Pie V · catechisme · 24 septembre 1566

Préface (Clément XIII)

Catéchisme romain / Catéchisme du concile de Trente — Praefatio (Clemens XIII)

Pré-Vatican II magistere-ordinaire-universel
Versions disponibles

Le Pape Clément XIII.

Aux vénérables frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques.

Vénérables frères, salut et bénédiction apostolique.

Dans le champ du Seigneur, à la culture duquel nous présidons par la disposition de la divine providence, rien ne requiert une vigilance aussi attentive ni une industrie aussi persévérante que la garde de la bonne semence jetée, à savoir de la doctrine catholique reçue du Christ Jésus et des Apôtres, et transmise à nous ; de peur que, si elle est négligée par un oisif loisir et par la paresse de l'incertitude, tandis que les ouvriers dorment, l'ennemi du genre humain ne sursème l'ivraie ; d'où il adviendrait qu'au jour de la moisson, au lieu de choses à engranger dans les greniers, on ne trouvât que des choses à brûler dans les flammes. Et, pour garder la foi une fois transmise aux saints, le bienheureux Paul nous excite avec véhémence lorsqu'il écrit à Timothée de garder le bon dépôt, parce que des temps périlleux étaient imminents, quand des hommes mauvais et séducteurs surgiraient dans l'Église de Dieu ; par leur entremise, ce tentateur insidieux s'efforcerait d'infecter les esprits imprudents de ces erreurs, qui sont ennemies de la vérité évangélique. Mais s'il arrive, comme il advient souvent, que certaines sentences perverses s'élèvent dans l'Église de Dieu, lesquelles, tout en se combattant mutuellement de fronts opposés, conspirent néanmoins en ceci qu'elles ébranlent de quelque manière la pureté de la foi catholique ; alors il est très difficile de balancer notre discours avec une telle prudence entre les deux ennemis, que nous n'ayons tourné le dos à aucun d'eux, mais paraissions avoir également évité et condamné ces deux ennemis du Christ. Et parfois la chose est telle que la fausseté diabolique se couvre aisément de mensonges colorés d'une certaine ressemblance avec le vrai, tandis que la force des sentences est corrompue par une très brève addition ou permutation, et que la confession, qui opérait le salut, par un passage parfois subtil, incline à la mort.

C'est pourquoi il faut détourner les fidèles de ces sentiers glissants et étroits, sur lesquels on ne saurait se tenir ou s'engager sans chute, et surtout ceux qui sont d'esprit plus rude et plus simple ;

Catéchisme du Concile de Trente.

et il ne faut pas conduire les brebis aux pâturages par des lieux impraticables, et il ne faut pas leur proposer certaines opinions singulières, même de docteurs catholiques, mais il faut leur transmettre cette marque très certaine de la vérité catholique : l'universalité, l'antiquité et le consentement de la doctrine. En outre, puisque le vulgaire ne peut monter sur la montagne sur laquelle la gloire du Seigneur est descendue, et que, s'il franchit les bornes pour voir, il périra, il faut que des bornes soient fixées au peuple par ses docteurs tout autour, afin que, au-delà de ce qui est nécessaire ou souverainement utile au salut, le discours ne s'égare pas, et que les fidèles obéissent à la parole apostolique : « Ne pas se complaire à savoir plus qu'il ne faut savoir, mais savoir avec sobriété. »

Nos prédécesseurs les Pontifes romains, ayant bien compris cela, ont mis tout leur soin, non seulement à trancher par le glaive de l'anathème les germes empoisonnés des erreurs naissantes, mais encore à retrancher certaines opinions qui croissaient subrepticement, lesquelles, soit par leur surabondance chez le peuple chrétien, empêchaient le fruit plus abondant de la foi, soit pouvaient nuire aux âmes des fidèles par la proximité de l'erreur. Lors donc que le Synode de Trente eut condamné les hérésies qui avaient alors tenté d'obscurcir la lumière de l'Église, et eut mis au grand jour, la nuée des erreurs étant comme dissipée, la vérité catholique ; comme ces mêmes prédécesseurs comprenaient que cette sainte assemblée de l'Église universelle avait usé d'un si prudent conseil et d'une si grande tempérance qu'elle s'était abstenue de réprouver les opinions qui s'appuyaient sur l'autorité des docteurs ecclésiastiques ; ils voulurent, selon la pensée de ce même saint concile, qu'un autre ouvrage fût composé, qui embrasserait toute la doctrine dont les fidèles doivent être instruits, et qui serait le plus éloigné possible de toute erreur. Ce livre, sous le nom de Catechismus Romanus (Catéchisme romain), ils le publièrent imprimé, méritant doublement louange en cette affaire. Car, d'une part, ils y ont recueilli la doctrine qui est commune dans l'Église, et qui est fort éloignée de tout péril d'erreur ; et d'autre part, ils ont proposé qu'elle fût transmise ouvertement au peuple en des termes très clairs, obéissant ainsi au précepte du Seigneur le Christ, qui commanda aux Apôtres de dire en pleine lumière ce qu'il avait dit lui-même dans les ténèbres, et de prêcher sur les toits ce qu'ils avaient entendu à l'oreille ; et obéissant à l'Église, l'Épouse, dont sont ces paroles : « Indique-moi où tu reposes à midi ; » car là où il n'est pas midi, et où la lumière n'est pas si transparente que la vérité soit clairement connue, on reçoit facilement à la place de celle-ci la fausseté, à cause de sa ressemblance avec le vrai, qui dans l'obscurité se distingue difficilement du vrai. Car ils savaient qu'il y avait eu auparavant, et qu'il y aurait dans la suite, des hommes qui, en se donnant l'air de faire paître, inviteraient et promettraient des pâturages de sagesse

et de science plus abondants, vers lesquels beaucoup accourraient, parce que les eaux dérobées sont plus douces, et que le pain caché est plus suave. Afin donc que l'Église, séduite, n'errât pas à la suite des troupeaux de ces compagnons, qui eux-mêmes sont errants, non stables dans une quelconque certitude de la vérité, toujours apprenant et ne parvenant jamais à la connaissance de la vérité ; c'est pourquoi ils proposèrent qu'il fût transmis au peuple chrétien, clairement et lucidement exposé dans le Catéchisme romain, seulement ce qui était nécessaire et très utile au salut.

Mais ce livre, composé au prix d'un labeur et d'une étude non médiocres, approuvé du consentement de tous et reçu avec les plus hautes louanges, l'amour de la nouveauté l'a, en ces temps, presque arraché des mains des pasteurs, faisant émerger d'autres catéchismes, puis d'autres encore, qui ne peuvent en aucune façon être comparés au Catechismus Romanus ; d'où sont sortis deux maux : l'un, que ce consentement dans une même manière d'enseigner a été presque aboli, et qu'une sorte de scandale a été offert aux petits, qui ne semblent plus à eux-mêmes être sur une terre d'une seule lèvre et des mêmes discours ; l'autre, que des diverses et variées manières de transmettre la vérité catholique sont nées des contestations, et, de l'émulation, tandis que l'un se dit disciple d'Apollos, l'autre de Céphas, l'autre de Paul, sont nées des divisions d'âmes et de grandes dissensions ; dont nous estimons que rien n'est plus funeste par son amertume pour amoindrir la gloire de Dieu, rien n'est plus calamiteux pour étouffer les fruits qu'il est juste que les fidèles retirent de la discipline chrétienne. Afin donc d'écarter enfin de l'Église ce double mal, nous avons jugé qu'il fallait revenir là d'où certains, par un conseil peu prudent, quelques-uns aussi conduits par l'orgueil, pour se vanter dans l'Église d'être plus sages, avaient depuis longtemps détourné le peuple fidèle ; et nous avons estimé qu'il fallait de nouveau offrir aux pasteurs des âmes ce même Catechismus Romanus ; afin que, de la même manière dont la foi catholique fut jadis confirmée, et que les esprits des fidèles ont été fortifiés dans la doctrine de l'Église, qui est la colonne de la vérité, ils soient maintenant pareillement détournés le plus loin possible des nouvelles opinions, auxquelles ne souscrivent ni le consentement, ni l'antiquité. Et pour que le livre soit plus digne d'approbation, et plus exempt des taches qu'il avait contractées par la faute des ouvriers, nous avons veillé à le faire imprimer de nouveau dans la Ville auguste avec toute la diligence possible, selon l'exemplaire que saint Pie V, notre prédécesseur, publia en vertu du décret du Synode de Trente ; et traduit dans la langue vulgaire par ordre du même saint Pie, et édité, il reparaîtra bientôt à la lumière, imprimé de nouveau par notre mandat.

Puis donc que, en ce temps très difficile pour la chose publique chrétienne,

pour écarter les fraudes des opinions perverses, et pour propager et affermir la vraie et saine doctrine, notre soin et notre diligence offrent ce secours très opportun, c'est à vous, vénérables frères, qu'il appartient d'œuvrer à ce qu'il soit reçu par les fidèles. Et c'est pourquoi ce livre, que les Pontifes romains ont voulu proposer aux pasteurs comme une norme de la foi catholique et de la discipline chrétienne, afin que le consentement de tous demeure même dans la manière de transmettre la doctrine, nous vous le recommandons maintenant très expressément, vénérables frères, et nous vous exhortons en outre instamment dans le Seigneur, à ordonner qu'il soit employé par tous ceux qui ont charge d'âmes à former les peuples dans la vérité catholique, afin que soient conservées tant l'unité de l'enseignement que la charité et la concorde des âmes. Car c'est à vous qu'il appartient de veiller à la tranquillité de tous, ce qui est en définitive le rôle de l'évêque ; qui doit pour cela tenir les yeux attentivement fixés, de peur que quelqu'un, par orgueil à cause de ses propres honneurs, ne cause des schismes, l'assemblage de l'unité étant rompu.

Cependant ces livres ne donneront aucun, ou du moins très peu de fruit d'utilité, si ceux qui doivent les exposer et les expliquer à leurs auditeurs sont eux-mêmes moins aptes à enseigner. C'est pourquoi il est de la plus grande importance que vous choisissiez pour cette charge de transmettre la doctrine chrétienne au peuple des hommes non seulement munis de la science des choses sacrées, mais bien plus encore brûlants d'humilité, de zèle pour la sanctification des âmes, et de charité. Car toute la discipline chrétienne consiste non dans l'abondance de la parole, non dans l'astuce à disputer, ni dans l'appétit de louange et de gloire, mais dans une humilité vraie et volontaire. Il en est en effet que certes une plus grande science élève, mais qu'elle sépare de la société des autres, et plus ils savent, plus ils déchoient de la vertu de concorde, eux qui sont avertis par la Parole de Dieu, la Sagesse même : « Ayez du sel en vous, et ayez la paix entre vous ; » car le sel de la sagesse doit être tenu de telle sorte que, par lui, l'amour du prochain soit gardé, et que les infirmités soient assaisonnées. Que si, s'écartant de l'étude de la sagesse et même du soin du prochain, ils se tournent vers les discordes, ils ont le sel sans la paix, non comme un don de vertu, mais comme un argument de condamnation ; et plus ils savent, plus gravement ils fautent ; eux que condamne la sentence de l'Apôtre saint Jacques en ces paroles : « Que si vous avez un zèle amer, et qu'il y ait des contestations dans vos cœurs, ne vous glorifiez pas, et ne soyez pas menteurs contre la vérité ; » car cette sagesse n'est pas celle qui descend d'en haut, mais elle est terrestre, animale, diabolique ; là en effet où il y a zèle et contestation, là est l'inconstance et toute œuvre perverse ; mais la sagesse qui vient d'en haut est premièrement pudique, ensuite pacifique, modeste, traitable, consentant aux bons, pleine de miséricorde et de bons fruits, ne jugeant pas, sans émulation.

Tandis donc que nous supplions Dieu dans l'humilité du cœur et l'affliction de l'âme, afin qu'il accorde aux efforts de notre diligence et de notre industrie la largesse de son indulgence et de sa miséricorde, afin que la dissension ne trouble pas le peuple fidèle, et afin que, dans le lien de la paix et dans la charité de l'esprit, nous soyons tous d'un même sentiment, que nous louions et glorifiions d'un seul cœur Dieu et notre Seigneur Jésus-Christ, vous, vénérables frères, nous vous saluons dans un saint baiser ; et à vous tous, ainsi qu'à tous les fidèles de vos églises, nous impartissons très affectueusement la bénédiction apostolique.

Donné au château de Castel Gandolfo, le XIV juin MDCCLXI, la troisième année de notre pontificat.

Traitant de la nécessité, de l'autorité, de l'office des pasteurs dans l'Église et des chapitres principaux de la doctrine chrétienne.

I. L'homme ne peut, abandonné à ses propres forces, parvenir à la vraie sagesse et aux moyens certains d'obtenir la béatitude.

Telle est la condition de l'esprit et de l'intelligence humaine, que, bien qu'elle ait pu, par elle-même, en y appliquant un grand labeur et une grande diligence, rechercher et connaître bien d'autres choses qui appartiennent à la connaissance des réalités divines, elle n'eût jamais pu cependant, à la seule lumière naturelle, connaître ou apercevoir la plus grande partie de ces choses par lesquelles s'acquiert le salut éternel, pour laquelle fin principalement l'homme a été institué et créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. « Les réalités invisibles de Dieu, comme l'enseigne l'Apôtre, se voient par l'intelligence, depuis la création du monde, au travers des choses qui ont été faites ; ainsi que sa puissance éternelle et sa divinité : » Mais « ce mystère, qui a été caché dès les siècles et les générations, » surpasse tellement l'intelligence humaine que, s'il n'eût été manifesté aux saints, auxquels Dieu a voulu faire connaître, par le don de la foi, les richesses de la gloire de ce sacrement parmi les nations, lequel est le Christ, il n'eût été permis à l'homme par aucune étude d'aspirer à cette sagesse.

II. D'où se conçoit un si illustre don de la foi.

Or, puisque « la foi vient de l'ouïe », il est évident combien a toujours été nécessaire pour obtenir le salut éternel le ministère et l'œuvre fidèle d'un docteur légitime ; puisqu'il est dit : « Comment entendront-ils sans quelqu'un qui prêche ? Et comment prêcheront-ils s'ils ne sont envoyés ? » Et en vérité dès l'origine même du monde, Dieu très clément et très bienveillant n'a jamais manqué aux siens, mais à plusieurs reprises et en plusieurs manières il a parlé aux pères dans les Prophètes, et leur a montré, selon la condition des temps, un chemin certain et direct vers la béatitude céleste.

III. Le Christ est venu en ce monde pour enseigner la foi, que dans la suite les Apôtres et leurs successeurs ont propagée.

Mais puisqu'il avait prédit qu'il donnerait un docteur de justice pour être la lumière des nations, afin qu'il fût le salut jusqu'à l'extrémité de la terre, en ces derniers temps il nous a parlé dans son Fils, lequel aussi, par une voix descendue du ciel de la gloire magnifique, il ordonna que tous écoutassent et obéissent à ses préceptes. Ensuite, le Fils

a donné les uns comme Apôtres, les autres comme Prophètes, d'autres comme pasteurs et docteurs, afin qu'ils annonçassent la parole de vie, de peur que nous ne soyons ballottés comme de petits enfants, flottant à tout vent de doctrine, mais afin que, adhérant au ferme fondement de la foi, nous fussions édifiés ensemble en habitation de Dieu par l'Esprit Saint.

IV. Comment les paroles des pasteurs de l'Église doivent être reçues.

Et afin que nul ne reçût la parole de l'audition de Dieu par les ministres de l'Église comme une parole des hommes, mais, comme elle est en vérité, comme la parole du Christ, notre Sauveur lui-même a établi qu'une si grande autorité devait être attribuée à leur ministère, au point de dire : « Qui vous écoute, m'écoute ; et qui vous méprise, me méprise ; » ce qu'il a voulu être entendu non seulement de ceux avec qui il parlait alors, mais aussi de tous ceux qui, par une légitime succession, exerceraient la charge d'enseigner ; à tous ceux-ci il a promis qu'il serait avec eux tous les jours jusqu'à la consommation du siècle.

V. La vérité étant déjà manifestée, il est aujourd'hui encore nécessaire que les pasteurs prêchent la parole de Dieu.

Mais, quoique cette prédication de la parole divine ne doive jamais être interrompue dans l'Église, il faut certes en ce temps-ci s'y employer avec plus de zèle et de piété, afin que les fidèles soient nourris et confirmés par la doctrine saine et incorrompue comme par un aliment de vie ; car de faux prophètes sont sortis dans le monde, desquels le Seigneur a dit : « Je n'envoyais pas les prophètes, et eux couraient ; je ne leur parlais pas, et eux prophétisaient, » afin que par des doctrines diverses et étrangères ils dépravent les âmes des chrétiens. En cette affaire leur impiété, munie de tous les artifices de Satan, a tellement progressé qu'elle semble ne pouvoir presque être contenue dans aucunes bornes certaines ; et si nous ne nous appuyions sur cette illustre promesse de notre Sauveur, qui a affirmé avoir posé son Église sur un fondement si stable que les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre elle, il faudrait craindre au plus haut point qu'en ce temps, assaillie de toutes parts de tant d'ennemis, attaquée et combattue par tant de machines, elle ne s'écroulât. Car, pour laisser de côté les très illustres provinces qui jadis retenaient pieusement et saintement la vraie et catholique religion qu'elles avaient reçue de leurs ancêtres, mais qui maintenant, ayant quitté la voie droite, se sont égarées, et professent ouvertement qu'elles cultivent surtout la piété en ceci précisément qu'elles se sont écartées le plus loin possible de la doctrine de leurs pères : aucune région n'est si éloignée, aucun lieu si fortifié, aucun coin de la chose publique chrétienne ne peut être trouvé, où cette peste n'ait tenté d'insinuer occultement.

VI. Les hérétiques se sont surtout appliqués à dépraver les âmes des chrétiens par des catéchismes.

Car ceux qui se sont proposé de corrompre l'esprit des fidèles, voyant qu'il ne leur était nullement possible de parler à tous face à face, et de déverser dans leurs oreilles des voix empoisonnées, ayant abordé la chose d'une autre manière, ont disséminé beaucoup plus aisément et plus largement les erreurs de leur impiété. Car outre ces énormes volumes par lesquels ils ont tenté de renverser la foi catholique (desquels cependant il n'a peut-être pas été d'un grand labeur ni d'une grande diligence de se garder, puisqu'ils contenaient une hérésie ouverte), ils ont aussi composé d'innombrables petits livres qui, portant l'apparence de la piété, ont trompé avec une facilité incroyable les âmes incautes des simples.

VII. Le saint Synode a décrété avec justesse qu'il fallait opposer un remède aux voix et aux écrits pestilentiels des pseudo-prophètes.

C'est pourquoi les Pères du Synode œcuménique de Trente, désirant au plus haut point appliquer quelque remède salutaire à un mal si grand et si pernicieux, n'ont pas pensé qu'il suffît de statuer les chapitres les plus graves de la doctrine catholique contre les hérésies de notre temps, mais ils ont estimé qu'il leur fallait en outre faire ceci, à savoir transmettre une certaine formule et méthode assurée pour instruire le peuple chrétien dès les rudiments mêmes de la foi, que suivraient dans toutes les églises ceux qui auraient à exercer l'office de pasteur et de docteur légitime.

VIII. Il fut nécessaire, même par le zèle du concile œcuménique et l'autorité du souverain Pontife, de proposer aux pasteurs un nouveau catéchisme, après tant d'instructions de la doctrine chrétienne déjà écrites.

Beaucoup, il est vrai, se sont jusqu'ici exercés en ce genre de composition avec grande louange de piété et de doctrine ; cependant il a semblé aux Pères qu'il importait au plus haut point qu'un livre fût édité sous l'autorité du saint Synode, dans lequel les curés, ou tous les autres auxquels la charge d'enseigner est imposée, pourraient puiser et tirer des préceptes certains pour l'édification des fidèles, afin que, de même qu'il y a un seul Seigneur, une seule foi, il y eût aussi une seule règle commune et une seule prescription pour transmettre la foi et pour instruire le peuple chrétien à tous les devoirs de la piété.

IX. Tous les dogmes de notre religion ne sont pas exactement discutés ici.

Donc, puisque beaucoup de choses paraissent appartenir à cette matière, que nul ne pense que le saint Synode se soit proposé d'exposer subtilement tous les dogmes de la foi chrétienne compris en un seul livre, ce que font habituellement ceux qui se donnent pour profession de transmettre l'institution et la doctrine de toute la religion. Car cela eût été l'œuvre

d'un labeur presque infini, et il est évident que cela ne convient guère au dessein. Mais, puisqu'il a entrepris d'instruire les curés et les prêtres, curateurs des âmes, dans la connaissance des choses qui sont les plus propres à la charge pastorale, et accommodées à la capacité des fidèles, il a voulu produire seulement ce qui, en cette matière, pourrait aider le pieux zèle des pasteurs, s'ils n'ont pas été bien versés dans les disputations les plus difficiles des choses divines. Cela étant ainsi, avant que nous en venions à traiter en particulier de ces choses qui contiennent la somme de cette doctrine, l'ordre de la chose instituée requiert que l'on expose quelques brèves remarques, que les pasteurs doivent tout d'abord considérer et se mettre devant les yeux, afin de savoir vers quel but, comme vers une fin, tous leurs conseils, travaux et zèles doivent se rapporter, et par quel moyen ils peuvent plus facilement poursuivre et effectuer ce qu'ils veulent.

X. Puisque les pasteurs d'âmes sont ici entrepris d'être instruits, que doivent-ils surtout considérer pour accomplir dignement leur charge.

Ceci d'abord donc semble être qu'ils se souviennent toujours que toute la science de l'homme chrétien est comprise dans ce chapitre, ou plutôt, comme dit notre Sauveur : « Voici la vie éternelle : qu'ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » C'est pourquoi, l'œuvre du docteur ecclésiastique s'emploiera principalement à ce que les fidèles désirent de tout leur cœur connaître Jésus-Christ, et celui-ci crucifié ; et qu'ils se persuadent avec certitude, et croient par la piété et la religion intimes du cœur, qu'aucun autre nom n'a été donné aux hommes sous le ciel dans lequel il nous faille être sauvés ; puisqu'il est lui-même la propitiation pour nos péchés. Mais puisque « en ceci nous savons que nous l'avons connu, si nous observons ses commandements, » il est très proche et très uni à ce que nous avons dit, qu'il montre aussi en même temps que la vie ne doit pas être menée par les fidèles dans l'oisiveté et la paresse, mais qu'il faut que, comme lui-même a marché, nous marchions aussi, et que nous suivions avec tout zèle la justice, la piété, la foi, la charité, la mansuétude ; car il s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se purifier un peuple agréable, poursuivant des bonnes œuvres, ce que l'Apôtre prescrit aux pasteurs de dire et d'exhorter. Or, comme notre Seigneur et Sauveur a non seulement dit, mais aussi démontré par son exemple, que la Loi et les Prophètes dépendent de la dilection, et que l'Apôtre l'a ensuite confirmé, que la charité est la fin du précepte et la plénitude de la loi : nul ne peut douter

que cela ne soit à cultiver comme la tâche principale avec toute diligence, à savoir que le peuple fidèle soit excité à aimer l'immense bonté de Dieu envers nous, et, enflammé d'un certain ardeur divine, soit ravi vers ce bien suprême et très parfait, auquel adhérer, c'est sentir qu'est la félicité solide et vraie, celui-là le verra pleinement qui pourra dire avec le Prophète : « Que m'est-il, en effet, au ciel, et hors de toi qu'ai-je voulu sur la terre ? » Telle est en vérité cette voie plus excellente que le même Apôtre a démontrée, lorsqu'il rapportait toute la raison de sa doctrine et de son institution à la charité, qui ne défaille jamais. Car, qu'il s'agisse de quelque chose à croire, à espérer ou à faire, la charité de Notre-Seigneur doit toujours y être recommandée de telle sorte que quiconque aperçoive que toutes les œuvres de la vertu chrétienne parfaite n'ont pas leur origine d'ailleurs que de la dilection, et qu'elles ne doivent pas être rapportées à une autre fin que la dilection.

XI. Il ne suffit pas que les pasteurs, dans leur enseignement, visent ces deux fins, mais ils doivent s'accommoder à la capacité de chacun.

Or, puisque, dans la transmission de toute chose, il importe beaucoup d'enseigner telle chose de telle ou telle manière, combien plus est-ce à estimer de la plus grande importance dans l'institution du peuple chrétien. Il faut en effet observer l'âge, le caractère, les mœurs, la condition des auditeurs, afin que celui qui exerce la charge d'enseigner se fasse tout à tous, tant pour gagner tous au Christ, qu'afin qu'il puisse se prouver lui-même comme un ministre et dispensateur fidèle, et, tel un bon et fidèle serviteur, qu'il soit digne que le Seigneur l'établisse sur beaucoup. Qu'il ne pense pas non plus que seuls des hommes d'un seul genre lui aient été confiés dans la foi, en sorte qu'il puisse instruire par une formule d'enseignement prescrite et déterminée, et former également tous les fidèles à la vraie piété : mais puisque les uns sont comme des enfants à peine nés, les autres commencent à grandir dans le Christ, certains sont en quelque manière d'un âge affermi : il est nécessaire de considérer avec diligence à qui il faut du lait, à qui il faut une nourriture plus solide, et de procurer à chacun ces aliments de doctrine qui augmentent l'esprit, « jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme parfait, à la mesure de l'âge de la plénitude du Christ. » Et cela, l'Apôtre l'a marqué en lui-même comme devant être observé par tous, lorsqu'il a dit qu'il était débiteur aux Grecs et aux barbares, aux sages et aux insensés ; afin, à savoir, que ceux qui sont appelés à ce ministère comprennent qu'il faut, dans la transmission des mystères de la foi et des préceptes de la vie, adapter la doctrine au sens et à l'intelligence des auditeurs, en sorte que, lorsqu'ils

auront rassasié les âmes de ceux qui ont les sens exercés avec la nourriture spirituelle, ils ne laissent pas entre-temps périr de faim les petits, comme ceux qui demandent du pain, et qu'il n'y ait personne pour le rompre pour eux. Et le zèle de personne ne doit être retardé dans l'enseignement du fait qu'il est parfois nécessaire d'instruire l'auditeur des préceptes de ces choses qui paraissent plus légères et plus humbles, et qui ne sont pas traitées sans ennui, surtout par ceux dont l'esprit se plaît et se repose dans la contemplation des choses sublimes. Car si la Sagesse même du Père éternel est descendue sur la terre, afin de nous transmettre, dans l'humilité de notre chair, les préceptes de la vie céleste : qui ne sera pressé par la charité du Christ à devenir petit au milieu de ses frères, et, comme une nourrice chérissant ses fils, à désirer avec tant d'ardeur le salut de ses prochains que, ce dont l'Apôtre rend témoignage de lui-même, il veuille leur transmettre non seulement l'évangile de Dieu, mais aussi son âme ?

XII. Dieu nous ayant soustrait sa présence visible, les pasteurs puiseront sa parole dans l'Écriture et les traditions.

Or toute la matière de la doctrine qui doit être transmise aux fidèles est contenue dans la parole de Dieu, laquelle est répartie en Sainte Écriture et Traditions ; c'est pourquoi les pasteurs s'occuperont jour et nuit à la méditation de ces choses, se souvenant de cette admonition de saint Paul écrite à Timothée, que tous ceux qui sont préposés à la charge des âmes estimeront les concerner. Or cette admonition est en ces termes : « Applique-toi à la lecture, à l'exhortation et à la doctrine ; » car « toute Écriture est divinement inspirée, utile pour enseigner, pour reprendre, pour corriger, pour former à la justice, afin que l'homme de Dieu soit parfait, équipé pour toute bonne œuvre. » Mais puisque les choses qui ont été divinement transmises sont nombreuses et variées, en sorte qu'elles ne peuvent être aisément ni embrassées par l'esprit, ni tenues dans la mémoire une fois embrassées, afin que, quand s'offrira l'occasion d'enseigner, on en ait l'explication prête et facile : nos sages aînés ont très sagement réparti toute cette force et toute cette raison de la doctrine salutaire en ces quatre chapitres : le Symbole des Apôtres, les Sacrements, le Décalogue, l'Oraison dominicale ; car tout ce qui est à tenir par la discipline de la foi chrétienne, qu'il s'agisse de la connaissance de Dieu, ou de la création et du gouvernement du monde, ou de la rédemption du genre humain, ou des récompenses des bons et des peines des méchants, est contenu dans la doctrine du Symbole. Mais ce qui est signes et comme instruments pour obtenir la grâce divine, la doctrine des sept

Sacrements le comprend. Or ce qui se rapporte aux lois, dont la fin est la charité, est décrit dans le Décalogue. Enfin, tout ce qui peut être souhaité, espéré et demandé salutairement par les hommes, est compris dans l'Oraison dominicale. C'est pourquoi il suit qu'après avoir expliqué ces quatre lieux, comme les lieux communs de la Sainte Écriture, rien à peu près ne pourra manquer à l'intelligence de ce qui doit être appris par l'homme chrétien.

XIII. Par quelle méthode les curés joindront l'explication de l'évangile à l'explication du catéchisme.

C'est pourquoi il a semblé bon d'avertir les curés, afin que, chaque fois qu'ils auront à interpréter quelque évangile ou quelque autre lieu de la divine Écriture, ils comprennent que la sentence de ce lieu, quel qu'il soit, tombe sous quelqu'un de ces quatre chapitres que nous avons dits, vers lequel, comme vers la source de la doctrine qui est à expliquer, ils se réfugieront. Par exemple, s'il faut expliquer cet évangile du premier dimanche de l'Avent : « Il y aura des signes dans le soleil et la lune, etc. », ce qui se rapporte à cette matière est transmis dans cet article du Symbole : « Il viendra juger les vivants et les morts ; » prenant donc de là, le pasteur enseignera par un même travail au peuple fidèle et le Symbole et l'Évangile. C'est pourquoi en toute charge d'enseigner et d'interpréter, il gardera cette coutume de diriger toute chose vers ces premières quatre classes, auxquelles nous avons dit que se rapporte toute la force et la doctrine de la Sainte Écriture. Quant à l'ordre d'enseigner, il emploiera celui qui paraîtra accommodé et aux personnes et au temps ; nous, suivant l'autorité des Pères qui, dans les hommes à initier au Christ Seigneur et à instruire dans sa discipline, ont commencé par la doctrine de la foi, nous avons estimé qu'il valait la peine d'expliquer d'abord ce qui se rapporte à la foi.

CATÉCHISME

PAR DÉCRET

DU CONCILE DE TRENTE