La liturg ie C o m p a r 6e .. . a u s e c ou rs CESARE GIRAUDO, INSTITUT PONTIFICAL ORIENTAL, ROME (giraudo@pio.urbe.it)
de l'orthodoxie de l'anaphore dAddai k \lan | Un Document romain qui s’est fait remarquer (signé le 20.07.2001) «[...] La question principale pour l'Église catholique [...] concernait le problème de la validité de l'Eucharistie célébrée avec l’anaphore de Addaï et Mari, l’une des trois anaphores traditionnellement en usage dans l’Église assyrienne d'Orient. L'anaphore de Addaï et Mari est singulière du fait que, de- puis des temps immémoriaux, elle est utilisée sans récit de l’Institution. L'Église catholique, sachant qu'elle considère les paroles de l’Institution eucharistique comme partie intégrante et donc indispensable de l’anaphore ou prière eucharistique, a conduit une étude longue et approfondie à propos de l’anaphore de Addaï et Mari d’un point de vue historique, li- turgique et théologique, au terme de laquelle, le 17 janvier 2001, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est parvenue à la conclusion que cette anaphore pouvait être considérée comme valide. Sa Sainteté le Pape Jean-Paul Il a approuvé cette décision. La conclusion en question repose sur trois arguments principaux. © En premier lieu, l’anaphore de Addaï et Mari est l’une des plus anciennes anaphores, remontant aux prémisses de l'Église. Elle a été composée et utilisée avec l'intention claire de célébrer l’Eucharistie dans la pleine continuité de la Dernière Cène et selon l’intention de l’Église. Sa validité n’a jamais été mise en cause officiellement, ni en Orient, ni dans l'Occident chrétien. , @ En second lieu, l'Église catholique reconnaît l'Église assyrienne d’Orient comme une authentique Église particulière fondée sur la foi orthodoxe et sur la succession apostolique. l’Église assyrienne d'Orient a également conservé la plénitude de la foi eucharistique en la présence de notre Seigneur sous les espèces du pain et du vin, ainsi que dans le caractère sacrificiel de l’Eucharistie. C’est pourquoi, dans l'Église assyrienne d'Orient, bien que celle-ci ne soit pas en pleine communion avec l’Église catholique, se trouvent “de vrais sacrements, principalement, en vertu de la succession apostolique: le sacerdoce et l'Eucha- ristie” (Unitatis redintegratio 15). © Enfin, les paroles de l’Institution de l’Eucharistie sont de fait présentes dans l’anaphore de Addaï et Mari, non pas sous la forme d’une narration cohérente et ad litteram, mais de manière eucolo- gique et disséminée, c’est-à-dire qu’elles sont intégrées aux prières d’action de grâce, de louange et d’intercession qui suivent [...]» (publié dans L'Osservatore Romano du 26 octobre 2001, p. 7).
Les deux approches méthodologiques en théologie sacramentelle
Z] 1. La méthodologie 2. La méthodologie
À sacramentelle sacramentelle
du 1° millénaire: du 2°* millénaire:
À ÉTUDIER L'EUCHARISTIE ÉTUDIER L'EUCHARISTIE
À “à l'église / EN ÉGLISE” “À l'ÉCOLE"
| (AMBROISE DE MILAN & C.) (PiERRE LoMBARD & C.)
Cesare Girauo / Les liturgies syriaques/ Colloque organisé par la Société d'Études Syriaques / Paris, Institut Protestant de Théologie, 18 novembre 2005 2
S'adressant à ses néophytes AMBROISE PIERRE LOMBARD, le père de la Scolasti-
(De sacram., 4,21) s'exprime ainsi: que, se pose la même question qu'Am-
«Veux-tu savoir comment par les broise («Yeux-tu savoir comment
paroles celestes l'on consacre? Fais par les paroles celestes l'on consa-
attention aux paroles. Le prêtre cre? Fais attention aux paroles. Le
dit»: prêtre dits»). Mais la réponse qu'il
donne n'est plus la même, car en ré-
pondant il insère un écran qui lui
permettra de n'entrevoir que ce qui
s'accorde avec sa systématique.
LÉicuèse sur Les Dons] Accorde-nous que cette offrande soit approuvée, | [ÉbiGÈSE su LES DONS] Accord nous que cette ortrande soit approuvée, spirituelle, agréable, car elle est La figure du corps et du sang de NSJC, spirituelle, agréable, c figure du corps et du sang de NSJG, CRÉGIT DE L'INSTITUTION] qui la veille de sa passion, prit du pain dans ses FRÉCIT DE L'iNSTTrUrION] qui la veille de sa passion, prit du pain dans ses mains saintes, leva les yeux au ciel, vers toi, Père saint, Dieu tout- mains saintes, leva Jes yeux au ciel, vers toi, Père saint, Dieu tout- puissant et éternel, rendit grâce par la prière de bénédiction, le rompit puissant etéternel, rendit grâce par La prière de bénédiction, le rompit et le donna rompu à ses apôtres et disciples en disant: “Prenez et et le donna rompu à ses apôtres et disciples en disant: Prenez et mangez-en tous, car ceci est mon corps qui va être rompu pour vous”. mangez-en Lous, car, ceci est mon corps qui Ya être rompu pour [...] De même, il prit aussi le calice après la cène, la veille de sa pas- vous". [...] Dé même, iliprit aussi Le calice après la cène, la veille de sion, leva les yeux au ciel, vers toi, Père saint, Dieu tout-puissant et sa passion, leva les au ciel, vers toi, saint, Dieu tout: éternel, rendit grâce par la prière de bénédiction, et le donna à ses puissant et éternel, rendit grâce par la prière de bénédiction, et le apôtres et disciples en disant: “Prenez et buvez-en tous, car ceci est donna à ses apôtres et disciples en disant: “Prenez el buvez-en tous, mon sang. [...] Chaque fois que vous ferez ceci, vous ferez mémorial Car) ceci est mon sang M[*-]}Chaque foisique vous ferez ceci, vousifes de moi jusqu ce que 'à je revienne”. rezmém deoria moi Jusqu'à l ce que Je revienne”. TANamnèse] Faisant donc le mémorial de sa très glorieuse passion, de sa [ANawnëse] Faisant donc Jemémorial de sa très glorieuse passion, de:sa résurrection des enfers et de son ascension au ciel, nous t'offrons cette résurrection des enfer el de son s ascens auion ciel, nous L'offrons cette hostie sans tache, cette hostie spirituelle, cette hostie non sanglante, le hos sanstie tache, cettehostie spirituelle, cette hostie non sanglante, le pain saint et le calice de la vie éternelle; pain saint et le calice de la vie éternelle, : LÉPicièse sur Nous] et nous te demandons et te prions d'accepter cette LÉmcièse: sun Nous] et nous tedemandons et d'acceptercette oblation par les mains de tes anges sur ton autel d'en haut, comme tu oblati par onles main de tes s anges sur ton d'en haut, comme tu as daigné accepter les dons de ton serviteur le juste Abel, le sacrifice de as daigné accepter Jes dons de ton serviteur le juste Abel, le sacrifice de n/ père Abraham et celui que t'a offert ton grand-prêtre Melchisédech. n/ père Abraham et celui que t'a offert ton grand-prêtre Melchisédech.
Devant le cas étrange posé par Addaï théologiens et liturgistes occi- dentaux ne croient pas à leurs yeux. Pourquoi?
© PIERRE LOMBARD (Ÿ 1160): «La consécration, par quelles paroles se fait-elle? Fais attention aux paroles: Accipite et edite ex eo omnes: hoc est corpus meum; et de même: Accipite et bibite ex eo omnes: hic est san- guis meus» (Sententiæ 4,8,4).
@ ST THOMAS D’AQUIN (+ 1274): «.. si un prêtre prononçait seulement les paroles en question [càd les pa- roles “Hoc est corpus meum” et “Hic est calix sanguinis meï”] avec l'intention de produire ce sacrement, il réaliserait surement ce sacrement, car l'intention fairait comprendre ces paroles comme étant prononcées ex persona Christi, même si cela n’était pas exprimé par les paroles qui précèdent [càd les autres paroles du récit de l'institution, ainsi que les autres paroles du canon]» (Summa Theologiæ 3,78,1,4). © PIERRE BATIFFOL (+1929): «..... les paroles de l'institution sont pour nous, théolo- giens, la forme qui consacre: elles sont nécessaires et elles suffisent pour opérer la conversion; donc, en bonne logique, l’épiclèse n’ajoute rien à leur vertu, et elle ne saurait achever ce qui est déjà parfait» (RevCIFr 55 [1908] 524). D © MAURICE DE LA TAILLE (1933): «Le sacrifice s’accomplit par la seule consécration. a Par rapport à la consécration l'épiclèse n’a aucune efficacité et elle n’est pas non plus nécessaire, bien qu’elle ait été instituée d’après un dessein savant et qu’elle ait une collocation appropriée» (Mysterium fidei, Thèse 34).
© Le syllogisme de BERNARD BOTTE (1980): (M) Pas d'anamnèse sans récit de l'institution; (m) Or Addaï a bien une anamnèse; (C) Donc Addaï doit avoir, ou du moins avoir eu, un récit de l'institution! NB: récit disparu par faute de copiste (ignorant ou distrait) !?! ou omis à cause de la discipline de l’arcane !?! etc. etc...
Mais... “contra factum non valet argumentum”. Le manuscrit de Mar >E$aya publié dans OCP 32 (1966): toujours pas de récit de l'institution! (cf texte pp. 14-15) Cesare Girauoo / Les lturgies syriaques / Colloque organisé par la Société d'Études Syriaques / Paris, Institut Pratestant de Théologie, 18 novembre 2005 3
INCIPIT CANON ACTIONIS | LA PRIÈRE EUCHARISTIQUE: DE LA COMPRÉHENSION ARTICULÉE DU 1° MILLÉNAIRE ÀCOMPRÉHENSION DÉSARTICULÉE rs DU 2°" MILLÉNAIRE “ S
N Pere dignum
Sugctus
ss
n.
À CANON MISSÆ
Te igitur
Memento Domine
Communicantes
Hanc igitur
Quam oblationem
Qui pridie...
HOC EST CORPUS MEUM.
HIC EST CALIX SANGUINIS MEL.
Unde et memores
Supra quæ
Supplices
Memento etiam
Nobis quoque
Per quem hæc omnia
Per ipsum
Cesare GirAuog / Les liturgies syriaques / Colloque organisé par la Suciété d'Études Syriagues / Paris, Institut Pratestant de Théologie, 18 novembre 2005 4
Comment raccorder le plus ancien texte connu da Addaï & Mari avec le Document romain?
HISTORIQUE D'UNE RECHERCHE GUR LA GENÈSE ET LA STRUCTURE DE L'ANAPHORE Une méthodologie apparentée à l’intuition de Baumstark: un principe et un postulat
LE PRINCIPE: Ainsi que la géologie, la linguistique et LE PRINCIPE: «Ce sont surtout les formes de l'action liturgi- la biologie tirent leurs conclusions des stratifications vérifia- que et les textes liturgiques d'une époque donnée qui, par bles, respectivement, au niveau de la croûte terrestre, du lan- leur structure et par leur agencement, devront eux-mêmes gage et des espèces vivantes, de même les formes liturgi- nous renseigner sur le développement historique dont ils sont ques d'une époque donnée, en raison de leur structure et de le résultat, tout comme la géologie tire ses conclusions des leur agencement, nous permettent de découvrir leur propre stratifications observables de la croûte terrestre» (A. BAUM- genèse historique (cf GiRAuDo, La struttura letteraria della pre- STARK, Liturgie comparée, 2). gbhiera eucaristica, 1981, pp. 4-7.9).
LE POSTULAT MÉTHODOLOGIQUE: «La recherche se présente LE POSTULAT MÉTHODOLOGIQUE: «. il est bien entendu comme une étude littéraire motivée par un intérêt théologique. Les que la liturgie comparée devra toujours se garder des problèmes théologiques seront notés, mais ne pourront être traités idées préconçues et, avant tout, des suppositions que ex professo, étant donné que l'étude se propose en tant que préli- l'on serait tenté de faire en théologien, par esprit de sys- minaire d'ordre littéraire à d'autres recherches plus spéci- tème. Ce postulat est une conséquence de la place que nous fiquement théologico-dogmatiques» (GIRAUDO, La struttura assignons à la liturgie comparée dans l'ensemble des scien- letteraria della preghiera eucaristica, 1981, p. 8). ces. Loin de nous la pensée d'insinuer qu'une contradiction soit possible entre la science et le dogme, ou d'accepter la «Avant d'exposer, à l'aide d'un choix typique de textes, le cadre thèse moderniste d'une double vérité, il faut seulement savoir théologique d’où ressort la dynamique de l'eucharistie, je propose reconnaître aux faits toute leur valeur. Un exemple illustrera un postulat méthodologique que j'énonce aussitôt. Si nous vou- notre pensée [cf Addaï & Mari!|. Quoiqu'il en soit des raisons lons revenir à la théologie dynamique, telle qui transparaît à la lec- théologiques, on n'a pas le droit d'escamoter le fait. C'est ture des mystagogies des Pères, nous devront faire abstraction — l'affaire des théologiens de mettre d'accord la donnée histori- du point de vue méthodologique, et donc pour un temps que avec le caractère immuable du dogme. [...] Le postulat limité, càd tant que dure une phase spécifique de la recher- qui interdit toute idée préconçue à l'historien des li- che — des résultats auxquels a abouti la spéculation théolo- turgies comparées, a une importance toute particu- gique du 2° millénaire, laquelle s’est axée exclusivement sur ce lière dans la recherche sur les origines dernières de qui constitue le spécifique de l'eucharistie. En pratique: nous de- l'évolution liturgique. C'est ici surtout qu'on doit exclure vrons faire abstraction méthodologique — càd pour un tout apriorisme» (A. BAUMSTARK, Ziturgie comparée, 8-9). temps limité — du fait de la présence réelle et de la doctrine de la transsubstantiation qui y est associée. Il faudra considérer tout d'abord la dynamique eucharistique en ce qu’elle a de com- mun et d'analogue avec d'autres moments de l'œconomie du salut. En effet le rapport entre une célébration rituelle et un événement unique de salut — dans le cas spécifique, entre la célébration de l'eucharistie et l'événement du Christ mort et ressuscité — ne doit EUCARISTIA pas être regardé comme un cas unique et exclusif. Nous verrons en PER LA CHIESA
fait qu'il a des parallèles précis dans l'œæconomie aussi bien vétéro- one ip ren In unum oetua corpus La sur tua Lerrrname Len LE cout
que néotestamentaire non eucharistique, La récupération des PRRGMERA EUCARIENCA
dimensions théologiques, dont on aura momentanément fait Trutiuts mistagogico sull'eucaristia abstraction pour des raisons méthodologiques, se fera alors que nous aurons enrichi notre perspective théologique d'horizons inat- tendus» (GIRAUDO, Eucaristia per la Chiesa, 1989, pp. 32-33). Cesare Girauog / Les liturgies syriaques / Colloque organisé par la Suciété d'Études Syriagues / Paris. Institut Protestant de Théologie, 18 novembre 2005 5
Des données acquises à partir de notre recherche sur la genèse et la structure de l’anaphore
La structure de l’anaphore n’est pas à regarder comme si elle représentait un cas unique et
isolé. On a grand intérêt à considérer les différentes anaphores en parallèle avec les formu-
laires de l’euchologie chrétienne non-anaphorique (eg: bénédictions du font baptismal, béné-
dictions du saint-crême, prières d’absolution surtout orientales [mais aussi occidentales!], prières
de l’onction des infirmes, prières d’ordination, bénédictions des époux, Exultet romain, etc. À
tous ces formulaires est en effet sous-tendue une même forme littéraire.
Pour aller aux sources de la forme littéraire de l'euchologie chrétienne (anaphorique et non-
anaphorique) on ne peut s’arrêter au niveau de l’euchologie juive (ainsi que le proposait L.
BOUYER [f 23.10.04] par l'expression devenue célèbre «la liturgie chrétienne n’est pas sans
père ni mère comme Melchisédech»), ni moins encore à la considération de l’une ou l’autre bé-
nédiction juive — fût-elle la Birkät hammazôn — comprise comme modèle archétype, unique et ex-
clusif. En creusant avec ardeur, le chercheur doit se préoccuper de rejoindre la couche sous-
jacente de l’euchologie vétérotestamentaire, dont dépendent tant l’euchologie juive que l’eu-
chologie chrétienne.
De la considération des formes dépendantes de la typologie de l'alliance vétérotestamentaire res-
sort la structure fondamentale bipartite de la prière d’alliance, qui s’articule en une protase
à l'indicatif (ou section anamnético-célébrative) et une apodose à l'impératif (ou section épi-
clétique). Au niveau de forme littéraire nous sommes autorisés à la dénommer fodà, cäd “confes-
sion”, eu égard à la racine ydh qui dans sa double connotation signifie “confesser Dieu” et
“confesser les péchés”. D’ailleurs l'intérêt porté à cette racine est bien accrédité par son équiva-
lence avec le couple sémantique néotestamentaire etxaproteîv / ebxaproTla, ainsi qu’il résulte
de toute la TRADITION SYRIAQUE (biblique, liturgique et patristique).
De leur côté les deux volets de la structure bipartite sont liés mutuellement par un rapport de
conséquence juridique, souvent mis en évidence par la particule logico-temporelle 7 /
Kai vÜv / et maintenant. En effet la protase à l'indicatif (ou section anamnético-célébrative)
fonde juridiquement l’apodose à l'impératif (ou section épiclétique). Entre les deux il existe un
rapport spéculaire: l’une est en fonction de l’autre. En reprenant la terminologie de Justin, on
peut dire que ebxapioria est spéculaire par rapport à eüx, et vice versa.
La considération de ce lien juridique étroit nous autorise à comprendre la demande forte, à savoir
l’épiclèse au sens large, en tant que injonction suppliante qui oblige l’autre à intervenir. À cause
de cette injonction le Partenaire divin se voit obligé d’intervenir en faveur de son vassal, càd de
l'Église en prière. Tandis que par le terme injonction on veut souligner la force contraignante du
cri venant du vassal, par l'adjectif suppliante on rappelle qu’il s’agit bien d’une injonction faite
dans un cadre euchologique. Il s’agit donc d’une injonction non pas autoritaire, mais autori-
sée.
Sur la base de la structure fondamentale bipartite en section anamnético-célébrative et section é-
piclétique nous pouvons parler de dynamique simple, càd foncière, commune à tout formulaire
euchologique.
La structure fondamentale bipartite est aussi pleinement vérifiée dans les formulaires de
l’euchologie juive, à la seule condition de savoir encadrer historiquement et par là relativiser les
règles imposées par la standardisation rabbinique, notamment la fonction de la hatimà ou eulo-
gie récapitulative qui figure au terme de tout développement thématique d’une certaine ampleur.
Assez souvent la dynamique simple s’enrichit du fait que le formulaire, dans le but précis de
mieux fonder la demande, accueille un texte scripturaire de promesse qui intervient par mode
d’embolisme où greffe littéraire (le terme grec éuBohov désigne en fait la greffe de l'arbre).
Cesare Girauog / Les liturgies syriagues / Colloque organisé par la Société d'Études Syriaques / Paris, Institut Protestant de Théologie. 18 novembre 2005 6
LA La dynamique embolistique, càd pourvue de greffe littéraire, est largement témoignée dans leuchologie vétérotestamentaire, dans toute l’euchologie juive, ainsi que dans l’euchologie chrétienne anaphorique et non-anaphorique. 10. Tandis que dans la prière vétérotestamentaire et juive le recours à la figure de l’embolisme n’était pas obligé, dans le cas spécifique de l’anaphore ce même re- - cours prend une telle importance et une telle signification qu’il s'impose à tout formulaire, le récit de l’institution re- présentant désormais le lieu théologique scripturaire par excellence de la demande eucharistique. De plus, en rai- son de son emplacement, l’embolisme va jusqu’à réunir toutes les traditions anaphoriques en deux groupes dis- tincts, à savoir d’un côté les anaphores qui placent l’embolisme dans la section anamnétique (= anaphores à dynamique anamnétique) et de l’autre côté les anaphores qui le placent dans la séction épiclétique (— anaphores à dynamique épiclétique). L'observation de la prière vétérotestamentaire nous fait dé- couvrir aussi l'existence d’un cas intermédiare entre la dy- namique simple et la dynamique embolistique. Cela nous amène à parler de QUASI-EMBOLISME, ou quasi-greffe, où QUASI-RÉCIT. En effet il arrive parfois qu’à la greffe du lieu théologique scripturaire manque la configuration pleine, à cause soit de la citation indirecte soit d’une citation pure- ment allusive, mais qui n’enlève rien à la fonction de la ci- tation elle-même. Cette notion intermédiaire se révèle utile pour reconnaître la parfaite or- thodoxie de l’anaphore de Addaï & Mari. Tout en n’ayant pas le récit de l'institution, que — jusqu’à preuve contraire — elle n’a jamais eu, L'ANAPHORE DE ADDAÏ NOUS PRÉSENTE LE RÉCIT À L'ÉTAT EMBRYONNAIRE, soigneusement enveloppé par sa propre anamnèse, laquelle est de fait bien plus qu’une anamnèse. 12. La dynamique embolistique, càd la compréhension du récit de l’institution comme greffe litté- raire à l’intérieur du formulaire, éclaire d’une nouvelle lumière la genèse de l’anaphore. En effet, formulant la question par mode de dilemme, on peut se demander: «Qui est né le premier: le ré- cit anaphorique d'institution, ou bien le formulaire anaphorique?». À la question de nom- breux savants, gouvernés par une théologie bien connue, répondent en donnant pour certaine la préexistence originaire du récit de l'institution, autour duquel se seraient juxtaposés, par mode d’encadrement et par des sédimentations successives, les différents éléments euchologiques. La compréhension désarticulée et assemblée que les théologiens et les liturgistes du 2°" millénaire se sont faits du canon romain prouve à coup sûr l’ampleur de cette conception statique de la ge- nèse de l’anaphore, De notre côté, l’attention que nous avons réservée à l’histoire des formes et notamment à la vitalité de la prière liturgique nous oblige à opter pour une vision dyna- mique de la genèse de l’anaphore, càd à reconnaître la préexistence du formulaire anapho- rique. Celui-ci, en utilisant la possibilité prévue par la forme littéraire d’insérer un texte scriptu- raire dans le but précis de conférer à la demande un fondement plus ferme, finit par accueillir as- sez tôt — en guise d’embolisme ou greffe littéraire — le récit d'institution, qui confère ainsi le maximum de crédit théologique possible à la demande pour notre transformation en le corps ec- clésial, eschatologique, mystique. L’attention que nous avons réservée à la notion intermédiaire de quasi-embolisme, càd d’UN RÉCIT DE L'INSTITUTION QUI SE RETROUVE EN GERME» DANS L’ANAPHORE DE ADDAÏ, ainsi qu'aux développements attestés par un large éventail d'anaphores syriennes dites «anomales» (cf GIRAUDO, Eucaristia per la Chiesa, pp. 345-359), confirme la thèse d’une genèse dynamique de l’anaphore. Cesare Beaune / Les liturgies syriaques / Colloque arganisé par la Société d'Études Syriaques / Paris, Institut Protestant de Théologie, 18 novembre 2005 7
LA MÉTHODE DES FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES
À LA RECHERCHE DU MODÈLE ARCHÉTYPE
.... AUX ANAPHORES
«Celui qui voudrait esquisser l’histoire des amphores donnerait un
AN
mauvais départ à sa re-
ik
cherche s'il prétendait faire remonter toutes les amphores d'une pério- de donnée (à supposer la période romaine) à un exemplaire archétype unique et exclusif, Le sa- vant devra tôt ou tard re-
connaître que chaque amphore romaine dé- pend de toute une série de modèles également T‘fillà quotidienne archétypes (à supposer Tfllà des fêtes celle des amphores Birkàt h: étrusques), et pareille- ment que chaque am- at lammazôn Bénéd. du S‘mà! phore étrusque possède une série archétype pro- pre (à supposer celle des amphores grecques); et ainsi de suite» (C. Gr- RAUDO, La struttura let- teraria della preghiera eucaristica, AnBib 92, Roma 1981, 42).
CONCLUSION: Non pas un modèle archétype, unique et exclusif; mais bien une série de modèles également archétypes. Non pas un formulaire archétype (eg. Birkàt hammazôn), mais plutôt une forme littéraire archétype: la b‘rakà (ou séries de b‘rakôt), dont dépendent les différents formulaires. À son tour la b‘rakà ne peut être comprise en tant que modèle unique et exclusif de l'anaphore: elle devra être considérée par rapport à la forme littéraire sous-jacente, càd la fodà ou prière de l'alliance. etc... etc. etc... etc. etc. etc. etc. Cesare GirAuog /Les liturgies syriaques /Colloque organisé par laSaciété d'Études Syriaques /Paris. Institut Frotestant de Théologie. 18novembre 2005 uON sq un ajopou ‘od{aqouv SDW OUR 9119S 9p S9]9pOUI onbiun 10 Jisn19x0 quouwavio isad{aqo4v 10
500 2quenou gi 'eBopeu] ap ueysalol aus] ‘sed /sanbeuAG sapm3 g11a06
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INJONCTION D’ALLIANCE PRIÈRE D’ALLIANCE
DYNAMIQUE ANAMNÉTIQUE DYNAMIQUE ÉPICLÉTIQUE Cesare Braun / Les liturgies syriaques / Colloque organisé par la Suciété d'Études Syriaques / Paris, Institut Protestant de Théologie, (8 novembre 2005
Dynamique anamnétique Dynamique épiclétique
STRUCTURE STRUCTURE STRUCTURE STRUCTURE
SIRO- SIRO- ALEXANDRINE ROMAINE
OCCIDENTALE ORIENTALE (Sérapion)
1 1. É L
Préface Préface Préface Préface
—— = = D
2, 2, 2, 2.
Sanctus Sanctus Sanctus Sanctus
—_—— | — — ——
LA 3. ÿ 3.
Post-Sanctus Post-Sanctus Post-Sanctus [Post-
épiclétique Sanctus]
=
4.
Intercession
pour les Pères
5 ere 5
Anamnèse [RÉCIT de Anamnèse : de
l'institution] l'institution”
6: SSS 6 6: 6
Épiclèse Anamnèse Épiclèse Anamnèse
sur les DONS ‘Sur les DONS
7 Ne C4 / 7
Épiclèse Épiclèse: Épiclèse 7 PÉpiclèse
Sur NOUS sur Les DONS Sur NOUS” Sur NOUS
8. SE 8. 8
Intercessions Épicièse Intercessions Intercessions
Sur NOUS
9; | A gi 9.
Doxologie Doxologie Doxologie Doxologie
Cesare Birau00 / Les liturgies syriaques / Colloque organisé par la Société d'Études Syriaques / Paris. Institut Protestant de Théologie. 18 novembre 2005 14
L PHORE CHALDÉENNE DES APÔTRES ADDAÏ & MARI
Essai de fraduction littérale à partir du codex de Mar ?E$a‘ya (cf W.F. MACOMBER, OCP 32 [1966] 335-371)
— La grâce de Notre Seigneur [ Jésus-Christ, et l’amour de Dieu le Père, et la communion de l’Esprit-Saint soit avec nous tous, maintenant et en tout temps, et dans les siècles des siècles]! — Amen. — En haut soient vos esprits! — [Ils sont] à toi, Dieu d'Abraham et d'Isaac et d'Israël, Roi louable]. — L'oblation à Dieu, Seigneur de tous, est offerte! — Ilest juste et digne. à
<1. PRÉFACE Il est digne de € par toutes nos bouches,
ar toutes nos langues
le Nom adorable et louable du Père et du Fils et de l'Esprit-Saint,
qui a créé le monde par sa grâce,
un SR
et ses habitants dans sa piété,
et a sauvé les hommes dans sa clémence,
et a fait une grande grâce aux mortels.
HS
Ta grandeur, Seigneur, adorent
D
mille milliers d'[êtres] supérieurs et dix mille myriades d'Anges,
les armées d’[êtres] spirituels, ministres de feu et d'esprit,
avec les Chérubins et les Séraphins saints
louent ton Nom,
clamant et louant [sans cesse,
et criant l’un à l'autre en disant]:
GESRES
<2. SANCTUS> Saint, Saint, [Saint est le Seigneur Dieu puissant;
16 pleins sont le ciel et la terre de ses louanges. 17 Hosanna dans les hauteurs et hosanna au Fils de David! = 18° Béni soit celui qui vient et qui viendra au Nom du Seigneur. k FRET us) 1 Hosanna dans Les hauteurs!]. s 20° <3. POST-SANCTUS> Et avec ces puissances célestes nous te confessons, Seigneur, 21° nous aussi, tes serviteurs faibles et infirmes et misérables, 22° parce que tu nous as fait une grande grâce qui ne peut être payée en retour: 23 car tu as revêtu notre humanité 3% pour nous vivifier par ta divinité, 25 et tu as élevé notre oppression, 26 et tu as relevé notre chute, 27 et tu as ressuscité notre mortalité, 28 ettu as pardonné nos dettes, 2 et tu as justifié notre condition-de-péché, 30 et tu as éclairé notre esprit, 31 _ettu as triomphé, 6 notre Seigneur et notre Dieu, de nos adversaires, #2 ettu as fait resplendir la faiblesse de notre nature infirme 35 par les miséricordes abondantes de ta grâce.
Et pour tous [tes secours et tes grâces envers nous
35 nous te rendons louange et honneur et confession et adoration, 36 maintenant et en tout temps, et dans les siècles des siècles]. Cesare Birauo0 / Les liturgies syriaques / Colloque organisé par la Société d'Études Syriaques / Paris, Institut Protestent de Théologie. 18 novembre 2005 15
37 <4. INTERCESSION UNIQUE> Toi, Seigneur, dans tes (nombreuses) miséricordes 38 dont nous n’arrivons pas à parler, 39 fais mémoire bonne de tous les pères droits et justes PARTECIPAVAN ALLAO CENA DEL 40 qui ont été agréables devant toi SIGNORE € PREGAVANO INSIEME al dans la commémoraison du corps et du sang de ton Christ, ( 1: Fe (7 4 que nous t'offrons sur l'autel pur et saint 43 comme tu nous l'as enseigné; 44 et donne-nous ta tranquillité et ta paix, 45 tous les jours du monde, 46 afin que tous les habitants de la terre sachent 47 que tu es Dieu, le seul vrai Père, 48 et que tu as envoyé Notre Seigneur Jésus-Christ, ton Fils bien-aiméi; 49 et lui-même, notre Seigneur et notre Dieu, 50 nous as enseigné dans son évangile vivifiant 51 toute la pureté et la sainteté des prophètes et des apôtres, 52 et des martyrs et des confesseurs, 53 et des évêques et des prêtres et des ministres, 54 et de tous les enfants de la sainte Église catholique, 55 qui ont été signés du signe (vivant) du saint baptême.
56 \ <5+6. PLUS QU'UNE ANAMNÈSE!> Et nous aussi, Seigneur, 57 , tes serviteurs faibles et infirmes et misérables, 58 1 qui sommes rassemblés et nous nous tenons devant toi en ce moment, 59 : nous avons reçu dans la TRADITION la FIGURE qui vient de toi, 60 1 él ! 62 L
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72 nous te conféssd 73 dans ton Égli 74
75 Cesare Girauoo / Les lturgies syriaques / Colloque organisé par la Société d'Études Syriagues / Paris. Institut Protestant de Théologie. 18 novembre 2005 16
Le Document romain, càd le retour à la méthodologie des Pères et la capitulation honorable de Pierre Lombard!
© Vu du dehors de l'Église catholique, le Document romain est la constatation d’une évidence, ou bien d’une lapalissade. Les fidèles de l'Église de l’Orient auraient toutes les raisons d’exquisser un petit sourire de compréhension débonnaire, comme s'ils voulaient dire: «Mais c'était si difficile à comprendre?».
© Mais vu du dedans de l'Église catholique, en considération des événements qui ont accompagné et lourde- ment conditionné la systématique scolastique, le fait même qu’on soit parvenu à cette reconnaissance est un vrai miracle, vraie œuvre de l’Esprit-Saint. Robert Taft a donc raison d’écrire: «I consider this the most re- markable Catholic magisterial document since Vatican Il».
© Nous pouvons affirmer que, par ce document, la systématique occidentale du 2°" millénaire se rend à l'évidence — mais avec les honneurs des armes —, comme si elle allait dire: «Nous avons exagéré avec nos cer- titudes absolues et inconditionnées, avec nos suspicions systématiques, avec nos exclusions faciles! Cessons donc de nous laisser guider uniquement par nos têtes pensantes, remettons-nous avec confiance à l’école de la lex orandi. Ce sera à elle de nous dire ce qu'est l’eucharistie et comment l’Église de toujours la fait.
9 De leur côté «les pères doits et justes» des Chaldéens et des Malabarais d’aujourd’huïi se réjouissent, et avec une légitime fierté s'adressent à Dieu en disant: «Mais alors nous ne nous étions pas du tout trompés lors de nos commémoraisons réitérées du corps et du sang de ton Christ!».
© Le principe et le postulat énoncés par Baumstark, ainsi que la méthode de la liturgie comparée et l’attention portée à l’histoire des formes, qui s’annonçaient très prometteurs, ont tenu leurs promesses. Le liturgiste qui a su bénéficier de la méthode comparée doit maintenant se poser en théologien, car le postulat méthodologi- que — contrairement à ce que pouvait penser Baumstark — n’était que pour un temps limité, càd tant que dure une phase spécifique de la recherche.
® Si, au point de vue de l’histoire, les théologiens de l’Église latine ont attaqué les premiers, il faut reconnaître qu'aujourd'hui l’Église d'Occident montre une bonne docilité au magistère de la ex orandi. L’attention grandissante que, dans la formulation de ses nouvelles prières eucharistiques, l’Église de Rome prête de nou- veau à l’épiclèse pneumatologique montre qu’enfin elle est en train de réapprendre à respirer des deux pou- mons, pour se placer sur la même longueur d'onde de cette perception riche et globale du mystère qui fait la fierté des Eglises d'Orient. @ Le fait que dans toutes les anaphores de la grande tradition, avec la seule exception du canon romain, l'épiclèse pour la transformation des dons suit le récit de l'institution, ne devra pas être considéré avec le re- gard myope de celui qui, au niveau de l'efficacité sacramentelle, craint un conflit de compétence entre le récit de l'institution et l’épiclèse. L'autorité des prières eucharistiques le rassure. Celles-ci, par leur vision globale et précise, savent affirmer l'efficacité absolue et totale des paroles de l’institution qui opèrent la transsubstantia- tion/uerafoXñ, tout en faisant place à la demande pressante à Dieu le Père, afin que par l’envoi de l'Esprit- Saint porte à plénitude la transsubstantiation/uerafoXñ; et inversement: elles arrivent à souligner toute l'importance de l’épiclèse sur les oblats, sans diminuer aucunement l’efficacité des paroles de l'institution. © Notre recherche sur la structure littéraire de la prière de l'alliance a abouti à la notion intermédiaire de quasi- embolisme, quasi-greffe, QUASI-RÉCIT, pour décrire l’état germinal de l’insertion du récit de l'institution, Il est bon de remarquer que cette même notion est reprise par le Commentaire au Document romain paru dans L'Osservatore Romano du 26 octobre 2001, qui s'exprime ainsi: «Tous ces éléments constituent un QUASI- RÉCIT de l’Institution eucharistique». © Dans le Document romain il est dit: «Quand les fidèles chaldéens participent à une célébration assyrienne de la Sainte Eucharistie, le ministre assyrien est chaudement invité à introduire dans l’anaphore de Addaï et Mari les paroles de l’Institution, selon l'autorisation exprimée par le Saint Synode de l'Église assyrienne d'Orient». Tout en reconnaissant la légitimité de ce souhait romain et la générosité du Saint Synode de Église assyrienne d'Orient qui a donné son consentement, on peut tout de même se demander: «Si une Église a tou- jours célébré légitimement sans récit de l'institution, pourquoi devrait-elle maintenant l’insérer? En in- troduisant le récit de l'institution ne finira-t-elle pas par réduire l’anaphore de Ad- daï & Mari à l’une des nombreuses anaphores existantes, en lui faisant perdre le parfum de la tradition primitive dont elle est le témoin privilégié et unique? Pour- quoi enlever à “la perle de la lex orandi orientale” sa gloire et sa splendeur?». ® Enfin n'oublions pas que, dans ce cas précis, le mérite d’avoir fait évoluer la théolo- gie revient à la liturgie, d’après une instance de pastorale æcuménique!