CIRS — Comité international Rore Sanctifica · communique · 30 mai 2009

La tentative Anglicane de faire reconnaître par le Pape Léon XIII (1894-1896) ses pseudo-« Ordres » bien qu’invalides — (Bivort de la Saudée – T1 – Chap II)

Post-Vatican II etude-privee
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http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009

                                                 Communiqué
                         La tentative Anglicane de faire reconnaître par le Pape Léon
                         XIII (1894-1896) ses pseudo-« Ordres » bien qu’invalides
                                     (Bivort de la Saudée – T1 – Chap II)

Pour faire suite aux révélations du communiqué du CIRS du 13 août 20081, nous présentons le contexte et la portée du sacre épiscopal clandestin de Venise de 18772, et nous poursuivons la publication de documents historiques qui démontrent la poursuite durant plus de 150 ans, d’un complot en provenance de Grande-Bretagne visant à abolir le Sacerdoce sacrificiel catholique en le rendant sacramentellement invalide (à l’instar de l’œuvre liturgique de l’évêque apostat Cranmer instituant les nouveaux ordres anglicans), en interrompant en particulier sa transmission sacramentelle valide grâce à l’institution d’une nouvelle consécration épiscopale conciliaire « œcuménique » sacramentellement invalide (Pontificalis Romani du 18 juin 1968), afin de ruiner définitivement et de fond en comble l’Eglise catholique instituée sur Son Sang par Notre Seigneur Jésus-Christ.

La tête de ce complot liturgique très ciblé se trouve dans les cercles illuminés anglicano-Rose+Croix,
                                      sous influence sabatéenne.
          Les acteurs ont agit depuis l’Angleterre sous le contrôle de ses cercles dirigeants.

A la fin des années 1890, apparaît un Anglican d’apparence traditionnelle qui va intervenir en plein jour pour tenter de convaincre le Pape Léon XIII de reconnaître la prétendue validité des faux « ordres » anglicans.

Il s’agit de Lord Halifax, lié par sa famille à la Couronne Britannique, Anglican de la High Church et homme-charnière de cette approche de Léon XIII visant à lui faire reconnaître la prétendue validité sacramentelle des faux « Ordres » Anglicans.

A destination d’un Dominicain du couvent de Sainte Sabine à Rome, il fait explicitement référence au propos du (martiniste) Joseph de Maistre, dont nous avons déjà fait état lors de deux précédents communiqués :

     «Quoique l'Église d'Angleterre présente le spectacle un peu ridicule d'un révolté qui prêche
     l'obéissance, cependant elle est très précieuse sous d'autres aspects car, tandis qu'elle touche Rome
     d'une main, elle touche de l'autre ceux sur qui Rome ne pourraient jamais espérer avoir de l'influence,
     et, si jamais le monde chrétien revient à l'unité de la foi, il semble que la motion devrait partir de
     l'Église d'Angleterre»3.

En choisissant de mettre en avant cette pensée de Joseph de Maistre, Lord Halifax dévoile aussi la continuité d’un projet qui a franchi les générations, et c’est bien ce que nous nous employons à mettre au jour par nos présents travaux.

1 http://www.rore-sanctifica.org/bibilotheque_rore_sanctifica/01-publications_de_rore_sanctifica/rore_sanctifica- communiques/communique_(2008-08-13)-Ambrose_de_Lisle-v1/Communique-2008-08-13_Ambrose_de_Lisle-v1.pdf 2 http://www.rore-sanctifica.org/etudes/2008/RORE_Communique-2008-09-24_Sacre_de_Mgr_Lee.pdf http://www.rore-sanctifica.org/etudes/2008/RORE_Communique-2008-10-21_Ordre_de_la_Corporate_Reunion.pdf 3 Cette citation de Joseph de Maistre n’est pas exacte, et J.Bivort de la Saudée la rétablie. Ce qui nous intéresse ici est la citation de Lord Halifax en tant qu’elle exprime sa raison dans son recours à de Maistre.

Page 1 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 Dans le communiqué du CIRS du 20 août 20084, intitulé « Faits saillants du Mouvement d’Oxford (1833 – 1877) - Jacques de Bivort de la Saudée5 - Le problème de l’Union Anglo-Romaine (1833-1933) – Tome 1 – Ch I », nous avions publié le 1° chapitre du livre de Bivort de la Saudée.

Nous en publions aujourd’hui par le présent communiqué le 2° chapitre du tome I. La totalité des deux tomes de Bivort de la Saudée est publié sous forme de fac-similé sur le site Rore Sanctifica6.

Il retrace, dans la période 1894-1896, sous le titre « Espérances et déceptions », la tentative anglicane dirigée par Lord Halifax, de faire admettre les ordres anglicans par le Pape Léon XIII, alors même que le sataniste Rose+Croix, le cardinal Rampolla7, avait réussi à se faire nommer Secrétaire d’Etat par Léon XIII, et avait obtenu ainsi la haute main sur la Curie romaine et sur tout le gouvernement de l’Eglise catholique de par le monde.

Par une protection providentielle, cette attaque feutrée et subtile devait – contre toute attente - finalement échouer lamentablement en 1896, produisant alors le résultat inverse de celui que recherchaient tant les auteurs du complot, grâce à la proclamation solennelle et infaillible, par Léon XIII, de l’invalidité certaine et totale des pseudo « ordres » anglicans (Bulle Apostolicae Curae, 1896).

En mai 2009, soit 103 ans plus tard, il devient évident que la FSSPX, la structure Sacerdotale internationale, fondée par Mgr Lefebvre dans sa volonté de préserver le Sacerdoce sacrificiel catholique et de continuer l’Eglise catholique de façon supplétive, après la mise en place comme anti- pape du Rose+Croix Roncalli-Jean XXIII en 1958 et la subversion triomphante du Concile Vatican II en 1961- 65, a été elle-même infiltrée et subvertie par l’entrisme organisé par les mêmes clans britanniques (attachés à la Fabian Society et à la Round Table britanniques), représentés dès 1972 au sein de la FSSPX par l’ex-Anglican, fils d’une adepte de la secte Christian Science, Mgr Williamson.

Autour de leur agent Williamson, a été en effet agrégé progressivement un réseau d’infiltrés (abbé Schmidberger, etc), qui avait déjà réussi à circonvenir Mgr Lefebvre jusqu’à sa décision de sacrer quatre évêques à Ecône le 30 juin 1988. Depuis lors Mgr Lefebvre commençait à manifester de plus en plus clairement sa prise de conscience progressive de la présence de cette subversion introduite au sein de son œuvre de préservation du Sacerdoce sacrificiel catholique, jusquà sa mort, survenue inopinément 33 mois plus tard, le 25 mars 1991.

Vingt années ans plus tard, ce réseau maîtrise les postes de direction et de communication de la FSSPX (avec la complicité active et opiniâtre de Mgr Fellay), tout en ayant engagé depuis 2000 le Supérieur Général (par mobile de simonie afin d’obtenir en échange de l’ouverture de « conversations » officielles et suivies avec les autorités romaines apostates, la libération immédiate des « dons et legs » très plantureux bloqués jusqu’alors par le ministère de l’intérieur français), dans un « processus » pervers et progressif devant aboutir au transfert officiel sous l’autorité de Ratzinger-Benoît XVI, nouveau patron de l’église conciliaire « œcuménique » issue du pseudo-Concile Vatican II, de l’œuvre de préservation du Sacerdoce sacrificiel catholique fondée par Mgr Lefebvre.

Le vecteur interne - encore largement incompris - de cette subversion propagée habilement au sein de l’Eglise catholique pendant 150 ans par ces milieux illuminés hostiles anglicans-R+C (et donc par Mgr Williamson dans la FSSPX) étant l’introduction en son sein et la promotion délibérée de clercs prédateurs-violeurs homosexuels, qui bénéficient par la suite dans leurs actions d’une dissimulation complice active des clercs déjà infiltrés, et passive - sous le sophisme de l’invocation perverse du « Manteau de Noë » - du reste de l’ensemble du corps clérical, ce qui leur garantit une impunité totale au sein du corps ecclésiastique catholique.

4 http://www.rore-sanctifica.org/bibilotheque_rore_sanctifica/01-publications_de_rore_sanctifica/rore_sanctifica- communiques/communique_(2008-08-20)-Mouvement-Oxford_Bivort-ch1/RORE_Communique-2008-08-20_Mouvement- Oxford_Bivort-ch1.pdf 5 http://www.rore-sanctifica.org/bibilotheque_rore_sanctifica/15-anglicanisme-histoire_et_conspiration/ 6 http://www.rore-sanctifica.org/biblio-num-15.html 7 Membre de l’O.T.O.

Page 2 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 Puissent ces documents éclairer les clercs et les fidèles sur les faits et les méthodes de la subversion anglicano-Rose+Croix dans l’Eglise catholique, qui ne s’est vu contrer jusqu’à ce jour par aucune opposition cléricale consciente, déterminée, organisée et victorieuse, l’ignorance des clercs sur le sujet s’avérant aujourd’hui abyssale, ignorance provenant de leur absence totale d’études contemporaines sur le sujet, ainsi que de leur naïveté volontaire désormais sans limite, malgré plus d’un siècle de défaites et de catastrophes inouïes pour l’Eglise, sans aucun précédent comparable au cours des deux millénaires passés de son histoire.

                                                                                    Comité international Rore Sanctifica

                                                        ANNEXE A

                                         JACQUES DE BIVORT DE LA SAUDEE
                                           ANGLICANS ET CATHOLIQUES

                             LE PROBLEME DE L’UNION ANGLO-ROMAINE (1833-1933)
                                               PARIS, PLON

                                                                                          Nihil obstat, Paris, 10 juin 1948, R.P. Huby
                                                                 Imprimi potest, Paris, 11 septembre 1948, G. Brillet, Sup. Gen. Or.
                                                                            Imprimatur, Paris 12 septembre 1948, Pierre Brot, v. g.

                             CHAPITRE Il - ESPÉRANCES ET DÉCEPTIONS (1894-1896)

Il faut attendre les années 1894 à 1896 pour assister à un nouvel effort considérable en vue de l'union des Eglises. Pendant l'automne de 1866, Charles Wood, plus connu dans la suite sous le nom de lord Halifax, rencontre Pusey dans un hôpital de Bethnal Green. Tous deux s'y dévouent auprès de nombreux cholériques, hospitalisés dans cette maison de la banlieue londonienne grâce à la charité de Miss Sellon. Un irrésistible attrait vers les questions religieuses avait déjà décidé Charles Wood à renoncer à un brillant avenir politique8. Dans des pages qu'il écrivait alors au P. Doussot, dominicain du couvent de Sainte-Sabine sur l'Aventin, dont il avait fait la connaissance pendant un séjour à Rome l'hiver de 1862-63, il faisait connaître les désirs les plus intimes de son âme à ce sujet : «Je ne puis laisser votre lettre sans réponse ou omettre de vous dire combien je vous suis reconnaissant de ne m'avoir pas oublié. En ce qui me concerne, j'ai grand plaisir à me rappeler les promenades que j'ai faites avec vous, et certains de mes meilleurs souvenirs de Rome sont liés à Sainte-Sabine et à vous-même. Je sais que l'unité organique de l'Église ne peut être brisée. Cette unité dont saint Paul parle quand il dit : «Puisqu'il y a un seul pain, nous formons un seul corps, tout en étant plusieurs ; car nous participons tous à un même pain». Au milieu des misérables divisions de la chrétienté, ma consolation est de recevoir la sainte communion». «Mais cette autre unité dont Notre Seigneur a parlé quand il a demandé dans sa prière «que tous ses disciples soient un pour que le monde croie», je pense que nous devons tous reconnaître qu'elle est brisée, car, hélas ! le monde ne croit pas en Lui, et chaque jour nous apporte des preuves nouvelles de l'incroyance, qui prévaut dans toutes les parties de l'univers, et n'y en a-t-il pas beaucoup qui prennent comme excuse de leur incroyance, les divisions qui séparent les chrétiens les uns des autres ? Le travail du salut des âmes n'est-il pas empêché par l'aspect extérieur de la chrétienté ? «Quant à moi je prie Dieu chaque jour de nous ôter tout orgueil, tout préjugé et tout autre obstacle à l'union divine et à la concorde ; et d'accorder à son Église la paix et l'unité qui plaît à sa volonté, car il me semble que si l'union de la chrétienté se réalisait de nouveau, tout irait bien. «Quant à l'Église d'Angleterre, dont mes amis ont semblé rejeter les revendications, je sais que bien des causes qui ont produit le schisme du XVIè siècle n'ont pas été sans responsabilité de notre part, et je puis comprendre que des catholiques étrangers, qui ne purent voir l'Église anglicane que selon ses apparences extérieures, aient douté de ses prétentions d'être une partie intégrante de la véritable Église du Christ. C'est tout différent pour ceux qui ont reçu le pain de vie des mains de ses prêtres. «Dieu m'a donné un grand désir de travailler pour l'Église d'Angleterre, car en me dévouant pour elle je sais que je travaille pour l'Église catholique tout entière, et je vous demanderais instamment vos prières - les prières de quelqu'un qui s'est entièrement donné à Dieu doivent certainement être d'un grand poids - pour que je puisse devenir capable d'accomplir la tâche à laquelle il nous a appelés en Angleterre. Il y a une renaissance religieuse dans toute la largeur et dans toute la longueur du pays. Partout on construit ou on restaure des églises, on fonde des communautés religieuses, la vérité catholique avance de tous côtés et, par-dessus tout, le saint sacrifice quotidien est remis en honneur chez nous. Je songe souvent à ces mots du comte de Maistre : «Quoique l'Église d'Angleterre présente le 8 Le père de lord Halifax fut successivement chancelier de l'Échiquier, premier lord de l'Amirauté, secrétaire principal pour les Indes... Sa mère, lady Mary Grey, était la fille du comte Grey, premier ministre de la couronne sous Guillaume IV.

Page 3 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 spectacle un peu ridicule d'un révolté qui prêche l'obéissance, cependant elle est très précieuse sous d'autres aspects car, tandis qu'elle touche Rome d'une main, elle touche de l'autre ceux sur qui Rome ne pourraient jamais espérer avoir de l'influence, et, si jamais le monde chrétien revient à l'unité de la foi, il semble que la motion devrait partir de l'Église d'Angleterre»9. «C'est pour cela que je voudrais travailler et bien que nous ne puissions espérer voir le résultat de nos travaux, cependant il se pourrait que Dieu nous permette de procurer les matériaux avec lesquels nos enfants bâtiront l'édifice d'une chrétienté unie... «Songez donc à ce qui se produirait si l'Angleterre redevenait catholique, non seulement dans sa profession extérieure mais jusqu'en action et en fait»10. La rencontre de Pusey devait confirmer Charles Wood dans sa voie. En 1867, alors qu'il était âgé seulement de vingt- huit ans, il est nommé président de l'English Church Union, puissante association qui cherche à «promouvoir les intérêts de la religion [...] à faire avancer la gloire de Dieu et le bien de son Église». Désormais lord Halifax n'a plus qu'un grand désir : travailler à rendre à la communion anglicane, selon son expression, «l'union visible avec l'Église latine dont elle est séparée depuis le XVIè siècle». Cependant le président de l'E.C.U. dut attendre plus de vingt ans pour que la Providence lui ménageât une rencontre d'où devaient naître de grandes espérances pour la cause de l'union. A la fin de décembre 1889, lord Halifax s'embarque pour l'île de Madère avec son fils aîné11, à peine remis d'une mauvaise pleurésie. Dans ce site idéal, à Funchal, il devait rencontrer, au début de 1890, M. Portal, lazariste français, qui y fut envoyé pour raisons de santé. Celui-ci avait alors trente-quatre ans. Il était disciple de Dupanloup qui s'était lui-même intéressé à la question du rapprochement de Rome et Canterbury. Plus psychologue que théologien, bien qu'il fût professeur de théologie, il alliait au charme de sa personnalité et à son don de sympathie, un zèle plein d'enthousiasme à l'égard des grandes causes, aussi bien qu'un sens profond du surnaturel. Tant de dons de la nature et de la grâce devaient exercer un attrait puissant sur lord Halifax12. Une intimité très grande allait désormais lier le prêtre catholique et le gentilhomme anglican. Pendant les longues promenades qu'ils firent ensemble, la conversation tomba tout naturellement sur des questions religieuses : le grand problème de l'union des Églises fut bientôt abordé. Peu de temps avant sa mort, malgré les années écoulées, lord Halifax se souvenait encore de ce jour du début de 1890 où il faisait connaître à M. Portal combien on pourrait améliorer les relations entre Rome et Canterbury et même arriver à une «réconciliation» si, de part et d'autre, chacun y mettait du sien. Il se souvenait aussi lui avoir fait part de sa douleur intime à la vue de l'indifférence de la plupart des chrétiens en cette question. Il lui semblait difficile, disait-il, de lire le chapitre XVIIe de l'Évangile selon saint Jean sans être embrasé du désir de faire au moins quelque chose pour travailler à réaliser la prière du Christ pour son Église. Au mois de mai, le prêtre lazariste quittait Funchal. Lord Halifax lui-même s'embarquait quelques semaines plus tard. Son fils aîné ne devait malheureusement pas se remettre des suites de sa pleurésie : ii mourait le 6 septembre. Deux ans après, au mois d'avril 1892 ; on retrouve le président de l'E.C.U. au grand séminaire de Cahors. Il y passe plusieurs jours avec M. Portal.

9 La citation, faite sans doute de mémoire, n'est pas tout à fait exacte. En voici le texte exact et intégral : «La tyrannie qui les chassa de leur patrie par milliers, contre toute justice et toute pudeur, fut sans doute ce qu'on peut imaginer de plus révoltant ; mais, sur ce point comme sur tous les autres, les crimes des tyrans de la France devenaient les instruments de la Providence. II fallait probablement que les prêtres français fussent montrés aux nations étrangères ; ils ont vécu parmi les nations protestantes, et ce rapprochement a beaucoup diminué les haines et les préjugés. L'émigration considérable du clergé et particulièrement des évêques français en Angleterre, me paraît surtout une époque remarquable. Sûrement on aura prononcé des paroles de paix ! Sûrement, on aura formé des projets de rapprochements pendant cette réunion extraordinaire ! Quand on n'aurait fait que désirer ensemble ce serait beaucoup. Si jamais les chrétiens se rapprochent, comme tout les y invite, il semble que la motion doit partir de l'Église d'Angleterre. Le presbytérianisme fut une œuvre française, et par conséquent une œuvre exagérée. Nous sommes trop éloignés des sectateurs d'un culte trop peu substantiel : il n'y a pas moyen de nous entendre. Mais l'Église anglicane, qui nous touche d'une main, touche de I'autre ceux que nous ne pouvons toucher ; et quoique, sous un certain point de vue, elle soit en butte aux coups des deux partis, et qu'elle présente le spectacle un peu ridicule d'un révolté qui prêche l'obéissance, cependant elle est très précieuse sous d'autres aspects, et peut être considérée comme un de ces intermèdes chimiques, capables de rapprocher des éléments inassociables de leur nature». (Joseph de Maistre, Œuvres complètes, édition ne varietur, deuxième tirage, t. I, Considérations sur la France, Lyon, Vitte, 1891, in-8°, p. 23.) 10 Archives d'Hickleton, citées par J.-G. Lockhart, Charles Lindley Viscount Halifax, part one, 1839-1885, London, Geoffrey Bles, 1935, in-80, pp.127-128. è Nous appelons «Archives d'Hickleton» celles qui ont trait au rapprochement anglo-romain de la fin du XIX siècle. Nous appelons au è contraire «Fonds Halifax» les archives d'Hickleton qui ont trait à la même question pendant le XX siècle. Ces documents sont en effet tout à fait séparés les uns des autres. Ils sont conservés par l'actuel lord Halifax, connu d'abord sous le nom de lord Irving. dont il est question p. 11, note 1. 11 Charles Reginald, né le 17 juillet 1870. Sa mère Agnès Elizabeth Courtenay, était l'héritière de William Reginald, comte de Devon. 12 Sur M. Portal on peut se reporter à l'article du chanoine Hippolyte Hemmer, M. Portal, apôtre de l'Union des Eglises, dans Le Correspondant du 10 juillet 1926, pp. 94-109 et surtout au livre du même auteur M. Portal, prêtre de la Mission, 1885-1926, Paris, Bloud et Gay, 1948, 245 pp. C'est par erreur que le titre de ce livre porte 1885 comme date de naissance de M. Portal. Celui-ci est né en 1855.

Page 4 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 Pendant ces journées, soit en se promenant, soit encore durant les visites qu'ils firent ensemble aux ecclésiastiques les plus distingués du diocèse, ils causent souvent de ce sujet de l'union des Églises qu'ils ont tant à cœur. C'est pendant ce séjour à Cahors que lord Halifax écrivait à lady Halifax : «Hier, après le dîner et après avoir causé dans le jardin comme d'ordinaire, on me conduisit chez l'évêque. Il fut des plus aimables, me montra sa chapelle, et il doit venir prendre le café ici pour rendre sa visite... «Après avoir vu l'évêque, nous sommes allés à l'hôpital que nous avons parcouru de haut en bas. [...] Ensuite nous avons pris le thé chez M. et Mme de Lafaurie, et de là on me conduisit au presbytère d'un prêtre, dont la paroisse est confiée à M. l'abbé Portal pendant la maladie du curé. Celui-ci était en haut, alité, et soi-disant presque mourant, mais cela n'empêchait pas les visiteurs d'aller le voir ou de discuter tous les détails de sa maladie avec la plus grande franchise. Mme de Follemont, sa sœur, qui lui est dévouée, était très amusante malgré son inquiétude. Après quelques instants, on me fit monter voir le curé et nous nous sommes tous assis autour de son lit à bavarder et à nous faire des compliments les uns aux autres. Vous auriez pu croire que j'étais l’ami de la famille depuis cent ans. Nous sommes rentrés juste à temps pour dîner, après quoi nous nous sommes de nouveau promenés dans le jardin et puis nous nous sommes couchés. Il fait superbe encore ce matin. Messe à six heures, comme d'habitude. Un petit tour dans le jardin, café, et depuis ce moment on m'a laissé avec le professeur de théologie, parlant de l'histoire de l'Église d'Angleterre, de notre position, de notre enseignement de nos œuvres, etc... ; en fait j'ai bavardé comme une pie. C'était intéressant et agréable. Je crois qu'ils m'examinent tous avec le plus grand étonnement, mais ils me traitent tout à fait comme l'un d'eux»13. Depuis la rencontre de Funchal, M. Portal et lord Halifax ne cessaient de s'écrire. Au mois d'août 1892, lady Halifax fut envoyée par son docteur au Mont-Dore, où son mari l'accompagna. Ce fut pour M. Portal l'occasion de rencontrer de nouveau son ami. Il en fut de même l'année suivante car les Halifax revinrent au Mont-Dore l'été de 1893. C'est alors que M, Portal et le Président de l'E.C.U. décidèrent de choisir la validité des ordinations anglicanes comme terrain de rencontre : ils poseraient le problème dans le public afin d'amener Rome à un nouvel examen. Toute la lignée épiscopale anglicane, créée par Elizabeth, descend de l'archevêque Parker. C'est un fait historique. Tous les pasteurs de l'Église Établie14 gardent ou ne gardent pas le véritable caractère sacerdotal selon le rite imposé par les évêques consécrateurs de Parker, le 17 décembre 1559. Le problème à résoudre était donc de savoir si le rite ou la forme d'ordination de l'ordinal d'Édouard VI - car c'est cet ordinal qui fut employé par Barlow et ses collègues dans le sacre de Parker - était valide ou non ? Et Parker lui-même, le chef de la nouvelle lignée d'évêques anglicans, était-il validement consacré ou non ? Dans des articles intitulés Les Ordinations anglicanes et publiés dans la Science catholique, à la fin de 1893 et au début de 189415, puis en brochure sous le pseudonyme Fernand Dalbus16, M. Portal posait à nouveau le problème ancien déjà tranché par la pratique de l'Église. Celle-ci, toujours la même depuis le règne d'Elizabeth, considérait Ies Ordres anglicans comme nuls. Dans son étude, M. Portal examine le rite, le fait de la succession et la question des Ordres. Il admet la validité du rite et le fait historique de la succession. Il met en doute l'intention et, à cause de la suppression de la porrection des instruments, conclut à l'invalidité des ordinations elles-mêmes. L'argument sur lequel reposait la conclusion ne valait guère. Celle-ci aurait dû être favorable. L'historien Duchesne devait le faire connaître clairement. Au début de la recension de l'étude de Portal, publiée dans le Bulletin Critique du 15 juillet 1894, il écrivait : «Si les prémisses me semblent tout à fait sûres, je crois devoir en déduire des conclusions tout opposées»17. Il n'y avait d'ailleurs pas à s'y méprendre : le but de Dalbus était simplement de remettre la question sur le terrain et, par là, d'intéresser le public au problème de l'union des Églises. La conclusion de l'opuscule le laissait entendre très nettement. Après avoir évoqué la mémoire de la journée du 6 juillet 1439 où le Pape Eugène IV, en la présence de Jean Paléologue, empereur d'Orient, du patriarche de Constantinople, du métropolitain de Moscou et de nombreux évêques, prononça, dans la cathédrale de Florence, le décret d'union des Églises grecque et latine, après avoir rappelé la rupture de cette union et les schismes du XVIè siècle, le texte continue : «Il semble pourtant que nous n'en sommes plus aux époques des guerres fratricides. Au milieu des attaques dirigées contre Notre-Seigneur Jésus-Christ, les disciples du Sauveur sentent instinctivement le besoin de se rapprocher pour se soutenir dans la lutte suprême qui s'engagera entre les croyants et les impies. L'Église elle aussi, participe au vaste travail d'unification qui s'opère dans le monde et on voit, de toute part, les signes avant-coureurs d'une paix religieuse prochaine. Déjà Mgr Strossmayer a pu dire que l'union des Églises grecque et latine serait l'œuvre du XXe siècle. En Angleterre les préjugés tombent, l'Église Établie affirme son indépendance du pouvoir civil, et le Mouvement d'Oxford se continue avec une intensité extraordinaire dans l'intérieur de l'Église anglicane. Cette Église, pour le moins frottée de protestantisme, se nettoie vigoureusement elle-même et, par un progrès continu depuis soixante ans, revient à la pureté de la doctrine. Le terme fatal, ou plutôt providentiel, de cette évolution est Rome. Les protestants le prévoient avec terreur, beaucoup d'anglicans le désirent, tous les catholiques vraiment

13 Archives d'Hickleton, citées par J.-G. Lockhart, Viscount Halifax, part two, p. 411. 14 II faut faire exception pour ceux qui se firent ordonner par le Dr E.-H. Lee, T.-W. Mossman et leurs compagnons. Voir plus haut p. 9. 15 Cf. Science catholique, 15 décembre 1893, pp. 20 à 31. 15 janvier 1894, pp. 97 à 121 et 15 avril 1894, pp. 477 à 481. 16 Fernand Dalsus, Les Ordinations anglicanes, Arras, Sueur Chavoney, 1894, iv-43 pp. 17 Bulletin critique, t. XV, p. 282.

Page 5 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 dignes de ce nom, le souhaitent. Mais quand sonnera l'heure bénie de l'union ? A quel moment l'Angleterre prendra-t- elle sa place - une des meilleures - dans le concert de l'unité catholique ? Dieu seul le sait ; il nous semble à nous que l'Église grecque ne devancera pas de beaucoup l'Église anglicane, si elle la devance. Nous devons par nos prières et par nos œuvres, hâter le jour et le moment qui donneront à tous les chrétiens la joie éprouvée par les évêques réunis dans la cathédrale de Florence»18. A la fin de juillet 1894, M. Portal se rend en Angleterre chez lord Halifax qui s'efforce de lui faire connaître l'Église anglicane. Si on devait en croire Benson, archevêque de Canterbury, écrivant à cette époque à Randall Davidson, évêque de Rochester et futur archevêque de Canterbury : «Halifax aurait pris le plus grand soin de M. Portal ; celui-ci n'aurait rien vu ni entendu si ce n'est par les yeux et la voix de H. Il est allé à la cathédrale Saint-Paul, dans les églises ritualistes, chez les Pères de Cowley, etc...»19 Il ne semble pas que ce jugement soit tout à fait exact. Bien qu'en faisant visiter notre pays à un étranger nous soyons enclins à montrer ce qui paraît devoir le faire apprécier davantage, lord Halifax n'a jamais cherché à cacher à M. Portal la part importante de protestantisme qui demeure dans l'anglicanisme malgré la renaissance catholique dans le sein même de celui-ci. Il est clair cependant qu'Halifax montrait tout naturellement à son ami ce qui lui était le plus familier : des églises et communautés anglo-catholiques plutôt que protestantes. Pendant ce séjour, Halifax. et M. Portal visitèrent Cambridge et Peterborough. Ils eurent ainsi l'occasion de voir l'évêque anglican, Dr Mandell Creighton, historien distingué, qui les engagea vivement à voir l'archevêque de Canterbury. Auparavant, ils se rendirent à Bishopthorpe où ils firent visite au Dr Maclagan, archevêque d'York. La conversation fut toute surnaturelle. Avant de parler, M. Portal se mit en présence de Dieu et demanda à Notre-Seigneur de l'aider20. Et avant le départ des deux visiteurs l'archevêque leur dit : «Espérons et ayons confiance que nous sommes au début de quelque chose de vraiment grand dans l'intérêt de l'Église»21. Quand les deux amis quittèrent l'archevêque, ils avaient les larmes aux yeux et M. Portal murmurait : «C'est la note d'une grande piété qui distingue cette maison»22. Le lazariste français fut invité à déjeuner le 14 août avec le cardinal Vaughan, mais l'invitation arriva trop tard, et, par le fait de ce retard, il ne put accepter. Ce contretemps fut malheureux : l'archevêché de Westminster ne put en effet ignorer que, dès le lendemain 15 août, Halifax et M. Portal déjeunèrent à Addington avec l'archevêque de Canterbury. Celui-ci les reçut d'ailleurs froidement. L'archevêque Benson était très anti-romain au point qu'il prenait volontiers Rome pour l'Antéchrist. Son antipathie pour les catholiques d'Angleterre n'était pas moins profonde. Il en parlait ordinairement en employant l'expression de mépris, qui, à cette époque encore, était familière aux protestants les plus remplis de préjugés à l'égard du catholicisme : «La mission italienne». Cependant Benson parla avec sympathie de la brochure signée Dalbus sur Les Ordinations anglicanes. Tout compte fait, lord Halifax n'était pas mécontent de sa visite... Father Puller, des Pères de Cowley et Wilfrid Ward furent également invités à rencontrer M. Portal dans le manoir d'Hickleton. Wilfrid Ward, qui était en train d'écrire la Vie du cardinal Wiseman, disait à propos du problème de l'union anglo-romaine : «Il y a dix ans je l'aurais cru impossible ; aujourd'hui je ne serais pas du même avis»23. Et Halifax écrivait ces lignes pleines de sagesse : «Je crois qu'on était, en général, enclin à admettre qu'une occasion s'était présentée de travailler à la réunion, mais que cette réunion ne pouvait pas être l'œuvre d'un ou deux jours, pour autant que moi-même et ceux qui sympathisaient avec moi ne représentaient qu'une partie relativement petite de l'Église anglicane ; remarque qui me porta à faire observer que les grands mouvements sont ordinairement le résultat du travail de minorités, et que c'était une question qui devait être considérée à la lumière de la foi plutôt que par des calculs humains»24. Dès la fin d'août 1894, M. Portal devait retourner à Paris25. C'est alors que les événements se précipitent : Portal passe plusieurs mois. en Angleterre. De là il part pour Rome, où Léon XIII l'a mandé. Le 11 septembre il est reçu par le cardinal Rampolla, et le 12 par le Saint-Père. Dans une lettre à lord Halifax, datée du 17, l'abbé écrit : «...Dans l'audience que Léon XIII m'accorda le lendemain de mon arrivée, le Pape, qui m'avait écouté avec la plus grande attention et la plus grande sympathie devait, comme le cardinal Rampolla, me poser la question sur ce qu'il y avait à faire. Je répondis : «Si Votre Sainteté voulait faire une démarche, je suis sûr qu'Elle obtiendrait de grands résultats. - Vraiment, et quelle démarche?» Après quelques circonlocutions, je formulai la proposition suivante : Sa Sainteté pourrait écrire une lettre privée et secrète aux archevêques d'York et de Canterbury, les invitant à travailler avec Elle à l'union des Églises. Je m'attendais à être arrêté net. Je constatai avec plaisir qu'à Rome on peut tout dire : le Pape m'encouragea à exposer mes idées. «Cette lettre devrait être représentée comme une marque de déférence à l'égard des représentants de l'Église anglicane. Votre Sainteté pourrait dire qu'Elle voulait d'abord s'adresser directement à l'Église anglicane d'une manière publique, mais qu'elle juge juste et prudent de s'adresser aux deux

18 Cf. Revue anglo-romaine, t. I, p. 387. 19 Cf. Archives d'Hickleton, Lettre de l'archevêque Bensan au Dr Bandall Davidson, juillet 1894. 20 Archives d'Hickleton, citées par J.-G. Lockhart, Viscauni Halifax, part two, p. 49. 21 Halifax (Viscount), Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans and Co, 1912, in-8°, p. 99. 22 Ibid. 23 Archives d'Hiekleton, citées par J.-G. Lockhart, Viscount Halifax, part two, p. 51. 24 Halifax (Viscount), Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans and Co, 1912, in-8°, p. 101. 25 Sur ce séjour de M. Portal en Angleterre, cf. J.-G. Lockhart, Viscount Halifax, part two, pp. 44-51.

Page 6 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 primats en premier lieu. Elle ferait sentir que si son appel n'était pas entendu, Elle déchargerait sa responsabilité devant l'Église tout entière et devant Dieu. Cette lettre devrait être adressée aux deux archevêques parce que l'archevêque de Canterbury, dont la position est exceptionnelle, serait nécessairement poussé par son collègue. Je suis sûr que Ies deux archevêques ne voudraient à aucun prix assumer la responsabilité de rejeter de telles avances. Ils accepteraient donc quelques entrevues. - Et où pourraient se faire ces entrevues? – A Paris de préférence, très Saint-Père. - Et pourquoi pas à Cahors?» Nous émettons nos idées là-dessus, et Rome, Paris, Cahors, sont nommés et discutés. Le Saint-Père s'animait, et ses grands yeux vifs, profonds, les yeux d'un prophète, d'un voyant, semblaient sonder l'avenir. «Et vous croyez que ma lettre sera reçue ? - J'en suis sûr, très Saint-Père, autant qu'on puisse l'être des choses humaines, et si vous voulez encore de mes services, je la porterai moi-même». Le Pape me paraissait tout à fait séduit par l'idée. Au fond, Léon XIII, dans sa prudence italienne, est un audacieux. «Oui, mais une lettre du Pape, si elle n'était pas reçue ? – Elle sera reçue, très Saint-Père, et, si par impossible, elle ne l'était pas, quelle force vous auriez, si dans quelque temps vous pouviez dire à l'Église entière : «Voilà ce que j'ai fait et j'ai été repoussé». Le beau rôle serait de votre côté, et, de plus, vos paroles détermineraient, j'en suis sûr, un courant irrésistible dans l'Église anglicane elle-même. -C'est vrai... Eh bien ! oui, j'écrirai cette lettre. Oh ! si l'union avec l'Église anglicane pouvait se faire... Il me vient parfois des anglicans, qui sont bons, profondément religieux. Il en est venu un dernièrement qui m'a dit que le peuple en Angleterre était très religieux ; et il m'a parlé de Paris, de l'esprit d'impiété qui se répand de Paris... et le Saint-Père, avec un fin sourire, a ajouté... Et j'ai parlé comme lui». «En finissant ce sujet, je lui ai rapporté quelques paroles de l'archevêque d'York, entre autres celle-ci : «Espérons que nous commençons de grandes choses. - Comme je chanterai avec joie mon Nunc dimittis si cela est !» dit le Pape. Voilà, pour le moment, l'essentiel de la conversation. Le Pape a ri en disant : «Venez demain parler au cardinal Rampolla ; il aura reçu mes instructions». Une des premières paroles du cardinal le lendemain fut : «Je ne vois aucun inconvénient à la démarche que veut tenter le Saint-Père». Je repris alors les idées que j'avais exposées à Léon XIII en les expliquant, les prouvant de mon mieux. Le cardinal me dit : «Apportez-moi ce soir un projet de lettre du Pape aux archevêques». J'ai apporté mon projet le soir même». «Le lendemain, je n'ai vu personne, mais samedi soir j'ai vu le cardinal, qui m'a fort bien reçu. Le Pape, m'a-t-il dit en substance, croit qu'il serait mieux que ce soit moi qui écrive la lettre. J'ai paru peu satisfait. Le cardinal m'a dit ensuite que le Pape voulait charger l'abbé Duchesne de faire un travail sur vos ordinations»26. Tandis qu'à Rome, le Pape et le cardinal Rampolla étaient conquis à la cause de l'union, en Angleterre un mouvement d'opposition se réveillait dans un groupe influent de catholiques romains. Le cardinal Vaughan lui-même27, loin de suivre les directions conciliantes jadis données par Wiseman dans sa lettre à lord Shrewsbury, s'était montré, dès le début, ennemi de toute autre méthode que celle des conversions individuelles. Dès le 4 juillet 1892, lord Halifax avait eu un long entretien avec l'archevêque de Westminster. II avait tout fait pour essayer de lui faire partager ses projets : ses efforts furent vains. Quelques jours à peine avant l'audience de Portal au Vatican, le président de l'E.C.U. faisait de nouvelles tentatives pour gagner le cardinal. Le 7 septembre 1894, il écrivait à Wilfrid Ward28 : «Je vois que le Tablet annonce une série d'articles sur Dalbus et Duchesne et que le cardinal doit prononcer la semaine prochaine un discours sur la réunion de la chrétienté. Je vous en prie, engagez-le à dire tout ce qu'il peut pour venir en aide à nos désirs. Les hommes sont mus beaucoup plus par le cœur que par la raison [...]. Je ne puis vous exprimer combien je suis inquiet au sujet de ce que va dire le cardinal»29. L'inquiétude de lord Halifax était fondée. Ward reçut la lettre trop tard pour agir sur l'archevêque de Westminster avant son discours de Preston. Après avoir pris connaissance de celui-ci dans le Tablet le 16 septembre, le président de l'E.C.U. écrivait de nouveau à Ward : «Ce discours montre qu'il (le cardinal Vaughan) ne comprend pas la position de ceux à qui il s'adresse. La conséquence en est que - sans avoir cherché à le faire, j'en suis sûr - le cardinal a trouvé moyen de dire non seulement ce qui devait les irriter le plus mais précisément (j'ai en vue le paragraphe intitulé «Perspectives de réunion») ce qui était fait pour arrêter le progrès et mettre des obstacles à la réalisation de toutes les espérances auxquelles il fait allusion et qu'il prétend être siennes. On pourrait presque croire qu'une partie de ce paragraphe a été écrite pour exciter contre nous les préjugés protestants. Le mot «soumission» n'est pas très heureux mais, à part cela, je doute que le discours engage aux soumissions individuelles. II n'aidera certainement pas à la soumission en corps. Bref, c'est regrettable à dire, mais le discours ne me paraît pas digne de son auteur. La même chose en substance aurait pu être exprimée d'une manière si différente. On n'y trouve rien pour faciliter la marche heureuse des événements, ou pour préparer la voie aux explications. Il est tranchant, étroit et clair : seuls les gens ignorants de tout le contenu et de toute l'étendue de la question, peuvent le trouver admirable»30. L'incident de Preston n'était que le début de la campagne du cardinal contre lord Halifax, Portal et leurs amis. Il agissait d'ailleurs avec d'excellentes intentions sans avoir l'air de se douter de l'effet de son attitude. Un autre fait

26 Halifax Viscount, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, pp. 215 à 217. 27 Sur les Vaughan, admirable famille catholique, qui a donné, en trois générations, onze prêtres à I'Église, on peut se reporter à la fin de ce volume, appendice II, pp. 232-236. 28 Wilfrid Ward est le fils de William-George Ward, le converti dont nous avons parlé au chapitre 1er. Il était à l'égard des anglicans beaucoup plus conciliant que son père. 29 Halifax (Viscount), Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, p. 105. 30 Ibid.. p. 106.

Page 7 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 redoutable devait bientôt rendre la situation encore plus tendue. Le Times du 26 octobre 1894 publiait une lettre du cardinal Vaughan à l'archevêque de Tolède. Celle-ci traitait le sujet de la réunion : elle méritait les mêmes reproches que le discours de Preston. Le cardinal n'était, il est vrai, qu'indirectement responsable du résultat malheureux : il s'en expliquait dans le Times du 27. Après avoir fait rectifier quelques erreurs de traduction, dont l'effet avait été désastreux, il ajoute : «La lettre n'était pas destinée à la publication. Je regrette que ces courtes notes aient été publiées dans une forme susceptible de peiner et d'offenser sans nécessité : elles n'avaient d'autre but que de servir d'information en une matière de grande importance». Malgré l'attitude du cardinal Vaughan, Rampolla faisait part à M. Portal des vifs désirs de Léon XIII à l'égard de l'unité chrétienne, il indiquait même les moyens de préparer la voie à cette union tant désirée : «Dalbus, lisons-nous dans cette lettre, croit que le mouvement intellectuel commencé à Oxford, et qui va se développant dans la communion anglicane parmi des hommes d'un esprit élevé, très érudits dans la science des antiquités chrétiennes et chercheurs loyaux du vrai, fera disparaître enfin les vieux préjugés, et, les ombres étant dissipées, ramènera à l'unité visible de l'Église de Jésus-Christ la fille de Rome, la noble race des Anglais, que Grégoire le Grand initia par le baptême à la vie chrétienne et politique. Par là, le peuple anglais deviendrait complètement digne des hauts destins que la Providence lui réserve. Aucun doute ne peut s'élever sur l'accueil affectueux que cette nation trouverait auprès de son antique mère et maîtresse, si cet heureux retour se produisait : car rien ne saurait égaler l'ardeur avec laquelle le Souverain Pontife qui gouverne aujourd'hui l'Église de Dieu, désire rétablir la paix et l'unité dans la grande famille chrétienne, et réunir comme en un seul faisceau toutes les forces du christianisme, pour les opposer efficacement au torrent d'impiété et de corruption qui déborde aujourd'hui de toute part. Certainement, Sa Sainteté n'épargnerait ni travail, ni sollicitude, ni effort pour aplanir le chemin, pour apporter où cela serait nécessaire la lumière et fortifier les volontés qui, tout en aimant le bien qu'elles connaissent, ne sauraient pas encore se résoudre à l'embrasser». «Un échange amical d'idées et une étude plus soignée et plus approfondie des anciennes croyances et pratiques du culte serait on ne peut plus utiles pour préparer la voie à cette union désirée. Tout cela devrait se faire sans aucun mélange d'amertume et de récrimination ou de préoccupation d'intérêt terrestre, se tenant dans une sphère où l'on respirerait uniquement l'esprit d'humilité et de charité chrétienne avec un sincère désir de paix et d'ardent amour pour l'œuvre immortelle de l'Amour d'un Dieu qui pria pour que les siens fussent tous une seule chose en lui et n'hésita pas à cimenter cette union de tout son sang»31. Bientôt - c'était en novembre 1894 - le bruit se répandit à Londres que la lettre du Pape aux archevêques de Canturbery et d'York était sur le point de paraître. De hautes personnalités catholiques outre-Manche se consultent sur l'opportunité d'une pareille, avance de la part du Saint-Père. Plusieurs y sont opposées : «Selon mon sentiment personnel

31 Lettre du 19 septembre 1894. adressée par le cardinal Rampolla à M. Portal et reproduite dans la Revue anglo-romaine, t. I. pp. 292- 394. 32 Archives d'Hickleton, lettre du 2 décembre 1894, adressée par le duc de Norfolk à Wilfrid Ward. 33 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, p. 157.

Page 8 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 «une des plus grandes causes d'irritation et d'éloignement [...] serait écartée et un grand empêchement à toute tentative d'union mis de côté... Deux conditions étaient requises pour assurer le succès de telles démarches : un grand soin dans la forme de la lettre [...] et que toute communication [,..] aux chefs de l'Église anglicane se fasse en dehors du cardinal Vaughan et de la hiérarchie romaine en Angleterre». Et le mémoire continue : «Lord Halifax ne se fait aucune illusion sur tout ce que la situation renferme de délicat et de difficile, mais ces deux points sont essentiels pour le succès de la négociation [...]. Il insiste sur un fait [,..] incontestable pour tous ceux qui connaissent l'Angleterre : [...] l'amour-propre des Anglais et leur loyal attachement aux archevêques de Canterbury et d'York et à l'épiscopat national, feraient échouer toute démarche venant de Rome, toute communication qui ne serait pas adressée aux chefs de l'Église d'Angleterre»34. Avant de quitter l'Italie, le président de l'E.C.U. et sa famille voulurent revoir Léon XIII. L'abbé Portal s'était joint au groupe. Rappelant cet événement resté gravé dans son souvenir, lord Halifax écrit : «Le Pape nous accorda [...] une audience privée le 17 avril, après que nous eûmes assisté à sa messe. Il était impossible d'être plus aimable et encourageant. Tandis que nous étions à genoux à ses pieds, il prit entre ses mains la tête de ma fille35 et dit : «Mon enfant, il faut revenir me voir». Il nous bénit plusieurs fois et nous encouragea, comme le cardinal RampolIa l'avait déjà fait la nuit précédente, en nous invitant à ne pas nous préoccuper des difficultés et à persévérer dans notre œuvre qui sûrement attirerait la bénédiction de Dieu sur nous et sur les nôtres»36. La lettre Ad Anglos devait paraître dans le Times le 20 avril. Elle avait pour titre : «Léon XIII aux Anglais qui cherchent le royaume du Christ dans l'unité de la foi, salut et paix dans le Seigneur». Le président de l'E.C.U. n'avait qu'un regret : le message n'était pas adressé directement aux archevêques anglicans. II attribuait ce fait et quelques autres passages sans beaucoup d'importance à l'influence du cardinal Vaughan. C'était d'ailleurs également l'opinion de Dom Gasquet37. A part ces détails, la lettre répondait aux suggestions écrites qu'il avait remises lui-même au Saint-Père. La forme était irréprochable. Le Pape diplomate, dans son exquise charité, n'employait pas une seule fois le mot «soumission», susceptible de froisser si profondément la fierté britannique. Pas une seule fois il ne parlait de «conversion individuelle» mais seulement d'«union» de «réconciliation», de «paix». Il répondait d'avance aux objections des adversaires de la corporate union. «S'il se présente des difficultés, elles ne sont pas de nature à arrêter Notre zèle apostolique, ni à faire obstacle à notre énergie. Sans doute, les nombreux changements survenus et le temps lui-même ont permis aux divisions existantes de prendre de plus profondes racines. Mais est-ce là une raison pour abandonner toute espérance de réconciliation et de paix ? Nullement, s'il plaît à Dieu. En effet, nous ne devons pas juger des événements en nous plaçant seulement au point de vue humain, mais nous devons plutôt considérer la puissance et la miséricorde de Dieu. Dans les entreprises grandes et pénibles, pourvu qu'on s'y consacre avec une volonté ardente et droite, Dieu se tient du côté de l'homme et c'est précisément dans les difficultés que l'action de la Providence brille avec le plus d'éclat»38. La volonté de Léon XIII était claire. Encore que la lettre ne fût pas adressée aux archevêques anglicans, elle produisit sur eux le meilleur effet. Dans un sermon donné à la cathédrale de Norwich, le 8 octobre 1895, à l'occasion de l'ouverture du Church Congress, l'archevêque d'York disait : «La réunion est dans l'air [...]. Une voix de Rome s'est fait entendre : elle est inspirée par le même désir [...]. Dans un certain sens la lettre du Pape est vraiment unique : du début à la fin elle respire le même esprit d'amour paternel. Une telle lettre sera bien accueillie [...]. Nous pouvons assurer le vénérable prélat que, nous aussi, nous déplorons très profondément l'état de division de la chrétienté ; que nous aussi nous désirons très ardemment la restauration de l'unité de l'Église. Ce sera pour lui une source de joie de savoir que l'Angleterre n'a jamais cessé d'en faire l'objet de ses supplications continuelles [...]. Le désir de voir enfin disparaître le grand scandale de la chrétienté se fait sentir chaque jour davantage [...]. De temps à autre Dieu lui-même semble exciter des cœurs d'hommes, choisis par lui, pour rappeler à la chrétienté le fatal danger du mal qui la consume et pour tendre une main secourable à ceux qui, d'un côté ou de l'autre, occupaient une position d'antagonisme et de méfiance [...]. On a dit d'une manière admirable que lorsque sonnera l'heure de la réconciliation entre Rome et l'Angleterre, ce ne sera pas nous qui irons à Elle ni elle qui viendra à nous, mais ce sera elle et nous qui irons à Dieu. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a pour chacun en particulier et pour tous en général un devoir pressant de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour parvenir à ce but béni [...]. Un éminent catholique français39 a dit ces paroles souvent citées : «Si jamais les chrétiens doivent se rapprocher les uns des autres, ainsi que tout les invite à le faire, il semble que le mouvement doive partir de l'Église d'Angleterre». Si jamais cette prédiction se réalise un jour, nous devons être prêts et armés pour bien remplir notre tâche. Nous sommes enclins à oublier, tandis que nous critiquons et condamnons les fautes et les erreurs des autres, que nous

34 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, pp. 206-207. Le texte du mémoire est en français. Lord Halifax se servait aussi de cette langue pour écrire à tous ceux de ses correspondants qui la possédaient mieux que l'anglais. 35 Mary-Agnes, née le 25 mars 1877. Le 17 septembre 1903, elle a épousé le colonel George-Richard Lane Fox. 36 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, p. 211. 37 Cf. Dom GASQUET, Leaves frein my Diary, 1894-1896, London, Burns and Oates, 1911, pp. 9 et suiv. 38 Cf. Times du 20 avril 1895. 39 Il s'agit de Joseph de Maistre (1754-1821) lequel n'était pas Français, mais Sarde. Cf. plus haut le texte exact et intégrai de la citation que l'archevêque d'York faisait sans doute de mémoire.

Page 9 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 aussi pourrions bien ne pas être sans défauts. Dans nos discussions et nos controverses avec d'autres communions religieuses, nous sommes tentés de croire que chez nous tout est vrai tandis que chez eux tout est faux». «Un Pape éminent du siècle dernier a déclaré que ses prédécesseurs sur le trône pontifical étaient responsables de la perte de l'Angleterre40. Nous pouvons espérer avec raison que le jour viendra où un autre Pape aura la gloire et l'honneur de la réconciliation»41. Deux jours après la lettre de Léon XIII, le lundi 22 avril, un article étrange paraissait dans le Times. II commentait le document pontifical. Après quelques compliments, l'auteur de l'article faisait remarquer qu'aucune avance n'était faite par le Souverain Pontife, au point qu'on se demandait pourquoi la lettre avait été écrite. Le Saint-Père, ajoutait-il, avait d'abord été mal informé, Mais le cardinal Vaughan et d'autres dignitaires du clergé catholique en Angleterre avaient été consultés : ceux-ci avaient fait part des sentiments réels de la nation anglaise à l'égard de l'Église catholique. La réunion avec Rome, concluait le journal, était donc «un véritable rêve et Léon XIII avait fait de son mieux pour rendre la chose parfaitement claire». Comparant ces déclarations avec la pensée du cardinal, lord Halifax ne pouvait plus douter de leur source. «Les mains, écrivait-il, peuvent être celles d'Esaü, la voix est celle de Jacob». Et dans une lettre à M. Portal «c'est un catholique et non pas un anglican ou un protestant qui a écrit l'article dans le Times. J'ai vu le cardinal et il n'a pas nié le fait»42. Le 9 septembre, prenant la parole à Bristol, l'archevêque de Westminster, malgré la lettre du Pape, faisait entendre que l'idée de la corporate union était inspirée par la chair et le sang et qu'il n'y avait d'espoir de réunion que dans la méthode des soumissions individuelles au Saint-Siège. Laissons un historien catholique, le plus compétent peut-être de tous ceux qui ont écrit sur les questions religieuses de l'Angleterre du XIXe siècle, nous expliquer la raison de cette attitude du cardinal Vaughan43 : «Faut-il supposer, comme quelques-uns l'ont fait, qu'il redoutait la situation très diminuée qui, en cas de retour en corps, serait celle de l'ancienne hiérarchie catholique ? Écartons toute supposition de ce genre : d'abord le cardinal ne croyait pas à ce retour, ensuite il avait l'âme trop haute pour être accessible à ces jalousies mesquines. Je n'affirmerai pas aussi nettement qu'il ne gardât rien des préventions qui lui venaient de sa race et du souvenir de trois siècles de persécutions. Sans doute, après un demi-siècle d'expérience, il ne pouvait en être resté aux idées de ces anciens catholiques qui, à la veille de la conversion de Newman, déclaraient que son baiser était une trahison, ou de ces curés qui se félicitaient alors, comme d'une heureuse fortune, de n'avoir pas de convertis dans leurs paroisses ; mais il ne s'était pas entièrement défait d'un vieux fonds d'antipathie méfiante et il avait peine à admettre que quelque chose de bon pût venir des anglicans. Sous l'empire de ces sentiments, il était arrivé à se convaincre, - et là est la raison maîtresse de sa conduite, celle qu'à tout instant il mettait en avant -, que la campagne de l'union avait été entreprise, non avec la volonté sincère d'arriver à cette union, mais uniquement pour prévenir par la perspective trompeuse d'un retour en corps, la tentation des conversions individuelles. Il croyait avoir affaire, non à des chrétiens souffrant de la division et aspirant à l'unité, mais à des hérétiques obstinés, soucieux de raffermir une Église en péril de débandade. Rien de moins fondé que cette suspicion, surtout appliquée à des âmes aussi sincèrement ardentes à désirer l'unité que l'étaient celles de lord Halifax et de ses amis. Mais Mgr Vaughan se sentait-il obligé de reconnaître la bonne foi de tels ou tels, il n'était pas pour cela désabusé ; il les croyait alors, les instruments inconscients d'un dessein perfide où il découvrait l'œuvre de Satan. Il lui eût suffi cependant d'un peu de réflexion pour s'apercevoir qu'iI prêtait aux anglicans ou au diable d'ordinaire plus habile, une tactique bien maladroite, et qu'il s'abandonnait lui-même à une crainte peu fondée. Était-ce donc en excitant les esprits à désirer l'union avec Rome et en les habituant à l'idée d'une réconciliation avec le Pape, qu'on arrêterait les conversions ? Dût-on ainsi suspendre un instant ces conversions, on créait un état d'esprit qui devait les activer plus tard. L'expérience, d'ailleurs, était là : n'était-ce pas parmi les «unionistes» du passé que s'étaient recrutés nombre de convertis ? «Si peu justifiable que fût le point de vue du cardinal, il s'y butait avec l'opiniâtreté très sincère qui lui était habituelle ; les conseils de modération qui lui venaient de certains de ses compatriotes catholiques étaient sans effet ; il croyait remplir un devoir de conscience. Dans sa préoccupation de prévenir les équivoques qu'il imputait à ceux qui poursuivaient l'union, il parlait comme s'il avait à tâche de rendre cette idée de l'union plus effarouchante pour les anglicans»44. Newman n'avait-il pas dit à lord Halifax dans le dernier entretien qu'il avait eu avec lui sur la question de la réunion : «Vous trouverez probablement plus de sympathie dans le clergé français que chez nous, vous devriez l'intéresser à cette question»45. Au fur et à mesure que les événements se déroulaient, la sagesse de ce conseil se faisait de plus en plus évidente. Aussi le président de I'E.C.U. s'efforçait-il de le mettre davantage en pratique. On se rappelle comment dès le début de 1894, M. Portal avait cherché à poser dans la pressé française le problème de l'union des Églises ; comment I'abbé Duchesne avait profité de la publication sur Les Ordinations anglicanes pour prendre position en leur faveur. Depuis lors

40 Le mot est ordinairement attribué à Paul IV (1555-1559). Il y aurait donc erreur de date. 41 On trouvera la traduction française de ce discours dans la Revue anglo-romaine, t. II, pp. 465-476. 42 Viscount Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, pp. 215-216. 43 Cf. appendice Il, p. 232. 44 Paul Thureau-Dangin, Le Cardinal Vaughan, Paris, Blond, 1911, in-8°, p. 82, 45 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Langmans, 1912, in-8°, p. 232.

Page 10 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 de nombreux ecclésiastiques du continent étaient entrés dans le mouvement. En juin 1894, M. A. Boudhinhon commençait à publier dans le Canoniste contemporain une Etude théologique sur les ordinations anglicanes46. Au mois de décembre 1895 paraissait en France le premier numéro de la Revue anglo-romaine. Celle-ci insérait même des articles signés par des anglicans. Mgr Gasparri, alors brillant professeur de droit canon à l'Institut catholique de Paris, y écrivait un essai sur La valeur des ordinations anglicanes47. Au mois de janvier 1896, plusieurs personnalités parisiennes, qui s'intéressaient vivement au rapprochement des Églises, exprimaient le désir de faire la connaissance du président de l'E.C.U. Lord Halifax, heureux de profiter de cette occasion pour suivre de plus près le conseil donné jadis par Newman, se rend à Paris au mois de février. Il est reçu chez les Lazaristes, au 95 rue de Sèvres, où M. Portal l'avait prié de vouloir bien descendre. Dès son arrivée, il eut de longs entretiens avec Mgr d'Hulst, recteur de l'Institut catholique, M. Lorin, ami intime du cardinal Rampolla, M. Levé, directeur du Monde, le duc de Broglie et d'autres personnes en vue à cette époque. Un des premiers jours, M. Portal organisa chez les Lazaristes une réunion à laquelle le président de l'E.C.U. devait, à la prière de Mgr d'Hulst, parler de la situation du mouvement en faveur de l'union. «Les premiers arrivés, - lisons-nous dans un compte rendu écrit par lord Halifax lui-même -, furent le duc de Broglie et le comte de Richemont... Celui-ci, si j'ai bien compris, connaissait M. Wilfrid Ward, le baron von Hügel, et d'autres. Ils furent suivis par deux dominicains, représentant le supérieur de la rue du Bac, qui n'avait pu se rendre lui-même à la réunion. Vinrent ensuite le P. Ragey, mariste, auteur d'un petit livre sur l'état de la religion en Angleterre ; plusieurs membres de l'ordre religieux auquel appartient La Croix, journal très influent et très répandu ; le P. Tournebize, jésuite, rédacteur aux Études religieuses ; Mgr d'Hulst et plusieurs professeurs de l'Institut catholique parmi lesquels l'abbé Klein et l'abbé Boudhinhon, dont les articles sur les ordres anglicans avaient attiré l'attention ; M. Ollé-Laprune [...] et M. Fonsegrive [...] ; M. Viollet et M. E. Sénart, membres de l'Institut ; les directeurs de tous les principaux journaux ecclésiastiques : l'Univers, La Vérité, Le Monde, La Quinzaine ; M. Lavedan, directeur du Correspondant ; M. Arthur Loth, l'abbé Batiffol, M. H. Lorin ; des sulpiciens et d'autres. Bref, des représentants de la pensée du haut clergé parisien. Devant un tel auditoire, il n'était pas facile de parler français sans aucune préparation, mais l'abbé48 me dit : «Quand on est dans l'eau, il faut nager», et je fis de mon mieux»49. La réunion dura environ deux heures. La sympathie à l'égard du leader anglo-catholique et de son œuvre fut unanime. Pendant son séjour à Paris, le président de l'E.C.U. fut également reçu à Saint-Sulpice où, devant les directeurs et séminaristes, il parla longuement du Mouvement d'Oxford. Avant de quitter la capitale, il eut encore des entretiens avec de nombreuses personnalités parisiennes d'alors le président du cercle catholique, M. de Marcien, des membres de l'Institut, etc... De retour en Angleterre, enthousiaste de son séjour à Paris, il écrivait dans un mémoire : «Ce qui est désirable maintenant, c'est quelque chose qui montrerait en Angleterre un aussi grand désir de l'union que celui qui en France, de tous côtés, se fait sentir si intelligemment ; quelque chose qui, sans dissimuler les difficultés de la paix, insisterait sur le besoin de la patience et de la prudence»50. Tandis que M. Portal à Paris et lord Halifax en Angleterre faisaient preuve d'une activité inlassable, à Rome Léon XIII caressait de grandes espérances. II les faisait connaître au monde entier dans un discours prononcé devant le Sacré Collège, le 2 mars 1896. S'adressant au cardinal doyen Eminentissime Monaco La Valetta, qui venait de lui rappeler le rétablissement de la hiérarchie parmi les coptes catholiques : «Ces chères prémices, disait-il, animent Notre désir de faire tout ce qui est en Notre pouvoir pour inaugurer de plus vastes plans en faveur de la réunion des autres familles chrétiennes malheureusement séparées. Vers elles, sans exception, celles d'Orient aussi bien que celles d'Occident, tout Notre cœur et toute Notre âme se portent dans une sainte vision de paix. C'est le Christ, notre Rédempteur, lui-même, connaissant les temps et les saisons propices aux œuvres de salut pour l'humanité, qui Nous fait aller de l'avant : Caritas Christi urget nos ; c'est le Bon Pasteur, le Prince des Pasteurs que Nous désirons ardemment imiter, en Nous efforçant chaque jour davantage de réaliser le testament de son amour envers les croyants [...]. S'il ne Nous est pas donné de voir I'abondance des fruits que vous Nous avez souhaitée, Nous avons cependant l'intime conviction qu'à une époque peu éloignée [...] ce vœu se réalisera par la Providence de Dieu qui dirige à cette fin les événements humains. Quant à Nous, ce n'est pas peu de chose d'avoir pu raviver et cultiver avec amour le germe de la concorde désirée. Quel affront ce serait si ce germe d'élection venait à souffrir l'outrage de ceux-là mêmes que Dieu a placés dans l'unité catholique [...]. Daigne le Père céleste, dans son infinie clémence, comme Nous l'en supplions du fond du cœur, éclairer et ramener les égarés dans la voie du salut, et ne pas permettre qu'un aussi triste exemple trouble ou entrave de quelque façon que ce soit I'œuvre sainte que Nous poursuivons, c'est-à-dire le développement paisible de son royaume sur terre». Les sentiments de Léon XIII devaient toucher profondément les anglicans. Dans une lettre destinée à être montrée au Pape, l'archevêque d'York s'en exprimait ainsi à M. Portal, le 27 mars 1896 :

46 Le Canoniste contemporain, juin 1894, pp. 326-346 et juillet 1894, pp. 385-404. 47 La Revue anglo-romaine, t. I, pp. 481 à 494 et 529 à 558. 48 L'abbé, mentionné par lord Halifax, n'est autre que M. Portal. 49 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, in-8°, p. 251. 50 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, in-8°, p. 265.

Page 11 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 «Je puis vous assurer que les paroles récentes de Léon XIII au sujet de l'union ont été vivement appréciées en Angleterre. Elles attestent son grand cœur et l'amour avec lequel il désire l'unité de la grande famille chrétienne. Nous apprenons que la question des ordres anglicans est discutée à Rome en ce moment et que, parmi ceux qui sont nommés pour prendre part à la discussion, se trouvent l'abbé Duchesne et Mgr Gasparri. Le choix de tels hommes, dont les opinions sont bien connues, prouve heureusement le désir du Pape de voir ce sujet traité de la manière la plus complète et la plus favorable...»51 Léon XIII en effet, ne se contentait pas de paroles. II avait tout d'abord hésité à soumettre le litige à un jugement officiel. Dans le courant de 1895, il était encore indécis. Il n'aimait pas entendre affirmer l'invalidité des ordres anglicans. «Quand Gasquet lançait une forte pointe contre les ordres anglicans, - écrivait Wilfrid Ward à sa femme, rapportant d'après von Hügel l'audience donnée par le Pape au cardinal Gasquet - le Pape prétendait qu'il avait perdu sa tabatière et devenait distrait en la cherchant. Ce n'est pas pour rien qu'il a été diplomate»52. Il songeait à prendre sur lui de changer la pratique alors en usage : les pasteurs anglicans, désireux de passer à l'Église catholique, seraient réordonnés sub conditione et non pas absolute. Une mesure si bienveillante aurait certainement conquis ceux des anglicans qui hésitaient encore à reconnaître l'attitude sympathique de Rome. Mais le cardinal Vaughan eut vent des projets du Pape ; il le pressa «de ne pas changer, sans un examen très approfondi et sans la coopération des représentants de l'Eglise catholique en Angleterre, une pratique usitée dans l'Église depuis trois siècles»53. Sur ce point encore, Léon XIII accéda aux désirs de Vaughan. II le fit cependant d'une manière équitable qu'il ne froissa en rien Ies anglicans. Dès le début de 1896, Sa Sainteté avait décidé de confier l'examen de la validité des ordinations anglicanes à une commission d'experts désignés par lui. Ils seraient huit, tous catholiques, mais un nombre égal serait choisi parmi les représentants des diverses opinions. Mgr Gasparri, mandé par le Pape pour faire partie de la commission, écrivait à M. Portal à la fin de mars 1896 : «...D'après ce que je sais, l'affaire sera chaude [...]. Veuillez me dire si je puis demander à M. Lacey et au P. PulIer des renseignements historiques par dépêche [...]. M. Duchesne m'a dit qu'il se réservait la partie historique me laissant l'intention et le rite»54. Les deux anglicans mentionnés, M. Lacey, un des auteurs du De Hierarchia anglicana, et le P. Puller, membre de la Société de Saint-Jean l'Evangéliste de Cowley, se rendirent eux-mêmes à Rome. Leur présence y était trop utile pour qu'ils se contentassent de donner des renseignements par dépêche. Au mois d'avril, le Pape avait nommé six membres de la commission d'enquête. D'un côté Dom Gasquet, le chanoine Moyes, le P. David Fleming, O.S.F., envoyés par le cardinal Vaughan avec un long réquisitoire contre les revendications de l'Église anglicane ; de l'autre Mgr Gasparri, l'abbé Duchesne, et le P. de Augustinis, S.J., tous portés à juger en faveur de la validité des ordinations contestées. Bientôt le P. Scannell fut ajouté au premier groupe et le P. Calasanzio de Llevaneras au second. Les membres de la commission se mirent à l'œuvre : Chacun d'eux rédigea un rapport sur la nature des ordres anglicans. Dès que ce travail fut achevé, il fut remis au Saint Père. Les commissaires se réunirent ensuite au Vatican en douze sessions et discutèrent les rapports. Les archives vaticanes et celles du Saint-Office furent mises à leur disposition. Aucun moyen ne fut épargné pour faciliter de nouvelles découvertes. Après cet échange de vues, ils rédigèrent leurs conclusions. Celles-ci furent remises aux cardinaux de la Congrégation du Saint-Office qui devaient Ies examiner et se former un jugement sur la question. Dans une session solennelle de Feria Quinta du 16 juillet 1896, ils l'exposeraient au Saint-Père. Le Pape se réservait la sentence définitive. Tout semblait faire espérer une décision favorable aux revendications anglicanes. Le 31 mars 1896, M. Portal écrivait à lord Halifax : «Une condamnation n'est nullement à redouter [...] ; c'est l'avis de Duchesne et de Gasparri...» Et un ou deux jours après : «Le cardinal Vaughan a dit au collège de Saint-Joseph de Mill Hill : «Les amis des anglicans sont très forts à Rome» ; et comme on lui faisait observer que les Jésuites étaient pour lui, il a répondu : «Les Jésuites sont divisés et le P. de Augustinis conclut à la validité des ordres anglicans...»55 «Gladstone lui-même, naguère connu pour sa campagne contre le «papisme» et ses pamphlets sur le «vaticanisme», était conquis par l'attitude de Léon XIII. Il en parlait avec un grand enthousiasme et une grande reconnaissance. Chaque fois qu'il abordait le sujet, il répétait avec chaleur à quel point il était pénétré par les grands sentiments et par la charité du Pape. Le Saint-Père, disait-il, montre un vrai courage, en se mettant à la tête d'un mouvement qui a pour but la réconciliation de I'Angleterre avec Rome, après un schisme qui a duré plus de trois cents ans. C'est magnifique d'être le premier dans une telle œuvre, on y voit la main de Dieu ; je me sens profondément ému d'un tel spectacle. Léon XIII fait preuve d'une grande largeur de vues, et d'une admirable compréhension de ce qui touche le bien de l'Église et les nécessités du temps présent. Plus, disait-il, on peut unir les croyants et les hommes de bonne foi, plus on se fortifie contre les attaques de l'incrédulité ; plus on met l'Église à l'abri de ceux qui lui sont hostiles et plus on se prépare pour les dangers dont elle est menacée dans l'avenir. «Il citait alors les belles paroles des Encycliques de Léon XIII et il répétait que le Pape avait fait renaître dans beaucoup de cœurs des espérances, que, pendant ces dernières années, on avait cru bien éloignées. «Quand on se rappelle l'attitude de Gladstone à certaines époques dans le passé [...] on comprendra à quel point Léon XIII avait su s'attirer la confiance des esprits en Angleterre...»56

51 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders. London. Longmans, 1912, in-8°, p. 279. 52 Maisie Ward, The Wilfrid Wards and the Transition, vol. 1 The Nineteenth Centery, London, Sheed and Ward, 1937, p. 287. 53 Dom Gasquet, Leaves from my Diary. 1894-1896, London, Burns and Oates, 1911, in-8°, p. 37. 54 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, in-8°, p. 279. 55 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, in-8°, p. 284.

Page 12 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 Cette entrée dans la lice d'une personnalité aussi importante que Gladstone affermissait les espoirs du parti désireux d'une solution favorable. Le cardinal Rampolla ne cachait pas son émotion en apprenant les sentiments de l'illustre homme d'État. Léon XIII lui-même en était touché. Gladstone ne devait d'ailleurs pas se contenter de livrer sa pensée à ses amis. A la fin de mai il écrivait son Soliloquium en lequel il rappelait l'heureuse évolution de l'Église anglicane et le rapprochement de la communauté romaine : «Constater ces changements n'augmente pas toujours notre fierté - écrivait-il - [...]. S'incliner loyalement devant la vérité impose parfois des aveux qui nous mettent en position désavantageuse dans les controverses. Je dois en ce moment faire un aveu de ce genre. Une très grande partie des transformations opérées tendent à nous rapprocher de la doctrine autorisée des Églises d'Orient et d'Occident qui n'ont pas subi la Réforme. Si j'affirme que des progrès s'accomplissent dans la vie religieuse, j'avoue que ces mêmes progrès sont des témoignages authentiques déposant contre nous en faveur des Églises étrangères. En d'autres termes ceux-ci contribuent grandement à la cause de la réunion chrétienne». Le mémoire rappelait alors que depuis quatre siècles de séparation, de nombreux «événements de nature à envenimer les conflits, et combien peu propres à les apaiser», s'étaient accumulés ; qu'il fallait donc une grande «sincérité d'amour» et beaucoup d'audace «pour oser approcher avec des désirs de paix cette masse énorme de souvenirs haineux et encore brûlants». Eh bien ! - écrivait Gladstone - c'est là ce qu'a fait Léon XIII, d'abord en concevant l'idée de cette enquête, et puis en prenant soin, par la constitution savante et impartiale du tribunal chargé de porter le jugement, qu'aucun moyen ne soit négligé, qu'aucune garantie ne soit omise pour arriver plus facilement à la vérité. Celui qui se souvient d'un verre d'eau donné à un de ses petits se souviendra assurément de cette tentative qui, dès son origine, est apparue entourée de difficultés comme aussi de bénédictions». L'illustre homme d'État insistait enfin sur l'attitude sympathique du Pape : «Selon moi - concluait-il - c'est une attitude paternelle au sens le plus large du mot. Elle demeurera sans doute parmi les derniers souvenirs de ma vie ; j'en garderai toujours la précieuse mémoire avec des sentiments de respect, de gratitude et de haute estime»57. Et dans une lettre du 2 juin 1896, Gladstone, parlant des efforts en vue de l'union, écrivait du Pape : «Que Sa Sainteté, comme champion de l'unité, réussisse ou non en cette matière, quiconque aime l'union lui doit révérence et gratitude»58. Le Soliloquium avait été publié dans le Times du 1er juin. Dès le lendemain, la presse d'Angleterre et les grands journaux du continent s'émouvaient de cette intervention inattendue : «N'est-il pas admirable - lisons-nous dans l'un d'eux - le spectacle que nous font voir en ce moment les deux plus célèbres vieillards de notre époque : nous voulons parler de Léon XIII et de Gladstone. Arrivés aux limites extrêmes de la vie, tous deux montrent encore une énergie extraordinaire qui n'est plus de leur âge. Infatigables et jamais découragés, ils ont toujours un idéal qu'ils s'efforcent d'atteindre. Comme si les longues espérances ne leur étaient pas interdites et comme si l'avenir leur appartenait, ils mettent une véritable passion à étudier les grandes questions du jour et à chercher les solutions des plus graves problèmes»59. Le 29 juin, paraissait l'encyclique Satis cognitum. Dans ce premier document, publié quelques mois après le début de l'enquête sur les ordinations anglicanes, Léon XIII rappelait, avec une clarté lumineuse, la constitution de l'Église. Pris dans toute son intégrité, le texte ne pouvait pas faire mauvaise impression sur les anglicans, mais des extraits, insérés dans le Times à la suite d'une lettre préface du cardinal Vaughan, devaient produire un effet différent de celui que le Pape s'était proposé. Le but du Souverain Pontife était seulement d'éclairer les esprits. La publication du Times risquait de blesser. Le cardinal Rampolla avait d'ailleurs soin de faire savoir que la lettre n'était aucunement une réponse au Solilaquium de Gladstone. Cependant, comme des nouvelles inquiétantes arrivaient de Rome, le président de l'E.C.U., ennemi des situations équivoques, écrivait à Rampolla, le 11 août 1896 : «...J'ai appris que le cardinal de Paris a reçu de Rome des félicitations pour avoir fait suspendre la publication de la Revue anglo-romaine. Votre Éminence comprendra que dans de telles circonstances il est indispensable qu'il y ait une franchise complète et mutuelle. Si Rome ne veut pas d'union en corps, je ne puis plus continuer la campagne. La revue semble devoir être condamnée par Rome. Par exemple on a reproché à la revue de laisser une place prépondérante aux travaux anglicans. On a tout fait pour obtenir la collaboration de catholiques anglais. Votre Eminence sait sans doute que le cardinal Vaughan s'est opposé, autant qu'il a pu, à ce que cette collaboration nous fût donnée. «Est-ce donc qu'on ne veut pas d'union en corps, mais seulement des conversions individuelles ? S'il en est ainsi, c'est la négation de notre raison d'être et il me serait absolument impossible de continuer à travailler dans un but qui m'attirerait, de la part des miens, les blâmes les plus sévères. La campagne a été engagée sur le terrain de l'union en corps, sans méconnaître ce qui pourrait être, dans certains cas donnés, le devoir individuel. Sous ce rapport il ne peut

56 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, in-80, pp. 305-306. En français dans l'original. Nous nous sommes permis quelques légères corrections linguistiques lesquelles ne modifient aucunement le sens, 57 Cf. le texte anglais et le texte français dans la Revue anglo-romaine, t. II, pp. 433-446. 58 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912. in-8°, p. 318. 59 Extrait du Journal de Bruxelles, reproduit dans la Revue anglo-romaine, t. II, pp. 458-459.

Page 13 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 y avoir le moindre malentendu à mon égard. Mais si Rome ne poursuit exclusivement que des conversions individuelles - et à moins d'une assurance contraire et formelle, il devient difficile d'en douter -, il est impossible de continuer. Ni l'œuvre que je poursuis, ni ma personne n'ont rien à gagner à ce que je paraisse, aux yeux des miens, mériter le reproche de faire le métier de dupe». Le 24 du même mois, Rampolla répondait : «Permettez-moi de vous dire qu'il n'est pas exact qu'à Rome on se borne à désirer des conversions individuelles, ne voulant pas l'union en corps : il est vrai seulement qu'on ne veut pas d'entraves aux conversions individuelles, dont le succès est plus proche et plus facile, tandis que l'on s'occupe de l'union en corps. On n'est pas dans le vrai non plus lorsque l'on suppose que la Revue anglo-romaine a été condamnée ; cela n'est pas arrivé et n'arrivera pas, surtout si ses rédacteurs veulent bien se tenir sur leurs gardes et ne pas devancer le jugement du Saint-Père sur les questions dont il s'est réservé la solution [...]. Quant à vous, Monsieur, vous devez, vous aussi [...] tirer une conclusion pratique, c'est-à-dire ne pas vous décourager, et, tout au contraire, garder vos bonnes intentions de travailler autant que possible à rendre réelle et facile l'union si désirable»60. Les craintes anglicanes n'étaient pourtant que trop fondées : le 13 septembre 1896, après quelques jours de prière et de réflexion, Léon XIII, non sans de longues hésitations, - au dire de Duchesne61 - se déterminait à publier la bulle Apostolicæ Curæ. En celle-ci, après avoir exposé toutes les mesures prises depuis le règne de Marie Tudor, et le soin avec lequel on avait procédé à de nouvelles enquêtes, le Pontife romain rappelait le défaut de forme et d'intention des ordres conférés selon le rite d'Édouard VI, puis il concluait : «C'est pourquoi, Nous conformant à tous les décrets de Nos prédécesseurs relatifs à la même cause, les confirmant pleinement et les renouvelant, par Notre autorité, de Notre propre mouvement et de science certaine, Nous prononçons et déclarons que les ordinations conférées selon le rite anglican ont été et sont vaines et absolument nulles»62. Lord Halifax était alors de retour chez lui dans le manoir d'Hickleton au nord de Sheffield. Le 18 septembre, il recevait lady Beauchamp qui venait séjourner chez lui. Elle avait acheté un journal du soir qui annonçait la bulle du Pape, déclarant l'invalidité des ordres anglicans. Le lendemain, un télégramme de M. Portal, suivi bientôt d'une lettre, confirmait la nouvelle63. L'admirable président de l'E.C.U. accepta cette épreuve avec des sentiments imprégnés d'un idéal de charité, révélateur d'une âme profondément chrétienne. A M. Portal qui lui avait fait part de la catastrophe, il répondait : «Votre lettre me remplit les yeux de larmes, mais elle me fait un bien au delà de toute expression. C'est l'amour des âmes qui nous poussait, nous ne voulions rien d'autre. Qu'on fit quelque chose pour mettre fin aux divisions entre ceux qui aiment Notre-Seigneur Jésus-Christ, ces divisions qui servent à tenir tant d'âmes éloignées de lui ; que ceux qui s'aiment puissent s'aimer davantage, en communiant aux mêmes autels, qu'enfin l'unité essentielle de l'Eglise de Jésus-Christ fût reconnue de tous et que, pour cela, dans un esprit d'amour et de charité, dans un esprit aussi de pénitence pour toutes les fautes commises de chaque côté, on s'abordât afin de dissiper les malentendus, de distinguer entre ce qui est de foi et, ce qui est seulement matière d'opinion, de dissiper les préjugés et de rechercher tout simplement la volonté de Dieu comme il l'a fait connaître à ses saints apôtres et comme elle a été comprise par l'Église des premiers temps ; de se fonder enfin sur les bases demandées par l'encyclique pour la foi et la pratique chrétienne: voilà, mon cher ami, tout ce que nous voulions. Je suppose que les autres le voulaient aussi. Mais pour y arriver il fallait beaucoup d'amour, beaucoup de charité, beaucoup de patience, une grande abnégation de soi, et encore la sagesse qui sait distinguer entre les faits et, plus que tout, il fallait cet esprit inspiré par l'amour qui, au delà de toutes Ies difficultés et malgré toutes les apparences, voit la vérité essentielle telle qu'elle est véritablement en elle- même et qui, pour la faire prévaloir, néglige toute considération personnelle, se fiant aux autres comme à soi-même. Voilà ce qu'il fallait... «Nous avons échoué pour le moment mais, si Dieu le veut, sa volonté s'accomplira et, s'il nous permet d'être brisés, c'est bien qu'Il veut faire les choses lui-même. Ce n'est pas un rêve, c'est aussi certain que jamais. Il y a des amertumes qui valent toutes Ies joies de la terre, et je préfère mille et mille fois souffrir avec vous dans une telle cause que de triompher avec le monde entier...»64 Cependant, quelques jours après la condamnation, le 28 septembre 1896, le cardinal Vaughan prend la parole à la conférence annuelle de la Catholic Truth Society, tenue à Hanley. Il insiste sur le fait que «le Saint-Père en sa qualité de juge suprême a prononcé solennellement la nullité et l'invalidité des ordinations anglicanes». D'ailleurs, ajoute-t-il, «la grande masse de l'Église d'Angleterre est érastienne et latitudinariste ; elle n'est donc aucunement affectée par une déclaration affirmant que les ordres anglicans ne confèrent aucun pouvoir d'offrir le Saint Sacrifice et de remettre les péchés. L'orateur rappelle que «ni les jansénistes, ni les Russes, ni les Grecs, ni aucune des sectes d'Orient qui

60 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, in-8°, pp. 351-352. 61 Nous tenons directement de contemporains de Mgr Duchesne ces paroles attribuées à l'historien de l'Eglise. Elles correspondent d'ailleurs au jugement de van Hügel sur l'audience donnée par Léon XIII au cardinal Gasquet. Cf. p. 34. 62 LÉON XIII, Lettres apostoliques, encycliques, brefs, etc..., t. V, Paris, Bonne Presse, in-8°, pp. 74-75. 63 Cf., J. G. Lockhart, Viscount Halifax, part Il. p. 78, 64 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, in-8°, pp. 357-358. Le texte est en français dans l'original. Nous nous sommes permis quelques très légères corrections linguistiques, lesquelles ne modifient aucunement le sens.

Page 14 sur 15 http://www.rore-sanctifica.org Communiqué du 30 mai 2009 ont des ordres valides n'ont jamais pu ni jamais voulu reconnaître la validité des ordinations anglicanes»65. Les anglicans ont été repoussés par Rome, ils «restent donc seuls, frissonnant dans leur isolement insulaire». Puis, se portant par la pensée vers les membres de l'Église Établie qui avaient rêvé de l'union en corps, le prélat les invite à se soumettre individuellement. Il croit même les toucher davantage en faisant part d'une lettre «dont lui seul avait pu suggérer l'idée au Pape»66. Après avoir communiqué les désirs de Sa Sainteté de voir Ies anglicans suivre l'appel divin, «le Souverain Pontife, ajoute-t-il a montré sa gracieuse sympathie d'une manière plus pratique encore [...] : Nous ne pouvons pas, écrit le Pape, sans une profonde émotion, contempler la condition très pénible et parfois même désespérée des clergymen anglicans convertis qui, obéissant avec promptitude à l'appel de la grâce divine, sont entrés dans l'Église catholique [...], aussi voudrions-Nous venir en aide à ceux qui ont fait ce pas ou sont prêts à le faire. A cette fin le projet que Nous avons conçu et que Nous vous proposons serait la formation en Angleterre d'un capital considérable destiné à aider les pasteurs anglicans convertis [...]. Nous désirerions au moins leur assurer le moyen de pourvoir à leurs nécessités les plus urgentes pendant les premières années après leur conversion...»67 Cette fois encore, l'effet produit par le discours de l'archevêque de Westminster fut désastreux. La sollicitude de Léon XIII était touchante il est vrai, mais, ajoute le biographe déjà cité68, en conseillant cette démarche, Mgr Vaughan avait prouvé une fois de plus, combien il connaissait mal l'état d'esprit du monde anglican. On y fut choqué de cette façon de mêler une question d'argent aux exhortations à se convertir. «Les prêtres anglais sont des gentlemen, affecta-t-on de répondre, et ce n'est pas par de tels moyens qu'on peut les attirer. En fait, d'ailleurs, les conversions attendues ne se produisirent pas». Lord Halifax lui-même, qui avait reçu la condamnation avec des sentiments d'une si haute élévation morale était maintenant bouleversé. Peu de temps après avoir pris connaissance du discours du cardinal à Hanley, il écrivait à M. Portal : «II est impossible d'exagérer l'effet déplorable qu'a produit la bulle […]. Et le cardinal, d'après sa coutume, a réussi à empirer encore la situation […]. C'est une grosse faute qu'il a commise [...]. Toute la sympathie qu'on avait pour Léon XIII a disparu d'un coup. Il nous dirait à ce moment Ies choses les plus aimables qu'on ne lui répondrait pas. Il faut bien le dire, nous avions, tout le monde en convient, réussi d'une manière vraiment merveilleuse, à créer un désir d'union. Le rapprochement vers Rome, même après l'encyclique, était très grand, tout était très bien préparé. Le Pape avait le jeu, pour ainsi dire, dans les mains [...]. Les bonnes dispositions de l'archevêque d'York grandissaient. Une démarche du Pape l'année prochaine pouvait tout enlever, et maintenant, c'est fini»69. Le 19 février 1897, les archevêques de l' «Église Établie» envoyaient une Responsio «à tout le corps des évêques de l'Église catholique». Celle-ci n'aboutit qu'à faire naître la nécessité de nouvelles explications. Les évêques catholiques d'Angleterre se crurent obligés de faire parvenir aux archevêques de Canterbury et d'York une lettre intitulée A Vindication of the Bull Apostolicæ curæ. Passant en revue les arguments contenus dans la bulle, ils s'efforçaient de les mettre à la portée du public. A la même époque, sur le continent, quelques catholiques laissaient entendre que la décision pontificale n'était pas définitive, qu'elle pourrait donc être modifiée. Léon XIII crut devoir intervenir. Dans une lettre datée du 5 novembre 1896, et adressée au cardinal Richard, alors archevêque de Paris, Sa Sainteté faisait savoir que son intention avait été «de juger absolument et de trancher définitivement» la question discutée. La Revue anglo-romaine cessa de paraître. «Aujourd'hui, faisait-elle savoir à ses lecteurs, l'agitation des esprits semble demander un temps de repos et d'apaisement. Invinciblement attachée à tous les enseignements du Saint-Siège apostolique, la Revue anglo-romaine a accepté avec une pleine soumission d'esprit et de cœur les deux récentes constitutions du Saint-Père sur l'unité de l'Église et sur les ordinations anglicanes. Elle souhaite que tous ceux qui, parmi nos frères séparés, l’ont encouragée de leur sympathie les acceptent un jour avec elle. L'intégrité de la doctrine est en effet le fondement sur lequel il faut bâtir pour faire une œuvre d'union vraie et durable»70. Quelques années plus tard, quand le calme fut revenu, la Revue catholique des Églises reprenait l'œuvre de rapprochement en vue de la corporate union. Les déclarations de la Bulle Apostolicæ curæ, que rien ne faisait attendre quelques mois auparavant, devaient arrêter pour plusieurs années le mouvement vers Rome de l'aile droite anglicane et, sur cette même voie, l'avance sensible des plus hautes autorités de l'Église Établie.

     Fin du communiqué du 30 mai 2009 du Comité international Rore Sanctifica
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65 La situation est différente aujourd'hui. Nous en avons parlé dans notre article sur le Mouvement anglo-catholique paru dans le Correspondant du 10 avril 1932, pp. 114-123. Cf. également le livre de Chrusostomos (Papadopoulos), Archbishop of Athene. and all Greece, The Validity of anglican Ordinations, translated and prefaced by J.-A. Douglas, London, Faith Press, 1931, in-16. xxiv-114, pp. 66 Thureau-Dangin, Le Cardinal Vaughan, Paris. Bloud, 1911, in-8°, p. 96. 67 On trouvera le texte intégral de ce discours et de la lettre de Léon XIII dans la Revue anglo-romaine, t, III, pp. 465 à 480. 68 Thureau-Dangin, Le Cardinal Vaughan, Paris, Bloud, 1911, in-8°, p. 96. 69 Halifax, Leo XIII and Anglican Orders, London, Longmans, 1912, in 8°, p. 370. 70 Revue anglo-romaine, t. III, p. 721.

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