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SANTOGROSSI - DE TANOUARN - Reponse à l'abbé Cekada (30juin2006) n°6 juin «OBJECTIONS» (photocopie)

Post-Vatican II etude-privee
Version unique
        Pélérences.


                                                                        Dans notre numéro précédent,
                                                                        nous avons entrepris de parler
                                                                      du sédévacantisme, qui constitue
                                                                        certainement La tentation sous
                                                                      apparence de bien La plus subtile
                                                                            pour bon nombre de fidèles
                                                                      traditionalistes. N'est-il pas plus
                                                                  simple en effet de considérer que,
                                                                gardant contre vents et marées les
                                                                  formes de La Tradition catholique,
                                                                      nous ne désobéissons en rien au
                                                                      pape, s’il est prouvé que ce pape

                                                                                              n'en est pas un.


 Réponse
 à l'Abbé Cekada
 Sur la validité du nouveau rite d'ordination épiscopale

      Moyen court pour “prouver” la vacance du           montrer que cette démonstration n'en est
                                                                                                      pas
    Siège de Rome, proposé dans le livre ano-
                                                         une, ou que si l'on adopte les critères séman-
    nyme Rore sanctifica : le nouveau
                                      rite des           tiques ultra-rigide de l'abbé, les ordinations
    ordinations épiscopales est invalide, L'abbé
                                                         sacerdotales selon le rite latin traditionnel
    Ratzinger ayant été sacré archevêque
                                               de        sont invalides depuis la nuit des temps. Avec
    Munich selon ce rite nouveau en 1977, il
                                             n'est       une grande rigueur et une vraie charité ecclé-
    pas validement évêque. 11 n'est donc pas non
                                                         siale, sans jamais se départir de la plus stric-
    plus évêque de Rome et donc pas pape. Dans
                                                         te objectivité, le frère Ansgar Santogrossi,
    ce moyen court, le sédévacantisme dévoil
                                                  e sa   spécialiste de Duns Scot et auteur récent
    vraie nature : l'ecclésiovacantisme. Il
                                              n'y aura   d'un livre sur les illusions de Pœcuménisme
    bientôt plus de prêtres validement ordonnés
                                                         moderne, entreprend de démontrer son erreur
    par des évêques validement sacrés, que ceux
                                                         à l'abbé Cekada. I! nous offre en même temps
   qui auront été ordonnés par un des
                                           rares         une magnifique méditation sur l'épiscopat.
   évêques sacrés “à l’ancienne”. La logiqu
                                            e est
                                                           Ce texte constitue aujourd’hui une véritable
   imparable et la folie assurée. L'absurdité
                                              de         référence dans les débats qui agitent l'Eglise
   la situation engendrée par une telle théorie
                                                         catholique, écartelée entre sa Tradition et
   devrait suffire à la disqualifier.                                                                  la
                                                         praxis nouvelle que des pasteurs insouciants
     Mais certains catholiques se laissent prendre
                                                         tentent de lui imposer depuis près de qua-
   aux apparences de la démonstration
                                         “sérieuse”      rante ans.
   produite par l'abbé Cekada. I] importait
                                            de
                                                                                                    GT

36 Objections n°6 + Juin 2006 Ade ChCCS.

         Dès le début du mouvement traditionaliste, nombr
                                                                   eux ont été ceux qui ont mis en
       doute la validité de tel ou tel rituel sacrementel,
                                                           issu de la réforme postconciliaire, Pour
       le sacrement de l'Ordre, il est communément
                                                        soutenu que les constitutions apostoliques
       Apostolicae Curae de Léon XIII et Sacramentum
                                                              Ordinis de Pie XII exigent certaines
       conditions de validité qui ne se trouvent pas
                                                       dans le nouveau rite d'ordination promulgué
       par Paul VI en 1968.


         L'étude sur l'ordination d'évêques de l’abbé Antho
                                                               ny Cekada, prêtre sédévacantiste
      dans l'Ohio, s'inscrit parmi les plus fortes
                                                     dans le genre. Instructif par l'étendue d’une
      documentation puisée dans les manuels classiq
                                                          ues mais aussi dans les études récentes
      d'histoire de la liturgie, l'ouvrage de Cekada pèche
                                                            néanmoins par une conception mani-
      festement exagérée de l'univocité de Signification
                                                           requise pour une formule sacrementel-
      le. Il souffre aussi du fait qu'il ne prend pas en
                                                         compte maintes données de la Tradition
      de l'Église - auxquelles se rattache pourtant la formule de Paul
                                                                           VI. C'est cet ancrage dans
      la Tradition qui garantit la validité du nouveau
                                                             rite d'ordination, quoi qu’il en soit des
      déficiences que le rite partage avec d'autres réformes
                                                                 du même Pontife.

        L'article de Cekada tient compte de ces Perspectives
                                                                    historiographiques. L'abbé
      entend bien disqualifier l'idée d'un ancrage traditi
                                                           onnel de la liturgie rénovée. I] consti-
      tué, pour partie, une réfutation de la
                                               position qui attribue la validité du nouvea
                                                                                             u rite au
      fait que sa formule essentielle serait identique à
                                                            la forme d'ordination d'évêques dans les
      rites syriens et coptes. Cekada oppose à cette
                                                     thèse une analyse desdits rites. Il en tire la
      conclusion que le rite de Paul VI n'est pas compa
                                                        rable à ceux des Églises orientales.

        Notre démonstration de la validité du rite de Paul
                                                                VI n'entrera pas dans ce débat, rele-
      vant de l'histoire de la liturgie. Elle se focalisera sur
                                                                l'argument propre de l'abbé Cekada
      contre la validité du rite Paul VI.

        Au fond cet argument est très simple: la Tradit
                                                              ion de l'Église rappelée par Pie XII
     en 1947 exige qu'une formule sacramentelle
                                                       signifie de manière univoque les effets du
     sacrement, en l'occurrence le pouvoir d'Ordr
                                                     e et la grâce du Saint-Esprit; la partie de
                                                                                                   la
     prière consécratoire traditionnelle que Pie XIT
                                                        définit comme essentielle et requise pour
     la validité, à savoir : « Complétez en votre prêtre la plénitu
                                                                     de de votre ministère, et, paré
     de toute la gloire, sanctifiez-le par la rosée de l'oncti
                                                              on céleste » assure cette signification
     univoque. Or, selon Cekada, la formule prescrite
                                                           par Paul VI - une prière pour l'envoi du
     “Spiritum principale—” s'avère obscure et équivo
                                                            que. La conclusion tombe raidement:
     cette expression ne signifie pas Le pouvo
                                               ir d'Ordre de Fépiscopat. Le rituel nouvea
                                                                                         u,
     entaché de cette ambiguïté ‘est par conséquent
                                                           invalide.

       Comme signalé ci-dessus, l'expression “Spiritum
                                                         principalem" (daubée par l'abbé
     Cekada) se trouve justement dans la prière consécratoire
                                                              du rite copte. L'abbé Cekada
     cependant conteste que cela puisse assurer son
                                                         efficacité sacramentelle dans le rite Paul
     VL. Étant en effet foncièrement ambiguë à son avis, elle ne
                                                                        saurait être la forme essen-
     tielle (assurant la validité du sacrement de l'épisc
                                                           opat) dans le rite copte non plus.

       Une déclaration du Synode copte de 1898 semble
                                                                 désigner toute la prière consécra-
     toire comme la forme du sacrement, sans
                                                    stipuler aucune phrase particulière comm
                                                                                                 e
     requise pour la validité comme cela a été
                                                   fait par Pie XII et Paul VI pour le rite latin.
     Pour Cekada, c'est toute la prière consécratoire
                                                             copte qui constitue la forme requise,
     Cette prière dans son ensemble signifie le pouvo
                                                            ir d'Ordre par ses références à certains

Fo PRCRCCS.

      pouvoirs propres et spécifiques de l'épiscopat, par exemple
                                                                           ceux d'ordonner et de faire
      de nouvelles maisons de prière. Par contre l'expression “Spiritum
                                                                              principalem” promulguée
      par Paul VI ne signifie pas clairement ce pouvoir épiscopal.
                                                                            Elle peut en effet signifier
      r'importe quel office d’autorité ou de direction; elle est donc équivoqu
                                                                                       e.

         En revanche, dans le rite romain traditionnel, la phrase définie comme
                                                          ap                              essentielle P par
      le Pap
          pape Pie XII, D à savoir “plénitud e de votre ministère”, signifie,
                                    P!                                g       , elle, de manière univo-
      que (et donc clairement) le pouvoir d'Ordre de lépiscopat.


          Nouvelle formule du sacre des évêques
          et formules traditionnelles d'ordination

        À ce point de notre exposition, il faut signaler un peu pêle-mêle plusieurs aspects
                                                                                                         de
      la question qui ont été négligés par l'abbé Cekada. Une fois rassemb
                                                                                    lées toutes ces don-
      nées, la validité du rite Paul VI sera évidente.

        Commençons, si vous le voulez, par une comparaison entre la formule du
                                                                                            rite de lordina-
      tion des évêques selon Paul VI d’une part, et les formules sacrame
                                                                               ntelles des autres ordres
      presbytérat, diaconat etc. telles qu'elles furent arrêtées et définies
                                                                             par Pie   XII en 1947,

        Donnons d'abord la formule complète de Paul VI pour l'ordination d’un
                                                                                                évêque. La
      voici: «Et maintenant répands sur celui que tu as choisi cette
                                                                                force qui vient de toi,
      l'Esprit qui fait les chefs (Spérisum Principalem), que tu as donné à
                                                                          ton Fils, Jésus-Christ,
      qu’il a donné lui-même aux saints Apôtres, qui établirent l'Église en
                                                                            chaque lieu, comme
      ton sanctuaire, à la gloire incessante et à la louange de ton
                                                                        Nom».

        Voici maintenant la partie de la formule, définie par Pie XI, pour le sacerdoce
                                                                                                    , et qui
     est pertinente pour notre problème: « Donnez à ce serviteur
                                                                            qui est le vôtre, Pére tout-
     puissant, nous vous demandons, la dignité du Presbytérat,... qu’il
                                                                                 obtienne la charge du
     second rang.» Passons à la formule du diaconat selon le même
                                                                                Pie XI]: « Envoyez en
     celui-ci, nous le demandons, Seigneur, l'Esprit Saint, par lequel
                                                                     il sera fortifié par le don
     de votre grâce septiforme pour l'œuvre de l'accomplissement de votre
                                                                              service (ministe
     rilj». Il sera question plus tard de savoir si ces deux formules tradition
                                                                                nelles pour les
     ordres presbytéraux et diaconiaux satisfont bien au degré d’univoc
                                                                         ité que Cekada exige
     -et qu'il déclare ne pas retrouver dans la formule pour l'ordinat
                                                                           ion épiscopale promulguée
     par Paul VI.

       L'adjectif “principalem” qualifie le nom “Spéritum” dans la forme
                                                                                Paul VI: « l'Esprit qui
     fait les chefs». I] renvoie au latin princeps (le premier) et il est la
                                                                             traduction latine du grec
     hegemonikon, un mot qui normalement signifie pouvoir, domination ou
                                                                                       gouvernement.
     Lexpression pneuma hegemonikon (Spiritum principalem) se trouve
                                                                                  mentionnée comme
     exprimant un don divin, dans le psaume 50. Elle a été utilisée
                                                                    dans        de nombreuses prières
     consécratoires orientales pour des charges et des bénédictions
                                                                        diverses. Toutes ces charges ont
     quelque chose à voir avec l'autorité, et il se trouve aussi que le champ
                                                                                 sémantique naturelle-
     ment associé à ce concept — vocables tels prince ou chef
                                                                    est bien présent dans la pensée des
     Pères et des écrivains ecclésiastiques médiévaux quand ils caractéri
                                                                          sent les évêques comme
     “princes”, “premiers” ou “chefs” dans l'Église. Les dictionnaires
                                                                       de grec et de latin patris-
     tique cités par Pabbé Cekada lui-même associent egemonikon
                                                                    et Principalis avec la charge
     épiscopale. En outre, la première chose que le Concile de Trente
                                                                       enseigne sur les évêques,

38 Objections n°6 » Juin 2006 Féférences

   décret sur le sacrement de l'Ordre au
   chapitre 4, c'est le fait qu'ils sont les
   membres principaux de la hiérarchie.
   Ils sont établis par l'Esprit Saint pour
   régir l'Église — la charge épiscopale de
   gouvernement est mentionnée avant

   le pouvoir de confirmer et ordonner.
   Et même l'Introït du commun de la
   messe des Confesseurs Pontifes, que
  l'abbé Cekada lit un certain nombre
  de fois dans l'année, dit à propos du
   saint évêque commémoré: “principem
  Jecit um”, [Dieu] la fait un prince”.
            » &




    Appliquons toutes ces données à
  notre problème. On voit d’abord que
  si l'on appliquait le principe d’uni-
  vocité de signification aux formules
  latines traditionnelles avec toute la
  rigueur d’un abbé Cekada, alors on
  devrait taxer Pie XII aussi d'avoir
  pris pour valide une forme qui ne
  peut l'être. Car si la formule pour
  lépiscopat doit mentionner la plé-
  nitude du pouvoir d'Ordre, en tant
  que celui-ci est distinct du pouvoir
 de la juridiction épiscopale, ainsi
 que le présuppose notre abbé, alors
 la formule de l'ordination du prêtre
 devrait mentionner, elle, le pouvoir
 d'offrir Le Sacrifice, caractéristique
 du Hiereus grec, du sacerdos latin,
 c'est-à-dire du Sacrificateur. En réa-
 lité, il n'en est rien. La formule clas-
 sique retenue par Pie XII parle seulement de la «dignit
                                                            é du presbytérat». Chacun sait            Saint Augustin
 que le mot ‘preshyéer”, utilisé par exemple dans l'Épêtre
                                                            de saint Pierre, signifie “ancien”        évéque d'Eippone
 d’après l'étyinologie grecque, et non pas “sacrificateur”.

   Tout à sa volonté de réfuter la validité du nouveau
                                                             rite d'ordination des évêques,
 Cekada ironise à ce sujet. Selon lui, l'idée de gouvernemen
                                                                 t sous-jacente à l'expression
 “Spiritus principalis” ne distingue pas l'évêque catholique
                                                             de son homologue. mormon.
 Mais une telle remarque s’appliquerait également au
                                                           mot “presbyter”, fixé par Pie XII
 comme le substantif essentiel dans la forme du sacerdo
                                                       ce. C'est que “Presbyter’ a fini par
 acquérir, dans l'Église, la signification d’un sacerdoce sacrificiel,
                                                                         répliquerait, sans doute,
 l'abbé Cekada.

  Contre-réplique: comme l'indique le dictionnaire
                                                       patristique cité par Cekada lui-
 même, le mot hegemonikon, dont principalis est une
                                                    traduction latine a acquis, lui aussi,
 une nouvelle signification chrétienne, celle de
                                                   l'épiscopat.

Objections n°6 + Juin 2006 39 Féfe CACCS. .

         Passons à la formule traditionnelle du diaconat pour la
                                                                      comparer avec celle de l'épisco-
       pat selon Paul VI: on dit que le diacre reçoit te Saint-E
                                                                    sprit pour “l'œuvre du ministère”
      tandis q que l'évêqu
                        q e reçoit la “plénitu de du ministère”. La formule épiscopale ne dit pas
                              Si       P                                     piscop:
      “plénitude du sacerdoce”, mais “du ministère”, ce qui
                                                                                             P:
                                                              est générique et donc moins univo-
      que que “sacerdoce”. Mais alors, comment l'abbé
                                                        Cekada a-t-il la certitude que “pléni-
      tude du ministère” fait un évêque et non un archid
                                    q                   iacre?

        Parce qu’il est dit que c'est un prêtre qui reçoit le sacrem
                                                                       ent, répliquerait-il peut-être.

        Contre-réplique: cette réplique présuppose que la signific
                                                                              ation de “plénitude du
      ministère” est déterminée par tout un domaine de connais
                                                              sances implicites, car rien dans
      la formule elle-même n'indique qu'un prêtre ne peut être
                                                                      archidiacre ni que l’archidiaco-
      nat nest pas un degré du sacrement de l'Ordre. Nous
                                                                  allons montrer ci-dessous que c'est
      justement un champ semblable de significations implici
                                                                 tes qui donne une signification
      épiscopale à la phrase “Spérisim principalemt” dans la formule
                                                                      de Paul VI.

          Signification univoque ? Non, signification intégrale

        Les formules latines traditionnelles n'étant pas aussi
                                                                    univoques que Cekada le pense,
      voyons maintenant que la formule de Paul
                                                     VI pour l'épiscopat n'est pas aussi ambiguë
      qu'il le croit. Rappelons tout d’abord que tout ce qui est
                                                                   principalis a quelque chose à voir
      avec la primauté, c'est-à-dire avec le fait d'être premie
                                                                 r sous quelque aspect, ce qui fonde
      le fait d'être une source, une origine et un principe de
                                                                direction, du moins pour la philo-
      sophie la plus saine et la plus simple, Un principe ou
                                                               un prince dirige par la connaissance
     du bien et par sa science des moyens par lesquels
                                                        le bien peut s’accomplir. Pour notre
     propos, il s'agit d'une primauté et d'un pouvoir de
                                                         direction selon l'Esprit Saint, dans
     l'Église. La fin de l'évêque est le Bien divin et le moyen la Parole divine
                                                                                       qui instruit, qui
     commande et, au moins lorsqu'elle est sacramentelle,
                                                                  qui réalise ce qu'elle signifie, c'est-
     à-dire qui l'effectue.

       Celui donc qui reçoit le caractère spirituel au titre de “premi
                                                                           er”, c'est-à-dire au titre de
     Principalis devient source première de Esprit dans
                                                        l'Église       . Tel est bien l'episkopos, l'évé-
     que, celui qui surveille le troupeau en ayant la Parole
                                                              divine présente à l'esprit, pour en
     être le témoin et le maître (didaskalos}, On touche
                                                         là au pouvoir du magistère.

       Lévêque est aussi celui qui doit produire les directives qui
                                                                        sont nécessaires pour mettre
     en œuvre la doctrine — il s’agit alors de son pouvoir
                                                             de juridiction.

       Il doit également l'appliquer aux fidèles de son troupea
                                                                    u de manière efficace et com-
     plète — et nous pouvons en déduire son pouvoir
                                                         de sanctification. C'est à travers ce pou-
     voir de sanctification que l'évêque est le ministre ordinai
                                                                 re du sacrement de Confirmation
     (marquant la perfection spirituelle des fidèles) et du sacrem
                                                                      ent de l'ordre.

        Ce raisonnement théologique ne signifie Pas pour autant
                                                                      qu'un évêque reçoit le pou-
     voir de juridiction par son sacre même. Et, par ailleurs,
                                                                il faut admettre que les diacres et
     les prêtres aussi peuvent recevoir le pouvoir d'enseigner
                                                                publiquement — ir #edio ecclesine
     — et qu'ils sont radicalement aptes à exercer une part
                                                               du pouvoir de juridiction qui est
     celui de l’évêque. Néanmoins il faut noter un point
                                                              capital complètement négligé par
     l'abbé Cekada, à savoir que les prêtres, qui jouissent de
                                                               ce pouvoir d'enseigner ou de cette
     participation à la juridiction épiscopale, ne
                                                     reçoivent pas leur part d'enseignement ou

40 Objections n°6 » Juin 2006 Féf RPére Arenc nrafe

           de juridiction en vertu d’un caractère Princip
                                                         alis où begemonikon. Leur pouvoir, en effet,
           dépend du consentement d’un ordre supérieur, tandis
                                                                   que l'évêque, lui, reçoit son pouvoir
           d’un autre évêque, à savoir l'évêque de Rome, détena
                                                                nt les clés de saint Pierre, c'est-à-dire
           un pouvoir sur toute l'Église que le concile Vatican
                                                                I a qualifié de pouvoir épiscopal.

             Ainsi le caractère épiscopal est Principalis où hegemo
                                                                      nikon dans un sens propre à l'épisco-
          pat. C'est l'ordre épiscopal en tant que tel qui
                                                             gouverne l’Église, et ceci de droit divin, Le
          pape ne peut pas confier Le gouvernemen
                                                     t des diocèses de manière habituelle à
                                                                                                 de simples
          prêtres. Rien donc de surprenant, rien
                                                 d’inva      lidant dans l'usage sacramentel des expres
                                                                                                       -
          sions preuma hegemonikon, Spiritus Principalis,
                                                             esprit qui fait les chefs ou “governing Spirig”
          (traduction anglaise). Cette expression signifie bien
                                                                le pouvoir d’Ordre épiscopal. (Même
          la traduction anglaise provisoire, “be excellent Spirif’,
                                                                    pouvait se comprendre dans cette
          optique, puisqu'en bonne métaphysique celui
                                                             qui possède quelque chose au degré de l'ex-
          cellence peut communiquer et diriger comme cause
                                                                   première dans son ordre.)
            Certes Pie XII exigeait que la formule d’ordination des
                                                                              évêques signifie le “pouvoir
          d'Ordre” pour être valide, mais l'abbé Cekada fait une
                                                                       interprétation personnelle en exi-
          geant qu'elle signifie le pouvoir de sanctification
                                                                   en tant que celui-ci se distingue du
          pouvoir de juridiction, car le caractère épisco
                                                            pal se distingue non seulement pat le pou-
          voir d'ordonner et de confirmer, mais aussi par sa prédisp
                                                                         osition à recevoir et posséder la
         juridiction d'une manière “principale”, à savoir sans
                                                                   la recevoir d'un ordre supérieur, par-
          ticipant ainsi du gouvernement suprême de l'Église
                                                                   , En signifiant ce fait par “principalis”
         ou ‘hegemonikon”, on signifie effectivement le pouvo
                                                                    ir d'Ordre épiscopal,
           Ceux qui refusent ce constat devraient logiquement
                                                                conclure de ce refus de la nouvelle
         formule d'ordination épiscopale que la formule définie par
                                                                    Pie XII pour le sacerdoce n'est
         pas valide, puisqu'elle ne signifie pas plus explicitement
                                                                      que “Spiritus principalis" un pouvoir
         proprement sacerdotal. Mais on tomberait
                                                        alors dans l'absurde. Je prétends quant à
                                                                                                         moi
         tout autre chose: de même que, dans la formule
                                                               traditionnelle de l'ordination sacerdotale,
         le mot presbyter peut signifier le pouvoir sacerdotal de
                                                                    manière implicite, de même, dans la
         nouvelle formule d'ordination épiscopale, les mots
                                                                “Spiritus principalis" peuvent signifier, de
         manière implicite, le pouvoir d'Ordre épiscopal qui
                                                                  est lié à la juridiction.

           Loin donc d'être ambigu, l'expression “Spiritun
                                                              Principalem” trouve effectivement sa
         signification première et sa réalisation première dans
                                                                l'épiscopat.
           L'abbé Cekada à dressé une liste de plusieurs signific
                                                                       ations ecclésiastiques de la paro-
         le fégemonikon: père abbé, patriarche, et autres. Mais
                                                                    dans tous ces usages, il s’agit d'une
         charge d'autorité et d'une demande des grâces d'état.
                                                                   Or toute charge dans l'Église est une
         charge en vue de la diffusion de l'Évangile de la vérité
                                                                      à Ja fois et indivisiblement doctri-
         nale, sacramentelle et pratique, Cette charge est
                                                              confiée en tout premier lieu aux évêques.
           Ces évêques sont doués de tous les caractères que
                                                                   l'Esprit infuse comme autant de dis-
         positions à la grâce sanctifiante et par là aux grâces
                                                                  d'état pour la diffusion du Royaume.

           Le caractère épiscopal constitue en lui-même un appel
                                                                       à Dieu, pour une effusion maxi-
        roale de l'Esprit Saint. Ce n'est donc pas pour rien
                                                                que les signes visibles du catholicisme
        latin traditionnel enfoncent dans l'esprit des fidèles
                                                                cette association maximale entre l'évé-
        que et l'Esprit Saint. Lévêque est en quelque sorte
                                                               le premier analogué de Ja signification
        de “Spiritus principalis”. Non seulement donc cette
                                                                 expression n'est pas ambiguë sur les
        lèvres d’un évêque consécrateur, mais elle y trouve
                                                             sa signification... principale.

                                                                                     Fr. Ansgar Santogrossi
                                                                                                     d




   Objections n°6 * Juin 2006                                                                                          41

a me rpg Pourquoi focus nous sommes : Voici un texte peu connu d'Alexis de Tocqueville des catholiques sur la christianophobie chronique en France baroques depuis deux ou trois siècles : « Lorsque des Baroque ? Catholique ? hommes considérables, parlant au nom de l'Etat Les deux mots jurent. français, dans des chaires créées et maintenues Ils semblent incompatibles, par l'Etat français, attaquent non pas seulement comme l'enfant sage qui ne telle portion du clergé qui menace L instruction sera jamais l'ami du turbulent. laïque, non plus même le clergé tout entier, mais ILne s'agit pas là seulement Le catholicisme même, mais le christianisme de mémoire et d'histoire. même, qui est La sour ce où toutes les notio ns Ce qui est en jeu, c'est modernes ont dû puiser leur force

une manière d'être, un style, et leur grandeur, que fait Monsieur le Ministre une forme. Si l'on met dans | del Instruction publique 2» le baroque, toute La fantaisie (Discours à la Chambre, janvier 1844). et toute La rigueur, si l'on voit Aujourd hui, nous dirions sans doute : dans l'âge baroque l'alliance que fait M. Le ministre de l'Intérieur ? réussie de la liberté et de la fidélité, il faut affirmer Le que cet âge est plus qu'une Parmi les sujets abc és |: époque, parce qu'aujourd'hui, d — re bord 2 il doit être nôtre! Comme ans les prochains numeros : catholiques, ° | D Le socialisme : une survivance mythologiqu nous refusons l'opposition e .

stérile entre Le dogme et La vie, b La foi chrétienne rend-elle paresseux? entre l'élan et l'attachement. | Ressuscités en espérance, > Pédophilie Le dossier douloureux : nous prenons tout: c'est

baroque ! La Catholiques, orthodoxes, la fracture est-elle irrédüctible?

              Abbé G. de Tanoüarn                > Un autre Mozart
                                                 D Ce que l'Eglise a à dire aux femmes


                                                 D Les religions sont-elles toutes égales ?

      r   de La publication   : Guillaume de
   arn + Edité par : LE                          D Faut-il passer aux Barbares ?
                              ciation pour La
             Culture Chrétienne [A.D.C.C.
                                         ]
                                                                          Le
                                           jit                                       si:
                                                 Table ronde sur les juifs et {es chrét
                                                                                       iens
                                         tout
                                                                                                           î           :
                                        ro de    > Logiques actuelles et vieux
                                                                               dém    ons du protestantisme:
 mi           ë   e     cours + Abonn   nent
                                                                                                               Ë   5

normal 70 € bulletin d'abonnement p.40, 10 :

                                                 Et puis évidemment tout ce que l'actualité nous

numéros par an, à Objections, 12 rue Saint- suggèrera.. ï : Joseph 75002 Paris, OT 40 26 41 78, : Un dossier Éditoriat

                                                      Non, Da Vinci Code n’aura pas
                                                      été l’arme absolue contre le
               :                                      christianisme ! C’est un pitoyable
   Fritto Misto                                       remake qui trouve ses ingrédients
                                                      dans les fantasmes antichrétiens,

Da Vinci Code P.10 en circulation sous une forme ou Pourquoi Le jeu n'en vaut pas sous une autre depuis le début de la chandelle F1 re de l'Eglise. C’est l’occa- Du côté obscur de la farce -_ sion pour nous de mieux sonder La première pierre ce que l’on pourrait appeler les Malaise théologique raisons de la haine...

   Du sexe à l'inquisition

   L'incendidee la haine                              Légende dorée, Légende noire
  Un épilogue                                                .                   ,

Légende dorée, Légende noire p. 22 Marie Antoinette n’a pas fini de voir entretenir sa légende, D

L'Église en clameurs Cette fois & e réalisatrice

                                   p.28               ‘                 |                  isatrice
                   ,
  Visage(s] de l'Église de Chine                                                      s    donne   sa
                                                                                          Donne s
  Le pape Jaune                                                                           Que penser
                                                                             4                nt         4
                                                                            ui donc était Marie

C'est àlire ..... p.32 Antoinett ? Nous e essayons ici

Références p. 36 Réponse à l'abbé Cekada sur le sédévacantisme

En liberté avec... p.42 Pour La monarchie Le judaïsme est-il un moyen de salut ?

Échos... p.47 inmémoriam. p.48 sédévacantistes, qui circulent maintenant depuis 30 ans dans la Sainte Eglise. Frère Ansgar Santogross propose, cette Courriers... . ......, .p. 49 fois, une réponse à l'abbé Cékada sur la validité du nouveau rite d’ordination épiscopal. Son texte constitue en même temps une très belle méditation sur ce qu’est un évêque catholique, manne. rare tra pee n° 6- Juin 2004

                     quisition :

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         fantasmes antichrétiens