffit d'adresser, en mandat-poste, rio. autant de fois 4 fr. 2% que l’on désire re- Tout le monde connait l'ordre venu du cevoir d'exemplaires. grand Maitre interdisantaux loges d'accep- Par unité, ajouter @ fr, 80 en sus pour ter la féte nationale de Jeanne 4 bonne la recommandation à la poste. Française, et l'opposition que Îa secte Par quantité de 4 douzaine et au-dessus, continue de faire à la Pucelle et à son et pour les localités desservies par le che- triomphe. min de fer, en raison de la valeur déclarèe, C'est de là que vient l’idée ou le dessin compter un minimum de deux francs de la médaille. pour le port et l'emballage. Jeanne à cheval, arméo du secours de Envoyer les lettres et mandats à M. l'ad- Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministrateur de la Revue, 47, rue Cassette. _ JACQUES DE SAROG

ET    LE SAINT SACRIFICE         OFFERT POUR LES          MORTS

Jacques de Sarog, regardé tant par les catholiques que par les hérétiques orientaux comme un des plus célèbres docteurs syriens, vivait dans la seconde moitié du v* siècle. Sa science profonde et ses grandes vertus le firent élever au siège de Sarog ou, pour parler plus exactement, de Batna de Sarog {Sarog est une contrée de la Mésopu- lamie}, vers l'an 519 ou 521. 11 mourut le 29 novembre 522, J'ai évité à dessein de donner au grand écrivain, appelé par ses compatriotes « la flûte du Saint-Esprit, la guitare de l'Église », le nom de saint, parce qu'il existe une controverse pour savoir si ce titre lui convient ou non. Ceux qui le lui refusent (en général tous les savants occidentaux) s'appuient surtout sur les faits suivants : a Parmi les anciens, Bar- Hebræus, célèbre historien jacobite, affirme que Jacques de Sarog était de sa secte. 6; On a de l’évêque de Sarog : 4} une lettre aux chré- tiens de Negream ; or, dans cette lettre, Jacques professe le monophy- sisme. 2) Dans une homélie, le grand évèque admet la même doc- trine, 3) Enfin, une leltre de l'évêque de Sarog contient des anathèmes, des excommunications contre Léon le Grand et le concile de Chalcédoine, Ce sentiment est partagé par M. Guidi, savant orientaliste, nrofes- seur à la Sapience, par M. Bedjan, prêtre de la Mission, M. Martin, par Wright, etc. Ceux qui sont de l'opinion contraire : &} objectent le culte rendu à Jacques de Sarog par différentes Églises, notamment par les Nesto- riens, ennemis acharnés des Jacobites. b) Pour ce qui regarde Bar- Hebræus, Assemani et Mgr Abbeloos répondent : Abulpharage (Bar- Hebræus) est munophysite; dès lors, rien d'étonnant, s’il classe Jacques de Sarog parmi ceux de sa secte, puisque d'autres héréti- ques vont jusqu'à fabriquer souvent des pièces entièrement fausses afin de ranger des hommes illustres parmi leurs coreligionnaires. €} Quant aux lettres adressées tant aux chrétiens de Négream qu'aux moines de Mar Bassus, elles ont dù être fabriquées par des hérétiques REYUR ANGLO—ROMAINE, = Ts Ile 49 290 REVUE ANGLO-ROMAINE

ainsi que son homélie : c'est le sentiment des Chaldéens de la Méso- potamie et des Maronites. Mgr Abbeloos et M. Bickell, depuis l'apparition des letcres citées, on! abandonné cette seconde opinion pour embrasser la première. Nous aurons occasion de reprendre plus tard à loisir cette ques- tion. Ces quelques mots suftiront aujourd'hui pour présenter à nos lecteurs l'auteur du traité que nous allons traduire. Dans ce petit traité on remarquera surtout les vérités suivantes: a) le sacrifice de la messe offert pour les morts et son efficacité; Bile changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ: c) la présence de Notre-Seigneur dans le sacrement de nos autels: d) l'appel à l'autorité de l'Église dans les points douteux ; 6) le baptème des enfants avant l’âge de raison. Le texte dont nous donnons la traduction se trouve dans le cin- quième volume de la Vie des saints el martyrs, de M. Paul Bedjas. L'éditeur bien connu de cet ouvrage l'a fait copier sur le manus- crit 496, fol. 4414 de Paris, et la copie a été collationnée avec le manus- crit 446 de la bibliothèque Vaticane.

  SUR LE SAINT SACRIFICE            OFFERT POUR LES MORTS

Si {je savais] qu'il y eùt quelqu'un pour m'’écouter favorablement Je lui aurais communiqué mes pensées pleines de bon sens. Pourquoi, en effet, parler à un homme qui ne me porte point affection? Sans affection dans le cœur aucune parole ne saurait être profitable. L'homme qui n’a que du dégoût pour les choses spirituelles, Par le fait mème ne fait pas grand cas de la doctrine. Le monde, rejetant petit à petit loin de lui les bonnes habitudes, Bannit conséquemment de son être la foi, l'espérance et la charité. La crainte du Seigneur qui est la cause de tout bien, Diminuant dans le cœur des hommes, ceux-ci perdirent l'usage des . [sacrifices: Aussi la malice, prenant possession de la terre, Rendit la pratique de la vertu difficile. Les hommes ne négligèrent pas seulement de faire l'autône, Mais encore le sacrifice pour les défunts eut le même sort. De tous les vœux, de tous les dons et dimes, Une seule chose resta aux hommes de ce siècle : C'est le sacrifice {de l'autel institué] pour les sanctifier. Et pourtant ils le négligent et ne le vénèrent pas, comme il convient. Le pain et le vin, qui sont le sacrifice du corps et du sang fdu Christ}, JAËQUES DE SAROG ET LE SAINT SACRIFICE OFFERT POUR LES MORTS 294

 Ont été le fondement de tous les sacrifices [anciens]:

C'est par le sacrifice [de nos autels] que les anciens se sont approchés de {Dieu. C'est grâce à ce sacrifice que, nous autres aussi, ROuS l'ecevons par- {don du Seigneur. Le paiu et le vin étaient la matière dout se servait Melchisedech Pour sacrifier au Dieu [Très Haut} d'une manière mystique. Il affrait ce sacrifice immaculé et sans tache, Pour représenter les choses qui devaient un jour s'accomplir. {Melchisedech], qui a été choisi Pontife parfait pour l'éternité. De tous les sacrifices ne choisit que le pain et le vin. Lui Igrand Prêtre], qui jugeait sainement de toutes choses, Connaissait que le sacrifice [du pain et du vin} pouvait, seul, puri- {fer le monde. H savait qu'avant lui Abel et Noé avaient offert des sacrifices sanglants, Aussi il omit d'offrir au Seigneur le sang des animaux. Son esprit discernait donc avec justesse, Que le pain et le vin étaient le seul sacrifice à offrir à Dieu. Les mystères, qui sont aujourd'hui les soutiens de l'Église [de Jésus-Christ]. Ont été offerts par Melchisédech dans l'antiquité. Aussi, Moïse. le grand prophète qui a offert des sacrifices, Connaissait par l'esprit la beauté de cette oblation ; Lui, qui a voulu que les pains de proposition fussent toujours sur la table. Et sur cette [méme table] il offrait tous les sacrifices d'une manière [mystique. Avant un grand nombre de brebis et de bœufs à présenter au Seigneur, I préféra le pain à toutes ces offrandes, le voulant perpétuel. {Le grand prophète] placa le pain en préseuce du Très-Haut sur la table, Et l'appela pain de proposition. ‘ Ce pain donnait ! de la valeur à tous les autres sacnfices, Parce qu'il était la figure par excellence 3 du grand mystère du saint fcorps du [Christi. Ki les mains des anciens immolaient ce sacrifice ; Combien ne serait-il pas avantageux 4 nous, si nous nous en servions: $i l'ancienne loi se réjouissait d'un tel honneur pour elle, Quels ne doivent pas être les efforts de la nouvelle nour le vénérer! Si un simple pain matériel était plus honoré que tous les sacrifices, [Quelle ne doit pas ètre notre vénération] pour ce grand sacrifice [qui est aujourd'hui le corps [du Christ]. Les anciens avaient en vue ce grand sacrement quand ils immolaient leurs . {sacrifices : Par là même, ils nous le montraient comme source de tout bien. Et pourtant l'Église, fille du roi [des cieux], n’emprunte rieu aux symboles | [antiques Quaud elle prend aujourd’hui daus ses nrains nos mystères et les [rompt.

1 Mot à mot: était l'ornement. 1 Rendait excellent. 392 REVUE ANGLO-ROMAINE

Dans le cénacle elle vit son Maitre rompre son corps [sacré]. Cette vue lui apprit à faire de même tous les jours selon le commar- Idement du Seigneur. Ce n'est pas Melchisédech qui a appris à l'Église à agir de la sorte, Mais [l'Épouse du Christ] vit son Maitre et elle suit chaque jour son | [exemple. Ce n'est pas de! Moise, qui était un homme mortel, que l'Église a appris {cette pratique. Mais c'est Jésus, Fils de Dieu, qui lui a enseigné ce mystère. Aussi elle est fière et crgueilleuse de voir instituer cette offrande, Parce que les vivants et les morts peuvent en tirer leur profit. Pourquoi cette grande source de bien pour chacun de nous N'est-elle plus fréquentée par les hommes, mais est-elle complé- [tement négligée? Les mortels ont méprisé ce pain sanctifiant et ils n'en font pas grand cas, Faut-il pour cela nommer les personnes qui négligent cette pratique? Non, je n'accuserai personne de ceux qui m'écoutent et qui me comprez- [nent, Je ne dirai pas non plus que vous avez de l'affection [à ce sacrement}; Qu'il me soit permis cependant de faire entendre ma voix à vous qui [m'écoutez avec affection, C'est la charité que je vous porte qui me presse de vous adresser les [paroles suivantes. Aussi retevez-les avec le même amour : Ne nègligez jamais de poser le pain sur la table du Seigneur; Et versez chaque jour son vin d'une manière spirituelle. Apportez avec amour du pain et du vin au sanctuaire [du Seigneur] Afin que le prètre l'offre au Très-Haut à votre intention. Moïse avait fait mettre sur l’Ephod du {grand prêtre} les noms des douze {tribus, Afin que le Pontife en fit souvenir en entrant dans le saint des saints. Quant à vous, offrez le pain Eucharistique pour vous et pour vos défunts Donnez-le au prêtre pour l'offrir au Seigneur. Faites un grand banquet, invitez vos morts, et ils y viendront, Lis s'approcheront de l'autel qui est un lieu de repos pour tous les (esprits. C'est en cela que tous témoignent l'affection que vous portez à votre défunt, Le deuil que vous feriez pour l'honorer ne lui profiterait de rien. Offrez au Seigneur son nom, ses intentions avec le don que vous faites, Tenez pour assuré que votre foi ne restera jamais sans être récom- [pensée par la Juetice [méme]. l'aites donc mémoire de lui sur l'autel du sanctuaire, Avec du pain et du vin qui sont le sacrement du corps et du sang [du Christi. Je m'adresse maintenant d'une manière spéciale aux femmes chrétiennes. Je leur dirai, si elles daignent m'écouter favorablement: Vous allez au tombeau pour pleurer, Pour montrer par vos gémissements votre affection à vos défunts. a JACQUES DE SAROG ET LE SAINT SACRIFICE OFFERT POUR LES MORTS 293

Vous avez abandonné l'Église, ses offices, ses hosties; Vous vous en êtes allées au cimetière pour pleurer les personnes qui vous sont chères, 0 femme croyante, cherchez votre mort chéri dans le temple saint, Auprès du Seigneur entre les mains duquel sont toutes les âmes. N'allez pas au tombeau vous adresser au défunt: il ne vous écoutera pas, Ï n'est pas lé, mais cherchez-le dans le lieu de propitiation, Où les âmes des défunts font leur séjour, Parce que le sanctuaire est le lieu de repos pour ces saintes âmes. Là est leur nom, là est leur mémoire, Dans le grand livre de la Divinité qui contient tout. Le sang du Sauveur, répandu sur la croix, donne la vie aux âmes, Il les attire de toutes ses forces à venir à lui. Si donc votre défunt, Ô femme, est dans le sanctuaire, Pourquoi allez-vous comme une folle ie chercher au séjour des morts? Vous avez perdu votre bon sens, votre foi est bien faible, C'est la coutume qui vous a entrainée à chercher ces folies; Un sentiment naturel vous a attirée au tombeau pour parler à votre mort. Vous n'avez pas vu que par là vous avez causé un grand scandale [à {vos proches,] Si votre cœur avait un peu d'amour pour Dieu, Au lieu de pleurs et de gémissements, vos lèvres ne proféreraient {que la prière. Rejetez donc, à vous qui êtes dans la douleur, rejetez ces habitudes insen- {sées, Mettez toute votre confiance dans la foi qui vous anime. Que votre affection pour votre cher défunt soit plus raisonnable En faisant mémoire de lui dans les offrandes et dans les prières. Les gémissements que vous ferez entendre au cimetière ne profiteront pas [à votre mort; Mais c'est votre offrande qui sera d’un grand secours à vous et à [votre défunt; Les larmes que vous avez répandues au sépulcre, Répandez-les ici dans l’Église; faites cela avec discernement. Toutes les choses dignes de respect ne sont faites qu'avec inconsidération, Le monde entier s'adonne aux futilités et cela avec une extrème {ardeur. Le mort est privé de l'oblation qui lui viendrait en aide, On préfère aller au tombeau adresser la parole à celui qui n’écouie [personne, Ce qui est pressant est omis avec une entière négligence, Ce qui mériterait d'être laissé de côté est pratiqué injustement, On n’imite pas l’exemple d'Abel qui offrit les plus belles et les plus grasses [de ses brebis ; Ni Noé le juste qui immola les animaux purs qui lui restaient; Ni Abraham qui sacrifia des génisses au Très-Haut; Ni Jacob qui donna à la Divinité la dixième partie de ses biens, Que dire de Loth qui, pour pratiquer la justice, livra ses filles? 234 REVUE ANGLO-ROMAINE

  Et du grand Moïse qui ordonna que les premiers nés des animaux
                                             [fussent immolés?

Le Tabernacle nous est décrit comme orné de l'or et de l'argent des [Hébreux, L'Ecriture ajoute que chaque homme apportait à la maison du &i- fgneur Dans la mesure de son possible, du ceton filé des ornements [précieux. C'est par les sacrifices, par les vœux, par les dîmes et par les présents [choisis Que les justes fe l'Ancien Testament] montrérent leurs sentiments {à Dieu. La mème occasion vous est offerte aujourd’hui pour immoler votre sacrifice. Et pourtant vous méprisez, voue négligez le dou qui peut vous aider. La cause en est que la charité se refroïdit et la foi s'en va des cœurs des [hommes. Aussi l'âme est dans les ténèbres, l'iniquité va en augmentant [l'oblation une fois omise. Le pain {matière} du sacrifice, qui est une véritable offrande de l'âme, est [laissé de côté, Personne n'en apporte au sanctuaire selon la coutume. L'humanité se dégoûte de ce qui est précieux et beau, Pour ne s'adonner qu'à ce qui nuit au bien de l'âme. {Les parents] du défunt, ne songeant qu'à partager l'héritage qu'il laisse. Ne pensent nullement à offrir des dons pour son âme. Les mauvais héritiers ont pris son bien, puis ils oublient son affection à leur fégard, Inutile de dire que tout ce qu'il leur laisse ne servira pas à offrir pour {lui un sacrifice. Semblables aux voleurs de grand chemin, ils ont partagé les habits qu'il (possède, Hs jettent le sort sur ses plus belles possessions. La seule différence qui existe est que les premiers partagent le butin en fps, Tandis que les derniers le font avec colère, contestations et disputes. Conséquemment les héritiers sont plus méchants que les voleurs, Parce qu'ils méprisent, chaque jour et en toute chose, l'amour du ‘ [défunt pour eux. Si, en effet, il y avait dans leur cœur l'amour de Dieu, Ils l'auraient regardé comme un frère dans le partage de l'héritage. Ils auraient gardé une partie de son bien qu'ils partagent, Pour l'offrir ensuite en mémoire et en sacrifice pour lui, Mais, comme ils sont loin de la justice et de l'équité, Es ont pris, partagé son héritage, oublieux du bienfait rendu. Il eu est tout autrement de celui qui a dans le cœur l'amour de Dieu: Après la mort ii montre à la personne aimée qu'il ne l'oublie pas: Aussi, par les dons, par les sacrifices et par les prières, Il ne cesse de faire mémoire de lui devant le Seigneur dans le saint [Temple. JACQUES DE SAROG ET LE SAINT SACRIFICE OFFERT POUR LES MORTS 29)

Que les défunts tirent profit des sacrifices qu’on fait pour eux, Cela m'est évident et je n'ai pas besoin d'interroger [d'autres per- {[sonnes sur ce point]. S pourtant quelqu'un persistait à me questionner sur des choses évidentes. Ï1 lui est facile d'apprendre toute la vérité dans l'Ecriture. Judas Machabée, ce guerrier courageux et juste, Avait compris qu'il fallait offrir un sacrifice pour les morts. La grande foi de cet homme mit cela en pratique, Et la victoire remportée sur l'ennemi témoigne hautement que son [sacrifice fut agréable. Le Triomphe éclatant dont il a été témoin, Déclare que les morts ont tiré profit du sacrifice de cet homme sage. {Judas Machabée] était donc un homme courageux, un homme de Dieu, Intendant fidèle, intelligent, et plein de zèle [pour les intérêts du [Seigneur]. S'il a offert des sacrifices pour les morts, afin de les sanctifier, C'est pour apprendre au monde son action louable et digne d'être limitée, Si alors que la mort régnait sur le monde et le dominait, Les sacrifices ont pu sanctifier les morts malgré sa puissance; Que doit-il en étre, maintenant que le pouvoir de ia mort est détruit et [réduit à néant. Aussi personne ne doute de l'efficacité du don propitiatoire pour les défunts. De mème que le Prêtre Judas offrit au Seigneur le sang des animaux, Et que par ce sacrifice il lui réconcilia les morts et en obtint le par- [don de leur impureté; Ainsi l'Église, aujourd’hui, non par des sacrifices infirmes, Sanctifie les morts, mais par le sang du [Dieu] Inimortel Coneluons donc : si cette oblation ordinaire de Judas obtint la rémission [des péchés, Combien plus la mort du Fils de Dieu ne nous justifiera-t-elle pas! Pour les âmes des défunts le Prètre entre dans le sanctuaire, H1 place sur l'autel du pain et du vin véritables, H y fait mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus, Il invite tous les défunts à se purifier par l’oblation. Be tous ceux qui ont choisi et apporté le pain Eucharistique il fait com- [mémoraison, Ainsi que de toutes les personnes qui ont quitté ce monde. iLe ministre du Seigneur] fait donc mémoire de tous les défunts, À cet effet il invoque le Père en lui représentant la mort de son Fils, L'Esprit vole, descend des cieux et demeure sur l'oblation, Hs'unit à ce pain mystérieux et le pain devient corps [de Jésus- [Christ], Et, par son épanchement sur le vin mélangé, il le fait sang [de Jésus- {Christ}. Dés ce moment le corps et le sang ide Notre-Seigneur] est un sacri- ffice qui sanctifie tout, 296 REVUE ANGLO-RONAINE Par ce sacrifice le prêtre purifie tous les morts: Dans cette même offrande se trouve la force pour vaincre la mort [et détruire son empire. A l'odeur de vie, qui s'exhale de ce grand sacrifice, Tous les esprits se rassemblent et viennent pour se purifier, Du corps du Fils de Dieu qui est la résurrection, Tous les jours les défunts respirent la vie et se sanctifient. C'est pourquoi pensez à l'offrande pour vos morts, Au sacrifice qui peut tout et qui sanctifie vos défunts. Quelqu'un dira que le mort n'obtient pas la rémission [de ses péchés], Et que le sacrifice qui donne la vie ne lui profite pas; Parce que d'autres le font pour lui et qu’il n’en a pas conscience, Et que ses propres œuvres et non pas celles d'autrui lui sont à profit. L'action de l’homme qui vit est excellente à cause de son oblation, C'est donc à celui qui fait l'offrande et non pas à d'autres que cela {est avantageux. Car le don que fait le vivant pour le mort, Comment sans lui peut-il lui venir en aide ? Quelle participation y a-t-il entre le premier et le second ? Le vivant a choisi et a apporté le don, lui seul donc est secouru. Je réponds à celui qui parle de la sorte : I y a un usage dans l’Église de sanctifier ceux qui n'en ont pas con- [science, L'enfant qui est baptisé ne s'apercevant pas de son baptême, A-t-il reçu sa sanctification ou non? De mème que vous dites : L'Église purifie ceux qui n'ont pas sonscience de [cela, Et la foi ressuscite les morts sans aucun doute; Ainsi [l'Église] reçoit le nouveau-né des mains de ses parents, Elle le baptise, le purifie et le sanctifie sans aucune participation de [la part de l'enfant]. Si le saint (sacrifice) ne purifie pas comme vous dites, Le baptème non plus, l’enfant n'en ayant pas conscience. Conséqueinment tous les my$tères de l'Église sont vains, Inutilement elle se met en peine pour les défunts afin de les purifier. Pourquoi le Prètre dit-il : Priez pour tous ceux qui sont décédés ? Pourquoi baptise-t-il l'enfant sachant que le nouveau-né n'a pas de [part dans cette action? Voici que des parents chrétiens portent leur enfant au baptèms, Le Seigneur, voyant leur nouveau-né, le sanctifie; H le met dans le rang de l'adoption des enfants, sans aucune connaissance [de sa part, Et il écrit son nom dans l'Église des premiers-nés sans que le jeune {enfant s’en aperçoie. De la même manière les héritiers du mort qui a quitté ce monde, Apportent en son nom du pain et du vin au saint autel, Une prière se fait de la part du prêtre et du peuple au sujet des décédés. Le Seigneur purifie (accorde indulgence) au mort dont on fait [mémoire, JACQUES DE SAROG EN LE SAINT SACRIFICE OFFERT POUR LES MORTS 297

Si donc le mort n’est pas purifié par l'oblation,
      Ni l'enfant non plus dans le baptème n'a reçu l'adoption des enfants
                                                                     {de Dieu].
Si l'oblation des vivants aux seuls vivants profite,
      Les parents qui se sont mis en peine de baptiser leurs enfants, eux
                                                    {seuls en ont tiré avantage.
Où est done maintenant la foi qui vivifie les morts,
       Qui excite les hommes à prier pour les décédés afin de les purifier ?
La foi conduit Les enfants au baptème pour les sanctifier,
       Elle a la ferme espérance d'obtenir ce qu'elle demande et elle n'est
                                                                [pas repoussée.
La confiance de l'Épouse du Roi est donc bien fondée et ne se trompe pas,
      Sa foi est belle et grande et ne mérite aucun bläme,
Par des mystères augustes l'Église sert son maitre d'une manière spiri-
                     .                                                   {tuelle,
      Les Anges sont dans un saint étonnement en voyant son culte,
La foi de l'Église est celle-ci, à vous qui comprenez bien les choses :
       Qu'elle {l'Église] peut faire du pain et du vin le corps et le sang [du
                                                                       [Christ],
Elle rompt le pain et faprès cela] elle ne connait que le corps [du Christ],
       Elle mélange le vin et elle aflirme que le sang se trouve dans la
                                                                        [coupe.
Elle invoque le nom des morts sur l’ohlation,
      Et les associe à ses sacrifices spirituels.
Elle les assemble au souper du corps et du sang [du Seigneur].
      Ceux-ci se réjouissent avec elle de ses institutions d'une manière
                             °                                      spirituelle,
O vous qui comprenez bien les nivstères de la foi,
      Sans hésitation aucune, faites des offrandes pour vos défunts.
Pourquoi donc les usages que l'Église a appris à ses enfants tombent-ils
                                                                fen décadence
                                                                            ?
      Beaucoup à leur égard témoignent du dégoût, de la froideur, et les
                                           {oblations ne sont pas pratiquées :
Car en cachette, avec mépris et dédain,
      On apporte l'offrande à la maison du Seigneur, pour qu'on Ia lui
                                                                      [présente,
y a beaucoup d'hommes qui ont décidé de ne jamais présenter leur obla-
                                                                           Ition,
      I y en a aussi qui l'apportent, mais ils font cela sans intelligence.
C'est par les mains de leur servante qu'ils envoient le sacrifice dans la

298 REVUE ANGLO-ROMAINE

   A l'exemple d'Abraham qui prit sur ses épaules le veau [qui devait
                                             [servir de repas aux Anges?

Lui et son épouse n'avaient d'autres préoccupations que le service. Ce sont leurs propres mains et non celles du prochain qui ont fait

                                                    [cette action méritoire.

De nos jours la foi est diminuée dans l'âme des hommes; Aussi la charité se refroidit et le discernement des belles choses [sen va. Quel est le riche qui, portant l'oblation dans la maison de Dieu, La prend dans ses mains pour la présenter au lieu de propitiation? Quand le riche se décide à présenter son oblation, il donne des ordres Aux plus humbles de sa maison de présenter son offrande et lui « [tient loin, Heureuse la veuve qui dans ses mains porte le-sacrifice, Heureuse la femme stérile se chargeant de son don avec fierté! Elle n'envoie pas son offrande comme le riche, C'est elle-même qui la présente, et, avec componction, elle prie le [miaistre du Seigneur de la recevoir. Elle est semblable au prêtre qui introduit auprès du Seigneur son don, Et fait mémoire [par ce sacrifice] de ses défunts avec componction [et douleur. Elle seule à compris qu'il fallait le choisir et le présenter au Seigneur: Et non pas le riche qui envoie son don à Dieu comme à un pauvre. : Aimez l'offrande que présente la veuve, Parce qu'elle y a mêlé ses larmes, son amour et sa foi. Le don est dans ses mains, les larmes dans ses veux, la louange dans sa [bouche. Comme son oblation, le discernement de sa foi est grand, Car seul, le sacrifice fait avec amour est accepté Béni soit celui qui a, dans sa charité, sacrifié son Fils unique pour [beaucoup. LE SACRIFICE DE LA CROIX ET LE SACRIFICE DE L'AUTEL

Comme nos lecteurs l'ont pu voir, une assertion d'ordre historique du Rev. P. Puller, touchant certaines opinions théologiques relatives au Saint Sacrifice de la messe, a été l’objet d'une contradiction formelle dans cette revue. Nous avons publié, en effet, à ce sujet, dans notre dernier auméro, un travail du D’ N. Pauilus, qui nous était parvenu le premier. Nous donnons dans ce numéro-ci deux nouveaux articles sur la même ques- tion, mais la traitant à quelques autres points de vue; l’un est de M. l'abbé Richardson, l'autre du R. P. Dummermuth, dominicain. Un troisième ar- ticle nous est annoncé, et l'on nous dit que Mr Puller se proposerait de répondre à ser contradicteurs.

Dans les intéressants articles, publiés dans la Revue Angio-Romaine des 1,8 et 45 février, leRev. F. W. Puller s’ést efforcé de prouver que l'Église anglicane n'a jamais condamné le Sacrifice de la Messe, et que sa condamnation des « Sacrifices of Masses » ne vise pas la définition du Saint Concile de Trente. Je n’ai aucune intention d'atta- ‘ quer la thèse du savant anglican. Tout ce qui tend à rapprocher nos frères séparés de la pureté de la doctrine catholique, est pour moi, comme pour tous les amis de l'unité, un sujet de joic. Mais, dans le cours de son intéressant travail, le Rev. Puller a émis deux assertions qu'il m'est impossible de passer sous silence, non seulement dans l'intérêt de la vérité historique, mais aussi pour rendre justice à nos ancêtres catholiques. La première de ces assertions a un caractère historique, c'est de celle-là que je désire traiter en premier lieu. La seconde est avant tout théologique, et je la laisse entre les mains, bien plus capables que les miennes, du R. P. Dummermuth, dominicain et professeur de théologie dogmatique, à Louvain, dont la réputation est trop connue pour qu'il soit nécessaire d’en dire davantage‘, L'assertion que je me permets de contester et qui se trouve répétée plusieurs fois dans les articles de M. Puller, c'est qu'à l'époque de la Réforme il existait une opinion ou plutôt, comme la qualifie fort bien M. Puller, « une infâme hérésie » qui soutenait que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a pas satisfait sur la croix pour tous les péchés des hommes, mais seulement pour le péché originel et pour les péchés

J'ai traité les deux questions dans nn article de la « Dublin Review », janvier 4890. « The Sacrifices of Masres ». 300 . REVUE ANGLO-ROMAINE

actuels commis avant la consommation du sacrifice sanglant. Quant aux péchés actuels commis depuis la mort de Jésus-Christ sur la : croix, c'est par le Sacrifice de la Messe que Notre-Seigneur offre une satisfaction et une expiation suffisantes. En un mot, que ces deux sacrifices ont deux buts différents : celui de la Croix, l'expiation du péché originel et des péchés actuels commis sous l’ancienne loi, et celui de l'autel, lexpiation des péchés actuels commis sous la loi nouvelle. Cette hérésie, nous assure M. Puller, n'était pas seulement la thèse de quelques théologiens extravagants et peu connus, elle était très répandue; c’élait mème la doctrine populaire, surtout en Angleterre et en Allemagne. Comme preuve, M. Puller cite des sermons de cer- tains réformateurs anglais, mais surtout et avant tout, la déclaration de « la Confession d'Augsbourg », qui en effet attribue cette doctrine aux catholiques. Bossuet, dans son œuvre immortelle, l'Hisloire des Variations, liv. 111, art. 53, avoue qu'à la Diète d'Augsbourg cette accusation fut portée, et il faut avouer que si elle avait été souf- ferte par les catholiques. présents à cette importante réunion, ce serait une présomption très grave de l'existence de la doctrine en question, du moins comme opinion tolérée dans les écoles catholiques. Mais que nous dit le grand Bossuet? L'accusation fut-elle admise ? Tout au contraire. Voici les paroles mêmes de l'illustre évêque : « On avait même inventé, dans la Confession d'Augsbourg, cette admirable doctrine des catholiques, à qui on faisait dire : « Que « Jésus-Christ avaitsatisfait dans sa passion pour le péché originel, et « qu'it avait institué la messe pour les péchés mortels et véniels que « l'on commet tous les jours. » Comme si Jésus-Christ n'avait pas éga- lement satisfait pour tous les péchés: et on ajoutait comme un néces- saire éclaircissement: « Que Jésus-Christ s'était offert à la croix, non seulement pour le péché origiuel, mais encore pour tous les autres; » vérité dont personne n'avail jamais douté. Je ne m'étonne donc pas que les catholiques, au rapport même des luthériens, quand ils enten- dirent ce reproche, se soient comme récriés tout d’une voix : « Que Jamais on n'avait oui telle chose parmi eux » (les italiques sont de Bossuet). Mais il fallait faire croire au peuple que ces malheureux papistes ignoraient jusqu'aux éléments du Christianisme . » Or, n'est-il pas évident qu'un pareil démenti, fait d'une manière aussi publique, et dans des termes aussi énergiques, renverse la thèse de M. Puller ? Ne prouve-t-il pas que cette hérésie n'était ni populaire ni très répandue à l'époque de la Réforme? Mais j'ose dire qu'il prouve davantage. 1l est sans doute parfois difficile de prouver ce que les logiciens appellent une universelle négative: cependant je me trouve disposé à reprendre pour mon compte le

1 Bossuer, Variations, liv. II, art. 53. LE SACRIFICE DE LA CHOIX ET LE SACRIFICE DE L'AUTEL 301

défi de nos ancêtres catholiques de 1330, et de soutenir, jusqu'à preuve du contraire, qu'aucun théologien catholique n'a jamais soutenu que Notre-Seigneur Jésus-Christ par le sacrifice sanglant du mont Calvaire n'a pas satisfait pleinement et entièrement pour tous les péchés des hommes, jusqu'à la fin du monde. Une telle doctrine serait trop opposée à ce que Bossuet appelle si bien « les éléments du christianisme ». J'explique donc l'existence de cette accusation de deux façons: elle fut, ou bien une simple calomnie, et M. Puller sera, je pense, le premier à reconnaitre qu'à cette époque néfaste les soi-disant réformateurs ne reculaient pas de- vant la calomnie; ou bien ce fut un simple malentendu, semblable à celui que l'éminent dominicain va expliquer dans l'article sui- vant: Un malentendu, c'est-à-dire une interprétation erronée d'une phrase parfaitement orthodoxe.

                                            AUSTIN RICHARDSON.

                                                    Prêtre.

Lubbeek-les-Louvain (Belgique). EXPOSÉ D'UN TEXTE ATTRIBUÉ AU B. ALBERT LE GRAND

                    Cilé dans un article de cette Revue


              SUR    LES    ORDINATIONS      ANGLICANES

Duns un article de cette revue sur « les ordinations anglicanes et le sacrilice de la messe! », M. F.-W. Puller a prétendu prouver par différents témoignages l'existence de certaines erreurs sur le sacri- fice de l'autel qui avaient cours au temps de la Réforme. Parmi ces lémoignages, il a allégué le suivant, tiré du premier des trente-deux sermons sur l'Eucharistie attribués au B. Albert le Grand : « Secunda causa institutionis hujus sacramenti est sacrificium altaris, contra quamdam quotidianam delictorum nostrorum rapinain. Ut, sicul corpus Domini semel oblatum est in cruce pro debito originali, sic offeralur jugiter pro nostris quotidianis delictis in altari, et habeat in hoc Ecclesia munus ad placandum sibi Deum super omnia legis sacramenta vel sacrificia pretiosum et acceptum. » Ce passage contient-il « une erreur théologique, savoir que Jésus- Christ s'est offert sur la croix pour le péché originel et qu'il s'offre à la messe pour les péchés actuels »? Je ne le pense pas. D'abord que faut-il entendre par ces mots : « contra quamdam quo- tilianam delictorum nostrorum rapinam »? El par ceux-ci : « Corpus Domini offertur jugiter pro nostris quotidiants delictis in altari » ? Albert le Grand nous l'explique en plusieurs endroits de ses sermons. Dans le quatrième où il développe le second motif de l'institution du sacri- fice de l'autel, il dit: « Excellit sacrificium nostrum cætera ratione virlulis, id est per effectum suæ bonitatis. Habet enim triplicem bonum actum in triplici statu fidelium, scilicet : 4° in hoc mundo, 2 in purgatorio, 3° in cœlo. In primo statu peccala quotidiana relazat... Ser. V, XVII et XVIII : « Anima si peccaverit per ignorantiam, offe- rel arieten immaculatum » id est Christum... Gregorius : « Dominus dedit nobis sacramentum salutis, ut, quia quotidie peccamus, et tlle jam

| Hevue anglo-romaine, février 1896, p. 395. EXPOSÉ D'UN TENTE ATTRIBUÉ AU B. ALBERT LE GRAND 303

pre nobis mori non polest, per hoc sacramentum remissionem conse- quamur ». Ïl s'agit ici des péchés véniels. L'auteur dit dans le vingt et unième sermon : « Mala nostra sive languores sunt quasi vincula culpx, quibus multæ stringuntur animæ, scilicet, 1° dæmonis tentatio, 2° fomitis repugnatio, 3° cordis macula,

Creatoris offensa... Contra hæc malse quatuor, ordinantur quatuor

Dominici corporis fructus, qui nos liberavit a vinculis culpæ, 4° dæ- monem fugat, 2° fomitem refrigerat, 3 maculam cordis mundat, 4 iram Dei placat. » 11 explique ainsi le troisième fruit : « De tertio fructu, Isai, vx, 6 et 7 : « Volavit ad me unus de Seraphim, et in manu ejus calculus, quem forcipe tulerat de altari. Et tetigit os meum, ut dixit: Ecce tetigi hoc labia tua, et peccatum tuum mundabitur ». Lapis iste pretiosus sumptus de altari, significat corpus Christi : dum eo os cordis tangitur, percatum veniule mundutur ». L'auteur prouve son asserlion par le texte de saint Grégoire déjà cité : « Domi- nus dedit nobis sacramentum saiutis, ut quix quotidie peccamus, et ille jam mort pro peccalo non potest, per hoc remissionem consequamur. » On lit dans le dix-neuvième sermon : « Circa spiritualem mandu- tationem notandus est effectus hujus manducationis, scilicet peccato- rum remissio.... « Panem nostrum quofidianum, id est, cibum spiritua- lem, da nobis hodie; et dimitte nobis debifa nostra ». Math. VI. Ambrosius : Qui manducant spiritualiter, virfulem carnis et sanguinis Christi dicuntur sumere, et vere manducare : quia ipsam corporis Christi efficientium quotidie sumunt », id est, remtssionem peccalorum », c'est-à-dire des péchés véniels, car d’après l'autéur, « manducare spiritualiter » ne convient qu’à ceux qui sont exempts de péché mortel : « Modus manducandi spiritualis est quo bon: manducant ». Augustinus : « Panem de altari spiritualiter manducare, est trnocen- lim ad altare portare!. » Dans le trente-deuxième sermon, l’auteur dit : « Potus sanguinis Cbristi sacramentalis digne sumptus peccata quolidiana relaxat, et hoc triplici ratione : quia tria mala sunt in peccato veniali, seilicet 4° quæ- dam macula conscientiæ, 2 quædam pœna tristitiæ, 3° et quædam adversitas divinæ offensæ. Contra hæc tria proprie valet potus san- guinis Christi, qui est purus, lenis, pretiosus. » . Il est évident par ces citations que l'auteur des sermons sur l'Eu-

1 Pour la rémission des péchés mortels l’auteur renvoie au sacrement de péni- tence : « Sacerdotes qui accedunt ad Dominum, sanctificentur, ne percutiat eos. Similiter ot alii... qui ad suscipiendum Dominum nostrum mundus vuli fieri, prime debet per aquam lacrymarum lavari, secundo per opera pœnitentiæ tor- queri... Nobis accessuris ad corpus Domini, prælibanda est dovotionis oratio :

ut, quod forte minus parati sumus per jejunium et confessionem, suppleat spiri- lualium aromatum, id est, oblationum oratio. Peccator qui dignus erit corpus Demini sumere, debet semper tria præparare : 4° scilicet per cordis contritionem, À per oris confessionem, 3° per proximi dilectionem... Per confessionem munda- tur anima a vili peccato ». (Sermo 45), À Dirétes

J04 HEVUE ANGLU-RONAINE

charistie par ces mots, « quotidiana delicta », entend les péchés véniels et non les mortels. Et cette interprétation est tout à fait con- forme à celle que donne Albert le Grand d'un texte de saint Ambroise, el de la conclusion qu'en tire Pierre Lombard au qua- trième livre des Sentences, dist. 43 : Ambrosius : In Christo semel oblata est hostia, ad salutem potens : quid ergo nos? Nonne per sin- gulos dies offerimus? Et si quotidie offeramus, ad recordationem ejus mortis fit : et una est hostia, non mullæ... Christus hostiam obtulit : ipsam offerimus et nunc : sed quod nos agimus, recordatio est sacrificii. Nec causa sux infirmitatis repetitur, sed nostræ, gui quotidie peccamus ». Pierre Lombard en tire cette conclusion : « Ex his colligitur esse sacrificium et dici, quod agitur in altari : et Chris tum semel oblatum, et quotidie offerri : sed aliter tune, aliter nunc. Et etiam quæ sit virtus hujus sacramenti ostenditur : remissto scilicet peccaiorum venialium ». Albert le Grand explique ces deux témoignages : « Quod hic dicit Ambrosius, et Magister conclu- dit, intelligitur de effectu consequenti... Cum enim per spiritualem cibum restituitur robur spiritus, tunc excludit venialium frequer- tiam : et ex fervore devotionis delelur veniale quod inest, et etiam reatus pæni peccali mortalis, quod per pœnitentiam factum est veniale. Et hoc modo intelliguntur verba Sanctorum inducta ». Ciuns encore un passage du Maître des Sentences : « Institutum est hot sacramentum duabus de causis. In augmentum virtutis, scilicet charitatis, et in medicinam quotidianæ infirmitatis. Unde Augustinus: Iteratur quotutis hæc oblatio, licet Christus semel sit passus : quia quotidis peccamus peccalis, sine quibus mortalis infirmilas vivere non potest. Et quia quotidie labimur, quatidie Christus mysticè immolaiur pre nobis. Dedit enim nobis hoc sacramentum salutis, ut, quia nos quotidie peccamus, el ille jam mori non potest, per hoc sacramentum remissio- nem consequamur ». Voilà clairement exprimé par saint Augustin le second motif de l'institution du sacrifice de l'autel, allégué par l'auteur des sermons sur l'Eucharistie. On dirait même que celui-i a eu le texte de saint Augustin devant les yeux quand il a écrit: « Corpus Domini offertur jugiter pro nostris quotidianis delictis in altari ». Examinons maintenant ce que l'auteur a voulu signifier par ces autres paroles de son texte : « Corpus Domini semel oblatum est in cruce pro debito originali, » A-t-il voulu dire que le Christ est mort sur la croix pour le seul péché originel? Nullement. Cette interpréta- tion est contraire à toute sa doctrine. [1 enseigne que le Christ est mort pour tous les péchés, et que le sacrifice de la messe est le mémo- rial du sacrifice de la Croix. « Prima causa institutionis Sacramenti altaris est memoria Salvatoris contra oblivionem. Ut scilicet per hoc admoniti, totain mentem et omnes sensus nostros quosà Dev CA EXPOSÉ D'UN TEXTE ATTRIBUÉ AU B. ALBERT LE GRAND 395

averlimus, et cum pravis cogitationibus et delectationibus vagari per- misimus,a noxiis extrahentes integraliter ad Dominum referamus »... Eusebius : « Quia corpus assumptum Dominus ablaturus erat ab ocu- lis, et illaturus sideribus: necessarium erat ut die cœnæ Sacramen- tum nobis sui corporis et sanguinis consecraret, ut offeratur /zgéer per myslerium, quod offerebatur semel in pretium : et perennis victima viveret in memoria, et semper præsens esset in gratia. » Ad hanc semper habendam, scilicet memoriam Salvatoris, cogunt nos argu- menta suæ charitatis, scilicet : 4° remissio peccatorum, 2° redemptio impigaoratorum. De primo, Isai. xLuI: « Ego sum ipse qui deleo iniquitates tuas propter me »... De secundo... Cant. v, 2: « Aperi mihi, soror mea, quia caput meum, scilicel divinitas, plenum est rore, scilicet misericordiæ ad remillendum peccata: et cincinni mei, id est, humanitas, gutlis aoctium, id est, effusione sudoris, lacrymarum et sanguinis passionum, ad redimendam hæreditatem tuam pro satis- factione peccatorum tuorum impigneratlam ». — « Christus est in cruce pro nobis passus, et totus unctus Spiritu sancto. Fujus sacrificii memo- riale est hostia Ecclesiæ, quæ offertur in memoriam passionis Domimicæ ». — « Dominus in Osee, xur, 14: De manu mortis liberabo eos, pre- tio sanguinis (dicit Glossa), intellige de morte, id est, de plaga et debito æternæ morlis. Bernardus : « Filius Dei jubetur occidi, ut vulneribus nostris pretioso sanguinis sui baisamo mederetur. Agnosce, aoima, quam gravia sunt illa vuinera, pro quibus necesse est Chris- lum Dominum vulnerari : nisi enim essent ad morlem æternam, nunquam pro eis Dei Filius moreretur »... Joan. x1x, 34 : « Unus militum lances latus ejus aperuit. et continuo exivil sanguis et aqua. » Augustinus : « Vigilanti verbo usus est : non dixit, Vulneravit, sed Aperuit: ut illic quodam modo vilæ ostium panderetur, unde Sacra- menta Ecclesiæ manaverunt, sine quibus ad vitam non intratur. Sanguis enim fusus esl in remissionem peccalorum, aqua in lavacrum. Hu- mapum geaus, proper debila peccaiorum et deformitatem, a paradiso cœ- lesti exclusum, necesse habuit ad reditum, et pretio sanguinis Christi a debito absolvi, et aqua baptismi a sorde lavari. » — «Tertium circa pretiositatem sanguinis, ut consideratur in eruce fusus, præcipue notandum, est virtutis ejus magnitudo, et hæc consistit in tribus : 4° in diaboli destructione, 2 in mundi redemptione, 3° in Dei recon- ciliatione.... De secundo : I ad Cor. vi, 20: « Empti estis pretio ma- gno. Ad Eph. 1, 7: Habemus redemptionem per sanguinem ejus, &ilicet Christi, remissionem peccatorum... Hinc canit Ecclesia : «Te ergo quæsumus, famulis tuis subveni, quos pretioso sanguine redemisti ».... Pax cum Deo, sive reconciliatio, fit per sanguinem Christi ratione pretii sufficientis, quod in eo pro nostris debilis solvit..... Apoc. 1, 3 et 6 : Christus dilexit nos, et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo, et fecit nos regnum et sacerdotes Deo. Ecce, peccalo- ESVUE ANOLO-ROMAINE. — T, 11, — 20 306 REVUE ANGLO-ROMAINE suo lavit, et formosos, ac roseos, el Deo gratos res Dominus sanguine fecit:etineo sicreconciliavit.lut in curia Dei principes et regesefficeret. — Quartum cirea pretiositatem sanguinis Christi præcipue notandum, est redemptorum multitudo. Tres enim exercitus magni sanguine ejus sunt redempti, scilicet: 4° manifesti inimici, ® antiqui jusli, 3° dubii animi. Primi de vinculo peccati, secundi de limbo inferni, tertii de dubitatione fidei. Propter hæc tria effudit sanguinem de tribus locis : 1° de manibus, 2° de pedibns, 3° deWulnere lateris. Primo de manibus : ut peccatores virtute sanguinis 4° a vinculis peccalorum solveret, 2 ut absolutos aù se revocaret. Eccli. L, 16 : Porrexit sacerdus magnus manum suam in libatione, et libavit in sanguine uvæ; ul scilicet peccalorum vincula disrumperet. Psalm. cxv, 46 et 41 : Dirupisti vincula mea : tibi sacrificabo hostiam laudis. Augustinus: « Christus sanguinem suum ad hoc fudit, u{ peccala nosira delerel ». Quo enim diabolus nos tenebat, deletum est sanguine Redemptoris: mon autem tenebal nos, nisi vinculis peccatorum... Porrexit Christus manum in cruce, et libavit sanguinem, solvens omnes a vinculis pec- eatorum : et adhuc quasi avem fugientem, manu cruenta revocal pec- exiorem. Isa. xLvi, 2 : Ego sum vocans ab Oriente avem, et de terra Jonginqua virum voluntatis meæ, scilicet de statu peccali revocans insta- diem et refugam animam... Fudit sanguinem de vulnere lateris sui et cordis : 4° ut discipulos in fide dubios, et alios multos in fide, et bo- uæ vitæ stabilitate tentatos, et ideo frigidos, el quasi mortuos calefa- ceret; 2 et revivificaret, et sic revivificalis suo sanguine iter cœleste signaret, ut post ipsum ferventer currerent ». (Serm. 1, 21, 27, 28.) De ces citations un peu longues il ressort à l'évidence que Tauteur des sermons sur l'Eucharistie enseigne la vraie doctrine, savoir que le Christ a répandu son sang et est mort sur la croix pour la rémission de tous les péchés. Le texte du premier sermon n'est pas contraire à cette doctrine. Pour s'en convaincre, il suffit d’avoir devant les yeux le but que Fauteur s'y est proposé, el l’enseignement de l'Église sur l'applica- tion des mérites de la passion de Notre-Seigneur. Saint Thomas nous expose clairement cet enseignement dans la troisième partie de sa Somme théologique : « Christus sua passione nos a peccatis liberavit causaliter, id est, inslifuens causam nosiræ libe- rationis, ex qua possent quæcumque peccala quandoque remitti, vel præterita, vel præsentia, vel futura; sicut si medicus faciat medici- sam ex qua possint quicunque morbi sanari etiam in futurum *. » Mais de même que le remède doit être appliqué au malade pour qu’il soit délivré de son infirmité, ainsi les mérites de la passion du Christ doivent être appliqués au pécheur pour qu'il obtienne la rémission

4 Lile P., q. 49, a. { ad 3. EXPOSÉ D'UN TEXTE ATTRIBUÉ AU B. ALBERT LE GRAND 307

de ses péchés : « Quia passio Christi præcessit ut causa quædam universalis remissionis peccatorum, necesse est quod singulis adhibea- tur ad deletionem propriorumfpeccatorum. Hoc autem fitper baptismum el pœnitentiamn et alia sacramenta À ». « Manifestum est quod sacramenta Ecclesiæ specialiter habent virtutem ex passione Christi, cujus virtus quodammodo nobis copulaiur per susceptionem sacramentorum ; in cujus signum de latere Christi pendentis in cruce fluxerunt aqua et sanguis, quorum unum pertinet ad baptismum, aliud ad Eucharis- tiam, quæ sunt potissima sacramenta? ». Cependant la vertu de la. passion du Christ n'est pas appliquée dans toute sa plénitude, de telle sorte que non seulement le péché originel et les péchés mortels commis avant le baptême sont remis quant à la coulpe, mais aussi quant à la totalité de la peine : « Omne peccatum per baptismum tollitur..... Omni baptizato communicatur passio Christi ad remedium, ac si ipse passus et mortuus esset, Passio autem Christi est sufficiens satisfactio pro omnibus peccatis omnium hominum. Et ideo ille qui baptizatur liberatur reafu iolius pœnæ sibi debitæ pro peccatis, ac si ipse sufficienter satisfecisset pro omnibus peccatis suis ? ». Il suit de là qu'en dehors du sacrifice de la Croix dont la vertu est appli- quée totalement par le baptème, aucun autre sacrifice n'est offert à Dieu, en tant que satisfactoire pour le péché originel et les péchés commis avant le baptême. Et c'est pour ce motif qu'il est dit dans le premier sermon : « Corpus Domini semal oblatum est in cruce pro debito originali. » Par le sacrement de pénitence le pécheur obtient la rémission des péchés mortels et véniels commis après le baptême, et la remise de la peine éternelle due aux péchés mortels, mais il n'obtient pas toujours la remise de toute la peine temporelle : « Remittitur culpa, tollitur reatus pœnæ æternæ; poiest lamen remunere realus alicujus gœnxæ lemporalis*. » La raison en est simple : « In baptismo homo participat fofaliter virtutem passionis Christi.... et ideo in baptismo homo consequitur remissionem reatüs lotius pœnæ. In pœnitentia vero consequitur virtutem passionis Christi secundum modum propriorum actuum, qui sunt materia pœænitentiæ,.... et ideo non statim per primum actum pænitentiæ, quo remittitur culpa, solwitur reatus lolius pœn:æ. » Le sacrement de J'Eucharistie a la vertu de remettre les péchés véniels : « In hoc sacramento duo possunt con- siderari, scilicet ipsum sacramentum, et res sacramenti. Et ex utroque apparet quod hoc sacramentum kabet virtulem ad remissionem meccato- rum venialium $. » [la aussi la vertu de remettre la peine due au

4 JL: P., q. 49, ad 4. 2 Bb. q- 62,a. 5. 3 ]b. q. 69, a. 4 et 2.

Ib. q. 86, a. 4.

5 Ib. ad 3.

R°. Lu” GE C3

Re : Lilis P. q. 19, a. 5. CHRONIQUE

À Rome. — On paraît croire que les conclusions de la Commis- sion d'étude sur la question des ordres anglicans vont être soumises à une commission spéciale de cardinaux. Le Saint-Père travaille très activement à se grande encyclique sur l'Unité de l'Église; on pense qu'elle sera publiée dans le courant du mois de juin.

La Cause de Jeanne d'Arc. — La Sacrée Congrégation des Rites a tenu, le mardi 5 mai, une séance solennelle pour se pronon- cer sur l'un des actes prélimihaires du Procès apostolique de béatifica- tion de la « Vénérable » Jeanne d'Arc, commencé en 1894, après le décret de l'introduction de la cause. . Il est de règle, après qu'une cause de béatification a été introduite en cour de Rome, sur un premier examen de la renommée de sain- teté, des vertus et des miracles en général, in genere, et avant de pas- ser à la discussion détaillée, in speris, de ces mêmes vertus et mi- racles, de constater d'abord que le jugement du Saint-Siège n'a pas été prévenu par un culte public, C'est ce qu’on appelle l'observance des décrets d'Urbain VIII super non cultu. Dans la séance du 5 mai, présidée par Son Ém. le cardinal Aloysi Masella, préfet de laS. Congrégation des Rites, après un rapport de Son Én. le cardinal Parocchi, la question a été posée et résolue dans un sens favorable, de sorte que le procès apostolique pourra se conti- auer aussitôt qu'il plaira au Souverain Pontife. Or, écrit le Postula- teur à Mgr l'Évêque d'Orléans, « les membres de la Sacrée Congréga- tion sont tous bienveillants ; ils ne font d’ailleurs que suivre l'exemple du Saint-Père, qui désire voir aboutir ce procès pour le plus grand bien de notre cher pays. »

Les fêtes de Jeanne d'Arc à Orléans. — Orléans a célébré, les 7 et8 mai, le 46° anniversaire de sa délivrance par Jeanne d'Arc. Fidèle à ses traditions plus de quatre fois séculaires, la population a fait à Jeanne des fêtes extrêmement brillantes. La ville était magni- fiquement pavoisée de drapeaux et d'oriflammes aux armes de la ville êt de Jeanne d’Are. Le 7, à midi, du haut de la tour de la ville, de joyeuses fanfares ont annoncé la fête et le canon tonnait, saluant le glorieux anniver- saire. La cloche du beffroi sonnait de quart d'heure en quart d'heure. Le soir, à huit heures, eut lieu l'imposante cérémonie de la re- - |

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mise de l'étendard de Jeanne d'Arc par le maire au prélat qui préside les fêtes. Cette cérémonie a lieu sur le parvis de la cathédrale; elle rappelle le souvenir de Jeanne d'Arc qui, après avoir forcé les Anglais à lever le siège, est allée prier à la cathédrale et y déposer son éten- dard, qui y resta toute la nuit. Le lendemain matin, 8 mai, à 40 heures, le Conseil municipal, tous les corps constitués, les administrations civiles et militaires, ayant à leur tête le général Duchesne, le premier président, le préfet et le maire, se sont rendus à la cathédrale où l’évêque d'Orléans, Mgr Touchet, entouré du cardinal archevèque de Bourges, de l’archevéque de Cham- béry, des évèques de Verdun, d'Amiens, d'Arras, d'Angers, de Jéricho, a prononcé le panégyrique de l'héroïne. Après la cérémonie religieuse, le cortège s'est rendu, suivant la tradition, sur l'emplacement de l'ancien fort des Tourelles, puis est rentré à la cathédrale au chant du Te Deum.

La rose d'or. — Nos lecteurs savent que, tous les ans, le Saint- Père bénit, en carême, une rose d'or qu'il envoie ensuite & l’une des souveraines ou princesses catholiques qui se sont particulièrement distinguées par leur dévouement aux grands intérêts religieux. Cette année, le Souverain Pontife l’a destinée à la princesse de Bulgarie, Louise de Bourbon, filie du duc de Parme, pour la récompenser de la noble fermeté avec laquelle elle s'est efforcée d'empêcher l’apos- tasie de son mari.

L'ambassade du Saîtnt-Siège à Moscou. — Mgr Antoine Agliardi, archevêque de Césarée de Palestine, a reçu le billet de la secrélairerie d'État par lequel Sa Saïinteté lui notifie qu’elle l’a désigné comme ambassadeur extraordinaire pour se rendre à Moscou, afin de féliciter, au nom de Sa Sainteté, $S. M. Nicolas IE, empereur de Russie, à l'occasion de la solennité du couronnement. Son Excellence sera accompagnée, dans sa mission, par cinq per- sonnes appartenant à la Cour pontificale : Mgr Janvier Granito, des Princes de Belmonte, Prélat domestique de Sa Sainteté. Mgr Ferdinand, des Princes de Croy, Camérier secret participant du Saint-Père; Mgr François Tarnassi, Camérier secret suruuméraire : M. le comte Marin Saluzzo, des Dues de Corigliano, Camérier secret de cape et d'épée surnuméraire; Et M. le comte Marius di Carpegna, Garde noble pontifical. Les membres de l'ambassade recevront l'hospitalité cher une Française, M=* Auguste Catoire de Bioncourt, qui a bien vouis mettre son palais à la disposition de l'ambassade extraordinaire du Saint-Siège. M"° Catoire de Bioncourt est née Gilonne d'Har- court, fille du comte Bernard d’Harcourt, ancien ambassadeur de France, et nièce de M®° la duchesse d’Ursel, née Henriette d'Har- court. CHRONIQUE Si

Le Général des Capucins. — Les Mineurs Capucins ont tenu récemment un chapitre général dans leur collège des Missions, près l'Église des Quatre-Saints-Couronnés, sur le Célius. Ce chapitre avait pour principal objet l'élection du supérieur général et de tous les autres supérieurs qui font partie du conseil que l'on appelle le Défi- nitoire. 11 se tient tous les douze ans, et chaque province de l'Ordre y délègue trois religieux, le Provincial et deux Pères dits Custodes. La veille est un jour de jeûne rigoureux pour tous les Religieux Capucins, et le jour méme le Saint-Sacrement estexposé dans toutes les églises de l'Ordre. Le chapitre d'hier a été présidé par le cardinal Verga, préfet de la Congrégation des évêques et réguliers, qui remplaçait le cardinal Monaco La Valletta, protecteur de l’Ordre. Il a réélu comme supérieur général le T. R. P. Bernard d’Andermatt, qui, depuis douze ans, a exercé avec lant de zèle et de sagesse cette haute fonction. Le T. R. P. Jucundus de Montone a été élu Procureur général. L'Ordre des Capucins, ce puissant rameau qui a poussé en 1523 sur l'arbre franciscain, compte actuellement 10,491 religieux; il est divisé en 53 provinces, avec 622 convents et 223 stations de missions.

Les Jésuites en Syrie. — En Syrie, plus de 470 jésuites tra- vaillent auprès des catholiques et des non-catholiques, et même des infidèles. Beyrouth en occupe 75 environ avec son université, sa faculté de médecine, son petit et son grand séminaire oriental, son imprimerie. Le reste est dans huit ou neufrésidences, sur la côte, & Saïda (Sidon) et dans l'intérieur de la Syrie et le Liban. Ces résiden- ces ont déjà fondé etentretiennent autour d'elles plus de 200 écoles gratuites, dont une quarantaine pour les filles. De plus les Pères dirigent un orphelinat agricole et ont un dispensaire à Homs {Emèse). Ces œuvres sont entièrement à leur charge, etce ne sont pas les seules ; leur zèle désire encore les augmenter, les multiplier, les éco- les surtout, pour arrêter les progrès du protestantisme anglo-améri- cain, et aider à la conversion des dissidents, prêts souvent à revenir si on leur accorde une école. Voilà pour la Syrie; pour l'Arménie, il y a, en comptant la Procure de Constantinople, sept maisons ou résidences, et 28 religieux de la Compagnie de Jésus. Ils ont déjà fondé dans les six résidences de l'intérieur de florissantes écoles de garçons d'abord, puis de filles : et pour ces dernières ont appelé à leur secours des religieuses fran- çaises, qu'ils ont établies à leurs frais. Leur douze ou treize écoles comptent aujourd’hui plus de 3,000 élèves, et le local manque en certains endroits, surtout depuis les derniers massacres, Ils ont aussi ouvert des dispensaires assiégés plus que jamais par les pauvres malades après les derniers incendies, pillages et mas- sacres; ne sachant comment faire face à tous les besoins de tant de malheureux qui recourent à eux, ils font appel à la charitécatholique et française, dont on ne veut pas encore, grâce à Dieu, désespérer en Orient. LIVRES ET REVUES

                    Revu Des DEux MONDES

M. Francis de Pressensé, vient de faire paraître dans la Ru des Deux Mondes du 4% Mai, un remarquable article sur le car- dinal Manning, dont nos lecteurs nous sauront gré de reproduire les principaux passages:

Ce fut en 1832 qu'Henry Edward Manning, alors âgé de vingt-quatre ans, se fit ordonner et entra dans le clergé anglican. Sa vocation première ne l'y appelait pas. Né en 1807, le dernier enfant du second mariage d'un riche banquier de la cité de Londres, M. William Manning, qui siégeait au parlement parmi les tories, Henry Edward avait bien été destiné par ses parents à la cléricature. La famille était décemment religieuse ; mais ce projet avait été inspiré aux parents de Manning beaucoup moins par des vues de piété que par le désir et l'espérance de procurer à leur Benja- min un établissement confortable et sûr. L'enfant lui-même ne manifes- tait aucun goût pour cette profession. Dans les écoles préparatoires qu'il fréquenta, à Harrow où il entra à quinze ans, il ne fut point un élève stu- dieux, il se distingua davantage aucricket que dans les exercices scolaires. Toutefois ces quatre ans dans une des grandes écoles publiques qui, avec Eton, Rugby, Winchester, reçoivent l'élite de la jeunesse anglaise, ne lui furent point inutiles. Wellington aimait à dire que c'était sur le terrain des jeux scolaires d'Eton qu'avait été remportée la victoire de Waterloo. En tout cas, il sort de ces établissements, et il ne sort que de là, ce pro- duit spécial: le gentleman anglais. Manning le fut toute sa vie dans la force du terme. Ce je ne sais quoi manqua toujours à Newman, son égal par la naissance, son supérieur par les dons de l'intelligence, mais qui n€ passa point par l'une de ces grandes écoles. En 1827, quand son fils sortit d'Harrow, la fortune de M. William Manning était déjà fort ébranlée. Il fallait un minimum de six ou sept mille francs pour subvenir à l'entretien du jeune étudiant à Oxford. Le père hésita, et Manning dut jurer de regagner le temps perdu et alla faire un stage intermédiaire chez un ecclésiastique à son séjour chez lequel il attribue toujours depuis lors la solidité des fondements de ses connais- sances classiques et ses succès à Oxford. A vingt ans, il était immatriculé au collège de Balliol. Ambitieux comme il l'était, — il avait pour devise, LIVRES ET REVUES 343 une de ses lettres nous l'apprend : Aut Cæsar aut nihil, — il résolut de prendre rang d'emblée parmi l'élite de sa génération. Sa consciencieuse application trouva sa récompense : il remporta aux examens de la Saint- Michel (novembre 4830) la first-class ou le diplôme d'honneur pour les études classiques, auquel il avait borné ses vœux. Toutefois, ce fut autre part que, pendant ces années d'Oxford, il se distingue spécialement. L'Union ou conférence des étudiants venait dé se fonder. Cette parlote, ce parlement en miniature qui a vu, avec sa rivale de Cambridge, siéger sur ses bancs presque tous les hommes éminents de l'Angleterre, débutait modestement et pauvrement, non pas dans le somptueux local où elle convoque souvent aujourd'hui à ses joutes oratoires des députés ou des ministres, mais dans les étroits logis des étudiants. Samuel Wilberforce, le ls du grand philanthrope, le futur prélat anglican, — Samuel Bouche d'or ou Sam le satonneur, suivant le point de vue auquel on se place pour l'apprécier, — venait de quitter la présidence. William Ewart Gladstone allait y faire son apprentissage de l'éloquence. Maaning parla beaucoup, 1 parka bien, il parla sur tous les sujets et de quibusdam aliis, depuis les srandes questions de politique générale jusqu'aux menus détails de ménage intérieur. Une plume spirituelle et fine, celle du feu lord Iougton, a retracé l'une des plus mémorables journées de ce temps. Cambridge avait aussi son Union et, toujours en rivalité avec Oxford, se piquait de supériorité sur les barbares de l'université d'en face. Sur les rives de l'Isis, on en était encore à chérir dans Byron le poète du siècle et de la jeunesse, tandis que sur les bords du Cam, la renommée plus récente et plus hétérodoxe de Shelley avait déjà éclipsé le nom du chantre de Manfred et de Child Harcld. Sur la proposition d'Arthur Hallam, le fils de l'historien, celui-là même à qui une mort prématurée devait conférer l'immortalité en lui faisant élever par Tennyson, son ami, le monument funéraire d'In memo- riam, une délégation de missionnaires fut chargée d'aller jeter un défi aux byroniens d'Oxford au nom du poète de Prométhée déchaîné et de l'Epipsy- chidion, Hallam lui-même, Monckton-Milnes, le futur lord Houghton, l'essayist et poète distingué, enfin Sunderland, un de ces grands hommes de la vingtième année que la destinée punit de leur précocité, allèrent plaider cette cause. Gladstone servit d’introducteur aux révolutionnaires. La lutte fut épique, passionnée, avec ces exagérations savoureuses qui sont le charme et l'honneur de la jeunesse. On ne saura jamais de quel côté fut la victoire. Si la majorité donna ses suffrages à Manning, défen- ‘eur intransigeant de Byron, il a déclaré plus tard que les arguments du trio des Shelleyens l'avaient mis en déroute, Ces beaux temps d'étude désintéressée, d'enthousiasme généreux, d’ami- tiés pures, ne passent que trop vite. Il fallait entrer dans la vie ‘pratique. La vocation de Manning à cette époque était fort décidée, La politique l'attirait, le prenait tout entier, Il révait parlement, succès oratoires, pou- voir, action. Il se voyait déjà premier ministre, et ses camarades d'Oxford, s'ils avaient tiré son horoscope et celui de Gladstone, eussent réservé à celui-ci la mitre et la crosse et donné au futur archevêque de Westminster les sceaux de l'Etat. Le sort en décida autrement.M. William Manning 314 REVUE ANGLO-ROMAINE

était ruiné. Il avait dû, le cœur brisé, déposer son bilan, donner sa démis- sion de régent de la Banque d'Angleterre et de membre de la Chambre des Communes, vendre sa belle maison de campagne. Ce n'était pas avec les miettes du patrimoine paternel que l'on pouvait subvenir aux frais d'une carrière parlementaire, telle que la rêvait Manning, — à l'anglaise. où l'on met ses loisirs et ses revenus au service du pays au lieu de gagner sa vie ou de faire sa fortune dans les emplois. Découragé, Manning dut accepter du patronage distrait de lord Goderich une place plus que modeste de surnuméraire au ministère des colonies. On le pressait de réfléchir, de prendre le parti de l'Église plutôt que d'entrer dans l'administration par cette poterne basse. Il refusa. Ses senti- ments religieux étaient loin d'être vivants. On ne trouve rien chez lui de ces étranges pressentiments, de ce mysticisme congénital, presque morbide, de cette vie spirituelle, cachée et ardente, à la sainte Thérèse, de cette espèce de songe à demi éveillé dont Newman nous a laissé l'inoubliable peinture et qui le marquaient d'avance, comme par miracle, en plein pro- testantisme, pour le catholicisme et le sacerdoce. L'éveil de la conscience religieuse, la conversion, pour me servir du terme technique de la psycho- logie protestante, ce fut une influence féminine qui l'opéra chez Manning. Il était lié avec une famille de grands banquiers de la Cité, les Revan. Miss Revan était une âme toute religieuse, profondément imprégnée de la piété et de la théologie de cette école de l'évangèlisme dont j'aurai à carac- tériser l’influence. Elle lut la Bible, elle pria avec le jeune homme, bref, elle fut l'instrument dont Dieu se servit pour toucher ce cœur et conquérir cette âme. Ce ne fut qu'un commencement; nous verrons que Manning fai- sait dater sa vraie et complète conversion de sa maladie de 1847 ; mais le germe n'en était pas moins déposé... Un chagrin intime, — le refus d'un père prudent d'autoriser l'union, plus rêvée que sollicitée, d’un jeune surnuméraire au Colonial office avec sa fille, — vint achever l’œuvre commencée. Les voix d’en haut prirent le dessus... Manning sut plus tard discerner la main providentielle qui lui infi- geait toutes ces déceptions à l'heure même où un travail intérieur avait commencé dans son âme, la voix qui lui parlait un langage si clair et si haut, 1] résolut, c'est lui qui nous le dit, € non pas de se faire clergymen, dans le sens rêvé par son père, mais de renoncer au monde et de vivre pour Dieu et pour les âmes v.... La preuve qu'il n'obéissait pas à des vues purement humaines, rest, il l'a noté, que « la seule pensée d’être un clergyman lui était proprement odieuse ». J'avais, dit-il, une véritable antipathie pour le caractère sôcu- lier, la mondanité de l'Eglise établie. La vue du tablier et du chapeau (in- signes des évêques anglicans) me mettait littéralement hors de moi, Le titre de « père en Dieu » appliqué à des évêques vivant dans le confort, mir- ritait vivement... Ma seule pensée fut d'obéir à la volonté de Dieu, de sau- ver mon âme et les âmes des autres. Manning eut la bonne fortune d’être placé, dès ses débuts, dans une position extrémement favorable. À peine ordonné par l'évêque d'Oxford. après la préparation dérisoire qui suffisait à cette date au clergé anglican. il devint en janvier 1833 l’un des vicaires du Révérend John Sargent, rec- LIVRES ET REVUES 315

teur de Lavington et châtelain de l'endroit. L'ainée des filles de la maison avait déjà épousé Samuel Wilberforce, le futur évêque, récemment nommé recteur d'une paroisse de l'ile de Wight. C'était la destinée de ces demoi- selles de récompenser le zèle des jeunes suffragans de leur père. Quelques mois ne s'étaient pas écoulés que la plus jeune, Caroline, devenait la femme de Manning. Dès le mois de mai, celui-ci. à la mort de son futur beau-père, avait été placé par la grand’mère de sa fiancée, qui régnait au château et possédait le droit de collation, à la tête de cette importante paroisse. À vingt-cinq ans, après quelques semaines à peine d'apprentissage, Manning se trouvait dans la position de prêtre bénéficié que tant de membres du clergé n'atteignent jamais. Marié, renté, haut placé, il était dans la plus eaviable des situations... Après quatre ans d'une félicité sans nuages, sa femme lui fut enlevée, Manning n'a permis à personne de sonder son deuil. Il est des sentiments trop sacrés pour qu’un homme en parle... Pendant des luttes véhémentes, parfois envenimées, qu'il eut à sou- nir contre certaines factions au sein du catholicisme, un vieux prêtre, qui détestait le nouveau régime, avait coutume de célébrer comme un jour de deuil l'anniversaire de la mort de Mme Manning, et quand on lui en deman- dait la raison, il répondait: « C’est la date du plus rude coup que Dieu,en aotre siècle, ait porté à l'Eglise dans les îles Britanniques. » Même marié, vepeadant, Manning ne s'était pas endormi dans le bien-être, À côté d'une activité paroissiale infatigable, il ne tarda pas à prendre position sur le terrain de la grande lutte qui absorbait tous les esprits.

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J'ai dà suivre le mouvement d'Oxford jusqu'à la catastrophe finale. Le sul fait que j'aie pu le retracer sans nommer une seule fois Manning prouve assez que, s’il en subit profondément l'influence, il n’y joua pas, dens cette phase, un rôle considérable. À vrai dire, Newman est à lui seul tout le Tractarianisme. Ni le tempérament de Manning, ni les circonstan- ces de son existence à cette époque ne le prédisposaient à prendre une part principale à l'agitation anglo-catholique à ses débuts. 1l fut toujours beaucoup moins un homme de cabinet, un théoricien, un théologien ou un auteur qu’un homme d'action et d'autorité. Le diocèse de Chichester, tout rural, dans lequel il exerça pendant dix-huit ans ses fonctions paroissiales sous quatre évêques, dont un seul ressentit quelque sympathie pour les idées nouvelles, n'était pas Oxford. Toutefois Manning n'avait pas tardé,par l'intermédiaire d'amis communs, à se mettre en relations avec Newman. Les principes de la nouvelle école faisaient appel à tout un côté de sa nature.Bientôt détaché du parti évangé- lique, il s’enrôla dans le parti anglo-catholique. Le premier sermon qu'il publia en fut la proclamation officielle, Il y traitait de la règle de foi; et ss affirmations fondamentales, ses développements, surtout les notes dont il l'enrichit portaient la marque de la nouvelle doctrine et le trace du fait qu'il avait soumis les épreuves de son travail à Newman. Les évangéliques sémurent. Leur organe, le Record, — un Usivers protestant, moins le ta- lent, — infligea une réprimande sévère à ce « nouveau loup en habit de 316 REVUE ANGLO-ROMAINE

berger ». L'évèque de Chester lança une diatribe contre lui, Manning avait pris rang parmi les Tractariens. Toutes ses amitiés le portaient de ce côté. Après Robert Wilberforce, le plus intime peut-être de ses amis, qui pensait tout à fait comme lui, et Henry Wilberforce, son beau-frère, il n'avait guère de liaison plus étroite qu'avec M. Gladstone, alors jeune membre de la Chambre des communes, l'espoir du jeune torysme intransigeant, comme l'appelait Macaulay dans un article sur le grand ouvrage qu'il venait de publier sur l’Union de l'Eglise el de l'Etat, Dans un voyage à Rome, en 1838, — la première des inrombra- bles visites que Manning fit à la Ville éternelle, — il eut pour compagnon le jeune homme d'État. Ensemble, ils allèrent voir le docteur Wiseman,qui ne se doutait guère qu'il avait sous les yeux, en la personne de cet ectlé- siastique anglican, son successeur sur le trône archiépiscopal, non encor restauré, de Westminster. Ensemble ils fréquentèrent les églises et enten- dirent un Père de l'ordre des Frères Précheurs dont le sermon, populair et dogmatique tout à la fois, émut à jalousie pour l'anglicanisme M. Gladstone. Ensemble ils se promenaieunt un beau dimanche sur la Piazza de Fiore quand le recteur de Lavington, plus strict sur ce point comme anglican que plus tard le cardinal de la sainte Eglise, reprit sévé- rement M.Gladstone pour la faute grave d'avoir acheté des pommes le jour du sabhat.......,

Au fond, entre Newman et Manning, même à cette lune de miel de leurs relations et encore que plus tard Manning, catholique, ait cru devoir dédier à Newman un livre « comme au maitre auquel il devait plus de gratitude qu'à tout autre homme », il n'y eut jamais pleine harmonie, sym- pathie absolue. Tant qu'ils furent tous deux protestants, Newman fut de beaucoup le plus catholique des deux. Dès qu'ils furent catholiques l'un et l’autre, Newman se trouva le plus protestant des deux. Je sais une façon grôssière autant que simple d'expliquer ce mystère, C'est elle qu'adoptt raturellement M. Purcelle, toujours à l'affût de ce qui peut rabaisser #02 héros. Pour lui, il ne saurait faire de doute que Manning, serviteur de là fortune, adorateur du soleil levant, ennemi des causes perdues (je citemon auteur), se rangea toujours du côté qu'il crut le plus fort et hurla avec les loups à Genève comme à Rome. Cette solution élégante du proverbe pré- sente, entre autres défauts, celui de laisser sans la moindre explication la conduite de Newman, faisant en sens inverse le même chemin que Manning. La véritable clef me semble être donnée par le contraste de ces deux natures. L'un est le type méme de l'intellectualiste, aux prises avec ses propres conceptions, j'ai presque dit avec les fantômes de son esprit, porté, par scrupule et suhtilité, à révoquer en doute ce qui l’attire, à se défier de ses propres postulats, à scier la branche sur laquelle il est assis. L'autre est, dans toute la force du terme, un homme d'action pour qui les idées ne sont pas les jetons d’un jeu infiniment subtil et compliqué, mais des bases d'opé- rations, les fondements sur lesquels il faut bâtir, Autant le premier sera fatalement inclinéà tourner ct à retourner sous toutes les faces son credo, à en chercher avec inquiétude les points faibles, à voir surtout les inéga- lités et les crevasses du terrain sur lequel il a pris position, autant le second. LIVRES ET REVUES 317

par besoin de certitude, par nécessité pratique, sera fidèle à ses prémisses et marchera droit à leurs conclusions logiques. Son protestantisme sera, en son temps, aussi robuste que plus tard son catholicisme, et tous deux dans leur succession seront également sincères. C'était bien par conviction, et non par politique, qu'à cette époque Maooing était infiniment plus anti-romain que la plupart de ses alliés. Il écrivait à Pusey pour le remercier d’un écrit, mais « surtout des passages : qui y sont les plus contraires à Rome ». Il ajoutait que « sa conscience était bourrelée à la pensée de ce détournement d'affection, de ce transport sacrilège du cœur des hommes, de l'unique objet du culte à la Vierge Marie ». À ses yeux, une lettre récemment parue du docteur Wiseman < suffisait à condamner tout le système catholique », son parallèle « entre les sentiments d'un enfant pour sa mère et ceux des fidèles pour la Vierge » lui semblait « épouvantable ». Il différait radicalement dans son ton et son langage à l'égard du catholicisme, non seulement des chevau-légers du parti, mais des docteurs graves, de ceux qui, comme Pusey, devaient res- ter anglicans jusqu'au bout... Dès 4846, il notait dans son journal que l'Eglise anglicane, à ses yeux, était malade organiquement et fonctionnellement; que, sous le premier rapport, elle était séparée de l'Eglise universelle et de la chaire de Pierre, soumise sans appel au pouvoir civil, dépouillée du sacrement de pénitence et du sacrifice quotidien de l'Eucharistie, privée des ordres mineurs et mu- tilée dans son rituel; que, sous le second point de vue, elle n'avait plus de service quotidien, ni de discipline, ni d'unité dans la dévotion ou le rituel, ai d'éducation préparatoire pour son clergé, ni de vie sacerdotale chez ses évêques et ses prêtres, ni de prise sur la conscience populaire, ni de foi dans les mystères du monde invisible. Cet acte d'accusation formidable, Manniug va le répéter sans cesse pen- dant cinq longues années. Il va reprocher à sa propre Eglise de manquer « d'antiquité, de système, d'intelligibilité, d'ordre, de force, d'unité ». Il va déplorer ces dogmes sur le papier seulement, ce rituel universellement abandonné, ce clergé et ces laïques profondément divisés. Il va dire mélan- coliquement: « Bien que je ne sois pas catholique romain, j'ai cessé d'être anglican. » Il va lutter contre lui-même, reprenant sans cesse l'examen de sa conscience, se demandant s'il n'est pas en butte aux artifices du tenta- teur, s'il ne doit pas se défier de lui-même, considérer que ceux qui sont jusqu'ici restés dans l'anglicanisme sont plus humbles que ceux qui l'ont quitté. En méme temps,il est forcé de noter que: « Rien dans Rome ne le repousse assez pour le tenir à l'écart, tandis que rien dans le protestan- tüsme ne l’attire assez pour le retenir. »

ll s'écrie en juillet 1846: « Le principal c'est l'attraction de Rome, qui me satisfait tout entier, raison, sentiment, toute ma nature, tandis que l'Eglise anglicane n'est qu'un à peu près, et encore n'est-elle cet à peu près que grâce aux suppléments et aux additions que nous lui apportons. » ll écrit ces mots curieux qui sont à la fois une protestation implicite et l'aveu d'une irrésistible séduction: « Le filet resserre ses mailles autour de moi. » Un peu plus tard: « Je sens comme si une grande lumière avait lui à mes yeux. Mon sentiment à l'égard du catholicisme romain n'est pas de 318 REVUE ANGLO-ROMAINE

l'ordre intellectuel. J'ai des diflicultés intellectuelles, mais les grandes dif. ficultés morales sont en train de fondre. Quelque chose surgit sans cesse en moi et me répète: « Tu mourras catholique. » Inquiet sur son avenir. il se disait: « Comment saurai-je où j'en serai dans deux ans ? Où en était Newman il va cinq ans ? Ne se peut-il pas que j'en sois au même point qu lui? » D'étranges pensées lui rendaient visite, suivant son expression... Au sortir de cette longue retraite, pendant laquelle il lui parut que Dieu le sevrait de tout pour le posséder tout entier et être sa seule posses sion, ses médecins l'envoyèrent sur le continent. 11 y passa l'été de 185 et les six premiers mois de 1848 surtout à Rome. Ce voyage fut propr- ment un cours d’ecclésiologie et de catholicisme pratique. Manning obéis sait aux principes de l’école d'Oxford en hantant sur le continent le: églises catholiques. A Rome, il respira à pleins poumons l'air de la métropole catho lique. Pour occuper ses loisirs, il eut le spectacle des débuts de Pie IX à d'une révolution. Il s’entretint avec les hommes des divers partis, avec le Père Ventura, d'autres religieux. Le Souverain Pontife lui accorda deux audiences, le 9 avril et le 41 mai, le jour de son départ. Son journal du temps, si copieux sur tout le reste, mentionne ce fait en deux lignes. Heureusement le cardinal 4 réparé les omissions de l'anglican. Pie IX. auquel il présenta de la part de son ami Sidney Ilerbert un rapport sur la famine en Irlande, lui parla de Mme Fry, la réformatrice des prisons ; ce propos, des quakers; puis de l'Église anglicane, de l’observance des dimanches et des jours de saints: de la communion sous les deux espèces. Enfin, il loua les bonnes œuvres qui se faisaient en Angleterre en si grand nombre, ajoutant ce mot un peu pélagien : « Quand les hommes font d» bonnes «œuvres, Dieu donne sa grâce » ; et touruant son regard vers l» ciel, il termina en ces termes : « Mes pauvres prières sont chaque jour offertes pour l'Angleterre. » Ainsi finit cette mémorable entrevue entr deux hommes destinés à exercer ensemble une si grande influence sur l'Église et sur le siècle. L'heure des hésitations finales, des derniers combats était passer. Munning n'avait rien donné à la hâte, à la passion. H avait lutté aussi longtemps qu'il l'avait osé, plus longtemps peut-être qu'il n'eùt dû, contn la voix de sa conrcience, Peu à peu, il avait dénoué tous les liens qui l'attachaient à cette Église, tendremeunt aimée, fidèlement servie. L° temps de retraite, il l'avait passé dans la lecture du bréviaire, l'initiation à ces beautés spirituelles de la liturgie qui avaient calmé et purifié su! âme. Une dernière fois, il alla s'agenouiller à côté de M. Gladstone, dans une église anglicane, dans cette petite chapelle de Buckingham Palace Road et, se relevant quand le service de communion conmmenca, il dit à son compagnon attristé : « Je ne peux plus communier dans l'Église d'An- gleterre. » Le 6 avril 1854, cinquième dimanche de carême, ou de la Passion, Man- ning et sun ami llope Scott, qui s'étaient promis de marcher la main dans la main, firent abjuration, se confessérent, firent leur profession de foi, recurent le baptème sous condition et l’absolution des mains du R.P. Browuhill dans l'église de Hill Street. Le dimanche des Rameaux qui eui- LIVRES ET REVUES 319

vit, le cardinal Wiseman en personne les confirma et leur donna la com- munion dans sa chapelle privée. C'était la fin d'une vie, Manning croyait que c'était même la fin de sa vie ou du moins de toute activité publique pour lui. Il avait bien, sans la plus légère hésitation, résolu de se faire ordonner prêtre ; mais là s'arré- taient ses vues, il pensait vivre et mourir, dans une tranquille et douce ocbscurité, à l'ombre du sanctuaire. II avait enfin, après tant d’orages, trouvé la paix, ainsi que l’atteste cette lettre : « Je sens que je n'ai point d'autre désir à former que de persévérer dans ce que Dieu m'a donné pour l'amour de son Fils. Quelle issue bénie! Comme l'âme le dit à Dante : E demartirio venni a questa pace! » Le Times ayant cru pouvoir annoncer en 1852 son retour à l'anglicanisme, il lui écrivit: « J'ai trouvé dans l'Église catholiquetout ce que je cherchais, plus même que je n'aurais été capable de concevoir, tant que je n'étais pas dans son sein, » Manning n'était pas de ceux qui retournent en arrière ou de ceux qui, la vérité une fois connue et embrassée, s’endorment dans une lâche et égoïste oisiveté. — FRANCIS DE PRESSENSÉ.

        Revus CATHOLIQUE DES INSTITUTIONS DU DROIT

Les adversaires de l'Église en France prétendent que les membres du clergé sunt des fonctionnaires publics et des agents du gouverne- ment, sous prétexte qu'ils reçoivent un traitement de l'État. A ce sujet, nous trouvons dans la kRevus Catholique des Institutions et du Droit des indications intéressantes pour ceux qui voudraient étudier cette question.

Les membres du clergé catholique, en France. ne sont, en aucun cas, à aucun degré, agents du gouvernement ni fonctionnaires publics.

Cette proposition, qui est une vérité juridique fortement et depuis longtemps établie en doctrine et en jurisprudence, a besoin pourtant — en face d'efforts opiniâtres, de tentatives réitérées, dans la presse, dans ie monde ofBciel actuel, dans le ministère des cultes, pour faire envisager les archevèques et évêques comme des fonctionnaires purs et simples, pour ressusciter en quelque sorte la constitution civile du clergé de néfaste mémoire, pour se passer du Vatican et de l'insti- tulion canonique —- d’être remise vivement en lumière, avec les auto- rités nombreuses, imposantes, qui la mettent en relief; il ne faut jemais laisser prescrire, ni obscurcir ces vérités-là. Dans la doctrine, elle se trouve établie par: Dalloz, Recueil alphabé- lique; V° Culte, n° 446 ; V° Fonctionnaire public, n° 51; V° Presse- Outrage, n° 4523; Dalloz, supplément de 14890 au Recueil alphabé- tique; V° Culte, n° 90; V° Fonctionnaire public, n° 4. Ces recueils signalent comme jurisconsultess’étant prononcés en ce sens: Serrigny, Parant, de Grattier, Chassant, Dufour, Dupin aîné, Ducrocq, Maugier, Gaudry, Laboulaye, le rapport du député Chapot à l'Assemblée nationale de 1848. CARTE

                                                         Ts      ci

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Dans la jurisprudence, nous rencontrons : les arrêts de cassation des 23 août 1793, 23 juin 1831, 9 septembre 1831, 40 septembre 183. (cités en Dalloz : Alphabétique, V° Culte, n° 146; V° Fonctionnaire public, n° 54); les arrêts des 22 février 1845, 23 août 1830, 5 dé- cembre 4872, 40 mai 1873, 20 juin 1873, 4 avril 1874 {cités en Dalloz: Périodique 1845, 1, 469 — 1850, 5, 379—1872, 1, 465 — Gazette du Palais 1873, p. 344 — Dalloz : 1873, 1,270 — 1874, 1,275 et 276. Les arrêts de cours d'appel de Grenoble, 3 mai 1834; Montpellier 12 juillet 1841; Bourges, 21 juin 1839 {cités V° culte, n° 146 en Dal- loz : Alphabétique); de Poitiers et Paris, du 20 juillet 1872; de Cham- béry, du 16 février 1877 (Dalloz, 1872, 2, 1462 — 41873, 2, 69 — 18717, 2, 205); de Toulouse (1° chamb., 4° président Fabregueltes, du 20 février 1890 (Gazette des tribunaux, 19 avril 4890), etc. La pensée maitresse de toutes ces autorités de doctrine et de juris- prudence, pensée toute de vulgaire bon sens, d'une évidence toute fulgurante pour une intelligence droite, non aveuglée parle parti pris, peut se formuler et se dégager comme suit : « Les ministres du culte catholique peuvent être des personnes publiques à certains égards, être plus que de simples particuliers, mais ne son, en aucun cas, à aucun degré, les agents de l'autorité publique, du gouvernement, et n’exercent leur mission, leur autorité en vertu d'aucune délégation de la loi ou du gouvernement, ne sont jamais fonctionnaires publics, parce que l'Etat ne saurait leur confé- rer la mission qu'ils remplissent, leur enseigner la doctrine qu'ils prêchent, leur déléguer l'autorité qu'ils exercentet au nom de laquelle ils agissent, autorité qui est autre et plus haute que celle de l'Etat. Ils sont fonctionnaires, dans l’ordre spirituel seul, nullement dans l'ordre temporel. En les salariant, l'Etat paie une dette convertie, leur verse un équipollent minime des biens ecclésiastiques confisqués en 1790; l'Etat n'ayant aucune doctrine religieuse; ne peut déléguer l'enseignement d'aucune doctrine religieuse; s’il le faisait, il serait tout ensemble catholique, protestant, juif, musulman, puisqu'il salarie ces quatre cultes. C'est l'institution canonique, non le salaire de l'Etat, qui fait la mission, l'autorité des évêques, quoique l'Etat les nomme. Considérer les prêtres comme des fonctionnaires serait, dit Dupin, blesser le sacerdoce dans son essence. » nn ati DOCUMENTS

                                   THE

                    SUPPER OF THE LORD,

                                   AND


               THE HOLY COMMUNION,
                     COMMONLY CALLED THE MASS


                                  (Suite)

893€ Then ‘shall follow for th: Offertory one or more of these Sentences. of holy scriplure, to be sung tohils the people do offer, or else one of them lo be said by the minister, immediately before the offering. Ler your light so shine before men, that they may see your goud works, and glorify your Father which is is heaven. aË. Y. Lay not up for * yourselves treasure upon the earth, where the rust and moth * doth corrupt, and where thieves break through

 Second Edw. VI. 1552.                      echortation, the Presbyter or Cu-
  1. After such sermon, homily, or rate shall declare unto the people echortation, the Curate shall declare whether there be any Holy days or unto the people swhether there be Fasting days the week following; any holy days or fasting days the and earnestly eæhort them to re- week following : and earnestiy member the poor, saying (for the ezhort them to remember the poor, offertory}) one or more of these Sen- saying one or more of these Sen- tences following, as he thinketh tences following, as he thinketh most convenient by his discretion, most convenient by his discretion À. according to the length or Shortness of time that the people are offeriny.

Ler your light, etc. ÎThe same throughout as 1549.] And in process of time it came tu pass, that Cain brought of the fruit Elizabeth, 1569. of the ground and offering unto the 593. After such Sermon, etc. Lord; and Abel, he also brougth {Same as 1552. of the firstlings of his flock, and of Ler your light, etc. the fat thereof : and the Lord had ÎThe same throughout as 1549.] respect unto Abel and to his offe- ring, but unto Cain and to his offe- James I. 1604. ringhehad notrespect. Gen.4,3,4, 8e. Speak unto the children ofisrael, #93. After such Sermon, etc. that they bring me an offering : of [Same as 1552.) every man that givethit wiliingly LET your light, etc. with his heart, ÿe shall take my ÎTte same throughout as 1549.1 offering. Exod. 25. 2. Ye shall not appear before the DS

 Saotoh Liturgey, 1687.                  Lord empty : every man shall give
  1. After such Sermon, Homily or as he is able, according to the bles-

#1 ]ne ono ed., 4559, ‘ for ” omitted. upon earth, where moth and rust. ” # In Scotch ed., 1637, : treasures

 REVUE ANULO-ROMAINE. = T, Il, m 2{

322 REVUE ANGLO-ROMAINE

and steal : But lay up for yourselves treasures * in heaven, where neither rust nor moth doth corrupt, and where thieves do not break through nor ‘ steal. Mai. vi. Whatsoever you * would that men should do unto you, even 50 do you % unto them : for this is the law and the Prophets Mafh. vii. Not every one that saith unto me, Lord, Lord, shall enter into the kingdom of heaven, but he that doeth S the will of my Father which is in heaven. Afaé. vii. Zachee * stood forth, and said unto the Lord, Behold, Lord the half of my goods I give to the poor, and ifI have done any wrongte any man, Ï restore fourfold. Luc. xix. Who goeth a warfare at any time at % his own cost? Who planteth

siug of the Lord your God which he cast money into it; and many that hatb given you Deut. 16. 46. were rich cast in much. And there David biessed the Lord before all came a certain poor widow, andshe the congregation; and said, Blessed threw in two mites, which make be thou, Ô Lord, is the greatness, a farthing; and he called unto him and the glory, and the victory, and his disciples, and saith unto them, the majesty : for all that is in the Verily I say unto you, that this beaven and in the eart is thine : poor widow hath cast more in than thine is the kingdom, O Lord, and all they which have cast into tbe thou art exalted as head above all. treasury; for all they did cast in of Both riches and honour come of their abundance, but she of ber thee, and of thine own do we give want did cast in ali that she had. unto thee, 1 know also my God, even all her living. Mar. 12. 44. 42. that thou triest the heart, and hast 43. 44. pleasure in uprightness. As for me, Who goeth a warfare, etc. I Cor. in the uprightness of my heart Ï ix. 7. have willingly offered all these [Same as 1549.] things : and now have I seen with If we have sown unto you spiri- joy thy people which are present tual things, is it a great thing if ere to offer willingly unto thee. we shall reap your carnal things? 1 Chron,. 29, 10, etc. E Cor. ix, 7. Give unto the Lord the glory due unto his name : briug an offer- Charles II. 1062. ing and come into his courts. Ps. & 93. 4 Then shall the Priest return Lay not up for yourselves, etc. to the Lord’s Table, and begin the Matt. vi. 49. 20. Offertory, saying one or more of Not evry one that saith, etc. these Sentences following, as he Matt. vii. 42. thinketh most convenient in his dis- [Same as 1549.] cretion. Jesus sat over against the trea- LeT your light, etc. sury, and beheld how the people {The same throughout as 1549.}

                             2




 #3 In four eds., 1543, ‘‘ treasure. ”        $ In ed. 4637, references to the versés,
 L je eds. 4552, and ed. 1662, “ and        as weli as chapters, are given thronhout.

steal. * 6 In Scotch ed., 1631, and ed. 1662, 2 In ed. 4596, and afterwards, ye. ? # dott. ” 3 In eds. 4552, and afterwards, ‘* jou”. 7 In ed. 4664, ‘* Zaccheus. ” omitted. 8 In Scotch ed., 4637, “ at his own 4 This, in eds, 14552. and afterwards, charges; ” and ed. 4662, “ of his own follows on immediately after $ 86, Soe cost. ” pe , RE RÉ

      THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION                         333

a vineyard, and eateth not of the fruit thereof? Or who feedeth a flock, and eateth not of the milk of the flock? I. Cor. ix. If we have sown unto you spiritual things, is it a great maiter if ve shall reap your worldily things ? I Cor. ix. Do ye not know, that they which *Ÿ minister about hoty things, live sf the sacrifice? They ‘° which wait of the altar are partakers with the altar” Even s0 haih the Lord also ordained : that they which preach the Gospel, should live of the Gospel. I Cor. ix. He which ‘ soweth little, shall reap little, and he that soweth plenteously, shall reap plenteously. Lel every man do according as heis disposed in his heart; not grudgingly ‘ or of necessity; for God loveth a cheerful giver. II Cor. ix. Let him thatis taught inthe word, minister unto him thatteacheth, in all good things. Be not deceived; GOD is not mocked. For what- soever a man soweth, that shall he reap. Gala. vi. While we have time, let us do good unto all men, and specially uato are of the household of faith. Gala. vi. Godliness is great richess, if a man be contented ‘ with that he hath : For we brought nothing into the world, neither may ‘ we carry any thing out. 1 Timo. vi. Charge them which * are rich in this worid, that they he ready to give, and glad to distributy, laying up in store ! for themselves a

   Second Edw. VI. 1662.                 hte things of the temple ? and they
                                         which wait at the altar, are partakers

Do ye not know, etc. with the altar? Even so hath the [Continued same as 1549, to} Lord ordained,. that they which eus time of trouble. Ps. xl. preacb the Gospel, shoulä live of the Gospel. 1 Cor. 9. 13, 14. He which soweth sparingiy, shall Elizabeth, 1559. reap sparingiv : and he which sow- Do ye not know, etc. eth bountifully, shall reap boun- [Continued same as 1549, to tifully. Every man according as he- purposeth in his heart, so let him ss time of trouble. Ps. xli. give, not grudginglv, or of neces- sity : for God loveth a cheerful gi- James I. 1604. ver. 2 Cor. 9.6.7. Let him that is taught in the Do ye not know, etc. word, communicate unto him that [Continued same as 1549, to} teacheth, in all good things. Be not ce time of trouble. Ps. xli. deceived, God is not mocked : for whatsoever a man soweth, that shall Scotch Liturgy, 1837. he also reap. Gal. 6. 6. 7. Do ye not know that they which Charge them that are rich in this minister about holy things live of world, that they be not high-minded

In ed. 4662, “ who. ” 13 In ed, 4662, * that.

16 ]n cd. 1598, ‘ And they; ” in ed. 14 fn one ed., 4552, and 1596, and ed. 1662, ‘* And they who wait at the altar. ” 1662, * content. ” 15 In one ed., 1549, ‘ can. +

In ed. 1662, ‘ that soweth. ” 1? In three eds, 1552, and two eds. 16 In three ed., 1549, ‘in store ” omilled. 1559, ‘* grudging. ” 324 REVUE ANGLO-ROMAINE

good foundation, against the time to come, that they may allain eternal life. I Timo. vi. GOD is not unrighteous, that he * will forget your works and labour, Lhat proceedeth of love, which love ye have shewed for his name's sake, which ‘8 have ministered unto ‘* the saints, and yet do minister. Hebre. vi. To do good, and to distribute, forget not, for with such sacrifices God is pleased. Æebre. xiii. Whoso hath this world's good, and seeth his brother have need, and shutleth up his compassion from him, how dwelleth the love of God in him ? 1 John iii. Give alms * of thy goods, and turn never ?! thy face from any pour man, and then the face of the Lord shall not be turned away from thee. Toby iv. Be merciful after thy power : if thou hast much, give plenteously; if thou hast little, do thy diligence gladly to give of that little : for sa gatherest thou thyself a good reward in the day of necessity. Toby iv. He that hath pity upon the poor lendeth unto the Lord; and look, what he layeth out, it shall be paid him again. Prov. ??, Blessed be the man that provideth for the sick and needy; the Lord shall deliver him, in the time of trouble. Psalm xli *3.

  1. Where there be Clerks, they shalt sing one, or many of the seniences above written, according to the length and shoriness of the time, that the people be offering.

nor trust in uncertain riches, butin saints, and yet do minister. Heb. the living God, who giveth us richly 6. 10. all things to enjoy; that they do To do good, and to communi- good, that they be rich in good cate, forget not : for with such sa- works, ready lo distribute, willing crifices God is well pleased, Heb. to communicate : laying up in store 13. 16 17. for themselves a good foundation against the time to come, that they may lay hold of eternal life. 1 Tim. Charles II. 1662. 6.17. 18, 19. God is not unrighteous, to forget Do ye not know, etc. your work and labour,of love, which [Same throughout as 1549, to ye have shewed toward his name, in that ye have ministered to the een time of trouble. Psalm xli.

In one ed., 1549, ‘ ve. ” 21 ]n ed. 1662: * never turn, *

18 In ed. 1662, ‘, who. ” 32 In one ed. 1549, the two references, 12 In three eds., 1549, ‘‘ to the saints; ” by printer error, are transposod, In in eds., 1552 and 1359, ‘ unto saints. ” ed. 1596, misp. Ps. Jxi. 20 In eds. 1559, “ almose. ” THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 323

$ 95. Zn the mean fimo, while the Clerks do sing the Offertory, so many as are disposed %, shall offer lun] to the poor men's boz every one according do his ability and charitable mind. 8 96. And at the offering days appointed every man and tvoman shall pay to the Curale the due and accustomed offe- ring !. $ 97. Then so many as shall be partakers of the holy Communion, shall tarry still in the quire, or in some convenient place nigh the quire, ke men on Îhe one side, and the women on the other side. Al other (that mind no do receive the said holy Communion) shall depart out of the quire, except the ministers and Clerks 1. 8 98. Then shall the minister takes so much Bread and Wine, as shall sufice for the persons appointed la receive the holy Communion, laying the bread upon the corporas or else in the paten, or in some other comely thing pre- paredfor that purpose : And puiting the wine into the Chalice, or else in some fair or conventent cup, prepared for thatuse {if le chalice wall not serve}, putäing therelo a little pure and clean waier : And setting both the bread and rine upon the Allar :.

   O. H. O. Eüw. VI. 1648.                    gather the devotion of the people,
                                              and put the same into the poor

$ 98. The time of the Communion men’s box : $ 96. and upon the offe- shall be immediately aftér that the ring days appointed, every man and Priest himself hath received the sa- wman shali pay to the Curate the crament, without the varying of any due and accustomed offerings = other rite or ceremony in the Mass [Continued as (until other order shall beprovided), but as heretofore usually the Priest 8 104... after which done the Priest shall say Let us pray for the whole, hath done with the sacrament of the state, etc. Sse page 240.] body, to prepare, bless and conse- crale so much as will serve the $ 99. € After the which, the Prieit people : sa it shall à continue still shall proceed, saying $. after the same maner and form, save Lift up your hearts. that he shall bless and consecrate Answer. We lift them up, etc. the biggest chalice or some fair and [Same as 1549.; convenient cup or cups full of wine with some water put unto tt; and Elizabeth, 1569. that day, not drink it up all him- 8 95. Then shall the Church-war- self, but taking one only sup or dens, etc. draught, leave the rest upon the altar covered 5... Same as 1552.] IHers follows 8 104, see p. 240.] [Continued as £ 88. See p. 222.] 8 99. After the which the Priest shall proceed, saying, Seconä Edw. VI. 1552. Lift up your hearts. 895. Then shah ‘he Church wardens, Answer. We lift them up, etc. or some other vi, ‘hem appointed, [Same as 1549.)

% In one ed., 4549, ‘* be. ” 3 This rubric of 4549, much altered 1 This rubric is represented bythelat- from 8 98 of 1548, is partially represen- ter of 8 149 of 1552, and after. See ted by 8 98 of 1637 and 4662. P- u Le 41n one 6d., 1548, ‘‘ shaii yet. *

8 87 of 1662. See p. 223. See also para p. 230. graph inning ‘“ Which thing, ” 6 This, in 1552, and subsequent edi- col. 3, p. 226, in eds. 1552 to 1638. tions, follows after g114. See p. 259. 326 REVUE ANGLO-ROMAINE

                                               8 99 fhen then Priest shall say,

The Lord be with you. Answer. And with thy spirit. Priest. Lift up your hearts. Answer. We lift them up uno the Lord. Priest. Let us give thanks to * our Lord God. Answer. IL is meet and right so to do. Priest. It is very meet, right, and our bounden duty, that we should at all times, and il all places, give thanks to 7 thee, O Lord, holy Father, almighty everlastine, God.

        James I. 1604.                             Charles II. 1862.

    S 95. Then shall the, etc.           $ 95. € Whilst these Sentences are in
         Same as 1552.)                    reading, the Deacons, Churchwar-
  Here follows ÿ 88. See p. 223.]           dens, or other fit person appointed
                                           for that purpose, shall receive the
  $ 99. After the which, etc.
                                           alms for the poor, and other devo-

Lift up your hearts. tions of the people, in a decent ba- Answer. We lift them up, etc. Sin, to be provided by the Parish [Same as 1549.][ for that purpose; and reverenily bring it to the Priest, who shall humbly present and place it upon $ 95. While the presbyter distinctly the holy Table. pronounces some or all of these sen- $ 98. € And when there is a Com- tences for the offertory, the deacon munion, the Priest shall then place or (if no such be present) one of the churchwardens shall receive the de. upon the Table so much Bread and votions of the people there present, Wine, as he shall think sufficient; in a bason provided for that pur- IContinued as $ 104... after which pose. And when all have offered, done. See p. 241. he shall reverenily bring the said 8 99. À After which the Priest shall bason, with the oblations therein, proceed, saying, and deliver it to the presbyter, who shall humbly present it before the Lift up your hearts. Lord, and set it upon the holy Answer. We lift them up, etc. table. {Same as 1549, to] $ 98. And the presbyter shall then offer up, and place the bread right 80 to do. and wine prepared for the Sacra- $ 100. € Then shall the Priest turn ment upon the Lords table, that it to the Lor®s Table, and say, may be ready for that service. [Here follows8 104. See p. 241 ] Ir is verÿ meet, right, and our bounden duty, that we should at all 899. After the which the Presbyter times, and F al shall proceed, saying. places give thanks nés Lift up your hearts. unto thee, O Lord, (aol Father mt Answer. We lift them up, etc. holy Falher, At- de omitted on Tri- Fame as 4549, except Presbyter for migbty, everlasting "## Sunday. Priest in both Estances | God.

          7 In most eds. 1552, 1559, and all afterwards, ‘“ unto. *
                   8 In three ed., 1549, ‘ The Priest. * :

THE SUPPER OF THE EORD AND THE HOLY COMMUNION 327

  1. Aere shall follow the proper preface * according to the time (if there be any especially appointed.) or else immediately shall follow, Therefore wilh angels, [etc.] PROPER PREFACES. { Upon Chrieitmas Day.

Because thou didst give Jesus Christ, thine only Son, t be born as this day *° for us, who by the operation of the Holy Ghost was made very man, of the substance of the Virgin ‘ Mary his mother, and that withont spot of sin, to make us clean from all sin. The- refore, etc. ‘?. € Upan Easter Day. Bur chiefly are we bound to praise thee, for the glorious resurrec- ofthy Son Jesus Christ, our Lord; for he is the very Paschal Lamb, which was offered for us, and hath taken away the sin of the world, who by his death hath destroyed death, and by his rising t life again hath resiored to us everlasting life. Therefore, etc. 4 Upon the ** Ascension Day. Tarousex thy most dear beloved Son, Jesus Christ our Lord, who after his most glorious resurrection mamifestly appared to all his

   Second Edw. VI. 1652                    TuroUGHT Jesus Christ, etc.
                                                        iSame as 1549.]

$ 401. Here shall follow the proper Q Upon the feast of Trinity only. Preface, etc. Ir is very meet, right, etc. ISame aæs 1549.) [Same as 1549, to]

   PROPER PREFACES.                      inequaäity. Therefore with, etc.

% Upon Christmas day, and seven Elirabeth, 1559. | days after. $ 101. Here shall follow, etv. Because tthou didst give, ete. [Same as 1549.] [Same ss 1549.) € Upon Easter day, and seven days PROPER PREFACES, etc. after. [Same Prefaces as 1549, with the rubrics of 1552.] BurT chiefly are awe bound, etc. | inequality. Therefore with, etc. [Same ns 4549.] snteretohnninnten

€ Upon fhe ‘# Ascension day, and James I. 1804. seven days after. 8 404. Here shall follow, etc. [Same as 1549. TAROUGH thy most dear be-: loved, etc. PROPER PREFACES, etc. [Same as 1549.] {Same Prefaces ‘as 4849, with rubrios of 1552. € Upon Whitsunday, and six days after. iniquality. Therefore with, etc.

® In one d., 4649, and 2552, ‘ Pre- #3 Àkn some eds., 552, and in all, 1559, ” 1604, 1662, Therefore with Angels, ” etc. 10 In ed. 1662, ‘‘ as at This time. ” throughout, 1 ]1n Scotch ed. 4637, ‘‘ ;he blessed 13 Im'od. +669, ‘eo ” omiféed. Virgin Mary. ” 328 REVUE ANGLO-ROMAINE

disciples 4, and in their sight ascended up into heaven, to prepare a place for us, that where he is, thither might we ‘ also ascend, and reign with himin glory. Therefore, etc.

                                € Upon Whitsunday.

Tarouex Jesus ‘ Christ our Lord, according to whose most true promise, the Holy Ghost came down this day ‘ from heaven, witha sudden great sound, as it had been 8 mighty wind, in the likeness of fiery tongues, lighting upon the Apostles, Lo teach them, and to lead them to all truth, giving them both the gift of divers languages, and also boldness with fervent zeal, constantly to preach the Gospel unto all nations, whereby we are !* brought out of darkness and error, into the clear light and true knowledge of thee, and of thy Son Jesus Christ. Therefore, etc.

                          4 Upon the feast of the Trinity.

Ir is very meet, right, and our bounden duty, that we should at all times, and in all places, give thanks to thee, O Lord almighty, ‘ everlasting God, which * art one God, one Lord, not one only per- soù, but three persons in one substance : For that which we believe of the glory of the Father, the same we believe ofthe Son, and ofthe Holy Ghost, without any difference, or inequality : whom the angels, etc.

     Bootoh Liturgy, 1837.                     glorious Name, evermore praising
                                               thee, and saying, Holy, holy, holy,
    $ 404. Here shall follow, etc.             Lord God of hosts: Heaven and earth
            [Same os 1549.]
                                               are full of thy glory. Glory be to
                                               thee, O Lord most ight. Amen.
     PROPER PREFACES.
                                                 { PROPER PREFACES, etc.

[Same Prefaces as 1549, with rubrics of 1552. to] {The same Prefaces as 1549, with inequality. Therefore with, etc. the rubrics of 1552, to]

                                                 € Upon the feast of Trinity only.
           Charles II. 1662.
                                                 WH0 art one God, one Lord; not

$101.€ Here shall follow the Proper one only person, but three persons Preface, etc. in one substance : For that which we believe of the glory of the Fa- [Same as 1549.] ther, the same we believe of the THEREFORE with Angels and Ar- Son, and of the holy Ghost, without changels and with all the company any difference or inequality. The- of heaven we laud and magnify thy refore with Angels, etc.

14 In eds. 1552, and afterwards, 18 In ed. 1669, ‘ have been. ” ‘“ Apostles. ” . 19 In eds., 1542, and afterward, ‘ and 1# In ed. 1662, ‘‘ we might. ” e verlasting. 16 In one ed., 1552, and 1559, ‘‘ Josu. ” 30 In ed. 1662, ‘“ who. ” 17 In ed. 1662, ‘‘ as at this time from. ” THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 329

              8 402. After 10hich preface shall follow immediately.

Therefore with Angels and Archangels, and with all the holy com- pany of heaven, we laud and magnify thy glorions name, evermore praising thee, and saying, { Holy, holy, holy, Lord God of Hosts : heaven and earth are full ofthy glory : Osannah in the highest. Blessed is he that cometh in the name of the Lord : Glory to thee, O Lord, in the highest, $ 103, This the Clerks shall also sing. 8104. 4 When he Clerks have done singing, then shall the Priest, or Deacon, turn him io the people, and say, Let us pray for the whole state of Christ's Church. 8105. € Then (he Prisst, l'urning him to the Allar, shall say or sing, plainly and distinclly, this prayer following :

    Second Edw. VI. 1552.                      defend ali Christian Kings, Princes,

$102. After which preface, shall and governors, and specially thy follow immediately. servant, Edward our King, that un- der him we may be godiy and { Therefore with Angels and Ar- quietly governed : changels, and with all the company of heaven, we laud and magnify thy [Continued the same as 1549, to]. lorious name, evermore pralsing true religion and virtue. thee, and saying : Holy, holy, holy, Lord God of Elizabeth, 15659. bosts : heaven and earth are full of tby glory : gloryÿ be to thee, O 8 102. After which Preface, etc. Lord most high. {Same as 1552,] [Here follows 8 445. See p. 252.] Here follows & 145, and the prayer, EL e do not presume,” etc.{See p. 252.1 8$ 105,4... After which done the $ 104, 5... After which done the Priest shall say,

          Priest %1 shall say A,                  Let us pray for the whole, ete.
                                                            [Same as 1552, except]
 Let us pray       for the whole state #3

of Christ's Church militant here in and specially thy servant Elizabeth carth. our Queen, ALMIGHTY and everliving God, [and ‘her, ” for‘ him, ” and‘ his. ”] which by thy holy Apostle hast taught us to make prayers and su James I. 1804. plications, and to give thanks for ail $ 102. After which Preface, elc. men : we humbly + 1r chere be pcech thee most nonet alms given Same as 1552] [Here follows 2 415. See p. 253.] mercifully our * ans 3 REA un e POOr: then shall the words of accept- 88104, 5... After which done the receive these our ing our alms he Priest shall say, prayers. leit out unsaid. Let us pray for the whole, etc. {Continued the same as 1549, to] [Same as 1552, except} ... ünity and godly love. and specially thy servant James our We beech thee also to save and King,

 21 ja ed. 4518,    “ Minister. ”              #1 estate, ”
 43 This, in eds, 1582, 1559, 4604, and           : {n one ed., 1552. 4559, and ail after.

iNermards, is a continuation of & 96, wards ‘ unto alms. ” P. ue 3 In eds., 1559, “ slmose. ” % In eds., 9552, and one ed., 1559, 330 REVUE ANGLO-ROMAINE

AumeuTy and everliving God, which by thy holy apostle hast taughl us lo make prayers and supplications, and to gives thanks for all men : We humbly beseech thee most mercifall to receive these our prayers, which we offer unto thy divine Majesty, beseeching thee to inspire continuslly the universal Church with the spirit of truth, unity, and concord : And grant that all they that do confess thy holy name, may agree in the truth of thy holy word, and live in unity and godly love. Specially we beseech thee to save and defend thy servant Edward our King, that under him we may be godly; and quietly governed. And grant unto his whole council, and Lo all that be % put in authority under him, that they may truly and indifferently minister justice, to the punishment of wickedness and vice, and to the maintenance of God’s 4 true religion and virtue. Give grace (0 heavenly Father) to all Bishops, Pas- lors ©, and Curates, that they may both by their life and doctrine sel

  Scotch Liturgy, 1687.                     Glory be to thee, O Lord, most

S 102. After which Prefaces, shall DINAN, Ame follow immediately this Doxology. {Hero follows,$ 115, p. 258] THEREFORE with Angels, etc. $$ 104, 5... After which done, the Priest shall say ?,

        FSeme ss 1952, 101                    Let us pray for the whole state

[Here follows $ 106, See p. 244.] of Christ's Church militant herein k earth. $ 104. And then he shall say ®, ALMIGHTY and everliving God. Let us pray for the whole, etc. wbo by thy, ce Lo [Same as 1552, oxcept] [Same S as nsereon 549, | tfPROWINE i

and specially thy servant Charles | most mercifally [to our King, accept our alms and be m If there ————— oblations, and] to re- amsn Oharles II. 1862. ceive these our pra- words [of ace vers, which we offer ‘ing our almsæd $$ 102, 3.€ After each of which Pre- | antothy divine Ma- chats Le 14 faces, shall immediately be sumg or | jesty, etc. said, Same as 1549, to.] THEREFORE with Angels and Ar- We beseech ther also to, etc. changels, and with all the company [Same as 1552, t0] of heuven, : we laud and magnifyà thy and specially thx servant Charles glorious Name, evermere praising our King, thee, and saying, Holy, holy, holv, Lord God of Éosts, heaven and . [ponEnuel tol earth are full of thy glory. true religion and virtue.

In ed, 1662, are. ” is continuation of 18.

{ In od. 1662, “ thy true. ” 6 In ed. 1662, “ Pastors ” omif{ed. 5% This rubric, in eds. 1637 anc. 1662, R TRE SUPPER OF THÉ LORD AND THE HOLY COMNUNION 334

forth thy true and ? lively word, and rightly and duly administer thy holy Sacraments : and to all thy people give thy lheavenly grace, that with meek heart and due reverence they may hear and receive thy holy word, truly serving thee in holiness and righteousness all the days of their life. And we most humbly beseech thee of thy goodness (0 Lord) to comfort and succour ail them, which in this transitory life be in trouble, sorrow, need, sickness, or any other adversity. And especially we commend unto thy merciful goodness this congregation which is here assembled in thy name, to celebrate the commemcra- tion of the most glorious death of thy Son : And here we do give unto thee most high praise, and hearty thanks, for the wonderful grace and virtue, declared in all thy saints, from the beginning of the world : And chiefly in the glorious and most blessed virgin Mary, mother of thy Son Jesu Christ our Lord and God, and in the hoïy Pairiarchs, Prophets, Apostles and Martyrs, whose examples :0 Lord) and stedfastness in thy faith, and keeping thy holy commandments, grant us to follow, We commend unto thy merey (O Lord) all other thy servants, which are departed hence from us, with the sign of faith, and now do restin the sleep of peace : Grant unto them, we

   Second Edw. VI       1552.                         fHere follows,
                                          $ 91, Then shall follow this erhorta-

Give grace (O heavenly Father) tion, etc. to all Bishops, Pastors* and Cu- See p. 226.] rates, pic. . ————

        Same as 1549, to)                           Elizabeth, 1569.

beavenly grace, and especially to Give grace (O heavenly Father), this congregation here present, that | etc. with meek heart and duc reverence Same as 1552, to] they may hear and rrerive thy holy . word, truly serving theein holiness Mediator and Advocate. Amen. and bteousness all the days Of | |Here follows ÿ 91. Sec p. 221] And we most bumhly heseech these of ti.y goodness (O Lord) to James I. 1804. comfort and succour all them, | wbich * in this transitory life be # Give grace (O heavenily Father}, in sorrow, need, sickness, or any | rtc. other adversity. lSame as 1552.] Jesus gt the, QUE ont me Mediator and Advacate. Amen. diator and advocate. Amen. [Here follows 8 91. See p. 228.]

beseech thee, thy mercy, and everlasting peace, and that, at the day of the general resurrection, we and all they which be of the mystical body ofthy Son, may altogeter be set on his right and, and hear tgal his most joyful voice : Come unto me, 0 ye that be blessed of my Father, and possess the kingdom, which is prepared for you from the beginning of the world : grant this, O Falher. for Jesus Christ’s sake, our only Mediator and Advocate. O God heavenly Father, which of thy tender mercy didst give thine ‘ only Son Jesu ‘? Christ, to suffer death upon the eross for our redemplion, who made there (by his one ‘3 oblation ‘, once

    Scotch Liturgy, 1837.                 to thy holy  commandments : thai
                                          at the day of the general resurret-
 Give grace O heavenly Father to          tion we, and all they which are of

all Bishops Presbyters and Curates, the mystical body of thy Son, may that they, etc. be set_on bis right hand, and hear [continued the same as 1549, to] that his most joyful voice, Come ve blessed of my Father, inherit the all the days of their life. kingdom prepared for you from the [And we commend especially foundation ot the world. . unto thy merciful godness the con- Grant this, gregation which is here assembled O Father, for Jesus Christ's sake, in thy Name t0 Ce- pen thorois our only mediator and advocate. lebrate the comme- 29 Communion Amen. moration of the most these words thus {Here follows $ 91. See p. 221.[ precious death and pied are to sacrifice of thy Son °°" % our Saviour Jesus Christ.] Charles II. 1882. And we most humbly beseech thee, etc. Give grace O heavenly Father, etc. {Same as 1552, to] [continued the same as 1549, to] . or any other adversity. any other adversity. Uastead of the prgrsph of ed. 1349 beginning, ‘* An gspeciallr we com- - And we also mend, is substituted the following.] bless thy holy Name for all those thy servants, who, having finished And we also bless thy holv Name. their course in faith, do now rest for all thy servants departed this life from their labours. And we yield in thy faith and fear; beseeching unto thee most high praise and thee to 5e us grace sp to follow hearty thanks, for the wonderful their good examples, that with them grace and virtue declared in all thy we may be partakers of thy he: venly kingdom. . saints, who have been the choice vessels of thy grace, and the lights Grant this, ofthe world in their several gene- O Father, for Jesus Christ's sake rations : most humbly beseeching our only Mediator and Advocate. thee, that we may have grace to Amen. follow the example of their sted- [Here follows & 92. When the Minister fastness in thy faith, and ohedience giveth warning, elc. See p. 2%.

 11 In Scotch ed., 4637, *‘ thy. ”        “ own. ” In the first edition of 1549, itis

12 In one ed., 1549. in all eds., 1852, spelt ‘ his awne oblacion. ” and afterwards, ‘ Jesus. ” 14 In eds. 4552, and all afterwards, 13 In ed. of 1597, “ one ” is printed ‘ oblation of himself. ” TO Ps 7 ni

          THE    SUPPER    OF    THE   LORD AND THE     HOLY     COMMUNION          333

offered) a full, perfect, and sufficient sacrifice, oblation, and satis- faction, for the sins of the whole world, and did ‘ institute, and in his holy Gospel command us to celebrate *, a perpetual memory of that his precious death ‘’, until his coming again : Hear us (O merciful Father) we beseech thee:; and with thy holy Spiril and word vouchsafe to bless and sanctify these thy gifts, and creatures of bread andwine, that they may be unto us the body and blood

   Second Edw. VI. 1562.                                    James I. 1804.

$ 107. Then the Priest standinh up 8407. Then the Priest standing, etc. shall say, as followeth 11. ALMIGHTY God our heavenly Fa- ALMIGHTY God our heavenlÿ Fa- ther, which of thy, etc. ther, which of thy, etc. [Continued the same as 1549, to] [The same as 1552.]

Hear us, O merciful Father, we [Here follows $ 116. See p. 252] beseech thee : and grant that we receiving these tby creatures of bread and wine, according to thy Sootoh Liturgy, 1837. Son our Saviour Jesu Christ's holy institution, in remembrance of his $ 07. Then the presbyter, standing death and passion, may be parta- up, shall say the prayer of Conse- kers of his most blessed body and cration, as followeth, blood : who, in the same nihgt that : $ 106. but then, he was betrayec, took bread, and during the time of consecration, he when he had given thanks, he brae shall stand at such a part of the it, and gave it to his discilpes holy table there he may with the SAYINg : more ease and decency use both his ISame as 1549, (but with the side-notes hands 18; omitted), to]

in remembrance of me. ALMIGHTY God our heaveniy Fa- Here follows, ther, which of thy, etc.

116. Then shall the Minister first, elc.

         See p. 232.;                                       [Same as 1549, to]


                                               Hear us, O merciful Father, we
         Elizabeth,       1569.                most humbly beseech thee, and of

$107. Then the Priest standing, etc. thy almighty goodness vouchsafe so to bless and sanctify, with thy word ALMIGHTY God our heavenly Fa- and Holy Spirit, these thy gilts aud ther, which of thy, etc. creatures Of bread and wine, that [The same as 1552.) they may be unto us the body and THers follows 3 416. See p. 252.] blood of thy most dearlx beloved

isInoueed., 1552, and 1539, ‘ diddest.” 18 In ods., and afterwards, this 1552 16 In eds. 1552, and all sfterwards, foliows on after 3 1995, p. 252. “ continue. ” 18 This, in the Scotch Liturgy. fol- 7 In Scotch ed.,1637,* death and sa- lows immediately after the Prefaces, crifice. * à 4112. See p. 241. ‘ : Ris ... 01 née

334 REVUE ANGLO-ROMAINE

of thy inmost dearly beloved Son Jesus Christ. Who, in the same “ Here the Prise riost Night that he was betrayed, . took bread, and. when must take the bread he had blessed, and giventhanks, he brake it,and AIDE hauds, gave itto his assciples, saying: Take, eat, this is my body which is given for you : do this in remembrance of me. Likewise after supper he took the cup and when he had given thanks, he gave it to them, saying : Drink ye allof 1 Hore thero Priest shall take tho cupinto this, for this is my blood of the new Testament, his hands. which is shed for you and for many, for remission of sins : Do this as oft as you % shall drink it, in remembrance vf me.

$ 108. These svords before reharsed are to be said, lurning stsll to Le All, iwithout ony elevation, or shewing the Sacrament to the people. WHEREFORE, O Lord and heaveniy Father, according Lo the Insti-

Son, so that we, receiving them we most humbly beseech thee, ani according to thy Son our Saviour grant that we receiving these thy Jesus Christ's holy institution, in icreatures Of bred and wine, accur- remembrance of his Attheso words rog to thy Son our Saviour Jesus death and passion may ({04, breadl the Christ's holy institution, in remem- be partakers of the officistet is to brance of his death and passivn, same his most bless- take the Paten may be partakers of his most bles- ed body and blood in his hand. sed body and blood: Who in the — who in the night [4 "rex" same night that he 4e) Hare that he wass betrayÿed is to take the was betrayed (a) took Priest is to take and when he halo «? tookbread pis bred, and when he tho Paten into had given thanks he Fa upon in- had given thanks, (b) (4) andere to brake it and gave it much, be it in he Drake it, and broak thobread: to his disciples chalice or fla- gave it to his disciples, saying, : . gons, as he 30 Saying : tends to conse- Take, eat, (c) this (e) Andhere10 crate. is my body which is layhishandopon IContinued same as 1549, except given for you, do #1! tho bread. variation in side--notes.] this in remembrance of me. Like- wise after Supper (4) (a) Here be is Charles II. 1882. he took the cup, to taxo the cup $ 186 € When the Priest, standing and when he had into his and: before the Table, hath so ordored given thanks, he gave it tothem, the Bread and Wine, that he may saving, Drink ye all (e) And here to with the more readiness and de- of this, for this (e lay his and upon cency break the Bread before the is my blood of the every vessel Fe people, and take the Cup into his New Testament, itChalics orFla- hands, which is shed for gon) in æhic:i ereisany wir $ 107, ke shall say the Prayer vou and for many tobs consecrat of Consecralion, as followeth. for the remission of sins: Do this, as oft as ye slall ALMIGHTY God our heavenlv Fa- drink it, in remembrance of me ther, who of thy, etc. Amen. [Same as 1529, Lo] ... Hear us, o merciful Father, [Here follows $ 116. Soe p. 253).

             20 [n cds. 4552, 1559, and 1604, these two side-notes are omitted.
                          21 In eds. 1552, and afterwards, ‘* ye, ”

THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 335

tution of thy deariy beloved Son, our Saviour Jesu *#? Christ, we thy humble servants do celebrate, and make here before thy divine Majesty, with these thy holy gifts, the memorial which thy Son hath vwilled us to make : having in remembrance his blessed passion, wighty resurrection, and glorious ascension, rendering unto thee most hearty thanks, for the innumerable benefits procured unto us by the same, entirely desiring * thy fatherly godness, mercifully to accept this our Sacrifice of praise and thanksgiving : most humbly besee- ching thee to granit, that by the merits and death of thy Son Jesus Christ, and through faith in his blood, we and all thy whole church way obtain remission of our sins, and all other benefits of his pas- sion. And here we offer and present unto thee (O Lord) ourself #, our souls, and bodies, to be a reasonable, holy, and lively sacrifice uato thee : humbly beseeching thee, that whosoever shall be partakers * of this holy Communion, may worthily receive the most precious body and blood of thy Son Jesus Christ, and be fulfilled with thy grace and heaveniv benediction, and made one body with thy Son Jesus Christ *, that he may dwell in them, and they in him. .

  Second Edw V. 1562.                 unto thee, O Father almighty, work
                                      without end. Amen.
  € After shall be said as
     foilowetk !.                                 [Here follows,
                                          8 126. Or this, Almighty and
  1. Lorn and heavenly Father, everling, etc.

ve, thy humble servants, entirely Sse p. 256] desire thy fatherly goodness, mer- cifully to, etc. Elisabeth, 1669. IContinued same as 1549, to] 8 408... After shall be said as bumbly beseeching thee, that all we followeth. which be 3 partakers of this holy © Lord heaveniy, etc. Communion, may be fulfilled wit {Same as 1552, 10] ky grace and heaveniy benedic- . world withoud end. Amen. ton. And although we be unwor- {Here foliowx £ 127. See p. 256.) thy (through our manifold sins) to offer unto thee any sacrifice, Yet James I 1804. we beseech thee to accept this our bounden duty and service, not ÿ 108... After shall be said as weigbing our merits, but pardoning felleweth. our offences, through Jesus Christ O Lord and heavenly, etc. our Lord; by whom, and with [Same as 1552, to] whom, in the Unity of the Holy ... world without end. Amen. Ghost, all honour and glory be {Here follows 3 121. Sce p. 256.]

In Scotch ed., 1637, ‘‘ Jesus, ” this follows on after 3 126, See p. 256.

In Scotch ed., 4837, ‘‘ and we enti- 2 In ed. 4682, ‘* who are. ”

rely desire, ” 8 In ons ed., 1549, ‘“* parfaker. ” % In ed, 1552, and afterwards, ‘ our 4 In Scotch ed., 1636, ‘* one body seives. ” with him that. ” fn eds. 1552, andin all afterwards Len Fr

336 REVUE ANGLO-ROMAINE And although we be unworthy (through our mani- fold sins) to offer unto thee any Sacrifice : Yet we beseech thee to accept this our bounden duty and service, and command these our prayers and supplications, by the ministry of thy holy Angels, lo be brought up into thy holy Tabernacle before the sight of thy divine Majesty; not weighing our merits, but pardoning our offences, through $ Christ our Lord; by whom, and with whom, in tke unity of the Holy Ghost, all honour and glory be unto thee, O Father Almighty, world without end. Amen. Let us pray.

As our Saviour Christ hath commanded and taught us, we are bold Lo say. Our Father, which art in heaven, hallowed be thy name. Thy Kingdom come. Thy will be done in earth, as it is in heaven, Give us this day our daily bread. And forgive us our trespasses, as we forgive them that trespass against us. And lead us not into tempta- tion. The Answer, But deliver us from evil. Amen f.

   Scotch Liturgy. 1837.                           {Herh follows,
                                       # 115. Then shall the Presbyter, knee-

$ 108. Immediately after shall be said ling down at God's board, etc. this Memorial or Prayer of Obla- See p. 253.] tion followeth. Charles II. 1662. \VHEREFORE, O Lord, etc. S 108, € After shall be said, as [The same as 1549 throughout, except followeth. parahraph, ‘* and command these our O LonD and heavenly Father, praes to thy divine Majesty, ” is omil- we thy humble servant entirely de- led. sire thy Fatherly goodness, merci- fully to, ete. $ 109. Then shall the presbyter say, [Same ns 1549, to] As our Saviour Ghrist hath com- bumbly beseeching thee, etc. manded and taught us we are bold [Same as 1552, to] to say, Our Father, Which art in world without end. ‘Amen. heaven, ete. Amen. lHere follows # 127. See p. 221.

                  5 In Scotch ed., 1657, ‘ Jesus Christ. ”
                  6 In one ed., 1549, *’ Amen ” omitled.




                           Le Directeur-Gérant: FERNAND Porta.

            PARIS, — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,

o

 {: ANNÉE                             N° 25                        23 MAI 1896




                                 REVUE                                                   L

 AINGLO-ROMAINE
                           RECUEIL    HEBDOMADAIRE




 Tu es Petrus, ot su-                                          Spiritus Savctus po-
   per   hanc petram                                             suit episcopos re-
   ædificabo Ecclesiam                                           gere Ecclesiam Dei.
   meam ... et tibi
                                                                          AcT. xx. 28.
   dabo claves ...

    DSaArTH. XVI. 18-19.




                                  SOMMAIRE :
                                                                                   PAGES


       ABBÉ Ducaesnr.......    L'Afrique chrétienne ct l'Église romaine au
                                 Ie siécle.............,......,...,.......           347

ne

                               Chronique.................................            363
                               Livres et revucs..........,.................          367

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            DocumexTs.......   Lettre de S. Sainteté Léon XEII aux évéques
                                 de Hongrie. — Concordance des divorses
       e                         éditions du Prayer-Bouk;..................          369




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ALFRED MAME et FILS, Éditeurs

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                   AU MILIEU DU ff SIÈCLE!




              4° LES ORIGINES CURÉTIENNES EN AFRIQUE

Les provinces africaines de l'empire romain, c'est-à-dire le terri- toire qui appartenait autrefois aux Carthaginois, s’étendait entre le Sahara et la Méditerranée, des bords de l'océan Atlantique jusqu’à la frontière de la Cyrénaïque. Depuis la seconde guerre punique, tout ce pays subissait l'influence romaine ; mais ce n’est qu’à partir de la ruine de Carthage (146 ans avant Jésus-Christ) qu’il commença à recevoir une organisation provinciale. Celle-ci fut installée d’abord dans le pays qui avait été laissé aux Carthaginois entre la seconde etla troisième guerre punique, et quis'’étendait depuis l’île de Ta- braka jusqu'à l’oasis de Gabès et à la Grande Syrte (146 ,av. J.-C). L'an 25 avant notre ère, le royaume numide fut aboli, et la fron- tière romaine portée jusqu’au fleuve Ampsaga (un peu à l'est de Sétif et de Djidjelli). La province d'Afrique était une province séna- toriale ; son gouverneur portait le titre de proconsul; comme celui de la province d'Asie, ce proconsul était nécessairement de rang consulaire ; il résidait à Carthage, rebâtie et repeuplée en 44 avant J.-C. par Jules César. Seule entre toutes les provinces séna- toriales, l'Afrique avait une armée sous les ordres du proconsul. Cette Situation changea dès l’année 37. La légion d’Afrique (Legio 111 Au- gusta) fut désormais commandée par un légat de l'empereur et la province futdivisée en deux, l’une gouvernée phr le proconsul de Carthage, l’autre par le légat de la légion. Cette dernière portait le aom de Numidie; elle touchait la mer aux environs de la Rusicade ‘Philippeville), et s'étendait tout autour de la province proconsu- laire, c’est-à-dire à l'O., au S. et à l'E., jusqu'aux confins de la Cyré-

1 Grâce à la bienveillante autorisation de M. l'abbé Duchesne, nous pouvons re- produire le chapitre qu'il a consacré à l'Afrique dans ses Origines chrétiennes. 11 ÿ a, dans une certaine mesure, un intérêt actuel à relire cette page de l'Histoire de l'Église. Nous devons ajouter que les savantes leçons de M. l'abbé Duchesne n'ont été que lithographiées, et que cotte éditivn est aujourd’hui épuisée. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, 11, — 22 338 REVUE ANGLO-ROMAINE,

naïque. Le centre de son administration comme de la défense de toute l'Afrique romaine fut installé au pied de l'Aurès, d'abord dans la ville de Theveste (Tébessa), puis dans celle de Lambaesis ({Lam- bessa) où fut successivement le quartier général de la légion. Le royaume de Mauritanie, à l'ouest de la Numidie, dura jus qu'en 40 après J.-C.; à partir de cette année, il en fut formé deux provinces romaines, la Mauritanie Césarienne, correspondant à peu près à nos provinces d'Alger et d'Oran, et la Mauritanie Tingi- tane, dont les limites coïncident exactement avec celles du Maroc. Les villes capitales étaientJulia Cæsarea{Cherchell) et Tingi{Tanger!. Ces deux provinces étaient gouvernées par des procurateurs. Il y eut toujours entre les provinces mauritaniennes et l’Afrique- Numidie, une différence assez grande. L'Afrique et la Numidie n'a- vaient fait longtemps qu'une seule province ; la civilisation romaine y était beaucoup plus avancée qu'en Mauritanie, les villes plus nom- breuses, les postes frontières plus reculés vers le Sud. Entre elles et la Mauritanie, il y avait une ligne de douanes: la Mauritanie était régie par de simples procurateurs, comme les régions peu civilisées des Alpes; l'Afrique et la Numidie avaient à leur tête des fonction- naires du plus haut rang; la Mauritanie comptait les années par une ère provinciale, l’Afrique et la Numidie employaient les dates consu- laires, comme on le faisait à Rome et en Italie. Il faut tenir compte de ces différences pour bien comprendre l’histoire de ces pays. même leur histoire religieuse et ecclésiastique. Sous Dioclétien (284), les provinces d'Afrique et de Numidie furent démembrées eten formèrent quatre : 1° la Proconsulaire, cap. Car- thage ; 2° la Numidie, cap. Cirta, devenue depuis Constantine; 4 la Byzacène, cap. Hadrumète ; 4 la Tripolitaine, cap. Tripolis.De méme la Mauritanie Sitifienue, cap. Sitifi (Sétif, fut démeimbrée, à l'est, de la Mauritanie césarienne. Ces six provinces formaient le diocèse d'A- frique, c'est-à-dire le ressort administratif du vicarius Africæ, et Ka circonscription militaire du comes Africæ; le proconsul de Carthage jugeait en appel, au même titre que les préfets du prétoire (vice sacra judicans) les causes déjà jugées devant les autres gouverneurs. La Mauritanie Tingitane avait été rattachée au diocèse d'Espagne. En 4929, les Vandales envahirent l'Afrique par la Mauritanie Tin- gitane; en 439, ils étaient maitres de Carthage et de tout le pars. qu'ils opprimèrent pendant un siècle. Les victoires de Bélisaire (534) replacèrent l'Afrique sous l'autorité romaine, ou plutôt byzan- tine; celle-ci se maintint jusqu'à l'invasion arabe el musul inanc. Tripoli fut prise en 643-644, Carthage en 697-698, Tanger vers 714. La population la plus ancienne était formée par les Berbères, que représentent actuellement les Kabyles et certaines tribus des déserts L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 339

du Sud. Sur la côte, et assez loin dans l'intérieur, surtout dans la partie la plus rapprochée de Carthage, le phénicien ou punique, idiome des maitres du pays, s'était substitué à l'ancienne langue. Au temps de saint Augustin, les campagnes parlaient encore punique. La conquête romaine introduisit les mœurs romaines et le latin; des villes nombreuses s’élevèrent à l’intérieur du pays; des routes bien entretenues facilitaient les relations; l'armée de Lam- baesis défendait la frontière sud et mettait les provinces à l'abri des insultes des maraudeurs du Sahara. Jamais ce pays ne fut plus tranquille et plus prospère que pendant les six siècles de la domina- tion romaine, abstraction faite du temps des Vandales. SOURCES DE L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE D'AFRIQUE. — Eusèbe ne sait sur ces pays que ce qu’il pouvait tirer des écrits de Tertullien et de saint Cyprien; encore n’en a-t-il fait qu'un usage très limité. Ses continuateurs orientaux négligent naturellement les événements africains. Pour les trois premiers siècles, nous avons: 4° les écrits de Ter- tullien et de saint Cyprien ! ; la correspondance de ce dernier a une grande importance pour l'histoire de l’Église d'Afrique vers le milieu du ur siècle. Tertullien, plus ancien decinquante ans, fournit peu de renseignements sur les faits, mais beaucoup sur les mœurs de sou temps; 2° les actes des martyrs africains. La collection de dom Rui- part contient douze pièces de ce genre qui intéressent l'Afrique; la dernière, relative aux 20 martyrs (p. 583 de l'édition de Ratisbonne), u'est qu'un extrait d’un sermon de saint Augustin; deux autres, re- latives l'une à saint Félix, l'autre aux martyrs Saturninus, Da- tivus, etc., rentrent dans la catégorie des documents relatifs au do- natisme; les neuf qui ont une existence indépendante sont: 1) La passion des martyrs de Scillio, en 480; 2) le martyre des saintes Per- pétue, Félicité et leurscompagnons, vers 200; 3) la passion de saint Cyprien, en 258, à laquelle il faut joindre : 4) sa vie, par le diacre Pontius; 5) le inartyre des saints Jacobus, Marianus, etc., à Lam- baesis en 259; 6) le martyre des saints Montanus, Lucius etc., à Carthage, la mênie année. Viennent ensuite trois pièces relatives à des chrétiens martyrisés pour refus de service militaire, vers la fin du mr siècle; 7) Saint Maximilien, à Théveste; 8) Saint Marcel et 9) Saint Cassien, à Tanger. Les pièces n° 2, 5, 6, ont été rédigées en partie par les ruartyrs eux-mêmes; les n° 4, 3, 7, 8,9, ont été écrites d'après les procès-verbaux d'audience. Il ne s'est conservé, sur la fondation de l'Église de Carthage et des autres Églises africaines, aucun souvenir, même légendaire; on ne peut même dire si les premiers apôtres de l'Afrique sont venus de

? Pour saint Cyprien, consulter l'édition récente de M. Hartel, dans le Corpus script. ecclesiast. latinorum de Académie de Vienne. 340 REVUE ANGLO-ROMAINE

Rome ou d'ailleurs; cependant, en l'absence de tout renseignement, la proximité des lieux, la facilité et la régularité des communications portent à considérer comme vraisemblable que la prédiction évangé- lique a passé de Rome à Carthage. Les relations ecclésiastiques de Carthage ont toujours été bien plus fréquentes avec Rome qu'avec n'importe quelle autre Église; les écrits de Tertullien et de saint Cyprien en témoignent pour la plus ancienne période connue. Ces mêmes écrits surtout ceux de Tertullien, montrent que le christia- nisme était, vers l’an 200, très répandu en Afrique et qu'il avait même atteint les régions restées en dehors de l'empire, les Gétules et les Maures. Les Gétules habitaient au S. et au S.-E. de l’Aurès, les Maures plus à l’ouest, mais, comme les premiers, au delà des postes romains. Cependant, l'histoire n’a ni un nom, ni un fait à enregistrer avant l’année 180. Cette année-là Vigellius Saturninus étant procon- sul, la chrétienté africaine fut pour la première fois persécutée par mesure administrative ‘. Cela ne veut pas dire qu'il n’y ait pas eu avant Saturninus des martyrs isolés, dénoncés et accusés suivant les formes du rescrit de Trajan. On était au commencement du règne de Commode. Ce prince, sous l'influence de Marcia, favorable aux chré- tiens, laissa la persécution se ralentir. Les proconsuls Cincius Severus et Vespronius Candidus (196-192) sont cités par Tertuilien, non seulement comme s’abstenant de recherches d'office, mais encore comme particulièrement bienveillants pour les chrétiens dénoncés. Le règne de Sévère, prince africain d'origine, fut pour ce pays une période de bienfaits et de privilèges; mais, peut-être pour complaire à la population païenne, on rentra dans la voie de la persécution. L'Apologétique de Tertullien, écrite en 197, avec les deux livres 4 nationes et la lettre aux martyrs en témoignent hautement. Cinq ans après, en 202, eut lieu le supplice des saintes Perpétue, Félicité et leurs compagnons; ce groupe de martyrs, catéchumènes ou néo- phytes, fut sans doute victime de l'édit de Sévère contre le prosé- lytisme chrétien; sainte Guddène fut martyrisée en 203, sous le pro- consul Apuleius Rufinus ?, Quelques années de paix suivirent; mais en 214, la dernière année de Sévère, le proconsul Tertullus Scapula rechercha et punit les chrétiens avec une rigueur extrême ; en Numi- die le légat, en Mauritanie le procurateur persécutaient aussi. C'est alors que Tertullien écrivit son traité contre Scapula. La situation intérieure de l'Église africaine n'était pas différente de celle des autres Églises, à la même époque, Le gnosticisme faisait encore quelques éclats: Tertullien, De bapt., parle d'une femme

“Terr.Ad Scap.3.«Vigellius Saturninus qui primus hic gladium in nos egit,lumina amisit. » Une inscription de Trocsmis (c. 1, L I], n. 6183) mentionne ce per- sonnage comme légat de la Mésie inférieure. 3 Martyrologe d'Adon, 18 juillet, éd. Giorgi, p. 346. L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 341 caïanite qui se mélait de prêcher et de baptiser. Impatient de guer- royer quand la persécution ne l’armait pas contre les proconsuls, il s'attaquait aux hérétiques valentiniens et marcionites. En somme, cependant, il n'y avait pas de ce côté un danger bien pressant. La prophétie montaniste avait plus d'attraits pour les âmes, surtout en ces temps de persécution où l’exaltation de la lutte pouvait favoriser les excès du rigorisme et exciter les imaginations. C’est vers l’année 205 que Zéphyrin. condamna définitivement le montanisme. Tertul- lien ne se soumit pas; il fut le personnage le plus important de la secte qui se forma à Carthage pour maintenir la prétention des illu- minés d'Asie. En général nous le voyons très mélé aux controverses de Rome, qui ne pouvaient manquer de retentir vivement à Carthage. C'est ainsi fqu'il prend part à la lutte contre les unitaires, par son traité contre Praxéas et que, dans son De pudicilia, il combat certains adoucissements disciplinaires introduits par le Pape Calliste. Sur l'Église de Carthage elle-même, il ne donne aucun détail historique. Du reste, ses derniers écrits atteignent à peine l'an 220. Depuis ce temps jusqu’à saint Cyprien, c’est-à-dire pendant trente ans environ, nous retombons dans la plus complète obscurité. On ne connaît que deux ou trois noms d'évèques de Carthage antérieurs à saint Cyprien: Donat, son prédécesseur immédiat (Cyp., ep. 58. 10), et Agrippinus, plus ancien, sous lequel un concile africain décida que le baptême des hérétiques n’était pas valide. Les actes de sainte Perpétue font aussi mention d’un Optatus, évêque, et d'un Aspasius, prêtre docteur, c’est-à-dire préposé à l’enseignement des catéchu- mènes qui, paraît-il, ne s'entendaient guère entre eux. Il est possible que ces personnages appartinssent à un autre clergé que celui de Carthage ‘. Un événement qui dut avoir un grand relentissement dans toute l'Afrique chrétienne et que nous ne-connaissons que par une rapide mention de saint Cyprien {ep. 69), ce fut la condamnation de Priva- tus, évêque de Lambaesis. Cette ville était, après Carthage, la plus importante de toute l'Afrique, comme quartier général de la légion et pivot de la défense des frontières du côté du désert. Privatus était tombé dans l'hérésie, on ne sait dans laquelle {(théodotianisme, gnosti- cisme, patripassianisme, montanisme); il fut condamné. par la sen- tence de 90 évêques; à cette occasion, le pape Fabien et l’évêque de Carthage, Donat, écrivirent contre lui des lettres très sévères. L'inter- vention de ces personnages fixe entre 236 et 248 le date de cette affaire.

1 Les martyrologes appellent les saintes en question et leurs compagnons mar- tyres thuburbitani; ce qui indiquerait, si la leçon était bien sûre, qu'ils étaient natifs de Thuburbs majus ou Thuburbs minus,| deux villes situées à quelque dis- tance de Carthage. 342 REVUE ANGLO-ROMAINE

        2 L'ÉGLISE ROMAINE        ENTRE CALISTE ET CORNÉLIUS.

 Depuis la mort du pape Caliste (222) l'Église romaine avait joui

d'une longue tranquillité, sauf pendant le règne très court de Maxi- min. Le pape Pontien et le prêtre Hippolyte furent alors (235) exilés en Sardaigne et y moururent. Anteros, successeur de Pontien, ne fi que passer sur le siège pontifical ; il mourut en janvier 236. Fabien pril alors le gouvernement de l'Église et l’exerça pendant quatorze ans. Sous Gordien III et surtout sous l'empereur Philippe, l'Église prospérait en liberté. Fabien fit bâtir divers édifices dans les cime- lières chrétiens; il réorganisa le service diaconal en fixant les sepi circonscriptions ecclésiastiques de Rome !. Les soins de son troupeau local ne l’occupaient pas entièrement; nous savons qu'il intervini dans l'affaire de Privat de Lambaesis et qu'il reçut d'Origène un livre où le docteur alexandrin, alors retiré en Palestine, se justifiait des

accusations d’hérésie dont on le chargeait déjà. La science théolo- gique était alors en grand honneur, et non seulement dans les écoles d'Alexandrie et de Césarée : Rome, qui avait perdu saint Hippolyte dans la persécution de Maximin, possédait un nouveau docteur dont la fin ne fut pas aussi glorieuse: je veux parler de Novatien. C'est évidemment à sa période catholique qu’il faut rapporter les deux lraités ? qui nous restent de lui et sans doute aussi plusieurs de ceux que saint Jérôme lui attribue en dehors de ceux-là. Le traité de Trinitate est consacré à la réfutation des gnostiques, des théo- dotiens et des sabelliens; le cadre est fourni par l'exposition du sym- bole, dans ses trois principaux articles : « Je crois en Dieu, le Père tout puissant... et en Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur. el« au Saint-Esprit ». L'auteur témoigne d'une profonde connais- sance de l'Écriture; son raisonnement est serré, son exposition claire, ses conceptions précises. Venu après tant de controversistes catholiques, il a pu profiter de leurs travaux; aussi la théorie de la Trinilé qui termine le livre, tout en maintenant le système occidental du double état du Logos, est-elle un peu plus complète et plus exacte que velle des autres théologiens romains ?.

! Hic regiones divisit diaconibus et multas fabricas per cemeteria fieri jussit Catal. phil). Sur le miracle de la colombe par laquelle il fut désigné aux suffrages des fidèles de Rome, v. Eus. H. E., VI, 29. C'est la première fois que ce prodige est signalé par l'histoire. Depuis on l’a souvent raconté à propos d'évêques illustres par leur sainteté. : On abaissait autrefois la date du traité de Trinilate où Sabellius est nommé, parce qu’on se figurait à tort que Sabellius n’avait enseigné son hérésie que vers l'an 260. Maintenant il n’y a plus le moindre doute sur ce point, 3 1| faut remarquer pourtant que cette théorie a été considérée plus tard cornme fort peu orthodoxe. Arnobe le Jeune (dialogue d’Arnobe et de Sérapion, 11, Migne, P. L. t, Lnr, p. 256) pour donner un spécimen de la doctrine aricnne, copie les principales phrases du dernier chapitre de Novatien, sans citer l’auteur, bien entendu. DR RDS PE +

            L'AFRIQUE CRRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE                         343

Mais Novatien n'est pas seulement un théologien, c’est aussi un théleur consommé, qui soigne et ornemente son style, distribue ses matières avec art et sait reposer son lecteur des questions de textes bibliques, en lui offrant çà et là de beaux développements oratoires. Comme Hippolyte, Novatien était prêtre de l’Église romaine ; peut- être exerçait-il des fonctions semblables à celles des prêtres docteurs d'Afrique et des catéchistes d'Alexandrie. Ceux-ci nous sont déjà connus. Quant aux docteurs africains, ils avaient la charge non seulement d'instruire les catéchumènes, mais encore de former et de diriger les jeunes lecteurs !. L'élévation de Novatien à la dignité pres- bytérale avait suuffert quelques difficultés. Le clergé ne l’aimait guère; son talent lui avait fait sans doute quelques ennemis: on sut rappeler au moment opportun qu’il n'avait pas été baptisé selon les règles ordinaires, mais pendant une maladie et suivant les formes sommaires usitées en pareil cas. Cependant, soit que la majo- rité lui fût en somme favorable, soit que l'évêque Fabien vit un inté- rêt spécial à l'introduction d'un homme aussi distingué dans son presbytérium, on passa par-dessus cette irrégularité ?. Dans les cir- tonslances ordinaires, Novatien pouvait en etfet rendre de grands services; mais son talent oratoire et son érudition, très admirés dans certains cercles lui donnaient un peu de gloriole. Ce n’était pas une tête fort solide; la persécution qui s’approchait et surtout les crises ecclésiastiques dont elle fut la cause, révélèrent ce quilui manquait du côté du caracière.

       3° ROME ET CARTHAGE PENDANT LA PERSÉCUTION (250).

L'avènement de l’empereur Dèce fut la fin de cette période paisible que le christianisme traversait depuis la chute deMaximin. L'éditsan-

1 Cxe. ep. 29. 3 Lettre de Cornélius à Fabien d’Antioche (fragm. dans Bus. A. E., VI, 43;. Fabien n’est pas nommé, mais ce ne peut guëre dire un autre pape que lui, Je dois avertir ici une fois pour toutes que je n’emploie ce document qu'avec une certaine circonspection, éliminant la plupart des détails topiques et ne retenant que les faits. Ce tableau de la vie et de la carriére de Novatien a été tracé par un rival et dans le feu de la compétition. Les anciens ne se croyaient pas obligés, cn pareille circonstance, aux ménagements que commande la bienséance moderne, ni à vérifier avec scrupule tous les bruits qui couraient contre leurs adversaires, Saint Cyprien et l’auteur du traité ad Novatianum, tous deux con- femporains et peu tendres pour Noratien, ne paraissent pas avoir eu vent des histoires que raconte Cornélius. Celui-ci, qui fut assurément un saint évêque, était un peu l'homme du premier mouvement; ses relations avec saint Cyprien s’en ressentirent quelquefois. Dansl'entraîtnement de sa verve contre Novatienillui arrive de dépasser la mesure, par exemple lorsqu'il attribue sa conversion au diable, lorsqu'il doute de la validité du baptème conféré à un tel homme (elye ypà déve rhv totoütoy sDnpévai), lorsqu'il tourne en ridicule sa science théologique (6 3oyua- morns, 8 vis éxxnoiaonxñc émiormune Üremapaomorfç). Plusieurs des traits qu'il lance contre son compétiteur atteindraient facilement le pape Fabien et les chefs de l'Église romaine pendant la vacance du sièpe. 344 REVUE ANGLO-ROMAINE

glant jedicta feralia) fat promulgué vers la fin de l'année 249. Dès le mois de janvier 250, Fabien fut arrêté et exéculé; plusieurs membres du clergé romain furent jetés en prison. Novatien ne figu- rait pas parmi eux. À Carthage l'évêque Cyprien s'enfuit et se cacha en un lieu d'où il pouvait cependant diriger son Église en péril. En Afrique comme à Rome et peut-être plus, la tenue des masses chréliennes fut déplorable. Bien peu, sans doute, renoncèrent sérieusement au christianisme; mais un grand nombre, sans renier ouvertement leur foi, se laissèrent aller à commettre l'acte idolà- trique que les magistrats leur demandaient. C'était le moyen le plus simple pour obtenir le certificat {libellus) qui mettait en règle avec la police; mais comme depuis longtemps, celle-ci était accoutumée à transiger sous main avec les chrétiens, il ne fut pas difficileà cer- tains d’entre ceux-ci de se procurer le Zibellus sans avoir réellement sacrifié. L'opinion publique des chrétiens fidèles et les décisions des chefs ecclésiastiques flétrirent ces procédés habiles. Comme les sacrificati, leslibellatici furent classés parmi les apostats ‘ (lapsi!. En dehors de ces catégories de faillis, il restait toujours un certain nombre de chrétiens qui parvenaient à se soustraire aux recherches el aux dénonciations et évitaient ainsi la difficile épreuve. D'autres l'affrontaient ou l’attendaient avec calme et devenaient des confes- ‘seurs de la foi. Il paraît que le premier moment passé, après qu'on eut supplicié un certain nombre de personnes, surtout des chefs d'Église et oblenu une certaine quantité d'apostasies, on espéra pou- voir fléchir les persistants en leur infligeant la longue torture du séjour en prison. Pendant la terreur décienne (250-251), on avait partout à pourvoir, en dehors des nécessités ordinaires, aux soins exigés par deux catégories nombreuses de fidèles, les confesseurs el les lapsi qui, désormais en règle avec la police, revenaient confus à l'Église et demandaient à rentrer dans son sein. Cyprien, qui gouvernait alors l’Église de Carthage avait eu d'abord un grand renom comme maitre d’éloquence; converti au christia- nisme, il donna toute sa fortune aux pauvres; peu après il fut élu prètre, puis évêque. Les circonstances difficiles que traversait alors l'Église servirent à mettre en relief sa sainteté, sa douceur, son dé- vouement, son humilité, en même temps que la fermeté de son âme et la dignité de son caractère. Cependant sa retraite devant la persé- culion ne fut pas approuvée de tout le monde. A Rome surtout, où l'on n'avait pas une idée nette des dangers particuliers que pouvait courir un homme aussi connu en demeurant en ville, elle fut l’objet 1 Il faut remarquer que le terme d’apostat dans l’ancienne langue ecclésias- tique signifie non pas le chrétien qui a commis un acte passager d’idolâtrie, mais celui qui vit séparé de l'Église et ne se méle jamais aux autres fidèles. En parlant ici d'upostat je suis l’usago moderne, qui a donné à ce mot la mème signification qu'à celui de lapsus. L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 345

de critiques assez vives. Très peu de temps après la mort de Fabien, un sous-diacre de Carthage, Crémentius, étant venu à Rome, les prêtres lui remirent deux lettres : l’une adressée à Cyprien, lui noti- fait le martyre de Fabien; l’autre , écrite d'après lesnouvelles appor- tées d'Afrique par Crémentius, ne portait ni adresse ni signature. Mais le texte indiquait assez qu'elle était destinée au clergé de Car- thage. Toutes les deux furent remises en même temps à Cyprien: lk seconde l'étonna fort. Les rédacteurs parlaient au clergé de Car- thage comme s'il n'avait plus été sous ie gouvernement de son évèque : « Nous avons appris, disait-on, que le saint pape Cyprien s'est reliré. On nous ditqu'’il a bien fait, étant un personnage en vue, «persona insignis. » Cette raison ne semblait pas suffisante aux prêtres romains, car ilscommentaient aussitôt la parabole où le Bon Pasteur qui meurt pour ses brebis est comparé au mercenaire qui les abandonne à l'approche du loup. Un peu plus loin, en parlant des chrétiens qui avaient apostasié à Rome, on attribuait Ja chute d'une partie d'entre eux à ce qu'ils étaient des personnages en vue {quod essent insignes personæ). Cette circonstance donnait au mot fnsignis persona un sens fächeux, capable d'offenser l’évêque de Carthage, et le ton de la lettre n’était pas de nature à aiténuer cette impression. Le clergé de Rome insistait beaucoup sur son propre éloge et sur le zèle avec lequel il remplissait les devoirs que lui imposait la persécu- lion. fl se proposait comme exemple au clergé de Carthage el ne lui mé- uageait pas des conseils dont la forme pouvait paraître un peu dure. Cyprien dut être blessé et il le fut en effet. I écrivit aussitôt à Rome (ep. 9), accusant réception de la notification du martyre de Fabien et félicitant l'Église romaine de la gloire qui en rejaillirait sur elle. Quant aux instructions données au clergé de Carthage, il fait semblant de n’en pas connaitre les auteurs ou plutôt de douter qu'elles aient été réellement écrites par les prêtres de Rome. « J'ai « Ju, dit-il, une autre lettre, sans adresse ni signature; l'écriture, le « contenu, le papier lui-même, m'ont un peu étonné; peut-être y a- « t-on retranché ou changé quelque chose; je vous la renvoie telle « quelle, afin que vous voyiez si c'est bien celle que vous avez re- « mise au sous-diacre Crémentius. » Nous n'avons plus la réponse que fit le clergé romain à la lettre de Cyprien, mais nous voyons qu'en la recevant il put constater que de faux rapports avaient été faits à Rome contre lui; il sentit le besoin de s'expliquer et de se justifier; à cet effet il envoya au clergé ro- main une collection de treize lettres écrites par lui aux prêtres, aux diacres, aux confesseurs et à diverses personnes de son Église ?. En même temps il donnait les motifs de sa retraite. Le clergé romain,

1 Cvpn., ep: 8. 2 Crer., ep. 5, 6, 7, 10-19. 346 REVUE ANGLO-ROMAINE

mieux instruit, changea d'avis et approuva la conduite de l'évêque de Carthage; il changea aussi de rédacteur pour sa correspondance: à la plume peu correcte et un peu précipitée qui avait écrit la pre- mière lettre il substitua celle du prêtre docteur Novatien. Déjà dans les dernières lettres de la collection envoyée à Rome par saint Cyprien, on voit se révéler les difficultés d’une situation étrange, créée à Carthage par l'alliance inattendue des confesseurs et des apostats. Parmi les premiers, beaucoup étaient des gens simples et même d’une moralité équivoque. Quelques-uns avaient confessé la foi par fanfaronnade plutôt que par conviction profonde et réfié- ‘chie. Une fois sortis de prison, ils se croyaient tout permis et se montraient en particulier plein d'arrogance vis-à-vis de leurs chefs spirituels. Une des plus graves difficultés contre lesquelles ceux-ci avaient alors à lutter, c'était l'empressement des lapsi à rentrer dans la communion de l'Église. Leur crime était un cas de pénitence per- pétuelle. Sans doute il y avait eu trop d’apostasies pour qu'un adou- cissement des anciennes règles ne füt pas considéré comme néces- saire; mais ce n'était pas au milieu de la persécution qu'on pouvait délibérer sur une mesure aussi grave, apprécier la diversité des cas et proportionner la sévérité de la réparation à la culpabilité de chacun. Il était donc admis en principe, à Carthage et à Rome, que l’on attendrait, pour régler la situation des apostats, queles évêques pussent reprendre la direction immédiate de leurs Églises, conférer entre eux et donner à leurs décisions l'autorité et l’uniformité conve- nables. Jusque-là les lapsi devaient faire pénitence et s'abstenir des saints mystères. Ce délai sembla trop long aux intéressés. Autour d'eux d'ailleurs on voyaits’agiter cinq prêtres qui avaient déjà fait de l'oppositionà Cyprien au moment de son ordination et depuis; c'est eux sans doute qui l'avaient calomnié à Rome. Ils se mirent à recevoir les lapsi à la communion, et à célébrer chez eux ou pour eux le saint sacrifice. La seule formalité qu'ils exigeassent était un billet de recommands- tion délivré par quelque confesseur sur le point de subir le martyre. C'était en effet l'usage que les recommandations des martyrs fussent prises en considération par les évêques et servissent à abréger pour le pécheur le temps de la pénitence canonique. Mais il n’était pas dans l’ordre que cette indulgence fût appliquée immédiatement par les martyrs ni surtout qu'on en usât avec une telle libéralité que la discipline eût à en souffrir. Or c’est ce qui arrivait. Les confesseurs, un certain Lucien surtout qui se disait mandataire d'un martyr ap- pelé Paul, et qui distribuait en son nom des billets d’indulgence, renvoyait pour la forme les lapsi devant l'évêque, mais leurs re- commandations étaient rédigées d’un ton fort impératif. On sent, à les lire que ces braves gens s’appuyaient sur l'opinion. Refuser quel- L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 347

que chose aux martyrs, discuter leurs demandes, comparer l'autorité de l'évêque à la leur, c’étaitaux yeux de bien des gens une prétention intolérable. Nous retrouverons cet esprit-là au siècle suivant, dans l'affaire des traditeurs et des donatistes. Malgré toute sa bonne volonté, son humilité, sa condescendance, Cyprien ne pouvait les satisfaire toujours. Leurs billets concernaient souvent des familles entières, des groupes considérables de per- sonnes : « Communicet ille cum suis, » écrivait-on à l'évêque. Le« cum suis » était aussi large que le « communicet» était peu poli. Cyprien fit des objections, on lui répondit parun billet où lesconfesseurs passaient l'éponge sur toutes les apostasies de l'Afrique ; l'évêque de Carthage était chargé de l’exécution dans son Église et requis de faire parve- nir aux autres évêques cette étrange décision du nouveau pouvoir ecclésiastique. La situation devenait très tendue. Sans doute l'évêque avait pour luiles gens sages du clergé et du peuple; quelques-uns des confes- seurs eux-mêmes désapprouvaient la conduite de Lucien et ses or- gueilleuses distributions d'indulgences. Mais les gens sages sont tou- jours en minorité dans ces moments de crise. L'évêque de Carthage sentif le besoin de faire intervenir l'autorité romaine et en particulier de ses confesseurs, dont quelques-uns, comme les prêtres Moyse el Maxime, étaient encore en prison. On lui écrivit de Rome des lettres fortexplicites où sa conduite réservée était hautement approuvée. En même temps, il saisissait toutes les occasions de montrer son res- pect pour les martyrs ; il introduisait dans son clergé quelques-uns des confesseurs les plus en vue parmi ceux qui ne s'étaient point in- gérés dans l'affaire des indulgences®,. Mais l'opposition ne désarmait pas; au contraire, elle s'organisait. Les cinq prêtres rebelles étaient toujours à sa tête; on distinguait parmi eux un certain Novatus; Felicissimus, personnage laïque, mais riche et influent, appuyait énergiquement le parti. Vers la fin de l'année 250, Cyprien ayant envoyé à Carthage une commission d'évèques et de prêtres pour préparer son retour et distribuer ses aumônes. Felicissimus fit tous ses efforts pour que leur mission échouât et que l’on méconnôt l'autorité de l'évêque. Novatus partit pour Rome afin d'assurer aux opposants de Carthage le soutien du pape que l'on ne pouvait manquer d'éiire bientôt, la persécution ayant commencé à s'apaiser. Après Pâques, c’est-à-dire au mois d'avril, Cyprien put rentrer dans son Église troublée ; il réunit un concile qui régla avec ses col-

1 Scias nos universos quibus ad te ratio constiterit quid post commissum ege- rint dedisso passim, et hanc formam per te et aliis episcopis innotescere volumus. {Cven ; ep. 23.) ? Ep. 38-40. 348 REVUE ANGLO-ROMAINE

lègues l'affaire des lapsi et prononça La déposition et l'excommunica- tion contre les rebelles, Ces mesures combinées avec beaucoup de tact el de modéralion ne pouvaient manquer de ramener la paix dans les Églises africaines.

                      4° LE SCHISME DE NOVATIEN

Pendant ce temps-là, Novatus était en train de faire une révolution dans l'Église romaine. À Rome comme à Carthage, les confesseurs étaient hautement considérés. Ceux surtout qui étaient encore en prison se voyaient entourés d’hommages et consultés comme des oracles. Novatus commença par se mettre en rapport avec Novatien qu'il séduisit facilement; puis il essaya de gagner les confesseurs. |] n’y réussit pas d'abord, Moyse resta fidèle à saint Cyprien et déclara même qu'il n'entrerait point en communion avec la coterie des cinq prêtres de Carthage ! ; mais après sa mort, qui arriva en janvier ouen février 251, ses compagnons de captivité se laissèrent séduire etjoi- gairent leur influence à celles que Novatus et Novatien groupaient autour d'eux. Ce dont il s'agissait, c'était de faire élire un pape qui ne reconnaitrail pas Cyprien comme légitime évèque de Carthage el qui protégerait la compétition que l’on allait soulever contre lui. De principes dogmaliques ou disciplinaires on n'en avait pas encore; mais on entendait exploiter à Rome comme en Afrique le prestige des confesseurs. Le futur successeur de saint Pierre devait être le pape des confesseurs, comme à Carthage le parti anti-cyprianisle se proclamait le parti des confesseurs. Ces calculs furent déçus. L'élection eut lieu au mois de mars ou d'avril pendant que Cyprien s'occupait de raffermir sa propre autorité; ses ennemis de Rome ne réussirent pas à empêcher le choix d'un candidat étranger à leurs vues, le prêtre (ou diacre) Cornélius. N'ayant pu diriger l'élection, ils attaquèrent violemment le nouvel évêque, l'accusant de loutes sortes de crimes, en particulier d’avoir reçu un certificat de sacrifice et d’avoir communiqué avec des apostats décla- rés. Par les soins de Novatus, une protestation motivée arrivaà Carthage en même temps que la notification de l’ordination de Cor- nélius; elle était rédigée au nom d'un prêire de Rome, de Novatien probablement. Cyprien et son concile jugèrent qu'il y avait lieu de se renseigner exactement; ils attendirent les procès-verbaux officiels

1 Eus. VI, 43,8 20. — Les cinq prêtres mentionnés ici sont ordinairement consi- dérés comme des prêtres romains ; il me semble plus probable que ce soient les mêmes dont il est si souvent question à Carthage comme chefs de l'opposition contre saint Cyprien. En adoptant une autro hypothèse, on se heurte à de graves difficultés chronologiques. L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 349

de l'élection et dépéchèrent même deux évêques à Rome. Pendant ces délais, le parti opposé à Cornélius élisait un autre évêque, Nova- lien lui-même !, et faisait diligence pour le faire reconnaître dans toute l'Église. Le schisme novatien, qui commence à ce moment et devait donner lieu à une secte importante ne s’est donc pas fait sur une question de doctrine, mais sur une question de personne. Novatien n'avait pas de principes spéciaux sur la pénitence ; Novatus, par ses antécédents, devait être plutôt favorable à ia mitigation de la discipline. Pendant les controverses africaines de l'année précédente, c'est Novatien qui avait été l'organe du presbytérium romain ; c'est lui qui avait rédigé les lettres du clergé et des confesseurs qui, nous dit saint Cyprien {ep. Lv, 5), « furent envoyées dans le monde entier et portées à la con- naissance de toutes les Églises et de tous les fidèles. » Or, dans ces lettres, deux points étaient réglés : d’abord que les lapsi devaient être admis à la pénitence, le temps et les conditions de celle-ci étant renvoyés à l'examen des évêques, aussitôt que la paix serait rétablie; ensuite, que ceux d'entre eux qui seraient en danger de mort pourraient étre réconciliés {ep. xxx, 8. Pendant la persécution, Novatien avait réussi à échapper aux recherches, mais sans faire preuve d'un héroïsme extraordinaire ?. On ne pouvait donc prévoir qu'il se ferait le champion de la sévérité. Mais une fois le schisme organisé contre Cornélius, il était inévitable qu'on adoptät dans la grande question du moment une attitude et des principes contraires aux siens. Le concile de Carthage, tenu sous la présidence de saint Cyprien, avait réglé que tous les apostats sans distinction, pourvu qu’ils fus- sent repentants, seraient admis à la pénitence et réconciliés au moins au moment de la mort; que selon la gravité des cas, la pénitence imposée serait plus ou moins longue; que les évêques, prêtres, diacres et simples clercs pouvaient étre admis à la pénitence comme les autres, mais non pas réintégrés dans leurs fonctions. Ces déci- sions furent transmises à Rome. Cornélius, comme la plupart des membres du clergé romain, était dans les mêmes sentiments que les évêques d'Afrique. Cependant il voulut donner toute la solennité

Voy. les détails dans la lettre de Cornélius (1. c } en tenant compte des obser- yations faites ci-dessus. 11 faut distinguer deux temps dans Ia compétition de Novatien. D’abord on proteste contre Cornélius et son élection, mais sans en faire une autre; puis on se décide & ordonner Novaticn. Saint Cyprien distingue trés bien ces deux phases et les deux ambassades que les schismatiques ui en- voyèrent successivement (ep. 14: diversæ partis... pertinacia non tantum....... matris [Ecclesiæ] sinum adque complexum recusavit, sed etiam gliscente et in pejus recrudescente discordia episcupum sibi constituit). Dans les premières icttres qu'il reçut, Novatien se qualifiait encore de prêtre (ibid. c. 2: cum ad me talia adversum te (Cornélius) et compresbyteri tecum considentis (Novatien) scripta venissent), ? ConnéLrus ap. Eus. VI, 43. 350 REVUE ANGLO-ROMAINE

possible au règlement d’une affaire à laquelle tant de gens étaient intéressés: il convoqua de son côté à un grand concile tous les évèques d'Italie. C'est alors que les positions se dessinèrent et que le parti de Nova- tien devint le parti de la discipline rigoureuse. Point de réconcilia- tion entre l'Église et les déserteurs, anathème perpétuel aux ido- lâtres : tel fut le mot d'ordre de la nouvelle sectet, On ne prétendait pas empêcher les apostats de faire pénitence, on les y engageait inèême fortement, mais en leur enlevant tout espoir de rentrer dans la fraternité chrétienne, fût-ce à leur dernier soupir. Ce traitement avait été autrefois appliqué aux adultères aussi bien qu'aux apos- tats®?; mais, depuis longtemps, on ne le maintenait plus que pources derniers. Novatien et ses adhérents protestèrent qu'il fallait s'en tenir là et ne pas faire aux apostats la concession que l'on avait faite aux adultères. Ce fut là tout le novatianisme primitif. Une fois sépa- rée de l'Église, la secte ne manqua pas de grefter des particularités nouvelles sur cette première dissidence; mais, à son début, elle se borna à protester contre l'adoucissement d'une mesure disciplinaire qui, adoptée et appliquée en des temps où l’apostasie ne se produi- sait que sous forme de cas isolés, ne pouvait pas être maintenue en présence des chutes innombrables de la dernière persécution. Cette position théorique avait de grands avantages; c'est elle qui explique le succès relatifdu nouveau schisme. La considération per- sonnelle de Novatien et l’activité prodigieuse avec laquelle ses adhé- rents, Novatus en particulier, s’appliquèren£ à discréditer Cornélius y contribuèrent aussi beaucoup. Le concile de Rome se réunit; on y vit soixante évêques, sans compter les prêtres et les diacres, tant ceux de Rome que ceux qui représentaient les prélats empéchés. Les lettres du concile de Carthage furent lues à l'assemblée; elles procla- maient le principe de la réinlégration des apostats dans l'Église et invitaient les évêques italiens à condamner l'auteur du nouveau schisme. Ce vœu fut satisfait. Novatien et ses adhérents furent chas- sés de l'Église et la discipline du concile d'Afrique fut solennellement approuvée. On dressa une lettre synodale qui fut signée de tous les évêques présents à Rome; à cette liste de signatures on joignit celle des adhésions envoyées par les absents.

1 Sur la doctrine de Novatien, v. surtout Cyp., ep. Lv, 26-29. 3 Cf. Cvpr. ep. Lv, 21, en se rappelant que Île refus de la réconciliation à l'article de la mort, mêmes dans le cas de ces fautes si graves, était loin d'être la pratique universelle. 3 Elle continua de l'être dans ces mêmes cas; on le verra bientôt à propos da concile d'Elvire. 1l faut bien se garder de confondre avec la disciplino ordinaire les mesures spéciales qui furent prises après chaque persécution; ces dernières sont essentiellement temporaires; destinées à liquider une situation anormale, elles n’entament pas directement les règles solennelles de la pénitence ecclésias- tique, L'AFRIQUE CURÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 331 Fort de cette double manifestation de l'épiscopat d'ltalie et d'Afrique, Cornélius se hâta d’expédier partout des exemplaires des documents synodaux et de contrecarrer la propagande novatienne. En Afrique, saint Cyprien l’appuyait si énergiquement que le schisme ne parvint pas à diviser les évêques; tout au plus y eut-il quelques hésitations!, Cependant, on envoya à Carthage un évêque, Évariste, qui avait été un des consécrateurs de Novatien, un confesseur romain, le diacre Nicostrat, et diverses autres personnes qui réus- sirent à organiser une petite Église novatienne dans la métropole de l'Afrique et obtinrent sans doute quelques succès analogues dans d'autres endroits. En Gaule, Marcianus, évêque d'Arles, accepta la communion de Novatien et appliqua ses principes sur les apostats. C'est la seule défection sérieuse que l’histoire signale en Occident, En Orient, les choses allèrent beaucoup plus loin. Toutes les Églises importantes avaient reçu des lettres de Cornélius et du parti schis- matique. L'évêque d’Antioche, Fabius, hésita beaucoup et prit même assez ouvertement la défense de Novatien; à Laodicée de Syrie, dans l'Arménie romaine et même en Égypte, le rigorisme fut chaudement appuyé. La question parut même si grave, que les principaux évèques de Syrie et de l’Asie Mineure orientale résolurent de tenir un grand concile à Antioche, comme on l'avait fait à Rome et à Car- thage. Firmilien de Césarée en Cappadoce, Hélénus de Tharse et Théoctiste de Césarée en Palestine étaient les promoteurs de cette réunion. Denys d'Alexandrie y fut invité par eux. On ne sait si l'assemblée se réunit, car Fabius mourut en 252 et sa mort arréta les progrès du novatianisme en Orient. Cornélius lui avait envoyé les épitres synodales des conciles d’italie et d'Afrique, avec des explica- lions parliculières sur les mesures adoptées à l'égard des apostats el des renseignements sur la personne de Novatien*. Denys aussi était intervenu auprès de Fabius pour le détourner de la voie où il s'en- gageait. Le célèbre évèque d'Alexandrie était tout à fait dans les mêmes idées que saint Cyprien et l’Église de Rome. Dès le temps de la persécution, il avait ordonné de réconcilier les apostats à leur lit de mort, et, aussitôt que la paix avait semblé renaitre, il avait envoyé dans toute l'Égypte une sorte de tarif pénitentiel où les différents cas d’apostasie étaient distingués et soumis à des pénalités spéciales. Les lettres de Novatien ne firent sur lui aucun effet; il lui répondit même très franchement, quoique très doucement, selon sa coutume, qu'il n'avait rien de mieux à faire qu’à abandonner son prétendu épisco- pat. Il s'employa aussi avec beaucoup de zèle à ramener les confes- seurs romains égarés dans le schisme. C’élait là une affaire très

} Voy. surtout la lettre de saint Cyprien à Antonianus (ep. Lv.) ? C'est ceite lettre dont il a été plusieurs fois question; les autres sont perdues. 5 Ecs. H.E., VI, 44-46. RS

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importante. Cyprien s'y appliqua avec autant d'ardeur que Denys. Ces deux grands évêques, dont la situation et la carrière ont tant de points de ressemblance, observèrent ici la même attitude et sem- blèrent agir de concert. Leur négociation aboutit très heureusement. Les confesseurs, touchés de la grâce, se séparèrent presque tous de Novatien; ils revinrent à l'Église, et Cornélius leur fitle meilleur accueil. On réintégra même dans leurs dignités ecclésiastiques ceux qui eu étaient revêtus. Ce fait enlevait à Novatien le plus clair de son prestige aux yeux des populations chrétiennes. Cornélius et ses deux amis dévoués, Denys et Cyprien, ne manquèrent pas de donner le plus grand retentissement à cette conversion si opportunet, Fabius mort, la paix se fit entre les Églises d'Orient, mais le novatianisme y conserva beaucoup d’adhérents. Au 1v° siècle, il est souvent ques- tion des évêques novatiens et de leurs paroisses.

                        5° INCIDENTS ACCESSOIRES

Mais il faut revenir à ce parti qui s'était formé à Carthage au dé- clin de la persécution, pour réclamer la réintégration des apostais dans l'Église sans qu’ils eussent à passer par les rigueurs de la péni- tence. Les confesseurs du genre de Lucien n'avaient été évidemment que des instruments aux mains des meneurs, et les billets d'indul- gence n'étaientqu'un moyen de tourner la discipline. La paixrevenue, il ne fut plus question ni de Lucien ni de ses indulgences. On de- mandse ouvertement l'abolition de la pénitence pour tous les faillis de la persécution. Felicissimus devait avoir derrière lui un grand nombre de chrétiens riches ou fonctionnaires publics, peu détachés de ce monde, qui tenaient au christianisme, sans doute, mais non point au point de lui faire le sacrifice de leur vie er temps de persé- cution ou de leurs aises en temps ordinaire. Menatés par l'attitude résolue de Cyprien dès avant le concile de 251, repoussés dans leurs prétentions par les décrets de tette assemblée, ils songèrent à s'orga- niser. Felicissimus se fit ordonner diacre, c’est-à-dire trésorier de l'Église que l’on allait fonder. Après le départ de Novatus, qui prità Rome une direction tout opposée, on battit toute l'Afrique pour recruter des adhérents, surtout dans l'épiscopat, afin d'opposer ur concile à celui de saint Cyprien, de le déposer lui-même et de pro clamer la discipline commode qui était le but de toute cette intrigue. Le succès fut médiocre.On avait annoncé vingt-cinq évêques, cinq seulement se présentèrent, dont trois apostats et deux hérétiques; l'un de ces derniers était ce mème Privatus de Lambaesis qui avait

1 Cyr. cp. 46-54; Denys dans Eus. VI, 46, 85; Cornélius dans Eus. ŸE, 43, 2 6. L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 333

été déposé dans un grand concile avant l’épiscopat de saint Cyprien. En méme temps qu'eux arrivaient à Carthage quarante et un évèques africains pour le concile que l’on avait coutume de tenir après les fêtes de Pâques. Ce concile s’assembla le 15 mai. Privat de Lambèse chercha à s’y faire admettre, pour plaider sa cause et obtenir sa réha- bilitation; mais il fut écarté. Le concile, ayant égard à la persécu- lion que le nouvel empereur Gallus déchafnait en ce moment sur l'Église, accorda la paix à tous les lapsi qui, jusqu'alors, avaient fait consciencieusement pénitence{. Cette disposition n'’atteignait pas les partisans de Felicissimus, qui depuis plus d'un an étaient organisés en schisme, et n'avaient accepté de pénitence d'aucune sorte. Aussi ne laissèrent-ils pas de tenir un petit concile contre le grand; ils y prononcèrent une sentence de déposition contre Cyprien et lui ordon- aërent un successeur dans la personne de Fortanatus, un des cinq prètres dissidents de l’Église de Carthage. Cela fait, Felicissimus et quelques-uns des siens partirent pour Rome et cherchèrent à se faire reconnaitre par Cornélius. Celui-ci les écarta de l'Église, mais comme ils faisaient grand tapage contre Cyprien el menaçaient de publier toutes sortes d’infamies contre lui, le pape eut peur et con- sentit à laisser lire à l’église leurs lettres où la dignité de Cyprien éait misé en cause. C'était un second nuage qui s'élevait entre deux évêques dont l'union est pourtant restée célèbre. Au commencement de son épis- copat, Cornélius avait été blessé du retard que Cyprien avait mis à proclamer son ordination et des précautions qu'il avait cru devoir prendre pour la vérifier (ep. XLV); Cyprien à son tour, fut singuliè- rement étonné de la timidité de son collègue et des doutes qu'il sem- blait autoriser contre ses droits à occuper le siège de Carthage. Il se plaignit à Cornélius avec autant d'éloquence que de franchise {ep. LIX). On était alors à l'été de l’année 252. La persécution de Gallus qui s’annonçait déjà, allait jeter Cornélius en exil et changer le tour des préoccupations de Cyprien à son endroit. Cornélius, exilé à Centumcollæ vers la fin de cette année, y mourut vers le milieu de l’année suivante. Cyprien, dont le peuple fanatique de Carthage réclamait à chaque instant la tête, put cependant rester au milieu de ses fidèles. Il écrivit à Cornélius (ep. LX) une lettre de félicitations; l'année suivante, Lucius, successeur de Cornélius, ayant êté exilé à son tour, il lui écrivit aussi. Des jours meilleurs revinrent : Lucius fut rappelé. Cyprien saisit encore cette occasion de resserrer les liens de charité qui unissaient l'Afrique chrétienne au siège de saint Pierre; Lucius reçut une seconde lettre {ep. LXI) au nom de l'évêque de Carthage et de ses collègues, peut-être du concile d'A- frique.

1 Sur ce concile, crr. ep. Lix, 10; sa lettre synodale à Cornélius, ep. 57. REVUE ANULO-ROMAINE. — T. II. — 23 .

354 REVUE ANGLO=ROMAINE On peut dire d’ailleurs, d'une manière générale, que loute la cor- respondance de saint Cyprien Lémoigne de l'union entre les deux Églises, des relations fréquentes que les évêques avaient entre eux el du respect particulier des Africains pour la chaire de Pierre, l'église souveraine, d'où procède l'unité sucerdotale (ep. LIX, 44). Sous le pape Étienne, successeur de Lucius, ces relations devinrent moins ai- mables, elles traversèrent même une crise assez délicate. Lucius mourut le5 mars 254. Étienne, qui fut élu à sa place, parall avoir été, dès le principe, peu sympathique à l'évèque de Carthage. Dès avant la controverse baptismale, on les voit en conflit & propos d'affaires ecclésiastiques étrangères à l'Italie et à l'Afrique. Pendant la persécution, deux prélats espagnols, Basilide et Martial, évêques l'un d'Emerita, l'autre de Legio-Asturica, avaient accepté ou demandé un libellus ; pour ce fait et pour diverses autres fautes, is avaient été déposés de l'épiscopat, et on leur avait ordonné des suc- cesseurs, Sabinus et Félix. Mais ils ne se résignèrent pas à leur dé- chéance; Basilide partit pour Rome, réussit à persuader à Élienne que les accusations élevées contre eux, manquaiént de fondement el se fit rétablir dans sa dignité. Leurs Églises, et surtout leurs succes seurs, peu salisfaits de ce revirement, prirent le parti de s'adresser au concile d'Afrique, Le vœu de Tertullien sur l'institution règu- lière des conciles avait été réalisé. Au temps de saint Cyprien, nous pouvons constater que tous les évêques africains se réunissaient à Carthage, à moins d'empêchement, deux fois chaque année, apris Pâques et à l'automne. Ces grandes assemblées périodiques contri- buaient beaucoup au maintien et à l'uniformité de la discipline; elles étaient célèbres en dehors de l'Afrique, et la réputation de l'homme illustre et vaillant qui en était l'âme, ajoutait beaucoup à leur consi- dération. C'est sans doute au concile de l'automne 254 que fut pre- sentée la requête des Églises espagnoles. L'assemblée procéda exac- tement comme le pape l'avait fait ; elle n'entendit que l'une des deux parties, et lui donna gain de cause. Aussi n'est-il pas possible de savoir au juste qui avait raison et jusqu'à quel point les évêques Ba- silide et Martial avaient mérité d'être déposés. Mais ce qui est clair, c'est que la lettre synodale du concile d'Afrique ‘ par laquelle les Églises d'Emerita et de Legio-Asturica reçurent communication de sa sentence, contraire à celle du pape, n'était pas faite pour plaire # celui-ci. Peu après cet événement, Cyprien reçut coup sur coup deux lettres de l'évêque de Lyon, Faustinus, qui lui dénonçait l'attitude schismatique de Marcianus, son collègue d'Arles. Marcianus était en communion avec Novatien; il appliquait rigoureusement ses prin- cipes sur la réconciliation des lapsi. Faustinus et d'autres évêques 1 Cyr. op. LxvII. L'AFRIQUE CURÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 355

de Gaule s'étaient adressés en vain au pape Etienne pour obtenir la cessation du scandale : en désespoir de cause, ils invoquaient le se- cours de l'évêque de Carthage. Etienne paraît avoir usé d’une cer- taine modération à l'égard des novatiens; on disait qu'il ne faisait aucune difficulté, contrairement à la discipline établie, de conserver leur rang aux prêtres ou diacres schismatiques qui revenaient à l'u- nité ‘. Cyprien lui écrivit une lettre fort pressante; selon lui, le pape avait le devoir d'intervenir, d'écrire aux évêques de Gaule et aux fidèles d'Arles, qu'ils fissent en sorte d’écarter Marcianus et de lui donner un successeur. Cyprien semble icise constituer le champion de la discipline proclamée par Cornélius et Lucien et de la tradition de ces papes mise en oubli par leur successeur. Le ton de sa lettre indique vraiment peu d'estime pour celui-ci. Etienne, qu'il méritât ou non ces reproches, ne pouvait guère être satisfait de recevoir une semblable lecon. C'est sur ces entrefaites que la controverse baptis- male éclata.

                     6° LA QUERELLE BAPTISMALE

La question du baptême des hérétiques a été étudiée beaucoup moins en elle-même que dans son rapport avec la controverse qui mit saint Cyprien et les évêques d'Afrique en opposition avec le pape saint Etienne. Cette controverse est du plus haut intérêt pour les théologiens et les polémistes qui s'occupent de l'autorité suprême du Pontife romain et de son infaillibilité doctrinale: mais le rêle de l'historien est autre, et, pour m'y renfermer, je resterai exactement sur ke terrain des faits, m'efforçant de les mettre en lumière le mieux possible, et laissant aux théologiens à en tirer les conséquences doc- irinales qu'ils comportent. À quelles conditions les hérétiques convertis, qui abandonnaient : leurs sectes pour passer à l'Église catholique, devaient-ils être admis dans celle-ci? Une semblable question n’a pu se poser qu'assez tard. Il fallait d'abord qu'il y eût des sectes constituées en dehors de l'Église. Cela ne se fit pas tout de suite. Aux temps apostoliques, il ya déjà des cas d'hérésie, mais ce sont des accidents individuels. A partir du règne de Trajan, on commence à entrevoir de petits conven- ticules secrets ?, où l'on prétend enseigner des doctrines plus élevées et plus efficaces que celles des évêques; où bien de véritables écoles de philosophie religieuse où l'on prend ses aises avec la foi tradi- tionnelle, Tout cela, cependant, reste ou cherche à rester dans l'Église;

i Cyr. ep. Lxxu, 2, 3 En Asie, du temps de saint Ignace; mais à Rome, au temps du Pasteur d'Hermas, cette organisation rudimentaire était encore à créer, 336 REVUE ANGLO-ROMAINE on dissimule la doctrine, on cache les réunions, on recourt au mys- tère de certains signes pour se reconnaître entre attiliés. La grande ambition des chefs est de devenir évêques des chrétientés impor- tantes, afin de pouvoir donner à leurs systèmes l'autorité de la hié- rarchie, et à leurs disciples la prépondérance dans la direction de l'Église. Cette attitude et ces efforts indiquent assez qu'on ne déses- pérait pas de mettre la main sur la hiérarchie ecclésiastique, de devenir la grande Église catholique dont le nom, déjà prononcé par saint Ignace, figurait aussi, très probablement, dans les professions de foi. Mais les espérances des hérétiques furent partout déçues; leurs doctrines ayant été condamnées, maitres et disciples se virent exclus des communautés chrétiennes. Pour continuer à vivre, il fallut s’orgs- niser,fonder de petites Églises à côté de Ja grande, installer une hiérar- chie,desrites, desassemblées, des servicescharitables, ete. Les marcio- nites surtout arrivèrent en ce genre à des résultats importants. Plus tard, vers la fin du second siècle, nous voyons ces sectes tomber en décomposition; les docteurs s'entendent de moins en moins, les initiés se querellent, les petites Églises se fractionnent, la gnose, en général, est frappée d’un discrédit complet. C'est à ce moment que l'Église catholique voit se présenter à chaque instant des hérétiques touchés de la grâce, qui viennent lui demander à entrer dans son sein. D'abord ce furent d'anciens fidèles, qui, séduits quelque temps par l’hérésie, avaient fini par s’en dégoûter. Pour ceux-là, il y avait une solution toute trouvée. Initiés au christianisme dans le sein de la légitime Église, ils avaient commis une faute énorme en s'affiliant aux conciliabules proscrits; la nécessité de faire pénitence s’imposait toute seule. On les rangeait avec les adultères, apostats et autres grands pécheurs qui suivaient les exercices de l'expiation péniten- tielle. Mais bientôt il se présenta des gens qui, avant d'entrer dans les sectes, n'avaient point passé par l'Église, soit qu'ils se fussent convertis du paganisme ou du judaïsme à l'hérésie, soit qu'ils fussent nés dans la secte elle-même, de parents hérétiques. Ceux-là présen- taient une difficulté spéciale. Leur imposer des conditions aussi dures qu'aux précédents n'au- rait été ni juste ni pratique. Le bon Pasteur voulait évidemment que l'on ouvrit le plus possible la porte du bercail à ces brebis involon- tairement égarées. S'il était bon d'inspirer une salutaire terreur aux fidèles qui auraient eu la tentation de passer à l’hérésie et de leur faire entendre qu’ils n’en reviendraient pas aussi facilement qu'ils v pouvaient entrer, il y avait tout intérêt à faire le vide autour des sec- laires en altirant leurs adeptes dans le sein des communautés catho- liques. D'un autre côté, ces convertis, si sincèrement qu'ils rejetassent les L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 357

fausses doctrines des hérétiques, avaient pourtant reçu de leurs mains l'initiation sacramentelle, et cette initiation, accomplie au sein de conventicules maudits, accompagnée de rites bizarres, pour ne rien dire de plus, semblait entachée d'une sorte de vice originel. Nulle part on ne se décida à l’accepter comme entièrement valide; mais, dans le départ à faire entre ce qui devait être considéré comme suffisant et ce que l’on devait réitérer en admettant les convertis, on se laissa guider par des considérations diverses et l’on aboutit à des usages différents. La cérémonie de l'initiation chrétienne comprenait deux rites sacramentels distincts, que, de nos jours, l'Église latine sépare le plus souvent, mais qui, autrefois, étaient toujours unis dans les circons- tances ordinaires, c’est-à-dire quand le baptème était solennellement célébré par l'évèque. Le premier et le principal était l'immersion baptismale, accomplie au nom des trois personnes divines; l’autre, que nous appelons confirmation, comprenait trois actes, l’onetion d'huile parfumée, l'impression du signe de la croix et l'imposition des mains. Ce second rite, dont les trois actes sont plus ou moins expressément indiqués dans les anciens auteurs et dans les livres liturgiques, avait pour eflet de conférer le Saint-Esprit au nouveau baptisé. Bien qu’il ne fût pas considéré comme absolument essentiel au salut, on lui attribuait une signification et une efficacité tellement élevées que la célébration en était réservée à l’évêque lui-même, agis- sant au milieu de tout son clergé, et qu'elle était toujours entourée des formes les plus solennelles. Dans certaines Églises, l'initiation hérétique fut réprouvée tout entière et les convertis durent recevoir de nouveau le baptême et la confirmation. Dans d’autres, on distingua ; on accepta comme valide le baptême des hérétiques, mais leur confirmation fut jugée nulle, et le rite de l'admission des convertis fut précisément celui de la col- lation du Saint-Esprit. Le premier système était suivi à Carthage; un concile d'évêques des deux provinces d'Afrique et de Numidie, tenu sous la présidence d'Agrippinus, évêque de Carthage, l'avait sanctionné depuis assez longtemps. Dès avant ce synode tenu vers 220 environ, Tertullien avait exprimé une opinion analogue dans sontraité De baptismo!. En Asie Mineure, des conciles tenus à Iconium et à Synnada avaient établi la même discipline pour la Cappadoce, la Galatie, la Cilicie, l'Asie {au moins sa partie phrygienne) et d'autres provinces voisi- nés ?. Elle était également observée à Antioche et en Syrie, si l’on en

juge par les Constitutions apostoliques, texte certainement syrien, quoique un peu postérieur et plusieurs fois retouché !. L'usage de Rome et d'Alexandrie * était différent. Dans ces deux grandes Églises on ne renouvelait aux hérétiques convertis que le rite collateur du Saint-Esprit: leur baptême était jugé valide. Le livre des Philosophumena témoigne qu'il en était ainsi à Rome, dès le temps de Calliste (217-222). Ainsi c'est vers le même temps, c’est-à-dire peu après le règne de Sévère, au commencement du mr siècle, que ces disciplines contraires s'’introduisirent ?. On ne sait rien sur les autres pays chrétiens. Du reste, la délimita- tion que je viens d'établir ne saurait être considérée comme tout à fait rigoureuse. La centralisation ecclésiastique était encore si peu avancée que. même en Afrique, il y avait encore des dissidences sur cette ques- tion longternps après Agrippinus. En 255, le Concile général des évêques de cette province, qui se tenait deux fois par an, fut saisi d'une consultation signée par dix-huit évêques numidesqui avaient conçu des doutes sur la légitimité de l'usage dominant; peut-être ces évêques étaient-ils étonnés de la diversité disciplinaire qui séparait sur ce point l'Église de Rome de celles de l'Afrique. Quoi qu'il en soit, le concile jugea que l'usage africain devait être maintenu comme le seul légitime; il répondit en ce sens aux évêques numides, en leur donnant les motifs de sa déti- sion #. Peu après, Cyprien lui-même écrivit à un évêque mauritanien appelé Quintus, pour répondre à des demandes analogues (ep. LXXI). On voit déjà poindre dans cette lettre des traces d’un antaganisme avec le pape Étienne, sans cependant que celui-ci soit nommé. Au concile de l’automne {235) ou à celui du commencement de l'année suivante, Cyprien juger utile de couper court à toutes les objections

1 Const. ap., VI, 15. Cf. Canon ap. 45-46. Ily a lieu de croiro que nous avons sur ce point le texte primitif, au moins pour le sens; car una retouche dans le sens de la rebaptisation est tout à fait invraisemblable. 2 Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, la Palestine paraît avoir suivi l'usage d'Alexandrie. Je le conclus do la maniëére dont Eusère {H. E., VII, 9) parie de la coutume romaine. 8 Sur l’usage, universel dans l'antiquité, de réconcilier les hérétiques par le sacremont de confirmation, Wirasse, t. VII, De Sacram. conf., p. 552-568, en remarquant que les toxtes de saint Optat et de saint Augustin, qui laissent sub- sister quelque douto dans sa conclusion, no parlent pas de la collation du Saint- Esprit. Les allusions ou mentions que l’on trouve dans les auteurs relativement à la cérémonie en question, varient un peu sur le rito lui-même, les uns parlant de l’onction, les autres de l'imposition des mains; mais tous s'accordent sur l'effet du rite qui est la collation du Saint-Esprit, 4 Cypr., Ep. Lxx. — Les lettres de la collection de saint Cyprien qui ont rapport à cetto controverse sont les lettres Lxix-Lxx. La première, 44 magnum, est encore en dehors de la question principale, Saint Cyprien y traite le cas particu- lier des novatiens qu'il assimile aux autres hérétiques, et il expose sa doctrine sur le baptéme clinical, L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE RONAIÏNE 359

que l'on soulevait en Afrique et de transformer en explications ouvertes la controverse indirecte et sourde qui divisait ses collègues. il écrivit à Étienne (ep. LXXII) en son nom etau nom de l'assemblée, luitransmit la lettre du concile précédent aux évêques numides et celle qu'il avait lui-même écrite à Quintus. Dans la lettre adressée à Étienne, il cherchait à le convertir à l'usage africain, et à lui démon- trer que celui de Rome était inadmissible. Le concile de Carthage avait pris, en dehors de la question du baptême, une décision relative aux prêtres et diacres tombés dans le schisme et ordonnés dans les sectes: il les condamnait à rester désormais dans la condition laïque. Étienne avait-il montré sur ce point une condescendance particulière que les Africains entrepre- naient de corriger? On n’en sait rien. Dans la suite de l'affaire il n’est plus question que du baptême. Pendant que les délégués du concile se rendaient à Rome, Cyprien, consulté par un évèque appelé Jubaïen sur la valeur de quelques-unes des objections qui venaient d'Italie, saisit l'occasion et répondit à Jubaïen (ep. LXXIHI) par une longue exposition de sa doctrine. Cette lettre est le morceau théorique le plus important dans cette affaire. À Rome, où les rapports étaient déjà très tendus avec les Africains, les envoyés du concile furent mal reçus. Cyprien fut traité de faux christ, de faux prophète, de mauvais ouvrier; les légats ne furent pas admis à voir le pape; on interdit même aux fidèles de les recevoir ‘. H faut dire d'ailleurs que la lettre dont ils étaient porteurs n'avait en elle-même rien de gracieux, Aux prétentions de Cyprien Étienne répondit par une décision fort grave. Non seulement il ne se laissa pas détourner de son usage et il ne cessa pas de le considérer comme le seul légitime, mais il signifia aux évêques d'Afrique qu'ils eussent à s'y conformer; autrement il romprait tout rapport avec eux. La lettre d'Étienne parvint à Carthage au commencement de l'été 256. Cyprien invita tous les évêques à se rendre au concile d'automne, qui devait s'ouvrir le 4°" septembre. En attendant, il écri- vit à Pompeius, évêque en Tripolitaine, une lettre (ep. LXXIV) où il parle de la réponse d'Étienne et s'en plaint amèrement. Au jour dit, quatre-vingt-quatre évêques de toutes les provinces africaines? s'as-

Ep. Lxxv, 25. — Firmilien répète ici ce que lui a raconté le diacre Rogatianus. On place ordinairement cet incident après le concile du 4° septembre 256; mais Rogatianus n'aurait pas eu le temps de l'approndre avant son départ pour la Cappadoce, d’où il revint avant l'hiver. Si quelqu'un trouve extraordinaire que le pape ait tenu une telle attitude dès avant le concile du 4** septembre, je répondrai qu'il était déjà fort indisposé contre Cyprien avant l'ouverture de la controverse baptismale.D'ailleurs, c'est moins la dateque l'attitude elle-méme quiest étonnante. £ Le procäsverbal est conservé ; c'est le plus ancien document de ce genre (Cypr. ed. Hartel, p. 135). Les évêques se disent réunis ex provincia Africa, Numi- dia, Maurilania. Autant que l'on peut identifier les sièges, il n’y a quo deux évêques mauritaniens : Paulus d'Obba ot Lucius d'Ausafa, 360 REVUE ANGLO=ROMAINE semblèrent à Carthage, sous la présidence de Cyprien. Un vole mo- tivé eut lieu sur la question du baptème. Tous furent d'avis que le baptème des hérétiques est invalide; on ne jugea pas cependant qu'il fallût rompre la communion avec Rome et les églises qui appli quaient le principe contraire. L'Église d'Afrique prenait ainsi une position de résistance passive. Elle ne niait pas la nécessité de se conformer en matière de doctrine à l'Église souveraine (princisalem) dont le pape était le chef et le re- présentant; elle ne contestait pas même l'autorité particulière et su- périeure qui résultait pour le pape du lieu de son siège et de sa qua- lité de successeur de saint Pierre; mais elle croyait que dans l'es- pèce on faisait une mauvaise application de cette autorité, en cher- chant à imposer à d'autres un usage inadmissible. Comme sanction de ce jugement, elle n'allait pas jusqu'à rompre les rapports avec Rome; en tant que cela dépendait d’elle, elle se contentait de faire une déclaration solennelle de sa décision, Après la manifestation du concile, Étienne, s’il exécutait ses menaces. devait s'abstenir désormais d'envoyer à Carthage ses lettres et ses messagers; peut-être les clercs ou même les fidèles d'Afrique ne se- raient-ils plus admis, s'ils allaient à Rome, à prendre part aux réu- nions liturgiques et aux secours distribués au nom de l'Église, Les églises africaines, au contraire, devaient continuer à faire bon accueil aux Romains de passage en Afrique et même à correspondre avec le clergé de Rome, autant qu'elles pouvaient être tentées de le faire, en sachant que leurs lettres couraient grand risque de n'être pas lues. Cette situation, si elle avait duré, n'aurait pas tardé à paraître into- lérable. Le jour du concile, on n’en mesurait peut-être pas encore très bien les inconvénients. Quoi qu'il en soit, pour donner plus d'éclat à la manifestation que l’on venait de faire, et pour s'encourager à la ré- sistance par l'exemple et l'influence d'autrui, on chercha aussitôt à nouer des relations avec les Églises d'Asie Mineure et d'Orient qui observaient les mêmes coutumes et se trouvaient engagées dans la même controverse avec le pape‘. Un diacre, Rogatianus, fit voile pour la côte de Cilicie, où l'évèque de Tarse, Hélénus, dut lui faire bon accueilet lui faciliter le passage en Cappadoce. Firmilien, évêque de Césarée, non moins recommandable que Cyprien par ses vertus, sa science, son zèle et les services qu'il rendit à l'Église, professait dans la question, d'accord avec ses collègues de l'Asie Mineure

1 Frmxiz. Cvpa. ep. Lxxv, 25: (Stephanum) cum tot episcopis per totum mun- dum dissensisse, pacem cum singulis vario discordiæ genere rumpentem, modo cum Orientalibus, quod nec vos latere confidimus, modo vobiscum qui in merdie estis. Les mots soulignés porteraient à croire que la rupture avec les Orientaux se fit à propos d’autre chose. Mais saint Denys d'Alexandrie (Eus. VII 5) assure qu'il s’agissait bien du baptême. L'AFRIQUE CHRÉTIENNE ET L'ÉGLISE ROMAINE 361

orientale, exactement les mêmes principes que saint Cyprien. La lettre qu'il remit à Rogatianus! et que celui-ci s'empressa de porter à Carthage, est conçue en termes fort durs pour le pape, sans cepen- dant que son autorité soit plus contestée que dans les documents africains. L'hiver se passa ainsi; le blocus entre Rome et les Églises d'Afrique et d'Orient n'était pas seulement un blocus spirituel; les tempêtes de l'hiver interceptaient les communications maritimes. Le printemps arriva, la féte de Pâques fut célébrée, sans que rien, à notre connais- sance, ait modifié cette triste situation. Elle se dénoua par la mort d'Étienne, arrivée le 2 août de cette même année 257. Ses successeurs, tout en maintenant l'usage de leur Église sur le point controversé, et en s'efforçant de le faire pré- valoir dans la mesure du possible, ne crurent pas devoir observer la même attitude que lui à l'égard des dissidents. Saint Denys d'Alexan- drie, l'Irénée de ce nouveau Victor, avait adopté la même règle qu'Étienne; mais il n’était nullement disposé à le suivre dans la voie de la rigueur, et à observer l'excommunication prononcée contre la moitié de l'Église pour une divergence de cette nature. Il avait déjà écriten ce sens à Étienne lui-même ? et à deux savants prêtres de Rome, Denys et Philémon qui, naturellement, étaient du mème avis que leur évêque. Après la mort d’Étienne, les opinions du presby- terium romain se modifièrent. Le nouveau pape XystusIl et ses col- lègues le laissèrent voir assez clairement : Denys d’Alexandrie,enleur écrivant, ne se croit pas obligé de déguiser ses sentiments sur la gravité de la démarche du pape défunt, sur la nécessité de maintenir la paix et de respecter les décisions d'assemblées conciliaires nom- breuses et imposantes %. Ce langage contribua beaucoup à affermir l'union déjà rétablie par le seul fait du changement de pape; Xystus et Cyprien renouèrent les relations un instant interrompues entre Rome et l'Afrique 4. La correspondance fut reprise aussi avec Césarée de Cappadoce. Le successeur de Xystus, saint Denys de Rome, l’an- cien auxiliaire d’Étienne, vint au secours de cette Église affligée par l'invasion des Perses; avec l'aumône de la charité romaine * il lui

! Crea. ep. Lxxv; elle à été traduife par saint Cyprien lui-même, ? Eus. VII, 2 et 5, &4, 2. 3 Kus. VII, 3-9.

Porrius, Vie de saint Cyprien, c. x1v : Jam de Xysto bono et pacifico sacerdole

ac propleren beatissimo martyre ab Urbe nuntius venerat (cf. Cypr.. ep.80). Ces Paroles équivalent, me semble-t-il, à une négation du martyre d'Etienne, mais il est clair qu'il n'en faut rien conclure contre sa sainteté personnelle; les Africains et les Orientaux sont, sur ce point, de mauvais juges. $ Basin, M., ep. xx : « Nous savons, écrit saint Basile au papo Damase, nous «savons par le souvenir que nos péres en ont gardé, et aussi par les lettres qui “ sont encore conservées ici, que Denys, ce bienheureux évêque, illustre tant par «la rectitude de sa foi que par ses autres vertus, vint jadis au secours de notre 362 REVUE ANGLO-ROMAINE

envoya des paroles de paix. Heureux temps, où la charité était si vive et les ressentiments si courts! L'union ne se rétablit pas aux dépens de l’usage de saint Cyprien et de saint Firmilien; saint Basile, au 1v° siècle, appliquait la même discipline que son célèbre prédécesseur. Elle était encore en vigueur dans les Églises africaines au temps du concile d'Arles (344).

                                                     Abbé DUCHESNE.

« Église de Césarée, qu'il la consola par ses lettres, et Ini envoya des personnes « chargées de racheter nos frères do la captivité. » — C'est un nouvel épisode dans l'histoire de la charité œcuménique de l'Eglise romaine. Sous Etienne lui-même, la Syrie et l'Arabie avaient éprouvé ses bienfaits. (Denys D'ALex., dans Eus., VII, 5.)

                           e

CHRONIQUE

A Rome. — Le Tablet, dans son dernier numéro, après avoir annoncé la clôture des séances de la commission d'enquête sur les ordinations anglicanes, ajoute la note suivante :

« Cette commission se composait de quatre représentants des revendications anglicanes, l'abbé Duchesne, le P, de Augustinis, Mgr Gasparri, professeur de droit canon, et le P. Scannell, — et de quatre représentants de l'opinion contraire, le chanoine Moyes, le P. Gasquet O. S. B., le P. David et le P. Joseph de Llevarenas capucin. Le Cardinal Mazella a présidé toutes les réunions. Des objections et des affirmations ont été faites de part et d'autre et soigneusement examinées; on va maintenant procéder à la rédaction de l'ensemble des détails, et le rapport sera envoyé à la Sacrée Con- grégation du Saint-Office dont le Pape est lui-même le Préfet et le Président. La commission n’a eu d'autre charge que d'étudier à fond toute l'affaire ; elle n'a pas voix quant à la décision qui sera prise. Le Saint-Office va examiner maintenant la question en procédant d'après sa méthode ordinaire et présentera dans la suite le résultat de ses travaux au Saint-Père. Le Rév. M. Puller et le Rév. M. Lacey uni séjourné à Rome. Bien qu'ilsn'y aient pas été appelés par le Saint-Siège, et qu'ils n'aient en aucune manière fait partie de la tommission, ils ont eu toutes les occasions possibles de commu- aiquer avec l'abbé Duchesne et ses amis, de telle sorte que justice aura été rendue aux arguments nouveaux qu'ils auront pu avoir à présenter, et cela par les savants catholiques, historiens, canonistes où théologiens, qui représentaient le côté anglican de la question. Quant à l'époque où une décision pourra étre rendue, c'est ce que Personne ne peut dire. »

Les Sulpiciens en Amérique. — M. Captier, supérieur géné- ral de Saint-Sulpice, s’est embarqué au Havre, le 2 mai, à destination de New-York, où sa compagnie va prendre la direction du nouveau séminaire. M. Captier sera plusieurs mois en Amérique pour y visiter les établissements du même genre qui sont confiés aux Sulpiciens à Baltimore, à Boston, à Washington, et à Montréal du Canada. Ilest question de confier aussi, dans un avenir prochain, le séminaire de San Francisco (Californie), à ces doctes ot pieux éducateurs du clergé.

Le Congrès catholique de Milan. — Les catholiques de Lom- bardie viennent de tenir à Milan un Congrès catholique régional. 364 REVUE ANGLO-ROMAINE

Voici les principales résolutions qui ont été adoptées par ce Con- grès :

« I. Les catholiques doivent se proposer de faire sentir dans la vie politique, administrative et scientifique du pays l'influence de la doc- trine catholique. « II. Is ne doivent jamais s'abstenir d'exercer cette influence dans le mouvement électoral en pourvoyant à l'éducation et à l'orga- nisalion des électeurs. « II. Les catholiques ne doivent pas interpréter le programme de l'abstention en ne participant pas à la vie politique. Au contraire, ils doivent considérer justement l’abstention comme un acte positif de la vie politique en relation avec toutes les autres manifestations. : IV. Les catholiques doivent toujours s’affirmer, même dans le champ social, en y portant cetle direction pratique et théorique qui répond aux doctrines du Pape, aux plus récents résultats de l'école catholique. Cette direction préconise la transformation des organi- sations politiques dans le sens franchement démocratique et une meilleure application de la justice dans les rapports économiques. « V.Les catholiques doivent toujours garder nettement leur position de parti, sans négliger pour cela l’étude d'accords éventuels avec les aulres partis qui donnent à espérer, en des occasions déterminées, de bons résultats pour l'action catholique. La tâche actuelle des asso- ciations catholiques est principalement celle de former des hommes honnêtes et fermes dans leurs idées ainsi qu’habiles dans l’adminis- tralion des affaires publiques. »

La cause de la sœur Labouré. — On s'occupe de préparer l'introduction en cour de Rome de la cause de héatification de la sœur Catherine Labouré. Mercredi de la semaine dernière, chez les Lazaristes de la rue de Sèvres, à Paris, a été tenue la première session du procès dit de l'Ordinaire. C’est le premier acte de la procédure canonique suivie en pareil cas. Zoé Labouré, en religion sœur Catherine, est la pieuse novice qui fut favorisée de la révélation de la Afédaille miraculeuse, en 1830, dans la chapelle de la rue du Bac, à la Maison Mère des Filles de la Charité, à Paris.

Les missions étrangères. — La Société des missions étran- gères publie le compte rendu de ses travaux pour la dernière année. Malgré la guerre, la famine, le choléra et la peste qui ont désolé cerlains vicariats; malgré la persécution qui a couvert de ruines les deux belles missions du Su-tchuen occidental et du Su-tchuen méri- dional, elle peut enregistrer : 1,043 baptèmes d'adultes, 381 conversions d'hérétiques, 169,951 baptêmes d’enfants de païens. La Société compte un martyr de plus. Le 40 février 1893, M. Jules Verdier, missionnaire apostolique du Tonkin occidental, tombaità Yen-kluong (Laos), victime de la haine des païens, trahi par un Judas, comme le divin Maître. CHRONIQUE 365

Elle a perdu : Mgr Cordier, vicaire apostolique du Cambodge, mort après quarante ans d'apostolat, et 19 autres missionnaires. « Grâce à Dieu, dit le rapport, le nombre des vocations semble augmenter avec les besoins de nos 28 missions. Aujourd’hui, 34 dé- cembre, nonobstant le départ de 61 jeunes prêtres qui ont quitlé Paris dans le courant de l’année, notre communauté se compose de 212 aspirants, dont 442 à Paris et 430 à Bièvres. »

Découverte de textes importants relatifs à l'histoire de Jérusalem. — La communication de M.le comte Couret au Con- . grès de Sociétés savantes éclaire un point spécial et très mal connu de l'histoire de Jérusalem : la ruine de la ville sainte par les Perses de Chosroës II, en 614. Cet épouvantable événement, qui désola toute la chrétienté, ne nous était connu que par quelques mots brefs et na- vrés des chroniqueurs byzantins. Aujourd'hui, tous les détaiis du sinistre nous sont connus, grâce aux deux textes inédits produitspar M. le comte Couret. Le premier est l'Elégie du grand patriarche saint Sophronius ds Jérusa- lem déplorant la ruine de Jérusalem par les Perses. On connaissait l’exis- tence de cette élégie, on en possédait même le premier vers, mais tout le reste manquait. Cette lacune est désormais comblée par la découverte de M. le comte Couret, et nous possédons enfin le texte intégral (moins huit vers) de l’élégie du patriarche saint Sophronius, élégie remplie de détails très précieux et inconnus sur la prise de Jérusalem en 614. Le second texte mis en lumière par M. le comte Couret est, sinon encore plus remarquable, du moins bien plus complet que lélégie, forcément très brève, du patriarche saint Sophronius. C'est le récit du même événement : la ruine de Jérusalem par les Perses, en 614, écrit au vue siècle, au lendemain même de la catastrophe, par un moine du couvent de Saint-Sabas. Ce document, rédigé en vieil arabe, comprend 42 pages de texte et donne les renseignements les blus complets sur le siège et la prise de Jérusalem, les ravages des envahisseurs et le nombre des victimes. Ces deux textes, véritablement de premier ordre, seront prochai- nement publiés intégralement dans les Mémoires de l’Académie de Sainte-Croix d'Orléans. Tous les amis de la Terre Sainte doivent des remerciments à M. le comte Couret pour cette double et éminente découverte ; nous y joignons nos amicales félicitations.

Une nouvelle Église à Carthage. — Les Sœurs Francis- caines missionnaires de Marie, aidées des aumônes des pieux chré- liens de Tunis, ont construit à Carthage une église dédiée aux larmes de sainte Monique. Elle s'élève à l'endroit où la tradition et de récents travaux archéologiques nous montrent l'auguste mère de saint Augustin pleurant sur le départ de son fils après une nuit de prières dans un oratoire voisin placé sous le vocable de Saint- Cyprien. Les lignes architecturales de l'édifice sont du grand style roman, celui qui s’harmonise le mieux avec les teintes brillantes du CC eu

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ciel d'Afrique. Mgr l’archevèque de Carthage, doni les Jargesses #l les encouragements de tout genre ont été le facteur principal de ceite belle œuvre, a voulu lui donner la consécration religieuse le 4 mai, fête de sainte Monique. A sept heures, Sa Grandeur arrivait accom- pagnée de Mgr Pavy, vicaire général du diocèse, et de M. l'Archi- prêtre-Curé de Sainte-Croix de Tunis. Les assistants du Pontife furent pendant l'office le R. P. Bazin, provincial des Pères Blancs, et le R. P. Delattre, archiprêtre de la cathédrale de Carthage. Dans le sanc- tuaire, l'’aumônier de l'escadre de la Méditerranée, l’aumônier mili- taire de Tunis, les curés de la Goulette et de la Marsa, les professeurs du Grand et du Petit Séminaire, formaient au primat d'Afrique une vraie couronne d'honneur. L'élite des familles tunisiennes se pressait dans la nef. Au cours de la cérémonie, Mgr l'archevèque a prononcé une tou- chante allocution. La cérémonie s’est terminée par la bénédiction apostolique,

Erratum. — Dans l’article duR. P. Dummermuth: Exposé d'un texte attribué à Albert le Grand, publié dans notre dernier numéro, quelques erreurs typographiques se sont glissées qu'il importe de rectifier :

Page 307, ligne 9. Voici le texte imprimé: « Cependant la vertu de h passion du Christ n'est pas appliquée dans toute sa plénitude, etc. » Il fau dire: « Cependant la vertu de la passion du Christ n'est pas appliqué de la méme manière par tous les sacrements. Par le bapléme elle est appliquée dans toute sa plénitude, etc. » Les mots soulignés ont été omis. Page 302, 3° ligne en bas, on à imprimé: Ser V, XVII et XVII. Ji fat lire: Lev. V, 17 et 48, c’est-à-dire chapitre V, 17 et {8 du Lévitique. Page 303, ‘ligne 41. ‘L'impression porte: Et tetigit os meumn, ut dixit.— Il faut lire: Et tetigit os meum et dixit. Page 308, ligne 114. Le texte imprimé dit: « c’est parce que la vertu du sacrifice de la croix est appliquée totalement dans la rémission du péché originel, etc. » Il faut lire: « c'est parce que la vertu du sacrifice de la croix est appliquée totalement par le sacrement du baptéme dans la rémis- sion du péché originel, etc. » Les mots soulignés ont été omis. RÉ

                   LIVRES ET REVUES


                   REVUE Du CLERGÉ FRANÇAIS.

Nos lecteurs n'ont pas oublié l'intéressante conférence sur la réu- nion faite par M. l'abbé Klein à l’Institut catholique de Paris dont nous avons donné naguère le compte rendu. Sous letitre Anglians el Fomains, cette conférence vient d'être publiée dans la Revue du Clergé français du 1° mai : nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur en faire conhaître le passage suivant.

À mesure que de part et d'autre on se connaît mieux, on s’estime, on s'aime davantage ; l'hostilité s’affaiblissant, la réunion devient à la fois plus désirée et moins impossible. Mais sous quelle forme s’accomplira-t-elle, sous quelle forme doit-on la poursuivre, voilà sans aucun doute, des diverses questions que nous avons soulevées, la plus importante et la plus pratique. Faut-il chercher l'union collective ? faut-il chercher les conver- sions individuelles ? Telle est l'alternative; tels sont les deux plans de cam- pigne qui ont chacun leurs partisans et que, pour mon humble part, J'adopte aussi bien l’un que l'autre, I faut d’abord s'entendre lorsqu'on parle d'union collective. Les plus optimistes eux-mêmes n’ont jamais espéré de voir tous les protestants anglais revenir ensemble à l'Eglise romaine. L'union en corps ne pourrait se faire que là où il y a rééllement un corps constitué, là où il reste des évêques et un clergé organisé, c'est-à-dire dans l'Église établie ou épisco- palienne, dans la Church of England. Mais cette Eglise elle-même com- prend deux parties bien distinctes, la High Church ou Ilaute mglise, qui, ayant conservé beaucoup de coutumes catholiques, en reprend chaque jour davantage, et l'Église basse ou Low Church, qui est plus imprégnée de protestantisme et qui n'éprouve pour nous que de l'antipathie. Dans la High Church seule on rencontre des esprits favorables à l'union. Y at-il lieu d'espérer que, grâce à A High Church, une entente se fera quelque jour entre l'Eglise établie et l'Église romaine? telle est done la question exacte qui devrait se poser lorsqu'on parle d'union collective. A cette question les uns répondent non, les autres répondent oui. Ceux qui répondent oui, vous les connaissez. C'est, en Angleterre et du côté anglican, lord Halifax avec ses amis; en France, M. l'abbé Portal. L'un et l’autre ont su habilement travailler l'opinion des deux côtés de la Manche; et c'est grâce à leur zèle, grâce à leur énergie, que la ques- tion a fini par s'imposer, par être prise au sérieux, par grouper un cer- tain nombre de bonnes volontés. La Revue anglo-romaine, fondée par eux- mèmes, donnent l’idée très exacte de ce qu'ils se proposent. ls ont tout d’abord voulu mettre en rapport les catholiques et les angli- glicans, les présenter en quelque sorte les uns aux autres et les faire entrer en conversation, attendant le reste de la bonne foi des hommes et de la grâce de Dieu. Ils ont soulevé comme point de départ la question des crères anglicans, qui a été traitée avec tant de compétence par les profes- seurs mémes de cet Institut, MM. Duchesne, Gasparri et Boudinhon!. Une

t Suivant nous, ainsi que nous avons indiqué, les ordinations anglicanes seraient en même temps valides an point de vue historique et irrémédia- blement douleuses au point de vue théologique (cette incertitude, pour Îles âmes qui s'en rendont compte, doit avoir quelque chose d’intolérable, et il n'ya pas d'autre moyen d’on sortir que la conversion). Aujourd'hui, lorsqu'un ministre RE

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fois la controverse amicalement engagée là-dessus entre anglicans et catho- liques, lord Ilalifax et M. Portal espèrent qu'on en viendra aussi à traiter les autres sujets de désaccord, (comme est en premier lieu l'autorité du Pape), à s'expliquer avec bienveillance, à dissiper les préjugés et finalement à établir l'entente, Tel n'est pas le sentiment des catholiques anglais; et, sans rappeler les diverses occasions où ils se sont exprimés là-dessus avec une netteté des plus fermes, je croirai vous avoir fait connaître assez leur manière de voir, si je vous cite une déclaration toute récente du cardinal Vaughan, arche. vèque de Westminster. Le 19 janvier de cette année même, il écrivait au P. Ragey, l'auteur de la Crise religieuse en Angleierre, une lettre destinée a servir de préface à cet excellent ouvrage, et dans laquelle il disait textuel lement : « Je n'ai aucune confiance dans la prédiction d'une conversion en masse. je n’est pas de cette imanière que se convertit un peuple comme le peuple anglais. Un converti a besoin de beaucoup d'instruction avant que sa con- version soit profonde; une conversion en masse pourrait facilement finir par une confusion en masse. Mais la conversion des âmes par unités — exactement comme elles entrent dans le monde et en sortent pour se pré- senter au jugement par unités — tel est le résultat que j'attends de la prière et de [a dévotion à Notre-Dame. « Une conversion en masse pourrait facilement finir par une confusion en masse. » Le jugement est net, et il faut bien reconnaitrequ'il est adopté par tous les catholiques anglais, soit qu’ils connaissent mieux que nous des difficultés de la situation, soit que le souvenir du passé les incline à moins d’optimisme. Entre ceux qui espèrent l'union collective et ceux qui la croient impos- sible, j'avoue qu'il est difficile de prendre parti. Mes désirs vont d'un côté, ma raison penche de l'autre; évitez-moi la peine de me prononcer ou contre ma tête ou contre mon cœur. Une chose en tout cas certaine, c'est qu'on ne perd pas son temps lorsqu'on poursuit l'union collective, On ne peut attendre qu’un grand hien des relations qui se créent à ce propos, des lettres, des visites, des discussions courtoises qui sont échangées, des conférences enfin que l'on projette, paraît-il, de convoquer entre membres des deux Églises. Tout cela favorise les bons rapports, dissipe les préjugés, fait naître et entretient l'estime, l'affection, le désir de l'accord final, et vous savez qu'on est toujours plus près de s'entendre lorsqu'on est parvenu à s'aimer un peu. Mais, que l'on fonde plus ou moins d'espoir sur l'union collective à ve- nir, ilestune œuvre présente qui ne doit pas y être subordonnée, une œuvre qui passe avant tout le reste et qu'il ne faut à aueun prix sacrifier: c'est le travail immédiatement utile des conversions individuelles. Je ne sais lequel se tromperait plus lourdement, du catholique {et grâce à Dieu. je n'eu connais pas de tel) qui refuserait d’aider aux conversions particu- lières sous prétexte de ne pas nuire au projet de réunion globale; ou bien de l'anglican qui, suffisamment éclairé de la grâce pour reconnaitre le bon droit de l’Église romaine, attendrait pour s'adjoindre à nous l'heure hypothétique de la conversion en masse. Or, il se trouve malheureusement un certain nombre d'âmes, tant en Angleterre qu'aux Etats-Unis, pour st nourrir d’une telle illusion, Que ne pouvons-nous d'ici les éclairer sur leur subtile et dangereuse erreur! Que ne pouvons-nous leur faire entendr ue l'union collective est nécessairement lointaine et qu'ils sont avant tout, evant Dieu, responsables personnellement et pour leur âme en particu- lier! — F, KLEIN.

anglican se fait prêtre catholique, il est réordonné simplement et absolument; nous croyons que l’Église pourrait le réordonner sub condilione; cette concession, an delà de laquelle il paraît impossible d'aller, serait peut ètre aussi habile que juste. La question est, du reste, examinée à Rome; mais il n'ost pas certain qu'une solu- tion se produise, DOCUMENTS

             SANCTISSIMI              DOMINI        NOSTRI

                                LEONIS
                      DIVINA PROVIDENTIA

                              PAPÆ XIII

          EPISTOLA          AD. EPISCOPOS           HUNGARIÆ




                       DILECTIS      FILIIS   NOSTRIS

                 S. R. E. PRESBYTERIS CARDINALIBVS
           CLAVDIO   VASZARY ARCHIEPISCOPO STRIGONIENSI

                            LAVRENSIO SCHLAVCH

              EPISCOPO MAGNO-VARADINENSI            LAT, RIT.

                CETERISQUE     VENERABILIBVS      FRATRIBVS

                            HVNGARLÆ    EPISCOPIS



                              LEO PP. XII

           DILECTI   FILI   NOSTRI    ET VENERABILES    FRATRES

             SALVTEM    ET    APOSTOLICAM      BENEDICTIONEM

Insignes Deo æterno grales totâ Hungariâ singularibus cum læti- tiis agendas iure vos optimo decrevistis. Deo quippe, statori provi- dentissimo et conservalori regnorum, si qua unquam natio, vestra maxime referre debel vim magnam beneficiorum, non pauca iam sæcula difficilesque per casus, acceptam : quibus recolendis cele- Drandisque beneficiis peraptum obvenit tempus, patriæ vestræ natali' felicissime redeunte. In eo namique estis ut annum numeretis mille- simunm ex quo maiores illi domicilia sedesque suasistisin regionibus collocaverunt, atque res cœpit Hungarica. — Constituta sollemnia nilbhil dubitamus quin dignum plane exitum honestissimæque fecun- dum utilitatis sint habitura. Neque enim esse ullus potest sincera caritate civis, quem non decora tangant communis patriæ, et cui non acres admoveat imitandi stimulos avita rerum gestarum gloria publice revocaia. Ad hæc accessio nobilis fiet ex consentiente suffra- gio excultarum quotquot sunt gentium, quæ gaudia vestra amice <onsociantes, regnum certe gratulabuntur aptislegibus institutisque REVUE ANGLO-ROMAINE, — T. Il. — 24 310 REVUE ANGLO-ROMAINE

conditum, civili prudentia et virtute bellica conservatum, multis egregie factis in hanc provectum diuturnitatem et amplitudinem. — Nobismetipsis tam iucunda accidit faustitas vestra quam quæiücun- dissima, nec quidquam optatius est quam vobiseum, Venerabiles Fratres, præsentes in populo vestro mente animoque versari. Facit hoc præcipue tum Nostra erga Hungariam catholicam peculiaris propensio et cura, tum vero ipsius in hanc Apostolicam Sedem atque in Nos plane studiosa voluntas, crebris significationibus declarats. Inter cetera, postremis hisce annis frequentes Hungaros Roma vidit, vobis rite ducentibus, ad sepulcra Apostoiorum Principum veners- bundos; vidimus Nos coram effusos, quum testimonia fidei, obsequii, amoris, communi popularium nomine, exhiberent pulcherrima. Nec defuit eis benevolentia Nostra et opportunæexhortationis alloquium, ut animos in officiis sanctæ professionis confirmaremus: quamquam id consulto uberiusque præstitimus nationi universæ litteris ad vos semel atque iterum datis. Nunc autem, quandoquidem cummemi- nisse iuvat qua verecundia et gratia clerus bonique omnes illa paterni animi argumenta acceperint, rursus ad vos, interpres caritatis Nostræ, hæc epistola adveniat; quæ, favente Deo, sæcularis celebri- tatis et lætitiam augeat et fructus multiplicet. In tota rerum serie quarum apud vos commemoratio cultu magni- fico apparatur, religionis catholicæ ea omnino elucet atque eminet virtus, quæ optima est incolumitatis publicæ conciliatrix honorum- que omne genus parens vel fautrix in populis. Sane, quod pruden- tiores vestrorum scriptores aiunt, occupalas istic regiones nalio Hungarorum nec diu nec prospere tenuisset nisi eam doctrine et gratia evangelica, iugo superstitionis exemptam, monendo ac miti- gando, ad illa adduxiset, iura gentium vereri, lædere neminem, clementiam induere, colere studia pacis, principibus tamquam Deo subesse, fraternitatem domi forisque exercere. — Admirabili modo, in Gerza duce et in primoribus gentis catholicæ fidei apud vos con- secrata sunt initia; agente in primis sanclo episcopo ADALBERTO, viro apostolicis laboribus et martyrii denique laurea clarissimo. Quæ quidem initia tanto præstantiora extiterunt, quanto et temporaet loca periculosius patebant funesto cum Ecclesia romana dissidio ab orientalibus erumpenti. Cœpla patris institit perfecitque Srepaants, christianus princeps spectatissimi exempli, divinæ in vos benigni- tatis consiliis magno animi et operæ ardore obsecutus, Qui merito gentis vestræ firmamentum præcipuum ac lumen ideo salutatur, quod eam, religionis veræ beneficio, non modo ad sempiternæ adeptionem salutis, summum bonorum omnium, instruxit, sed ceteris etiam expetendarum rerum præsidiis auxit et nobilitavit. Eo ipso principe, qui pietate excelsa sceptrum suum augustæ Dei Matri et beatissimo Petro oblatum dedicatumque voluit, inita est inter romanos Ponti- Te EPISTOLA LEONIS PP. XII AD EPISCOPOS HUNGARIÆ 371

fices et reges populumque Hungariæ illa studiorum officiorumque vicissitudo, quæ a Nobis alias est collaudata. Eiusdem coniunctionis sacratum quasi vinculum ad perpetuitatem fuit corona regia, Christi Servatoris et Apostolorum iconibus distincta, quam Stephano Sil- vester Il decessor Noster dono misit, quum regium ei attribuit nomen, quod apud vos Christi fidem longe latsque diffuderit %. Hlud autem est commemoratu dignum, quod simul Hungarorum compro- bat in obsequio Petri constantiam, ut scilicet eadem corona varias gravesque temporum procellas salva pertulerit, pristino fulgens honore, perinde semper habita religioseque custodita tamquam regni decus maximum et præsidium. Eiusmodi auspiciis factum est, ut crescens opibus Hungaria eas- dem ingressa sit vias quibus populi incedebant christianæ Europæ adolescentis, et proprium generis ingenium, validum erectumque, eo felicius ad omnem virtutis humanitatisque appulerit laudem. Inde, præter commoda et ornamenta cetera, haud exiguus provenit homi- num numerus, qui sanctitate vitæ, doctrina, litteris, artibus, gestis muneribus, semetipsos et patriam verissime illustrarunt. — Atque rem sane optimam ii moliuntur, qui, ut allatum est, talium religionis promeritorum selectam copiam, monumentis ex oblivione et silentio eductis, in lucem per sollemnia ipss proferendam oculisque expo- nendam curant. Porro monumenta litterarum, quum vestra, tum ea quibus apostolica Nostra tabularia abundant, summa consensione illud testantnr quod permagni interest, præsertim hoc tempore, reputare, Videlicet quales fuerint apud maiores vestros Ecclesiæ partes in iure publico sive constituendo sive administrando : eius certe sapientia, disciplina, æquilas, cunctis ordinibus libentissimis, usquequaque influxit. — Civilis præterea libertatis, pro quâ populus vester nunquam destitit propugnare, Pontifices rornani tutores vindi- cesque se, quodcumque illa in periculum ac discrimen vocata est, vel rogati vel ultro præbuerunt. Id sæpius olim accidit; tunc in pri- mis quum impetus acerrimorum fidei sanctæ hostium oportuit refu- tari. Qua in parte nemo quidem unus non consenserit, clades teter- rimas, quæ simul plerisque ex occidente populis imminebant, Hun- #arorum constantià invictà esse depulsas; nulli tamen obscurum est, ad cam eventuum felicitatem decessores Nostros contulisse multum, suppedilata pecunia, missis auxiliis, conciliatis fœderibus, præsidio cælesti exorato. Id potissimum præstitit Innocentius XI: cuius peren- nat nomen, ab utroque clarum insigni facto, liberatâ nempe eircum- sedentibus infeste armis Vindobons, et Buda, urbe primaria vestra, post diutinam oppressionem magnifice vindicata. — Item Grego- rio XIII immortale in gentem vestram stat meritum. Quum enim et istic, ob studia novarum rerum ex finitimis infusa populis, religio 4 Clomens XJ11, P. M. in alloc. Si qui mililari, die 1 oct. MDCCLVIII. 372 REVUE ANGLO-ROMAINE

graviter laboraret, saluberrimum ille consilium, quod iam aliis pro nationibus sapienter liberaliterque perfecerat, idem pro Hungaria, tamquam insigni et amplo christiant orbis membro, suscepit. Scilicet col- legium vobis in Urbe condidit, quod deinde Germanico adiungendum censuit, in quo delecti alumni ad doctrinas virtutesque sacerdotio dignas exquisitius instituti, operam ecclesiis vestris fructuosiorem aliquando navarent : id quod non intermissa ubertate evenit, multis etiam eductis qui episcopalem gradum magna laude parique Eccle- siæ et civitatis decore tenuerunt. isthæc Nos similiaque beneficia quæ continu4 Ecclesiæ gratià sunl in genus vestrum profecta, libentes agnovimus non tam esse patriis consignata fastis, quam in animis civium alte manere insculpta. Ins- tar omnium locuples testis est, inde a sæculo quinto decimo, loannes ille Hunyades, cuius consilium et fortitudinem nunquam Hungaria non efferet memor : is igitur grate diserteque affirmavit : Hæc patria, nisi sletisset fide, opibus, reor, non fuisset statura : eodemque regni mo- deratore, ordines cuncti, communi ad Nicolaum V epistola, professi sunt : Utcumque sumus, Apostotica maxime grata enutriti consistimus. Quibus testificationibus tantum abest ut consecutæ ætates quidquam ademerint ponderis, ut non minimum potius addidisse, beneficiis auctis, videantur. — Emergitque in Hungaris, quemadmodum id semper magno opere enisi-sint, præcipuæque sibi duxerint gloriæ, ut regnum suum Apostolicæ Sedi, tamquam peculiare et deditissimum, quam maxime obstrictum tenerent. Huic rei complura quidem ex actis publicis suffragantur; vel litteræ a regibus et optimatibus ad Pontifices romanos summa cum pietate perscriplæ, vel exempla magnanimæ strenuæque virtutis, quæ, ante etiam quam contra ir- ruentes Mahometanorum copias contenderet, suppetias venit Eccle- siæ, ad iura eius tutanda ulciscendasve perduellium iniurias. At, ne fusius ea persequamur, satis loquuntur qu&æ multis modis interces- sere officia regi Ludovico Magno cum Innocentiv VI et Urbano Ÿ. plena fidei et observantiæ, plena benevolentiæ et laudis. Eaque sunt commemorabilia quæ Mathias rex Paulo IL rescripsit, adhortanti ul nomini catholico, ab Hussitis in Bohemia afflicto, ope valida subve- niret : Ego me, inquit, sanclæ romanæ Ecclesiæ el Vestræ Bealitudini, una cum regno meo lotum dedicavi. Nihil mihi tam arduum, nihil ad periculosum Dei in lerris Vicarius, immo Deus ipse iubere potesl, quod sus- cipere non pium el salutare eristimem, quod non intrepidus aggrediar, præ- sertim ubi de solidanda fide catholica et de contundenda perfidia impiorun ayitur... Quibuscumque religionis hostibus occurrere opus est, ecce Mat- thias simul et Hungaria.....Aposlolicæ Sedi et Vestræ Beatitudini devoti ma- nent, ælernumque manebunt. Nee vero vel regis dictis vel Pontificis expectationi res defuit; manetque posterilati gravissimum documen- tum. — Huc præterea spectant, tamquan fidelis admodum voluntatis EPISTOLA LEONIS PP, XIII AD EPISCOPOS HUNGARIÆ 373 præmia, eæ commendationes non paucæ nec mediocres, quibus ab hac Sede Apostolica dignatum est genus vestrum; singulares item honores ac privilegia, quæ vestris regibus ab ipsa sunt impertita. Libet autem Nobis, præsentemque celebritatem-. omnino addecet, illustriorem quamdam paginam excitare ex amplo diplomate, quo Clemens XIII Mariæ Theresiæ, reginæ Hungariæ, eique in eodem regno successuris appellationem Regis Apostolici, privilegio vel consue- tudine inductam, pro potestate confirmavit. Hoc igitur Pontificis præconio, ut iam patres atque avi, nepotes ipsi fruantur: « ... Flo- « rentissimum Hungariæ regnum, ad christianæ ditionis et gloriæ « terminos proferendos, vel propter bellicosissimæ gentis fortitudi- « nem omnium aptissimum, vel propter locorum naturam opportu- « nissimum adhuc quidem semper habitum est et fuit. Neque vero « quisquam ignorat quam multa et quam egregia facinora pro tuenda « propagandaque Îesu Christi religione gessit nobilissima Hungaro- « rum gens; quam sæpe manus conseruit cum teterrimis hostibus, « jisdemque ad communem christianæ reipublicæ perniciem erum- « pentibus suo veluti corpore aditum interclusit, maximasque de illis victorias reportavit. Celebrantur ea quidem fama, clarissi- À

« misque prodita sunt monumentis litterarum. At silentio nullo mo- « do præterire possumus Stephanum illum sanctissimum fortissi- < mamque Hüungariæ principem, cuius memoriam cælestibus hono- « ribus consecratam atque in Sanctorum numero collocatam rite « veneramur. Eius autem virtutis, sanctitatis, fortitudinis vestigia « extant istis in locis ad laudem Hungarici nominis sempiternam. « Neque eius pulcherrima exempla virtutum reliqui in regno succes- 1 sores non sunt perpetuis temporibus imitati. Quamobrem nemini « mirum videri debet, si romani Pontificis Hungaricam nationem « eilusdemque principes et reges, ob maxima et egregia illorum erga « catholicam fidem et romanam Sedem merita, amplissimis semper « laudibus ac privilegiis condecoraverint. Quale est illud in primis « sane honorificum, quod ante reges, quando prodeunt in publicum, < tamquam splendidissimum Apostolatus insigne, Crux præferatur, « idque ut ostendatur Hungaricam nationem atque eius reges glo- « riari unice in Cruce D. N. Iesu Christi; atque in eo signo pro catho- « lica fide et dimicare semper et vincere consuevisse'. » Jlamvero, quamquam tam præclaris hominum ac rerum recordatio- nibus sollemnia commendari vestra magnisque lætitiæ significationi- bus exornari perpulchrum est, res tamen ipsa suadet ut aliquid spec- tetur amplius, quod fluxum non sit idemque communi bono solida aferat incrementa. Caput est, ut se respiciat Hungaria : et conscien- tia nobilitatis religiosissimorum patrum impulsa, nec ignara tem- porum, ad proposita digna nitatur. Vos nimirum, cuiuscumque ordi- 1 Epist. Quum mulla alia, die x1Ix aug. an. MpccLvu. 374 REVUE ANGLO-ROMAINE

       nis estis, appelat cohortatio Apostoli : Siats in fide, v'iriliter agite et
       confortamini   : eique concinat sane oportet una mens omnium et vox:
       Teneamus spei nostræ confessionem indeclinabilem?; Non inferamus cri
       men gloriæ nostræ?. — Sæculi cursum universe contuentibus dolen-
       dum certe, Venerabiles Fratres, homines passim esse, eosque in sinu
       Ecciesiæ nutritos, qui religionem ceatholicam neque opinione neque
       aclione vitæ proinde colant ac digna est, paremve propemodum fa-
       ciant cuilibet religionis formæ, atque etiam suspectam invisamque
       habeant. Vix autem attinet dicere quale illud sit, præstantissimam

NUE

       hanc patrum hereditatem degeneri sensu repudiare, et quam ingraïi
       sit improvidique animi benefici eius, tum diu parta agnoscere noile,

ENT

       tum in posterum expectanda negligere. Siquidem in sapientia insti-

r ...

       tutisque catholicis virtus et efficientia inest, prout initio monuimus,

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       mira prorsus et multipiex ad humanæ societatis bonum; neque ea
+2

CT AU

       cum ætatibus exarescit, sed eadem semper et vivida, novis item tem-
       poribus, modo ne opprimatur, constanter est profuturs. — Quod
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CRE

       propius attingit populuni vestrum, iam ei Nos de religione, per su-
       periores litteras adsimilesque curas, satis consuluisse existimamus,

CDETAUN

       æque periculis denunciatis ab illa prohibendis, æque adiumentis

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       propositis quæ ad eius libertatem dignitatemque aptius conducerent.
Ra

Te

       Et quoniam a re religiosa res civilis dissociari nequit, huic etiam cu-

Vi

       rationem opemque offerre, quod piane cohæret cum Apostolico ofki-
cut

SRE

       cio, vehementer studuimus. Nam quæ Nobis visum est convenienter
       temporibus vestris identidem suadere et præscribere, ea non exi-
       guam partem, ut probe meministis, publicæ quoque saluti ac prospe-
       ritati vertebant. Quod si, hoc ipso in genere, coniuncta bonorum
       studia impensius quotidie consiliis monitisque Nostris sint respon-
       sura, quidni eam spem amplectamur quæ ex hac sæculari memoria
       lætior efflorescit et quasi prælucet ad communium votorum exitum
       maturandum ? Nemini sane civi optimo non id in votis fuerit, ut sub
       latis dissentiendi causis, suus Ecclesiæ ne abnuatur honos, ex quo
       pariter civitati luculentius niteat suus, in fœdere ductuque avitæ re-
       ligionis. Inde fiet ut auctoritas potestatum, mutua ordinum officia,
        institutio adolescentiæ, talia plura recte se tueantur in veritate, in
        iustitia, in caritate : his enim maxime fundamentis præsidiisque civi-
        tates nituntur ac vigent. — Quæ complexio bonorum ut apud vos
        habeatur qualis clariore paitrum memoria fuit, id certe valiturum
        non minime est, si pietatis affectio erga romanam Ecclesiam, novis
        veluti auspiciis, ab eorum exemplo incitamenta capiat. Opportune
        quidem in publicis gaudiis illud etiam indictum novimus, ut honori-
        ficentissimum Stephani diadema insuetà pompä per urbem princi-
                                                              ,




         1 I Cor. xvi, 13.
         2 Hebr. x, 23.
         5 1 Machab. 1x, 10

ee EPISTOLA LEONIS PP. XIII AD EPISCOPOS HUNGARIÆ 373

pem, ad Sodem Comihivrum dedicandam, certa die deferatur; nihil quippe cum gloria nationis regumque vestorum tam est connexum, nihil cum recta civilis rei temperatione tam congruit, quam sacrum illud regiæ potestatis insigne, At vero spe libet præsumere duplex præstabile emolumentum ex illa re facile oriturum. Alterum, ut in ordinibus atque in multitudine eo magis sacramentum firmetur obsequii fideique in augustam Domum Habsburgensem, quæ idem diadema, ultro sibi a maioribus vestris delatum, ad felicitatem regni perpetuo gessit; alterum, quod est huius propositi, ut copulata recor- datio intimæ patrum cum Cathedra Petri necessitudinis, quæ per ipsum pontificale donarium rata sanctaque extitit, iisdem vinclis sta- bilitatem addat et robur. Sciat autem gens Hungarorum illustris, omnino se posse ac debere auctorilati etgratiæ confidere Sedis Apostolicæ : quæ nec immemor erit unquam rerum ab ipsa pro catholico nomine præclare gestarum, et pristinum erga ipsam animum providentiæ indulgentiæque maternæ retinet, retinebit. — Quantum est in Nobis, si quidquam adhuc ves- tr causa curavimus et eflecimus, ea Deus perbenigne ad successum foveat, Nobisque consilio et ope sua sic adsit, ut liceat eo vel amplius rationibus vestris gratificari. Per hanc præsertim faustitatem respi- ciat Ille præsentissimo numine Regem vestrum Apostolicum, ordi- ues, clerum, populum universum; faciatque affluentes eorum copià bonorum, quæ ipse nationibus regnisque promisit custodientibus iustitiam et pacem. Vos æque respiciat omnes magna Domina vestra Maria, unâque Stephanus et Adalbertus, iidem regni apostoli et pa- troni cælesles; quorum salutari futela, ab avis et maïioribus tanto- pere explorata, cumulatiore in dies fructu Iætemini. — Singulare vo- tum summa caritate adiicimus. Fiat nimirum ut cives omnes, quos unus eilusdem pairiæ commovet amor eademque publicæ gratulatio- nis causa fraterno more coniungit, eos una eademque fides in felici complexu Ecelesiæ matris aliquando devinciat. Vos autem, Venerabiles Fratres, omni vigilantia diligentiaque per- gite, ut facitis, de populo vestro et de civitate mereri optime : aus- picemque divinorum munerum et peculiaris benevolentiæ Nostræ testem, Apostolicam benedictionem habete, quam singulis vobis cuactæque Hungariæ lætanti amantissime impertimus. Dalum Romæ apud Sanctum Petrum die 1 Maïi auno MDGCCLXXxXxvI, Pontificatus Nostri decimo nono.

                                             LEO PP. XIII

THE

                      SUPPER OF THE LORD,

                                        AND


                 THE HOLY COMMUNION,
                       COMMONLY CALLED THE MASS


                                   (Suite)

You that do truly and earnestly repent vou of your sins to Almighty God ?, and be * in love and charity with your neighbours,

   0. H. C. Edw. VI, 1h48.                              [Same as 1549.]

$ 110. Here the Priest shall pause ÂLMIGHTY God, Father of our a while, to seeif any manwill with. Lord Jesus Christ, etc, draw himself : and if he perceive [Same as 1549.] any 50 to do, then let him commune with him privily at convenient lei- sure, and See whether he can with Second Edw. VI. 1652. good exhortation bring him to . grace ? : $ 1144.€ Then shall the Priest 1 say ; & 114, and after to them that come to receive the a litlle pause, the Priest shall say. holy Communion 1t, You that do truly and earnestly repent you of your sins and offences You that do truly and earnestiÿ committed to Almighty God, and repent you Of yoursins, and be, etc. be in love and charity with your [The same as 1549, to] neighbours, and intend to lead a to almighty God before this congre- new life, and heartily to follow the gation here gathered together in commandmentsof God, and to walk is holy name, meekly kneeling from henceforth, etc. upon your knees. ' [Same as 1549.) $ L12. Then shall a general Confession $ 412. Then shall this general be made, etc. confession, etc.

7 In eds. 4552, and afterwards, ‘“ to with $ 97, Almighty God ” omitted, 10 In eds. 1578, ‘ the Minister. 8 In ed. 4662, ‘are 11 This, in 1552 and subsequent edi- 9 This rubric, which in 1548 follows gens follows on after the exhortation, on after8 89, se p. 224, doss not appear in ed. 1549, but it may be compared THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 371

and intend to lead a new life, following the commandments of God, and walking from henceforth in his holy ways: draw near and take !? this holy church here gathered together in his name, meekly knee- ling upon your knees. $112. Then shall this general Confession be made, in the name of all those Hat are minded lo receive the ** holy Communion, either by one of them, or else by ons of the ministers **, or by the Priest himself, all kneeling humbly upon their knees.

 ALMIGRTY GOD, Father of our                Lord Jesus Christ, maker of all

things, judge of all men, we knowledge ! and bewail our manifold sins and wickedness, which we from time to time, most grievously have committed, by thought, word and deed, against thy divine majesty, provoking most justiy thy wrath and indignation against us: we do earnestly repent, and be ‘ heartily sorry for these our misdoings : the remembrance of them is grievous unto us, the bur- den of them is intolerable : have mercy upon us, have mercy upon us, most merciful Father, for thy Son our Lord Jesus Christ's sake, forgive us ail that is past, and grant that we may ever hereafter serve and please thee in newness of life, to the honour and glory of the bonour and glory of thy name : Through Jesus Christ our Lord !,

 ALMIGHTY God, Father of, etc.                to them that come to receive the holy
         [The same as 4549.]                  Communion this invitation.

         Elisabeth, 1560.                     You that do truly, etc.

$ 1114. Then shall the Priest say, etc, [The same as 1552. You that do truly, etc. ÎThe samo as 1552.] S 412. Then shall this general Con- fession be made, in the name of all © .$442, Then shall this general those that are minded fo receive confession, etc. the holy Communion, by the pres- ÂLMIGHTY God, Father of, etc. byter himself, or the deacon both he ÎThe same as 41549.] and ail the people ineeling hum- bly upon their knees. James I 1804. ALMNIGHTY God, Father of, etc. $ 114. Then shall the Priest say, ete. IThe same as 1549.) You that do truly, etc. ÎThe same as 1552.] Cbarlés II. 1662. 8 1142. Then shall this general confession etc. 144. © Then shall the Peiest say to ALMIGHTY God, Father of, etc. them that come to recewe the holy [The same as 1549] Communion. Sootch Liturgy, 1637. YE that do trulv, etc. $1it4. Then shall the Presbyter say [Same as 1549, to]

 Lo In one    Scotch ed., 4637     ‘* and     ‘5 In one ed., 1552, In 1637, and +662,

make. “ acknowledg8. t# $a one 6d., 4552, ‘« this. ” 16 In ed. 168, “are” ‘ EIn ed. 158, “ by tha minisfor him- "IT Im od, 1663, ‘ Amen” added. æl 378 REVUE ANGLO-ROMAINE

  $ 143. Then shall the Priest 8 sland up, and turning himself
                                                            to the
                              people, say 1° thus,

ALNIGHTY GOD, our heavenly Father, who of his great merey, hath promised forgiveness of sins to allthem, which * with hearty repen- tance and true faith turn unto * him : have mercy upon you, pardon and deliver you from all your sins, confirm and strengthen * you in all goodness, and bring you to everlasting life : through Jesus Christ our Lord. Amen.

                    $ 414. Then shall the Priest also say,

Hear what comfortable words our Saviour Christ saith, to % all that truly turn to him.

Draw near with faith, and take this Hear what comfortable words, etc. holy Sacrament to your comfort; | [Same as 1549.] and make your humble confession to Almighty God, meekly kneeling Second Edw. VI. 1562. upon your knees. $ 113. Then shall the Priest3 or the 8112. € Then shall this general Con- Bishop (being present) stand up. fession be made, in the name of all those that are minded to receive and turning himself to the people. the holy Communion, by one of the say 3 thus. Ministers, both he and all the people ALMIGHTY God, our heavenlv, etc. kneeling humbly upon their knees, {The same as 1549.] and saying, ALMIGHTY God, Father of, etc. $ 144. Then shall the Priest also say. [The same as 1549.]

    ©. H. C. Ed. VI. 1548.                    Hear what comfortable words, etc.
                                                          [Here follows,

$ 113. Then shall the Priest stand up, 8 99. After the which the Priest, ele. end turning him to the people, say Lift up your hearts. thus. .Sse p. 236. Our blessed Lord, who hath left power to his church, to absolve pe- nitent sinners from their sins, and Elzabeth, 1650. to restore to the grace of the hea- venly Father such as truly believe $ 443. Then shall the Priest, etc. in Christ, have mercv upon you, ALMIGHTY God, our heavenly, etc. pardon and deliver you from all sins, confirm and strength you in [Same as 1552.) all godness, and bring you to ever- S 114. Then shall the Priest, etc. lasting life. Hear what comfortable words, etc. $ 114. Then shall the Priest stand up, and lurning him toward the people, [Same as 1549.] say thus. [Here follows 3 99. See p. 236.

38 In eds. 4552, and all after, the words and 1559, ‘* strength, ” ‘“ or the Bishop (being present) ” are 53 [n Scotch ed., 4637, and 1662 added. ft unto. 19 In one ed., 1552, ‘* shall say. ” 1 In one ed., 4559, ‘ ail them. ” 20 In ed. 1662, ‘‘ that. ”f - 2 In eds., 1578, ‘ the Minister. ” , 21]n one ed., 1552, and 1559, to. ” 8 In one ed., 4559, * shall say thus. 32 In two eds., 1549, and one od., 1552, THE SUPPER OF TILE LORD AND THE HOLY COMMUNION 379

Come unto me allthat travail, and be * heavy laden Ÿ, and I shall ?

refresh you ?. So God laved the world that he gave his only-begotten Son. to the end that all that believe in him, should not perish, but have life .everlasting #, Hear also what Saint Paul sayeth ?. This is a true saying, and worthy of all men Lo be received ‘?, that Jesus Christ came into this !! world to save sinners ‘?. Hear also what Saint John sayeth *. 1f any man sin, we have an advocate with the Father, Jesus Christ the righteous, and he is the propitiation for our sins ‘3.

            James I. 1804.               So God loved the world that he
                                       gave his only-begotten Son, that

44% Then shall the Priest, ete. whosoever believeth in him, should ALXIGHTY God, our heavenlr, etc. not perish, but have everlasting life John ii. 10. ]JSamo as 1552.) Hear also what Saint Paul saith. S t44. Then shall the Priest, etc. This is a faithful saying, and wor- Hear what comfortable words, ete. thy of all acceptation, that Christ Jesus came into the world to save [Same as 1549,] sinners, IL Tim. i. 15. Here follows 8 98. See p. 236.] Hear also what S. John saith. Ifany man sin, we have and ad- vocate with the Father, Jesus Christ Scotch Liturgy. 18937. the righteous, and he is the pro- $ 113. Then shall the Presbyter, or pitiation for our sins. I John ü. 4,2. the bishop, being present, stand up, and inrning himself to the peonle, pronounce the Absolution as follo- Charles II. 1882. teth. $ 143. Then shall the Priest (or the ALMIGHTY God, our heavenly, ete. bishop, being present) stand up, and turning himself to the people, Same as 1549.] pronounce this Absolution. $ 114. Then shall the Presbyter also say, ALMIGHTY God, our heavenly, ete. . Hear what comfortable words our $ 144. © Then shall the Priest say, Saviour Christ saith unto all that truly turn to him : Hear what comfortable words, etc. Come unto me ali ve that labour, ISame as 1549.] and are heavy laden, and I will give you rest, Matt. xi. 28. [Here follows 8 99. See p. 231]

Lin od. 1662, ‘ are, ” 19 In O. H. C. 1548, ‘ embraced and 5 1n O. H. C. 1548, ‘ loden. ” received. ” 5 In ed. 1596, and 1662, ** will. ” H ]n eds. 4552, and all aftorwards, 1 In ed. 1662, ‘: S. Matt. xi. 28 ” “the world. ” “ed. 13 In ed. 1662, ‘I Tim, I, 45 * added. . 1662, ‘have overlasting life. 13 In O. H, C. 4548, * it is that ob- $. John iji. 46.” 8 tained grace for our sins;” in ed. 4662 9 In 4559, and most later editions, same as 4549, but “ I. John IH. I ” LI saith. L.J added, . . - 380 REVUE ANGLO-ROMAINE

  1. Then shall the Priest, turning him to God's board, Xneel down, and say in the name of all them, that shall rereive {he Communion, this prayer folloiwing.

WE do not presume to come ‘* to this thy table (O merciful Lord trusting in our own righteousness, but in thy manifold and greal mercies : we be ! not worthy so much as Lo gather up !% the erumbs under thy table : but thou art the same Lord whose property is always to have mercy : Grant us therefore (gracious Lord) so lo est

    0. H.C. Edw. VI. 1548.              ve may evermore dwell             in him,
                                        and he in us. Amen 1,

S 4145. Then shall the Priest kneel down and say, in the name of all them 8 106. Then lhe Priest, standing up, ele. that shall receive the communion, ALniGurx God, ourheavenly Father etc. this prayez following. See p. 244.

VE do not presume to come, etc. 116. € Then shall the minister first [Same as 1549.] receive the Communion in both kinds himself, and next deliver it to other 8 116. Then shall the Priest rise, the ministers, if any be there present people still reverently kneeling, and (that they may help the chief mi- the Priest shall deliver the Commu- nisler), and after to the people in nion, first to the Ministers, if any their hands kneeling ®, be there present, that they may be $ 417. And when he delivereth the ready to help the Priest, and after bread, he shall say. to the other. Take and eat this, in remem- 8 117. And when brance that Christ died for ther, he doth deliver the sacrament of the and feed on him in thy heart by body of Christ he shall say to every faith, with thanksgiving. one these words following.

THE body of our Lord Jesus Elizabeth, 1559. Christ, which was given for thee, $ 415. Then shall the Priest, etc. pente thy body unto everlasting ife. WE do not presume to come, el, [Same as 1552.] Second Edw. VI. 1562. [Here follows Z 106. See p. 244 | $ 415. Then shall the Priest 17 kneel- $ 116. Then shall the minister, etc. ing down at God's board, say !8, etc. [Same as 1552.] [Same as 1549.] THE body of our Lord Jesus ? VE do not presume, etc. Christ which was given for ther preserve thy body and soul into [Same as 1549, to] everlasting life : and take and va drink his blood, that our sinful bo- this in remembrance that Christ dies may be made clean by his died for thee, and 2 feed on him in body, and our souls washed through thine heart by faith, with thanks- his most precious blood, and that giving.

14 In one ed., 1559, ‘ presume to wards, follows on after $ 102. this, ” ; 19 ]n one ed., 1559, ‘ Amen ” omitled. 18 In ed. 1662, ‘‘ are.” . s0 This, in eds, 1552, and all after- 16 In two eds., 1559, ‘ gather the wards, follows after# 106, crumbs. ” 31 In one ed., 1559, ‘** Jesu. ” 17 In ed. 1518, ‘“ Minister. ” 2? In one ed., 1559, ‘ and ” omilled. 18 This, in eds. 1552, and all after- THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 381

the flesh of thy dear Son Jesus * Christ, and to drink his blood in these holy Mysteries, that we may continually dwell in him, and he in us, that our sinful bodies may be made clean by his body, and our souls washed through his most precious blood. Amen !.

S 1416.€ Then shall he Priest first receive the Communion in both. kinds himself, and next deliver il lo other Ministere, ÿ any be there present, (that they may be ready to help the chief Minister.) and after to te people.

$ 117. € And tvhen he délivereth the Sacrament of the body of Christ, he shall say lo every one these sords :

   The body of our Lord Jesus Christ which was given for thee, pre-

serve thy body and soul unto everlarting life.

          James I. 1804.                        THE body of our Lord Jesus
                                              Christ, which was given for thee,

$ 415, Then shall the Priest, etc. preserve thy body and soui unto WE do not presume, etc. everlasting life. . [Same as {532.] $ 148. Here the party receiving shall [Here follows $ 106. See p. 244.} say Amen. $ 136. Then shali the minister, etc. [Same as 1552.] Obarles II. 1882. Tue body of our Lord, etc. $ 445. Then shall the Priest ineeling [Same as 15359.] down at the Lords Table say, etc. {Same as 1549.] Scotoh Liturgy, 1937. WE do not presume to come, etc. $ 448. Then shall the Presbyter, ineel- ISame as 1552,] ing down at God’s board, say, in [Here follows 8 106. When the Priest standing before the name of all them that shall the Table, etc. Almighty Go ourhea- communicale, this collect of humble vonly Father, etc. See p. 245.] access to the holy Communion, as felloweth, $ 416. € Then shall the Minister first receive the Communion in both Ve do not presume, etc. . kinds himself, and then proceed to [Same as 4552.] deliver the same to the Bishop, Priests, and Deacons in like manner 116 Then shall the bishop, if he be (if any be present) and after that to EPZA

   present, or else the presbyter that          the peonke also in order, into their
   celebrateth, first receive the Com-
                                                 hands, ail meekly Imeeling.
   munion in both kinds himself, and                 $ 417. And when he delivereth
   next deliver it to other bishops,             the bread to any one, he shall say,
   presbyters, and deacons, (if any, br
   there   present,) that they may help         THE body of our Lord Jesus
   him that celebrateth, and after to         Christ, which was given for thee,
   the people in due order, all humbiy        preserve thy body and soul unto
   neeling.           -                       everlasting Vfe.      Take and eat this

$ 117. And when he receiveth himself. in remembrance that Christ died for or delivereth the bread to others, he thee, and feed on himintby heart shall say this benediction, by faith with thankagiving.

3 ]n onc ed., 1549, ‘‘ Jesu. ” 1 ]n one ed., 1552, and 1559,‘ Amen " omiéled. 382 REVUE ANGLO -ROMAINE

  1. And (ha Minister delivering the Sacrameni of te blood, and girins | every one to drink once and no more, ska say,

The blood of our Lord Jesus Christ which was shed for thee, pre- serve thy body and soul unto everlasting life, & 124. Zf there be a Deacon or other Priest, then shaïl he follow 1ih fl Chalice : and as the Priest ministereth the Sacrament of the body, shall he (for more erpedition) minister ke Sacrament of the blood, in foru before written.

         $ 192. 7n the communion lime the Clerks shall sing,

ii, O Lamb of God, that takest away the sins of the world : have mercy upon us. O Lamb of God, that takest away the sins of the world : grantu thy peace,

Beginning so soon as the Priest doth receive the holy Communion, and when he Communion is ended, then shall he Clerks sing the post-Communion. 8123. € Senlences of holy scripiure, lo Le saïd or suny every day na, after the hoïy Communion, called he post-Communion.

Ir any man will follow me, let him forsake himself, and take up his cross, and follow me, [ Math. xvi.] Whosoever shall endure unto the end, he shall be saved { Mar. xiti. Praised be the Lord God of Israel, for he hath visited and redee-

  ©. H. C. Edw. VI. 1548.                   Christ's blood was       shed for ther
                                            and be thankful.

$ 419. And the Priest delivering, etc, {Here immediately follows 8 196, * Then [Same as 1549,] shall the Priest, ” elc.] Tue blood of our Lord Jesus Christ, which was shed for thee, Elizabeth, 1568. preserve thy soul to everlasting life. 8 149. And the ministor that delire- $ 121. 17 there be a Deacon or other reth the cup, shall say. Priest, then sholl he follow with the Chalice, and as the Priest min- Te blood of our Lord Jesus? istereth the bread, so shall he for Christ, which was shed for thee. more exæpedition minister the Wine, preserve thy body and soul ii in form before written. everlasting life : and drink this is remembrance that Christ'e bla [Hero follows was shed for thee, and be thauk- 8 128. Then shall the Priest, elc. The Peace of God, etc.] ful, [Here follows 8 126.]

  Second Edw. VI. 1552.
                                                       James Ï. 1804.

$ 119. € And the minister that deli- 8119. And the minister that, etc vereth the cup, shall say. J5ame as 1599.] Drink this in remembrance that À [Here follows $ 126. Soe p. 256.

                        * In one ed., 159, ** Jesu. ”

THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNIOX 383

med his people : therefore let us serve him all the days of our life, in holiness and righteousness accepted before him. Lu. i. Happy are those servants, whom the Lord {when he cometh) shall find-waking. Luc. xii. Be ye ready, for the Son of man will come at an hour when ve think not. Luc. xii. The servant that knoweth his master's will, and hath not prepared himself, neither hath done according to his will, shall be beaten with many stripes. Lur. xii. The hour cometh, and now it is, when true worshippers shall worship the Father in spirit and truth. John. iv. Behold, thou art made whole, sin no more, lest any worse thing happen unto thee. Jon v. If ye shall continue in my. word, then are ÿe my very disciples, and ye shall know the truth, and the truth shall make you free. Joân viii. While ye have light, believe on the light, that ye may be the chil- dren of light. Joñn xii. He that hath my commandments, and keepeth them, the same is he that loveth me. John xiv. Ifany man love me, he will keep my word, and my Father will love him, and we will come unto him, and dwell with him. Jokn xiv. If ye shall bide in me, and my word shall abide in you, ye shall ask what ye will, and it shall be done to you. Jon xv. Herein is my Father glorified, that ye bear much fruit, and become my disciples. John xv. This is my commandment, that you love together, as I lave loved you. John vx. If God be on our side, who can be against us ? which did not spare his own Son, but gave him for us all. Rom. viii.

 Sootch Liturey, 1897.                   THE blood of our Lord Jesus
                                       Christ, which was shed for thee,
  1. And the presbyter or minister preserve thy body and soul unto

that receiveth the cup himself or de- everlasting life. Drink this in re- livereth it to others, shall say this membrance that Christ’s blood was benediction, shed for thee, and be thankful, The blood of our Lord Jesus Christ, which was shed for thee, 8 124. € If the consecrated bread or preserve thy body and soul unto wine be all spent before ali have everlasting life. communicated; the Priest is to con- secrate more according to the form $ 420. Here the party receiving shall before prescribed : Beginning at sæy Amen. [Our Saviour Christ in the same [Here foilows 8 125.] night, etc.] for the blessing of the bread; and at [Likewise after Sup- Charies II. 1862, per, etc.) for the blessing of the cup. $ 449.4 And the Minister that delive- reth the cup to any one, shall say, [Here follows'S 1422.] <> ax

          384                            REVUE ANGLO-ROMAINE

ns

            Know ye not that ye are the temple of GOD, and that the Spirit

r

          of GOD dwelleth in you? If any man defile the temple of GOP, him

Nr

          shall God destroy. I Corin. iii.
             Ye are dearly bought; therefore glorify God in your bodies, and
          in your spirits, for they belong to God. I Cor. vi.

ECLAEOS

             Be you followers of God as dear children, and walk in love, even
          as Christ loved us, and gave himself for us an offering and a Sacri-
          lice of a sweet savour to God. Ærhes. v. 5.



                Second Edw, VI. 1552.                            ‘ [Here follows
                                                    $ T8. Then shall be said or sung,
          8126. € Then shall the Priest 4 say |        GLoRx be to God on high.
            the Lords prayer, the people re-                        ee P-     À
            peating after him every petition.                      ns

                         [Here follows                        Elizabeth, 1569.
          S 108. After shall be said, ete. O Lorn ! 8 126. Then shalt the Priest, etc.
                and heavenly Father, etc.                      [Same as 1552.]
                      See p. 246.                      {Here follows 3 108. See p. 246.}

                    nn              :                            $ 127.
                                                                     Or this.
                    8127. 4 Or this 5.                 ALMIGHTY and everliving, ete.
            ALMIGHTY and everliving God,                      [Tho same as 4552.
          we most heartily thank thee, for              [ere follows 5 78. See p. 2141
          that thou dost vouchsafe to feed us.
          which have duly received these holr                  James I. 1804.
          mysteries, with the spiritual fuod &f                            .
          the most precious body and blood | $ 526. Then shall the Priest, etc.
          of thy Son our Saviour Jesus Christ.          (Same as 1552.]
          and dost assure us thereby of thy     Here follows 8 108. See p. 246.
          favour, etc.                                          8 127. Or this.
                    [Same as 4549, to]                ALMIGHTY and cverliving, etc.
                                                             [The same as 1552.]
          world without end. Amen.                     }Here follows $ 78. Sec p. 214.1




      7    4 In threc eds., misp. Eph. vi.            $ This follows, in eds. 1552, andinall
           4 In ed. 1578, ‘* the Minister. ”        afterwards, $ 108.


                 (A suivre.)



                                          Le Direcleur-Gérañt :    FERNAND Pontar.

                           PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 47,

ire ANNÉE N° 26 30 MAI 1896

                           REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

To es l’etrus, ot su- Spiritus Sanctus po- per hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecclesiam gore Ecclosiam Dei. meam ... et tibi dabo claves ... ACT. xx. 38, “ MaTTH. ÆVr. 8-19, n

                           SOMMAIRE :                                                      ‘u
                                                                      ,         vaAuRs

A. Loisv............     Ernest Renan historien d'Israël............,               385
H.R................      L’évéque Reinkens, situation actuelle du vieux-
                           catholicisme ..................,..........               397
                         Chronique.....,..........................                  402
                         Livres et revues............................               104     ;
     Documents.......    Lettre apostolique de S, S. Léon XIII, pour
                           la restauration du siège de Carthage. —
                           Concordance des diverses    éditions  du
                           Prayer-Buok.........,......,..... PPT                    #7


                                PARIS
       RÉDACTION             ET      ADMINISTRATION
                          17, RUE    CASSETTE


                                  1896




                                                                                     pce

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Eruest Renan a pu, avani sa mort, terminer, sinon publier tout en- lière son Histoire des origines du Christianisme. L'Histoire du peuple d'Israël, qui aurait dû paraître la première comme introduction à la Fi de Jésua et à l’histoire de l'Église primitive, a été écrite en der- nier lieu pour une raison que l'auteur a lui-même expliquée : « Si je me suis jeté tout d'abord, avec la Vie de Jésus, au milieu même du sujet, écrivait-il en 4889, c'est que la durée du temps qu’on vivra est incertaine, et que je tenais avant tout à traiter les cent cinquante premières années du christianisme‘. » Après les sept volumes où il a raconté les commencements de l'Église, il a pu composer cinq autres volumes sur l’histoire d'Israël : ainsi fut accompli « le vœu de naziréen qui l’attacha de bonne heure au problème juif et chré- tien? ». Lui-mème s'est déclaré « sûr d'avoir bien compris dans son ensemble l'œuvre unique que le souffle de Dieu, c’est-à-dire l'âme du monde, a réalisée par Israël ». Mais l'œuvre de Renan peut n'être pas ce qu'il a cru, et nous devons la prendre pour ce qu'elle est, En soumettant à un examen approfondi l'Histoire du peuple d'Israël, nous n’avons pas l'intention d'écrire ce qu’on appelle une réfutation, mais d'indiquer les côtés faibles d'un ouvrage qui ne peut passer inaperçu et qui ne mérite néanmoins, à aucun point de vue, d'être considéré comme définitif, L'auteur affirme qu'il s'est placé constam- ment sur le terrain de la science positive : nous ne craindrons pas de l'y suivre et même de l'y ramener, s'il s'en écarte. Ses cinq vo- lumes contiennent une histoire de la composition des Livres saints de l'Ancien Testament, une histoire du peuple hébreu depuis les ori- gines jusqu'au commencement de l'ère chrétienne, une histoire de la religion monothéiste depuis l'Age patriarcal jusqu'à la naissance du Sauveur. Voyons comment ce triple développement littéraire, national et religieux 8 été compris et représenté.

? Hisloire du peuple d'Israël, 1, Préf. vi +1, vi. 3, xxx. REVUR ANOLO-ROMAINE. -— T. Il — 25 386 REVUE ANGLO-ROMAINE

                $ 1. —   LES LIVRES DE L'ANCIEN TESTAMENT

Les opinions de Renan sur Moïse et les écrits mosaïques sont faciles à résumer : les Israélites n’ont pas fait de l'écriture un usage littéraire avant l'époque de Samuel et de David; Moïse, s'ila existé, n’a rien écrit; les premiers linéamnents de l'Hexateuque (Pen- tateuque Josué} ont été tracés seulement au 1x° siècle avant notreère, ou tout au plus à la fin du x‘ siècle; les prophètes et les écrits pro- phétiques, au lieu de coutinuer Moïse et la Loi, sont les créateurs de la Loi, peut-être mème de Moïse; l'Ancien Testament se trouve ainsi fondé sur une fraude littéraire, multiple et gigantesque, dont la tra- dition, d’ailleurs, ne se perdra pas. Quel est pourtant, à l'heure présente, le véritable état de la ques- tion mosaïque ? Est-il impossible que Moïse ait écrit le Pentateuque en tout ou en partie? Est-il démontré qu'il ne soit, en aucun sens, l'auteur des livres auxquels son nom demeure attaché ? On nous dit que les Israélites ont pu connaitre l'écriture à Tanis, du temps des Hyksos, c'est-à-dire avant Moïse, et que les Hitlites de Palestine s'en servaient déjà vers 4300 avant Jésus-Christ'. Ce qui n'empèche pas d'affirmer que « l'écriture en Israël est postérieure à Moïse et à ‘Josué de trois cents ou quatre cents ans? «, que « l’écri- ture n'était pas employée# « chez les peuples cananéens quand les Israélites entreprirent la conquête de la Terre promise, qu'elle « n'était pas encore usuelle en Israël » au temps des Juges, et qu’elle se répandit seulement à la fin de cette période, bien qu'on 2€ fit pas encore de livres. L'incohérence de ces données laisse entre- voir le désir peu scientifique d'écarter sans discussion l’origine mosaïque du Pentateuque et de toutes ses parties, afin de pouvoir ensuite, en un tour de phrase et sous prétexte que « les siècles sans écriture n’engendrent et ne transmettent que des fables® », sup- primer la personne et le rôle de Moïse.

1 1, 436. Allusion au traité de Ramsès 11 avec le roi des Khétas. L'arrivée des Igraélites au pays de Moab est rapportée par Renan aux environs de l'an 135 (l, 244). Mais Ramsés IT est considéré plus haut (I, 156) comme le pharaon op- presseur des Israélites. La date de 4390 est donc trop basse. 11 n’est pas cer tain que les Khétas aient employé l'écriture phénicienne (voir mon Histoire du texte hébreu de PA. T., p. 66-67), ni que « ‘les fils de Het» mentionnés dass Gen. xxn soient vraiment des Hittites. 2 1, 484, n. 3.

}, 227.

. 4 X, 303. 6 F, 484, n. 3. ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 387 Es réalité, l'écriture phénicienne a pu être inventée avant la domi- uation des Hyksos en Égypte ‘. Nous voyons, au xv° siècle avant notre ère, que l'écriture cunéiforme est encore l'écriture officielle pour les pays compris entre la Mésopotamie et la frontière d'Égypte; d'où l’on peut conclure que l’usage de l'alphabet phénicien n'était pas alors prépondérant dans les contrées où il a été employé plus tard. Mais l'abondance des documents épistolaires trouvés à El-Amarna et con- tenant la correspondance des rois et gouverneurs de Mésopotamie, de Syrie et de Palestine, avec les rois d'Égypte Aménophis II et Aménophis IV*?, prouve que l'écriture élait, au xv’ siècle, d’un usage trés commun dans des contrées où Renan veut qu'on ne l'ait pas connue encore au xtv* ou au xHi° siècle. L’alphabet phénicien pou- vait déjà être employé, dès le xv°, dans les pays cananéens pour l'usage local et privé. Quoi qu'il en soit, l'existence, au xwv° siècle, d'un document écrit aussi volumineux que le Pentateuque, si peu vraisemblable qu'elle soit a priori, vu les circonstances particulières dans lesquelles vivait alors le peuple hébreu, ne saurait être déclarée impossible; et l'existence, à la même époque, de documents écrits moins étendus, d'une rédaction plus concise, est non seulement pos- Sible, mais probable. C’est à la tradition israélite et au Pentateuque lui-même qu'il faut demander ce que Moïse a écrit. Les savants qui se sont réservé, ou à qui nous avons abandonné le nom de critiques, estiment généralement que, dans l'état présent de la science biblique, l'attribution rigoureuse de toutle Pentateuque à Moïse isauf la restriction imposée par le récit de la mort du législa- teur hébreu, à la fin du Deutéronome) n’est pas soutenable. L'Hexa- leuque, enseignent-ils, est une compilation ; cette compilation, dans sa forme actuelle, ne peut remonter à l'âge mosaïque ; il n'est même pas un seul des grands documents dont elle est composée, his- loire dite jéhoviste (3), histoire dite élohiste (E), Deutéronome (D), hisioire sacerdotale et code lévitique (P), qui aît un caractère absolu- ment primitif et qui ait pu être rédigé par Moïse. L'analyse des sources ne permet pas de voir dans le Pentateuque l’œuvre d’un seul homme ou d’une génération d'écrivains : le Pentateuque est le der- nier terme d’un travail séculaire qui, au lieu d'aboutir à Moïse, abou- lit à Esdras et à son école. Mais ils'en faut bien quetous les critiques vraiment dignes de ce nom contestent à Moïse son activité prophé- tique, législatrice et même littéraire. Plusieurs* déclarent que Moïse

Voir Histoire du texte hébreu de PA. T.. loc. cit.

Lehrbuch der Alltestamenslirhen Religionsgeschichte, cic. EE

388 REVUE ANGLO-ROMAINE

demeure, en un sens très vrai, l'auteur de la Loi et que son rôle his- torique est, pour la composition du Pentateuque, un point de dé- part indispensable. D'après Renan, les documents qui sont entrés dans la composition de l'Hexateuque sont : le livre des Légendes patriarcales (E) et le Ioser ou livre des Guerres de Iuhvé, écrits vers la fin du x° siècle; la source jéhoviste (J), rédigée vers le milieu du ix° siècle; la source élohiste (partie historique de P), rédigée un quart de siècle plus tard; le Deutéronome, composé en 622 avant Jésus-Christ; enfin le Ce sacerdotal (partie législative de P, censée indépendante de la par- tie historique), compilé vers le milieu du vi‘ siècle. Ce n'est pas sans une certaine ironie que l'historien artiste parle « des critiques, plus habiles aux découvertes du microscope qu'aux larges vues d'hori- zOn », qui « n'ont pas eu d'yeux pour voir, en sa grosseur capitale, ce fait : que les plus anciens rédacteurs de l'Hexateuque citent un écrit antérieur, savoir lelivre du Zasar ou des Guerres de Jahvé, com- posé d'après d'anciens cantiques! ». Mais le tout n’est pas de recor- naître et de signaler un fait important : il faut encore l’apprécier à sa juste valeur. La citation du livre des Guerres dans les Nombres {xxr, 44) el celle de lasar {livre du Juste?) dans Josué (x, 43) sont assurément des don- nées très instructives pour la critique de l'Hexateuque. Par malheur, on sait peu de chose de ces vieux livres. Renan est tout disposéà les confondre en un seul : comme le Zasar est cité au second livre de Samuel (1, 48), cette combinaison permet d'assigner aux Guerres de lahvé comme au Zasar une date relativement récente. Mais il y a une raison sérieuse contre l'identification, à savoir l'emploi de titres différents pour les citations ; et l’on ne peut faire valoir en faveur de l'identification qu'une certaine analogie de sujet, ce qui est vraiment une raison insuffisante. Il demeure très vraisemblable que les Guerres de Iahvé sont un écrit distinct du Zasar, plus court à ce qu'il semble, et qui peut être plus ancien. Rien n'empêche d'admettre que ce fül un récit assez bref des étapes d'Israël et des batailles livrées depuis la sortie d'Égypte jusqu'au passage du. Jourdain. Le Zasar devait avoir un cadre beaucoup plus large : c'était un recueil de morteaut poétiques plutôt qu'un récit continu. La date de la dernière pièce n° saurait servir, du moins sans grandes réserves, à fixer l'époque où les autres pièces du même recueil ont été d'abord écrites. Renan, d’ailleurs, s’est trompé en affirmant, avec beaucoup d'assurance, que le dernier morceau du Zasar était l'élégie de David sur la mort de Jonathas : une citation du même livre estamenée dans les Rois àpro- pos de la dédicace du temple?.

1 II, 236.

Voir 1 (HT) Rois, vins, 42 La citation n'ost gardée intégralement que danses

ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 389

Le titre de Légendes patriarcales ne convient pas à la teneur du document auquel les critiques contemporains réservent le nom d’élohiste et qu'ils désignent d'ordinaire par la lettre E. Les critiques soutiennent que ce document n’a pas été mis à contribution seulement pour l’histoire d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de Joseph, mais encore pour celle de Moïse et'de Josué. « En quel état, se demande Renan,la légende de Moïse figurait-elle dans ce récit primitif : c'est ce qu'il est d'autant plus difficile de conjecturer que nous ne savons pas au juste si les mentions de Moïse se trouvaient dans le livre des Légendes petriarcales, dans le livre des Guerres de lahvé.... ou dans les deux. La théophanie du Horeb avait encore des proportions modestes. Dans la traversée du désert, Moïse jouait seulement le rôle de chef entre plusieurs autres chefs... Comme le voyage dans la péninsule futtrès court, on arrivait presque d'un saut à Hésébon et aux talus de Moab, où l'histoire héroïque commençait !. » Le livre des Guerres de Iahvé racontait «les premières batailles que les Israélites livrèrent, en s'approchant de la Palestine, à la hauteur de l'Arnon ? »; en tête de ce nouveau cycle étaient Caleb et Josué?, Par cette ingénieuse manipulation des sources, et tout en affectant l’indécision, notre auteur escamote le personnage historique de Moïse, qui s'évanouit entre le livre des Légendes où il serait signalé tout au plus comme un chef entre d’autres chefs, et le livre des Guerres où il ne serait pas connu.

Cependant les critiques les plus éminents nous assurent que le déca- logue (Ex. xx, 1-24, sauf quelques additions attribuées à P) appar- tient à l'écrit élohiste, Le décalogue renferme les condilions essen- tielles de l'alliance conclue entre Jahvé et son peuple. Le médiateur de ce pacte, d’après le document élohiste comme d'après lous les autres, fut Moïse. Tous les témoignages donnent à Moïse, en cette circonstance solennelle, un rôle important, unique, indispensable. Pour montrer le peu de place que le premier des prophètes a tenu dans le livre des Légendes, Renan cite un passage des Nombres (xxi, 1748) où il est question des chefs du peuple, sans que Moïse soit .nommé. Mais d’abord on ne sait pas si ce passage se rattache au prétendu livre des Légendes; Renan lui-même le rapporte ailleurs1, sans doute avec plus de raison, au livre des Guerres (lire Zasar). Quoi qu'il en soit de sa provenance, le couplet de Beër, en parlant des « princes » et des « chefs du peuple », n’exclut aucunement

Septente. Elle a été relovéo par Welhausen, Composifion des Hexateuche, 911. Pour l'interprétation, voir Revue des religions, mars-avr. 1898, l’article intitulé : Le dernier fragment du lasar. 1H, 943, 244. 31, 333. 3 II, 222, {1, 467; IL, 223. 396 REVUE ANGLO-ROMAINE

              l'idée d’un chef supérieur aux autres et peut même, sansla moindre
              violence, être appliqué à Moïse et Aaron. Rien à conclure non plus
              de ce que Moïse n'est pas mentionné dans l'épisode de Balaam
              (Nombr., xxu1, 2-Xx1v) : Balak et Balaam occupent seuls la scène,et il
              n'y avait aucune raison d'y introduire Moïse. Si le récit de la bataille
              de Raphidim (Er. xvu, 8-46) représente       le premier emprunt « fait
              par les rédacleurs de l'Histoire sainte au vieux livre des Guerres
              de Tahvé!», ce qui est aussi probable que Renan le dit, Moïse ap-
              paraissait également dans ce livre comme chef principal des Hé-
  LR




              breux fugitifs. Il est encore vrai que «    le récit de l'exploration de
              Canaan ne se comprend pas bien sans un chef de la nation supérieur
              à Josuéet à Caleb?». Pourquoi Renan ajoute-t-il: « Mais sûrement

RATE S

              Moïse n'avait pas dans le Zaser le caractère d'homme dé Dieu et de
  #

k

              législateur inspiré qu'il revêtit depuis »? Rien, au contraire, n'est
              moins certain que cette assertion, puisque, dans le récit de la bataille

eetelTETE

              de Raphidim et celui de l’exploration de Canaan, Moïse apparait avec
  sd




              « le caractère d'homme de Dieu », tout comme il apparaît dans le
         OT

à le) unes

              livre   des Légendes avec le caractère de « législateur         inspiré ».
              N'aurait-il pas le droit de dire à son nouvel historien : Que vous ai-je

ANT

              fait pour que vous teniez tant à me supprimer?
  Ÿ




                On est fort étonné d'apprendre que « ces premiers livres d'Israël
              étaient des œuvres laïques, comme on dirait aujourd'hui, où l'on ne

EMA

              se proposait qu'une seule chose, confier à l'écriture un trop-plein de

De

              souvenirs intéressants au plus haut degré, dont la mémoire était

car

              surchargée*, » Cette appréciation ne convient pas plus aux Guerres
              de Ishvé, dont le seul titre est assez significatif, qu'au prétendu livre
              des Légendes, ce dernier élant, au dire des critiques, une véritable
              Histoire sainte, aussi nettement caractérisée comme telle que le
              document jéhoviste.
                Après avoir adjugé au x° siècle la composition de deux écrits
              « laïques », Renan attribue au 1x° deux rédactions de « l'Histoire
              sainte ». L'historien jéhoviste aurait utilisé le livre des Légendes et
              l'historien sacerdotal, son contemporain, aurait écrit sans connaître ni
              E ni 3. Ce sont des apinions maintenant abandonnées par la plupart
              des critiques. Presque tous admetient que E fut combiné avec
                                                                         ]
              lorsque le Deutéronome n'était pas encore écrit, mais non que } «
              soit incorporé l'histoire de E; ils croient volontiers que les deux
              auteurs ne sont pas indépendants l'un de l'autre, mais non que ie
              plus récent ait copié son prédécesseur, et ils affirment communément
              la priorité de J sur E. J aurait eu son décalogue (Ex. xxx1v), trans-
              posé par un compilateur pour faire place à celui de E {Ær. xx, 1-47)

               1 J, 484.
               ? 11, 230; cf. 208-209.
               5 }, 237,

ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 391

si bien que Renan attribuant le décalogue élohiste à l'historien sacer- dotai etle Livre de l'alliance (Æz7. xxI-xx1) à J comme pendant du décalogue, est tombé, d'après les critiques, dans une double erreur. Une autre erreur, plus grave que les précédentes, aurait été commise ence quiregarde l'histoire sacerdotale. Renan, qui avaitsoutenu autre- fois‘ la théorie des compléments, avec le document lévitique pour écrit fondamental (Grundschriff}, a trouvé moyen de concilier l’exégèse d'il ÿ à quarante ans avec celle d'aujourd'hui, en renvoyant la partie législative de P au temps de l'exil, et en faisant rédiger la partie his- lorique au 1x° siècle avant notre ère; il suppose ensuite l'existence de certaines Vies de Moïse? absolument inconnues au reste des cri- tiques. Ceux-ci n'ont pas de peine à déjouer l’artifice de la combi- naison et à résoudre les arguments qui sont invoqués en sa faveur. Amos, dit Renan, a connu par P les quarante années de séjour au désert (cf. Am. 11, 40; v, 25); le décalogue de P nous montre une : Thora exempte encore de tout ritualisme® »; on comprend que la circoncision ait été présentée au Ix° siècle comme signe de l'alliance, mais, « après la captivité, le signe eût été la fidélité à une Thora* ». Les criliques répondent que les quarante années out chance d’avoir été interpolées dans Amos, ou bien que le prophète a pu recueil- lir cette donnée dans la tradition orale ou dans tel des anciens docu- ments qui l'aurait déjà contenue; que le décalogue exempt de ritua- lisme était déjà dans E, où P n'a eu qu'à le prendre; que l'esprit ritualiste de P se reconnait d'un bout à l'autre de son récit, aussi bien dans l’histoire de la création à laquelle il rattache la loi du sabbat, que dans celle du déluge à laquelle il rattache la défense de manger le sang, et dans celle d'Abraham à laquelle il rattache l’ins- titution de la circoncision. Dire que si P eût écrit après J, il ne l'eût pas ignoré et en aurait tenu compte, est supposer ce qui est en question, méconnaître l'état réel des faits et les procédés littéraires de l'historien sacerdotal. La logique n’est pas du côté de Renan. A entendre notre critique parler de « l'intrigue pieuse » d'où sor- tit le Deutéronome et de « la fraude » dont Jérémie « paraît avoir été l'âme* », on croirait que lui-même a été dans le secret. Il a dit cependant aussi, et plus justement, à propos de la découverte de la Loi au temps de Josias : « On ne saura jamais avec la précision exi- gée par nos habitudes historiques les circonstances de cet événe- mentT, » Dans ces conditions, il est au moins imprudent d'affirmer

1 Histoire générale des langues sémitiques, 109. Études d'histoire religieuse, 82. 2 IV, 110, S LE, 402,

Loc. cit.

5 IH, 209. 7 M, 242, 392 REVUE ANGLO-ROMAINE

la fraude el tout à fait arbitraire d’en nommer l'auteur. Mais laissons la parole aux représentants les plus qualifiés de la nouvelle école. Le Deutéronome, disent-ils, n'est pas écrit dans l'esprit ni dns le style des plus anciens récits de l'Histoire sainte; il n’est pas davan- tage écrit dans l'esprit ou le style des anciens prophètes ni du siècle d'Ézéchias. Comme œuvre littéraire, le Deutéronome appartientà l'époque de Jérémie, vraisemblablement au règne de Josias, peut- être à la fin du règne de Manassé. Pour le fond, il est beaucoup plus ancien. Renan lui-même en fait l'aveu : « Le pacte du Sinaï ou du Horeb dure encore. La loi révélée à Arboth Moab n'en est qu'une nouvelle publication... La base du pacte de lahvé avec le peuple est le Décalogue tel que le donnait l'ancien texte... Pour les lois, te nouveau code innove très peu. Sur presque tous les points, il ne fait que relever les prescriptions du Livre de l'Alliance. 11 a sûrement copié sa liste des bêtes pures et impures dans un texte plus ancien qu'il a corrigé et écourté. Sur une foule de points de casuistique, il ne fait qu'abréger des règlements antérieurs. Pour les lépreux, il renvoie à un code que nous trouvons, en effet, ailleurs‘ ». Mais ce n'est pas tout. Un des plus célèbres critiques, Kuenen?, a voulu prou- ver que, dans l'Histoire sainte antérieure au Deutéronome, le Livre de l'Alliance n'était pas en rapport avec le pacte du Horeb, mais repré- sentait les prescriptions données au peuple par Moïse dans le pays de Moab; quand le Deutéronome a été combiné avec cette Histoire sainte, le Livre de l'alliance a dû étre transposé, parce qu'on ne voulait pas le laisser perdre ; c’est pour cela qu'on lui a donné place dans l'Exode après le décalogue. Nous voyons que cette hypothèse trouve maintenant faveur et qu'on en fait grand état pour le triage des sources de l'Hexateuque*, Aussi déclare-t-on sans crainte ni détour que le Deutéronome est une simple adaptation des principes mosaïques, consignés déjà dans le décalogue et le Livre de l'Alliance, aux besoins de la communauté israélite vers la fin du vn' siècle avant notre ère, et comme une paraphrase destinée à rendre pleine- went intelligibles à des générations nouvelles, facilement applicables à un état social nouveau, les enseignements contenus dansla tradition mosaïque. Les circonstances même de la promulgation du Deutére- nome au pays de Moab n'ont pas été imaginées arbitrairement; elles ont été calquées sur les souvenirs gardés par la tradition et les anciens écrits. L'auteur du Deuléronome n'est donc pas un faussaire, ou bien l'on devra, sans distinction, appliquer la même épithète à tous les historiens de l'antiquité. Pour mieux dire, le véritable auteur

1 31], 212-213. 2 Voir Kuenen-Wesen, Hisf.-krit. Einleitung in die Bucher d. A. T.,l, 248-250. 3 Elle est à la base du travail important publié par B.-W, Bacon, The friple Tradition of the Erodus, ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 393

du Deutéronome est le même que celui des documents législatifs contenus dans l’ancienne Histoire sainte: il n'est pas autre que Moïse et la tradition qui vient de lui ; ceux qui ont écrit les diverses éditions du code mosaïque ne sont, en réalité, que des rédacteurs et des interprètes. Si les plus anciens rédacteurs de l'Histoire sainte reconnaissent le Décalogue comme loi du pacte juré sur le Horeb, et le Livre de l'Alliance comme une institution réglée par Moïse au pays de Moab; si le Décalogue et le Livre de l'alliance sont antérieurs aux rédactions de l'Histoire sainte; si ces vieilles lois ne contiennent pas trace de l'existence d'une royauté en Israël; s’il est impossible de leur assi- gner une date précise et un auteur déterminé lorsqu'on fait abstrac- tion de Moïse : il est évident que lesimple examen des textes ne suf- ft pas à résoudre les problèmes littéraires que soulève la composition de l'Hexateuque; qu'il faut tenir compte des nécessités logiques de l'histoire et des affirmations traditionnelles ; que les premiers rédac- teurs n'avaient pas à inventer le rôle de Moïse législateur; que la tra- dition mosaïque est antérieure aux prophètes, appuyée sur de vieux documents qui ne nous ont probablement pas été conservés dans leur forme originale, mais dont les traits essentiels. tant en ce qui regarde les principes de la vie religieuse et morale qu’en ce qui concerne les régles de la vie sociale, remontent à l'auteur désigné par la tradition, c'est-à-dire à Moïse. Le principe de la propriété littéraire n’a pas lieu de s'appliquer ici. Rien de plus impersonnel que le travail d’où est finalement résulté le Pentateuque. Tous ceux qui ont mis la main à l'œuvre législative qui nous est parvenue sous le nom de Moïse se sont regardés comme les dépositaires et les interprètes de sa pensée, S'ils s'étaient trompés, leur bonne foi serait hors de cause. Mais n'y a-t-il pas toute chance pour qu'ilsne se soient pastrompés? Le Penta- teuque, œuvre législative et manuel de religion, procède de Moïse et n'appartient réellement qu'à lui. En cet état de choses, la participation de Jérémie à la rédaction du Deutéronome serait un point d’une importance très secondaire. Mais puisque fe livre des Rois, en racontant la découverte du livre de la Loi, ne parle pas de Jérémie, et que Josias, après avoir avoir pris. connaissance du livre, interroge la prophétesse Hulda, on n'a aucune raison de penser que Jérémie ait été pour quelque chose dans la ré- daction etla divulgation du Deutéronome, Renan dit que Hulde s'était concertée avec Jérémie pour la réponse qu'elle fit aux envoyés de Jo- sias, et il change entièrement le sens de cette réponse! : la suppo- sition est gratuite, et le procédé plus digne d'un romancier que d’un historien, Jérémie était encore jeune et il exerçait le ministère pro-

VIH, 44 À

394 REVUE ANGLO-ROMAINE

phétique depuis quelques années seulement lorsque le livre de la Loi fut trouvé dans le temple par Helcias. On n'a pas lieu d'être surpris qu'il n'ait aucun rôle dans cette affaire. I] serait pareillement injuste d'accusèr Helcias de supercheïie. Helcias a pu ignorer comment le livre avait été déposé dans le temple; en tout cas nous-mêmes l'igno- rons absolument. Le livre des Rois ne garantit pas que le Deutéro- nomme ait été présenté à Josias comme un écrit émanant directement de Moïse; on le présenta au roi comme étant la Loi donnée par Moïse: on ne voulait pas tromper Josias et on ne l'a réellement pas trompé! L'autorité du nouveau code ne pouvait être contestée par personne, même par ceux «qui connaissaient les vieux livres et qui auraient pu provoquer à la comparaison ? », puisque le Deutéronome était d'ac- cord avec la tradition et les écrits plus anciens. Ce fut le contenu du livre qui fit sa fortune, et non la date qui aurait été revendiquée pour sa rédaction.. Le volume trouvé par Helcias (Zeuf, v-XXvI, xxvut: n’était pas daté comme livre et ne prétendait pas avoir été écrit par Moïse. Sans doute la découverte elle-même a paru extraordinaire, et le livre, recueilli probablement dans le sanctuaire, n’a pas en besoin d'autre garantie. On le reçut comme un oracle délivré en forme d’écrit mosaïque par le Seigneur lui-même. N'était-ce pas, en effet, un écho de la voix de Dieu et de l'antique révélation, une parole de Jahvé . transmise à travers les temps par Moïse au peuple choisi ? La rédaction des parties complémentaires du Deutéronome* est expliquée de la mème façon que celle du livre. Tout le travail légis- latif qu’on dit s'être accompli durant l'exil est également considéré comme une élaboration des texteset des usages antérieurs. Un certain nombre des documents rituels qui sont entrés dans le Code sacerdotal étaient rédigés avant le Deutéronome . Les autres parties du code lévitique n'étaient pas de simples rêveries ou des inventions fantai- gistes, mais un remaniement ou un développement de la législation antérieure. Même les détails concernant le tabernacle, le sacerdoce aaronide, les villes lévitiques ne sont pas dépourvus de base tradi- tionnelle. L'arche remonte aux temps mosaïques; il n’y a jamais eu qu'une arche ; l’unité de l'arche est à compter parmi les causes qui ont amené finalement l'unité du lieu de culte: ce n'est donc pas sans motif que l’on raftache en principe cetteunitéau tabernacle mosaïque. Le personnage d'Aaron n’est pas une invention du Code sacerdotal, puisqu'il figure dans les plus anciens récits; le sacerdoce héréditaire existait avant la captivité, puisque l’on en trouve des traces au temps

1 Voir Driver, A crit.and exeg. Commentary on Deuleronomy, Introd., Lrx. 5 XII, 209. 8 C'est-à-dire les chapitres 1-1V, XXVII, XXIX-XXXIV, sauf, dans le dernier groupe, ce qui vient de J, E, P.

LIL, 243, supr. cit,

ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 395

des Rois et même des Juges. Les lévites formaient une sorte de caste à part et jouissaient de certains privilèges. On comprend que les ré- dacteurs du Code sacerdotal, qui ne se plaçaient pas plus que les écrivains antérieurs au poirt de vue purement historique, aient tiré parti de ces données traditionnelles en les présentant sous une forme systématique et absolue: leur intention était beaucoup moins de raconter avec précision et dans le détail ce qui était arrivé, que de régler sur un tableau idéal du passé la loi de l’avenir !. Quelle date faut-ii attribuer aux différentes parties du Code lévi- tique? Renan permet de choisir entre l'époque d'Ezéchiel, celle de Zorebabel et celle de Néhémie. Tous les critiques reconnaissent qu'il est difficile et souvent impossible de fixer le temps précis où tel recueil de prescriptions a été rédigé : un travail de compilation se serait accompli d'abord autour de l'histoire sacerdotaie et moyennant cette histoire (document P) ; puis serait venuela compilation dernière, c'est-à-dire la combinaison du Code sacerdotal avec le recueil ptus ancien dont l’histoire jéhoviste-élohiste et le Deutéronome avaient donné les éléments. Une étude plus attentive des textes bibliques aurait pu fournir à Renan des indications sinon plus certaines, du moins plus précises, touchanties travaux qui aboutirent à la constitu- tion définitive de la Loi. On ne voit pas comment Esdras et Néhémie ontpu ne pas connaître d'abord « le Pentateuque tel que nous l'a- vons ?», sion place « l'arrangement définitif de l’Hexateuque vers l'an 450°». Néhémie arrive pour la première fois à Jérusalem en 445. Ïl est vrai, en un sens, que « la critique a réduit presque à rien la part d'Esdras dans la rédaction de l'Hexateuque * », puisqu'il n’a ré- digé lui-même aucun des grands documents qui sont entrés dans le recueil; mais son rôle serait encore très considérable s'il fallait lui attribuer « ce dernier travail de compilation et d'arrangement», avec loutes «ces scolies, ces gloses nombreuses, d'abord écrites à lamarge, puis insérées dans le texte, qui se retrouvent jusque dans les parties les plus anciennes de l'Hexateuque® ». Il est évident que ces gloses n'ont pas élé l'œuvre d’un seul copiste, et on n'a aucune raison de les attribuer toutes au dernier compilateur. Celui-ci doit-il être identifié à Esdras ou à des scribes moins anciens formés à son école? De graves-autorités ® se prononcent pour la dernière hypothèse, et l'idée d'attribuer au seul Esdras la compilation de l'Hexateuque se présente maintenant aux regards de la nouvelle critique avec un certain air

? Daiver, The Literature of the Old Testament, 120,

{V, 409.

3 IV, Al. 4 IV, {18

IV, ai.

Ainsi, Montefiore, The Hibbert Lectures, 1892; Bacon, op. cif,

396 REVUE ANSLO-ROMAINE

de vétusté, Il ne se trouvera sans doute pas un seul exégète pour défendre les opinions particulières de Renan sur l'origine du livre de la Loi. Nous ne croyons pas utile de les discuter autrement, et nousaban- donnons leur auteur au jugement de ses puirs. Ces opinions sont plutôt l'écho de systèmes anciens et nouveaux mis en circulation par les critiques allemands depuis Ewald jusqu'à Wellhausen, que ls fruit d'une étude personnelle de la question. La critique de Renan, nous le remarquerons souvent encore, est plus pénétrante qu'origi- pale, plus habile que logique, plus subtile que solide. Prudemment méflante à l'égard des nouvelles théories, elle veut retenir quelque chose des anciennes; mais on dirait qu'elle suit en cela une sorte de politique littéraire et artistique, non les suggestions directes de recherches conduites avec méthode. Ce n’est pas que ces recherches n'aient eu lieu, maiselles semblent avoir été accompugnées d'une double préoccupation: s’accorder toujours avec l'opinion des cri- tiques les plus renommés de l'étranger; éviter néanmoins l'appa- rence de changements radicaux dans la manière d'envisager les problèmes importants. La question du Pentateuque est un de ces problèmes sur lequel la vraie et impartiale critique est loin d'avoir dit son dernier mot. À peine voit-on se dessiner les lignes géné- rales de la solution où elle paraît devoir s'arréter. Autant le pro- cédé purement défensif suivi jusqu’à présent par certains apologistes peut sembler insuffisant dans l’état présent de la science biblique, autant il paraît certain que l'école critique n'a pas encore atteint le but qu'elle s’est assigné : rendre compte de tous les éléments qui sont entrés dans les livres mosaïques, déterminer leur origine histo- rique, leur date, leur signification. Elle n’a pas tort néanmoins de poursuivre ce but. Il appartient aux avocats de la tradition de ne pas se laisser devancer par ses adversaires dans la voie des re- cherches savantes et l’approximation de plus en plus exacte et mi- nutieuse des conclusions qui s'imposent à une saine et loyale exé- gèse.

                                                ALFRED Loisy.

L'ÉVÊÉQUE REINKENS SITUATION ACTUELLE DU VIEUX-CATHOLICISME

                 D'après le Dr F. von SCHULTE

La mort de l'évêque Reinkens, chef des vieux-catholiques, a fourni au D° Schuilte l'occasion de nous rappeler, dans un récent numéro de la revue internationale et polyglotte Cosmopolis, ce que fut l'homme et ce qu'est aujourd’hui l'œuvre après une existence d'un quart de siècle. Les opinions personnelles du D* Schulte, sa position dans le parti et sa liaison avec le défunt expliquent pourquoi son article tient du plaidoyer ; mais laissant de côté des appréciations et des éloges auxquels nous n'avons pas à nous arrêter, on trouve dans ce travail une somme de faits positifs qui ne seront pas sans intérêt pour le lecteur; nous en donnons ici un résumé. Joseph-Hubert Reinkens naquit à Burtscheid près Aix-la-Chapelle, le 4° mars 1821. Retenu à la maison paternelle jusqu'à l’âge de dix-neuf ans, il entra en automne 1840 au gymnase d’Aix-la Cha- pelle, y fit avec grand succès ses humanités et se rendit en 1844 à Bonn pour étudier la philosophie et la théologie. Sorti premier des épreuves théologiques, il entra en 4847 au séminaire de Cologne et y fut ordonné prêtre le 1°" septembre 1848. Après deux années par- tagées entre l’étude et le ministère, il se rendit en juin 4847 à Munich et y conquit brillamment le titre de docteur en théologie. Les solli- citations du D” Ritter et les désirs du prince-évêque von Diepenbrock le fixèrent à Breslau. Reçu agrégé d'histoire ecclésiastique, il devint au printemps de 4853 professeur suppléant, et en avril 4857 profes- seur ordinaire d'histoire ecclésiastique. Jusqu'à l’année 1865 il fut trois fois doyen de la faculté de théologie, et de 1865 à 1866 recteur de l'Université de Breslau. D'autres honneurs et d'autres charges ne s'étaient pas fait attendre. Nommé, le 1° janvier 1852, bénéficier et pénitencier de la cathédrale, il en devint, le 20 janvier 1853, le pre- mier prédicateur, et en cette qualité fit les prédications du dimanche jusqu'à Pâques 1838. A cette époque il se démit de cette fonction pour avoir plus de temps à consacrer à l'étude. Jusque-là il n'avait paru de lui qu’un seul écrit rédigé en latin sur Clément d'Aleran= drie (1851). Désormais tout entier à l’histoire, il fit paraître en 1861 un travail sur l'Université de Breslau avant la réunion de la Viadrina de Frankfort avec la Leopoldina. Attaqué vivement à ce sujet par les 398 REVUE ANGLO-ROMAINE

« ultramontains », il se défendit en publiant la même année une réponse intitulée : Mon écrit à propos du jubilé de l'Université de Bres- lau. Puis nous le voyons donner successivement : Hilaire de Poi- tiers, l'Ermitage de Saint-Jérôme (tous deux en 1864), Marlin de Tours (4865), La philosophie de l'histoire dans saint Augustin (1866). Un séjour assez prolongé fait à Rome {1867-1868) aurait, à en croire le D' Schulte, décidé de son attitude à l'égard du concile du Vatican, En fait, si nous exceptons une étude parue en 4870 sous ce titre : Aristole sur l'art, et qui lui valut de la part de la faculté de philosophie de Leipzig le fftre de docteur honoris causa, il devail pendant quelques années ne prendre la plume que pour attaquer la papauté et ses actes. D'abord c'est Le Paye et la Papauté d'apres saint Bernard ; puis en autornne: de la même année 4870 : Sur l'in- Jfoillibilité pontificale. Ces écrits et sa présence & la réunion schis- maiique de Nuremberg décidèrent le prince-évêque de Breslau, Mgr Fôrsier, à défendre aux étudiants en théologie de fréquenter ses cours. Privé ainsi d’une grande partie de son influence, il essaya d'y suppléer par sesouvrages et publiasuccessivement six brochures diri- gées toutes contre le concile du Vatican et l'infaillibikité. Il prit part aux congrès des nouveaux schismatiques de Munich (18370) et de Cologne (1874), assista à la réunion tenue à Munich vers la Pentecôte 1871, fit en différents endroits de l'Allemagne et de la Suisse jusqu'à vingt-sept conférences sur la raison d'être et le but du mou- vement vieux-catholique, et en 4873 publia encore à Wurzbourg un écrit intitulé : Doctrine de saint Cyprien sur l'unité de l'Église, où il essaie de prouver que l’évêque martyr faisait consister l'unité, non dans l’obéissance au pape, mais dans l'accord de l’évêque avet son troupeau dans la foi et la charité. Tant d'activité le rendit recom- mandable aux yeux du parti. Élu évèque le 4 juin 4873 dans une réunion des vieux-catholiques tenue dans l'église Saint-Pantaléon à Cologne, il fut, le 44 août suivant, sacré à Rotterdam par Heykamp, évêque janséniste de Deventer. Reconnu en cette qualité par le roi de Prusse, les grands-ducs de Bade et de Hesse, il leur préta ser- ment de fidélité, mais la Bavière ne voulut point le reconnaitre. Pie IX l'excommunia dans une encyclique datée du 21 novembre 1873. Le reste de sa vie n’offre plus rien de bien remarquable. Consacranl les quelques loisirs que lui laissaient ses fonctions à des travaux littéraires, il publia une série d'études et de brochures où apparait comine toujours son grand talent d'écrivain. Ainsi : Louise Hensel #t ses Chants (4871), Amélie de Lasauz (1878), le cardinal Melchior von Die- penbrock (1881), Lessing sur la Tolérance (1883). On à encore de lui plusieurs lettres pastorales et des discours. Il présida quatorrt synodes schismatiques, dont le dernier en juin 4895; plus d'une fois L'ÉVÊÈQUE REINKENS 399

ils y trouva en désaccord avec d’autres membres, en particulier à propos du célibat ecclésiastique qu'il voulait conserver. En 1895, l'affaiblissement de sa santé l'obligea de prendre un coad- juteur; il le trouva dans la personne de son vicaire général le D° Weber, qui fut sacré à Berne le 4 août. Lui-même mourut cinq mois après, le 4 janvier 1896, à l'âge de soixante-quinze ans environ. Il avait gouverné le schisme des vieux- catholiques pendant vingt-deux ans et demi. Tandis que ses coreligionnaires lui faisaient à Bonn de pompeuses funérailles, des journaux même protestants croyaient pouvoir cons- tater qu'il ne laissait pas sa petite église dans une situation très pros- père. Le D' Schuite s'élève naturellement contre ces appréciations ; nous allons donner sa statistique après avoir exposé brièvement ce qu'il dit sur l'organisation intérieure el la doctrine de son parti. *

                                    #       +

  Dès le 3 juin 1873, la veille même            de l'élection de Reinkens,

l'assemblée de Cologne avait élu, pour la placer à côté du futur évèque, une représentation synodale {Synodulrepräsentanz) renou- velable tous les deux ans et composée de cinq membres ordi- naires (2ecclésiastiques, 3 laïques), et de À membres extraordinaires (2 ecclésiastiques, 2 laïques!. La vice-présidence revient à l'élément laïque ; depuis 4873 le D' Schuite a sans interruption occupé ce poste. D'après une ordonnance définitivement arrêtée au premier synode tenu à Bonn le 27 mars 4874, le gouvernement appartient à l'évêque et à le représentation synodale, mais dans les limites fixées par le droit ecclésiastique et les dispositions établies par l'Ordonnance. Les mesures extraordinaires et qui auraient une importance majeure demeurent réservées au synode. Depuis la réunion de Bonn on a réglé cerlains autres points importanis; ainsi on a reconnu au synode le droit de suspendre les ecclésiastiques de leurs fonctions. Chaque communauté est placée sous la direction spirituelle de l'évêque et du curé, ce dernier assisté d'un conseil élu par la com- munauté elle-même; c’est encore la communauté qui élit et à vie son curé, l'approbation revient à l'évêque, mais en cas de refus de sa part il reste le recours au synode. L'entretien du clergé est à la charge des communautés; dans le duché de Bade, la Hesse et la Prusse, l'État y contribue en partie. De plus, en 1879, le sixième synode établit une caisse de pensions et de secours qui, grâce aux modiques contributions levées sur les ecclésiastiques et les communautés et aux dons volontaires, forme aujourd'hui un capital de 30.209 mares. En 1883, à l'occasion du dixième anniversaire de l'élection épisco- pale, on créa, au moyen de dons volontaires, une caisse épiscopale destinée au soutien des communautés et des ecclésiastiques; elle 409 REVUE ANGLO-ROMAINE

a un fonds de 35.700 marcs. Enfin au 4° juin 1887,le synode décida. de eonstituer un nouveau capital, afin de pouvoir compléteret d'aug- menter les revenus des prêtres ayant charge d'âmes; ce capital est aujourd’hui de 40.500 marcs, et déjà 42.128 marcs ont été versés aux ecclésiastiques. L'éducation du clergé vient d’être assurée par la fon- dation d'un séminaire où les étudiants en théologie reçoivent Île k- gement, la nourriture, etc. Au moyen de dons volontaires, on a pi constituer un capital de 446.000 marces; l'établissement a été reconnu par le roi de Prusse en janvier 1894. Un catéchisme, un manuel pour les écoles supérieures et un rituel ont réglé la doctrine et le culte. Outre l’infaillibilité pontificale, ons rejeté encore l’Immaculée Conception ‘. La langue allemande est en usage pour toutes les fonctions litur- giques. Pour la messe, liberté ayant été accordée ‘par le synode, langue allemande est en usage dans toutes les communaulés, à une seule exception près. La confession auriculaire n'est pas d'obligation: on a supprimé les indulgences; quant aux empéchements matrimo- niaux, on n’a reconnu que ceux fixés par la loi de l'empire du 6 f- vrier 4875; exception faite pour le mariage entre chrétien et non chrétien et celui d'une personne divorcée du vivant de l'autre conjoint. La discipline qui révit le clergé a été fixée par un statut du 414 juin 1878 : autant que possible on s'en est tenu à la procédure allemande. La même année 1878, on supprima la loi du célibat?. *

                                     LR]

Venons-en maintenant à la statistique où le D Schulte expose la situation de son église en 1874, lors du premier synode, et celle d'au- jourd'hui. La Prusse comptait, lors du premier synode, 31 groupes schis- matiques ou communautés; aujourd'hui il y ena 36. Le nombre de communautés ayant une église en propre est de à. Trois communautés possèdent des presbytères, 2 ont des écoles. En 1874, il n'existait aucune paroisse érigée par l'Église et l'Élat: aujourd’hui il en existe 14. Le grand-duché de Bade n'avait en 1874 que 31 communautés; il en a aujourd’hui 37, dont 22 formellement reconnues par l'État. Deux communautés ont bâti des églises; en 12 endroits les vieux- catholiques possèdent des bénéfices, dont 10 avec une résidence. La Bavière comptait en 1874 plusieurs groupes de vieux-catho- liques; mais bien peu d’entre eux purent s'organiser au point de vue ecclésiastique. Depuis les dispositions prises par le gouvernement en 1890, il y a eu un &rrét; néanmoins ils ont pu se fortifier intérieu- 1 Voyez dans le Kirchenleziton de Hergenrüther et Kauien (sn mot Altkatholiken) les concessions faites au point de vua dogmatique et disciplinairs aux confessions protestatites ot au schisme grec. k ? Cf. opore citato les intérossants débats qui eurent lieu k cette occasion. mit

                       L'ÉVÊQUE REINKENS                         404

rement : ainsi depuis lors on compte deux nouvelles communautés. 14 communautés subsistent. Deux d’entre elles (Munich et Passau) ont bâti des églises. La Hesse n'avait, lors du premier synode, que deux communautés ; aujourd'hui elle en compte 5, dont une seule a pu bâtir une église; une autre église s'achève :en ce moment. Deux communautés étant reconnues par l'État forment paroisse. En 1874, il n'y avait que A ecclésiastiques; aujourd’hui ‘il y en a 39; ceux qui s'adonnentau ministère se partagent comme il suit : % en Prusse, 49 dans le duché de Bade, 8 en Bavière, 2 dans la Hesse. Des prêtres en vie 49 ont été ordonnés par l'évêque défunt. Ainsi, depuis 1874, il y a pour l'Allemagne une quinzaine de com- munautés en plus; on a fondé un séminaire, bâti 40 églises, réuni différents capitaux s’élevant à 252.400 marcs (315.500 francs), sans compter les sommes dépensées depuis lors et qui se montent à 2 mil- lions de marcs (2.500.000 francs). Pour ce qui est de la situation des vieux-catholiques en Autriche, en Suisse et en Italie, l’auteur n'a que des affirmations trop vagues pour qu'on puisse juger. Naturellement les jansénistes de Hollande sont rangés au nombre des vieux-catholiques ; il en est de même pour la petite église du fameux père Hyacinthe. L'auteur avoue d’ailleurs que le but des vieux-catholiques a tou- jours été de réunir ensemble toutes les différentes confessions chré- tiennes sur un terrain commun, tout en respectant ce qui est propre à chacune. Déjà au mois de septembre 14874 et au mois d'août 1875, on voit assister aux conférences d'union dirigées par Dôllinger : des jansénistes de Hollande, des anglicans du Royaume-Uni, des grecs schismatiques, des épiscopaliens d'Amérique et des protestants d’Al- lemagne; les différents congrès des vieux-catholiques nous donnent tous les deux ans le même spectacle. Autre fait non moins signifi- catif. En Allemagne, les vieux-catholiques n'ont qu'une dizaine d'églises leur appartenant, et dans plus de 20 endroits ils se servent pour le service divin des églises protestantes, Une telle largeur d'idées ne semble pas cependant avoir produit les résultats qu'on se promettait, et le docteur Schulte est obligé d'a- vouer que depuis 4874 je nombre des vieux-catholiques a « peut- être » diminué. Ce « peut-être » éclaire singulièrement la statis- tique officielle, et si l'Osservatore romano a exagéré en disant « que la secte des vieux-catholiques est un nom sans réalité et un souvenir historique, » les faits même tels qu'ils sont exposés dans l'article . que nous avons essayé d'analyser, n'’indiquent pas une situation bien prospère. Que serait-ce si, au lieu de se faire l’avocal du schisme, l'auteur de cette étude s'était contenté d'en être l'historien? H.R.

 REVUE ANJLO-ROMAINE. — T. JL, — 26

CHRONIQUE

               Rome. -— On est toujours dans l'attente de la décision qui sera
             prise au sujet des conclusions de la Commission d'étude sur les
     Ti
       ee




             Ordinations anglicanes; la question étant de savoir si l'examen de
             ces conclusions sera confié à la S. Congrégation du Saint-Office où
       en
     Vo
       Be




             à une Commission spéciale de cardinaux. Dans cette situation,  02
     D
     6




             trouvera naturel que nous nous abstenions de toute conjecture.

Le

               Mgr Grimardias. — Nous avons le vif regret d'apprendre la

ms Me FRE

            mort de Mgr Grimardias, évêque de Cahors, qui était, aprèsMgr Dabert,

ce

            évèque de Périgueux. et Mgr Bécel, évêque de Vannes, l'un des
     ARE
     È




            doyens de l'épiscopat français.
              Mgr Grimardias était né à Maringues (Puy-de-Dôme, le {9 sep-
            tembre 1813. Il fit ses études chez les RR. PP. Jésuites et futordonné
       T4

ES RSS

            prêtre en 4837. Il était curé archiprêtre de la cathédrale et vicaire
            général du diocèse à Clermont-Ferrand, quand il fut appelé à
            l'évèché de Cahors, le 31 décembre 14865. Il fut préconisé dans le
     FES




            consistoire du 21 juin 4866 et sacré le 6 août suivant.
              Mgr Grimardias était un homme d'une piété très vive, d'une très
            grande bonté et d'un zèle ardent pour les œuvres qui lui fit res
            taurer   et   développer   l'antique   pélerinage de      Notre-Dame de

SV RaE

            Rocamadour.
              Nos lecteurs n’ont pas oublié la belle leltre que Mgr l'évêque de

LEE

            Cahors écrivait 8 M. Portal, au mois de décembre dernier, et ks
            précieux encouragements qu'il avait donnés à notre œuvre.

              Le Congrès de la Jeunesse catholique à Reims. — Àn

CARTES

            congrès de la jeunesse catholique qui s’est tenu dernièrement   à
            Reims, les vœux suivants ont été émis au point de vue de l'action
            sociale des catholiques :
              PATRONAGES. — 4° Au point de vus de la formation intellectuelle : — Que.
            dans toutes les œuvres qui le peuvent, l’on crée et l'on étende tes
            cours du soir en s'appliquant à ce que leur enseignement soit piles
            pratique que théorique;
              — Que l'on institue des concours avec prix, entre les patronué:
            d'une mème grande ville ou d'une même région;
              — Que l'on fasse faire aux apprentis des visites industrielles.
              2 Au point de vue professionnel : — Que dans les œuvres nombreuss
            un sectionne les apprentis et jeunes ouvriers           en confréries dr
            méliers;
              — Que l'on institue des cours professionnels partout où cela est
            possible ;:

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                                                                             CF
                               CHRONIQUE                              403

  — Que l'on organise dans tous les diocèses des expositions avec
jury et récompenses pour les chefs-d'œuvre des patronnés,




                                                                              à
  CONFÉRENCES POPULAIRES. — Le congrès émet le vœu que les jeunes




                                                                              +
                                                                              mm
gens débutent de bonne heure par des conférences sur des sujets qui
leur seraient familiers; qu'ils se préparent, par l'étude des questions
économiques, à traiter avec autorité et compétence ces sujets essen-
tiels pour la classe ouvrière.
  Presse, — Le congrès émet le vœu : 4° que l’activité de la jeunesse
catholique qui désire se former aux luttes de la presse par l'étude,
s tourne de préférence vers les nombreuses revues et journaux
spéciaux déjà existants, et qu'après sa formation ia jeunesse catho-
lique s'applique surtout à apporter son concours à la grande presse;
  2 Que les journaux soient plus largement ouverts aux jeuues et
que ceux-ci envoient davantage d'articles.
   LiserrÉs CATHOLIQUES. — 4° Le congrès invite les jeunes gens catho-
liques à participer au mouvementjustice-égatité el à seconder de leurs
efforts les comités ouvriers qui s'en occupent, là où ils existent.
   % Il émet le vœu qu'il se forme de nouveaux comités Justice—égalité
là où iln’y en a pas, et invite les jeunes gens à prendre l'initiative
de ces groupements;
   Que des pétitions soient adressées aux conseils municipaux dans .
le but de répartir également les subventions communales aux enfants
de toutes les écoles sans distinction ;
 3° Qu'il s'organise dans toutes les paroisses de France, le jour de
la Fête-Dieu, une procession générale dans les rues ou une manifes-
lation religieuse
                ;
  # Qu'il se forme dans les principales villes de France des comités
spéciaux de jeunes gens, sous le nom de comités d'action, comités :
qui auront pour but de revendiquer entre les écoles laïques et les
écoles libres l'égalité l'égalité des religieux devant l'impôt, la liberté
des processions. l'égalité des pauvres devant les commissions admi-
nistratives des bureaux de bienfaisance ;

 5° Que la jeunesse prenne la part la plus active aux périodes élec-
lorales pour lutter avec la dernière énergie contre l'esprit franc-
macon et juif.

   MOCVEMENT MAÇONNIQUE. — Le congrès émet les vœux suivants :
   1° Que les journaux catholiques publient, avec preuves à l'appui,
                                                                   la
liste complète des juifs et francs-maçons résidant dans leurs régions
tespectives
          ;

, > Que des conférences soient organisées dans les villes et les ampagnes sur le rôle politique et social. des juifs et des francs- maçons ;

  3° Que les catholiques, en particulier les établissements religieux,
labstiennent de s'adresser à des fournisseurs maçons oujuifs;
 4° En vue de la cause catholique, il recommande l'organisation
 rofessionnelle aux industriels et commerçants.

LIVRES ET REVUES

                          LE CORRESPONDANT

Dans le numéro du Correspondant du 25 mai, M. le vicomte de Meaux publie sous ce titre, Lecomte de Montalembert sous l'Empire, une étude d’un haut intérêt sur la situation et les aspirations du parti catho- lique pendant la période du second empire. Nous en détachons les passages suivants :

Les hommes publics que le régime impérial mettait ou laissait de côté donnèrent un grand exemple et rendirent un rare service : ils restèrent debout et ils travaillèrent; dans un pays où la vie politique était éteinte, ils concoururent à perpétuer la vie intellectuelle. Guizot consacra sa vieil- lesse à retracer sa carrière parlementaire, à rendre raison de sa fi reli- gieuse. Cousin, qui avait grandi à côté de lui à la Sorbonne, ne revint p& à la philosophie, mais il se donna à l'histoire. Villemain resta fidèle aux lettres. Dans le même temps, Thiers poursuivait sans se lasser les annales du premier empire, en décrivant avec la même abondance d'informations. avec la même vivacité de couleurs, les triomphes et les revers. Tocquetille considérait l’ancien régime et recherchait comment la Révolution en e& sortie. Falloux, retiré aux champs, ne se contentait pas d'appliquer au pr- grès agricole l'art de gouverner qu'il ne pouvait plus déployer ailleurs: héritier des papiers de Mme Swetchine, il en tirait des pages exquises el précieuses aux âmes méditatives. Berryer, Dufaure, Jules Favre, privés de la tribune, rapportaient au barreau leur éloquence. Enfin un octogé- naire, le chancelier Pasquier, qui n'avait pas tardé à juger sévèrement le gouvernement nouveau, rassemblait autour de lui les témoins des régimes disparus, et lui-même mettait la dernière main à ses Mémoires, témoi- gnage rendu à tout un siècle. Il n’y eut que les généraux d'Afrique quin® trouvèrent pas de métier à exercer au retour de leur exil, et, tandis que leurs compagnons d'armes, leurs cadets, gagnaient des batailles, restèrent condamnés à l'oisiveté; encore La Moricière était-il destiné à couronner # carrière par une défaite plus héroïque que tous ses exploits, et Changarnir à reparaitre au milieu de nos désastres, toujours ardent, fier et vaillant. Dans cette pléiade des disgraciés et des vaincus, dans ce concert des voit libres, M. de Montalembert devait prendre place : il ‘n'y manque pas. À peine reinis de la secousse du coup d'Etat, il écrivit son livre : Des Inféréls catholiques au x1x° siécle. Au terme de sa carrière oratoire, sur le seuil de sa retraite, ce livre est, en ce qui le concerne, une sorte de testament pol DSL ee ARS

                          LIVRES ET REVUES                               405

tique, en ce qui concerne l’Église, la conclusion d'un demi-siècle de son bistoire marqué par une renaissance religieuse en Europe. Ce fut M. Foisset qui décida l'auteur à publier cet écrit, et peut-être est- ce ici le lieu d'indiquer quelle part eut aux travaux de M. de Montalembert ce conseiller fidèle, que nous avots déjà nommé plus d'une fois. Longtemps simplejuge d'instruction dans un modeste tribunal de Bourgogne, à Beaune, appelé, grâce au crédit de Montalembert, en 1850, à la Cour de Dijon, et n'ayant jamais quitté sa province, M. Foisset entretenait commerce avec les catholiques les plus considérables de son époque, prêtres ou laïques, et parmi eux faisait autorité. Austère et laborieux comme les magistrats de vieille roche, versé comme eux dans la connaissance des lettres classiques aussi bien que de l'histoire et du droit ecclésiastiques, mais fort éloigné de leurs opinions gallicanes, il avait l’œil ouvert sur tous les débats religieux de son temps. A l’école de droit de Dijon, il s'était lié avec Lacordaire avant que Lacordaire fût chrétien, l'avait discrètement incliné à le devenir et, depuis lors, l'ayant suivi d’un regard attentif, parfois inquiet et toujours tendre, à toutes les étapes de sa brillante et édifiante carrière, il était des- tiné à lui survivre pour être son historien. Les relations de M. Foisset avec M.de Montalembert avaient commencé plus tard. En 1837, à la suggestion de son ami Lacordaire, le magistrat chrétien avait écrit au jeune pair de France pour faire parvenir jusqu'au roi Louis-Philippe ‘les doléances du diocèse de Dijon, qu'affligeait alors une mauvaise administration épisco- pale, et pour solliciter à ce sujet l'entente du gouvernement français avec

m'attendre, » écrivit-il aussitôt, « à cette sollicitude affectueuse et minu- tieuse qui porte à chaque mot la trace d’un attachement en quelque sorte maternel... Savez-vous la tentation à laquelle vous m’'exposez par tant de dévouement et de complaisance? A celle de ne rien publier saus vous le soumettre d'avance. Ce serait, à coup sûr, vous condamner à une bien rude corvée.» M.de Montalembert céda à la « tentation »,et M. Foisset ne refusa pas « la corvée ». Tout ce qui est sorti, depuis ce moment, de la plume de M. de Montalembert a passé, avant de paraitre, sous les yeux de M. Foisset; l'auteur n’a pas toujours suivi les conseils du critique, mais il n'a jamais manqué de les rechercher. L'écrit sur le Devoir des «atholiques, qui avait inauguré les grandes conquêtes, avait été corrigé par le juge de Beaune; l'écrit sur les Intéréfs catholiques, qui en a marqué le terme, a vu le jour à l'instigation du conseiller de Dijon. Je lis dans le carnet de M. de Monta- lembert, à la date du 48 octobre 1852 : « Une lettre de Foisst, à qui j'avais

1 Madèro, 11 novembre 1843. LS ct Péri p]

   ‘ 406                       REVUE ANGLO-ROMAINE
    remis le soin de décider, met un terme, non à mes inquiétudes, maisà mes
    hésitations. Il est tout à fait pour la publication, il dit que ce sera surtout
    un acte, une protestation, que l'opportunité est là : Tempus loquendi,
                                                                       mais
   ‘ ajoute que je dois me résigner à un insuccès complet. A six heures, j'ex-
    pédie à Lecoffre 1 l'ordre de publier. »

DRE

      Le livre des Intérêts catholiques, en effet, au moment où il parut, semblait
    mal répondre au sentiment général. L'impuissance des assemblées délibé-
    rantes à fixer l'avenir avait lassé la France, elle cherchait le repos sous un
    maître. Moins que tout autre, M. de Montalembert méconnaissait cette
    fatigue et ce besoin publics. « A titre d'épreuve utile, de châtiment mérité,
    comme régime provisoire, comme remède témporaire, » il acceptait la die-
    tature, et comment ne l’aurait-il pas acceptée alors, sitôt après en avoir
    sanctionné l'avènement
                         ?
      Mais il ne consentait pas « à prendre l'hôpital pour la terre promise ni la
    diète du malade pour la nourriture de la santé ». Or, c'est le propre de
    l'esprit français d'imaginer des théories pour justifier ses penchants sou-
    vent contradictoires et d'ériger les expédients en système. Le pouvoir
    absolu était donc proclamé et préconisé comme définitif; le régime parle-
    mentaire décrié, la liberté politique reniée. Dans ce dégoût des institutions
   ‘où la France avait longtemps mis son honneur, dans cet abandon de la
    chose publique à un seul homme, il y avait
                                            de quoi souleverles âmes fières.
    inquiéter les esprits prévoyants, et quand c'étaient des catholiques aceré-
    dités qui embrassaient de tels sentiments, qui professaient de telles doc-
    trines dans l’intérèt de l’Église, leur imprudence paraissait à M. de Monta-
    lembert égaler leur ingratitude. C'est pourquoi la contradiction qu'il leur
    opposa, dût-elle être solitaire, fut estimée nécessaire. « On saura, » disait-
    il, « qu'il y a eu au moins un vieux soldat du catholicisme et de la liberté
    qui, en 1852, a protesté contre le sacrifice de la liberté à la force sous pré-
    texte de la religion. »
      C'est alors qu'il énonça en termes formels la pensée qui avait toujours
    dirigé sa conduite et inspiré sa parole et que nous avons déjà rappelée. à
    savoir que « la religion a besoin de la liberté; que la liberté a besoin de la
   “religion », et cette maxime, il l'appuya, non sur une thèse doctrinale,mais
    sur }’expérience
                   : il prit à témoin l'histoire du siècle, parvenu précisément
    au milieu de son cours. La même plume qui avait dépeint l'épanouissement
    du catholicisme servi par la féodalité au treizième siècle, représenta la
    renaissance du catholicisme sauvegardée par la liberté publique dans le dix-
    neuvième. Des deux tableaux, le premier, sans doute, est plus magnifique,
    mais le second est plus vivant peut-être, car l'auteur a vécu ce qu'il retrace.
      Au début de notre âge, il fait voir d'un bout
                                                  à l’autre de l'Europe l'Église
    en ruine, au sommet de cette Église, le Saint-Siège, abattu et paraissant
    détruit; puis, à travers l'épreuve, la vieille foi ressuscitant féconde, et
    bientôt sa fécondité se mesurant chez les divers peuples au développement
    des institutions libres. Tandis que cette foi languit encore dans les pays le
    plus longtemps fermés à la contradiction des doctrines et aux débats poli-
    tiques: en Espagne et en Italie, il montre les catholiques, en Angleterre,


     3 Editeur de M. de Montalembert.

LIVRES ET REVUES 407

émancipés par le Parlement, à la voix d’un tribun chrétien, O‘Connel; en Belgique, s'affranchissaut eux-mêmes et affranchissant leur patrie ; en Allemagne, réveillés d'un sommeil qui durait depuis la guerre de Trente ans et qui prend fin après que leur nation a revendiqué contre Napoléon son indépendance, quand l’archevéque de Cologne et l'archevèque de Posen résistent au gouvernement prussien, quand les simples fidèles s'associent pour se défendre; il salue enfin la Papauté relevée et, dans le déclin des puissances humaines, portant plus haut que jamais son autorité. Au centre du tableau, ses regards se fixent sur la France. Là, il a devant lui: sur le seuil des carrières libérales, une jeunesse ramenée aux croyances et aux pratiques chrétiennes; au sommet de la nation, les maitres de la pensée et de la parole professant ouvertement ou tout au moins respectant sincè- rement la religion ; les œuvres laïques de charité et d'apostolat, la société de Saint-Vincent de Paul et la société de la Propagation de la Foi floris- santes; les ordres religieux restaurés et multipliés; la liberté d'enseigne- ment reconquise et mise à profit par l'Eglise. Voilà pourtant, au milieu du siècle, quel spectacte offrait la France. Acteur avant d'être témoin, M. de Montalemhert avait le droit de demander sous quel régime, par quels procédés de tels biens avaient été gagnés. Quand donc était survenu dans la société cultivée le changement des idées et des mœurs, sinon depuis que l'kglise n'avait plus d'autre appui que la liberté? Comment avaient été réformées les lois, sinon au moyen des débats parlementaires? En d'autres temps, sans doute, l'indépendance de l'Église avait trouvé d'autres garanties et peut-être meilleures que les institutions représenta- üives. Mais, à l'époque où écrivait M. de Montalembert, à la suite de la Révolution, au sein de la démocratie, qu’avait-on à mettre à leur place, si ce n'est l'omnipotence sans contrôle ou de la foule où d'un homme ?.. Si M. de Montalembert n'avait eu souci que de lui-même et de sa propre attitude, il aurait pu s’en tenir à ses premiers actes et à ses premiers écrits après l'avènement de l'Empire. Désormais, à travers les épreuves qui menaçaient l'Eglise et la France, sa responsabilité personnelle était déga- gée, l'intégrité de ses opinions remise en lumière. Dès 1852, aussitôt après la publication des Intéréts catholiques, Tocqueville lui écrivait : « Votre livre, mon cher Montalembert, m'a soulagé, i] m'a rendu un peu d'air et de lumière. C'est un grand acte qui mérite la reconnaissance de ceux qui vous en avaient le plus voulu après le 2 décembre. Cette lettre perdrait son mérite à vos yeux si je n’ajoutais que j'étais de ceux-là. » Mais Tocqueville remarquait en même temps : « Tandis que ceux des ministres de la religion qui se livrent, comme vous le dites si bien, à un maître qui parait leur vouloir du bien, croient remettre la main sur la foule, les cœurs élevés et droits, les âmes hautes et délicates qui appro- chaient de toutes parts, s'éloignent, c'est-à-dire que, tandis qu'ils saisissent le corps de la société, l'esprit est près de leur échappert. » H y avait là un dommage et un péril que M. de Montalembert voyait aussi nettement que Tocqueville, et dont personne autant que lui ne devait s'alarmer et souffrir. Bientôt même le mal s’étendit au delà des limites qui

! Paris, 1er décembre 1852. 408 REVUE ANGLO-ROMAINE lui paraissaient d'abord assignées, La contagion des passions et des pré- ventions irréligieuses gagna « le corps de la société, la foule ». La presse révolutionnaire dirigea sans contrainte et non sans succès contre l'Église les coups dont une discipline rigoureuse garantissait l'autorité temporelle. Rendue suspecte aux amis de la liberté par la confiance soudaine de ses défenseurs dans le pouvoir absolu, la religion perdit en outre la popularité qu'elle avait un instant retrouvée parmi la classe ouvrière. En de telles conjonctures, une protestation solitaire ne suffisait pas. El importait d'ouvrir un abri aux âmes libres qui voulaient rester croyantes, de ménager pour l'avenir un asile aux espérances déçues et aux convictions désertées. L'école opposée à M. de Montalembert avait un journal qui parlait haut et se faisait entendre au loin, l'Univers. M. de Montalembert trouva un refuge dans une Revue déjà vieille, et que son souffle ranima, le Correspondant.

L'origine du Correspondant remontait à la fin de la Restauration. En 1828, eu moment où le parti libéral arrachait au gouvernement du ni Charles X les ordonnances qui bannissaient les Jésuites de leurs collèges et leur interdisaient l'enseignement, MM. de Carné, de Cazalès et quelques autres jeunes hommes (mon père, il me sera permis de le rappeler ici, était l'un d'entre eux), avaient fondé cette Revue pour revendiquer, au profit de l'Église, « la liberté civile et religieuse. » M. de Montalembert, à son début, avani de s’enrûler dans la rédaction de l'Avenir, lui avait donné quatre ou cinq articles. Quelques années aprés la révolution de Juillet, la publication du Correspondant avait été suspendue. En 1844, grâce à la munificence de plusieurs catholiques considérables, le marquis de Vogüé, le marquis de Saint-Seine, il avait reparu sous la direction d'un savant homme, Charles Lenormant, ramené au catholicisme par l'étude de l’histoire et qui avait eu à cœur de combattre pour sa foi aussitôt après l'avoir embrassée. Dans la grande campagne engagée à cette époque pour la cause de l'Église, le Correspondant avait figuré avec honneur et, depuis lors, il avait subsisté sans faire grand bruit, mais sans se départir, au service de la foi du res- pect de la raison, au service de l'Église du respect et de la liberté. En 1853, M. de Montalembert vint s'installer dans cette Revue, et les meil- leurs parmi ses compagnons d'armes, depuis Foisset jusqu'à Falloux. ne manquèrent pas de l'y rejoindre. Les deux prêtres qui l'avaient successive ment soutenu daus sa vie militante, Lacordaire et Dupanlioup, encore que plus d'un dissentiment les séparât l'un de l'autre, s’accordèrent à bénir l'entreprise et lui prétèrent soit leur concours, soit leurs conseils. Deux hommes nouveaux dans l'armée catholique, le prince Albert de Broglie et Augustin Cochin se rangèrent à côté de M. de Montalembert et rent là leurs premiers exploits: le prince de Broglie, issu d’une race que l'ancien régime avait rendue illustre, mais qui, à partir de 472. se sentait appelée à une vice et à une renommée nouvelles; Augustit Cochin, héritier des traditions et des instincts séculaires de la bourgecisi® parisienne, dont cette même date de 1789 marquait le triomphe, Rappro- chés au Correspondant et, depuis lors, étroitement liés ensemble, ils étaient l'un et l'autre, les brillantes prémices d'une génération condamnée à lan- guir sous le régime impérial, et plus tard brisée quand elle commençaità paraitre et agir. LIVRES ET REVUES 409

Dès 4853, M. de Montalembert avait apprécié le prince de Broglie. « J'éprouve, » notait-il alors, « une vive émotion et admiration en lisant le bel article d'Albert de Broglie contre la révoltante polémique de l'Univers en faveur de la révocation de l'édit de Nantes. Cet article constate à la fois le talent supérieur et le sentiment profondément catholique de ce jeune et redoutable athlète de la bonne cause!. » Deux ans plus tard, il avait donc mis le plus grand prix à l’associer à son œuvre. Quant à Cochin, c'était par-dessus tout la charité (ses ouvrages comme sa vie l'attestent) qui l'avait attaché à la foi. Aux pauvres, il prodiguait sans se lasser le meilleur de ses ressources et de son labeur; à ses amis, il prétait sans compter le meilleur de son talent, jamais mieux inspiré que lcrsqu'il travaillait pour autrui. Aussi ne le connait-on que d’une façon bien insuffisante, quand on:a lu seulement les livres qui portent son nom. En mainte occasion, il a suggéré à l’évêque d'Orléans les paroles qu'a pro- noncées celui-ci, les écrits qu’il a signés, en y jetant, çà et là, quelques traits, quelques accents qui lui étaient propres. M. de Montalembert lui- même, qui pourtant regimbait à s'approprier le travail d'autrui, a quelque- fois eu recours à cette plume facile et dévouée quand, déjà malade, il était pressé par ses amis de paraître encore à leur tête. Mais c’est surtout dans sa correspondance qu'excellait Cochin. C'est là qu'on verra, quand elle pourra paraître, l'esprit le plus prompt et le plus souple mis constamment au service de l'amitié, de la bienfaisance et de la vérité. Enfin, autour de pareils chefs s'enrûlaient et s'exerçaient quelques soldats plus soucieux de servir une Cause que de s'ouvrir uns Carrière; et parmi eux, au premier rang, se signalait Léopold de Gaillard, qui avait déjà fait ses preuves dans le journal l'Assemblée nationale et devait plus tard diriger le Correspondant mème. À la tête de cette milice, la principale tâche de M. de Montalembert con- sistait à établir l'accord, à susciter l'ardeur. Des hommes partis de camps différents s’étonnaient, en se rencontrant près de lui, de penser et de sentir de mème. En rendant largement justice et honneur aux antécédents de chacun, il les affermissait dans une confiance réciproque, il les disposait à une action commune dont aurait pu profiter l'avenir. Dans une période de silence et de sommeil, les jeunes gens étaient exposés à s’engourdir et à s’af- faisser. Son accueil les relevait à leurs propres yeux et les réchauffait; il leur tenait compte du moindre effort, volontiers il leur pardonnait tout, excepté la paresse et la peur. Ceux dont la jeunesse commencait alors sont vieux maintenant, et plus d'un, à travers des mécomptes répétés, a con- servé, au fond de lui-même, quelque reste de la flamme allumée par M, de Montalembert. Quant à lui et sur les questions débattues avec l'école opposée, ii n'avait pas attendu pour s’expliquer que le Correspondant, relevé par ses soins, lui offrit une tribune : il avait dit, nous l'avons vu, ce qu'il avait à dire, dans son livre des Inféréls catholiques, et, depuis lors, il n’a guère fait que le redire : d’abord dans ses discours au congrès de Malines, ensuite dans un dernier écrit : Espagne et liberté, qu'il n'a pas publié, Au congrès de Malines,

f Carnet, 1853, 26 novembre. #40 RÉVUE ANGLO-ROMAINE Ja dernière fois qu'il ait parlé en public, il a employé un langage plus on: toire et, par conséquent, plus saisissant, mais aussi moins mesuré, peui- être, et moins attaquable. Dans l'étude inachevée qu'il a intitulée Espagne et liberté, parce qu'elle débute par le compte de ce qu'a coûté à la catho- lique Espagne le pouvoir absolu, dans ces pages tracées d'une main fiévreuse et mourante, à travers les tortures d’un mal implacable, fa laissé échapper l’amertume qu’il ressentait de certaines ingratitudes et de certaines palinodies. Mais, au fond, depuis qu'avait commencé pour l'Église et pour la France une autre ère que celle qu'il avait appelée, ses préfé rences et ses répugnances, ses regrets et ses alarmes ne variaient plus, et si je ne me trompe, c'est dans le premier ouvrage où il les a consignés, c'est dans ce livre que j'ai cru pouvoir nommer son testament qu'on en trouve la plus nette et la plus fidèle expression. Au Correspondant, les sentiments qui remplissaient son âme débordaient sans doute à chaque page qu'il publiait. Toutefois, il se tournait de préfé- rence vers les spectacles qui l'éloignaient d’une époque et d'un pays où il se sentait las de vivre. Tantôt, il rendait témoignage aux grands morts dont il avait suivi la carrière avec admiration, avec amour et dont il enviaitla tombe : au-dessus de tous les autres à Lacordaire, puis à deux héros des causes vaincues, au champion de la Pologne opprimée, Ladislas Zamoyski; au défenseur de la Papauté dépouillée, le général La Moricière. Tantit, suivant une inclination qui datait de sa jeunesse, il considérait les peuples étrangers; sans perdre de vue ses anciennes amies, la Pologne et la Bel- gique, après l'Angleterre, il regardait les États-Unis, Ayant d'abord exs- miné comment l'aristocratie britannique s'était transformée sans se bri- ser, il observait ensuite comment la démocratie américaine parvenait à se débarrasser de la plaie de l'esclavage, en sauvegardant, à travers la guerre civile, l'unité nationale: il montrait les deux branches de la race anglo- saxonne rendues puissantes et prospères par la liberté. Ainsi le Correspondant, à travers la diversité des sujets qu'il abordait et des écrivains qu’il rassemblait, formait une école, ayant sa tendance et sa physionomie propres. Du naufrage de l'Avenir cette école avait recueilli ce qui méritait d'être sauvé. Entre la société moderne et l'Église, elle recher- chait non ce qui sépare, mais ce qui rapproche. Elle ne méconnaissait pas, en ce siècle comme en tout autre, des penchants corrupteurs et corrompus, irréconciliables avec le christianisme; mais à travers l'incertitude des es- prits, le trouble des âmes, la mobilité des institutions et des lois, elle dis- cernait des dispositions en quelque sorte naturellement chrétiennes où proches de le devenir, et ces dispositions elle travaillait à les développer en les ménageant. S'il lui est arrivé, dans cet effort de conciliation, de dé- passer, cä et là, les justes bornes, il n’est pas moins vrai qu'aussi long- temps que cette école avait prévalu parmi les champions de la foi, il s'est manifesté dans la philosophie, dans la politique et dans les lettres un re- tour, tantôt prononcé, tantôt indécis, mais incontestable vers la religion. Plus tard, ce mouvement s'est arrêté, l'esprit public a pris un cour con- traire. Un tel changement devait affliger des catholiques; il leur était per- mis d'en rechercher la cause, C’est à quoi s'appliquait le Correspondant. 11 ne faut pas le dissimuler cependant, les opinions que cette Revue LIVRES ET REVUES 41!

professait en matière politique, sans encourir la condamnation, n'obte- naient point alors la faveur du Vatican. Au début de son règne, Pie IX avait voulu émanciper son peuple et l'Italie. À son généreux dessein avait répondu la plus noire ingratitude : des libertés accordées par lui la Révo- lution s'était aussitôt servie pour le renverser, et même depuis qu'il était rétabli sur le trône, à la porte de Rome, la monarchie piémontaise em- ployait à battre en brèche le pouvoir pontifical la force qu'elle tirait des institutions représentatives. Il était naturel que le Saint-Pére tint pour suspectes ces institutions et les disputes qu'elles comportent. Les catho- liques qui persistaient à les regretter, à les désirer en France perdirent au- près de lui le crédit qu'ils avaient eu précédemment. L'esprit moderne lui inspira une méfiance dontil ne se départit plus; il l'étendit jusqu'aux hommes qui, dans l'espoir d'améliorer cet esprit, ne le répudiaient pas et prétendaient même en tirer des ressources pour la défense de la justice et de la vérité. Cette disposition du Saint-Siège contrista M. de Montalem- bert et ses amis, les froissa quelquefois, mais ne les détacha pas uninstant de sa cause. | À cette cause ils consacrèrent en France, précisément, les armes qui étaient tournées contre elle en Italie, la presse et le peu de liberté qui, par- mi nous, lui restait encore, la tribune, quand elle fut rétablie. Chose digne de remarque : durant cette période, séparée de nous par des catastrophes et maintenant bien oubliée, une majorité parlementaire a rétabli le pouvoir temporel du Pape; l’Empire en a préparé la ruine. Et sous l'Empire, les anciens chefs du Parlement ont été les derniers à le défendre, soit qu'ils eussent à.cœur l'indépendance de l'Église, soit qu'ils redoutassent l'unité italienne, présage prochain de l'unité allemande. Réduits à l'impuissance en tout autre débat, dans celui-ci les consciences catholiques faisaut écho à leur parole, ils sont intervenus avec quelque efficacité; ils n'ont pas sauvé le pouvoir temporel, maïs ils l’ont prolongé. Lorsqu’après un long ostra- cisme, Thiers et Berryer remontérent à la tribune relevée, ce furent eux ui arrachèrent au ministre de l'empereur les dernières assurances favo- rables au Saint-Siège.

M. de Montalembert n'était pas alors avec eux; l'arène qui se rouvrait pour ses émules lui restait fermée, Mais il n'avait pas attendu jusque-là pour continuer l'effort jadis triomphant qu'il avait fait, lui aussi, du haut de la tribune : ne pouvant plus parler, il avait écrit. En dépit des obstacles et des entraves de toute sorte, de concert avec ses compagnons d'armes, dans le Correspondant, il avait démasqué le complot ourdi contre le Saint- Siège. Sa plume brülante avait stigmatisé les principaux complices! Pal- merston en Angleterre, Cavour au delà des Alpes; enfin celui sans le con- cours duquel rien ne pouvait se consommer, le maitre même de la France n'était pas resté hors d'atteinte. Le cri d'alarme poussé dans le Correspondant et ailleurs réveilla les catholiques en les désabusant; Napoléon III se vit forcé de suspendre, tout au moins de ralentir ses menées souterraines; tout miné qu'il était, le pouvoir temporel dura vingt ans de plus. Vingt années qui n’ont pas été perdues : la Papauté les a mises à profit pour rassembler l'Eglise autour d'elle, affermir son autorité spirituelle, la rendre partout présente k ‘M12 REVUE ANGLO-ROMAINE “et capable de survivre intacte, incontestée, à l'écroulement de tout appui matériel. La résistance opposée aux ennemis du Saint-Siège n'a donc pas été vaine encore qu'elle n’ait point paru victorieuse. Aussi bien, en la sou- tenant, M. de Montalembert, selon sa couturne, avait prévu la défaite, et “cette perspective, loin de le faire reculer, l'avait attiré. « Il se peut bien qu'il périsse », écrivait-il dès 1859, « ce vieil et saint édifice qui a résisté depuis onze siècles à tant d'orages; il se peut que le principat sacré aïlle ‘rejoindre dans une ruine commune tout le vieux droit de l'Europe si opi- “niâtrément attaqué et si maladroitement défendu... Nul d'entre nous ne lie indissolublement l'existence de la Papauté à celle du principat tempo- rel. Quoi qu'il arrive, elle survivra et avec elle notre foi et notre filial amour. La Providence saura bien trouver d'autres moyens pour que son indéfectible mission soit accomplie.

                                     Fala viam invenient.
         « Mais aussi, si l'on détruit cette condition si ancienne, si utile et si légi-
       time de la suprême autorité spirituelle, si les souverains et les révolution-
       naires se mettent d'accord, les uns pour l'ébranler, les autres pour la res

<:. verser, nous aurons toujours le droit de dire, jusque dans la postérité la ê; ê. ‘plus reculée, qu'ils ont mal fait. î « ... Ce sera un mauvais but, atteint par de mauvais moyens...

ns « ... Mille voix dans l'Eglise et dans l'histoire répéteront le Non licet de fË ; + l'Évangile. Entendez-vous : Non licet ?.. Cela n'a pas empèché Hérode de faire ce qui lui a semblé bon: mais, après tout, qui voudrait avoir été Hérode? Cela n’a pas empéché Pilate de laisser triompher les passions d'un peuple aveugle et coupable, sauf à s'en laver les mains. Mais qui donc PES

       voudrait être le Pilate de la Papauté? » — Vite DE MEAUX.

a

         À propos du vingt-cinquième anniversaire de la Commune, M.Jules
       Simon publie, dans le même numéro du Correspondant, sur le P. La-
       cordaire et le P. Captier, quelques pages de souvenirs très intéres-
       sants et d'une touchante éloquence, dont nos lecteurs nous sauront
       gré de leur faire connaître les extraits suivants
                                                       :


         A l'époque de mon séjour à Juilly, le P. Captier n’était rien ; il n'existait
       encore que pour ses maîtres et ses condisciples d'Oullins. Ce n’était pasun
       de ces enfants qui, par leur talent ou leur conduite, font présager unf
       grande destinée. Tout était ordinaire en lui : sa famille, chrétienne, hono-
       rable, sans fortune, ni éclat d'aucune sorte; son extérieur, qui n'était par-
       ticuliérement remarquable ni par la force ni par la grâce; ses aptitudes,
       plutôt modestes qu'étendues, et qui avaient besoin d'être soutenues par un
       travail opiniâtre. Lacordaire, qui était l'apôtre du tiers ordre de Saint-
       Dominique, le choisit pour son disciple préféré, parce qu'il reconnut en lui
       l'homme de bonne volonté qui pourrait tout sur les autres parce qu'il pou-
       vait tout sur lui-même. On peut dire que le jeune Captier se fit tout seul
       sous l'œil puissant et affectueux de Lacordaire. Sa famille fit à sa vocation

LIVRES ET REVUES 443

tout juste assez d'opposition pour que la sincérité et la force en fussent constatées. Il sentit les joies de la mission acceptée et n'eut pas même l'idée d'un sacrifice accompli. Le travail persévérant et l'attention inces- sante de se gouverner, de se perfectionner, avaient transformé l'enfant vulgaire, et quelque peu âpre et sauvage, en un jeune religieux attaché à tous ses devoirs, dont l'intelligence avait été fécondée et comme redou- blée par le travail, et qui avait senti dans tout son être la chaude et vivi- Sante influence d'un grand homme. Il ne tarda pas à être aimé, considéré, et mème, malgré sa jeunesse encore voisine de l'adolescence, vénéré en ce petit monde d'Oullins, de Sorèze et d'Arcueil, qui vivait à l'ombre de Lacordaire.

Je voudrais bien qu’il m'eût été donné d'entendre les discours et les pro- pos de Lacordaire dans une des maisons qu'il gouvernait; quoique je fusse de l'âge de ses disciples et précecupé par-dessus tout des questions reli- gieuses, j'ai le regret de ne l'avoir pas connu. J'étais un des assidus de ses conférences du collège Stanislas; nous y révions toute la semaine, son éloquence nous enfiévrait, sa doctrine remplissait toutes nos disputes. Le dimanche, à l'heure des vépres, nous remplissions la petite chapelle du collège Stanislas, où il fallait s'empiler une heure d'avance; c'était une salle oblongue, entourée d'une galerie, qui aurait pu passer pour une salle de cours aussi bien que pour une chapelle, sans un petit autel qu'on dissi- mulait, ce jour-là, sous quelques étoffes, afin de ne pas perdre un pouce de l'espace disponible. À deux heures, une petite porte s'entr'ouvrait à côté de l'autel; ur homme encore jeune, amaigri peut-être par les austé- rités, mais plus encore par la passion qui le dévorait et qui transpercait en traits de feu sur son visage, se glissait dans la foule qui s’écartait respec- tueusement devant lui et tombait à genoux au pied de l'autel où il priait tout bas assez longtemps. Tout à coup, il nous apparaissait dans la chaire, entouré, coudoyé par la foule qui envahissait l'escalier : « Messieurs... » U n'avait pas encore gagné ni livré la bataille du costume de saint Domi- nique ;.il était en soutgne noire, sans surplis, semblable à un conférencier plas qu'à un orateur. Ses premiers mots étaient à la fois si simples et empreints d'une cordiglité si douce, qu'on se sentait en conversation fami- lière avec un ami. Même il avait de ces libertés d'expression qu’un pro- fesseur aurait hésité à se permettre et qu'il rendait possibles et même agréables, à force de naturel et de bonhoniie, Peu à peu, sans s'apercevoir de la transition, sans s'en douter, on se sentait en commerce avec les idées les plus hautes et les questions les plus ardues. Tantôt les problèmes saccumulaient comme s'ils avaient voulu accabler l'esprit de leur nombre et de leur grandeur; tantôt ils se déployaient en lignes bien ordonnées, se prètant réciproquement leur lumière et s’éclairant les uns par les autres. La terre s'éloignait;'les passions humaiues s’apaisaient: le ciel s'entr'ou- vrait. On entendait tour à tour les accents émus d’un ange consolateur et la voix tonnante d’un prophète. Ce n'était rien pour lui de descendre de ces hauteurs et de côtoyer de nouveau les âmes, tant il était maitre de son auditoire; jamais la parole humaine ne poussa plus lois son éblouissante et émouvante merveille, On écoutait encore quand il avait disparu de la Chapelle; on en avait pour des jours et des semaines à penser, raconter; Ai4 REVUE ANGLO—-ROMAINE

dans quelques âmes privilégiées, il y en avait, sans doute, pour toute la vie. ° -

J'avais fait partie pendant toute une année des nombreuses députations d'inconnus qui tantôt allaient demander à Lacordaire de transporter le siège de son action à Notre-Dame, et tantôt allaient supplier l’archevéque de consentir à cette transformation. L’archevèque résista longtemps; j'ai compris, mais bien tard, cette résistance. Entre l'éclat d'un triomphe et ia magique influence d’une école, il préférait l'école. Nous eûmes le triomphe. l’école disparut, les conférences de Notre-Dame continuèrent, langtemps après Lacordaire, d'être de grandes fêtes parisiennes; mais un esprit nou- veau, une jeunesse nouvelle, peut-être une grande transformation sociale, auraient pu sortir des conférences de Stanislas. La santé du maitre s'était rapidement altérée dans sa lutte contre ces voütes immenses. Il se retira, emportant le regret d'une grande espérance perdue et, ne pouvant plus secouer où transformer la jeunesse, il se renferma dans le travail non moins nécessaire de l’enseignement. Ahélard fit place à Gerson ; mais le flambeau avait pâli; ni le maître ni les auditeurs ne parvinrent à se ressaisir. Lacordaire, dans le premier feu de sa jeunesse, avait commencé paris revendication ardente de !a liberté d'enseignement primaire. Avant d'être l’apôtre de Notre-Dame, il avait été avec Montalembert l'apôtre et le mar- tyr de l'école primaire libre. La liberté avait fait depuis ces temps histo- riques de très grands progrès: mais ce n'était pas encore la liberté. La lutte, quoique générale et ardente, n'était qu'une lutte d'influence entre le clergé et l’Université. Ce n'était pas la grande ambition de refaire la société par l'éducation et l'éducation par la foi et par l'amour. Lacordaire seul s'élait élevé à ces hauteurs, tandis qu'autour de lui amis et ennemis étaient engagés dans des luttes stériles de tirailleurs. Ceux qui, aujour- d’hui, consentent à se rappeler une agitation à laquelle l'intervention étourdie de M. Jules Ferry, qui voyait ordinairement plus loin et plus haut, donna pendant plusieurs mois une viclence que nos mœurs ne coni- portaient plus, ne voient dans la fondation du tiers -ordre enseignant des Dominicains que la tentative d'une conquête cléricale, tandis qu'il s'agis- sait au fond pour Lacordaire et ses principaux disciples de faire un pas vers la liberté religieuse par la liberté de l'enseignement. Le P. Captier était le premier de ses disciples par le choix et la dési- gnation du maitre. Lacordaire l'avait essayé dans tous les emplois de l'ordre, et deux fois dans celui de prieur d’Arcueil, où cet enfant avait l'au- torité d’un Père. Il n'avait ni la paroïe passionnée, ni les grandes vues de Lacordaire, Ce n'était pas un remueur d'hommes; il n'aurait jamais en- flammé les foules: mais c'était par excellence l'esprit clair, méthodique. inaccessible aux chimères et aux vaines arguties. Maître de lui-même par sa fermeté, comprenant les objections de son adversaire, faisant au besoin les concessions qui pouvaient être faites’ à l'esprit du siècle, et donnant en même temps à comprendre qu'il n'en ferait pas une au delà: capable de recevoir de grands coups sans se troubler ni:se décourager, et donnant à tous l'exemple d’une inébranlable sérénité; commençant par être maître des siens et finissant infailliblement par être leur ami, tel était, ou plutôt LIVRES ET REVUES 415

tel devint, à force de volonté et de charité, le P. Captier, fondateur de l'école d'Arcueil et créateur, après Lacordaire, du tiers ordre enseignant de Saiot-Dominique. Ce serait encore aujourd'hui un spectacle curieux pour ceux qui se rendent compte des détails de la lutte entre la 1aison et la foi, de voir le P. Captier successivement aux prises avec trois hommes de bonne foi comme lui, aimant la liberté et obligés de la refuser par des raisons qu'ils croyaient d'ordre politique. Ces trois hommes ne sont autres que M. Rou- land, M. Duruy et M. Boudet. J'ai été trop méèlé à cette lutte pour la men- tionner incidemment, et, d'ailleurs, ce n'est pas ici le lieu; mais je me suis bien souvent rappelé, à cette époque, ces mémorables paroles de Hoari IV, répondant aux députés de l'Université de Paris qui demandaient des mesures répressives contre la prospérité des Jésuites : « Croyez-moi, faites mieux qu'eux, et vous n'aurez pas sujet de les craindre. » Le P. Captier me fit lhonneur de venir me voir à l'époque où je venais de publier ce que j'avais la sottise, ou, si vous voulez un mot plus doux, la mæadresse d'appeler la réforme de l’enseignement secondaire, Il me dit qu'il était, en gros et très résolument, pour l'esprit de mes réformes, ce qu'aucun universitaire n'aurait osé me dire. Je n'en fus pas médiocrement flatté. J'ai lu la plupart des discours prononcés par lui à la fête annuelle d'Arcueil et aux conférences chrétiennes du Luxembourg; j'y ai trouvé trois grands caractères : un grand amour de la patrie francaise, une cons- tante prédominance de l'esprit de famille dans l'éducation, et l'éducation constamment demandée à l'exercice de la liberté,

Mais l'avouerai-je? depuis que j'essaye de caractériser en quelques mots la vie du P. Captier, je ne puis échapper à l'obsession de sa mort. Sa mort me cache sa vie, Sa vie est celle d’un homme de grand esprit et de grand cœur, d'un écrivain et d'un orateur de talent, et d’un éducateur de premier ordre. Sa mort est celle d’un héros et d’un martyr, je ne puis ni ne veux la raconter : je ne le puis, car elle ressemble à tous les assassinats: je ne le veux, car, au lieu de contribuer à répandre ces horreurs, je vou- drais au prix de mon sang pouvoir en effacer le souvenir. À Hieu ne plaise que je voie dans les simulacres de tribunal et de procédure de 1793 uneatténuation des crimes de la Terreur; j'y vois un crime de plus, une dérision sacrilège des formes de la justice. Et cependant on disait à celui qu'on allait tuer: Vous êtes accusé de quelque chose, vous êtes ennemi de la République. Mais ici on n’a rien dit : on n'a rien pu dire; on n'a pas fait semblant d'avoir un prétexte à mettre en avant; on n'a pas dit: Vous êtes ennemis de la République, on savait qu'ils ne l'étaient pas; on n'a pas dit : Vous avez des rapports avec Versailles, on savait qu'ils n'en avaient pas; on n'a pas dit : Vous avez dévoré le bien du peuple: non, ils vivaient pauvrement et donnaient tout ce qu'ils avaient. Leurs maisons étaient devenues des ambulances, où Versaillais et comniunards souffraient côte à côte et mouraient côte à côte. On ne songeait pas à faire un exemple; la partie était jugée et perdue pendent qu'on procédait à ces égorgements, le vengeur du sang était aux portes, Alors quoi? Ces hommes ont tué pour tuer, parce qu'ils tenaient dans leurs mains sanglantes des chrétiens et des prêtres. Îls n'ont pas essayé de tromper; ils n'ont essayé aucune apologie; RS.

416 REVUE ANGLO-ROMAINE

ils n'ont pas tué étant eux-mêmes dans les affres de la mort. Quand les balles sifflaient à leurs oreilles, quand les pantalons rouges défilaient au coin de la rue, ils tenaient leurs victimes depuis plusieurs jours; ils les ont trainées à leur suite d'asile en asile avec le dessein constant de les mas- sacrer; ils n'ont senti ni hésitation ni remords. « C'est pour à présent, mettez-vous là, que nous puissions tirer à l'aise! » On entendit quelques coups de fusil! Les cadavres tombèrent entourés d'une mare de sang. Si le P, Captier eut une minute pour respirer, il pardonna. Dieu aussi peut pardonner. Telle fut, en 4874, dans la ville de Paris, la fin d’un grand citoyen et d’un grand homme de bien. Les douze cadavres furent enterrés solennellement huit jours après. Les os sont confondus pêle-mèle. Il était trop tard pour leur donner un linceul et un cercueil. Ils laissent leurs noms à l'histoire et leur gloire à l'ordre qu'ils ont créé. — JULES SIMON.

                                            #

DOCUMENTS

                LITTERÆ APOSTOLICÆ
         SANCTISSIMI                DOMINI         NOSTRI

                         LEONIS      PP. XII
     DE SEDE ARCRIEPISCOPALI CARTHAGINIENSI RESTITUENDA



                     :    LEO, EPISCOPUS

         Servus servorum Dei ad perpetuam rei memoriam.

MATERNA ECCLESIÆ CARITAS, quamquam est in omne hominum genus æquabiliter diffusa et de gentibus singulis mirabiliter sollicita, solel lamen præcipuo quodam misericordiæ sensu ad illas respicere, quas ab Evangelii complexu aut vis aut error abstraxit. Nihil eniin tam grave est, quam renascente superstitionis caligine obcæcari eos quibus præclarissimo Dei munere et dono lumen aliquando veritatis affulseral: nihilque tam miserum, quam semel in salutem vindicatos, in interitum relabi. — Atqui arenno Dei consilio istius modi calamitas sicut alias (erras non paucas, ita Africam Romanam perculit, cum sapientiam christianam malure Afris cognitam etreceptam maxima- rum tempestatum fluclus violenter extinxerint: In quo præter modum luctuosa fortuna Carthaginis : hanc quippe christianis non minus quam bellicis civilibusque præstantem laudibus calamitosæ vicissitu- dines suis ipsam ruinis oppressam funditus deleverunt. Harum eogi- tatio rerum facit ut Nos, officii Nostri aposlolici memores, ad mari- timas Africæ oras, quæ prope sunt in conspectu posilæ, non sine paterna pietate hoc tempore intueamur. Quoniamque videmus eatho- cum nomen sais jam in illo tractu reviviscere, volumus ut bona illa seges, quæ uberes pollicetur fructus, cultura et curatione Nostra altiores quotidie radices agat, heneque Deo adjuvante adolescat. Quamobrem eum ad rei sacræ stabililatem atque ordinem omnine plurimum referat, singulis christianorum societatibus suos sibique proprios præesse Épiscopos, arbitrati sumus, spectato Ecclesiæ Afri- canæ statu, Sedem Archiepiscopalem Carthaginiensem restitui,sublata ädministratione Apostolica, oportere. Qua in re Wbet quidem aliquid cogilatione repetere de pristino ejus Ecclesiæ splendore, atque a præterilarum rerum memoria auspi- cium capere futurarum. Sane Ecelesiam Africanam e Romana progna-

A la suite de l'étuae de M. l'abbé Duchesne sur l'Afrique chrétienne que nous avons publiée dans notre dernier numéro, nous croyons qu'il est intéressant de remettre sous los yeux de nos lecteurs la Lefére aposiolique de N.T. S. P.le Pape Léon XII, relevant le sitge de Carthage. REVUE ANOLO-ROMAINE. — T, ls = 27 418 REVUE ANGLO-RONAINE

tam esse constat, cum ab ultima antiquitate traditum sit, si minus beatum Petrum, certe proximos ejus successores Evangelium Afris attulisse. Apud quos christianum nomen apparet celeriter adultem: altero enim nondum exacto sæculo, descriptis finibus impositisque rite Episcopis, plurimæ per Africam Ecclesiæ constitutæ sunt. Easque dis- ciplina floruisse vel ex eo conjici licet quod ante exitum sæculisecundi Ecclesia catholica Pontificem ex Africa accepit, scilicet sanctum Vic- torem, qui, christiana republica naviter gesta, decennio post Marty occubuit. — Brevi antem intervallo non mediocris extitit copia sa- pientium hominum atque magnorum : Cyprianum intelligimus, Ter- tullianum, Aurelium, Évodium, Possidium, et qui non Africam mode sed universam christianam rempublicam unus maxime illustravil, Augustinum. Ab ipsis vero Ecclesiæ Africanæ primordiis præstitisse Carthaginem nemo dubitat. Hujus enim civitatis Épiscopis jus est mature quæsitum ut ceteros potestate anteirent, ipsaque Carthaginiensis Ecclesia, ut est apud Augustinum ‘, caput Africæ appellaretur. Revera lanta erat Carthaginiensium Pontificum per Africam auctoritas, ut de causis Ecciesiarum cognoscere consueverint : item responsa Épiscopis dare, legates ad Principem mittere, concilia omnium provincierum indi- cere. Qua de re perhonorificum et gravissimum est sancti Leonis IX Decessoris nostri testimoniun, qui de jure Archiepiscopatus Cartha- giniensis sententiam rogatus, ad Thomam Épiscopum sic rescripsit: « Sine dubio post Romanum Pontifcem primus Archiepiscopus et « totius Africæ maximus metropolitanus est Carthaginiensis Episeo- « pus : Rec pro aliquo episcopo in tola Africa perdere potest privile- « gium semel susceptum a sancta Romana et apostolica Sede, sed « obtinebit illud usque in finem sæculi et donec invocabitur in ea « nomen Domini Nostri Jesu Cunisrt, sive deserta jaceat Carthago, « sive resurgat gloriosa aliquando. Hoe ex concilio B. martyris Cy- « priani : hoc ex synodis Aurelii : hoc ex omnibus Africanis conciliüs: « hoc, quod majus est, ex venerabilium Prædecessorum Nostrorum « romanorum Præsulum decretis aperte monstratur. » Verum non dignitate solum, sed etiam christianarum virtutum, ac nominatim fortitudinis exemplis visa est Carthago antecellere. Ele- nim, si urbs Roma excipiatur, vix alia reperietur civitas quæ kt martyres ac tam præclaros Ecclesiæ cœloque genuerit. Prædicatione et cultuseræ posteritatis florent præ ceteris Perpetua el Felicitas, per feminarum nobilissimum, quarum tanto mirabilior victoria, quante diutius cum quæsitissimis cruciatibus infirmitas sexus dimicavit. Nec minus inclyta magni Cypriani palma. Nam sanctitate et rebus gestis Carthaginem, stilo et litteris christianum nomen cum multos annos nobilitasset, ad extremnm in media Ecclesia sua, spectantibus üis quos ipse ad martyrium instituerat, præclarissina confessione de- functus vitam cum sanguine pro Christo libens profudit. Atque illud quoque memoriam Carthaginiensis Ecclesiæ non parum commendat, Africanos episcnpos ad eam vocatu Archiepiscopi con-

1 Epist. XLIII, num. 47, LITTERÆE LEONIS PP. XIH DE SEDE ARCHIEPIS, CARTHAGINIENSI RESTIT. 419 venire solitos, de communibus religionis negotiis una deliberaturos. Ac plura quidem diversis temporibus condidere sapienter decreta, ex quibus non pauca supersunt, et quorum vel ad comprimendas hæreses, vel ad morum disciplinam in Clero populoque sancte reti- nendam, plurimum valuit auctoritas. Fama memor celebrat in primis Concilium Carthaginiense tertium ab Aurelio episcopo viro fortissimo habitum, quo sanctitatis ingeniique sui lumen Augustinus attulit. — Hujusmodi vero tam salutares fructus, Episcopis Car- thaginiensibus nitendo laborando perceptos, conjunctioni potis- simam cum hace Apostolica Sede acceptos referri oportet. Cum enim esse intelligerent divino jure constitutum ut Ecciesia Romana cunc- t&rum Ecclesiarum princeps sit et magistra, et lamquam ex radice ad ranos, sic ex ea ad Ecclesias singulas omne principrum vitæ et viri- ditatis manare, nihil antiquius habere consueverunt, quam ut per- manerent cum successoribus beati Petri perpetuo atque intimo nexu devincti, Quod quidem varia litterarum monumenta, acta Concilio- rum, legationes de gravioribus uegotiis ad Pontiticem Romanum non rare missæ, nominatimque Optati et Cypriani epistolæ gravi auctori- tatis pondere testantur. Atque illud est memoratu dignum, quod ejusmodi in Apostolicam Sedem obsequium non diuturnitate tem- poris est, neque formidolosis illis reruin conversionibus debilitatum. Ex quo geminum Africa beneficiurm tulit, alterum utin maximis suis calamitalibus perfugium quoddam et solatium in Apostolica Sede sermper invenerit : alterum, ut Romanorum Pontificum magisterio præsidioque freta perniciosissimas hæreses partim repulerit, partim extinxerit. Sed spatium temporis haud valde longinquum gloriose emensa, consenescere Ecclesia Africana cœæpit ét ad occasum detlectere, ita tamen ut multo fuisset victura diutius, nisi vitam illata vis peremisset. Non enim senio ipsa suo confecta interiit, sed barbarum armis sppressa succubuit. Revera exploratum est quantum Afris malorum attulerint Vandali : quorum effrenati exercitus ubicumque vestigium posuissent, ad direptiones urbium eædemque civiuin Arianæ venena pestis adjungebantur : ac tantus erat ubique terror, ut catholici nullatenus respirarent, neque usquam orandi aut immolaruli concederetur yementibus locus ‘. S&culo autem septimo, Sarareni, hostes christiani nominis, cum easdem provintias, more procellæ, inundavissent, acerbissimæ servitutis jugo indigenis imposito, Carthaginem ipsam tot jam fessain ærumnis, igne ferroqueexciderunt, planeque perniciem et vastitatem Ecclesiæ intulerunt. Quibus temporibus sæviente passim adversus fidem catholicam furvre hostium, rursus martyrum seges, el magnus Confessorum numerus, et fortium Episcuporum et sacer- dotum egregii manipuli extitere, ut prorsus sicut cum laude Âfricana Ecclesia adoleverat, ita cum dignitate occubuisse videatur. — Tantis äutem in tenebris, quæ consecutæ sunt, Carthaginienses Fpiscopi duo apparent, vix plus quam nomine cogniti : Thomas, de quo supra

? Victor Vitensis, Pers. Vand. lib. 1, c. 7. 420 REVUE ANGLO-ROMAINE

est facta mentio, et Cyriacus. Nam qui sæculo decimo quinto pos- teaque occurrunt, plerique omnes ornementararii fuerunt. Quinto a Saracenorum dominatione sæculo, cum germanæ Ecele- siæ vix pauva ac prope evanescentia vestigia in Africa superessenl, inventus est in Italia qui salutem Africani generis ingenti animo complexus, de religione catholica illic restituenda cogitaret. Is fuit, quod nemoignorat, Franciscus Assisiensis : qui Tunetum, ad oppidum Proconsularis Africæ princeps Carthaginique proximum, Ægidium et Electum alumnos suos submisit, jussitque in iis hominibus ad in- slituta catholica revocandis quantum possent, elaborare. Anceps el salebrosum inceptum, si quod aliud : in quo multum uterque desu- davit caritate et fortitudine summa : alter vero sanctissimi propositi laudem nobili martyrio cumulavit. — Mox Gregorius ÎX Decessor Noster alios ex illo ipso instituto viros eodem in culturam animorum legavit: illorum tamen laboribus barbarica vexatione interceplis, necessario factuim est ut terra Africa apostolicos viros ad sæculum usque decimum septimum nullos habuerit. Tunc demuum, auctorilale sacri Consilii christiano nomini propagando, Præfectura apostolica iustituta est, quæ Algeriensem, Tripolitanam, ac Tunetanain pre vineias una complecteretur : camque sodales Franciscales Capulati gerere jussi. — Deinde Præfectum Apostolicum seorsim creari placuit, cujus potestati quidquid est agri Tunetani subesset : iidem- que religiosi sodales ad id munus electi. Qui laboriosum opus, ani- mose, susceptum, animo æque excelso expleverunt, ut omnino dederint, quid caritas possit, passim documenta maxima. Nam in tam agresli Saracenorum iinmanitate incredibiles molestias per- tulerunt : plurimique numerantur, qui cœli inclementia absumpti,qui fevro barbarorum sublati, qui vigiliis perpetuisque fracti laboribus iartyrii bonores delibarint. Sed eorum constantia religionis incre- imento mire profuit : nec exiguæ illæ utilitates putandæ, quas recen- liore memoria Afris pepererunt, nimirum parœciæ aliquot conditr, scholæ in eruditionem puerorum apertæ, et quædam in solatiu calamitosorum pie instituta. Ineunte hoc sæculo, cum militares Gallorum copiæ in Africam adnavigassent, inque maritimis oris victrices consedissent, consti- tuta ibidem provincia est, cujus imperium apud eos esse cæpit. Haud multo serius, dato Algeriensibus Episcopo, amplissimæ ülke regiones, quæ à Saracenis diuturno dominatu tenebantur, veleris dignitatis aliquid recepisse visæ sunt. — Deinde Diæœcesibus Cons- tantinæ et Orani institutis, pluribus locis, in quibus olim KEeclesia sospes et florens insederat,sanctissimi ritus catholici longo intervalle sunt restituli. Ipsa Tunetana regio, cum christianorum crevissl numerus, mutata in Vicariatum apostolicum Præfectura, Episcopun a Romana Scde accepit. Atque ex eo tempore provisa sunt mulla ad christianam morum disciplinam salubria: amplificatæ paræcir: auctæ scholæ : sodalitates pietatis causa plures coalitæ.

Hæc satis prospera initia spem plurimis fecerant fore ut, deduclis coloniis in eum tractum in quo sita Carthago fuit, revocari aliquande LITTERE LEONIS PP. XIII DE SEDE ARCHIEPIS. CARTHAGINIENSI RESTIT. 491

ab interitu posset Africanarum princeps urbium, ei secundum insti- tata majorum novum a Pontifice Romano Episcopum accipere. Cui quidem spei partim respondisse exitumlætamur : ceteraresponsurum, Deo adjutore, non diffidimus. Nam Vicariatus Tunetani administra- tionem adeptus Archiepiscopus Algeriensis S.R. E Cardinalis ‘Carolus Martialis Lavigerie, ad propagationem fidei stabilemque rei sacræ constitutionem vir sapiens atque impiger animum appulit. Multas res perfecit utiliter spatio perbrevi: nec pauca suscepit ad excitandam e cineribus suis Carthaginem opportuna. Ét sanein regione Megara proxime a situ, quem Cyprianus cruore suo dedicavit, nec longe admodum a loco sepulturæ ejus, in ipsis ruinis Carthagi- niensibus ædes episcopales cum ædicula extruxit: ibique accolæ et finitimi, præsertim egentes et calamitosi, miseriarum solatium quo- tidie reperiunt. Presbyteros in ipsa domo episcopali, itemque Tuneti, altisque Vicariatus frequentioribus locis ad officia sacerdotalis muneris obeunda constituit: quibus ipsis officiis sodales Francis- cales Capulati dare operam strenue pérseverant. In regione, quæ Byrsa audit, Seminarium Carthaginiense condidit : cujus alumni in novæ Diœcesis spem succrescentes ad theologiam, ad philosophiam, ad humaniores litteras idoneorum doctorum curis magisterioque erudiantur. Ad Parœcias prislinas novas adjunxit non paucas : unamque ex iis in sacello constituit, quod a sancto Ludovico nuncu- patur, eo ipso in loco unde rex pientissimus ab hac brevitate vitæ ad sempiterna in cœlis bona evocabatur. Præterea hospitalem domum senectute et egestate conjuncto incommode laborantibus: valetudi- narium ægræ plebi curandæ : ædificia adolescentibus utriusque sexus educandis aperuit. Quibus illecti commodis et beneficiis satis multi jam incolere ea loca cœperunt in spem auspiciumque revicturæ civitatis. Denique perfecit, ut ad tuitionem Archiepiscopi rerumque cæplarum absolutionem necessarii sumptus perpetuo suppeterent. Igitur cum hæc, quæ commemorata sunt, diligenti consideratione momentoque singula suo ponderaverimus, perrogata etiam sententia sacri Consilii christiano nomini propagando; quod universæ chris- tianæ reipublicæ fausium sit, maximeque Afrorum saluti ac dignitati bene vertat, Sedem Archiepiscopalem Carthaginiensem harum litte- rarum auctoritate restiluimus. Proptereaque eos fines agri Tunetani, in quibus olim Carthago erat, quique hoc tempore quinque pagos complectuntur nempe La Marsa, Sidi Bou Satid, Douares Chott, La Malga, Sidi Daoue cum suis templis, oraloriis, piis etiam institutis, cumque universis utriusque sexus catholicis incolis, exire de potes- late Vicarii Apostolici Tunetati, et Archiepiscopo Carthaginiensi in posterum subesse et parere jubemus. E templis, quæ sunt intra fines civitatis, Metropolitanum esto, quod is, qui hæc decreta Nostra perfecturus est, maluerit, titulo tamen non mutalo.

Archiepiscopus Carthaginiensis Vicarium sibi generalem unurm plu- resve, si res postulaverit, adsciscat : insuper consiliarios adjuto- resque ad expedienda Archidiæceseos negotia ex ordine Cleri legat. 422 REVUE ANGLO-ROMAINE

  — Idem controversias de matrimoniis, causasque ceteras, de quibus
  Archiepiscopum cognoscere jus est, cognoscat et dirimat. Cetera
  omnia, quæ ad pastoralis officii munus pertinent, liber gerat. —
  Synodos Diœcesanas constitutis lege temporibus habendas curet, Col-
  legium Canonicorum Metropolitanorum, secundum præscripta legum
  ecclesiasticarum, ubi primum fieri poterit, instituat. Unus ex Cano-
  nicis primus esto in Collegio, Archidiaconi dignitate auctus ; duoque
  canonice eligantur, quorum alter Theologi, alter Pœnitentiarii off-
  cium gerat. Seminarium Certhaginiense educendis sacrorum alumnis
  perpetuo addictum sit. — Per interregnum administratio Archidie-
  ceseos geratur secundum præscripta Litterarum Apostolicarum Bene-
  dicti XIV Æz sublimi et Quam ex sublinu,
    De Ecclesiis Suffraganeis, de finibus describendis, itemque retiquis
  de rebus, quæ ad perfectam Archidiœæceseos constitutionem perti-
  neant, integrum Nobis esse volumus id quod expedire videbitur
  opportune decernere.— Demum Venerabili Fratri Nostro Carolo Mar-
  tiali S. R. E. Cardinali Lavigerie Archiepiscopo Algeriensi, Adminis-
  tratori Tunetano, mandamus ut ea omnia, quæ his continenlur Lit-
  teris Nostris, exequatur : idque vel per se, vel per interpositam
  personam in ecclesiastica dignitate constitutam.
    Volumus autem omnia et singula, quæ per has Litteras decrevimus.
  firma, stabilia, rata, uti sunt, ita in omne tempus permanere : neque
  iis quidquam officere ullo modo posse, ne Nostras quidem et Cancel-
  lariæ Nostræ regulas, quibus omnibus, horum decretorum gratia,
  derogamus. Nulli ergo hominum liceat has Litteras Nostras infrin-
  gere, vel eis ausu temerario contraire. Si quis autem hoc attentare
  præsumpseril, indignationem omnipotentis Dei, ac beatorum Petri
  et Pauli Apostolorum ejus se noverit incursurum.
     Datum Romæ apud Sanctum Petrum anno Incarnationis Dominicæ
  millesimo octingentesimo octogesimo querto, quarto Idus novembris,
  Pontificatus Nosiri anno septimo.


         G. Carr. SACCONI PRo-Dararius. — F. Carb. CHISIUS

                                   VISA


                   De Curia L DE AQUILE ViICECOMITIBUS.

  Loco 5% Plumbi

        Reg. in Secret. Brevium.

                                                       1. Cucnoxius.

ee L@s RE RS THE

                    SUPPER OF THE LORD,
                                   AND


               THE HOLY COMMUNION,
                    COMMONLY CALLED THE          MASS


                                  (Suite)
  1. Then the Priest shall give thanks lo God, in the name of all them that have communicated, turning him firet to (he people, and sayiny; The Lord be with you. The Ansver. And with you. The Priest. Let us pray. Aumeury and everliving ® GOD, we most heartily thank thee, for that thou hast vouchsafed to feed us in these holy Mysteries, with the spiritual food of the most precious body and blood of thy Son our Saviour Jesus Christ, and hast assured us (duly receiving the same) of thy favour and goodness toward us, and that we be 7 very members incorporate in thy mystical body ‘, which is the blessed company of alt faithful people, and heirs * through hope of thy ever- lasting kingdom, by the merits of the most precious death and pas- sion of thy dear Son. We therefore ‘* most humbliy beseech thee, 0 heavenly Father, so to assist us with thy grace, thai we may con- tique in that holy fellowship, and do all such good works, as thou hast prepared for us to walk in : through Jesus Christ our Lord, to whom, with thee and the Holy Ghost, be all honour and glory, world without end ‘1.

    Sootoh Liturgy, 1637. Charles II. 1682.

                                     8125. € When all have communica-
    
  2. When all hate communicated, ted, the Minister shall return to the

he that celebrates shall go to the Lord's table, and cower with a fair Lords Table, and reverentiy place linen,cloth, or corporal, that which upon it what remainelh of the con- remaineth of the consecrated ele- seorated Elements, covering the ments. same with a fair linen cloth. $ 126. € Then shall the Priest say the 5127. And then say this collect of thanksgiving, as folioweth : Lords Prayer, the people reapting after him every Petition. ALMIGHTY and everliving, etc. Qur Father which art in heaven, lThe same as 1552. Hallowed be thy Name. Thy king- {Here follows $ 18. Seo p. 215.] dom come.Thy will be done done in

Sn two eds. 1549, and one ed 1359, hoirs. ” ‘everlasting. ” 10 In eods., 1552, and afterwards, T In ed, 166%, ‘ are. ” # We now most; ” in ed. 1662, ‘* And 8n ed. 1662, ‘* the mystical body of we most. ” ty Son, which. 1 In eds. 1552, and all afterwards, In eds. 1559, and afterwards, and be “ Amen ” added. also heirs; ” in ed. 1562, and are also | 424 REVUE ANGLO-ROMAINE

    $ 128. Then the Priest furning him lo {he people, shall let them depart
                             ttlh this blessing :

  The peace of GOD (which passeth all understanding) keep your
hearts and minds in the knowledge and love of GOD, and of ‘* his
Son Jesus ‘* Christ our Lord : And the blessing of God Almightr, the
Father, the Son, and the Holy Ghost, be amongst ‘ you and remain
with you always.
                            Then the people shall answer,
    Amen.
      $ 129. Where there are no clerks, therethe Priest shall say all things
                        appointed here for them Lo sing.
$ 130. When the ñoly Communion ts celebrated on the toorkday, or in pni-
    vate houses : Then may be omatled, [the] Gloria in excelsis, the Creed,
    the Homily, and the echortation, beginning,
    Dearly beloved, ete.
8 132. € Collecte to be said after he Offertory, ivhen there is no Communion,
                                  every such day one.
  AssisT us mercifully, O Lord. in these our supplications and
prayers, and dispose the way of thy servants toward ‘ the attain-
ment of everlasting salvation : that among all the changes and
and chances of this mortal life, they may ever be defended by thy
most gracious and ready help: through Christ *? our Lord. Amen.



earth, Asit is in heaven. Give us              THE peace of God, which, ete.
this day our daily bread. And for.                      [Same as 1549, to]
give us our trepasses, Às we for-
                                               Jesus Christ our Lord.

. give them that trepass against us. And lead us not into temptation : To the which the people shall answer. But deliver us from evil. For thine Amen. is the kingdom, The power and the [Here follows $ 141. See p. 262.| glorr, For ever and ever. Amen.

             $ 127. € Or this.                     Second Edw. VI. 1662.

-   ALMIGHTY and everliving, etc.            $ 128. Then the Priest 11 or the Bis-
                                               hop, if ke be present, shall let them
            [Same as 1532, to]
                                               depart with this blessing 8.
world without end. Amen
                                               THE peace of God, which, ete.
      Here follows $ 18, See p. 215.]
                                                        [Same as 1549, to]
     : ©. EH. C. Edw. VI. iK48.              remain with you alway. Amen.
S 128. Then shall the Priest, turning        $ 132, Collects to be said after the 0f-
. him (o the people, let the people de-        fertory, when there is no Commu-
. part with this blessing 16,                  nion every such day one          And the



. 13 In one    ed. O. H.   C. 1548, ‘‘ and   8 119. See p. 954.
in. ”                                          17 In cd. 1578, ** Minister. ”
: F8 In eds. 1552, and 1559, ‘* Jesu; *        18 This, in ods. 1552, and in allafter-
but in eds. 1637 and 1662, * Jesus, ”        wards, follows on after  ÿ 18.
. lfinoneed. 1552, and 14559, ‘among.          8 In cds. 1637, and 4662, ‘ one or
    15 In ed. 1662,   towards. *             more, *
    36 This, in O. H. C.. follows on after

TUE SUPPER OF.THE LORD AND TUE HOLY COMMUNION 425

G AzmiGnty Lord and everliving * GOD, vouchsafe, we beseech thee, to direct, sanctify, and govern, both our hearts and bodies, in the ways of thy laws, and in the works of thy commandments : that through thy most mighty protection, both here and ever, we may be preserved in body and soul : Through our Lord and Saviour Jesus Christ. Amen. ‘ GRANT, we beseech thee, Almighty God, that the words which we have heard this day with our vutward ears, may through thy grace be so grafted ! inwardly in our hearts, that”they may bring forth in us the fruit of good living, to the honour and praise of thy name : through Jesus Christ our Lord. Amen.

same may be said also as often as THE Peace of God, etc. occasion shall serve, after the Col- [Same as 1549, to] leets, either of Morning and © Eve- remain with you always. Amon. ring prayer, Communion, or Li- tany, by the discretion of the mi- 8 131. After the divine service ended, nister A. that which was offered shall be di- vided in the presence of the pres- AssisTus mercifully, O Lord, etc. byter and the churchwardens, whe- O ALMIGHTY Lord, etc. reof one half shall be to the use of GRANT, we beseech thee, etc. the presbyter, to provide him books ISame as 1549 throughout] of holy divinity; the other half shall be faithfully hept and em- Elizabeth, 1559. ployed on some pious or charitable 8128. Then the Priest, etc. use, for the decent furnishing of THE Peace of God, ete. that churchk, or the public relief of [Same as 1552.] their poor, at the discretion of the presbyter and churchwardens ‘8, $ 432. Collects to be said, etc. [Same as 1552.] 8 132. € Collccts to be said, etc.

Assisr us mercifully, etc. [Same as 1552.] [Same as 1548 throughout.] AssisT us mercifullv, etc. [Same as 1549 throughout James I. 1804. 8128. Then the Priest, etc. Charles II. 1662. THE Peace of God. etc. $ 1498. Then the Priest (or Bishop if [Same as 1532.] he be present) shall let them depart $ 432. Collects to be said, etc. with this blessing. [Same as 1552.] THE peace of God which, etc. ASsiST us mercifully, etc. [Same as 1549, to] [Same as 1549 throught.] with you always. Amen.

  Sootch Liturgy, 1037..             8 132. Collects to be said, etc,
                                                 ISame as 1552.|

$ 428. Then the Presbyter or Bishop if ke be present, shall let them depart ASsisT us mercifullr, etc. with this blessing. [Same as 1549 throughout.]

39 In ed. 1662, ” 33 In Scotch ed., 1637, and ed. 1662, $11n Scotch ed. 1637, the Pres- se sverlasting God.” byter or minister. 1 In two eds., 1549, andin eds. 1596, 73 In ed. 1652, ‘ Jesus Christ. "” “ so graft, * 426 REVUE ANGLO-ROMAINE

PREvVENT us, O Lord, in all our doings, with thy most gracious favour, and further us with thy continual help, that in all our works begun, continued, and ended in thee, we may glorifythy holy name, and finally by thy mercy obtain everlasting life : Through Jesus Christ our Lord. Amen ?. AzmiGuTy God, the fountain of all wisdom, which * kno“vest our necessities before we ask, and our ignorance in asking : we beseech thee to have compassion upon our infirmities, and those thing, which for our unworthiness we dare not, and for our blindness we caanot ask, vouchsafe to give us for thee worthiness of thy Son Jesu Christ our Lord. Amen. ALmiuGTy God, which * hast promised to hear the petitions of them that ask in thy Son's name, we beseech thee mercifully to incline thine ears to us that have made now our prayers and supplications unto thee : and grant that those things which we have faithfully asked according to thy will, may ettectually be obtained to the relief of our necessity, and to the setting forth ofthy glory : Through Jesus Christ our Lord *. { For rain?.

O Gop heavenly Father, which by thy Son Jesu Christ hast pro- mised to all them that seek thv kingdom, and the righteousness the- reof, alt things necessary to the bodily sustenance : send us, we

  Second Edw. VI. 15652                         Elisabeth, 1559.

        [Samo as 1549.]                 PREvVENT us, O Lord, etc.
                                                 ISame as 1549.]

[The prayers For Rain and For Fair Weather are here omittod, as als 3 133; The prayers For Rain and For Fair and instead of 8 134] Weather are here omitted, as alsof 135; and instead of $ 434] PREVENT us Lord, ete. $ 1435. Upon the holy Days, etc. ALMIGHTY God, the fountain, etc. [Same as 1552.]

$ 133. € Upon the holy days, if there James I. 1604. be no Communion, shall be said all that is appointed at the Communion, PREVENT us, O Lord, etc. until the end of the Homily, con- [Same as 1549. . cluding with the general prayer, Je prayers For Rain and For Fait ‘ for the whole state # of Christ's enther are here omitted, as also 13: Church militant here in earth : * and instead of 5 134] and one or more of these Collects be- $ 435. Upon the holy Days, etc. fore rehearsed, and occasion shait serve. Sarne as 1552.

$ In one ed , 1549, ‘ Through, etc. ” ? These two prayers, in eds. 15%8 ai 3 In ed. 4662, ‘ who. * all editions afterwards. are transpo “in ed. 1662, 4“ Jesus. ” to the Prayers at the end of tho Litañf, t In one ed., 1552, ‘* have ”omitled. See a 278. éIneds. t552andafterwards.‘ Amen" 8 Ïn one ed., 1552 and 1559. and som® added. afterwaras, ‘‘ estate. ” THE SUPPER OF THE LORD AND THE HOLY COMMUNION 427

beseech thee, in this our necessity, such moderate rain and showers, that we may receive the fruits of the earth, to our comfort and to thy honour; Through Jesus Christ our Lord.

                            For fair weather ?.

O LorD God, which for the sin of man, didst ence drown all the world, except eight persons, and afterward of thy great mercy, didst promise never to destroy it so again : We humbly beseech thee, that although we for our iniquities have worthily deserved this plague of rain and waters, yet, upon our true repentance, thou will send us such weather whereby we may receive the fruits af the earth in due season, and learn both by thy * punishment to amend our lives, and by the granting of our petition to give thee praise and glory : Through Jesu Christ our Lord.

  1. € Upon Wednesdays and Fridays, the English Litany shall be said or sung in all places, ufler such form as is appointed by the king's maÿesly's Injunctions : Or as is or shall be otherivise uppointed by hs highness ‘°, $S134. And though there be none lo communicate with the Priest, yet these days (after the Litany ended) the Priest shall put upon him a plain albe er surplice, with a cope, and say all things at the Allar (appointed to be said al the celebratione of the Lord's supper,) until after the offertory. And then shall add one or two of the Collects aforewritten, as occasion shall serve, by his discretion. And then turning him to the people shall let Ehem depart 1vith the accustomed blessing. $ 136. And'fha same order shall be used ail other days, ivhansoever the people be customably assembled to pray in the church, and none disposed lo communicate trith the Priest.

    Scotoh Liturgy, 1637. {The prayers For Rain and For Fair Weather are oinitted here, as also $ 433;

PREVENT us, O Lord, etc. and instead of8 434] [Same as 1549.] {The prayers For Rain and For Fair | 8135, € Upon the Sunduys and other Weather aro omitted here, as also $ 133; holy days (if there be no Commu- and instead of & 134] nion) shall be said all that is in- 8 435. {} Upon the holy days, etc. ted at the Communion, untit the Same as 1552.] end of the general Prayer |For the —— whole state of Cf Church melitant here in earth t!{ together Charles II. 1662. with one or more of these Collects PREVENT us, O Lord, etc. last before rehearsed, concluding Same as 1549.] with the Blessing.

$14. For avoiding * of all matters and occasion of dissension, tf is meet that the bread prepared for he Communion be made, through all this realm, after one sort and fashion : that is lo say, unleavened, and round, as il n'as afore, but svilhout all * manner ofprint, and something more larger and fhicker than il avas, so that it may be upily divided in divers pieces : and every one shall be diviled in two pieces, at the least, or more, by the discretion of the ministrr, and so distribulal. And men ** must not think less lo be received in part lhan in the whole, but in each of them the tchole body of our Saviour Jesu Christ.

     Elizabeth, 1550.                   rentiy eaten and drunk by such of
                                        the communicants only as the gres-

$ 137. And there shall be, etc. byter which celebiates shall take 8139. And if there be, etc. unto him, but it shall not be car- Ê 140. And in Cathedral, ete. ried out of the church. And to the S tit, And to take away. elc. end there may be little left, he that $ 142. And if any of the bread, etc. officiates is requirel lo consecrate [Same as 1552 throughout.| with the least, and Lhen if there Le want, the words of consecration may James I. 1604. be repeated again, over more, either $ 437. And there shall be, etc. bread or wine, the presbyter begin. S 139. {nul if there be, etc. ning at these words in the prayer $ 140. And in Cathedral, etc, of Consecration, * Our Saviour, S{#1. And to take away, etc. inthe night that the was be- Y 142, And if any of the bread, etc. trayed, * etc

 [Same as 1552 throughout.]                    Charles II. 1682.

                                      &1 37. € And there shall Le, ete,
 Scctoh Liturgy, 1837.                $ 4 39.4 And if there Le not, etc.
                                      4 40. € And'in Cathedral and, ete.

$137. And there shall be no publie [Name as 1552.j celebration of the Lord's Supper, $ 141. And to take away all occasion eztep{ there Le a sufficient number af dissension, and superstition, to communicate, iith the Presbyter, ichich any Person hath or sright acrording to his discrelion. have concerning {he Brealand Wine $ 139. And if there be not above, etc. it shall suffire that the Bread Le $ 140. And in Cathedral, etc. such as is usual to be eaten; but the [Same as 1552.] best and purest Wheat Bread thut convenientiy may de golten. S{4t. And lo take away the supersti- & 442. € And if any of the Bread and tion which any person hath or may Wine remain unconsecraleud, the Cu- have in the bread and wine, though rate shall have it to his own use: it be lawful to have wafer bread, it but if any remain of that which shall suffice that the bread be such was consecrated, il shall not be car- as is usual , yet the best and purest ried out of the Church, but the Wkheat Bread that conveniently may Priest and such other of the Com- de goiten. municants as he shall then call unto $ 142- And if him, shall immediately after the any of the bread and wine renain Blessing, reverently eat and drink which is consecrated, it shall be reve- the same.

% In two eds.; 1549, “ advoiding. ” 21 In three eds., 1549, # any manner. ” 35 in onc ed., 1549, the word ‘* men "” omiéled. 430 REVUE ANGLO-ROMAINE

$444. And forsomuch as the Puastors aud Curates ivithin this realm shall continually final at their cosls and charges in their cures sufficient breai and tvine for (he holy Communion as oft as their Parishioners shall le disposed for their emiritual comfort lo receive the same) it is therdfort ordered, that in recompence of such costs and charyes, Îhe Parishioners of every Parish shall offer every Sunday, al the time of the Offertory, tk Just valour Ÿ and price of he holy louf {with all such money and other things as were ivent Lo ba offered with the saine) to the use of their Pasiors and Curates, and that in such order and course, as hey ivere tont te find and pay the said holy loaf. 8145. 4150 that the receiving of the Sacrament of the blessed body and bleu of Chrisl, may be most agreable to the institution thereof, and lo the usagt of the prünilivs Church : In all‘ Cathedral and Collegiate churches, Bars shall ahvays some communicats with the Priest that ministereth. An that the same may be also observed every where abroad in the country : Some one at the least of that houss in every parish, lo whom by course. after the ordinance herein made, if appertaineth to offer for he charges of the Communion, or some other whom they shall provide to offer for them, shall receive the holy Communion with he priest : Lhe which may be the better done, for that they now before, when their course” cometh, and may therefore 1lispose themselres to the swvorthy receiving of tha Sacra- ment. And vit him or them who doth so offer the charges of the Con- munian, all other, who be then Godly disposed thereunto, shall ikeiris rereire the Communion. And by this means the Minister having ahrays some lo communicate with him, may accordingly solemnise so high anl holy mysleries, with all the suffrages and due order appointed for the samt. And the Priest on the week day shallforbear to celebrate the Communion. ercepl ha have some that will communicate ivith him.

    Second Edw. VI. 1552,                   also receive the Sacraments, and
                                            other rites, according to the order

S 414. À The bread and wine for the in 3 this book appointed. And yeark Communion shall be provided by at Easter, every Parishioner skill the Curate. and the churchwardens, reckon with his Parson, Vicar, or at the charges of the Parish, and Curale, or his, or their depaty w the Parish shall be discharged of deputies, and pay lo them or him such sums of money, or other duties, ail ecclesiastical dulies, accustoma- «which hitherlo they hare paid paid bly due, then and at that Lime ts ke for the sume, by order of their paid À, houses every Sunday.

{The rubrics8 145, ÿ 146, $ 447,8 148, are omitted in 4552 and subsequent Elizabeth, 1550. editions.| S 144. The breud and tine, etc. $ 149. € And note, that every Paris- [Same as 1552, hioner shall rommunicate, at the least three times tn the yenr : of $ 149, And note that every, etc. «hich, Easter lo be one : and shall Name as 1592.]

% Thus in all the eds. of 1549. #Inoneed., 1532, and 1559, ‘orderoi.” {In one ed , 4549, ‘* ail ” omitited, “ This rubric is representend by E $* ? In two eds., 1552, “ courses. ” of 1549. THE SUPPER OF TBE LORD AND THE HOLY COMMUNION 431

£246, Furlhermore, every man and woman to be bound lo hear and be at the divine service, in the Parish church where they be resident, and there iith devout prayer, or Godly silence and medilation, lo occupy themsslves there to pay their dutien, lo communicate once in {he year at the leust, and there lo receive and take all other Sacraments and rites, in this book appointed. $ 147. And whosoever willingly, upon no just cause, dolh absent themselves, or doth ungodiy in the Parish church occupr themselves : upon proof thereof, by the Ecclesiastieal lawn of the Realm, to be excom- municale, or suffer other punishment, as shall to the Ecclesiasticai judge \according lo his discrelion) seen conventent.

$ 48. And although ü be read in ancient writers, that (he people. many years past, received al the Priest's hands the Sacrament of the body of Christ in their own hands, and no commandment of Christ to the contrary : Yet forasmuch as they many times conveyed the same secretly airay, kept il acilh them, and diversely abuse il to superstition and wickdness : lest any such thing hereafler should be attempted, and that an uniformity mighl be used throughout the whole Roal, it is thought convenient the people rommonly receive the Sacrament of Christ's body in their mouths, at the Priestx hand.

      James I. 1604.                                Charles II. 1862.

S 144. The Bread and Wine, etc. $ l44, © The Bread and Wine for the Communion shall be provided [Same as 1552.| by the Curate and the Churchwar- dens, at the charges of the Parish. $ 149. And note that every, etc.

        [Same as 1552.]
                                         8 149. € And note, that every Paris-
                                           hioner shall communicate at the
                                           least three times in the year, of
                                             which Easter to be one. And yearly
                                             at Easter cvery Parishioner shall
                                             rechkon with the Parson, Vicar, or
  Scotch Liturgy. 1637.                      Curate; or his or their Deputy, or
                                             Deputies, and pay to them or him

st4$. The Bread and Wine for the all Ecclesiastiral duties, accusto- Communion shall be provided by mably due, then and at that lime the Curate and the Churchwardens, to be paid 5. at the charges of the Parish.

S149. And note, that every paris- $ 4150, € After the Divine Sertire hioner shall communicate at the ended, the money given at the Of- least three times, in the year, of f'erlory shall be disposed of to such tchich Pasch or Easter shall be one ; pious and charitable uses, as the and shall also receive the Sacra- Minister and Church-wardens shall ments, and obserte other rites, think fit. Wkherein if they disagree, according to the order in this book it shall be disposed of as the Grdi- appointed. nary shall appoint.

                          » Sce rubrics in Scotch ed.

CE

 432                            REVUE ANGLO-ROMAINE

SP

         Second Edw. VI. 1552.                          Elizabeth,    1569.

es

 8151.56 Although no order can be so              {The above rubric is omitted.}
  perfectly devised, but if may be of
  some, either for their ignorance
  and infirmity, or else of malice and                   James I. 1604.
  obstinacy, misconstrued dexr'aved,              {The above rubric is omitted.}
  and inlerpreted in a wrong part :
  And yet because brotherly charity
   willeth, that so much as conrenien-              Scotch Liturgy, 1087.
   tly may be, offenres should be taken
   away : thcrefore we willing to do              [The above rubric is omitted.|
   the same. Whereas it is ordained
   tn the book of common prayer, în
   the administration of tke Lords                     Charles II. 1842.
   Supper, that the Communicants
   äneeling should reccive the hoiy           S 151. Whereas it is ordained in this
   Communion : which thing being                Office for the Administration of the
   well meant, for a signification of the       Lord's Supper, that the Communi-
   humble and grateful acknowledging            cants shoulti receive the same Knec-
   of the benefits of Christ, given unto        ling; (which Order is well meañt,
   the worthy receiver, and lo avoid            for a signification of our kumbl
   the    profunation     and    disorder,      and grateful acknoivledgement of
   tchich about the holy Communion              the benefits of Christ therein give
   might else ensue : lest yet the same         to all worthy Receivers, and fer
   Aneeling might be thought or taken           the aroiding of such profanalien,
   otherwise, whe do declare that it is         and disorder in the holy Commui-
   not meant thereby, that any adora-           nion, as might otherwise ensuei Yet.
   tion is done, or ought ta be done,           lest the same Kneeling should ty
   either unto the sacramental bread            any persons, either out of ignorance
   er wine there bodily received, or lo         and infirmily, or out of malice ané
 - ang real and essential presence there        obstinacy, be miconstrued and dr-
   being of Christs natural flesh and           praved; Ît is here declared, that
   blood. For às concerning the sarra-          thereby na Adoration is intended.
   snental bread and aie, 1hey re-              or ought to be done, cither uno th
   main still in their very natural             Sacramental bread or avine, there
   substancel, and tacrefore may not            bodily received, or unto any Corps
   be aûored, for that were Idolotry            ral Presence    of   Christs natural
   to be abkorred of all faithfut               Flesh, and   Blood. For the Saer:-
   Christians, And as concerning the            mental bread and wine remain still
   natural body and blood of our Sa-            in their very Nälural body ani
   viour Christ, they are in heaven and         blood of'our Saviour Christ are fi
   not here. For il is against the truth        Heaven and not here: it in]
   of Chrisls true natural body, to be          against the truth of Christ Naiurel
   in more places than în one al one            body, to be at one      lime in mer
   time.                  ‘                     places than one.




   7 In one od., 1552, this paragraph is      dent from the signatures, was addei
 fourih in order. liis printed on a sepa-     afterwards, Several copies are withoui
 rate leaf in other copies, and, as is evi-   it altogether.




                                  Le Direcleur-Gérant :      FERNAND Ponrar.

                 PARIS, —— IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, ÂT,

{r ANNÉE DTES 6 JUIN 189%

                             REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu es Petrus, et su- Spiritus Sanotus po- per hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecclosiam gore Ecclosiam Dei. meam ... ot tibi dabo claves ... ACT. xx. 28. NATTH. XVI. 18-19.

                              SOMMAIRE :
                                             :                                     rase
    Right Hon. W.E. Grapsronr.         Mémoire sur la question des ordi-
                                         nations anglicanes........ ss                433
                      F. Portaz....    Léon XIIL et Gladstone...... EN                451
                                       Chronique.— Revue de la Presse.                52
                        Documents.     Discours prononcé par l'Arche-
                                         vêque   d’York   au   Congrès       de
                                         Norwich (octobre 1895). — Un
                                         article du Church Times, ..........          465



                                  PARIS
        RÉDACTION               ET      ADMINISTRATION
                             17, RUE CASSETT&


                                      1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES FRANCE À LA PAGE. UN AN............ ...... 20fr. | La page.......... so... 30 fr. BIX MOIS ................ 41 fr. | La 1/2 page ............ 20 fr. TROIS MOIS ............... 6 fr. | Le 4/4 page.........,...,.. 40fr.

               ÉTRANGER                                      À LA LIGNE :
    UN AN..................          25 fr. | Sur 4/2 colonne: la ligne.            1fr.
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    TROIS mo1S...............         7 fr
                                                  Les annonces sont reçues
                       France... Ofr. 50 | Aux bureaux de la Revue,
    LE NUMÉRO ÉTRANGER... 0 fr. 60 | 17, rue Cassette, Paris.
     Les opinions émises dans les articles signés              n'engagent que la
                             responsabilité des auteurs.



      ALFRED MAME et FILS, Éditeurs

                  LITURGIE ROMAINE

MEMOIR ON ANGLICAN ORDERS

The question of the validity of Anglican orders might seem to be of limited interest if it were only to be treated by the ainount of any immediate, practical, and external consequences, likely to follow upon any discussion or decision that might now be taken in respect toit. Forthe clergy of the Anglican communions, numbering between 30,000 and 40,000, and’for their flocks, the whole subject is one of settled solidity. In the Oriental Churches, there prevails a sentiment ofincreased and increasing friendliness towards the Anglicen Church, but no question of actual intercommunionis likely at present to arise, while happily no system of proselytism exists to sel a blister on our mulual relations. In the Latin Church, which, from its magni- tude and the close tissue ofits organization overshadows all Western Christendom, these orders, so far as they have been noliced, have been commonis disputed, or denied, or treated as ifthey were null. A positive condemnation of them, if viewed drily in its letter, would do no more than harden the existing usage of reordination in the case,which at most periods has been a rare one,ofAnglicanclergy who might seek admission to the clerical order in the Roman Church. But very different indeed would be the moral aspect and effect of a formal, autorized investigation of the question at Rome, to whi- chever side the result might iscline. Itis to the last degree impro- bable that a ruler of known wisdom would al this time put in motionthe machinery of the Curia for the purpose of widening the breach which severs the Roman Catholic Church from a communion which, though small in comparison, yet is extented through the large and fast increasing range of the English-speaking races, and which represents, in the religious sphere, one of the most powerful nations of European Christendom. According to my reading of history, that breach is indeed already a wide one; but the existing schism has not been put into stereotype by any anatherma, or any express renuncia- tion of communion, on either side. As an acknowledgment of Angli- REVUE ANCLO-ROMAINE. — T. 11, — 28 434 HEVUE ANGLO-ROMAINE

can orders would not create intercommunion, so a condemnation of them would not absolutely excommunicate; but it would be à step, and even morally a stride, towards excommunication ; and it would stand as a practical affirmation of the principle that it is wise lo make the religious differences between the Churches of Christendom more conspicuous to the world, and also to bring them into a stale of the highest fixity, so as to enhance the difficulty of approaching them at any future time in the spirit of reconciliation. From such a point of view, an inquiry resulting in a proscription of Anglican orders would be no less important than deplorable. Butthe information, which I have been allowed through the kind- ness of Lord Halifax to share, altogelher dispels from ny mind every apprehension of this kind, and convinces me that if the inves- tigations of the Curia did not lead to a favourable result, wisdomand charity would in any case arrest them at such a point as to prevent their becoming an occasion and a means of embittering religious con- troversy.

Il 'turn, therefore, to the other alternative, and assume, for the sake ofargument, that the judgment of the examining tribunal would be found either to allow upon all pointsthe preponderance of the contentions on behalf of validity, or at the least to place beyond controversy at least a portion of the malters which enter into the es- sence of the discussion. 1 will for the present take it for granted that these fall under three heads.

  1. The external competency of the consecrators,
  2. The external sufficiency of the commission they have conferred,
  3. That sufficiency of intention which the 41th canon of te Council v{Trent appears to require.

Under the first head, lhe examination would of course include, in addition to the consecration of Parker, and the competency of his consecralors, the several cases in which consecrators oulside the English line have participated in the consecrations of Anglican Bishops, and have in this manner furnished independent grounds for the assertion of validity. Even the dismissal from the controversy of any one of these three heads would beinthe nature of an advance towards concord, and would be so far a reward for the labours of His Holiness Pope Leo XI in furtherance oftruth and peace. But} may be permitted to contemplate for a moment, as possible or likely. even the full acknowledgment that, without reference to any other real or supposed poinis of controversy, the simple abstract validity MEMOIR OX ANGLICAN ORDERS 435

wf Anglican consecrations is not subject to reasonable doubl. And now Ï must take upon me to speak in the only capacity in which it can be warrantable for me to intervene in a discussion pro- perly belongingto persons of competent authority. That is the capa- ritx of an absolutely private person, born and baptized in the Angli- «an Church, accepting his lot there as is the duty of all who do not find that she has forfeited her original and inherent privilege and place. 1 may add that my case isthat of one who has been led by the cireumstances both of his private and of his public career to a life-long and rather close observation of her character, her fortunes, and the part she has to play inthe grand history of redemption. Thus it is that ber public interests are alsu his personal interests, and that they require or justify whatis no morethanhisindividualthought upon them.

 Be is not one of those who look for an early restitution of such à

Christian unity as that which marked the earlier history of the Church. Yet he even cherishes the belief that work may be done in that direction which, if not majestic or imposing, may nevertheless be legitimate and solid, and this by the least as well as by the grealtest.

 It is the Pope who, as Lhe first Bishop of Christendom, has the no-

blest sphere of action; but the humbiest of the Christian flock has his place of daily duty, and, according as he fiils it, helps to make or mar every good and holy work.

 Ia this character the writer has viewed with profound and thankful

satisfaction, during the last half century and more, the progressive advance of a great work of restoration in Christian doctrine. It has not been wholly confined, within his own country, to the Anglican Communion; but it is best Lhat he should speak of that which has been most under his eye. Within these limits, ithas not been confined to doctrine, but has extended to Christian life and all ils workings. The aggregate result has been that it has brought the Church of England from a state externally of haleyon caim, but inwardly of deep stagnation, to one in which, while buffeted more or less by external storms, subjected to some peculiar and searching forms of trial, and even now by no means exempt from internal dis- sensions, she sees her clergy transformed {for this is the word which may advisedly be used), her vital energies enlarged and still growing in every direction, and a store of bright hopes accumulated that she may be able to contribute her share, and even possibiyno mean share, 436 REVUE ANGLO-ROMAINE vwards the consummation of the work of the Gospel in the worlë. Now the contemplation of these changes by no means uniformiy ministers to our pride. They involve large admissions of collective fault. This is not the place, and Ï am not the proper organ, for expo- sition in detail. But 1 may mention the widespread depression of the evangelical doctrine, the insufficient exhibition of person and work of the Redeemer, the coldness and deadness as well as the infrequency of public worship, the relegation of the Holy Eucharist to impoverished ideas and to the place of one (though doubtless a solemn one) among its occasional incidents, the gra- dual effacement of Church observance from personal and daily life In all these respects there has been a profound alteration, whichis still progressive, and which, apart from occasional extravagance or indiscretion, has indicated a real advance in the discipline of souls. and in the work of God on behalf of man. A single-minded allegiance to truth sometimes exacls admissions which may be turned te account for the purpose of inflicting polemical disadvantage. Such an admission Ï must now record. It is nol to be denied that a ven large part of these improvements has lain in a direction which ha diminished the breadth of separation between ourselves and the authorized teaching of the unreformed Church both in East and West, so that, while on the one hand they were improvementsin religious doctrine and life, on the other hand they were testimonials recorded against ourselves and in favour of bodies oulside our own precintt: that is to say, they were valuable contributions to the cause el Christian reunion.

With sorrow we noted that, so far asthe Western Church wa concerned, its only public and corporate movements, especiallr in 1870 seemed to meet the approximations made amongus with some thing of recession from us. But it is not necessary to open further this portion of the subject : « redeunt Safurnta regna ». Certain publi- cations of learned French priests, unsuspected in their orthodur. which went to affirm the validity of Anglican ordinations, natura‘ excited much interest in this country and elsewhere. But there w nothing in them to ruflle the Roman atmosphere, or invest the subie. in the circles of the Vatican, with the character of administrati- urgency.

When, therefore, it came to be understood that Pope Leo XII. ta: given his commands that the validity of Anglican ordinations :L.. : form the subject of an historical and theological invesligation. it vw: MEMOIR ON ANGLICAN ORDERS 437 impossible not to be impressed with the profound interest of the considerations brought into view by such a step, if interpreted in accordance with just reason, as an effort towards the abatement of controversial differences. There was, indeed, in my view, a subject of thought, anterior to any scrutiny of the question upon its intrinsic merits, which deeply impressed itself upon my mind. Religious controversies do not, like bodily wounds, heal bythe genial force of nature. If they do not proceed to gangrene and to mortification, at least they tend to har- den into fixed facts, to incorporate themselves with law, character, and iradition, nay, even with language; so that at last they take rank amongthe dala and presuppositions of common life, and are thought as inexpugnable as the rocks of an ironbound coast. À poet of ours describes the sharp and total severance of two early friends :

               ‘ They parted, ne’er to meet again,
               ‘* But never either found another
               *< To free the hollow heart from paining.
               ‘* They stood aloof, the scars remaining.
               # Like cliffs, which had been rent asunder,
               * À dreary sea now rolls between, ”{

Let us remember that we are now far advanced in the fourth cen- tury since the Convocation of Canterbury, under Warham, in 1531, passed its canon or resolution on the Royal Governorship of the Church and thereby on the Papal juridiction. How much has happened during those centuries to inflame the slrife, how littleto abate or quench it! What courage must itrequire in a Pope, what an elevation above all the levels of stormy parti- sanship, what genuineness of love for the whole Christian flock, whether separated or annexed, to enable him to approach the huge mass of hostile and still burning recollections in the spirit and for the purposes of peace ! | And yet, that is what Pope Leo XIII has done, first in entertai- ning the question of this inquiry, and secondly, in determining and providing, by the infusion both of capacity and of impartialily into the investigating tribunal, that no instrument should be overlooked, no guarantee omitted, for the probable attainment of the truth. He who bears in mind the cup of cold water administereld to ‘ one of these little ones ” will surely recordthis effort stamped in its very inception as alike arduous and blessed. Et Corerider’s Chrislabel. Fe F

    ;

L: 438 REVUE ANGLO-ROMAINE

              But what of the advantage to be derived from any proceeding which
            shaïl end, or shall reduce within narrower bounds, the debate upon
            Anglican orders? } will put upon paper, with the utmost deferener
            to authority and better judgment, my own personal and individual,

4
            and, as I freely admit, very insignificant, reply to the question.
              The one controversy which, according to my deep conviction,
            uvershadows, and in the last resort absorbs all others, is the con-
Es




            troversy between faith and unbelief. It is easy to understand the
s
            reliance which the loyal Roman Catholic places upon the vast orge-

Fe mort LA nization and imposing belief and action of his Church, as his provi- #: Le " sion for meeting the emergency. But! presume that even he must 5 feel that the hundreds of millions, who profess the name of Ghrisi .

è.

Es. Le without owning the authority of his Church, must count for some- ë thing in the case, and that the more he is able to show their afir- :

< mative belief to stand in consonance with his the more he streng- thens both the common cause — for surely there is a common cause — and his own particular position. If out of every hundred professing Christians ninety-nine assert, PAS

            a:nidst all their separate and clashing convictions, their belief in the
            central doctrines of the Trinity and the Incarnation, will not ever;
            member of each particular Church or community be forward tv
            declare, will not the candid unbeliever be disposed freely to admit,
            that this unity amidst diversityis a great confirmation of the faith.
            and a broad basis on which to build our hopes of the future?
              Inow descend to a level which, if lower than that of these trans-
            cendent doctrines, is still a lofty level.
              The historical transmission ofthetruth bya visible Church withan
            ordained constitution is a matter of profound importance according
            to the belief and practice of fully three-fourths of Christendom.
            these three-fourths I include the Anglican Churches, which are pre-
            bably required in order to make them up.

              Lt is surelv better forthe Roman and also the Oriental Church te
            find the Churches of the Anglican succession standing side by side
            with them in the assertion of what they deem an important Christian
            principle than to be obliged to regard them as mere pretenders in
            this belief and pro fanto to reduce the ‘* cloud of witnesses ” willing
            and desirous lo testify on behalf of the principle. These considera-
            tions of advantage must, of course, be subordinated to historic trufh.
            but for the moment advantage isthe point with which I deal.
              Ï attach no such value to these reflections as would warrant my

MEMOIR ON ANGLICAN ORDERS 439

lendering them for the consideration of anyÿ responsible person, much less of one laden with the cares and responsabilities of the highest position in the Christian Church. On the other hand, there is nothing in them which requires that they should shrink from the light. They simply indicate the views of one who has passed a very long life in rather intimate connexion with the Church of this country, with its rulers, its members, and its interests. 1 may add that my political life has brought me much into contact with those independent religious communities which supply an important religious factor in the religious life of Great Britain, and which, speaking generally, while they decline to own the authority either of the Roman or ofthe National Church, yet still allow to what they know as the eslablished religion no inconsiderable hold upon their sympathies. In conclusion, it is not for me to say what will be the upshot ofihe proceedings now in progress at Rome. But be their issue what it may, there is, in my view, no room for doubt as to the attitude which has been taken by the actual head of the Roman Catholic Church in regard to them. It seems to me an attitude in the largest sense paternal, and, while it will probably stand among the latest recollections of my tifetime, it will ever be cherished with cordial sentiments of reve- rence, of gratitude, and of high appreciation.

                                             VW. EE. GLADSTONE.


   Hawarden, mas 1896.

MÉMOIRE SUR

LA QUESTION DES ORDINATIONS ANGLICANES

Le mémoire de M. Gladstone, dont nous venons de reproduire le texte «1 dont nous donnons la traduction, a été remis directement par M. Portal à S. Em. le cardinal Rampolla, secrétaire d'Etat de Sa Sainteté.

Le Times, qui a publié le mémoire de M. Gladstone dans son numéro lu 1°* juin, en a reçu communication parle billet suivant de Sa Grâce l’arche- vôque dYork : Au directeur du Times. Monsieur, j’espère qu'il vous sera possible de faire place dans le Times à l'intéressante et importante lettre ci-jointe de M. Gladstone, qui ena autorisé la publication. Fidélement vôtre, NVILLELM., Ebor. Bishopthorpe, York, may 1896.

La question des Ordinations anglicanes pourrait sembler d'un intérêt secondaire, si onl'envisageait seulement au point de vue des vonséquences pratiques et extérieures immédiates d’une discussion ou d'une décision quelconque rendue à leur sujet. Pour le clergé de la communion anglicane, dont les membres s'élèvent au chiffre de 30 à 40 000, pour ses ouailles, la question ne soulève aucune incertitude. Dans les Églises orientales un sentiment de bienveillance vis-à-vis de l'Église anglicane grandit de jour en jour, bien qu'il ne soitpas probable cependant de voir s'établir encore des liens de communion vis-à-vis l’une de l’autre. Heureusement le système irritant du prosélytisme n'existe pas entre elles. Dans l'Église latine, qui par sa grandeur et sa vaste organisation rejette au second plan le reste de la chrétienté occidentale, quand on s'est occupé des ordinations anglicanes, on les a discutées, niées ou lrailées comme si elles étaient nulles. Une condamnation positive de ces ordinations, prise en elle-même, ue ferait autre chose que confirmer la pratique de réordination usilée dans le cas généralement assez rare où des membres du clergé anglican désireraient prendre place dans les rangs du clergé romain. s

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Mais, au point de vue moral, l'effet certain d'une enquête formelle et autorisée serait d’une nature bien différente, que la décision fût dans un sens ou dans un autre. Un chef dont la sagesse est connue, ne mettrait certainement pas en branle tous les rouages de la Curie pour élargir encore davantage la brèche ouverte entre l'Église romaine et une communion plus petite, sans doute, mais qui se répand partout où se propagent et grandissent les races de langue anglaise, et qui représente dans la sphère religieuse une des plus puissantes nations de la chrétienté européenne. D'après mes appréciations, cette brèche, en vérité, est déjà bien large dans le passé; mais le schisme n'est irrévocablement établi, ni de part ni d'autre, par aucun anathème ou par aucune répudiation expresse de communion. Et comme une reconnaissance des ordres anglicans ne créerait pas la communion, de même une condamnation ne serait pas, à la rigueur une excommunication. Mais ce serait un pas, et même moralement un grand pas, vers l'excommunication. De plus, une condamna- tion viendrait affirmer pratiquement la sagesse du principe en vertu duquel il paraît bon de mettre toujours davantage en relief les différends religieux qui séparent les Églises, de les fortifier le plus possible, afin d'augmenter les difficultés de réunir plus tard ces diverses Églises dans un esprit de conciliation. A ce point de vue, les conséquences d'une enquête aboutissant à une con- damnation seraient également déplorables. Les renseignements que Lord Halifax a eu la bonté de me transmettre éloignent de mon esprit une telle appréhension. Et j'ai la certitude que siles recherches de la Curie n'arrivaient pas à un résultat favorable, la sagesse et la charité ne leur permettraient pas de devenir une occasion et un instrument d’aigreur dans les controverses religieuses. Aussi j'envi- sagerai seulement l'autre alternative, et tout mon raisonnement reposera sur l'hypothèse que le tribunal constitué admettra dans sa décision la force prépondérante des raisons prouvant la validité, ou du moins placera au-dessus de toute controverse cerlains éléments essentiels de la discussion. Pour le moment, je suppose que ces éléments essentiels se réduisent à trois : 1° Le caractère des consécrateurs, 2° La suffisance durite, 3° Le degré d'intention que semble requérir le concile de Trente dans le XI° canon {de la VII* session). Sous le premier chef, l'examen viserait, outre le fait de la consé- cration de Parker et la compétence de ses consécrateurs, plusieurs vonsécrations d'évêèques anglicans accompiies par des ministres ne se rattachant pas eux-mêmes à la tige anglaise. On fournirait ainsi en faveur de la validité des raisons tirées de sources indépendantes. Et même si on ne parvenait qu’à mettre hors de contestation un 442 REVUE ANGLO-RONAINE

seul deces trois éléments, il y aurait un progrès réel vers laconeorde. Les efforts accomplis par Sa Sainteté le Pape Léon XIII, en vue du triomphe de la vérité et de la paix, trouveraient encore là une récompense. Mais, laissant de côté, cependant, tout autre point de controverse réel ou imaginaire, il me sera bien permis de supposer que la pleine reconnaissance des ordres anglicans ne peut soulever un doute raisonnable. Et à présent il me faut prendre sur moi de parler, uniquement selon mes moyens, dans une discussion qui relève des autorités compt- tentes. Je parle en homme absolument privé, né et baptisé au sein de l'Église anglicane, acceptant mon sort dans cette Église, comme c'est le devoir de tous ceux qui ne jugent pas qu'elle a dégénéré et perdu ses droits primordiaux et naturels. Personnellement, je puis bien l'ajouter, j'ai été amené par les circonstances particulières de ma v'e privée et de ma vie publique à étudier d'assez près et d'une manière constante le caractère de l'Église anglicane, ses différentes vicissitudes et le rôle qu'il lui appartient de jouer dans la grande histoire de Ka Rédemption. À cause de tout cela les intérêts publics de l'Église d'Angleterre sont aussi les intérêts privés de l’auteur de cet éerit, ils expliquent et justifient l'expression de ses idées personnelles. L'auteur n’est pas de ceux qui s’attendent à une restauration pro- chaine de l'unité chrétienne telle qu'elle existait dans les premiers siècles de l'Église. Il ose cependant entretenir la douce conviction qu'il est permis de travailler à la réaliser. Mème si le travail accom- pli ne produit pas des résultats magnifiques et grandioses, il peut être bon et durable, et le plus petit comme le plus grand peut li consacrer ses efforts. ‘ Le Pape, le premier évèque de la chrétienté, occupe la sphère d'action la plus noble, mais le plus humble membre du troupesit chrétien a sa tâche dans le travail de chaque jour. Par sa manière dr la remplir il contribue à la perfection ou à l'imperfection de toute œuvre sainte. Humble chrétien, l'auteur de cet écrit a constaté, aver une satisfaction profonde et avec reconnaissance, le progrès conslaul d'une restauration chrétienne. Dans son propre pays cette œuvre n'ésl pas restée confinée dans la communion anglicane, mais il est mieu pour lui de se restreindre à parler de ce qu'il a vu de ses veux. Con- sidéré dans ces limites, le mouvement de restauration ne s'est pas borné à la doctrine, il a pénétré jusque dans toutes les manifes- tations de la vie chrétienne. Il & eu pour résultat de faire sortir l'Église d'Angleterre d'un calme extérieur qui cachait une véritable stagnation, pour la jeter dans uï état où, tandis qu'elle subit des orages extérieurs et des épreuves particuliérement aiguës — mêine à présent, elle n’est pas tout à fai exempte de divisions intestines — elle voit son clergé transformé | MÉMOIRE DE M. GLADSTONE 443

terme est employé avec juste raison},ses énergies vitales augmentent et grandissent dans toutes les directions, enfin des espérances nom- breuses et belles font entendre qu’elle sera à même de concourir, et non pour une faible part, au triomphe de l'Évangile dans le monde. Constater ces changements n'augmente pas toujours notre fierté. Ils impliquent en effet de longs aveux des fautes de notre Église. Ce n'est pas lelieu et je ne suis pas l'organe convenable pourles dire en détail; maisje puis mentionner le grand affaissement de la doctrine chré- tienne, l'insuffisance de la manifestation de la personne et de l'œuvre du Rédempteur, le manque de zèle et le défaut de piété dans le culte, la rareté de l'office public, une conception amoindrie de la Sainte Eucha- ristie dont la célébration était dévote mais peu fréquente, l'efface- ment graduel des coutumes de l'Église dans la vie quotidienne de la famille. En tout cela il va eu un changement profond qui se continue encore. Et, si nous mettons à part certaines extravagances ou des indiscrétions accidentelles, ce changement marque un progrès dans la vie spirituelle des Ames et dans l'œuvre de Dieu en faveur des hommes. S’incliner loyalement devant la vérité impose parfois des aveux qui nous mettent en position désavantageuse dans les contro- verses.

Je dois en ce moment faire un de ces aveux. Une très grande partie des changements opérés tendent à nous rapprocher de la doctrine autorisée des Églises d'Orient et d'Occident qui n’ont pas subi la Réforme. Si d'un côté j’affirme que des progrès de la vie religieuse s'accomplissent, j'avoue de l'autre que ces mêmes progrès sont des témoignages authentiques déposant contre nous en faveur des Églises étrangères. En d'autres termes ces progrès contribuent grandement à la cause de la réunion chrétienne. Nous avons dû constater avec tristesse que les démonstrations publiques et corporatives, en particulier de l'Église occidentale, spécia- lement celle de 1870, semblaient répondre à nos avances par une sorte d'éloignement. Mais il n’est pas nécessaire d'insister là-dessus: ruleunt Saturnia ragna. Certaines publications de prêtres français, qu'on ne peut suspecter dans leur orthodoxie, tendant à affirmer la validité des ordinations anglicanes, ont naturellement excité beau- coup d'intérêt dans ce pays et à l'étranger. Cependant, il n’y avait à rien de nature à agiter le monde romain, rien de nature à faire doaner par les milieux du Vatican un caractère d'urgence officielle au sujet traité. Aussi, en apprenant que, sur l’ordre de Léon XIK, la validité des ordinations anglicanes devait être l’objet d’une enquête historique et théologique, ü a été impossible de ne pas apercevoir l'intérêt profond que les mobiles d'une telle décision mettaient en évidence, si elle était interprétée, avec juste raison, A44 REVUE ANGLO-ROMAINE

comme un effort accompli pour diminuer le nombre de points controversés. Assurément, il y avait selon moi un sujet de réflexion qui s'imposait avant même toute recherche de l'importance intrinsèque de la ques. tion, et qui s'était fortement emparé de mon esprit. Les controverses ne ressemblent pas aux plaies du corps que la nature bienfaisante guérit. Si elles n'arrivent pas à la gangrène et à la mort, du moins, elles durcissent; figées en faits consistants, elles font corps avec la loi, le caractère, la tradition et même avec le langage, de manière à finir par prendre rang parmi les data et les axiomes de la vie commune.

On les croit aussi inexpugnables que les rochers d'une côte inac- cessible. Un de nos poêtes décrit la séparation déchiränte et com- piète de deux vieux amis:

    Ils se sont séparés pour ne plus se rencontrer encore;
    Ni l'un ni l'autre n'a trouvé quelqu'un
    Pour décharger la peine de son cœur abandonné;
    Ils se sont tenus à l'écart, les cicatrices restant,
    Comme les falaises coupées en deux:
    Une mer lugubre roule maintenant entre les bords,

l y a bientôt quatre siècles, nous devons nous en souvenir, que ls convocation, tenue sous Warham en 15414, a voté un canon où une résolution relative à la puissance royale sur l'Église et qui touchait ainsi à la juridiction du Pape. Depuis, combien d'événements de nature à envenimer les conflits et combien peu de nature à les apaiser, quel courage doit avoir un Pape, à quel point il doit s'élever au-dessus des violents orages de l'esprit de parti, quelle sincérité d'amour pour toutes les ouailles du Christ, soitséparées, soit unies, quelle audace ne lui faut-il pas pour oser approcher avec des désirs de paix cette masse énorme de sou- venirs haineux et encore brülants ! Eh bien, c'est là ce qu'a fait Léon XIIT, d’aborden concevant l'idée de cette enquête, et puis en prenant soin, par la constitution savante et impartiale du tribunal chargé de l'enquête, qu'aucun moyen st soit négligé, qu'aucune garantie ne soit omise pour arriver plus facilement à la vérité. Celui qui se souvient « du verre d'eau fraîche donné à un dec

         1 They parted, ne'er to meet again,
         But never either found another
         To free the hollow heart from paining.
         They stood aloof, the scars remaining,
         Like clifs, wich had beon rent asunder,
         À dreary sea now rolls beiween. (CoLerinaz’s Chris/abel.}

MÉNOIRE DE M. GLADSTONE AS

petits » se souviendra assurément de cette tentative qui, dès son ori- gine,est apparue entourée de difficultés comme aussi de bénédic- tions. Et maintenant, quel avantage résulterait-il d’une démarche qui en finirait avec la controverse des ordinations anglicanes ou du moins en rétrécirait les limites? Avec le plus grand respect pour l'autorité et pour un jugement plus compétent, je vais écrire ma réponse per- sonnelle et, comme je l'admets simplement, ma très insignifiante réponse à cette question. La seule controverse qui, d'après ma profonde conviction, dépasse et finalement absorbe toutes les autres est la controverse entre la foi et l'incrédulité. Il est facile de comprendre la confiance d'un catho- lique romain dans la vaste organisation de son Église, dans son impo- sante croyance et dans son activité. Ce sont là des forces de réserve pour affronter les dangers à courir en des crises périlleuses. Mais je présume que, même pour lui, lescentainesde millions d'hommes pro- fessant le nom du Christ sans reconnaitre l'autorité de l'Église romaine, doivent compter pour quelque chose. Il sera d'autant plus autorisé à démontrer que leurs affirmations de foi ne concordent pas avec sa croyance, qu’il défendra mieuxla causecommune—car ilyaune cause commune — et sa position particulière. Sur cent chrétiens, si quatre- vingt-dix-neufaffirmentqu'ilseroientaux vérités capitales dela Trinité et de l'Incarnation malgré certaines croyances diverses et opposées, tous les membres de chaque Église ou de chaque commu- pauté particulière ne déclareront-ils pas avec empressement — l'incroyant loyal nesera-t-il pas disposé admettre volontiers — que cette unité dans la diversité contribue fortement à confirmer la foi et fournit une large base sur laquelle nous pouvons édifier nos espé- rances pour l'avenir? Je descends des hauteurs transcendantes de ces doctrines, mais pour rester encore sur un terrain bien élevé. La transmission de la vérité à travers les siècles par une Église visible divinement instituée est, selon la croyance et la pratique de plus des trois quarts de la chrétienté, une matière de profonde im- portance. Dans ces trois quarts je compte lés Églises anglicanes; sans elles, en effet, on ne pourrait, selon toute probabilité, arriver à cette estimation. Il est mieux assurément pour l'Église romaine et aussi pour l'Église orientale de voir les Églises de la confession anglicane s'unir à elles pour. affirmer leur croyance & ce grand principe chrétien que d'être obligées de les traiter comme n'ayant que des prétentions sans réalité, et pro tanto, d’être obligées de di- minuer la nubem fesiium des chrétiens prêts à rendre témoignage en faveur du principe. Ces considérations basées sur l'avantage qui résulterait d'une telle possibilité doivent être avec raison subor- 446 REVUE ANGLO-RONAINE

données à la vérité historique; mais en ce moment je n'ai voulu précisément m'arrêter que sur cet avantage. Ces pensées, il me semble, n'ont pas une assez grande valeur pour que je me permette de les offrir aux considérations de personnes constituées en dignité, moins encore à celui sur qui retombent is responsabilités et les angoisses de la plus haute position qui existe dans l'Église chrétienne. D'un autre côté rien, dans ces réflexions. n'empêche qu'elles soient publiées. Elles indiquent simplement is idées d'un homme qui a passé une très longue vie en rapports assez intimes avec les chefs et avec les membres de l’Église de ce pays : dont les intérêts lui ont toujours éié si chers. Je puis ajouter que ma vie politique m'a souvent mis en contact avec les communautés reli- gieuses indépendantes, qui constituent un facteur important dansk vie chrétienne de la Grande-Bretagne, et qui tout en refusant d'ad- inettre l'autorité de l'Église romaine ou de l'Église nationale per- mettent à cette dernière, qu'elles reconnaissent comme religion d'É- tat, d'occuper une place assez grande dans leur cœur. En finissant, il ne n'appartient pas de préjuger des résultatsdes dé- marches qui se fontà Rome. Quels qu'ils soieni, il ne peut y avoir dans mon opinion le moindre doute sur la nature de l'attitude prise par le chef actuel de l'Église catholique romaine au sujet de ces dé- marches. Selon moi c'est une attitude paternelle au sens le plus large du mot, et bien qu’elle prenne place parmi les derniers souvenirs de ma vie, jen garderai toujours la précieuse mémoire avec de tendres sentiments de respect, de gratitude et de haute estime.

                                              W. E. GLADSTONE.


      Hawarden, mai 1896.

LÉON XIII ET GLADSTONE

Le mémoire de M. Gladsione, que nous publions en tête de ce numéro, ne peut manquer d’exciter un vif intérêt el de produire, nous en somniss sûrs, une grande émotion dans les âmes qui s'inté- ressent à la cause sainte de l'union. Cette démarche de l’illustre homme d'Etat fait entrer la question an- glicane dans une nouvelle phase. Jusqu'à présent des esprits superfi- ciels ont pu la croire en quelque sorte confinée dans la sphère spéciale descontroverses et des agitations purement ecclésiastiques. Parlefait de l'intervention de M. Gladstone, elle passe dans les préoccupations d'ordre général et d'intérêt universel. Elle prend la place qui con- vient à toules les grandes questions religieuses, et à celle-ci en par- ticulier, dans les sociétés chrétiennes, et spécialement en Angleterre. Le Mémoire de M. Gladstone restera comme un fait historique inarquant le commencement d'une époque, nouvelle à côté des Encycliques de Léon XII sur l'union des Églises. Il sera un témoi- gnage irrécusable des sentiments pacifiques de l'Église anglicane et une preuve de la force attractive que le Pape, heureusement régnant, a exercée dans le monde par ses idées de paix et de conciliation. Quand on pense aux querelles séculaires entre les Papes et le pou- voir civil, quand on se rappelle les préjugés tenaces des Anglais contre le Papisme, les luttes ardentes de ce siècle même entre catho- liques et anglicans, et que l'on entend Ia parole de Léon XII et relle de Gladstone s'accordant pour exprimer les mêmes sentiments de paix el se rencontrant dans un même désir d'union, on ressent d'abord un vif étonnement auquel suecède bientôt une admiration profonde pour les deux grands vieillards, Tout fait espérer que leur action commune ne s'arrêtera pas là, et que le monde verra Léon XIII et Gladstone travailler à réparer les ruines du passé. Dans notre siècle envahi par l'incrédulité, ce sera un beau spectacle de voir ces deux hommes, le Pontife auguste et l'homme d'Etat illustre, tous deux armés des dons les plus merveilleux des grands politiques, s'appliquer à guérir les maux que la politique a causés dans des siècles de foi. La vie politique de Gladstone est connue. Il est de quelques mois __ |

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                   seulement plus àgé que Léon XII, étant de décembre 1809, tandis
                   que Léon XIIL est de mars 1810. — Gladstone vers 4835 commengçais
                   sa longue carrière ministérielle. En 4868 il devient premier ministre
                   de la couronne et occupe ce poste à quatre reprises différentes.
                   Depuis deux ans il s'est volontairement retiré de la vie publique. H
                   vit dans son château de Hawarden, dans une paroisse de campagoe
                   dont son fils est curé. Au point de vue religieux, la vie de Gladstone,
                   sans être aussi mouvementée que sa vie politique, n'est pas exemple
    4 à




                   de crises et présente un grand intérêt.
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                     Né à Liverpool de parents écossais, Gladstone fut élevé dans les
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                   idées protestantes. La lecture attentive du Prayer-Book, l'étude des

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                   théologiens anglicans, de Hooker et de Palmer en particulier, exer-
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                   cèrent une influence décisive sur ses convictions et l’amenèrent à ka
Le:




                   croyance et à la pratique sacramentelles. Le livre de Palmer sur
                   l'Église, principalement, lui donna les idées d'autorité et d'indépen-
                   dance spirituelle inhérentes à la conception de l'Église qu'il défen-
                   dit toujours.
                     Jeune encore, Gladstone      publia son Church principles, livre dans
                   lequel il soutenait la nécessité de l’épiscopat, des sacrements, l'auto-
                   rité de l'Église en matière de foi. En 1850, à propos du fameux procès
                   Gorham qui fut l'occasion, sinon la cause de la conversion de Man-
                   ning, Gladstone publia une lettre célèbre sur la Suprématie royale, das
                   laquelle il revendique avec la science d'un juriste et La liberté d'un
                   chrétien l'indépendance de l'Église d'Angleterre. Gladstone est tot-
                   jours resté fidèle aux principes et aux doctrines du vieil anglicanisme:

#4 tandis que Newmann et son ami Manning poursuivaient leur évolu- tion et aboutissaient au catholicisme, Gladstone demeura dans le parti. Le où pourtant il n'avait point les racines profondes et les attaches tra- s ditionnelles de Pusey et de Keble. 1l eut même les colères, et je puis Le bien ajouter, les jugements hâtifs et injustes de ceux qui virent dans le concile du Vatican la consécration d’un système tout humain. & en opposition avec la conception divine du gouvernement de l'Église. Le Valicanism marque donc aussi une époque, mais celle-là est heureusement dans le passé; aujourd’hui, les anglicans reviennent à des appréciations plus exactes et plus impartiales. Dans sa jeunesse, Gladstone donna à penser qu'on le verraitu jour archevèque de Cantorbéry, et autour de luion a souvent répété qu'il avait manqué sa vocation. Ses goûts l'ont toujours porté, en effet, vers les choses d'Église et ses études ont eu pour principal objet les matières ecclésiastiques. Dôllinger l’appelait le premier théolo- gien anglais. Ce goût pour les études et les questions religieuses peut-être permis à M. Gladstone de rendre, dans la vie politique. plus de services à l'Église d'Angleterre qu'il ne l’eût pu faire dans une carrière entièrement ecclésiastique. Au fond, c'est le premier « ms RE EL

                       LÉON XEL ET GLADSTONE                      A49

ministre qui nonune les évêques, et, si l'épiscopat anglais possède des hommes d'une incontestable valeur, à tous les points de vue, l'Église anglicane en est redevable en grande partie à M. Gladstone qui, par ses goûts et ses études, était en relations directes avec les membres les plus distingués du clergé anglican. Pepuis le commencement, il suivait avec intérêt notre chmpagne, car il y voyait comme une reviviscence des pensées d'autrefois, de ces aspirations ardentes de l’école d'Oxford vers la parfaite restauration de l'œuvre du Christ. Et à cetle heure, où sa parole peut être utile, il vient, avec une noble et touchante humilité, offrir son aide à Léon XHI. Je ne sais si je rève ou si les résultats déjà obtenus et ma confiance dans le divin pasteur me donnent le droit des grandes espérances : ais je me demande si Dieu, en sa miséricordieuse providence, n'a point permis à ce fidèle de l'Église anglicane, qui semblait devoir la servir dans le sanctuaire, de décrire une courbe dans le parcours de sa longue existence, que pour mettre à son service plus d'expérience et plus d'autorité? Dès maintenant, en tout cas, nous voyons Glads- tone apporter à Léon XIII le précieux concours de ses efforts. On à souvent remarqué déjà entre ces deux génies des analogies rappantes. Tous deux gardent une souplesse d'esprit merveilleuse; ous deux ont le privilège rare de ne pas s’immobiliser en des moyens, en des formes qui passent. Les générations nouvelles ne les trouvent point en arrière, elles les voient à leur tête aussi bien queles anciennes. Tous deux arrivent à cet âge, où, plus prèsduciel, on essaie de désapprendre la dure langue de la terre pour parler, autantqu'il est donné à l’homme, la langue de paix et d'amour de notre future demeure. Et le grand solitaire de‘Hawarden, quand il a entendu la voix « du premier évêque de la chrétienté », a reconnu dans cette auguste parole ses sentiments intimes, et il l'a dit. Cette intervention donnera certainement une nouvelle force au mouvement des esprits vers l'union, mais, hélas! sans faire cesser les oppositions. Depuis deux ans nous les voyons se produire sous mille formes différentes; elles continueront leur lutte. Les gens bien informés n'osent pourlaut plus dire en public que dans cette campagne les anglicans ne sont pas de bonne foi; ils se .vontentent de le répéter tout bas, en confidence. L'obstacle n’est pas nouveau. « Certains diront que les fauteurs du mouvement .« d'Oxford désirent prendre de nous juste assez pour affermir la posi- « tion de leur Église sans avoir l'idée d'aller plus avant, sans vouloir « tendre vers l'union avec nous. À mon avis, Ce soupçon est injuste « et sans fondement, il est basé sur l'ignorance du vrai caractère, des vrais sentiments de ces écrivains. Leur admiration pour nos ins- « titutions el pour nos pratiques, leur regret de les avoir perdues,

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« proviennent évidemment dela valeur qu'ils attachent à tout ce qui « est catholique. Aussi — abstraction faite d'un manque de fran- « chise dont nous n'avons pas le droit de les accuser — leur altri- « buer d'aimer certaines parties d'un système et de désirer pour eux- « mêmes ces parties, et en même temps prétendre qu'ils rejettenl le « fondement et la base, c'est-à-dire le système lui-même, toul cela « me parail une contradiction révoltante !. » 11 serait difficile d'écrire que, dans ce mouvement, Lord Halifax, l’archevèque d'York, Gladstone, pour ne citer que les personnages les plus en vue, sont de mauvaise foi; il serait difficile de l'écrire... et surtout de le signer. Au reste, ceux qui osent encore prétendre tout bas que le mou- vement d’union n'est pas sincère de la part des anglicans se ren- dent-ils bien compte des responsabilités qu'ils encourent? Il est de fait que les anglicans ont parlé et agi comme s'ils vou- laient la paix. Les obstacles sont connus et signalés, ils sont estimés très grands; mais ils ne le cachent pas: les anglicans ont parlé el agi comme si ces obstacles n'étaient pas insurmontables, elils sont venus vers nous. Selon quelques-uns, le souverain pasteur des âmes devrait les repousser, parce que, disent-ils, toules ces belles démarches et toutes ces belles paroles cachent des intentions perfides. Le soupçon est odieux et le conseil est peu évangélique. La bonne foi se présume toujours jusqu’à preuve du contraire, sur- tout dans les choses de conscience. Le conseil est en outre peu prudent. Vous supposez que ces hommes ne sont pas de bonne foi. c'est bientôt dit; mais vous êtes-vous placés dans lhypothèse con- traire ?..Si ces anglicans étaient de bonne foi, s'ils venaient à nous en toute sincérité, en toute conscience, purs de toute astuce, sous l'œil du même Dieu qui nous jugera tous; oui, s'il en était ainsi, ce que je crois de toute la sincérité de mon âme, quelle respon- sabilité n’encourraient-ils pas devant l'histoire et devant Dieu mème ces donneurs de conseils qui, en vérité, supposent trop facilement la mauvaise foi chez les autres! Il faut vraiment qu'ils n'aient jamais constaté le mal immense que produisent de pareilles suppositions sur des âmes droites et loyales pour en faire la base de toute une ligne de conduite. Enfants de l'Église, nous devons triompher par la charité et par une bonne foi complète. Maintenant, si, après avoir essayé d'une réconciliation franche, elle devait apparaitre actuellement impo- sible, eh bien, alors, anglicans et catholiques, nous continueriont chacun notre route. Mais au moins, de cette grande œuvre pour- suivie ensemble dans toute la sincérité de nos âmes, nous empor- terions une estime réciproque et durable, qui nous consolerait de 1 Wiseman : Lettre à Lord Shrewsbury. Revue Anglo-Romaine, t. Il, p. 198. LR

                    LÉON XIII ET GLADSTONE                     "AS{

nos espérances évanouies, si jamais l’on pouvait se consoler de telles espérances perdues! Il n’en sera pas ainsi, grâce à Dieu.Jamais la cause de l'union n'a- vait eu chez nos frères séparés tant d’appuis certains. Avec la doc- trine sacramentelle, avec le sincère désir de reconnaître au succes- seur de Pierre les droits divins dont l’Écriture Sainte et la Tradi- tion établissent les solides fondements et la légitimité, ces deux points formant la base de l’action, avec des hommes tels que lord Halifax, l'archevêque d'York et Gladstone, il est impossible de p’avoir pas confiance. Et si, à ces données pour ainsi dire humaines, on ajoute par d’ardentes prières tout ce que nous pouvons et devons espérer d'un mouvement surnaturel, c’est-à-dire les énergies de la grâce, il est impossible de ne pas croire à l'achèvement de l'œuvre. Les passions humaines limiteront ou retarderont peut-être ses effets , elles ne les empécheront pas de se produire.

                                                      F. PorTAL.

er EE

                            CHRONIQUE




   Le mémoire de M. Gladstone et la Presse. — Voici une
 première série des appréciations auxquelles a donné lieu, dans la
 presse française et étrangère, le mémoire de M. Gladstone, qui,
 comme nous l'avons dil, a été remis par M. Portal à S. Em. le car-
 dinal Rampolla, et communiqué aux journaux.


                                LE   GUARDIAN



   « C'est un fait digne de remarque que le langage le plus important
 au sujet des nouvelles démarches de Léon XI relatives aux ordres
 anglicans ait élé tenu par un laïque. M. Gladstone, à notre avis,
 jugé inieux que personne le doubie caractère que présente la contro-
 verse, le peu d'importance des résultats immédiats qui doivent suivre
  la décision de la commission et l'étendue possible que ces résuliais
  prendront par la suite. Beaucoup d'écrivains des deux camps ont dis-
  tingué le premier de ces deux éléments. Anglicans el romains, ont
 insisté sur ce point,.que, même au cas où Rome viendrait à reconnaitre
 la validité de nos ordres, il resterait encore un certain nombre de
 questions que les deux Églises envisagent et traitent différemment.
 Tout ce que l'on a dit à ce sujet est de la plus exacte vérité; mais la
 vérité, pour être absolue, n'est pas toujours toute la vérité. Il
 peut y avoir des lieues à traverser avant la réalisation d'une entente
 entre l'Angleterre et Rome, et cependant le fait que l’un des chan
 pions s'est mis en route, n’aurait-il parcouru que les cinquante prt-
 miers mètres, peut être de grande importance.
    «Et c’est précisément ce que le pape Léon XII a fait. Il a pris une
 nouvelle initiative sans attendre que d'autres la prissent. |! à
 dirigé son ;regard dans une autre direction sans attendre que
 d’autres regardassent du même coté que lui. Il n'y avait point
 de raison a priori pour nous faire conjecturer une pareille conduile du
                                           44 Anglos,que, quoique il eùt
 Pape.il fut en général objecté à sa lettre’
 fait des ouvertures au peuple anglais, il n’en avait point fait à l'Église
 anglaise, que sa lettre prouvait même le contraire, et que nous pot-
 vions être baptistes ou quakers.Que ce fût là une appréciation inexatie
 de la lettre en question, nous en sommes tous certains. Mais néan-
 moins ce fut une apppréciation sur laquelle il y avait beaucoupà

CHRONIQUE 453 dire et qui diminua indubitablement l'effet de l'appel du Pape sur l'esprit du clergé anglais. Conséquemment, au point de vue de l'Église d'Angleterre, ce second pas fait par le Pape, concernant la création d'une commission d'enquête relative aux ordres anglicans, est bien plus important que le premier. La Commission n'est point une conséquence immédiate de la lettre. Il est vrai, comme le fait remarquer M. Gladstone, que « certains écrits de prêtres érüdits « français, d’une orthodoxie indiscutable, tendant à affirmer la vali- « dité des ordinations anglicenes, excitèrent naturellement beaucoup « d'intérêt dans ce pays et ailleurs. Mais on aurait pu écrire mille bro- « chures de ce genre sans qu'aucun bien en résultât. Il n'y avait rien « là pour agiter l'atmosphère de Rome, ou revêtir le sujet, dans les « cercles du Vatican, d’un caractère d'urgence administrative. » Aujourd'hui ila revêtu ce caractère, et c'est le Pape lui-même qui le lui a donné. « M. Gladstone décrit très exactement l’action de Léon XIII. « Quand il ordonna que la validité des ordres (que les autorités romaines ont niée dans la pratique pendant plus detrais siècles) fût le sujet de recherches historiques et théologiques, il élait impossible 6

de ne pas être impressionné par l'intérêt profond des considérations À

inises en vue par une telle décision, et interprétées naturellement &

« comme un effort pour apaiser les controverses religieuses. » Il est des circonstances où l'imagination joue un rôle important dans la réalisation de la vérité d’un fait, et il en a été ainsi, croyons-nous, dans ce cas. C'est l'imagination de M. Gladstone qui a élé saisie de toute la conséquence de la portée de cet acte du Pape. Nous sommes maintenant, nous rappelle-t-il, fort avancés dans le quatrième siècle depuis que l'Église anglaise se sépara de Rome. | « Depuis, combien d'événements de nature à envenimer les « conflits et combien peu de nature à les apaiser, quel courage doit « avoir un Pape, à quel point il doit s'élever au-dessus des violents « orages de l'esprit de parti, quelle sincérité d'amour pour toutes les Leouailles du Christ, soit séparées, soit unies, quel audace ne lui faut- ä

« il pas pour oser approcher, avec des désirs de paix, cette masse « énorme de souvenirs haineux et encore brülants? Eh bien c'est là ce qu'a fait Léon XI, d’abord en concevant l'idée de cette enquête, et puis en prenäñt soin, par la constitution savante et impartiale du tribunal chargé de l'enquête, qu'aucun moyen ne soit négligé, qu'au- cune garantie ne soit omise pour arriver plus facilement à la vérité. Celui qui se souvient « du verre d'eau fraîche donné à un de ces pe- |

« tits » se souviendra assurément de cette tentative qui, dès son ori- gine, est apparue entourée de difficultés comme aussi de bénédic- À

a tions. » | « M. Gladstone ne prétend pas anticiper le résultat de l'enquête actuellement en vigueur à Rome. H se pose simplement cette ques- tion. « Quel avantage sortira-t-il de tout procédé qui mettra fin ou « réduiraäunchamp moins vaste, les débats sur les ordres anglicans?» « Cet avantage, croit-il, est double: —un point gagné pour la contro- 454 REVUE ANGLO-ROMAINE

verse entre la foi et l'incrédulité; et un point de gagné pour la doctrine
de la transmission historique de la vérité par une Église visible avec
une constitution bien établie. En ce qui concerne le premier point,
tout ce qui écarte la racine de l'amertume, la source du mauvais vou-
loir, entre deux grandes sections du monde chrétien doit fortifier ia
cause de la foi, en montrant un accord plus intense entre un nombre
plus considérable de croyants. Les controverses qui subsisteraient
après le débat sur la question des ordres anglicans seraient tont
aussi importantes qu'avant, et la disparition d'une cause de sépara-
tion n'entrainerait pas de rigueur celle des autres causes. Mais
celles-ci deviendraient des controverses entre Églises séparées et
non entre une Église et un corps étranger; et alors même que le
changement ne porterait que sur l'adoucissement des pensées que
les chrétiens mûrissent contre leurs frères et qui se traduisent sou-
vent par des paroles amères, cela seul serait fort profitable pour le
maintien de la défense d'une foi commune. Autant en ce qui con-
cerne Îa succession épiscopale. Ce grand principe chrétien sera
reconnu avec une plus grande confiance ‘si les Églises de la succes-
sion anglicane s'unissent à Rome et à l'Orient pour le maintenir,

.

que si Rome les considérait comme de simples prétendants à cel
égard. C'est notre ferme conviction que, si l'on arrivait à suppri-
mer les controverses entre ces deux communions pendant une
vingtaine d'années, celles-ci au bout de ce temps se seraient rap-
prochées l’une de l’autre d’une facon manifeste. Cela, malheureuse-
ment, est impossible ; mais ce qui est possible, c'est d'apporter un
nouvel esprit dans la controverse.
  « Ceux à qui le respect de la vérité ne permet pas de songer à la
paix doivent continuer la lutte; mais tout ce qui leur permet de com-
battre en hommes convaincus de la loyauté et de la sincérité de leurs
adversaires est d’un gain important pour la cause de la charité
chrétienne. C'est la gloire de M. Gladstone d'avoir vu et compris la
chose mieux que tous ceux qui ont pris part à la question actuelle
parmi les hommes de notre parti. »


                                 LE TIMES.


   « L’archevèque d’York nous envoie aujourd'hui une lettre intéres-
sante de   M. Gladstone sur la validité des ordres anglicans et sur
la perspective de leur reconnaissance par l’Église catholique
romaine, considérées spécialement comme un acheminement vers la
prochaine réunion de Is chrétienté. Notre principal embarras au
sujet de celte lettre est de savoir à qui elle est adressée. M. Glad-
stone reconnaît que la décision que prendra l'Église de Rome sur la
validité ou non-validité des ordres anglicans est d'un intérêt secon-
daire pour ceux que cette décision doit affecter. Le clergé et l'élé-
ment laïque de la communion anglicane ont résolu cette question à
l'amiable. D'autre part, il n'est d'aucune utilité pour eux de prouver.
cela füt-il évident, qu'il serait de l'intérêt de la Chrétienté que les

PRES L

                           CHRONIQUE                             455

ordres anglicans fussent reconnus par l'Église romaine, car c'est une question sur laquelle ils n'ont pas d'action, Mais, comme le remarque M. Gladstone, ceux qui ont ce droit ont déjà commencé à s'agiter. Le pape Léon XIII à ordonné qu'il fût procédé à une enquête qui aboutirait à une décision d'autorité. M. Gladstone inter prète cette manière d'agir comme un désir de trouver une solution affirmative. 11ne peut s'imaginer que ce soit l'idée du Pape d'élargir le fossé qui sépare les deux Églises, ce à quoi aboutirait un décret défavorable. M. Gladstone espère par conséquent que la commission d'enquête du Pape se prononcera favorablement sur l'un des trois chefs au moins sous lesquels on peut diviser la controverse, etadmel- tra que quelques-uns des quatre évêques qui consacrèrent l'arche vèque Parker furent eux-mêmes de vrais évêques, quel que soit le doute qui puisse subsister sur la valeur des pouvoirs ainsi conférés ou des intentions qu'ils aient pu avoir à ce sujet. S'ils ne peuvent aller plus loin, qu'ils s'arrêtent et qu'ils ne prononcent aucun juge- ment sur les choses qu'ils regarderaient d'un œil défavorable. M. Gladstone met de bonnes raisons à l'appui de sa façon de voir. La sagesse et la charité, dit-il, devraient en tout cas les empêcher de prononcer une décision qui serait une occasion et un moyen d'enve- nimer la controverse religieuse. Une entière reconnaissance des ordres anglicans serait la solution la plus désirable de l'enquête, une reconnaissance partielle aurait quelque valeur : M. Gladstone ne doute pas de celle-ci el espère qu'il y aura mieux.

« Supposons que le résultat de l'enquête du Pape confirme les espé- rances de M. Gladstone et que les ordres anglicans soient reconnus valides, dans toute l'acception du terme, par l’Église romaine. En quoi cela servirait-il à la réunion de la chrétienté? Cela prouverait sans doute que l'Église romaine est disposée à regarder avec intérêt la situation de l'Église anglaise, et inciterait en retour le clergé anglais à reconnaître sa suprématie. Il est, insiste M. Gladstone, un grand parti dans l'Église dont l’enseignement a servi à diminuer la sépara- tion entre nous et l'enseignement autorisé de l’Église non réformée de l'Orient et de l'Occident, et qui a ainsi beaucoup contribué à la cause de la réunion chrétienne. Encore un pas, et complète sera la réunion en ce qui concerne l'Église occidentale. La lettre pastorale du Pape Léon XIII nous a montré ce que devait être ce pas. Il ne reste qu'aux Anglais de reconnaître la suprématie que le Pape exige et le fossé sera comblé aussitôt. En ce qui concerne la doctrine et les rites, il y a une tendance si manifeste à se conformer à ceux de Rome, et il est si évident que ce mouvement va toujours progressant, qu'il sera bien facile de s'entendre à cet égard. M. Gladstone ne dit pas que nous devons reconnaître le Pape pour le chef suprême de l'Église. C'est le Pape qui nous a appris que c’est le criterium sfantis aut caden- tis Ecclesiæ, et qu'il nous reprendra dans son bercail à la condition que nous nous y soumettions. Nous pouvons être certains que, si le Pape est convaincu que la reconnaissance des ordres anglais doit préparer la contre-reconnaissance qu’il demande, le chemin 456 REVUE ANGLO-ROMAINE

sern rendu facile. Mais, s'il ne se fait pas de contre-reconnaissance, si le clergé et les laïques anglais persistentà maintenir leur situation d'indépendance actuelle, la reconnaissance des ordres anglais servira plutôt à affaiblir qu'à fortitier la position du Pape et de l'Église romaine. Cela reviendrait à reconnaître que, en somme, l'Église d'Angleterre est et a toujours été un rameau vivant de l'Église catholique et que son clergé possède les divers pouvoirs surnaturels que le cardinal Vaughan a réclamés comme la propriété exclusive de son Église. « Cela ne peut être précisément conforme aux intentions du Pape, et néanmoins cela aboutirait infailliblement à ce résultat. « 1} est probable qu'un certain nombre parmi les plus avancés du parti de la Haute Église seraient désireux de se plier à toutes les demandes du Pape. Mais un parti plus considérable et plus modéré ne ferait aucune concession de ce genre, La reconnaissance de leurs ordres faite par le Pape servirait à fortifier leur croyance au sujet de la stabilité de leur position, el les laisserait indifférents sous d'autres rapports. : « Mais que dirons-nous des autres partis de l'Église et des commu- nautés religieuses indépendantes? M. Gladstone parait les mettre tous dans le même filet et assumer que ceux-là aussi regarderaient la reconnaissance des ordres anglicans par le Pape comme l'ottre du baiser de paix et une preuve de son amour paternel. Cela n'esl guère le langage qu'ils tiendraient, s'ils étaient appelés à se prononcer, el nous pouvons être assurés que, quel que soit le résultat de l'enquétr du Pape, nous entendrons chez eux tout autant d'horreurs sur la « dame écarlate »et sur le sort qui attend la Cité aux sept collines. « [l est clair que, dans les controverses entre la foi et l'incrédulité, il serait important pour l'Église de Rome de faire cause commune avec les centaines de millions qui professent le not du Christ, mais qui n'admettent pas l'autorité de l'Église romaine; et que traiter l'Église oules Églises anglaises comme de simples prétendants au Christianisme servirait pro fanlo à réduire le nombre de ceux dé- sireux de témoigner de la doctrine chrétienne. Mais, comme le fait observer M. Gladstone, des considérations de ce genre doivent ètre subordonnées à la vérité historique, si bien que, si les délégués du Pape croient devoir maintenir que Jules III aiteu raison de confirmer l'action du cardinal Paul à l'égard des évèques du roi Édouard non validement ordonnés, etque Clément XI eut aussi raison de décré- ter la réordination de l'évêque Gordon, lors de son admission à l'Église romaine, ils doivent se garder de dire le contraire, quelles que puis- sent en être les conséquences. La lettre de M. Gladstone est impré- gnée de l'esprit de charité et de dévouement envers la cause chré- tienne. C'est là une preuve entre mille de la force et de la versatililé de son esprit, ainsi que du profond intérêt qu'ila toujours montré pour les questions religieuses. Ses sympathies, nous n'en doutons ps, sont pour le parti de la Haute Église, maiselles n'y sont pas confinées. Dans les controverses entre la foi et l'incrédulité, il engage tous CHRONIQUE 451

les combattants pour le parti qu'il croit être le vrai et il est plus empressé de découvrir des points d'accord entre eux que d'insister sur les différences qui les tiennent séparés. Sa lettre sera sans doute soumise au Pape, et elle sera une preuve vivante que la communion des saints est plus vaste que la communion de Rome. »

                         LE   STANDARD

« Nous publions ce matin une lettre écrite par M. Gladstone, tou- chant la validité des ordres anglicans poursuivie actuellement au Vatican. La controverse naturellementva jusqu'à la racine de la posi- tion que l'Église anglaise prétend tenir et que l'Église romaine n'a cessé de lui refuser depuis la Réforme. Sans entrer dans la question de la succession apostolique et de tout ce qui en dépendrait — une discussion impropre à être insérée dans un journal — il est suffisant de dire que l'Église d'Angleterre se base sur la théorie ecclésias- tique dont la doctrine de la succession est la clef de voûte, et que, sans son appui, elle menace ruine. « La liturgie en donne la preuve, et ses services d'ordination admet- lent tous que, quels qu'aient été les pouvoirs transmis par les temps apostoliques, les évêques el le clergé de l'Église sont tout autant la propriété de l'Église anglaise que celle des branches romaine ou grecque. L'Église anglicane dit qu'il n‘y a point eu de solution de con- linuité dans les ordinations, et que de même que les évêques de la première Réforme avaient élé consacrés par les évèques catholiques, de même ceux-ci à leur tour, sans rien perdre de leur catholicité à la suite des changements introduits, en consacrèrent d'autres avec le même pouvoir de transmission des prérogatives spirituelles que leurs prédécesseurs avaient toujours possédées. L'Église d'Angleterre, l'Église de l’histoire, l'Église du livre de prières doit ou resler de- bout ou crouler suivant la vérité ou la fausseté d'une telle assertion, et M. Gladstone n'a pas de peine à le reconnaitre. « Mais le principal but de M. Gladstone en écrivant sa leltre parait avoir étéde montrer que, d'après lui, le Pape Léon XII, en prenant la question en considéralion, a donné des preuves d'un animus de sympathique bonté envers l'Église d'Angletere, et d'annoncer, par l'autorité de lord Halifax, que, «lors même que la décision de la Curie « ne serait pas favorable, il ne serait pas permis que cela devint une « occasion d'enveaimer les controverses religieuses ». J'avoue ne pou- voir expliquer le vrai sens du fait. En supposant que l'interprétation historique de M. Gladstone soit correcte, et que le schisme existant n'ait pas été mis en stéréotype par aucun anathème,ou «aucune for- « melle renonciation d'union de part ou d'autre », il me semble que c'est là précisément ce qu'une décision contraire de la Curie vien- drait effectuer. D'autre part, nous reconnaissons la force de l'argu- ment de M. Gladstone, qui porte sur les raisons qui empécheraient l'Église de Rome de vouloir accentuer les différends existant actuelle- ment entre elle et l'Église anglicane. Il est sûrement de l'intérêt de l'Église romaine et de l'Église d'Urient de voir les Églises de la suc- D. TR RE

458 REVUE ANGLO-ROMAINE

cession anglicane se tenir unies à elles dans le maintien de l'important principe chrétien, au lieu de les considérer comme de simples préten- dants à la cause, etc. C’est incontestable, et de telles considérations sont de forts appuis pour faire supposer que l'Église de Rome viseà une solution favorable, Et cependantnous ne pou vons nous empêcher de nous demander si c'est bien làle but du clergé catholique romain. L'opinion de M. Gladstone sur de tels sujets a droit à tout notre res- pect. I croit que le retour anglais qui s'opère depuis soixante ans. amènera la réunion complète, non en reconnaissant l'Église d'Angie- terre, mais en prouvant à l'Église de Rome que la foi catholique es! toujours en elle. »

                    LE JOURNAL   DE BRUXELLES

« N’est-il pas admirable le spectacle que nous font voiren ce moment les deux plus célèbres vieillards de notre époque! Nous voulons parler de Léon XII et de M. Gladstone. Arrivés aux limites extrêmes de la vie, tous deux montrent encore une énergie extraor- dinaire qui n’est plus de leur âge. Infatigables et jamais découragés. ils ont toujours un idéal qu'ils s'efforcent d'atteindre. Comme si les longues espérances ne leurétaient pas interdites et comme si l'avenir leur appartenait, ils mettent une véritable passion à étudier les grandes questions du jour et à chercher la solution des plus graves problèmes. « Au château d'Hawarden, où il vit maintenantidepuis deux ansioin du monde bruyant des politiciens, au milieu de sa chère famille et de ses livres, M. Gladstone continue à écrire force articles de revue sur les sujets les plus divers. Après avoir commenté Homère et traduit Horace en versanglais, il vient d'aborder à nouveau les questions d'ordre religieux et théologique pour lesquelles il a toujours eu une prédilection. Il avait à peine achevé la «vie » de l'évêque Butler, qu'il adressait au Pape, il y a quelques jours, un long mémoire sur l'union des Églises et sur la validité des ordres anglicans. « On sait que le retour vers Rome de la plupart des Églises chré- tiennes est le but que poursuit en ce moment Léon XII. On connait également les encycliques qu'il a adressées aux évêques arientaur et au peuple catholique d'Angleterre. Bien que l’œuvre de réconti- liation soit une œuvre de longue haleine, les résultats obtenus jus- qu'ici sont loin d’être décourageants pour celui qui l’a entreprise. En Angleterre comme ailleursla parole du Souverairt Pontife a étéaceueil- lie avec bienveillance et respect non seulement par les partisans de l'unité chrétienne comme lord Halifax, mais encore par les anciens adversaires du papisme et du romanisme, comme M. Gladstone. a En parlant aujourd’hui du chef spirituel de l'Église catholique, l'homme d'État anglais tient un tout autre langage que celui qu'il tenait il y a vingt et un ans. C'était au temps où M. Gladstone ira vaillait au disestablishment de l'Église anglicane en frlande. Il avail provoqué les colères des ultra-protestants qui lui reprochaient d'avoir CHRONIQUE 459

des accointances avec les Newman et les Manning. En même temps les bigotted protestants l'accusaient de conspirer avec le Pape, de s'être mis sous les ordres du général des jésuites, en un mot de s'être livré corps et âme à la « Femme écarlate». Non content de repousser ces imputations, M. Gladstone écrivit alors, en collaboration avec lord Acton et le chanoine Dällinger, son Vafñicanism, un indigne pam- phlel contre le gouvernement de l'Église par le Saint-Siège, contre le concile de 1870 et contre l'infaillibilité du Pape. ° « 1] faut croire que, depuis 4876, M. Gladstone a reconnu l'injustice de ses préjugés et de ses préventions. C'est en des termes exprimant une admiration sincère que le grand old man anglais rend hommage au grand o!d man du Vatican. En exposant dans son mémoire les ar- guments qui militent, selon lui, en faveur de la validité des ordina- tions anglicanes et en faisant allusion à l'enquête cardinalice ordon- née sur cette difficile question par le Souverain Pontife, l'ancien chef du parti libéral ne peut s'empêcher de féliciter le Pape de son œuvre et de faire l'éloge de sa droiture et de son esprit conciliant. « Quels que soient les résultats de l'enquête cardinalice, dit M. Glad- stone, je n'ai pas, pour ma part, le moindre doute quant à l'attitude adoptée par le chef actuel de l'Église romaine. L'initiative qu'il a prise en ces circonstances restera l’un des derniers et des plus chers souvenirs de ma vie. J'en garderai à jamais la mémoire avec des sentiments de profonde gratitude et de haute estime. » « Ces paroles auront certes un grandretentissement;uon seulement en Angleterre, mais encore dans le monde protestant tout entier. Prononcées par un vieil homme d'État retraité de la politique, qui émet ses appréciations avec franchise et sans arrière-pensée, pro- noncées par l’auteur du Vaticanism, qui n’a jamais demandé à voir le Pape lorsqu'il se rendait autrefois à Rome, elles n’en ont que plus d'autorité auprès des croyants qui ne sont pas prévenus contre le remanism el qui déplorent le manque d'unité chrétienne. Le mémoire de M. Gladstone au Pape fera époque dans l’histoire du mouvement religieux en Angleterre. Il semble inaugurer, à la fin du xix° siècle, uae nouvelle ère, qui promet de grandes évolutions et transforma- tions pour le xx°. Si jamais la conversion de l'Angleterre devient un fait accompli, on pourra dire jusqu’à un certain point que le vieil homme d'État anglais aura collaboré à l'œuvre magnifique dont un autre grand vieillard, Léon XIIL, aura été l'artisan. »

                           LE TEMPS

«“ On sait que la question de la validité des ordinations anglicanes, soulevée à plusieurs reprises depuis le xvi° siècle, a été soumise ré- cemment de nouveau à la Curie romaine. Un mouvement auquel prennent part également des prètres français et des fidèles de l’angli- canisme {lord Halifax à leur tête) voit, dans la reconnaissance de cetle validité par le Saint-Siège, le premier pas vers la restauration d'une unité qu'ils n'ont pas cessé de désirer et d'espérer, surtout depuis que les progrès du ritualisme ont rapproché sj fort extérieu- 466 REVUE ANGLO-ROMAINE rement l'Église anglicane de l'Église catholique et après que Léon XII a montré dans ses appels aux « Frères séparés » tant de largeur et d'esprit de conciliation. « M. Gladstone a été prié par la Revue anglo-romaine, qui est vouée à cette œuvre, de donner son avis à ce sujet. On seit que l'illustre homme d'Etat, l'ex-chef du parti libéral en polilique, est et a tou- jours été l’un des champions de l’anglo-catholicisme, depuis le jour où il collaborait sur ce terrain avec Manning, encore anglican. »

                        LE JOURNAL DES DÉBATS

« Nous avons sous les yeux l'article que M. Gladstone vient de publier, dans la Revus anglo-romuine, sur la validité des ordinations anglicanes, et qui constituera un document intéressant dans l'his- toire-des tentatives qui ont déjà été faites et qui seront sûremenl poursuivies, en vue d'une réconciliation de l'Église anglicane et de l'Église romaine. Cette quéstion esttrès importante par elle-même. et le nom de M. Gladstone a une autorité trop considérable, pour que nous laissions passer, sans la signaler, la manifestation à laquelle vient de se livrer cet homme d'État. « Ce n'est pas que la question de la validité des ordinations angi- canes soit une des plus difficiles qu'il serait nécessaire de résoudre pour faire aboutir les tentatives de conciliation qui sont en cours: inais elle présente cependant une réelle importance, et la solution qui lui sera donnée est appelée à exercer une grande influence sur la suite des négociations. Il s'agit, en l'espèce, de savoir si, dans le cas où des membres du clergé anglican désirent prendre place dans les rangs du clergé romain, ils doivent continuer à être soumis, comme c'est le cas actuellement, à une nouvelle ordination, ou fl leur ordination dans l'Église anglicane peut être considérée comme valable par l'Église romaine. Pendant longtemps l'Eglise romaine s'est montrée absolument hostile à l'admission de cette validité, el nombre de ses membres étaient tout disposés & considérer la ques- tion comme oiseuse. Mais plusieurs prêtres français s'étant, dans l suite, déclarés en faveur de cette admission, le Pape Léon XHE, dont on sait la sollicitude pour la réunion des Églises, a consenti à sou- mettre la question à une enquête historique et théologique, qui s poursuit à Rome et dont on attend la décision avec quelque impa- tience. C'est à ce propos que M. Gladstone vient de prendre la parolf afin de faire ressortir ce qu'aurait d’heureux pour l'union des Églises une décision favorable à la thèse de la validité. Ce qui frappe sur- tout, dans l'article écrit par l'homme d'Etat anglais, ce sont moins ses arguments en faveur de la thèse qu'il voudrait voir triompher (il reconnait modestement que, à ce point de vue, l'Église n’a pas besoin de conseils) que l'expression de sa sympathie pour le Pape. Rappelant toutes les causes de conflits entre l'Église romaine €! l'Église anglicane, il se plaît à reconnaître « le courage que doit avoir un Pape, à quel point il doit s'élever au-dessus des violents orages de l'esprit de parti, quelle sincérité d'amour il doit avoir CHRONIQUE 461

pour toutes les ouailles du Christ, soit séparées, soit unies, quelle audace il lui faut pour oser approcher avec des désirs de paix cette masse énorme de souvenirs haineux et encore brûlants ». M. Glad- stone ne veut pas croire que l'enquête qui se poursuit à Rome abou- lireà une condamnation des ordinations anglicanes. Il espère en voir admettre la validité, ce qui ferait faire un pas en avant à la cause de la réconciliation. « Mais faut-il croire au triomphe définitif de cette cause? Nous n'aurons garde de nous prononcer à ce sujet, nous borneant à rappeler à quelle opposition tenace les avances de Léon XII se sont heurtées en Angleterre. Naguère encore, il s'adressait au peuple anglais dans une Encyclique célèbre, l'exhortant à retourner à l’Église catholique. On sait comment il y fut répondu. L'archevèque de Canterbury, au nom de l'Église anglicane, exposa quelles divergences capitales sépa- raient cette Église de l’ Église romaine. De son côté, la Church Asso- ciation, dans un langage qui manquait absolument d'aménité, répon- dit, au nom des sectes dissidentes, par une fin de non-recevoir péremptoire, énumérant les bienfaits qu'avait valus à l'Angleterre sa rupture avec Roue. Il ne nous appartient pas de décider si la Church Association a tort ou raison, Nous n'avons qu'à signaler les phases diverses de cette importante et intéressante controverse religieuse, et c'est à ce titre que nous avons attiré l'attention sur l'intervention ‘ de M. Gladstone dans la question. »

                             L'UNIVERS

« Nous avons annoncé l'intervention de M. Gladstone dans ce grand débat. Elle se produit sous la forme d’un mémoire qui vient d'être remis à S. Ém. le cardinal Rampolla par M. l'abbé Portal, di- recteur de la Revue anglo-romaine. < Nous sommes heureux de pouvoir publier en entier, dès aujour- d'hui, ce document d'une importance si considérable. « Tout en se montrant convaincu de la validité des ordinations anglicanes (ce qui n’étonnera personne), l'illustre homme d'État sem- ble se préoccuper surtout du résultat moral que doit amener Fœuvre de concorde entreprise sous le patronage du Saint-Père. Il rend à l'intelligence, aux vertus et à l’action de Léon XIII un hommage très éloquent et très mérité. Cette manifestation aura un grand retentis- sement dans le public anglais. Rien d'analogue ne s'était vu depuis des temps bien éloignés; et même on doit dire que rien de pareil ne semblait pouvoir être espéré lorsque les promoteurs actuels de l'union ont concerté leurs efforts. L'idée est en marche; ses progrès sont visibles. »

                              LE   MONDE

« La Revue anglo-romaine doit publier dans son prochain numéro une sorte de mémoire de M. Gladstone sur la question des ordinations anglicanes. C'est, à tous égards, un document très important et très digne d'attention. Une amicale communication nous permet de le 462 REVUE ANGLO=ROMAINE

mettre dès aujourd'hui sous les yeux de nos lecteurs, qui certaine- nent le liront avec un vif mouvement de curiosité et de sympathique intérêt. Ils rendront justice aux sentiments profondément chrétiens, à l'esprit élevé et pacifique avec lesquels l'illustre homme d'État aborde l'examen de cette difficile question; ils honoreront en luile sincère et méritoire effort qu'il fait vers l'union des Églises, et lui sauront gré, en particulier, du bel et noble hommage qu'il rend aux grandes vues et au généreux génie de Léon XII. »

La Vérité et la Croiz se bornent à publier de longs extraits du mé-

moire de M. Gladstone et ne font aucun commentaire.

D'autre part le Malin publiait, dès le 34 mai, de sun correspondant

de Rome, la dépèche suivante : « Nous avons pu avoir connaissance du mémoire sur les ordres an- glicans et l'union des Églises qui vient d’être adressé au Pape par M. Gladstone et qui a été remis hier au cardinal Rampolla par l'abbé Portal, directeur de la Revue anglo-romaine. « Ce document produira une profonde sensalion. Après avoir rappelé les principaux points de la controverse sur les ordres en M. Gladstone en vient à la question générale de l'union des Églises. A cette occasion, il rend à Léon XII un hommage solennel en des terines qui ne laissent pas que de surprendre dans la bouche de l'au- teur du livre Vafiranism, qui, on s'en souvient, fut peut-être la plis violente attaque contre l'infaillibilité du Pape et le concile de 1810. « Le célèbre homume d’État ne veut pas croire qu'une condamnation des ordres anglicans, tant désirée par les catholiques anglais, soit chose possible. Il ne lui appartient pas de préjuger des décisions qui seront prises; mais, quant à lui, il ne peut se méprendre sur les intentions qu'a eues Léon XIII en ordonnant une nouvelle enquête sur les ordinations anglicanes. « Quels que soient ces résultats, dit-il en terminant, je n'ai pas, pour ma part, le moindre doute quant à l'attitude adoptée par le chef £

actuel de l'Église romaine. L'initiative qu'il a prise en ces cireons-

8

« tances restera l’un des derniers, mais des plus chers souvenirs de ma vie, et j'en garderai à jamais la mémoire avec des sentiments de pre &

« fonde gratitude et de haute estime. »

Le Couronnement du Tzar. — A l’occasion des fêtes du cou-

ronnement du Tzar, le Times a publié dernièrement une correspor- dance de Moscou, renfermant d'intéressants détails, et dont nous déts- chons le passage suivant :

« La présence de l'évêque de Peterborough à Moscou, commet

représentant de l'Église d'Angleterre, attire une certaine attention. On s'occupe À nouveau de la question de l'unité, et, dans son numéro d'aujourd'hui, la Gazette de Moscou consacre à cette question un arti- CHRONIQUE 463

cle important, s'inspirant, semble-t-il, d'un article paru dernière- ment dans un périodique anglais. «A l'occasion de ces faits et de la cérémonie religieuse du couron- nement, je vous envoie les intéressantes informations suivantes : «On ignore assez généralement que le rite du couronnement, dans l'Église russo-grecque, ressemble par un point d'un caractère très important à celui employé pour la même cérémonie en Angleterre, et ce point de ressemblance est spécial à l'Angleterre et à la Rus- sie. 11] consiste dans l'emploi du saint chrême pour l'onction des souverains. Dans le rite romain, au couronnement des anciens empereurs d'Allemagne — c'est-à-dire du Saint Empire romain auquel, dans un certain sens, l'Autriche a succédé — ce n'était pas du chrême que l'on se servait, mais de l'huile inférieure des catéchumènes. Dars le rite oriental, au contraire, le Chrême est en usage. On considère que je chrême confère, suivant le terme théo- logique, un caractère à célui qui le reçoit — autrement dit qu'il eon- fère certains dons du Saint-Esprit, non pas absolument d'un carac- tère sacerdotal — car il n’est pas employé en Orient pour l'ordination des évêques et des prêtres — mais en tous.cas, un don d’en haut qui inculque à celui qui en est l’objet, des grâces spéciales et sacramen- telles pour bien remplir les devoirs de sa haute position. « C’est là le sens des mots: « ie sceau du don du Saint-Esprit » qui sont employés à la confirmation des enfants qui a lieu, en Orient, immédiatement après le baptème, et les mêmes mots sont employés au couronnement de l'Empereur. « En Orient, l'Empereur seul reçoit deux fois dans sa vie l'onction du saint chrême, cette cérémonie ne faisant pas partie du sacre des évèques ainsi que cela a lieu en Occident. « est intéressant de constater que les souverains d'Angleterre et de Russie sont actuellement les seuls qui reçoivent l’onction du saint chréme. Autrefois, c'était également l'usage en France, mais main- tenant il n'y a pas lieu d'en parler, la monarchie française étant désormais chose morte. Je me rappelle avoir lu dans un travail du D° Wickham Legg une note citée d'après un ouvrage de 1519 sur le mode de couronnement de l'Empereur, dans laquelle il était dit que: tandis que les rois d'Angleterre, de France, de « Jérusalem et de Cicilie » recevaient l'onction, pas moins de vingt-deux monarques européens, y compris le roi de Pologne, étaient sacrés sans la rece- voir, Inutile de faire remarquer que le royaume de « Jérusalem et Gicilie », a depuis longtemps cessé d'exister. « À propos du caractère conféré par l'onction du saint chrême, le grand canoniste du moyen âge, Synderwood s'exprime ainsi: « Rex unctus non sit mere persona laïca sed mixta », et cette opinion sub- Sista après la Réforme, ainsi que le montre ce passage également cité parle D" Wickam Legg d'après l'ouvrage de Sir Anthony Fitzherbert La grande abridgement, : « Reges sancto oleo uncti sunt spiritualiter juridictionis capaces. » Le seul changement qui ait été introduit à la

? London; Richard Totell : 1571, folio 35. DR |

            464                       REVUE ANGLO-ROMAINE

            Réforme c'est que l'onelion du saint chrèême n'étant plus en usage
             pour la confirmation, cette cérémonie ayant été remplacée par la
            Simple imposition des mains faite par l'évêque, le saint chrème
            n'est plus consacré comme autrefois le Jeudi saint de chaque année,
            mais est préparé et consacré à Westminster Abbey, de bonne heure
            dans la matinée, le jour même du couronnement. »

              L'évêque de Stepney et lies ordinations anglicanes.                —

KE A un meeling de la London diocesan Church Reading union, qui a eu lieu CAR ces jours derniers, l'évêque (anglican) de Slepney a dit «que des cir- Êe constances diverses ont contribué à lui faire connaître, du moins &. aussi bien qu'on les connaît généralement, les attaques, qui se font _ aujourd'hui contre l'Église anglicane, au point de vue historique. es Quand il en venait à les examiner, Sa Seigneurie s’étonnait toujours s plus de l'ignorance à laquelle sont dues ces attaques. Lundi dernier s. encore, ses confrères et lui parcouraient ensemble une lettre écrite contre l'Église d'Angleterre par un controversiste célèbre. C'était une lettre assez longue, qui prétendait traiter de faits historiques. À maintes reprises, ses amis et lui ont ri aux éclats de ce qu'on ait ere DNS

            jugé à propos de faire servir une pareille lettre à la controverse qui

SEET

             se fait sur cette question dans un certain journa} : ils étaient encore
            plus surpris que cette lettre eût pour auteur un controversiste expéri-

ae

            menté qui se croit très versé dans la question. Ils se décidèrent enfin

TE

            (l'évêque et   ses amis} à laisser de     côlé la susdite   lettre, étant

NPA

            convaincus que, pour tout anglican quelque peu instruit, elle se
            condamnerait elle-même ; quant aux anglicans qui ne savent rien.
            l'Union diocésaine ne cherche pas à les influencer. » L'évêque de
            Stepney ajoute «que son auditoire s'intéressait beaucoup àce fait
            que, dans un pays étranger, on consacre beaucoup de temps et d'é-
        -   nergie à faire des recherches sur une période très importante de
            l'histoire de l'Église d'Angleterre. Il était à même de savoir que ces
            recherches se font avec une parfaite franchise et que les renseigne-
            ments historiques reçus d'Angleterre sont accueillis avec beaucoup
            de respect et avecla plus grande bienveillance. On reconnait — l&-kes
            — que ceux qui chez nous étudient l'histoire de l'Église anglais
            lravaitlent avec eux à la recherche de la méme vérité. Plusieurs de
            nos collaborateurs au delà des mers poursuivent leurs recherches
            sans parti pris, et sans condamner d'avance les faits dont nous pou-
            vons avoir à leur faire part. Pour le moment les hostilités ont cesst.
            Pour lui l'évêque), il ne prétend pas croire à la possibilité de kr
            réunion en corps, mais il devient de plus en plus convaincu qu
            là-bas l'étude intelligente et soigneuse que nous consacrons aux
            choses de l'histoire est regardée comme toul aussi digne de considé-
            ration que l'étude qui se fait ehez eux. Ils {les catholiques romains
             permettent que les résultats des recherches faites de part et d'autre
             soient comparés, et, quanddes divergences se font jour, ils font tout
            le possible pour découvrir de quel côté se trouve la vérité. »

DOCUMENTS

                      DISCOURS
                         PRONONCÉ PAR


   SA GRACE LE LORD ARCHEVÉQUE D'YORK

                   AU CONGRÈS DE NORWICH

                         (Octobre 1893.)




                                     « Efforcez-vous de garder l'unité de
                                  l'Esprit dans le lien de la paix. I ya
                                  un seul corps et un seul esprit, de même
                                  que vous êtes appelé à une seule espé-
                                  rance dans vos prières : un seul Sei-
                                  gneur, uns seule foi, un seul baptème;
                                  un seul Dieu et Père de toutes choses,
                                  qui est au-dessus de tout, partout, et en
                                  tout sens. » {Saint Paul, Eph. IV, 3.)

Ces paroles de saint Paul s'adressent à nous dans l’épitre de ve jour. Nous les avons entendues ce matin lorsque nous étions réunis pour la sainte communion. C’est un message que l'Église envoie à ses enfants pour toute cette semaine. Le passage est d'un profond intérêt et d'une importance fondamen- tale. C’est la charte de l’Église du Christ. Saint Paul met là sous nos yeux un fait spirituel et non idéal. C’est un tableau et non une pro- phétie, lé tableau de ce qui est, et non de ce qui doit ètre. Nous sommes tentés de demander : quand cela se réalisera-t-il? Saint Paul nous dit que c'est déjà fait. D'un bout à l'autre de la chrétienté, au milieu de toutes ses divisions et de ses dissensions, il n'existe qu'un seul corps. Aux yeux de Notre-Seigneur — bien que ce soit là un point obscur pour notre vision imparfaite — les multitudes sans nombre de ceux qui ont été baptisés en son nom et pour ainsi dire greffés sur lui, sont liées ensemble dans une unité non moins réelle parce qu'elle est spirituelle : ils ne forment qu'un seul corps en Jésus-Christ. REVUE ANGLO-ROMAINE. = T, II. — 99 466 REVUE ANGLO-ROMAINE li existe un seul esprit — le Saint-Esprit lui-même — par qui noùs sommes tous baptisés en un seul corps. Et il n'y a qu’une seule espé- rance dans nos prières : celle de la Patrie céleste. Quelles que puis- sent être nos différentes conceptions quant à la nature de la vi future ou quant aux conditions dans lesquelles nous pouvons y par- venir, d'un bout à l’autre de la chrétienté il n’y a qu'une seule espé- 1 rance.

Mais saint Paul nous présente un autre groupe d’unités : un seul

Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Un seul Seigneur; partout où l’on trouve des chrétiens, le Christ est adoré. Les conceptions peuvent différer quant à son Incarnation ou quant à la Rédemption; mais partout et en tous temps il est le Seigneur, le chef de l’Église, la tête qui domine tout dans l'Église qui est son corps. Une seule foi : une dans son objet, la vérité révélée par Dieu lui- même; une dans son caractère, ainsi que le démontre le mode de croyance de tous en Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu le Saint-Esprit. Et il y a un seul baptême. Partout où l’on rencontre l’Église, c'est par le Baptème que ses membres ÿ sont admis. Les opinions peuvent varier quant à l'efficacité du sacrement, mais au milieu de toutes les divisions de la chrétienté, il reste un seul baptême. Et enfin l'Apôtre nous rappelle que toutes ces choses viennent de Dieu. Elles ne sont ni le plan, ni l'œuvre des hommes. Elles ont leur source, leur force, leur raison suffisante en un seul Dieu et Père de . toutes choses qui est au-dessus de tout, en tout et partout. C'est dans cette triple trinité — trinité dans l'unité — que nous trouvons les profondes racines et les principes vitaux de l'Église catholique. C’est ce que saint Cyprien a appelé le sacrement de l'unité. Saint Paul parle de cette unité comme d'une unité de l'Esprit divin ... unité créée el maintenue par l'effet direct de sa grâce. Mais, bien que ce soit un don de la grâce, nous avons à y coopérer, « essayanl de garder l'unité de l'Esprit dans les liens de la paix », ce qui ne veut pas tant dire conserver l'unité qu'y participer. Il est au delà de notre pouvoir de la garder comme de la détruire. Mais nous pouvons briser la forme sous laquelle elle s’est manifestée. Saint Paul nous dirait : Rendez-vous compte de votre propre poñi- tion dans l'unité de l'Esprit; marquez-la et observez-la et ayez-la constamment devant vos yeux. Rappelez-vous que chacun de vos frères en Jésus-Christ est membre du même corps et marchez avec lui dans les liens de la paix. Le sujet du texte n'est pas sans trouver son application pour notre réunion d'aujourd'hui. Le principal objet d'un congrès de l'Église est, sans nul doute, la DISCOURS PRONUXCÉ PAR SA GRACE LE LORD ARCHEVÈQUE D'YORK 467

discussion des questions concernant l’action de l'Église et sa prospé- rité, questions sur lesquelles une grande diversité d'opinions se fera probablement jour d'une manière très franche et très vigoureuse. Mais il y a motif de faire savoir que ceux qui prirent l'initiative de ces assemblées annuelles n'y furent pas pour peu déterminés par l'espoir — espoir qui, d’ailleurs, s’est abondamment réalisé — que, par de francs et honnêtes exposés d'opinions différentes, l'on se connaîtrait mieux, l'on s’apprécierait mieux et l’on garderait l'unité de l'esprit dans les liens de la paix. Mais il y a une plus large application du texte dans laquelle vous allez tous me devancer. La réunion est aujourd’hui dans l'air. Pe toutes parts nous n'entendons qu'un cri pour réclamer l'unité. Une voix, partie de Rome el inspirée par le même désir, s'est fait entendre à nous dans celte lettre mémorable que le Pape adressait naguère au peuple anglais. Sous bien des rapports cette lettre esl remarquable, et dans un certain sens elle est vraiment unique. D'un bout à l’autre c'est le même esprit d'amour paternel qui se fait sentir, attestant les continuels efforts d’un vénérable prélat pour amener les diverses branches de l'Église catholique dans la paix et l'unité. Une telle letire sera bien accueillie, quelle que soit sa valeur actuelle au point de vue pratique ou quelles que puissent être ses conséquences dans F'avenir. La recevoir avec dédain ou sans y répondre serait indigne d'un peuple chrétien. Et ce ne serait surtout pas assez de notre part que de répéter ce qui a été si sou- vent dit et redit, à savoir que, dans les circonstances présentes, la réunion est impossible; là-dessus sans doute il n’est personne qui n'acquiesce à cette opinion. Elle reçoit à la fois dans l'Église l'as- sentiment discret des hommes d'étude, et celui plus violent de la multitude. Mais nous ne devons pas nous contenter d’un non possu- us et encore moins d'un non volumus. Ce n'est pas assez que de s'asseoir silencieux les mains jointes, même si elles sont jointes pour prier. Nous ne pouvons oublier que le vénérable prélat qui s'est ainsi adressé au peuple d'Angleterre est le Pontife et le chef d'une des branches les plus anciennes et certainement les plus lar- germent répandues parmi celles qui composent l’Église universelle; le chef d'une Église qui à produit des multitudes de saints et une glorieuse armée de martyrs; d'une Église qui nous a légué un vaste trésor de théologie; d'une Église, enfin, envers laquelle dans le siècles passés, au temps de notre faiblesse et de notre adversité, nous fümes redevables d’un précieux et cordial secours. La lettre du Pape traite principalement de l'importance et du pouvoir de la’prière, insistant auprès du peuple d'Angleterre sur l'obligation d'adresser à Dieu des supplications ardenles et conti- 468 REVUE ANGLO—ROMAINE

nuelles pour la restauration de l'unité. Ce sont là autant de points sur lesquels nous pouvons pleinement sympathiser. Nous pouvons assurer le vénérable prélat que nous aussi nousdéplo- rons très profondément l’état de division de la chrétienté; que nous aussi nous désirons très ardemment la restauration de l'unité dans l'Église. Ce sera pour lui une source de joie que de savoir que l'Église d'Angleterre n'a jamais cessé d'en faire l'objet de ses sup- plications continuelles; que chaque jour et dans chaque paroisse nos prières sont offertes, suivant les propres paroles de la liturgie, « pour le bien et la prospérité de l'Église catholique, afin que tous ceux qui professent la foi chrétienne et se donnent le titre de chré- tiens parviennent enfin à la vérité et à une foi inébranlable dans l'unité de l'esprit, dans la paix du cœur et dans Ia droiture de la vie ». Et il se réjouira encore davantage de savoir que semaine par semaine, et souvent jour par jour, s'élève de nos autels une suppli- cation vers le Dieu tout-puissant pour le prier « de faire régner dans l'Église universelle l'esprit de vérité, de concorde et d'unité »: et encore que non seulement quelques évêques isolés, mais bien tous les représentants de la communion anglicane réunis en assem- blée solennelle ont fixé des jours spéciaux pour supplier Dieu en commun qu'il hâte l'accomplissement des vœux exprimés par Notre-Seigneur lui-même. Nous avons donc pour ainsi dire devancé le désir du Pontife romain, et nous nous réjouissons de trouver qu'au moins sur ce point « nous ne faisons qu'un avec lui». L'on remarquera que la lettre ne dit pas de quelle nature peuvent être nos espérances vers un but si saint, ni dans quelles conditions l'unité depuis si longtemps désirée pourra s'accomplir. Mais dorénua- van! nous ne sommes pas laissés plus longtemps dans l'ignorance. Le principal représentant de la communion romaine résidant parmi nous a interprété, dans un récent discours, le sens pratique el le bnt de la lettre. Il nous déclare que du moins pour ce qui nous concerne, il n'y a qu'une seule manière de parvenir à l'unité, celle d'une sou- mission absolue et sans réserve du peuple d'Angleterre au Pape de Rome. Il nous assure qu'aucune autre question de doctrine ou de discipline ne vaut la peine d'être prise en considération. La recon- naissance de la suprématie — jure divino — de l'évêque de Rome sur tous les chrétiens de toutes les nations est la seule chose nécessaire — articulum stantis aut cadentis Ecclesitæ.-— Si nous ne sommes pas prèts à reconnaitre ces prétentions, il n’y a plus rien à dire. Le cardinal, cependant, a la sagesse de voir que, dans ces conti- tions, la réunion est impossible, et il en abandonne l'idée, en déses- poir de cause. Ses prédécesseurs avaient l'espérance plus facile. Dans leur temps quelques années devaient suffire pour ramener l'Angle- terre à l'obédience romaine. Maintenant c'est là un espoir qui finit. DISCOURS PRONONCÉ PAR SA GRACE LE LORD ARCHEVÊQUE D'YORK 469

et le cardinal s'en remet seulement au progrès des conversions indi- viduelles. Si nous pouvons en juger par les lamentations que nous avons entendues dernièrement, ce progrès ne parait pas bien rapide. Tantôt l’on avoue qu'il n'y a aucun progrès, tantôt même qu'il ya plutôt perte. Mais, quoi qu'il en soit, il existe un certain nombre d'hommes et de femmes qui, dans le plein exercice de leur jugement personnel, ont quitté l'Église de leurs pères pour se livrer à l'obé- dience romaine. Il y a certains esprits chez lesquels la hardiesse que l'on apporte dans ses revendications, quelles qu'elles soient, paraît entraîner la conviction. Il y a des gens pour lesquels, comme le dit Coleridge, l'affirmation est la meilleure forme d'argument. Sans doute ceux-là sont plus heureux sous le système de l'Église romaine, et nous ne cherchons point à leur ôter la félicité qu'ils y ont trouvée. Mais le cardinal a certainement raison quand il rejette la possibi- . lité d’une réunion dans ces conditions. Il peut rester assuré que ni l'Église, ni le peuple d'Angleterre ne se soumettront jamais à un des- potisme ecclésiastique contre lequel ils ont protesté pendant des siècles, et que finalement ils ont rejeté. Les revendications de la suprématie papale ont été examinées par nous maintes et maintes fois dans le cours des trois derniers siècles, et à chaque fois, après mûre délibération, elles ont été finalement repoussées. Ce n'est pas lant que nous voyions dans ces revendications une atteinte à notre liberté spirituelle, c'est que nous les jugeons contraires aux intentions et à la volonté de Noire-Seigneur. Nous sommes prêts à reconnaitre tout le poids et toute la signification des paroles sur les- quelles se basent ces revendications. Mais l'histoire de l'Église nous montre combien diversement elles ont été interprétées. La question est de savoir laquelle de ces interprétatious est la vraie. Pour le savoir nous allons à ceux vers lesquels il est naturel en Îa circonstance que nous nous tournions. Nous demandons quel sens ceux qui étaient alors présents attachèrent aux paroles de Notre-Seigneur; ceux que le Saint-Esprit devait lui-même conduire dans le droit chemin. Nous remontons donc aux actes et aux écrits des apôtres eux-mêmes. Et il pourra noûs être utile de rappeler pour un instant les résultats de celte enquête.

Dans l'histoire du travail et de la vie des apôtres que nous devons à saint Luc, saint Pierre apparaît sans aucun doute occuper une posi- tion de commandement, bien que cependant il ne l'exerce pas d’une manière universelle; en tous cas on n’y trouve pas le moindre indice de suprématie, ou même d'autorité qu'il aurait exercée sur ses frères les apôtres. Nous avons, d'autre part, dans les écrits de saint Paul, des preuves évidentes que lui du moins ne reconnaissait ni supré- matie ni infaillibilité chez l'apôtre son frère. Ni saint Luc, ni saint Paul ne font la moindre allusion à une semblable autorité jure divino, 470 REVUE ANGLO-RONAINE

qui eût été instituée pour la sécurité et la prospérité de l'Église du Christ. Même dans les épitres pastorales de saint Paul, l'apôtre ne parle d'aucun guide suprême et infaillible auquel les jeunes évêques eussent pu s'adresser pour demander conseil et direction, surtout après qu'il les aurait quittés: et cependant il écrivait alors « que l’époque de son départ élait imminente ». Dans les épîtres de saint Pierre, il y a apparemment une entière inconscience de sa part du poste si important qui lui eût été confié; et l'explication de cette dif- ficulté par les théologiens catholiques romains est en vérité remar- quable : ils disent que l'apôtre était trop modeste pour revendiquer ses droits. C'eût été Îà, certes, une coupable modestie,si, occupant un poste si élevé et possédant de tels pouvoirs, il ne les avait pas fait connaître au milieu des luttes et des souffrances que l'Église avail alors à supporter. Enfin nous nous tournons vers saint Jean, le der- nier survivant des apôtres et qui vécut à une époque où des hérésies s'étaient élevés, où l'opposition se faisait sentir au sein même de l'Église, où les difficultés de toutes sortes augmentaient tous les jours, où enfin des antéchrists s'étaient déjà répandus à travers le monde. Nous nous attendons naturellement à trouver dans ses écrits quelque indication, quelque insinuation qu’au milieu de toutes ces difficultés, il existe un centre d'unité et d'autorité auquel l'Église peut demander une direction infaillible à chaque nouvelle phase de son existence tourmentée: mais c'est en vain que nous cherchons, et l'on ne trouve pas la moindre insinuation dans ce sens. Nous nous demandons alorsà nous-même : Est-il croyable qu'un fait d'une pareille importance ait été passé sous silence par tous ceux que le Christ laissa après lui pourêtre les interprètes de sa volonté? Et si nous étendons notre enquête aux siècles qui ont immédiale- ment suivi les temps apostoliques, le résultat reste le même. Saint Paul et saint Pierre sont partout placés sur le mème niveau. Il n'va rien indiquant que la suprématieattribuée à saint Pierre ne puisse pas être aussi bien réclamée pour saint Paul. Les choses apparaissent ainsi, non seulement dans les ouvrages des théologiens, mais encore dans les premières œuvres de l’art chrétien. Jusque vers la fin du troisième siècle, saint Cyprien, dans son traité sur l'unité de l'Église. n'a aucune connaissance de la suprématie de saint Pierre, à peine dont même de sa primauté, et ilse sert en cette occasion d'expressions le sens n'est pas douteux : « Certainement, dit-il, ce qu'était saint Pierre, les autres apôtres l'étaient aussi, liés par une égale confrater- nité en honneur et en pouvoir. » Pour saint Cyprien, saint Pierre représente seulement le commencement de l’épiscopat et non sÿn sommet. .

Avant que la doctrine de la suprématie ait pris aucune forme dé- finie, il est facile de découvrir l'origine et de se rendre compte des DISCOURS PRONONCÉ PAR SA GRACE LE LORD ARCHEVÊQUE D'YORK 471

circonstances dans lesquelles elle prit naissance; elles ont leur fonde- ment dans ce fait que Rome était alors la capitale du monde civilisé, le centre d'attraction, aussi bien que d'autorité, pour toutes les nations de la terre. Nous ne parlons pas des documents qui existent à l'appui de cette théorie. C'est par ces étonnantes prétentions que Rome s’est séparée du reste de la chrétienté, à la fois eu Orient et en Occident. Les diffé- rences de doctrines et de rites qui existent entre elle et les Églises grecque ou anglicane sont, à part quelques graves exceptions, d'une importance relativement peu considérable. Un grand nombre sont susceptibles d'explications, beaucoup aussi peuvent être réformées. Mais la barrière qui empêche toute réunion, c'est la revendication de la suprématie papale. La porte est close devant nous, et c’est du côté de Rome qu'elle reste fermée. Mais, bien que Rome ait parlé, tout n'est pas fini. I se peut que le discours du cardinal ne corresponde pas à la manière de voir de tout le clergé romain, à commencer par le Pape. Même à Rome, tous ne sont de pas du même avis; pas plus que personne Rome n'est exempte de changement; même chez elle « le vieil ordre de choses disparait, cédant la place au nouveau ». L'idée que l’on s’est faite de la suprématie elle-même a grandement changé depuis la primauté honoraire attribuée personnellement à saint Pierre dans les temps primitifs jusqu’à la domination absolue et à l'infaillibilité de ceux que l’on suppose ses successeurs. La suprématie, telle qu'elle était comprise par saint Grégoire au vi siècle, différait sensiblement de celle que reconnaissait plus tard saint Bernard au xu°, et encore l'idée que s’en faisait saint Bernard différait-elle totalementde l'idée que l'onavoulunousenfaireadmettre de ces jours. Un retour à la conception primitive n'est pas de ces choses dont il faille désespérer. H est des forces morales, intellec- luelles, et par-dessus tout spirituelles, avec lesquelles les papes eux-mêmes et les cardinaux ont à compter. Les sentiments spirituels de Rome sont plus généreux que ses définitions, etil peut se faire qu'en fin de compte ce soient les bons sentiments qui triom- phent. Un appel à l'antiquité se fait entendre une fois de plus au sein de l'Église romaine, et remonter ainsi aux sources demeure la caracté- ristique de l'Église d'Angleterre. C'est en faisant appel à l'antiquité que Rome obtintautrefois son rang, jusqu’à l'époque oùelle s’écarta de la tradition primitive pour développer au loin sa puissance, et plus récemment revendiquer l’infaillibilité; mais la doctrine de l’infailli- bilité elle-même parait perdre du terrain, considérée qu’elle est “omme une conception trop subtile, impossible à appliquer dans la pratique. C'est un drapeau plutôt qu’une force, les circonstances dans A72 REVUE ANGLO-ROMAINE

lesquelles son application pourrait étre utile ne devant se rencontrer pour ainsi dire jamais. D'autre part, aucun de ceux qui observent les signes des temps ne peuvent manquer de reconnaître que dans ces quelques derniers mois, de tous côtés, aussi bien en Angleterre qu'au dehors, des in- dices très remarquables se sont fait jour, qu'un intérêt toujours croissant s'attachait à cette question si considérable de la réunion et que le désir de voir enfin disparaître le grand scandale de la chré- tienté se faisait sentir chaque jour davantage. De part et d'autre, les esprits et les cœurs d'hommes intelligents et dévoués ont étésme- nés à chercher à conférer ensemble d'une manière amicale, et ces conversations fraternelles n'auront pas été perdues. Elles ont incon- testablement eu pour effet, du côté de Rome, de réveiller l'intérêt et de faire procéder à des enquêtes sur la situation occupée par l'Église d'Angleterre. Nous n'oublions pas qu’à plusieurs époques antérieures des efforts répétés ont été faits dans le mème but : com- mencés au temps même de la Réforme, ils ont été maintes fois renouvelés. L'histoire de ces divers mouvements constitue l’un des chapitres les plus intéressants de l’histoire de l’Église dans les temps m6- dernes. De temps à autre, il semble que Dieu lui-même excite les cœurs d'hommes choisis par lui pour rappeler à la chrétienté le fatal danger du mal qui la consume et pour tendre une main secou- rable à ceux qui, d’un côté ou de l'autre, occupaient une position d'antagonisme ou de méfiance. Il est vrai de dire qu'aucune de ces négociations n'a amené de résultat direct; mais le plus souvent leur insuccès est venu non d’une faiblesse inhérente à leur nature. mais plutôt de causes tout à fait étrangères. Le nom de ceux qui jouèrent le principal rôle dans ces divers mouvements suffit à altes- ter qu'ils ne furent pas entrepris à la légère, ou par des hommes incompétents. Et sans aucun doute ils atteignirent leur but en rap- pelant au souvenir de tous dans l'Église la prière de Notre-Seigneur lui-même et l'obligetion qu'il y a de travailler à son accomplis- sement final. Mais est au delà de notre pouvoir de prévoir de quelle ma- nière les paroles et promesses de Notre-Seigneur recevront leur accomplissement, Il est à peine possible de mettre en doute que Notre-Seigneur. dans sa prière comme dans ses promesses, n'ait pas eu en vueune unité organique, sous une forme ou sous l'autre; mais le champ est laissé libre aux diverses conceptions sur ce que sera celte uailé. L'on a dit d'une manière admirable que lorsque sonnera l'heure de la réconciliation entre Rome et l'Angleterre, ce ne sera pas nous qui irons à elle ni elle à nous, mais ce sera elle et nous qui ironsä DISCOURS PRONONCÉ PAR SA GRACE LE LORD ARCHEVÊQUE D'YORK 473

Dieu. Il n’en reste pas moins vrai que c’est là pour chacun de nous et pour nous tous un devoir pressant que de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour parvenir à ce but béni. Si nous ne voyons pas les résultats, nous aurons du moins préparé le chemin. Il n'est pas homme qui réfléchisse et qui puisse honnêtement penser que Île présent élat de Ia chrétienté soit conforme à la volonté du Christ; et personne ne peut se soustraire à l'obligation de travailler à le réformer, « s'efforçant, avec zèle, de garder l'unité de Fesprit dans le lien de la paix ». Mais, quelque direction que puissent prendre nos efforts, il est cer- taines conditions cependant sans lesquelles tout progrès est impos- sible, D'abord et par-dessus tout, notre devoir est de garder toujours présent à la mémoire le tableau que saint Paul nous a fait de l'Église chrétienne; de croire dans l’unité de l'Esprit; de reconnaître dans chaque individu, dans chaque communion d'individus, les membres d'un seul et même corps; de les considérer enfin et de les traiter comme des frères. Nous devons considérer ce qu'ils ont de bon, et non ce qu'ils ont de mauvais. Le premier devoir que nous ayons à faire, c'est de rechercher chez eux, tout ce qui est bon et vrai, et d'utiliser tout ce bon qui reste caché. C’est un plaisir pour les esprits inférieurs que de trouver des défauis chez les autres, de les critiquer, de les con- damner ; c'est, au contraire, le propre de ceux qui touchent à la sain- teté que de discerner tout ce qui est plus grand et plus noble, quelque part qu'ils le découvrent. Et autant nous reconnaïtrons de vertus chez les autres, autant nous les amènerons à les mettre en pratique. Nous ne devons aussi jamais oublier que, si différents que nous puissions êlre des autres, nous avons toujours quelque chose à apprendre d'eux; et c’est bien plus par de semblables rapports d'édi- fication mutuelle que l'union sera restaurée, que par des demandes catégoriques qui seraient suivies d'une honteuse reddition. Quel que puisse être le but qu'avait en vue Notre-Seigneur dans sa prière, nous pouvons rester certains que l'unité, quand elle se réalisera, ne sera pas seulement d’un ordre purement extérieur, mais que ce sera encore une unité de sympathies et d’affinités spirituelles; et celles-ci en augmentant toujours, hâteront le jour où nous ne ferons tous qu'un, et où il n'yaura plus qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur. Pour bâtir l'édifice de l'unité, il nous faut tout d'abord de solides fonda- tions, etnous ne les trouverons pas autrement queje vous l'ai indiqué. Sil’'unité d'opinionsreligieuses et de discipline ecclésiastique n'est pas possible, il peut y avoir, du moins, unité d'effort, fondée sur l'unité de foi, d'espérance et d'amour. Le D' Düllinger — clarum et venerabile nomen — a, dans un de ses ouvrages, insisté près de nous sur la nécessité « d’avoir la conviction 474 REVUE ANGLO-ROMAINE

personnelle que le Christ désire réellement l'unité de son Église: que les présentes divisions de la chrétienté sont désagréables à Dieu; et, enfin, que celui qui concourra à prolonger cette situation en répondra devant le Seigneur. » IH est une parole d'un éminent catholique français que l'on cite souvent: « C'est que si jamais les chrétiens doivent se rap procher les uns des antres, ainsi que tout les invite à le faire, il semble que le mouvement doive partir de l'Église d'Angleterre. » Si jamais cetie prédiction doit se réaliser, nous devons être prêts el armés pour bien remplir notre tâche. Nous sommes enclins à où- blier, tandis que nous critiquons et condamnons les fautes el les erreurs des autres, que nous aussi pourrions bien ne pas être tout à fait sans défauts. Dans nos discussions et nos controverses ave d'autres communions religieuses, nous sommes tentés de croire que chez nous tout est vrai, tandis que chez elles tout est faux. Le danger de notre position spéciale, c'est la complaisance en nous-mêmes et la persuasion intime que nous avons tout prévu et réglé pour jamais en fait de doctrine et de cérémonies, dans nos « 39 articles » et dans nos « actes d’uniformité ». Le temps n’est peut-être pas éloigné où il sera sage de notre part de reviser notre position, quant aux matières d'une importance secondaire, et cela nous devrons le faire, non par manque de foi ou par crainte, mais avec le désir ardent de parvenir au plus haut degré de per- fection chrétienne, dans les pensées et dans la vie à notre époque. Après tout, ceux qui eurent l'initiative de la Réforme et la firent triompher n'étaient pas infaillibles, et, au milieu des luttes et des tourments du seizième siècle, il est possible que quelquefois ils âient fait erreur et rejeté peut-être un peu trop hâtivement une part du précieux chargement de la barque. Si nous voulons jamais occuper une place prééminente en devenan! les promoteurs de la réunion de la Chrétienté, il faudra que nouf ayons le courage de nous débarrasser de tout ce qui est étroit et exclusif sans motifs, soit dans nos croyances, soit dans nos prali- ques religieuses; sans quoi nous sommes cerlains d’un insuccès. H est possible que le présent mouvement ne produise aucuf résultat immédiat. Mais il n'aura pas été stérile; il aura servi à rap peler l'attention sur l'importante question qu'il agite et à ranimer notre zèle pour l'unité. Un pape éminent du siècle dernier a déclaré que ses prédéees- seurs sur letrône pontifical étaient responsables de la perte de l'A gleterre. Nous pouvons avec raison espérer que le jour viendra où un autre Pape aura la gloire et l'honneur de réconcilier ces deux grandes branches de l'Église catholique! Mais, en dehors de Rome, le champ est vaste pour nos efforts et DISCOURS PRONONCÉ PAR SA GRACE LE LORD ARCHEVÈQUE D'YORK 478

pour nos prières, qui ont pour objet la réunion des membres disper- sés du corps du Christ. La crise de la Réforme nous a séparés de Rome, mais les événements qui ont suivi nous ont séparés aussi des autres Églises réformées de l’Europe. Rien ne peut-il être fait pour rassembler tous ceux qui partagèrent avec nous les grandes luttes du seizième siècle et dont nous nous trouvâmes séparés comme le sont des vaisseaux ballottés par la tempête? Par-dessus tout, avec quelle force et quelle insistance les paroles de saint Paul ne nous rappellent-elles pas nos devoirs et nos obligations immédiats vis-à-vis des communions qui sont séparées de nous dans notre propre pays et pour ainsi dire à notre porte, et dont l'existence se dresse comme un obstacle et nous empêche de « garder l'unité de l'Esprit dans le lien de la paix » ! Nous ne pouvons pas, pour un seul instant, fermer les yeux sur la piétéet la science de beaucoup de ministres et de membres de ces communions. Nous ne pouvons pas, — nous n’osons pas — oublier avec quel zèle et quel dévouement ils travaillèrent pour la cause chrétienne à une époque où dans bien des endroits — pas si nombreux cependant qu'on le suppose générale- ment — le niveau de la vie ecclésiastique en Angleterre était lamen- tablement bas: alors que, selon l'expression de Milton : « Les brebis tttendaient leur nourriture etn'en recevaient point. » Dieu soit béni ! ces temps ne sont plus; et nous pouvons même nous hasarder à dire non pour nous vanter, mais en toute humilité et avec un sentiment de profonde reconnaissance, qu’à aucune époque de sa longue histoire, l'Église d'Angleterre n'a fait preuve de plus de zèle et de plus d’acti- vité dans le service de son ministère. Mais combien son pouvoir et son influence ne s’accroîtraient-ils pas si seulement ces enfants dis- persés, qui sont siens, ponvaient être de nouveau rassemblés dans leur ancienne demeure ? Jusque-là combien le présent état de choses ne fait-il pas de mal à la cause du Christ? Je ne puis pas metire un seul instant en doute que, pour instruire les masses des vérités de la religion et peut-être plus encore pour faire respecter les préceptes de l'Évangile aux classes élevées, les dissensions et les divisions de l'heure présente demeurent comme une pierre d'achoppement et comme un obstacle, engendrant ainsi de graves périls pour le salut de beaucoup d’âmes. Età un autre point de vue, il est absolument incontestable que loutes nos difficultés dans la solution du problème de l'éducation religieuse ont une même source dans ces divisions des chrétiens. N'estil pas permis de croire qu'autour de nous il apparait des signes de temps meilleurs ? Au milieu des cris et des clameurs de la controverse religieuse, ne trouvons-nous pas que des paroles de paix se font entendre plus fréquemment et plus distinctement®? N'y a-t-il paslieu d’avoir plus d'espérance que l'on en arriveraäune recon- 416 - REVUE ANGLO-ROMAINE

naissance mutuelle des droits de chacun, reconnaissance de la mère par ses enfants et des enfants par leur mère; que ceux-ci consentiront à lui accorder le rang et l'autorité qui lui sont dus, tandis qu'elle de son côté leur rendra leur place à la maison ? Qu'y a-t-il donc qu Dieu ne puisse nous accorder si nous travaillons à garder l'unité de l'Esprit dans le lien de la paix ? Bénis soient les pacifiques! Bénis sont-ils ceux qui. par la parole ou l’action, par un discours de bonne foi comme par l'abnégation et le silence, travaillent à l'accomplis- sement des vœux de Notre-Seigneur! « Ils ne rougiront point devant lui, à l'heure du jugement, et ils entreront dans sa paix. » L'ARCHEVÊQUE D’YORK ET LA RÉUNION

              { Church Times, 18 oct. 1895.j


Le sermon préché par l'archevêque Maciagan dans la cathédrale

de Norwich au service d'ouverture suffit à lui seul à rendre mémo- rable un Congrès qui, sous certains rapports, n'a pas atteint la moyenne d'intérét qu'il excite d'ordinaire. Ce sermon est un de ceux qui méritent d'être lus et médités par tous ceux qui désirent la réunion de la chrétienté. Il y a bien des années que ce que nous croyons être les vrais principes de l'Église d'Angleterre n'avait été affirmé avec des vues aussi larges et aussi politiques par un prélat anglican ; et quant à ses résultats praliques, l'on peutpresque assurer quepas même la lettre de Léon XI ni la publication du De Hierarchia anglicana, ne sont capables de faire plus pour la cause dela réunion. La claire et loyale affirmation de vérités positives que l'on y trouve concernant la position de l'Église d'Angleterre, oppose un contraste frappant aux déclarations négatives et faités à moitié cœur, ainsi qu'aux affirmations circonstanciées que nous recevons d'ordinaire des prélats anglicans. En voilà presque assez pour renvoyer nos lee- leurs au discours lui-même; mais il est quelquefois bon d'adopter la méthode opposée, de clouer les pièces fausses sur le comptoir el de faire ressortir une affirmation de vrais principes à une époque où la mauvaise monnaie des faux principes ou des expédients sans principes a cours d'une façon anormale. EH va sans dire, bien entendu, que, dans le langage de l’arche- vèque, il n’ya pas le moindre semblant de compromis quant à la posilion de l'Église d'Angleterre. Le D° Maclagan est, on l'admet- tra, aussi fidèle anglican que qui que ce soit. La différence qui existe entre Sa Grâce et ses frères dans l'épiscopat qui ont déjà parlé sur ce sujet, c'est qu'il a substitué des affirmations positives à ” celles qui jusque-là avaient plutôt été négatives; et lorsqu'un homme d'une piété reconnue fait sur un point de doctrine une déclaration qui n'est plus seulement négative mais bien positive, il y a bien des chances pour que cet homme soit dans le vrai. Le D° Maclagan pro- clame aussi clairement qu'aucun de ses frères dans l’épiscopat le 478 REVUE ANGLO-RONAINE

droit que revendique l'Église d'Angleterre de former partie inti- grante de la véritable Église de Dieu. Mais cela ne lui suffit pas. Îl voit qu'elle ne constitue pas l’Église tout entière et il a le courage del’admettre. En entendant certains évêques parler de réunien. on dirait vraiment qu'ils s’attendent à voir les catholiques romains. le Pape en tête, se joindre à l'Église d'Angleterre. C'est tout ausi étrange et futile que pour le cardinal Vaughan de croire que les membres de l'Église d'Angleterre ayant quelque connaissance des principes ecclésiastiques vont déserter leurs propres évêques pour se soumettre à lui. D'autres alors, qui admettent cela, s’imaginent que les difficultés pour parvenir à la réunion sont si considérables qu'ils considèrent toute tentative dans ce sens comme absolument sans espoir elque c’est à peine s'ils osent prier à cette intention. L'archevêque Maclagan n'est pas de ceux-là. 11 reconnait les difii- cultés et n’essaie nullement de les faire passer pour mains consi- dérables qu'elles ne le sont réellement; mais en mème temps il nous rappelle que Notre-Seigneur pria pour la complète unilé de son Église; en conséquence il croit qu'un jour ou l'autre, sous uns forme ou sous l'autre, cette unité s'accomplira, el it contribue suivant ses moyens à la solution des diMcultés. On ne peut pas dire que l'archevêque ait ajouté quelque chose de nouveau à la controverse; mais l'admission, par un si haut di- gnilaire de l’Église anglicane, de principes admis déjà par d'autres moins aulorisés, marque, dans l'œuvre de la rénnion. le commen- cernent d’une ère nouvelle. Le premier de ces principes sur lequel nous voudrions appeler l'atlention, c'est l'existence de la Papauté comme fail historique. que nous devons reconnaitre, dans tous nos efforts loyaux vers la réunion. Nous avons assez souvent protesté, dans ces colonnes. contre une exagération illégitime du principe de centralisa- tion; mais l'histoire montre combien il est vain d'essayer de garder l'unité s'il n'yaun centre comme point de ralliement, et mème s'il était possible d'établir pour la chrétienté d'Occident un centre d'u- nité autre quele Saint-Siège, il est difficile de découvrir quels en seraient les avantages. Rome a été durant une longue période le centre de l'unité, et il est difficile de voir quelle interprétation peut être donnée aux paroles de l'archevêque d'York, exprimant « l'es- poir qu'un jour viendra où un autre Pape aura la gloire et l'hon- neur de réconcilier ces deux grandes branches de l'Église catho- lique », sinon que lui, du moins, esl désireux de voir Rome acceptée de nouveau comme le centre d'unité, à la condition toute- fois que la liberté de l'Église serait pleinement assurée. Un second principe admis par l'archevèque, et qui est la coust- quence du premier, c'est qu'il refuse d'admettre comme uue cot- L'ARCHEVÈQUE D'YORK ET LA RÉUNION 479

clusion sur laquelle il n'y a plus à revenir, cette théorie que Rome ne changeant jamais, il est impossible qu'elle modifie ce qu'elle a une fois décrété. . ........,.................. Nous pouvons espérer, et l'espérance est dans ce cas l'un des meilleurs moyens d'arriver au but, nous pouvons espérer que les revendications de Rome seront si bien expliquées et mo- difiées qu’elles pourront être généralement admises d’une manière honorable pour tous. En même temps que nous espérons un changement d'attitude’de la part du Saint-Siège, nous devons admettre, à l'instar de l'arche- vêque, que l'Église d'Angleterre ne doit pas être éternellement liée aux expressions stéréotypées des opinions des réformateurs anglais. Sur beaucoup de points, dit l'archevêque, nos différences sont plus apparentes que réelles et sont susceptibles d’être expliquées. Mais, bien entendu, l'explication et les modifications ne peuvent pas venir d'un seul côté. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que le Pape souscrive à nos formules telles qu’elles sont actuellement. Parmi les plus nobles paroles de l'archevêque — paroles qui mériteraient d'être écrites en lettres d'or et mieux encore gravées dans les cœurs de tous les fidèles de l'Église d'Angleterre — sont celles qui nous avertissent de nous garder de cet esprit de complaisance en nous- mêmes, qui nous invite à considérer nos formules comme l’expres- sion définitive des vérités de la religion. Suivant les paroles de l'archevêque : « Nous sommes disposés, tandis que nous critiquons et condamnons les fautes et les erreurs des autres, nous somines disposés à oublierque,nous aussi, pourrions bien, ätoutprendre, ne pas être sans défaut ». Les réformateurs étaient des hommes fail- libles, « et dans la tourmente du xvi° siècle, ils peuvent quelquefois s'être trompés dans leurs décisions et avoir peut-être rejeté un peu hätivement une partie des précieux chargements de la barque ». De même, « si nous voulons occuper une position prééminente dans l'œuvre de la réunion de la Chrétienté, nous devrons avoir je courage de nous débarrasser de tout ce qui est étroit et exclusif sans motifs dans nos croyances ou nos pratiques, — sans quoi nous sommes sûrs d'échouer ». — De telles paroles sont autrement pro- pres à préparer la réunion qui nous tient tant à cœur, que cette idée insulaire qui se rencontre dans l'esprit de certains, à savoir que toute la Chrétienté doit devenir l'Église d'Angleterre avec l'arche- véque de Cantorbéry comme nouveau centre d'unité, et avec l'obli- gation pour tous les chrétiens de souscrire aux trente-neuf articles. L'archevêque Maciagan reconnait évidemment ce fait: que la loyauté envers l’Église d'Angleterre comprend cette conviction que l'Église d'Angleterre est seulement une partie d'un plus large corps dont l'unité extérieure doit être l’objet de nos espérances el de nos 480 REVUE ANGLO-ROMAINE efforts, tout comme son unité intérieure essentielle est un articie de notre foi. Comme conclusion, nous nous reportons à la première partie du sermon, lorsque l'archevèque déclare qu'en présence de tous les obstacles qui rendent la réunion immédiate impossible, nous ne devons pas nous contenter d’un n0# pessumus et encore moins d'un non volumus. Il est à craindre que ceux qui suscitent le plus d'obs tacles n'aient pus réellement le désir de la réunion. Bien entendu, il n’y en aura que quelques-uns seulement à manifester leurs senti- ments avec la grussièreté de cette petite bande tapageuse qui essaya de troubler le meeting de l'E. C. U. à Norwich. Mais il existe, nous en avoas peur, trop d'anglicans qui, au fond de leur cœur, ne dési- rent réellement pas la réunion, si pour cela il faut faire le sacrifice de cet esprit de complaisance en soi-même et d'infaillibilisme qui est la caractéristique d’un anglicanisme faussé, mais ayant trop ler- gement cours, ou bien encore s'il faut faire quelque concession non à Rome, mais à la vérité catholique. Ceux qui, comme Léon XII et l'archevêque Maclagan, ont vrai- ment le désir de la réunion, pourront avec salisfaction se rappeter notre proverbe : On fait ce que l’on veut. Si tout le peuple chrétien désire vraiment la paix et la vérité, nous pouvons être sûrs que Dieu l'y conduira. Les nobles paroles de l'archevêque d'York, qui le fe- ront considérer à bon droit comme un leader dans tout ce mouve- ment, avant tous les autres prélails anglicans, ces paroles serviront à accroître les vœux de tous ces hommes vraiment catholiques qui désirent la paix de l'Église et à promouvoir par là la réunion de la chrétienté.

                          Le Direcleur-Gérant : KERNAxD Pontar.

            PARIS, —— IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 47,

1" ANNÉE N° 28 13 JUIN 1896

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Tu es Petrus, ot su- Spiritus Sanctas po- per hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecclesiam gere Ecclesiam Dei. meam ... ot tibi dabo claves ... Ac. xx. 28.

Matra. xvr. 18-19. |

                                   SOMMAIRE :
                      -       ,                                                           PARA

Rev. KE. Dennr...... L'Église anglicane et le ministère des Églises de la Réforme............................,..... 481

    A. Loisy.......         Ernest Renan, historien d'Israël.................                     491

                            Chronique...............,..............,........                      503

        Documenrs.          Damnatio et   excommunicatio   Henrici     VII           ac




                                       PARIS
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                                  47, RUE CASSETTE

                                          1896

PRIX DES ABONNEMENTS TARIF DES ANNONCES

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                         ÉrtranGer.. 0 fr. 60       17, rue Cassette, Paris.


       Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la
                                responsabilité des auteurs.




               MÉDAILLE DE                         JEANNE D'ARC

                      Jeanne terrassant la Franc Maçonnerie



      A l'heure résente, nn peu partout, mais      seulement son étendard où brillent is
    surtout en   France, deux armées sont aux      noms de Jésus et Marie. De l'extrémité de
    prises: l'armée de Dieu et de la religion,     la bampe, elle frappe et traverse le dra-
    et la franc-maçonnerie.                        gon représentant la Franc-Maconnerie. L-
      Le Souverain Pontife a dénoncé le danger     monstre est revétu des insignes maconni-
    qui menace la société civile, en mème temps  ues; dans sa rage impieil renverse le ca-
    que le caracière criminel de la secle, ses lice et l'hostie, et il exhale son cri de rage:
    projets el ses artifices.                 {Ni Dieu ni Maître. Le cheval se cabre au—
      Il invite les chrétiens à combattre et à dessus des Saints Mystères         profanés ; ei
    repousser l’ennemi, non pas avec des ar- Jeanne triomphe dans sa             faiblesse, en
    mes dissimulées ou dans les ténèbres, mais poussant le cri de guerre : De par le Ro:
    en pleine lumière et bien ouvertement.     du Ciel!
      On a voulu répondre à la voix du Pape,      On a su, avec un art parfait, renfermer
    par une médaille que chacun porterait dans les limites étroites d'une médaille
    comme un signe de sa foi et de sa soumis- tout ce drame religieux et patriotique.
    sion.                                          C'est un petit chef-d'œuvre de dessin et de
      Cette médaille qui est une véritable œu-     gravure.
    vro d'art, réunit l'amour de l'Eglise ct         Nous tenons cette médaille en argent à là
    Famour de ja France sous les traits de         disposition de nos lecteurs. ‘
    Jeanne d'Arc terrassant la Franc-Maçonne-        Il  suffit d'adresser, en mandat-poste.
    rie.                                           autant de fois 4 fr. 2% que l'on désire re-
      Tout le monde eonnaïit l'ordre venu du       cevoir d'exemplaires.
    grand Maître interdisant aux loges d’accep-      Par unité, ajouter O fr. 56 en sus pour
    ter la   fète nationale de Jeanne la bonne     la recommandation à l4 poste.
    Française,   et   l'opposition   ue la secto     Par quantité de 4 douzaine et au-dessus,
    continue de faire à la Pucelle et à son et pour les localités desservies par le che-
    triomphe,                                     min de fer, en raison de la valeur déclarer.
       C'est do Ià que vient l’idée ou le dessin compter un minimum de deux francs
    de la médaille.                             [pour le port et l'emballage.
       Jeanne à cheval, armée du secours de         Envoyer les lettres et mandats à M. l'ad-
    Dieu, ne porte ni casque ni épée; elle tient ministrateur de la Revue, 17, rue Cassette.

L'ÉGLISE ANGLICANE ET

LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME
  1. Dans les Æfues religieuses du 13 juillet 1895, le R. P. Tournebize, au cours d'un intéressant article sur «le mouvement religieux en Angietcrre », pose la question suivante : « N'est-il pas vrai, en effet, que des ministres calvinistes, convertis à l'anglicanisme, sont entrés de plain-pied dans les divers ministères de leur nouvelle religion? » Hest évident que le R. P. Tournebize croit que la réponse à cette question ne peut être qu'affirmative. Des assertions semblables ont été assez souvent émises, et toujours dans le but d'appuyer l’alléga- tion que l'Église anglaise a rejeté actuellement le divin ministère de l'Église catholique, et qu'elle a substitué à sa place une institution humaine, analogue à celles que possèdent les sectes protestantes qui surgirent au temps de la Réforme.
  2. Un passage de l'Histoire d'Angleterre de Macaulay! est fréquem- ment cité comme preuve de telles assertions, ainsi que certaines ex- pressions de 3. Cosin, plus tard évêque de Durham, dans des lettres qu'il écrivit pendant « la Grande Rébellion * ». Or, au sujet de ces autorités, il suffit de faire remarquer deux choses: d’abord, tous ceux qui connaissent Macaulay, et qui ont passé au crible les témoi- gnages sur lesquels il s'appuie, estiment absurde d'attacher la inoiadre valeur à ce qu'il a pu affirmer relativement aux affaires de l'Église anglicane*; secondement, on ne peut douter, à en juger par ses écrits, que Cosin était très mal informé sur notre sujet. Un écri- vain (c'est probablement l'évêque Burnet) remarque avec sévérité, à propos d’une affirmalion de Cosin et qui avait rapport à la même matière, qu'il « la soupçonnait de n'être que tradition et ouï-dire »,

1 MacauLay, History of England, vol. I, p. 16, 6° édition.

Cosix, Works, vol. IV, p. 404, 449. Anglo-catholic library.

Vide Hanineron, The Reformersof the English Churchand Mr Macaulay's His-

tory of England, 2e édition, 1850.

   REVUE ANULO-ROMAINE.   — T, II,   — 31

482 REVUE ANGLO-ROMAINE

et qualifie une autre grave erreur de « mésaventure !.» En fait. il sembie manifeste que Cosin appuyait ses affirmations sur une fausse conception, tant de la loi actuelle de l'Église que des faits relatifs au cas de Whittingham, que nous rencontrerons plus tard au cours de ce travail. 3. L'expérience nous ayant démontré que le plus grand nombre ‘ des erreurs et des malentendus quise produisent au sujet des ques- tions controversées sont surtout dues au défaut de précision dans la détermination des points à discuter, il nous paraît utile de bien poser la question quenousnousproposons detraiter dans les pages suivantes. Procédons d'abord par voie d'exclusion. Il ne s’agit point de savoir s'il est possible de découvrir, au temps de la Réforme, des exemples de personnes non dûment ordonnées qui aient possédé des bénéfices sans charge d'âmes. Évidemment il serait sans utilité d’alléguer ces exemples dans la discussion dont ils’'agit, puisque, même avant « l'ère de la Réforme ». des Beneficia simplicia furent attribués assez fréquemment à deslaïques et même à des enfants ?. Il ne s’agit pas non plus de trouver des exemples de personnes non ordonnées qui aient obtenu des bénéfices avec charge d'âme, puisqu'il est certain que,dans la Grande-Bretagne, avant que la rupture se fit avec le Saint-Siège, même des Benefrur curata furent usurpés par des laïques. C’est ainsi que Robertson nous dit : « Il parait qu'à aucune époque, pendant les trois siècles qui précédèrent la Réforme, les évêques écossais ne purent réussir à faire que les Ordres fussent une qualité indispensable pour avoir un bénéfice. Les statuts synodaux du xinr° siècle et les statuts provin- ciaux du xvr°, avouent que les Rectories el d’autres charges de l'É- glise furent occupées par des hommes qui n'avaient pas le caractère clérical 3. » Que de semblables abus aient existé en Angie- terre, c'est ce qui ressort d’une bulle du Pape Nicolas V conservée dans les archives du collège de la Madeleine à Oxford, et dont l'objet était d'interposer la médiation de ce Pontife entre le fondateur de cette Société et l’évêque de Salisbury, au sujet d'un conflit touchant le béné- fice paroissial de Brighiwell tenu par un laïque depuis dix ans°. Des exemples pareils, même quand ils seraient prouvés d'une façon in- contestable, ne seraient d'aucune valeur dans le débat en question. 4. On ne pent douter qu'au début de la période qui commence avec l'avènement d'Élisabeth au trône, des efforts furent faits pour perpétuer en Angleterre l'abus, antérieur à la Réforme, des béné-

1 Brrcu, Life of Tillotson, pp. 185, seq. Edit. 1702. | 2 Cf. Decrel. Greg. De æt. et qual. c. ex ratione. Sext. IDecr. Deelect. et Elec Pot. c. ex eo, lib. 6. Van Esprex, Jur Eccl. Univ. Il, tit. 30, 8 5. 8 RorerTson, Slalula, p. cevi, 4 Cf. Bishop Fonuxs An Ezxplanalion of the XXXIX Articles. Note c. p. 722. 2e édit. L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 483

fices possédés par des laïques. Citons l'exemple de Jewell, évêque de Salisbury, qui envoie à son métropolitain l'archevêque de Cantor- béry Parker une dispense de Rome (Dispense romaine sub plumbo) permettant à un laïque nommé Harvee d'occuper une prébende à sa cathédrale, et lui écrit à ce sujet le 46 juin 1563 : « Je supplie Votre Grâce de me dire si la loi le permet ou non, et si le susdit pourra jouir de ce bénéfice n'ayant pas et ne portant pas le costume sacer- dotal, mais ayant tout l'extérieur d’un domestique‘. » Le mème pri- mat, durant sa visite du diocèse de Norwich en 1567,se plaignait de trouver que omnia erant venalia, les grands propriétaires fonciers, « les meilleures gens du pays », étaient infectés de cette maladie à un tel degré qu’un certain chevalier possédait 4 ou 5 bénéfices, tandis que d'autres en avaient mème 7 ou 8 « cloués ensemble et qu'ils ton- daient tous ». À la cathédrale il trouve que le Zord Keeper {garde du grand sceau), à la face de toute la cité, a installé prébendier de l'é- glise un domestique non ordonné, un simple laïque. De plus. en 1370, le doyen d'York se vit obligé d'écrire à l'archevêque Parker en ces termes : « J'apprends qu'un M. Hammond, de Yorkshire, va « solliciter Votre Grâce d'accorder à son fils — un tout jeune enfant « de peu d'instruction et de discernement — une dispense le rendant « capable de recevoir une prébende d'York nommée Riceal et occu- « pée jadis par le D° Spencer. Son père est un homme influent el « fort riche, et filius hujus sæculi, c'est pourquoi je supplie Votre Grâce « de ne pas permettre qu'il abuse de voire autorité pour accomplir « son dessein ?, » Le doyen ne fit pas cet appel en vain, car l'arche- vêque, bien que le comte de Leicester eût donné son puissant appui à lademande en question, refusa la dispense. 1! est impossible de lenier: dans les citations que nous empruntons aux documents contempo- rains, se révèle un triste état de choses, mais il va de soi qu'il serait puéril d'alléguer les exemples qui nous montrent de puissants sei- gneurs ou de riches propriétaires oblenant des bénéfices pour eux- mêmes ou pour leurs protégés, soit avec la complicité des chefs ecclésiastiques ou sans cet appui, et prétendre prouver par là que l'Église anglaise a reconnu d'une manière officielle le ministère des « Églises réformées ». Comme nous l'avons déjà dit, de pareils abus existaient antérieurement à la Réforme. 5. Ayant ainsi fait place nette, je suis maintenant en mesure de préciser la question particulière qui doit être l'objet de nos recherches. La voici en un mot:

LJewerz, Works, 1v, p. 1262. Edit., Parkcr Society. — Parmi les privilèges ap- partenant à l'archevêque de Cantorbéry, on compte celui de donner, per {olum Anglisæ regnum, ut laicus lilleris operam navans præbendam relineat, (Cf. Revue Anglo-Romaine, t. Il, p.39. ? Sraves. Parker, Bk 11, chap. xvu, p. 249, Edit. 4714. 3 Ibid. Bk I, ch. IVp. p. 298-298. 484 REVUE ANGLO-ROMAINE

« Durant la période qui s'étend depuis l'avènement d'Élisabeth jus- qu'à l'an 4662, l’Église anglaise a-t-elle reconnu officiellement les ministres des « Églises réformées »comme compétents pour le minis- tère de ses autels, sans qu'ils fussent d'abord dûment ordonnés? » Si les adversaires de l'Église anglicane veulent pouvoir affirmer que telle était sa pratique, c'est à eux à prouver leurs affirmations par des faits concluants. Mais, sans une telle démonstration, la question posée par le P. Tournehize doit recevoir nécessairement une réponse négalive. et par conséquent elle ne peut plus servir au but pour lequel elle a été ouvertement posée. 6. Maintenant, afin de donner une réponse précise à la question posée, il faut évidemment se demander, d’abord, « quelle lumiëre nous donne sur ce sujet la loi de l'Église d'Angleterre de la période dont nous parlons. » Cette loi défendait- elle ou ne défendait-elle pas un usage pareil à celui qu'on affirme avoir prévalu ? Heureusement. la réponse est affirmative et péremptoire. La préface de l'OGrdinal de 1552 {en usage alors) et l'Ordinal même sont explicites sur ce point. La première déclare que « depuis « le temps des apôtres, il y a eu toujours, dans l'Église du Christ. « ces trais ordres de ministres, savoir: les. évêques, les prètres et « les diacres, » que ces ordres existant alors dans l'Église an- glaise « doivent être continués et respectueusement exercés et can- « sidérés dans l'Église d'Angleterre. » Donc, « il est exigé qu'aucun homme n'étant présentement « évêque, ni prêtre, ni diacre n'en remplisse les fonctions, » avant qu'il n'aitrecu ces ordres selon les rites prescrits par l'Ordinal. On déclare que ces ordres ont été divinement institués et en mème temps qu'à l'évèque seul appartient le pouvoir de les conférer. Et ainsi toute affirmation d’après laquelle les prêtres avaient même pouvoir, ce qui est précisément la thèse soutenue par les réformés, est condamnée catégoriquement. 7. Il est donc démontré jusqu'à l'évidence que la loi de l'Église, telle que nous l'avons exposée, fut appliquée pendant cette période. On en peut trouver une preuve intéressante dans le fait que l'on ren- contra de grande difficultés causées par suite du nombre insuffisant de ministres ordonnés qui se trouvaient en Angleterre au commen- cement du règne d'Élisabeth. La peste, qui fit tant de ravages pari les évêques sous le règne de Marie, eut aussi ses victimes parmi le reste du clergé. D'autres, parait-il, se retirèrent au delà de la mer par répugnance pour une seconde rupture avec le Saint-Siège. |} ea résulta qu'il y eut fort peu de clergé pour remplir les divers minis tères rendus ainsi vacants. Sous la pression de ces pénibles circons- tances, les chefs de l'Église ont-ils violé la loi de l'Église et installe L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 483

dans ces bénéfices’ les Protestants « Hot Gospeilers from Geneva», qui avaient été admis au ministère des Églises réformées, et qui s'é- taient précipités sur l'Angleterre ? Non, ils ne le firent pas; et, pour éviter l’ordination de personnes impropres, on envoya dans les plus pelites paroisses {en attendant qu'elles fussent régulièrement pour- vues, des « lecteurs » (readers), et ceux-ci durent souscrire une dé- claration formelle, conformément aux « injunctions ! » promulguées par les archevêques des deux provinces et leurs évêques suffragants, qu'ilsn’administreraient pas les sacrements. 8.Une démonstration supplémentaire des mémesfaits peut se trou- ver dans divers canons et articles, rédigés et promulgués en assem- blée ecclésiastique; la convocation de 1%74 par le huitième canon, ordonnance qui suit : « Episcopus neminem qui se otioso nomine lec- iorem vocet et manus imposilionem non acceperit, in Ecclesiæ mi nisterio versari palietur?. » Il est évident que ce canon, conformé ment avec l'Ordina}, défend à toute personne non dûment ordonnée d'exercer d’une manière quelconque les fonctions qui incombent au sacerdoce. D'ailleurs, pour rendre impossible la moindre infraction à la loi, un autre canon {VÏ) prescrit que les personnes venant d'un autre diocèse doivent présenter leurs « lettres dimissoires » de l'é- vèque du lieu, afin que l'ordinaire puisse s'assurer que les postulants aux fonctions du ministère sacerdotal ont reçu les ordres sacrés. Nous voyons encore que, le 47 mars 1576, certains articles ayant rapport à la discipline du clergé furent lus par l'archevêque Grindal et souscrits par l'Assemblée de Cantorbéry. Le neuvième de ces articles prescrivit qu'on ne permetirait à personne de prècher sans qu'il ait reçu au moins le diaconat, tandis que le quatrième article ordonna de faire en chaque diocèse une sérieuse enquête « afin de découvrir les personnes qui ont contrefait des lettres d'ordination; de façon qu'elles puissent être écartées et punies. Par le cinquième article les évèques furent obligés de se faire connaitre l'un à l'autre les noms des prétendus ecclésiastiques », pour empêcher qu'ils puissent officier dans aucun diocèse. La convocation ne fut pas réu- nie pendant quelques années; mais, en 1394 et encore en 46903, on rédigea des canons qui défendaient à tout évêque d'instituer à un bénéfice une personne quelconque qu'il n'aurait pas lui-même ordon- née, ou qui ne pourrait pas préalablement présenter des « lettres d'ordination ». 9. Le même témoignage est rendu par les questionnaires envoyés avant les visites des évêques et par les autres articles d'enquêtes

{ Injunclions to be confessed and subscribed by them that shall be admilled eaders Cardwell. Documentary Annals. vol. I, pp. 268 #t seq. 3 CaroweLL, Synodalia, vol. 1, p. 415. 3 Couuier, Ecclesiestical History, vol. VI, pp. 549. 50. Edition 1852. 486 REVUE ANGLO-ROMAINE faites par les évêques durant la même période. Par exemple, Richard Cox, l'évêque d’Ely demande : « Item. S'il y a des personnes, des intrus, qui prétendent à ur mi- « nistère quelconque dans l’Église de Dieu, sans qu'ils aient reçu « l'imposition des mains et l’aulorisation de l'ordinaire... » Edouard Grindal, archevêque d'York en 4571, visita sa province, et publia les divers articles d'une enquête à faire dans la province d'York, lors dela visite du métropolitain, du très Révérend Père en Dieu Edward, archevêque d’York, Primat et Métropolitain d'Angle- terre. Le onzième de ces articles est ainsi conçu : « Est-il une personne, ou des personnes, n'ayant pas au moias « reçu l’ordre de diacre ou ayant autorisation de l'Évêque, qui ré- « citent publiquement dans votre église ou chapelle la prière com « mune? y a-t-il quelqu'un qui, sans même être diacre, célèbre des « mariages, ou administre le sacrement de baptême, ou qui présente « la coupe du Seigneur dans la célébration de la sainte communion « etquel est-il, qui sont-ils ceux qui agissent ainsi? » De semblables enquêtes se rencontrent dans les « articles de visi- tation » de l'évèque {Avyimer) de Londresen 4577 et 1586; et que l'archevèque (Sandys) d'York y publiait en 1878. Tel est aussi le premier des « Articles, au sujet duquel on devra u faire l'enquête dans le diocèse de Winchester, à l'occasion de la « visite du très Révérend Père dans le Christ Mathieu, par la Provi- « dence divine archevêque de Cantorbéry, Primat de toute l'Angle- « terre‘ et Métropolitain », en 1575, rédigé ainsi: « /n primis: si « des intrus sont intervenus et ont prétendu exercer un ministère « quelconque dans l'Église de Dieu sans avoir reçu l'imposition des « mains, el une mission légitime de l'ordinaire. Et s’il est arrivé que « quelqu'un, n'étant que diacre, ait usurpé l'office de prêtre ».* Plus tard, en l’an 1584, nous trouvons l'Archevêque Whitgift, de Can- torbéry, publiant certains articles? dont le 5" défend à celui qui « n'était pas prêtre, ou au moins diacre selon la loi de ce pays même de prècher »; et dans ses Articles de visitation de la susdite année il dit: « Si vous êtes diacre, ou ministre et prètre, déclarez par qui

1 Aprés la conquête, il ÿ eut compétition entre les archevèques de Cantorbérr ot d'York, lo premier prétendant que York était soumis à Cantorbéry. En l'an 41354 il fut définitivement établi que chaque archevèque était métropolitain de sa Province, mais que Cantorbéry aurait la préséance. Le Pape Innocent VI, en confirmant cet arrangement donna à l’archevèque de Cantorbéry le titre de Toliur Angliæ Primas, et à l'Archevêque d’York celui d'Angliæ Primas (Rog. Islir. fol. 99. in Wilkins Conciliavol. III, pp. 31, ?.) Leurs successeurs portent encore ces titres respectivement. ? En anglais le mot cst minister qui à cette époque était souvent employé en opposition avec le mot diacre et signifie prêtre. — Pour ces articles voyez Re- port of the Commisxion to enguire into Rubrics Qrders eic., 1868. — App. E. pp. 407, ot seq. 3 Heg. Wahilgift, fol. 97°. L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 487.

    « vous avez été ordonné, par qui et quand vous avez été légitime-
    « ment promu.     »
      Ë est   à peine nécessaire d’ajouter d’autres citations, puisque
 celles-ci nous démontrent suffisamment que la loi de l'Église par rap-
 port
    à la nécessité des saints ordres, n’était point « lettre morte ».
 Cependant, il sera hien de donner encore une preuve empruntée aux
    « Articles de visitation »   que   R. Bancroft, évêque de Londres {puis
 successeur de Whitgifl sur le siège de saint Augustin), publia lors
    de la deuxième visite générale de son diocèse, en 1604. Le huitième
 article est ainsi rédigé :.. « Est-il quelqu'un qui, n'étant
                                                           ni ministre,
ni diacre, récite publiquement dans votre église ou chapelle la prière
commune, ou si un tel personnage administre le sacrement de bap-
 tême, ou s’il bénit le mariage, ou s’il s'arroge dans l'Église d’autres
fonctions réservées particulièrement aux ministres ou diacres? Et
quel est le nom de celui qui agit ainsi !? »
     40.   Voici une autre preuve, très importante. Ceux qui, en Angle-
terre, étaient les ennemis les plus acharnés du ministère de l'Église
catholique, et qui nièrent ses pouvoirset son origine diviné,se récriè-
rent contre l'Église anglaise, pour la raison spéciale qu'elle possé-
dait ce ministère, et qu'elle refusait de reconnaitre le « ministère »
inventé par les dissidents. Ainsi nous trouvons un témoignage re-

marquable dans The Hisiorie, of Corah, Dathan and Abiram, par un célèbre dissident, John Penry, laissée inachevée et publiée après sa mort, en 1593. L'auteur, grâce à ses relations avec les membres des sectes, avait eu des facilités exceptionnelles pour se renseigner sur l'état des choses. Il dit, relativement au clergé de l'Église: « Ces « hommes renversent toute la face de l'Église du Christ, ils persé- 4 cutent la vérité et soutiennent ouvertement plusieurs horribles #

« péchés, comme la prêtrise des insensés par exemple, que Corah aurait répudiés. » À

     « Nous demandons donc à ces prédicateurs : Par quelle autorité bap-
     tisent-ils, enseignent-ils, etc. ? C'est-à-dire, nous demandons quelle

R

     mission ils ont pour agir ainsi. Cette mission leur vient-elle du

     Christ Jésus.ou est-elle un pouvoir laissé ici par l'Antechrist?Je dis

LS

« que, quoi qu'ils fassent, ils le font par un pouvoir, par une mis- « sion et une vocation émanant de l’Antechrist et non d’ailleurs. Ils « agissent en qualité de diacre, de prêtre, ou en vertu d'un privilège « spécial, et une dispense contrefaisant un diaconat ou une prêtrise. { Je fais mention de ce privilège, car il peut s'en trouver un sur dix À

    mille qui n’est ni prêtre ni diacre, mais qui, par le moyen d'une

8

     telle dispense de la part de l'évêque, administre toutefois une cure;

À

     s’il y en a de tels, ils ne sont pas capables d'exercer un ministère

3

     quelconque, et ce qu'ils font, ils ne le font que par le pouvoir de

Es

    1 Report, etc. 437.

488 REVUE ANGLO—ROMAINE

« la Bête. Or, comme je m'occupe, ici, de ce qui est un fait, il n'est que juste que la controverse se résume en ces deux thèses : « 4° Demandons d'abord si, quand le Pape fut chassé de ce pars par les lois de Sa Majesté, les fonctions papistes de la prètrise t du diaconat furent aussi bannies des assemblées des chrétiens, ou bien si elles furent retenues. « 2° Demandons en second lieu si, alors ou depuis, aucuns ds vrais offices de l'Eglise du Christ ! furent institués ou ordonnés dans les assemblées paroissiales de ce pays. Il est évident que les offices papistes de prêtre et de diacre furent conservés, et que les offices du Royaume du Christ ne furent pas restaurés. Et c'est en vertu des offices papistes de la prêtrise et du diaconat que tout le culie divin est rendu ou plutôt qu'il est souillé et profané dans toutes les assemblées paroissiales du pays. Pour démontrer ce que je dis je prends à témoin, non seulement Sa Majesté, ses lois et la High Court of Parlitment, mais je fais appel aussi aux principaux sot- tiens des assemblées paroissiales.. qui... confessaient alors que les offices du Christ n'avaient pas été introduits et, pour ce motif, conseillaient à Sa Majesté de les établir daus les assemblées parois siales. Relativement aux lois de Sa Majesté, nous voyons clairement que l'État fut administré en ces temps-la par nos pères qui, aux jours d'Édouard VI, croyaient que l'Église papale était l'Église du Christ malgré sa corruption; et que les offices papistes d'évèques. de prêtres et de diacres sont les offices de l'Église du Christ. Hs les « maïntinrent donc, ainsi que nous le vovons dans le B004 of Orderinu Bishops and Priests d'Édouard VI. celui-là même que Sa Majesté [Élisabeth] a rétabli. Ce livre, qui indique la règle suivant laquelle doit être institué le ministère paroissial dans tout le pays, ex- « prime celte opinion, caril dit : « Il est évident, etc. [L'auteur cite ici toute la Préface de l'Ordinal.] « Nul dans ce pays ne peut tenir un bénéfice spirituel ni Parsonage, Vicarage ou Curateship, qu'en AA

 vertu de la prêtrise, du diaconat ou d’une dispense papiste quiéqui-

&

 vaut à celte prêtrise. Celui qui a été fait ministre en quelque

= ES

 Église réformée d'outre-mer n'est pas capable de remplir les de-
 voirs pastoraux dans une paroisse de ce payssans avoir reçu at
 préalable le diaconat ou la prêtrise selon l'ordre qui a élé établi
 dans notre pays; tandis que celui qui recoitles ordres à Rome est
 conforme au modèle de notre diaconat et de notre prètrise, de
 sorte qu'il est capable d'acheter el de vendre? c'est-à-dire qu'il peut
 exercer une fonction publique quelconque. Comme nous l'avess
 dit,   les offices d'évêque, de prêtre et               de   diacre, ne subirent
 pas de changements sous Sa Majesté, car on les croyait être les

 1 C'est ainsi que les dissidents d'alors appelaient les fonctions de leurs ministres.
 % Apol. XII, 16, 17.

L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 489

« offices de l'Église du Christ. Il existe certains sujets qui, ayant « reçu la prêtrise ou le diaconat au temps d'Henri VIII, furent « reconnus prêtres ou diacres sous les règnes du roi Édouard VI, de « Ja reine Marie et de la reine Élisabeth, en vertu de la même prè- « trise, car elle est telle que celle de l'Ordinai et presque tout le « monde l'estime ainsi. L'expérience nous démontre que nos prêtres « sontnonseulement des sacrificateurs véritables comme les papistes, « mais aussi qu'ils possèdent d'autres pouvoirs qui appartiennent à « ceux-ci et qui n'appartiennent pas à d'autres, à l'exception de...» {ce livre non achevé s'arrête ici‘). 41. Penry pose comme étant indiscutable que les offices papistes d'évêque, de prêtre et de diacre, qu'il appelle fhe foole Pries- thood, « la Prètrise des Insensés », « de l'Antechrist », furent maintenus par l'Église au temps de la Réforme, et que le ministère de l'Evangile, les véritables offices de l'Eglise du Christ que les Réformateurs du continent prétendaient avoir restaurés ne furent pas établis en Angleterre ; que les prêtres de l'Église d'Angleterre ont les mêmes offices que les sacrificateurs papistes; el que tandis que ceux qui ont été ordonnés selon le Pontifical Romain sont re- connus comme ayant la même prètrise, et jugés capables d'avoir charge d'âmes, d'autres, ministres en quelque « Église réformée » ne sont pas reconnus, et sont incapables de remplir une charge. En dernierlieu cet auteurnous ditque,s’ilexiste un homme desservantune cure.sans être ni prêtre, ni diacre, c'est là une chose contraire àla loi. 42. Un témoignage semblable à celui de Penry nous est rendu par un nommé John Canne, membre très remarquable de la secte des Anabaptistes. 11 dit dans un ouvrage inlitulé À second Voyce from the Temple to the Higher Powers, qu'il publia 60 ans plus tard, c’est-à-dire vers la fin de la période que nous examinons : « Quiconque n'a pas «été ordonné prêtre ou diacre par un évêque, c'est-à-dire qui- « conque ne lient passon ministère essentiellement dusiège de Rome « {comme le dît Mason); ou comme le disent les non-conformistes, « quiconque n'entre pas dans le ininistère en vertu d’une voca- « tion papiste et illégitime, contraire à l'Écriture et inconnue à « l'Église primitive, ne peut pas être bénéficier ni ecclésiastique con- « formément à la loi. » Tandis qu'il avail déjà affirmé que: « Selon « notre loi, ceux qui ont été faits prêtres dans l'Église de Rome peu- « vent, s'ils viennent à l'Eglise d'Angleterre, retenir leur prêtrise « comme jadis: puisque la loi ne distingue pas entre celui qui est «fait prêtre à Rome par le Pape, et celui qui est ordonné prètre en « Angleterre 2.»

1 J. Pexrv, The Hislorie of Corah, Dathan and Abiram, pp. 11, 29, 32, 34, 45. 3 3. Caxne. À second Voyce from the Temple lo the Higher Powers, pp. 1. (1. published August 1653. 490 REVUE ANGLO-ROMAINE

Il nous serait impossible d’exagérer l'importance d'un pareil témoignage, nous arrivant de la part de ceux qui étaient au courant de tous les faits se rapportant à la loi et à la coutume de l'Église pen- dant ia période que nous examinons. Certes, ils n'auraient été que trop heureux s'ils eussent pu démontrer le contraire de ce que les circonstances les obligèrent forcément d'avouer. 43. Le fait que la loi de l’Église d'Angleterre exigeait alors, comme aujourd’hui, la nécessité d'une ordination valide, pour toute per- sonne ayant charge d’âmes, est démontré, je le répète, par les preuves que nous venons d'apporter, par celles qui découlent de l'autorité de l'Église, comme par celles qui nous sont fournies par sé ennemis les plus acharnés, ceux-ci n’hésilant point à déclarer, €n langage profane et vulgaire, que l’Église « avait une hiérarchie anti- « chrétienne, et un ordre papal de ministres, contraire au Verbe de « Dieu, inconnu à l'Église primitive, émanant de la boutique ps- « piste, pour la destruction du royaume de Dieu ‘. »

4 ATreatise of the Ministry of the Church, p.33. Ouvrage anonyme du xvr siècle. Voir aussi un exposé semblable, par J. Canne, 4 necessilie of separation, pre ved by the Non conformist principles, p. 12, édit., 1634. Il est intéressant de remarquer que Canne parle ici de l'Ordinal dans les termes suivants: « Ce livré « d'ordination par lequel ils font des évéques, des prètres et des diacres, #ft « opposé à la forme de l'ordination que prescrit l'Écriture mème. Ce n'est autt « chose qu'une copies mot à mot du Pontifical du Pape, dans lequel il apparait « d’une manière si saisissante comme l'Antechrist. »

                                              Edward     Denxy.




    (4 suivre.)

ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL

                            (Suite)




                              H

Comme l'Hexsteuque, les autres livres historiques de l'Ancien Testament ont principalement pour but l'instruction religieuse et morale d'Israël, Les livres des Juges, de Samuel (1-II Rois) et des Rois {(HHI-IV Rois) ont été compilés sur des documents où Renan dis- cerne des souvenirs épiques extraits du Zasar), des notes d'histoire cuntemporaines des faits, et des légendes prophétiques!. Il aurait fallu insister sur la haule signification de ces récits, même de ceux dont l'interprétation est sujette à difficulté en ce qui regarde le côté matériel des faits. Mais on croit devoir nous signaler, dans le livre de Samuel, des pages de médiocre valeur, tirées de Vies de pro- phètes et d'écrits tout & fait légendaires? »; dans le livre des Rois, des « parties faibles empruntées aux agadas prophétiques ». On aurait commenté à écrire de « ces Vies de prophètes, intimement liées à l’histoire des rois », vers le temps d'Ézéchias ; cependant, la plupart auraient été composées vers la fin du règne de Josias : « analogues des vies des saints de bas étage, chères aux populations crédules:... livres de prophètes, rapportant leurs actes et au besoin leurs paroles, avec ce sans-gêne, cet oubli de la chronologie, cette insouciance de la réalité qui, dans tous les temps et tous les pays, caractérise la légendet, » Quiconque voudra bien lire attentivement et sans parti pris les récits concernant les prophètes, dans les livres de Samuel et des Rois, même dans les Chroniques {Paralipomènes), trouvera ce juge- ment fort exagéré. Les rédacteurs des livres en question n'ont pas voulu être des historiens complets ni simplement des historiens; ils ont voulu interpréter l'histoire au point de vue de leur foi et tirer du

5 III, 74-72. 2 11], 72. 3 1H, 73. 4 HI, 245. 492 REVUE ANGLO-ROMAINE

passé un enseignement pour le présent et pour l'avenir. À cette fin, ils ont mis à contribution des documents d'histoire nationale, des pièces officielles qui n'avaient pas un caractère spécifiquement reli- gieux, et d’autres écrits dont le trait dominant était l'édification. La première sorte de documents ne pouvait fournir à leur démonsira- tion que son cadre chronologique et l'indication des faits les plus importants. Les documents de la seconde sorte, au contraire, étaient déjà tout pénétrés des principes qu'on voulait inculquer aux lecteurs. La combinaison des uns et des autres est exécutée avec un médiocre souci de l'art littéraire : parfois même certaines données de fait semblent contradictoires ou malaisément conciliables. Les compils- teurs n'y ont pas pris garde parce que la leçon qui résulte de l'ensemble n’a pas besoin, pour être comprise, de s'appuyer sur ut récit parfaitement homogène, concordant, documenté selon notre manière de traiter l'histoire. Par exemple, il est difficile au critique de répondre à cette question : Samuel a-t-il été dès l'abord favorable ou opposé à l'institution de la royauté? Mais la question, dans k termes où elle se pose pour nous, n'a point préoccupé le rédacteur: en racontant le sacre de Saül par Samuel, il montre que Dieu choisit les rois; el en reproduisant les objections que le prophète oppose à l& demande du peuple qui veut un roi, il enseigne que le peuple de Iahvé doit mettre avant tout sa confiance en Dieu et non dans prince. La seconde leçon ne contredit pas la première. L'une el l'autre semblent provenir de sources différentes, et le critique ne laisse pas aujourd'hui d'éprouver quelque embarras à déterminer d'après ces textes le rôle historique de Samuel, l'enchaïnement des faits visés par le récit, la relation mutuelle et la portée des inci- dents qui y sont mentionnés. Les écrivains hébreux n'avaient pas même l'idée du travail minutieux par lequel les historiens modernès s'efforcent de reconstituer dans tous les détails de sa physionomie réelle la vie d'un homme, d'une nation, d’une époque. A quoi bm reprocher aux compilateurs de Samuel et des Rois de n'avir pas écrit l'histoire de la monarchie israélite comme on l'écrirail aujourd'hui, puisqu'ils n'ont pu, ni voulu, ni dù le faire? Renan a surtout maltraité l’auteur des Chroniques et d'Esdrés. « Jamais, dit-il, on ne poussa plus loin l'étourderie, l'inattentin dans l'emploi des sources. Aucun écrivain n'a répandu plus d'erreurs dans le monde que ce misérable compilateur... On ne saurait im- giner un plus pauvre philologue, un plus pauvre critique, un pak®- graphe moins habile. » Ce sont là de grands mots, mais quinesignt fient presque rien dans l'application qu’on en fait. L'auteur n'est pé responsable des menues altérations que son texte à subies, partite-

1 IV, 474. ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 493

lièrement dans les énumérations de noms propres. Les transforma- tions légères qu'it introduit parfois dans les documents qu'il copie ne viennent pas de ce qu'il « lisait mal! », mais de ce qu'il voulait expliquer les textes anciens. Telle substitution de mots a pour but de parer à une objection ou de prévenir une question. Ainsi, dans un passage où le livre de Samuel (Il Sem. xxiv, 4) dit que lahvé excita David à dénombrer Israël, le livre des Chroniques (II Caron. xx, 4) fait intervenir Satan à la place de lahvé. Au lieu de dire que les ambassadeurs de Mérodach-haladan vinrent pour féliciter Ézé- chias de sa guérison {IE Rois, xx, 42), le chroniqueur dit, peut-être par manière de conjecture, que ces ambassadeurs vinrent pour s'in- former du prodige qui s'était accompli dans le pays, c’esl-à-dire pour savoir à quoi s’en tenir touchant le recul de l'ombre sur le cadran d'Achaz (IT Chron. xxx, 31). I parle aussi de la flotte que Josaphat de Juda et Joram d'Israël avaient à Asiongaber, pour faire le voyage de Tarsis (Il Chron. xx, 36-37). Ce dernier mot désigne proprement l'Espagne, où la flotte israélite n'aurait pu aller qu'en faisant le tour de l'Afrique. Dans le livre des Rois {1 Rois, xxtr, 49), il est question de vaisseaux de Tarsis, c’est-à-dire de grands vaisseaux, pour aller à Ophir. Le chroniqueur, pour qui sans doute Ophir et Tarsis avaient le sens indéterminé de pays fort lointains, n'a pas vu d’inconvénient à retenir seulement le dernier, alors que, pour la parfaite correction géographique, it eût mieux valu garder le premier. Voilà jusqu'où est allée son étourderie. Mais on l'accuse encore d’avoir falsifié ou inventé plusieurs récits, De tels gricfs ne doivent pas être formulés à la légère. Renan croit cependant que, dans le temps où le chroniqueur éerivit son livre, « les Annales plus étendues des rois de Juda et d'Israël n'élaient pas encore perdues; les récits relatifs aux prophètes surtout offraient des développements considérables. » Pourquoi les traits qu'an dit avoir été imaginés par l'écrivain sacré, par exemple l'histoire de la lèpre d’Ozias (I Chron. xxv, 46-23; cf. IL Rois, xv, 4-5), celle de la raplivité de Manassé à Babylone {HE (ren. xxxiv, 40-20), n'auraient- ils pas été puisés dans cette littérature hagiographique où l'on visait surtout à l'édification? Déjà dans les Rois, la lèpre d'Ozias cost pré- sentée comme un châtiment de sa tolérance pour le culte des hauts lieux. C'est parce que le chroniqueur voulait faire un livre édifiant qu'il a omis dans l'histoire de David certaines aventures de son héros el tout ce qui lient à la révolte d'Absalon. Il n'avait pas l'intention d'embellir le caractère de David, mais bien celle de ne rien mettre dans ses récits qui püt choquer le sens moral de ses lecteurs. La rouleur tout ecclésiastique de l’ensemble s'explique par la même

1 IV. 174. 2 IV, 473. A94 REVUE ANGLO-ROMAINE

raison. Les Chroniques ne sont nas « l'histoire écrite par un sacris- tain! », mais une sorte de commentaire liturgique, religieux et moral de l'histoire israélite depuis David.

                                Hi

La liltérature prophétique est, à certains égards, la partie la plus importante de f'Ancien Testament. Renan ne l'a pas toujours traité avec l'attention, l'équité, la modération de langage réclamées par le sujet. Ï n'est pas exact de dire que les prophètes s'expriment toujours en « phrases rythmées sans parallélisme rigoureux ? ». Beaucoup d'oracles ont été rédigés en vers, selon toutes les règles du genre poétique, par Amos, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel. On ne trouve pas dans la Bible un poème plus régulièrement construit que la réponse d'isaie aux menaces de Sennachérib {Zs. xxxvir, 22-29), morceau dont Renan conteste sans raison l'authenticité, L'élégie satirique sur la mort du roi de Babylone {7s. xiv, 4-21) que la plupart des critiques attribuent à un prophète contemporain de Cyrus, est aussi une pièce du rsthme le plus exact. Ézéchiel paraît l'avoir imilée {voir surtout £z. xx. Isaïe a pu la composer à propos de la mort de Sargon, qui fut roi d’Assyrie et roi de Babylone, bien qu'elle soit maintenant encadrè® dans un oracle concernant la ruine de l'empire chaldéen. La seconde partie du livre d'Isaïe (ch. xL-Lxvi) n'a certainement pas été écrite « pendant les jours qui suivirent la prise de Babylone*- par Cyrus. Ces chapitres, que la critique a d'ailleurs cesséde considé- rer comme un seul discours, n'ont pas le caractère d'une prophétié rédigée après coup. Une telle prophétie ne manquerait pas de sac- corder malériellement avec les faits de l'histoire. Or il est inconter table que les indications concernant la ruine prochaine et complète de Babylone, la destruction des dieux ehaldéens, n’ont pas le moindre rapport avec la conduite réelle de Cyrus à l'égard de la ville et du culte vaincus. La déchéance de la capitale et de ses divinités fut, pour le moment, un fait d'ordre moral. La lettre du texte prophétique ra donc pas été calquée sur la leftre de l’histoire, mais l'histoire n4 vérifié d'abord que l'esprit de la prophétie. Renan parle avec conviction d'un « admirable poète qui a voulu # perdre dans les rayons d’Isaïe * » : c'est l'auteur de quatre morteau

1 IV, 475, 2 IF, 424. 3 LT, 473. à EEE, 445. ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 495 se

insérés dans la première partie du livre (Zs. xum, 4-x1v, 93; xx1, 4-10; Xxxiv; XXXY). De même, l’auteur des chapitres xL-Lxviles « mit sciem- ment à la suite du volume! », pour qu'on les attribuât au prophète contemporain d'Ézéchias. Le nom de Jérémie fut « exploité * » de façon analogue par ses disciples, qui interpolèrent les visions authen- tiques et y ajoutèrent un oracle contre Babylone {Jér. 1-1). Enfin, la prophétie de Daniel est l’œuvre d’un Juif « à moitié fou 3 », contem- porain d'Antiochus Epiphane et de Judas Macchabée. Bien que tel de ces cas soit très discutable et que des exégètes fort expérimentés n'admettent pas que la seconde partie d'Isaïe ou les morceaux con- testés de la première aient été primitivement publiés sous le nom de ce prophète, nous ne croyons pas utile d'entrer ici dans le détail de ces questions. Mieux vaut laisser aux critiques modérés le soin de réduire à leur juste portée les faits supposés de pseudonymie. Les explications données vaudront pour les oracles anonymes que l'on dit avoir été insérés par les scribes dans les œuvres de prophètes connus. Nous n'avons pas à porter un jugement définitif sur chaque hypothèse, mais à contrôler le jugement de Renan sur ce que l'on appelle volontiers Les résultats de la critique, par celui de personnes autorisées à parler au nom de cette critique si vantée. | Aussi bien en ce qui regarde les prophéties qu'en ce qui regarde la Loi, observent les savants que nous avons déjà cités à propos du Pentateuque 5, la question de rédaction doit être considérée comme accessoire, parce que les écrivains bibliques eux-mêmes la considé- raient comme telle, Il est probable que beaucoup d'oracles parmi les plus authentiques n’ont pas été transerits immédiatement par les pro- phètes qui les avaient prononcés ou composés, mais seulement par leurs disciples au bout d'un certain temps. Les rédacteurs se sont attachés au sens plutôt qu'à la lettre de la prophétie, au moins quand il ne s'agissait pas de morceaux poétiques. Dans aucun cas, la prophétie n’est conçue comme une œuvre littéraire, propriété d'un individu déterminé. Les prophètes étaient les organes d'une tradition continue et d’une révélation permanente dont la source était Fahvé lui-même. L'auteur ou les auteurs de la seconde partie d'Isaïe, celui qui a écrit le livre de Daniel, ne prennent pas réellement le person- nage de prophètes anciens, comme s'ils voulaient faire croire que leurs discours ont été réellement écrits par Isaïe ou Daniel. Ce ne sont pas ces prophètes qui parlent : c’est lahvé, l’inspirateur d’Isaïe et de tous les prophètes. Le livre d’Isaïe est une compilation littéraire dont Isaïe lui-même n’a fourni que certains éléments, le reste ayant été 1 HI, 475, & 111, 454. 3 IV, 347. 4 Voir, par exemple, Duax, Das Buch Jesaia, Einl., xvir. 5 Driver, SANDAY, KIRKPATRICK. 496 REVUE ANGLO-ROMAINE

écrit par des hommes qui se rattachaient plus ou moins directemeni à son école ; mais, comme œuvre prophétique, ce livre est avant tout un recueil d'instructions données par Dieu à son peuple. Le la hau- teur où se sont placés les prophètes anonymes, et même les pseudo- nymes, les controverses touchant l'attribution de tel ou tel morceau, apparaissent mesquines et bonnes à défrayer le loisir des lettrés. On a presque tort d'employer à ce propos le mot d'authenticilé. La véri- table authenticité des prophéties n'est pas celle qui vient d'une signa- ture humaine dont plusieurs ont commencé par être dépourvues et dont quelques-unes n'ont été pourvues que pour la forme, mais cell qu'elles doivent au souffle divin qui les a inspirées toutes. Le sublime voyant qui se trouve avoir complété si magnifiquement l'œuvre d'isaïe, ne fut pas un faussaire; les scribes qui écrivirent les premiers son œuvre dans le rouleau d’Isaïe ne furent pas les arti- sans d’une fraude blâmable ou les victimes d'une grosse erreur. Tous continuaient à leur façon la mission du prophète. Ceux qui virent les premiers le livre qui nous est parvenu sous le noi d'Isaïe, ne songèrent pas à chercher par combien de mains il avait passé pour prendre sa forme définitive: le livre était pour eux là parole de Dieu telle qu'isaïe et sa lignée avaient su la transmettre. Ils n'éprouvaient pas le besoin d'en savoirdavantage. Comme histo- riens et comme critiques, nous pourrions souhaiter que l'apport de chaque auteur à l'œuvre commune fàt plus facile à reconnaitre: comme croyants, ce qui a suffi aux collecteurs de prophéties, à la tradition juive et chrétienne, doit nous suffire aussi. La mépris que l'exégèse ancienne a pu commettre en attribuant à un seuil écrivain la rédaction de l'ouvrage entier est en soi de nulle consé- quence, car il s'agit d'un fait littéraire, dont la juste appréciation est affaire de science et non de religion. L'auteur de Daniel, continuent les critiques, a dû puiser dansk tradition orale ou écrite au moins les principaux traits de ses récits. peut-être mème les idées qui dominent les visions prophétiques!. Renan suppose tout à fait gratuitement qu'il existait une légende écrite du temps de Manassé, où Daniel était un Israélile emmené tt Assyrie quand leroyaume de Samarie fut détruit. Toutefois, si l'écrivain qui prend le personnage de Daniel ne l'a pas eréé de toutes pièces. lui-même s'est préoccupé uniquement de son temps. Le genre apwti- lyplique ofire, à cet égard, le même caractère que la prédication prophétique des époques plus anciennes. Mais les considératiur hisioriques et les prévisions de Fhvenir y tiennent plus de pla. L’hagiographe s'est reculé dans le passé afin d'en tirer des encouragt- ments pour le présent et des espérances pour l'avenir. De ce que ml 1 Driver, Literature ofthe O.T., 411.— SANDAY, Inspiration, 218. Cf Ka Einleilung in das Alle Tesiament, 391. ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 497

homme aujourd'hui ne voudrait formuler ainsi une philosophie de d'histoire, les aspirations de la foi, les lumières et les certitudes de l'espérance dans le cadre d'une prédiction à long terme, il ne suit pas que l'auteur ait pensé commettre une fraude ni qu'il ait songé le moins du monde à tromper ses contemporains et la postérité. Il avait conscience d'agir dans un intérêt à la fois religieux et patriotique : toute arrière-pensée personnelle, toute considération d'intérêt humain lui étaient étrangères. La fiction littéraire qu’il employait n'était pas de sa part un mensonge, bien qu'elle soit devenue très promptement l'occasion d’une méprise exégétique ‘. Auteur et lecteurs s'entretin- rent dans un commun espoir et s'enflammèrent pour une généreuse entreprise, sous le couvert d'un nom respectable qui pouvait dérou- ter, au besoin, la malveillance du persécuteur et prévenir la risée des juifs sceptiques ou gagnés à la cause de l'étranger. C'est justement parce que l'on regardait au contenu des livres et que la propriété lilléraire n'avait aucune signification dans le milieu juif, que des fictions de la plus colossale invraisemblance ont pu y trouver grand crédit. Ces fictions ne réussissaient point par elles-mêmes, mais par l'idée qu’elles faisaient valoir ou le sentiment qu'elles nourrissaient. Ce que l’on goûtait dans Daniel, dans Hénoch, ce n'étaient pas les aventures de ces personnages plus ou moins légendaires, mais t'appli- cation naturelle et préméditée des récits et des prophéties aux cir- constances du temps présent. L'esprit religieux et national d'Israël se reconpaissait dans ces livres et les adoptait comme siens. De telles compositions ne sont pas selon notre goût. Renan avoue, à propos de Daniel, qu’elles peuvent néanmoins être sublimes; mais il a eu tort d'ajouter, en parlant du même livre, que la platitude s'y mélait bizarrement à la sublimité?. Le livre de Daniel, à la différence de celui d’Hénoch, estsobre dans ses descriptions, exempt de dévelop- pements inutiles et fastidieux. Il n’eût été quejuste de ne pas employer les mots de « drélerie », de « pochade » et de « caricature » pour qualifier lelivre de Jonast. La mise en scène, supposé qu'elle ne renferme aucun élément tradi- tionnel, n'est pas tellement drôle qu’on soit autorisé à y voir une caricature. L'auteur du récit l’a composé aussi sérieusement que celui qui nous a raconté l’histoire de Job. Peut-être a-t-il souri un peu en écrivant certains détails; mais il n'avait pas l'intention de faire rire, et il ne dit rien de ridicule, [1 « a voulu inculquer cette idée qu'il n'y a qu'un seul Dieu au monde, c'est Iahvé, Dieu paternel pour toutes ses créatures, qui se repent quand il a pris des résolutions

1 Kamphausen, Das Buch Daniel und die neuere Geschichtsforchung, 41. 2 IV, 353. ‘ $ IX, 811, 514. 4 III, 544. REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, IL — 32 498 REVUE ANGLO-ROMAINE

trop sévères, pardonne toujours à la pénitence et retire ses menaces quand elles ont atteint leur objet, la conversion du pécheur! ».1 quoi il faut ajouter que les gentils ne sont pas exclus du salut et que Iahvé se montre leur Dieu comme il est celui d'Israël : celui-ci est délégué auprès d'eux pour les insiruire, et il ne doit pas être mécur- tent de les voir trailés avec faveur par lahvé. Voilà de bien grandes idées pour une pochade. Elles dominent cependant tout le récit. Chaque détail est conçu en vue de la leçon morale qui se dégage de l'ensemble. Rien ne ressemble moins à une satire dirigée contre les prophètes anciens ou nouveaux,

                                  IV

En comparaison de certains exégètes qui renvoient, après la capti- vité, la composition de tous les psaumes, Renan professe, touchant l'origine du psautier, des opinions assez modérées. Il s’est arrangé de façon à loger certains psaumes dans les endroits où les autres par- ties de la littérature israélite ne lui fournissaient pas la matière de belles citations, par exemple, sous le règne de Manassé. On ne sait pas si cette époque a produit beaucoup de psalmistes; mais ils son! très utiles pour combler un vide. « David... avait du goût pour k poésie. Mais aucun des psaumes ne paraît sérieusement pouvoir lui être attribué. » Un seul fragment (Ps. Lx, 8-44; Lviu, 8-11) aurait « chance de nous représenter une éructation poétique du temps du premier roi d'Israël ? ». Ainsi « l’humanité croira à la justice finale sur le témoignage de David, qui n’y pensa jamais, et de la Sibvlle, qui n'a point existé. Tesée David cum Sibylla. O divine comédie *: * Reuan avait déjà produit ailleurs le trait final *. Il savait pourtant. comme tout le monde, que la foi de l’hutnanité chrétienne à lajustie finale n’est pas fondée sur quelques versets de psaumes, bien moi encore sur les prétendus livres sibyllins, mais sur l'enseignement des prophètes, du Sauveur et des apôtres. Mais comment se priwr d’une jolie phrase, lorsque cette phrase a, par surcroît, l'avantage de faire poser sur le néant les espérances d’éternité? On ne voit ps pourquoi David, qui était poète, n'aurait pas composé un certait nombre de cantiques religieux dont le texte a pu, d'ailleurs, être plus ou moins tetouché au cours des siècles. Renan serait as? disposé à regarder comme authentiques les « dernières parole de David » {II Sam. xxim, 47), s'il n'avait cru s'apercevoir que, da®s ce morceau, « David était déjà censé l'auteur des psaumes® ». Le 1 IF, 46. 2 1, 454.

Par exemple, dans la préface du Prétre de Némi, p. xut.

4 II, 476. 5 X, 450, ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL 499

poème semble très ancien et pourrait avoir été emprunté à la même source que l’élégie sur la mort de Saül et de Jonathas. David n'y est pas présenté comme « l’auteur des Psaumes », maiscomme auteur de cantiques répandus en Israël. Croit-on que l'élégie sur la mort de Jonathas n'ait pas été longtemps un chant populaire? La tradition qui attribue des psaumes à David n'a rien que de vraisemblable, puisque David était poète, musicien et dévot à lahvé. Que les commentateurs démélent parmi les psaumes qui sont attribués à David et dont plusieurs ne sont pas de lui, ceux qui ont le‘plus de chances d’avoir été composés par « le brigand d'Adullam et de Siklag ». Les idées émises par notre critique touchant l’origine des Proverbes sont passablemant contradictoires. Il écrit dans son second volume: « La seule partie de la littérature hébraïque actuellement conservée qu'on pourrait attribuer à Salomon, c'est la partie du livre des Pro- verbes qui s'étend du verset 4 du chapitre x au verset 16 du cha- pitre xx1r. Mais, si ce pelit recueil de proverbes remonte effectivement au temps de Salomon, ce n’est pas là une œuvre personnelle; tout au plus pourrait-on admettre que Salomon fit faire la collection. » Et dans le troisième volume nous lisons : « Les Hommes d'Ezéchias compilèrent un recueil de proverbes qu'on mettait déjà sur le compte du fils de David {(Prov. xxv et suiv.) et réunirent à la suite quelques autres petits recueils d'une sagesse fort ancienne, attribués à des personnages énigmatiques, Lemuel, Agour, Ithiel... Les deux autres recueils {Prov. 1 et suiv; x et suiv.) paraissent moins anciens. Les répétitions qui existent entre le recueil des Hommes d'Ézéchias » et la grande collection de sentences {x-xx11, 6) « empêchent de supposer que les Hommes d'Ézéchias aient simplement continué ? » cette collection. La dernière hypothèse paraît la meilleure 3, Renan a été malavisé d'attribuer un recueil de proverbes à Ithiel (Prov. xxx, 4): ce personnage n'a jamais existé, car son nomest dû à une fausse lecture de l'hébreu *. Ni n'y avait pas non plus lieu d'écrire, après avoir cité le portrait de la Folie (Prov. 1x, 43-18) : « L'esprit de pareils poèmes est ainsi plus qu’à demi profane. C'était presque de la libre philoso- phie 5? » Si l’on examine attentivement ce que Renan appelle « le portrait de la femme folle », on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas d’une femme, mais de la Folie personnifiée. Ce portrait sert de pendant à celui de la Sagesse, qui le précède immédiatement. Il ressort de celui-ci que la Sagesse donne la vie, de celui-là que la Folie conduit à la mért. Ces idées n'ont rien de léger. Mais l'écrivain sacré prête à la

If, 476. à 11, 74. 5 Voir Revue des religions 1890, nos 5, 6,7. Cf. Driver, op. cif., 371. € Voir Driver, op.cit,, 418; Bickell, Wiener Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes, V, 4, 293. 5 SIL, 75. +00 REVUE ANGLO-ROMAINE Folie les manières et le langage d'une courlisane. La forme de l'apo- logue n'a rien qui empêche un lecteur sérieux d'en sentir la morale. L'imputation de rationalisme faite aux auteurs des Proverbes, de Job, de l'Ecclésiaste, de l'Ecclésiastique, de la Sagesse est aussi peu fondée que possible. Renan admire comme « un trait de génie » « l’indécision de l'auteur » de Job « en un sujet où l’indécision est le vrai * ». Mais l'auteur de Job n'est nullement sceptique à l'égard de la justice divine : il veut montrer que l’homme n'a ni le droit, ni le pouvoir d'en contrôler l'exercice. Telle est sa théorie, qui netrabit pas la moindre indécision et qui ne lempèche pas d'affirmer énergi- quement sa foi en la justice éternelle ainsi que le devoir de la su- mission la plus complète à la volonté divine. L'Ecclésiaste contient vraiment « les seules pages de sang-froid » qui se rencontrent dans la Bible? la raison qu'on en donne prouverait presque le contraire: « Le Cantique etle Cohélef sontcommeune chanson d'amour et un pelit écrit de Voltaire égarés parmi les in-folio d’une bibliothèquede théo- logie. C'est là ce qui fait leur prix. Oui, l'histoire d'Israël manquerait d'une de ses principales lumières si nous n'avions quelques feuillets pour nous exprimer l’état d'äme d'un Israélite résigné au sol moyen de l'humanité, s'interdisant l’exaltation et l'espérance, trai- tant de fous les prophètes s'il y en avait de son temps, d'un Israélite sans utopie sociale ou rêve d'avenir. L'auteur de Cohélet fut l'idéal de ce qu'on appelait un sadducéen, je veux dire de ces gens riches, sans fanatisme, sans croyance d'aucune sorte en l'avenir, attachés au culte du temple qui faisait leur fortune, furieux contre les fanatiques et loujours enchantés quand on les mettait à mort %. » Le scepti- cisme de cet auteur a pourtant des limites : « Nier Dieu pour lui, te serait nier le monde, ce serait la folie même. S'il pèche, c'est parte qu'il fait Dieu trop grand et l'homme trop petit... Craindre Dieu, voilà le culte véritable 4, » Il a donc une foi absolue au dogme essentiel du judaïsme, l'existence du Dieu unique, puissant et juste. ll doute seulement de l’homme, ce en quoi il est excusable, S'il parait douter aussi de la destinée humaine, et si le problème de la justite providentielle reste pour lui couvert d’une obscurité impénétrable, c'est que la tradition juive ne fournissait pas à son esprit critique tous les éléments nécessaires pour résoudre ces graves questions. Personnellement, il paraît avoir été enclin à une sorte de scepticisme pratique, fait d’ironie et de désenchantement, à l'égard de la vie pré sente. Nul n'a mieux parlé de la vanité du monde. Son idéal de vie selon la sagesse est loin d'égaler celui de la perfection chrétienne,

, A, 89. a Vi “VAT, 119. 4 V, 162, 163. Dati - o

               ERNEST RENAN, HISTORIEN D'ISRAEL                        301

mais il ne prèche pas le scepticisme moral ni l'art de jouir avec modération pour jouir plus longtemps. Le ton de l'ouvrage a trompé beaucoup de lecteurs, Habitués à la parole solennelle et menaçante des prophètes, nous trouvons un peu étrange la conversation spiri- tuelle, mordante mème, moitié souriante, moitié trisle, de ce sage que Renan appelle avec raison « un homme du monde {. » Cette circonstance même peut expliquer les traits du livre qui nous éton- nent le plus, l'apparente frivolité de l'expression, la forme un peu risquée de tel ou tel avis, le tour satirique de certains jugements. Quant aux Proverbes, à l'Ecciésiastique, à la Sagesse, ils sont conçus dans l'esprit des psaumes didactiques, esprit qui n'a rien de ratio- naliste. Renan a eu le bon goût de ne pas insister sur la fiction litté- raire moyennant laquelle l'Ecclésiaste et la Sagesse ont été mis en circulation sous le nom de Salomon. Peut-être est-ce parce que la fiction ne sembie pas de conséquence en matière de philosophie mo- rale, Quoi qu'il en soit, le pseudonyme équivaut ici comme ailleurs à l'anonyme.

                                v

On voit que la critique de Renan était loin d'être infaillible. L'extrême finesse de son esprit, la légèreté sceptique avec laquelle il abordait tous les problèmes religieux, un désir inconscient peut-être mais très persévérant de ne rien avancer qui pût affermir. les posi- tions de l'apologétique chrétienne ont souvent exercé sur ses juge- ments une fâcheuse influence. Il a émis des hypothèses fort ingé- nieuses qui n'avaient pas la moindre racine dans les textes, par exemple son opinion sur l'identité du Zasar et des Guerres de lahvé. Il a présenté par le côté le plus défavorable et en les jugeant d'après nos idées modernes les faits de supposition littéraire que la critique dit avoir conslatés et qui, mal compris, peuvent sembler préjudi- ciables à l'autorité des Livres saints : c’est ainsi qu'il a véritablement travesti la découverte du Deutéronome. Il a poussé à sa limite extrême le doute critique sur l'origine des psaumes attribués à David, pour faire ressortir la prétendue méprise des siècles chrétiens qui ont cité le roi psalmiste comme une autorité en faveur de la vie future. Nous dirons plus loin comment il à aussi abusé de l'extrême énergie du langage prophétique pour montrer dans les voyants d'Israël une série de fanatiques aussi intolérants qu'’absurdes, sans faire la part des exagérations familières aux peuples orientaux, sans tenir compte des circonstances historiques où les prophètes ont vécu, de la vio- lence qui caractérisait les mœurs de leur temps, des persécutions °

LV. 174. 502 RÉVUE ANGLO-ROMAINE cruelles que beaucoup d'entre eux ont subies. L'antipathie pour les hommes a réagi sur la façon de présenter et d'interpréter lesécrits. Dans ce qu'on est convenu d'appeler la haute critique, Renanva pas beaucoup d'originalité. Il combine les hypothèses qui lui sont fournies par d'autres. La grandeur du cadre qu'il voulail remplir la conduit presque nécessairement à employer cette méthode. Il serait arrivé sans doute sur beaucoup de points à des conclusions plis justes s’il avait repris plus attentivement et par lui-même l'exa- men des problèmes qu'il devait résoudre. En matière de crilique purement textuelle et d'exégèse, sa perspicacité naturelle, l'étendue et la variété de ses connaissances le servaient heureusement. & manière de traiter les textes est néanmoins passablement insuffi- sante pour les parties poétiques de l’Ancien Testament dontilne paraît pas avoir beaucoup observé le rythme. N'oublions pas pourtant, si nous voulons être jusles, qu'il est arrivé le premier ou peuses faut sur un terrain que l'érudition française n'était pas habituéeà cultiver. Ses erreurs de critique en ce qui regarde l'origine, la dalr, même le caractère de Lel ou tel livre biblique sont peu de chose en comparaison de la grande erreur philosophique et religieuse qui domine toute son œuvre, et, en tout cas, c'est de celle-ci que pr- cèdent, en dernière analyse, toutes les conséquences fâcheuses qi peuvent résulter de celles-là.

                                                 ALFRED LOISY.

RS,D

                        CHRONIQUE

Une nouvelle lettre de Léon XIII au peuple anglais. — Nous lisons dans le Monde, la correspondance suivante : « J'apprends que le Pape Léon XIIT va témoigner, par un nouvel acte pontifical, de son ardent désir de ramener l'Angleterre à la foi de saint Augustin et de Grégoire le Grand. Une lettre concernant les Anglais leur sera adressée par Sa Sainteté, probalement vers la fin du mois. Cette lettre n'a pas été provoquée par le Mémoire de M. Gladstone : elle était en préparation avant que ce Mémoire ne füt présenté au Vatican. « M. Portal, directeur de la Revue anglo-romaine, est reparti hier de Rome pour la France. La veilie, il avait eu la joie d’assisteràla messe du Souverain Pontife, en compagnie de deux prêtres anglicans que la question de la validité des ordinations avait amenés à Rome et qui sont également repartis. Par une heureuse coïncidence, ce jour mêrne était la fète de saint Augustin, l'apôtre de l'Agleterre.

Les matelots anglais à Rome. — Le Saint-Père, dit l’U- nivers, offrira dimanche, au Vatican, une réfection à cinq cents ma- telots anglais, qui assisteront à sa messe en la chapelle sixtine. Il les fera ensuite accompagner dans la visite des musées et des jardins du Vatican.

Titres honorifiques accordés par le Sénat de l’'Univer- sité de Cambridge. — A la réunion du 9 juin les propositions suivantes ayant été approuvées parle Conseil ont été soumises au Sénat de l'Université de Cambridge :

a 4. That the Degree of Doctor in Law, honoris causa, be conferred upon ToBias MICHAEL CHARLES ASSER, Professor of International Lai in the University of Amsterdam, under Slatute À, Chapter IT, Section 18, Paragraph 3.

« 2. Thatthe Degree of Doctor in Law, honoris causa, be conferred upon Professor FeLix LIEBERMANN under Slatuta À, Chapter II, Section 18, Paragraph 3.

« 3. That the Degree of Doctor in Letters, honoris causa, be conferred upon SAMUEL BERGER, Secretary of the Faculty of Protestant Theology at Paris, under Slatute À, Chapter IT, Section 18, Paragraph 3. 504 REVUE ANGLO—ROMAINE

« 4. That the Degree of Doctor in Letters, honoris causa, be conferred upon Louis DuCHESNE, Director of the École Française de Rome, under Statute À, Chapter IT, Section 18, Paragraph 3.

« 5. That the Degree of Doctor in Science, honoris causa, be conferred upon CarzL GEGENBAUR, Professor of Anatomyand Director of the Anatoni- cal Institute, Heidelberg, under Slatute À, Chapter IT, Section 18, Para- graph 3.

« 6. That the Degree of Doctor in Letters, honoris causa, be conferred upon MicuEL JouANNES DE Goëse, Professor of Arabie and Turkish in the University of Leyden, under Slatute À, Chapter IT, Section 18, Pare- grak 3. .

«7. That the Degres of Doctor in Letters, honoris causa, be conferral upon Avoir HaRNACK, Professor of Theology in the Univeraity af Berlix. under Satute À, Chapter IT, Section 48, Paragraph 3.

« 8. That the Degree of Doctor in Science, honoris causa, be conferral upon FeLix KLEIN, Professor of Mathematics in the University of Güttingen. under Statute À, Chapter IT, Section 18, Paragraph 3. « 9. That the Degree of Doctor in Letters, honoris causa, be conferrei upon Francis ANDREW Mancn, Professor of the English Language ant Comparative Philology in Lafayette College, U. S. À., under Statute À, Chapter IT, Section 18, Paragranh 3.

« 40. That the Degree of Doctor in Science, honoris causa, be conferrel apon Simon NewcouB, Prufessor of Afathemalics|and Astronomy in the Johns Hopkins University, Baltimore, and Superintendent of the American Nautical Alinanac, under Slatute À, Chapter IT, Section 48, Paragraph 3. « 44. That the Degree of Doctor in Letters, honoris causa, be conferrul upon Tacopor Zaun, Professor af Theology in the University of Erlangen. under Statute À, Chapter IT, Section 8, Paragraph 3 ».

Le mémoire de M. Gladstone et la Presse. — Voici la suite des appréciations auxquelles a donné lieu le mémoire de M. Gladsitone que nous avons publié dans notre numéro du 6juin.

                           LE   TABLET.

« Nous publions à une autre place la lettre de M. Gladstone sur les ordres anglicans, que la plupart de nos lecteurs auront déjà lue d’ail- leurs dans les journaux quotidiens. On ne nous dit pas à qui ka lettre est adressée, mais cela est de peu d'importance. Elle était adressée principalement au public, et ce n'est pas manquer à charité que de penser qu'elle était adressée aussi au Pape. L'écrivain assurément ne prétend nullement offrir des réflexions « aux considé- « rations de personnes constituées en dignité, moins encore à celui « sur qui retombent les responsabilités et les angoisses de la plus CHRONIQUE 505 « haute position qui existe dans l’Église chrétienne ». Mais il peul cependant avoir espéré que ses réflexions seraient placées sous les yeux du Pape, et si, comme c'est l'impression générale, c'est à l'insti- gation de lord Halifax que cette lettre a été écrite, il est probable que celui-ci aura pensé que la personnalité considérable de M. Glads- tone donnerait une signification toute particulière aux conseils dont Sa Seigneurie s’est faite elle-même le porte-parole. « M. Gladstone a tous les droits d'appeler l'attention du Saint- Siège sur les considérations qu'il peut juger importantes, et il y a des passages dans sa lettre que nous accueillerons très cordialement. Toutes nos sympathies sont avec lui quand il exprime le désir de ne pas voir creuser encore davantage le fossé quinoussépare, mais plutôt de nous voir un jour réunis et plus puissants pour résister aux forces toujours plus redoutables de l’incrédulité. C'est encore une réelle consolation d'entendre dans la bouche du vénérable homme d'État des paroles telles que celles-ci pour apprécier le caractère et les mo- tifs de l'initiative prise par le Saint-Père: « Il ne m'appartient pas de « préjuger des résultats des démarches qui se font à Rome. Quels « qu’ils soient, il ne peut y avoir dans mon opinion le moindre doute « sur la nature de l'attitude prise par le chef actuel de l'Église catho- « lique romaine au sujet de ces démarches. Selon moi, c'est une « altitude paternelle au sens le plus large du mot, et bien qu'elle «+ prenne place parmi les derniers souvenirs de ma vie, j'en garderai « toujours la précieuse mémoire avec de tendres sentiments de res- « pect, de gratitude et de haute estime. » « Et plus haut dans sa lettre il reconnait l'impartialité avec laquelle l'enquête a été faite,exaltant « ce qu'a fait Léon XIII, d'abord en con- « cevant l’idée de cette enquête, et puis en prenant soin, par la cons- « titution savante et impartiale du tribunal chargé de l'enquête,’ « qu'aucun moyen ne soit négligé, qu'aucune garantie ne soit « omise pour arriver plus facilement à la vérité. » « Est-ce trop demander que d'espérer que, lorsque l'enquêie actuelle sera terminée, quelle que soit la décision, les justes et géné- reuses paroles de M. Gladstone obtiendront, de la part des anglicans, à l'égard du Saint-Père et des juges qu'il a nommés, la reconnais- sance au moins de la pureté et de la charité des bibles qui les ont guidés! « Passant ensuite au contenu des recommandations de M. Glads- tone, pouvons-nous appeler son attention sur une appréciation regrettable qui sembie se retrouver partout dans sa lettre? Il recon- naît sans doute que la question des avantages qui pourraient résul- ter de telle ou telle décision est subordonnée à la vérité historique; mais il ajoute que, pour le moment, il ne s'occupe que des avantages. Et, en conséquence, passant presque absolument sous silence ce que le respect de la vérité peut imposer aux juges, il fait la balance des avantages comme si ce devait être là l'objectif principal de la déci- sion à prendre. Sans doute, M. Gladstone n'a pas voulu dire que cela sera, sesexpressions ayant été soigneusement choisies pourne pas dire 3506 REVUE ANGLO-ROMAINE autre chose que ce qu'il veut; mais nous craignous que le plan qui a adopté de n'envisager la question qu’à ce point de vue particulier et subordonné n'encourage l'illusion regrettable que le Times dans son leader sur la lettre en question n’a pas hésité à signaler : « Nous « pouvons être bien certains que, si-le Pape est convaines qu A

« reconnaissance par lui des ordres anglicans prépare les voiesà « une contre-reconnaissance de la suprématie papale par les angl- « cans, ces voies devront être aplanies d'une manière ou de l'autre. : Dans ces circonstances, il nous semble nécessaire d'affirmer hauk- ment que la pensée de voir le Pape s'engager dans une pareille voie nous paraît à la fois intolérable et sans fondement. Léon XU, bier que se rendant parfaitement compte des avantages ou des désavan- tages qui peuvent résulter de la décision, ne laissera pas infuenctr son jugement par de telles considérations; car l'enquête elle-même est une enquête sur la vérité des faits et des doctrines, et en telle matière la question d'avantage ne saurait intervenir, Nous désirons également protester en notre nom à nous qui, en Angleterre, avons soutenu l'invalidité des ordres anglicans. L'idée que nous souhaitons une décision hostile dans l'espérance qu’elle nous amènera plus de convertis, est entièrement sans fondement. Sans doute nous avons pu penser que la défense faite par certains ecclésiastiques étranger d'une position que nous considérons comme absolument fausse, el on ne peut plus déplorable, en ce qu'elle retient des âmes que Dieu est en train d'amener à la vérilé; mais nous ne sommes pas si dé pourvus de scrupules que nous cherchions à parvenir à un but mént aussi louable que celui de déterminer des conversions en soutevait ce qui est faux. Si nous parlons ou écrivons contre les ordres angl cans, c'est simplement parce que nous croyons que les preuves contre leur validité sont convaincantes. Mais, dans la lettre de M. Gladstone, le passage le plus important est celui-ci : « Un chef dont la sagesse est connue, ne mettrait er « tainement pas en branle tous les rouages de la Curie pour élargi encore davantage la brèche ouverte entre l'Église romaine et unt â

« communion plus petite, sans doute, mais qui se répand parti
« où se propagent et grandissent les races de langue anglaise, etqil
« représente dans la sphère religieuse une des plus puissant
« nations de la chrétienté européenne... A ce point de vue, les cer-
    séquences d'une enquête aboutissant à une condamnation seraien!
À




« également déplorables. »
    « Examinons maintenant le conseil qui est aussi offert à Léon XI.
d'autant que ce même conseil lui a déjà été offert par d'autres per-
sonnages influents. Tout d'abord on parait penser que c'est le Papt
qui prit lui-même l'initiative de réouvrir la controverse sur les ordre.
et c'est en se basant sur celte supposition que M. Gladstone déclare
que Léon XIII ne peut avoir l'intention de promulguer aucune dèci-
sion hostile aux revendications des anglicans. Si toutefois nus
sommes bien informés, l'initiative fut prise par M. Duchesne et les
autres ecclésiastiques francais que Lord Halifax a enrôlés dans 5?

CHRONIQUE 307

parti. Ces ecclésiastiques représentèrent au Pape que le rejet tradi- tionnel des ordres anglicans était basé sur des théories historiques généralement abandonnées maintenant, et que les anglicans étaient offensés qu’en dépit des résultats fournis par de plus amples re- cherches, un usage si blessant pour leurs sentiments pouvait encore subsister. On affirmait que le maintien de cet usage avait pour effet de raviver continuellement l'antipathie pour le catholicisme qui au- lrement disparaitrait bientôt, et on demanda au Pape d'autoriser qu'une enquête officielle fût faite à ce sujet. « Ce fut par déférence pour de telles affirmations que Léon XHI nomma une commission dans laquelle les deux partis étaient égale- ment représentés, qui fut chargée de préparer les matériaux pour l'examen et le jugement du Saint-Office. Et assurément Léon XHI doit être libre de promulguer un jugement en conformité avec les preuves dûment examinées, sans qu'on puisse lui imputer le crime d'avoir pris lui-même l'initiative de creuser encore davantage le fossé qui sépare l'Église catholique et l'Église anglicane. « Mais M. Gladstone ajoute, sur la foi des informations qui lui ont êlé fournies par Lord Halifax, que, dans aucun cas, le Pape ne se pro- pose de promulguer la décision si elle était hostile aux ordres angli- cans; c'est cela, supposons-nous, qui se trouve impliqué dans la phrase suivante : « Les renseignements que Lord Halifax a eu la bonté de « me transmettre éloignent de mon esprit une telle appréhension. « Et j'ai la certitude que, si les recherches de la Curie n’arrivaient « pas à un résultat favorable, la sagesse et la charité ne leur permet- « traient pas de devenir une occasion et un instrument d'aigreur « dans les controverses religieuses. » « Ï semble difficilement probable que Lord Halifax ait été bien informé sur ce point: car il n'est assurément pas croyable que Léon XIII ait ainsi aliéné d'avance sa liberté d'action sur un point aussi délicat. Lorsque l’enquête sera terminée et la décision prise, <e sera sans doute à lui de juger s'il est préférable qu'elle soit pro- mulgée ou non, et il serait malvenu de notre part d'anticiper sa dé- termination. [| peut cependant n’y avoir aucune inconvenance À indiquer les diverses considérations qui peuvent s'imposer à son jugement pour faire pencher sa décision dans un sens ou dans l'autre. « Dans un sens, nous pouvons affirmerque Léon XHI désirera que la décision quelle qu'elle soit, soit promulguée. 1l désirera qu'en conformité avec sa teneur et sous son approbation, les clergymen qui se convertiront soient ou bien absolument réordonnés comme ils le sont actuellement, ou bien réordonnés sous condition, ou encore que leurs ordres actuels soient simplement acceptés. Le respect du sacre- ment l'obligera à cela; et dans ce sens les faits étant plus forts que les mots, il sera impossible, — au cas où les ordres anglicans seraient désavoués — d'empécher que le résultat de l'enquête ne prenne la forme d'une condamnation formelle et autorisée. « Mais, pour nous en tenir à l'hypothèse d'une condamnation, le Pape promulguera-t-il le jugement sous la forme d'une lettre pu- 508 REVUE ANGLO-ROMAINE

blique adressée aux évêques ou au peuple anglais ; ou plutôt, quels sont les pour et tes confre qui paraissent devoir influencer son choix? Ii est une chose dont nous pouvons ètre sûrs : c'est que Léon XI est animé des sentiments les plus cordiaux à l'égard des anglicans et s'abstiendra très volontiers de toute action devant les chagriner, à moins qu’une semblable démarche ne soit réclamée d'une manière impérative par de plus hautes considérations. « I} est possible cependant qu'il envisage que ces considérations plus élevées réclament une promulgation formelle de la décision. 1 peut considérer par exemple qu'il y a certaines craintes à avoir si la décision n'était pas promulguée. Il n'est peut-être pas excessif en effet d'affirmer que, si la Réunion sur la base d'une sorte d'riposeulels est le but final qu'ont en vue lord Halifax et ses amis, l'objet plus immédiat d'une reconnaissance de feurs ordres est à leurs yeux. d'arrêter la marche des conversions individuelles. Même dans l'état de choses actuel, ils disent à eeux qui sont attirés vers l'Église : « Attendez un peu. Hs sont sur le point de reconnaitre nos ordres, et, une fois sur la pente des concessions, ils ne tarderont pas à admettre que nous sommes dans une position valide au point de vue ecclésiasti- que. » Sans doute, si une décision en leur faveur était promulguée, ils insisteraientsur cette considération, bienquecenesoit pas là une raison pour qu'une décision favorable ne soit pas rendue, si elle était réel- lement réclamée par les faits. Mois n'interpréteraient-ils pas dans le même sens la non-promuilgation d'une décision prise contre eux? Ne se persuaderaient-ils pas, par exemple,que cette non-promulga- tion implique un manque de confiance dans la décision prise, qui rendrait possible à l'occasion un changement de manière de voir? Et des esprits plus obstinés n'iraient-ils pas plus loin et ne mais- tiendraient-ils pas avec confiance que ce qu'avait prouvé l'enquête. c'était la force de la position anglicane, mais que Rome, conme de coutume, n'ayant pas Fhonnétcté d'avouer ses erreurs, se réfugiail dans la dissimulation ? « I est, dans lous les cas, possible de concevoir que, pour obvier à la possibilité de semblables malentendus, la promulgation d'une dé- cision hostile peut paraitre exigée d'une manière impérative, etaprés tout, quand une enquête a été faite sur une question d’un intérêt gé- néral et que l'attention publique a été attirée sur ce point, il est nata- rel que la décision soit officiellement annoncée. Il n’est pas besoin que cette promulgation soil faite en termes qui puissent causer une peine quelconque en dehors de celle qu'implique la décision elle- même. Au contraire elle peut être formulée d'une manière propre à en adoucir l'effet. Il n’y a aucune raison de s'attendre à quelque dotu- ment terrifiant « condamnant, anathématisant, etc... ». Il est plus probable que le Pape écrira une autre lettre A4 Anglos conçue dans le mème esprit et le même caractère de conciliation, déclarant que. mû par le désir d'obvier à la possibilité de tout soupçon d'injustite en ce qui concerne les ordres anglicans, il en a déféré à une com- mission composée avec impartialilé, mais que le résultat des travaut CHRONIQUE 0

de celte commission a démontré que, pour rester fidèle à la vérité, l'Église catholique était obligée de se conformer à la pratique déjà stivie. Le Saint-Père pourrait, peut-être, indiquer alors les motifs de sadécision etconclurait certainement par un appel paternel au peuple anglais, le priant de considérer ce qui est arrivé comme un témoi- gnage de son désir d'aller à leur renconire aussi loin qu'il était possible, et par une invitation qui leur serait adressée de répondre de leur côté par une enquête loyale et sincère sur les principes fondamentaux de l'Église catholique. « Jusqu'ici nous nous sommes surtout occupés de la lettre de M. Gladstone dans l'hypothèse d'une décision hostile aux ordres anglicans, mais naturellement it penche surtout vers l'hypothèse d'un verdict favorable et y consacre une place plus considérable. Là en- vore nous n'avons aucune critique à adresser en dehors de celle que nousavons déjà faite — à savoirque d'introduire la question d'avantage alors que la question de vérité est seule en cause, c'est introduire un élément de trouble. « H y a un point, cependant, sur lequel nous devons nous permettre d'ajouter quelque chose. M. Gladstone dit avec vérité que la cessation de la divergence d'opinions, même sur un seul point, serait de nature à faire avancer la concorde. Mais il ne parait pas envisager la possi- bilité que cet abandon de la controverse vienne du côté anglican. Il reconnait, certes, que, durant le dernier demi-siècle, un grand chan- gement s'est produit chez les chrétiens anglicans et qu'il a eu pour effet un rapprochement vers nous. Et, cependant, il établit comme condition de la réuniun qu'aucune nouvelle avance ne soit exigée de leur part. Bien qu’ils reconnaissent et affirment leur faillibilité, à la fois personnelle et collective, bien que leurs changements dans le passé demeurent un solennel avertissement que des hommes faillibles ne doivent pas adhérer avec trop de ténacité à leurs opinions pré- sentes, c'est nous, cependant, et non pas eux, qui devons faire tout le chemin nécessaire pour nvuus rencontrer, et cela, bien que te chemin à faire (nous ne parlions pas là des ordres anglicans, mais des concessions auxquelles il faudrait en venir plus tard) cor- responde à une renonciation formelle de nos principes les plus fon- damentaux. C'est cette disposition de nos frères anglicansquiconstitue le grand obstacle à la réunion, et d'ici qu'elle ne change, tous les projets de réunion seront sans réalité. Sur ce point, cependant, M. Gladstone nous rappellera peut-être qu'il n’est pas de ceux « qui s'attendent à une restauration prochaine de l'unité chrétienne telle qu'elle existait dans les premiers siècles de l'Eglise ». Dans ce cas, notre réponse doit être que, tout en reconnaissant avec lui qu'une restauration semblable ne parait pas devoir être rapidement réalisée, nous ne sommes pas sans espoir de voir ce résultat arriver, par la continuation de ce mouvement que lui et nous notons avec reconnais- sance, et qui nous à déjà si considérablement rapprochés les uns et les autres, comparativement à ce qui existait auparavant. » 510 REVUE ANGLO-ROMAINE

                           LE   CHURCH   TIMES

« La lettre de M. Gladstune sur la réunion de la chrétienté est digne,

sous tous rapports, du laïque le plus éminent de la communiun anglicane. Et la valeur de cette lettre n’est pas amoindrie, comme certains donnent à l'entendre, par ce fait que c'est une lettre ouverte qui n’est adressée à personne. Son but évident, c'est d'apporter un renfort à ceux qui travaillent pour la paix, et d'assurer le Pape en parliculier que les laïques de l’Église d'Angleterre, qui, plus que par- tout ailleurs, occupent une place prééminente dans les affaires de l'Église, son! prèts à recevoir de sa’ main le rameau d'olivier. Aucun laïque ne sera écouté avec plus de respect, à la fois en Angleterre el sur le continent que le vénérable vétéran, qui, pendant soixante ass de vie publique, n’a jamais cessé de porter le plus vif intérêt à toutce qui concerne l'Église. « M. Gladstone, en commun avec les autres fidèles de l'Église, envisage la question des ordres anglicans, non pas tant en ce qui nous concerne, mais en tant qu'elle touche à la communion romaine. et à la paix de l'Église dans son ensemble. « Pour nous la question ne fait aucun doute. Mais pour l'Église ro- maine elle a été envisagée comme soulevant de sérieuses objections. En conséquence, en tant que nos ordres ont été regardés comme matière à doute, une rupture s'est produite entre les deux Églises. Il est vrai qu'il n'y a aucun anathème formel de l'Église anglaise, aucune des deux Églises n'a officiellement renoncé à la communion ave l'autre. Ce qu'elles ont fait dans le passé, c'est de s'écarter l’une de l'autre par suite de divergences d'opinions et de malentendus. € qu'elles ont à faire maintenant, c'est d'essayer de se comprendre l'une l’autre, et de detruire les anciens préjugés. « Cette tâche ne s'impose pas d'ailleurs d'un seul côté, mais des deux. De plus, il semblerait qu'on ait représenté en Angleterre Rone comme un croquemitaine, et de même pour Cantorbéry sur le conti- nent. On ne saurait trouver mal que l'on s'efforce de substituer une photographie à la caricature. Le fait que Rome s'attache à l'étude de ia question des ordres anglicans constitue de toutes façons une preuve de l'intérêt qu’elle professe pour l’histoire de l'Église anglais” et aussi de son désir de faire ce qui est en son pouvoir pour promau- voir la paix et l'unité. Nous l’avons cordialement rencontrée à moitié chemin, Le reste est aujourd’hui en des mains plus puissantes que le nôtres. « M. Gladstione, bien entendu, attribue l'importance qui luiest du à cette merveilleuse renaissance de l'esprit catholique parmi suus depuis soixante ans. Cette renaissance s'est opérée en dehors de l'idée d'unité. « Il a eu pour résultat de faire sortir l'Église d’Angle- « terre d'un calme extérieur quicachait une véritable stagnation, pour ‘ « la jeter dans un état où, tandis qu’elle subit des orages extérieurs et « des épreuves particulièrement aiguës — même à présent, elle n'est « pas tout à fait exempte de divisions intestines — elle voit son clerg « transformé {le terme est employé avec juste raison), ses énergi* RE D ES

                          CHRONIQUE                             5t1

s vitales augmentent et grandissent dans toutes les directions, enfin « des espérances nombreuses et belles font entendre qu'elle sera à «même de concourir, et non pour une faible part, au triomphe de « l'Évangile dans le monde. » La Sainte Eucharistie n'en est plus ré- « duite à une «conception appauvrie », — l'expression est digne de son auteur, — le culte public n'est plus désormais froid et mort; la doctrine de l'Évangile est offerte dans son intégrité, et les règles de l'Église occupent la place qui leur est due dans notre vie personnelle et journalière. Tout cet ensemble a amené la vision d'une chrélienté plus étroitement unie en Occident et l'a fait considérer comme autre chose que le rêve éphémère de quelque enthousiaste dépourvu de sens pratique.

« Une très grande partie des changements opérés tend à nous rapprocher de la doctrine autorisée des Églises d'Orient et d'Occi- dent qui n'ont pas subi la Réforme, en ramenant les pratiques des fidèles à ce qu'elles avaient été primitivement arrêtées par l'Église clle-mème et en exposant plus clairement quelle est la signification des saines formules de l’Église d'Angleterre. Nous n'avons jamais méconnu les difficultés qui s'opposent au rétablissement de la paix; mais nous avons toujours maintenu que d'insister continuellement sur les difficultés, ce n'est pas le moyen de les faire disparaitre. Nous applaudissons au courage et au dévouement de Léon XII d'un côté, de l'archevèque d'York de l'autre, précisément, parce que nous avons conscience des attaques auxquelles ils s'exposent. L'orateur populaire protestant jugera sévèrement les actions d'hommes qu'il est incapable de comprendre; maïs tous ceux qui sont assez anglais pour apprécier la loyauté et la droiture de sentiment, ne sauraient adresser des reproches à des hommes qui s'efforcent de trouver une solution à un problème qui a agité une douzaine de générations. « I'ya, en outre, un aspect plus général de la question qui n'échappe pas à l'œil pénétrant de M. Gladstone. La grande lutte de l'avenir sera entre la foi et l'incrédulité, entre ceux qui suivent le Dieu fait chair et ceux qui le rejettent comme sauveur de l'homme. Quel sera le chef des bataillons? « Tout fait désigner l'évêque de Rome come l'instrument de la Providence en ce monde. S'il est un sage et intelligent capitaine, il ne repoussera l’aide d'aucun allié prêt àse ranger sous sa bannière pour la nouvelle croisade. Supposant qu'il y a des points que le catholique romain considère comme primordiaux et qui cependant pe sont pas admis par les autres, refusera-t-il l’aide de ces derniers pour repousser ceux qui voudraient passer la charrue sur les fonde- ments même de la religion, sous ce prétexte que ses convictions, quant aux pouvoirs qui doivent être conférés au commandant en chef ne sont pas partagés par teus? Est-ce le moment de se livrer à des querelles fratricides alors que l'ennemi est à la porte? Recom- mencerons-nous l'aveuglement des Orientaux du Bas-Empire qui laissèrent les mahométans les subjuguer pendant qu'ils se querel- laient mutuellement? L'exemple des habitants de Meroz aura-t-il 5i2 REVUE ANGLO-ROMAINE

donc son pendant dans l'attitude de ceux qui, des profondeurs de leur ignorance, ne peuvent crier autre chose que : « A bas le papisme! » avec l'accent des camelots et dans l'esprit de Titus Oates? Si l'Église doit remporter la victoire sur l'incrédulité, ses membres, en tant que corps, doivent faire preuve de plus de tolérance les uns vis-à-vis des autres, et, convaincus que l'uniformité n'est ni possible ni désirable, s’efforcer de faire prévaloir cette unité dans la diversité qui est seulement possible pour ceux qui ont des convictions catholiques bien arrêtées. « Il nesera pas téméraire d'ajouter que, sans préjuger des desseins de la Providence, un grand avenir est réservé à la race angl- saxonne. C'est d'elle, plus peut-être que de la race latine, que dépend la direction qui sera imprimée à la civilisation. Mais en même temps il est vrai que la race anglo-saxonne, comme la race latine, a ses défauts et ses qualités. Elle est prédisposée à accorder à la liberié une part quelquefois dangereuse. Elle souffre du manque d'imagi- nation et conduit souvent à un vain utilitarisme, considérant le sen- timent comme une infériorité. Mais, en dépit de tout cela, elle semble destinée à diriger l'évolution de l'humanité. « Mais, si elle a besoin d'être corrigée par les qualités de la race latine, l'une cependant dépend de l’autre. L'Église latine correspond très exactement à l'esprit latin, comme l'Église anglaise à l'esprit anglo-saxon. Par suite, les deux Eglises ont besoin l’une de l'auire. et même, ce besoin est si grand que rien ne devrait être toléré qui formät un obstacle à l'œuvre de paix et d'union. Léon XIIE, de son poste de guet, est, nous n'en doutons pas, pleinement conscient de l'importance de ces considérations qui ne peuvent qu'augmenter son désir si chrétien de voir enfin cesser les divisions entre les membres d’une même famille et les fidèles d'une même foi. Et parce que nous pensons que la lettre de M. Gladstone servira grandement cettr même cause, nous l'accueillons comme un document d'une haut ütilité et digne du grand nom dont il est signé. »

                           LES DISSIDENTS

Les dissidents ont très mal accueilli le mémoire de M. Gladstow. Dans un meeting scolaire du Conseil des Églises libres évangélique, tenu le 2 juin, le D° Guiness Rogers, ministre dissident, a profité de l'occasion pour exprimer son sentiment à l'égard du mémoire de M. Gladstone : « J'ai lu avec un intérêt mélancolique la lettre de M. Gladstoor (marques violentes de désapprobation); c’est l'opinion d'un honnèk homme (Applaudissements) et à ce titre j'y attache une certaine in- portance. Cette lettre montre que la marche du clergé anglicn ‘revêt entièrement un caractère sacerdotal. Inutile, pour les Angl- cans, de venir à Grindelwald nous dire des choses aimables. {Applat- dissements.
DOCUMENTS

DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VII REGIS ANGLLÆ

            EJUSQUE FAUTORUM ET COMPLICUM
                Cum aliarum pœnarum adjectione



    PAULUS, EPISCOPUS,           SERVUS SERVORUM             DEI

                   Ad perpeluam .rei memoriam
  1. Ejus qui immobilis permanens suâ providentià ordine mirabili . dat cuncta moveri, disponente clementià, vices, licetimmeriti, gerentes in terris, et in sede justitiæ constituti, juxta prophetæ quoque Hiere- miæ vaticinium dicentis : Etce {a constitui super gentes et regna, ut evellas el destruus, ædifices, plantes, precipuum super omnes reges universie lérræe cunctosque populos obtinentes principatum : ac illum qui pius et misericors est, et vindictam ci qui illam prævenit paratam temperat, nec quos impœænitentes videt severâ ultione castigat, quin prius comminetur, in assidue autem peccantes el in peccatis perseverantes, cum excessus misericordiæ fines prætereunt ut saltem metu pœnæ ad cor reverli cogantur, justitiæ vires exercet, imitantes; ex incuni- benti nobis aposiolicæ solicitudinis studio perurgemur, ut cuncta- rum peérsonarum nostræ curæ cœælitus commissarum salubri statui selertius intendamus, ac erroribus et scandalis, quæ hostis antiqui versutià imminere conspicimus, propensius obviemus, excessusque et enormia ac scandalosa crimina congru4 severitate coerceamus, et juxta apostoluni inobedientiam ovium promptius ulciscendo, illorum perpetratores debità correctione sic compescamus, quod cos Dei iram provocèsse pœniteat, et cx hoc aliis exemplum cautelæ salutaris accedat. Sane cum superioribus diebus nobis relatum fuisect, quod Hen- ricus, Angliæ rex, licet tempore pontificutus felicis recordationis Leonis papæ X prædecessoris nostri diversorum hæreticorum errores, sæpe ab apostolicà sede et sacris conciliis præteritis temporibus damnatos, et novissime nostrà ætale per perditionis alumnum Mar- inum Lutherum suscitatos et innovatos, zelo eatholicæ fidei, et erga dicltam sedem devotionis fervore inductus, non minus docte quam pie, per quendam librum per eum desuper compositum, et eidem Levuni prædecessori ut euin examinaret et approbaretoblatum, confu- REVUE ANGLO-ROMAINE. — Te IH, — 33 514 REVUE ANGLO-ROMAINE

tâsset, ob quod ab eodem Leone prædecessore ultra dicti libri, cum magna ipsius Henrici regis laude et commendatione, approbalicnen, tituium Defensoris Fidei reportaverit, a rectà fide et apostolico tra- mite deviens, ac propriæ salutis, famæ, et honoris immemor, post- quan charissima in Christo filia nostra Catharina, Angliæ regins, illustri suâ progenie conjuge, cum quâ publice in facie Ecclesiæ matrimonium contraxerat, et per plures annos continuaveral, ac ex quà, dicto constante matrimonio, prolem pluries susceperal; nullà legitim& subsistente causà, et contra Ecclesiæ prohibitionem dimiss, cum quädam Anna Bolenä, muliere Anglicä, dictà Catharinà adhuc vivente, de facto matriinonium contraxerat, ad deteriora prosiliens, quasdam leges ceu generales constitutiones edere non erubuit, per quas subdilos suos ad quosdam hæreticos et schismaticos articulos tenendos, inter quos et hoc erat, quod Romanus pontifex caput Ecclesiæ et Christi vicarius non erat, et quod ipse in Anglic4 ecclesià supremum cuput existebat, sub gravibus, etiam mertis, pœnis cogebal. Et his non contentus, Diabolo sacrilegii crimen suadente, quamplures prælatos, etiamm episcopos, aliasque personas ecclesiasticas, etiam regulares, necnon sæculares, sibi ut hæretico et schismatico adhærere. ac articulos prædictos sanctorum Patrum decretis et sacrorum conci- liorum statutis, imo etiam ipsi evangelicæ veritati contrarios, tam- quan tales alios damnatos approbare, et sequi nolentes et intrepide recusantes capi et carceribus mancipari. Hisque similiter non con- tentus, imala malis accumulando, bonæ memoriæ Joannem tituli S. Vitalis presbyterum cardinalem Roffensen quem ob fidei constan- tiam et vilæ sanctimoniam ad cardinalatüs dignitatem promoveramus, cum dictis hæresibus et erroribus consentire nollet, horrendä imma- nitate et detestandâ sævitiâ, publice miserabili supplicio tradiet decollari mandaverat, et fecerat, excommunicationis, et anathematis aliasque gravissimas seultentias, censuras, et pænas in literis ac constitutionibus recolendæ memoriæ Bonifacii VII, Honorii Ill, Rotmanorum pontificum prædecessorum nostrorum desuper edibs contentas, et alias in tales a jure latas damnabiliter incurrendo, a regno Angliæ et dominiis quæ tenebat, necnon regalis fastigii celsi- tudine ac præfati tituli prærogativà et honore se indignum reddendo.

  1. Nos licet ex ee, quod prout non ignorabamus, idem Henricus rex in certis censuris ecclesiaslicis, quibus a piæ memoriæ Clemente papà VII etiam prædecessore nostro, postquam humanissimis literis et paternis exhortationibus, multisque nunciis et mediis, prime et postremo eliam judicialiter, ut priefatam Annam a se dimitteret, et ad prædictæ Catharinæ, suæ veræ conjugis, consortium rediret, frus- tra monitus fuerat iunodatus extiterat, Pharaonis duritiam imitando. -per lougunt tempus in clavium contemptum insorduerat et insordes- cebat, quod ad cor rediret, vix sperare posse videremus, ob pater- DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VHI 515

nam lamen charitatem qua in minoribus constituti donec in obedien- là, et reverentià sedis prædictæ permansit, eum prosecuti fueramus, utque clarius videre possemus, an clamor qui ad nos delatus fuerat (quem certe etiam ipsius Henrici regis respectu falsum esse deside- rabamus) verus esset, statuimus ab ulteriori centra ipsum Henricum regem processu ad tempus abstinendo, hujus rei veritatem diligen- tius indagare.

  1. Cum autem debitis diligentiis desuper factis clamorem ad nos, ut præfertur, delatum, verum esse, simulque, quod dolenter refe- rimus, dictum Henricum regem ita in profundum malorum descen- disse, ut de ejus resipiscentià nulla penilus videatur spes haberi posse, repererimus : nos attendentes veteri lege, crimen adulterii notatum lapidari mandatum, ac auctores schismatis hiatu terræ absorptos, eorumque sequaces cœlesti igne consumptos, Elimamque magum viis Dominiresistentem per apostolum ælernä severilate dam- natum fuisse, volentesque ne in districto examine ipsius Henrici regis et subditorum suorum, quos secum in perditionem trahere videmus, animarum ratio a nobis exposcalur, quantum nobis ex alto conceditur, providere contra Henricum regem, ejusque complices, fautoies, adhærentes, et sequaces, et in præmissis quomodolibet culpabiles, contra quos ex eo quod excessus, et delicta prædicta adeo manifesia sunt et notoria, ut nullä possint tergiversatione celari,, absque ulteriori morà ad executionerm procedere possemus, benignius agendo, decrevimus, infrascripto modo procedere.

À. Habita itaque super his cum venerabilibus fratribus nostris sacrosanctæ Romanæ Ecclesiæ cardinalibus deliberatione malurë, et de illorum consilio et assensu, præfatum Henricum regem, ejusque complices, fautores, adhærentes, consultores et sequaces, ac quos- cunque alios in præmissis, ceu eorum aliquo quoquo modo cuipabiles tam laicos quam clericos, eliam regulares cujuscumque dignitatis, statùs, gradûs, ordinis, condilionis, præeminentiæ, et excellentiæ existant {quorum nomina et cognomina, perinde ac si præsentibus insererentur, pro sufficienter expressis haberi volumus), per viscera misericordiæ Dei nostri hortamur,et requirimus in Domino, quatenus Henricus rex a prædictis erroribus prorsus abstineat, et conslitu- tiones, seu leges prædictas, sicut de facto eas fecit, revocet, casset, et annullet, et coactione subditorum suorum ad eas servandas,necnon carceratione, capturä, et punitione illorum, qui ipsis constitutionibus seu legibus adhærere, aut eas servare noluerint et ab aliis erroribus prædictis penitus, et omnino abstineat, et si quos præmissorum occa- sione captivos habeat, relaxet.

  1. Complices vero, fautores, adhærentes, consullores, et sequaces dicti Henrici regis in præmissis, et circa ea ipsi Henrico regi super 516 REVUE ANGLO-ROMAINE

his de cætero non adsistant, nec adhæreant, vel faveant, nec ei con- silium, auxilium, vel favorem, desuper præstent.

  1. Alias si Henricus rex, ac fautores, adhærentes, consultores, el sequaces, hortationibus et requisitionibus hujusmodi non annuerint cum effectu, Henricum regem, fautores, adhærentes, consultores et sequaces, ac alios culpabiles prædictos, auctoritate apostolicä, ac ex certà nostrà scientià, et de apostolicæ potestatis plenitudine, tenore præsentium, in virtute sanctæ obedientiæ, ac sub majoris excom- municationis latæ sententiæ, a quâ etiam prætextu cujuscumque pri- vilegii, vel facultatis, etiam in formä confessionalis, cum quibus- cumque efficacissimis clausulis à nobis et sede prædictà quomods- libet concessis, et etiam iteratis vicibus innovatis, ab alio quama Romano Pontifice, præterquam in mortis articulo constituti (ila tamen quod si aliquem absolvi contingat, qui post modum conva- luerit, nisi post convalescentiam monitioni et mandatis nostris hujusmodi paruerit cum effectu, in eamdem excommunicationis sen- tentiam reincidat), absolvi non possint.

  2. Necnon rebellionis, et quoad Henricum regem, etiam perditionis regni, et dominiorum prædictorum, et tam quoad eum, quam quoad alios monitos supradictos supra et infra scriptis pœnis, quas si dictis onitioni et mandatis, ut præfertur, non paruerint, eos, el leorum singulos, ipso facto respective incurrere volumus, per præsentes monemus ; eisque eteorum cuilibet districte præcipiendo mandamus, quatenus Henricus rex per se, vel procuratorem legitimum et suffi- cienti mandato suffultum, infra nonaginta, complices vero, fautores, adhærentes, consultores et sequaces, ac alii in præmissis quomodo- libet culpabiles supradicti, sæculares et ecclesiastici etiam regulares, personaliter infra sexaginta dies compareant coram nobis, ad s super præmissis legitime excusandum et defendendum; alias viden- dum et audiendum contra eos et eorum singulos, etiam nominatim, quos sic monemus, quatenus expediat, ad omnes et singulos, actus, etiam sententiam definitivam, declaratoriam, condemnatoriam, €! privatoriam, ac mandaium executivum procedi. Quod si Henricus rex, etalii moniti prædicti inlra dictos terminos eis ut præfertur, respective præfixos non comparuerint, et prædictam excommunica- tionis sententiam per tres dies, post lapsum dictorum terminorum animo, quod absit, sustinuerint iudurato, censuras ipsas aggravs- mus, et successive reaggravamus, Henricumque regem privationis regni et dominiorum prædictorum, et tam eum quam alios monitss prædictos et eorum singulos, omnes et singulas alias pœnas prædictas incurrisse, ab omnibusque Christi fidelibus, cum eorum bonis per- petuo diffidatos esse. Et si interim ab humanis decedat, ecclesiasticà debere carere sepulturà, auctoritate et potestatis plenitudine prædic- DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VIII 317

tis decernimus, et declaramus, eosque anathematis, maledictionis, et damnationis æternæ mucrone perculimus.

  1. Necnon quæ præfatus Henricus rex quomodolibet, et ex quävis causà tenet, habet, aut possidet, quamdiu Henricus rex, et alii moniti prædicti, et eorum singuli in aliis per dictum Henricum regem non tenlis, habitis, aut possessis permanserint, et triduo post eorum inde recessum, et alia quæcumque ad quæ Henricum regem, et alios monitos prædictos, post lapsum dictorum terminorum declinare con- tigerit, dominia, civitates, terras, casira, villas, ‘oppida, metropolita- nasque, et alias cathedrales, cæterasque inferiores ecclesias, necnon monasteria, prioratus, domus, conventus, et loca religiosa, vel pia cujuscumque, etiam sancti Benedicti, Cluniacensium, Cistercensium, Præmonstratensium, ac Prædicatorum, Minorum, Eremitarum, sancti Augustini, Carmelitarum, et aliorum ordinum, ac congrega- tionum, et militiarum quarumcunque in ipsis dominiis, civitatibus, terris, castris, villis, oppidis, et locis existentia ecclesiastico suppos- nimus interdicto, ita ut illo durante in illis eliam prætextu cujus- cumque apostolici indulti, ecclesiis, monasteriis, prioratibus, domi- bus, conventibus, locis, ordinibus, aut personis, etiam quäcumque dignitate fulgentibus concessi, præterquam in casibus a jure per- missis, ac etiam in illis alias quam clausis januis, et excommunicatis et interdictis exclusis,nequeant Missæ aut alia divinaofficiacelebrari.

  2. Et Henrici regis, complicumque, fautorum, adhærentium, consultorum, sequacium, et culpabilium prædictorum filii, pœnarum, ut hic in hoc casu par est, participes sint, omnes et singulos, ejusdem ‘ Henrici regis ex dictà Annâ, ac singulorum eliorum prædictorum filios natos, et nascituros aliosque descendentes, usque in eum gra- dum, ad quem jura pœnas in casibus hujusmodi extendunt (nemine excepto, nullâque minoris ætatis, aut sexûs, vel ignorantiæ, vel alterius cujusvis causæ habit4 ratione) dignitatibus, et honoribus in quibus quomodolibet constituli existunt, seu quibus gaudent, utuntur, potiuntur, aut muniti sunt, necnon privilegiis, concessionibus, gratiis, indulgentiis, immunitatibus, remissionibus, libertatibus, et indultis, ac dominiis, civitatibus, castris, terris, villis, oppidis, et locis etiam commendalis, vel in gubernium concessis, et quæ in feu- dum, emphyteusim, vel alias a Romanis, vel aliis ecclesiis, monas- teriis, et locis ecclesiasticis, ac sæcularibus principibus, dominiis, potentatibus, etiam regibus et imperatoribus, aut aliis privatis, vel publicis personis quomodolibet habenl, tenent, ant possident, eælc- risque omnibus bonis, mobilibus et immobilibus, juribus et actioni- bus, eis quomodolibet competentibus privatos, dictaque bona feu- dalia, vel emphyteutica, et alia quæcumque ab aliis quomodolibel obtenta, ad directos domipos, ita ut de illis libere disponere possint, 518 REVUE ANGLO-ROMAINE

respective devoluta, et eos qui ecclesiastici fuerint, etiamsi religiosi existant, ecclesiis etiam cathedralibus, el metropolitanis, necnon monasteriis et prioratibus, præposituris, præpositatibus, dignitatibus, personatibus, officiis, canonicatibus et præbendis, aliisque benefciis ecclesiasticis per eos quomodolibet obtentis privatos, et ad illa & alia in posterum obtinenda inhabiles esse, similiter decernimus et declaramus; eosque sic respective privatos ad illa,et alia quæcumque similia, ac dignitates, honores, administrationes, et officia, jura, ac feuda in posterum obtinenda, auctoritate et scientià, ac plenitu- dine similibus inhabilitamus. 16. Ipsiusque Henrici regis, ac regni omniumque aliorum domi- niorum, civilatum, terrarum, castrorum, villarum, fortaliciorum, arcium, oppidorum, et locorum suorum, etiam de facto obtentorum magisiratus, judices, castellanos, custodes et officiales quoscumque, necnon communitates, universitates, collegia, feudatarios, vassallos, subditos, cives, incolas, et habitatores etiam forenses, dicto regi de facto obedientes tam sæculares, quam si qui rationis alicujus tem- poralitatis ipsum Henricum regem in superiorem recognoscant, etiam ecclesiasticos, a præfato rege, seu ejus complicibus, fautoribus, adh#ærentibus, consultoribus et sequacibus supra dictis depultatis, a juramento fidelitatis, jure vassailitico, et omni erga regem, et alios prædictos subjectione absolvimus, ac penitus liberamus. Eis nihilo- minus sub excommunicationis pœænà mandantes, ut ab ejusdem Henrici regis, suorumque officialium, judicum, et magistratuum . quorumeumque obedientiä penitus et omnino recedant, nec illos in superiores recognoscant, neque illorum mandatis obtemperent. 44. Et ut alii eorum exempilo perterriti discant ab hujusmodi excessibus abstinere, eisdem auctoritate, scientiä, et plenitudine, volumus, ac decernimus, quod Henricus rex et complices, fautores, adhærentes, consuitores, sequaces, et alii in præmissis culpabiles, postquam alias pœnas prædictas, ut præfertur, respective incurrerint, necnon præfati descendentes, ex tunc infames existant, et ad tesli- monium non admittantur, testamenta, et codicillos, aut alias dispo- tiones, etiam inter vivos concedere, et facere non possint, et alicujus successionem ex testamento, vel ab intestato, necnon ad jurisdictio- nem, seu judicandi potestatem, et ad notariatûs officium, omnesque actus legitimos quoscumque (ita ut eorum processus, sive instru- mena atque alii actus quicumque, nullius sint roboris vel momenli inhabiles existant, et nuili ipsis, sed ipsi aliis super quocumque debito et negotio, tam civili quam criminali, de jure responderc teneantur.

  1. Et nihilominus omnes, et singulos Christifideles, sub excom- municationis, et aliis infra scriptis pœnis, monemus ut mouifes, DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VIII 519

excommunicatos, aggravatos, interdictos, privalos, maledictos, et damnatos prædictos evitent, et quantum in eis est, er ab aliis evitari faciant, nec cum eisdem, seu præfati regis civitatum, dominiorum, isrrarum, castrorum, comitatuum, villarum, fortaliciorum, oppido- rum st locorum prædictorum civibus, incolis, vel habitatoribus aut subditis et vassallis, emendo, vendendo, permutando, aut quam- cumque mercaturam, seu negotium exercendo, commercium, seu aliquam conversationem, seu communionem habeant : aut vinum, granum, sal, seu alia victualia, arma, pannos, merces, vel quasvis alias mercantias, vel res per mare in eorum navibus, triremibus, aut aliis navigiis, sive per terram cum mulis, vel aliis animalibus, deferre aut conducere, seu deferri aut conduci facere, vel delata per illos recipere, publice vel occulte, directe vel indirecte, quovis quæsito colore, per 8e, velalium, seu alios quoquo modo præstare præsumant. Quod si fecerint, ultra excommunicationis prædictæ, eliam nullitatis contractuum quos inirent necnon perditionis mercium, victualium, et bonorum omnium delatorum, quæ capientium fiant, pœnas similiter eo ipso incurrant. ‘ 13. Cæterum quia convenire non videtur, utcum his qui Ecclesiam contemnunt, dum præsertim ex ;eorum pertinaciâ spes corrigibilita- tis non habetur, hi qui divinis obsequiis vacant, conversentur, quod etiam illos tute facere non posse dubitandum est, omnium et singu- larum metropolitenarum et aliarum cathedralium, cæterarumque inferiorum ecclesiarum et monasteriorum, domorum et locorum reli- giosorum, et piorum quorumcumque, etiam Sancti Augustini, Sancti Benedicti, Cluniacensium, Cisterciensium, Præmonstratensium, ac Prædicatorum, Minorum, Carmeliterum, aliorumque quorumeum- què ordinum, set militiarum, etiam hospitalis Hierosolymitani, prælatis, abbatibus, prioribus, præceptoribus, præpositis, ministris, custodibus, guardianis, conventibus, monachis et canonicis, necnon parochialium ecclesiarum rectoribus, aliisque quibuscumque perso- nis eceleslasticis in regno et dominiis prædictis commorantibus, sub sxcommunicationis ac privationis administrationum et regiminum monasleriorum, dignitatum, personatuum, administrationum, ac oMciorum, canonicatuumque, et præbendarum, parochialium eccle- siarum, et aliorum beneficiorum ecclesiasticorum quorumcumque quomodolibet qualificatorum, per eos quomodolibet obtentorum, pœnis mandamus, quatenus infra quinque dies, post omnes et sin- gulos terminos prædictos elapsos, de ipsis regno, et dominiis dimis- sis, tamen aliquibus presbyteris in ecclesiis quarum curam habuerint, pro administrando baptismate parvulis, et in pœænitentià decedenti- bus, ac aliis sacramentis ecclesiasticis, quæ tempore interdicti minis- trari permittuntur, exeant et discedant, neque ad regnum, et do- œina prædicta revertantur; donec moniti, et excommunicati, aggra- 520 REVUE ANGLO-ROMAINE

vati, reaggravati, privali, maledicti, et damnali prædicti, monitioni- bus, et mandalis nostris hujusmodi obtemperaverint, et meruerint, a Censuris hujusmodi absolutionis beneficium obtinere, seu interdic- tum in regno, et dominiis prædictis, fuerit sublatum. 44, Prælerea, si, præmissis non obstantibus, Henricus rex, compli- ces, fautores, adhærentes, consultores, et sequaces prædicli in eorum pertinaciâ perseveraverint, nec conscientiæ stimulus eos ad corre- duxerit, in eorum forte potentià, et armis confidentes, omnes et sin- gulos duces, marchiones, comites, et alios quoscumque tam sæcuk- res quam ecclesiasticos etiam forenses, de facto dicto Henrico regi obedientes, sub ejusdem excommunicationis, ae perdilionis bono- rum suorum (quæ ut infra dicitur, similiter capientium fianl) pœnis, requirimus et monemus, quatenus omni morà, et excusatione posipo- sità, eos et eorum singulos, ac ipsorum milites et stipendiariss, tam equestres quem pedestres, aliosque quoscumque, qui eis cum armis faverint, de regno et dominiis prædictis, etiam vi armorum, si opus fueril, expellant: ac quod Henricus rex, et ejus complices, fautores, adhærentes, consultores, et sequaces, mandatis nostris non obtemperantes prædicti, de civitatibus, lerris 'castris, villis, oppidis, fortaliciis, aut aliis locis regni et dominii prædictorum se non iniro- mitiant, procurent :eis sub omnibus et singulis pœnis prædictis inhi- bentes, ne in favorem Henrici ejusque complicum, fautorum, adbæ- rentium, consultorum, et sequacium aliorunique monitorum prædic- torum, mandatis nostris non obtemperantium, arma cujuslibet gene- ” ris offensiva, vel defensiva, machines quoque bellicas, seu torments (artellarias muncupata) sumant aut leneant, seu illis utantur, aut armatos aliquos præter consuetam familiam parent, aut ab Henrico rege, complicibus, fautoribus, adhærentibus, consultoribus, et sequa- cibus, vel aliis in regis ipsius favorem paralos quomodolibet, quévis oceasione vel causà, per se vel alium seu alios, publice vel occulte. directe vel indirecte tencant, vel receptent, aut dicto Henrico regi seu illius complicibus, fautoribus, adhærentibus consultoribus, el sequacibus prædictis, consilium, auxilium, vel quomodolibet ex qua- vis causâ, vel quovis quæsito colore sive ingenio, publice vel occulte, directe vel indirecte, tacite vel expresse, per se vel aliom seu alios præmissis, vel aliquo præmissorum præstent, seu præstari faciant quoquomodo. 45. Prætera ad dictum Henricum regem facilius ad sanilatem. et præfatæ sedis obedientiam reducendum, omnes et singulos Christis- nus principes, quâcumque etiam imperiali etregali dignitate fulgentes. per viscera misericordiæ Dei nostri (cujus causa agitur) hortamur tt in Domino requirimus, eis nihilominus, qui imperatore et rege infe- riores fuerint, quos propter excellentiam dignitatis a censuris exci- pimus, sub excommunicationis pœnâ mandantes, ne Henrico regi DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VHI 521

 ejusque complicibus, fautoribus,    adhærentibus, consultoribus, et
 sequacibus, vel eorum alicui, perse vel alium seu alios, publice vel
 occulte, directe vel indirecte, tacite vel expresse, etiam sub prætextu
 confæderationum aut obligationum quarumcumque etiam juramento,
 aut quâvis aliâ firmitate roboratarum, et sæpius geminatarum, a
 quibus quidem obligationibus et juramentis omnibus, nos eos et

eorum singulos eisdem auctoritate, et scientia ac plenitudine per præsentes absolvimus, ipsasque confæderationes et obligationes tam factas quam in posterum faciendas, quas tamen (in quantum Henricus rex et complices, fautores, adhærentes, consultores, et se- quaces prædicti circa præmissa, vel eorumaliquod se directe vel indi- recte juvare possent) sub eâdem pœnà fieri prohibemus, nullius ro- boris vel momenti, nullasque irritas, cassas, inanes, ac pro infectis habendas fore decernimus et declaramus, consilium, auxilium, vel favorem quomodolibet præstent; quinimo si qui üllis, aut eorum alicui ad præsens quomodolibet assistant, ab ipsis omnino et cum affectu recedant. Quod si non fecerint postquam præsentes publi- catæ et execulioni demandaiæ fuerint, et dicti termini lapsi fuerint, omnes et singulas civitates, terras, oppida, castra, villas, etalia loca eis subjecta, simili ecclesiastico interdicto supponimus, volentes ipsum interdictum donec ipsi principes a consilio, auxilio, et favore Henrico regi et complicibus, fautoribus, adhærentibus, consultori- bus et sequacibus prædictis præstando destiterint, perdurare.

 46. Insuper tam principes prædictos, quam quoscumque alios,

etiam ad stipendia quorumeumque Christi fidelium militantes, et alias quascumque personas, tam per mare, quam per terras, armi- geros habentes, similiter hortamur et requirimus, et nihilominus eis in virtute sanciæ obedientiæ mandantes, quatenus contra Henricum regem, complices, fautores, adhærentes, consultores, et sequaces prædictos, dum in erroribus prædictis, ac adversus Sedem prædic- tam rebellione permanserint, armis insurgant, eosque et eorum singulos persequantur, ac ad unitatem ecclesiæ, et obedientiam dictæ Sedis redire cogant et compellant; et tam eos quam ipsorum subditos et vassallos, ac civitatum, terrarum, castrorum, oppidorum, villarurn, et locorum suorum incolas, et habitatores, aliasque omnes et singulas personas supradictis mandatis nostris, ut præfertur, non oblemperantes, et quæ præfatum Henricum regem, postquam censuras, et pœnas prædictas incurrerit, in dominum quomodolibet, etiam de facto cognoverint, vel ei quovis modo obtemperare præ- sumpserint, aut qui eum, ac complices, fautores, adhærentes, consul- sores, Sequaces ac alios non obtemperantes prædictos, ex regno el dominiis prædictis, ut præfertur, expellere noluerint, ubicumque cos invenerint, eorumque bona, mobilia et immobilia, mercantias, 522 REVUE ANGLO-ROMAINE

pecunias, navigia, credita, res, et animalia, etiam extra territorium dicti Henrici regis ubilibet consistentia eapiant. 47. Nos enim eis bona, mercantias, pecunias, navigia, res, et ani- malia prædicta siccapta, in proprios eorum usus convertendi, eisdem auctoritate, scientià, et potestatis plenitudine, plenariam licentiam, faculiatem et auctoritatem concedimus, illa omnia ad eosdem capientes plenarie pertinere, et spectare, et personas ex regno el dominiis prædictis originem trahentes, seu in illis domicilium h- bentes, aut quomodolibet habitantes, mandatis nostris prædictis non obtemperantes, ubicumque eos capi contigerit, capientium servos fieri decernentes : præsentesque literas quoad hoc ad omnes alios cujuseumque dignitatis, gradûs, statûs, ordinis, vel conditionis fue- rint, qui ipsi Henrico regi, vel ejus complicibus, fautoribus, adhæren- tibus, consultoribus, et sequacibus, aut aliis monitionibus, et man- datis nostris hujusmodi quoad commercium non obtemperantibus. vel eorum alicui victualia, arma, vel pecunias subministrare, aui eum eis commercium habere, seu auxilium, consilium, vel favorem. per se vel alium, seu alios, publice vel occulte, directe vel indirecte. quovis modo contratenorem præsentium præsumpserint,extendentes. 48. Et ut præmissa facilius iis quos concernunt innotescant, univer sis et singulis patriarchis, archiepiscopis, episcopis, et patriarchs- lium, metropolitanarum et aliarum cathedralium, et collegiatarum ecclesiarum prælatis, capitulis, aliisque personis ecclesiasticis, sæcu- laribus ac quorumvis ordinum regularibus, necnon omnihus et singu- lis,etiam mendicantium ordinum professoribus exemptis etnonexemp- tis, ubilibet constitutis, per easdem præsentes sub excommunicatio- nis et privationis ecclesiarum, monasteriorum, ac aliorum beneficio- rum ecclesiasticorum, graduum quoque et officiorum, necnon pri vilegiorum, et indultorum quorumcumque etiam a sede prædicti quomodolibet emanatorum pœnis ipso facto incurrendis, præcipimus et mandamus, quatenus ipsi ac eorum singuli, si, et postquam vi- gore præsentium desuper requisiti fuerint, infra tres dies immediate sequentes, præfatum Herricum regem, omnesque alios et singulss, qui supradictas censuras et pœnas incurrerint, in eorum ecclesiis, Dominicis et aliis festivis diebus, dum major inibi populi multitudo ad divina convenerit, cum crucis vexillo, pulsatis campanis, et acces- sis ac demum extinctis, et in terram projectis, et conculcatis cande- lis, et aliis in similibus servari solitis cæremoniis servatis, excom- municatos publice nuntient, et ab aliis nuntiari, ac ab omnibus arc- tius evitari faciant et mandent, necnon sub supradictis censuris el pœnis, præsentes literas, vel earum transumptum, sub form infra- scriptà confectum, infra terminum trium dierum, postquam, ut præ- fertur, requisitifuerint, in ecclesiis, monasteriis, conventibus, et aliis eorum locis, publicari et affigi faciant. DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VII 523

  1. Volentes, omnes et singulos cujuscumque statüs, gradûs, con- ditionis, præeminentiæ, dignitatis, aut excellentiæ fuerint, qui quo- minus præsentes literæ vel earum transumpta, copiæ, seu exemplaris, in suis civitatibus, terris, castris, oppidis, villis, et locis legi et affigi, ac publicari possinl, per se, vel alium, seu alios, publice vel occulte, directe vel indirecte impediverint, easdem censuras et pœænas, ipso facto incurrere, Et cum fraus et dolus nemini debeant patrocinari, ue quisquam ex his, qui alicui regimini et administrationi deputati sunt, infra tempus sui regiminis seu administrationis prædictas sen- tenlias, censuras, et pœnas sustineat, quasi post dictum tempus sen- tentiis, censuris et pœnis prædictis amplius ligalus non existat,quem- cumque qui dum in regimine, et administratione existens, moni- tioni et mandato nostris, quoad præmissa vel aliquid eorum obtem- perare noluerit, etiam deposito regimine, et adminisiratione hujus- modi, nisi paruerit, eisdem censuris et pœnis subjacere decernimus. 20, Et ne Henricus rex ejusque complices, et fautores, adhæ- rentes, consultores, et sequaces, aliique quos præmissa concernunt, igaorentiam earumdem præsentium literarum, et in eis contentorum prætendere valeant, lileras ipsas (in quibus omnes et singulos, tam juris, quam facti, etiam solemnitatum, et processuum citationumque omissarum defectus, etiam si tales sint, de quibus specialis, et expressa mentio facienda esset, propter notorietatem facti, auctori- taie, scientià, et potestatis plenitudine, similibus supplemus) in basi- licæ principis apostolorum, et cancellariæ apostolicæ de urbe, et in partibus in collegiatæ Beatæ Mariæ Burgensis, Tornacensis et paro- chialis de Dunkerke oppidorum Morinensis diœcesis, ecclesiarum valvis affigi, et publicari mandamus : decernentes quod earumdem literarum publicatio sic facta, Henricum regem, ejusque complices, fautores, adhærentes, consultores et sequaces, omnesque alios, et siagulos quos literæ ipsæ quomodolibet concernunt, perinde eos : arctent, ac si literæ ipsæ eis personaliter lectæ, et intimatæ fuissent, eum non sit verisimile, quod ea, quæ tam patenter fiunt, debeant apud eos incognila remanere.
  2. Cæterum, quia diflicile foret præsentesliteras ad singula quæque loca, ad quæ necessarium esset deferri, volumus et dictà auctoritate decernimus, quod earum transumptis manu publici notarii confectis, vel in almä urbe impressis, ac sigillo alicujus personæ in dignitate ecclesiasticä constitutæ munitis, ubique eadem fides adhibeatur, qux originalibus adhiberetur, si essent exhibitæ vel ostensæ.
  3. Nulli ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostræ moni- tionis, aggravationis, reaggravationis, declarationis, percussionis, suppositionis, inhabilitationis, absolutionis, liberationis, requisi- tionis, inhibitionis, hortationis, exceptionis, prohibitionis, conces- sionis, extensionis, suppletionis mandatorum, voluntatis, et decreto- 524 : REVUE ANGLO-ROMAINE

rum infringere, vel ei ausu temerario conlraire. Si quis autem hœ attentare præsunpserit, indignationem Omnipotentis Dei, ac bealo- rum Petri et Pauli apostolorum ejus, se noveritincursurum. Dat. Romæ apud Sanctum Marcum. Anno incarnationis Dom. 4535. 3 kal. Sept. Pont. nostri anno primo. |

  SEQUITUR SUSPENSIO EXECUTIONIS DICTÆ BULLE, ET
        TANDEM EJUS REVOCATIO, ET EXECUTIO

    PAULUS, EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM                         DEI

                   Ad perpeluam rei memoriam

Cum Redemptor noster ideo illum qui ipsum negaverat, Petra videlicet, universæ Ecciesiæ præficere voluerit, ut in suâ culpa dis ceret aliis esse miserendum, non immerito Romanus pontifex qui ipsius Petri in dignitate successor existit, debet etiam in officio exer- cendæ misericordiæ ipsius esse successor. Sed cum in eum ‘dirigitur misericordia, qui ex hoc fit insolentior, et obstinatior, aliosque secum trahit in perditionem, debet ipse Romanus pontifex, postposità in eum misericordiä,omnem severitatem adhibere, quo membrumillud putridum ita a corpore separetur, ut reliqua membra absque metu contagionis salva remaneant, præsertim cum pluribus curis adhi- bitis, etmulto tempore in hoc consumpto, morbum quotidie magis is- valescere, ipsa experientia comprobat.

  1. Alias cum nobis relatum fuisset, quod Henricus Angliæ rex. præter ea quæ matrimoniumde facto, etcontra prohibitionem Ecclesie temerarie contractum concernebant, quasdam leges, seu generales constitutiones subditos suos ad hæresim, et schisma trahentes edi- derat, et bonæ memoriæ Joannem tituli Sancti Vitalis presbyterum cardinalem Roffensem publice damnari et capite puniri, acalios quam plures prælatos, necnon alias personas hæresi et schismati hujusmodi adhærere nolentes, carceribus mancipari fecerat; Nos, licet ill qui talia nobis retulerant tales essent, ut nullo modo de veritate suv- rum dictorum ambigendum esset, cupientes tamen respectu ipsius Henrici regis, quem antequam in has insanias incideret, peculiar quâdam charitate prosequebamur, prædicta falsa reperiri, de eis informationem ulteriorem habere procuravimus, et invenientes cla- morem ad nos delatum verum esse, ne nostro officio deessemus, contra eum procedere decrevimus, juxta formam quarumdam litera- rum nostrarum, quarum tenor sequitur; et est talis, etc. Omittitur insertio, quia bulla ipsa est quæ præcedit.
  2. Dum autem postea dictarum literarum executionem devenien- dum esse statuimus, cum nobis per nonnullos principes, et alias insignes personas persuaderetur, ut ab executione hujusmodi per DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO HENRICI VIT 525

aliquantum tempus supersederemus, spe nobis datà, quod interim ipse Henricus rex ad cor rediret et resipisceret; Nos qui, ut hominum nature fert, facile credebamus quod desiderabamus, dictam exequu- tiosem suspendimus, sperantes {ut spes nobis data erat) ex ipsà sus- pensione, correctionem el resipiscentiam, non autem pertinaciam et obstinationem, ac majorem delirationem, ut reieffectus edocuit, pro- venluram.

  1. Cum itaque resipiscentia et correclio hujusmodi quam tribus fere annis expectavimus, non solum postea sequuta non sit, sed ipse Hezricus rex quotidie magis se in suê feritate, ac temeritate confir- mans in nova etiam scelera proruperit, quippe cum non conventus vivorum prælatorum et sacerdotum crudelissimä (truditatione) trucidatione, etiam in mortuos, et eos quidem quos in sanctorum numerum relatos universalis Ecclesia pluribus sæculis venerata est, feritatem exercere non expavit, Divi enim Thomæ Cantuariensis ar- chiepiscopi, cujus ossa,quæ in dicto regno Angliæ potissimum ob innu- mera ab omnipotenti Deo illic perpetrata miracula, summä cum vene- ratione in arcà aure in civitate Cantusriensi servabantur, postquam ipsum Divum Thomam, ad majorem religionis contemptum, in judi- cium vocari, et tamquam contumacem damnari ac proditorem decla- rari fecerat, exhumari, et comburi, ac cineres in ventum spargi jus- sit, omnem plane cunctarum gentium crudelitatem superans, cum ne in bello quidem hostes victores sævire in mortuorum cadavera soliti sint; ad hæc omnia ex diversorum regum etiam Auglorum, el aorum principum liberalitate donaria, ipsi arcæ appensa, quæ mul- ta et maximi pretii erant, sibi usurpavit; nec puians ex hoc satis injuriæ religionis intulisse, monasterium Divo illi Auguslino, a quo Christianam fidem Angli acceperunt, in dictà civitate dicatum, omni- bus thesauris, qui etiam multi et magni erant spoliavit, et sicut se in belluam transmutavit, ita etiam belluas quasi socias suas honorare voluit, feras videlicet in dicto monasterio, expulsis monachis, intro- mittendo, genus quidem sceleris non modo Christi fidelibus, sed eliam Turcis inauditum et abominandum.
  2. Cum itaque morbus iste a nullo quantumvis peritissimo medico alià curä sanari possit, quam putridi membri abscissione, nec valeret cura hujusmodi, absque eo, quod nos apud Deum causam hanc nos- tram efliciamus ulterius retardari, ad dictarum literarum (quas ad hoc ut Henricus rex, ejusque complices, fautores, adhærentes, consultores, et sequaces, etiam super excessibus per eum novissime, ut præfertur perpetratis, intra terminumeis, quoad alia, peralias nos- tras literas prædictas respective præfixas, se excusare, alias pœnas ipsis literis contentas incurrant, extendimus et ampliamus) publica- lionem, et deinde, Deo duce, ad executionem procedere omnino sta- tuimus. Et quia a fide digais accepimus, quod si ipsarum et præsen- 326 REVUE ANGLO—RONAINE

tium literarum publicatio Dieppæ Rothomagensis, vel Bolonie Ambianensis Diæcesis oppidis in Franciæ, aut civitate Sancti Andreæ, seu in oppido Ualistrensi Sancti Andreæ diœcesis in Scotiæ regnis, vel in Thuamensi et Artifertensi civitatibus, vel diœcesibus dominii Iberniæ fiat, non solum tam facile, ut si in locis in dictis literis expressis fieret, sed facilius ipsarum fite- rarum tenor, ad Henrici, et aliorum quos concernunt, præsertim Anglorum, notitiam deveniret; Nos volentes in hoc opportune prt- videre, motu, scientiä, et potestatis plenitudine prædictis decemi- mus, quod publicatio literarum superius insertarum, quarum inser- tioni superius factæ, ac ipsis originalibus quoad validitatem publica- tionis, seu executionis præsentium, fidem adhiberi volumus, it duobus ex locis præsentibus literis expressis, alias juxta supra inserta- rum, et præsentium literarum tenorem facta, etiam si in locis extra Romanam curiam in dictis præinsertis literis specificatis hujusmodi publicatio non fiat, perinde Henrieum regem, et alios quos concer- nunt, præsertim Anglos, afficiat ac si Henrico regi et aliis prædictis præsertim Anglis personaliter intimatæ fuissent. 5. Quodque præsentium transumptis, juxta modum præinserlis literis expressum faclis, tam in judicio quam extra, eadem fides adhibeatur, quæ originalibus adhiberetur, si forent exhibitæ vel ostensæ.

  1. Non obstantibus constitutionibus et ordinationibus apostolicit necnon omnibus illis, quæ in dictis lileris voluimus non obstarr. cæterisque contrariis quibuscumque.
  2. Nulli ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostri decreti. et voluntatis infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem hoc attentare præsumpserit, indignationem Omnipotentis Dei. ac beatum Petri et Pauli apostolorum ejus, se noverit incursurum. Dat: Romæ apud S. Petrum, anno incarnationis Dominicæ mille- sino quingentesino trigesimo octavo, decimo sexto Kal. Januari. pontificatüs nostri anno quinto.

. DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO ELIZABETH REGINÆ ANGLLE,

EIQUE ADHÆRENTIUM CUM ALIARUM POENARUM ADJECTIONE

       PIUS, EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM                      DEÏ

                   Ad pérpeluam rei memoriam

Regnans in excelsis, cui data est omnis in cœlo, et in terrà potes Las, unam sanctam, catholicam, et apostolicam Ecclesiam, extra quam nulla est salus, uni soli in terris, videlicet apostolorum principi Pelre. DAMNATIO ET EXCOMMUNICATIO ELIZABETH 527

Petrique successori Romano pontifici in potestatis plenitudine tradidit gubernandam. Hunc unum super omnes gentes, et omnia regna principem constituit, qui evellat, destruat, dissipet, disperdat, plantet et ædificet : ut fidelem populum mutuæ charitatisnexu con- strictum, in unitate spiritüs contineat, salvumque et incolumem suo exhibeat Salvatori. Quo quidem in munere obeundo nos ad prædictæ ecclesiæ guber- natula Dei benignitate vocati, nuilum laborem intermittimus, omni opere contendentes, ut ipsa unitas el catholica religio (quam illius auctor ad probandam suorum fidem, et correctionem nostram, tantis pracellis conflictare permisit) integra conservetur. Sed impiorum numerus tantum potentiä invaluit, ut nullus jam in orbe locus sit relictus, quem ïilli pessimis doctrinis corrumpere non tentärint, adnitente inter cæleros flagitiorum servà Elizabethà prætensà Angliæ regin4, ad quam, veluti adasylum, omnium infestissimi pro- fugium invenerunt. Hæc eadem regno occupato, supremi Ecclesiæ tapitis locum in omni Angliâ, ejusque præcipuam auctoritatem atque jurisdictionem monstruose sibi usurpans, regnum ipsum jam tum ad fidem catholicam et bonam frugem reductum, rursus in miserum exitium revocavit. Usu namque veræ religionis, quam ab illius desertore Henrico Octavo olim eversam, claræ memoriæ Maria regina legitima, hujus sedis præsidio reparaverat, potenti manu inhibito, secutisque et umplexis hæreticorum erroribus, regium consilium ex Anglicä nobi- litâte confectum diremit, illudque obscuris hominibus hæreticis complevit; catholicæ fidei cuitores oppressit, improbos conciona- tores, atque impietatum administros reposuit; missæ sacrificium, preces, jejunia, ciborum delectum, cœælibatum, ritusque catholicos abelevit: libros manifestam hæresim continentes, toto regno pro- poni, impia mysteria, et inslituta ad Calvini præscriptum a se suscepta et observata, etiam a subditis servari mandavit : episcopos, Écclesiarum rectores, et alios sacerdotes catholicos, suis ecclesiis el beneficiis ejicere, ac de illis, et aliis rebus ecclesiasticis, in hære- ticos homines disponere deque Ecclesiæ causis decernere ausa, prælatis, clero et populo, ne Romanam Ecclesiam agnoscerent, neve ejus præceplis sanctionibusque canonicis oblemperarent, interdixit; plerosque in nefarias leges suas venire, et Romani Ponlificis auctori- latem, atque obedientiam abjurare, seque solam in temporalibus et spiritualibus dominam agnoscere, jurejurando coegit; pœnas et supplicia in eos qui dicto non essent audientes, imposuit, easdemque ab lis, qui in unitate fidei et prædictä obedientif& perseverärunt, exegit: catholicos antistites et ecclesiarum rectores in vincula con jecit; ubi multi diuturno languore et tristitià confecli, extremum vitæ diem misere finiverunt. Quæ omnia-cum apud vmnes nationes 528 REVUE ANGLO-ROMAINE

perspicua el notoria sint,et gravissimo quamplurimorum testimonie ila comprobata, ut nullus omnino locus excusationis, defensionis. aut tergiversationis relinquatur ; Nos multiplicantibus aliis super alias impietatibus et facinoribus, et prælerea fidelium persecutione, religionisque afflictione, impulsuet oper diclæ Elizabeth, quotidie magis ingravescente; quoniam illius animum ita obfirmatum atque induratum intelligimus, ul non modo pias catholicorum principum de sanitate etconversione preces, monitionesque contempserit, sed ne hujus quidem sedis ad' ipsam hâc de causâ nuncios in Angliam trajicere permiserit ; ad arma jus titiæ contra eam de necessitate conversi, dolorem lenire non possu- nus, quod adducamur in unam animadvertere, cujus majores de republicä Christiané tantopere meruere. Illiusitaque auctoritate suf- fulli, qui nos in hoc supremo justitiæ throno, licet tanto oneri impares, voluit collocare, de apostolicæ potestatis plenitudine, decla- ramus prædictam Elizabeth hæreticam, et hæreticorum fautricem. eique adhærentes in prædictis, anathematis senlentiant incurrisse esseque a Chrisli corporis unitate præcisos : Quinetiam ipsam præ- tenso regni prædicti jure, necnon omni et quorumque domini. ” dignitate privilegioque privatam : Et item proceres, subditcs et populos dieli regni, ac cæteros omnes qui illi quomodocumque juraverunt, a juramento hujusmodi, ac omri prorsus dominii, fidelitatis, et obsequii debito, perpetuo absolutos, prout nos illos præsentium auctoritate absolvimus, et privamus ean- dem Elizabeth prætenso jure regni, aliique omnibus supradictis Præcipimusque et interdicimus universis et singulis proceribus, sub- ditis, populis et aliis prædictis ; ne ill, ejusve monitis, mandatis, €! legibus audeant obedire : qui secus egerint, eos simili anathematis sententià innodamus. Quia vero difficile nimis esset præsentes quocumque illis op erit perferre; volumus ut earum exempla, notarii publici manu, ?! prælali ecclesiastici, ejusve curiæ sigillo obsignata, eandem illan prorsus fidem in judicio et extra illud ubique gentium faciant, quan ipsæ præsentes facerent, si essent exhibilæ, vel ostensæ. Datum Romæ apud Sanclum Petrum, anno incarnationis Domi- nicæ millesimo quingentesimo septuagesimo, quinto Kalend. Marti. pontificatüs nostri anno quinto.

                                                  CE GLORIERUWS.

                                                     H. Cuuyx.


                         Le Direcieur-Gérant: FERNAND Porta.
                                                                 nu)




           PARIS, — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 47.

{re ANNÉE N° 29 20 JUIN 4896

                                    REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu os l’etrus, et su- Spiritus Sanotus po- per hanc petrain suit episcopos re- ædificabo Foclesiain gere Ecclesiam Dei. meêéam ... et tihi dabo diaves .... ACT. xx. #8. MAaTTH. XVI, 18-19.

                                     SOMMAIRE :
                                     .        .                      .       .               PAGRS

T. À. Lacer....... De l'unité de l'Église d'après les théologiens an- - " glicans......... esssresensssenamseeso seose 529 Édward Dexxv...... L'Église anglicane et le ministère des Églises de , ‘ la Réforme... ...:Fosses .. : 539 Chronique.......................... 555 Livres et Revues 558 Docvuunrs. Le Dr Sanday et la réunion. — Description de l’Ordinal anglais par le cardinal Pole —Conciie de Mayence (1%49) — Extraits de ls correspon-: . dance de Mgr Ormanceto...........,.......... : 561

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       D'APRÈS LES         THÉOLOGIENS      ANGLICANS               :

Les anglicans, en récitant chaque jour leur Credo, professent la croyance en una seule Église. Comment alors expliquent-ils l'unité de cette seule Église? Ils doivent du moins supposer qu'ils en font partie, sinon, les mots dont ils se servent ne sont qu’une simple façon de parler, un reste d'un ancien état de choses, ou encore une pieuse aspiration vers une évolution future. Mais quelle est cette Église une dont ils prétendent faire partie. Hs sont considérés par la plupart des chrétiens comme complètement séparés et isolés. Comment se consi- dérent-ils eux-mêmes”?

4° Se renferment-iis dans leur propre Communion, déclarant qu'elle seule est la vraie Église de Jésus-Christ?

Se consolent-ils au moyen dela fiction d'une Église invisible qui serait une à travers le monde et dont tous les véritables membres se- raient connus seulement de Dieu?

3° Se représentent-ils un certain noiwmbre de sociétés séparées qui sont seulement unies par ce fait que toutes reçoivent la même part de grâces dans la vie spirituelle et les sacrements ? 4 Se représentent-ils cetle Église wne comme composée de plu- sieurs sociétés ou communions qui seraient associées en une sorte d'union fédérale ?

Telles sont les quatre questions que se sont peut-être déjà posées les lecteurs de la Revwsanglo-romaine. ls ont peut-être lu ou entendu des remarques faites par certains anglicans qui paraissent impliquer une réponse affirmative à l'une ou à l'autre de ces questions. J’essaie- rai tout d'abord de montrer qu’une réponse de cette nature fausserait complètement la conception d'unité que partagent tous les anglicans instruits. J'essaierai ensuite d'établir sous une forme plus positive quelle est cette conception. REVUE ANGLO-ROMAINE. — Te LL. — 3% ns. |

530 REVUE ANGLO-ROMAINE

4° IH doit étre inutile de répondre à la première question; mais. s’il est nécessaire d'assurer que l’Église d'Angleterre est regardée par nous comme seulement une partie et une partie purement locale d'une seule Église, ce que je puis faire de mieux c'est de citer le langage le plus officiel de cette Église elle-même. La préface du Prayr Book, écrite à l'époque de la dernière revision qui en fut faite en 1662. perle de certains changements proposés mais non pas adoptés « comme attaquant secrètement quelque doctrine établie ou quelque pratique de l'Église d'Angleterre ou bien de l’Église catholique entière ». Plus loin on trouve que ce particularisme de l'Église anglicane. doit être regardé comme purement local ou géographique, ainsi que le montre le langage du petit traité Of Ceremonses, qui sert aussi d'ap- pendice au Prayer-Book. « Par les prescriptions que nous imposons aux nôtres, nous n'avons pas l'intention de condamner les autres pays ni d'ordonner quoi que ce soit à d’autres qu’à notre peuple. Nous croyons juste, en effet, que chaque nation impose les cérémo- nies jugées par elle propres à dire la gloire de Dieu, propres à pousser les hommes à une piété sincère, exempte d'erreur et de superstition.» Vous pouvez appeler cela, si vous voulez, l'expression d’un particu- larisme exagéré ou d'un nationalisme dangereux; mais nos citations suffisent pour exclure absolument l’idée que l'Église anglicane a la prétention de représenter seule la vraie Église du Christ. 2 La seconde question envisage le principe de ce que nous appe- lons en Angleterre la Dissidence. Selon ce principe, l'unique et véri- table Église de Jésus-Christ n'est nullement visible sur la terre. Elle | se compose d'un corps mystique et invisible dont les membres sont connus de Dieu seul ; mais des congrégations diverses se formentlibre- ment sur la terre; et chacune d'elles peut s'arroger le titre d'Éghr visible. Une telle congrégation peut renfermer dans son sein quelques membres de cette Église unique qui est le corps mystique du Christ ou bien il peut se faire qu'elle n’en possède aucun. L'organisation externe est purement locale et temporelle. L'affiliation à une telle ciété est volontaire et n’a aucune relation nécessaire avec la vie spi rituelle. On peut y entrer et en sortir comme on le veut. Un gra nombre de sociétés de celte nature peuvent exister côte à côte eñ termes amicaux ou hostiles. C'est bien qu’elles vivent en paix, # rendant des services mutuels, car c'est là un devoir chrétien; ma l'unité invisible d'une seule véritable Église ne souffre pasde leur BE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES TÉOLOGIENS ANGLICANS 334

désaccord, de même qu'elle n’est pas causée par leur bonne entente. Îl n'est pas besoin qu'elles aient entre elles des relations formelles; il est encore moins nécessaire qu'elles soient soumises à une règle commune, qu'elles adoptent, même d’une façon approximative, des cérémonies communes ou une commune profession de foi. Il est cependant certaines grandes et fondamentales vérités qu'elles doi- vent toutes professer, mais il n'est pas même nécessaire que ces véri- tés soient définies en termes identiques, et si cela devail être, on devrait se borner à l'emploi de termes tirés de l'Écriture. deviens d’esquisser une théorie de l'Église qui a cours en Angleterre, en Amérique et dans les colonies anglaises, et qui n'est pas incon- nue parmi les protestants d'Europe. Je pourrais retracer sa genèse en me reportant à l’époque de confusion de la Réforme, puis décrire son développement graduel parmi les séparatistes anglais, et enfin mar- quer ses progrès pendant ce siècle. Îl est mieux à propos de consta- ter simplement qu'à cette heure elle est à son apogée. C'est la théo- rie de l’Alhance évangélique. Îl est clair que quiconque professe cette théorie peut croire en une seule Église, mais il croira en cette Église invisible qu'il imagine. L'Église d'Angleterre laisse-t-elle ses membres libres de professer une telle foi ? Les Trente-neuf articles n’envisagent pas directement cette théorie; à l'époque de leur rédaction elle n’était pas encore suffisamment dé- veloppée pour qu'elle fût condamnée. Je ne trouve pas non plusque, depuis, les autorités ecclésiastiques se soient jamais donné la peine de la condamner expressément. Malgré cela pourtant, noustrouvons, dans les trente-neuf articles, une définition de l’Église qui exclut l'idée contenue dans cette théorie : « Ecclesia Christi visibilis est « cœtus fidelium in quo verbum Dei purum prædicatur, et Sacra- « menta quoad ea quæ necessario exigantur juxta Christi institu- a Lionem recte administrantur *. » Cette définition ainsi exprimée en latin pourra convenir à la théorie de l'Église locale et visible, telle que l'acceptent les dissi- dents. Mais la traduction officielle, qui a la même autorité que le latin, emploie l’article défini dans un sens qui exclut une semblable interprétation. « L'Église visible du Christ est une assemblée des fidèles, ete. » Si le moindre doute restait, il serait aussitôt dissipé

Article XIX. Comparez la définition de BeLLarmin, Controvers., 1. II de Ecciesia, c. 2. « Nostra sententia est ecclesiam unam tantum esse, non duas, st illam unam ot veram esse cœtum hominum ejusdem Christianæ fidei professione, ct eorumdem sacramentorum communions colligatum sub regimine legitimorum pastorum ac præcipue unius Christiinterris Vicarii Romani pontificis. » Comparez aussi celle de Lyndwood, le canoniste anglais du xv* siècle : « Ecclesia christiana cum suis sacramentis et iegibus, quæ aliter appellatur catholica seu universalis, dicitur Fidelium muititudo fide et caritate unita. Prov., lib. I, fi£. I. 532 REVUE ANGLO-ROMAINE

par cette citation d'une des homélies expressément autorisées parles trente-neuf articles eux-mêmes. « La véritable Église est une as semblée ou une congrégation universelle du peuple de Dieu fidèle et élu ayant pour base les apôtres et les prophètes, Jésus-Christ lui même en étant la pierre angulaire. Et cette véritable Église possède toujours et partout comme notes et marques distinctives une pureel saine doctrine, l'administration des sacrements selon l'institution divine du Christ, et enfin l'usage légitime de la discipline ecclésias- tique *, » L'Église est définie comme universelle el aussi comme visible, possédant les signes par lesquels il est possible de la reconnaitre. De plus, l'Église d'Angleterre a défendu à ses fidèles, sous peine d'excom- munication, de maintenir la légitimité de ces congrégalions séparées qu'envisage la théorie en question. Le onzième des canons pro- mulgués dans lesynode de Londres en l'année 4604, s'exprime ainsi: « Quicumque in posterum aftirmabit aut tuebitur ullos convenus. «cœætus, aut congregationes subditorum indigenarum infra hoc « regnum existere, præter eos qui ex hujus regni legibus tenenlir « et approbantur, qui verarum et legitimarum ecclesiarum nomen « possint sibi jure vendicare, excommunicetur, non nisi per archi- « episcopum reslituendus, idque postquam resipuerit, et impium « hunc errorem publice revocarit. » Devant cette déclaration il est impossible de soutenir que ls membres de l’Église d'Angleterre sont libres de professer la doctrine de la dissidence. En affirmant leur foi en une seule Église, ils nt peuvent pas revenir ensuite à cette théorie d'une Église invisible st composant de membres inconnus et dispersés en diverses organiss- tions visibles. Mais l’enseignement qui a cours en ce moment pari-il de ces pris- cipes? Nous apprenons de temps à autre que des prêtres de l'Églis par anglicane se commettent avec des ministres de sectes protestantes des procédés d’un caractère compromettant. D'après ce que nousäp prenons des conférences de Grindelwald, certains semblent st” conduits d'après des principes de dissidence. Nous trouvons mêmt que quelques-uns se sont engagés dans l'Alliance évangéligit. Qu'avons-nous à dire à cela? J'admettrai tout d'abord qu'il y à dans certains cercles une let dance à s’écarter des principes ; j'admettrai aussi que l'on renconir très largement répandue une sorte de timidité qui empêche l'esp sition franche et entière de la véritable doctrine de l'Église, ainsi qu la condamnation de ceux qui s’écartent de cette doctrine. Maïs © serait une grande erreur de supposer que cette timidité est dueà k

! Homily for Pentecost, part. IL. DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES THÉOLOGIENS ANGLICANS 533

manière imparfaite dont la vérité est saisie. Elle est due à des causes entièrement différentes. En Angleterre, nous sommes en face d’un sectarianisme organisé, toujours agressif, et encore puissant-il ya quelques années à peine, au point de vue politique et aupoint de vue social. Dénoncer ce sectarianisme,ou même enseigner d’une manière claire et définie la vérité avec laquelle il est en opposition, c’est s'aitirer de violentes attaques et braver le ridicule, ce qui demande un courage peu ordinaire. L'évêque de Truro a dernièrement expérimenté qu'une affirmation des principes de l'Église, exprimée avec calme et courtoisie et sur un ton de religieuse humilité qui eût dù le garantir des insultes, suffisait à entrainer sur sa tête une ava- lanche d'injures de toutes sortes. Je ferai toutefois remarquer maintenant que cette fraternisation avec les ministres des sectes protestantes n'implique pas, la plupart du temps, une acceptation du principe de dissidence, mais qu’il est adopté, au contraire, comme un moyen de propager la vérité. L'ar- chevëque d'York, que personne ne soupçonnera d'infidélité au prin- cipe d'unité, invite dans son palais les ministres protestants de son diocèse. C'est précisément ce qu'aimait à faire le grand Bossuet. Même ceux qui assistent aux conférences de Grindelwald et d'ail« leurs trouvent là une occasion de faire entrer quelques éléments de vérité au sein des sectes assemblées. A la vérité, ce fut à Lucerne que M. Hammond, chanoine de Truro, lut son travail sur ce qu'il appelle du nom terriblement barbare de Polychurchism, travail qui constitue la plus vigoureuse attaque que l'on ait vue depuis long- temps contre le principe de dissidence. Au congrès de Norwich, l'année dernière, on a longuement discuté sur les obstacles à la réconciliation des dissidents, etM. Hammond, en cette occasion, joua encore le principal rôle. Je ne me souviens pas qu'on ait prononcé un seul mot semblant indiquer un compromis avec la vérité. Le meilleur témoignage cependant nous est apporté par les dissidents eux-mêmes. Ils dénoncent l’exclusivisme de l'Église anglicane, l'arrogance de son clergé. Et malgré leurs divisions intestines, ils s'unissent en une commune haine contre cette so- ciété de fidèles qui, seule, refuse de se commettre avec eux et qui ne veut pas mème leur accorder le nom d’Églises. Ils ont tra- vaillé pendant des années à faire chasser le clergé des écoles pour cetle raison expresse qu'il enseigne aux enfants la fausseté de la dissidence. Si, malgré toutes nos précautions, malgré notre pru- dence et notre timidité même, nous nous attirons de tels reproches, c'est un signe certain que nous ne négligeons pas tout à fait notre devoir,qui est d’insister sur la nécessité de l’unité visible de l'Église. 3 La conception de l'unité qui se trouve impliquée dans la troi- sième question, a, nous devons le reconnaître, un grand attrait pour 334 REVUE ANGLO-ROMAINE

un certain nombre d’anglicans. Pour eux, l'Église répandue à travers le monde est actuellement et visiblement une, en vertu de cette vie spirituelle, la même pour tous ses membres et à laquelle ils parti- cipent tous par l'intermédiaire visible des sacrements. Ils peuvent n'avoir aucuns rapports entre eux; ils peuvent être séparés les uns des autres par une mutuelle antipathie; ils peuvent différer même en matière de foi; mais, étant baplisés en un même corps et recevant la même pain de vie, ils sont unis par un lien indissoluble. Cetie unité de l'Église est un fait naturel, comparable à celui d'une famille où les frères, nés des mêmes parents, demeurent nécessairement et indestrucliblement unis par les liens du sang, bien que séparés par la distance, bien que différents par les habitudes et par les goûts. en dépit même des plus profondes inimitiés. Il n'est pas nécessaire de faire ressortir les inconvénients et les inconséquences qui découlent de cette théorie si on la considère comme un complet exposé de l'unité de l’Église. Mon bui est plutit de montrer que, quelle que puisse être la parcelle de vérité qu'elle renferme, elle ne saurait légitimement être considérée par les fidèles de l'Église d'Angleterre comme exprimant d'une façon simple leurs croyances en une seule Église. Ma dernière citation, tirée de l'homélie. texte oMciel, peut être suffisante pour cela. Elle établit, en eflet, que l’usage régulier de la discipline ecclésiastique, c’est-à-dire d'un gouvernement général de l'Église, est un des caractères ou signes distinctifs de la vraie Église. Une communauté de chrétiensqui st trouve en défaut sur ce point ne saurait donc, en admettant même qu'elle jouisse de l'entière possession des sacrements, étre regardée comme formant une partie de cette seule Église en laquelle nous faisons profession de croire. Nous n'interpréterons pas, bien entendu, la phrase d'une manière rigoureuse au point d'établir en principe qu'une administration négligente de ce pouvoir entratnerait la sépa- ration d'avec l'Église, mais nous serons forcés d'admettre que le maintien général de la constitution de l'Église catholique, dans ses grandes lignes, doit être considéré comme nécessaire à toute orga- nisation locale qui prétend faire partie du tout. À la vérité, la natur précise de ce gouvernement, qui devrait être considérée comme nécessaire, demande un examen spécial, et j'en traiterai dans ls seconde partie de cet article. En ce moment, je mentionne seulement ce fait pour montrer que nous ne faisons pas reposer uniquemenl l'unité de l'Église sur la participation aux sacrements. Mais encore une fois, dans cette Église visible que définissent les Trente-neuf articles, la pure parole de Dieu doit être enseignée. Ainsi que le faisait remarquer le regretté évêque de Winchester, dans son commentaire sur les Trente-neuf articles, l'expression n'est pas « à parole de Dieu est purement prêchés », mais « la pure parole de Dev ei DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES THÉOLOGIENS ANGLICANS 333

préchés ». En d'autres termes, la définition n’a pas trait à une pureté subjective de doctrine, mais à la possession d'une doctrine objective, c'est-à-dire des grandes vérités de l'Évangile, des fondements du christianisme, de la foi de l'Église. De même qu'il n’y a qu'une seule vie sacramentelle, de même il ne doit y avoir qu'une seule foi, et ceux qui ne professent pas cette seule foi ne sauraient être reconnus comme faisant partie de l'Église visible. Et on peut constater la pra- tique de l'Église d'Angleterre sur ce point d'une manière très pré- cise. À la demande des nestoriens de Perse et du Kurdistan, l'arche. vêque de Cantorbéry entretient une mission parmi eux. Ilest défendu aux missionnaires de faire du prosélytisme et de troubler en aucune manière leur organisation ecclésiastique ; mais, d'autre part, les missionnaires ne peuvent entrer en communion avec eux que s'ils renoncent à leur hérésie et reconnaissent la foi de l'Église, telle qu'elle a été définie au concile d'Éphèse. Il est clair que ni la doctrine officielle, ni la pratique de l'Église d'Angleterre n'autorisent la théorie qui fait seulement reposer l'unité essentielle de l’Église dans l'unité de la vie sacramentelle. 4 1 y a une autre théorie qui est souvent attribuée aux anglicans, etcette imputation est peut-être fondée sur une interprétation rigou- reuse de certaines affirmations, faites à la légère et sans être suff- samment approfondies par des individus. On la désigne générale- ment sous le nom de Théorie des Branches. Telle qu'on la présente, elle est l’objet des attaques de beaucoup de controversistes qui dé- pensent force arguments à attaquer une position qui n’est défendue par personne. Le terme Brénches est à la vérité employé par beau- coup de nos meilleurs écrivainslorsqu'ils parlent de l’Église ; ils parle- ront de la branche anglaise de l'Église, de la branche romaine ou de la branche grecque; ils parleront encore, dans le même sens, de la branche française, ou espagnole ou américaine. Le regretté évêque de Lincoln, le D° Wordsworth, était spéciale- ment connu pour employer cette expression, mais il montrait d’une manière absolument claire dans quel sens il l’employait.

Dans son ouvrage Theophilus anglicanus, traitant de la « Branche anglicane de l’Église catholique », il a fait une citation de Hooker : « De même que la mer ne formant qu'un seul tout porte cependant divers noms, suivant les diverses régions, de même l'Église catho- lique est ainsi divisée en plusieurs sociétés distinctes dont chacune est appelée elle-même une Église. » Ainsi, lorsque nos écrivains par- lent des « Branches » de l’Église, ils ont en vue les divisions locales où « Branches » d’un corps homogène, tel que la mer. Le terme cependant est ambigu et suggère très naturellement l’idée des branches d'un arbre, et peut-être, cette idée vient-elle d'une asso- ciation inexacte avec la parole de Notre-Seigneur qui compare les 536 REVUE ANGLO=ROMAINE

individus aux branches de la vigne, ou avec les paroles de saint Paul qui représente chaque fidèle comme greffé sur un tronc d'olivier. Ilen résulle une assez fréquente extension de la parabole de la branche à la constitution de l'Église beaucoup moins exacte. Car les branches d’un arbre, bien que partant d’un tronc commun et puisant la vie à la mème sève, n'ont aucune sorte de communication ou de rapport les unes avec les autres, rien de cette libre circulation qui établit une unité réelle entre les diverses parties de la mer. C'est cette comparaison avec Les branches d'un arbre, et toutes les conséquences qui peuvent en être logiquement déduites, que nos eri- tiques ne manquent jamais l’occasion de nous opposer. On nous prêts l'opinion d'après laquelle différentes parties de l'Église, de mème que les branches d'un arbre, ont, à la vérité, une souche commune, mai sont complètement distinctes les unes des autres, jouissant d'une existence individuelle complète. On nous demande ironiquement, si toutes les parties de l'Église forment les branches, où en est le tronr. On nous invite à montrer comment un individu passe d’une bras- che dans l’autre lorsqu'il change le lieu «le sa résidence. Nous répos- dons que ces questions exigeraient de nous l'explication et la défense d'une hypothèse que nous n'acceptons pas le moins du monde. Cette théorie des branches n’est pas de nous. Elle a été inventée par nos adversaires qui nous l'attribuent gratuitement ; nous n'avons pas à nous occuper de ses ahsurdes conséquences. Ce ne sont peut-être pas toujours des adversaires loyaux que ceux qui nous traitent de la sorte ; mais leurs imputations persistantes pro- duisent un réel effet chez d'autres personnes. Celles-ci supposent plus sérieusement que, d'après nous, l'Église catholique est composée essentiellement d’un certain nombre de communions indépendantes et séparées : la communion romaine, iacommunion grecque, la commu nion anglicane, à tout le moins, si on suppose mêmeque nous excluons comme hérétiques, les Coptes, les Arméniens, et les autres Église orientales séparées. Notre théorie de l'Église, selon cette hypothèse. admet que ces diverses communions ou Églises jouissent d’une exis- tence individuelle, possédant chacune un corps de doctrine propre.et qu'elles sont animées d’une vie intime qui permet leur développe- ment séparé. Il s'ensuit que l'Église, pour être une, ne saurait trou- ver son unité que dans l’agglomération de ces différentes parties. essentiellement indépendantes, mais reliées entre elles par une sorte de lien fédéral des plus élastiques; ce lien est si faible à la vérité que, comme je l'ai déjà indiqué en posant la question, il n'implique- rait pas même des relations diplomatiques entre les divers membres de l'union. A la vérité, on pourrait les regarder plutôt comme autant de royaumes séparés sous la suzeraineté d'un monarque divin etinvi- sible, RTE OT 2

  DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE D'APRÈS LES TUÉOLOGIENS ANGLICANS       331

H'esttrès vrai que nous parlons quelquefois des diverses commu- nions. Maïs, par là, nous ne faisons que noter un fait qui est évident. Nous n'impliquons en aucune manière que ces divisions soient légi- times, encore moins qu'elles soient un des caractères essentiels de la constitution de l'Église. Au contraire, nous regardons ce fait comme déplorable. Je ne crois pas qu'on puisse fournir un seul passage d’un écrivain anglican considérant cet état de division comme une chose bonne ou même tolérable en elle-même. Nous en reconnaissons seulement le fait. C'est un état de choses qu'il faut bien admettre pour le moment présent, mais qu'il faut travailier à faire cesser le plus tôt possible. Les chrétiens n'ont pas ees rapports parfaits de charité, cette complète communion de culte qu'ils devraient avoir. De plus, par suite de ces différences, ils sont séparés actuellement en plusieurs groupes, et c'est à ces groupes que l'on donne le nom de communions. Le terme peut être malheureux et il serait peut-être plus sage d'en adopter un autre, s'il est possible de le trouver, qui donnerait moins facilement prise aux malentendus. Nous ne sommes pas d’ailleurs les seuls à nous servir de ces termes impropres. En tout cas, nous ne croyons pas avoir posé les causes directes des malentendus qui en résultent. Nous nous servons donc de ce mot pour exprimer un fait regretta- ble, et nous faisons attention à ne pas étendre sa signification au delà des limites de ce fait. Ce ne sont pasles diverses communions que nous appelons membres ou branches de l'Église catholique, mais bien les Églises locales, provinciales ou nationales. L'Église de France, l'Église d'Espagne, sont des branches de l'Église universelle. Ainsi, dans une des constitutions {30° canon; promul- guées en 1604, l'Église d'Angleterre, parlant de la séparation, s'ex- prime de la façon suivante : « Imo tantum aberat ut Ecclesia angli- vana ab Italiæ, Galliæ, Hispaniæ, Germaniæ aliisve similibus Ecclesiis voluerit per omnia recedere, quicquid eas sciret tenere autobservare, ut ceremonias illas cum reverentia susciperet quas citra Ecclesiæ incommodum ac hominum sobriorum offensionem retineri posse sen- serat, »

On voit que le canon ne parle pas de la communion romaine comme d'une entité séparée, mais indique que nous sommes séparés des diverses Églises locales, selon les divisions géographiques, qui, en fait, sonten communion avec ie siège romain. Nous sommes malheu- reusement séparés les uns des autres d'une certaine manière; mais, lorsque nous parlons de l’Église unique, nous croyons que ces Églises locales, ainsi que l'Église d'Angleterre, font au même degré partie intégrante de l'Église catholique. Ainsi la théorie des branches ne suppose pas que l'Église catho- lique soit composée d'une confédération de plusieurs communions. 538 REVUE ANGLO-ROMAINE

Elle constate simplement le fait que l'Église est urganisée en pro- vinces et en groupes de provinces selon les circonscriptions géogrs- phiques. Etencore, lorsque nous travaillons et prions pour la réunion de la chrétienté, nous ne regardons pas notre but comme le dévelop. pement d'une sorte de lien fédéral plus étroit entre trois ou plusieurs Églises indépendantes; nous désirons plutôt la réalisation en pratique d'une unité substantielle qui existe déjà. Nous ne considérons pas que l'unité doive procéder de la multiplicité; nous reconnaissons plu- tôt cette profonde vérité que l'Église est essentiellement une et que. de cette unité, découle la multiplicité des divisions locales. Pour en revenir à l'expression qui a donné naissance à la discussion, je dirai que les « branches » de l’Église ne sont pas comme les branches d'u arbre qui n’ont aucune relation entre elles; elles ressemblent plutit aux branches de la mer qui porte partout et librement les mêmes eaux. Les divisions de la chrétienté peuvent être comparées à li passerelle, au corps-mort, qui, à l'entrée d'un port, ou d’une rade, en interdit l'entrée. Il s'oppose au passage des navires, à la libre cires- lation à la surface, mais en dessous les eaux n'en circulent pas moins librement, et il n’y a pas solution de continuité.

                                                  T. A. Lacer.



   {A suivre.)

L'ÉGLISE ANGLICANE Li

LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME!
                                 {Suite
  1. Reste à considérer quelques allégations par lesquelles on cherche, non pas à détruire les preuves fournies par des faits géné- ralement ignorés, mais à appuyer d'une manière plausible en appa- rence la thèse que renferme la question du P. Tournebize.
  2. On prétend que, par un acte de Parlement (13. Élisabeth, ce. 12,, il fut établi que les ministres des « Églises réformées » pourraient être admis à ia eure des Ames sans recevoir les ordres. Nous répondrons à cela : 1° Quand même cetie allégation serait vraie, un acte de Parlement n'est pas un acte des synodes de l'Église: ilne peut donc pas toucher à la loi de l'Église, ni la compromettre aucunement, quoi qu'il puisse décider à l'égard de ceux que le pouvoir civil — pour des raisons particulières — voudrait favoriser. D'ailleurs il est à remarquer — comme preuve que l'Église a résolu- ment maintenu, en face de l'intervention de la Chambre des communes dans les questions théologiques, son droit inhérent de se gouver- ner par ses propres synodes et par ses évêques, — il est à remarquer, disons-nous, que, dans aucun des canons rédigés par les Convoca- tions de cette année, canons prescrivant que désormais tous candi- dats aux Saints Ordres signeraient les XXXIX articles, pas la moindre allusion n'est faite à cet acte de la législation civile. ® Si l'acte avait eu pour but ce qu'on prétend, il s’ensuivrait la néces-

{ Un de nos amis, après avoir lu dans le dernier numéro de la Revue, la première partie de l'étude du Révérend Edward Denny sur l'Eglise anglicane, nous rappelle le passage suivant de Bossuet : « Je n’accorde pas à Dumoulin et aux autres du même parti, que les « diversités de leurs confessions de foi ne soient que dans la méthode et « dans les expressions, ou bien en police et cérémonies: ou si c'était sur s les matières de foi, que ce fût en choses qui n'étaient encore passées en « loi ni réglement public; car on a pu voir et on verra le contraire dans « toute la suite de cette histoire. Ef peut-on dire, par exemple, que la doctrine « de l'épiscopat, où l'Église d Angleterre est si ferme. et qu'elle pousse si loin « qu'elle ne reçoit les ministres calvinistes qu'en les ordonnant de nouveau, « soit une affaire de langage, ouen tout cas de pure police et de pure cérémonte? « N'est-ce rien de regarder une Église comme n'ayant point de pasteurs « légitimement ordonnés ? » — (Histoire des Variations, 1. XI1,43.) 540 REVUE ANGLO-ROMAINE

sité d'une révocation formelle de tous les actes de Parlement par lesquels l'État avait signifié son approbation de l’Ordinal, exigeant la nécessité des Saints Ordres pour tous ceux qui désirent exercer les fonctions de l’Église. Or, non seulement il n’est point fait mention, dans l'acte, d'une telle révocation, mais la clause 8 établit que tout sujet, avant d'être promu à un bénéfice, devra avoir reçu au moins l'ordre du diaconat; et ainsi l'acte va plus loin que le droit canon surce point. Il est manifeste que cette clause est une preuve évidente qu'on n'avait pas l'idée d’une semblable modification de la loi de l'Église, dans le but de reconnaître les ministres des Églises réformées, car, si l’acte avait eu pour objet ce que l'on prétend, cette clause, en lui donnant un démenti, l'eût rendue impossible, Ce serait là une con- tradiction et cela suffità réfuter l'accusation portée. Aueun texte de loi ne saurait décréterl'absurdeet lecontradictoire. 3° L'année mème où cet acte fut promulgué, la Convocation de Cantorbéry, comme nous l'avons déjà vu‘, promulgua des canons pour exiger l'obéis- sance à cette loi de l'Église qui commande que ses ministres soienl dans les ordres sacrés. 16. Quel était donc le bul de cet acte? Il se rapportail sans doute à ceux qui avaient été ordonnés selon les rites de l'ancien Pontifical sous les règnes précédents, c’est-à-dire aux sujets dont parlent Penrx et les séparatistes contemporains, et qui, depuis la rupture avecRome. restaient encore dans leurs bénéfices, ou avaient été promus à d'autres. L'objet de cet acie, fut de garantir que ces prêtres étaient de « religion saine »,comme le dit en effet la première clause que voici: « Tout sujet, n'étant pas évêque, qui prétendra être prêtre où « ministre de la sainte Parole de Dieu et de ses sacrements, en vertu « d’une institution, consécration ou ordination autre que celle pres- « crite par le Parlement sous le feu roi de digne mémoire, le roi « Édouard VI, et en usage sous le règne de notre très gracieuse « Souveraine — tout sujet [ainsi spécifié] déclarera consentir et « souscrire aux articles de la religion se rapportant seulement à « la confession de la vraie foi chrétienne et à la doctrine des sacre- « ments. » Cetle déclaration dut se faire avant la fête de la Nativité de l’année courante, en la présence de l'évèque ou de l'administra- teur du diocèse (sede varante) dans lequel se trouvait le bénéfice du sujet en question. 17. Quatre faits démontrent la vérité de cette interprétation de l'Acte. Le premier est que les clauses de l’Acte rencontrèrentl'opposi- tion des puritains ?; le second, que les articles dont l'Acte faitmention étaient ceux qu'adopta la Convocation en 4562. L'article XXXVI en particulier sanctionne et autorise l'Ordinal, tout en affirmant « qu'il

"N.8.

ne contient rien qui soit intrinsèquement superstitieux ou impie », thèse niée catégoriquement par les séparatistes. Ceux-ci, d'ailleurs, étaient frappés pour leurs affirmations contraires par la clause se- conde du même Acte. Que si l'on cherche à détruire la force de cet argument en s'appuyant sur le mot « seulement » pour soutenir qu'on n'était pas obligé de souscrire à cet article concernant l'Or- dinal, il suffit de répondre que, dans le cas d'un nommé Smith, le Lord Chief Justice Wrey, ainsi que tous les juges d'Angleterre, dé- clarent dans le Kings Bench, pendant la session de Pâques, de l'an 23 d'Élisabeth que ce statut » exige une souscription absolue à l'article susdit!. Troisièmement quand Travers * se plaignit, dans sa « Supplica- tion », que les prètres ordonnés selon le rite de l’Église romaine étaient autorisés en vertu de l’Acte à exercer leurs fonctions, et par tant que le même privilège devait étre accordé aux protestants tels que lui‘, l'archevêque (John Whitgift) de Cantorbéry fit cette ré- ponse: « Quand un acte pareil sera décrété pour son ministère, « alors il pourra l’alléguer; mais les lois de ce royaume d'Angle- « terre exigent que ceux qui sont reconnus pour ministres dans «cette Église d'Angleterre, soient ordonnés par un évêque, et qu'ils

  1. 11 est évident que Thwaites prétendait être ministre, il est évident aussi qu'il n'avait pas été ordonné selon les rites de l'ancien Pontifical, car tout le monde étant d'avis que l'Acte reconnaît ces Ordinations, s'il avail été ainsi ordonné, cette seconde raison eût été considérée comme suffisante. Or il est admis qu'il n'était pas ordonné selon: l'Ordinal d'Édouard ; il faut conclure donc qu’il avait reçu l « ordination »

UCoxe. Institules, Part. 1V,c. 14, pp. 323, 304, édit. 1844. 3 Pour le casde Travers, voyez infra, 30, 31, 3 À Supplicalion made lo the Council by muster Walter Travers. Hooker’s Works, Edit. Keble., vol. 111, p. 554. 4 J. Srrvre, Life of Whilgift, Appendix p. 485, vol. III, édition 1822. 5 On ne donne pas ls nom daus Dyér’s Reports, fol. 346. Mais lo Révérend 3. R. Lunx, « curé » de Marton-cum-Grafton dans le diocèse de Ripon, qui a eu l'obligeance de me fournir ces renseignements, semble croire, d'après ses recher- ches, que c'est bien là le nom du bénéfice. 542 REVUE ANGLO-RONAINE

des réformés ; partant, la conclusion inévitable en est que cette déci- sion judiciaire démontre l'exactitude de notre interprétation de l'Acte précité. Je crois avoir suffisamment insisté sur ce point. 48. Il sera bon maintenant d'examiner l'argument tiré de l'allé- gation d’après laquelle la Convocation de Cantorbéry en 4603 recon- nut (canon LV) l'Église d'Écosse comme étant une « partie vérilable de la Sainte Église Catholique ! ». L'Église d'Écosse, étant un corps presbytérien, ne possède pas la succession apostolique, et par suite n’a pas un caractère valide, ainsi d'ailleurs que les Églises réformées du Continent. Il s'ensuit que le ministère de ces diverses commt- nions aurait été reconnu comme valide par la Convocation et qu, partant, les personnes ainsi ordonnées auraient été autorisées à exercer leurs fonclions sans avoir reçu les Saints Ordres *, Malheureusement pour cet argument, les faits démontrent que ces mots «a l'Église d'Écosse » qui se trouvent dans le Canon n'ont aucun rapport avec l'Eglise preshytérienne. 19. Voici les faits: Premièrement. Le roi Jacques 1°", le souve- rain régnant alors, détestait3 le presbytérianisme et reconnaissaif l'épiscopat pour être d'institution divine; c'est pourquoi, antérieu- rement même à son avènement au trône d'Angleterre, il s'était efforcé de renverser la constitution presbytérienne de l'Église écos- saise. L'assemblée générale presbytérienne de 1602 fut la dernière jusqu'à 1638 reconnue * par les presbytériens pour une assem- blée libre et légitime. De plus, en 1597, le Parlement écossais passa un acte permettant au roi d'introduire le gouvernement par les évêques, sans autre consentement de la part des États 5%, Le presbytérianisme fut donc aboli® par le roi, qui nomma des évêques titulaires avec l'intention résolue de les faire consacrer le plus tôt possible. Or la Convocation de 1603 par les mots « Église d'Écosse » parlait de cette Église ainsi nouvellement pourvue d'évèques. 20. Deuxièmement. Le président de la Convocation était Bancroft, évèque de Londres, qui agissait d'après un mandat lancé par le doyen et le chapitre de Cantorbéry sede vacante. Or, Bancroft était un adversaire prononcé du presbytérianisme. Dans un remarquable sermon qu'il précha le 9 février 1388, 1, il dit que « l'Église est « la mère des fidèles, l'arche de Noé, la colonne de la Vérité, « l'épouse du Christ, dont celui qui se sépare est jugé schisma-

1 Cardwell Synodalia, vol. I, p. 211.

infidèle des thèses ayant rapport à l'Église anglicane. 5 Basilicon Doron, Bk Il, p. 41 et seq. Edinburgh, 1603. Comparez aussi Ca- perwooo, The True History of the Church of Scotland, p. 478. Édition 4628. 4 HeraxrinoTon, History of the Church of Scotland, vol. 3, p. 224. $ GLook, History of the Church of Scotland, v. Il, p. 100, Edinburgh, 481$. 8 Srærnen, History of the Church of Scotland, v. 1, p. H3. L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 543

« tique el hérétique.. Il y a diverses causes indiquées par les an- « ciens Pères pour lesquelles tant de faux prophètes vaguent dans « le monde; mais je ne ferai mention que de quatre dont une très « importante, savoir : le mépris des évêques; car, comme le dit « saint Jérôme, depuis le temps de saint Marc, c'est à eux qu'a « été confié le gouvernement de l'Église, ils avaient autorité sur « le reste du ministère ul schiematum semina tollerentur, afin que « les germes du schisme fussent ôtés'. » Dans ses ouvrages : À Survey of pretendul holy Discipline, et: Dangerous positions, or Scoltis Cenevating and English Scoltizing for discipline, la mème répugnance envers Île presbytérianisme se fait remarquer. Ce fut à cause de la forte oppo- sition qu’il soutenait à l'égard du presbytérianisme, et aussi parce qu'il s'était toujours «opposé à toutes sectes et innovations »,que l’ar- chevêque Whitgift de Cantorbéry le recommanda pour le siège de Londres?. Et l'historien Collier remarque que, lorsqu'il fut trans- féré à Cantorbéry il gouverna avec une grande vigueur et exigea une stricte conformité « aux rubriques et aux canons sans permettre la moindre latitude, ni aucune divergence d'opinions ». Il n’est pas probable, prima facie, qu'un prélat si inflexible, qui d'ailleurs était appuyé par un roi telque JacquesI*", ait pu souffrir que la Convocation présidée par lui reconnût d’une manière officielle le preshytéria- nisme, à quelque degré que ce fût. 21. L'explication de l’allusion à l'Église d'Écosse est simple et satisfaisante. Comme nous l’avons déjà remarqué, le roi prit la réso- lution de faire consacrer les évêques titulaires qu'il avait déjà nom- més. De cette manière il aurait rétabli l'Église d'Écosse qui, dès lors, aurait pu être reconnue comme une partie de la sainte Église catho- lique du Christ. Le président, averti de ce fait, eut soin de rédiger le canon de façon qu’il comprit l'Église d'Écosse, prête à rentrer dans je sein de l'Église catholique. La preuve que cette interpréta- lion du Canon est correcte nous est donnée par ces deux faits : 4° En 1603, le Presbytérianisme, comme nous l'avons vu, n'était pas re- connu comme forme légitime de gouvernement ecclésiastique en Écosse, ayant été aboli par le roi; 2 Par le septième de ces mêmes canons, « tous ceux qui affirmeront que le gouvernement épiscopal « de l'Église d'Angleterre est antichrétien, ou contraire à la parole « de Dieu, sont déclarés excommuniés ‘ », et c’est [à précisément la position des presbytériens de cette époque, comme le prouve le fait qu’à la conférence durant l'assemblée de Montrose en 4600, les défenseurs du puritanisme maintinrent que « les dignités, les char- ges, les emplois, les titres de l'Église épiscopale anglicane répugnent {R. BancRorT, À sermon preached at Paule’s Crooise, 9 feb. 1588, London. % Srrypx, Life of Whitgift, vol. IE, p, 386. Edit. 1822. 3 Corrre, Ecclesiastical History, vol. 1X, p. 310. Edition 1852. 1CarpwaLr, Synodalia, vol. I, p. 254. 544 REVUE ANGLO-ROMAINE

au Verbe de Dieu! », paroles lextuelles donLse sert le canon septième. 22. — Enfin, il sera à propos d'examiner certains cas de sujets faisant partie du ministère des Églises réformées, que l'on affirme avoir été officiellement autorisés par l'Église d'Angleterre à remplir des fonctions sacerdotales sans avoir été dûment ordonnés, impula- tion dont on s’est grandement servi dans les controverses sur le sujet que nous étudions. | Le premier cas par ordre de date est celui de Whittingham, que l'on a dit être le beau-frère de Calvin, bien que cela ait élé nié depuis. Whittingham avait été appelé à remplir les fonctions du ministère par la congrégation des Anglais de Genève, et par l'in- fluence du comte de Leicester, le puissant favori de la reine, il obtint le doyenné de Durham. On commença à prendre des mesures len- dant à le priver de son doyenné. Le chanoine Estcourt il est vrai. affirme que, de la discussion qui suivit, il ressort que l'imposition des mains par les Anciens de Genève aurait pu être considérée comme suffisante. 23. Maintenant, en ce qui concerne ce cas, il y a lieu de remar- quer tout d’abord qu'aucune cura animarum n'est attachée 4 la charge de doyen, et qu'en conséquence le fait de la possession de ce béné- fice par Whittingham ne peut en aucune manière servir à soutenir cette affirmation que l’Église d'Angleterre permettait ‘à des sujets ordonnés par des Églises réformées d'exercer le ministère sur ses autels sans leur avoir assuré tout d’abord une ordination valide. Les doyennés sont des bénéfices qui, comme les canonicats ou les pré- bendes, ont été accordés à de simples laïques. C'est ainsi que le doyenné de Wells fut possédé par un simple laïque, Thomas Cromwell, sous le règne d'Henri VIIL,et il est clair d'après la décision ‘ du juge Hobart, qu'un laïque comme était le doyen de Durham fWittingham) pouvait être doyen par permission spéciale des rois!. 24. Mais la simple possession d'un doyenné ne donnait pas, bien entendu, à son possesseur, le droit d'administrer les sacrements. et c'est là ce que Whittingham est présumé avoir pris sous & responsabilité de faire.Il avoua qu'il célébrait la sainte communion. et on s'en servit contre lui. De plus, il est appelé dans le doeu- ment en question «ministre non légitime » el cela,qu’on le remarque. malgré son prétendu sacerdoce selon les ordres de Genève. Un mandat fut en conséquence lancé contre lui, lui enjoignant de quitter son doyenné comme étant merè laicus, en dépit de la puis- sante influence qui le. soutenait, influence à laquelle il était parlicu-

? CazperwooD, The frue history of the Church of Scotland, p. 433, éd. 1658. 2 Esrcounr, The question of Anglican ordinaltions, p. t49. $Gopozpuin, Report Juris., p. 361. 4 Brevarie of Proafs against the Deane of Durham. State Papers, Dom. Éla- beth, vol, CXXX, n. 24.

                                                                     + ns

L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 545

lièrement difficile de résister dans les temps de despotisme où il
vivait, et sur laquelle, d’ailleurs, il sembleque Whittingham ait lar-




                                                                                     I
gement compté. Ce n’est pas sans des motifs se rapportant à ces
mesures que l'archevêque de la province, Sandys, ordonna de s’en-
quérir, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, « si quelqu'un
sans être prêtre ou diacre offrait le calice dans la célébration de la
sainte Communion... », ordonnance qui montre clairement que
la loi ecclésiastique était rigoureusement observée à cetle époque,
et qu'ainsi Whittingham, étant un simple laïque, étaitnécessairement
considéré comme coupable d’avoir enfreint cette loi, n'ayant pas
seutement, de son propre aveu, rempli l'office de                 diacre, mais
encore celui de prêtre.
 25. La mort de Whittingham, peu de temps après le commence-
ment de ce procès, empêcha qu’un jugement formel ne fût rendu dans
ce cas, circonstance qui permit à beaucoup de Puritains d'affirmer




                                                                                         nn
                                                                                         on
que sa position était considérée          comme légitime; et chose plus
importante, ce fut la cause de la méprise de Cosin au sujet de la
pratique * de l'Église; mais, pour montrer que cette allégation est
entièrement erronée, il suffit de rappeler que lorsque Travers voulut
envisager le cas de Whittingham comme un précédent, l'archevêque
de Cantorbéry répliqua entre autres arguments que si Whittingham
avait vécu, il eût été déposé de sa charge à moins de dispense
spéciale*. L'importance de cette affirmation est manifesle, car l'ar-
chevèque    était mieux que personne à même de connaître les faits.
  26. Nous avons à considérer maintenant le cas de John Morison
qui fut autorisé par Aubrev, vicaire général               de l'archevêque de
Cantorbéry (Grindal}, à prêcher et àadministrer les sacrements dans
toute l'étendue de la province de Cantorbéry. Morison avait été
vrdonné par le synode général             ou   congrégation       du   comté de
Lothian de l'Eglise réformée d'Écosse, et ce cas, dit-on,                indique-
rait que des     ordinations faites par les presbytériens              calvinistes
élaient officiellement considérées comme              valides‘.   L'importance
de cette preuve, ajoute-t-on, « est augmentée par le fait que la per-
mission,   en question,      fut accordée pendant la mise à l'écart de
Griodal, de telle sorte que Aubrey, son vicaire général, exerçant
seulement une juridiction déléguée, ne pouvait avoir agi que con-
formément au sens strict et ordinaire de la loi 5 ».
  21. Il est à remarquer, au contraire, que cette permission * porte
des marques ostensibles de son caractère illégal par ce qu'elle
  1 Voir no 9.

‘ *# Voirne 2. 3 Sraype. Lifeof Wkhitgifl. App., p. 185, vol. IL], éd. 1821. x Qi: STGOUnT, p. 480.

  < Srrvrs. Life of Grindal. App. Bk. 14; p.101.
     REVUE ANULO-ROMAINE. = T. IL. — 35

546 REVUE ANGLO—ROMAINE

contient des affirmations d'un caractère inaccoutumé el restricüf, Elle est accordée quantum in nobis est el de jure possumus, etilya, en outre, une autre clause limitant l'étendue de la permission donnée quatenus jura regni patiuntur. La première affirmation montre évidemment que le vicaire général doutait sérieusement s'il avait le pouvoir d'accorder une semblable permission, et, selon toute probabilité, c'est là la raison po laquelle on y trouve l'affirmation que Morison avait élé « surfe Wu dabilem Ecclesiæ Scotiæ reformatsæ formam et ritum ad sacros ardines pr manuum imposthonem admissus el ordinaius ». Cette affirmation esl un essai de justifier les mesures prises. Un insinue que Morison avait élé validement ordonné par un Évêque. En fait, le corps des Presbylériens ne faisait pas profession de cos- férer ordines sacros. Le Premier livre de discipline qui fut reconou px l'Eglise presbytérienne d'Ecosse, de 1560 à 1581, n’admeltait pas l'imposition des mains dans les ordinations et affirmait distinctement: « Nous ne pouvons approuver d'autre cérémonie que l'approbe- tion publique du peuple el la déclaration faite par le ministre ofi- ciant que le sujet présenté est nommé pour servir l'Église, car. bien que les apôtres aient fait usage. de l'imposition des mains. considérant néanmoins que le miracle a cessé, nous ne jugeons pas l'emploi de cette cérémonie nécessaire !.» Ce ne fut pas avant Ki que le Second livre de disripline fut ratifié par l'assemblée, et ce fut seulement en 1592 qu'il fut autorisé par le parlement d'Écoxe. Jusqu'à cette époque les pasteurs presbytériens furent ordonse sans aucune imposition des mains; de plus, mème après que le Second livre dediscipline eut été dûment autorisé, une semblable impu- sition des mains ne fut pas considérée comme nécessaire en pratique. La preuve complète se trouve dans l'affirmation suivante de Wir liam Erbury qui, en 1653, disait, en parlant des ordinations faite par un évêque: « C’est laune pratique d'ordination autrement plu- sage que celle de nos Presbytériens anglais qui gardent l'impost- tion des mains sans prétendre au don du Saint-Esprit mais autremeni moins raisonnable que celle des Presbytériens écossais qui, netru- yant pas au don, ne gardent pas l'imposition des mains. Ceux-i fout des ministres et ordonnent desanciens sansimpositions des mais ‘- 28. I ressort de cet exposé que Morison ne pouvait pas avoir été ordonné jurta laudabilem ÆEcelesiæ Scotte, ele. comme afirinr Estcourt 3. Toutefois il est juste d'ajouter qu’un écrivain * dont les

1 The First Book of Discipline, ch. IV, $ 3, réimprimé par Hetherington. Histws ofthe Church of Scolland, vol. 1, pp. 406 et seq. 3 W. Ensurv, The Children of the West, p. 54, imprimé avec d'antrs brochures 1653. 3 Loe. cit. | 4 Fmunoen, The Purily of the Apostotic Succession în the Church of Englesd. PS L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME #47

vpinions en la matière méritent d'être considérées avec respect, a émis l'hypothèse d'après laquelle Morison aurait été réellement ordonné par l'un des anciens évêques écossais, agissant de con- sert avec le synode général du comté de Lothian. Cela, sans aucun doute, absoudrait Aubrey de toute intention préméditée et voulue de tromper. Il y a lieu de remarquer ici que John Spotiswood, le Suriniendant de ce même comté de Lothian, se déclara tou- jours contre la coutume presbytérienne et affirma qu'ilconsidérait le gouvernement de l’ancienne Église préférable à celui de l'Église d'Écosse ?, 2%. De plus, la seconde clause à laquelle il estfait allusion guafenus jura regni patiuntur indiquerait quele vicaire général avait conscience que son action était une violation de la loi, cette séconde clause étant apparemment insérée par lui dans le but de se procurer le moyen d’é- chapper aux conséquenceslégales d'une telle action dans le cas où elle serait soumise aux autorités de l’État. Si Morisoneneffet ne possédait pas les pouvoirs inhérents aux saints Ordres, le fait de lui accorder la permission de célébrer des cérémonies du culte élait une violation de la loi civile aussi bien que du droit ecclésiastique. I est clair que celte permission accordée avec défiance par le vicaire général, bien qu' ne fùt pas sûr de son illégalité, ne peut pas être alléguée pour prouver la thèse de nos adversaires. Il est bon d'ajouter que, si Mo- rison n’avail jamais reçu les saints Ordres, la conduite du vicaire #énéral élaiten opposition flagrante avec celle de son supérieur, l'ar- rhevèque Grindal. Sur la proposition de l'archevèque lui-même, des ordonnances furent publiées, décrétant que l'on fit desenquêtes au sujet de prétendus elergymen munis de fausses Lettres d'ordination. Ces Lettres d'ordination étaient donc réclamées. Or Morison n'aurait pu les montrer. De plus, il était aussi décrété « que personne, n'ayant au moins reçu l’ordre du Diaconat, ne fût autorisé à prêcher »; or Mo- rison n’était certainement pas diacre d'après l’hypothèse qu'il n'avait pas été validement ordonné. 30. Un cas sur lequelon a beaucoup insisté est celui de Walter Travers *. En réalité, si on l'examine bien, il prouve le contraire de l'affirmation à l'appui de laquelle il est cité. Travers professait des opinions presbytériennes, et ne pouvait se résoudre à être ordonné suivant l’Ordinai. En conséquence il alla à Anvers, où il fut admis au « ministère réformé ». Il revint en Angleterre, et en 4584 il essaya, grâce au patronage du Lord trésorier Burleigh, d'obtenir d'être nommé à la charge de Maitre du Temple. Il échoua par suite de l'op- position du primat Jchn Whitgift. Celui-ci écrivit à la reine, soutenant que Travers ou bien n’était pas du tout ordonné, ou bien avait été

Corzier, Ecclesiastical History, vol. VI, p. 618, éd. 1852.

ordonné de l'autre côté de la mer, et non conformément à la forme employée dans l'Église d'Angleterre. Le caractère de l'objection soulevée par l'archevêque ressort également d'une réponse au Lord trésorier qui invoquait la bienveillance de Sa Grâce à l'égard de Trs- vers. L'archevêque écrivait : « À moins qu'il n’atieste sa conformité en souscrivant aux Articles et qu'il ne me prouve qu'il est vraimen ministre selon les lois de l'Église d'Angleterre, — et je ne crois pa qu'il le soit, — je ne puis en aucune manière donner mon consente- ment à ce qu'il soit placé ici ou ailleurs dans une fonction de l'Église.» Travers reçut finalement la défense formelle de précher, parce «quil n’était pas appelé aux fonctions du ministère et qu'il n'avait pas reçu l'autorisation de prêcherselon les loisde l'Église d'Angleterre‘. 31. Lorsque Travers, plaidant sa propre cause, fit remarquer que, dans cette Église d'Angleterre, beaucoup d'Écossais et d'autres mi- nistres ordonnés à l'étranger avaient élé reconnus et avaient exerté les fonctions du ministère, Whitgift répondit : « Je n’en connais p& un seul; les cas cités ne ressemblent pas au sien. * » 32. Un autre cas que l'on cite souvent est celui de Hadrien Saravia, un Allemand, qui, après sa seconde visite en Angleterre, fut d'abord nommé prébendaire de Gloucester, puis, le 6 décembre 1593, obtint une prébende à Cantorbéry; après quoi il s'assura, en juillet 1604. là stalle de Westminster qui avait été occupée auparavant par Lancelot Andrewes, évêque de Winchester, et ful enfin nommé recteur de Great Chart, dans le comté de Kent, le 24 février 1609 ou 1640. El fnt aussi l’un des traducteurs de la Bible‘, L'on soutient que Saravia n'avait pas été ordonné par un évêque. Il y a lieu de remarquer qu'on ne fournit aucune preuve de cette assertion. On n'a pas encort, ilest vrai, trouvé aucune inention de son ordination, mais quiconqu® sait à quel point les registres épiscopaux, tels que nous les possédons. sont incomplets, hésiterait à conclure de cette lacune qu'il n'avait pas été ordonné. Mais, bien que des preuves évidentes directes no5s fassent défaut, la preuve indirecte semblera concluante. 33. Tout d’abordil y a lieu de remarquer que ces prébendes lui furent conférées pendant que Whitgift était primat. Mes lecteurs se rapp®l- leront® avec quellerigueur il fit observer la loi pendant sa visite pas torale; de plus, la manière dont il agit dans le eas de Travers montre

1 Srrvre, Life of Wäitgift, vol. I, pp. 344,344, éd. 1822. ? Voir À supplication de Hookor's Works, édit. Keble, vol. IT, p, 5. 5 Srryre, Whitgift, app. vol. II, p. 185. 4 Wauron, Life of Hooker, servant de préface à l'édition des œuvres de Hoi. par Kesis; vol. I,p. 76, note 54, 5° édition. 5 Hurron, The anglican Ministry, p. 56. On doit observer que les bénéfices 5 nommés, sauf le dernier, étaient beneficia simplicia. Pour les occuper, le droit tr non n’exige pas que l'on ait recu les ordres, 6 Voir p. 9. L'EGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 349

qu'il n'était pas homme à se laisser influencer par des motifs de con- venance trop accommodant, alors qu'il était chargé de faire observer la loi dans une semblable question. Il est difficile de le croire à ce point inconsislant avec lui-même et d’avoir toléré que Saravia, dont la vie en Angleterre lui était spécialement connue, ait été nommé à des charges même de ce caractère, sans avoir été tout d'abord dûment ordonné; ses ennemis sans aucun doute s’en fussent servis contre lui, d'autant qu'à cette époque il avait écrit à Béza, en faveur de l’épiscopat, la lettre suivante : 34. « Nous ne doutons nullement que la dignité épiscopale ne soit une institution apostolique et divine et n'ait toujours existé depuis les apôtres jusqu'à nous. Vous paraissez faire ressortir des écrits de Jérôme et d'Augustin la conclusion que les évêques sont supérieurs aux prêtres en vertu seulement d'une coutume récente. Je suis sur- pris de vous voir ainsi mal expliquer leurs paroles. Vous auriez pu en d’autres textes des mêmes auteurs trouver leurs vraies opinions semblables à celles des autres Pères. Et je ne comprends pas suffi- samment pourquoi vous mentionnez le nom d'Ambroise. Car ni ce que dit Ambroise du premier prêtre en dignité succédant à l'évêque défunt, ni ce qu'il dit des Anciens qui étaient habitués avant cette époque à pénétrer dans le Conseil, ne peut servir d'argument. » « Vous pouvez vous rappeler, savant Monsieur, ajoute l'archevêque, que les commencements de cet épiscopat, dont vous faites une ins- litution purement humaine, sont rapportés d’une manière unanime par les Pères aux apôtres comme en étant les auteurs; que les évèques furent nommés successeurs des apôtres avec des fonctions détermi- nées; et ce qu'Aaron était à ses fils et aux lévites, les évêques le sont aux prêtres et aux diacres, et cela par l'institution divine selon l'opinion des Pères; et à vous qui prétendez qu'ils doivent être sim plement et de toutes manières confondus avec les Pasteurs et les Ministres, qu'un évêque et un prêtre doivent être placés sur le même rang, qu'on peut les considérer comme égaux, et que cette opinion enfin a pour elle l'autorité de Jérôme et d'Augustin comme vous paraissez le croire — ne vous semble-t-il pas que la cause que vous défendez soit désormais jugée‘? » En vérité, la conduite de l'archevêque eût été remarquablement inconsciente, s'il avait reconnu comme valide une ordination qu'il condamnait juste au même moment, et Béza n'eût pas manqué de faire usage de celte inconséquence si elle avait existé en fait, 35. De plus, la paroisse de Great Chart, à laquelle il fut nommé en 1609-1610, dépendait du primat, qui, à cette époque, était Bancroft. Celui-ci, comme nous l'avons vu?, n'était pas homme à reconnaître

1 Srnvre, Whitgift, vol. Il, pp. 170, 471; éd. 1822. 3 Voir n. 20. 550 REVUE ANGLO-ROMAINE les ordinations des réformés, en nommant à un beneficium curatwaun sujet qui n’eût pas reçu validement les saints Ordres. A la vérité. le fait que l'archevêque Bancroft conféra ce bénéfice à Saravia rend.à lui seul, moralement certain que Saravia avait reçu les saints Ordres. 36. En outre, la eroyance personnelle de Saravia, à cette époque, rend incroyable la supposition qu'il n'ait pas été dûment ordonné. 1 était venu en Angleterre précisément à cause de la manière dont on niait l'épiscopat dans les Pays-Bas ', el dans ses écrits il le défendait avec force; par exemple, dans sa lettre d'adieux adressée aux mi- |; nistres presbytériens de Guernesey, il leur disait: « Vous autres. n'étant pas faits ministres de l'Église par votre évêque ni par un dr ses remplaçants, n'élant pas ordonnés enfin selon les rites de l'Église d'Angleterre, vous n'êtes pas des ministres véritables et légitimes Vous ne pouvez pas trouver dans l'antiquité un seul exemple dek | discipline que vous suivez ou du gouvernement ecclésiastique que vous possédez, comme d'ailleurs votre évêque, dans son livre The Pa- pelual Government of the Son of God's Church, l'enseigne avec tant de compétence ?, n Parmi les affirmations émises par l'évêque Bilson dans l'ouvrage que nous citons et qui porte l'approbation de Saravia est la sui- vante : « Le second signe certain du pouvoir épiscopal est l'imposi- tion des mains dans l'ordination des prêtres et des évêques, etc" droit d’iniposer les mains pour ordonner les prêtres et évêques dans l'Église du Christ, fut tout d’abord transmis par les apôtres aux évêques et non aux prêtres, et depuis quinze cents ans, sans aucu2 preuve, sans aucun exemple du contraire, ce droit est demeuré l'a- panage des évêques et non des prêtres. Jérôme qui éleva la chargr de prêtre à son summum, pour montrer qu'un prêtre peut faire autan! qu’un évêque par la parole de Dieu, réserve cependant ce seul poinl de l’ordination quand il dit : Quid facil, ercepta ordinations, episoprr quo& presbyter non factat??» 37. De même, dans son ouvrage : À Trealise on the different degrees ofthr Christian Priesthocd, Saravia dit : « Je considère les évêques commr nécessaires et indispensables à l'Église, mais Tite et Timothée, qui étaient à la fois prêtres et évêques, possédaient des pouvoirs plus considérables que les prêtres ordonnés par les apôtres et qui étaient seulement prêtres. « Il est certain que les apôtres ne conférèrent aucun pouvoir qu'ils n'eussent reçu de Notre-Seigneur, mais ils créèrent des évêques tels

1 Corrier, Ecclesiastical History, vol. VII, p. 127, édit. 1853. 2? Saravia, Letter to the ministers of Guernesey, réimprimée et placée en tête de la traduction anglaise de l'ouvrage : Treatise on (he different degrees of the Chru- tian priesthood, etc. Oxford, 4840, pp. xx-xxint. 8 Bizson, The Perpetual Government of Christ's Church, pp.348, 249. Londres. 1593. L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 551

que Tite et Timothée, partout où le besoin s’en fit sentir; car si les apôtres n'avaient pas eux-mêmes nommé des évêques, l'opi- union universelle n'aurait jamais admis l'épiscopatt. » Saravia montre encore que les Pères condamnèrent l'hérésie d'Aerius qui niait toute différence entre un évêque et un prêtre, el. après avoir cité quelques paroles de cet hérétique, il dit : « Epiphanius montre, au contraire, tout d’abord que l'évêque fait le prêtre et non le prètre l'évêque : — l'Ordre épiscopal, ajoute-t-il, est la source d’où sortent les Pères, car il donne des Pères à l'Église, mais l'ordre des prêtres ne peut pas engendrer des Pères; il peut à la vérité donner des fils à l'Église par la régénération du baptéme, mais non des Pères et des Docteurs, car comment peut-il faire un évêque, celui qui n’a pas le pouvoir d'imposer les mains? » 33. Les convictions de Saravia, délibérément exprimées, ‘étant telles, il est impossible d'imaginer qu’il ait pu tomber dans l'étrange aberration de négliger de recevoir les ordres des mains de ce corps des évêques qui seul, selon lui, avait le pouvoir de donner des Pères à l'Église. Eüûl-il été à ce point inconséquent avec lui-même que nous eussions certainement appris le fait par les écrits de ceux qui lui faisaient opposition. Béza, Danaus et autres certainement nous eussent révélé el exposé sa conduite, qui à la vérité eût à la fois été une complète réponse aux arguments de son traité et rendu inexplicable son départ des Pays-Bas. Or, on ne trouve aucune race d'une semblable imputation dans les attaques personnelles si fréquentes et si violentes qu'eut à supporter Saravia. Cela, nous semble-t-il, est une preuve évidente qu'il n’y avait rien sur ce point dans sa conduite dont ses ennemis eussent pu se servir. En consé- quence un examen attenlif de ce cas prouve, il me semble, que non seulement la supposition d'après laquelle Saravia n'aurait pas été validement ordonné n’a aucune base, mais encore que les faits démontreraient le contraire. 39. Un autre cas peut encore ètre cité. On a prétendu que le docteur Pierre Dumoulin, le jeune, fut nommé par l'archevêque Juxon au rectoré d’Adisham sans avoir été auparavant ordonné? Mais on vient de trouver dernièrement, dans la Vie de l'arche- vêque John Williams d'York * par Hacket, un passage dans lequel l'auteur rapporte ce fait que le prélat envoya chercher ce docteur Pierre Dumoulin en France et l’ordonna diacre dans le but de le

1 SaRAvVIA, 0p. cif., traduction anglaise, pp. 32, 58, 487, Oxford, 1840. 2Ibid., p 202. 3 Le cas de son père qui fut nommé chanoine de Cantorbéry et promu & un rectoré sinécure dans le pays de Galles, ne mérite pas d'être considéré, car il est admis que les benefcia simplicia furent souvent accordés à de simples laïques, mème avant la rupture avec le Saint-Siège. 4 Op. cil., p. 145, édit. 4745. 332 REVUE ANGLO-ROMAINE

rendre apte à recevoir une charge ecclésiastique‘. Cette attitude du prélat constitue, à elle seule, une preuve décisive que les ordins- tions faites par les « Réformés » n'étaient pas reconnues par l'Église d'Angleterre. 1l est vrai que l'on ne saurait montrer les registres attes- tant l’ordination de Pierre Dumoulin comme prêtre; mais les registres du diocèse de Lincoln ayant disparu, on ne peut exiger la preuve matérielle. De plus, certaines raisons prouvent, d'une manière cer- taine bien qu'indirecte, qu'il fut véritablement ordonné prèu. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il fut nommé par Juxon au rectoré d'Adisham, et on ne saurait considérer raisonnablemen! comme probable que Juxon, avec ses opinions bien connues, eût conféré un bénéfice comportant charge d’Ames à un sujet qui n'eît pas reçu validement la prêtrise, et cela surtout à une époque où des centaines d'individus, qui avaient été pourvus de bénéfices per- dant l8 grande rébellion sans avoir reçu les saints ordres, se voyaien! partout privés de leurs charges. 11 me semble done que ce cas ne pourrait également servir en aucune manière à la démonstration que certains eussent voulu en tirer. 40. L'enquête que nous faisons touchant ces divers cas? établit donc que l’on ne saurait citer aucun exemple d’un sujet promu à un benefirium curatum sans être validement ordonné, et qui aurait été maintenu dans cette charge après plaintes adressées aux aulorilés ecclésiastiques compétentes. On peut citer deux cas de telles promo- tions, mais dans les deux cas, quand des plaintes furent adressées à ce sujet aux autorités de l'Église, celles-ci déclarèrent l'incapacité de ces prétendus ministres. A1. Le premier de ces deux cas est celui d'un certain Townsend qui avait élé patronné par Edmond Bedingfeld pour le rectoré d'Eriswell, dans le diocèse de Norwich, et avait été promu par l'évêque à ce bénéfice. L'archevèque de Cantorbéry revendiqua le droit de nommer un titulaire à ce bénéfice. Il prétendit que la nomi- nation de Townsend était nulle. Dès lors, le bénéfice devait être con- sidéré comme vacant depuis la mort du prédécesseur, et le temps écoulé était suffisant pour faire perdre au Patron le droit de nomi- une preuve additionnelle que l’interprétation de l'acte de là 1 Ceci constitue treizième année d'Élisabeth, chap. XIT, donnée auparavant {n. 15), est correcte. 2 Williams était À cette époque évêque de Lincoln; il fut transféré à York et 1641. SruBes, Registrum Sacrum Anglicanum, p. 93. . $ Un autre cas fut À une certaine époque très fréquemment cité; c'est celui de Thomas Gataker; il fut promu au rectoré de Rotherhithe, et l'on dit alors qui avait été seulement ordonné par les presbytériens. L'évêque Patrick. qui servait par expérience ce qu'il fallait penser de ces accusations qui jelaient le discrédit sur l'Église d’Angicterre, fit faire une enquéte et découvrit que Gataker arait ft validement ordonné par John Sterne, évèque suffragant de Colchester (ParrK£. Works, vol. VI, pp. 286, 287, édité par Taylor, Oxford 4858), qui lui-même rett la consécration des mains de John Whitgift, archevèque de Cantobéry, et de dent autres évêques. (Srusss, Registrum, p. 81.) L'ÉGLISE ANGLICANE ET LE MINISTÈRE DES ÉGLISES DE LA RÉFORME 553

nation et le faire passer à l’archevéque. Il présenta en conséquence un certain Pickering pour ce bénéfice. Un Quare impedit fut en consé- quence plaidé devant la Cour du Bane de la Reine, le procès portant le nom de Bedingfeld versus the Archbishop of Canterbury and Pickering*. 42. La question soulevée devant le Banc de la Reine fut de savoir si Pickering devait continuer à jouir de la possession du bé- néfice au détriment de Townsend. L'’archevèque affirmait que Townsend n'avait jamais été recteur légitime. Il s'appuyait sur l'incapacité du sujet, les termes incaparilas, incapacitas prædicla et une fois tnidoneitas étant ceux dont on se servit durant le procès; dès lors la présentation faite par Bedingfeld était nulle et le bénéfice vacant ; il s’ensuivait que le droit de patronage revenait à l’arche- vêque. Bedingfeld répondait que Townsend était le possesseur en fait, bien qu'il ne le füt pas de jure, l'erreur étant imputable à l'évé- que de Norwich qui avait donné l'institution au candidat malgré son incapacité. 43. La Cour civile déeida que, dans ces circonstances, le bénéfice était « pourvu » et ne pouvait pas être rendu vacant sans ur jugement. Townsend, bien que considéré comme incapable, fut déclaré le pos- sesseur ‘effectif. Le tribunal basa sa décision sur deux points : le premier qu'elle était en conformité avec l'opinion de Lyndwoode, et le second fut le précédent invoqué dans un cas semblable sous le règne de Henri VI ?, 44. L'archevèque alors révoqua par jugement Townsend, et le 18 février suivant, 4570, Thomas Sutton fut promu au bénéfice dès lors vacant suivant la loi. ILest à remarquer que, dansle procès-verbal de sa révocation, Townsend est déclaré clericus alorsque l'unique raison invoquée pour sa révocation est qu'il n'était pas un clerc, mais un simple laïque. Les termes sont donc pleinement contradictoires; — mais il est facile d'expliquer cette contradiction par ce fait que Townsend avait été ordonné par les réformés et en conséquence avait reçu le titre de clericus, tandis que, lorsque la question de la vali- dité de cette ordination fut posée devant l'archevèque et les tribunaux ecclésiastiques, ceux-ci liés par l'autorité du droit canon, alors en vigueur en Angleterre comme aujourd'hui, durent nécessairement regarder comme nulle une telle ordination. A la vérité, il n'est pas improbable que ce fut pour prévenir le retour de semblables diffi- cultés que désormais la production des Lettres d'ordination fut plus

strictement exigée; mais il semble qu’un certain nombre de lettres furent forgées dans le but de tromper les évêques, et ceux-ci furent souvent obligés de se livrer à des enquêtes approfondies en k matière!. 45. L'autre cas est celui de Thwaites que nous avons déjà discuté? Thwaites avait évidemment été ordonné par les Réformés et il fut révoqué, la cause alléguée étant qu'il n'avait pas été validement ordonné. On ne saurait trop apprécier l'importance de ces deux cas qui prouvent si clairement que la loi de l'Église d'Angleterre fut toujours appliquée dans toute sa rigueur quand des faits constituant une violation de cette loi parvenaient à la connaissance des autori- tés ecclésiastiques compétentes. A6. Pour résumer, il a été démontré que la loi de l'Eglise d'An- gleterre, pendant la période qui s'étend de l'avènement d’Elisabeth jusqu'en 4662, proscrivait toute reconnaissance par cette Église des sujets ordonnés par les Réformés. De plus, les canons promulgués psr ses Convocations ou les décrets de ses évêques, ainsi d'ailleurs que les affirmations de ses plus acharnés adversaires, concourent les uns et les autres à prouver que les autorités de l'Église firent toujours respecter la loi. Quant aux diverses allégations qui auraient sembl donner quelque apparence de réalité à la question du Père Tour- nebize, elles ont été examinées en détail, et les accusations portées ont été reconnues sans fondement. Aussi je conclus que la question qui nous était posée : L'Église d'Angleterre a-t-elle reconnu d'une manèrs officielle, pendant la période qui s'êlend de l'avènement d'Elisabelh jusque 1662, des sujets ordonnés par les Réformés comme Ministres autorisés à ses autels? — je conclus, dis-je, que cette question devait recevoir une réponse négative.

                                                      Edward Den.

1 Je suis redevable des faits concernant le cas dr Townsend au Rev. J. R. Lou qui, après des recherches longues et difficiles, est le premier parvenu à faire is lumière sur ce point. 2 Voir ne11. CHRONIQUE

École russe à Rome. — Il est question d'établir à Rome une école russe analogue à notre école française qui se trouve au palais Farnèse et dont l'abbé Duchesne est le directeur.

Un cardinal français à Rome. — On assure que notre gou- vernement a l'intention de demander au Saint-Siège la création d'un cardinal de « curie ». Les journaux ont indiqué différents noms : Mgr Altmayer et l'abbé Duchesne en particulier.

MM. Lacey et Puller sont rentrés en Angleterre après un séjour de plus de deux mois à Rome. Leur démarche a été dignement appréciée à Rome et en Angleterre, Ce fait à lui seul indique quels progrès font les idées d'union.

Les marins anglais à Rome. — La reine Victoria a télégra- phié au Saint-Père pour le remercier del'accueil magnifique que les marins anglais ont reçu au Vatican.

Dans son numéro du 10 juin, le Temps a publié la correspon- dance suivante :

La Russie el le Saint-Siège, à propos de la mission de Mgr Agkardi d Moscou. Rome, 28 mai. Sur l'invitation expresse du tsar, l'ambassadenr extraordinaire envoyé par le pape aux fêtes de Moscou a avancé d'un jour son voyage pour prendre part au diner de cour donné au Kremlin, le 27 mai. Reçu avec les plus grands honneurs à la frontière par M. Wemawski, représentant de Nicoles Il, Mgr Agliardi adressa ses remerciements à ce dernier lorsqu'il lui fut présenté; après quoi, le tsar et l'envoyé du Saint-Père s'entretinrent quelques instants; les dépêches ajoutent: avec beaucoup d’affabilité. Dans la splendeur des réceptions, dans le tumultle des fêtes, la nouvelle de cette entrevue risque de passer inaperçue parmi ceux qui l'apprennent à Moscou, parmi ceux qui la lisent à Paris: le fait est intéressant toutefois pour qui veut songer au passé qu'il résume, au présent qu'il éclaire, à l'avenir qu’il pré- pare. Le bon accueil qu'a reçu Mgr Agliardi consolide le rétablissement et consacre la cordialité des rapports de la Russie et du Saint-Siège. Rompus à la fin du pontificat de Pie IX, deux ohstacles de nature 556 REVUE ANGLO-ROMAINE différente et de différente valeur semblaient s'opposer à ce qu'ils fussent renoués un jour : les persécutions subies par les dissidents et les exagérations de la presse triplicienne, heureuse d'exciter les Polonais contre les Russes, soucieuse de séparer la Russie du Vati- can. L'envoi de M. de Boutenief à Rome par l'empereur Alexandre Il, en réponse aux félicitations qu'il avait reçues du pape lors de son vingt-cinquième anniversaire el le concordat du 24 décembre 1882 qui en fut la conséquence montrèrent que les persécutions religieuses n'élaient pas un empêchement invincible au bon accord et rétablirent, au moins pour la forme, les rapports. Ce fut le rôle d'Alexandre III de rendre effectives ces relations un peu théoriques. Les félicitations qu'il adressa au pape lors de son jubilé sacerdotal, l'envoi de M. Isvolsky à Rome au printemps de 1888 montrèrent que l'obstacle politique n'avait pas plus de force que l'obstacle proprement religieux el que la diplomatie française savait arrêter les intrigues de la Triplice et détruire l'effet de ses exagéra- tions. Depuis lors, les rapports sont devenus plus fréquents et plus cordiaux; avant le fait particulier que je rappelais au début de celte lettre, l'Encyclique aux Polonais, publiée en mars 1894 avec le con- sentement du gouvernement russe, n'est-elle pas une preuve écla- tante de la confiance qu'éprouve le tsar à l'égard du pape et des pacifiques intentions qui animent le pape à l'égard du tsar? On 2 pu croire et l'on a voulu faire croire que, depuis l'avènement de Nicolas II, la situation s'élait modifiée et que « les relations de la Russie et du Saint-Siège traversaient une période de fraicheur ». On se rappelait que le parti des diplomates enclins à la tolérance, comme le prince Lobanof, voyait son influence balancée par le parti des orthodoxes intraitables et des politiques apeurés, dirigés par le pro cureur actuel du saint-synode, M. Pobiédonotzef. On rappelait l'oukase du 15 mai 4895, qui faisait de la connaissance de la langue et de la littérature russes une condition nécessaire de l'ordination sacerdotaie el plaçait en fait les séminaires sous la dépendance des autorités civiles. On disait la campagne menée par le comte Schoz- valof contre les croix latines élevées aux carrefours des routes et les scènes regreltables auxquelles elle avait donné lieu, en Samogitie notamment. Dernièrement enfin, la question de préséance et les diffi- eultés qu’elle soulevait semblaient donner raison aux prophètes de mauvais augure. Autant que l’on peut en juger aujourd’hui, l'événement a trompé ces prévisions et déjoué ces espérances. Les difficultés qu'ont pu ren- contrer le cardinal Rampolla et M. Isvolsky n'ont pas troublé leur bon accord. Dans la question de préséance, les droits du Saint-Siège ont été formellement réservés et le pape s'est déclaré satisfait, La question des croix a reçu la solution qu'elle comportait : dans une lettre autographe remise à Léon XII au mois de mars, lorsque M. Isvoisky revenait de Pétersbourg, Nicolas II s'est rendu à ses prières : les autorités locales seront surveillées de plus près. Après Tolstoï, qui les a attaquées le premier, un livre récent — dont je CHRONIQUE 557

regretie de ne pouvoir donner ici le titre exact — a résumé les reproches dont on les poursuit en racontant leurs excès : ç'a été dans tout l'empire un immense mouvement d'horreur et de pitié; on espère que l'administration tiendra compte des prières du pape et des exigences de l'opinion. La question des séminaires n’est pas encore complètement résolue, mais l'accord est tout près de se faire. J'ai même lieu de croire que le tsar permettraitau Saint-Siège de donner une organisation ecclésiastique aux Arméniens et aux chrétiens-unis, sujets de son empire. C'est là un fait précis que l'on peut dès main- tenant annoncer; rapprochez-le de l'accueil qu'a fait Nicolas Il à l'envoyé de Léon XIII: n’aurez-vous pas une preuve nouvelle et non équivoque du bon accord qui règne entre Île lsar et le pape ? Cet accord n'est pas seulement intéressant en raison des consé- quences imimédiates qui en découlent; il l'est encore, il l'est surtout à cause des conséquences lointaines qu'il prépare. Si le pape catho- lique de Rome a tenu à prendre part aux solennités schismatiques de Moscou, c'est que les intérêts à venir de l'Eglise, et partant, les devoirs les plus impérieux de sa charge lui commandaient cette in- tervention. Plus encore qu'avec les autres souverains, il importe au Saint-Siège d'entretenir avec le tsar les plus cordiales relations; c'est de lui seul qu'on doit tout attendre; dans les discussions, le pape n’a pas avec lui des citeyens libres, maitres de leur bulletin de vote; il n’a, en face de lui, qu'un souverain absolu, chef d’Eglise, placé bien au-dessus des sujets qui lui obéissent et des fidèles qui le vénèrent. Esprit positif, Léon XHI tient compte de ce fait; il y adapte sa conduite, il sait, par des actes de haute courtoisie, faire agréer du tsar le ministère difficile qu'il doit remplir en défendant les intérêts des catholiques ; la cordialité des rapports qu'il entre- tient avec lui est, pour ceux-ci, aujourd’hui un motif d'espérance, de- main un gage de sécurité ; en la fortifiant avec soin,ilengage l'avenir. Peut-être est-il permis d'aller plus loin : en servant La cause de la paix religieuse en Pologne, Léon XII ne travaille-t-il pas aussi, en quelque manière, au grand projet qui lui tient au cœur ? La scission actuelle entre Rome et la Russie n’est qu'un état de fait ; comme l’a fait remarquer le Père Pierling, elle s’est produite « implicitement, sans secousse, sans motif apparent, en vertu de la soumission hié- rarchique au patriarche de Constantinople ». Depuis lors, l'Eglise russe s'est constituée en dehors du patriarche, maintenue dans le schisme pour des raisons politiques plutôt qu'y persistant pour des motifs religieux; aucun arrêt dogmatique n'a été formulé contre elle pour la condamner ; point ne serait besoin d'ouvrir un procès pour l'absoudre. A cet état de fait, pour qu’un autre puisse se substituer un jour, il est nécessaire que des rapports s'établissent entre les deux Eglises; il faut que Rome rapprenne son existence à ceux qui l'ont oubliée, il faut qu’elle se mêle à la vie russe, il faut qu'elle reprenne pied sur cette terre presque abandonnée par elle. Si l'union doit se faire, elle sera nécessairement précédée d'une période de rappro- 558 [REVUE ANGLO-ROMAINE chementet de mutuelles études; en inaugurant celle-ci, Léon XII a travaillé pour celle-là. D'autant que la résurrection de la vie romaine en Russie prendra une importance plus particulière, par suite une valeur plus précise. Le réveil de la théologie russe avec Khomiakof, s'il parait éloigner de Rome l'Église orthodoxe, l'y ramènera forcé ment. L'étude de l'idée d'Église, traitée par l'analyse ou par l'his toire, finit toujours par mettre en relief le caractère d'unité quil distingue et par jeter au premier plan toutes les questions qui sy rattachent. Voyez l'Angleterre : la cause profonde du beau moure- ment qui s'y développe n'est-elle pas précisément l'intensité de la vie théologique qui y règne? Voyez la Russie elle-même : n'est-il pas curieux que celui-là même qui a pris la plus grande part à cetie renaissance de la science religieuse se soil occupé dix années durant, de 1844 à 1854, du problème de l'union des Eglises ? Le jour où l'évolution interne de la théologie russe l'aura amenée à la critique de l’idée d'Église et à l'étude des questioas qu'elle soulève, sera-t-il indifférent que Rome soit encore inconnue des Russes ou qu'elle ait repris une place dans leur vie? EL voilà comment ces fêtes, glorifi- cation de l'orthodoxie autant qu’apothéose du tsar, peuvent servir les projets de l'impassible et tenace vieillard qui travaille au Vatican.

                   LIVRES ET REVUES


                    DE   HIERARCHIA AXGLICANA

                           Supplementum,

Nous reproduisons aux Documents les appendices d’une nouvelle brochure que vient de faire paraître le savant M. Lacey. Leur impor- tance n'échappera pas, er particulier, à ceux qui ont suivi de près la question des ordinations anglicanes. Nous aurons l’occasion de reve- nir et sur ces documents et sur la brochure elle-même.

                            LA QUINZAINE

La Quinzaine a publié dans son numéro du 1% juin un intéres- sant article de Mgr Bœæglin sur le cardinal Galimberti: nous en détachons le passage suivant :

Quand, au mois de juin 1893, le uonce de Vienne rentra à Rome pour recevoir la pourpre, les partisans de la Triple-Alliauce et de la conciliation entre la papauté et l'État italien le saluèrent comme le libérateur. Ssns son vouloir peut-être, ils le sacrèrent chef d'opposition. Cet empresse- ment fut une faute. Il semble étrange aujourd'hui qu'un catholique chair- voyant ait jamais pu fonder quelque espoir sur la Triple-Alliance, car, pour

1 Une brochure in-80 de 50 p. Paris, Oudin. LIVRES ET REVUES 559

le gouvernement italien, cet instrument diplomatique forme le boulevard de Rome capitale contre les revendications de la chrétienté. Les idées di- rectrices de Léon XIII répondent non seulement à une nécessité d'exis- tence, mais aux conditions actuelles du monde. Si, en effet, nous obser- voas l’état de l’Europe, nous constatons un large courant de sympathie envers le pontife de Rome et la majesté de la tiare. Sous la vigilante impul- sion de Léon XIII, la papauté est devenue, plus que jamais, le sensorium commune de l'humanité. Ce sentiment se manifeste partout: aux Etats- Unis comme en Hollande, en Russie comme en Angleterre et en France. H parait indéniable que seule l'AHemagne ferme son âme à cette lumière. Epuisé comme réservoir chrétien, le protestantisme germanique n’a plus assez d'idéalisme pour se reprendre aux nobles et pures aspirations de Rome vers l'unité. L’encyclique Præelara a fourni comme un baromètre pour cette observation. Saluée aux États-Unis et en Angleterre comme une charte d'ailiance possible, elle ne recueillit en Allemagne que froideur et dédain. Là ne sont donc pas les « impondérables! » avec lesquels la pa- pauté peut lier amitié en vue d’une œuvre de civilisation et d'expansion religieuse, Il y a barrière infrangible et non compénétration ou mutuelle assistance. Supposons un moment qu'un partisan de l'alliance avec l'Alle- magne montât sur le trône de Pierre. H n'aurait pas plutôt jeté un regard circulaire sur le monde, qu'il reprendrait le programme de Léon XIIE. On iguore, dans certains milieux, que la politique de Léon XII est devenue partie intégrante du patrimoine du Saint-Siège, parce que tous les pou- voirs inoraux subordonnent leurs maximes de gouvernement à un intérèt universel. Les adversaires de Léon XIIE out ensuite rangé le cardinal Galimberti parmi les chefs du parti de la conciliation entre le Quirinal et le Vatican. vi, l'erreur nous parait plus grossière encore. Ce h'est pas à l'heure pré- sente qu'il faut précher au Saint-Siège une telle abdicationu. Quand on a vu M. Crispi se cramponner, sous son dernier ministère, à cette planche de salut, lu lumière était faite. Deux conceptions se partagent sur ce point l'esprit des catholiques italiens, dont l'immense majorité, pourtant, par- tage les convictions de Léon XIII et du cardinal Rampolla. La première présuppose la possibilité, la nécessité même d’un accord futur entre la japauté et la forme actuelle de l'unité italienne. La seconde, appliquée par e pontificat actuel, exclut jusqu'à la possibilité d’une entente, aussi long- temps que Rome ne sera pas rendue au Saint-Siège. Jusqu'en 1847, Léon XIII avait consacré ses efforts persévérants à une entente loyale avec le Quirinai, mais ce travail d'approche démontra que compter sur une « conversion » de l'Italie officielle telle qu'elle est présentement cons- tituée, c'était se bercer de vains espoirs. Ceux qui, de l’autre côté des Alpes, se rangent parmi les «couciliateurs » contiuueront peut-être, sansle vouloir, la tradition gibeline, qui, on le sait, est une tradition tout en- semble antipontificale et autifrançaise. Les Gibelins, depuis Dante jusqu'à Gioberti, en passant par Machiavel et Alfieri, révent le réveil de l'antique Rome sous le sceptre à deux faces du Vatican et du Quirinal. Séduits par l'imagination prestigieuse de Gioberti, ils salucraient volontiers les « deux rives du Tibre comme l'ellipse du monde». Is confondent l'indépendance de la belle patrie italieune avec un système politique et une conception historique. Îls oublient que jamais la majesté de la tiare ne saurait s'abais- ser devant un modus tivendi sans découronner le premier louvoir moral du wonde, et provoquer dans la chrétienté une crise auprès de laquelle le schisme d'Occident ne serait qu'un simple épisode. Ils ignorent qu'une conciliation hybride marquerait l'isolement même de l'Italie en Europe, paree que, le jour où le l’ape et le roi s'uniraient, les puissances considé- reraient ce mariage politique comme une menace pour leurs droits et leurs intérêts. L'Italie elle-mème ue sera grande et forte que si la papauté

1 M. de Bismarck. ? Primalo civile e morale. 560 REVUE ANGLO-ROMAINE est complètement, « visiblement! » libre. Il y a dans la conception des « conciliateurs » une pensée haute et fière, un programme de domination et d'orgucil digne de ces génies si divers, Dante, Machiavel, Leopardi, Gioberti, qui l'ont immortalisée, Mais n'est-elle pas une chimére dange- reuse, contraire à la fois aux droits du ministère suprême, aux intérêts de la chrétienté, aux exigences politiques des rtats, et enfin, aux conditions de sécurité de la Péninsule ? Il serait fastidicux d'insister sur ce sujet: chaque jour apporte une déception aux partisans de la combinazione. Cette conception gibeline a un côté par lequel elle intéresse la France à un degré particulier. Cette école historique, malgré les sentiments d'équité ou d'amitié des meilleurs,a une aversion irréductible pour la France. C'est fatal : nous n'accusons pas les personnes, nous n'accusons que la logique d’un système. Ce système gibelin implique et entraine impitoyablement à lutte avec la France, L'histoire de l'Italie est l’histoire même de cette loi. Chaque fois que les Gibelins ont mis une main orgueilleuse aux affaires, ils ont combattu la voisine. Et, comme le disait Michelet?, « lorsque l'Italie veut faire la grande, lorsqu'elle s'extravase trop au dehors, elle crée sa ruine... L'Italie n'assurera son indépendance et ne restera forte qu'en regardant vers ses origines, vers le Midi, la Grande-Grèce. Du Nord ue Hu viendra que le fléau des invasions, ou le malheur plus grand, peut-être, D'UNE PROTECTION TYRANNIQUE. » M. de Bismarck lisait clairement dans cette âme italienne, et c'est lui qui, sous le second ministère Crispi, a donné à cette pensée gibeline tout son essor et toute son intensité. C'est lui qui a élargi le fossé entre lex deux nations; c'est lui qui, par ses journaux et sans doute par ses pro- messes, a fait miroiter aux yeux des Quirinalistes le fol espoir de remplacer un jour la France dans la direction des races latines. « C’est à l'Europe. dit Libri, à pourvoir par une politique prudente à la restitution des fron- tières naturelles de l'Italie; retranchés derrière ces remparts, nous dispo- serons alors d'une telle puissance défensive qu'aucun xtat ne sera tenté de nous attaquer. C’est alors que l'Italie, étant ce qu'elle doit être, pourra remplir sa mission. Pour accomplir leur rôle respectif, il est nécessaire que l'Allemagne et l'Italie soient toujours unies et que l'Italie soit désormai la modératrice du midi de l'Europe, comre l'Allemagne est la modératrice du Nord. » Ce sont ces faits moraux qui dominent toute l'histoire d'Italie. Parce que le cardinal Galimberti appartenait, par plusieurs côtés de sa nature, à l'école gibeline et conciliatrice, on l’accusait d'être gallophobe. Mais. chaque fois que, sur un ordre du Pape, il prenait la parole dans une con- grégation, il suivait Léon XIII. Par suite, la çà et là voté pour la France et avec les cardinaux favorables à la France. Mais, prisonnier de son parti. il représentait à Rome la pensée conciliatrice et la Triple-Aïliance. Cette école est définitivement vaincue. Avec tout son esprit, le cardinal Galimberti n'aurait pu galvaniser ce cadavre. La politique du Saint-Siège. la force des choses, l'expérience de vingt-cinq années, démontrent que la conception gibeline, désastreuse pour f'iutérêt italien, ne saurait jamais devenir partie intégrante du patrimoine de la papauté. Le prestige du Saint- Siège, comme la sécurité du pays, exige logiquement la reviviscence de à tradition nationale. Cette tradition s'appelle la liberté du Pape et la recons- titution de l’unité sur ses bases naturelles.

1 Discours de Léon XIII en 1888, 3 Rome, p. 164. DOCUMENTS

LE D° SANDAY ET LA RÉUNION DE LA CHRÉTIENTÉ

Le D' Sanday, professeur de théologie à Oxford, a prèché devant l'Université un sermon sur la « réunion ». En voici quelques extraits:

I nous est impossible de blâmer ceux de nos frères qui ont reçu les attaques avec fermeté, et qui les ont critiquées comme elles le méritaient. Il n'y à pas de doute que de tels actes agressifs ont encore lieu, notamment de la part de ceux qui sont nos compatriotes, même de là part de ceux qui étaient jadis nos coreligionnaires. Et quand le défi est porté, il ne faut pas qu'il soit ignoré, on nous jugerait peut- être par défaut. C'est là un devoir, mais c'est un devoir que nous 2'aimons pas; nous aimerions mieux nous détourner de ces atlaques, pour recevoir à plein cœur les chaleureuses et généreuses paroles, pleines de charme et si touchantes qui nous arrivent d’au delà des mers, de la part surtout du clergé de France, et pour recevoir l'affec- tueux et le paternel message du vénérable Pontifie lui-même. S'il ne nous est pas possible de nous rendre entièrement à l'invitation qu'il nous a adressés du moins pouvons-nous lui répondre dans un même esprit. Et celui-là serait un Anglais peu gracieux qui ne se glorifie- rait pas de croire que cette invilation a été complètement et digne- ment reçue en juste réciprocité par ceux de nos chefs qui ont pris la parole. (A la liste de leurs noms vient de s'ajouter un nom nouveau et illustre.) Je ne crois pas que l'histoire nous présente une occasion semblable. Jamais de telles démarches n'ont été reçues de part et d'autre d'une manière plus noble ou dans un esprit plus chrétien. Voici, en effet, la charité qui ne s'enîle point d'orgueil, qui n’est point dédai- gneuse,qui ne cherche pointses propresintérèts qui ne sepique paset ne s'aigrit point, qui ne pense point le mal, qui ne se réjouit point de l'injustice, mais qui se réjouit de la vérité. Tout en voyant ce beau spectacle offrons nos plus ferventes prières pour que le ton qui a été donné ne change pas, pour que les conférences qui s'établiront sans doute entre les Églises gardent la même note, et que nous- mêmes, individuellement, nous évilions autant que possible toute action de nature à créer une dissonance. Si ces prières sont exaucées il me semble secondaire de savoir si les efforts qui se font auront plus ou moins de succès évident. Pour moi je n'aitends pas voir de tels résultats visibles avant que bien des années se soient écoulées durant lesquelles les deux com- REVUE ANOLO-ROMAINE. — T, II. — 36 562 REVUE ANGLN-ROMAINE

munions auront subi maintes souffrances. Dans l'intervalle nous gagnerons beaucoup si, autant qu’il nous sera possible, nous nous abordons mutuellement en chrétiens. Le désir ardent pour la réunion dont nous, voyons tant d'indices, n’est point un simple accident des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. Ce désir loin d'être une chimère est enracint profondément dans les tendances de l’âge où nous vivons. Nos divi- sions datent, plus ou moins définitivement, du temps de la réforme. Comparons l'état des esprits d'aujourd'hui avec celui des esprits ‘d'alors, et nous verrons Le changement opéré. Alors, tout tendait à des divisions et à des subdivisions infinies; aujourd'hui, on cherche plutôtà reconstruire et à réorganiser. Parler ainsi n'est pas condamner la réforme. Le balancier histo- rique à un mouvement oscillatoire; cependant, c'est toujours Dieu qui le tient en sa main, et si nous ne pouvons pas nous rendre compte de toutes ses intentions, du moins pouvons-nous en aperte- voir quelques-unes. Au temps de la réforme les esprits se réjouissaient de la liberté nouvellement conquise, même nous pourrions dire que leur joie était bruyante. La Bible venait d'être découverte de nouveau pour ainsi dire. On commençait à l’éludier dans les langues primitives. Elle semblait porter une nouvelle signification. Le monde avait de vives espérances qu'enfin le mystère de sa raison d'être se manifesterait. De part et d'autre quelque explorateur plus vigoureux et plus Aardi que ses confrères criait Euréka! Et bientôt il assemblait auprès de lui des disciples. Les hommes d'alors avaient le courage de leurs convictions, et ils les poursuivaient en aveugles jusqu'à la fin. Ils n’hésilèrent pas a en tirer les conséquences logiques. On vit naître de nouvelles sociétés dont chacune se croyait être la dépositaire de quelque doctrine nouvelle et extraordinaire. On ne peut dire que les espérances d'alors aient été entièrement justifiées. Déjà, on commence à voir que la vérité est une chase plus grande et moins individuelle. Nous en voyons les traces plus ou moins claires, mais les hommes ne sont plus aussi cos- vaincus qu'ils l'étaient jadis, de la posséder entièrement, chacun pour soi. En jetant un coup d'œil en arrière sur ces luttes et ces controverses de la Réforme, il nous est impossible de ne pas voir, à l’aide d'une science plus complète et plus réfléchie, que les réfor- mateurs allèrent plus loin qu'il n'était nécessaire. Les différences en fait de doctrine et d'usage qui paraissaientalors si tranchantes, le paraissent bien moins aujourd’hui. Des doctrines orthodoxes st défendaient par des arguments que le monde reconnaitrait aujour- d'hui comme exagérés. Les sectes qui les soutenaient avec le plus d'énergie, ont reculé au fur et à mesure; elles prennent rang parmi tous les autres chrétiens sensés. Nous constatons que la lutte étail. du moins en partie, une lutte de mots plutôt que de choses réelles. On employait les mêmes mots en leur donnant des sens différents, par exemple, les mots Justification et Sacrifice, et les vérités LE DOCTEUR SANDAY ET LA RÉUNION DE LA CHRÉTIENTÉ 563

qu'on accusait telle ou telle secte d'ignorer, restaient implicitement ou explicitement en quelque autre partie de son système. Qu'on ne prête pas à mes paroles un caractère d’optimisme qui donnerait à penser que je crois toutes nos différences de l'époque de la Réforme disparues et que j'ignore les obstacles nouveaux. Cependant, j'ose le dire, si on pouvait constater la croyance de tout le corps véritablement chrétien, c'est-à-dire, de tous ceux qui se fondent sur une croyance entière en Notre-Seigneur Jésus-Christ, on trouverail, j'en suis bien convaincu, bien des points sur lesquels on pourrait s'accorder, tandis que bien d’autres, sur lesquels on pourrait avoir des opinions différentes, ne présenteraient plus de raisons capables de nous séparer. Les conditions des problèmes qui occupent les pensées de l'homme chrétien commencent à se faire mieux comprendre. Déjà on aper- çoit quels problèmes sont susceptibles de solution, et quelles limites is nous imposent. Graduellement, nous voyons s'ériger un tribunal supérieur à nos différences confessionnelles, et il se prononce des jugements qui sont indépendants de nos opinions. C'est un signe remarquable de ces nouvelles tendances, que l'Université de Cam- bridge ait demandé à conférer ses plus hautes distinctions à quatre des plus éminents théologiens du continent, deux Français et deux Allemands, dont un est catholique romain. Nous autres de l'Univer- sité d'Oxford, nous portons envie à notre sœur de la belle et coura- geuse pensée qui a inspiré cet acte. Elle nous rappelle le fait que le monopole d’une science orthodoxe n'appartient pas à un corps con- fessionnel plus qu’à un autre. Il n’existe pas non plus un corps reli- gieux qui soit vraiment hostile à l'esprit scientifique et critique. Nous sommes disposés à nous estimer avec trop de vaine complai- sance et à oublier les magnifiques services que l’Église romaine a rendus dans les parties les plus sérieuses des études sacrées. Assu- rément nous n'avons pas l'intention de souscrire à toutes les conclu- sions auxquelles ces théologiens distingués auront pu arriver dans leurs études individuelles. Il faut que l’examen se prolonge et que nous y portions tout le soin possible. Déjà cet examen se fait, et presque tous les jours un nouvel tfem se trouve ajouté à la masse de doctrines définitivement établies. Connaître est une chose, savoir ce qui peut être connu en est une autre. Sans doute, il nous reste en- core bien du terrain à exploiler, mais déjà, de part et d'autre, nous croyons apercevoir l'aube qui précède le jour. Par exemple, il reste encore sur le terrain historique plusieurs oppositions tranchantes, heureusement les voyons-nous se dissiper peu à peu : au fur età me- sure que la connaissance historique s'accroît, la balance s'établit et la justice se fait. De plus, et voici qui n'est guère d’une moindre im- portanee, quand les matériaux nous manquent, nous nous en rendons compte, et nous voyons qu'il nous est impossible d'arriver à tirer de conclusions positives. Le résultat de tout cela sera sans doute que l'opposition acharnée des opinions contraires cessera, et, qu'à sa place, viendra une connaissance assurée de certains points, et une 564 REVUE ANGLO-ROMAINE

certaine diversité d'opinions sur d’autres; en même temps, on verra que ces différences sont inévitables, peu importantes, n'offrant point de juste raison pour la malédiction et l’inimitié. Une conclusion pratique nous fait surtout impression par rapport à ce sujet. Il est désirable que nous cessions autant que possible da faire de a polémique. En cessant de nous baïtre nous ne per- drions pasgrand'chose puisque la meilleure polémique est celle qui a pour but d'établir définitivement notre propre croyance. En pre- portion que cette croyance est solidement établie, à mesure qu'elle nous aide à régler tout le reste de la pensée et de la vie humaine, elle établit l'unique terrain sur lequel nous puissions nous rencontrer. Or, s’il est à désirer que nous évitions de faire dela polémique, il est absolument nécessaire que nous évitions de faire du prosélytisme, ou de nous mêler ancunement des arrangements internes d’autres communautés chrétiennes. Heureusement, cetle maxime se fait déjà bien reconnaître dans la conduite que nous sui- vons relativement aux Églises d'Orient. Elle forme la base définitive de plusieurs de nos sociétés dont une a été fondée expressément pour diriger vers cebut la politique générale des membres de l'Église gnglicane. Dans les circonstances où les Églises d'Orient réclament notre secours, nous le donnons autant qu'il nous est possible ; mais il nous semblerail malfaire de nous imposer. Nous trouvons encore plus blamable de chercher à entrainer les membres des commu- nautés chrétiennes dont l’histoire remonte à des temps plus reculés que notre origine. Il est bien à désirer que ce principe déjà fort répandu devienne universel. Ce principe ne doit pas être pratique seulement en Orient. . . LA DESCRIPTION DE L'ORDINAL ANGLAIS

                 PAR LE CARDINAL POLE

H y à quelques mois, un écrivain du Table rapportait qu'une des- cription « complète et précise » des rites anglicans de l’ordination existait dans les archives du Vatican. Il supposait que ce document avait été envoyé à Rome avec l'ambassade de 4555, et en tirait la conclusion que Paul IV l'avait eu sous les yeux quand il écrivit la bulle si controversée Prerlara charissimi, et qu'en conséquence il avait décidé que les ordinations anglicanes élaient invalides. Je n'ai pas l'intention de revenir encore sur la question de l'interprétation de vette Bulle, mais je pense que les lecteurs du Guardian pourraient être satisfaits de voir reproduire le texte de cette description, précédé de quelques reinarques en guise d'introduction. Cette description est contenue dans une collection de pièces très diverses réunies en un volume, sous le litre de Nunzialturain Inghillerra 8,qui toutes, sauf peut-être la copie en italien dutestament de Henri VIII, appartiennent à l’époque de la légation de Pole. Elle est intéressante pour deux motifs : d'abord en raison de ce qu'elle con- tient ou plutôt de ce qui y est omis, et en second lieu à cause de cer- taines indications relatives à sa date.

  1. 1l est évident que l'écrivain du Tablet qui nous parle de cette des- cription comme étant « complète et précise » ne l’a jamais eue sous les yeux. La substance seule du rite y est franchement donnée, toute matière subsidiaire étant omise, On doit interpréter celle expression de « substance » assez largement, puisque les serments sont donnés au complet. Pole était évidemment intéressé à ceux-ci. Il n'est pas du tout surprenant qu'il ait jugé inutile d’y joindre les priè- res, puisque à cette époque l'essence du rite était indubitablement censée reposer sur la formule impéralive; mais nous avons rarement trouvé les prières reléguées à un rang si subalterne. 1l est une autre omission d'une importance plus grande. Pole nous représente le premier et le second Ordinal comme étant le même substantielle- ment. Cependant la Porrection des Instruments conservée dans le pre- üier fut retranchée dans le second. Pole ignore ce changement. II] est par conséquent difficile de supposer qu'il ait regardé cette cérémonie comme une partie essentielle de l'ordination.
  2. L'hypothèse que cette description fut envoyée à Rome en 4555, ne peut, il me semble, supporter l'examen. Il en existe deux copies d'écritures différentes et rédigées toutes deux en italien sur du fin papier d'Italie. L'une porte l'empreinte des armes des Piccolomini; l'autre un filigrane queje vais décrire pour le cas où quelqu'un arri- 566 REVUE ANGLO-ROMAINE

verait à le reconnaître. Dans un cercle se trouve une oïe, un Glom- bard, et au-dessus un D du même caractère. Aucun des deux pa- piers n'a été plié et ne laisse supposer qu'il ait été envoyé comme dépêche. La seconde copie, paginée 404, mérite un examen attentif. Elle est écrite sur un assemblage de deux feuilles in-folio. La description va du recto d'une feuille au recto de l'autre. Le versa de la seconde feuille porle le commencement d'un autre document écrit de la même main. C'est une version italienne de la proclamation faite au nom de Jane Grey « Proclama della Regina Janna, figia del Duca di Suffolch. » Au bas de la page est écrite la réclame; maisil n'ya rien de plus. Les quatre autres pages restantes sont blanches. La Proclamation fut sans doute continuée sur d’autres feuilles réunies à celle-ci et qui ont été perdues. Comment expliquer la présence ici de ce document? La pièce suivante contenue dans le volume est une autre copie de la même tra- duction italiennne de la Proclamation, écrite par une main italienne sur du gros papier; ce papier qui a été plié et cacheté a été sali dans la transmission. Je n'ai pu reconstituer la devise du cachet avec les fragments de l'empreinte. Le papier a évidemment été envové par Pole et une copie officielle a dû en être faite pour servir à Rome. Puisque la description des Ordinations fut copiée à la même époque, il en résulte nécessairement qu'elle a dû être envoyée par Pole dans le même paquet de dépêches. Mais quand l'envoya-t-il ? Une copie de la Proclamation de Jane Grey n’a guère pu être envoyée que lors des premiers mois du règne de Marie. La description des Ordinations a donc été envoyée à la même époque. De ceci une conclu- sion importante s'en suit. Pole avait reçu ses pouvoirs de Légai de Jules LT par une bulle du mois d'août 1553. Ces pouvoirs furent jugés insuffisants : car ils ne lni permettaient d'entrer en rapport qu'avec les évéques et les prêtres ordonnés avant le commencement du schisme. En conséquence, il demanda des pouvoirs plus étendus qui ini furent conférés par un Bref daté du 8 mars 1554. Ce bref contenait une phrase qui a beaucoup embarrassé les commentateurs. Le Pape autorise Pole à se montrer indulgent envers ceux qui avaient été ordonnés « non servata forma ecclesiæ consueta ». On a souvent émis la supposition que ces paroles pouvaient faire allusion à l'Ordi- nal d'Edward. Cette conjecture devient une certitude quand noustrou- vons que Pole avait déjà envoyé au Pape une description de cet Ordi- nal, ou de ce qu’il supposait en être les parties essentielles. À une époque remontant aux premiers mois du règne de Marie, probable- ment au temps où il était en instance pour obtenir l'extension de ses pouvoirs afin qu'il lui fût possible de traiter des ordinations schis- matiques, Pole avait envoyé à Rome une description de l'Ordinal. Le Pape répond en l’autorisant à reconnaitre les ordres qui avaient été conférés sous une forme autre que la forme accoufumée de l'Eglise. Je ne vois qu'une conclusion possible. Jules IT approuva formelle- ment l'Ordinal anglais dans la forme en laquelle il lui fut présenté, et qui est la suivante: +

DESCRIPTION DONNÉE PAR LE CARDINAL POLE DE L'ORDINAL ANGLAIS 9567

          FoRMA ET RATIO FACIENDI ET CONSECRANDI

Episcopos, Presbyteros, et Diaconos, quæ cum prius alio in libro edita foret, nunc alicubi est reformata : cuius substantia hic solum ponitur, et omittuntur preces, psalmi, interrogationes, personarum probationes, et alia quæ conveniunt.

Jusiurandum ïin Regis Primatum quod ordinem accepturi coram Prtælalo sedenti in Cathedra iurare debent antequam legatur Evangelium, Ego N, ex hac die penitus renuntio, reiicio, desero et relinquo Episcopum Romæ et eius auctoritatem, potestatem.et iurisdictionem: et nunquam assentiar, aut cum aliquo conveniam, ut episcopus Romæ usurpet, exerceat aut habeat aliquod genus auctoritatis, iurisdictionis et potestalis, intra hoc Regnum, aut aliam Regis nostri dictionen ; sed huiusmodi rei obstabo omni tempore et omni conatu, et de hac die volens admitto, approbo, et suscipio Regiam Maiestatem solummodo esse supremum caput in terris ecclesiæ Anglicanæ; et omni consilio et conatu absque fallacia, fraude, aut alia minus debita ratione volo observare, custodire, asserere, et defendere omneimn vim et sententiam omnium et singulorum actorum et statutorum facto- rum, et faciendorum intra hoc Regnum, ad abrogandum, eradican- dum, et abolendum episcopum Romæ, et eius auctoritatem, et ompium aliorum actorum, et statutorum factorum aut faciendorum, ad confirmandam, et corroborandam Regis potestatem, ut supremi capitis in terris ecclesiæ Anglicanæ., Et hæc præstabo contra omne genus hominum ecuiuscumque status, dignitatis, gradus, aut condi- tionis sinl ; et nullo pacto faciam aut attentabo, nec pro viribus patiar fieri aut attentari, directe vel oblique, clanculum aut aperte, quic- quam ad impedimentum, obstaculum, detrimentum, abrogationem eius quod dictum est, aut partis alicuius ex eo aliqua ratione, colore, aut prætextu. Quod si quod iusiurandum fiat aut factum iam sit per me alicui homini ad favendum, conservandum, defendendum Epis- copum Romæ, aut eius auctoritatem, iurisdictionem et potestaiem, illud ego reputo ut vanum et cassum, ita me Deus adiuvet per Jesum Christum. Episcopus Diaconorum capitibus manum imponens singulisdicet : Accipe auctoritatem exequendi officium Diaconi in ecclesia Dei tibi commissa, In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, ete. Postea dans unicuique illorum Novum Testamentum, dieet: Accipe auctoritatem legendi Evangelium in Ecclesia Dei, et illud prædicandi, cum ad id rite missus fueris, ete... Episcopus cum Presbyteris præsentibus imponet manus capitibus singulorum, qui genuflexi dignitatem presbyteri accipient episcopo dicente : Accipe Spiritum Sanctum : quorum peccata remittis, remissa sunt: quorum peccata retines, retenta sunt: et sis fidelis dispensator verbi Dei, et suorum sanctorum sacramentorum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, etc. Deinde Episcopus singulis tradens Bibliam dicet: Accipe auctoritatem prædicandi verbum Dei, et ministrandi sacra sacramenta in congregatione, ad quam eris vocatus, Archiepiscopus petet Regis mandatum ad episcopum inauguran- dum, et iusiurandum pro Regis primatu exigitur et a Diacono el RS

568 REVUE ANGLO-ROMAINE Presbytero ; sed Episcopus insuper iurabit obedientiem Archiepis- copo his verbis : In Nomine Domini, Amen. Ego N. Electus episcopus Ecclesiæ N, profiteor et polliceor omnem debitam reverentiam, et obedientiam Archiepiscopo, et Metropolitanæ ecclesiæ N. et eius successoribus. Ita me Beus adiuvet per Iesum Christum. Sed cum ordinabitur ipse Archiepiscopus, cum omnia alia fiant quemadmuodum pro episcopo, hoc iusiurandum omittitur. Archiepiscopi sedentis verba : Fraier, quoniam Sancta Scriptura, et veteres Canones iubent, ne cui cito manus imponamus aut admittamus, ad gubernandam con- gregationem Christi, qui eam sibi redemit non minori pretio quam effusionis sanguinis sui, antequam te admittain ad hanc adniinistra- tionem ad quam vocaris, ex te quæram plerosque articulos, ut præ- sens congregatio habeat experimentum, et ferait testinionium, qu animo sis præditus, ut te geras in Ecelesia Dei, — Sequuntur in libro interrogala, quæ omittimus. Archiepiscopus Episcopique præsentes manus imponunt capiti electi episcopi, Archiepiscapo dicente : Accipe Spiritum Sanctum, et memineris ut excites gratiam Der. quæ est in te per manuum impositioner, non enim dedit nobis eus spiritum timiditatis, sed potentiæ, dilectionis, et sobrielatis. Tunc Archiepiscopus dabit illi Bibliam, dicens : Attende lectioni, exhortationi, doctrinæ, ac meditare quæ in ho libro scripta sunt, ut tuus profcctus, qui inde erit, manifestus sit omnibus hominibus. Attende tibi ipsi et doctrinæ : persiste in his, nam si id feceris te ipsum servabis, et eos qui te audierint Sis gregis Christi Pastor, non lupus: pasce illum, ne devores : sustine intirmos, sana ægrotos, colliga confractos, reduce eieclos, quære perditos. Ha- sis misericors, ut ne sis nimis; sic disciplinam exigas, ut non obli- viscaris misericordiam : ut cum suimmus Pastor venerit, accipias incorruptibilem coronam gloriæ per lesum Christum Dominum Nos- trum. Ainen,

        Orationes in Ordinationibus Anglicanis udhibitee.
                        Pro Diacenis.

Omnipotens Deus qui divina providentia tua varios ministrorum ordines in ecclesia constiluisli, et sanctos Apostolos Luos inspiratione tua docuisti in Diaconorum ordinem S. Slephanum protomartyrem cum aliis eligere; respice propitius los famulos tuos, in idem oh cium et ministerium lam vocatos; et cos doctrinæ tuæ veritateel vitæ innocentia ia adimple, ut tam ore quam bono exemplo tibi hoc efficio fideliter deserviant, ad glorian nominis tui, atque ad com- modum congregationis; per merita Salvatoris nostri Iesu Christi, qu tecum vivit et regnat, in unilate Spiritus Saneti nune et in omnia sæcula sæculorum. Amen. Pro Presbyteris. Omnipotens Deus, omnium bonorum dator, qui per Spiritum Sant- tum tuum varios Ministrorum ordines in ecclesia constituisti : Respice propitius hos famulos tues, in officium Sacerdotii iam vocatos : et eos doctrinæ tuæ veritate et vitæ innocentia ita adimple, ut tam or quam bono exemplo tibi in hoc officio fideliter deserviant, ad glorism lui nominis, et ad commodum congregationis tuæ; per merita Sal- DESCRIPTION DONNÉE PAR LE CARDINAL POLE DE L'ORDINAL ANGLAIS 569

vatoris nostri lesu Christi, qui tecum vivit et regnat in unitate Spi- ritus Sancti, per omnia sæcula sæculorum. 4men. Omnipotens Deus, Pater cælestis, qui ex infinita tua caritate et bonitate erga nos dedisti nobis unicum et dilectissimum Filium tuum Jesum Christum, ut sit Redemptor noster, et auctor vitæ sempiternæ; qui post redemptionem nostram morte sua perfectam, et ascensio- en: suam in cælos, dimisit in mundum Apostolos suos, Prophetas, Evangelistas, Doctores, et Pastores : per quorum laborem etminis- terium in omni regione mundi magnum gregem collegit, quo Nominis sancti tuilaus æterna celebraretur : Pro his tantis æternæ tuæ boni- tatis beneficiis, et propterea quod hos præsentes famulos tuos vocare dignatus es ad idem officium et ministerium in salutem humani generis institutum, gratias tibi ex animo referimus, laudamus et ado- ramus te : suppliciter rogantes per eundem Filium tuum, ut omnibus aut hic aut alibi nomen tuum invocantibus tribuas gratum tibi animum pro his et ceteris beneficiis tuis exhibere, et in cognitione et fide tui et Filii tui per Spiritum Sanctum quotidie crescere et pro- ficere : adeo ut tam per hos ministros tuos, quam per eos super quos constituti fuerint ministri, sanctum Nomen tuum in æternum glori- ficetur, etamplificetur benedictum regnum tuum ; per eundem Kilium tuum lesum Christum Domintim nostrum, qui tecum vivit ct regnat in unitate eiusdem Spiritus sancti, per omnia sæcula sæculorum. Aien.

                        Pre ÆEpiscope.

Omnipotens Deus, omnium bonorur dator, qui per Spiritum Sanc- tum tuum varios ministrorum ordines in Ecclesia tua constituisti : Respice propitius hunce famulum tuum, ad opus et ministerium Epis- copale nunc vocatum : et eum doctrinæ tuæ veritate et vifæ inno- centia ita adimple, ut tam opere quam ore tibi in hoe officio fideliter deserviat ad gioriam tui Nonunis, et ad commodum congregationis luæ; per merita Salvatoris nostri Icsu Christi, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti, per omnia sæcula sæculorum. Amen. Omnipotens Deus, Pater miseritors, qui ex infinita bonitate tua dedisti unicum et dilectissimum Filium taum lesum Christum, ut sit Redemptor noster, et auctor vit sempiternæ : qui post redemp- tionem nostram morte sua perfectam, et ascensioncm suam in cælos, dona sua super homines abundanter effudit, faciens quosdam Apos- tolos, quosdam autem Prophetas, alios vero Evangelistas, alios autem Pastores et Doctores, ad æditicationem et consummationem congregationis suæ: Da, quæsumus, eam gratiam huic famulo tuo, qua semper paratus sit ad evangelizandum bona tua, ad prædican- dum reconciliationem : et potestate quam tribuis non in destruc- tionem, sed in salutem, non ad iniuriam, sed ad auxilium ulatur : quatenus, ut fidelis servus et prudens, familiæ tuæ dans cibum in tempore opportuno, in gaudium tandem suscipiatur; per lesum Chris- tum Dominum nostrum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. Amen.

                                  {Extrait du Guardian.)

CONCILE DE MAYENCE DE 1549

Concilium Provinciale Moguntiæ habitum est mense Maio 158, præsidente archiepiscopo Sebastiano von Heussenstamm. Acta Cor- cilii mense Septembri eiusdem anni Moguntiæ vuigata sunt, quibus accessit Znsfifutio ad Pielulem Christianam in Concilio Prorüuiak pre missa. Librum habet Bibliotheca Casanatensis. In Concilio promulgata est Mefhodus de Doctrina Christiana, que sequentia habet. Car. XXXV, De Sacramento Ordinis. Foi, IX a. In collatione Ordinum, quæ cum impositione manuum, velut vist- bili signo, traditur: doceant, rite ordinatis gratiam divinitus cos- ferri, qua ad ecclesiastica munera rite et uliliter exercenda apti et idonei efficiantur, et qua rata sint et efficacia, quæ a rite ordinalis in Ecclesia iuxta Christi et Ecclesiæ institutionem geruntur, elc.

              Excerpta ex Jnstitulione ad Pietatem.
               Car. De Forma Sacramenti Ordinis.
                         Fol.    COXXI b.

Episcopus igitur in conferendis Ordinibus, ad supradictas Domini promissiones et mandata attente respiciens, tali verborum form utitur, qui ad promissiones huiusmodi et mandata quan prexime accedit, eaque proprie et diserte exprimit. Traditurus enim Ordinrm Sacerdotalem, Accipe, inquit, Spiritum Sanctum, quorum remiseris peccata, remittuntur eis, el quorum retinueris, retenta sunt.Simililer in aliorum omnium Ordinum collatione ex ipso Ordinationis ritu per instrumenti traditionem, et verborum cerlam formam, functionen unicuique Ordini ex Christi et Ecclesiæ institutione competentem clare exprimit. Car. De Materia seu Elemento Sacramenti trdinis. Foll, CCXXHI, CCXXIV. In Ordinibus maioribus, Diaconatu et Presbyterio, internæ viriulis et gratiæ accipiendæ externum signum et sensibile elementum adhi- betur manuum impositio, quam ex Apostolica traditione descendert diserte Lucas in Actis Apostolicis testatur cap. 6, 43, 14. Ad hunt autem externum manuum impositionis rilum, in verbo Dei et oratit- nibus exhibitum, internam et spiritalem gratiam consequi, quæ in ministerio ordinati efficaciter operetur, et ad suscepti muneris execu- tionem reddal idoneum. aperte Paulus indicat. Noli, inquiens, negli- gere gratiam, quæ data est tibi per Prophetiam cum imposition" manuum Presbyterii. Et, ut resuscites gratiam Dei quæ in te est per impositionem manuum mearum. | Designat autem impositio manuum in ordinando operum Sanclt Spiritus resuscitationem, siquidem in digitis diversa Spiritus Sanct dona indicantur : manus autem operationem significant. Unde innui- tur, ordinatum diversis Spirilus Sancti donis impleri, quæ eum ad diversas Ecclesiastici muneris functiones rite et utiliter obeundss efficacem et idoneum reddant. Ambrosius mysierium impositionis manuum sic explicat. Manu: impositionis verba sunt mystica, quibus confirmatur ad opus electus, CONCILE DE NAYENCE DE 1349 574

accipiens ‘potestatem teste conscientia sua, ut audeat vice Domini sacrificium offerre Deo. Et idem, Homo imponit manus : Deus largi- tur gratiam. Sacerdos imponit supplicem dexteram, et Deus bene- dicit potenti dextera. Episcopus initiat Ordinem, et Deus tribuit dignitatem. Itaque sicut in Baptismo aquæ infusio ritus est divinitus approba- tus, aptam significationem habens, ad certificandam baptizati con- scientiam de interna animæ purgatione, et ablutione omnium sor- dium spiritualium, ita in Ordinis Sacramento manuum impositio ritus est, in Scripturis approbatus, aptam significationem habens ad certificandam ordinati conscientiam de dono Dei, ad ædificationem Ecclesiæ pro utili et efficaci muneris in Écclesia gerendi executione, sibi collato. Ad initiationem Sacerdotum, præter impositionem manuum, etiam Unctio adhiberi solet: cuius usus et propter vetustatem suam, et propter mysterium aptamque significationem, omnino in Ecclesia retinendus est. Ritus erat legis veteris, ut in eo populo, ex quo Christus erat nasciturus, Reges et Sacerdotes oleo unguerentur. Hanc unctionem Christiana Religio {cum cæteras legis istius antiquæ cæremonias, quæ futurorum significationem continebant, superve- niente veritate reliquerit) propter niysterium retinuit, multiplicemque in novo populo Ünctionem exercet. Unguuntur singuli, Confessionem Christiani nominis in myslerio Baptismi suscipientes, ut quemadmo- dum Christus ab Unctione nomen habet, eo quod unxerit eum Deus præ participibus suis : sic ipsi quoque accepta Unctione, esse uncti Dei, Christique nominis participes fieri, et eius in se gratiam habere possint. Unaguuntur inchoaturi vitam Christianam, quasi Athletæ Domini, euius bella adversus Diaboli phalanges et seculi huius insi- dias pugnaturi sunt. Unguuntur in progressu vitæ ad robur et con- firmationem, ut omnis divinæ virtutis ef gratiæ perfectionem et com- plementum accipiant. Unguuntur in exitu vitæ, ut tunc ex infirmitate æger animus fiducia et consolatione erigatur, ne bravium illud, quod in vitæ cursu tenuerunt, in fine amitlant, et ne fructu fidei suæ, animarum salute, despolientur. Præter has Unctiones Christianis omnibus communes, singulari quadam Unctione initiat Sacerdotes suos Catholica Ecclesia, in signum sacrationis et excellentis potestatis, quam eis ad solvenda ligandave peccata hominum Christus tradidit, ut sint Reges et rectores in populo Deiad ædificationem Ecclesiæ, etut ex Unctione admoneantur se gratiam consecrandi accepisse, et charitatis opera debere exten- dere ad omnes. Huius autem Sacerdotalis Unetionis usum non Romana solum, sed Græca etiam Ecclesia ab ipsis Apostolorum tem- poribus tenuit, cuius meminit Theophylactus. Omnis finquit) cuicum- que concredita est præsidentia, etiam si indignus fuerit, donun babet ex Unctione. id quod magnum divinæ misericordiæ est Sacra- mentum. In reliquis Ordinibus pro Elemento sunt instrumenta quæ pro Ordinis varietate Episcopus singulis porrigens, simul admonet eos, ut in suscepto munere rite et diligenter ministrare sollicite eurent. Ex ipso autem instrumento quodammodo ordinandus intelligit quæ sint futuræ suscepti Ordinis partes et officia. Oratio autem in singulis Ordinibus recitatur ab Ordinatore, qua officia eius Ordinis commemorat et simul Deum rogat ut in obeundis 57% REVUE ANGLO-ROMAINE

officiis ad ædificationem Ecclesiæ suæ ordinatis per gratiam suam benignus et ellicax assistere dignetur. Tondentur etiam ordinandi, quem ritum ab Apostolis introduetum Rabanus enmimemorat, ut tonsi formam et similitudinem Chrisi spinis coronati in capite præ se ferrent, el simul per Tonsurama plebe discernerentur. Similiter per Tonsuram sicut per Unctionem regalis dignitas in Sacerdotibus designatur. Nudatum etiam a suprema parte caput innuit ministros Ecclesiæ a se abiicere idebere. quæcunque animum ad divina se erigentem deprimere et impedire solent. Car. De Presbuyteris. Fol. cexxx b.

Horum ofliciorum Episcopus in ordinatione futuros sacerdotes verbis admonet. Qui ordinandi estis Presbyteri :inquiens) offerre vos oportet, baptizare, prædicare, et bonis operibus ac Dea placitis undique redundare. Ët insuper variis ritibus adhibitis, traditisque diversis instrumentis, quæ sint eorum munera insinuat. Principio enim manus capitibus esrum imponens, gratiam absolu- tionis, el potestatem remittendi ac retinendi peccata eis impertitur. Quorum vemiseris peccata {inquit; remittuntur eis. Deinde stolan utrique humero aptans, super pectore in modum cerucis extendit: innuens eos suavi iuge Domini submitti debere, et contra omnen mundi casus corda præmunire, ne aut prosperis extollantur, aut is adversis animum despondentes concidant. Et casula eos convestiens admonet ut charilatem exerceant in omnes. Post iæc manus earum inungit, ut inlelligant sibi concessam esse gratiam consecrandi. Demum Calicem et Patenam liostia superposita offerens, potestatem tradit offerendi Deo hostiam sanctam et placabilem pro totius Écclesitæ incolumitate.

   EXTRAITS            DE LA CORRESPONDANCE
                     DE Ms NICOLO ORMANETO
                          NONCE APOSTOLIQUE

          A LA COUR DE PHILIPPE I1 ROI D'ESPAGNE !


   IMPRESA D'INGHILTERRA. GIUniz10 SüLLA BozLa nt Pro v.

ESTRATO DI UNA CORRISPONDENZA DEL NUNZIO AL SEGRETARIO DI STATN

Credo similmente che Francia habia l'occhio a questo Regno et forse per il fralello per maritarlo con la Regina di Scotia, con dispen- satione apostolica, ina questo suggetto patisce assai per li suspeili che egli ha daio in Francia ne le cose passate, si come V.S. If” ne deve essere assai informata che qui si procedesse a la restitutione de la Religione Cattolica in quel Regno, con assicurarsi di ur buon Re Cat® el mezano, poca diferenza sarebbe che questa impresa S facesse per Spagna o per Francia. Sono andato considerando che il Duca di Savoia restato hora senza moglie potrebbe forse essért buon suggelto per questo Regno maritandolo con la Regina di Sc potendo esser confidente a l'uno et al'altro di questi Principi, €! 1 Cf. Moxstaxon Nicot.o Ormanero, par le P. Francesco M. Canin, S. d. Broch. in-8°, 140 pp. — Roma. EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DE MGR NICOLO ORMANETO 973 LL]

essendo stata altre volte questa consideratione di maritarlo con la presente Regina fin quando viveva la Regina Maria Santa. Don Gio. d'Austria ancora sarebbe stato à proposilo quanto a la Religione et contentio dgli Inglesi Cat°' con comodità de la impresa quando fosse venuto in Fiandra come era disegnalo nel principio, et come forse ancora sidisegna hora se non fussero li gran bisogni di Africa, perchè con lui si acquietarebbono assai le cose di Fiandra, volendo quelli paesi un huomo del sangue, et con queste comodità potrebbe atten- dere à la cosa d'Inghilterra; ma à la satisfattione de Francesi non potemo crederlo ragionevolmente, Parlando io questi di con S. M‘ di queste materie, et massima- mente de le cose di Hirlanda, et dicendomi $S. M'* che quel Regno dispendeva assai da la Sede Ap°* risposi che ancora Inghilterra aveva gran dipendeva, et che io haveva visto molte scritture pertinenti a questo, et discorrendo sopra la privatione che Pio V haveva fatto del Regno di Inghilterra in persona diquesta Donna per essere heretica, dissi che é vero, che la privatione era del Regno d’Inghilterra,et non d'Hirlanda, el che essendo questi Regni separati, la privatione di uno no comprendeva l'altro, et S. M'* mi soggiunse, potrebbe S$. S' fare ancora la privatione di questo Regno, tenendola secretissima apresso di sé per potersene poi valere a suo tempo. Pix V come puo ben sapere V.S. III"? faceva il piü de le volte le cose sue senza comu- nicarle molto, pero no é meraviglia se forse come poco informato di quelle cose, lascio fuori de la privatione il regno d'Hirlanda, come io hiarii la partita parlandone sua $" dopo il fatto volendo che si rime- diasse a cerli disordini che erano stati per occasione di quella bolla privatoria, la quale non si doveva mai pubblicare se no quando andava l'esercito in Inghilterra per far quella impresa, talchè in una mano si portassero le chiavi di S. Pietro, che era la privatione et nel'altra la spada di S. Paolo, perchè l'essersi publicala la bolla pri- vatoria senza far la conquista del Regno ha causato gran niale, et la morte di molti huomini cat! et fatia quella Donna mollo maggiore nimica della Sede Ap°®, ma essendosi narrato inquella bolla tutti i viluperii di lei io non mi son potuto tener di entrar in discorsu serva à quello che puô. Archiv. Segr. Vatic. Nunz. di Spagna, t. 8, p. 339. — Cifra del 25 Ott. 4574.

ESTRATTO DI UN DISPACCIO IN CIFRA DI ME ORmANETO AL Cap. Di CoMo. DiIFFICOLTA Di FARE L'IMPRESA D'INGHILTERRA. IH Dottor Sandero inglese mi comunico tutti li suoï pensieri circa l'acquisto d'Inghilterra à l’unità della Fede Cattolica, e a l'obedienza de la St Romana Chiesa; et dopo l'havere egli parlalo à Sua Maestà, et presentatogli il Breve di N. S, con le lettere di moiti nobili Iogtesi, io andai à l'audienza il giorno seguente, che fu sabbato a li 22 del presente, ne la quale parlai longamente a Sua Maesta sopra questo negotio, conforme a l'ordine che V. S. IH®* mi da per le sue lettere de li 4 di Settembre, portatemi dal detto Dottore, et trovai $. M'#tanto bene disposla à questa S" impresa, quanto si potesse desi- 374 REVUE ANGLO-ROMAINE

derare da S. S* medesima, che mi pare di non poter dire più. Quel che puo differire l'essecutione di questi santi pensieri, non è alim che la difficoltà presente de le cose di S. M", cid èlo havere à tener guardato Napoli et Sicilia, et le altre Isole et luoghi marittimi ds l'armata Turchesca, et lassar li presidij che si covengono per mar- tener l’acquisto di Tunisi, et la guerra di Fiandre che importa tanto, et che con tuttoci ella non mancarè di haver buon consiglio sopradi questo per veder quello che si potrà fare con buon successo, el che tra tanto si vederà quello che opererà l’andata del Commendator Maggiore in Fiandra, dicendomi $S. M‘ prudentemente, che questa è impresa da non tentare, se non con sicurezza quanto la prudenz humana puô portare, et difinirla bene per moite ragioni, ettrake altre per non mettere a pericolo de la spada quel resto de la nobiltà cattolica che si ritrova in Inghilterra, come si è visto il danno che fece la publicatione della bolla di Pio V contra le pretensioni de la pre- tensa Regina, et li moti che sis coprirono in quel tempo. Lo risposi che conoscevo molto bene che con quanta prudenza si haveva da caminare in questa impresa, ma che da l’altro canto era necessario havere in consideratione la prestezza, mentre havemo gli animi de cattolici ben disposti, li quali con la tardanza si vanno eslinguendo di giorno in giorno, come si vede di molti signori d'importanza che sono mancati da poco tempo in quà, talmente che col mancamento diquesti aiuti, l'impresa si va rendendo ogni giorno più difficile, et potrebbe ridursi à termini quasi di disperarla et S. Mt: confesi questo esser vero, ma che ancora bisogna pensare al buon effette. Archiv. Segr. Vatic. Nunz. di Spagna, t. 1, p. 523. — 26 Novembre 1573.

DIFFICOLTA DELL IMPRESA D’INGRILTERRA. MATRIMONIO DELLA REGA DI ScoZIA. SCELTA DEL CAPIFANO DELL’ IMPRESA Diritti della Sede Apostolica sui Regni d'Inghilterra 6e d'Irlanda CORRISPONDENZA IN CIFRA DEL NUXZI0O aL SEGRETARIO pt SrATO ni S.$. 19 DECEMBRE 1575

Quantio alle cose Anglicane et Iberniche,io vedo le difficoltà che vi sono dentro, et il poco modo che tenirà il Re Cats a far questa impresa, se il Turco uscisse fuori con la potenza che si dice, et non essendo accomodate le cose di Fiandra, che portano gran spesa, tt andando inanzi la pace in Francia, suspico anco che la pretensa d'Inghilterra temi di essere offesa, donde potrebbe attendere a le preparationi de la difesa et il non potersi noi valer de bisogni per guerra in alcuno de li stati di S. M“ Cat‘, non volendosi ella scoprir, nè di quelli di Francia per non dar sospetio à questo altro, rende an@ l'imipresa più difficile. À me pare che non si debba lasciar di fare questa santa impresa,perchè se guardaremo alle difficultà che si vanno scoprendo, non la faremo mai, parendomi che sempre vanno €res- cendo; onde non restarè io qui di far buon’animo a S. M“, et mante- nerla in proposito che si vada inanzi. Quanto al matrimonio con la Regina di Scotia se si potesse stabilirlo con lei inanzi che fusse messa EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE DE MGR NICGLO ORMANETC 575

in seggio, potressimo ben sperare di potergli dar marito secondo il desiderio comune, cioè di S. S%, et S. Mt Cat, ma poiché fusse intronizata, poirebbe ella volersi maritare à suo modo, et come volessero i suoi. Del capitano de l’impresa, non vedo che vi fusse se n6ii Sr March’ Antonio Colonna attissimo per tutte le parti à cosi gran fattione et che credo habbia da esser di confidenza di S. M', essendo massimamente morti il S°Chiappino Vittello et il S° Conte S's Fiore, ancorchè vivihaverebbono poco servito per le lor gravi indispositioni.

Quanto alla parte del guadagno che deve toccare a S. St, poichè entrarà a parte de la spesa,credo che S. M'* si contenterà sempre non solo de la riservatione et restauratione, ma anco de l'augumento de le ragioni et privilegii de la Sede Apo** in quel Regno quanto appar- tenirà a la volontà sua : Tutto il punto starà ne la dispositione del Parlamento, senza il quale non è stabile etiam quello che il Re vuole, et ne l'alterar le leggi iurisdittionali di quel Regno, è gran difficultà ad haver il suo voto perd quando si fece la riunione di quel Regno a l'obedienza de la St* Sede nel tempo della Regina Maria e di questo Re ne la legatione del cardinale Polo, non fu fatto allro se nô che per atto di Parlamento le cose de l’obedienza furono ridutte à quel termine che erano un’ anno innanzi ii schisma di Henrico VII. Dird qualiche cosa de le preminenze et ragioni de la Sede Ap'* in quel Regno di cid che mi posso ricordare. In Irlanda la Sede Ap°* diede il Governo et il dominio di quell’ Isola al Re d’fnghilterra, et parmi, se ben mi ricordo, che fusse Alessandro Il. et il Re Henrico IE.,et in la concessione non fu riservato altro Ius al Papa, ma questo si potra meglio veder ne le lettere de la concessione che saranno ne li Archivii Romani : Mi ricordo haver visto in Inghilterra questa bolla, et mi pare che non vi fusse riservatione alcuna, se ben li Irlandesi dicono publi- camente che quella Isola est luris Sedis Ap°°, pu essere che sia cosa che io nô habbia visto, ma la prattica mostra che non vi sia altro, tssendo successi tanti Re di Anglia in queil' Isola senza riconosci- menlo de la detta St Sede. Henrico VIII. poi nel tempo del schisma erexit dominium illud in titutum Regni, et sicome prima li Re d'Inghilterra si chiamavano Domini Iberniae, egli comincio a chia- marsi Rex Iberniae ; succedendo al Regno la Regina Maria, S. M‘? et del Re suo marito facendosi scrupolo di usar questo titolo fatto da Re schismatico, ottennero da Paolo IE. la erezione in Regno. Quanto al Regno d'Inghilterra, vi à il Denario che si chiama Beati Petri, che non hà difficoltè alcuna perchë sempre è stalo riscosso da la Sede Apt, et vi sono Stati tanti colletlori per questo denaro, che soleva fruttar sin à sette à 800 ducati, come si potrà veder ne li libri de la Camera. Papa Paulo IIL dopo la riconciliazione del Regno deputô me collettore, ma io non usai la facultà partendomi d'Inghil- terra, et succedendo poi quelle che successe. Un Re Giovanni d’Inghil- terra renuntiô il Regno in nome di Pandolfo legato Ap® in quelli Regni, promettendo che nè lui, nè i suoi successori piglierebbero mai quel Regno send di mano del Papa,et ho visto questa scrittura, et qualche altra in questo proposito, et da questo à stato qualche volta D.

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preteso che la Sede Ap** habbia ül diritto Dominio d'Inghilterra : altra volta m'informai sopra di cid,e trovai che questo Ius non hà susis- tenza, perchè Giovanni non poteva transferir ragione alcuna in altri. nè alterar le leggi nè la successione nel Regno senza il consentiments del Parlamento, quale non si trova vi intervenisse, oltre che non t poi mai stato messo in prattica dopo la morte di Giovanni, che aleun Re pigliasse il Regno da la mano del Papa. Una cosa vidi in Inghit- terra molto favorevole a la autorità Pontificia, che quando si com- posero insieme le due famiglie del Rosa bianca et de la Rosa rossa col matrimonio del Re Enrico VH con Elisabetta figliuola di Odoardo II per ii qual matrimonio cessarono le gran controversie antiche di queste due case, il Re Enrico et la Regina sua moglie pigliorno declaratione sopra di questa materia, et la confirmalione sopra questa unione, dove appare et che ne le cose temporali, come di successione di stati la autorità del Pontefice Romano. Pigliai copia di quella bolla, et di molle aitre cose simili pertinenti à quelti dui Regni, le quali insieme con li registri de la legatione m andarno à male ne la morte del Car“ non mi ritrovaudo io allors in Inghilterra; il Car Cervino che fà Papa Marcello grande et diligente inquisitore de le cose de la Sede Ap°, fece una raccolta di tutte ke pretensioni de la S Sede in quel Regno, et con le sue bolle, se ben mi ricordo et la mandô al Car! Polo, el questo libretto venne ak mie mani, et credo di haverlo à Padova tra le mie scritture. et ancorch'io ereda che V.S. Ill" haverà trovato tutto quelle che vi è ne liarchivij Romani, nondimeno se la crede di poter haver qualche lume da questa scrittura potra scrivere al Gälerio che gli la mandi. imponendoii silentio et sceretezza. Li Re di Inghilterra preten- dons il lus supplicaudi pro persona idonea ad regimen ecclesiarum, Sede vacante adminisirant temporalia, fanno giurar fedeltà a fi Vese.t per la temporalità; hanno poi leggi pregiudicialissime à l'auto- rità Ap* et libertà ecc°* et una tra l'altre che si chiama il premoueri che è bestialissima, le quali leggi tengono con le unghia et co’! dente (come si dice!' et ie ne sono buon testimonio,che ogni giorno vi erach° fare. Se queste leggi si potessero abolire quando piacesse à la bontà di Dio che si ottenesse il principale, sarebbe santissima cosa; ottenne bene al tempo de la riconciliatione che il Parlamento aboli tutte le leggi pregiudiciali à l'autorità et obedienza de la Sede Ap* fatte al tempo del schisma, esprimendole tutte singularmente, et ne fü fatta scrittura autentica,et mandata et mandata{sic) a Paulo Hil.che fu recondita in castello tra le altre scritture de la Sede Ap°*. Temoche V.S. I. mi haverà per inetto essendomi estesso in questa historia, fors senza necessità dovendosi saper meglio costi tutte queste cose. ma degnisi di pigliar à bene ogni causa, poichè tutto viene da bueni voluntà.

(Arch. Segr. Nunz. di Spagna, t. VIII, p. 616-622)

                           Le Directeur-Gérant :   FERNAND Portal.
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Tu es Potrus, ot su- Spirits Sanctus po- por hanc petram suit .episcopos re- ædificabo Ecolesiarm gore Ecclesiare Doi. meam ... ot tibi dabo claves ... ACT. xx. #8. Marrs. xvi. 18-19.

                                  SOMMAIRE :
                                                                                     PAa=s

P. Barirroz...... L'idée de l'Eglise dans la littérature de l'Ecole apostolique ....... .......................... 571 Un discours do Sa Grâce l'Archevéque d’York sur la vie sacerdotalc. ........................... 594 D Chronique........,.. jreneresssesse . 598 4 - Livres et Revues 603 ] Documants.... Allocution de N.T.S.P. le Pape Léon XIII au e onsistoire du 21 Juin. — Discours de Lord à Halifax à l'assembléo générale annuelle de l'En- - glish Church Union. .......... srsresseeesese 609 4

                                        PARIS                                                         ;
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DANS LA LITTÉRATURE DE L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE :

Nous voudrions essayer de retrouver et de comprendre l'édés de l'Eglise dans les plus anciennes attestations qui en restent,

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Les épiîtres ignatiennes représentent l’enseignement d’Antioche, la conception syrienne de l'Église. Pour saint Ignace une église est un groupe locai de chrétiens, telle l'église de Magnésie, ou de Tralles, ou de Rome, mais de plus et exclusivement un groupe hié._ rarchiquement organisé. Chacun de ces groupes est un nombre im- portant de fidèles, dont le danger est de cesser d’être une fraternité et une unité : l'évêque doit prescrire de nombreuses réunions et connaître chacun par son nom, car c’est lui maintenant qui est le premier responsable de l'unité du troupeau *. Baptême, eucharistie, agapes, prières, sont des actes de l'église, dont aucun ne doit être accompli sans l’évêque *. En dehors de l'évêque, assisté des pres- bytres et des diacres, il n’y a plus d'église *. Cette unité évidemment suppose une commune foi, un canon de la foi et une interprétation canonique dont lagarde et le magistère appartiennent auseulévêque. On s'en convainc à entendre saint Ignace parler contre le docétisme, par exemple ÿ, ou recommander aux fidèles de n’user que de ia nour- riture chrétienne, et de s'abstenir de tout autre herbe, surtout de l'hérésie, l'herbe du diable, l'herbe mauvaise que Jésus-Christ ne cultive pas et qui n’est pas plantée par le Père °. Toutes ces églises particulières, chacune unifiée ainsi en sa foi et en son évêque, auront-elles un lien commun qui les unisse les unes aux autres? Qui, et ce lien sera « le dessein de Dieu », c'est-à-dire « Jésus-Christ, notre incomparable vie, le dessein du Père, comme

1 Voir la Revue Biblique, octobre 1893, avril et octobre 1885. 2 Iaxar. Polyc. 1v, 2; Eph. xut. 3 Smyrn, vu, 43; vi, 2; Magn. vn; Eph. xx, 2; Philad.iv. à Trall. 1m, À. 5 Trail. vt-1x. 5 Id. vi; Eph. x. 3; Philad, ur, !. e REVUE ANGLO-ROMAINE. =— Te IL — 37 518 REVUE ANGLO-RUMAINE

les évêques établis sur la terre sont dans le dessein de Jésus Christ » ‘, Le dessein du Père embrasse le Christ, le dessein du Christ embrasse l'Église. Cetle expression est d'une clarté médiocre. mais elle s’éclaire plus loin dans une image : les fidèles sont «les pierres du temple du Père » : « préparés pour la bâtisse de Dieu le Père », ils sont « élevés par la machine de Jésus-Christ, la croix. et l'Esprit-Saint est le câble » de cette machine élévatoire *. Ce temple. du Père n'est-il pas la figure de son « dessein »? Le temple du Père est en effet unique : tous nous concourons à le former, par notre union dans la foi, notre union en Jésus-Christ, notre union dans is fraction d'un seul pain qui nous donne l'immortalité %, Ce temple. qui se bätit actuellement, est-il dans le ciel ou sur terre ? Ignace ne l'exprime pas. Du moins, 1l conçoit dès ce monde une Église, qui n'est ni celle de Magnésie, ni celle de Tralles, ni celle de Rome: premier, il lui donne le nom qu'elle doit porter dans l'histoire lors- qu'il écrit que « là où est Jésus-Christ, là est l'Église catholique‘, ke Christ étant l'unité de l'Église catholique comme l'évêque l'est de son église locale. +

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L'épitre aux Colossiens et l'épitre dite aux Éphésiens repré sentent un enseignement donné à des chrétiens d'Asie. Les Colos siens sont des païens convertis : « Vous étiez des morts, leur est-il dit, par le fait de vos péchés et de l'incirconcision de votre chair, et le Christ vous a vivifiés avec lui » {x1, 43). Le siècle présent ne doit plus exister pour vous, vous êles des morts pour lui, et « votre vie, qui est le Christ, est avec le Christ cachée en Dieu : quand le Christ sera manifesté, vous serez avec lui manifestés glorieusemenl » (n, 3-4). Les fidèles et le Christ vivent une mème vie : « Il n'est plus ni Hellène, ni Juif, ni Barbare, ni Scythe, ni esclave ni homme libre, mais le Christ est tout et en tous » {n1, 44}. Cette unité de vie, réalisée mystérieusement par le Christ, fait de tous les fidèles un corps unique : « Que la paix du Christ s'élève dans vos cœurs, cette paixà laquelle vous avez été appelés en un corps » {lnt, 45j, c’est-à-dire que la paix soit votre commun partage, puisque vous êles tous unis a5 Christ et que cette union vous constitue en un seul corps. Vous êles « enracinés » dans le Christ comme un arbre dans le sol, vous êtes « bâtis » sur le Christ comme une maison sur le roc(n, 7). ya. entre nous tous, qui sommes de cette communauté, une sorte decom- munauté d'acquèts : Moi Paul, « je me réjouis dans les souffrances à cause de vous, et dans ma chair j'épuise le reste des souffrances du 1 Eph. ut, 2. % Hd, 1x, 4.

{ Smyrn, vint, 2 : énou äv ÿ Npiords ‘Inooûs, nel d xafokixh Exmanais. L'IDÉE DE L'ÉGLISE PANS LA LITTÉRATURE DE L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE 579

Christ au profit du corps du Christ, qui est l’Église » (1, 24). Et Paul exprime par deux fois cette même pensée : « le Christ est la tête du corps, c'est-à-dire de l'Eglise» *. L'épitre aux Éphésiens, qui dépend, croyons-nous, de l’épitre aux Colossiens ?, n'en dépend pas de telle sorte qu’elle ne puisse avoir été rédigée, ainsi que le veut M. Weizsäcker, au même moment qu'elle. L’ecclésiologie ne laisse pas d'y être sensiblement plus explicite, L'auteur reprend d'abord les images de sa première épitre : « Vous étiez des morts, écrit-il, par le fait de vos péchés: Dieu vous a vivifiés avec le Christ, Dieu vous a ressucités ensemble, Dieu vous a assis ensemble danslescieux en.Jésus-Christ » {n, 8-6). En d'autres termes, le Christ par la foi habite dans vos cœurs: vous êtes enrs- cinés, vous êtes fondés dans l'amour, comme un arbre dans le sol ou une maison sur le roc (nt, 47-18). Vous avez été appelés, et, en vertu de cet appel, le devoir s'impose à vous « de vous appliquer à conserver l'unité de l'esprit par le lien mutuel de la paix : un esprit, un corps, un Dieu en nous tous » {iv, 3-6). Cette unité est le plan que nous travaillons tous à réaliser : que nous soyons apôtres, ou prophètes, pasteurs ou didascales, nous travaillons à la préparation des saints en vue de l'édification du corps du Christ». Un jour viendra où cette préparation sera achevée, où tous nous nous ren- contrerons dans l'unité de la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu: cette unanimité sera « l’état d'homme achevé à la taille du plérôme du Christ », au lieu qu'à l'heure présente nous ne sommes encore qu’à l’état d'enfants, vacillants, balbutiants, aisés à tromper. Mais, patience, par la pratique de «la vérité dans l'amour, nous grandirons », comme un corps d'enfant grandit « de partout ». Et ce corps en viendra ainsi à se proportionner « à ceci, qui est la tête, le Christ ». Car c'est « à lui que tout le corps s'adapte el se relie » par les mille canaux de l’organisme, et c'est de lui que-chaque membre reçoit les éléments de « la croissance du corps ». Tel est le travail de « l'édification du corps dans l'amour » (iv, 12-46). Deux comparai- sons s’enchevétrent dans tout ce développement; l'Église est un corps et elle est une maison; le corps croit, la maison s'édifie; et, par anacoluthe, le corps s'édifie (clxoou 705 séuates). L'image de l'eixoëouh revient à plusieurs reprisessous laplume de l'écrivain : les fidèles sont fondés (reepektwuévet) dans l'amour (ut, 18); ils sont «construits sur le fondement des apôtres et des prophètes, avec le Christ Jésus pour pierre d'angle, le Christ en qui tout le travail de la bâtisse grandit pour devenir un temple saint, vous-mêmes étant édifiés ensemble pour devenir l'habitacle de Dieu »°. Mais il

! Col. 1, 18, 24.

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semble que l’image de l’oixoëouñ n'exprime pas sa pensée aussi plei- nement que l’image du corps. Il insiste sur cette seconde image: « Dieu, dit-il, a donné le Christ pour tête souveraine à l'Église, l'Église étant le corps du Christ et le plérôme de celui qui est tout en tous » !. Il y reviendra encore dans un passage qui est le plus célèbre de tous: « L'homme est la tête de la femme, comme le Christ est la tête de l'Église. [La tête comme] le Christ sauve le corps; la femme obéira à l'homme, comme l’Église obéit au Christ. L'homme aimera sa femme, comme le Christ a aimé l'Église, s'étant livré lui-même pour elle, l'ayant sanctifiée par la purification du baptême, l'avant voulue glorieuse, son Église, sans tache, sans ride, sainte, imma- culée. Et nous sommes les membres de ce corps du Christ... Le mystère est grand, je parle pour le Christ et pour l'Église» (v. 23-32). L'Église dont il est question ne serait-elle pas simplement le groupe social, la communauté d’Éphèse ou de Colosses”? Non, c'est l'universalité des fidèles dispersés dans le monde. « Parapocalypse s’est découvert à moi le mystère... qui n’a point été découvert aux fils des hommes, dans les autres générations, comme il est décou- vert aujourd'hui aux apôtres saints et aux prophètes en esprit, sa- voir que les &ôvn ont part à la promesse dans le Christ Jésus » (ur 3-6). Ces £üyr deviennent ensemble cohéritières et coparticipantes : l'écrivain sacré ne se contente pas de ces mots juridiques, il en forge un qui rappellera sa comparaison favorite, les £tm sont sivowyz, elles sontun même corps. Mais un même corps avec qui? Avec le peuple héritier direct de la promesse divine, avec le pexple de Dieu. c« Il fut un temps où vous, les €6w, vous que les circoncis ap- pellent incirconcis, vous étiez sans le Christ; vous étiez des étran- gers en Israël: vous étiez sans Dieu dans le monde. » Et voici, maintenant le rapprochement est fait : la muraille de séparation n'existe plus, la circoncision n’a plus de vertu et les deux peuples n'en font plus qu'un. Le Christ « a formé en soi-même des deux êtres un homme nouveau, pour en un corps les réconcilier tous deux avec Dieu » (11, 14-46). Le lien qui unissait les uns aux autres les enfants d'Israël était un lien de chair et de sang : le lien qui unit maintenant tous les disciples de l'Évangile est un lien plus fort encore : ils sont cüvswua, concorporales, par le fait qu'ils sont tous des membres de l'Église. C'est toute l'économie du mystère caché dès le commencement des siècles en Dieu, et que Dieu réservait à notre temps « de manifester par l'Église » (nr, 9). Et de conclure : « A Dieu la gloire dans l'Église et dans le Christ Jésus dans toutes les géné-

l Eph. 1, 22, L'IDÉE DE L'ÉGLISE DANS LA LITTÉRATURE DE L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE 381

rations du siècle des siècles, amen ‘ ». Cette Église est aussi peu locale que la Rédemption. « x *

Nous l'avons dit ailleurs , pour saint Paul une église est au sens propre et premier un groupe local de chrétiens : telle l'église de Cenchrées, ou celle de Corinthe, ou celle de Thessalonique : en ce sens, Paul peut dire qu'il a le « souci de toutes les églises », ou que Tite est « loué dans toutes les églises ». Mais il n'y a pas que des églises, il y a l'Eglise, celle qui n'est ni de Genchrées, ni de Corinthe, ni de Thessalonique, mais de Dieu. Lorsque Paul rappelle qu'il a été autrefois un persécuteur du christianisme, il oppose deux termes : il était « dans le judaïsme » et il persécutait« l'Église de Dieu »#. L'expression éxxAnsiæ 105 Osoû désigne une réalité sensiblement dif- férente de celle que désigne Paul quand il parle, par exemple, « des églises de Dieu qui sont en Judée »°. Aucune des grandes épîtres paulines ne présente sur cette éxxAnoiæ reù @eoû de spéculation comparable à celle de l'épitre aux Éphésiens; mais, au jugement de M. Weizsäcker même, le système de l'épitre aux Éphésiens a de nombreux points de contact avec la doctrine des grandes épitres paulines, et il n'est pas difficile de les mettre en lumière. Le Christ ressuscité est par la foi notre vie : nous avons été crucifiés avec le Christ, nous avons ressuscité avec lui : « Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » ‘. 1] faut que la vie de Jésus soit manifestée en notre chair mortelle, et elle le sera le jour où nous ressusciterons à la vie glorieuse, comme l’est Jésus”. En attendant, la vie du Christ se communique invisiblement à cha- cun par lu foi et par le baptême. Les fidèles sont le « champ » de Dieu, l’ « édifice » de Dieu . Saint Paul se plaît à cette image de l’oixoowh, il rappelle que chacun est responsable de la bâtisse de ses œuvres, mais qu'il n’y a qu'un fondement (besu£hus), qui est Jésus- Christ : le chrétien est le temple de Dieu, et l'esprit de Dieu habite ce temple *. Puis, après l’image de l'olxoëouf, voici venir celle du corps : « Je veux que vous sachiez que de tout homme le Christ est la tête, comme l'homme est la tête de la femme »‘°. Paul n'insiste ? Eph. in, 6 et nr 45. ? Revue biblique. 1895, p. 195;

ICor. vi, 18 et xs, 28.

Gal. I, 13; I Cor. xv,9. 5 1 Thess. u, 14.

Gal. u, 20.

SET Cor. 1v, 41-14. “. Cor. mt, 9.

E Cor. m1, 11 et 16.

101 Cor, x1,3. Dans le difficile passage Rom. vi, 4-4, on trouve une image analogue, l'union du converti avec le Christ étant considérée comme un mariage, un second mariage. 582 REVUE ANGLO-ROMAINE pas sur cette affirmation, il en déduit immédiatement une applics- tion de la morale la plus usuelle, cette affirmation étant évidemment un thème avec lequel ses auditeurs sont familiarisés. « Le corps humain est un, encore qu'il ait plusieurs membres : la pluralité des membres n'empêche pas le corps d'être un : ainsi en est-il du Christ ‘. La phrase de l'apôtre, très elliptique, se complète par son contexte. Nous lisons, en effet, quelques lignes plus loin, que les fidèles sont des membres, soient individuellement des parties d'un tout qui est le corps du Christ. Car « nous tous avons été bap- tisés en un esprit pour être un corps : Juifs ou Hellènes, esclaves où hommes libres, tous nous avons été abreuvés d'un même esprit? ». Cette dernière image, familière au parler hébraïque (Is. xxix, 43). n'est pas une allusion au calice de l'eucharistie. Mais elle évoque la pensée de la cène comme d'un symbole plus sensible de l'union des fidèles. Et ce symbole appartient à saint Paul. En effet, « la coupe de bénédiction que nous bénissons n'est-elle point une participation (xatvuvia) au sang du Christ? Le pain que nous rompons n'est-il pas une participation au corps du Christ? Et donc, « si tous nous parti- cipous à un seul même pain, nous ne sommes tous qu'un seul el même corps, comme il n'y a qu’un seul pain »*. Assurément, tes images nous heurtent et cette dialectique sémitique nous déconcerte. C'est la rançon de l'originalité de saint Paul. Il est, du moins facile d'y reconnaître les Letfmotive que nous avions notés dans l'épitre aux Colossiens et dans l'épître aux Éphésiens: unité d'esprit, unité de corps, unité de la vie d'un seul et même Christ en nous tous, telie est l'unité des fidèles entre eux. Quant au sens du mystère de cette unité, les grandes épitres pau- lines l'expliquent, et avec une ampleur qui permet de ne voir dans l'épitre aux Éphésiens qu'un rappel de leur doctrine. La bénédic- tion donnée par Dieu à Abraham est communiquée aux ëtr en Jésus-Christ. Car Dieu a béni Abraham et son rejeton; or son rejs- ton unique est le Christ; et quiconque est baptisé, revêt le Christ. Donc « plus de Juif, pius d’Hellène, plus d’esclave, plus d'homme libre, plus de sexe : tous vous êtes un dans le Christ Jésus », etvous devenez le rejeton unique d'Abraham et les héritiers de sa béné- diction *. Cette idée est une des plus chères à saint Paul, que les 11 Cor. xu, 12. 21 Cor. xu,27 bpetc dé éoce cüua X poto xai pékn x pépauc.Fd. 20 : vüv BE modx pit méAn, Év GE vo aa. Id. 13 : év évi avetmarc Apec navrec elc Êv couux Éfenvidénger.. rävess &v nvedpa énotiobnuev. Rom. x1t, 5: nuxdoi Év oué douev &v Xpiorg, to & af eïç &irhuv pén. Comment en présence de semblables textes, peut-on écrire: «Die Selbstandigkeit jedes einzelnen Christen in und vor Gott trittin den Paulus- briefen, in dem Petrusbrief und in den christlichen Stücken der Offenbarang Johannis stark hervor »? (Harnack, Dogmengeschichie, t. I, p. 76.) SX Cor. xn, 13.

L'IDÉE DE L'ÉGLISE DANS LA LITTÉRATURE DE L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE 383

distinctions de sang entre peuple et peuple sont abolies, et qu’une unité nouvelle les rapproche maintenant tous. Cette nouveauté est de Dieu qui nous réconcilie à lui par le Christ !: plus de différence entre le Juif et l'Hellène, parce que Juifs et Hellènes n'ont qu'un seul Seigneur, c’est-à-dire Jésus-Christ”. Dieu, en eflet, appelle à lui qui il veut; il prend ceux qu'il appelle soit parmi les Juifs, soit parmi les £6wn, suivant la parole du prophète Osée : « J'appellerai mon peuple ceux qui n'élaient point mon peuple, ma bien-aimés celle que je n'avais point aimée, et arrivera que duns le même lieu oùje leur avais dit : vous n'êles pointé mon peuple, là même ils seront appelés les fils du Dieu vivant » (1x, 24-26). Qu'est-ce qui constitue un peuple? Est-ce la pos- session héréditaire d’une terre ou des droits à une terre, qu’elle soit matérielle comme CGhanaan, ou idéale comme le royaume de Dieu? Vous êtes les ayants droits de Dieu, puisque l'esprit de Dieu fait de vous ses fils : vous êtes les xAnpovéuo de Dieu’. Est-ce une filiation vous raitachant à un méme ancétre? Vous êtes tous les enfants d'Abrahara *, Les Etvn ne seront donc plus désormais étran- gères à Israël. Il y avait un vieil arbre, dont la racine était sainte : Dieu a dans ce vieil arbre cassé les branches naturelles pour enter à leur place un rameau étranger. Il y avait un olivier franc : sur cet olivier franc Dieu a enté une branche d’olivier sauvage‘. Israël et les dm sont bien, en vertu de cette comparaison, concorporales; les ëêvn sont un peuple avec Israël, un peuple que nous ne saurions plus appeler ni juif, ni hellénique, ni barbare : — et comment ne pas reconnaître en cet arbre renouvelé, en ce rejeton d'Abraham, en ce peuple nouveau, l'ÉxxAncia ro5 Géoÿ de l’épitre aux Galates et de l'épître aux Corinthiens? | «

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Nous ne trouverons pas d'expression analogue de l'idée d'Église dans les épitres pastorales. Sans doute, l'épitre à Tite (n, 14) marque que Jésus-Christ, en nous rachetant de toute iniquité, « a purifié pour lui un peuple spécial, ambitieux de bonnes œuvres », et c’est assimiler les chrétiens à un peuple d'exception. Sans doute aussi, la première épître à Timothée, parlant de la « maison de Dieu », l'appelle « l’Église du Dieu vivant, la colonne et la base de la vérité ? » : et ces images rappellent celle de l'oixeëouñ. Mais ces expressions restent vagues, et l’on ne saurait rien en déduire de ferme. 1 Rom. x, 12. 3 Rom. 1v, 16. S IE Cor. v, 11-49. € Rom. vo, 15-17. 5 Rom. 1v, 16. $ Rom. vi, 16-24. . TI, Tim. un, 15 2, évolu® Geoÿ...., fric dovly éuxnata Gcog çüvroc otühoç wat Bpalopa vfiç &Anôsles. 584 REVUE ANGLO-ROMAINE

Dans les Actes des Apôtres, l’auteur des Wirstücke, &dèle aux con- ceptions de saint Paul, se sert habituellement du mot église au sens de groupe local de fidèles; ainsi à Antioche, à Éphèse, à Césarée. Dans le discours de saint Paul aux presbytres de Milet, l'église devient l’« église du Seigneur». L’apôtre dit: « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau dont l'Esprit-Saint vous a établis épiscopes, pour paître l'Eglise du Seigneur qu'il a acquise par son propre sang ». On peut distinguer deux thèmes dans cette phrase très ramassée : le troupeau éphésien sur lequel les épiscopes éphésiens ont à veiller, et un troupeau plus vaste et point localisé, puisque c’est celui que le Christ a acheté de son sang; ce second troupeau portele nom d'Ægiiss du Seigneur, ExxAnoia roÿ Xuplou, expression unique et qui rappelle celle d'ÉxxAnsla reû Bec, sans lui être exactement adéquate. L'auteur de la Prima Petri dépend de l'épitre aux Colossiens et de l'épitre aux Éphésiens et il écrit de Rome vers la fin du règne de Néron. Lui aussi parle de la maison de Dieu ‘ et du peuple d’excep- tion. En vertu de la résurrection de Jésus-Christ, les fidèles sont nés « pour un héritage incorruptible, immaculé, immarcessible, réservé dans les cieux » {1, 4). Ils sont nés, non pas d’une naissance charnelle et d'un germe corruptible, mais par le fait de la parole qui leur a été évangélisée, la foi (1, 23-25). Et l'auteur sacré, reprenant le mot du prophète Osée cité par l'épttre aux Romains, s'adresse à ces fidèles, qui jadis n'étaient point le peuple de Dieu et qui le sont aujourd'hui devenus: ils sont « la race élue, le sacerdoce royal, l'étvos saint, le peuple formé exprès * ». Il se sert des paroles les pius solennelles de l'Ancien Testament, celles qui constituaient la charte divine du judaïsme, et par lesquelles Dieu sur le Sinaï avait conelu l'alliance avec les fils d'Israël *. Les fidèles au sortir du baptème forment un peuple aussi véritable qu'Israël au sortir de l'Égypte : les Israélites étaient la maison de Jacob, les fidèles sont la maison de Dieu. Une image appelle une image, la maison de Dieu appelle celle de l'oixoëouf, et saint Pierre l'exprimera dans les termes mèmes qui servaient à l'épitre aux Éphésiens {ir, 19-22). Il reprend d'abord un mot d'Isaïe {xxvur, 46) : « Voici, je jette dans les fondements de Sion une pierre de prix et de choix, une pierre d'angle : qui croira ne sera point confondu. » Jésus-Christ est la pierre vivante, élue par Dieu. Et les fidèles eux aussi sont des pierres vivantes, qui sont appareil-

LI Peér, 1v, 11. 8 1 Petr. 11, 9-40. $ Exod. xix, 46 : « Voici ce que lu diras à la maison de Jacob {1ù oïxe "lensé) el ce que tu annonceras aux fils d'Israël : Vous avez vu ce que j'ai fail aux Égyp- tiens, el que, vous saisissant comme sur des ailes d'aigle, je vous ai pris pour moi. Et maintenant si vous entendez ma voir, si vous gardez mon alliance, vous Me serez un peuple d'élite (\adç mepioÿaroc) parmi lous les Eèvn, car foute la terre est mienne; vous me serez un sacerdoce royal et un Eôvoc saint (Baatketov laparevax xai Eûvos &yrov). Ces paroles tu les diras aux fils d'Israël», DR LES L LS

L'IDÉE DE L'ÉGLISE DANS LA LITTÉRATURE DE L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE 585

lées sur la pierre de base et s'élèvent en une maison spirituelle t. Saint Pierre indique la même pensée par une dernière image : « Vous étiez, dit-il aux gentils convertis auxquels il s'adresse, vous étiez autrefois comme des ouailles perdues : vous avez maintenant trouvé le berger ? ». ‘ La Prima Petrs est un témoignage qui date de la fin du règne de Néron, d'un temps de terreur telle que le monde chrétien est dans l'attente de « la prochaine fin de tout ». Cette attente est un sentiment qui, au cours du seul premier siècle, a eu des moments d'acuité et d’autres d’accalmie : les dernières années du règne de Néron ont été le moment où il a davantage étreint la conscience chrétienne. Mais, aussi bien avant qu'après ce temps d'épreuves inouïes, l'attente était tranquille, sereine, confiante : et tel est bien le sentiment qu'exprime la Didachè. Pour la Didaché la venue du Seigneur ne sera pas soudaine; entre le jour présent et le « jour » il y aura une série de divers jours caractérisés par la multiplication des faux prophètes, le débordement de la haïne et de l’iniquité, l'apparition du « Trompeur du monde », l'épreuve finale de la foi des saints; puis apparaîtront les troissignes avant-coureurs, le « déploiement dans le ciel, la voix de la trompette, la résurrection des morts »; alors seulement « le monde verra le Sei- gneur venir sur les nuages du ciel. Mais l'heure est ignorée de tous {xvi, 4-8). Il faut veiller en y pensant, il faut s'unir aux justes; il faut rechercher chaque jour les visages des saints pour se fortifier dans leurs discours; il faut dans l’église, c’est-à-dire dans l'assemblée des fidèles, confesser ses péchés. Dans l’eucharistie, sur la coupe on dira : « Nous te rendons grâces, 6 notre Père, pour la sainte vigne de David ton enfant, que tu nous a révélée par Jésus ton enfant » {ix, 2). Sur le pain rompu,.on dira : « Nous te rendons grâces, 6 notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous a révélés par Jésus ton enfant. Comme ce pain rompu a été [fait du froment ramassé] sur les montagnes et, pétri, est devenu [cette] unité, ainsi puisse ton Église être réunie des extrémités de la terre dans ton royaume » ?. La coupe et le pain sont pour l'auteur de la Didachè la figure de l'unité des fidèles dispersés au loin dans le reste du monde, et cette unité il l'appelle l'Église : celte Église est le nombre actuel des fidèles, et s'oppose au Royaume qui sera réalisé un jour à venir dans le ciel. Le Royaume, en effet, est inaccessible au mal, tandis que l'Église en supporte l'assaut : « Souviens-toi, Seigneur, de ton Église et de la défendre de tout mal, de la parfaire dans ton amour, et assemble-la

11 Petr. n, 5. ? I Petr. u, 95. L 3 Did. 1x, 4: oomep nv volro vè x)dopa Gueoxopnianévor xdve vüv épée al cuveytby éyÉvero Ev, oÜreo auvaybnre cou à éxxAnala amd tüv nepdtwv tic ne els Thy ohv BaagcAsiav. « Man beachte die scharfs Ünterscheidung von Baneia und éxxknoia; iene ist etwas Zukünftiges, Himmiisches » (Harnack, Die Lehre d. xx, Ap., p. 31). 586 REVUE ANGLO-ROMAINE des quatre vents, sanctifiée, dans ton Royaume, tu l'as préparé pour elle ‘. » Le chrétien à qui nous devons la Didachè a conscience de l'unité dans la dispersion, unité fondée sur une commune règle des mœurs, des prières, des jeùnes, du baptême, de l’eucharistie. Chose curieuse, la Prima Clementis, à Rome, n’a pas une conscience différente de cette même unité dans la dispersion. Clément conçoit « le nombre de ceux qui sont sauvés par Jésus-Christ » {Lvurt, 2!, le « nombre compté des élus de Dieu dans tout le monde », que Dieu est prié de « conserver par son enfant aimé Jésus-Christ» %. Ce nombre est un peuple, « le peuple de Dieu », les « ouailles de son troupeau », son « peuple particulier » *. Le sang n'a pas constitué ce peuple, mais le fait de n'avoir qu’un Dieu, qu’un Christ, qu'un esprit de grâce répandu en tous, qu’une vocation en Jésus-Christ: nous diviser, c'est séparer les membres du Christ et nous révolter contre notre propre corps (x£vi, 4-7. Mais avec saint Clément apparaît la conséquence logique de cette unité, savoir la discipline, la soumis- sion, l’ordre : les préceptes de Dieu ont établi une commune règle des mœurs, des prières, des pouvoirs hiérarchiques, des devoirs litur- giques. Ce peuple est une légion : « Considérez les soldats et comme ils exécutent les commandements que le prince leur donne, en bon ordre, obéissance et soumission » {xxxvur, 2). Notre « conscience nous unit dans l’unanimité pour un même dessein » *. *

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Voilà les principales données que les textes fournissent. Comment sont-elles interprétées à cette heure, nous le dirons, avant d'essayer de les interpréter à notre tour. « Ilest, écrit M. Harnack, toute une série d'institutions et d'idées chrétiennes, et parmi les plus importantes, dont l'origine est dans l'obscurité, et selon toute vraisemblance n’en sortira jamais. » Quel est, par exemple, le sens primitif du baptême? Où et quand a-t-on commencé de baptiser au nom du Père, du Fils et de l'Esprit? « Qui le premier a distingué le christianisme comme ‘ExxAnola rcù Gerÿ du Judaïsme, et comment l'idée d'éxxAncl est-elle devenue une idée reçue? Quel âge ont les trois premiers évangiles?... À ces questions, et à beaucoup d’autres d'une égale importance il n'existe aucune sûre réponse 5, » S'ils'agit du christianisme conçu comme "ExxAnola teÿ Gsoÿ, on pourra dire seulement ceci : la séparation des chrétiens de toute communion

1 Did. xt, 5. Pour ce qui est du terte (xx, nu} concernant ls puotrpiov xooquxèr éxxnotas, nous ne voyons pas qu’on en ait encore trouvé le sens. 2 [ Clem. 1ix, 2; xxxv, 8: Il, &.

Id. IE, &; Lxrv; Liv, 2; xvi, À.

4 Id. xxxiv, 7. 5 Dogmengeschichte (3° édit.), t. I, p. 196-127, L'IDÉE DE L'ÉGLISE DANS LA LITTÉRATURE DE L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE #87

religieuse avec les Juifs est un fait accompli dans les deux premières générations chrétiennes, et il était impossible que l'Évangile fût préché à des hommes de race non juive sans que cette séparation s'opérât. Mais se séparer de la communion religieuse des juifs, n'était- ce pas déclarer que cetie communion religieuse avait été mal enten- due dès l'origine, ou avait maintenant fini sa mission? En toute hypotkèse, à la communion religieuse dont on se séparait il fallait en substituer une nouvelle. Cette nouvelle communion ne pouvait plus être quelque chose de national. « Quand nous comparons l'Église du milieu du ur siècle à ce qu'était le christianisme 150 ou 200 ans plus tôt, nous constatons l'existence d'une réelle communion religieuse, tandis qu'à l'époque primitive nous ne trouvons que des commu- nautés, qui croient à une Église céleste dont elles sont l'image ter- restre, et qui vivent dans l'avenir, n'étant sur terre que des étran- gers et des pèlerins, marchant à la découverte du royaume dont l'existence leur est assurée ‘. » Puis dans ces communautés, qu'unis- sait virtuellement une espérance commune, s'est affirmée la con- science d'être une nouvelle création de Dieu, d'être les élus choisis par Dieu en Jésus-Christ dès la création du monde, d’être le véri- table Israël, d'être actuellement l’’ExxAnolo +c5 ec5, parce que dans ces communautés la conviction s’affirmait d'être sauvés en Jésus-Christ seul et de participer à un même Esprit *. M. Weizsäcker perçoit d’une manière aussi nette que M. Harnack la séparalion des chrétiens de toute communion religieuse avec les juifs, et, comme lui, il pense que l'idée de la Zasthela tüv obpavüv a précédé l'idée de l'Église. ExxAnala où Gex est une expres- sion que saint Paul n'a pas inventée, et qu'au contraire il a trouvée déjà admise, comme le prouve l'application qu'il en fait à la période toute primitive où il était un persécuteur de cette "ExxAnola T06 Geoû. Et donc, « il a existé dès le commencement, non seulement une conscience de l'unité de la foi, mais la croyance que la commu- nion religieuse des chrétiens était une institution divine ». Pour M. Weizsäcker, cette communion religieuse des chrétiens n'est pas une unité purement surnalurelle, mais elle se manifeste par une xatvwvla visible (Gal. u,9). D'un côté, il y a « les églises de la Judée », raltachées à l'église mère de Jérusalem par un lien qu'ellessont les pre- mières à avoir conscience qu'il est nécessaire et qu'il doit être étroit « pour préserver l'unité de l'Église de Dieu ». D'un autre côté, il y a les églises des Eôvn (Rom. xvi, 4, qui naturellement auraient été sans lien entre elles, etque nous voyons au contraire (l'activité de saint Paul en est attestation exemplaire) travaillées par l'effort de se solidariser et de s'unir, — entre elles d’abord, par groupes provin-

1 Ibid. p. 43-46.

ciaux (Achaïe, Macédoine, Asie, Galatie), et de provinces à provinces — puis avec les églises de la Judée : car Paul « ne connaît qu'une Église de Dieu ayant pour fidèles les juifs et les gentils »'. M. Sohm voit dans le mot êxxAnsiæ un « titre honorifique s qui désigne la communauté chrétienne de l’époque primitive, mais de quelle façon? Dans les cités grecques, l'ekklesia est l'assemblée popr- laire de tous les citoyens; dans les Septante, l’ekkiesia est l'ensemble d'Israël. Le mot a un sens de totalité. De même donc qu'il n'y a qu'une ekklesia dans les cités libres, et qu'une ekklesia d'Israël, de même il n'y a qu’une "ExxAnola possible pour les chrétiens, c'est le christianisme dans l’ensemble de ses fidèles, la chrétienté, si nous osons dire, Mais les églises locales? mais les églises domestiques? M. Sohm tient l'idée de l'église locale pour une conception juridique. et les premiers chrétiens n'avaient que des conceptions spiri- tuelles: l’ExxAncia xar’oïxov ou les ExxAnciat xatà pas nat ani rékex sont des choses empiriques, qui portent le nom d'éxrex, parce qu'elles sont des représentations de l'’ExxAnoia véritable, celle qui est œcuménique. Ut tres, ecclesia est, écrira le juriste Tertullien; mais gardez-vous de croire, avec Hatch, que l'on parle de trois parce que le nombre trois est le minimum légal des membres d’un collège: trois ou deux (Hat. xvin, 20), il n'importe, car ce sont nombressyn- boliques : « Là où, soit deux, soit trois, sont réunis au nom du Christ, là est le peuple du Christ, là l'Israël du Nouveau Testament, làtoutela chrétienté ». M. Sohm tient l'usage de l'expression "Exariz au sens œcuménique et spirituel, pour un usage qui n'est point propre à saint Paul et lui est même indubitablement antérieur *. Plusieurs des indications que nous venons de rapporter sont à retenir, mais il en est qu'il faut éliminer immédiatement. La corré- lation que l'on prétend établir entre l'idée du royaume de Dieu et celle de l'Église de Dieu est conjecturale et illogique : le royaume de Dieu s’est traduit en grec par l’immortalité, et non par l'Église. L'insistance que l’on met à relever le caractère spirituel de l'idée primitive d'Église nous fait craindre que M. Sohm et M. Harnack ne sacrifient encore, le voulant ou non, au vieux thème protestant de l'Église invisible : en toute hypothèse, M. Sohm ne fournit aucune preuve sérieuse de son paradoxe sur l’Église œcuménique et spiri- tuelle dont les églises ne seraient que des représentations, et l'idée de M. Harnack que la conviction de participer à une même rédemptions donné aux fidèles le sentiment qu'ils formaient l’’ExxAncia @ecÿ, n'est qu'un élément de la solution, car il resterait à montrer comment une unité spirituelle est devenue une unité empirique.

1 Das apostolische Zeitaller, 2e édit. (Freiburg, 1892). p. 597. % Kirchenrechl, 1. 1 (Leipzig, 1892), p. 46-22. L'IDÉE DE L'ÉGLISE DANS LA LITTÉRATURE DE L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE 589 +

                                    LEE

Nous croyons, au contraire, — et nos lecteurs comprendront que dans la présente discussion nous fassions abstraction de la pensée de l'institution préalable de l'Église par le Sauveur, — nous croyons que la transition a été naturellement de l’empirique au spirituel. Nous ne voyons, en fait, nulle part le chrétien abandonné à soi seul : partout où le christianisme est prêché, il y a groupe. Partout se vérifie le mot de Tertullien: Ubi tres, ecclesia est. Dans ce sens, l'Église est un collegium. Une église domestique, comme celle qui se réunit dans la maison d’Aquilas et de Priscilla {Rom. xv1, 5), est une unité comme il peut en exister plusieurs dans une même ville ; mais les divers collegia de chrétiens d’une même ville ne sont point indé- pendanis, il existe entre eux une cohésion de fait, bien antérieure à l'apparition de l’épiscopat monarchique, et cette cohésion a pour effet que toutes ces églises domestiques ne forment qu'une église locale, l'église d'Éphèse, par exemple. Cette cohésion de collèges à collèges n'est pas, que je sache, une chose romaine ni grecque; on y peut voir l'influence héréditaire des juiveries, lesquelles, se divisant dans une même grande ville en plusieurs synagogues, n’en constituaient pas moins une unité locale, un Ævec, comme nous le savons si nette- ment pour Alexandrie et pour Smyrne !. — Les relations d'église à église sont perpétuelles et multiples, par le fait des continuelles migrations de fidèles, d’apôtres, de didascales, de prophètes, de courriers : n’est-il pas frappant que, les évangiles mis à part, presque toute la littérature de la période apostolique est faite de lettres, et combien de ces lettres sont des lettres circulaires? De là une nou- velle cohésion, cohésion d'église à église, la xoiwvuvie dont parle saint Paul ?, la solidarité qui se manifeste par des aumônes, celles, par exemple, que « la Macédoine et l'Achaïe » adressent « aux pauvres des saints qui sont à Jérusalem ». Cette cohésion d'église à église n'est pas davantage une chose romaine ni grecque : il y faut voir l'influence héréditaire de la Diaspora juive, qui elle aussi pratiquait de juiverie à juiverie ce perpétuel échange de visites, de courriers et d'aumônes. — Mais prenons garde : cette xaivuvlz constituerait entre les églises un lien purement social et extérieur, et vraiment ce n'est pas la raison d’être des épîtres de l’époque apostolique. Il existe entre les églises dispersées une étroite conformité de foi et de rites; l'initiation à un même mystère est la raison d’être de leur xowwvla sociale. Cet autre mot de Tertullien: Corpus sumus de conscientia reli- gionis et disciplinæ unitate el spei fædere, est vrai dès l'origine. Et de là l'idée d’une unité, non plus sociale, mais spirituelle. La Prima Pelri compare les fidèles de cinq provinces aux ouailles d’un trou- ! Revue biblique, 1894, p. 509. 2 Hom, xv, 26; LI Cor. vin, 4, etc. 390 REVUE ANGLO-ROMAINE peau qui n’a qu'un berger; la Prima Clemeniis parle du nombre des élus qui sont comptés dans le monde entier, et les compare aux ouaïilles de la bergerie de Dieu et du troupeau du Christ. En toutes ces images apparaît très clairement l'unité des unités, l'Église. Voilà la conception que nous appellerons empirique. Elle s'exprime en une image typique, celle de l'ofxcëcuñ. Pour saint Ignace, les fidèles sont les pierres du temple de Dieu préparées pour l'ofxoèogt, du Père. Dans l'épitre aux Éphésiens, les fidèles sont fondés sur le fon- dement des apôtres et des prophètes, avec Jésus pour pierre d'angie; leur juxtaposition, leur ouvorxoèeuñ, forme un temple saint et l'habi- tacle de Dieu par l'Esprit. Dans la première épitre aux Corinthiens. les fidèles sont l'olxoëout, de Dieu, bâtie sur le fondement unique qui est Jésus-Christ. Dans les épitres Pastorales, les fidèles sont l'Église, et l'Église est la maison de Dieu. Dansla Prima Petri, les fidèles sont des pierres vivantes appareillées (raixoBoueïode) en une maison spiri- tuelle. Cette image reparaît avec l'insistance d’un motif familier de la prédication apostolique . Cette conscience que les fidèles ont de leur unité dans la dispersion est une conception qui ne saurait être que subordonnée. Pensonsà la force des termes dont saint Paul se sert pour flétrir les « ennemis de la croix du Christ », qui n'ont de goût que pour la terre : l'Église n’est pas une cité, car pour les chrétiens la vraie cité est dans le ciel. La xotvwviæ qui existe sur terre entre les fidèles est un fait voulu de Dieu et procuré par les fidèles, mais elle n’est pas à elle-même sa fin. Dans ce sens, la Didacké compare les fidèles aux grains du froment récolté sur les montagnes pour être pétri en un pain unique : ce pain unique est le Royaume à venir : « Puisse ton Église, Seigneur, être réunie des extrémités de la lerre », — où elle est semée et où elle si Voyez le développement du symbole de l'oluoboun dans Hermas, Vis. Ni et im. IX.

Je ne veux que rappeler ici le texte de Mat. xvi, 18-19. Les exégètes protestants, Resck par exemple (Aussercanonische Paralleilexie su den Evangelien, & Il. Leipzig, 1874, p. 187-290), voient dans ce passage une interpolation teridancieuse introduite dans l’évangile canonique de Mathieu par une main favorable au déve- loppement de l’hégémonie romaine. Cet interpolateur sera antérieur à Origène et à Tertullien: dans quel milieu du second siècle le chercherons-nous, puisqu’aucun autre symptôme de la même tendance ne se manifeste dans la littératures du n° siècle? Ce qui est tendancieux, c'est l’anachronisme de M. Resch. Récemment (Revue Anglo-romaine, t. 1, Paris, 1896, p. 49-58), M. l'abbé Loisy a commenté a La confession de Pierre et la promesse de Jésus ». M. Loisy suppose que posr Jésus « Phorizon de l'avenir ne se déchire pas dans ses lointaines profondeurs r. donc Jésus ne saurait prophétiser son Eglise posthnme. Qu'est-ce donc que l'Eglise qui se bâtit sur Pierre? « Le mot éxxnaix n'a pas êté employé par le Sauveur qui parlait araméen; il représente un terme équivalent, dont l'idée au point de l’histoire où nous conduit la confession de Pierre, n’a rien de surprenant, puisque Jésus, renonçant à agir sur le peuple indocile, s'applique à la formation d'un pelit groupe de disciples qui devront continuer son œuvre aprés qu'il les aura quittés, et réunir autour d'eux les Ames disposées à recevoir VEvangile. Qu'est ce Plan, sinon lidée de l'Église? » 11 y aurait bien à dire sur cette interprétation nouvelle, L'IDÉE DE L'ÉGLISE DANS LA LITTÉRATURE DE L'ÉPOQUE APOSTOLIQUE 94

germe comme le froment, — « dans ton Royaume », — où seulement elle réalisera sa raison d'être. Entre la réalité qui sé manifeste sur terre et la réalité qui se manifestera dans les cieux, les expressions flottent souvent indécises. La « maison spirituelle » est une image qui peut s'entendre du Royaume à venir, aussi bien que de l'Église de ce monde, et ainsi des autres images, àcommencer par celle de l'elxcèouf. L'épitre aux Hébreux oublie l'Église terrestre, pour ne penser qu'à la Jérusalem céleste qu'elle appelle du nom d'Église. Il n'y a de déterminé que deux termes : celui de xotvuviæ et celui de Basthelz : le terme ’ExxAnola Geo est synonyme du premier et peut s'entendre du second. Mais il semble bien qu'ici le visible a fait com- preadre l'invisible, le connu l'inconnu, le présent l'avenir, et que cette conception apocalyptique de l'Église, conception d'arrière-plan, est dérivée de la conception empirique. À cette conception empirique s’en oppose une autre. Combien de fois saint Paul répète-t-il qu il n'y a plus désormais de Juif, ni d’Hel- lène, ni de Scythe, ni de Barbare? Il existe maintenant un peuple nouveau, que la Prima Petri appelle un peuple d'élite. La Prima Cle- mentis reprend cette même expression, et pour elle le nombre des élus de Dieu dans le monde entier forme le Aabç reptobctog. Voilà une image qui n’a rien d'hellénique. De fait, l'expression et l'idée toute juive du Aaès reprit est empruntée à l'Ancien Testament, car c’est ka vieille foi d'Israël d’être exclusivement pour Dieu ce peuple pré- féré entre les #8». Juifs, Hellènes, Scythes, Barbares ne sont plus maintenant des étrangers les uns pour les autres : ils sont un même peuple, au sens biblique du mot. Soit, mais comment justifier celte prétention de ne voir qu'un même peuple dans des races si peu parentes? Par l'unité organique qui lie les uns aux autres tous les fidèles. La première épitre aux Corinthiens déclare aux Juifs et aux Hellènes qu'ils sont tous un corps unique, « le corps du Christ », et l'épitre aux Romains qu'ils sont tous « un corps en Christ ». C'est que par la foi le Christ vit en chaque fidèle, et de telle sorte que de chaque fidèle le Christ est la tête : si donc il n’y a qu'une tête, il n’y a qu'un corps. Or qu'est-ce que le Christ, le corps du Christ? C'est le rejeton béni d'Abraham. Les fidèles sont donc tous enfants d'Abraham et par conséquent un peuple. Dans cette vue, très particulière à saint Paul, l'Église de Dieu n’est plus considérée comme un édifice élevé sur un fondement tout nouveau qui est le Christ : elle est une branche entée sur un vieil arbre. — Cette conception est ia conception que nous appellerons apologétique. La conception apologétique doit dater du moment où toute com- munion religieuse a cessé entre chrétiens et Juifs. À ce moment, les fidèles, chassés des synagngues et groupés en églises domestiques ou collèges à eux, ont dû avoir la claire perception qu'ils étaient une 592 REVUE ANGLO-ROMAINE

« nouvelle création » : et comment les juifs ne le leur auraient-il point reproché? À ce reproche Paul répondait en acceptant l’idée d’une « nouvelle création », et en la justifiant par la doctrine du corps du Christ, rejeton d'Abraham : c’est la doctrine des épitres paulines anté- rieures à la captivité de l'apôtre. Biblique d'images et de prémisses, rabbinique de dialectique, ce thème est un thème de polémique contre les Juifs; mais déjà dans l’épitre aux Colossiens et dans l’épitre aux Éphésiens, qui datent de la captivité de Paul, la conception apologétique se modifie, se dépouille de toutes intentions ad hominem : l'Église de Dieu ne reven- dique plus la filiation d'Abraham : le corps du Christ grandit, non plus comme peut grandir la branche entée sur le vieil arbre, mais comme s'élève un temple neuf. Et nous voici revenus à l'olxo3opf, à la conseption empirique. . C'est cette conception empirique qui prévaudra. Les chrétiens nés de sang hellénique ou barbare ne parviendront pas à s’assimiler les images et les déductions trop bibliques de Paul, qui, d’ailleurs n'ont pas été exprimées pour leur instruction directe. La pensée d’hériter de la bénédiction d'Abraham et d'être les cohéritiers des Juifs n'aura pas de développement. La pensée que les fidèles sont le corps du Christ est une pensée que l'interprétation qu’en ont donnée les gnos- tiques ou certains chrétiens de peu de tact!, stérilisera de très bonne heure. Et de toute l'apologétique paulinienne on retiendra surtont cette conclusion, savoir que l’Église de Dieu n'est point une entité idéale, mais une réalité organique et vivante comme un corps, vivifiée qu'elle est par l'immanence du Christ. Cohésion des individus et des groupes en une unité comparable soit à un édifice fait de pierres appareillées soit à un corps humain vivant, — cohésion qui n’est pas une institulion contingente, « mais une « création nouvelle » de Dieu, — cohésion qui a pour condition essentielle l'initiation et la fidélité à un même mystère : voilà. croyons-nous, la conception la plus anciennement exprimée de l'Église.

                                                    Pierre BATIFFOL

1 Voyez le développement de IT Clem. XIV, 1-4. Cf. Herm. Vis, 1, 4: Papias Fragm. 6 et de l'édition Gebbardt-Harnack-Zahn; Valentin cité par Clem. Alex Strom. VI, 6, 52. « Ces spéculations des chrétiens’ non juifs de l'époque La plss ancienne sur %e Christ et l'Eglise considérés comme deux conceptions corrélatires etinséparables, sont de la plus haute importance, car elles n'ont absolument re d’heilénique, et dépendent de la prédication apostolique... Les Apologistes ne feront aucun usage et les Gnostiques avec leurs éon « Eglise » les discréditeront (Dogmengeschichte, t. 1, p. 144.) RÉ ARR

L’ARCHEVÉQUE D'YORK ET LA VIE SACERDOTALE

Le Magazine diocésain d'York annonce qu'une réunion des membres de l'Ordre pastoral du Saint-Esprit, résidant dans la province d’York a été tenue à Bishopthorpe le mardi de la Pentecôte. Il y eut célébra- tion de la Sainte Communion à 8 h. 30 et à 114 h. 30. À la suite de cette dernière, l'archevêque a prononcé un discours sur la vie sacer- dotale dont voici la substance : La vie du prêtre est un sujet aussi vaste dans son étendue et aussi important dans ses résultats que le sont sa fonction'et ses devoirs. De plus, ils sont inséparables et solidaires l'un de l’autre, la vie ayant son contre-coup sur l’œuvre. Il n’en est pas de même dans les pro- fessions séculières. Un homme peut être un soldat émérite, un excel- lent avocat, un excellent docteur, quel que soit le caractère de sa vie morale. Son genre de vie n'a pas une influence directe et nécessaire sur son œuvre. Mais la vie du prêtre fait partie intégrale de sa charge. Il doit faire vivre le Christ en lui aussi bien que le prêcher. Sa vie doit témoigner de la doctrine de Jésus-Christ. De tous ses sermons son genre de vivresera le plus éloquent, le plus à la portée du monde et le plus fécond en résultats. Les fidèles seront plusimpressionnés par sa vie que par sesactions. Et cette influence n'est pas seulement passagère comme l'est un de ses sermons ou une de ses visites, mais elle est continue. Pour nous donc, prêtres de l'Église de Dieu, les paroles de saint Pierre ont une application spécialeet une force particulière. « Quel genre de personnes devez-vous être dans toute sainte conversation? »{fl S. Pierre, nr, 44), La vie du prêtre doit ressembler à l'amour du Christ: comme celui- ci elle doit avoir la largeur, la longueur, la profondeuret la hauteur : La largeur que lui donneront une culture étendue et une sympa- thie universelle; La longueur qui naît d'une persévérance patiente et active; La profondeur qui résulte d’un travail consciencieux et d'une sin- cérité absolue : La hauteur quiaccompagne les aspirations célestes et la sainte joie, I.— Quand je parle de culture, je prends le mot dans sonacception la plus large et la plus élevée, c’est-à-dire la lumière qui jaillit de la connaissance de tout ce qu'il y a de meilleur, de plus noble dans RAVUE ANULO-ROMAINE, = T, 11, me 38 594 REVUE ANGLO-ROMAINE

  la nature, dans l'homme, et en Dieu. Une telle connaissance on

pe

  seulement élargit et élève l'esprit, mais encore elle perfectionne et
 purifie le cœur. Elle accroît notre sympathie pour tout ce quiest
  bon et beau, et nous fait rapidement discerner le meilleur partout
  où il se trouve. Les paroles bien connues de saint Paul dans.son
  épître aux Philippiens est une exhortation à la haute culture. Phil.
 iv, 8.) C'est la culture du cœur et de l'esprit que le poëèle a en vue
 lorsqu'il dit que «la perfection, quand nous l'apercevons, entraine
 nos cœurs ». Mais cette culture va plus loin encore. Non seulement
 elle nous   fait admirer le bien que nous rencontrons, mais elle nous
 pousse de plus en plus à désirer le trouver; et ainsi elle nous fait
 voir le bien qui se trouve en nos frères et nous apprend à l'aborder
 dans un esprit de foi et d'amour. Après la grâce de Dieu, c'est cette
 sympathie universelle et cet esprit de charité qui nous aide, nous
 prêtres de Dieu, à découvrir avec joie la moindre trace de bien
 cachée dans une nature peu aimable ou même antipathique. Elle
 atteint son apogée lorsque non seulement elle nous aide à découvrir
 le bien, mais qu'elle nous apprend encore à le provoquer chez tout
 individu avec lequel nous venons en contact. Il est des personnes,
 peut-être en avons-nous counu personnellement, en présence des-
 quelles l'on se sent meilleur et porté dans une sphère plus pure et
 plus élevée, La faculté de découvrir le bien partout est d’une valeur
 inestimable pour le prêtre de paroisse, qui doit diriger les âmes. Car
 notre premier but, en traitant une âme, est d'y découvrir ce qu'il a
 de bon et de vrai et d'y poser notre jalon. Nous nous trouvons alors
 sur ua lerrain commun, quelle que soit l'étendue ou l'exiguïté di
 terrain. Il peut n'être pas assez large encore pour yÿ bâtir un temple
 au Seigneur, mais il peut du moins y avoir suffisamment de place
 pour y planter l'échelle que les anges de Dieu remontent chargés
 de prières ou d'aspirations, et redescendent les mains pleines de
 dons et de bénédictions pour l’ème affamée et altérée. I] n’est rien
 en nous de plus puissant et de plus beau, rien qui nous rapproche
 davantage de l'image de Dieu, que ce pouvoir d'éveiller et d'exciler
 le bien naturel de l'âme chez nos frères, de découvrir l’élincelle sa
 le point de s'éleindre et de faire jaillir la flamme de la mèche encore
 fumante. Ce pouvoir a ses racines dans l'amour. L'amour est ke
 grand révélateur de tout bien.
   H est facile de surprendre les défauts et les points faibles des
 autres; il est aisé de les mettre en évidence et de les dénoncer. Ces
 là l'œuvre du Gtéécaoç, l'accusateur. Mais découvrir le bien et le
 mettre en lumière, c'est l'ouvrage de Dieu, el faire l'ouvrage de Dieu,
 c'est remplir un saint et puissant devoir.
   Demandons ce pouvoir à Dieu, si nous voulons avoir la joie de
 discerner les esprits et le bonheur de sauver les âmes.

L'ARCHEVÈQUE D'YORK ET.LA VIE SACERDOTALE 595

H. -— Mais il est essentiel pour le caractère et la vie du prêtre qu'il possède la persévérance, non moins que la sympathie. Là, un grand nombre échouent, non pas faute d'énergie, mais faute de persévé- rance et de patience. À combien de prêtres pourrait s'adresser le reproche de saint Paul aux Galates : « Vous alliez bien, qu'est-ce qui vous a arrêtés? » Nous partimes avec zèle au début de notre carrière; nous fûmes empressés à visiter nos frères, ardents dans nos exhortations, fidèles aux répréhensions nécessaires. Mais nos paroles ne semblè- rent produire aucun effet; les malheureux pécheurs restaient dans leur endurcissement : c'était semer pour ne rien récolter. L'ouvrage perdit de sa nouveauté et, par suite, de son charme. Nous fûmes las de bien faire, au lieu de continuer à travailler en attendant l'heure de la Providence. « il existe souvent un pouvoir céleste dans l'attente silencieuse : Offmals in stiller Wartung es Liegt oins hünmiische Kraft. » Nous n'avions pas appris la patience du bon Pasteur qui va à la recherche de la brebis égarée et ne retourne que lorsqu'il l'a re- trouvée. Le désappointement est venu paralyser nos efforts et arrêter notre course. À ces moments-là, nous sommes tentés de dire avec le prophète: « J'ai travaillé en vain, j'ai dépensé mes forces inutile- ment. » Mais nous oublions qu'il a ajouté : « Cependant, le Seigneur: est mon juge, et Dieu ma récompense. » Nous oublions la promesse faite à tout fidèle serviteur de Dieu : « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai une couronne de vie. » Saint Augustin a dit: « Fortia agere Romanuin est, forlia pais Chrishanum. » Supporter les épreuves de la vie sacerdotale, cela demande beaucoup de foi et d'amour. Cela exige le courageux dxouork dont parlentionguement saint Pierre, saint Paul et saint Jacques. Cela demande en nous l'esprit qui animait Jésus-Christ, et qui nous rendrait capables de porter sa croix et de le suivre; Fév Evyév you, car qui, plus quelui, a eu à endurer la contra- diction des pécheurs,l'endurcissement, l'inimitié et le mépris de ceux qu'il est venu servir, auxquels il a donné sa vie? Qui, mieux.que lui, a connu la nécessité de la patience et de la souffrance inhérentes à le vie pastorale? Il est suffisant que l'élève soit comme son maitre, et le serviteur comme celui qui le commande. . Avec la persévérance arrivera le progrès: non seulement dans le taracière du prêtre jui-même; mais dans l'esprit de son œuvre: une connaissance toujours croissante de la valeur de chaque âme commise à sa charge: une attention plus vive à épier les occasions de parier ou d'agir — le mollia tempora fandi — les portes ouvertes par la Providence de Dieu ; un dévouement croissant pour la cause la plus petite comme pour la plus grande; un accroissement rapide ds l'esprit de force, d'amour, et de jugement droit.: HI... Mais la vie sacerdotale.demande de la profondeur en.môme. 596 REVUE ANGLO-ROMAINE

temps qu'elle exige la largeur et la longueur. il existe des vies el des caractères superficiels même dans les rangs du clergé, de beme ‘dispositions sans force de volonté. La vie est extérieurement offerte à Dieu, maïs n'est pas consacrée à son service. Les devoirs soni remplis avec exactitude, mais le cœur n’est pas à la tâche. Il: a de la diligence sans apport de dévouement. La vie n’a pas de prs- fondeur, de base solide, de convictions fortement enracinées, de désirs intenses. Ellene va pas plus loin qu'une certaine disposition pour la fonction sacerdotale, un intérêt pour les questions de thé. logie, ou une préférence pour le milieu ecclésiastique. Elle n'a pas l'amour pour base. Elle n’ést pas entrainée par l'amour de Dieu pour nous, ni excitée par celui que nous lui portons nous-mêmes. Ia a pas de force dans notre foi, il n'y a pas d'absolu dans notre vie. Elle est superficielle, faible et incolore. De telles vies n'ont pas de racines; elles manquent de fraîcheur et de sève. Les fondements de la vie sacerdotale doivent reposer plus profos- “dément; non sur le sol superficiel d’une expérience sentimentale. d'une facilité d'étude ou d'avantages sociaux, mais sur le roc d'ur union consciente avec le Dieu incarné, et sur la force de sa présente intérieure, soutenue par une foi vive dans la vocation divine : « comm -mon Père m'a envoyé, de même je vous envoie ». Mais, avant tout, la vie du-prêtre doit avoir de Ja hauteur, ent à-dire de l'élévation. Plus que tout autre, le prètre doit consacrer s vie à Dieu, il doit identifier sa vie à celle du Christ. C'est avec Jésus Christ qu'il travaille ; c'est en Dieu qu'il repose. D'ores et déjà, des prit et de cœur, il s'élève sur les hauteurs du Ciel où le Christ a pris place. Tout en vivant dans le monde, il vit au-dessus de lui. Il nes pas consumé par les soucis terrestres et les désirs qui, selon sai Bernard, ne sont que afflictio spiritus, evisceratio mentis, evacwalt gratiæ. Là où est son trésor, là aussi est son cœur. Il est dans ont atmosphère plus élevée que l'atmosphère où vivent les auire hommes. Non qu'il s'estime supérieur aux autres ou vivant d'une vi le for à part. Il n’est point un reclus, mais seulement un ascète dans extérieur. Il se mêle librement à ses frères, prend part à leurs joie comme à leurs douleurs. Comme son Maitre, il s'assied à la tabl de noces; comme son Maître ïl verse des larmes sur la tombe. Hne néglige pas les affaires de laterre, mais il n'est pas absorbé parelle.

             Mihi res, non me rebus subjungere conor.

La vie n'est pas mue par les joies terrestres ou les considérations humaines, mais par la présence de Dieucaché dans le tabernacie loin des bruits de la terre. Dans une telle vie il existe un calme intérieur qui se reflète souvent dans les actions du dehors; une douceur pleine de puissance, car suivant l’heureuse expression du Père Gratrr: AE RL

        L'ARCHEVÊQUE D'YORK ET LA VIE SACERDOTALE                 397

u Qu'est-ce que la douceur? C'est la plénitude de la force. » Saint Ambroise exhorte le prêtre à rechercher la « tranquillitas morum ». Cette tranquillité ne peut venir du l'intérieur; elle doit surgir de dedans. Elle peut être accompagnée de gaieté, d'humeur plaisante et de joie modérée. Mais son caractère principal est une élévation vers le ciel et une sainte quiétude. La vie du prêtre doit rester calme au- dessus des bruits et des agitations terrestres, dominant les tempêtes rt les orages. Elle réalise la description que donne Goldsmith du pas- teur du village ‘. La vie du prêtre devrait être une vie spirituelle, la vie chrétienne la plus élevée. C'est sa vocation el son devoir de montrer en lui- mème la puissance de l'Évangile qu'il prêche et de la grâce qu'il administre. Ce que tout chrétien devrait être, il est tenu de l'être de la façon et dans la mesure la plus parfaite. Enfin, l'élévation de la vie sacerdotale vers les hauteurs célestes trouve son centre et son summum dans le Grand Prêtre lui-même, Be même que notre sacerdoce est le sien, que notre œuvre est la “ontinuation de la sienne, de même notre vie trouve son modèle dans Jésus-Christ lui-mème. C'est ainsi qu'il nous parle dans l'Évangile de ce jour. Je suis le bon Pasteur — le beau Pasteur — & rouhvé xæA6c -— non seulement ixus ou &ya 0ùç, mais xahéç. Et cette gracieuse bonté du premier les pasteurs doit se refléter dans la vie de chaque Pasteur. Le modèle placé devant nous est élevé, mais si ses brebis accourent lidèles à sa voix, quel ne doit pas être l'empressement de ses ber- gers? Or, à quelle distance éloignée el avec combien peu de courage beaucoup d’entre nous suivent les traces de sa sainte vic! Et cepen- dant c'est là-dessus que repose l'élévation de la vie sacerdotale: non ur une position élevée, sur de hautes ambitions ni sur l'estime et l'ad- imiration des fidèles; mais sur des aspirations vers les choses du ciel et l'ardeur d’un saint désir; sur un amour toujours croissant et une plus forte ressemblance avec le beau Pasteur; enfin sur l'attente de l'arri- vée du Jour du Seigneur.

      As some tall chiff that lifis its awful form.
      Swells from the vale and midway icaves the storm;
      Though round its breast the rolling clouds are spread
      Eternal sunshine settles on its head.

CHRONIQUE

Remise de la calotte cardinalice à Mgr Ferrata. — La remise de la calotte cardinalice à Mgr Ferrata a eu lieu mercredi matinà l'hôtel de ia Nonciature, rue de Varenne. La cérémonie a eu lieu en présence d'un petit nombre d'invilés, parmi lesquels se trouvaient Mgr Enerd, le nouvel évêque de Cahors: le duc de Loubot, le comte de Mérode, le D" de Roaldès, l'abbé Portal, etc. Le garde-noble marquis Antici Mattei était porteur pour Mgr Ferrata d’une lettre lui faisant part officiellement de son élévation à la pourpre romaine. Celui-ci a remis alors la lettre à Mgr Peri-Morosini, qui en a donné lecture à haute voix. Le nouveau cardinal a reçu aussitôt après la calotte rouge de mains du marquis Antici Mattei et l’a posée sur sa tête. Un court échange de compliments a eu lieu alors. Le garde-noble marquis Antici Mattei a félicité Son Eminence de l'honneur qui lui était fait, et en termes délicats, arappelé la brillante carrière diplomatique du nouveau cardinal. Mgr Ferrata a répondu par l’allocution suivante :

     Monsieur le marquis,

En recevant de vos mains le premier insigne de la dignité cardinahce, je dois avant tout remercier Dieu tout-puissant, auteur de tout bien, de l'honneur auquel, malgré mon peu de mérite, je viens d'être appelé. Puis ma pensée se reporte de l'autre côté des Alpes, au pied du trône sur lequel est assise l'auguste et vénérée personne de notre Souverain, dont vous êtes le noble messager. C'est à lui que du plus intime de mon âme j'envois l'expression de ma profonde et filiale reconnaissance, car c'est par un acte de sa bonté paternelle qu'il a daigné m'inscrire au Sénat de la sainte Églis romaine. C'est à lui que j'adresse mes vœux et que j’exprime une fais de plus mon inaltérable dévouement. Ici, dans ce salon qui est comme une continuation du Vatican, nous pouvons laisser nos cœurs s’épancher, sans crainte de dépasser les limites de la discrétion et de la délicatesse qui conviennent aux enfants lorsqu'ils parlent de leur père. Certes, nous nous sentons fiers et honorés de servir le vicaire de Jésus-Christ sur la terre. Mais dès que ces fonctions — les plus élevées qu'il y ait au monde — sont remplies par un pape comme Léon XIII, à ces sentiments s'ajoute celui d'une admiration sans bornes pour la personne du Pape. Il semble, en effet, que Dieu ait voulu réunir CBRONIQUE 899 en lui l’universalité des dons et des mérites, afin qu'en découle une lumière pure et sereine sur la dernière partie, si troublée, de notre siècle. Homme de doctrine et d'action, de haute intelligence et de noble cœur, théologien, philosophe, penseur, profond politique, il a donné au ponti- ficat romain, malgré les graves et exceptionnelles difficultés que rencontre sa mission divine, une autorité et un prestige devant lesquels s'inclinent, respectueux, les hommes mêmes et les peuples qui ne partagent pas nos croyances. Dans notre Italie surtout, sa douce, paternelle et belle figure illumin tout l'horizon, et n'est-ce pas avec une véritable explosion de reconuais- sance et d'amour que les Italiens ont accueilli sa généreuse intervention en faveur de nos malheureux concitoyens prisonniers en Afrique, inter- vention inspirée par une pensée à la fois chrétienne et patriotique ? Je suis donc très reconnaissant à la divine Providence qui me fait en- trer dans le Sacré-Collège sous un pontificat aussi glorieux, et je prie ar- demment Dieu tout puissant afin qu'il conserve encore pendant de longues années notre Saint-Père le Pape Léon XIII à notre affection, pour la gloire de l'Église. Après cette éloquente allocution, tous les personnages présents ont félicité Mgr Ferrata, qui s'est dirigé vers la chapelle particulière de la nonciature. Là, il a prêté serment au Souverain Pontife et à l'Eglise romaine, devant Mgr Celli, faisant fonctions d'ablégat, et Mgr Potron, évêque de Jéricho, témoin. Un déjeuner intime a réuni ensuite autour de Son Eminence le garde-noble, l'ablégat, son secrétaire, et les membres de la Noncia- ture. Dansl'après-midi, Mgr Ferrata s'est rendu au ministère des af- faires étrangères et a présenté à M. Hanotaux l'ablégat Mgr Celli, le garde-noble marquis Antici Mattei et le secrétaire, M. l'abbé Sam- per. La date de la remise de la barrette cardinalice par le Président de la République n’est pas encore fixée.

L'abbé Duchesne à Cambridge. — On nous écrit de Cam- bridge : « Le jeudi {8 juin, l'abbé Duchesne a recu à l'Université de Cam- bridge le grade de docteur ès lettres, honoris causa. Notre ami élait l'hôte du baron Anatole de Hügel, qui est directeur du Musée d'Ar- chéologie. La cérémonie a eu lieu dans la salle du Sénat, grande saile rectangulaire de style italien. À l’une des extrémités se tronve, sur une estrade peu élevée, un grand fauteuil — celui du vice-chance- lier — entouré de plusieurs autres réservés aux visiteurs de distinc- tion et aux principaux dignitaires de l'Université. L'ensemble de la salle, ce jour-là, présente un aspect assez peu académique, étant surtout rempli de dames en toilettes d'élé ; mais on y voit aussi un certain nombre de Maffres portant la robe noire et la barrelte acadé- mique.À l'extrémité de la salle on aperçoit quelques jeunes gens qui, 600 REVUE ANGLO-ROMAINE

en plus de la robe, portent la patte et le rabat blanc: ce sont des étu- diants qui se destinent au doctorat en médecine. Tout autour, les ga- leries sont bondées d'étudiants, etlà encore les dames ne sont pas en petit nombre. « Le vice-chancelier fait son entrée par une des portes lalérales de la salle. 11 porte une robe de pourpre avec pèlerine d’hermine qui res- semble exactementau costume descardinaux. Plusieurs docteurs l'ac- compagnent, parmi lesquels nous remarquons Lord Acton, profes- seur d'histoire moderne, Puis viennent les visiteurs qui vont rece- voir le titre de docteurs honoraires, tous vêtus de robes rouges aus manches pendantes. Le vice-chancelier s'étant assis, la collation des grades commence aussitôt. Chacun des récipiendaires est présenté à l'assemblée par une courte allocution latine de l'orateur publie, après quoi le vice-chancelier, le prenant par la main, le conduit à sa place. Les trois premiers sont des légistes distingués d'Allemagne ou de Hollande. Leurs noms sont connus du monde savant, mais pour les étudiants et pour le public ils ne présentent que peu d'intérêt. Les discours de l'orateur public sont écoutés avec bonne humeur, et par- fois donnent lieu à des plaisanteries de la part des jeunes gens qui affectent de ne pas comprendre le latin. Dans un des discours le mot malencontreux tinferpretem s'étant trouvé : « C'est précisément ce que nous demandons », s'écrie une jeune voix partie de la galerie. « C'est maintenant le tour de l'abbé Duchesne. On dirait que lui,du moins, n'est pas un étranger. Dès qu'il se lève, il est salué par de longues et chaleureuses acclamations. Cette fois l’orateur public est écouté jusqu'au bout, et la fin de son allocution est saluée d'applau- dissements qu'il peut s'approprier pour son éloquence, si cela lui convient. Voici le texte de cette allocution : « Roma ab ipsa ad nos pervenit vir et de rebus sacris et de anti- « quitatis studiis præclare meritus, qui Librum Pontificalem prole- « gomenis amplissimis et commentario doctissimo illustravit, qui « Galliæ antiquæ fastos episcopales condidit, qui cognoscendæ anti- « quitatis causa neque montem Athon nequeinsulam Patmon iner- « ploratam reliquit. Idem, ad argumenta altiora evectus, non mode « cultus Christiani initia Inculenter enarravit, sed etiam in ipsis « originibus Christianis investigandis nuperrime est versatus. Læta- « ur inter Anglos adesse hodie virum summa eruditione, summe « animi candore prædiltum, qui liberalitate vere Christiana, anima « vere fraterno, etiam Ecclesiam Anglicanam respicit, qui Canta- « brigiæ denique paulisper moralus non obliviscetur unum ceriee « Collegiis nostris habuisse quondam magistrum Matthæum Parker, « archiepiscopum Cantuariensem, per quem ordines sacros in Ecele- « siam Anglicanam serie perpetua defluxisse credimus. « Duco ad vos scholæ Gallicæ in urbe Roma præsidem insigeem. « Lupovicux DucREsNE. » « Après l'abbé Duchesne, vient M. Berger qui est également chaleu- reusement applaudi du côté des anciens, ceux-ci connaissant bien le savant ouvrage du nouveau docteur sur la Vulgate. CHRONIQUE 601

  « Après la collection des grades honoris causa, vient celle des grades

universitaires ordinaires. Les facultés des lettres, de droit et de médecine sontentièrement laïcisées à Cambridge, mais celle de théo- logie présente encore le caractère ecclésiastique. Les grades ne peu- vent être conférés qu'à des sujets ayant reçu les saints ordres, et un test d'orthodoxie est exigé.Cejour-là, un candidat se présente pourun grade ordinaire de théologie; nous avons donc l'occasionde voir cette intéressante cérémonie. Le récipiendaire était le Rev. P. Armitage Robinson, un des plus distingués parmi les jeunes savants de Cam- bridge; par une curieuse coïncidence, bien que professeur, il n'était pas encore docteur; cela est dû aux règles très strictes touchant l’an- cienneté qui sont encore en honneur à la faculté. Après avoir été pré- senté par un de ses collègues, le professeur Swete, l'un et l'autre revêtus de la robe rouge, il fait alors la profession de foi suivante qui est exigée par les statuts de l'Université : « In Dei nomine, amen. Ego Josephus Armitage Robinson ex « animo amplector universam sacram Scripturam canonicam, veteri « et novo teslamento comprehensam; omniaque illa quæ vera Eccle- sia Christi, sancta et apostolica, verbo Dei subjecta et eodem 8

gubernata, respuit, respuo; quæ tenet, teneo; et in omnibus ad finem usque vitæ perseverabo, Deo mihi pro summa sua miseri- RAR

cordia graliam præstante, per Jesum Christum Dominum nos- ZT

  trum. »

Ê

  « S’agenouillant ensuite devant le vice-chancelier, le candidat se

relève docteur. Puis ce fut le tour des grades de médecine et la céré- monie se termina. «Nous nous promenämes alors avec nos amis en costume univer- sitaire dans les rues de Cambridge. Et on ne pouvait s'empêcher, en voyant le costume de l'abbé Duchesne, de faire un rapprochement qui était dans tous les esprits et d'exprimer un souhait que forment tous les amis de l'Église et de la Science. »

Une information du Standard. — Le correspondant du Standard à Rome apprend que le Pape a l'intention d’envoyer en Angleterre un prélat en qui il a une grande confiance pour étudier les moyens d'arriver à une entente avec l'Église anglicane.

  Le soixante-quinzième          anniversaire de la première

communion de Léon XIII. — Le dimanche 21 juin a été le soixante-quinzième anniversaire de la première communion du Pape. Sur la demande des sociétés catholiques de Rome, le Saint- Père a daigné accorder une induigence plénière aux enfants qui se sont approchés ce jour-là pour la première fois de la Sainte Table, et des indulgences partielles aux adultes qui ont communié. Le cardinal vicaire a convié par un Znrite sacro les fidèles de Rome à célébrer pieusement cet anniversaire; la Fédération des associations catholiques romaines a publié également, avec l'appro- bation de l'autorité religieuse, un chaleureux appel; la Société des 602 REVUE ANGLO—ROMAINE

pages de Saint-Louis dé Gonzague a pris l'initiative du mouvement dans toute la province de Rome. Les élèves des écoles soutenues par la Société promotrice des intérêts catholiques se réuniront, dimanche matin, dans l'oratoire de Caravita — ainsi nommé du Jésuite quies fut le fondateur — pour la communion générale, et chaque jour de l'octave ils assisteront à une cérémonie dans l'Église de Saint-Ignace. Dans cette même église où est vénéré le corps de saint Lonis de Gonzague, un Te Dsum solennel sera chanté dimanche soir.

_ LIVRES ET REVUES

Histoire de l'Éducation en Angleterre : Les doctrines & les écoles depuis les origines jusqu'au commencement du ÂTIX* siècle, par Jacques Par- MENTIER, professeur à la Faculté des lettres de Poitiers !.

M. Parmentier a éerit un livre très intéressant. Un Anglais aimera à trouver dans son ouvrage une appréciation intelligente et appro- fondie de son système national d'instruction secondaire. Un Français qui voudra comprendre un système d'éducation tout différent du sien aura là un guide sûr. L'auteur a étudié de très près notre svs- tème d'édueation, il connait notre litilérature, et il a eu le bonheur d'être en relations d'amitié avec M. Quick, le plus enthousiaste et le meilleur de fous ceux qui, à notre époque, se sont voués à la science de l'éducation. Mais il ne se borne pas à traiter du système actuel. La plns grande partie de l'ouvrage est historique. M. Parmentier nous trace les origines des grandes écoles anglaises, il nous donne surtout l'histoire de la théorie de l’édueation. El faittout cela en maitre. Il est un point cependant sur lequel l’auteur me paraît ne pas avoir assez insisté. Il a, je le répète. très fidèlement raconté les origines de notre système scolaire, mais il me semble qu'il n’a pas suffisam- ment dégagé le fait que notre système actuel est entièrement mo- derne. Ce côté de la question n’entrait peut-être pas tout à fait dans son cadre; aussi sans m'y arrêter beaucoup en qualité de critique, je crois pourtant utile d'insister dans l'intérêt du sujet méme. Notre système d'éducation a ses racines dans le passé, mais la grande école d'aujourd'hui est bien différente de celles du xvi‘ siècle. La différence ne porte pas seulement sur le cours des études ou sur les mœurs des élèves. La constitutionet l’espritde l’école, l'id.-e même de l'éducation, tout cela est changé. Notre système a eu un dévelop- pement tout particulier, insulaire si l’on veut. Par son origine il se raftache aux idées du xvi° siècle communes à toute l'Europe, mais il ne subit aujourd’hui presque aucune influence étrangère. À l’exté- rieur, il paraît avoir conservé bien des choses du moyen âge. En réalité, il n'en garde presque rien. Si plusieurs établissements re- montent à cette époque, on peut bien dire que l'enveloppe seule sub- siste. L'organisme est mort et un nouvel être vivant l’a remplacé dans la vieille coquille. Les anciennes écoles étaient surtout ecclésiastiques, et elles furent

E Un vol. in-12. Perrin, Paris. ‘604 REVUE ANGLO-ROMAINE soumises au for ecclésiastique jusqu'au siècle dernier. Non seulement les maîtres étaient membres du clergé, mais leurs fonctions étaient vraiment regardées comme spirituelles. De même, pour les écoles ia- férieures, les écoles de grammaire établies dans toutes les villes. Les maîtres étaient nommés la plupart du temps par l’évêque diocésain. et lui seul, d'ordinaire, pouvaitles déplacer, ces maîtres remplissaient généralement les fonctions de vicaire à la paroisse. Le dimanche les élèves se réunissaient dans les écoles où ils passaient le temps laissé libre par les offices, se livrant à des exercices de piété et à la lecture. en grec, du Nouveau Testament. Tout cela abien changé. Les maîtres, il est vrai, surtout les maïtres supérieurs des grandes écoles, sont encore pour la plupart prêtres, mais leurs fonctions deviennent de plus en plus séculières. L'ensei- gnement, tout en restant chrétien, revêt un caractèremoins pratique. Dans les grandes écoles, la chapelle et les offices restent comme un témoignage des origines, et quelques-uns des maitres y trouvent l'occasion d'exercer une influence individuelle considérable, mais une discipline tout autre a pénétré insensiblement. On peut dire que cette discipline nouvelle caractérise aujourd'hui les écoles anglaises. Connue de tout le monde, elle n'a jamais été réduite en formules. Elle est la même partout dans ses grandes lignes, bien que chaque école ait des traditions particulières gardées jalousement. Toutes son! ré- gies par une sorte de code d'honneur qui lie maitres etélèves. On y trouve des conventions fort bizarres. Ainsi, il est entendu parfois que les maitres ne s'aperçoiventpas de certaines évasions et qu’ils ignorent certaines lois. De mème la sur- veillance est exercée par certains élèves des cours supérieurs. qu prennent le nom de préfets, soit officiellement, soit par convention tacite. ” Ces coutumes engendrent bien des abus très difficiles à réprimer. Les directeurs ne peuvent pas les changer, et l'influence morale de la religion ne s'exerce pas sur l'ensemble des élèves. L'influence ecclésiastiquenes’exerceplus danslesécolesinférieures. Depuis peu elles imitent les grandes écoles en tout. Il y a quarante ans environ, les écoles primaires étaient entièrement désorganisées. L'autorité ecclésiastique n'y fonctionnait plus et rien ne la rempla- çait. Des commissions royales s'occupèrent d'une réorganisation. Le ré- sultat fut immense. L'esprit des grandes écoles pénétra jusque dans les plus petites villes, et un système homogène dans les grandes li- gnes s'établit dans les vieux établissements. Le système parait solide.Il ne faut pourtant pas ignorer ses défauls. On pourrait désirer, par exemple, une infiuence plus directe de la religion. Ce n'est pas chose facile à réaliser. Feu le chanoine Wov- dard conçut un projet dans ce sens. Il commença son œuvre en 1848. Comme au moyen âge, il a voulu construire un groupe de collèges où les choses de la religion occuperaient la première place, tandis que les cours seraient faits suivant les principes modernes. Le succès 3 LIVRES ET REVUES 605

été surprenant. Cinq grandes écoles furent construites sur de beaux el magnifiques plans. Les successeurs du vénérable chanoine ont fait construire trois autres écoles. La Société du collège Saint-Nicolas les dirige. Elle y conserve le caractère chrétien dans son intégrité, L'Église anglicane possède dans ces écoles une de ses œuvres les plus. édiflantes. — À.

                     Revue Des Deux Monpes

Le dernier numéro de la Revues des Deux Mondes publie un remar- quable article de M. Georges Goyau qui a pour titre : La part religieuse de l'Allemagne contemporaine. Nous en détachons les pages suivantes où l'auteur trace une peinture de l'Église catholique dans la Prusse rhé- nane, la Westphalie et Ia Bavière :

Volontiers on parle de la « catholique » Bavière. etl'épithète est méritée. Elle est, par excellence, l'asile des traditions pieuses; et le clergé régulier, qui les entretient, est relativement plus nombreux en Bavière que dans toute autre partie de l'Allemagne. Longtemps encore, au-dessus la porte des masures rurales, s'ouvriront les bras d'une madone ou s’allongeront ceux d’une croix. A la cour, des cérémonies survivent, qui partout ailleurs sont disparues. Une fois par an, dans la chapelle royale, le prince régent arme des chevaliers; c'est à la fête de saint Georges. Debout devant l'autel, sévèrement serrés dans une tunique de soie blanche, les postulans écoutent un sermon, qui les éclaire sur leurs futures obligations. Elles sont doubles : tirer le glaive pour le Christ et l'Immaculée Conception, et se dé- vouer pour les pauvres et les malades. Entre les mains du prince régent, intermédiaire entre eux et Dieu, ils en prêtent le serment: le prince, alors, leur donne l’accolade, les enrôle dans la milice de saint Georges et préside à leur toilette, à la remise du casque, de l'épée, des éperons, du manteau bleu ciel au collet d’hermine, tandis qu'à l'autel la messe se poursuit et s’achève. On réverait pour cette scène, comme théâtre, les arceaux d’une cathédrale, et comme témoins, des pauvres et des malades, fourinillant au fond des nefs : l'étroite chapelle, de style jésuite, semble plutôt faite pour des mariages morganatiques que pour des pompes de chevalerie. C'est après la solennité que le comparse populaire est admis : dans une salle du palais les princes et les chevaliers entrecoupent d’une série de toasts un déjeuner des plus somptueux; ils se passent l'un à l'autre, en signe de fraternité, une coupe archaïque, pétillante de vin, qui dessine une tête de lion; et derrière un léger rideau de gardes, le bon peuple de Munich défile, jetant sur le gala des coups d'œil brefs et surpris. Survivance d'un âge où la reli- gion créait et ordonnait les fêtes de cour, cette cérémonie de la Saint-Geor- ges, par le fait même qu'elle est un anachronisme, témoigne d'une fidélité littérale aux anciennes coutumes religieuses, trait distinctif de la piété bavaroïse. La Bavière a des pélerinages fréquentés; Notre-Dame d'Alt- Oetting attire un grand concours de foule; autour de l'image miraculeuse, des statues d'argent, à demi agenouillées, font sentinelle : ce sont des princes de Bavière, chevaliers servants de la reine céleste. 606 : ‘ REVUE ANGLO—ROMAINE

« Tune peux pas aujourd’hui conrprendre l'éclat de tou berceau; ta ne soupçonnes pas pour quels sévères devoirs, pour quels douloureux renon- cements.la destinée nous a.élus. Tous s’inclineront profondément; en faæ ilste souriront, et par derrière te déchireront; n’aie pointd'espoiren l'amitié. Mais ta vie épineuse conuaitra des heures de joie, Dieu a voulu qu'ilveüt des grands pour que le bien füt fait à profusion. Fais le bien; trouver k reconnaissance, c'est chimère. L'ingratitude même t'est réservée; le sa- laire, c'est Dieu qui loffre; à ceux qui ont fait le bien, il donne la paix.» C’est en 1881 qu’une infante d’Espagne, dont l'enfance avait été promenée dans l’exil, soupirait ces mâles lecons sur le berceau de sa nièce Mercédès. Devenus priacesse de Bavière, appliquant ses propres conseils, elle incarne à Munich la charité catholique; la « Séraphiqne Union d'amour pour les enfants pauvres et abandonnés », qui fait beaucoup de bien et en réve plus encore, ne l’a point. seulement pour bienféitrice et présidente, mais pour collaboratrice de sa Revue, à laquelle elle adresse, entre autres oboles, celle de ses vers. C'est une cour ofliciellement catholique que la cour de Baviére. Maisen dépit des pompes du catholicisme, en dépit même de ses œuvres, la prise-qu'il avait jadis sur la vie publique bavaroise va s’affaiblissent Munich est la seule ville catholique de l'empire où le socialisme se soitim- planté: it détache deux représentants au Reïichstag, un au Landtag. Vai- nement chercherier-vous, en Bavière, cette correspondance presque adé- quateque l’on observe, sur d’autres points de l'Allemagne, entre les données de la statistique religieuse et le résuitat des élections législatives : dans les deux circonscriptions de Munich, la proportion des catholiques au nombre total des habitants est, respectivement, de 79 et BS 0/0, et les suffrages re- cueillis par le centre ne dépassentpas 21 et 28 0/0. Si quelqu'un semblait appelé, par son insigne expérience du terrain catholique, à réparer ces dis- grâces, c'était assurément le comte-Conradde Preysing, neveu de Ketteier; devant lui, les obstacles foisonnèrent; il fit tout ce -qu'il put, non tout cæ qu'il eût voulu. Le centre est traité d'invention prussienne par certains Bavarois de vieille souche. 11 est contre-balancé, dans les campagnes — spécialement en Basse-Bavière, où il a perdu la moitié def’ circonsenip tions — par la Ligue des paysans (Bauernbund), dont vainement il sigusie les candidats comme protestans ou « libéraux ». On mesurerait assez exac- tement la force de l'Eglise romaine en Bavière, en disant que l'électeur ne tolère peint de la sentir attaquée : M. de Volimar et ses amis socialistes sont, en matière religieuse, des opportunistes respectueux. Non moiss exactement, on mesurerait la faiblesse de cette Eglise, en disant que lee

candidats «le la eure ne sont point, forcément, les élus des fidèles. [La ne teur accepte malaisément, pour ses votes, la ‘discipline du clergé :

catholique, en Bavière, est moins riche et moins influente qu'en d'autres pays allemands. L'esprit public, depuis quelques années, échappe lentement à l'Eglise, et les mœurs aussi lui échapperaient-elles ? Certaines statistiques des uais- sances illégitimes tendraieutà le prouver. Dans cette laicisation de la vie publique, dont le socialisme profite, l'Etat bavaroïs a sa part de respouss bilité: dèpuis- Mongelas, ministre au début du siècle, jusqu'à M. de Luts, ministre ‘hier, les hommes politiques de la Bavière ont lentement tari ba LIVRES ET REVUES : 607

sève catholique. C’est à l’instigation de ce royaume que fut inséré en 1879, dans la législation de l’empiré, le fameux « paragraphe de la chaire », pré- lude de Kulturkampf. Le premier ministre de Bavière, chancelier actuel de l'empire, fut, en 1869, le seul gouvernant en Europe qui révêtd'une in- gérence des pouvoirs laïques dans les délibérations du concile. Les prêtres « vieux catholiques » hostiles à l'infaillibilité päpale furent maintenus par M. de Lutz, vingt ans durant, dans les paroisses catholiques dont ils étaient titulaires. La réunion à Munich d'un congrès des catholiques allemands fut, en 1890, quasiment prohibée. L'établissement catholique, en Bavière, est somptueusement installé ; mais dans cette installation il est comme cal- feutré. On permet au clergé des œuvres de philanthropie, mais s'il se mé- lait trop activement aux conflits sociaux, il risquerait d'être arrêté au nom de l'ordre public. On lui permet de se manifester par des brocessions et par des missions; mais s’il s’ahandonnait à certaines hardiesses de propa- gande, il risquerait d'être arrêté au nom de la paix religieuse. Au fond de ces églises bavaroises, où l'on ne refuse aucun luxe à Dieu, vous rencon- treriez, surtout depuis le congrès catholique qui s’est réuni à Munich en 1895, plus d'un prêtre tout enveloppé des vapeurs de l’encens, qui volon- tiers échangerait ce confort contre la liberté d'action du clergé rhénan. Dans la Prusse rhénane et en Westphalie, le catholicisme a pris. en effet, aû cours de notre siècle, une allure apostolique et l'attitude d'une puissance sociale. Sans lisières ni compression, ou peu s’en faut, il est ici tout ce qu'il veut être. Le pouvoir central est lointain; c'est par surcroit un pouvoir protestant: dirigé par un État catholique, un Kulturkampf a l'air d'un rappel à l’ordre (ce qui fait hésiter et douter les consciences); dirigé par un État hérétique, il a l'air d'une provocation (ce qui les sou- lève et les fait vaincre). A la faveur des circonstances se développa peu à peu, dans la Prusse rhénane, un mouvement d'émancipation catholique, qui surprit tout d'abord les clergés et les fidèles des États voisins, façon- nés par le joséphisme. Droste-Vischering, archevèque de Cologne, en donna le signal, en se laissant incarcérer à Minden, en 1837, pour rébel- lion contre la législation civile des mariages mixtes. Les lois de mai, œuvre commune de M. de Bismarck et de M. Falk, décimérent l'Église rhénane; elles ouvrirent une crise, où plusieurs évêques perdirent leurs sièges et gagnèrent la prison ; mais entre le clergé tracassé par un pouvoir protestant, et le peuple jaloux d'arracheraux' industriels protestants une amélioration de son sort, une curieuse alliance fut conclue, qui dure encore et dont le centre prussien profita. L'histoire de cette alliance, sur laquelle nous reviendrons un jour, domine le catholicisme rhénan. Dans la plupart de ses actes, il y eut un mélange de préoccupations religieuses et de préoccupations sociales, qui se soutendient et s ’enveloppaient entre elles. L'Église descendit dans les fabriques, consentit à faire siennes les questions matérielles de l’existence ouvrière. Les fidèles, alors, brisèrent ces compurtimerts derrière lesquels autrefois ils retranchaient leur vie civique ; et leurs votes allèrent au centre, parce que leurs âmes étaient à l'Église. Elle associait tour à tour les ouvriers de la grande industrie, les paysans, les ouvrières, les commis de boutiques, connne elle avait, dès 1845, associé les compagnonsambulants. C’est en Westphalie et en Prusse 608 REVUE ANGLO-ROMAINE rhénane que prirent naissance ces puissants Vereine, lentement ramiñés à travers toute l'Allemagne. lis trouvaient la place prise par un disra fourmillement d'associations et de fraternités pieuses, œuvres de conçer- vation, qui groupaient en des chapelles bien closes, pour la protéger contre le mal, une dévote élite triée dans la foule. Sans évincer ce Bruderschaften, qui dans certaines villes, comme Aix-la-Chapellk. résument encore presque exclusivement l’action catholique, les Vereiness juxtaposèérent, avec des cadres plus amples et des façons plus conqué- rantes. On y choquait des verres en même temps qu'on y mélait les prières; on s’y groupait pour la réalisation concrète et terrestre d'un crr- tain idéal chrétien; loin de fouiller la vaste pâte populaire pour en extraire le levain et empècher qu'il n'y füt étouffé, on voulait, au contraire, qu'il fermentät au milieu de cette pâte : c'est sur de larges fondations que ce groupes nouveaux étaient assis. Ils dressèrent le peuple catholique à per- ser par lui-même et à agir par lui-même, sans attendre d'en haut, comme une sorte de supplément à la révélation, un mot d'ordre quotidien pour k conduite politique et sociale. Or il fallait que sur le terrain politique h prépondérance du catholicisme rhénan trouvât son expression : grâce ah vertu éducatrice des Vereine, cette expression put prendre une autr forme que celle qu'on appelle vulgairement le gouvernement des curés. Le centre rhénan est d'un acabit fort laïque : il se maintient, avec la hié- rarchie ecclésiastique, en une communauté générale d'idées; mais il laisse en paix et elle le laisse en paix, De la Gazette populaire de Cologne. qui depuis trente-sept ank, avec un mélange presque artistique de sou- plesse et de fermeté, commente et conduit la politique du centre, jamais on n’entendrait dire sommairement, non plus que de l'ensemble des jour- naux catholiques allemands : « C'est l'organe de l'évèché. » Telle est, en son complexe aspect, l'orientation du catholicisme rhénan. 1 parlait aux foules de justice sociale, voire même d’ « exploitation capitaliste », avant que les socialistes ne se fussent présentés. Devancés dans la confiance du peuple, ceux-ci perdirent toute chance de victoire. Leur clientèle, composée surtout d'ouvriers immigrés, se trouve parfois en ma- jorité pour certaines élections professionnelles; mais pour les élections politiques, l'agglomération industrielle qui s'est entassée dans la région de Cologne demeure une hastille du centre allemand. Avec cette fidélité pol- tique, la pratique religieuse va de pair, ainsi que le bon aloi des mœurs: sur cent catholiques, on évalue de soixante-quinze à quatre-vingt-quiux le chiffre des communions pascales; et si l’on excepte la petite principauté de Schaumburg-Lippe, enfoncée d'ailleurs comme un coin dans la West phalie, cette dernière province et la Prusse rhénane sont les deux pass d'Allemagne où les naissances illégitimes sont le plus rares. Dans un jour- ual de voyage, récemment mis en lumière par le P. Lecanuet, Charles de Montalembert, en 1834, écrivait : « La Westphalie est le foyer du eatholi- cisme dans l'Allemagne du Nord : c’est la Bretagne germanique. » Le témoignage demeure exact, — Georges GOYAU. DOCUMENTS

                          ALLOCUTION

                                    DE



         N. T. S. P. LE PAPE LÉON XIII

                                PRONONCÉE



    DANS LE CONSISTOIRE SECRET TENU LE 21 JUIN




                           Venerabiles Fratres

Movente officio ul ecclesiarum viduitati prospiciamus, amplissi- mumque suppleamus Collegium vestrum, nonnihil præloqui libet de quodam suscepto Nobis consilio, quod rationibus rei christianæ non parum videtur posse conducere. — Ecclesiæ matris nuilo quidem tempore defuere studia in iis revocandis invitandisque, quos velani- morum dissensio vel mentium error a sinu suo calamitose abstraxis- set : hisce tamen proximis annis, per eas rerum opportunitates quas probe nostis, factum est ut eadem studia Ecclesiæ impensius calue- rint., Jamque licuit fructuum expetitorum, quodammodo percipi liba- menta, quæ spem alant el alacritatem intendant propositi; maxime quod passim in disiunctis gentibus indicia non obscura increbrescuni quasi inclinantium ad ipsam cum benevoientia animos, et ad hanc Petri Cathedram non sine desiderio coniunctionis veteris respicien- 1: Erratum. — Dans notre numéro précédent, par une erreur typographique, les mots (Extraits du Gwardiun) ont été reportés au bas de la page 569, au lieu d'étre placés à la page 568 avant: Orationes in Ordinalionibus Anglicanis adhi- bikæ. Il est très important de se souvenir que la description de l'Ordinal anglican envoyée à Rome par le cardinal Pole ne parle pas de ces Oraisons. Nous avons cru devoir les reproduire tout de suite après, pour que le lecteur ait sous les yeux ces mèmes oraisons dont le cardinal fait si pou de cas. REVUR ANGLO“ROMAINR. = T. Il 39 610 REVUE ANGLO-ROMAINE

lium. Quæ Nos magnopere coram Deo reputantes, si quidquam adhuc apostolicæ caritatis ductu, hac ipsa in causa moliti sumus alque eñte- cimus, sane percupimus multo iam ampliora præsidia, docendo agen- doque, iis afferre posse qui regnum Christi quærant in veritate. El quoniam christianæ doctrinæ gravissimum caput et velul fundamen- tum continetur germana Ecclesiæ cognitione, idcirco induximus ani- mum, Ecclesiæimaginem atque formam ex constitutione divinaexpres- sam proferre in medium ; eopræcipue spectantes utinsigne admirabile unitatis, indilum ei divinitus, luculentius emergat. Profecto, qui Ecclesiam prope aspiciant el contemplentur, qualem divinus auctor voluit et Apostolis tradidit, qualem sancti patres ac doclores per orientem constanter et occidentem coaservaverant, qualem ab ultima antiquitate monumenta in omne genusillustrant, utrumque consequi. cælesti aspirante gratia, necesse est, ut qui dissident, incitamentum capiant et lumen ad unitatem requirendam, qui vero tanti benefcii sunt conspotes, id ipsum et pluris faciant et colant studiosius. — Îns- titutum consilium perfecturi propediem sumus, litteris dandis en- cyclicis ad Episcopos universos : eaque documenta auspiciis commit- tere placet beatissimorum Petri et Pauli, Apostolorum principu®m, quorum præceptis, laboribus, sanguine, primordia Ecclesiæ, unicæ Christi Sponsæ, sunt gloriosissime consecrata. Hac vobiseum, Venerabiles Fratres, communicate re, adiicimus animum ad Coilegium vestrum. Eiusmodi autem honore diguos ceu- suimes viros aliquot, animi laudibus iageniique egregios, qui Sedi Apestolicæ sollertiam suam, fidem, devinctamque voluntatem proba- verunt; in primis vero qui, variis gestis legatiomibus, de ea optime suut meriti.

Hi sunt :

Dommicus Mania Jacomni, Archiepiseopus tit. Tyrius, Nuntius Apos- tolicus in Lusitanis.

ANTONIUS AGLIARDI, Archiepiscopus tit. Cæsariensis, Nuntius Apos- tolicus in Austria-Hungeria.

Downicus FERRATA, Archiepiscopus tit. Thessalonicensis, Nuntius Apostolicus in Gallia.

SErAP#INUS CRETON:, Archiepiscopus tit. Damasceous, Nuntius Apos- tolicus in Hispania.

Quid vobis videtur ?

itaque auctoritate omnipotentis Dei, sanctorum Apostolorum Petri ALLOCUTION DE N. T. S. P. LE PAPE LÉON XUI 6t1

et Pauli, et Nostra, creamus et publicamus S. R. E. Presbyteros Car- dinales

Doninicum Marrau Jacogini,

ANTONIUM AGLIARDI,

Domimicum FERRATA,

SERAPHINUM CRETONI. "

Creamus præterea duos alios S. R. E. Cardinales, quos in pectore reservamus, arbitrio Nostro quandocumque evulgandos. Cum {dispensationibus, derogationibus, et clausulis necessariis et opportunis, In nomine Patris + et Filii + et Spiritus + Sancti, Amen. UN DISCOURS DE LORD HALIFAX

À l'assemblée annuelle de l'English Church Union, tenue le 18 juin, après que l'on eut procédé à la réélection des membres du Bureau, Lord Halifax a prononcé un important discours que nos lecteurs nous sauront gré de reproduire.

Au sujet de la question de l'éducation, je ferai cette déclaration. Nous avons une occasion qui ne se représentera jamais de résoudre la question scolaire et de lui assurer son caractère religieux; et nous sommes tenus par toutes les considérations deprincipes et d'ap- portunité à nous en servir et à nous en servir sagement et bien. Les écoles libres ne peuvent pas, sauf des cas exceptionnels, espérer pouvoir rivaliser avec les écoles officielles qui dépendent du Trésor public et disposent en tous cas des subventions provenant de taxes presque illimitées. Il est nécessaire, dans l'état actuel des choses. qu'un système national d'éducation soit substitué à l'initiative privée. et toute la question se résoutà celle-ci: lesystéme sera-t-il équitatable et aura-t-il un caractère religieux, c'est-à-dire un caractère chréties distinct et défini, ou bien sera-t-il injuste et irréligieux, se couvrant du manteau d’un faux et prétendu christianisme, qui irait jusqu'à comprendre l’unitarianisme? Les écoles qui donnent un enseigne- ment chrétien défini et enseignent l'Évangile intégral se verront-elles soumises à une sorte d'amende pour cet enseignement et placées dans un état d’inégalité permanente et évidente avec les écoles qui ne donnent aucun enseignement religieux, ou bien se contentent d'un gbristianisme bâtard? Je ne crois pas que le peuple de ce pays soit irréligieux ou injuste, et quand il comprendra, comme il com- mence à le comprendre, que les anglicans et les catholiques romains sont prêts à bâlir des écoles sur leurs propres ressources et à les maintenir en bon état; qu'ils sont prêts à se soumettre volontiers à toute mesure, inspection ou autre, destinée à assurer le contrôle UN DISCOURS DE LORD HALIFAX 613

du degré d'enseignement qui y est donné; qu'en outre, ils sont disposés à accepter quiconque voudra fréquenter ces écoles et que tout ce qu'ils demandent, c'est la même subvention annuelle que celle qui est donnée pour couvrir les dépenses des écoles publiques, déjà bâties aux frais de l’État —: le peuple de ce pays, dis-je, ne refu- sera pas d'accéder à une demande dont le droit fondé est si évident et qui sauve le Trésor d’un surcroit de dépenses pour la construction des écoles nouvelles qu'il faudrait bâtir, dans le cas où les écoles libres viendraient à disparaître. Nous insistons sur la nécessité de l'éducation religieuse, et cet enseignement doit être en conformité avec la religion de ceux à qui l’école appartient et qui nomment les professeurs. Nous insistons sur la liberté qu'il doit y avoir de créer partout de semblables écoles; nous proclamons encore que ces écoles ont droit aux mêmes subventions. ni plus ni moins, que celles accor- dées aux écoles bâties aux frais du Trésor public, et que ce droit ne saurait nullement dépendre du taux des souscriptions privées que peuvent recevoir ces écoles. Ce sont ces droits que nous voulons affirmer et, ce qui est plus, que nous voulons obtenir. Le plus tôt sera le mieux. (Applawlissements.)

La vérité est que ce que l'on appelle le conflit scolaire n'est autre chose que la vieille controverse arienne, sous une forme nouvelle. La question est de savoir si nous aurons des écoles sans le Christ ou avec Lui; ce combat est donc juste, et nous finirons par remporter la victoire si nous Lui sommes fidèles.

Dans cet ordre d'idées, il v a deux passages dans les lettres de Mathieu Arnold récemment publiées, qui s'appliquent merveilleuse- ment à la situation présente. « Étant donné que les libéraux, dit-il, s'appuient sur les protestants dissidents et adoptent Lous leurs pré- jugés sans cependant y croire, mais simplement pour s'emparer du pouvoir par leur assistance, je n'ai aucun désir de les voirvictorieux.... Le danger, pour le pays, c'est l'absence complète de principes chez nos hommes politiques. Ils interrogent anxieusement l'opinion pu- blique et essaient de satisfaire à ses désirs. Mais l'opinion publique étant aveugle et incertaine, il s'ensuit que notre politique estaveugle, etque nous flottons au gré du vent.» Ne retrouve-t-on pas trop là, jus- qu'à un certain point, le tableau de ce qu'est le parti conservateur el religieux à l'heure actuelle? Un parti politique et une Église ne peu- vent pas reposer sur des négations. Affirmons hautement nos prin- cipes, el la victoire nous restera. J'ajouterai simplement que la 614 REVUE ANGLO-ROMNAINK

clause 27 implique seulement le droit qu'ont les parents d'avoir leurs enfants élevés dans leur propre religion. Rappelons qu'ils sont leaus de les envoyer à l'école, et cette clause qui n'est pas seulement juste en elle-même, mais par son principe, est préférable au présent syr tème qui laisse un certain nombre d'enfants dans le cas de ne rete- voir aucune instruction religieuse que ce soit. (Applaudissements.|

Au sujet de la loi du divorce et du mariage, il me semble que,

finalement, la question dépend surtout du clergé. Après l'attitude de la convocation de la Province du Nord (York), les prêtres de l'Église d'Angleterre refuseront assurément de se prêter plus long- temps à des violations de Ja loi de l'Église à cet égard, violations auxquelles malheureusement, nous avons trop été accoutumés en ces derniers temps. Les prêtres refuseraient-ils de marier les personnes dont les maris ou les femmes sont encore vivants, il serait im- possible, je crois, de les obliger àle faire. Et dans le cas où lon essaierait de forcer le clergé à faire violence à sa conscience et à célébrer des mariages interdits par l'Église d'Angleterre, dont la li est en conformité, sur ce point, avec celle de toute l'Église occider- tale, cette tentative, semblable à celle des procès ritualistes quand on essaya d'imposer au clergé les décisions du conseil privé, en ms- tière religieuse et dans un sens défavorable aux rubriques inserites dans le Book of Common Prayer,— cette tentative, dis-je, ne servirait, comme d'ailleurs dans les cas que je viens de rappeler, qu'à venger et à établir d’une manière définitive la loi ecclésiastique.

J'en viens maintenant à l'affaire de la Réunion. Depuis notre der- nièreréunion annuelle, on abeaucoup parlé et écrit sur ce sujet, etil me semble que nous n’avons pas lieu d'être mécontents des résuliais obtenus. (Applaudissements.} Tout ie monde admet presque sans excep- tion, que Ia réunion est désirable en elle-même; les senles diver- gences d'opinions portent sur les difficultés qui barrent la route et la manière dont on pourra lessurmonter. C'est déjà un avantage immense que la question en soit arrivée à occuper comme elle le fait l'esprit publie, bien qu’àcette occasion on ait dit certaines paroles plus propres à retarder qu'à hâter le triomphe de la cause. D'ailleurs, il vaut bien mieux que certaines opinions soient franchement exprimées et que la question soit livrée à la plus libre etla plus entière discussion. Si vous me Île permette, je vous présenterai à l’occasion de cette assem- ” bléeà certaines considérations historiques dont l'importance a élé mise en lumière par les controverses qui ont eu lieu au cours de cette année. DISCOURS DE LORD HALIFAX 645

En premier lieu, tout ce qu'on a dit démontre amplementeette con- elasion: pour porterun jugement équitable sur les événements du xvr siècle qui intéressent la cause de la réunion et imposent desdevoirs sérieux, tant aux anglicans qu'aux catholiques romains, il est absolu- ment indispensable de se rappeler l'histoire de l'Europe occidentale immédiatement avant, pendant, et aussitôt après le grand schisme du siècle précédent. On ne se souvient pas assez, ce me semble, de l’in- fluence excercée par les événements; c'est pourquoi je désire dire quelques mots sur ce sujet, établir quelques considérations et vous faire part des conclusions qui me paraissent s’en dégager, et s'imposer à l'attention de quiconque veutétre juste et impartial. Pour cela, je ré- sumerai brièvement l’ « Histoire des Papes » de Pastor, ce qui mettra mes paroles à l'abri de tout soupçon de partialité ou de préjugé.

La eour papale d'Avignon a été caractérisée par une mondanité dé- plorable. Les difficultés financières des Papes s'étaient beaucoup æccrues depuis qu'ils s'étaient établis sur le sol français, ce quiamena les financiers de la cour pontificale à adopter les moyens les plus dis- cutables pour couvrir le déficit. Onrecourut au système vexatoire des annales, des réserves et des expectatives, qui entraînèrent avec elles une foule d'autres abus. Les officiers de la cour papale ne laissaient échapper aucune occasion de s'enrichir, rien ne pouvait se faire sans argent; il fallait acheter tout, jusqu'à la permission de recevoir les saints ordres.

En 1372, les monastères et abbayes de Pologne formèrent une ligue de résistance au Pape, à cause, déclaraient-ils, des exactions que la cour Papale faisait subir au clergé. D'après eux, les choses en étaient venues à un tel point qu’on n'était plus guère chrétien que de nom. De fait, l'immoralité débordait de toute part et dépassait tout ce qu'on avait vu depuis le x° siècle. Sainte Catherine de Sienne fait constamment allusion à la mondanité du haut clergé, et ses reproches sont confirmés par tous sescontemporains. Ce fut au milieu d’un tel état de choses qu'éclata le grand schisme, et le centre mème d’unitédevint l’occasion de discourir pour l'Église. « Nos péchés, dit un écrivain de celte période, ont certainement mérité ce châtiment, jamais la haine, l'orgueil, l'ambition n'ontété plus puissants. » La confusion était, en effet, indescriptible; il semblait impossible de savoir qui était le vrai pape. De part et d'autre on trouvait des saints canonisés; on peut dire sans exagéraiion que l'existence même de l'Église semblait mise en question, et tout cela au moment même où le besoin de réforme, qu'un tel élat de choses rendait impossible, était plus urgent que jamais. 616 REVUE ANGLO-ROMAINE

Les cardinaux convoquèrent le concile de Pise contre les deux papes à la fois. « Le monde entier, disait-on, le clergé, tout le peupie chrétien savent qu'une réforme de l'Église militante est aussi néces- saire qu'avantageuse ; bientôt les pierres elles-mêmes devront & joindre à eux pour la réclamer. »

L'élection de Martin V au concile de Constance aurait pu être pour la chrétienté une source de bonheur sans mélange, s'il avait, dès le début, pris vigoureusement en main la question capitale de la réforme de l’Église. Mais les événements ne tardèrent pas à montrer combien peu l’on pouvait attendre de lui. Toutes les réformes entrainaïent une diminution des revenus de la cour pontificale ; et les États de l'Église ne pouvaienl être défendus que par des troupes mercenaires; il fallail des sommes considérabies pour les Légations; tout cela était d'ai- leurs intimement lié au gouvernement ecclésiastique centralisé, legs du moyen Age. Personne n'osait l'attaquer le premier, parce que.sui- vant l'expression du doyen de Saint-Paul, tout ie monde admettait que le Pape était l'organe de l'Église et que tout le pouvoir de celle- ci se résumait en lui. Un prélat anglais, l'Abbé de Beaulieu, déclara hardiment au Pape que, si Sa Sainteté ne prenait pas l'initiative de supprimer les abus de l'Église, les puissances séculières s’y emploie- -raient. Les difficultés atteignirent leur plus haut degré au concile de Bâle, dont la conduite sembla faite à dessein pour provoquer unt lutte désespérée entre le Pape et le concile. En Allemagne, on sot- leva des questions qui touchaient à l'autorité même du Pape ; on disait que l’on refuserait l’'obédience afin de se soustraire aux exactions des ltaliens. En France la pragmatique sanction privait le Pape de tout influence dans les affaires ecclésiastiques intérieures du royaume. tandis qu'en Angleterre le Sfatute of Provisors fournissait un exemple du travail accompli par le même esprit et les mêmes idées,

En mème temps, dans le domaine politique, la ruine de la grande unité politique du moyen âge avait développé l'esprit de nations- lité, qui, dans son sens le plus étroit, était l'esprit du monde ancien par opposition à l’idée de l'Empire chrétien rattaché à une seule Église. Dans la sphère de la littérature et des arts, on pouvait obser- ver les mêmes tendances; la Renaissance était animée d'un double esprit. H y avait d'un côté le désir de retourner à la vieille contep- tion classique de la nature ; de l'autre, celui de réconcilier avec le christianisme ce qu’il y avait de bon dans l'enseignement classique. L'Église n’était pas ennemie des bonnes tendances de la Renaissance: au contraire, elle leur accorda la plus grande liberté possible, et nulle UX DISCOURS DE LORD HALIFAX 617

part on ne put voir une plus grande liberté intellectuelle que dans la Ville Éternelle, liberté difficilement comprise par nn siècle qui a perdu l'unité de la foi. L'idée maitresse de Nicolas V était de faire de la capitale de la chrétienté la capitale de la littérature classique etle centre de la science et des arts: mais, malheureussment, cette renais- sance se produisit à une époque où la mondanité et la corruption étaient très répandues. Les tendances regrettables de ce mouvement prirent un empire effrayant sur les hautes classes; confesser la foi chrétienne et l'estimer davantage que la philosophie païenne était laxé en bien des cas, au dire de Pétrarque, de stupidité et d'igno- rance. Ce fut, en effet, une triste période de corruption presque géné- rale et de torpeur dans la vie de l'Église: période où, aux périls directement amenés par une telle situation, s’ajoutait encore un danger d'un caractère indirect mais très spécial pour les âmes sérieuses; et ce danger était en proportion exacte du mécontentement qu'elles éprouvaient en voyant combien leurs nécessités de besoins spirituels étaient négligés par ceux qui représentaient l'Église. Plus s'affaiblissait l'espérance d’une réforme accomplie par l'Église, et plus le mouvement réformateur en dehors d'elle devenait populaire et puissant. Dans ces circonstances il suffisait d'un événement secon- daire et accidentel pour précipiter un mouvement qui de fait se pré- parait depuis longtemps.

En Angleterre le divorce d'Henri VIIL servit de point de départ. Quiconque connaît l'histoire et les usages de l'époque admettra sans hésiter qu'Henri VIII avait des raison plus que sérieuses de croire à la possibilité de son divorce. Le doute portait sur la légalité du ma- riage en lui-même: le pays tout entier attendait avec anxiété un héritier du trône. On sait d'ailleurs que la question de divorce avait été soulevée avant que le roi n’eût vu Anne Boleyn. Rien à la vérité n'eùt été plus simple que le divorce, basé sur uue affirmation er parte, si seulement Catherine d'Aragon avait voulu ne pas s'y oppo- ser. L'exemple du divorce de Louis XII avec la fille de Louis XL, et plus tard celui du divorce d'Henri IV avec Marguerite de Valois, montrent que, dans une occasion si exceptionnelle, en tenant compte de toutes les circonstances passées et présentes, qui toutes étaient de nature à faire naïtre ur conflit avec le pape, une rupture avec Rome ne devait en rien froisser les chrétiens de ce pays ni impliquer des circonstances étranges à leurs yeux. Les relations de l'Angleterre avec l'Empire n'avaient jamais été les mêmes que celles du reste de l’Europe occidentale, Les prétentions de l'Angleterre 618 REVUE ANGLO-ROMAINE

d'être par elle-même un empire, avaient leur contre-coup sur les relations du souverain avec l'Église. L'interdiction des appels et recours à Rome n'était pas d'une autre espèce que plusieurs prohi- bitions antérieures. Et même l'exécution de l'évêque de Rochester, pour avoir accepté le chapeau de cardinal, ne différait que par le degré de violence de la conduite d'Alphonse V d'Aragon au siècle précédent, lorsqu'il menaça de mort le cardinal-légat, s'il entrait dans le royaume, et interdit la publication des bulles pontificales. Si l'on voit dans la jo- ridiction non pas une simple autorité spirituelle mais une autoritésp rituelle munie de moyens extérieurs de coercition pour faire respet- ter ses décisions, et s’exerçant sur une foule de sujets d'ordre quasi temporel, le refus de reconnaitre au Pape une telle juridiction ne différait que par le degré de ce que l’on avait fait en France par l pragmatique sanction, et ce refus n'atteignait pas nécessairement l'autorité spirituelle du Saint-Siége cumme tel. Le conflit qui eut lieu sous Henri VIII ne fnt qu'une reproduction sous une forme plus aigu, de faits qui s'étaient passés au siècle précédent. 1 en fut autrement sous Édouard V1; mais sous Élisabeth, à part quelques différences importantes, résultat de sa position personnelle et conséquences de la désastreuse politique du règne de Marie, le conflit reprit sous beaucoup de rapports la forme qu'il avait eue sous Henri VIIL La politique suivie par Marie Tudor avait mis les forces du park réfor- mateur aux mains des plus violents puritains. La position persoz- nelle d'Élisabeth, en raison des doutes qui pesaient sur sa légitimité, n'était rien moins qu'assurée. Elle ne pouvait éfre certaine que l'Espagne et la France ne soutiendraient pas, à l'occasion, quelqu prétendant au trône. HN lui était également impossible de s'appuyer sur ceux qui favorisaient l'alliance espagnole, et sur les partisans del France et de la reine d'Écosse, légitime héritière, sinon prétendant. Élisabeth n'avait aucun penchant pour les réformateurs violents: mais, dans les circonstances où elle se trouvait, on pent se demanr- der jusqu'à quel point elle pouvait se passer de leur concours. Dans sa situation elle n'aurait pas pu faire autre chose que ce qu'elle à fait, et c'est une preuve qu'elle ne désirait guère rompre avec le passé.

Elle ne donna aucun encouragement aux puritains. Elle abandonns le titre de chef de l'Église, se contentant d'affirmer les aacienses prétentions de la couronne qui faisaient du roi la source de touie juridiction, c'est-à-dire de toute autorité coercitive, sur loules les personnes el puur toutes les canses. Elle se déclara disposée à UN DISCOURS DE LORD HALIFAX 619

envoyer des représentants à un concile général, présidé parle Pape, à condition que le lieu de réunion de l'assemblée füt déterminé d’un commun accord, que l’on y reconnût la situation légitime des évêques anglais et que le Pape ne serait pas supérieur au concile qu'il présiderait. Elle déclara également qu'elle veillerait à faire observer en Angleterre les décisions du concile, pourvu qu'elles fussent conformes aux décisions des anciens conciles œcuméniques, en particulier des quatre premiers. Personne ne devait prècher autre chose que la doctrine des anciens docteurs et Pères catholiques, et l'on repoussait hautement toute intention de condamner ou de reje- ler les usages des Églises de France, d'Espagne et d'Italie, sauf sur les points où ces Églises s'étaient elles-mêmes éloignées de leur ancienne et légitime pratique. Elle refusait de donner aucune sanc- lion légele aux trente-neuf articles, et ce ne ful qu'après la pu- blication de la bulle de Pie V, Regnans in excelsis, qui la frappait d'excommunication et de déposition, qu’elle se décida, en désespoir de cause, à sanctionner les trente-neuf articles, et à les imposer, mais au clergé seulement.

D'autre part, comment l'a-t-on traitée? Des hommes qui ne dési- raient pas la tolérance, mais dont le but était de renverser l'ordre de choses existant, dirigèrent contre elle une série de complots et de conspirations, qui mirent en péril son trône et sa vie pendanl presque toute la durée de son règne. Parsons, le plus actif des jé- suites anglais, était l'âme et l’inspirateur de toutes ces intrigues et de tous ces complots.

Que penseraient aujourd'hui la reine et le peuple anglais, si les gens qui s'amusent à appeler une princesse bavaroise reine d'Angle- terre et désignent la reine comme princesse douairière de Saxe-Co- bourg, si ces gens, étant à la tête d’une puissante confédération, soutenus par l'empereur d'Allemagne et par le Pape, n'attendaient qu'une occasion favorable pour envahir le pays, déclarer les Anglais déliés de leur serment de fidélité, et, en attendant, étaient occupés à ourdir età encourager directement des complots contre la vie de notre souveraine? (Rires ei applaudissements.) Que penserait le pays et quelle serait l'attitude du gouvernement à l'égard des citoyens qui ressem- bleraient aujourd'hui aux malheureux Anglais catholiques romains de cette époque; quelque fidèles sujets qu’ils pussent être, la bulle du Pape les plaçait dans une telle position qu'il leur était presque im- possible de manifester leur fidélité et de rendre raison de leur conduite au momentméme où leur attachement était plus important que jamais ? 620 REVUE ANGLO-ROMAINE

Tout gouvernement, toute assemblée, dès lors qu'ils craignent pour leur sécurité, deviennent nécessairement cruels, et personne ne saurait s'étonner, tout en les déplorant, des exécutions faites à Tyburn et de la conduite du gouvernement d’Élisabeth en ces cir- constances. Depuis Richard H, il n°y avait, pour ainsi dire, pas euun seu] souverain anglais qui n'eût eu à écarter un prétendant éventuel à la couronne; Marie Stuart se rendait fort bien compte que le succès de ses partisans devait entrainer la disparition d'Élisabeth; aux jeux de celle-ci, l'exécution de Marie ne différait pas notablement de l'exécution du comte de Warwich et de la comtesse de Salisbury par Henri VIH, ou de celle de lady Jane Grey, par Marie Tudor.

Ceux qui eurent le plus de motifs de se plaindre de la bulle Regnans in ercelsis furent les catholiques romains d'Angleterre. Elle rendit leur position presque intolérable et fut la cause directe de l'exécution d’un grand nombre de jeunes cleres absolument innv- cents de tout complot contre la reine. Mais ce ne fut pas seulement pour les catholiques anglais que cette bulle eut des conséquences désastreuses. Elle eut incontestablement pour effet de faire passer pour un temps la direction de l'Église d'Angleterre aux mains des puritains, direclion qui ne fut enrayée qu'après la mort de Charles 1“ et de l'archevêque Laud.

Une personne haut placée dans l’Église romaine a dit récemment que la bulle Regnans in ercelsis fut promulguée par Pie V à l'instiga- tion de personnes qui avaient plus de zèle que de prudence et de savoir; que le Pape avait essayé par tous les moyens d'en arrêter la publication, mais qu'on avait oulrepassé ses ordres, enfin qu'il était trop tard. S'il en est ainsi, et tout porte à croire que telle est la vérité, nous avons là un nouvel exemple de ce que peuvent faire les mauvais conseils; cela prouve la justesse de cette parole d'un Pape récent qui disait que « la perte de l’Angleterre était due à la politique de ses prédécesseurs », Pourquoi vous rappeler aujourd'hui tout cela? Pour réveiller d'anciennes animosités? Non, certes, mais pour montrer l'inutilité des controverses de ce genre et faire voir que la responsabilité du schisme n'est pas toute d'un seul côté. Il y a de part et d'autre beaucoup à pardonner, beaucoup à déplorer, de grandes fautes, de grandes cruautés et un langage d'une grossièrelé choquante pour nos oreilles modernes. Comme exemple de ce qu pouvaient dire les uns des autres à cette époque des gens qui n'étaienl séparés que par des divergences dans la manière d'agir, lisez Le lan- gage des jésuites et des séculiers, enfermés à Wisbeach. Nous avons UN DISCOURS DE LORD HALIFAX 621

ous beaucoup à pardonner, et beaucoup à nous faire pardonner. Ne nous souvenons du passé que pour écerter à l'avenir les mèmes erreurs et essayons honnêtement de préparer l'Église romaine et l'Angleterre à se mieux comprendre qu'elles n'avaient pu le faire depuis le commencement du schisme. Tous nos principes nous y obligent absolument. Nous n'aspirons pas seulement à la réunion parce qu’elle plaît à notre imagination et à nos goûls. Nous y aspi- rons et nous y travaillons parce que c’est là pour tout chrétien un devoir strict auquel il ne saurait se soustraire. (Applaiulissements.) C’est le couronnement légitime et nécessaire du mouvement d'Oxford, si le succès de ce mouvement est destiné à être complet. Vous dites qu'il n'y a et qu'il ne peut y avoir qu'une seule Église : c'est incon- testable. Vous dites que l’unité de l'Église est organique, qu'elle est le résullat de l'union de ses membres dans le corps du Christ, par l'opération du Saint-Esprit agissant dans cet organisme et par ses sacrements, canaux de la grâce institués par Jésus-Christ : c'est encore vrai; mais ne voyez-vous pas aussi que, précisément parce que cette unité est essentiellement surnaturelle et divine, vous ètes tenus de travailler à sa manifestation visible? Ne voyez-vous pas que pour ceux qui, par hypothèse, ne font qu’un dans le Christ, l'acceptation d'une séparation extérieure, les uns d'avec les autres, est une contradiction et une inconséquence? Comment une Chré- lienté divisée peut-elle défendre sa foi? Comment ceux qui aiment Notre-Seigneur et les âmes pour lesquelles il est mort peuvent- ils être satisfaits de vivre séparés de leurs frères en tout ce qui con- cerne la vie de leur: âme? Quel est le grand molif de désirer une semblable réunion? M. Birreli est bien près de la vérité, quand, dans un récent article, il le voit dans la croyance à la présence sacramentelle du Christ, dans la réalisation de notre participation actuelle à l'unique sacrifice éternel qui efface les péchés du monde et qui obligent tous ceux qui regardent la présence sacramentelle coinme le centre de leur vie spirituelle à désirer si ardemment la réunion. Remercions Dieu des encouragements qu'il a déjà donnés à cette œuvre de paix. :

Quelle n’est pasl'œuvre accomplie au cours de ces deux dernières an nées! Certainement nous ne nous attendions pas à voir un évêque an- glaislogé au Kremlin, représenter l’Église d'Angleterre au couronne- ment du tzar. (Applaudissements.) Nous espérons qu'un tel commence- inent peut être le point de départ de grands résultats dans l’avenir. ‘Nous ne nous attendions certainement pas davantage, il y a deuxans, à 622 REVUE ANGLO-ROHAINE ce que le Pape, évidemment mû par le désir de la paix et dansl'espoir d’écerter l’un des plus grands obstacles à l'entente et à la réunion entre l'Angleterre et Rome, nommât unecommission chargée d'exs- miner la validité des ordres anglicans et exprimêt si clairement so0 désir de rendre justice à l'Église d'Angleterre en faisant entrer das le commission un homme tel que l'abbé Duchesne. ( Applaudissements.} Nous eussions encore moins espéré qu’on eût bien accueilli à Rome la présence de deux prêtres anglais venus pour fournir aux membres de la commission les informations qu'ils possédaient. De tout cœla, et d’autres choses encore, les amis de la paix doivent être profondé- ment reconnaissanis. Quelles que puissent être nos fautes — et elles ont été nombreuses et graves — plus nous sommes certains qu'une injustice a été commise dans le passéà l'égard de l'Église d'Angle- terre, plus nous devons désirer que maintenant on lui rende justice, non seulement à cause d'elle, mais en vue des conséquences qui doivent résulter de le disparition d'un des principaux obstacles à réunion. Aussi bien, devons-nous rappeler ici les paroles de M. Gladsione dans la très noble lettre qu'il a écrite pour la cause de l'union {(apywaudissements), el constater avec lui quel courage, quelle ardente charité, quel réel désir de paix doivent animer le Pape pour qu'après tous les troubles du passé, en présence de toutes les diff- cultés du présent, et malgré l'opposition déclarée el tenace de plusieurs personnes qui semblaient pouvoir exercer une influencesur lui en la matière, il se soit résolu à examiner par lui-même età ‘ rechercher s'il ne pourrait pas faire quelque chose pour rapprocher dans l'unité les Églises séparées de la Chrétienté. Quant aux résaltats probables de la Commission, il nous est permis, je suppose, de con- server nos opinions personnelles sur la question. Ceux qui conaais- sent le mieux l'histoire et la théologie véritable de l'Église d'Angleterre se réjouiront d'autant plus que cette histoire et cette théologie seront plus soigneusement examinées (auplaudisnements): mais quels que soient les résultats immédiats, l'initiative prise par Léon XIL doit toucher le cœur de tous ceux qui aiment l'Église d'Angleterre, et le Pape peut être certain qu'il a fait et qu'il fait plus qu’on n'aurait pu croire possible, pour réparer les divisions causées par les générations précédentes. (Applaudissements.,

Dans cet ordre d'idées, ce serait certes une ingratitude que de ne

pas faire allusion à la Rev angio-romaie. Elle feit une œuvre ste entre toutes. Elle est très lue à l'étranger et dans les milieux les plus ‘élevés. Quand elle n'aurait fait autre chose que de publier ua os- UN DISCOURS DE LORD HALIFAX 623

vrage Lel que les Consitrationes modestx de l'évèque Forbes, elle aurait déjà rendu un important service. Mais, si l’on veut se rappeler que la Revue permet un utile échange d'idées sur tous les sujets les plus importants, sur lesquels nous avons tous tant à apprendre les uns des autres, on ne peul que se féliciter de la fondation de ce périodique. Laissez-moi signaler, à titre d'exemple, les articles du Père Puller, précédés d’une lettre de l'archevêque d’York, où l'on démontre que, sur la doctrine du Sacrifice Eucharistique, il n’y a réel- lement aucune différence entre l'enseignement de l’Église d'Angle- terre et celui de l’ilustre Bossuet {(auplaudissements); sur les questions d'histoire ecclésiastique et de théologie, je citerai, entre autres, les articles de l'abbé Boudinhon et de Mgr Gasparri, sur les questions de critique biblique et historique, les importants articles de l’abbé Loisy.

À propos de ce dernier, quel avantage n'est-ce pas pour les lec- teurs anglais, de pouvoir ainsi connaitre les travaux d’un savant comme l'abbé Loisy sur un sujet aussi vaste et dont l'importance s'accroft tous les jours? En dehors de ce qui est strictement ds fide, le temps présent exige la plus grande liberté possible. Les dénis de liberté amènent la licence et la révolution, et ce qui est vrai en ma- tière politique ne l’est pas moins en matière théologique. Toutes ces questions de critique historique et théologique s’im- posent à l'attention ici et au dehors, et pour les traiter comme elles doivent l'être, nous trouverons un précieux secours dans ce que disent et écrivent, sur le continent, des critiques et des théologiens savants impartiaux. Permettez-moi de demander à tous ceux qui le pourront et qui lisent le français, de s'abonner à la Revue; on peut se la procurer chez MM. Parker, 27, Broad Street, à Oxford. Pour conclure, laissez-moi rappeler une fois de plus que l’œuvre de la réunion est nécessairement difficile. Comme l'a si bien dit M. Gladstione, plus les divisions sont anciennes, plus elles s'enveni- meri et plus il est malaisé de les guérir. Il faut donc s'attendre à rencontrer de grandes difliculiés, et il ne servirait de rien de les ignorer. Ce qu'il faut se demander, c’est comment et quand on pourra les aborder: et ici jedois rappeler encore que, lorsque deux persoanes ont eu une querelle et veulent se réconcilier, elles ne commencent pas par insister sur leurs torts réciproques. La première choses faire c'est donc de créer une atmosphère amicale d'idées et de sentiments, de stimuler le désir d'union; ensuite, sous l'action de ces sentiments, d'aborder les difficultés qu'il faut résoudre. Je crois que, si des deux 624 REVUE ANGLO—-RONAINE

côtés on était animé d'un réel désir d'entente, ces difficultés appa- raitraient beaucoup moins sérieuses qu’on ne le suppose communé- ment.

Une partie de l'épiscopat, comme celui de l'Église anglicane, est tenue par ses principes de soumettre son jugement à celui de l'épisce- pat dans son ensemble. (Applaudissements.) Comme membres fidèles de l'Église d'Angleterre nous sommes tenus d'accueillir toutes les propositions qui nous permeitront de nous rendre compte de æ jugement de l'épiscopat sur les points qui nous divisent, Le Pape, par sa position de premier évêque de la chrétienté, est en situation de faire dans cette direction des démarches qui ne sont possiblesà aucun autre. La conférence de Lambeth, qui se rassemble l'année prochaine, semble devoir être une occasion spécialement préparée par la Prost dence pour amener de part et d'autre de telles démarches. Ii n'est personne ici qui n’accueillerait du fond du cœur toute avance de la part de Léon XII, dans le but de faciliter la reprise de ces relations entre Rome et l'Angleterre, qui rattachaient saint Augustin, premier archevêque de Cantorbéry à saint Grégoire le Grand, et aux véné- rables traditions de l'Église romaine. Puissent ces grands saints, qui firent tant en ce monde pour l’Angleterre, nous obtenir là-haui, par leurs prières, ce qui serait pour tont de cœurs une source de joies sans mélange! Et puissions-nous voir ce jour où l'Æcclesia anglicans el la race anglo-saxonne reprendront leur place et leur influence d'au- trefois dans les conseils de la Chrétienté ! (Applaudissements prolengés. Les rêves d'aujourd'hui sont les réalités de demain, et un Pape. qui serait capable de préparer le retour des Églises chrétiennes séparées à l'unité catholique à des conditions semblables à celles qui sont en vigueur pour les Églises Unies de l'Orient, lesquelles con- servent, eu communion avec le Saint-Siège, tous leurs usages, leurs privilèges, leurs rites et leurs lois, si bien qu'en pratique l'interves- tion du Pape dans leurs affaires n’est guère plus fréquente que cell de l'archevêque de Cantorbéry dans lesaffaires des Églises coloniales, un tel pape, dis-je, prendrait rang au nombre des plus grands bienfai- teurs de l'humanité, (Applaudissements.) Daigne le Dieu tout puissant inspirer de tels désirs à Léon XIII et à l'épiscopat anglican, et que soit notre privilège et notre joie de travailler avec. eux pour unesi heureuse et si noble fin ! (Applaudissements prolongés.)

                         Le Direcieur-(Gerant :   FERNAND Porral.

           PARIS. — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17,

1” ANNÉE N° 31 4 JUILLET 1896

                               REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

Ta os Petrus, ot su- Spiritus Sanctus pe- per hanc potram auit episcopos re- ædifcabo Ecclesiam gore Ecclesiam Dei. meam .,. ot tibi dabo claves ... ACT. xx. #8. Marre. vi. 18-19.

                               SOMMAIRE :                                              h
                                                                                Pro

À. Bounixmon..... Nouvelles observations sur la question des ordres anghicans .................................... 625 Chronique. — Revue de la Presse. — Correspon- dance ............... sesrsosssses nersseresssse 633 Documæwrs.... Leonis Papæ XIII Epistola Encyclica de Unitate Ecclesiæ.— Encyclica de civitatum constitutione christiana....................... enssssessssee 641

                                   PARIS
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                                     1896

PRIX DES ABONNEMENTS | TARIF DES ANNONCES FRANCE - A LA PAGE: UN AN............... .. 20 fr. | La page................ . 307. SIX MOIS ................ Ai fr. | La 4/2 page ............ 29 fr. TROIS MOIS ............... 6 fr. } Le 4/4 page............. 40fr.

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Les opinions émises dans les articles signés n'engagent que la responsabilité des auteurs.

ALFRED MAME et FILS, Éditeurs LITURGIE ROMAINE

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                                SUR


       LA    QUESTION      DES ORDRES ANGLICANS

Tandis que la question de la validité des ordinations anglicanes est à l'étude à Rome, ceux qui ont pris part à la discussion par la publication de divers travaux se font un devuir de ne pas revenir à la charge el de se tenir dans une respectueuse attente. Je ne voudrais pas me départir de cette réserve; aussi hien ces lignes n'ont-elles d'autre but que d'attirer l'atlention des lecteurs de la Revues sur deux travaux récents, d'allures très différentes, qui se rapportent à notre sujet. Le premier est un supplément au traité de MM. Denny et Lacey !; le second un article du R. P. Harent dans les Æfudes reli- gieuses *. Mon intention est d'en donner ici un résumé el une appré- ciation. La conclusion générale des articles que j'ai moi-même publiés sur la question des ordres anglicans, me semble être celle-ci : De toutes les objections que l’on a faites contre la validité des ordinations anglicanes, la seule véritablement importante est celle qui est basée sur l'insuffisance du rite; toutes les autres me semblent avoir reçu leur réponse. Les documents produits par M. Lacey confirinent plei- nement celte conclusion. Ces objections, nos lecteurs se le rappellent, sont au nombre de quatre : 4° suivant ce que je viens de dire, linsuftisance du rite; 3% Barlow, le consécrateur de Parker, n'aurait pas lui-même reçu la consécration épiscopale; 3°les ordinations anglicanes seraient nulles par suite du défaut de l'intention de ceux qui les conféraient; 4 la pratique et les décisions antérieures de l'Église romaine, y compris les documents émanés de Paul 1V, seraient un précédent qui enga- gerait la solution théorique et obligerait à conclure dans le sens de

? Disserlalionis apologelicæ de hierarchia anglicana Supplemenlum, auctore T. A. Lacey. Rome, er typographia Pacis, Philippi Cuggiani, Vico della Pace, n. 35, 1896. In-8° do 48 p. 3 P. S. Harenr. La forme sacramentelle dans les ordinalions anglicanes. Etudes Religieuses, 13 juin 1896, p. 177-204. RÉVUX_ANULO-ROMAINE. = T. Il. = 40 626 REVUE ANGLO-ROMAINE

la nutlité absolue des ordinations anglicanes. Certaines manières de présenter les difficultés engagent plusieurs de ces points ensemble. Nous devons, sur chacun d'eux, présenter quelques observalions. Mais avant de les aborder en détail, il me semble utile de dire quel- ques mots d'une difficulté spéciale, basée sur le défaut probable du baptème chez un certain nombre d'anglicans.

                                         «

                                     x       +

Il est incontestable que, sous l'influence du protestantisme, l'Église d'Angleterre s'est laissé entrainer à de graves négligences relative- ment à l'administration des sacrements. Le baptème, ce prenrier de tous les sacrements, condition nécessaire de la réception valide de tous les autres, aurait été administré bien des fois d'une manière qu laisse beaucoup à désirer. Non pas sans doute que ies documents off- ciels de l'Église anglicane et le Pruyer-book aient cessé d'enseigner el d'imposer la véritable manière de conférer le baptème; mais un trop grand nombre de ministres l'auraient administré sans aucune alien- tion pour en assurer la valeur. Dans un article dont j'ai réfuté les conclusions théologiques, M. Marshall a recueilli, d'après les auteur anglicans, nombre de citations et de faits d'où il résulle que l'on n'accordail au rite baptismal qu’une importance tout à fait secon- daire ‘. Tantôt on se contentait « de laisser tomber une ou deux gouttes sur le visage de l'enfant »; tantôt un évêque « baptisait qua- torze adultes en une seule fois en secouant en l'air, sur eux tous, ses doigts trempés dans l’eau » ; tantôt un ministre, « après avoir trempé le doigt dans l'eau des fonts, touchait à la ronde le front de chaque enfant, sans prononcer une parole »; tantôt il se bornait « à lancer du doigt une goutte d'eau vers les enfants, sans rien dire ». Tout récemment, un aimable correspondant me faisait remarquer que j“ n'avais pas étudié, dans ma brochure, cet aspect de la question: il me demandait d'y consacrer un article spécial. C'est que la difficulté, pour importante qu'elle soïît en pratique. 0e donne lieu à aucune discussion théologique. Un admet de part et d'autre, sans la moindre hésitation, que si Le ministre de l’ordina- tion n'est pas validement baptisé, ou s'il n'a pas lui-méme reçu consécration épiscopale d'un évêque validement baptisé, les ordina- tions conférées sont radicalement nulles et sans valeur, Dans chaque eas concret, on pourra, on devra peut-être se poser la question; il n'en est pas moins vrai que la validité des ordinations n'est ici inté-

LA. F. Mansnarr, The moral aspects of the question of anglican Orders üans FAmerican catholic quarterly Review, janvier 1896; cf. Revue Anglo-Romaine, u. {$. A1 avril, p. 60-14. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 627 ressée que d'une manière indirecte, en raison d'une condition de validité nécessaire, mais non intrinsèque à l'ordination elle-même, En d’autres termes, c'est une question de fait. Mais celle question de fait, il serait utile de l’étudier d'une manière générale, el je me permets d'attirer sur ce point l'attention des doctes collaborateurs de la Revue Anglo-Romaine. Elle devrait, ce me semble, se poser ainsi : Dans quelle mesure les négligences auxquelles je faisais allusion, dans l'administration du baptême, ont-elles été répandues, au cours des siècles passés, dans l'Église d'Angleterre ? Dans quelle mesure permettent-elles de se demander si la succession des pouvoirs spirituels transmis par l'ordination a été interrompue dansl'épiscopat anglican? À dire vrai, la probabilité de cette interruption me paraît extrême- nent faible et moralement nulle; mais encore, puisque l’objection a été formulée, il est utile de ne pas la laisser sans réponse. Je ne sau- rais me faire une idée exacte de la proportion que peuvent avoir atteinte les baptêmes nuls conférés dans l'Église anglicane au cours des siècles passés; mais en admettant qu'elle ait été assez élevée, il faudrait, pour l'interruption du sacerdoce, un tel concours de cir- constances extraordinaires qu'il est moralement impossible de le supposer. Il faudrait qu'un nombre considérable de cleres n'aient pas été baptisés; il faudrait que les évêques, en assez grand nombre, aient été choisis précisément parmi ces elercs non baptisés: il faudrait enfin que ces évêques non baptisés aient eu à faire beaucoup de sacres épiscopaux, spécialement qu'ils aient été élevés sur les deux sièges métropolitains de Cantorbéry et d'York; il faudrait enfin que plusieurs archevêques aient été successivement ordonnés d'une manière invalide par des évêques comprovinciaux non baptisés ou sacrés eux-mêtnes par des évêques non baptisés. Il y a là une telle accumulation de nullités que l'on peut hardiment soutenir qu'elle est impossible. Elle le sera d'autant plus que la proportion des baptêmes nus sera plus faible, surtout parmi les clercs.

   Passons à la consécration de Barlow. On a longuement soutenu et
 essayé de prouver qu'il n'avait jamais été sacré; et comme il s lui-

, même été le consécrateur de Parker, souche de tout l’épiscopat de l'Église anglicane, il n'aurait pu transmettre ce qu'il n'avait pas reçu, ce qui entrainerait nécessairement la nullité de toutes les ordinations anglicanes. Les preuves alléguées se réduisent à trois : on ne sait à quel dimanche de l'année 1536 placer sa consécration, s'il l'avait reçue; on ne possède aucune pièce qui en fasse foi; enfin, dès les 628 REVUE ANGLO-ROMAINE

premières années du xvi° siècle, on rencontre cette affirmation qui n'avait jamais été sacré. Cette difficulté a été si souvent et si bien réfutée que je puis mat- stenir d'en parler à nouveau ‘; la meilleure solution est et sera tou- jours de montrer que l’invraisemblance de cette hypothèse la rend absolument inadmissible. Ii faudrait admettre qu'un évêque aurait eu un intérêt quelconque, contrairement à ce qui se passe ordinai- rement, à relarder indéfiniment sa consécration ; il faudrail admettre que, malgré cela, il aurait exercé les fonctions épiscopales pendant plus de trente ans; il faudrait admettre que personne, dans les die- cèses qu’il a successivement administrés, n'ait réclamé contre celte situation anormale, contre cette violation des lois les plus certaines: il faudrait admettre qu'aucun de ses contemporains, aucun de se: ennemis, n'en ait eu connaissance; enfin, il faudrait donner une raison plausible pour expliquer le choix d'un évêque non sc comime principal consécrateur de Parker. On répond ensuite aux rai- sons alléguées : que l'ignorance de la date du sacre n'est pas üne preuve; que si les documents authentiques ne sont point parvenus jusqu'à nous, cela ne peut constituer tout au plus qu’une preuve né- gative; enfin, que des affirmations produites sans preuves, plus ds cinquante ans après le sacre de Parker, sont sans valeur auprès du silence contraire des contemporains. Mais est-il bien certain qu'en ne possède aucune pièce relative au sacre de Parker? Voici quele Supplementum de M. Lacey nous donne l'acte même du mandatum regtum, c'est-à-dire la première des pièces émanées de l'autorité royale pour la confirmation et la consécration de l'élu. La publiez- tion de cette pièce pourra ne pas faire cesser entièrement la contru- verse, car l'ordre de sacrer un évèque n'est pas une preuve absolur que le sacre ail eu lieu; cependant, elle modifiera les présomptions: car elle permettra de croire, en toute probabilité, que tout ce qui devait suivre s'est passé normalement, bien que les procès-verbaux du sacre ne soient pas arrivés jusqu'à nous. En vertu du statnt 23 d'Henri VHI, ce. 20, lorsqu'une élection èpis- copale avait élé notifiée au roi, celui-ci devait «adresser au métrope- litain des lettres patentes, munies du grand sceau, lui mandant dr confirmer l'élection, d'investir et de consacrer la personne élue en sa charge et dignité, et de lui donner ou d'employer à son égard toutes les bénédictions, cérémonies et autres choses requises ». Peur cela, le roi signait d'abord lui-même une pièce très courte, que l'on transmettait, dans les huit jours, au garde du sceau privé. Celui-ri préparait un document plus étendu, avec toutes les clauses ordi- naires, et en faisait deux expéditions; la première demeurait dans

4 Cf. De hierarchia, cap. 11, De Barloviconsecralione. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 629

les archives du sceau privé, l8 seconde passait au grand chancelier, pour servir de base aux lettres patentes à expédier sous ie grand sceau. Ces lettres patentes, pièce officielle définitive, étaient elles- mêmes en double expédition; un exemplaire était conservé dans les archives de la chancellerie, l'autre remis à lapersonne qui devait en bénéficier. La même preuve résulte de l’une quelconque de ces cinq pièces, à savoir que le roi avait donné ordre de procéder à la consé- cration, ce qui permet de conclure, jusqu'à preuve du contraire, que la consécration a eu réellement lieu. C’est la première de ces cinq pièces qui nous a été conservée en ce qui concerne le sacre de Bar- low. Il est intéressant d'en donner le texte, tel qu’il est encore aux archives, Privy Seals Bundle, april 1536.

To the King our Sovereign Lord. Pleaseth it your highness of vour most noble and abundant grace to grant your gracious letters patent under your great seal in due form to be made according to the tenour ensuing.

                                                       Henry R.

Rex reverendissimo in Christo patri Thomæ Cantuar. archiepiscono totius Angliæ primati salutem. Sciatis quod electioni nuper factæ in eccle- sia Cathedrali Meneven, per mortem bonæ memoriæ dom. Richardi Rawlyns ultimi episcopi ibidem vacante de reverendo in Christo patre dom. W'illelmo Barlow sacræ theologiæ professore tunc episcopo Assaven. et Mon. de Bisham Sarum dicc. commendaturio perpetuo in episcopum loci illius et pastorem regium assensum adhibuimus et favorem ot hoc vobis tenore præsentium significamus ut quod vestrum est in hac parte exequa- mini. In cuius etc. Teste, etc.

Le gardien du sceau privé devait nécessairement, au reçu de ces lettres, rédiger les documents qui étaient de son ressort. Les paroles: « ut quod vestrum est in hac parte exequamini » devaient y être développées, comme dansles autres pièces du même genre parvenues jusqu'à nous, dans les phrases suivantes :

Rogantes et in fide et dilectione quilus vos’tenemini firmiter vobis man- dantes quatenus præfatum Willelmum Barlow episcopum Menevensem electum confirmare et eumdem VWilleimum in Épiscopum Menevensem vonsecrare ipsumque prout moris est episcopalibus insigniis investire cete- raque peragere quæ vestro iu hac parte incumbent officio pastorali iuxta formam statuti in ea parte editi et provisi velitis diligenter cum effectu.

M. Lacey fait remarqner que le roi ne donnait pas deux pièces dis- tinctes, l’une pour confirmer l'élection, l’autre pour ordonner la con- sécration, mais une seule; c'est précisément celle qui nous a été conservée. À quand la découverte du procès-verbal du sacre de Bar- low? 630 REVUE ANGLO-ROMAINE

                                    *
                                +       +

Revenons maintenant à la difficulté principale, celle du rite. est d'autant plus nécessaire de l'étudier à nouveau, qu'elle est impäi- quée plus directement dans l'interprétation de la bulle et du bref de Paul IV au Cardinal Pole. M. Lacey donne de ces documents et dels décision pontificale, conçue en termes négatifs, une interprétation nouvelle qui, si elle est exacte, montre que le rite de l'ordinal angli- can était valide aux yeux du pape. Reprenons les choses d'un pe plus haut. ‘ Pour juger de la valeur des ordres anglicans, et en particulier de l'efficacité sacramentelle du rite de l'Ordinal, nous ne pouvons r+- courir à d'autres règles, à d'autres critères, que ceux qui s'ap- pliquent à nos propres ordres. Mais ces règles sont loin d'avoir une fermeté, une certitude théorique absolue; il suffisait que la pratiqw fût assez déterminée pour écarter toute incertitude réelle à prop des ordinations conférées par nos évêques. On est donc réduits faire une opinion molivée sur les éléments essentiels de l'ordination, à choisir soi-même entre les diverses opinions des théologiens: tt si l'on ne veut se prononcer, on devra rechercher dans l'Ordinal an- glican l'existence des éléments tenus pour nécessaires dans chacune de ces opinions. Je me häte d'ajouter que, parmi toutes ces opinions ertrinsèquement probables, une seule jouit d’une indiscutable probs- bilité intrinsèque; c'est celle qui fait consister l'ordination dans l'im- position des mains, jointe à la prière spéciale pour les ordinands, soit, dans nos liturgies, le canon consécratoire. Il faut reconnaitre, cependant, que cette opinion n'était pas la plus répandue at xvi siècle; par suite, il n'est guère probable que Les ordres anglicans aient été examinés, à cette époque, d'après cette manière de var: après avoir constaté les différences d'ensemble qui existent ent l'Ordinal et les Pontificaux catholiques d'Occident, on aura dù évi- demment se préoccuper des deux opinions principales, les auires n'étant que des fusions ou combinaisons diverses de ces deux plus importantes. Ces deux opinions exigeaient, l'une des formes impera- tives, spécialement les paroles : Accipe Spiritum sanctum, l'autre. ls porrection des instruments. Les théologiens recouraient aux expli- cations les plus extraordinaires pour essayer de concilier et les upi- nions entre elles, et les rites occidentaux ayec la pratique des Églises d'Orient. Pour l'épiscopat, la presque totalité des théologiens regardail comme essentielle et suffisante l'imposition des mains jointe au seules paroles : « Accipe Spiritum sanctum ». Pour le presbvtérat et le diaconat, il y a divergence: les uns tiennent pour la porrectiun NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES URDRES ANGLICANS 631

des instruments, avec les paroles qui les accompagnent; les autres pour l'imposition des mains, jointe à d’autres paroles. La détermi- nation de ces dernières est facile pour le diaconat, puisque l'évêque dit en imposant les mains aux diacres : « Accipe Spiritum sanctum ad robur » ; mais comme il ne prononce aucune parole en imposant les mains aux prêtres, il en résulte une véritable incertitude parmi les théologiens de cette époque. L'imposition des mains jointe aux paroles : « Accipe Spiritum sanetum; quorum remiseris pec- cata, » elc., est placte dans le Pontifical romain à la fin de la eéré- monie et après la messe; on ne pouvait guère songer à en faire un rite essentiel de l'ordination; mais cette opinion aurait été soutenable si cette cérémonie avait eu lieu au début de l'ordination presby- térale; or, c’est précisément le cas pour FOrdinal anglican et pour le Pontifical de Mayence, d'après le concile provincial de cette ville, tenu en 1549 !; il semble bien que telle est l'opinion de ceux qui ont rédigé l'/netilutio ad Pietatem Christianam in Concilio provinriali promissa. La comparaison de l'Ordinal anglican avec ces opinions théolo- giques permet de formuler les conclusions suivantes : Si l'épiscopat est conféré par les seules paroles : « Aceipe Spiritum sanclum », avec l'imposition des mains, la consécration épiscopale d’après l'Ordinal est certainement valide; car, en admettant, ce qui semble nécessaire, que ces paroles doivent être déterminées de quelque manière à l'épiscopat, plutôt qu'à autre chose, cette déter- minalion est fournie par l'Ordinal aussi bien que par les Pon- tificaux. Si le presbytérat est conféré par la porrection des instruments, c’est-à-dire du calice et de la patène, avec le pain et le vin, jointe à des paroles appropriées, la validité du presbytérat serait très probable, pour ne pas dire certaine, d'après l'Ordinalde 1550; l'ordi- nation serait nulle d'après celui de 1552, suivi depuis dans la pra- tique, et d'où la porrection du calice a disparu. Si le presbytérat exige, en union morale avec l'imposilion des mains, une formule impérative, les théologiens catholiques seront très embarrassés pour la trouver dans le Pontifical romain ; la seule qui existe, en dehors de la porrection des instruments, est placée à ta fin de l'ordination, qui est alors supposée faite. Mais ces mêmes paroles : « Accipe Spiritum sanctum; quorum remiseris peccala, » ete., transportées au début de l'ordination dans l'Ordinal comme dans le Pontifical de Mayence, deviennent alors une véritable forme impérative. Et si les paroles : « Accipe Spiritum sanctum », déterminées par les ritesconcomitants, peuvent signifier et conférer l’épiscopat, il est difficile de leur

1 M. Lacev, Supplementum, p. 37 et suivantes; Revue Anglo-Romaine, n. 29, 20 juin, p. 570. 632 REVUE ANGLO-ROMAINE refuser le pouvoir de signifier et de conférer le presbytérat, moyennant des déterminations suffisantes, d'autant que le presby- térat et l'épiscopat ne sont que deux degrés d'un seul el même sacerdoce. Quant au diaconat, s’il est conféré par la porrection du livre des Évangiles, accompagnée de paroles conformes, il est validement donné par l'Ordinal. S'il est conféré par l'imposition des mains avec les paroles : « Accipe Spiritum sanctum », seules ou suivies d'autres, mais déterminées par les cérémonies concomitantes, alors le diaconat de l'Ordinal anglican est nul, puisque ces paroles nv figurent pas.

  {4 suivre.                                    A. Bocninnox.

CHRONIQUE

  L'Encyolique « Satis cognitum ». — L'Encyclique sur l'Unité
de l'Eglise a paru en la fête des apôtres Pierre et Paul. Nos lecteurs
trouveront plus loin ce magistral document. Qu'ils nous permettent
de les prier de lire le texte en son entier et de ne pas se contenter
des extraits présentés isolément.
  L'Encyclique est adressée ‘aux patriarches, primats, archevêques,
évèques etautres ordinaires en communion avec le Siège apostolique.
Elle expose avec une grande clarté et une grande richesse de cita-
tivns la doctrine de l'Eglise catholique sur les divines prérogatives
de Pierre et de ses successeurs. C’est une réponse autorisée et digne
à la lettre encyclique et synodale du patriarche de Constantinople,
Anthyme, qui avait cru devoir répondre dans un esprit de contro-
verse au touchant appel de Léon XIII. Elle constitue un magnifique
développement de la doctrine proclaniée au dernier Concile.
  H n'est pas question des ordinations anglicanes ui de rien qui
se rapporte plus spécialement à l'Eglise d'Angleterre. Mais comme
la difliculté principale est la méme pour l'Eglise anglicane et pour
les Eglises d'Orient, tout le monde doit étudier avec le plus grand
soin cette encyclique où se trouvent établies les prérogatives du
Pape. Ce point capital de la constitution divine de l'Eglise a été le
plus attaqué, il est le plus longuement traité; mais le pouvoir divin
des évèques est aussi fermement défendu :
  «“ De même que l'autorité de Pierre est nécessairement permanente

. « et perpétuelle dans le Pontife romain, ainsi les évêques, en leur « qualité de successeurs des apôtres, sont les héritiers du pouvoir « ordinaire des apôtres, de telle sorte que l'ordre épiscopal fait « nécessairement partie de la constitution intime de l'Église. Et « quoique l'autorité des évêques ne soit ni pleine, ni universelle, ni « souveraine, on ne doit pas cependant les regarder comme de « simples vfratres des Pontifes romains, car ils possèdent une auto- « rité qui leur est propre, et ils portent en toute vérité le nom de « prélats ordinaires des peuples qu'ils gouvernent. « Mais comnie le successeur de Pierre est unique, tandis que ceux « des apôtres sont très nombreux, il convient d'étudier quels liens, « d’après la constitution divine, unissent ces derniers au Pontife « romain. Et d’abord, l'union des évêques avec le successeur de « Pierre est d'une nécessité évidente et qui ne peut faire le moindre « doute; car, si ce lien se dénoue, le peuple chrétien lui-même n'est « plus qu'une multitude qui se dissout et se désagrège, et ne peut 634 REVUE ANGLO-ROMAINE

« plus, en aucune facon, former un seul corps et un seul trou- peau. » « Le salut de l’Église dépend de la dignité du souverain prêtre: « si on n'attribue point à celui-ci une puissance à part el élevée au- « dessus de toute autre, il y aura dans l'Église autant de schismes < que de prêtres. »

« Pour conserver l'unité de foi et de communion telle qu'il la faut, « ni une primauté d'honneur, ni un pouvoir de direction ne suffisent: « il faut une autorité véritable et en même temps souveraine à

« laquelle obéisse toute la communauié, » Les deux pouvoirs sont 7wre divino. À ce sujet, il n'est pas inutile de rappeler une déclaration de Lord Halifax au congrès de Norwich : « Ce ne sont pasles prétentions constitutionnelles du Pape à la possession d'une primauté établie par Notre-Seigneur que rejettel'É- glise anglicane, mais l'extension de son pouvoir jusqu'à l'absorptien des droits indépendants des évèques, réduits ainsi à n'être plus qu' les représentants du Pape. Assurez-nous qu'il n'en est pas ainsi. et dans ce qui concerne Ja doctrine, dites-nous que la sépara- tion du Pape d'avec l'Episcopat — que certains ont pen* définie par le concile du Vatican, en sorte que le Pape pour- rait agir Sans l'épiscopat — dites-nous que cette doctrine ne fait pas partie intégrante des enseignements de l'Eglise romaine, ou bien n'est pas revendiquée comme une conséquence nécessaire de la pri- mauté conférée par le Christ, et alors vous aurez fait beaucoup pour l'établissement d’une doctrine que le cardinal Vaughan nous a dé- clarée nécessaire pour la réunion; et cela, d'un côté, sans aucun compromis sur cet enseignement que le Pape est le chef de l'Eglise. en vertu d'un acte distinet de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de l’autre, sans aucun compromis des droîts de l'épiscopat, droits dont l'origine n'est pas moins divine que ceux de la Papauté. Une sen- blable méthode peut être adoptée dans les autres cas qui nous di- visent, mais ce serait trop long de les passer tous en revue ce soir. J'ai principalement touché l'un des points primordiaux, afin ds montrer de quelle manière nous pouvons essayer d’aplanir les dif- ficultés qui nous séparent. » L'Encyclique excitera tous les esprits à l'étude loyale du grand problème de l’Union. Nous continuerons à en rechercher la solution toujours selon la pensée du cardinal Wiseman, par des erplicalions el non par des réfractabions, par union et non par soumission. Bien convaintt que c’est le seul moyen de ramener l'Angleterre à l'Unité parfaite de l'Eglise. — F. P.

L'Encyclique et la Presse. — Le Times, dans son numéro du

30 juin, a publié une analyse de l'Encyclique. Cette analyse étail pré cédée d’une lettre de Son Éminence le cardinal Vaughan, archevèque de Westminster. Dans le même numéro se trouvait l'article dont nous donnons la traduction et qui commente l'analyse et la lettre. CHRONIQUE 6335

            LETTRE DE S. ÊM. LE CARDINAL VAUGHAN

A l’occasion de l'Encyclique sur l'Unité de l'Église, S. Ém. le car- dinal Vaughan a adressé au directeur du Times la lettre suivante : « Monsieur, — le Saint-Père vient de publier une Encyclique sur l'Unité Chrétienne. Bien qu'adressée aux évêques de l’Église, il peut être utile de faire remarquer que, de même que la lettre ad Angios, elle concerne tous ceux qui en Angleterre prennent une part active au mouvement ayant pour but la réunion de la chrétienté. « On demande un commun terrain pour faire l'accord. Quelques- uns de nos compatriotes pensent qu'on pourrait arriver à une réunion en corps sur la base d'une fédération amicale de communions indé- pendantes se donnant toutes le titre de chrétiennes. D’autres désirent voir des liens s'établir entre ce qu'ils appellent les branches ou obé- diences romaine, grecque et anglicane, à la condition cependant qu'elles resteront indépendantes les unes des autres. D’autres croient que la réunion en corps peut être réalisée par l'admission de toutes les doctrines enseignées par le Siège de Rome, sauf certaines excep- tions. D'autres encore considèrent l'Église du Christ comme une création invisible, unissant intérieurement tous les hommes de bien par les liens de la foi et de la charité, tandis qu'extérieurement ces liens sont cruellement rompus. Jusqu'à quel point ces théories et autres semblables sont admissibles pour les catholiques, c'est ce qu’on pourra conclure de cette Encyclique de Unilate. « Dans son ardent désir de promouvoir la réunion, le Saint-Père a invité l'année dernière tous ceux qui cherchent le royaume Dieu dans l'unité de la foi à adresser des prières à Dieu pour demander lumière et direction. Cette année il a fait faire un pas de plus à son projet en publiant un exposé, souverainement autorisé, de la base sur laquelle est possible la réunion avec l'Église catholique, qu'il s'agisse d’indi- vidus ou de corps constitués. Avec une véritable et réelle charité il a pleinement et clairement expliqué les fondements, appuyés sur la révélation et la raison, des termes ou conditions qu'il considère comme essentiels. Ils ne sont pas de nature à surprendre les catho- tiques et les gens instruits, qui les connaissent généralement. Mais quelques-uns, peut-être un nombre considérable, ont été dans cette étrange illusion qu'il était au pouvoir du Saint-Père de modifier les anciennes bases de communion, ou même d'en dispenser complète- ment dans le but de parvenir à cette fin si désirable et si bénie de la réunion de la chrétienté. « Quel que soit l’acccueil fait à cette très importante lettre de Unifate, tous admireront sa complète sincérité et sa paternelle charité. Sans aucun doute elle dissipera de vagues et nébuleuses théories, riches seulement de décevantes espérances, tandis que, par la grâce de 636 REVUE ANGLO-ROMAINE

Dieu, elle indiquera clairement le chemin à tous ceux qui jugent de leur devoir de le suivre. « de suis, Monsieur, fidèlement votre

                              « HERBERT, cardinal VAUGgaN. »

   « Archbishop's House, 25 juin. »




                             LE TIMES.

L'Encyclique sur l'Unité chrétienne que le Pape vient d'adresser urbi et orbi mérite, quant à la forme et quant au ton, toute l'admira- tion qui lui est donnée par le cardinat Vaughan. A l'instar de Îa letire ad Angles, qui parut il y a quinze mois, cette déclaration de la politique papale est empreinte d'un ton de dignité, de modération el de charilé. Mais, plus encore que la dernière déclaration du Pontife romain, elle rend évident que sur aucun point, soit de doctrine, soit de discipline, il ne faut s'attendre à voir le Siège romain se relà- cher de ses prétentions pour satisfaire aux aspirations vers ce que l’on désigne du nom de réunion parmi une certaine section de fidèles de l'Église d'Angleterre. Il est à remarquer que l'Encvclique netraite pas directement de la question de la validité des ordres anglicans, qui est encore à l'étude au Vatican. Mais pratiquement, elle fait perdre toute sérieuse importance à cette controverse. Le langage du Pape, dit le cardinal Vaughan, dissipera « ces théo- ries vagues et nébuleuses, riches seulement en désillusions. » Nous acquiesçons d'autant plus à cette opinion que nous considérions que la lettre adressée au peuple anglais n'offrait aucun encouragement à Lord Halifax et aux réveurs de son parti. Son ton sympathique in- duisit en erreur certaines gens qui ne demandaient d’ailleurs que cela; mais comme on le fit remarquer dans ces colonnes, il n’y avait pas d'un bout à l'autre de la leitre un seul mot qui justifiàt cette imputation que Rome était disposée à traiter la question de la réunion comme une question de négociation ou de compromis. C'eût, en effet, été de sa part un abandon de sa position historique, qui eût entrainé un affaiblissement de ses prétentions traditionnelles. Il était impro- bable que Léon XIII, profondément versé comme it l'est dans ia science théologique et profondément convaincu de l'autorité divine de sa charge, se départit de la conduite de ses prédécesseurs et por- tât dans des sphères plus élevées cet opportunisme où il est passé maître. Il se borna à inviter, en avril 4895, tous ceux qui aspiraient à la restauration de l'unité de la chrétienté à s'unir dans la prière pour la réalisation de ce grand dessein. Maintenant, après un suffisant intervalle de temps, il vient de publier, avec d'ardentes expressions et sous une forme solennelle, ce que le cardinal Vaughan appelle « une déclaration autorisée des bases sur lesquelles la réunion avec l'Église catholique — qu'il s'agisse d'individus ou de corps consti- tués — est possible. » Le Pape ne laisse pas la moindre ombre CHRONIQUE 637

d'excuse pour leur illusion à ceux qui ont persisté à mal comprendre sa première lettre. Les conditions dans lesquelles seules la réunion est déclarée possible sont claires et simples. Ces conditions sont l'acceptation pleine et entière non seulement de la primauté, mais de la supériorité et de la domination absolue du Pontife romain sur tous ceux qui font profession d'appartenir à l'Église chrétienne, et par suite l’entière soumission du cœur et de l'esprit, de l'intelligence et de la conscience de la chrétienté aux décrets du siège papal. Ce n’était pas moins que cela que nous nous sommes toujours attendu à voir revendiquer par Rome. Et beaucoup moins que cela serait encore infiniment plus que ce qu'une fraction considérable du peuple anglais serait disposé à accepter. L'argument offert par l'Encyclique est ou doit être tout à fait fami- lier à ceux qui ont quelque teinture théologique. La charitéet l'ama- bilité de Léon XII font que ses assertions sont présentées sur un ton tout à fait différent de celles que fulminaient ses prédécesseurs. Mais il n'y a pas le moindre changement quant à la substance. Cette encyclique, comme le dit le cardinal Vaughan, ne surprendra donc ni les catholiques, ni les gens instruits, bien qu'il soit évident que quel- ques chauds partisans de la réunion avaient dà se persuader que l'on pouvait s'attendre à quelque chose d’entièrement différent. L'argument du Pape est un développement du texte qui est inscrit autour du dôme de Saint-Pierre de Rome : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » Sur ces paroles on a élevé peu à peu un édifice de principes théologiques et une constitution ecclésias- tique que Léon XIII, s'inspirant de la tradition romaine, interprète comme s’il établissait les titres indéniables d’une propriété. Une fois les prémisses adoptées, les conclusions s'en déduisent d'une manière irrésistible ; mais il est peu d'Anglais quisoient disposésà accepter ces prémisses, lesquelles sont opposées aux déclarations formelles et au- torisées de notre Église nationale. L'affirmation que le Christ eut l'in- tention d'établir une Église dont l'unité serait visible et permanente, formant « une seule société, un seul royaume, un seul corps »; que la foi de l'Église est professée par une autorité suprême et immua- ble, excluant et supprimant toute divergence, même sur un seul point ; qu’un magislerium a été divinement institué pour maintenir cette unité de règle et d'enseignement; que les Pères sont unanimes à considérer comme hors de l’Église quiconque s'écarte même pour la moindre part de la doctrine établie par cette autorité: que l'autorité en question repose dans le siège de Rome, parce que, comme l'Ency- clique l'expose d'une manière assez curieuse, « le Christ était obligé de désigner un vice-gérant sur terre en la personne de saint Pierre »; que la charge conférée à saint Pierre entrainait la suprême juridic- tion sur toute l'Église ; que ses successeurs sur le siège de Rome re- çoivent le même pouvoir,jure divine; que les autres Apôtres étaient soumis à saint Pierre; que les évêques, successeurs des Apôtres, deviennent schismatiques lorsqu'ils se séparent du successeur de Pierre ou refusent de lui obéir : telles sont quelques-unes des propo- 638 REVUE ANGLO-ROMAINE

sitions qu'aflirme Léon XIII —sans d'ailleurs essayer de les prouver — et sur lesquelles il établit ses revendications, si grosses de conséquen- ces. Nous n'avons pas l'intention de les discuter, mais nous pouvons dire que beaucoup d'entre elles ont été mises en question à des épo- ques différentes par de larges sections du peuple chrétien, que d'av- tres sont de vagues conclusions tirées d'affirmations douteuses. et qu'enfin on y rencontre une remarquable absence de preuve évidente sur le point le plus critique : celui des prétendus rapports de saint Pierre avec le siège romain. Du moins, l'Église d'Angleterre a pris depuis longtemps une atti- tude bien tranchée sur toutes les questions très ouvertement expo- sées dans l'Encyclique du Pape: et à cet égard l'Eglise d'Ecosse etles communautés protestantes non-conformistes ne font absolument qu'un avec l'Église d'Angleterre. Dans les XXX7X articles il est dit en propres terines: « L'évèque de Rome n'a aucune juridiction dans ce royaume d'Angleterre. » Les prétentions du Saint-Siège à la suc- cession de saint Pierre sont niées par l'Église d'Angleterre ainsi d'ailleurs que celles qui veulent faire de l'Église dont le Pape est le chef reconnu, la véritable Église du Christ. H faudra renvuncer à ces déclarations comme à des erreurs pestr lentielles avant qu'aucun individu appartenant à la communion anglicane puisse, dans les conditions posées par Léon XIH, être reconnu comme appartenant à l'Église chrétienne. La réunion tant désirée ne peut s'effectuer que par l'entière ad- mission de ces prétenlions papales que le peuple anglais refusa d'admettre, il v a plus de trois siécles. Si les Anglais sont prèts à s’humilier ainsi, le Pape recevra leur soumission avec l'indulgence d'un père. Léon XI invite ces brebis qui ne sont pas de son trou- peau à écouter sa voix et à obéir à son appel de paternelle bienveil- lance. Nous ne savons pas s'il en est à qui cet appel paraîtra raisonnable. S'il en est ainsi, la voie est assez droite. Mais on ne saurait prétendre plus longtemps qu'une réconciliation avec l'Église de Rome n'en- traine pas un abandon de l'Église d'Angleterre. Nous n'avons jamais cru qu'une fraction appréciable du clergé et encore moins des laïques aient autre chose qu'une très vague notion de ce que le mot réunion signifiait. Quand on aura compris qu'il veut dire soumission pure ct simple à Rome, il ne sera pas besoin de discuter plus longtemps. Le caractère anglais a été bien plus profondément influencé par la Réforme que ne le croit une certaine école de cléri- caux enthousiastes. Le Protestantisme est un grand fait dons l'his toire anglaise et a laissé derrière lui, dans notre développement moral, intellectuel et politique, des traces qui ne s’effaceront pas de sitôt. L'esprit d'indépendance nationale et personnelle qui atteignit son summum aux Xvi° el xvrr* siècles avait existé bien auparavant. La soumission au Siège papal était en horreur en Angleterre bien avant qu'Henri VII n'eût secoué le joug. Ce n'est pas là un heureux projet que de proposer de la rétablir à la fin du xrx' siècle. CHRONIQUE 639

                   LETTRE     DE   LORD   HALIFAX



                                           18, Eaton square, 4er juillet 4896.


      Mon cher Lord,

J'ai à remercier Votre Éminence de m'avoir envoyé le texte com- plet de la lettre du Pape. Je regrette que toute l'Encyelique n'ait pas été communiquée à la presse au lieu de certains extraits choisis, sépa- rés de leur contexte; mais la lettre que Votre Éminence a adressée au Times, démontre que l'effet qu'une telle publication, accompagnée des commentaires de Votre Éminence, devait vraisemblablement produire sur l'esprit publie, était prévu et intentionnellement voulu; Votre Éminence, je n’en doute pas, est plus que satisfaite du résultat immédiat. J'espère que Votre Éminence ne fera pas d’objections à ce que je publie cette lettre. Je suis, etc. HALIFAX.

À Son Éminence le cardinal Vaughan.

                         LE   GUARDIAN

L'Encyclique de Unifate, dont nous ne possédons jusqu'à présent qu'un résumé, ne causera ni surprise ni découragement à ceux qui attendent avec patience la réunion des chrétiens. ls n’ont pas vécu dans le paradis chimérique où l'archidiacre de Londres et ses amis se sont plu à les placer. Ils ne sont pas imaginé que les plaies de l'Eglise puissent être pansées en autant de mois qu'elles oni duré de siècles. De même ils n’ont pas pensé que des différences aussi profondes et aussi prolongées que celles qui séparent l'Orient de l'Occident puissent être écartées en un moment; ni que les barrières qui forment une séparation entre l'Angleterre et Roime toruberont comme les murailles de Jéricho, au premier son de la trompette. C'est pourquoi ils ne demandent pas la compassion, soit amicale soit ironique, qu'on leur témoigne de divers côtés. La décou- verte que Léon XII a foi dans la Papauté n'est pas pour eux un sujet de surprise. Les obstacles à la réunion sont de deux espèces : moraux et intellectuels; et si jamais on les écarte, ce sera en procédant suivant cet ordre. Avant que les véritables et graves motifs qui empêchent les chrétiens de s'unir puissent être abordés avec uu réel espoir d'aboutir, il faut que cette unité soit vraiment désirée. Faire naître ce désir, telle est l'œuvre de la génération présente. L'œuvre de la suivante sera peut-être de créer l'accord entre les esprits. Si la nouvelle Encyclique ne facilite en rien cet accord, du moins elle ne le recule pas davantage. 640 REVUE ANGLO—ROMAINE

Correspondance. — À Monsieur le Directeur de la Revue Angh- Romaine. — Monsieur le Directeur, — l'explication que j'ai donnéedes paroles évangéliques: « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bätirai mon Église », a été gravement aliérée dans une note que publie k Revue Anglo-Romaine (27 juin 4896, p. 590.

J'ai dit que le Sauveur n'avait pas parlé des successeurs de Pierr parce que la perspective du discours ne s'étend pas au lointain ave- nir. Je n'ai pas dit que, pour Jésus, l'avenir ne se déchirait pas dass ses lointaines profondeurs. La question de la science du Christ qu'un voudrait me faire résoudre implicitement en cet endroit, n’y est tou- chée en aucune façon. N'est-il pas vrai que Jésus parle, non de l'his. toire future de son Église, mais de sa fondation et de sa constitution essentielle? Ï ne me serait jamais venu en pensée d'employer le terme d'Eyhe posthume, car je n'ignore pas que Notre-Seigneur a prédit sa résur- rection en même temps que sa mort. 11 annonçait, par conséquent. qu'il revivrait pour son Église. L'Église d'aujourd'hui n'est pas l'Eglise posthume de Jésus-Christ, puisque le Christ,une fois ressus- cité, ne meurt plus. Mais Jésus, s'adressant à Pierre, pouvail fort hist parler de son Église future, de celle dont ses apôtres seraient le fon- dement et Simon la pierre angulaire. J'ai constaté simplement un fait de l'histoire évangélique en di- sant que Jésus, au point où nous conduit la confession de Pierre. s'applique à la formation d'un petit groupe de disciples qui devront continuer son œuvre et réunir autour d'eux les âmes disposées à rr- cevoir l'Évangile. Je n'ai pas prétendu que ce petit groupe de di- ciples eonstituät toute l'Eglise, mais que, dans l'intention du divin Maitre, il en formait le noyau. Ce que j'ai écrit n'a rien de nouveau et n'a pas, en tout €us. le moindre rapport avec l'opinion de Resch. Dans mon premier artiek sur le : 7x es Petrus, l'hypothèse de ce critique est comballue st rejetée. Elle sera examinée plus complètement dans la dernière par- tie de mon étude, s’il m'est donné de pouvoir la terminer. L'honneur de la cause que j'ai entrepris de défendre m'a part exiger cette rectification. Pour mon compte personnel, je suis presque habitué à voir mes opinions plus ou moins dénaturées par des grns trop pressés ou malveillants qui s'en font les interprètes. Je me per- suade que le public sérienx n’y est pas trompé. Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de ma eonsi- dération la plus distinguée, — A. Loisy, DOCUMENTS

                     SANCTISSIMI      DOMINI      NOSTRI


                                   LEONIS
                           DIVINA    PROVIDENTIA



                              PAPÆ XIII
                          EPISTOLA ENCYCLICA


             DE        UNITATE ECCLESIÆ


                          VENERABILIBUS     FRATRIBUS

           PATRIARCHIS, PRIMATIBUS, ARCHIEPISCOPIS,       EPISCOPIS

                        ALTISQUE   LOCORUM   ORDINARIIS

       PACEM ET COMMUNIONEN CUM APOSTOLICA SEDE HABENTIBUS



                             LEO PP. XIII




                                                                              (A
                                                                        “+




                                                                         2
                                                                        €


                         VENERABILES FRATRES


                    SALUTEM ET APOSTOLICAM BENEDICTIONEN
                                                                         mm
                                                                         He.



  SATIS COGNITUM vobis est cogitationum et curarum Nostrarum par-
                                                                         Eh




tem non exiguam illuc esse conversam, utad ovile in potestate posi-
                                                                             7}
                                                                        Tr




um summi pastoris animarum Jesu Christirevocare deviosconemur.
                                                                         De
                                                                             rar É




Intento hac in re animo, non parum conducere salutari consilio pro-
positoque arbitrati sumus, Ecclesiæ effigiemac velut lineamenta des-
cribi :in quibus præcipua consideratione dignissima wnifas est, quam
in ea, velut insigne veritatis invictæque virtutis, divinus auctor ad
                                                                             2




perpetuitatem impressit. Multum in intuentium animis nativa Eccle-
                                                                             on




siæ pulchritudo speciesque posse debet : neque abest a veri simiki-
                                                                             ele




tudine, tolliejus contemplatione posse inscientiam ; sanari opiniones
falsas præjudicatasque, maxime apud eos qui non sua ipsorum culpa
                                                                             nan.




inerrore versentur: quin imo excitari etiam in hominibus posse
                                                                             cn




Ecclesiæ amorem utique similem caritati, qua Jesus         Christus
eam sibi sibi sponsaru, divino cruore redemptam, optavit . « Chris-
                                                                              ESA




«tus dilexit Ecclesiam, et se ipsum tradidit pro ea! » Reversu-
                                                                         +




  1 Ephes. v, 25.

: REVUE ANGLO-ROMAINE. — T. Il. — âi 642 REVUE ANGLO-ROMAINE

ris ad amantissimam parentem, aut non probe cognitem adhuc, aut injuria desertam, si reditum stare oporteat non sanguine quidem, quo tamen pretio est Jesu Christo quæsita, sed labore aliquo moles- tiaque multo ad perpetiendum leviore, saltem perspicuum erit non vo- luntate humana id onus homini, sed jussu nutuque divino imposi- tum, ob eamque rem, opitulante gratia cælesti, facile veritatem experiendo intelligent divinæ ejus sententiæ : « Jugum enimmeus suave est, et onus meum leve !, » Quamobrem spe maxima in Pañre luminum reposita, unde omne datum optimum el omne donum perfetum descendit *, ab eo scilicet, gui incrementum dat ? unus, enixe petimus. ut Nobis vim persuadendi impertire benigne velit. Etsi Deus, quecumque a naturis creatis efficiuntur, omnia ipse el. ficere sua solius virtute potest, nihilominus tamen ad juvandos ho- mines ipsis uti hominibus, ex benigno providentiæ consilio, maluit: et quemadmodum in rerum genere naturalium perfectionem debitan ita in iis, quæ modum naturæ transiliunt, sanctitatem homini a salutem non nisi hominum opera ministerioque impertire consueril. Sed perspicum est, nihil inter homines communicari, nisi per exter- nas res quæ sensibus percipiantur, posse. Hac de caussa humanan heturam assumpsit Dei Filius, « qui cum in forma Dei esset.. semet- « ipsum exinanivit, formam servi accipiens, in siinilitudinem homi- « num factus * »: atque ita, in terris agens, doctrinam suam suarur- que præcepta legum hominibus, colloquendo, tradidit. Cum divinum munus ejus perenne ac perpetuum esse oporterel. idcirco nonnullos ille sibi adjunxit alumnos disciplinæ suæ, fecitque potestatis suæ participes: cumque Spiritum verilatis in eos devocasset e cælo, præcepit, peragrarent orbem terrarum, quodque ipse docuerat, quodque jusserat, id omne fideliter universitati gentium prædicarent: hoc quidem proposito, ut ejus et professione doctrine et obtemperatione legibus posset hominum genus sanctitatem in terris felicitatem adipisci in cælo sempiternam. — Hac ratione atque hoc principio Ecclesia genita: quæ quidem, si extremum illud quod vult, caussæque proximæ sanctitatem efficientes spectentur, profecta est spiritualis: si vero eos consideres, quibus cohæret, resque ipses quæ ad spiritualia dona perducunt, exferna est necessarioque cons- picusa. Docendi munus accepere Apostoli per cognoscenda visu audi- tuque signa : idque illi munus non aliter executi quam dictis factisque. quæ utique sensus permoverent. Îta quidem illorum vox extrinsecus illapsa per aures, fidem ingeneravit in animis: « Fides ex audita, « auditus autem per verbum Christi5. » Ac fides ipsa, scilicet assensio primæ supremæque veritati, mente quidem per se com- prehenditur, sed tamen eminere foras evidenti professione debet: « Corde enim creditur ad justitiam: ore autem confessio fit ad salu-

1 Matth. x, 30. 3 Ep. Jac. 1, 47. 8 Z Corinth. ru, 6. & Philippens. n, 8-7. 5 Roman. x, 47. LEONIS PP. XIII ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIÆ 643

« tem! »s. Simili modo nihil est homini gratiâ cælesti, quæ gignit

                                                                      CRT

sanctitudinem, interius : sed externa sunt ordinaria ac præcipua parti- cipandæ instrumenta gratiæ: sacramenta dicimus, quæ ab homini- bus ad id nominatim lectis, certorum ope rituum, administrantur. dussit Jesus Christus Apostolis perpetuisque Apostolorum successo- ribus, gentes ut edocerent ac regerent: jussit gentibus, ut illorum et doctrinam acciperent et potestati obedienter subessent. Verum isthæc in christiana republica jurium atque officiorum vicissitudo non modo permanere, sed ne inchoari quidem potuisset nisi per iuterpretes ac nuntios rerum sensus. — Quibus de caussis Ecclesiam cum corpus, lum etiam corpus Chrisli tam crebro sacræ litteræ nomi- nant: « Vos autem estis corpus Christi ?. » Propter eam rem quod corpus est, oculis cernitur Ecclesia : propterea quod est Christi,vivum corpus est actuosum et vegelum, quia eam tuetur ac sustentat, immissa virtute sua, Jesus Christus, in eum fere modum quo cohæ- : rentes sibi palmites alit ac fructuosos facit vitis. Quemadmodum autem in animantibus principium vitæ in occulto est ac penitus abdi- tum, indicatur tamen atque ostenditur motu actuque membrorum, sic in Ecclesia supernaturalis principium vitæ perspicue ex iis, quæ ab ipsa aguniur, apparet. Ex quo consequitur, in magno eodemque pernicioso errore versari, qui ad arbitrium suum fingunt Ecclesiam atque informant quasi la- tentem minimeque conspicuam : item qui perinde habent atque ins- titutum quoddam humanum cum temperatione quadam disciplinæ ritibusque exlernis, at sine perenni communicatione munerum gratiæ divinæ, sine rebus iis, quæ hauslam a Deo vitam quotidiana atque aperta significatione testentur. Nimirum alterutram esse posse Jesu Christi Ecclesiam tam repugnat, quam solo corpore, vel anima sola constare hominem. Complexio copulatioque earum duarum velut par- lium prorsus est ad veram Ecclesiam necessaria, sic fere ut ad natu- ram humanam intima animæ corporisque conjunctio. Non est Eccle- sia intermortuum quiddam, sed corpus Chrisli vita supernaturali præditum. Sicut Christus, caput et exemplar, non omnis est, si in eo vel humana dumtaxat spectetur natura visibilis, quod Photiniani ac Nestoriani faciunt; vel divina tantummodo natura invisibilis, quod solent Monophysitæ : sed unus est ex utraque et in utraque naturacum visibili tum invisibili, sic corpus ejus mysticum non vera Ecclesia est pisi propter eam rem, quod ejus partes conspicuæ vim vitamque du- cunt ex donis supernaturalibus rebusque ceteris, unde propria ipsa- rum ratio ac natura efflorescit. Cum autem Ecclesia sit qusmodi vo- luntate et constitutione divina, permanere sine ulla intermissione debet qusmodi in æternitate temporum : ni permaneret, profecto nec esset condita ad perennitatem, et finis ipse, quoilla contendit, loco- rum esset temporumque certo spatio definitus : quod cum veritate utrumque pugnat. Istam igitur et visibilium et invisibilium conjunc- tionem rerum, quia naturalis atque insita in Ecclesia nutu divino

1 Roman. x, 40. 3 1 Coriath. xu, 21. 644 REVUE ANGLO-ROMAINE

inest, tamdiu permanere necesse est, quamdiu ipsa permansura Eccte- sia. Quare Chrysostomus : « ‘Ab Ecclesia ne abstineas : nibil enim « fortius Ecclesia. Spes tua Ecclesia, salus tua Ecclesia, refugium tuum « Ecclesia. Cælo excelsior et terra latior est illa. Numquam senescil, «“ sed semper viget. Quamobrem ejus firmitatem stabilitatemque de- « monstrans, Scriptura montem illam vocat !. » Augustinus veru: « Putant (gentiles) religionem nominis christiani ad certum tempus a in hoc sæculo victuram, et postea non futuram. Permanebil ergo « cum sole, quamdiu sol oritur et occidit; hoc est quamdiu tempora « ista volvuntur, non deerit Ecclesia Dei, id est Christi corpus in « terris ?, » Idemque alibi : «Nutabit Ecclesia, sinutaverit fundamen- “ tum : sed unde nutabit Christus?... Non nutante Christo, non in- « clinabitur in sæculum sæculi. Ubi sunt qui dicant, periisse de « mundo Ecciesiam, quando nec inclinari potest 5? » His velut fundamentis utendum veritatem quærenti. Scilicet Eccle- siam instituit formavitque Christus Dominus : propterea natura illius cum quæritur cujusmodi sit, caput est nosse quid Christus voluerit quidque reapse effecerit. Ad hanc regulam exigenda maxime Ecclesiæ unitas est, de qua visum est, communis utilitatis caussä, nonnihil his litteris attingere. Profecto unain esse Jesu Christi germanam Ecclesiam, ex luculenis ac multiplici sacrarum litterarum testimonio, sic constat inter omnes. ut contradicere chistianus nemo ausit. Verum in dijudicanda statuen- daque natura unitatis, multos varius error de via defleetit. Ecclesie quidem non solumu ortus sed tota constitutio ad rerum voluntate libera effectarum pertinet genus : quocirca ad id quod revera ges- tum est indicatio est omnis revocanda, exquirendumque non sane quo pacto una esse Ecclesia queat, sed quo unam esse is voluit, qui condidit. Jamvero, si ad id respicitur quod gestum est Ecclesiam Jesus Chris- tus non talem finxit formavitque, quæ commuaitates plures compler- teretur genere similes, sed distinctas, neque iis vinculis alligatas. quæ Ecclesiam individuam atque unicam efficerent, eo plane mode. quo Credo unam... Ecclesiam in symbolo fidei profitemur. « 1n unius « naturæ sortem cooptatur Ecciesia quæ est una, quam conantur « bæreses in multas discindere. Et essentia ergo et opinione, et « principio et excellentia unicam esse dicimus antiquam et cathoki- « cam Ecclesiam... Ceterum Ecclesiæ quoque eminentia, sicut prin- « cipium constructionis, est ex unitate, omnia alia superans, et nibil « habens sibi simile vel æquale 4. » Sane Jesus Christus de ædificiu ejusmodi mystico cum loqueretur, Ecclesiam non commemorat nisi unam, quam appeliat sum: « Ædificabo Ecclesian meam. » Qua- cumque, præter hanc,cogitetur alia, cum non sit per Jesuin Christumi condita, Ecclesia Christi vera esse non potest. Quod eminel etiam

1 Hom. De capto Eutropio, n. 6. % In Psalin. LXXI, n.8. 3 Enarratio in Psal. CIII, sermo ui, n. à. 4 CLEMENS ALExANDRINUS, Stromalum lib. VIS, cap. xvn. LEONIS PP. XIII ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIÆ 645

magis, si divini auctoris propositum consideretur. Quid enim in con- dita condendave Ecclesia petiit, quid voluit Christus Dominus? Hoc scilicet; munus idem, idemque mandatum in eam continuandum transmittere, quod ipse acceperat a Patre. Id plane statuerat faciendum, idque re effecit. « Sicut misit me Pater, et ego mitto « vos!. Sicut tu me misisti in mundum, et ego misi eos in mun- « dum?, o Jamvero Christi muneris est vindicare ab interitu ad salutem quod perierat, hoc est non aliquot gentes ant civilates, sed omnino hominum, nullo locorum temporumve discrimine, universum genus: venit « Filius hominis... ut salvetur mundus per ipsum*. Nec « enim aliud nomen est sub cælo datum hominibus, in quo oporteat « nos salvos fieri*. » Îtaque partam per Jesum Christum salutem, simulque beneficia omnia quæ inde proficiscuntur, late fundere in omnes homines atque ad omnes propagare ætates debet Ecclesia. Quocirea ex voluntate auctoris sui unieam in omnibus terris, in per- petuitate temporum, esse necesse est. Plane plus una ut esse posset, excedere terris et genus hominum fingere novum atque inauditum sporteret. Hoc ipsum de Ecclesia una, quotquot essent ubique et quovis tempore mortales complexura, vidit ac præsignificavit Isaias, cum, fatura prospicienti, objecta species montis est, celsitudinis exsupe- rantia conspicui, qui imaginem Domus Domini, videlicet Ecclesiræ, expressam gerebat : « Et erit in novissimis diebus præparatus mons « domus Domini in vertice montium *. » At qui unus iste mons est, in vertice montium locatus : #n4 domus Domini, ad quam omnes gentes vivendi normam petituræ aliquando confluerent : « Et fluent « ad eam omnes gentes.. et dicent : venite et ascendamus ad mon- « tem Domini, et ad domum Dei Jacob, et docebit nos vias suas, et « ambulabimus in semitis ejus *. » Quem locum cum Optatus Milevi- tanus attingeret, « Scriptum est, inquit, in Isaia propheta : ex Sion « prodiet lex, et verbum Domini de Hierusalem. Non ergo in ülle « monte Sion isaias aspicit vallem, sed in monte sancto, qui est Ec- « clesia, qui per omnem orbem romanum caput tulit sub toto cælo. « Est ergo spiritalis Sion Ecclesia, in qua a Dea Patre rex consti- « tutus est Christus, quæ est in toto orbe terrarum, in quo est «una Ecclesia catholica’.» Augustinus vero : « Quid tam mani- « festum quam mons? Sed sunt et montes ignoti, quia in una « parte terrarum positi sunt.. Ille autem mons non sic, quia « implevit universam faciem terræ : et de illo dicitur; paratus « in cacumine muontium $, » Hlud accedit, quod Ecclesiam Filius Dei mysticum corpus suum decrevit fore, qgnacum ipse velut caput con-

1 Joan. xx, 2t. 2 Joan. xvni, 8. 3 Joan. 1n1, 47. 4 Act. sv, 12.

TIsaias, 11, ©.

TB. 2-3. Lu

1: Ephes. 1, 22-23. 3 X Corinth. xu, 42. 8 Ephes. 1v, 15-46. 4 8. Cyrnianus, De cath. Eccl. Unitate, n. 93. 6 In. doc. cit. 5 Ephes. v, 29-30. 7 S. Avcusrrmus, sermo CCLXVII, n. 4, LEONIS PP. XIII ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESLE 647

« unitatem qui non tenet, non tenet Dei legem, non tenet Paitris et « Filüi fidem, vitam non tenet et salutem !. » At vero qui unicam condidit, is idem condidit #nam: videlicet ejusmodi, ut quotquot in ipsa futuri essent, arctissimis vinculis so- ciati tenerentur, ita prorsus ut unam genterm, unum regnum, corpus unum efficerent : « Unum corpus, et unus spiritus, sicut vocati estis « in una spe vocationis vestræ ?. » Voluntatem hac de re suam Jesus Christus sanxit, propinqua jam morte, augusteque consecravit,

                                                                        «

ita Patrem adprecatus : « Non pro eis rogo tantum, sed et pro eis, « qui credituri sunt per verbum eorum in me... ut et ipsi in nobis « unum sint.... ut sint consummati in unum *, » mo tam intime nexam jussit esse in sectatoribus suis unitatem tamque perfectam, ut conjunctionem cum Patre suam ratione aliqua imitaretur : « Rogo. ut omnesunum sint, sicut tu, Pater, in me, et ego in te, » Tantæ autem inter homines actam absolutæ concordiæ necessarium fundamentum est convenientia conjunctioque mentium : ex quo conspiralio voluntatum atque agendorum similitudo naturâ gignitur. Quamobrem, pro sui divinitate consilii, unsfatem fidet in Ecclesia sua jussit esse : quæ quidem virtus primum est in vinculis iis quæ homi- nem jungunt Deo, et inde nomen féeles accepimus « Unus Dominus, « una fides, unum baptisma * : » videlicet sicut unus Dominus, et baptisma unum, ita omnium christianorum, qui ubique sunt, unam esse fidem oportet. ltaque Paulus Apostolus christianos, ut idem sentiant omnes, effugiantque opinionum dissidia non rogat tantum, sed flagitat ac plane obseçrat : « Obsecro autem vos, fratres, per « nomen Domini nostri Jesu Christi: ut idipsum dicatis omnes, et « non sint in vobis schismata: sitis autem perfecti in eodem sensu, « et in eadem sententia 6, » Quæ loca sane non indigent interprete : satis enim per se loquuntur ipsa. Ceteroqui unam esse fidem debere qui se profitentur christiancs, vulgo assentiuntur. Iilud potius maximi momenti &c prorsus necessarium, in quo multi errore falluntur, internoscere quæ sit istius species et forma unitatis. Quod ipsum, ut supra fecimus in caussa simili, non opinatione aut conjectura est, sed scientia rei gestæ judicandum : quærendo scilicet statuen- doque qualem in fide unitatem Jesus Christus esse præceperit. Jesu Christi doctrina cælestis, tametsi magnam partem consignatsa litteris afflatu divino, colligare tamen mentes, permissa hominum igenio, ipsa mon poterat. Erat enim proclive factu utin varias inci- deret atque inter se differentes interpretationes : idque non modo propter ipsius vim ac mysteria doctrinæ, sed etiam propter humani ingenii varietatem, et perturbationem in studia contraria abeuntium cupiditatum. Ex differentia interpretandi dissimilitudines sentiendi necessitate nascuntur : hinc controversiæ, dissidia, contentiones, 1 $S. Cyraranus, De Cath. Eccl. Unilate, 0. 6. £ Ephes. 1v, 4. 5 Joan. xvu, 20-21-23. 4 Ib., 24, & Ephes. 1v, 5. 6 1 Corinth. 1, 40. 648 REVUE ANGLO-ROMAINE qualia incumbere in Ecclesiam ipsa vidit proxima originibus ætas. De hæreticis illud scribit Irenæus. « Scripturas quidem conftenter, « interpretationes vero convertunt !. » Aîque Augustinus: « Neque « enim natæ sunt hæreses et quædam dogmata perversitatis illa- « queantia animas et in profundum præcipitantia, nisi dum scri- « pturæ bonæ intelliguntur non bene . » Ad conjugandas igitur mentes, ad efficiendam tuendamque concordiam sententiarum, ut ut extarentdivinæ litteræ omninoerat alio quodam principio opus. Idexigit divine sapientia: neque enim Deus unam esse fidem velle potuit, nisi conservandæ unitatisrationem quamdam idoneam providisset:quodet sacrælitteræ perspieue,utmoxdicturisumus, significant. Certeinfinits Dei potentia nulli est vincta vel adstricta rei, omniaque sibi habet obnoxie, velut instrumenta parentia. De isto igitur principio externe, dispiciendum, quodnam ex omnibus, quæ essent in potestate sua, Christus optarit. Quam ob rem oportet christiani nominis revocare cogitatione primordia. Divinis testata litteris, eademque vulgo cugnita commemuramus. Jesus Christus divinitatem divinamque legationem suam miraculo- rum virtute comprobat : erudire verbo multitudinem ad cælestia in- sistit, omninoque jubet ut sibi fides docenti adjungatur, hinc præ- miis, illinc pœnis propositis sempiternis: « Si non facio opera Patris « mei, nolite credere mihi°. Si opera non fecissem in eis, quæ nemo « alius fecit, peccatum non haberent. Si autem facio {opera}, el si « inihi non vulitis credere, operibus credite * ». Quæcumque præci- pit, eadem omnia aucloritate præcipit : in exigendo mentis assensu nihil excipit, nihil secernit. Eorum igitur qui Jesum audissent, si adipisci salutem vellent, officium fuit non modo doctrinam ejus acti- pere universe, sed tota mente assentiri singulis rebus, quas ipse tradidisset: illud enim repugnat, fidem vel una in re non adhiberi Deo. Maturo in cælum reditu, qua ipse potestate missus a Patre fuerat, eädem mittit Apostolos, quos spargere ac disseminare jubet doctri- nem suam : « Data est mihi omnis potestas in cælo et in terra. Euntes « ergo docete omnes gentes... Docentes eos servare omnia, quæcum- « que mandavi vobisf. » Salvos fore, qui Apostolis paruissent. qui « non paruissent, interituros : «Qui crediderit et baptizatus fuerit, sal- « vuserit; qui vero non crediderit, condemnabitur”. » Cumque illud sit providentiæ Dei maxime congruens, ut muneri præsertim magno atque excellenti præficiat neminem, quin pariter suppeditet undeliceat rite defungi, idcirco Jesus Christus missurum se ad discipulos suos Spiritum veritatis pollicitus est, eumque in ipsis perpetuo mansu- rum : « Si autem abiero, mittam eum (Paraclitum}) ad vos... Cum « autem venerit ille Spiritus veritatis, docebit vos omnem verila-

1 Lib. IL, cap. xu, n. 42.

Marc, xvi, 46.

LEONIS PP. XII ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIÆ 649

« tem'. Et ego rogabo Patrem, et alium Paraclitum dabit vobis, ut « maneat vobiscum in æternum, Spiritum veritatis... Ille testimo- « nium perhibebit-de me : et vos testimonium perhibebitis*. » Hine doctrinam Apostolorum religiose accipi sancteque servari perinde imperat ac suam : « Qui vos audit, me audit : qui vos spernit, me « spernit*. » Quamobrem legati Apostoli a Jesu Christo sunt non secus ac ipse legatus a Patre : « Sicut misit me Pater, et ego mitto « vos : » propterea quemadmodum dicto audientes Christo esse Apostolos ac discipulos oportuit, ita pariter fidem adhibere Apostolis debuerant, quoscumque ipsi ex mandato divino docuissent. Ergo Apostolorum vel unum repudiare doctrinæ præceptum plane non plus licuit, quam de ipsius Christi doctrina rejecisse quicquam. — Sane Apostolorum vox, illapso in eos Spiritu sancto, quam latissime insonuit. Quacumque vestigium posuissent, perhibent se ab ipso Jesu legatos. « Per quem (Jesum Christum) accepimus gratiam, et « apostolatum ad obediendum fidei in omnibus gentibus pro nomine « ejusf : » divinamque eorum legationem passim Deus per prodigia in aperto ponit « Iili auten: profecti prædicaverunt ubique, Domino « cooperante, et sermonem confirmante, sequentibus signis 7. » Quem vero sermonem? eum utique, qui id omne comprehenderet, quad ipsi ex magistro didicissent : palam enim aperteque testantur, nihil se eorum posse, qu& viderant quæque audierant, non loqui. Sed, quod alio locodiximus, non erat ejusmodi munus apostolicum, ut aut cum personis Apostolorum interire possel, aut cum tempore labi, quippe quod et publicum essei et saluti generis humaniinstitu- tum. Apostolis enim mandavit Jesus Christus ut prædicarent « evan- “ gelium omni creaturæ, » et « portarent nomen ipsius coram genti- « bus etregibus, » et « ut sibitestes essent usque adultimum terræ. » Atque in tanti perfunctione muneris adfore se pollicitus eis est, idque non ad aliquot vel annos vel ætates, sed in omne tempus, usque ad consummationen sæculs. Quam ad rem Hieronymus : « Qui usque ad « consummationem sæculi cum discipulis se futurum esse promittit « et illos ostendit semper esse victuros et se numquain a credentibus « recessurum’, » Quæ quidem omnia in solis Apostolis, supremæ necessitati ex humana conditione obnoxiis, qui vera esse potuissent? Frat igitur provisum divinitus ut magisterium a Jesu Christo insti- tutum non iisdem finibus, quibus vita Apostoloruin, terminarelur, sed esset perpetuo mansurum. Propagatum revera ac velut in mauus de manu traditum videmus. Nam consecravere episcopos Apostoli, quique sibi proxime succederent in minisferio verbi, singillatim desi- gnavere. — Neque hoc tantum : illud quoque sanxere in successo-

3 Joan. xvi, 7-43. 4 Joan. xiv, 16-17.

Joan. xv, 28-27.

5 Luc.x, 46. % Joan. xx, 21. Rom. 1, 5. L.1

7 Marc. xvr, 20. - $ {n Matth. lib. IV, cap. xxvin, v. 20. ss . . .. di 630 REVUE ANGLO-ROMAINE ribus suis, ut et ipsi viros idoneos adilegerent, quos, eadem aucto- rilate auctos, eidem præficerent docendi officio et muneri : « Tu « ergo, fili mi, confortare in gratia, quæ est in Christo Jesu : et quæ « audisti a me per multos testes, hæc commenda fidelibus homini- « bus, qui idonei erunt et alios docere*. » Qua de caussa sicut Chris- tus a Deo, et Apostoli a Christo, sic episcopi et quotquot Apostolis successere, missi ab Apostolis sunt : « Apostoli nobis Evangelii præ- « dicatores facti sunt a Domino Jesu Christo, Jesus Christus missus « est a Deo. Christus igitur a Deo, et Apostoli a Christo, et factum « est utrumque ordinatim ex voluntate Dei... Per regiones igitur et « urbes verbum prædicantes, primitias earum spiritu cum probassent, « constituerunt episcopos et diaconos eorum qui credituri erant..... « Constituerunt prædictos, et deinceps ordinationem dederunt, ut « quum illi decessissent, ministerium eorum alii viri prabali exci- « perent. » Permanere igitur necesse est ex una parte constans atque immutabile munus docendi omnia, quæ Christus docuerat: ex altera constans atque immutabile officium accipiendi profitendique omnem illorum doctrinam. Quod præclare Cyprianus iis verbisillus- trat : « Neque enim Dominus noster Jesus Christus, cum in Evar- « gelio suo testaretur inimicos suos esse eos, qui secum non essent, « aliquam speciem hæreseus designavit : sed omnes omnino qui « secum non essent et secum non colligentes, gregem suum sparge- « rent, adversarios esse ostendit, dicens : Qui non est mecum adver- « sus me est; et qui non mecum colligit, spargit*. » His Ecclesia præceptis instituta, sui memorofficii, nihil egit studio et contentione majore, quam ut integritatem fidei omni ex parte tue- retur. Hinc perduellium habere loco et procul amandare a se, qui de quolibet doctrinæ suæ capite non secum una sentirent. Ariani, Mon- tanistæ, Novatiani, Quartadecumani, Eutychiani certe doctrinam ca- tholicam non penitus omnem, sed partem aliquam deseruerant : bæ- reticos tamen declaratos, ejectosque ex Ecclesiæ sinu quis ignora fuisse? Similique judicio damnati, quotquot pravorum dogmatum auetores variis temporibus postea consecuti sunt. « Nihil periculosius « his hæreticis esse potest, qui cum integre per omnia decurrant, « uno tamen verbo, ac si veneni gutta, meram illam ac simplicem « fidem Dominicæ et exinde apostolicæ traditionis inficiunt!. Idem semper Ecclesiæ mos, idque sanctorum Patrum consentienie judicio : qui scilicet communionis catholicæ expertem et ab Ecclesis extorrem habere consueverunt, quicumque a doctrina, authentico magisterio proposita, vel minimum discessisset. Epiphanius, Augus- tinus, Theodoretus hæreseon sui quisque temporis magnum recen- suere numerum. Alia Augustinus animadvertit posse genera inva- lescere, quorum vel uni si quis assentiatur, hoc ipso ab unitate ca- tholica sejungitur: « Non omnis, qui ista inumeratas videlicet bæ-

HE Tim. n, 4-2. ? S. Cremens Rox. Epist.1 ad Corinth. capp. xzu, xuiv. 8 Epist. LXIK, ad Magnum, n. 1.

Auctor Tractatus de Fide Orthodora contra Arianos.

LEONIS PP. XII ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIÆ 651

« reses) non credit, consequenter debet se christianum catholicum « jam putare vel dicere. Possunt enim et hæreses aliæ, quæ in hoc « opere nostro commemoratæ non sunt, vel esse vel fieri, quarum « aliquam quisquis tenuerit, christianus catholicus non erit !. » Istam tutandæ unitali, de qua dicimus, institutam divinitus ratio- nem urget beatus Paulus in epistola ad Ephesios; ubi priaum monet, animorum Concordiam magno studio conservandam : « sol- « liciti servare unitatem spiritus in vinculo pacis ? » : cumque con- cordes animi caritate esse omni ex parte non possint, nisi mentes de fide consentiant, unam apud omnes vuit esse fidem : Unus Dominus, unafides : ac tam perfecte quidem unam, ut errandi discrimen omne prohibeat : « Ut jam non simus parvuli fluctuantes, et circumfera- e mur omni vento doctrinæ in nequitia hominum, in astutia ad cir- « cumventionem erroris », Idque non ad tempus servari docet opor- tere, sed « donec occurramus omnes in unitatem fidei... in mensuram « ætatis plenitudinis Christi », Sed ejusmodi unitatis ubinam Jesus Christus posuit principium inchoandæ, præsidium custodiendæ? In eo videlicet, quod « Ipse dedit quosdam quidem Apostolos. alios « autem pastores, et doctores, ad consummationem sanctorum in « opus ministerii, in ædificationem corporis Christi ». Quare vel inde ab ultima vetustate hanc ipsam regulam doctores Patresque ei sequi consueverunt et uno ore defendere. Origenes : « Quoties « autem {hæretici} canonicas proferunt scripturas, in quibus omnis « christianus consentit et credit, videntur dicere : ecce in domibus « verbum est veritatis. Sed nos illis credere non debemus, nec exire « a prime et ecclesiastica traditione, nec aliter credere, nisi quemad- « modum per successionem Ecclesiæ Dei tradiderunt nobis * ». ire- næus: « Agnitio vera est Apostolorum doctrina... secundum suc- « cessiones episcoporum... quæ pervenit usque ad nos custoditione « sine fictione scripturarum tractatio plenissima +, » Tertullianus vero : « Constat proinde, omnen doctrinam, quæ cum illis Ecclesiis « apostolicis matricibus et originalibus fidei conspiret, veritati de- « putandam, sine dubio tenentem quod Ecclesiæ ab Apostolis, Apos- « toli a Christo, Christus a Deo accepit... Communicamus cum Eccle- « siis apostolicis, quod nulli doctrina diversa : hoc est testimonium « veritatis * ». Atque Hilarius : « Significat (Chrisius e navi docens) « eos, qui extra Ecclesiam positi sunt, nullam divini sermonis ca- « pere posse intelligentiam. Navis enim Ecclesiæ typum præfert, « intra quam verbum vitæ positum et prædicatum hi qui extra sunt « et arenæ modo steriles atque inutiles adjacent, intelligere non « possunt $. » Rufinus Gregorium Nazianzenum laudat et Basilium, quod « solis divinæ scripturæ voluminibus operam dabant, earumque

      De Hæresious, n. 88.
5 à




      iv, 3 et seqq.
      Vetus Interprelatio Commentariorum in Malth., n. 46.
      Contra Hæreses, lib. IV, cap. xxxm, n. 8.
      De Præscrip. cap. xxi.
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      Comment. in Matth. xur, n. 4.
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632 REVUE ANGLO-ROMAINE

« intelligentiam non ex propria præsumptione, sed ex majorum « scriptis et auctoritate sequebantur, quos et ipsos ex apostolica « successione intelligendi regulam suscepisse constabat !,» Quamobrem, id quod ex iis, quæ dicta sunt, apparet, instituit Jesus Christus in Eeclesia vivum, authenticum, idemque perenne magisterium, quod suapte potestateauxit,spiritu veritatis instruxit, miraculis confr- mavit: ejusque præcepta doctrinææqueaccipi ac sua voluit gravissime- queimperavit. — Quotiesigitur hujus verbo magisteriiedicitur, traditæ divinitus doctrinæ complexu hoc contineri vel illud, id quisque debet certo credere, verumesse : si falsum esse ullo modo posset, illud consequatur,quodaperterepugnat, errorisin homine ipsum esse auclo- rem Deum :« Domine, sierrorest,a te decepti sumus*. » Ita omni amola dubilandi caussä, ullamne ex iis veritatibus potest cuiquam fas esse re- spuere, quinse det hoc ipso præcipitem in apertam hæresim? quin, sejunctus ab Ecclesis, doctrinam christianam una complexione repu- diet universam? Ea quippe est natura fidei, ut nihil tam repugnet quam ista credere, illa rejicere. Fidem enim Ecclesia profitetur esse « virtutem supernaturalem, qua, Dei adjuvante et aspirante gratis. « ab eo revelaia vera esse credimus, non prapter intrinsecam rerum « veritatem naiuralirationis lumine perspectam, sed propter auctori- « tatem ipsius Dei revelanlis, qui nec falli nec fallere potes! ». Si quid igitur traditum a Deo liqueat fuisse, nec lamen creditur, nibil omnino fide divine creditur, Quod enim Jacobus Apostolus de delicte judicat in genere morum, idem de opinionis errore in genere tidei judicandum : « Quicumque... offendat... in uno, factus est omnium « reus* : » imo de opinionis errore, multo magis. Omnis enim vir- late lex minus proprie de eo dicilur qui unum peccavit, proplerea quod majestatem Dei legum latoris sprevisse, non nisi interpretanda voluntale, videri potest. Contra is, qui veritatibus divinitus accep- tis, vel uno in capite dissentiat, verissime fidem exuit funditus. quippe qui Deum, quatenus summa veritas est el proprium molirim fidei, recusat vereri : « In multis mecum, in paucis non mecum: « sed in his paucis, in quibus non mecum, non eis prosunt multa, iu « quibus mecum', » Ac sane merito; qui enim sumunt de doctrina christiana, quod malunt, ii judicio suo nituntur, non fide : iidemque minime «in captivilatem redigentes omnem intellectum in obse- « quium Christif » sibimetipsis verius obtemperant, quam Deo: « Qui « in Evangelio quod vultis, creditis; quod vultis non creditis, vobis « potius quam Evangelio creditis*. » Quocirca nihil Patres in Concilio Vaticano condidere novi, sd institutum divinum, veterem atque constantem Ecclesiæ doctrinam, ipsamque fidei naturam sequuti sunt. cum illud decrevere : « Fidr

1 Hist. Eccl. lib. I, cap. 1x. ? Ricæanpus pe S. Vicrone, De Trin.. lib.I, cap in 3 Conc. Val., sess. ti, cap, m1. au, 40. 5 NS, Avacarinus, in Peal. LI, n. 49. 5 ÏE Corinth. x, 8. , TS. Aueusrinus, lib, XVII, Contre Faustum Manichæum, cap. mi. LEONIS PP. XIII ENCYOLICA DE UNITATE ECCLESIÆ 653

« divinaet catholica ea omnia credenda sunt, quæ in verbo Dei scripto « vel tradito continentur, et ab Ecciesia sive solemni judicio, sive « ordinario et universali magisterio tamquam divinitus revelaia pro- < ponuntur *. » Itaque cum appareat, omnino in Ecclesia sua velle Deum unitatem fidei, compertumque sit cujusmodi eam esse, et quo principio tuendam ipse jusserit, liceat Nobis, quotquot sunt qui non animum induxerint aures veritali claudere, iis Augustini verbis affari : u Cum igitur tantum auxilium Dei, tantum profectum fructumque « videamus, dubitabimus nos ejus Ecclesiæ condere gremio, quæ « usque ad confessionem generis humani ab apostolica Sede per « successiones episcoporum, frustra hæreticis circumlatrantibus, et

rent, hoc est cum potestate regerent universitatem christianorum, quos hoc ipso eis subesse debere atque obtemperare est consequens. Quæ quidem officia apostolici muneris omnia generatim Pauli sen- lentia complectitur : « Sic nos existimet homo ut ministros Christi, et u dispensatores mysteriorum Dei !, » Quapropter mortales Jesus Christus, quotquot essent, et quotquot essent futuri, universos advocavit, ut ducem se eumdemque serva- torem sequerentur, non tantum seorsum singuli, sed etiam conso- ciati atque invicem re animisque juncti, ut ex multitudine populus existeret jure sociatus; fidei, finis, rerum ad finem idonearum communione unus, uni eidemque subjectus poteslati. Quo ipse facto principia naturæ, quæ in hominibus societatem sponte gignunt, perfectionem naturæ consentaneam adepturis, omnia in Ecctesia posuit, nimirum ut in ea, quotquot filii Dei esse adoptione voluni, perfectionem dignitati suæ congruentem assequi et retinere ad salutem possent. Ecclesia igitur, id quod alias attigimus, dux houni- nibus est ad cælestia, cidemque hoc est munus assignatuim a Deo ut de iis, quæ religionem attingunt, videat ipsa et statuat, et rem chris- tianam libere expediteque judicio suo administret. Quocirca Eccle- siam aut non recte norunt aut inique criminantur qui eam insimu- lant, velle se in civitatum rationes inferre, aut in jura potentatus invadere. Imo Deus perfecit, ut Ecclesia esset omnium societatum longe præstantissima : nam quod petit ipsa tamquam finem, tanto nobilius est quam quod ceteræ petunt societates, quanto naturé gratia divina, rebusque caducis immortalia sunt præstabiliora bons. — Ergo Ecclesia societas est ortu divine : fine, rebusque fini proxime admoventibus, supernaturatis: quod vero coalescit hominibus, Aumana communitas est. Ideoque in sacris litteris passim videmus vocabulis societatis perfectæ nuncupatam. Nominaiur enim non modo Domw Dei, Civitas supra montem posita, quo convenire gentes omnes necesse est : sed etiam Ozile, cui præsit pastor unus, et quo recipere se oves Christi omnes debent : imo Reynum quod suscitavit Deus quodque stabit in eternum : denique Corpus Christi, mysticum illud quidem, sed tamen vivum apteque compositum, multisque conflatum membris; que membra non eumdem actum habent : copulata vero inter se, guber- nante ac moderante capite, continentur. Jamvero nulla hominum cogitari potest vera ac perfecta socielas, quin potestale aliqua summa regatur. Debet igitur Jesus Christus magistratum Ecclesiæ maximum præfecisse, cui obediens ac subjecta omnis esset christianorum mul- titudo. Qua de eaussa sicut ad unitatem Ecclesiæ, quatenus est cœtus fidelium, necessario unitas fidei requiritur, ita ad ipsius uni- tatem, quatenus est divinitus constituta societas, requiritur jure divino unilas regiminis, quæ unitalem communionis efficit et complec- titur: « Écclesiæ autem unitas in duobus attenditur : scilicet in con- « nexione membrorum Ecclesiæ ad invicem seu communicatione, et « iterum in ordine omnium membrorum Ecclesiæ ad unum caput' »

3 I Corinth. 1v, 4. 3 S,. Tuoxmas, Le, Les, q. xxxix, à. 1. LEONIS PP. XIII ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIE 635

— Ex quo intelligi licet, excidere homines ab Ecclesiæ unitate non minus schismate, quam hæresi : « Inter hæresim et schisma hoc esse « arbitrantur, quod hæresis perversum dogma habeat : schisma « propter episcopalem dissentionen ab Ecclesia separetur !. » Qui- buscum illa Joannis Chrysostomi in eamdem rem sententia con- cordat : « Dico et protestor, Ecclesiam scindere non minus esse «malum, quam incidere in hæresim ?. » Quamobrem si nulla potest esse honesta hæresis, pari ratione schisma nullum est, quod possit jure factum videri : « Non est quicquam gravius sacrilegio schis- « matis... præcidendæ unitatis nulla est justa necessitas 3, » Quæ vero et cujusmodi summa ista potestas sit, cui christianos parere oportet universos, non aliter nisi comperta cognitaque volun- tate Christi statuendum. Certe in æternum rex Christus est, itemque moderari in æternum tuerique regnum suum e cælo non visus per- severat : sed quia conspicuum illud esse voluit, designare debuit qui gereret in terris vices suas, postea quam ipse ad cælestia rediisset: « Si quis autem dicat quod unum caput et unus pastor est Christus, « qui est unus unius Ecciesiæ sponsus, non sufficienter respondet. « Manifestum est enim, quod ecclesiastica sacraments ipse Christus « perficit: ipse enim est qui baplizat, ipse est qui peccata remittit, « ipse est verus sacerdos, qui se obtulit in ara crucis, et cujus vir- « tute corpus ejus in altari quotidie consecratur; et tamen quia “ corporaliter non cum omnibus fidelibus præsentialiter erat futu- « rus, elegit ministros, per quos prædicts fidelibus dispensaret, ut « supra’ {cap. 74) dictum est. Eademigitur ratione, quia præsentiam « corporalem erat Ecclesiæ subtracturus, oportuit ut alicui commit- « teret qui loco sui universalis Ecclesiæ gereret curam. Hine est « quod Petro dixit ante ascensionem: Pasce oves meas 4. » Jesus Cbristus igitur summum rectorem Ecclesiæ Petrum dedit, idemque sanxit ut ejusmodi magistratus saluii communi ad perennitatem institutus, ad successores hereditate transferretur, in quibus Petrus ipse esset auctoritate perpetua superstes. Sane insigne illud pro- missum beato Petro fecit, præterea nemini : « Tu es Petrus, et super « hanc petram ædificabo Ecclesiam meam *. » — « Ad Petrum locu- « tus est Dominus: ad unum, ideo ut unitatem fundaret ex uno f.» — «a Nulla siquidem oratione præmissa... tam patrem ejus, quam « ipsum nomine appellat {beatus es Simon Bar Iona), et Simonem «“ eum non jam vocari patitur, eum sibi pro sua potestate jam tum ut « suum vindicons, sed congrua similitudine Petrum a petra vocari « placuit, puta super quem fundaturus erat suam Ecclesiam 7.» Quo ex oraculo liquet, Dei voluntate jussuque KEcclesiam in beato Petro,velutædes in fundamento consistere. Atqui fandamenti propria

  S. HiEnoxvaus, Commentar. in Epist. ad Titum, cap. wi, v. 10-11.
  Hom. XI, in Epist. ad Ephes., n. 5.
CE,




  8. Aucusrinus, Contra Epistolam Parmeniani, lib. Il, cap. xt, n. 25.
Li




4 S. Trowas, Contra Gentiles, Kb. IV, cap. Lxxvi.
& Matth. xvi, 18.
# S. Pacranus, ad Semproniwm, epist. ILE, n. 14.
© S. Crauzus Arexanpaus, In Etang. Joan. lib, LI, in cap. 1, v. 42.

as 656 REVUE ANGLO-ROMAINE

natura el vis est, ut cohærentes efficiat ædes variorum coagmenta- tione membrorum, itemque ut operi sit necessarium vinculum inco- lumitatis ac firmitudinis : quo sublato, omnis ædifcatio coliabitur. Igitur Petri est sustinere Ecclesiam tuerique non solubili compage connexam ac firmam. Tantum vero explere munus qui possit sine potestate jubendi, vetandi, judicandi, quæ vere proprieque juris- dictio dicitur ? Profecto non nisi potestate jurisdictionis stant civitates resque publicæ. Principatushonoris ac pertenuis iila consulendi mo- nendique facultas, quam directionem vocant, nulli hominum societali admodum prodesse neque ad unitatem neque ad firmitudinem queunt. Atque hanc, de qua loquimur, potestatem illa declarant et confirmant: « Et portæ inferi non prævalebunt adversus eam. * -— « Quam autein eam°? an enim petran supra quam Christus « ædificat Ecciesiam” An Ecclesiam ? Ambigua quippe locutio « est: an quasi unani eamderique rem, petrami et Ecclesiam ? Hoc “ ego vVerum esse exislimo, nec enim adversus petram, super quam « Christus Ecclesiam ædificat, nec adversus Ecclesiam portæ inferi « prævalebunt ‘. » Cujus divinæ sententiæ ea vis est: quamcumque visi invisique hostes vim, quascumque artes adhibuerint, numquam fore ut fuita Petro Ecclesia succumbat, aut quoquo modo defñciat: « Ecclesia vero tamquam Christi ædificiun, qui sapienter ædificavit « domum suami supra petram », portarum inferi capax non est, « prævalentium quidem adversus quemcumque hominem, qui extra « petram et Ecclesiam fuerit, sed invalidarum adversus illam. » Ergo Ecclesiam suam Deus idcirco commendavil Petro, ut perpetus incolumem tutor invictus conservaret. Eum igitur auxit potestate debita: quia societati hominum re et cum effectu luendæ, jus im- perii in eo qui tuetur est necessarium. Illud præterea Jesus ad- nexuit: « Ettibi dabo claves regni cælorum. » Plane loqui de Ecclesia pergit, quam paullo ante nuncuparat sum, quamque ipsam velle se in Petro dixit, tamquam in fundamento, statuere. Expressam noû modo ædificii, sed etiam regni imaginem gerit Ecclesia: ceteroqui insigne usitatum imperii claves esse, nemo nescit. Quapropter rlaves regni cælorum cum Jesus dare Petro pollicetur, potestatem et jus in Ecciesiam pollicetur daturum : « Filius vero et Palris et sui ipsius « cognitionem per totum orbem iülli (Petro) disseminare commisit, « ac mortali honini omnem in cælo potestatem dedit, dum claves « illi tradidit, qui Ecclesiam per totum orbem terrarum extendit, et « cælis firmiorem monstravit * ». Concinunt cetera: « Quodcumque « ligaveris super terram, erit ligatum et in cælis, et quodeumque solveris super terram, erit solutum et in cælis. » Ligandi solven- dique translata locutio jus ferendarum legum, item judicandi vindi- candique designat potestatem. Quæ quidem potestas tantæ ampli- tudinis virtutisque dicitur fore, ut quælibet decreta ejus rata sit habi- turus Deus. Itaque summa est planeque sui juris, quippe que

  L ORUENES, Comment. in Matth., t. XIE, n. 44,
  3 7,
  3 S. Joaxses Cunrsosromus, Hom. LIV, in Matth, n. 2.

LEONIS PP. XIH ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIE 657

aulilam habet in lerris superiorem gradu, Ecclesiamque tolam et quæ sunt Ecclesiæ commissa, universa compleclitur. Promissum exsolvitur, quo tempore Christus Dominus, post anas- tasim suam, cum ter a Petro, num se diligeret plus quam ceteri, quæsisset, præcipientis in modum ei, « Pasce, ait, agnos meos... « pasce oves meas !. » Nimirum quotquot essent in ovili suo futuri, omnes illi velut pastori committit: « Dominus non dubitat, qui inter- « rogat, non ut disceret, sed ut doceret, quem elevandus in cælum « amoris sui nobis velut vicarium relinquebat... Et ideo quia solus « profitetur ex omnibus, omnibus antefertur... perfectiores ut perfec- « tior gubernaret ?. » Illa vero sunt pastoris officia et partes, gregise præbere ducem, eumdemque sospitare salubritate pabulorum, pro- hibendo pericula, cavendo insidias, tutando a vi: brevi, regendo gubernando. Cum igitur Petrus est gregi chrislianorum pastor impo- situs, potestatem accepit gubernandi omnes homines, quorum saluti Jesus Christus profuso sanguine prospexerat : « Cur sanguinem ef- « fudit? Ut has emeret oves, quas Petro et successoribus ejus « tradidit ?, » Quoniamque immutabilis communione fidei christianos omnes oportet esse invicem conjunctos, idcirco suarum virtute precum Christus Dominus impetravit Petro, ut in gerenda potestate num- quam fide laberelur: « Ego autem rogavi pro te, ut non deficiat « fides tua*. » Eidem præterea mandavit ut, quoties tempora postula- rent, ipse impertiret fratribus suis lumen animi et robur : « Confirma « fratres tuos 5. »n Quem igitur fundamentum Ecclesiæ designarat, eumdern esse vult columen fidei : « Cui propria auctoritate regnum « dabat, hujus fidem firmare non poterat, quem cum petram dicit, « firmamentum Écclesiæ indicavit °? » Hinc ipse Jesus certa quædam nomina, magnarum indicia rerum, quæ « sibi potestate sunt propria « voluit esse Petro secum participatione communia® » nimirum utex communione titulorum appareret communio potestatis. Ita ipse, qui « lapis est angularis, in quo omnis ædificatio constructa crescit in « templum sanctum in Domino # », Petrum velut lapidem statuit, quo fulta esse Ecclesia deberet. « Gum audisset Peira es præconio nobi- « litatus est. Quamquam autem petra est, non ut Christus petra, sed ut Petrus petra. Christus enim essentialiter petra inconcussa Petrus vero per petram. Nam Jesus dignitates suas largitur, nec exhauritur. Sacerdos est, facit sacerdotes.. petra est, petram facit *. » Rex idem Ecclesiæ, « qui habet clavem David: qui aperit et nemo claudit: claudit et nemo aperit *° », traditis Petro clavibus, principem chris- 4 Joan xxr. 46-41. ‘

S. Aunosius, Exposil. in Evang. secundum Luca, lib. X, nn. 175-4116.

3 S. Joaxxes Curysostoxus, De Sacerdotio, lib. II. 4 Luc. xxu, 32. 8 Ib. 6 $S. Ausrostus, De File, lib, IV, n. 56. 7 S. Leo M. Sermo IV, cap. 2. 8 Ephes. n, 21.

Hom. de Pœnitentia, n. & in appendice opp. S. Bas.

19 Apoc. 1, 7. REVUE ANOLO-ROMAINE. == Te II. — 42 658 REVUE ANGLO-ROMAINE

tianæ reipublicæ declaravit. Pariter pastor maximus, qui se ipse pastorem bonum nuncupatf, « agnis atque ovibus suis pastorem Petrum præposuit : « Pasce agnos, pasce oves. » Quare Chryses- tomus: « Eximius erat inter Apostolos, et os discipulorum et cœtus « illius caput... Simul ostendens ei, oportere deinceps fidere, quasi « abolita negatione, fratrum ei præfecturam committit.... Dicit autem: « Si amas me, fratribus præesto *. » Demum qui confirmat € inomni « opere et sermone bono * » mandavit Petro ut € confirmaret fratres « suos ». Jure igitur Leo magnus : « De toto mundo unus Petrus « eligitur, qui et universarum gentium vocationi et omnibus Apostotis « cunctisque Ecclesiæ patribus præponatur: utquamvis in populo Dei A

« multi sacerdotes sint multique pastores, omnestamen proprie regai ER

« Petrus, quos principaliter regit et Christus *. x Itemque Gregorius

Magnus ad Imperatorem Mauritium Augustum : « Gunetis evangelium « scientibus liquet, quod voce dominica sancto et omnium Apos- « tolorum Petro principi apostolo totius Ecclesiæ cura commissa est. « Ecce claves regni cælestis accepit, potestas ei ligandi ac solvendi « tribuitur, et cura ei totius Ecclesiæ et principatus committitur*.* Ejusmodi autem principatum, quoniam constitutione ipsa tempe- rationeque Ecclesiæ, velut pars præcipua, continetur, videlicet ut principium unitatis ac fundamentum incolumitatis perpetuæ, nequa- quam cum beato Petro interire, sed recidere in ejus successores et alio in alium oportuit : « Manet ergo dispositio veritatis, et beatus « Petrus in accepta fortitudine petræ perseverans, suscepta Ecclesiæ « gubernacula non reliquit $. » Quare Pontifices, qui Petro in epis- copatu romano succedunt, supremam Ecclesiæ potestatem obtinent jure divino. « Definimus, sanctamm Apostolicam Sedem et Romanum « Pontificerm in universum orbem tenere primatum, et ipsum Ponti- « ficem Romanum successorem esse beati Petri, principis Aposto- « Jorum, et verum Christi vicarium totiusque Ecciesiæ capui, el « omnium christianorum patrem ac doctorem existere, et ipsi in « beato Petro pascendi, regendi ac gubernandi universalem Eccle- « siam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem traditam « esse; quemadmodum etiam in gestis œcumenicorum conciliorum » et in sacris canonibus continetur ?. » Similiter concilium Latera- nense IV : « Romana Ecclesia.... disponente Domino, super omues « alias ordinariæ potestatis obtinet :principatum, utpote mater uni- « versorum Christi fidelium et magistra. » Antecesserat consensus antiquitatis, quæ episcopos romanos sine ulla dubitatione sic sèm- per observavit et coluit ut beati Petri legitimos successores. Quem vero lateat quot in eamdem rem extent et quam luculenta sanctorum

 { Joan. x, 1i.
 * Hom. LXXXVIIX, in Joan, n. 1.
 8 II Thessalon. n, 46.
 4 Sermo IV, cap. 11.
 5 Epislolarum, lib. V, epist. XX.
 6 S, Leo M. Sermo nr, cap. nr.
 7 Concilium Florentinum,

mit

               LEONIS PP. XIIL ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIÆ     639

patrum testimonia ? Iilud valde præclarum Irenæi qui cum de Ecclesia Romana dissereret, « ad hanc enim, inquit, Ecclesiam propter potio- « rem principalitatem necesse est omnem convenire Ecciesiam.! » Ac Cyprianus itidem de Ecclesia romana affirmat, eam esse « Ecclesiæ « catholicæ radicem et matricem *, Petri CGathedram atque Ecclesiam « principalem, unde unitas sacerdotalis exorta est * ». Calhedram Petri appellat quippe quam insidet Petri successor : Erclesinm prin- cipalem ob principatum Petro jipsi est legitimis successoribus colla- tum : unde unilas erorta, quia in christiana republica caussa eff. ciens unilatis es Ecclesia romana. Quare Hieronymus iis verbis Dama- sum affatur : « Cum successore piscatoris et discipulo crucis loquor.... « Beatitudini tuæ, id est Cathedræ Petri communione consucior. « Super illam petram ædificatam Ecciesiam scio *. » Sollerane ili est, catholicum hominem ex conjunctione cum romana Petri sede internoscere : « Si quis Cathedræ Petri jungitur, meus est *, » Neque absimilli ratione Augustinus, palam testatus, « in Romana Ecclesia « semper Apostolicæ cathedræ viguisse principatum * », negat esse catholicum, quicumque a fide romana dissentiat : « Non ‘crederis « veram fidem tenere catholicam, qui fidem non doces esse servan- « dam Romana‘ ». Item Cyprianus: « Communicare cum Cornelio, « hoc est cum catholica Ecclesia communicare 5, » Similiter Maximus Abbas hanc veræ fidei veræque communionis notam esse docet, subesse Pontifici romano : « Itaque si vult hæreticus non esse neque audire, non isti aut illi satisfaciat.. Festinet pro omnibus sedi OR

    romanæ saltisfacere,
                    Hac enim satisfacta, communiter ubique

RE OR

omnes pium bunc etorthodoxum prædicabunt. Nam frustra solum- modo loquitur, qui mihi similes suadendos putat, et non satis- £

facit et implorat sanctissimæ romanorum Ecclesiæ beatissimum Papam, id est Apostolicam Sedem. » Cujus rei caussam ratio- ER

nemque in eo affirmat residere, quod « ab ipso incarnato Dei Verbo, « sed et omnibus sanctis synodis, secundum sacros canones et ter- « minos, universarum quæ in toto terrarum orbe sunt sanctarum « Dei Ecclesiarum in omnibus et per omnia percepit et habet impe- « rium, auctoritatem et potestatem ligandi et soivendi. Cum hoc « enim ligat et solvit, etiam in cælo Verbum, quod cælestibus virtu- « tibus principatur *. » Quod igitur erat in fide christiana, quod non una gens, aut una ætas, sed ætates omnes, et Oriens pariler aique Oceidens agnoscere atque observare consueverat, id meminit, nulio contradicente, ad Ephesinam Synodum Philippus presbyter, a Pon- tifice legatus : « Nulli dubium est, imo sæculis omnibus notum, quod

    1 Contra Hæreses, lib. Ill, cap. ur, n. 2.
    3 Epist XLVIL, ad Cornelium, n. 3,
    3 Epist. LIX, ad eumd., n. 14.
    4 Epist. XV, ad Damasum,n. 2.
    # Epist. XVI, ad Damasun, 0. 2.
    6 Epist. XLIHI, n. 7.
    7? Sermo C'XX, n. 43.
    8 Epist. LV, 0. 4.
    * Defloralio ex Epislola ad Petrum Illustrem.

660 REVUE ANGLO-ROMAINE

« sanctus beatissimusque Petrus, Apostolorum princeps et caput, « fideique celumna et Ecclesiæ catholicæ fundamentum, a Domino « nostro Jesu Christo, salvatore humani gencris ac redemptore. « claves regni accepit, solvendique ac ligandi peccata potestas ipsi « data est, qui ad hoc usque tempus et semper in suis successoribus « vivit et judicium exercet ‘. » Eademque de re in omnium cogni- tione versatur Concilii Chalcedonensis sententia : Pefrus per Leonem... loguutus est ? : cui vox Concilii Constantinopolitani I resonat, lanquani imago : « Summus nobiscum concertabat Aposto- « lorum princeps : illius enim imitatorem et Sedis successorem « habuimus fautorem... charta et atramentum videbatur, et per « Agathonem Petrus loquebatur *. » In formula catholicæ profes- sionis ab Hormisda conceptis verbis, ineunte sæculo secto, proposita, cui tum Justinianus Imperator, tum Fpiphanius, Joannes, et Menoa Patriarchæ subscripserunt, illud est magua vi sententiarum decla- ratum : « Quia non potest Domini nostri Jesu Christi prætermitti « sententia dicentis : lues Petrus, ef super hanc petram ædificaba Eccie- « siam meam... lhæc, quæ dicta sunt, rerum probantur effectibus, quia « in Sede Apostolica citra maculam semper est catholica servata « religio %. » Nolumus quidem persequi singula : libet tamen formu- lam fidei meminisse, quam Michael Palæologus in Concitio Lugdu- nensi II professus est : « Ipsa quoque sancta romana Ecclesia sum « num et plenuim primatum et principatum super universam Eccle- « siam catholicam obtinet, quem se ab ipso Domino in beato Petru, « Apostolorum principe sive vertice, cujus romanus Pontifex est « successor, cum polestatis plenitudine recepisse veraciter et humi- « liter recognoscit. Et sicut præ ceteris tenetur fidei veritatem defen- « dere, sic et si quæ de fide subortæ fuerint quæstiones, suo debent « judicio definiri *. » Si Petri ejusque successorum plena ac summa potestas est, ea ta- men esse ne putetur sola. Nam qui Petrum Ecclesiæ fundamentum posuit, idem « elegit duodecim... quos et apostolos neminavit ‘= Quo modo Petri auctoritatem inromano Pontifice perpetuam perma- nere necesse est, sic Episcopi, quod succedunt Apostolis, horum potestatem ordinariam hereditate capiunt; ita ut intimam Ecclesiæ constitutionem ordo episcoporum necessario attingat. Quamquam vero neque plenam neque universalem ii, neque summam oblinent auctoritatem, non tamen vicerë romanorum pontificum putandi, quia potestatem gerunt sibi propriam, verissimeque populorum, quos re- gunt, antistites ordinari dicuntur. Verum quia successor Petri unus est, Apostolorum permulti. consentaneum est perspicere quæ sint istorum cum illo, divina cons titutione, necessitudines. — Ac primo quidem conjunctionis episco-

1 Actio II. 3 Actio II. $ Actio XVI.

Post Epistolan: XX VI, ad omnes Episc. Hispan., n. 4.

5 Actio IV.

Luc, vi, 13.

LEONIS PP. XIII ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIÆ 661

porum cum eo qui Petro succedit, non obcura est neque dubia neces- sitas: hoc enim soluto nexu, solvitur ac diffuit multitude ipsa christianorum, ita plane ut nullo pacto queat unum corpus conflare unumque gregem: « Ecclesiæ salus in summi sacerdotis dignitate « pendet, cui si non exsors quædam et ab omnibus eminens detur « potestas, tot in Ecclesia efficientur schismata, quot sacerdotes ? ». Idcirco ad id præstat advertere animum : nihil esse Apostolis scorsum a Petro collatum; plura seorsum ab Apostolis ac separatim Petro, Joannes Chrysostomus in Christi edisserenda sententia ‘Joan. XXI,43) cum percontatus esset, « Cur, aliis prætermissis, de his Christus « Petrum alloquitur »? omnino respondet: « Eximius erat inter « Apostlolos, et os discipulorum, et cœtus illius caput?. » Hic enim unus designatus a Christo est fundamentum Ecciesiæ : ipsi ligandi copia so/vendique permissa, eidenique pasrendi data potestas uni. Contra quidquid auctorilatis ac muneris accepere Apostoli, conjuncte cum Petro accepere : « Divina dignatio si quid cum eo commune ceteris a voluit esse principibus, aunquam nisi per ipsum dedit, quidquid « aliis non negavit'. Ut cum multa solus acceperit, nihil in quem- « quanisine ipsius participatione transierit* ». Ex quo plane intelli- Bitur, excidere episcopos jure ac potestate regendi, si a Petro ejusve successoribus scientes secesserint. Nam a fundamento, quo totum debet ædificium niti, secessione divelluntur; itaque exclusi ædificio ipso sunt : ob eamdemque caussam ab ovili sejuncti,cui dux est pastor maximus, regnoque extorres, cujus uni Petro datæ divinitus claves. Quibus rebus rursus noscimus in constituenda christiana republica cælestem descriptionem mentemque divinam. Videlicet cum Ecele- siam divinus auctor fide et regimine et communione unam esse decrevisset, Petrum ejusque successores delegit in quibus principium foret ac velut centrum unitatis. Quare Cyprianus: « Probatio est ad « Bdem facilis compendio veritatis. Loquitur Dominus ad Petrum: « Ego tibi dico, inquit, Quia tues Petrus... Super unum wædificat Eccle- « siam. Et quamvis Apostolis omnibus post resurrectionem suam « parem potestatem tribuat, et dicat: sicut misit me Pater... tamen « ut unitatem manifeslaret, unitatis ejusdem originem ab uno inci- « pientem sua auctoritate disposuit 5. » Atque Optatus Milevitanus: « Negare non potes, scire te in urbe Roma Petro primo Cathedram « episcopalem esse collatam, in qua sederit omnium Apostolorum « caput Petrus, unde et Cephas appellatus esl: in qua una Cathedra « unitas ab omnibus servaretur; ne ceteri Apostoli singulas sibi « quisque defenderent, ut jan schismaticus et peccalor esset, qui « contra singularem Cathedrain alteram collocaret 5 ». Unde est illa =

ipsius Cypriani sententia, cum hæresim tum schisma ex eo ortum habere gignique, quod debita supremæ potestali obedientia abjicitur:

# S. Hienoxyxus. Dialog. contra Luciferianos, n. 9.
? Hom. LXXXVUI, in Joan., n. 1.
3 $. Leo M. sermo IV, cap. ur.
4 16.
» De Unit. Eccl.,n. 4.
6 De Schism. Donat, lib. EH.

662 REVUE ANGLO-ROMAINE « Neque enim aliunde hæreses obortæ sunt aut nata sunt schismata, « quam inde quo sacerdoti Dei non obtemperalur,nec unus in Eccle- « sia ad tempus sacerdos et ad Lempus judex vice Christi cogi- « tatur ? ». Nemo igitur, nisi cum Petro cohæreat, participare aucto- ritatem potest, cum absurdum sit opinari, qui extra Ecciesiam est, eum in Ecclesia præcsse. Quare Optatus Milevitanus reprehendebat hoc nomine Donatistas: « Contra quas portas (inferi) claves salutares « accepisse legimus Petrum, principem scilicet nostrum, cui à Christo dictum est: tibi dabo claves regni cælorum, et portæ inferi LS

« non vincent eas. Unde est ergo, quod claves regni cælorum vobis « usurpare contenditis, qui contra cathedram Petri... militatis'? n Sed Episcoporum ordo tune rite, ut Christus jussit colligatus cum Petro putandus, si Petro subsit eique pareat : secus in muititudinem confusam ac perturbatam necessario delabitur. Fidei et communionis unitate rite conservandæ, non gerere honoris caussâ priores parles. non curam agere satis est; sed omnino auctoritate est opus vera eademque summa, cui obtemperet tota communitas. Quid enim Dei Filius spectavit, cum claves regni cælorum #x2 pollicitus est Petro? Summum fastigium potesiatis nomine clazium eo loco designari, usus biblicus et Patrum consentientes sententiæ dubitari non sinunt. Neque secus interpretari fas est, quæ vel Petro separatim tribut sunt, vel Apostolis conjunctim cum Petro. Si ligandi, soivendi, pas cendique facultas hoc parit in episcopis, successoribus Apostolorum, ut populum quisque suum vera cum potestaie regat, certe idem pa- rere eadem facultas in eo debet, cui pascendi aguos et oves assigna- tum est, Deo auctore, munus : « Non solum pastorem (Petrumi. « sed pastorum paslorem (Christus) constituit : pascit igitur « Petrus agnes, pascit et oves, pascit filios, pascit et matres : regit « subditos, regit et prælatos quia præter agnos et oves in Kcclesia « nihil est.» Hinc illæe de beato Petro singulares veterum lo- cutiones, quæ in summo dignitatis potestatisque gradu locatum lu- culente prædicant. Appellant passim « principem cœtus discipulorum: « sanctorum Apostolorum principem: chori illius corvphæum : o$ « Apostolorum omnium : caput illius familiæ : orbis totius præpo- « situm : inter Apostolos primum : Ecclesiæ columen », Quæ amnia concludere Bernardus iis verbis videtur ad Eugenium Papan : « Quis es ? Sacerdos magnus, summus pontifex. Tu princeps episco- « porum, tu hæres Apostolorum... Tu es, cui claves traditæ. cuioves « creditæ sunt. Sunt quidem et alii cæli janitores et gregum pas- « tores: sed tu tanto gloriosius, quantv et differentius utrumque præ « ceteris nomen hereditasti. Habent illi sibi assignatos greges, sin- « guli singulos, tibi universi crediti, uni unus, nec modo ovium, sed « et pastorum, {u unus omnium pastor. Unde id probem quæris. Ex « verbo Domini. Cui enim, non dico episcoporum, sed etiam Apos- tolorum, sic absolute et indiscrete totæ commissæ sunt oves? Si à

 1 Epist, XII, ad Cornelium, n, 5.
 ä Lib. IL, n. 4, 5.
 3 S, Bnuxomis Er. Sicxiexsis Comment. in Joan, part, IL, cap. xxs, n. 55.

LEONIS PP. XIII ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIÆ 663

« me amas, Petre, pasce oves meas. Quas ? illius vel illius populos « civitotis aut regionis, aut certi regni? Oves meas, inquit : cui non « planum, non designasse aliquas, sed assignasse omnes? Nihil A

« excipitur, ubi distinguitur nihil ‘. » Iud vero abhorret a verilate, et aperte repugnat constitutioni divinæ, jurisdictioni romanorum Pontificum episcopos subesse sin- gulos, jus esse; universos, jus non esse. Hæc enim omnis est caussa ratioque fundamenti, ut unitatem stabilitatemque toti potius ædificio, quam parlibus ejus singulis tueatur. Quod est in caussa, de qua loqui- mur, multo verius, quia Christus Dominus fundamenti virtute con- fieri voluit. ut portæ inferi non prævaleant adversus Ecclesiam. Quod promissum divinum constat inter omnes de Ecclesia universa intelligi oportere, non de singulis ejus partibus, quippe quæ utique vinci inferorum impetu possunt, nonnullisque earum, ut vincerentur, singillatim evenit. Rursus, qui gregi præpositus est universo, eum non modo in oves dispersas, sed prorsus in multitudinem insimul

congregalarum habere imperium necesse est. Num regat agatque postorem suum universitas ovium? Num successores Apostolorum, simul conjuncti, fundamentum sint, quo Petri successor, adipiscendi firmamenti caussä, innitatur? Profecto cujus in potestate sunt claves regni, ei jus atque auctoritas est non tantum in provincias singu- lares, sed in universas simul : et quo modo episcopi in regione quis-, que sua non solum privato cuique, sed etiam communitati vera cum potestate præsunt, ila Pontifices romani, quorum potestas christia- ñarm rempublicam lotam complectitur, omnes ejus partes, etiam unà collectas, subjectas atque obedientes habent potestaii suæ. Christus PDominus, quod jam dictum satis, Petro ejusque successoribus tri- buit ut essent picuri sui, atque eamdem in Ecclesia perpetuo gererent poteslatem, quam ipsemet gesserat in vita mortali. Num Apostolo- rum collegium magistro suo præslitisse auctoritate dicatur ? Hanc vero, de qua dicimus, in ipsum episcoporum collegium po- testatem,quam saoræ litteræ tam aperte enuntiant,agnoscere ac tes- tari nullo tempore Ecclesia destitit. IIla sunt in hoc genere effata Conciliorum: « Romanum pontificem de omnium Ecclesiarum præ- « sulibus judicasse legimus : de eo vero quemquam judicasse, non « legimus ?. » Cujus rei ea ratio redditur, quod « auctoritate Sedis « Apostolicæ major non est’. » Quare de Conciliornm decretis Gela- sius : « Sicut id quod primaSedes non probaverat, constare non po- «tuit,sic quod illa censuit judicandum, Ecclesia tota suscepit ‘. » Sane Conciliorum consulta et decreta, rata habere vel infirmare sem- per romanorum Pontificum fuit. Conciliabuli Ephesini acta rescidit Leo magnus : Ariminensis, rejecit Damasus: Constantinopolitani,

  ! De Consideratione, lib. IE, cap. vur.
| 2 Hapaiants Il, in Allocutione III ad Synodum Romanam an.    669. Cf.   Ac-

tionem VII, Concilii Constantinopotitani IV. 3 Nicoraus in epist. LXXXVI, Ad Michael, Imperal. : « Patet profecto Sedis Apostolicæ, cujus auctoritate major non est, judicium a nemine fore retractandum, seque cuiquam de ejus liceat judicare judicio. » # Epist. XXVI, ad Episcopos Dardaniæ, n. 5. 664 REVUE ANGLO-ROMAINE

Hadrianus I; canonem vero xxvur Concilii Chalcedonensis, quod as- sensu et auctoritate caruit Sedis Apostolicæ, velut incassum quiddam constatjacuisse. Recte igitur in Concilio Lateranensi V Leo X statuit « Solumromanum Pontificem, pro tempore existentem, tamquam au- « ctoritatem super omnia concilia habentem, tam Conciliorum indi- « cendorum, transferendorum ac dissolvendorum plenum jus ac po- « testatem habere, nedum ex sacræ Seripturæ testimonio dictisque « Patrum ac aliorum romanorum Pontificum sacrorumque canonum « decrelis, sed propria etiam eorumdem Conciliorum confessione ma- « nifeste constat. » Sane claves regni cælorum uni credilas Petro, item ligandi solvendique potestatem Apostolis una cum Petro colla- tam, sacre litteræ testantur :al vero summam potestatenm sine Pefro et contra Pelrum unde Apostoli acceperint, nusquam est testatum. Pre fecto a Jesu Christo nullo pacto accepere. — Quibus de caussis, Con- cilii Vaticani decreto, quod est de vi et ratione primatus Romani Pontificis, non opinio est fnvecta nova, sed vetus et constans omnium sæculorum asserta fides !. Neque vero potestati geminæ eosdem subesse, confusionem habet administrationis. Tale quicquam suspicari, primum sapientia Dei prohibemur, cujus consilio est temperatio isthæc regiminis consti- tuta. flud præterea animadvertendum, tum rerum ordinem mutuas- que necessitudines perturbari, si bini magistratus in: populo sint eodem gradu, neutro alleri obnoxio. Sed romani pontificis potestas summa est, universalis, planeque sui iuris; episcoporum vero certis circumscripta finibus, nec plane sui juris: « {nconveniens est, quad « duo æqualiter super eumdem gregem constituantur. Sed quod dun « quorum unus alio principalior est, super eamdem plebem consti- « tuantur, non est inconveniens ; et secundum hocsuper eamdem ple- « bem imimediate suntet Sacerdos parochialis et Episcopus et Papa. : Romaniautem Pontifices, officii sui memores, maxime omnium cen- servari volunt quidquid est in Ecclesia divinitus constitutum : prop- terea quemadmedum potestatem suam ea qua par est cura vigila- tiâque tuentur, ita et dedere et dabunt constanter operam ut sua Episcopis auctoritas salva sit. Imo quidquid Episcopis tribuitur ho- noris, quiquid obsequii, id omne sibimetipsis tributum deputant. « Meus honor est honor universalis Ecclesiæ. Meus honor est fra- « trum meorum solidus vigor. Tunc ego vere honoratus sum, cum sin- « gulis quibusque honor debitus non negatur®.» His quæ dieta sunt, Ecclesiæ quidem imaginem atque formam e
divina constitutione fideliter expressimus. Plura persecuti de unitate sumus; cujusmodi hanc esse, et quo conservandam principio divi- nus auctor voluerit, salis explicavimus. Quotquot divino munerv beneficioque contigit, ut in sinu Ecclesiæ catholicæ tamquam ex €3 nati vivant, eos vocem Nostram apostolicam audituros, non est Cur

1 Sess. IV, cap. ur. 3 S. Tuowas in IV. Sent. dist. XVIT, a. 4, ad q. #, ad 3. 8 $S. Greconius M. Epis{olarum lib, VIIL epist. XXX, ad Erlogiem. LEONIS PP. NIIT ENCYCLICA DE UNITATE ECCLESIÆ 665

dubitemus : « Oves meæ vocem meam audiunt'.» Atque hine facile sumpserintquo et erudiantur plenius, et voluntate propensiore cum pastoribus quisque suis et -per eum cum pastore summo cohæreant, ut tutius que ant intra ovile unicum permanere, fructuumque ex eo salularium majorem uberlatem capere. Verum aspicientibus Nobis « in auctorem fidei et consummatorem € Jesum? » cujus vicaria potestate, tametsi impares dignitati et muneri, fungimur, caritate ejus inflammatur animus; illudque de se a Christo die- tum, de Nobismetipsis non sine caussa usurpamus: « Alias oves « habeo, quæ non sunt ex hoc ovili : et illas oportet me « adducere, « et vocem meam audient 3. » Nos igitur audire et caritati Nostræ paternæ obsequi ne recusent, quotquot sunt, qui impietatem tam late fusam oderunt, et Jesum Christum Filium Dei eumdemque servatorem generis humani agnoscunt et fatentur, sed tamen vagan- tur ab ejus Sponsa longius. Qui Christum sumunt, totum sumant necesse est : « Totus Ghristus caput et corpus est: caput unigenitus < Filius Dei, corpus ejus Ecclesia : sponsus et sponsa, duo in carne « una. Quicumque de ipso capite a Scripturis sanctis dissentiunt, « etiamsiin omnibus locis inveniantur in quibus Ecclesia desi- « gnata est, nonsunt in Ecclesia. Et rursus, quicumque de ipso « capite Scripturis sanctis consentiunt, et unitati Ecelesiæ non « communicant, non sunt in Ecclesiaf. » Ac pari studio ad eos provo- lat animus Noster, quos impietalis non fundilus corrupit pestitens afflatus, quique hoc sallem expetunt, sibi patris esse loco Deum verum, terræ cælique opificem. Hi quidem apud se reputent ar plane intelligant, numerari se in filiis Dei nequaquam posse, nisi fratrem sibi Jesum Christum simulque Ecclesiam matrem adsciverint. Om- nes igitur peramanter, sumpta ex Auguslino ipso sententia, com- pellamus : Amemus Dominum Deum nostrum, amemus Ecclesiam ejus : illum sicut patrem, istam sicut matrem. Nemo dicai: ad À

idola quidem vado. arreptitios et sortilegos consulo, sed tamen Dei Ecclesiam non relinquo : catholicus sum. Tenens matrem, offen- ER

disti patrem. Alius item dicit: absit ame, non consulo sortilegum, Ron quæro arreptitium, non quæro divinationes sacrilegas, non e0 SR a

    ad adoranda dæmonia, non servio lapidibus : sed tamen in parte

ES

« Donati sum. Quid tibi prodest non offensus pater, qui offensam « vindicat matrem? Quid prodest si Dominum confiteris, Deum « honoras, ipsum praædicas, Filium ejus agnoscis, sedentem ad Pa- tris dexteram confiteris, et blasphemas Ecclesiam ejus ?... Si habe- res aliquem patronum, cui quotidie obsequereris; si unum crimen RARES

« de ejus conjuge diceres, num quid domum ejus intrares? Tenete « ergo, carissimi. tenele omnes unanimiter Deum pairem et matrem Ecclesiams. »

    1 Joan x, 27.
    2 Hebr. xu, 2.
    $ Joan x, 16.
    # S. Aucusrixus, Contra Donatislas Episiola, sive De Unit. Ecel., cap. 1v, n. 7.
    $ Enarratio in Psal. LXXXVIII, sermo I, n. 14.

666 REVUE ANGLO-ROMAINE

Plurimum misericordi Dec confisi, qui maxime potest animos hkominum permovere, et unde vuit, et quo vult, impellere, benigni- tati ejus universos, quos in oratione speclavimus, vehementer com- mendamus. Cælestium vero donorum auspicem et benevolentiæ nos- træ testem vobis, Venerabiles Fratres, Ciero populoque vestro Apostoli- cam benedictionem peramanter in Domino impertimus.

Datum Romæ apud sanctum Petrum die xx1x Iunii, an. MDCCCLXKXXV, Pontificatus Nostri decimo nono.

                        LEO PP. XIE.




         SS. D. N. LEONIS PAPZÆ XIII

                      EPISTOLA   ENCYCLICA



  DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA

Venerabilibus Fratribus Patriarchis, Primatibus, Archtepiscomis el Epis- ropis catholici orbis universis gratiam el communionem cum Apostolica Sede habentibus.

                        LEO PP. Xill

                      Venerabiles Fratres,

             Salutem el apostolicam Benedictionem.

IumorTALE Det miserentis opus, quod est Ecclesia, quamquam per se et natura sua salutem spectat animorum adipiscendamque in cœlis felicitatem, tamen in ipso etiam rerum méortalium genere lat ac tantas ultro parit utilitates, ut plures majoresve non posset, si in primis et maxime esset ad tuendam hujus vitæ,quæ in terris agilur. prosperitatem institutum. Revera quacumque Ecclesia vestigium posuit, continuo reram faciem immutavit, popularesque mores sicut virtutibus antea ignolis ita et nova urbanitate imbuit; quam quotquot accepere populi. masosuetudine, æquitate, rerum gestarum gloria excelluerunt. --Sed velus tamen illa est atque antiqua viluperatio, quod Ecelesiam aiunt esse cum rationibus reipublicæ dissidentem, nec quicquam posse ad ea vel commoda vel ornamenta conferre, quæ suo jure suaque sponte omnis bene conslituta civitas appetit. Sub ipsis Ecclesiæ pri- mordiis non dissimili opinionis iniquitate agitari christianos, et in LEONIS PAPE XIII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA 667

odium invidiamque vocari solitos hac etiam de causa accepimus, quod hostes imperii dicerentur; quo tempore malorum culpam, quibus esset perculsa respublica, vulgo libebat in christianum con- ferre nomen, cum revera uiltor scelerum Deus pœnas a sontibus justas exigeret. Ejus atrocitas calumniæ non sine causa ingenium armavit stilumque acuit Augustini: qui præsertim in Civilate Dei virtutem christianæ sapientiæ, qua parte necessitudinem habet cum republica, tanto in lumine collocavil, ut non tam pro christianis sui temporis dixisse causam, quam de criminibus faisis perpetuum triumphum egisse videatur. Similium tamen querelarum atque insimuletionum funesta libido non quievit, ac permultis sane placuit civilem vivendi disciplinam aliunde petere, quam ex doctrinis quas Ecciesia catholica probat. Immo postremo hoc tempore novum, ut appellant, fus, quod inquiunt esse velut quoddam adulti jam sæculi incrementum, progrediente libertate partum, valere ac dominari passim cœpit. — Sed quan- tumvis multa multi periclitati sunt, constat, repertam nunquam esse præstantiorem constituendælemperandæque civitatisrationem, quam quæ ab evangelica doctrina sponte efflorescit. Maximi igitur mo- menti atque admodum muneri Nostro apostolico consentaneum esse arbitramur, novas de re publica opiniones cum doctrina christiana conferre : quo modo erroris dubitationisque causas ereplum iri, emergente veritate, confidimus, ila ut videre quisque facile queat summa illa præcepta vivendi, quæ sequi et quibus parere debeat. Non est magni negotii statuere qualem sit speciem formamque habitura civitas, gubernante, christiana philosophia rempublicam. — Insitum homini natura est, utin civili societate vivat; is enim necessarium vitæ cultum et paratum, itemque ingenii atque animi perfectionem cum in solitudine adipisci non passit, pro visuin divi- nitus est ut ad conjunctionem congregationemque, hominum nasce- retur cum domesticam, tum etiam civilem, quæ suppeditare vifæ suf- fctentiam perfectam sola potest. Quoniam vero non potest societas uila consistere, nisi, si aliquis omnibus præsit, efficaci similique movens singulos ad commune propositum impulsione, efficitur, civili homi- num communitati necessariam esse aucioritatem, qua regalur : quæ, non secus ac socielas, à natura proptereaque a Deo ipso oriatur auc- iore. Ex quo illud consequitur potestatem publicam per se ipsam non esse nisi a Deo. Solus enim Deus est verissimus maximusque rerum dominus cui subesse etservire omnia, quæcumque sunt, necesse est: ita ut quicumque jus imperandi habent non id aliunde accipiant, nisi ab illo summo emnium principe Deo. Non est polestas nisi a Deo !. — Jus autem imperüi per se non est cum ulla reipublicæ forma neces- sario copulatum : aliam sibi vel aliam assumere recte potest, modo utilitatis bonique communis reapse efticientem. Sed in quolibet ge- nere reipublicæ omnino principes debent summum mundi guberna- torem Deum intueri eumque sibimetipisis in administranda civitate

3 Rom., XIII, 1. 668 REVUE ANGLO-ROMAINE

tanquam exemplum legemque proponere. Deus enim, sieut in rebus. quæ sunt quæque cernuntur, causas genuit secundarias, in quibus perspici aliqua ratione posset natura actioque divina, quæque ad eum finem, quo hæc rerum spectat universitas conducerent : ita in societate civili voluit esse principatum, quem qui gererent, ii ima- ginem quamdam divinæ in genus humanum potestatis divinequr providentiæ referrent. Debet igitur imperium justum esse, neque herile sed quasi paternum, quia Dei justissima in homines potestas est et cum paterna bonitate conjuncta: gerendum vero est ad utili- tatem civium, quia qui præsunt cæteris, hac una de causa præsunt: ut civitatis utilitatem tueantur. Neque ullo pacto committendum. unius ut, vel paucorum commode serviat civilis auctorilas, cum al commune omnium bonum constituta sit. Quod si, qui præsunt. delabantur in dominatum injustum, si importunitate superbiave peccaverint, si male populo consuluerint, sciant sibi rationem aliquando Deo esse reddendam, idque tanto severius, quanto vel sanctiore in munere versati sint, vel gradum dignitatis altiorem obtinuerint. Z’otentes potenter tormenta palientur'. — ta sane majes- tatem imperii reverentia civium honesta et libens comitabitur. Etenin cum semel in animum induxerint, pollere, qui imperant. auctoritate a Deo data, illa quidem officia justa ac debila ess sentient, dicto audientes esse principibus, eisdemque obsequium ac fidem præstare cum quadam similitudine pietatis, quæ liberorum est erga parentes : Omnis anima potestatibus sublimioribus subdila sit . — Spernere quippe potestatem legitimam, quavis eam in persona constiterit, non magis licet, quam divinæ voluntati resistere : eui si qui resistant, in interitum ruunt voluntarium. Qui restafit potestiti. Dei ordinationt resistit ; qui aulem resistunt, însi sibi damnationem acqwi- runt. Quapropter obedientiam abjicere, et, per vim multitudinis. rem ad seditionem vocare est crimen majestatis neque hamanæ tan- tum sed etiam divinæ. Hac ratione constitutam civitatem, perspicuum est, omnino debere plurimis maximisque officiis, quæ ipsam jungunt Deo, religion- publica satisfacere. — Natura et ratio, quæ jubet vel singulos sancte religioseque Deum colere, quod in ejus potestate sumus, et quad ab eo profecti, ad eumdem reverti debemus, eadem lege adstringit civilem communitatem. Homines enim communi societate conjuncti nihilo sunt minus in Dei potestate, quam singuli; neque minorem quam singuli, gratiam Deo societas debet, quo auctore coaluit, cujus nutu conservatur, cujus beneticio innumerabilem bonorum, quibus affluit, copiam accepit. Quapropter sicut nemini licet sua adversus Deum officia negligere, ofliciumque est maximum amplecti et anim et moribus religionem, nec quam quisque maluerit, sed quam Deus jusserit, quamque certis minimeque dubitandis indiciis unam €* omnibus veram esse constiterit : eodem modo civitates non possunl.

! Sap., VI 7,

Rom, AIT, f.

8 Ibid., V, .2 LEONIS PAPÆ XHI ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA 669

citra scelus,'gerere se tanquam si Deusomnino non esset, aut curam religionis velut alienam nihilque profuturam abjicere, aut asciscere de pluribus generibus indifferenter quod libeat: omninoque debent eum in colendo numine morem usurpare modumque, quo coli se Deus ipse demonstravit velle. Sanctum igitur oportet apud principes esse Dei nomen; ponen- dumque in præcipuis illorum officiis religionem gratia complecti, benevolentia tueri, auctoritate nutuque legum tegere, nec quippiam instituere aut decernere, quod sit ejus incolumitati contrarium. Id et civibus debent, quibus præsunt. Nati enim susceptique omnes homines sumus ad summum quoddam et ultimum bonorum, quo sunt omnia consilia referenda, extra hanc fragilitatem brevita- temque vitæ in cœlis collocatum. Quoniam autem hinc pendet homi- num undique expleta ac perfecta felicitas, idcirco assequi eum, qui commemoratus est, finem tanti interest singulorum, ut pluris inte- ‘ resse non possit. Civilem igitur socielatem, communi utilitati natam, in tuenda prosperilate reipublicæ necesse est sic consulere civibus, ut obtinendo adipiscendoque summo illi atque incommutabili bono quod sponte appetunt non modo nihil importet unquam incommodi, sed omnes, quascumque possit opportunitates afferat. Quarum præ- cipua est, ut detur opera religioni sancte inviolateque servandæ, cujus officia hominem Deo conjungunt. Vera autem religio quæ sit, non difticulter videt qui judicium pru- dens sincerumque adhibuerit: argumentis enim permultis atque illustribus, veritate nimirum vaticiniorum, prodigiorum frequentia, celerrima fidei vel per medios hostes ac maxima impedimenta propagatione, martyrum testimonio, aliisque similibus liquet, eam esse unice veram, quam Jesus Christus et instituit ipsemet et Ecclesiæ suæ tuendam propagandamque demandavit. Nam ,unigenitus Dei filius societatem in terris constituit, quæ. Ecclesia dicitur, cui excelsum divinumque munus in /omnes swculo- rum ætales continuandum transmisit, quod Ipse a Patre acceperat. Sicut mis me Paler et ego mitto vos !. Ecce ego vobiscum sum omnibus dicbus usque ad consummationem sæculi ?, Igitur, sicut Jesus Christus in terras venit ut homines wilam habeant el abundantius habeunt *, eodem modo Ecclesia propositum habet, tanquam finem, salutem animorum sempiternam : ob eamque rem talis est natura sua, ut porrigat sese ad totius complexum gentis humanæ, nullis nec locorum nec temporum limitibus circumscripta. Prædicate Evangelium omni creaturæ *. Tam ingenti hominum multitudini Deus ipse magistratus assigna- vit, qui cum poteslate præessent: unumque omnium principem, et maximum certissimumque veritatis magistrum esse voluit, cui claves regni cœlorum commisit. Tébi dabo claves regni cœlorum Ÿ.— Pasce i Joann., XX, 21. 5 Matth., XX VIII, 20. 3 Joann., X, 10.

Marc. XVI, 15.

5 Matth., XVI, 49. 610 REVUE ANGLO-ROMAINE

agnos.... pasce oves À: — ego rogavi pro le, ul non deficiat fides lun ?. Hæe socielas, quamvis ex hominibus constet non secus ac civilis commu- nitas, tamen propter finem sibi constitutum, atque instrument. quibus ad finem contendit, supernaturalis est et spiritualis; atque idcirco distinguitur ac differt a societate civili; et, quod plurimum interest societas est genere et jure perfecta, cum adjumenta ad ines- lumitatem actionemque suam necessaria, voluntate beneticioque conditoris sui omnia in se et per se ipsa possideat. Sicut finis, que tendit Ecclesia, longe nobilissimus est, ita ejus potestas est omnium præstantissima, neque imperio civili potest haberi inferior. aut eidem esse ullo modo obnoxia. —— Revera Jesus Christus Apostolis suis libera mandata dedit in sacra, adjuncta tum ferendarum legom veri nominis faculiate, tum gemina, quæ hinc consequitur, judicandi puniendique potestate. « Data est mihi omnis polestas in ctelo elin lerra: « eunles ergo docele omnes gentes... docentes eos servare omnia quiecumgnwe « mandawi vobis %.» Et alibi : « 8i non audierif eos dic Ecclesiæ *. n Alque iterum: « Zn promplu habentes ulcisci omnem inobedientiam *. » Rursus: « Durius agam secundum potesiaiem, quam Dominus dedit mahi in ædifra- « tionem et non în destructionem ‘. » Itaque dux hominibus esse a cœlestia non civitas, sed Fcclesia debet : eidemque hoc est munus assignatum a Deo, ut, de 1is, quæ religionem altingunt, videat ipsa et statuat: ut doceat omnes gentes; ut christiani nominis, fines, quoad potest, late proferat; brevi ul rem christianam libere expedi- teque judicio suo administret. Hanc vero auctoritatem in se ipsa absolutam planeque sui juris, quæ ab assentatrice principum philosophia jamdiu oppugnatur. Ecclesia sibi asserere itemque publice exercere nunquam desiil, pri- mis omnium pro ea propugnantibus Apostolis, qui cum disseminare Evangelium a principibus synagogæ prohiberentur, constanter res- pondebant: Obadire oportel Deo magis quam hominibus'. Eamdein sancli Ecclesiæ Patres rationum momentis tueri pro opportunitate studue- runt: romanique Pontifices invicta animi constantia adversus oppu- gnatores vindicare aumquain prætermiserunt. Quin etiam et opinione et re eamdem probarunt ipsi viri principes rerumque publicarut gubernatores, ut qui paciscendo, transigendis negotiis, mittendis vicissimque accipiendis legatis, atque aliorum mutatione officioruni, agere cum Écciesia tamquam cum suprema potestate legitima con- sueverunt. — Neque profecto sine singulari providentis Dei consili factum esse censendum est, ut hæc ipsa poteslas principatu civil. velut optima libertatis suæ tutela muniretur. Itaque Deus humani generis procurationem inter duas potestates partitus est, scilicet ecclesiasticam et civilem, alteram quidem

1 Joan., XXI, 16-47.

Luc., XVII, 85.

5 Matth., XX VIII, 48, 49, 20. 4 Maith., XVII, 47. $ IE Cor., X, 6. 8 Ibid., XIII, 10. 7 Act,.V, 29. LEONIS PAPÆ XII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA 674

divinis alteram humanis rebus præpositam. Utraque est in suo genere maxima : habet utraque certos, quibus contineantur, ter- minos, eosque sua cujusque naturà causâque proxima definitos; unde aliquis velut orbis circumscribitur, in quo sua cujusque actio jure proprio versetur. Sed quia utriusque imperium est in eosdem, cum usuvenire possit, ut res una atque eadem, quamquam aliter atque aliter, sed lamen eadem res ad utriusque jus judiciumque pertineat, debet providentissimus Deus, a quo sunt ambæ constitutæ, utriusque itinera recte atque ordine composuisse. Qu aulem sunt a Deo ordinatæ sunt?. Quod ni ita esset, funestarum sæpe contentionum concertationumque causæ nascerentur; nec raro sollicitus animi, velut in via ancipiti hærere homo deberet, anxius quid facto opus esset, contraria jubentibus binis potestatibus, quarum recusare impe- rium, salvo officio, non potest. Atqui maxime istud repugnat de sapientia cogitare et bonitate Dei, qui vel in rebus physicis, quam- quain sunt longe inferioris ordinis, tamen naturales vires causasque invicem conciliavit moderata ratione et quodam velut concentu mirabili, ita ut nulla earum impediat ceteras, cunctæque simul illud, quo mundus spectat, convenienter aptissimeque conspirent. Itaque inter utramque potestatem quædam intercedat necesse est ordinata colligatio : quidem conjunctioni non immerito compa- ratur, per quam anima et corpus in homine copulantur. Qualis autem et quanta ea sit, aliter judicari non potes, nisi respiciendo, uti diximus, ad utriusque naturam, habendaque ratione excellentiæ et nobilitatis causarun; cum alteri proxime maximeque propositum sit rerum mortalium curare commoda, alteri cœlestia ac sempiterna bona comparare, — Quidquid igitur est in rebns humanis quoquo modo sacrum, quidquid ad salutem animorurmm cultumve Dei pertinet, sive tale illud sit nature sua, sive rursus tale intelligatur propter causam ad quam refertur, id est omne in potestate arbitrioque Ecclesiæ : cætera vero, quæ civile et politicum genus complectitur, rectum est civili auctoritati esse subjecta, cum Jesus Christus jusserit, qu Cæsaris sint, reddi Cæsari, quæ Dei, Deo. — Incidunt autem quandoque tempora, cum alius quoque concordiæ modus ad tranquillam libertatem valet nimirum si qui principes rerum publi- varum et Pontifex romanus de re aliqua separata in idem placitum consenserint. Quibus Ecclesia temporibus maternæ pietatis eximia documenta præbet, cum facilitatis indulgentiæque tantum adhibere soleat, quantum maxime potest. Ejusmodi est, quam summatim attigimus, civilis hominum socie- tatis christiana temperatio, et hæc non temere neque ad libidinem ficta, sed ex maximis ducta verissimisque principiis, quæ ipsa natu- rali ratione confirmantur. Talis autem conformatio reipublicæ nihil habet, quod possit aut minus videri dignum amplitudine principum, aut parum decorum : tantumque abest, ut jura majestatis imminuat, ut potius stabiliora atque augustiora faciat. Immo, si altius consideretur, habet illa

t Rom, XIH, 4. 672 REVUE ANGLO-ROMAINE

conformatio perfectionem quamdam magnam, qua earent cæteri rerum publicarum modi, ex eaque fructus essent sane excellentes et varii consecuturi, si modo suum partes singulæ gradum tenereni, atque illud integre efficerent, cui unaquæque præposita est, officium et munus. — Revera in ea, quam ante diximus, constitutione reipu- blicæ, sunt quiden divina atque humana convenienti ordine parlita: incolumia civium jura, eademque divinarum, naturalium, humana- runique legum patrocinio defensa : officiorum singulorum cum sapienter constituta descriptio, {um opportune sancila custodia. Singuli homines in hoc ad sempiternam ïllam civitatem dubio laboriosoque eurriculo sibi sciunt præsto esse, quos tuto sequantur ad ingrediendum duces, ad perveniendum adjutores : pariterque intelligunt, sibi alios esse ad securitatem, ad fortunas, ad commoda cætera, quibus communis hæc vita constat, vel parienda vel conser- vanda datos. Societas domestiea cam, quam par est, firmitudinem adipiscitur ex uuius atque individui sanctitale conjugii : jura officiaque inter conjuges sapienti justitia et æquitate reguntur : debitum conser- vatur mulicri decus : auctoritas viri ad exemplum est auctoritatis Dei conformata : temperata patria potestas convenienter dignilati uxoris prolisque: denique liberorum tuitioni, commodis, institu- tioni optime consulitur, — In genere reruim politico et civili, leges spectant commune bonum, neque voluntate judicioque fallaci mul- titudinis, sed veritate justitiaque diriguntur : auctoritas principum sanctitudinem quamdam induit hurmana majorem, contineturque ne declinet a justitia, neu modum in imperando transiliat : obe- dientia civium habet honestatem dignitatemque comitem, quia non est hominis ad hominem servitus, sed obtemperatio.voluntati Dei, regnum per homines exercentis. Quo cognito ac persuaso, omninu ad justitiam pertinere illa intelliguntur, vereri majestatem printi- puin, subesse constanter et fideliter potestati publicæ, nihil sedi- tiose facere, sanctam servare disciplinam civitatis. — Similiter ponitur in officiis earitas mutua, benignitas, liberalitas: non dis- trahitur in contrarias partes, pugnantibus inier se præceptis, civis idem et christianus : denique amplissima bona, quibus morlalem quoque hominum vitam christiana religio sua sponte explet communitati societalique civili omnia quæruntur : ita ut illud appareat verissime dictum, « pendet a religione, qua Deus colitur, « rei publi:æ status : multaque inter hunc et illam cognalio tt « familiaritas intercedit ! ».

3? Sacr. Imp. ad Cyrillum Alexand. ot Episcopos metrop. — Cfr Labbeun, Coilect. Conc. t. IE.

    (À suivre.)


                          Le Direcleur-Gérant: FERNAND PoRrTaL.

            FARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, AUE CASSETTE, 17,

4 ANNÉE Ne 32 11 JUILLET 1896

                            REVUE

ANGLO-ROMAINE | RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu os Petrus, et su Spiritus Sanctus po- | por hanc petram suit episcopos re- ædificabo Ecclesiam gere Ecclesiam Dei. meam ... et tibi ACT. zx. 8. dabo claves ...

MaTTH. XVI. 18-19.

                             SOMMAIRE :
                                                                                  PAOBS

A Bounixuon..... Nouvellos observations sur la question des ordres pt . anglicans.................................... C4 # ?. ° Chronique. — Discours de Sa Grâce l’Archevèquo / d’York. — Revue de la Presse..............., 633

    DocuxenTs....     Dirige solennel célébré en la cathédrale St-Paul
                        de Londres pour le roi de France Henri Il. —              7 o$
                        Encyclica de civitatum constitutione christiana.           64t




                                 PARIS
        RÉDACTION              ET      ADMINISTRATION
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                                    1896

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     Les opinions émises dans les articles signés                    n'engagent que           la
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  ORDINATIONS ANGLICANES
                                                   4




                                               PAR



                             FERNAND DALBUS
                                      —* 28 ÉDITION v—
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NOUVELLES OBSERVATIONS

                                   SUR               |
       LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS

                                (Suite)!

On peut aussi chercher à se faire, à l’aide d'autres arguments, une opinion sur les éléments essentiels des rites catholiques d'ordination; l'examen des liturgies en usage dans l'Église conduira inévitablement à cette conclusion, queles ordres-sacrements sont validement conférés par l'imposition des mains jointe à la prière con- sécratoire. Mais que doit renfermer cette prière? On pourrait être tenté, a priori, d'exiger une mention, plus ou moins complète, des pouvoirs conférés, et c'est l'opinion qu'avait défendue le R. P. Tourne- bize 3, opinion sur laquelle revient encore ie R. P. Harent *. Cepen- dant, de l'étude comparée des liturgies catholiques, il résulte irès clairement, à mon avis, que, pour_ être efficace, la prière sur les or- dinands n'a besoin d'énoncer aucune des fonctions de l’ordre conféré. Cette conclusion, basée sur les textes, a été adoptée par mon savant collègue, Mgr Gasparri ‘;elles'impose, ce me semble, à tous les théo- fogiens. Que si la mention des pouvoirs n’est pas nécessaire, celle de l’ordre l’est-elle davantage? Devrons-nous nécessairement y trouver les mots : diacre et diaconat, prêtre et presbytérai, évêque et épiscopatl? lei encore, une réponse affirmative absolue, qui semblerait s'imposer apriori, risquerait de pécher par exagération. Sans doute, les prières en usage dans nosliturgies contiennent ces indications *; et moi- même, j'ai cru devoir les insérer dans la formule type minimum que je me suis hasardé à composer d’après les divers Pontificaux catho- liques. Ma pensée n’était point cependant d'exiger comme élément essentiel tel mot en particulier, mais seulement la détermination

1 Voy. Revue Anglo-Romaine, n° 31, 4 juillet 1896. 2 Eludes religieuses, mars et avril 1895. Cf. mon étude De la validilé des ordi- nations anglicanes, p. 25 et suiv. 3 Etudes religieuses, juin 189b,p. 183. & De la valeur des ordinations anglicanes, p. 40.

Voir ces textes réunis dans l'article cité, De la validité, etc.. p. 46.

  REVUE ANGLO-ROMAINE. — Te It. — 43

674 REVUE ANGLO—RONAINE

certaine, à tel ordre en particulier, du sens général de la forme com- mune; et comme la manière la plus naturelle et la plus usitée d'obte- nir cette détermination est de faire mention de l’ordre conféré, j'ai introduit dans ma formule les mots : divconatum, presbyleratum., epis- copatum., Mais en établissant la comparaison de cette prière avec celles de l'Ordinal, je n'ai pas relevé comine nne objection bien grave l'absence des mots de presbytérat et d'épiscopat des prières angiicanes; l'ensemble des rites employés ne laissant aucun doute sur la détermination de ces prières à l'ordination presbytérale et épiscopale. On pourrait peut-être épiloguer sur la formule romaine que nous a conservée le sacramentaire Léonien, d'où elle a passé dans notre Pontitical ; la scule mention de l'ordre y est celle-ci : « Da quæsu- rmaus, Pater, in hos famulos tuos presbyleriü dignilatem »; etil fau- drait peut-être se demander si « presbyterium » est bien certaine- ment ici le synonyme de « presbyteratus ». Un exemple autrement concluant est signalé par M. Lacey dans son Supplemenfum, p. 20. H s'agit de la forme d'ordination des diacres d'après les célèbres Canones Hippoluti; on n'y trouve ni le mot diccre, ni le mot diaronat ; la détermination de la prière est suffisamment acquise, soit par l'allu- sion à saint Etienne, soit par les autres prières etcérémonies, quel- que sommaires qu'elles aient pu être à cette époque reculée, soit même seulement par la volonté et l'intention du Pontife consécra- teur. C'est qu'en effet nous ne pouvons raisonner, pour ces formules dont la rédaction peut varier, et de fait a varié pour ainsi dire à l'infini, comme pour les parolestrès précises qui servent àconférer le baptème ou à consacrer l'Eucharistie. Ce quenous devons exiger, c'est une prière, dont le sens et la trame soient partout les mêmes, dontla rédaction et les paroles sont laisséesau soin de l'autorité ecclé- siastique compétente. Par conséquent, nous n'avons pas le droit d'exiger telles paroles plutôt que telles autres, ni telle déter- mination de la prière à l'ordre conféré plutôt que telle autre. Dès lors que l’invocation de Dieu, pour faire descendre sur l’ordinand les grâces spéciales, a pour objettel ordre et non pas tel aulre, peu importe la manière dont la prière a élé précisée dans le sens de cet ordre. Par conséquent, l'on ne peut tirer une objection sérieuse contre les ordres anglicans de ce que les deux prières « Almighty God », employées dans la collation du presbytérat et de l'épiscopat, nerenferment pas les mots de prêfre et d'évêque; la détermination de chacune résultant très suffisamment des autres prières et céré- monies.

Je l'ai reproduite intégralement op. e., p. 31.

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 675

Be ces considérations il résulte que, dans l'opinion que j’expose, la seule manière de juger de la valeur des ordinations anglicanes est de comparer la prière-type, telle qu'elle résulte de l'examen comparé des liturgies, avec celles de l'Ordinal. Or cette comparaison donne les résultats suivants : Pour chacun des trois ordres, il existe, au commencement de l'or- dination, une prière qui renferme certainement les éléments essen- tiels de la prière consécraloire; pour les diacres, la prière « Omni- potens Deus », aussi complète, aussi explicite, que celle que nous ont conserv ée les Canones Hippolyli; pour les prêtres, une autre prière, « Omnipotens Deus, bonorum omnium dator »; enfin, pour les évêques, une prière conçue à peu près dans les mêmes termes . Il y a contre leur efficacité sacramentelle une grave objection : elles sont très éloignées de l'imposition des mains. En second lieu, FOrdinal, qui prescrit pour chacun des trois ordres l'imposition des mains, n’y joint aucune prière pour les diacres; pour les prêtres, il en contient une qui diffère notablement de la trame ordinaire des prières consécraltoires; pour les évêques enfin, une autre où les idées essentielles semblent sauvegardées, et qui serait, par suite, suffisante, Cela étant, on peut se demander : 4° si les prières placées au début desordinations, bien que séparées de l'imposition des mains, ne se- raient pas suffisantes, en vertu de l’union morale qui existerait entre chacune de ces prières et l'imposition des mains, dans chaque ordi- nation; 2° si, malgré les différences qui existent entre la prière « Almighty God», pour les prètres, et la forme-type, la prière de l'Ordinal ne renferme pas les éléments essentiels de l’invocation pro ordinando; 3 enfin, si l'on ne pourrait pas considérer toutes les prières d'une même ordination comme un tout, en sorte que la forme serait constituée par toutes les prières. M. Lacey traite sommaire- ment de ces trois questions, et il est intéressant d'apprécier la valeur des solutions qu'il propose, La première considération est d’un maniement très délicat. Y a- t-il union morale entre chacune des trois prières, placées au début de chaque ordipation, et l'imposition des mains qui en est séparée par d'assez longues cérémonies, parmi lesquelles l'examen ? Mgr Gas- parri, s'appuyant sur une singulière théorie du cardinal De Lugo, la regarde comme probable, etM. Laceyÿ enregistre en faveur des ordres anglicans cet argument inespéré ?. Je dois avouer que ni le raison- nement de De Lugo, ni l'appui que semble lui donner la décision de la S. C. du Concite, citée par Mgr Gasparri, ne m'ont convaincu; je

676 : REVUE ANGLO-ROMAINE persiste à croire que l'union morale requise entre ces prières du dé- but de l'ordinationet l'imposition des mains n'existe pas, et par suite, que cette preuve nouvelle de la valeur duriteanglican ne lui apporte qu'une insignifiante probabilité. M. Lacey fait remarquer ‘ que, dans l'Ordinal en usage depuis 1662, les prières en question sont devenues, pour le diaconat et le presbytérat, la collecte mème de la messe; pour l’épiscopat seul la prière est demeurée à la place qu'elle occupait antérieurement. Ceci constitue déjà une sérieuse difficulté. D'abord on peut se demander quelle collecte l'on récite lorsque l'ordination comprend à la fois des diacres et des prêtres; l'une des deux est-elle omise, et laquelle ? Les récite-t-on toutes deux? 11 y a, de plus, quelque chose de bien étrange à voir la prière essentielle de l'ordination dans la collecte de la messe ; la messe el l'ordination sont deux fonctions liturgiques distinctes, bien que la seconde soit intercalée, d’après tous les pontificanx, au cours de la première. Sans doute, le Pontife, ministre à la fois du sacrifice et de l'ordination, se préoccupe, en offrant le premier, des grâces à obtenir pour ceux qui reçoivent la seconde ; mais encore les deux fonctions conservent-elles ieurs cérémonies diverses, et l’on ne saurait présumer que le prélat, récitant la collecte, veuille faire l'ordination ; il veut dire la messe, bien que ce soit la messe d'ordi- nation. Cette observation n’atteint pas, suivant ce que j'ai dit plus haut, la collation de l’épiscopat; pour cet ordre d'ailleurs, l'argument que nous considérons a beaucoup moins de portée, puisque la prière réellement unie à l'imposition des mains peut étre tenue pour stricte- ment suffisante. El semblerait vraiinent que Dieu, dans sa miséri- corde, ait écarté les plus graves difficultés du problème en ce qui concerne l’ordre pontifical; valide dans l'hypothèse où la forme essentielle consisterait dans les paroles : « AccipeSpiritum sanctum », il l'est presque aussi certainement dans l'opinion qui exige la prière consécraloire jointe à l'imposition des mains; et même cet argument supplémentaire que nous étudions, quelle qu'en soit d'ailleurs la force probante, continué à lui être applicable après les modifications apportées à l'Ordinal en 1662. Mais serrons le problème de plus près. L'union morale entre ce que les théologiens ont appelé la matière et la forme des sacrements est opposée à ce qu'on pourrait appeler l'union phystgue. Cetteunion phs- sique consiste dans la simultanéité, la coexistence de l'une et de Vautre. Ainsi, lorsque le ministre du baptème verse de l'eau sur la tête de l'enfant, en même temps qu'il prononce les paroles, il y a. entre ces deux parties du rite baptismal essentiel, une parfaite simul- tanèité, que j'ai appelée union physique. Si elle n'a pas lieu, si les

L'Lacey, Suppl, p.22. +

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 677

deux parties du rite sont faites successivement, il faut se demander s'il existe encorsentreelles uneunion morale, c’est-à-dire, si, d'après la manière ordinaire de juger des choses humaines, les deux actes existent à peu près en même temps. C'est un acte humain que l’on apprécie humainement. Quel intervalle sera nécessaire pour qu'on doive ne plus admettre cette coexistence par à peu près ? 11 ne sau- rait y avoir de réponse mathématique, précisément parce qu'il s'agit d'appréciation morale et d'à peu près; toutefois, la probabilité d'une union morale diminue à mesure que s’augmente l'intervalle ectre les deux actions; au delà d'une certaine limite, le temps d'un Pater, d'après saint Liguori, l'union morale n'existe plus, et le sacrement ainsi conféré est nul. Cependant, on ne saurait appliquer les mêmes raisonnements et les mèmes conclusions à tous les sacrements, lesquels sont de nature très diverse. La simultanéité dont je parlais est requise bien plus sévèrement pour lesuns que pour les autres, Il est clair, parexemple, que les paroles du baptême : € Ego te baptizo », exprimant une action déterminée, accomplie présentement, ne seraient pas unies, même par à peu près, à l'efusion de l'eau qui aurait lieu une ou deux minules plus tard. Par contre, nous pourrons raisonner bien plus largement pour l'ordre. La prière-forme n'exprime pas néces- sairement l'imposition des mains (bien que dans plusieurs litur- gies l'évêque y fasse allusion); celle-ci a son sens propre et distinct, qui peut exister sans aucune parole; il sera donc permis de voir entre l’une et l'autre une union morale, malgré un intervalle plus considérable. Jusqu'où s'étendra-t-il? Qui saurait le dire a priori? Retenons du moins que les arguments basés sur la similitude entre les sacrements sont très suspects. Je ne puis dire de l’ordre ce que je dis du baptême; c'est pourquoi je n’accorde aucune valeur aux similitudes que De Lugo tire, en faveur de sa thèse, des sacrements de pénitence et de mariage; ce dernier est un contrat, auquel s'ap- pliquent les lois qui régissent les contrats; quant à la contrition, bien que produite longtemps avant la confession, elle se manifeste par des actes extérieurs au moment mème de l'absolution, avec la- quelle ces actes coexistent véritablement, ce qui serait plutôt con- traire à la théorie de De Lugo. Bornons-nous donc au seul sacre- ment de l'ordre. | De Lugo, dans le but de concilier toutes les opinions sur les élé- ments essentiels de l’ordination presbytérale, a imaginé une double matière : l'imposition des mainset la porrection des instruments; mais comme l'imposition des mains sur les prêtres se fait en silence, it a dû, se résigner à voir la forine essentielle dans les paroles qui. accompagnent la porrection des instruments. N'osant d’ailleurs ad- mettre une matière méme partielle, sans forme, et préoccupé du 678 REVUE ANGLO-ROMAINE

principe qu'il doit exister une certaine union entre l'une et l’auire, il s'est vu contraint d'imaginer une union morale entre cette impo- sition des mains, faite en silence, et les paroles qui accompagnent la porrection du calice et de la patène. Cette explication n'a pas lien pour le diaconat et l’épiscopat, pour lesquels l'imposition des mains est accompagnée de paroles. Une fois en possession de cette idée, il accumule les arguments pour la prouver, même ceux qui ne valent rien. En somme, pour lui, toute l'ordination est une seule action morale, c’est-à-dire ininterrompue et tendant tout entière à une même fin; et dans l'unité de cette action tous les éléments essen- tiels sont moralement unis. Tout cela est si évidemment échafaudé pour les besoins de la cause que la défiance s'impose d’elle-même. Sans doute, on pourrait se contenter de dire que le système de De Lugo est théologiquement inexact, el par suite que la théorie qu'il a imaginée pour le soutenir tombe avec lui: mais cela ne saurait suffire, Le principe lui-même est attaquable. Est-ce que toute k cérémonie baptismale n'est pas une action morale, et la messe? Mais je remarque que le savant cardinal exige très sévèrement, avec ke Pontifical, la simultanéité de la matière et de la forme, quand à s'agit de la porrection des instruments. Et cependant, si l'ordinand touchait le calice et la patène au commencement de l'ordination, tandis que les paroles : « Accipe polestatem, etc. » ne lui seraient adressées qu'à la fin, ou encore, si ces paroles lui étaient dites en même temps que l’évêque lui impose les mains, faisant ainsi l'acte qui est la matière partielle, d'après De Lugo, ni lui, ni aucunthés- logien partisan de son système n’admettrait la valeur de l'ordina- tion. Etcependant, dans l'un et l'autre cas, tous les éléments re- quis se trouveraient dans l'unité de ce qu'il appelle la mème action morale, Avec des raisonnements a priori, on peut arriver à tout prouver.

La décision de la S. C. du Concile rapportée par Benoit XIV‘ ne me paraît pas ajouter une sérieuse probabilité à l'opinion du car- dinal De Lugo, ou du moins à la prétendue union morale entrel'im- position des maius et les paroles qui accompagnent la porrection des instruments. Il s'agissait d'un jeune homme qui avait reçu les impo- sitions des mains avec les prières qui les accompagnent, mais ne s'était pas présenté à la porrection des instruments. La Congréga- tion fit renouveler l’ordination tout entière : « Quia autem, dit Be- noît XIV, nonnulli non infimi theologi dixerunt impositionem ma- nuum, præambulam porrectioni instrumentorum, simul cum hacm unam coalescere materiam.. idcirco S. Congregatio, scite animad- vertens præviam illam manuum impositionem jamdiu antea perac-

{, De Synodo, 1. VII, c. x, ap. Revue Anglo-romaine, p. 541. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR L4 QUESTION DES URDRES ANGLICANS 614

tam non posse moraliter conjungi cum traditione instrumentorum quæ postmodum fieret, ut etiam hujus opinionis in re tanti mo- menti frationem aiquaæ haberet, totam ordinalionem sub conditione iterandam præcepit. » Nous sommes en présence d’une décision pratique, où la Congrégationest dans l'obligation stricie d’être tutio- riste et de tenir compte de toutes les opinions extrinsèquement pro- bables; il n'en résulte pas, en faveur de l'une quelconque de ces opi- nions une probabilité intrinsèque, sans quoi il faudrait dire que toutes sont intrinsèquement probables, ce qui est inadmissible. De plus, la décision de la Congrégation s'explique si l'imposition des mains et la porrection des instruments forment une seule matière totale, quelle que soit la forme; c’est même le sens premier des pa- roles de Benoît XIV ; mais de ce que deux rites distincts, que l'on suppose matière unique, sont moralement unis parce qu’ils se font dans la même ordination, on ne peut nécessairement conclure à l'union morale entre une matière et sa forme, dans les mêmes cir- constances ou des circonstances différentes. Car aucun principe théologique ne requiert la simultanéité de deux rites qui servent de matière, landis que la coexistence de la matière avec sa forme est régulièrement requise. Mais quoi donc? Après avoir dit quela question ne saurait être tranchée par des raisonnements a priori, allons-nous en échafauder à notre tour? Non; il existe une solution pratique, que nous fournira l'étude des liturgies en usage dans l'Église, comme elle nous a fourni la forme type de la prière consécraloire. On me permettra de ne pas allonger ces pages par de nombreuses citations; mais un simple coup d'œil jeté sur les rites d’ordination du Pontifical et des litur- gies orientales réunies par Denzinger, suffira pour conclure. Les rites orientaux rédigés pour l’ordination d'un seul candidat, pres- crivent à l'évêque detenir les mains ou la main droite sur la tête de l'ordinand pendant toute la prière consécratoire; les autres rites, comme le pontifical, qui supposent régulièrement l’ordination de plusieurs candidats à la fois, placent l'imposition des mains en con- nexiun étroite avec le canon consécratoire. Et il ne faut pas voir une interruption notable dans la prière de trois lignes que le Pape récitait entre l'imposition des mains et le canon dans l’ancien Pontifical ro- main !. Je raisonne donc ici comme je l'ai fait pour déterminer les idées essentielles de la prière-forme; je n'ose dire ce que l'Église pourrait faire; je constate ce qu'elle fait, et je conclus qu'une sépa- ration aussi notable que celle qui existe dans l'Ordinal entre les prières du début et l'imposition des mains est en opposition avec la pratique commune des liturgies; dans ces conditions, y a-t-il néan-

1 Ducassne, Origine du culle chrélien, p. 332 680 REVÜE ANGLO-ROMAINE

   moins entre elles union morale? Je ne dirai pas que c'est impossible
   a priori; mais les textes m'obligent à répondre que non.
      En résumé, bien que les prières placées au début des ordimations
   anglicanes (et dont deux sont devenues des collectes depuis 4662),
   soient de nature à pouvoir servir de prières consécraioires, l'inter-
   valle qui les sépare de l'imposition des mains est trop considérable
   pour qu'elles soient moralement unies avec cette dernière; par
   conséquent, on ne peut leur attribuer une efficacité sacramentelle.

                                          *

                                         LA]




     La seconde question soulevée par   M. Lacey est relative à la prière
   « Almighty God », pour l’ordination des prêtres dans l’Ordinal. Il est
   certain que, si les probabilités sont accumulées en faveur de l'épis-
   copat anglican, elles sont accumulées aussi contre le presbytérat.
   Car, sauf l'hypothèse où une formule impérative et en particulier les
   paroles « Accipe Spiritum sanctum », suffisent à conférer cet ordre,
   la valeur du presbytérat anglican est fort problématique. Il est nul
   si la porrection des instruments est nécessaire, ce que d'ailleurs
   je n’admets pas; je crains bien qu'il soit nul encore si la forme
   requise est la prière rédigée suivant les données communes que four-
   aissent les liturgies reçues par l'Église. L'idée essentielle, on le sait,
   est l'invocation de la grâce divine pour le candidat, en tant qu'appelé
   à tel ordre déterminé. Qu'on me permette de rappeler la formule4
   laquelle je me suis arrêté: « Deus qui..., respice propitius super
   hunce famulum tuum quem ad diaconatum (respective : presbyleratum
   vel episcopatum seu summum sacerdotium} vocare dignatus es; da
   ei gratiam tuam ut munera hujus ordinis digne et utiliter adimplere
   valeat. » Je fais remarquer encore que les mots ne sont pas néces-
   saires; les idées seules le sont, de quelque manière qu'elles soient
   exprimées. Nous pourrions prendre aussi le débul de la prière pour
   la consécration des diacres, d'après les Canones Hippolyli, on aura
   l'avantage de baser la comparaison sur une formule réellement
    employée. «Q Deus, Pater Domini nostri Jesu Christi, rogamus Te
   enixe, ut effundas Spiritum tuum Sanctum super servum tuum N\.
   eumque præpares cum illis qui Libi serviunt secundum tuum bene-
   placitum sicut Stephanus.. »                                            |
      Or, en comparant ces formules avec la prière de l'Ordinal pour les
   prêtres, j'ai dû constater que celle-ci ne contient pas l’invocation de
  ‘ la grâce divine sur l'ordinand comme tel; on se contente de rendre
   grâces à Dieu et de lui demander que partout, et en particulier dans
    les assemblées de fidèles dont le futur prêtre aura la charge, on
   continue à Jui rendre ces mêmes actions de grâce‘. C'est, à mon

     1 Voir le texte complet dans la Hierarchia, ou dans Lacev, Suppl, p. 40.

_ h NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 684

avis, la grosse objection contre la valeur du presbytérat anglican. Ce n’est pas là notre prière essentielle, ni le type qui se retrouve dans toutes les liturgies. M. Lacey, en supprimant certains passages afin d'isoler les autres et de mieux les faire ressortir, croit cependant trouver dans la prière « Almighty God » cette invocation essentielle re ordinando. Voici le texte qu'il donne : «.. Suppliciter rogantes per eumdem Filium tuum ut omnibus..... tribuas. in cognitione et fide tui et Filii tui per Spiritum sanctum quotidie crescere et proficere; adeo ut... per hos ministros tuos.. sanctum nomen tuum in æter- num glorificetur et amplificetur benedictum regnum tuum. » Peut- être pourrait-on critiquer le procédé; la lecture de la prière en entier laisse une impression bien moins favorable, Quoi qu'il en soit, j'observe que les ordinands ne sont à aucua moment l’objet direct de la prière; et sauf la mention: « fam per hos famulos tuos quem per... », il ne serait aucunement question d'eux ni de grâces pour eux. Je ne prétends certes pas imposer ma manière de voir; chacun peut faire pour son propre compte la comparaison; pour moi, j'en trouve le résultat trop clair, et je ne puis me résoudre à voir dans cette prière Féquivalent du canon consécraloire.

Je serai bref sur l'hypothèse émise par M. Lacey dans son Supple- mentum, n° 46. Il faudrait voir la forme de l'ordination, non dans telle ou telle prière, mais dans tout l'ensemble du rite. Il est certain que Notre-Seigneur n’a pas déterminé spécifiquement les prières de Fordination; les apôtres, et après eux, les évêques, on! rédigé et employé diverses prières; souvent il ÿ en a plusieurs dans le même rite. Or, ces évêques des premiers siècles ne connaissaient pas, ne prévoyaient pas les théories de la matière et de la forme; comment savoir alors qu'ils ont déterminé telle prière, plutôt que telle autre, pour la collation de l’ordre? Si donc ïl y a, dans le même rite, plu- sieurs prières, se rapportant toutes à l'ordination, qu'est-ce qui empêche de reconnaître à toutes et à chacune la même efficacité ? Que si une seule suffit, avec l'imposition des mains, pour conférer l'ordre, la validité de l'ordination sera bien plus assurée encore, si on en emploie plusieurs. Or il y a, dans le rite anglican, plusieurs de ces prières : les deux que nous avons mentionnées, l'invocation dans les litanies, une bénédiction, l’invocation du Saint Esprit par l'hymne Vens Creator, etc. N'y a-t-il pas dans l’ensemble une forme suffi- sante ? J'ai peine à croire que l'auteur ait pris lui-même cette hypothèse bien au sérieux. Elle est réfutée d’avance parce qu'il reconnait 682 REVUE ANGLO-ROMAINE

comme la loi imposée par Notre-Seigneur aux apôtres et à leurs successeurs, à savoir de faire les ordinations par l'imposition des mains avec la prière. Mais il n'était pas nécessaire de connaître ni de prévoir la théorie de la matière et de la forme pour distinguer entre les éléments essentiels de l'ordination, telle qu'elle se faisait de tradition apostolique et les rites surajoutés et accessoires. D'ail- leurs il n’y eut pas d'abord de si nombreuses additions, et encore au 1x° siècle, à Rome, je ne connais aucune cérémonie accessoire surajoutée à l'imposition des mains et au canon consécratoire. Il est exact que l'on trouve réunies dans une même liturgie plusieurs prières, dont chacune serait suffisante pour l’ordination ; et dans ce sens « quod abundat non vitiat »; et l'une au moins est jointeà l'imposition des mains; mais si aucune de ces prières ne se trouve dans les conditions exigées par l'antique règle, la multiplication des rites accessoires ne saurait assurer l'efficacité de l’ensemble. Il fau- drait reprendre ici toute la discussion relative aux rites essentiels « nécessaires de l'ordination; la chose est faite ailleurs, et je me dis- pense d'y revenir. Mieux vaut rechercher quelle opinion avaient des ordres anglicans le légat Pole et le pape Paul IV.

     (A suivre.)


                                             A. Boupinuox.

‘ CHRONIQUE er

L'Encyclique et la Presse. — On trouvera plus loin quel- ques appréciations de journaux français et anglais. Nous avons natu- rellement fait très large part à la presse anglaise. En Angleterre, la première impression n'a pas été bonne. Il est vrai qu'elle avait pour cause moins le document en lui-même que les circonstances qui en ont marqué l'apparition dans le 7imes. Aujour- d'hui, les journaux religieux anglicans, en particulier, reviennent à des appréciations plus justes. On se rend compte, comme nousl'avons dit dès le premier jour, qu’il n’y a pas d’obstacle nouveau aux pen- sées et aux espérances de réunion. Les difficultés sont connues ; elles ne sont ni augmentées ni diminuées par l'Encyclique Slis cognilum. Ceux qui, en Angleterre comme en France, se sont dévoués à l'œuvre de l'union n’en sont nullement surpris. Le digne archevêque d'York à prononcé une allocution quise res- sent, elle aussi, de la première impression. Nous la reproduisons plus loin. Nos lecteurs y trouveront la droiture et la piété qu'ils oni pu apprécier dans les précédents discours de l'illustre orateur. Mais ils constateront aussi que ces paroles attestent la persistance de profonds dissentiments et de graves malentendus sur plusieurs points de doc- trine et en particulier sur la nature et l’élendue des prérogatives du Pape. Au sujet d'un reproche que nous adressent souvent les anglicans et que l'archevêque d'York rappelle, nous croyons utile de citer la réponse qu'y a faite, il y a longtemps, le cardinal Wiseman :

Nous devons donc, nous autres, aller au-devant de ceux qui viennent vers nous, même quand ils se plaignent de dévotions ou de pratiques ap- prouvées ou tolérées pour les pays cathoïiques. Est-ce que nous devrions agir ainsi, quand même nous ne voudrions pas proposer ces dévotions aux pauvres et aux ignorants ? Je pose cette question parce que dans beaucoup d'écrits on a paru vou- loir conclure que nous ne blâämons pas assez nos frères étrangers. Sans vouloir parier de moi, ce blâme, je puis le dire, m'a frappé personnelle. ment, et on m'a témoigné du regret, en public et en particulier, de me voir essayer, par exemple, d'expliquer et défendre certaines phrases qui se rapportent à des dévotions populaires. A cela je réponds : En défendant ces phrases je me suis borné à dire que, malgré leur exagération, elles sont susceptibles d'une interprétation orthodoxe, catholique et pieuse. Jamais, à ma connaissance, je n'ai soutenu que de telles phrases soient convenables ou utiles, surtout au point de vue de l'impression produite sur les autres. Il n'y a rien là d'illogique. Je puis soutenir fermenient que 684 REVUE ANGLO-ROMAINE des marques de respect données à une image sainte ne constituent pas une idolâtrie, et je puis en même temps désirer qu'on ne les donne pas dans certaines circonstances, si elles doivent être cause de malentendus, Quand il s'agit de phrases interprétées, ceux qui posent ouvertement le principe que pour l'interprétation de leurs articles, il faut tout d'abord admettre que leur enseignement est catholique, et puis tourmenter les mots jusqu'à ce qu'on les mette en accord avec cet enseignement, ne peuvent certes pas nous refuser le droit de faire concorder nos formules de dévotion avec nos formules de croyance et d'expliquer les phrases de l'Encyelique du Pape d’après les décisions de son propre Siège. En me fondant sur ce principe, je réponds : On ne doit pas nous de- mander de nous unir aux condamnations dirigées contre certaines pra- tiques — j'entends les pratiques approuvées — qui nous paraissent être compatibles avec la saine doctrine. Nous devons eniployer tous nos efforts à nous expliquer, nous devons insister sur le point de vue le plus favo- rable, nous devons interpréter les pratiques par nos actes et par nos sen- timents. Tout ce que l'Église a approuvé ou évidemment toléré peut être expliqué en raison; j'en suis sûr comme tout catholique doit l'être. S'il s'agit au contraire d'un cas individuel, ou bien de quelques pra- tiques locales mauvaises, ou de qui découle de la corruption et de la faiblesse humaines, avouons cette cause de douleur ou de honte; mais nôtre aveu ne doit pas ressembler cependant à une mise en accusa- tion que la communion des saints ici-bas se réalise dans les dou- leurs, dans la confusion et la pénitence aussi bien que dans de joyeux témoignages de sympathies. Aidons-nous mutuellement à porter nos fardeaux, maïs sans mesurer avec trop de soin ce que doivent porter les autres. En refusant de nous unir à une condamnation quelconque vis-à-vis de Rome, nous ne voulons pas prétendre que ce saint territoire soit exempt de toute tentation hu- maine, de tout péché ou de tout crime, Nous avons, les uns et les autres, entendu trop souvent tonner contre les vices de la société ou desindividus par l'éloquence élevée de la chaire romaine, pour songer à cela. Cependant pourquoi se faire l'accusateur ou le censeur de sa propre mère, elle si aimée et à qui nous devons tant? Pourquoi ne pas laisser à Dieu le soin de juger les mauvais qui s'y trouvent et ne pas se tourner au contraire vers les nombreux exemples d'abnégation, de zèle, de charité, de haute piété qu'on ne trouve pas ailleurs avec tant de perfection? Que ceux qui veulent juger, se jugent d'abord eux-mêmes et examinent leurs voisins avec affec- tion et charité. S'il s'agit de nous, catholiques anglais, pleurons notre Ficheté à remplir nos devoirs, notre froideur dans les œuvres de zèle. Et nous, prêtres anglais, déplorons notre manque d'esprit ecclésiastique et ile formation sacerdotale, qui, dans les autres pays, perfectionne le minis- tère, pénètre les actes et les habitudes les plus ordinaires du prétre. De leur côté, que nos amis anglicans songent, ainsi qu'il parait juste, aux maux de leur propre condition tant parmi les laïques que parmi les ecclé. siastiques. Nous ne pénétrerons pas chez eux, mais nous leur demandons de se restreindre dans l'office présomptueux de juge et de censeur de l'Église apostolique et de permettre que nous nous en abstenions complè tement. Plus tard, lorsque la Providence nous aura réunis, nous pourrons alors mèler nos larmes dansun deuil commun. Nous aurons des douleurs de famille. 11 se produira des révélations domestiques qui soulèveront une répulsion générale. On découvrira peut-être des faiblesses dont tous les catholiques devront s'occuper avec sympathie. Quand après une querelle ° CHRONIQUE 685

frères et sœurs s'embrassent en signe de réconciliation, chacun désire s'imputer le plus de torts possible et diminuer ceux des autres. Du moins, nous serons tous contents d'oublier que nous avons été divisés et pour- quoi nous l'avons étét, J'ai dit plus haut, en passant, ce que nous devions faire tout d'abord. H faut nous employer le plus possible à donner les explications et à les £

donner avec bonne grâce et bonne volonté. Nous devons expliquer les malentendus au sujet de nos doctrines, montrer le point exact où on les confond avec des pratiques simplement permiseset comment elles peuvent être une source d'abus. Le plus tôt que l'on pourra arriver à un accord clair et net sur ces matières, soit par des conférences personnelles, soit par correspondance, mieux ce sera. Il existe, j’en suis sûr, en ce moment, dans les esprits d'hommes sérieux mélés au nouveau mouvement, de graves méprises sur ce point et, à mon avis, elles seraient écartées par des rela- tions plus directes et plus amicales dirigées dans ce sens.

Un discours de Sa Grâce l'Archevêque d'York. — À une réunion synodale du clergé du diocèse tenue dans le monas- tère, l'archevèque d'York a prononcé un important discours dont le Standard publie les passages suivants : « En vous parlant de l'Église, de sa mission, de ses devoirs, de ses besoins, vous ne serez pas surpris si, avant de terminer, je réponds en quelques mots à une lettre — une nouvelle lettre — du chef de l'Église romaine, publiée il ÿ a quelques jours et adressée apparem- ment à loute la chrétienté. Personne ne peut manquer d'y recon- paître ce cœur et ce courage jamais abattus qui caractérisent l’émi- nent auteur de cette lettre; mais, toutefois, il est impossible, pour des ecclésiastiques anglais, de ne pas voir quel mélange on y trouve de principes universellement admis et de revendications qui doivent être repoussées. Nous aussi croyons très sincèrement à l'unité de l'Église. Nous aussi pouvons partager ce vœu ardent du Pape de voir, quand il piaira à Dieu, cette unité latente se manifester en une union plus visible. Si une fin si heureuse pouvait étre atleinte sans aucun sacrifice de vérité et sans aucune acceptation d'erreur, les propres paroles de notre Maître nous rendraient inexcusables de ne pas faire une place dans nos cœurs et dans nos prières à un tel désir; mais, lorsque celle union nous est représentée comme une union non seulement des uns avec les autres, mais avec Pierre, et qui plus est, avec les successeurs de Pierre, ou, en d'autres termes, comme une soumission sans réserves au Pontife romain, nous sommes tenus de

1 Ainsi pensait le profond et pieux Mükhicr. Nul catholique, selon lui, na peut refuser d'admettre humblement Îes corruptions du passé, dont l'existence même du Protestantisme est la preuve évidente : car celui-ci n'aurait pas pu naïtre si elles n'avaient pas existé. Puis il arrive à cette conclusion : « Apprenez Gonc, une fois, 6 Protestants, à mesurer is grandeur de vos propres égarements. Voilà le terrain sur lequel les deux Eglises se rencontreront un jour et se donneront la main. Dans le sentiment de nos fautes communes nous devons nous écrier, et les uns el les autres : Nous avons fous manqué, l'Eglise seule ne peul faillir : nous avons lous péché, Eglise seule est pure de ioule souillure. » (Symbolique, tome IL, ÿ xxxvni}, 686 REVUE ANGLO-ROMAINE

laisser de côté des revendications si absolument injustifiées par l'Écriture ou le consentement de l'Église universelle. D'ici que nous ne puissions, per impossibile, être convaincus que saint Pierre lui-même occupa cette position, fut effectivement investi de cette autorité suprême, et surtout que ces prérogatives furent transmises à ses successeurs dans sa charge — quelle qu'ait pu être cette charge — d'ici qu'il ne nous ait été prouvé que les évèques de Rome possèdent et ont toujours possédé ces prérogatives en vertu d'un acte distinct de Notre-Seigneur lui-même, il est impossible que, sous aucune condition, nous puissions reconnaître de semblables prétentions ot nous soumettre à cette obédience. Il ne peut y avoir qu'une seule réponse à de telles revendications. Et notre difficulté n’est pas moindre en ce qui regarde l’unité de la Foi. « Si la Foi est celle qui fut une fois pour toutes impartie et accordée aux saints, la Foi contenue dans les Saintes Écritures et dans les Credes de l'Église avant ses divisions, nous ne faisons qu’un dès mais- tenant avec l’Église de Rome et les Églises d'Orient. Mais si, par Foi, l'on entend les développements doctrinaux accumulés depuis des siècles ou les décisions de Conciles en aucune manière œcuméniques ou les déclarations personnelles de Papes nullement infaillibles: si cette foi doit comprendre à l'égard de la Mère toujours vénérée de Notre-Seigneur un culte tel que celui que l'on trouve dans des manuels de dévotion sanctionnés et recommandés par les autorités de l'Église romaine; si cette Foi doit comprendre la doctrine des induigences, quelque signification qu'elle puisse avoir dans la pra- tique, ou bien cette doctrine romaine du Purgaloire que notre Église condamne comme faussement ‘subslituée à la véritable notion de l'état intermédiaire : —- alors, dans ces conditions, par loyauté à notre Maitre, nous ne saurions nous imposer ce joug ou donner notre assen- timent à ce que notre Église a caractérisé à bon droit comme des choses vaines et vainement inventées qui répugnent à la parole de Dieu. Le Pape ne sera pas surpris et encore moins pourra-til s'offenser si, sur des points d'une si vitale importance, nous parlons avec le même courage et la même loyauté dont il a lui-même donné l'exemple. Assurément il nous est difficile de comprendre comment des hoinmes éminents par l'intelligence et la vertu peuvent professer de telles doctrines et accepter de iels usages. Mais il faut grande- nent excuser ceux qui ont recu ces croyances en héritage pendant une longue suite de siècles et qui les ont toujours eues familières à l'esprit depuis le berceau. Nous pouvons en toute humilité avoir con- tance que des choses meilleures sont en réserve pour une Église qui a occupé une position si prééminente dans l'histoire de la chrétienté et qui a tant fait pour porter le verbe de Dieu jusqu'aux extrémités de la Terre. CHRONIQUE 687 « L'appel fait à l’histoire, avec son influence toujours plus con- sidérable sur l'esprit humain , l'étude de la Sainte Écriture si forte- ment encouragée par le Pape actuel, l'intérêt toujours croissant que les laÿques aussi bien que les prètres portent à la science de la théo- logie, la propagation générale de l'instruction, le développement de éducation religieuse : autant de promesses et de sources d'espé- rance pour la prospérité de l'Église du Christ dans toutes ses branches et pour la réalisation progressive de l'union en un seul troupeau de ious les enfants de Dieu. Dans une telle espérance nous pouvons de tout cœtwr unir nos prières à celles du Pape et de son peuple pour la réunion finale de la Chrétienté. Nous avons le droit de croire que ces prières ne seront pas adressées en vain. Par des moyensauxquels nous nous attendons peu et dans des conditions que le Pape comme nous peut considérer comme impossibles, la divine Providence nous accordera peut-être la réalisation de nos communs vœux et prières. Les paroles de Notre-Seigneur n'ont pas perdu leur vérité et leur pouvoir : « Les choses qui sont impossibles aux hommes sont possibles à Dieu. » C'est à cette fin que nous devons prier avec ardeur et dévotion. « Ïl ne sera peut-être pas inutile de considérer pour un instant dans quel état en sont actuellement Îles choses. C’est le plus vaindes racontars des journaux que de dire que certaines assertions ont été faites au siège de Rome de la part de l’Église d'Angleterre. Quelles qu'aient été ces ouvertures, il nous en est venu de Rome ces jours derniers sous la forme de lettres encycliques, lettres dictées par un sentiment avec lequel tous peuvent sympathiser et écrites dans un esprit que tous doivent admirer, mais remplies de conditions impos- sibles à accepter pour ceux qui ont le bonheur de posséder la liberté spiriluelle et qui ontété élevés loin de l'erreur dans la claire lumière et la connaissance de la vérité! « 11 y a quelque chose de presque pathétique à voir ce vénérable Prélat, au déclin de la vie, adressant de temps à autre ces touchants appels à l'Orient et à l'Occident pour ne rencontrer que des refus ou ua silence significatif. « Etil n'est pas vrai davantage qu'aucune requêteait été adressée au Pape de la part de l’Église d'Angleterre, en vue d'obtenir la reconnaissance de notre propre position dans l'Église. du Christ. L'enquête qui se poursuit actuellement sur la question des ordres anglicans a son premier point de départ dans les écrits des catho- liques romains eux-mêmes. De notre part il n’y a pas, et il n'ya jamais eu l'ombre d'un doute touchant nos ordres, de même que nous ne saurions être ni pires ni meilleurs quelle que puisse ètre la décision de l'Église romaine, Il est vrai qu'elle peut grandement affecter la cause de la réunion chrétienne; mais c'est cela et cela seu- 688 REVUE ANGLO-RONAINE

lement qui donne à la question son intérêt et son importance. « ]1 y a une profonde reconnaissance à avoir pour ce qui a déjà été accompli grâce à la bonté de Dieu. L’échange amical des idées, les conférences pacifiques entre des hommes savants et dévoués de part et d'autre ne sauraient ne pas porter leurs bénédictions el certai- nement elles n'auront pas manqué d'être une source de félicité, Mais les résultats sont entre les mains de Dieu, et nous devons nous en remettre À sa volonté, tandis qu’en attendant nous devons mettre notre maison en ordre, corriger nos propres erreurs, suppléer ce qui nous manque et nous ordonner à la prière. C'est notre obligalion première et notre devoir le plus urgent. Ce sera notre meilleure préparation, quels que soient les bienfaits que la Providence divine ait voulu nous réserver. »

Revues de la presse. Voici la suite des appréciations aux- quelles a donné lieu, dans la presse française et étrangère l'Encycli- ue de S. S. Léon XHI sur l'Unité de l'Eglise, que nous avons publiée ans notre numéro du 4 juillet. L'UNIVERS. Le contraste pourrait-il être plus grand qu'il n’est entre la société laïcisée et la société religieuse? On n'imagine guère des différences plus accusées que celles que l'Encyclique fait apparaître. D'un côté, l'incertitude, le désordre, l'angoisse; de l'autre, l'har- monie vaste et profonde, la lumière, l'espérance invincible. Ecoutez les bruits qui sortent des assemblées politiques, des aca- démies, des écoles célèbres, de tous les lieux où se rencontrent les hommes affranchis de la loi divine; bruits des salons et de la rue: c'est le conflit de Lous les scepticismes. Les quelques mots qui se dis- tinguent à travers le tumulte sont vagues et douteux. L'élite et k foule se persuadent que la morale pourrait bien n'avoir qu'une valeur de circonstance. Les philosophes se demandent si la con- science et la raison ne sont pas des fantômes mystificaleurs. Les psychologues réduisent tout à la sensation. Eparpillement des idées. secouées par des tourbillons capricieux! En face de ce chaos frénétique, la Papauté déploie l'enseignement qui embrasse la série des réalités et des notions. £lle montre les liens qui établissent toute chose dans l'ordre et dans la hiérarchie. Elle révèle la signification de ce qui existe et de ce qui se passe. Ces Lettres qui se succèdent à de couris intervalles sont le déve- loppement majestueux de la pensée la plus vaste, la plus féconde, la plus harmonique. Nature et destinée de l'homme, lois et fonctionnement des sociétés, toutes les vérités fondamentales que le public laïcisé avoue ne plus connaître, Léon XHI les a expliquées sans relâche, avec une puis- sance et une aisance qui font l'étonnement du monde. Aujourd'hui le Souverain Pontife expose l'un des caractères essen- tiels de la seule autorité qui marche vers un but connu et assuré. CHRONIQUE 689

L'Eglise est une. Telle elle fut, telle elle sera toujours, grâce au pouvoir incomparable dont son chef a reçu le privilège. Les témoins de cette tradition vivante se lèvent à la voix qui les appelle : les Apôtres, saint Jean Chrysostôme, saint Augustin, saint Clément, saint Cyprien, saint Thomas, saint Jérôme, saint Cyrille, Origène, saint Ambroise, saint Léon le Grand, saint Basile, saint Grégoire le Grand, saint Optat de Milève, saint Irénée, saint Bernard, les Pères des con- ciles déposent, unanimes à travers le temps et les révolutions, en faveur de l'autorité qui affirme ses droits. « Chef de l'assemblée des « disciples; prince des saints apôtres: coryphée du chœur aposto-

« Ils n’ont pas vécu dans le paradis chimérique où l'archidiacre

« de Londres et ses amis se sont plu à les placer. Ils ne se sont pa: « imaginé que les plaies de l'Église puissent être guéries en autant « de mois qu’elles ont duré de siècles. De même ils n'ont pas pensé « que des différences si profondes et si prolongées que celles qui « séparent l'Orient de l'Occident puissent être écartées en un « moment; ni que les barrières qui forment une séparation entre « l'Angleterre et Rome tomberont comme les murailles de Jériche, « au premier son de la trompette. C'est pourquoi ils ne demandent « pas la compassion, soit amicale, soit ironique, qu'on leur témoi- « gnera de divers côtés. La découverte que Léon XII a foi dans la « Papauté n'est pas pour eux un sujet de surprise. « Les obstacles à la réunion sont de deux espèces — moraux et CHRONIQUE 691

« intellectuels. Si jamais on les écarte, ce sera en procédant suivant « cet ordre. Avant que les véritables et graves motifs qui empêchent a les chrétiens de s’unir en un corps puissent être abordés avec un « rée} espoir d'aboutir, il faut que cette unité soit vraiment désirée. « Faire naître ce désir, Lelle est l'œuvre de la génération présente. « L'œuvre de la suivante sera peut-être de créer l'accord entre les « esprits. Si la nouvelle Encyclique ne facilite en rien cet accord, du « moins, elle ne le recule pas davantage. » Et après, il cite cet extrait d'un discours prononcé, il y a peu de temps, par le docteur Sanday, professeur de théologie à Oxford, sermon sur la réunion, préché devant l’Université et à propos de la première Lettre de Léon XIII : « Je ne crois pas que l'histoire nous présente une occasion sem- « blable. Jamais de telles démarches n'ont été reçues de part et « d'autre d'une manière plus noble ou dans un esprit plus chré- « tien... Tout en voyant ce beau spectacle, offrons nos plus ferventes « prières pour que le ton qui a été donné ne change pas, pour que les « conférences qui s'établiront sans doute entre les Églises gardent la « même note et que nous-mêmes, individuellement, nous évitions « autant que possible toute action de nature à créer une dissonance. « Si ces prières sont exaucées, il me semble secondaire de savoir siles « efforts qui se font auront plus ou moins de succès évident. Pour « moi, je n’attends pas voir de tels résultats visibles avant que bien « des années se soient écoulées durant lesquelles les deux commu- « nions auront subi maintes souffrances. Dans l'intervalle, nous gagnerons beaucoup si, autant qu'il nous sera possible, nous nous Es

« abordons mutuellement en chrétiens. » Ces paroles sont nobles et consolantes. Elles attestent un jugement éclairé. Imaginer que le Saint-Siège puisse rien abandonner de la tradilion et de la doctrine; songer & rétablir l’unité htc ef nunc, sont deux conceptions qui ne méritent pas l'examen. Mais, entre ces extrêmes inadmissibles, il y a place pour un programme d'efforts réciproques, bien que différents. Le besoin des cœurs, l'amour de la vérilé, le fruit de la patience ont une efficacité irrésistible. Ne nous plaignons pas trop que le devoir de la persévérance s'impose aux hommes qui veulent préparer l'union. Le monde a vu un accord complet et solennel accompli en peu de temps entre l’Église grecque et l'Église romaine. Quand le concile de Florence fut terminé, on crut la paix spirituelle garantie pour des siècles. Elle s'évanouit comme un rève aussitôt que les évêques grecs eurent regagné leur patrie. Les âmes n'avaient pas donné l'assentiment qu’annoncaient les formules souscrites. Il ne restait plus que la vaine adhésion des lèvres. En ce moinent et pour demain et pour plus tard, le travail préli- minaire à poursuivre, celui qui assurera la durée de l'œuvre, c’est le rapprochement des âmes. — EUGÈNE TAVERNIER. 692 REVUE ANGLO-ROMAINE

                          LE GUARDIAN,

Aucun lecteur de bonne foi ne pourra lire la nouvelle Encyclique adressée par Léon XIII aux évêques en communion avec son siège sans se sentir prêtà reconnaitre le ton digne, religieux et éminem- ment sincère qui l'anime d’un bout à l'autre. Et aucur membreins- truit de l'Église d'Anglelerre ne peut nier que, spécialement dans la première moitié de l'Encyclique, on trouve une part considérable d’ex- cellents enseignements sur-la nature de l’Église et sur son unité. Le Pape nous dit que l'Église est une société visible, composée d'hommes. mais divine par son origine etsurnaturelle par son but et les movens principaux dont elle se sert pour ÿ parvenir. Il nous assure que Notre-Seigneur ne fonda qu’une seule Église ainsi constituée et qu'il voulut que cette seule Église neformât qu'un seul corps. Le Seigneur « donna cette unité ». Le Pape ajoute que cette unité divinement ac- cordée dépend surtont de deux autres unités : — unité de foi qui est réalisée par l'autorité enseignante des successeurs des apôtres, el upité de gouvernement qui entraine l'unité de communion. C'est seulement en arrivant à la question de l'unité de gouverne- ment qu’un anglican instruit se trouvera en présence d’un langage qui ne coïncide pas avec celui auquel il est accoutumé. Le Pape dit que, pour assurer l’unité du gouvernement, il v a dans l'Église une autorité suprême à laquelle tous les chrétiens sont tenus d'obéir. Le Christ, le Roi invisible, fut obligé quand il monta aux cieux de désigner un vice-gérant sur la terre. El choisit Pierre pour chef de l'Église. Le gouvernement de l'Eglise par un seul vice-gérant de Notre-Seigneur est le principal élément dans la constitution de l'Eglise, C'est le principe d'unité et dès lors il a besoin d'être perpétué. En conséquence, les successeurs de Pierre sur le siège de Rome reçoivent le suprême pouvoir dans l'Eglise jure divin. Les autres évêques sont soumis au Pape el sont tenus de lui obéir. La souveraine autorité sureux soit pris individuellement soit agissant collectivement. Cette pensée ne semble jamais se présenter à l'esprit du Pape que Notre-Seigneur est capable de gouverner l'Eglise au moyen des évêques, sans soumettre ceux-ci à un souverain si ce n'est à lui-même, et que, par l'opération du Saint-Esprit, il peut leur donner l'accord complet qu’il considère comme désirable. Cependant, dans un passage, Sa Sainteté sauvegarde dans une assez médiocre mesure le Siatus de l'épiscopat. « Les évèques ne doivent pas être regardés comme des vicaires du Pontife romain: car ils exercent réellement un pouvoir qui leur est personnel, et c'est avec toute vérité qu'ils sont appelés les pasteurs ordinaires des peuples qu'ils gouvernent. » {l n'est pas facileà ceux qui ne sont pas canonistes romains d'apprécier la force exacte de cette assertion. Apparemment elle signifie que, dans les circonstances ordinaires, le Pape ne déposera pas les évêques de leurs sièges et n'empiétera pas sur leur juridiction ordinaire. Mais il faut se rappeler que, pour remplir la tâche pastorale dans un diocèse romain, l'évêque a besoin CBRONIQUE 693

de pouvoirs nombreux que le droit canonique moderne réserve an Pape; ces pouvoirs sont conférés aux évêques par commission pour une période de cinq années et au bout de ce temps ils doivent être renouvelés. Il faut aussi se rappeler que si, dans l'opinion du Pape, les circonstances -sont extraordinaires, il peut déposer un évéque sans jugement, sans même qu'aucune faute lui soit reprochée, comme le fit Pie VII en France au commencement de ce siècle. Il s'ensuit dès lors que chaque évêque setrouve dans une position fort précuire s’il fait opposition au Pape sur une question importante. Dans l’ensemble on peut dire que la dernière partie de l'Encyclique est une exposition de la primauté papale telle qu'elle a été définie par le Concile du Vatican. On eût pu espérer qu'un plus grand soin eût été apporté dans le choix des citations. Certains textes de saint Cyprien, de saint Chrysostôme et de saint Jérôme sont cités comme s'ils appuyaient les revendications de la Papauté alors que, dans les passages en question il s’agit non du Pape mais des évêques engéné- ral. Le passage donné de saint Chrysostôme fut écrit alors qu'ilétait en rupture de communion avecle siège romain. Mais évidemment il est difficile de trouver, dans les écrits des Pères, un argument en faveur de l'interprétation couramment donnée aux décrets du Vatican sil'on prend les paroles des Pères dans leur véritable sens. Il est important de constater que le Pape ne parle d'aucun développement dans la doctrine de l'autorité papale. Pour lui les revendications contenues dans les décrets du Vatican sont restés identiquement les mêmes de- puis le temps de saint Pierre. « Dans le décret du Concile du Vatican, en ce qui concerne la nature etl'autorité de la primauté du Pontife ro- main, on ne trouve aucune opinion nouvelle, maisla constante et véné- rable croyance de tous les siècles. » Dans ce passage, le Pape semble confirmer de sa haute autorité l'enseignement courant des évêques catholiquesromains d'Angleterre. C'est ainsi que, dans une conférence faite à Manchester, en décembre 1894 l'évêque Bilsborrow, de Sal- ford, a dit que, « dans leurs revendications au magisière suprême et infaillible de le chrétienté, les Pontifes romains n'avaient pas fait un pas depuis l'épitre de saint Clément aux Corinthiens, en l'année 96, jusqu'au Pastor etsrnus de Pie IX, en notre temps ». Et 2U ans aupara- vant l'evèque Ullathorne disait : « Le Pape a toujours été investi de cette infaillibilité et tous les hommes le savaient. » Nousne nous proposons pas, d'ailleurs, de critiquer en détail la sub- slance ou la forme de l'Encyclique. Nous dirons seulement que, si Léon XIII en est venu à cette conclusion qu’il était actuellement dési- rable qu'il exposät sa croyance sur les pouvoirs attachés à sa charge, rien de ce qu’il a jamais dit ou fait n'aurait pu permettre à un obser- vateur expérimenté de s'attendre à ce que le Pape parlât autrement qu'il ne l'a fait. Peut-être le temps viendra où les autorités catholi- ques romaines expliqueront les décrets du Vatican d'une autre ma- nière. Les faitshistoriques prouvés ont à lalongue le pouvoir de mo- difier l'opinion. L'étude consciencieuse de la Sainte Écriture et des 694 REVUE ANGLO-ROMAINE

traditionschrétiennes primitives, qui est une caractérislique si mar- quée de la vie de l'Église sur le continent à l'heure actuelle et qui a été si grandement encouragée par le présent Pape, peuvent produire un jour leurs fruits naturels. Ce que le cardinal Newman appelle « la vigilance inquisitrice, la pénétration et la subtilité de la Srhola 1heo- logorum peut modifier d'une manière très notable l'interprétation finale des décrets du Vatican de même qu'elle a modifié l'interpré- tation d’autres formules autorisées. Newman fait remarquer le che- min parcouru et comment se sont trouvées modifiées la doctrine de l'Église romaine sur la prédestination absolue ou bien le sens donné à la formule ÆErtra Etclestum nulla salus, ou encore l'interprétation du décret de Clément V au Concile de Vienne concernant l'usure. Et de fait, dans cette Encyelique même, nous trouvons un exemple très remarquable de la manière dans laquelle l'interprétation de la doc- trine autorisée de l'Église romaine est susceptible de se modifier. Nous pouvons dire, croyons-nous, qu'entre tous les motifs qui déter- minèrent la rupture entre l'Angleterre et Rome auxvi° siècle, la plus puissante fut la prétention des papes Paul IL et Pie V à déposer nas souverains et à excommunier tous les Anglais qui leur resteraient fidèles. Et maintenant, Léon XIII nous déclare que « c'est ignorer ou calomnier méchamment l'Église que de prétendre qu'elle désire in- lervenir d'une manière quelconque dans les affaires civiles ou empié- ter sur les droits de l'État ». Avec de telles déclarations, nous pen- sons que ceux qui désirent la paix et l'unité peuv ent poursuivre pleins d'espoir leur œuvre bénie.

Mäis une question demeure : pourquoi le Pape a-t-il choisi le moment présent pour faire une déclaration de principe sur les pou- voirs attachés à sa charge? Une large section de la presse dans ce pays s’est chargée d’imputer au Pape des intentions qui n'apparais- sent pas dans l'Encyclique et qu’il n’y a aucune raison de supposer comme étant jamais entrées dans son esprit. On nous dit directement ou bien implicitement que l'Encyclique Saäis cognifum est ie résultat direct de la première enquête sur la validité des ordinations angli- canes et qu’en fait elle équivaut à une proclamation de leur non-vali- dité. Apparemment, les journalistes qui se livrent à ces conjectures ignorent tout à fait la distinction qu'il y a entre des ordres valides et l'exercice légitime de ces ordres. C'est le premier de ces deux points — la question de la validité de nos ordinations — qui était discuté il ya quelques semaines, par une commission préliminaire de théolo- giens et qui est maintenant soumise à l’examen d’une commission de cardinaux. Quelle sera la décision finale du Pape? Personne ne le -sait mais ii n’y est pas fait la moindre allusion dans l’Encyclique. li peut y avoir ou ne pas y avoir de relation entre l’Encyclique et la décision sur la question des Ordres. S'il y avait quelque relation, il ne serait pas improbable que, pour préparer les esprits à une décision témoi- gnant d’une attitude plus bienveïllante à l'égard des Ordres anglicans. le Pape ait jugé à propos de faire une déclaration solennelle pour rappeler au monde que des ordinations valides et le droit de se servir CHRONIQUE 695

de ces ordinations sont deux points tout a fait différents. Si c'est là le cas, le temps nous le dira. De toutes façons il est évident que la récente Encyclique est une démarche préliminaire, et que l'on saura seulement les raisons qui l’on déterminée quand les décisions ulté- rieures auront été rendues. On peut trouver une excuse à l'appréciation générale de la presse anglaise dans ce fait que sans aucun doute Léon XIII a été fort mal servi par ses représentants dans ce pays. Son attitude personnelle a été généreuse, pacifique, attirante. Mais celle des catholiques romains d'Angleterre pendant les trois ou quatre dernières années a été, à part quelques exceptions, repoussante, exaspérante, et ils ont fait preuve d’une étroitesse de vues qui certes n’eùt pas été possible du temps de Newman et de Manning. Dans les circonstances

bien provoquer de l'irritation. I] n’y a cependant pas plus d’arro- gance chez l'apologisle papal, lorsque avec une logique sévère, il prononce la mise hors le loi de tous les chrétiens en dehors du giron de l'Église romaine, qu'il n’y en a chez le critique indépendant qui ne voit dans ce document qu'un tissu d’extraits fantaisistes tirés du droit sacré et des ouvrages des premiers Pères. Nous pouvons et nous devons regretter que l'orthodoxie soit définie par le Pape en termes qui accusent la majeufe partie de la chrétienté d'être dans l'erreur, Mais nous devons admettre sans difficulté le droit qu’il a d'expliquer, pour le bénéfice de ceux pour qui son arrêté est décisif, les convictions que tout membre de l'Église romaine est lenu d'avoir.

Comme premier pas vers la découverte de la vérité, l'Encyclique considère le modèle et les traits de la véritable Église .Elle doit, dit le Pontife, être toujours visible. Ceux qui en font arbitrairement un corps caché et invisible sont dans une grave et pernicieuse erreur. Elle ne peut être sujelte aux changements ni aux fluctuations. Elle doit rester uniforme jusqu'à la fin. Nous rappelons ici le texte familier, quod semper, quod ubique, quod ab omnibus. Le Christ, continue l'argumentateur, fit son Église une — une et indivisible. Un texte d'Isaïe est mis à l'appui pour montrer que l'Église doit embrasser tous les chrétiens : — d'où il suit, suivant les lois de la logique en vigueur sur les bords du Tibre, que ceux qui ne sont pas dans celte unique Église ne sont pas dans l'enceinte chrétienne. Puis vient le défilé habituel des autorités, auxquelles l'instinct des historiens indépendants nie le même titre de force probante, pour démontrer que saint Pierre, ayant été solennellement intronisé vicaire du Christ sur la terre par son maitre lui-même, légua ce droit à tous les successeurs du siège de Rome. Ainsi toute l'ar- gumentation, avec ses citations de Chrysostôme et de saint Augustin, et de l'auteur du Traité contre les Ariens, aboutit à l'assertion triomphante du magisterium qui réside dans la personne de l'évêque de Rome. Sa suprématie est absolue et incontestable. Comme pour fermer la porte une fois pour toutes sur l'anglican qui est persuadé du désir de l'unité visible, le Pontife décrète que toute vérité révélée doit être acceptée. Il cite, en l'approuvant fort, le dicton qu'il n’y a rien de plus dangereux qu'un hérélique qui admet à peu près tout le cycle de la doctrine, sauf une pelite partie. Une opinion erronée de }a Foi serait l'équivalent d'un délit moral. Il n’y a pas beaucoup de consolation ici pour les plus avancés des Anglais « romanisants » de la Haute-Église. Et M. Gladstone ne sera guère encouragé par la froide et catégorique assertion que « les évêques qui sont séparés du Siège de saint Pierre, perdent toute juridiction ». Tel est le langage fidèle que le Pape a tenu envers son troupeau. Mais une fois qu'il a terminé son inspection de l'enseigne- ment catholique, il ne peut oublier de donner un avertissement aux brebis qui sont en dehors du bercail. J'ai déjà fait voir combien peu ses paroles respirent la douceur envers les brebis errantes. 698 REVUE ANGLO-ROMAINE « Que tous ceux qui détestent l’irréligion qui s'étend de nos jours, écoutent mes paroles. » Hélas! qu'il y à de dureté dans cette voix, d'intolérance dans ce raisonnement! Car la voix de Rome assure aux Anglicans anglais et aux autres qu'ils « ne peuvent compter au nombre des enfants de Dieu, tant qu'ils ne retournent pas à l'Église, leur mère. » .

                       LE   DAILY NEWS

Il y a peu de figures dans l'histoire contemporaine aussi frap- pantes et aussi pathétiques que celle du Pape Léon XIII. La position de Souverain Pontife doit toujours étre une position qui en appelle à l'esprit des hommes, et, dans le cas de Léon XII, son âge avancé, la simplicité de sa vie, sa piété sincère, sa grandeur de caractère donnent à cette position un cachet d'intérêt particulier. Mais ce qui nous frappe toujours le plus chez Sa Sainteté est le para- doxe de sa position. Il est à la tête de la plus grande institution spirituelle du monde; et cependant il ne peut s'empêcher de soupirer après un point d'appui, si insignifiant soit-il, dans la souveraineté temporelle. 11 vit en plein dix-neuvième siècle et s’est montré, dans bien des circonstances, au courant des questions actuelles; mais l'atmosphère où son esprit travaille est celui des premiers chrétiens. Les vues sont vastes, larges et étendues, mais peut-on dire qu'elles soient effectives? « Mais aucun résultat pratique ne suivit », dit le journaliste en décrivant la dernière letire du Pape au peuple anglais. Cette expres- sion originale pourrait s'appliquer à bien d'autres entreprises de Sa Sainteté, et notamment, à moins que nous nous trompions bien, à l’Encyclique sur l'Unité, dont nous donnons un sommaire ce matin. Dans les nouvelles pièces du Musée du Vatican, que le Pape actuel a ajoutées comme 5s contribution au trésor de ses prédécesseurs, il y a différentes fresques représentant les entreprises de son pontificat que Sa Sainteté a dû juger le plus dignes de mémoire. Elles ne sug- gèrent aucune idée de pompe mondaine ou de splendeur; encore moins font-elles allusion aux désirs de la chair ou à l'orgueil de la vie, comme c’est le cas de bien d’autres tableaux de Papes. Ces fresques sont sévères, abstraites, métaphysiques. Elles représentent . Sa Saintelé engagée dans des travaux spirituels ou intellectuels, tels que l'union des fidèles, la réconciliation de la Science et de la Religion, et il est représenté dans ces entreprises, si nous nous rap- pelons bien un tableau, comme offrant à l'univers les œuvres de saint Thomas d'Aquin. La force et la faiblesse de Léon XI sont bien montrées dans cette représentation de la guerre contre l'esprit moderne avec les armes des scolastiques du moyen âge. Les traits caractéristiques que nous avons ainsi sommairement indiqués seront trouvés dans la Lettre-Encyclique sur l'Unité de l'Eglise, que nous analysons ailleurs. Il n’y a rien, dans l'argument général employé par Sa Sainteté, qui ne soit familier à tous les lec- CHRONIQUE 699

teurs des polémiques papales. Ce qui est caractéristique dans cette Lettre, c'est le lon familier avec lequel il présente ses polémiques. Le Pape émet les propositions les plus vigoureuses, balayant des Eglises et des ordres. Il le fait avec une conviction profonde, et avec plus de tristesse que de colère; mais ses armes principales consistent dans des jeux de mots ou des répliques des anciens traités. Ainsi, l'on nous dit gravement, sur un ton de douce et per- suasive conviction, comme si le doute ne pouvait plus subsister après un exposé aussi clair de la vérité, que la vraie Eglise ne peut comprendre qu'une seule communion, parce que le prophète Isaïe a dit que « la Montagne de la Maison du Seigneur sera préparée sur le sommet des montagnes », et qu’il ne peut y avoir qu'une montagne plus élevée que les autres. Un contradicteur, se rappelant les idées erronées qu'on a gardées longtemps sur les altitudes comparatives dans les pays montagneux, et que de nouvelles découvertes se font tous les jours, pourrait demander « quelle est cette montagne »? Question qui fut soulevée, en effet, par saint Augustin. « Il y a, c'est vrai, dit ce Père, des montagnes qui sont inconnues, parce qu'elles sont situées dans une partie éloignée de l'univers. » Le Pape Léon XIII, cependant, cite, en l’approuvant et en feignant de ne pas remarquer le cercle vicieux, la réponse suivante de saint Augustin : « Mais cetle montagne n’est pas inconnue, car elle a rempli toute la face de l'univers. » Tous nos lecteurs, croyons-nous, sentiront, dans l'extrait que nous venons de donner, le suranné de l'atmosphère et l'éloignement de la vraie et essentielle question du jour. C'est, comme le dit M. Gladstone, un beau trait du caractère du Pape de poursuivre avec ardeur l'unité de la chrétienté. Mais ne peut-on pas à l'avance qualifier le sort de ses entreprises, « et rien de pratique ne suivit »? En ce. qui concerne la majeure partie de nos concitoyens, je ne sache pas qu’on puisse s'attendre à aucun autre résultat. Je ne vois _rien, dans l'Encyclique du Pape, qui fasse supposer même qu'il veuille reconnaître les Ordres anglicans. Les seuls évêques qu'il reconnaisse sont les évêques en communion avec Rome, et commu- nion est synonyme de soumission. La « réunion », par conséquent, signifie l'absorption, l'englobement dans Rome. Personne peut-il supposer que l'Eglise anglicane garderait son influence sur la sec- tion du peuple anglais qui lui est soumise actuellement, si elle venait à souscrire à cette réunion-là? Le peuple anglais, comme il l'a récemment prouvé, n'aime pas outre mesure le « sacerdotalisme » de ses propres évêques, tel qu'il existe même actuellement. Si les évêques venaient à se soumettre à Pierre, il serait sûr de s'in- surger en masse.

N'est-ce pas là une coïncidence frappante que, le jour niême où le Pape émit sa proposition de « la réunion à Rome », l'ambassadeur américain soutenait, dans son éloquent discours de Gainsborough, que l'émancipation de Rome était, pour les Anglais et les Américains, un des plus beaux titres de leur héritage commun? 700 REVUE ANGLO-ROMAINE

                     LE   DAILY TELEGRAPH

Aujourd'hui, dans toutes les contrées de l'Europe et aux Etats- Unis, en Amérique, les fidèles catholiques auront sous les ÿeux la Lettre encyclique du Pape Léon XII sur « l'unité de l'Eglise », et dont nous publions des extraits dans une autre colonne. Le troupeas auquel elle est adressée ou tout au moins pour l'édification duquel elle a été promulguée, la recevra non seulement avec la soumission qui est due à l'autorité suprême, mais aussi avec l'acquiescement qui va au-devant de ce qui était attendu avec confiance. Comment celte Encyclique sera-t-elle vue par les membres bien intentionnés mais peu judicieux de la communion anglicane qui se sont complu dans des rêves d'une « réunion de la chrélienté »? C'est là une autre ques- tion. Bien qu'inévitable, et bien qu'on ait pu prédire à coup sùr ce qu'elle énoncerait, cette Encyclique pourra néanmoins causer du désappointement chez ces derniers. Nous savons par expérience la facilité extrême avec laquelle le théologien, et surtout le théologien amateur, vient à s'aveugler sur des faits qui sont d’une clarté parfaite aux yeux des profanes : et nous ne serions guère surpris d'apprendre qu'il y ait des protestants qui ont pu se figurer que Rome accepte- rait leurs propositions en partie. Un rapide coup d'œil sur cette Enceyclique suffira pour les désillusionner. De la première à la der- nière page elle affirme à nouveau — comme il fallait s’y attendre — non seulement la prétention de l'Eglise de Rome, mais le titre personnel du Souverain Pontife, à l'obéissance sans appel ni discussion de tous ceux qui se considèrent comme les membres de l'Eglise du Christ. C’est le devoir de saint Pierre et de ses successeurs, dit Léon XIIL, « de soutenir l'Eglise et de la garder dans toute sa force et son unité indestructible. Comment pourraient-ils accomplir ee devoir sans le pouvoir de commander, de défendre ou de juger, pouvoir qui est connu sous le nom de juridiction ? Seul le pouvoir de juridiction tient unies les nations et les républiques. » Une « simple primauté d'honneur » et « le droit de fournir un avis ou un conseil, ce que l'on appelle « direction », ne sauraient assurer l'unité et la force dans aucune société humaine ». Un tel langage coupe courtà toute discussion sur la validité des ordres anglicans. Si l'Eglise romaine venait à admettre la succession apostolique de notre épis- copat, à quoi cela servirait-il si chaque évêque est en révolte continue contre la juridiction à laquelle il a reçu l’ordre divin de se soumettre? La validité première de la commission qui lui aurait été transmise ne saurait le purger de l'hérésie dans laquelle ses prédécesseurs et Jui sont restés ensevelis pendant plus de trois siècles. Mais il est même un langage plus clair que celui-là. Sa Sainteté n'entre pas certainement en termes directs dans la discussion de k validité des ordres anglicans; mais il est difficile de se méprendr sur la portée du passage suivant et dene pas reconnaitre le person- nage de marque qu'il semble viser. « De là, déclare le Pape résu- mant les arguments des pages précédentes, l'on doit clairement com- RS ES

                            CHRONIQUE                             704

prendre que les évêques sont privés du droit et du pouvoir de direction s'ils se séparent délibérément de saint Pierre et de ses successeurs, parce que, par suite de ce retrait, ils se séparent du fon- dement sur lequel repose l'édifice entier. Ils sont par conséquent en dehors de l'édifice mème, et sont pour cette raison séparés du trou- peau dont le guide est le chef des pasteurs; ils sont exilés du royaume dont les clefs furent transmises par le Christ à Pierre seul. » Et un peu plus loin : « L'on entend avec raison l'ordre épiscopal en communion avec Pierre quand il est soumis à Pierre et lui obéit; sans cela il devient nécessairement une foule illégale et déréglée. » On ne saurait tenir un langage plus clair. Le « Extra Ecclesiam nulla salus » n'a jamais été défini en termes plus manifestes. Il est vrai que l'En- cyclique setermine par un appel paternel aux « brebisqui ne sont pas dans le bercail » ; maïs cela n’est autre chose qu'une expression de pitié personnelle pour les brebis errantes. Léon XIII est d'une nature trop bonne et trop douce pour avoir recours à l’anathème. Il veut prier pour le salut de ces brebis égarées et même espérer dans la mesure du possible ; mais, dans cette lettre, il est tenu de leur dire qu'ils n’appartiennent pas à l'Église. Et tous, saufceux qui prennent de pieuses aspirations pourdes faits, ont bien dà prévoir quetel seraitle langage du Pape. Nous en étions convaincu pour la pluparten parcou- rant la lettre de M. Gladstone, et nous avons été étonné de voir, com- ment, devant ce qui l’attendait, ilavaitcru devoir, au risque d'offen- ser les non-conformistes anglais, établir une distinction entre le corps anglican et les « communautés protestantes indépendantes ». A-t-i pu croire qu'une telle distinction aurait quelque valeur aux yeux du Pape ? S'il s'est laissé bercer par de telles espérances, jamais illusion n’aura été plus cruellement déçue, car il trouve les évêques de sa communion, dans la Lettre encyclique, confondus avec les autres en dehors du giron de l'obéissance romaine, dans la même description d'une foule déréglée et désordonnée, alors qu'on ne saurait à la vérité dire rien de pire à l'égard des sectes non conformistes Îles plus extravagantes et les plus excentriques. Tandis que M. Gladstone rêvait à la possibilité de régnir les Eglises romaine et anglicane, Léon XIIse préparait au pénible devoir de lui dire que, pourtou- tes les Églises protestantes, les établies comme les non conformis- tes, la difficulté d'une réunion s'étend de ce monde à l’autre ;et qu'au lieu de se complaire dans de vaines espérance de faire partie du giron, les protestants feraient bien mieux de considérer leur exclusion probable du Royaume céleste. Pour arriver aun tel résultat, M. Glads- tone aurait vraiment pu s'abstenir d'offenser de vieux amis politi- ques.

                      SAINT JAMES'S GAZETTE

Nous pouvons recommander avec confiance à lous ceux qui aime- raient à lire un exposé clair et suivi d'une grande doctrine et de la position de ce qui est encore la plus belle organisation de ce monde, de se procurer une copie de l'encyclique papale De Unilate au 102 REVUE ANGLO-ROMAINE

dépôt de la Catholic Truth Society. Elle sera publiée demain. Nous n'avons aujourd'hui que le sommaire officiel communiqué au Times par le cardinal Vaughan. Mais il suffit pour montrer que la lettre contient un exposé éloquent, modéré et, sauf quelques étonnantes suppositions, bien raisonné de la position que la sainte Église romaine, catholique et apostolique, revendique à tenir en ce monde. Sans doute il n’y est dit rien de nouveau. Serait-ce un compte rendu exact des prétentions de Rome; s’il y avait du nou- veau? C'est le point essentiel de l'Église de Rome qu'elle n'a jamais varié. Lorsque Léon XIIL parle aux Anglais il ne peut que répéter ce que Léon le Grand a dit, ou aurait dit aux Grecs. L'on peut en trouver la substance dans des écrits sans nombre, depuis les misérables pamphlets jusqu'au magnifique ouvrage de Bossuet. Quelqu'un l’inséra dans les papiers qui furent trouvés dans le coffre- fort de Charles 11. Bien qu’ancien, un bon exposé est à lire — ne serait-ce que pour remettre en mémoire à ceux qui l'auraient oublié que l'Église de Rome ne varie jamais. L'on a dit que, si les mêmes prêtres avaient le même pouvoir, rien ne manquerait pour renou- veler l’histoire de la Saint-Barthélemy — sauf la latinité avec laquelle cet exploit fut célébré. Mais le latin du Pape, est, croyons- nous, tout à fait orthodoxe; et par conséquent mème ce point ne resterait pas en reste, si forte est l’inaltérabililé de l’Église Romaine. Le curieux de la chose, c'est qu'il est des gens à qui l'on doit rappeler celle vérité suffisamment manifeste. On a beaucoup parlé dernièrement de « réunion de la chrétienté », de réunion corpora- tive, et que sais-je encore! Toute une agitation s'est produite lorsque l'on a appris que le Pape était en train d'établir une enquête sur la validité des Ordres anglicans. Quelques bonnes gens ont entretenu l'espérance de voir les différends de tous ceux qui revendiquent le titre de vrais croyants, se fondre comme par miracle et l'on devait ainsi arriver à la réunion tout en restant séparés. L'Église catho- lique et romaine, l'Église orthodoxe d'Orient, l'Église anglicane, et différents corps non conformistes devaignt se liguer contre l'ennemi. tout en maintenant leur individualité respective. L'Encyclique du Pape Léon XII ébranlera, croyons-nous, les espérances de ceux-là. À la lecture de cette leitre, ïls se réveilleront de leur rève pour aper- cevoir le ridicule de leurs conceptions. Ce que le Pape leur a dit en termes polis inais convaincants, c'est qu'il n'y a qu'un moyen d'assurer la réunion, Qu'ils avouent tous leurs erreurs, qu'ils mon- trent un esprit vraiment contrit, et qu'ils retournent humblement aux pieds de leur mère l'Église. Celle-ci ne demande qu'à les recevoir dans son sein maternel. l1s n'ont à redouler aucun reproche. C'est en enfants errants qu'ils serunt reçus, et non en sœurs aliénées. fi me semble que, sans prétendre de parler du haut de la chaire de Pierre, j'en aurais dit tout autant à ces amis sentimentaux et sans attendre l'Encyclique. Pour parler franchement, cela ne fait guère honneur à leur science et à leur bon sens,que d'avoir eu à apprendre de la bouche du Pape et du cardinal Vaughan. Et cependant ils veu- CHRONIQUE 703

lent absolument attendre que le cardinal Vaughan leur dise « qu'ils ont bercé l'étrange illusion que c'était dans le pouvoir du Saint-Père de modifier, voire mème de s'affranchir des termes anciens de la com- munion, afin de hâter la fin bénie et désirable de la réunion de la chrétienté», Il serait vraiment à croire que les messieurs, prêtres ou laïques, qui entretiennent cette étrange illusion « pensent que « l'Église de Rome considère ses doctrines et ses revendications, « comme si elles n'étaient qu'un grand peut-être ». Il est difficile de dire ce que l'archevêque de Canterbury, lord Hali- fax et les autres personnes de moindre notoriélé, qui ont entretenu de vagues et brumeuses théories, ont vu récemment dans la conduite de l'Église de Rome qui ait pu les induire à croire qu'elle serait prête à diminuer ses demandes. Qu'est il arrivé en Italie, en Autri- che, en Allemagne, en France, au Canada ouaux États-Unis, qui ait pu leur faire concevoir un tel espoir ?Je ne vois rien. L'Église me parait faire exactement les mêmes réclamations qu'elle a toujours faites, et cela sansle moindre signe de peur ou de faiblesse. Au Canada ses prétentions ressemblent tant à celles du moyen âge qu'elles ont pro- voqué pour ainsi dire une révolte contre la direction cléricale dans la province mème de Québec. Aux Etats-Unis, il y a beaucoup d'Amé- ricains qui tiennent son pouvoir pour dangereux. En Europe elle ne nc s’est pas fait scrupule de résister au gouvernement de son ami, l'empereur d'Autriche, et elle n’a garde d'oublier qu'elle a battu le prince Bismark. Nous vivons à une époque féconde en illusions sen- timentales; mais aucune de ces illusions n'est comparable à celle de quelques anglicans et de quelques Anglaisdissidents, qui sont à cou- teau tiré entre eux sur des points fondamentaux, et qui ont pu se figurer que la grande organisation bien unie, qui prétend étre la seule dépositrice de la foi divine, et qui risque de s'effondrer si elle diminue en quoi que ce soit cette prétention, que cette organisation, dis-je, ait pu entrer en compromis avec eux. L'on a cru à des choses bien extraordinaires, mais rien n'atteint la force de ceci: —se figurer que l'Église infaillible allait abandonner ce qui a été déclaré faire partie intégrante de sa foi, dans le but de s'unir aux anglicans el aux calvinistes pour la défense commune du christianisme. « Ils ont appris maintenant qu'il est illusion de supposer que Rome cherche à sauver une partie en sacrifiant Île reste, et le plus tôt ils sortiront de leur rêve illusoire, le mieux ce sera pour eux. »

                          LE   GLOBE

L’Encyclique de Unilate que le Pape vient de publier, diffère par la forme comme par le fond de l'appel qu'il fit l’année dernière aux Anglais chrétiens. Celui-ci s'adressait à tous ceux qpi avaient reçu le baptème, et les exhortait à prier pour l'unité: la nouvelle Encyclique s'adresseseulement «aux patriarches primats, archevêèques etévêques qui sont en paix et en communion avec le Saint-Siège ». L'on doit -ebserver que Léon XIII ne dit rien concernant la validité des Ordres 794 REVUE ANGLO-ROMAINE

anglicans, et il se peut encore, bien que cela soit peu probable, qu'i arrive à une décision favorable. Mais, même dans ce cas, je ne vois pas trop en quoi serait avancée la cause de la Réunion, telle qu'elle est comprise par Lord Halifax et ceux qui sympathisent avec lui. Comme il a été souvent démontré, Rome ne discute pas la validité des ordres grecs ; mais l'Eglise grecque est néanmoins considérée comme schismatique, et Canterbury ne saurait tenir un meilleur rang que Constantinople. L'ancienne et invariable politique de la Papauté à l'égard des chrétiens qui n’admettent pas la suprématie romaine, est confirmée à nouveau dans cette Encyclique de la façon la plus claire. N'appar- tient pas à l'Eglise cathalique « celui qui s'écarte un tant soit peu d’un seul point de la doctrine proposée par le « magisterium » auto- ritaire de l'Eglise. » C'est-à-dire, que les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'infaillibilité du Pape lient la conscience chrétienne au même titre que les propositions de l'Acte des apôtres. En même temps, les évêques qui, sciemment, se séparent de saint Pierre et de ses successeurs « sont privés du droit et du pouvoir de gouverner », et deviennent une « foule sans loi ni ordre ». Cela étant, il est clair qu'aucune déclaration concernant la validité des Ordres ne peut en aucune façon influencer le côté pratique de ta question de la Réunion. Les termes de la réconciliation restent ce qu'ils ont toujours été : une entière soumission à Rome, et cette sou- mission est réclamée des Grecs et des anglicans aussi bien que des luthériens, des méthodistes et des quakers. Ainsi que le fait observer le cardinal Vaughan, dans son commen- taire sur l'Encyclique, les paroles du Pape devraient chasser « ces théories vagues et brumeuses qui ne sont riches que d'espérances illusoires ». LA WESTMINSTER GAZETTE

M. Gladstone est décidément venu trop tard pour détourner cette Encyclique fatale. Car elle est vraiment fatale pour tous les rêves plus ou moins vagues de réunion et de rentrée en communion avec Rome. Lord Halifax est, ou devrait être, tout aussi désabusé que l'abbé de Zola quand il alla à Rome dans la pieuse espérance d'an catholi- cisme plus libéral. Suivant Léon XIII, it n’est pas d'autre terrain de réconciliation que la soumission. « Qu'ils ne refusent pas d’obéir à notre charité paternelle. Ceux qui reconnaissent le. Christ, doivent le reconnaitre complètement et en entier. » — « Le reconnaître com- plètement et en entier », signifie d’après le Pape, reconnaitre l’auto- rité du Souverain Pontife. Que ceux qui ne font pas partie du trou- peau, dit l'Encyclique dans un passage assez curieux, « comprennent bien qu'ils ne peuvent en aucune façon compter au nombre des enfants de Dieu, tant qu'ils ne considèrent pas Jésus-Christ comme leur frère el l'Eglise comme leur mère ». S'il fallait prendre ces mots à la lettre, la parenté de l'Eglise serait même, dans l'opinion de Léon XIIL la plus impérieuse et la plus autoritaire des deux parenté DOCUMENTS

                    DIRIGE SOLENNEL'

                                CÉLÉBRÉ


    EN    LA   CATHÉDRALE SAINT-PAUL DE                LONDRES


                         le 8 seplembre 1559


                  POUR LE ROI DE FRANCE HENRI II

Quelques mois après l'avènement de la reine Élisabeth, Henri IL, roi de France, mourut et la Reine ordonna qu'un service funèbre solennel füt célébré pour lui à la cathédrale de Saint-Paul. Le Prayer-Book, récemment mis en usage, ne renfermait aucune indication pour un service de ce genre. I existait toutefois un autre livre qui est peu connu aujourd’hui et qui avait été autorisé pour l'usage de l'Église d'Angleterre au temps d'Henri VIII. Ce livre connu sous le nom de Primer fut publié à nouveau avec quel- ques modifications en 1559, et c'est de lui que fut tiré le Dirige dont on se servit en cette occasion. Ileylin a donné de ce curieux service la descrip- tion suivante : « And thongh the Queen had just cause to be offended with the young kiug Francis, for causing the Queen of Scots, his wife, to take upon her- self the title and urms of England, yet she resolved to bestow a royal vbsequy on the king deceased, which was performed in St-Paul’s Church on the 8t* aud 91% of September, in most solemn manner, with a rich hearsé made like an imperial Crown, sustained with right pillars, and covered with black velvet, with a vallance friuged with gold, and richlyÿ hanged with scuteheous, pennons, and banners of French King's Arms. The

1 Dirige est le premier mot de la première antienne des Matines pro defunctis On s’en servait autrefois communément en Angleterre pour désigner l'office des morts. Nous sommes redevables du texte de ce Dirige, ainsi que des observations qui le précédent, au Rev. G.-H. Ross-Lewin, chanoine honoraire de Durham. REVUE ANULO-ROMAINE. == T, ll, == 45 106 | REVUE ANGLO-ROMAINE principal mourner for the first day Was the Lord Treasurer Paulet, Mar- quess of Winchester, assisted with ten other Lords mourners, with all the heralds in black, and their coal-armours uppermost. The divine offices performed by Doctor Matthew Parker, Lord elect of Canterbury, Doctor William Barlow, Lord elect of Chichester, and Doctor John Scorr. Lord elect of Hereford, all sitting in the throne of the Bishop of London. no otherwise than at thattime in hoods and surplices: by whom the Dirige was executed at that time in the english tongue; the funeral sermon preached the next morning by the Lord of Hereford, and a communion celebrated by the Bishops, then attired in copes upon their surplices. At which six of the chief mourners received the Sacrament. and so departed with the rest to the Bishop's Palace. where a very liberal entertainment was provided for them. By which magnificency and the like this prudent Queen not only kept her our reputation at the highest amongof foreign Princes, but caused the greater estimation to be had br the Catholic party of the religion here established.{ » Le texte qu'on va lire est tiré de l'ouvrage portant la titre suivant:

THE PRIMER SET FORTH AT LARGE WITH MANY GODLY AND DEVUUT PRAYERS.

                                 Anno 1559.

                   TImprinted at London by the assigns of

                               John Wayland.




                             THE DIRIGE

                   Dilezi quonsam exaudi. Psalm. cxvI.

P. The land and praise of God, through whose benefits we be preserve in adversity. l'have loved, for the Lord will hear the voice of my prayer, etc.

              _        Beaius qui intelligit. Psalm xx.

P. Happy is he that hath compassion upon the poor, whom Gœ delivereth from his enemies, and preserveth everlastingly. Blessed is he that considereth the needy, etc.

             Lauda anima mea Dominum. Psalm. cxcvi.

Praise the Lord, O my soul, etc. Lord, give thy prople eternal rest, And light perpetual shine on them.

1 Heyuin, Ecclesia Restaurata, vol, TL, p. 305. Reprinted by the Ecclesiastical History Society, Cambridge, 1849. DIRIGE SOLENNEL 107

          From the gales of hell,
              Lord, deliver their souls.
          1 trust to see the goodness ofthe Lord
               In the land of life.
          Lord, hear my prayer;
              And let my cry come to thee.
                             Let us pray.

O God, whose nature and property is ever to have mercy and to forgive, receive our humble petition, and though we be ied and bound with the chain of our sias, yet let the pitifulness of thy great mercy loose us, for the honour of Jesu Christ's sake our mediator and advocate. Amen. We beseech thee, o Lord, to show upon us thine exceeding great mercy, which no tongue can worthily express, and that it may please îbee to deliver us from all our sins, and also from the pains that we have for them deserved. Grant this, O Lord, through our mediator and advocate Jesu Christ. Amen. .

                    Verba mea auribus. Psalm v.*

P. The godly person desireth to be defended of God, that the intents of his adversaries may be stopped, and that the goodness of God may be shewed among the godly. Lord give ear unto my words, understand my clamour, etc,

              Dominus tlluminatio mea. Psalm. xxvir.

P. The goodness of God towards his people, whereby they be en- couraged to trust in God, notwithstanding their adversaries, to rejoice in his aid, and to magnify him. The Lord is my light, and my health : whom shall I fear, etc.

                Quemadmodum desiderat. Psalm. xvtr.

P. The godiy man is vexed with them that blaspheme God's reli- gion, and being pensive with fervent complaint openeth his heart to God. Even as the hart longeth aften the fountains of waters, etc.

                             The Anthem.

1 trust to see the goodness of the Lord in the land of the living. Lord grant thy people everlasting rest,

1 We give the first verse onloy of each Psalm. In tho original they are printed at full length. 708 REVUE ANGLO-ROMAINE

        And let thy everlasting light shine ou them.
        Our Father, etc.
        And lead us not into temptation,
        Bul deliver us from evil.
                 The first lesson. Job x. [$ 13 |

                           The Anthem.

! know that my Redeemer liveth, and that I the last day shall rise from the earth, and shall be clad again with mine own skin, and in mine own flesh { shall see God, whom I myself shall see, and mise eyes shall loove upon, and none other; this hope is laid up in bosom.

             The second lesson. John v. [24-30.]
               The Authem I Thess. 1v. [13-15]

Brethren, we would not that ye should be ignorant as concernisg them which are fallen asleep, that ye sorrow nol as others do which have no hope. For if we believe that Jesus died and rose again ; even so them which sileet with Jesus God shall bring with him. 1. Cor. xv. (54-56.] The 11 lesson.

                           The Anthem.

Deliver me, good Lord, from eternal death in that dreadfui dar. when the heaven and earth shall be moved, and thou shall judge the world by fire: This day is the day of ire, of wertchedness and mises. the great day and very bitter. Deliver not Lo beasts, o Lord, the souls of them that confess thee, and forget not at length the souls ofths poor people.

                Erattabo te Domine. Psatin. XxIX.

P. Thanks given for health recovered. The goodness of God à praised who for a little adversity sendeth much comfort. I will exait thee, o Lord, for thou hast defended me, e{c.

                Ego diri. Psalm. Esaie, xxxvnI.

P. Thanks for the recovery of health, 1 said in the midst of my days I shall gotothe gates of hell, rte.

               In te Domine speravi. Psaim. Lxx.

P. Unto God is our only refuge: we must pray to him, and it him put all our trust, and him praise and magnify. ln thee o Lord, have 1 put my trust; let me never be confuur- ded, etc, DIRIGE SOLENNEL : 709

                           The Anthem.

Tam the Resurrection and Life: he that believeth in me, yea, although he were dead, yet he shall live; and whosoever liveth and believeth in me, shall not see everlasting death.

        Lord, have mercy upon us,
            Christ, have mercy upon us,
        Lord, have mercy upon us.

        Our Father, etc.
            And lead us not into temptation,
        But deliver us from evil,
            Lord, give thy people eternal rest,
       And light perpetual shine on them.
            I trust tho see the goodness of the Lord
       In the land of the living.
            Lord hear my prayer
       And let my cry come to thee.

O God, which by the mouth of S. Paul thine apostle hast laught us not to wail for them that sleep in Christ, grant, we beseech thee, that in the coming of thy Son our Lord Jesu Christ both we, and all other faithful people being departed, may be gloriously broughtunto the joys everlasting. Which shall come to judge the quick and dead, and the world by fire, Amen. Almighty, eternal God, to whom there is never any prayer made without hope of mercy, be merciful to the souls of thy servants, being departed from this world in the confession of thy mame, that they may be associate to the company of thy saints, Through Christ our Lord. Ame Lord, bow thine ears unto our prayers, wherein we devoutly call upon thy mercy, that thou wilt bestow the souls of thy servants, which thou hast commanded to depart from this world, in {he coun- try of peace and rest, and cause them to be made partners with thy holy servants. Through Christ our Lord. Amsn. SS. D. N. LEONIS PAPÆ XIII

                            EPISTOLA   ENCYCLICA




       DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA

Venerabilibus Fratribus Patriarchis, Primatibus, Archiepiscopis el Epis- copis catholici orbis universis graliam et communionem cum Apostolica Sede habentibus.

                               LEO PP. XIII



                            Venerabiles Fratres,

                   Salutem et apostolicam Benedictionem.



                                {Suite et fin)

Eorum vim bonorum mirabiliter, uti solet, persecutus est Augus- tinus pluribus locis maxime vero ubi Ecclesiam catholicam appellt lis verbis : « Tu pucriliter pueros, fortiter juvenes quiete senes, prout cujusque non corporis tantum, sed et animi ætas est exerces ac doces. Tu feminas viris suis non ad explendam libii- A

    nem, sed ad propagandam prolem, et ad rei familiaris societsten,

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    casta et fideli obedientia subjicis. Tu viros conjugibus, non ad il

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    dendum imbecilliorem sexum sed sinceri amoris legibus præficis.
    Tu parentibus filios libera quadam servitute subjungis, parente

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    filiis pia dominatione præponis... Tu cives civibus, tu gentes ger-

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    tibus, et prorsus homines primorum parentum recordatione, nf
    societate tantum, sed quadam etiam fraternitate conjungis. Docs

OR

    reges prospicere populis, mones populos se subdere regibus. Qui-

OR OR

    bus honor debeatur, quibus affectus, quibus reverentia, quibuf
    timor, quibus consolatio, quibus admonitio, quibus cohortalio,
    quibus disciplina, quibus objurgatio, quibus supplicium, sedule

HR LEONIS PAPÆ XII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA 744

             doces ; ostendens quemadmodum et non omnibus omnia, et omni-
             bus caritas, et nulli debeatur injuria‘. » — « Idemque alis loco
            male sapientes reprehendens politicos philosophos: Qui doctri-
            nam Christi adversam dicunt esse reipublicæ, dent exercitum ta-
            lem, quales doctrina Christi esse milites jussit, dent tales provin-
            ciales, tales maritos, tales conjuges, tales parentes, tales filios,
            tales dominos, teles servos, tales reges, tales judices, tales de-
            nique debitorum ipsius fisci redditores et exactores, quales esse
            præcipit doctrina christiana, et audeant eam dicere adversam
            esse reipnblicæ, immo vero non dubitent eam confiteri magnam,
            si obtemperetur, salutem esse reipublicæ? ».

R R AR ARAR R

Fuit aliquando tempus, cum evangelica philosophia gubernaret civitates; quo tempore christianæ sapientiæ vis ill et divina virtus in leges, instituta, mores populorum, in omnes reipublicæ ordines rationesque penetraverat : cum religio per Jesum Christum instituta in e0, quo æquum erat, dignitatis gradu firmiter collocata, gratia principum legitimaque magistratuum tutela ubique floreret : cum sacerdotium atque imperium concordis et amica officiorum vicissitudo auspicalo conjungeret. Eoque modo composita civitas fructus tulit omani opinione majores, quorum viget memoria et vigebit innumere- bilibus rerum gestarum consignata monumentis, quæ nulla adversa- riorum arte corrumpi aut obscurari possunt, — Quod Europa chris- tiana barbaras gentes edomuit easque a feritate ad mansuetudinem, a superstitione ad veritatem traduxit: quod Mahometanorum ineur- siones victrix propulsavit : quod civilis cultus principatum retinuit, et ad omne decus humanitatis ducem se magistramque præbere cæteris consuevit: quod germanam libertatem eamque multiplicem gratificata populis est: quod complura ad miseriarum solatium sapientissime instituit, sine controversia magnam debes gratiam religioni, quam ad tantas res suscipiendas habuit auspicem, ad perficiendas adjutricem. — Mansissent profecto eadem bona, si utriusque potestatis concordia mansisset: majoraque expectari jure poterant, si auctoritati, si magisterio, si consiliis Ecclesiæ majore esset cum fide perseverantiaque obtemperatum. Illud enim perpetuæ legis instar habendum est, quod Ivo Carnutensis ad Paschalem Il Pontificem maximum perscripsit: « Cum regnum et sacerdotium « inter se conveniunt, bene regitur mundus, floret et frurtificat « Ecclesia. Cum vero inter se discordant, non tantum parvæ res non « crescunt, sed etiam magnæ res miserabiliter dilabuntur %. »

Sed perniciosa illa ac deploranda rerum novarum studia, quæ sæculo XVI excitata sunt, cum primum religionem christianam mis- cuissent, mox naturali qaodam itinere ad philosophiam, a philoso- phia ad omnes civilis communitatis ordines pervenerunt.Ex hoc velut fonte repetenda illa recentiora effrenatæ libertatis capita, nimirum

       1 De moribus Eccl., cap. XXX, n. 63.
       # Epist. CXXX VIII (al. 5.) ad Marcellinum, cap. 1}, n. 15.
       3 Ep. CCXXXVIIL

7142 REVUE ANGLO-ROMAINE in maximis perturbationibus superiore sæculo excogitata in medioque proposita, perinde ac principia et fundamenta novijuris, quod et fuil antea ignotum, et a jure non solum christiano, sed etiam natural plus una ex parte discrepat. — Eorum principiorum illud est maxi- mum, omnes homines, quemadmodum genere naturâque similes intelligantur, ita reapse esse in actiore vitæ inter se pares : unum- quemque ita esse sui juris, ut nullo modo sit alterius auctoritati obnoxius: cogitare de re qualibet quæ velit, agere quod lubeal,libere posse: imperandi aliis jus esse in nemine. His informata disciplinis societate, principatus non est nisi populi voluntas, qui ut in sui ipsius unice est potestale, ita sibimetipsi solus imperat: deligit autem, quibus se committat, ila tamen utimperii non tam jus, quam munus in eos transferat, idque suo nomine exercendum. In silentio jacet dominatio divina, non secus ac vel Deus aut nullus esset, aut humani generis societatem nihil curaret; vel homines sive singuli sive sociati nihil Dev deberent, vel principatus cogitari posset ullus cujus non in Deo ipso causa et vis et auctoritas lola resideat. Quo modo, ut perspicitur, est respublica nihil aliud nisi magistra et gubernatrix sui multitudo : cumque populus omnium jurium omnis- que poleslatis fontem in se ipso continere dicatur, consequens erit, ut nulla ratione officii obligatam Deo se civitas putet: ut religionem publice profiteatur nullam ; nec debeat ex pluribus quæ vera sols sit, quærere, nec unam quamdam cæteris anteponere nec uni maxime favere, sed singulis generibus æquabilitatem juris tribuere ad eum finem, dum disciplina reipublicæ ne quid ab illis detrimenti capiat. Consentaneum erit, judicio singulorum permittere omnem de reli- gione quæstionem ; licere cuique aut sequi quam ipse malit, aut omnino nullam, si nullam probet. Hinc profecto illa nascuntar: exlex uniuscujusque conscientiæ judicium ; liberrimæ de Dea colendo, de non colendo, sententiæ; infnita tum cogitandi, tum cogitata publicandi licentia.

His autem positis, quæ maxime probantur hoc tempore, funda- mentis reipublicæ, facile apparet, quem in locum quamque iniquum compellatur Ecclesia.— Nam ubi cum ejusmodi doctrinis actio rerum consentiat, nomini catholico par cum societatibus ab eo alienis vel etiam inferior locus in civitate tribuitur : legum ecclesiasticarum nulla habetur ratio : Ecclesia, quæ jussu mandatoque Jesu Christi docere omnes gentes debet, publicam populi institutionem jubetur nihil attingere. — De ipsis rebus, quæ sunt mixti juris, per se sta- tuunt guhernatores rei civilis arbitratu suo in eoque genere sanclis- simas Ecclesiæ leges superbe contemnunt. Quare ad jurisdictionem suam trahunt matrimonia christianorum, decernendo etiam de mari- tali vinculo, de unitate, de stabilitate conjugii : movent possessiones clericorum, quod res suas Ecclesiam tenere posse negant. Ad sum- mam, sic agunt cum Ecclesia ut societatis perfectæ genere et juribus apinione detractis, plane similem habeant cæterarum communitatum®. quas respublica continet : ob eamque rem si quid illa juris, si quid possidet facullatis ad agendum legitimæ, possidere dicitur concesst LEONIS PAPÆ XIII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CARISTIANA 713 beneficioque principum civilatis. — Si qua vero in republica suum Ecclesia jus, ipsis civilibus legibus probantibus, teneat, publiceque inter utramque potestatem pactio aliqua facta sit, principio clamant, dissociari Ecclesiæ rationes a reipublicæ rationibus oportere ; idque eo consilio, ut facere contra interpositam fidem impune liceat, om- niumque rerum habere, remotis impedimentis, arbitrium.— Id vero cum patienter ferre EÉcclesia non possit, neque enim potest officia deserere sanclissima et maxima, omninoque postulet, ut obligata sibi fides integre religioseque solvatur, sæpe sacram inter ac civilem potestatem dimicationes nascuntur, quarum ille ferme est exitus, alteram, ut quæ minus est opibus humanis valida, alteri ut validiori succumbere.

Ita Ecclesiam, in hoc rerum publicarum statu, qui nunc a ple- risque adamatur, mos et voluntas est, aut prorsus de medio pellere, aut vinctam adstrictamque imperio tenere. Quæ publice aguntur, eo consilio magnam partem aguntur. Leges, administratio civitatum, expers religionis adolescentium institutio, spoliatio excidiumque erdinum religiosorum, eversio principatus civilis Pontificum roma- norum, huce spectant omnia, iucidere nervos institutorum christiano- rum, Ecclesiæque catholicæ et libertatem in angustum deducere, et jura cætera comminuere.

Ejusmodi ne regenda civitate sententias ipsa naturalis ratio con- vincit, a veritate dissidere plurimum. — Quidquid enim potestatis usquam est, a Deo tamquam maximo augustissimoque fonte profi- eisei, ipsa natura testatur. Imperium autem populare, quod, nullo ad Deum respectu, in multitudine inesse natura dicitur, si præclare ad suppeditendum valet blandimenta et flammas multarum cupidi- tatum, nulla quidem nititur ratione probabili neque satis habere virium potest ad securitatem publicam quietamqueordinis constan- tiam. Revers his doctrinis res inclinavere usque eo, ut hæc a pluri- bus tamquam lexin civili prudentia sanciatur, seditiones posse jure conflari. Valet enim opinio, nihilo principes pluris esse, quam delec- tos quosdam, qui voluntatem popularem exequantur : ex quo fit, quod necesse est, ut omnia sint pariter cum populi arbitrio muta- bilia, et timor aliquis turbarum semper impendeat.

De religione autem putare, nihi inter formas dispares et contrarias interesse, hunc plane habet exitum, nolle ullam probare judicio nolle usu. Atqui istud ab atheismo, si nomine aliquid differt, re nihil differt. Quibus enim Deum esse persuasum est, ii modo cons- tare sibi nec esse perabsurdi velint, necessario intelligunt, usitatas is cultu divino rationes, quarum tanta est differentia maximisque etiam de rebus dissimilitudo et pugna, æque probabiles, æque bonas, æque Deo acceptas esse omnes non posse.

Sic illa quidlibet sentiendi litterarumque formis quidlibet, expri- mendi facultas, omni moderatione posthabita, non quoddam est propria vi sua bonum, quo societas humana jure lætetur : sed multo- 714 REVUE ANGLO-ROMAINE

rum malorum fons et origo. — Libertas, ut quæ virtus est hominem perficiens, debet in eo quod verum sit, quodque bonum, versari: boni autem verique ratio mutari ad hominis arbitrium non potesi, sed manet semper eadem, neque minus est quam ipsarerum natura, incommutabilis. Si mens adsentiatur opinionibus falsis, si malum voluntas adsumat et ad id se applicet, perfectionem sui neutra con- sequitur, sed excidunt dignitate naturali et in corruptelam ambæ de- lsbuntur. Quæcumque sunt igitur virtuti veritatique contraria, ea in luce atque in oculis hominum ponere non est æquum : gratia tule- lave legum defendere, multo minus. Sola bene acta vita via estin cœælum quo tendimus universi : ob eamque rem aberrat civitas a regula et præscriptione naturæ, si licentiam opinionum praveque factorum in tantum lascivire sinat, ut impune liceat mentes a veri- tate, animos à virtute deducere. Ecclesiam vero, quam Deus ipse constituit, ab actione vitæ excludere, a legibus, ab institutione adolescentium societate } domestica, magnus et perniciosus es! error.

Bene morata civitas esse, sublata religione non potest : jamque plus fortasse quam oporteret, est cognitum, qualis in se sit et quor- sum pertineat illa de vita et moribus philosophia, quam ctrilem no- minant. Vera est magistra virtutis et morum custos Ecclesia Christi; ea est, quæ incolumia tuetur principia, unde officia ducuntur, pro- positisque causis ad honeste vivendum efficacissimis, jubet non so- lum fugere prave facta, sed regere motus animi rationi contrarios etiam sine effectu. — Ecclesiam vero in suorum officiorum munere potestati civili velle esse subjectam, magna quidem injuria, magna temeritas est. Hoc facto perturbatur ordo, quia quæ naturalia sunt præponuntiur iis, quæ sunt supra naturam : toilitur aut certe magno- pere minuitur frequentia bonorum, quibus, si nulla re impediretur. communem vitam Ecclesia compleret: prætereaque via ad inimici- tias munitur et certamina, quæ quantam utrique reipublicæ per- niciem afferant, nimis sæpe eventus demonstravit. Hujusmodi doctrinas, quæ nec humanæ rationi probantur, et plu- rimum habent in civilem disciplinam momenti, romani Pontifices decessores Nostri, cum probe intelligerent quid a se postuiaret apos- tolicum munus, impune ahire nequaquam passi sunt. Sic Grego- rius XVI per Enceyclicas litteras hoc initio Mrari vos die XV Augusti anno MDCCCXXXII, magna sententiarum gravitate ea perculit, quæ jam prædicabantur, in cultu divino nullam adhibere delectum opor- tere : integrum singulis esse quod malint, de religione judicare: solam cuique suam esse conscientiam judicem: præterea edere quæ quisque senserit, ilemque res moliri novas in civitate licere. De ra- tionibus rei sacræ reisque civilis distrahendis sic idem Pontifex : « Neque Iætiora et religioni et principatui ominari possemus ex « eorum votis, qui Ecclesiam a regno separari, mutuamque imperi « cum sacerdotio concordiam abrumpi discupiunt. Constat quippe « pertimesci ab impudentissimæ libertatis amatoribus concordiam « illam, quæ semper rei et sacræ et civili fausta extitit et salutaris. » LÉONIS PAPÆ XIII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA 745

Non absimili modo Pius IX, ut sese opportunitas dedit, ex opinio- nibus falsis, quæ maxime valere cœpissent, plures notavit eas- demque postea in unum cogi jussit, ut scilicet in tanta errorum col- luvione haberent catholici homines, quod sine offensione seque- rentur !. Ex ïis autem Pontificum præscriptis illa omnino intelligi necesse est, ortum publicæ potestatis a Deo ipso, non a multitudine repeli oportere : seditionum licentiam cum ratione pugnare : officia reli- gionis nullo loco numerare, vel uno modo esse in disparibus generi- bus affectos, nefas esse privatis hominibus, nefas civitatibus : immo- deratam sentiendi sensusque palam jactandi potestatem non esse in civium juribus neque in rebus gratia patrocinioque dignis ulla ratione ponendam. — Similiter intelligi debet, Ecclesiam societatem esse, non minus quam ipsam civitatem, genere et jure perfec- tam : neque debere, qui summam imperii teneant committere ut sibi servire aut subesse Ecclesiam cogant, aut minus esse sinant ad suas res agendas liberam, aut quicquam de ceteris juribus detrahant, quæ in ipsam a Jesu Christo collata sunt. — In negotiis autem mixti juris, maxime essé secundum naturam itemque secundum Dei consi- lia non secessionem alterius potestatis ab altera, multoque minus contentionem, sed plane concordiam, eamque cum causis proximis congruentem, quæ utramque societatem genuerunt, Hæc quidem sunt, quæ de constituendis temperandisque civitati- bus ab Ecciesia catholica præcipiuntur. — Quibus tamen diclis decre- tisque si recte dijudicare velit, nulle per se reprehenditur ex variis reipublicæ formis, ut quæ nihil labent, quod doctrinæ catholicæ repugnet, ædemque possunt, si sapienter adhibeantur et juste, in optimo statu tueri civitatem. — Immo neque illud per se reprehen- ditur, participem plus minus esse populum rei publicæ : quod ipsum cerlis in temporibus certisque legibus potest non solem ad utilita- tem, sed etiam ad officium pertinere civium. — Insuper neque causa justa nascitur, cur Ecclesiam quisquam criminetur, aut esse in leni- tate facilitateque plus æquo restrictam, aut ei, quæ germana et legi- tima sit, libertati inimicam. — Revera si divini cultus varia genera eodem jure esse, quo veram religionem, Ecclesia judicat non licere, non ideo tamen eos damnat rerum publicarum moderatores, qui, magni alicujus adipiscendi boni, aut prohibendi causa mali, mori- bus atque usu patienter ferunt, ut ea habeant singula in civitatem

4 Earum nonnullas indicare sufficiat. Prop. XIX. — Ecclesia non est vera perfectaque societas plane libora, nec poi- let suis propriis et constantibus juribus sibi a divino suo Fundatore collatis, sed civilis potestatis est definire quæ sint Ecclesiæ jura ac limites, intra quos eadem jura erercere queat. Prop. XXXIX. — Reipublicæ status, utpote omnium jurium origo et fons, jure quodam pollet nullis circumseripto limitibus. Prop. LV. — Ecclesia a Statu, Statusque ab Ecclesia sejungendus est. Prop. LXXIX. — . Falsum est, civilem cujusque cultus libertatem, itemque pierum publiceque manifestandi, conducere ad populorum mores animosque faci- lius corrumpendos, ac indifferentismi pestem propagandam. 716 REVUE ANGLO-ROMAINE

locum. — Atqueillud quoque magnopere cavere Ecclesia solet ut ad amplexandam fidem catholicam nemo invitus cogatur, quia, quod sapienter Augustinus monet, credere non potest homo nisi rolens ‘. Simili ratione nec potest Ecclesia libertatem probare eom, quæ fastidium gignat sanctissimarum Dei legum, debitamque potestati legitimæ obedientian exuat. Est enim licentia verius, quam liberlas: rectissimeque ab Augustino Zberfas perditionis * a Petra Apostolo relamen malitiæ * appellatur: immo, cum sit præter rationem, vera servitus est : gui, enim, factf peccalum, servus es peccati*. Contra illa germana est atque expelenda libertas, quæ si privatim spectetur, erroribus et cupiditatibus, teterrimis dominis, hominem servire non sinit : si publice, civibus sapienter præest, facultatem augendorum commodorum large ministrat : remque publicam ab alieno arbitrio defendit. — Atqui honestam hanc et homine dignam libertatem Ecclesia probat omnium maxime eamque ut tueretur in populis fir- mam atque integram, eniti et contendere nunquam destitit. Revera quæresin civitate plurimum ad communem salutem pos- sunt : quæ sunt contra licentiam principum populo male consulen- tium utiliter institutæ : quæ summam rempublicam vetant in muni- cipalem, vel domesticam rem importunius invadere : quæ valent ad decus, ad personam hominis, ad æquabilitatem juris in singulis civibus conservandam, earum rerum omnium Ecclesiam catholicam vel inventricem, vel auspicem, vel custodem semper fuisse, supe- riorum ætatum monuments testantur. Sibi igitur perpetuo consen- liens, si ex altera parte libertatem respuit immodicam, quæ et priva- tis et populis in licentiam vel in servitutem cadit, ex altera volens et libens amplectitur res meliores quas dies aflerat, si vere prosperila- tem contineant hujus vitæ, quæ quoddam est velut stadium ad alte- ram eamque perpetuo mansuram. Ergo quod inquiunt Ecclesiam recentiori civitatum invidere disci- plinæ, et quæcumque horum temporum ingenium peperit, omnia promiscue repudiare, inanis est et jejuna calumnia. Insaniam qui- dem repudiat opinionum: improbat nefaria seditionum studia, illumque nominatim habitum animorum, in quo initia perspiciuntur voluntarii discessus a Deo : sed quia omne, quod verum est, a Deo proficisci necesse est, quidquid, indagando, veri attingatur, agnoscit Ecclesia velut quoddam divinæ mentis vestigium. Cumque nihil sil in rerum natura veri, quod doctrinis divinitus traditis fidem abroget, multa quæ adrogent, omnisque possit inventio veri ad Deum ipsum vel cognoscendum vel laudandum impellere, idcirco quidquid acce- dat ad scientiarum fines proferendos, gaudente et libente Ecclesia semper accedet : eademque studiose, ut solet, sicutalias disciplinas, ita illas etiam fovebit ac provehet, quæ positæ sunt in explicatione naturæ. Quibus in studiis, non adversatur Ecclesia si quid mens

. * Tract. XXVI, in Joan, n.2. 2 Epist, CV., ad Donatistas, cap Il, n. 9. A1. Petr. Il 16. 4 Joan., VIII, 34, LEONIS PAPÆ XHT ENCYCLICA DE CIVITATUXM CONSTITUTIONE CHRISTIANA ‘717 Li

repererit novi : non repugnat quin plura quærantur ad decus com- moditatemque vilæ; imino inertiæ desidiæque inimica, magnopere vult ut hominum ingenia uberes ferant exercitatione et cultura fruc- tus: incitamenta præbet ad omne genus artium atque operum : omniaque harum rerum studia ad honestatem salutemque virtute sua dirigens, impedire nititur, quominus a Deo bonisque cœælestibus : à 53 sus hominem intelligentia atque industria deflectat. Sed hæc, ta- 3 ”

metsi plena rationis et consilii, minus probantur hoc tempere, cum "

                                                                             ä




                                                                        a

civitates non modo recusant sese ad christianæ sapientiæ referre Ê

                                                                        EN

formam, sed etiam videntur quotidie longius ab ea veille discedere. -

                                                                        Là
                                                                        4

— Nihilominus qui a in lucem prolata veritas solet sua sponte late ee .4 fluere, hominumque mentes sensim pervadere, idcirco Nos conscien- -# tia maximi sanctissimique officii, hoc est Apostolica, ‘qua fungimur ad gentes universas, legatione permoti, ea quæ vera sunt, libere, ut

                                                                         ni

debemus, eloquimur : non quod non perspectam habeamus ratio- nem temporum, aut repudianda ætatis nostræ honesta aique utilia inerementa putemus, sed quod rerum publicarum tutiora ab cffen-

                                                                         ii

sionibus itinera ac firmiora fundaments vellemus: idque incolumi pepulorum germana libertate: in hominibus enim mater et custus optime libertatis veritas est: Veritas liberabit vos !. ltaque in Lam difficili rerum cursu, catholici homines, si Nos, ut oportet, audierint, facile videbunt quæ sua cujusque sint tam in opiniontibus quam in faclis officia, — Et in opinando quidem, quæcumque Pontifices Romani tradiderint vel tradituri sunt, sin- gula necesse est et tenere judicio stabili comprehensa, et palam, quoties res postulaverit, profiteri. Ac nominatim de iis, quas Æsbertales vocant novissimo tempore quæsitas, oportet Apostolicæ Sedis stare judicio, et quod ipsa senserit, idem sentire singulos. Cavendum ne quem fallat honesta illarum species: cogitandumque quibus ortæ initiis, et quibus passim sustententur atque alantur studiis. Satis jem est experiendo cognitum, querum illæ rerum effectrices sint in civitate :eos quippe passim genuere fructus, quorum probos virosetsa- pientes jure pœniteat, — Si talis alicubi aut reapse sit aut fingatur co- gitatione civitas, quæ christianum nomen insectetur proterve ettyran- nice, cum eaque conferatur genus id reipublicæ recens, de quo loqui- mur, poterit hoc videri tolerabilius. Principia tamen, quibus anititur, sunt profecto ejusmodi, sicut ante diximus, ut per seipsa probari ne- inini debeant.

Potest tamen aut in privatis domesticisque rebus, aut in publicis actio versari. — Privatim quidem primum officium est, præceptis evangelicis diligentissime conformare vitam et mores, nec recusare si quid christiana virtus exigat ad patiendum tolerandumque paulo difficilius. Debent præterea singuli Ecclesiam sic diligere, ut com- munem matrem : ejusque et servare obedienter leges, et honori ser- vire, et jura salva velle : conarique, ut ab iis, in quos quisque ali- quid auctoritaie potest, pari pietate colatur atque ametur. — Illud

1 Joan, VII, 32. 748 REVUE ANGLO-ROMAINE

etiam publicæ salutis interest, ad rerum urbanarum administratio- nem conferre sapienter operam : in eaque studere maxime el efficere. ut adolescentibus ad religionem, ad probos mores informandis ea ratione, qua æquum est christianis, publice consultum sit : quibus ex rebus magnopere pendet singularum salus civitatum. Item catholicorum hominum operam ex hoc tamquam angustiore campo longius excurrere, ipsamque summam rempublicam complecti generatim utile est atque honestum. Generatim eo dicimus, quia hæe præcepte Nostra gentes universas attingunt. Ceterum potest alicubi accidere, ut maximis jutissimisque de causis, rempublicam capessere, in muneribusque politicis versari, nequaquam expediat. Sed geners- tim, ut diximus, nuliam velle rerum publicarum partem attingere tam esset in vitio, gnam nihil ad communem utilitatem afferre studii, nihiloperæ : eo vel magis quod catholici homines ipsius, quam pro- fitentur, admonitione doctrinæ, ad rem integre et ex fide gerendam impelluntur. Contra, ipsis otiosis, facile habenas accepturi sunt ii, quorum opiniones spem salutis haud sane magnam afferant. ldque esset etiam cum pernicie conjunctum christiani nominis : proplerea quod plurimum possent qui male essent in Ecclesiam animati; mini- mum, qui bene. Quamobrem perspicuum est, ad rempublicam adeundi causam esse justam catholicis; non enim adeunt neque adire debent ob eam causam, ut probent quod est hoc tempore in rerum publicarum rationibus non honestum; sed ut has ipsas ratio- nes, quoad fieri potest, in bonum publieum transferant sincerum atque verum, destinatum animio habentes, sapientiam virtutemque cetholicæ religionis, tamquam saluberrimum succum ac sanguinem, in omnes reipublicæ venas inducere.

Haud aliter actum in primis Ecclesiæ ætatibus. Mores enim et studia ethnicorum quam longissime a studiis abborrebant mori- busque evangelicis: christianos tamen cernere erat in media super- stitione incorruptos semperque sui similes animose, quacumque daretur aditus, inferre sese. Fideles in exemplum principibus, obe- dientesque, quoad fas esset, imperio legum, fundebant mirificam splendorem sanctitatis usquequaque ; prodesse studebant fratribus, vocare ceteros ad sapientiam Christi, cedere tarnen loco atque emori fortiter parati, si honores, si magistratus, si imperia retinere, inco- lumi virtute. nequivissent. Qua ratione celeriter instituta christliana non modo in privatas domos, sed in castra, in curiam, in ipsam regiam invexere. « Hesterni sumus, et vestra omnia implevimus, « urbes, insulas, castella, municipia, conciliabula, castra ipsa, tribus, « decurias, palatium, senatum, forum : » ita ut fides christiana, cum Evangelium publice profiteri lege licuit, non in cunis vagiens, sed adulta et jam satis firma in magna civitatum parte apparuerit.

Jamvero his temporibus consentaneum est, hæc majorum exempla renovari, — Catholicos quidem, quotquot digni sunt eo nomine, primum omnium necesse est amantissimos Ecclesiæ filios et esse et

1 Tertull,, Apol. n. 37. LEONIS PAPÆ XII ENCYCLICA DE CIVITATUM CONSTITUTIONE CHRISTIANA 749

videri velle: quæ res nequeant cum hac laude consistere, eas sine cunctatione respuere: institutis populorum, quantum honeste feri potest, ad veritatis justitiæque patrocinium uti: elaborare, ut consti- tutum naturæ Deique lege modum libertas agendi ne transiliat : dare operan ut ad eam, quam diximus, christianam similitudinem et formam omnis respublica traducatur. — Harum rerum adipiscen- darum ratio constitui uno certoque modo haud commode potest, cum debeat singulis locis temporibusque, quæ sunt multum inter se dis- paria, convenire. Nihilominus conservanda in primis est voluntatum concordia, quærendaque agendorum similitudo. Atque optime utrumque impetrabitur, si præscripta Sedis Apostolicæ legem vitæ singui putent, atque Episcopis obtempserent, quos Spérilus sanctus vosuil regere Ecclesiam Dei ‘.

Defensio quidem catholici nominis necessario postulat ut in profi- tendis doctrinis, quæ ab Ecclesia traduntur, una sit omnium senten- tia,et summa constantia, et hac ex parte cavendum ne quis opinioni- bus falsis aut ullo modo conniveat, aut mollius resistat quam veritas patiatur. De is quæ sunt opinabilia, licebit cum moderatione studioque indagandæ veritatis disputare procul tamen suspicionibus injuriosis, criminationibusque mutuis. Quam ad rem ]ne animorum conjunctis criminandi temeritate dirimatur, sic intelligant universi : integritatem professionis catholicæ consistere nequaquam posse cum opinionibus ad nafuralismum vel rationalismum accedentibus, quarumi summa est tollere funditus instituta christiana, hominisque stabilire in societate principatum, posthabito Deo. — Pariter non licere aliam officii formam privatim sequi, aliam publice, ita scilicet ut Ecclesiæ autorilas in vita privata observetur, in publica respuatur. Hoc enim esset honesta et turpia conjungere, hominemque secum facere digla- diantem, cum contra debeat sibi semper constare, neque nulla in re ullove in genere vitæ à virtute christiana deficere, Verum si quæratur de rationibus mere politicis, de optimo genere reipublicæ, de ordinandis alia vel alia ratione civitatibus, utique de his rebus potest honesta esse dissensio. Quorum igitur cognita cete- roqui pietas est, animusque decreta Sedis Apostolicæ obedienter accipere paratus, iis vitio verti dissentaneam de rebus, quas diximus, sententiam, justilia non patitur: multoque est major injuria, si in crimen violatæ suspectæve fidei catholicæ, quod non semel factum dolemus, adducantur. — Omninoque istud præceptum teneant qui cogitationes suas solent mandare litteris maximeque ephemeridum auctores, In hac quidem de rebus maximis contentione nihil est intestinis concertationibus, vel partium studiis relinquendum loci, sed conspirantibus animis studiisque id debent universi contendere, quod est commune omnium propositum, religionem remque publi- cam conservare, Si quid igitur dissidiorum antea fuit, oportet volun- taria quadam oblivione conterere: si quid temere, si quid injuria actum, ad quoscumque demum ea culpa pertineat; compensandum

Act, XX, 98. 720 HEÉVUE ANGLO-HROMAINE

est caritate mutua, el præcipuo quodam otmmium in Apostolicam Sedem obsequio redimendurm. Hac via dues res præclarissimas catholici consecuturi sunt, alteram, ut adjutores sese impertient Ecclesiæ in conservanda propagandaque sapientia christiana : alteram, ut beneficio maximo afficiant societa- tem civilem, cujus, malarum doctrinarum cupiditatumque causs, magnopere periclitatur salns. Hæc quidem, Venerabiles Fratres, habuimus, quæ universis cathu- lici orbis gentibus traderemus de civitatum constitutione christians, officiisque civium singulorum. Ceterum implorare summis precibus oportet cæleste præsidiwum, orandusque Deus, ut hæc, quæ ad ipsius gloriam communemque humani generis salutem cupimus et conamur, optatos ad exitus idem Ipse perducat, cujus est illustrare hominum mentes, permovere voluntates. Divinorum autem beneficiorum auspicem, et paternæ benevolentiæ Nostræ testem Vobis, Venerabiles Fratres, et Clero populoque universo vestræ fidei vigilantiæque commisso Apostoli- cam Benedictionem peramanter in Domino impertimus.

Datum Romæ apud S. Petrum die { Novembris an. MDCCCLXXXY, Pontificatus Nostri anno octavo.

                                               LEO PP. XHI.




                       Le Direcieur-Gérant :    Fernanp Ponrai.

         PARIS, — IMPRIMERIE F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 7,

4 ANNÉE N° 33 18 JUILLET 1896

                              REVUE

ANGLO-ROMAINE RECUEIL HEBDOMADAIRE

: Tu es Petrus, ot su- Spiritus Sanctus po- per hanc potram suit episcopos re- ædifcabo Ecclesiam gere Ecclesiam Dei. msam ... et tibi dabo claves ACT. xx. 28. MarTTs. xvI. 18-19.

                                                                    {



                              SOMMAIRE :
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Rev. G. Bayvrieco RoBgrTs. Le droit canonique et l'Eglise d'Angleterre. 721 Chronique.— A nos lecteurs. — Une confé- rence à Londres....................... 731 DocunenTs......... Encyclique de S. S.'Léon XIII sur l’Unité de l'Eglise (Texte français).......,.... 741

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                                      1896

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À le considérer seulement comme une branche importante des sciences juridiques, le droit canonique mérite d'attirer la sérieuse attention de quiconque veut étudier la jurisprudence. Envisagé comme un système extérieur de législation qui a exercé, et qui exerce encore une influence plus ou moins puissante sur le gouver- nement temporel, sur les institutions et sur les lois de tout pays chrétien, le droit canon n'exige pas moins l'attention de celui qui se livre à l’élude de l'histoire des sociétés, s’il veut acquérir de son sujet une connaissance complète. C'est qu'en effet, le droit canon a occupé dans l'histoire juridique de l'Europe une place importante. Il n’est pas seulement devenu une partie essentielle des codes mo- dernes, il a enco#@ profondément influencé et modifié, amélioré et complété les institutions de la loi civile. Mettre en lumière l’in- fluence décisive du droit canonique sur la législation matrimoniale dans tous les pays chrétiens, préciser les cas nombreux où il a amé- lioré la loi civile moderne en faisant disparaitre des particularités regrettables, et en introduisant des principes plus conformes au christianisme et à la conscience; dire comment ses décrets — non moins hienfaisants que son esprit — ontcondamné et enfin aboli les coutumes barbares des combats judiciaires et des ordalies: montrer que presque toutes les formalités des Cours laïques qui ont contribué à établir et continuent à maintenir l'ordre dans la procédure judi- ciaire sont empruntées au droit canonique; consiater combien de règlements et d'usages que l’on regarde comme les barrières pro- tectrices de la liberté individuelle, ou la sauvegarde de la propriété privée, dérivèrent d'abord des règlements et des usages des tribu- naux ecclésiastiques: tout cela serait superflu, puisque ce sont au- tant de points incontestés. En Angleterre, en particulier, il suffit d'ouvrir un répertoire de jurisprudence pour constater que, dans des cas très nombreux, les tribunaux ordinaires {he common law courts sont dans la nécessité de recourir au droit canon; les ques- tions de cette nature se présentaient bien plus fréquemment devant REVUE ANGLO-ROMAINE. — T, I. — #46 722 REVUE ANGLO-HOMAINE

les Cours d'équité {4e courts of equity, surlout en matière de legs charitables, de statuts de collèges, chapitres, etc. H en fut ainsi tant que les Cours d'équité ne comprenaient que le tribunal de la chan- cellerie el ses subdivisions; aujourd'hui, tout tribunal peut avoir à traiter des causes d'après les règles de la justice et de l'équité, et, par suite, dans tous les tribunaux, les juges doivent avoir quelque connaissance du droit canon s'ils veulent s'acquitter dignement de leurs graves fonctions. De plus, les fribunaux maritimes ont pour règles principales les lois impériales et canoniques, telles qu'elles existent et sont reconnues en Angleterre, non point, sans doute, en vertu de leur propre valeur, mais grâce à une permission et à une tolérance de la part de la loi nationale ‘ ; aussi, les lois 3 et 4, Vict. c. 65, di posent que le Dean of arches {oflicier ecclésiastique) sera l'assesseur. ou nème le suppléant du juge de la Haute Cour de l'Amirauté dans tous les actes et les procédures de cetie Cour; de même que les avo- cats, délégués et procureurs de la Cour of Arches (Cour ecclésiastique seront compétents pour agir devant la cour de l'Amirauté. Il est donc évident que le droit canon joue encore un râle important, au point de vue purèment légal, comme une branche de la législation de l'Angleterre, même en tenant compte des conditions et des resiric- tions qui s'imposèrent dès le moment où il fut accepté. Mais mon intention immédiate, dans cet article, est de traiter ce sujel en me plaçant au point de vuc ecclésiastique; je pense qu'un aperçu de l'histoire du droit canonique en Angleterre et quelques remarques sur son état actuel, tant juridique que canonique, pourront intéresser les lecteurs de la Revue.

                                  .

Le droit canon en Angleterre est Le résullat d'un déveluppemeut qui dura plusieurs siècles: on peut dire qu'il date du concile de Hertford, tenu le 24 septembre 673, sous la présidence de Théodore, le premier archevèque de loute l'Angleterre. C'est une date méme- rable: car c'était le premier synode de toute l'Église anglaise. Théo- dore présenta à ce concile un livre de canons, recuciilis par Denvs le Petit au vi* siècle. H en choisit dix canons ou capifula, comme convenant spécialement aux besoins de l'Église d'Angleterre. Sur ces dix capitula, neuf furent adoptés, et c'est ainsi que se forma ce qu'on peut appeler le premier code de l'Église anglaise. La période anglo- saxonne fut fécontie en conciles et en collections de canons, bien qu'on n'ait fait aucun effort pour les codifier. Tantôt on faisait dv nouvelles lois; tantôt on remettait en vigueur Îles anciennes. San<

1 Sreraex's, New (ommentaries on the laws of England, t. VE, lis. V. chap. * LE DROIT CANONIQUE Ef L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 123

entrer dans les détails, qu'il suffise d'énumérer : les lois ecclésias- tiques d'Ine, roi des Saxons occidentaux (688 et 693) ; les sentences ecclésiastiques du roi Wihtred (696: ; les « exceptions » d'Ecgbrih {740) : les canons de Cuthbert à Cloves-hoo (747); les canons des légats à Cealchythe {785} ; les canons de Cloves-hoo (803); ceux de Cealchvihe (816); les lois ecclésiastiques du roi Alfred {877}; d'Alfred et Gunthrun (8781; du roi Ethelstan (995): les canons de l'archevéque Oson (943); les lois ecclésiastiques du roi Edmund (944); les lois des prêtres Northumbriens (950); les canons de l'archevêque Elfric (957); les lois ecclésinstiques du roi Edgar (958) ; les canons faits pendant le règne du roi Edgar (960); certains canons pénitentiels {cire. 963); les eapitula de Théodulfe 994); les lois ecclésiastiques et les canons faits à Eanham (1009); les lois ecclésiastiques du roi Ethelred 4044); les lois ecclésiastiques du roi Canut(1017-1048); les lois ecclésiastiques du roi Edouard le Confesseur (4064). J'ai donné la plupart de ces noims et de ces dates tels qu'on les trouve dans les English Cauons de Johnson; j'ajoute que pendant la période anglo-saxonne c'était l'usage de rédiger les canons dans les assemblées où assistaient le roi et ses nobles. Sans insister sur les synodes provinciaux de la période des Normands, je dirai que l'étude systématique du droit canon en Angleterre doit son origine à Théobald, archevêque de Cantorbérv (1139-64), qui introduisit également à l'université d'Oxford létude du droit civil. Ce fut William Lyndwood, le plus grand de tous les canonistes anglais, qui, sous le règne d'Henri V, réduisit en xyalème tous les éléments encore épars du droit canonique proviucial en Angleterre. Docteur d'Oxford, possédant parfaitement les lois civileset canoniques, archidiacre de Cantorbéry, et prineipal official de l'archevêque Chichele; ensuite évêque de Saint-David, gardien du sceau privé; chargé par Henri V de différentes ambassades en Espagne et en Portugal, Guillaume Lyndwood, homme de grande science ct de grand esprit, donne à l’Église anglaise un livre de droit canon provincial comme aucune autre Église de la chrétienté ne peut en montrer. Son magnum opus est intitulé Provinciale seu consiitutiones Angliæ. 1l contient les décrets provinciaux de quatorze archevêques de Cantorbéry, depuis Étienne Langton jusqu'à Chichele, embras- sant une période de 2411 ans, depuis 1222 jusqu'à 1433. H y à joint les constitutions des légats Otho et Othobon, avec les com- mentaires qu'en avait faits Jean d’Athon ou d’Acton, docteur d'Oxford, {circa 1210;, ensuite chanoine de Lincoln. L'œuvre de Lyndwood suit l’ordre des décrétales. Elle consiste en cinq livres, dont chacun est divisé en titres; chaque titre renferme un certain nombre de consli- tutionstirées desconstitutions provinciales des qualorze archevéques. Cependant, la valeur principale du livre consiste dans les savants et 124 REVUE ANGLO-ROMAINE

minutieux commentaires qui en forment la plus grande partie, et qui suivent la méthode des gloses sur le Corpus juris. Eu somme on * compte, traitées de la sorte, 234 constitutions, rangées sous 74 titres. Tels sont les éléments locaux qui constituèrent une partie du droit canon de l'Église anglaise aux temps antérieurs à la Réforme. Il faut y ajouter le Corpus juris qui, à quelques exceptions près, jouit en Angleterre d'uneégale autorité. Comme exemple d'unede ces « excep- tions », je citerai la légitimation des enfants nés avant le mariage, qui ne fut jamais reconnue en Angleterre; et Lyndwood note en effet plusieurs points pour lesquels le droit canon provincial est maintenu contre le Corpus juris. D'ailleurs, de temps à autre, le droit canon subit des modifications dues à l’action du pouvuir civil, par exemple par le Sfatute of Provisors (4350), le Sktute of Præmunire (1392) et le concordat qui se fit à Constance (1418) entre le Pape Martin V et les représentants de la nation anglaise. En tenant compte de ces restrictions et autres semblables, on peut dire qu’au temps de la rupture avec le Pape sous Henri VIII, le droit canon anglais se composait des canons anglo-saxons, des constitutions provineiales ultérieures et du Corpus juris. Il étail évident pour Henri VII que le droit canon, tel qu'il était reçu. devait être: une menace perpétuelle pour la position qu'il avait prise. Un tyran à lesprit moins eonstitutionnel aurait pris le parti d’abolir entièrement le droit canon. Luther brüla les livres du droit ecclésiastique; Henri en décréta la revision. Les éléments pontificaux étaient adventices et on pourrait s'en occuper à part: mais il importait de conserver en tout des apparences de procédure constitutionnelle. Sans doute, c'était le pouvoir civil qui provoquait. c'était la force de la loi qui mettait en vigueur cette revision; mais il fallait que personne ne püût prétendre que l'autorité spirituelle n'avait pas pris l'initiative des changements projetés. Voilà pourquoi, du moins aux débuts de la querelle avec Rome, ce fut l'assemblée ecclésiastique qui fit toujours le premier pas, soil librement, soit sous l'influence de la terreur qu'inspirait un cruel et intolérable tyran. Ainsi, lors de la célèbre soumission du clergé, l'Assemblée décida: 4° Qu'elle ne ferait pas de nouveaux canons sans l’assentiment et la permission du roi ; et 2 que l’ancien droit canon serait revisé par le roi et par trente-deux personnes nommées par lui, dont seize seraient membres du Parlement, ei seize seraient ecclésiastiques. Un an et demi plus tard, cette sou- mission du clergé fut imposée dans le Sfatut 23 Hen. VIIL c. 19, communément appelé le Cergy Submission Act. Cet acte renfer- mait une disposition très importante, savoir: « que {ous canons, « constitutions, ordonnances et décrets de synodes provinciaux qui « ne sont pas contraires aux lois, statuts et usages de ce royaume et LE DROIT CANONIQUE ET L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 795

« ne portent pas atteinte aux prérogatives royales, continueront à « être suivis et exécutés ainsi qu'ils l’étaient antérieurement à cet « acte, jusqu’à ce qu'ils soient vus, examinés ou autrement ordonnés « et déterminés, par lesdites trente-deux personnes ou parla majorité «d’entre elles, suivant la teneur,formeet effet de ce présent acte.» Par cette disposition, le Parlement attribuait une autorité officielle à tous les canons, à toutes les constitutions ecclésiastiques d'Angleterre, à l'exception de ceux qui étaient contraires aux lois du pays et aux prérogatives royales, jusqu’à la publication d'un nouveau code revisé, Par conséquent, cette mesure, jointe au sut 25 Hen. VII, e. 21, qui reconnaissait l’autorité du droit canonique « étranger », en tant que reçue par l'usage et la coutume, donnait une valeur statutaire, jusqu’à l'achèvement de la revision, à tout le droit cano- nique d'Angleterre antérieur à la réforme, dans la mesure où il était reçu, sauf, encore une fois, les points contraires aux lois du pays et aux prérogatives royales. C’est là un point de grande importance, sur lequel j'aurai à revenir plus tard. Trois fois, pendant le règne d'Henri VIH, on fit des staluts pour nommer les membres de la commission, leurs pouvoirs leur étant conférés pour trois ans. Cependant, on ne fit aucune revision. En 1549, sous le règne d'Édouard VI, on vota un acte qui donnait au roi le pouvoir de nommer trente-deux personnes pour faire une collection des lois ecclésiastiques que l'on jugerait convenables. C'était là évidemment une nouvelle mesure. On n’entendaitplus faire une revision, mais une reconstruction. La Commission fut nommée le 6 octobre 1534, Elle se composait de huit évêques, huitthéologiens, huit civilistes, et huit avocats; mais l'œuvre de reconstruction fut accomplie presque entièrement par Cranmer, Goodvich d'Ély, Cox, Martyr, Taylor, May, Luces et Richard Goodrick. Cependant, le temps indiqué par l'Acte s'écoula avant que l'œuvre ne fût achevée, et l'acte ne fut pas renouvelé. Les canons disciplinaires semblent avoir suscité de grandes divergences d'opinions, ct il n'y manquait pas moins de huit sections. En 1571, l’œuvre connue sous le nom de Reformatio Leqjum Ecclesiasticarum lul revisée et adaptée aux nou- velles circonstances de l'Église d'Angleterre. Elle fut imprimée avec une préface de John Foxe, et on essaya de la faire adopter par le Parlement. Heureusement cet essai ne réussit pas, grâce à Élisabeth, qui s’upposa à toute intervention de la Chambre des Communes en matières ecclésiastiques. On n'aboutit qu'à un laborieux face, et les membres du clergé anglicen doivent savoir gré à Élisabeth de les avoir sauvés de limposilion d'un nouveau code de lois ecclésias- tiques, dénué de toute autorité canonique et conçu dans un esprit étroit et mesquin. 126 REVUE ANGLO-ROMAINE

                                  *
                                  +

Il est utile de faire ici une courte digression pour noter une autre infraction que subit le droit canon sous le règne d'Henri VIIL Quand la Magna Charta déclara, dans son premier article, que l'Église d'Angleterre serait libre, et qu'elle jouirait de tous ses droits et de ses libertés inviolables, cette expression n'était qu’une répéti- tion des termes employés par les chartes de libertés promulguées par Henri I et par Étienne ; elle se rapportait, du moins dans son sens primitif, au droit de libre élection aux évèchés et abbaves. ac- cordé par Jean, le 24 novembre1214. Étienne Langton, archevêque de Cantorbéry, avait obtenu d'Henri 11, en 1233, une confirmation de la grande charte. En théorie, donc, l'Église d'Angleterre était libre d'élire ses propres évèques, quoique le roi exlgeài d'eux l'hommage, comme possesseurs de biens temporels. En fait, cependant, cette liberté était restreinte par l'usage où étaient les rois de promulguer une /elfre missive, non en forme, laquelle contenait une nomination faite par le roi à l'évêché vacant. Toutefois, le refus de la petsonne nommée par le roi n'entraïnait aucune pénalité. Les choses de- meurèérent en cel état jusqu'à l'acte de sousfrachion des Annates (Act. 93. Hen. VIH, c. 20}. On continue de publier le « Congé d'élire» en forme, « comme il était d'usage de le faire depuis longtemps ». ainsi que la lellre missive; maïs, comme la « lettre missive n faisait partie du statut, et que celui-ci ordonnait d'élire la personne nonimée par le roi, et « nulle autre », la liberté de l'élection se trouvait bor- née entre le choix de cette personne et les peines d'un Præmunire, savoir : la perte des terres, des biens et d'effets, la prison et la rançon au gré du roi, Le « Congé d'élire » fut aboli (1, Édouard Vi, ce. 9j, et on y substilua la nominalion directe des évèques pat la coutonne. Cet acte fut révoqué par la reine Marie (I, c. ®). Pat suite, malgré quelques tentatives inuliles faites sous le règne de Jacques 1« ‘41663 et de Charles 1% (4636) pour abolir le Congé d'élére, la loi demeur: encore aujourd'hui telle qu'elle fut établie sous le règne d'Henri VHL On publie le Congé d'éltre, le Chapitre se réunit, el la « lettre nissive » demande, sous des peines sévères, l'élection de la personne nommée par Ja couronne. Ils sont bien loin, sans doute, les temps d'un saint Anselme. d’un Étienne Langton, d'un saint Thomas, ou d'un Grosseteste; inais, cependant, si l'occasion se présentait, on pourrait voir encure un doyen et un chapitre d'Angleterre prèl à bra- ver les terreurs temporelles, même d'un Præmuunire. * * +

l existe en Angleterre certains canons officiellement portés en svnode; ils datent du temps de la Réforme,et répondent à ce qu'exi- geaient les circonstances d'alors. En 41571, un livre renfermant LE DROIT CANONIQUE ET L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 127

soixante canons fut signé par la chambre supérieure (The Upper House ef convocation) de chaque province, mais non par la chambre infé- rieure (Lower House). En 1575 et plus tard, en 4585 et 1397, on s’oc- cupa de diverses difficultés qui se présentaient; mais on y pourvu, non en revisani les canons de 1574, mais en en portant de nouveaux. Les douze canons de 1597 reproduisaient dans une certaine mesure les premiers, mais l'assentiment royal fut limité au règne du souve- rain qui l'avait accordé. Par suite, lorsque Jacques I‘ monta sur le trône, il était nécessaire de faire une revision complète des canons de la période de la réforme; en 4603, on promulga canoniquement cent quarante-neuf canons, avec l'assentiment de la couronne. Ces canons reproduisaient plusieurs des « Injunctions » d'Henri VII, d’Édouard VI et d’Élisabeth, de mème que plusieurs canons promul- gués sous le règne d'Élisabeth. Pendant deux cent soixante-deux ans, ils n’ont reçu aucune modification ; en 1865, on formula de nou- veaux canons à la place des canons 36, 47, 38 et 40. En 18992, on fil uncorc un nouveau canon en rapport avec le nouvel élat de choses, conséquence du Cergy discipline Art, qui était sur le point de passer en troisième lecture à la Chambre des Communes. Les canons de 1603 et les modifications qu'ils ont reçues dans la suite avaient pour but de renforcer les dispositions du droit canonique provincial anglais sur certains poinis de discipline.

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Qu'ilime soit permis, à ce propos, de parler incidemment de l’in- terruplion des synodes diocésains en Angleterre, Le droit canonique est un tout organique ; la législation ecclésiastique est un ensemble complexe dont l'action normale nécessite la participalion de chacun des éléments qui le composent; par suite, la suspension, même tem- poraire, de l'action d'un rouage quelconque, est évidemment chose très grave. La théorie d'après laquelle l'évêque ne peut légiférer sans le consentement de son synode — bien que l'autorité réside en lui et en lui seul — est certainement la théorie primitive el catholique sur le synode diocésain; c'était celle du cade ecclésiastique d'Afrique, celle de saint Cyprien et de saint Épiphane. Dansles premiers temps, ce fut aussi la pratique aussi bien que la théorie de l'Église anglaise, et cette manière de voir a élé constamment soutenue par des théolo- giens de la plus haute valeur dans l'Église d'Angleterre. Ce fut encore la théorie des grands canonistes gallicans. Dans ces der- nières années, nous avons vu s'établir chez nous, dans presque tous les diocèses, ce qu’on appelle des conférences diacésaines, sous la présidence de l’évêque; mais, outre qu’eiles se composent à la fois de laïques et de clercs, les uns membres d'office, les autres élus. elles. 128 REVUE ANGLO-ROMAINE

ne s'occupent guère que des questions relatives aux intérèls généraux de l'Église anglicane; il est donc évident que ces conférences sont des réunions purement libres, sans aucune autorité canonique, et par suite, on ne peui les regarder comme destinées à remplacer les synodes diocésains réguliers.

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                               CRE

Ainsi donc, le droit canon de l'Église anglicane se compose des canons anglo-saxons, des constitutions provinciales du lemps anté- rieur à la Réforme, des canons de 14603 avec les modifications ulté- rieures et du Corpus juris reçu en Angleterre avant la rupture avecie Pape, — sauf qu'on en a retranché tout ce qui se rapporte à la juri- diction papale. Le principe général des relations entre le droit canon et le droit particulier de l'Angleterre est ainsi exposé par Lord Hale dans son Æistoire du droit commun : « Toute la force que les lois ponti- ficales ou impériales peuvent avoir en ce royaume, vient uniquemen!l de ce qu'elles ont été reçues et admises ou par le consentement du Parlement — devenant ainsi partie du Sfafule La ou par un usage immémorial en certains cas et en certains tribunaux; et non autrement. Par conséquent, elles n’ont de valeur que dans la mesure exacte où elles sont reçues et admises dans ce pays ; l'autorité et la valeur qu'elles possèdent ne leur viennent pas d’elles-mêmes, car d'elles-mèmes elles ne nous obligent pas plus que nos lois n'obligent à Rome ou en ltalie. Leur autorité n'a d'autre fondement que leur admission et réception par nous, et c'est uniquement cela qui constitue leur caractère d'autorité légale et détermine le degré de leur obligation (p. 27).» Le même principe est exposé par Lord Coke, Lord Kenyon, Lord Hardwicke et le Lord Chief Justice Tindal. C'est là un point de vue purement légal, et, si ce n'est pas absolument celui auquel se placerait un canoniste, il suffil néanmoins à prouver l'autorité légale attribuée aujourd'hui encore en Angleterre à une très grande partie du Corpus juris. Quelques exemples de décisions où les tribunaux civils ont reconnu la force obligatoire en Angleterre du Droit canon « étranger » pour- ront offrir quelque intérêt à mes lecteurs. En 14657, on porta devant la Cour de l'Échiquier une cause qui impliquait laquestion suivante: Certaines terres qui avaient appartenu à l'abbaye de Fountain en Yorkshire, jadis de l'Ordre de Citeaux, étaient-elles à ce titre exemptes de la dime? La cour décida que ke concile de Latran,qui avait exempté cet ordre de l'obligation de payer la dîme, était une loi générale reçue en Angleterre, et que si ces biens étaient exempts de la dime depuis l'époque où avait eu lieu ce concile, aucune convention, aucun contrat passé plus tard par l'Abbé pour LE DROIT CANONIQUE ET L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 729

payer la dime, n'avait pu supprimer ce privilège nisoumettre ces biens à la dime. Une fois dégrevés par le décret de e2 concile, ils l’étaient pour toujours,« car ce concile avait une autorité égale à celle d’un acte du parlement statuant définitivement entre les parties », La cour fut même d'avis que, dans le cas où il y aurait eu, antérieu- rement au concile, une convention pour payer la dime, ce concile, en tant que loi générale impliquant le consentement du tiers, l'aurait abrogée et aurait exempté les terres en question . En 1837 on souleva cette question : Le patron d'un bénéfice dont le revenu annuel n'atteignait pas 8 liv. st. pouvait-il le considérer comme vacant dans lecas où le bénéficier en accepterait un autre avec charge d'âmes? En prononçant le jugement à la Chambre de l'Échi- quier le Lord Chief Justice Tindal dit: « Il est indubitable que ce droit de présentation appartient au patron d'après le droit canon, à savoir d’après le quatrième concile de Latran ; mais il est aussi évident que ce canon a été reconnu chez nous, et qu’il fait partie du droit commun du pays À. » Plus tard, en 1849, dans un cas analogue, à la cour des « Arches » de Cantorbéry, Sir H. Jenner Fust rendit le jugement en ces termes: « Le premier des articles expose la loi, à savoir : que d’après un décret du concile de Latran, quand une personne quelconque en possession d'un bénéfice avec charge d’âmes accepte un autre béné- fice semblable, le premier devient vacant, c'est-à-dire qu'elle perd ce bénéfice. Et telle est aujourd'hui la loi de ce pays? ». On pourrait citer d'autres exemples; mais nous en avons assez dit pour démontrer que l'autorité du droit canon, sauf les réserves qu'on y a apportées, du consentement de la puissance spirituelle, a toujours été formel- lement reconnue et suivie en pratique par le pouvoir civil. Il suffirait de se reporter aux livres des anciens légistes du xvu® siècle et du commencement du xvin* pour voir que ceux-ci s'appuyaient sur le droit canon et le reconnaissaient dans son ensemble. Jusqu'au temps de la Souveraine actuelle, les cours ecclé- siastiques ont exercé leur juridiction sur tout ce qui avait trait aux causes testamentairesel matrimoniales, comme aussi ellesétaientcom- pétentes dans les poursuites en diffamation. Cependant en 1857, les « Statuls 20 et 24 Vict. c. 85 » enlevèrent aux cours spirituelles la connaissance descauses de divorce et de mariage; les « Statuts 20et 21, Vict., c. 77 », modifiés par « 24 et 22, Vict., c. 95 » abolirent le pou- voir exercé jusqu'alors par ces tribunaux, de juger de la sincérité et la validité des testaments et de donner des Leëters of Atministra- E Stavely versus Uilithorn. Hanpres’ Reports of cases adjudged in the Court of Exchequer. London, 1693, % Alston versus Atlay. 11. Avozrrus et ELrts. 289. 3 Burden versus Mavor. Notes of cases in lhe Ecclesiastical and Maritime Courts. Vol. VI, pp. 4-3. London, 1849. 130 REVUE ANGLO-ROMAINE

tion; ces pouvoirs furent transférés à une nouvelle cour, la Court of Probale qui est aujourd'hui une section de la High Court Justis. D'autres actes du Parlement enlevèrent plus tard aux Cours spi- rituelles la reconnaissance des poursuites en diffamation. Quant aux canons de 4603, avaient-ils, an point de vue civil, foree obligatoire à l'égard des laïques? Sur ce sujet les tribunaux civils out adopté des opinions contradictoires. Dans le cas de Bird versus Smith, au temps de Jacques !°*, la Cour décida « que les canons de l'Église faits par IR ronvoration et par le roi ont, en matière ecclésias- lique, autant de force qu'un acle de Parlement! ». Dans le cas de Hill versus Good, le chief justice Vaughan dit « qu'un canon légitime est lu loi du royaume toul autant qu'un acte de Parlement; et tout ve qui est loi du ruyaume est aussi bien loi que tout ce qui est loi, puisque ce qui est loi ne peut susacipers mayis el minus ? n. Dans le cas de Grove sgersur Elliot, « les canons en Angleterre sont les lois qui ubligent et dirigent en malières ecclésiastiques * ». Dans un autre cas, Vaughan dit que « la convocation, assemblée avec la permission el l'assentiment du roi donnés sous le grand sceau, » peul faire des canons pour le gouvernement de l'Église, et cela« tant pour les laïques que pour le clergé * », A cette autorité on peut joindre celle de Coke. daus le cas de sir Richard Vernod ; « la convocalion a le pouvoir de faire des constitutions sur toutes les choses et pour toutes les per- sonnes ecclésinstiques * ». D'ailleurs dans le cas de Bird veraus Smith, les deux Chambres (House of convocation) adoptèrent, après entente, une décision d’après laquelle « lorsque la convocation fait des canons sut des malières qui sont de sa compétence, et que le roi les a confirmés, ces canons ont force de loi dans loutle royaume». Cepen- dant, en 4747,on se plaça à un nouveau point de vue. Un homme du nom de Middlelon et sa femine furent cités devant la cour ecclésias- lique pour s'être mariés avant huit heures du matin, sans autorisa- tion ni publicalion de bans, contrairement au 6% canon de 1603. La défense allégua en leur faveur qu'ils n'élaient que « des laïques, et parlant qu'ils ne pouvaient être alteints par ce canon ». Lorsque la canse fuL porlée devant la Cour du Bunc de la reine, on défendit de püsser outre: et, contrairement aux décisions antérieures, ln Cour décida que « les laïques ne sont pas visés par les dispositions du canon de 1603». Le principe posé par la Cour était: Que ies canons qui n'ont jamais été reçus ni confirmés par le Parlement ne peuvent obliger les laïques, puisque aucune loi nouvelle ne peut être

1 Mo, 783.

portée « si elle n'est l'œuvre et si elle n'a reçu le consentement des trois États du royaume »; el tout en accordant que l'assentiment royal, donné à un canon fn re Æcclssinatica, en faisait une lol obliga- toire pour le clergé », la Cour se décida à déclarer, après délibérn- tion, « que les canons de 1003 n’ont pas de force proprio vigere pour les laïques ». On voit sans peine l’animus, purement légul. qui inspire cette décision, alors que la jalousie professionnelle perce dans l'obifer diréum, que #i on admettait la force obligatoire des canons pour lea laïques, « on risquerait de bouleverser le droit commun », Telle est la detnière décision de l'autorité civile sur ce point,etle précédent einsi établi & toujours été suivi par lestribunaux, H faut cependant y ajouter une réserve importante, à savoir : que lorsque cerlains des canons de 1603 ne font que « déclarer Îles anciennes lois et usages de l’Église d'Angleterre reçus et admis dans le pays », alors ces canons, sous ce rapport et en vertu de cette ancienne légitimité, auront force obligatoire pour les laïques *, Celte décision est une infraction évidente aux droits législalifs de la convocation; car elle méconnait, non moins évidemment, le prin- cipe, implicitement contenu dans 8% Henri VII, c. 19, que les cons- titutions provinciales avaient toujours élé portées et exécutées sans aucune ratification du Parlement. Ï! est difficile de comprendre sur quel principe constitutionnel on peut s'appuyer pour soutenir que jusqu'en 1533 les canons obli- geaient, proprio vigore, les laïques aussi bien que le clergé, tandis que, depuis 1633, les canons dûment promulgués n'ont plus de force à l'égard des laïques. Que si l'act 25. Henri VIH, c, 19, décide que la convocation ne fera plus de nouvelles constitutions sans l'autorisa- tion préalable et le consentement du souverain, on n’y trouve pas irace de l'intention de faire une nouvelle classification, et de ne rendre dorénavant les canons obligatoires pour les laïques qu'après l'hnprimalur légal du Parlement. Si on avait eu l'intention de faire un changement aussi révolulionnaire, l'acte aurait mentionné de quelque sorte cette innovalion; j'ai eu beau parcourir avec ie plus grand soin les divers acles de Parlement rédigés sous les règnes d'Henri VI et d'Édouard VI ayant trait à ce qui nous occupe, je n'ai pu découvrir la moindre allusion à un tel changement. Au contraire, les actes sup- posent évidemment que l'ancien état de choses se poursuit. S'if y a des restrictions, elles portent, non sur les ealégories de personnes soumises aux canons, mais sur la liberté des synodes provinciaux qui dorénavant ne peuvent faire des canons sans « le consentement ct l'autorisation » préalables du souverain. Ainsi la ratificalion royale annexée aux canons de 4603 enjoint expressément que ces canons « doivent être diligemment observés, exécutés et maintenus { Middleton, versus Croft Str. Rep. 1058. 2. Arkva’s Rep. 050. 7132 REVUE ANGLO-ROMAINE

par tous les fidèles sujets de notre royaume d'Angleterre dans les deux provinces de Cantorbéry et d'York ». Il est bien évident que ri le roi ni ses conseillers n'avaient la moindre intention d'exempter les laïques de l'observation de ces canons. À cette preuve on peut ajouter l'autorité des décisions des tribunaux que j'ai citées plus haut. Tout cela fut donc renversé en 1737, et il en résulte que, depuis lors, on ne peut légalement invoquer contre les laïques aucun des canons de 1603, sauf le cas où il serait une déclaration du droit canon antérieur. Heureusement cette décision n'intéresse que très peu de points d'importance pratique; j'ajoute qu'un acte du Parlement pro- mulgué plus tard donna une force statutaire aux heures canoniques.

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Le droit canon de l'Église anglaise est donc composé des canons anglo-saxons, des constitutions provinciales, des canons de 1663 avec les modifications qu'ils ont reçues plus tard, et du Corpus juris, dans la mesure où ses dispositions ont été reçues en Angleterre, et autant qu'elles n’ont pas été canoniquement abrogées par les synodes provinciaux. Cette abrogation n’a guère porté que sur la juridiction papale, telle qu'on l'acceptait au commencement du règne d'Henri VIIL. Tel est le droit canon de l’Église anglaise, envisagé du point de vue du canoniste, tandis qu’un légiste anglais en retranche- rait encore quelques parties en désaccord avec la législation plus récente du pouvoir civil. Cependant, le légiste reconnaîtra sans hésiter que l'ancien droit canon — sauf certaines réserves — fait partie du droit particulier de l'Angleterre, et a été reconnu comme Lel par la loi anglaise et par les tribunaux anglais.

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Ce fait se rapporte directement à quelques remarques, publiées dans le numéro 20 de cette Revue, pp. 101-102, sous la signature de M. Boudinhon. | Cet écrivain distingué semble croire que les trente-neuf articles et le Book of Common Prayer contiennent toutes nos formules de foi st toute notre législation disciplinaire. 1! est vrai que les observations de M. Boudinhon ont rapport à un sujet plus étendu qu'il traite avec sa clarté habituelle; peut-être demanderai-je plus tard la permission de faire à ce sujet quelques réflexions. Pour le moment, je me borne au point spécial que je viens d'indiquer. M. Boudinhon dit : «Ilres- terait cependant à se demander pourquoi on n'a pas respecté les anciennes formules. Mais on peut encore aller indirectement contre le jus commune en proposant une rédaction nouvelle incomplète, qui LE DROIT CANONIQUE ET L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 733

laisse croire, si elle ne le dit pas expressément, qu'en dehors du formulaire nouveau (Trente-neufl articles et Prayer Book), il n'y a pas d'autres vérités à croire, pas d’autres lois générales à observer. Cela équivaut à une négation pratique de lout ce qui n’est pas dans le formulaire. Or, n'est-ce pas le cas pour l'Église anglicane? » Sans doute, si l’on avait eu la moindre idée de créer une nouvelle Église, si de fait on avait créé, en telle ou telle année, une nouvelle Église, si la Réforme avait complètement fait abstraction des siècles passés, si elle en avait fait une {able rase sur laquelle on aurait ins- crit une nouvelle organisation ecclésiastique, si les choses s'étaient passées ainsi, l'argumentation de M. Boudinhon serait très forte. Mais, en réalité, on n'a jamais fait un acte unique, accompli à un moment déterminé et qui s'appelle « la Réforme ». La Réforme en Angleterre est l'ensemble de certains changements qui se produi- sirent avec maintes vicissitudes, pendant de bien longues années. Sous le règne d'Henri VIIL la législation ecclésiastique eut pour unique but d'exclure le pouvoir du pape, tel qu’il était alors exercé, et de rétablir — non pas seulement d'établir — la suprématie de la couronne, non point sur une nouvelle Église alors créée, mais sur l’ancienne Église d'Angleterre alors existante. Les déclarations et les actes répétés d'Henri VIIL et de ses parlements sont décisifs sur ce point; en voici quelques exemples : Dans l'acte de 1331 contre le paiement des « premiers fruits » à Rome, le roi ef tous ses sujets, tant spirituels que temporels, se déclarent « les obéissants, dévoués, catholiques et humbles enfants de Dieu et de la Sainte Église, tout autant que n'importe quel peuple de n'importe quel royaume chré- tien »(25 Henri VIH, c. 24,; — Dans l'acte contre « le denier de Saint- Pierre », en 4533, on insère un considérant spécial pour écarter l'objection que le roi, ses nobles ou ses sujets « auraient l'intention de se séparer ou de s'éloigner de l'assemblée de l'Église du Christ en ce qui regarde les articles de la foi catholique de la chrétienté ; ils se proposent seulement de prendre les mesures nécessaires et cppor- lunes pour la répression du vice, et la bonne conservation de ce royaume dans la paix, l'unité et la tranquillité, se conformant aux très anciens usages de ce royaume sur ce point » {23 Henri VII, c. 20); — Dans le préambule du Statut pour restreindre les appels «24 Henri VIIL, c. 42}, on recourt d'abord à l'autorité degÿ anciennes histoires et chroniques authentiques » pour démontrer que le corps politique d'Angleterre renferme différents ordres des personnes, distinguées en deux classes principales sous les noms de spiritualily et de flemporality; puis on dit que, dans « toute cause de la loi divine », le droit de statuer appartient à cette partie dudit corps poli- tique désignée sous le nom spirifuality, appelée communément l'Église anglaise, qu’on a toujours crue et qui a été toujours et esl encore à ce 734 REVUE ANGLO-ROMAINE

moment, sous le rapport de la science, de l'intégrité et du nombre de ses membres, capable de se suffire à elle-même sans l'interven- tion d'aucune personne étrangère, et de déclarer et déterminer tous les offices et tous les devoirs qui appartiennent à leurs attributions spirituelles. » Ce n'est pas là le langage de gens qui ont complétement rompu avec le passé el qui inscrivent sur une table rase un nouveau sys tème doctrinal et disciplinaire. C'est plutôt le langage de gens qui regardent l'Église d'Angleterre d'alors comme identique à l'ancienne Église qu'elle continue; c’est le langage de gens qui veulent réfor- mer non détruire, restaurer et non inventer à nouveau. Lu Réforme sous Henri VIIL fut l'œuvre d'hommes qui s'occupaient de cequiexis- tait déjà; qui retranchaientde l'organisine ecclésiastique existant tout ce qui leur semblait être une excroissance adventice, mais qui disaient hardiment et sans équivoque ce qu'était ce-qu'ils retranchaient. Loin de rejeter en bloc le système doctrinal et disciplinaire dans lequel ils avaient été élevés, loin de rejeter la foi de la chrétienté. ils retinrent expressément le droit canon existant, et sauf en ce qui concerne la juridiction du pape, ils donnèrent une valeur statutaire spéciale à tout l'ensemble de la doctrine et de la discipline qu’il con- tenait, H n’v eut pas d’abrogation des « anciennes formules ». On conserva tout ce qui ne fut pas expressément rejeté. Par exemple, les constitutions provinciales sanctionnent spécialement les coneiles de Latran el de Lvon. Et, comme je l'ai déjà fait voir. plusieurs cauxes, depuis la Réforme, onl été jugées d'après la scuir autorité du concile de Latran. L'Église des dernières année: d'Henri VIII était toujours la même antique Église, réformée sans doute sur certains points, mais gardant sans allération — sauf au sujet de la juridiction papale — toute la foi et la discipline catho- liques. C'est encore cette même Église que l’on reconnaît et que l'on maintient pendant toute la période suivante, qui marque le dévelop- pement de la Réforme, c’est-à-dire sous les règnes d’Édouard VI, d'Élisabeth, de Jacques I° et de Charles Il : tout le mouvement es uniquement dirigé contre. la juridiction papale, et, pendant eette longue période, l'ancien droil canon (et toute la foi et la discipline qu'il renferme) ne cessa pas d'être le précieux héritage de l'Église d'Angleterre. | Il est possible que l’on aït oublié l'existence de ce trésor, peut-être mème l'a-t-on enveloppé dans un suaire et enfoui, comme letalent de la parabole ; cependant ce trésor était le bien de l'Église d'Angleterre comme il est le nôtre aujourd'hui, et même aux yeux du pouvoir civil il fait encore partie de la loi du pays, non moins que de celle de l'Église. On n'a jamais voulu faire des Trente-neuf articles et du Bonk of Common Prayer un sommaire complet de la foi de l'Église angli- LE DROIT CANONIQUE ET. L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 735

controverses du temps, et dont le but était de mettre fin aux dispules, ne sauraient aucunement, par leur nature même, être regardés comme un symbole complet de la foi; il en est de même d’un livre officiellement désigné, non comme un « Manuel de doctrine », mais comme « le livre pour la prière commune, l’administration des sacrements et d’autres rites et cérémonies de l'Église, selon l'usage de l'Église d'Angleterre ». Autanl vaudrait chercher une définition dogmatique de la foi catholique dans le Bréviaire et le Missel que dans le Book of Common Pruyer. Cependant la préface de ce livre contient une phrase très signifi- cative; les rédacteurs y déclarent que « des nombreux changements qu'on nous a proposés, nous avons rejeté tous ceux qui nous sem- blaient devoir entrainer de dangereuses conséquences, tous ceux qui pourraient, même indirectement, aller à l'encontre de quelque doctrine établie ou de quelque usage louable de l’Église d'Angleterre, ou même de toute l'Église catholique du Christ ». Ce qui suppose clairement que les rédacteurs du Prayer Book considéraient le corps de doctrines de l'Église catholique, non seulement comme une chose qui existait de fait, mais encore comme étant de droit un type d'autorité souve- raine, dont ils ne pouvaient s'écarter. De même, le trentième canon de 1603 déclare qu’il « n'est aucunement dans l'intention de l’Église d'Angleterre d'abandonner et de rejeter les Églises d'Italie, de France, d’Espagne, d'Allemagne ct autres Églises, en loul ce qu “elles pro- fessent et pratiquent. Outre ces constatations, que l’on veuille se rappeler : Que la ré- forme sous Henri VIII ne voulut être qu'un mouvement de réforme locale, à l'égard de ce qui existait de fait, et non la créalion d’une organisation indépendante; — que l’ancien droil canon, à part quelques réserves, fut non seulement maintenu, mais encore corro- buré par des statuls parlementaires spéciaux; — que deux fois le jour, aux offices du matin et du soir, on récite la formule : « Je crois 736 REVUE ANGLO-ROMAINE

à la sainte Église catholique; -— tandis qu'à chaque messe on récite le développement de cette formule contenu dans le symbole de Nicée, et qui exprime la doctrine de l’unité de l’Église catholique; — que l'Église anglicane s'est toujours considérée comme étant l'Église catholique en Angleterre, à l'exclusion de toutes autres Églises; — qu'elle a repoussé énergiquement l'appellation de protestante et qu'elle a soutenu son droit de s'appeler catholique; — qu'elle fait appel à l’ancienne Église primitive «qui était pure et sans corrup- tion », et à ces « conciles généralement reconnus et acceptés », aux « opinions des anciens docteurs, aux anciens Pères catholiques‘ »: — est-ce là, je le demande, la manière de parler et d'agir d'une Église qui a jelé aux vents la foi et la tradition catholiques, qui a désavoué les vérités du christianisme, et quia substitué à la foi ca- tholique « une rédaction nouvelle incomplète qui laisse croire, si elle ne le dit pas expressément, qu’en dehors du formulaire nouveau, Trente-neuf articles et Prayer Bock, il n’y a pas d’autres vérités à croire, pas d’autres lois générales à observer? » | Quand une Église provinciale exprime safoi, suivant les « anciennes formules », en l’Église une, sainte, catholique et apostolique; quand elle demande à être reconnue et se base pour cela sur sa fidélité à la foi catholique; comment peut-on soutenir un seul instant que ses trente-neuf articles, qui ne sont pas articles de foi, et que son l’rayer Book, qui n’est que son rite, ont été rédigés pour renfermer, en effet. une énuméralion complète « des propositions définies comme de fai catholique? » Peut-on y voir d'une manière quelconque un fomuu- Jaire de la profession de foi de cette Église? Cette Église prétend que ses racines plongent profondément dans le passé; elle prétend posséder encore les anciennes lois et l'antique foi ; elle prétend être réellement l'Église catholique en Angleterre. Qu'elle se trompe, c'est possible, maïs telles sont ses prétentions; elles lui assurent la pos- session et la jouissance de tont ce quiest catholique, en dehors de ce qu'elle considère, à tort ou à raison, comme purement papal. De plus elle écarte absolument l'hypothèse que les trente-neuf arti- cles et le Prayer Bock soient les formulaires complets de sa foi et de sa discipline.

   {A suiore.\                          G. BaYriELD RoBERTs.

Î Les Homélics, passim. CHRONIQUE

À nos lecteurs. — Tous les amis de l'Œuvre d’union que la Revue Anglo-Roemaine s'est donné la mission de servir apprendront avec satisfaction qu'un Comité prend la direction de la Revues afin de lui donner une organisation plus large et plus stable, Elle sera ainsi mieux en mesure de poursuivre son but et de réali- ser plus efficacement, par une action plus forte et plus générale, le rapprochement des esprits qui doit amener l’union de tous les fidèles de Jésus-Christ en une seule et unique Eglise. Nous avons la certitude que Dieu a béni dans le passé et qu'il bénit encore aujourd'hui d’une façon toute particulière les efforts et les dévouements qui se consacrent à ramener au bercail commun, sous un mème Pasteur, les disciples de l'unique Maître : Unum ovile ef nus Pestor!

                                                   Fernand PorraL.
                                              Prêtre de la Mission.

   18 juillet 1896.

Ea la veille de La féte de Saint-Vincont de Paul.

Une conférencelà Londres. — M. E. Tavernier, a bien voulu m'accompagner à Londres. Ila assisté à une réunion dont il a publié’ dans l'Univers un compte rendu que nous sommes heureux de re- produire. Je tiens à le remercier de cet acte de bonne amitié qui se trouve lié avec de grandes et douces émotions. Mais je le remercie surtout du témoignage qu'il rend à l'esprit de foi et aux nobles sentiments de mes chers auditeurs. — F. P. |

Une réunion originale et importante avait lieu mardi à Londres, dans une salle appartenant à une société scientifique. Trois cents personnes environ formaient un de ces meetings, si fréquents en Angleterre, où pas- teurs et fidèles traitent des «wuvres religieuses. Les convocations avaient été faites par lord Halifax, le président si dévoué de l'English Church union. Un orateur qui ne relève pas de cette Église et qui appartient à une autre nationalité a pris la parole. C'était M. l'abbé Portal, le directeur de la Revue Anglo-Romaine, le prêtre instruit et zélé qui s’est consacré à l'œuvre REVUE ANGLO-ROMAINR. — T. 11. — 7 138 REVUE ANGLO-ROMAINE

de la réunion des chrétiens. Assurément, il ne se trouvait pas là comme membre du meeting et il ne prenait point part aux travaux ordinaires de l'assemblée. Notre compatriote rendait hommage aux sentiments élevés st généreux manifostés maintes fois par ce groupe. Son allocution prononcée. M. l'abbé Portal s'est immédiatoment retiré, malgré l'accueil très flatteur ot même affectueux dont il venait d'être l'ohjet. Les assistants ont compris la réserve dont il s'était fait un devoir, et ils ont montré une délicatesse admirable. Tout en écartant le plus possible. les sujets où se prodnit le désaccord, M. l'abbé Portal n’a pas voulu s’en tenir à une simple preuve de sympa- thie. 1] a touché aux points rssentiels. En abordant les grandes questions. il a signalé la nécessité de suivre les doctrines contenues dans l'Enex- clique récente : et il a constaté la force et la beauté de cette Encyclique. Témoin de la inanifestation. je crois utile d'en noter les principaux caractères. ll a formulé sa profession de foi de prêtre lazariste et de prêtre romain. Invoquer ir nom de saint Vincent de Paul, c'est faire appel à des senti- ments qui sont capables de triompher de toutes les difficultés. La charité personnifiée dans ce glorieux patron est bien celle qui panse toutes les blessures. Or la guérison des maux engendrés par une si langue séparation, tel est le but des efforts méritoires déployés de part et d'autre, surtout dan< ces dernières années. Des applaudissements. qui allaient se renouveler sans cesse, ont répondu à la pensée tout d'abord exprimée par l'orateur. Prêtre catholique, absolument attaché au siège de Rome, M. Portal l'est de cœur et d'esprit; et on le sait. Il a tenu à le dire néanmoins. Les audi- teurs ont montré qu'ils entendent, comme lui, servir la vérité avec les procédés les plus loyaux: et ils ont respectueusement salué cette noble ‘déclaration. Le désir de l'union anime les chrétiens groupés autour de lord Halifax et de ses amis. Chaque fois que M. l'abbé Portal exprimait cette pensée el cette espérance, elle provoquait une adhésion enthousiaste. Ou à traité d'illusion et d'utopie le grand projet destiné à rétablir la con- corde. Cependant des résultats qui semblaient également impossibles ont été obtenus. La présence d'hommes tels que la R. P. Pauller et M. Lacey à Rome, pendant le travail de la commission constituée par le Souverain Pontife pour examiner l'affaire des Ordinations anglicanes, n'est-ce pas un fait significatif? L'orateur s'est plu à le rappeler. Il a montré les deux éminents professeurs d'Oxford et de Cambridge, priant dans une église dr Rome à côté des Sœurs de la Charité. Utopie? Ce reproche a été adressé au Pape qui poursuit l’union des Eglises. Nous sommes done en bonne compagnie, dit M, Portal. I y a doux ans, Léon XIII exhortait les courages. Cette entreprise es indispensable au relèvement de l'influence religieuse. Quelles que soient les obstacles, il faudra réaliser le rapprochement des homines de honur volonté. C'est. le sens des paroles prononcées en plusieurs occasions par le Souverain Pontife. Ces difficultés sont de deux sortes. Elles concernent la doctrine et la pra- tique. La question de doctrine vient d'être exposée de nouveau dans la belie Encyelique que la presse anglaise presque tout entière a commenter. M. l'abbé Portal a adjuré ses auditeurs de continuer à étudier de près Fau- torité revendiquée par le Pape. Les prérogatives du Pape, a-t-il dit, « sont vraimeut de droit divin, L'antiquité en fait foi. » Il a rappelé la célèbre cvnelusion de Pusex : que rien d'insoluble ne sépare l'Eglise anglicane de CHRONIQUE 739

Pères du concile de Trente. On ne saurait trop répéterde telles déclarations. Ëtles permettent d'éliminer de nombreux obstables. EHes simplifient le problème; et elles déblaient Ja ruute qui mène à la réunion. Ce que Pusey a dit du concile de Trente, les anglieans peuvent le dire du concile du Vatican, qui a confirmé la doctrine traditionnelle. I ya un dissentiment d'ordre pratique. Doit-on se borner à la méthode des conversions individuelles? Doit-on s'adresser aux Eglises en corps? L'abbé Portal soutient que les conversions individuelles seules ne ramène- ront jamais l'Angleterre à l'uuité de la chrétienté. Sans préjuger des devoirs individuels, dit-il, une action d'ensemble d'Église à Église est nécessaire. Avec délicatesse, mais aussi avec des accents qui ont causé une vive impres- sion, il a parlé des souffrances par lesquelles passent les âmes arrachées à leur milieu d'origine, souffrances qui ont plus d'une fois amené le décou- ragement sans remêde. de note seulement aujourd'hui les points principaux d'un discours qui sera sans doute publié. On est porté a croire d'ailleurs que. malgré l'élu- quence dont il est rempli, il a surtout l'importance d'un fait. Les adver- «aires de cette propagande, qui la jugent inutile, ne croyaient pas possible qu'une assemblée d'anglicans.écoutät avec respect un exposé des préroga- tives du Saint-Siège. Or cet exposé s'est produit dans des conditions qui font le plus grand honneur à l'assemblée qui l'a entendu. M. l'abbé Portal a été applaudi avec transports non seulenent paree qu'il a su exprimer de généreuses pensées, pleines de noblesse et de force. mais aussi parce que ce zele éclairé est en harmonie avec les sentiments des homines auxquels l'orateur s'adresse. Je duis noter encore un détail qui contribue à donner la vraie significa- tion de la conférence. M. l'abbé Portal a relevé l'accusation qui a été sou- veut adressée aux promoteurs de l'union, On leur attribue l'ilée d'une unton simplement fédérative. Or, a dit catégoriquement l'orateur : « Nous voulons « le rétablissement de l'unité complète et absolue, telle qu'elle a été établie « par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous voulons une Église une et « unique. » Ces déclarations ont été couvertes d'applaudissements. En résumé la conférence qui vient d'avoir lieu est un succés très remar- quable. Elle prouve qu'une action générale est possible. On doit avoir con- fiance dans d'œuvre, on doit avoir confiance en Léon XIIL C'est par ces paroles que M. l'abbé Portal a terminé sou beau discours. Elles ont de nou- veau provoqué des applaudissements. Une telle manifestation était-elle possible il y a dix ans? Non sans nul doute. Ce changement prouve qu'on a le droit d'espérer bien plus encore. Le courage et la loyauté qui inspirent les membres de l'English Church union sont évidents. On ne peut en être témoin sans une profonde émotion. Et il est visible encore que, stimulées par une volonté droite et puissante, les intelligences travaiilent à dissiper les vieux préjugés, 11 v a un effort soutenu; il y a un progrès sensible. — Eugène TAYERNIER.

Une statue du Cardinal Newman. — Mercredi dernier a eu lieu à Londres F'insuguration de la statue élevée au cardinal Newman sur le terre-plein de l'Oratoire deBrompton. La statue, en marbre blanc, repose sur un socle de pierre de Portland. Le cardinal est re- présenté debout tenant un livre de la main droite, de la main gauche son chapeau de cardinal. L'artiste a su rendre d'une manière saisis- sante l'expression grave et mélancoïique qui caractérisait la physio- nomie du cardinal Newman. 7140 REVUE ANGLO-ROMAINE

   L'inauguration de la statue a été faite par le duc de Norfolk, en pré-
sence d'une brillante assistance, parmi laquelle on remarquait
Mgr Patterson, évêque d'Emmaïüs, le doyen Lake, le marquis de Ri-
pon, M. Bryce, lord Lingey, le colonel Prendergast, lord Morris, lord
Clifford, lord Llandaff, ete.
   Plusieurs discours ont été prononcés, par le duc de Norfolk,
Mgr Pailerson, le doyen Lake, M. Bryce, etc. Signalons notamment le
discours de M.Bryce dans lequel le célèbre historien a rappelé le sen-
timent de fierté que l’on ressentit alorsä Oxford quand on apprit que
le Père Newman allait être créé cardinal de l'Eglise romaine. M. Bryce
a émis le vœu qu'un des plus chers projets du cardinal, la fondation
d'un collège catholique à Oxford, pût être bientôt réalisé.
   Le cardinal Vaughan et lord Halifax, empèchés d'assister à la céré-
monie, s'élaient fait excuser.

  La canonisation de 1a blenheureuse Margueorite-Marie.
— Au cours de son récent voyage à Rome, le cardinal Perraud a
remis au Souverain Pontife un coffret contenant les suppliques de
210 meinbres de l'épiscopat. catholique pressant Léon XIII de hâter
le plus tôt possible la canonisation de la « bienheureuse Marguerite-
Marie, la voyante du Sacré-Cœur ».
   Parmi les signataires de ces suppliques, on compte 48 cardinaux,
6 patriarches, 43 archevêques el 203 évêques, dont 63 évêques fran-
çais.



  Correspondance. — Monsieur le Rédacteur,
   Qu'il me soit permis de commenter en trois endroits l'appréciation
très bienveillante que M. Boudinhon a faite de mon supplementum.
  4° Il demande quelle collecte lon récite lorsque l'ordination
comprend à la fois des diacres et des prêtres. Pour ce cas-làala
rubrique est expresse. Je la cite en latin à la 23° page de mon
supplément. « Rerifatur flamen ulraque orafio :ea primum que ad Diacenes
spectat; deinde ea quæ ad Presbyteros.
  æ Les rites latins, dit-il, placent l'imposition des mains en
connexion étroite avec le canon consécratoire. Je voudrais le ren-
voyer au Pontifical moyen âge d'Exeter, d'après lequel l’hymne
Veni creator, qui doit être chantée par toute l'assistance, est placée
entre l'imposition des mains et le canon consécratoire. |Supplé

LES PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHRVÈQUES, ÉVÈQUES ET AUTRES ORDINAIRES

        EN GRACE ET COMMUNION AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE



                      LÉON XIII PAPE

                            VÉNÉRABLES FRÈRES

                 SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE

Vous sAvEZ ASSEz qu'une part considérable de nos pensées et de nus préoccupations est dirigée vers ce but : Nous efforcer de rame- ner Îles égarés au bercail que gouverne le Souverain Pasteur des âmes, Jésus-Christ. L'âme appliquée à cet objet, Nous avons pensé qu'il serait grandement utile à ce dessein et à cette entreprise de salut de tracer l'image de l'Église, de dessiner pour ainsi dire ses traits principaux et de mettre en relief, comme le trait le plus digne d'une attention capitale, l'unifé : caractère insigne de vérité et d’in- vincible puissance, que l'auteur divin de l'Église a imprimé pour toujours à son œuvre. Considérée dans sa forme et dans sa beauté native, l'Église doit avoir une action très puissante sur les âmes : ce nest pas s'éloigner de la vérité de dire que ce speclacle peut dissi- per l'ignorance, redresser les idées fausses et les préjugés, surtout chez ceux dont l'erreur ne vient point de leur propre faute. Il peut mème exciter dans les hommes l'amour de l'Église, nn amour sem- blable à cette charité sous l'impulsion de laquelle Jésus-Christ à choisi l'Église pour son épouse, en la rachetant de son sang divin. Car « Jésus-Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle. » Ni, pour revenir à cette mère très aimante, ceux qui ne la connaissent pas bien encore ou qui ont eu le tort de la quitter, doivent acheter ce retour, tout d'abord ce ne sera point sans doute au prix de leur sang {et pourtant c'est d'un tel prix que Jésus-Christ l'a pavéei: mais BRVUE ANGLO-ROMAINE. = Te MH. — 47° 142 : REVUE ANGLO-ROMAINE s’il leur en doit coûter quelques efforts, quelques peines bien plus légères à supporter, du moins ils verront clairement que ces condi- tions onéreuses n'ont pas élé imposées aux hommes par une volonté humaine, mais par l'ordre et la volonté de Dieu : et par suite, avec l'aide de la grâce céleste, ils expérimenteront facilement par eux- mêmes la vérité de cette divine parole : « Mon joug est doux et mon fardeau léger. » C'est pourquoi, mettant Notre principale espérance dans /s Père des lumières, de qui descend louée grâce ercellente et tout dox parfait, en Gelui qui seul donne la'croissance, Nous lui demandons ins- tamment de daigner mettre en Nous la puissance de persuader. Dieu sans doute peut opérer, par lui-même et par sa seule vertu. tout ce qu'effectuent les êtres créés; néanmoins, par un conseil miséricordieux de sa Providence, il a préféré, pour aider les hommes, se servir des hommes eux-mêmes. C'est par l'intermédiaire et le ministère des hommes qu'il donne habituellement à chacun, dans l'ordre purement naturel, la perfection qui lui est due : il en use de même dans l’ordre surnaturel pour leur conférer la sainteté et le salut. Mais il est évident que nulle communication entre les hommes ne peut se faire que par le moyen des choses extérieures et sensibles. C'est pour cela que le Fils de Dieu a pris la nature humaine, « Lui « qui étant dans la forme de Dieu... s'est anéanti lui-même, prenant « la forme d’esclave, ayant été fait semblable aux hommes » ; et ainsi, tandis qu’il vivait sur la terre, il a révélé aux hommes, en conversant avec eux, sa doctrine et ses lois. Mais comme sa mission divine devait étre durable et perpétuelle, il s'est adjoint des disciples auxquels il a fait part de sa puissance, et ayant fait descendre sur eux du baut du ciel l'Esprit de vérité, il leur a ordonné de parcourir la terre entière et de prêcher fidèlement à toutes les nations ce que lui-même avait enseigné et prescrit : afin qu'en professant sa doctrine et en abéissant à ses lois, le genre humain pût acquérir la sainteté sur la terre et, dans le ciel, l'éternel bonheur. —— Tel est le plan d'après lequel l'Eglise a été constituée, tels sont les principes qui ont présidé à sa naissance. Si nous regar- dons en elle le but dernier qu'elle poursuit, et les causes immédiates par lesquelles elle produit la sainteté dans les âmes, assurément l'Eglise est spirituelle; mais si nous considérons les membres dont elle se compose et lesmoyens mèmes par lesquels les dons spirituels arrivent jusqu’à nous, l'Eglise est extérieure et nécessairement visible, C'est par des signes qui frappaient les veux et les oreilles que les Apôtres ont reçu la mission d'enseigner; et cette mission, ils ne l'ont point accomplie autrement que par des paroles et des actes également sensibles. Ainsi leur voix, entrant par l'oute extérieure, engendrait la foi dans les âmes : « la foi vient par l'audition et « l'audition par la parole du Christ. » Et la foi elle-même, c'est-à- dire l'assentiment à la première et souveraine vérité, de sa nature sans doute est renfermée dans l'esprit, mais elle doit cependant éclater au dehors par l'évidente profession qu'on en fait : « car on « croit de cœur pour la justice, mais on confesse de bouche pour DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 743

« le salut. » De même rien n'est plus intime à l'homme que la grâce céleste, qui produit en lui la sainteté, mais extérieurs sont les instruments ordinaires et principaux par lesquels la grâce nous est communiquée : nous voulons parler des sacrements, qui sont administrés, avec des rites spéciaux, par des hommes nommément choisis pour cette fonction. Jésus-Christ a ordonné aux Apôtres et aux successeurs perpétuels des Apôtres d'instruire et de gouverner les peuples : il a ordonné aux peuples de recevoir leur doctrine et de se soumettre docilement à leur autorité. Mais ces relations mutuelles de droits et de devoirs dans la société chrétienne, non seulement n'auraient pas pu durer, mais n'auraient même pas pu s'établir sans l'intermédiaire des sens, interprètes et messagers des choses. — C'est pour toutes ces raisons que l'Eglise, dans les saintes Lettres, est si souvent appelée wn corps, el aussi le corps du Christ. « Vous êtes le corps du Christ. » Parce que l'Eglise est un corps, elle est visible aux yeux; parce qu'elle est le corps du Christ, elle est un corps vivant, actif, plein de sève, soutenu qu’il est et animé par Jésus- Christ qui le pénètre de sa vertu, à peu près comme le tronc de la vigne nourrit et rend fertiles les rameaux qui lui sont unis. Dans les êtres animés, le principe vital est invisible et caché au plus profond de l'être, mais il se trahit et se manifeste par le mouvement et l'action des membres : ainsi le principe de vie surnalurelle qui anime l'Eglise apparaît à tous les yeux par les actes qu’elle produit. H s'ensuit queceux-là sont dans une grande et pernicieuse erreur, qui. façonnant l'Église au gré de leur fantaisie, se l'imaginent comme cachée et nullement visible; et ceux-là aussi qui la regardent comme une insütution humaine, munie d'une organisation, d’une discipline, de rites extérieurs, mais sans aucune communication per- manente des dons de la grâce divine, sans rien quiatteste, par une manifestation quotidienne et évidente, la vie surnaturelle puisée en Dieu. — L'une et l'autre de ces deux conceptions est tout aussi incompatible avec l'Église de Jésus-Christ que le corps seul ou l'âme seule. est incapable de constituer l'homme. L'ensemble et l'union de ces deux éléments est absolument nécessaire à la véritable Église, à peu près comme l’intime unionde l'âme et du corps est indispensable à la nature humaine. L'Église n'est point une sorte de cadavre; elle est le corps du Cbrist, animé de sa vie surnaturelle. Le Christ lui même, chef et modèle de l'Église, n’est pas entier, si on regarde en lui, soit exclusivement la nature humaine et visible, comme fontles partisans de Photin et de Nestorius, soit uniquement la nature divine et invisible comme font les Monophysites; mais le Christ est un par l'union des deux natures, visible et invisible, et il est un danstoutes les deux; de la même façon, son corps mystique n'est la véritable Église qu'à cette condition, que ses parties visibles tirent leur force et leur vie des dons surnaturels et des autres éléments invisibles : et c'est de cette union que résulte la nature propre des parties extérieures elles-mêmes. —— Mais comme l'Église est #lle par la volonté et par l'ordre de Dieu, elle doit rester telle sans aucune T44 REVUE ANGLO-ROMAINE

interruption jusqu'à la fin des temps, sans quoi elle n'aurait évidem- ment pas été fondée pour toujours, et la fin même à laquelle elte tend serait limitée à un certain terme dans le temps et dans l'espace: double conclusion contraire à la vérité. 11 est donc certain que cette réunion d'éléments visibles et invisibles étant. par la volonté de Dieu, dans la nature et la constitution intime de l'Église, doit néces- sairement durer autant que durera l'Église elle-même. — C'est pourquoi saint Jean Chrysostome nous dit: « Ne te sépare point de « l'Église; rien n'est plus fort que l'Église. Ton espérance, c'est « l'Église. ton salut. c'est l'Église: ton refuge, c'est l'Église. Elle est « plus haute que le ciel et plus large que la terre. Elle ne vieillit « jamais, sa vigueur est éternelle. Aussi l'Écriture, pour nous mon- « trer sa solidité inébranlable, l'appelle une montagne. » — Saint Augustin ajoute: « Les infidèles croient que la religion chrétienne « doit durer un certain lemps dans le monde, puis disparaître. Elle « durera donc autant que le soleil: tant que le soleil continuera à se lever et à se coucher, c'est-à-dire tant que durera le cours « même des temps. l'Église de Dieu, c'est-à-dire le corps du Christ. «ne disparaîtra point du monde. » Et le même Père dit ailleurs: « L'Église chancellera. si son fondement chancelle ;mais comment « pourrait chanceler le Christ? Tant que le Christ ne chancellera « point, l'Église ne fléchira jamais jusqu'à la fin des temps. Où sont « ceux qui disent que l'Église a disparu du monde, puisqu'elle ne « peut pas mème fléchir ? » Tels sont les fondements sur lesquels doit s'appuyer celui qui cherche la vérité. L'Église a été fondée et vonstiluée par Jésus- Christ Notre-Scigneur : par conséquent, lorsque nous nous enquérons de la nature de l'Église, l'essentiel est de savoir ce que Jésus-Christ a voulu faire et ce qu'il à fait en realité. C’est d'après cette règle qu'il faut traiter surtout de l'unité de l'Église, dont il Nous a paru bon, dans l'intérêt commun, de toucher quelque chose dans ces Lettres. : Oui, certes, la vraie Église de Jésus-Christ est une : les témoi- gnages évidents et multipliés des saintes Lettres ont si bien établi ce point dans tous les esprits, que pas un chrétien n'oserait y contre- dire. Mais, quand il s’agit de déterminer et d'établir la nature de cette unité, plusieurs se laissent égarer par diverses erreurs. Non seulement l'origine de l'Église, mais tous les traits de sa constitution appartiennent à l'ordre des choses qui procèdent d'une volonté libre: toute la question consiste donc à savoir ce qui, en réalité, a eu lieu, et il faut rechercher non pas de quelle façon l'Église pour- rait être une, mais quelle unité a voulu lui donner son Fondateur. Or, si nous examinons les faits, nous constaterons que Jésus- Christ n'a point concu ni instilué une Église formée de plusieurs rommunautés qui se ressembleraient par certains traits généraux, mais seraient distinctes les unes des autres, et non rattachées entre lles par ces liens, qui seuls peuvent donner à l'Église l’individualité »t l'unité dont nous faisons profession dans le symbole de la foi: ,

                    DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE                      745

Je crois à l'Église. une. « L'Église est consliluée dans l'unité par sa « nature même : elle est une, quoique les hérésies essaient de la « déchirer en plusieurs sectes. Nous disons done que l'antique et « catholique Église est une : eile a l'unité de nature, de sentiment, « de principe, d'excellence... Au reste, le sommet de la perfection « de l'Église, comme le fondement de sa construction, consiste dans « l'unité: c’est par là qu'elle surpasse tout au monde, qu'elle n’a « rien d'égal, ni de semblable à elle.» Aussi bien, quand Jésus- Christ parle de cet édifice mystique, il ne mentionne qu'une seule Église, qu'il appelle sienne : « Je bâtirai mon Église. » Toute autre qu'on voudrait imaginer, en dehors de celle-là, n'étant point fondée par Jésus-Christ, ne peut être la véritable Église de Jésus-Christ. Cela est plus évident encore, si l'on considère le dessein du divin Auteur de l'Église. Qu'a cherché, qu'a voulu Jésus-Christ Notre-Seigneur dans l'établissement et le maintien de son Église? Une seule chose : transmettre à l'Église la continuation de lamême mission, du même mandal qu'il avait reçus lui-même de son Père. C'est là ce qu'il avait décrété de faire, et c'est ce qu'il a réellement fait. « Comme mon « Père m'a envoyé, ainsi moi je vous envoie. Comme vous m'avez « envoyé dans le monde, moi aussi je les envoyés dans le monde. » Or, il est dans la mission du Christ de racheter de la mort et de sauver ce qui avai péri, c'est-à-dire non pas seulement quelques nations ou quelques cités, mais l'universalité du genre humain tout entier, sansaucune distinction dans l’espace ni dansle temps.« Le Fils « de l’homme est venu, pour que le monde soit sauvé par lui. Car « nul autre nom n’a été donné sous le ciel aux hommes, par lequel «nous devions être sauvés.» La mission de l'Église est donc de répandre au loin parmi les hommes et d'étendre à tous les âges le salut opéré par Jésus-Christ, et tous les bienfaits qui en découlent. C'est pourquoi, d’après lu volonté de son Fondateur, il est néces- saire qu'elle soit unique dans toute l'étendue du monde, dans toute la durée des temps. Pour qu’elle pût avoir une unité plus grande, il faudrait sortir des limites de la terre et imaginer un genre humain nouveau et inconnu.

Cette Eglise unique, qui devait embrasser tous les hommes en tous temps et en tous lieux, Isaïe l'avait aperçue et l'avait désignée d'avance, lorsque son regard, pénétrant l'avenir, avait la vision d’une montagne dont le sommet élevé au-dessus de tous les autres était visible à tous les yeux, et qui était l'image de la maison du Sei- gneur, c'est-à-dire de l'Eglise. « Dans les derniers temps, la mon- « tagne qui esi la maison du Seigneur sera préparée sur le sommet « des montagnes. » Or, cette montagne placée sur le sommet des montagnes est unique: unique est cette maison du Seigneur, vers laquelle toutes les nations doivent un jour affluer ensemble, pour y trouver la règle de leur vie. « Et toutes les nations afilueront vers « elles... et diront: Venez, gravissons la montagne du Seigneur, « allons à la maison du Dieu de Jacob, et il nous enseignera ses « voies, et nous marcherons dans ses sentiers. » Optat de Milève dit 146 REVUE ANGLO-ROMAINE

à propos de ce passage : « Il est écrit dans.le prophète Isaïe : La « loi sortira de Sion et la parole du Seigneur de dérusalem. « Ce n'est donc pas dans la montagne matérielle de Sion qu'isaie « aperçoit la vallée, mais dans la montagne sainte qui est l'Eglise «et qui, remplissant le monde romain tout entier, élève son « sommet jusqu'au ciel. La véritable Sion spirituelle est donc « l'Eglise, dans laquelle Jésus-Christ a été établi roi par Dieu «le Père, et qui est dans le monde tout entier, ce qni n'est vrai « que de la seule Eglise catholique. n Et voici ce que dit saint Augustin : « Qu'y a-t-il de plus visible qu'une montagne ? E « cependant il y a des montagnes inconnues, celles qui sont « situées dans un coin écarté du globe... Mais il n'en est pas « ainsi de cette montagne, puisqu'elle remplit toute la surface de la « terre, et il est écrit d'elle qu'elle a été préparée sur le sommet des « montagnes. » Il faut ajouter que le Fils de Dieu a décrété que l'Eglise serait son propre corps mystique, auquel il s’unirait pour en être la tête, de même que dans le corps humain, qu'il a pris par l'In- carnation, la tête tient aux membres par une union nécessaire et naturelle, De même donc qu'il a pris lui-même un corps mortel unique, qu'il à voué aux tourments et à la mort pour payer la rançon des hommes, de la même façon il a un corps mystique unique, dans lequel et par le moyen duquel il fait participer les hommes à la sain- teté et au salut éternel, « Dieu l'a établi (le Christ} chef sur toute « l'Eglise qui est son corps. » Des membres séparés et dispersés ne peuvent point se réunir à une seule et même tête pour former un seul corps. Or saint Paul nous dit : « Tous les membres du corps, « quoique nombreux, ne sont cependant qu'un seul corps : ainsi «est le Christ. » C'est pourquoi ce corps mystique, nous dit-il encore « est uniet lié. Le Christ est le chef, en vertu duquel tout le corps « uni et lié par toutes les jointures, qui se prêtent un mutuel secours « d’après une opération proportionnée à chaque membre, reçoit son « accroissement pour être édifié dans la charité. » Ainsi donc, si quelques membres restent séparés et éloignés des autres membres. ils ne sauraient appartenir à la même tête que le reste du corps: «A y a, dit saint Cyprien, un seul Dieu, un seul Christ, une seule « Eglise du Christ, une seule foi, un seul peuple, qui par le lien de « la concorde est établi dans l’unité solide d'un même corps. L'unité «ne peut pas être scindée : un corps restant unique ne peut pas se « diviser par le fractionnement de son organisme. » Pour mieux montrer l'unité de son Eglise, Dieu nous la présente sous l'image d’un corps animé, dont les membres ne peuvent vivre qu'à la con- dition d’être unis avec la tête et d'emprunter sans cesse à la tète elle-même leur force vitale: séparés, il faut qu'ils meurent. « Elle ne « peut pas (l'Eglise) être dispersée en lambeaux par le déchirement « de ses membres et de ses entrailles, Tout ce qui sera séparé du « centre de la vie ne pourra plus vivre à part ni respirer. » Or, en quoi un cadavre ressemble-t-ilà un être vivant? « Personne n’a jamais « haï sa chair, mais il la nourrit et la soigne, comme le Christ l'Eglise DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 747

« parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa « chair et de ses os. Qu'on cherche donc une autre tête pareille au « Christ, qu'on cherche un autre Christ, si l’on veut imaginer une autre Eglise en dehors de celle qui est son corps. « Voyez à quoi « vous devez prendre garde, voyez à quoi vous devez veiller, « voyez ce que vous devez craindre. Parfois on coupe un membre « dans le corps humain, ou plutôt on le sépare du corps : une main, a un doigt, un pied. L'âme suit-elle le membre coupé ? Quand il était « dans le corps, il vivait ; coupé, il perd la vie. Ainsi l'homme : tant « qu'il vit dans le corps de l'Eglise, il est chrétien catholique ; séparé « il est devenu hérétique. L'âme ne suit point le membre amputé. » L'Eglise du Christ est done unique et, de plus, perpétuelle: qui- conque se sépare d'elle, s'éloigne de la volonté et de l'ordre de Jésus- Christ Notre-Seigneur, il quitte le chemin du salut, il va à sa perte. « Quiconque se sépare de l'Eglise pour s'unir à une épouse adultère « abdique aussi les promesses faites à l'Eglise. Quiconque abandonne « l'Eglise du Christ ne parviendra pas point récompenses du Christ. « Quiconque ne garde pas cette unité, ne garde pas la loi de Dieu, il « ne garde pas la foi du Père et du Fils, il ne garde pas la vie ni le « salut. » Mais Celui qui a institué l'Église unique, l'a aussi instituée une : c'est-à-dire de telle nature que tous ceux qui devaient étre ses membres fussent unis par les liens d'une société très étroite, de façon à ne former tous ensembie qu’un seul peuple, un seul royaume un seul corps. « Soyez un seul corps et un seul esprit, comme vous « avez été appelés à une seule espérance dans votre vocation. » Aux approches de sa mort, Jésus-Christ a sanctionné et consacré de la façon la plus auguste sa volonté sur ce point, dans cette prière qu'il fit à son Père : « Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore « pour ceux qui par leur parole croironl en moi... afin qu'eux aussi, « ils soient une seule chose en nous... afin qu’ils soient consommés « dans l'unité. » 11 a méme voulu que le lien de l'unité entre ses disciples fût si intime, si parfait, qu'il imitèt en quelque façon sa propre union avec son Père : « Je vous demande... qu'ils soient tous « une même chose, comme vous, mon Père, êtes en moi el moi en « vous. » Or, une si grande, une si absolue concorde entre les hommes doit avoir pour fondement nécessaire l'entente et l'union des intelligences : d'où suivra naturellement l'harmonie des volontés et l'accord dans les actions. C'est pourquoi, selon son plan divin, Jésus a voulu que l’unifé de foi existät dans son Église : car la foi est le premier de tous les liens qui unissent l'homme à Dieu, et c'est à elle que nous devons le nom de fidèles. « Un seul Seigneur, une « seule foi, un seul baptême : » c'est-à-dire, de même qu'ils n’ont qu'un seul Seigneur et qu'un seul baptême, ainsi tous les chrétiens, dans le monde entier, ne doivent avoir qu'une seule foi. C'est pour- quoi l'apôtre saint Paul ne prie pas seulement les chrétiens d’avoir tous les mêmes sentiments et de fuir le désaccord des opinions, mais il les en conjure par les motifs les plus sacrés : « Je vous en 748 REVUE ANGLO-ROMAINE « conjure, mes frères, par le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, « de n'avoir tous qu'un même langage et de ne pas souffrir de « schismes parmi vous; mais d'être tous parfaitement unis dans le « même esprit et dans les mêmes sentiments. » Ces paroles, assuré- ment, n’ont pas besoin d'explication : elles sont assez éloquentes par elles-mêmes. D'ailleurs ceux qui font profession de christianisme reconnaissent d'ordinaire que la foi doit être une. Le point le plus important et absolument indispensable, celui ou beaucoup tombent . dans l'erreur, c'est de discerner de quelle nature, de quelle espèce est cette unité. Or, ici, comme nous l'avons fait plus haut dans une question semblable, il ne faut point juger par opinion ou par conjec- ture, mais d'après la science des faits : il faut rechercher et consia- ter quelle est l'unité de foi que Jésus-Christ a imposée à son Église. La doctrine céleste de Jésus-Christ, quoiqu'elle soit en grande par- tie consignée dans des livres inspirés de Dieu, si elle eût été livrée aux pensées des hommes, ne pouvait par elle-même unir les esprits. Il devait aisément arriver, en effet, qu’elle tombât sous le coup d'in- terprétations variées et différentes entre elles, et cela non-seulement à cause de la diversité des esprits des hommes, et du trouble qui devait naître du jeu et de la lutte des passions contraires. Des diffé- rences d'interprétation naît nécessairement la diversité des senti- ments : de là des controverses, des dissensions, des querelles, telles qu'on en a vu éclater dans l'Église dès l’époque la plus rapprochée de son origine. Voici ce qu'écrit saint Irénée, en parlant des héré- tiques : « Ils confessent les Écritures, mais ils en pervertissent l'in- « terprétation. » Et saint Augustin : L'origine des hérésies et de « ces dogmes pervers qui prennent les âmes au piège et les préci « pitent dans l'abîme, c’est uniquement que les Écritures, qui sont « bonnes, sont comprises d'une façon qui n'est pas bonne. » Pour unir les esprits, pour créer et conserver l'accord des sentiments, il fallait donc nécessairement, malgré l'existence des Écritures divines. un autre principe. La sagesse divine Fexige; car Dieu n'a pu vouloir l'unité de la foi sans pourvoir d'une façon convenable à la conser- vation de cette unité, et les saintes Lettres elles-même indiquent clairement qu'il l’a fait, comine nous le dirons tout à l’heure. Certes. l'infinie puissance de Dieu n'est liée ni astreinte à aucun moven, et toute créature lui obéit comme un instrument docile. Il faut done rechercher, entre tous les moyens qui étaient au pouvoir de Jésus- Christ, quel est le principe extérieur d'unité dans la foi qu'il a voulu établir. Pour cela, il faut remonter par la pensée aux premières origines du christianisme. Les faits que nous allons rappeler sont attestés par les saintes Lettres et connus de tous. Jésus-Christ prouve, par la vertu de ses miracles, sa divinité et sa mission divine; il s'emploie à parler aa peuple pour l'instruire des choses du ciel, et il exige absolument qu'on ajoute une foi entière à son enseignement; il l'exige sons la sanction de récompenses ou de peines éternelles. « Si je ne fais pas « les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Si je n’eusse point DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 749

« fait parmi eux des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient « point de péché. Mais si je fais de telles œuvres, et si vous ne voulez « pas me croire moi-même, croyez à mes œuvres. » Tout ce qu'il ordonne, il l'ordonne avec la mème autorité; dans l'assentiment d'esprit qu'il exige, il n'excepte rien, il ne distingue rien. Ceux donc qui écoutaient Jésus, s'ils voulaient arriver an salut, avaient le devoir, non seulement d'accepter en général toute sa doctrine, mais de donner un plein assentiment de l'âme à chacune des choses qu'il enseignait. Refuser, en effet, de croire, rie fût-ce qu’en un seul point, à Dieu qui parle, est contraire à la raison, Sur le point de retourner au ciel, il envoie ses Apôtres en les revêtant de la mème puissance avec laquelle son Père l’a envoyé lui-même, et il leur ordonne de répandre et de semer partout sa doc- trine. « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. « Allez donc et enseignez toutes les nations... leur enseignant à « observer tout ce que je vous ai ordonné. » Seront sauvés lous ceux qui obéiront aux Apôtres; ceux qui n’obéiront pas, périront. « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé; celui qui ne croira « point sera condamné. » Et comme il convient souverainement à ja Providence divine de ne point charger quelqu'un d'une mission, surtout si elle est importante et d'une haute valeur, sans lui donner en mème temps de quoi s'en acquitter comme il faut, Jésus-Christ promet d'envover.à ses disciples l'esprit de vérité, qui demeurera en eux éternellement, «Sijem'en vais, je vousl'enverrai{le Paracleti.....,

« compagnaient. » De quelle parole s'agit-il? De celle, évidemment, qui embrasse tout ce qu'ils avaient eux-mêmes appris de leur maître: car ils attestent publiquement et au grand jour, qu'il leur est impos- sible de taire quoi que ce soit de tout ce qu'ils ont vu et entendu. Mais, Nous l'avons dit ailleurs, la mission des Apôtres n'était point de nature à pouvoir périr avec la personne même des Apôtres, ou disparaître avec le temps, car c'était une mission publique et ins tituée pour le salut du genrehumain. Jésus-Christ en effeta ordonné aux Apôtres de prècher « l' Évangile à toute créature », etude porter « son nom devant les peuples et les rois », et de « "lui servir de « témoins jusqu'aux extrémités de la terre ». Et, dans l'accomplisse- ment de cette grande mission, il a promis d'être avec eux, et cela non pas pour quelques années ou quelques périodes d'années, mais pou tous les temps jusqu'à la consommation du siècle. Sur quoi saint Jérôme écrit : « Celui qui promet d'être avec ses disciples jusqu'à la consom- « mation du siècle montre par là, et que ses disciples vivront tou- « jours, et que lui-même ne cessera jamais d’être avec Îles croyants.» Comment tout cela eut-il pu se réaliser dans les seuls Apôtres, que leur condition d'hommes assujettissait à la loi suprême de la mort? La Providence divine avait donc réglé que le magistère institué par Jésus-Christ ne serait point restreint aux limites de la vie même des Apôtres, mais qu'il durerait toujours. De fait nous voyons qu'il s'est transmis et qu'il a passé commefde main en main dans la suite des temps. Les Apôtres, en effet, consacrèrent des évêques et dési- gnèrent nominativement ceux qui devaient être leurs successeurs immédiats dans le ministère de la parole. — Mais ce n'est pas tout : ils ordonnèrent encore à leurs successeurs de choisir eux-mêmes des hommes propres à cette fonction, de Les revêtir de la même autorité, et de leur confier à leur tour la charge et la mission d'enseigner. « Toi donc, à mon fils, fortifie-toi dans la grâce qui est en Jésus « Christ; et ce que tu as entendu de moi devant un grand nombre de « témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient eux-mêmes « capables d'en instruire les autres. » Il est donc vrai que de même que Jésus-Christ a été envoyé par Dieu, et les Apôtres par Jésus- Christ, de mêmes les évêques et tous ceux qui ontsuccédé aux Apôtres, ont été envoyés par les Apôtres. « Les Apôtres nous ont préché « l'Évangile, envoyés par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et Jésus-Christ « a été envoyé par Dieu. La mission du Christ est donc de Dieu, celle « des Apôtres et du Christ, et toutes les deux ont été instituées selon « l'ordre par la volonté de Dieu... Les Apôtres préchaient donc « l'Évangile à travers les nations et les villes; et après avoir éprouvé « selon l'esprit de Dieu ceux qui étaient les prémices de ces chri- « tientés, ils établirent des évèques et des diacres pour gouverner « ceux qui croiraient dans la suite... ]ls instituèrent ceux que nous « venons de dire, et plus tard {ils prirent des dispositions pour que, « ceux-là venant à mourir, d’autres hommes éprouvés leur’ sucté- « dassent dans leur ministère. » }l est donc nécessaire que d'une façon permanente subsiste, d'une part, la mission constante et DE LUNITÉ DE L'ÉGLISE 15t

immuable d'enseigner tout ce que Jésus-Christ à enseigné lui-même ; d'autre part l'obligation constante et immuable d'accepter et de pro- fesser toute la doctrine ainsi enseignée. C'est ce que saint JCyprien exprime excellemment en ces termes : « Lorsque Notre-Seigneur « Jésus-Christ, dans son Évangile, déclare que ceux qui ne sont pas « avec lui sont ses ennemis, il ne désigne pas une hérésie en parti- « culier, mais il dénonce comme ses adversaires tous ceux qui ne « sont pas entièrement avec lui et qui, ne recueiliant pas avec lui, « mettent la dispersion dans son troupeau : Celui qui n'est pas avec « moi, dit-il, est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi « disperse. » Pénétrée à fond de ces principes et soucieuse de son devoir, l'Église n’a jamais rien eu.plus à cœur, rien poursuivi avec plus d'effort, que de conserver de la façon la plus parfaite l'intégrité de la foi. C'est pourquoi elle a regardé comme des rebelles déclarés, et chassé loin d'elle tous ceux qui ne pensaient pas comme elle sur n'importe quel point de sa doctrine. Les Ariens, les Montanistes, les Novatiens, les Quartodécimans, les Eutychiens, n'avaient assurément pas abandonné la doctrine catholique tout entière, mais seulement telle ou telle partie : et pourtant qui ne sait qu'iis ont été déclarés hérétiques et rejetés du sein de l’Église? Et un jugement semblable a condamné tous les fauteurs de doctrines erronées qui ont apparu dans la suite aux différentes époques de l’histoire. « Rien ne saurait « être plus dangereux que ces héréliques qui, conservant en tout le « reste l'intégrité de la doctrine, par un seul mot, comme par une « goutte de venin, corrompent la pureté et la simplicité de la foi que « nous avons reçue de la tradition dominicale, puis apostolique. » Telle a été toujours la coutume de l'Église, appuyée par le jugement unanime des saints Pères, lesquels ont toujours regardé comme exclu de la communion catholique et hors de l’Église, quiconque se sépare le moins du monde de la doctrine enseignée par le magistère authen- tique. Épiphane, Augustin, Théodoret ont mentionné chacun un, grand nombre des hérésies de leur temps. Saint Augustin remarque que d’autres espèces d'hérésies peuvent se développer, et que, si quelqu'un adhère à une seule d’entre elles, par le fait même il se sé- pare de l'unité catholique. « De ce que quelqu'un, dit-il ne croit « point ces erreurs {à savoir les hérésies qu'il vient d’énumérer), il « ne s'ensuit pas qu'il doive se croire et se dire chrétien catho- « lique. Car il peut y avoir, il peut surgir d'autres hérésies qui ne « sont point mentionnées dans cet ouvrage, et quiconque embrasse- « rait l'une d'entre elles, cesserait d'être chrétien catholique. » Ce moyen institué par Dieu pour conserver l'unité de foi dont nous parlons, est exposé avec insistance par saint Paul dans son épître aux Éphésiens. Il les exhorte d'abord à conserver avec grand soin l'harmonie des cœurs : « Appliquez-vous à conserver l'unité d'esprit « par le lien de la paix »; et comme les cœurs ne peuvent être pleine- ment unis par la charité, si les esprits ne sont point d'accord dans la foi, il veut qu'il n'y ait chez tous qu’une même foi : « Un seul Sei- 752 REVUE ANGLO-ROMAINE

« gneur, une seule foi. » Et il veut une unité si parfaite qu'elle exclue tout danger d'erreur : « afin que nous ne soyons plus comme de « petits enfants qui flatient, ni emportés çà et là à tout vent de doc- « trine, par la méchanceté des honimes, par l’astuce qui entraine « dans le piège de l'erreur. » Et il enseigne que cette règle doit être observée, non point pour un temps, mais « jusqu'à ce que nous par- « venions tous à l'unité de la foi, à la mesure de l'âge de Ja plénitude « du Christ. » Mais où Jésus-Christ a-t-il mis le principe qui doit établir cette unité, et le sceours qui doit la conserver? Le voici : « H « a établi les uns apôtres..., d’autres pasteurs et docteurs, pour la « perfection des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification « du corps du Christ. » Aussi c'est cette même règle que, depuis l'antiquité la plus reculée, les Pères et les Docteurs ont toujours suivie et unanimement défendue. Écoutez Origène : « Toutes les fois « que les hérétiques nous montrent les Écritures canoniques, aux- « quelles tout chrétien donne son assentiment et sa foi, ils semblent « dire : C'est chez nous qu'est la parole de vérité. Mais nous ne « devons point les croire, ni nous écarter de la primitive tradition « ecclésiastique, ni eroire autre chose que ce que les Églises de Dieu « nous ont enseigné par la tradition successive. » Écoutez saint Irénée : « La véritable sagesse est la doctrine des apôtres. qui « est arrivée jusqu'à nous par la succession des évêques... en nous « transmettant la connaissance très complète des Écritures, conser- « vée sans altération. » Voici re que dit Tertullien : « El esl constant « que toute doctrine conforme à celle des Églises catholiques, mères « et sources primitives de la foi, doit être déclarée vraie puisqu'elle « garde sans aucun doute ce que les Églises ont reçu des apôtres, les « apôtres du Christ, le Christ de Dieu... Nous sommes en commu- « nion avec les Églises apostoliques ; nul n'a une doctrine diflérente : « c'est là le témoignage de la vérité. » Et saint Hilaire : « Le Christ, « se tenant dans la barque pour enseigner, nous fait entendre que « ceux qui sont hors de l'Église ne peuvent avoir aucune intelli- « gence de la parole divine. Car la barque représente l'Église, dan< « Jaquelle seule le Verbe de vie réside et se fait entendre, et ceux « qui sont en dehors et qui restent là, stériles et inutiles comme le « sable du rivage, ne peuvent point le comprendre. » Rutin loue saint Grégoire de Nazianze et saint Basile de ce « qu'ils s'adonnaient « uniquement à l'étude des livres de l'Écriture sainte, et de ce « qu'ils n'avaient point la présomption d'en demander l'intelligence « à leurs propres pensées, mais de ce qu'ils la cherchaient dans les « écrits el l’aulorité des anciens, qui eux-mêmes, ainsi quil élait « constant, avaient reçu de la succession apostolique, la règle de leur « interprétation. »

ll est donc évident, d'après tout ce qui vient d'être dit, que Jésus- Christ a institué dans l'Église un magislère virant, authentique et, de plus perpétuel, qu'il a investi de sa propre autorité, revêtu de l'esprit de vérité, confirmé par des miracles, et il a voulu et très sévèrement ordonné que les enseignements doctrinaux de ce magistère fussent DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 753

reçus comme les siens propres. — ‘Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensem- ble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certi- tude que cela est vrai: car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s’ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui- même serait l'auteur de l'erreur des hommes! « Seigneur, si nous « sommes dans l'erreur, c'est vous-même qui nous avez trompés. » ‘Tout motifde doute étant ainsi écarté, peut-il être permis à qui que ee soit de repousser quelqu'une de ces vérités, sans se précipiter ouvertement dans l'hérésie, sans se séparer de l'Église et sans répu- dier en bloc toute la doctrine chrétienne? Car telle est la nature de la foi, que rien n'est plus impossible que de croire ceci et de rejeter cela, L'Église professe en effet que la fai est « une vertu surnaturelle par « laquelle, sous l'inspiration et avec le secours de la grâce de Dieu, « nOUS croyons que ce qui nous à été révélé par lui est véritable nous « le croyons, non point à cause de la vérité intrinsèque des choses « vue dans la lumière naturelle de notre raison, mais à cause de l'au- « torité de Dieu lui-même qui nous révèle ces vérités, et qui ne peut « nise tromper ni nous tromper. » Si done il y à un point qui ait été évidemment révélé par Dieu et que nous refusions de le croire, nous ne eroyons absolument rien de foi divine. Car le jugement que porte saint Jacques au sujet des fautes dans l'ordre moral, il faut l'appli- quer aux erreurs de pensée dans l'ordre de la foi. « Quiconque se « rend coupable en un seul point devient transgresseur de tous. » Cela est même beaucoup plus vrai des erreurs de la pensée. Ce n’est pas en effet, au sens le plus propre, qu'on peut appeler transgresseur de toute la loi celui quia commis une seule faute morale; car s'il peut sembler avoir méprisé la majesté de Dieu, auteur de toute la loi, ce mépris n'apparait que par une sorte d'interprétation de la volonté du pécheur. Au contraire, celui qui, mêmesur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réelle- ment abdique tout à fait la foi, puisqu'il refuse de se soumettre à Dieu en tant qu'il est la souveraine vérité et le mo/ifpropre de la foi. « En beaucoup de points ils sont avec moi, en quelques-uns seule- « mentils ne sont pas avec moi; mais à cause de ces quelques points « dans lesquels ils se séparent de moi, il ne leur sert de rien d'être « avec moi en tout le reste. » Rien n’est plus juste : car ceux qui ne prennent de la doctrine chrétienne que ce qu'ils veulent, s'appuient sur leur propre jugement et non sur la foi, et refusant de « réduire « en servitude toute intelligence sous l'obéissance du Christ », ils obéissent en réalité à eux-mêmes plutôt qu’à Dieu. « Vous qui dans « l'Évangile, croyez ce qui vous plait et refusez de croire ce qui vous « déplait, vous croyez à vous-mêrie beaucoup plus qu’à l'Évangile. »

Les Pères du concile du Vatican n'ont donc rien édicté de nouveau, mais ils n'ont fait que se conformer à l'institution divine, à l'antique et constante doctrine de l'Église et à la nature même de la foi, quand ils ont formulé ce décret : « On doit croire, de foi divine et catho- « Hique, toutes les vérités qui sont contenues dans la parole de Dieu REVUE ANULO-ROMAINE. — T. II — #8 154 REVUE ANGLO-ROMAINE

« écrite ou transmise par la tradition, et que l'Église, soit par ur « jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, « propose comme divinement révélés. » Pour conclure, puisqu'il est évident que Dieu veut absolument dans son Église l'unité de foi, puisqu'il a élé démontré de quelle nature il a voulu que fût ceite unité et par quel principe il a décrété d'en assurer la conservation, qu'il Nous soit permis de Nous adresser à tous ceux qui n'ont poini résolu de fermer l'oreille à la vérité et de leur dire avec saint Augus- tin : « Puisque nous voyons là un si grand secours de Dieu, tant de « profit et d'utilité, hésiterons-nous à nous jeter dans le sein de « cette Église, qui, de l’aveu du genre humain tout entier, lient du « Siège apostolique et a gardé, par la succession de ses évêques. « l'autorité suprême, en dépit des clameurs des hérétiques qui « l'assiègent et qui ont été condamnés, soit par le jugement du « peuple, soit par les solennelles décisions des conciles, soit paris « majesté des miracles ? Ne pas vouloir lui donner la première place « c'est assurément le fait ou d'une souveraine impiété, ou d'une « arrogance désespérée. Et si toute science, même la plus humble et « la plus facile, exige, pour être acquise, le secours d'un docteur où « d'un maître, peut-on imaginer un plus téméraire orgueil, lorsqu'il « s'agit des livres des divins mystères, que de refuser d'en recevoir « la connaissance de la bouche de leurs interprètes, et, sans les con- « naître, de vouloir les condamner ? » C'est donc sans aucun doute le devoir de l'Église de conserver et de propager la doctrine chrétienne dans toute son intégrité et sa pureté. Mais son rôle ne se borne point là, et la fin même pour laquelle l'Église est instituée n’est pas épuisée par cette première obligation. En effet, c'est pour le salut du genre humain que Jésus- Christ s’est sacrifié, c'est à cette fin qu'il a rapporté tous ses ensei- gnements et tous ses préceptes; et ce qu’il ordonne à l'Église de rechercher dans la vérité de la doctrine, c'est de sanctifier et de sauver les hommes, — Mais ce dessein si grand, si excellent. la foi, à elle seule ne peut aucunement le réaliser; il faut y ajouter le eult» rendu à Dieu en esprit de justice et de piété, et qui comprend sur- tout le sacrifice divin ct la participation aux sacrements:; puis encor» la sainteté des lois morales et de la discipline. — Tout cela doit done se rencontrer dans l'Église, puisqu'elle est chargée de continuer jus- qu'à la fin des temps les fonctions du Sauveur : la religion, qui par la volonté de Dieu à en quelque sorte pris corps en elle, c'est l'Église seule qui l'offre au genre humain dans toute sa plénitude et sa per- fection; et de même tous les moyens de salut qui, dans le plan ordi- naire de la Providence, sont nécessaires aux homines, c'est elle seule qui les leur procure. Mais de même que la doctrine céleste n’a jamais été abandonné au caprice où au jugement individuel des hommes, mais qu'elle a été d’abord euseignée par Jésus, puis confiée exclusivement a mägistère dont il a été question, de même ce n'est point aux pre- miers venus parmi le peuple chrétien, mais à certains hommes choi- DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 755

sis qu'a été donnée par Dieu la faculté d'accomplir et d'adminisirer les divins mystères, et aussi le pouvoir de commander et de gouver- ner. Ce n'est en effet qu'aux apôtres et leurs légitimes succes- seurs que s'adressent ces paroles de Jésus-Christ: « Allez dans le « monde tout entier, préchez-y l'Évangile. baptisez les hommes. « faites cela en mémoire de moi... Les péchés sont remis à ceux à « qui vous les aurez remis. » De la même façon, €e n'est qu'aux apôtres et à leurs légitimes successeurs qu'il a ordonné de paitre le troupeau, c’est-à-dire de gouverner avec autorité tout le peuple chrétien, lequel est en conséquence obligé par Île fait mème à leur être soumis et obéissant. Tout l'ensemble de ces fonctions du minis- tère apostolique est compris dans ces paroles de saint Paul : « Que « les hommes nous regardent comme ministres du Christ et dispen- « sateurs des mystères de Dieu. »

Ainsi Jésus-Christ a appelé tous les hommes sans exception, ceux qui existaient de son temps et ceux qui devaient exister dans l'avenir, à le suivre comme chef et comme Sauveur, non seulement chacun séparément, mais tous ensemble unis par une telle associa- tion des personnes et des cœurs, que de cette multitude résultät un seul peuple, légitimement constitué en société: un peuple vraiment un par la communauté de foi, de but, de moyens appropriés au but un peuple soumis à un seul et même pouvoir. Par le fait même, tous les principes naturels, qui parmi les hommes créent spontanément la société, destinée à leur faire atteindre la perfection dont leur nature est capable, ont été établis par Jésus-Christ dans l'Église, de façon que dans son sein tous ceux qui veulent être les enfants adoptifs de Dieu pussent atteindre et conserver la perfection con- venable à leur dignité et ainsi faire leur salut. L'Église donc, comme nous l’avons indiqué ailleurs, doit servir aux hommes de guide vers le ciel, et Dieu lui a donné la mission de juger et de décider parelle- même de tout ce qui touche la religion, et d'administrer à son gré, librement et sans entraves, les intérêts chrétiens. C'est donc ou ne pas la bien connaitre ou la calomnier injustement que de l'accuser de vouloir envahir le domaine propre de la société civile, ou empié- ter sur les droits des souverains. Bien plus, Dieu a fait de l’Église la plus excellente, à beaucoup près, de toutes les sociétés; car la fin qu’elle poursuit l'emporte en noblesse sur la fin que poursuivent les autres sociétés, autant que la grâce divine l'emporte sur la nature, et que les biens immortels sont supérieurs aux choses périssables. — Par son origine, l'Église est donc une société divine; par sa fin, et par les moyens immédiats qui y conduisent, elle est surnaiurelle; par les membres dont elle se compose et qui sont des hommes, elle est une société humains. C'est pourquoi nous la voyons désignée dans les saintes Lettres par des noms qui conviennent à une société par- faite. Elle est appelée non seulement la Maison de Lieu, la Côté placèe sur la montagne, et où toutes les nations doivent se réunir, mais encore le Bertail, que doit gouverner un seul pasteur, et où doivent se réfugier toutes les brebis du Christ; elle est appelée le Æoyaume nn. — 75ù REVUE ANGLO-ROMAINE

suscité par Dieu et qui durera éternellement; enfin le Corps du Christ, corps mystique sans doute, mais vivant toutefois, parfaitement conformé et composé d'un grand nombre de membres, et ces membres n'ont pas tous la même fonction, mais ils sont liés entre eux et unis sous l'empire de la tète qui dirige tout. Or, il est impos- sible d'imaginer une société humaine véritable et parfaite, qui 2e soit gouvernée par une puissance souveraine quelconque. Jésus Christ doit donc avoir mis à la tête de l'Église un chef suprême à qui toute la multitude des chrétiens füt soumise et obéissante. C'est pourquoi, de méme que l'Église, pour étre une en tant qu'elle est la réunion des fidèles, requiert nécessairement l'unité de foi, ainsi pour être une en tant qu’elle est une société divinement constituée, elle requiert de droit divin l'unité de gouvernement, laquelle produit et comprend l'unité de communion. « L'unité de l'Église doit être consi- « dérée sous deux aspects : d'abord dans la connexion mutuelle des « membres de l'Église ou la communication qu'ils ont entre eux: « et, en second lieu, dans l'ordre qui relie tous les membres de « l'Église à un seul chef. » Par où l’on peut comprendre que les hommes ne se sépareni pas moins de l'unité de l’Église par le srhisme que par l'hérésie. « On met cette différence entre l'hérésie et le « schisme, que l'hérésie professe un dogme corrompu; fe « schisme, par suite d'une dissension dans l'épiscopat, se sépare de « l'Église. » Ces paroles concordent avec celles de saint Jean Chrv- « sostome sur le même sujet : « Je dis et je proteste, que diviser « l'Église n’est pas un moindre mal que de tomber dans l'hérésie. C'est pourquoi, si nulle hérésie ne peut ètre légitime, de la méme façon il n’y a pas de schisme qu'on puisse regarder comme fait à bon droit : « [Il n'est rien de plus grave que le sacrilège du schisme:ü « n’y a point de nécessité légitime de rompre l'unité, »

Quelle est cette souveraine puissance à laquelle tous les chrétiens doivent obéir? De quelle nature est-elle? On ne peut le déterminer qu'en constatant et en connaissant bien quelle a été sur ce point la volonté du Christ. Assurément le Christ est le roi éternel, et éternel- lement du haut du ciel il continue à diriger et à protéger invisible- ment son royaume ; mais puisqu'il a voulu que ce royaume füùt visibie. il a dà désigner quelqu'un pour tenir sa place sur la terre, après qu'il serait lui-même remonté au ciel: « Si quelqu'un dit que l'unique « chefet l'unique pasteur est Jésus-Christ, qui est l'unique époux de « l'Église unique, cette réponse n'est pas suffisante. Ïl est évident en « effet que c'est Jésus-Christ lui-même qui opère les sacrement: « dans l’Église ; c'est lui qui baptise, c'est lui qui remet les péchés: « ilest le véritable prêtre qui s’est offert sur l'autel de la croix, et «“ par la vertu duquel son corps est consacré tous les jours sur l'autel: « et cependant, comme il ne devait pas rester avec tous les fidèles « par sa présence corporelle, il a choisi des ministres par le moyen « desquels il pût dispenser aux fidèles les sacrements dont nous « venons de parler, ainsi que nous l'avons dit plus haut {chap. 34. « De la même façon, parce qu'il devait soustraire à l'Église sa pre- DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 131

« sence corporelle, il a donc fallu qu'il désignât quelqu'un pour « prendre à sa place le soin de l'Église universelle. C'est pour cela « qu'il a dit à Pierre avant son ascension: Pais mes brebis. » Jésus-Christ a donc donné Pierre à l'Église pour souverain chef, et l a établi que cette puissance, instituée jusqu'à la fin des temps pour e salut de tous, passerait par hérilage aux sucesseurs de Pierre, dans lesquels Pierre lui-même se survivrait perpétuellement par son autorité. Assurément c'est au bienheureux Pierre, el en dehors de ui à aucun autre, qu’il a fait cette promesse insigne: « Tu es Pierre, « et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise’ » — « C'est à Pierre que « le Seigneur a parlé: à un seul, afin de fonder l'unité par un seul. » — « En effet, sans aucun autre préambule, il désigne par son nom et « le père de l’Apôtre et l’Apôtre lui-même (Tu es bienheureux, Simon, « fils de Jonas), et il ne permet plus qu'on l'appelle Simon, Îe reven- « diquant désormais comme sien en vertu de sa puissance; puis par “ une image très appropriée, il veut qu'on l'appelle Pierre, parce « qu'il est la pierre sur laquelle il devait fonder son Eglise. » D'après cet oracle, il est évident que, de par la volonté et l'ordre de Dieu, l'Eglise est établie sur le bienheureux Pierre, comme l'édifice sur son fondement. Or, la nature et la vertu propre du fondement, c'est de donner la cohésion à l'édifice par la connexion intime de ses diffé- rentes parties; c'est encore d'être le lien nécessaire de la sécurité et de la solidité de l'œuvre tout entière : si le fondement] disparait, tout l'édifice s'écroule. Le rôle de Pierre est donc de supporter l'Eglise et de maintenir en elle la connexion, la solidité d’une cohésion indisso- luble. Or comment pourrait-il remplir un pareil rôle, s’il n'avait la puissance de commander, de défendre, de juger, en un mot un pou- voir de jurüliction propre et véritable ? Il est évident que les Etats et les sociétés ne peuvent subsister que grâce à ur pouvoir de juridic- tion. Une primauté d'honneur, ou encore le pouvoir si modeste de conseiller et d'avertir, qu'on appelle pouvoir de dirertion, sont inca- pables de prêter à aucune société humaine un élément bien efficace d'unité et de solidité. Au contraire, ce véritable pouvoir dont nous parlons est déclaré et affirmé dans ces paroles: « Etles portes de « l'enfer ne prévaudront point contre elle. » — « Qu'est-ce à dire, « contre elle? Est-ce contre la pierre sur laquelle le Christ bâtit « l'Eglise? Est-ce contre l'Eglise ? La phrase reste ambiguë; serait-ce « pour signifier que la pierre et l'Eglise ne sont qu'uneseule et même « chose? Oui, c'est là, je crois, la vérité : car les portes de l'enfer ne « prévaudront ni contre la pierre sur laquelle le Christ bâlit l'Eglise, « ni contre l'Eglise elle-même. » Voici la portée de cette divine pa- role : l'Eglise, appuyée sur Pierre, quelle que soit la violence, quelle que soit l’habileté que déploient ses ennemis visibles et invi- sibles, ne pourra jamais succomber ni défaillir en quoi que ce soit. « L'Eglise étant l'édifice du Christ, lequel a sagement bâti sa maison « sur lapierre, ne peut être soumise aux portes de l'enfer; celles-ci « peuvent prévaloir contre quiconque se trouvera en dehors de la « pierre, en dehors de l'Eglise, mais elles sont impuissantes contre 758 REVUE ANGLO-ROMAINE

« elle. » Si Dicu a confié son Eglise à Pierre, c'est donc afin que ce soutien invisible la conservât toujours dans toute son intégrité. Il l'a donc investi de l'autorité nécessaire; car, pour soutenir réellement etefficacement une société humaine, le droit de commander est indispensable à celui qui la soutient. Jésus a ajouté encore : « El je « Le donnerai les clés du royaume des cieux. » Il est clair qu'il con- tinue à parler de l'Eglise, de cette Eglise qu'il vient d'appeler sienne, et qu’il a déclaré voutoir bâtir sur Pierre, comme sur son fondement L'Eglise offre en effet l'image non seulement d'un édifice, mais d'un royaume; au reste, nul n'ignore que les clés sont l'insigne ordinaire de l'autorité. Ainsi, quand Jésus promet de donner à Pierre les clés du royaume des cieux, il promet de lui donner le pouvoir et l'au- torité sur l'Eglise. « Le Fils lui a donné (à Pierre) la mission de « répandre dans le monde tout entier la connaissance du Père et du « Fils lui-même, etil a donné à un homme mortel toute la puissance « céleste, quand il a confié les clés à Pierre, qui a étendu l'Eglise « jusqu'aux extremités du monde et qui l'a montrée plus inébran- « lable que le ciel. » Ce qui suit a encorele même sens : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que tu Æ

« délieras sur laterre sera délié aussi dans le ciel. » Cette expression figurée : lier et délier, désigne le pouvoir d'établir des lois, et aussi celui de juger et de punir. Et Jésus-Christ affirme que ce pouvoir aura une telle étendue, une telle efficacité, que tous les décrets rendus par Pierre seront ratifiés par Dieu. Ce pouvoir est donc sou- verain et tout à fait indépendant, puisqu'il n'a sur la terre aucun pouvoir au-dessus de lui, et qu'il embrasse l'Eglise tout entière et tout ce qui est confié à l'Eglise.

La promesse faite à Pierre a été accomplie, au temps où Jésus- Christ Notre-Scigneur, après sa résurrection, ayant demandé par trois fois à Pierre s'il l’aimait plus que les autres, lui dit sous une forme impérative : « Pais mes agneaux..., pais mes brebis. » C'est- à-dire que tous ceux qui doivent être un jour dans sa bergerie, il les remet à Pierre comme à leur vrai pasteur : « Si le Seigneur « interroge, ce n’est pas qu'il doute : il ne veut pas s’instruire, mais « instruire, au contraire, celui que, sur le point de remonter au « ciel, il nous laissait comme le vicaire de son amour... Et, parce « que, seul entre tous, Pierre professe cet amour, il est mis à la tête « de tous les autres, à la tête des plus parfaits, pour les gouverner, « étant plus parfait lui-mème. » Or, le devoir et le rôle du pasteur, c’est de guider le troupeau, de veiller à son salut en lui procurant des pâturages salutaires, en écartant les dangers, en démasquant lea pièges, en repoussant les attaques violentes : bref, eu exerçant l'autorité du gouvernement. Donc, puisque Pierre a été préposé eomme pasteur au troupeau des fidèles, il a reçu le pouvoir de gou- verner tous les hommes pour le salut desquels Jésus-Christ a répandu son sang. « Pourquoi a-t-il versé son sang? Pour racheter « ces brebis qu'il a confiées à Pierre et à ses successeurs. » Et parce qu'il est nécessaire que tout les chrétiens soient liés DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 759

entre eux par la communauté d'une foi immuable, c'est pour cela que, par la vertu de ses prières, Jésus-Christ Notre-Seigneur a obtenu à Pierre que, dans l'exercice de son pouvoir, sa foi ne défaillit jamais. « J'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille « point. » Il lui à ordonné, en outre, toutes les fois que les circons- fances le demanderaient, de communiquer lui-même à ses frères la lumière et l'énergie de son âme : « Confirme tes frères. » Celui donc qu'il avait désigné comme le fondement de l'Eglise, il veut qu'il soit la colonne de la foi. « Puisque, de sa propre autorité, il lui « donnait le royaume, ne pouvait-il pas affermir sa foi, d'autant « que, en l'appelant Pierre, il le désignait comme ‘le fondement qui « devait affermir l'Eglise? » De là vient que certains noms, qui désignent de très grandes choses, et qui « appartiennent en propre « à Jésus-Christ en vertu de sa puissance, Jésus lui-même a voulu « les rendre communs à lui et à Pierre par participation », afin que la communauté des titres manifestât la communauté du pouvoir. Ainsi, lui qui est « la pierre principale de l'angle, sur laquelle tout « l'édifice construit s'élève comme un temple sacré dans le Sei- « gneur », il & établi Pierre comme la pierre, sur laquelle devait être appuyée son Eglise. « Quand Jésus lui dit : 7x es la pierre, cette « parole lui conféra un beau titre de noblesse. Et pourtant, il est ja « pierre, non pas comme le Christ est la pierre, mais comme « Pierre peut être la pierre. Car le Christ est essentiellement la « pierre inébranlable, et c'est par elle que Pierre est la pierre. a Car Jésus communique ses dignités sans s’appauvrir. Il est le prêtre, il fait des prêtres... Il est la pierre, il fait de son LS

« apôtre la pierre. » Il est encore le roi de l'Église, « qui possède « la clé de David; il ferme et personne ne peut ouvrir; il ouvre et « personne ne peut fermer »: or, en donnant les clés à Pierre, il le déclare le chef de la sociélé chrétienne. H est encore le pasteur suprême qui s'appelle lui-même le bon pasteur; or, il a établi Pierre comme pasteur de ses agneaux et de sas brebis: « Pais les agneaux, « pais les brebis. » C'est pourquoi saint Chrysostome a dit: «Il « était le principal entre les Apôtres, il était comme la bouche des « autres disciples et la tête du corps apostolique... Jésus, lui mon- « trant qu'il doit désormais avoir confiance, parce que loute trace « de son reniement est effacée, lui confie le gouvernement de ses « frères. Il lui dit: Si tu m'aimes, sois le chef de tes frères, » Enfin celui qui confirme «en toute bonne œuvre et toute bonne « parole », c'est lui qui commande à Pierre de confirmer ses frères.» Saint Léon le Grand a donc bien raison de dire: « Du sein du « monde tout entier, Pierre seul est élu pour être mis à la tête de « toutes les nations appelées, de tous les Apôtres, de tous les Pères « de l'Église; de telle sorte que, bien qu'il y ait dans le peuple de « Dieu beaucoup de pasteurs, cependant Pierre régit proprement « tous ceux qui sont aussi principalement régis par le Christ, » De mème, saint Grégoire le Grand écrit à l'empereur Maurice Auguste : « Pour tous ceux qui connaissent l'Évangile, il est évident que, par 160 REVUE ANGLO-ROMAINE

« la parole du Seigneur, le soin de toute l'Église a été confié au « saint apôtre Pierre, chef de tous les apôtres. Il a reçu les clés du « royaume du ciel, la puissance de lier et de délier lui est attribuée « et le soin et le gouvernement de toute l’Église lui est confié. » Or, cette autorité faisant partie de la constitution et de l'organi- sation de l’Église comme son élément principal, puisqu'elle est le principe de l'unité, le fondement de la sécurité et de la durée perpé- tuelle, il s'ensuit qu'elle ne ponvaiten aucune façon disparaître avec le bienheureux Pierre, mais qu'elle devait nécessairement passer à ses successeurs et être transmise de l'un à l'autre. € La disposition « de la vérité demeure donc, et le bienheureux Pierre, persévérant « dans la fermeté de la pierre, dont il a reçu la vertu, n’a point « quitté le gouvernail de l'Église, mis dans sa main.» C'est pour- quoi les Pontifes qui succèdent à Pierre dans l’épiscopat romain possèdent de droit divin le suprême pouvoir dans l’Église. « Nous « définissons que Ie Saint-Siège apostolique et le Pontife romain « possèdent la primauté sur le monde entier, et que le Pontife ro- « main est le successeur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, « et qu'il est le véritable vicaire de Jésus-Christ, le chef de toute « l'Église, le Père et le docteur de tous les chrétiens, et qu'à lui « dans la personne du bienheureux Pierre a été donné par Notre- « Seigneur Jésus-Christ le plein pouvoir de paître, de régir et de « gouverner l'Église universelle; ainsi que cela est contenu aussi « dans les actes des conciles œcuméniques et dans les sacrés « canons. » Le quatrième concile de Latran dit de même: « L'Église « romaine... par la disposition du Seigneur, possède le principat de « la puissance ordinaire sur toutes les autres Églises, en sa qualité « de mère et de maitresse de tous les fidèles du Christ. » Tel était déjà auparavant le sentiment unanine de l'antiquité qui, sans la moindre hésitation, a toujours regardé et vénéré les évêques de Rome comme les successeurs légitimes du bienheureux Pierre. Qui pourrait ignorer combien nombreux, combien clairs sont sur ce point les témoignages des saints Pères? Bien éclatant est celui de saint lrénée, qui parle ainsi de l'Église romaine : « C’est à cette « Église que, à cause de sa prééminence supérieure, toute l'Église « doit nécessairement se réunir. » Saint Cyprien affirme, lui aussi. de l’Eglise romaine qu'elle est la « racine et la mère de l'Eglise « catholique, la chaire de Pierre et l'Eglise principale, d'où est née « l’unité sacerdotale. » Il l'appelle la chaire de Pierre, parce qu'elle est occupée par le successeur de Pierre; l'Eglise principale, à cause du principal conféré à Pierre et à ses légitimes successeurs; celle d'où est nés l'unilé, parce que dans la société chrétienne la cause eff- ciente de l'unité est l'Eglise romaine. C'est pourquoi saint Jérôme écrit en ces termes à Damase : « Je parle au successeur du pêcheur « et au disciple de la croix... Je suis lié par la communion à Votre « Béatitude, c'est-à-dire à la chaire de Pierre. Je sais que sur cette « pierre est bâtie l'Eglise. » La méthode habituelle de saint Jérôme pour reconnaître si un homme est catholique, c'est de savoir s’il est DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 761

uni à la chaire romaine de Pierre. « Si quelqu'un est uni à la chaire « de Pierre, c’est mon homme. » Par une méthode analogue, saint Augustin, qui déclare ouvertement que « dans l'Eglise romaine s'est « toujours maintenu le principat de la chaire apostolique », affirme qe quiconque se sépare de la foi romaine n’est point catholique. « On ne peut croire que vous gardiez Ia véritable foi catholique, « vous qui n'enseignez pas qu'on doit garder la foi romaine. » De même, saint Cyprien : Être en communion avec Corneille, « c'est “ être en communion avec l'Eglise catholique ». L'abbé Maxime enseigne également que la marque de la vraie foi et de la vraie communion, c'est d’être soumis au Pontife romain. « Si quelqu'un « veut n'être point hérétique et ne point passer pour tel, qu'il ne « cherche pas à salisfaire celui-ci ou celui-là... Qu'il se hâte de satis- « faire en tout le siège de Rome. Le siège de Rome satisfait, lous « partout et d'une seule voix le proclameront pieux et orthodoxe. « Car si l'on veut persuader ceux qui me ressemblent, c’est en vain « qu'on se contenterait de perler, si l'on ne satisfait et si l’on « n’implore le bienheureux Pape de la très sainte Eglise des -< Romains, c'est-à-dire le Siège apostolique. » Et voici, d'après lui, a cause et l'explication de ce fait. C’est que l'Eglise romiaine « a reçu « du Verbe de Dieu Incarné lui-même, et, d'après les saints conciles, « selon les saints canons et les définitions, elle possède, sur l'uni- « versalité des saintes Eglises de Dieu qui existent sur toute la sur- « face de Ja terre, l'empire et l'autorité en tout et pour tout, et pour « le pouvoir de lier et de délier. Car lorsqu'elle lie ou délie, le « Verbe, qui commande aux vertus célestes, lie ou délie aussi dans « Île ciel. » C'était donc un article de foi chélienne, c'était un point reconnu et observé constamment, non par une nation ou par un siècle, mais par tous les siècles et par l'Orient non moins que par l'Occident, que rappelait au synode d'Éphèse, sans soulever aucune contradiction, le prêtre l'hilippe, légat du Pontife romain : « Il n'est « douteux pour personne, et c'est une chose connue de tous les « temps, que le saint et bienheureux Pierre, prince et chef des « Apôtres, colonne de la foi et fondement de l'Église catholique, a « reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du « genre humain, les clés du royaume, et que le pouvoir de lier et « de délier les péchés a été donné à ce même Apôtre, qui, jusqu'au « moment présent et toujours, vit dans ses successeurs el exerce en « eux son autorité. » Tout le monde connait la sentence du concile de Chalcédoine sur le même sujet : Pierre a parlé. par la bouche de Léon, sentence à laquelle la voix du troisième concile de Constan- tinople répond comme un écho : « Le souverain prince des Apôtres « combattait avec nous, car nous avons eu en notre faveur son imi- « tateur et son successeur dans son Siège... On ne voyait au dehors « (pendant qu’on lisait la lettre du Pontife romain) que du papier et « de l'encre, et c'était Pierre qui parlait par la bouche d'Agathon. » Dans la formule de profession de foi catholique, proposée en termes exprès par Hormisdas au commencement du sixème siècle, el sous- 162 REVUE ANGLO-ROMAINE

erite par l'empereur Justinien et aussi par les patriarches Épiphane, Jean et Mennas, la même pensée est exprimée avec une grande vigueur : « Comme la sentence de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui « dit : Tx es Pierre el sur celle pierre je bätirai mon Eglise, ne peut « être négligée... ce qui à été dit est confirmé par la réalité dés « faits, puisque dans le Siège apostolique la religion catholiquea « toujours été conservée sans aucune tache. » Nous ne voulons poini énumérer tous les témoignages: il Nous plait néanmoins de rap- peler la formule selon laquelle Michel Paléologue a professé la foi au deuxième concile de Lyon: « La sainte Église romaine possède « aussi la souveraine et pleine primauté et principauté sur l'Église « catholique universelle, et elle reconnait, avec vérité el humilité, «avoir reçu cette primauté et principauté, avec la plénitude de la « puissance, du Seigneur lui-même, dans la personne du bien- « heureux Pierre, prince ou chef des Apôtres, dont le Pontife « romain est le successeur. Et de même qu'elle est tenue de défendre, « avant tous les autres, la vérité de la foi, de même, si des diffi- « cultés s'élèvent au sujet de la foi, c'est par son jugement qu'elles « doivent être tranchées. » Si la puissance de Pierre et de ses successeurs est pleine el souve- raine, il ne faudrait cependant pas croire qu'il n’y en a point d'autre dans l'Eglise. Celui qui a établi Pierre comme fondement de l'Eglise a aussi « choïsi douze de ses disciples, auxquels il a donné le nom « d'Apôtres ». De mème que l'autorité de Pierre est nécessairement permanente et perpétuelle dans le Pontife romain, ainsi les évêques, en leur qualité de successeurs des Apôtres, sont les héritiers du pou- voir ordinaire des Apôtres, de telle sorte que l'ordre épiscopal fait nécessairement partie de la constitution intime de l'Eglise. Et quoi- que l'autorilé des évêques ne soit ni pleine, ni universelle, ni souve- raine, on ne doit pas cependant les regarder comme de simples vicaires des Pontifes romains, ear ils possèdent une autorité qui leur est propre, el ils portent en toute vérité le nom de prélats ordinaires des peuples qu'ils gouvernent. Mais comme le successeur de Pierre est unique, tandis que ceux des Apôtres sont très nombreux, il convient d'étudier quels lieas, d'après la constitution divine, unissent ces derniers au Pontife romain. — Et d'abord, l'union des évêques avec le successeur de Pierre est d'une nécessité évidente et qui ne peut faire le moindre doute ; car, si ce lien se dénoue, le peuple chrétien lui-même n'est plus qu’une multitude qui se dissout et se désagrège, et ne peut plus, en aucune façon, former un seul corps et un seul troupeau. « Le « salut de l'Eglise dépend de la dignité du souverain prêtre : si un « n’attribue point à celui-ci une puissance à part et élevée au-dessus « de toute autre, il y aura dans l'Eglise autant de schismes que de « prêtres. » C'est pourquoi il faut faire ici une remarque importante. Rien n'a été conféré aux Apôtres indépendamment de Pierre : plu- sieurs choses onl été conférées à Pierre isolément et indépendam- ment des Apôtres. Saint Jean Chrysostome, expliquant les paroles de DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 763

Jésus-Christ (S. Jean, xx1, 15), se demande « pourquoi, laissant de « côté les autres, le Christ s'adresse ici à Pierre », et il répond for- mellement: « C’est qu'il était le principal entre les Apôtres, comme « la bouche des autres disciples et le chef du corps apostolique. » Lui seul, en effet, a été désigné par le Christ comme fondement de l'Eglise. C'est à lui qu'a été donné tout pouvoir de lier et de délier ; à lui seul également a été confié le pouvoir de paitre le troupeau. Au contraire, tout ce que les Apôtres ont reçu, en fait de fonctions et d'autorité, ils l'ont reçu conjointement avec Pierre. « Si la divine « Bonté a voulu que les autres princes de l'Eglise eussent quelque « chose en commun avec Pierre, ce qu'elle n’a pas refusé-aux autres « elle ne le leur a jamais donné que par lui. I} a reçu seul beaucoup « de choses, mais rien n’a été accordé à qui que ce soit sans sa par- « ticipation. » Par où l'on voit clairement que les évèques perdraient le droit et le pouvoir de gouverner, s'ils se séparaient sciemment de Pierre ou de ses successeurs. Car, par cette séparation, ils s'arrachent eux-mênies du fondement sur lequel doit reposer tout l'édifice, et ils sont ainsi inis en dehors de l'édifice lui-même;pour la même raison, ils se trouvent exclus du bercail que gouverne le pasteur suprême, et bannis du royaume dont les elés ont été données par Dieu à Pierre seul.

Ces considérations nous font comprendre le plan et le dessein de Dieu dans la constitution de la société chrétienne. Ce plan, le voici : l'auteur divin de l'Église, ayant décrété de lui donner l'unité de foi, de gouvernement, de communion, a choisi Picrreel ses successeurs pour établir en eux le principe et comme le centre de l'unité. C'est pourquoi saint Cyprien écrit: « Il y a, pour arriver à la foi, une « démonstration facile, qui résume la vérité. Le Seigneur s'adresse « à Pierre en ces termes: Jefe dis quetu es Pierre... C'est sur un « seul qu'il bâtit l'Église. Et quoique après sa résurrection il confère « à tous les Apôtres une puissance égale et leur dise : Comme mon « Père m'a envoyé. ; cependant, pour mettre l'unité en pleine « lumière, c'est en un seul qu’il établit. par son autorité, l'origine et « le point de départ de cette même unité. » Et saint Optat de Milève: « Tu sais fort bien, écrit-il, tu ne peux le nier, que c’est à Pierre le « premier qu'a été conférée la chaire épiscopale dans la ville de « Rome : c'est là que s'est assis le chef des Apôtres. Pierre. qui, par « suite, a été appelé Céphas. C'est dans cette chaire unique que tous « devaient garder l'unité, afin que les autres Apôtres ne pussent se « retrancher chacun isolément dans son siège, et que celui-là fût « désormais schismatique ct prévaricateur, qui élèverait une autre « chaire contre celte chaire unique. » De là vient cette sentence du même saint Cyprien, que l'hérésieetle schisme se produisent et nais- sent l'une et l'autre de ce fait, que l’on refuse à la puissance suprême lobéissance qu lui est due! « L’unique source d'où ont surgiles « hérésies et d'où sont nés les schismes, c'est que l’on n'obéit point « au Pontife de Dieu et que Fon ne veut pas reconnaitre dans « l'Église en mème temps un seul pontife et un seul juge qui tient la 164 REVUE ANGLO-ROMAINE

 « place du Christ. » Nul ne peut donc             avoir part
                                                          à l'autorité sil
n'est uni à Pierre, car il serait absurde de prétendre qu'un homme
exclu de l'Église a l'autorité       dans l'Église. C'est à ce titre qu'Optat

de Milève reprenait les Donatistes: « C’est contre les portes de « l'enfer que Pierre. comme nous le lisons dans l'Évangile, a reçu « les clés du salut; Pierre, c'est-à-dire notre chef, à qui Jésus- « Christ a dit : Je te donnerai les clés du royaume des cieux, et les « portes de l'enfer ne triompheront jamais d'elles. Comment done « osez-vous essaycr de vous attribuer les clés du rovaume des cieux. « vous qui combattez contre la chaire de Pierre ? »

      Mais l'ordre des évêques ne peut être regardé comme vraiment

uni à Picrre, de la façon que le Christ l'a voulu, que s’il est soumis et s'il obéit à Pierre : sans quoi il se disperse nécessairement en une multitude où règnent la confusion et le désordre. Pour conserver l'unité de foi el de cominunion telle qu'il la faut, ni une primauté d'honneur ni un pouvoir de direction ne suffisent; il faut absolu- ment une autorilé véritable et en méme temps souveraine, à laquelle obéisse toute la communauté. Qu'a voulu en effet le Fils de Dieu, quand il a promis les clés du royaume des cieux ax seul Pierre? Que les rlés désignent ici la puissance suprême, l'usage biblique et le con- sentement unanime des Pères ne permeltent point d'en douter. Et onne peut interpréter autrement les pouvoirs qui ont été conférés. soità Pierre séparément, soit aux Apôtres conjointement avec Pierre. Si la faculté de lier, de délier, de paiître le troupeau donne aux évèques, successeurs des apôtres, le droit de gouverner avec we autorité véritable le peuple confié à chacun d'eux, assurément ceite même faculté doit produire le même effet dans celui à qui a été assigné par Dieu lui-même le rôle de paitre les agneaux et les brebis. Pierre n’a pas seulement été établi pasteur par le Christ, mais 2

pasteur des pasteurs. Pierre donc paït les agneaux, et il pait les 2

«

{ brebis; il pait les petits et il pait les mères; il gouverne lessujets, L il gouverne aussi les prélats, car dans l'Eglise, en dehors des agneaux el des brebis, il n’y a rien. De là viennent chez les REA

« anciens Pères ces expressions tout à fait à part, qui désignent le A

      bienheureux Pierre, et qui le montrent évidemment comme :placé
      au degré suprême de la dignité et du pouvoir. ils l'appellent fré-
      quemment le chef de l'assemblée des disciples; le prince des saints

ES

      Apôtres; le corxphée du chœur apostolique; la bouche de tous les

« Apôtres; le chef de cette famille; celui qui commande au monde « entier; le premier parmi les Apôtres; la colonne de l'Eglise. » La conclusion de lout ce qui précède semble se trouver dans ces paroles de saint Bernard au pape Eugène: Qui êtes-vous? Vous êtes le « grand prêtre, le pontife souverain. Vous êtesle princedes évèques, « vous êtes l'hérilier des Apôtres.. Vous êtes celui à qui les clés ont « éé données, à qui les brebis ont été confiées. D'autres que vous « sont aussi portiers du ciel et pasteurs de troupeaux; mais € « double titre est en vous d'autant plus glorieux, que vous l'avez « reçu en héritage dans un sens plus particulier que tous les autres DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 163

« 1s ont, eux, leurstroupeaux qui leur ont été assignés : chacun a

le sien; à vous, tous les troupeaux ensemble ont été confiés; à

ES

« vous seul, un seul troupeau, formé non pas seulement des brebis, « mais aussi des pasteurs : vous êtes l'unique pasteur detous. Vous « me demandez comment je le prouve. Par la parole du Seigneur. A « qui en effet, je ne dis pas entre les évêques, mais même entre les « Apôtres, ont été confiées ainsi absolument etindistinctementtoutes

« les brebis? Si tu m'aimes, Pierre, pais mes brebis, — Lesquelles ? « Les peuples de telle ou telle cité, de telle contrée, de tel royaume”? « — Mes brebis, dit-il. Qui ne voit qu'il n'en désigne point quelques- « unes, mais qu'il les assigne toutes à Pierre? Nulle distinction, done Ps

« nulle exception. » Mais ce serait s'éloigner dela vérité, et contredire ouvertement à la constitution divine de l'Eglise, que de prétendre que chacun des évêques pris isolément doit être soumis à la juridiction des Pontifes romains, mais que tous les évèques pris ensemble ne le doivent point. Quelle est en effet toute la raison d'être et la nature du fondement? c'est de sauvegarder l'unité et la solidité, bien plus encore de l'édi- fice tont entier que de chacune de ses parties. El cela est beaucoup plus vrai dans le sujet dont nous parlons, car Jésus-Christ Notre- Seigneur a voulu, par la solidité du fondement de son Église, obte- nir ce résultat, que les portes de l'enfer ne puissent prévaloir contre elle. Or tout le monde convient que cette promesse divine doit s’en- tendre de l'Église universelle et non de ses parties prises isolément, car celles-ci peuvent en réalité être vaincues par l'effort des enfers, et il est arrivé à plusieurs d’entre elles, prises séparément, d'être en effet vaincues. De plus, celui qui a été mis à la tête du troupeau tout entier, doit avoir nécessairement l'autorité non seulement sur les brebis dispersées, mais sur tout l’ensemble des brebis réunies. Est- ce que par hasard l’ensemble des brebis gouverne et conduit le pasteur? Les successeurs des Apôtres, réunis ensemble seraient-ils le fondement sur lequel le successeur de Pierre devrait s'appuyer pour trouver la solidité? Celui qui possède les clés du royaume a évidemment droit elautorité non seulement sur les provinces isolées, mais sur toutes à la fois; et de mème que les évêques, chacun dans son territoire, comimandent avec une véritable autorité non seule- ment à chaque particulier, mais à la communauté entière, de même les Pontifes romains, dont la juridiction embrasse toute la société chrétienne, ont toutes les parties de cette société, mêmes réunies en- semble, soumises et obéissantes à leur pouvoir. Jésus-Christ Notre- Seigneur, nous l'avons déjà assez dit, a donné à Pierre età ses successeurs la charge d’être ses viaires, et d'exercer perpétueltement dans l’Église le mème pouvoir qu'il à exercé lui-mème durant sa vie mortelle. Or dira-t-on que le collège des Apôtres l’emportait en autorité sur son Maitre? Cetie puissance, dont nous parlons, sur le collège mème des évêques, puissance que les saintes Leltres énoncent si ouvertement, l'Église n’a jamais cessé de la ‘reconnaitre et de l'attester. Voici sur 766 REVUE ANGLU-ROMAINE

ce point les déclarations des conciles : « Nous lisons que le Pontife « romain a jugé Les prélats de loutes les Églises; mais nous ne lisons « point qu'il ait été jugé par qui que ce soit. » Et la raison dece fait est indiquée, c'est qu’ «il n'y a point d'autorité supérieure à l'autorité du Siège apostolique. » C'est pourquoi Gélase parle ainsi des décrels des conciles: « De même que ce que le premier « Siège n’a point approuvé n'a pu rester en vigueur, ainsi au con- « traire ce qu'il à confirmé par son jugement a élé reçu par toute « l'Église. » En effet, ratifier ou infirmer les sentences et les décrets des conciles a toujours été le propre des Pontifes romains. Léon le Grand annula les actes du conciliabule d'Éphèse; Damase rejeta celui de Rimini: Adrien Î*, celui de Constantinople: et le vingt-huitième canon du concile de Chalcédoine, parce qu'il est dépourvu de l'approbation et de l'autorité du Siège aposlolique. est resté, on le sait, sans vigueur et sans effet. C’est donc avec raison que, dans le cinquième concile de Latran, Léon X a porté ce décret: « Il conste manifestement, non seulement des témoignages de « F'Écriture sainte, des paroles des Pères et des autres Pontifes « romains el des décrets des saints canons, mais encore de l'aveu « formel des conciles eux-mêmes, que seul le Pontife romain, selun « le temps où il est en charge, a plein droit et pouvoir, comme avant « autorité sur tous les conciles, pour convoquer, transférer et dis- « soudre les conciles. » Les saintes Lettres attestent bien que les clés du royaume des cienx ont été confiés à Pierre seul, et aussi que le pouvoir de lier et de délier a élé conféré aux Apôlres conjointe- ment avec Pierre: mais de qui les Apôtres auraient-ils recu le sou- _verain pouvoir s4ns Pierre et contre Pierre? Aucun témoignage ne nous le dit. Assurément ce n'est point de Jésus-Christ qu'ils l'ont reçu. — C'est pourquoi le décret du eoneile du Vatican, qui a défini la nature et la portée de la primauté du Pontife romain. n'a point introduit une opinion nouvelle, inais a affirmé l'antique et constante foi detous les siècles. Et il ne faut pas eroire que la soumission des mêmes sujetsà deu autorités entraine la confusion de ladministration. Un lel soupçot nous est interdit tout d'abord par la sagesse de Dieu, qui a lui-même concu et établi l'organisation de ee gouvernement. De plus. il faut remarquer que ce qui troublerait l'ordre el les relations mutuelles. ce serait la coexistence, dans une société, de deux autorités du inème degré, dont aucune ne serait soumise à l'autre. Mais l'autorit du Pontife romain est souveraine, universelle et pleinement indéper- dante : eelle des évèques est limitée d’une façon précise et n'est pas pleinement indépendante. « L'inconvénient serait que deux pasteur « fussent établis avec un degré égai d'autorité sur le même trnupeat. « Mais que deux supérieurs, dont l'un estau-dessus de l'autre, soient « établis sur les mêmes sujets, ce n'est pas un inconvénient; et cest « de la sorte que le même peuple est gouverné immédiatement par le « prêtre de la paroisse, par l'évêque et par le Pape, » D'ailleurs. les Pontifes romains, sachant leur devoir, veulent plus que persont® DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE 167

la conservation de tout ce qui à été divinement institué dans l'Eglise: c'est pourquoi, de même qu'ils défendent les droits de leur propre pouvoir avec le zèle et la vigilance nécessaires, ainsi ils ont mis et mettront constamment tous leurs soins à sauvegarder lautorité propre des évêques. Bien plus, tout ce qui est rendu aux évêques d'honneur et d'obéissance, ils le regardent comme leur étant rendu à eux-mêmes. « Mon honneur, c'est l'honneur de l'Eglise universelle. « Mon honneur, c'est la pleine vigueur de l'autorité de mes frères. « Je ne me sens vraiment honoré que lorsqu'on rend à chacun d'eux « l'honneur qui lui est dû. »

Dans tout ce qui précède, Nous avons fidèlement tracé l'image et exprimé des traits de l'Eglise d'après sa divine constitution. Nous avons insisté sur son unité; Nous avons ainsi montré quelle en est la nature et par quel principe son divin auteur a voulu en assurer le maintien. Tous ceux qui, par un insigne bienfait de Dieu, ont le bonheur d'être nés dans le sein de l'Église catholique et d'y vivre, entendront, nous n'avons aucune raison d'en douter. Notre voix apostolique. « Mes brebis entendent ma voix. » Is auront trouvé dans cette lettre de quoi s'instruire plus pleinement et s'attacher avec un amour plus ardent, chacun à leurs propres pasteurs, et par eux au pasteur suprême, afin de pouvoir plus sûrement demeurer dans le bercail unique, et recueillir une plus grande abondance de fruits salutaires. Maïs, en fixant Nos regards « sur l’auteur et ie con- sommateur de la foi, sur Jésus », dont Nous tenons la place et dont Nous exerçons la puissance, tout faible que Nous sommes pour Île poids de cette dignité et de cette charge. Nous sentons sa charité enflammer Notre âme, et ces paroles que Jésus-Christ disait de lui- même, Nous Nous les approprions, non sans raison : « J'ai d’autres « brebis qui ne sont point de ce bercail; il faut aussi que je les « amène, et elles entendront ma voix. » Qu'ils ne refusent donc point de Nous écouter et de se montrer dociles à Notre amour paternel, tous ceux qui détestent l'impiété aujourd’hui si répandue, qui recon naissent Jésus-Christ, qui le confessent Fils de Dieu et Sauveur du genre humain, mais qui pourtant vivent errants et éloignés de son épouse. Ceux qui prennent le Christ, il faut qu'ils le prennent tout entier : « Le Christ tout entier, c'est une tête et nn corps : la tête, «c'est le Fils unique de Dieu; le corps, c'est son Église: c’est « l'époux et l'épouse, deux en une seule chair. Tons ceux qui ont à « l'égard de la tête un sentiment différent de celui des Écritures « saintes ont beau se trouver dans tous les lieux où est établie « l'Église, ils ne sont point dans l'Eglise. Et de même, tous ceux « qui pensent comme l’Ecriture sainte au sujet de la tête, mais qui « ne vivent point en communion avec l'unité de l'Eglisé, ils ne sont « point dans l'Eglise. » Et c'est aussi avec une égale ardeur que Notre cœur s'élanee vers ceux que le souffle contagieux de l'impiété n’a point encore entièrement empoisonnés, et qui ont du moins Île désir d’avoir pour père le Dieu véritable, créateur de la terre et du ciel. Qu'ils réfiéchissent et qu’ils comprennent bien qu'ils ne peuvent 168 REVUE ANGLO—RONAINE

en aucune facon être au nombre des enfants de Dieu, s'ilsn'en viennent à reconnaitre pour frère Jésus-Christ et pour mère l'Eglise. C'est donc à tous que Nous adressons, avec nn grand amour, ces paroles que Nous empruntons à saint Augustin : « Aimons le Sei- « gneur notre Dieu, aimons son Eglise : lui comme un père, elle « comme une mère. Que personne ne dise : Oui, je vais encore aux « idoles, je consulte les possédés et les sorciers, mais cependant je « ne quitte pas l'Eglise de Dieu; je suis catholique. Vous restez atta- « ché à la mère, mais vous offensez le père. Un autre dit pareïle- «ment: À Dieu ne plaise ; je ne consulte point les sorciers, je n'in- « terroge point les possédés, je ne pratique point de divinalions « sacrilèges, je ne vais point adorer les démons, je ne sers point des « dieux de pierre, mais je suis du parti de Donat. Que vous sert de « ne point offenser le père, qui vengera, lui, la mère que vous offen- « 50Z ? Que vous sert de confesser le Seigneur, d’honorer Dieu, de « le louer, de reconnaitre son Fils, de proclamer qu'il est assis à la « droite du Père, si vous blasphémez son Eglise? Si vous aviez un « protecteur auquel vous rendiez tous les jours vos devoirs, et si « vous veniez à outrager son épouse par une accusation grave, 0se- « riez-vous encore entrer dans la maison de cette homme? Tenez- « vous donc, mes bien-aimés, tenez-vous tous unanimement attachés « à Dieu votre père et à votre mère l'Eglise. » Nous confiant grandement dans la miséricorde de Dieu, qui peut toucher très puissamment les cœurs des hommes et forcer les volon- tés, même rebelles, à venir à lui, Nous recommandons très instam- ment à sa bonté tous ceux qu'a visés Notre parole. Et comme gage des dons célestes et en témoignage de Notre bienveillance, Nous vous accordons avec grand amour dans le Seigneur, à vous, Véné- rables Frères, à votre clergé ct à votre peuple, la bénédiction apos- tolique. Donné à Rome, près Saint-Pierre, le vingt-neuvième jour de juin. l'an 4896, de Notre Pontificat le dix-neuvième.

                                       LEON XIII, PAPE,




                                          Le Gérant:      K. Levé.

         PARIS, — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUB CASSETTE, 47,

dre ANNÉE N° 34 23 JUILLET 1896

                                   REVUE

ANGLO-ROMAINE s

                          RECUEIL HEBDOMADAIRE

Tu es Petrus, et su- Spiritus Sanctus po- per banc petram suit episcopos re- . ædificabo Ecclesiam gere Ecclesiam Dei. meam .., et tibi dabo claves ... ACT. 2x, 28, MaTTH. XVI, 18-19.

                                   SOMMAIRE :
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Rev. T. A. Lacey............ La Réforme................... ones 169 À. Bouninuon...:.... Nouvelles observations sur la question : des ordres anglicans............ . 139

 Rev. G. Bavrrezo Rongrrs.           Le droit canonique dans l’Eylise d’An-
                      .               gleterro................... ess               792

. Chronique.................,..,...... 799

            DocuMENTs........       Ordo Baptismi parvulorum      publice in
                                      Ecclesia administrandi. — Table des
                                      sommaires. — Table alphabétique par
                                      noms d'auteurs du tome 11..........           801



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      ,                                  1896

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                          LE PROBLÈME

ll y a deux erreurs que commettent très fréquemment ceux qui étudient la Réforme. Ils voient, dans ses débuts et dans ses premières luttes, les sentiments et les idées qui en furent le résultat nai, et ils en regardent trop souvent les diverses phases comme autant de mouvements indépendants les uns des autres. Ces deux erreurs se tiennent. L'issue de cette lutte mémorable fut, en somme, diffs- rente suivant les pays, et en jugeant d'après le résultat, on est amené à penser qu'il y eut de même une différence dans les causes qui La produisirent et dans la manière dont elle débuta. Mais c'est précisé- ment ignorer l'effet le plus important dela réforme. Quand ce grand mouvement commença, la chrétienté, Respublica Christéana, était encore une réalité. Le résultat des controverses du xvi° siècle fut de la dé- truire. Désormais il n’y eut plus de chrétienté, mais seulement des fragments épars, le plus souvent en antagonisme aigu, quelquefois unis, malgré leur division extérieure. Ce résultat ne fut atteint qme graduellement; et, en vérité, il ne le fut pour ainsi dire pes taut que la lutte se poursuivit. Il fut plutôt l'effet d’une lassitude géné- rale; on prit peu à peu son parti de cet état de discorde, et il s're- suivit une paix relative. Si donc nous voulons bien comprendre le bæt que se proposèrent les chefs de la réforme, nous devons oubiier pour un instant les résultats de ce mouvement. D'autre part, sous ne devons pas considérer la réforme comme un ensemble de meuve- ments isolés, propres à chaque nation, mais comme une secousse qui agita la chrétienté tout entière. | La première question que je poserai est celle-ci : Quel était l'objel de la réforme? Quel était le problème que la chrétienté avait à eawi- sager ? Lorsque nous aurons établi ce premier point, nous pourroes examiner alors jusqu'à quel degré cet objet fut réalisé. La réforme n’éelata pas soudainement, à la manière d'une érap- REVUE ANGILO-ROMAINE. — Te I. — 49 | 770 REVUE ANGLO-ROMAINE

tion volcanique. Depuis longtemps, un travail lent s'opérait dans la chrétienté. L'Église latine — car nous n'avons pas à nous occuper ici des Églises orientales — l'Église latine, dis-je, souffrait de maux réels. Pendant la première partie du xv° siècle, on n'avait cessé de réclamer des réforines. Et suivant l'expression du temps, l'Église devait être réformée, à la fois « dans le chef et dans les membres s. Pourquoi ces plaintes unanimes ? Les abus criants qui se rencontraient dans tel pays n'étaient pas toujours les mêmes dans tel autre. Mais la solidarité de la chrétienté élait telle alors, qu'aucun sentiment de mécontentement ne pouvait rester local. Le mouvement de centrali- sation qui, depuis le xim'siècle surtout, avait réuni peu à peu, entre les mains de la papauté, tous les fils de la politique de l'Église, ce mouvement tendait à rendre toute réforme locale d'abus locaux es- tièrement impossible. La papauté, en effet, était arrivée au faite de sa puissance, grâce à la vertu et au zèle réformateur des papes. Avec un courage à toute épreuve ils avaient fait partout fa chasse aux abus; à eux seuls, ils avaient réduit le grand mal de la simonie, et défendu l'Église contre les empiétements du pouvoir séculier; leurs légals avaient été par- tout rétablissant l'ordre, renforçant les canons de l'Église, encoura- geant l'épiscopat dans sa fermeté et réduisant les insubordonnés. Mais, lorsque la papauté elle-même tomba en des jours mauvais et que son influence morale fut détruite pour un temps par le grand schisme, où pouvait-on trouver ur défenseur? La tête, aussi bien que les membres, avait besoin de réforme. ‘ On eut recours au système des conciles généraux. Leur premier but était la destruction du schisme qui mettait la division dans la papauté elle-même. Mais une voix nouvelle se fit entendre à Cons- tance et à Bâle, une voix irritée: — la voix des nations. L'organisation nationale du concile, bien qu'informe et imparfaite, parut comme le commencement d'un nouvel ordre de choses: — un ordre ecclésias- -tique correspondant à l'ordre politique de l’Europe moderne, auquel nous nous sommes si bien adaptés qu'il nous parait de rigueur. Le « Bationalisme » qui meñaça alors a existé pendant des siècles dans la chrétienté d'Orient. L'Église d'Occident en fut délivrée grâce an rétablissement de la puissance papale, aussi soudain qu'inattendu. Le concile général trouva un maître là où il pensait trouver un esclave. Martin V et Eugène IV rétablirent, en ces temps de trouble, l'autorité du Saint-Siège. La déclaration de Constance soumettant le Pape au Concile resta sans effet, bien qu'elle fût rappeléce par la suite et devint même le point de ralliement de certains réformateurs un siècle plus tard. Le mouvement national fat euraÿé el la Respublira Christie remise sur pied. | Mais le mouvement tendant à une réforme pratique fut du mème LA RÉFORME 171

coup arrété. La nécessité de fortifier le pouvoir central devait inévi- tablement produire cet effet. Elle en occasionna un autre encore, facile à constater, qui consista à changer, à matérialiser pour un temps les tendances et les méthodes des chefs de l'Église. Ceux-ci eurent plus souci des rouages du gouvernement que de son objet. La cour de Rome avait un tout autre éclat que l'Église du Pécheur d'hommes : d'où un certain esprit de domination qui se répandit dans toute la hiérarchie. Il faut noter qu'il n'y eut pas à cette époque les abus violents que l'Église avait connus à une époque antérieure. S'il y eut des papes et des évêques déréglés, ils ne furent pas aussi osés dans leur conduite, aussi dédaigneux des sacrés canons, aussi scan- daleux par leur impiété que l'avaient été ceux des x° el xi° siècles. Mais, si le mal fut moins manifeste, il fut aussi plus facilement enduré. I n'y eut point, à cette époque, de ces soldats du Christ que Hildebrand trouvait disséminés dans la chrétienté et pouvait réunir en un seul corps capable de lutter contre les puissances du monde entier. Peu de saints au xv° siècle et peu de dévots; el ceux-ci furent plutôt des hommes de cellule que des hommes d'action. L'Église, ainsi mal organisée, eut à soutenir l'orage de la réforme. H est indubitable que ce fut la force diabolique du génie de Luther qui amena cet orage. Sans doute l'appréciation qu'en donnent les histoires populaires, notamment celle des thèses de Wittemberg, est purement fictive. Des crises de ce genre sont plus propres au drame qu'à l’histoire. Les controverses académiques auxquelles se livra Luther n'étaient point chose nouvelle; si elles menèrent rapi- dement à des conséquences si importantes, cela tient peut-être autant au caractère de cet homme qu'aux circonstances du temps. Nombreuses furent les coniroverses savantes touchant les abus. Érasme passa sa vie dans ces conflits académiques. Mais elles finirent là où elles avaient commencé, faute d’un homme né pour comman- der. D'ailleurs, le plus habile des chefs aurait succombé à la tâche, si les temps n'avaient été avides de changement. Le temps et l'homme se servirent mutuellement. Il est donc juste de dater la réforme du mouvement organisé par Luther, bien que son champ d'action ait été peu vaste et qu'il n'ait eu que peu d'influence directe sur son extension. Ce fut la propagation du mouvement qui en fit sa force. S'il s'était borné à une agitation locale en Saxe, il aurait fourni une étude intéressanie, et rien de plus. Mais il s’élargit; il engloba tout d'abord l'Allemagne pour envahir ensuite par degrés le resle de l'Europe occidentale. Il s'étendit parce qu'on avait alors, plus que jamais, la conception d'une chrétienté unie et que l'idée du nationalisme en religion avait été élouffée pour un temps. La centralisation de l'Église était telle que ce que l'on appelait dédaigneusement à Rome 772 REVUE ANGLO-ROMAINE

une querelle entre moines saxons pui se faire sentir à travers l'Eu- rope entière. Pour ceux qui lisent l'histoire de la réforme sans en chercher les causes, elle leur apparaît, suivant le point de vue auquel ils se placent. comme une révolte contre l'Église catholique ou comme un rejet local du joug de Rome. Ce n'était point là cependant Ie but qu'on se propo- sait, mais seulement un moyen d'arriver à ce but. La fin convoitée était la cessation de graves abus dans l'Église entière. Quelques-uns considéraient la papauté, sinon comme l'instigateur de ces abus, au moins comme leur défenseur et leur soutien. Pour eux la papauté était ensevelie dans ces abus, et devait, par suite, être combaltne comme un obstacle à la réforme. D'autres au contraire dirigeaient leurs regards vers la papauté pour en obtenir des réformes pratiques. Pole et Caraffa méritent le titre de réformateurs tout autant que ceux de Saxe ou de Suisse, bien que Pole ait fait reposer ses espérances sur un concile qui agirait de concert avec le Pape, et que Caraffa eùt désiré que tout restât soumis à l'autorité personnelle du Pape. C'est donc une pure fantaisie historique de réserver le titre de réforma- leurs à la faction opposée à la papauté; ce n'est qu'une lecture pré- conçue de l’histoire qui a pu faire croire que des partis différents avaient poursuivi des objets divers. Sans doute ïls se malmenérent réciproquement, et c'est là un caractère commun à tous les réfor- mateurs; mais leur but était essentiellement le mème. Ils se sépa- rèrent quant aux procédés employés, et quant à l'issue où vinrent ‘aboutir leurs efforts. Qu'il y ait eu des abus terribles à enrayer, personne ne songea à le nier. Ce n’est qu'en cherchant à lire l'histoire, en prenant les résul- tats comme point de départ, que, de nos jours, quelques-uns ont pu en juger différemment. Ambrosius Catharinus publia, en l'an 1540, à Cracovie, un livre intitulé Sperulum hæreticorum. Cet ouvrage fut écrit à la requête du roi de Pologne, en vue de combattre la religion de Luther qui menaçait son royaunie. L'auteur examine Îes divers motifs invo- qués par les réformateurs en faveur d'un changement. Ce sont tous des abus en matière de doctrine ou de pratique. À ne nie point l'exis- tence de ces abus: il ne met point en doute la nécessité d'une réforme. La réplique invariable est que les luthériens avaient choisi une fausse route pour se mettre à l'œuvre; que les remèdes qu'ils proposaient n’en étaient point, et qu’en bien des cas leurs renrèdes seraient pires que le mal. C’est un livre terrible à lire. Il n’est pas une diatribe émise par les historiens protestants contre l'Église qu'il ne justifie pas. Et cependant le livre est par lui-mème une réponse. Il représente le pouvoir et la détermination de l'Église de guérir, par ses seuls moyens, les maux qui la mettaient en péril. Il indique la meilleure voie; et Catharinus lui-même prit une part active aux pre- LA RÉFORME 713

mières sessions du concile qui devait amener la plus importante des réformes. | | Les maux de l'époque n'étaient point mis en doute. Ils étaient répandus uniformément un peu partout, et les réclamations furent générales. Il y eut une certaine solidaritéentre tous ceuxquiaspiraient à la réforme,et quise fit sentir au milieu des plus vives controverses. Les Anglais et les Allemands purent s'entendre pour une action com- mune, alors que Henri VIII faisait brûler ceux qui professaient les hé- résies de Luther. Pendant plusieurs années les théologiens de Zurich continuèrent à lémoigner un grand respect envers Luther, alors que celui-ei s'emportait contre eux sans aucune retenue, au sujet de leurs erreurs sur le Saecrement, Cependant une brèche s’ouvrit tout d’un coup, s’élargissant inévitablement, entre ceux qui s’attachèrent à la papauté comme à leur principal soutien et ceux qui l'abandonnèrent. Ce fut en vain que Cranmer fit appel, au nom du roi d'Angleterre et des évèques anglais, à-un concile général où pleine liberté serait laissée à tous. On comprit, et Cranmer ne cherche pas à le cacher, qu'on soulèverait aussitôt une exception conire le pape, qui n’accepterait jamais la déclaration de Constance; et cette prévision fit abandonner cette base d'entente. Toutefois l'inimitié ne fut pas au début aussi vive qu'elle le devint par la suite, témoin la facililé relative avec laquelle l'Église anglicane fut tout d'abord séparée de l’Église romaine et ensuite réunie avec elle. Les efforts faits dans le but d'amener au Concile de Trente les docieurs luthériens, la pressante iuvitation envoyée par Pie IV à la reine Élisabeth dans le même sens, voilà autant de faits qui servent à le prouver. La désunion n'était pas complète. Tous tra- vaillaient, en suivant des voies plus ou moins directes, au mème but, qui était la réforme générale de l'Église. Le sentiment de l'existence d’intérèts communs pour la chrétienté ne fut pas facilement détruit, mais il s’affaiblit peu à peu. En 156$, on fit dans toute l'Angleterre des prières spéciales pour la délivrance de Maïte du pouvoir des Turcs. et des actions de grâces publiques pour les victoires rem- portés par les chrétiens. L'année suivante on pria encore pour « l'Eni- pereur, le serviteur de Dieu, et tous les chrétiens réunis avec lui » pour combattre l'armée turque en Hongrie. Vingt ans plus tard, ces prières auraient paru impossibles. La notion de l'unité chré- tienne n'existait plus : les Hollandais alliés de l'Angleterre contre l'Espagne criaient : « plutôt Tures que Papistes. » Le problème de la Réforme consistait à réformer l'Eglise : le résul« tat fut le démembrement de la chrétienté. Quand on se reporte en arrière pour juger du but que poursuivirent ceux qui dirigèrent le mouvement, et que l’on voit la futililé, pour ne pas dire davantage, de teurs procédés, on éprouve presque autant de pitié que d’indigna- 174 REVUE ANGLO-ROMAINE

tion. Sunt lacrymie rerum. 11 y eut dans le nombre tant d'honnëtes chrétiens ne cherchant que la gloire de Dieu et le bien des âmex, tant d'erreurs qui ne furent que des fautes de tactique; mais à côté tant de scélérats et d'ambitieux mèlés à de braves gens! Il y a trois points à établir pour achever notre étude. Nous avons à parler de ceux qui prirent part à la résolution du problème, à exs- miner l'objet immédiat qu'ils eurent en vue, et enfin le développe- ment de leurs opérations. Les forces qui déterminèrent le mouvement sont au nombre de quatre, deux individuelles et deux organiques. En premier lieu viennnet les théologiens, hommes qui dissertèrent sur les abus, les analysèrent, en indiquèrent l'origine cherchant des moyens pratiques de réforme, suggérant des méthodes, critiquant et empêchant les méthodes violentes, et définissant les principes qui pouvaient servir de base à la réforme. Les théologiens furent nom- breux durant toute la période de la réforme ; orthodoxes et héréliqnes. ils garnirent les bancs des universités et occupèrent l’Europe entière. La controverse fut la principale forme de l’activité intellectuelle de l'époque et toute controverse prenait un tour pratique. Elle avait pour objet la manière de procéder à la réforme, elle étudiait la cons- titution et l'autorité de l'Église; elle recherchait la cause des maux qui affligeaient la chrétienté et la nature du remède à apporter. L'abondance des conseillers amena la variélé des conseils donnés. Il n'y eut pas, comme à des époques précédentes de troubles, la con- ception nette de l'unique chose à faire. En second lieu je place les prédicateurs. Ce ne fut pas une époqur brillante pour la prédication. Le fait est à signaler, car un mouve- ment de réforme devait être favorable & l'éloquence sacrée, Un temps de rénovation devrait étre marqué par l'apparition et l'influence de grands prédicateurs. Leur absence est un indice que le mouvement du xvi siècle ne fut point, comme on se plañl quelquefuis à te représenter, une agitation des consciences. Ce fut plutôt. comm» le prouvent au reste d’autres phénomènes, un mouvement intellec- tuel. Les grands actes de repentir qui caractérisèrent l'époque n€ furent pas personnels: on était toujours prêt à confesser les fautes des autres. L'indignation que l'on ressentait visait, non l'indignité de sa propre vie, mais celle de ses guides, de ses vaisins; on aceusail jusqu'aux circonstances. La prédication de l’époque ne fut donc pas évangélique, mais toute de controverse, violemment accusatrice on froidement académique. Le « ministère de la parole », qui étaitappelé à grands cris par certains réformateurs, portait peu sur la religion personnelle, Il était purement objectif, reflétant le caractère du temps et tendant à accentuer ce caractère et à le maintenir. Rien n'est plus fatigant à lire que les sermons de cette époque. I est LA RÉFORME . 118

difficile de supposer que ces harangues et ces invectives aïent pu profondément toucher les auditeurs et avoir quelque influence sur leur vie. Et cependant les prédicateurs eurent sûrement une in- fluence. Peut-être consista-t-elle à accentuer les idées courantes et à y diriger les pensées du public sans rien innover. Il est curieux de remarquer que, chez les réformateurs allemands, la prédication de- vint le trait saillant du service divin. Ce fait, rapproché de la nature de ces prédications, est symptomatique de la tendance de leur mou- vement; mais il a dû en même temps contribuer au résultat. En Angleterre, les prédicateurs furent pour la plupart tenus sous un: contrôle sévère, ce qui donna lieu à de nombreuses récriminations de la part de leurs amis d'Allemagne. Si maintenant nous considérons quelles étaient alors les forces constituées de la société chrétienne, nous remarquons, parmi les agents possibles de la réforme, tout d'abord les chefs du pouvoir civil: les princes et les magistrats. En ce qui les concerne, il est nécessaire pour nous, bien que ce soit assez difficile, d'abandonner les idées et les coutumes de notre Lemps pour remonter à celles qui avaient cours alors. Le séparation catégorique des pouvoirs spirituel et temporel, l’antagonisme qui règne entre eux, étaient alors choses inconnues. La théorie du prince chrétien protecteur de la foi, défenseur de l'Église, représentant de la justice divine, théorie qui avait souvent fait de l'Empereur le promoteur des réformes, qui avait inspiré la politique d’Othon, et au concile de Constance avait placé Sigis- mond sur le trône à côté du Pape, qui avait mérité au roi de Naples le titre de Vicaire, aux rois anglais l'onction du Saint-Chrême ainsi que l'investiture de la dalmatique, — cette théorie, quoique affaiblic

néanmoins, exerça comme son frère d'Angleterre, une influence cor- sidérable sur les affaires de l'Église. Le prince chrétien, toute con- sidéraiion de religion personnelle mise à part, était une force sur laquelle il fallait compter. Mais déjà tous les princes de l'Empire aspiraient à l'indépendance et étaient prêts à user de leur pouvoir dans les affaires de l'Église. Les magistrats des cités libres n'étaienl pas en retard. En fait, la direction de la réforme tomba, en grande partie, entre les mains du pouvoir séculier. . Henri d'Angleterre, fort de son titre de roi patriote que les cir- constances lui avaient valu, fut à même de diriger à la fois l'Égtise et FÉtat. Il fut le représentant de l'unité nationale, le symbole vi- vant de l’orgueil national qui s'était révélé pour la première fois en Europe. Il avait brisé ce qui restait d'indépendance en Écosse, et avait fait une nécessité politique de l'absorption complète de ce royaume. Il encourage à la fois l’exclusivisme insulaire de l'Angie- lerre, son empire, son monde à lui, comme il aimait à l'appeler, et le désir du peuple anglais de jouer ur rôle dans la politique conti- nentale. 11 fut le créateur de l'Angleterre telle que nous la connais- sons aujourd'hui, avec ses fautes et sa grandeur. La réforme, entre ses mains, prit un caractère spécial dès le début, tout en suivant le mouvement général. Ce fut seulement en Angleterre que l'on vit fleurir l'esprit de ne- tionalisme qui devint bientôt une force avec laquelle il fallut comp- ler en matière religieuse. Le rôle joué par Charles-Quint en Aïle- magne fut à pen près le même, en principe, mais les circonstances se tournèrent contre lui. Au lieu d'une nation unie, suivant son roi avec enthousiasme et endurant avec patience tous les caprices de la tyrannie, il n'avait devant lui qu'un Empire purement géographique. Tous les princes de l'Empire qui aspiraient à exercer leur pouvoir, chacun dans son petit lerritoire, trouvèrent dans la réforme une occasion pour s'affranchir. Mais, avant tout, ce qui enraya l'aulorité ecclésiastique de Charles fut l'impossibilité d’une action isolée. Ja- mais il ne rompit avec la Papauté. Au milieu de tous ses projets il resta fidèle à l’idée d'une chrélienté unie et ne songea jamais qu'à une réforme générale.

l'Église parut à quelques esprits impatients mal disposée en faveur de la réforme, désireuse même de voiler les abus, Et cependant, pour que la réforme atteignit son but, il était nécessaire que l’Église prit tlle-même fait et cause pour elle. Autrement il était impossible que l'unité fût maintenue el la chrétienté réformée dans son ensemble. LA RÉFORNE 7171

L'activité de l'Église pouvait se déployer sous différentes formes. Au premier plan se tenait la papauté, la papanté qui, à une époque antérieure, avait pris l'initiative de réformer les abus. Elle avañ traversé des jours sombres. Mais à l'époque de la Réforme elle avail repris une force nouvelle. Son activité toutefois était bien différente de celle qu'elle avait déployée aux xr° et xn° siècles. La cour de Rome était devenue une magnifique administration. un instrument de gouvernement sans rival. Elle fit preuve de toute l'endurance d'une adminisiration, mais elle en eut aussi Île manque d'initiative. La papauté hésita en présence de l'orage de la Réforme jusqu’à ce qu'elle arriva aux mains de Paul IV. I} est absurde de décrire le hardi réformateur qu'était Caraffa comme un pape arriéré et ignorant. Malgré son âge et sa santé chancelante, il révolutionna le Vatican pendant les courtes années de son règne. À partir de ce moment, la Papauté devint une nouvelle puissance, forte de l'initiative qui lui avait fait défaut jusque-là. Paul IV re- jeta l’idée d'un Concile, uniquement parce qu'il pensait pouvoir faire de la papauté le meilleur instrument de réforme. En second lieu je placerais le Concile, pour lequel Paul IV avait tant d'aversion, et que toutle monde souhaitait, les uns poussés par le souvenir de Bâle, les autres par des désirs d'ordre plus aposto- tique. : En troisième lieu vient la hiérarchie dans l'exercice de ses pou- voirs ordinaires. Ils étaient peut-être un peu gènés, mais non étouf- fés, par la centralisation du siècle précédent. A la fin de cette période les travaux de Charles Borromée montrèrent ce qui pouvait être fait. Les évêques anglais agirent à part. Le résultat en est consigné dans l'histoire, mais pour le moment je tiens plutôl à considérer les principes qui les dirigèrent que les conséquences qui suivirent de leur action. L'idée des Réformateurs anglais, exposée en un mot, était que les évèques de chaque région devaient agir indépendamment contre les abus du temps.J'emploie à dessein le mot région, car il est difficile de comprendre comment ils auraient appliqué leur principe aux contrées de l'Europe centrale. Ils Intièrent eux-mêmes avec la conscience d’une puissante unité nationale. Ils ne trouvèrent pas d’imitateurs; car les conditions qui rendirent leur action possible n’existaient pas ailleurs. Mais, tout en agissant ainsi séparément, ïls ne s'écartèrent pas, du moins pour un temps, du mouvement général. Is firent maintes fois appel à un concile général, mais celui-ci devait être organisé selon leurs désirs, et sur le mènie plan que celui de Bâle ; ce de- vait être un congrès d'Églises nationales convoqué par les princes chrétiens, et le premier principe de sa constitution eûl été la subor- tination du pape au Concile selon la déclaration faite à Constance. 118 REVUE ANGLO-ROMAINE

J'ai jeté un rapide coup d'œil sur les divers éléments du mouve- ment de réforme — les théologiens, les prédicateurs, le Prince et l'Église. S'ils eussent travaillé d'accord, le but eût été alteint, les abus enrayés, sinon immédiatement, du moins sûrement, et c'eûl été comme une régénération spirituelle de l'Église plus que jamais unie. Mais si, au contraire, ils travaillaient en désaccord, comme ils le firent, se querellant, se nuisant les uns aux autres, la confusion seule pouvait sortir de leurs débats.

                                             T, A. Lacey.




   {A suivre.)

NOUVELLES OBSERVATIONS

                                   SUR



      LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS


                                (Suite) !

La question des ordres anglicans, que nous discutons à nouveau en ces dernières années du xix° siècle, est en réalité aussi ancienne que le schisme anglican et la rédaction de l'Ordinal. Par conséquent, le problème a dû nécessairement recevoir des solutions antérieures, qu'il est très important de connaitre et d'apprécier. Au premier rang il faut placer les décisions prises par le cardinal Pole et par les papes Jules IIT et Paul IV, lors de la réconciliation du royaume sous la reine Marie; c'est d'elles seules que nous avons à parler pour pon- voir apprécier l'interprétation que M. Lacey vient d'en donner dans son Supplementum. Pour toules les autres décisions, celle de 4704, et les réordinations absolues des ministres anglicans convertis à la foi romaine, on à longuement montré qu'elles n'impliquaient pas une définition irré- formable; elles sont plutôt une pratique qui possède, el qui se pour- suit parce qu’elle est en possession; non pas qu'elle soit dénuée de fondements juridiques, mais elle n’a jamais été, que nous sachions, le résultat d’un examen théorique définitif. La valeur de cette pra- tique comme preuve de nullité des ordres anglicans ne dépasse pas celle d'une présomption ; et prétendre, comme on l'a fait, que l'Église ne pourrait pas, sans se déjuger et sans aller contre une véritable définition dogmatique, déclarer absolument ou probablement valides les ordinations anglicanes, c’est se méprendre sur la valeur des pré- somptions, c'est confondre une pratique avec une définition; je dirai plus, c’est manquer de respect à l'égard du Pape qui a ordonné un examen approfondi de la question. Quant aux motifs sur lesquels est basée cette pratique, plusieurs sont sujets à caution, tout le monde l'admet. Dans quelle mesure,

1 Vos. Revue anglo-romaine, n. 31 et 32, 4 et 11 juillet 1896. 780 REVCE ANGLO=RONAINE par exemple, la fable de F'ordinalion de Parker dans la taverne a- t-elle influé sur la décision de 1704, relative à Gordon ? il est difficile de le dire ; il serait plus difficile encore d'affirmer quecette influence a été nulle C'est là une nouvelle raison pour étudier de près la con- duite pralique, ou même les décisions théoriques, s'il y a lieu, qui datent de l'origine du schisme, c’est-à-dire de la légation du cardi- nal Pole ; car àcetle époque, il n'existait pas encore de pratique ferme, il fallait la créer, et pour cela considérer loutes les faces du problème; d'ailleurs on était plus près des faits el on n'avait pas encore à s'occuper ni du sacre de Barlow ni de l'ordination de Parker à la taverne de la « Nag’s Heud ». J'ajoute qu'on ne pouvait éviter de prendre une décision, puisqu'il fallait, de toute nécessité, pourvoirä la situation des clercs qui demandaient à être réconciliés, et doni plusieurs avaient reçu les ordres d’après l'Ordinal. Comment se présenta donc la question, aux yeux du légat et dun Pape lui-même ? Quelle conduite tinrent-ils l’un et l'autre à l'égard de ces clercs?les ordinations anglicanes leur paraissaient-elles nulles ou suspectes, et pour quelles causes ? Disons d'abord que nous n'avons pas connaissance d'un examen officiellement ordonné par le Pape ou le cardinal Pole, ni d'une solu- tion théorique générale. Nous sommes donc amenés à croire qu'on se sera borné sans doute à appliquer aux ordres anglicans les opi- nions théologiques alors en faveur. Je l'ai déjà fait remarquer plus haut, personne à cetle époque ne vovait les éléments essentiels des trois ordres-sacrements, suivant la liturgie latine, dans l'imposition des inains jointe à la prière consécratoire; nous ne pouvons donc nous attendre à trouver cette manière de voir employée comme point de repère pour juger et apprécier les ordres conférés depuis le schisme. Les théologiens avaient si généralement affirmé que tous les sacrements étaient conférés par une forme indicative ou impéra- tive, que e’était là chose admise presque à l'égal d'un principe; ils se faisaient méme une grave objection de ce que la forme de l’extrême- onction était demeurée déprécative. Sans doute plusieurs exigeaient la porrection des instruments, mais ils ne visaient pas l’épiscopat, et bien peu s'en seraient contentés pour le presbytérat; les riles de la collation des ordres par les églises orientales constituaient cuntre cette opinion une difficulté insurmontable, De fait, cetie opinion de la collation de l'épiscopat et du presbvtérat par des formules impératives jointes à l'imposition des mains semble avoir été la plus répandue au xvi* siècle; elle inspire cértainement les rédacteurs de l'Znstitutio ad pietatem, publiée à la suite du concile de Cologne de 1349, et par ordre du concile ‘. On y trouve eette af-

1 CF. Revue anglo-romaine, p. 510. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 181

firmation générale: « Episcopus igitur in coaferendis ordinibus, ad supradictas Domini promissiones et mandata atiente respiciens, ‘{ali verborum forma utitur, quæ ad promissiones hujusmodi et mandata quam proxime accedit, eaque proprie et diserte exprimit. » Et on en faitaussitôt l'application : « Traditurus enim ordinem sacerdotalem : Accige, inquit, Spirifum Sanctum; quorum remiseris paceata, remiltuntur eis, cl quorum retinuerts, retenta sunt. » Cette application ne pouvait faire fortune auprès des théologiens qui ne connaissaient que les rites du pontifical romain ; mais l'auteur de l’/rstifutio avait sous les yeux un rite où ces paroles étaient placées au début; peut-être ac- compagnaient-elles l'imposition des mains qui se fait en silence d'après le Pontifical. Le chapitre De presbyteris de celte même Zustruc- lo dit en effet: « Principio enim manus capitibus eorum imponens (episcopus) gratiam absolutionis el potestatem remittendi ac reli- nendi peccala eis impertitur. Quorwn remiseris peccala, inquit, ranut- luntur eis. » Ce qui n'esl pas inoins remarquable, c'est que, pour l'auteur de ee traité, les pouvoirs presbytéraux sont conférés sépa- rément et successivement; il ne semble pas requérir une forme unique et suffisante. En parlant de la matière ou élémentdu sacrement de l'ordre, il place au premier rang l'imposition des mains, et semble n'exiger aucune autre matière; il ajoute cependant l'onction, mais non la porrection des instruments; loutefois celle-ci est pour lui l'élément essentiel de tous les autres ordres, à savoir du Diaconat el au-dessous: « In reliquis ordinibus pro elemento sunt instrumentu quæ pro ordinis varielate episcopus singulis porrigens... ». Malgré cela, il dit à propos des prêtres: « Variis ritibus adhibitis, traditisque diversis instrumentis quæ sint eorum munera insinuat (episcopus,. Principio enim manus capitibuseorum imponens, gratiam absolu- tionis et potestatem remittendi ac retinendi peccata eis impertilur... Post hæc manus eorum inungit, ut inlelligant sibi concessam esse gratiam consecrandi. Dernum calicem el patenam hostia superposite offerens, potlestatem tradit offerendé Deo hostiam sanclam et placabilem pro totius Ecclesiæ incolumitate. » Il y a done, chez l'auteur de cette Znsfructie, une certaine confusion entre les éléments essentiels et accessoires de l'ordination presbyté- releset cela s'explique sans peine: les motifs qui avaient fait in- troduire la porrection des instruments avec les formules si expres- sives qui l’accompagnent ne pouvaient pas ne pas influer sur les opi- nions courantes; d’ailleurs on n'avait guère à se demander ce qui était essentiel, ce qui était accessoire, puisque toutes lescérémonies étaient également prescrites et également observées. 11 suffit de lire les rites de l'Ordinal pour savoir quelle était l'opi- nion de ses rédacteurs sur les éléments essentiels des ordinations : pour chacun des trois ordres, ils ont prescrit l'imposition des mains 782. REVUE ANGLO-ROMAINE

immédiate el yont joint une forme impérative, Pour les diacres : « Accipe potestatem exequendi offcium diaconi in Ecclesia Dei tibi commissum ; in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti .» Pour les prêtres: « Accipe Spiritum Sanctum : quorum remiseris peccala, re- mittuntur eis, et quorun retinueris, retenta sunt : esto etiam fidelis verbi Dei et sanclorum ejus sacramentorum dispeusator, in nomine Patris...» I] n'est pas possible de ne pas voir la ressemblance de cette forme avec celle que prévoit le Pontifical pour la dernière imposi- tion des mainset que le Pontificai de Cologne plaçait au début de l'ordination ; la suite est faite pour indiquer l'ensemble du ministère sacerdotal. Pour les évêques, la forme est empruntée presque entière- ment à saint Paul : « Aecipe Spiritum Sanctum, et memento utre- suseites gratiam Dei, quæ in te est per imposilionem manuum; non enim dedit nobis Deus spiritum timoris, sed virtutis et dilectionis et sobrietatis. » C’est le point central de l'ordination et évidemment, dans la pensée des rédacteurs, le rite essentiel. Toutefois, ils ont tenu compte, dans une certaine mesure, de la pratique, universelle en Occident, sinon nécessaire, de la porrection des instruments ; il ont fait remettre aux diacres le Nouveau Testa- ment, aux prêtres et aux évêques la Bible ;ils y avaient joint, pour les prêtres, la porrection du calice et dela patène, bientôt supprimée, lors de la rédaction de 1552. On a beaucoup écrit, pendant ces deux dernières années, sur Îles intentions des rédacteurs de lOrdiual anglican, sur leurs erreurs et leurs hérésies. Dans quelle mesure ces intentions, ces hérésies ont pu affecter l'efficacité des rites rédigés par eux, on l'a examiné lou- guement de part et d'autre; j'aurai bientôt à y revenir à propos de l'étude du R. P. Harent. Mais, à s’en tenir, pour le moment, aux rites et aux paroles de l’Ordinal, on peut dire que ni Cranmer ni les autres ne voulaient établir une méthode entièrement nouvelle de conférer les ordres, une détermination des éléments essentiels des vrdinations substantietlement différente de l'ancienne ; ils ont modifié les formules et les rites ; mais ilsne pensaient pas s’écarter des prin- cipes théologiques alors généralement reçus; en d’autres termes, ils pensaient se mouvoir dans les limites assez flottantes de la théolo- gie sacramentaire par rapport à l'ordre el ne supposaient pas que les théologiens pussent regarder le nouvel Ordinal comme essentiel- lement insuflisant.

                                   CS

                               *        +

Les opinions couramment admises au xvi° siècle, partagées par les rédacteurs de l'Ordinal, étaient aussi sans doute celles du cardinal Pole et de la curie romaine ; il n’y a aucune raison de supposer NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 783

qu'ils se soient écartés de l’enseignement le plus répandu àcette époque; par conséquent, nous pouvons admettre, jusqu’à preuve du contraire, que le jugement pratique porlé par le légat et par la curie romaine sur les ordres anglicans conférés d’après l'Ordinal avait pour base ces mêmes opinions théologiques. Les faits viennent-ils appuyer cette présomption, et pouvons-nous reconstituer ce juge- ment? . Nous avons pour le faire plusieurs documents, les uns déjà étu- diés, sur lesquels il faudra pourtant revenir: les pouvoirs du cardi- nal Pole et Les instructions et dispenses données par lui; l'autre plus récemment publié, dontje n'ai pas encore eu l’occasion de m'occu- per, une relation sur les rites de l'Ordinal conservée dans les archives du Vatican :. Cette dernière est fort curieuse.Ne l'ayant pas vue moi-même, j'en emprunte la descriplion à ee qu'en dit le Qua: dian, dans l’article (de M. Lacey, je suppose) reproduit par la Revue, p. 565 et suiv. Il paraît incontestable, tout d'abord, que cette pièce émane du cardinal Pole, et qu'elle a élé rédigée ou par lui ou par son ordre ; car elle se trouve, en double copie, dans un volume de pièces classées sous le litre de Vunziatura in Inghilterra, et se rapportant, toutes ou presque toules, au temps de la légation du cardinal Pole. Le classement des pièces du volume est assez irrégulier, semble- t-il, pour qu'on ne puisse tirer une indication chronologique sérieuse du rang occupé par nos deux copies, d'autant plus que l’une et l’autre ont élé transcrites en Italie, et ne sont pas l'envoi même de Pole. Cependant l'une d'elles est jointe à une autre pièce, que Pole a dû envoyer à Rome de très bonne heure pendant les premiers mois du règne de la reine Marie, à savoir la proclamation faite au nom de Jane Grey; l'original de cet envoi est immédiatement précédé, dans le volume, d'une transcription où figurent, au recto et au verso de la même feuille, et écrits de la méme main, le début de la proclama- tion, et la relation sur les ordres. Par conséquent celle-ci daterait de 1353, non de 1535. D'ailleurs l'argument théologique ne serait guère modifié, que l'on admelte l'une ou l’autre date. Cette relation, envoyée d'Angleterre à Rome par un légat chargé de faire l'union et de réconcilier les schismatiques, devait a priori porter la trace des préoccupations de celui qui l'écrivait; et ces préoccupations devaient évidemment avoir pour objet les points sur lesquels les rites d'ordination devaient nécessiter une sanafio, une rétractation, voire une réordination, absolue ou conditionnelle. Non pas que nous connaissions, par cette pièce, les conclusions du légat, ni ses demandes de pouvoirs à Rome; mais il est évident que si le 1 Publiée dans le Supplementum, p. 49 et dans la Revue Anglo-Romaine, p. 565. 184 REVUE ANGLO-ROMAINE

rédacteur ne transcrit pas tout l'Ordinal et en laisse dans l'ombre une bonne part, c'est que, dans son opinion,ce qu'il ne transcrit pas n'a aucune importance, et ce qu'il transcril est suffisant pour le but qu'il se propose. Sous ce rapport, rien de plus instructif que la des- cription lue attentivement : l’auteur commence par indiquer ce qu'il omet : « Forma et ratio faciendi et consecrandi Episcopos, Presbytleros et Diaconos, quæ cum prius alio in libro edita foret, nune alicubi est reformata : cujus substantia hic solum ponitur, et omittuntur preces, psalmi, interrogationes, personarum probationes et alia quæ conve- niunt, » Ainsi donc l’auteur connait la réforme de 1332, et comme il se pro- pose de donner ce qui est substantiel dans l'Ordinal, il notera, si la chose a une importance suffisante à ses jeux, les modifications intro- duites récemment; en particulier, si la suppression de la porrection des instruments, par laquelle se distingue la réforme de 1552, est un défaut substantiel à ses veux, ilest probable qu'il la signalera. De plus, il dit ce qu'il va omettre comme n'étant pas substantiel, et il omet en effet les prières, les psaumes, les interrogatioires, l'examen et antres choses. Ce qu'il retient, c'est le serment, très important en effet pour le schisme et la réconciliation des schismatiques ; puis, des Ordina- tions proprement dites, il ne cite et ne retient que les formules im- pératives, jointes aux imposilions des mains et à la tradition des Livres saints. De la porrection du calice, des prières antérieures où postérieures à l'imposition des mains, pas un s:411 mot ‘. Je renvoie mes lecteurs à la publication de cette pièce faite par la Rerue; ils ne pourront s'empêcher de reconnaitre que, pour l'a iteur de la relation. quel qu'il soit, les éléments essentiels de l'or.lination consistaient dans l'imposition des mains jointe aux formules impératives qu'il loutes soigneusement iranscrites; c'était l'opinion commune ; c'était l'opinion même des anglicans. : Qu'en pensa-t-on à Rome? Nous essaierons de le voir par la série des pièces adresses au cardinal Pole par Jules Ill et Paul IV. I est étrange de constater que la question de ta validilé des ordres n'y est jamais touchée directement, et qu'on n'y fait pas d'allusion expresse & l'insuffisance du rite *; cela suffirait déjà pour nous faire réfléchir. Une première Bulle, du 30 juillet 4533, investissait le légat de ses

! Les « orationes in ordinationibus anglicanis adhibitæ » reproduites dans i Revue, p. 568, et qui ne semblent faire qu'un avoc La relation, sont empruntées à l'Ordinai et ne figurent en rien dans l’enroi du card. Pole: cf. Supplemeninn.

P 2 J'ai dit ailleurs, de la validité des Ordinations anglicanes, p. 73 et suir., com- . 48.

bien ces pièces sont difficiles à interpréter; évidemment ce n'était pas la valeur des ordres qui était la principale préoccupation des rédacteurs de ia Bullo. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 785 fonctions; je n’en ai pas le texte, mais La Leneur en est presque inté- gralement reproduite dans le Bref du 8 mars 1554 ! ; or il y était dit seulement: « dummodo ante ecrum lapsum in hæresim hujusmodi rite et legitime prompti vel ordinati fuissent, etiam in altaris minis- terio ministrare ;.... et non promoti, ad omnes etiam sacros presby- teratus ordines ab eorum Ordinariis, si digni et idonei reperti fue- rint, promoveri.. » Des ordres reçus depuis le schisme et d'après l'Ordinal, il n’était pas question. Mais nous apprenons, par le même Bref du 8 mars 4554, que le légat était encore en Flandre, où ül atten- dait le moment favorable pour passer en Angleterre; que certains se demandaient s’il pouvait légitimement se servir de ses pouvoirs hors du territoire de sa légation; le pape veut couper court à toute diffi- culté de ce genre; il connait et il approuve les raisons de la con- duite de son légat; il l’autorise à user librement, pendant sa légation et pendant son séjour en Flandre, de tous les pouvoirs antérieure- ment reçus, de tous ceux qui lui sont conférés par le présent bref, de déléguer et subdéléguer ces mêmes pouvoirs. Or ces nouveaux pou- voirs touchent aux ordres reçus depuis le schisme, ce que ne faisait pas la Bulle du 30 juillet; le légat avait-il sollicité de nouveaux pou- voirs ou de nouvelles instructions? Est-ce dans cet intervalle que se place l'envoi de cette description de l’Ordinal dont nous avons parlé? C'est bien probable. Malgré tout, les termes du Bref, il faut le recon- naître, n’indiquent guère qu'on se préoccupe de nullité : le légat peut librement user de ses pouvoirs par lui-même ou par d'autres, à l'égard de toutes personnes qui recourent à lui, personnellement ou par intermédiaire, « etiam circa ordines quos nunquam aut male susceperunt, et munus consecrationis quod eis ab aliis episcopis vel archiepiscopis etiam hæreticis et schismaticis, aut alias minus rite et non servala forma ecclesiæ consueta,impensum fuit ,eliamsi ordines et runus hujusmodietiam circaaltaris ministerium temereexecuti sint». Que devra faire le légat à l'égard de ces personnes? le pape ne le pré- cise en aucune manière; il faut en conclure que le légat suivra les règles du droit commun, faisant recevoir les ordres à ceux qui ne les ont pas reçus, accordant Îes dispenses adaptées au cas de chacun, et imposant une réordination dans le cas où la première collation des ordres ou de l'épiscopat aurait été nulle ou douteuse; c'est là la jurisprudence générale; mais encore une fois, rien dans le Bref n'indique que le légat doive traiter comme nuls les ordres anglicans. Un peu plus loin, ilest question des évêques auxquels le légat pourra librement donner l'institution canonique sur la présentation de la reine ; le Bref prévoit plusieurs catégories, aucune ne se rapporte à la valeur des ordres reçus; les évêques actuellement

1 Le texte ost dans De hierarchia anglicana, p. 250. REVUE ANGLO-HOMAINE. = T. Il, = DD 186 REVUE ANGLO-ROMAINE

placés à la tête des églises y pourront être maintenus après leur réconciliation, el comme només à nouveau; quant à ceux qui on! reçu leurs évèchés de laïques, même schismatiques, on pourra les y maintenir ou les transférer à d'autres, s’il plait au légat; s'ils sont déjà sacrés, ils pourront « munere consecrationis jis jam impenso uti »; s'ils étaient seulement nommés ou désignés, ils devront être sacrés suivant les règles : « vel siillud eis nondum impensum exii- terit, ab episcopis vel archiepiscopis catholicis per te nominandis suscipere libere ac licite possint » ; enfin les autres sièges vacanis seront pourvus de candidats choisis parmi les personnes réconciliées et réhabilitées, qui pourront à cet effet, « ad quoscumque etiam sacros et presbyteratus ordines promoveri et in illis aut per eos jam licet minusrite susceptis ordinibus etiam in aliaris ministerio minis trare, neenon munus consecrationis suscipere, et illo utilibere et licite ». 11 n'est guère probable qu'on ait voulu exclure de l'épiseu- pat tous ceux qui avaient reçu la prétrise suivant l'Ordinal ; par con- séquent, ce sont bien les ordres anglicans qui sont désignés ici par cette expression bénigne, « minus rite suscepti ordines », et le légai peut permeltre de s’en contenter. Ainsi donc, ou bien les deux passages du Bref du 8 mars 4554 ue visent pas les ordres anglicans, ou bien ils les désignent par ces expressions : « ordines minus rite suscepli » ; dans le premier cas. qui me semble n'être pas admissible, il yaurait lieu de faire un argu- ment négatif : la nullité des ordres était donc bien peu évidente pour qu'on n’en ait pas parlé; on s'en préoccupait donc bien peu à Rome. Dans le second cas, la conclusion est encore plus favorable: car des ordres « iminus rile suscepli » sont loin d’être déclarés inva- lides et tenus pour nuls; ces ordres sont suffisants pour que le 1égat autorise, après réhabilitation, ceux qui les ont reçus à exercer ministère ecclésiastique, sans qu'il soit fait mention d'une réordina- tion quelconque. Faut-il dire que cette réhabilitation comporte ta réordination? Pus nécessairement, car elle est surtout la réconcilia- tion à l'Église romaine, et s'applique également à ceux qui, nommés aux sièges épiscopaux, devront recevoir tous Les ordres pour la pre- mière fois, et à ceux qui étaient déjà ordonnés prêtres « minus recte » suivant les rites de l'Ordinal. Toutefois, les expressions employées par Jules 11 re mentivnnent pas en termes exprès l'Ordinal, elles ne renferment aucune décision théorique et théologique, aucun jugement formel : je veux bien admettre que le bref ne puisse s'expliquer dans hypothèse ou Jules Hi aurait eu des doutes sur la valeur essentielle des ordres anglicans ; mais je n'oserais dire, avec M. Lacey, que le‘Pape autoriss le cardinal e à reconnaître les ordres qui avaient été conférés sous une forme autre que la forme accoutumée de l'Église » ; encore moins NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES URDRES ANGLICANXS 781

oserais-je dire que « JulesIIlapprouva formellement l'Ordinal anglais dans la forme en laquelle il lui fut présenté », c’est-à-dire la relation étudiée plus haut,

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Muni de ces pouvoirs, que fit le légai, el quelle fut sa conduite à l'égard des clercs ordonnés d'après le rite anglican ? Regarda-t-il tous ces ordres comme nuls, ou même comme suspects? Exigea-t-il une réordination conditionnelle ou même absoiue ? Dans la dispense générale, il revalide, au nom du pape, des fondations diverses, des mariages nuls, des jugements: pour les clercs, il les recevra miséri- cordieusement; la question de la valeur des ordres n’est pas touchée, ce qui serait absolument inexplicable, si la nullité avait été certaine aux yeux du Légat. Voici ses paroles: « Ac omnes ecclesiasticas. seculares, seu quorumyvis ordinum regulares personas, quæ aliquas impetrationes, dispensationes, concessiones, gratias et indulta, tam ordines quam beneficia Ecclesiastica, seu alias spirituales materias ‘concernentia], prætensa authoritale supremitatis Ecclesiæ Angli- canæ, licet nulliter et de facto obtinuerint, et ad cor reversæ Ecclesiæ unifati restitutæ fuerint, in suis ordinibus et beneliciis per nos ipsos, seu a nobis ad id deputatos, misericorditer recipiemus.. » !.Hn'ya donc d'autres conditions mises à cette réception des clercs séculiers ou réguliers, que leur retour à l’Église. Il semble bien que l'on doive voir dans cette règle l'application des clauses du bref de Jules IH et Pacceptation des ordres anglicans, telle qu'on pouvait l’attendre de l’auteur de la description. Car si le cardinal avait’ entendu imposer une réordination, absolue ou mème conditionnelle, aux clercs qu'il promet de recevoir, il en aurait fait mention dans sa dispense générale; le contraire serait par trop invraisemblable. D'ailleurs, il ne faut pas oublier que, de ces clercs et religieux qui demandaient à être réconciliés avec l'Église, les uns avaient reçu les ordres d’après les riles anciens et catholiques, les autres d’après l'Ordinal ; sile légat n'établit aucune différence dans la manière dont il promet de traiter les uns et les autres, c’est sans doute qu'il ne songeait pas à imposer aux clercs une réordinstion. Le légat était expressément autorisé à déléguer les pouvoirs reçus du Saint-Siège, sauf ceux qui lui étaient personnellement réservés; de fait, il les délégua à un certain nombre d’évêques. Comment parle-t-il, dans les formules de pouvoirs, de la réconciliation des clercs, et quelles conditions met-il à leur retour? Les pouvoirs qu'il communique aux évêques s'étendent à toutes les personnes de leur diocèse : « omnes et singulos utriusque sexus, tam laicos quam ecclesiasticos, seculares et quorumvis ordinum regulares ? » ; ces personnes, les évèques pourront les absoudre de toute hérésie, de

? De Ilier., p. 256-257, cf, Suppl., p. 8, not. Î. 2 Facullales pro episcopis; de Hier., p. 258-260. 188 REVUE ANGLO-ROMAINE

toute censure, de toute irrégularité; quant aux cleres en particulier, le légat dispose : « quodque, irregularitate et aliis præmissis non obstantibus, in suis ordinibus, etiam ab hæreticis et schismalicis episcopis, etiam mminus rite, dummodo in eorum collatione Ecclesiæ forma et inlentio sit servata, per eos susceptis, et in eorum susceptione etiamsi juramentum contra papatum romanum præ- stiterint, etiam in altaris ministerio ministrare... dispensandi et indulgendi.. councedimus facultatem. » La formule de pou- voirs s'occupe ensuite des bénétices ecclésiastiques, et ses disposi- tions sont exactement conformes aux indications contenues dans le Bref de Jules Ill; ce passage ne donne lieu à aucune difficulté; mais revenons aux ordres. Le légat introduit ici une clause que nous n'avions pas encore rencontrée : on ne pourra admettre Îles clercs à exercer les ordres qu'ils ont reçus, bien que d'une manière qui laisse à désirer, que si la forme et l'intention de l’Église ont été observées, « dummodo in eorum collatione Ecclesiæ forma et intentio sit servata ». La question doit, à mon avis, se poser en ces termes : par celte clause nouvelle, le légat entendait-il visertoutes les ordinations faites d’après l'Ordinal, ou bien se contenlait-ilde prévoir le cas où certains ordres auraient été invalidement conférés”? Cette question m'a longtemps laissé hésitanit ; il me semble, après mûre réflexion, que la seconde hypothèse est la seule vraie : la clause ne vise pas les ordinations'faites d'après l'Or- dinal. Cette interprétation est déjà rendue vraisemblable par tout ce qui précède; l'examen attenlif du texte achève de la prouver. On pourra maintenir dans leurs ordres, après une simple réconciliation, les cleres qui le demanderont, quand mème ils auraient été ordonnés par des évêques schismatiques ou hérétiques, quand même leur ardination n'aurait pas été entièrement conforme aux règles (mènws rite, et rappelons-nous que les ordres anglicans sont désignés par Jules HÏ comme mirus rite suscepli, ci-dessus, p.786), quand inème les ordinands en recevant les ordres auraientémis un sermentconire la primauté romaine. Ces irois couditions visent si directement lex ordres anglicans qu'il est impossible de ne pas les y reconnaître. Be plus, observons, avec M. Lacev, que le légat n’emploie pas l'expres- sion : « forma ecclesiæ consuela », mais seulement « forma ecclesiæ ». ce qui n'est pas sans quelque intention. Répétons enfin que si lem- ploi des rites de l'Ordinal avait dü entrainer, aux yeux du légat, une réordination, il serait étrange qu'il n'en ait pas parlé, et qu'il n'ait pas établi de distinction entre les deux catégories de clercs à récon- cilier, suivant les riles employés pour les ordonner. Le texte le plus nettement contraire aux ordres anglicans esl celui du la lettre adressée aux évèques par la reine Marie, le 4 mars 1354: la reine y dit expressément: « tem eos qui hacienus ad ordine- NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 789

quoscumque juxta novum ordinandi modum promoti fuerint, cum non vere ordinatt sint, episcopus diœæcesanus, si quos alias idoneos et aptos compererit, ec quæ deerant supplendo, ad ministerium exsequen- dum pro arbitrio admittat. » Non pas sans doute que les lettres de la reine puissent avoir une grande valeur théologique, mais elles ont dû être écrites d’après l'avis du légat. Quoi qu'il en soit de ce dernier texte, il reste sérieusement prouvé que le pape Jules IT et le cardinal Pole n’ont pas révoqué en doute la valeur des ordres conférés d’après l'Ordinal; lestextes qui émanent de l’un et de l'autre ne se laissent guère expliquer autrement. Nous arrivons ainsi à la Bulle et au Bref de Paul IV’. Ces deux pièces doi- vent-elles être interprétées dans un autre sens que les documents ? antérieurs La bulle du 49 janvier 1585 a été donnée après l'ambassade envoyée à Rome par la reine Marie; ellea pour but principal de don- ner une nouvelle confirmation à lout ce qui a été fait par le cardinal Pole; elle contient un résumé des pouvoirs conférés au légat et des actes faits par lui; on y dit en particulier que le légat à accordé la dispense suivante à l'égard des clercs: « cum compluribus eccie- siasticis secularibus el diversorum ordinum regularibus personis, quæ diversas impetrationes, dispensationes, gratias et indulla, tam ordines quam beneficia ecclesiaslica seu alias spirituales mate- rias concernendo, prætensa auctoritale supremitatis Ececlesiæ Angli- canæ nulliter et de facto obtinuerant, et ad cor reversæ Ecclesiæ unitali restitutæ fuerant, ut in suis ordinibus ei beneficiis rema- nere possent, dispensavit, et cum aliis simili morbo laborantibus se dispensaturum esse obtulil ». Ici encore, pas de trace de réordi- nation, ni de catégories de clercs admis à des conditions différentes, suivant la manière dont ils avaient reçu les ordres. Le pape ne désapprouve rien, ne fait aucune réserve, confirme tout ce qu'a fait le légat. Mais voici que dans le texte même de cette confir- mation, et répélée à deux reprises, se trouve la clause suivante: « Ita tamen ut qui ad ordines? tam sacros quam non sacros ab alio quan episcopo aut archiepiscopo rile et recle ordinati promoti fuerunt, eosden ordines ab eorum Ordinario de novo suscipere teneantur, nee interim in eisdem ordinibus ministrent. » Si l’on se rappelle que les ordres anglicans sont À tout le moins minus rite colluti, tandis que le Pape exige un évèque « rite el recte ordinatus », on peut se demander si Paul IV n'a pas entendu exclure les évêques anglais qui avaient été sacrés d'après l'Ordinal. C'esl la question que se posèrent sans doute plusieurs évêques, car on déféra l'affaire au Pape; on se demandait, dit le Bref, « qui episcopi et archiepiscopi, srhtsmale in

! Jeles ai reproduits in exlenso dans ma brochure De la validilé,ete., p. T1 et suiv.

Et non si qui, comme dit M. Lacey, p. 8.

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tpso reygns vigente, rite et recte ordinati dici possent. » Et en effet, dans un certain sens, aucun évêque ordonné pendant le schisme ne pou- vait être absolument rife ef recte ordinatus. Le Pape veut trauquit- liser ceux qui ont été ordonnés pendant la schisme, « serenitati conscientiæ eorum qui schismate prædicto durante ad ordines pro- moti fuerunt »: il veut expliquer ses premières paroles, et il répond par une formule négative ; il déclare : « eos lantum episcopos et archiepiscopos qui non in forma Ecclesiæ ordinati et consecrati fuerunt, rite et recte ordinaios dici non posse »; par conséquent,ceux- là seuls qui ont été ordonnés par de tels évêques sont sujels à la réordination ; mais, en sens contraire, on ne doit pas réordonner ceux qui ont reçu les ordres des évêques sacrés eux-mèmes suivant la forme de l'Église, bien que schismatiques et nommés aux évéchés par le pouvoir civil. Et toutefois, même ces derniers, ayant reçu les ordres, n'en avaient pas le libre exercice, et avaient besoin d'une dispense où réhabilitation: « caracterem ordinum eis collatorum recepisse, execulione ipsorum ordinum caruisse », c'est pourquoi is ont été réhabilités par dispense du légat; mais cette dispense suffit elils n'ont pas besoin d'être réordonnés. Rapprochée des textes antérieurs et interprétée par le Pape lui- même, celte clause de la Bulle est moinsdifficite à expliquer; mais on peut du moins tenir pour certain qu'elle ne peut viser directement les rites de l'Ordinal. D'abord, parceque si telle avait été la pensée de Paul IV, si tous les ordres conférés d’après l'Ordinai avaientété nuls à ses yeux, il aurait été bien plus simple de le dire; il n'aurait pas été utile de recourir à cette formule négative; il aurait été nécessaire de distinguer les clercs soumis ou non à la réordination d'après les rites employés pour les ordonner, et non d’après la capacité person- nelle des évèques qui leur ont canféré les ordres. De plus, en suppe- sant que la clause ait visé directement l'Ordinal, il faudrait admettre cette étrange conséquence, que les rites de l'Ordinali auraient été suffisants pour conférer la prêtrise et le diaconal, insuffisants pour conférer l'épiscopat, landis que nous avons vu plus haut que l'épis- copat anglican ne soulève presque aucune difficulté. Mais alors, qu'a voulu le Pape en introduisant cette réserve? M. Eacey répond : Exclure du ministère elérical des clercs sans ordi- nation valable,ou mème sans ordination d'aucune sorte, de vrais pro- testants, luthériens, caivinistes et autres : car plusieurs avaient reen des églises du roi, et M. Laceven cite au moins un exemple. On conçoit en effet que pour de telles personnes l'admission dans le clergé dût comporter autre chose qu'une simple réconciliation et dispense. Celte explication a surtout en sa faveur l'impossibilité d'en soulenir une autre.

!Supplem., p.11, n. 10. NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA QUESTION DES ORDRES ANGLICANS 791

De fait, y eut-il des réordinations? Le dépouillement, encore incomplet, des archives a permis de constater que certains clercs, ordonnés da 4550 à 4554, figurent de nouveau sur les registres après 1553. Reçurent-ils les ordres mineurs, ou un supplément d’ordina- tion presbytérale, furent-ils même entièrement réordonnés, absolu- ment ou sous condition, il est impossible de le dire. Peut-être de nouvelles recherches feront-elles un peu plus de lumière sur ce point de Fait. Mais de tout ce qui précède, il est permis de conclure que tous les documents officiels émanés de Jules II, de Paul IV et du cardinal Pole sont beaucoup plus favorables que contraires à la valeur des ordres anglicans; aucun n’en dénie expressément la valeur; plusieurs la supposent clairement. Quand et pourquoi la pratique de la réordi- nation absolue s'établil-elte ? I serait intéressant de le rechercher de plus près. Constalons enfin que lors de la réconciliation de l'Église d'Angleterre sous la reine Marie, personne ne songe à incriminer les intentions hérétiques des rédacteurs de l'Ordinai, personne n'yeher- «he une cause de nullité.

                                                A. BaunixHox.

LE DROIT CANONIQUE ET L'ÉGLISE D’ANGLETERRE

                                (Suite)!

L'interdiction d'enseigner le droit canon dans les universités lui porta une grave aälteinte. De plus, tes progrès de la Réforme en Angleterre et sur ie continent attirèrent l'attention des théologiens vers d'autres études; il en résulta que, même dans les pays catho- liyues, l'étude du droit canon se ralentit, landis que dans les pass protestants elle cessa entièrement. En Angleterre, cependant, l'exis- tence des tribunaux ecclésiastiques et leur incessante activité dans les causes matrimoniales et testamentaires furent un stimulant né- cessaire à l’étude du droit canon; d'autre part, dans l'administration de la juridiction ecclésiastique, on eut à s’occuper parfois de diverses matières qui nécessitaient une certaine connaissance et une certaine pratique du droit canon; ce qui empècha cette science d'être réduite à une ou deux de ses parties. Depuis la Réforme, l'étude pratique des lois ecclésiastiques a été maintenue parmi les membres d'une asso- ciation professionnelle pour la pratique dela loi civile et du droit canon. En 4367, quelques-uns des membres de cette Société achete- rent un emplacement à Londres, près de la cathédrale de Saint- Paul, et y construisirent des habitations pour les juges et les avocats. et des édifices pour les tribunaux ecclésiastiques et la cour de l'Amirauté; on appela l'ensemble les « Doctor’s Commons ». En 1768 on obtint une charte royale qui reconnaissait officiellement le: membres de la Société et leurs successeurs, sous le titre de « Collège des Docteurs en droit, exerçant devant les cours ecclésiastiques et de l'Amirauté ». Le Collège se composait d’un président (pour ir moment le doyen des « Arches »} et des docteurs en droit qui. après avoir conquis leur diplôme en l’une ou l'autre des Univer- sités d'Oxford ou de Cambridge, seraient nommés « avocats » par un rescrit de l'archevêque de Cantorbéry, et auraient élé élus membres du collège, en la manière prescrite par la charte. C'était toujours parmi les membres du « Collège des avocats » que l'arche- vêque choisissait les juges des cours archiépiscopales; les fonctions

1 Vos. Revre Anglo-Rosnaine, n° 33, p. 721. LE DROIT CANONIQUE ET L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 193

remplies devant les autres tribunaux par des avoués (solicitors) et des allorneys étaient réservées dans ces cours ecclésiastiques à des pro- cureurs (pracfors'; chacun devait avoir rempli, durant sept ans, l'office de clerc auprès d'un des trente-quatre senior-proctors. Cependant en 1857, lorsqu'on retira aux cours ecclésiastiques la connaissance des causes testamentaires et matrimoniales, pour la transférer à la cour du « Probate » et du divorce, les simples avo- cats |\barristers) furent admis à exercer leurs fonctions devant le nou- veau tribunal ainsi que dans les cours ecclésiastiques et celle de l’amirauté. On donna aux avoués fsolicilors) et aux procureurs {aftor- mes! le droit d'exercer toutes les fonctions qui appartiennent exclu- sivement à l'office des procfors devant les cours ecclésiastiques, ex- ceptéles cours provinciales des archevêques de Cantorbéry et d'York, et le tribunal diocésain de l’évêque de Londres (33 et 34. Viet. c. 28. Le « College of doctors » fut donc dissous. C'est en 4853, à l'occasion de la publication d’un livre intitulé « Opinions » ‘ete. qué les membres du clergé anglicaneurent à s’oc- cuper de nouveau de questions de droit canonique. Dans ce livre, on citait librement, comme d'incontestables autorités, le Prerineiale de Lyndwood, le décret de Gratien, les décrétaies, Fagnan, Thomassin, Van Espen, Ferraris, Lancellot, Rechberger, Lequeux et Hos- tiensis, et sur ces textes, les auteurs des « Opinions » basaient leurs conclusions. L'attention publique fut encore vivement attirée sur limportance du droit canon par la série des persécutions contre les prétendus délits « ritualistes », qui aboutirent au procès contre l’évêque de Lincoln, procès dont les diverses phases durèrent de 1888 à 1893. En 1863, la déposition canonique du D‘ Colenso, évêque de Natal, par son métropolitain, fut un nouveau stimulant à l'intérêt que le clergé anglican commençait à prendre au droit canon; il atteignit peut-être le plus haut degré d'intensité en 1892, à l'occasion des débats parlementaires relatifs au Bill sur la discipline du clergé *: on souleva des difficultés contre la présentation d'un tel Bi! au Parlement; on prétendit que les modifications à apporter dans la procédure criminelle contre les clercs devaient être déterminées d'après les lois cauoniques, avec l’assentiment de la couronne ; on ajoutait que le recours à la procédure parlementaire à ce sujet serait également opposé à la constitution de l'Église et à celle de l'État. Au mois de décembre 18941, le président et le conseil de l'English Church Union adoptèrent et publièrent un « Exposé de

4 Opinions of Sir Frederick Thesiger, Sir W. Page Wood, and D* Robert Philli- more, upon à case submilled by the Society for the revival of Convocation. respecliny the conslilulional poters of convocation and Lhe right of {he suffragan Bishops Lo a voice in {he question of prorogation. ? Ce Bill se rapporte aux cas d'immoralité. 194 REVUE ANGLO-ROMAINE

principes canoniques concernant la discipline du clergé » rédigé par le comité de droit canon de l'Unson. Cet exposé, reproduit par tous les périodiques ecclésiastiques et plusieurs des principaux journaux de Londres et de province, rencontra un vif intérél et souleva d'ardentes controverses. Elles aboulirent, entre autres résultats, à la nomination d'un comité des deux chambres de la convocation de Cantorbéry, qui devait, avec un comité semblable de la convocation d’York, examiner quelles modifications il conviendrait d'apporter aux canons. Cependant, de tous les points du pays, on adréssait à la convocation et au parlement des résolutions et des pétitions; elles demandaient toutes que l'on commençàt par faire rédiger des canons par la convocation; on les présentierait ensuite au Parlement qui, sous forme de Bill, les sanctionnerail et confirme- rait légalement. Dans la Chambre inférieure de la convocation d'York, on manifesta quelque indignation de la manière dont on l'avait traitée, en présentant le Bi! au Parlement, sans avoir pris l'avis de la convocation. Enfin, les convocations d'York et de Cantorbérs rédigèrent un canon peu de temps avant que le Bä? ne devint loi. H m'a semblé important de mentionner cet incident, puisqu'il attira versle droit canon l'atlention des laïques aussi bien que celle du clergé, provoquant chez les uns et tes autres le désir de mieux le “onnaître, désir qui nous fait concevoir pour l'avenir les meilleures espérances. Le 25 novembre 1890, l'English Church Union fit une démarche importante en nommant un comité permanent pour traiter des questions de droit canon. Depuis lors, ce comité, dont j'ai l'honneur d’être le Chairman perpétuel, a été souvent consulté. L'intérêt croissant que suscitent ces études se manifeste par les causes très importantes sur lesquelles on présente de temps à autre des rapports au comité, ainsi que par les lettres où de nombreux correspondants nous consultent, parfois même des colonies, sur divers points d'intérêt canonique. En 4892, au Church Congress de Folkestone, un des meefings les plus fréquentés fut celui où l'on discuta sur le « droit canon par rapport avec la discipline et le gouvernement de l'Église d'Angleterre! ».Si un ou deux orateurs ont parlé plutôt comme légistes que comme canonistes, il n’y avait que plus de plaisir à constater l'énergique manifestation des sentiments de la nombreuse assistance, et d'entendre les applaudissements enthousiastes qui accueillirent les paroles de ceux qui parlèrent purement et simplement en canonistes.

: La question fut traitée par les orateurs suivants : le D° Tristram Q. C., chan celier du diocèse de Londres; le Dr Dibdin, chancelier des diocèses de Durham. "Exeter et de Rochester; le Rév. C. J. Ridsdale; Sir J. Parker Denne, Q. C. D. C. L., vicaire général de la province et du diocèse de Cantorbéry; l'auteur de ces lignes: enfin le Rév. T. E. Espin, D. D., D. C. L., chancelier des diocèses de Chester et de Liverpool, Prolocutor de la convocation d'York. LE DROIT CANONIQUE ET L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 195

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En ce qui concerne les manuels ou les traités de droit canonique, il faut avouer que l'Église d'Angleterre est loin d'avoir été féconde depuis l'époque de la Réforme. Il n’est que trop vrai, l'étude du droit canonique a été négligée, et cette négligence est due tout d’abord à l’action d'Henri VII sur les Universités, qu'elle priva de professeurs compétents. Ce fait regret- table est rapporté par un légiste éminent, sir Georges Boroyer, D. C. L. quifaitallusionà ce faitregrettable dans ses « Conférences pronon- cées devant l'honorable société de Middle-Temple en l’année 4850 ». Dans sa douzième conférence, p. 451, il s'exprime ainsi : « Je n'ai pas besoin de dire que la connaissance du droit canonique est néces- saire à tous ceux qui exercent dans les Cours ecclésiastiques, y com- pris le Comité judiciaire du Conseil privé. Hs doivent l'étudier systé- matiquementet dans son ensemble, car en serestreignantaux parties qu'ils trouvent indiquées dans les procès-verbaux et les livres de jurisprudence, ils donnent à leur profession un caractère étroit et servile; de plus ils s’exposent à mal appliquer ou à mal interpréter la loi, ils demeurent incapables de traiter à fond des cas nouveaux ou des difficultés extraordinaires pour lesquels on a surtout besoin de principes et d'analogies. Personne ne mérite véritablement le nom de légiste s’il n'est pas aussi canoniste. Dans l'intérêt de l'une comme de l'autre, on ne devrait pas séparer l'étude de ces deux branches de la science des lois. Le droit canonique fait librement appel à l'autorité et à l'équité du droit civil, et le droit civil emprunte en bien des cas l'esprit et les principes du droit canonique, de telle sorte qu'ils se complètent et se servent mutuellement. L’abolition de l'étude du droit canonique dans les deux universi- tés a peut-être contribué plus que toute autre cause à la décadence de le science du droit civil et de la jurisprudence dans le pays. La connaissance du droit canonique est également précieuse pour les membres du barreau qui n’exercent pas devant les tribunaux ecclé- siastiques, tout d'abord parce qu'il est un élément important de la jurisprudence, et de plus parce que son autorité est admise dans les cours de Droit commun et d'Équité. C’est d’ailleurs ce qui est exposé dans le procès de Rennell versus the Bishop of Lincoln! : « Lors- que le droit ecclésiastique ne contredit pas la loi d'Angleterre, il doit être adopté à l'instar de cette loi et appliqué par les cours temporelles dans tous les cas qui sont de son ressort ». Le Droit ecclésiastique doit faire autorité dans ces sortes de causes; les tribunaux de droit commun et les juges doivent en tenir compte. »

1 Z. Binnv, 271, 232; I] Moore, 139. 7196 REVUE ANGLO-ROMAINE

f y eut cependant au xvn siècle une renaissance remarquable de l'étude du droit canonique dans l'Université d'Oxford; nous lui sommes redevables de l'édition d'Oxford du Provincile de Lyndwood, imprimée en 4679. Mais bientôt ce mouvement perdit sa force. Les Conciliu de Spelman furent publiés de 16394 4664, mais dans un but presque exclu- sivement historique. L'ouvrage de Johnson, English C'anons, fut publié en 4726 et les Conriliade Wilkin en 4737; mais ces deux ouvrages ont fait la plus large part à l'élément légal el historique. Il faut mention- ner encore : Repertorium juris ou abrégé de la loi ecclésiastique, de Godolphin (1678 et 1680); le Codex juris Ecclesiæ anglicanie MTS) de l'évêque Gibson, disposé en cinquante-deux Litres avec un appendiee de pièces diverses; le Parergon J'uris canonici d'Avlifte (1726 et 1734: dont les titres sont rangés par ordre alphabétique ; l'Ordo judiciorum. d'Oughton (1733), contenant les règles de procédure devant les cours ecclésiastiques. Un recueilde canons orientaux fut publié en grecet en latin, avec noles, par l'évêque Beveridge sous le titre de Pandecta cano- ausm (4672); il a trouvé place dans la patrologie de Migne.Ona publié.à diverses dates, un grand nombre de manuels de droit. Mais Le droit canonique y est plutôt traité au point de vue du légiste qu'au point de vue du canoniste. Dans ces dernières années, cependant, on a vu paraître quelques manuels de valeur qui échappent à ce reproche. Nous pouvons citer : Znstitutes af Canon Law, d'Owen: History of the Canon Lar, de Dodd; English Cinon Law, de Brossenhill: Regal pe- wer of the Church, de Wood; Elements of Canon Law et Short manual of canon Law, de Reïchel, ce dernier ouvrage devant comprendre quatre volumes, dont le premier de 416 pages a récemment vu le jour.

Si, dans cet aperçu de l'histoire du droil canonique en Angleterre, j'ai pu paraître traiter très brièvement certains points el en passer d’autres absolument sous silence, j'espère cependant avoir réuni dans des limilies assez raisonnables une certaine quantité d'informations intéressantes ou même utiles pour ines lecteurs. H est en effet très désirable que tous ceux qui s'intéressent sérieusement au mouve- ment pour la réunion connaissent la situation de l'Église d'Angleterre par rapport au droit canonique. Quand viendra l'heure marquée par la Providence où reprendront les relations officielles entre Rome et l'Angleterre, ilfaudra certainement voir une influence favorable dansce fait que l’Église d'Angleterre, loin debriser entièrement avecle pass. a soigneusement maintenu et garde encore, sauf certaines réserves, l'autorité el l'usage de l'ancien drait canonique. C'est par là qu'il fan juger de sa doctrine et de sa discipline; c'est là qu’il faut puiserpour LE DROIT CANONIQUE ET L'ÉGLISE D'ANGLETERRE 197

suppléer à ce qu'on prétend lui manquer. Niles XXXZX articles ni le Prayer-Book ne sont les principaux témoins de sa doctrine et de sa discipline. Au contraire l'Église d'Angleterre s'appuie surtout sur l'ancien droit canonique en tant que reçu et sanctionné par l'usage et la coutume. Son Prayer-Book n’est autre chose, suivant son titre, que « l'usage de l'Église d'Angleterre pourl'administration des sacre- ments et autres ritesetcérémoniesde l'Église », c’est-à-dire de l'Église catholique.Les XX X7ZX articles, loin d’être un compendium de théologie catholique, ne renferment que l'affirmation de certaines vérités, alors attaquées, et la condamnation de certaines erreurs populaires alors répandues. ignorer le droit canonique sertit mal comprendre la si- tuation de l'Église d'Angleterre, méconuaitre son histoire et nier sa pratique. Extirper le droit canonique de son organisation, ce serait faire d'elle une sorte de masse sanglante et mutilée, indigne à la fois de son nom et deson histoire. Dans la merveilleuse renaissance de l'esprit catholique qui, au cours de ce dernier demi-siècle, a ravivéel développé tout ce qu'il y a de meilleur et de plus noble chez ses fidèles enfants; dans sa lutte prolongée et finalement couronnée de succès contre le Protestantisme et l'Erastianisme, ce qui a donné aux loyaux fils de l'Église d'Angleterre la force de lutter, de souffrir et de vaincre, c'est la reconnaissance de la divine constitution de l'Église, de son autorité inhérente et primordiale, de ses trésors sa- cramentels, toutes choses écrites à chaque page du droit canonique. Le termps n'est plus où le nom de canoniste entrainait une fâcheuse réputation ; on sait maintenant que le droit canonique estautre chose qu'une science aride, inutile, qui ne dit rien à l'âme; que c’est au contraire la loi sacrée qui dirige les actions des citoyens du royaume spirituel vers l’éternelle béatitude conime vers leur fin. J'avoue les négligences du passé, mais je signale l’activité présente. Si, dans le passé de l'Église d'Angleterre, il ÿ a beaucoup à déplorer, dans son état présent il y a beaucoup à louer; et c’est, à mon avis, l'un des plus heureux présages pour l'avenir que l'intérêt rendu maintenant parmi nous à notre inappréciable héritage : le droit cano- nique. Je ne voudrais exagérer ni l'importance ni l'étendue de cette renaissance. Le ruisseau n'est päs encore devenu rivière. Mais ce qui est certain, c'est que le droit canonique occupe aujourd'hui, aux veux d'une nombreuse et influente portion du clergé et des laïques de l'Église d’Angieterre, une position qu'il n'avait pas occupée depuis le temps d'Henri VIIL Pour nous, certes, c'est une étude sacrée: et je ne puis plus heureusement terminer cet article ni mieux faire con- naître l'esprit qui a touché certaines àmes parmi nous qu’en citant les paroles où M. Wood exprime, d’une manière si admirable, ses sentiments sur ce sujet : « L'étude du droit canonique, écrit-il, est une étude sainte, parce que le droit canonique est lui-même une très 198 REVUE ANGLO-ROMAINE

sainte chose, et, parmi toutes les études sacrées, j'irai jusqu'à dire qu'aucune n'est plus sacrée que celle du droit ecclésiastique. La théologie mystique elle-même, bien qu’elle traite des plus sublimes vérités et des plus profonds mystères el des divines relations de l'âme chrélienne avec Dieu, cette mystérieuse partie de la « grande science » n’est pas plus sainte que la jurisprudence sacrée de l'Église. C'est une chose très solennelle que de faire l'ascension des sommets du Carmel, et certes nous devons auparavant quitter nos chaussures: mais ce n’est pas chose moins solennelle que d’entrer dans le prétoire et nous devons nous découvrir et fléchir le genou lorsque nous entrons dans la curia du Christ notre roi. De plus à une époque où le piétisme et le subjectivisme sont développés, il est de la plus haute importance de fixer notre esprit sur le caractère objectif de l'œuvre du Christ qui, nulle part, n'apparait plus clairement que dans l'œuvre ministérielle de la monarchie de l'Église. L'étude du droit ecclésias- tique est assurément une étude très haute el très sanetifiante!. »

                                        G. Bayriezv RoëEkxrs.

L Hegal Power of he Church, page VOA. CHRONIQUE

Le cardinal Bourret. — Par suite de l'abondance des matiè- res nous n’avons pu annoncer dans notre dernier numéro le mort de S. Em. le cardinal Bourret, évèque de Rodez et de Vabres, sur- venue le 40 juillet dernier. [. Mgr Bourret (Joseph-Christian-Ernest) était né le 9 décembre 1827, à Labro, près de Saint-Étienne de Lugdarès (Ardèche). Envoyé en 4841 au petit séminaire du Puy, dirigé par un de ses oncles qui. avait été le grand vicaire de Mgr de Bonald, il passa au grand sémi- naire de son diocèse et vint faire sa théologie à Saint-Sulpice, où il eut, parmi ses condisciples, trois futurs cardinaux : Lavigerie, Tho- mas el Langénieux. Rentré dans le diocèse de Viviers, il fut professeur de grammaire au collège de Privas tenu par les Basiliens; de retour à Paris, ayant rempli les fonctions de maitre de conférences à l’école des Carmes, pour les candidats à Saint-Cyr et à l'École polytechnique, M. l'abbé Bourret se fit recevoir docteur en théologie à Paris en 1887 avec une thèse sur l'Origine du pouvoir civil d'après saint Thomas el Suarez, el devint professeur de droit ecclésiastique à la Sorbonne, en 1861, après avoir conquis les diplômes de docteur en droit et de docteur ès lettres. Il y demeura près de dix années. Au monient du Concile du Vatican, il fut choisi pour consulteur et fournit divers travaux aux commissions préparatoires. Pendant la guerre, il fut aumônier d'ambulance, puis se réfugia à Versailles, où, de concert avec le nonce Chigi, il s'adressa aux diverses puissances, leur derman- dant d'intervenir pour sauver les otages. M. Jules Simon, devenu Ministre des cultes, allait le proposer pour l'évêché d'Ajaccio, lorsque le siège de Rodez vint à vaquer : il y fut nommé le 49 juillet 4874. Dans ce diocèse, exceptionnellement fécond en vocations sacerdo- tale, Mgr Bourret s'occupa principalement de former des sujets pour les colonies et fit tous ses efforts pour relever le niveau des études ecclésiastiques, envoyant chaque année plusieurs séminaristes aux Universités de Rome, de Paris et de Toulouse. Mgr Bourret a publié de eurieux ouvrages de philosophie, d’his- loire ou d’hagiographie. En 1880, au moment des décrets, il publia : deux écrits qui eurent à cette époque un certain relentissement : Des principales raisons d'être des ordres religieux dans l'Église et dans la suciélé, el des injustes attaques auxquelles ils sont en butte, et Du respect qui est dû à la religion, à ses ministres el à ses institutions. Très attaché à son diocèse, où son inépuisable charité et sa hau- teur d'esprit lui avaient valu le respect et l'affection de tous, Mgr Bourret déclina les offres qui lui furent faites à plusieurs re- #00 REVUE ANGLO-ROMAINE

prises d'un siège archiépiscopal. Le 43 juin 1893, en même temps que Mgr Lecot, archevèque de Bordeaux, Mgr Bourret était élevé à la dignité cardinalice. La disparition de cet éminent prince de l'Église sera douloureuse- ment ressentie par son diocèse et par toute la France catholique, qui réuniront, en cette douloureuse circonstance, leurs prières et leurs regrets, Nos lecteurs n'ont pas oublié les précieux encouragements que le regretté cardinal avait donnés à notre œuvre. La Revue se pru- pose de lui consacrer bientôt une notice plus étendue.

Le cardinal Monaco La Valletta.-- Nous avons également le regret d'annoncer la inort du vénérable doyen du Sacré-Collège. Je cardinal Monaco La Valletta. Depuis le couronnement de Sa Sainteté Léon XHI, dont la santé chancelante faisail craindre que son pontitieat ne füt très court, c'est le 414° cardinal que Dieu rappelle à Lui. Le cardinal Monaco La Valletta était né à Aquila, le 23 février 1821. Nommé prélat et attaché & la Congrégation de l’Inquisition, au lez- demain de son ordination sacerdotale, il sut résoudre, avec beaucoup de prudence, les questions les plus ardues. Aussi Pie IX, appréciant les mérites du docte prélat, le nomma archevèque d'Héraclée et peu après, au Consistoire de mars 1868, il le créa cardinal. Il devint cardinal-vicaire, grand pénitencier et évéque d'Oslie et Velletri. U fut un des trois légataires de Pie IX, et au dernier conclave il obtint, après le cardinal Pecci, Léon XIH, le plus de voix. Doué d'une énergie extraordinaire, et bien que malade depuis de longues années, le cardinal, qui avait gardé une remarquable lucidité d'esprit, se faisait naguère encore transporter aux pieds du Pape pour y prononcer le discours annuel que lui réservait sa charge de doyen. L’éminent cardinal jouissait d'une grande influence dans le Sacre Collège. ‘Très apprécié de Pie IX et de Léon XII pour la sûreté de son jugement, l'étendue de sa science et la noble indépendance de son caractère, il se montra toujours homme d'Église, préoccupé avant tout des droits de Dieu et du bien des âmes. ll était archiprètre de la basilique de Latran, protecteur d'un grand nombre d'ordres religieux el d'œuvres. 1] faisait partie de la plupart des Congrégations romaines, Encore un deuil pour l'Église, si éprouvée depuis quelque temps. La perte sera cette fois d'autant plus sensible que les services de l'éminent cardinal, datant d'une époque déjà lointaine, ne pouvaient plus se compter. DOCUMENTS

         ORDO BAPTISMI PARVULORUM

                              PUBLICE

             IN ECCLESIA ADMINISTRANDI:

Admonendus est populus, Bantismum convenientissime in Dominicis tantum alüsque Festis, quando hominum plurima est frequentix, administrari ; tum ut populus ibi congregatus neophytos socielati Ecclesiæ Christi an- numeralos esse taslsficetur, tum quia, dum baptizantur parvuli, in memo- riam cujuslibet adstantis professio illa facilius revocatur, quam ipse coram Deo in sue Baptismo fecit, Quam etiam ob causam erpedit Baplis- mum vulgari sermone administrari. Atlamen, si 14 necessitas requirat parvulos quolibet alio die baptizare licet. Et nota, quod pro unoquoque masculo infante bayptizando necesse est adsint duo Patrins ef una Matrina: pro fœmina aulem, unus Patrinus et Matrinz duc. Cum infantes baptizandi aunt, id Parocho indicent parentes vel nocle præcedenth, vel mans anta incepias preces Matlutinas, Tune autem ad Fontem parati adesse dobent Pairins et Matrinie, et ali cum parvulis, alalim posl secundam vel ad Matutinas vel ad Vesperas lectionem, prout Parochus suo arbitrio decreverit. Et Sacerdos acc:dens ad Fontem, quem tune agua pura impleri oportet, et ibi adstans, dicat : Jauxe baptizatus est hic infans, an non ? Si respondebunt non esse baptizatum, tum pergat Sucerdos verbis sequen- hibus. | Diecrissimi, quoniam omnes homines in peccato concipiuntur et nascuntur, et Salvalor noster Christus dicit, Neino potest introire in regnum Dei, nisi regencratus fuerit, et renatus ex aqua et Spirilu Sanclo : obsecro vos, ut invocetis Deum Patrem per Dominum nos- trum Jesum Christum, ut pro largitale misericordiæ suæ huic infanti id concedat quod ex nalura habere nequit: scilicet, ut aqua et Spiritu Sancto baptizetur, et in sanctam Ecclesiam Christi admitta- tur, el ejusdem vivum membrunm fiat. T'unc dicat Sucerdos, OÜrenus. OxniPoTEns sempilerne Deus, qui pro magna misericordia tua Noe et familiam ejus in arca conservasli, ne in aquis perirent; et filios Israel, populum tuum, in spe per Mare Rubrum deduxisti, eo figu- rans sacrosancitum tuum Baptismum : et per Baptismum in fluvio Jordane dilectissimi Filii lui Jesu Christi aquam in mysticam peccalti ablutionem sanctiticasti; Rogamus te per infinilas misericordias 1 L'administration du baplème dans l'Église anglicance. REVUE ANULO-ROMAINE, == T. 11, — 51 802 REVUE ANGLO-ROMAINE

tuas, ut hune infantem benignus respicias, et Spiritu Sanceto laves et sanctifices; quatenns ab ira tua liberatus, in arcam Ecclesie Christi admitlatur: et fide constans, spe lætus, charilate radicatus. hujusee mundi inquieli fluctus ita transeal, ut ad patriam vita sem- piternæ landem perveniat, ibi tecum regnaturus in sæcula sæeu- lorum; per Jesum Christuni Doniinum nostrum. Amen. Ounivorexs Deus, immortale præsidium oruninm postulantium. liberatio supplicum, vita credentium, resurrestio mertuorum : Te in- vocamus pro hoc infante, ut ad sanctum tuuin Baptismum accedens remissionem peccatorum spirituali regeneratione consequaiur. Accipe eum, Domine, sieut per dilectum Filium tuum pollicitus es, dicens, Petile et accipietis, quærite et invenielis, pulsale el aperietur vobis. Ila nunc nobis petentibus, quod petimus concede ; liceat uobis quod quærinus invenire : nobis januam pande pulsantibus: ut hic infans teteraum cœælestis lavacri tui beneficium consecutus. sempiterna regna per Christum foninum nostrum promis pereipiat. Amen, Deinde populo se erigeute, divat Sucerdos. Audile verba Evangelii per Sanctum Marcum scripta, in capite decimo, ad versum tredecimum. OrFEREBANT Christo parvulos, ut langeret illos: discipuli autem comminabantur offerentibus. Ques euin videret Jesus, indigne tulit, etailillis, Sinite parvulos venire ad me, et ne prohibuerilis eos: talium enim est regnum Dei. Amen dico vobis, Quisquis non rece- perit regnum Dei velut parvulus, non intrabit in illud. Et complexan eos, et imponens imauus super illos, benedicebat eos. Pertecto Evangelio, de ejus rerbis Minister ympdum hisre sequentibis breriter adhortetur. Aupivistis, dilectissini, in hoc Evangelio verba Christi Salvatoris. jubeutis parvulos sibi offerri, reprehendentis illos qui eos a se arce- bant, et hortantis omnes homines ut imilentur eorum innoceutian. Intelligitis quomodo per id quod exterius gessit suam erga eos bene- volentian indicavit: nam hrachiis suis cos complexans, super &os imanus imposuit, et eos benedixit. Ne dubitetis igilur, verum firmiter crodite, euim non minus benigne accepturum hunc qui adest infantem, brachiis misericordiæ suæ complexurum esse. et beneti- cium vitæ ælerntæ, regnique sui sempiterni communionem, ei colla- turum. Quamobrem nos, per hoc certiores facti illius benignitatis. qnam Pater noster cœlestis erga hune infantem per desum Christum l'iuim suum declaravit ; nec dubitantes quin ei pergratum sit quo nos ex oflicio charitatis hunc infantem ad sanctum ejus Baptismum obtulerimus, gratias ei pie ac fideliter referamus, dicentes, Ouxirorens sempiterne Deus, Paler cwlestis, gratias tibi suppliciter agimus, quod ad gratiæ luiv agnitionem, et ad fidem erga fe, nos vocare dignatus es. Hanc aguitionem, quæsumus, in nobis adauge, hanc fidem in perpetum confiema. Da huic infanti Spiritum Sanctum tuum, quo regeneretur, et hæres fiat æternæ salutis; per Jesum Christum Dominum nostrum, qui tecum vivit et regnal in unitate Spiritus Sancti, nunc et per omnia sæcula sæculorum. Amen. Deinde Sucerdos Patrinos el Matrinas in hanc formam alloquatur: Diecrissir, huuc infantem huc attulistis, ut baptizetur: orastis ut Dominus noster Jesus Christus eum accipere, a peccatis absolvere, et L'ADMINISTRATION DU BAPTÊME DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 803

Spiritu Sancto sanctificare, eique regnum cœlorum et vitam æternam tribuere dignetur. Audivistis prælerea Dominum nostrum Jesum Christum in Evangelio promisisse, se hæc omnia quæ rogastis conces- surum: quam promissionem ipse pro parte sua certissime præstabit. Quamobrem, hac a Christo promissione facta, hunc infantem etiam oportet pro parte sua per vos fidejussores spondere (donec ad eam ætatem pervenerit qua ipse pro se hoc idem valeat suscipere) se diabolo et omnibus ejus operibus abrenuntiaturum, verbo Dei sancto constanter crediturum, et maudaita ejus obedienter servaturum. Hæc itaque interrogo : Abrenuntias, in nomine hujus infantis, diabolo et omnibus ejus operibus, inani pompæ et gloriæ mundi, et omnibus ejus cupidita- bus, cum carnis concupiscentiis, adeo ut eas sequi vel ab eïs duci te non sis permissurus? Resp. Abrenuntio iis omnibus. Afinister. Credis in Deum Paire Omnipotentem, Creatorem eæli et terræ ? Et in Jesum Christum Filium ejus unigenitum, Dominum nostrum? Eumque conceptum esse de Spirilu Sancto, natum ex Maria Virgine; passum sub Pontio Pilalo, crucifixum, mortuum, et sepultum: descen- disse ad inferos, et tertia die resurrexisse ; ascendisse ad cælos, et sedere ad dexteram Dei Patris omnipotentis ; et inde venturum esse in fine sæculi, judicare vivos et mortuos”? Credis et in Spiritum Sanctum, sanctam KEcelesiam Catholicam, sanctorum Communionem, remissionem peccatorum, carnis resur- rectionein, et vitam æternam post morlem ? Resp. Hæc omnis firmissime credo. Minister. Vis baptizari in hac fide ? Resp. Volo. Alinister. Servabis igitur obedienter Dei sanctam voluntantem el mandata, et in iis ambulabis omnibus diebus vitæ tuæ ? Besp. Hoc faciam. Deinde dicat Sucerdos : CoxcEnE, misericors Deus, ut vetus Adam in hoc infante ita sepe— liatur, ut in eodem novus resurgat. Amen. Concede ut in eo moriatur omne quod carnis est, vivat et crescat omne quod Spirilus. Amen. Concede ut potestatem et vim habeat vincendi, ac triumphandi, de diabolo, munds, et carne. Amen. Concede ut quicunque hic per ministerii nostri ofticium tibi conse- cratur cœlestibus etiam virtutibus ornetur. el æterna præmia conse- quatur, per misericordiam tuam, Domine Deus, qui es benedictus, et vivis, et onimia regis, per omnia sæcula sæculorum. Amen. OmiPoTENS sempiterne Deus, cujus Filius dilectissimus Jesus Christus in remissionem peccalorum nostrum, de latere suo pretiosis- simo et aquam et sanguinem profudit; et discipulis suis jussit wt euntes docerent omnes gentes, baptizantes eos In Nomine Patris, el Filii, et Spiritus Sancti; Respice, quæsumus, populi tui supplica- tiones; hanc aquam in mysticam peccati absolutionem sanctifica; el tribue ut hic infans nunc in ca baptizandus tuæ gratiæ plenitudinem consequatur, et in numero filiorum tuoruni fidelium et electorum semper permaneat; per Jesum Christum Dominum nostrum. Amen. 804 REVUE ANGLO-ROMAINE

Deinde accipiat Sacerdos infantem in manus suas, el dicat ad Patrinex et Matrinas, Date nomen huic infanti. Postea eum nomine quod daderint appellans, coute et prudenter in aguam immergut (si affirmaverint infanlem td bene ferre posse) dicens: N. Eco te baptizo In Nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti.Amen. A si debilem esse infantem affirmaverint, salis eril super em aquam funderr. el simul verba supradicfa proferre, N. Eco te baptizo in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, Amen. Deinde dicat Sacerdos, Accipimus hunc infantem in societatem gregis Christi, eumque signe Crucis signamus ‘, in signum quoë posthac non erubescet Christi crucifixi fidem confiteri, el sub ejus vexillo contra peccatum,mundum. et diabolum viriliter pugnare, et Christi fidelis miles et servus ad vitw suæ finem permanere. Amen. Deinde dicat Sarsrdas, QuanbooïIbEx nuné, fratres ditectissimi, hic infans est regeneratus. ot in Christi Ecclesiæ corpus insitus, agamus gratias Deo Omnipotenti pro his beneficiis; et uno animorum consensu ei supplicemus, ut his infans reliquam vitam suam secundum hoc initium peragat. Deinde dicatur, omnibus genuflerts : PATER noster qui es in cœlis, Sanctificetur nomen tuum. Adveniai regnum tuum, Fiat voluntas tua, Sicut in cœlo, et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. Et dimitte nobis debita nostra, Sicut et nos dimittinus debitoribus nostris. Et ne nos indueas in tentationem; Sed libera nos a malo. Amen. Deinde dicat Sacerdos, Grattas ex animo libi agimus, Pater misericors, quia hune iafanteim Spiritu Sancto tuo regenerare, filiis tuæ adoptionis annu- merare, el sanctæ Ecclesiæ tuæ incorporare dignalus es. Et supplices le rogamus, ut iste mortuus peccato, justitiæ vivens, et cum Christ: in mortem ejus eonsepullus, veterem hominem crucifigat, et totum corpus peccati destruat ; el ut, quemadmodum Filii tui mortis factus est particeps, ila etiam fiat resurrectionis; quatenus tandem cum reliqua saneta Ecclesia tua, sempilernum regnum tuum hæreditate percipiat; per Christum Dominum nostrum. Amen. Deinde omnibus sese erigentibus, Sacerdos Patrinos st Matrinas rerbi sequentibus adhortetur. Quoxtax hic infans per vos sponsores suos promisit se diabolo et omnibus ejus operibus abrenuntiaturum esse, crediturnm in Deum. et serviturum ei; recordandum est vobis, vestrum esse oflicium huic infanti ita consulere, ut ‘cum primum pro ejus ætate fieri possit discat quan: solenni voto et promisso se per vos hie obstrinxerit. Quod ut exactius intelligat, oportebit vos hortari eum ad conciones audiendas ; et præcipue curare ut discat vulgari sermonc Symbolun. Orationem Dominicam, et Decalogum, et cætera quæ Christianus homo pro salute animæ suæ et scire et credere debet; præterea, ut hic infans honeste educelur ad vitam pie et Christiane degendam : dum ïllud semper recordetur, nobis in Baptismo professione nostram significari; quæ quidem nihil aliud est, quam ut Christi { Hic Sacerdos in fronte Infantis Crucem faciat. L'ADMINISTRATION DU BAPTÊME DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 805

Salvatoris nostri exemplum sequamur, et ejus similes fiamus ;: quatenus, sicut ille pro nobis mortuus est et resurrexit, ita nos qui baptizati sumus peccato moriamur, et justitiæ resurgamus, semper mortificantes omnem nostræ affectum pravitatis, et quotidie profi- cientes in omni virtute et pietate. Deinde hiec adjiciat dicens, OPoRTET vos curare adducendam hunc infantem ad Episcopum, ut ab eo confirmetur, cum primum Symbolum, Orationem Dominicam, et Decalogum vuigari sermone recitare poterit, et præterea Cate- chismo ab Ecclesia ad hunc usum edito institutus fuerit. Certum est ex verbo Dei, infantes baptizatos, si moriantur antequam peccatum actuale admiserint, procul dubio salvos fieri. Ut de usu Signi Crucis in Baptismo omnis scrupulus cuilibet eximatur, veram istius cæremoniæ explicationem, et rationem ejus retinendæ, in Canone XXX° primum in anno MDCIV edito reperire licet.

          ORDO BAPTISMI PRIVATI PARVULORUM

                             IN   DOMIRUS

Omnes Paroché populum sicpe admoneant, ne Baplismun infantium ultra Dominiram primam vel serundam postquam naifuerint, aut alium saltem Jfestum diem, si quis intervenerit, differant, nisi ob gravem el rationabitem causam a Parocho approbandam. Admoneuntelinm parochianos suor, ne aine ravi causa el necessitais infanles domi baplizandos curent. Ad rum id necessitas requirat, Bagtismus hoc modo administretur. Primum Parochus, seu, eo absente, alius quilibet Minister legitimus qui arcessi possit, cum üs qui adsunt Deum invocet, Orationem Dominicam dicens, et Orationes ex illis Ordini Publici Baptismi supra assignalis, quot pro temporis et instantis necessilatis ratione recilare possini. Deinde, cum aliquis qui adest nomen infanti daderit, Minister super eum aquam infundat, dicens hæc verba; N. Eco te baptizo In Nomine Patris, ot Filii, et Spiritus Sancti. Amen. ‘ Deirde, omnibus genufleris, Minister Deo gratias agat, dicens : . GRATIAS ex animo tibi agimus, Pater misericors, quia hunc infan- tem Spiritus Sancto tuo regenerare, in filium tuæ adoptionis susci- pere, el sanctæ Ecclesiæ tuæ incorporare dignatus es. Et supplices te rogamus, ut quemadmodum Filii tui mortis jam factus est parti- ceps, ita etiam fiat resurrectionis:; et tandem euin reliquis Sanctis tuis sempiternum regnum tuum hæreditate percipiat; per eundem Filium tuum Jesum Christum Dominum nostrum. Amen. Nec dubitandum est, quin infans la baptisatus rite et suffirienter baptizatus sit, etnon debeat sterum baptizari. Atlamen si postea diutius vivat, con- veniteum tn Ecclesiim adduci, quo. si Minisler ejusdem parochiæ tnfun- tem baptizaverit, populus certior fiat de vera Baptismiforma ab ee griva- tim usurpalu. Quo in casu ita dicai, . CERTIORES facio vos, me rite et secundum ordinem ab Écclesia præscriplum, fempore illo et loco illo, coram pluribus testibus hunc infantem baptizasse, Atsiinfans ab alio Ministro legitimo baptizatus fuerit, Minister parochi in qua natus est, aut bapticalus, eraminatione facta, an legitime baptiza- 806 REVUE ANGLO-ROMAINE lus fuerit, necne, experialur. Quo in casu st à qui infantem in ecclesiam addurerint eundem jam baptizatum esse respondeant, Minister eos ulterius percontelur, dicens : À quo baptizatus est hic infans? Quo præsente baptizatus est hic infans? Quia accidere potest, nonulla huic Sacramento essentialiter neces- saria propter timorem aut festinationem, urgente tali necessitate. prætermitti, igitur ulterius hoc vos interrogo : Qua materia baptizatus est hic infans? Quibus verbis baptizatus est hic infans? Et si Minister ex responsionibus infantem offerentium perspiriel, onnit modo debilo facta esse; infantem non denuo baptizet, sed lanquam rer: Christianorum societati jam aggregatum suscipiut, dicens : CERTIORES facio vos, omnia de Baptismo liujus infantis rite et debito ordine facta esse; qui in peccato originali et sub ira Dei natus, jam per lavacrum Regenerationis in Baptismo, in numerum filioram Bei et hæredum vite #æternæ est assumptus. Dominus enim noster Jesus Christus talibus parvulis gratiam et misericordiam suam non dene- gat, sed eos ad se benignissime advocat: quod etiarm in nostram consolationem sanctum Évangelium his verbis attestatur. S. Marci x. 43. OFFEREBANT Christo parvulos, ut tangeret illos : discipuli autem comminabantur offerentibus. Quos cum videret Jesus, indigne tulit. et ait illis, Sinite parvulos venire ad me, et ne prohibucritis eos: talium enim cst regnum Dei. Amen dico vobis, Quisquis non recepe- rit regnum Dei velut parvulus, non intrabit in ilud. Et complexan. eos, et imponens manus super illos, benedicebat eos. Perlecto Evangelio, de ejus verbis Minister populum hisce sequentibus breri- der adhortetur. Aunisris, dilectissimi, in hoc Evangelio verba Christi Salvatoris. jubentis parvulos sibi offerri, reprehendentis illos qui cos arcebant. et hortantis omnes homines ut imitentur eorum innocentiam. Intelli- gitis quomodo per id quod exterius gessit suam erga eos benevolen- liain indicavit: nam brachiis suis eos complexans, super eos manu imposuit, et eos benedixit. Ne dubitetis igitur, verum firmiter cre- dite, eum non minus benigne hunc infantem accepisse, et brachiis misericordiæ suæ esse complexum; et sicut in sancto verbo suo pol- licitus est, beneficium vitæ æternæ regnique sui sempiterni conmu- nionem, ei collaturum. Quamobrem nos, per hoc certiores facti illiu< benignitatis. quam Pater noster cœlestis erga hunc infantem per Je- sum Christum Filium suum declaravit, gratias ei pie ac fideliter rete- ramus, el orationem illam dicamus quam Domiaus noster ipe docuit. PaTeRr noster, qui es in cœlis, Sanctificetur nomen tuum. Adveniat regnum tuum. Fiat voluntas tua, Sicut in cœlo, et in terra. Panen nostrum quotidianum da nobis hodie. Et dimitie nobis debita nostra. Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in ten- tationern; Sed libera nos a malo. Amen. Ouxiporens sempiterne Deus, Pater cœlestis, gratias tibi suppli- citer agimus, quod ad gratiæ tuæ agnitionem, et ad fidem erga le. nos vocare dignatus es. Hanc agnitionem, quæsumus, in nobis adauge. hane fidem in perpetuum confirma. Da huic infanti Spiritum Sanctum L'ADMINISTRATION DU BAPTÈME DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 807 tuum; ut per Dominum nostrum Jesum Chrisium renatus, et æternæ salutis, hæ&res factus in servitio tuo permaneat, et promissa tua conse- qualur; per eundem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum qui tecum vivit et regnat in unitate ejusdem Spiritus Sancti, et nunc et per omnia sæcula sæculorum. Amen. Deinde Sacerdos quierat infantis nomen; quo per Patrinos el Matrinas pro- lato, dicat Minisier: ABRENUNTIAS, in nomine hujus infantis, diabolo et omnibus ejus operibus, inani pompæ et gloriæ hujus mundi et omnibus cupidita- tibus cum carnis concupiscentiis, adeo ut eas sequi vel ab eis duci te non sis permissurus ? Resp. Abrenuntio eis omnibus. Hinister. Credis in Deum Patrem Oinnipotentem, Creatorem cœæli et terræ? Et in Jesum Christum Filium ejus unigenitum, Dominnnt: nostrum? Eumque conceptum esse de Spiritu Sancto,natum ex Maria Virgine; passum sub Pontio Pilato, crucifixum, mortuum, et sepultum : des- cendisse ad inferos, et tertia die resurrexisse; ascendisse ab cælos, et sedere ad dexteram Dei Patris Omnipotentis; et inde venturum esse in fine sæculi, judicare vivos et mortuos ? Credis et in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam Catholicam, sanctorum Communionem, remissionem peccatorum, carnis resur- rectionem, et vitam æternam post mortem”? Resp. Hæc omnia firmissime credo. Minister. Servabis igitur obedienter Dei sanctam voluntatem et man- data, et in eis ambulabis omnibus diebus vilæ tuæ ? Resp. Hoc faciam. Deinde dicat Sacerdos, ACGiIPiMUS hunc infantem in societatem gregis Christi, eumque signo Crucis signamus! in signum quod posthac non erubescet Christi cru- cifixi fidem confiteri, el sub lejus vexillo contra peccatum; mundum, et diabolum, viriliter pugnare, et Christi fidelis miles et servus ad vitæ suæ fidem permancre. Amen. Deinde dicat Sacerdos, QuaxpoouiDEx aunc, fratres dilectissimi, hic infans per Baptismum est regencratus, et in Christi Ecclesiæ corpus insitus, agamus gra- tias Deo Omnipotenti pro his beneficiis, et uno animorum consensu ei supplicemus, ut reliquam vitam suam secundum hoc,initium pera- gat. Deinde dical Sacerdos, GnaTIAS ex animo tibi agimus, Pater misericors,quia bunce irfantem Spiritu Sancto tuo regenerare, in filium tuæ adoptionis suscipere, el sanctæ Ecclesit tuæ incorporare dignatus es. Et supplices te roga- rus, ut iste mortuus peccato, justitiæ vivens, et cum Christo in mortem ejus consepultus, veterem hominem crucifigat, et totum corpus peccati destruat; et ut, quemadmodum Filii tui mortis factus est particeps, ita eliam fiat resurrectionis; quatenus tandem cum reliqua sancta Ecclesia tua, sempiternum regaum tuum hæreditate percipiat:; per Jesum Christum Domiuum nostrum. Amen. Deinde, omnibus sese erigentibus, Minister Patrinos et Matrinas verbis sequentibus «dhartetur. Quontau hic Infans per vos sponsores suos promisit, se diabolo et

Hic Sacerdos in fronte Infantis crurem faciel.

808 REVUE ANGLO-ROMAINE omnibus ejus operibus abrenuntiaturum, crediturum in Deum et ser- viturum ei; recordandum est vobis, vestrum esse officium huie infanti ila consulere, ut /cum primum pro ejus ælate fieri possit; dis- cat quam solenni voto et promisso se per vos obstrinxerit. Quod ut exaclius intelligat, oportebit vos hortari eum ad conciones audiendas; et præcipue curare ut discat vulgari sermone Symbolum, Orationem Dominican, et Decalogum, et cætera quæ Christianus homo pr salute animæ suæ et scire et credere debet; præterea, ut hic infans honeste educetur ad vitam pie et Christiane degendam; dum illud semper recordetur, nobis in Baptismo professionemt nostram signifi- cari; quæ quidem nihil aliud est, quam ut Christi Salvatoris nosiri exemplum sequamur, et ejus similes fiamus; quatenus, sicut ille pro nubis mortuus est et resurrexit, ita nos qui baptizati sumas peccalo moriamur, et justitiæ resurgamus, semper mortlificantes omnem nos- træ affectum pravitatis, et quotidie proficientes in omni virtute et pietate. Si autem iiquiinfantem ad Erclesiam addurerint Sacerdoiis questientbvs responsa lam incerla dederint, ut non cmstet infantem aqua baptizatun fuisse, In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti (guæ sun paris Baptismi essentiales), Sacerdos eum baplizet sub forma Baptisms Publui parvulorum supra præscripla; nisi quod, dum A{nfantem in Fonte smmergal hæc verka proferat : Si nondum baptizatus es, N. Ego te baptizo In Nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.

                ORDO BAPTISMI ADULTORUM

               Qui PRO SEIPSIS SPONDERE POSSUNT.

Cun adulti baptizandi sunt, parentes eorum, aut aliæ prudentes pereonz, id Episcopo aut cuidam ab eo ad hanc rem depulato, saltem anta septimum diem indicent; quo accuratior examinafto fiat, utrum religionis Christiane riulimentis satis fuerint imbut; el admoneantur insi ut precibus elpejunis ad hoc santum Sarramentum accipiendum se præparent. Qui st satis parati visi fuerint, adsint Patrini et Matrinæ lcongregate je- pule in Dominica seu Festo ad id designato) ut eos ad Fontem silent, statim post secundam Lertionem, sive ad Matutinas sive ad Vesperus. prout Parocho placuerit. Adstantes autem Sacerdos interroget, utrum ex ilks ibi præsentibus vil baptizati fuerint, necne. Quod si negaverint, dicat Sacerdos : Diecrissimr, quoniam omnes homines in peccato concipiuntur et nascuntur (et quod natum est ex earue caro est}, et qui in carne sunt Deo placere non possunt, sed in peccalis vivunt, et multas actuales prævaricationes admittunt; et Salvator noster Christus dicit, Nemo potest introire in regnum Dei, nisi regeneratus fuerit, et renatus ex aqua et Spiritu Sancto; obsecro vos ut invocetis Deuim Patrem, per Dominum nostrum Jesum Christum, ut pro largitate misericordiæ suæ istis id concedat quod ex natura habere nequeunt; scilicet, nt aqua et Spiritu Saneto baptizentur, et in sanctan Ecclesiam Christi admittantur, et ejusdem viva membra fiant. Deinde dicat Sacerdos, Oremus. (Et hic lotus Populus genua flectaf. OMRIPOTENS sempiterne Deus, qui pro magna misericordia tua Noc L'ADMINISTRATION DU BAPTÈME DANS L'ÉGLISE ANGLICANE 809

et familiam ejus in arca conservasti, ne in aquis perirent; et filios Israel, populum tuum, in spe per Mare Rubrum deduxisti, eo figu- rans sacrosanctum tuum Baptismum; et per Baptismum in fluvio Jordane dilectissimi Filii tui Jesu Ghristi, aquæ elementum in mys- ticam peccati ablutionem sanctificasti; Rogamus te per infinitas misericordias tuas, ut istos famulos tuos benignus respicias et Spiritu Sancto laves et sanctifices; quatenus ab ira tua liberati, in arcam

Audite verba Evangelii per Sanctum Joannem scripla, in capite decimo, ad versum primum. EraT autem homo ex Pharisæis, Nicodemus nomine, princeps Judæorum. Hic venit ad Jesum nocte, et dixit ei, Rabbi, scimus quia a Deo venisti magister; nemo enim potest hæc signa facere quæ tu facis, nisi fuerit Deus cum eo. Respondit Jesus, el dixit ei, Amen, amen, dico tibi, Nisi quis renatus fuerit denuo, non potest videre regnum Dei. Dicit ad eum Nicodemus, Quomods potest hoino nasci, cum sit senex ? numquid potestin ventrem matris suæ iterato introire, et nasci? Respondit Jesus, Amen, amen, dice tibi. Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnun Dei. Quod nalum est ex carne, caro est; et quod natum est ex Spiritu, Spiritus est. Non mireris quia dixi tibi, oportet vos nasci denuo. Spiritus ubi vult spirat, et vocem ejus audis, sed nescis unde veniat, aut quo vadat: sic est omnis qui natus est ex Spiritu. Postea hanc Erhortationem reritel. AUDISTIS, dilectissimi, in hoc Evangelio Christum Saivatorem diserte affirmantem, quod nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu, non possit introire in regnum Dei. Et per hoc intelligere potestis, quam necessarium sit, modo obtineri posait, hoc Sacramentum. Simili modo, cum jam in cœlos ascensurus erat (sieut in ultimo Evangelii sancti Marci capite legimus), discipulis suis præcepit, dicens, Euntes in mundum universum, prædicate Evangelium omni creaturæ. Qui crediderit, et baptizatus fuerit, salvus erit; qui vero non crediderit, condemnabitur. Quod etiam nobis magnum ostendit quo per Baptis- mum fruimur beneficium. Quamobrem sanctus Peirus Apostolus, cum post ejus primam Evangelii prædicationem, multi compuncti sunt corde, et dixerunt ad eum et ad reliques Apostolos, Quid facie- mus, viri fratres? respondit et ad illos, Pœnitentiam, inquit, agite et baptizetur unusquisque vestrum in remissionem peccatorum, et 810 REVUE ANGLO-ROMAINE

accipietis donum Spiritus Sancti. Vobis enim esl repromissio. et lilis vestris, et omnibus qui longe sunt, quoscumque advocaverit Dominus Deus noster. Aliis etiam verbis plurimis testificatus est, el exhorla- batur eos, dicens: Salvamini a generatione ista prava. Nam isieut idem Aposlolus alio loco testalur) et nos nunc salvos facit Baptisma (non carnis depositio sordiurn, sed conscientiæ bonæ inlerrogalio in Deum,) per resurrectionem Jesu Christi. Ne dubitetis igilur, verum firmiter credite, eum istos qui adsunt, vere pœænitentes, et ad se per fidem accedentes, beuigne accepturum esse, remissionem peccatorum eis concessurum, et Spirilum Sanctum largiturum ; immo beneficium vitæ ælernæ, ct regni sut sempilerni communionem, eis collalurun. Quamobrem nos per hoc certiores facti illius benignilatis, quam Pater noster cœlestis erga istos per Jesum Christum Filium suum declaravit, gratias ei pie ac fideliter referamus, dicentes: OuxIPOTENS æterne Deus, Pater cœlestis, gratias tibi suppliciter agimus, quod ad gratiæ tuæ agnitionem, et ad fidem erga te, nox vocare dignatus es. Hanc agnitionem, quæsumus, in nobis adange. hanc fidem in perpetuum confirma. Da istis Spiritunt Sanctum luum. quo regenerentur, et hæredes fiant æternæ salutis: per Jesum Chris- tum Dominum nostrum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Saneti, nunc et per omnia sæecula sæculorum. Amen. Deinde Sucerdos baptizandos itu alloguatur: Dicecrissimr, qui huc ideo advenistis ut sanctum Baptismum acei- piatis, audivistis congregationem exorantem ut Bominus noster Jesus Chrisius vosaccipere et benedicere, a peccatis vestris absolvere, et vobis regnum cœælorum et vilam semplternam concedere dignetur. Audivistis prælerea Dominum nostrum Jesum Christam in verbe suo sancto promisisse, se hæc omnia quæ rogaslis concessurum; quam promissionem ipse pro parte sua certissime præstabit. Quamobrem hac promissione a Christo facta, vos etiam oportet pro parte vestra. coram hisee testibus vestris et hac tota congregatione, spondere vos diabolo et omnibus ejus operibus abrenuntiaturos, verbo Dei sancts constanter credituros, et mandala ejus obedienter servaturos. Deinde Sacerdos sinqulis baplizandis has sequentes questionrs praponal: ABRENUNTIAS diabolo et omnibus ejus operibus, inani pompe rt gloriæ mundi, el omnibus ejus cupiditatibus, cum carnis coucupis- centiis, adeo ut eas scqui, vel ab eis duci, te non sis permissurus”? Resp. Abrenuntio illis omnibus. Qu. Credis in Deum Patrenr omnipotentem, Creatorem cœl et terræ ? ‘ Et in Jesum Christum Filium ejus unigenitum Dominum nostrum” Eumque conceptum esse de Spiritu Sancto, natum ex Maria Virgine. passum sub Ponto Pilato, crucifixum, mortuum, et sepultum: des- cendisse ad inferos, et terlia die resurrexisse; ascendisse ad cœæles. et sedere ad dexteram Dei Patris Onanipentalis, et inde venturuu esse in fine sæculi, judicare vivos et morluos ? Credis el in Spiritum Sanctum. sanctam Ecclesiam Catholicam, sanciorum Communionem, remissionem peccalorum, carnis resur- rectionem, el vifam æternam post mortem ? esp. Hæc omnia firmissime credo. Qu. Vis baptizari in hac fide? Resp. Volo. L'ADMINISTRATION DU BAPTÈME DANS L'ÉGLISE ANGLICANE CET

Qu. Servabis igitur obedienter sanctam Dei voluntatem et mandata, et in iis ambulabis omnibus diebus vitæ tu? Resp. Hoc ut faciam, Deo adjuvante, operam dabo. Deinde dicat Sacerdos, ConcenE, misericors Deus, ut vetus Adam in istis ita sepeliatur, ul in eis novus resurgal. Amen. Concede ut in eis moriatur wmne quod carnis est, vivat et crescal omne quod Spiritus. Amen. Concede ut potestatem et vim habeant vincendi, ac triumphandi de diabolo, mundo, et carne. Amen. Concede ut isti, per minieterii noslri officium tibi consecrati, cu lestibus etiam virtutibus ornentur, et ælerna præmia consequantur. per misericordiam tuam, Domine Deus, qui es benedictus, et vivis, et omnia regis, per omnia sæcula sæculorum. Amen. OmuniPorENs sempiterne Deus, cujus Filius dilectissimus Jesus Christus, in remissionem peccatorum nostrorum, de latere suo pre- liosissimo et aquam et sanguinem profudit, et discipulis suis jussit ut euntes docerent omnes gentes, baptizantes eos In Nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti; Respice, quæsumus, populi tui supplicationes ; hane aquam in mysticam peccati ablutionem sanc- tifica ; et tribue ut isti nunc in ea baptizandi tuæ gratiæ plenitudinem consequantur, et in numero filiorum tuorum fidelium et electorum semper permaneant ; per Jesuim (Christum Dominum nos- trum. Amen. Deinde Sacérdos unius cujusque baplisandi dexteram apprehendat, et eum Juzta Fontem quomodo convenientius sibi visum fuerit slatuens, Patrinos et Matrinas nomen ejus interroget ; el postes eum in aquam immergal, aut super eum aquam fundat, direns. N. Eco te baptizo In Nomine Patris, et Fil, et Spiritus Sancti. Amen. Doinde dicat Sucerdes, AcciPimus istum in socielatem gregis Christi, eumque Crucis signo ‘ signamus, in signum quod posthac non erubescet Chrisli crucifixi fidem eonfiteri, et sub ejus vexillo contra peccatum, mun- dum, et diabolum viriliter pugnare. et Chrisli tidelis miles et servus ad vilæ suæ finem permanere. Amen. Deinde dicat Sarerdos, QuaxnoquiBEu nune, fratres dilectissimi, isti regenerali sunt, el in Christi Ecclesiæ corpus insiti, agamus gratias Deo Omnipotenti pro his beneficiis, et uno animorum cousensu ei supplicemus, ut reli- quam vitam suam secundum hoc initium peragant. Deinde dicatur, omnibus genuflexis, Oratio Dominica. PaTER noster. qui es in cœælis. Sanctificetur nomen tuum. Adve- uiat regnum tuuni. Fiat voluntas tua, Siecut in cœlu. et in terra. Panem nostrun: quotidianum da nobis hodie. Et dimitte nobis debita nostra, Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Etne nos inducas in fentationem; Sed libera nes a malo. Amen. GraTias suppliciter tibi agimus, Pater cœlestis, quod ad gratiæ tuæ agnitionem, et ad fidem erga te, nos vocare dignatus es. Hanc agnitionem, quæsumus, in nobis adauge, hanc fidem in perpetuum confirma. Da istis Spiritum Sanctum luum ; ut nunc per Dominum 1 Hic Sacerdos in fronte baptizati Crueem facict. 812 REVUE ANGLO-ROMAINE

nostrum Jesum Christum renati, et æternæ salutis hæredes facti, in servitio tuo permaneant, et promise tua consequantur; per eundem Dominum Jesum Christum Filium tuum, quitecum vivit et regnat in unitate ejusdem Spiritus Sancti, per omnia sæcula sæculo- rum. Amen. Deinde omnibus sese erigentibus, Sacerdos hanc Erhorlationem proferat, Patrinos et Matrinas primum alloquens. Quonrax isti coram vobis promiserunt, se diabolo et omnibus ejus operibus abrenuntiaturos, credituros in Deum, et servituros ei; recordandum est vobis, vestrum esse officium eos admonere de solemni voto el promisso quibus coram populo hie congregato. et præcipue roram vobis, testibus suis deleclis, jam se obstrinxerint. Necnon vos oportet eos hortari ut summa diligentia se curent sancto Dei verbo erudiendes ; quatenus crescant in gratia et in cognitione Domini nostri Jesu Christi, et sobrie, juste, et pie vivant in ho sæculo. Deinde ad recentes baptizalos sermonem suum convertens, peraal : Vos etiam, qui nune per Baptismum Christum induistis, ex officio debetis, Dei et lucis filii per fidem in Jesum Christum facti, secun- dum vocationem vestram Christianam, et sicut decet filios lucis, ambulare : hoc iliud recordantes, nobis in Baptismo professionem nostram significari ; quæ quidem nihil aliud est, quam ut Cbristi Salvatoris exumplum sequamur, et ejus similes fiamus; quatenus sicut ille pro nobis mortuus est et resurrexit, ita nos qui baptizati sumus peccato moriamur, ct justitiæ resurgamus; semper morti- ficantes omnem nostræ affectum pravitatis, et quotidie proficientes in omni virtule et pietate. Conveniens est, unumguemque hoc modo baptizalum ab Episcapo, cum primum il fieri possit, confirmari; quatenus ad sacram Comninionem adinittalur. Si aliqui in infantia sua non baptizati antea baplizandi offerantur quam ad setatem intelligentiæ pervenerint, in qua pro seipsis valeant spondere; satis sit Publici, seu, modo mazime periclitentur, privati Infantiun Baptismi ordinem usurpare; dummodo pro verbo Infans verbum puer vel persona, prout occasio poslulet, substituatur. TABLE DES SOMMAIRES DU TOME II

               SOMMAIRE DU NUMÉRO 18

Rev. G. Bavrieco Roperrs.. Primauté, Schisme et Juridiction......., 3 Lorn Hauirar............ La réunion des Églises......,........... 14 Chronique... ensssersssunes ses. 21 Livres et Revues...........,..,...,,,.. 24 DocumenTs......... De la forme employée pour, la confir- mation des évêques dans l'Église d’An- gleterre. — Considerationes modestæ et pacificæ controversiarum de KEu- charistia..,,...,......... ovssssessese 33 SOMMAIRE DU NUMÉRO 19 A. Loray.......... «.. La Confession do Pierre et la Promesse de Jésus ............,,...,..,,.,..,.. 49 A. Bouninmon ......... Les aspects moraux de la question des ordres anglicans...................... 60 Chronique............, ...,....,......, 75 Livres et Revues..................,,,.. 71 Documexrs....,.... Considerationes modestæ et pacifict con- troversiarum de Eucharistia.......... 81 SOMMAIRE DU NUMERO 20 À. BouviNnon ......... Primauté, Schisme et Juridiction........ 97 E. TAVERNIER.......... Le préjugé scientifique... .,.....,,..... 108 Chronique. — Une lottre de l'Archevéque d'York....................,...,.,.... 117 Livres et Revues..................,.... 124 Docuxenrs........, Considerationes modeste et pacilicæ con- troversiarum de Eucharistia. — Ordo administrandi Cœnam Dominicam, sive Sacram Communionem.............., 129 SOMMAIRE DU NUMERO 21 ARTHUR LOTH............... La participation des fidéles au Saint Sacrifice de la Messe................. 145 A. Bouninaon......... Primauté, Schisme et Juridiction. ...... 160 Chronique.......,..............,....... 172 Livres ot Rovues....... pose svereressee 175 Docuxenrs......... Ordo admiuistrandi Cœnam Dominicam, sive Sacram Communionem. — Cœua Domisica et Sacra (‘ommuuio, quæ vuligo nominatur Misga............,.. 177 SOMMAIRE DU NUMERO 22 CARDINAL WWiISRMAX........ Lettre à Lord Shrewsburyÿ sur l'Unité de l'Eglise (1841).....,.........,...... 193 E. TAVERNIER....... Le Saint-Siège et la Russie censvsrseseces 215 Chronique.,.......,...,: ...,,......... 219 DocumenTs...... Cœna Dominica et Sacra Cowmunio, quæ vulgo nominatur Missa. — Concordance des diverses éditions du Prayer Book. 225 SOMMAIRE DU NUMÉRO 93 PAQrs

CARDINAL MANNING........ Obatacles à l'expansion de l'Église catho lique en Angleterre................... 24 Dr N. Paurus.......... Une prétendue « doctrine monstrucuse » sur l'Eucharistie.........,,..,........ 253 Chronique........ .... ................ 361 Livres et revurs........................ 267 DocvmexTs...... Leo PP. XIIL Motu proprio. — Concor- dance des diverses éditions du Prayer Book................,.............. 73

                SOMMAIRE DU NUMERO ?#
        J-N...........,     Jacques de Sarog et le Saint Sacrifice
                              otfert pour les Morts.................. 283
 Ausrin Rictrampson .....   La Sacrifice de la Croix et le Sacrifice
                              de l'Autel............................ 2
   KR. P, DumMERMUTH....    Exposé d'un texte attribué au bienbeu-
                              reux Albert le Grand..................      362
                            Chronique................,.............       3m
                            Livres et rerues.........................     33
        DocuMEnT .......    Concordance des diverses éditions du
                              Prayer Book..................,.... ....     3%

                SOMMAIRE DU NUMERO 95
   Assé Ducnesne........    L'Afrique chrétienne et l'Église romaine
                              au II siècle. ......,.., .......... o..     331
                            Chronique .......................ss.          363
                            Livres et revues .........,.............      361
         Documexrs......    Lettro de S. Sainteté Léon XII aux
                              évèques de Hongrie. — loncordance
                              des diverses éditions du Prayer Boak..      369

                SOMMAIRE DU NUMERO 26
     A. Loisr....,.......   Ernest Renan historien d’Israël.......        385
     H. R................   L’évique Iteinkens, situation actuelle du
                              vieux catholicisme .................. «     397
                            Chronigque........,......... nrsssssesess     ao
                            Livres et revues........,....,......          LES
        Docuuenrs.......    Lettre apostolique de S. S. Léon XII,
                              pour la restauration du siège do Car-
                              thage. — ('oncordance des diverses
                              éditions du Prayer-Book.. ...........        ait

                 SOMMAIRE      DE    NUMERO 27

Right Hon. W,. E. GLapsToxe.. Mémoire sur la question des ordinations anglicanes ......,.................... 435 F. Porrar..... Léon XII et Gladstone nesesseeseseseeee ai Chronique. — Revue de la Presse... .... 43 Documenrs, Discours prononcé par fArchevèque d'York au Congrès de Norwich :acto- bre 1895}. — Un article du Church Times. ...........,........ nesseossses sé

                SOMMAIRE DU NUMERO 28

Rev. E, DENNy............ L'Eglise anglicane et le ministère des Eglises de la Réforme................. ast À. Lorsy............ Ernest Renan, historien d’Israël ....,.. EC Chronique....,....,.,......,,,..,.....4 50 DocumenTs....... Damnatio et excommunicatio Henrici VIII ac Elizabeth. ......,...,...........,., IE SOMMAIRE DU NUMÉRO 29 PAGES

Rov. T. A. Lacey....... ... De l'unité de l’Eglise d’après les théo- logiens anglicans.......,............. Rev, Edward Dennx.......... L'Église anglicane et le ministère des Églises do la Réforme......,.,........ Chronigue............... ..,..... RES Livres et Revuas ...... ................ DocunenTs...... Le D" Sanday et la réunion. — Descrip- tion de l'Ordinal auglais par le cardinal Pole. — Concile de Mayence (1549). — Extraits do la correspondance de Mgr Ormaneto ................,....,,..... 561

                SOMMAIRE DU NUMÉRO 30
     P. BaTiFFOL. ......,   L'idée de l'Église dans Ja littérature de
                             l'époque apostolique,..... ...,.......        s71
                            Un discours de Sa Grâce l'Archovéquo
                             d’York sur la vie sacerdotale .........       593
                            Chronique..... ... nesssessssseeseseeer        598
                            Livres et Revues.....,.................        603
       Documents .......    Allocution de N.T.S.P.le Pape Léon xHI
                              au Consistoire du 24 Juin. — Discours
                              de Lord Halifax à l'assemblée générale
                              annuelle de l'English Church Union...        609
                SOMMAIRE DU NUMÉRO 31
    A. Boupinnon.......     Nouvelles observations sur    la   question
                              des ordres anglicans..................
                            Chronique. — Rovue de la Presse. —
                              Correspondance ................,.....
       DocvuenTs.......     Leonis Papse XHI Epistola Encyclica de
                              Unitate Ecclesie. — Encyclica do civi-
                              tatum conatilutione chrisliana ....,..,.

                SOMMAIRE DU NUMÉRO 32
    A. BoupiNaon.......     Nouvelles observations sur    a question
                              des ordres anglicans...... ...........       673
                            Chronique. — Discours de Sa Grâce l'Ar-
                              chevique d'York. — Revue de la
                              Presse ................,...,..,,.....4       683
       Documexrs ....,..    Dirige solennel célébré en la cathédrale
                              St-Paul de Londres pour le roi de
                              France Heuri IH. — Encyclica de civi-
                              tatum constitutione christiana.........
                SOMMAIRE DU NUMERO 33

Rev. G. Bavrigze Rougrrs. Le droit canoniquo et l'Eglise d'An- gleterre............,......,.......... Chronique.— À nos lecteurs. — Une con- férence À Londres......,..,,..,....... 731 DocuMExTs...... EÉncyclique de S. S. Léon X11L sur l'Unité de l'Eglise (Texte français. .......... 14

                SOMMAIRE DU NUMÉRO 34

Rev.T. À. Lacex............ La Réforme.......................,.,.. 769 A. Boupinnon....... Nouvelles observations sur la question des ordres anglicans...,.............. 719 Rev. G. Bavriezn Rongents. Le droit canonique dans l'Eglise d’An- gleterre......,.........,,.,,,.... DocumenTs...... Ordo Baptismi parvuiorum publice in Ecclesia administrandi. — Table des sommaires. — Table alphabétique par noms d'auteurs du tome Il..........,. TABLE ALPHABÉTIQUE PAR NOMS D'AUTEURS DU TOME Il

                                                                                    PAGES

A... — Histoire de l'Éducation en Angleterre (Bibliog.).........,........             604
Barriroc (P.). — L'idée de l'Eglise dans la littérature de l'époque aposto-
                       Ïque.................,.....
                                      eee eee rues                                    Cr
Bayriecn RoBerTs (Rev. G.). — Primauté, Schisme et Juridiction........                  3
             _           —               Le Droit canonique et l'Eglise d’Angle-
                                          terre......................... «.   ‘èt et 79
Boupinnox {A.). — Les Aspects moraux de la question des ordres anglicans.             6
        —             Primauté, Schisme et Juridiction................ *       ÊT et 16
        _—            Nouvelles observations sur la question          does ordres
                       anglicans........ PRESSE
                                            EE TEET eusososes            625, 613 et 710
Denxy (Rev. E.). — L'Eglise anglicane et le ministère des Eglises de la
                          réformo.,......,,.....,.....,          oser.        481 et 535
Ducaasne (Abbé). _— L'Afrique chrétienne et l'Eglise romaine au
                             9 siécle........ Derersesesesesessmseses
                                                                esse                 33:
DuxweruuTa (R. P.). — Kxposé d'un texte attribué au bienheureux Albert
                             le Grand............,..., esrssesrmeneemens
                                                                      tes            302
Ermox: {V.). — De axiomate Extra Ecclesia nulla salus dissertatio theolo—
                     gica (Bibliag }.......... pegesserenes
                                                   tés sssmenceessees                15
GLapsroxe (Right Hon. W.E.j. — Mémoire sur la question des ordinations
                                          anglicanes.......,...... émssosnsee ...    43
Haztrax (Lord). — La réunion des Eglises..................,............               lé
J.-N. — Jacques de Sarog et le Saint Sacrifice offert pour les Morts.......          283
Lacey (Rev. T. A). — De l'unité de l'Eglise, d'après les théologiens an-
                             glicans................,,....,.4.,..sseiss.             52
             —            La Réforme........,.....,,.,..            ses              169
Loisy (Alfred) -— La Confession de Pierre et la promnssse de Jésus... ...      4
        Es        Ernest Renan, historien d'Israël .,.....,.....,..., 385 et 491
Lore (Arthur). — La participation des fidèles au Saint Sacrifice de la Messe, 145
Maxxiwa (Cardinal). — Obstacles à l'expansion de l'Eglise catholique en
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                                      4... sos                                       sui
Pauius {Dr N.). — Une prétendue « doctrine monstrucuse » sur l’Eucha-

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                                                         Le Gérant: F. Levé.

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