CIRS — Comité international Rore Sanctifica · communique · 11 septembre 2008

RORE Communique 2008 09 11 APUC

Post-Vatican II etude-privee
Version unique

http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008

                                               Communiqué
                   Un projet de préparation de la Corporate Reunion des Anglicans avec
                   l’Eglise catholique, condamné par le Pape Pie IX : l’APUC (Association
                                pour la Promotion de l’Unité de la Chrétienté)

Nous poursuivons la publication des travaux sur l’histoire de la conspiration Anglicane du XIX° siècle qui, par l’initiative de la ‘Corporate reunion’ des Anglicans avec l’Eglise catholique, travailla à détruire l’Eglise catholique. Nous avons déjà présenté le mouvement d’Oxford, et le rôle d’Ambrose de Lisle, comme cheville ouvrière de ce projet de réunion en bloc.

Nous publions dans l’annexe A la traduction en français de l’article de MARK D. CHAPMAN, un universitaire britannique : ‘The Fantasy of Reunion : The Rise and Fall of the Association for the Promotion of the Unity of Christendom’ publié par Journal of Ecclesiastical History, Vol. 58, No. 1, January 2007, de Cambridge1. Dans ce texte Chapman reconnaît le fait de la consecration clandestine de Lee à Venise en 1877.

Ambros de Lisle, cet aristocrate anglais, grand ami de l’abbé Rosmini, fut au centre de l’APUC condamnée par Pie IX, par le Rescrit Ad omnes episcopos Angliae édité par le Cardinal Patrizi en date du 16 Septembre 1864. Cette condamnation de l’APUC marque la condamnation de l’embryon d’œcuménisme qu’elle représentait par sa théorie des trois branches et le fait de faire diriger des prières où participaient des catholiques, par des hérétiques et des schismatiques.

                                              Henry Newman

Pour bien comprendre comment les autorités catholiques du XIXème siècle considéraient alors le mouvement des Ritualistes de la High Church anglicane, et les raisons de leur réprobation, il faut avoir lu attentivement

1

http://journals.cambridge.org/action/displayAbstract;jsessionid=0DB75B89E51DFDE8D7DD607084AF0C87.tomcat1?fromPage=onl ine&aid=649812

Page 1 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 les pages 47 et 48 (reproduites ci-dessous) du livre capital du Père Jésuite Brandi, que Rore-Sanctifica vient de mettre en ligne2 :

     « Rome et Cantorbéry – Commentaire de la bulle ‘Apostolicae Curae’ déclarant nulles les
         ordinations anglicanes. Examen de la réponse des archevêques anglicans.’ 1898
               (téléchargeable depuis http://www.rore-sanctifica.org/biblio-num-14.html)

En particulier le Père brandi nous rappelle que, très perspicacement, les Prélats catholiques considéraient à l’époque que :

  « Les ritualistes britanniques n’étaient autres que des Protestants déguisés en Catholiques »

Ils précisaient :

« Les ritualistes prétendent croire, d’une certaine manière, au sacerdoce, au sacrifice de la messe, et à la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Nous disons , d’une certaine manière, car ils n’entendent pas ces dogmes dans le sens où les a toujours entendus et les entend encore l’Eglise Catholique. »

Et le texte précise en quoi la prétendue catholicité de la Foi Anglicane des ritualistes britanniques n’est qu’une habile contrefaçon de l’authentique Foi catholique concernant ces dogmes.

Le texte de Brandi nous apprend également, par la note 1 de la page 48 sur le bénédictin Dom Camm, que Lee fonda une société secrète au sein de l’Anglicanisme (il s’agit de l’Ordre de la Corporate Reunion dite OCR) où il administrait le sacrement de l’Ordre.

Il s’agit en fait d’une politique d’entrisme Protestant au sein de l’Eglise catholique, sous couvert d’une habile contrefaçon et de la ruse d’un déguisement spirituel, selon la méthode qui est au cœur de la démarche R+C des plus hautes loges satanistes illuministes britanniques, méthode que ces dernières – ennemies mortelles de l’Eglise Catholique - ont patiemment élaborées au cours des décennies de la fin du XVIIIème siècle et du tout début du XIXème siècles.

Il faut bien comprendre qu’une telle méthode et une telle ruse diaboliques – bien dignes du « père du Mensonge » - sont d’autant plus efficaces que seuls parmi la masse des ritualistes britanniques et leurs sympathisants, une poignée d’initiés en aient pleinement la connaissance, poignée d’initiés qui restent toujours en position de contrôler et de manipuler l’ensemble du mouvement qu’ils ont ainsi suscité.

C’est tout spécialement le cas de l’étrange « mouvement des Tractariens » britannique de 1830, devenu opportunément et sans tarder le « mouvement des Ritualistes » de Grande-Bretagne.

On peut considérer que cette démarche R+C britannique, initiée au XIXème siècle, connaitra enfin son triomphe total dans la seconde moitié du XXème siècle a l’issue du Concile Vatican II, par la création de l’église conciliaire « oecuméniste » actuelle, le « mouvement œcuménique » et le « mouvement liturgique » développés par des clercs dévoyés et initiés au sein de l’Eglise catholique au cours de la première moitié du XXème siècle, ayant enfin réussi, en continuation des méthodes iniatiques R+C du mouvement « Ritualiste » anglican britannique du XIXème siècle, à « Oecuméniser » - c'est-à-dire à Protestantiser – totalement la Liturgie (BugniniÛ-DomBotte-Lécuyer) et la Foi catholiques, le cœur même de ce qui fut l’Eglise catholique jusqu’en 1960.

Il s’agit – on le voit – d’une méthode et d’un mouvement qui apparaît initialement au grand jour dès 1830 en Grande-Bretagne, sous la protection ouverte du Premier Ministre de l’empire britannique, et qui vise dès l’origine le cœur même de la sainte Eglise et ce qu’elle possède de plus sacré.

2 http://www.rore-sanctifica.org/bibilotheque_rore_sanctifica/01-publications_de_rore_sanctifica/rore_sanctifica- communiques/communique_(2008-09-06)-Brandi-Apostolicae-Curae/RORE_Communique-2008-09- 06_Brandi_Apostolicae_Curae.pdf

Page 2 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 Il est à souligner que le cycle des grandes apparitions mariales reconnues par la Sainte Eglise débute précisément en novembre 1830 à la rue du Bac à Paris (« Les temps sont très mauvais »), pour culminer dans les grandes apparitions mariales « apocalyptiques » du 19 septembre 1846 à La Salette et du 13 mai 1917 à Fatima, Notre-Dame ayant confié à celle qui deviendra la Sœur carmélite Lucie Dos Santos, trois Secrets, dont le troisième et dernier devait être publiquement révélé par le Souverain Pontife « au plus tard en 1960 ».

Le pontificat du grand Pape Pie IX (Mgr Mastaï-Ferreti), totalement converti miraculeusement du libéralisme échevelé qu’il nourrissait jusqu’à la Révolution romaine de Garibaldi de 1848, soutenue de longue main par la très maçonnique Maison de Savoie3, qui avait été très favorable à son élection au Pontificat Suprême, commence précisément en 1846 trois mois avant l’apparition de Notre-Dame à La Salette, et se termine en 1878 au moment même où Mélanie la bergère de La Salette publiera – avec l’imprimatur catholique de Mgr Zola évêque de Lecce – la totalité du Grand Secret que Notre-Dame lui avait confié sur la montagne de La Salette, et qu’elle lui avait demandé de « faire passer à tout son peuple » - Grand Secret où Notre-Dame annonçait en particulier : « L’Eglise sera éclipsée…(..)…Rome perdra la Foi et deviendra le Siège de l’Antéchrist » (cf. « La grande nouvelle des Bergers de La Salette », thèse de 1100 pages à l’Angelicum en deux tomes de Michel Corteville 2001-2008).

A cet égard Pie IX, qui a sauvé la Sainte Eglise d’un péril mortel après 1848, est bien Le Pape de La Salette.

3 http://www.virgo-maria.org/articles/2008/VM-2008-04-16-A-00-Rosmini.pdf

Page 3 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 Fac-similés des pages du Père Brandi citées supra

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                                    Comité international Rore Sanctifica

Page 5 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 ANNEXE A

 Traduction de l’article ‘The Fantasy of Reunion : The Rise and Fall of the Association for the
     Promotion of the Unity of Christendom’ publié par Journal of Ecclesiastical History,
                          Vol. 58, No. 1, January 2007, de Cambridge4




               Que le traducteur soit ici chaleureusement remercié pour son travail important


   Le Fantasme des Retrouvailles : Ascension et
    Chute de l’Association pour la Promotion de
               l’Unité de la Chrétienté
                                                    par MARK D. CHAPMAN

Cet article relate l’histoire de l’Association for the Promotion of the Unity of Christendom, l’une des plus réussies des excentriques et idiosyncrasiques initiatives œcuméniques du milieu du 19ième siècle. La motivation principale sous tendant cette entreprise fut un médiévalisme Romantique inspiré par le laïc Catholique Romain Ambrose Phillips de Lisle et le pasteur ritualiste Frederick George Lee. Bien qu’ayant obtenu de larges soutiens, les dirigeants eurent le tort de ne pas reconnaître les droits acquis des deux Eglises. Après une dénonciation vigoureuse de Henry Manning, les espoirs de réunion s’avérèrent n’être que du rêve.

L’Oecuménisme ne faisait pas partie du courant ecclésial principal durant le dix neuvième siècle. La plupart des tentatives œcuméniques étaient majoritairement des initiatives privées patronnées par des individualités, et étaient ouvertes aux fantaisies de l’enthousiasme5. Les bureaucraties d’Eglise, lorsque elles existaient, étaient en général nettement moins passionnées, et se trouvaient plus concernées par leurs propres affaires internes, ce qui souvent signifiait se défendre contre des versions alternatives de Chrétienté. Etant donné que la plupart des Eglises étaient en développement, point n’était besoin de s’unir pour enrayer un recul. L’œcuménisme du Dix- neuvième siècle était essentiellement la chasse gardée des rêveurs, visionnaires et excentriques, certains d’entre eux étant dotés d’importants revenus privés ou ecclésiaux. En dépit de certaines rhétoriques, les chances de succès étaient négligeables, particulièrement étant donné la diabolisation populaire du Protestantisme et du Catholicisme par leurs opposants respectifs. Sous beaucoup d’aspects dans ses efforts de rapprochement que je décrirai dans cet article, l’Association pour la Promotion de l’Unité du Christianisme constituait un exemple de Romantisme passionné se développant en réaction aux rapides changements sociaux du dix-neuvième siècle. Ses dirigeants étaient motivés par un désir de retour au monde médiéval, vers une époque plus heureuse où l’Angleterre était Catholique, ils voulaient reconstruire une Eglise par delà les divergences intervenues après les tristes évènements de la Réforme6. C’est pourquoi l’imagination fantasque a si souvent pris le pas sur le réalisme.

Une première version de cet article fut donnée en lecture à l’Anglo Catholic History Society. Je suis reconnaissant au Rév. Dr Perry Buttler pour son invitation, et au Fr James Pereiro, chapelain de Grandpont House, pour ses commentaires de la première ébauche. 4

http://journals.cambridge.org/action/displayAbstract;jsessionid=0DB75B89E51DFDE8D7DD607084AF0C87.tomcat1?fromPage=onl ine&aid=649812 5 Voir Ruth Rouse and Stephen Charles Neill (eds), A history of the ecumenical movement, 1517–1948, London 1954, esp. pp. 196–215, 271–82. 6 Voir à ce propos H. R. T. Brandreth, Les idéaux oecuméniques du Mouvement d’Oxford; S. L. Ollard, Reunion, London 1919; et Elizabeth Bridget Stuart, ‘Les réaction Catholiques Romaines au Mouvement d’Oxford et les projets Anglicans de de réunion, de 1833 à la condamnation des ordinations Anglicanes en 1896’, unpubl. DPhil. diss, Oxford 1988, spécialement le ch. ix. Sur le ritualisme et la réunion voir également Nigel Yates, Le Ritualisme Anglican dans l’Angleterre Victorienne, 1830–1910, Oxford 1999, spécialement le ch. vi.

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Oecuménisme et visionnaires

Augustus Welby Northmore Pugin (1812 – 52)7 fut peut-être le rêveur le plus fameux et le plus influent, qui dès 1832 commença à exprimer par les mots et les dessins les ‘plans idéaux’ qu’il avait en vue. C’était une vision de restauration et de construction qui prit par la suite une forme plus concrète lorsqu’il consacra son énergie à l’architecture. Il était si habité par cette vision d’un passé enjolivé qu’il rejoignit, probablement en 1835, l’Eglise Catholique Romaine qu’il considérait comme l’expression d’une forme de société idéale dans laquelle l’Eglise était un élément organique d’un ordre hiérarchique stable basé sur les vertus de ‘propriété’, honnêteté et vérité8. Il méprisait le travestissement architectural et insistait également sur les considérations pratiques. La façade prétentieuse des bâtiments classiques cachait souvent un intérieur quelconque et constituait par conséquent une malhonnêteté. La note de la beauté architecturale était pour lui ‘la pertinence de la conception en rapport avec sa destination’. Il opposait les cités médiévales entourées de murs avec des clochers élevés de 1440 aux villes industrielles modernes avec ses usines à gaz, ses asiles de fous et ses églises en ruines9. Sa théorie architecturale, avec sa perception de la ‘supériorité merveilleuse’ de la véritable architecture Chrétienne ou Gothique sur celle du Classicisme païen (et par extension l’architecture de la Renaissance Italienne), devint prépondérante dans le développement du goût Victorien. Il est intéressant de noter que durant la décade 1840 il en vint à accepter l’idée que ces conceptions ‘Chrétiennes’ pouvaient exister chez les frères séparés hors du bercail Romain. Plus important peut-être, Pugin avait un ‘talent de créateur de fictions architecturales’ et de ‘majestueuses fantaisies’10, projetant des images de la société et de la politique telles qu’elles devraient être, ce qui était en bien des points en désaccord avec les réalités sociales et politiques de l’époque11. Pour Pugin, religion, architecture, politique et vérité se mélangeaient dans une vision de la société idéale assez éloignée des réalités de l’Angleterre Victorienne. L’un des mécènes les plus importants de Pugin fut l’aristocrate du Leicestershire Ambrose Lisle March Phillippsi (1809-78)12, qui, au grand dam de son père Whig, se convertit au Catholicisme Romain à seize ans en 182513. Etant étudiant à Cambridge il rencontra et se lia d’amitié avec Kenelm Digby (1800-80), un protestant Irlandais qui s’était aussi converti au Catholicisme, et dont Le broadstone of honour (NdT. : Intraduisible, fait référence à un parangon de l’honneur chevaleresque), avec ses contes pittoresques des idéaux de chevalerie médiévale, était très admiré par beaucoup, y compris par le jeune Burne-Jones et le vieillissant Wordsworth. Il écrivit plus tard les seize volumes de Mores catholici qui présentaient l’idéal d’une société Catholique centrée autour du château et de l’Eglise14. Là où Wordsworth méditait sur la tristesse des ‘ruines couvertes de lierre’ du monachisme médiéval du Leicestershire, regrettant la perte de communautés et la mort des empires15, Phillipps chercha à reconstruire les ruines, transformant sa propre partie du nord-est du Leicestershire en un morceau de l’Angleterre médiévale. A la suite de son mariage en 1833, le père de Phillipps lui donna la deuxième propriété de famille à Grâce Dieu, où il entrepris de travailler à une nouvelle maison, conçue par William Railton dans le style gothique. La propriété avait hébergé un couvent de religieuses Augustines avant la Réforme et en 1835 Phillipps suivit cet

7 Sur Pugin voir Phoebe Stanton, Pugin, London 1971, 33. Pour son Catholicisme voir David Meara, ‘Le contexte Catholique’, et Andrew Saint, ‘L’architecture de Pugin dans son contexte’, dans Paul Atterbury (ed.), A. W. N. Pugin : initiateur du renouveau Médiéval, London 1995, 45–61, 79–101; Stuart, ‘Les Réaction Catholiques Romaines’, 41–4; et Paul Atterbury et Clive Wainwright (eds), Pugin : une passion Gothique, London 1994, 63–89. 8 L’influence de cette vision sur la construction de la Maison du Parlement est étudiée par David Cannadine dans ‘Le palais de Westminster et le palais des variétés’, dans son ‘Ombre de Churchill’, London 2003, 3–25. 9 Voir A. W. N. Pugin, Contrastes, ou un parallèle entre l’architecture des quatorzièmes et quinzièmes siècles et des constructions similaires d’aujourd’hui, London 1836, repr. Reading 2003, et Les vrais principes d’architecture orientée ou Chrétienne London 1841, repr. London 1973, Reading 2003. 10 Stanton, Pugin, 33. Cannadine, ‘The palace of Westminster’, 11. Voir aussi Meara, ‘Catholic context’, 60, et Saint, ‘ Pugin’s architecture in context’, 92. 11 12 Sur Pugin et Phillips, voir Margaret Pawley, Foi et famille la vie et le cercle d’Ambrose Phillipps de Lisle, Norwich 1993, ch. ii ; Meara, ‘Contexte Catholique’, 49– 58; et Rosemary Hill, ‘ Les ruines envahies de la triste Grâce Dieu’ : Catholiques, romantiques et Gothique Géorgien tardif’, dans Michael Hall (ed.), Architecture Gothique et son esprit, Reading 2002. Phillipps prit le nom de Lisle à la mort de son père en 1832. Je me réfère toujours à lui an tant que Phillipsp.. 13 Sur la conversion de Phillips, voir Pawley, Faith, 20. 14 Kenelm Digby, Broadstone of honour, London 1826, et Mores catholici or the ages of faith, London 1831–42. Sur l’influenc de Digby voir Mark Girouard, Retour à Camelot, chevalerie et gentilshommes Anglais, New Haven 1981, 55–86. Voir aussi Stuart, ‘Roman Catholic reactions’, 40. Pour l’influence de Digby sur Phillipps voir Bernard Holland, Memoir of Kenelm Henry Digby, London 1919, 46–7, 52–3, et E. S. Purcell, Life and letters of Ambrose Phillipps de Lisle, London 1900, i. 33–5 15 ‘Pour un siège dans les bosquets de Coleorton’ (1811) : Pawley, Faith, ch. iii.

Page 7 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 exemple en fondant un monastère Cistercien, Mount Saint Bernard, à l’emplacement de la forêt de Charnwood (NdT,Sherwood), la première abbaye construite en Angleterre depuis la Réforme. En 1837, Phillipps rencontra Pugin qui devint bientôt très impliqué dans le projet. Comme beaucoup de médiévalistes Romantiques, Phillipps avait une passion pour le plain-chant16 et par son amitié avec Montalembert, devint le champion de l’art Chrétien de Fra Angelico et Overbeck, le leader de l’école Nazaréenne. Avec Pugin, Phillipps partage une vue très hiérarchisée de la société, et, avec ses idées fortement Tory, s’opposait vigoureusement à ce qu’il considérait comme les banalités et le nivellement social du monde industriel moderne. Dans son roman Coningsby, Disraeli calque le personnage d’Eustace Lyle sur Phillipps. Par certains côtés, il existe une ressemblance entre Disraeli et Phillipps, tous les deux partageant ‘une inoubliable aura d’enchantement Gothique’17. Cependant, la sincérité de Phillipps est indubitable (au contraire de Disraeli). Le 10 Décembre 1869, Phillipps écrivit à William Robert Brownlow (1836-1901), un Catholique Romain converti qui deviendra plus tard évêque de Clifton. Dans ce qui s’avère être une rétrospective de sa vie, il parlait de ses trois grands projets : premièrement il avait voulu introduire un monastère de Trappistes en Angleterre ; ensuite il voulait restaurer ‘le chant ecclésial primitif’ ; enfin il voulait ce qu’il appelait le retour de l’Eglise Anglicane dans l’Unité Catholique et ainsi réunir l’Angleterre au Siège de Pierre comme Saint Edouard le Confesseur fut appelé le Rameau Vert de l’Angleterre, qui devait être ‘détaché de son tronc original l’espace de trois furlongs’ [c. à d. trois siècles] sans l’aide de personne et fleurissant en conséquence18. Comme dans ses autres visions Romantiques qu’il avait déjà réalisées, la réunification de la Chrétienté était basée sur la restauration du passé d’avant la Réforme : pour Phillipps, la réunification ne consistait pas simplement à immerger l’Eglise d’Angleterre dans l’Eglise Catholique Romaine post-Tridentine du dix neuvième siècle, mais impliquait une redécouverte du véritable caractère de l’Eglise nationale par l’exhumation de ses idéaux médiévaux. Même s’ils avaient été cachés par la Réforme, ils pouvaient néanmoins être recouvrés par la prière et la réforme interne. L’Eglise d’Angleterre, soutenait-il, n’était pas hérétique, mais simplement en schisme19. En effet, il ne voyait pas de raison pour que les Anglicans ne soient pas reçus en corps sous la même forme que l’Eglise Uniate, conservant ses propres rites et cérémonies20. Consterné de l’alliance entre les Whigs et O’Connell à la fin des années 183021, il trouva que cette solution pourrait servir de bastion contre le libéralisme22. Phillipps fit part de ses espoirs de réunification dans une lettre au comte de Shrewsbury, l’un des leaders des laïques Catholiques d’Angleterre, un autre protecteur de Pugin, lettre dans laquelle il déclarait que sa mission était de ‘sauver l’Eglise Anglicane, non de la miner’23. Elle était, soutenait-il, une Eglise capable de parvenir à l’union si seulement elle redécouvrait sa véritable identité. Dès 1839 il avait fait part de son optimisme selon lequel le renouveau Catholique dans l’Eglise d’Angleterre offrait une vraie chance d’admission du clergé Anglican dans la communion avec Rome, et il a toujours soutenu la validité des ordinations Anglicanes. Il écrivit au prieur Dominicain de la Saint Croix : J’ai toujours souhaité que les ordinations Anglicanes soient reconnues, car je suis certain que ce serait un grand pas vers la réunification du Parti de la Haute Eglise avec l’Eglise Catholique et j’incline à penser que si un certain nombre de dirigeants Catholiques Anglais l’admettaient, le Saint Siège serait très heureux d’ouvrir les négociations avec les Théologiens d’Oxford sur la base de cette acceptation24.

Comme on pouvait s’y attendre, Phillipps commença à correspondre avec des sympathisants de l’Eglise d’Angleterre. En 1837, il écrivit à propos de la réunification à J.R. Bloxam du Magdalen College, au vicaire de

16 Purcell, Phillipps, i. 349. 17 Cannadine, ‘The palace of Westminster’, 11. Voir aussi Pawley, Faith, ch. v, esp. p. 149. Plus généralement, pour l’influence du romantisme sur la Jeune Angleterre voir Girouard, Return to Camelot, 84. 18 Phillipps à Brownlow, 10 Dec. 1869, in Purcell, Phillipps, i. 349. 19 Ambrose Phillipps à L’Univers, 5 Mar. 1841, dans E. B. Stuart, ‘Unjustly condemned? Le Catholicisme Romain dans l’APUC, 1857–64’, this JOURNAL xli (1990), 44–63 at p. 45 20 Phillipps to J. R. Bloxam, 25 Jan 1841, ibid. 21 Peter Nockles, ‘Newman et les débuts de la politique Tractarienne ’, in V. A. McClelland (ed.), par quelle autorité? Newmann, Manning et le Magistère, Bath 1996, 79–111, esp. p. 107. 22 Voir Andrew C. Lacey, Le deuxième printemps de la forêt de Charnwood, Loughborough 1985, 63–4. 23 Purcell, Phillipps, i. 355. voir aussi Stuart, ‘Roman Catholic reactions ’, 36–40. 24 Phillipps au prieur de la Sainte Croix, 1 June 1839, in Purcell, Phillipps, i. 361.

Page 8 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 Newman à Littlemore selon Blachford, ‘le père et le grand-père de tous les ritualistes’25, qui avait montré les lettres à W.G. Ward. Ceci conduisit à une réunion à Oxford durant laquelle tous parlèrent avec ferveur de la réunification26. Bloxham se lia d’amitié avec Phillipps et visita l’Abbaye du Mont Saint Bernard27. En Février 1841 toute la communauté monastique, probablement à l’instigation de son fondateur, adressa une lettre au ‘Révérend Clergé de l’ancienne Eglise Anglicane’28, demandant des prières pour ‘l’accomplissement de cette si désirable réunification’ et pour ‘inspirer aux autorités de l’Eglise Catholique de vous accorder toutes les concessions possibles que vous pourriez raisonnablement désirer ; et ainsi hâter l’aube de ce jour béni, où nous pourrons nous agenouiller ensemble devant le même autel’. Ce fut aussi sous l’influence de Bloxham que Phillipps entama sa correspondance avec Newman29. Celui-ci trouva ‘absurdes’ certaines idées de Phillipps, y compris la proposition d’une visite de ‘théologiens étrangers’ sympathisant avec le mouvement Catholique dans l’Eglise d’Angleterre30. La dernière chose que souhaitait Newman en 1841 était de donner de nouveaux arguments à ses opposants selon lesquels ses idées étaient acceptables pour les Catholiques Romains. Il écrivit à Phillipps qu’il fallait ‘se tenir à l’écart de tous les Catholiques Romains’31 et de ‘laisser la grande question de la réunification de côté pour l’instant’32. L’année suivant, Phillipps offrit à Newman une terre sur sa propriété du Leicestershire, ce qu’il refusa poliment33. Cependant, Phillipps n’était pas seul à montrer de l’enthousiasme pour la réunification. L’aristocratique George (Ignatius) Spencer (1799–1864), qui s’était converti au Catholicisme Romain, devenant par la suite prêtre Passioniste, avait par exemple été le premier à organiser des prières pour la réunification dans les années 1830 étant devenu ami de Phillipps alors qu’il était encore clergyman Anglican. Avec Phillipps il fonda l’Association de la Prière Universelle pour la Conversion de l’Angleterre34. En 1841 Nicholas Wiseman (1802-65)35, qui deviendrait le première archevêque de Westminster, publia une lettre au comte de Shrewsbury, dans laquelle il déclarait que : ‘les sentiments qui ont été exprimés en faveur du retour à l’unité par l’Eglise Anglicane se répandent largement et profondément, personne doté de jugement, je le pense, ne peut en douter... Il y a beaucoup d’évidences... [que] les sentiments Catholiques ont pénétré plus profondément dans la société qu’on ne pourrait le penser au premier abord. Des paroisses entières ont reçu le levain, et il fermente, et des endroits où on l’attendrait le moins, semblent avoir reçu ses voies secrètes et mystérieuses’36 Il accueillit favorablement l’interprétation des Trente Neuf Articles donnée par Newman dans le Tract 9037. De telles sympathies Catholiques Romaines pour les Tractariens sonnaient favorablement aux oreilles de quelques membres de l’Eglise d’Angleterre. Ward, par exemple écrivit une lettre anonyme à l’Univers, le journal Français déclarant que ‘Les yeux de toute la Chrétienté étaient tournés vers l’Angleterre, si longtemps séparée du reste de l’Europe Catholique. Partout un pressentiment se fait jour que sa réunion est à portée de la main’38. Cet enthousiasme cependant ne devait pas durer longtemps : à la suite de du retrait de Newman de Littlemore et sa sécession en Octobre 1845, de telles ambitions connurent une pause. Après la restauration de la hiérarchie Catholique Romaine en 1850, beaucoup au sein de l’Eglise d’Angleterre devinrent de plus en plus hostiles à Rome39, et dans le même temps, le Catholicisme Romain Anglais commença à assumer une nouvelle identité beaucoup plus proche de Rome, et encore plus semblable à une citadelle dans ses manières de voir40. 25 Phillips to Bloxham in H. R. T. Brandreth, Dr Lee of Lambeth, London 1951, 77. 26 Wilfrid Ward, W. G. Ward and the Oxford Movement, London 1889, 190. See also Pawley, Faith, ch. iv, esp. pp. 112–14. 27 Stuart, ‘Unjustly condemned? ’, 49. 28 See Andrew C. Lacey, The second spring in Charnwood Forest, Loughborough 1985, 63–4. 29 La première lettre de Newman à Phillipps est datée du 5 Avril 1841, et rédigée en forme de controverse à la suite de la publication du Tract 90: John Henry Newman, Letters and diaries, London 1961–72, Oxford 1973– , viii. 158. Phillipps rencontra Newman pour la première fois le 1er Mai 1841 à Littlemore (viii. 185). Voir aussi Ian Ker, John Henry Newman, Oxford 1990, 225–6. 30 Newman to Thomas Mozley, 7 Mar. 1841, in Newman, Letters and diaries, viii. 57. 31 Newman to Phillipps, 29 June 1841, ibid. viii. 214. 32 Newman to Phillipps, 12 Sept. 1841, ibid. viii. 269. 33 Newman to Phillipps, 12 Feb. 1842, ibid. viii. 459. 34 Voir Josef van den Bussche, Ignatius (George) Spencer : croisé de la prière pour l’Angleterre et pionnier de la prière oecuménique (1799–1864), Leuven 1991, esp. pp. 77–87. Spencer était aussi proche de Bloxam et d’autres membres du Mouvement d’Oxford (voir P. 78). 35 Voir Stuart, ‘Roman Catholic reactions’, ch. v. 36 Nicholas Wiseman, Une lettre sur l’unité Catholique adressée au très honorable comte de Shrewsbury, London 1841, 21. Pour Wiseman et l’oecuménisme, voir Brian Fothergill, Nicholas Wiseman, London 1963, 103–32. Voir aussi Brandreth, Ideals, esp. ch. ii. 37 Wiseman, A letter, 38. 38 Ward, W. G. Ward, at p. 187. Voir aussi, Ollard, Reunion, 34–7. 39 Voir D. G. Paz, Popular Anti-Catholicism in mid-Victorian England, Stanford 1992. 40 Voir Stuart, ‘Unjustly condemned?’, 44–63, esp. p. 45. Voir aussi Edward Norman,

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La création de l’Association pour la Promotion de l’Unité de la Chrétienté

Ce ne fut pas avant 1857 que Phillipps jugea que le temps était venu de renouveler les efforts vers la réunification. Il avait reçu un exemplaire de l’Union Newspaper qui l’amena à écrire à son auteur anonyme exprimant sa sympathie pour la direction prise par l’Eglise d’Angleterre41. L’auteur s’avéra être Frederick George Lee (1832-1902), qui n’avait que vingt deux ans, et s’était vu confier récemment la Berkeley Chapel à Mayfair. Peu de temps après, Lee déménageait à St John, Aberdeen, où il s’établit et construisit la nouvelle église de St Mary. Après quelque controverse ritualiste, il devint curé de All Saints’ à Lambeth en 1867. L’église fut par la suite démolie pour agrandir Waterloo Station en 1899 et, après une carrière colorée et peu orthodoxe, Lee fut reçu dans l’Eglise Catholique six mois avant sa mort en 1902. Ayant fait partie de la première promotion d’ordinants de Cuddesdon en 1854, Lee, qui avait été auparavant à St Edmund Hall à Oxford, fut influencé par le vice-principal, Henry Liddon, qui le décrivait textuellement comme ‘soumis, docile, affectueux, esthète’ mais aussi ‘assez prétentieux’42. Après son ordination, il acquit rapidement une réputation quelque peu ritualiste. Comme vicaire de Sunningwell avec Kennington près d’Oxford il avait compilé un livre d’hymnes avec une traduction du Pange Lingua43, et fut bientôt impliqué avec John Purchas dans la production du Directorium Anglicanum44. Comme Phillipps dont il donna le prénom à son second fils45, Lee était un médiévaliste de coeur, vivant, comme le note un écrivain, ‘dans un monde de faux semblants’46. A nouveau, comme Phillipps (à la différence de ses amis Anglo-Catholiques) il professait un idéal d’Eglise nationale établie et avait des sympathies Jacobites, pensant que cette réunion servirait de bastion contre le libéralisme47. Plus tard en 1857 Phillipps publia un pamphlet sur l’unité future de la Chrétienté48, qui allait encore plus loin que la lettre de Wiseman de 1841, et qui amena quelques controverses tant dans l’Eglise Anglicane que dans l’Eglise Catholique Romaine. Il fut attaqué dans la Dublin Review et le Weekly Register, les deux étant d’opinion Ultramontaine, et on s’efforça de le mettre à l’Index. Cependant, déclarant en public qu’il avait l’appui du Cardinal Wiseman, Phillipps commença à dresser des projets plus spécifiques pour une organisation dédiée à la réunification et recherchait l’approbation de Rome49. Dans une lettre adressée quelque temps plus tard à son ami Lord John Manners, il notait qu’avant la création de l’Association pour la Promotion de l’Unité de la Chrétienté il ‘avait auparavant obtenu l’approbation du Pape actuel, auprès duquel il avait exposé son programme par l’intermédiaire du Cardinal Barnabo50, le Préfet de la Congrégation pour la Propagation de la Foi’51. C’était plutôt exagéré. La lettre de Phillipps à Barnabo du 18 Mai 1857 demandait à ce que le projet de réunification soit porté à la connaissance du Pape. Il déclarait qu’il avait l’appui du parti Anglo-Catholique qu’il évaluait, assez invraisemblablement à 2.000 prêtres et 10 évêques, incluant Salisbury, Oxford, Chichester, Lincoln, Exeter et Bangor pour l’Eglise d’Angleterre, de même que l’évêque "Puseyite" Alexander Forbes de Brechin et trois autres évêques Ecossais. Il déclarait, montrant à nouveau une nette tendance à prendre ses désirs pour des réalités, qu’ils étudiaient déjà la doctrine Catholique comme ‘le Sacrifice de la Messe ; la présence réelle et la Transsubstantiation ; l’oblation du très saint corps et sang de Notre Seigneur pour les vivants et les morts ; l’invocation de la Sainte Vierge et des Saints, la vénération des images sacrées ; ainsi que, autant qu’ils pouvaient le faire prudemment, la primauté du Saint Siège.’ Son souhait était que les autres puissent rapidement suivre les Anglo-Catholiques dans leur désir de réunification. Il concluait par de grandes déclarations :

The English Catholic Church in the nineteenth century, Oxford 1984. 41 See Pawley, Faith, ch. ix, esp. p. 291. 42 Bloc Notes, Liddon papers, Ripon College Cuddesdon, MS Cuddesdon College VP1/1, p. 317. Lee fut le septième nom à apparaître sur le registre du collège. Il y passa juste un trimestre avant son ordination en la fête de St Thomas en 1854. 43 Brandreth, Lee, 13. 44 Ibid. 12. 45 Ambrose Lisle Lee devint héraldiste à York. 46 Brandreth, Lee, 76. 47 John Shelton Reed, Glorious battle the cultural politics of Victorian Anglo-Catholicism, Nashville 1996, 136. Sur Phillipps et la séparation de l’Eglise et de l’Etat, voir Purcell, Phillipps, i. 366, et Stuart, ‘Unjustly condemned?’, 45. 48 Ambrose Phillipps, The future unity of Christendom, London 1857. Le pamphlet fut à nouveau publié dans l’Union Review i (1863), 378–82. 49 Voir Pawley, Faith, 294. Il semble avoir reconnu en privé ne pas avoir le plein appui de Wiseman : Phillipps to Lee, 4 Sept. 1857, in Pawley, Faith, 299 50 Alessandro Barnabo` (1801–75), prefect of the Sacred Congregation de Propaganda Fide, 1856–73. 51 Purcell, Phillipps, i. 414.

Page 10 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 Je crois et espère dans le Seigneur que l’aurore de la conversion de l’Angleterre entière a commencé à apparaître à l’horizon, que peu d’années s’écouleront avant que mon pays ne retourne dans la joie à l’Unité Catholique. Et quelle moisson d’âmes, combien de conversions de nations, quelle grande gloire pour le Siège Apostolique, si l’Angleterre pouvait être ramenée à son ancienne Foi ! Ô douce pensée, Ô espoir de consolation pour tous les Catholiques52.

La lettre fut effectivement transmise au Pape53, ce que Phillipps ressentit comme une sorte de triomphe. Cependant, Barnabo effectuait des sondages sur l’état de l’Eglise d’Angleterre et demanda un rapport à Thomas Grant, évêque de Southwark54. De plus, les 3 et 4 Juillet, le Cardinal Wiseman avait rencontré un groupe d’Anglo-Catholiques au cabinet de Lee au 8 Danes Inn, Strand, à Londres, où il déclara désapprouver la prière commune entre Catholiques et Protestants55. Il était clair que Rome était moins compréhensif vis à vis de ses projets que ne le pensait Phillipps. Au début de Juillet Phillipps avait organisé une autre rencontre pour discuter de ses propositions pour la réunification avec l’évêque Forbes, ainsi que Lee. Là, un projet fut lancé d’une association pour promouvoir la prière pour l’union entre ce qu’ils pensaient être les trois grandes branches de la Chrétienté Catholique. Le 4 Juillet, les six propositions furent envoyées au Cardinal Barnabo56. La première s’avérait être un simple morceau de flatterie : le cardinal était comparé à un calice d’Or Australien ‘comme une promesse pour la réunification entre les Eglises Anglaise et Romaine’57. La seconde proposition était pour restaurer l’autorité du Saint Siège. En troisième lieu, il était noté que le projet deviendrait réalisable après quelques années. Quatrièmement, un traité devait être fait à propos du problème non résolu des ordinations Anglicanes. Cinquièmement, un corps sélectionné de prêcheurs devaient être envoyés en avant pour donner des sermons, et enfin il y avait une proposition pour établir une société ou une Association de Prière pour promouvoir cet objet sacré, et dont l’unique obligation serait de réciter chaque jour le Notre Père et la prière liturgique pour la paix et l’unité’. A la fin de l’été, cette dernière suggestion était mise en pratique. Newman considérait favorablement certaines idées de Phillipps. Il avait reçu un exemplaire de L’Unité Future de la Chrétienté de la part de Phillipps, et dans sa lettre de remerciements, il notait (positivement) que l’Anglo- Catholicisme était loin d’être mort, quelle que soit la situation à Oxford. Il trouvait que l’objet de la réunification était ‘entre tous les autres le plus intéressant pour un Anglais Catholique, et vous l’avez traité avec douceur et affection, ce que non seulement il nécessite, mais obtient de vous en toutes occasions’. Il reconnaissait l’importance d’une réunification en groupe plutôt que par des conversions individuelles :

Je pense que c’est l’intérêt du Catholicisme que des individus puissent nous rejoindre, mais il resterait à répandre le levain sur les masses – je veux dire qu’ils feraient plus pour nous en restant où ils sont plutôt que de venir, mais comme ce sont des âmes individuelles, avec quel coeur pourrais-je faire quoique ce soit pour les inciter à prêcher aux autres, s’ils sont eux-mêmes naufragés ?

Newman partageait le sentiment de Phillipps quant à l’establishement :

Vous ne pouvez pas supposer que je suis de ceux qui souhaitent la défaite de l’Etablissement de l’Eglise d’Angleterre, étant donné que je ne peux la considérer, en tant que Catholique, dans mes ‘aptitudes en tant que personne morale’. Les paroles sont ‘enseignez toutes les nations’ et non ‘enseignez toutes les églises’58.

Quelques jours plus tard, après avoir enquêté à propos des propositions de Phillipps59, Newman écrivit qu’il s’opposerait seulement aux discussion sur la Réunification en Masse (Corporate Reunion) si ‘des personnes qui

52 Ibid. i. 378. 53 Alessandro Barnabo to Phillipps, 8 June 1857, in Pawley, Faith, 295. 54 Barnabo to Thomas Grant, 27 June 1857, ibid. 296. 55 Voir Pawley, Faith, 297. 56 Purcell, Phillipps, i. 379–80. 57 Barnabo` déclina la proposition. Voir Newman, Letters and diaries, viii. 78. 58 Newman to Phillipps, 1 July 1857, ibid. xviii. 70–1. 59 Le 2 Juillet 1857, Phillipps avait donné à Newman un nombre de propositions légèrement différent de celui finalement remis. Il y en avait quatre : le calice, l’association, un imprimatur de la part des évêques des deux bords, y compris les évêques Anglicans de Salisbury, Oxford et Brechin, et un corps de prêcheurs provenant du côté Anglican. Phillipps signalait qu’il avait déjà communiqué ce texte à Wiseman et à trois autres évêques: ibid. xviii. 78.

Page 11 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 souhaitaient devenir Catholiques, voulaient négocier elles-mêmes et fixer des conditions’. Il concluait en indiquant qu’il offrirait une messe par semaine pour le projet de Phillipps60. Phillipps fut particulièrement réconforté lorsqu’une réponse apparemment favorable aux propositions parvint de Rome le 7 Juillet. Il parla aussi d’une réunion à laquelle il avait assisté, dans laquelle les ecclésiastiques ‘portaient tous le col Romain’ et étaient ‘ très catholiques dans leurs convictions’61. Peu de temps après, Newman répondit à Phillipps en exprimant son intérêt pour les propositions de réunification, mais aussi ses regrets de ce que ‘vous ne dites pas un mot de Pusey et de ce qu’il a pu faire pour la cause – ou d’Isaac Williams – ou du cher Kebles. Est-il possible que la première génération ait eu sa récolte, et que la deuxième vendange appartienne entièrement à la seconde génération’62 ? Quoi qu’il en soit, Newman était favorable à la cause de la réunification, bien qu’il notât que tout ecclésiastique rejoignant Rome devait être réordonné63. Fin Juillet, dans un post-scriptum personnel à Phillipps, il notait : ‘Si l’Angleterre se convertit au Christ, ce sera du (après Dieu) à vous plus qu’à tout autre64. L’évêque Forbes était plus prudent sur l’association proposée, exprimant son anxiété dans une lettre à Lee :

L’esprit Britannique n’est pas préparé à une immédiate proposition d’union... inutile de vous rappeler combien je considère que la prudence est nécessaire. Une expression maladroite peut ruiner tout le bon travail, et par conséquent je ne pense pas qu’il soit avisé d’en faire plus pour l’instant que de prier encore plus, et de fournir à la Curie tous les documents nécessaires en appui des Ordinations indubitablement valides65.

En réalité, il redoutait d’être trop impliqué personnellement sans avoir d’abord consulté l’évêque de Moray, de même que John Keble et J.T. Coleridge. Il se trouvait de plus en plus entraîné dans une controverse sur la doctrine de l’Eucharistie et ne souhaitait pas envenimer sa situation en défendant les ordinations Anglicanes auprès de Rome66.

La fondation de l’association

Ni Phillips, ni Lee n’était aussi circonspects. Peu de temps après, à la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge, le 8 Septembre 1857, ils organisèrent une réunion au bureau de Lee pour lancer l’Association pour la Promotion de l’Unité de la Chrétienté. La feuille de présence indique que le président de la réunion était le Très Révérend Edward Bowles Knottesford-Fortescue, maire de St Ninian, Perth, qui, alors titulaire de Wilmcote près de Stratford sur Avon, avait présenté des chasubles eucharistiques, et se sépara de Rome en 1871. Parmi les autres assistants se trouvaient le prêtre Rosminien, William Lockhart (1820-92), de Kingsland, dont la séparation d’avec Rome avait précipité la démission de Newman à St Mary, Oxford en 184367, le fameux prêtre ritualiste Charles Lowder de St George dans l’Est, qui avait amené avec lui deux vicaires, Henry Collins (qui peu de temps après se sépara de Rome, devenant moine Cistercien au Mont Saint Bernard)68 et Hubert de Burgh. C.F. Litchfield, vicaire de All Saints’, Poplar, était aussi présent. Il y avait aussi George Macirone qui deviendra plus tard secrétaire, et le Révérend Henry Oxenham (1829-88), un pasteur Anglican qui avait été reçu dans l’Eglise Catholique à peine trois mois auparavant (mais qui ne reçut jamais l’ordination Catholique Romaine, ayant toujours cru qu’il avait été validement ordonné en tant qu’Anglican). Frederick Lygon, Fellow of All Souls College, Oxford, et MP pour Tewkesbury, et plus tard bienfaiteur du Keble College, Oxford, était le plus distingué des laïcs Anglicans. Ce qui apparaît dans cette liste, c’est que les membres Anglicans ne représentaient pas l’ensemble de leur Eglise : la réunification était un projet entrepris avec des vues très

60 Newman to Phillipps, 4 July 1857, ibid. xviii. 78. 61 Phillipps to Newman, 7 July 1857, ibid. xviii. 88. Purcell le date du 16 Juillet : Phillipps, i. 378. 62 Newman to Phillipps, 9 July 1857, in Newman, Letters and diaries, xviii. 88. Voir aussi Purcell, Phillipps, i. 370. Phillipps écrivit à Newman plus tard dans le mois (23 Juillet 1857) qu’il avait rencontré un ami de Williams qui disait qu’il ‘n’approuvait pas les tendances Romaines de "The Union" ou le mouvement de reddition : Newman, Letters and diaries, xviii. 88. 63 Newman to Phillipps, 13 July 1857, in Newman, Letters and diaries, xviii. 91. Voir aussi Newman to Phillipps, 30 July 1857, ibid. 105. 64 Newman to Phillips, 30 July 1857, ibid. xviii. 104–5; Purcell, Phillipps, i. 367–8. Phillipps rendit visite à Newman à nouveau le 14 Août. Newman écrivit de nouveau le 24 Novembre pour exprimer ses condoléances à Phillipps pour la mort de son fils Everard dans la Révolte Indienne : Newman, Letters and diaries, xviii. 183; voir aussi 17 Sept. 1857, 105. 65 Forbes to Lee, July 1857, in Brandreth, Lee, 78. 66 Rowan Strong, Alexander Forbes of Brechin le premier évêque Tractarien, Oxford 1995, 196. Pour les controverses, voir spécialement. ch. iv 67 See Ker, John Henry Newman, 278–9. 68 Henry Collins (1827–1919) se convertit en 1857, ordonné prêtre en 1859 et chapelain de Phillipps. Il rejoignit la communauté du Mont Saint Bernard, prononçant ses voeux solennels et prenant le nom d’Austin en 1869.

Page 12 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 particulières et très éloignées de celles de l’Eglise d’Angleterre69. Une motion fut proposée par Phillipps secondé par Thomas W. Perry, le curé ritualiste d’Addington dans le diocèse d’Oxford, qui plus tard représenta les ritualistes à la Commission des Rites dans les années 1860, cette motion disait : Que cette société, nommée Association pour la Promotion de l’Unité de la Chrétienté, soit présentement formée pour une prière unie pour que l’unité visible soit restaurée dans la Chrétienté ; et que la présente motion de cette réunion soit approuvée, imprimée et diffusée comme étant le principe suivant lequel la société désire agir. La motion fut approuvée à l’unanimité, 5.000 exemplaires en furent rapidement tirés et diffusés. Le tract fut rapidement traduit en Latin, Français et Allemand70. Le procès verbal rapporte également que : De surcroît, le Très Révérend Prévôt de St Ninian est nommé Président, et le Révérend Frederick George Lee Secrétaire de l’Association. Cette proposition émane du Rév. H.N. Oxenham secondé par A. Lisle Phillipps Esq. Et approuvée par acclamations.71 Le tract exposait les buts de l’association: De rassembler dans une chaîne de prière d’intercession des ecclésiastiques et des laïcs des communions Catholique Romaine, Grecque et Anglicane. Il est espéré et on croit que beaucoup, bien qu’actuellement largement séparés par leurs convictions religieuses, et qui déplorent le grave scandale causé au incroyants, et l’entrave à l’avancement de la vérité et de la sainteté chez les Chrétiens, causé par les tristes divisions existant parmi ceux qui professent avoir ‘Un seul Dieu, une seule Foi, un seul Baptême’ reconnaîtront l’intérêt de joindre leurs prières au Rédempteur, afin que tout soit UN, comme Vous, PERE, [...]ii que le monde doit croire ce que Vous m’avez envoyé avec diligence.’ A tout ceux maintenant qui, quoiqu’ils se lamentent des divisions entre Chrétiens, espèrent pour leur guérison principalement dans la Corporate Re-Union de ces trois grandes entités qui revendiquent pour elles-mêmes l’héritage du sacerdoce et le nom de Catholique, il est fait appel. Il ne leur est pas demandé de transiger sur aucun des principes auxquels ils sont, à tort ou à raison, attachés. Il leur est simplement demandé de s’unir pour promouvoir une haute et sainte fin, conformément à la promesse de Notre Seigneur ‘quelle que soit notre demande, nous croyons que nous serons exaucés’ et que ‘si deux ou trois sur la terre s’assemblent pour demander...Mon père qui est dans les cieux le leur accordera’. ‘Dire quotidiennement une courte prière avec un Notre Père aux intentions de l’Association est la seule obligation de ceux qui la rejoignent ; à ceci s’ajoute, pour les prêtres, au moins une fois chaque trimestre, l’offrande du Saint Sacrifice aux mêmes intentions. En appendice était donnée une prière directement issue du missel Romain, suivie du Notre Père : Ô Seigneur Jésus, Qui avez dit à Vos Apôtres, Je vous laisse ma Paix ; Je vous donne ma Paix ; ne regardez pas mes péchés, mais ma foi en Votre Eglise ; et accordez-lui la Paix et l’Unité selon Votre Volonté, Vous qui vivez et régnez éternellement. Notre Père... Le tract se terminait par une note explicative : En rejoignant l’Association il est entendu que personne ne doit émettre une opinion portant à controverse sur quelque sujet religieux que ce soit à l’exception d’un sujet désirable pour l’Association. Cette volonté de ne pas soulever de controverse s’avéra être source de querelles dans les débats ultérieurs. On demandait à ceux qui voulaient adhérer d’envoyer leurs noms à une longue liste de secrétaires. Outre ceux qui étaient présents à la première réunion, il y en avait plusieurs autres. Phillipps avait admis un autre prêtre Catholique, son ami Thomas Sing, un chanoine de la Cathédrale Catholique de Nottingham. Côté Anglican, la liste représentait le who’s who des ritualistes, comprenant l’esthète George Nugee, titulaire et châtelain de Wymering72, J.M. Neale, fondateur de la Société de Ste Marguerite, George R. Prynne de St Peter’s, Plymouth73, et Richard Collins, de l’église de Pusey, St Saviour, Leeds74. On demandait aux membres de faire la déclaration suivante : ‘J’adhère de plein gré à l’Association pour la Promotion de l’Unité de la Chrétienté, et

69 Ecrivant plus tard, Phillipps fit erreur sur les participants de la réunion et leur appartenance religieuse; sur les quatorze personnes présentes il déclarait qu’il y avait ‘deux prêtres Catholiques, les Pères Lockhart et Collins, le moine Cistercien, et les autres étant des clergymen Anglicans et un prêtre Russo-Grec’ : Purcell, Phillipps, i. 414. Le ‘ prêtre Russo-Grec ’ faisait probablement référence à Popoff qui n’était pas présent. Collins était encore Anglican à l’époque. 70 Comptes rendus, Archives de l’APUC, Pusey House Library, Oxford. Le tract original comporte une erreur: ‘requested’ est substitué à ‘requesting’. Les archives de l’APUC contiennent toutes les traductions. 71 Minutes de la première réunion, archives de l’APUC. 72 Sur Nugee voir Yates, Anglican ritualism, 102–4. 73 Sur Prynne voir Shelton Reed, Glorious battle, 263–4. 74 Les tracts font partie des archives de l’APUC. Il n’est pas étonnant que Walter Walsh dans son Histoire secrète du Mouvement d’Oxford (London 1899), ait noté la nature ritualiste de l’association. Sa relation de l’APUC (pp. 307–23) est relativement exacte.

Page 13 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 m’engage [à offrir le Saint Sacrifice une fois par trimestre*] à réciter chaque jour les prières suivantes à son intention’75. Une telle formulation était très peu susceptible d’attirer le clergé Anglican de tendance protestante. Phillipps était le principal contributeur financier, versant £ 10 par an. La ritualiste Société de la Sainte Croix donnait £ 2 par an pour Lee en tant que secrétaire. Phillipps et Lee étaient tous les deux actifs et persuasifs dans le recrutement des membres, y compris nombre de Catholiques Romains, pour la cause. Lee déclarait que le Cardinal Wiseman ‘ approuvait clairement [les Catholiques adhérant à l’Association], et... et ne s’opposait pas du tout aux Catholiques Romains en faisant partie’76. C’était en fait assez éloigné de la vérité. En Juin 1857, Barnabo ‘ avait demandé à Wiseman de commenter la brochure de Phillipps, commentaires qui furent délivrés le 24 Décembre. Loin d’être bien disposé, il considérait Phillipps littéralement comme un homme ‘avec des fantasmes assez enflammés, un visionnaire toujours prêt à croire en des voies surnaturelles extraordinaires, comme processus normal des desseins de la Porvidence’. De plus, il pensait que les expressions de Phillipps ‘tendaient à renforcer les Anglicans dans leurs retranchements, et à les rendre plus confiants dans la validité de leurs ordinations, ainsi qu’à les encourager à envisager la conversion en masse, plutôt qu’individuellement’77. Cela augurait mal du succès à long terme des projets de Phillipps. Cependant, le Cardinal n’interdit pas aux Catholiques d’adhérer à l’association. Les tracts suivants révèlent une liste de ‘secrétaires’ toujours en augmentation, venant de toute l’Europe, en particulier Eugène Popoff, chapelain de l’ambassade de Russie à Londres, qui est qualifié de ‘prêtre Grec’ dans la liste des membres. D’autres noms comprennent le Prince Emmanuel Charles Godoy de la légation Espagnole à Paris, le Dr Hanks, doyen de Heidelberg, et le Rév. Henry de Romestin de Fribourg en Breisgau dans le grand duché de Bade. Les nouvelles de l’association se répandaient largement : le 23 Août 1862 arrivait une lettre du Patriarche Oecuménique, Joachim, qui donnait sa bénédiction et exprimait son regret de la désunion. Le nombre de membres s’accroissait rapidement. Bien le compte n’en soit pas tenu méticuleusement, il y avait environ 675 membres lors du premier anniversaire, et ils étaient 7.330 en 186478. Certains membres adhérèrent en groupe : Mère Lydia d’Ipswich, par exemple, adhère avec ses cinq soeurs. Tous les Catholiques Romains et les Orthodoxes sont notés au crayon sur les déclarations : bien que le registre complet des membres ait été perdu, il y avait en fait relativement peu de non-Anglicans. Durant la première année, ils n’étaient probablement que 1379. Un grand nombre de membres Catholiques avaient Lisle ou Phillipps dans leurs noms, et il y avait très peu d’ecclésiastiques. Plus tard, plusieurs prêtres Français de tendance Gallicane furent enrôlés par Phillipps, de même que le Père Thomas McDonnell, un chanoine de la Cathédrale de Clifton80, et Francis Moresby, prêtre de Houghton-Le-Spring dans le comté de Durham. Deux évêques Catholiques se montrèrent très favorables à l’association : David Moriarty (1812-77) de Kerry et William Clifford (1823-93) de Clifton81. Cependant aucun évêque Anglican ne devint membre. L’association était considérée comme trop partisane. En dépit de sa sympathie, l’évêque Forbes n’adhéra jamais82, bien que les rapports montrent qu’il donna £ 2 à l’association en 1859. De même, l’ancienne génération d’Anglo-Catholiques, y compris Pusey, Keble et Isaac William n’adhérèrent pas, considérant de nouveau l’association comme trop partisane. L’association était aussi étroitement associée avec l’Union Newspaper qui avait été fondée par Lee ‘dans l’intérêt de l’Anglo-Catholicisme et l’Union avec Rome’ en Décembre 1856. Il publia bientôt des articles si radicaux qu’ils choquèrent quelques uns de ses plus vieux lecteurs. Keble écrivit à Lee pour annuler son abonnement. Dans sa lettre il écrivit à la troisième personne qu’il avait accepté d’essayer le journal pendant six mois pour voir ‘s’il le trouvait utile à l’Eglise d’Angleterre. Il est désolé de dire qu’aussi loin qu’il ait pu voir, il ne considère pas que la publication réponde à cette description’83. De même, Forbes supprima son appui et, bien

75 L’astérisque voulait dire : ‘Les laïques doivent omettre les mots placés entre crochets’ : archives APUC. 76 Wilfrid Ward, Life and times of Cardinal Wiseman, London 1897, ii. 489. 77 Wiseman à la Propagande, 24 Dec 1857, dans Stuart, ‘Unjustly condemned? ’, 56. Cette partie ne figure pas dans Ward, Wiseman, ii. 479–88. 78 Dans l’Union Review, Lee estime le nombre de membres à 12.684 en 1869, y compris 1.881 Catholiques Romains, 685 Orientaux et 92 autres Protestants. Cuthbert Butler rapporte 1,000 Catholiques Romains et 300 Orthodoxes pour un total de 8.000 bien qu’il n’indique pas la provenance de ses chiffres : Edward Cuthbert Butler, The life and times of Bishop Ullathorne, London 1926, i. 345. 79 Stuart, ‘Unjustly condemned?’ 47. Ceci est peut-être sous estimé étant donné qu’il donne à tort un total de 249 seulement. 80 Sur les débuts de la carrière de McDonnell à Birmingham voir J. F. Champ, ‘Sacerdoce et politique au dix-neuvième siècle la turbulente carrière de Thomas McDonnell’, Recusant History xviii (1987), 289–303. 81 Stuart, ‘Unjustly condemned?’, 47. Il n’existe pas de preuve qu’ils aient adhéré à l’association. De même, Ignatius Spencer d’adhéra jamais mais lâcha, peut-être cyniquement, que l’APUC était ‘un bon moyen de "perturber" les Anglicans dans leur prière pour leur propre conversion : ibid. 50. 82 Strong, Alexander Forbes, 196. 83 Se trouve dans Brandreth, Ideals, 33 (Keble’s italics). Voir aussi les réactions de l’ancienne génération dans Brandreth, Lee, 87–96.

Page 14 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 qu’il attirât des rédacteurs du calibre du Père Benson et de J.M. Neale, le journal continua à constituer une cause majeure de controverse. Les rédacteurs Catholiques étaient généralement anonymes, exprimant souvent des opinions qui ne pouvaient que provoquer de vigoureuses réactions des membres les moins favorables de leur propre communion. L’union Review : un Magazine Catholique de Littérature et d’Art remplaça l’Union Newspaper en Janvier 1863 et il était prévu qu’il soit plus modéré et académique dans le ton. Néanmoins beaucoup de ses articles continuèrent à être polémiques, certains appelant à des concessions pour les Anglicans et pour la fin de certaines pratiques Romaines, y compris le célibat pour les clercs. A dire vrai, le journal réussit à offenser les Catholiques Romains dans ses efforts pour apaiser les Anglicans, ‘opposant "Vieux Catholique" à converti84. Ce fut la chance de Manning dans un numéro contenant un article provocateur intitulé ‘Expériences d’un Converti’, publié anonymement par le converti Catholique, Edmund Salisbuty ffoulkes85, qui provoqua la réaction en chaîne aboutissant à la condamnation de l’association. De façon provocante, ffoulkes déclarait qu’il avait fait ‘plus pour le Christ avant sa conversion qu’après86 et en vint à avertir le clergé Anglican de ne pas se soumettre à Rome sauf s’il s’agissait d’un appel intime. La plupart des autres articles adoptaient la ‘théorie de branches de l’Eglise’ qui attribuait un poids égal aux Orthodoxes et aux Anglicans87, menaçant de façon similaire les convertis Ultramontains plus zélés : Manning en particulier fut scandalisé88. Phillipps déclara plus tard que juste au moment où l’association ‘comptait quelques neuf mille membres, ...voyez ! L’esprit du Malin s’est mis au travail pour bouleverser une œuvre si sainte89.

La condamnation

A leur réunion de 1864, les évêques Catholiques Romains demandèrent à l’évêque William Bernard Ullathorne (1806-89) de Birmingham d’examiner le travail de l’association et d’envoyer un rapport à Rome90. Il envoya deux lettres à la Propagation de la Foi dans lesquelles il déclarait [que l’association] tirait son origine du parti Puseyite (ce qui n’était pas rigoureusement exact), et qu’elle avait été fondée sur l’affirmation que ‘la secte Anglicane faisait véritablement partie de l’Eglise Catholique91. Cependant, il était plus inquiet vis à vis des contributions à l’Union Review, accusant ses rédacteurs de tromperie délibérée en publiant des articles en divergeant des Catholiques Romains afin d’empêcher d’autres conversions92. Les lettres d’Ullathorne suscitèrent la lettre de condamnation (ou Rescrit) Ad omnes episcopos Angliae éditée par le Cardinal Patrizi en date du 16 Septembre 186493. Des extraits traduits en Anglais furent publiés dans le Weekly Register du 29 Octobre et une version complète dans The Tablet du 5 Novembre 186494. La fausse prémisse de l’association était sa revendication de ‘Catholique’ pour les communions Grecque ‘schismatique’ et Anglicane ‘hérétique’. Il était demandé aux évêques de veiller à ce que les fidèles ne soient pas ‘conduits par des hérétiques à entrer dans cette association avec les mêmes hérétiques et schismatiques’. En résumé, les buts de l’association étaient ‘extrêmement subversifs envers la divine constitution de l’Eglise’. La communion avec le Siège Apostolique est nécessaire à l’unité : contre la théorie implicite de branche de l’association, le rescrit répétait que l’Eglise était uniquement constituée par une unité ‘dont le principe, la racine et la source est l’indéfectible et suprême autorité et la principauté suprême de Saint Pierre, le Prince des Apôtres, et de ses successeurs sur le Saint Siège Romain’. L’Union Review était aussi condamnée comme faisant obstacle à la conversion de non-Catholiques à la vraie foi. Le rescrit concluait :

84 Voir V. A. McClelland, ‘Corporate reunion a nineteenth-century dilemma’, Theological Studies xliii (1982), 25; Stuart, ‘Unjustly condemned? ’, 50. 85 Union Review ii (1864), 277–308. Voir aussi Christendom’s divisions being a philosophical sketch of the divisions of the Christian family in east and west, London 1865. ffoulkes explica que le terme ‘ vert ’ était une abbréviation pour converti dans une lettre à l’Union Review iii (1865), 322–3. Sur ffoulkes voir Stuart, ‘Unjustly condemned?’, 52–3. ffoulkes rejoignit l’Eglise d’Angleterre en 1870, devenant curé de l’Eglise de l’Université en 1879. Il écrivit une verte réponse au Reunion and Christendom de Manning : Le credo de l’Eglise ou le credo de la couronne ? Lettre au très révérend Archevêque Manning, Londres 1868. 86 ‘Experiences of a vert ’’ ’, 283. 87 McClelland, ‘Corporate reunion’, 27. 88 E. S. Purcell, Life of Cardinal Manning, archbishop of Westminster, London 1895, ii. 277. Voir aussi James Pereiro, Cardinal Manning an intellectual biography, Oxford 1998, 190–9, and ‘Crossed visions – the Anglican Manning’s opinions of Rome and the Catholic Manning’s thoughts onCanterbury’, in McClelland, By whose authority ?, 204–43. 89 Phillipps to Lord John Manners, in Purcell, Phillipps, i. 414. 90 Voir Pawley, Faith, 311–19; Newman, Letters and diaries, xxi. 415n. William Bernard Ullathorne to Propaganda, 26 Apr. 1864, in Stuart, ‘Unjustly condemned?’, 54; Pawley, Faith, 312. 91 92 Ullathorne to Propaganda, 24 May 1864, in Stuart, ‘Unjustly condemned?’, 54. 93 Publié en Latin dans The Tablet, 29 Oct. 1864, 692. 94 The Tablet, 5 Nov. 1864, 709. Voir aussi Union Review iii (1865), 88.

Page 15 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 Par conséquent, on doit apporter la plus grande attention à ce que des Catholiques trompés, soit par l’apparence de piété, soit par une intention diabolique dont nous avons parlé, ne puissent adhérer ou de quelque manière favoriser cette Association ou tout autre semblable, et qu’ils ne soient pas détournés par le fallacieux désir d’une nouvelle unité Chrétienne dans laquelle ils pourraient déchoir de l’unité, laquelle par un don merveilleux de la Grâce de Dieu réside dans la fermeté de Pierre. Selon le biographe de Phillipps, cette lettre fit l’effet ‘d’un souffle accablant sur les aspirations Catholiques de centaines d’ecclésiastiques Anglicans... Si de Lisle avait suivi son premier mouvement, il aurait déjà publié sa correspondance avec le Cardinal Barnabo’, mais le Dr F.G. Lee, dans une lettre datée du Dimanche des Rameaux 1863 l’en dissuada95. Presque immédiatement Phillipps qui croyait que Wiseman était devenu plus coopératif96, mit en route un projet de réponse. Cependant, beaucoup de Catholiques Romains se séparèrent rapidement de l’association, et parmi eux, Thomas McDonnell97. De même, et apparemment sans ironie, ffoulkes écrivit au Church Times le 29 Octobre 1864 à propos de la lettre de condamnation (avec une vague référence à la pensée de Leibnitz selon laquelle Rome était le point d’ancrage de l’unité) : ‘un document plus tempéré, convenable et pacifique de la part d’une autorité constituée, que j’ai rarement eu la bonne fortune de lire’98. L’évêque William Clifford de Clifton écrivit à Phillipps le 27 Octobre 1864, retirant son appui et déclarant que la théorie de Branche de l’Eglise ne pouvait être que condamnée comme hérétique99. L’évêque Moriarty cependant croyait que l’association avait été condamnée sur de faux principes100. La presse religieuse eut les réactions prévues : une coupure de journal non identifiée mit carrément le blâme sur Manning : Nous Anglo-Catholiques pouvons encore prier, et obtenir une visible et inoubliable réponse à nos pétitions. Mais pour les pauvres Catholiques Romains d’Angleterre, le Dr Mannig et le Cardinal Patrizzi ont changé tout cela : ‘... Le Dr Manning connu familièrement comme l’Archidiacre Manning à une époque, est généralement reconnu responsable de cette étrange interférence de conscience. Il gagne ainsi son chapeau de Cardinal, et est prêt pour l’Archevêché de Westminster101.’ Dans la même veine, le Church Times déclarait que le rescrit était typique de ‘l’insupportable tyrannie’ de l’Eglise Romaine et décrivait Mannig comme le ‘Balaam moderne’102. Un grand leader suggérait que : De toutes les gaffes idiotes, stupides et suicidaires jamais perpétrées par le Saint Siège, la publication du Rescrit contre l’APUC est la plus remarquable pour sa totale folie, à défaut de sa méchanceté délibérée... Il serait monstrueux de supposer que Rome entendait délibérément commettre un acte condamnant et plaçant sous interdit une Association dont le but et la raison d’être de la part de ses membres ne vont pas plus loin que reconnaître et déplorer le fait indubitable de la déchirure et la division de la Chrétienté, et de se réunir ensemble pour offrir des prières d’intercession pour le retour de l’unité. Suivait une attaque contre les convertis ‘qui, infidèles à leur mère nourricière, trouvent un bien-être dans la croyance que l’Eglise dans laquelle ils ont été baptisés, et au service de laquelle ils ont passé leurs meilleures années et leur intelligence adulte, est une misérable imposture, et que leurs plus solennels ministères à ses autels étaient des parodies vides de sens’103. Deux semaines plus tard un long article de fond se plaignait de la présentation erronée des buts de l’association et du respect qu’elle montrait pour les frontières des différentes communions104. Des nouvelles du rescrit parvinrent aux Etats Unis. La Church Review déclarait que Manning ‘avait été envoyé pour avertir tous les membres de l’Eglise Romaine d’Angleterre qui avaient l’habitude de contribuer [aux pages de l’Union Review] d’arrêter leur collaboration sous peine d’excommunication105.’

95 Purcell, Phillipps, i. 386. 96 Manning et Ullathorne furent surpris plus tard en apprenant que les lettres de Wiseman n’avaient pas ‘un ton décidé’ : Stuart, ‘Unjustly condemned?’, 55. Voir aussi Shane Leslie, ‘Some Birmingham bygones’, Dublin Review clvi (1920), 210. 97 Thomas McDowell to the Weekly Register, 29 Oct. 1864. 98 Church Times, 29 Oct. 1864, 347. 99 Purcell, Phillipps, i. 402; Brandreth, Lee, 103. 100 Purcell, Phillipps, i. 400. 101 Coupure de presse non identifiée, archives de l’APUC. 102 Church Times, 22 Oct. 1864, 340. 103 Ibid. 337. 104 Ibid. 5 Nov. 1864, 357. Voir aussi le Guardian, 2 Nov. 1864, 1065–7. 105 American Quarterly Church Review and Ecclesiastical Register xvii (1866), 158.

Page 16 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 Phillips et Lee soutinrent que la condamnation avait été injuste, signalant les contradictions entre la circulaire originale pour les adhésions à l’association et les traductions utilisées à Rome, bien que cela risque d’être de peu de poids106. Lee écrivit au Church Times : ‘il semble bien que ce ne soit pas seulement l’Union Review qui soit condamnée, mais aussi l’APUC. Maintenant il est sûr que cette dernière ne peut avoir été si mal traitée et condamnée que d’après une présentation totalement erronée de sa véritable nature, et une vue partisane et injuste de ses buts’107 . Dans The Tablet, il faisait remarquer les divergences d’opinion sur l’autorité papale parmi les dirigeants Catholiques Romains, et exprimait son étonnement qu’il soit considéré ‘illégal de prier pour la réunion de la Chrétienté’108. Une protestation encore plus vigoureuse vint du pasteur ritualiste Richard F. Littledale109, qui répondait à un court pamphlet intitulé l’Unité et le Rescrit, visant particulièrement la lettre pastorale de l’Evêque Ullathorne à son diocèse commentant le rescrit110. Dans ce pamphlet il donnait droit à certaines appréhensions des évêques, mais dans le même temps portait une franche attaque contre Manning en tant qu’initiateur : ‘ je devrai m’arrêter ici’ écrit-il ‘car le nom d’un maître aussi accompli dans l’art de la dissimulation et des fausses assertions suffirait presque à démolir tout Rescrit basé sur ses représentations’111. Un commentaire aussi irréfléchi aurait pu provoquer un retour de flamme, particulièrement s’il semble que Manning n’ait pas eu de responsabilité dans la lettre. Wiseman écrivit à un correspondant le 26 Novembre 1864 qu’il ‘n’est pas vrai que la récente lettre du Saint Siège ait été obtenu par des démarches de Mgr Manning’112. Manning, cependant, avait averti le Cardinal Barnabo à propos de Lee qu’il considérait comme un individu particulièrement astucieux, mais aussi capable de grosses exagérations113. Phillips écrivit à Manning le 15 Novembre 1864, faisant part à la fois de son exaspération et de ce qui paraît être une incompréhension complète de l’Eglise d’Angleterre : Il m’apparaît de temps à autre que le présent mouvement vers le Catholicisme dans l’Eglise Nationale Etablie est historiquement l’exacte contrepartie que ce qui se passa dans la même Eglise vers le Protestantisme à l’époque de la dite Réforme... tous les dogmes Catholiques à l’exception de la Primauté Papale deviennent graduellement et généralement admis, comme le préliminaire nécessaire à l’acceptation de cette dernière. Il en vint à signaler les dangers inhérents à la condamnation Romaine, qui pourrait envoyer les Anglicans à tendance réformiste dans la catégorie de ce qu’il appelait ‘les Ultra Gallicans, les Italiens Schismatiques, les Russo-Grecs et autres Orientalistes contre Rome.’ Son affirmation, qu’une meilleure étude de l’Eglise d’Angleterre aurait aisément balayée, était que ‘l’Angleterre est maintenant sur la route d’une grande Révolution Religieuse, cette fois ci vers la Catholicité et vers le Siège Romain comme son véritable centre’114. Il écrivit de nouveau à Manning le 7 Décembre de façon encore plus fantaisiste : Il ne peut y avoir de doute sur le fait que dans toute l’Angleterre, une révolution en faveur du Catholicisme se répand rapidement, laquelle une fois totalement mûrie ne pourrait manquer d’aboutir, soit à une Eglise Nationale avec son propre clergé (si reconnu comme tel par le Saint Siège) prêt à être reçu en groupe dans le giron Catholique ; soit ce qui serait équivalent, avec une organisation de clergé apparent prêt à être réordonné si la Suprême Autorité de l’Eglise de Dieu déclarait cette étape nécessaire ou très désirable... J’ai eu également l’assurance que nous pouvons compter sur Disraeli comme appui à la Réunification, lorsque viendra le moment favorable, et à peu près la totalité du parti Conservateur, qui, tout en étant libéral en politique est Haute Eglise en Religion. Phillipps concluait ces rêveries assez fantastiques avec des estimation largement gonflées : ‘J’ai la certitude qu’à côté de 1.500 religieux de l’Eglise Nationale membres de l’APUC, il en existe au moins 8 à 10.000 qui sont en général favorables au principe de Corporate Reunion’115. Qui lui en a donné la certitude, cela reste à découvrir.

106 Purcell, Phillipps, i. 373. 107 Church Times, 29 Oct. 1864, 347. 108 The Tablet, 5 Nov. 1864, 714. Des réponses hostiles suivirent la semaine d’après : 12 Nov. 1864, 730. 109 Littledale devint l’un des Ritualistes les plus hostiles à Rome publiant des pamphlets très lus, Pourquoi les ritualistes ne deviennent pas Catholiques Romains et les Ritualistes non Romanistes des années 1870 et raisons évidentes de ne pas rejoindre l’Eglise de Rome, , London 1880. 110 Voir aussi l’Union Review iii (1865), 679–82. 111 Richard F. Littledale, Unity and the rescript, London 1864, 3. 112 Cité dans Ward, Wiseman, ii. 491. 113 Manning to Propaganda, 10 June 1864, in Stuart, ‘Unjustly condemned? ’, 58, Voir aussi Pereiro, Cardinal Manning, 191, and Pawley, Faith, 298, 311. 114 Purcell, Phillipps, i. 392–3. 115 Purcell, Phillipps, i. 394–5.

Page 17 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 Le croyant toujours supporter du projet de réunification, Phillipps écrivit au malade Wiseman lui demandant de transmettre à Rome une réponse à la condamnation, et également s’il pouvait continuer en tant que membre, promettant de ‘garder les choses dans la ligne de l’orthodoxie’116. Wiseman hésitait, spécialement à cause d’un débat dans les colonnes du Weekly Register sur la question de savoir, comme George Nugee l’avait déclaré, si le Pape lui-même avait donné sa bénédiction à l’association lors d’une audience donnée le 11 Avril 1864 à divers membres de l’association. La phrase clé de Pie IX était ‘Mio interno sentimento volontario’117. Les autorités religieuses n’ont jamais démenti qu’il l’avait prononcée, bien qu’un correspondant de The Tablet ait été moins convaincu118. Lee, appuyé par le Chanoine William Knight de Hexham, répondit la semaine suivante que le Pape avait donné sa bénédiction119. Cependant, aucune réponse ne fut donnée par Talbot qui était présent à l’audience, et le sujet de l’approbation papale fut posément omis120. La situation empirait : Wiseman était mourant et Phillipps fut par la suite forcé de donner sa démission de membre de l’association le 19 Décembre. Le Père Lockhart qui avait émis des doutes quant à l’estimation de Phillipps du nombre de pasteurs Anglicans attendant de rejoindre l’Eglise Romaine, avait suggéré la forme que devait prendre la démission. Phillipps écrivit à Talbot à Rome : ‘Je vous écris pour vous informer que je retire mon nom de l’A.P.U.C . à mon corps défendant, en acte de soumission à l’autorité du Saint Siège, bien que je maintienne que les autorités ont été trompées par une fausse relation des faits121. Quelques jours après, le 26 Décembre 1864, exaspéré, il écrivit à Wiseman : J’espère, mon cher Cardinal, que vous leur direz à Rome tous les progrès merveilleux, mais faites leur connaître la vérité ; que s’ils ne sympathisent pas et encouragent les sentiments anti-Romains des Anglicans, ce sera désastreux pour la cause, et le mouvement profitera aux Grecs, et aboutira à une dangereuse alliance contre la Papauté. J’en suis parfaitement certain et je sais que c’est l’alternative. Lorsque les gens disent que l’APUC fait obstacle aux conversions individuelles, ils ne se rendent pas compte qu’ils font obstacle à eux-mêmes. Ce sont eux qui font obstacle à tout, conversions en masse ou individuelles – et cela apparaîtra de plus en plus à mesure que le Parti Anti-Union gagnera plus d’influence à Rome. Et je m’étonne qu’une chose au moins ne leur ouvre les yeux, c’est que les seules personnes qui se réjouissent de l’affront fait aux Anglo-Catholiques (j’utilise la phrase cliché) sont les Infidèles et les Ultra-Protestants !122 Craignant le naufrage total de ses projets de réunification, Phillipps se mit à récolter des signatures pour sa réponse au rescrit, traversant l’Angleterre pour des noms amis, spécialement des ecclésiastiques d’un certain âge. Les comptes rendus montrent qu’un appel financier fut lancé en 1864, avec nombre d’églises de premier plan effectuant des collectes spéciales123. Les seuls dignitaires à signer furent le doyen de Brechin et le Prévôt Knottesford-Fortescue. Henry Liddon refusa sa signature, allégeant qu’ ‘il risquait de n’en sortir aucun bien’ et le Père Mackonochie trouva la réponse ‘outrecuidante’124. Une fois de plus, Phillipps n’avait pas saisi la nature de l’Eglise d’Angleterre pas plus que celle de sa propre Eglise. Mgr George Talbot, la voix Anglaise prépondérante à Rome, écrivit à Phillipps le 13 janvier 1865, faisant remarquer qu’il avait du mal à comprendre comment on pouvait tenir sincèrement à la doctrine Romaine sans adhérer à la Primauté Papale125, bien qu’il semble avoir plus tard offert à Phillipps quelques raisons de penser que la papauté devenait plus compréhensive vis à vis de sa cause126. Phillipps reçut le 6 Février 1865 une lettre de Brownlow qui suivait des cours au Collège Anglais de Rome, qui contenait une estimation plus exacte des appuis potentiels. Il déclarait qu’il y avait moins d’une centaine de religieux favorables à une corporate reunion et qui suivaient la doctrine Romaine : Ils sont pour la plupart des jeunes hommes relativement capables, comme notre aimable ami, Mr F.G. Lee, qui est considéré comme "crochety" par des Anglicans sincèrement modérés, et dont les opinions sont tolérées avec

116 Ibid. Phillipps écrivit plus tard : ‘Trois semaines avant que ne meure le Cardinal Wiseman, je le vis étendu sur son lit d’agonie, et il m’assura alors qu’il adhérait toujours à ce qu’il avait écrit en 1841’ : Phillippps to Brownlow, 10 Dec. 1869, in Purcell, Phillipps, i. 349. 117 Weekly Register, 12, 26 Nov. 1864. Voir aussi Mgr F. Searle in the Union Review iv (1867), 607–9. 118 The Tablet, 29 Oct 1864, 695. 119 Ibid. 5 Nov. 1864, 714. 120 See Stuart, ‘Unjustly condemned?’, 60–1. See also Pawley, Faith, 419n.; Butler, Ullathorne, i. 345. 121 Purcell, Phillipps, i. 400. Lee déclara dans une notice nécrologique que Phillipps avait plus tard annulé sa démission car l’évêque de son diocèse ne l’exigeait pas, bien que ceci ne soit pas prouvé: Reunion Magazine i (1877–9), 334. See also Pawley, Faith, 313. 122 Phillipps to Wiseman, 18 Dec. 1864, in Purcell, Phillipps, i. 400–1. 123 Comptes Rendus, Archives de l’APUC. 124 Cité par Brandreth, Lee, 105–7. 125 Talbot to Phillipps, 13 Jan. 1865, in Purcell, Phillipps, i. 404. 126 Voir Phillipps to Newman, 26 Feb. 1866, in Newman, Letters and diaries, xxii. 165.

Page 18 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 un bon sourire, mais qui n’ont aucun titre à représenter le sentiment religieux de l’Angleterre, ni de la Communion Anglicane, pas plus que tout autre section du High Chrch Party. Il y en a d’autres, dont je sais personnellement que pour la plupart, ils font partie de l’APUC et qui sont des personnes beaucoup plus solides et influentes ; mais ceux-ci autant qu’ils respectent toute la doctrine Romaine, croient que Rome peut enseigner l’erreur, même en matière de foi. Je ne peux pas imaginer un homme honnête restant en état de schisme s’il a cru que l’Eglise Romaine à enseigné une hérésie127. La réponse au rescrit fut rédigée par le Père Lockhart et envoyée avec 198 signatures à l’été 1865. Son but était d’éclaircir certains points obscurs et elle énonçait que ‘Nous affirmons simplement que l’Eglise Anglicane revendique pour elle-même le nom de Catholique ; ce qui est pleinement évident pour tous, à la fois sur les plans liturgique et le contenu de la religion.’ De même, elle suggérait que le but de l’association n’était ‘rien d’autre que l’intercommunion oecuménique qui existait avant le schisme entre l’est et l’ouest, fondé et appuyé sur la profession de la même unique Foi Catholique.128’ Une telle idée, cependant, avait peu de chance d’en convertir beaucoup à Rome à la cause de Phillipps. Manning en particulier montrait peu de sympathie pour un projet aussi irréaliste qui menaçait la cause de l’Ultramontanisme. En tant qu’Archevêque il lui fut demandé par Rome son opinion sur la réponse ; il écrivit à Talbot le 18 Juillet 1865 que l’association ‘n’avait été en aucune façon mal comprise’129. Beaucoup avait été fait dans l’appel de l’association sur la différence entre l’existence de facto de trois Eglises sans essayer de dire s’il existe trois Eglise de jure. Ce que Manning tint à nier [en exposant] ‘(1) l’unité exclusive de l’Eglise Catholique et Romaine, et (2) son infaillibilité exclusive et (3) le devoir universel et la nécessité de se soumettre à elle’130. Bien qu’il ait ‘espéré plus’, Manning écrivit à Talbot qu’il considérait la réponse Romaine comme ‘très solide et digne aussi loin qu’elle aille’131. La lettre, qui portait la signature du Cardinal Patrizi, était datée du 8 Novembre et commençait par un affront, refusant le titre de ‘reverend sirs’. Elle condamnait de nouveau la théorie de branche de l’Eglise, et demandait simplement aux Anglicans de se soumettre au Pape, sans lequel il ne peut y avoir d’Eglise : ‘Quiconque en quelque manière s’exclut de l’unité de la foi, ou de son amitié [de Saint Pierre], ne peut ni être absous de ses péchés, ni entrer dans le Royaume du Ciel132’ . Quelques Catholiques furent choqués de cette réponse sans compromis comme l’évêque Thomas Joseph Brown OSB de Newport et Menevia. Newman écrivit dans le même esprit : ‘pour ma part, je n’ai pas vu l’intérêt d’appartenir à l’Association, mais je pense que ses membres ont été cruellement traités133.’ Lockhart était aussi découragé et il écrivit à Lee que ‘de Lisle était accablé’134. Parmi les Anglicans on avait le sentiment que l’association nécessiterait d’être reconstruite avec une direction plus en vue (en moins sujette à controverse). Pusey écrivit à Keble le 19 Février 1866 : ‘Je me demande si, puisque vous êtes mieux... nous pourrions remettre cette Société sur de nouvelles traces, si nous la rejoignions ; c. à d. ne pas la laisser entre les mains du Secrétaire135.’ En 1866, Manning publia une lettre pastorale expliquant la condamnation, dans laquelle il exposait ses propres idées univoques à propos de réunification en sept point concis : l’Eglise était ‘absolue et indéfectible’, ‘l’infaillibilité de l’Eglise est un dogme de foi’ ; ‘La primauté de la Tête Visible de la Divine Institution’ ; ‘L’Eglise Catholique et Romaine seule a reçu le nom de Catholique’ ; celui qui est séparé de l’Eglise Catholique ‘encourt la colère du Tout Puissant’ ; et pour finir ‘toute âme sous peine de perdre la vie éternelle, est tenue d’entrer dans la seule Eglise du Christ’. Il restait peu de place pour l’Eglise de son baptême. Plus loin dans la lettre il écrivait : ‘Nous sommes prêts à promouvoir le retour de nos frères séparés à n’importe quel prix sans sacrifier une parcelle de l’ordre surnaturel d’unité et de foi [parce que]... nous ne pouvons troquer, ou donner ce qui ne nous appartient pas.136’ Plus important, il concluait sur un ton plus pratique : ‘Maintenir l’espérance en

127 Browlow to Phillipps, 6 Feb. 1865, in Purcell, Phillipps, i. 411. 128 Manning to Talbot, 18 July 1865, in Lee, Ideals, 37 Voir aussi Edward Messenger, Rome and reunion, London 1934, 96. 129 Cité par Purcell, Manning, ii. 281. 130 Ibid. 131 Ibid. ii. 282a ce propos voir Pereiro, Cardinal Manning, 192–4. 132 Congregation of the Holy Roman and Universal Inquisition to English Reunionists, 8 Nov. 1865, in Purcell, Phillipps, i. 417–22. Voir aussi Church Review xvii (1866), 330. 133 Newman to Phillipps, 13 Feb.1865, in Newman, Letters and diaries, xxi. 415. 134 Cité par Brandreth, Ideals, 38–9. 135 Cité par Pawley, Faith, 317–18. Keble ne se remit jamais de maladie et mourut dans l’année. Pusey commença à travailler sur le premier tome de son Eirenica. 136 Henry Manning, The reunion of Christendom, London 1866, 16–17.

Page 19 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 des évènements impossibles est trompeur et cruel. Le vrai bien des âmes dicte une autre route137.’ Peut être de façon un peu surprenante, Newman écrivit à Phillipps pour défendre Manning, qui, bien que paraissant sévère, n’écrivait pas en tant qu’individu mais en tant qu’évêque et était ‘loyal à sa foi’138. Peu de temps après Newman écrivit une longue lettre à Phillipps dans laquelle il suggérait que la réalisation des buts de l’association nécessitaient un miracle ‘dans le même sens où ce serait un miracle pour la Tamise de changer sa course et se ruer dans la mer à marée montante au lieu de descendante’. Il concluait, faisant allusion à Dryden : Examinée dans sa struture [l’Eglise Anglicane] n’a jamais été que partiellement Catholique. Si son rituel l’a généralement été, déjà ses articles sont la suite historique de Luther et de Calvin. Et son organisation ecclésiale a toujours été, dans ses principes fondamentaux, Erastienne. Rendre Catholique ce corps actuel, visible tangible, consisterait simplement à fabriquer une nouvelle créature – cela équivaudrait à changer une panthère en biche... Cela pourrait être fait sans miracle dans une succession d’époques, mais dans une période assignée, non.139 Newman en venait alors à tracer les grandes lignes de ce qu’il considérait comme le vrai caractère de l’Eglise d’Angleterre, qui avait été totalement compromis par sa fondation dans l’érastianisme, qui s’effectua à travers des personnages aussi différents que Whitgift, Laud et Hoadly. Ceci devait empêcher un vrai Catholicisme de trouver des bases. Même à l’époque actuelle, déclarait-il, c’était l’érastianisme qui unissait les parties de l’église : ‘qu’est-ce que le rejet de Gladstone à Oxford, qu’est-ce que la glorification de l’Ange Disraeli, sinon une politique Erastienne ? Et quels en sont spécialement les promoteurs, sinon l’Union Review et le parti qu’elle représente ?’ A la fin, pensait-il, il était difficile de concevoir que la Constitution d’un Eglise d’Angleterre, réglée par un Acte du Parlement, puisse oeuvrer pour le retour à l’Eglise Catholique, jusqu’aux partis politiques, aux grands intérêts de la nation, le parti de la campagne, la production, le commerce, qui deviendraient officiellement Catholiques. Avant que cela arrive, et aussitôt que possible, à ce qu’il me semble, l’Establishment cesserait d’exister, en vertu du principe et mouvement Free Church and Voluntary. Ce qui fait que, de mon point de vue, je ne peux imaginer comme je l’ai dit au début, l’Establishment entrant dans le Catholicisme, pas plus que je ne peux imaginer la Tamise entrant dans la marée montante. Comme Manning, Newman connaissait la nature de l’Eglise d’Angleterre et les limites des possibilités de tout plan de réunification. Et comme certains de ses amis Tractariens, il était très méfiant quant aux implications religieuses de l’Establishment. L’histoire de l’association ne prend pas fin avec la condamnation. Au contraire, elle continua à être populaire auprès de nombreux Anglicans, ainsi que parmi quelques religieux à tendance Gallicane en France140. Mais après 1865 sa direction changea et elle perdit virtuellement tous ses membres Anglais Catholiques Romains. Elle produisit des volumes de sermons, et continua de promouvoir l’union et le travail dans les écoles, mais ses attentes étaient plus modestes. Elle traîna sous cet aspect jusqu’en 1921 où elle fut sabordée par son directeur de l’époque, Athelstan Riley, en raison de l’absence de Catholiques Romains141. Après 1865, Lee devint de plus en plus désenchanté de l’association et se sépara également de l’Union Review. Il produisit une longue étude sur la validité des ordinations Anglicanes142, et peu de temps après s’occupa du bizarre projet de The Order for Corporate Reunion 143qui semble à la fin avoir formé une Eglise Anglicane Uniate. Il fut secrètement consacré évêque en 1877 à Murano près de Venise, afin d’assurer la validité des ordinations Anglicanes144. Il est intéressant de noter que l’idée d’une Eglise Uniate d’Angleterre fut plus récemment proposée par Aidan Nichols, bien qu’il reconnaisse qu’une telle Eglise n’aurait jamais compté qu’une poignée de membres de l’Eglise d’Angleterre145. A la fin du dix-neuvième siècle d’autres personnalités

137 Ibid. 73. For responses see ffoulkes, Church’s creed, and A. Gurney, à propos de certaines propositions et perspectives de réunification: a letter to the lord bishop of Oxford, London 1866. 138 Newman to Phillipps, 27 Feb. 1866, in Newman, Letters and diaries, xxii. 165. 139 Newman to Phillips, 3 Mar. 1866, ibid. xxii. 170–2. 140 A ce propos, voir Peter Anson, Bishops at large, London 1964; Brandreth, Ideals, ch. viii, and Lee, ch. vi ; Ollard, Reunion, 37. Voir aussi Jules Gondon, De la Réunion de l’église d’Angleterre protestante à l’Eglise Catholique, Paris 1867. L’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, promit de faire dire la prière pour la réunification dans son diocèse. 141 Comptes rendus, 17 Jan. 1921, archives de l’APUC. 142 Brandreth, Lee, 111Voir The validity of the holy orders of the Church of England, maintained and vindicated, both theologically and historically, London 1869. 143 Pawley, Faith, 380–4. See also Stuart, ‘Roman Catholic reactions’, 191–202. 144 Brandreth, Lee, ch. vi. 145 Aidan Nichols, The panther and the hind, Edinburgh 1993, 177–80.

Page 20 sur 21 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 11 septembre 2008 comme Lord Halifax, reprirent le travail inauguré par l’association, maintenant ainsi la réunification sur l’agenda. Il écrivit à Lee en 1896 : ‘il me semble que la cause de la réunification avance par sauts et par bonds. Je suis surpris de constater partout les marques d’intérêt pour le sujet. Certainement, le travail accompli dans les anciens jours par l’APUC porte ses fruits’146 . Cependant, ce n’était que partiellement vrai, comme l’échec des conversations de Malines le démontre. On est forcé de conclure que ni Lee ni Phillipps n’ont compris leurs propres églises. En dépit des plus grands efforts de beaucoup, le renouveau Catholique débutant dans les années 1830 n’est pas parvenu à dé- protestantiser l’Eglise d’Angleterre : la grande majorité de son clergé et de ses laïques ne souhaitaient tout simplement pas d’union avec le Pape. De même, Phillipps et Lee avaient une idée complètement fausse du nombre de sympathisants à leur cause. Les estimations varient, mais avant 1870 il n’y a probablement jamais eu plus de 472 titulaires s’identifiant eux-mêmes comme Tractariens. Bien que la plupart aient probablement été ritualistes dans les années 1860, même dans ce groupe sélectionné il y en avait beaucoup qui n’auraient pas admis la corporate reunion147. Les gens étaient heureux de prier pour la réunification, mais peu seraient concrètement allés plus loin. Plus déterminant, le rêve Puginesque de renouveau de la société organique du Moyen Age s’avéra illusoire : l’attachement Romantique à la chevalerie ouvrit la porte à la politique agressive de l’Ultramontanisme, à l’anti-Catholicisme et à l’anti-Ritualisme. Le Catholicisme gothique était un fantasme. En réalité, Lee et Phillipps étaient, comme l’écrivit Margaret Pawley, ‘des passionnés idiosyncrasiques de la réunification dont l’enthousiasme excédait le sens des réalités’148. Par conséquent, Wiseman jugeait bien Phillipps : il était un rêveur, et ses projets de corporate reunion étaient aussi exotiques que ses propres tentatives de reconstruire le Nord Ouest du Leicestershire selon un modèle féodal. Et Manning avait également raison lorsqu’il estimait que seule la vérité pouvait conduire à l’unité149 : là ou il y avait des vérités concurrentes, la réunification s’avérait être un fantasme. Mais peut-être est-ce à travers le rêve qu’une vérité plus profonde peut être découverte. Au final, le fantasme de la réunion apparaît toujours être un rêve digne d’être rêvé.

  Fin du communiqué du 11 septembre 2008 du Comité international Rore Sanctifica
  Ce communiqué peut être téléchargé depuis le site http://www.rore-sanctifica.org

i NdT : plus exactement Ambrose March Phillipps de Lisle. Ce dernier nom viendrait d’un compagnon de Guillaume le Conquérant qui possédait l’Ile de Wight. (voir aussi la note §8). ii Partie intraduisible, références religieuses inconnues : ‘that all may be One, as Thou, FATHER, art in Me, and I in Thee, that they also may be one in Us’

146 Cité par Brandreth, Lee, 113. 147 Voir George Herring, What was the Oxford Movement? London, 2002, 72. Voir aussi Yates, Anglican ritualism. 148 Pawley, Faith, 292. 149 Manning, The reunion of Christendom, 24.

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