PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE I. De la foi et du symbole de la foi.
I. Ce qu'est la foi en ce lieu, et quelle est sa nécessité pour le salut.
Mais puisque dans les divines Écritures la signification de la foi est multiple, nous parlons ici de celle en vertu de laquelle nous donnons notre entier assentiment à ce qui a été divinement transmis. Que cette foi soit nécessaire pour obtenir le salut, nul ne pourra en douter à bon droit, d'autant qu'il est écrit : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. » Car, puisque la fin qui est proposée à l'homme pour sa béatitude est plus élevée que ce que peut atteindre la pénétration de l'esprit humain, il était nécessaire qu'il en reçût de Dieu lui-même la connaissance. Or cette connaissance n'est autre chose que la foi, dont la vertu fait que nous tenons pour certain ce que l'autorité de la très sainte mère l'Église a confirmé avoir été transmis par Dieu. Car aucun doute ne peut survenir chez les fidèles à l'égard des choses dont Dieu est l'auteur, lui qui est la vérité même. D'où nous comprenons combien diffère cette foi que nous avons en Dieu de celle que nous accordons aux écrivains de l'histoire humaine. Or la foi, bien qu'elle s'étende largement et qu'elle diffère par la grandeur et la dignité (car il est ainsi écrit dans les saintes Écritures : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? », et : « Grande est ta foi », et : « Augmente en nous la foi », de même : « La foi sans les œuvres est morte », et : « La foi qui opère par la charité »), est cependant la même quant au genre, et aux divers degrés de la foi convient la même force et raison de sa définition. Combien elle est féconde, et combien d'utilité nous en retirons, cela sera dit dans l'explication des articles.
II. Quand et pour quelle cause les douze chapitres de la foi
furent transmis par les Apôtres.
Ce que donc les hommes chrétiens doivent d'abord tenir, ce sont ces choses que les guides et docteurs de la foi, les saints Apôtres, inspirés par l'Esprit divin, ont distinguées dans les douze articles du symbole. Car ayant reçu du Seigneur le mandat de, exerçant pour lui une légation, d'aller par tout le monde et de prêcher l'Évangile à toute créature, ils jugèrent qu'il fallait composer une formule de la foi chrétienne, afin que tous pensent et disent la même chose, et qu'il n'y ait entre eux aucun schisme, eux qu'ils avaient appelés à l'unité de la foi, mais qu'ils soient parfaits dans le même sens et dans le même sentiment.
III. D'où le symbole tire son nom.
Cette profession de la foi et de l'espérance chrétiennes, qu'ils avaient eux-mêmes composée, les Apôtres l'appelèrent symbole, soit parce qu'elle fut formée des diverses sentences que chacun apporta en commun, soit parce qu'ils s'en serviraient comme d'une marque et d'un signe de reconnaissance, grâce auquel ils pourraient aisément distinguer les déserteurs et les faux frères introduits subrepticement, qui adultéraient l'Évangile, d'avec ceux qui s'étaient véritablement obligés au sacrement de la milice du Christ.
IV. Quelle est la nécessité de ce symbole, et en combien de parties il se divise.
Credo in Deum (Je crois en Dieu). Comme beaucoup de choses sont proposées aux fidèles dans la religion chrétienne, dont il faut avoir une foi certaine et ferme, en particulier ou en général, cependant ce qui doit être cru d'abord et nécessairement par tous, c'est ce que Dieu lui-même nous a enseigné, comme fondement et somme de la vérité, touchant l'unité de l'essence divine et la distinction des trois personnes, ainsi que leurs actions, qui leur sont attribuées selon un mode particulier ; le curé enseignera que la doctrine de ce mystère se trouve brièvement contenue dans le Symbole des Apôtres. Car, comme l'ont remarqué nos anciens, qui se sont occupés de ce sujet avec piété et exactitude, il paraît principalement distribué en trois parties : dans l'une sont décrites la première personne de la nature divine et l'œuvre admirable de la création ; dans l'autre, la seconde personne et le mystère de la rédemption humaine ; dans la troisième, la troisième personne de même, chef et source de notre sainteté, est conclue par diverses sentences très appropriées. Ces sentences, par une similitude fréquemment utilisée par nos Pères, nous les appelons articles. Car, de même que les membres du corps sont distingués par des articulations, ainsi aussi dans cette confession de foi, tout ce que nous devons croire de manière distincte et séparée d'autre chose, nous l'appelons à juste titre et de façon appropriée un article.
CHAPITRE II. Du premier article du symbole.
Credo in Deum Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae (Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre).
I. Le premier article est brièvement expliqué.
Ces paroles contiennent cette pensée : je crois avec certitude et sans aucun doute je confesse que Dieu le Père, à savoir la première personne de la Trinité, par sa vertu toute-puissante, a créé du néant le ciel lui-même et la terre, et tout ce qui est contenu dans l'enceinte du ciel et de la terre, et qu'il garde et gouverne ce qui est créé ; et non seulement je crois en lui de cœur et je le confesse de bouche, mais aussi je tends vers lui avec le plus grand zèle et piété, comme vers le souverain et très parfait bien. Que telle soit donc la brève compréhension de ce premier article. Mais puisque de grands mystères sont cachés dans presque chacun des mots, ils doivent maintenant être pesés avec plus de soin par le curé, afin que, autant que le Seigneur le permettra, le peuple fidèle s'approche avec crainte et tremblement pour contempler la gloire de sa majesté.
II. Ce que signifie le mot « croire ».
Donc le mot « croire » en ce lieu ne signifie pas penser, estimer, opiner, mais, comme l'enseignent les saintes Écritures, il a la force du plus certain assentiment, par lequel l'esprit adhère fermement et constamment à Dieu qui révèle ses mystères. C'est pourquoi il croit (pour ce qui regarde l'explication de ce lieu) celui à qui quelque chose est certain et pour qui il est persuadé sans aucune hésitation. Et que nul ne pense que la connaissance de la foi soit moins certaine, parce que l'on ne voit pas les choses que la foi nous propose à croire ; car la lumière divine, par laquelle nous les percevons, bien qu'elle n'apporte pas d'évidence aux choses, ne nous permet cependant pas d'en douter. Car Dieu, « qui a dit que la lumière resplendisse des ténèbres, lui-même a brillé dans nos cœurs », de sorte que l'Évangile ne soit pas pour nous voilé, comme pour ceux qui périssent.
III. Ce qui est proposé dans le symbole ne doit pas être scruté curieusement, mais simplement affirmé.
Or de ce qui a été dit, il suit que celui qui est doué de cette connaissance céleste de la foi est libre de la curiosité de chercher. Car Dieu, lorsqu'il nous a commandé de croire, ne nous a pas proposé de scruter les jugements divins, d'en rechercher la raison et la cause, mais il nous a prescrit une foi immuable, qui fait que l'âme se repose dans la connaissance de la vérité éternelle. Et en effet, puisque l'Apôtre atteste : « Dieu est véridique, mais tout homme est menteur », s'il est propre à un homme arrogant et impudent de ne pas accorder foi à un homme grave et sage qui affirme quelque chose, mais en outre de le presser pour que ce qu'il a dit soit prouvé par des raisons ou des témoins, de quelle témérité et même de quelle folie serait celui qui, entendant les paroles de Dieu, demanderait les raisons de la doctrine céleste et salutaire ? La foi doit donc être tenue, étant écartée non seulement toute ambiguïté, mais aussi tout souci de démonstration.
IV. Il ne suffit pas pour le salut de croire, mais il est nécessaire aussi de professer la foi.
Mais que le curé enseigne en outre que celui qui dit : « Je crois », outre qu'il déclare l'assentiment intime de son esprit, qui est l'acte intérieur de la foi, doit aussi manifester par une profession ouverte de la foi ce qu'il tient enfermé dans son âme, et le confesser et le prêcher publiquement avec la plus grande allégresse. Car il faut que les fidèles aient cet esprit dont, soutenu, le Prophète a dit : « J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé » ; qu'ils imitent les Apôtres, qui répondirent aux princes du peuple : « Nous ne pouvons pas ne point dire ce que nous avons vu et entendu » ; qu'ils s'excitent par cette parole insigne de saint Paul : « Je ne rougis pas de l'Évangile ; car il est la puissance de Dieu pour le salut de tout croyant » ; de même par ce texte qui confirme au plus haut point la vérité de cette sentence : « On croit de cœur pour la justice, mais on confesse de bouche pour le salut. »
V. Excellence de la foi chrétienne.
In Deum (En Dieu). De là il est permis de connaître la dignité et l'excellence de la sagesse chrétienne, et, à partir d'elle, combien nous devons à la bonté divine, à nous à qui il a été donné de monter aussitôt, comme par les degrés de la foi, à la connaissance de la chose la plus excellente et la plus désirable.
VI. Combien diffère la sagesse chrétienne touchant Dieu de la connaissance philosophique des choses divines.
En effet, en ceci diffèrent grandement entre elles la philosophie chrétienne et la sagesse de ce siècle : celle-ci, par le seul guide de la lumière naturelle, progressant peu à peu à partir des effets et des choses qui sont perçues par les sens, ne contemple qu'après de longs travaux, et à grand'peine enfin, les choses invisibles de Dieu, et reconnaît et comprend la cause première et l'auteur de toutes choses ; au contraire celle-là aiguise tellement la pénétration de l'esprit humain qu'il peut pénétrer sans peine dans le ciel, et, éclairé par la splendeur divine, contempler d'abord la source éternelle même de la lumière, puis les choses qui sont placées au-dessous d'elle. De sorte que nous avons été appelés des ténèbres « à l'admirable lumière », selon la parole du prince des Apôtres, nous l'éprouvons avec la plus grande joie de l'âme, et « croyant, nous exultons d'une joie ineffable ». À juste titre donc les fidèles professent d'abord croire en Dieu, dont, selon la sentence de Jérémie, nous disons que la majesté est « incompréhensible ». Car « il habite, comme dit l'Apôtre, une lumière inaccessible, que nul des hommes n'a vue, et ne peut même voir » ; car lorsqu'il parlait à Moïse, il dit : « L'homme ne me verra pas et vivra. » Car pour que notre esprit parvienne à Dieu, au-dessus de qui rien n'est plus sublime, il est nécessaire qu'il soit entièrement abstrait des sens, faculté que nous n'avons pas naturellement en cette vie. Mais bien qu'il en soit ainsi, « Dieu cependant, dit l'Apôtre, ne s'est pas laissé sans témoignage, répandant ses bienfaits, donnant du ciel les pluies et les saisons fécondes, remplissant de nourriture et de joie les cœurs des hommes. » Ce fut la cause pour laquelle les philosophes ne pensèrent rien de bas touchant Dieu, et écartèrent de lui au plus loin tout ce qui est corporel, tout ce qui est concret et mêlé ; ils lui attribuèrent aussi la force et l'abondance parfaites de tous les biens, en sorte que de lui, comme d'une source perpétuelle et inépuisable de bonté et de bienveillance, tous les biens parfaits découlent vers toutes les choses créées et les natures ; ils l'appelèrent sage, auteur et amant de la vérité, juste, très bienfaisant, et par d'autres noms dans lesquels est contenue la plus haute et absolue perfection ; ils dirent que sa vertu immense et infinie, remplissant tout lieu, et pénétrant à travers toutes choses, était. Cela est établi beaucoup mieux et plus clairement d'après les divines Écritures, comme en ce lieu : « Dieu est esprit » ; de même : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » ; puis : « Toutes choses sont nues et à découvert devant ses yeux » ; et ceci : « Ô profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu » ; ensuite : « Dieu est véridique » ; et : « Je suis la voie, la vérité et la vie » ; en outre : « Ta droite est pleine de justice » ; enfin : « Tu ouvres ta main, et tu remplis tout animal de bénédiction » ; enfin : « Où irai-je loin de ton esprit, et où fuirai-je devant ta face ? » et : « Si je monte au ciel, tu y es ; si je descends aux enfers, tu y es présent. Si je prends mes ailes dès l'aurore, et habite aux extrémités de la mer, etc. » ; et : « Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre, dit le Seigneur ? » Grandes et admirables sont ces choses, que les philosophes ont connues concernant la nature de Dieu, conformes et conséquentes à l'autorité des livres sacrés, par l'investigation des choses créées ;
Catechismus, Conc. Trid.
bien qu'en cela même nous reconnaissions la nécessité de la doctrine céleste, si nous remarquons que la foi ne fournit pas seulement, comme il a été dit plus haut, que les choses que seuls les hommes sages ont atteintes par une longue étude soient immédiatement manifestes et disponibles aussi aux hommes grossiers et sans expérience ; mais aussi que la connaissance des choses, qui est acquise par la discipline de la foi, siège dans nos esprits bien plus certaine, et plus pure de toute erreur, que si l'esprit comprenait ces mêmes choses saisies par les raisonnements de la science humaine. Mais combien la connaissance de la divinité doit-elle être jugée plus excellente, à laquelle non pas communément à tous la contemplation de la nature, mais proprement aux croyants la lumière de la foi ouvre l'accès ? Or cette connaissance est contenue dans les articles du symbole, qui nous découvrent l'unité de l'essence divine et la distinction des trois personnes, et puis que Dieu lui-même est la fin dernière de l'homme, de qui doit être attendue la possession de la béatitude céleste et éternelle ; puisque nous avons appris de saint Paul que Dieu est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. Combien grandes sont ces choses, et si elles sont de ce genre de biens auxquels la connaissance humaine aurait pu aspirer, le prophète Isaïe, longtemps avant le même Apôtre, l'a montré par ces paroles : « Dès l'origine on n'a pas entendu, on n'a pas perçu par les oreilles ; l'œil n'a pas vu, Dieu, hors toi, ce que tu as préparé à ceux qui t'attendent. »
VII. Qu'il faut confesser qu'il y a un seul Dieu, non plusieurs dieux.
Mais de ce que nous avons dit, il faut aussi confesser qu'il y a un seul Dieu, non plusieurs dieux. Car, puisque nous attribuons à Dieu la souveraine bonté et perfection, il ne peut se faire que ce qui est souverain et très absolu se trouve en plusieurs. Que si à quelqu'un il manque quelque chose pour le souverain, par là même il est imparfait ; c'est pourquoi la nature de Dieu ne lui convient pas. Cela est confirmé par de nombreux passages des saintes Écritures, car il est écrit : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un » ; de plus, c'est un commandement du Seigneur : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi » ; puis par le Prophète il avertit souvent : « Je suis le premier et je suis le dernier, et hors de moi il n'y a pas de Dieu. » L'Apôtre aussi atteste ouvertement : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. »
VIII. Aux natures créées est parfois attribué le nom de Dieu, mais improprement.
Et qu'il ne nous trouble pas que parfois les saintes Écritures imposent le nom de Dieu aux natures créées. Car ce qu'elles ont appelé dieux les prophètes et les juges, ce ne fut pas à la manière des gentils, qui se sont forgé plusieurs dieux de façon sotte et impie ; mais par une certaine coutume de parler elles ont voulu signifier quelque vertu ou fonction excellente qui leur avait été accordée par le don de Dieu. C'est pourquoi la foi chrétienne croit et confesse qu'il y a un seul Dieu par nature, substance, essence, comme il a été dit dans le symbole du concile de Nicée pour confirmer la vérité ; mais s'élevant plus haut encore, elle entend cette unité de telle sorte qu'elle vénère l'unité dans la Trinité et la Trinité dans l'unité ; sur ce mystère il faut maintenant commencer à parler.
IX. Dieu est appelé Père d'une manière générale de tous les hommes, mais d'une manière particulière des chrétiens.
Il suit en effet dans le symbole : « Patrem » (le Père) ; mais puisque le nom de Père n'est pas attribué à Dieu d'une seule manière, il faudra d'abord déclarer quelle est la signification la plus propre en ce lieu. Certains, même dont les ténèbres la foi n'éclaira pas, ont compris que Dieu est la substance éternelle, de laquelle sont nées les choses, et par la providence de laquelle toutes choses sont gouvernées, et conservent leur ordre et leur état. Tirant donc une similitude des choses humaines, de même qu'ils appelaient père celui par qui une famille a été propagée, et qui la gouverne par son conseil et son commandement : ainsi par cette raison il arriva qu'ils voulurent appeler Père Dieu, qu'ils reconnaissaient comme l'artisan et le recteur de toutes choses ; les saintes Écritures aussi ont usé du même nom, lorsque, parlant de Dieu, elles indiquaient qu'il fallait lui attribuer la création de toutes choses, la puissance et une providence admirable ; car nous lisons : « N'est-il pas lui-même ton Père, qui t'a possédé, et t'a fait, et t'a créé ? » et ailleurs : « N'y a-t-il pas un seul Père pour nous tous ? Un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés ? » Mais beaucoup plus fréquemment et par un nom particulier, surtout dans les livres du Nouveau Testament, Dieu est appelé Père des chrétiens, qui n'ont pas reçu « l'esprit de servitude dans la crainte, mais ils ont reçu l'Esprit d'adoption des fils de Dieu, dans lequel ils crient : Abba, Père » ; car le Père nous a donné cette « charité, pour que nous soyons appelés et que nous soyons fils de Dieu ; or si fils, aussi héritiers, héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, qui est le premier-né d'entre beaucoup de frères ; il ne rougit pas de nous appeler frères ». Soit donc que tu considères la cause commune de la création et de la providence, soit la cause particulière de l'adoption spirituelle, c'est à juste titre que les fidèles professent croire en Dieu Père.
X. Quels mystères se recueillent de ce mot Père, et de la distinction des personnes dans la divinité.
Mais, outre les notions que nous avons expliquées, le curé enseignera qu'au nom de Père il faut élever l'esprit à de plus hauts mystères. Car ce qui dans cette lumière inaccessible qu'habite Dieu est plus caché et abscons, et que la raison et l'intelligence humaines ne pouvaient ni atteindre, ni même soupçonner, voilà ce que, sous le vocable de Père, les oracles divins commencent à nous découvrir. Or ce nom indique que, dans l'unique essence de la divinité, il faut croire non pas une seule personne, mais la distinction des personnes. Car il y a trois personnes dans l'unique divinité : celle du Père, qui n'est engendré par personne ; celle du Fils, qui a été engendré par le Père avant tous les siècles ; celle du Saint-Esprit, qui pareillement de toute éternité procède du Père et du Fils. Or le Père est, dans l'unique substance de la divinité, la première personne, qui avec son Fils unique et le Saint-Esprit est un seul Dieu, un seul Seigneur ; non dans la singularité d'une seule personne, mais dans la Trinité d'une seule substance. Or, ces trois personnes, puisqu'il est criminel de penser en elles quelque chose de dissemblable ou d'inégal, ne sont comprises comme distinctes que par leurs seules propriétés. Le Père en effet est inengendré ; le Fils engendré par le Père ; le Saint-Esprit procède de l'un et de l'autre. Et ainsi nous confessons que la même essence, la même substance est dans les trois personnes, de sorte que, dans la confession de la vraie et sempiternelle Déité, nous croyons devoir honorer avec piété et sainteté la propriété dans les personnes, l'unité dans l'essence, et l'égalité dans la Trinité. Car ce que nous disons que le Père est la première personne, il ne faut pas l'entendre comme si nous pensions quelque chose de premier ou de postérieur, de plus grand ou de moindre dans la Trinité ; que cette impiété soit éloignée des esprits des fidèles, puisque la religion chrétienne prêche la même éternité, la même majesté de gloire dans les trois personnes. Mais que le Père soit la première personne parce que lui-même est principe sans principe, nous l'affirmons véritablement et sans aucun doute ; et, comme cette première personne est distincte par la propriété du Père, ainsi convient-il principalement à elle seule d'avoir engendré le Fils de toute éternité ; car il nous est signifié qu'il a toujours été à la fois Dieu et Père, lorsque nous prononçons dans cette confession les noms de Dieu et de Père conjoints. Mais puisqu'en aucune chose nous ne pouvons nous engager plus dangereusement ou errer plus gravement qu'en la connaissance et l'explication de ce mystère, le plus élevé et le plus difficile de tous, que le curé enseigne qu'il faut retenir religieusement les mots propres d'essence et de personne, par lesquels ce mystère est signifié, et que les fidèles sachent qu'il y a unité dans l'essence, mais distinction dans les personnes. Mais il ne faut nullement rechercher ces choses plus subtilement, puisque nous nous souviendrons de cette parole : « Celui qui scrute la majesté, sera accablé par la gloire. » Car il doit suffire que nous tenions pour certain et prouvé par la foi que nous avons été ainsi instruits par Dieu, dont ne pas acquiescer aux oracles est le comble de la folie et de la misère : « Enseignez, dit-il, toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. » De nouveau : « Ils sont trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, et ces trois sont un. » Qu'il prie toutefois assidûment et supplie Dieu et Père, qui a créé toutes choses du néant, et qui dispose toutes choses avec suavité, qui nous a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu, qui a révélé à l'esprit humain le mystère de la Trinité ; qu'il prie, dis-je, sans cesse, celui qui par ce bienfait divin croit ces choses, afin que, reçu un jour dans les tabernacles éternels, il soit digne de voir combien grande est la fécondité de Dieu le Père, qu'en se regardant et se comprenant lui-même, il engendre un Fils pareil et égal à lui, et comment le même et égal amour de charité de tous deux, qui est le Saint-Esprit, procédant du Père et du Fils, unit entre eux par un lien éternel et indissoluble celui qui engendre et celui qui est engendré ; et ainsi de la divine Trinité il y a une seule essence et la distinction parfaite des trois personnes.
Omnipotentem (Tout-puissant).
XI. Ce que nous entendons ici sous le nom de tout-puissant.
Les saintes Écritures ont coutume d'expliquer sous de nombreux noms la souveraine force et l'immense majesté de Dieu, afin de montrer avec quelle religion et piété doit être adoré son très saint nom ; mais d'abord le curé enseignera que lui est très fréquemment attribuée la puissance toute-puissante. Lui-même dit de lui : « Je suis le Seigneur tout-puissant » ; et de nouveau Jacob, lorsqu'il envoyait ses fils vers Joseph, pria ainsi pour eux : « Que mon Dieu tout-puissant le rende apaisé pour vous » ; puis dans l'Apocalypse il est écrit : « Le Seigneur Dieu, qui est, et qui était, et qui doit venir, le tout-puissant », et ailleurs : « Le grand jour de Dieu tout-puissant » est appelé. Parfois aussi la même chose a coutume d'être signifiée par plus de mots. Et à cela se rapporte ce qui est dit : « Aucune parole ne sera impossible à Dieu. » « Est-ce que la main du Seigneur est impuissante ? » de même : « Car il t'est soumis, quand tu veux, de pouvoir », et autres du même genre. De ces diverses formes de parler, il ressort ce qui est manifestement compris sous le seul mot de tout-puissant. Or nous comprenons par ce nom qu'il n'est rien, qu'on ne puisse rien forger dans l'âme et la pensée que Dieu ne puisse accomplir. Car il a le pouvoir non seulement de ces choses qui, quoique très grandes, tombent cependant d'une certaine manière sous notre pensée, à savoir que toutes choses retombent au néant, et que plusieurs mondes sortent soudain du néant ; mais aussi beaucoup de choses plus grandes sont placées en sa puissance, qu'il n'est pas permis à l'esprit et à l'intelligence humaine de soupçonner.
XII. Bien que Dieu soit tout-puissant, il ne peut toutefois pécher ni être trompé.
Et, bien que Dieu puisse toutes choses, il ne peut cependant mentir, ni tromper, ni être trompé, ni pécher, ni périr, ni ignorer quoi que ce soit. Car ces choses tombent dans cette nature dont l'action est imparfaite ; mais Dieu, dont l'action est toujours très parfaite, est dit ne pas pouvoir ces choses parce que le pouvoir de ces choses est de la faiblesse, non de la souveraine et infinie puissance sur toutes choses, qu'il possède. Ainsi donc nous croyons que Dieu est tout-puissant, en sorte cependant que nous pensions que sont loin de lui toutes les choses qui ne sont pas très conjointes et très convenables à sa parfaite essence.
XIII. Pourquoi, laissant de côté les autres noms qui se disent de Dieu, seule la toute-puissance est mentionnée dans le symbole, et quelle est l'utilité de cette foi.
Or, que le curé montre que c'est à bon droit et sagement qu'il a été fait, que, laissant de côté les autres noms qui se disent de Dieu, celui-ci seul nous soit proposé à croire dans le symbole. Car, lorsque nous reconnaissons Dieu tout-puissant, nous devons en même temps nécessairement confesser qu'il a la science de toutes choses, et de même que toutes choses sont soumises à son empire et à son commandement. Et comme nous ne doutons pas que toutes choses puissent être faites par lui, il s'ensuit absolument que nous ayons aussi le reste pour établi à son égard ; si cela manquait, nous ne pourrions en aucune manière comprendre comment il est tout-puissant. De plus, rien ne vaut tant à affirmer notre foi et notre espérance que, si nous tenons fixé dans nos âmes que rien ne peut ne pas être fait par Dieu. Car tout ce qu'il faudra ensuite croire, bien qu'il soit grand et admirable, et qu'il dépasse l'ordre et le mode des choses, la raison humaine, après avoir perçu la connaissance du Dieu tout-puissant, lui donne facilement son assentiment sans aucune hésitation ; bien plus, elle estime qu'il faut d'autant plus volontiers prêter foi aux choses que les oracles divins enseignent qu'elles sont plus grandes. Et s'il faut aussi attendre quelque bien, jamais l'âme n'est brisée par la grandeur de la chose qu'elle désire ardemment, mais elle se relève et se fortifie, pensant souvent qu'il n'est rien qui ne puisse être accompli par le Dieu tout-puissant. C'est pourquoi il faut que nous soyons principalement munis de cette foi, soit lorsque nous sommes contraints d'accomplir quelques œuvres admirables pour l'usage et l'utilité du prochain, soit lorsque nous voulons obtenir de Dieu quelque chose par nos prières. Le Seigneur lui-même a enseigné le premier point, lorsque, reprochant aux Apôtres leur incrédulité, il disait : « Si vous avez la foi comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : passe d'ici là, et elle passera, et rien ne vous sera impossible. » Quant au second, saint Jacques a ainsi témoigné : « Qu'il demande avec foi, sans hésiter en rien ; car celui qui hésite est semblable au flot de la mer, qui est mû et emporté par le vent. Que cet homme ne pense donc pas qu'il recevra quelque chose du Seigneur. » Cette foi nous procure en outre beaucoup d'avantages et d'utilités, mais avant tout elle nous forme à toute modestie et humilité de l'âme ; car ainsi parle le prince des Apôtres : « Humiliez-vous sous la main puissante de Dieu. » Elle avertit aussi qu'il ne faut pas trembler là où il n'y a pas lieu de craindre, mais qu'il faut craindre un seul Dieu, en la puissance duquel nous sommes nous-mêmes et toutes nos choses ; car notre Sauveur dit : « Je vous montrerai qui vous devez craindre. Craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d'envoyer dans la géhenne. » Ensuite nous usons de cette foi pour connaître et célébrer les immenses bienfaits de Dieu envers nous. Car celui qui pense que Dieu est tout-puissant ne peut avoir l'âme si ingrate qu'il ne s'écrie souvent : « Il a fait pour moi de grandes choses, celui qui est puissant. »
XIV. Le mot de toute-puissance n'est pas ici attribué au Père de telle sorte qu'il ne soit pas dit aussi du Fils ou du Saint-Esprit.
Mais que, parce que nous appelons le Père tout-puissant dans cet article, nul ne soit conduit à cette erreur de penser que ce nom lui est ainsi attribué qu'il ne soit pas commun aussi au Fils et au Saint-Esprit. Car, de même que nous disons Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, et cependant non trois Dieux, mais un seul Dieu : de même aussi nous confessons également le Père, et le Fils et le Saint-Esprit tout-puissants, et cependant non trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant. Mais, selon une raison particulière, nous appelons de ce nom le Père, qui est la source de toute origine, comme aussi au Fils, qui est le Verbe éternel du Père, nous attribuons la sagesse, et au Saint-Esprit, qui est l'amour de l'un et de l'autre, la bonté ; bien que ces noms et d'autres semblables soient dits communément des trois personnes d'après la règle de la foi catholique.
Creatorem coeli et terrae (Créateur du ciel et de la terre).
XV. De quelle manière et pour quelle cause Dieu a créé le ciel et la terre.
Combien il était nécessaire, peu avant, de transmettre aux fidèles la connaissance du Dieu tout-puissant, on peut le voir par ce qu'il faudra maintenant expliquer concernant la création de l'univers. Car le miracle d'une si grande œuvre se croit plus aisément, parce qu'il ne reste aucune occasion de douter de l'immense puissance du Créateur. Car Dieu n'a pas fabriqué le monde d'une quelconque matière, mais il l'a créé du néant, et cela non contraint par quelque force ou nécessité, mais il l'a institué de son propre mouvement et de sa volonté. Et il n'y eut d'autre cause qui le poussât à l'œuvre de la création, si ce n'est qu'il communiquât sa bonté aux choses qui auraient été faites par lui. Car la nature de Dieu, en elle-même très bienheureuse, n'a besoin d'aucune chose, comme dit David : « J'ai dit au Seigneur : tu es mon Dieu, parce que tu n'as pas besoin de mes biens. » Or, de même qu'induit par sa bonté il a fait tout ce qu'il a voulu : ainsi il n'a suivi aucun exemple ou forme qui fût placée hors de lui, lorsqu'il créait toutes choses ; mais, parce que l'exemplaire de toutes choses est contenu dans l'intelligence divine, le souverain artisan, le regardant en lui-même et comme l'imitant, par la souveraine sagesse et la puissance infinie qui lui est propre, procréa au commencement l'univers des choses. Car « lui-même a dit, et elles ont été faites ; lui-même a commandé, et elles ont été créées. »
XVI. Ce qu'il faut entendre ici par ciel et terre.
Or par le nom de ciel et de terre il faut entendre tout ce que le ciel et la terre embrassent. Car, outre les cieux, que le Prophète a appelés « les œuvres des doigts » de Dieu, il ajouta aussi la splendeur du soleil et l'ornement de la lune et des autres astres, et, « pour qu'ils servent de signes et marquent les temps, les jours et les années », il régla ainsi les sphères des cieux d'un cours certain et constant, en sorte que rien ne pût paraître plus mobile que leur perpétuelle révolution, rien plus certain que cette mobilité.
XVII. De la création des cieux spirituels, c'est-à-dire des anges.
En outre il a créé lui-même du néant la nature spirituelle et les anges innombrables, pour servir et assister Dieu, qu'ensuite il augmenta et orna d'un don admirable de sa grâce et de sa puissance. Car, puisqu'il est dit dans les divines Écritures que le diable « n'est pas demeuré dans la vérité », il est manifeste que lui-même et les autres anges déserteurs avaient été dotés de grâce dès le commencement de leur origine. À ce sujet, voici ce qu'on lit chez saint Augustin : « Avec bonne volonté, c'est-à-dire avec un amour chaste par lequel ils lui adhèrent, il a créé les anges, en même temps créant en eux la nature et répandant la grâce. D'où il faut croire que les saints anges n'ont jamais été sans bonne volonté, c'est-à-dire sans l'amour de Dieu. » Quant à ce qui concerne la science, il y a ce témoignage des saintes Écritures : « Toi, mon seigneur, ô roi, tu es sage, comme possède la sagesse l'ange de Dieu, pour comprendre tout ce qui est sur la terre. » Enfin le divin David leur attribua la puissance par ces paroles : « Puissants en force, accomplissant sa parole. » Et pour cette raison, ils sont souvent appelés dans les saintes Écritures « vertus et armées du Seigneur ». Mais, bien que tous aient été ornés des dons célestes, beaucoup cependant, qui se sont détournés de Dieu leur parent et leur créateur, précipités de ces sièges très élevés et enfermés dans la très obscure prison de la terre, subissent les peines éternelles de leur orgueil, au sujet desquels le prince des Apôtres écrit de cette manière : « Il n'a pas épargné les anges qui péchaient, mais, les précipitant avec les chaînes de l'enfer dans le tartare, il les a livrés pour y être tourmentés, réservés pour le jugement. »
XVIII. De la création de la terre.
Mais pour la terre aussi, fondée sur sa propre stabilité, Dieu par sa parole ordonna qu'elle se tînt au milieu du monde, et fit que les montagnes s'élevassent, et que les plaines descendissent au lieu qu'il leur avait fixé ; et, afin que la violence des eaux ne l'inondât, il posa un terme qu'elles ne franchiront pas, et elles ne reviendront pas pour recouvrir la terre. Ensuite non seulement il la revêtit et l'orna d'arbres et de toute variété d'herbes et de fleurs, mais il remplit aussi les terres d'innombrables espèces d'êtres animés, comme précédemment les eaux et l'air.
XIX. De la création de l'homme.
Enfin, du limon de la terre, il façonna l'homme, tellement affecté et constitué selon le corps, non certes par la force de la nature même, mais par un bienfait divin, qu'il fût immortel et impassible. Quant à ce qui concerne l'âme, il le forma à son image et à sa ressemblance, et lui attribua le libre arbitre ; de plus il tempéra ainsi en lui tous les mouvements de l'âme et les appétits, qu'ils ne manquassent jamais d'obéir au commandement de la raison. Puis il ajouta le don admirable de la justice originelle, et ensuite voulut qu'il présidât aux autres êtres animés ; cela, il sera facile aux curés de le connaître, pour l'instruction des fidèles, d'après la sainte histoire de la Genèse.
XX. Sous le nom de ciel et de terre sont comprises toutes les choses visibles et invisibles.
Ces choses donc, concernant la création de l'univers, doivent être entendues sous les paroles « ciel et terre », que le Prophète a brièvement embrassées en ces paroles : « À toi sont les cieux, et à toi est la terre ; tu as fondé la terre et sa plénitude. » Mais plus brièvement encore les Pères du concile de Nicée, ayant ajouté dans le symbole ces deux mots, « des choses visibles et invisibles », l'ont signifié. Car tout ce qui est compris dans l'universalité des choses, et que nous confessons avoir été créé par Dieu, soit tombe sous les sens, et est dit visible, soit peut être perçu par nous par l'esprit et l'intelligence, ce qui est signifié sous le nom d'invisibles.
XXI. Les choses créées par la vertu de Dieu ne peuvent subsister sans son gouvernement et sa providence.
Et il ne faut pas croire Dieu créateur et auteur de toutes choses de telle sorte que nous pensions que, l'œuvre étant parfaite et achevée, les choses qui ont été faites par lui auraient pu ensuite subsister sans sa vertu infinie. Car, de même que toutes choses ont été, pour qu'elles existassent, faites par la souveraine puissance, sagesse et bonté du Créateur, ainsi aussi, si sa perpétuelle providence n'était pas présente aux choses créées, et ne les conservait par la même vertu par laquelle elles ont été constituées dès l'origine, elles retomberaient aussitôt au néant. Et l'Écriture le déclare, lorsqu'elle dit : « Comment quelque chose pourrait-il demeurer, si tu ne l'avais voulu ; ou ce qui n'aurait pas été appelé par toi serait-il conservé ? »
XXII. Dieu par son gouvernement ne détruit pas la vertu des causes secondes.
Or non seulement Dieu par sa providence défend et administre tout ce qui est ; mais aussi les choses qui se meuvent et agissent quelque chose, il les pousse, par sa vertu intime, au mouvement et à l'action de telle sorte que, bien qu'il n'empêche pas l'efficience des causes secondes, il la prévient cependant, puisque sa force très cachée atteint chaque chose individuellement, et, comme le Sage l'atteste : « Elle atteint avec force d'une extrémité à l'autre, et dispose toutes choses avec suavité. » C'est pourquoi il a été dit par l'Apôtre, lorsqu'il annonçait aux Athéniens le Dieu qu'ignorants ils adoraient : « Il n'est pas loin de chacun de nous ; car en lui nous vivons, et nous nous mouvons, et nous sommes. »
XXIII. La création des choses ne doit pas être attribuée au seul Père.
Et ces choses seront suffisantes pour l'explication du premier article, si toutefois nous avertissons également que l'œuvre de la création est commune à toutes les personnes de la sainte et indivisible Trinité. Car en ce lieu, d'après la doctrine des Apôtres, nous confessons le Père créateur du ciel et de la terre ; dans les saintes Écritures, nous lisons au sujet du Fils : « Toutes choses ont été faites par lui » ; et au sujet du Saint-Esprit : « L'Esprit de Dieu était porté sur les eaux » ; et ailleurs : « Par la parole du Seigneur les cieux ont été affermis, et par le souffle de sa bouche toute leur vertu. »
CHAPITRE III. Du second Article.
Et in Iesum Christum, Filium eius unicum, Dominum nostrum (Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur).
I. Du second article et de l'utilité de sa profession.
Combien merveilleuse et abondante est l'utilité qui, de la foi et de la confession de cet article, a découlé sur le genre humain, et ce témoignage de saint Jean le montre : « Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu », et la proclamation de béatitude le déclare, que le Christ Seigneur adressa au prince des Apôtres : « Heureux es-tu, Simon Bar-Jona, parce que ni la chair ni le sang ne te l'ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. » Car c'est le fondement très ferme de notre salut et de notre rédemption.
II. D'où se connaît principalement la grandeur du bienfait proposé dans cet article.
Mais, puisque le fruit de cette utilité admirable se comprend surtout d'après la ruine de cet état très heureux dans lequel Dieu avait placé les premiers hommes, que le curé apporte son soin à ceci : que les fidèles connaissent la cause des misères et des tribulations communes. Car, lorsque Adam se retira de l'obéissance de Dieu, et viola cette défense : « De tout arbre du paradis tu mangeras, mais de l'arbre de la science du bien et du mal tu ne mangeras pas, car en quelque jour que tu en auras mangé, tu mourras de mort » ; il tomba dans cette extrême calamité, de perdre la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été établi, et de subir les autres maux que le saint synode de Trente a expliqués plus amplement. C'est pourquoi il rappellera que le péché et la peine du péché ne se tint pas dans le seul Adam, mais qu'à partir de lui, comme d'une semence et d'une cause, il passa justement à toute sa postérité.
III. Nul, excepté le Christ, ne put restaurer le genre humain.
Puisque donc notre genre était tombé du plus haut degré de dignité, il ne pouvait en aucune manière être relevé de là, ni restitué en sa place première par les forces des hommes ou des anges. C'est pourquoi il restait cet unique secours de la ruine et des maux : que la vertu infinie du Fils de Dieu, ayant assumé la faiblesse de notre chair, ôtât la force infinie du péché, et nous réconciliât avec Dieu dans son sang.
IV. Sans la foi en la rédemption, nul jamais ne put être sauvé, et c'est pourquoi le Christ, dès le commencement du monde, fut souvent prénoncé.
Or la foi et la confession de cette rédemption est nécessaire aux hommes pour obtenir le salut, et l'a toujours été ; ce que Dieu a montré dès le commencement ; car dans cette condamnation du genre humain qui suivit aussitôt le péché, l'espérance de la rédemption fut aussi manifestée par ces paroles, par lesquelles il annonça au diable le dommage propre qu'il aurait à subir de la libération des hommes : « Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, ta semence et sa semence ; elle écrasera ta tête, et tu tendras des embûches à son talon » ; et ensuite il confirma souvent la même promesse, et donna une signification plus grande de son dessein surtout aux hommes à qui il voulut montrer une bienveillance singulière ; parmi les autres, lorsqu'il eut plusieurs fois signifié ce mystère au patriarche Abraham, il le déclara alors plus ouvertement, lorsque celui-ci, obéissant aux ordres de Dieu, voulut immoler son fils unique Isaac ; car il dit : « Parce que tu as fait cette chose, et que tu n'as pas épargné ton fils unique, je te bénirai, et je multiplierai ta semence comme les étoiles du ciel, et comme le sable qui est sur le rivage de la mer ; ta semence possédera les portes de ses ennemis, et toutes les nations de la terre seront bénies en ta semence, parce que tu as obéi à ma voix. » De ces paroles il pouvait être facilement déduit que de la descendance d'Abraham viendrait celui qui apporterait à tous le salut de la liberté loin de la très cruelle tyrannie de Satan. Or il fallait que ce Fils de Dieu fût né de la semence d'Abraham selon la chair. Non beaucoup de temps après, le Seigneur, afin que la mémoire de la même promesse fût conservée, sanctionna la même alliance avec Jacob petit-fils d'Abraham ; car lorsque celui-ci vit en songe une échelle se tenant sur la terre, et dont le sommet touchait les cieux, et aussi les anges de Dieu y montant et y descendant, comme le témoigne l'Écriture : il entendit aussi le Seigneur appuyé sur l'échelle, lui disant : « Je suis le Seigneur Dieu d'Abraham ton père, et le Dieu d'Isaac ; je te donnerai, à toi et à ta semence, la terre sur laquelle tu dors ; et ta semence sera comme la poussière de la terre. Tu t'étendras au levant, et au couchant, et au septentrion, et au midi, et en toi et en ta semence seront bénies toutes les tribus de la terre. » Et par la suite Dieu ne cessa de renouveler la mémoire de sa promesse et d'exciter tant au genre d'Abraham qu'à beaucoup d'autres hommes l'attente du Sauveur ; puisque, après que furent constitués la république et la religion des Juifs, il commença à se faire plus connaître à son peuple. Car et des choses muettes signifièrent, et des hommes prédirent, quels et combien de biens notre Sauveur et rédempteur Jésus-Christ devait nous apporter. Et les Prophètes, dont l'esprit fut illuminé de la lumière céleste, annoncèrent au peuple la naissance du Fils de Dieu, les œuvres admirables qu'il accomplit en tant qu'homme né, sa doctrine, ses mœurs, son commerce, sa mort, sa résurrection et ses autres mystères, enseignant publiquement toutes ces choses comme si elles étaient alors présentes ; en sorte que, si l'on ôte la différence du temps futur et du temps passé, nous voyons qu'il n'y a plus rien entre les prédictions des Prophètes et la prédication des Apôtres, rien entre la foi des anciens patriarches et la nôtre. Mais il semble qu'il faille maintenant parler de chaque partie de l'article.
V. Du nom de Jésus, et qu'il convient proprement au Christ.
Jésus est le nom propre de celui qui est Dieu et homme, qui signifie Sauveur ; ce nom ne lui fut pas imposé par hasard ni par le jugement et la volonté des hommes, mais par le conseil et le précepte de Dieu. Car l'ange annonça ainsi à sa mère Marie : « Voici que tu concevras dans ton sein, et tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom Jésus. » Et ensuite à Joseph, l'époux de la Vierge, il ne prescrivit pas seulement d'appeler l'enfant de ce nom, mais il déclara aussi pourquoi il fallait le nommer ainsi ; car il dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de recevoir Marie ton épouse, car ce qui est né en elle est de l'Esprit Saint ; or elle enfantera un fils, et tu appelleras son nom Jésus ; car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
VI. La raison n'est pas la même, pour laquelle à certains autres hommes le même nom a été donné.
Et beaucoup, il est vrai, ont porté ce nom dans les divines Écritures ; car le même nom fut porté par le fils de Nave, qui succéda à Moïse, et introduisit dans la terre de la promesse, qui avait été refusée à Moïse, le peuple libéré d'Égypte par Moïse. Du même nom fut aussi appelé le fils du prêtre Josédec. Mais combien plus véritablement estimerons-nous que notre Sauveur doit être appelé de ce nom, lui qui, non pas à un seul peuple, mais à tous les hommes de tous les âges, non pas opprimés par la faim, ou par la domination égyptienne ou babylonienne, mais assis à l'ombre de la mort et liés par les chaînes très dures du péché et du diable, a donné la lumière, la liberté et le salut, qui leur a acquis le droit et l'héritage du royaume céleste, qui les a réconciliés avec Dieu le Père ? En eux nous voyons figuré le Christ Seigneur, par qui le genre humain a été comblé des bienfaits dont nous avons parlé. Les autres noms en outre, qui ont été prédits comme devant être divinement imposés au Fils de Dieu, se rapportent à ce seul nom de Jésus ; car, tandis que les autres touchaient en quelque partie le salut qu'il devait nous donner, celui-ci a embrassé la force et la raison de tout le salut humain.
VII. Que signifie le nom du Christ, et pour combien de raisons il convient à notre Jésus.
Au nom de Jésus a été ajouté aussi le nom du Christ, qui signifie Oint, et il est un nom d'honneur et de fonction, et il n'est pas propre à une seule chose, mais commun à beaucoup ; car ces anciens pères qui sont nôtres appelaient christs les prêtres et les rois, que Dieu avait prescrit d'oindre à cause de la dignité de leur charge. Car les prêtres sont ceux qui recommandent le peuple à Dieu par d'assidues prières, qui offrent à Dieu des sacrifices, qui intercèdent pour le peuple. Or aux rois a été confié le gouvernement des peuples, et il leur appartient surtout d'assurer l'autorité des lois, de protéger la vie des innocents, et de châtier l'audace des coupables. Puisque donc chacune de ces deux fonctions semble représenter sur terre la majesté de Dieu, c'est pourquoi ceux qui étaient élus pour remplir soit la charge royale soit la charge sacerdotale, étaient oints d'un onguent. Ce fut aussi la coutume d'oindre les prophètes, qui, interprètes et messagers du Dieu immortel, nous ont découvert les secrets célestes, et nous ont exhortés à amender les mœurs par de salutaires préceptes et la prédiction des choses futures. Mais, lorsque Jésus-Christ notre Sauveur vint au monde, il prit les rôles et les offices de trois personnes, de Prophète, de Prêtre et de Roi, et pour ces raisons il fut appelé Christ, et oint pour l'exercice de ces charges, non pas certes par l'opération de quelque mortel, mais par la vertu du Père céleste, non pas d'un onguent terrestre, mais d'une huile spirituelle ; puisque dans sa très sainte âme a été répandue la plénitude et la grâce de l'Esprit Saint, et une abondance plus ample de tous les dons que ne pouvait en contenir aucune autre nature créée. Et le Prophète le montre excellemment lorsque, s'adressant au rédempteur lui-même, il dit : « Tu as aimé la justice, et tu as haï l'iniquité ; c'est pourquoi Dieu, ton Dieu, t'a oint d'une huile d'allégresse de préférence à tes compagnons. » Le même encore et beaucoup plus ouvertement, Isaïe l'a démontré par ces paroles : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a oint, il m'a envoyé pour annoncer aux doux. » C'est pourquoi Jésus-Christ fut le souverain Prophète et maître, qui nous a enseigné la volonté de Dieu, et de la doctrine duquel l'univers de la terre a reçu la connaissance du Père céleste ; ce nom lui convient de manière plus éclatante et plus excellente, parce que tous ceux qui, quels qu'ils soient, ont été jugés dignes du nom de Prophète, ont été ses disciples, et pour cette cause principalement envoyés, afin qu'ils prénonçassent ce Prophète qui devait venir pour sauver tous. De même le Christ fut prêtre, non certes de l'ordre duquel, dans l'ancienne loi, sont issus les prêtres de la tribu de Lévi : mais de cet autre, dont le prophète David a chanté : « Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. » L'Apôtre a développé avec soin l'argumentation de cette vérité en écrivant aux Hébreux. Mais nous reconnaissons aussi le Christ comme roi, non seulement en tant que Dieu, mais aussi en tant qu'homme et participant de notre nature ; de lui l'Ange a témoigné : « Il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura pas de fin. » Ce règne du Christ est certes spirituel et éternel, commencé sur la terre et achevé au ciel. Et il exerce les fonctions royales envers son Église avec une providence admirable. Lui-même la gouverne ; lui-même la protège contre les attaques et les embûches des ennemis ; lui-même lui prescrit des lois ; lui-même lui accorde non seulement la sainteté et la justice, mais lui donne aussi la faculté et les forces pour persévérer. Bien que les bons comme les méchants soient contenus dans les limites de ce royaume, et que tous les hommes lui appartiennent à bon droit, ceux-là cependant, avant les autres, éprouvent la souveraine bonté et bienfaisance de notre roi, qui mènent, selon ses préceptes, une vie intègre et innocente. Ce règne ne lui est pas échu par droit héréditaire ou humain, bien qu'il ait tiré son origine des rois les plus illustres : mais il fut roi parce que Dieu conféra à cet homme tout ce que la nature humaine peut recevoir de puissance, de grandeur et de dignité. C'est donc à lui qu'il remit le royaume du monde entier, et c'est à lui que toutes choses, ce qui a déjà commencé à s'accomplir, seront pleinement et parfaitement soumises au jour du jugement.
Son Fils unique.
VIII. De quelle manière il nous convient de croire et de confesser Jésus-Christ, Fils unique de Dieu.
Par ces paroles sont proposés aux fidèles des mystères plus élevés à croire et à contempler au sujet de Jésus ; à savoir qu'il est le Fils de Dieu et vrai Dieu, comme l'est le Père qui l'a engendré de toute éternité. De plus, nous le confessons comme la seconde personne de la divine Trinité, entièrement égale aux deux autres ; car rien d'inégal ou de dissemblable ne doit exister ni être imaginé dans les personnes divines, puisque nous reconnaissons en toutes une seule essence, une seule volonté, une seule puissance ; ce qui, bien que manifesté par de nombreuses paroles de la divine Écriture, est surtout montré par ce très illustre témoignage de saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » Mais lorsque nous entendons que Jésus est Fils de Dieu, il ne faut rien penser de terrestre ou de mortel touchant son origine ; au contraire, nous devons constamment croire et honorer avec la plus grande piété de l'âme cette origine par laquelle, de toute éternité, le Père a engendré le Fils, que nous ne pouvons en aucune manière saisir par la raison ni comprendre parfaitement ; et, comme frappés d'étonnement devant ce mystère, dire avec le prophète : « Sa génération, qui la racontera ? » Il faut donc croire que le Fils est de même nature, de même puissance et de même sagesse que le Père, comme nous le confessons plus explicitement dans le symbole de Nicée ; il dit en effet : « Et en Jésus-Christ son Fils unique, né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non pas fait, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait. »
IX. Du mode de la génération éternelle, d'après une similitude tirée des choses créées, et de la double nativité et filiation du Christ.
Parmi toutes les similitudes qui sont avancées pour indiquer le mode et la raison de la génération éternelle, celle qui semble s'approcher le plus de la réalité est celle qui est tirée de la pensée de notre âme ; c'est pourquoi saint Jean appelle son Fils le Verbe. Car, de même que notre esprit, se comprenant lui-même en quelque manière, forme de soi une image que les théologiens ont appelée « verbe » : ainsi Dieu, autant toutefois que les choses humaines peuvent être comparées aux divines, se comprenant lui-même, engendre le Verbe éternel ; bien qu'il vaille mieux contempler ce que la foi propose, et croire et confesser d'un cœur sincère que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, engendré comme Dieu avant tous les âges des siècles, du Père ; mais né comme homme dans le temps de la mère, Marie vierge. Et bien que nous reconnaissions sa double nativité, nous croyons cependant qu'il est un seul Fils. Car il y a une seule personne, en laquelle se réunissent la nature divine et la nature humaine.
X. En quel sens on doit juger que le Christ a ou n'a pas de frères.
Et pour ce qui concerne la génération divine, il n'a ni frères ni cohéritiers, puisqu'il est lui-même le Fils unique du Père, et que nous autres hommes sommes l'ouvrage et l'œuvre de ses mains. Mais si nous considérons son origine humaine, il en appelle beaucoup non seulement du nom de frères, mais les tient aussi au rang de frères, afin qu'ils obtiennent avec lui la gloire de l'héritage paternel. Ce sont ceux qui ont reçu par la foi le Christ Seigneur, et qui manifestent « en réalité et par les œuvres de la charité » la foi qu'ils professent de nom ; c'est pourquoi il est appelé par l'Apôtre « le premier-né parmi beaucoup de frères ».
Notre Seigneur.
XI. Le Christ est dit notre Seigneur selon l'une et l'autre nature.
Beaucoup de choses sont dites dans les saintes Lettres au sujet de notre Sauveur, dont les unes, il est clair, lui conviennent en tant qu'il est Dieu, les autres en tant qu'il est homme, puisqu'il a reçu des natures diverses les diverses propriétés. Nous disons donc avec vérité que le Christ est tout-puissant, éternel, immense, ce qu'il tient de la nature divine. À son sujet, nous disons encore qu'il a souffert, qu'il est mort, qu'il est ressuscité, choses que personne ne doute convenir à la nature humaine. Mais, outre cela, certaines choses conviennent à l'une et à l'autre nature, comme en ce lieu, lorsque nous disons Notre Seigneur. Si donc ce nom est rapporté à l'une et l'autre nature, il doit à juste titre être proclamé Notre Seigneur. Car, de même qu'il est lui-même Dieu éternel, comme le Père, ainsi il est également Seigneur de toutes choses au même titre que le Père ; et de même que lui et le Père ne sont pas un autre et un autre Dieu, mais absolument le même Dieu : ainsi lui et le Père ne sont pas un autre et un autre Seigneur. Mais à bon droit aussi, pour de nombreuses raisons, en tant qu'homme, il est appelé Notre Seigneur. Et d'abord, parce qu'il fut lui-même notre rédempteur et qu'il nous a délivrés des péchés, il a reçu à juste titre ce pouvoir d'être et d'être appelé véritablement Notre Seigneur. Car l'Apôtre enseigne ainsi : « Il s'est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix ; c'est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. » Et lui-même dit de soi, après la résurrection : « Toute puissance, dit-il, m'a été donnée au ciel et sur la terre. » Il est aussi appelé Seigneur pour cette raison que, dans une seule personne, les deux natures, divine et humaine, ont été unies ; car par cette admirable conjonction il a mérité que, même s'il n'était pas mort pour nous, il soit cependant constitué Seigneur, communément de toutes les choses qui ont été créées, mais spécialement des fidèles qui lui obéissent et le servent avec le plus grand zèle de l'âme.
XII. Les chrétiens doivent, le prince des ténèbres foulé aux pieds, se livrer tout entiers à Jésus-Christ.
Il reste donc que le curé exhorte le peuple fidèle à cette considération, afin qu'il sache qu'il est très juste que nous, avant les autres hommes — nous qui tirons de lui notre nom et sommes appelés chrétiens, et qui ne pouvons ignorer combien de bienfaits il nous a accordés, surtout parce que c'est par son don que nous comprenons toutes ces choses par la foi —, il est juste, dis-je, que nous nous consacrions à perpétuité, non autrement que comme des esclaves, à notre rédempteur et Seigneur. Et assurément, lorsque nous fûmes initiés par le baptême, nous l'avons professé devant les portes de l'Église ; nous avons déclaré
Catechismus, Conc. Trid.
en effet que nous renoncions à Satan et au monde, et que nous nous livrions tout entiers à Jésus-Christ. Si donc, pour être enrôlés dans la milice chrétienne, nous nous sommes voués nous-mêmes à notre Seigneur par une profession si sainte et si solennelle, de quel châtiment serons-nous dignes si, après être entrés dans l'Église, après avoir connu la volonté et les lois de Dieu ; après avoir reçu la grâce des sacrements, nous avons vécu selon les préceptes et les lois du monde et du diable, comme si, lorsque nous avons été lavés par le baptême, nous avions donné notre nom au monde et au diable, et non au Christ Seigneur et Rédempteur ? Mais de qui la volonté si bienveillante et si portée vers nous d'un tel Seigneur n'enflammerait-elle pas l'âme des flambeaux de l'amour — lui qui, bien qu'il nous tienne sous son pouvoir et sa domination, comme des serviteurs rachetés par son sang, nous embrasse cependant d'une telle charité qu'« il ne nous appelle pas serviteurs, mais amis et frères » ? (Jn 15, 14.) C'est assurément là la cause la plus juste, et je ne sais si elle n'est pas de toutes la plus grande, pour laquelle nous devons le reconnaître, le vénérer et l'honorer à perpétuité comme Notre Seigneur.
CHAPITRE IV. Du troisième Article.
Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. I. Ce que le troisième article de la foi propose à croire aux fidèles. Que le genre humain ait été favorisé d'un très grand et singulier bienfait par Dieu, qui nous a délivrés de la servitude du plus dur tyran pour la liberté, les fidèles peuvent le comprendre d'après ce qui a été exposé dans l'article précédent. Mais si nous mettons aussi devant nos yeux le dessein et la manière par lesquels il a surtout voulu accomplir cela, rien assurément ne nous paraîtra plus éclatant, rien de plus magnifique que la bienfaisance et la bonté divines à notre égard. C'est donc en commençant par l'explication du troisième article que le curé montrera la grandeur de ce mystère, que les saintes Lettres nous proposent très souvent à considérer comme le chef principal de notre salut ; il enseignera que le sens de cet article est celui-ci : nous croyons et confessons que ce même Jésus-Christ, notre seul Seigneur, Fils de Dieu, lorsqu'il a pris pour nous la chair humaine dans le sein de la Vierge, non d'une semence virile, comme les autres hommes, mais au-dessus de tout ordre de la nature, a été conçu par la vertu du Saint-Esprit, en sorte que la même personne, demeurant Dieu, ce qu'elle était de toute éternité, soit devenue homme, ce qu'elle n'était pas auparavant. Que ces paroles doivent être entendues ainsi, cela ressort clairement de la confession du saint concile de Constantinople ; il dit en effet : « Qui à cause de nous
hommes, et à cause de notre salut est descendu des cieux ; et s'est incarné du Saint-Esprit de la Vierge Marie, et s'est fait homme. » Et saint Jean l'Évangéliste l'a également expliqué, lui qui avait puisé la connaissance de ce très haut mystère au sein même du Seigneur Sauveur ; car lorsqu'il eut exposé la nature du Verbe divin par ces paroles : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu », il conclut à la fin : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. »
II. Par la nativité temporelle, aucune confusion des natures ne s'est produite dans le Christ.
Car le Verbe, qui est l'hypostase de la nature divine, a pris la nature humaine de telle sorte qu'il y eût une seule et même hypostase et personne de la nature divine et de la nature humaine ; d'où il est résulté qu'une si admirable conjonction des deux natures conservât les actions et les propriétés de chacune ; et, comme il est dit par saint Léon, ce grand Pontife : « Ni la glorification ne consuma l'inférieure, ni l'assomption ne diminua la supérieure. »
III. Le seul Saint-Esprit n'a pas accompli seul l'œuvre de l'incarnation.
Mais comme il ne faut pas omettre l'explication des paroles, le curé enseignera que, lorsque nous disons que le Fils de Dieu a été conçu par la vertu du Saint-Esprit, cette unique personne de la divine Trinité n'a pas accompli à elle seule le mystère de l'incarnation. Car, bien qu'un seul Fils ait assumé la nature humaine, toutes les personnes de la divine Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, ont été les auteurs de ce mystère. Il faut en effet tenir cette règle de la foi chrétienne : toutes les choses que Dieu opère hors de soi dans les choses créées sont communes aux trois personnes, et aucune n'agit plus qu'une autre, ni l'une sans l'autre. Mais qu'une personne procède d'une autre, cela seul ne peut être commun à toutes ; car le Fils est seulement engendré du Père, le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Mais tout ce qui, au-dehors d'elles, émane d'elles, les trois personnes l'accomplissent sans aucune distinction ; et de ce genre doit être considérée l'incarnation du Fils de Dieu. Bien qu'il en soit ainsi, les saintes Lettres ont coutume cependant d'attribuer les choses communes à toutes les personnes à l'une plus qu'aux autres ; comme elles attribuent au Père la souveraine puissance de toutes choses, au Fils la sagesse, au Saint-Esprit l'amour. Et parce que le mystère de l'incarnation divine manifeste la bienveillance singulière et immense de Dieu envers nous, pour cette raison, par une sorte de raison particulière, cette œuvre est attribuée au Saint-Esprit.
IV. Toutes les choses accomplies dans la conception du Christ ne sont pas au-dessus de l'ordre de la nature, mais plusieurs le sont.
Dans ce mystère, nous remarquons que certaines choses se sont faites au-dessus de l'ordre de la nature, d'autres par la force de la nature. Car le fait que nous croyons que le corps du Christ a été formé du sang très pur de la Mère Vierge, en cela nous reconnaissons la nature humaine, puisqu'il est commun à tous les corps des hommes d'être formés du sang de la mère. Mais ce qui dépasse l'ordre de la nature et l'intelligence humaine, c'est qu'aussitôt que la bienheureuse Vierge, acquiesçant aux paroles de l'Ange, dit : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole » ; aussitôt le très saint corps du Christ fut formé, et lui fut jointe une âme pourvue de raison, et ainsi, dans l'instant même du temps, il fut Dieu parfait et homme parfait. Que cette œuvre du Saint-Esprit ait été nouvelle et admirable, personne ne peut en douter, puisque, selon l'ordre ordinaire de la nature, aucun corps ne peut être informé de l'âme de l'homme qu'après un intervalle de temps déterminé. Ensuite vient encore ceci, digne de la plus grande admiration : aussitôt que l'âme fut jointe au corps, la divinité elle-même fut également unie au corps et à l'âme ; si bien que le corps fut à la fois formé et animé, et que la divinité fut unie au corps et à l'âme. D'où il résulte que dans le même instant du temps il fut Dieu parfait et homme parfait, et que la très sainte Vierge fut véritablement et proprement appelée Mère de Dieu et de l'homme, parce qu'au même moment elle avait conçu Dieu et l'homme. Cela lui fut signifié par l'Ange, lorsqu'il dit : « Voici que tu concevras dans ton sein, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; celui-ci sera grand, et il sera appelé Fils du Très-Haut » ; et cela fut confirmé par l'événement, comme Isaïe l'avait prédit : « Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils. » De même aussi Élisabeth, lorsque, remplie du Saint-Esprit, elle eut compris la conception du Fils de Dieu, le déclara par ces paroles : « D'où m'arrive-t-il que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ? » Mais, de même que le corps du Christ fut formé du sang très pur de la vierge très intègre, sans aucune coopération d'homme, comme nous l'avons dit plus haut, mais par la seule vertu du Saint-Esprit : de même aussi, dès qu'il fut conçu, son âme reçut la plénitude très abondante de l'Esprit de Dieu et toute l'abondance des charismes. Car, non comme aux autres hommes, qui sont ornés de sainteté et de grâce, — « Dieu ne lui donne pas l'Esprit avec mesure », comme l'atteste saint Jean, — mais il a répandu dans son âme toute grâce avec une telle abondance que « de sa plénitude, nous tous avons reçu ».
V. Le Christ ne peut être dit Fils adoptif de Dieu. Et cependant on ne peut l'appeler Fils adoptif de Dieu, bien qu'il ait eu cet Esprit par lequel les saints hommes obtiennent l'adoption de fils de Dieu ; car puisqu'il est Fils de Dieu par nature, on ne doit nullement estimer que la grâce ou le nom d'adoption lui convienne.
VI. Ce qui, dans la première partie de l'article, doit être principalement médité.
Tels sont les points qu'il a paru nécessaire d'expliquer au sujet de l'admirable mystère de la conception ; et pour qu'il en découle sur nous un fruit salutaire, les fidèles doivent avant tout se remettre en mémoire, et méditer souvent en eux-mêmes, que c'est Dieu qui a assumé la chair humaine ; qu'il s'est fait homme d'une manière qu'il ne nous est pas permis de saisir par l'esprit, encore moins d'exprimer par des paroles ; qu'il a enfin voulu se faire homme pour cette fin que nous autres hommes renaissions enfants de Dieu. Lorsqu'ils auront considéré cela attentivement, ils croiront alors tous les mystères contenus dans cet article, et les adoreront d'un cœur humble et fidèle ; et ils ne voudront pas, par curiosité — ce qui ne peut presque jamais se faire sans péril —, les scruter et les approfondir.
Né de la Vierge Marie. VII. Ce que signifie que le Christ est né de la Vierge Marie. Telle est l'autre partie de cet article, à l'explication de laquelle le curé s'appliquera avec diligence, puisque les fidèles doivent croire que le Seigneur Jésus a été non seulement conçu par la vertu du Saint-Esprit, mais aussi né de la Vierge Marie et mis au jour. Avec quelle joie et quelle allégresse de l'âme il faut méditer la foi en ce mystère, la voix de l'Ange, qui le premier apporta au monde cette heureuse nouvelle, le déclare ; il dit en effet : « Voici que je vous annonce une grande joie, qui sera pour tout le peuple » ; et il est facile de le comprendre d'après le cantique de cette milice céleste : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté », que les Anges chantèrent. De là aussi cette très ample promesse de Dieu à Abraham commença à s'accomplir, à qui il a été dit qu'un jour, dans sa postérité, toutes les nations seraient bénies. Car Marie, que nous proclamons et honorons avec vérité comme Mère de Dieu, parce qu'elle a enfanté cette personne qui était à la fois Dieu et homme, a tiré son origine du roi David.
VIII. Le Christ n'est pas né selon le cours commun de la nature.
Mais de même que la conception elle-même dépasse absolument l'ordre de la nature, ainsi dans sa naissance il est permis de contempler rien qui ne soit divin.
En outre, et il est absolument impossible de rien dire ou de concevoir de plus admirable, il naît de sa mère sans aucune diminution de la virginité maternelle ; et de la même manière qu'il est ensuite sorti du sépulcre fermé et scellé, et qu'« il est entré auprès des disciples les portes étant closes » ; ou, pour ne pas nous éloigner des choses que nous voyons chaque jour se produire dans la nature, de la manière dont les rayons du soleil pénètrent la substance solide du verre sans la briser cependant, ni l'endommager en quelque partie : de manière semblable, dis-je, et plus élevée, Jésus-Christ a été mis au jour du sein maternel sans aucun détriment de la virginité maternelle, car nous célébrons par de très véritables louanges sa virginité incorrompue et perpétuelle. Ce qui fut assurément opéré par la vertu du Saint-Esprit, qui, dans la conception et l'enfantement du Fils, assista de telle sorte la mère qu'il lui donna à la fois la fécondité et lui conserva la virginité perpétuelle.
IX. Le Christ est appelé à bon droit le second Adam, et Marie la seconde Ève. L'Apôtre a coutume parfois d'appeler Jésus-Christ « le dernier
Adam », et de le comparer au premier Adam ; car, comme dans le premier tous les hommes meurent, ainsi dans le second tous sont rappelés à la vie ; et comme Adam, pour ce qui est de la condition naturelle, fut le père du genre humain, ainsi le Christ est l'auteur de la grâce et de la gloire. De la même manière, il nous est aussi permis de comparer la Vierge mère avec Ève, de sorte qu'à la première Ève corresponde la seconde Ève, qui est Marie ; comme nous avons montré que le second Adam, c'est-à-dire le Christ, correspond au premier Adam. Car Ève, parce qu'elle ajouta foi au serpent, introduisit la malédiction et la mort dans le genre humain ; et Marie, après avoir cru à l'Ange, fit que par la bonté de Dieu la bénédiction et la vie parvinssent aux hommes. À cause d'Ève, nous naissons fils de colère : de Marie nous avons reçu Jésus-Christ, par lequel nous sommes régénérés fils de la grâce. À Ève il fut dit : « Tu enfanteras tes fils dans la douleur » ; Marie a été exemptée de cette loi, puisque, sauve l'intégrité de la pudeur virginale, sans aucun sentiment de douleur, comme il a été dit plus haut, elle a enfanté Jésus, Fils de Dieu.
X. Par quelles figures et prophéties principalement les sacrements de la conception et de la nativité du Christ ont été préfigurés.
Puisque donc les sacrements de cette admirable conception et nativité sont si grands et si nombreux, il fut conforme à la divine providence qu'ils fussent signifiés par de nombreuses figures et oracles. C'est pourquoi les saints Docteurs ont compris qu'appartenaient à cela beaucoup de choses que nous lisons en divers endroits de la sainte Écriture ; en particulier cette porte du sanctuaire qu'Ézéchiel vit fermée ;
3, 16. s) Ez 44, 2.
de même : « la pierre détachée de la montagne sans mains », comme il est dit chez Daniel, « qui est devenue une grande montagne et a rempli toute la terre » ; ensuite : « la verge d'Aaron, qui seule, parmi les verges des princes d'Israël, germa ; et le buisson que Moïse vit brûler et ne pas se consumer ». Le saint Évangéliste a décrit en de nombreuses paroles l'histoire de la nativité du Christ ; à ce sujet, il n'est pas nécessaire que nous en disions davantage, puisque cette lecture est aisément accessible au curé.
XI. Le mystère de l'Incarnation doit être souvent inculqué au peuple, et quel profit on retire de sa méditation. Le curé s'appliquera à ce que ces mystères, qui « ont été écrits pour notre instruction », demeurent fixés dans l'âme et les esprits des fidèles : d'abord afin que, par la commémoration d'un si grand bienfait, ils en rendent quelque action de grâces à Dieu son auteur ; ensuite, afin qu'il place devant leurs yeux cet exemple si insigne et singulier d'humilité à imiter. Qu'y a-t-il en effet de plus utile pour nous, et de plus propre à réprimer l'orgueil et l'élévation de nos âmes, que de penser souvent que Dieu s'est tellement humilié qu'il partage sa gloire avec les hommes, et qu'il assume la faiblesse et la fragilité de l'homme ; que Dieu se fait homme, et que cette souveraine et infinie majesté sert l'homme, elle « au signe de qui les colonnes du ciel », comme dit l'Écriture, « tremblent et s'épouvantent », et qu'il naît sur la terre, lui que les Anges adorent dans les cieux ? Puis donc que Dieu fait cela à cause de nous, que devons-nous faire, dis-je, pour lui obéir ? Avec quelle âme joyeuse et empressée devons-nous aimer, embrasser et accomplir toutes les œuvres d'humilité ? Que les fidèles voient de quelle salutaire doctrine le Christ nous instruit en naissant, avant même d'émettre aucune parole. Il naît pauvre ; il naît comme un étranger dans une hôtellerie ; il naît dans une vile crèche ; il naît au milieu de l'hiver. Ainsi écrit saint Luc : « Il advint que, comme ils étaient là, les jours furent accomplis où elle devait enfanter, et elle enfanta son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie. » L'Évangéliste pouvait-il renfermer toute la majesté et la gloire du ciel et de la terre en des paroles plus humbles ? Et il n'écrit pas qu'il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie, mais qu'il n'y en avait pas pour celui qui dit : « À moi le globe de la terre et sa plénitude. » Ce qu'un autre Évangéliste a aussi attesté : « Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l'ont pas reçu. » Lorsque les fidèles se seront mis cela devant les yeux, qu'ils pensent alors que Dieu a voulu se soumettre à l'humilité et à la fragilité de notre
Catechismi Romani
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chair, afin que le genre humain fût placé au plus haut degré de dignité. Car cette seule chose suffit à déclarer l'excellente dignité et supériorité de l'homme, qui lui a été attribuée par un bienfait divin, à savoir qu'un homme ait été ce même vrai et parfait Dieu ; de sorte qu'il nous est désormais permis de nous glorifier de ce que le Fils de Dieu est notre os et notre chair, ce qui n'est pas permis à ces très bienheureux esprits. « Car nulle part », comme il est dit chez l'Apôtre, « il n'a saisi les Anges, mais il a saisi la semence d'Abraham. » En outre, il faut prendre garde que, pour notre plus grand malheur, il n'arrive que, de même qu'il manqua à ce Seigneur une place dans l'hôtellerie de Bethléem où naître, ainsi, maintenant qu'il ne naît plus dans la chair, il ne puisse trouver une place dans nos cœurs où naître en esprit. Car lui, qui désire ardemment notre salut, le souhaite vivement ; car de même que par la vertu du Saint-Esprit il est devenu homme et est né au-dessus de l'ordre de la nature, et qu'il fut saint et même la sainteté même : ainsi il faut que nous, « non du sang, ni de la volonté de la chair, mais de Dieu nous naissions », et qu'ensuite, comme une nouvelle créature, « nous marchions dans la nouveauté de l'esprit », gardant cette sainteté et cette intégrité d'esprit qui conviennent surtout aux hommes régénérés par l'Esprit de Dieu. Car c'est par cette voie que nous exprimerons en nous-mêmes quelque image de cette sainte conception et nativité du Fils de Dieu, que nous croyons d'un cœur fidèle, et en la croyant, nous contemplons et adorons « la sagesse de Dieu dans le mystère, qui est cachée ».
CHAPITRE V. Du quatrième Article.
A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, et a été enseveli. I. Nécessité de connaître le quatrième article et sa signification. Quelle est la nécessité de connaître cet article, et avec quel soin le curé doit veiller à ce que les fidèles remettent très souvent en leur âme le souvenir de la passion du Seigneur, l'Apôtre l'enseigne, lui qui a attesté « qu'il ne savait rien d'autre que Jésus-Christ, et celui-ci crucifié ». C'est pourquoi, sur ce sujet, il faut employer tout le soin et toute l'application pour l'éclairer le plus possible, et, les fidèles étant poussés par la commémoration d'un si grand bienfait, pour qu'ils se tournent tout entiers vers la considération de l'amour et de la bonté de Dieu envers nous. La foi donc, dans la première partie de l'article (car il sera parlé plus tard de l'autre), nous propose à croire ceci : que le Christ Seigneur,
lorsque Ponce Pilate administrait la province de Judée par ordre de Tibère César, a été attaché à la croix : car saisi, moqué, affligé de divers genres d'injures et de tourments, il fut enfin élevé en croix.
II. L'âme du Christ a ressenti les tourments. Et il ne faut douter en aucune manière que son âme, pour ce qui concerne la partie inférieure, n'ait pas été exempte de ces tourments ; car puisqu'il a pris véritablement la nature humaine, il faut nécessairement confesser qu'il a ressenti dans l'âme aussi la plus grave douleur ; c'est pourquoi il dit : « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » Car, bien que la nature humaine ait été unie à la personne divine, cependant, à cause de cette union, elle a ressenti non moins intensément la rigueur de la passion que si cette union ne s'était pas faite, puisque dans l'unique personne de Jésus-Christ ont été conservées les propriétés de l'une et l'autre nature, divine et humaine, et c'est pourquoi ce qui était passible et mortel est demeuré passible et mortel ; tandis que, à l'inverse, ce qui était impassible et immortel, telle que nous comprenons la nature divine, a conservé sa propre propriété.
III. Pourquoi il est exprimé dans le symbole sous quel gouverneur de Judée le Christ a souffert.
Ce que nous voyons ici observé avec tant de soin, que Jésus-Christ a souffert à l'époque où Ponce Pilate administrait la province de Judée, le curé enseignera que cela s'est fait pour cette raison que la connaissance d'une chose si grande et si nécessaire pouvait être plus manifeste à tous, si était décrit le temps certain de l'événement, ce que nous lisons avoir été fait aussi par l'Apôtre Paul ; ensuite, parce que par ces paroles est déclaré que cette prédiction du Sauveur fut confirmée par l'issue : « Ils le livreront, dit-il, aux nations pour être moqué, flagellé et crucifié. »
IV. Ce n'est pas par hasard que le Christ a subi la mort sur le bois de la croix.
Mais qu'il ait surtout enduré la mort sur le bois de la croix, cela aussi doit être attribué au dessein divin, à savoir que, là où la mort tirait son origine, de là la vie surgît. Car le serpent, qui sur le bois avait vaincu les premiers parents, fut vaincu par le Christ sur le bois de la croix. On peut apporter plusieurs raisons de cette chose, que les saints Pères ont développées plus longuement, pour montrer qu'il convenait que notre Rédempteur subît plutôt la mort de la croix. Mais il suffit, avertira le curé, que les fidèles croient que ce genre de mort a été choisi par le Sauveur, qui paraissait certes plus apte et plus approprié à la rédemption du genre humain,
comme certainement aucun ne put être plus honteux ni plus indigne. Car non seulement chez les païens le supplice de la croix a toujours été estimé comme exécrable et plein de déshonneur et d'ignominie, mais aussi dans la loi de Moïse « est appelé maudit l'homme qui pend au bois ».
V. L'histoire de la passion du Christ doit être rappelée fréquemment au peuple.
Le curé n'omettra pas non plus l'histoire de cet article, qui a été exposée très diligemment par les saints Évangélistes, afin que les fidèles aient connaissance au moins des principaux chefs de ce mystère, qui paraissent plus nécessaires pour confirmer la vérité de notre foi. Car sur cet article, comme sur un certain fondement, la religion et la foi chrétiennes s'appuient, et lui posé, tout le reste est rectement établi. Car si quelque chose présente à l'esprit et à l'intelligence humaine une difficulté, certainement le mystère de la croix doit être estimé le plus difficile de tous, et il peut à peine être saisi par nous, que notre salut dépend de la croix elle-même et de celui qui pour nous a été attaché à ce bois. Mais en cela, comme l'enseigne l'Apôtre, il est permis d'admirer la souveraine providence de Dieu. Car « parce que, dans la sagesse de Dieu, le monde n'a pas connu Dieu par la sagesse, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication ». C'est pourquoi il n'est pas étonnant si les Prophètes avant la venue du Christ, les Apôtres après sa mort et sa résurrection, ont tant travaillé à persuader aux hommes que celui-ci est le rédempteur du monde, et à les amener sous la puissance et l'obéissance du Crucifié. C'est pourquoi le Seigneur, bien que rien ne fût si éloigné de la raison humaine que le mystère de la croix, dès après le péché, ne cessa jamais, soit par des figures, soit par les oracles des Prophètes, de signifier la mort de son Fils. Et pour toucher brièvement quelques figures, d'abord Abel, qui fut tué par l'envie de son frère, puis le sacrifice d'Isaac, ensuite l'agneau que les Juifs, lorsqu'ils sortaient de la terre d'Égypte, immolèrent, puis le serpent d'airain que Moïse éleva dans le désert, préfiguraient la passion et la mort du Christ Seigneur. Quant aux Prophètes, combien ont existé qui ont prophétisé de cela, cela est bien plus connu que ne le demande une explication en ce lieu. Mais avant les autres, pour omettre David, qui a embrassé dans les Psaumes tous les principaux mystères de notre rédemption, les oracles d'Isaïe sont si clairs et si manifestes qu'on peut dire à bon droit qu'il a plutôt exposé la chose accomplie, que prédit ce qui devait advenir.
Est mort et a été enseveli. VI. Ce que signifie à croire cette clause, est mort et a été enseveli.
Par ces paroles, le curé expliquera ce qu'il faut croire : que Jésus-Christ, après avoir été crucifié, est véritablement mort et enseveli. Et ce n'est pas sans cause que cela est proposé à croire séparément aux fidèles, puisqu'il n'a pas manqué de gens qui niaient qu'il soit mort sur la croix. À cette erreur donc les saints Apôtres ont jugé à bon droit qu'il fallait opposer cette doctrine de foi, au sujet de la vérité de cet article duquel ne nous est laissé aucun lieu de douter ; car tous les Évangélistes s'accordent : « Jésus a rendu l'esprit. » En outre, puisque le Christ fut véritable et parfait homme, il put véritablement mourir ; or un homme meurt lorsque l'âme est séparée du corps. C'est pourquoi, lorsque nous disons que Jésus est mort, nous signifions que son âme a été séparée du corps ; et cependant nous n'accordons pas que la divinité ait été séparée du corps ; bien plutôt nous croyons et confessons constamment que, son âme étant séparée du corps, la divinité fut toujours unie, tant au corps dans le sépulcre, qu'à l'âme aux enfers. Or il convenait que le Fils de Dieu mourût, « afin que par la mort il détruisît celui qui avait l'empire de la mort, c'est-à-dire le diable, et qu'il délivrât ceux qui, par la crainte de la mort, étaient pendant toute leur vie sujets à la servitude ».
VII. Le Christ n'a pas subi la mort contre son gré ni par contrainte.
Mais ceci fut singulier dans le Christ Seigneur, qu'il mourut lorsque lui-même décida de mourir, et qu'il subit non tant une mort amenée par une force étrangère qu'une mort volontaire. Et non seulement la mort, mais il s'établit à lui-même le lieu et le temps où il devait mourir. Ainsi en effet a écrit Isaïe : « Il a été offert, parce qu'il l'a lui-même voulu. » Et le même Seigneur a dit de soi avant sa passion : « Je mets mon âme, pour la reprendre ensuite. Personne ne me l'enlève, mais je la mets de moi-même ; j'ai le pouvoir de la mettre, et j'ai le pouvoir de la reprendre. » Quant au temps et au lieu, lorsque Hérode en voulait à sa vie, il dit : « Dites à ce renard : voici que je chasse les démons et j'opère des guérisons aujourd'hui et demain, et le troisième jour je suis consommé ; cependant il faut que je marche aujourd'hui, et demain, et le jour suivant, car il ne se peut qu'un prophète périsse hors de Jérusalem. » Il ne fit donc rien contre son gré ni par contrainte, mais lui-même s'offrit volontairement, et allant au-devant de ses ennemis, il dit : « C'est moi. » Et de son plein gré il supporta tous ces supplices dont ils l'affligèrent injustement et cruellement ; et certes rien ne peut avoir plus de force pour émouvoir les sentiments de notre âme,
que lorsque nous examinons en pensée toutes ses peines et ses tourments. Car si quelqu'un à cause de nous souffre toutes les douleurs, non celles qu'il prend sur lui de sa propre volonté, mais celles qu'il ne peut éviter : cela ne sera pas tenu par nous pour un grand bienfait. Mais si c'est seulement en notre nom qu'il s'expose volontairement à une mort qu'il pouvait éviter : assurément ce genre de bienfait est tel qu'il ôte à quiconque, même le plus reconnaissant, non seulement la faculté de rendre grâce, mais même d'en avoir. De là se peut apercevoir la très grande et très insigne charité de Jésus-Christ, et son mérite divin et immense envers nous.
VIII. Pourquoi nous disons le Christ non seulement mort, mais aussi enseveli.
Maintenant, quant au fait que nous confessons qu'il a été enseveli, ceci n'est pas posé comme une partie de l'article, parce qu'il comporterait quelque nouvelle difficulté, outre celles qui ont déjà été dites de la mort. Car si nous croyons que le Christ est mort, il peut facilement aussi nous être persuadé qu'il a été enseveli. Mais ceci a été ajouté, d'abord afin qu'il soit moins permis de douter de la mort, puisque c'est un argument très grand que quelqu'un est mort, si nous prouvons que son corps a été enseveli ; ensuite afin que le miracle de la résurrection soit davantage manifesté et brille. Et nous ne croyons pas seulement ceci, que le corps du Christ a été enseveli, mais ceci surtout est proposé à croire par ces paroles, que Dieu a été enseveli, comme, selon la règle de la foi catholique, nous disons très véritablement aussi que Dieu est mort, et né de la Vierge. Car comme la divinité ne fut jamais séparée du corps qui fut déposé dans le sépulcre, à bon droit nous confessons que Dieu a été enseveli.
IX. Ce qu'il faut principalement observer au sujet de la mort et de la sépulture du Christ.
Quant au genre et au lieu de la sépulture, au curé suffira ce qui a été dit par les saints Évangélistes. Mais deux choses sont à observer en premier lieu : l'une, que le corps du Christ n'a été corrompu en aucune partie dans le sépulcre, ce dont le Prophète avait ainsi prophétisé : « Tu ne livreras pas ton saint à voir la corruption. » L'autre, qui concerne toutes les parties de cet article, à savoir que la sépulture, la passion aussi, et la mort, conviennent à Jésus-Christ en tant qu'homme, non en tant que Dieu ; car souffrir et mourir ne peuvent convenir qu'à la nature humaine, bien que toutes ces choses soient aussi attribuées à Dieu ; puisqu'il est évident qu'elles peuvent être dites à bon droit de cette personne qui a été à la fois Dieu parfait et homme parfait.
X. De quelle manière il convient de contempler le bienfait de la passion du Christ.
Ces choses étant connues, le curé expliquera sur la passion et la mort du Christ ce à partir de quoi les fidèles puissent, sinon comprendre, du moins contempler l'immensité d'un si grand mystère. Et d'abord il faut considérer qui est celui qui souffre tout cela. Et certainement nous ne pouvons par aucune parole exprimer ni par l'esprit comprendre sa dignité. Saint Jean dit : « Le Verbe, qui était auprès de Dieu. » L'Apôtre le décrit en termes magnifiques de cette manière : « Qu'il est celui que Dieu a établi héritier de toutes choses, par qui il a fait aussi les siècles, qui est la splendeur de la gloire et la figure de sa substance, qui porte toutes choses par la parole de sa puissance. » Celui-ci donc, « ayant fait la purification des péchés, est assis à la droite de la majesté dans les lieux très-hauts ». Et, pour résumer d'un mot, Jésus-Christ souffre, Dieu et homme ; le Créateur souffre pour ceux qu'il a lui-même créés ; le Seigneur souffre pour les serviteurs ; celui par qui les Anges, les hommes, les cieux, les éléments ont été faits, souffre ; celui, dis-je, en qui, par qui et de qui sont toutes choses. C'est pourquoi il n'est pas étonnant que, lui étant ému par tant de tourments de la passion, tout l'édifice aussi ait été ébranlé ; car, comme dit l'Écriture, « la terre a tremblé, et les pierres se sont fendues ; des ténèbres aussi se sont faites sur toute la terre, et le soleil s'est obscurci ». Que si des choses même muettes et dépourvues de sentiment ont pleuré la passion de leur Créateur, que les fidèles pensent avec quelles larmes eux-mêmes, comme pierres vivantes de cet édifice, doivent déclarer leur douleur.
XI. Pourquoi le Christ a voulu subir les dernières souffrances, et ce qu'il faut penser de ceux qui, ayant professé le christianisme, se salissent dans les péchés.
Il faut maintenant exposer aussi les causes de la passion, afin qu'apparaissent d'autant plus la grandeur et la force de la divine charité envers nous. Si donc quelqu'un demande quelle fut la cause pour laquelle le Fils de Dieu subit la passion la plus amère, il trouvera que ce fut principalement, outre la souillure héréditaire des premiers parents, les vices et les péchés que les hommes ont commis depuis l'origine du monde jusqu'à ce jour, et qu'ils commettront dans la suite jusqu'à la consommation du siècle. Car voici ce que le Fils de Dieu notre sauveur a visé dans sa passion et sa mort : racheter et effacer les péchés de tous les âges, et satisfaire pour eux abondamment et pleinement au Père. S'ajoute encore, pour augmenter la dignité de la chose, que non seulement le Christ a souffert pour les pécheurs, mais même pour ceux qui furent les auteurs et les ministres de toutes les peines qu'il a endurées ; de quoi l'Apôtre nous avertit, écrivant ainsi aux Hébreux :
- «) 1 P 2, 5.
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« Considérez celui qui a soutenu de la part des pécheurs une telle contradiction contre lui-même, afin que vous ne défailliez pas en vos âmes en vous décourageant. » Et il faut juger que tous ceux qui retombent souvent dans les péchés sont tenus de cette faute ; car puisque nos péchés ont poussé le Christ Seigneur à subir le supplice de la croix : certainement ceux qui se vautrent dans les crimes et les scélératesses, de nouveau, autant qu'il est en eux, « crucifient en eux-mêmes le Fils de Dieu et l'exposent à la dérision ». Ce crime peut même paraître en nous plus grave qu'il ne le fut chez les Juifs, puisque ceux-ci, selon le même Apôtre : « S'ils l'eussent connu, jamais ils n'eussent crucifié le Seigneur de gloire », mais nous, nous professons à la fois le connaître, et cependant, le niant par nos actes, nous semblons en quelque sorte porter sur lui des mains violentes.
XII. Le Christ a été livré aussi par le Père et par lui-même. Mais que le Christ Seigneur ait été livré aussi par le Père, et par lui-même, les saintes Lettres l'attestent ; il dit en effet dans Isaïe : « À cause du crime de mon peuple je l'ai frappé » ; et un peu auparavant, le même Prophète, lorsque, rempli de l'Esprit de Dieu, il voyait le Seigneur accablé de plaies et de blessures, dit : « Nous errions tous comme des brebis ; chacun s'est détourné dans sa propre voie, et le Seigneur a placé sur lui l'iniquité de nous tous. » Du Fils, il est écrit : « S'il met son âme pour le péché, il verra une postérité qui durera longtemps. » Mais cette même chose, l'Apôtre l'a exprimée en des termes encore plus graves, alors qu'il voulait d'autre part montrer combien il nous est permis d'espérer de l'immense miséricorde et bonté de Dieu ; il dit en effet : « Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous ; comment ne nous aurait-il pas aussi donné toutes choses avec lui ? »
XIII. Le Christ a ressenti véritablement, dans le corps et dans l'âme, l'amertume des tourments.
Il s'ensuit maintenant que le curé enseigne combien fut grande l'amertume de la passion ; bien que, si nous gardons en mémoire « la sueur du Seigneur devenue comme des gouttes de sang coulant à terre », lorsqu'il percevait par l'âme les tourments et les supplices dont il devait être affligé peu après, chacun comprendra facilement de là que rien ne pouvait être ajouté à cette douleur. Car si la pensée des maux imminents fut si amère, ce que la sueur de sang a déclaré : que faut-il estimer que fut la souffrance elle-même ? Mais il est constant cependant que le Christ Seigneur a été affligé des plus grandes douleurs, tant d'esprit que de corps. Et d'abord, il n'y eut aucune partie de son corps qui n'ait ressenti les plus graves peines ;
v. 10. ') Rm 8, 32. •) Lc 22, 44.
car les pieds et les mains ont été cloués à la croix, la tête percée d'épines et frappée d'un roseau, le visage souillé de crachats et frappé de soufflets, tout le corps battu de fouets. En outre, des hommes de tous genres et de tous ordres « se sont rassemblés contre le Seigneur et contre son Christ ». Car les païens et les Juifs furent les conseillers, les auteurs, les ministres de la passion ; Judas le livra, Pierre le renia, tous les autres l'abandonnèrent. Maintenant, sur la croix elle-même, nous plaindrons-nous de l'amertume, ou de l'ignominie, ou des deux à la fois ? Et certes, aucun genre de mort ni plus honteux, ni plus amer, n'a pu être imaginé que celui-là, auquel n'avaient coutume d'être soumis que les hommes les plus criminels et les plus scélérats, et où la durée de la mort rendait plus violent le sentiment de la plus haute douleur et du supplice. Or la constitution et la complexion mêmes du corps de Jésus-Christ augmentaient la grandeur des peines ; lequel corps, ayant été formé par la vertu du Saint-Esprit, fut beaucoup plus parfait et tempéré que ne peuvent l'être les corps des autres hommes ; et c'est pourquoi il eut aussi une force plus aiguë de sentir, et a supporté plus gravement tous ces tourments. Quant à la douleur intime de l'âme, personne ne peut douter qu'elle ait été souveraine dans le Christ. Car aux saints hommes, quels qu'ils soient, qui ont enduré supplices et tourments, il n'a pas manqué une consolation divinement donnée à l'âme, par laquelle, réconfortés, ils pouvaient supporter avec une âme égale la force des tourments, et même, dans les supplices, la plupart étaient transportés d'une joie intime ; l'Apôtre dit en effet : « Je me réjouis dans les souffrances pour vous, et j'accomplis ce qui manque aux souffrances du Christ, dans ma chair, pour son corps, qui est l'Église » ; et ailleurs : « Je suis rempli de consolation, je surabonde de joie dans toute notre tribulation. » Mais le Christ Seigneur ne tempéra par aucune douceur mêlée le calice très amer de la passion qu'il but. Car il permit à la nature humaine qu'il avait assumée de ressentir tous les tourments, non autrement que s'il eût été homme seulement, et non aussi Dieu.
XIV. Quels avantages et quels biens surtout la passion du Christ a obtenus pour le genre chrétien.
Il reste maintenant que les avantages et les biens que nous avons reçus de la passion du Seigneur soient aussi exposés avec précision par le curé. D'abord donc la passion du Seigneur fut la délivrance du péché ; car, comme il est dit chez saint Jean : « Il nous a aimés, et nous a lavés de nos péchés dans son sang » ; et l'Apôtre dit : « Il vous a fait revivre avec lui, vous pardonnant tous vos délits, effaçant l'acte du décret qui était contre nous, qui nous était contraire,
et il l'a lui-même ôté du milieu, l'attachant à la croix. » Ensuite, il nous a arrachés de la tyrannie du démon ; car le Seigneur lui-même dit : « Maintenant est le jugement du monde, maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors, et moi, lorsque je serai élevé de la terre, j'attirerai tout à moi-même. » Il a en outre acquitté la peine due à nos péchés. Alors, parce qu'aucun sacrifice plus agréable et plus accepté ne pouvait être offert à Dieu, il nous a réconciliés avec le Père, et le lui a rendu apaisé et propice envers nous. Enfin, puisqu'il a ôté les péchés, il nous a aussi ouvert l'accès des cieux, fermé par le péché commun du genre humain. L'Apôtre a signifié cela par ces paroles : « Nous avons confiance pour entrer dans le sanctuaire par le sang du Christ. » Et il n'a pas manqué dans l'ancienne loi quelque figure et image de ce mystère. Car ceux à qui il était interdit de retourner dans la patrie avant la mort du souverain sacrificateur, signifiaient ceci : à personne, quelque juste et pieusement qu'il ait vécu, l'accès à la patrie céleste n'était ouvert avant que ce souverain et éternel sacrificateur, le Christ Jésus, n'allât à la mort ; laquelle, une fois subie, aussitôt les portes du ciel s'ouvrirent à ceux qui, purifiés par les sacrements et pourvus de foi, d'espérance et de charité, participent à sa passion. XV. D'où la passion du Christ a-t-elle tiré sa force pour nous mériter de si grands biens.
Or tous ces biens immenses et divins, le curé enseignera qu'ils nous sont parvenus par la passion du Seigneur ; premièrement en effet, parce qu'elle est une satisfaction entière et parfaite en tous points, que Jésus-Christ, par une certaine admirable manière, a acquittée à Dieu le Père pour nos péchés. Et le prix qu'il a payé pour nous n'a pas été seulement égal et équivalent à nos dettes, mais il les a de beaucoup surpassées. Ensuite elle fut un sacrifice très agréé de Dieu, sacrifice que, lorsque le Fils l'offrit à son Père sur l'autel de la croix, il apaisa entièrement la colère et l'indignation du Père. Et c'est à ce titre que l'Apôtre s'est exprimé quand il dit : « Le Christ nous a aimés, et s'est livré lui-même pour nous en oblation et en hostie à Dieu, en odeur de suavité. » En outre, il y a la rédemption, dont il est question chez le prince des Apôtres : « Vous n'avez pas été rachetés de votre vaine conduite selon la tradition de vos pères avec de l'or ou de l'argent corruptibles, mais avec le sang précieux, comme d'un agneau sans défaut et sans tache, du Christ » ; et l'Apôtre enseigne : « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, devenu pour nous malédiction. »
XVI. Dans la passion du Christ se trouvent les exemples de toutes les vertus.
Mais outre ces bienfaits immenses, nous avons obtenu encore celui-ci, et
•) Gal. 3, 13.
peut-être le plus grand, à savoir que dans cette seule passion nous avons les exemples les plus éclatants de toutes les vertus ; car il a montré la patience, et l'humilité, et la charité éminente, et la douceur, et l'obéissance, et la plus haute constance d'âme, non seulement en supportant les douleurs à cause de la justice, mais aussi en affrontant la mort, de telle sorte que nous pouvons vraiment dire que notre Sauveur a exprimé en lui-même, en un seul jour de passion, tous les préceptes de vie qu'il nous avait enseignés par ses paroles tout au long du temps de sa prédication. Et voilà ce qui a été brièvement dit de la très salutaire passion et mort du Christ Seigneur. Que ces mystères soient sans cesse présents dans nos âmes, afin que nous apprenions à souffrir, à mourir et à être ensevelis avec le Seigneur ; afin qu'ensuite, rejetant toute souillure du péché, ressuscitant avec lui à une vie nouvelle, nous soyons enfin dignes un jour, par sa grâce et sa miséricorde, d'être rendus participants du royaume céleste et de la gloire.
CHAPITRE VI. Du cinquième Article.
Il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts.
I. Comment la première partie de cet article doit être comprise.
Il importe assurément au plus haut point de connaître la gloire de la sépulture de notre Seigneur Jésus-Christ, dont il a été parlé précédemment ; mais il importe davantage au peuple fidèle de connaître les illustres triomphes qu'il a remportés du diable vaincu et des demeures infernales dépouillées ; il faut en parler en même temps que de la résurrection. Ce lieu, bien qu'il puisse être traité à part par lui-même, nous avons cependant pensé, suivant l'autorité des saints Pères, qu'il devait être joint à la descente aux enfers. Dans sa première partie donc, il nous est proposé à croire que, le Christ déjà mort, son âme est descendue aux enfers, et y est demeurée aussi longtemps que son corps est resté dans le sépulcre. Par ces paroles, nous confessons aussi en même temps qu'à ce moment une même personne du Christ était aux enfers et gisait dans le sépulcre. Lorsque nous disons cela, personne ne doit s'en étonner, parce que, comme nous l'avons souvent enseigné, bien que l'âme se soit séparée du corps, cependant la divinité n'a jamais été séparée ni de l'âme ni du corps.
II. Ce qu'il faut entendre ici par le mot d'enfers.
Mais puisque l'explication de l'article peut être grandement éclairée si le curé enseigne d'abord ce que, en ce passage, il faut entendre par le mot d'enfers, il faut avertir que les enfers, en ce lieu, ne sont pas pris pour
Catechismus, Conc. Trid. 5o
le sépulcre, comme certains l'ont pensé non moins impiement qu'ignoramment. Car dans l'article précédent, nous avons été instruits que le Christ Seigneur a été enseveli, et il n'y avait aucune raison pour que, dans la transmission de la foi, la même chose fût répétée par les saints Apôtres sous un autre mode d'expression et d'ailleurs plus obscur ; mais le nom d'enfers désigne ces réceptacles cachés où sont détenues les âmes qui n'ont pas obtenu la béatitude céleste. C'est en ce sens que les saintes Lettres ont employé ce mot en de nombreux endroits. Car chez l'Apôtre nous lisons : « Au nom de Jésus tout genou fléchit, ceux des cieux, de la terre et des enfers », et dans les Actes des Apôtres saint Pierre atteste que le Christ Seigneur a été ressuscité, « les douleurs de l'enfer étant déliées ».
III. Combien de lieux existent, dans lesquels les âmes établies hors de la béatitude sont retenues après la mort.
Cependant ces réceptacles ne sont pas tous d'un seul et même genre. Il y a en effet la prison la plus horrible et la plus obscure, où dans un feu perpétuel et inextinguible les âmes des damnés sont tourmentées avec les esprits immondes, qu'on appelle aussi géhenne, abîme, et, en propre signification, enfer. En outre, il y a le feu du purgatoire, où les âmes des pieux, tourmentées pour un temps déterminé, sont purifiées, afin que puisse leur être ouvert l'entrée dans la patrie éternelle, dans laquelle rien de souillé n'entre. Et sur la vérité de cette doctrine, que les saints conciles déclarent être confirmée par les témoignages des Écritures et la tradition apostolique, le curé aura à discourir d'autant plus diligemment et fréquemment qu'il est tombé dans des temps où les hommes ne supportent plus la saine doctrine. Enfin, le troisième genre de réceptacle est celui où étaient recueillies les âmes des Saints avant la venue du Christ Seigneur, et là, sans aucun sentiment de douleur, soutenues par la bienheureuse espérance de la rédemption, elles jouissaient d'une tranquille habitation. Ce sont donc les âmes de ces pieux, qui dans le sein d'Abraham attendaient le Sauveur, que le Christ Seigneur, descendant aux enfers, a délivrées.
IV. L'âme du Christ n'est pas seulement descendue aux enfers en puissance, mais en réalité.
Et il ne faut pas estimer qu'il soit descendu aux enfers de telle sorte que seule sa force et sa vertu, et non aussi son âme, y soient parvenues ; mais il faut absolument croire que son âme elle-même est descendue aux enfers en réalité et en présence, de quoi existe ce très ferme témoignage de David 4) : « Tu n'abandonneras pas mon âme dans l'enfer. »
V. Rien de la dignité du Christ n'a été diminué par sa descente aux enfers.
Mais bien que le Christ soit descendu aux enfers, rien n'a été retiré de sa souveraine puissance ; et l'éclat de sa sainteté n'a été souillé d'aucune tache, puisque par ce fait au contraire il a été très clairement prouvé que tout ce qui avait été célébré de sa sainteté était très vrai, et qu'il est le Fils de Dieu, comme il l'avait déclaré auparavant par tant de prodiges. Ce que nous comprendrons facilement si nous comparons entre elles les causes pour lesquelles le Christ et les autres hommes sont venus en ces lieux. Car tous les autres y étaient descendus captifs ; mais lui, « libre parmi les morts » et victorieux, est descendu pour mettre en déroute les démons, par lesquels, à cause de la faute, ceux-là étaient enfermés et tenus liés. En outre, tous les autres qui sont descendus étaient en partie tourmentés par des peines très amères, en partie, bien qu'ils fussent exempts d'un autre sentiment de douleur, étaient cependant privés de la vue de Dieu et tourmentés dans l'attente de la bienheureuse gloire qu'ils attendaient. Mais le Christ Seigneur est descendu non pour souffrir quelque chose, mais pour délivrer les hommes saints et justes de la misérable gêne de cette garde, et pour leur communiquer le fruit de sa passion. Qu'il soit donc descendu aux enfers, il n'en résulte aucune diminution de sa souveraine dignité et puissance.
VI. Pour quelles causes le Christ a voulu descendre aux enfers.
Ces choses étant exposées, il faudra enseigner que le Christ Seigneur est descendu aux enfers, afin que, les dépouilles des démons étant arrachées, il amenât avec lui au ciel ces saints Pères et les autres hommes pieux délivrés de la prison ; ce qu'il a accompli d'une manière admirable et avec la plus grande gloire. Car aussitôt sa vue apporta aux captifs la plus éclatante lumière, et remplit leurs âmes d'une immense allégresse et d'une grande joie ; il leur communiqua aussi cette bienheureuse béatitude si désirée, qui consiste dans la vision de Dieu. Ce faisant, il accomplit ce qu'il avait promis au larron par ces paroles : « Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. » Cette délivrance des pieux, Osée l'avait prédite bien auparavant en ces termes : « Je serai ta mort, ô mort ! Je serai ta morsure, ô enfer ! » Le prophète Zacharie l'a aussi signifiée, lorsqu'il dit : « Toi aussi, par le sang de ton alliance, tu as fait sortir tes captifs de la fosse dans laquelle il n'y a pas d'eau. » Enfin l'Apôtre a exprimé la même chose par ces paroles : « Dépouillant les principautés et les puissances, il les a menées avec assurance en public, triomphant d'elles en lui-même. » Mais afin de mieux comprendre la force de ce mystère, nous devons souvent nous rappeler que les hommes pieux, non seulement ceux qui après la venue du Seigneur ont été donnés à la lumière, mais aussi ceux qui l'ont précédé depuis Adam, ou qui
jusqu'à la fin du siècle doivent venir, ont obtenu le salut par le bénéfice de sa passion. C'est pourquoi, avant qu'il ne mourût et ressuscitât, les portes du ciel ne s'ouvrirent jamais à personne ; mais les âmes des pieux, quand elles sortaient des vivants, ou étaient portées dans le sein d'Abraham, ou, ce qui arrive encore maintenant à ceux qui ont quelque chose à expier et à acquitter, étaient purifiées par le feu du purgatoire. Il y a encore cette cause pour laquelle le Christ Seigneur est descendu aux enfers : afin que là aussi, comme au ciel et sur la terre, il déclarât sa force et sa puissance, et tout à fait « afin qu'en son nom tout genou fléchisse, de ceux des cieux, de la terre et des enfers ». En ce passage, qui n'admirera et ne sera frappé de stupeur devant la souveraine bénignité de Dieu envers le genre humain, lui qui non seulement a voulu subir pour nous la mort la plus amère, mais aussi pénétrer jusque dans les parties les plus basses de la terre, afin d'en arracher les âmes qui lui sont très chères et de les conduire à la béatitude ?
VII. Sens de la seconde partie du cinquième article.
Suit la seconde partie de l'article, dans l'explication de laquelle combien le curé doit travailler, le déclarent ces paroles de l'Apôtre : « Souviens-toi que le Seigneur Jésus-Christ est ressuscité des morts. » Car ce qu'il prescrit à Timothée, il ne faut pas douter qu'il ne soit prescrit aussi à tous les autres pasteurs d'âmes. Or la sentence de l'article est celle-ci : Après que le Christ Seigneur, le vendredi, à la neuvième heure du jour, eut rendu l'esprit sur la croix, et que le même jour au soir il fut enseveli par ses disciples, qui, avec la permission de Pilate le gouverneur, déposèrent le corps du Seigneur de la croix et le portèrent dans un tombeau neuf d'un jardin voisin : le troisième jour à compter de la mort, qui était le dimanche, au plus haut matin, son âme fut de nouveau unie à son corps, et ainsi celui qui pendant ces trois jours avait été mort revint à la vie dont il était sorti en mourant et ressuscita.
VIII. Le Christ n'est pas ressuscité par une vertu étrangère, comme les autres hommes, mais par sa propre vertu.
Mais par le mot de résurrection il ne faut pas seulement entendre ceci, que le Christ a été éveillé des morts, ce qui lui a été commun avec beaucoup d'autres ; mais qu'il est ressuscité par sa propre force et vertu, ce qui en lui fut propre et singulier. Car ni la nature ne le permet, ni il n'a été concédé à aucun homme, de pouvoir se rappeler lui-même, par sa propre vertu, de la mort à la vie. Cela n'est réservé qu'à la souveraine puissance de Dieu, comme nous le comprenons de ces paroles de l'Apôtre 3) : « Bien qu'il ait été crucifié dans la faiblesse, il vit cependant par la vertu de Dieu. » Et puisque celle-ci n'a jamais été séparée ni du corps du Christ dans le sépulcre, ni de
l'âme, lorsqu'il était descendu aux enfers, la force divine était alors dans le corps, par laquelle il pouvait de nouveau être uni à l'âme, et dans l'âme, par laquelle elle pouvait retourner au corps, et par laquelle il lui fut permis, par sa propre vertu, de revivre et de ressusciter des morts. Et cela, David, plein de l'esprit de Dieu, l'a prédit en ces termes *) : « Sa droite et son bras saint l'ont sauvé. » Puis le Seigneur lui-même l'a confirmé par le divin témoignage de sa bouche : « Je donne ma vie pour la reprendre de nouveau, et j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre de nouveau. » Il dit aussi aux Juifs, pour confirmer la vérité de sa doctrine : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » Bien qu'ils comprissent ceci du temple magnifiquement construit en pierres, lui cependant, comme il est déclaré par les paroles de l'Écriture au même endroit, parlait du temple de son corps. Bien que dans les Écritures 4) nous lisions parfois que le Christ Seigneur a été ressuscité par le Père, cela doit être rapporté à lui en tant qu'homme ; de même que se rapportent à lui en tant que Dieu ces autres passages qui signifient qu'il est ressuscité par sa propre vertu.
IX. Comment le Christ est dit premier-né des morts, alors qu'on sait que d'autres ont été ressuscités avant lui.
Mais cela aussi fut propre au Christ, qu'il fut le premier de tous à être affecté de ce divin bénéfice de la résurrection ; car dans les Écritures il est appelé « premier-né d'entre les morts » et « premier-né des morts ». Et, comme il est dit chez l'Apôtre : « Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui dorment ; car de même que par un homme est la mort, par un homme aussi est la résurrection des morts, et comme tous meurent en Adam, ainsi tous seront vivifiés dans le Christ. Mais chacun en son propre rang : les prémices le Christ, ensuite ceux qui sont du Christ. » Ces paroles doivent être interprétées de la résurrection parfaite, par laquelle nous sommes éveillés à la vie immortelle, toute nécessité de mourir étant absolument ôtée. Et dans ce genre, le Christ Seigneur tient le premier rang. Car si nous parlons de résurrection, c'est-à-dire du retour à la vie, à laquelle est de nouveau jointe la nécessité de mourir : avant le Christ beaucoup d'autres ont été ressuscités des morts, qui tous cependant ont revécu à cette condition qu'ils dussent de nouveau mourir ; mais le Christ Seigneur est ressuscité de telle sorte, la mort étant soumise et écrasée, qu'il ne peut plus mourir, ce qui est confirmé par ce très clair témoignage : « Le Christ, ressuscité des morts, ne meurt plus ; la mort n'aura plus de domination sur lui. »
X. Comment et pour quelle cause le Christ a différé sa résurrection au troisième jour.
Quant à ce qui est ajouté dans l'article : « le troisième jour », le curé devra l'expliquer, afin que les fidèles ne pensent pas que le Seigneur a été dans le sépulcre pendant ces trois jours entiers ; car parce qu'il a été mis dans le sépulcre pendant un jour naturel entier, et une partie tant du jour précédent que du jour suivant, il est très véridiquement dit qu'il a gisé trois jours dans le sépulcre, et qu'il est ressuscité des morts le troisième jour ; car, pour déclarer sa divinité, il n'a pas voulu différer la résurrection jusqu'à la fin du siècle ; en sens inverse, pour que nous crussions qu'il était vraiment homme et vraiment mort, il n'a pas revécu aussitôt après la mort, mais le troisième jour ; ce laps de temps paraissait suffire à prouver la véritable mort.
XI. Pourquoi les Pères du concile de Constantinople ont ajouté à cet article la clause : « selon les Écritures ».
Les Pères du premier concile de Constantinople ont ajouté à ce passage : « selon les Écritures », ce qu'ils ont reçu de l'Apôtre et reporté dans le symbole de la foi pour cette raison, que le même Apôtre a enseigné que le mystère de la résurrection est absolument nécessaire, en ces termes : « Si le Christ n'est pas ressuscité, vaine donc est notre prédication, vaine aussi est votre foi » ; et : « si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est votre foi ; car vous êtes encore dans vos péchés. » C'est pourquoi saint Augustin, admirant la foi de cet article, a écrit ainsi : « Ce n'est pas une grande chose de croire que le Christ est mort ; cela, les païens, les Juifs et tous les iniques le croient, tous croient cela, qu'il est mort. La foi des chrétiens, c'est la résurrection du Christ ; cela nous le tenons pour grand, que nous croyons qu'il est ressuscité. » De là est venu que très fréquemment le Seigneur a parlé de sa résurrection, et presque jamais il n'a conversé avec ses disciples de sa passion sans parler de sa résurrection. Aussi, après avoir dit : « Le Fils de l'homme sera livré aux gentils, et il sera insulté, et flagellé, et on lui crachera au visage ; et après qu'ils l'auront flagellé, ils le tueront », il ajouta à la fin : « et le troisième jour il ressuscitera ». Et lorsque les Juifs lui demandèrent de prouver sa doctrine par quelque signe et miracle, il répondit : « Aucun autre signe ne leur sera donné, sinon le signe du prophète Jonas ; car de même que Jonas fut dans le ventre de la baleine trois jours et trois nuits, ainsi », affirma-t-il, « le Fils de l'homme sera dans le cœur de la terre trois jours et trois nuits. » Mais pour mieux pénétrer la force et le sens de cet article, trois choses doivent être recherchées et connues de nous
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: Premièrement, pourquoi il a été nécessaire que le Christ ressuscitât ; ensuite, quelle est la fin et le but de la résurrection, et quels sont les avantages et les commodités qui en ont découlé pour nous.
XII. Pour quelles causes il a été nécessaire que le Christ ressuscitât.
Quant au premier point, il a été nécessaire qu'il ressuscitât, afin que se manifestât la justice de Dieu, par qui il convenait au plus haut point qu'il fût exalté, lui qui, pour lui obéir, avait été abaissé et affecté de toute ignominie. L'Apôtre a allégué cette cause quand il dit aux Philippiens : « Il s'est humilié lui-même, devenu obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix, c'est pourquoi Dieu l'a exalté. » En outre, pour que fût confirmée notre foi, sans laquelle la justice de l'homme ne peut subsister. Car cela doit être un très grand argument que le Christ fut le Fils de Dieu, puisqu'il est ressuscité des morts par sa propre vertu. Ensuite, afin que fût nourrie et soutenue notre espérance. Car puisque le Christ est ressuscité, nous nous appuyons sur une espérance certaine que nous aussi ressusciterons, puisque les membres doivent nécessairement suivre la condition de leur chef. C'est ainsi que l'Apôtre paraît conclure son raisonnement, lorsqu'il écrit aux Corinthiens et aux Thessaloniciens. Et il a été dit par Pierre, prince des Apôtres : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui selon sa grande miséricorde nous a régénérés pour une vive espérance, par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts, pour un héritage incorruptible. » Enfin, pour cette raison aussi, il faut enseigner que la résurrection du Seigneur a été nécessaire, afin que le mystère de notre salut et de notre rédemption fût accompli. Car le Christ par sa mort nous a délivrés des péchés ; mais en ressuscitant, il nous a restitué les biens principaux que nous avions perdus en péchant. C'est pourquoi il est dit chez l'Apôtre : « Le Christ a été livré à cause de nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. » Afin donc que rien ne manquât au salut du genre humain, de même qu'il fallait qu'il mourût, ainsi il fallait aussi qu'il ressuscitât.
XIII. Quelles utilités reviennent aux hommes de la résurrection du Christ.
De ce qui a été dit jusqu'à présent, nous pouvons apercevoir combien la résurrection du Christ Seigneur a apporté d'utilité aux fidèles. Dans la résurrection en effet nous reconnaissons que Dieu est immortel, plein de gloire, vainqueur de la mort et du diable ; ce qui, sans aucun doute, doit être cru et confessé au sujet du Christ Jésus. Ensuite la résurrection du Christ nous a engendré aussi la résurrection du corps, tant parce qu'elle fut la cause efficiente de ce mystère,156
que parce qu'à l'exemple du Seigneur nous devons tous ressusciter. Car pour ce qui concerne la résurrection du corps, l'Apôtre atteste ainsi : « Par un homme la mort, et par un homme la résurrection des morts. » Car tout ce que Dieu a accompli dans le mystère de notre rédemption, il a usé de l'humanité du Christ comme d'un instrument efficient pour toutes ces choses. C'est pourquoi sa résurrection fut un certain instrument pour opérer notre résurrection ; et elle peut être dite exemplaire, puisque la résurrection du Christ Seigneur est la plus parfaite de toutes ; et de même que le corps du Christ, ressuscitant, fut changé en gloire immortelle : ainsi nos corps aussi, qui étaient auparavant débiles et mortels, seront restitués ornés de gloire et d'immortalité. Car, comme l'enseigne l'Apôtre : « Nous attendons le Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ, qui réformera le corps de notre humiliation, configuré au corps de sa clarté. » Cela peut être dit aussi de l'âme morte dans les péchés, à qui, de quelle manière la résurrection du Christ est proposée pour exemple, le même Apôtre le montre par ces paroles : « De même que le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, ainsi nous aussi, marchons dans la nouveauté de la vie. Car si nous avons été plantés ensemble à la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi à celle de sa résurrection. » Et peu de mots intercalés après, il dit : « sachant que le Christ ressuscitant des morts ne meurt plus ; la mort n'aura plus de domination sur lui. Car ce qu'il est mort, il est mort une fois pour le péché ; mais ce qu'il vit, il vit pour Dieu. Ainsi vous aussi, estimez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu dans le Christ Jésus. »
XIV. Quels exemples il faut prendre de la résurrection du Christ.
Nous devons donc tirer deux exemples de la résurrection du Christ. Le premier est que, après avoir effacé les taches du péché, nous instituions un nouveau genre de vie, dans lequel brillent l'intégrité des mœurs, l'innocence, la sainteté, la modestie, la justice, la bienfaisance, l'humilité. Le second est que nous persévérions dans cette institution de vie de telle sorte qu'avec l'aide du Seigneur nous ne sortions pas de la voie de la justice où nous sommes une fois entrés. Et les paroles de l'Apôtre ne démontrent pas seulement ceci, que la résurrection du Christ nous est proposée comme exemple de résurrection : mais elles déclarent aussi qu'elle nous fournit la vertu de ressusciter, et qu'elle nous accorde les forces et l'esprit par lequel nous puissions persévérer dans la sainteté et la justice, et garder les préceptes de Dieu. Car de même que de sa mort nous recevons non seulement l'exemple de mourir aux péchés, mais nous en puisons aussi la vertu par laquelle nous mourons aux péchés : ainsi sa résurrection nous apporte les forces pour obtenir la justice, afin qu'ensuite, honorant Dieu pieusement et saintement, nous marchions dans la nouveauté de la vie à laquelle nous ressuscitons. Car c'est surtout ce que le Seigneur a accompli par sa résurrection, afin que nous, qui auparavant étions morts avec lui aux péchés et à ce siècle, ressuscitions aussi avec lui à une nouvelle institution et discipline de vie.
XV. À quels indices l'on reconnaît que quelqu'un est ressuscité selon l'esprit avec le Christ.
Quels signes surtout de cette résurrection doivent être observés, l'Apôtre nous en avertit ; car quand il dit : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d'en haut, où est le Christ siégeant à la droite de Dieu », il montre clairement que ceux qui désirent avoir la vie, les honneurs, le repos, les richesses, là surtout où est le Christ, ont véritablement ressuscité avec le Christ ; et quand il ajoute : « Savourez les choses d'en haut, non celles qui sont sur la terre », il a encore ajouté cette autre marque, par laquelle nous pouvons apercevoir si nous sommes véritablement ressuscités avec le Christ. Car comme le goût a coutume d'indiquer l'affection et la santé du corps, ainsi, si « tout ce qui est vrai, tout ce qui est pudique, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint » a de la saveur pour quelqu'un, et qu'il perçoive dans le sens intime de l'esprit l'agrément des choses célestes : cela peut être le plus grand argument que celui qui est ainsi affecté est ressuscité à une nouvelle vie spirituelle avec le Christ Jésus.
CHAPITRE VII. Du sixième Article. Il est monté aux cieux, il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant.
I. Excellence de cet article et sentence de la première partie.
Le prophète David, contemplant, plein de l'esprit de Dieu, l'heureuse et glorieuse ascension du Seigneur, exhorte tous les hommes à célébrer ce triomphe avec la plus haute joie et allégresse par ces paroles, lorsqu'il dit 4) : « Toutes les nations, frappez des mains, poussez des cris de joie vers Dieu, avec une voix d'exultation : Dieu est monté au milieu de l'acclamation. » D'où le curé comprendra qu'il faut expliquer ce mystère avec le plus grand zèle, et qu'il doit veiller diligemment à ce que les fidèles le perçoivent non seulement par la foi et l'esprit, mais aussi, autant qu'il est en eux, s'appliquent, avec l'aide du Seigneur, à l'exprimer aussi par leurs actes et leur vie. Pour ce qui donc concerne l'explication du sixième article, dans lequel il est principalement traité de ce divin mystère, il faut commencer par sa première partie, et découvrir quelle est sa force et sa sentence. Au sujet du Christ Jésus donc, il faut que les fidèles croient aussi ceci sans
Catechismi Romani
aucune hésitation, qu'il est monté au ciel en corps et en âme, le mystère de notre rédemption étant déjà achevé et accompli, en tant qu'il est homme. Car en tant que Dieu, il ne s'en est jamais éloigné, lui qui par sa divinité remplit tous les lieux.
II. Non seulement par la vertu de sa divinité le Christ est monté, mais aussi par la force de son humanité.
Qu'il soit monté par sa propre vertu, qu'il enseigne, non élevé par une force étrangère, comme Élie, qui fut « ravi au ciel sur un chariot de feu » ; ou comme le prophète Habacuc, ou comme le diacre Philippe, qui, portés par la vertu divine à travers les airs, traversèrent de lointains espaces terrestres. Et non seulement en tant que Dieu il est monté aux cieux par la très puissante vertu de sa divinité, mais aussi en tant qu'homme. Car bien que cela n'ait pu se faire par une force naturelle, cependant cette vertu dont était douée l'âme bienheureuse du Christ put mouvoir le corps comme il lui plut ; et le corps, qui avait déjà atteint la gloire, obéissait facilement au commandement de l'âme mouvante. Et de cette manière, en tant que Dieu et en tant qu'homme, nous croyons que le Christ est monté au ciel par sa propre vertu.
III. En quel sens le Christ, dans la seconde partie de l'article, est dit siéger à la droite de Dieu le Père.
Dans la seconde partie de l'article se trouvent ces mots : « Il est assis à la droite de Dieu le Père. » En ce passage, il faut remarquer un trope, c'est-à-dire une figure de mot, fréquente dans les divines Lettres, quand nous attribuons à Dieu les affections et les membres humains en les accommodant à notre intelligence ; car, puisqu'il est esprit, rien de corporel ne peut être pensé en lui. Mais puisque dans les choses humaines nous estimons qu'il est rendu plus d'honneur à celui qui est placé à la droite, transportant la même chose aux choses célestes aussi, pour expliquer la gloire du Christ, qu'en tant qu'homme il a obtenue par-dessus tous les autres, nous confessons qu'il est à la droite du Père. Or siéger, en ce passage, ne signifie pas la situation et la figure du corps, mais déclare la possession ferme et stable de la puissance et gloire royales et souveraines, qu'il a reçue du Père ; de quoi l'Apôtre dit : « Le ressuscitant des morts et le plaçant à sa droite dans les lieux célestes au-dessus de toute principauté, et puissance, et vertu, et domination, et tout nom qui est nommé non seulement dans ce siècle, mais aussi dans le futur, et il a soumis toutes choses sous ses pieds. » De ces paroles il apparaît que cette gloire est si propre et si singulière au Seigneur qu'elle ne peut convenir à aucune autre nature créée. C'est pourquoi à un autre endroit il atteste : « Auquel des Anges a-t-il jamais dit : Assieds-toi à ma droite ? »
IV. Pourquoi l'histoire de l'ascension du Christ doit être répétée plus fréquemment devant le peuple.
Mais le curé expliquera plus amplement le sens de l'article en poursuivant l'histoire de l'ascension, que saint Luc l'évangéliste a décrite dans les Actes des Apôtres dans un ordre admirable. Dans son explication, il faudra observer d'abord que tous les autres mystères se rapportent à l'ascension comme à leur fin, et que sa perfection et son achèvement contiennent tous les autres. Car, de même que de l'incarnation du Seigneur tous les mystères de notre religion prennent leur commencement, ainsi par son ascension se conclut sa pérégrination. En outre, les autres articles du symbole, qui se rapportent au Christ Seigneur, montrent sa plus haute humilité et son abaissement ; car rien de plus abject ou de plus humble ne peut être pensé, que le Fils de Dieu ait assumé pour nous la nature humaine et sa faiblesse, et qu'il ait voulu souffrir et mourir. Mais, que nous confessions par l'article précédent qu'il est ressuscité des morts, et maintenant qu'il est monté aux cieux, et qu'il est assis à la droite de Dieu le Père, rien ne peut être dit de plus magnifique ou de plus admirable pour déclarer sa souveraine gloire et sa divine majesté.
V. Pourquoi le Christ est monté au ciel, et n'a pas plutôt établi son royaume sur la terre.
Ces choses étant exposées, il faut enseigner avec soin pour quelle cause le Christ Seigneur est monté aux cieux. D'abord il est monté pour cette raison, qu'à son corps, qui dans la résurrection avait été doté de la gloire de l'immortalité, ne convenait pas le lieu de cette habitation terrestre et obscure, mais le très haut et très splendide domicile du ciel ; et non seulement pour qu'il possédât le trône de sa gloire et de son royaume, qu'il avait mérité par son sang : mais aussi pour qu'il s'occupât de ce qui concernait notre salut, puis pour qu'il prouvât par le fait même que « son royaume n'est pas de ce monde » ; car les royaumes du monde sont terrestres et passagers, et s'appuient sur de grandes richesses et sur la puissance de la chair. Mais le royaume du Christ n'est pas terrestre, tel que les Juifs l'attendaient, mais spirituel et éternel ; et de même il a montré lui-même que ses richesses et opulences sont spirituelles, lorsqu'il plaça son siège dans les cieux. Dans ce royaume assurément ceux-là doivent être estimés plus riches et plus affluents en toutes sortes de biens, qui recherchent plus diligemment ce qui est de Dieu. Car saint Jacques atteste aussi que Dieu a choisi « les pauvres en ce monde, riches dans la foi, et héritiers du royaume que Dieu a promis à ceux qui l'aiment. » Mais notre Seigneur, en montant au ciel, a voulu aussi opérer ceci, que nous le suivions dans son ascension par la pensée et le désir. Car, de même que par sa mort et sa résurrection il nous avait laissé l'exemple de l'esprit de mourir et de ressusciter : ainsi par son ascension il nous enseigne et nous instruit, afin que, placés sur la terre, nous nous transportions par la pensée au ciel, en confessant que nous sommes pèlerins et étrangers sur la terre, et que nous cherchons une patrie, que nous sommes concitoyens des saints et domestiques de Dieu ; car « notre », comme dit le même Apôtre, « conversation est dans les cieux ».
VI. Quels bienfaits ont été conférés aux hommes par l'ascension du Christ.
Or la force et la grandeur des biens inexplicables que la bénignité de Dieu répand sur nous, le divin David, par l'interprète de l'Apôtre, l'avait chantée longtemps auparavant en ces termes : « Montant en haut, il a emmené captive la captivité, il a donné des dons aux hommes » ; car le dixième jour il a donné le Saint-Esprit, de la vertu et de l'abondance duquel il a rempli cette multitude présente des fidèles, et alors il a véritablement accompli ces magnifiques promesses : « Il vous est utile que je m'en aille ; car si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. » Il est aussi monté au ciel, selon la sentence de l'Apôtre, « afin qu'il apparaisse maintenant pour nous devant la face de Dieu », et qu'il exerce auprès du Père la charge d'avocat. « Mes petits enfants », dit saint Jean, « je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez point ; mais si quelqu'un pèche, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste, et il est lui-même la propitiation pour nos péchés. » Et rien ne peut procurer aux fidèles une plus grande joie et une plus grande allégresse d'âme, que le fait que Jésus-Christ a été constitué patron de notre cause et déprécateur de notre salut, lui qui a auprès du Père éternel une grâce et une autorité suprêmes. Enfin « il nous a préparé une place », ce qu'il avait aussi promis de faire, et au nom de nous tous, Jésus-Christ lui-même, notre chef, est entré en possession de la gloire céleste. Car en s'en allant au ciel, il a ouvert les portes qui avaient été fermées par le péché d'Adam, et il nous a frayé la voie par laquelle parvenir à la béatitude céleste ; comme il l'avait lui-même prédit à ses disciples à la Cène. Et pour prouver cela même aussi par l'événement, les âmes des pieux qu'il avait arrachées des enfers, il les a introduites avec lui dans le domicile de la béatitude éternelle.
VII. Commodités que le Christ nous a apportées par son ascension.
Cette admirable abondance des dons célestes a été suivie par cette série salutaire de commodités ; car d'abord un très grand surcroît s'est ajouté au mérite de notre foi ; car la foi est des choses qui ne tombent pas sous le regard, et qui sont éloignées de la raison et de l'intelligence des hommes. C'est pourquoi, si le Seigneur ne s'était pas éloigné de nous, le mérite de notre foi serait diminué ; puisque par le Christ Seigneur sont déclarés heureux 1) « ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ». En outre, l'ascension du Christ au ciel a un grand poids pour affermir l'espérance dans nos cœurs. Car puisque nous croyons que le Christ homme est monté au ciel, et qu'il a placé la nature humaine à la droite de Dieu le Père, nous avons une grande espérance que nous aussi, ses membres, nous monterons là, et que là nous serons unis à notre chef. Ce que le Seigneur lui-même a attesté par ces paroles : « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m'as donnés y soient aussi avec moi. » Ensuite nous avons obtenu encore ce très grand bienfait, qu'il a ravi notre amour au ciel, et l'a enflammé de l'Esprit divin ; car il a été très véritablement dit ²) que notre cœur est là où est notre trésor.
VIII. Il ne nous était pas utile que le Christ demeurât sur la terre.
Et assurément, si le Christ Seigneur vivait sur la terre, toute notre pensée serait fixée sur l'aspect et la fréquentation de l'homme, et nous ne regarderions en lui que cet homme, qui nous accablait de si grands bienfaits, et nous le poursuivrions d'une certaine bienveillance terrestre. Mais montant au ciel, il a rendu notre amour spirituel, et il a fait que celui que nous pensons maintenant absent, nous le vénérions et l'aimions comme Dieu. Nous comprenons cela, en partie par l'exemple des Apôtres, qui, tandis que le Seigneur leur était présent, paraissaient juger de lui presque d'un sens humain ; en partie cela est confirmé par le témoignage du Seigneur lui-même, lorsqu'il dit : « Il vous est utile que je m'en aille. » Car cet amour imparfait par lequel ils aimaient le Christ Jésus présent devait être perfectionné par l'amour divin, et cela par la venue du Saint-Esprit ; c'est pourquoi il ajoute aussitôt : « Car si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous. »
IX. Après l'ascension du Christ, l'Église fut très largement amplifiée.
S'ajoute encore que sur la terre il a amplifié sa maison, c'est-à-dire l'Église, qui est gouvernée par la vertu et la conduite du Saint-Esprit. Or d'elle tout entière, parmi les hommes, il a laissé comme pasteur et souverain pontife Pierre, le prince des Apôtres ; ensuite « il a donné les uns comme Apôtres, et d'autres comme Prophètes, d'autres comme Évangélistes, d'autres comme pasteurs et docteurs » ; et ainsi, assis à la droite du Père, il distribue toujours des dons divers à diverses personnes. Car l'Apôtre atteste : « À chacun de nous a été donnée la grâce selon la mesure du don du Christ. » Enfin, ce que nous avons enseigné précédemment sur le mystère de la mort et de la résurrection, il faut que les fidèles le pensent aussi de l'ascension. Car bien que nous devions notre salut et notre rédemption à la passion du Christ, qui par son mérite a ouvert aux justes l'accès au ciel : cependant son ascension ne nous est pas seulement proposée comme un exemple par lequel nous apprenions à regarder haut et à monter par l'esprit au ciel, mais il nous a aussi largement accordé la vertu divine par laquelle nous puissions accomplir cela.
CHAPITRE VIII. Du septième Article.
De là il viendra juger les vivants et les morts.
I. Les trois bienfaits du Christ envers son Église, et sentence du septième article.
Il y a trois offices et ministères insignes de notre Seigneur Jésus-Christ pour orner et illustrer son Église : ceux de la rédemption, du patronage, et du jugement. Or, puisque par les articles précédents il est établi que le genre humain a été racheté par lui par sa passion et sa mort, et que par son ascension au ciel il a pris à perpétuité en charge notre cause et notre patronage : il s'ensuit que son jugement soit déclaré dans cet article ; dont la force et la raison sont telles que, en ce jour suprême, le Christ Seigneur jugera tout le genre humain.
II. L'avènement du Christ est double.
Les saintes Lettres attestent en effet deux avènements du Fils de Dieu : l'un, lorsque, pour notre salut, il a assumé la chair, et a été fait homme dans le sein de la Vierge ; l'autre, lorsque, à la consommation du siècle, il viendra juger tous les hommes. Cet avènement est appelé dans les saintes Lettres le jour du Seigneur, dont l'Apôtre dit : « Le jour du Seigneur, comme un voleur dans la nuit, ainsi viendra » ; et le Sauveur lui-même : « Quant à ce jour et à cette heure, personne ne le sait. » Et sur le jugement souverain, qu'il suffise de cette autorité de l'Apôtre 4) : « Il nous faut tous être manifestés devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qui lui revient du corps, selon qu'il a agi, soit bien soit mal. » Car la sainte Écriture est pleine de témoignages qui se présenteront partout aux curés, pour non seulement prouver la chose, mais aussi la mettre sous les yeux des fidèles, afin que, de même
«3
qu'au commencement du monde ce jour du Seigneur où il prit la chair humaine a toujours été le plus désiré de tous, parce qu'en ce mystère ils avaient placé l'espoir de leur libération : ainsi, après la mort et l'ascension au ciel du Fils de Dieu, nous désirions avec le plus vif empressement l'autre jour du Seigneur (Tit. 2, 13.), « attendant la bienheureuse espérance et l'avènement de la gloire du grand Dieu ».
III. Combien de fois chaque homme doit subir en personne la sentence du Christ juge.
Mais deux temps doivent être observés par les curés pour l'explication de la chose, dans lesquels il est nécessaire à chacun de venir à la vue du Seigneur, et de rendre compte de chacune de ses pensées, actions, et enfin de toutes ses paroles, et de subir enfin la sentence présente du juge. Le premier est lorsque chacun de nous sort de la vie ; car aussitôt il est placé au tribunal de Dieu, et là, sur tout, il est instruit un examen très juste, quoi qu'il ait jamais agi, dit ou pensé. Et c'est ce qu'on appelle le jugement particulier. L'autre, lorsqu'en un seul jour et en un seul lieu tous les hommes ensemble se tiendront au tribunal du juge, afin que, tous les hommes de tous les siècles voyant et entendant, chacun connaisse ce qui a été décrété et jugé de lui-même ; la prononciation de cette sentence, pour les hommes impies et scélérats, ne sera pas la moindre partie de leurs peines et supplices ; mais au contraire, les pieux et les justes en recevront une récompense et un fruit non médiocres, lorsqu'il apparaîtra ce que chacun aura été dans cette vie. Et cela s'appelle le jugement général.
IV. Pourquoi il a été nécessaire de soumettre un jugement général au jugement particulier.
À ce sujet, il faut nécessairement montrer quelle a été la cause pour laquelle, outre le jugement particulier sur chacun, un autre jugement s'exerce aussi sur tous les hommes. Car puisque, même quand les hommes sont morts, il arrive que leur survivent des fils imitateurs de leurs parents, qu'il reste des livres, des disciples, des admirateurs et des défenseurs de leurs exemples, de leurs paroles et de leurs actions, choses par lesquelles les récompenses et les peines de ces morts eux-mêmes doivent nécessairement être augmentées, puisque cet avantage ou ce malheur, concernant un grand nombre, ne doit pas avoir de fin avant que ne vienne le dernier jour du monde : il était juste qu'un examen parfait fût tenu sur l'ensemble de ce qui a été bien ou mal fait et dit ; ce qui ne pouvait être réalisé sans un jugement commun de tous les hommes. S'ajoute aussi que, puisque la renommée des pieux est souvent lésée, tandis que les impies sont au contraire recommandés par l'éloge de l'innocence, la raison de la justice divine exige que les pieux, dans la publique
Catechismi Romani
assemblée et jugement de tous les hommes, recouvrent la réputation qui leur a été arrachée par l'injure auprès des hommes. De plus, les bons et les mauvais, quoi qu'ils aient accompli dans la vie, puisqu'ils ne l'ont pas fait sans leurs corps, il s'ensuit absolument que les bienfaits ou les méfaits concernent aussi les corps, qui furent les instruments des actions mêmes. Il convenait donc au plus haut point que soient accordés aux corps, avec leurs âmes, les récompenses dues de la gloire éternelle, ou les supplices ; ce qui ne pouvait se faire ni sans la résurrection de tous les hommes, ni sans le jugement général. Enfin, puisque, dans les adversités et les prospérités des hommes, qui parfois arrivent indifféremment aux bons et aux mauvais, il fallait prouver que rien n'est régi et gouverné sinon par l'infinie sagesse et justice de Dieu : il était juste non seulement que les récompenses des bons et les supplices des méchants fussent établis dans le siècle futur, mais aussi qu'ils fussent décrétés par un jugement public et général, afin qu'ils devinssent plus connus et plus illustres à tous, et qu'à Dieu fût attribuée par tous la louange de la justice et de la providence, au lieu de cette plainte injuste par laquelle les saints hommes aussi, comme hommes, avaient coutume parfois de se lamenter, lorsqu'ils voyaient les impies puissants en richesses et florissants en honneurs. Car le Prophète dit : « Pour moi, mes pieds ont presque été ébranlés, mes pas ont presque chancelé, parce que j'ai porté envie aux iniques, voyant la paix des pécheurs » ; et un peu après : « Voici, les pécheurs eux-mêmes, abondants dans le siècle, ont obtenu des richesses ; et j'ai dit : C'est donc en vain que j'ai justifié mon cœur, et que j'ai lavé mes mains parmi les innocents, et j'ai été flagellé tout le jour, et mon châtiment était dès le matin. » Et cette plainte fut fréquente chez beaucoup. Il était donc nécessaire qu'un jugement général fût exercé, de peur que les hommes ne disent que Dieu, se promenant autour des pôles du ciel, ne prend pas soin des choses terrestres. Cette règle de vérité a été constituée à juste titre comme l'un des douze articles de la foi chrétienne, afin que, si l'âme de certains chancelait sur la providence et la justice de Dieu, elle fût confirmée par la raison de cette doctrine. En outre, il fallait que, le jugement étant proposé, les pieux fussent réconfortés et les impies effrayés, afin que, la justice de Dieu étant connue, les uns ne défaillissent pas, et que les autres fussent rappelés des maux par la crainte et l'attente du supplice éternel. C'est pourquoi notre Seigneur et Sauveur, lorsqu'il parlait du dernier jour, déclara qu'il y aurait un jour un jugement général, et il décrivit les signes du temps approchant de son avènement, afin que, lorsque nous les verrions, nous comprissions que la fin du siècle est proche ; puis, montant au ciel, il envoya les Anges, qui consolassent les Apôtres, affligés de son absence, par ces paroles : « Ce Jésus, qui a été élevé d'avec vous au ciel, viendra ainsi de la même manière que vous l'avez vu aller au ciel. »
V. Selon l'une et l'autre nature, le pouvoir de juger le genre humain a été attribué au Christ.
Mais les saintes Lettres déclarent que ce jugement a été donné au Christ Seigneur non seulement en tant que Dieu, mais aussi en tant qu'homme. Car bien que le pouvoir de juger soit commun à toutes les personnes de la sainte Trinité, nous l'attribuons cependant principalement au Fils, comme nous disons que la sagesse aussi lui convient. Or qu'il doive juger le monde en tant qu'homme, cela est confirmé par le témoignage du Seigneur, qui dit : « Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même, et il lui a donné le pouvoir de rendre jugement, parce qu'il est Fils de l'homme. »
VI. Pourquoi ce jugement n'est pas attribué pareillement au Père ou au Saint-Esprit.
Il convenait au plus haut point que ce jugement fût exercé par le Christ Seigneur, afin que, lorsqu'il fallait décider sur les hommes, ceux-ci pussent voir le juge avec les yeux du corps, et entendre avec les oreilles la sentence qui était prononcée, et percevoir en tout ce jugement par les sens. Et en outre, il était très juste que cet homme qui avait été condamné par les sentences très iniques des hommes fût vu ensuite siégeant comme juge de tous par tous. C'est pourquoi le prince des Apôtres, lorsque dans la maison de Corneille il eut exposé les chefs principaux de la religion chrétienne, et enseigné que le Christ avait été suspendu au bois et tué par les Juifs, et qu'il était ressuscité à la vie le troisième jour, ajouta : « Et il nous a commandé de prêcher au peuple et d'attester que c'est lui qui a été établi par Dieu juge des vivants et des morts. »
VII. À quels indices on reconnaîtra que le jugement dernier est imminent. Mais ces trois principaux signes doivent précéder le jugement,les saintes Écritures le déclarent : la prédication de l'Évangile par tout l'univers, l'apostasie, l'Antéchrist ; car le Seigneur dit : « Cet évangile du royaume sera prêché dans le monde entier en témoignage à toutes les nations, et alors viendra la consommation » ; et l'Apôtre nous avertit de ne nous laisser séduire par personne, « comme si le jour du Seigneur était imminent ; car, à moins que ne survienne d'abord l'apostasie et que ne soit révélé l'homme de péché », le jugement n'aura pas lieu.
VIII. Comment se fera le jugement, et de quelle manière la sentence sera portée sur tous.
Quant à la forme et à la raison du jugement à venir, il sera facile aux curés de les connaître par les oracles de Daniel, puis par la doctrine des saints Évangiles et de l'Apôtre. En outre, la sentence qui devra être prononcée par le juge devra être pesée ici avec plus de soin.
Catechismus, Conc. Trid.
Catechismi Romani
car le Christ notre Sauveur, regardant d'un œil joyeux les pieux qui se tiendront à sa droite, prononcera ainsi sur eux son jugement avec la plus grande bénignité : « Venez, les bénis de mon Père ; possédez le royaume » qui « vous a été préparé depuis la constitution du monde ». Ceux-là comprendront que rien ne peut être entendu de plus agréable que ces paroles, s'ils les comparent avec la damnation des impies, et s'ils considèrent en eux-mêmes que, par ces paroles, les hommes pieux et justes sont appelés des travaux au repos, de la vallée des larmes à la joie suprême, des misères à la béatitude perpétuelle, qu'ils auront méritée par les œuvres de charité.
IX. De quels genres de peines seront affligés les impies placés à gauche.
Puis, se tournant vers ceux qui se tiendront à gauche, il répandra sur eux sa justice par ces paroles : « Retirez-vous de moi, maudits, au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. » Car par ces premières paroles, « Retirez-vous de moi », est signifiée la peine la plus grande dont les impies seront frappés, lorsqu'ils seront rejetés le plus loin possible de la vue de Dieu, et qu'aucune espérance ne pourra les consoler qu'un jour ils jouissent d'un si grand bien. Et celle-ci a été appelée par les théologiens peine du dam, parce qu'en effet les impies aux enfers seront perpétuellement privés de la lumière de la vision divine. Mais ce qui est ajouté, « Maudits », augmente d'une manière admirable leur misère et leurs calamités. Car si, devant être chassés de la présence divine, ils étaient jugés dignes au moins de quelque bénédiction, cela aurait pu certes leur être une grande consolation ; mais puisqu'ils ne doivent rien attendre de tel qui puisse alléger leur calamité, c'est à très juste titre que, lorsqu'ils seront chassés, la justice divine les poursuivra de toute malédiction.
X. De la peine du sens, et de la société des damnés.
Vient ensuite : « au feu éternel » ; ce qui est certes l'autre genre de peines que les théologiens ont appelé peine du sens, parce qu'elle est perçue par le sens du corps, comme dans les coups et les flagellations, ou dans quelque autre genre de supplices plus graves, parmi lesquels on ne peut douter que les tourments du feu produisent la plus grande sensation de douleur. À ce mal, lorsque s'ajoute qu'il doit durer un temps perpétuel, par là est montré que la peine des damnés doit être comblée par tous les supplices. Et cela est encore plus déclaré par ces paroles qui sont placées à la fin de la sentence : « qui a été préparé pour le diable et pour ses anges ». Car comme il est ainsi disposé que nous supportions plus légèrement toutes les peines, si nous avons un compagnon et un consort de notre calamité, par la prudence et l'humanité duquel nous puissions en quelque partie être aidés : quelle sera enfin la misère des damnés, auxquels il ne sera jamais permis, dans de si grandes afflictions, d'être arrachés à la société des démons les plus perdus ? Et cette sentence est très justement portée contre les impies par notre Seigneur Sauveur, parce qu'ils ont négligé toutes les œuvres de la vraie piété, et n'ont donné ni nourriture ni boisson à celui qui avait faim et soif, n'ont pas reçu l'étranger, n'ont pas couvert celui qui était nu, ou n'ont pas visité celui qui était enfermé en prison et le malade.
XI. La matière du jugement doit être souvent inculquée aux oreilles du peuple fidèle.
Voilà ce que les pasteurs doivent très souvent inculquer aux oreilles du peuple fidèle. Car la vérité de cet article conçue par la foi a une très grande force pour réfréner les mauvaises convoitises de l'âme, et pour détourner les hommes des péchés. C'est pourquoi il est dit dans l'Ecclésiastique (7, 40) : « Dans toutes tes œuvres souviens-toi de tes fins dernières, et tu ne pécheras jamais. » Et certes à peine quelqu'un se portera si follement dans les crimes que cette pensée ne le rappelle à l'étude de la piété, qu'un jour il devra, devant le juge très juste, rendre compte non seulement de toutes ses actions et paroles, mais même des pensées les plus cachées, et payer la peine selon ses mérites. Quant au juste, il faut qu'il soit de plus en plus incité à cultiver la justice, et qu'il soit transporté de la plus grande joie, bien qu'il passe sa vie dans l'indigence, l'infamie, les tourments, lorsqu'il porte son âme vers ce jour où, après les combats de cette vie pénible, il sera déclaré vainqueur à la face de tous les hommes ; et, reçu dans la patrie céleste, il sera affecté des honneurs divins et certes éternels. Ce qui reste donc, il faut exhorter les fidèles à disposer leur manière de vivre le mieux possible, à s'exercer à toute étude de piété, afin qu'ils puissent attendre avec une plus grande sécurité d'âme l'avènement de ce grand jour du Seigneur, et même, comme il convient à des fils, le désirer avec le plus grand désir.
CHAPITRE IX. Du huitième Article.
Je crois au Saint-Esprit. I. Quelle est la nécessité et le fruit de la foi au Saint-Esprit.
Jusqu'ici, ce qui concernait la première et la seconde personne de la sainte Trinité a été exposé, autant que la raison du sujet proposé semblait le requérir : il s'ensuit maintenant que ce qui, dans le symbole, est transmis au sujet de la troisième personne, c'est-à-dire du Saint-Esprit, soit également expliqué. En cette matière à déclarer, les pasteurs useront de tout zèle et diligence, puisqu'il n'est pas plus permis à l'homme chrétien d'ignorer cette partie, ou d'en juger moins rectement, qu'il n'y a lieu d'estimer au sujet des autres articles précédents. C'est pourquoi l'Apôtre ne permit pas à certains Éphésiens d'ignorer la personne du Saint-Esprit ; leur ayant demandé : « s'ils avaient reçu le Saint-Esprit », et ceux-ci lui ayant répondu qu'« ils ne savaient même pas s'il y avait un Saint-Esprit », il demanda aussitôt : « En quoi donc avez-vous été baptisés ? » Par ces paroles il signifia qu'une connaissance distincte de cet article était très nécessaire aux fidèles ; connaissance dont ils tirent principalement ce fruit que, lorsqu'ils considèrent attentivement qu'ils ont obtenu tout ce qu'ils ont par le don et le bienfait du Saint-Esprit, alors ils commencent à juger d'eux-mêmes avec plus de modestie et d'humilité, et à mettre toute leur espérance dans la protection de Dieu, ce qui doit être le premier degré pour l'homme chrétien vers la suprême sagesse et félicité.
II. Le mot d'Esprit-Saint ne convient pas à la troisième personne de la Trinité de telle sorte qu'il ne puisse être attribué aussi aux autres.
Il faudra donc commencer l'explication de cet article par la force et la notion qui est ici attachée au mot d'Esprit-Saint ; car puisque cela se dit également et très rectement du Père et du Fils, (l'un et l'autre en effet est esprit, et saint, puisque nous confessons que Dieu est esprit), et puisque ensuite par ce mot sont signifiés aussi les anges et les âmes des pieux : il faut prendre garde que le peuple ne soit induit en erreur par l'ambiguïté du mot. C'est pourquoi il faut enseigner que, dans cet article, par le nom d'Esprit-Saint on entend la troisième personne de la Trinité, de la manière dont, dans les saintes Lettres, tantôt de l'Ancien, tantôt du Nouveau Testament, il est fréquemment pris ; car David prie : « et ne retire pas de moi ton Esprit-Saint » ; dans le livre de la Sagesse nous lisons : « Qui connaîtra ta pensée, si toi-même tu ne donnes la sagesse, et n'envoies ton Esprit-Saint des très-hauts ? » et ailleurs : « Il l'a créée lui-même dans l'Esprit-Saint. » Dans le Nouveau Testament il nous est ordonné « d'être baptisés au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit » ; et nous lisons que la très sainte Vierge « a conçu du Saint-Esprit » ; et ensuite par saint Jean nous sommes envoyés au Christ, « qui nous baptise dans le Saint-Esprit » ; et en beaucoup d'autres lieux encore ce mot se présente aux lecteurs.
III. Pourquoi à la troisième personne de la Trinité, comme aux deux autres,
un nom propre n'a pas été attribué.
Mais personne ne doit s'étonner que, à la troisième personne, à l'instar de la première et de la seconde, un nom propre n'ait pas été attribué. Car la seconde personne a pour cela un nom propre, et est appelée Fils, parce que son origine éternelle à partir du Père est proprement appelée génération, comme il a été expliqué dans les articles précédents. De même donc que cette origine est signifiée par le nom de génération, ainsi nous appelons proprement Fils la personne qui émane, et Père celle de qui elle émane. Or, puisqu'à la production de la troisième personne aucun nom propre n'a été imposé, mais qu'elle est appelée spiration et procession : il s'ensuit que la personne qui est produite soit également privée de son nom. Or son émanation n'a aucun nom propre, parce que les noms qui sont attribués à Dieu, nous sommes contraints de les emprunter aux choses créées ; dans lesquelles, puisque nous ne reconnaissons d'autre raison de communication de la nature et de l'essence que par la vertu de génération : à cause de cela il arrive que la raison par laquelle Dieu se communique tout entier lui-même par la force de l'amour, nous ne pouvons l'exprimer par un mot propre. C'est pourquoi la troisième personne a été appelée du nom commun d'« Esprit-Saint », ce que nous comprenons lui convenir tout particulièrement de ce qu'il infuse en nous la vie spirituelle, et que sans le souffle de sa très sainte divinité nous ne pouvons rien accomplir de digne de la vie éternelle.
IV. L'Esprit-Saint est Dieu, de la même puissance et nature absolument que le
Père et le Fils.
Mais, la signification du mot ayant été expliquée, il faudra enseigner en premier lieu au peuple que l'Esprit-Saint est Dieu aussi bien que le Père et le Fils, égal à lui, également tout-puissant, éternel, et d'une infinie perfection, souverain bien et très sage, et de même nature que le Père et le Fils. Ce que la propriété de ce mot « en », lorsque nous disons : « Je crois au (in) Saint-Esprit », indique suffisamment, lequel mot a été ajouté à chacune des personnes de la Trinité pour exprimer la force de notre foi. Et cela aussi, les témoignages manifestes des saintes Lettres le confirment. Car lorsque saint Pierre, dans les Actes des Apôtres, avait dit : « Ananie, pourquoi Satan a-t-il tenté ton cœur, pour que tu mentes à l'Esprit-Saint ? », il ajoute aussitôt : « tu n'as pas menti aux hommes, mais à Dieu. » Celui qu'il avait d'abord appelé Esprit-Saint, il l'appelle aussitôt Dieu. L'Apôtre aussi, aux Corinthiens, interprète celui qu'il avait appelé Dieu comme étant l'Esprit-Saint : « Il y a », dit-il, « diversité d'opérations : mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous » ;
il ajoute ensuite : « Or toutes ces choses, c'est un seul et même Esprit qui les opère, distribuant à chacun en particulier comme il veut. » En outre dans les Actes des Apôtres, ce que les prophètes attribuent au seul Dieu, celui-ci l'assigne à l'Esprit-Saint. Car Isaïe avait dit : « J'ai entendu la voix du Seigneur disant : "Qui enverrai-je ?" Et il m'a dit : "Va, et tu diras à ce peuple : Aveugle le cœur de ce peuple, et appesantis ses oreilles, et ferme ses yeux, de peur qu'il ne voie de ses yeux, et n'entende de ses oreilles." » Lorsque l'Apôtre cite ces paroles : « C'est bien », dit-il, « que le Saint-Esprit a parlé par le prophète Isaïe. » Ensuite, puisque l'Écriture joint la personne de l'Esprit-Saint au Père et au Fils, comme lorsqu'elle ordonne que le nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit soit employé dans le baptême, il ne nous reste aucune place pour douter de la vérité de ce mystère. Car si le Père est Dieu, et le Fils Dieu, nous sommes tout à fait contraints d'avouer que même l'Esprit-Saint, qui leur est joint à un degré égal d'honneur, est Dieu. S'ajoute d'ailleurs que celui qui est baptisé au nom d'une chose créée quelconque ne peut en tirer aucun fruit. « Est-ce au nom de Paul », dit-il, « que vous avez été baptisés ? » pour montrer que cela ne leur servirait de rien pour obtenir le salut. Puisque donc nous sommes baptisés au nom de l'Esprit-Saint, il faut avouer qu'il est Dieu. Mais ce même ordre des trois personnes, par lequel est prouvée la divinité de l'Esprit-Saint, on peut le remarquer tant dans l'épître de Jean : « Ils sont trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint, et ces trois sont un » ; que dans cette illustre louange de la sainte Trinité, par laquelle se concluent les louanges divines et les psaumes : « Gloire au Père, et au Fils et au Saint-Esprit. » Enfin, ce qui importe au plus haut point pour confirmer cette vérité : tout ce que nous croyons être propre à Dieu, les saintes Lettres témoignent que cela convient à l'Esprit-Saint. C'est pourquoi elles lui attribuent l'honneur des temples, comme lorsque l'Apôtre dit : « Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Saint-Esprit ? » ; de même « la sanctification et la vivification, et le fait de scruter les profondeurs de Dieu, et de parler par les Prophètes, et d'être partout », toutes choses qui ne doivent être attribuées qu'à la divine majesté.
V. Il faut croire avec certitude que le mot Esprit-Saint signifie la troisième personne de la divinité subsistant par elle-même.
Mais il faut en outre expliquer exactement aux fidèles que l'Esprit-Saint est Dieu de telle manière qu'il faut le confesser comme la troisième personne, dans la nature divine distincte du Père et du Fils, et produite par la volonté ; car pour omettre les autres témoignages des Écritures, la forme du baptême, que notre Sauveur a enseignée, montre très ouvertement que « l'Esprit-Saint est la troisième personne, qui subsiste par elle-même dans la nature divine, et est distincte des autres ». Ce que déclarent également les paroles de l'Apôtre, lorsqu'il dit : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, et la charité de Dieu, et la communication du Saint-Esprit soit avec vous tous, Amen. » Et cela même le démontrent beaucoup plus ouvertement ce que les Pères, au premier concile de Constantinople, ont ajouté en ce lieu pour réfuter l'impie démence de Macédonius : « Et au Saint-Esprit, Seigneur, et vivifiant, qui procède du Père et du Fils ; qui avec le Père et le Fils est ensemble adoré et conglorifié ; qui a parlé par les Prophètes. » En ce qu'ils confessent donc l'Esprit-Saint comme Seigneur, ils déclarent combien il surpasse les Anges, qui sont pourtant les très nobles esprits créés par Dieu. Car saint Paul témoigne qu'ils sont tous « des esprits administrateurs, envoyés pour le ministère, à cause de ceux qui reçoivent l'héritage du salut ». Ils l'appellent vivifiant, parce que l'âme unie à Dieu vit davantage que le corps n'est nourri et soutenu par l'union avec l'âme. Or comme les saintes Lettres attribuent à l'Esprit-Saint cette union de l'âme avec Dieu, il est très évident que l'Esprit-Saint est à très juste titre appelé vivifiant.
VI. Ils déclarent que l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils comme d'un seul principe.
Or quant à ce qui suit : « Qui procède du Père et du Fils », les fidèles doivent être enseignés que l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils comme d'un seul principe, par une procession éternelle. Car la règle ecclésiastique, dont il n'est pas permis au chrétien de s'écarter, nous propose de le croire, et cela est confirmé par l'autorité des divines Lettres et des conciles. Car le Christ Seigneur, lorsqu'il parlait de l'Esprit-Saint, dit : « Celui-là me glorifiera, parce qu'il recevra du mien. » Cela se conclut aussi de ce que, dans les saintes Écritures, l'Esprit-Saint est parfois appelé Esprit du Christ, parfois Esprit du Père ; il est dit tantôt envoyé par le Père, tantôt par le Fils, de sorte qu'il est signifié non obscurément qu'il procède également du Père et du Fils. « Qui n'a pas l'Esprit du Christ », dit saint Paul, « celui-ci n'est pas à lui » ; et le même l'appelle Esprit du Christ, lorsqu'il dit aux Galates : « Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans vos cœurs, criant : Abba, Père. » Chez saint Matthieu il est appelé Esprit du Père : « Ce n'est pas vous qui parlez, mais l'Esprit de votre Père » ; et le Seigneur à la Cène dit : « Le Paraclet, que je vous enverrai moi-même, l'Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi. » Puis ailleurs il affirme que ce même Esprit-Saint doit être envoyé par le Père, par ces paroles : « Que le Père enverra en mon nom. » De ces paroles, puisque nous comprenons la procession de l'Esprit-Saint, il est évident qu'il procède de l'un et de l'autre. Voilà ce qu'il faudra transmettre sur la personne de l'Esprit-Saint.
VII. Puisque les œuvres de la Trinité sont indivises, pourquoi certains effets et dons sont particulièrement attribués au Saint-Esprit.
Il faudra en outre enseigner qu'il y a certains effets admirables du Saint-Esprit, et certains dons très amples, qui sont dits tirer leur origine et découler de lui comme d'une source perpétuelle de bonté. Car bien que les œuvres de la très sainte Trinité qui se font extérieurement soient communes aux trois personnes : cependant beaucoup de celles-ci sont attribuées en propre au Saint-Esprit, afin que nous comprenions qu'elles procèdent en nous de l'immense charité de Dieu ; car puisque le Saint-Esprit procède de la volonté divine comme enflammée d'amour, on peut comprendre que ces effets qui sont proprement rapportés au Saint-Esprit proviennent du souverain amour de Dieu envers nous. C'est pourquoi il s'ensuit que le Saint-Esprit est appelé don ; car par le mot de don est signifié ce qui est donné de bon gré et gratuitement, sans aucune espérance de récompense proposée. Et par conséquent tous les biens et bienfaits qui nous ont été conférés par Dieu, (« qu'avons-nous en effet », comme dit l'Apôtre, « que nous n'ayons reçu de Dieu ? »), nous devons reconnaître d'une âme pieuse et reconnaissante qu'ils nous ont été donnés par la concession et le don du Saint-Esprit.
VIII. Quels et de quelle sorte, et combien nombreux sont les effets du Saint-Esprit.
Or ses effets sont nombreux ; car, pour omettre la création du monde et la propagation et le gouvernement des choses créées, dont nous avons fait mention dans le premier article, il a été démontré un peu plus haut que la vivification est attribuée en propre au Saint-Esprit, ce qui est confirmé par le témoignage d'Ézéchiel : « Je vous donnerai », dit-il, « l'Esprit, et vous vivrez. » Cependant les principaux et les plus propres effets du Saint-Esprit sont énumérés par le Prophète : « l'Esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, et l'esprit de crainte du Seigneur » ; lesquels sont appelés dons du Saint-Esprit, mais parfois le nom de Saint-Esprit leur est attribué. C'est pourquoi saint Augustin nous avertit sagement qu'il faut remarquer, lorsque dans les saintes Lettres il est fait mention de ce mot d'Esprit-Saint, afin que nous puissions discerner si c'est la troisième personne de la Trinité, ou ses effets et
c. 18. 19.
opérations qu'il signifie ; car ces deux choses doivent être distinguées par le même intervalle que celui par lequel nous croyons aussi que le Créateur diffère des choses créées. Et ces choses doivent être expliquées avec d'autant plus de soin, que de ces dons du Saint-Esprit nous puisons les préceptes de la vie chrétienne, et nous pouvons sentir si l'Esprit-Saint est en nous. Mais parmi ses autres très amples dons, il faut surtout prêcher cette grâce qui nous rend justes, et nous marque « de l'Esprit-Saint de la promesse, qui est le gage de notre héritage ». Car celle-ci unit notre esprit à Dieu par le lien très étroit de l'amour, d'où il résulte que, embrasés du plus grand zèle de piété, nous instituons une vie nouvelle, et « rendus participants de la nature divine, nous sommes nommés fils de Dieu et le sommes vraiment ».
CHAPITRE X. Du neuvième Article.
Je crois la sainte Église catholique, la communion des Saints.
- Pour quelles raisons le neuvième article doit être le plus fréquemment de tous inculqué au peuple. Avec quelle diligence les pasteurs doivent veiller à expliquer aux fidèles la vérité de ce neuvième article, cela pourra facilement être connu si l'on considère principalement deux choses. Premièrement en effet, au témoignage de saint Augustin, les Prophètes ont parlé plus clairement et plus ouvertement de l'Église que du Christ, puisqu'ils prévoyaient qu'en celle-là beaucoup plus de gens pourraient errer et être trompés qu'au sujet du sacrement de l'incarnation. Et en effet, il ne devait pas manquer d'impies qui, à l'imitation du singe qui feint d'être homme, se proclameraient seuls catholiques, et affirmeraient que l'Église catholique n'était qu'en eux-mêmes, non moins scélératement que superbement. Ensuite, si quelqu'un a conçu cette vérité d'une âme ferme, il évitera facilement l'horrible péril de l'hérésie. Car ce n'est pas parce que quelqu'un aura péché pour la première fois dans la foi qu'il faut l'appeler hérétique ; mais celui qui, au mépris de l'autorité de l'Église, défend avec obstination des opinions impies. Puisqu'il ne peut donc se faire que quelqu'un se souille de la peste de l'hérésie, s'il adhère par la foi à ce qui est proposé à croire dans cet article : que les pasteurs veillent avec tout zèle à ce que les fidèles, ce mystère une fois connu, persévèrent dans la vérité de la foi, munis contre les artifices de l'adversaire. Or cet article dépend du précédent, parce que, ayant déjà démontré que l'Esprit-Saint est la source et le dispensateur de toute sainteté, nous confessons maintenant que l'Église est dotée par lui-même de la sainteté.
II. Ce qui est désigné d'une manière particulière par le nom d'Église, et ce qui l'est en général.
Et puisque les Latins, empruntant le mot « ecclesia » aux Grecs, l'ont transféré aux choses sacrées après la divulgation de l'Évangile : il faut expliquer quelle force a ce vocable. Or « ecclesia » signifie convocation ; mais les écrivains par la suite l'ont employé pour désigner un concile et une assemblée. Et peu importe que ce peuple soit adorateur du vrai Dieu ou d'une fausse religion ; car dans les Actes il est écrit au sujet du peuple d'Éphèse que, lorsque le scribe eut apaisé la foule, il dit : « Si vous demandez autre chose, cela pourra être résolu dans l'assemblée légitime (ecclesia). » Il appelle assemblée légitime (ecclesia) le peuple d'Éphèse, adonné au culte de Diane. Et non seulement les gentils qui n'ont pas connu Dieu, mais aussi parfois les assemblées des hommes mauvais et impies sont nommées ecclesia. « J'ai haï », dit le Prophète, « l'assemblée des méchants, et je ne m'assiérai pas avec les impies. » Mais ensuite, par l'usage commun des saintes Écritures, ce mot a été employé pour désigner la république chrétienne et les seules congrégations des fidèles ; lesquels sont en effet appelés à la lumière de la vérité et à la connaissance de Dieu par la foi, afin que, rejetant les ténèbres de l'ignorance et des erreurs, ils adorent pieusement et saintement le Dieu vrai et vivant, et le servent de tout leur cœur ; et, pour que toute cette matière soit résumée en un seul mot : « l'Église », comme dit saint Augustin, « est le peuple fidèle répandu par tout l'univers ».
III. Quels mystères surtout sont offerts à la contemplation dans le vocable d'Église.
Il n'y a pas en effet de légers mystères contenus dans ce vocable. En effet, dans la convocation que signifie ecclesia, aussitôt resplendissent la bénignité et la splendeur de la grâce divine, et nous comprenons que l'Église diffère au plus haut point des autres républiques. Car celles-ci s'appuient sur la raison et la prudence humaines, mais celle-ci a été constituée par la sagesse et le conseil de Dieu. Car il nous a appelés par l'intime souffle de l'Esprit-Saint, qui ouvre les cœurs des hommes, et extérieurement par l'œuvre et le ministère des pasteurs et des prédicateurs. En outre, quelle fin doit nous être proposée par cette vocation, à savoir la connaissance et la possession des choses éternelles, celui-là le percevra très bien, qui aura remarqué pourquoi autrefois le peuple fidèle établi sous la loi était appelé « synagogue », c'est-à-dire congrégation. Car, comme l'enseigne saint Augustin, ce nom lui a été imposé parce que,
à la manière des bêtes, auxquelles il convient plutôt d'être rassemblées, il ne considérait que les biens terrestres et caducs. C'est pourquoi à juste titre le peuple chrétien est appelé non synagogue, mais Église, parce que, méprisant les choses terrestres et mortelles, il ne poursuit que les célestes et éternelles.
IV. Sous quels noms l'universalité des chrétiens est décrite dans les saintes Lettres.
Beaucoup d'autres noms, pleins de mystères, ont été transportés pour signifier la république chrétienne ; car elle est appelée par l'Apôtre maison et édifice de Dieu. « Si je tarde », dit-il à Timothée, « afin que tu saches comment il faut te conduire dans la maison de Dieu, qui est l'Église du Dieu vivant, colonne et firmament de la vérité. » Or l'Église est appelée maison parce qu'elle est comme une seule famille, qu'un seul père de famille gouverne, et dans laquelle il y a communion de tous les biens spirituels. Elle est aussi dite troupeau des brebis du Christ, dont il est la porte et le pasteur. Elle est appelée épouse du Christ : « Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter comme une vierge chaste au Christ », dit l'Apôtre aux Corinthiens. Le même aux Éphésiens : « Maris, aimez vos épouses, comme le Christ aussi a aimé l'Église. » Et au sujet du mariage : « Ce sacrement », dit-il, « est grand ; mais je dis dans le Christ et dans l'Église. » Enfin l'Église est appelée « corps du Christ », comme on peut le voir aux Éphésiens et aux Colossiens. Et chacune de ces choses a beaucoup de valeur pour éveiller les fidèles, afin qu'ils se montrent dignes de l'immense clémence et bonté de Dieu, qui les a choisis pour qu'ils soient le peuple de Dieu.
V. On recense deux parties principales de l'Église, l'une triomphante,
l'autre militante.
Mais ces choses ayant été expliquées, il sera nécessaire d'énumérer chacune des parties de l'Église, et d'enseigner leurs différences, afin que le peuple perçoive mieux la nature, les propriétés, les dons et les grâces de l'Église chère à Dieu, et qu'à cause de cela il ne cesse jamais de louer le très saint nom de Dieu. Or il y a principalement deux parties de l'Église, dont l'une est appelée triomphante, l'autre militante. La triomphante est cette assemblée très brillante et très heureuse des esprits bienheureux, et de ceux qui ont triomphé du monde, de la chair, du très inique démon, et qui, libres et en sécurité des molestations de cette vie, jouissent de la béatitude éternelle. L'Église militante est l'assemblée de tous les fidèles qui vivent encore sur la terre ; laquelle est appelée militante parce qu'elle est en guerre perpétuelle avec les ennemis les plus cruels : le monde, la chair, Satan.
VI. L'Église militante et la triomphante sont une. Et cependant il ne faut pas pour cela estimer qu'il y ait deux Églises ; mais il y a deux parties de la même Église, comme nous l'avons dit précédemment, dont l'une a précédé, et possède déjà la patrie céleste, l'autre suit de jour en jour, jusqu'à ce qu'un jour, unie à notre Sauveur, elle se repose dans la félicité sempiternelle.
VII. Dans l'Église militante il y a deux genres d'hommes, à savoir les bons et les mauvais.
Déjà dans l'Église militante il y a deux genres d'hommes, les bons et les improbes ; et les improbes, participant des mêmes sacrements, professent aussi la même foi que les bons, mais sont dissemblables par la vie et les mœurs ; tandis que les bons dans l'Église sont appelés ceux qui non seulement par la profession de la foi et la communion des sacrements, mais aussi par l'esprit de la grâce et le lien de la charité sont unis et liés entre eux, desquels il est dit : « Le Seigneur a connu ceux qui sont à lui. » On peut aussi, par certaines conjectures, supposer quels sont ceux qui appartiennent à ce nombre des hommes pieux, mais on ne peut nullement le savoir avec certitude. C'est pourquoi il ne faut pas estimer que le Christ Sauveur ait parlé de cette partie de l'Église, lorsqu'il nous a renvoyés à l'Église, et a ordonné que nous lui obéissions. Car puisque celle-ci est inconnue, à qui pourra-t-il être certain auprès de quel jugement il faudra recourir, et à quelle autorité il faudra obéir ? L'Église embrasse donc les bons et les improbes, comme en témoignent les divines Lettres et les écrits des saints hommes. Dans ce sens est écrit ce mot de l'Apôtre : « Un seul corps, et un seul esprit. »
VIII. L'Église est visible, et renferme en son sein tant les bons que les mauvais. Or cette Église est connue, et comparée à une ville située sur une montagne, qui est vue de toutes parts ; car comme il faut que tous lui obéissent, il est nécessaire qu'elle soit connue. Et elle embrasse non seulement les bons, mais aussi les mauvais, comme l'Évangile l'enseigne par beaucoup de paraboles ; comme lorsqu'il rappelle que le royaume des cieux, c'est-à-dire l'Église militante, est « semblable à un filet jeté dans la mer » ; ou « à un champ dans lequel l'ivraie a été semée par-dessus » ; ou « à l'aire, dans laquelle le froment est contenu avec la paille » ; ou « à dix vierges, partie folles, partie prudentes ». Mais bien avant aussi « dans l'arche de Noé », dans laquelle étaient enfermés non seulement « les animaux purs », mais aussi « les impurs », on peut contempler la figure et la similitude de cette Église. Or bien que
8, 12. Ib. 25, 1. Gen. 7, 1.
que les bons et les mauvais appartiennent à l'Église, la foi catholique l'affirme vraiment et constamment : cependant, par les mêmes règles de la foi, il faut expliquer aux fidèles que la condition de l'une et l'autre partie est très différente. Car, de même que la paille est mêlée au froment dans l'aire, ou parfois des membres diversement à demi morts sont joints au corps : ainsi aussi les mauvais sont contenus dans l'Église.
IX. Quels ne sont pas contenus dans les bornes de l'Église militante.
D'où il résulte que trois seuls genres d'hommes sont exclus d'elle : premièrement les infidèles, ensuite les hérétiques et les schismatiques, enfin les excommuniés. Les païens certes, parce qu'ils n'ont jamais été dans l'Église, ne l'ont jamais connue, ni n'ont été rendus participants d'aucun sacrement dans la société du peuple chrétien ; tandis que les hérétiques et les schismatiques, parce qu'ils se sont séparés de l'Église. Car ceux-là n'appartiennent pas plus à l'Église que les transfuges n'appartiennent à l'armée dont ils ont fait défection. Il ne faut pourtant pas nier qu'ils soient au pouvoir de l'Église, en ce qu'ils peuvent être appelés par elle en jugement, être punis et condamnés par l'anathème. Enfin aussi les excommuniés, parce que, exclus d'elle par le jugement de l'Église, ils n'appartiennent pas à sa communion, jusqu'à ce qu'ils se repentent. Quant aux autres, bien qu'hommes improbes et scélérats, il ne faut pas douter qu'ils demeurent encore dans l'Église ; et cela doit être transmis assidûment aux fidèles, afin que, si par hasard la vie des dignitaires de l'Église est honteuse, ils se persuadent cependant avec certitude qu'ils sont dans l'Église, et que rien pour cela n'est retranché de leur pouvoir.
X. Variété des significations du nom d'Église.
Mais les parties mêmes de l'Église universelle ont aussi coutume d'être signifiées par le nom d'Église, comme lorsque l'Apôtre nomme « l'Église qui est à Corinthe, de Galatie, des Laodicéens, des Thessaloniciens » ; il appelle aussi « églises » les familles particulières des fidèles ; car « il ordonne de saluer l'église domestique de Prisca et d'Aquila » ; de même en un autre lieu : « Vous saluent », dit-il, « beaucoup dans le Seigneur Aquila et Priscille avec leur église domestique. » Écrivant aussi à Philémon il a employé ce même mot. Parfois aussi, par le nom d'Église, sont désignés ses présidents et pasteurs. « S'il ne t'écoute pas », dit le Christ, « dis-le à l'Église », en quel lieu sont désignés les préposés de l'Église. Mais le lieu aussi dans lequel le peuple se réunit soit pour l'assemblée, soit pour quelque affaire sacrée, est appelé église. Principalement cependant dans cet article l'Église signifie la multitude des bons et des mauvais ensemble, et non seulement les présidents, mais aussi ceux qui doivent obéir.
XI. Des notes de la vraie Église, et premièrement, pourquoi elle est dite une. Or il faut ouvrir aux fidèles les propriétés de cette Église, par lesquelles il leur sera possible de reconnaître de quel bienfait ils ont été pourvus par Dieu, à qui il est advenu de naître et d'être élevés en elle. La première propriété est donc décrite dans le symbole des Pères : qu'elle soit une. « Une est en effet », dit-il, « ma colombe », une est « ma bien-aimée ». Or une si grande multitude d'hommes, qui pourtant est largement et amplement répandue, est appelée une, pour les raisons qui ont été écrites par l'Apôtre aux Éphésiens : car il proclame qu'il n'y a qu'« un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ». Un seul est aussi son recteur et gouverneur, invisiblement certes le Christ, que le Père éternel a donné comme « chef de toute l'Église, qui est son corps ». Et visiblement celui qui tient la chaire romaine comme successeur légitime de Pierre, prince des Apôtres.
XII. Ce qu'il faut penser du Pontife romain, chef visible de l'Église du Christ.
À ce sujet fut cette raison et cette sentence unanime de tous les Pères : que ce chef visible a été nécessaire pour constituer et conserver l'unité de l'Église. Ce que saint Jérôme a noblement vu et écrit, à la fois contre Jovinien par ces paroles : « Un seul est élu, afin que, un chef étant constitué, l'occasion de schisme soit ôtée » ; et à Damase : « Que l'envie cesse, que l'ambition du faîte romain s'éloigne ; je parle avec le successeur du pêcheur et le disciple de la croix. Moi, ne suivant aucun premier, sinon le Christ, je suis associé par la communion à ta béatitude, c'est-à-dire à la chaire de Pierre ; sur cette pierre je sais que l'Église a été édifiée. Quiconque mangera l'agneau hors de cette maison, est profane. Si quelqu'un n'a pas été dans l'arche de Noé, il périra sous le règne du déluge. » Ce que bien longtemps auparavant est prouvé par Irénée, et par Cyprien, qui, parlant de l'unité de l'Église, dit : « Le Seigneur parle à Pierre : "Moi, Pierre, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église." Il bâtit l'Église sur un seul, et, bien qu'à tous les Apôtres après sa résurrection il attribue une puissance égale et dise : "Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie ; recevez l'Esprit-Saint" : cependant, pour manifester l'unité, il disposa par son autorité l'origine de cette même unité commençant par un seul, etc. » Ensuite Optat de Milève dit : « L'ignorance ne peut t'être imputée, sachant que, dans la ville de Rome, la chaire épiscopale a été conférée à Pierre le premier, sur laquelle s'est assis le chef de tous les Apôtres,
Pierre ; en qui seul l'unité de la chaire fût conservée par tous, afin que les autres Apôtres ne défendent pas chacun la leur ; de sorte que serait déjà schismatique et prévaricateur celui qui, contre la chaire unique, en placerait une autre. » Ensuite Basile a laissé écrit : « Pierre a été placé dans le fondement ; il dit en effet : "Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant", et à son tour il entendit qu'il était pierre ; car bien qu'il fût pierre, pourtant il n'était pas pierre comme le Christ. Car le Christ est vraiment pierre immobile, Pierre l'est en raison de la pierre. Car Jésus distribue ses dignités à d'autres : "il est prêtre, et il fait des prêtres ; il est pierre, et il fait une pierre ; et ce qui lui appartient, il le distribue à ses serviteurs." » Enfin saint Ambroise dit : « Parce qu'il confesse seul entre tous, il est préféré à tous. »
XIII. Comment, outre le Christ, l'Église a besoin d'un seul chef visible.
Si quelqu'un objecte que l'Église, contente d'un seul chef et époux Jésus-Christ, n'en requiert aucun autre : la réponse est prête. Car comme nous avons le Christ Seigneur non seulement comme auteur de chacun des sacrements, mais aussi comme dispensateur intime (car c'est lui qui baptise et qui absout, et pourtant il a institué des hommes comme ministres externes des sacrements) ; ainsi à l'Église, qu'il gouverne lui-même par l'intime Esprit, il a préposé un homme comme vicaire et ministre de son pouvoir. Car puisque l'Église visible a besoin d'un chef visible, notre Sauveur a ainsi constitué Pierre comme chef et pasteur de toute la race des fidèles, lorsqu'il lui a confié ses brebis à paître par des paroles très amples, afin que celui qui lui aurait succédé ait clairement le même pouvoir de régir et gouverner toute l'Église.
XIV. Il ajoute d'autres raisons pour lesquelles l'Église est dite une.
« Un seul » en outre « et le même est l'Esprit », dit l'Apôtre aux Corinthiens, qui communique aux fidèles la grâce, de même que l'âme communique la vie aux membres corporels. Pour conserver cette unité, lorsqu'il exhortait les Éphésiens, il dit : « Sollicités à conserver l'unité de l'esprit dans le lien de la paix, un seul corps et un seul esprit. » Car de même que le corps humain est composé de beaucoup de membres, et ceux-ci sont nourris par une seule âme, laquelle fournit aux yeux la vue, aux oreilles l'ouïe, et aux autres sens les diverses facultés : ainsi le corps mystique du Christ, qui est l'Église, est composé de beaucoup de fidèles. « Une est » aussi « l'espérance », comme au même lieu le même Apôtre l'atteste, « à laquelle nous avons été appelés » ;
puisque tous nous espérons la même chose, à savoir la vie éternelle et bienheureuse. Enfin une est la foi, qui doit être tenue par tous et manifestée devant soi. « Qu'il n'y ait pas », dit l'Apôtre, « parmi vous de schismes. » Et un seul baptême, qui est certes le sacrement de la foi chrétienne.
XV. De la seconde note de l'Église, par laquelle elle est dite sainte. Une autre propriété de l'Église est d'être sainte ; ce que nous avons reçu du prince des Apôtres en ce lieu : « Vous êtes une race élue, une nation sainte. » Or elle est appelée sainte, parce qu'elle a été consacrée et dédiée à Dieu ; ainsi en effet les autres choses de ce genre, quoique corporelles, ont coutume d'être appelées saintes, quand elles sont adonnées et dédiées au culte divin. De ce genre sont, dans la loi ancienne, les vases, les vêtements et les autels ; dans laquelle aussi les premiers-nés, qui étaient dédiés au Dieu très-haut, ont été appelés saints. Et il ne faut pas que cela paraisse étonnant à quiconque, que l'Église soit dite sainte, quoiqu'elle contienne beaucoup de pécheurs. Car sont appelés saints les fidèles qui sont devenus peuple de Dieu, qui se sont consacrés au Christ par la foi et le baptême reçu, bien qu'ils commettent beaucoup d'offenses et n'accomplissent pas ce qu'ils ont promis ; comme aussi, ceux qui professent un art, bien qu'ils n'observent pas les préceptes de l'art, retiennent pourtant le nom d'artisans. C'est pourquoi saint Paul appelle les Corinthiens « sanctifiés et saints », parmi lesquels il est évident qu'il y en eut quelques-uns qu'il gourmande âprement comme charnels et par des noms encore plus graves. Elle doit aussi être dite sainte, parce qu'elle est unie comme un corps au chef saint, le Christ Seigneur, source de toute sainteté, par qui les charismes du Saint-Esprit et les richesses de la bonté divine sont répandus. Noblement saint Augustin, interprétant ces paroles du Prophète : « Garde mon âme, parce que je suis saint », dit : « Qu'il ose, et le corps du Christ, qu'il ose, lui aussi cet homme unique, criant depuis les extrémités de la terre, avec son chef et sous son chef dire : Je suis saint ; car il a reçu la grâce de sainteté, la grâce du baptême et de la rémission des péchés. » Et un peu plus loin : « Si tous les chrétiens et les fidèles baptisés dans le Christ l'ont revêtu, comme le dit l'Apôtre : "Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ" ; s'ils ont été faits membres de son corps, et qu'ils disent qu'ils ne sont pas saints : ils font injure au chef lui-même, dont les membres sont saints. » S'ajoute aussi que seule l'Église a le culte légitime du sacrifice et l'usage salutaire des sacrements, par lesquels, comme par des instruments efficaces de la grâce divine, Dieu opère la véritable sainteté, de sorte que quiconque est vraiment saint ne peut être hors de
cette Église. Il est donc manifeste que l'Église est sainte, et sainte certes, parce qu'elle est le corps du Christ, par qui elle est sanctifiée, et du sang duquel elle est lavée.
XVI. Par quelle raison l'Église du Christ est catholique. La troisième propriété de l'Église est d'être appelée catholique, c'est-à-dire universelle ; cette appellation lui est vraiment attribuée, parce que, comme l'atteste saint Augustin, « du lever au coucher du soleil elle se répand par la splendeur d'une seule foi ». Car elle n'est pas, comme dans les républiques humaines ou les assemblées des hérétiques, définie par les limites d'un seul royaume, ou par un seul genre d'hommes ; mais elle embrasse du sein de la charité tous les hommes, qu'ils soient barbares ou Scythes, esclaves ou libres, mâles ou femmes. C'est pourquoi il est écrit : « Tu nous as rachetés pour Dieu par ton sang, de toute tribu, et langue, et peuple et nation, et tu as fait de nous un royaume pour notre Dieu. » De l'Église David dit : « Demande-moi, et je te donnerai les nations pour ton héritage, et pour ta possession les confins de la terre » ; de même : « Je me souviendrai de Rahab et de Babylone qui me connaissent » ; et : « un homme est né en elle ». En outre tous les fidèles, qui ont été depuis Adam jusqu'à ce jour, ou qui seront, aussi longtemps que le monde subsistera, professant la vraie foi, appartiennent à la même Église, qui est fondée « sur le fondement des Apôtres », et des Prophètes, « qui tous ont été constitués et fondés sur » cette pierre angulaire, le Christ, « qui des deux a fait un, et a annoncé la paix à ceux qui étaient proches, et à ceux qui étaient loin ». Elle est aussi dite universelle pour cette raison, que tous ceux qui désirent obtenir le salut éternel doivent la tenir et l'embrasser, non autrement que ceux qui « sont entrés dans l'arche pour ne pas périr par le déluge ». Celle-ci doit donc être transmise comme une règle très certaine, par laquelle soit jugée la vraie et la fausse Église.
XVII. Comment l'Église du Christ est aussi appelée apostolique. Mais nous reconnaissons aussi la vérité de l'Église par l'origine que par la grâce révélée elle tire des Apôtres ; puisque sa doctrine est la vérité, non récente, ni née maintenant pour la première fois, mais autrefois transmise par les Apôtres, et disséminée dans tout l'univers. D'où il suit que personne ne peut douter que les voix impies des hérétiques sont bien loin de la foi de la vraie Église, puisqu'elles s'opposent à la doctrine de l'Église qui a été prêchée à cette foi par les Apôtres. C'est pourquoi, afin que tous comprennent quelle est l'Église catholique, les Pères dans le symbole ont ajouté divinement : Conc. Trid.
« Apostolique ». En effet l'Esprit-Saint, qui préside à l'Église, ne la gouverne par aucun autre genre de ministres que par l'apostolique ; lequel Esprit a été d'abord certes attribué aux Apôtres, puis par la souveraine bonté de Dieu est toujours demeuré dans l'Église.
XVIII. L'Église ne peut errer dans les dogmes de la foi ou des mœurs.
Mais de même que cette unique Église ne peut errer dans la transmission de la discipline de la foi et des mœurs, puisqu'elle est gouvernée par l'Esprit-Saint : ainsi toutes les autres, qui s'arrogent le nom d'Église, comme étant conduites par l'esprit du diable, doivent nécessairement se trouver dans des erreurs très pernicieuses de doctrine et de mœurs.
XIX. Par quelles figures surtout l'Église du Christ a été préfigurée dans l'Ancien Testament.
Mais puisque les figures de l'Ancien Testament ont une grande force pour exciter les âmes des fidèles, et pour rappeler la mémoire des choses les plus belles, ce pour quoi les Apôtres principalement en ont usé : les curés ne passeront pas non plus sous silence cette partie de la doctrine qui a de grandes utilités. Or parmi celles-ci a une illustre signification « l'Arche de Noé », qui n'a été pour cela « construite par ordre divin » qu'afin qu'il ne reste aucun lieu de douter qu'elle signifie l'Église elle-même, que Dieu a ainsi constituée, afin que quiconque entrerait en elle par le baptême puisse être à l'abri de tout péril de mort éternelle ; tandis que ceux qui seraient hors d'elle, comme il arriva à ceux qui ne furent pas reçus dans l'arche, seraient accablés par leurs crimes. Une autre figure est cette grande cité de Jérusalem, dont le nom désigne souvent la sainte Église dans les Écritures. Car dans celle-là seule il était permis d'offrir à Dieu des sacrifices, parce que dans la seule Église de Dieu aussi, et non ailleurs hors d'elle, se trouve le vrai culte et le vrai sacrifice, qui puisse en quelque manière plaire à Dieu.
XX. Pour quelle raison croire à l'Église du Christ appartient aux articles de foi.
Il faudra encore enseigner en dernier lieu au sujet de l'Église, de quelle manière le fait que nous croyons l'Église appartient aux articles de foi. Car bien que n'importe qui perçoive par la raison et les sens que l'Église, c'est-à-dire l'assemblée des hommes, est sur la terre, qui sont adonnés et consacrés au Christ Seigneur, et qu'il ne semble pas nécessaire à la foi pour concevoir cela dans l'esprit, puisque ni les Juifs ni même les Turcs n'en doutent : cependant, ces mystères qui en partie ont été déclarés être contenus dans la sainte Église de Dieu, en partie seront expliqués dans le sacrement de l'ordre, l'esprit seulement illuminé par la foi, et non convaincu par des raisons, peut les comprendre. Puisque donc cet article, non moins que les autres, surpasse la capacité et les forces de notre intelligence, nous confessons à bon droit que nous ne connaissons pas l'origine, les fonctions et la dignité de l'Église par la raison humaine, mais que nous les contemplons avec les yeux de la foi.
XXI. Quelles sont, combien sont, et quelles grandeurs on nous ordonne de croire au sujet de l'Église.
Car les auteurs de cette Église ne furent pas des hommes, mais Dieu lui-même immortel, qui la bâtit sur la pierre la plus ferme, selon le témoignage du Prophète : « Lui-même, le Très-Haut, l'a fondée », c'est pourquoi elle est appelée héritage de Dieu et peuple de Dieu. Et le pouvoir qu'elle a reçu n'est pas humain, mais attribué par un don divin. C'est pourquoi, de même qu'elle ne peut être comparée aux forces de la nature, de même aussi nous comprenons par la seule foi que dans l'Église se trouvent les clefs du royaume des cieux, et que lui a été transmis le pouvoir de remettre les péchés, d'excommunier, et de consacrer le vrai Corps du Christ ; ensuite, que les citoyens qui y demeurent « n'ont point ici-bas de cité permanente, mais en cherchent une future ». Il faut donc nécessairement croire que l'Église une, sainte et catholique existe.
XXII. Il ne faut pas croire en l'Église comme on croit en Dieu.
Car nous croyons les trois Personnes de la Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, de telle sorte que nous plaçons en elles notre foi. Mais ici, la forme du discours étant changée, nous professons de croire l'Église sainte, et non « en » la sainte Église, afin que, par cette façon différente de parler, Dieu, auteur de toutes choses, soit distingué des choses créées, et que nous rapportions à la divine bonté tous ces insignes bienfaits qui ont été conférés à l'Église.
XXIII. De la dernière clause de cet article : la communion des saints.
La communion des saints.
Comme saint Jean l'Évangéliste écrivait aux fidèles au sujet des mystères divins, la raison qu'il donne pour les en instruire est celle-ci : « Afin que vous aussi, dit-il, ayez société avec nous, et que notre société soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. » Cette société consiste dans la communion des saints, dont il est traité dans cet article. Plût à Dieu que, pour l'expliquer, les chefs des églises imitassent la diligence de Paul et des autres Apôtres. Car c'est non seulement une sorte d'interprétation de l'article précédent et une doctrine des fruits les plus abondants, mais cela déclare aussi quel doit être l'usage des mystères qui sont contenus dans le symbole. Car toutes ces choses doivent être recherchées et comprises en vue de ceci : que nous soyons admis en cette si vaste et bienheureuse société des saints, et que, une fois admis, nous y persévérions avec la plus grande constance, « rendant grâces avec joie à Dieu le Père, qui nous a rendus dignes d'avoir part au sort des saints dans la lumière ».
XXIV. Explication de cette particule, et en quoi consiste la communion des saints.
Tout d'abord donc, les fidèles doivent être enseignés que cet article est comme une sorte d'explication de celui qui a été posé auparavant, touchant l'unique, sainte Église catholique. Car l'unité de l'Esprit, par lequel elle est régie, fait que tout ce qui lui est conféré devient commun. En effet, le fruit de tous les sacrements appartient à tous les fidèles ; par ces sacrements, comme par des liens sacrés, ils sont reliés et unis au Christ, et surtout, plus que tous, par le baptême, par lequel ils entrent dans l'Église comme par une porte. Or, que par cette communion des saints il faut entendre la communion des sacrements, les Pères dans le symbole le signifient par ces paroles : « Je confesse un seul baptême. » Mais le baptême est suivi d'abord de l'Eucharistie, puis des autres sacrements ; car, bien que ce nom convienne à tous les sacrements, puisqu'ils nous joignent à Dieu et nous rendent participants de Celui dont nous recevons la grâce, il est toutefois plus propre à l'Eucharistie, qui réalise cette communion.
XXV. Il y a dans l'Église une participation aux mérites.
Mais il faut penser encore à une autre communion dans l'Église. Car tout ce qui est entrepris pieusement et saintement par un seul appartient à tous, et, pour leur profiter, cela se fait par la charité qui ne cherche pas ses propres intérêts. Cela est confirmé par le témoignage de saint Ambroise, qui, expliquant ce passage du Psaume : « Je suis participant de tous ceux qui te craignent », dit ainsi : « De même que nous disons qu'un membre est participant de tout le corps, de même aussi [il est] uni à tous ceux qui craignent Dieu. » C'est pourquoi le Christ nous a prescrit cette forme de prière, en nous faisant dire « Notre pain » et non « Mon pain », et les autres choses semblables, pourvoyant non seulement à notre salut et à nos intérêts, mais à ceux de tous. Mais cette communication des biens est souvent démontrée dans les saintes Lettres par la très juste comparaison des membres du corps humain. Car dans le corps il y a beaucoup de membres ; mais bien qu'ils soient nombreux, ils ne constituent cependant qu'un seul corps, dans lequel chacun exerce sa propre fonction, non tous la même. Ni tous n'ont la même dignité, ni n'exercent des fonctions également utiles et honorables, et à aucun n'est proposé son propre avantage, mais celui et l'utilité du corps entier. Ensuite tous sont si bien ajustés entre eux et liés que, si
86 Première Partie. Chapitre X.
l'un d'eux est affecté d'une douleur, les autres pareillement, par la parenté et l'accord de la nature, souffrent ; si au contraire il est bien disposé, commun est à tous ce sentiment d'agrément. Et ces mêmes choses peuvent être contemplées dans l'Église, dans laquelle, bien que les membres soient divers, à savoir diverses nations, des Juifs, des gentils, des libres et des esclaves, des pauvres et des riches, cependant, lorsqu'ils sont initiés par le baptême, ils deviennent un seul corps avec le Christ, dont lui-même est la tête. De plus, à chacun dans cette Église sa propre fonction est assignée. Car, de même que les uns y sont Apôtres, les autres docteurs, mais tous sont établis pour l'utilité publique, de même c'est à certains de présider et d'enseigner, à d'autres pareillement d'obéir et d'être soumis.
XXVI. Les scélérats dans l'Église ne jouissent pas de la participation aux biens spirituels.
Mais ceux-là jouissent de tant et de si grandes fonctions et biens divinement conférés qui mènent la vie chrétienne dans la charité, et sont justes et chers à Dieu. Quant aux membres morts, c'est-à-dire aux hommes enchaînés par les crimes et étrangers à la grâce de Dieu, ils ne sont pas privés de ce bien de cesser d'être membres de ce corps ; mais, étant morts, ils ne perçoivent pas le fruit spirituel qui parvient aux hommes justes et pieux. Cependant, comme ils sont dans l'Église, ils sont aidés à recouvrer la grâce et la vie perdues par ceux qui vivent selon l'Esprit, et ils reçoivent ces fruits dont on ne peut douter qu'en sont privés ceux qui sont entièrement retranchés de l'Église.
XXVII. La grâce gratuitement donnée, et les autres dons de Dieu, sont communs à toute l'Église.
Et ce ne sont pas seulement communs ces dons qui rendent les hommes chers à Dieu et justes ; mais aussi les grâces gratuitement données (gratiae gratis datae), parmi lesquelles on compte la science, la prophétie, le don des langues et des miracles, et les autres de ce genre ; ces dons sont accordés même à des hommes mauvais, non en vue d'une utilité privée, mais publique, pour édifier l'Église. Car la grâce de guérison n'est pas attribuée à celui qui en est pourvu, mais en vue de soigner le malade. Et enfin rien n'est possédé par l'homme vraiment chrétien qu'il ne doive estimer être commun avec tous les autres ; c'est pourquoi ils doivent être prompts et prêts à soulager la misère des indigents. Car celui qui est orné de tels biens, s'il voit son frère dans le besoin et ne lui vient pas en aide, se trouve clairement convaincu de ne pas avoir la charité de Dieu. Ces choses étant ainsi, il est assez établi que ceux qui sont dans cette sainte communion jouissent d'un certain bonheur et peuvent dire en vérité :
« Que tes tabernacles sont aimables, Seigneur des armées ! Mon âme désire ardemment et languit après les parvis du Seigneur » ; et : « Heureux ceux qui habitent dans ta maison, Seigneur. »
CHAPITRE XI. Du dixième Article.
La rémission des péchés.
I. Combien il est nécessaire de croire que la rémission des péchés se trouve dans l'Église.
Il n'est personne qui, en voyant cet article sur la rémission des péchés compté parmi les autres articles de foi, puisse douter qu'y soit contenu non seulement quelque mystère divin, mais aussi ce qui est très nécessaire pour obtenir le salut ; car il a été déclaré auparavant que sans la foi certaine des choses qui sont proposées à croire dans le symbole, il n'est à personne d'accès à la piété chrétienne. Mais si ce qui doit être par soi-même connu de tous semble devoir être confirmé par quelque témoignage, il suffira de ce que notre Sauveur, peu avant de monter au ciel, a témoigné à ce sujet, lorsqu'il a ouvert le sens à ses disciples pour qu'ils comprissent les Écritures : « Il fallait, dit-il, que le Christ souffrît et ressuscitât des morts le troisième jour, et que fussent prêchées en son nom la pénitence et la rémission des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. » Si les curés considèrent ces paroles, ils comprendront aisément que, bien que les autres choses qui concernent la religion doivent être transmises aux fidèles, une grande nécessité leur a été surtout imposée par le Seigneur d'expliquer diligemment cet article.
II. Il y a dans l'Église un vrai pouvoir de remettre les péchés.
Le devoir du curé sera donc, pour ce qui concerne ce lieu, d'enseigner non seulement que la rémission des péchés se trouve dans l'Église catholique — dont Isaïe avait prédit : « Le peuple qui y habite verra son iniquité ôtée de lui » — mais aussi qu'il y a en elle un pouvoir de remettre les péchés. Si les prêtres en usent rituellement et selon les lois prescrites par le Christ Seigneur, il faut croire que les péchés sont véritablement remis et pardonnés.
III. De quelle manière les péchés sont remis dans l'Église.
Ce pardon, lorsque, professant d'abord la foi, nous sommes lavés par le saint baptême, nous est donné avec tant d'abondance qu'il ne reste ni faute à effacer, qu'elle ait été contractée par l'origine, ou qu'elle ait été omise ou commise par la volonté propre, ni peine à acquitter. Mais par la grâce du baptême personne cependant n'est libéré de toute l'infirmité de la nature ; bien plus, puisque chacun doit combattre contre les mouvements de la concupiscence, qui ne cesse de nous inciter aux péchés, on ne trouve guère quelqu'un qui résiste avec tant d'ardeur ou garde son salut avec tant de vigilance qu'il puisse éviter toutes les blessures.
IV. Il est montré qu'outre le baptême, les péchés sont remis dans l'Église par la vertu des clefs.
Puisqu'il a été nécessaire qu'il y ait dans l'Église un pouvoir de remettre les péchés, par un autre moyen encore que le sacrement du baptême, les clefs du royaume des cieux lui ont été confiées, par lesquelles elle peut pardonner à tout pénitent ses fautes, même s'il a péché jusqu'au dernier jour de sa vie. Nous avons les témoignages les plus clairs de cette chose dans les saintes Lettres ; car dans saint Matthieu le Seigneur parle ainsi à Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans les cieux » ; et : « tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aussi dans les cieux. » De même : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié aussi dans le ciel. » Ensuite saint Jean atteste que le Seigneur, ayant soufflé sur les Apôtres, dit : « Recevez l'Esprit Saint ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »
V. Le pouvoir de remettre les péchés n'est circonscrit à aucuns péchés ni temps déterminés.
Et il ne faut pas estimer que ce pouvoir soit limité à certaines espèces de péchés ; car aucun crime, si abominable soit-il, ne peut être commis ni même pensé, dont la sainte Église n'ait pas le pouvoir de remettre ; de même aussi il n'y aura personne d'assez impie et scélérat que, s'il se repent vraiment de ses égarements, une espérance certaine du pardon ne doive lui être proposée. Mais ce même pouvoir n'est pas non plus circonscrit de telle sorte qu'il soit permis d'en user seulement pendant un temps préfini ; car à quelque heure que le pécheur veuille revenir à la santé, il ne faut pas le rejeter, ainsi que notre Sauveur l'a enseigné, lorsqu'au prince des Apôtres qui demandait combien de fois il fallait pardonner aux pécheurs, si c'était sept fois, il répondit : « Non pas sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. »
VI. Le pouvoir de remettre les péchés n'est pas accordé à tous les chrétiens.
Mais si nous considérons les ministres de ce pouvoir divin, il paraîtra moins étendu. Car le Seigneur n'a pas donné à tous, mais seulement aux évêques et aux prêtres le pouvoir d'une si sainte fonction. Il faut juger de même pour ce qui concerne la manière d'exercer ce pouvoir ; car c'est par les seuls sacrements, si leur forme est observée, que les péchés peuvent être remis ; autrement, aucun droit d'absoudre des péchés n'a été donné à l'Église. Il s'ensuit que tant les prêtres que les sacrements valent, pour le pardon des péchés, comme des instruments par lesquels le Christ Seigneur, auteur lui-même et dispensateur du salut, opère en nous la rémission des péchés et la justice.
VII. Combien est grande la fonction de remettre les péchés concédée à l'Église.
Afin que les fidèles apprécient davantage cette fonction céleste, qui, par une singulière miséricorde de Dieu envers nous, a été donnée à l'Église, et pour qu'ils s'approchent de son usage et de son maniement avec un zèle plus ardent de piété, le curé s'efforcera de montrer la dignité et l'ampleur de cette grâce. Cela se perçoit surtout si l'on a exposé avec diligence quelle vertu est requise pour remettre les péchés et rendre justes des hommes injustes. Car il est constant que cela s'accomplit par la puissance infinie et immense de Dieu, que nous croyons être pareillement nécessaire pour ressusciter les morts et pour la création du monde. Et si, comme le confirme la sentence d'Augustin, il faut estimer qu'il est une œuvre plus grande de faire d'un impie un pieux que de créer le ciel et la terre de rien — puisque la création elle-même ne peut exister que par une puissance infinie —, il s'ensuit, à plus forte raison, que la rémission des péchés doit être attribuée à une puissance infinie.
VIII. Nul, hormis Dieu seul, ne remet les péchés par sa propre autorité.
C'est pourquoi nous reconnaissons comme très véridiques les voix des anciens Pères, par lesquelles ils confessent que les péchés sont pardonnés aux hommes par le seul Dieu, et qu'il ne faut rapporter cette œuvre si admirable à aucun autre auteur qu'à sa souveraine bonté et puissance. « C'est moi, dit le Seigneur lui-même par le Prophète, c'est moi-même qui efface tes iniquités. » Car la raison de remettre les crimes semble être la même que celle qu'il faut observer pour une dette d'argent. De même donc que par personne, sinon par le créancier, l'argent dû ne peut être remis, de même, puisque nous sommes liés pour nos péchés au seul Dieu, lorsque chaque jour nous prions : « Remets-nous nos dettes », il est manifeste que par personne, hormis lui, nos dettes ne peuvent nous être remises.
IX. Le pouvoir de remettre les péchés, avant la naissance du Christ, n'a été concédé à aucun mortel.
Cette admirable et divine fonction, avant que Dieu se fît homme, n'a été départie à aucune nature créée. Le premier de tous, le Christ notre Sauveur en tant qu'homme, comme il était aussi vrai Dieu, reçut cette fonction transmise par le Père céleste. « Afin que vous sachiez, dit-il, que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés, il dit au paralytique : Lève-toi, prends ton grabat, et va dans ta maison. » Puisque donc il s'est fait homme pour accorder aux hommes ce pardon des péchés, avant de monter au ciel, pour y siéger à la droite de Dieu pour l'éternité, il a concédé ce pouvoir aux évêques et aux presbytres dans l'Église ; bien que, comme nous l'avons enseigné auparavant, le Christ remette les péchés par sa propre autorité, et les autres comme ses ministres. C'est pourquoi, si nous devons admirer et révérer au plus haut point ce qui a été accompli par une puissance infinie, nous comprenons assez que cette fonction très précieuse est celle qui, par la bienveillance du Christ Seigneur, a été donnée à l'Église.
X. Par quelle vertu les hommes obtiennent le pardon de leurs péchés.
Mais la manière même par laquelle Dieu, Père très clément, a résolu d'effacer les péchés du monde, excitera vivement les âmes des fidèles à contempler la grandeur de ce bienfait ; car il a voulu que nos crimes fussent expiés par le sang de son Fils unique, afin que lui-même acquittât spontanément la peine que nous avions méritée pour nos péchés, et que le Juste fût damné pour les injustes, et l'innocent fût affligé d'une mort très cruelle pour les coupables. C'est pourquoi, lorsque nous considérerons avec notre âme que « nous n'avons pas été rachetés par de l'or et de l'argent corruptibles, mais par le sang précieux du Christ comme d'un agneau immaculé et sans tache », nous jugerons aisément que rien de plus salutaire ne pouvait nous arriver que ce pouvoir de remettre les péchés, qui manifeste l'inexplicable providence de Dieu et sa souveraine charité envers nous. Et de cette méditation un très grand fruit doit nécessairement parvenir à tous.
XI. Par quoi l'on voit surtout l'ampleur du bienfait offert dans le pouvoir des clefs.
Car celui qui offense Dieu par quelque péché mortel, quels que soient les mérites obtenus de la mort et de la croix du Christ, les perd aussitôt, et est entièrement exclu de l'entrée du paradis, laquelle, auparavant fermée, notre Sauveur a ouverte à tous par sa passion. Quand cela vient à l'esprit, nous ne pouvons nous empêcher d'être vivement préoccupés par la considération de la misère humaine. Mais si nous tournons notre âme vers ce pouvoir admirable divinement conféré à l'Église, et si, confirmés dans la foi de cet article, nous croyons offerte à chacun la faculté, par le secours divin, d'être rétabli dans son premier état de dignité, alors nous sommes contraints d'exulter de la plus grande joie et allégresse, et de rendre à Dieu des grâces immortelles. Et certes, si les remèdes paraissent d'habitude agréables et bienfaisants qui, par l'art et l'industrie des médecins, nous sont préparés lorsque nous souffrons de quelque grave maladie, combien plus agréables doivent être les remèdes que la sagesse de Dieu a institués pour la guérison des âmes, et pour la restauration de la vie, — surtout lorsqu'ils apportent à ceux qui désirent être guéris, non pas une espérance douteuse de salut, comme ces médecines qui sont appliquées aux corps, mais un salut très certain.
XII. Pourquoi et comment les chrétiens doivent fréquenter les remèdes attribués à l'Église dans le pouvoir des clefs.
Les fidèles, après avoir connu la dignité d'une si ample et éminente fonction, seront donc exhortés à s'efforcer aussi de la tourner religieusement à leur propre avantage. Car il peut difficilement se faire que celui qui ne fait pas usage d'une chose utile et nécessaire ne soit pas estimé la mépriser, surtout lorsque le Seigneur a transmis ce pouvoir de remettre les péchés à l'Église pour que tous fissent usage de ce remède salutaire. Car de même que personne ne peut être purifié sans le baptême, de même quiconque veut récupérer la grâce du baptême perdue par des péchés mortels, il lui est nécessaire de recourir à ce genre d'expiation, à savoir le sacrement de pénitence. Mais en ce lieu les fidèles doivent être avertis de ne pas, étant proposée une si ample faculté de pardon — que nous avons déclarée n'être circonscrite à aucun terme de temps —, devenir plus faciles à pécher ni plus lents à se repentir. Dans le premier cas, comme ils sont manifestement surpris comme injurieux et outrageants envers ce pouvoir divin, ils ne sont pas dignes que Dieu leur dispense sa miséricorde ; dans le second, il est grandement à craindre que, prévenus par la mort, ils aient en vain confessé la rémission de péchés qu'ils auront à juste titre perdue par leur lenteur et leur atermoiement.
CHAPITRE XII. Du onzième Article.
La résurrection de la chair.
I. Combien il importe d'avoir une connaissance approfondie de cet article.
Que la force de cet article soit grande pour établir la vérité de notre foi, cela se montre surtout en ce qu'il est proposé aux fidèles par les divines Lettres non seulement comme devant être cru, mais qu'il est aussi confirmé par beaucoup de raisons. Cela, puisque nous voyons que cela se fait à peine dans les autres articles du symbole, on peut comprendre que c'est comme sur un très ferme fondement que l'espérance de notre salut s'appuie. Car, comme raisonne l'Apôtre : « S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre prédication, vaine aussi votre foi. » En expliquant cet article, le curé n'y mettra donc pas moins de labeur et d'étude que l'impiété de beaucoup s'est efforcée à le renverser. Car les grands et remarquables avantages qui découlent de cette connaissance, pour le fruit des fidèles, seront montrés bientôt.
II. Pourquoi les Apôtres, ici, ont appelé la résurrection des hommes résurrection de la chair.
Mais il faudra faire attention surtout à ceci : que la résurrection des hommes, dans cet article, est appelée résurrection de la chair. Ce qui, certes, n'a pas été fait sans raison. Car les Apôtres ont voulu enseigner ce qu'il faut nécessairement poser : que l'âme est immortelle. C'est pourquoi, de peur que quelqu'un par hasard ne pense que l'âme a péri en même temps que le corps, mais que l'un et l'autre sont rappelés à la vie, — alors qu'en de très nombreux passages des saintes Lettres il est tout à fait établi que l'âme est immortelle —, pour cette raison, seule la résurrection de la chair a été mentionnée dans l'article. Et bien que souvent aussi, dans les saintes Écritures, la chair signifie l'homme tout entier, comme chez Isaïe : « Toute chair est du foin », et chez saint Jean : « Et le Verbe s'est fait chair », ici cependant le mot chair désigne le corps, afin que nous comprenions que des deux parties, l'âme et le corps, dont l'homme est constitué, l'une seulement, à savoir le corps, se corrompt et retourne dans la poussière de la terre dont il a été composé, tandis que l'âme demeure incorrompue. Mais comme personne, s'il n'est mort, n'est rappelé à la vie, on ne dit pas à proprement parler que l'âme ressuscite. La mention de la chair a aussi été faite pour réfuter cette hérésie qui, du vivant de l'Apôtre, fut celle d'« Hyménée et
de Philète », qui affirmaient que, lorsqu'il est question de la résurrection dans les Écritures saintes, il ne faut pas l'entendre d'une résurrection corporelle, mais spirituelle, par laquelle on ressuscite de la mort du péché à une vie innocente. Ainsi, par ces paroles, il est rendu manifeste que cette erreur est supprimée, et que la vraie résurrection du corps est confirmée.
III. Par quelles raisons surtout la doctrine de la vraie résurrection des corps doit être établie.
Il sera du rôle des curés d'illustrer cette vérité par des exemples tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament et de toute l'histoire ecclésiastique. Car les uns ont été rappelés à la vie par Élie et Élisée dans l'Ancien Testament, d'autres, outre ceux que le Christ Seigneur a suscités de la mort, par les saints Apôtres et beaucoup d'autres ; cette résurrection d'un grand nombre confirme la doctrine de cet article. Car de même que nous croyons que beaucoup ont été suscités de la mort, de même aussi faut-il croire que tous seront rappelés à la vie. Bien plus, le principal fruit que nous devons tirer de tels miracles est que nous prêtions à cet article la foi la plus haute. Il y a beaucoup de témoignages qui viennent facilement à l'esprit des curés un peu versés dans les saintes Lettres. Les passages les plus remarquables, dans l'Ancien Testament, sont ceux qui se lisent chez Job, lorsqu'il dit : « Dans ma chair je verrai mon Dieu » ; et chez Daniel : « Ceux qui dorment dans la poussière de la terre, les uns s'éveilleront pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre sempiternel » ; et dans le Nouveau Testament, ce que saint Matthieu rapporte de la dispute que le Seigneur a eue avec les Sadducéens ; en outre, ce que les Évangélistes racontent du jugement dernier. Et il faut rapporter ici encore ce que l'Apôtre, écrivant aux Corinthiens et aux Thessaloniciens, a exposé avec une raison précise.
IV. Par quelles comparaisons cette même vérité peut être établie.
Mais bien que cela soit très certain par la foi, il sera cependant très utile de montrer, par des exemples ou par des raisons, que ce que la foi propose à croire n'est pas contraire à la nature ou à l'intelligence de l'esprit humain. C'est pourquoi l'Apôtre, à celui qui demandait de quelle manière les morts ressuscitaient, répondit ainsi : « Insensé, ce que tu sèmes n'est pas vivifié s'il ne meurt d'abord ; et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps qui sera, que tu sèmes, mais un pur grain, de blé par exemple, ou de quelqu'autre chose ; mais Dieu lui donne un corps comme il le veut » ; et un peu plus loin il dit : « Il est semé dans la corruption, il ressuscitera dans l'incorruption. » À cette ressemblance, beaucoup d'autres peuvent encore s'adjoindre, comme saint Grégoire le montre :
« Car la lumière, dit-il, est chaque jour comme en mourant soustraite aux yeux, et de nouveau est comme en ressuscitant rappelée ; et les arbrisseaux perdent leur verdeur et de nouveau, comme en ressuscitant, sont réparés ; et les semences, en pourrissant, meurent, et de nouveau, en germant, ressuscitent. »
V. Les raisons par lesquelles cette même vérité est prouvée.
Les raisons, en outre, qui sont apportées par les écrivains ecclésiastiques, peuvent paraître assez adaptées à prouver cette chose. Et d'abord, puisque les âmes sont immortelles et, comme partie de l'homme, ont une inclination naturelle aux corps humains, il faut estimer qu'il est contraire à la nature qu'elles demeurent à perpétuité séparées des corps. Or, puisque ce qui est contraire à la nature et violent ne peut durer longtemps, il paraîtra raisonnable qu'elles soient de nouveau jointes aux corps ; d'où il suit aussi que la résurrection des corps est à venir. Et c'est de ce genre d'argumentation que notre Sauveur a usé, lorsque, disputant contre les Sadducéens, il conclut de l'immortalité des âmes à la résurrection des corps. Ensuite, puisque par le très juste Dieu sont proposés aux méchants des supplices, aux bons des récompenses, et que d'entre les premiers un grand nombre, avant d'avoir acquitté les peines dues, et d'entre les seconds la plus grande partie sans avoir reçu aucune récompense de la vertu, partent de cette vie, il est nécessaire que les âmes soient de nouveau conjointes aux corps, afin que pour les crimes ou les actions droites, les corps, dont les hommes usent comme de compagnons du péché, soient ensemble avec l'âme affectés de peine ou de récompense. Ce lieu est traité très diligemment par saint Jean Chrysostome dans l'homélie au peuple d'Antioche. C'est pourquoi l'Apôtre, traitant de la résurrection, dit : « Si dans cette vie seulement nous espérons dans le Christ, nous sommes les plus misérables de tous les hommes. » Ces paroles, personne ne jugera qu'elles doivent être rapportées à la misère de l'âme qui, étant immortelle, même si les corps ne ressuscitaient pas, pourrait cependant jouir de la béatitude dans la vie future : mais elles doivent s'entendre de l'homme tout entier. Car si au corps ne sont pas rendues les récompenses dues pour les travaux, il est nécessaire que ceux qui, comme les Apôtres, ont souffert tant de peines et de calamités dans cette vie, soient les plus misérables de tous. L'Apôtre enseigne la même chose bien plus clairement aux Thessaloniciens par ces paroles : « Nous nous glorifions en vous dans les églises de Dieu à cause de votre patience et de votre foi, dans toutes vos persécutions et tribulations que vous supportez en exemple du juste jugement de Dieu, afin que vous soyez jugés dignes du royaume de Dieu, pour lequel vous souffrez aussi : s'il est juste toutefois devant Dieu de rendre tribulation à ceux qui vous affligent, et à vous, qui êtes affligés, le repos avec nous dans la révélation du Seigneur Jésus venant du ciel avec les anges de sa puissance, dans une flamme de feu, faisant vengeance de ceux qui n'ont pas connu Dieu, et qui n'obéissent pas à l'évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. » Ajoute encore que les hommes ne peuvent pas, tant que l'âme est séparée du corps, obtenir la pleine félicité et la plénitude de tous les biens. Car de même que toute partie séparée du tout est imparfaite, de même aussi l'âme qui n'est pas jointe au corps. D'où il suit que, pour qu'à elle ne manque rien de la souveraine félicité, la résurrection des corps est nécessaire. Par ces raisons donc et d'autres de ce genre, le curé pourra instruire les fidèles sur cet article.
VI. Personne ne se trouvera alors qui soit exempt de la mort et de la résurrection.
Il faudra en outre expliquer avec diligence, d'après la doctrine de l'Apôtre, quels sont ceux qui doivent être suscités à la vie. Car écrivant aux Corinthiens, il dit : « Comme en Adam tous meurent, de même aussi en Christ tous seront vivifiés. » Ainsi, toute différence entre méchants et bons étant écartée, tous ressusciteront d'entre les morts, bien que la condition de tous ne sera pas égale : « ceux qui auront fait le bien, pour la résurrection de la vie ; ceux qui auront fait le mal, pour la résurrection du jugement. » Or, lorsque nous disons « tous », nous entendons aussi bien ceux qui, à l'approche du jugement, seront déjà morts, que ceux qui mourront alors. Car, à cette sentence qui affirme que tous mourront sans exception, l'Église acquiesce, et cette même sentence est plus conforme à la vérité, ainsi que l'a laissé écrit saint Jérôme ; saint Augustin pense de même. Et les paroles de l'Apôtre écrites aux Thessaloniciens ne sont pas contraires à cette sentence : « Les morts qui sont dans le Christ ressusciteront les premiers ; ensuite nous, les vivants, qui sommes laissés, nous serons enlevés ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Christ dans les airs. » Car S. Ambroise, expliquant ces paroles, dit ainsi : « Dans ce ravissement même, la mort préviendra ; et comme par un sommeil, de sorte que l'âme étant sortie soit rendue en un instant ; car lorsqu'ils seront enlevés, ils mourront ; afin que, parvenant au Seigneur, ils reçoivent par la présence du Seigneur leurs âmes, parce qu'ils ne peuvent être morts avec le Seigneur. » Et la même sentence est confirmée par l'autorité de saint Augustin dans le livre De la cité de Dieu.
VII. L'âme humaine recevra exactement le même corps au jugement dernier.
Puisqu'il importe beaucoup que nous soyons persuadés avec certitude que ce même et identique corps, qui fut propre à chacun, bien que corrompu et réduit en poussière, doit cependant être suscité à la vie, le curé entreprendra aussi d'expliquer cela avec soin. Telle est la sentence de l'Apôtre, lorsqu'il dit : « Il faut que ce corruptible revête l'incorruption », désignant par ce mot « ce » clairement ce propre corps. Job aussi l'a prophétisé très clairement : « Et dans ma chair, dit-il, je verrai Dieu, que je verrai moi-même, et mes yeux le contempleront, et non un autre. » La même chose se tire de la définition même de la résurrection ; car la résurrection, selon Damascène, est le retour à l'état dont tu es tombé. Enfin, si nous considérons pour quelle raison la résurrection future a été démontrée un peu auparavant, il n'y aura rien qui puisse rendre douteux l'esprit de quiconque à ce sujet.
VIII. Pour quelle raison la résurrection des corps a été divinement instituée.
Nous avons enseigné que les corps doivent être suscités « afin que chacun rapporte du corps ce qu'il a fait, soit bien, soit mal ». Il faut donc que l'homme ressuscite du corps même par lequel il a servi Dieu ou le démon, afin qu'avec le même corps il obtienne les couronnes et les récompenses du triomphe, ou supporte les peines et les plus misérables supplices.
IX. Les corps ne reprendront pas la difformité contractée dans cette vie mortelle.
Non seulement le corps ressuscitera, mais tout ce qui appartient à la vérité de sa nature et à l'ornement et au décor de l'homme doit être restitué. Nous lisons à ce sujet un remarquable témoignage de S. Augustin : « Aucun défaut, dit-il, n'existera alors dans les corps ; si certains ont été plus obèses et épais par surcharge de graisse, ils ne reprendront pas toute la masse du corps ; mais ce qui dépassera cette mesure sera réputé superflu ; et à l'inverse, tout ce que dans le corps maladie ou vieillesse ont consumé sera réparé par le Christ par vertu divine, de sorte que, si certains, à cause de la maigreur, sont grêles, — car le Christ ne nous réparera pas seulement le corps, mais tout ce qui, par la misère de cette vie, nous aura été ôté. » Le même, en un autre endroit : « L'homme ne reprendra pas les cheveux qu'il a eus, mais ceux qui conviendront, selon cette parole : "Tous les cheveux de votre tête sont comptés", lesquels doivent être restitués selon la sagesse divine. » Surtout, puisque les membres appartiennent à la vérité de la nature humaine, tous ensemble seront restitués. Car ceux qui, dès l'origine, ont été privés des yeux, ou qui, à cause de quelque maladie, ont perdu la lumière, les boiteux et les complètement manchots et débiles en quelques membres que ce soit, ressusciteront avec un corps intègre et parfait. Autrement, il ne serait pas du tout satisfait au désir de l'âme, qui est portée vers la jonction avec le corps, désir que, nous le croyons sans aucun doute, sera comblé dans la résurrection. De plus, il est assez établi que la résurrection, aussi bien que la création, est comptée parmi les œuvres principales de Dieu. De même donc que toutes choses furent parfaites par Dieu au commencement de la création, de même aussi il faut affirmer de toute façon que cela sera dans la résurrection.
X. Les martyrs, ressuscitant avec des corps intègres, y porteront les cicatrices de leurs blessures.
Et cela n'est pas à confesser seulement des martyrs, au sujet desquels saint Augustin atteste ainsi : « Ils ne seront pas sans ces membres » ; car cette mutilation ne pourrait pas n'être pas un défaut du corps, autrement ceux qui ont été décapités devraient ressusciter sans tête : toutefois, aux articulations de ces mêmes membres se tiendront les cicatrices des épées resplendissantes par-dessus tout or et pierre précieuse, comme aussi les cicatrices des blessures du Christ.
XI. Aussi les corps mutilés des méchants ressusciteront ici intègres.
Ce qui est aussi très véritablement dit des méchants, même si leurs membres ont été amputés par leur faute. Car plus ils auront de membres, plus ils seront accablés par un cruel tourment de douleurs. C'est pourquoi cette restitution des membres tournera non à leur félicité, mais à leur calamité et à leur misère, puisque les mérites ne sont pas attribués aux membres eux-mêmes, mais à la personne au corps de laquelle ils sont joints. Car à ceux qui ont fait pénitence, ils seront restitués pour la récompense ; à ceux qui l'auront méprisée, pour le supplice. Si ces choses sont attentivement considérées par les curés, jamais ne leur manquera une abondance de choses et de sentences pour exciter et enflammer les âmes des fidèles au zèle de la piété, afin que, considérant les molestations et misères de cette vie, ils attendent avidement cette bienheureuse gloire de la résurrection proposée aux justes et aux pieux.
XII. Quels seront les corps des hommes après leur résurrection.
Il suit maintenant que les fidèles comprennent que, si nous considérons ce qui constitue la substance du corps, bien que ce même et identique corps doive être rappelé des morts qui auparavant s'était éteint, sa condition sera néanmoins bien autre et différente. Car, pour omettre le reste, les corps des ressuscités différeront surtout d'eux-mêmes en ceci : puisque auparavant ils étaient soumis aux lois de la mort, après avoir été suscités à la vie, toute différence entre bons et méchants étant ôtée, ils obtiendront l'immortalité.
Cette admirable restitution de la nature, l'insigne victoire du Christ l'a méritée, qu'il a remportée sur la mort, ainsi que nous en avertissent les témoignages des saintes Écritures. Il est écrit en effet : « Il précipitera la mort à jamais » ; et ailleurs : « Je serai ta mort, ô mort », ce que l'Apôtre, l'expliquant, dit : « La dernière ennemie sera détruite, la mort » ; et chez saint Jean nous lisons : « La mort ne sera plus. » Or il convenait au plus haut point que, par le mérite du Christ Seigneur, par lequel l'empire de la mort a été renversé, le péché d'Adam fût vaincu à long intervalle. De même aussi il fut conforme à la justice divine que les bons jouissent perpétuellement d'une vie bienheureuse, tandis que les méchants, endurant des peines éternelles, « cherchent la mort et ne la trouvent pas, désirent mourir et la mort fuit devant eux ». Et cette immortalité sera commune aux bons et aux méchants.
XIII. De quelles dotes les corps des bienheureux seront ornés après la résurrection.
Les corps redivivants des saints auront en outre certains insignes et remarquables ornements, qui les rendront beaucoup plus nobles qu'ils n'ont jamais été auparavant. Les principaux sont ces quatre qu'on appelle dotes (dotes), observées par les Pères d'après la doctrine de l'Apôtre. La première d'entre elles est l'impassibilité, fonction à savoir et dote qui fera qu'ils ne pourront plus souffrir quelque chose de pénible, ni être affligés d'aucune douleur ou incommodité. Car ni la force des froids, ni l'ardeur de la flamme, ni l'impétuosité des eaux ne pourront leur nuire. « Il est semé, dit l'Apôtre, dans la corruption, il ressuscitera dans l'incorruption. » Que les scolastiques aient appelé cela plutôt impassibilité qu'incorruption, la raison en fut de signifier ce qui est propre au corps glorieux. Car l'impassibilité ne leur est pas commune avec les damnés, dont les corps, quoique incorruptibles, peuvent cependant brûler et être glacés, et être affligés de divers tourments. À celle-ci succède la clarté, par laquelle les corps des saints brilleront comme le soleil ; car ainsi notre Sauveur l'atteste chez saint Matthieu : « Les justes, dit-il, brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. » Et afin que personne n'en doutât, il l'a déclaré par l'exemple de sa transfiguration. L'Apôtre appelle tantôt gloire, tantôt clarté : « Il transformera, dit-il, le corps de notre humilité en le configurant à son corps de clarté » ; et de nouveau : « Il est semé dans l'ignominie, il ressuscitera dans la gloire. » Le peuple d'Israël, dans le désert, vit aussi une certaine image de cette gloire, lorsque « la face de Moïse », par l'entretien et la présence de Dieu, resplendit tellement que les fils d'Israël ne pouvaient fixer leurs yeux sur elle. Cette clarté est un certain éclat qui de la souveraine félicité de l'âme rejaillit sur le corps, de sorte qu'elle est une certaine communication de cette béatitude dont l'âme jouit, de même aussi que l'âme elle-même est rendue bienheureuse par le fait qu'en elle est dérivée une part de la félicité divine. De cette fonction il faut croire que tous ne seront pas ornés également, comme de la première ; certes, tous les corps des saints seront également impassibles, mais ils n'auront pas la même splendeur ; car, comme l'atteste l'Apôtre : « Autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, autre la clarté des étoiles ; car étoile diffère d'étoile en clarté : ainsi aussi la résurrection des morts. » À cette dote est jointe celle qu'ils appellent agilité, par laquelle le corps sera libéré du poids qui maintenant l'oppresse, et il pourra se mouvoir très facilement vers quelque partie que voudra l'âme, de telle sorte que rien ne saurait être plus rapide que ce mouvement : ainsi que saint Augustin dans le livre De la cité de Dieu, et Jérôme sur Isaïe, l'ont clairement enseigné. C'est pourquoi il a été dit par l'Apôtre : « Il est semé dans la faiblesse, il ressuscite dans la puissance. » À cela s'ajoute ce qu'on appelle subtilité, par la vertu de laquelle le corps sera entièrement soumis à l'empire de l'âme, lui servira et sera prêt à son commandement, ce qui est montré par ces paroles de l'Apôtre : « Il est semé, dit-il, corps animal, il ressuscitera corps spirituel. » Tels sont à peu près les principaux chefs qui devront être enseignés dans l'explication de cet article.
XIV. Quel fruit les fidèles tireront-ils de si grands mystères de la résurrection.
Afin que les fidèles sachent quel fruit ils peuvent tirer de la connaissance de tant et de si grands mystères : il faudra d'abord déclarer qu'il nous faut rendre à Dieu les plus grandes grâces, lui qui a caché ces choses aux sages, et les a révélées aux petits. Car combien d'hommes remarquables soit par le mérite de la prudence, soit par une singulière doctrine, ont été complètement aveugles en cette vérité si certaine ? Donc, qu'il nous ait dévoilé cela, à nous à qui il n'était pas permis d'aspirer à cette intelligence, c'est ce qui fait que nous devons célébrer par de perpétuelles louanges sa souveraine bienveillance et clémence. Ensuite, un grand fruit encore résultera de la méditation de cet article, à savoir qu'à la mort de ceux qui nous sont unis soit par le lien de la nécessité, soit par la bienveillance, nous nous consolerons facilement, tant les autres que nous-mêmes. L'Apôtre a usé de ce genre de consolation, lorsqu'il écrivait aux Thessaloniciens au sujet de ceux qui dorment. Mais aussi dans toutes les autres afflictions et calamités, la pensée de la future résurrection nous apportera le plus grand soulagement de la douleur, comme nous l'avons appris par l'exemple du saint Job, qui par cette seule espérance soutenait son âme affligée et pleurant, d'être un jour à même, dans la résurrection, de contempler son Seigneur Dieu. En outre, ceci aura la plus grande force pour persuader les peuples fidèles de mener une vie droite, intègre, et absolument pure de toute souillure du péché. Car s'ils se représentent que ces immenses richesses qui suivent la résurrection leur sont proposées, ils seront facilement attirés aux études de la vertu et de la piété. Au contraire, aucune chose n'aura une force plus grande pour réprimer les convoitises de l'âme et détourner les hommes des crimes, que s'ils sont souvent avertis de quels maux et tourments les méchants seront affligés, qui au dernier jour marcheront à la résurrection du jugement.
CHAPITRE XIII. Du douzième Article.
La vie éternelle.
I. Pourquoi cet article de foi a été mis en dernier lieu, et combien il importe qu'il soit fréquemment expliqué au peuple.
Les saints Apôtres, nos guides, ont voulu que le symbole, qui contient la somme de notre foi, fût clos et terminé par l'article de la vie éternelle, tant parce qu'après la résurrection de la chair les fidèles n'ont rien d'autre à attendre que la récompense de la vie éternelle, que aussi pour que cette parfaite félicité et comblée de tous les biens fût toujours devant nos yeux, et que nous fussions enseignés à y fixer toutes nos pensées et réflexions. C'est pourquoi les curés, dans l'instruction des fidèles, n'interrompront jamais d'enflammer leurs âmes par les récompenses de la vie éternelle proposées, afin que, quelles que soient les choses même les plus difficiles qu'ils auront enseigné devoir être affrontées pour la cause du nom chrétien, ils les estiment faciles et par suite agréables, et deviennent plus prompts à obéir à Dieu et plus joyeux.
II. Ce qui est signifié ici par vie éternelle.
Mais comme sous ces mots, qui sont employés en ce lieu pour déclarer notre béatitude, beaucoup de mystères sont cachés dans l'obscurité, il faut les ouvrir de telle sorte que, autant que la capacité de chacun le porte, ils puissent être accessibles à tous. Les fidèles doivent donc être avertis que par ces mots « vie éternelle » on ne signifie pas tant la perpétuité de la vie, à laquelle les démons et les hommes scélérats sont aussi adjugés, que la béatitude dans la perpétuité, qui rassasie le désir des bienheureux. Et c'est ainsi que le comprenait ce docteur de la loi, qui, dans l'Évangile, demanda au Seigneur notre Sauveur ce qu'il lui fallait faire pour posséder la vie éternelle ; comme s'il disait : Que dois-je faire pour parvenir à ce lieu où il est permis de jouir d'une félicité parfaite ? En ce sens les saintes Lettres reçoivent ces mots, comme on peut l'observer en beaucoup d'endroits.
III. Pourquoi cette souveraine béatitude est désignée sous le nom de vie éternelle.
Mais c'est surtout par ce nom qu'a été appelée cette souveraine béatitude, de peur que quelqu'un ne l'estimât consister en des choses corporelles et caduques, qui ne peuvent être éternelles. Car ce mot même de béatitude ne pouvait pas expliquer assez ce qui était recherché, surtout lorsqu'il n'a pas manqué d'hommes enflés de l'opinion d'une certaine sagesse vaine qui plaçaient le souverain bien dans ces choses qui sont perçues par les sens. Car celles-ci périssent et vieillissent, tandis que la béatitude n'est à définir par aucun terme de temps ; bien plus, ces choses terrestres sont très éloignées de la vraie félicité, de laquelle celui-là s'écarte le plus qui est retenu par l'amour et le désir du monde. Car il est écrit : « N'aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, la charité du Père n'est pas en lui » ; et un peu après : « Le monde passe, et sa concupiscence. » Les curés auront donc soin diligemment d'imprimer ces choses dans les esprits des fidèles, afin qu'ils prennent à cœur de mépriser les choses mortelles, et qu'aucune félicité ne peut être obtenue dans cette vie, où nous ne sommes pas citoyens, mais étrangers. Bien que nous soyons à bon droit dits ici aussi bienheureux par l'espérance, si, « renonçant à l'impiété et aux désirs du siècle, nous vivons en ce siècle sobrement, justement et pieusement, attendant la bienheureuse espérance et l'avènement de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ ». Mais comme un très grand nombre de ceux qui se semblaient sages à eux-mêmes comprenaient peu cela, et estimaient que la félicité devait être cherchée dans cette vie, ils sont devenus insensés, et sont tombés dans les plus grandes calamités. Mais en outre, nous percevons par la force de ce nom « vie éternelle » que la félicité une fois acquise ne peut jamais être perdue, comme quelques-uns l'ont faussement soupçonné. Car la béatitude s'accumule de tous les biens sans aucun mélange de mal, qui, puisqu'elle comble le désir de l'homme, doit nécessairement dans la vie éternelle consiste ; car le bienheureux ne peut pas ne pas désirer ardemment qu'il lui soit permis de jouir perpétuellement des biens qu'il a obtenus. C'est pourquoi, à moins que cette possession ne soit stable et assurée, il serait nécessairement tourmenté par le très grand supplice de la crainte.
IV. La béatitude éternelle ne peut être comprise ni par les paroles ni par l'esprit humain.
Or, combien est grande la félicité des bienheureux qui vivent dans la patrie céleste, et que cette félicité ne peut être comprise que par eux seuls et par personne d'autre, ces mots mêmes, quand nous disons « vie bienheureuse », le démontrent suffisamment. En effet, lorsque nous utilisons, pour signifier quelque chose, un nom qui lui est commun avec beaucoup d'autres choses, nous comprenons aisément qu'il manque un mot propre par lequel cette chose soit pleinement exprimée. Puisque donc la félicité est déclarée par ces mots qui ne conviennent pas plus aux bienheureux qu'à tous ceux qui vivent perpétuellement, ceci peut nous être un argument qu'il s'agit d'une chose plus élevée et plus excellente que nous ne puissions en signifier parfaitement la nature par un vocable propre. Car, bien que beaucoup d'autres noms soient attribués à cette béatitude céleste dans les saintes Écritures, tels que : royaume de Dieu, du Christ, des cieux, paradis, cité sainte, nouvelle Jérusalem, maison du Père, il est cependant manifeste qu'aucun d'entre eux ne suffit à en expliquer la grandeur. C'est pourquoi les curés ne manqueront pas en ce lieu l'occasion qui leur est offerte d'inviter les fidèles, par ces si amples récompenses qui sont déclarées sous le nom de vie éternelle, à la piété, à la justice, et à tous les devoirs de la religion chrétienne. Car il est établi que la vie a coutume d'être comptée parmi les plus grands biens que la nature désire. Or, c'est surtout par ce bien, quand nous disons « vie éternelle », que la béatitude est définie. Que si, en cette vie chétive et calamiteuse, qui est sujette à tant et de si diverses misères qu'on devrait plus véritablement l'appeler mort, rien n'est plus aimé, rien ne peut être ni plus cher ni plus agréable, avec quel zèle enfin de l'âme, avec quel effort devons-nous chercher cette vie éternelle qui, tous les maux étant disparus, possède la raison parfaite et absolue de tous les biens réunis ?
V. La béatitude consiste dans la privation de tous les maux et dans l'obtention de tous les biens.
Car, comme les saints Pères l'ont transmis, la félicité de la vie éternelle doit être définie par la libération de tous les maux et par l'obtention des biens. Touchant les maux, les témoignages des saintes Écritures sont très clairs ; il est écrit en effet dans l'Apocalypse : « Ils n'auront plus ni faim ni soif, et le soleil ne tombera plus sur eux, ni aucune chaleur » ; et encore : « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses sont passées. » Or, l'immense gloire des bienheureux et les innombrables genres de joie et de volupté solides seront à venir ; et comme notre âme ne peut en aucune manière saisir la grandeur de cette gloire, ni celle-ci pénétrer dans nos âmes, il est nécessaire que nous entrions en elle, c'est-à-dire dans la joie du Seigneur, afin qu'environnés de celle-ci, nous accomplissions pleinement le désir de notre esprit.
VI. De quels genres de biens principalement les bienheureux jouiront. Bien que, comme l'écrit saint Augustin, les maux dont nous serons privés semblent pouvoir être plus aisément dénombrés que les biens et les voluptés que nous puiserons, il faudra néanmoins s'efforcer d'exposer brièvement et clairement les choses qui pourront enflammer les fidèles du désir d'obtenir cette souveraine félicité. Mais il faudra d'abord user de cette distinction que nous avons reçue des plus graves auteurs des choses divines ; car ceux-ci établissent qu'il y a deux genres de biens, dont l'un appartient à la nature de la béatitude, l'autre suit la béatitude elle-même. C'est pourquoi ils ont, pour l'enseignement, appelé les premiers biens essentiels et les seconds biens accessoires.
VII. En quoi consiste la cause essentielle et première de la béatitude éternelle.
Et la béatitude solide, qu'il est permis d'appeler d'un nom commun essentielle, est située en ceci : que nous voyions Dieu et que nous jouissions de sa beauté, lui qui est la source et le principe de toute bonté et de toute perfection. « La vie éternelle, c'est ceci », dit le Christ Seigneur, « qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » ; sentence que saint Jean semble interpréter quand il dit : « Très chers, nous sommes maintenant fils de Dieu, et ce que nous serons n'est pas encore apparu. Nous savons que, lorsqu'il apparaîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. » Il signifie en effet que la béatitude consiste en ces deux choses : d'une part que nous contemplerons Dieu tel qu'il est en sa nature et en sa substance, d'autre part que nous serons rendus comme des dieux. Car ceux qui jouissent de lui, bien qu'ils conservent leur propre substance, revêtent cependant une forme admirable et presque divine, au point qu'ils paraissent être davantage des dieux que des hommes.
VIII. Comment les bienheureux revêtent en quelque sorte la forme et la nature de Dieu.
Or, pourquoi il en est ainsi, cela est manifeste de ce que chaque chose est connue ou par son essence, ou par sa ressemblance et son espèce. Mais puisqu'il n'y a rien de semblable à Dieu à l'aide de la ressemblance duquel nous puissions parvenir à une parfaite connaissance de lui, il s'ensuit qu'il n'est permis à personne de voir sa nature et son essence, à moins que cette même essence divine ne s'unisse à nous. Et c'est ce que signifient ces paroles de l'Apôtre : « Nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. » Car ce qu'il dit, « en énigme », saint Augustin l'interprète comme une ressemblance apte à faire comprendre Dieu. Ce que saint Denys montre aussi clairement lorsqu'il affirme que les choses supérieures ne peuvent être perçues par aucune ressemblance des inférieures. Car ce n'est pas à partir de la ressemblance d'une chose corporelle que peuvent être connues l'essence et la substance de ce qui est dépourvu de corps, puisqu'il est surtout nécessaire que les ressemblances des choses aient moins de matérialité et soient plus spirituelles que les choses mêmes dont elles rendent l'image ; comme nous l'expérimentons aisément dans la connaissance de toutes choses. Or, puisqu'il ne peut se faire que se trouve la ressemblance d'une chose créée aussi pure et aussi spirituelle que Dieu lui-même, il en résulte que nous ne pouvons comprendre parfaitement l'essence divine par aucune ressemblance. S'ajoute encore le fait que toutes les choses créées sont circonscrites par de certaines bornes de perfection. Or Dieu est infini, et la ressemblance d'aucune chose créée ne peut saisir son immensité. C'est pourquoi il ne reste qu'une seule manière de connaître la substance divine : qu'elle s'unisse à nous, et que d'une manière incroyable elle élève plus haut notre intelligence, et qu'ainsi nous soyons rendus aptes à contempler l'aspect de sa nature.
IX. Les bienheureux sont illuminés par la lumière de gloire, et tous doivent être mus de toute leur espérance à voir Dieu.
Or nous obtiendrons cela par la lumière de gloire, lorsque, illuminés par cette splendeur, nous verrons Dieu, « la vraie lumière, en sa lumière ». Car les bienheureux contemplent toujours Dieu présent ; et par ce don, le plus grand et le plus excellent de tous, rendus participants de l'essence divine, ils possèdent la vraie et solide béatitude ; que nous devons ainsi croire qu'il a même été défini dans le symbole des Pères que, par la bonté de Dieu, nous devons l'attendre pour nous-mêmes avec une espérance certaine ; car il dit : « J'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. »
X. De quelle manière, dans la béatitude, l'homme est uni à Dieu, expliqué par une comparaison.
Ces choses sont tout à fait divines et ne peuvent être expliquées par aucune parole ni comprises par la pensée. Mais il est permis de discerner quelque image de cette béatitude dans les choses mêmes qui sont perçues par les sens. Car de même que le fer, approché du feu, conçoit le feu, et bien que sa substance ne soit pas changée, il arrive cependant qu'il semble être quelque chose d'autre, à savoir du feu : de la même manière, ceux qui ont été admis dans cette gloire céleste, enflammés de l'amour de Dieu, sont tellement transformés, tout en ne cessant pas cependant d'être ce qu'ils sont, qu'on peut à bon droit dire qu'ils sont bien plus éloignés de ceux qui sont en cette vie, que le fer rougi au feu ne l'est de celui qui ne contient en soi aucune force de chaleur. Pour embrasser donc la chose en peu de mots, cette souveraine et absolue béatitude, que nous appelons essentielle, doit être établie dans la possession de Dieu. Que peut-il manquer en effet à la parfaite félicité de celui qui possède le Dieu très bon et très parfait ?
XI. Quels sont les biens accidentels dont les bienheureux regorgeront. Mais à celle-là s'ajoutent cependant certains ornements communs à tous les bienheureux, qui, parce qu'ils sont moins éloignés de la raison humaine, ont aussi coutume d'émouvoir et d'exciter plus vivement nos âmes. De ce genre sont ces choses que l'Apôtre semble entendre dans son épître aux Romains : « Gloire, honneur et paix à tout homme qui fait le bien » ; car les bienheureux jouiront de la gloire, non seulement de celle que nous avons montrée être finalement la béatitude essentielle ou très étroitement unie à sa nature, mais encore de celle qui consiste dans la claire et manifeste connaissance que chacun aura de la dignité éminente et excellente d'autrui. Mais combien grand faut-il estimer l'honneur qui leur est conféré par le Seigneur, lorsqu'ils ne sont plus appelés serviteurs, mais amis, frères et fils de Dieu ? C'est pourquoi notre Sauveur s'adressera ainsi à ses élus en des paroles très aimantes et très honorifiques : « Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume préparé pour vous » ; si bien qu'il est permis à bon droit de s'écrier : « Vos amis, ô Dieu, sont trop honorés. » Mais ils seront aussi célébrés par des louanges du Christ Seigneur devant le Père céleste et ses anges. En outre, si la nature a inspiré à tous les hommes ce désir commun de l'honneur qui est rendu par les hommes excellents en sagesse, parce qu'ils estiment que ceux-ci seront les plus riches témoins de leur vertu, combien grande devons-nous penser que sera l'accroissement de la gloire des bienheureux, de ce que l'un poursuivra l'autre d'un très grand honneur.
XII. De quelles abondances de biens les bienheureux seront comblés dans ces demeures éternelles.
L'énumération de toutes les délices dont la gloire des bienheureux sera comblée serait infinie, et nous ne pouvons les imaginer même par la pensée. Mais les fidèles doivent être persuadés de ceci : tout ce qui peut nous arriver d'agréable en cette vie ou même être souhaité, soit que cela appartienne à la connaissance de l'esprit, soit au parfait état du corps, la vie bienheureuse des cieux regorge des abondances de toutes ces choses ; bien que l'Apôtre affirme que cela se fait d'une manière plus élevée, « ce que l'œil n'a pas vu, ni l'oreille entendu, ni ce qui n'est monté au cœur de l'homme ». Car le corps, qui auparavant était grossier et matériel, lorsqu'au ciel, la mortalité étant ôtée, il aura été rendu subtil et spirituel, n'aura plus besoin d'aucun aliment ; quant à l'âme, elle sera rassasiée avec la plus grande volupté de la nourriture de la gloire éternelle, que l'auteur de ce grand festin « passant, servira à tous ». Qui pourra désirer des vêtements précieux ou de royaux ornements corporels, là où il n'y aura aucun usage de ces choses, tous étant revêtus d'immortalité et de splendeur, et ornés de la couronne de la gloire éternelle ? Mais si la possession d'une demeure ample et magnifique appartient aussi à la félicité humaine, que peut-on concevoir de plus ample ou de plus magnifique que le ciel lui-même, qui est de toutes parts illuminé par la charité de Dieu ? C'est pourquoi le Prophète, lorsqu'il se mettait devant les yeux la beauté de cette habitation et qu'il brûlait du désir de parvenir à ces bienheureuses demeures, disait : « Que tes tabernacles sont aimables, Seigneur des armées ! mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur, mon cœur et ma chair ont tressailli d'allégresse dans le Dieu vivant. » Et que telle soit l'âme de tous les fidèles, que telle soit la voix commune de tous, les curés doivent le désirer ardemment et y veiller avec tout leur zèle.
XIII. Les bienheureux ne seront pas affectés des mêmes récompenses sans aucune distinction.
Car « dans la maison de mon Père », dit le Seigneur, « il y a beaucoup de demeures », dans lesquelles seront rendues de plus grandes et de plus petites récompenses, selon ce que chacun aura mérité. « Car celui » en effet « qui sème avec épargne moissonnera aussi avec épargne, et celui qui sème dans les bénédictions moissonnera aussi dans les bénédictions. » C'est pourquoi ils n'exciteront pas seulement les fidèles à cette béatitude, mais ils avertiront aussi fréquemment que la voie certaine pour l'obtenir est celle-ci : que, pourvus de foi et de charité, et persévérant dans la prière et l'usage salutaire des sacrements, ils s'exercent à tous les devoirs de bienveillance envers le prochain. Ainsi en effet il arrivera, par la miséricorde de Dieu, qui a préparé cette bienheureuse gloire pour ceux qui l'aiment, que s'accomplisse un jour ce qui a été dit par le Prophète : « Mon peuple siégera dans la beauté de la paix, et dans les tabernacles de la confiance, et dans un repos opulent. »